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| CABALE | S. f. (Jurisp.) concert ou conspiration de plusieurs personnes, qui par des menées secrettes & illicites, travaillent sourdement à quelque chose d'injuste, comme à perdre un innocent, à sauver un coupable, à décréditer une bonne marchandise, un bon ouvrage, à ruiner quelque établissement utile, ou à faire éclorre quelque projet préjudiciable à l'état ou à la société.
Il se dit aussi du projet même des personnes qui cabalent. Ainsi l'on dit, si les manoeuvres des personnes mal-intentionnées ont réussi, ou ont manqué : la cabale l'a emporté cette fois ; la cabale a échoüé, &c.
De ce mot on a fait cabaleur, pour désigner celui qui trempe dans une cabale, ou plûtôt même celui qui en est le promoteur. (H)
CABALE, (Philos.) On n'entend pas seulement ici par le mot de Cabale, cette tradition orale dont les Juifs croyoient trouver la source sur le mont Sinaï où elle fut donnée à Moyse, en même tems que la loi écrite, & qui, après sa mort, passa aux prophetes, aux rois chéris de Dieu, & sur-tout aux sages, qui la reçurent les uns des autres par une espece de substitution. On prend sur-tout ce mot pour la doctrine mystique, & pour la philosophie occulte des Juifs, en un mot pour leurs opinions mystérieuses sur la Métaphysique, sur la Physique & sur la Pneumatique.
Parmi les auteurs chrétiens qui ont fait leurs efforts pour relever la Cabale, & pour la mettre au niveau des autres sciences, on doit distinguer le fameux Jean Pic de la Mirandole, qui à l'âge de vingt-quatre ans soûtint à Rome un monstrueux assemblage de toute sorte de propositions tirées de plusieurs livres cabalistiques qu'il avoit achetés à grands frais. Son zele pour l'Eglise Romaine fut ce qui l'attacha à la Cabale. Séduit par les éloges qu'on donnoit à la tradition orale des Juifs, qu'on égaloit presque à l'Ecriture-sainte, il alla jusqu'à se persuader que les livres cabalistiques qu'on lui avoit vendus comme authentiques, étoient une production d'Esdras, & qu'ils contenoient la doctrine de l'ancienne église judaïque. Il crut y découvrir le mystere de la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption du genre humain, la passion, la mort & la résurrection de J. C. le purgatoire, le baptême, la suppression de l'ancienne loi, enfin tous les dogmes enseignés & crûs dans l'Eglise catholique. Ses efforts n'eurent pas un bon succès. Ses thèses furent supprimées, & treize de ses propositions furent déclarées hérétiques. On peut lire dans Wolf le catalogue des auteurs qui ont écrit sur la Cabale.
Origine de la Cabale. Les commencemens de la Cabale sont si obscurs, son origine est couverte de si épais nuages, qu'il paroît presque impossible d'en fixer l'époque : cette obscurité d'origine est commune à toutes les opinions qui s'insinuent peu-à-peu dans les esprits, qui croissent dans l'ombre & dans le silence, & qui parviennent insensiblement à former un corps de système.
Il seroit assez inutile de rapporter ici les rêveries des Juifs sur l'origine de la philosophie cabalistique, on peut consulter l'article PHILOSOPHIE JUDAÏQUE, & nous aurons occasion d'en dire quelque chose dans le cours même de celui-ci : nous nous contenterons de dire ici qu'il y a des Juifs qui ont prétendu que l'ange Raziel, précepteur d'Adam, lui avoit donné un livre contenant la science céleste ou la Cabale, & qu'après le lui avoir arraché au sortir du jardin d'Eden, il le lui avoit rendu, se laissant fléchir par ses humbles supplications. D'autres disent qu'Adam ne reçut ce livre qu'après son péché, ayant demandé à Dieu qu'il lui accordât quelque petite consolation dans le malheureux état où il se voyoit réduit. Ils racontent que trois jours après qu'il eut ainsi prié Dieu, l'ange Raziel lui apporta un livre qui lui communiqua la connoissance de tous les secrets de la nature, la puissance de parler avec le soleil & avec la lune, de faire naître les maladies & de les guérir, de renverser les villes, d'exciter des tremblemens de terre, de commander aux anges bons & mauvais, d'interpréter les songes & les prodiges, & de prédire l'avenir en tout tems. Ils ajoûtent que ce livre en passant de pere en fils, tomba entre les mains de Salomon, & qu'il donna à ce savant prince la vertu de bâtir le temple par le moyen du ver Zamir, sans se servir d'aucun instrument de fer. Le rabbin Isaac Ben Abraham a fait imprimer ce livre au commencement de ce siecle, & il fut condamné au feu par les Juifs de la même tribu que ce rabbin.
Les savans qui ont écrit sur la Cabale sont si partagés sur son origine, qu'il est presque impossible de tirer aucune lumiere de leurs écrits : la variété de leurs sentimens vient des différentes idées qu'ils se formoient de cette science ; la plûpart d'entr'eux n'avoient point examiné la nature de la Cabale, comment ne se seroient-ils pas trompés sur son origine ? Ainsi sans prétendre à la gloire de les concilier, nous nous bornerons à dire ici ce que nous croyons de plus vraisemblable.
1°. Ceux qui ont étudié l'histoire de la Philosophie, & suivi les progrès de cette science depuis le commencement du monde jusqu'à la naissance de J. C. savent que toutes les nations, & sur-tout les peuples de l'orient, avoient une science mystérieuse qu'on cachoit avec soin à la multitude, & qu'on ne communiquoit qu'à quelques privilégiés : or, comme les Juifs tenoient un rang distingué parmi les nations orientales, on se persuadera aisément qu'ils durent adopter de bonne heure cette méthode secrette & cachée. Le mot même de Cabale semble l'insinuer ; car il signifie une tradition orale & secrette de certains mysteres dont la connoissance étoit interdite au peuple. (Lisez Vachterus in Elucidario Cabba. Schrammius, Dissert. de mysteriis Judaeorum philosophicis.) Mais parmi le grand nombre de témoignages que nous pourrions citer en faveur de ce sentiment, nous n'en choisirons qu'un tiré de Jochaïdes écrivain cabalistique. Idra Rabba §. 16. Cabb. denud. tom. II.
R. Schimeon exorsus dixit : qui ambulat ut circumforaneus, revelat secretum ; sed fidelis spiritu operit verbum, ambulans ut circumforaneus : hoc dictum quaestionem meretur, quia dicitur circumforaneus quare ambulans, vir circumforaneus dicendus erat, quid est ambulans ? Verumenimvero in illo, qui non est sedatus in spiritu suo, nec verax, verbum quod audivit, hùc illuc movetur, sicut spina in aquâ, donec illuc foras expellat ; quamobrem ? quia spiritus ejus non est stabilis.... nec enim mundus in stabilitate manet nisi per secretum, & si circa negotia mundana opus est secreto, quanto magis in negotiis secretorum secretissimorum & consideratione senis dierum, quae nequidem tradita sunt angelis.... Coelis non dicam ut auscultent ; terrae non dicam at audiat ; certè enim nos columnae mundorum summus.
Ainsi parle Schimeon Jochaïdes ; & il regardoit le secret comme une chose si importante qu'il fit jurer ses disciples de le garder. Le silence étoit si sacré chez les Esseniens, que Josephe (Prooem. hist. Judaïc.) assûre que Dieu punissoit ceux qui osoient le violer.
2°. Il n'est donc pas douteux que les Juifs n'ayent eu de bonne heure une science secrette & mystérieuse : mais il est impossible de dire quelque chose de positif soit sur la vraie maniere de l'enseigner, soit sur la nature des dogmes qui y étoient cachés, soit sur les auditeurs choisis auxquels on la communiquoit. Tout ce qu'on peut assûrer, c'est que ces dogmes n'étoient point contraires à ceux qui sont contenus dans l'Ecriture-sainte. On peut cependant conjecturer avec vraisemblance, que cette science secrette contenoit une exposition assez étendue des mysteres de la nouvelle alliance, dont les semences sont répandues dans l'ancien Testament. On y expliquoit l'esprit des cérémonies qui s'observoient chez les Juifs, & on y donnoit le sens des Prophéties dont la plûpart avoient été proposées sous des emblèmes & des énigmes : toutes ces choses étoient cachées au peuple, parce que son esprit grossier & charnel ne lui faisoit envisager que les biens terrestres.
3°. Cette Cabale, ou bien cette tradition orale se conserva pure & conforme à la loi écrite tout le tems que les prophetes furent les dépositaires & les gardiens de la doctrine : mais lorsque l'esprit de prophétie eut cessé, elle se corrompit par les questions oisives & par les assertions frivoles qu'on y mêla. Toute corrompue qu'elle étoit, elle conserva pourtant l'éclat dont elle avoit joüi d'abord, & on eut pour ces dogmes étrangers & frivoles qu'on y inséra, le même respect que pour les véritables. Voilà quelle étoit l'ancienne Cabale, qu'il faut bien distinguer de la philosophie cabalistique, dont nous cherchons ici l'origine.
4°. On peut d'abord établir qu'on ne doit point chercher l'origine de la philosophie cabalistique chez les Juifs qui habitoient la Palestine ; car tout ce que les anciens rapportent des traditions qui étoient en vogue chez ces Juifs, se réduit à des explications de la loi, à des cérémonies, & à des constitutions des sages. La philosophie cabalistique ne commença à paroître dans la Palestine que lorsque les Esseniens, imitant les moeurs des Syriens & des Egyptiens, & empruntant même quelques-uns de leurs dogmes & de leurs instituts, eurent formé une secte de philosophie. On sait par les témoignages de Josephe & de Philon, que cette secte gardoit un secret religieux sur certains mysteres & sur certains dogmes de Philosophie.
Cependant ce ne furent point les Esseniens qui communiquerent aux Juifs cette nouvelle Cabale ; il est certain qu'aucun étranger n'étoit admis à la connoissance de leurs mysteres : ce fut Simeon Schetachides qui apporta d'Egypte ce nouveau genre de tradition, & qui l'introduisit dans la Judée. (Voyez l'Histoire des Juifs) Il est certain d'ailleurs que les Juifs, dans le séjour qu'ils firent en Egypte sous le regne de Cambise, d'Alexandre le grand, & de Ptolomée Philadelphe, s'accommoderent aux moeurs des Grecs & des Egyptiens, & qu'ils prirent de ces peuples l'usage d'expliquer la loi d'une maniere allégorique, & d'y mêler des dogmes étrangers : on ne peut donc pas douter que l'Egypte ne soit la patrie de la philosophie cabalistique, & que les Juifs n'ayent inseré dans cette science quelques dogmes tirés de la philosophie égyptienne & orientale. On en sera pleinement convaincu, si l'on se donne la peine de comparer les dogmes philosophiques des Egyptiens avec ceux de la Cabale. On y mêla même dans la suite quelques opinions des Peripatéticiens (Morus, Cabb. denud. tom. I.) & J. Juste Losius (Giessae 1706.) a fait une dissertation divisée en cinq chapitres, pour montrer la conformité des sentimens de ces derniers philosophes avec ceux des Cabalistes.
L'origine que nous donnons à la philosophie cabalistique, sera encore plus vraisemblable pour ceux qui seront bien au fait de la Philosophie des anciens, & sur-tout de l'histoire de la Philosophie judaïque.
Division de la Cabale. La Cabale se divise en contemplative & en pratique : la premiere est la science d'expliquer l'Ecriture-sainte conformément à la tradition secrette, & de découvrir par ce moyen des vérités sublimes sur Dieu, sur les esprits & sur les mondes : elle enseigne une Métaphysique mystique, & une Physique épurée. La seconde enseigne à opérer des prodiges par une application artificielle des paroles & des sentences de l'Ecriture-sainte, & par leur différente combinaison.
1°. Les partisans de la Cabale pratique ne manquent pas de raisons pour en soûtenir la réalité. Ils soûtiennent que les noms propres sont les rayons des objets dans lesquels il y a une espece de vie cachée. C'est Dieu qui a donné les noms aux choses, & qui en liant l'un à l'autre, n'a pas manqué de leur communiquer une union efficace. Les noms des hommes sont écrits au ciel ; & pourquoi Dieu auroit-il placé ces noms dans ses livres, s'ils ne méritoient d'être conservés ? Il y avoit certains sons dans l'ancienne Musique, qui frappoient si vivement les sens, qu'ils animoient un homme languissant, dissipoient sa mélancolie, chassoient le mal dont il étoit attaqué, & le faisoient quelquefois tomber en fureur. Il faut nécessairement qu'il y ait quelque vertu attachée dans ces sons pour produire de si grands effets. Pourquoi donc refusera-t-on la même efficace aux noms de Dieu & aux mots de l'Ecriture ? Les Cabalistes ne se contentent pas d'imaginer des raisons pour justifier leur Cabale pratique ; ils lui donnent encore une origine sacrée, & en attribuent l'usage à tous les saints. En effet ils soûtiennent que ce fut par cet art que Moyse s'éleva au-dessus des magiciens de Pharaon, & qu'il se rendit redoutable par ses miracles. C'étoit par le même art qu'Elie fit descendre le feu du ciel, & que Daniel ferma la gueule aux lions. Enfin, tous les prophetes s'en sont servis heureusement pour découvrir les évenemens cachés dans un long avenir.
Les Cabalistes praticiens disent qu'en arrangeant certains mots dans un certain ordre, ils produisent des effets miraculeux. Ces mots sont propres à produire ces effets, à proportion qu'on les tire d'une langue plus sainte ; c'est pourquoi l'hébreu est préféré à toutes les autres langues. Les miracles sont plus ou moins grands, selon que les mots expriment ou le nom de Dieu, ou ses perfections & ses émanations ; c'est pourquoi on préfere ordinairement les séphirots, ou les noms de Dieu. Il faut ranger les termes, & principalement les soixante & douze noms de Dieu, qu'on tire des trois versets du xjv. chap. de l'Exode, d'une certaine maniere à la faveur de laquelle ils deviennent capables d'agir. On ne se donne pas toûjours la peine d'insérer le nom de Dieu : celui des démons est quelquefois aussi propre que celui de la divinité. Ils croyent, par exemple, que celui qui boit de l'eau pendant la nuit, ne manque pas d'avoir des vertiges & mal aux yeux : mais afin de se garantir de ces deux maux, ou de les guérir lorsqu'on en est attaqué, ils croyent qu'il n'y a qu'à ranger d'une certaine maniere le mot hébreu Schiauriri. Ce Schiauriri est le démon qui préside sur le mal des yeux & sur les vertiges ; & en écrivant son nom en forme d'équerre, on sent le mal diminuer tous les jours & s'anéantir. Cela est appuyé sur ces paroles de la Genese, où il est dit, que les anges frapperent d'ébloüissement ceux qui étoient à la porte de Loth, tellement qu'ils ne purent la trouver. Le Paraphraste chaldaïque ayant traduit aveuglement, beschiauriri, on a conclu que c'étoit un ange, ou plûtôt un démon qui envoyoit cette espece de mal, & qu'en écrivant son nom de la maniere que nous avons dit, on en guérit parfaitement. On voit par-là que les Cabalistes ont fait du démon un principe tout-puissant, à la Manichéenne ; & ils se sont imaginés qu'en traitant avec lui, ils étoient maîtres de faire tout ce qu'ils vouloient. Quelle illusion ! les démons sont-ils les maître de la nature, indépendans de la divinité ; & Dieu permettroit-il que son ennemi eût un pouvoir presque égal au sien ? Quelle vertu peuvent avoir certaines paroles préférablement aux autres ? Quelque différence qu'on mette dans cet arrangement, l'ordre change-t-il la nature ? Si elles n'ont aucune vertu naturelle, qui peut leur communiquer ce qu'elles n'ont pas ? Est-ce Dieu ? est-ce le démon ? est-ce l'art humain ? On ne le peut décider. Cependant on est entêté de cette chimere depuis un grand nombre de siecles.
Carmine laesa Ceres sterilem vanescit in herbam ?
Deficiunt laesae carmine fontis aquae ;
Ilicibus glandes, cantataque vitibus uva
Decidit, & nullo poma movente fluunt.
(Ovid. Amor. lib. III. Eleg. 7.)
Il faudroit guérir l'imagination des hommes, puisque c'est-là où réside le mal : mais il n'est pas aisé de porter le remede jusque-là. Il vaut donc mieux laisser tomber cet art dans le mépris, que de lui donner une force qu'il n'a pas naturellement, en le combattant & en le réfutant.
2°. La Cabale contemplative est de deux especes ; l'une qu'on appelle littérale, artificielle, ou bien symbolique ; l'autre qu'on appelle philosophique ou non artificielle.
La Cabale littérale est une explication secrette, artificielle, & symbolique de l'Ecriture-sainte, que les Juifs disent avoir reçûe de leurs peres, & qui, en transposant les lettres, les syllabes, & les Paroles, leur enseigne à tirer d'un verset un sens caché, & différent de celui qu'il présente d'abord. On peut voir dans Banage les soûdivisions de cette espece de Cabale, & les exemples de transpositions. Hist. des Juifs, chap. iij.
La Cabale philosophique contient une Métaphysique sublime & symbolique sur Dieu, sur les esprits, & sur le monde, selon la tradition que les Juifs disent avoir reçûe de leurs peres. Elle se divise encore en deux especes, dont l'une s'attache à la connoissance des perfections divines & des intelligences célestes, & s'appelle le Chariot ou Mercava ; parce que les Cabalistes sont persuadés qu'Ezéchiel en a expliqué les principaux mysteres dans le chariot miraculeux, dont il parle au commencement de ses révélations ; & l'autre qui s'appelle Bereschit ou le Commencement, roule sur l'étude du monde sublunaire. On lui donne ce nom à cause que c'est le premier mot de la Genese. Cette distinction étoit connue dès le tems de Maïmonides, lequel déclare qu'il veut expliquer tout ce qu'on peut entendre dans le Bereschit & le Mercava. (Maïmonides More Nevochim, pag. 2. ch. xxxjx. pag. 273.) Il soûtient qu'il ne faut parler du bereschit, que devant deux personnes ; & que si Platon & les autres Philosophes ont voilé les secrets de la nature sous des expressions métaphoriques, il faut à plus forte raison cacher ceux de la religion, qui renferment des mysteres beaucoup plus profonds.
Il n'est pas permis aux maîtres d'expliquer le Mercava devant leurs disciples. (Excerpta Gemarae de opere currus, apud Hottinger, pag. 50, 53, 89.) Les docteurs de Pumdebita consulterent un jour un grand homme qui passoit par-là, & le conjurerent de leur apprendre la signification de ce chariot. Il demanda pour condition, qu'ils lui découvrissent ce qu'ils savoient de la création : on y consentit ; mais, après les avoir entendus, il refusa de parler sur le chariot, & emprunta ces paroles du Cantique des Cantiques, le lait & le miel sont sous ta langue, c'est-à-dire qu'une vérité douce & grande doit demeurer sous la langue, & n'être jamais publiée. Un jeune étudiant se hasarda un jour de lire Ezéchiel, & à vouloir expliquer sa vision : mais un feu dévorant sortit du chasmal qui le consuma : c'est pourquoi les docteurs délibérerent s'il étoit à propos de cacher le livre du prophete, qui causoit de si grands desordres dans la nation. Un rabbin chassant l'âne de son maître, R. Jochanan, fils de Sauai, lui demanda la permission de parler, & d'expliquer devant lui la vision du chariot. Jochanan descendit aussi-tôt, & s'assit sous un arbre ; parce qu'il n'est pas permis d'entendre cette explication en marchant, monté sur un âne. Le disciple parla, & aussi-tôt le feu descendit du ciel ; tous les arbres voisins entonnerent ces paroles du pseaume : Vous, la terre, louez l'Eternel, &c. On voit par-là que les Cabalistes attachent de grands mysteres à ce chariot du prophete. Maïmonides (More Nevochim, part. III. préf.) dit, qu'on n'a jamais fait de livre pour expliquer le chariot d'Ezéchiel ; c'est pourquoi un grand nombre de mysteres qu'on avoit trouvés sont perdus. Il ajoûte qu'on doit le trouver bien hardi d'en entreprendre l'explication ; puisqu'on punit ceux qui révelent les secrets de la loi, & qu'on récompense ceux qui les cachent : mais il assûre qu'il ne débite point ce qu'il a appris par la révélation divine ; que les maîtres ne lui ont pas enseigné ce qu'il va dire, mais qu'il l'a puisé dans l'Ecriture même ; tellement qu'il semble que ce n'étoit qu'une traduction. Voilà de grandes promesses : mais ce grand docteur les remplit mal, en donnant seulement à son disciple quelques remarques générales, qui ne développent pas le mystere.
En effet, on se divise sur son explication. Les uns disent que le vent qui devoit souffler du septentrion avec impétuosité, représentoit Nabuchodonosor, lequel ruina Jérusalem & brûla son temple ; que les quatre animaux étoient les quatre anges qui présidoient sur les monarchies. Les roues marquoient les empires qui recevoient leur mouvement, leur progrès & leur décadence du ministere des anges. Il y avoit une roue dans l'autre ; parce qu'une monarchie a détruit l'autre. Les Babyloniens ont été renversés par les Perses : ceux-ci par les Grecs, qui ont été à leur tour vaincus par les Romains. C'est-là le sens littéral, mais on y découvre bien d'autres mysteres, soit de la nature, soit de la religion. Les quatre animaux sont quatre corps célestes, animés, intelligens. La roue est la matiere premiere, & les quatre roues sont les quatre élémens. Ce n'est-là que l'écorce du chariot ; si vous pénétrez plus avant, vous y découvrez l'essence de Dieu, ses attributs & ses perfections, la nature des anges, & l'état des ames après la mort. Enfin Morus, grand cabaliste, y a trouvé le regne du messie. (Visionis Ezechieliticae, sive mercavae expositio, ex principiis philosophiae pytag. theosophiaeque judaicae ; Cabbala Denud. tom. I. p. 225.)
Pour donner aux lecteurs une idée de la subtilité des Cabalistes, nous mettrons encore ici l'explication philosophique, qu'ils donnent du nom de Jehovah. Lexicon cabalisticum.
" Tous les noms & tous les sur noms de la divinité sortent de celui de Jehovah, comme les branches & les feuilles d'un grand arbre sortent d'un même tronc, & ce nom ineffable est une source infinie de merveilles & de mysteres. Ce nom sert de lien à toutes les splendeurs, ou séphirots : il en est la colonne & l'appui. Toutes les lettres qui le composent sont pleines de mysteres. Le Jod, ou l'J, est une de ces chose que l'oeil n'a jamais vûes : elle est cachée à tous les mortels ; on ne peut en comprendre ni l'essence ni la nature ; il n'est pas même permis d'y méditer. Quand on demande ce que c'est, on répond non, comme si c'étoit le néant ; parce qu'elle n'est pas plus compréhensible que le néant. Il est permis à l'homme de rouler ses pensées d'un bout des cieux à l'autre : mais il ne peut pas aborder cette lumiere inaccessible, cette existence primitive que la lettre Jod renferme. Il faut croire sans l'examiner & sans l'approfondir : c'est cette lettre qui découlant de la lumiere primitive, a donné l'être aux émanations : elle se lassoit quelquefois en chemin ; mais elle reprenoit de nouvelles forces par le secours de la lettre h, he, qui fait la seconde lettre du nom ineffable. Les autres lettres ont aussi des mysteres ; elles ont leurs relations particulieres aux séphirots. La derniere h découvre l'unité d'un Dieu & d'un Créateur ; mais de cette unité sortent quatre grands fleuves ; les quatre majestés de Dieu, que les Juifs appellent Schetinah. Moyse l'a dit ; car il rapporte qu'un fleuve arrosoit le jardin d'Eden, le Paradis terrestre, & qu'ensuite il se divisoit en quatre branches. Le nom entier de Jehovah renferme toutes choses. C'est pourquoi celui qui le prononce met dans sa bouche le monde entier, & toutes les créatures qui le composent. De-là vient aussi qu'on ne doit jamais le prononcer qu'avec beaucoup de précaution. Dieu lui-même l'a dit : Tu ne prendras point le nom de l'Eternel en vain. Il ne s'agit pas-là des sermens qu'on viole, & dans lesquels on appelle mal-à-propos Dieu à témoin des promesses qu'on fait ? mais la loi défend de prononcer ce grand nom, excepté dans son temple, lorsque le souverain sacrificateur entre dans le lieu très-saint au jour des propitiations. Il faut apprendre aux hommes une chose qu'ils ignorent, c'est qu'un homme qui prononce le nom de l'Eternel ou de Jehovah, fait mouvoir les cieux & la terre, à proportion qu'il remue sa langue & ses levres. Les anges sentent le mouvement de l'univers ; ils en sont étonnés, & s'entredemandent pourquoi le monde est ébranlé : on répond que cela se fait, parce que N. impie a remué ses levres pour prononcer le nom ineffable ; que ce nom a remué tous les noms & les surnoms de Dieu, lesquels ont imprimé leur mouvement au ciel, à la terre, & aux créatures. Ce nom a une autorité souveraine sur toutes les créatures. C'est lui qui gouverne le monde par sa puissance ; & voici comment tous les autres noms & surnoms de la divinité se rangent autour de celui-ci, comme les officiers & les soldats autour de leur général. Quelques-uns qui tiennent le premier rang, sont les princes & les Porte-étendards ; les autres sont comme les troupes & les bataillons qui composent l'armée. Au-dessous des LXX. noms, sont les LXX. princes des nations qui composent l'univers ; lors donc que le nom de Jehovah influe sur les noms & surnoms, il se fait une impression de ces noms sur les princes qui en dépendent, & des princes sur les nations qui vivent sous leur protection. Ainsi le nom de Jehovah gouverne tout. On représente ce nom sous la figure d'un arbre qui a LXX. branches, lesquelles tirent leur suc & leur seve du tronc ; & cet arbre est celui dont parle Moyse, qui étoit planté au milieu du jardin, & dont il n'étoit pas permis à Adam de manger : ou bien ce nom est un roi qui a différens habits, selon les différens états où il se trouve. Lorsque le prince est en paix, il se revêt d'habits superbes, magnifiques, pour ébloüir les peuples ; lorsqu'il est en guerre, il s'arme d'une cuirasse, & a le casque en tête : il se deshabille lorsqu'il se retire dans son appartement, sans courtisans & sans ministres. Enfin il découvre sa nudité lorsqu'il est seul avec sa femme.
Les LXX. nations qui peuplent la terre, ont leurs princes dans le ciel, lesquels environnent le tribunal de Dieu, comme des officiers prêts à exécuter les ordres du roi. Ils environnent le nom de Jehovah, & lui demandent tous les premiers jours de l'an leurs étrennes ; c'est-à-dire, une portion de bénédictions qu'ils doivent répandre sur les peuples qui leur sont soûmis. En effet, ces princes sont pauvres, & auroient peu de connoissance, s'ils ne la tiroient du nom ineffable qui les illumine & qui les enrichit. Il leur donne au commencement de l'année, ce qu'il a destiné pour chaque nation, & on ne peut plus rien ajoûter ni diminuer à cette mesure. Les princes ont beau prier & demander pendant tous les jours de l'année, & les peuples prier leurs princes, cela n'est d'aucun usage : c'est-là la différence qui est entre le peuple d'Israël & les autres nations. Comme le nom de Jehovah est le nom propre des Juifs, ils peuvent obtenir tous les jours de nouvelles graces ; car Salomon dit, que les paroles, par lesquelles il fait supplication à Dieu, seront présentes devant l'Eternel, Jehovah, le jour & la nuit ; mais David assûre, en parlant des autres nations, qu'elles prieront Dieu, & qu'il ne les sauvera pas ". Que de folies !
L'intention des Cabalistes est de nous apprendre que Dieu conduit immédiatement le peuple des Juifs, pendant qu'il laisse les nations infideles sous la direction des anges : mais ils poussent le mystere plus loin. Il y a une grande différence entre les diverses nations, dont les unes paroissent moins agréables à Dieu & sont plus durement traitées que les autres : mais cela vient de ce que les princes sont différemment placés autour du nom de Jehovah ; car quoique tous ces princes reçoivent leur nourriture de la lettre Jod ou J, qui commence le nom de Jehovah, cependant la portion est différente, selon la place qu'on occupe. Ceux qui tiennent la droite, sont des princes doux, libéraux : mais les princes de la gauche sont durs & impitoyables. De-là vient aussi ce que dit le prophete, qu'il vaut mieux espérer en Dieu qu'aux princes, comme fait la nation Juive, sur qui le nom de Jehovah agit immédiatement.
D'ailleurs, on voit ici la raison de la conduite de Dieu sur le peuple juif. Jérusalem est le nombril de la terre, & cette ville se trouve au milieu du monde. Les royaumes, les provinces, les peuples, & les nations l'environnent de toutes parts, parce qu'elle est immédiatement sous le nom de Jehovah. C'est-là son nom propre ; & comme les princes, qui sont les chefs des nations, sont rangés autour de ce nom dans le ciel, les nations infideles environnent le peuple juif sur la terre.
On explique encore par-là les malheurs du peuple juif, & l'état déplorable où il se trouve ; car Dieu a donné quatre capitaines aux LXX. princes, lesquels veillent continuellement sur les péchés des Juifs, afin de profiter de leur corruption, & de s'enrichir à leurs dépens. En effet lorsqu'ils voyent que le peuple commet de grands péchés, ils se mettent entre Dieu & la nation, & détournent les canaux qui sortoient du nom de Jehovah, par lesquels la bénédiction couloit sur Israel, & les font pancher du côté des nations, qui s'en enrichissent & s'en engraissent. & c'est ce que Salomon a si bien expliqué lorsqu'il dit : La terre tremble pour l'esclave qui regne, & le sot qui se remplit de viande : l'esclave qui regne, ce sont les princes ; & le sot qui se remplit de viande, ce sont les nations que ces princes gouvernent, &c.
Au fond, les Cabalistes nous menent par un long détour, pour nous apprendre, 1°. que c'est Dieu de qui découlent tous les biens, & qui dirige toutes choses : 2°. que Dieu juge tous les hommes avec une justice tempérée par la miséricorde : 3°. que quand il est irrité contre les pécheurs, il s'arme de colere & de vengeance : 4°. que lorsqu'on le fléchit par le repentir, il laisse agir sa compassion & sa miséricorde : 5°. qu'il préfere le peuple juif à toutes les autres nations, & qu'il leur a donné sa connoissance : enfin, ils entremêlent ces vérités de quelques erreurs, comme de prétendre que Dieu laisse toutes les nations du monde sous la conduite des anges.
On rapporte aussi à la Cabale réelle ou non artificielle l'alphabet astrologique & céleste, qu'on attribue aux Juifs. On ne peut rien avancer de plus positif que ce que dit là-dessus Postel : Je passerai peut-être pour un menteur, si je dis que j'ai lû au ciel, en caracteres hébreux, tout ce qui est dans la nature ; cependant Dieu & son Fils me sont témoins que je ne ments pas : j'ajoûter ai seulement que je ne l'ai lû qu'implicitement.
Pic de la Mirandole attribue ce sentiment aux docteurs juifs ; & comme il avoit fort étudié les Cabalistes dont la science l'avoit ébloüi, on peut s'imaginer qu'il ne se trompoit pas (Picus Mir. in Astrolog. lib. VIII. cap. v.). Agrippa soûtient la même chose (Voyez de occultâ Philosoph. lib. III. capit. xxx.) ; & Gaffarel, (Curiosités inoüies, cap. xiij.) ajoûte à leur témoignage l'autorité d'un grand nombre de rabbins célebres, Maimonides, Nachman, Aben-Esra, &c. Il semble qu'on ne puisse pas contester un fait appuyé sur un si grand nombre de citations.
Pic de la Mirandole avoit mis en problème, si toutes choses étoient écrites & marquées dans le ciel à celui qui savoit y lire. (Pici Mir. heptaplus, cap. jv.) Il soûtenoit même que Moyse avoit exprimé tous ces effets des astres par le terme de lumiere, parce que c'est elle qui traîne & qui porte toutes les influences des cieux sur la terre. Mais il changea de sentiment, & remarqua que non-seulement ces caracteres, vantés par les docteurs hébreux, étoient chimériques ; mais que les signes mêmes n'avoient pas la figure des noms qu'on leur donne ; que la sphere d'Aratus étoit très-différente de celle des Chaldéens, qui confondant la balance avec le scorpion, ne comptent qu'onze signes du zodiaque. Aratus même, qui avoit imaginé ces noms, étoit au jugement des anciens, très-ignorant en Astrologie.
Enfin, il faut être visionnaire pour trouver des lettres dans le ciel, & y lire, comme Postel prétendoit l'avoir fait. Gaffarel, quoique engagé dans l'Eglise par les places, n'étoit pas plus raisonnable ; s'il n'avoit pas prédit la chûte de l'empire Ottoman, du moins il la croyoit, & prouvoit la solidité de cette science par un grand fatras de littérature. Cependant il eut la honte de survivre à sa prédiction : c'est le sort ordinaire de ceux qui ne prennent pas un assez long terme pour l'accomplissement de leurs prophéties. Ils devroient être assez sages, pour ne hasarder pas un coup qui anéantit leur gloire, & qui les convainc d'avoir été visionnaires : mais ces astrologues sont trop entêtés de leur science & de leurs principes, pour écouter la raison & les conseils que la prudence leur dicte.
Examinons maintenant quels sont les fondemens de la Cabale philosophique.
Principes & fondemens de la Cabale philosophique. Henri Morus & Van-Helmont (Knorrius, Cabala denud. tom. I.) sont les deux savans qui ont les premiers débrouillé le cahos de la philosophie cabalistique. Les efforts qu'ils ont faits tous les deux pour porter la lumiere dans un système où on avoit comme affecté de répandre tant d'obscurité, seroient plus loüables & plus utiles, s'ils n'eussent point attribué aux Cabalistes des sentimens qu'ils n'ont jamais eus : l'exposition qu'ils ont donnée des principes de la Cabale, a été examinée par des savans distingués ; qui ne l'ont pas trouvée conforme à la vérité (Cel. Wachterus, Spinosism. in Judaism. detect. p. 2.) Pour éviter de tomber dans le même défaut, nous puiserons ce que nous avons à dire sur ce sujet, dans les auteurs anciens & modernes qui passent pour avoir traité cette matiere avec le plus d'ordre & de clarté. Parmi les modernes on doit distinguer R. Iizchak Loriia, & R. Abraham-Cohen Irira. Le premier est auteur du livre Druschim : qui contient une introduction métaphysique à la Cabale ; & le second du livre Schaar hascamaim, c'est-à-dire, Porte des cieux, qui renferme un traité des dogmes cabalistiques, écrit avec beaucoup de clarté & de méthode. Voici donc les principes qui servent de base à la philosophie cabalistique.
PREMIER PRINCIPE. De rien il ne se fait rien, c'est-à-dire qu'aucune chose ne peut être tirée du néant. Voilà le pivot sur lequel roule toute la Cabale philosophique, & tout le système des émanations, selon lequel il est nécessaire que toutes choses émanent de l'essence divine, parce qu'il est impossible qu'aucune chose de non-existente devienne existente. Ce principe est supposé dans tout le livre d'Irira. Dieu, dit-il, (Dissert. IV. cap. j.) n'a pas seulement produit tous les êtres existans, & tout ce que ces êtres renferment, mais il les a produits de la maniere la plus parfaite, en les faisant sortir de son propre fonds par voie d'émanation, & non pas en les créant.
Ce n'est pas que le terme de création fût inconnu chez les Cabalistes : mais ils lui donnoient un sens bien différent de celui qu'il a chez les Chrétiens, parmi lesquels il signifie l'action par laquelle Dieu tire les êtres du néant ; au lieu que chez les premiers il signifioit une émission, une expansion de la divine lumiere faite dans le tems, pour donner l'existence aux mondes. C'est ce qu'on verra clairement dans le passage suivant de Loriia (Tr. I. Druschim, cap. j.). L'existence de la création, dit-il, dépend du tems où a commencé l'expansion & l'émission de ces lumieres, & de ces mondes dont nous venons de parler ; car puisqu'il falloit que l'expansion de ces lumieres se fit dans un certain ordre, il n'étoit pas possible que ce monde existât ou plûtôt ou plus tard. Chaque monde a été créé après le monde qui lui étoit supérieur, & tous les mondes ont été créés en différens tems, & les uns après les autres, jusqu'à ce qu'enfin le rang de celui-ci arrivât, &c. On peut lire beaucoup de choses semblables dans le Lexicon cabalistique.
On peut bien juger que les Cabalistes n'ont point emprunté ce principe de l'église judaïque ; il est certain qu'ils l'ont tiré de la philosophie des Gentils. Ceux-ci regardoient comme une contradiction évidente, de dire qu'une chose existe & qu'elle a été faite de rien, comme c'en est une de soûtenir qu'une chose est & n'est pas. Cette difficulté qui se présente assez souvent à la raison, avoit déjà choqué les Philosophes. Epicure l'avoit poussée contre Héraclite & les Stoïciens. Comme cet axiome est véritable dans un certain sens, on n'a pas voulu se donner la peine de développer ce qu'il a de faux. Accoûtumés que nous sommes à nous laisser frapper par des objets sensibles & matériels, qui s'engendrent & qui se produisent l'un l'autre, on ne peut se persuader qu'avec peine, que la chose se soit faite autrement, & on fait préexister la matiere sur laquelle Dieu a travaillé ; c'est ainsi que Plutarque comparoit Dieu à un charpentier, qui bâtissoit un palais de matériaux qu'il avoit assemblés, & à un tailleur qui faisoit un habit d'une étoffe qui existoit déjà. Voyez CHAOS.
On avoue aux Cabalistes, qu'il est vrai que rien ne peut être fait de rien, & qu'il y a, comme ils disent, une opposition formelle & une distance infinie entre le néant & l'être, s'il entendent par-là ces trois choses. 1°. Que le néant & l'être subsistent en même-tems ; en effet, cela implique contradiction aussi évidemment que de dire qu'un homme est aveugle & qu'il voit : mais comme il n'est pas impossible qu'un aveugle cesse de l'être, & voye les objets qui lui étoient auparavant cachés, il n'est pas impossible aussi que ce qui n'existoit pas acquiere l'existence & devienne un être. 2°. Il est vrai que le néant ne peut concourir à la production de l'être ; il semble que les Cabalistes regardent le néant comme un sujet sur lequel Dieu travaille, à-peu-près comme la boue dont Dieu se servit pour créer l'homme ; & comme ce sujet n'existe point, puisque c'est le néant, les Cabalistes ont raison de dire que Dieu n'a pû tirer rien du néant. Il seroit ridicule de dire que Dieu tire la lumiere des ténebres, si on entend par-là que les ténebres produisent la lumiere : mais rien n'empêche que le jour ne succede à la nuit, & qu'une puissance infinie donne l'être à ce qui ne l'avoit pas auparavant. Le néant n'a été ni le sujet, ni la matiere, ni l'instrument, ni la cause des êtres que Dieu a produits. Il semble que cette remarque est inutile, parce que personne ne regarde le néant comme un fond sur lequel Dieu ait travaillé, ou qui ait coopéré avec lui. Cependant c'est en ce sens que Spinosa, qui avoit pris ce principe des Cabalistes, combat la création tirée du néant : il demande avec insulte : si on conçoit que la vie puisse sortir de la mort : dire cela, ce seroit regarder les privations comme les causes d'une infinité d'effets ; c'est la même chose que si on disoit, le néant & la privation de l'être sont la cause de l'être. Spinosa & ses maîtres ont raison ; la privation d'une chose n'en est point la cause. Ce ne sont ni les ténebres qui produisent la lumiere, ni la mort qui enfante la vie. Dieu ne commande point au néant comme à un esclave qui est obligé d'agir & de plier sous ses ordres, comme il ne commande point aux ténebres ni à la mort, d'enfanter la lumiere ou la vie. Le néant est toûjours néant, la mort & les ténebres ne sont que des privations incapables d'agir : mais comme Dieu a pû produire la lumiere qui dissipe les ténebres, & ressusciter un corps, le même Dieu a pû aussi créer des êtres qui n'existoient point auparavant, & anéantir le néant, si on peut parler ainsi, en produisant un grand nombre de créatures. Comme la mort ne concourt point à la résurrection, & que les ténèbres ne sont point le sujet sur lequel Dieu travaille pour en tirer la lumiere, le néant aussi ne coopere point avec Dieu, & n'est point la cause de l'être, ni la matiere sur laquelle Dieu a travaillé pour faire le monde. On combat donc ici un phantôme ; & on change le sentiment des Chrétiens orthodoxes, afin de le tourner plus aisément en ridicule. 3°. Enfin il est vrai que rien ne se fait de rien ou par rien, c'est-à-dire sans une cause qui préexiste. Il seroit, par exemple, impossible que le monde se fût fait de lui-même ; il falloit une cause souverainement puissante pour le produire.
L'axiome, rien ne se fait de rien, est donc vrai dans ces trois sens.
II. PRINCIPE. Il n'y a donc point de substance qui ait été tirée du néant.
III. PRINCIPE. Donc la matiere même n'a pû sortir du néant.
IV. PRINCIPE. La matiere, à cause de sa nature vile, ne doit point son origine à elle-même : la raison qu'en donne Irira, est que la matiere n'a point de forme, & qu'elle n'est éloignée du néant que d'un degré.
V. PRINCIPE. De-là il s'ensuit que dans la nature il n'y a point de matiere proprement dite.
La raison philosophique que les Cabalistes donnent de ce principe, est que l'intention de la cause efficiente est de faire un ouvrage qui lui soit semblable ; or la cause premiere & efficiente étant une substance spirituelle, il convenoit que ses productions fussent aussi des substances spirituelles, parce qu'elles ressemblent plus à leur cause que les substances corporelles. Les Cabalistes insistent beaucoup sur cette raison. Suivant eux, il vaudroit autant dire que Dieu a produit les ténebres, le péché & la mort, que de soûtenir que Dieu a créé des substances sensibles & matérielles, différentes de sa nature & de son essence : car la matiere n'est qu'une privation de la spiritualité, comme les ténebres sont une privation de la lumiere, comme le péché est une privation de la sainteté, & la mort une privation de la vie.
VI. PRINCIPE. De-là il s'ensuit que tout ce qui est, est esprit.
VII. PRINCIPE. Cet esprit est incréé, éternel, intellectuel, sensible, ayant en soi le principe du mouvement ; immense, indépendant, & nécessairement existant.
VIII. PRINCIPE. Par conséquent cet esprit est l'Ensoph ou le Dieu infini.
IX. PRINCIPE. Il est donc nécessaire que tout ce qui existe soit émané de cet esprit infini. Les Cabalistes n'admettant point la création telle que les Chrétiens l'admettent, il ne leur restoit que deux partis à prendre ; l'un de soûtenir que le monde avoit été formé d'une matiére préexistante, l'autre de dire qu'il étoit sorti de Dieu même par voie d'émanation. Ils n'ont osé embrasser le premier sentiment, parce qu'ils auroient crû admettre hors de Dieu une cause matérielle, ce qui étoit contraire à leurs dogmes. Ils ont donc été forcés d'admettre les émanations ; dogme qu'ils ont reçû des Orientaux, qui l'avoient reçû eux-mêmes de Zoroastre, comme on peut le voir dans les livres cabalistiques.
X. PRINCIPE. Plus les choses qui émanent sont proches de leur source, plus elles sont grandes & divines ; & plus elles en sont éloignées, plus leur nature se dégrade & s'avilit.
XI. PRINCIPE. Le monde est distingué de Dieu, comme un effet de sa cause ; non pas à la vérité comme un effet passager, mais comme un effet permanent. Le monde étant émané de Dieu, doit donc être regardé comme Dieu même, qui étant caché incompréhensible dans son essence, a voulu se manifester & se rendre visible par ses émanations.
Voilà les fondemens sur lesquels est appuyé tout l'édifice de la Cabale. Il nous reste encore à faire voir comment les Cabalistes tirent de ces principes quelques autres dogmes de leur systême, tels que ceux d'Adam Kadmon, des dix séphirots, des quatre mondes, des anges, &c.
Explication des séphirots ou des splendeurs. Les séphirots font la partie la plus secrette de la Cabale. On ne parvient à la connoissance de ces émanations & splendeurs divines, qu'avec beaucoup d'étude & de travail : nous ne nous piquons pas de pénétrer jusqu'au fond de ces mysteres, la diversité des interprétations qu'on leur donne est presque infinie.
Losius (Pomum Aristot. dissert. II. de Cabb. cap. ij.) remarque que les interpretes y trouvent toutes les sciences dont ils font profession ; les Logiciens y découvrent leurs dix prédicamens ; les Astronomes dix spheres ; les Astrologues des influences différentes ; les Physiciens s'imaginent qu'on y a caché les principes de toutes choses ; les Arithméticiens y voyent les nombres, & particulierement celui de dix, lequel renferme des mysteres infinis.
Il y a dix séphirots ; on les représente quelquefois sous la figure d'un arbre, parce que les uns sont comme la racine & le tronc, & les autres comme autant de branches qui en sortent ; on les range souvent en dix cercles différens, parce qu'ils sont enfermés les uns dans les autres. Ces dix séphirots sont la couronne, la sagesse, l'intelligence, la force ou la sévérité, la miséricorde ou la magnificence ; la beauté, la victoire ou l'éternité, la gloire, le fondement, & le royaume.
Quelques-uns soûtiennent que les splendeurs (c'est le nom que nous leur donnerons dans la suite) ne sont que des nombres ; mais selon la plûpart, ce sont les perfections & les attributs de la divinité. Il ne faut pas s'imaginer que l'essence divine soit composée de ces perfections, comme d'autant de parties différentes ; ce seroit une erreur : l'essence de Dieu est simple. Mais afin de se former une idée plus nette de la maniere dont cette essence agit, il faut distinguer ses attributs ; considérer sa justice, sa miséricorde, sa sagesse. Il semble que les Cabalistes n'ayent pas d'autre vûe que de conduire leurs disciples à la connoissance des perfections divines, & de leur faire voir que c'est de l'assemblage de ces perfections que dépendent la création & la conduite de l'Univers ; qu'elles ont une liaison inséparable ; que l'une tempere l'autre : c'est pourquoi ils imaginent des canaux par lesquels les influences d'une splendeur se communiquent aux autres. " Le monde, disoit Siméon Jochaïdes (in Jezirah, cum not. Bittangel, pag. 185 & 186.) ne pouvoit être conduit par la miséricorde seule & par la colonne de la grace ; c'est pourquoi Dieu a été obligé d'y ajoûter la colonne de la force ou de la sévérité, qui fait le jugement. Il étoit encore nécessaire de concilier les deux colonnes ; & de mettre toutes choses dans une proportion & dans un ordre naturel ; c'est pourquoi on met au milieu la colonne de la beauté, qui accorde la justice avec la miséricorde, & met l'ordre sans lequel il est impossible que l'Univers subsiste. De la miséricorde qui pardonne les péchés, sort un canal qui va à la victoire ou à l'éternité " ; parce que c'est par le moyen de cette vertu qu'on parvient au triomphe ou à l'éternité. Enfin les canaux qui sortent de la miséricorde & de la force, & qui vont aboutir à la beauté, sont chargés d'un grand nombre d'anges. Il y en a trente-cinq sur le canal de la miséricorde, qui récompensent & qui couronnent la vertu des saints ; & on en compte un pareil nombre sur le canal de la force, qui châtient les pécheurs : & ce nombre de soixante dix anges, auxquels on donne des noms différens, est tiré du xjv. chap. de l'Exode. Il y a là une vérité assez sensible ; c'est que la miséricorde est celle qui récompense les fideles, & que la justice punit les impénitens.
Il me semble que la clé du mystere consiste en ceci : les Cabalistes regardant Dieu comme une essence infinie qui ne peut être pénétrée, & qui ne peut se communiquer immédiatement à la créature, ont imaginé qu'elle se faisoit connoître & qu'elle agissoit par les perfections qui émanoient de lui, comme les perfections de l'ame & son essence se manifestent & se font connoître par les actes de raison & de vertu qu'elle produit, & sans lesquels ces perfections seroient cachées.
Ils appellent ces attributs les habits de Dieu, parce qu'il se rend plus sensible par leur moyen. Il semble à la vérité que Dieu se cache par-là au lieu de se revéler, comme un homme qui s'enveloppe d'un manteau ne veut pas être vû ; mais la différence est grande, parce que l'homme est fini & borné, au lieu que l'essence de la divinité est imperceptible sans le secours de quelqu'opération : ainsi on ne peut voir le soleil, parce que son éclat nous ébloüit ; mais on le regarde derriere un nuage, ou au travers de quelque corps diaphane.
Ils disent aussi que c'étoient les instrumens dont le souverain architecte se servoit, mais de peur qu'on ne s'y trompe, ils ont ajoûté (Abrahami patriarchae liber Jezirah, cap. j. sect. 2. p. 175.) que ces nombres sont sortis de l'essence de Dieu même ; & que si on les considere comme des instrumens, ce seroit pourtant une erreur grossiere que de croire que Dieu peut les quitter & les reprendre selon les besoins qu'il en a, comme l'artisan quitte les outils lorsque l'ouvrage est fini ou qu'il veut se reposer, & les reprend lorsqu'il recommence son travail. Cela ne se peut, car les instrumens ne sont pas attachés à la main du Charpentier ; mais les nombres, les lumieres resplendissantes sortent de l'essence de l'infini & lui sont toûjours unies, comme la flamme au charbon. En effet, comme le charbon découvre par la flamme sa force & sa vertu qui étoit cachée auparavant, Dieu revele sa grandeur & sa puissance par les lumieres resplendissantes dont nous parlons.
Enfin les Cabalistes disent que ce ne sont pas là seulement des nombres, comme Morus l'a crû, mais des émanations qui sortent de l'essence divine, comme les rayons sortent du soleil, & comme la chaleur naît par le feu sans en être séparée. La divinité n'a souffert ni trouble, ni douleur, ni diminution, en leur donnant l'existence, comme un flambeau ne perd pas sa lumiere & ne souffre aucune violence lorsqu'on s'en sert pour en allumer un autre qui étoit éteint, ou qui n'a jamais éclairé. Cette comparaison n'est pas tout-à-fait juste ; car le flambeau qu'on allume, subsiste indépendamment de celui qui lui a communiqué sa lumiere : mais l'intention de ceux qui l'ont imaginée étoit seulement de prouver que Dieu ne souffre aucune altération par l'émanation de ses perfections, & qu'elles subsistent toûjours dans son essence.
L'ensoph, qu'on met au-dessus de l'arbre séphirotique ou des splendeurs divines, est l'infini. On l'appelle tantôt l'être, & tantôt le non-être. C'est un être, puisque toutes choses tirent de lui leur existence : c'est le non-être, parce qu'il est impossible à l'homme de pénétrer son essence & sa nature. Il s'enveloppe d'une lumiere inaccessible, il est caché dans une majesté impénétrable ; d'ailleurs il n'y a dans la nature aucun objet qu'on puisse lui comparer, & qui le représente tel qu'il est. C'est en ce sens que Denys l'Aréopagite a osé dire que Dieu n'étoit rien, ou que c'étoit le néant. On fait entendre par-là que Dieu est une essence infinie, qu'on ne peut ni la sonder ni la connoître ; qu'il possede toutes choses d'une maniere plus noble & plus parfaite que les créatures ; & que c'est de lui qu'elles tirent toute leur existence & leurs qualités par le moyen de ses perfections, qui sont comme autant de canaux par lesquels l'être souverain communique ses faveurs.
Les trois premieres splendeurs sont beaucoup plus excellentes que les autres. Les Cabalistes les distinguent : ils les approchent beaucoup plus près de l'infini, auquel elles sont étroitement unies ; & la plûpart en font le chariot d'Ezéchiel ou le mercava, qu'on ne doit expliquer qu'aux initiés. Les Chrétiens (Kirch. Oedip. Aegypt. Gymnas. Hyerog. ciass. 4. §. 2.) profitent de cet avantage, & soûtiennent qu'on a indiqué par-là les trois personnes de la Trinité dans une seule & même essence qui est infinie. Ils se plaignent même de l'ignorance & de l'aveuglement des Cabalistes modernes, qui regardent ces trois splendeurs comme autant d'attributs de la Divinité ; mais ces Cabalistes sont les plus sages. En effet, on a beau citer les Cabalistes qui disent que celui qui est un a fait émaner les lumieres ; qu'il a fait trois ordres d'émanations, & que ces nombres prouvent la trinité du roi pendant toute l'éternité ; ces expressions vagues d'Isachor Beer (Isachor Beer, fil. Mosis. Pesahc. lib. imve Beriah.) sont expliquées un moment après : tout le mystere consiste dans l'émanation de quatre mondes ; l'Archetipe, l'Angélique, celui des Etoiles, & l'Elémentaire. Cependant ces quatre mondes n'ont rien de commun avec la Trinité, c'est ainsi que Siméon Jochaïdes trouvoit dans le nom de Jehovah, le Pere, le Fils, la Fille & la Mere ; avec un peu de subtilité, on trouveroit le Saint-Esprit dans la Fille de la Voix, & la Mere pourroit être regardée comme l'essence divine ou l'Eglise chrétienne. Cependant on voit bien que ce n'étoit point l'intention de ce cabaliste. Le jod, disoit-il, est le Pere ; l'h, ou la seconde lettre du nom ineffable, est la Mere ; l'a est le Fils ; la derniere, h, est la Fille : & qu'entend-il par-là ? l'Esprit, le Verbe, la voix, & l'ouvrage. On cite Maimonides, qui dit que " la couronne est l'esprit original des dieux vivans ; que la sagesse est l'esprit de l'Esprit, & que l'intelligence est l'eau qui coule de l'esprit ; que s'il y a quelque distinction entre les effets de la sagesse, de l'intelligence & de la science, cependant il n'y a aucune différence entr'elles ; car la fin est liée avec le commencement, & le commencement avec la fin ". Mais il s'explique lui-même, en comparant cela au feu ou à la flamme qui jette au-dehors plusieurs couleurs différentes, comme autant d'émanations qui ont toutes leur principe & leur racine dans le feu. On ne conçoit pas les personnes de la Trinité. comme le bleu, le violet & le blanc qu'on voit dans la flamme ; cependant les Cabalistes soûtiennent que les splendeurs émanent de la Divinité, comme les couleurs sortent de la flamme, ou plûtôt du feu. Il ne faut donc pas s'arrêter aux éloges que les docteurs font des trois premiers séphirots, comme si c'étoient les personnes de la Trinité, d'autant plus qu'ils unissent tous les séphirots à l'essence de Dieu ; & dès le moment qu'on regarde les trois premiers comme autant de personnes de l'Essence divine, il faudra les multiplier jusqu'à dix, puisqu'ils subsistent tous de la même maniere, quoiqu'il y ait quelque différence d'ordre.
La couronne est la premiere des grandes splendeurs, parce que comme la couronne est le dernier habit qui couvre l'homme, & qu'on porte sur la tête, cette splendeur est la plus proche de l'infini, & le chef du monde azileutique : elle est pleine de mille petits canaux d'où coulent les effets de la bonté & de l'amour de Dieu. Toutes les troupes des anges attendent avec impatience qu'une portion de cette splendeur descende sur eux, parce que c'est elle qui leur fournit les alimens & la nourriture. On l'appelle le non-être, parce qu'elle se retire dans le sein caché de Dieu, dans un abysme inaccessible de lumiere.
On donne quelquefois le titre de couronne au royaume, qui n'est que la derniere des splendeurs : mais c'est dans un sens impropre, parce qu'il est la couronne du temple, de la foi, & du peuple d'Israël.
La seconde émanation est la sagesse, & la troisieme est l'intelligence : mais nous serions trop longs si nous voulions expliquer ces trois grandes splendeurs, pour descendre ensuite aux sept autres. Il vaut mieux remarquer la liaison qui est entre ces splendeurs, & celle qu'elles ont avec les créatures qui composent l'univers. A chaque séphirot on attache un nom de Dieu, un des principaux anges, une des planetes, un membre du corps humain, un des commandemens de la loi ; & de là dépend l'harmonie de l'univers. D'ailleurs une de ces choses fait penser à l'autre, & sert de degré pour parvenir au plus haut degré de la connoissance & de la Théologie contemplative. Enfin on apprend par-là l'influence que les splendeurs ont sur les anges, sur les planetes, sur les astres, sur les parties du corps humain, &c.
Il y a donc une subordination entre toutes les choses dont cet univers est composé, & les unes ont une grande influence sur les autres ; car les splendeurs influent sur les anges, les anges sur les planetes, & les planetes sur l'homme : c'est pourquoi on dit que Moyse qui avoit étudié l'Astronomie en Egypte, eut beaucoup d'égard aux astres dans sa loi. Il ordonna qu'on sanctifiât le jour du repos, à cause de Saturne qui préside sur ce jour là, & dont les malignes influences seroient dangereuses, si on n'en détournoit pas les effets par la dévotion & par la priere. Il mit l'ordre d'honorer son pere & sa mere sous la sphere de Jupiter, qui étant plus doux, est capable d'inspirer des sentimens de respect & de soûmission. Je ne sai pourquoi Moyse qui étoit si habile, mit la défense du meurtre sous la constellation de Mars ; car il est plus propre à les produire qu'à en arrêter le cours. Ce sont là les excès & les visions de la Cabale. Passons à d'autres.
En supposant la liaison des splendeurs ou perfections divines, & leur subordination, il a fallu imaginer des canaux & des conduits, par lesquels les influences de chaque perfection se communiquassent à l'autre : autrement l'harmonie auroit été traversée ; & chaque splendeur agissant dans sa sphere particuliere, les mondes des anges, des astres, & des hommes terrestres, n'en auroient tiré aucun avantage. C'est pourquoi les Cabalistes ne manquent pas de dire qu'il y a vingt-deux canaux, conformément au nombre des lettres de l'alphabet hébreu, & ces vingt-deux canaux servent à la communication de tous les séphirots : car ils portent les influences de l'une à l'autre.
Ils ont trois canaux de la couronne, dont l'un va se rendre à la sagesse, le second à l'intelligence, & le troisieme à la beauté. De la sagesse sort un quatrieme canal qui va se jetter dans l'intelligence : le cinquieme passe de la même source à la beauté, & le sixieme à la magnificence.
Il faut remarquer que ces lignes de communication ne remontent jamais, mais elles descendent toûjours. Tel est le cours des eaux qui ont leur source sur les montagnes, & qui viennent se répandre dans les lieux plus bas. En effet quoique toutes les splendeurs soient unies à l'essence divine, cependant la premiere a de la superiorité sur la seconde ; du-moins c'est de la premiere que sort la vertu & la force, qui fait agir la seconde ; & le royaume, qui est le dernier, tire toute sa vigueur des splendeurs qui sont au-dessus de lui. Cette subordination des attributs de Dieu pourroit paroître erronée : mais les Cabalistes disent que cela ne se fait que selon notre maniere de concevoir ; & qu'on range ainsi ces splendeurs, afin de distinguer & de faciliter la connoissance exacte & pure de leurs opérations.
C'est dans la même vûe qu'ils ont imaginé trente-deux chemins & cinquante portes qui conduisent les hommes à la connoissance de ce qu'il y a de plus secret & de plus caché. Tous les chemins sortent de la sagesse ; parce que l'Ecriture dit, tu as créé le monde avec sagesse. Toutes ces routes sont tracées dans un livre qu'on attribue au patriarche Abraham ; & un rabbin célebre du même nom y a ajoûté un commentaire, afin d'y conduire plus sûrement les hommes.
Les Chrétiens se divisent sur l'explication des séphirots aussi-bien que les Juifs ; & il n'y a rien qui puisse mieux nous convaincre de l'incertitude de la Cabale, que les différentes conjectures qu'ils ont faites : car ils y trouvent la Trinité & les autres principes de la religion chrétienne. (Morus, epist. in Cab. denud. tom. II. Kircher, Oedip. Aegypt. Gymnas. &c. cap. jx. tom. II.) Mais si l'on se donne la peine d'examiner les choses, on trouvera que si les Cabalistes ont voulu dire quelque chose, ils ont eu dessein de parler des attributs de Dieu. Faut-il, parce qu'ils distinguent trois de ces attributs comme plus excellens, conclure que ce sont trois personnes ? Qu'on lise leurs docteurs sans préjugé, on y verra qu'ils comparent les séphirots à dix verres peints de dix couleurs différentes. La lumiere du soleil qui frappe tous ces verres est la même, quoiqu'elle fasse voir des couleurs différentes : c'est ainsi que la lumiere ou l'essence divine est la même, quoiqu'elle se diversifie dans les splendeurs, & qu'elle y verse des influences très-différentes. On voit par cette comparaison que les séphirots ne sont point regardés par les Cabalistes comme les personnes de la Trinité que les Chrétiens adorent. Ajoûtons un autre exemple qui met la même chose dans un plus grand jour, quoiqu'on s'en serve quelquefois pour prouver le contraire.
Rabbi Schabté compare les splendeurs à un arbre, dans lequel on distingue la racine, le germe, & les branches. " Ce trois choses forment l'arbre ; & la seule différence qu'on y remarque, est que la racine est cachée pendant que le tronc & les branches se produisent au dehors. Le germe porte sa vertu dans les branches qui fructifient : mais au fond, le germe & les branches tiennent à la racine, & forment ensemble un seul & même arbre. Disons la même chose des splendeurs. La couronne est la racine cachée, impénétrable ; les trois esprits, ou séphirots, ou splendeurs, sont le germe de l'arbre ; & les sept autres, sont les branches unies au germe sans pouvoir en être séparées : car celui qui les sépare, fait comme un homme qui arracheroit les branches de l'arbre, qui couperoit le tronc & lui ôteroit la nourriture en le séparant de sa racine. La couronne est la racine qui unit toutes les splendeurs. " (Schabté in Jezirah.)
Comment trouver là la Trinité ? Si on l'y découvre, il faut que ce soit dans ces trois choses qui composent l'arbre, la racine, le germe, & les branches. Le Pere sera la racine, le germe sera le Fils, & les branches le saint Esprit qui fructifie. Mais alors les trois premieres splendeurs cessent d'être les personnes de la Trinité, car ce sont elles qui forment le tronc & le germe de l'arbre ; & que fera-t-on des branches & de la racine, si l'on veut que ce tronc seul, c'est-à-dire les trois premieres splendeurs soient la Trinité ? D'ailleurs ne voit-on pas que comme les dix splendeurs ne font qu'un arbre, il faudroit conclure qu'il y a dix personnes dans la Trinité, si on vouloit adopter les principes des Cabalistes ?
Création du monde par voie d'émanation. Les Cabalistes ont un autre système, & qui n'est pas plus intelligible que le précédent. Ils soûtiennent qu'il y a plusieurs mondes, & que ces mondes sont sortis de Dieu par voie d'émanation. Ils sont composés de lumiere. Cette lumiere divine étoit fort subtile dans sa source, mais elle s'est épaissie peu-à-peu à proportion qu'elle s'est éloignée de l'Etre souverain, auquel elle étoit originairement attachée.
Dieu vouloit donc créer l'univers, il y trouva deux grandes difficultés. Premierement tout étoit plein, car la lumiere éclatante & subtile (Introduct. ad lib. Zohar. sect. I. Cab. denud. tom. III.) qui émanoit de l'essence divine, remplissoit toutes choses : il falloit donc former un vuide pour placer les émanations & l'univers. Pour cet effet, Dieu pressa un peu la lumiere qui l'environnoit, & cette lumiere comprimée se retira aux côtés, & laissa au milieu un grand cercle vuide, dans lequel on pouvoit situer le monde. On explique cela par la comparaison d'un homme qui se trouvant chargé d'une robe longue la retrousse. On allegue l'exemple de Dieu qui changea de figure ou la maniere de sa présence, sur le mont Sinaï & dans le buisson ardent. Mais toutes ces comparaisons n'empêchent pas qu'il ne reste une idée de substance sensible en Dieu. Il n'y a que les corps qui puissent remplir un lieu, & qui puissent être comprimés.
On ajoûte que ce fut pour l'amour des justes & du peuple saint, que Dieu fit ce resserrement de lumiere. Ils n'étoient pas encore nés, mais Dieu ne laissoit pas de les avoir dans son idée. Cette idée le réjoüissoit : & ils comparent la joie de Dieu qui produisit les points, & ensuite les lettres de l'alphabet, & enfin les récompenses & les peines, au mouvement d'un homme qui rit de joie.
La lumiere qui émanoit de l'essence divine, faisoit une autre difficulté, car elle étoit trop abondante & trop subtile pour former les créatures. Afin de prévenir ce mal, Dieu tira une longue ligne, qui descendant les parties basses, tantôt d'une maniere droite, & tantôt en se recourbant, pour faire dix cercles ou dix séphirots, servit de canal à la lumiere. Elle se communiqua d'une maniere moins abondante, & s'épaississant à proportion qu'elle s'éloignoit de son centre, & descendant par le canal, elle devenoit plus propre à former les esprits & les corps.
La premiere émanation, plus parfaite que les autres, s'appelle Adam Kadmon, le premier de tout ce qui a été créé au commencement. Son nom est tiré de la Genese, où Dieu dit, faisons l'homme ou Adam à notre image ; & on lui a donné ce nom, parce que comme l'Adam terrestre est un petit monde, celui du ciel est un grand monde ; comme l'homme tient le premier rang sur la terre, l'Adam céleste l'occupe dans le ciel ; comme c'est pour l'homme que Dieu a créé toutes choses, l'Eternel a possedé l'autre dès le commencement, avant qu'il fît aucunes de ses oeuvres, & dès les tems anciens. (Prov. ch. viij. vers. 22.) Enfin, au lieu qu'en commençant par l'homme (Abraham Cohen Irirae philosoph. Cab. dissert. VI. cap. vij.) on remonte par degrés aux intelligences supérieures jusqu'à Dieu ; au contraire, en commençant par Adam céleste qui est souverainement élevé, on descend jusqu'aux créatures les plus viles & les plus basses. On le représente comme un homme qui a un crane, un cerveau, des yeux, & des mains ; & chacune de ses parties renferme des mysteres profonds. La sagesse (Apparatus in lib. Zohar. figurâ primâ, pag. 195.) est le crane du premier Adam, & s'étend jusqu'aux oreilles, l'intelligence est son oreille droite ; la prudence fait son oreille gauche ; ses piés ne s'allongent pas au-delà d'un certain monde inférieur, de peur que s'ils s'étendoient jusqu'au dernier ils ne touchassent à l'infini, & qu'il ne devînt lui-même infini. Sur son diaphragme est un amas de lumiere qu'il a condensée : mais une autre partie s'est échappée par les yeux & par les oreilles. La ligne qui a servi de canal à la lumiere, lui a communiqué avec l'intelligence & la bonté, le pouvoir de produire d'autres mondes. Le monde de cet Adam premier est plus grand que tous les autres ; ils reçoivent de lui leurs influences, & en dépendent. Les cercles qui forment la couronne, marquent sa vie & sa durée, que Plotin & les Egyptiens ont représentée par un cercle ou par une couronne.
Comme tout ce qu'on dit de cet Adam premier semble convenir à une personne, quelques chrétiens interprétant la Cabale, ont cru qu'on désignoit par-là Jésus-Christ, la seconde personne de la Trinité. Ils se sont trompés, car les Cabalistes (Abraham Cohen Irirae philosoph. Cab. Dissert. IV. cap. vij.) donnent à cet Adam un commencement : ils ont même placé un espace entre lui & l'infini, pour marquer qu'il étoit d'une essence différente, & fort éloigné de la perfection de la cause qui l'avoit produit ; & malgré l'empire qu'on lui attribue pour la production des autres mondes, il ne laisse pas d'approcher du néant, & d'être composé de qualités contraires : d'ailleurs les Juifs qui donnent souvent le titre de fils à leur Seir-Anpin, ne l'attribuent jamais à Adam Kadmon qu'ils élevent beaucoup au-dessus de lui.
On distingue quatre sortes de mondes, & quatre manieres de création.
1°. Il y a une production par voye d'émanation, & ce sont les séphirots & les grandes lumieres qui ont émané de Dieu, & qui composent le monde Azileutique ; c'est le nom qu'on lui donne. Ces lumieres sont sorties de l'Etre infini, comme la chaleur sort du feu, la lumière du soleil, & l'effet de la cause qui le produit. Ces émanations sont toujours proches de Dieu, où elles conservent une lumiere plus vive & plus subtile ; car la lumiere se condense & s'épaissit à proportion qu'on s'éloigne de l'Etre infini.
Le second monde s'appelle Briathique, d'un terme qui signifie dehors ou détacher. On entend par là le monde ou la création des ames qui ont été détachées de la premiere cause, qui en sont plus éloignées que les séphirots, & qui par conséquent sont plus épaisses & plus ténébreuses. On appelle ce monde le throne de la gloire, & les séphirots du monde supérieur y versent leurs influences.
Le troisieme degré de la création regarde les anges. On assûre (Philos. Cabb. diss. I. cap. xvij.) qu'ils ont été tirés du néant dans le dessein d'être placés dans des corps célestes, d'air ou de feu ; c'est pourquoi on appelle leur formation Jesirah, parce que ces esprits purs ont été formés pour une substance qui leur étoit destinée. Il y avoit dix troupes de ces anges. A leur tête étoit un chef nommé Métraton, élevé au-dessus d'eux, contemplant incessamment la face de Dieu, leur distribuant tous les jours le pain de leur ordinaire. Ils tirent de lui leur vie & leurs autres avantages ; c'est pourquoi tout l'ordre angélique a pris son nom.
Enfin Dieu créa les corps qui ne subsistent point par eux-mêmes comme les ames, ni dans un autre sujet, comme les anges. Ils sont composés d'une matiere divisible changeante, ils peuvent se détruire, & c'est cette création du monde qu'ils appellent Asiah. Voilà l'idée des Cabalistes, dont le sens est que Dieu a formé différemment les ames, les anges & les corps, car pour les émanations, ou le monde Azileutique, ce sont les attributs de la divinité qu'ils habillent en personnes créées, ou des lumieres qui découlent de l'Etre infini.
Quelque bisarres que soient toutes ces imaginations, on a tâché de justifier les visionnaires qui les ont enfantées, & ce sont les Chrétiens qui se chargent souvent de ce travail pour les Juifs. Mais il faut avoüer qu'ils ne sont pas toûjours les meilleurs interpretes de la Cabale. Ils pensent toûjours à la Trinité des personnes divines ; & quand il n'y auroit que ce seul article dont ils s'entêtent, ils n'entreroient jamais dans le sentiment des Cabalistes. Ils nous apprennent seulement par leur idée de la Trinité ; qu'on peut trouver tout ce qu'on veut dans la Cabale. Cohen Irira, dans son livre intitulé, Philos. Cab. dissert. V. chap. viij. nous fait mieux comprendre la pensée des Cabalistes, en soûtenant, 1°. que la lumiere qui remplissoit toutes choses étoit trop subtile pour former des corps ni même des esprits.
Il falloit condenser cette lumiere qui émanoit de Dieu. Voilà une premiere erreur, que le monde est sorti de la divinité par voie d'émanation, & que les esprits sont sortis de la lumiere. 2°. Il remarque que Dieu ne voulant pas créer immédiatement lui-même, produisit un être qu'il revêtit d'un pouvoir suffisant pour cela, & c'est ce qu'ils appellent Adam premier ou Adam kadmon. Ce n'est pas que Dieu ne pût créer immédiatement, mais il eut la bonté de ne le pas faire, afin que son pouvoir parût avec plus d'éclat, & que les créatures devinssent plus parfaites. 3°. Ce premier principe que Dieu produisit, afin de s'en servir pour la création de l'Univers, étoit fini & borné : Dieu lui donna les perfections qu'il a, & lui laissa les défauts qu'il n'a pas. Dieu est indépendant, & ce premier principe dépendoit de lui ; Dieu est infini, & le premier principe est borné ; il est immuable, & la premiere cause étoit sujette au changement.
Il faut donc avoüer que ces théologiens s'éloignent des idées ordinaires, & de celles que Moyse nous a données sur la création. Ils ne parlent pas seulement un langage barbare ; ils enfantent des erreurs, & les cachent sous je ne sai quelles figures. On voit évidemment par Isaac Loriia, commentateur Juif, qui suit pas à pas son maître, qu'ils ne donnent pas immédiatement la création à Dieu ; ils font même consister sa bonté à avoir fait un principe inférieur à lui qui pût agir. Trouver J. C. dans ce principe, c'est non-seulement s'éloigner de leur idée, mais en donner une très-fausse du Fils de Dieu, qui est infini, immuable, & dépendant.
Si on descend dans un plus grand détail, on aura bien de la peine à ne se scandaliser pas du Seir Anpin, qui est homme & femme ; de cette mere, ce pere, cette femme, ou Nucha, qu'on fait intervenir ; de cette lumiere qu'on fait sortir par le crane, par les yeux & par les oreilles du grand Anpin. Ces métaphores sont-elles bien propres à donner une juste idée des perfections de Dieu, & de la maniere dont il a créé le monde ? Il y a quelque chose de bas & de rampant dans ces figures, qui bien loin de nous faire distinguer ce qu'on doit craindre & ce qu'on doit aimer, ou de nous unir à la divinité, l'avilissent, & la rendent méprisable aux hommes.
Voilà les principes généraux de la Cabale, que nous avons tâché d'expliquer avec clarté, quoique nous ne nous flattions pas d'y avoir réussi. Il faut avoüer qu'il y a beaucoup d'extravagance, & même de péril dans cette méthode ; car si on ne dit que ce que les autres ont enseigné sur les opérations & sur les attributs de Dieu, il est inutile d'employer des allégories perpétuelles, & des métaphores outrées, qui, bien loin de rendre les vérités sensibles, ne servent qu'à les obscurcir. C'est répandre un voile sur un objet qui étoit déjà caché, & dont on ne découvroit qu'avec peine quelques traits. D'ailleurs, on renverse toute l'écriture, on en change le sens, & jusqu'aux mots, afin de pouvoir trouver quelque fondement & quelque appui à ses conjectures. On jette même souvent les hommes dans l'erreur, parce qu'il est impossible de suivre ces théologiens, qui entassent figures sur figures, & qui ne les choisissent pas toûjours avec jugement. Ce mêlange d'hommes & de femmes qu'on trouve associés dans les splendeurs, leur union conjugale, & la maniere dont elle se fait, sont des emblêmes trop puérils & trop ridicules pour représenter les opérations de Dieu, & sa fécondité. D'ailleurs, il y a souvent une profondeur si obscure dans les écrits des Cabalistes, qu'elle devient impénétrable : la raison ne dicte rien qui puisse s'accorder avec les termes dont leurs écrits sont pleins. Après avoir cherché long-tems inutilement, on se lasse, on ferme le livre ; on y revient une heure après, on croit appercevoir une petite lueur, mais elle disparoît aussitôt. Leurs principes paroissent d'abord avoir quelque liaison, mais la diversité des interpretes qui les expliquent est si grande, qu'on ne sait où se fixer. Les termes qu'on employe sont si étrangers ou si éloignés de l'objet, qu'on ne peut les y ramener ; & il y a lieu d'être étonné qu'il y ait encore des personnes entêtées, qui croyent que l'on peut découvrir ou éclaircir des vérités importantes, en se servant du secours de la Cabale. Il seroit difficile de les guérir : d'ailleurs si en exposant aux yeux cette science dans son état naturel, on ne s'apperçoit pas qu'elle est creuse & vuide, & que sous des paroles obscures, souvent inintelligibles à ceux-mêmes qui s'en servent, on cache peu de chose ; tous les raisonnemens du monde ne convaincroient pas. En effet, un homme de bon sens qui aura étudié à fond les séphirots, la couronne qui marque la perfection, la sagesse, ou la magnificence, en comprendra-t-il mieux que Dieu est un être infiniment parfait, & qu'il a créé le monde ? Au-contraire, il faut qu'il fasse de longues spéculations avant que de parvenir là. Il faut lire les Cabalistes, écouter les différentes explications qu'ils donnent à leurs splendeurs, les suivre dans les conséquences qu'ils en tirent, peser si elles sont justes. Après tout, il faudra en revenir à Moyse ; & pourquoi n'aller pas droit à lui, puisque c'est le maître qu'il faut suivre, & que le cabaliste s'égare dès le moment qu'il l'abandonne ? Les séphirots sont, comme les distinctions des scholastiques, autant de remparts, derriere lesquels un homme qui raisonne juste ne peut jamais percer un ignorant qui sait son jargon. Les écrivains sacrés ont parlé comme des hommes sages & judicieux, qui voulant faire comprendre des vérités sublimes, se servent de termes clairs. Ils ont dû nécessairement fixer leur pensée & celle des Lecteurs, n'ayant pas eu dessein de les jetter dans un embarras perpétuel & dans des erreurs dangereuses. S'il est permis de faire à Dieu tout ce qu'il a pû dire, sans que ni le terme qu'il a employé, ni la liaison du discours détermine à un sens précis, on ne peut jamais convenir de rien. Les systêmes de religion varieront à proportion de la fécondité de l'imagination de ceux qui liront l'Ecriture ; & pendant que l'un s'occupera à chercher les évenemens futurs & le sort de l'Eglise dans les expressions les plus simples, un autre y trouvera sans peine les erreurs les plus grossieres.
Mais, nous dira-t-on, puisque les Juifs sont entêtés de cette science, ne seroit-il pas avantageux de s'en servir pour les combattre plus facilement ? Quel avantage ! quelle gloire pour nous, lorsqu'on trouve, par la Cabale, la Trinité des personnes, qui est le grand épouvantail des Juifs, & le phantôme qui les trouble ! quelle consolation, lorsqu'on découvre tous les mysteres dans une science qui semble n'être faite que pour les obscurcir !
Je réponds 1°. que c'est agir de mauvaise foi que de vouloir que le Christianisme soit enfermé dans les séphirots ; car ce n'étoit point l'intention de ceux qui les ont inventés. Si on y découvre nos mysteres, afin de faire sentir le ridicule & le foible de cette méthode, à la bonne heure : mais Morus & les autres cabalistes chrétiens entrent dans le combat avec une bonne foi qui déconcerte, parce qu'elle fait connoître qu'ils ont dessein de prouver ce qu'ils avancent, & qu'ils sont convaincus que toute la religion chrétienne se trouve dans la Cabale ; ils insultent ceux qui s'en moquent, & prétendent que c'est l'ignorance qui enfante ces sourires méprisans. On peut employer cette science contre les rabbins qui en sont entêtés, afin d'ébranler leur incrédulité par les argumens que l'on tire de leur propre sein ; & l'usage qu'on fait des armes qu'ils nous prêtent, peut être bon quand on les tourne contre eux-mêmes : mais il faut toûjours garder son bon sens au milieu du combat, & ne se laisser pas ébloüir par l'éclat d'une victoire qu'on remporte facilement, ni la pousser trop loin. Il faut sentir la vanité de ces principes, & n'en pas faire dépendre les vérités solides du Christianisme ; autrement on tombe dans deux fautes sensibles.
En effet, le juif converti par des argumens cabalistiques, ne peut pas avoir une véritable foi. Elle chancellera dès le moment que la raison lui découvrira la vanité de cet art ; & son christianisme, s'il n'est tiré que du fond de la Cabale, tombera avec la bonne opinion qu'il avoit de sa science ; quand même l'illusion dureroit jusqu'à la mort, en seroit-on plus avancé ? On feroit entrer dans l'église chrétienne un homme dont la foi n'est appuyée que sur des roseaux. Une connoissance si peu solide peut-elle produire de véritables vertus ? Mais, de plus, le prosélyte, dégagé des préjugés de sa nation, & de l'autorité de ses maîtres, & de leur science, perdra peu à peu l'estime qu'il avoit pour elle. Il commencera à douter : on ne le ramenera pas aisément, parce qu'il se défiera de ses maîtres qui ont commencé par la fraude ; & s'il ne r'entre pas dans le Judaïsme par intérêt, il demeurera Chrétien sans religion & sans piété. Cet article est extrait de l'histoire des Juifs de Basnage. (C)
Voilà bien des chimeres : mais l'histoire de la Philosophie, c'est-à-dire des extravagances d'un grand nombre de savans, entre dans le plan de notre ouvrage ; & nous croyons que ce peut être pour les Philosophes même un spectacle assez curieux & assez intéressant, que celui des reveries de leurs semblables. On peut bien dire qu'il n'y a point de folies qui n'ayent passé par la tête des hommes, & même des sages ; & Dieu merci, nous ne sommes pas sans doute encore au bout. Ces Cabalistes qui découvrent tant de mysteres en transposant des lettres ; cette lumiere qui sort du crâne du grand Anpin ; la flamme bleue que les brachmanes se cherchent au bout du nez ; la lumiere du Tabor que les ombilicaux croyoient voir à leur nombril ; toutes ces visions sont à peu-près sur la même ligne : & après avoir lû cet article & plusieurs autres, on pourra dire ce vers des Plaideurs :
Que de fous ! je ne fus jamais à telle fête. (O)
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| CABALIG | (Géog.) ville d'Asie dans le Turquestan. Long. 103. lat. 44.
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| CABALISTE | terme de Commerce usité à Toulouse & dans tout le Languedoc. C'est un marchand qui ne fait pas le commerce sous son nom, mais qui est intéressé dans le négoce d'un marchand en chef. (G)
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| CABALISTES | S. m. plur. (Hist.) secte des Juifs qui suit & pratique la Cabale, qui interprete l'Ecriture selon les regles de la Cabale prise au second sens que nous avons expliqué. Voyez CABALE.
Les Juifs sont partagés en deux sectes générales ; les Karaïtes, qui ne veulent pas recevoir les traditions, ni le thalmud, mais le seul texte de l'Ecriture (Voyez KARAÏTES) ; & les Rabbinistes ou Thalmudistes, qui outre cela reçoivent encore les traditions, & suivent le Thalmud. Voyez RABBINISTES.
Ceux-ci sont encore divisés en deux partis ; savoir, Rabbinistes simples, qui expliquent l'Ecriture selon le sens naturel, par la grammaire, l'histoire, ou la tradition ; & en Cabalistes, qui pour y découvrir les sens cachés & mysterieux que Dieu y a mis, se servent de la Cabale, & des principes sublimes que nous avons rapportés dans l'article précédent.
Il y a des visionnaires parmi les Juifs, qui disent que ce n'est que par les mysteres de la Cabale, que J. C. a opéré ses miracles. Quelques savans ont cru que Pythagore & Platon avoient appris des Juifs en Egypte l'art cabalistique, & ils ont cru en trouver des vestiges bien marqués dans leurs philosophies. D'autres croyent au contraire que c'est la Philosophie de Pythagore & de Platon qui a produit la Cabale. Quoi qu'il en soit, il est certain que dans les premiers siecles de l'Eglise, la plûpart des hérétiques donnerent dans les vaines idées de la Cabale. Les Gnostiques, les Valentiniens, les Basilidiens, y furent surtout très-attachés. C'est ce qui produisit l', & tant de talismans, dont il nous reste encore une grande quantité dans les cabinets des antiquaires. Voyez TALISMAN, &c. (G)
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| CABAMITE | ou CABAMITAN, (Géog.) petite contrée d'Asie dans la Tartarie.
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| CABANE | S. f. (Architecture) du Latin capana ; c'est aujourd'hui un petit lieu bâti avec de la bauge (espece de terre grasse) & couvert de chaume, pour mettre à la campagne les pauvres gens à l'abri des injures du tems. Anciennement les premiers hommes n'avoient pas d'autres demeures pour habitation ; l'Architecture a commencé par les cabanes, & a fini par les palais. Voyez ARCHITECTURE. (P)
CABANE, s. m. en terme de Marine ; c'est un petit logement de planches pratiqué à l'arriere, ou le long des côtés du vaisseau, pour coucher les pilotes ou autres officiers ; ce petit réduit est long de six piés, & large de deux & demi ; & comme il n'en a que trois de hauteur, on n'y peut être debout.
On donne le même nom à l'appartement pratiqué à l'arriere des bûches qui vont à la pêche du hareng, & qui est destiné pour les officiers qui les conduisent. Voyez Pl. XII. fig. 2.
C'est aussi un bateau couvert de planches de sapin, sous lequel un homme peut se tenir debout & à couvert ; il a un fond plat, & on s'en sert sur la Loire.
Les bateliers appellent aussi cabane un bateau couvert du côté de la poupe, d'une toile que l'on nomme banne, soûtenue sur deux cerceaux pliés en forme d'arc, pour mettre les passagers à couvert du soleil & de la pluie. Voyez BATEAU. (Z)
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| CABANI | ou KABANIA, (Géog.) ville & forteresse de la Russie septentrionale, dans la province de Burati.
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| CABAR-HUD | (Géog.) ville de l'Arabie heureuse dans la province de Hadhramuth.
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| CABARER | verb. neut. est un terme de brasserie, qui signifie jetter les métiers ou l'eau d'un vaisseau dans un autre, soit avec le jet ou avec le chapelet. Voyez l'article BRASSERIE.
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| CABARET | S. m. (Hist. nat. bot.) asarum, genre de plante à fleurs sans pétales, composée de cinq ou six étamines qui sortent d'un calice découpé en trois parties. La partie postérieure de ce calice devient dans la suite un fruit qui est pour l'ordinaire anguleux, divisé en six loges, & rempli de quelques semences oblongues. Tournefort. Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
L'asarum offic. germ. a la racine purgative & émétique ; elle desobstrue le foie, provoque les regles, expulse l'arriere-faix, & même le foetus. On la recommande dans la jaunisse, l'hydropisie, les douleurs des reins, & la goutte ; on l'appelle la panacée des fievres quartes. Les paysans en font leur fébrifuge. Une emplâtre de ses feuilles appliquée sur la région lombaire, pousse les urines ; extérieurement elle est résolutive, détersive, & vulnéraire. Les femmes enceintes doivent en éviter l'usage, quoi qu'en dise Fernel.
Potion émétique avec le cabaret. Prenez suc d'asarum une once ; oxymel de squille demi-once ; eau de chardon deux onces : c'est un très-puissant émétique, excellent dans la manie, où il réussit mieux que tous les remedes ordinaires.
Le cabaret pris en décoction purge doucement, & ne fait point vomir. Fernel en faisoit une composition émétique qui convient, selon lui, à tout le monde. Elle se prépare dans les boutiques.
Le cabaret est ainsi nommé, parce que les ivrognes s'en servent pour s'exciter au vomissement. (N)
CABARET, TAVERNE, (Commerce) ces deux lieux ont eu cela de commun, que l'on y vendoit du vin : mais dans les tavernes on n'y vendoit que du vin, sans y donner à manger ; au lieu qu'on donnoit à manger dans les cabarets. Cette distinction est ancienne. Les Grecs nommoient les lieux où l'on vendoit du vin, & , ceux où l'on donnoit à manger. Les Romains avoient aussi leurs tabernae & popinae, dont la distinction étoit la même. Les professions d'Hôteliers, de Cabaretiers, & de Taverniers, sont maintenant confondues : la police leur a prescrit quelques regles relatives à la religion, aux moeurs, à la santé, & à la sûreté publique, qui sont fort belles, mais de peu d'usage.
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| CABARETIER | S. m. celui qui est autorisé à donner à boire & à manger dans sa maison à tous ceux qui s'y présentent. Voyez CABARET.
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| CABARNES | S. m. pl. (Hist. anc.) c'est ainsi qu'on appelloit les prêtres de Cerès dans l'île de Paros. Ce mot vient du Phénicien ou de l'Hébreu carbarnin ou careb, offrir : il étoit en usage dans le même sens parmi les Syriens, ainsi que Josephe le fait voir par Théophraste : d'autres prétendent que ce fut le nom du premier de ces prêtres, qui apprit, à ce qu'on dit, à Cerès l'enlevement de sa fille.
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| CABARRES | S. m. pl. (Marine & Commerce) on donne ce nom à toutes sortes de petits bâtimens à fonds plats, qui servent à secourir & alléger les gros vaisseaux en mer. Les Suédois & les Danois les appellent clincar.
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| CABAS | S. m. (Messagerie) grand coche dont le corps est d'osier clissé. Cette voiture appartient ordinairement aux messageries.
CABAS ou CABAT, (Commerce) panier fait de jonc ou de feuilles de palmier. C'est dans ces sortes de paniers que l'on met les figues de Provence, après les avoir fait sécher. Il y en a de grands & de petits ; les uns pour la marchandise d'élite, & les autres pour la commune : on les ouvre également avec une toile ordinairement bleue ou violette. Voyez FIGUE.
Cabat se dit aussi dans quelques provinces de France, d'une mesure à mesurer les grains, particulierement le blé. (G)
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| CABASET | S. m. signifioit autrefois, dans l'Art milit. une arme défensive qui couvroit la tête. Ce mot vient, selon Nicod, de l'Hébreu coba, qui signifie un casque ou heaume, ou de l'Espagnol cabeça, tête. (Q)
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| CABAY | S. m. (Hist. mod.) c'est le nom que les Indiens, & les habitans de l'île de Ceylan & d'Aracan, donnent à des habits faits de soie ou de coton ornés d'or, que les seigneurs & principaux du pays ont coûtume de porter.
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| CABE | (Géog.) petite riviere d'Espagne au royaume de Galice, qui se jette dans le Velezar, & tombe avec lui dans le Minho.
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| CABEÇA-DE-VIDE | (Géog.) petite ville avec château, en Portugal, dans l'Alentéjo, à cinq lieues de Port-Alegre. Longitude 10. 48. latitude 39.
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| CABELA | (Hist. nat.) c'est le nom d'un fruit des Indes occidentales, qui ressemble beaucoup à des prunes : l'arbre qui le produit ne differe presqu'en rien du cerisier.
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| CABENDE | (Géog.) ville & port d'Afrique au royaume de Congo, dans la province d'Angoy, où il se fait un grand commerce de Negres.
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| CABE | ou GABES, (Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tunis, assez près du golfe du même nom. Long. 28. 30. lat. 33. 40.
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| CABESTAN | S. m. (Mar.) c'est une machine de bois reliée de fer, faite en forme de cylindre, posée perpendiculairement sur la pointe du vaisseau, que des barres passées en travers par le haut de l'essieu font tourner en rond. Ces barres étant conduites à force de bras font tourner autour du cylindre un cable, au bout duquel sont attachés les gros fardeaux qu'on veut enlever. Voyez CABLE.
C'est encore en virant le cabestan qu'on remonte les bateaux, & qu'on tire sur terre les vaisseaux pour les calfater, qu'on les décharge des plus grosses marchandises, qu'on leve les vergues & les voiles, aussi bien que les ancres. Voyez ANCRE.
Il y a deux cabestans sur les vaisseaux, qu'on distingue par grand & petit cabestan : le grand cabestan est placé derriere le grand mât sur le premier pont, & s'éleve jusqu'à quatre ou cinq piés de hauteur au-dessus du deuxieme. Voyez Pl. IV. fig. 1 n°. 102. On l'appelle aussi cabestan double, à cause qu'il sert à deux étages pour lever les ancres, & qu'on peut doubler sa force en mettant des gens sur les deux ponts pour le faire tourner.
Le petit cabestan est posé sur le second pont, entre le grand mât & le mât de misene. Voyez Plan. IV. fig. 1. n°. 103. il sert principalement à isser les mats de hune & les grandes voiles, & dans les occasions où il faut moins de force que pour lever les ancres.
Les François appellent cabestan anglois, celui où l'on n'employe que des demi-barres, & qui à cause de cela n'est percé qu'à demi ; il est plus renflé que les cabestans ordinaires.
Il y a encore un cabestan volant que l'on peut transporter d'un lieu à un autre. Voyez VINDAS.
Virer au cabestan, pousser au cabestan, faire joüer an cabestan, c'est-à-dire faire tourner le cabestan.
Aller au cabestan, envoyer au cabestan : quand les garçons de l'équipage ou les mousses ont commis quelque faute, le maître les fait aller au cabestan pour les y châtier : on y envoye aussi les matelots. Tous les châtimens qu'on fait au cabestan chez les François, se font au pié du grand mât chez les Hollandois. (Z)
Le cabestan n'a pas la forme exactement cylindrique, mais est à peu-près comme un cone tronqué qui va en diminuant de bas en haut, afin que le cordage qu'on y roule soit plus ferme, & moins sujet à couler ou glisser de haut en bas.
Il est visible par la description de cette machine, que le cabestan n'est autre chose qu'un treuil, dont l'axe au lieu d'être horisontal, est vertical. Voyez à l'article AXE les lois par lesquelles on détermine la force du treuil, appellé en latin axis in peritrochio, axe dans le tambour, ou essieu dans le tour. Dans le cabestan le tambour, peritrochium, est le cylindre, & l'axe ou l'essieu sont les leviers qu'on adapte aux cylindres, & par le moyen desquels on fait tourner le cabestan.
Le cabestan n'est donc proprement qu'un levier, ou un assemblage de leviers auxquels plusieurs puissances sont appliquées. Donc suivant les lois du levier, & abstraction faite du frottement, la puissance est au poids comme le rayon du cylindre est à la longueur du levier auquel la puissance est attachée ; & le chemin de la puissance est à celui du poids comme le levier est au rayon du cylindre. Moins il faut de force pour élever le poids, plus il faut faire de chemin : il ne faut donc point faire les leviers trop longs, afin que la puissance ne fasse pas trop de chemin ; ni trop courts, afin qu'elle ne soit pas obligée de faire trop d'effort ; car dans l'un & l'autre cas elle seroit trop fatiguée.
On appelle encore en général du nom de cabestan tout treuil dont l'axe est posé verticalement : tels sont ceux dont on se sert sur les ports à Paris, pour attirer à terre les fardeaux qui se trouvent sur les gros bateaux, comme pierres, &c.
Un des grands inconvéniens du cabestan, c'est que la corde qui se roule dessus descendant de sa grosseur à chaque tour, il arrive que quand elle est parvenue tout-à-fait au bas du cylindre, le cabestan ne peut plus virer, & l'on est obligé de choquer, c'est-à-dire de prendre des bosses, de dévirer le cabestan, de hausser le cordage, &c. manoeuvre qui fait perdre un tems considérable. C'est pour y remédier que l'Académie des Sciences de Paris proposa pour le sujet du prix de 1739 ; de trouver un cabestan qui fut exempt de ces inconvéniens. Elle remit ce prix à 1741, & l'on a imprimé en 1745 les quatre pieces qu'elle crut devoir couronner, avec trois accessit. L'Académie dit dans son avertissement, qu'elle n'a trouvé aucun des cabestans proposés exempt d'inconvéniens. Cela n'empêche pas néanmoins, comme l'Académie l'observe, que ces pieces, sur-tout les quatre pieces couronnées, & parmi les accessit, celle de M. l'abbé Fenel, aujourd'hui de l'Académie des Belles-lettres, ne contiennent d'excellentes choses, principalement par rapport à la théorie. Nous y renvoyons nos lecteurs. (O)
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| CABESTERRE | (Géog.) on appelle ainsi dans les îles Antilles, la partie de l'île qui regarde le levant, & qui est toûjours rafraîchie par les vents alisés, qui courent depuis le nord jusqu'à l'est-sud-est. La basse terre est la partie opposée ; les vents s'y font moins sentir, & par conséquent cette partie est plus chaude ; & la mer y étant plus tranquille, elle est plus propre pour le mouillage & le chargement des vaisseaux : joint à ce que les côtes y sont plus basses que dans les cabesterres, où elles sont ordinairement hautes & escarpées, & où la mer est presque toûjours agitée. Voyages du P. Labat.
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| CABIDO | ou CAVIDOS, s. m. (Commerce) sorte de mesure de longueur, dont on se sert en Portugal pour mesurer les étoffes, les toiles, &c.
Le cabidos, ainsi que l'aune de Hollande ou de Nuremberg, contient 2 piés 11 lignes, qui font quatre septiemes d'aune de Paris. L'aune de Paris fait un cabidos & trois quarts de cabidos ; desorte que sept cabidos sont quatre aunes de Paris. Voyez AUNE. (G)
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| CABIGIA | ou CAPCHAK, s. m. (Hist. mod.) tribu des Turcs Orientaux. Une femme de l'armée d'Oghuz Kan pressée d'accoucher, se retira dans le creux d'un arbre. Oghuz prit soin de l'enfant, l'adopta, & l'appella Cabigiak, écorce de bois ; nom qui marquoit la singularité de sa naissance. Cabigiak eut une postérité nombreuse qui s'étendit jusqu'au nord de la mer Caspienne. Il s'en fit un peuple qu'on connoît encore aujourd'hui sous le nom de Descht Kitchak : c'est de ces peuples que sont sorties les armées qui ont ravagé les états que le Mogol possédoit dans la Perse, & ce furent les premieres troupes que Bajazet opposa à Tamerlan.
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| CABILL | ou CABILAH, s. m. (Hist. mod.) nom d'une tribu d'Arabes, indépendans & vagabonds, qu'un chef conduit. Ils appellent ce chef cauque. On compte quatre-vingt de ces tribus : aucune ne reconnoît de souverain.
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| CABILLOTS | S. m. pl. (Marine) ce sont de petits bouts de bois, qui sont faits comme les boutons des Récollets, c'est-à-dire taillés longs & étroits, plus épais vers le milieu, & un peu courbes, les deux extrémités étant plus pointues, & se relevant un peu. On met ces morceaux de bois au bout de plusieurs herses qui tiennent aux grands haubans, qui servent à tenir les poulies des pantoquieres.
CABILLOTS ; ce sont aussi de petites chevilles de bois qui tiennent aux chouquets avec une ligne, & qui servent à tenir la balancine de la vergue de hune quand les perroquets sont serrés. (Z)
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| CABIN | (Géog.) riviere de France en Gascogne.
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| CABINET | S. m. (Architect.) sous ce nom on peut entendre les pieces destinées à l'étude, ou dans lesquelles l'on traite d'affaires particulieres ; ou qui contiennent ce que l'on a de plus précieux en tableaux, en bronzes, livres, curiosités, &c. On appelle aussi cabinet, les pieces où les dames font leur toilette, leur oratoire, leur méridienne, ou autres qu'elles destinent à des occupations qui demandent du recueillement & de la solitude. On appelle cabinet d'aisance, le lieu où font placées les commodités, connues aujourd'hui sous le nom de lieux à soupape.
Les premieres especes de cabinets doivent être pour plus de décence, placés devant les chambres à coucher & non après, n'étant pas convenable que les étrangers passent par la chambre à coucher du maître pour arriver au cabinet, cette derniere piece chez un homme d'un certain rang, lui servant à conférer d'affaires particulieres avec ceux que son état ou sa dignité amenent chez lui ; par ce moyen le maître, au sortir du lit, peut aller recevoir ses visites, parler d'affaires sans être interrompu par les domestiques, qui pendant son absence entrent dans la chambre à coucher par des dégagemens particuliers, & y font leur devoir, sans entrer dans le lieu qu'habitent les maîtres, à moins qu'on ne les y appelle. Je parle ici d'un cabinet faisant partie d'un appartement destiné à un très-grand seigneur, à qui pour lors il faut plusieurs de ces pieces, qui empruntent leur nom de leurs différens usages, ainsi que nous venons de le dire ci-dessus. On a une piece qu'on appelle le grand cabinet de l'appartement du maître ; elle est consacrée à l'usage dont nous venons de parler ; c'est dans son cabinet paré qu'il rassemble ce qu'il a de tableaux ou de curiosités ; son arriere-cabinet contient ses livres, son bureau, & c'est-là qu'il peut recevoir en particulier, à la faveur des dégagemens qui l'environnent, les personnes de distinction qui demandent de la préférence : un autre lui sert de serre-papiers, c'est là que sont conservés sous sa main & en sûreté ses titres, ses contracts, son argent : enfin il y en a un destiné à lui servir de garde-robe & à contenir des lieux à soupape, où il entre par sa chambre à coucher, & les domestiques par un dégagement. Ce détail nous a paru nécessaire.
Il y a encore d'autres cabinets ; on en a un du côté de l'appartement de société, qui a ses usages particuliers ; il peut servir pour un concert vocal ; les lieux pour les concerts composés de beaucoup d'instrumens devant être plus spacieux, alors on les appelle salle de concert ; dans ce même cabinet on peut tenir jeu, pendant que la salle d'assemblée, qui est à côté, serviroit ainsi que celle de compagnie, à recevoir une plus nombreuse société. Un petit sallon peut aussi servir de cabinet au même usage : mais sa forme elliptique, la maniere dont il est plafonné, & principalement les pieces qui l'environnent, lui ont fait donner le nom de sallon, pendant que la piece qui lui est opposée peut recevoir le nom de cabinet, par rapport à l'appartement dont elle fait partie ; cependant il faut avoüer qu'il est pour ainsi dire, des formes consacrées à l'usage de chaque piece en particulier : par exemple, il semble que les cabinets destinés aux affaires ou à l'étude, doivent être de forme réguliere, à cause de la quantité des meubles qu'ils sont obligés de contenir, au lieu que ceux de concerts, de bijoux, de toilette, & autres de cette espece, peuvent être irréguliers : il faut sur-tout que la décoration des uns & des autres soit relative à leur usage, c'est-à-dire qu'on observe de la gravité dans l'ordonnance des cabinets d'affaires ou d'étude ; de la simplicité dans ceux que l'on décore de tableaux : & de la legereté, de l'élegance, & de la richesse, dans ceux destinés à la société, sans que pour cela on use de trop de licence.
Il n'y a personne qui ne sente la nécessité qu'il y a de faire précéder les chambres à coucher par les cabinets, sur-tout dans les appartemens qui ne sont composés que d'un petit nombre de pieces.
On appelle aussi cabinets, certains meubles en forme d'armoire, faits de marqueterie, de pieces de rapport & de bronze, servant à serrer des médailles, des bijoux, &c. Ces cabinets étoient fort en usage dans le dernier siecle : mais comme ils ne laissoient pas d'occuper un espace assez considérable dans l'intérieur des appartemens, on les y a supprimés. Il s'en voit encore cependant quelques-uns dans nos anciens hôtels, exécutés par Boule, ébeniste du roi, ainsi que des bureaux, des secrétaires, serre-papiers, bibliotheques, &c. dont l'exécution est admirable, & d'une beauté fort au-dessus de ceux qu'on fait aujourd'hui.
On appelle aussi cabinets, de petits bâtimens isolés en forme de pavillons, que l'on place à l'extrémité de quelque grande allée, dans un parc, sur une terrasse ou sur un lieu éminent ; mais leur forme étant presque toûjours sphérique, elliptique ou à pans couverts, en calotte, & souvent percés à jour, le nom de sallons leur convient davantage ; & lorsque ces pieces sont accompagnées de quelques autres, comme de vestibules, d'anti-chambres, garde-robes, &c. on les nomme belvederes. Voyez BELVEDERE.
On appelle cabinets de treillage, de petits sallons quarrés, ronds, ou à pans, composés de barreaux de fer maillé, d'échalats peints en verd, tels qu'il s'en voit un à Clagny, d'un dessein & d'une élégance très-estimable, & plusieurs à Chantilly, d'une distribution très-ingénieuse. (P)
CABINET D'HISTOIRE NATURELLE. Le mot cabinet doit être pris ici dans une acception bien différente de l'ordinaire, puisqu'un cabinet d'Histoire naturelle est ordinairement composé de plusieurs pieces & ne peut être trop étendu ; la plus grande salle ou plutôt le plus grand appartement, ne seroit pas un espace trop grand pour contenir des collections en tout genre des différentes productions de la nature : en effet, quel immense & merveilleux assemblage ! comment même se faire une idée juste du spectacle que nous présenteroient toutes les sortes d'animaux, de végétaux, & de minéraux, si elles étoient rassemblées dans un même lieu, & vûes, pour ainsi dire, d'un coup d'oeil ? ce tableau varié par des nuances à l'infini, ne peut être rendu par aucune autre expression, que par les objets mêmes dont il est composé : un cabinet d'Histoire naturelle est donc un abregé de la nature entiere.
Nous ne savons pas si les anciens ont fait des cabinets d'Histoire naturelle. S'il y en a jamais eu un seul, il aura été établi chez les Grecs, ordonné par Alexandre, & formé par Aristote. Ce fameux naturaliste voulant traiter son objet avec toutes les vûes d'un grand philosophe, obtint de la magnificence d'Alexandre des sommes très-considérables, & il les employa à rassembler des animaux de toute espece, & à les faire venir de toutes les parties du monde connu. Ses livres sur le regne animal, prouvent qu'il avoit observé presque tous les animaux dans un grand détail, & ne permettent pas de douter qu'il n'eût une ménagerie très-complete à sa disposition, ce qui fait le meilleur cabinet que l'on puisse avoir pour l'histoire des animaux. D'ailleurs les dépouilles de tant d'animaux, & leurs différentes parties disséquées, étoient plus que suffisantes pour faire un très-riche cabinet d'Histoire naturelle dans cette partie ; car on ne peut pas douter qu'Aristote n'ait disséqué les animaux avec soin, puisqu'il nous a laissé des résultats d'observations anatomiques, & qu'il a attribué à certaines especes des qualités particulieres, dont elles sont doüées à l'exclusion de toute autre espece. Pour tirer de pareilles conséquences, il faut avoir, pour ainsi dire, tout vû. Si nous sommes quelquefois tentés de les croire hasardées ; ce n'est peut-être que parce que les connoissances que l'on a acquises sur les animaux depuis la renaissance des lettres, ne sont pas encore assez étendues, & que les plus grandes collections d'animaux que l'on a faites sont trop imparfaites en comparaison de celles d'Aristote.
La science de l'Histoire naturelle fait des progrès à proportion que les cabinets se complete nt ; l'édifice ne s'éleve que par les matériaux que l'on y employe, & l'on ne peut avoir un tout que lorsqu'on a mis ensemble toutes les parties dont il doit être composé. Ce n'a guere été que dans ce siecle que l'on s'est appliqué à l'étude de l'Histoire naturelle avec assez d'ardeur & de succès pour marcher à grands pas dans cette carriere. C'est aussi à notre siecle que l'on rapportera le commencement des établissemens les plus dignes du nom de cabinet d'Histoire naturelle.
Celui du jardin du roi est un des plus riches de l'Europe. Pour en donner une idée il suffira de faire ici mention des collections dont il est composé, en suivant l'ordre des regnes.
Regne animal. Il y a au cabinet du Roi différens squeletes humains de tout âge, & une très-nombreuse collection d'os remarquables par des coupes, des fractures, des difformités, & des maladies : des pieces d'anatomie injectées & desséchées ; des foetus de différens âges, & d'autres morceaux singuliers conservés dans les liqueurs : de très-belles pieces d'anatomie représentées en cire, en bois, &c. quelques parties des momies & des concrétions pierreuses tirées du corps humain. Voyez la description du cabinet du Roi, Hist. nat. tome III. Quantité de vêtemens d'armes, d'ustenciles de sauvages, &c. apportés de l'Amérique & d'autres parties du monde.
Par rapport aux quadrupedes, une très grande suite de squeletes & d'autres pieces d'ostéologie, & quantité d'animaux & de parties d'animaux conservées dans des liqueurs, des peaux empaillées, une collection de toutes les cornes de quadrupedes, des bézoards, des égagropiles, &c.
De très-beaux squeletes des oiseaux les plus gros & les plus rares ; des oiseaux entiers conservés dans des liqueurs, & d'autres empaillés, &c.
Une nombreuse collection de poissons de mer & d'eau douce desséchés ou conservés dans des liqueurs.
Un très-grand nombre d'especes différentes de serpens, de lésards, &c. recueillis de toutes les parties du monde.
Une très-grande suite de coquilles, de crustacées, &c.
Enfin quantité d'insectes de terre & d'eau, entr'autres une suite de papillons presque complete , & une très-grande collection de fausses plantes marines de toutes especes.
Regne végétal. Des herbiers très-complets faits par M. de Tournefort & par M. Vaillant ; de nombreuses suites de racines, d'écorces de bois, de semences & de fruits de plantes ; une collection presqu'entiere, de gommes, de résines, de baumes, & d'autres sucs de végétaux.
Regne minéral. Des collections de terres, de pierres communes & de pierres figurées, de pétrifications, d'incrustations, de résidus pierreux, & de stalactites : une très-belle suite de cailloux, de pierres fines, brutes, polies, façonnées en plaques, taillées en vases, &c. & de pierres précieuses, de crystaux ; toutes sortes de sels & de bitumes, de matieres minérales & fossiles, de demi-métaux & de métaux. Enfin une très-nombreuse collection de minéraux du royaume, & de toutes les parties de l'Europe, surtout des pays du nord, des autres parties du monde, & principalement de l'Amérique.
Toutes ces collections sont rangées par ordre méthodique, & distribuées de la façon la plus favorable à l'étude de l'Histoire naturelle. Chaque individu porte sa dénomination, & le tout est placé sous des glaces avec des étiquettes, ou disposé de la maniere la plus convenable. (I)
* Pour former un cabinet d'Histoire naturelle, il ne suffit pas de rassembler sans choix, & d'entasser sans ordre & sans goût, tous les objets d'Histoire naturelle que l'on rencontre ; il faut savoir distinguer ce qui mérite d'être gardé de ce qu'il faut rejetter, & donner à chaque chose un arrangement convenable. L'ordre d'un cabinet ne peut être celui de la nature ; la nature affecte par-tout un desordre sublime. De quelque côté que nous l'envisagions, ce sont des masses qui nous transportent d'admiration, des grouppes qui se font valoir de la maniere la plus surprenante. Mais un cabinet d'Histoire naturelle est fait pour instruire ; c'est-là que nous devons trouver en détail & par ordre, ce que l'univers nous présente en bloc. Il s'agit d'y exposer les thrésors de la nature selon quelque distribution relative, soit au plus ou moins d'importance des êtres, soit à l'intérêt que nous y devons prendre, soit à d'autres considérations moins savantes & plus raisonnables peut-être, entre lesquelles il faut préférer celles qui donnent un arrangement qui plaît aux gens de goût, qui intéresse les curieux, qui instruit les amateurs, & qui inspire des vûes aux savans. Mais satisfaire à ces différens objets, sans les sacrifier trop les uns aux autres : accorder aux distributions scientifiques autant qu'il faut, sans s'éloigner des voies de la nature, n'est pas une entreprise facile ; & entre tant de cabinets d'Histoire naturelle formés en Europe, s'il doit y en avoir de bien rangés, il doit aussi y en avoir beaucoup d'autres qui peut-être auront le mérite de la richesse, mais qui n'auront pas celui de l'ordre. Cependant qu'est-ce qu'une collection d'êtres naturels sans le mérite de l'ordre ? A quoi bon avoir rassemblé dans des édifices, à grande peine & à grands frais, une multitude de productions, pour me les offrir confondues pêle-mêle & sans aucun égard, soit à la nature des choses, soit aux principes de l'Histoire naturelle ? " Je dirois volontiers à ces Naturalistes qui n'ont ni goût ni génie : Renvoyez toutes vos coquilles à la mer ; rendez à la terre ses plantes & son engrais, & nettoyez vos appartemens de cette foule de cadavres, d'oiseaux, de poissons, & d'insectes, si vous n'en pouvez faire qu'un chaos où je n'apperçois rien de distinct, qu'un amas où les objets épars ou entassés ne me donnent aucune idée nette & précise. Vous ne savez pas faire valoir l'opulence de la nature, & sa richesse dépérit entre vos mains. Restez au fond de la carriere, taillez des pierres ; mais laissez à d'autres le soin d'ordonner l'édifice ". Qu'on pardonne cette sortie au regret que j'ai de savoir dans des cabinets, même célebres, les productions de la nature les plus précieuses, jettées comme dans un puits : on accourt sur les bords de ce puits, vous y suivez la foule, vous cherchez à percer les ténebres qui couvrent tant de raretés ; mais elles sont trop épaisses, vous vous fatiguez envain, & ne remporterez que le chagrin d'être privé de tant de richesses soit par l'indolence de celui qui les possede, soit par la négligence de ceux à qui le soin en est confié.
Nous n'aurions jamais fait, si nous entreprenions la critique ou l'éloge de toutes les collections d'Histoire naturelle qui sont en Europe ; nous nous arrêterons seulement à la plus florissante de toutes, je veux dire le cabinet du Roi. Il me semble qu'on n'a rien négligé soit pour faire valoir, soit pour rendre utile ce qu'il renferme. Il a commencé dès sa naissance à intéresser le public par sa propreté & par son élégance : on a pris dans la suite tant de soins pour le complete r, que les acquisitions qu'il a faites en tout genre, sont surprenantes, sur-tout si on les compare avec le peu d'années que l'on compte depuis son institution. Les choses les plus belles & les plus rares y ont afflué de tous les coins du monde ; & elles y ont heureusement rencontré des mains capables de les réunir avec tant de convenance, & de les mettre ensemble avec tant d'ordre, qu'on n'auroit aucune peine à y rendre à la nature un compte clair & fidele de ses richesses. Un établissement si considérable & si bien conduit, ne pouvoit manquer d'avoir de la célébrité, & d'attirer des spectateurs ; aussi il en vient de tous états, de toutes nations, & en si grand nombre, que dans la belle saison, lorsque le mauvais tems n'empêche pas de rester dans les salles du cabinet, leur espace y suffit à peine. On y reçoit douze à quinze cent personnes toutes les semaines : l'accès en est facile ; chacun peut à son gré s'y introduire, s'amuser, ou s'instruire. Les productions de la nature y sont exposées sans fard, & sans autre apprêt que celui que le bon goût, l'élegance, & la connoissance des objets devoient suggérer : on y répond avec complaisance aux questions qui ont du rapport à l'Histoire naturelle. La pédanterie qui choque les honnêtes gens, & la charlatanerie qui retarde les progrès de la science, sont loin de ce sanctuaire : on y a senti par une impulsion particuliere aux ames d'un certain ordre, quelle bassesse ce seroit à des particuliers qui auroient quelques collections d'Histoire naturelle, de prétendre s'en faire un mérite réel, & de travailler à enfler ce mérite, soit en les étalant avec faste, soit en les vantant au-delà de leur juste prix, soit en mettant du mystere dans de petites pratiques qu'il est toûjours assez facile de trouver, lorsqu'on veut se donner la peine de les chercher. On a senti qu'une telle conduite s'accorderoit moins encore avec un grand établissement, où l'on ne doit avoir d'autres vûes que le bien de l'établissement, où en rendant le public témoin des procédés qu'on suit, on en tire de nouvelles lumieres, & l'on répand le goût des mêmes occupations. C'est le but que M. Daubenton, garde & démonstrateur au cabinet du Roi, s'est proposé, & dans son travail au cabinet même qu'il a mis en un si bel ordre, & dans la description qu'on en trouve dans l'Histoire naturelle. Nous ne pouvons mieux faire que d'insérer ici ses observations sur la maniere de ranger & d'entretenir en général un cabinet d'Histoire naturelle ; elles ne sont point au-dessous d'un aussi grand objet.
" L'arrangement, dit M. Daubenton, le plus favorable à l'étude de l'Histoire naturelle, seroit l'ordre méthodique qui distribue les choses qu'elle comprend, en classes, en genres, & en especes ; ainsi les animaux, les végétaux, & les minéraux, seroient exactement séparés les uns des autres ; chaque regne auroit un quartier à part. Le même ordre subsisteroit entre les genres & les especes : on placeroit les individus d'une même espece les uns auprès des autres, sans qu'il fût jamais permis de les éloigner. On verroit les especes dans leurs genres, & les genres dans leurs classes. Tel est l'arrangement qu'indiquent les principes qu'on a imaginés pour faciliter l'étude de l'Histoire naturelle, tel est l'ordre qui seul peut les réaliser. Tout en effet y devient instructif ; à chaque coup-d'oeil, non-seulement on prend une connoissance réelle de l'objet que l'on considere, mais on y découvre encore les rapports qu'il peut avoir avec ceux qui l'environnent. Les ressemblances indiquent le genre, les différences marquent l'espece ; ces caracteres plus ou moins ressemblans, plus ou moins différens, & tous comparés ensemble, présentent à l'esprit & gravent dans la mémoire l'image de la nature. En la suivant ainsi dans les variétés de ses productions, on passe insensiblement d'un regne à un autre ; les dégradations nous préparent peu-à-peu à ce grand changement, qui n'est sensible dans son entier que par la comparaison des deux extrèmes. Les objets de l'Histoire naturelle étant présentés dans cet ordre, nous occupent assez pour nous intéresser par leurs rapports, sans nous fatiguer, & même sans nous donner le dégoût qui vient ordinairement de la confusion & du desordre.
Cet arrangement paroît si avantageux, que l'on devroit naturellement s'attendre à le voir dans tous les cabinets ; cependant il n'y en a aucun où l'on ait pû le suivre exactement. Il y a des especes & même des individus qui, quoique dépendans du même genre & de la même espece, sont si disproportionnés pour le volume, que l'on ne peut pas les mettre les uns à côté des autres ; il en est de même pour les genres, & quelquefois aussi pour les classes. D'ailleurs on est souvent obligé d'interrompre l'ordre des suites ; parce qu'on ne peut pas concilier l'arrangement de la méthode avec la convenance des places. Cet inconvénient arrive souvent, lorsque l'espace total n'est pas proportionné au nombre des choses qui composent les collections : mais cette irrégularité ne peut faire aucun obstacle à l'étude de l'Histoire naturelle : car il n'est pas possible de confondre les choses de différens regnes & de différentes classes ; ce n'est que dans le détail des genres & des especes, que la moindre équivoque peut causer une erreur.
L'ordre méthodique qui, dans ce genre d'étude, plaît si fort à l'esprit, n'est presque jamais celui qui est le plus avantageux aux yeux. D'ailleurs, quoiqu'il ait bien des avantages, il ne laisse pas d'avoir plusieurs inconvéniens. On croit souvent connoître les choses, tandis que l'on n'en connoît que les numéros & les places : il est bon de s'éprouver quelquefois sur des collections, qui ne suivent que l'ordre de la symmétrie & du contraste. Le cabinet du Roi étoit assez abondant pour fournir à l'un & à l'autre de ces arrangemens ; ainsi dans chacun des genres qui en étoit susceptible, on a commencé par choisir une suite d'especes, & même de plusieurs individus, pour faire voir les variétés aussi-bien que les especes constantes ; & on les a rangés méthodiquement par genres & par classes. Le surplus de chaque collection a été distribué dans les endroits qui ont paru le plus favorables, pour en faire un ensemble agréable à l'oeil, & varié par la différence des formes & des couleurs. C'est-là que les objets les plus importans de l'Histoire naturelle sont présentés à leur avantage ; on peut les juger sans être contraint par l'ordre méthodique, parce qu'au moyen de cet arrangement, on ne s'occupe que des qualités réelles de l'individu, sans avoir égard aux caracteres arbitraires du genre de l'espece. Si on avoit toûjours sous les yeux des suites rangées méthodiquement, il seroit à craindre qu'on ne se laissât prévenir par la méthode, & qu'on ne vînt à négliger l'étude de la nature, pour se livrer à des conventions auxquelles elle n'a souvent que très-peu de part. Tout ce qu'on peut rassembler de ses productions, dans un cabinet d'histoire naturelle, devroit y être distribué dans l'ordre qui approcheroit le plus de celui qu'elle suit, lorsqu'elle est en liberté. Quoique contrainte, on pourroit encore l'y reconnoître, après avoir rassemblé dans un petit espace des productions qui sont dispersées au loin sur la terre ; mais pour peu que ces objets soient nombreux, on se croit obligé d'en faire des classes, des genres & des especes, pour faciliter l'étude de leur histoire : ces principes arbitraires sont fautifs pour la plûpart ; ainsi il ne faut les suivre rangés méthodiquement, que comme des indices qui conduisent à observer la nature dans les collections où elle paroît, sans presqu'aucun autre apprêt que ceux qui peuvent la rendre agréable aux yeux. Les plus grands cabinets ne suffiroient pas, si on vouloit imiter scrupuleusement les dispositions & les progressions naturelles. On est donc obligé, afin d'éviter la confusion, d'employer un peu d'art, pour faire de la symmétrie ou du contraste.
Tant qu'on augmente un cabinet d'histoire naturelle, on n'y peut maintenir l'ordre qu'en déplaçant continuellement tout ce qui y est. Par exemple, lorsqu'on veut faire entrer dans une suite une espece qui y manque, si cette espece appartient au premier genre, il faut que tout le reste de la suite soit déplacé, pour que la nouvelle espece soit mise en son lieu.... Quoique ce genre d'occupation demande de l'attention, & qu'il emporte toûjours beaucoup de tems, ceux qui font des collections d'histoire naturelle ne doivent point le négliger : on ne le trouvera point ennuyeux, ni même infructueux, si on joint au travail de la main l'esprit d'observation. On apprend toûjours quelque chose de nouveau en rangeant méthodiquement une collection ; car dans ce genre d'étude plus on voit, plus on sait. Les arrangemens qui ne sont faits que pour l'agrément, supposent aussi des tentatives inutiles ; ce n'est qu'après plusieurs combinaisons qu'on trouve un résultat satisfaisant dans les choses de goût : mais on est bien dédommagé de la peine qu'on a eue par le plaisir qu'on ressent, lorsqu'on croit avoir réussi. Ce qu'il y a de plus desagréable sont les soins que l'on est obligé de prendre pour conserver certaines pieces sujettes à un promt dépérissement ; l'on ne peut être trop attentif à tout ce qui peut contribuer à leur conservation, parce que la moindre négligence peut être préjudiciable. Heureusement toutes les pieces d'un cabinet ne demandent pas autant de soins les unes que les autres, & toutes les saisons de l'année ne sont pas également critiques.
Les minéraux en général ne demandent que d'être tenus proprement, & de façon qu'ils ne puissent pas se choquer les uns contre les autres ; il y en a seulement quelques-uns qui craignent l'humidité, comme les sels qui se fondent aisément, & les pyrites qui se fleurissent, c'est-à-dire qui tombent en poussiere. Mais les animaux & les végétaux sont plus ou moins sujets à la corruption. On ne peut la prévenir qu'en les desséchant le plus qu'il est possible, ou en les mettant dans des liqueurs préparées ; dans ce dernier cas, il faut empêcher que la liqueur ne s'évapore ou ne se corrompe. Les pieces qui sont desséchées demandent encore un plus grand soin ; les insectes qui y naissent & qui y trouvent leurs alimens, les détruisent dans l'intérieur avant qu'on les ait apperçûs. Il y a des vers, des scarabées, des teignes, des papillons, des mites, &c. qui s'établissent chacun dans les choses qui leur sont le plus convenables ; ils rongent les chairs, les cartilages, les peaux, les poils, & les plumes, ils attaquent les plantes, quoique desséchées avec le plus grand soin ; on sait que le bois même peut être réduit en poudre par les vers : les papillons ne font pas autant de mal que les scarabées ; & il n'y a que ceux qui produisent les teignes qui soient nuisibles. Tous ces insectes pullulent en peu de tems, & leur génération est si abondante, que le nombre en deviendroit prodigieux, si on n'employoit pas différens moyens pour les détruire. La plûpart de ces petits animaux commencent ordinairement à éclorre ou à se mettre en mouvement au mois d'Avril, lorsque le printems est chaud, ou au mois de Mai, lorsque la saison est plus tardive ; c'est alors qu'il faut tout visiter, & examiner si on n'appercevra pas la trace de ces insectes, qui est ordinairement marquée par une petite poussiere qu'ils font tomber des endroits où ils sont logés ; dans ce cas il y a déjà du mal de fait ; ils ont rongé quelque chose : ainsi on ne doit point perdre de tems, il faut travailler à les détruire. On doit observer ces petits animaux jusqu'à la fin de l'été ; dans ce tems il n'en reste plus que des oeufs, ou bien ils sont arrêtés & engourdis par le froid. Voilà donc environ cinq mois pendant lesquels il faut veiller sans-cesse ; mais aussi pendant le reste de l'année, on peut s'épargner ce soin.
Il suffit en général de garantir l'intérieur d'un cabinet du trop grand froid, de la trop grande chaleur, & sur-tout de l'humidité. Si les animaux desséchés, particulierement ceux de la mer, qui restent toûjours imprégnés de sel marin, étoient exposés à l'air extérieur dans les grandes gelées, après avoir été imbibés de l'humidité des brouillards, des pluies, ou des dégels, ils seroient certainement altérés & décomposés en partie, par l'action de la gelée & par de si grands changemens de température. Aussi pendant la fin de l'autonne & pendant tout l'hyver, on ne peut mieux faire que de tenir tous les cabinets bien fermés, il ne faut pas craindre que l'air devienne mauvais pour n'avoir pas été renouvellé : il ne peut avoir de qualité plus nuisible que celle de l'humidité. D'ailleurs les salles des cabinets sont ordinairement assez grandes pour que l'air y circule aisément : au reste en choisissant un tems sec, on pourroit les ouvrir au milieu du jour. Pendant l'été on a moins à craindre de l'humidité : mais la chaleur produit de mauvais effets, qui sont la fermentation & la corruption. Plus l'air est chaud, plus les insectes sont vigoureux, plus leur multiplication est facile & abondante, plus les ravages qu'ils font sont considérables : il faut donc parer les rayons du soleil par tous les moyens possibles, & ne jamais donner l'entrée à l'air du dehors, que lorsqu'il est plus frais que celui du dedans. Il seroit à souhaiter que les cabinets d'histoire naturelle ne fussent ouverts que du côté du nord ; cette exposition est celle qui leur convient le mieux, pour les préserver de l'humidité de l'hyver, & des chaleurs de l'été.
Enfin par rapport à la distribution & aux proportions de l'intérieur, comme les planchers ne doivent pas être fort élevés, on ne peut pas faire de très-grandes salles ; car si l'on veut décorer un cabinet avec le plus d'avantage, il faut meubler les murs dans toute leur hauteur, & garnir le plat-fond comme les murs, c'est le seul moyen de faire un ensemble qui ne soit point interrompu ; & même il y a des choses qui sont mieux en place étant suspendues, que par-tout ailleurs. Mais si elles se trouvent trop élevées, on se fatigueroit inutilement à les regarder sans pouvoir les bien distinguer. En pareil cas, l'objet qu'on n'apperçoit qu'à demi, est toûjours celui qui pique le plus la curiosité : on ne peut guere voir un cabinet d'histoire naturelle, sans une certaine application qui est déjà assez fatiguante, quoique la plûpart de ceux qui y entrent, ne prétendent pas en faire une occupation sérieuse, cependant la multiplicité & la singularité des objets fixent leur attention.
Par rapport à la maniere de placer & de présenter avantageusement les différentes pieces d'histoire naturelle, je crois que l'on a toûjours à choisir. Il y en a plusieurs qui peuvent être aussi convenables les unes que les autres pour le même objet ; c'est au bon goût à servir de regle " M. Daubenton ne prétend entrer dans aucune discussion à cet égard, il s'est contenté dans sa description du cabinet du Roi, de rapporter la façon dont les choses de différens genres y sont disposées, & en même tems les moyens de les conserver.
Me sera-t-il permis de finir cet article par l'exposition d'un projet qui ne seroit guere moins avantageux qu'honorable à la nation ? Ce seroit d'élever à la nature un temple qui fût digne d'elle. Je l'imagine composé de plusieurs corps de bâtimens proportionnés à la grandeur des êtres qu'ils devroient renfermer : celui du milieu seroit spacieux, immense, & destiné pour les monstres de la terre & de la mer : de quel étonnement ne seroit-on pas frappé à l'entrée de ce lieu habité par les crocodiles, les éléphans & les baleines ? On passeroit de-là dans d'autres salles contiguës les unes aux autres, où l'on verroit la nature dans toutes ses variétés & ses dégradations. On entreprend tous les jours des voyages dans les différens pays, pour en admirer les raretés ; croit-on qu'un pareil édifice n'attireroit pas les hommes curieux de toutes les parties du monde, & qu'un étranger un peu lettré pût se resoudre à mourir, sans avoir vû une fois la nature dans son palais ? Quel spectacle que celui de tout ce que la main du tout-puissant a répandu sur la surface de la terre, exposé dans un seul endroit ! Si je pouvois juger du goût des autres hommes par le mien, il me semble que pour joüir de ce spectacle, personne ne regretteroit un voyage de cinq ou six cent lieues ; & tous les jours ne fait-on pas la moitié de ce chemin pour voir des morceaux de Raphael & de Michel-Ange ? Les millions qu'il en coûteroit à l'état pour un pareil établissement, seroient payés plus d'une fois par la multitude des étrangers qu'il attireroit en tout tems. Si j'en crois l'histoire, le grand Colbert leur fit autrefois acquiter la magnificence d'une fête pompeuse, mais passagere. Quelle comparaison entre un carrousel & le projet dont il s'agit ? & quel tribut ne pourrions-nous pas en espérer de la curiosité de toutes les nations ?
CABINETS SECRETS, (Physique) sorte de cabinets dont la construction est telle que la voix de celui qui parle à un bout de la voûte, est entendue à l'autre bout : on voit un cabinet ou chambre de cette espece à l'Observatoire royal de Paris. Tout l'artifice de ces sortes de chambres consiste en ce que la muraille auprès de laquelle est placée la personne qui parle bas, soit unie & cintrée en ellipse ; l'arc circulaire pourroit aussi convenir, mais il seroit moins bon. Voici pourquoi les voutes elliptiques ont la propriété dont nous parlons. Si on imagine (fig. 16. n°. 3. Pneumatique.) une voûte elliptique A B C, dont les deux foyers soient F & f (voyez ELLIPSE), & qu'une personne placée au point F parle tout aussi bas qu'on peut parler à l'oreille de quelqu'un, l'air poussé suivant les directions F D, F C, F O, &c. se réfléchira à l'autre foyer f par la propriété de l'ellipse qui est connue & démontrée en Géométrie ; d'où il s'ensuit qu'une personne qui auroit l'oreille à l'endroit f, doit entendre celui qui parle en F aussi distinctement que si elle en étoit tout proche.
Les endroits fameux par cette propriété étoient la prison de Denys à Syracuse, qui changeoit en un bruit considérable un simple chuchotement, & un claquement de mains en un coup très-violent ; l'aquéduc de Claude, qui portoit la voix, dit-on, jusqu'à seize milles ; & divers autres rapportés par Kircher dans sa Phonurgie.
Le cabinet de Denys à Syracuse, étoit, dit-on, de forme parabolique : Denys ayant l'oreille au foyer de la parabole, entendoit tout ce qu'on disoit en-bas parce que c'est une propriété de la parabole, que toute action qui s'exerce suivant des lignes paralleles à l'axe, se réfléchit au foyer. Voyez PARABOLE & FOYER.
Ce qu'il y a de plus remarquable sur ce point en Angleterre, c'est le dome de l'église de saint Paul de Londres, où le battement d'une montre se fait entendre d'un côté à l'autre, & où le moindre chuchotement semble faire le tour du dome. M. Derham dit que cela ne se remarque pas seulement dans la galerie d'embas, mais au-dessus dans la charpente, où la voix d'une personne qui parle bas, est portée en rond au-dessus de la tête jusqu'au sommet de la voute, quoique cette voute ait une grande ouverture dans la partie supérieure du dome.
Il y a encore à Glocester un lieu fameux dans ce genre ; c'est la galerie qui est au-dessus de l'extrémité orientale du choeur, & qui va d'un bout à l'autre de l'église : deux personnes qui parlent bas, peuvent s'entendre à la distance de vingt-cinq toises. Tous les phénomenes de ces différens lieux dépendent à-peu-près des mêmes principes. Voyez ECHO & PORTE-VOIX. (O)
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| CABIRES | S. m. plur. (Mythologie) divinités du Paganisme révérées particulierement dans l'île de Samothrace. Ces dieux étoient, selon quelques-uns, Pluton, Proserpine & Cerès ; & selon d'autres, c'étoient toutes les grandes divinités des Payens. Ce nom est hébreu ou phénicien d'origine, cabir, & signifie grand & puissant. Mnascas met ces dieux au nombre de trois ; Axierès, Cerès ; Axiocersa, Proserpine ; & Axiocersus, Pluton, auxquels Dionysiodore ajoûte un quatrieme nommé Casimil, c'est-à-dire Mercure. On croyoit que ceux qui étoient initiés dans les mysteres de ces dieux, en obtenoient tout ce qu'ils pouvoient souhaiter ; mais leurs prêtres avoient affecté de répandre une si grande obscurité sur ces mysteres, qu'on regardoit comme un sacrilége de prononcer seulement en public le nom de ces dieux : de-là vient que les anciens se sont contentés de parler des mysteres de Samothrace & du culte des dieux Cabires, comme d'une chose très-respectable, mais sans entrer dans le moindre détail. M. Pluche, dans son histoire du Ciel, dit que les figures de ces dieux venues d'Egypte en Phénicie, & de-là en Grece, portoient sur la tête des feuillages, des cornes, des ailes & des globes, qui, ajoûte cet auteur, ne pouvoient pas manquer de paroître ridicules à ceux qui ne comprenoient pas la signification de ces symboles, comme il arriva à Cambyse, roi des Perses, en entrant dans leur temple. Mais ces mêmes figures, si singulieres en apparence, désignoient Osiris, Isis & Horus, qui enseignoient au peuple à se précautionner contre les ravages de l'eau. Voilà, selon lui, à quoi se réduisoit tout l'appareil de ces mysteres, à apprendre à ceux qui y étoient initiés, une vérité fort simple & fort commune.
CABIRES, dans Origene contre Celse, se prend pour les anciens persans qui adoroient le soleil & le feu. Hyde dans son histoire de la religion des anciens Persans, confirme cette étymologie : Cabiri, dit-il ch. xxjx. sunt Gabri, voce persicâ aliquantulum detortâ ; c'est-à-dire que du mot Gabres ou Guebres, qui est persan, on a fait celui de Cabires. Voyez GUEBRES. (G)
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| CABIRIES | S. f. pl. (Myth.) fêtes que les anciens habitans de Lemnos & de Thebes célébroient en l'honneur des dieux Cabires.
Cette fête passoit pour être très ancienne, & antérieure au tems même de Jupiter, qui la renouvella à ce qu'on dit. Les cabiries se célébroient pendant la nuit, & l'on y consacroit les enfans depuis un certain âge. Cette consécration étoit, selon l'opinion payenne, un préservatif contre tous les dangers de la mer.
La cérémonie de la consécration, appellée , ou , consistoit à mettre l'initié sur un throne, autour duquel les prêtres faisoient des danses. La marque des initiés étoit une ceinture ou écharpe d'un ruban couleur de pourpre.
Quand on avoit commis quelque meurtre, c'étoit un asyle que d'aller aux sacrifices des cabiries. Meursius produit les preuves de tout ce que nous venons d'avancer. (G)
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| CABITA | (Géog.) une des îles Philippines, avec un port, à deux lieues de Manilla.
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| CABLAN | (Géog.) ville & royaume d'Asie dans l'Inde, au-delà du Gange, dépendant du roi d'Ava.
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| CABLE | S. m. (Corderie) se dit en général de tous cordages nécessaires pour traîner & enlever les fardeaux. Ceux qu'on nomme brayers, en Architecture, servent pour lier les pierres, baquets à mortier, bouriquets à moilon, & c. les haubans, pour retenir & haubaner les engins, grues & gruaux, &c. les vintaines, qui sont les moindres cordages, pour conduire les fardeaux en les montant, & pour les détourner des saillies & des échafauds : ils servent aussi à attacher les boulins pour former les échafauds. On dit bander, pour tirer un cable. Ce mot vient du latin capulum ou caplum, fait du verbe capere, prendre. Voy. BANDER. (P)
CABLE, s. m. en Marine, que quelques-uns écrivent & prononcent chable : ce dernier n'est point usité par les gens de mer. C'est une grosse & longue corde ordinairement de chanvre, faite de trois hansieres, dont chacune a trois torons. V. HANSIERE & TORON.
Le cable sert à tenir un vaisseau en rade ou en quelqu'autre lieu. On appelle aussi cables, les cordes qui servent à remonter les grands bateaux dans les rivieres, & à élever de gros fardeaux dans les bâtimens, par le moyen des poulies.
Il y a ordinairement quatre cables dans les vaisseaux, & le plus gros s'appelle maître-cable. Ce maître-cable est long de 120 brasses & cela est cause que le mot de cable se prend aussi pour cette mesure ; desorte que quand on dit qu'on mouille à deux ou trois cables de terre ou d'un vaisseau, on veut dire qu'on en est à la distance de 240 ou 360 brasses. A l'égard de la fabrique des cables voyez CORDAGE, CORDE, & CORDERIE.
Les plus petits vaisseaux ont au moins trois cables. Il y a le cable ordinaire, le maître-cable, & le cable d'affourché, qu'on nomme aussi groslin, qui est le plus petit. La longueur la plus ordinaire de ces cables est de 110 & de 120 brasses.
On proportionne souvent la grosseur du cable de la moyenne ancre à la longueur du vaisseau, & on lui donne un pouce d'épais pour chaque dix piés de cette longueur. On se sert bien aussi de ces mêmes cables pour la maîtresse ancre. Lorsqu'on mou ille dans un très-mauvais tems, on met jusqu'à deux cables à une même ancre, afin qu'ils ayent plus de force, & qu'en même tems l'ancre puisse joüer plus facilement.
Un vaisseau de 134 piés de long de l'étrave à l'étambord, doit être pourvû de quatre cables de treize pouces de circonférence & de 100 brasses de long, & d'un autre de douze pouces.
Mais les vaisseaux de guerre sont pourvûs de cables de 120 brasses, afin qu'ils joüent plus aisément sur l'ancre. Ces cables ont vingt à vingt-deux pouces de circonférence, & sont composés de trois hansieres : chaque hansiere est de trois torons, & chaque toron est de trois cordons & d'environ 600 fils ; desorte que le cable entier est de 1800 fils, pris à 20 pouces de circonférence, & il doit peser 9500 livres sans être goudronné. Ces proportions peuvent cependant varier un peu ; & ne sont pas toûjours également suivies.
Quelques-uns reglent sur la largeur du vaisseau les proportions des cables, & donnent autant de demi-pouces de circonférence au maître-cable, que le vaisseau a de piés de largeur. D'autres font tous les cables presque d'égale grosseur pour les navires de guerre ; mais pour les navires marchands, dont les équipages sont foibles, c'est-à-dire qui ont peu de monde, on ne leur donne qu'un gros cable pour maître-cable ; & on fait le cable ordinaire d'un huitieme plus leger, & le cable d'affourché encore plus leger d'un autre huitieme.
Le cable de toue n'est qu'une simple hansiere, & l'on ne s'en sert ordinairement que dans les rivieres, & dans les endroits où les bancs rendent le chenal étroit & le resserrent.
Le cable d'affourché sert avec le cable ordinaire ou avec le maître-cable ; parce que si les vaisseaux n'étoient que sur une ancre ou sur un cable, ils ne manqueroient pas de tourner au premier changement de vent & de marée, ce qui pourroit nuire à la sûreté du vaisseau.
Les cables, & cordages dont on se sert dans les vaisseaux, ont depuis trois pouces jusqu'à 20 & 22 pouces de circonférence, & sont composés d'un plus grand nombre de fils, selon leur grosseur : on en auroit pû joindre ici une table, de même que de leur poids ; mas on le trouvera à l'article de la CORDERIE.
Quoiqu'on ait dit ci-devant que les vaisseaux ont ordinairement quatre cables, les vaisseaux du roi en sont mieux pourvûs. Le vaisseau le dauphin royal, du premier rang, avoit quatre cables de 32 pouces de circonférence & de 120 brasses de long, pesant chacun 9650 livres en blanc, & 12873 liv. goudronné ; quatre cables de vingt-deux pouces de circonférence, pesant chacun 8900 livres en blanc, & 11869 livres goudronné ; deux de douze pouces, pesant chacun 2620 livres en blanc, & 3495 livres goudronnés ; deux de onze pouces, pesant 1157 livres en blanc, & 2872 livres goudronnés : un tournevire de douze pouces de circonférence & de soixante brasses de longueur, pesant 1400 liv. blanc, & 1866 liv. goudronné. Voyez GOUDRONNERIE.
Bitter le cable, voyez BITTER.
Couper le cable, le tailler ; c'est le couper à coups de hache sur l'écubier, & abandonner l'ancre, afin de mettre plus vîte à la voile, soit pour éviter d'être surpris par le gros tems ou par l'ennemi, soit dans le dessein de chasser sur quelque vaisseau, n'ayant pas alors le loisir de lever l'ancre & de retirer le cable. On laisse alors une boüée sur l'ancre attachée avec une corde, par le moyen de laquelle on sauve l'ancre & le cable qui y tient, lorsqu'on peut renvoyer le chercher.
Lever un cable, c'est le mettre en rond en maniere de cerceau, pour le tenir prêt à le filer, & en donner ce qu'il faut pour la commodité du mouillage.
Donner le cable à un vaisseau, c'est secourir un vaisseau qui est incommodé ou qui marche mal ; ce qu'on fait en le toüant ou en le remorquant par l'arriere d'un autre vaisseau. En terme de Marine, cela s'appelle tirer en ouaiche.
Laisser traîner un cable sur le sillage du vaisseau ; cette manoeuvre se fait pour ralentir la course du vaisseau. Les vaisseaux corsaires se servent assez volontiers de cette ruse pour contrefaire les méchans voiliers.
Les cables sont dits avoir un demi-tour ou un tour, lorsqu'un vaisseau qui est mouillé & affourché, a fait un tour ou deux en obéissant au vent ou au courant de la mer ; ensorte qu'il ait croisé ou cordonné près des écubiers les cables qui les tiennent.
Filer du cable, c'est lâcher & laisser descendre le cable. Filer le cable bout pour bout, c'est lâcher & abandonner tout le cable qui tient l'ancre, & le laisser aller à la mer avec l'ancre, quand on n'a pas le tems de la lever.
Le cable à pic, c'est lorsque le vaisseau approchant de l'ancre qui est mouillée, ce cable commence à se roidir pour être à pic, c'est-à-dire perpendiculaire. (Z)
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| CABLÉ | adj. en termes d'Architecture, se dit des cannelures qui sont relevées & contournées en forme de cables. Voyez CANNELURE. (P)
CABLE, en termes de Blason, se dit d'une croix faite de deux bouts de cable de vaisseau, ou bien d'une croix couverte & entortillée de corde ; ce qu'on appelle plus proprement croix cordée. Voyez CROIX & CORDEE. (V)
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| CABLEAU | S. m. (Marine) on se sert de ce mot pour le diminutif d'un cable : on l'applique communément à la corde qui sert d'amarre à la chaloupe d'un vaisseau lorsqu'elle est mouillée.
On appelle aussi cableau ou cincenelle, cette longue corde dont les bateliers se servent pour tirer les bateaux en remontant les rivieres. (Z)
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| CABLER | terme de Boutonnier ; c'est assembler plusieurs fils ou cordons, au moyen d'un instrument nommé sabot ; & les tordre avec un roüer, pour en former un cordon plus gros. Voyez SABOT.
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| CABLIAUX | S. m. pl. (Hist. mod.) nom de factieux qui troublerent la Hollande en 1350. Ils le prirent du poisson appellé cabliau, & ils promettoient de dévorer leurs adversaires, comme le cabliau dévore les autres poissons. La faction opposée se fit appeller des Hoeckens ou Hameçonniers.
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| CABO | (Géog.) royaume d'Afrique dans la Nigritie, sur le Riogrande, vers le sud.
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| CABO-CORSO | (Géog.) cap. d'Afrique sur la côte d'Or de Guinée, auprès duquel les Anglois ont une importante forteresse. Long. 18. 20. lat. 4. 40.
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| CABO-MISERADO | (Géogr.) cap d'Afrique sur la côte de Malaguette, près d'une riviere nommée Duro.
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| CABOCEIR | ou CABACEIRA, (Géogr.) presqu'île attachée au continent de l'Afrique près de Mosambique, par une langue de terre que la mer couvre lorsqu'elle est haute. Elle est fort près & vis-à-vis de l'île Saint George.
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| CABOCHE | S. f. terme de Cloutier, espece de clous qu'on nomme plus souvent clous à souliers, parce que le menu peuple & les ouvriers de la campagne en font garnir le dessous du talon & de la semelle de leurs souliers, afin qu'ils durent plus long-tems. Il y a deux sortes de caboches ; les unes qu'on nomme à deux têtes, & les autres à tête de diamant. En général, ces sortes de clous sont courts, & ont la tête large.
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| CABOCHÉ | adj. terme de Blason, se dit d'une tête d'animal coupée derriere les oreilles par une section parallele à la fasce, ou par une section perpendiculaire ; au lieu qu'on diroit coupé, si la section étoit faite horisontalement. (A)
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| CABOCHON | S. m. terme de Joaillier, pierre précieuse qui n'est que polie, & qu'on a laissée telle qu'on l'a trouvée, c'est-à-dire à laquelle on a seulement ôté ce qu'elle avoit de brut, sans lui donner aucune figure particuliere. On dit sur-tout rubis-cabochon. Voyez RUBIS.
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| CABOLETTO | (Commerce) monnoie d'Italie usitée dans les états de la république de Genes, qui vaut environ quatre sous de notre argent.
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| CABOT | poisson de mer. Voyez MULET.
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| CABOTAGE | S. m. (Marine) on appelle ainsi la navigation le long des côtes. On entend aussi par ce mot la connoissance des mouillages, bancs, courans & marée que l'on trouve le long d'une côte.
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| CABOTER | v. neut. terme de Marine, pour dire aller de cap en cap, de port en port, naviguant le long des côtes.
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| CABOTTIERE | S. f. (Commerce) barque plate, longue & étroite, d'environ trois piés de profondeur, avec un gouvernail très-long, fait en forme de rame. Cette espece de bateau n'est utile qu'au commerce qui se fait par la riviere d'Evre. Cette riviere prend sa source du côté de Chartres, passe à Dreux, & se jette dans la Seine à un quart de lieue au-dessus du Pont-de-l'Arche. (Z)
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| CABOUCHAN | (Géog.) ville d'Asie dans le Corasan, dépendante de Nichabour.
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| CABRA | (Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tombut dans la Nigritie, sur le bord du Sénégal. Long. 18. 25. lat. 15. 10.
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| CABRÉ | adj. en terme de Blason, se dit d'un cheval acculé.
La Chevalerie dans le Maine, de gueules aux cheval cabré d'argent.
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| CABRER | v. pass. se cabrer, (Manege) se dit des chevaux qui se levent & dressent sur les piés de derriere, prêts à se renverser lorsqu'on leur tire trop la bride, ou qu'ils sont vicieux ou fougueux. Lorsqu'un cheval se cabre plusieurs fois de suite, & se jette si haut sur les jambes de derriere qu'il est en péril de se renverser, on appelle ce desordre faire des ponts-levis : il faut que le cheval ait beaucoup de force, & lui rendre la main à propos, autrement ces ponts-levis sont très-dangereux. Le moyen de rendre obéissant un poulain sujet à se cabrer souvent & à desobéir, est de prendre le tems que ses piés de devant retombent à terre, & lui appuyer alors fortement des deux. (V)
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| CABRERA | (Géog.) contrée d'Espagne dans la partie septentrionale du royaume de Léon.
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| CABRER | ou CAPRARIA, (Géog.) petite île d'Espagne dans la mer Méditerranée, à peu de distance de celle de Mayorque.
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| CABRES | S. f. c'est ainsi qu'on appelle, dans les Manufactures d'ouvrages en soie, deux pieces de bois de sept à huit piés de longueur, soûtenues d'un côté par des piés qui les traversent dans une mortaise de neuf à dix pouces de hauteur en-dehors. On s'en sert pour placer l'ensuple quand on plie les chaînes, ou qu'on les met sur l'ensuple.
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| CABRESTAN | (Géog.) petite ville d'Afrique dans une plaine formée par les montagnes qui regnent le long du golfe Persique.
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| CABRIOL | ou CAPRIOLE, s. f. terme de Danse, élévation du corps, saut leger & agile que les danseurs font ordinairement à la fin des cadences.
Friser la cabriole, c'est agiter les piés avec vîtesse tandis qu'ils sont en l'air. En matiere de danse, la cabriole est la même chose que le saut. La demi-cabriole est lorsqu'on ne retombe que sur l'un des piés. Voyez SAUT.
CABRIOLE, en terme de Manege, est un saut vif que le cheval fait sans aller en avant, de façon qu'étant en l'air il montre les fers, détache des ruades aussi loin qu'il peut les porter, & fait du bruit avec les piés. Ce mot vient de capreolare, & celui-ci de capreolus.
La cabriole est la plus difficile de toutes les ruades. Il y a plusieurs sortes de cabrioles : cabriole droite ; cabriole en arriere, cabriole de côté, cabriole battue ou grisée, cabriole ouverte. Lever à cabriole, voyez LEVER ; voyez aussi SAUTER. (V)
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| CABROLLE | poisson de mer. Voyez BICHE.
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| CABRU | ou CAPRUS, (Myth.) dieu particulier qu'on honoroit à Phaselis, ville de Pamphilie : on ne lui offroit en sacrifice que du poisson salé : ce qui donna lieu de nommer proverbialement un repas de poisson salé, un sacrifice de Phaselites.
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| CABUJA | (Hist. nat. bot.) plante d'Amérique dont les feuilles ressemblent beaucoup à celles du chardon. On dit que les Américains travaillent cette plante comme nous faisons le chanvre & le lin, & qu'ils s'en servent pour faire du fil & des cordes.
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| CABU | ou CABOUL, (Géog.) grande ville d'Asie dans les Indes, capitale du Cabulistan, avec deux bons châteaux.
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| CABULISTA | ou CABOULISTAN, province d'Asie dans l'empire du Mogol, bornée au nord par la Tartarie, à l'est par la Cachemire, à l'ouest par le Zabulistan & le Candahar, au sud par le Multan. On y trouve des mines de fer, des bois aromatiques, & plusieurs sortes de drogues. Ce pays, peu fertile d'ailleurs, est cependant riche par le commerce.
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| CABURA | (Géog.) endroit de la Mésopotamie où il y a, dit-on, une fontaine dont les eaux ont une odeur douce & agréable. Pline qui en parle, dit que cette odeur leur fut laissée par Junon qui s'y baigna une fois.
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| CABURLAUT | poisson de mer ; voyez CHABOT.
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| CAÇAÇA | (Géog.) ville d'Afrique au royaume de Fez, proche Melille.
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| CACALIA | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont la fleur est un bouquet à fleurons découpés en quatre parties, portés par un embryon, & soûtenus par un calice cylindrique. Lorsque la fleur est passée, chaque embryon devient une graine garnie d'une aigrette. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
* On dit que sa racine macérée dans du vin, ou mâchée seule, soulage dans la toux ; & que ses baies pulvérisées & réduites en cérat, adoucissent la peau & effacent les rides.
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| CACA | ou CACAOYER, s. m. (Hist. nat.) arbre étranger.
Sa description. Le cacaoyer est un arbre d'une grandeur & d'une grosseur médiocres, qui augmentent ou diminuent selon la qualité du fonds où il vient.
Sur la côte de Caraque, par exemple, il prend beaucoup plus de croissance que dans nos îles Françoises.
Son bois est poreux & fort leger : son écorce est assez unie, & de couleur de canelle plus ou moins foncée, suivant l'âge de l'arbre.
Ses feuilles sont longues d'environ neuf pouces sur quatre, dans le fort de leur largeur, qui diminue vers les deux extrémités où elles se terminent en pointe ; leur couleur est d'un verd un peu foncé, mais plus clair en-dessus qu'en-dessous ; elles sont attachées à des pédicules longs de trois pouces, & d'une ligne de diametre. L'allongement de ces pédicules forme le long du milieu de chaque feuille une côte droite un peu relevée, qui depuis sa naissance jusqu'au bout va en diminuant ; & de part & d'autre de cette côte sortent alternativement treize à quatorze nervures obliques.
Comme ces feuilles ne tombent guere que successivement, & à mesure que d'autres les remplacent, l'arbre ne paroît jamais dépouillé : il fleurit en tout tems ; mais plus abondamment vers les deux solstices que dans les autres saisons.
Ses fleurs qui sont régulieres & en rose, mais fort petites & sans odeur, sortent par bouquets des aisselles des anciennes feuilles, dont on apperçoit encore, pour ainsi dire, les cicatrices aux endroits où l'arbre s'en étoit autrefois dépouillé. Une grande quantité de ces fleurs coulent, & à peine de mille y en a-t-il dix qui nouent ; ensorte que la terre qui est au-dessous paroît toute couverte de ces fausses fleurs.
Chaque fleur est attachée à l'arbre par un pédicule délié, & long de cinq à six lignes ; & quand elle est encore en bouton, elle n'a qu'environ deux lignes de diametre, sur deux & demie ou trois tout au plus de longueur. Plus elle est petite par rapport à l'arbre & au fruit, plus elle m'a paru singuliere & digne d'attention.
Lorsque le bouton vient à s'épanoüir, on peut considérer le calice, le feuillage & le coeur de la fleur.
Le calice se forme de l'enveloppe du bouton, divisée en cinq parties ou feuilles de couleur de chair fort pâle.
Les cinq véritables feuilles de même couleur leur succedent, & remplissent les vuides ou séparations du calice. Ses feuilles ont deux parties, l'une qui est au-dessous en forme de tasse oblongue, panachée intérieurement de pourpre, se recourbe vers le centre par le moyen d'une étamine qui lui sert comme de lien, d'où sort ensuite au-dehors l'autre partie de la feuille, qui semble en être séparée, & est formée en maniere de fer de pique.
Le coeur de la fleur est composé de cinq filets & de cinq étamines, avec le pistil au milieu ; les filets sont droits, de couleur de pourpre, & disposés vis-à-vis des intervalles des feuilles ; les étamines sont blanches & courbes en-dehors, avec une espece de bouton au sommet qui s'engage dans le milieu de chaque feuille pour la soûtenir.
Quand on observe ces menues parties avec le microscope, on diroit que la pointe des filets est argentine, & que les étamines sont de crystal, aussi-bien que le pistil que la nature semble avoir placé au centre, en forme de filet blanc, ou pour être les prémices du jeune fruit ou pour lui servir de défense, s'il est vrai que cet embryon ne se produise & ne se développe qu'à sa base.
Le cacaoyer porte presque toute l'année des fruits de tout âge, qui mûrissent successivement, mais qui ne viennent point au bout des petites branches, comme nos fruits en Europe, mais le long de la tige & des meres branches ; ce qui n'est pas rare en ces pays-là, où plusieurs arbres ont la même propriété : tels sont les cocotiers, les abricotiers de S. Domingue, les calebassiers, les papayers, &c.
Le fruit du cacao est contenu dans une cosse, qui d'une extrème petitesse parvient en quatre mois à la grosseur & à la figure d'un concombre qui seroit pointu par le bas, & dont la surface seroit taillée en côte de melon.
Cette gousse dans les premiers mois est ou rouge ou blanche, ou mêlée de rouge & de jaune ; & cette variété de couleur fait trois sortes d'arbres de cacao, qui n'ont entr'eux que cette seule difference, que je ne crois pas suffisante pour établir trois especes de cacao.
La premiere est d'un rouge vineux & foncé principalement sur les côtes, lequel devient plus clair & plus pâle en mûrissant.
La seconde qui est la blanche, est au commencement d'un verd si clair, qu'il en paroît blanc ; peu-à-peu elle prend la couleur de citron ; & se colorant toûjours de plus en plus, elle devient enfin tout-à-fait jaune dans sa maturité.
La troisiéme, qui est rouge & jaune tout ensemble tient un milieu entre ces deux premieres ; car en mûrissant la rouge pâlit, & la jaune se renforce.
On a remarqué que les cosses blanches sont plus trapues que les autres, sur-tout du côté qu'elles tiennent à l'arbre ; & que les cacaoyers de cette sorte en rapportent communément davantage.
Si l'on fend une de ces cosses suivant sa longueur, on trouve qu'elle a environ quatre lignes d'épaisseur & que sa capacité est pleine d'amandes de cacao, dont les intervalles sont remplis avant leur maturité d'une substance blanche & ferme, mais qui se change enfin en une espece de mucilage d'une acidité charmante ; c'est pourquoi on se donne souvent le plaisir de mettre de ces amandes de cacao avec leurs enveloppes dans la bouche, pour la rafraîchir agréablement, & pour étancher la soif : mais on se garde bien d'y appuyer la dent, parce qu'en perçant la peau du cacao on sentiroit une amertume extrème.
Lorsqu'on examine avec attention la structure intérieure de ces cosses, & qu'on en anatomise, pour ainsi dire, toutes les parties, on trouve que les fibres de la queue du fruit passant à-travers la cosse se partagent en cinq branches ; que chacune de ces branches se divise en plusieurs filamens, qui se terminent chacun au gros bout d'une des amandes ; & que le tout ensemble forme comme une espece de grappe de vingt, vingt-cinq, trente à trente-cinq grains au plus, rangés & appliqués l'un contre l'autre dans la cosse avec un ordre merveilleux.
Après un grand nombre d'expériences, on n'en trouve ni moins ni plus de vingt-cinq : peut-être qu'à force de chercher les plus grosses cosses, dans les fonds les plus féconds, & sur les sujets les plus vigoureux, on en pourroit trouver de quarante amandes ; mais comme cela n'ira jamais au-delà, il est de même certain qu'on ne trouvera point de cosses qui en ayent au-dessous de quinze, à moins que ce ne soient des cosses avortées, ou le fruit de quelqu'arbre fatigué, c'est-à-dire usé de vieillesse, de méchant fonds, ou par defaut de culture.
Lorsqu'on ôte la peau à quelqu'une des graines de cacao, on découvre la substance de l'amende, qui paroît tendre, lisse, un peu violette, & comme divisée en plusieurs lobes, quoique dans la vérité elle n'en ait que deux, mais fort irréguliers, & fort embarrassés l'un dans l'autre.
Enfin coupant l'amande en deux suivant la longueur, on trouve à l'extrémité du gros bout une espece de grain cylindrique de deux lignes de long, sur demi-ligne de diametre, qui est le vrai germe de la plante ; au lieu que dans nos amandes européennes cette partie est placée à l'autre bout.
On peut voir même en France cette irrégularité de lobes, & le germe du cacao, dans les amandes rôties & mondées pour faire le chocolat.
Du choix & de la disposition du lieu pour planter une cacaoyere. Le cacaoyer croît naturellement dans plusieurs contrées de la zone torride de l'Amérique, mais particulierement au Mexique, dans les provinces de Nicarague & de Guatimale, comme aussi le long des bords de la riviere des Amazones, & sur la côte de Caraque, c'est-à-dire, depuis Comana jusqu'à Carthage, & à l'île d'Or ; on en a même trouvé quelques-uns dans les bois de la Martinique.
Les Espagnols & les Portugais ont été les premiers à qui les Indiens ont donné connoissance du cacao ; ils en ont long-tems usé sans le communiquer aux autres nations.
En 1649 on ne connoissoit encore aux îles du Vent qu'un seul arbre de cacao, planté par curiosité dans le jardin d'un anglois habitant de l'île de Sainte-Croix. En 1655 les Caraïbes montrerent à M. du Parquet le cacaoyer, dans les bois de l'île de la Martinique dont il étoit seigneur : cette découverte donna lieu à plusieurs autres de même espece, dans les mêmes bois de la Capestere de cette île, & c'est apparemment aux graines qu'on en tira, que les cacaoyeres qu'on y a depuis plantées doivent leur origine. Un Juif nommé Benjamin y planta la premiere vers l'année 1660 : mais ce ne fut que vingt ou vingt-cinq ans après, que les habitans de la Martinique commencerent à s'appliquer à la culture du cacao, & à planter des cacaoyeres.
On appelle une cacaoyere, une espece de verger d'arbres de cacao plantés au cordeau, à-peu-près comme nous disons en France une cerisaie, une pommeraie, une prunelaie, une figuerie, &c.
Lorsqu'on veut planter une cacaoyere, il faut surtout choisir la situation du lieu & la nature du terroir qui lui conviennent.
Le cacaoyer demande un lieu plat, humide, & à l'abri des vents, une terre neuve, & pour ainsi dire vierge, médiocrement grasse, meuble & profonde ; c'est pourquoi les fonds nouvellement défrichés, dont la terre est noire & sablonneuse, qu'une riviere tient frais, & que les coteaux ou mornes d'alentour (pour parler le langage du pays) mettent à couvert des vents, sur-tout du côté de la mer, sont préférables à toute autre situation ; & l'on ne manque guere de les mettre à cet usage, quand on est assez heureux pour en avoir de semblables.
J'entends par fonds nouvellement défrichés, ceux dont le bois vient d'être abattu exprès pour cela ; car il faut remarquer qu'on place encore aujourd'hui toutes les cacaoyeres au milieu des bois, de même qu'on a fait depuis la création du monde ; & cela pour deux raisons très-essentielles ; le premiere, afin que le bois debout qui reste autour leur serve d'abri ; & la seconde, afin qu'elles donnent moins de peine à sarcler, la terre qui n'a jamais produit d'herbe n'en poussant que peu faute de graines.
Aux cacaoyeres plantées sur des éminences, la terre n'a pas assez d'humidité ni assez de profondeur, & ordinairement le pivot ou la maîtresse racine, qui seule s'enfonce à-plomb dans la terre, ne peut percer le tuf qu'elle rencontre bien-tôt : les vents d'ailleurs y ayant plus de prise, font couler les fleurs noüées, & pour peu qu'ils soient forts, abattent les arbres dont presque toutes les racines sont superficielles.
C'est encore pis aux côteaux dont la pente est un peu rude ; car outre les mêmes inconvéniens, les avalaisons en entraînent la bonne terre, & découvrent insensiblement toutes les racines.
On peut donc conclure que toutes ces sortes de cacaoyeres sont longtems à porter, qu'elles ne sont jamais abondantes, & qu'elles se ruinent en peu de tems.
Il est bon aussi (autant qu'il est possible) qu'une cacaoyere soit entourée de bois debout ; ou s'il y a quelque côté d'ouvert, on doit y remédier de bonne heure par une lisiere à plusieurs rangs de bananiers.
Il faut encore qu'une cacaoyere soit d'une grandeur médiocre ; car les petites, sur-tout dans les fonds, n'ont pas assez d'air, & sont comme étouffées ; & les grandes jusqu'à l'excès sont trop exposées à la sécheresse & aux grands vents qu'on nomme ouragans en Amérique.
La place de la cacaoyere étant choisie, & les dimensions déterminées, on se met à abattre le bois : on commence par arracher les petites plantes, & à couper les arbrisseaux & le menu bois ; puis on tronçonne les tiges & les grosses branches des petits arbres, & des médiocres ; on fait des bûchers & on allume des feux de toutes parts ; on brûle même sur pié les plus gros arbres, pour s'épargner la peine de les couper.
Lorsque tout est brûlé, qu'il ne reste plus sur la terre que les troncs des plus grands arbres qu'on néglige de faire consumer, & que l'abattis se trouve parfaitement nettoyé, on dresse au cordeau des allées équidistantes & paralleles, où l'on plante en quinconce des piquets de deux à trois piés de long à l'intervalle de 5, 6, 7, 8, 9 ou 10 piés, en un mot, à telle distance qu'on a résolu de donner aux cacaoyers qu'ils représentent. Enfin on fait une piece de manioc de tout l'espace défriché, prenant garde de n'en planter aucun pié trop près des piquets.
On observera que les cacaoyeres plantées à grandes distances de 8, 6 & 10 piés donnent bien plus de peine à tenir nettes dans les premieres années (comme nous dirons dans la suite) : mais aussi quand elles sont dans de bons fonds, elles réussissent mieux de cette sorte, rapportent & durent beaucoup plus.
Les habitans qui sont pressés de leurs besoins, plantent plus près les arbres, parce que cela augmente considérablement le nombre des piés, & diminue en même tems le travail de les tenir nets. Quand dans la suite les arbres viennent à se nuire réciproquement par leur proximité, ils ont déjà recueilli quelques levées de cacao, qui ont pourvû à leurs nécessités les plus urgentes, & au pis aller ils coupent alors une partie des arbres pour donner de l'air au reste.
A la côte de Caraque, on plante des cacaoyers à 12 & 15 piés d'intervalle, & l'on pratique des rigoles de tems en tems pour les arroser dans les grandes sécheresses : on a fait aussi une heureuse expérience de cette pratique à la Martinique depuis quelques années.
Au reste le manioc est un arbuste dont les racines gragées & cuites sur le feu, fournissent la cassave & la farine qui servent de pain à tous les habitans naturels de l'Amérique. On en plante dans les nouveaux abattis, non-seulement parce qu'il en faut nécessairement à un habitant pour la nourriture de ses negres, mais aussi pour diminuer la production des mauvaises herbes, & pour mettre à l'ombre les piés de cacao qui levent, dont la plume tendre ni même les secondes feuilles ne pourroient résister à l'ardeur excessive du soleil : c'est pourquoi on attend que le manioc puisse ombrager le pié des piquets, avant que de planter le cacao.
De la maniere de planter une cacaoyere, & de la cultiver jusqu'à la maturité des fruits. Tout le cacao se plante de graine, le bois de cet arbre ne prenant point de bouture. On ouvre une cosse de cacao, & à mesure qu'on en a besoin, on en tire les amandes, & on les plante une à une : commençant, par exemple, par le premier piquet, on l'arrache, & avec une sorte de houlette de fer bien affilée ayant fait une espece de petit labour, & coupé, en béquillant tout-autour, les petites racines qui pourroient nuire, on plante la graine à trois ou quatre pouces de profondeur, & l'on remet le piquet un peu à côté pour servir de marque ; & ainsi de piquet en piquet, & de rang en rang, on parcourt toute la cacaoyere.
Il faut observer, 1°. de ne point planter dans les tems secs ; on le peut à la vérité tous les mois, & toutes les lunes vieilles ou nouvelles ; lorsque la saison est fraîche, & que la place est prête : mais on croit communément que plantant depuis le mois de Septembre jusqu'aux fêtes de Noël, les arbres rapportent plûtôt de quelques mois.
2°. De ne planter que de grosses amandes, & bien nourries ; car puisque dans les plus belles cosses il se trouve des graines avortées, il y auroit de l'imprudence de les employer.
3°. De planter le gros bout des graines en bas, c'est celui-là qui tient par un petit filet au centre de la cosse quand on tire l'amande en-dehors. Si on plantoit le petit bout en-bas, le pié viendroit tortu, & ne réussiroit point ; si on plantoit la graine de plat, le pié ne laisseroit pas de venir assez bien.
4°. De mettre deux ou trois graines à chaque piquet, afin que si par malheur les criquets ou autres petits insectes coupoient la plume encore tendre d'un ou deux piés, il en restât une troisieme pour suppléer au défaut des autres. S'il n'arrive point d'accident, on a au moins l'avantage de pouvoir choisir ensuite le brin qui est le plus droit & de meilleure venue, mais on ne se résout à couper les piés surnuméraires, que lorsque celui qu'on a choisi, est couronné, & hors de risque selon toutes les apparences.
Les graines de cacao levent dans huit, dix ou douze jours plus ou moins, selon que le tems plus ou moins propre avance ou recule la végétation : le grain cylindrique du germe venant à se gonfler, pousse en-bas la radicule, qui devient ensuite le pivot de l'arbre, & en-haut la plume, qui est un raccourci de la tige & des branches : ces parties croissant & se développant de plus en plus, les deux lobes de l'amande un peu séparés & recourbés, sortent les premiers de la terre, & à mesure que le pié s'éleve, se redressent & se séparent tout-à-fait en deux feuilles dissemblables, d'un verd obscur, épaisses, inégales, & comme recoquillées, qui font ce qu'on appelle les oreilles de la plante : la plume paroît en même tems, & se partage en deux feuilles tendres, & d'un verd clair & naissant ; à ces deux premieres feuilles opposées deux à deux en succedent deux autres de même, à celles-ci deux troisiemes, le pié s'éleve à proportion, & ainsi de suite durant une année ou environ.
Toute la culture du cacao se réduit alors à la pratique de deux choses.
Premierement à le recouvrir tous les quinze jours, c'est-à-dire planter de nouvelles graines aux lieux où les premieres n'ont pas levé, ou bien plûtôt, où les piés ont été rongés par les criquets & autres insectes, qui font souvent un dégât terrible de ces nouvelles plantes, lors même qu'on les croit hors de tout danger. Quelques habitans font des pépinieres à part, & transplantent ensuite des piés de cacao où il en manque, mais comme ils ne prennent pas tous, lors principalement qu'ils sont un peu grands, ou que la saison n'est pas favorable, & que la plûpart même de ceux qui prennent, sont long-tems à languir, il a toûjours paru plus convenable de recouvrir avec la graine.
Secondement, à ne laisser croître aucune herbe dans la cacaoyere, recommençant à sarcler par un bout dès qu'on a fini par l'autre, & prenant garde sur toutes choses de ne laisser jamais grener aucune herbe ; car s'il arrive une fois qu'on en laisse monter en graine, on a dans la suite bien de la peine & du travail à détruire les mauvaises herbes, & à tenir nets les cacaoyers, parce que la végétation n'est jamais interrompue en ce pays-là par le froid.
Ces sarclaisons continuelles durent jusqu'à ce que les cacaoyers devenus grands, & leurs branches se croisant, l'ombrage empêche les herbes de pousser ; & que d'ailleurs les feuilles tombant des arbres & couvrant la terre, achevent d'étouffer les herbes. Ainsi finit le pénible exercice de sarcler ; il suffit alors de faire tous les mois une revûe en se promenant dans la cacaoyere, d'arracher par-ci par-là le peu d'herbes qu'on y trouve, & de les transporter loin dans le bois crainte des graines.
Dès que les cacaos ont neuf mois, on doit commencer à arracher le manioc, & faire si bien qu'en trois mois au plus tard il n'y en ait plus. A mesure qu'on l'arrache, on peut encore en replanter une rangée ou deux au milieu de chaque allée, & semer dans les autres vuides des concombres, des citrouilles, des giraumonts & des choux caraïbes ; parce que ces plantes ayant de grandes feuilles rempantes, sont fort propres à conserver la fraîcheur de la terre, & à étouffer les méchantes herbes. Quand les cacaoyers sont parvenus à couvrir leur terre, on est contraint d'arracher tout, car rien ne peut plus profiter au-dessous.
Les cacaoyers d'un an ont ordinairement quatre piés de tige ou environ, & commencent à faire leur tête en poussant tout-à-la-fois cinq branches au sommet, qui forment ce qu'on appelle la couronne du cacao. Il arrive rarement que cette couronne n'ait pas ces cinq branches, & lorsque par quelque accident, ou contre l'ordre de la nature, elle n'en a que trois ou quatre, l'arbre ne vient jamais bien, & il seroit peut-être mieux de le recéper d'abord, & d'attendre une nouvelle couronne qui ne seroit pas long-tems à se former.
Si à la fin de l'année le manioc n'étoit pas encore arraché, cela retarderoit la portée des arbres ; & leurs tiges montant trop haut, seroient foibles, veules, & plus exposées aux coups de vent, que si elles couronnoient, les couronnes seroient trop serrées, & les meres branches ne s'évasant pas assez, les arbres ne seroient jamais bien dégagés, & n'auroient point l'étendue qui leur est naturelle.
Quand tous les piés sont couronnés ; on fait choix des plus beaux jets, & l'on coupe sans misericorde tous les surnuméraires ; si l'on ne prend brusquement ce parti, on a bien de la peine à s'y résoudre dans la suite ; cependant il n'est pas possible que des arbres ainsi accolés ne s'entrenuisent à la fin.
Les cacaoyers ne sont pas plûtôt couronnés qu'ils poussent de tems en tems un pouce ou deux au-dessous de leur couronne, de nouveaux jets qu'on appelle rejettons, si on laisse agir la nature, ces rejettons produisent bientôt une seconde couronne, sous laquelle un nouveau rejetton venant à pousser, en forme encore une troisieme, &c. C'est ainsi que sont faits les cacaoyers naturels, & sans culture, qu'on trouve dans les bois de la Capestere de la Martinique. Mais parce que toutes ces couronnes à plusieurs étages ne font qu'anéantir en quelque maniere la premiere, qui est la principale, & que l'arbre abandonné à lui-même devient trop haut & trop effilé ; on a soin tous les mois en sarclant, ou en cueillant le fruit, d'ébourgeonner, c'est-à-dire de châtrer tous ces rejettons ; & c'est ce qu'on appelle sur les lieux rejettonner.
On ne s'est point encore avisé de tailler, non plus que de greffer les cacaoyers ; il y a cependant une espece de taille qui pourroit leur être avantageuse. Il est constant, par exemple, que ces sortes d'arbres ont toûjours quelque partie de bois mort, les uns plus, les autres moins ; sur-tout aux extrémités des branches : & il n'y a pas lieu de douter qu'il ne leur fût très-utile de trancher ce bois mort jusqu'au vif avec la serpette : mais comme l'avantage qu'on en retireroit ne seroit pas si présent ni si sensible que le tems & le travail qu'on y employeroit, il y a bien apparence qu'on négligera toûjours cette opération, & qu'on la traitera même de peine inutile. Les Espagnols n'en jugent pas de même, & ils ont au contraire un grand soin de retrancher tous ces bois morts ; aussi leurs arbres sont plus vigoureux que les nôtres, & donnent de plus beaux fruits. On doute qu'ils ayent la même attention de les greffer, & que personne ait encore tenté de le faire ; on croit néanmoins que les cacaos en seroient bien meilleurs.
A mesure que les cacaoyers croissent, ils se dépouillent peu-à-peu des feuilles de la tige, qu'il faut laisser tomber d'elles-mêmes ; car dès qu'ils en sont entierement dépouillés, ils ne sont pas long-tems à fleurir ; mais ces premieres fleurs coulent ordinairement : & on ne doit guere espérer de fruit mûr avant trois ans, encore faut-il que ce soit en bonne terre : à quatre ans la levée est médiocre, & à cinq elle est dans toute sa force. Pour lors les cacaoyers portent ordinairement pendant toute l'année des fleurs & des fruits de tout âge ; il est à la vérité des mois où ils n'en ont presque point & d'autres où ils en sont chargés : vers les solstices les levées sont toûjours plus abondantes que dans les autres saisons.
Comme dans les ouragans le vent peut faire le tour du compas en très-peu d'heures, il est mal-aisé que perçant par l'endroit le plus foible & le moins couvert des cacaoyers, il n'y fasse bien du desordre, & il est nécessaire d'y remédier le plus promtement qu'il est possible. Si le vent n'a fait que renverser les arbres sans rompre leur pivot, en ce cas le meilleur parti qu'il y ait à prendre, sur-tout dans les bonnes terres, est de relever sur le champ ces arbres, & de les remettre en place, les appuyant avec une fourchette, & les rechaussant bien avec de la terre d'alentour : de cette maniere ils sont raffermis en moins de six mois, & rapportent comme s'ils n'avoient jamais eu de mal. Dans les mauvaises terres il vaut mieux les laisser couchés, rechausser les racines, & cultiver à chaque pié le rejetton de plus belle venue, & le plus proche des racines qu'il poussera, en retranchant avec soin tous les autres. L'arbre en cet état ne laisse pas de fleurir & de porter du fruit ; & quand dans deux ans le rejetton conservé est devenu un arbre nouveau, on étronçonne le vieux arbre à un demi-pié du rejetton.
De la cueillette du cacao, & de la maniere de le faire ressuer & sécher pour pouvoir être conservé & transporté en Europe. Le cacao est bon à cueillir lorsque toute la cosse a changé de couleur, & qu'il n'y a que le petit bouton d'en-bas qui soit demeuré verd. On va d'arbre en arbre & de rang en rang, & avec des gaulettes fourchues on fait tomber les cosses mûres, prenant garde de ne point toucher à celles qui ne le sont pas, non plus qu'aux fleurs. On employe à cela les Negres les plus adroits ; & d'autres qui les suivent avec des paniers, ramassent les cosses à terre, & en font à droite & à gauche dans la cacaoyere des piles qu'on laisse-là quatre jours sans y toucher.
Dans les mois d'un grand rapport, on cueille tous les quinze jours ; dans les saisons moins abondantes, on cueille de mois en mois.
Si les graines restoient dans les cosses plus de quatre jours, elles ne manqueroient pas de germer & de se gâter ; c'est pourquoi lorsque de la Martinique on a voulu envoyer aux îles voisines des cosses de cacao, pour avoir de la graine à planter, on a eu un soin extrème de ne cueillir que lorsque le bâtiment de transport alloit mettre à la voile, & de les employer d'abord en arrivant. Il n'est donc pas possible que les Espagnols voulant avoir de la semence pour produire ces arbres, laissent parfaitement mûrir & sécher les gousses qui la contiennent ; qu'après ils ôtent les semences de ces gousses, & qu'ils les fassent soigneusement sécher à l'ombre, pour les planter enfin en pépiniere, comme le rapporte Oexmelin, histoire des avanturiers, tom. I. pag. 424. Il est nécessaire de les écaler dès le matin du cinquieme jour au plus tard ; pour cela on frappe sur le milieu des cosses avec un morceau de bois, pour les fendre ; & avec les mains on acheve de les ouvrir en-travers, & d'en tirer les amandes qu'on met dans des paniers, jettant dans la cacaoyere les écosses vuides pour lui servir d'amandement & d'engrais, quand elles sont pourries, à-peu-près comme les feuilles de la dépouille des arbres leur servent de fumier continuel.
On porte ensuite dans une case tout le cacao écalé, & on le met en pile sur une espece de plancher volant, couvert de feuille de balisier qui ont environ quatre piés de long sur vingt pouces de large ; puis entourant le cacao de planches recouvertes des mêmes feuilles, & faisant une espece de grenier qui puisse contenir toute la pile de cacao étendue on couvre le tout de semblables feuilles, qu'on affermit avec quelques planches. Le cacao ainsi entassé, couvert & enveloppé de toutes parts, ne manque pas de s'échauffer par la fermentation de ses parties insensibles, & c'est ce qu'on appelle sur les lieux ressuer.
On découvre ce cacao soir & matin, & l'on fait entrer dans le lieu où il est, des Negres qui, travaillant à force des piés & des mains, le remuent bien, & le renversent c'en-dessus-dessous ; après quoi on le recouvre comme auparavant avec les mêmes feuilles & les mêmes planches. On continue cette opération chaque jour jusqu'au cinquieme, auquel il est ordinairement assez ressué ; ce qu'on connoît à la couleur, qui est beaucoup plus foncée & tout-à-fait rousse.
Plus le cacao ressue, & plus il perd de sa pesanteur & de son amertume ; mais s'il ne ressue pas assez, il est plus amer, sent le verd, & germe quelquefois ; il y a donc pour bien faire un certain milieu à garder, ce qui s'apprend par l'usage.
Dès que le cacao a assez ressué, on le met à l'air, & on l'expose au soleil pour le faire sécher en la maniere suivante.
On a déjà dressé d'avance plusieurs établis à deux piés ou environ, au-dessous du plan d'une cour destinée à cela : ce sont deux especes de sablieres paralleles, à deux piés l'une de l'autre, affermies sur de petits poteaux enfoncés dans la terre. On étend sur ces établis plusieurs nattes faites de brins de roseaux refendus, assemblés avec des liens d'écorce de mahot : (le mahot est un arbrisseau dont les feuilles sont rondes & douces au maniement, comme celles de la guimauve ; son écorce, qui se leve facilement, & qu'on divise en longs rubans, sert de ficelle & de corde aux habitans & aux sauvages) ; & sur ces nattes on met du cacao ressué environ à la hauteur de deux pouces ; on le remue & on le retourne fort souvent avec un rabot de bois, sur-tout les deux premiers jours : le soir on plie le cacao dans ses nattes, qu'on recouvre de quelques feuilles de balisier, crainte de la pluie ; on en fait autant le jour quand il va pleuvoir. Ceux qui craignent qu'on ne le vole la nuit, l'enferment dans une case.
Il y a des habitans qui se servent de caisses d'environ cinq piés de long sur deux de large, & trois à quatre pouces de rebord, pour faire sécher leur cacao. Elles ont cette commodité, que dans les grandes pluies, ou qui surviennent tout-à coup lorsque le cacao commence à sécher, on peut vîte mettre toutes ces caisses en pile l'une sur l'autre, ensorte qu'il ne reste que la derniere à couvrir ; ce qui est bientôt fait avec des feuilles de balisier recouvertes d'une caisse vuide renversée. Mais ce qui rend l'usage des nattes préférable, est que l'air qui passe par-dessous à-travers les vuides des roseaux, fait mieux sécher le cacao. Des caisses dont le fond seroit en réseau fort serré de fil de laiton, seroient excellentes ; mais il faudroit les faire faire en Europe, ce qui seroit une dépense considérable.
Quand le cacao est assez ressué, il faut l'exposer sur les nattes, quelque tems qu'il fasse : si l'on prévoyoit même une pluie abondante & de durée, il seroit bon de le laisser moins ressuer d'un demi-jour ou environ. On remarque que quelques heures de pluie dans le commencement, bien loin de lui nuire, ne servent qu'à le rendre plus beau & mieux conditionné. Dans la belle saison, au lieu de cette pluie, il n'est pas mal de l'exposer les premieres nuits au serein & à la rosée ; la pluie même d'un jour ou deux ne lui sera pas fort nuisible, si l'on observe de ne le point couvrir absolument jusqu'à ce qu'il ait eu un jour, ou tout au moins un demi-jour de soleil : car après un jour de beau tems on le plie le soir dans sa natte, comme nous avons dit ; & après un demi-jour on se contente, sans le plier, de le couvrir pendant la nuit de feuilles de balisier arrêtées avec des pierres mises dessus aux deux bouts. Mais une trop longue pluie fait fendre le cacao ; & parce qu'alors il ne se conserve pas longtems, on l'employe sur les lieux à faire du chocolat.
Si le cacao n'est pas assez ressué, & qu'on le plie trop-tôt dans sa natte, il est sujet à germer ; ce qui le rend fort amer & tout-à-fait mauvais.
Lorsque le cacao a été une fois plié dans sa natte, & qu'il a commencé à se sécher, il ne faut plus souffrir qu'il se mouille : il ne s'agit alors que de le remuer de tems-en-tems, jusqu'à ce qu'il soit suffisamment sec ; ce qu'on connoît, si en prenant une poignée de cacao dans la main, & la serrant, il craque : alors il est tems de le mettre en magasin, & de l'exposer en vente.
Ceux qui veulent acquérir la réputation de livrer de belle marchandise, se donnent le soin, avant que d'enfutailler leur cacao, de trier & de mettre à part les grains trop petits, mal nourris & plats, qui sont seulement moins beaux à la vûe, & rendent un peu moins en chocolat.
C'est de cette maniere que les graines ou amandes de cacao séchées au soleil, nous sont apportées en Europe & vendues chez les Epiciers, qui les distinguent, je ne sai pourquoi, en gros & petit caraque, & en gros & petit cacao des îles : car sur les lieux il n'est point fait mention de cette diversité ; & il faut apparemment que les marchands qui en font commerce, ayent trouvé leur compte à faire ce triage, puisque naturellement tout cacao provenu du même arbre & de la même cosse, n'est jamais de la même grosseur. Il est bien vrai que comparant une partie entiere de cacao avec une autre, on peut trouver que l'une est pour la plûpart composée de plus gros grains que l'autre ; ce qui peut provenir ou de l'âge du plant, ou de la vigueur des arbres, ou bien de la fécondité particuliere de la terre : mais très-assûrément il n'y a point d'espece de cacao qu'on puisse appeller grande par rapport à une autre qu'on puisse appeller petite.
Le cacao qui nous vient de la côte de Caraque, est plus onctueux & moins amer que celui de nos îles, & on le préfere en Espagne & en France à ce dernier ; mais en Allemagne & dans le Nord, on est, à ce qu'on dit, d'un goût tout opposé. Bien des gens mêlent le cacao de Caraque avec celui des îles moitié par moitié, & prétendent par ce mélange rendre leur chocolat meilleur. On croit que dans le fond la différence des cacaos n'est pas fort considérable, puisqu'elle n'oblige qu'à augmenter ou diminuer la dose du sucre, pour tempérer le plus ou le moins d'amertume de ce fruit : car il faut considérer, comme nous l'avons déjà dit, qu'il n'y a qu'une espece de cacao, qui croît aussi naturellement dans les bois de la Martinique que dans ceux de la côte de Caraque ; que le climat de ces lieux est presque le même, & par conséquent la température des saisons égale ; & qu'ainsi il ne sauroit y avoir entre ces fruits de différence intrinseque qui soit fort essentielle.
A l'égard des différences extérieures qu'on y remarque, elles ne sauroient provenir que du plus ou du moins de fécondité des terroirs, du plus ou du moins de soin donné à la culture des arbres, du plus ou du moins d'industrie & d'application de ceux qui le préparent & qui le travaillent depuis sa cueillette jusqu'à sa livraison, & peut-être même de tous les trois ensemble ; ce qu'on peut observer à la Martinique même, où il y a des quartiers où le cacao réussit mieux que dans d'autres, par la seule différence des terres plus ou moins grasses, plus ou moins humides.
On a l'expérience de ce que l'attention à la culture & à la préparation du cacao, peuvent ajoûter à son prix. Avec des soins & de l'intelligence, on trouve le moyen de faire la plus belle marchandise de toute l'île, & de se procurer la préférence de tous les marchands, pour la vente & le prix du cacao, sur tous ses voisins.
Le cacao de Caraque est un peu plat, & ressemble assez par son volume & sa figure à une de nos grosses féves ; celui de Saint Domingue, de la Jamaïque & de l'île de Cube, est généralement plus gros que celui des Antilles. Plus le cacao est gros & bien nourri, & moins il y a de déchet après l'avoir rôti & mondé.
Le bon cacao doit avoir la peau fort brune & assez unie ; & quand on l'a ôtée l'amande doit se montrer pleine, bien nourrie & lisse, de couleur de noisette fort obscure au-dehors, un peu plus rougeâtre en-dedans ; d'un goût un peu amer & astringent, sans sentir le verd ni le moisi ; en un mot sans odeur & sans être piqué des vers.
Le cacao est le fruit le plus oléagineux que la nature produise, il a cette prérogative admirable de ne jamais rancir, quelque vieux qu'il soit, comme font tous les autres fruits qui lui sont analogues en qualité, tels que les noix, les amendes, les pignons, les pistaches, les olives, &c.
On nous apporte aussi de l'Amérique du cacao réduit en pains cylindriques d'environ une livre chacun ; & comme cette préparation est la premiere & la principale qu'on lui donne pour faire le chocolat, il me semble à-propos d'ajoûter ici la maniere de la faire.
Les Indiens, dont on l'a tirée, n'y faisoient pas grande façon : ils faisoient rôtir leur cacao dans des pots de terre ; puis l'ayant mondé de sa peau & bien écrasé & broyé entre deux pierres, ils en formoient des masses avec leurs mains.
Les Espagnols, plus industrieux que les Sauvages, & aujourd'hui les autres nations à leur exemple, font choix du meilleur cacao, & du plus récent. (Comme le cacao n'est jamais si net que parmi les bons grains il n'y en ait d'avortés, de la terre, des pierres, &c. il faut avant que de l'employer, faire passer ces ordures à-travers un crible qui leur donne issue sans donner passage aux amandes de cacao). Ils en mettent environ deux livres dans une grande poële de fer sur un feu clair, & ils les remuent & les retournent continuellement avec une grande spatule, jusqu'à ce que les amandes soient assez rôties pour être facilement dépouillées de leur peau ; ce qu'il faut faire une à une, & les mettre à part ; prenant un soin extrème de rejetter les grains cariés, les moisis, & toute la dépouille des bons : car ces pellicules restées parmi le cacao ne se dissolvent jamais dans aucune liqueur, pas même dans l'estomac, & se précipitent au fond des tasses de chocolat dont le cacao n'a pas été bien mondé. Les ouvriers, pour expédier plus promtement cette opération & gagner du tems, mettent une grosse nappe sur une table, & y étendent leur cacao sortant tout chaud de la poêle ; puis ils font couler le rouleau de fer dessus, pour faire craquer & détacher les pellicules du cacao : enfin ils vannent le tout dans un van d'osier, jusqu'à ce que le cacao soit parfaitement mondé.
Si on a eu soin de peser le cacao chez l'épicier, & qu'ensuite on le repese après qu'il est rôti & mondé, on y trouvera environ un sixieme de déchet, un peu plus, un peu moins, selon la nature & les qualités du cacao ; c'est-à-dire, par exemple, que de trente livres d'achat, il en restera à-peu-près vingt-cinq toutes mondées.
Tout le cacao étant ainsi rôti & mondé à diverses reprises, on le met encore une fois rôtir dans la même poêle de fer, mais avec un feu moins violent ; on remue sans-cesse les amandes avec la spatule, jusqu'à ce qu'elles soient rôties également & au point qu'il faut ; ce qu'on connoit au goût savoureux & à la couleur brune sans être noire ; l'habileté consiste à éviter les deux extrémités, de ne les pas rôtir suffisamment & de les trop rôtir, c'est-à-dire de les brûler. Si on ne les rôtit pas assez, elles conservent une certaine rudesse de goût desagréable ; & si on les rôtit jusqu'à les brûler, outre l'amertume & le dégoût qu'elles contractent, on les prive entierement de leur onctuosité & de la meilleure partie de leurs bonnes qualités.
En France, où on outre ordinairement toutes choses, on s'est fort entêté du goût de brûlé & de la couleur noire, comme de qualités requises au bon chocolat ; ne considérant pas que charbon pour charbon il vaudroit autant y mettre celui du feu que celui du cacao. Cette observation n'est pas seulement conforme à la raison & au bon sens : mais elle est d'ailleurs confirmée par le consentement unanime de tous ceux qui ont écrit sur cette matiere, & elle est de même autorisée par la pratique universelle de toute l'Amérique.
Lorsque le cacao est rôti à-propos & bien mondé, on le pile dans un grand mortier pour le réduire en masse grossiere, qu'on passe enfin sur la pierre jusqu'à ce qu'elle soit d'une extrème finesse, ce qui demande une explication plus étendue.
On choisit une pierre qui résiste naturellement au feu, & dont le grain soit ferme, sans être ni trop doux pour s'égrainer, ni trop dur pour recevoir le poli. On la taille de seize à dix-huit pouces de large sur vingt-sept à trente de long & trois d'épaisseur, ensorte que sa surface soit courbe & creuse au milieu d'environ un pouce & demi ; cette pierre est affermie sur un chassis de bois ou de fer, un peu plus relevé d'un côté que de l'autre : on place dessous un brasier pour échauffer la pierre, afin que la chaleur mettant en mouvement les parties huileuses du cacao, & le réduisant en consistance liquide de miel, facilite beaucoup l'action d'un rouleau de fer, dont on se sert pour le travailler avec force, le broyer, & l'affiner jusqu'à ce qu'il n'y ait ni grumeau, ni la moindre dureté. Ce rouleau est un cylindre de fer poli, de deux pouces de diametre sur dix-huit ou environ de long, ayant à chaque bout un manche de bois de même grosseur, & de six pouces de long pour placer les mains de l'ouvrier.
Quand la pâte est autant broyée qu'on le juge nécessaire, on la met toute chaude dans des moules de fer-blanc, où elle se fige & se rend solide en très-peu de tems. La forme de ces moules est arbitraire & chacun les peut faire à sa fantaisie : cependant les cylindriques qui peuvent contenir deux à trois livres de matiere, me paroissent les plus convenables, parce que les pains les plus gros se conservent plus longtems dans leur bonté, & sont plus commodes pour le maniement quand il s'agit de les râper. On doit conserver ces billes enveloppées de papier dans un lieu sec, & observer qu'elles sont fort susceptibles des bonnes & des mauvaises odeurs, & qu'il est bon de les garder cinq ou six mois avant que d'en user.
Au reste le cacao étant suffisamment broyé & passé sur la pierre, comme nous venons de l'expliquer, si l'on veut achever la composition du chocolat en masse il ne s'agit plus que d'ajoûter à cette pâte une poudre passée au tamis de soie, & composée de sucre, de cannelle, & si l'on veut de vanille, suivant les doses & les proportions que nous enseignerons dans la suite de cet article ; de repasser le tout sur la pierre pour le bien mêler & incorporer ensemble, & de distribuer enfin cette confection américaine dans des moules de fer-blanc en forme de tablettes d'environ quatre onces chacune, ou demi-livre si l'on veut.
Propriétés du cacao. Le cacao est fort tempéré, nourrissant, & de facile digestion. Il répare promtement les esprits dissipés & les forces épuisées ; il est salutaire aux vieillards.
Usages du cacao ; on en fait des confitures, du chocolat, & l'on en tire l'huile qu'on appelle beurre de cacao.
Du cacao en confiture. On fait choix des cosses de cacao à demi mûres ; on en tire proprement les amandes sans les endommager, & on les met tremper pendant quelques jours dans de l'eau de fontaine, que l'on a soin de changer soir & matin : ensuite les ayant retirées & essuyées, on les larde avec des petits lardons d'écorce de citron & de cannelle, à-peu-près comme on fait les noix à Roüen.
On a cependant préparé un sirop du plus beau sucre, mais fort clair, c'est-à-dire où il y ait fort peu de sucre ; & après l'avoir bien purifié & bien clarifié, on l'ôte tout bouillant de dessus le feu, on y jette les grains de cacao, & on les y laisse tremper pendant vingt-quatre heures, après quoi on les retire de ce sirop ; & pendant qu'on les laisse égoutter, on en fait un nouveau semblable au précédent, mais plus fort de sucre, où on les fait pareillement tremper durant vingt-quatre heures. On réitere cinq ou six fois cette opération, augmentant à chaque fois la quantité de sucre, sans les mettre jamais sur le feu ni donner d'autre cuisson. Enfin ayant fait cuire un dernier sirop en consistance de sucre, on le verse sur les cacaos qu'on a mis bien essuyer dans un pot de fayence pour les conserver, & quand le sirop est presque refroidi, on y mêle quelques gouttes d'essence d'ambre.
Quand on veut tirer cette confiture au sec, on ôte les amandes hors de leur sirop ; & après les avoir bien égouttées, on les plonge dans une bassine pleine d'un sirop bien clarifié & fort de sucre, & sur le champ on les met dans une étuve, où elles prennent le candi.
Cette confiture, qui ressemble assez aux noix de Roüen, est excellente pour fortifier l'estomac sans trop l'échauffer ; ce qui fait qu'on peut même en donner aux malades qui ont la fievre.
Du chocolat. Voyez l'article CHOCOLAT.
Beurre de cacao. On prend du cacao rôti, mondé, & passé sur la pierre ; on jette cette pâte bien fine dans une grande bassine pleine d'eau bouillante sur un feu clair, où on la laisse bouillir jusqu'à la consomption presque entiere de l'eau ; alors on verse dessus une nouvelle eau dont on remplit la bassine : l'huile monte à la surface, & se fige en maniere de bourre, à mesure que l'eau se refroidit. Si cette huile n'est pas bien blanche, il n'y a qu'à la faire fondre dans une bassine pleine d'eau chaude, où elle se dégagera & se purifiera des parties rousses & terrestres qui lui restoient.
A la Martinique cette huile est en consistance de beurre : mais portée en France, elle devient comme du fromage assez dur, qui se fond néanmoins & se rend liquide à une legere chaleur ; elle n'a point d'odeur fort sensible, & a la bonne qualité de ne rancir jamais. L'huile d'olive ayant manqué une année, on usa de celle de cacao pendant tout un carême : elle est de fort bon gout ; & bien loin d'être malfaisante, elle contient les parties les plus essentielles & les plus salutaires du cacao.
Comme cette huile est très-anodyne, elle est excellente à l'intérieur pour guérir l'enrouement, & pour émousser l'acreté des sels qui dans le rhûme picotent la poitrine. Pour s'en servir on la fait fondre, on y mêle une suffisante quantité de sucre candi, & on en forme de petites tablettes, qu'on retient le plus long-tems qu'on peut dans la bouche, les laissant fondre tout doucement sans les avaler.
L'huile de cacao prise à propos, pourroit être encore merveilleuse contre les poisons corrosifs. Elle n'a pas de moindres vertus pour l'extérieur : 1°. elle est la meilleure & la plus naturelle de toutes les pommades, dont les dames qui ont le teint sec puissent se servir, pour se le rendre doux & poli, sans qu'il y paroisse rien de gras ni de luisant. Les Espagnols du Mexique en connoissent bien le mérite : mais comme en France elle durcit trop, il faut nécessairement la mêler avec l'huile de ben, ou celle d'amandes douces tirée sans feu.
2°. Si l'on vouloit rétablir l'ancienne coûtume que les Grecs & les Romains avoient d'oindre le corps humain d'huile, il n'y en a point dont l'usage répondît mieux aux vûes qu'ils avoient de conserver par ce moyen aux parties, & même de leur augmenter la force & la souplesse des muscles, & de les garantir des rhûmatismes & de plusieurs autres douleurs qui les affligent. On ne peut attribuer l'anéantissement de la pratique de ces onctions qu'à la mauvaise odeur & à la mal-propreté qui l'accompagnoient ; mais comme en substituant l'huile de cacao à celle d'olive, on ne tomberoit point dans ces inconvéniens, parce que celle-là ne sent rien, & qu'elle se seche plûtôt sur le cuir ; rien sans-doute ne seroit plus avantageux, sur-tout pour les personnes âgées, que de renouveller aujourd'hui un usage si autorisé par l'expérience de toute l'antiquité.
3°. Les Apothicaires doivent employer cette huile préférablement à toute autre chose pour servir de base à leurs baumes apoplectiques ; parce que toutes les graisses rancissent, & que l'huile de muscade blanchie avec l'esprit-de-vin, conserve toûjours un peu de son odeur naturelle, au lieu que l'huile de cacao n'est point sujette à ces accidens.
4°. Il n'y en a aucune plus propre pour empêcher les armes de rouiller, parce qu'elle contient moins d'eau que toutes les autres huiles dont on se sert ordinairement pour cela.
5°. Aux îles de l'Amérique, on se sert beaucoup de cette huile pour la guérison des hémorrhoïdes : quelques-uns en usent sans mélange ; d'autres ayant fait fondre deux ou trois livres de plomb, en ramassent la crasse, la réduisent en poudre, la passent au tamis de soie, l'incorporent avec cette huile, & en sont un liniment très-efficace pour cette maladie.
D'autres pour la même intention mêlent avec cette huile la poudre des cloportes, le sucre de saturne, le pompholyx, & un peu de laudanum.
D'autres se servent utilement de cette huile pour appaiser les douleurs de la goutte, l'appliquant chaudement sur la partie avec une compresse imbibée qu'ils couvrent d'une serviette chaude. On pourroit en user de même pour les rhûmatismes.
6°. Enfin l'huile de cacao entre dans la composition de l'emplâtre merveilleux, & de la pommade pour les dartres.
Emplâtre excellent pour la guérison de toutes sortes d'ulceres. Prenez huile d'olive une livre ; ceruse de Venise (elle est plus chere que celles d'Hollande & d'Angleterre, qui sont mélangées de craie, & qu'il faut laisser aux peintres) en poudre demi-livre : mettez-les dans une bassine de cuivre ou dans une casserole de terre vernissée sur un feu clair & moderé, remuant toûjours avec une spatule de bois jusqu'à ce que le tout soit devenu noir, & de consistance presque d'emplâtre (ce qu'on connoît en laissant tomber quelques gouttes sur une assiette d'étain ; car si la matiere se fige sur le champ, & ne prend presque point aux doigts en la maniant, elle est suffisamment cuite). Alors on y ajoûte de la cire coupée en petites tranches, une once & demie ; huile ou beurre de cacao, une once ; baume de copahu, une once & demie. Quand tout est fondu & bien mêlé, on tire la bassine de dessus le feu, & remuant toûjours avec la spatule, on y ajoûte peu-à-peu les drogues suivantes réduites en poudre très-subtile, séparément, & puis bien mêlées ensemble ; savoir, de la pierre calaminaire rougie au milieu des charbons, puis éteinte dans l'eau de chaux, & broyée sur le porphyre, une once ; de la myrrhe en larmes, de l'aloès succotrin, de l'aristoloche ronde, de l'iris de Florence, de chacun deux dragmes ; du camphre, une dragme. Lorsque tout sera bien incorporé, on le laissera un peu refroidir, après quoi on le versera sur le marbre, pour en former des magdaléons en la maniere ordinaire.
Ce remede produit des effets surprenans ; il guérit les ulceres les plus rebelles & les plus invétérés, pourvû que l'os ne soit pas carié ; car en ce cas, pour ne pas travailler en vain, il faut commencer par la cure de l'os, & traiter ensuite l'ulcere avec l'emplâtre. On panse la plaie soir & matin après l'avoir nettoyée avec l'eau de chaux, & bien essuyée avec un linge fin.
Le même emplâtre peut servir plusieurs fois, pourvû qu'avant que de l'appliquer on l'ait lavé avec l'eau de chaux, qu'on l'ait essuyé avec un linge, présenté au feu un moment, & qu'on l'ait un peu manié avec les doigts pour le renouveller en quelque maniere. On exhorte les personnes charitables de faire cet emplâtre & de le distribuer aux pauvres, surtout à ceux de la campagne.
Pommade excellente pour guérir les dartres, les rubis & les autres difformités de la peau. Prenez fleurs de soufre de Hollande (la fleur de soufre de Hollande est en pain comme le stil de grain, fort legere, douce, friable, & plûtôt blanche que jaune ; elle ne doit pas moins coûter de trente sols la livre. A son défaut on prendra de celle de Marseille, qui est en poudre impalpable, legere, & d'un jaune doré), salpetre raffiné, de chaque demi-once ; bon précipité blanc, deux dragmes (l'examen du précipité blanc se fait ainsi. On en met un peu sur un charbon allumé ; s'il exhale, c'est signe qu'il est bon & fidele ; s'il reste sur le feu ou qu'il se fonde, ce n'est que de la ceruse broyée, ou quelqu'autre blanc semblable) ; benjoin, une dragme. Pilez pendant long-tems le benjoin avec le salpetre raffiné dans un mortier de bronze, jusqu'à ce que la poudre soit très-fine ; mêlez-y ensuite la fleur de soufre & le précipité blanc ; & quand le tout sera bien mélangé, gardez cette poudre pour le besoin.
A la Martinique, lorsqu'il étoit question de m'en servir, je l'incorporois avec le beurre de cacao ; mais en France où il durcit trop, je lui ai substitué la pommade blanche de jasmin la plus odorante ; cette odeur jointe à celle du benjoin corrige en quelque maniere celle du soufre, que beaucoup de personnes abhorrent. Hist. nat. du cacao. vol. in -12. chez M de Dhoury.
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| CACAOTETL | (Hist. nat.) nom qu'on donne dans les Indes à une pierre que Borelli nomme en latin lapis corvinus Indiae ; on prétend que si on vient à faire chauffer cette pierre dans le feu, elle fait un bruit très-considérable, & semblable à un coup de tonnerre.
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| CACATOWA | (Géog.) petite île de la mer des Indes, près de l'île de Sumatra.
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| CACCIONDE | S. f. (Pharm.) nom d'une pilule dont le cachou fait la base, & que Baglivi recommande dans la dyssenterie.
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| CACERES | (Géog.) petite ville d'Espagne dans l'Estramadure, proche les confins de Portugal : elle est sur la riviere de Sabrot, à neuf lieues d'Alcantara. Long. 12. 8. lat. 39. 15.
CACERES DE CAMERINHA (Géog.) petite ville d'Asie dans l'île de Luçon. Long. 142. 25. lat. 14. 15.
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| CACHALOT | S. m. cette, Clus. (Hist. nat. Ichthyol.) très-grand poisson de mer, du genre des cétacées. Willughby fait la description, d'après Clusius, d'un cachalot qui fut jetté sur les côtes occidentales de la Hollande par une violente tempête : cet animal respiroit encore lorsqu'on l'apperçut, environ dix heures après la tempête. Il avoit cinquante-deux ou cinquante-trois piés de longueur, & trente-un piés de circonférence, & même beaucoup plus selon d'autres relations : on ne put pas avoir des mesures exactes, parce qu'une partie du corps s'étoit enfoncée dans le sable par les mouvemens que fit l'animal avant que de mourir. Il y avoit quinze piés de distance depuis le bout de la mâchoire supérieure jusqu'aux yeux. Le palais étoit percé de quarante-deux alvéoles, vingt-un de chaque côté, dans lesquels entroient autant de dents de la mâchoire inférieure, qui étoient de la grandeur d'un pouce d'un homme de haute taille. Ce poisson avoit sur sa tête auprès du dos un évent d'environ trois piés de diametre, par lequel il jettoit de l'eau en l'air. La mâchoire inférieure étoit longue de sept piés. Les yeux de cet animal étoient très petits à proportion de sa grosseur énorme : on auroit pû les entourer en faisant toucher l'extrémité du pouce avec celle du premier doigt. Il y avoit quatre piés de distance entre les yeux & les nageoires ; seize piés depuis les mâchoires jusqu'au nombril ; trois piés depuis le nombril jusqu'à la verge ; trois piés & demi depuis la verge jusqu'à l'anus, & treize piés & demi depuis l'anus jusqu'à la queue. Les nageoires avoient quatre piés quatre pouces de longueur, & un pié d'épaisseur. La longueur du membre étoit de six piés après la mort de l'animal. La queue étoit fort épaisse ; & elle avoit treize piés d'étendue. On tira de la tête de ce poisson du blanc de baleine en assez grande quantité, pour remplir plus du quart d'un tonneau ; & le corps entier rendit environ quarante tonneaux de graisse, sans compter celle qui se répandit sur la terre & dans la mer. La peau du dos étoit noire comme celle des dauphins ou des thons ; le ventre étoit blanc.
Clusius fait mention d'un autre cachalot qui avoit soixante piés de longueur, quatorze piés de hauteur, & trente-six piés de circonférence.
M. Anderson fait mention de plusieurs cachalots dans son histoire de Groenland, &c. Il y en a, dit cet auteur, qui ont de grosses dents plus ou moins longues, un peu arrondies & plates par le dessus ; les autres les ont minces & recourbées comme des faucilles. On ne trouve dans le détroit de Davis & aux environs de Spitzberg, qu'une espece de cachalot. Il a les dents courtes, grosses, & applaties ; la tête fort grosse ; deux nageoires longues aux côtés ; une sorte de petite nageoire qui s'éleve sur le dos, & une queue large de douze ou quinze piés. Les cachalots de cette espece voyagent par troupes. On en a vû qui avoient plus de cent piés de longueur, & qui faisoient en soufflant l'eau un très-grand bruit, que l'on pourroit comparer au son des cloches. Ces poissons se trouvent en quantité au cap du Nord, & sur les côtes de Finmarchie : mais on en prend rarement, parce qu'ils sont plus agiles que les baleines de Groenland, & qu'ils n'ont que deux ou trois endroits au-dessus de la nageoire où le harpon puisse pénétrer ; d'ailleurs leur graisse est fort tendineuse, & ne rend pas beaucoup d'huile.
Les marins, dit M. Anderson, distinguent deux especes de cachalots qui se ressemblent parfaitement par la figure du corps & par les dents, mais qui different en ce que les uns sont verdâtres, & ont un crane ou couvercle dur & osseux par-dessus le cerveau ; les autres sont gris sur le dos, & blancs sous le ventre, & leur cerveau n'est recouvert que par une forte membrane qui est de l'épaisseur du doigt. On prétend que cette différence ne dépend pas de l'âge du poisson.
Lorsqu'on a ôté la peau du haut de la tête des cachalots qui n'ont point de crane on trouve de la graisse de l'épaisseur de quatre doigts, & au-dessous une membrane épaisse & fort nerveuse qui sert de crane, & plus bas une autre cloison qui est assez semblable à la premiere, & qui s'étend dans toute la tête depuis le museau jusqu'à la nuque. La premiere chambre qui est entre ces deux membranes, renferme le cerveau le plus précieux, & dont on prépare le meilleur blanc de baleine. Cette chambre est divisée en plusieurs cellules, qui sont formées par une sorte de réseau ressemblant en quelque façon à un gros crêpe. Dans le cachalot sur lequel cette description a été faite, on tira de cette chambre sept petits tonneaux d'huile qui étoit claire & blanche : mais lorsqu'on la jettoit sur l'eau, elle se coaguloit comme du fromage ; & lorsqu'on l'en retiroit, elle redevenoit fluide comme auparavant. Au-dessous de la premiere chambre il y en a une autre qui se trouve au-dessus du palais, & qui a depuis quatre jusqu'à sept piés & demi de hauteur, selon la grosseur du poisson, & est remplie de blanc de baleine ; il est renfermé comme le miel dans de petites cellules, dont les parois ressemblent à la pellicule intérieure d'un oeuf. A mesure que l'on enleve le blanc de baleine qui est dans cette chambre, il en revient de nouveau en assez grande quantité, pour que le tout remplisse jusqu'à onze petits tonneaux. La matiere qui remplace celle que l'on tire, sort d'un vaisseau qui est auprès de la tête du poisson, & qui est gros comme la cuisse d'un homme ; il s'étend le long de l'épine jusqu'à la queue, où il n'est pas plus gros que le doigt. Lorsqu'on coupe la graisse du cachalot, il faut éviter ce vaisseau ; car si on le coupe, le blanc de baleine s'écoule par l'ouverture.
Le cachalot que l'on prend sur les côtes de la nouvelle Angleterre & aux Bermudes, est une espece différente. Ses dents sont plus grosses & plus larges, elles ressemblent aux dents de la roue d'un moulin, & sont de la grosseur du poignet. On trouve dans les cachalots de cette espece des boules d'ambre-gris qui ont jusqu'à un pié de diametre, & qui pesent jusqu'à vingt livres. Voyez l'article BALEINE. (I)
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| CACHAN | (Géog.) ville de Perse dans l'Irac, située dans une grande plaine à vingt-deux lieues d'Ispahan. Il s'y fait grand commerce d'étoffes de soie en or & argent, & de belle fayence.
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| CACHAO | (Géog.) grande ville d'Asie, capitale de la province du même nom, au royaume de Tonquin. Les Anglois & les Hollandois y ont un comptoir. Long. 132. 32. lat. 22.
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| CACHE-ENTRÉE | S. m. c'est ainsi que les Serruriers appellent une petite piece de fer qui dérobe l'entrée d'une serrure. Il y a des cache-entrées faits avec beaucoup d'art. Voyez l'article SERRURE, & l'explication des Planches de Serrurerie.
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| CACHECTIQUES | adj. plur. (Medecine) c'est ainsi qu'on appelle des remedes bons pour prévenir la cachexie, ou la guérir lorsque le malade en est attaqué. Il s'agit pour parvenir à la guérison de cette maladie, d'enlever les obstructions commençantes, même les plus enracinées. Les préparations de Mars, les sels apéritifs, les amers, & sur-tout le quinquina, ont cette vertu.
Ces remedes sont souvent employés trop tard. Les malades négligent de demander du secours, & laissent par ce moyen enraciner sur eux la cause d'une maladie qui devient par la suite fâcheuse, & qu'on auroit pû détruire au commencement. Voyez CACHEXIE. (N)
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| CACHEMIRE | (Géog.) province d'Asie dans les états du Mogol au nord ; elle a environ trente lieues de long sur douze de large. Ce pays est peuplé, & fertile en pâturages, riz, froment, légumes : on y trouve beaucoup de bois & de bétail. Les habitans sont adroits & laborieux, & les femmes y sont belles. On les croit Juifs d'origine, parce qu'ils ont toûjours à la bouche le nom de Moyse, qu'ils croyent avoit été dans leur pays, ainsi que Salomon. Ils sont aujourd'hui Mahométans ou Idolâtres. Dict, de M. de Vosgien.
CACHEMIRE, c'est la capitale de la province de ce nom. Long. 93. lat. 34. 30.
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| CACHEO | (Géog.) ville d'Afrique dans la Nigritie, sur la riviere de Saint-Domingue : elle appartient aux Portugais. Long. 2. 40. lat. 22.
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| CACHER | DISSIMULER, DÉGUISER, (Gram.) termes relatifs à la conduite que nous avons à tenir avec les autres hommes, dans les occasions où il nous importe qu'ils se trompent sur nos pensées & sur nos actions, ou qu'ils les ignorent. On cache ce qu'on ne veut point laisser appercevoir ; on dissimule ce qui s'apperçoit fort bien ; on déguise ce qu'on a intérêt de montrer autre qu'il n'est. Les participes dissimulé & caché se prennent dans un sens plus fort que les verbes dissimuler & cacher. L'homme caché est celui dont la conduite est impénétrable par les ténebres dont elle est couverte ; l'homme dissimulé est celui dont la conduite est toûjours masquée par de fausses apparences. Le premier cherche à n'être pas connu ; le second à l'être mal. Il y a souvent de la prudence à cacher ; il y a toûjours de l'art & de la fausseté soit à dissimuler, soit à déguiser. On cache par le silence : on dissimule par les démarches ; on déguise par les propos. L'un appartient à la conduite ; l'autre au discours. On pourroit dire que la dissimulation est un mensonge en action.
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| CACHERE | S. f. terme de verrerie en bouteilles ; c'est ainsi qu'on appelle une petite muraille contiguë aux fils des ouvraux, ou au remettement du four, sur laquelle le maître sépare la bouteille de la canne. Le cou de la bouteille étant placé, il pose le corps dans la cachere : & tenant ses deux mains étendues en avant, il presse de la main gauche le milieu de la canne ; & plaçant la main droite à l'extrémité de la canne, il leve cette extrémité, & donne en même tems en sens contraire une secousse de la main gauche. Cette secousse sépare la bouteille de la canne. Cela fait, il tourne le cul de la bouteille de son côté ; il y applique la partie du cou qui reste attachée à la canne, & met le cou au crochet pour y appliquer la cordeline. V. CORDELINE ; voy. VERRERIE en bouteille.
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| CACHET | S. m. petit instrument qu'on peut faire de toutes sortes de métaux, & de toutes les pierres qui se gravent, & dont on se sert pour fermer des lettres, sceller des papiers, &c. par le moyen d'une substance fusible sur laquelle on l'applique. Voy. l'article SCEAU. Il y a des cachets en bague, c'est toûjours une pierre gravée & montée en or ou en argent : il y en a à manche ; ils sont ordinairement d'argent, le manche en est en poire, & la matiere du manche d'ébene, d'ivoire, de bouis, &c. Il y en a qui sont tout d'or ou d'argent ; ils sont petits ; ils ont une poignée proportionnée, qu'on prend entre le pouce & l'index quand on les applique sur la cire. Mais de quelque espece que soient les cachets, ils se fondent tous ; & ils ont le même usage & la meme forme principale, je veux dire une surface plane, ronde, ou ovale, sur laquelle on a gravé en creux ou des armes, ou une tête, ou quelques figures d'hommes, d'animaux, de plantes, &c. Cette gravure en creux appliquée sur une matiere molle, rend ces figures en relief. Voyez l'article GRAVURE. Les cachets ont été à l'usage des anciens : il nous en reste même quelques-uns d'eux qui sont précieux par le travail. Celui qui est connu sous le nom de cachet de Michel-Ange, peut être mis au nombre des chefs-d'oeuvres de gravure antique. Il est au cabinet du roi ; c'est une petite cornaline transparente, gravée en creux, que l'on croit avoir servi de cachet à Michel-Ange, & qui dans un espace de cinq à six lignes, contient quatorze figures humaines, sans compter des animaux, des arbres, des fleurs, des vases, &c. & un exergue, où l'on voit encore des monticules, des eaux avec un petit pêcheur, &c.
On prétend que le tout est une espece de fête qu'on célébroit anciennement en mémoire de la naissance de Bacchus. On remarque d'abord deux femmes dont l'une tient sur ses genoux un enfant nud ; c'est Bacchus, dit-on, avec sa nourrice, & la belle Hippa dont il est parlé dans les hymnes d'Orphée. Le vieillard assis par terre est Athamas, mari d'Ino, ou si l'on veut un faune qui tient une patere, & qui fait une libation, &c. C'est ainsi que M. de Mautour qui a tâché d'expliquer le cachet dont il s'agit, amene à son système toutes les autres figures de la pierre, hors celle du cheval.
M. Bourdelot prétend au contraire que les puanepsies sont le sujet de la cornaline de Michel-Ange. Voy. PUANEPSIES. Il prend la figure humaine couronnée d'olivier, élevant de la main droite un vase, & tenant de la gauche les renes d'un cheval pour Thesée ; le cheval pour le symbole de Neptune, pere de Thesée, les autres figures d'hommes & de femmes, pour des Athéniens & des Athéniennes qui prennent part à la fête ; l'enfant entre les bras de sa mere, pour le signe de la délivrance de ce tribut ; & le petit pêcheur de l'exergue, pour l'image de la paix que Thesée avoit assurée à son pays.
Quoi qu'on puisse dire du talent des modernes & des progrès des beaux Arts parmi nous, nous aurions de la peine à trouver quelque ouvrage dans le même genre qu'on pût comparer à la piece dont il s'agit, soit pour sa difficulté, soit pour sa perfection.
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| CACHEUR | S. m. en termes de Raffineur de sucre, est un morceau de bois de neuf à dix pouces de long, plat par un bout & rond par le manche. Le bout qui est plat, sert à frapper les cercles de bois qui environnent les formes. Celui qui est rond sert alors de poignée. On s'en sert pour sonder les formes. Voyez SONDER, FORME.
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| CACHEXIE | S. f. (Medecine) ce mot est tiré du grec ; mauvais, & constitution. Ainsi l'on entend par cachexie la mauvaise constitution, le mauvais état du corps humain dans toute son habitude.
Pour donner une idée juste de la cachexie, il faut poser pour principes, 1° que le corps ne peut rester dans son état naturel, ni augmenter, s'il n'est réparé à proportion de la déperdition qu'il fait journellement. On appelle la premiere opération nutrition, & la seconde accroissement, qui arrive lorsque la déperdition est plus que compensée par l'addition du suc nourricier. Voyez NUTRITION, CROISSEMENTMENT. 2° Que ce suc nourricier doit être tiré des alimens changés en chyle par l'opération nommée digestion (voyez DIGESTION) & convertis en sang dans la veine soûclaviere gauche. Voyez SANGUIFICATION, 3°. Que de ce sang se sépare le suc nourricier ; que ce suc sera propre à la nutrition lorsque le chyle & le sang seront de bonne qualité : qu'au contraire il sera dépravé, & ne produira pas une bonne nutrition, lorsqu'il sera fourni par un mauvais chyle & un mauvais sang. 4°. Que le chyle ni le sang ne seront pas loüables, lorsque les alimens dont ils sont tirés seront de mauvaise qualité, ou que les visceres destinés à les composer seront viciés. Cela posé, examinons à-présent quels effets produira sur le corps la dépravation du chyle & du sang. Lorsque le sang n'aura pas une consistance requise, qu'il ne sera pas fourni ou renouvellé par un bon chyle, il s'ensuivra par son défaut de couleur la pâleur de toutes les parties charnues, & sur-tout du visage, la déperdition des forces du corps en général, & l'inaptitude aux fonctions tant naturelles que volontaires ; d'où naîtront les lassitudes dans les bras & les jambes, la difficulté de respirer, l'inégalité du pouls, la fievre même, la perte de l'appétit, la douleur d'estomac appellée cardialgie, les palpitations, &c. enfin la dépravation du suc nourricier, d'où l'amaigrissement & l'affaissement total de la machine, à quoi se joignent les obstructions dans les glandes, & sur-tout dans le foie. Tous les accidens ci-dessus détaillés caractérisent la cachexie, qui lorsqu'on la néglige dégénere très-facilement en hydropisie ; le chyle mal préparé faisant, pour ainsi dire, sur le sang le même effet que le vinaigre sur le lait, en sépare la sérosité qui s'épanche. On voit aisément après cette exposition, pourquoi les jeunes personnes qui n'ont point encore été reglées, ou les femmes qui auront essuyé des pertes considérables, deviennent cachectiques ; la trop grande abondance ou la suppression de quelque évacuation ordinaire ou nécessaire, étant une cause de cachexie, leur appétit déréglé pour le fruit verd, pour la craie, le charbon, & autres drogues de cette espece, produit souvent chez elles le même accident. Par la mauvaise qualité du chyle qui en résulte, on voit de quelle conséquence il est de corriger la cause de la cachexie. Pour y parvenir, il faut examiner si le vice est dans les liqueurs ou dans les parties solides, ou enfin dans l'un & l'autre ensemble ; lorsque l'on se sera apperçu que ce sont les liqueurs qui pechent, & que l'on reconnoîtra par les signes détaillés aux articles ACIDE & ALKALI, considérés comme causes de maladies, il sera question de vuider l'estomac & les intestins, soit par un vomitif doux, soit par un purgatif leger, & empêcher par toutes sortes de moyens le renouvellement de la matiere morbifique. Lorsque les parties solides seront cause de la cachexie, les remedes corroborans, & sur-tout les martiaux, seront convenables ; enfin lorsqu'elle procédera du vice de l'un & de l'autre, on la détruira par les remedes destinés à réparer ce vice. On aura soin de joindre aux remedes dans l'un & l'autre cas, l'usage d'un exercice modéré, & d'un régime capable de rendre au suc nourricier la douceur qui lui est nécessaire pour être employé utilement ; de défendre l'usage des alimens grossiers, farineux, & de difficile digestion. De tout ce que j'ai dit ci-dessus, il faut conclure que la cachexie est un état très-fâcheux ; que lorsqu'elle est la suite de la foiblesse de quelque partie solide, elle est plus difficile à guérir ; & que lorsqu'elle est accompagnée d'une fievre opiniâtre, elle est très-dangereuse. (N)
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| CACHI | S. m. (Hist. nat. foss.) c'est une espece de pierre blanche fort ressemblante à de l'albâtre, qu'on trouve en quantité dans les mines d'argent de l'Amérique : elles contiennent ordinairement quelques parties de plomb.
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| CACHIMAS | (Hist. nat. bot.) arbre des Indes occidentales dans les îles Antilles. On en compte de deux especes ; le cachimas sauvage, & le cachimas privé. Le premier est garni de pointes ; son fruit est de la grosseur d'une pomme de moyenne grandeur, dont la pelure, qui demeure toûjours verte & dure, est remplie de bosses & d'inégalités. Le cachimas privé a une écorce lisse, & des fruits unis qui sont beaucoup plus grands que ceux du premier ; lorsqu'ils sont mûrs ils sont d'un beau rouge, & blancs au-dessous de l'enveloppe ; le goût en est très-agréable. Les feuilles des deux especes de cachimas ressemblent beaucoup à celles du châtaigner. On dit que le fruit donne de l'appétit, & a la propriété de diviser les humeurs.
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| CACHIMENTIER | (Hist. nat. bot.) arbre très-commun aux îles Antilles, & dans plusieurs endroits de l'Amérique. Il y en a plusieurs especes. Cet arbre porte un fruit que l'on appelle cachiment ? il est de forme ronde, d'environ cinq ou six pouces de diametre ; il est couvert d'une peau brune rougeâtre, & quelquefois d'un verd tirant sur le jaune ; au-dedans de laquelle se trouve une substance blanche ; d'un goût fort fade & d'une consistance de creme, tout le fruit est rempli de graines grosses comme de petites feves, oblongues, brunes, lisses & fort astringentes. Les deux principales especes de cachiment sont le coeur de boeuf, qui a la forme & la couleur de ce dont il porte le nom, & le cachiment morveux très-bien nommé par comparaison. Cette derniere espece est fort rafraîchissante ; la peau qui le couvre est verte, & devient un peu jaunâtre lorsqu'il est mûr. Voyez Gonzalez Oviedo & le P. Plumier, qui appellent cet arbre guanabanus fructu purpureo.
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| CACHIMIA | S. f. (Chimie) ce mot ne se trouve guere que dans Paracelse, qui s'en sert pour désigner des substances minérales qui ne sont point parvenues à perfection, ou ce qui n'est ni sel ni métal, mais qui participe cependant plus de la nature métallique que de toute autre. Les substances de ce genre sont les différentes especes de cobalt, le bismuth, le zinc, l'arsenic, &c. (-).
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| CACHLEX | (Hist. nat.) espece de pierre dont il n'y a point de description, mais qu'on dit se trouver sur le bord de la mer. Galien prétend que si on la fait rougir dans le feu, & qu'on vienne à l'éteindre ensuite dans du petit-lait, elle lui donne la vertu d'être un excellent remede contre la dyssenterie.
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| CACHOS | (Hist. nat. bot.) arbrisseau qui ne croît que sur les montagnes du Pérou. Il est fort verd ; sa feuille est ronde & mince, & son fruit comme la pomme d'amour ; il s'ouvre d'un côté, & a la forme de coquillage : sa couleur est cendrée, & son goût agréable. Il contient une petite semence. Les Indiens lui attribuent de grandes propriétés ; telles que celle de débarrasser les reins de la gravelle, & même de diminuer la pierre dans la vessie, quand elle commence à s'y former.
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| CACHOT | S. m. (Architect.) c'est dans les prisons un lieu soûterrain, voûté, sans aucun jour, où l'on enferme les malfaiteurs.
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| CACHOU | (Hist. nat. des drogues) suc épaissi tiré du regne des végétaux ; en anglois cashoo, en latin terra japonica, terre du Japon ; dénomination reçûe depuis près d'un siecle, quoique très-fausse en elle-même, & d'autant plus impropre, que tout le cachou, qu'on trouve au Japon y est apporté d'ailleurs.
Il en est du cachou, suivant la remarque de M. de Jussieu, comme de la plûpart des autres drogues, sur l'histoire desquelles il y a autant de variations que de relations de voyageurs.
Le cachou n'est point une terre. Le public & les marchands épiciers séduits par la sécheresse & la friabilité du cachou, ont commencé par goûter avidement les décisions de ceux qui s'éloignent du récit de Garcie du Jardin, & ont mis cette drogue au rang des terres. M. de Caen, docteur en Medecine de la faculté de Paris, est un des particuliers qui a le plus accrédité cette opinion de France, en détaillant l'origine & la nature de cette terre, sur l'attestation d'un de ses amis voyageur.
On trouve, a-t-il dit, cette terre dans le Levant, & elle y est appellée masquiqui ; on la ramasse principalement sur les plus hautes montagnes où croissent les cedres, & sous la racine desquels on la rencontre dure & en bloc. Pour ne rien perdre de cette terre, les naturels du pays, qu'on nomme Algonquins, la ramassent en entier avec ce sable qui s'y trouve joint. Ils versent dessus le tout de l'eau de riviere, le rendent liquide, & en pétrissent une pâte qu'ils mettent sécher au soleil, jusqu'à ce qu'elle soit dure comme nous la voyons. Les Algonquins en portent toûjours sur eux, & en usent pour les maux d'estomac. Ils l'appliquent aussi extérieurement en forme d'onguent sur la région du bas-ventre.
Ce roman a passé de bouche en bouche, de livres en livres, avec d'autres circonstances singulieres : tout cela n'a servi qu'à lui donner plus de créance ; & le petit gravier qu'on trouve quelquefois dans le cachou n'y a pas nui. Enfin le nom même de terre de Japon, sous lequel le cachou est connu depuis si longtems parmi les auteurs de matiere médicale, n'a pas peu contribué à confirmer l'opinion que c'est effectivement une terre, ou du moins qu'il y a une terre qui lui sert de base.
Mais on est à-présent détrompé de cette erreur par l'examen analytique qui a été fait des principes du cachou ; premierement en Allemagne par Hagendorn, Wedelius, & autres, & ensuite en France par M. Boulduc.
Les expériences, les dissolutions, & les différentes analyses de ce mixte, ont prouvé démonstrativement que c'est un suc de végétal épaissi : car 1°. au lieu de jetter comme toutes les autres terres un limon dans l'humidité, il s'y dissout entierement, à quelques parties grossieres près, & non-seulement dans les liqueurs aqueuses, mais encore dans les spiritueuses : 2°. il se dissout facilement dans l'eau commune, s'incorpore avec elle, & lui communique une teinture rouge, de même qu'un grand nombre d'extraits & de sucs de végétaux épaissis : 3°. la filtration ne l'en sépare point ainsi qu'elle fait les terres ; mais il passe par le filtre avec l'eau : 4°. en le filtrant on n'y trouve jamais de terre, si ce n'est lorsqu'il est mal-propre : 5°. il s'enflamme, brûle dans le feu, & ne donne que peu de cendres : 6°. mis dans la bouche il ne laisse sur la langue aucun goût de terre, & s'y fond totalement : 7°. on en tire par la chimie beaucoup d'huile & de sels essentiels, pareils à ceux qu'on tire des plantes.
Le cachou n'est point une substance vitriolique. Ces raisons étant décisives, d'autres physiciens ont imaginé de placer le cachou dans la classe des vitriols, c'est-à-dire de le regarder comme une substance composée, qui tient de leur nature : mais cette imagination n'a pas fait fortune ; les expériences la détruisent, & prouvent que le cachou n'a rien de vitriolique : en effet, 1°. on n'en sépare aucun sel de cette nature ; 2°. si on le mêle avec un alkali, il ne produit ni effervescence ni précipitation ; 3°. sa solution fait l'encre, avec une addition de quelques substances vitrioliques.
C'est une substance végétale. Il seroit inutile de m'étendre davantage sur de pures fictions : d'ailleurs tout le monde convient aujourd'hui qu'il faut mettre le cachou dans le rang des substances végétales ; personne n'oseroit le contester ; c'est un fait dont on est pleinement convaincu.
Sa définition. Par conséquent on peut hardiment le définir un suc gommeux, résineux, sans odeur, fait & durci par art, d'un roux noir âtre extérieurement, & d'un roux brun intérieurement ; son goût est astringent, amer quand on le met dans la bouche, ensuite plus doux & plus agréable. Voilà ce qu'on connoît du cachou : mais on n'est point encore assûré si c'est un suc qu'on tire de la décoction de diverses plantes, ou le fruit d'une seule, & si notre cachou est la même chose que le lycium indien de Dioscoride.
Il ne faut pas le confondre avec le cajou. Quelques-uns se fondant sur l'affinité des noms, ont avancé que le cachou est l'extrait ou le suc épaissi du fruit que nous appellons noix d'acajou ; car ce fruit se nomme catzu ou cajou : mais ceux qui ont eu cette idée ne connoissoient pas l'acajou, qui contient dans sa substance un suc acre, mordicant, brûlant les levres & la langue, & qui est d'une saveur bien différente de celle du cachou.
Arbre dont on tire le cachou suivant Garcie. Si nous nous en rapportons à Garcie, l'arbre dont on tire le cachou est de la hauteur du frêne : il a des feuilles très-petites, & fort semblables à celle de la bruyere ou du tamaris : il est toûjours verd, & hérissé de beaucoup d'épines. Voici comment il rapporte la maniere de le tirer. On coupe par petits morceaux les branches de cet arbre, on les fait bouillir, en suite on les pile ; après cela on en forme des pastilles & des tablettes avec la farine de nachani, & avec la sciure d'un certain bois noir qui naît dans le pays. On fait sécher ces pastilles à l'ombre : quelquefois on n'y mêle pas cette sciure.
Description de cet arbre suivant Bontius. Bontius, un des premiers voyageurs qui en ait parlé, dit que cet arbre est tout couvert d'épines sur le tronc & sur les branches, ayant des feuilles qui sont presque comme celles de la sabine, ou de l'arbre que l'on appelle l'arbre de vie, hormis qu'elles ne sont pas si grosses ni si épaisses. Il porte, dit-il, des feves rondes de couleur de pourpre, dans lesquelles sont renfermées trois ou quatre noix tout au plus, & qui sont si dures que l'on ne peut les casser avec les dents. On en fait bouillir les racines, l'écorce, & les feuilles, pour en faire un extrait que l'on appelle cate ; extrait, pour le dire en passant, que ces deux auteurs Garcie & Bontius, croyent être le lycium indien de Dioscoride.
Suivant Hebert de Jager. Mais Hebert de Jager, dans les éphémerides des curieux de la nature, décad. Il. an. 3. écrit que le lycium des Indes, ou le cate de Garcias, ou le kaath, comme les Indiens l'appellent, & le reng des Perses, est un suc tiré non d'un arbre, mais de presque toutes les especes d'acacia qui ont l'écorce astringente & rougeâtre, & de beaucoup d'autres plantes dont on peut tirer par l'ébullition un suc semblable. Tous ces sucs sont désignés, ajoûte-t-il, dans ces pays-là sous le nom de kaath, quoiqu'ils soient bien différens en bonté & en vertu.
Il parle cependant d'un arbre qui porte le plus excellent & le meilleur kaath : cet arbre est nommé khier par les Indiens, khadira par les Brachmanes, tsaanra par les Golcondois, karanggalli fatti par les Malabares.
C'est une espece d'acacia épineux, branchu, dont les plus grandes branches sont couvertes d'une écorce blanchâtre cendrée. Les rameaux qui produisent des feuilles sont couverts d'une peau roussâtre, & ils sortent des plus grandes branches entre les petites épines, placées deux à deux, crochues & opposées. Les feuilles ailées, portées sur une côte, sont semblables à celles de l'acacia, mais plus petites. Cet auteur n'a pas vû les fleurs ni le fruit. On retire de cet arbre par la décoction, dans le royaume de Pégu, un suc dont on fait le kaath, si recherché dans toutes les Indes orientales.
L'arbre qui fournit le cachou est sur-tout l'areca. En effet, quoi qu'en dise Hebert de Jager, l'arbre qu'on nomme areca est le plus célebre parmi ceux qui donnent l'extrait de kaath ou le cachou ; & c'est même le seul qui fournit le vrai cachou, si l'on en croit les voyageurs qui méritent le plus de créance, & en particulier Jean Othon Helbigius, homme très-versé dans la connoissance des plantes orientales, & qui a fait un très-long séjour dans le pays.
Synonymes de cet arbre. Voilà donc la plante que nous cherchions : c'est un grand arbre des Indes orientales, qui croît seulement sur les bords de la mer & dans les terres sablonneuses, une espece de palmier qui porte les noms suivans dans nos ouvrages de Botanique ; palma cujus fructus sessilis. Fausel dicitur, C. B. P. 510. Filfil & Fufel, Avicen. Faufel, sive areca palma foliis, J. B. 1. 389. areca, sive Fauvel, Clus. Exot. 188. Pinung. Bont. caunga hort. Malab. où l'on en trouvera la figure très-exacte.
Sa description. Sa racine est noirâtre, oblongue, épaisse d'un empan, garnie de plusieurs petites racines blanchâtres & rousses : son tronc est gros d'un empan près de la racine, & un peu moins vers son sommet ; son écorce est d'un verd gai, & si unie, qu'on ne peut y monter à moins qu'on n'attache à ses piés des crochets & des cordes, ou qu'on ne l'entoure par intervalles de liens faits de nattes, ou de quelqu'autre matiere semblable.
Les branches feuillées sortent du tronc en sautoir deux à deux ; celles qui sont au-dessus sortent de l'entre-deux des inférieures ; elles enveloppent par leur base le sommet du tronc, comme par une gaine ou une capsule ronde & fermée ; elles forment par ce moyen une tête oblongue au sommet, plus grosse que le tronc de l'arbre même.
Le pié des branches feuillées extérieurement se fend & se rompt, & elles tombent successivement l'une après l'autre : les branches feuillées sont composées d'une côte un peu creuse en-dessus, arrondie en-dessous, & de feuilles placées deux à deux & opposées, longues de trois ou quatre piés, larges de trois ou quatre pouces plus ou moins, pliées comme un éventail, vertes, & luisantes : au haut du tronc il sort de chaque aisselle de feuille une capsule en forme de gaîne, longue de quatre empans, plus ou moins, qui renferme les tiges chargées de fleurs & de fruits, concaves par où elles se rompent & s'ouvrent, d'un verd blanchâtre d'abord extérieurement, jaunâtre ensuite, & blanches en-dedans.
Les tiges qui sont renfermées dans ces gaînes sont les unes plus grosses, & chargées vers le bas de fruits tendres ; les autres sont plus grêles, & garnies des deux côtés de boutons de fleurs : ces boutons sont petits, anguleux, blanchâtres, s'ouvrant en trois pétales, roides, pointus, & un peu épais ; ils contiennent dans leur milieu neuf étamines grêles, dont trois sont plus longues, d'un jaune blanchâtre, qui sont entourées des six autres plus petites & plus jaunes.
Description du fruit arec. Les fruits encore tendres & mous sont blancs & luisans, attachés à des pédicules blancs, de figure anguleuse & non arrondis, renfermés pour la plus grande partie dans les feuilles du calice, qui sont ovalaires & entrelacées les unes avec les autres : ils contiennent beaucoup de liqueur limpide, d'un goût astringent, placée au milieu de la pulpe, qui s'augmente avec le tems ; & la liqueur diminue jusqu'à ce qu'il n'en reste plus : ensuite il naît une moelle blanchâtre, tandis que la pulpe s'endurcit & l'écorce acquiert enfin la couleur de jaune doré.
Les fruits devenus assez gros, & n'étant pas encore secs, sont ovalaires, & ressemblent fort à des dattes : ils sont plus serrés aux deux bouts, & composés d'une écorce épaisse, lisse, membraneuse, & d'une pulpe d'un brun rougeâtre, qui devient en séchant fibreuse ou cotonneuse, & jaunâtre : la moelle, ou plûtôt le noyau ou la semence qui est au milieu, est blanchâtre.
Lorsque le fruit est sec, le noyau se sépare aisément de la pulpe fibreuse ; il est de la grosseur d'une aveline ou d'une muscade, le plus souvent en forme de poire, ou applati d'un côté & sans pédicule, convexe de l'autre, ridé, cannelé extérieurement ; d'une couleur rousse ou de cannelle, d'une matiere dure, difficile à couper, panaché de veines blanchâtres, rousses & rougeâtres ; d'un goût un peu aromatique, & legerement astringent. C'est ce fruit que nous nommons proprement arec, & les Arabes fauvel.
Usages que les Indiens font de ce fruit. L'usage que les Indiens en font tous les jours, lui a donné une très-grande réputation. Ils le mâchent continuellement, soit qu'il soit mou, soit qu'il soit dur, avec le lycium indien, ou le kaath, les feuilles de betel, & très-peu de chaux. Ils avalent le suc ou la salive teinte de ces choses, & ils crachent le reste ; leur bouche alors paroît toute en sang, & fait peur à voir.
Ils ne manquent pas de l'employer comme une espece de régal dans les visites qu'ils se font. Leur maniere de le servir, est de le présenter en entier, ou coupé en plusieurs tranches. Lorsqu'on le présente entier, on sert en même tems un instrument propre à le couper, qui est une espece de ciseau, composé de deux branches mobiles arrêtées par une de leurs extrémités, & qui s'ouvre de l'autre. C'est par l'extrémité par laquelle le ciseau s'ouvre, que l'on presse l'arec, que l'on met entre ces deux branches pour le couper en autant de parties que l'on veut : & de ces deux branches il n'y en a qu'une, qui est la supérieure, destinée à couper ; l'inférieure ne sert que d'appui pour soûtenir cette semence dans le tems de l'effort que l'on fait par l'abaissement de la partie supérieure du ciseau.
Lorsqu'on le sert coupé en tranches, c'est ordinairement sur des feuilles de betel dans lesquelles on enveloppe ces morceaux, après les avoir auparavant couverts d'une couche legere de chaux, propre à se charger du suc de l'arec & du betel, quand on les mâche, pour en faire conserver plus long-tems dans la bouche une saveur agréable.
Préparations du cachou. Je viens à la maniere de préparer l'extrait d'areca ; la voici, selon que le rapporte Herbert de Jager dans les éphémerides des curieux de la nature, decur. II. an. 3.
On coupe en deux ou en trois morceaux la noix d'areca ou fauvel avant qu'elle soit tout-à-fait mûre, & lorsqu'elle est encore verte, & on la fait bouillir dans de l'eau, en y ajoûtant un peu de chaux de coquillages calcinés pendant l'espace de quatre heures, jusqu'à ce que les morceaux de cette noix ayent contracté une couleur d'un rouge obscur. La chaux y sert beaucoup. Alors on passe cette décoction encore chaude ; & lorsqu'elle est refroidie, on la sépare un peu de la matiere épaisse & de la lie qui va au fond du vaisseau. Cette lie étant épaisse, s'appelle aussi kaath, & on l'employe de la même maniere que l'extrait appellé cate. Mais pour rendre cet extrait plus excellent, ils y ajoûtent l'eau de l'écorce encore verte du tsianra, ou de l'acacia, dont nous avons parlé, qu'ils pilent & font macérer pendant trois jours. Enfin, lorsque ce suc est épaissi, ils l'exposent au soleil sur des nattes, & ils le réduisent en petites masses ou en pastilles.
Les grands du pays & les riches ne se contentent pas de ce cachou : ils y mêlent du cardamome, du bois d'aloès, du musc, de l'ambre, & d'autres choses, pour le rendre plus agréable & plus flateur au goût. Telle est la composition de quelques pastilles que l'on prépare dans les Indes, qui sont rondes, plates, de la grosseur d'une noix vomique, que les Hollandois apportent en Europe sous le nom de siri gata gamber.
Telles sont aussi des pastilles noires qui ont différentes figures, tantôt rondes comme des pilules, tantôt comme des graines, des fleurs, des fruits, des mouches, des insectes, tantôt comme des crottes de souris, &c. que les Portugais font dans la ville de Goa, & que les François méprisent à cause de leur violente odeur aromatique. Mais comme les nations qui fabriquent ces pastilles, sont fort trompeuses, il leur arrive souvent d'y mêler d'autres corps étrangers, pour en augmenter le poids & le volume ; desorte qu'il est rare d'en voir sortir de pures de leurs mains.
Pour ce qui est du cachou simple, naturel, & sans aromates, qui passe en Europe, & que nous recherchons le plus ; c'est un pur extrait de l'arec fait sur les lieux, & rendu solide par l'évaporation de toute l'humidité que cet extrait contenoit.
On coupe les graines d'arec vertes, en tranches ; on les met bouillir dans l'eau, jusqu'à ce que cette eau soit chargée d'une forte teinture rouge-brune ; on passe cette décoction, qu'on fait évaporer jusqu'à consistance d'extrait, auquel on donne telle forme que l'on veut, & qui se durcit bientôt après.
Effets de l'arec quand il est verd. Garcias & Bontius assûrent que si l'on mâche l'arec verd, il cause une espece de vertige & d'ivresse semblable à celle que cause le vin, mais qu'on dissipe bientôt en prenant un peu de sel & d'eau fraîche : quand ce fruit est mûr ou cuit, il ne fait point le même effet, il n'en produit que de salutaires ; & je ne crois pas vraisemblable qu'il tire son seul mérite de la mode, de l'habitude, & de la volupté.
Vertus médicinales du cachou. Les Orientaux l'employent continuellement contre la puanteur de l'haleine, pour raffermir les gencives, pour aider la digestion, pour arrêter le vomissement, la diarrhée, la dyssenterie ; & les relations de nos voyageurs, de Garcie, de Linschot, de Bontius, de Cleyer, d'Herman, d'Helbigius, conviennent de son efficace dans tous ces cas.
Par l'usage que nous en avons fait en Europe, nous y avons remarqué à-peu-près les mêmes propriétés ; nous avons trouvé que le cachou naturel est bon pour raffermir les gencives, pour l'angine aqueuse, pour dissiper les catarrhes, pour appaiser la toux qui vient d'une pituite acre, pour arrêter les flux de ventre qui viennent du relâchement de l'estomac & des intestins, & autres maladies semblables.
Si nous pénétrons jusque dans les principes qui peuvent opérer ces effets, il semble que ce soit à l'astriction dont cette drogue est principalement doüée, que l'on doive ses vertus.
Effectivement, c'est par cette astriction que l'estomac plus capable de retenir les alimens, est en état de les mieux digérer ; ce qui est le vrai remede de la plûpart des diarrhées qui ont pour cause la foiblesse de ce viscere.
C'est par cette même astriction, que réunissant les principes du sang qui étoient divisés, elle peut arrêter la dissenterie, & les fluxions dans lesquelles le sang ou sa sérosité s'épanchent avec trop de facilité.
Le caractere spécifique du cachou est donc d'être comme un composé des sucs d'hypocistis & d'acacia, desquels il a l'astriction ; & par sa douceur il approche de celle de la réglisse & du sang-dragon, ensorte qu'il réunit en soi les vertus de ces différens sucs, en modifiant ce qu'ils ont de trop astringent ou de trop difficile à dissoudre dans l'eau simple.
Nous pouvons le disputer aux Indiens par rapport aux différentes préparations que nous donnons au cachou pour le rendre plus agréable. On le dissout dans l'eau simple, qui dans peu de tems se charge de ses parties les plus pures ; on la coule, on laisse évaporer la colature, & l'on ne trouve au fond du vase qu'un extrait rouge-brun, qui est ce cachou purifié, auquel on ajoûte les aromates les plus convenables au goût de chacun, quelquefois même le sucre, pour en corriger cette amertume qui ne prévient pas d'abord en sa faveur.
Les formes sous lesquelles on le réduit, sont celles ou de pilules, ou de pastilles, ou de tablettes, pour s'accommoder aux goûts des diverses personnes qui en font usage ; l'ambre gris, dont l'odeur est utile à ceux qui ont l'haleine mauvaise, s'y retranche ordinairement pour les dames à qui elle pourroit causer des vapeurs. On le donne en substance sous la forme de pilules, de pastilles, ou de tablettes, depuis un demi-scrupule jusqu'à une drachme.
Son usage, sous quelqu'une de ces formes que ce soit, convient le matin à jeûn, avant & après le repas, & dans tous les cas où l'on veut faciliter la digestion, qui manque par l'affoiblissement de l'estomac, ou par l'acide qui domine dans les premieres voies.
Enfin, une qualité particuliere par laquelle le cachou se fait distinguer des autres drogues avec lesquelles il a quelque analogie, est, qu'au lieu que celles-ci se déguisent aisément par le mélange des autres ingrédiens que l'on y joint, le cachou se fait toûjours reconnoître, dans quelque composition qu'on le fasse entrer.
Je ne dois pas oublier un avantage que l'on peut tirer du cachou, en faveur de ceux qui ont de la répugnance pour les tisanes, & pour la commodité de ceux qui veulent faire sur le champ une boisson convenable dans les dévoiemens, dans les fievres bilieuses, dans les maladies provenantes d'une abondance de sérosités acres, &c. c'est que la quantité d'un ou deux gros de cette substance, jettée dans demi-pinte d'eau, lui donnera une teinture rougeâtre, une saveur douce & un peu astringente, telle qu'il convient dans ces occasions.
Il me paroît que l'on n'a rien à craindre d'une trop grande dose du cachou ; car l'on peut en retenir continuellement de petits morceaux dans la bouche, & en substituer de nouveaux à ceux qui sont dissous, sans accident fâcheux. Il faut observer que plus les morceaux sont petits, plus ils paroissent agréables au goût. On en prend de la grosseur d'une graine d'anis ou de coriandre.
Teinture de cachou. Wedelius en tire une teinture de la maniere suivante. cachou en poudre quantité suffisante ; versez dessus six ou huit fois autant d'esprit-de-vin rectifié : digérez. On retire une très-belle teinture, que l'on sépare de la lie, en la versant peu-à-peu, & on la garde pour l'usage ; la dose est depuis 20 gouttes jusqu'à 60.
On employe heureusement cette teinture dans la cachexie & autres maladies de fibres lâches ; où les astringens conviennent. On peut s'en servir en gargarisme dans un véhicule propre, pour le scorbut, pour raffermir les dents & les gencives, & pour adoucir l'haleine.
Pastilles de cachou. cachou, une drachme ; sucre royal, une once : réduisez-les en poudre fine. M. avec du mucilage de gomme adraganth, & une goutte ou deux d'huile de cannelle. Faites des pastilles, que l'on tiendra dans la bouche, dans les toux catarrhales.
Opiate de cachou. cachou, trois onces ; corail rouge préparé, deux drachmes ; sirop de coing, quantité suffisante. M. F. un opiat. La dose est une drachme trois ou quatre fois le jour, dans la super-purgation, la diarrhée, & la dyssenterie.
Julep de cachou. cachou, une drachme ; diacode, trois onces ; sirop de roses seches, une once ; eau de pourpier, de laitue, ana quatre onces : faites-en un julep dans le crachement de sang, ou la dyssenterie.
Looch de cachou. cachou en poudre, deux drachmes ; mucilage de gomme adraganth, trois onces ; sirop de grande consoude, une once : M. & faites-en un looch, contre la toux provenante de pituite acre ; qui tombe sur le poumon.
Tout medecin peut changer, combiner, amplifier ces sortes de formules à son gré, & les employer dans les occasions. Je ne les ai indiquées que parce que je mets le cachou au rang des bonnes drogues qui ont le moins d'inconvéniens.
Choix du cachou. Il faut le choisir pesant, d'un rouge tanné au-dessus, point brûlé, & très-luisant. On l'apporte de Malabar, de Surate, de Pégu, & des autres côtes des Indes.
Notre cachou paroît un extrait du seul areca. Parmi celui que nous recevons, il se trouve des morceaux de différentes couleurs & figures ; les uns sont formés en boules, & d'autres en masses applaties plus ou moins grosses ; de plus, il y en a de pur, qui se fond promtement dans la bouche, & d'autre plus grossier, plus amer, terreux, sablonneux, brûlé. Ces différences ont porté plusieurs auteurs de matiere médicale, à distinguer deux sortes de cachou, qu'ils ont imaginé être des sucs extraits de différentes plantes, cependant toutes les différences dont on vient de parler, ne semblent qu'accidentelles, & peuvent venir de diverses préparations d'un seul & même fruit.
En effet, suivant l'observation de M. de Jussieu, la différence des couleurs de l'intérieur & de l'extérieur des masses, peut ne dépendre que du plus ou du moins de cuisson du suc extrait, qui ayant été exposé au feu & au soleil pour être désseché, a reçu à l'extérieur plus d'impression de feu qu'à l'intérieur.
Il ne faut d'ailleurs qu'un peu d'expérience sur les différens effets qu'est capable de produire le plus ou le moins de maturité dans les fruits & les semences dont on extrait ces sucs, pour juger de la cause de cette diversité de couleur dans les différentes masses de cachou qui nous sont apportées des Indes.
Le plus ou le moins de sécheresse de l'arec peut aussi contribuer à rendre ces morceaux de cachou plus ou moins terreux, & à les faire paroître plus ou moins résineux ; puisqu'il est impossible qu'à proportion de l'un de ces deux états dans lequel cette semence aura été employée, il n'y ait plus ou moins de fécules, dont la quantité le rendra plus terrestre & plus friable ; il sera au contraire plus compact, plus pesant, moins cassant, & paroîtra plus résineux, plus il y aura d'extrait gommeux.
Le sable, les petites pierres, & corps étrangers qu'on trouve dans quelques morceaux & non dans d'autres, sont l'effet de la malpropreté & du manque de soin dans la préparation.
Enfin la couleur & la saveur de l'arec, qui se rencontrent dans l'un & l'autre cachou, paroissent indiquer qu'ils ne tirent leur origine que de ce seul & même fruit, & que tous les autres accidens qu'on a détaillés ne dépendent que de la préparation.
Cependant je n'oserois nier qu'il n'y ait d'autre cachou dans le monde que celui qu'on retire de l'arec ; il n'est pas même vraisemblable que ce seul fruit puisse suffire à la quantité prodigieuse qu'on débite de cette drogue aux Indes ; & il est à présumer que leur extrait kaath est un suc tiré non-seulement du fruit de l'arec, mais de beaucoup d'autres fruits ou plantes, dont on tire par l'ébullition un suc qui lui est analogue.
Le cachou n'est point le lycium indien des Grecs. Il ne me reste plus qu'à examiner si le cachou est la même chose que le lycium indien de Dioscoride ; on a grand sujet d'en douter.
L'illustre medecin d'Anazarbe, Galien, & Pline, ont fait mention de deux sortes de lycium ; savoir, de celui de Cappadoce, & de celui des Indes. Le premier étoit un suc tiré d'un certain arbre épineux, dont les branches ont trois coudées de long, & même plus ; son écorce est pâle ; ses feuilles sont semblables à celles du bouis ; elles sont touffues : son fruit est noir comme le poivre, luisant, amer, compact ; ses racines sont nombreuses, obliques, & ligneuses. Cet arbre croit dans la Cappadoce, la Lycie, & plusieurs autres endroits. Les Grecs l'appelloient & .
On préparoit le lycium, ou cet extrait, avec les rameaux & les racines que l'on piloit : on les macéroit ensuite pendant plusieurs jours dans l'eau, & enfin on les faisait bouillir. Alors on rejettoit le bois ; on faisoit bouillir de nouveau la liqueur jusqu'à la consistance de miel.
On en faisoit de petites masses noires en-dehors, rousses en-dedans lorsqu'on venoit de les rompre, mais qui se noircissoient bien-tôt, d'une odeur qui n'étoit point du-tout puante ; d'un goût astringent avec un peu d'amertume. On avoit aussi coûtume de faire un lycium, que l'on exprimoit & que l'on faisoit sécher.
L'autre lycium, ou celui des Indes, étoit de couleur de safran ; il étoit plus excellent & plus efficace que le précédent. On dit, ajoûte Dioscoride, que l'on fait ce lycium d'un arbrisseau qui s'appelle lonchitis.
Il est aussi du genre des arbres à épines ; ses branches sont droites ; elles ont trois coudées, ou même plus, elles sortent en grand nombre de la racine, & sont plus grosses que celles de l'églantier : l'écorce devient rousse après qu'on l'a brisée ; les feuilles paroissent semblables à celle de l'olivier.
Ces descriptions ne conviennent point du-tout avec celles que Garcias & Bontius font du caté, ou avec celle que Herbert de Jager fait de l'acacia indien, ni avec celle que nous avons donnée du palmier areca ; d'où nous pouvons conclure avec Clusius & Veslingius, que nous n'avons pas le lycium indien des Grecs. On ne trouve plus dans les boutiques le lycium de Cappadoce.
Auteurs sur le cachou. J'ai lû sur le cachou quantité de relations de voyageurs, qui m'ont paru la plûpart infideles ; le Traité d'Hagendorn, imprimé en Latin à Genes en 1679, in -8°, qui est une fort médiocre compilation ; plusieurs Dissertations d'Allemagne, qui n'ont rien de remarquable : les Ephémerides des curieux de la nature, qui ont du bon & du mauvais ; un Mémoire de M. Bolduc, dans le recueil de l'Académie des Sciences, qui ne renferme rien de particulier, un autre de M. de Jussieu, qui est intéressant ; l'article qu'en a donné M. Geoffroi dans sa Matiere médicale, qui est excellent, & dont j'ai fait le plus d'usage. Enfin j'ai beaucoup travaillé ce sujet pour m'en instruire & pour en parler avec quelque connoissance. Article communiqué par M(D.J.)
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| CACHRY | (Hist. nat. bot.) c'est la graine d'une plante que M. Ray appelle libanotis cachryophora ; elle est échauffante & dessicative.
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| CACHUNDE | sub. m. (Pharmacie) remede fort vanté dans la Chine & dans l'Inde, décrit dans Zacutus Lusitanus, dont cet auteur fait un si grand éloge, qu'il lui attribue les avantages de prolonger la vie & d'éloigner la mort ; enfin c'est selon lui un remede vraiment royal.
Ce remede est un opiat composé de médicamens aromatiques, de pierres précieuses, & d'autres choses fort coûteuses. Zacutus Lusitan. de Medic. princip. lib. I. obs. 37. (N)
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| CACIQUE | subst. m. (Hist. mod.) nom que les peuples d'Amérique donnoient aux gouverneurs des provinces & aux généraux des troupes sous les anciens Yncas ou empereurs du Pérou. Les princes de l'île de Cuba, dans l'Amérique septentrionale, portoient le nom de caciques quand les Espagnols s'en rendirent maîtres. Depuis leurs conquêtes dans le nouveau monde, ce titre est éteint quant à l'autorité parmi les peuples qui leur obéissent ; mais les Sauvages le donnent toûjours par honneur aux plus nobles d'entr'eux ; & les chefs des Indiens qui ne sont pas encore soûmis aux Européens ont retenu ce nom de caciques. (G)
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| CACOCHYMIE | sub. f. (Medecine) état dépravé des humeurs ; mot tiré du Grec , mauvais, & de , suc.
Un corps devient sujet à la cacochymie par plusieurs causes : 1°. par l'usage habituel d'alimens qui ont peine à être digérés, soit par leur trop grande viscosité, soit par leur texture trop forte pour céder à l'action des organes de la digestion : la plethore, les hémorrhagies considérables, les diarrhées, les pertes dans les femmes, les fleurs blanches, ainsi que leur cessation subite, l'oisiveté, les veilles immodérées, sont autant de causes de la cacochymie, qui est elle-même la cause d'une infinité de maladies.
Un régime doux, un exercice modéré, quelques legers purgatifs appropriés au tempérament, au sexe & à l'âge de la personne menacée de cacochymie, en sont les préservatifs. (N)
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| CACONGO | (Géog.) petit royaume d'Afrique, dans le Congo, sur la riviere de Zair ; Malemba en est la capitale.
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| CACOPHONIE | S. f. terme de Grammaire ou plûtôt de Rhétorique : c'est un vice d'élocution, c'est un son desagréable ; ce qui arrive ou par la rencontre de deux voyelles ou de deux syllabes, ou enfin de deux mots rapprochés, dont il résulte un son qui déplaît à l'oreille.
Ce mot cacophonie vient de deux mots Grecs ; , mauvais, & , voix, son.
Il y a cacophonie, sur-tout en vers, par la rencontre de deux voyelles : cette sorte de cacophonie se nomme hiatus ou bâillement, comme dans les trois derniers vers de ce quatrain de Pibrac, dont le dernier est beau :
Ne vas au bal qui n'aimera la danse,
Ni à la mer qui craindra le danger,
Ni au festin qui ne voudra manger,
Ni à la cour qui dira ce qu'il pense.
La rime, qui est une ressemblance de son, produit un effet agréable dans nos vers, mais elle nous choque en prose. Un auteur a dit que Xerxès transporta en Perse la bibliotheque que Pisistrate avoit faite à Athenes, où Seleucus Nicanor la fit reporter : mais que dans la suite Sylla la pilla : ces trois la font une cacophonie qu'on pouvoit éviter en disant, mais dans la suite elle fut pillée par Sylla. Horace a dit, aequam memento rebus in arduis servare mentem ; il y auroit eu une cacophonie si ce poëte avoit dit mentem memento, quoique la pensée eût été également entendue. Il est vrai que l'on a rempli le principal objet de la parole quand on s'est exprimé de maniere à se faire entendre : mais il n'est pas mal de faire attention qu'on doit des égards à ceux à qui l'on adresse la parole : il faut donc tâcher de leur plaire ou du moins éviter ce qui leur seroit desagréable & qui pourroit offenser la délicatesse de l'oreille, juge sévere qui décide en souverain, & ne rend aucune raison de ses décisions : Ne extremorum verborum cum insequentibus primis concursus, aut hiulcas voces efficiat aut asperas : quamvis enim suaves gravesque sententiae, tamen si inconditis verbis efferuntur, offendent, quarum est judicium superbissimum : quod quidem Latina lingua sic observat, nemo ut tam rusticus sit quin vocales nolit conjungere, Cic. Orat. c. 44. (F)
CACOPHONIE, s. f. bruit desagréable, qui résulte du mélange de plusieurs sons discordans ou dissonans. Voyez DISSONANCE, HARMONIE, &c. (O)
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| CAÇORLA | (Géog.) ville d'Espagne, dans l'Andalousie ; sur le ruisseau de Véga, à deux lieues de la source du Guadalquivir, sur les frontieres du royaume de Grenade.
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| CACOUCHACS | (Géog.) nation sauvage de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle France.
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| CACTONITE | S. f. (Hist. nat. Litholog.) cactonites ; pierre que quelques-uns prennent pour la sarde ou pour la cornaline. On a prétendu que son seul attouchement rendoit victorieux, & que prise dans la dose d'un scrupule elle mettoit à couvert des maléfices ; propriétés si fabuleuses, qu'à peine osons-nous en faire mention.
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| CA | ou CADILS, (Hist. anc.) signifie en hébreu une mesure de continence pour les liquides, une cruche, une barrique, un seau ; mais dans S. Luc, c. xvj. vers. 9. il se prend pour une certaine mesure déterminée. Combien donnez-vous à mon maître ? cent cades d'huile. Le Grec lit cent baths ; or le bath ou éphi contenoit vingt-neuf pintes, chopine, demi-septier, un poisson & un peu plus d'une mesure de Paris.
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| CADAHALSO | (Géog.) petite ville d'Espagne, dans la nouvelle Castille.
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| CADALENS | ou CADELENS, (Géog.) ville de France dans l'Albigeois, au Languedoc.
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| CADA | ou KADAN, (Géog.) petite ville de Boheme, au cercle de Zatz, sur l'Egre.
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| CADARIEN | (Hist. mod.) nom d'une secte mahométane. Les Cadariens sont une secte de Musulmans qui attribue les actions de l'homme à l'homme même, & non à un decret divin qui détermine sa volonté.
L'auteur de cette secte fut Mabedben-Kaled-al-Gihoni, qui souffrit le martyre pour défendre sa croyance : ce mot vient de l'arabe , kadara, pouvoir, Ben-Aun appelle les Cadariens, les Mages ou les Manichéens du Musulmanisme ; on les appelle autrement Motazales. (G)
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| CADASTRES | S. m. (terme d'Aides ou de Finances) est un registre public pour l'assiette des tailles dans les lieux où elles sont réelles, comme en Provence ou en Dauphiné. Le cadastre contient la qualité, l'estimation des fonds de chaque communauté ou paroisse, & les noms des propriétaires. (H)
CADASTRE, (Commerce) est aussi le nom que les marchands de Provence & de Dauphiné donnent quelquefois au journal ou registre sur lequel ils écrivent chaque jour les affaires concernant leur commerce & le détail de la dépense de leur maison. Voyez JOURNAL & LIVRE. Dictionn. du Commerce, tom. II. pag. 19. (G)
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| CADAVRE | S. m. c'est ainsi qu'on appelle le corps d'un homme mort : il est des cas où ne pouvant procéder contre la personne d'un criminel, parce qu'il est mort avant que son procès pût lui être fait, on le fait au cadavre, s'il est encore existant, sinon à sa mémoire. Voyez les cas dans lesquels cette forme de procéder est usitée, au mot MEMOIRE.
Pour cet effet, le juge doit nommer un curateur au cadavre ou à la mémoire, lequel prête serment de bien & fidelement défendre le cadavre ou sa mémoire. Toute la procédure se dirige contre ce curateur, à l'exception du jugement définitif qui se rend contre le cadavre ou la mémoire du défunt.
Le curateur cependant peut interjetter appel du jugement rendu contre le défunt : il peut même y être obligé par quelqu'un des parens du défunt, lequel en ce cas est tenu d'avancer les frais pour ce nécessaires.
Et s'il plaît à la cour souveraine où l'appel est porté, de nommer un autre curateur que celui qu'avoient nommé les juges dont est appel, elle le peut. Voyez CURATEUR. (H)
La loi salique, dit l'illustre auteur de l'esprit des lois, interdisoit à celui qui avoit dépouillé un cadavre le commerce des hommes, jusqu'à ce que les parens acceptant la satisfaction du coupable, eussent demandé qu'il pût vivre parmi les hommes. Les parens étoient libres de recevoir cette satisfaction ou non : encore aujourd'hui, dit M. de Fontenelle, éloge de M. Littre, la France n'est pas sur ce sujet autant au-dessus de la superstition chinoise, que les anatomistes le desiroient. Chaque famille veut qu'un mort joüisse pour ainsi dire, de ses obseques, & ne souffre point, ou souffre très-rarement, qu'il soit sacrifié à l'instruction publique ; tout au plus permet-elle en certain cas qu'il le soit à son instruction, ou plûtôt à sa curiosité particuliere. M. de Marsollier raconte dans la vie de S. François de Sale, que ce saint encore fort jeune étant tombé dangereusement malade, vouloit léguer son corps par testament aux écoles de Medecine, parce qu'il étoit scandalisé de l'impiété des étudians qui déterroient les morts pour en faire la dissection. Il est pourtant nécessaire que les magistrats ferment jusqu'à un certain point les yeux sur cet abus, qui produit un bien considérable. Les cadavres sont les seuls livres où on puisse bien étudier l'Anatomie. Voyez ANATOMIE. (O)
* L'ouverture des cadavres ne seroit pas moins avantageuse aux progrès de la Medecine. Tel, dit M. de la Métrie, a pris une hydropisie enkistée dans la duplication du péritoine, pour une hydropisie ordinaire, qui eût toûjours commis cette erreur, si la dissection ne l'eût éclairé. Mais pour trouver les causes des maladies par l'ouverture des cadavres, il ne faudroit pas se contenter d'un examen superficiel ; il faudroit fouiller les visceres, & remarquer attentivement les accidens produits dans chacun & dans toute l'économie animale ; car un corps mort differe plus encore au-dedans d'un corps vivant, qu'il n'en differe à l'extérieur. La conservation des hommes & les progrès de l'art de les guérir, sont des objets si importans, que dans une société bien policée les prêtres ne devroient recevoir les cadavres que des mains de l'anatomiste, & qu'il devroit y avoit une loi qui défendit l'inhumation d'un corps avant son ouverture. Quelle foule de connoissances n'acquerroit-on pas par ce moyen ! Combien de phénomenes qu'on ne soupçonne pas & qu'on ignorera toûjours, parce qu'il n'y a que la dissection fréquente des cadavres qui puisse les faire appercevoir ! la conservation de la vie est un objet dont les particuliers s'occupent assez, mais qui me semble trop négligé par la société. Voyez les articles FUNERAILLES, BUCHER, SEPULCRE, TOMBEAU, &c.
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| CADDOR | (Géog.) ville d'Asie dans l'Inde, au royaume de Brampour, dépendante du grand Mogol.
CADDOR, (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne en Turquie à une épée dont la lame est droite, que les spahis sont dans l'usage d'attacher à la selle de leurs chevaux, & dont ils se servent dans une bataille au défaut de leurs sabres.
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| CADEAU | S. m. (Art d'écrire) grand trait de plume dont les maîtres d'Ecriture embellissent les marges, le haut & le bas des pages, & qu'ils font exécuter à leurs éleves, pour leur donner de la fermeté & de la hardiesse dans la main.
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| CADÉE | S. f. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme celle des trois ligues qui composent la république des Grisons, qu'on appelle autrement la ligue de la maison de Dieu. C'est la plus étendue & la plus puissante des trois ; elle renferme l'évêché de Coire, la vallée Engadine, & celle de Bregaille ou Prigel. Elle est alliée aux sept premiers cantons suisses depuis 1498 ; on y professe le Protestantisme. L'allemand est la langue de deux des onze grandes & vingt-une petites communautés dont la Cadée est composée : les autres parlent le dialecte italien, appellé le rhétique.
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| CADEGI | (Hist. nat. bot.) arbre qui croît aux Indes & en Arabie, & qui a beaucoup de ressemblance avec celui qui porte la casse, mais dont la feuille est cependant plus longue & plus mince. On donne aussi le même nom à un autre arbre des Indes, qui a beaucoup de conformité avec un prunier ; son écorce est d'un brun foncé ; ses feuilles sont un peu plus longues que celles du poirier ; la fleur qu'il produit est blanche & pourpre, d'une odeur fort agréable, & le fruit ressemble aux poires de bergamotte.
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| CADEL-AVANACU | (Hist. nat. bot.) espece de ricin qui croît au Bresil, fleurit, & porte fruit en Janvier & en Juillet ; c'est tout ce que Ray nous en apprend. Voyez dans le dictionn. de Medecine, ses propriétés, qui sont en grand nombre, & qui feroient desirer une meilleure description du cadel-avanacu : si elles étoient bien réelles.
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| CADENAC | (Géog.) petite ville de France dans le Quercy, sur la riviere de Lot.
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| CADENAT | S. m. est une espece de petite serrure qui sert à fermer les malles, les coffres-forts, les cassettes, &c. Il y en a de différentes figures & de méchanisme différent ; mais on peut les renfermer tous sous trois classes, & dire que les uns sont à serrure, les autres à ressort, & les troisiemes à secret. Quant aux figures, il y en a de ronds, de longs, d'ovales, en écusson, en cylindre, en triangle, en balustre, en coeur, &c.
Les cadenats d'Allemagne ont toutes leurs pieces brasées.
Pour expliquer les cadenats, nous allons commencer par ceux en coeur, en triangle, & en boule. Ils ont une anse O N, fig. 3. & 4. Planche II. de Serrurerie, arrêtée par une goupille entre les deux oreilles qui forment la tête du palâtre. Cette anse, par un mouvement de charniere, va se rendre dans une ouverture pratiquée entre les deux oreilles opposées aux précédentes, où son extrémité, à laquelle on voir une encoche, rencontre un pêle I L soûtenu sur une coulisse K qu'elle pousse, & qui est repoussé dans l'encoche par un ressort à chien M qui est fixé sur le palâtre du cadenat : c'est ainsi que le cadenat se ferme de lui-même. Pour l'ouvrir, on a une clé dont le panneton vient s'appliquer en tournant de gauche à droite contre la queue L du pêle, qui est coudé en équerre, repousse le ressort, & fait sortir le pêle I de l'encoche de l'anse du cadenat, & alors le cadenat est ouvert.
Ces cadenats sont, comme on voit, composés d'un palâtre, d'une cloison, & d'une couverture, qui est le côté où entre la clé, pour le dehors ; & quant à la garniture de dedans ; c'est un pêle à queue coudé en équerre, & soûtenu sur une coulisse K avec un ressort à chien par derriere, & une broche qui entre dans le canon de la clé.
Autre cadenat en demi-coeur & à anse quarrée. Celui-ci a les mêmes parties au-dehors, mais aucune garniture en-dedans. Les deux extrémités de son anse, F G H, F G H, sont garnies sur deux faces, savoir celles qui regardent le ventre du cadenat, & celles qui se regardent sous l'anse, chacune d'un ressort en aile FG, FG, soudé sur les extrémités F, F, de l'anse. On fait entrer ces extrémités de l'anse avec ces ressorts dans les ouvertures E, E, qui sont entre les oreilles de dessus la tête du palâtre. Dans ce mouvement les ressorts FG, FG, se pressent contre les faces des extrémités de l'anse ; & se détendant ensuite dans l'intérieur du cadenat, au-delà du diametre des ouvertures, l'anse ne peut sortir d'elle-même, & le cadenat se trouve fermé. Pour l'ouvrir, on a une clé forée K I, dont le panneton est entaillé à ses deux extrémités, suivant la forme des bouts de l'anse. En tournant cette clé de gauche à droite, les deux parties entaillées du panneton pressent les deux ressorts de devant ; & la partie du panneton qui est restée entiere, & qui passe entre les deux autres ressorts qui se regardent entre les branches de l'anse, les presse en même tems : d'où il arrive qu'ils sont tous quatre appliqués sur les faces de l'extrémité de l'anse qui perd son arrêt, & lui permet de sortir.
Cadenat cylindrique à ressort à boudin, (fig. 7. même Planche). Ce cadenat a pour corps un cylindre creux, A B I, fermé par une de ses extrémités B, & garni à l'autre extrémité d'un guide immobile & brasé avec le corps, ou fixé par une goupille. Le corps porte à la même extrémité du guide où entre la clé, deux oreilles entre lesquelles se meut l'anse B 2, qui y est arrêtée par une goupille d'un bout ; & dont l'autre, terminée par une surface plate, quarrée, & percée dans son milieu d'un trou quarré, entre par une ouverture faite au corps dans sa cavité, à la partie opposée des oreilles : voilà toutes les parties extérieures. L'intérieur est garni d'un guide ou plaque circulaire E 5, percée pareillement d'un trou quarré, & soudée parallelement au guide, à très-peu de distance de l'ouverture qui reçoit l'extrémité de l'anse qui doit recevoir le pêle. Entre ces deux guides se pose un ressort à boudin HG 3, sur l'extrémité duquel est située une nouvelle plaque ou piece ronde G 3, & percée dans son milieu d'un trou quarré, dans lequel le pêle a F 6 est fixé. Ce pêle traverse le ressort à boudin, la piece ronde mobile dans laquelle il est fixé, l'autre piece ronde fixée dans le corps, & s'avance par un de ses bouts jusqu'au-delà de l'ouverture du cadenat, comme on voit en K L M 7. Son autre extrémité est en vis, & entre dans le guide du côté de l'anse : il est évident que dans cet état le cadenat est fermé. Pour l'ouvrir, on a une clé I 4, dont la tige est forée en écrou. Cet écrou reçoit la vis du pêle, tire cette vis, fait mouvoir le pêle, approcher la piece ronde à laquelle il est fixé, & sortir son extrémité de la piece ronde fixée dans le corps, & du trou quarré de l'auberon : alors le cadenat est ouvert. La piece ronde s'appelle picolet. Il est évident que quand on retire la clé, on donne lieu à l'action du ressort qui repousse le picolet mobile, & fait aller le bout du pêle de dessus le picolet fixe, dans l'auberon. Cette clé a un épaulement vers le milieu de sa tige ; cet épaulement l'empêche d'entrer, & contraint le ressort à laisser revenir le pêle.
Autre cadenat à cylindre, figure 6. Il est fermé par un de ses bouts, M ; l'autre, N, est ouvert. Le côté ouvert peut recevoir une broche D E F, qui a quatre ailes soudées par la pointe de la broche, & formant ressort. L'anse accrochée par un bout M ou B dans un anneau qui est à l'extrémité par laquelle entre la clé, a en son autre extrémité un auberon, C, percé d'un trou quarré & qui entre dans le cylindre qui forme le corps de cadenat. Lorsqu'on veut fermer le cadenat, on pousse la broche D E F par le côté ouvert du cylindre, & on la fait passer avec les ressorts E F à-travers l'auberon. Ces ressorts passent au-delà de l'auberon, s'ouvrent, forment un arrêt, & le cadenat est fermé. Pour l'ouvrir, on a une clé G H K garnie d'un auberon, qui reçoit la pointe de la broche, resserre les ressorts, & les ressorts sont serrés avant que l'auberon de la clé soit parvenu jusqu'à l'auberon de l'anse : cette clé ouvre le cadenat & chasse la broche.
Cadenat à serrure, fig. 2. même Planche. Il est composé, quant à la cage, d'un palâtre, d'un cloison, d'une couverture & d'une anse ; quant au-dedans, d'un pêle monté dans deux picolets fixés sur le palâtre ; un grand ressort à gorge, aussi monté sur le palâtre : au-dessous du pêle est un roüet simple, avec une broche, des étochios qui arrêtent la cloison entre le palâtre & la couverture, & fixent le tout ensemble. La cloison est ouverte en-dessus en deux endroits, dont l'un reçoit une des branches de l'anse allongée, & terminée par un bouton qui fixe sa course, l'empêche de sortir du cadenat, & dont l'autre reçoit l'autre branche de l'anse qui est plate, & qui a une entaille ou ouverture. Cette entaille reçoit le pêle, lorsque la clé tournant de droite à gauche, rencontre la gorge du ressort, le fait lever & échapper de son encoche, & pousse les barbes du pêle qui entre dans l'entaille de l'anse, & reçoit le ressort qui tombe dans une autre encoche qui empêche le pêle de reculer : alors le cadenat est fermé. Si l'on meut la clé en sens contraire, tout s'exécutera en sens contraire, & le cadenat sera ouvert.
On voit encore à ce cadenat un cache-entrée qui est fixé sur la couverture par deux vis, dont l'une est rivée, & l'autre peut sortir jusqu'à fleur du cache-entrée. L'utilité du cache-entrée est d'empêcher que l'eau n'entre dans le cadenat. La tête de la broche qui est sur le palâtre, est tout-à-fait semblable au cache-entrée.
Cadenat à secret, même Pl. Il est formé d'une plaque A B, au milieu de laquelle est rivé un canon C D ouvert par sa partie supérieure. Sur ce canon peuvent s'enfiler des plaques rondes, percées dans le milieu E, échancrées circulairement en F G H, & fendues en F. Une autre plaque I K porte fixée sur son milieu une broche L M faite en scie. Cette broche entre dans le canon C D, & traverse toutes les plaques F G H, de maniere pourtant que ses dents débordent par l'ouverture du canon, & sont reçûes dans les échancrures des plaques. Quand la broche L M avance dans le canon C D, l'extrémité Q d'une des moitiés de l'anse entre dans l'extrémité R de l'autre moitié. Si vous faites tourner les plaques F G H sur elles-mêmes, il est évident que les dents de la broche L M seront retenues par toutes les échancrures de ces plaques ; & qu'on ne pourra en faire sortir cette broche qu'en faisant mouvoir toutes les plaques, jusqu'à ce que toutes les fentes F de ces plaques se trouvent & dans la même direction, & dans la direction des dents de la broche : or s'il y avoit seulement six à sept plaques échancrées, il faudroit les tourner long-tems avant que le hasard fit rencontrer cette position unique. Mais, dira-t-on, comment ouvre-t-on donc ce cadenat ? c'est par le moyen de signes & de caracteres répandus en grand nombre sur toutes les circonférences des plaques enfilées. Il n'y a qu'une seule position de tous ces caracteres, qui donne aux plaques celle dans laquelle on peut faire sortir la broche du canon ; & il n'y a que le maître du cadenat qui connoisse cette position ; & qu'un géometre qui épuiseroit les combinaisons de tous les caracteres, & qui éprouveroit ces combinaisons de caracteres les unes après les autres, qui puisse rencontrer la bonne : mais par malheur cette espece de cadenat est à l'usage de gens dont l'humeur inquiete ne laisse guere aux autres le tems de faire un si grand nombre d'épreuves.
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| CADENCE | S. f. (Belles-Lettr.) Ce mot, dans le discours oratoire & la Poésie, signifie la marche harmonieuse de la prose & des vers, qu'on appelle autrement nombre, & que les anciens nommoient . Voyez NOMBRE, RYTHME, RMONIEONIE.
Quant à la prose, Aristote veut que sans être mesurée comme les vers, elle soit cependant nombreuse ; & Cicéron exige que l'orateur prenne soin de contenter l'oreille, dont le jugement, dit-il, est si facile à révolter, superbissimum aurium judicium. En effet, la plus belle pensée a bien de la peine à plaire, lorsqu'elle est énoncée en termes durs & mal arrangés. Si l'oreille est agréablement flattée d'un discours doux & coulant, elle est choquée quand le nombre est trop court, mal soûtenu, la chûte trop rapide ; ce qui fait que le style haché, si fort à la mode aujourd'hui, ne paroît pas être le style convenable aux orateurs : au contraire, s'il est traînant & languissant, il lasse l'oreille & la dégoûte. C'est donc en gardant un juste milieu entre ces deux défauts, qu'on donnera au discours cette harmonie toûjours nécessaire pour plaire, & quelquefois pour persuader ; & tel est l'avantage du style périodique & soûtenu, comme on peut s'en convaincre par la lecture de Cicéron.
Quant à la cadence des vers, elle dépend dans la poésie greque & latine, du nombre & de l'entrelacement des piés ou mesures périodiques, qui entrent dans la composition des vers, des césures, &c. ce qui varie selon les différentes especes de vers : & dans les langues vivantes, la cadence résulte du nombre de syllabes qu'admet chaque vers, de la richesse, de la variété & de la disposition des rimes. Voyez HARMONIE.
" Dans l'ancienne Poésie, il y a, dit M. Rollin, deux sortes de cadences : l'une simple, commune, ordinaire, qui rend les vers doux & coulans, qui écarte avec soin tout ce qui pourroit blesser l'oreille par un son rude & choquant ; & qui par le mélange de différens nombres & différentes mesures, forme cette harmonie si agréable, qui regne universellement dans tout le corps d'un poëme.
Outre cela, continue-t-il, il y a de certaines cadences particulieres, plus marquées, plus frappantes, & qui se font plus sentir ; ces sortes de cadences forment une grande beauté dans la versification, & y répandent beaucoup d'agrément, pourvû qu'elles soient employées avec ménagement & avec prudence, & qu'elles ne se rencontrent pas trop souvent. Elles sauvent l'ennui que des cadences uniformes, & des chûtes reglées sur une même mesure ne manqueroient pas de causer.... Ainsi la Poésie latine a une liberté entiere de couper ses vers où elle veut, de varier ses césures & ses cadences à son choix, & de dérober aux oreilles délicates les chûtes uniformes produites par le dactyle & le spondée, qui terminent les vers héroïques ".
Il cite ensuite un grand nombre d'exemples tous tirés de Virgile ; nous en rapporterons quelques uns.
1°. Les grands mots placés à propos forment une cadence pleine & nombreuse, sur-tout quand il entre beaucoup de spondées dans le vers :
Luctantes ventos tempestatesque sonoras
Imperio premit. Aeneid. I.
Ainsi le vers spondaïque a beaucoup de gravité :
Constitit, atque oculis Phrygia agmina circumspexit,
Un monosyllabe à la fin du vers lui donne de la force :
Haeret pes pede densusque viro vir. Aeneid. x.
Il y a des cadences suspendues propres à peindre les objets, telle que celle-ci :
Et frustra retinacula tendens,
Fertur equis auriga. Georg. I.
d'autres coupées, d'autres où les élisions font un très-bel effet. Les spondées multipliés sont propres à peindre la tristesse :
Extinctum nymphae crudeli funere Daphnim
Flebant. Eclog.
des dactyles au contraire, à marquer la joie, le plaisir :
Saltantes satyros imitabitur Alphesibaeus. Eclog. v.
Pour exprimer la douceur, on choisit des mots où il n'entre presque que des voyelles avec des consonnes douces & coulantes :
Devenere locos laetos & amaena vireta,
Fortunatorum nemorum sedesque beatas. Aeneid. VI.
La durée se peint par des rr, ou d'autres consonnes dures redoublées :
Ergo aegrè rastris terram rimantur. Georg. III.
la legereté par des dactyles :
Ergo ubi clara dedit sonitum tuba, finibus omnes,
Haud mora, prosiluere suis ; ferit aethera clamor.
Aeneid. v.
& la pesanteur par des spondées :
Illi inter sese magna vi brachia tollunt,
In numerum, versantque tenaci forcipe ferrum.
Georg. IV.
Dans d'autres cadences, un mot placé & comme rejetté à la fin, a beaucoup de grace :
Vox quoque per lucos vulgo exaudita silentes
Ingens. Georg. I.
Traité des Etudes, tom. prem. pag. 335. & suiv. (G)
CADENCE, en Musique, est la terminaison d'une phrase harmonique sur un repos ou sur un accord parfait, ou pour parler plus généralement, c'est tout passage d'un accord dissonant à un autre accord quelconque ; car on ne peut jamais sortir d'un accord dissonnant que par une cadence. Or comme toute phrase harmonique est nécessairement liée par des dissonances exprimées ou sous-entendues, il s'ensuit que toute l'harmonie n'est proprement qu'une suite de cadences.
Ce qu'on appelle acte de cadence résulte toûjours de deux sons fondamentaux, dont l'un annonce la cadence, & l'autre la termine.
Comme il n'y a point de dissonance sans cadence, il n'y a point non plus de cadence sans dissonance exprimée ou sous entendue ; car pour faire sentir agréablement le repos, il faut qu'il soit précédé de quelque chose qui le fasse desirer, & ce quelque chose ne peut être que la dissonance : autrement les deux accords étant également parfaits, on pourroit se reposer sur le premier ; le second ne s'annonceroit point, & ne seroit pas nécessaire : l'accord formé sur le premier son d'une cadence, doit donc toûjours être dissonant. A l'égard du second, il peut être consonnant ou dissonant, selon qu'on veut établir ou éluder le repos. S'il est consonnant, la cadence est pleine : s'il est dissonant, c'est une cadence évitée.
On compte ordinairement quatre especes de cadences : savoir, cadence parfaite, cadence interrompue, cadence rompue, & cadence irréguliere. Ce sont les noms que leur a donné M. Rameau.
1. Toutes les fois qu'après un accord de septieme, la basse fondamentale descend de quinte sur un accord parfait, c'est une cadence parfaite pleine, qui procede toûjours d'une dominante à une tonique : mais si la cadence est évitée par une dissonance ajoûtée à la seconde note, elle peut se faire derechef sur cette seconde note, & se continuer autant qu'on veut en montant de quarte, ou descendant de quinte sur toutes les cordes du ton, & cela forme une succession de cadences parfaites évitées. Dans cette succession qui est la plus parfaite de toutes, deux sons, savoir la septieme & la quinte, descendent sur la tierce & sur l'octave de l'accord suivant, tandis que deux autres sons, savoir la tierce & l'octave, restent pour faire la septieme & la quinte, & descendent ensuite alternativement avec les deux autres : ainsi une telle succession donne une harmonie descendante : elle ne doit jamais s'arrêter qu'à une dominante pour tomber ensuite par cadence pleine sur la tonique. Voyez Pl. I. de musique, fig. 1.
2. Si la basse fondamentale descend seulement de tierce, au lieu de descendre de quinte après un accord de septieme, la cadence s'appelle interrompue : celle-ci ne peut jamais être pleine : mais il faut nécessairement que la seconde note de cette cadence porte un autre accord de septieme : on peut de même continuer à descendre par tierce ou monter par sixtes, d'accords de septieme en accords de septieme, ce qui fait une seconde succession de cadences évitées, mais bien moins parfaite que la précédente ; car la septieme qui se sauve ici sur la tierce dans la cadence parfaite, se sauve ici sur l'octave, ce qui fait moins d'harmonie, & fait même sous-entendre deux octaves ; desorte que pour les éviter, on retranche ordinairement la dissonance, ou l'on renverse l'harmonie.
Puisque la cadence interrompue ne peut jamais être pleine, il s'ensuit qu'une phrase ne peut finir par elle, mais il faut recourir à la cadence parfaite pour faire entendre l'accord dominant. Voyez fig. 2.
La cadence interrompue forme encore par sa succession une harmonie descendante : mais il n'y a qu'un seul son qui descende ; les trois autres restent en place pour descendre successivement chacun à son tour. (Voyez même fig.) Quelques-uns prennent pour cadence interrompue un renversement de la cadence parfaite, où la basse après un accord de septieme, descend de tierce portant un accord de sixte : mais il est évident qu'une telle marche n'étant point fondamentale, ne sauroit constituer une cadence particuliere.
3. Cadence rompue est celle où la basse fondamentale, au lieu de monter de quarte après un accord de septieme, comme dans la cadence parfaite, monte seulement d'un degré. Cette cadence s'évite le plus souvent par une septieme sur la seconde note : il est certain qu'on ne peut la faire pleine que par licence ; car alors il y a nécessairement défaut de liaison. Voyez fig. 3.
Une succession de cadences rompues est encore descendante ; trois sons y descendent, & l'octave reste seule pour préparer la dissonance : mais une telle succession est dure, & se pratique très-rarement.
4. Quand la basse descend de quinte de la dominante sur la tonique, c'est, comme je l'ai dit, un acte de cadence parfaite : si au contraire la basse monte de quinte de la tonique sur la dominante, c'est un acte de cadence irréguliere, selon M. Rameau, ou de cadence imparfaite, selon la dénomination commune. Pour l'annoncer on ajoûte une sixte à l'accord de la tonique, d'où cet accord prend le nom de sixte ajoûtée. Voyez ACCORD. Cette sixte qui fait dissonance sur la quinte, est aussi traitée comme dissonance sur la basse fondamentale, & comme telle est obligée de se sauver en montant diatoniquement sur la tierce de l'accord suivant.
Il faut remarquer que la cadence irréguliere forme une opposition presqu'entiere à la cadence parfaite. Dans le premier accord de l'un & de l'autre on divise la quarte qui se trouve entre la quinte & l'octave par une dissonance qui y produit une nouvelle tierce ; cette dissonance doit aller se resoudre sur la tierce de l'accord suivant par une marche fondamentale de quinte. Voilà tout ce que ces deux cadences ont de commun : voici ce qu'elles ont de contraire.
Dans la cadence parfaite, le son ajoûté se prend au haut de l'intervalle de quarte auprès de l'octave, formant tierce avec la quinte, & produit une dissonance mineure qui se sauve en descendant ; tandis que la basse fondamentale monte de quarte, ou descend de quinte de la dominante à la tonique, pour établir un repos parfait. Dans la cadence irréguliere, le son ajoûté se prend au-bas de l'intervalle de quarte auprès de la quinte, & formant tierce avec l'octave, il produit une dissonance majeure qui se sauve en montant, tandis que la basse fondamentale descend de quarte, ou monte de quinte de la tonique à la dominante, pour établir un repos imparfait.
M. Rameau qui a parlé le premier de cette cadence, & qui en a admis plusieurs renversemens, nous défend dans son traité de l'Harmonie, pag. 117. d'admettre celui où le son ajoûté est au grave, portant un accord de septieme. Il a pris cet accord de septieme pour fondamental, desorte qu'il fait sauver une septieme par une autre septieme, une dissonance par une autre dissonance, par un mouvement semblable sur la basse fondamentale. Voyez fig. 4. Mais l'harmonie sous laquelle cet auteur a mis une telle basse fondamentale, est visiblement renversée d'une cadence irréguliere évitée par une septieme ajoûtée sur la seconde note, même figure ; & cela est si vrai, que la basse continue qui frappe la dissonance, est nécessairement obligée de monter diatoniquement pour la sauver, autrement le passage ne vaudroit rien. D'ailleurs M. Rameau donne dans le même ouvrage, pag. 272. un exemple d'un passage semblable avec la vraie basse fondamentale : on peut remarquer encore que dans un ouvrage postérieur, (Gener. Harm. pag. 186.) le même auteur semble reconnoître le véritable fondement de ce passage à la faveur de ce qu'il appelle le double emploi. Voyez DOUBLE EMPLOI. (S)
M. Rameau donne les raisons suivantes des dénominations qu'on a données aux différentes especes de cadence.
La cadence parfaite consiste dans une marche de quinte en descendant, & au contraire l'imparfaite consiste dans une marche de quinte en montant. En voici la raison : quand je dis ut, sol, sol est déjà renfermé dans ut, puisque tout son comme ut, porte avec sa douzieme, dont sol est l'octave. Ainsi quand on va d'ut à sol, c'est le son générateur qui passe à son produit, de maniere pourtant que l'oreille desire toûjours de revenir à ce premier générateur ; au contraire, quand on dit sol, ut, c'est le produit qui retourne au générateur, l'oreille est satisfaite, & ne desire plus rien. De plus dans cette marche, sol, ut, le sol se fait encore entendre dans ut, ainsi l'oreille entend à la fois le générateur & son produit ; au lieu que dans la marche ut, sol, l'oreille qui dans le premier son avoit entendu ut & sol, n'entend plus dans le second que sol sans ut. Ainsi le repos ou cadence de sol à ut est plus parfait que le repos ou cadence de ut à sol.
Il semble que dans les principes de M. Rameau, on peut encore expliquer l'effet de la cadence rompue & de la cadence interrompue : imaginons pour cet effet qu'après un accord de septieme sol si re fa, on monte diatoniquement par une cadence rompue à l'accord la ut mi sol, il est visible que cet accord est renversé de l'accord de sous-dominante ut mi sol la, ainsi la marche de cadence rompue équivaut à celle-ci sol si re fa, ut mi sol la, qui n'est autre chose qu'une cadence parfaite, dans laquelle ut au lieu d'être traité comme tonique, est rendu sous-dominante. Or toute tonique peut toûjours être rendue sous-dominante en changeant de mode. Voyez DOMINANTE, SOUS-DOMINANTE, BASSE FONDAMENTALE, &c.
A l'égard de la cadence interrompue, qui consiste à descendre d'une dominante sur une autre par l'intervalle de tierce en descendant, en cette sorte sol si re fa, mi sol si re, il semble qu'on peut encore l'expliquer : en effet le second accord mi sol si re, est renversé de l'accord de sous-dominante, sol si re mi ; ainsi la cadence interrompue équivaut à cette succession, sol si re fa, sol si re mi, où la note sol, après avoir été traitée comme dominante, est rendue sous-dominante en changeant de mode, ce qui est permis, & dépend du compositeur. Voyez MODE, &c. (O)
La cadence irréguliere se prend aussi de la sous-dominante à la tonique : on peut de cette maniere lui donner une succession de plusieurs notes, dont les accords formeront une harmonie, dans laquelle la sixte & l'octave montent sur la tierce & la quinte de l'accord suivant, tandis que la quinte & la tierce restent pour faire l'octave, & préparer la sixte, &c.
Nul auteur jusqu'ici n'a parlé de cette ascension harmonique, & il est vrai qu'on ne pourroit pratiquer une longue suite de pareilles cadences, à cause des sixtes majeures qui éloigneroient la modulation, ni même en remplir sans précaution toute l'harmonie. Mais enfin si les meilleurs ouvrages de Musique, ceux, par exemple, de M. Rameau, sont pleins de pareils passages ; si ces passages sont établis sur de bons principes, & s'ils plaisent à l'oreille, pourquoi n'en avoir pas parlé ? (S)
On pourroit au reste, ce me semble, observer que M. Rameau a parlé du-moins indirectement de cette sorte de cadence, lorsqu'il dit dans sa Génération harmonique, que toute sous-dominante doit monter de quinte sur la tonique, & que toute tonique peut être rendue à la volonté sous-dominante. Car il s'ensuit de-là qu'on peut avoir dans une basse fondamentale une suite de sous-dominantes qui vont en montant de quinte, ou en descendant de quarte, ce qui est la même chose. (O)
Il y a encore une autre espece de cadence que les Musiciens ne regardent point comme telle, & qui, selon la définition, en est pourtant une véritable ; c'est le passage de l'accord de septieme diminuée de la note sensible, à l'accord de la tonique ; dans ce passage il ne se trouve aucune liaison harmonique, & c'est le second exemple de ce défaut dans ce qu'on appelle cadence. On pourroit regarder les transitions enharmoniques comme des manieres d'éviter cette même cadence : mais nous nous bornons à expliquer ce qui est établi.
CADENCE se dit, en terme de chant, de ce battement de voix que les Italiens appellent trillo, que nous appellons autrement tremblement, & qui se fait ordinairement sur la pénultieme note d'une phrase musicale, d'où sans-doute il a pris le nom de cadence. Quoique ce mot soit ici très-mal adapté, & qu'il ait été condamné par la plûpart de ceux qui ont écrit sur cette matiere, il a cependant tout-à-fait prévalu ; c'est le seul dont on se serve aujourd'hui à Paris en ce sens, & il est inutile de disputer contre l'usage.
CADENCE, dans nos danses modernes, signifie la conformité des pas du danseur avec la mesure marquée par l'instrument : mais il faut observer que la cadence ne se marque pas toûjours comme se bat la mesure. Ainsi le maître de Musique marque le mouvement du menuet en frappant au commencement de chaque mesure ; au lieu que le maître à danser ne bat que de deux en deux mesures, parce qu'il en faut autant pour former les quatre pas de menuet. (S)
CADENCE, dans la Danse, se prend dans le même sens que mesure & mouvement en Musique : ainsi sentir la cadence, c'est sentir la mesure, & suivre le mouvement d'un air ; sortir de cadence, c'est cesser d'accorder ses pas avec la mesure & le mouvement d'une piece de musique. Les danseurs distinguent deux sortes de mesures ; une vraie & une fausse, & conséquemment deux sortes de cadences, l'une vraie & l'autre fausse. Exemple : dans le menuet la mesure vraie est la premiere mesure, & la seconde est la fausse ; & comme les couplets du menuet sont de huit ou de douze mesures, la vraie cadence est en commençant, & la fausse en finissant. La premiere se marque en frappant de la main droite dans la gauche ; & la seconde ou fausse cadence en levant, ce que l'on continue par deux tems égaux.
Le pié fait tout le contraire de la main. En effet, dans le tems que l'on releve sur la pointe du pié droit, c'est dans ce même tems que vous frappez ; ainsi on doit plier sur la fin de la derniere mesure ; pour se trouver à portée de relever dans le tems que l'on frappe.
La cadence s'exprime de deux manieres en dansant : 1°. les pas qui ne sont que pliés & élevés sont relevés en cadence. 2°. Ceux qui sont sautés doivent tomber en cadence. Il faut donc toûjours que les mouvemens la préviennent, & plier sur la fin de la derniere mesure, afin de se relever lorsqu'elle se doit marquer.
CADENCE, en terme de Manege, se dit de la mesure & proportion égale que le cheval doit garder dans tous ses mouvemens, soit qu'il manie au galop, ou terre à terre, ou dans les airs, ensorte qu'aucun de ses tems n'embrasse pas plus de terrein que l'autre, qu'il y ait de la justesse dans tous ses mouvemens, & qu'ils se soûtiennent tous avec la même égalité. Ainsi on dit qu'un cheval manie toûjours de la même cadence, qu'il suit sa cadence, ne change point sa cadence, pour dire qu'il observe régulierement son terrein, & qu'il demeure également entre les deux talons. Lorsqu'un cheval a la bouche fine, les épaules & les hanches libres, il n'a aucune peine d'entretenir sa cadence. Cheval qui prend une belle cadence sur les airs, sans se démentir, sans se brouiller ; qui manie également aux deux mains. (V)
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| CADENE | en terme de Marine, est synonyme à chaîne.
Cadene de hauban ; ce sont des chaînes de fer, au bout desquelles on met un cap de mouton pour servir à rider les haubans.
On voit à chaque porte-hauban une cadene ou chaîne de fer, faite d'une seule barre recourbée, & qui surmonte. Il y a une corde qui est amarrée, & qui passant dans les trous du cap de mouton que la cadene environne, & qui servent comme de roüets, tient ferme les haubans & les fait rider, & contribue par ce moyen à l'affermissement du mât ; les cadenes sont tenues par de bonnes chevilles de fer. Celles des hunes sont fort longues, & sur-tout celles qui sont aux hunes des mâts d'avant & d'artimon, parce que les haubans des mâts, qui sont entés dessus, ne descendent pas jusqu'aux cercles de la hune. Il n'y a point de cadence à la hune de beaupré. Les cadenes qui sont aux porte-haubans font rider les haubans par le moyen des palanquins : mais les haubans des hauts-mâts ne se rident qu'avec des caps de mouton.
Il y a dans les grands porte-haubans deux longues barres de fer plates qui sont mobiles, & que l'on appelle pareillement cadenes : l'un sert à mettre le palang qui ride les grands haubans, & l'autre à descendre la chaloupe à la mer, ou à la haler à bord. (Z)
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| CADENET | (Géog.) petite ville de France, en Provence, à cinq lieues d'Aix, près de la Durance.
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| CADEQUI | ou CADAQUEZ, (Géog.) port d'Espagne, en Catalogne, sur la mer Méditerranée.
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| CADES | (Géog. sainte) ville de la tribu de Nephtali, située au haut d'une montagne, à l'occident du lac de Lamechon. Ce fut là que Jonathas, frere de Judas Macchabée, tua trois mille hommes à Demetrius Nicanor, avec une poignée de soldats.
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| CADÉS | (Géog. sainte) ville dans le desert de Pharan & de Sin, qui est entre la terre promise, l'égypte, & l'Arabie. Ce fut là que Marie, soeur de Moyse mourut & fut enterrée. Il y avoit dans la Palestine d'autres villes du même nom.
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| CADESSIA | (Géog.) ville d'Asie dans la province de l'Irac Babylonienne.
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| CADET | S. m. (terme de relation) est synonyme à puîné, & se dit de tous les garçons nés depuis l'aîné.
Dans la coûtume de Paris les cadets des familles bourgeoises partagent également avec leurs aînés. Dans d'autres coûtumes les aînés ont tout ou presque tout. En Espagne, l'usage dans les grandes familles est qu'un des cadets prenne le nom de sa mere. (H)
CADET, (Art militaire) un officier est dit le cadet d'un autre de même fonction que lui, lorsque sa commission est plus nouvelle ; il n'importe qu'il soit plus âgé ou qu'il eût beaucoup plus de service dans un autre grade.
CADETS ; se dit aussi, dans l'art militaire, de plusieurs compagnies de jeunes gentilshommes que Louis XIV. avoit créé en 1682, pour leur faire donner toutes les instructions nécessaires à un homme de guerre. Le roi payoit pour chaque compagnie un maître de mathématique, un maître à dessiner, un maître de langue allemande, un maître à danser, & deux maîtres d'armes.
Cet établissement dura dix ans dans sa vigueur : mais les grandes guerres que le roi eut sur les bras après la ligue d'Augsbourg, l'obligerent à retrancher les dépenses qui n'étoient pas absolument nécessaires, & l'on pensa à se décharger de celles qui se faisoient pour les cadets. On avoit déjà commencé à ne pas admettre gratuitement ceux qui se présentoient. Il falloit cautionner pour eux cinquante écus de pension, & ils étoient obligés d'aller prendre leurs lettres à la cour. Ces frais en rebuterent beaucoup, altérerent même l'établissement, en ce que plusieurs qui n'étoient pas gentilshommes étoient reçûs à ces conditions, pourvû qu'ils fussent de bonne famille & vivant noblement. Enfin, après 1692 on cessa de faire des recrues, & peu-à-peu dans l'espace de deux ans ces compagnies furent anéanties.
Le Roi a rétabli plusieurs compagnies de cadets en 1726, mais elles ont été reformées lors de la guerre de 1733.
CADETS D'ARTILLERIE, sont de jeunes gens de famille, que le grand-maître reçoit pour les faire instruire dans les écoles d'Artillerie, & les mettre par-là en état de se rendre capables de devenir officiers. Voyez ÉCOLES D'ARTILLERIE.
On appelle encore cadets, dans les troupes, de jeunes gentilshommes qui font un service comme les cavaliers & soldats, en attendant qu'ils ayent pû obtenir le grade d'officier. (Q)
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| CADI | (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne aux juges des causes civiles chez les Sarrasins & les Turcs. On peut cependant appeller de leurs sentences aux juges supérieurs.
Ce mot vient de l'Arabe, kadi, juge. D'Herbelot écrit cadhi.
Le mot cadi, pris dans un sens absolu, dénote le juge d'une ville ou d'un village ; ceux des provinces s'appellent molla ou moulas, quelquefois moula-cadis ou grand-cadis. (G)
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| CADIAR | (Géog.) riviere d'Espagne, au royaume de Grenade, qui se jette dans la Méditerranée près de Salobrena.
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| CADIER | (LA) ; Géog. petite ville de France, en Provence, à trois lieues de Toulon.
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| CADILESQUE | ou CADILESQUIER, sub. m. (Hist. mod.) chef de la justice chez les Turcs. Voyez CADI.
Ce mot est arabe, composé de kadi, juge, & aschar, & avec l'article al, alaschar, c'est-à-dire armée, d'où s'est formé kadilascher, juge d'armée parce que d'abord il étoit juge des soldats. D'Herbelot écrit cadhi-lesker ou cadhiasker.
Chaque cadilesquier a son district particulier ; d'Herbelot n'en compte que deux dans l'empire, dont l'un est le cadilesquier de Romanie, c'est-à-dire d'Europe, & le second d'Anatolie ou d'Asie. M. Ricaut en ajoûte un troisieme, qu'il appelle cadilesquier du Caire.
Le cadilesquier d'Europe & celui d'Asie sont subordonnés au reis effendi, qui est comme le grand chancelier de l'empire. Voyez REIS EFFENDI. (G)
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| CADILLAC | petite ville de France, en Guienne dans le Basadois, proche la Garonne, à 4 lieues de Basas.
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| CADIS | S. m. (Commerce) petite étoffe de laine croisée, ou serge étroite & legere, qui n'a qu'une demi-aune moins 1/12 de large, sur 30 à 31 aunes de long. Il s'en fabrique beaucoup dans le Gévaudan & les Cévennes. Elle est exceptée par les reglemens du nombre de celles qu'il est défendu de teindre en rouge avec le bresil, à moins qu'elles n'ayent une demi-aune de large.
On donne encore le nom de cadis à une autre espece d'étoffe de laine fine croisée & drapée, d'une demi-aune de large, & dont les pieces portent depuis 38 jusqu'à 42 aunes. Ces derniers cadis se fabriquent particulierement en Languedoc. On appelle cadis ras, ceux qui ont la croisure déliée & peu de poil ; on nous les envoye à Paris en blanc & en noir. Les religieux en consomment beaucoup.
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| CADISADELITES | S. m. pl. (Hist. mod.) nom d'une secte musulmane. Les Cadisadelites sont une espece de Stoïciens Mahométans, qui fuient les festins & les divertissemens, & qui affectent une gravité extraordinaire dans toutes leurs actions.
Ceux des Cadisadelites qui habitent vers les frontieres de Hongrie & de Bosnie, ont pris beaucoup de choses du Christianisme qu'ils mêlent avec le Mahométisme. Ils lisent la traduction Esclavonne de l'évangile, aussi-bien que l'alcoran, & boivent du vin, même pendant le jeune du Ramasan.
Mahomet, selon eux, est le S. Esprit qui descendit sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Ils pratiquent la circoncision comme tous les autres Musulmans, & se servent pour l'autoriser de l'exemple de Jesus-Christ, quoique la plûpart des Turcs & des Arabes se fondent bien davantage sur celui d'Abraham. (G)
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| CADISÉ | adj. (Commerce) On désigne par cette épithete une espece de droguets croisés & drapés, dont les chaînes sont de 48 portées, & chaque portée de 16 fils, & qui ont, tout apprêtés, une demi-aune de large & 40 aunes de long. Ils se fabriquent en plusieurs endroits du Poitou.
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| CADIX | (Géog. anc. & mod.) ville d'Espagne, en Andalousie, avec bon port. Cette ville bâtie par les Phéniciens, est grande, fort riche, & très-commerçante : elle est dans une petite île, à 8 lieues de Medina Sidonia, & à 18 de Gibraltar. Long. 12. lat. 36. 25. Les anciens l'ont nommée Gades & Gadira.
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| CADMIE | S. f. (Chimie & Métallurgie) c'est une substance semi-métallique, arsénicale, sulphureuse, & alkaline, qui s'attache comme une croûte aux parois des fourneaux où l'on fait la premiere fonte de certains minéraux. On la nomme cadmia fornacum, cadmie des fourneaux, pour la distinguer de la pierre calaminaire, qu'on appelle quelquefois cadmia fossilis, cadmie fossile. Voyez l'article CALAMINE. En effet elle en a toutes les propriétés. La vraie différence qui se trouve entre ces deux substances, c'est que la pierre calaminaire est une production de la nature, au lieu que la cadmie des fourneaux en est une de l'art.
Il semble que les auteurs qui ont écrit sur la cadmie, loin de chercher à nous la faire connoître d'une façon distincte, se sont étudiés à obscurcir l'idée qu'on pouvoit s'en former. En effet, à quoi peut on attribuer les différens noms inutiles, empruntés du grec & de l'arabe, dont ils se sont servis pour la défigurer ? On trouve dans différens ouvrages cette matiere désignée sous les noms de capnites, diphryges, spodium, ostracites, botryites, catimia, climia, &c. qui tous doivent signifier la cadmie des fourneaux, & qui ne marquent cependant dans leur étymologie que la figure différente qu'elle prend, & la place qu'elle occupe dans le fourneau. C'est encore plus mal-à-propos qu'on la trouve dans quelques auteurs confondue avec d'autres substances, avec qui elle n'a que certains points de conformité, telles que la tutie, le pompholix, & le nihilum. Voyez ces articles. On a cru devoir se récrier contre cette erreur & cet abus de mots, sur-tout attendu les suites fâcheuses qui peuvent en résulter. En voici un exemple frappant. On sait que la tutie passe pour un bon remede contre les maux d'yeux, & que le pompholix est employé pour dessécher les plaies : où en seroit-on, si au lieu de ces remedes on employoit à cet usage la cadmie, qui est presque toûjours mêlée de parties arsénicales.
Il y a différentes sortes de cadmies ; c'est la diversité des minéraux, dont les vapeurs les produisent, qui en font la différence. On en voit qui s'élevent sous la forme d'une farine legere, d'autres sous celle d'une pierre compacte, & cependant friable ; tandis qu'une autre est legere, feuilletée, & spongieuse. La couleur ne laisse point d'en varier comme la figure ; elle est tantôt d'un bleu d'ardoise, tantôt brune, & tantôt elle tire sur le jaune. Enfin il y a de la cadmie qui a la propriété de jaunir le cuivre de rosette ; celle qui a cette qualité, en est redevable au zinc qui lui communique sa volatilité : la preuve est qu'on peut aisément tirer ce demi-métal de la cadmie. Celle qui ne jaunit point le cuivre, ne peut point être appellée une vraie cadmie ; ce n'est autre chose qu'une fumée condensée, dont jusqu'à présent on n'a pû découvrir l'usage.
De toutes les cadmies, la meilleure & la plus usitée est celle de Goslar dans le duché de Brunswick : il y a dans le voisinage de cette ville plusieurs fonderies où l'on travaille des mines de plomb qui sont entremêlées de quelque chose de terrestre, qu'on peut, selon M. Marggraf, à la simple vûe, distinguer de ses autres parties, & qui n'est autre chose que de la calamine, où par conséquent il se trouve du zinc ; dans la fonte une partie s'en dissipe en fumée, & l'autre demeure attachée comme un enduit aux parois des fourneaux. M. Stahl dit qu'anciennement on jettoit cet enduit comme inutile avec les scories : mais depuis qu'on a trouvé à le vendre à ceux qui font le cuivre de laiton, on le recueille avec soin, & même on a la précaution d'humecter de tems en tems, avec un peu d'eau, la partie antérieure du fourneau vis-à-vis des tuyeres, qu'on appelle ordinairement la chemise, afin qu'il s'y forme davantage de cadmie. Cette partie antérieure ou chemise, est faite avec des tables ou plaques de pierre fort minces, néanmoins capables de résister au feu. Quand après la fonte on les ôte des fourneaux, on en détache à coups de ciseau la cadmie qui s'y est attachée. Elle est d'une couleur d'ardoise, ou d'un gris tirant sur le jaune. C'est-là la matiere dont on se sert en bien des endroits d'Allemagne pour faire le cuivre de laiton ; on la préfere même à la calamine. Nous allons en donner le procédé.
Lorsqu'on a détaché la cadmie, on la laisse exposée pendant long-tems, quelquefois même pendant deux ou trois ans, aux injures de l'air : on prétend que cela la rend beaucoup meilleure, parce que par-là elle devient moins compacte & plus friable. On la torréfie dans des fourneaux faits exprès ; on la réduit en une poudre très-fine, qu'on passe au tamis : on en mêle une partie avec deux parties de charbon pilé ; on unit bien exactement ces deux matieres toutes seches ; on y verse de l'eau ; d'autres veulent que ce soit de l'urine, & qu'on y joigne un peu d'alun ; ils prétendent que cela contribue à donner une plus belle couleur au laiton : on remue bien tout le mélange, & on y ajoûte du sel marin. Voilà la préparation qu'on donne à la cadmie de Goslar. Lorsqu'on veut en faire du laiton, on a pour cela des fourneaux ronds enfoncés en terre, qui sont percés de plusieurs trous par le bas ; pour que le vent puisse y entrer & faire aller le feu ; on met dans chaque fourneau huit creusets à-la-fois, & lorsqu'ils sont échauffés, on y met le mélange qu'on vient de dire, de charbon & de cadmie ; de façon que quarante-six livres de ce mélange se trouvent également reparties dans les huit creusets : on met ensuite dans chaque creuset huit livres de cuivre en morceaux ; on les remet au fourneau, & on les laisse exposés à un feu violent pendant neuf heures : au bout de ce tems, on prend un des creusets pour examiner si la fonte s'est bien faite ; on le remet, & on laisse le tout encore une heure au feu, & enfin on vuide les creusets dans des lingotieres, où on coule le cuivre de laiton en tables. Il y a des gens qui sont dans l'usage de remettre le laiton encore une fois au fourneau, & qui prétendent par-là lui donner une plus belle couleur : mais il n'y a point de profit à le faire. Le cuivre dans l'opération que nous venons de décrire, acquiert près d'un tiers de son poids : en effet, si avant la fonte on répartit soixante-quatre livres de cuivre dans les huit creusets, on aura à la fin de l'opération quatre-vingt-dix livres de laiton. Voilà suivant Lazare Ercker, la maniere dont se fait le cuivre de laiton dans plusieurs endroits d'Allemagne, comme dans le Hartz, dans le pays de Hesse, & près de la ville de Goslar.
On peut tirer du zinc de la cadmie des fourneaux, comme de la cadmie fossile ou calamine. Voyez l'article ZINC. Cette substance fait comme elle effervescence dans les acides. M. Swedenborg dit, que si on fait dissoudre la cadmie dans l'esprit de vinaigre, elle donne une couleur jaune ; si on fait évaporer à siccité ce dissolvant, on trouve au fond du vase un précipité ou une chaux qui a la forme de petites étoiles inscrites dans un cercle, & dont tous les rayons sont à une distance égale les uns des autres. (-)
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| CADODACHE | ou CADODAQUIOS, (Géog.) peuple sauvage de la Loüisiane, dans l'Amérique septentrionale.
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| CADOR | ou PIEVE DI CADORE, (Géog.) petite ville d'Italie dans l'état de Venise, au petit pays de Cadorino, ainsi appellé de son nom.
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| CADOROUS | ou CADEROUSSE, (Géog.) petite ville de France dans la principauté d'Orange, à l'endroit où l'Argente tombe dans le Rhone.
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| CADRA | ou CADRAN SOLAIRE, (Ordre encyclopédique. Entend. Raison. Philosophie ou Science. Science de la nature. Mathématiques. Mathématiques mixtes. Astronomie géométrique. Gnomonique, ou Art de faire des Cadrans.) c'est une surface sur laquelle on trace certaines lignes qui servent à mesurer le tems par le moyen de l'ombre du soleil sur ces lignes. Voyez TEMS & OMBRE.
Les anciens donnoient aussi aux cadrans le nom de sciatériques, parce que l'ombre, , sert à y marquer les heures.
On définit plus exactement le cadran, la description de certaines lignes sur un plan, ou sur la surface d'un corps donné, faite de telle maniere que l'ombre d'un style, ou les rayons du soleil passant à-travers un trou pratiqué au style, tombent sur de certains points à certaines heures. Voyez STYLE.
La diversité des cadrans solaires vient de la différente situation des plans & de la différente figure des surfaces sur lesquelles on les décrit : c'est pourquoi il y a des cadrans équinoctiaux, horisontaux, verticaux, polaires, directs, élevés, déclinans, inclinans, réclinans, cylindriques, &c. Voy. PLAN, GNOMONIQUE.
Pour montrer l'heure sur la surface des cadrans, on y met deux sortes de styles : l'un appellé droit, qui consiste en une verge pointue, laquelle par son extrémité & par la pointe de son ombre, marque l'heure ou partie d'heure qu'il est. Au lieu de ces verges on peut se contenter d'une plaque de métal, élevée parallelement au cadran, & percée d'un trou par où passe l'image du soleil : ce trou représente l'extrémité supérieure de la verge, comme on le voit à presque toutes les méridiennes. Voy. MERIDIENNE. L'autre espece de style est nommé style oblique ou incliné, ou bien axe, & montre l'heure par une ombre étendue.
Le bout du style droit de tous les cadrans représente le centre du monde, & par conséquent aussi le centre de l'horison, de l'équateur, des méridiens, des verticaux, &c. en un mot de tous les grands cercles de la sphere. Le plan du cadran est supposé éloigné du centre de la terre d'une quantité égale à la longueur du style droit.
En effet la distance du soleil au centre de la terre est si grande, que l'on peut regarder tous les points de la superficie de la terre que nous habitons, comme s'ils étoient réunis au centre sans que l'on puisse s'appercevoir que la différence de leur distance réciproque, qui est tout au plus le diametre de la terre, apporte aucun changement sensible au mouvement journalier du soleil autour du centre de la terre ou autour d'une ligne qui représente ce centre, & que l'on nomme l'axe du monde. C'est pourquoi l'extrémité du style de tous les cadrans peut être prise pour le centre de la terre, & la ligne parallele à l'axe du monde qui passe par l'extrémité de ce style, peut être considérée comme l'axe du monde.
Les lignes horaires que l'on trace sur les plans des cadrans sont la rencontre des cercles horaires, c'est-à-dire des méridiens où le soleil se trouve aux différentes heures, avec le plan du cadran.
Le centre du cadran est la rencontre de sa surface avec l'axe du cadran qui passe par l'extrémité du style & qui est parallele à l'axe du monde. Toutes les lignes horaires se rencontrent au centre du cadran ; d'où il s'ensuit qu'une ligne tirée par l'extrémité du style & par le point de rencontre des lignes horaires, est parallele à l'axe du monde.
Tous les plans des cadrans peuvent avoir un centre, excepté ceux dont le plan est placé de maniere qu'il soit parallele à l'axe du monde ; car alors la ligne tirée par l'extrémité du style parallelement à cet axe, est parallele au plan du cadran, & par conséquent elle ne rencontre point ce plan : ainsi le cadran n'a point alors de centre, & les lignes horaires ne se rencontrent point ; par conséquent elles sont paralleles.
La verticale du plan du cadran est une ligne qui passant par l'extrémité du style, rencontre perpendiculairement ce plan, & y détermine le pié ou le lieu du style. On appelle hauteur du style, la distance du pié du style à sa pointe.
La ligne horisontale est une ligne parallele à l'horison, qui est la rencontre du plan du cadran avec un plan horisontal. qu'on imagine passer par la pointe ou par le pié du style.
La verticale du lieu est à ligne droite, qui passant par le pié du style, est perpendiculaire à l'horison.
On appelle encore verticale, celle des lignes d'un cadran, qui passant par le pié du style, est perpendiculaire à la ligne horisontale : cette ligne est la section que fait avec la surface du cadran, le cercle vertical qui lui est perpendiculaire.
Il y a aussi deux méridiennes, dont l'une est la méridienne propre du plan ou la soûstylaire, parce que son cercle qui est un des méridiens, passe par la verticale du plan, & par conséquent par le pié du style ; l'autre qui est la méridienne du lieu, a son cercle méridien qui passe par la verticale du lieu.
Lorsque le cadran ne décline point vers l'orient ou vers l'occident, c'est-à-dire qu'il regarde directement le nord ou le midi, ces deux méridiennes se confondent.
La ligne équinoctiale est la section ou rencontre du plan du cadran avec le plan de l'équinoctial ou de l'équateur : cette ligne est toûjours d'équerre avec la soûstylaire.
Le point où se rencontrent la soûstylaire & la méridienne, est le centre du cadran ; car le centre du cadran est déterminé par la rencontre de deux lignes qui soient les sections du plan du cadran avec deux méridiens. Or la soûstylaire & la méridienne sont les sections du plan du cadran avec deux méridiens : ainsi le point où ces deux lignes se rencontrent, doit être le centre. Ces principes posés, nous allons enseigner la description des principaux cadrans. Voyez Bion, description des instrumens de mathématique.
Les cadrans se distinguent quelquefois en deux especes.
Les cadrans de la premiere espece sont ceux qui sont tracés sur le plan de l'horison, & que l'on appelle cadrans horisontaux ; ou bien perpendiculaires à l'horison sur les plans du méridien ou du premier vertical, & qui sont appellés cadrans verticaux ; au nombre desquels on met aussi ordinairement ceux que l'on trace sur des plans polaires & équinoctiaux quoiqu'ils ne soient ni horisontaux ni verticaux.
Les cadrans de la seconde espece sont ceux qui sont tracés sur des plans déclinans, ou inclinés, ou reclinés, ou déinclinés. On trouvera dans la suite de cet article les explications d e tous ces mots.
Le cadran équinoctial se décrit sur un plan équinoctial, c'est-à-dire sur un plan qui représente l'équateur. Voyez EQUINOCTIAL & EQUATEUR.
Un plan oblique à l'horison s'incline d'un côté & fait un angle aigu avec l'horison, ou se renverse en arriere en faisant un angle obtus : on appelle ce dernier un plan réclinant ; si sa réclinaison est égale au complément de la latitude du lieu, il se trouve dans le plan de l'équinoctial : ainsi un cadran tracé dessus, prend le nom de cadran équinoctial.
Les cadrans équinoctiaux se distinguent ordinairement en supérieurs, qui regardent le zénith, & en inférieurs qui regardent le nadir.
Or comme le soleil n'éclaire que la surface supérieure d'un plan équinoctial, quand il est sur notre hémisphere ou du côté septentrional de l'équateur, un cadran équinoctial supérieur ne marquera les heures que dans les saisons du printems & de l'été.
De même, comme le soleil n'éclaire que la surface inférieure d'un plan équinoctial, quand il est dans l'hémisphere méridional ou de l'autre côté de l'équateur, un cadran équinoctial inférieur ne marquera les heures qu'en automne & en hyver.
C'est pourquoi afin d'avoir un cadran équinoctial qui serve pendant toute l'année, il faut joindre ensemble le supérieur & l'inférieur, c'est-à-dire qu'il faut tracer un cadran sur chaque côté du plan.
Et puisque le soleil luit pendant tout le jour sur l'un ou l'autre côté d'un plan équinoctial, un cadran de cette espece marquera toutes les heures d'un jour quelconque.
Tracer géométriquement un cadran équinoctial. Le cadran équinoctial est le premier, le plus aisé & le plus naturel de tous : mais la nécessité de le faire double, est cause que l'on n'en fait pas un grand usage. Néanmoins comme sa construction fait entendre celle des cadrans des autres especes, & qu'elle fournit même une bonne méthode de les tracer, nous allons en enseigner ici la pratique.
1°. Pour décrire un cadran équinoctial supérieur d'un centre C (Pl. I. de Gnomon. fig. 4.) décrivez un cercle A B D E, & par deux diametres A D & B E, qui s'entre-coupent à angles droits, divisez ce cercle en quatre quarts A B, B D, D E, & E A ; subdivisez chaque quart en six parties égales par les lignes droites C 1, C 2, C 3, &c. ces lignes seront les lignes horaires. Au centre C attachez un style perpendiculaire au plan A B D E.
Après que le cadran a été ainsi tracé, disposez-le de maniere qu'il soit parallele au plan de l'équateur, que la ligne C 12 soit dans le plan du méridien, & que le point A regarde le sud ou le midi ; l'ombre du style marquera les heures avant & après midi.
Car les cercles horaires divisent l'équateur en arcs de quinze degrés (voyez EQUATION DU TEMS) ; par conséquent le plan A B D E étant supposé dans le plan de l'équateur, les cercles horaires diviseront pareillement le cercle A B D E en arcs de quinze degrés chacun. C'est pourquoi puisque les angles 12 C 11, 11 C 10, 10 C 9, &c. sont supposés chacun de 15 degrés, les lignes C 12, C 11, C 10, C 9, sont les intersections des cercles horaires avec le plan de l'équinoctial.
De plus, puisque le style qui passe par le centre C représente l'axe du monde, & qu'il est outre cela le diametre commun des cercles horaires ou méridiens, son ombre couvrira la ligne horaire C 12, quand le Soleil sera dans le méridien ou dans le cercle de douze heures ; la ligne C 11, quand il sera dans le cercle de onze heures ; la ligne C 10, quand il sera dans le cercle de dix heures.
Pour disposer le plan du cadran parallelement au plan de l'équateur, il ne faut qu'avoir un triangle rectangle de bois dont l'angle oblique à la base soit égal à l'élévation de l'équateur, (par exemple, 41d 10' pour Paris) & d'appliquer le plan du cadran à l'hypoténuse ou grand côté de ce triangle, dont on placera la base horisontalement ; & pour mettre la ligne A D dans la direction de la méridienne, il faut savoir trouver la méridienne. Voyez LIGNE MERIDIENNE.
2°. Pour décrire un cadran équinoctial inférieur, la méthode n'est pas différente de celle que nous venons de suivre pour tracer le supérieur, excepté que l'on ne doit pas tracer les lignes horaires au-delà de la ligne de six heures ; parce que ces cadrans ne peuvent servir qu'en autonne & en hyver, où les jours ne passent pas six heures.
3° Pour décrire un cadran équinoctial universel, joignez deux plans de métal ou d'ivoire A B C D & C D E F (fig. 5.), qui soient mobiles à l'endroit où ils se joignent : sur la surface supérieure du plan A B C D, décrivez un cadran équinoctial supérieur, & un inférieur sur la surface inférieure, ainsi qu'on l'a déjà enseigné, & placez un style au centre I : placez une boîte G dans le plan D E F C, & mettez-y une aiguille aimantée : ajustez sur le même plan un quart de cercle de cuivre A E bien exactement divisé, & qui passe par un trou fait au plan A B C D : cela posé, moyennant l'aiguille aimantée, on peut placer le plan A B C D de maniere que la ligne I 12 soit dans le plan du méridien ; & par le moyen du quart de cercle, on peut le disposer de maniere que l'angle B C F soit égal à l'élévation de l'équateur. On pourra donc se servir de ce cadran en quelqu'endroit du monde que ce soit. Il est à remarquer que le jour de l'équinoxe, les cadrans équinoctiaux ne marquent point l'heure ? parce qu'ils ne sont point éclairés par le Soleil, qui ces jours-là est dans le plan de l'équateur.
Le cadran horisontal est celui qui est tracé sur un plan horisontal ou parallele à l'horison. Voyez HORISON.
Puisque le Soleil peut éclairer un plan horisontal pendant toute l'année, lorsqu'il est au-dessus de l'horison : un cadran horisontal peut montrer toutes les heures du jour pendant toute l'année ; ainsi l'on ne sauroit avoir un cadran plus parfait.
Tracer géométriquement un cadran horisontal. Tirez une ligne méridienne A B (fig. 6.) sur le plan immobile donné. Ou tracez-là à volonté sur un plan immobile. Voyez LIGNE MERIDIENNE.
D'un point pris à volonté, comme C, élevez une perpendiculaire C D, & faites l'angle C A D égal à l'élévation du pole. En D faites un autre angle C D E égal aussi à l'élévation du pole, & tirez la ligne droite D E qui rencontre A B en E. Ensuite faites E B = E D, & du centre B avec le rayon E B, décrivez un quart de cercle E B F, & divisez-le en six parties égales. Par E tirez la ligne droite G H, qui coupe A B à angles droits. Du centre B par les divisions du quart de cercle E F tirez les lignes droites B a, B b, B c, B d, B H, qui rencontrent la ligne G H aux points a, b, c, d, H. Du point E sur la ligne droite E G portez les intervalles E a, E b, &c. c'est-à-dire portez E a de E en e, E b de E en f, E c de E en g, &c. Du centre A décrivez un petit cercle, & mettant une petite regle sur le point A & sur les différens points de division a, b, c, d, H, & f, g, h, G, tirez les lignes A 1, A 2, A 3, A 4, A 5 & A 11, A 10, A 9, A 8, A 7. Par le point A tirez une ligne droite 6 6, perpendiculaire à la ligne A B. Prolongez la ligne droite A 7, au-delà du petit cercle jusqu'en 7, A 8 jusqu'en 8, A 5 jusqu'en 5, A 4 jusqu'en 4. Autour de tout le plan, tracez un quarré, un cercle, ou un ovale. Enfin au point A fixez un style, qui fasse avec le méridien A B un angle égal à l'élévation du pole : ou bien élevez en C un style perpendiculaire égal à C D ; ou bien sur la ligne A E placez un triangle A D E perpendiculaire au plan du cadran.
Les lignes A 11, A 10, A 9, &c. sont les lignes horaires d'avant midi ; & les lignes A 1, A 2, A 3, &c. sont celles d'après midi. Et l'ombre des styles dont on a parlé ci-dessus, tombera à chaque heure sur les lignes horaires respectives.
Si on s'est contenté de tracer à volonté la ligne méridienne, & de décrire ensuite toutes les lignes du cadran, ce qui n'est permis que quand le plan du cadran est mobile, il faut alors orienter le cadran de maniere que la ligne méridienne qu'on y a tracée se trouve dans le plan du méridien : on peut en venir à bout par différens moyens, entr'autres par le moyen de la boussole : mais cette méthode n'est pas extrèmement exacte, parce que la déclinaison de l'aiguille aimantée varie ; ainsi il vaut mieux tracer géométriquement la méridienne sur un plan horisontal immobile.
Décrire un cadran horisontal trigonométriquement. Dans les grands cadrans, où l'on a besoin de la plus grande exactitude, il vaut mieux se passer des lignes géométriques, & déterminer les lignes du cadran par un calcul trigonométrique. M. Clapiès, dans les Mémoires de l'académie royale des Sciences, pour l'année 1707, nous a donné un moyen très-aisé & très-expéditif de calculer les lignes horaires : nous rapporterons ses regles ou ses analogies pour chaque espece de cadran dont nous aurons à parler.
Pour le cadran horisontal : l'élévation du pole du lieu étant donnée, trouver les angles que les lignes horaires font avec le méridien, au centre du cadran.
Voici la regle ou l'analogie ; comme le sinus total est au sinus de l'élévation du pole du lieu proposé, ainsi la tangente de la distance du Soleil au méridien pour l'heure requise, est à la tangente de l'angle cherché.
Le cadran vertical est un cadran tracé sur le plan d'un cercle vertical. Voyez VERTICAL.
Ces sortes de cadrans varient selon le vertical que l'on choisit. Les verticaux qui sont principalement en usage, sont le méridien, & le premier vertical, c'est-à-dire le cercle vertical perpendiculaire au méridien : d'où viennent les cadrans méridionaux, septentrionaux, orientaux, & occidentaux.
Les cadrans qui regardent les points cardinaux de l'horison, s'appellent particulierement cadrans directs. Voyez DIRECT.
Si l'on prend un autre vertical, on dit que le cadran décline. Voyez DECLINANT.
De plus en général, si le plan sur lequel on opere, est perpendiculaire à l'horison, comme on le doit supposer dans tous les cas dont il est question à présent, les cadrans sont appellés particulierement des cadrans droits. Par exemple on dit : un cadran droit méridional, ou septentrional, &c.
Si le plan du cadran est oblique à l'horison, on dit qu'il incline, ou qu'il récline. Voyez INCLINAISON, RECLINANT, &c.
Le cadran méridional, ou pour le désigner plus particulierement, cadran droit directement méridional, est celui que l'on décrit sur la surface du premier vertical, qui regarde le midi.
Le Soleil éclaire le plan du premier vertical qui regarde le midi, lorsque dans sa course il passe de ce vertical au méridien, ou qu'il va du méridien au premier vertical : en quoi il employe six heures avant midi & six heures après le jour de l'équinoxe ; & environ quatre heures & demie avant midi, & quatre heures & demie après le jour du solstice d'été, & ainsi des autres jours ; & en hyver, le Soleil ne paroît sur l'horison qu'après six heures : d'où il s'ensuit qu'un cadran méridional ne peut marquer les heures que depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir.
Tracer un cadran vertical méridional. Sur le plan du vertical qui regarde le midi, tracez une ligne méridienne A B (fig. 9.) & prenant l'intervalle A C à volonté pour la grandeur du cadran proposé, élevez en C une perpendiculaire d'une longueur indéfinie C D ; & faisant un angle C A D égal à l'élévation de l'équateur, tirez une ligne droite A D qui rencontre la perpendiculaire C D en D ; ensuite faites au point D l'angle C D E égal aussi à l'élévation de l'équateur en tirant la ligne droite D E qui coupe le méridien en E par le point E tirez la ligne droite G H qui coupe le méridien A B à angles droits. Prenez E C égal à E D, & avec ce rayon décrivez un quart de cercle E F. Le reste se fait comme dans le cadran horisontal, excepté que les heures d'après midi doivent être écrites à main droite, & celles d'avant midi à main gauche, ainsi que la figure le fait comprendre. Enfin au point A fixez un style oblique, qui fasse un angle égal à l'élévation de l'équateur ; ou bien, élevez en C un style perpendiculaire égal à C D ; ou enfin, élevez sur A E un triangle A D E, qui soit perpendiculaire au plan du cadran.
L'ombre du style couvrira les différentes lignes horaires aux heures qui répondent à ces lignes.
Le cadran septentrional, ou le cadran droit directement septentrional, se trace sur la surface du premier vertical qui regarde le nord. Voyez NORD.
Le Soleil n'éclaire cette surface que quand il avance de l'orient au premier vertical, ou qu'il vient de ce même vertical au couchant : de plus le Soleil est dans le premier vertical à six heures du matin & à six heures du soir le jour de l'équinoxe ; le jour du solstice d'été il se leve sur l'horison de Paris à quatre heures, & arrive au premier vertical vers les sept heures & demie ; & en hyver le Soleil n'éclaire point du tout ce plan septentrional : d'où il est évident que le cadran septentrional ne peut marquer que les heures d'avant sept heures & demie du matin, & celles d'après sept heures & demie du soir. C'est pourquoi comme dans l'automne & dans l'hyver le Soleil ne se leve pas avant six heures, & qu'il se couche avant six heures du soir, on voit que pendant toutes ces deux saisons, le cadran septentrional n'est d'aucun usage : mais en le joignant au cadran méridional, il supplée ce qui manque à celui-ci.
Décrire un cadran vertical septentrional. Tirez une ligne méridienne E B (fig. 10.) & du point A décrivez un petit cercle à volonté : au point A faites l'angle D A C égal à l'élévation de l'équateur, & du point C pris à volonté, élevez une perpendiculaire C D qui rencontre A D au point D. Faites un autre angle C D E égal aussi à l'élévation de l'équateur, & tirez pareillement une ligne D E qui rencontre A E au point E. Ensuite prenez I B égal à E D, & par I tirez G H qui coupe S B à angles droits. Du centre B avec le rayon I B décrivez un quart de cercle ; & divisez-le en six parties égales. Par les deux dernieres divisions tirez des lignes du centre B, c'est-à-dire B h & B G qui rencontrent G H en h & G, & faites I d égal à I h, & I H égal à I G. Ensuite appliquant une regle aux points A, d & H, & encore aux points A, h & G, tirez les lignes droites A 5, A 4, A 7, A 8. Enfin, au point A, fixez un style oblique A D, faisant un angle D A E, avec la ligne méridienne dans le plan du méridien, égal à l'élévation de l'équateur : ou bien un style perpendiculaire en C, égal à C D ; ou, au lieu d'un style, mettez sur la ligne méridienne E A un triangle E D A perpendiculaire au plan du cadran.
Les lignes A 4, A 5, A 6, marqueront les heures du matin ; & les lignes A 6, A 7, A 8, marqueront celles de l'après-midi, & par conséquent l'ombre de l'index montrera ces heures.
Ou bien encore, opérez de la maniere suivante. Dans le cadran méridional (fig. 9.) si les lignes horaires 4 & 5, de même que 7 & 8, sont continuées au-delà de la ligne 6 A 6, & que le triangle A D E tourne autour de son pole A, jusqu'à ce que A E tombe sur le prolongement de A 12 ; il est évident que par ce moyen on a un cadran septentrional, observant seulement ce que l'on dit sur la maniere de marquer les heures.
Si sur l'extrémité I K d'un cadran horisontal (fig. 7. Gnomon.) on éleve à angles droits un plan vertical I K N M, & qu'on prolonge l'index horaire A L du cadran horisontal jusqu'à ce qu'il rencontre le plan vertical en L, on n'aura qu'à tirer ensuite du point L à la ligne de contingence ou de rencontre I K des deux plans, des lignes droites qui passent par les différens points des heures marquées sur cette ligne I K : on aura un cadran vertical méridional, dont L sera le centre ; ce qui est évident, puisque l'ombre du style marquera les mêmes heures sur les deux cadrans.
Tracer par la Trigonométrie un cadran vertical septentrional ou méridional. La description de ces cadrans ne differe de celle du cadran horisontal, qu'en ce que l'angle C A D, est égal au complément de l'élévation du pole du lieu ; desorte que l'on doit se servir de la même analogie que pour le cadran horisontal : en observant seulement que le second terme soit le complément de l'élévation du pole pour le lieu où l'on trace le cadran.
Le cadran oriental, ou le cadran droit directement oriental, c'est celui que l'on trace sur le côté du méridien qui regarde l'orient. Voyez ORIENT.
Comme le Soleil n'éclaire le plan du méridien qui regarde l'orient, qu'avant midi ; un cadran oriental ne peut marquer les heures que jusqu'à midi.
Tracer un cadran oriental. Sur le côté oriental du plan du méridien, tirez une ligne droite A B (fig. 11.) parallele à l'horison, joignez-y la ligne A K, qui fasse avec elle un angle K A B, égal à l'élévation de l'équateur. Ensuite avec le rayon D E décrivez un cercle, & par le centre D, tirez E C perpendiculaire à A K ; moyennant quoi le cercle sera divisé en quatre quarts. Subdivisez chacun de ces quarts en six parties égales. Et du centre D, par les différentes divisions, tirez les lignes droites D 4, D 5, D 6, D 7, D 8, D 9, D 10, D 11. Enfin, en D élevez un style égal au rayon D E perpendiculairement au plan, ou sur deux petites pieces fixées perpendiculairement en E, C, & égales au même rayon D E, attachez un style parallele à E C.
Par ce moyen, chaque index aux différentes heures, rejettera une ombre sur les lignes respectives 44 55, 66, &c.
Le cadran occidental, ou le cadran droit directement occidental, se trace sur le côté occidental du méridien. Voyez OCCIDENT.
Comme le Soleil n'éclaire qu'après-midi le côté du plan du méridien, qui regarde l'occident, on voit qu'un cadran occidental ne peut marquer les heures que depuis midi jusqu'au Soleil couchant.
Ainsi en joignant le cadran occidental avec l'oriental, ces deux cadrans marqueront toutes les heures du jour.
Tracer un cadran occidental. La construction est précisément la même que celle du cadran orient al, excepté que sa situation est renversée, & les heures écrites conformément à cette disposition.
Le cadran polaire est tracé sur un plan qu'on imagine passer par les poles du monde, & par les points de l'orient & de l'occident de l'horison. Il y en a de deux especes ; ceux de la premiere espece regardent le zénith, & sont appellés polaires supérieurs ; ceux de la seconde regardent le nadir, & sont appellés polaires inférieurs.
Ainsi le cadran polaire est incliné à l'horison, avec lequel il fait un angle égal à l'élevation du pole.
Comme le plan polaire P O, Q S, (figure 12.) passe par les points O & S de l'orient & de l'occident, il y a un quart de l'équateur, & de chacun des paralleles à l'équateur, intercepté entre ce plan & le méridien P H Q : donc la surface supérieure est éclairée par le soleil depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir ; & la surface inférieure depuis le lever du soleil jusqu'à six heures du matin, & depuis six heures du soir jusqu'au coucher du soleil.
C'est pourquoi un cadran polaire inférieur marque les heures du matin depuis le lever du soleil jusqu'à six heures, & celles du soir depuis six heures jusqu'à son coucher ; & un cadran polaire supérieur marque les heures depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir.
Tracer un cadran polaire supérieur. Tirez une ligne droite A B (figure 13.) parallele à l'horison ; & si le plan est immobile, trouvez la ligne méridienne C E : divisez C E en deux parties égales, & par C tirez une ligne droite F G, parallele à A B ; ensuite du centre D avec l'intervalle D E, décrivez un quart de cercle, & divisez-le en six parties égales : du centre D, par les différens points de division, tirez les lignes droites D 1, D 2, D 3, D 4, D 5, & placez en sens contraire les intervalles E 1, E 2, E 3, E 4, E 5, c'est-à-dire E 11, 10, 9, 8 & 7 des points 5, 4, 3, 2, 1, &c. élevez des perpendiculaires qui rencontrent la ligne FG aux points correspondans, enfin élevez en D un style perpendiculaire égal à D E ; ou sur deux styles égaux à E D, placez une verge horisontale, parallele à E C, les lignes 12, 12, 11, 22, 33, &c. seront les lignes horaires.
Un cadran polaire supérieur ne differe des cadrans orientaux & occidentaux que par sa situation, & que par la maniere d'écrire les heures.
On a un cadran polaire inférieur, ne négligeant les heures d'avant midi, 9, 10 & 11, & celles d'après midi, 1, 2 & 3, avec l'heure 12 de midi ; & en ne laissant que les heures 7 & 8 du matin, & 4 & 5 du soir, qui deviendront alors les heures 7 & 8 du soir, & 4 & 5 du matin, en renversant le cadran c'en-dessus-dessous.
Tracer tous les cadrans de la premiere espece sur le même corps irrégulier. 1°. Supposons que le plan ABCD (fig. 12.) dans la situation naturelle du corps, soit horisontal : décrivez dessus un cadran horisontal, comme il a été enseigné plus haut.
2°. Tirez les lignes E M & F L paralleles à D C, qui seront par conséquent paralleles à l'horison dans la situation naturelle du corps. Si on suppose ensuite que le plan B N M C fasse un angle C M E avec E M, égal à l'élévation du pole, décrivez dessus un cadran polaire supérieur.
3°. Supposant que le plan opposé A D E fasse avec E M un angle D E M égal à l'élévation de l'équateur, tracez sur ce plan un cadran équinoctial supérieur.
4°. Supposant que le plan K L H fasse avec L F un angle H L F égal à l'élévation de l'équateur, tracez sur ce plan un cadran équinoctial inférieur.
5°. Si le plan opposé F G fait avec F L un angle G F L égal à l'élévation du pole, tracez-y un cadran polaire inférieur.
6°. Si le plan M N K L & l'opposé E F sont perpendiculaires à F L, sur l'un deux tracez un cadran méridional, & sur l'autre un cadran septentrional.
7°. Sur le plan E M L F décrivez un cadran occidental, & un oriental sur le plan opposé.
Nous avons expliqué plus haut, & fort en détail, les méthodes dont on doit se servir pour tracer ces différentes especes de cadrans.
Cela fait, si le corps est disposé de maniere que le plan M N K L regarde le midi, & que le plan du méridien le coupe en deux dans la ligne de 12 heures du cadran horisontal A B C D ; & du cadran méridional M N K L, tous ces différens plans marqueront en même tems les heures du jour.
Les cadrans secondaires, ou de la seconde espece, sont tous ceux que l'on place sur les plans de cercles différens de l'horison, du premier vertical, de l'équinoctial, & des cercles polaires ; c'est-à-dire sur des plans qui déclinent, inclinent, réclinent.
Les cadrans verticaux déclinans, sont des cadrans droits ou verticaux qui déclinent, ou qui ne regardent pas directement quelqu'un des points cardinaux.
Les cadrans déclinans sont d'un usage fort ordinaire ; car les murailles des maisons sur lesquelles on trace communément les cadrans, ne sont pas directement exposées aux points cardinaux. Voyez DECLINANT.
Il y a différentes especes de cadrans déclinans qui prennent leurs noms des points cardinaux vers lesquels ils paroissent le plus tournés, mais dont ils déclinent réellement : il y en a qui déclinent du midi ou du nord, & même du zénith.
Tracer trigonométriquement un cadran vertical déclinant. 1°. La déclinaison du plan & l'élévation du pole du lieu étant donnés, voici la regle pour trouver l'angle formé au centre du cadran par la méridienne & la soûstylaire. Comme le sinus total est à la tangente du complément de la hauteur du pole du lieu, ainsi le sinus de l'angle de déclinaison du plan est à la tangente de l'angle cherché.
2°. La déclinaison du plan étant donnée, avec l'élévation du pole du lieu, voici comment on trouve l'angle formé au centre d'un cadran vertical déclinant, par la soûstylaire & l'axe.
Regle. Comme le sinus total est au sinus du complément de l'élévation du pole, ainsi le sinus du complément de déclinaison du plan est au sinus de l'angle cherché.
3°. La déclinaison du plan & l'élévation du pole étant données, si on veut trouver l'arc de l'équateur compris entre le méridien du lieu & le méridien du plan, voici la regle.
Comme le sinus total est au sinus de la hauteur du pole du lieu, ainsi la tangente du complément de déclinaison du plan est à la tangente du complément de l'angle cherché, que nous appellerons, pour abréger, angle de la différence des longitudes.
4°. L'angle de la différence des longitudes, & celui de l'axe avec la soûstylaire, étant donnés, on demande les angles formés au centre d'un cadran vertical déclinant, entre la soûstylaire & les lignes horaires.
Ce problème a trois cas ; car les lignes horaires dont on cherche les angles, peuvent être, 1°. entre le méridien & la soustylaire ; ou, 2°. au-delà de la soûstylaire ; ou, 3°. du côté du méridien où la soûstylaire n'est pas. Dans les deux premiers cas, on doit prendre la différence entre la distance du soleil au méridien à chaque heure, & l'angle de la différence des longitudes trouvées par le dernier problème ; & dans le troisieme cas on doit prendre la somme de ces deux angles, & faire usage de la regle suivante.
Regle. Comme le sinus total est au sinus de l'angle entre l'axe & la soûstylaire, ainsi la tangente de la différence de la distance du soleil au méridien, & de la différence des longitudes, ou la tangente de la somme de ces deux angles est à la tangente de l'angle cherché.
5°. L'angle formé par la soûstylaire avec les lignes horaires, & celui de la soûstylaire avec le méridien, étant donnés, on peut trouver les angles formés entre le méridien & les lignes horaires, au centre des cadrans verticaux déclinans.
Les angles des lignes horaires entre le méridien & la soûstylaire, se trouvent en ôtant l'angle formé par la soûstylaire avec la ligne horaire, de l'angle formé par la soûstylaire avec la méridienne.
Les angles au-delà de la soûstylaire, & du côté opposé à celui du méridien, se trouvent en ajoûtant ces deux angles.
On trouve ceux qui sont de l'autre côté du méridien, en prenant leur différence.
Décrire géométriquement un cadran vertical qui décline du midi à l'orient ou au couchant. Trouvez la déclinaison du plan, ainsi qu'il est enseigné à l'article DECLINAISON & DECLINATEUR.
Ensuite tracez sur le papier un cadran horisontal, en supposant que G H soit la ligne de contingence, ou de rencontre du plan avec le plan équinoctial, (figure 16.) : par le point E où la ligne méridienne A E coupe la ligne G H, tirez une ligne droite I K qui fasse avec G H un angle H E K, égal à la déclinaison du plan donné ; ainsi comme G H représente l'intersection du premier vertical avec l'horison, I K sera l'intersection du plan déclinant & de l'horison : c'est pourquoi la partie I E doit être élevée au-dessus de G E, en cas que le plan donné décline vers l'occident ; ou bien au-dessous de G H, si le plan décline vers l'orient. Tirez une ligne droite parallele à l'horison, sur le plan ou sur le mur donné pour représenter I K ; & prenant sur cette ligne un point correspondant au point E, transportez-y les différentes distances horaires E 1, E 2, E 3, &c. marquées dans la ligne I K tracée sur le papier : ensuite du point E élevez une perpendiculaire B C, égale à la distance qu'il y auroit de la ligne de contingence G H au centre d'un cadran méridional élevé sur G H, & dont le style passeroit par le centre de ce cadran & par le point A : de-là tirez aux différens points 1, 2, 3, &c. les lignes C 1, C 2, C 3, &c. qui seront les lignes horaires ; ensuite faites tomber une perpendiculaire A D du centre A du cadran horisontal, sur la ligne de contingence I K, & transportez la distance E D du point E sur la muraille, C D sera la ligne soûstylaire. Voyez SOUSTYLAIRE.
C'est pourquoi joignant A D & D C à angles droits, l'hypothénuse A C sera un style oblique, qui doit être attaché sur la muraille au point C, de maniere que le côté C D tombe sur le côté C D, & que A D soit perpendiculaire au plan de la muraille. Il faut bien remarquer que la ligne I K qui est tracée obliquement sur le papier, doit être horisontale sur le plan ; & comme on suppose que le soleil éclaire la face du plan qui est tournée vers A, il faut que sur le cadran le point C soit en-haut, & le point E en-bas.
Tracez un cadran vertical déclinant du nord vers l'orient ou l'occident. Trouvez d'abord la déclinaison du plan ; ensuite tracez un cadran vertical déclinant du midi, dans lequel le point C soit en-haut, & le point E en-bas ; renversez-le de maniere que le centre C soit en-bas, & le point E en-haut, & portez sur la gauche les heures de la main droite ; & au contraire, en supprimant toutes les lignes horaires que l'on ne peut pas voir dans un plan de cette espece.
La meilleure méthode dans la pratique, c'est après que l'on a tracé sur le papier un cadran méridional déclinant, d'en piquer les différens points en les perçant avec une épingle ; appliquant ensuite à la muraille la face du papier sur laquelle le cadran est tracé, & ayant soin de mettre le point C en-bas ; le revers donnera tous les points nécessaires pour tracer un cadran septentrional déclinant.
Si le cadran décline trop, ensorte que le point C doive être trop éloigné, on se contentera de ne tracer qu'une partie des lignes horaires ; & au lieu du style triangulaire A C D, on ne mettra qu'une partie du style A C soûtenue par deux appuis ; de maniere pourtant que cette partie de style étant prolongée, ainsi que les lignes horaires, puisse rencontrer le plan du cadran au point C.
Les cadrans inclinés sont ceux que l'on trace sur des plans qui ne sont point verticaux, mais qui s'inclinent ou qui panchent vers le côté méridional de l'horison, en faisant un angle plus grand ou plus petit que le plan équinoctial. Voyez INCLINAISON.
On peut concevoir un plan incliné, en supposant que le plan de l'équateur se rapproche du zénith d'un côté, & de l'autre s'abaisse vers le nadir, en tournant sur une ligne tirée du point est au point oüest de l'horison.
Tracer un cadran incliné. 1°. L'inclinaison du plan, comme D C (fig. 17.), étant trouvée par le moyen d'un déclinateur, ainsi qu'il sera enseigné à l'article DECLINATEUR, si ce plan tombe entre le plan équinoctial C E & le vertical C B, de maniere que l'angle d'inclinaison D C A soit plus grand que l'élévation de l'équateur E C A, sur le côté supérieur tracez un cadran septentrional, & sur le côté inférieur un méridional pour une élévation de l'équateur, qui soit égale à la somme de l'élévation de l'équateur du lieu donné, & du complément de l'inclinaison du plan à un quart de cercle.
2°. Si le plan incliné F C tombe entre l'horisontal C A & l'équinoctial C E, tellement que l'angle d'inclinaison F C A soit plus petit que l'élévation de l'équateur E C A, décrivez un cadran horisontal pour une élévation du pole égale, à la somme de l'élévation du pole du lieu donné & de l'inclinaison du plan.
Les cadrans ainsi inclinés se tracent de la même maniere que les cadrans de la premiere espece, excepté que le style, dans le premier cas, doit être fixé sous l'angle A D C ; & dans le dernier cas, sous l'angle D F C ; & que la distance du centre du cadran à la ligne de contingence, dans le premier cas, est D C, & dans le dernier, est F C.
Les cadrans réclinans sont ceux que l'on trace sur des plans qui ne sont pas verticaux, mais penchés ; en s'écartant du zénith vers le nord, & faisant un angle plus grand ou plus petit que le plan polaire.
On peut concevoir un plan réclinant, en supposant que le plan polaire s'éleve d'un côté vers le zénith, & de l'autre s'abaisse vers le nadir, en tournant autour d'une ligne tirée de l'orient à l'occident. Pour trouver la réclinaison d'un plan, voyez RECLINAISON.
Tracer un cadran réclinant. 1°. Si le plan réclinant II C tombe entre le plan vertical B C & le plan polaire I C, de maniere que l'angle de réclinaison B C H soit plus petit que la distance du pole au zénith B C I, décrivez deux cadrans verticaux, un septentrional & un méridional, pour une élévation de l'équateur égale à la différence entre l'élévation de l'équateur du lieu donné, & l'angle de réclinaison.
2°. Si le plan récliné comme K C, tombe entre se plan polaire I C, & l'horisontal C L, de maniere que l'angle de réclinaison B C K soit plus grand que la distance du pole au zénith I C B : décrivez dessus un cadran horisontal pour une élévation du pole, égale à la différence entre l'angle de réclinaison & l'élévation de l'équateur du lieu donné.
On trace aussi par la Trigonométrie les cadrans inclinans & réclinans, l'inclinaison ou la réclinaison du plan, & l'élévation du pole étant connues ; & l'on trouve les angles faits, au centre d'un cadran inclinant ou réclinant, par le méridien & les lignes horaires.
Un cadran de cette espece est proprement un cadran horisontal pour une latitude égale à l'élévation particuliere du pole sur le plan du cadran : c'est pourquoi l'on détermine les angles par la regle que l'on a donnée pour les cadrans horisontaux.
Quant à l'élévation du pole sur le plan du cadran, on la trouve de cette maniere : le plan étant incliné, son élévation est plus grande que l'élévation du pole du lieu, ou est plus petite, ou lui est égale ; dans les deux premiers cas, pour les cadrans supérieurs méridionaux, ou inférieurs septentrionaux, on a l'élévation particuliere du pole sur le plan en prenant la différence entre l'élévation du pole du lieu, & l'inclinaison du plan : & dans le dernier cas, le cadran est un cadran polaire, où les lignes horaires seront paralleles, à cause que le plan étant placé sur l'axe du monde, aucun des deux poles n'y peut être représenté.
Pour les cadrans supérieurs septentrionaux, & inférieurs méridionaux, 1°. si l'inclinaison est plus grande que le complément de l'élévation, il faut ajoûter le complément de l'inclinaison au complément de l'élévation. 2°. Si elle est plus petite, il faut ajoûter l'inclinaison à l'élévation. 3°. Si elle est égale, le cadran sera un cadran équinoctial, où les angles au centre seront égaux à la distance du soleil au méridien.
Les cadrans déinclinés sont ceux qui sont en même tems déclinans & réclinans ou inclinés.
On se sert rarement des cadrans inclinés, réclinans, & surtout des cadrans déinclinés ; c'est pourquoi la construction géométrique & trigonométrique en étant un peu compliquée, nous prenons le parti de la supprimer, & de renvoyer ceux qui auroient du goût ou de la curiosité pour les cadrans de cette espece, à la méthode méchanique générale de tracer toutes sortes de cadrans : méthode que nous allons exposer en peu de mots.
Méthode facile de tracer un cadran sur toutes sortes de plans par le moyen d'un cadran équinoctial mobile. Supposons, par exemple, que l'on demande un cadran sur un plan horisontal ; si le plan est immobile, comme A B D C (fig. 18.) déterminez sa ligne méridienne G F ; ou, si le plan est mobile, prenez une méridienne à volonté. Ensuite par le moyen du triangle E K F, dont vous appliquerez la base sur la ligne méridienne, élevez le cadran équinoctial H, jusqu'à ce que le stile G I devienne parallele à l'axe du monde ; ce qui se trouve en faisant l'angle K E F égal à l'élévation du pole, & que la ligne de 12 heures du cadran soit bien directement au-dessus de la lige méridienne du plan ou de la base du triangle. Alors, si pendant la nuit une bougie allumée est appliquée à l'axe GI, desorte que l'ombre de l'index ou le stile G I tombe successivement sur les lignes horaires ; cette même ombre marquera les différentes lignes horaires sur le plan A B C D.
Ainsi marquant des points sur l'ombre, tirez par ces points des lignes au point G ; alors un index étant placé en G, suivant l'angle I G F, son ombre marquera les différentes heures, à la lumiere du soleil.
Si vous voulez un cadran sur un plan vertical, ayant élevé le cercle équinoctial, comme on l'a dit ci-dessus, poussez en avant l'index G I, jusqu'à ce que sa pointe I touche le plan vertical sur lequel vous voulez tracer le cadran.
Si le plan est incliné à l'horison, il faudra trouver l'élevation du pole sur ce même plan, & l'on fera l'angle du triangle K E F égal à cette élévation.
Remarquez qu'outre les différentes especes de cadrans ci-dessus mentionnés, qui sont des cadrans à centre, il y en a d'autres appellés des cadrans sans centre.
Les cadrans sans centre sont ceux dont les lignes horaires sont à la vérité convergentes, c'est-à-dire tendent à se réunir en un point, mais si lentement que l'on ne sauroit marquer sur le plan donné le centre vers lequel elles sont convergentes.
Les cadrans horisontaux sans centre, doivent être faits pour les endroits où l'élévation du pole est très-petite, ou, ce qui revient au même, l'élévation de l'équateur très-grande : en effet dans la fig. 6. si l'on suppose l'angle A E D presque droit, c'est-à-dire l'équateur presque perpendiculaire à l'horison, le point A qui est le centre du cadran deviendra très-éloigné, & la ligne D A qui représente l'axe du monde, sera presque parallele à l'horison.
De-là il s'ensuit que les cadrans verticaux sans centre conviennent aux endroits qui sont fort près du pole, & que les cadrans horisontaux sans centre conviennent aux endroits qui sont fort près de l'équateur.
Pour tracer un cadran horisontal sans centre (fig. 15.) on commencera par tracer la méridienne A O, & par un point quelconque E de cette méridienne, on tirera la perpendiculaire G H qui désignera la ligne de contingence de l'horison & du plan de l'équateur. On fera l'angle C E D, égal à l'élévation de l'équateur ; & ensuite ayant porté E D en E B, on divisera la ligne de contingence comme pour un cadran horisontal ordinaire ; on élevera ensuite au point D une perpendiculaire D F de longueur arbitraire ; & ayant tiré la perpendiculaire F L à D F, on transportera F L en L O, & on divisera par le point O, la ligne M N, en intervalles horaires, comme on a divisé la ligne G H par le point B ; ensuite par les points horaires correspondans de ces deux lignes G H, M N, on tirera les lignes horaires X I I I ; enfin aux points E, L, on placera perpendiculairement au plan du cadran l'index E D F L, composé du stile D F, & de deux appuis E D, F L, & le cadran sera achevé.
Pour tracer un cadran vertical méridional sans centre, on remarquera qu'un tel cadran n'est autre chose, qu'un cadran horisontal construit pour une hauteur de pole égale au complément de l'élévation du pole donnée ; ainsi la construction de ce cadran sera la même que celle du cadran horisontal sans centre.
Dans la sphere droite, c'est-à-dire dans les lieux situés sous l'équateur, le cadran horisontal est le même que le cadran polaire, & le cadran vertical est le même que le cadran équinoctial.
Dans la sphere parallele, c'est-à-dire, pour les habitans des poles, le cadran horisontal est le même que le cadran équinoctial ; & le cadran vertical est le même que le cadran polaire.
Outre la description des heures, on trace sur les cadrans solaires beaucoup d'autres choses qui leur servent comme d'accompagnement & d'ornement.
On décrit aussi les cadrans solaires sur la surface de différens corps irréguliers : nous avons déjà fait voir comment sur un corps irrégulier, on pouvoit tracer tous les cadrans de la premiere espece. On peut en tracer le plus sur différens autres corps ; par exemple, sur un bâton, sur un cylindre, on n'attend pas de nous que nous entrions sur ce sujet dans un plus grand détail, qui n'appartiendroit qu'à un ouvrage complet sur la Gnomonique. Ceux qui voudront en savoir davantage, pourront avoir recours aux différens traités qui en ont été publiés.
On trouvera aussi dans ces même traités des méthodes pour tracer géométriquement des cadrans universels ; mais nous ne nous y arrêterons point, parce qu'elles nous paroissent plus curieuses qu'utiles, & que dans un ouvrage de la nature de celui-ci, nous devons principalement faire mention de ce qui peut être le plus d'usage.
Nous ne dirons rien non plus des Cadrans qu'on appelle à réflexion & à réfraction. Voyez ces mots.
Le cadran nocturne ou de nuit, montre les heures de la nuit.
Il y en a de deux especes ; le lunaire ou le cadran à la lune, & le sidéréal ou le cadran aux étoiles.
Le cadran à la lune ou le cadran lunaire est celui qui montre l'heure de la nuit, par le moyen de la lumiere ou de l'ombre de la lune, qu'un index jette dessus.
Tracer un cadran lunaire. Supposons, par exemple, que l'on demande un cadran lunaire horisontal : décrivez d'abord un cadran solaire horisontal : élevez ensuite les deux perpendiculaires A B & C D, (fig. 19.) à la ligne de douze heures ; & divisant l'intervalle G F en douze parties égales, par les différens points de division, tirez des lignes paralleles. Maintenant si on destine la premiere ligne C D au jour de la nouvelle lune, & la seconde au jour où la lune arrive au méridien, une heure plus tard que le soleil ; & enfin la derniere ligne A B au jour de la pleine lune : les intersections de ces lignes avec les lignes horaires donneront des points, par lesquels on tracera une ligne courbe 12 12, qui sera la ligne méridienne de la lune ; on déterminera ensuite de la même maniere les autres lignes horaires, 11, 22, 33, &c. lesquelles seront coupées aux heures solaires correspondantes & respectives, ou par l'ombre de la lune, que jettera le style du cadran. On effacera les lignes horaires du cadran solaire, aussi bien que les perpendiculaires, par où l'on a tiré les heures lunaires ; & on divisera l'intervalle G F par d'autres lignes paralleles en quinze parties égales, qui répondent aux quinze jours entre la nouvelle & la pleine lune. Enfin on écrira auprès de ces lignes les différens jours de l'âge de la lune.
Maintenant, connoissant par un calendrier l'âge de la lune, l'intersection de la ligne de l'âge de la lune, avec les lignes horaires de la lune, donnera l'heure de la nuit.
On peut de la même maniere transformer tout autre cadran solaire en cadran lunaire.
Tracer un cadran lunaire portatif sur un plan ; qui peut être disposé selon l'élévation de l'équateur. Décrivez un cercle A B (fig. 20.) & divisez sa circonférence en 29 parties égales. Du même centre D décrivez un autre cercle mobile D E, divisez-le en 24 parties ou en 24 heures égales. Au centre C placez un index, de même que pour un cadran équinoctial.
Si l'on place ce cadran, comme il faut, dans un plan parallele à l'équateur, comme le cadran équinoctial, & que l'on porte la ligne de 12 heures au jour de l'âge de la lune, l'ombre du style donnera l'heure.
Pour se servir d'un cadran solaire, comme si c'étoit un cadran lunaire, c'est-à-dire trouver l'heure de la nuit, par le moyen d'un cadran solaire, on observera l'heure que l'ombre du style montre à la lumiere de la lune. On trouvera l'âge de la lune dans le calendrier, & on multipliera le nombre des jours par 3/4 ; le produit est le nombre d'heures qu'il faut ajoûter à l'heure marquée par l'ombre, afin d'avoir l'heure qu'on demande. La raison de cette pratique est, que la lune passe tous les jours au méridien, ou à quelque cercle horaire que ce soit, trois quarts d'heure plus tard que le jour précédent. Or le jour de la nouvelle & de la plaine lune, elle passe au méridien en même tems que le soleil ; d'où il s'ensuit que le troisieme jour, par exemple, après la nouvelle lune, elle doit passer deux fois trois quarts d'heure plus tard au méridien, & ainsi des autres.
Si le nombre des jours multipliés par 3/4 & ajoûtés au nombre des heures, excede 12, il faudra en ôter 12, pour avoir l'heure cherchée.
Si on veut connoitre plus facilement & plus exactement l'heure de la nuit par le moyen de l'ombre de la lune sur un cadran solaire, on pourra se servir de la table suivante, & ajouter pour chacun des jours de l'âge de la lune, les heures marquées dans cette table, aux heures marquées sur le cadran par l'ombre de la lune.
Le cadran aux étoiles est un instrument par lequel on peut connoître l'heure de la nuit en observant quelque étoile ; ce cadran se fait par la connoissance du mouvement journalier que font autour du pole ou de l'étoile polaire, qui n'en est présentement éloignée que de deux degrés, les deux étoiles de la grande ourse, qu'on appelle ses gardes, ou la claire du quarré de la petite ourse : pour la construction de ce cadran, il faut savoir l'ascension droite de ces étoiles, ou à quel jour de l'année elles se trouvent dans le même cercle horaire que le soleil ; ce qui se peut connoître par le calcul astronomique, ou par un globe, ou avec un planisphere céleste construit sur les nouvelles observations, en mettant sous le méridien l'étoile dont il s'agit, & en examinant quel degré de l'écliptique se trouve en même tems sous ce méridien. V. GLOBE.
Les jours de l'année où les deux étoiles ont la même ascension droite que le soleil, elles marqueront les mêmes heures que le soleil : mais comme les étoiles fixes retournent au méridien chaque jour plûtôt que le soleil d'environ 1 degré ou 40 minutes d'heures ; ce qui fait 2 heures par mois, il faudra avoir égard à cette différence, pour avoir l'heure du soleil par le moyen des étoiles.
Le cadran, dont il s'agit, est composé de deux plaques circulaires appliquées l'une sur l'autre (fig. 21. Gnomon.) ; la plus grande a un manche pour tenir à la main l'instrument dans les usages qu'on en fait.
La plus grande roue a environ deux pouces & demi de diametre : elle est divisée en 12 pour les 12 mois de l'année, & chaque mois de 5 en 5 jours ; de telle sorte que le milieu du manche réponde justement au jour de l'année auquel l'étoile, dont on veut se servir, a la même ascension droite que le soleil. Et si on veut que le même cadran serve pour différentes étoiles, il faut rendre le manche mobile autour de la roue, afin de l'arrêter où l'on voudra.
La roue de dessus, qui est la plus petite, doit être divisée en 24 parties égales, ou deux fois 12 heures pour les 24 heures du jour, & chaque heure en quarts ; ces 24 heures se distinguent par autant de dents, dont celles où sont marquées 12 heures, sont plus longues que les autres, afin de pouvoir compter la nuit les heures sans lumiere.
A ces deux roues, on ajoûte une regle ou alidade qui tourne autour du centre, & qui déborde au-delà de la plus grande circonférence.
Ces trois pieces doivent être jointes ensemble par le moyen d'un clou à tête, percé de telle sorte dans toute sa longueur, qu'il y ait au centre de ce clou un petit trou d'environ deux lignes de diametre, pour voir facilement à-travers ce trou l'étoile polaire.
L'instrument étant ainsi construit, si on veut savoir l'heure qu'il est de la nuit, on tournera la roue des heures jusqu'à ce que la plus grande dent où est marqué 12 heures, soit sur le jour du mois courant ; on approchera l'instrument de ses yeux, en le tenant par le manche, ensorte qu'il ne panche ni à droite ni à gauche, & qu'il regarde directement l'étoile polaire, ou ce qui est la même chose, qu'il soit à-peu-près parallele au plan de l'équinoctial ; ensuite ayant vû par le trou du centre l'étoile polaire, on tournera l'alidade jusqu'à ce que son extrémité, qui passe au-delà des circonférences des cercles, rase la claire du quarré de la petite ourse, si l'instrument est disposé pour cette étoile. Alors la dent de la roue des heures, qui sera sous l'alidade, marquera l'heure qu'il est de la nuit. Voyez BION, instrument de Mathématique, & Wolf, Elémens de Gnomonique. On trace souvent sur la surface d'un cadran d'autres lignes que celles des heures, comme des lignes qui marquent les signes du zodiaque, la longueur des jours, les paralleles des déclinaisons, les azimuths, les méridiens des principales villes, les heures babyloniennes & italiques, &c. Voyez GNOMONIQUE.
L'analemme ou le trigone des signes, est l'instrument dont on se sert principalement pour tracer ces sortes de lignes & de points sur les cadrans. Voyez ANALEMME & TRIGONE DES SIGNES.
Au reste la description de ces sortes de lignes & de points est plus curieuse qu'utile ; la condition la plus essentielle pour un bon cadran solaire, c'est que les lignes horaires, & surtout la méridienne, y soient bien tracées, & le stile bien posé ; & toutes les autres lignes qu'on y peut décrire, pour marquer autre chose que les heures du lieu où l'on est, peuvent être quelquefois nuisibles par trop de confusion. (O)
CADRAN DE MER. Voyez BOUSSOLE.
CADRAN, dans les horloges, est une plaque sur laquelle sont peintes ou gravées les heures, les minutes, les secondes, & tout ce que la disposition du mouvement lui permet d'indiquer.
Ce que l'on exige principalement d'un cadran, c'est qu'il soit bien divisé, bien monté, & que toutes les parties s'en distinguent facilement.
Le cadran des montres est fait d'une plaque de cuivre rouge, recouverte d'une couche d'émail de l'épaisseur d'un liard environ.
Les cadrans tiennent pour l'ordinaire à la platine des piliers, par le moyen de plusieurs piés soudés vers leur circonférence, au côté qu'on ne voit pas. Ces piés entrent juste dans des trous percés à la platine ; ils la débordent & l'on fiche des goupilles dans de petits trous percés dans leur partie excédante : ainsi le cadran tient à la platine des piliers de la même maniere que cette platine tient à celle du dessus. Voyez CAGE. Pl. I. Horl. fig. 1. (T)
CADRAN, se dit, en Architecture, de la décoration extérieure d'une horloge enrichie d'ornemens d'architecture & de sculpture, comme le cadran du palais à Paris, où il y a pour attributs la loi & la justice, avec les armes de Henri III. roi de France & de Pologne. Cet ouvrage est du célebre Germain Pilon.
On ne fait guere usage de ces sortes de décorations dans les bâtimens particuliers, mais elles sont presqu'indispensables aux édifices sacrés, tels que sont les paroisses, les couvens, communautés, &c. ou bien aux monumens publics, comme hôtels-de-ville, bourses, marchés ; alors il est convenable de rendre leurs attributs relatifs aux différens caracteres de l'édifice, & sur-tout que les ornemens soient unis avec des membres d'architecture qui paroissent liés avec le reste de l'ouvrage. Quelquefois ces cadrans sont surmontés par des lanternes, dans lesquelles sont pratiqués des carillons, tels qu'il s'en voyoit au marché-neuf il y a quelques années, & qu'on en voit encore aujourd'hui à celle de la Samaritaine, bâtiment hydraulique situé sur le pont-neuf à Paris.
Les cadrans solaires qui sont placés sur la surface perpendiculaire des murailles dans les grandes cours ou jardins des hôtels, comme au palais royal à Paris, ou posés sur des piédestaux, s'ornent aussi de figures, attributs & allégories relatifs au sujet ; tel est celui qu'on voit à Fontainebleau dans le jardin de l'orangerie. (P)
CADRAN, s. m. (instrument du Lapidaire) est une machine fort ingénieusement inventée pour tenir le bâton à ciment, à l'extrémité duquel le diamant est attaché, soit avec du mastic ou de l'étain fondu, & lui faire prendre telle inclinaison que l'on souhaite à l'égard de la meule.
Cet instrument, qui est de bois, est composé de quatre pieces principales ; savoir, le corps, la base, & les deux noix. Le corps représenté séparément, fig. 13. Planche du Lapidaire, est une piece de bois d'environ 5 ou 6 pouces de long & de 4 à 5 de large, dans laquelle est un trou K qui est le centre de l'arc h i percé à jour. Sur l'épaisseur de la face g g s'éleve la vis m qui est dans le même plan, & par laquelle elle s'assemble avec la base u x en passant par le trou y ; elle y est retenue par l'écrou en S marqué z, ainsi qu'on peut le voir dans la figure 10. qui représente le cadran tout monté.
La base, outre le trou y, en a encore un autre x qui descend verticalement : ce trou reçoit le clou qui est fixé sur l'établi, comme on voit en R, fig. 5.
Le trou K du corps reçoit la noix I I. La partie o est celle qui entre dans le trou K, & la partie p faite en vis reçoit l'écrou Z, fig. 19. au moyen duquel elle se trouve fixée sur le corps du cadran.
L'ouverture circulaire h i reçoit la noix de la fig. 8. la partie r est celle qui entre dans l'ouverture h i ; cette partie est cavée du côté qui doit s'appliquer sur l'arc convexe de l'ouverture circulaire, & elle est de même que la premiere retenue par l'écrou 6, fig. 19.
Les deux noix sont chacune percées d'un trou, dans lequel passe le bâton à ciment 3, 1, 2, fig. 10. qui peut tourner sur son axe & se fixer dans les ouvertures des noix par le seul frottement, à quoi contribue beaucoup sa forme conique.
Voyez pour l'usage de cet instrument l'article LAPIDAIRE & la figure 5. R est le cadran monté sur son clou, ensorte que le diamant soudé au bout du bâton à ciment porte sur la meule K.
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| CADRATURE | S. f. signifie en général, parmi les Horlogers, l'ouvrage contenu dans l'espace qui est entre le cadran & la platine d'une montre ou d'un pendule, &c. Planches VI. VII. & XI. de l'Horlog. mais il signifie plus particulierement cette partie de la répétition, laquelle, dans une montre ou une pendule qui répete, est contenue dans cet espace.
Dans les montres simples, la cadrature est composée de la chaussée, de la roue de minutes, & de la roue de cadran. Ces deux roues servent à faire tourner l'aiguille des heures, portée sur la roue de cadran pour cet effet ; la chaussée tournant en une heure a 12 dents, & elle engrene la roue des minutes de 36, celle-ci porte un pignon de 10, qui engrene dans la roue de cadran de 40 ; par ce moyen un tour de la chaussée fait faire à la roue de cadran 1/12 de tour, ou plûtôt 12 tours de la chaussée, où 12 heures équivalent à un tour de la roue de cadran ; & ainsi l'aiguille portée par cette roue marquera les heures. Dans toutes les montres simples, à répétition, ou autres, il y a toûjours ces trois roues qui servent à faire tourner l'aiguille des heures. Dans les pendules, il y a de même toûjours une cadrature pour faire tourner les aiguilles, & elle est disposée selon les mêmes principes.
Dans les montres ou pendules à répétition, la cadrature, comme nous l'avons dit plus haut, ouvre les roues dont nous venons de parler, contient encore une partie des pieces de la répétition, l'autre étant contenue dans la cage. Ces pieces sont la crémaillere, le tout ou rien, la piece des quarts, le doigt, l'étoile ou le limaçon des heures ; le valet, le limaçon des quarts, & la surprise ; la sourdine, les deux poulies, les ressorts des marteaux, les levées, & tous les ressorts qui servent au jeu de ces différentes pieces.
Comme la construction & la disposition de ces pieces, les unes par rapport aux autres, peuvent être très-variées, il est facile d'imaginer qu'on a fait un grand nombre de cadratures très-différentes les unes des autres : mais de toutes ces cadratures il n'y en a guere que trois ou quatre qu'on employe ordinairement : telles sont les cadratures à l'angloise, à la stagden, à la françoise, & celle de M. Julien le Roy. Voyez là-dessus l'article REPETITION. Voyez aussi les fig. 31. 34. 35.
La perfection d'une cadrature consiste principalement dans la justesse & la sûreté de ses effets ; cette derniere condition est sur-tout essentielle, parce que sans cela il arrive souvent que les machines de la répétition venant à se déranger, elles font arrêter la montre.
Plusieurs horlogers ont fait des tentatives pour placer toutes les parties de la répétition dans la cadrature, mais jusqu'ici elles ont été infructueuses : il est vrai que ce seroit un grand avantage, car la cage ne contenant alors que le mouvement, on pourroit le faire aussi grand & aussi parfait que celui des montres simples.
Nous avons dit dans la définition de cadrature, que c'étoit cette partie de la répétition contenue entre le cadran & la platine : mais quoique cette définition soit vraie en général, il semble que les Horlogers entendent plus particulierement par cadrature, l'assemblage des pieces dont nous avons parlé plus haut, soit que ces pieces soient situées entre le cadran & la platine, soit qu'elles le soient ailleurs. C'est ainsi que dans une pendule à répétition que M. Julien le Roy a imaginée, & dans laquelle ces mêmes pieces sont situées sur la platine de derriere, elles ont toujours conservé le nom de cadrature. Voyez PENDULE A REPETITION. (T)
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| CADRATURIER | sub. m. nom que les Horlogers donnent à celui qui fait des cadratures ; il ne se dit qu'en parlant des cadratures des montres à répétition, parce que dans les pendules il n'y a point d'ouvrier particulier pour les cadratures, c'est-à-dire qui ne fasse que de cela. (T)
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| CADRE | S. m. en Architecture, est une bordure de pierre ou de plâtre traîné au calibre, laquelle dans les compartimens des murs de face & les plafonds renferme des ornemens de sculpture. V. BORDURE.
Cadre de plafond ; ce sont des renfoncemens causés par les intervalles des poutres dans les plafonds lambrissés avec de la sculpture, peinture, & dorure. (P)
CADRE, (Marine) c'est un carré fait de quatre pieces de bois d'une moyenne force & grosseur, mises en quarré long & entrelacées de petites cordes, ce qui forme un chassis, sur lequel on met un matelas pour se coucher à la mer. (Z)
CADRES, terme de manufacture de papier ; ce sont des chassis, GG, HH, voy. Pl. IV. de Papeterie, composés de quatre tringles de bois jointes ensemble par les extrémités, à angles droits, & ayant un drageoir comme les cadres des miroirs & tableaux. L'ouvrier fabriquant les applique sur la forme pour lui servir de rebord & empêcher que la pâte ne tombe quand il égoutte la forme.
Cadre est encore synonyme à bordure, & s'applique aux tableaux & aux estampes.
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| CADRITE | S. m. (Hist. mod.) sorte de religieux mahométans.
Les Cadrites ont eu pour fondateur un habile philosophe & jurisconsulte, nommé Abdul Cadri, de qui ils ont pris le nom de Cadrites.
Les Cadrites vivent en communauté & dans des especes de monasteres, qu'on leur permet néanmoins de quitter s'ils veulent, pour se marier, à condition de porter des boutons noirs à leur veste pour se distinguer du peuple.
Dans leurs monasteres, ils passent tous les vendredis une bonne partie de la nuit à tourner, en se tenant tous par la main, & repétant sans-cesse ghai, c'est-à-dire vivant, qui est un des noms de Dieu. Pendant ce tems-là un d'entr'eux joue de la flûte, pour les animer à cette danse extravagante. Ils ne rasent jamais leurs cheveux, ne se couvrent point la tête, & marchent toûjours les piés nuds. Ricaut, de l'empire Ottom. (G)
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| CADSANDT | (Géog.) île de la Flandre Hollandoise, entre la ville de l'Ecluse & l'île de Zélande.
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| CADUC | adj. VIEUX, CASSé, qui a perdu ses forces & qui en perd tous les jours davantage. On dit devenir caduc, âge caduc, santé caduque. Voyez VIEILLESSE.
CADUC (mal), Medecine, se dit de l'épilepsie ; elle a été ainsi nommée, parce que les malades tombent à la renverse dans l'accès de cette maladie ; cet accident joint aux convulsions qui l'accompagnent, donne beaucoup de frayeur aux spectateurs. Cette chûte fait souvent périr les malades, sur-tout lorsqu'elle arrive la nuit, qu'ils sont seuls, ou qu'ils tombent d'un lieu élevé. Voyez éPILEPSIE. (N)
CADUC, dans les matieres de Jurisprudence, se dit de ce qui étant valide dans l'origine, est cependant devenu nul dans la suite à cause de quelqu'évenement postérieur : ainsi l'on dit en ce sens qu'un legs ou une institution d'héritier est devenue caduque par la mort du légataire ou de l'héritier institué, avant celle du testateur. Caducité se dit aussi dans le même sens. (H)
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| CADUCÉE | S. m. (Hist.) verge ou baguette que les Poëtes & les Peintres donnent à Mercure. Quelques mythologistes disent que ce dieu ayant rencontré deux serpens qui se battoient, il jetta sa baguette au milieu d'eux, & les réunit, & que depuis il la porta toûjours pour symbole de paix. Aussi peint-on le caducée avec deux serpens entrelacés, & sur le haut on ajoûte deux ailerons ; ce qui, selon d'autres, marque la force de l'éloquence, dont Mercure étoit réputé le dieu aussi-bien qu'Apollon. Et en ce cas les serpens, symboles de la prudence, marquent combien cette qualité est nécessaire à l'orateur ; & les ailes signifient la promptitude & la vehémence des paroles. Comme Mercure étoit aussi censé présider aux négociations, pour avoir plus d'une fois rétabli la bonne intelligence entre Jupiter & sa femme Junon ; les ambassadeurs feciaux ou hérauts, chargés à Rome de traiter de la paix, portoient en main un caducée d'or, d'où leur vint le nom de caduceatores. Les Poëtes attribuoient encore au caducée de Mercure diverses autres propriétés, comme de conduire les ames aux enfers, & de les en tirer, d'exciter ou de troubler le sommeil, &c.
Le caducée qu'on trouve sur les médailles, est un symbole commun ; il signifie la bonne conduite, la paix & la félicité : le bâton marque le pouvoir ou l'autorité ; les deux serpens, la prudence, & les deux aîles la diligence, toutes choses nécessaires pour réussir dans les entreprises où l'on s'engage. Jobert, Science des médailles, tome I. pag. 377. (G)
CADUCEE, en Physique. Voyez BAGUETTE DIVINATOIRE. (O)
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| CADUCITÉ | S. f. l'état d'une personne caduque : on dit cette personne approche de la caducité ; d'où l'on voit que la caducité se prend pour l'extrème vieillesse ; mais il n'en est pas de même de caduc ; on dit d'un jeune homme qu'il est caduc, & d'un vieillard qu'il ne l'est pas.
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| CADURCIENS | S. m. pl. (Géog. ant.) peuples qui occupoient les pays que nous nommons aujourd'hui le Quercy : c'étoit un des quatorze qui habitoient entre la Loire & la Garonne.
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| CADU | ou CERANIUM, (Hist. anc.) grande mesure des anciens, contenant cent vingt livres de vin, & environ cent cinquante livres d'huile.
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| CADUSIENS | S. m. pl. (Géog.) peuples d'Asie, qui habitoient quelques contrées voisines du Pont-Euxin ; selon Strabon, ils occupoient la partie septentrionale de la Médie Atropatene, pays montagneux, & assez semblable à la description que Plutarque fait de celui des Cadusiens.
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| CAEN | (Géog.) ville de France, capitale de la basse Normandie ; elle est sur l'Orne. Long. 17. 18. 13. lat. 49. 11. 10.
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| CAERDEN | (Géog.) petite ville d'Allemagne, dans l'électorat de Treves, sur la Moselle.
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| CAERMARTHEN | (Géog.) ville d'Angleterre, dans la principauté de Galles, sur la riviere de Towy, dans une province qui se nomme Caermarthenshire.
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| CAERNARVAN | (Géog.) ville d'Angleterre, dans le pays de Galles, sur le Menay, capitale du Caernarvanshire.
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| CAESALPINA | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante, dont le nom a été dérivé de celui d'André Caesalpin, medecin du pape Clément VII. la fleur des plantes de ce genre est monopétale, faite en forme de masque, irréguliere, & divisée en quatre parties inégales : celle du dessus est la plus grande, elle est creusée en forme de cuilliere : il s'éleve du fond de la fleur un pistil entouré d'étamines recourbées. Ce pistil devient une silique remplie de semences oblongues. Plumier, nova plant. amer. gener. Voyez PLANTE. (I)
On ne lui attribue aucune propriété médicinale.
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| CAESAR | (Hist. rom.) les empereurs communiquoient le nom de Caesar à ceux qu'ils destinoient à l'empire ; mais ils ne leur donnoient point les titres d'imperator & d'augustus ; c'eût été les associer actuellement. Ces deux derniers titres marquoient la puissance souveraine. Celui de Caesar n'étoit proprement qu'une désignation à cette puissance, qu'une adoption dans la maison impériale. Avant Dioclétien on avoit déja vu plusieurs empereurs & plusieurs Caesars à-la-fois : mais ces empereurs possédoient l'empire par indivis. Ils étoient maîtres solidairement avec leurs collégues de tout ce qui obéissoit aux Romains. Dioclétien introduisit une nouvelle forme de gouvernement, & partagea les provinces romaines. Chaque empereur eut son département. Les Caesars eurent aussi le leur : mais ils étoient au-dessous des empereurs. Ils étoient obligés de les respecter comme leurs peres. Ils ne pouvoient monter au premier rang que par la permission de celui qui les avoit fait Caesar, ou par sa mort. Ils recevoient de sa main leurs principaux officiers. Ordinairement ils ne portoient point le diadème, que les augustes avoient coutume de porter depuis Dioclétien. Cette remarque est de M. de la Bléterie. (D.J.)
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| CAFFA | (Géog.) autrefois Théodosie, ville riche, ancienne & considérable, capitale de la Tartarie Crimée, avec deux citadelles ; elle est sur la mer Noire, à 60 lieues de Constantinople. Long. 52. 30. lat. 44. 58.
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| CAFFÉ | S. m. (Hist. nat. bot.) Depuis environ soixante ans, disoit M. de Jussieu en 1715, que le caffé est connu en Europe, tant de gens en ont écrit sans connoître son origine, que si l'on entreprenoit d'en donner une histoire sur les relations qu'on nous en a laissées, le nombre des erreurs seroit si grand, qu'un seul mémoire ne suffiroit pas pour les rapporter toutes.
Ce que nous en allons dire est tiré d'un mémoire contenu dans le recueil de l'Académie des Sciences, année 1713. Ce mémoire est de M. de Jussieu, le nom de l'auteur suffit pour garantir les faits. L'Europe, dit M. de Jussieu, a l'obligation de la culture de cet arbre aux soins des Hollandois, qui de Moka l'ont porté à Batavia, & de Batavia au jardin d'Amsterdam. La France en est redevable au zele de M. de Ressons, lieutenant général de l'Artillerie, & amateur de la Botanique, qui se priva en faveur du jardin du Roi, d'un jeune pié de cet arbre qu'il avoit fait venir de Hollande. Il est maintenant assez commun, & on lui voit donner successivement des fleurs & des fruits.
Cet arbre dans l'état où il étoit au jardin du Roi, lorsque M. de Jussieu fit son mémoire, avoit cinq piés de hauteur & la grosseur d'un pouce ; il donne des branches qui sortent d'espace en espace de toute la longueur de son tronc, toûjours opposées deux à deux, & rangées de maniere qu'une paire croise l'autre. Elles sont souples, arrondies, noüeuses par intervalles, couvertes aussi-bien que le tronc, d'une écorce blanchâtre fort fine, qui se gerse en se desséchant : leur bois est un peu dur & douçâtre au goût ; les branches inférieures sont ordinairement simples, & s'étendent plus horisontalement que les supérieures qui terminent le tronc, lesquelles sont divisées en d'autres plus menues qui partent des aisselles des feuilles, & gardent le même ordre que celles du tronc. Les unes & les autres sont chargées en tout tems de feuilles entieres, sans dentelures ni crénelures dans leur contour, aiguës par leurs deux bouts, opposées deux à deux, qui sortent des noeuds des branches, & ressemblent aux feuilles du laurier ordinaire ; avec cette différence qu'elles sont moins seches & moins épaisses, ordinairement plus larges, plus pointues par leur extrémité, qui souvent s'incline de côté ; qu'elles sont d'un beau verd gai & luisant en-dessus, verd pâle en-dessous, & verd jaunâtre dans celles qui sont naissantes ; qu'elles sont ondées par les bords, ce qui vient peut-être de la culture, & qu'enfin leur goût n'est point aromatique, & ne tient que de l'herbe. Les plus grandes de ses feuilles ont deux pouces environ dans le fort de leur largeur, sur quatre à cinq pouces de longueur ; leurs queues sont fort courtes. De l'aisselle de la plûpart des feuilles naissent des fleurs jusqu'au nombre de cinq, soûtenues par un pédicule court ; elles sont toutes blanches, d'une seule piece, à-peu-près du volume & de la figure de celles du jasmin d'Espagne, excepté que le tuyau en est plus court, & que les découpures en sont plus étroites, & sont accompagnées de cinq étamines blanches à sommets jaunâtres, au lieu qu'il n'y en a que deux dans nos jasmins : ces étamines débordent le tuyau de leurs fleurs, & entourent un style fourchu qui surmonte l'embryon ou pistil placé dans le fond d'un calice verd à quatre pointes, deux grandes & deux petites, disposées alternativement. Ces fleurs passent fort vîte, & ont une odeur douce & agréable. L'embryon ou jeune fruit, qui devient à-peu-près de la grosseur & de la figure d'un bigarreau, se termine en ombilic, & est verd clair d'abord, puis rougeâtre, ensuite d'un beau rouge, & enfin rouge obscur dans sa parfaite maturité. Sa chair est glaireuse, d'un goût desagréable, qui se change en celui de nos pruneaux noirs secs, lorsqu'elle est séchée, & la grosseur de ce fruit se réduit alors en celle d'une baie de laurier. Cette chair sert d'enveloppe à deux coques minces, ovales, étroitement unies, arrondies sur leur dos, applaties par l'endroit où elles se joignent, de couleur d'un blanc jaunâtre, qui contiennent chacune une semence calleuse, pour ainsi dire ovale, voûtée sur son dos, & plate du côté opposé, creusée dans le milieu & dans toute la longueur de ce même côté, d'un sillon assez profond. Son goût est tout-à-fait pareil à celui du caffé qu'on nous apporte d'Arabie : une de ses deux semences venant à avorter, celle qui reste acquiert ordinairement plus de volume, a ses deux côtés plus convexes, & occupe seule le milieu du fruit. Voyez Plan. XXVIII. d'Hist. nat. fig. 3.
On appelle caffé en coque, ce fruit entier & desséché ; & caffé mondé, ses semences dépouillées de leurs enveloppes propres & communes.
Par cette description faite d'après nature, il est aisé de juger que l'arbre du caffé, que l'on peut appeller le caffier, ne peut être rangé sous un genre qui lui convienne mieux que sous celui des jasmins, si l'on a égard à la figure de la fleur, à la structure de son fruit, & à la disposition de ses feuilles.
Cet arbre croît dans son pays natal, & même à Batavia, jusqu'à la hauteur de quarante piés ; le diametre de son tronc n'excede pas quatre à cinq pouces : on le cultive avec soin ; on y voit en toutes les saisons des fruits, & presque toûjours des fleurs. Il fournit deux ou trois fois l'année une récolte très-abondante. Les vieux piés portent moins de fruit que les jeunes, qui commencent à en produire dès la troisieme & quatrieme année après la germination.
Les mots caffé en françois, & coffee en anglois & en hollandois, tirent l'un & l'autre leur origine de caouhe, nom que les Turcs donnent à la boisson qu'on prépare de cette plante.
Quant à sa culture, on peut assûrer que si la semence du caffé n'est pas mise en terre toute récente, comme plusieurs autres semences des plantes, on ne doit pas espérer de la voir germer. Celles de l'arbre qu'on cultivoit depuis une année au jardin-royal, mises en terre aussi-tôt après avoir été cueillies, ont presque toutes levé six semaines après. Ce fait, dit M. de Jussieu, justifie les habitans du pays où se cultive le caffé, de la malice qu'on leur a imputée de tremper dans l'eau bouillante, ou de faire sécher au feu tout celui qu'ils débitent aux étrangers, dans la crainte que venant à élever comme eux cette plante, ils ne perdissent un revenu des plus considérables.
La germination de ces semences n'a rien que de commun.
A l'égard du lieu où cette plante peut se conserver, comme il doit y avoir du rapport avec le pays dans lequel elle naît naturellement, & où l'on ne ressent point d'hyver, on a été obligé jusqu'ici de suppléer au défaut de la température de l'air & du climat, par une serre à la maniere de celles de Hollande, sous laquelle on fait un feu modéré, pour y entretenir une chaleur douce ; & l'on a observé que pour prévenir la sécheresse de cette plante, il lui falloit de tems en tems un arrosement proportionné.
Soit que ces précautions en rendent la culture difficile, soit que les Turcs, naturellement paresseux, ayent négligé le soin de la multiplier dans les autres pays sujets à leur domination ; nous n'avons pas encore appris qu'aucune contrée que celle du royaume d'Yemen en Arabie, ait l'avantage de la voir croître chez elle abondamment ; ce qui paroît être la cause pour laquelle avant le xvj. siecle son usage nous ait été presqu'inconnu.
On laisse à d'autres le soin de rapporter au vrai ce qui y a donné occasion, & d'examiner si l'on en doit la premiere expérience à la vigilance du supérieur d'un monastere d'Arabie, qui voulant tirer ses moines du sommeil qui les tenoit assoupis dans la nuit aux offices du choeur, leur en fit boire l'infusion, sur la relation des effets que ce fruit causoit aux boucs qui en avoient mangé ; ou s'il faut en attribuer la découverte à la piété d'un mufti, qui pour faire de plus longues prieres, & pousser les veilles plus loin que les dervis les plus dévots, a passé pour s'en être servi des premiers.
L'usage depuis ce tems en est devenu si familier chez les Turcs, chez les Persans, chez les Arméniens, & même chez les différentes nations de l'Europe, qu'il est inutile de s'étendre sur la préparation, & sur la qualité des vaisseaux & instrumens qu'on y employe.
Il est bon d'observer que des trois manieres d'en prendre l'infusion, savoir ou du caffé mondé & dans son état naturel, ou du caffé roti, ou seulement des enveloppes propres & communes de cette substance, auxquelles nos françois au retour de Moka ont improprement donné le nom de fleur de caffé ; la seconde de ces manieres est préférable à la premiere, & à la troisieme appellée aussi caffé à la sultane.
Qu'entre le gros & le blanchâtre qui nous vient par Moka, & le petit verdâtre qui nous est apporté du Caire par les caravanes de la Meque, celui-ci doit être choisi comme le plus mûr, le meilleur au goût, & le moins sujet à se gâter.
Que de tous les vaisseaux pour le rôtir, les plus propres sont ceux de terre vernissée, afin d'éviter l'impression que ceux de fer ou d'airain peuvent lui communiquer.
Que la marque qu'il est suffisamment brûlé ou rôti est la couleur tirant sur le violet, qu'on ne peut appercevoir qu'en se servant pour le rôtir d'un vaisseau découvert.
Que l'on ne doit en pulvériser qu'autant & qu'au moment que l'on veut l'infuser : on se sert pour cet effet d'un petit moulin portatif, composé de deux ou trois pieces ; d'une gorge qui fait la fonction de trémie, dans laquelle on met le caffé grillé, & qu'on bouche d'un couvercle percé d'un trou ; d'une noix dont l'arbre est soûtenu & fixé dans le coffre ou le corps du moulin qui la cache, & dans lequel elle se meut sur elle-même : la partie du coffre qui correspond à la noix est de fer, & taillée en dent ; il y a au-dessous de la noix un coffret qui reçoit le caffé à mesure qu'il se moud. Voyez Plan. du Tailland. 3 un moulin à caffé, r s tout monté ; & dans les fig. 4. m m l, k, o p p, n, un autre moulin & son détail. La fig. 4. est l'arbre séparé du moulin r s : m m l, autre moulin ; m, son arbre ; k, son embase ; n, sa coupe par le milieu ; o, sa noix ; fig. r s, r est la trémie.
Et qu'étant jetté dans l'eau bouillante, l'infusion en est plus agréable, & souffre moins de dissipation de ses parties volatiles, que lorsqu'il est mis d'abord dans l'eau froide.
Quant à sa maniere d'agir & à ses vertus, la matiere huileuse qui se sépare du caffé, & qui paroît sur sa superficie lorsqu'on le grille, & son odeur particuliere qui le fait distinguer du seigle, de l'orge, des pois, des feves, & autres semences que l'épargne fait substituer au caffé, doivent être les vraies indications de ses effets, si l'on en juge par leur rapport avec les huiles tirées par la cornue, puisqu'elle contient aussi-bien que celles-là, des principes volatils, tant salins que sulphureux.
C'est à la dissolution de ses sels, & au mélange de ses soufres dans le sang, que l'on doit attribuer la vertu principale de tenir éveillé, que l'on a toûjours remarquée comme l'effet le plus considérable de son infusion. C'est de-là que viennent ses propriétés de faciliter la digestion, de précipiter les alimens, d'empêcher les rapports des viandes, & d'éteindre les aigreurs, lorsqu'il est pris après le repas.
C'est par-là que la fermentation qu'il cause dans le sang, utiles aux personnes grasses, replettes, pituiteuses, & à celles qui sont sujettes aux migraines, devient nuisible aux gens maigres, bilieux, & à ceux qui en usent trop fréquemment.
Et c'est aussi ce qui dans certains sujets rend cette boisson diurétique.
L'expérience a introduit quelques précautions qu'on ne sauroit blâmer, touchant la maniere de prendre cette infusion : telles sont celle de boire un verre d'eau auparavant, afin de la rendre laxative ; de corriger par le sucre l'amertume qui pourroit la rendre desagréable, & de la mêler ou de la faire quelquefois au lait ou à la creme, pour en éteindre les soufres, en embarrasser les principes salins, & la rendre nourrissante.
Enfin l'on peut dire en faveur du caffé, que quand il n'auroit pas des vertus aussi certaines que celles que nous lui connoissons, il a toûjours l'avantage pat-dessus le vin de ne laisser dans la bouche aucune odeur desagréable, ni d'exciter aucun trouble dans l'esprit ; & que cette boisson au contraire semble l'égayer, le rendre plus propre au travail, le récréer, en dissiper les ennuis avec autant de facilité, que ce fameux Népenthe si vanté dans Homere. Mémoires de l'académie royale des Sciences, année 1713 pag. 299.
M. Leaulté pere, docteur en Medecine de la faculté de Paris, a fait une observation sur l'infusion de caffé, qu'il n'est pas inutile de rapporter ici. Un homme à qui un charlatan avoit conseillé l'usage d'une composition propre, à ce qu'il disoit, à arrêter une toux opiniâtre qui le tourmentoit depuis longtems, prit le remede, sans être instruit des ingrédiens qui y entroient : cet homme fut tout-à-coup saisi d'un assoupissement & d'un étouffement considérable, accompagnés de la suppression de toutes les évacuations ordinaires, plus de crachats, plus d'urine, &c. On appella M. Leaulté, qui informé de la nature des drogues que cet homme avoit prises, lui ordonna sur le champ une saignée : mais le poison avoit figé le sang, de maniere qu'il n'en vint ni des bras ni des piés : le medecin ordonna plusieurs tasses d'une forte infusion de caffé sans sucre, ce qui en moins de cinq à six heures restitua au sang un mouvement assez considérable pour sortir par les quatre ouvertures, & le malade guérit.
Simon Pauli, medecin danois, a prétendu qu'il enivroit les hommes, & les rendoit inhabiles à la génération. Les Turcs lui attribuent le même effet, & pensent que le grand usage qu'ils en font, est la cause pour laquelle les provinces qu'ils occupent, autrefois si peuplées, le sont aujourd'hui si peu. Mais Dufour réfute cette opinion, dans son traité du caffé, du thé, & du chocolat.
Le pere Malebranche assûra à MM. de l'académie des Sciences, qu'un homme de sa connoissance avoit été guéri d'une apoplexie par le moyen de plusieurs lavemens de caffé : d'autres disent qu'employé de la même maniere, ils ont été délivrés de maux de tête violens & habituels. (N)
Le commerce du caffé est considérable : on assûre que les seuls habitans du royaume d'Yemen en débitent tous les ans pour plusieurs millions ; ce qu'on n'aura pas de peine à croire, si l'on fait attention à sa consommation prodigieuse.
Caffé mariné ; c'est ainsi qu'on appelle celui qui dans le transport a été mouillé d'eau de mer, on en fait peu de cas, à cause de l'acreté de l'eau de mer, que la torréfaction ne lui ôte pas.
CAFFES : ce sont des lieux à l'établissement desquels l'usage du caffé a donné lieu : on y prend toutes sortes de liqueurs. Ce sont aussi des manufactures d'esprit, tant bonnes que mauvaises.
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| CAFFETIER | S. m. (Commerce) celui qui a le droit de vendre au public du caffé, du thé, du chocolat, & toutes sortes de liqueurs froides & chaudes. Les Caffetiers sont de la communauté des Limonadiers. Voyez LIMONADIER.
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| CAFFILA | S. f. (Commerce) troupe de marchands ou de voyageurs, ou composée des uns & des autres, qui s'assemblent pour traverser avec plus de sûreté les vastes états du Mogol, & autres endroits de la terre ferme des Indes.
Il y a aussi de semblables caffilas qui traversent une partie des deserts d'Afrique, & particulierement ce qu'on appelle la mer de sable, qui est entre Maroc & Tambouctou, capitale du royaume de Gago. Ce voyage, qui est de quatre cent lieues, dure deux mois pour aller, & autant pour le retour, la caffila ne marchant que la nuit à cause des chaleurs excessives du pays.
La caffila est proprement ce qu'on appelle caravane dans l'empire du grand-seigneur, en Perse, & autres lieux de l'Orient. Voyez CARAVANE.
Caffila se dit aussi dans les différens ports que les Portugais occupent encore sur les côtes du royaume de Guzarate, des petites flottes marchandes qui vont de ces ports à Surate, ou qui reviennent de Surate sous l'escorte d'un vaisseau de guerre que le roi de Portugal y entretient à cet effet.
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| CAFFIS | S. m. (Commerce) mesure de continence dont on se sert pour les grains à Alicante. Le caffis revient à une charge & demie de Marseille, & contient six quillots de Constantinople, c'est-à-dire quatre cent cinquante livres poids de Marseille ; ce qui revient à trois cent soixante-quatre livres poids de marc. (G)
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| CAFICI | (Commerce) mesure usitée en Afrique, sur les côtes de Barbarie. Vingt guibis font un cafici, & sept cafici font un last d'Amsterdam, ou 262 1/2 livres de Hollande.
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| CAFRERIE | (Géog.) grand pays situé dans la partie méridionale de l'Afrique, borné au nord par l'Abyssinie & la Nigritie ; à l'occident par la Guinée & le Congo ; au sud par le cap de Bonne-Espérance ; à l'orient par l'Océan. Les habitans de cette contrée sont negres & idolâtres. Ce pays est peu connu des Européens, qui n'ont point encore pû y entrer bien avant : cependant on accuse les peuples qui l'habitent d'être anthropophages.
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| CAFRI | (Hist. nat. bot.) fruit des Indes, qui croît sur de petits arbrisseaux. Il est à-peu-près de la grosseur des noix ; lorsqu'il est mûr, il est d'un beau rouge, comme la cerise ; ses fleurs ressemblent à celles du dictamne de Crete.
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| CAFSA | (Géog.) ville d'Afrique dans le Biledulgerid, tributaire du royaume de Tunis. Long. 40. lat. 27. 10.
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| CAFTAN | (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne à une espece de manteau chez les Turcs & les Persans.
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| CAGASIAN | (Géog.) fort d'Afrique sur la côte de Malaguette.
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| CAGASTRUM | (Medecine) Paracelse se sert de ce mot, pour désigner le germe & le principe de toutes les maladies.
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| CAGAVEL | poisson de mer. Voyez MERDOLE.
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| CAGAYAN | (Géog.) province & riviere d'Asie dans l'île de Luçon, l'une des Philippines.
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| CAGE | S. f. c'est au propre un assemblage de plusieurs petits bois équarris, emmortoisés les uns avec les autres, & traversés de bas en-haut par des fils d'archal, de maniere que le tout renferme un espace dans lequel des oiseaux puissent se mouvoir facilement, sans s'échapper. On place en travers dans l'intérieur de la cage, quelques petits bâtons ronds, sur lesquels les oiseaux puissent se reposer. On en couvre le fond d'une planche mince, qui entre pardevant à coulisses dans les traverses assemblées en rectangle, qui forment la base & les contours inférieurs de la cage. Ces traverses sont aussi grillées de fils d'archal, afin que quand on tire la planche du fond, les oiseaux ne puissent pas sortir par ce fond qui resteroit tout ouvert. On a laissé cette planche mobile, afin de pouvoir nettoyer la cage ; on la tire par un petit anneau de fer qui y est attaché. On pratique une petite porte par-devant, & aux deux côtés des ouvertures, au-dessous desquelles on place des petits augets, dans lesquels l'oiseau peut boire & manger. Le fond de toutes ces cages est nécessairement rectangle ou quarré. On lui donne au reste telle forme qu'on veut ; on coupe sur cette forme les petits bois qui servent à la construction ; on les perce au foret & à l'archet. On peut se servir pour plus d'expédition, de la perçoire & de la machine à percer les moules de bouton. Voyez l'article BOUTON. Si on ajoûtoit à cette commodité des patrons d'acier sur lesquels on équarrît les petits bois à la lime, il faudroit très-peu de tems & d'adresse pour faire une cage, où il paroîtroit qu'il y auroit beaucoup d'art & d'ouvrage. On pourroit aisément équarrir & percer plusieurs bâtons à-la-fois par le moyen des patrons.
On a transporté le mot de cage dans plusieurs arts méchaniques, aux parties extérieures qui servent de base à d'autres, dans une grande machine. Ainsi on dit la cage du métier des ouvriers en soie ; la cage du métier à faire des bas ; la cage d'une grande horloge, &c. Voyez à la suite de cet article, plusieurs de ces acceptions.
CAGE, en Architecture, est un espace terminé par quatre murs, qui renferment un escalier, ou quelque division d'appartement.
CAGE de cloches ; c'est un assemblage de charpente, ordinairement revêtu de plomb, & compris depuis la chaise sur laquelle il pose, jusqu'à la base de la fleche.
CAGE de moulin à vent ; c'est un assemblage quarré de charpente en maniere de pavillon, revêtu d'ais & couvert de bardeau, qu'on fait tourner sur un pivot posé sur un massif rond de maçonnerie, pour exposer au vent les volans du moulin.
CAGE, terme de Bijoutier ; c'est une tabatiere qui differe de la garniture en ce que celle-ci a sa bate d'or, & que la cage n'a qu'une bate de fermeture. (Voyez BATE), une petite moulure, & un pilier sur chaque angle : le reste est rempli, comme le dessous & le dessus.
CAGE signifie, dans l'Horlogerie, une espece de bâti qui contient les roues de l'horloge. Dans les montres & les pendules elle est composée de deux plaques qu'on appelle platines. Ces plaques sont tenues éloignées l'une de l'autre d'une certaine distance, au moyen des piliers P, P, P, P. Voyez les fig. 42. 47. & 56. Pl. X. de l'Horlog. Ces piliers d'un côté sont rivés à la platine des piliers E, & de l'autre ils ont chacun un pivot qui entre dans les trous faits exprès dans l'autre platine D. De plus, ils ont un rebord ou assiette R, pour faire, comme on l'a dit, que ces platines soient tenues à une certaine distance l'une de l'autre. Pour qu'elles ne fassent qu'un corps ensemble, & que celle qui entre sur les pivots des piliers n'en sorte pas, chacun de ces pivots est percé d'outre-en-outre d'un petit trou situé à une distance du rebord R, un peu moindre que l'épaisseur de la platine : une petite goupille étant enfoncée à force dans ce trou, elle la presse contre ce rebord ; & chaque pilier en ayant une même, la platine D est retenue fermement avec l'autre E.
Tout ce que nous venons de dire des cages de montres, s'applique également à celles des pendules.
Pour qu'une cage soit bien montée, il faut que les platines soient bien paralleles entr'elles, & que la platine O qui entre sur les piliers, le fasse librement & sans brider. On trouvera à l'article HORLOGE de clocher, la description des cages de ces horloges. Voy. PLATINE, PILIER, &c. (T)
CAGE, chez les Tourneurs, est la partie ambiante du tour à figurer : elle sert à porter les roulettes qui poussent contre les rosettes de l'arbre. Voy. TOUR FIGURE, & Planche du tour III. & IV.
CAGE, (Marine) c'est une espece d'échauguette qui est faite en cage au haut du mât d'un vaisseau. On lui donne le nom de hune sur l'Océan, & celui de gabie sur la Méditerranée. (Z)
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| CAGLI | (Géog.) ville d'Italie au duché d'Urbin au pié de l'Appennin. Long. 30. 18. lat. 43. 30.
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| CAGLIARI | (Géog.) ville capitale du royaume de Sardaigne, dans la partie méridionale de l'île sur la mer Méditerranée. Long. 27. 7. lat. 39. 20.
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| CAGNARD | S. m. sorte de fourneau à l'usage des Ciriers. Il consiste en une espece de baquet sans fond & renversé, sur lequel on pose la cuve qui contient la cire fondue, dont les Ciriers forment les bougies de table & les cierges. Dans l'un des côtés du cagnard on a ménagé une ouverture, par laquelle on fait entrer sous la cuve une poële de fer remplie de feu, pour faire fondre la cire que la cuve contient. Voyez les fig. 8. & 2. Plan. du Cirier. On se sert pour modérer le feu lorsqu'il devient trop violent, d'une plaque de tole percée de plusieurs trous, représentée fig. 10. avec laquelle on couvre la poële.
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| CAGOT | ou CAPOTS, s. m. pl. (Hist. mod.) c'est ainsi, dit Marca dans son histoire de Béarn, qu'on appelle en cette province, & dans quelques endroits de la Gascogne, des familles qu'on prétend descendues des Visigots qui resterent dans ces cantons après leur déroute générale. Ce que nous en allons raconter, est un exemple frappant de la force & de la durée des haines populaires. Ils sont censés ladres & infects ; & il leur est défendu, par la coûtume de Béarn, sous les peines les plus séveres, de se mêler avec le reste des habitans. Ils ont une porte particuliere pour entrer dans les églises, & des siéges séparés. Leurs maisons sont écartées des villes & des villages. Il y a des endroits où ils ne sont point admis à la confession. Ils sont charpentiers, & ne peuvent s'armer que des instrumens de leur métier. Ils ne sont point reçus en témoignage. On leur faisoit anciennement la grace de compter sept d'entr'eux pour un témoin ordinaire. On fait venir leur nom de caas Goths, chiens de Goths. Cette dénomination injurieuse leur est restée, avec le soupçon de ladrerie, en haine de l'Arianisme dont les Goths faisoient profession. Ils ont été appellés chiens & réputés ladres, parce qu'ils avoient eu des ancêtres Ariens. On dit que c'est par un châtiment semblable à celui que les Israélites infligerent aux Gabaonites, qu'ils sont tous occupés au travail des bois. En 1460, les états de Béarn demanderent à Gaston d'Orléans, prince de Navarre, qu'il leur fût défendu de marcher piés nuds dans les rues, sous peine de les avoir percés, & enjoint de porter le pié d'oie ou de canard sur leur habit. On craignoit qu'ils n'infectassent ; & l'on prétendoit annoncer par le pié d'un animal qui se lave sans-cesse, qu'ils étoient immondes. On les a aussi appellés Geziatins, de Giezi, serviteur d'Elisée, qui fut frappé de lepre. Le mot cagot est devenu synonyme à hypocrite.
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| CAGOUILL | ou GAGOUILLE, s. f. (Marine) volute du revers de l'éperon. C'est ce qui fait un ornement au haut du bout de l'éperon d'un vaisseau. Voyez REVERS D'éPERON.
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| CAGUE | S. f. (Marine) c'est une sorte de petit bâtiment hollandois, dont il faut voir le dessein Pl. XIV. fig. 1. pour pouvoir s'en former une idée juste. Voici le devis de la cague qui est représentée ici.
Ce bâtiment a 47 piés de long de l'étrave à l'étambord, 12 piés 6 pouces de large de dedans en-dedans, & 4 piés 2 pouces de creux. L'étrave a 9 piés de haut, un de large par le haut, & 5 piés & demi de queste. L'étambord a 7 piés 8 pouces de haut & 3 piés de queste. Il a 7 pouces d'épais en-dedans, & 5 pouces en-dehors, & un pié de large par le haut. La salle a 8 piés 5 pouces & demi de large, & 4 pouces d'épais. Les varengues ont 3 pouces & demi d'épais, & sont à un pié de distance l'une de l'autre ; les genoux sont à même distance, ayant 4 pouces d'épaisseur vers le haut, & 5 pouces de largeur. Le bordage a un pouce & demi d'épais, & la ceinte en a 4 & demi, & autant de largeur. Le bordage au-dessus de la ceinte a un pié de large, le serre-gouttiere qui est au-dessus a un pié 7 pouces de large, & 2 pouces d'épais. La couverte de l'avant a 15 piés de long. La carlingue a un pié 2 pouces de large, & 3 pouces d'épais. Le cornet du mât s'éleve d'un pié 7 pouces au-dessus du tillac, & a 4 pouces d'épais ; son étendue en-dedans est de 13 pouces d'épais, & 15 pouces de large. L'écoutille qui est au-devant a 7 piés 7 pouces de long. La hisse a un pouce & demi d'épais. La couverte de l'arriere a 4 piés 8 pouces de long, & deux écoutilles. Le traversin d'écoutille a deux pouces d'épais & 4 pouces de large. Les courbatons ont 4 pouces d'épais & 5 de large. La serre-gouttiere a un pié 9 pouces de large. Derriere le mât, il y a un ban où les semelles sont attachées, & un autre au bout de la couverte de l'arriere. Les semelles ont 11 piés & demi de long, 2 piés de large par-devant, 4 piés & demi par-derriere, & 2 pouces & demi d'épaisseur. Le gouvernail a 2 piés & demi de large par le haut, 4 piés 5 pouces & demi par le bas, d'épaisseur par-devant autant que l'étambord : mais il est un peu plus mince par-derriere. La barre du gouvernail a 8 piés de long, 4 pouces d'épais & 5 de large. Le mât a 45 piés de long. Le baleston a 50 piés de long. Il y a dans les courcives un taquet au-dessus de chaque courbaton. Les branches supérieures des genoux aboutissent sur la préceinte. (Z)
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| CAH | ou CAHYS. Voyez CAHYS.
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| CAHIER | S. m. c'est au propre l'assemblage de plusieurs feuillets de papier blanc ou écrits, pliés ensemble, sans être ni attachés ni reliés. On a transporté ce nom à des ouvrages qui se dictent sous cette forme : ainsi on dit, des cahiers de Philosophie, des cahiers de Droit, &c.
CAHIER, en terme de Droit public, est la supplique ou le mémoire des demandes, des propositions, ou remontrances que le clergé ou les états d'une province font au Roi. (H)
CAHIER ; les relieurs appellent cahier les feuilles d'un livre pliées suivant leur format. Les feuilles in -4°. & in -8°. ne font jamais qu'un cahier. Il faut deux ou trois feuilles in-fol. pliées l'une dans l'autre pour faire le cahier in-fol. suivant que le livre est imprimé. Les in -12 font quelquefois deux cahiers : mais plus souvent un seul. Les formats au-dessous font toûjours plusieurs cahiers. Voyez PLIER.
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| CAHORL | ou CAORLE, (Géog.) petite île du golfe de Venise, sur les côtes du Frioul, avec une ville de même nom.
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| CAHORS | (Géog.) ville de France, capitale du Quercy dans la Guienne sur la Lot. Long. 19. 7. 9. lat. 44. 36. 4.
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| CAHUCHU | (Hist. des drogues) prononcez cahoutchou, c'est la résine qu'on trouve dans les pays de la province de Quito, voisins de la mer. Elle est aussi fort commune sur les bords du Maragnon, & est impénétrable à la pluie. Quand elle est fraîche, on lui donne avec des moules la forme qu'on veut ; mais ce qui la rend le plus remarquable, c'est sa grande élasticité. On en fait des bouteilles qui ne sont pas fragiles, & des boules creuses qui s'applatissent quand on les presse, & qui dès qu'elles ne sont plus gênées, reprennent leur premiere figure.
Les Portugais du Para ont appris des Omaguas à faire, avec la même matiere, des seringues qui n'ont pas besoin de piston. Elles ont la forme de poires creuses, percées d'un petit trou à leurs extrémités, où l'on adapte une cannule de bois ; on les remplit d'eau, & en les pressant lorsqu'elles sont pleines, elles font l'effet d'une seringue ordinaire. Ce meuble est fort en usage chez les Omaguas.
Quand ils s'assemblent entr'eux pour quelque fête, le maître de la maison ne manque pas d'en présenter une par politesse à chacun des conviés, & son usage précede toujours parmi eux le repas de cérémonie. En 1747, on a trouvé l'arbre qui produit cette résine dans les bois de Cayenne, où jusqu'alors il avoit été inconnu. Hist. de l'acad. des Scienc. année 1745. (D.J.)
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| CAHYS | S. m. (Commerce) mesure de grains dont on se sert en quelques endroits d'Espagne, particulierement à Seville & à Cadix. Quatre cahys font le fanega, & cinquante fanegas font le last d'Amsterdam. Il faut douze anegras pour un cahys. Voyez FANEGA, LAST, ANEGRA, Dictionn. du Commerce, tome II. page 31.
* Le cahys est généralement en usage en Espagne pour les marchandises seches ; l'anegra tient douze almudas, & l'almuda répond à environ sept livres de Hollande ou d'Amsterdam, & neuf à dix onces.
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| CAI | (Géog.) petit royaume dépendant de l'empire du Japon, dans l'île de Niphon.
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| CAIABO | (Géog.) province de l'Amérique septentrionale dans l'île Espagnole.
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| CAICHE | sorte de bâtiment. Voyez QUAICHE.
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| CAICOS | (Géog.) îles de l'Amérique, au nord de celle de Saint-Domingue : elles sont au nombre de six.
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| ÇAIC | ou SAIQUES, s. f. pl. (Hist. & Navigat.) L'on nomme ainsi de petites barques qui sont ordinairement attachées aux galeres, de même qu'une chaloupe l'est aux vaisseaux. On donne aussi ce nom à des bâtimens dont on se sert assez communément en Hongrie pour naviger sur le Danube, aussi-bien qu'à des barques couvertes par en-haut de peaux d'animaux, dont les Cosaques se servent pour pirater & croiser sur la mer Noire. Une çaïc tient quarante à cinquante hommes. (Z)
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| CAIENN | ou CAYENNE, (Géog.) île de l'Amérique, avec une ville de même nom, appartenant à la France. Voyez PENDULE.
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| CAIES | S. f. (Marine) c'est un banc de sable ou de roche, couvert d'une vase épaisse ou de quantité d'herbages, quelquefois à fleur-d'eau, & le plus souvent couvert de très-peu d'eau, sur lequel les petits bâtimens peuvent échoüer. On écrit aussi cayes. (Z)
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| CAIFUNG | (Géog.) ville d'Asie dans la Chine, province de Honnang. Long. 131. 30. lat. 35.
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| CAILLE | S. f. coturnix, (Hist. nat. Ornith.) oiseau plus petit, plus large, & moins resserré par les côtés que le râle. Il a sept pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue, & treize à quatorze pouces d'envergeure. Le bec a un peu plus d'un demi-pouce de longueur depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche : il est plus applati que le bec des autres oiseaux de ce genre ; la piece inférieure est noire, & la supérieure est legerement teinte de brun, & son extrémité est pointue. L'iris des yeux est couleur de noisette. Le ventre & la poitrine sont d'un jaune pâle mêlé de blanc, & la gorge a de plus une teinte de roux. Il y a sous la piece inférieure du bec une large bande noirâtre qui s'étend en-bas, & au-dessus des yeux une ligne blanchâtre qui passe sur le milieu de la tête, dont les plumes sont noires, à l'exception des bords qui sont roux ou cendrés. Les plumes du dessous du cou, & celles qui recouvrent le dos, ont chacune à leur milieu une marque de couleur jaune-blanchâtre, & le reste de la plume est bigarré de noir & de roux cendré. On voit sous les ailes une longue bande dont le milieu est noir & les côtés de couleur rousse mêlée de noir. Les grandes plumes des ailes sont brunes & parsemées de lignes transversales de couleur rousse pâle. Les petites plumes des ailes qui recouvrent les grandes, sont presqu'entierement roussâtres. La queue est courte, & n'a qu'un pouce & demi de longueur ; elle est composée de douze plumes de couleur noirâtre entremêlée de lignes transversales d'un roux peu foncé. Les pattes sont de couleur pâle, & recouvertes d'une peau divisée plûtôt en écailles qu'en anneaux entiers. Le dessous du pié est jaune ; le doigt extérieur tient par une membrane au doigt du milieu jusqu'à la premiere articulation. Les cailles sont des oiseaux de passage : elles quittent ces pays-ci aux approches de l'hyver, pour aller dans des climats plus chauds, & elles passent les mers pour y arriver. Willughby, Ornit. Voyez OISEAU.
CAILLE, (roi de) ortigometra, oiseau qui pese environ cinq onces. Il a treize ou quatorze pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité des ongles, & onze pouces, si on ne prend la longueur que jusqu'au bout de la queue. L'envergeure est d'environ un pié & demi. Le bec a un pouce de longueur depuis sa pointe jusqu'aux coins de la bouche. Le corps est applati sur les côtés. Le bas de la poitrine & le ventre sont blancs. Le menton est blanc ; le jabot de couleur sale. Il y a sur la tête deux traits noirs ; le milieu des plumes du dos est de même couleur, & les bords sont de couleur cendrée rousse. Les cuisses sont marquées de bandes transversales blanches. Il y a vingt-trois grandes plumes dans chaque aile. Les petites plumes qui recouvrent les grandes, sont de couleur de safran en-dessus, & en-dessous de même couleur que les bords des grandes plumes. La queue a près de deux pouces de longueur, & elle est composée de douze plumes. La partie supérieure du bec est blanchâtre, & l'inférieure de couleur brune. Les jambes sont dégarnies de plumes jusqu'au-dessus de l'articulation du genou. Les piés sont blanchâtres. On dit que cet oiseau sert de guide aux cailles lorsqu'elles passent d'un pays à un autre. On le nomme rallus ou grallus, parce que ses jambes sont si longues qu'il semble marcher sur des échasses. Cet oiseau est excellent à manger : c'est pourquoi on dit vulgairement que c'est un morceau de roi. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.
CAILLE DE BENGALE, (Hist. nat. Ornith.) oiseau un peu plus gros que notre caille ; son bec est d'une couleur de frêne sombre, tirant sur le brun ; les coins de sa bouche sont rouges, ses narines sont grandes & oblongues ; l'iris des yeux est de couleur blanchâtre ; le sommet de la tête est noir ; au-dessous de ce noir il y a une couche de jaune, & ensuite une ligne noire qui commence auprès des coins de la bouche, & qui entoure le derriere de la tête : au-dessous de cette bande, il y a une couche de blanc ; la poitrine, le ventre, les cuisses sont de couleur de bufle pâle & tirant sur le jaune ; la partie de dessous contiguë à la queue est tachetée de rouge ; le derriere du cou & les plumes qui recouvrent les ailes, sont d'un verd jaunâtre, à l'exception d'une marque d'un verd pâle bleuâtre qui est à la naissance des ailes & d'une autre de la même couleur sur le croupion ; les grandes plumes des ailes sont noires, & il y a une ligne blanche sur les petites ; les jambes & les pattes sont de couleur de citron, & les ongles sont rougeâtres. Hist. nat. des Oiseaux. Derham. Voyez OISEAU. (I)
* Chasse de la caille. La caille se chasse au chien couchant & au fusil, au hallier & à la tirasse. Voyez HALLIER, voyez TIRASSE. La chasse de la caille au chien couchant n'a rien de particulier ; on tend le hallier en zig-zag ; c'est un petit filet d'un pié de hauteur au plus, qui se tient perpendiculaire à l'aide de piquets ; on a un appeau ; le hallier se place entre la caille & le chasseur : le chasseur contrefait la voix de la femelle ; & les mâles accourant, se jettent dans les mailles du hallier dont ils ne peuvent plus se débarrasser. L'appeau de la caille est fait d'une petite bourse de cuir pleine de crin, à laquelle on ajuste un sifflet fait d'un os de jambe de chat, de cuisse d'oie, d'aile de héron, &c. qu'on rend sonore avec un peu de cire molle ; ou d'un morceau de peau mollette attachée sur un fil de fer en spirale, & collée à l'une de ses extrémités sur un petit morceau de bois en forme de cachet, & à l'autre extrémité sur un petit sifflet semblable à celui du premier appeau. On tient celui-ci de la main gauche appuyé contre le côté droit, & l'on frappe dessus avec le doigt index, de maniere à imiter le chant de la caille. L'autre appeau a un fil passé à l'extrémité du petit morceau de bois en cachet ; on prend ce fil entre le pouce & l'index de la main gauche, & tenant le sifflet de la droite, on pousse l'appeau contre les doigts de la gauche, afin de le faire résonner convenablement. On peut au lieu d'appeau se servir d'une caille femelle qu'on a dans une cage qu'on entoure de hallier ; cette méthode est la plus sûre. Voyez Planches de chasses en A & B, les deux appeaux dont il s'agit, & en C le hallier.
On rôtit les cailles comme tout autre gibier ; on les met en ragoût, ou on les sert à la braise.
* CAILLES, (Myth.) Latone persécutée par Junon, fut changée en caille par Jupiter, & se réfugia sous cette forme dans l'île de Delos. Les Phéniciens sacrifioient la caille à Hercule, en mémoire de ce que ce héros que Typhon avoit tué, fut rappellé à la vie par l'odeur d'une caille qu'Iolaus lui fit sentir.
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| CAILLÉ | S. m. qui ne doit être employé, proprement parlant, que pour signifier du lait caillé. On dit aussi au participe passif, caillé ; lait caillé, sang caillé. De-là vient le mot caillebotte, lait caillé en petites masses. Voyez LAIT.
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| CAILLEBOTIS | S. m. (Marine) c'est une espece de treillis fait de petites pieces de bois entrelacées & mises à angle droit. Ils sont bordés par des hiloires, & on les place au milieu des ponts des vaisseaux. Les caillebotis servent non-seulement à donner de l'air à l'entre-deux des ponts quand les sabords sont fermés durant l'agitation de la mer, mais encore à faire exhaler par ces sortes de treillis, la fumée du canon qui tire sous les tillacs. On met des prélarts sur les caillebotis, pour les couvrir, afin que l'eau de la mer ne tombe pas sous les ponts dans le gros tems. Voyez Planche VI. n°. 75. la figure d'un caillebotis. Voyez aussi Planche IV. fig. 1. n°. 126. le caillebotis du second pont, n°. 147. le caillebotis des gaillards, n°. 191. le caillebotis d'éperon.
Le caillebotis est composé des hiloires, des vassales, & des lattes ; le grand caillebotis dans les vaisseaux de guerre doit avoir sept piés de large dans son milieu ; ses hiloires 10 à 11 pouces de large, sur 5 à 6 d'épais ; les vassales environ 2 pouces & demi de large, & au moins 2 pouces d'épais ; les lattes doivent avoir trois pouces & demi de large, & plus de demi pouce d'épais ; elles sont posées sur les vassales par la longueur du vaisseau.
Le petit caillebotis qui est derriere le mât doit avoir trois piés en quarré, les hiloires sept à huit pouces, les lattes trois pouces & demi de large, & un peu plus de demi-pouce d'épais.
Le caillebotis qui est devant la grande écoutille, & celui qui est sur le château d'avant, doivent être de même largeur. (Z)
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| CAILLELAIT | S. m. gallium, (Hist. nat. bot.) genre de plante dont la fleur est faite en forme de cloche, ouverte & découpée. Le calice devient dans la suite un fruit composé de deux semences seches, dont la figure ressemble pour l'ordinaire à celle d'un croissant. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les feuilles ne sont ni rudes ni cotonneuses, & qu'il y en a cinq ou six ensemble, & même davantage, autour des noeuds des tiges. Tournefort. Inst. rei herb. Voy. PLANTE. (I)
On a donné ce nom françois à la plante appellée gallium luteum, à cause de la propriété que l'on lui a découvert de faire cailler le lait. On se sert du caillelait contre l'épilepsie, en le donnant en poudre le matin à jeun, la dose d'un gros ; ou bien on fait prendre quatre onces de son suc dans une chopine d'eau commune ; ou enfin on fait bouillir une poignée de cette plante dans une pareille quantité d'eau.
On lui donne aussi la propriété d'arrêter les hémorrhagies, sur-tout celles du nez, en la mettant en poudre, & la prenant comme du tabac.
Nota, que lorsqu'on fait une infusion de gallium luteum ou caillelait, on doit la faire à froid, parce qu'en la mettant dans l'eau bouillante comme le thé, elle perd beaucoup de sa vertu. Il faut donc la mettre infuser le soir pour la prendre le lendemain. (N)
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| CAILLER | v. n. p. (Chimie) Cailler & coaguler sont mots synonymes ; cependant cailler ne se dit ordinairement que du sang & du lait, & plus particulierement du lait. On ne peut dire en parlant d'autres liqueurs, qu'elles se caillent, ou qu'on les fait cailler ; on se sert alors du terme de coaguler. On peut en parlant du sang, se servir également du terme de coaguler, & de celui de cailler : mais en parlant du lait, cailler est un terme plus propre que coaguler, soit que cela se fasse par la chaleur, par la présure, &c. Voyez LAIT-PRIS & PETIT-LAIT.
On dit aussi quelquefois en Chimie, en parlant du changement qui arrive à certaines dissolutions, qu'elles se caillent, comme il arrive à la dissolution d'argent faite par l'acide du nitre, qui se caille lorsqu'on y ajoûte de l'acide du sel marin, & il s'y fait un précipité en caillé blanc. (M)
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| CAILLETTE | S. f. la partie du veau où se trouve la présure à cailler le lait. La caillette est le dernier estomac de ces animaux : les animaux ruminans ont quatre estomacs différens ; savoir la panse, le réseau, le feuillet, & la caillette. Voyez RUMINATION. (M)
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| CAILLIQUE | poisson de mer. Voyez HARENGADE.
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| CAILLOT | S. m. qui ne se dit que du sang caillé en petites masses.
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| CAILLOU | silex, (Hist. nat.) matiere vitrifiable produite par l'argille, & analogue au sable vitrifiable, grès, granit, &c. Il y a des carrieres de cailloux où cette matiere est disposée en grandes masses & par couches ; il y a aussi dans différens pays des cailloux en petite masse & répandus en très-grande quantité, soit à la surface, soit à l'intérieur de la terre. Ainsi la matiere du caillou est une de celles qui tombent le plus souvent sous les yeux, & qu'il importe par conséquent de connoître le mieux. Or pour la considérer sous deux aspects, l'un relatif à l'Histoire naturelle, l'autre à la Chimie ; nous allons commencer par le premier. Voici comment M. de Buffon explique la formation du caillou, Hist. nat. tome I. pag. 259.
" Je conçois, dit-il, que la terre dans le premier état étoit un globe, ou plutôt une sphéroïde de matiere vitrifiée de verre, si l'on veut très-compacte, couverte d'une croûte legere & friable, formée par les scories de la matiere en fusion d'une véritable pierre-ponce : le mouvement & l'agitation des eaux & de l'air briserent bientôt & réduisirent en poussiere cette croûte de verre spongieuse, cette pierre-ponce qui étoit à la surface ; de-là les sables qui en s'unissant, produisirent ensuite les grès & le roc vif, ou ce qui est la même chose, les cailloux en grande masse, qui doivent aussi-bien que les cailloux en petite masse, leur dureté, leur couleur, ou leur transparence, & la variété de leurs accidens, aux différens degrés de pureté & à la finesse des grains de sable qui sont entrés dans leur composition.
Ces mêmes sables, dont les parties constituantes s'unissent par le moyen du feu, s'assimilent & deviennent un corps dur très-dense, & d'autant plus transparent, que le sable est plus homogène ; exposée au contraire long-tems à l'air, ils se décomposent par la désunion & l'exfoliation des petites lames dont ils sont formés, ils commencent à devenir terre ; & c'est ainsi qu'ils ont pû former les glaises & les argilles. Cette poussiere, tantôt d'un jaune brillant, tantôt semblable à des paillettes d'argent, dont on se sert pour sécher l'écriture, n'est autre chose qu'un sable très-pur, en quelque façon pourri, presque réduit en ses principes, & qui tend à une décomposition parfaite ; avec le tems ces paillettes se seroient atténuées & divisées au point qu'elles n'auroient plus eu assez d'épaisseur & de surface pour refléchir la lumiere, & elles auroient acquis toutes les propriétés des glaises. Qu'on regarde au grand jour, un morceau d'argille, on y apercevra une grande quantité de ces paillettes talqueuses, qui n'ont pas encore entierement perdu leur forme. Le sable peut donc avec le tems produire l'argille, & celle-ci en se divisant acquiert de même les propriétés d'un véritable limon, matiere vitrifiable comme l'argille, & qui est du même genre.
Cette théorie est conforme à ce qui se passe tous les jours sous nos yeux ; qu'on lave du sable sortant de sa miniere, l'eau se chargera d'une assez grande quantité de terre noire, ductile, grasse, de véritable argille. Dans les villes où les rues sont pavées de grès, les boues sont toûjours noires & très-grasses ; & desséchées, elles forment une terre de la même nature que l'argille. Qu'on détrempe & qu'on lave de même l'argille prise dans un terrein où il n'y a ni grès ni cailloux, il se précipitera toûjours au fond de l'eau une assez grande quantité de sable vitrifiable.
Mais ce qui prouve parfaitement que le sable, & même le caillou & le verre existent dans l'argille, & n'y sont que déguisés, c'est que le feu en réunissant les parties de celle-ci, que l'action de l'air & des autres élémens avoit peut-être divisées, lui rend sa premiere forme. Qu'on mette de l'argille dans un fourneau de réverbere échauffé au degré de la calcination, elle se couvrira au-dehors d'un émail très-dur ; si à l'extérieur elle n'est point encore vitrifiée, elle aura cependant acquis une très-grande dureté ; elle résistera à la lime & au burin ; elle étincellera sous le marteau ; elle aura enfin toutes les propriétés du caillou : un degré de chaleur de plus la fera couler, & la convertira en un véritable verre.
L'argille & le sable sont donc des matieres parfaitement analogues & du même genre. Si l'argille en se condensant peut devenir du caillou, du verre, pourquoi le sable en se divisant ne pourroit-il pas devenir de l'argille ? le verre paroît être la véritable terre élémentaire, & tous les mixtes un verre déguisé ; les métaux, les minéraux, les sels, &c. ne sont qu'une terre vitrescible ; la pierre ordinaire, les autres matieres qui lui sont analogues, & les coquilles de testacées, de crustacées, &c. sont les seules substances qu'aucun agent connu n'a pû jusqu'à présent vitrifier, & les seules qui semblent faire une classe à part. Le feu en réunissant les parties divisées des premieres, en fait une matiere homogène, dure, transparente à un certain degré, sans aucune diminution de pesanteur, & à laquelle il n'est plus capable de causer aucune altération ; celles-ci au contraire, dans lesquelles il entre une plus grande quantité de principes actifs & volatils, & qui se calcinent, perdent au feu plus du tiers de leur poids, & reprennent simplement la forme de terre, sans autre altération de leurs principes ; ces matieres exceptées, qui ne sont pas en grand nombre, & dont les combinaisons ne produisent pas de grandes variétés dans la nature, toutes les autres substances, & particuliérement l'argille, peuvent être converties en verre, & ne sont essentiellement par conséquent qu'un verre décomposé. Si le feu fait changer promtement de forme à ces substances, en les vitrifiant, le verre lui-même, soit qu'il ait sa nature de verre, ou bien celle de sable & de caillou, se change naturellement en argille, mais par un progrès lent & insensible.
Dans les terreins où le caillou est la pierre dominante, les campagnes en sont ordinairement jonchées ; & si le lieu est inculte, & que ces cailloux ayent été long-tems exposés à l'air sans avoir été remués, leur superficie est toûjours très-blanche, tandis que le côté opposé qui touche immédiatement la terre, est très-brun & conserve sa couleur naturelle. Si on casse plusieurs de ces cailloux, on reconnoîtra que la blancheur n'est pas seulement au-dehors, mais qu'elle pénétre dans l'intérieur plus ou moins profondément, & y forme une espece de bande, qui n'a dans de certains cailloux que très-peu d'épaisseur ; mais qui dans d'autres occupe presque toute celle du caillou. Cette partie blanche est un peu grenue, entierement opaque, aussi tendre que la pierre ; & elle s'attache à la langue comme les bols, tandis que le reste du caillou est lisse & poli, qu'il n'a ni fil ni grain, & qu'il a conservé sa couleur naturelle, sa transparence & sa même dureté. Si on met dans un fourneau ce même caillou à moitié décomposé, sa partie blanche deviendra d'un rouge couleur de tuile, & sa partie brune d'un très-beau blanc. Qu'on ne dise point avec un de nos plus célebres naturalistes, que ces pierres sont des cailloux imparfaits de différens âges, qui n'ont point encore acquis leur perfection ; car pourquoi seroient-ils tous imparfaits ? pourquoi le seroient-ils tous d'un même côté, & du côté qu'il est exposé à l'air ? il me semble qu'il est aisé au contraire de se convaincre que ce sont des cailloux altérés, décomposés, qui tendent à reprendre la forme & les propriétés de l'argille & du bol, dont ils ont été formés.
Si c'est conjecturer que de raisonner ainsi, qu'on expose en plein air le caillou le plus caillou (comme parle ce fameux naturaliste) le plus dur & le plus noir ; en moins d'une année il changera de couleur à la surface ; & si on a la patience de suivre cette expérience, on lui verra perdre insensiblement & par degrés sa dureté, sa transparence & ses autres caracteres spécifiques, & approcher de plus en plus chaque jour de la nature de l'argille.
Ce qui arrive au caillou arrive au sable ; chaque grain de sable peut être considéré comme un petit caillou, & chaque caillou comme un amas de grains de sable extrêmement fins & exactement engrainés. L'exemple du premier degré de décomposition du sable se trouve dans cette poudre brillante, mais opaque, mica, dont nous venons de parler, & dont l'argille & l'ardoise sont toûjours parsemées ; les cailloux entierement transparens, les quartz produisent, en se décomposant, des talcs gras & doux au toucher, aussi paitrissables & ductiles que la glaise, & vitrifiables comme elle, tels que ceux de Venise & de Moscovie. Il me paroît que le talc est un terme moyen entre le verre ou le caillou transparent & l'argille ; au lieu que le caillou grossier & impur, en se décomposant, passe à l'argille sans intermede.
Nous avons dit qu'on pouvoit diviser toutes les matieres en deux grandes classes, & par deux caracteres généraux ; les unes sont vitrifiables, les autres sont calcinables ; l'argille & le caillou, la marne & la pierre, peuvent être regardées comme les deux extrèmes de chacune de ces classes, dont les intervalles sont remplis par la variété presque infinie des mixtes, qui ont toujours pour base l'une ou l'autre de ces matieres.
Les matieres de la premiere classe ne peuvent jamais acquérir la nature & les propriétés de celle de l'autre ; la pierre quelqu'ancienne qu'on la suppose, sera toûjours aussi éloignée de la nature du caillou, que l'argille l'est de la marne : aucun agent connu ne sera jamais capable de les faire sortir du cercle de combinaisons propres à leur nature ; les pays où il n'y a que des marbres & de la pierre, aussi certainement que ceux où il n'y a que du grès, du caillou, & du roc vif, n'auront jamais que de la pierre ou du marbre.
Si l'on veut observer l'ordre & la distribution des matieres dans une colline composée de matieres vitrifiables, comme nous l'avons fait tout-à-l'heure dans une colline composée de matieres calcinables, on trouvera ordinairement sous la premiere couche de terre végétale un lit de glaise ou d'argille, matiere vitrifiable & analogue au caillou, & qui n'est, comme je l'ai dit, que du sable vitrifiable décomposé ; ou bien on trouve sous la terre végétale, une couche de sable vitrifiable ; ce lit d'argille ou de sable répond au lit de gravier qu'on trouve dans les collines composées de matieres calcinables : après cette couche d'argille ou de sable, on trouve quelques lits de grès, qui, le plus souvent n'ont pas plus d'un demi pié d'épaisseur, & qui sont divisés en petits morceaux par une infinité de fentes perpendiculaires, comme le moilon du troisieme lit de la colline, composée de matieres calcinables ; sous ce lit de grès on en trouve plusieurs autres de la même matiere, & aussi des couches de sable vitrifiable, & le grès devient plus dur, & se trouve en plus gros blocs à mesure que l'on descend. Au-dessous de ces lits de grès, on trouve une matiere très-dure, que j'ai appellée du roc vif, ou du caillou en grande masse : c'est une matiere très dure, très-dense, & qui résiste à la lime, au burin, à tous les esprits acides, beaucoup plus que n'y résiste le sable vitrifiable, & même le verre en poudre, sur lesquels l'eau-forte paroît avoir quelque prise ; cette matiere frappée avec un autre corps dur jette des étincelles, & elle exhale une odeur de souffre très-pénétrante. J'ai crû devoir appeller cette matiere du caillou en grande masse ; il est ordinairement stratifié sur d'autres lits d'argille, d'ardoise, de charbon de terre, de sable vitrifiable d'une très-grande épaisseur, & ces lits de cailloux en grande masse, répondent encore aux couches de matieres dures, & aux marbres qui servent de base aux collines composées de matieres calcinables.
L'eau, en coulant par les fentes perpendiculaires & en pénétrant les couches de ces sables vitrifiables, de ces grès, de ces argilles, de ces ardoises, se charge des parties les plus fines, les plus homogenes de ces matieres, & elle en forme plusieurs concrétions différentes, telles que les talcs, les amiantes, & plusieurs autres matieres, qui ne sont que des productions de ces stillations de matieres vitrifiables.
Le caillou malgré son extrème dureté & sa grande densité, a aussi, comme le marbre ordinaire & comme la pierre dure, ses exudations, d'où résultent des stalactites de différentes especes, dont les variétés dans la transparence des couleurs & la configuration, sont relatives à la différente nature du caillou qui les produit, & participent aussi des différentes matieres métalliques ou hétérogenes qu'il contient ; le crystal de roche, toutes les pierres précieuses, blanches ou colorées, & même le diamant, peuvent être regardées comme des stalactites de cette espece.
Les cailloux en petite masse, dont les couches sont ordinairement concentriques, sont aussi des stalactites & des pierres parasites du caillou en grande masse, & la plûpart des pierres fines opaques ne sont que des especes de cailloux. Les matieres du genre vitrifiable produisent, comme l'on voit, une aussi grande variété de concrétions que celles du genre calcinable ; & ces concrétions produites par les cailloux, sont presque toutes des pierres dures & précieuses ; au lieu que celles de la pierre calcinable ne sont guere que des matieres tendres, & qui n'ont aucune valeur ". (I)
Nous allons ajoûter ici plusieurs observations & conjectures sur le caillou, qui se trouvent répandues dans les opuscules minéralogiques de M. Henckel, & dans le commentaire de M. Zimmermann sur ces opuscules, ouvrages allemands qui n'ont jamais paru en françois ; laissant au lecteur à décider de ce qu'elles peuvent avoir de favorable au système de M. de Buffon.
M. Henckel pense que le caillou, dans sa premiere origine, a été formé par de la marne, fondé sur ce que la marne sans addition a la propriété de se durcir dans le feu, au point de donner des étincelles lorsqu'on la frappe avec l'acier ; ce qui fait une des principales propriétés du caillou : mais il ne peut pas croire que dans sa fermentation le feu doive être regardé comme agent extérieur. Il est vrai dit-il, que le caillou est vitreux, ainsi qu'il est visible quand il a la pureté & la transparence du crystal ; mais il ne se trouve point dans les entrailles de la terre un feu assez violent pour vitrifier, à l'exception des volcans qui jettent des flammes, & dont le feu destructif n'est qu'accidentel & incapable de produire aucun être, & que d'ailleurs la nature est lente dans toutes ses opérations : d'où l'on voit que M. de Buffon & M. Henckel ont été portés l'un & l'autre à croire, par l'inspection du caillou, que c'étoit une matiere donnée par le feu ; mais que M. Henckel ne s'est écarté de cette idée, que parce qu'il ne rencontroit point dans les entrailles de la terre un principe de vitrification ; ce que M. de Buffon lui accordera fort volontiers, puisqu'il remonte beaucoup plus loin pour trouver ce principe, & le déduit du système général.
M. Zimmermann dit que si l'on vient à casser un caillou, on le trouvera feuilleté & tranchant à l'endroit où il aura été cassé ; que les cailloux sont toûjours plus durs, plus purs & plus transparens vers le milieu ou le centre, ce qu'il appelle le grain intérieur, qu'à l'enveloppe, de maniere que ce grain central se distingue toûjours des autres parties environnantes, qui sont plus molles & moins compactes ; qu'il a rencontré dans plusieurs cailloux deux, trois, & même davantage de ces grains ou centres à côté les uns des autres, & séparés seulement par la partie molle & rare du caillou ; desorte qu'un grand caillou à plusieurs grains lui parut être un assemblage de cailloux petits, fondus ensemble, & réunis de quelque façon que ce fût : que quand on polit les cailloux, ils deviennent transparens ; mais qu'ils le deviennent encore plus, quand on n'en polit que les grains : que s'étant informé des Lapidaires s'il étoit vrai, ainsi qu'on le disoit, & qu'Henckel conseilloit de le rechercher, que le caillou contient du crystal, ils avoient varié dans leur rapport, les uns l'assûrant, les autres le niant, mais tous convenant de ce qu'il vient de dire sur le grain intérieur, & s'accordant à le regarder comme plus crystallin que le reste du caillou, qu'il s'ensuit de-là que puisque le caillou est transparent & pur, il faut qu'il ait été dans son principe sous une forme liquide ; car la transparence suppose un ordre, un arrangement & une sorte de symmétrie dans les parties qu'on ne peut trouver que dans un fluide : que le caillou étant gersé & plein de crevasses, il est clair que la matiere en est aigre, qualité qui vient apparemment d'une condensation subite, comme on le remarque aux larmes de verre qu'on éteint dans l'eau, & à tous les verres qui se refroidissent subitement ; ce qui rend en même tems le grain intérieur plus clair & plus compact que l'enveloppe, parce qu'il n'a pas été saisi & condensé si promtement : que si les cailloux sont si petits, c'est une preuve nouvelle de la promtitude du refroidissement & de la condensation qui a occasionné l'effraction : en un mot, que nous pouvons tenir pour certain, 1°. que le caillou a été originairement liquide, 2°. qu'il a été saisi & condensé subitement ; d'où il suit, selon lui, que s'il n'eût pas été interrompu dans sa formation, il seroit devenu un corps plus pur & plus parfait ; que la cause de ce saisissement & de cette condensation subite a été tout-à-fait accidentelle, hors de l'ordre commun, & extraordinaire ; & que c'est-là ce qui nous rend obscure la formation des cailloux. Ainsi parlent deux grands observateurs de la nature ; & quelle preuve M. de Buffon n'en auroit-il pas tirée en faveur de son système du monde, si ces autorités lui avoient été connues ?
Voilà ce que les Naturalistes pensent du caillou : voici maintenant le sentiment des Chimistes sur la même substance. Le caillou est une pierre qui est dans la classe des terres ou pierres vitrifiables ; non pas qu'il se vitrifie tout seul & sans addition, mais il faut pour cela qu'il soit mêlé avec suffisante quantité de sel alkali, Voyez l'article CRYSTAL FACTICE. Un des caracteres distinctifs du caillou, est de faire feu lorsqu'il est frappé avec l'acier. M. Cramer dit que si on regarde avec le microscope les étincelles que l'acier en fait partir, on les trouvera tout-à-fait semblables à des scories de fer mêlées d'un peu de ce métal & de caillou vitrifié. On trouve par l'examen du feu, de la différence entre les cailloux, il y en a qui n'entrent que très-difficilement en fusion au feu de reverbere, tandis que d'autres se fondent assez facilement ; mais ce n'est jamais que par l'addition de plus ou de moins de sel alkali. Cependant M. Henckel parle dans ses opuscules minéralogiques, d'une espece de caillou qui lui fut envoyé, qui entroit en fusion sans aucune addition, & formoit en fondant une masse noire. Il assûre la même chose d'une sorte de pierre à fusil qui se trouve, quoique rarement, dans des couches de terre argilleuse près de Waldenburg. Le sable ne doit être regardé que comme un amas de petits cailloux, aussi en a-t-il toutes les propriétés. Voyez l'article ACIER.
Les cailloux ont bien des formes & couleurs différentes ; les blancs sont regardés comme les meilleurs dans l'usage de la verrerie. Les taches ou veines rouges qu'on y remarque, ne sont autre chose que du fer qui s'y est attaché extérieurement ; mais lorsqu'on veut les employer dans l'art de la verrerie, il faut avoir soin d'en séparer la partie métallique, de peur qu'elle ne donne une couleur au verre.
M. Henckel dit avoir trouvé des cailloux de riviere qui devenoient plus pesans au feu, sur quoi son commentateur remarque que si le fait étoit bien prouvé, ce seroit un triomphe pour ceux qui, comme Boyle, pensent que les particules ignées ont du poids, & doivent par conséquent augmenter celui des corps où elles entrent.
Becker se vante d'avoir réduit les cailloux en une substance grasse, huileuse & mucilagineuse, semblable à de la gelée, & qui pouvoit se pétrir comme la cire, en la faisant rougir au feu, & en faisant l'extinction dans l'eau. Le même auteur prétend tirer de cette liqueur un sel verd & une huile rougeâtre, qui a, selon lui, la propriété de précipiter le mercure, & de le fixer en partie beaucoup mieux que ne peut faire l'huile de vitriol. Mais ces grandes promesses ont bien l'air d'être du genre merveilleux de celles que tous les Alchimistes affectent de faire, sans jamais les tenir.
Si on mêle deux ou trois parties de sel de tartre avec une partie de caillou bien pulverisé ; qu'on mette ce mélange dans une cornue tubulée toute rouge, il se fait une effervescence très-considérable, & il passe à la distillation un esprit acide d'une odeur sulphureuse ; c'est ce qu'on appelle liquor silicum, ou liqueur de caillou : les Alchimistes lui ont attribué des vertus tout extraordinaires, & l'ont même regardée comme le vrai alkahest ou dissolvant universel. Glauber va plus loin, & dit qu'en y mettant en digestion des métaux dissous, il se formera des végétations métalliques.
M. Lemery donne une autre maniere de faire le liquor silicum ; c'est de mêler quatre onces de cailloux calcinés & réduits en une poudre impalpable, avec 24 onces de cendre gravelée ; de vitrifier ce mélange dans un creuset ; & lorsque la vitrification est faite, de mettre ce verre à la fraîcheur de la cave, où il se résout en eau. Si on mêle à cette eau une dose égale de quelqu'acide corrosif, il se formera une espece de pierre. (-)
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| CAIMACA | ou CAIMACAM, s. m. (Hist. mod.) dignité dans l'empire ottoman, qui répond à celle de lieutenant ou de vicaire parmi nous.
Ce mot est composé de deux mots arabes, qui sont caim machum, celui qui tient la place d'un autre, qui s'acquite de la fonction d'un autre.
Il y a pour l'ordinaire deux caïmacans : l'un réside à Constantinople, dont il est gouverneur ; l'autre accompagne toûjours le grand-visir en qualité de lieutenant. Quelquefois il y en a trois, dont l'un ne quitte jamais le grand-seigneur, l'autre le grand-visir ; & le troisieme réside à Constantinople, où il examine toutes les affaires de police, & les regle en partie.
Le caïmacan qui accompagne le grand-visir, n'exerce sa fonction que quand il est éloigné du grand-seigneur, & sa fonction demeure suspendue quand le visir est auprès du sultan. Le caïmacan du visir est comme son secrétaire d'état, & le premier ministre de son conseil.
Un auteur moderne qui, après beaucoup d'autres, a écrit sur le gouvernement des Turcs, parle ainsi du caïmacan : " Le caïmacan est proprement le gouverneur de la ville de Constantinople ; il a rang après les visirs, & son pouvoir égale celui des bachas dans leurs gouvernemens : cependant il ne peut rien statuer par rapport à l'administration de la justice ou le reglement civil, sans un mandement du visir.
Si ce ministre est engagé dans quelqu'expédition militaire, & que le grand-seigneur soit resté au serrail, ce prince nomme toûjours un des visirs du kubbe ou un bacha à trois queues, rekiaf kaimacan, c'est-à-dire député pour tenir l'étrier. Le visir azem ne fait donner cette charge qu'à une de ses créatures, de peur qu'un autre abusant du privilége de sa place, qui veut qu'en l'absence du premier ministre le caïmacan ne quitte jamais sa hautesse, ne profite de la conjoncture pour le supplanter.
Cet officier est chargé, dans l'absence du visir, de toutes les affaires qui regardent le gouvernement, & que le visir décideroit s'il étoit présent ; mais il ne peut pas créer de nouveaux bachas, ni dégrader ceux qui le sont, ou en mettre aucun à mort. Dès que le premier ministre est de retour, le pouvoir du caïmacan cesse. Il n'a nulle autorité dans les villes de Constantinople & d'Andrinople, tant que le sultan y est présent ; mais si ce prince s'en absente seulement huit heures, l'autorité du caïmacan commence, & va presque de pair avec celle du souverain ". Guer, moeurs des Turcs, tome II. (G)
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| CAIMAN | S. m. (Hist. nat. Lith.) pierre que l'on apportoit, suivant quelques auteurs, des Indes orientales, & sur-tout de Carthagene & de Nombre de Dios. On prétend qu'elle ressemble au caillou des rivieres ; qu'elle se trouve dans l'estomac des grands crocodiles appellés caimans, & que les Indiens & les Espagnols la recherchent avec soin, comme un remede assûré contre la fievre quarte : il faut en appliquer une à chaque tempe. Voyez CROCODILE.
CAIMAN ou CAYMANES, (Géogr.) île de l'Amérique dans le golfe de Mexique ; il y a encore une île de ce nom au même endroit, qu'on appelle le petit Caiman.
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| CAINITE | ou CAIANIENS, s. m. pl. (Hist. ecclés.) nom d'anciens hérétiques qui rendoient un honneur extraordinaire aux personnes que l'Ecriture nous représente comme les plus méchans de tous les hommes. Ils ont été ainsi appellés de Caïn, qu'ils regardoient comme leur pere. C'étoit une branche de Gnostiques, qui soûtenoient des erreurs monstrueuses. Ils prétendoient que Caïn & même Esaü, Lot & ceux de Sodome, étoient nés d'une vertu céleste très-puissante, & qu'Abel au contraire étoit né d'une vertu fort inférieure à la premiere. Ils associoient à Caïn & aux autres du même ordre, Judas, qui avoit eu, selon eux, une grande connoissance de toutes choses ; & ils en faisoient une si grande estime, qu'ils avoient un ouvrage sous son nom, intitulé l'évangile de Judas. S. Epiphane a rapporté & réfuté en même tems leurs erreurs, dont les principales étoient, que l'ancienne loi n'étoit pas bonne, & qu'il n'y auroit point de résurrection. Ils exhortoient les hommes à détruire les ouvrages du Créateur, & à commettre toutes sortes de crimes, persuadés que les mauvaises actions conduisoient au salut. Ils invoquoient même les anges à chaque crime qu'ils commettoient, parce qu'ils croyoient qu'il y avoit un ange qui assistoit à chaque péché & à chaque action honteuse, & qui aidoit à la faire. Enfin ils faisoient consister la souveraine perfection à dépouiller tellement toute honte & tous remords, qu'on commit publiquement les actions les plus brutales. Ils erroient aussi sur le baptême, comme il paroît par Tertullien ; & la plûpart de leurs opinions étoient contenues dans un livre qu'ils avoient composé sous le titre d'ascension de S. Paul, où, sous prétexte des revélations faites à cet apôtre dans son ravissement au ciel, ils débitoient leurs impiétés & leurs blasphèmes. Dupin, biblioth. des auteurs ecclés. tome II. Fleury, hist. ecclés. tome I. liv. iij. (G)
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| CAINITO | S. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, en cloche ouverte & découpée. Il s'éleve du calice un pistil qui devient dans la suite un fruit mou, charnu, rond, ou de la forme d'une olive, contenant un ou plusieurs noyaux qui renferment chacun une amande. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE. (I)
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| CAIRE | (LE) Géog. grande ville d'Afrique, capitale de l'Egypte ; elle passe pour l'une des plus considérables de la domination des Turcs : elle est sur la rive orientale du Nil. Long. 49. 6. 15. lat. 30. 2. 30.
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| CAIROAN | (Géog.) ville d'Afrique, au royaume de Tunis. Long. 29. lat. 35. 40.
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| CAISSE | S. f. du latin capsa, coffre ou boîte, se dit au propre d'un coffre de planches de bois de sapin, assemblées avec des clous, ou des traverses cloüées ou autrement, & destinées à renfermer des marchandises, soit pour les conserver, soit pour les transporter : le nom de caisse a pris par analogie, un grand nombre d'autres acceptions, comme on va voir à la suite de cet article.
CAISSE, terme d'Architecture, c'est dans chaque intervalle des modillons du plafond de la corniche corinthienne, un renfoncement quarré qui renferme une rose. Ces renfoncemens qu'on nomme aussi panneaux ou caissettes, sont de diverses figures dans les compartimens des voûtes & plafonds. (P)
CAISSE, (Lutherie) c'est une machine ou instrument de guerre, de la grosseur d'un minot, couvert à chaque bout d'une peau de veau, qui rend un son vraiment martial en battant sur l'une de ces peaux avec deux baguettes de bois faites exprès. Ce son est plus ou moins fort, selon que les peaux sont plus ou moins tendues par le moyen de plusieurs cordages qui se resserrent avec de petits tirets, ou des oreilles de cuir qui les environnent, & selon que le timbre, qui n'est autre chose qu'une corde qui traverse la peau de dessous ; est plus ou moins tendu. Voyez TAMBOUR & les Planches de Lutherie.
CAISSE de fusées ; les Artificiers appellent ainsi un coffre de planches, long & étroit, en quarré sur sa longueur, & posé verticalement, dans lequel on enferme une grande quantité de fusées volantes, lorsqu'on veut faire partir en même tems & former en l'air une figure de feu semblable à une gerbe de blé qu'on appelle pour la même raison gerbe de feu.
Caisse aérienne, c'est une espece de ballon qui renferme beaucoup d'artifice de petites fusées.
CAISSE à sable, est un coffre de bois de quatre piés de long, de deux de large, & de dix pouces environ de profondeur, soûtenu à hauteur d'appui par quatre piés. C'est dans cette caisse qu'est contenu le sable dont on forme les moules, & qu'on les corroye. Voyez l'article FONDEUR EN SABLE, & la fig. 14. Plan. du Fondeur en sable.
CAISSE, à la Monnoie, se prend à-peu-près dans le même sens que chez le Fondeur en sable.
CAISSE, (Jardinage) vaisseau quarré fait de planches de chêne cloüées sur quatre piliers du même bois, qui sert à renfermer les orangers, les jasmins, & autres arbres de fleur.
Pour faire durer les caisses, on les peint par dehors de deux couches à l'huile, soit de blanc, soit de verd, & on les goudronne en-dedans. Les grandes sont ferrées. Les petites caisses se font de douves sortant des tonneaux : les moyennes, de mairain ou panneau : les grandes, de chevrons de chêne, avec de gros ais de chêne attachés dessus, garnies d'équerres & de liens de fer. (K)
CAISSE, en terme de Raffineur de sucre, c'est un petit coffret de bois plus long que large, sur le derriere duquel il y a un rebord plus élevé que le reste, & à gauche une traverse d'environ deux pouces de hauteur & d'un pouce & demi d'épaisseur. Le rebord empêche le sucre que l'on gratte de tomber par terre, & la traverse sert à soûtenir la forme que l'on gratte sur la caisse. Voyez GRATTER.
CAISSE des marches, (Manufacture de soie) espece de coffret percé de part en part, & qui reçoit le boulon qui enfile les marches. On le charge d'un poids considérable pour lester les marches arrêtées. Cette façon d'arrêter les marches dans la caisse est la meilleure, parce qu'on peut avancer ou reculer le poids selon le besoin : mais il n'en est pas de même quand le boulon est arrêté à de gros pitons fichés dans le plancher.
CAISSE, (Commerce) espece de vaisseau ou coffre fait de menues planches de sapin, ou autre bois leger, jointes ensemble par des clous ou des chevilles de bois, & propre à transporter des marchandises plus facilement sans les gâter ou corrompre. On dit une caisse d'étoffes, de toiles, d'oranges, de vins étrangers, &c.
Caisse emballée, est une caisse pleine de marchandises, entourée de paille, & couverte d'une grosse toile qu'on nomme balle ou emballage. Voyez BALLE & EMBALLAGE.
Caisse cordée, est une caisse qui n'a point d'emballage, & qui est seulement liée par-dessus avec de la corde de distance en distance, pour empêcher les planches de s'écarter.
Caisse ficelée & plombée, est celle que les commis de la doüanne ont fait emballer & corder en leur présence, après avoir fait payer les droits nécessaires, & qu'ils ont fait noüer autour du noeud de la corde d'une ficelle dans laquelle est un plomb marqué dessus & dessous des coins du bureau. Ces sortes de caisses ne doivent être ouvertes qu'au dernier bureau de la route, suivant l'ordonnance de 1687.
CAISSE, (Commerce) signifie aussi une espece de coffre fort tout de fer, ou de bois de chêne garni de bonnes barres de fer, & d'une ou de plusieurs serrures, qui ordinairement ont des ressorts qui ne sont connus que de ceux à qui la caisse appartient.
C'est dans ces sortes de caisses que les Marchands, Négocians & banquiers en ferment leur argent comptant & leurs principaux effets de petit volume, comme lettres & billets de change, promesses, lingots d'or, &c.
On entend aussi par le mot de caisse le cabinet du Caissier, où est la caisse ou coffre-fort, & où il fait sa recette & ses payemens. Voyez CAISSIER.
On appelle livre de caisse, une sorte de livre qui contient en débit & crédit tout ce qui entre d'argent dans la caisse, & tout ce qui en sort. Ce livre est le plus important de tous ceux que les Négocians nomment livres auxiliaires.
CAISSE se dit de tout l'argent qu'un marchand Négociant ou Banquier peut avoir à sa disposition pour négocier : on dit en ce sens que la caisse d'un tel Banquier est de cent mille écus, de huit cent mille livres, M. Savary, dans son parfait Négociant, II part. liv. I. chap. jv. donne d'excellentes maximes pour le bon gouvernement d'une caisse. Voyez-les dans cet ouvrage ou dans le Dictionn. du commerce, tom. II. pag. 33. & 35.
CAISSE, de crédit, c'est une caisse établie en faveur des Marchands forains qui amenent à Paris des vins & autres boissons.
Le premier établissement de cette caisse est du mois de Septembre 1719. L'Edit porte : " que les Marchands forains & autres pourront y recevoir sur le champ le prix de leurs vins & boissons, & y prendre crédit moyennant six deniers pour livres ". On peut voir ce qui concerne la police & l'administration de cette caisse dans le Dictionn. du commerce, tom. II. page 36.
CAISSE des emprunts, nom qu'on a donné en France à une caisse publique établie à Paris dans l'hôtel des fermes-unies du Roi, où toutes sortes de personnes de quelque qualité ou condition qu'ils fussent, tant François qu'étrangers, étoient reçûs à porter leur argent pour le faire valoir, & d'où ils pouvoient le retirer à l'échéance des promesses solidaires que les Fermiers généraux de sa Majesté leur en fournissoient, signées de quatre de la compagnie préposés à cet effet.
Ces sortes de promesses dont le nom de celui qui en avoit payé la valeur restoit en blanc, étoient faites payables au porteur dans un an, & les intérêts qui y étoient compris pour l'année, ne se payoient qu'à leur échéance, soit en les renouvellant, soit en retirant son capital.
Cette caisse avoit d'abord été établie en 1673, & fut supprimée vers la fin du même siecle : elle fut rétablie en 1702, & les intérêts réglés à huit pour cent par an. Mais les promesses qu'on nommoit billets de la caisse des emprunts, s'étant prodigieusement multipliés pendant la guerre finie en 1713, on prit alors divers moyens de les rembourser : ils furent ensuite convertis en billets de l'état en 1715, & enfin retirés du commerce par différentes voyes qu'explique l'auteur du Dictionn. du commerce, tom. II. pag. 38. & 39. (G)
* Selon M. le Pr. Henault (Abrégé de l'Hist. de Fr.) ces billets furent introduits en 1707, M. de Chamillard étant controleur général des finances.
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| CAISSETIN | S. m. c'est ainsi qu'on appelle dans les Manufactures d'ouvrages en soie, une petite armoire en forme de caisse, de trois piés de longueur, d'un demi-pié de large, à plusieurs étages, dans lesquels l'ouvrier range les dorures & les soies qu'il employe.
CAISSETINS, (Commerce) petites caisses de sapin plus longues que larges, dans lesquelles on envoye de Provence les raisins en grappes séchées au Soleil, qu'on appelle raisins aux jubis. Voyez RAISINS AUX JUBIS. (G)
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| CAISSIER | S. m. (Commerce & Finance) est celui qui tient un état des revenus & des deniers d'une compagnie, & en rend compte. Voyez RECEVEUR, THRESORIER.
Savary le définit celui qui garde l'argent d'une compagnie ou d'un banquier, négociant, &c. & qui est chargé de recevoir & de payer. (G)
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| CAISSON | S. m. diminutif de caisse, petite caisse dans laquelle on envoye des marchandises. (G)
CAISSON, est aussi un chariot couvert dont on se sert pour voiturer le pain de munition à l'armée.
CAISSON de bombes, (Artillerie) est une tonne ou une cuve qu'on emplit de bombes chargées ; on l'enterre jusqu'au niveau du rez-de-chaussée, en l'inclinant un peu de côté, & répandant beaucoup de poudre de guerre dessus : on y met le feu par le moyen d'un saucisson qui répond au fond de ce caisson ; il fait élever les bombes en l'air du côté que le caisson est incliné. Cette invention n'est plus guere d'usage, on y a substitué les fougaces, qui produisent de plus grands effets. Voyez FOUGACE. (Q)
CAISSONS, s. m. pl. (Marine) on nomme ainsi les coffres qui sont attachés sur le revers de l'arriere d'un vaisseau. (Z)
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| CAITHNESS | (Géog.) province au nord de l'Ecosse.
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| CAIUS | (Hist. anc.) nom propre, mais en général & sans addition employé par les Romains pour signifier un homme, de même que Caia signifioit une femme. Ils exprimoient le premier de ces mots par la lettre C toute seule, dans sa position naturelle, & le second par la même lettre, mais renversée C. Quintilien rapporte que dans les épousailles & fêtes nuptiales, on faisoit mention de Caïus & de Caïa ; ce que Plutarque confirme lorsqu'il dit : " Pourquoi ceux qui conduisoient la nouvelle épouse en la maison du mari, lui font-ils prononcer ces mots : ubi tu Caïus, & ego Caïa ; où tu seras Caïus, je serai aussi Caïa ? sinon pour marquer qu'elle y entre à cette condition, d'avoir part aux biens & au gouvernement de la famille, & que Caïus étant maître, Caïa doit être aussi maîtresse ". D'où il s'ensuit que les noms Caïus & Caïa dans cette cérémonie, équivalent à ceux de pater familias, & de mater familias ; pere & mere de famille. (G)
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| CAJA | ou KAYAN, (Hist. nat. bot.) arbre des Indes d'une grandeur médiocre, dont les feuilles sont rondes & attachées trois à trois comme des treffles à l'arbre. Il porte des fleurs d'une odeur agréable, & conserve sa verdure l'hyver & l'été. Il produit une graine ou semence qui ressemble à des pois chiches.
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| CAJANEBURG | (Géog.) ville forte de la Suede en Finlande, sur le lac d'Ula.
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| CAJANIE | (Géog.) grande province de la Finlande appartenante aux Suédois, sur le golfe de Bothnie, dont la capitale est Cajaneburg.
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| CAJARE | (Géog.) petite ville de France dans le Quercy.
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| CAJAZZO | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la terre de Labour. Long. 32. lat. 51. 10.
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| CAJOLER | v. n. (Marine) c'est mener un vaisseau contre le vent à la faveur du courant. On se sert aussi de ce terme pour dire faire de petites bordées, ou attendre sans voile, en faisant peu de route.
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| CAJUMANE | (Hist. nat. bot.) c'est une espece de canellier sauvage qui croît dans certains pays des Indes orientales, dont on n'a point de bonne description.
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| CAJUMANIS | (Hist. nat. bot.) on appelle de ce nom une espece de canellier sauvage qui croît dans les Indes orientales, sur les côtes du Sunde.
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| CAJUTES | S. f. pl. (Marine) on appelle ainsi les lits des vaisseaux qui sont emboîtés autour du navire ; on les appelle aussi cabanes. Voyez CABANE. (Z)
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| CAKET | (Géog.) ville & petit royaume d'Asie, dépendant du roi de perse, près du Caucase. Long. 63. 50. lat. 43. 32.
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| CAKETA | (Géog.) grande riviere de l'Amérique méridionale, qui prend sa source dans la nouvelle Grenade.
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| CAKILE | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en croix ; le pistil sort d'un calice, & devient dans la suite un fruit semblable en quelque façon à la pointe d'une pique, & composé de deux parties qui sont jointes ensemble par une sorte d'articulation, & qui renferment une semence singuliere, & ordinairement oblongue. Tournefort, Inst. rei herb. cor. Voyez PLANTE. (I)
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| CALA-DUCIRA | (Géog.) ville & port de l'île de Gozo, dans la mer Méditerranée.
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| CALAA | (Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tremecen. Long. 12. 30. lat. 31. 10.
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| CALABA | S. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond ; il s'éleve du fond du calice un pistil, qui devient dans la suite un fruit sphérique, charnu, qui renferme un noyau ou une semence de la même forme, dans laquelle il y a une amande aussi de la même figure. Plumier, nova plantar. Amer. gen. Voyez PLANTE. (I)
* Il sort de son tronc & de ses branches une gomme claire, à-peu-près semblable au mastic, dont elle porte le nom, & auquel on la substitue quelquefois.
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| CALABRE | (LA) Géog. province d'Italie dans la partie méridionale du royaume de Naples, avec titre de duché. On la divise en citérieure & ultérieure.
CALABRE, (la mer de) s'appelloit anciennement mare Ausonium. C'est celle qui baigne les côtes de la Calabre.
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| CALABRISME | S. m. (Hist. anc.) nom d'une danse des anciens, dont nous ne connoissons rien de plus.
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| CALACIA | (Géog.) ville d'Asie dans la Tartarie, au royaume de Tanguth.
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| CALACOROLY | (Géog.) royaume d'Afrique dans la Nigritie, au nord de la riviere de Saint-Domingo.
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| CALADARIS | S. f. toile de coton rayée de rouge ou de-noir, qu'on apporte des Indes orientales, sur-tout de Bengale. La piece a huit aunes de long, sur 7/8 d'une aune de large.
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| CALADE | (Maréch.) est la même chose que basse, Voyez BASSE. (V)
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| CALAF | (Géog.) petite ville d'Espagne dans la province de Catalogne.
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| CALAFIGUER | (Géog.) ville & port de la côte méridionale de l'île de Majorque.
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| CALAFUSUNG | (Géog.) grande ville d'Asie dans l'île de Buton, l'une des Moluques.
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| CALAH | (Géog.) île de la mer des Indes, près de la ligne équinoctiale.
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| CALAHORRA | (Géog.) ville d'Espagne dans la vieille Castille. Long. 15. 48. lat. 42. 12.
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| CALAIS | (Géog.) ville fortifiée de France dans la Picardie, sur le bord de la mer. Long. 19. 30. 65. lat. 50. 57. 31.
CALAIS, (le pas de) on nomme ainsi la partie la plus étroite de la Manche, ou du canal qui sépare la France de l'Angleterre.
CALAIS, (Saint-) Géog. petite ville de France dans le Maine.
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| CALAJATE | (Géog.) ville ruinée d'Asie, dans l'Arabie heureuse, vers le golfe Persique.
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| CALALOU | (Hist. mod.) ragoût que préparent les dames créoles en Amérique ; c'est un composé d'herbes potageres du pays, comme choux caraïbes, goment, gombaut & force piment : le tout soigneusement cuit avec une bonne volaille, un peu de boeuf salé, ou du jambon. Si c'est en maigre, on y met des crabes, du poisson, & quelquefois de la morue seche. Le calalou passe pour un mets fort sain & très-nourrissant ; on le mange avec une pâte nommée ouangou, qui tient lieu de pain.
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| CALAMA | (Géog.) ville d'Afrique au royaume d'Alger, sur la Malvia.
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| CALAMALA | (Géog.) ville d'Europe dans la Morée, sur la riviere de Spinarza. Long. 39. 45. lat. 37. 8.
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| CALAMBOURG | (Comm.) bois odoriférant dont la couleur tire sur le verd : il differe du calambouc qui vient de la Chine, & qu'on substitue au bois d'aloès. On l'apporte des Indes en bûches. On l'employe en ouvrages de tabletterie, & dans les bains de propreté.
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| CALAMENT | S. m. (Hist. nat. bot.) calamintha, genre de plante à fleur monopétale labiée, dont la levre supérieure est échancrée, arrondie, & relevée ; & l'inférieure est divisée en trois parties. Il sort du calice un pistil, qui est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & qui est environné de quatre embryons, qui deviennent dans la suite autant de semences arrondies & renfermées dans la capsule qui a servi de calice à la fleur. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les fleurs naissent dans les aisselles des feuilles, & tiennent à des pédicules branchus. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Le calamintha vulgaris officinarum, est plein d'un sel aromatique, volatil, huileux ; il est stomachique, diurétique, apéritif, & provoque les regles, on peut s'en servir comme du thé : sa décoction en clystere calme les douleurs de la colique, résout les tumeurs oedémateuses, & fortifie les parties. Tournefort. (N)
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| CALAMIANES | (Géog.) île d'Asie dans la mer des Indes, entre celle de Borneo & les Philippines.
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| CALAMIN | ou PIERRE CALAMINAIRE, s. f. (Minéral. & Métall.) en latin calamites, mais plus communément lapis calaminaris, cadmia nativa, ou cadmia fossilis, cadmie fossile, pour la distinguer de la cadmie des fourneaux. C'est une pierre ou terre, qui mêlée au cuivre par le moyen de la partie inflammable du charbon, produit un mixte métallique qu'on appelle cuivre jaune ou laiton.
Cette pierre se trouve en plusieurs endroits de l'Europe, comme en Allemagne, en Bohème, en Hongrie, en Pologne, en Espagne, en Angleterre ; il s'en trouve en Berri : le pays de Liége & les environs d'Aix-la-Chapelle en fournissent une grande quantité.
M. Henckel dit, dans sa Pyritologie, que la calamine se trouve ordinairement dans des terres grasses & argilleuses. Il n'est pas besoin pour cela de creuser bien avant, attendu qu'elle se présente très-souvent aussi-tôt qu'on a levé la premiere couche ; il arrive même quelquefois qu'elle forme elle-même cette premiere couche. On la trouve aussi mêlée à des mines métalliques, & sur-tout à des mines de plomb, comme on peut le voir dans celles de Goslar & d'Angleterre.
La calamine est ordinairement d'une figure irréguliere : elle ne laisse pas aussi de varier dans sa couleur ; tantôt elle est d'un beau jaune de couleur d'or ; tantôt elle est brune ; quelquefois elle tire sur le rouge : celle de Berri est de cette derniere couleur.
Celle qui est pesante & compacte, est préférable à celle qui est legere & spongieuse ; & celle qui est entremêlée de veines blanches, passe pour la meilleure. L'inconvénient de celle d'Angleterre est d'être mêlée avec beaucoup de plomb ; c'est pour cela qu'on est obligé de lui donner bien des préparations avant de l'employer à faire du laiton, parce que le plomb ne vaudroit rien dans cette opération.
La calamine contient la terre qui sert de base au zinc volatil & inflammable, & à ce qu'on appelle la cadmie des fourneaux : on juge de sa bonté par l'abondance de zinc qui y est contenu, & par le plus ou le moins de mélange qui s'y trouve d'autres terres limoneuses ou ferrugineuses qui lui sont tout-à-fait étrangeres. On confond quelquefois mal-à-propos avec la pierre calaminaire beaucoup d'autres minéraux qui lui ressemblent à l'extérieur. Agricola l'a confondue avec une mauvaise espece de mine de cobalt très-arsénical, qu'on nomme en allemand fliegenstein, pierre aux mouches ; mais la marque distinctive de la pierre calaminaire, c'est de jaunir le cuivre de rosette & de contenir du zinc. La regle de M. Marggraf, savant chimiste de l'académie de Berlin, est que " toute pierre qui mêlée avec des charbons, & qui exposée à l'action la plus véhémente d'un feu renfermé, ne produit point de zinc, ou qui à un feu découvert ne compose point le laiton lorsqu'elle est mêlée avec le cuivre & le charbon, n'est point une pierre calaminaire ".
Il y a néanmoins du choix à faire entre les différentes especes de pierres calaminaires : en effet, il s'en trouve quelques-unes qui augmentent plus, d'autres moins le cuivre, lorsqu'on en fait du laiton. Voyez l'article CUIVRE. Il y en a qui lui donnent une couleur plus ou moins belle, le rendent plus ou moins malléable, lorsque la calamine se trouve mêlée à du plomb ; comme cela est ordinaire à celle de la province de Sommerset en Angleterre ; ou à du fer, comme il arrive à celle de Bohème & à celle du Berri. Il n'est point douteux que ces especes ne rendent le cuivre fragile & cassant, à moins qu'on ne prévienne ces mauvais effets par des torréfactions réitérées avant de mêler la calamine au cuivre, tandis qu'il s'en trouve d'autre qui peut être employée tout de suite sans aucune préparation antérieure. Ce seroit donc se tromper que d'attendre les mêmes effets de toutes sortes de pierres calaminaires.
M. Henckel observe qu'un des phénomenes les plus remarquables de la Chimie, c'est la façon dont la calamine, qui est une terre, s'unit & s'incorpore avec le cuivre qui est un métal, sans lui ôter sa malléabilité. Il conclut de-là qu'il y a des terres qui ont la faculté de se métalliser. En effet, du laiton où l'on aura fait entrer un tiers de pierre calaminaire, se laisse travailler avec autant de facilité que le cuivre de rosette le plus pur & le plus fin ; il faut pour cela que l'union qui se fait par ce mélange soit bien intime & toute particuliere, sur-tout attendu qu'il est possible de séparer ensuite la calamine du cuivre, sans qu'il arrive aucun changement à ce métal.
Le rapport qui se trouve entre la calamine & le zinc, lui a fait donner par Glauber le nom de cadmie fusible : en effet, comme on a dit, toute bonne pierre calaminaire contient du zinc, & doit être regardée comme la miniere de ce demi-métal. M. Henckel a observé que la calamine de Bohème contient une petite quantité de mauvais fer : elle se trouve mêlée à des pyrites ferrugineuses appellées en allemand eisenstein ; on peut en tirer du vitriol de Mars, & on la trouve jointe à de l'alun. Ce savant minéralogiste ne doute point qu'il n'en soit de même de toutes les pierres calaminaires.
La calamine ressemble en quatre points à la cadmie des fourneaux : 1°. elle contient du zinc comme elle ; 2°. elle jaunit comme elle le cuivre de rosette ; 3°. elles ont toutes deux pour base une terre alkaline ; 4°. elles font toutes deux effervescence avec les acides.
La grande volatilité des fleurs de la calamine, & l'odeur qui s'en éleve, donnent lieu de croire que cette pierre est ordinairement mêlée d'arsenic ; sa promtitude à s'enflammer sur les charbons ou avec le nitre, est une marque qu'elle contient beaucoup de parties inflammables ou de phlogistique. C'est à la même raison qu'il faut attribuer sa promte & véhémente solution dans les acides, sa concrétion avec le cuivre, & les autres phénomenes qu'on y remarque. Voyez à l'article CUIVRE la maniere de l'exploiter, & de l'employer à la fonte du cuivre de rosette.
La calamine est quelquefois usitée extérieurement dans la Medecine : on lui attribue la propriété d'être astringente, & de sécher & cicatriser les plaies & les ulceres : mais il faut pour cela la bien dégager de toute partie arsénicale. Ce que les Apothicaires nomment calamine préparée, n'est autre chose que cette pierre bien broyée & formée en trochisques avec de l'eau-rose. (-)
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| CALAMITA | (Géog.) riviere d'Asie dans la Tartarie-Crimée, qui se jette dans la mer Noire.
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| CALAMITE | adj. (Mat. med.) épithete que l'on donne quelquefois au styrax, à cause qu'on le mettoit autrefois dans des roseaux appellés calami pour le conserver. Voyez STYRAX. (N)
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| CALAMO | (Géog.) riviere de la Grece qui prend sa source dans l'Albanie, & se jette dans la mer, vis-à-vis de l'île de Corfou.
CALAMO, (Géog.) île de l'Archipel autrefois appellée Claros, près de la côte d'Asie.
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| CALAMUS | CALAMUS
On donne, en Pharmacie, le nom de calamus aromaticus, roseau aromatique, à une racine amere & épicée, produite par une espece particuliere de jonc, ou plutôt de flambe ou de glayeul qui vient dans le Levant, & même en plusieurs endroits d'Angleterre, de l'épaisseur environ d'une plume d'oie, & haute de deux ou trois piés, dont on fait un grand usage comme d'un céphalique & d'un stomachique, sur-tout dans les douleurs occasionnées par la foiblesse de l'estomac.
Le calamus aromaticus est ce que l'on appelle autrement acorus. Voyez ACORUS.
On l'appelle aussi calamus odoratus, & calamus amarus ; & quelquefois calamus verus ou officinalis, pour le distinguer d'une autre espece, que l'on appelle adulterinus, en françois le roseau doux ou flambe aromatique.
Le meilleur est celui qui est grisâtre en-dehors & rougeâtre en-dedans, dont la pulpe est blanche & le goût extrèmement amer, mais qui a ses feuilles & ses racines d'une bonne odeur. (N)
CALAMUS SCRIPTORIUS, en Anatomie, est le nom de l'extrémité postérieure du quatrieme ventricule du cerveau, qui se termine comme le bec d'une plume à écrire. Voyez CERVEAU. (L)
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| CALANDRE | S. f. calandra, (Ornith.) oiseau du genre des aloüettes. Voyez ALOUETTE. Il est un peu plus gros que l'aloüette ordinaire, & il lui ressemble assez par la forme du corps. On peut le comparer à la grive pour sa grandeur ; cependant la tête est plus grosse, le bec plus court & plus épais : les pattes sont comme celles des autres aloüettes. Toute la face antérieure ou inférieure est de couleur cendrée, avec quelques taches noires qui sont sur la poitrine comme dans les grives. Toute la face supérieure ou postérieure est de couleur de terre d'ombre. A deux pouces au-dessous du bec il y a un cercle, ou plûtôt un collier de plumes noires qui entoure le cou. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU. (I)
CALANDRE, insecte. Voyez CHARENÇON.
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| CALANGUE | CALE, s. f. (Marine) c'est un abri le long d'une côte, derriere une hauteur ou dans quelque petit enfoncement, où des bâtimens médiocres peuvent se mettre à couvert du mauvais tems. (Z)
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| CALANTIGAS | (Géog.) nom qu'on donne à trois petites îles, sur la côte orientale de l'île de Sumatra.
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| CALANTIQUE | S. f. (Hist. anc.) ornement de tête des femmes romaines, dont Cicéron fait mention : Vous ajustiez, dit-il à Clodius, la calantique a sa tête. On ne sait rien de plus.
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| CALAOIDIES | S. f. pl. (Hist. anc.) fêtes instituées en l'honneur de Junon. On n'en sait autre chose, sinon qu'elles se célébroient dans la Laconie.
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| CALAPATE | (Géog.) ville d'Asie dans l'Inde en-deçà du Gange, sur la côte de Coromandel, dans le royaume de Bisnagar.
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| CALARÉ | (Géog.) contrée des Indes sur la côte de Malabar, aux confins des royaumes de Travancor & de Changanate.
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| CALASINI | S. f. (Hist. anc.) tunique de lin, frangée par le bas, que les Egyptiens portoient sous un habit de laine blanche. Quand ils entroient dans les temples, ils quittoient l'habit de laine, & ne conservoient que celui de lin. La calasini paroît leur avoir servi d'habit & de chemise. Elle a été aussi en usage chez les Grecs : il en est parlé dans les nuées d'Aristophane, & Hesychius l'appelle la tunique au clou large. Voyez CLOU LARGE.
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| CALAT | (Géog.) ville d'Asie dans le royaume de Cotan, près de Candahar.
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| CALATA-BELLOTA | (Géog.) ville de Sicile, sur une riviere du même nom.
CALATA-FIMI, (Géog.) ville de Sicile dans la vallée de Mazare.
CALATA-GIRONE, (Géog.) ville de Sicile dans la vallée de Noto, près de la riviere de Drillo.
CALATA-NISSETA, (Géog.) ville de Sicile dans la vallée de Noto, près de la riviere de Salso.
CALATA-XIBETA, (Géog.) petite ville de Sicile dans la vallée de Noto, près des sources de la riviere de Dataino.
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| CALATAYUD | (Géog.) ville d'Espagne dans le royaume d'Aragon, au confluent du Xalon & du Xiloca. Long. 16. 10. lat. 41. 22.
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| CALATHUS | (Hist. anc.) corbeille ou panier à ouvrage, fait ordinairement de jonc ou de bois fort leger qui servoit aux ouvriers à mettre leurs laines, & étoit spécialement consacré à Minerve, qu'on regardoit comme l'inventrice des Arts & des ouvrages faits à l'aiguille. Virgile pour exprimer que Camille reine des Volsques, avoit les inclinations martiales, & ne s'amusoit point aux petits travaux propres à son sexe, dit :
Non illa colo, calathisve Minervae,
Foemineas assueta manus. Aeneid. 7.
Pline compare ce panier à la fleur du lis, dont les feuilles vont en s'évasant à mesure qu'elles s'élargissent : ab angustiis in latitudinem paulatim sese laxantis effigie calathi ; & telles étoient les corbeilles que les Canephores portoient sur leur tête dans les fêtes de Minerve, & qui renfermoient les choses sacrées destinées à ses mysteres.
Sur les monumens antiques, les dieux d'Egypte sont représentés avec une espece de boisseau sur la tête, qu'on croit être le calathus ; mais il n'y a pas de doute que ce ne soit ce même calathus dont est surmontée la coëffure de Minerve dans une médaille que M. l'abbé de Fontenu a expliquée sous le titre de Minerve Iliade. Mémoires acad. des Belles-Lett. tome V. (G)
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| CALATISME | S. m. (Hist. anc.) danse ancienne dont il ne nous est parvenu que le nom. V. DANSE.
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| CALATRAVA | (Géog.) ville d'Espagne dans la nouvelle Castille, sur la riviere de Guadiane, près de la Sierra-Morena, dans un pays nommé Campo di Calatrava. Long. 14. 20. lat. 39. 8.
CALATRAVA, (Hist. mod.) ordre militaire en Espagne, institué en 1158 par Sanche III. roi de Castille. Les historiens en rapportent l'origine à ce que ce prince ayant conquis sur les Mores le chateau de Calatrava, qui étoit alors une forteresse importante, il en confia d'abord la garde aux Templiers, qui ne pouvant défendre cette place, la lui rendirent. Ils ajoûtent qu'à la sollicitation de Diego Velasquez, moine de Cîteaux, & homme de condition, Raimond, abbé de Fitero, l'un des monasteres du même ordre, obtint du roi la permission de défendre Calatrava, & s'en acquitta très-bien contre les Mores ; que plusieurs de ceux qui l'avoient accompagné dans cette entreprise, prirent l'habit de l'ordre de Cîteaux, sans toutefois renoncer aux exercices militaires. De là, dit-on, se forma l'ordre de Calatrava, qui s'étant beaucoup augmenté sous le regne d'Alphonse le Noble, fut d'abord approuvé par le pape Alexandre III. en 1164, & confirmé par Innocent III. en 1198, & ensuite gouverné par des grands-maîtres, dont le premier fut don Garcias Redon ; mais sous Ferdinand & Isabelle la grande-maîtrise fut réunie à la couronne de Castille en 1486. Le premier habit de ces chevaliers étoit la robe & le scapulaire blanc, comme les religieux de Cîteaux, & ils ne pouvoient pas se marier ; mais les papes les ont dispensés des deux regles, & les quatre-vingt commanderies que cet ordre possede en Espagne, sont ordinairement tenues par des gens mariés. Leurs armes sont d'or à la croix fleurdelisée de gueules, accostée en pointe de deux entraves ou menottes d'azur ; & les chevaliers portent de même sur l'estomac une croix rouge, qui est la marque de leur ordre. (G)
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| CALAVON | (Géog.) petite riviere de France dans le comté de Provence, qui se jette dans la Durance près de Cavaillon.
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| CALAW | (Géog.) petite ville de Bohème, sur la riviere de Bober.
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| CALAZEITA | (Géog.) petite ville d'Espagne au royaume d'Aragon, près de la riviere de Mataranna.
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| CALAZZOPHYLACES | S. m. plur. (Hist. anc.) prêtres ou ministres de la religion chez les anciens Grecs, dont la fonction étoit d'observer les grêles, les orages & les tempêtes, pour les détourner par le sacrifice d'un agneau ou d'un poulet. Au défaut de ces animaux, où s'ils n'en tiroient pas un augure favorable, ils se découpoient le doigt avec un canif ou un poinçon, & croyoient ainsi appaiser les dieux par l'effusion de leur propre sang. Ils avoient été institués par Cléon. Leur nom est formé de , grêle, & de , j'observe, j'épie. Les Ethiopiens ont de semblables charlatans qui se déchiquettent le corps à coups de couteau & de rasoir, pour obtenir la pluie ou le beau tems ; & l'on trouve dans l'Ecriture un exemple des mêmes pratiques mises en oeuvre par les prêtres de Baal que confondit Elie. Voyez BAAL, BELLONAIRES, &c. (G)
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| CALBARY | (Géog.) riviere d'Afrique au royaume de Benin, qui se jette dans le golfe de Guinée.
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| CALBE | (Géog.) ville d'Allemagne sur la Saale au duché de Magdebourg.
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| CALBOTIN | S. m. est un panier de paille dans lequel les Cordonniers mettent le fil. Voyez les fig. 35. & 36. qui en est le profil.
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| CALCAIRE | (TERRE ou PIERRE) Hist. nat. & Chim. L'on nomme ainsi les terres ou pierres qui exposées à l'action d'un feu convenable, se réduisent en poudre ou en chaux, ou qui sont disposées par le feu à prendre cette forme. M. Pott, savant chimiste, qui dans son excellent traité de la Lithogéognosie, a fait un examen tout particulier des différentes espèces de terres & pierres, distingue absolument la terre calcaire de la terre gypseuse, avec laquelle cependant presque tous les auteurs la confondent. Suivant ce savant naturaliste, les caractères distinctifs de la vraie terre ou pierre calcaire, sont de ne point prendre corps lorsqu'elle a été mise en dissolution dans l'eau, sans le secours d'une substance intermédiaire, comme le sable, le ciment, &c. & de se dissoudre dans les acides. On peut même dire en général que toute terre qui ne se dissout point dans l'eau-forte, ne doit point être appellée une terre calcaire. Le même auteur nomme aussi cette espece de terre, alkaline : en effet, elle a toutes les propriétés des alkalis. Elle fait effervescence dans tous les acides ; elle s'y dissout, & peut être précipitée par les sels alkalis.
Lorsque la terre ou pierre calcaire a éprouvé l'action du feu, elle est encore plus disposée à se dissoudre dans les acides ; elle attire pour lors l'humidité de l'air, & fait effervescence même dans l'eau commune : c'est ce que nous voyons tous les jours dans la chaux vive.
Les principales especes du genre des calcaires sont la craie, le marbre, une espece de spath, que M. Pott nomme alkalin ; la marne, le lapis judaicus, la pierre de lynx, la pierre à ciment, la terre d'Angleterre, la terre d'alun, le corail, les cendres lessivées, le lapis spongiae, les os des animaux, & toutes les coquilles calcinées ; on la trouve aussi dans quelques ardoises, dans l'argille, le limon, l'ostéocolle, &c. & dans un grand nombre de corps qui ne different entr'eux que par des choses qui leur sont accidentelles.
C'est la terre calcaire qui fait la base des os des animaux, où elle se trouve liée par une espece de gluten qui leur donne la consistance nécessaire. C'est ce même gluten ou lien qui met aussi toute la différence que nous remarquons entre les substances du genre des calcaires, comme entre la craie & le marbre, la pierre à chaux & la marne, &c. différence qui ne s'y trouve plus lorsque le gluten a été chassé par l'action du feu. C'est aussi ce lien qui empêche quelquefois les acides d'agir sur les terres calcaires, comme on peut le voir dans la pierre à chaux, qui ne se dissout point dans l'eau avant d'avoir été brûlée, & dans l'eau-forte qui n'agit point sur l'ivoire, quoiqu'il ait été calciné, parce que l'action du feu n'a pû entiérement détruire le gluten qui y lie la terre calcaire.
Les terres calcaires ne peuvent point se vitrifier, ni se mettre en fusion toutes seules & sans addition, quelque violent que soit le feu qu'on y employe. Pour produire cet effet, il faut y joindre une bonne quantité de sel alkali. Cette terre s'unit assez bien aux matieres déjà vitrifiées, sans leur ôter leur transparence, pourvû qu'elle n'y soit mêlée qu'en très-petite quantité.
Le savant M. Henckel explique comment nous voyons que plusieurs eaux minérales & sources d'eau chaude participent aux propriétés de la chaux : c'est, selon lui, parce que les terres ou pierre calcaire pardessus lesquelles ces eaux viennent à passer, sont brûlées & tournées en chaux par l'action du feu caché dans les entrailles de la terre, & par-là disposées à se dissoudre dans ces eaux, à les échauffer, & à leur communiquer leurs vertus & leurs propriétés.
De toutes les qualités de la terre calcaire, ne pourroit-on point conclure, 1°. que c'est par sa facile dissolution dans les acides qu'elle devient propre à passer avec eux dans tous les corps organisés de la nature ; 2°. que par la propriété que la terre calcaire a de favoriser la dissolution des soufres & des sels par les acides, elle développe les organes des corps, & les rend visibles en se mêlant à eux ; 3°. que par la faculté qu'elle a d'attirer l'humidité de l'air, & d'en être réciproquement attirée, elle produit l'élévation & l'accroissement des corps. Ce sont-là des conséquences naturelles des propriétés de la terre calcaire, dont il faut laisser l'examen aux Chimistes, à qui des expériences exactes feront connoître si ces conjectures sont bien ou mal fondées. (-)
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| CALCANEUM | en Anatomie ; c'est la même chose que l'os du talon. Il est situé sous l'astragale, à la partie postérieure du tarse : c'est le plus gros des os du pié.
On peut y distinguer six faces ; une postérieure, convexe & inégale, qui forme la partie du pié qu'on appelle le talon ; une supérieure, qui est divisée en deux portions, dont la postérieure est la plus élevée, inégale & un peu concave ; l'antérieure, plus basse, a deux faces articulaires séparées l'une de l'autre par une gouttiere : une inférieure, à la partie postérieure de laquelle on remarque deux tubérosités ; une grosse, située intérieurement ; l'autre petite, située postérieurement : deux latérales, dont l'externe est legerement convexe ; l'interne est concave : une antérieure, qu'on appelle la grande apophyse. (L)
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| CALCAR | (Géog.) ville d'Allemagne dans le duché de Cleves, sur le ruisseau de Men. Long. 24. 25. lat. 51. 45.
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| CALCE | (Géog.) petite ville d'Italie au duché de Milan, sur la riviere d'Oglio.
CALCE, (Géog.) petite île de l'Archipel, sur les côtes de l'Asie mineure.
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| CALCEDOIN | ou CHALCEDOINE, lapis chalcedonius, pierre fine qui a été mise dans la classe des pierres fines demi-transparentes. Voyez PIERRE FINE. Les descriptions de la calcedoine, que nous trouvons dans les anciens auteurs, sont si différentes les unes des autres, qu'on ne peut pas les rapporter à la même pierre, parce qu'on a donné autrefois le nom de calcedoine à plusieurs especes de pierres. La description que Pline nous a laissée, donne l'idée d'un grenat oriental ou d'une améthiste. D'autres descriptions designent l'onyce ou la sardoine onyce. Le nom de calcedoine appartient aujourd'hui à une pierre de même nature que le caillou que l'on appelle communément pierre à fusil, de couleur blanche, laiteuse, & légerement teinte de gris, de bleu & de jaune. Cette pierre a aussi été nommée agate blanche. Si la teinte de bleu est assez foncée pour approcher du brun ou du noir, la pierre prend le nom d'agate noire ; si la teinte de jaune est assez vive pour approcher de la couleur orangée ou du rouge, la pierre doit être appellée sardoine ou cornaline.
On distingue la calcedoine, comme l'agate, en orientale & en occidentale ; l'orientale a des couleurs plus vives & plus nettes que celles de l'occidentale, qui est ordinairement d'un blanc sale, ou d'une couleur rousse. On trouve des calcedoines de cette espece en Allemagne, en Flandre, aux environs de Louvain & de Bruxelles, &c. Il y a des calcedoines assez grosses pour faire des vases ; mais ces grandes pieces sont rares, & on trouve communément de petits morceaux que l'on grave pour faire des bagues ou des cachets. La dureté de la calcedoine est égale à celle de l'agate.
Les Joüailliers appellent pierres calcedoineuses, celles qui ont des nuages ou des teintes laiteuses, comme la calcedoine. Ce défaut est assez commun dans les grenats & dans les rubis : on tâche, par la maniere de les tailler, de faire disparoître ces taches : le moyen le plus sûr est de les chever, c'est-à-dire de rendre concave l'une des faces de la pierre, & l'autre convexe. (I)
CALCEDOINE FACTICE, (Chimie) Comme il y a beaucoup de rapport entre l'agate, le jaspe & la calcedoine, le même procédé pourra servir pour imiter ces trois especes de pierres précieuses. Faites dissoudre une once d'argent dans de l'eau-forte : prenez de chaux, d'étain, de cinnabre, de bol d'arménie, de chacun 1/2 once ; de safran de Mars, d'antimoine crud, de minium, d'orpiment & d'arsenic blanc, d'aes ustum, de chacun 1/2 once : réduisez toutes ces matieres en une poudre très-fine, & versez par-dessus petit-à-petit & bien doucement, suffisante quantité d'eau-forte, parce qu'il se fera une effervescence considérable : lorsque toute l'effervescence sera passée, versez-y encore de l'eau-forte, & mettez le vase en digestion dans un lieu modérément chaud. On pourra au bout de quelques jours retirer l'eau-forte par distillation ; il restera un sédiment ou une poudre d'un rouge verdâtre ; on n'aura qu'à la broyer & la réduire en une poudre très-fine, & en mêler à différentes reprises une 1/2 once ou deux onces sur 12 liv. de fritte de crystal, faite avec des morceaux de crystal cassé. On remuera bien exactement ce mélange pendant qu'il sera en fusion, en donnant un feu convenable : au bout de vingt-quatre heures l'opération sera faite, & le verre ou crystal coloré sera en état d'être travaillé. (-)
CALCEDOINE, (Géog.) ville autrefois considérable d'Asie mineure, sur la mer de Marmara, n'est plus qu'un mauvais bourg que les Turcs nomment aujourd'hui Calcitiu.
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| CALCET | S. m. (Marine) assemblage de planches élevé & cloüé sur le haut des arbres d'une galere, & qui sert à renfermer les poulies de bronze qui sont destinées au mouvement des antennes. (Z)
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| CALCINATION | S. f. (Chimie) L'opération chimique connue sous le nom de calcination, est l'application d'un feu ouvert à des matieres solides & fixes, disposées de maniere qu'elles présentent au feu & à l'air le plus de surface qu'il est possible.
On se propose en général dans la calcination deux objets différens : ou l'on cherche à séparer une substance volatile qu'on ne se met pas en peine de retenir, d'une substance fixe qu'on a seule en vûe, comme dans la calcination des mines, dont on dissipe par cette operation les matieres volatiles étrangeres au métal qui est l'objet du travail, principalement le soufre & l'arsenic. Cette opération est plus connue dans le traitement des mines, soit pour l'essai, soit pour le travail en grand, sous le nom de rôtissage ou de grillage. Voyez GRILLAGE. C'est cette espece de calcination que M. Cramer appelle ustulatio, & qu'il distingue, mais seulement par son objet, de celle dont nous allons parler dans un moment. L'opération par laquelle on souffle ou fait fumer les culots d'or, dans la purification de ce métal par l'antimoine, se peut rapporter aux calcinations de la premiere espece : comme aussi la calcination des sels fixes, soit neutres, soit alkalis, gras, ou empâtés de matieres huileuses qu'on blanchit : on purifie par ce moyen celle des vrais savons, celle des sels très-aqueux, comme l'alun, le vitriol, le sel de Glauber, &c. La calcination de ces sels au soleil, & leur calcination à l'air, ne different de la précédente & entr'elles, que par le degré de feu. Voyez FEU.
Le second objet général de la calcination, c'est d'ouvrir certains corps, ou de rompre la liaison, de détruire le mastic naturel, le gluten de certaines matieres, telles que les parties dures des animaux & des pierres, & les terres alkalines & gypseuses, qui fournissent par la calcination ces produits connus de tout le monde sous les noms de chaux & de plâtre ; telles encore que les gangues dures, réfractaires ou sauvages, des mines d'ailleurs peu sulphureuses & peu arsénicales, qu'on ne grille que pour disposer cette gangue à la fusion. C'est à peu-près dans la même vûe que cette opération est en usage dans les travaux de la verrerie, des émaux, des porcelaines, & dans les laboratoires des Chimistes, pour la préparation des chaux métalliques, &c.
On appelle encore calcination en Chimie, calcination par la voie humide, la division de toute substance métallique opérée par un menstrue, lorsque cette division est suivie d'un précipité, soit spontanée, soit produit par l'action d'un précipitant ; & tous les précipités sont appellés indistinctement chaux. Ainsi on appelle chaux d'or, l'eau d'or départi de l'argent, ou l'or de départ précipité par l'huile de tartre ; chaux d'argent, l'argent départi de l'or, ou l'argent de départ précipité par le cuivre, le précipité par le sel marin ou par son acide de la dissolution d'argent dans l'acide nitreux, &c. Mais la plûpart de ces substances ne conviennent avec les chaux proprement dites, que par le nom. La calcination par la voie humide porte encore le nom bien plus exact de pulvérisation philosophique. Voyez PULVERISATION & & PRECIPITE.
On prend aussi le mot de calcination dans un sens trop vague, quand on l'applique à la préparation des parties solides des animaux, qu'on épuise de leur partie lymphatique par l'eau bouillante : on appelle ces substances ainsi épuisées, calcinées philosophiquement ; corne de cerf calcinée philosophiquement, &c. mais ce n'est ici absolument qu'une décoction. Voyez DECOCTION.
Quel est donc le caractere propre de la vraie calcination ? J'entre pour le déterminer dans un examen plus détaillé de ses principaux phénomenes, des différens changemens qu'elle opere dans les divers sujets auxquels on l'applique. Cette discussion nous conduira de la maniere la plus abrégée à la vraie théorie de notre opération.
Je distingue d'abord les effets qui lui sont communs avec d'autres opérations chimiques, de ceux qui lui sont propres : 1°. la calcination considérée comme séparant des parties volatiles d'avec des parties plus fixes, peut ne différer de la distillation qu'en ce qu'on retient ces parties volatiles dans la derniere opération, & qu'elles s'échappent dans la premiere. C'est ainsi que les sels aqueux se dessécheroient dans les vaisseaux fermés, comme ils se dessechent dans les vaisseaux ouverts ; la premiere opération exigeroit seulement un feu plus violent : mais les deux produits de chaque opération, c'est-à-dire, le phlegme passé dans la distillation, ou dissipé par la calcination (on peut en ramasser en exposant un miroir à la vapeur), & le résidu de l'une & de l'autre, seroient exactement les mêmes. Je pourrois faire de cette opération une espèce distincte de calcination : mais elle est si distincte des deux autres que je vais proposer, qu'il sera plus exact encore de l'en séparer absolument. Voyez DESSICCATION.
2°. Les savons, les sels gras ou empâtés de matieres grasses ou huileuses, pourroient aussi être privés de ces matieres par la distillation, aussi bien que par la calcination. La plûpart des substances métalliques minéralisées, traitées dans les vaisseaux fermés, laisseroient sublimer du soufre & de l'arsenic, mais j'observe dans ce cas une différence remarquable ; c'est que la substance volatile séparée qui est inflammable, du moins pour la plus grande partie, s'éleve dans la distillation ou dans la sublimation, sans éprouver aucune altération, ou n'étant que très-peu altérée ; au lieu qu'elle est décomposée dans la calcination, elle est enflammée, détruite. Cette espece de calcination opere donc la séparation réelle de deux especes de corps qui formoient un composé ou un surcomposé par leur union, circonstance commune à cette opération & à la distillation, mais de plus la destruction d'un des principes de la composition du corps calciné, celle du mixte ou du composé inflammable. Cette espece de calcination sera propre à tous les corps solides composés ou surcomposés, dans la formation desquels entreront des mixtes ou des composés inflammables. Ces corps sont les mines ou substances métalliques minéralisées, les métaux sulphurés, tous les savons, extraits solides des végétaux, le tartre, la lie, les os des animaux, les bitumes solides, &c.
Il est enfin une autre espece de calcination essentiellement distincte des opérations faites dans les vaisseaux fermés : c'est l'opération qui prive par l'action du feu un mixte fixe & solide de son phlogistique, ou la décomposition par le feu d'un mixte fixe & solide, dont le phlogistique pur est principe constituant. Les sujets de cette calcination sont les métaux imparfaits, les demi-métaux, excepté le mercure, & tous les vrais charbons tirés des trois regnes. L'hépar sulphuris ou foie de soufre peut se ranger aussi avec ces corps, quoiqu'avec quelqu'inexactitude.
Quoique la fixité absolue de l'or & de l'argent tenus en fusion pendant un tems très-considérable, soit unanimement adoptée d'après les expériences de Kunckel, il est très-probable cependant que leur calcination n'est pas beaucoup plus difficile que celle des autres substances métalliques, mais non pas absolument impraticable. C'est la doctrine de plusieurs Chimistes illustres.
Isaac le Hollandois, dans son traité de salibus & oleis metallorum, cap. ij. de reverberatione calcis, assûre que la chaux d'argent, c'est-à-dire, l'argent déjà ouvert par un menstrue, exposée pendant vingt-un jours à un feu non-interrompu, & tel qu'il est nécessaire pour tenir le plomb en fusion sans le rougir, se réduit en une vraie chaux ; & que la chaux ou le précipité d'or exposé au même degré de feu, éprouve la même altération en six semaines.
Kunckel ne daigne pas même réfuter un auteur à qui il avoit fait cet honneur sur plusieurs autres points ; un auteur, dis-je, qui avoit mis la vraie chaux d'or parmi les non-êtres chimiques.
Stahl qui compte beaucoup sur se témoignage de ces deux auteurs, est persuadé qu'ils entendent parler l'un & l'autre de la même opération ; savoir, de la réverbération, ou de la calcination au grand réverbere, tant vantée par le premier (Isaac le Hollandois.) Voyez le Vitulus aureus igne combustus de Stahl.
Il paroît que l'or & l'argent sont vitrifiables, qu'ils sont dans l'état de verre dans les émaux. (Voyez VITRIFICATION.) Il paroît encore par les expériences faites avec le miroir de Tschirnhausen, ou grande lentille du Palais-royal, (Voyez Mém. de l'Acad. royale des Scienc. 1702.) que ces metaux ont été vitrifiés, même sans addition, du moins évidente. Or la vitrification suppose une calcination : calciner l'or & l'argent, est pourtant encore un problème chimique.
Les produits de cette calcination sont des chaux ou des cendres.
Les chaux métalliques sont plus ou moins parfaites, selon que les substances qui les ont fournies ont été plus ou moins exactement calcinées : elles sont des chaux absolues, si le phlogistique en a été entierement séparé.
Lorsque ces chaux sont volatiles, elles s'appellent fleurs. Voyez FLEURS & SUBLIMATION.
Ma derniere espece de calcination ne differe pas réellement de la précédente, considérée comme détruisant un mixte inflammable. Le caractere générique & essentiel de l'une & de l'autre, ou de la calcination proprement dite, c'est de ne pouvoir être exécutée dans les vaisseaux fermés ; car les mixtes inflammables volatils ne peuvent être qu'élevés dans les vaisseaux fermés, quelque feu qu'on employe ; & les mixtes fixes, tels que sont les sujets de la derniere espece de calcination, peuvent y être actuellement ignés ou embrasés, sans y éprouver aucune espece d'altération, pas même un changement de lieu, dimotionem à loco.
Ces faits n'ont été qu'énoncés jusqu'à présent, sur tout l'inaltérabilité du charbon parfait, celle des métaux dans les vaisseaux fermés. Cette propriété singuliere peut se déduire pourtant par une analogie toute simple de plusieurs phénomenes connus, & très-bien expliqués par les Chimistes, entr'autres par Stahl. C'est par la théorie de la flamme en un mot qu'il faut expliquer les phénomenes de la calcination : car nous ne connoissons que deux especes d'ignition réelle, la flamme & l'embrasement simple : or les corps propres à la calcination restent embrasés dans les vaisseaux fermés sans s'y calciner ; donc ce n'est pas dans l'embrasement simple qu'il faut chercher le méchanisme de cette opération.
Ce méchanisme est sensible dans la destruction des mixtes inflammables humides ou aqueux : l'huile, le soufre, l'esprit-de-vin, le phosphore de Kunckel, ne se décomposent que par l'inflammation : mais les mixtes inflammables secs ou terreux, tels que sont les sujets propres de ma 2e espece de calcination, ne paroissent pas capables de donner une vraie flamme ; on a même fait entrer dans la détermination de leur caractere la propriété de n'en point donner, même à l'air libre, du moins par eux-mêmes : le zinc seul est excepté.
Voici par quelle chaîne de considérations je me crois autorisé à généraliser cette théorie, à l'étendre à tous les sujets de la calcination.
Les charbons qui flambent (je demande grace pour cette expression) lorsqu'ils sont exposés à un courant rapide d'air, sont infiniment plûtôt consumés ou détruits, que lorsqu'ils brûlent sans flamber dans un lieu où l'air n'est point renouvellé, comme dans un fourneau dont le cendrier est fermé, ou dans la casse d'une forge dont le soufflet ne joue point. On ne sauroit attribuer cette différence à la simple augmentation de la vivacité du feu ; c'est la flamme, comme telle, qui la constitue ; car des charbons exposés dans les vaisseaux fermés à un feu dix fois plus fort que celui qui les consume lentement, lorsqu'on les couvre de cendres par exemple, ne les altere pas.
Le zinc ne se calcine qu'en flambant : les substances métalliques qui ne flambent pas par elles-mêmes, le fer, l'étain, le régule d'arsenic, le régule d'antimoine, détonnent ou flambent avec le nitre : or le nitre seul ne flambe jamais ; donc ces substances métalliques contribuent matériellement à la flamme : car d'ailleurs par cette détonation ou cette inflammation, leur calcination, très-lente sans ce secours, est effectuée sur le champ.
Voilà si je ne me trompe, l'énergie de l'inflammation ou de la flamme bien constatée pour la calcination : n'est-il donc pas permis de la regarder comme une ustion avec flamme sensible dans la plûpart des sujets ; cachée, ou même insensible dans la moindre partie, dans les quatre métaux imparfaits, dont deux même flambent avec le nitre, & dans trois demi-métaux dont un seul, le bismuth, ne flambe point avec le nitre ? Voyez FEU.
La calcination des pierres & des terres calcaires, & celle des pierres & des terres gypseuses, sera plus ou moins analogue à l'opération dont je viens restraindre l'idée, à raison du plus ou du moins de combustibilité des parties qu'on dissipe dans la préparation des chaux & des plâtres : des inductions très-bien fondées rangent cette opération, du moins pour les matieres calcaires, dans la classe des calcinations les plus proprement dites. Les parties dures des animaux donnent des chaux par la destruction d'une matiere lymphatique, c'est-à-dire, d'une substance inflammable, qui constituoit leur gluten. Or entre le corps d'un animal le moins dégénéré, une corne, un os récent, & la pierre calcaire la plus déguisée, le marbre, il existe tant d'especes intermédiaires dans lesquelles on distingue évidemment l'espece même des matieres animales dont elles sont formées, & où l'on voit ces matieres plus ou moins détruites, depuis la plus grosse corne d'ammon, jusqu'aux fragmens ou aux semences de coquilles imperceptibles sans le secours de la loupe ou du microscope, qu'il est naturel de conclure de cette ressemblance extérieure, que le gluten des pierres calcaires est en général une matiere animale, qui peut-être un peu dégénérée à la vérité, & que leur calcination est par conséquent une vraie destruction d'une substance inflammable : la conformité des qualités intérieures de toutes ces substances, avec celles des parties dures des animaux, confirme cette analogie. Il en est de même de ces qualités intérieures qui démontrent immédiatement du phlogistique dans les pierres & les terres calcaires, comme dans la craie, le marbre, &c. Voyez TERRE.
La théorie de la calcination des pierres & des terres gypseuses tient moins immédiatement à celle-ci. Voyez TERRE.
Le feu s'applique de différentes façons aux matieres qu'on veut calciner ; ou on expose ces matieres immédiatement à un feu de bois ou de charbon. Cette matiere est la plus usitée dans la préparation des chaux & des plâtres. Voyez CHAUX & PLATRE.
Ou on les expose à la flamme d'un réverbere. L'une & l'autre de ces méthodes est en usage dans les travaux des mines. Voyez GRILLAGE.
Ou enfin on les place dans des vaisseaux plats & évasés, appellés têt, écuelles à rôtir ou scorificatoires, qu'on met sur un feu de charbon, ou sous la moufle du fourneau d'essai. Les calcinations pratiquées dans les laboratoires des Chimistes pour des vûes d'analyse, s'exécutent ordinairement dans ces vaisseaux.
Les regles générales du manuel de ces dernieres opérations sont :
1°. De réduire en poudre grossiere le corps à calciner.
2°. De gouverner le feu de sorte que la matiere n'entre point en fusion, du moins d'éviter la fusion autant qu'il est possible. Cette regle n'est pas absolument générale ; car la fusion favorise la calcination du plomb & de l'étain, & elle ne nuit pas à celle du bismuth, pourvû néanmoins que ce ne soit qu'une fusion commençante.
3°. Si on a laissé fondre sa matiere, ou seulement s'empâter, de la laisser refroidir & de la réduire de nouveau en poudre grossiere.
4°. De remuer souvent la matiere.
5°. Enfin de ménager l'accès libre de l'air, autant qu'il est possible.
Quelques substances métalliques éprouvent par la calcination, dans de certaines circonstances, un changement singulier. Leurs chaux se chargent d'une matiere qui augmente le poids absolu du corps calciné. Cette circonstance est sur-tout très-remarquable dans le minium. Voyez MINIUM.
La calcination vraie peut être considérablement hâtée par le secours du soufre, par celui du nitre, & par celui de l'un & de l'autre employés en même tems.
L'aes ustum, le safran de Mars, communément appellé astringent, &c. sont des chaux préparées par le soufre. Les chaux de cette espece portent le nom générique de safran, crocus. La théorie de cette opération, est précisément la même que celle du grillage des métaux imparfaits & des demi-métaux minéralisés. Voyez GRILLAGE.
Le nitre projetté dans un creuset rougi au feu avec les charbons en poudre, avec la limaille des métaux imparfaits, & avec les demi-métaux solides pulvérisés, ou jettés sur ces substances embrasées, concourt très-efficacement à leur calcination, qui s'opere dans ce cas très-promtement. Lorsque cette calcination se fait avec bruit & flamme manifeste, comme celle du fer, de l'étain, du régule d'antimoine, du zinc, du régule d'arsenic, elle s'appelle détonation. Voyez DETONATION.
Les chaux d'antimoine tirées de l'antimoine crud ordinaire par le secours du nitre, comme l'antimoine diaphorétique préparé avec l'antimoine crud, le safran des métaux, &c. sont dûes au concours du nitre & du soufre.
L'esprit de nitre opere aussi des calcinations vraies. Le fer dissous par l'acide nitreux & abandonné par cet acide à mesure qu'il est attaqué, est une vraie chaux de fer. Voyez FER. Cet acide agit de la même façon sur le zinc, & même un peu sur le bismuth. Voyez les articles ZINC, BISMUTH, & MENSTRUE.
Mais la chaux de cette espece la plus parfaite, une chaux absolue, c'est le produit de l'action de l'acide nitreux sur la partie réguline de l'antimoine, soit qu'on l'applique immédiatement à ce régule, soit qu'on l'applique à l'antimoine crud, ou au beurre d'antimoine pour faire le bézoard minéral.
Glauber a fort ingénieusement observé dans la premiere partie de ses fourneaux philosophiques, que le bézoard minéral & l'antimoine diaphorétique étoient exactement la même chose, & qu'il n'importoit pas que ce diaphorétique fût fait avec l'esprit de nitre ou avec le nitre même corporel. Voyez MENSTRUE, ANTIMOINE & FEU.
Il ne faut pas confondre ces chaux avec les précipités métalliques qui portent le même nom, dont on a parlé plus haut. Cet article est de M. VENEL.
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| CALCIO | (Jeu) il giuoco del calcio : c'est une espece de jeu de ballon fort usité en Italie, sur-tout dans les environs de Florence : on y joue avec bien des formalités & solennités pendant l'hyver. Les jeunes gens qui y jouent se partagent en deux bandes, qui pour se distinguer portent les unes des rubans rouges, d'autres des rubans verds. Chaque bande élit un chef qu'on nomme principe del calcio, qui est pour l'ordinaire un gentilhomme riche. Ce prince ou chef se choisit des officiers, & se forme une cour parmi ceux de sa bande ou de son parti ; il envoye des ambassadeurs au chef qui lui est opposé, & en use comme feroient de vrais souverains. Comme il ne manque jamais d'arriver une rupture, il lui déclare la guerre & va lui livrer bataille, qui n'est point sanglante ; c'est une partie au ballon qui décide de la victoire, & le vainqueur marche la tête haute, aussi content de lui que s'il avoit remporté des lauriers plus sanglans. Cette bataille se livre ordinairement dans la ville de Florence, & ci-devant se donnoit sous les fenêtres du grand-duc.
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| CALCUL | S. m. (Mathém. pures) supputation de plusieurs sommes ajoûtées, soustraites, multipliées, ou divisées. Voyez ARITHMETIQUE.
L'erreur de calcul ne se couvre jamais ni par arrêt ni par transaction, &c. Quand on arrête un compte, on sous-entend toûjours sauf erreur de calcul.
L'art de calculer en général, est proprement l'art de trouver l'expression d'un rapport unique, qui résulte de la combinaison de plusieurs rapports. Les différentes especes de combinaisons, donnent les différentes regles de calcul. Cela est expliqué plus au long à l'article ARITHMETIQUE.
Voyez les différentes especes de calcul aux articles ALGEBRE, DIFFERENTIEL, EXPONENTIEL, INTEGRAL, ADDITION, &c.
Plusieurs peuples de l'Amérique, de l'Afrique, & de l'Asie calculent avec des cordes, auxquelles ils font des noeuds.
Le calcul aux jettons se fait aisément, en représentant les unités par les jettons, les dixaines par d'autres jettons, les centaines par d'autres. Par exemple, si je veux exprimer 315 avec des jettons, je mets 3 jettons pour marquer les centaines, 1 pour les dixaines, 5 pour les unités. Voyez DIXAINE, &c. (E)
Le mot calcul vient du latin calculus, qui signifie une pierre, parce que les anciens se servoient de petits cailloux plats pour faire leurs supputations, soit des sommes multipliées ou divisées dans les comptes, soit en Astronomie & en Géométrie. De-là vient que nous avons donné le nom de calcul aux Sciences des nombres, à l'Arithmétique, à l'Algebre. Les Romains s'en servoient encore pour donner les suffrages dans les assemblées & dans les jugemens ; ils marquoient aussi les jours heureux avec une pierre blanche, dies albo notanda lapillo, dit Horace, & les jours malheureux par une pierre noire. Ils avoient emprunté la premiere de ces coûtumes des Grecs qui nommoient ces especes de jettons naturels ; c'étoient d'abord des coquilles de mer, remplacées depuis par des pieces d'airain de la même figure, appellées spondyles. Deux choses distinguoient les calculs ; la forme & la couleur. Ceux qui portoient condamnation étoient noirs & percés par le milieu, les autres étoient entiers & blancs. M. l'abbé de Canaye, dont nous avons déjà parlé à l'article AREOPAGE, avec l'éloge que méritent la finesse de son esprit & la variété de ses connoissances, dit qu'on pourroit regarder la précaution de percer les noirs comme une preuve que les Aréopagites, qui s'en servoient, jugeoient pendant la nuit ; car à quoi bon percer les calculs noirs, si l'on eût pû voir les uns & les autres, & appercevoir, par le secours de la lumiere, la différence de leur couleur ; au lieu qu'en jugeant dans les ténebres il est clair qu'on avoit besoin d'une différence autre que celle de la couleur & relative au tact, pour démêler les calculs de condamnation d'avec ceux qui marquoient l'absolution. On comptoit ces calculs, & le nombre des uns ou des autres décidoit pour ou contre l'accusé.
On se servoit aussi de calculs ou bulletins pour tirer les athletes au sort dans les jeux publics, & les apparier. Voici comme la chose se pratiquoit aux jeux olympiques, au rapport de Lucien dans son dialogue intitulé Hermotime ou des Sectes. " On place, dit-il, devant les juges, une urne d'argent consacrée au dieu en l'honneur de qui se célebrent les jeux. On met dans cette urne des ballotes de la grosseur d'une féve, & dont le nombre répond à celui des combattans. Si ce nombre est pair, on écrit sur deux de ces ballotes la lettre A, sur deux autres la lettre B, sur deux autres la lettre T, & ainsi du reste. Si le nombre est impair, il y a de nécessité une des lettres employées qui ne se trouve inscrite que sur une seule ballote ; ensuite les athletes s'approchent l'un après l'autre, & ayant invoqué Jupiter, chacun met la main dans l'urne & en tire une ballote. Mais un des mastigophores ou porte-verges lui retenant la main, l'empêche de regarder la lettre marquée sur cette ballote jusqu'à ce que tous les autres ayent tiré la leur. Alors un des juges faisant la ronde examine les ballotes de chacun, & apparie ceux qui ont les lettres semblables. Si le nombre des athletes est impair, celui qui a tiré la lettre unique est mis en réserve pour se battre contre le vainqueur ". Mém. de l'Académ. des Bell. Lett. tom. I. & VII. (G)
CALCUL des nombres, signifie, en Méchanique & parmi les Horlogers, l'art de calculer les nombres des roues & des pignons d'une machine, pour leur faire faire un nombre de révolutions donné dans un tems donné. On ne peut parvenir à cela, qu'en modérant la vîtesse des roues par un pendule ou balancier, dont les vibrations soient isochrones. Voy. PENDULE & la fig. 2. & 3. Pl. I. de l'Horlogerie, qui représente un roüage de pendule ; D, la roue de rencontre ; C, la roue de champ ; B, la grande roue, laquelle doit faire un tour en une heure. Le mouvement lui est communiqué par la roue A adossée à une poulie que le poids G fait tourner en tirant en en-bas : cette roue engrene dans un pignon fixe au centre ou sur la même tige que la roue B, qui doit faire un tour en une heure. Cette roue engrene de même dans le pignon fixe sur la tige de la roue de champ C ; cette derniere engrene dans le pignon de la roue de rencontre D, dont la vîtesse est modérée par les vibrations du pendule, qui ne laisse passer qu'une dent de la roue de rencontre à chaque vibration du pendule. Mais comme chaque dent de la roue de rencontre, dans une révolution entiere, frappe deux fois contre les palettes du pendule, il suit que le nombre de vibrations pendant un tour de la roue de rencontre est double de celui des dents de cette roue. Ainsi, si les vibrations du pendule durent chacune une seconde, & que la roue de rencontre ait 15 dents, le tems de sa révolution sera de 30" ou une demi minute. Si on suppose que le pignon x de la roue de rencontre D ait six ailes ou dents, & que la roue de champ qui le mene en ait 24, il est manifeste, vû que les dents du pignon ne passent qu'une à une dans celle de la roue, qu'il faudra, avant que la roue de champ C ait fait un tour, que le pignon x en ait fait quatre, puisque le nombre de ses dents 6 est contenu 4 fois dans le nombre 24 de la roue. Mais on a observé que la roue de rencontre, & par conséquent le pignon x qui est fixé sur la même tige, employe 30" à faire une révolution ; par conséquent la roue de champ C doit employer quatre fois plus de tems à faire une révolution entiere : 30" x 4 = 120"= 2', ainsi le tems de sa révolution est de deux minutes.
Présentement si on suppose que le pignon y fixé sur la roue de champ ait six ailes, & que la roue à longue tige B ait 60 dents, il faudra que le pignon y fasse dix tours avant que la roue B en ait fait un ; mais le pignon y fixé sur la tige de la roue de champ C employe le même tems qu'elle à faire une révolution, & ce tems est de 2'; la roue B en employera donc 10 fois davantage, c'est-à-dire 20' ou 1200" ou vibrations du pendule. Ainsi l'on voit que le tems qu'elle met à faire une révolution, n'est que le tiers de 3600" ou d'une heure, qu'elle devoit employer à la faire. Les nombres supposés sont donc moindres que les vrais, puisqu'ils ne satisfont pas au problème proposé ; ainsi on sent qu'il est nécessaire d'avoir une méthode sûre de trouver les nombres convenables.
Il faut d'abord connoître le nombre des vibrations du pendule que l'on veut employer pendant le tems qu'une roue quelconque doit faire une révolution. Voyez à l'article PENDULE la maniere de déterminer le nombre des vibrations, par cette regle, que le quarré de ce nombre, dans un tems donné, est en raison inverse de la longueur du pendule. Divisez le nombre par deux, & vous aurez le produit de tous les exposans : on appelle les exposans les nombres qui marquent combien de fois une roue contient en nombre de dentures le pignon qui engrene dans cette roue. Ainsi on a une roue de soixante dents & un pignon de six qui y engrene ; l'exposant sera 10 qui marque que le pignon doit faire dix tours pour un de la roue : on écrit les pignons au-dessus des roues, & l'exposant entre deux en cette sorte :
6 = pignon,
10 = exposant,
60 = roue.
Lorsqu'il y a plusieurs pignons & roues, on les écrit à la file les uns des autres, en séparant les exposans par le signe x (multiplié par) dont un des côtés représente la tige sur laquelle est un pignon & une roue, qui ne composant qu'une seule piece, font leur révolution en tems égaux. Exemple :
1, 2, 15, 6, 5, 7 1/2, sont des exposans ou les quotiens des roues divisés par leurs pignons. 7, 7, 8, les pignons. 15, 42, 35, 60, les roues qui engrenent dans les pignons placés au-dessus. Les x marquent comme il a été dit, que le pignon 7 & la roue 15 sont sur une même tige, ainsi que le second pignon 7 & la roue 42, de même le pignon 8 est sur la tige de la roue 35.
Théorème. Le produit des exposans doublé est égal au nombre des vibrations du pendule pendant une révolution de la derniere roue B.
Démonstration. La roue de rencontre 15, ainsi qu'il a été expliqué ci-dessus ne laisse passer qu'une dent à chaque vibration du pendule : mais comme chaque dent passe deux fois sous les palettes du pendule, le nombre des vibrations, pendant une révolution de la roue de rencontre, est le double du nombre de dents de cette roue ; ainsi on doit compter 30 vibrations ou 2 x 15 : mais le pignon 7 fixé sur la tige de la roue de rencontre, fait sa révolution en même tems que la roue fait la sienne ; & il faut qu'il fasse six révolutions pour que la roue 42 en fasse une ; le nombre de vibrations pendant une révolution de cette seconde roue 42, sera donc sextuple de celui du pignon 7 qui employe B x 15 à faire sa révolution ; ainsi la roue 42 employera 2 x 15 x 6 vibrations à faire une révolution entiere. Le second pignon 7 fixé sur la tige de cette roue, employera autant de tems qu'elle à faire une révolution : mais il faut cinq révolutions de ce pignon pour un tour de la roue 35 : ainsi le nombre de vibrations pendant un tour de cette derniere roue, sera (2 x 15 x 6) x 5 vibrations ; le pignon 8 employera le même tems, & la roue 60, 7 1/2 fois davantage, puisqu'il faut que le pignon 8 fasse 7 1/2 tours, pour que la roue 60 en fasse un : ainsi le nombre des vibrations pendant une révolution de cette derniere roue, sera (2 x 15 x 6 x 5) x 7 1/2, ce qui est le produit de tous les exposans multiplié par 2. Ce qu'il falloit démontrer.
Dans un roüage on place ordinairement les plus petits pignons vers l'échappement, & les plus gros vers le moteur : on place de même les roues plus chargées de dentures ; ce qui fait que les plus grands exposans se trouvent vers l'échappement : ainsi dans l'exemple précédent, les roues 35 & 42 devroient changer de place, pour que les exposans allassent en décroissant de A vers B en cette sorte :
ce qui fait un roüage qui peut être employé avec avantage pour toutes les parties. On met le nombre de vibrations ou produit des exposans à la fin, séparé seulement par le signe = en cette sorte :
ce qui exprime le nombre de vibrations pendant une révolution entiere de la derniere roue 63.
Lors donc que l'on se propose de construire un roüage, il faut connoître le nombre de vibrations du pendule qu'on veut appliquer au roüage pendant le tems que l'on veut qu'une roue employe à faire sa révolution. Supposons que ce tems soit une heure, & que le pendule batte les secondes ; c'est-à-dire que chaque vibration soit de la durée d'une seconde, une heure en contient 3600 : ainsi pendant la révolution de la roue qui fera un tour en une heure, le pendule fera 3600 vibrations, & ce nombre 3600 est le double du produit de tous les exposans 2 x r x s x t des roues & des pignons qu'il faut connoître. Divisez le nombre 3600 par 2, il vient 1800, qui est le produit de trois grandeurs inconnues r, s, t, mais que l'on sait devoir aller en décroissant de r à t ; & que l'exposant r qui représente le rochet de la roue de rencontre, peut être double du triple de l'exposant s, qui ne doit surpasser le troisieme t que d'une unité au plus.
Pour trouver ces trois inconnues, on suppose une valeur à la premiere r, & cette valeur est un nombre commode pour être un rochet, & est toûjours un nombre impair pour une roue de rencontre. Supposant que r = 30, on le dégage facilement de l'équation 1800 = r s t, & on a pour la valeur s t, s t = 1800/30 = 60. Présentement, puisque s & t sont égaux ou presqu'égaux, en supposant t = s, on aura l'équation s s = 60 ; donc s = 60 : ainsi il faut extraire la racine quarrée de 60 ; mais comme elle n'est pas exacte, on prend pour exposant la racine du quarré le plus prochain, soit en-dessus ou en-dessous, & on divise le produit s t = 60 par cette racine, & le quotient est l'autre exposant, & le plus grand est celui que l'on met le premier : ainsi dans l'exemple, 64 est le quarré le plus prochain de 60 ; sa racine est 8 ; on divise 60 par 8, il vient 7 4/8 pour l'autre exposant.
On les disposera tous en cette sorte :
2 x 30 x 8 x 7 4/8 = 3600
Présentement il faut trouver les pignons & les roues, ce qui n'est point difficile. Pour 7 4/8 on prendra 8 pour pignon, & pour roue huit fois l'exposant 7 4/8 ; ce qui fait 60. Pour l'exposant 8 on prendra un pignon 7, & la roue sera 56. La troisieme roue, qui est le rochet, est toûjours égale au premier exposant :
On doit observer, 1°. lorsque l'exposant est un mixte, que le pignon doit toûjours être le dénominateur de la fraction du mixte, ou un multiple de ce dénominateur, s'il est trop petit pour être un pignon : 2°. que s'il y avoit trois exposans s t u, non compris le rochet ou la roue de rencontre, on devroit extraire la racine cubique de leur produit : cette racine cubique ou celle du cube le plus prochain, sera un des exposans. (D)
CALCUL, (Medecine) Voyez PIERRE.
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| CALCULATEURS | S. m. pl. (Hist. anc.) nom que les Romains donnoient aux maîtres d'Arithmétique, parce qu'ils montroient d'abord aux enfans à calculer ou compter avec des jettons appellés en latin calculi. Ce terme se trouve dans les anciens jurisconsultes ; & selon d'habiles critiques, il servoit à désigner les maîtres d'Arithmétique de condition libre ; au lieu que par le mot calculones qui s'y rencontre aussi, l'on entendoit les esclaves ou les affranchis de nouvelle date, qui exerçoient la même profession. Tertullien appelle ces maîtres, primi numerorum arenarii, peut-être parce qu'après avoir enseigné aux enfans la maniere de compter aux jettons, ils leur montroient l'Arithmétique en traçant sur le sable les figures des chiffres, à la maniere des anciens géometres. Ordinairement il y avoit un de ces maîtres pour chaque maison considérable, & le titre de sa charge étoit à calculis, à rationibus, c'est-à-dire, officier chargé des comptes, des calculs. (G)
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| CALCULER | v. act. c'est en général appliquer les regles ou de l'Arithmétique ou de l'Algebre, ou les unes & les autres, à la détermination de quelque quantité. Voyez CALCUL. Ainsi
CALCULER, en Hydraulique, est chercher à connoître la force & la vîtesse d'un jet, d'un ruisseau, d'un courant de riviere, ce qui est la même chose que sa dépense. Voyez DEPENSE.
Quand il s'agit du poids de l'eau & de son élévation, voyez ces deux mots & celui de COLONNE. Si l'on veut connoître le contenu d'eau d'un bassin, voyez TOISE DES BASSINS.
On ne se sert point dans l'Hydraulique vulgaire du calcul algébrique ; l'Arithmétique vulgaire lui a été préférée, comme plus familiere à tout le monde. (K)
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| CALE | S. f. en Architecture, est un petit morceau de bois mince qui détermine la largeur du joint de lit d'une pierre. Mettre une pierre sur cales, c'est la poser sur quatre cales de niveau & à demeure, pour ensuite la ficher avec un mortier fin. On se sert quelquefois de cales de cuivre ou de plomb pour poser le marbre. (P)
CALE, fond de cale, (Marine) c'est la partie la plus basse d'un navire qui entre dans l'eau sous le franc tillac ; elle s'étend de poupe en proue. Le fond de cale comprend tout l'espace compris depuis la carlingue jusqu'au franc tillac ou premier pont. C'est le lieu où l'on met les munitions & les marchandises. Voyez Pl. IV. fig. 1. n°. 31. le fond de cale & sa distribution, ses cloisons & séparations. Il n'y a point d'usage particulier pour sa distribution, qui se fait suivant la destination du bâtiment.
On tient le fond de cale plus large dans les vaisseaux qu'on destine pour charger à cueillette ou au quintal, que dans les autres ; parce que la diverse matiere des paquets, des tonneaux, des caisses & de toutes les choses qu'on y charge, fait qu'il est plus difficile de les bien arrimer. Voyez ARRIMER, ARRIMAGE, CUEILLETTE.
Dans le combat, si l'on a des prisonniers ou des esclaves contre lesquels on doive être en garde, on les enferme sous le tillac dans le fond de cale.
CALE, donner la cale, (Marine) c'est une sorte d'estrapade en usage parmi les gens de mer, à laquelle on condamne ceux de l'équipage qui sont convaincus d'avoir volé, blasphémé ou excité quelque révolte. Il y a la cale ordinaire & la cale seche. Lorsqu'on donne la cale ordinaire, on conduit le criminel vers le plat bord au-dessous de la grande vergue, & là on le fait asseoir sur un bâton qu'on lui passe entre les jambes, afin de le soulager ; il embrasse un cordage auquel ce bâton est attaché, & qui répond à une poulie suspendue à un des bouts de la vergue. Ensuite trois ou quatre matelots hissent cette corde le plus promtement qu'ils peuvent, jusqu'à ce qu'ils ayent guindé le patient à la hauteur de la vergue ; après quoi ils lâchent le cordage tout-à-coup, ce qui le précipite dans la mer. Quelquefois, quand le crime est tel qu'il fait condamner celui que l'on veut punir à une chûte plus rapide, on lui attache un boulet de canon aux piés. Ce supplice se réitere jusqu'à cinq fois, selon que la sentence le porte ; on l'appelle cale seche, quand le criminel est suspendu à une corde raccourcie, qui ne descendant qu'à quelques piés de la surface de l'eau, empêche qu'il ne plonge dans la mer ; c'est une espece d'estrapade. Ce châtiment est rendu public par un coup de canon qu'on tire, pour avertir tous ceux de l'escadre ou de la flotte d'en être les spectateurs.
Donner la grande cale, ou donner la cale par-dessous la quille, (Marine) c'est une sorte de punition qu'on pratique à la mer parmi les Hollandois. On mene le coupable au bord du vaisseau, & on y attache une corde, au milieu de laquelle il est lié par le milieu du corps, ou bien on amene la vergue sur le vibord ; & ayant mis le coupable sur le bout, on y attache la corde : autour de son corps on met quelque chose de pesant, ou bien on l'attache à ses piés. La corde est aussi longue qu'il faut pour passer sous la quille du vaisseau ; un des bouts en est tenu de l'autre côté par quelques-uns des plus forts matelots de l'équipage, & l'autre bout est celui qui est attaché au vibord ou à la vergue. Le coupable, à l'ordre qu'en donne le quartier-maître, étant jetté à la mer, ceux qui tiennent la corde à l'autre bord du vaisseau, la tirent le plus vîte qu'ils peuvent, desorte qu'il passe avec une grande rapidité dans l'eau sous la quille. On recommence même quelquefois, & on le jette autant de fois que la sentence le porte. Ce châtiment est rude & dangereux ; car le moindre défaut de diligence ou d'adresse de la part de ceux qui tirent la corde, ou quelqu'autre petit accident, peut être cause que celui qu'on tire, se rompe ou bras ou jambes, & même le cou : aussi l'on met ce châtiment au rang des peines capitales. (Z)
CALE (Marine) c'est un abri sur la côte. Voyez CALANGUE.
CALE se dit encore d'un terrein creusé d'une certaine longueur & largeur dans un chantier de construction, préparé en pente douce & s'étendant jusque dans la mer, pour tirer les vaisseaux à terre lorsqu'il est question de les radouber.
On a long-tems agité en France si les cales étoient plus avantageuses pour la construction que les formes ; mais les formes paroissent l'avoir emporté. Le principal inconvénient que l'on trouve dans les cales, c'est que le vaisseau est en danger de tomber sur le côté quand on le tire sur la cale, ou qu'on le remet à l'eau ; & quand le navire reste sur la cale, il ne peut être soûtenu que par les coittes, qui ne pouvant aller d'un bout à l'autre du vaisseau, à cause du relevement des façons de l'arriere & de l'avant, n'en soûtiennent qu'une partie, pendant que le devant & le derriere, qui ne sont soûtenus de rien, souffrent beaucoup. D'ailleurs la cale étant plus étroite que le vaisseau, on ne peut l'épontiller d'un bout à l'autre. Ces inconvéniens ne se rencontrent point dans la forme.
Pour qu'une cale soit dans sa perfection ; il faut que le fond en soit fort solide & extrèmement uni, conservant une pente douce & égale d'environ 6 à 8 lignes par pié ; desorte qu'elle devient extrèmement longue, & peut avoir environ 600 piés de long sur 25 à 30 piés de large. Il faut qu'elle s'étende sous l'eau, de façon qu'il y ait au moins 21 piés d'eau au bout, afin qu'un navire se puisse porter tout entier sur la cale, & que la quille touche d'un bout à l'autre dans le même moment ; car un vaisseau dont une partie touche & l'autre est à flot, souffre beaucoup. Pour rendre le fond de la cale solide, on le fait de grandes caisses maçonnées, qu'il faut avoir attention de poser de façon que le niveau de la pente soit bien conservé : la caisse du bout, qui est la plus avant sous l'eau, est fort difficile à enfoncer. On met sur ce fond un grillage de bois qu'on appelle échelle, qui sert à faire glisser le vaisseau, & y établir des coulisses pour le tirer droit & l'empêcher de varier. On se sert de plusieurs cabestans pour tirer le vaisseau sur la cale, & d'un bâtis de charpente qu'on appelle berceau. Il faut pour le service d'une cale, une échelle, trois berceaux, un pour les grands vaisseaux, un pour les moyens & un pour les petits, & plusieurs cabestans.
CALE, (Marine) ce mot se dit enfin d'un plomb dont on se sert pour faire enfoncer l'hameçon au fond de l'eau dans la pêche de la morue.
CALE, (Marine) terme de commandement qui se fait pour laisser tomber tout-d'un-coup ce que l'on tient suspendu. Cale-tout. (Z)
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| CALE-BAS | CARGUEBAS, CAL-BAS, CARQUE-BAS, s. m. (Marine) c'est un cordage qui sert à amener les vergues des pacfis : il est amarré par un bout au racage de l'un de ces pacfis, & par l'autre bout à un arganeau qui est au pié du mât ; & ce cordage est un palan simple.
CALEBAS, (Marine) c'est aussi un petit palan dont on se sert pour rider le grand étai. (Z)
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| CALEBASSE | cucurbita, s. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont les fleurs sont faites en forme de cloche ouverte, & pour l'ordinaire découpées de façon qu'elles paroissent être composées de cinq pétales. Les unes de ces fleurs sont stériles, & ne tiennent à aucun embryon ; les autres sont fécondes, & sont portées sur un embryon qui devient dans la suite un fruit cylindrique dans quelques especes, & fait en forme de flacon : dans d'autres ce fruit est ordinairement partagé en six loges remplies de semences applaties, oblongues, émoussées par les deux bouts, échancrées par le plus large. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
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| CALEBASSIER | CALEBASSIER
Un arbre d'Amérique dont on ne peut presque se passer dans aucune habitation, est le calebassier. Le lecteur en va juger tout-à-l'heure.
Ses caracteres. Sa fleur est d'une seule piece, faite en forme de cloche, & découpée en divers segmens. Du calice de la fleur s'éleve un pistil qui devient un gros fruit plein de chair, semblable à nos calebasses, revêtu d'une écorce dure & forte, & contenant plusieurs semences faites en coeur.
Description du calebassier. Cet arbre s'éleve à une grande hauteur dans les pays chauds de l'Amérique. Son tronc est tortueux, couvert d'une écorce grise, blanchâtre & raboteuse. Il est divisé en plusieurs branches composées d'autres plus petites, chargées de feuilles. Son bois est plus coriace que dur. Ses feuilles ont quatre, cinq, six pouces de longueur sur un pouce de largeur ; plus larges dans le milieu que par l'une ou l'autre de leurs extrémités ; épaisses, lisses, glabres, d'un verd clair en-dessous, plus obscures en-dessus : elles sont attachées le long des branches les unes après les autres. Ses fleurs qui croissent sur le tronc comme sur les branches, sont d'une seule piece en forme de cloche, approchant assez pour la figure à des roses sauvages écloses à moitié : elles sont longues d'un pouce & demi sur un pouce de largeur, pointillées sur leur surface, & d'une odeur désagréable. Les étamines sont blanches, & le calice de la fleur est verdâtre, à deux feuilles arrondies, du milieu desquelles s'éleve un pistil qui devient un fruit semblable aux calebasses & au potiron, de différente figure & grosseur, revêtu d'une écorce blanchâtre, dure, lisse, épaisse, forte, & renfermant plusieurs graines brunes.
Noms de son fruit. On nomme communément ce fruit macha-mona en Guinée, cuicte dans la Nouvelle-Espagne, & couï dans nos colonies françoises.
On connoît que les calebasses sont mûres, quand la queue qui les attache à l'arbre se flétrit & se noircit : pour lors on les détache de l'arbre. Si on veut s'en servir pour mettre de l'eau ou d'autres liqueurs, on fait près de la queue un trou d'une grandeur convenable, par lequel on jette de l'eau bouillante dans la calebasse pour macérer plus promtement la moëlle ou pulpe dont elle est remplie.
Usage de la coque de ce fruit. Après que cette pulpe est bien macérée, on introduit dans la calebasse un petit bâton, pour rompre entierement cette pulpe & la faire sortir : ensuite on y met encore de l'eau chaude avec du gros sable, que l'on remue fortement pour achever de détacher ce qui peut rester de la calebasse, & en polir le dedans. Quand les calebasses sont ainsi nettoyées & séchées, le vin & les autres liqueurs qu'on y met s'y conservent parfaitement, & ne contractent point de mauvais goût. Lorsqu'on veut séparer une calebasse en deux parties pour en faire deux couis, qui sont propres à une infinité d'usages, on l'environne avec une petite corde que l'on serre fortement à l'endroit où l'on veut couper la calebasse ; & de cette maniere on la separe en deux : mais il faut pour cela qu'elle ne soit ni trop seche, ni trop fraîchement cueillie. Etant ouverte, on la vuide facilement, on en gratte le dedans avec une coquille de moule ou autre, pour le polir.
Les Indiens polissent l'écorce du coui en-dedans & en-dehors, l'émaillent si agréablement avec du roucou, de l'indigo, & autres belles couleurs, que les délicats même peuvent boire & manger sans dégoût dans les divers vaisseaux qu'ils en forment. Ils dessinent & gravent sur la convexité, des compartimens & des grotesques à leur maniere. Ils remplissent les hachures de couleurs assorties ; & leurs desseins sont aussi justes qu'on peut l'attendre de gens qui ne se servent ni de regle, ni de compas. Il y a des curieux qui recherchent ces sortes d'ouvrages, & qui ne les estiment pas indignes d'une place entre les raretés de leurs cabinets.
Ces couis sont d'un usage très-diversifié ; & quoiqu'ils ne soient que de bois, on ne laisse pas que de les employer à y faire chauffer de l'eau. Lorsqu'ils sont rompus, leurs pieces servent à faire des cuillieres : on en fait des écumoires & des passoires, en les perçant avec un petit fer rouge. C'est la vaisselle ordinaire & la batterie de cuisine, tant des Caraïbes que de nos Negres. En un mot le calebassier fournit tout seul la plus grande partie des petits meubles du ménage des Indiens & des habitans étrangers qui demeurent aux îles.
Usages de la pulpe. Mais la pulpe de la calebasse leur est encore plus précieuse que la coque : c'est-là leur grande panacée pour une infinité de maladies ou d'accidens. Dans toute espece de brûlure, ils en font une espece de cataplasme, qu'ils appliquent sur la partie brûlée ou échaudée ; ils renouvellent de tems en tems ce cataplasme, & le maintiennent par un bandage : ils suivent la même méthode pour guérir les maux de tête causés par des coups de soleil. Ils cuisent cette pulpe, ou la macerent dans des cendres chaudes ; & du suc qu'elle fournit, ils en composent des lavemens pour la colique. Ils l'employent encore comme un préservatif contre tout accident dans les chûtes considérables : pour cet effet, ils vont cueillir une calebasse presque mûre, la cuisent sous des cendres chaudes, l'ouvrent ensuite, expriment le suc de la moëlle dans un vase, & le donnent à boire au malade. Ne nous moquons point ici de cette pratique ; cette boisson rafraîchissante vaut mieux en pareil cas que celle de l'infusion des herbes vulnéraires, que plusieurs de nos Médecins ordonnent, & que je trouve recommandée dans les Mémoires de l'Académie des Sciences.
Enfin les habitans de l'Amérique regardent la pulpe du coui comme souveraine pour arrêter les hémorrhagies causées par des blessures, pour prévenir des abcès, pour résoudre des tumeurs par contusion, pour empêcher les défaillances, &c. Les pauvres gens sont excusables de croire à ce prétendu remede : mais nos voyageurs Oviedo, Rochefort, du Tertre, Labat, & tant d'autres, ne se moquent-ils pas de nous quand ils nous vantent les merveilleux effets opérés par la moëlle de calebasse dans les derniers cas dont nous venons de parler ?
Culture du calebassier en Europe. Quoique la pulpe de calebasse ni sa coque ne nous touchent guere en Europe par le peu d'utilité que nous en pouvons tirer, nous avons cependant poussé la curiosité jusqu'à chercher à élever dans nos climats le calebassier d'Amérique, & nous y avons réussi. En voici la méthode enseignée par Miller, & que tout le monde ne connoît pas.
Il faut tenir cet arbre dans un endroit de la serre dont le degré de chaleur soit modéré, par le moyen du thermometre. Il sembleroit qu'étant originaire des pays chauds, il auroit besoin d'une très-forte chaleur : mais on a trouvé par expérience, que la chaleur tempérée lui est beaucoup plus avantageuse. Il demande une terre legere, sablonneuse, de fréquens arrosemens, & beaucoup d'air en été ; autrement il arrive que ses feuilles sont mangées d'insectes, ce qui la défigure étrangement & retarde sa pousse. Il n'y a d'autres moyens de prevenir ce mal ou d'y remédier, que de nettoyer soigneusement les feuilles avec une guenille de laine, de mettre l'arbre en été à un plus grand air, & en hyver dans un endroit plus frais.
On multipliera le calebassier en plantant pendant l'été de ses rejettons dans des pots garnis de bonne terre, & en plongeant ces pots dans un lit de tan d'une chaleur modérée, observant de les arroser & de les abriter pendant le chaud du jour, jusqu'à ce que les rejettons ayent pris racine. Les graines de cet arbre, si on les apporte fraîches dans le fruit même, viendront à merveille en les semant sur des couches chaudes, & en les cultivant comme des ananas. Le calebassier vient mieux de bouture que de graine, & porte bien plûtôt. On en transplante même en Amérique de très-grands & gros, d'un lieu à un autre, avec succès, sans qu'ils en reçoivent le moindre dommage.
De la calebasse d'herbe d'Amérique. Je n'entrerai dans aucun détail sur une autre espece de calebasse commune en Amérique, très-grosse, longue, qu'on seme chaque année, & que les François de nos îles nomment calebasse d'herbe. Ces sortes de calebasses ne sont autre chose que la gourde européenne, plante cucurbitacée dont la racine branchue périt toutes les années, & dont la graine a été portée de l'Europe dans le nouveau monde. Leur écorce ou coque est beaucoup plus épaisse que celle des calebasses d'arbres, mais beaucoup moins durable, parce qu'elle est molle & spongieuse : ce qui fait encore qu'elles contractent aisément un mauvais goût, & qu'elles gâtent ce qu'on y met.
Les curieux trouveront toutes sortes de détails sur le calebassier d'Amérique dans le recueil général des voyages, Oviedo, Marcgrave, du Tertre, Rochefort, Labat, Plumier, & Miller. Cet article est de M(D.J.)
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| CALEBE | ou KILBEG, (Géog.) petite ville d'Irlande dans la province d'Ulster, au comté de Dunnegal.
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| CALEÇONNIER | S. m. Les maitres Peaussiers-Teinturiers en cuir prennent la qualité de Caleçonniers, parce que leurs statuts leur donnent pouvoir de passer les cuirs propres à faire des caleçons, qu'ils peuvent aussi fabriquer & vendre dans leurs boutiques. Voyez PEAUSSIER.
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| CALECOULON | (Géog.) petit royaume d'Asie dans l'Inde, sur la côte de Malabar.
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| CALEDONIEN | (OCEAN) Géog. anc. & mod. c'est ainsi qu'on nomme quelquefois la mer qui environne l'Ecosse, qui est une partie de la mer du Nord : elle s'étend depuis le Nord de l'Ecosse jusqu'à la partie méridionale de l'Islande.
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| CALÉFACTION | S. f. terme de Pharmacie, qui se dit de l'action du feu qui cause de la chaleur, ou l'impulsion que les particules d'un corps chaud impriment sur d'autres corps à la ronde. Voyez CHALEUR.
Ce mot est particulierement usité en Pharmacie, où l'on distingue la caléfaction de la coction ; la caléfaction n'étant en usage que pour exprimer l'action du feu sur quelque liqueur, sans qu'on l'ait fait bouillir. Voyez COCTION & FEU. (N)
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| CALEMAR | S. m. se dit, dans l'Ecriture, d'un vase de plomb ou de verre plein d'encre, qu'on a placé au milieu d'une éponge mouillée, dans un plateau de fayence ou de bois. On donne aussi le nom de calemar à un vaisseau de crystal, à peu-près de la forme d'un alambic, excepté que le bec de celui-ci tend en-bas, & celui-là en-haut. On l'appelle plus communément cornet à lampe.
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| CALEMBERG | (Géog.) principauté d'Allemagne dans la basse-Saxe, qui fait partie du duché de Brunswick : on l'appelle ordinairement le pays de Hanovre.
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| CALENCARDS | S. m. pl. (Commerce) toiles peintes qui viennent des Indes & de Perse : ce sont les plus estimées des indiennes.
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| CALENDARIS | (Myth.) surnom donné à Junon, à qui les calendes de chaque mois étoient consacrées, & qu'on honoroit dans ces jours par des sacrifices.
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| CALENDER-HERRE | ou FRERES DES CALENDES, (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on appelloit il y a quelques siecles, une société ou confrairie de laïques & d'ecclésiastiques, établie dans presque toutes les principales villes de l'Allemagne. Le nom de freres des Calendes leur fut donné, parce qu'ils s'assembloient le premier jour de chaque mois, que les Latins nomment calendae : chacun apportoit à ces assemblées de l'argent, qui étoit destiné à prier pour les morts, & à être employé en aumônes. Cette espece de société n'a plus lieu aujourd'hui.
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| CALENDERS | S. m. pl. (Hist. mod.) espece de derviches ou religieux mahométans, répandus surtout dans la Perse & dans les Indes ; ainsi nommés du Santon Calenderi, leur fondateur. C'est une secte d'Epicuriens qui s'adonnent aux plaisirs au-moins autant qu'aux exercices de la religion, & qui usant de toutes les commodités de la vie, pensent aussi bien honorer Dieu par-là que les autres sectes par leurs austérités ; en général, ils sont habillés simplement d'une tunique de plusieurs pieces, piquée comme des matelats. Quelques-uns ne se couvrent que d'une peau d'animal velue, & portent au lieu de ceinture un serpent de cuivre, que leurs maîtres ou docteurs leur donnent quand ils font profession, & qu'on regarde comme une marque de leur science. On les appelle abdals ou abdallas, c'est-à-dire en persan ou en arabe, gens consacrés à Dieu. Leur occupation est de prêcher dans les marchés & les places publiques ; de mêler dans leurs discours des imprécations contre Aboubekre, Omar, & Osman, que les Turcs honorent, & de tourner en ridicule les personnages que les Tartares Usbegs reverent comme des saints. Ils vivent d'aumônes ; font le métier de charlatans, même celui de voleurs, & sont très-adonnés à toutes sortes de vices : on craint autant leur entrée dans les maisons, que leur rencontre sur les grands chemins ; & les magistrats les obligent de se retirer dans des especes de chapelles bâties exprès proche des mosquées. Les Calenders ressemblent beaucoup aux Santons des Turcs. Voyez SANTON. (G)
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| CALENDES | S. f. pl. calendae, c'étoit dans la chronologie romaine, le premier jour de chaque mois. Voyez MOIS.
Ce mot est formé du latin calo, ou plûtôt du grec , j'appelle ou je proclame, parce qu'avant la publication des fastes romains, une des charges des pontifes étoit d'observer la nouvelle lune, & d'en donner connoissance au rex sacrificulus : alors, après avoir offert un sacrifice, le pontife ajournoit le peuple au capitole, & là il publioit à haute voix le nombre des calendes, ou quel jour seroient les nones ; ce qu'il faisoit en répetant cette formule, calo juro novellae, autant de fois qu'il y avoit de jours de calendes. C'est de-là qu'est venu le mot calendae, de calo, calare, appeller ou publier. C'est la raison qu'en donne Varron. Plutarque, & après lui Gaza, dérivent ce mot de clam, quia luna calendis clam sit ; mais cela paroît cherché trop loin : d'autres font venir ce nom de ce que le peuple étant assemblé ce jour-là, le pontife nommoit ou publioit les jours de fêtes qui devoient arriver dans le mois. Cette coûtume continua jusqu'à l'an de Rome 450, où Caius Flavius édile curule ordonna que l'on affichât les fastes ou le calendrier dans les places publiques, afin que tout le monde pût connoître la différence des tems & le retour des fêtes. Voyez FASTES.
Les calendes se comptoient à reculons, ou dans un ordre rétrograde : ainsi, par exemple, le premier de Mai étant les calendes de Mai, le dernier ou le trentieme d'Avril étoit le pridie calendas ou le second des calendes de Mai ; le vingt-neuf d'Avril, le troisieme des calendes, ou avant les calendes, & ainsi de suite en rétrogradant jusqu'au treizieme, où commençoient les ides que l'on comptoit pareillement en rétrogradant jusqu'au cinquieme qui étoit le commencement des nones ; elles se comptoient toûjours de même jusqu'au premier jour du mois, qui étoit les calendes d'Avril. Voyez NONES & IDES.
On a renfermé dans les vers suivans les regles du comput par calendes.
Prima dies mensis cujusque est dicta calendae ;
Sex Maius nonas, October, Julius & Mars
Quatuor at reliqui : dabit idus quilibet octo.
Inde dies reliquos omnes dic esse calendas,
Quos retro numerans dices à mense sequente.
Pour trouver le jour des calendes qui répondent à chaque jour du mois où l'on est, voyez combien il y a encore de jours du mois qui restent, & ajoûtez deux à ce nombre. Par exemple, supposons que l'on soit au vingt-deux d'Avril, c'est donc le 10e des calendes de Mai : car Avril a 30 jours ; & 22 ôtés de 30, donnent 8 pour reste, auquel ajoûtant 2, la somme est 10. La raison pour laquelle on ajoûte 2, c'est que le dernier du mois s'appelle secundo calendas, d'où il s'ensuit que le pénultieme ou le 29e doit s'appeller tertio calendas, l'antépenultieme ou le 28e quarto calendas, & ainsi de suite. Or si de 30 on ôte 29, il reste 1, auquel par conséquent il faut ajoûter 2 pour avoir le tertio calendas : de même si de 30 on ôte 28, il reste 2 auquel il faut ajoûter 2 pour avoir le quarto calendas, &c.
Les auteurs romains ne savent pas trop eux-mêmes la raison de cette maniere absurde & bizarre de compter les jours du mois, néanmoins on s'en sert encore aujourd'hui dans la chancellerie romaine ; & quelques auteurs, par une affectation frivole d'érudition, la préferent à la méthode commune qui est bien plus naturelle & plus aisée. Voyez AN, NONES, JOUR, IDES.
Cette maniere de compter par calendes étoit si particuliere aux Romains, qu'elle a donné lieu à une espece de proverbe encore en usage aujourd'hui : on dit qu'on fera une chose aux calendes greques, pour dire qu'on ne la fera jamais, parce que les Grecs ne comptoient point par calendes. Chambers.
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| CALENDRE | S. m. machine qui sert à tabiser & à moirer certaines étoffes, & à cacher les défauts des toiles & de quelques autres étoffes. Cette machine qu'on voit fig. 2. Pl. XI. des manufactures en soie, est composée de deux montans AB, ab, fixés en Aa, dans un bâtis de gros bois de charpente, ou dans un massif de pierre C D c d, ce massif est couvert d'un grand bloc de marbre E A F e a f qui embrasse par chacun de ses bouts un des montans, & descend ensuite en plans inclinés : les deux plans inclinés sont séparés par une grande surface plane : ce marbre s'appelle la table inférieure de la calendre : sa partie plane H h est garnie d'une plaque de cuivre d'un pouce d'épaisseur ; les montans A B, a b, sont ouverts selon la longueur de la calendre, chacun de deux ouvertures i i, k k ; I I, K K. Les trois ouvertures k k, K K, I I, sont chacune garnies d'une poulie ; les montans sont encore consolidés par une traverse B b : on remarque à celui qui est marqué A B, un boulon percé dans son milieu, & tenu par deux pitons cloüés sur les côtés du montant. On voit sur la table deux rouleaux L, l, & sur ces rouleaux une forte piece de bois O M N n o p, dont la surface inférieure M N n m, imite celle de la table ; ses extrémités M N, m n, sont coupées en plans inclinés, & sa partie N d est plate & garnie pareillement d'une table de cuivre d'un pouce au moins d'épaisseur ; à chaque extrémité de cette piece de bois, sur le milieu, est assemblé perpendiculairement un montant O P, o p ; chacun de ces montans O P, o p, est percé de deux ouvertures, selon la longueur de la calendre, q q, r r, Q Q, R R ; & il y a dans chacune de ces quatre ouvertures une poulie ; les extrémités supérieures des montans O P, o p, sont consolidées & soûtenues par une forte barre de fer P p qui les traverse. Sur le bois O M N n m o est assis un massif de pierre de taille u s t V S T du plus grand poids. A l'une des extrémités de la calendre est un plancher A B C D. Sur le milieu de ce plancher est arrêté une espece de treuil ou tourniquet F G H E, à la partie supérieure duquel, au-dessous du tambour, est adapté un levier ou bras ou aisselier I K, qui porte à son extrémité K un bout de traverse armé de deux pitons ou anneaux L L. Une corde attachée au boulon x passe sous la poulie Q Q, revient dessus la même poulie, passe sous la poulie I I, revient dessus la même poulie, passe sous la poulie R R, revient dessus la même poulie, passe sous la poulie K K, revient dessus la même poulie, & se rend sur le tambour supérieur G du tourniquet F E. Une corde fixée à la broche y passe dessous la poulie r r, revient dessous la même poulie, passe dessus la poulie k k, revient dessous la même poulie, passe dessus la poulie q q, revient dessous la même poulie, traverse le montant a b par l'ouverture i i, & se rend sur le tambour inférieur H du tourniquet F E, sous le plancher A B C D. La corde x & la corde y s'enveloppent sur leurs tambours, chacune en sens contraire. Si donc on attelle un cheval au bras I K, & qu'il fasse envelopper la corde x G sur le tambour G ; la masse M N n m & tout son équipage avancera dans la direction m M, & à mesure que la corde x G s'enveloppera sur le tambour G, la corde y H se developpera de dessus le tambour H. Si la corde x G se développe de dessus son tambour G, la corde y H s'enveloppera sur le sien, & la masse M N n m & tout son équipage reviendra dans la place M n. On a donc par ce méchanisme le moyen de faire aller & venir la masse M N n m & toute sa charge ; & cette machine est ce qu'on appelle une calendre.
L'usage de cette machine est, comme nous avons dit, de tabiser & de moirer, on entend par moirer, tracer sur une étoffe ces sillons de lustre qui semblent se succéder comme des ondes qu'on remarque sur certaines étoffes de soie & autres, & qui s'y conservent plus ou moins de tems ; & il n'y a de différence entre tabiser & moirer, que celle qui est occasionnée par la grosseur du grain de l'étoffe ; c'est-à-dire que dans le tabis, le grain de l'étoffe n'étant pas considérable, les ondes se remarquent moins que dans le moiré où le grain de l'étoffe est plus considérable. L'opération de la calendre n'est pas entierement la même pour toutes les étoffes, & l'on ne moire pas précisément comme l'on tabise : pour moirer on prend un coutil, & un rouleau L ou l, comme on le voit sous la calendre ; on fait faire au coutil un tour sur le rouleau ; on plie l'étoffe à moirer en deux selon sa longueur, ensorte que la lisiere se trouve sur la lisiere. Puis on la met en zig-zag, ensorte que l'étendue de chaque zig-zag soit à-peu-près celle du rouleau, & que chaque pli couvre en partie celui qui le précede, & soit couvert en partie par celui qui le suit, comme on voit même Pl. fig. 2. A B est le rouleau ; 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, &c. sont les zig-zags de l'étoffe. On enveloppe l'étoffe ainsi pliée en zig-zag sur le rouleau, observant de serrer chaque tour à force de bras, les uns contre les autres, par le moyen du coutil ; & l'on continue de plier en zig-zag, & d'envelopper jusqu'à la fin de la piece. On ne met guere sur un rouleau plus de trente à trente-cinq aunes de gros grain, comme moire, cannelé, & autres semblables, & guere plus de cinquante aunes, si c'est un petit grain ; le coutil qui enveloppe n'en a pas plus de six, sur trois quarts de large. On appelle fourreau, cette enveloppe de coutil qui suit tous les tours de l'étoffe en zig-zag sur le rouleau. Il faut observer quand on roule la piece à moirer de mettre la lisiere en face de soi, & de mouiller la tête du fourreau, afin d'arrêter l'étoffe & le fourreau sur le rouleau.
Lorsque le rouleau est ainsi chargé, on le fait passer sous la calendre, & on lui en donne vingt-cinq tours. On entend par un tour une allée & une venue, c'est-à-dire qu'on fait aller & venir la masse M N n m avec sa charge vingt-cinq fois. On retire ensuite le rouleau, on déroule l'étoffe, puis on la remet en zig-zag, mais de maniere que les parties de l'étoffe, qui faisoient l'extrémité des premiers zigzags, fassent le milieu de ceux-ci. Cela fait, on la remet sous la calendre, & on lui donne encore quinze tours, après lesquels on retire le rouleau, on développe l'étoffe, & on la dresse : la dresser, c'est la mettre en plis égaux d'une demi-aune, mais non pas en zig-zag, sans toutefois l'ouvrir ; quand elle est dressée, on la presse à chaud. La presse des Calendriers n'a rien de particulier : on a des plaques de fer chaud de la grandeur de l'étoffe pliée ; on met une plaque de fer chaud tiede, on la couvre d'une feuille de carton ; on met l'étoffe pliée sur ce carton ; on met une autre plaque de fer chaud sur l'étoffe avec une autre feuille de carton, & on serre le tout à force de bras. Cette précaution de presser à chaud l'étoffe moirée, fait tenir l'onde plus long-tems ; sans la presse, l'humidité agiroit tellement sur les ondes, qu'elle les effaceroit dans les envois qu'on fait au loin des étoffes moirées. On presse tous les draps à plaque chaude, excepté l'écarlate.
Il s'ensuit de ce qui précede, que la moire n'est ni un effet du travail de l'étoffe, ni un effet de la teinture ; que ce n'est autre chose que les différentes impressions des plis de l'étoffe sur elle-même ; ces plis appliqués sur l'étoffe par un poids immense, en écrasent le grain en zig-zag, & forment en entraînant le rouleau, ces ondes ou reflects de lumiere qui frappent si agréablement les yeux. Le massif de pierre u s t, V S T, est ordinairement de vingt-six à vingt-sept mille livres pesant : on le pousse à la calendre royale jusqu'à quarante mille.
Pour tabiser, on plie en deux, mais on ne fait point de zig-zag ; on se contente de bien rouler l'étoffe sur elle-même, & de bien serrer les tours les uns sur les autres. L'étoffe étant foible, si on la mettoit en zig-zag comme pour moirer, elle ne pourroit soûtenir l'impression des plis appliqués par le poids, sans s'érailler & même se déchirer. Quand on presse les étoffes tabisées, c'est à froid ; on observe seulement d'en séparer chaque lit par les planches.
Mais soit moire, soit tabis, les étoffes ne passent qu'une nuit sous la presse.
Les belsamines qui sont fil & soie se tabisent seulement. On ne met les damas sur fil à la calendre que pour les unir, leur donner plus d'oeil, les faire paroître serrés, & les allonger. L'allongement est de trois aunes sur quarante, selon toutefois que la chaîne a été plus ou moins tendue, & la trame plus ou moins frappée. Les étoffes de Paris, les satins sur coton, la papeline, s'étendent à la calendre : mais quand cette derniere est déroulée, elle se remet dans le même état : ce qui est commun à toutes les étoffes en laine. Il y a des camelots qui se moirent, mais c'est à force de calendre & de presse à feu. On calendre les toiles à carreaux & les toiles de coton ; les toiles de coton, pour les faire paroître serrées. Les toiles à carreaux s'étendent beaucoup & ne se remettent pas. La calendre écrase les fleurs des siamoises à fleurs & d'autres étoffes figurées, & les empêche d'avoir du relief. Les siamoises à raies sont exposées à un inconvénient sous la calendre, c'est de faire serpenter leurs raies. On donne à ces étoffes & aux toiles à carreaux, dix à douze tours, en deux reprises ; après les six premiers tours, elles se lâchent tellement sur le rouleau qu'il faut les resserrer. On donne plus ou moins de tours, selon que l'étoffe est plus ou moins dure. Les papelines ne se pressent point ; il faut les tenir roulées, afin qu'elles ne se retirent pas. On presse les toiles à carreaux, à coton ; mais on observe d'avoir des ais & de les rouler dessus ; autant de pieces, autant d'ais. Les siamoises & les toiles communes se pressent seulement, cueillies ou faudées, c'est-à-dire plis sur plis.
Il n'est permis qu'aux maîtres Teinturiers d'avoir des calendres. On paye la moire deux sous par aune ; les belsamines, un sou ; les tabis, six blancs ou deux sous ; les autres étoffes, à peine un liard ; les toiles communes, un liard.
Les rouleaux dont on se sert sont de charme ; ils ont trois piés huit pouces de long, y compris les pommes ou poignées, sur six à sept pouces de diametre. Ils servent tout au sortir des mains du tourneur ; ils ne sont pas tous également bons : les filamenteux & blancs sont préférables aux durs & roux. Ces premiers ne se paîtrissent ni ne se cassent. S'il arrive à un rouleau de s'écraser, il faut arrêter sur le champ la calendre ; sans cela, les fragmens du rouleau couperoient l'étoffe.
Quand les pieces ont peu d'aunage, on les calendre les unes sur les autres ; le moins qu'on en puisse calendrer à la fois, c'est douze ou quinze aunes, quand elles ne se doublent pas ; & sept à huit aunes, quand elles se doublent ou plient en deux. Toutes les étoffes ne se serrent pas sur le rouleau également bien. Quand on les apperçoit lâches, il faut les dérouler. Pour empêcher les pieces de se décharger les unes sur les autres, ou on les fait seules, ou on les sépare par des papiers blancs sur le même rouleau. Quand on a des rouleaux neufs, il est à propos de les faire travailler d'abord avec des pieces qui soient en largeur de toute la longueur de ces rouleaux. Il arrive d'en perdre jusqu'à vingt, trente, quarante en une semaine.
Lorsqu'on s'apperçoit qu'il se forme un bourlet à l'étoffe moite, ou qu'étant seche & la calendre glissant dessus, le rouleau se dérange, on le remet en place avec une mailloche ; ce qui s'appelle en terme de l'art, châtier le rouleau.
Mais la maniere dont on fait mouvoir la masse M N, n m, avec sa charge, n'est pas la seule qui soit en usage. Il y a des calendres ou la piece de bois M N, n m, est toute plate, comme on voit même Pl. fig. 3. La table inférieure est terminée à ses deux extrémités G g en plans inclinés ; il y a à la masse u s t, U S T, deux anneaux P p ; il passe dans ces deux anneaux deux crochets R r ; ces crochets sont attachés aux extrémités de deux cables, dont l'un se roule sur l'arbre X X ; quand l'autre se développe, on fait tourner l'arbre X X, par la grande roue Y Y, dans laquelle des hommes montent, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre ; ce qui fait aller & venir la masse M N, n m, avec sa charge & ses rouleaux L l qu'elle presse ; quand on veut retirer les rouleaux, on fait avancer la masse M N, n m, vers l'une des extrémités de la table G g, jusqu'à ce que la partie de cette masse, qui correspond à un des plans inclinés, étant plus lourde que l'autre, & l'emportant en haut, comme on voit dans la figure, elle n'appuie plus dessus le rouleau.
Il y a à Paris deux calendres royales, la grande & la petite ; la grande a sa table inférieure d'un marbre bien uni, & la supérieure d'une plaque de cuivre bien polie : la petite a les deux tables de fer ou d'acier bien poli ; au lieu que les calendres ordinaires des Teinturiers n'ont que des tables de bois.
Avant M. Colbert il n'y avoit point de calendre en France ; c'est à l'amour que ce grand ministre avoit pour les arts & pour les machines utiles, que nous devons les premieres calendres.
On prétend que la calendre à roue est meilleure que la calendre à cheval, parce qu'elle a le mouvement plus égal & plus uni ; reste à savoir si un peu d'irrégularité dans le mouvement est un desavantage, quand il s'agit de former des ondes sur une étoffe.
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| CALENDREUR | S. m. (Commerce) c'est ainsi qu'on appelle dans quelques manufactures, l'ouvrier qui met les étoffes sous la calendre.
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| CALENDRIER | S. m. (Hist. & Astron.) c'est une distribution de tems accommodée aux usages de la vie ; ou bien c'est une table ou un almanach qui contient l'ordre des jours, des semaines, des mois, des fêtes, &c. qui arrivent pendant le cours de l'année. Voyez TEMS, ANNEE, MOIS & FETE.
Il a été appellé calendrier, du mot calendae, que l'on écrivoit anciennement en gros caracteres au commencement de chaque mois. Voyez CALENDES.
Le calendrier romain, qui est encore en usage, doit son origine à Romulus : mais depuis il a subi différentes réformes. Ce législateur distribua le tems en différentes périodes, pour l'usage du peuple qui vivoit sous son gouvernement : mais comme il étoit beaucoup plus versé dans la guerre que dans les matieres astronomiques, il ne divisa l'année qu'en dix mois, qui étoient alternativement de trente-un & de trente jours : elle commençoit le premier de Mars ; & Romulus croyoit qu'au moyen de cette distribution l'année recommençoit toûjours au printems, s'imaginant que le soleil parcouroit toutes les saisons dans l'espace de trois cent quatre jours, au lieu qu'en effet il s'en falloit soixante-un jours que cette année ne s'accordât avec la vraie année solaire.
Le calendrier de Romulus fut réformé par Numa, qui y ajoûta deux mois de plus, Janvier & Février, qu'il plaça avant le mois de Mars. De plus Numa ordonna que le mois de Janvier auroit vingt-neuf jours, Février vingt-huit, & les autres mois alternativement trente-un & vingt-neuf, excepté Août & Septembre, qui en avoient vingt-neuf chacun ; de maniere que l'année de Numa consistoit en trois cent cinquante-cinq jours, & commençoit au premier de Janvier. Il s'en falloit dix jours par an, & quarante-un jours au bout de quatre ans, que cette année ne s'accordât avec le cours du soleil ; & l'année greque lunaire, qui étoit de trois cent cinquante-quatre jours, donnoit en quatre ans quarante-cinq jours d'erreur. Cependant Numa, à l'imitation des Grecs, aima mieux faire une intercalation de quarante-cinq jours, qu'il divisa en deux parties, intercalant un mois de vingt-deux jours à la fin de chaque deuxieme année, & à la fin de deux autres années suivantes un autre mois de vingt-trois jours. Il appella ce mois ainsi interposé, le macédonien ou le Février intercalaire.
On ne fut pas long-tems sans s'appercevoir du défaut de cette intercalation, & on y ordonna une réforme. Voyez AN.
Mais cette réforme étant mal observée par les pontifes auxquels Numa en confia le soin, occasionna de grands desordres dans la constitution de l'année.
César, en qualité de souverain pontife, tâcha d'y remédier. Dans cette vûe il s'adressa à Sosigenes, célebre astronome de son tems. Cet astronome trouva que la distribution du tems dans le calendrier ne pourroit jamais être établie sur un pié bien sûr, sans avoir auparavant observé avec beaucoup de soin le cours annuel du soleil ; & comme le cours annuel du soleil ne s'acheve qu'en trois cent soixante-cinq jours six heures, il réduisit l'année à ce même nombre de jours. L'année de cette correction du calendrier fut une année de confusion ; car on fut obligé, afin d'absorber l'erreur de soixante-sept jours dans laquelle on étoit tombé, & qui étoit cause de la confusion, d'ajoûter deux mois outre le macédonien, qui se trouvoit avoir lieu dans cette même année ; de maniere qu'elle fut composée de quinze mois, ou de quatre cent quarante-cinq jours. Cette réformation se fit l'an de Rome 708, quarante-deux ou quarante-trois ans avant J. C.
Le calendrier romain, que l'on appelle aussi calendrier julien, du nom de Jules César son réformateur, est disposé en périodes de quatre années. Les trois premieres années, qu'on appelle communes, ont trois cent soixante-cinq jours ; & la quatrieme, nommée bissextile, en a trois cent soixante-six, à cause des six heures qui, dans l'espace de quatre ans, composent un jour. Il s'en faut à la vérité quelque chose : en effet, après un espace de cent trente-quatre ans, il faut retrancher un jour intercalaire. Ce fut pour cette raison que le pape Grégoire XIII. suivant les conseils de Clavius & de Ciaconius, ordonna que la centieme année de chaque siecle ne seroit point bissextile, excepté celle de chaque quatrieme siecle ; c'est-à-dire que l'on feroit une soustraction de trois jours bissextiles dans l'espace de quatre siecles, à cause des onze minutes qui manquent dans les six heures dont la bissextile est composée. Voyez BISSEXTILE.
La réformation du calendrier, ou le nouveau style, ainsi qu'on l'appelle en Angleterre, commença le 4 Octobre 1582, où l'on retrancha tout-d'un-coup dix jours qui, faute d'avoir tenu compte des onze minutes, s'étoient introduits dans le comput depuis le concile de Nicée en 325 : ce concile avoit fixé l'équinoxe paschal au 21 de Mars.
Le calendrier Julien des Chrétiens est celui dans lequel les jours de la semaine sont déterminés par les lettres A, B, C, D, E, F, G, au moyen du cycle solaire ; & les nouvelles & pleines lunes, particulierement la pleine lune de Pâque, avec la fête de Pâque & les autres fêtes mobiles qui en dépendent, par celui des nombres d'or, disposés comme il faut dans tout l'espace de l'année julienne. Voyez NOMBRE D'OR & CYCLE SOLAIRE.
On suppose dans ce calendrier, que l'équinoxe du printems est fixé au vingt-unieme de Mars (V. EQUINOXE), & que le cycle de dix-neuf ans, ou les nombres d'or indiquent constamment les lieux des nouvelles & pleines lunes ; cependant l'une & l'autre de ces suppositions est erronée (voyez CYCLE) : aussi cette erreur fit naître une fort grande irrégularité dans le tems de la Pâque.
Pour démontrer cette erreur d'une maniere plus évidente, appliquons cette méthode de comput à l'année 1715, où l'équinoxe du printems tomboit au 20 de Mars, suivant le vieux style, & au 21, suivant le nouveau. La vraie pleine lune d'après l'équinoxe tomboit au 7 d'Avril ; ainsi c'étoit trois jours trop tard par rapport au cycle lunaire ou nombre d'or, qui donnoit cette année la pleine lune paschale le 10 d'Avril : or le 10 d'Avril se trouvant un dimanche, la Pâque doit être remise au 17, suivant la regle ; ainsi la Pâque qui devroit être le dixieme d'Avril, ne seroit que le dix-septieme. L'erreur consiste ici dans la post-position de la pleine lune : ce qui vient du défaut du cycle lunaire. Si la pleine lune eût tombé le onzieme de Mars, Pâque auroit tombé le treizieme du même mois ; ainsi l'erreur qui vient de l'anticipation de l'équinoxe, auroit excessivement augmenté celle qui procede de la post-position. Voyez METEMPTOSE.
Ces erreurs étoient si multipliées par la succession du tems, que Pâque n'avoit plus aucune régularité dans le calendrier. Ainsi le pape Grégoire XIII. en 1582 retrancha dix jours du mois d'Octobre, pour rétablir l'équinoxe dans sa vraie place, c'est-à-dire au vingt-unieme de Mars. Il introduisit de cette maniere la forme de l'année grégorienne, ordonnant que l'on prendroit toûjours l'équinoxe au vingt-unieme Mars. Ce pape déclara qu'on n'indiqueroit plus les nouvelles & pleines lunes par les nombres d'or, mais par les épactes. Voyez EPACTE. Cependant on suit encore aujourd'hui (en 1749) l'ancien calendrier en Angleterre, sans cette correction ; & c'est ce qui cause une différence de onze jours entre le comput des Anglois & celui de la plûpart des autres nations de l'Europe.
Le calendrier grégorien est donc celui qui détermine les nouvelles & pleines lunes, le tems de la Pâque, avec les fêtes mobiles qui en dépendent dans l'année grégorienne, par le moyen des épactes disposées dans les différens mois de l'année.
C'est pourquoi le calendrier grégorien est différent du calendrier julien, 1°. par la forme de l'année (voy. AN) ; 2°. par les épactes qui ont été substituées au lieu des nombres d'or : quant à leur usage & à leur disposition, voyez EPACTE.
Quoique le calendrier grégorien soit préférable au calendrier julien, il n'est pas cependant sans défaut : peut-être n'est-il pas possible, ainsi que le conjecturent Cassini & Tycho-Brahé, de porter ce comput à une justesse qui ne laisse rien à désirer ; car premierement l'intercalation grégorienne n'empêche pas que l'équinoxe n'arrive après le vingt-unieme de Mars : ce n'est quelquefois que le vingt-troisieme, & quelquefois l'équinoxe anticipe en tombant le dix-neuvieme ; la pleine lune qui tombe le vingtieme de Mars, est alors la vraie lune paschale : néanmoins dans le calendrier grégorien on ne la compte pas pour telle. D'un autre côté, dans ce calendrier on prend pour la lune paschale la pleine lune du vingt-deuxieme de Mars, qui cependant n'est point paschale lorsqu'elle tombe avant l'équinoxe : ainsi dans chacun de ces deux cas le calendrier grégorien induit en erreur. De plus, le comput par épactes étant fondé sur les lunes moyennes, qui peuvent néanmoins précéder ou suivre les vraies lunes de quelques heures, la pleine lune de Pâque peut tomber un samedi, lorsque l'épacte la met au dimanche ; & au contraire l'épacte peut mettre au samedi la pleine lune qui est le dimanche : d'où il suit que dans le premier cas la Pâque est célébrée huit jours plus tard qu'elle ne doit être ; dans le second cas elle est célébrée le vrai jour de la pleine lune, avec les Juifs & les hérétiques quarto-décimans, condamnés pour de bonnes raisons par le concile de Nicée ; ce qui est, dit M. Wolf, un inconvénient fort à craindre. Scaliger fait voir d'autres défauts dans le calendrier grégorien. C'est ce calendrier que suivent les Catholiques romains, & même la plûpart des Protestans. Voyez les articles EPACTE & PASQUE.
Le calendrier réformé ou corrigé, est celui où sans s'embarrasser de tout l'appareil des nombres d'or, des épactes, des lettres dominicales, on détermine l'équinoxe, avec la pleine lune de Pâque & les fêtes mobiles qui en dépendent, par les calculs astronomiques, suivant les tables rudolphines.
Ce calendrier fut introduit dans les états protestans d'Allemagne l'an 1700, où l'on retrancha tout-d'un-coup onze jours du mois de Février ; de maniere qu'en 1700 Février n'eût que dix-huit jours : par ce moyen le style corrigé revint à celui du calendrier grégorien. Les protestans d'Allemagne ont ainsi reçû pour un certain tems la forme de l'année grégorienne, jusqu'à ce que la quantité réelle de l'année tropique étant enfin déterminée par observation d'une maniere plus exacte, les Catholiques romains puissent convenir avec eux d'une forme plus exacte & plus commode.
Construction d'un calendrier ou d'un almanach. 1°. Calculez le lieu de la lune & du soleil pour chaque jour de l'année, ou bien prenez-les dans les éphémérides. Voyez SOLEIL & LUNE. 2°. Trouvez la lettre dominicale, & par son moyen divisez le calendrier en semaines. Voyez LETTRE DOMINICALE. 3°. Calculez le tems de la Pâque, & déterminez par-là les autres fêtes mobiles. Voyez PASQUE. 4°. Ecrivez aux jours marqués les fêtes immobiles, avec les noms des saints qu'on y célebre. 5°. Marquez à chaque jour le lieu du soleil & de la lune, avec leur lever & leur coucher ; la longueur du jour & de la nuit, le crépuscule & les aspects des planetes. 6°. Mettez aux endroits qui conviennent les principales phases de la lune. Voyez PHASE. Mettez-y aussi l'entrée du soleil dans les points cardinaux, c'est-à-dire dans les solstices & dans les équinoxes, avec le lever & le coucher des planetes, particulierement leur lever & leur coucher héliaque, & ceux des principales étoiles fixes. On trouvera les méthodes pour ces différens calculs, aux articles qui leur sont particuliers.
La durée des crépuscules, c'est-à-dire la fin de l'après-midi & le commencement du matin, avec le lever & le coucher du soleil, & la longueur des jours ; tout cela peut être transporté des calendriers d'une année dans ceux d'une autre, la différence étant trop petite dans chaque année, pour être de quelque considération dans l'usage civil.
Ainsi la construction d'un calendrier n'a rien en soi de fort difficile, pourvû que l'on ait sous la main des tables des mouvemens célestes. V. EPHEMERIDES.
Le calendrier gélaléen est une correction du calendrier persan ; elle fut faite par l'ordre du sultan Gélaleddan, la 467e année de l'hégire, & de J. C. 1089. La correction du calendrier ordonnée par ce sultan est telle, qu'elle donne fort exactement la grandeur de l'année. Voyez AN.
Dans le calendrier des Juifs il y a un cycle de dix-neuf années, commençant à une nouvelle lune que les Juifs feignent être arrivée un an avant la création. Cette nouvelle lune est appellée par eux molad tohu ; & dans le cycle de 19 années, qui sont des années lunaires, la 3e, la 6e, la 8e, la 11e, la 14e, la 17e, & la 19e, nt des années embolismiques de 383 jours 21 heures : les autres sont des années communes de 354 jours 8 heures.
Dans le calendrier des Mahométans il y a un cycle de 30 années, dans lequel les années 2, 5, 7, 10, 13, 15, 18, 21, 24, 26, 29, sont embolismiques ou de 355 jours ; les autres communes, ou de 354 jours.
Selon les Juifs, l'année de la création du monde est la 959e. de la période julienne, commençant au 7e d'Octobre ; & comme l'année de la naissance de J. C. est la 4714e de la période julienne, il s'ensuit que J. C. est né l'an 3761 de l'ere des Juifs : c'est pourquoi si on ajoûte 3761 à une année quelconque de l'ere chrétienne, on aura l'année Juive correspondante qui doit commencer en automne ; bien entendu qu'on regarde alors l'année juive comme une année solaire : & elle peut être regardée comme telle en effet à cause des années embolismiques, qui remettent à-peu-près de trois en trois ans le commencement de l'année juive avec celui de l'année solaire.
L'ere des Mahométans commence à l'an 622 de J. C. qui est l'année de l'hégire ; d'où il s'ensuit que si d'une année quelconque de l'ere chrétienne on ôte 621, le reste sera le nombre des années de J. C. écoulées depuis le commencement de l'ére mahométane. Or l'année julienne est de 365 jours 6 heures, & les années de l'hégire, qui sont des années lunaires, sont de 354 jours 8 heures 48'; d'où il s'ensuit que chaque année de l'hégire anticipe sur l'année julienne de 10 jours 21 heures 12'; & par conséquent 33 ans, de 359 jours 3 heures 36', c'est-à-dire d'une année, plus 4 jours 18 heures 48': donc si on divise par 33 le nombre trouvé des années juliennes écoulées depuis l'ere mahométane ; & qu'on ajoûte le quotient à ce nombre d'années, on aura le nombre des années mahométanes.
Il faut remarquer que le surplus des 4 jours 18 heures 48', doit former aussi une année au bout de plusieurs siecles, c'est-à-dire au bout d'environ 72 fois 33 ans ; mais cette correction ne regardera que nos descendans. Wolf, élém. de Chronol.
On se sert aussi du mot calendrier pour désigner le catalogue ou les fastes que l'on gardoit anciennement dans chaque église, & où étoient les saints que l'on y honoroit en général ou en particulier, avec les évêques de cette église, les martyrs, &c. Voyez SAINT, NECROLOGE, &c.
Il ne faut pas confondre les calendriers avec les martyrologes ; car chaque église avoit son calendrier particulier, au lieu que les martyrologes regardent toute l'Eglise en général : ils contiennent les martyrs & les confesseurs de toutes les églises. De tous les différens calendriers on en a formé un seul martyrologe, ensorte que les martyrologes sont postérieurs aux calendriers. Voyez MARTYROLOGE.
Il y a encore quelques-uns de ces calendriers qui existent, particulierement un de l'église de Rome fort ancien, qui fut fait vers le milieu du quatrieme siecle, il contenoit les fêtes des payens comme celles des chrétiens ; ces derniers étoient alors en assez petit nombre. Le pere Mabillon a fait imprimer aussi le calendrier de l'église de Carthage, qui fut fait vers l'an 483. Le calendrier de l'église d'Ethiopie, & celui des Cophtes, publiés par Ludolphe, paroissent avoir été faits après l'année 760. Le calendrier des Syriens imprimé par Genebrard, est fort imparfait ; celui des Moscovites, publié par le pere Papebrock, convient pour la plus grande partie avec celui des Grecs, publié par Genebrard. Le calendrier mis au jour par dom Dachery, sous le titre d'année solaire, ne differe en rien du calendrier de l'église d'Arras. Le calendrier que Beckius publia à Augsbourg en 1687, est selon toute apparence, celui de l'ancienne église d'Augsbourg, ou plutôt de Strasbourg, qui fut écrit vers la fin du dixieme siecle. Le calendrier Mosarabique, dont on fait encore usage dans les cinq églises de Tolede ; le calendrier Ambrosien de Milan, & ceux d'Angleterre, avant la réformation, ne contiennent rien que l'on ne trouve dans ceux des autres églises occidentales, c'est-à-dire les saints que l'on honore dans toutes ces églises en général, & les saints particuliers aux églises qui faisoient usage des ces calendriers. Chambers.
CALENDRIER PERPETUEL. On appelle ainsi une suite de calendriers relatifs aux différens jours où la fête de Pâque peut tomber ; & comme cette fête n'arrive jamais plûtard que le 25 Avril, ni plûtôt que le 22 Mars, le calendrier perpétuel est composé d'autant de calendriers particuliers, qu'il y a de jours depuis le 22 Mars inclusivement, jusqu'au 25 Avril inclusivement ; ce qui fait 35 calendriers.
On trouve un calendrier perpétuel fort utile & fort bien entendu, dans l'excellent ouvrage de l'art de vérifier les dates, par des religieux Bénédictins de la congrégation de S. Maur.
CALENDRIER RUSTIQUE, est le nom qu'on donne à un calendrier propre pour les gens de la campagne, dans lequel ils apprennent les tems où il faut semer, planter, tailler la vigne, &c. Ces sortes de calendriers sont ordinairement remplis de beaucoup de regles fausses, & fondées la plûpart sur les influences & les aspects de la Lune & des planetes. C'est pourquoi il est bon de distinguer avec soin les regles qui sont fondées sur des expériences exactes & réitérées, d'avec celles qui n'ont que le préjugé pour principe. (O)
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| CALENGE | S. f. (Jurisprudence) terme qui se trouve fréquemment dans les anciennes coûtumes, où il se prend tantôt pour débat ou contestation, tantôt pour accusation ou dénonciation judiciaire, &c. tantôt pour défi ou appel.
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| CALENGER | verbe formé de calenge, a les mêmes significations : en Normandie où il est encore en usage, il signifie barguigner. (H)
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| CALENTER | S. m. (Hist. mod.) les Perses nomment ainsi le thrésorier & receveur des finances d'une province ; il a la direction du domaine, fait la recette des deniers, & en rend compte au conseil ou au chan de la province. Voyez CHAN.
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| CALENTURE | S. f. (Médecine) espece de fievre accompagnée d'un délire subit, commune à ceux qui font des voyages de long cours dans des climats chauds, & sur-tout à ceux qui passent sous la ligne.
L'histoire suivante donnera une idée de cette maladie, & de la maniere de la traiter.
Un matelot âgé de trente à quarante ans, assez grand, mais fluet, fut attaqué d'une calenture si violente, que quatre de ses camarades suffisoient à peine pour le retenir : il s'écrioit de tems en tems qu'il vouloit aller dans les champs : il avoit la vûe égarée, furieuse ; son corps étoit dans une chaleur brûlante, & son pouls fort déréglé, sans aucune vibration distincte. Le chirurgien du vaisseau tâcha de le saigner : mais quoique la veine du bras fût assez ouverte, il n'en put jamais tirer une once de sang ; on lui ouvrit la veine du front avec aussi peu de succès ; on passa à la jugulaire, il en sortit deux onces de sang fleuri, après quoi il cessa de couler, quoique l'ouverture fût assez large ; on répéta les saignées, on en tiroit de trois ouvertures à la fois ; le sang couloit plus librement à mesure que les vaisseaux se vuidoient. Après une évacuation considérable, la fievre diminua de même que l'agitation ; le malade avoit la vûe moins égarée, il ne crioit plus ; le pouls devint plus régulier, la chaleur se modéra, & la fureur se ralentit, de façon qu'un seul homme suffisoit pour le contenir. On lui tira environ cinquante onces de sang par les trois ouvertures dont on a parlé : l'ayant fait coucher, on lui donna une once de sirop de diacode dans un verre d'eau d'orge ; après quoi il dormit fort tranquillement pendant quelques heures, & ne sentit en s'éveillant qu'une foiblesse qui venoit du sang qu'on lui avoit tiré, & un malaise par tout le corps produit apparemment par la violence des convulsions qu'il avoit eues, & des efforts qu'il avoit faits pour s'échapper.
Il est vraisemblable que quand les matelots sont attaqués de cette chaleur violente & de cette maladie, ce qui leur arrive ordinairement pendant la nuit, ils se levent, s'en vont sur le bord, & se jettent dans la mer, croyant aller dans les prés ; ce qui rend cette conjecture d'autant plus vraisemblable, c'est que dans la mer Méditerranée, il arrive souvent en été dans des tems chauds, que des gens de mer disparoissent sans qu'on sache ce qu'ils sont devenus ; ceux qui restent dans le bâtiment, pensent que tous ceux qui disparoissent ainsi se sont sauvés sans qu'on s'en soit apperçu. Quant à celui dont il est parlé ci-dessus, le medecin apprit d'un de ses camarades, qu'ayant soupçonné son dessein, il l'avoit saisi, comme il étoit sur le point de s'élancer dans l'eau, & qu'on l'avoit conservé par ce moyen. Si les calentures sont plus fréquentes pendant la nuit que pendant le jour, c'est qu'alors les bâtimens sont plus fermés & reçoivent moins d'air. Philosoph. transact. abr. vol. IV. par le docteur Olivier.
Le docteur Shaw veut qu'on traite cette maladie de la maniere suivante.
Il faut tâcher de procurer du repos : on donnera de l'eau d'orge avec du vin blanc ; on proscrira la biere, & toute liqueur spiritueuse, & on prescrira un régime foible & liquide. Le premier pas qu'on ait à faire dans la cure, c'est de saigner ; il arrive assez souvent que les vaisseaux sont pleins d'un sang si épais, qu'on est obligé d'en ouvrir plusieurs pour évacuer assez de sang ; la veine jugulaire est préférable à celle du bras. Huit ou dix heures après la saignée, on donnera l'émétique, on appliquera au cou un large épispastique, on reviendra à la saignée aussi-tôt qu'on le pourra ; le soir lorsque le malade sera prêt à reposer, on lui donnera un parégorique.
Si la maladie est suffisamment calmée, on ordonnera le purgatif doux qui suit.
Prenez feuilles de séné deux gros & demi, rhubarbe un demi-gros, sel de tartre un demi-scrupule, graine de coriandre broyée un scrupule ; faites infuser le tout dans suffisante quantité d'eau de fontaine ; & sur deux onces & demie de la liqueur passée, ajoûtez sirop solutif de rose six gros ; sirop de corne de cerf deux gros ; esprit de nitre dulcifié, sel volatil huileux, de chacun trente gouttes. Faites-en une potion que le malade prendra deux ou trois fois, selon que la maladie l'exigera, & en gardant un régime exact.
Voilà la maniere ordinaire de traiter la calenture. (N)
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| CALER | (terme d'Architecture) c'est arrêter la pose d'une pierre, mettre une cale de bois mince qui détermine la largeur du joint, pour la ficher ensuite avec facilité. (P)
CALER, v. n. (Marine) c'est enfoncer dans l'eau ; lorsqu'un vaisseau est trop chargé, cela le peut faire caler si bas dans l'eau, que sa batterie d'entre deux ponts est noyée.
CALER les voiles, (Marine) c'est amener ou abaisser les voiles avec les vergues, en les faisant glisser & descendre le long du mât. On dit à présent amener les voiles, & très-rarement caler les voiles. (Z)
CALER, v. act. (Plomberie) on dit caler des tuyaux, quand on en arrête la pose avec des pierres pour qu'ils ne s'affaissent pas, ce qui les feroit crever. (K)
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| CALESIAM | (Hist. nat. bot.) arbre qui croît dans les contrées du Malabar. Il est grand ; son bois est de couleur de pourpre obscur, uni & flexible ; ses fleurs croissent en grappes à l'extrémité de ses branches ; elles ressemblent assez à celles de la vigne : ses baies sont oblongues, rondes, plates, vertes, couvertes d'une écorce mince, pleines d'une pulpe insipide, contenant un noyau verd, oblong, plat, & portant une amande blanche & insipide. Outre ce fruit, qui est le vrai, il en porte un second à la chûte des feuilles, qui croît au tronc & aux branches ; il est plus gros que le fruit vrai, ridé, en forme de rein, couvert d'une écorce de couleur de verd d'eau, sous laquelle on trouve une pulpe dense. Ray croit que ce fruit bâtard n'est qu'une grosseur produite par la piquûre des insectes, qui cherchent dans cet arbre une retraite & de la nourriture. Il donne du fruit une fois l'an, depuis dix ans jusqu'à cinquante.
Son écorce pulvérisée & réduite en onguent avec le beurre, guérit le spasme cynique & les convulsions causées par les grandes douleurs ; le même remede s'employe avec succès dans les ulceres malins & calme les douleurs de la goutte ; le suc de l'écorce dissipe les aphthes & arrête la dyssenterie ; sa poudre avec celle de compulli purge & chasse les humeurs pituiteuses & atrabilaires.
On fait prendre une tasse de la décoction de l'écorce & des feuilles dans de l'eau, pour hâter l'accouchement.
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| CALETURE | (Géog.) forteresse de l'île de Ceylan, appartenante aux Hollandois. Longit. 97. 26. lat. 6. 38.
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| CALFAT | S. m. (Marine) on nomme ainsi un instrument de fer, ressemblant assez à un ciseau qui auroit la tête arrondie au lieu d'être emmanché dans un morceau de bois, qui sert au calfas, pour calfater un vaisseau. Il y a différens calfats destinés à différens usages.
Calfat à fret, c'est un instrument qui a le bout à demi-rond, & avec lequel on cherche autour des têtes de clous & des chevilles s'il n'y a point quelques ouvertures, afin d'y pousser des étoupes pour les boucher.
Calfat simple ; celui-ci est plus large que le précédent, & un peu coupant : on s'en sert pour faire entrer l'étoupe jusqu'au fond de la couture.
Calfat double ; il est rayé, & paroît comme double par le bout : on s'en sert à rabattre les coutures. (Z)
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| CALFATAGE | S. m. (Marine) c'est l'étoupe qui a été mise à force de la couture du vaisseau.
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| CALFATER | CALFADER, CALFEUTRER, v. act. (Marine) c'est boucher les fentes des jointures du bordage ou des membres d'un vaisseau, avec ce qui peut être propre à le tenir sain & étanché, ensorte qu'il ne puisse y entrer d'eau. On se sert pour cela de planches, de plaques de plomb, d'étoupes, & d'autres matieres.
Calfater, c'est pousser l'étoupe dans les coutures.
Calfater les sabords, c'est emplir d'étoupe le vuide du tour des sabords, ainsi que les coutures du vaisseau. On ne fait ce calfatage que très-rarement, & lorsqu'on est obligé de tenir long-tems la mer.
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| CALFATEUR | (Marine) Voyez CALFAT.
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| CALFATIN | S. m. (Marine) c'est le mousse qui sert de valet au calfateur.
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| CALFEUTRER | (Marine) V. CALFATER. (Z)
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| CALGIN | (Géog.) ville d'Afrique, dans l'Abyssinie, dans une contrée deserte.
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| CALI | (Géog.) ville de l'Amérique méridionale, au Popayan, sur le bord de la riviere Cauca. Long. 304. 30. lat. 3. 15.
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| CALIACA | (Géog.) ville & port d'Europe, dans la Bulgarie, sur la mer Noire, appartenante aux Turcs.
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| CALIBRE | S. m. (Arts méch.) ce mot a deux acceptions différentes ; il se prend ou pour le diametre d'un corps ; & en ce sens on dit, ces colonnes, ces fusils, &c. sont de même calibre, ou pour l'instrument qui sert à en mesurer les dimensions, & en ce sens les Serruriers, & presque tous les ouvriers en métaux, ont des calibres. Voyez les articles suivans.
* CALIBRE, pris dans le second sens, est un instrument ou de fer ou de bois, dont l'usage est différent, selon les différens ouvriers.
Les Maçons ont leur calibre ; c'est une planche sur le champ de laquelle on a découpé les différens membres d'architecture qu'ils veulent exécuter en plâtre aux entablemens des maisons, corniches des plafons, des appartemens, plintes, & ouvrages de maçonnerie qui se traînent. Ce calibre se monte sur un morceau de bois qu'ils appellent sabot. On a pratiqué sur le sabot, à sa partie du devant qui se doit traîner sur les regles, une rainure pour servir de guide au calibre.
CALIBRE des Serruriers ; les uns sont faits de fer plat battu en lame, & découpés comme ceux des maçons, suivant la forme & figure que l'on se propose de donner à la piece que l'on veut ou forger ou limer. Ce calibre a une queue, que le forgeron tient à sa main, pour le présenter sur le fer rouge quand il forge : Pour ceux dont on se sert en limant, ils sont figurés & terminés fort exactement ; on les applique sur la piece à limer, & avec une pointe d'acier on trace la figure & les contours du calibre, pour enlever avec la lime ce qui est au-delà du trait.
D'autres servent à mettre les fers droits ou contournés de largeur & d'épaisseur égales dans toute la longueur. Ces sortes de calibres sont des lames de fer battu mince, dans lesquelles on a fait des entailles suivant la largeur & l'épaisseur que l'on veut donner au fer. On fait glisser ce calibre sur le fer, & l'on forge jusqu'à ce qu'il puisse s'appliquer successivement sur toute la barre. Il est évident que ces sortes de calibres ne peuvent servir que pour un seul & même ouvrage.
Il y a d'autres calibres qu'on appelle calibres brisés ou à coulisse. Il y en a de plusieurs figures : les uns sont composés de quatre parties ; savoir, de la tige retournée en équerre par une de ses extrémités, qui forme une des ailes du calibre, & ouverte dans son milieu & dans toute sa longueur d'une entaille qui reçoit un bouton à vis, à tête & à collet quarré, qui glisse exactement dans l'entaille ; il est garni d'un écrou à oreille, & il traverse une coulisse qui embrasse entierement & exactement la largeur de la tige ; la partie de cette coulisse qui regarde l'aile de la tige pareillement conduite en équerre, forme une autre aile parallele en tout sens à l'aile de la tige ; desorte que ces deux ailes peuvent s'écarter plus ou moins l'une de l'autre, à la volonté de l'ouvrier, sans perdre leur parallélisme par le moyen de l'entaille & de la coulisse, & sont fixées à la distance que l'ouvrier veut par le moyen de l'écrou. On se sert de ce calibre pour dresser des pieces, & s'assurer si elles sont par-tout de grosseur & de largeur égales.
Il y en a d'autres qui ont le même usage, & dont la construction ne differe de la précédente, qu'en ce qu'une des deux ailes peut s'éloigner de l'autre par le moyen d'une vis de la longueur de la tige, qui traverse le talon de la tige, & passe dans un talon en écrou pratiqué au derriere de la coulisse mobile dans laquelle passe la tige que cette coulisse embrasse entierement ; quant à l'extrémité de la vis, elle est fixée au talon de l'autre aile, qui est pareillement à coulisse, mais immobile, par deux goupilles qui l'arrêtent sur le bout de la tige : le bout de la vis est reçu dans un petit chapeau fixé immobilement sur le talon de l'aile supérieure, desorte que cette vis, sans baisser ni descendre, tourne toûjours sur elle-même, & fait seulement monter & descendre la coulisse avec l'aile inférieure.
Un calibre portatif d'une troisieme construction, est composé d'une tige sur laquelle est fixée une aile, & sous laquelle se meuvent deux coulisses en ailes qui l'embrassent entierement, mais qu'on fixe à la distance qu'on veut de l'aile fixe, par le moyen de deux petites vis qui traversent la coulisse : par ce moyen on peut prendre deux mesures à la fois.
Le second qui est à vis en-dessous, est divisé pardessus en pouces, lignes, & demi-lignes ; ainsi on donne à la distance des ailes tel accroissement ou diminution qu'on veut, ce qui montre encore l'excès de dimensions d'une piece sur une autre.
Mais au premier calibre on met entre l'écrou & la coulisse une rondelle de cuivre, pour empêcher les deux fers de se ronger, & pour rendre le mouvement plus doux.
CALIBRE, terme d'Arquebusier ; les Arquebusiers se servent de diverses sortes d'outils, auxquels ils donnent le nom de calibre, dont les uns sont de bois, & les autres d'acier.
Les calibres de bois sont proprement les modeles, d'après lesquels ils font débiter ou débitent eux-mêmes les pieces de bois de noyer, de frêne, ou d'érable, dont ils font les fûts, sur lesquels ils montent les canons & les platines des armes qu'ils fabriquent. Ce ne sont que de simples planches très-minces, taillées de la figure du fût qu'on veut faire ; desorte qu'il y en a autant que de différentes especes d'armes, comme calibres de fusil, de mousquet, de pistolet, &c.
Les calibres d'acier pour l'Arquebuserie sont de deux sortes ; les uns doubles, & les autres simples. Les simples sont des especes de limes sans manche ni queue, percées de distance en distance par des trous de différens diametres. Ils servent à dresser & limer le dessous des vis. Ces calibres doubles ne different des simples, que parce qu'ils sont composés de deux limes posées l'une sur l'autre, & jointes par deux vis qui sont aux deux bouts, & avec lesquelles on les éloigne & on les rapproche à discrétion. La lime de dessous a de plus un manche aussi d'acier un peu recourbé en-dedans. Ces derniers calibres servent à roder, c'est-à-dire à tourner comme on fait au tour les noix des platines que l'on met entre deux.
CALIBRE, dans l'Artillerie, est l'ouverture de la piece de canon & de toutes les autres armes à feu, par où entrent & sortent le boulet & la balle. On dit, cette piece est d'un tel calibre : on le dit aussi d'un boulet ; l'instrument même dont on se sert pour prendre la grandeur de l'ouverture ou diametre d'une piece ou d'un mortier, s'appelle aussi calibre.
Cet instrument est fait en maniere de compas, mais ayant des branches courbes, afin de pouvoir aussi s'en servir pour calibrer & embrasser le boulet.
Quand il est entierement ouvert, il a la longueur d'un pié de roi, qui est de douze pouces, chaque pouce composé de douze lignes, entre les deux branches.
Sur l'une des branches sont gravés & divisés tous les calibres, tant des boulets que des pieces ; & au-dedans de la branche sont des crans qui répondent aux sections des calibres.
Et à l'autre branche est attachée une petite traverse ou languette, faite quelquefois en forme d'S, & quelquefois toute droite, que l'on arrête sur le cran opposé qui marque le calibre de la piece.
Le dehors des pointes sert à calibrer la piece ; & le dedans qui s'appelle talon, à calibrer les boulets. Voyez Pl. VII. de l'Art milit. fig. 3.
Il y a un autre moyen de calibrer les pieces. L'on a une regle bien divisée, & où sont gravés les calibres tant des pieces que des boulets, comme il se voit dans la Planche. Appliquez cette regle bien droit sur la bouche de la piece, rien de plus simple ; le calibre se trouve tout d'un coup : ou bien l'on prend un compas que l'on présente à la bouche de la piece ; on le rapporte ensuite sur la regle, & vous trouvez votre calibre.
Mais en cas qu'il ne se trouvât pas de regle divisée par calibre dans le lieu où vous serez, il faut prendre un pié de roi divisé par pouces & par lignes à l'une de ses extrémités.
Rapportez sur ce pié le compas, après que vous l'aurez retiré de la bouche de la piece où il faudra l'enfoncer un peu avant ; car il arrive souvent que des pieces se sont évasées & aggrandies par la bouche, où elles sont d'un plus fort calibre que n'est leur ame.
Vous compterez les pouces & les lignes que vous aurez trouvés pour l'ouverture de la bouche & de la volée de la piece, & vous aurez recours à la table que voici, pour en connoître le calibre : elle est très-exacte.
Calibre des pieces. La piece qui reçoit un boulet pesant une once poids de marc, a d'ouverture à sa bouche neuf lignes & cinq seiziemes de ligne.
Celle qui reçoit un boulet pesant deux onces, a d'ouverture à sa bouche onze lignes & trois quarts de ligne.
On va continuer suivant l'ordre.
La piece qui reçoit un boulet pesant 1 livre. qui fait 16 onces, a d'ouverture à sa bouche un pouce 11 lignes & demie.
Il est bon de remarquer qu'en l'année 1668, l'on rétablit le pié de roi conformément à la toise du châtelet de Paris ; c'est de ce pié rétabli que l'on s'est servi ici, & dont l'original aussi-bien que celui de la toise, se conserve à l'Observatoire royal de Paris. Il faut aussi remarquer que pour avoir le pié de roi bien exact, il faut avoir la toise du châtelet bien juste, & la diviser en six parties bien égales.
On a omis exprès quelques nombres, parce qu'il ne se trouve que peu ou point du tout de ces calibres rompus. Saint-Remy, mémoires d'artillerie.
CALIBRE, signifie, dans les Manufactures d'armes à feu, l'ouverture d'un fusil ou d'un pistolet par où entre & sort la balle : ainsi on dit, cette arme a trop de calibre. Voyez CANON de fusil.
CALIBRE, chez les Fontainiers, se dit de l'ouverture d'un tuyau, d'un corps de pompe, exprimée par leur diametre : ainsi on dit, tel tuyau a un demi-pié de calibre, c'est-à-dire de diametre. (K)
CALIBRE dans l'Horlogerie ; les Horlogers en ont de plusieurs especes : mais celui dont ils font le plus d'usage, est le calibre à pignon, fig. 57. Pl. XV. de l'Horlogerie. Il est composé de la vis V & des deux branches A B, A B, qui par leur ressort tendent toûjours à s'éloigner l'une de l'autre ; au moyen de cette vis on les approche à volonté. Les Horlogers s'en servent pour prendre la grosseur des pignons, & pour égaler leurs ailes. Voyez EGALER. (I)
CALIBRE, chez les Horlogers, signifie encore une plaque de laiton ou de carton, sur laquelle les grandeurs des roues & leurs situations respectives sont marquées. C'est en fait de machine la même chose qu'un plan en fait d'Architecture. Voyez la fig. 50. Pl. X. d'Horlogerie. C'est pourquoi l'Horloger dans la construction d'un calibre, doit avoir la même attention qu'un architecte dans celle d'un plan : celui-ci doit bien profiter du terrein, selon les lois de convenance & de la belle architecture ; de même l'autre doit profiter du peu d'espace qu'il a, pour disposer tout selon les lois de la méchanique.
Il seroit fort difficile de donner des regles générales pour la construction d'un calibre, parce que l'impossibilité où l'on est souvent de le faire de maniere qu'il réunisse tous les avantages possibles, fait que l'on est contraint d'en sacrifier certains à d'autres plus importans. Nous donnerons cependant ici le détail des regles que l'on doit observer ; & comme c'est particulierement dans les montres que se rencontrent les plus grandes difficultés, nous nous bornerons à ne parler que de leurs calibres, parce que l'application de nos principes aux calibres des pendules, sera facile à faire.
Une des premieres regles & des plus essentielles à observer, c'est que la disposition des roues, les unes par rapport aux autres, soit telle que les engrenages changent le moins qu'il est possible par l'usure des trous ; c'est-à-dire que la distance du centre d'une roue au centre du pignon dans lequel elle engrene, soit autant que faire se peut toûjours la même.
On en concevra facilement la nécessité, si l'on fait attention que l'action d'une roue sur un pignon pour le faire tourner, ne se fait point sans qu'il y ait du frottement sur les pivots de ce pignon : mais ce frottement ne peut se faire sans qu'il en résulte une usure dans les trous, qui se fait toûjours dans le sens de la pression de la roue ; & qui augmentant par conséquent sa distance au centre d'un pignon, diminue l'engrenage, & produit les inconvéniens dont il est parlé à l'article ENGRENAGE.
Pour remédier à ces inconvéniens, il faut que les roues depuis le barrillet jusqu'au balancier, (voyez la fig. 46.) agissent autant qu'on le peut, les unes sur les autres, ensorte que si la grande roue moyenne, par exemple, pousse le pignon de la petite roue moyenne 56 dans la direction di fig. 50. elle soit à son tour poussée par la grande roue dans la direction g c d'une certaine quantité, telle que par ce moyen sa distance entre le centre de cette roue & celui du pignon où elle engrene, ne change pas sensiblement.
La seconde regle, c'est que les roues & les pignons soient encore, autant qu'il est possible, dans le milieu de leurs tiges, ou à une égale distance de leurs pivots : par ce moyen on est plus à portée de mettre en usage la regle que nous venons de donner, & on évite un grand défaut ; c'est que lorsqu'un pignon est à l'extrémité de sa tige, il se fait un très-grand frottement sur le pivot qui est situé du même côté, ce qui en occasionne l'usure, de même que celle de son trou, & diminue beaucoup de la liberté du pignon. Il est même bon de remarquer que lorsqu'un pignon est à une des extrémités de sa tige, & que la roue qui est adaptée sur la même tige, est à l'autre, la premiere regle ne peut avoir lieu ; car quoique le pignon soit poussé par la roue qui le mene dans la direction nécessaire pour que l'engrenage de la roue qui est sur la même tige, se conserve toûjours la même avec le pignon dans lequel elle engrene, cette roue ne fait qu'éprouver une espece de bercement, à cause que la distance où elle se trouve du pignon, fait que, quelque mouvement de transport que celui-ci ait, la roue n'en éprouve qu'un très-petit.
La troisieme regle, mais qu'on ne peut guere mettre parfaitement en usage que dans les pendules & les horloges, est celle dont nous parlerons à l'article HORLOGE DE CLOCHER. Elle consiste à situer les roues, les unes par rapport aux autres, de façon que les pignons dans lesquels elles engrenent soient placés dans les points de leur circonférence, tels qu'il en résulte le moins de frottement possible sur les pignons de ces roues. Tout ceci étant plus détaillé à l'article HORLOGE DE CLOCHER, nous y renvoyons.
Enfin la force motrice dans les montres étant presque toûjours trop petite, on doit s'efforcer d'avoir de grands barillets, pour avoir par-là de plus grands ressorts. De plus, comme il y a toûjours beaucoup de frottement sur les pivots, on doit avoir pour principe de rendre toutes les roues, autant qu'il est possible, fort grandes, afin par-là de le diminuer. Une chose qui n'est pas moins importante, c'est de disposer le calibre de façon que le balancier puisse avoir une certaine grandeur. On en trouve la raison à l'article BALANCIER.
Pour terminer, il faut que le calibre d'une montre, d'une pendule, &c. soit tel qu'il en résulte tous les avantages qui peuvent naître de la disposition respective des roues ; telle que la montre en général éprouve le moins de frottement, & qu'elle subsiste le plus constamment qu'il est possible dans le même état. Voyez ROUE, PIGNON, ENGRENAGE, TIGE, TIGERON, BALANCIER, &c. (T)
CALIBRE se dit, en Marine, d'un modele qu'on fait pour la construction d'un vaisseau, & sur lequel on prend sa longueur, sa largeur & toutes ses proportions : c'est la même chose que gabarit. Voyez GABARIT. (Z)
CALIBRE, en terme d'Orfevre en tabatiere ; c'est un morceau de fer plat, large par un bout, & percé d'un seul trou. Il sert à dresser les charnons, après les y avoir fait entrer à force. Il faut que le calibre soit bien trempé, afin que la lime ne morde que sur le charnon. Voyez l'article TABATIERE.
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| CALIBRER | (Horlogerie) c'est prendre avec un calibre la grandeur ou l'épaisseur de quelque chose. Voyez CALIBRE. (T)
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| CALICE | S. m. (Théol.) coupe ou vaisseau qui sert à la messe pour la consécration du vin. Ce mot vient du grec ou , qui signifie un vase ou un verre.
Le vénérable Bede assûre que le calice dont se servit Jesus-Christ à la derniere cene, étoit un vase à deux anses, & contenoit une chopine ; & que ceux dont on s'est servi dans les commencemens, étoient de la même forme. Dans les premiers siecles les calices étoient de bois ; le pape Zéphyrin, ou selon d'autres, Urbain I. ordonna qu'on les fit d'or ou d'argent. Léon IV. défendit qu'on en fit d'étain ou de verre : & le concile de Calchut ou de Celcyth en Angleterre, fit aussi la même défense. Les calices des anciennes églises pesoient au moins trois marcs ; & l'on en voit dans les thresors & sacristies de plusieurs églises anciennes, d'un poids bien plus considérable. Il y en a même dont il est comme impossible qu'on se soit jamais servi, attendu leur volume, & qui paroissent n'être que des libéralités des princes. Horn. Lindan & Beatus Rhenanus attestent qu'ils ont vû en Allemagne quelques anciens calices auxquels on avoit ajusté avec beaucoup d'art un tuyau qui servoit aux laïcs pour recevoir l'Eucharistie sous l'espece du vin. (G)
CALICE, (Bot.) se dit de la partie qui enveloppe les feuilles ou pétales d'une fleur, laquelle est formée en coupe ou calice. (K)
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| CALICU | ou CALECUT, (Géog.) ville & royaume des Indes sur la côte de Malabar. La ville de ce nom est une des plus grandes de l'Inde. Le samorin ou roi du pays y fait sa résidence. On dit que lorsque ce prince se marie, les prêtres commencent par coucher avec sa femme ; & qu'ensuite il leur fait un présent, pour leur marquer sa reconnoissance de la faveur signalée qu'ils ont bien voulu lui faire : ce ne sont point ses enfans qui lui succedent, mais ceux de sa soeur. A l'exemple de leur souverain, les habitans de ce royaume ne font point difficulté de communiquer leurs femmes à leurs amis. Une femme peut avoir jusqu'à sept maris ; si elle devient grosse, elle adjuge l'enfant à qui bon lui semble, & on ne peut appeller de son jugement. Les habitans de Calicut croient un Dieu ; mais ils prétendent qu'il ne se mêle point du gouvernement de l'univers, & qu'il a laissé ce soin au diable, à qui conséquemment ils offrent des sacrifices. Il se fait un grand commerce à Calicut ; il consiste en poivre, gingembre, bois d'aloès, cannelle, & autres épiceries. La ville de Calicut est au dégré de long. 93. 10. lat. 11. 21.
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| CALIDUCS | S. m. (Physiq.) c'étoit une sorte de canaux disposés autrefois le long des murailles des maisons & des appartemens, & dont les anciens se servoient pour porter de la chaleur aux parties de leurs maisons les plus éloignées ; chaleur qui étoit fournie par un foyer ou par un fourneau commun. Voyez POELE, FEU, &c.
Ce mot est formé des mots latins calidus, chaud, & duco, je conduis. Chambers.
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| CALIENDRUM | (Hist. anc.) tour de cheveux que les femmes romaines ajoûtoient à leur chevelure naturelle, afin de donner plus de longueur à leurs tresses.
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| CALIFE | S. m. (Hist. mod.) titre que prirent les successeurs de Mahomet, dans le nouvel empire temporel & spirituel établi par ce législateur. Voyez l'article MAHOMETAN.
Ce mot est ordinairement arabe, khalifah, qui signifie proprement un successeur ou un héritier. Quelques-uns prétendent qu'il vient d'un verbe qui signifie non-seulement succéder, mais encore être en la place d'un autre en qualité d'héritier & de vicaire. C'est en ce sens selon Erpenius, que les empereurs & les grands-prêtres sarrasins étoient appellés califes, comme étant les vicaires ou les lieutenans de Dieu ; mais l'opinion la plus reçue est qu'ils prirent ce titre en qualité de successeurs de Mahomet.
Après la mort de Mahomet, Aboubekre ayant été élû par les Musulmans pour remplir sa place, il ne voulut point prendre d'autre titre que celui de khalifa ressoul Allah, c'est-à-dire vicaire du prophete ou messager de Dieu. Omar, qui succéda à Aboubekre, représenta au chef des Mahométans que s'il prenoit, à l'imitation du calife dernier mort, le titre de vicaire ou de successeur du prophete, par la suite des tems le mot vicaire seroit répété & multiplié sans fin : sur cette représentation & par l'avis de Mogairah, Omar prit le titre d'emir moumenin, c'est-à-dire le seigneur ou le prince des croyans. Depuis ce tems, tous les califes ou les successeurs légitimes de Mahomet ont consenti à porter ce nom. Ils ont encore retenu le titre de calife sans aucune addition.
Les premiers califes réunissoient donc en leurs personnes l'autorité temporelle & spirituelle, & étoient en même tems chefs de l'empire & du sacerdoce, comme avoient été les empereurs romains dans le Paganisme : aussi les princes mahométans recevoient-ils d'eux l'investiture de leurs états avec beaucoup de cérémonies religieuses, & ils décidoient des points de doctrine. Les califes successeurs de Mahomet ont régné dans la Syrie ; & on les divise en deux races, celle des Ommiades, & celle des Abassides : mais à mesure que les Sarrasins augmenterent leurs conquêtes, les califes se multiplierent, plusieurs de leurs souverains ayant pris ce titre : car outre celui de Syrie & de Babylone, qu'on nommoit encore le calife du Caire, on trouve dans les historiens des califes de Carvan, de Fez, d'Espagne, de Perse, de Cilicie, de Mésopotamie. Mais depuis que les Turcs se sont rendus maîtres de la plus grande partie des conquêtes des Sarrasins, le nom de calife a été aboli ; & la premiere dignité de la religion mahométane chez eux, est devenue celle de muphti. Voyez MUPHTI. (G.)
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| CALIFORNIE | (Géog.) grande presqu'île de l'Amérique septentrionale, au nord de la mer du sud, habitée par des sauvages qui adorent la lune : chaque famille y vit à son gré, sans être soumise à aucune forme de gouvernement. Les Espagnols y ont bâti un fort nommé Notre-Dame de Lorette.
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| CALIMNO | (Géogr.) île de l'Archipel, habitée par des Grecs.
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| CALINDA | (Hist. mod.) danse des Negres créols en Amérique, dans laquelle les danseurs & les danseuses sont rangés sur deux lignes en face les uns des autres ; ils ne font qu'avancer & reculer en cadence sans s'élever de terre, en faisant des contorsions du corps fort singulieres & des gestes fort lascifs, au son d'une espece de guittare & de quelques tambours sans timbre, que des Negres frappent du plat de la main. Le R. P. Labat prétend que les religieuses espagnoles de l'Amérique dansent le calinda par dévotion : & pourquoi non !
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| CALINGUE | CARLINGUE, CONTRE-QUILLE, voyez CARLINGUE.
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| CALIO | (Géog.) petite ville d'Asie dans la Natolie, avec un port sur la mer Noire.
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| CALIORNE | S. f. (Marine) La caliorne est un gros cordage passé dans deux mouffles à trois poulies, dont on se sert pour guinder & lever de gros fardeaux. On l'attache quelquefois à une poulie sous la hune de misene, & quelquefois au grand étai au-dessus de la grande écoutille. (Z)
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| CALIPPIQUE | période calippique, en Chronologie ; c'est une période de soixante-seize ans, après laquelle les nouvelles & pleines lunes moyennes revenoient au même jour de l'année solaire, selon Calippus, Athénien, inventeur de cette période. Voyez PERIODE.
Cent ans auparavant, Méton avoit inventé une période ou un cycle de 19 ans. Voyez CYCLE.
Il avoit formé ce cycle en prenant pour la quantité de l'année solaire 365 jours 6. h. 18' 56" 50''' 31"" 34"''' & le mois lunaire de 29 jours 12. h. 45' 47" 26''' 48"" 30"'''. Mais Calippus considérant que la quantité métonique de l'année solaire n'étoit pas exacte, multiplia par 4 la période de Méton, ce qui produisit une période de 76 ans, appellée calippique : c'est pourquoi la période calippique contient 27759 jours ; & comme le cycle lunaire contient 235 lunaisons, & que la période calippique est quadruple de ce cycle, il s'ensuit qu'elle contient 940 lunaisons.
Il est démontré cependant que la période calippique elle-même n'est point exacte ; qu'elle ne met point les nouvelles & pleines lunes précisément à leurs places, mais qu'elle les fait retarder de tout un jour dans l'espace de 225 ans. En effet, l'année solaire étant de 365 j. 6h. 49', & la période calippique de 76 ans, cette même période sera par conséquent de 27758 j. 10 h. 4'. Or la grandeur du mois lunaire étant de 29 j. 12 h. 44' 3" 11''', 940 mois lunaires font 27758 j. 19 h. 9' 52" 20''', & par conséquent surpassent 76 années solaires, de 8 h. 5' 52" 20'''; ainsi à chaque révolution de la période les pleines lunes & les nouvelles lunes anticipent de cet intervalle. Donc comme cet espace de tems fait environ un jour entier en 225 ans, il s'ensuit que les pleines & nouvelles lunes moyennes anticipent d'un jour dans cette période au bout de 225 ans ; & qu'ainsi la période calippique n'étant bonne que pour cet espace, est encore plus bornée que le cycle métonique de 19 ans, qui peut servir pendant un peu plus de 300 ans.
Au reste, Ptolémée se sert quelquefois de cette période. Calippus avoit supposé l'année solaire de 365 jours 6 h. & le mois lunaire de 29 j. 12 h. 44' 12" 48''', & par conséquent il avoit fait l'un & l'autre trop grand. Wolf, élém. de Chronol. (O)
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| CALI | ou CALIX, (Géog.) petite ville de Suede dans la Bothnie occidentale, sur une riviere de même nom qui a sa source dans la Laponie suédoise, & se jette dans le golfe de Bothnie.
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| CALIXTINS | S. m. pl. (Hist. eccl.) sectaires qui s'éleverent en Bohème au commencement du xv. siecle, & qui prirent ce nom parce qu'ils soûtenoient que l'usage du calice ou de la coupe étoit absolument nécessaire au peuple dans la réception de l'Eucharistie.
La doctrine des Calixtins consistoit d'abord en quatre articles ; le premier concernoit la coupe, les trois autres regardoient la correction des péchés publics & particuliers, qu'ils portoient à certains excès : la libre prédication de la parole de Dieu, qu'ils ne vouloient pas qu'on pût défendre à personne ; & les biens d'église, contre lesquels ils déclamoient. Ces quatre articles furent reglés dans le concile de Basle, d'une maniere dont les Calixtins furent contens, & la coupe leur fut accordée à certaines conditions dont ils convinrent : cet accord s'appella Compactatum, nom célebre dans l'histoire de Bohème. L'ambition de Roquesane leur chef en empêcha l'effet, & ils ont duré jusqu'au tems de Luther auquel ils se réunirent. Quoique depuis ce tems-là la secte des Calixtins ne soit pas nombreuse, il s'en trouve cependant quelques-uns répandus en Pologne. Boss. hist. des variat. liv. XI n°. 168. & 171. (G)
CALIXTINS est encore le nom qu'on donne à quelques Luthériens mitigés, qui suivent les opinions de George Calixte, théologien célébre parmi eux, qui mourut vers le milieu du XVIIe siecle. Il n'étoit pas du sentiment de S. Augustin sur la prédestination, la grace, le libre arbitre ; aussi ses disciples sont-ils regardés comme des Sémipélagiens. Calixte soûtenoit qu'il y avoit dans les hommes un certain pouvoir d'intelligence & de volonté, avec un degré suffisant de connoissance naturelle, & qu'en usant bien de ces facultés, Dieu ne manque pas de donner tous les moyens nécessaires pour arriver à la perfection dont la révélation nous montre le chemin. Outre cela il étoit fort tolérant, & ne témoignoit pas un respect aveugle pour les décisions de Luther ; ce qui n'a pas contribué à accréditer son système, ni à grossir le nombre de ses partisans. (G)
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| CALKA | (Géog.) royaume d'Asie dans la Tartarie, borné par la Sibérie, le royaume d'Eluth, &c.
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| CALLAF | (Hist. natur. botan.) arbrisseau fort bas, dont le bois est uni, la feuille semblable à celle du cerisier, dentelée par les bords, & placée à l'extrémité des branches qui sont droites, jaunes, & sans noeuds ; & les fleurs qui viennent avant les feuilles, en grand nombre, sont disposées à égale distance les unes des autres ; ce sont des petites spheres oblongues, cotonneuses, jaunes, ou d'un jaune blanchâtre, & d'une odeur agréable. On en prépare à Damas une eau excellente pour fortifier, d'une agréable odeur, si pénétrante, qu'elle suffit pour dissiper la défaillance. Les Maures s'en servent tant intérieurement qu'extérieurement dans les fievres ardentes & pestilentielles. Elle humecte & rafraîchit. On en tire des huiles qu'on employe à plusieurs usages. Prosper Alpin.
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| CALLAHUYA | (Géog.) province de l'Amérique méridionale au Pérou, très-fertile en mines d'or.
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| CALLAIS | S. f. (Hist. nat. Lith.) pierre qui imite le saphyr, excepté que sa couleur est plus claire, & ressemble à celle de l'eau de mer : on la trouve, à ce qu'il dit, dans les rochers escarpés & couverts de glace ; qu'elle a la forme de l'ail, & qu'elle y adhere légerement. Il paroît, ajoûte de Boot, que c'est l'aigue marine des modernes. Voyez AIGUE MARINE. Mais ce n'est pas l'avis de de Laet, qui dit que c'est la turquoise.
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| CALLAO | (Géog.) ville forte & considérable de l'Amérique méridionale, au Pérou, à deux lieues de Lima, avec un bon port qui a été ruiné en 1746 par un tremblement de terre. Long. 30. 1. lat. mérid. 12. 29. Voyez TREMBLEMENT DE TERRE.
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| CALLEADA | (Géog.) ville des Indes, sur la riviere de Septa, dans les états du Mogol.
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| CALLÉE | S. f. (Commerce) Cuirs de Caillé ; c'est ainsi qu'on appelle des excellens cuirs de Barbarie, que les Tagrains & les Andalous achetent, & dont ils rendent le commerce difficile, par le cas & les usages qu'ils en font.
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| CALLEN | (Géog.) ville d'Irlande, dans la province de Leinster, au comté de Kilkenny, sur une riviere de même nom.
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| CALLEUX | adjectif, (terme de Chirurgie) qui se dit en général de toutes sortes de duretés de la peau, de la chair & des os ; mais en particulier on donne cette épithete aux bords durs d'une plaie & d'un ulcere : tels que sont ceux des fistules, & des ulceres malins & carcinomateux. (Y)
CALLEUX, corps calleux (en Anatomie) est le nom qu'on a donné à la partie supérieure, ou à celle qui couvre les deux ventricules du cerveau, qui paroît immédiatement au-dessous de la faux, lorsqu'on l'a enlevée, & légerement écarté les deux hémispheres du cerveau. Elle est enfoncée au-dessous de toutes les circonvolutions du cerveau ; elle est formée par l'union des fibres médullaires de chaque côté. Ses fibres paroissent se rencontrer un peu obliquement sous une espece de raphé, que l'on remarque tout le long de la partie moyenne de la face supérieure ; de maniere que celles qui viennent du côté droit se croisent legerement avec celles qui viennent du côté gauche. Voyez SIEGE DE L'AME à l'article AME.
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| CALLIAR | (Géog.) petite ville de l'Inde, au royaume de Visapour.
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| CALLIGRAPHE | adj. pris subst. (Belles-Let.) écrivain copiste, qui mettoit autrefois au net ce qui avoit été écrit en notes par les Notaires ; ce qui revient à-peu-près à ce que nous exprimerions maintenant ainsi, celui qui fait la grosse d'une minute.
Ce mot est Grec, , composé de , beauté, & , j'écris, & signifie par conséquent scriptor elegans, écrivain qui a une belle main.
Autrefois on écrivoit la minute d'un acte, le brouillon ou le premier exemplaire d'un ouvrage, en notes, c'est-à-dire en abréviations, qui étoient une espece de chiffres. Telles sont les notes de Tiron dans Gruter ; c'étoit afin d'écrire plus vîte, & de pouvoir suivre celui qui dictoit. Ceux qui écrivoient ainsi en notes s'appelloient en latin Notaires, & en grec ; c'est-à-dire écrivains en notes, & gens qui écrivoient vîte. Mais parce que peu de gens connoissoient ces notes ou ces abréviations, d'autres écrivains, qui avoient la main bonne, & qui écrivoient bien & proprement, les copioient pour ceux qui en avoient besoin, ou pour les vendre ; & ceux-ci s'appelloient calligraphes, comme on le voit dans plusieurs auteurs anciens. Voyez SCRIBE, LIBRAIRE, NOTAIRE, &c. (G)
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| CALLIMUS | S. m. (Hist. nat. Litholog.) pierre ou caillou qui se trouve dans la pierre d'aigle. Sa couleur & sa dureté varient ; elle est quelquefois aussi transparente que le crystal : on trouve près de l'Elbe, une sorte de pierre d'aigle, qui contient un caillou blanc très-dur, dont la superficie est pleine de capsules, comme un rayon de miel. On lui attribue les mêmes qualités qu'à la pierre d'aigle. Voyez PIERRE D'AIGLE.
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| CALLIN | S. m. à la Monnoie, composition de plomb & d'étain, dont l'alliage & l'usage vient de la Chine.
C'est de cette espece de métal que plusieurs faux-monnoyeurs ont fabriqué des écus, en y ajoûtant ce qu'ils ont crû le plus propre à remplir leur dessein.
A la Chine, à la Cochinchine, au Japon, à Siam, on couvre les maisons de callin bas ou commun. On fait avec le callin moyen des boîtes de thé & autres vaisseaux semblables ; & du callin qu'ils appellent fin, on en fabrique des especes.
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| CALLIOPE | (Myth.) une des neuf Muses, ainsi appellée à cause de la douceur de sa voix ; elle préside à l'éloquence & à la poésie héroïque. On la représente le bras gauche chargé de guirlandes, & la main appuyée sur les oeuvres des premiers poëtes héroïques. On la donne pour mere à Orphée, & l'on dit qu'elle eut de Jupiter les deux Corybantes, & les Syrenes d'Acheloüs.
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| CALLISTE | ou CALLISTHES, (Myth.) fêtes instituées en l'honneur de Venus ; elles se célébroient dans l'île de Lesbos, & les femmes s'y disputoient le prix de la beauté.
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| CALLITRICHEN | (Hist. nat. Zoologie) nom qu'on donne à une espece de singes à longue queue, qui sont couverts de longs poils fort hérissés, & qui forment autour de leur tête une espece de capuchon.
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| CALLOSITÉ | S. f. (Chirurgie) chair blanchâtre, dure, & indolente, qui couvre les bords & les parois des anciennes plaies & des vieux ulceres, qui ont été négligés & mal traités. On détruit ordinairement les chairs calleuses par les escharotiques. Voyez ESCHAROTIQUE, CAUSTIQUE. L'épaississement de la lymphe dans ses vaisseaux est la cause premiere de la callosité. Le mauvais usage des bourdonnets donne souvent lieu aux callosités des ulceres. Voyez BOURDONNET. (Y)
CALLOSITE, en Jardinage, se dit d'une matiere calleuse qui se forme à la jointure ou à la reprise des pousses d'une jeune branche chaque année, ou aux insertions des racines. Voyez CALUS. (K)
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| CALLYNTERIES | S. f. pl. (Hist. anc.) fêtes célébrées par les Athéniens, dont il ne nous est parvenu que le nom.
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| CALMANDE | S. f. (Commerce) étoffe de laine d'un excellent user : elle se fabrique particulierement en Flandre. Il y en a de deux especes, des unies ou rayées, & des calmandes à fleurs. On fait entrer dans ces dernieres de la soie, & dans quelques autres du poil de chevre. Il n'y a rien de constant ni sur leur longueur ni sur leur largeur.
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| CALMANT | adj. (Medecine) sorte de remedes qui adoucissent les douleurs causées par des humeurs acres, ou par une distension trop violente des parties ; ils agissent par leur humidité & leurs parties mucilagineuses, qui se glissant entre les fibres, les humectent, les relâchent, & empâtent les molécules acides qui picotent & irritent les tuniques des vaisseaux. Ces remedes sont de plusieurs classes ; ils sont en général nommés sédatifs, parégoriques, adoucissans & émolliens.
C'est ainsi que les béchiques doux sont de vrais calmants dans la toux ; que la graine de lin, le nitre, la guimauve, & les autres diurétiques froids calment les ardeurs d'entrailles, des reins, de la vessie & des ureteres. L'opium est à ce titre le plus grand & le plus énergique de tous les calmans ; toutes ses préparations sont employées pour les mêmes indications. Toutes les plantes soporeuses de la classe des mandragores, des morelles, & des pavots, sont aussi calmantes. Voyez SEDATIF & DOULEUR. (N)
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| CALMA | ou CALEMAR, CORNET, loligo, s. m. (Hist. nat. Zoologie) animal du genre des animaux mous, mollia. M. Needham, de la société royale de Londres, nous en a donné la description dans ses nouvelles observations microscop. Voici ce que nous en avons tiré. Le calmar est assez ressemblant à la seche & au polype de mer, & il a comme eux, un réservoir plein d'une liqueur noire comme de l'encre : le corps est allongé ; la partie qui porte le nom d'os dans la seche n'est point dans le calmar ; il y a en place une substance élastique, fine, transparente, ressemblante à du talc, pliée suivant la longueur de son grand axe dans l'état naturel, & de la figure d'un ovale allongé, lorsqu'elle est étendue. Cette substance est placée immédiatement entre la partie intérieure du dos ou de l'étui de l'animal, & les intestins qu'elle renferme dans sa cavité. Le calmar a dix cornes ou bras rangés à égale distance les uns des autres, autour d'une levre disposée en cercle & ridée, qui renferme un bec composé de deux pieces de substance analogue à la corne, & de deux parties crochues emboîtées l'une dans l'autre, & mobiles de droite à gauche. L'ouverture qu'elles laissent entre elles, est perpendiculaire au plan qui passe par les deux yeux, qui sont placés de chaque côté de la tête assez près l'un de l'autre, & au-dessous de la racine des bras de l'animal. Ces bras ne sont pas tous de la même longueur ; il y en a deux qui sont aussi longs que l'animal, tandis que les autres sont beaucoup plus petits : la grosseur de ceux-ci diminue peu à peu depuis la racine jusqu'à l'extrémité qui est terminée en pointe ; leur côté intérieur est convexe, & garni de plusieurs rangées de petits suçoirs mobiles. Il y a sur le côté extérieur deux plans qui forment un angle en se réunissant : les deux bras les plus longs sont cylindriques, excepté à leur extrémité, qui a la même forme que les petits bras, & qui est garnie de suçoirs ; la substance de tous ces bras est assez semblable à celle des tendons des animaux, & fort élastique.
Chaque suçoir tient au bras de l'animal par un pédicule ; lorsqu'ils sont étendus ils ressemblent en quelque sorte au calice d'un gland : dans la contraction, le pédicule s'éleve conjointement avec une membrane fine, qui environne un anneau cartilagineux, garni de petits crochets ; ces crochets s'attachent à ce qu'ils touchent, & ensuite l'animal retire le pédicule & les crochets pour retenir sa proie. C'est par ce moyen que s'opere la suction qui est faite en même tems par plus de mille suçoirs différens ; on en a compté plus de cent à l'un des petits bras, & plus de cent vingt à l'extrémité des longs bras : mais leur nombre ne peut être déterminé au juste, parce qu'ils sont à peine sensibles à l'extrémité des petits bras. Le diametre des plus grands suçoirs dans un de seize pouces est de trois dixiemes de pouce, & leur profondeur est à-peu-près égale au diametre.
Il y a au-dedans de la cavité du bec une membrane garnie de neuf rangées de dents, qui en s'élargissant par le haut & en se contournant par le bas, forme en même tems une langue & un gosier. Le corps du calmar est un étui cartilagineux, garni de deux nageoires ; il y a immédiatement au-dessous du bec un conduit ou canal en forme d'entonnoir ouvert par les deux bouts, qui donne issue à une liqueur noire, qui trouble l'eau lorsque l'animal la répand : cette liqueur étant exposée à l'air, se condense & devient une substance dure & fragile comme du charbon ; & ensuite elle peut se dissoudre dans l'eau. Vers le milieu de Décembre, M. Needham remarqua près de la racine du réservoir, qui renferme la liqueur noire, deux sacs membraneux d'une figure ovale, d'un quart de pouce de diametre ; ils étoient remplis d'une matiere gluante où étoit contenu le frai de l'animal. A la vûe simple on n'y distinguoit que des petites taches d'une belle couleur de cramoisi : mais à l'aide du microscope on voyoit des oeufs très-différens les uns des autres, pour la grandeur & pour la figure : les deux côtés du canal par où passe la liqueur noire sont soûtenus & écartés l'un de l'autre par deux cartilages paralleles & cylindriques. On voit au-dessus du cartilage gauche deux tuyaux fortement adhérens l'un à l'autre, quoique leurs cavités soient séparées : peut-être servent-ils de conduit au frai lorsqu'il sort ; au moins il est certain qu'il y a dans le corps du calmar mâle, deux vaisseaux de la même nature & situés de la même maniere, par lesquels l'animal fait sortir sa laite.
Ce fut au milieu de Décembre que M. Needham découvrit, pour la premiere fois, quelqu'apparence de la laite & des vésicules qui la renferment ; avant ce tems il n'avoit trouvé aucun vestige de semence dans les mâles, ni de frai dans les femelles. Les deux conduits de la semence étoient bien visibles : mais ils ne se terminoient point en un long réservoir ovale, étendu parallelement à l'estomac, & occupant plus de la moitié de la longueur de l'animal ; ces parties se forment & accroissent à mesure que la semence approche de son degré de maturité. Les vaisseaux qui la contiennent sont rangés par paquets, plus ou moins éloignés des conduits déférens.
" L'étui extérieur est transparent, cartilagineux, & élastique ; son extrémité supérieure est terminée par une tête arrondie, qui n'est autre chose que le sommet même de l'étui, contourné de façon qu'il ferme l'ouverture, par où l'appareil intérieur s'échappe dans le tems de son action.
Au-dedans est renfermé un tube transparent, qui est elastique en tous sens, comme il est aisé de s'en convaincre par les phénomenes qu'il offre ; ce tube fait effort pour passer par les ouvertures qu'il trouve : quoiqu'il ne soit pas par-tout également visible, diverses expériences prouvent cependant qu'il renferme la vis, le suçoir, le barillet & la substance spongieuse qui s'imbibe de la semence. La vis en occupe le haut & fait sortir en-deçà de sa partie supérieure, deux petits ligamens par lesquels elle est adhérente, aussi-bien que tout le reste de l'appareil, auquel elle est jointe, au sommet de l'étui extérieur. Le suçoir & le barillet sont placés au milieu de ce tube ; la substance spongieuse dilate sa partie inférieure, & est jointe au barillet par une espece de ligament.
Plusieurs de ces vaisseaux parvenus à leur maturité, & débarrassés de cette matiere gluante qui les environne pendant qu'ils sont dans le réservoir de la laite, agissent dans le moment qu'ils sont en plein air ; & peut-être que la legere pression qu'ils souffrent en sortant, suffit pour les déterminer à cela : cependant la plûpart peuvent être placés commodément pour être vûs au microscope, avant que leur action commence ; & même pour qu'elle s'exécute, il faut humecter avec une goutte d'eau l'extremité supérieure de l'étui extérieur, qui commence alors à se développer, pendant que les deux petits ligamens qui sortent hors de l'étui se contournent & s'entortillent en différentes façons ; en même tems la vis monte lentement, les volutes qui sont à son bout supérieur se rapprochent & agissent contre le sommet de l'étui. Cependant celles qui sont plus bas arrivent aussi & semblent être continuellement suivies par d'autres qui sortent du piston. M. Needham dit qu'elles semblent être suivies, parce qu'il ne croit pas qu'elles le soient en effet ; ce n'est qu'une simple apparence produite par la nature du mouvement de la vis. Le suçoir & le barillet se meuvent aussi suivant la même direction ; & la partie inférieure qui contient la semence s'étend en longueur, & se meut en même tems vers le haut de l'étui : ce qu'on remarque par le vuide qu'elle laisse au fond. Dès que la vis avec le tube dans lequel elle est renfermée, commence à paroître hors de l'étui, elle se plie, parce qu'elle est retenue par ses deux ligamens, & cependant tout l'appareil intérieur continue à se mouvoir, lentement & par degrés, jusqu'à ce que la vis, le suçoir & le barillet soient entierement sortis. Quand cela est fait, tout le reste saute dehors en un moment ; le suçoir se sépare du barillet, le ligament apparent qui est au-dessous de ce dernier, se gonfle & acquiert un diametre égal à celui de la partie spongieuse qui le suit. Celle-ci, quoique beaucoup plus large que dans l'étui, devient encore cinq fois plus longue qu'auparavant ; le tube qui renferme le tout s'étrécit dans son milieu, & forme ainsi deux especes de noeuds distans environ d'un tiers de sa longueur, de chacune de ses extrémités ; ensuite la semence s'écoule par le barillet, & elle est composée de petits globules opaques, qui nagent dans une matiere sereuse, sans donner aucun signe de vie, & qui sont précisément tels qu'on les a vûs, quand ils étoient répandus dans le réservoir de la semence. La partie comprise entre les deux noeuds paroît être frangée ; quand on l'examine avec attention, on trouve que ce qui la fait paroître telle, c'est que la substance spongieuse, qui est en-dedans du tube, est rompue & séparée en paralleles à-peu-près égaux.
Quelquefois il arrive que la vis & le tube se rompent précisément au-dessus du suçoir, lequel reste dans le barillet ; alors le tube se ferme en un moment, & prend une figure conique, en se contractant autant qu'il est possible par-dessus l'extrémité de la vis, ce qui démontre qu'il est très-élastique en cet endroit, & la maniere dont il s'accommode à la figure de la substance qu'il renferme, lorsque celle-ci souffre le moindre changement, prouve qu'il l'est également par-tout ailleurs ".
On sait par les fragmens d'alimens que l'on a trouvés dans l'estomac du calmar, qu'il se nourrit d'animaux, & entre autres de pélamides & de melettes, qui sont de petits poissons, dont il y a grand nombre dans les bas-fonds, près de l'embouchure du Tage. Voyez les nouvelles observations microscopiques.
On a distingué deux sortes de calmars, le grand & le petit, celui-ci est aussi appellé casseron ; il differe de l'autre en ce qu'il est plus petit, & que l'extrémité de son corps est plus pointue.
Le nom du calmar vient de la ressemblance qu'on lui a trouvée avec un encrier, sur tout pour la liqueur noire qui est dans le corps de l'animal, & que l'on prendroit pour de l'encre. Rondelet. (l)
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| CALMAR | (Géog.) grande ville fortifiée de Suede, dans la province de Smaland, avec un port sur la mer Baltique, sur le détroit auquel on donne le nom de Calmar-Sund. Long. 34. 33. lat. 56. 48.
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| CALME | S. m. (Marine) c'est une cessation entiere du vent : on dit sur mer calme tout plat, pour dire qu'il ne fait point du tout de vent. Quelques-uns prétendent que le grand calme est un présage d'une prochaine tempête. On dit mer calme.
Etre pris du calme, c'est demeurer sans aucun vent, ensorte qu'on ne peut plus gouverner.
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| CALMENDA | (Géog.) ville du royaume de Portugal, peu éloignée de Brague.
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| CALMER | appaiser la tempête ; il commence à calmer, se dit à la mer, calmer, devenir calme, pour signifier que le vent diminue.
Dans un combat entre deux armées navales ; le grand nombre de coups de canon qui se tirent, fait presque toûjours calmer. (Z)
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| CALMOUCK | ou CALMUQUES, (Géog.) peuples d'Asie, dans la grande Tartarie, entre le Mongul & le Wolga : ils sont divisés en hordes ou tribus qui ont chacune leur chef ou kam, dont le principal réside à Samarcand. Les Calmouks n'ont point de demeure fixe, ils campent toûjours sous des tentes, & ont des especes de chariots que les suivent par-tout, & qui portent leurs femmes, leurs enfans, & le peu de bagage qu'ils peuvent avoir. La Russie est en alliance avec cette nation, & a toûjours 6000 Calmouks à sa solde.
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| CALOMEL | S. m. terme de Pharmacie, nom qu'on donne au mercure doux, sublimé jusqu'à quatre fois ou même davantage. Voyez MERCURE.
Il paroît que cette dénomination a été d'abord donnée à l'éthiops minéral, & est composée des deux mots grecs , beau, & , noir, parce que les corps pâles ou blancs qu'on en frotte, deviennent noirs. Voyez ETHIOPS.
D'autres veulent qu'elle ait été donnée dès le commencement au mercure doux, par la fantaisie d'un certain chimiste qui se faisoit servir dans ses opérations par un noir ; & que cette dénomination fait allusion tout-à-la-fois à la couleur de l'aide qui étoit noir, & à la beauté du médicament qui était d'une fort belle apparence. (N)
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| CALOMNIE | S. f. (Morale) on calomnie quelqu'un, lorsqu'on lui impute des défauts ou des vices qu'il n'a pas. La calomnie est un mensonge odieux que chacun réprouve & déteste, ne fût ce que par la crainte d'en être quelque jour l'objet. Mais souvent tel qui la condamne, n'en est pas innocent lui-même : il a rapporté des faits avec infidélité, les a grossis, altérés ou changés, étourdiement peut-être, & par la seule habitude d'orner ou d'exagérer ses récits.
Un moyen sûr, & le seul qui le soit, pour ne point calomnier, c'est de ne jamais médire.
Transportez-vous en esprit dans quelque monde imaginaire, où vous supposerez que les paroles sont toûjours l'expression fidele du sentiment & de la pensée ; où l'ami qui vous fera des offres de service, soit en effet rempli de bienveillance ; où l'on ne cherche point à se prévaloir de votre crédulité, pour vous repaître l'esprit de fables ; où la vérité dicte tous les discours, les récits & les promesses ; où l'on vive par conséquent sans soupçon & sans défiance, à l'abri des impostures, des perfidies, & des délations calomnieuses : quel délicieux commerce, que celui des hommes qui pleupleroient cet heureux globe !
Vous voudriez que celui que vous habitez jouît d'une pareille félicité : eh bien, contribuez-y de votre part, & commencez par être vous-même droit, sincere & véridique. (C)
" L'Eglise, dit le célebre M. Pascal, a différé aux calomniateurs, aussi-bien qu'aux meurtriers, la communion jusqu'à la mort. Le concile de Latran a jugé indignes de l'état ecclésiastique ceux qui en ont été convaincus, quoiqu'ils s'en fussent corrigés ; & les auteurs d'un libelle diffamatoire, qui ne peuvent prouver ce qu'ils ont avancé, sont condamnés par le pape Adrien à être fouettés, flagellentur ".
L'illustre auteur de l'esprit des lois observe que chez les Romains, la loi qui permettoit aux citoyens de s'accuser mutuellement, & qui étoit bonne selon l'esprit de la république, où chaque citoyen doit veiller au bien commun, produisit sous les empereurs une foule de calomniateurs. Ce fut Sylla, ajoûte ce philosophe citoyen, qui dans le cours de sa dictature, leur apprit, par son exemple, qu'il ne falloit point punir cette exécrable espece d'hommes : bientôt on alla jusqu'à les récompenser. Heureux le gouvernement où ils sont punis. (O)
* Les Athéniens révererent la calomnie ; Apelle, le peintre le plus fameux de l'antiquité, en fit un tableau dont la composition suffiroit seule pour justifier l'admiration de son siecle : on y voyoit la crédulité avec de longues oreilles, tendant les mains à la calomnie qui alloit à sa rencontre ; la crédulité étoit accompagnée de l'ignorance & du soupçon ; l'ignorance étoit représentée sous la figure d'une femme aveugle ; le soupçon, sous la figure d'un homme agité d'une inquiétude secrette, & s'applaudissant tacitement de quelque découverte. La calomnie, au regard farouche, occupoit le milieu du tableau ; elle secoüoit une torche de la main gauche, & de la droite elle traînoit par les cheveux l'innocence sous la figure d'un enfant qui sembloit prendre le ciel à témoin : l'envie la précédoit, l'envie aux yeux perçans & au visage pâle & maigre ; elle étoit suivie de l'embûche & de la flaterie : à une distance qui permettoit encore de discerner les objets, on appercevoit la vérité qui s'avançoit lentement sur les pas de la calomnie, conduisant le repentir en habit lugubre. Quelle peinture ! Les Athéniens eussent bien fait d'abattre la statue qu'ils avoient élevée à la calomnie, & de mettre à sa place le tableau d'Apelle.
CALOMNIE, en Droit, outre sa signification ordinaire, s'est dit aussi de la peine ou amende imposée pour une action mal intentionnée & sans fondement.
On appelloit aussi anciennement calomnie l'action ou demande par laquelle on mettoit quelqu'un en justice, soit au civil, soit au criminel ; & en ce sens elle se disoit même d'une légitime accusation, & d'une demande juste. (H)
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| CALONE | (Géog.) comté des Pays-bas, dans le duché de Brabant, sur les frontieres du pays de Liége.
CALONE, (Géog.) riviere de France, en Normandie.
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| CALOPINACO | (Géog.) petite riviere du royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure.
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| CALORE | (Géog.) riviere du royaume de Naples, dans la principauté ultérieure, qui prend sa source près de Bagnolo, & qui se jette dans le Sabato, près de Benevent.
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| CALOT | S. m. terme de Bimblotier, ou faiseur de dragée au moule : c'est une calotte de chapeau dans laquelle ils mettent les dragées après qu'elles sont séparées des branches. Voyez D. fig. 2. Pl. de la Fonderie des dragées au moule.
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| CALOTTE | S. f. est une espece de petit bonnet de cuir, de laine, de satin ou d'autre étoffe, qu'on porta d'abord par nécessité, mais qui par succession est devenu un ornement de tête, sur-tout pour les ecclésiastiques de France.
Le cardinal de Richelieu est le premier qui en ait porté en France. La calotte rouge est celle que portent les cardinaux. Voyez BONNET.
On a transporté par analogie avec la calotte partie de notre vêtement, le nom de calotte à un grand nombres d'autres ouvrages. Voyez la suite de cet article.
CALOTTE, en terme d'Architecture, est une cavité ronde ou un enfoncement en forme de coupe ou de bonnet, latté & plâtré, imaginé pour diminuer la hauteur ou l'élevation d'une chapelle, d'un cabinet, d'une alcove, par rapport à leur largeur. (P)
CALOTTE, en terme de Boutonnier, c'est la couverture d'un bouton orné de tel ou tel dessein. Les calottes sont de cuivre, de plomb, d'étain argenté, d'or, d'argent, de pinchbec, &c. & sont serties sur des moules. Voyez BOUTON.
CALOTTE, en terme de Fourbisseur, c'est cette partie de la garde d'une épée qu'on remarque au-dessus du pommeau, sur laquelle on applique le bouton.
CALOTTE, en terme de Fondeur de petit plomb, se dit des formes de chapeaux dans lesquelles on met le plomb aussi-tôt qu'il est séparé de sa branche. Voyez CALOT.
CALOTTE, nom que les Horlogers donnent à une espece de couvercle qui s'ajuste sur le mouvement d'une montre. Les Anglois sont les premiers qui s'en sont servis. Cette calotte sert à garantir le mouvement de la poussiere ; on n'en met guere aux montres simples ; ce n'est qu'aux répétitions à timbre qu'elles deviennent absolument nécessaires, parce que la boîte étant percée, pour que le timbre rende plus de son, on est obligé d'avoir recours à ce moyen pour garantir le mouvement de toute la poussiere qui y entreroit sans cela.
On a presque abandonné l'usage des calottes, parce qu'elles rendoient les montres trop pesantes ; sans cela elles seroient fort utiles : car il faut convenir qu'une montre en iroit beaucoup mieux, si l'on pouvoit enfermer son mouvement de façon que la poussiere n'y pût pas pénétrer. Voyez la fig. 53. Pl. X. d'Horlogerie, où C marque la cavité nécessaire pour loger le coq. Voyez REPETITION. La fig. de dessus est le profil. (T)
CALOTTE CEPHALIQUE ou CUCUPHA, (Pharmacie) sachet qu'on appliquoit sur la tête dans la céphalalgie ; il étoit fait avec des morceaux de linge, de satin, de coton, doublés, entre lesquels on mettoit des médicamens céphaliques ; on imprégnoit aussi ce sachet de quelque huile distillée.
Nota. Ces calottes ne sont plus en usage, parce que souvent leurs effets devenoient funestes ; le plus petit mal qui en arrivoit, étoit de rendre les malades très-sensibles aux changemens les plus legers de l'air.
On peut voir sur ces calottes les différentes Pharmacopées, sur-tout celle de Lemery. (N)
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| CALOTTIE | S. m. (Commerce) celui qui a le droit de faire & de vendre des calottes : les maîtres Calottiers sont de l'état des marchands Merciers
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| CALOYE | ou CALOGER, s. m. (Hist. ecclés.) calogeri, moine, religieux & religieuse grecque, qui suivent la regle de S. Basile. Les Caloyers habitent particulierement le mont Athos : mais ils desservent presque toutes les églises d'Orient. Ils font des voeux comme les moines en Occident. Il n'a jamais été fait de réforme chez eux ; car ils gardent exactement leur premier institut, & conservent leur ancien vêtement. Tavernier observe qu'ils menent un genre de vie fort austere & fort retirée ; ils ne mangent jamais de viande, & outre cela ils ont quatre carêmes, & observent plusieurs autres jeûnes de l'église grecque avec une extrème régularité. Ils ne mangent du pain qu'après l'avoir gagné par le travail de leurs mains : il y en a qui ne mangent qu'une fois en trois jours, & d'autres deux fois en sept. Pendant leurs sept semaines de carême, ils passent la plus grande partie de la nuit à pleurer & à gémir pour leurs péchés & pour ceux des autres.
Quelques auteurs observent qu'on donne particulierement ce nom aux religieux qui sont vénérables par leur âge, leur retraite & l'austérité de leur vie, & le dérivent du grec , beau, & , vieillesse. Il est bon de remarquer que quoiqu'en France on comprenne tous les moines grecs sous le nom de caloyers, il n'en est pas de même en Grece ; il n'y a que les freres qui s'appellent ainsi : car on nomme ceux qui sont prêtres, Jéromonaques, Hieromonachi, .
Les Turcs donnent aussi quelquefois le nom de caloyers à leurs dervis ou religieux. Voyez DERVIS.
* Les religieuses caloyeres sont renfermées dans des monasteres, ou vivent séparément chacune dans leur maison. Elles portent toutes un habit de laine noire, & un manteau de même couleur ; elles ont la tête rasée, & les bras & les mains couvertes jusqu'au bout des doigts : chacune a une cellule séparée, & toutes sont soumises à une supérieure ou à une abbesse. Elles n'observent cependant pas une clôture fort réguliere, puisque l'entrée de leur couvent, interdite aux prêtres grecs, ne l'est pas aux Turcs, qui y vont acheter de petits ouvrages à l'aiguille faits par ces religieuses. Celles qui vivent sans être en communauté, sont pour la plûpart des veuves, qui n'ont fait d'autre voeu que de mettre un voile noir sur leur tête, & de dire qu'elles ne veulent plus se marier. Les unes & les autres vont par-tout où il leur plaît, & joüissent d'une assez grande liberté à la faveur de l'habit religieux. (G)
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| CALPE | S. f. (Hist. anc.) course de jumens introduite & peu de tems après proscrite par les Eléens dans leurs jeux. Elle consistoit, selon Pausanias, à courre avec deux jumens, dont on montoit l'une, & l'on menoit l'autre à la main. Sur la fin de la course on se jettoit à terre ; on prenoit les jumens par leurs mords, & l'on achevoit ainsi sa carriere. Amasée, dans sa version latine de Pausanias, s'est trompé en rendant par carpentum, chariot, puisque dans l'auteur grec il ne s'agit nullement d'une course de chars, mais d'une course de jumens libres & sans aucun attelage. Budé tire du grec l'étymologie de nos mots françois galop & galoper. En effet, de ou les Grecs ont fait & . Les Latins ont dit calpare & calupere, d'où nous avons formé galop & galoper. Mém. de l'académie des Belles-Lettr. tome VIII. (G)
CALPE, (Géogr.) haute montagne d'Espagne, au royaume d'Andalousie, au détroit de Gibraltar, qui fait l'une des colonnes d'Hercule. La montagne d'Abyla, qui est en Afrique vis-à-vis de celle-ci, fait l'autre.
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| CALPENTINE | (Géog.) petite île d'Asie, à l'oüest de celle de Ceylan, avec une ville de même nom, appartient aux Hollandois.
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| CALQUE | S. m. (Hist. anc.) poids de la dixieme partie d'une obole. Voyez OBOLE.
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| CALQUER | (Peinture, Dessein) maniere de dessiner ou transporter un dessein d'un corps sur un autre.
Lorsqu'on veut calquer quelque dessein que ce soit, on en frotte le revers avec un crayon ou une pierre tendre de couleur quelconque, mais différente de celle du papier, ou autre matiere sur laquelle on veut transporter le dessein. On applique le côté frotté de crayon sur le papier ou autre matiere où l'on veut porter le dessein, en l'y assujettissant d'une main, tandis que de l'autre on passe avec une pointe de fer émoussée sur chaque trait du dessein : alors il s'imprime sur le papier placé dessous, au moyen de la couleur dont le dessein est frotté sur son revers. Si l'on vouloit ne pas colorier le revers du dessein, on prépare avec cette même couleur un papier qu'on place entre le dessein & le corps sur lequel on veut le porter, & l'on opere ainsi qu'il vient d'être dit. Lorsqu'un dessein est sur du papier assez mince pour qu'on en puisse voir les contours au-travers du jour, on assujettit dessus celui sur lequel on veut reporter ce dessein ; ensuite on les pose contre une vitre de chambre ou contre une glace exposée au jour, ou bien on les applique sur une table où l'on a fait une ouverture : on pose une lumiere dessous la table ; & par l'une ou l'autre de ces manieres on distingue tous les traits du dessein que l'on veut avoir promtement & exactement, & qu'on trace avec du crayon sur le papier qui se trouve dessus. Lorsqu'on veut avoir le dessein en sens contraire, au lieu de placer le papier sur le dessein même, on le place sur son revers, & l'on suit les traits comme on les voit. La pointe à calquer A fait ordinairement partie du porte-crayon brisé, représenté figure 24. Planche II. de la Gravûre. (R)
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| CALQUERON | S. m. partie du métier des étoffes de soie. Le calqueron est un liteau de quatre piés de long sur un pouce de large & un pouce d'épaisseur. Il sert à attacher les cordes qui répondent aux aleyrons pour faire joüer les lisses, suivant le besoin, pour la fabrication de l'étoffe. On attache encore au calqueron les cordes ou estrivieres, qui le sont aussi aux marches, pour donner le mouvement aux lisses.
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| CALSERY | (Géogr.) ville d'Asie au royaume de Jamba, de la dépendance du grand-Mogol.
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| CALUCALA | (Géog.) riviere d'Afrique au royaume d'Angola, dans la province d'Ilamba.
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| CALUMET | S. m. (Hist. mod.) grande pipe à fumer, dont la tête & le tuyau sont ornés de figures d'animaux, de feuillages, &c. à l'usage des sauvages du Nord. Le calumet est aussi parmi eux un symbole de paix.
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| CALUNDRONIUS | sub. m. (Hist. nat. bot.) pierre merveilleuse dont on ne donne aucune description ; mais à laquelle en récompense on attribue la vertu de rendre victorieux, de chasser la mélancholie, de résister aux enchantemens, & d'écarter les esprits malins.
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| CALUS | S. m. en général signifie une dureté à la peau, à la chair, ou aux os, naturelle ou contre nature.
En ce sens les cors sont des especes de calus. Voyez COR.
Calus se dit plus particulierement d'un noeud ou d'une dureté qui se forme aux deux extrémités contiguës d'un os qui a été fracturé. Voyez OS & FRACTURE.
La formation du calus se fait de la maniere qui suit. Les sucs qui nourrissent l'os & coulent le long de ses fibres, s'extravasent à l'endroit où ces fibres sont rompues ; ensorte que s'y amassant, elles s'y attachent, s'y sechent, & s'y durcissent au point d'acquérir autant de consistance que l'os même, laissant seulement à l'endroit fracturé une inégalité plus ou moins grande, selon que la réduction a été plus ou moins parfaite.
Le calus devient aussi dur qu'un os. On lit dans les Transactions philosophiques, l'exemple d'un calus qui remplaça un humerus que M. Fowler avoit séparé parce qu'il étoit carié ; & celui d'un autre qui remplaça un fémur qu'avoit séparé M. Sherman ; & cela si parfaitement, que la personne n'en eut pas la cuisse plus foible, & marchoit ferme & sans boiter aucunement.
La formation du calus est proprement l'ouvrage de la nature ; lorsque par une par faite réduction & l'application des bandages convenables, on l'a mise en état d'agir. Il faut néanmoins que le suc osseux ne soit point vicié, c'est-à-dire que les principes qui le composent, ne le rendent ni trop ni trop peu disposé à se congeler. Cette disposition plus ou moins favorable du suc nourricier des os, fait souvent que dans des fractures de même espece, le calus est plus ou moins promtement affermi, & que le terme de trente-cinq à quarante jours suffit pour certaines, tandis que d'autres ont besoin d'un tems beaucoup plus considérable. On doit avoir en vûe de corriger les mauvaises dispositions de la lymphe, pour travailler à la formation & à la perfection du calus ; les alimens de bons sucs & de bonne digestion seront les moyens de procurer la formation du calus ; si le sang dépourvû de parties balsamiques y est un obstacle. Si les sucs étoient trop épaissis, il faudroit mettre en usage les délayans, les apéritifs & les fondans appropriés à la nature de l'épaississement ; l'usage des anti-vénériens seroit absolument nécessaire, si l'existence du virus vérolique ôtoit à la lymphe la consistance requise pour prolonger le conduit des fibres osseuses à chaque bout de l'os rompu, & souder l'endroit de la fracture. Extr. du traité des maladies des os, par M. Petit.
Le calus est encore une dureté qui se forme à quelque partie du corps humain, singulierement aux mains, aux piés, &c. en conséquence de frottement ou de pression contre des corps durs. (Y)
CALUS, en Jardinage, est une reprise de la matiere de la seve qui se fait en forme de noeud à la jointure d'une branche ou d'une racine. (K)
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| CALUTRE | (Géog.) ville maritime de l'île de Ceylan, à trois lieues de Colombo.
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| CALVAIRE | (Hist. & Géog.) montagne située hors de Jérusalem, du côté du septentrion, où l'on exécutoit les criminels, & où l'innocence même expira sur une croix.
CALVAIRE, s. m. (Hist. ecclés.) chez les Chrétiens est une chapelle de dévotion où se trouve un crucifix, & qui est élevée sur une terre proche d'une ville, à l'imitation du calvaire où J. C. fut mis en croix proche de Jérusalem. Tel est le calvaire du Mont-Valérien près de Paris : dans chacune des sept chapelles dont il est composé, est représenté quelqu'un des mysteres de la Passion.
On dérive ce nom de calvus, chauve, parce que, dit-on, cette éminence à Jérusalem étoit nue & sans verdure ; & c'est en effet ce que signifie le mot hébreu golgotha, que les interpretes latins ont rendu par calvariae locus.
CALVAIRE, (Congrégation de Notre Dame du) (Hist. ecclés.) ordre de religieuses qui suivent la regle de saint Benoît. Elles furent fondées premierement à Poitiers par Antoinette d'Orléans, de la maison de Longueville. Le pape Paul V. & le roi Louis XIII. confirmerent cet ordre en 1617 ; & le 25 d'Octobre Antoinette d'Orléans prit possession d'un couvent nouvellement bâti à Poitiers, avec vingt-quatre religieuses de l'ordre de Fontevrauld, qu'elle avoit tirées de la maison d'Encloitre, à deux lieues ou environ de Poitiers. Antoinette mourut le 25 d'Avril 1618 ; & en 1620 Marie de Medicis fit venir de ces religieuses à Paris, & les établit proche le palais d'Orléans du Luxembourg, qu'elle avoit fait bâtir. Leur couvent du calvaire au marais ne fut bâti qu'en 1638, par les soins du fameux P. Joseph, capucin, confesseur & agent du cardinal de Richelieu. C'est dans cette derniere maison que réside la générale de tout l'ordre. Supplém. au dictionn. de Moréri, tome I. lett. C. p. 216. (G)
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| CALVENSANO | (Géog.) petite ville d'Italie dans le duché de Milan, sur l'Adda.
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| CALVI | (Géogr.) ville du royaume de Naples, dans la terre de Labour.
CALVI, (Géog.) ville & port de l'île de Corse sur la mer Méditerranée, avec une citadelle. Long. 26. 35. lat. 42. 30.
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| CALVINISME | S. m. (Hist. ecclés.) doctrine de Calvin & de ses sectateurs en matiere de religion.
On peut réduire à six chefs principaux les dogmes caractéristiques du Calvinisme ; savoir, 1°. que Jésus-Christ n'est pas réellement présent dans le sacrement de l'Eucharistie, mais qu'il n'y est qu'en signe ou en figure : 2°. que la prédestination & la réprobation sont antérieures à la présence divine des oeuvres bonnes ou mauvaises : 3°. que la prédestination & la réprobation dépendent de la pure volonté de Dieu, sans égard aux mérites ou démérites des hommes : 4°. que Dieu donne à ceux qu'il a prédestinés, une foi & une justice inamissible, & qu'il ne leur impute point leurs péchés : 5°. que les justes ne sauroient faire aucune bonne oeuvre, en conséquence du péché originel qui les en rend incapables : 6°. que les hommes sont justifiés par la foi seule, qui rend les bonnes oeuvres & les sacremens inutiles. A l'exception du premier article, qu'ils ont constamment retenu, les Calvinistes modernes ou rejettent ou adoucissent tous les autres. Voyez ARMINIENS & GOMARISTES.
Il est vrai que de ces erreurs capitales suivent beaucoup de conséquences qui sont elles-mêmes des erreurs, & qu'ils en ont aussi plusieurs communes avec d'autres hérétiques ; mais c'est une exagération visible que de leur en attribuer cent, comme fait le P. Gauthier, jésuite, dans sa chronologie ; à plus forte raison quatorze cent, comme les leur impute le cordelier Feuardent dans son ouvrage intitulé Theomachia calvinistica.
Le Calvinisme, depuis son établissement, s'est toûjours maintenu à Geneve qui fut son berceau, où il subsiste encore, & d'où il se répandit en France, en Hollande & en Angleterre. Il a été la religion dominante des Provinces-Unies jusqu'en 1572 ; & quoique depuis cette république ait toléré toutes les sectes, on peut toûjours dire que le Calvinisme rigide y est la religion de l'état. En Angleterre il a toûjours été en décadence depuis le regne d'Elisabeth, malgré les efforts qu'ont faits les Puritains & les Presbytériens pour le faire prédominer : maintenant il n'y est plus guere professé que par des Non-conformistes, quoiqu'il subsiste encore, mais bien mitigé, dans la doctrine de l'église anglicane ; mais il est encore dans toute sa vigueur en Ecosse, aussi-bien qu'en Prusse. Des treize cantons suisses, six professent le Calvinisme. La religion est aussi mélangée dans quelques parties de l'Allemagne, comme dans le Palatinat ; mais la catholique romaine commence à y être la dominante. Il a été toléré en France jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes en 1685. Les Protestans qui sortirent à cette occasion du royaume, & se retirerent en Hollande & en Angleterre, remplirent l'univers de plaintes & d'écrits. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner s'il est utile à un état de ne souffrir qu'une religion ; mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que lorsqu'ils ont fait éclater à cette occasion les murmures & les reproches les plus sanglans, un espace de plus de quatre-vingt ans leur avoit fait perdre de vûe les moyens dont leurs peres s'étoient servis pour arracher d'Henri IV. alors mal affermi sur son throne, un édit qui n'étoit après-tout que provisionnel, & qu'un des successeurs de ce prince a pû par conséquent révoquer sans injustice.
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| CALVINISTES | S. m. pl. (Hist. ecclés.) sectateurs de Calvin, auxquels on donne encore les noms de Protestans, de Prétendus-Réformés, de Sacramentaires, d'Huguenots. Voyez tous ces mots chacun sous leur titre.
Calvin leur chef commença à dogmatiser en 1533, se retira à Geneve en 1536, d'où il fut chassé deux ans après ; mais il y revint & s'y fixa en 1541. Ses erreurs s'étant insensiblement répandues en France, malgré la sévérité des rois François I. & Henri II. les Calvinistes y formerent sous le regne des trois derniers Valois un parti formidable à l'Eglise & à l'état. Après bien des révoltes & des amnisties, des combats & des défaites, où, comme dans toutes guerres de religion, les deux partis exercerent des cruautés inoüies, les Calvinistes obtinrent d'Henri IV. qui leur avoit été attaché avant sa conversion, le libre exercice de leur religion. Ils exciterent encore des troubles sous le regne de Louis XIII. & furent chassés du royaume sous celui de Louis-le-Grand.
Les Calvinistes ont emprunté une partie de leurs erreurs des hérétiques qui les avoient précédés, & y en ont ajoûté de nouvelles. Les plus célebres protestans conviennent que Calvin a pris pour le fonds de sa doctrine celle des Vaudois, particulierement en ce qui regarde le S. Sacrement, la Messe, le purgatoire, l'invocation des saints, la hiérarchie de l'Eglise & ses cérémonies. A l'égard des autres points qui sont plus théologiques, il a presque tout pris de Luther ; comme les articles de sa doctrine qui concernent le libre arbitre, qu'il détruit ; la grace, qui, selon lui, a toûjours son effet, & entraîne le consentement de la volonté par une nécessité absolue ; la justification par la foi seule ; la justice de Jesus-Christ qui nous est imputée ; les bonnes oeuvres sans aucun mérite devant Dieu ; les sacremens qu'il réduit à deux, & auxquels il ôte la vertu de conférer la grace ; l'impossibilité d'accomplir les commandemens de Dieu ; l'inutilité & la nullité des voeux, à la reserve de ceux du Baptême ; & autres semblables erreurs qu'il a tirées des écrits de Luther, & semées dans son livre de l'institution. Les opinions que Calvin y a ajoûtées du sien, sont, que la foi est toûjours mêlée de doute & d'incrédulité ; que la foi & la grace sont inamissibles ; que le Pere éternel n'engendre pas continuellement son Fils ; que Jesus-Christ n'a rien mérité à l'égard du jugement de Dieu ; que Dieu a créé la plûpart des hommes pour les damner, parce qu'il lui plaît ainsi, & antécédemment à toute prévision de leurs crimes. Quant à l'Eucharistie, Calvin assûre que Jesus-Christ nous donne réellement son sacré corps dans la sainte cene ; mais il ajoûte que c'est par la foi, & en nous communiquant son esprit & sa vie, quoique sa chair n'entre pas dans nous. Telle est l'idée qu'on peut se former des sentimens des Calvinistes d'après leurs livres, leurs catéchismes, leur discipline ecclésiastique, & les quarante articles de la profession de foi qu'ils présenterent au roi de France.
Leurs disputes dans ces derniers tems avec les Catholiques sur l'autorité, la visibilité de l'Eglise & ses autres caracteres, les ont jettés dans des opinions ou fausses ou absurdes, ou dans des contradictions dont les controversistes catholiques ont bien sû tirer avantage pour les convaincre de schisme. Voyez l'histoire des variations de M. Bossuet, liv. XV. & ses instructions sur l'Eglise contre le ministre Jurieu. Voyez aussi les ouvrages de M. Nicole, intitulés de l'unité de l'Eglise, & les Prétendus-Réformés convaincus de schisme. (G)
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| CALVITIE | S. f. terme de Medecine, est la chûte des cheveux, sur-tout du devant de la tête, sans qu'il y ait lieu d'espérer qu'ils reviennent ; elle arrive en conséquence du desséchement de l'humidité qui les nourrissoit, causé par une maladie, par le grand âge, ou par l'usage excessif de la poudre. Voyez CHEVEU & ALOPECIE. (N)
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| CAL | ou CALBA, (Géog.) ville & comté d'Allemagne au duché de Wirtemberg, sur la riviere de Nagold.
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| CALYPTRA | S. m. (Hist. anc.) ornement de tête des femmes romaines, dont il n'est resté de connu que le nom.
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| CALYPTRE | S. f. (Hist. anc.) vêtement des femmes greques dont il est fait mention dans Aelien qui parle en même tems d'un grand nombre d'autres. " La femme de Phocion, dit-il, portoit le manteau de son mari, & n'avoit besoin ni de crocote, ni de robe tarentine, ni d'anabolé, ni d'encyclion, ni de cecryphale, ni de calyptre, ni de tuniques teintes en couleur. Son vêtement étoit premiérement la modestie, & ensuite tout ce qu'elle pouvoit trouver pour se couvrir ". On n'a sur la plûpart de ces habits que des conjectures vagues.
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| CALZA | (l'ordre de la) ou de la botte, Hist. mod. c'est le nom d'un ancien ordre militaire qui commença en Italie en l'année 1400 ; il étoit composé de gentilshommes qui choisissoient un chef entr'eux ; leur but étoit d'élever & d'instruire la jeunesse dans les exercices convenables à l'art militaire ; la marque distinctive de cet ordre, qui ne subsiste plus aujourd'hui, étoit de porter à une des jambes une botte qui étoit souvent brodée en or, ou même plus riche.
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| CALZADA | (Géog.) petite ville d'Espagne, sur la riviere de Laglera, dans la Castille vieille.
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| CALZENOW | (Géog.) petite ville de Livonie, dans la province de Letten, à sept lieues de Riga.
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| CAM-CHAIN | sub. m. (Hist. nat. bot.) espece d'orange qui croît au royaume de Tonquin, dont la pelure est fort épaisse, & remplie d'inégalités ; elle a l'odeur très-agréable, & le goût délicieux. On regarde ce fruit comme fort sain ; on en permet même l'usage aux malades.
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| CAMAENA | S. f. (Myth.) déesse des Romains dont il est fait mention dans S. Augustin : elle présidoit aux chants.
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| CAMAGNES | (Marine) Quelques gens de mer appellent ainsi les lits des vaisseaux qui sont emboîtés autour du navire. V. CABANE & CAPITE. (Z)
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| CAMAGUEIA | (Géog.) province de l'Amérique septentrionale ; dans l'île de Cuba.
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| CAMAIEU | S. m. pierre sur laquelle se trouvent plusieurs figures ou représentations de paysages & autres choses, par un jeu de la nature, en telle sorte que ce sont des especes de tableaux sans peinture. On le dit aussi de ces pierres précieuses, comme onices, sardoines, & agates, sur lesquelles les Graveurs en pierre employent leur art pour rendre les productions de la nature plus recommandables : alors les têtes ou les bas-reliefs dont ces pierres sont ornées, prennent le nom de camayeu. On en fait aussi sur des coquilles : ce sont les moins recommandables, par la raison de leur peu de dureté.
Camaïeu se dit encore de tous les tableaux faits de deux couleurs seulement : on dit peindre en camayeu, de beaux camayeux. On les appelle quelquefois tableaux de grisaille, & de clair-obscur. (R)
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| CAMAIL | S. m. sorte de couvre-chef à l'usage des ecclésiastiques, pendant l'hyver ; c'est une espece de cape qui enveloppe la tête, à l'exception du visage, embrasse le cou, s'étend sur les épaules, se ferme pardevant, & descend jusqu'à la ceinture. L'église prend le camail à la place du bonnet quarré, le 17 Octobre, jour de S. Cerboney.
CAMAIL, terme de Blason, espece de lambrequin qui couvroit les casques & les écus des anciens chevaliers. Quelques uns dérivent ce mot de camélanciers, qui étoit une petite ouverture de tête, faite de camelot ; & d'autres le font venir de cap de maille, à cause qu'il y avoit autrefois des couvertures de tête faites de maille. L'histoire ancienne fait mention de chevaliers armés de camails ; il y a grande apparence que ces camails étoient à-peu-près comme les haussecols, & que les camails des évêques ont été ainsi nommés à cause qu'ils leur ressemblent. (V)
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| CAMALDULES | S. m. pl. (Hist. ecclés.) ordre de religieux fondés par S. Romuald en 1009, ou selon d'autres en 960, dans horrible desert de Campo-maldoli, dans l'état de Florence, sur le mont Appennin.
Leur regle est celle de S. Benoît : par leurs statuts, leurs maisons doivent être éloignées au moins de cinq lieues des grandes villes.
Les Camaldules ne porterent pas ce nom dès les commencemens : jusqu'à la fin du onzieme siecle, on les appella Romualdins, du nom de leur fondateur. On n'appelloit alors Camaldules, que ceux qui habitoient dans le de sert même de Camaldoli ; & le P. Grandi observe que le nom de Camaldules ne leur vient pas de ce que leur premiere maison a été établie à Campo-maldoli, mais de ce que la regle s'est maintenue dans cette maison sans dégénérer, mieux que partout ailleurs. Il n'y a qu'une maison de Camaldules en France, près de Gros-bois.
La congrégation des hermites de S. Romuald, ou du mont de la Couronne, est une branche de celle de Camaldoli, avec laquelle elle s'unit en 1532. Paul Justinien de Venise commença son établissement en 1520, & fonda le principal monastere dans l'Apennin, en un lieu nommé le mont de la Couronne, à dix milles de Pérouse. Baronius, Raynaldi, Sponde. (G)
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| CAMANHAYA | (Hist. nat. bot.) plante du Bresil ; elle est capillaire ; elle croît sur les arbres les plus hauts, & les couvre quelquefois entierement ; elle est grise, & semblable au duvet ; elle a une, deux, trois, cinq, six feuilles comme celle du romarin ; on la prendroit pour un épithyme.
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| CAMARA | (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, faite en forme de masque, irréguliere, dont la levre supérieure est relevée, & l'inferieure découpée en trois parties ; l'embryon qui porte la fleur devient dans la suite un fruit mou, ou une baie qui renferme un noyau rond. Ajoûtez au caractere de ce genre, que plusieurs fruits sont ramassés en une espece de grappe. Plumier, Nova plantar. amer. gener. Voyez PLANTE. (I)
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| CAMARA-JAPO | CAMARA-MIRA, CAMARA-TINGA, CAMARA-CUBA, CAMARA-BAJA, (Hist. nat. bot.) plantes qui croissent au Bresil ; la premiere est une espece de mente à tige ronde, velue & rougeâtre, haute de deux piés, à feuilles legerement découpées, grisâtres en-dessous, opposées deux à deux ; les grandes environnées de petites, & à fleurs placées sur les branches les plus élevées en forme d'ombelles, semblables à celles de la tanesie, naissant pendant toute l'année, à étamines de couleur d'azur, & de l'odeur du mentastrum : toute la plante est aromatique & amere ; la semence en est petite, longue, & noire ; & quand elle est mûre, elle est dispersée par les vents avec son enveloppe cotonneuse.
La seconde est une plante qui s'éleve à la hauteur d'une coudée ; sa tige est foible & ligneuse ; sa fleur petite & jaune, s'ouvrant en tout tems sur le milieu du jour, & se refermant sur les deux heures ; ensorte qu'elle suppléroit en partie au défaut de montre. Ray, Hist. plant.
La troisieme est une espece de chevrefeuille nain, à fleur rouge, & quelquefois jaune, fort odorante ; l'herbe même en est suave ; aux fleurs succedent des grappes de baies vertes, grosses comme celles du sureau.
La quatrieme a la feuille âpre, hérissée comme des chardons, la fleur semblable à celle de l'oeil de boeuf, jaune, à neuf pétales, avec un ombilic large, jaune dans le milieu, & des étamines noires ; elle a l'odeur de l'aminte & de l'ortie ; les semences qui succedent aux fleurs sont longues, noirâtres, semblables à celles de la chicorée ; la plante entiere est très-glutineuse.
La derniere est une espece de lysimachia.
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| CAMARANA | (Géog.) île d'Asie dans l'Arabie, sur la mer Rouge. Lat. 15.
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| CAMARASSE | (Géog.) ville d'Espagne en Catalogne, dans le territoire de Lérida.
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| CAMARATA | (Géog.) petite ville de Sicile, dans la vallée de Mazaro.
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| CAMARCES | (Géog.) riviere d'Afrique, sur la côte de Guinée, dans le royaume de Benin.
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| CAMARE | caveçon camare, (Manége) espece de caveçon qu'on a banni des académies : il étoit garni de petites dents ou pointes de fer très-aiguës, qui déchiroient le cheval & le tourmentoient. Voyez CAVEÇON. (V)
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| CAMARGUE | (LA) Géog. île de France en Provence, à l'embouchure du Rhône.
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| CAMARIN-BA | ou UMARI, (Hist. nat. bot.) arbre qui s'éleve à une hauteur moyenne, & porte de petites fleurs jaunes, suivies d'un fruit ovale semblable à la prune, de la saveur de la pêche, & d'un verd tirant sur le jaune pâle : la pulpe en est petite, douce, jaune, & contient un noyau large, ovale, blanc, dont l'amande est bonne à manger. Le fruit est mûr, & tombe en Mars.
On lui attribue plusieurs propriétés médicinales. On le trouve dans les environs de Riogrande.
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| CAMARINES | (Géog.) contrée d'Asie dans l'île de Luçon, l'une des Philippines.
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| CAMARONES | (LOS) Géog. riviere d'Afrique dans le golfe de Guinée, qui prend sa source dans le royaume de Biafara.
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| CAM | ou KAMP, (Géog.) riviere d'Allemagne en Autriche, qui prend sa source aux frontieres de Bohème, & se jette dans le Danube.
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| CAMBALU | voyez PEKIN.
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| CAMBAMBA | (Géog.) Pays d'Afrique au royaume d'Angola, appartenant aux Portugais.
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| CAMBANA | ou CAMBOVA, ou CAMBAVA, (Géog.) île des Indes orientales, entre les îles Molucques, celle de la Sonde & de Java.
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| CAMBAYE | (Géog.) grande ville d'Asie au royaume de Guzurate, dans les états du grand Mogol, proche d'un golfe de même nom. Long. 89. lat. 22. 30.
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| CAMBERG | (Géog.) ville & château d'Allemagne, de l'électorat de Treves.
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| CAMBIO | (Commerce) terme italien qui signifie change, & paroît dérivé du latin cambium, qui veut dire la même chose. On s'en sert assez communément en Provence, & encore davantage en Hollande. Voyez CHANGE.
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| CAMBISTE | S. m. nom qu'on donne dans le Commerce à ceux qui se mêlent du négoce des lettres & billets de change, qui vont régulierement sur la place ou à la bourse, pour s'instruire du cours de l'argent, & sur quel pié il est relativement au change des différentes places étrangeres, afin de pouvoir faire à propos des traites & remises, ou des négociations d'argent, de billets, lettres de change, &c. Voyez PLACE, BOURSE, BILLET, LETTRE DE CHANGE. &c.
Ce mot, quoique vieux, ne laisse pas que d'être d'usage parmi les marchands négocians ou banquiers. On croit qu'il vient du latin cambium, ou de l'italien cambio, qui signifient change. Voyez CHANGE. (G)
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| CAMBORI | (Géog.) ville d'Asie au royaume de Siam, sur les frontieres de Pégu.
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| CAMBOUIS | S. m. (Medecine) graisse de porc ou d'autres animaux, dont on enduit les extrémités de l'essieu des roues des voitures. Le vieux-oing prend le nom de cambouis, quand il s'est chargé par le frottement des parties de fer de l'essieu & de la garniture des roues. Il passe pour propre à résoudre les hémorrhoïdes, étant appliqué dessus : cette vertu lui vient du mars qui s'est détaché par le mouvement & la chaleur continuelle de l'essieu & de la roue.
Des charlatans en ont fait pendant long-tems un secret, & on l'a regardé comme un remede merveilleux. Il est aisé de voir que ce n'est qu'un mélange de mars & de graisse, ou un liniment épaissi par le fer qui s'y est joint. (N)
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| CAMBOY | ou CAMBOGE, (Géog.) ville & royaume d'Asie dans les Indes, borné au nord par le royaume de Laos, à l'orient par la Cochinchine, au sud & à l'oüest par le royaume & le golfe de Siam. Long. 122. 30. lat. 12. 40.
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| CAMBRAY | (Géog.) belle & grande ville de France dans les Pays-bas. Elle est très-fortifiée, munie d'une citadelle très-forte sur l'Escaut. Long. 20d. 53'. 41". lat. 50d. 10'. 32".
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| CAMBRE | S. m. en Architecture, ou CAMBRURE, du latin cameratus, courbé, se dit de la courbure du ceintre d'une voûte ou d'une piece de bois.
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| CAMBRÉ | voyez CONCAVE. (P)
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| CAMBRER | v. act. il est synonyme à courber. La différence qu'il peut y avoir entre l'un & l'autre, c'est que cambrer ne se dit que d'une courbure peu considérable ; au lieu que courber se dit de toute inflexion curviligne, grande ou petite.
CAMBRER un livre, en terme de Relieur, c'est le prendre à moitié avec les deux mains, & courber un peu les pointes des cartons en-dedans pour lui donner une meilleure forme. Cambrer est la derniere façon qu'on donne à un livre relié.
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| CAMBRESIS | (Géog.) province de France dans les Pays-bas, bornée au nord & à l'est par le Hainault, au midi par la Picardie, & à l'oüest par l'Artois. Son commerce consiste en grains, & sur-tout en toiles de lin très-belles & très-estimées. Cambray en est la capitale.
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| CAMBRIDGE | (Géog.) ville considérable d'Angleterre, capitale de Cambridgshire, avec titre de duché, fameuse par son université. Elle est sur la riviere de Cam. Long. 17. 28. lat. 52. 10.
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| CAMBURG | (Géog.) petite ville d'Allemagne dans la basse Saxe, à un mille de Naumbourg.
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| CAMELÉE | S. f. (Hist. nat. bot.) chamoelea, genre de plante à fleur monopétale, découpée en trois parties, de façon qu'elle paroît quelquefois composée de trois pétales. Le pistil devient dans la suite un fruit à trois noyaux, enveloppés d'une peau mince, & arrondis : ces noyaux renferment chacun une amande oblongue. Tournefort, Inst. rei herb. app. Voyez PLANTE. (I)
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| CAMÉLEON | cameleo, s. m. (Hist. nat. Zoolog.) petit animal du genre des animaux à quatre piés qui font des oeufs, comme le crocodile & le lézard, avec lesquels il a beaucoup de ressemblance. Voyez Planche XV. d'Hist. nat. fig. 2. Nous ne pouvons mieux faire, pour l'histoire du caméléon, que de rapporter ici ce qu'en a écrit M. Formey, secrétaire de l'académie royale des Sciences & Belles-Lettres de Prusse, dans un manuscrit qui nous a été remis.
" Le caméléon est fait comme le lézard, si ce n'est qu'il a la tête plus grosse & plus large : il a quatre piés, à chacun trois doigts ; la queue longue, avec laquelle il s'attache aux arbres, aussi-bien qu'avec les piés ; elle lui sert à grimper, & lorsqu'il ne peut atteindre de ses piés quelque lieu où il veut aller, pourvû qu'il y puisse toucher de l'extrémité de la queue, il y monte facilement. Il a le mouvement tardif comme la tortue, mais fort grave. Sa queue est plate, le museau long : il a le dos aigu, la peau plissée & hérissée comme une scie, depuis le cou jusqu'au dernier noeud de la queue, & une forme de crête sur la tête. Il a la tête sans cou, comme les poissons ; il fait des oeufs comme les lézards ; son museau est en pointe obtuse ; il a deux petites ouvertures dans la tête qui lui servent de narines ; ses yeux sont gros, & ont plus de cinq lignes de diametre, dont l'iris est isabelle, bordée d'un cercle d'or ; & comme il a la tête presqu'immobile, & qu'il ne peut la tourner qu'avec tout le corps, la nature l'a dédommagé de cette incommodité en donnant à ses yeux toutes sortes de mouvemens ; car il peut non-seulement regarder de l'un devant lui, & de l'autre derriere, de l'un en-haut & de l'autre en-bas : mais il les remue indépendamment l'un de l'autre avec tous les changemens imaginables. Sa langue est longue de dix lignes & large de trois, faite de chair blanche, ronde, & applatie par le bout, où elle est creuse & ouverte, semblable en quelque façon à la trompe d'un éléphant. Il la darde & retire promptement sur les mouches, qui s'y trouvent attrapées comme sur de la glu ; il s'en nourrit, & il lui en faut très-peu pour se repaître, quoiqu'il rende beaucoup d'excrémens. On dit même qu'il vit long-tems sans autre nourriture que l'air dont il se remplit au soleil jusqu'à ce qu'il en soit enflé. Il n'a point d'oreilles, & ne reçoit ni ne produit aucun son. Il a dix-huit côtes, & son épine a soixante & quatorze vertebres, y compris les cinquante de sa queue. Il devient quelquefois si maigre qu'on lui compte les côtes, desorte que Tertullien l'appelle une peau vivante. Lorsqu'il se voit en danger d'être pris, il ouvre la gueule & siffle comme une couleuvre. Gesner & Aldrovande disent qu'il se défend du serpent, par un fétu qu'il tient dans sa gueule.
Le caméléon habite dans les rochers : ce qu'il a de plus merveilleux, c'est le changement de couleur qu'il éprouve à l'approche de certains objets. Il est ordinairement verd, tirant sur le brun vers les deux épaules, & d'un verd jaune sous le ventre, avec des taches quelquefois rouges quelquefois blanches. Sa couleur verte se change souvent en un brun foncé, sans qu'il reste rien de la premiere couleur : les taches blanches disparoissent aussi quelquefois, ou changent seulement en une couleur plus obscure qui tire sur le violet, ce qui arrive ordinairement lorsqu'il est épouvanté. Lorsqu'il dort sous une couverture blanche, il devient blanc, mais jamais ni rouge ni bleu ; il devient aussi verd, brun ou noir, si on le couvre de ces couleurs : telles sont au moins les relations ordinaires qu'on a données de ce phénomene. Mais il me paroît exagéré ; & avant que d'en entreprendre l'explication, il faudroit bien constater le fait. Le P. Feuillée, minime, par exemple, prétend dans son Journal d'observations physiques, mathématiques & botaniques, que le changement de couleurs de cet animal vient des divers points de vûe où l'on le regarde ; ce qui n'est point aussi merveilleux que ce qu'en avoient publié les anciens. Mém. de Trévoux, Août 1727, pag. 1419. M. Souchu de Rennefort assûre dans son Histoire des Indes orientales, que les caméléons prennent par les yeux les couleurs des objets sur lesquels ils s'arrêtent. Hist. des ouvr. des Sav. Mars 1688. tom. II. p. 308. Un autre auteur avance qu'il n'est pas vrai que le caméléon change de couleur, suivant les choses sur lesquelles il se trouve ; mais ce changement arrive, selon lui, suivant les différentes qualités de l'air froid ou chaud qui l'environne. Rec. d'Hist. & de Littérat. tom. III. p. 73. Mlle de Scudéry, dans une relation qu'elle a publiée de deux caméléons qui lui furent apportés d'Afrique, assûre qu'elle les conserva dix mois, & que pendant ce tems-là ils ne prirent rien du tout. On les mettoit au soleil & à l'air, qui paroissoit être leur unique aliment : ils changeoient souvent de couleur, sans prendre celles des choses sur quoi on les mettoit. On remarquoit seulement, quand ils étoient variés, que la couleur sur laquelle ils étoient se mêloit avec les autres, qui par leurs fréquens changemens faisoient un effet agréable. Furetiere, article Caméléon. Toutes ces diversités demanderoient un examen plus circonspect ; qui épargnât la peine de chercher des explications pour ce qui n'existe peut-être point : cependant l'on en a proposé plusieurs : les uns disent que ce changement de couleurs se fait par suffusion, les autres par réflexion, d'autres par la disposition des particules qui composent sa peau. Elle est transparente, dit le P. Regnault (Entr. de Phys. tom. IV. p. 182.), & renferme une humeur transparente qui renvoye les rayons colorés, à-peu-près comme une lame mince de corne ou de verre. Mathiole rapporte plusieurs superstitions des anciens touchant le caméléon. Ils ont dit que sa langue, qu'on lui avoit arrachée étant en vie, servoit à faire gagner le procès de celui qui la portoit ; qu'on faisoit tonner & pleuvoir si l'on brûloit sa tête & son gosier avec du bois de chêne, ou si on rôtissoit son foie sur une tuile rouge ; que si on lui arrachoit l'oeil droit étant en vie, cet oeil mis dans du lait de chevre ôtoit les taies ; que sa langue liée sur une femme enceinte la faisoit accoucher sans danger ; que sa mâchoire droite ôtoit toute sa frayeur à ceux qui la portoient sur eux, & que sa queue arrêtoit des rivieres. Ce qui montre que les Naturalistes ont débité des choses aussi fabuleuses que les Poëtes.
Il y a en Egypte des caméléons qui ont onze à douze pouces, y compris la queue ; ceux d'Arabie & du Mexique ont six pouces seulement ".
On ne sait pourquoi les Grecs ont donné à une bête aussi vile & aussi laide, d'aussi beaux noms que ceux de petit-lion ou de chameau-lion. Cependant on a soupçonné que c'étoit parce qu'elle a une crête sur la tête comme le lion : mais cette crête ne paroit à la tête du lion, qu'après que les muscles des tempes ont été enlevés. On a aussi prétendu que c'est parce que le caméléon prend les mouches, comme le lion chasse & dévore les autres animaux, qu'il a été comparé au lion de même que le formica leo.
Les caméléons ont les jambes plus longues que le crocodile & le lézard, cependant ils ne marchent aisément que sur les arbres. On en a observé de vivans, qui avoient été apportés d'Egypte. Le plus grand avoit la tête de la longueur d'un pouce & dix lignes. Il y avoit quatre pouces & demi depuis la tête jusqu'au commencement de la queue. Les piés avoient chacun deux pouces & demi de long, & la queue étoit de cinq pouces. La grosseur du corps se trouvoit différente en différens tems ; il avoit quelquefois deux pouces depuis le dos jusqu'au-dessous du ventre ; d'autres fois il n'avoit guere plus d'un pouce, parce que le corps de l'animal se contractoit & se dilatoit. Ces mouvemens étoient non-seulement dans le thorax & le ventre, mais encore dans les bras, les jambes, & la queue ; ils ne suivoient pas ceux de la respiration, car ils étoient irréguliers, comme dans les tortues, les grenouilles, & les lézards. On a vû ici des caméléons rester enflés pendant plus de deux heures, & demeurer desenflés pendant un plus long-tems ; dans cet état ils paroissent si maigres, qu'on croiroit qu'ils n'auroient que la peau appliquée sur leurs squeletes. On ne peut attribuer ces sortes de contractions & de dilatations qu'à l'air que respire l'animal : mais on ne sait pas comment il peut se répandre dans tout le corps, entre la peau & les muscles ; car il y a toute apparence que l'air forme l'enflure, comme dans la grenouille.
Quoique le caméléon qui a été observé, parût fort maigre lorsqu'il étoit desenflé, on ne pouvoit cependant pas sentir le battement du coeur. La peau étoit froide au toucher, inégale, relevée par de petites bosses comme le chagrin, & cependant assez douce, parce que les grains étoient polis : ceux qui couvroient les bras, les jambes, le ventre, & la queue, avoient la grosseur de la tête d'une épingle ; ceux qui se trouvoient sur les épaules & sur la tête étoient un peu plus gros & de figure ovale. Il y en avoit sous la gorge de plus élevés & de pointus ; ils étoient rangés en forme de chapelet, depuis la levre inférieure jusqu'à la poitrine. Les grains du dos & de la tête étoient rassemblés au nombre de deux, trois, quatre, cinq, six, & sept ; les intervalles qui se trouvoient entre ces petits amas, étoient parsemés de grains presqu'imperceptibles.
Lorsque le caméléon avoit été à l'ombre & en repos depuis longtems, la couleur de tous les grains de sa peau étoit d'un gris bleuâtre, excepté le dessous des pattes qui étoit d'un blanc un peu jaunâtre ; & les intervalles entre les amas de grains du dos & de la tête étoient d'un rouge pâle & jaunâtre, de même que le fond de la peau.
La couleur grise du caméléon changeoit lorsqu'il étoit exposé au soleil. Tous les endroits qui en étoient éclairés prenoient, au lieu de leur gris bleuâtre, un gris plus brun & tirant sur la minime ; le reste de la peau changeoit son gris en plusieurs couleurs éclatantes, qui formoient des taches de la grandeur de la moitié du doigt ; quelques-unes descendoient depuis la crête de l'épine jusqu'à la moitié du dos ; il y en avoit d'autres sur les côtés, sur les bras : & sur la queue ; leur couleur étoit isabelle, par le mélange d'un jaune pâle dont les grains se coloroient, & d'un rouge clair qui étoit la couleur du fond de la peau entre les grains. Le reste de cette peau, qui n'étoit pas exposée au soleil & qui étoit demeurée d'un gris plus pâle qu'à l'ordinaire, ressembloit aux draps mêlés de laines de plusieurs couleurs ; car on voyoit quelques-uns des grains d'un gris un peu verdâtre, d'autres d'un gris minime, d'autres d'un gris bleuâtre qu'ils ont d'ordinaire ; le fond demeuroit rouge comme auparavant. Lorsque le caméléon ne fut plus exposé au soleil, la premiere couleur grise revint peu-à-peu sur tout le corps, excepté le dessous des piés qui conserva sa premiére couleur, avec quelque teinte de brun de plus. Lorsqu'on le toucha, il parut incontinent sur les épaules & sur les jambes de devant plusieurs taches fort noires de la grandeur de l'ongle ; quelquefois il devenoit tout marqueté de taches brunes qui tiroient sur le verd. Après avoir été enveloppé dans un linge pendant deux ou trois minutes, il devint blanchâtre, ou plûtôt d'une couleur grise fort pâle, qu'il perdit insensiblement quelque tems après. Cette expérience ne réussit qu'une seule fois, quoiqu'elle fût répétée plusieurs fois en différens jours, on la tenta aussi sur d'autres couleurs, mais l'animal ne les prit pas. On pourroit croire qu'il ne pâlit dans le linge blanc, que parce qu'il s'y trouva dans l'obscurité, & parce que le linge étoit froid de même que l'air, qui se trouva plus froid le jour de cette expérience, qu'il ne le fut les autres jours où on la répéta.
La tête de ce caméléon étoit assez semblable à celle d'un poisson, parce qu'il avoit le cou fort court, & recouvert par les côtés, de deux avances cartilagineuses assez ressemblantes aux oüies des poissons. Il y avoit sur le sommet de la tête une crête élevée & droite ; deux autres au-dessus des yeux, contournées comme une S couchée ; & entre ces trois crêtes deux cavités le long du dessus de la tête. Le museau formoit une pointe obtuse, & la mâchoire de dessous étoit plus avancée que celle de dessus. On voyoit sur le bout du museau, un trou de chaque côté pour les narines, & il y a apparence que ces trous servent aussi pour l'oüie. Les mâchoires étoient garnies de dents, ou plûtôt c'étoit un os dentelé, qui n'a pas paru servir à aucune mastication ; parce que l'animal avaloit les mouches & les autres insectes qu'il prenoit, sans les mâcher. La bouche étoit fendue de deux lignes au-delà de l'ouverture des mâchoires, & cette continuation de fente descendoit obliquement en-bas.
Le thorax étoit fort étendu en comparaison du ventre. Les quatre piés étoient pareils, ou s'il y avoit quelque différence, c'est que ceux de devant étoient pliés en-arriere, & ceux de derriere en-devant ; desorte que l'on pourroit dire que ce sont quatre bras qui ont leur coude en-dedans, y ayant dans chacun l'os du bras & les deux os de l'avant-bras. Les quatre pattes étoient composées chacune de cinq doigts, & ressembloient plûtôt à des mains qu'à des piés. Elles étoient néanmoins aussi larges l'une que l'autre ; les doigts, qui étoient deux à deux, étant plus gros que ceux qui étoient trois à trois. Ces doigts étoient enfermés ensemble sous une même peau, comme dans une mitaine, & n'étoient point séparés l'un de l'autre, mais paroissoient seulement à travers la peau. La disposition de ces pattes étoit différente, en ce que celles de devant avoient deux doigts en-dehors & trois en-dedans ; au contraire de celles de derriere, qui en avoient trois en-dehors & deux en-dedans.
Avec ces pattes il empoignoit les petites branches des arbres, de même que le perroquet, qui pour se percher partage ses doigts autrement que la plûpart des autres oiseaux, qui en mettent toûjours trois devant & un derriere ; au lieu que le perroquet en met deux derriere de même que devant.
Les ongles étoient un peu crochus, fort pointus, & d'un jaune pâle, & ils ne sortoient que de la moitié hors la peau ; l'autre moitié étoit cachée & enfermée dessous : ils avoient en tout deux lignes & demie de long.
Le caméléon marchoit plus lentement qu'une tortue, quoique ses jambes fussent plus longues & moins embarrassées. On a crû que les animaux de cette espece pourroient aller plus vîte, & on a soupçonné que c'est la timidité qui les arrête. La queue de celui qui a été observé, ressembloit assez à une vipere ou à la queue d'un grand rat, lorsqu'elle étoit gonflée ; autrement elle prenoit la forme des vertebres sur lesquelles la peau est appliquée. Lorsque l'animal étoit sur des arbres, il entortilloit sa queue autour des branches ; & lorsqu'il marchoit, il la tenoit parallele au plan sur lequel il étoit posé, & il ne la laissoit traîner par terre que rarement.
On l'a vû prendre des mouches & autres insectes avec sa longue langue. On a trouvé ces mêmes mouches & des vers dans l'estomac & les intestins : il est vrai qu'il les rendoit presqu'aussi entiers qu'il les avoit pris ; mais on sait que cela arrive à d'autres animaux qui n'ont jamais été soupçonnés de vivre d'air, comme le caméléon. Ce préjugé n'est pas mieux fondé que celui qui a rapport au changement de couleurs, qu'on a dit lui arriver par l'attouchement des différentes choses dont il approche. Mém. de l'acad. royale des Sciences, tome III. part. j. pag. 35. & suiv. Voyez QUADRUPEDE. (I)
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| CAMÉLÉOPARD | voyez GIRAFFE.
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| CAMELFORD | (Géog.) ville d'Angleterre, dans la province de Cornouailles.
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| CAMELOT | S. m. (Draperie) étoffe non croisée qui se fabrique, comme la toile ou comme l'étamine, sur un métier à deux marches. Il y en a de différentes longueurs & largeurs, & de toutes couleurs. On en distingue de plusieurs sortes, entre lesquels les uns sont tout poil de chevre ; d'autres ont la trame poil, & la chaîne moitié poil & moitié soie ; de troisiemes qui sont tout laine ; & de quatriemes où la chaîne est fil & la trame est laine. Tous ces camelots prennent différens noms, selon la façon ; il y en a de teints en fil & de teints en piece. On appelle teints en fil, ceux dont le fil, tant de chaîne que de trame, a été teint avant que d'être employé ; & teint en piece, ceux qui vont à la teinture au sortir du métier. Il y en a de jaspés, de gaufrés, d'ondés, de rayés, &c. On en fait des habits, des meubles, des ornemens d'église, &c. Il s'en fabrique particulierement en Flandre, en Artois, en Picardie ; on en tire aussi de Bruxelles, de Hollande & d'Angleterre, qui sont estimés. Il en vient du Levant. On en fait de soie, cramoisis, incarnats, violets, &c. mais ce sont des taffetas & des étoffes tabisées, qu'on fait passer pour des camelots.
Comme cette étoffe est d'un grand usage, le conseil a pris des précautions pour que la fabrication en fût bonne. Il a ordonné que les camelots de grain tout laine auroient la chaîne de quarante-deux portées, & chaque portée ou buhot, de vingt fils avec demi-aune demi-quart de largeur entre les lisieres, & trente-six aunes de longueur : que ceux à deux fils de soie auroient quarante-deux portées, & vingt-six ou vingt-huit fils à chaque portée, avec même longueur & largeur que les précédents : que les camelots superfins auroient la chaîne de poil de chevre filé, avec deux fils de soie ; quarante-deux portées à trente-six fils chacune, la trame double, de fil de turcoin, ou de poil de chevre filé, avec même longueur & largeur que ci-dessus : enfin que les rayés & unis, tout laine, auroient trente-trois portées, & douze fils à chacune, sur demi-aune de largeur entre les lisieres, & vingt-une aune de longueur pour revenir à vingt-une. Voyez les reglemens de 1699.
Les camelots ondés ont pris cette façon à la calendre, de même que les gaufres à la gaufrerie. Voyez CALENDRE & GAUFRER. Les camelots à eau ont reçû une eau d'apprêt, qui les a disposés à se lustrer sous la presse à chaud.
Il faut être fort attentif à ne point laisser prendre de mauvais plis au camelot, parce qu'on auroit beaucoup de peine à les lui ôter. Voyez PORTEE, BUHOT, CHAINE, TRAME ; & à l'article DRAPERIE, la fabrication & la différence de toutes ces étoffes.
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| CAMELOTER | v. neut. c'est travailler un ouvrage de tissu, comme on travaille le camelot. Il y a des étamines camelotées à gros grain & à petit grain.
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| CAMELOTINE | S. f. (Draperie) petite étoffe faite de poil & de fleuret, à la maniere des camelots. Elle est passée de mode : il y en avoit de différentes largeurs.
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| CAMELOTTE | S. f. reliûre à la camelotte. Ces reliûres sont d'usage pour les livres d'un très modique prix, comme les livres des plus basses classes, ou de prieres, à très-bon marché. La camelotte consiste à coudre un livre à deux nerfs seulement : après qu'on a marqué les endroits de la couture avec la greque, on les passe en carton grossier, mais mince ; on les endosse sans mettre des ais entre les volumes, & on ne met que du papier sur le dos, & le reste se finit grossierement.
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| CAMEN | (Géog.) petite ville d'Allemagne dans le comté de la Marck, en Westphalie.
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| CAMENEC | (Géog.) ville de Pologne au grand duché de Lithuanie, dans le palatinat de Briescia.
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| CAMENT | ou CAMENITZ, (Géog.) ville d'Allemagne dans la Lusace, sur l'Elster.
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| CAMERA | (LA TORRE DE) Géog. petite ville d'Afrique en Barbarie, au royaume de Barca.
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| CAMERAN | (Géogr.) île d'Afrique dépendante de l'Abyssinie, dans la mer Rouge.
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| CAMERARIA | sub. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont le nom a été dérivé de celui de Joachim Camerarius, medecin de Nuremberg. La fleur des plantes de ce genre est monopétale, faite en forme de tuyau & de soûcoupe découpée. Il s'éleve du calice un pistil qui est attaché au bas de la fleur comme un clou, & qui devient dans la suite un fruit ordinairement double, siliqueux, bordé, qui s'ouvre longitudinalement, & qui renferme des semences oblongues, ailées & disposées par écailles. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE. (I)
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| CAMERINO | (Géogr.) petite ville d'Italie dans l'état de l'Eglise, proche de l'Apennin, sur la riviere de Chiento. Long. 30. 42. lat. 43. 5.
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| CAMERLINGUE | S. m. (Hist. civil. & ecclés.) Ce nom, selon M. Ducange, a été autrefois employé pour signifier un thrésorier du pape & de l'empereur. Il vient de l'allemand kammer-ling, qui signifie chambrier, ou maître de la chambre, ou trésorier ; & dans une charte de l'empereur Lothaire, on trouve un Berthold qui exerçoit la charge de thrésorier, appellé camerling.
Aujourd'hui ce nom n'est plus en usage qu'à Rome, où par camerlingue on entend le cardinal qui régit l'état de l'Eglise & administre la justice. C'est l'officier le plus éminent de cette cour, parce qu'il est à la tête des finances. Pendant la vacance du saint siége il fait battre monnoie, marche en cavalcade accompagné des suisses de la garde & autres officiers, & fait publier des édits. Le cardinal camerlingue a sous lui un thrésorier général, un auditeur genéral, & est président d'une chambre ou bureau des finances, composée de douze prélats qu'on nomme clercs de la chambre. Le cardinal Annibal Albani, neveu de Clément XI. est aujourd'hui camerlingue du saint siége. (G)
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| CAMERON | (Géogr.) petite ville d'Allemagne dans la Poméranie, au duché de Stettin.
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| CAMERONIENS | S. m. pl. (Hist. ecclés.) On appelloit de ce nom en Ecosse dans le xvij. siecle, une secte qui avoit pour chef un nommé Archibald Cameron, ministre presbytérien, qui ne vouloit pas recevoir la liberté de conscience que Charles II. roi d'Angleterre vouloit accorder aux presbytériens, parce que, selon lui, c'étoit reconnoître la suprématie du roi, & le regarder comme chef de l'Eglise. Ces Caméroniens, non contens d'avoir fait schisme avec les autres presbytériens, pousserent les choses si loin, qu'ils regarderent le roi Charles II. comme déchû de la couronne, & se révolterent ; mais on les réduisit en peu de tems ; & enfin en 1690, sous le regne de Guillaume III. ils se réunirent aux autres presbytériens. Mais en 1706 ils jugerent à propos d'exciter de nouveaux troubles dans l'église d'Ecosse, il s'en amassa un grand nombre en armes près d'Edimbourg ; mais ils furent dispersés par des troupes réglées qu'on envoya contr'eux. On prétend qu'ils ont une haine plus forte contre les presbytériens que contre les épiscopaux.
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| CAMHOFF | (Géogr.) ville d'Allemagne dans la basse Baviere.
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| CAMILLE | S. m. (Hist. anc.) jeune garçon qui servoit à l'autel dans les sacrifices des Romains : sa fonction étoit de tenir le coffret d'encens & de parfums, appellé acerra ou le praefericulum. V. ACERRA & PRAEFERICULUM. Il falloit que ce desservant fût de bonne famille, & qu'il eût pere & mere vivans. A l'autel il étoit vétu de long ; sa robe étoit large, relevée par la ceinture, & descendant fort bas : il avoit sur la tête un ornement en pointe, du moins c'est ainsi qu'on le voit dans plusieurs antiques. On lui remarque dans quelques autres la tête découverte quand le sacrificateur l'a voilée, & la tête couverte quand le sacrificateur l'a nue : il seroit difficile d'en dire la raison. Le camille étoit de la célébration des mariages & des pompes publiques.
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| CAMI | ou CAMMIN, (Géog.) ville d'Allemagne dans la Poméranie ultérieure, proche de la mer Baltique, à l'embouchure de l'Oder. Long. 32. 45. lat. 54. 4.
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| CAMINHA | (Géog.) ville forte du Portugal, avec titre de duché. Long. 9. 5. lat. 41. 44.
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| CAMINIETZ | (Géogr.) petite ville de Pologne sur la riviere de Bug, dans la province de Mazovie.
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| CAMINIZI | (Géog.) ville & forteresse d'Asie, sur la mer Noire.
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| CAMION | S. m. (ouvrage de Charron) c'est une espece de petite voiture ou petit haquet monté sur quatre petites roues faites d'un seul morceau de bois chacune, sur laquelle on traîne des fardeaux pesans & difficiles à manier. Le camion est à l'usage de plusieurs ouvriers.
CAMION est, parmi les Epingliers, la plus petite de toutes les especes d'épingles ; elle ne sert guere que pour attacher les coëffures & les autres ornemens des femmes.
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| CAMIS | S. m. pl. (Hist. mod.) idole qu'adorent les Japonois, & principalement les bonzes ou ministres de la secte de Xenxus. Ces idoles représentent les plus illustres seigneurs du Japon, à qui les bonzes font bâtir de magnifiques temples, comme à des dieux, qu'ils invoquent pour obtenir la santé du corps & la victoire sur leurs ennemis. (G)
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| CAMISADE | S. f. terme de Guerre, qui signifie une attaque par surprise, de nuit ou de grand matin, lorsqu'on suppose que l'ennemi est couché.
Ce terme vient du mot chemise, qu'en quelques provinces on prononce camise. Cette sorte d'attaque s'appelloit camisade, parce que les soldats qui attaquoient, mettoient leur chemise par-dessus leurs armes, pour se reconnoître plus aisément dans la mêlée. (Q)
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| CAMISARD | ou CAMISARS, sub. m. pl. (Hist. mod.) est un nom qu'on a donné en France aux calvinistes des Cevennes, qui se liguerent & prirent les armes pour la défense du Calvinisme en 1688.
On ne convient pas sur l'étymologie de ce mot : quelques uns le font venir de camisade, parce que leurs attaques & leurs incursions furent subites & inattendues : d'autres le font venir de camise, qui en quelques provinces de France se dit pour chemise ; parce qu'ils alloient dans les maisons prendre de la toile pour se faire des chemises, ou parce qu'ils portoient des habillemens faits comme des chemises : d'autres le font venir de camis, un grand chemin ; parce que les routes publiques étoient infestées de Camisards.
On donna encore le même nom aux fanatiques, qui, au commencement de ce siecle, se révolterent & commirent beaucoup de desordres dans les Cevennes. Ils furent enfin réduits & dissipés par la bravoure & la prudence du maréchal de Villars. (G)
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| CAMISSANO | (Géog.) ville d'Italie dans le Vicentin, sur les frontieres du Padouan, aux Vénitiens.
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| CAMMALAMMA | (Géog.) ville d'Asie dans l'île de Ternate, dont elle est la capitale.
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| CAMMANAH | (Géog.) petite province d'Afrique dans la Guinée, sur la côte d'Or.
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| CAMME | S. f. c'est ainsi qu'on nomme dans les grosses forges & dans plusieurs autres usines, des éminences pratiquées à la surface d'un arbre, qui tournant sur lui-même par le moyen d'une grande roue & d'une chûte d'eau, fait lever ou des pilons ou des soufflets, auxquels on a pratiqué d'autres éminences que les cammes rencontrent.
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| CAMMONIA | (Hist. nat. bot.) c'est une plante des Indes orientales, dont il y a plusieurs especes différentes. Elle croît à la hauteur de dix à douze piés ; ses feuilles ressemblent assez à celles du bouis, hormis qu'elles sont un peu plus grandes. Elle fleurit quatre fois par année ; ses fleurs sont blanches comme de la neige ; ressemblent à celles du jasmin, & ont une odeur pour le moins aussi gracieuse que la sienne, & qui se répand au loin ; ses branches ou rameaux se remplissent de fleurs qui sont monopétales, & qui se forment en grappes comme des raisins.
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| CAMOMILLE | S. f. (Hist. nat. bot.) chamaemelum genre de plante à fleur ordinairement radiée, dont le disque est un amas de fleurons, & dont la couronne est formée par des demi-fleurons portés sur des embryons, & soûtenus par un calice écailleux. Les embryons deviennent dans la suite des semences attachées à la couche : ajoûtez au caractere de ce genre le port de la plante, & principalement ses feuilles, qui sont découpées en petites parties. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
On l'employe sur les plates-bandes : il ne s'agit que de l'exposer au grand chaud, & que de lui choisir des lieux sablonneux. Elle vient de graine ou de plant en racine, & fleurit en été. (K)
La camomille appellée chamaemelum vulgare, leucanthemum Dioscoridis, C. B. P. 135. chamomilla romana offic. Buxb. est d'usage en Medecine : elle est amere, aromatique, & rougit beaucoup le papier bleu. Elle contient du sel ammoniac chargé de beaucoup d'acide, & enveloppé d'une grande quantité de soufre & de terre. Elle est apéritive, diurétique, adoucissante, fébrifuge.
Les fleurs, dès le tems de Dioscoride, servoient dans les fievres intermittentes. Riviere & Morthon l'employent de même ; & c'est encore à-présent le fébrifuge ordinaire des Irlandois & des Ecossois.
L'infusion de ses sommités & de mélilot, soulage dans la colique néphrétique & dans la rétention d'urine : elle appaise les grandes tranchées qui surviennent après l'accouchement.
Simon Pauli loue le vin de camomille dans la pleurésie, & les fomentations de la décoction faites en même tems sur le côté.
Elle est bonne en lavement & en bain : on en fait des cataplasmes, lorsqu'il est question d'adoucir & résoudre, comme dans la sciatique, dans les hémorrhoïdes.
L'huile de camomille faite par l'infusion de la plante, est bonne contre les douleurs de rhûmatisme : on la mêle avec parties égales d'huile de millepertuis & d'esprit-de-vin camphré ; on en fait un liniment sur la partie malade, que l'on couvre d'un linge bien chaud plié en quatre.
La camomille fétide est d'un usage moins étendu. Voyez MAROUTE.
On trouve dans les boutiques l'eau distillée, simple & composée de camomille ; l'huile distillée, & l'huile par infusion. (N)
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| CAMONICA | (Géog.) petit pays d'Italie dans le Brescian, appartenant aux Vénitiens.
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| CAMOUFLET | S. m. Donner un camouflet, dans l'Art militaire, c'est chercher à étouffer ou écraser le mineur ennemi dans sa galerie.
Le camouflet se donne de différentes façons, suivant la distance de l'éloignement & de la ligne de moindre résistance. Voici la plus commune.
Si le mineur est bien voisin, on se sert pour lui donner le camouflet d'une bombe de douze pouces chargée avec sa fusée. On la loge dans un trou du côté du parvis opposé au mineur qu'on veut étouffer ; on regarnit le trou ; on le couvre d'un ou de plusieurs bouts de madriers que l'on arcboute bien solidement contre le côté opposé ; on remplit le bout du rameau ou de la galerie, que l'on arcboute encore à proportion de la résistance qu'elle doit faire. Avant de faire cette opération, on met le saucisson avec son auget, qui commence à la fusée jusqu'à la sortie de l'étançonnement, de la même maniere qu'on en use pour mettre le feu au fourneau, ou à la chambre des mines. On met le feu au saucisson, & le mineur ennemi se trouve étouffé par le renversement des terres, le manque d'air, & la fumée dont il est accablé. Voyez MINE. (Q)
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| CAMP | S. m. dans l'Art militaire, est l'espace ou le terrein occupé par une armée pour son logement en campagne.
" Ce qui caractérise le camp, & qui en détermine le nom suivant nos usages, ce sont les tentes que les officiers & les soldats ont avec eux ; pour s'en servir au lieu de maisons.
Les tentes sont des pieces de toiles ou de coutil préparées & accommodées, pour être soûtenues en l'air avec des cordes, des piquets, & de petites pieces de bois ou gros bâtons.
Il est aisé de comprendre que ces tentes doivent être placées d'une maniere déterminée, qui convienne à la commodité de ceux qui habitent le camp, & aux précautions nécessaires pour le défendre : ces précautions, & tout ce qui concerne la sûreté du camp, font le principal objet ou la base de sa disposition.
Les conséquences tirées de ce principe, ont été différentes suivant les tems. Les anciens resserroient le campement de leurs troupes, & ils formoient un retranchement tout-autour, qui étoit presque toûjours quarré chez les Romains. Les Turcs, & quelques autres nations de l'Asie, qui font la guerre le plus souvent dans des pays de plaines entierement découvertes, entourent leur camp d'une enceinte formée par leurs chariots & autres bagages.
La pratique présente des nations de l'Europe est toute différente. On fait consister la sûreté du camp à la facilité qu'on procure aux cavaliers & aux soldats de se rassembler devant leurs tentes, pour s'y mettre en état de se défendre contre l'ennemi, & le combattre.
C'est pourquoi l'ordre de bataille fixé par le général, devant être regardé comme la meilleure disposition dans laquelle l'armée puisse combattre, il s'ensuit que les troupes doivent camper de maniere à se rassembler dans cet ordre lorsqu'il en est besoin, & que le terrein le permet.
Ainsi c'est l'ordre de bataille qui doit décider absolument celui du campement ; ce qui est conforme à ce que M. le marquis de Santa-Crux observe à ce sujet, en disant : que la bonne regle exige de camper selon l'ordre qu'on marche, & de marcher selon l'ordre dans lequel on doit combattre.
Les troupes étant destinées à combattre par division de bataillons & d'escadrons, elles doivent donc camper dans le même ordre, & être arrangées dans le Camp de la même maniere qu'elles le sont dans l'ordre de bataille.
D'où il suit : que l'étendue de droite à gauche des camps particuliers des bataillons & des escadrons, doit être égale au front que ces troupes occupent en bataille, & qu'il doit y avoir entre ces camps des intervalles aussi égaux à ceux qu'on met alors entre les mêmes troupes.
Par cette disposition, l'étendue du front de tout le camp de droite à gauche, est égale au front de l'ordre de bataille ; & l'armée étant en bataille à la tête de ce front, chaque bataillon & chaque escadron peut faire tendre son camp derriere lui ; ce qui étant fait, toutes les troupes peuvent entrer ensemble dans leur camp, s'y placer presqu'en un moment, & en sortir de même, s'il en est besoin, pour combattre.
Si le camp a un front plus grand que celui de l'armée en bataille, les troupes, en se formant à la tête du camp, laisseront de grands intervalles entr'elles si elles veulent le couvrir ; si au contraire le front du camp est plus petit, les troupes n'auront pas l'espace nécessaire pour se former en-avant avec les distances prescrites par le général. D'où l'on voit que pour éviter ces deux inconvéniens, il faut que le front du camp se trouve sensiblement égal à celui de l'armée rangée en bataille, & pour cela que le camp particulier de chaque troupe joint à l'intervalle qui le sépare du camp voisin, ait un front égal à celui de la même troupe & de son intervalle en bataille. C'est aussi ce que prescrit M. le maréchal de Puysegur, qui dit dans son livre de l'art de la guerre : que la premiere regle à observer pour asseoir un camp, est de lui donner au moins la même étendue que les troupes occupent en bataille ; parce qu'il faut qu'elles puissent être mises promtement & en tout tems en ordre pour combattre.
Remarque sur les intervalles qu'on doit laisser entre les camps de différentes troupes de l'armée. Il n'y a rien de déterminé, ni dans l'usage, ni dans les auteurs militaires, sur la largeur des espaces qui doivent séparer les corps particuliers de l'armée.
M. de Bombelles dit dans son livre sur le service journalier de l'infanterie, que cette détermination ne se peut faire avec précision, parce que l'étendue du front du camp de chaque bataillon, dépend de l'espace dans lequel le général veut faire camper son armée. Il suppose cependant qu'en terrein ordinaire on peut donner cent vingt pas au front d'un bataillon, y compris celui de son intervalle ; comme il suppose aussi que le camp de ce bataillon doit occuper quatre-vingt-dix pas : d'où il s'ensuit que selon cet officier général, trente pas font un espace suffisant pour l'intervalle des bataillons dans le camp.
D'autres auteurs ne donnent point d'intervalles entre tous les camps des bataillons de l'armée ; ils prescrivent seulement de séparer les camps des régimens par un espace de trente pas : mais ils n'appuient ce principe d'aucune raison ; ensorte qu'il paroit que leur intention à cet égard est uniquement de diviser le camp par régimens. Quoique cette division soit celle qui paroisse la plus conforme à l'usage présent, on ne peut néanmoins la regarder ni comme générale, ni comme ayant toûjours été observée. M. Rozand lieutenant colonel, & ingénieur dans les troupes de Baviere, qui a donné en 1733 un très bon traité de Fortification, prétend dans cet ouvrage, qu'il a toûjours vû donner dans les camps, quarante ou cinquante pas de cheval par escadron, & pareille distance pour l'espace ou l'intervalle des camps particuliers de chacune de ses troupes ; qu'il a vû donner de même cent pas de cheval pour le front du camp de chaque bataillon, & autant pour son intervalle. Cette pratique qui est conforme aux principes ci-devant établis, peut être regardée comme une regle invariable, si le général veut combattre avec des intervalles égaux aux fronts des différentes troupes de son armée : mais quel que soit le parti qu'il prenne à cet égard, le camp particulier de chaque troupe, joint à son intervalle, doit toûjours répondre sensiblement au front & à l'intervalle des troupes en bataille, au moins si on veut observer quelque regle dans la détermination du front du camp.
Il suit des principes qui ont été exposés sur l'étendue ou le front du camp, qu'il doit toûjours y avoir devant tous les corps des bataillons & des escadrons, un terrein libre où l'armée puisse se mettre en bataille.
C'est pourquoi si l'on est obligé de camper dans des lieux embarrassés, la premiere chose à laquelle on doit veiller, c'est de faire accommoder le terrein de maniere que les troupes qui l'occupent, puissent communiquer aisément entr'elles, & se mouvoir sans aucun obstacle.
L'ordre de bataille étant ordinairement dirigé du côté de l'ennemi par une ligne droite, le camp est déterminé du même côté & par une même ligne lorsque le terrein le permet. On place sur cette ligne, ou plûtôt quelques pas en-avant, les drapeaux & les étendards des troupes : on lui donne par cette raison le nom de front de bandiere, vieux mot françois qui signifie banniere, & en général tout signe ou enseigne militaire. C'est la principale ligne, ou, pour s'exprimer en terme de Fortification, la ligne magistrale du camp ; à laquelle toutes les autres se rapportent.
Après avoir expliqué les principes qui peuvent servir à déterminer le front de bandiere du camp, il s'agit de dire un mot de sa profondeur.
Elle est déterminée par celle des camps des bataillons & des escadrons, qu'on peut évaluer à quatre-vingt toises. Il faut observer que la seconde ligne doit avoir un terrein devant elle assez grand pour se mettre en bataille, sans que les dernieres tentes de la premiere ligne anticipent sur le terrein.
L'éloignement de la tête du camp ou du front de bandiere de la premiere ligne à celui de la seconde, est assez ordinairement de trois ou quatre cent pas, c'est-à-dire de cent cinquante ou deux cent toises : on donne même à cet intervalle jusqu'à cinq cent pas ou deux cent cinquante toises, si le terrein est assez spacieux pour cela ; mais cette distance ne peut être moindre que deux cent pas, autrement la queue des camps de la premiére ligne s'étendroit jusqu'à la tête du camp de la seconde.
Il est très utile en cas d'attaque, que non-seulement le camp de la premiere ligne ait assez de terrein libre en-avant, pour que cette ligne puisse s'y porter aisément s'il en est besoin, ainsi qu'on l'a déjà dit, mais encore pour que la seconde ligne, passant par les intervalles du camp de la premiere, puisse venir se former derriere cette premiere à une distance convenable pour la soûtenir. C'est pourquoi toutes les fois qu'on peut procurer cet avantage au camp, on ne doit jamais le négliger, surtout lorsqu'on est dans un camp à portée de l'ennemi.
Il arrive quelquefois qu'on fait un retranchement devant tout le front du camp : alors il ne doit y avoir aucun obstacle qui empêche les troupes de communiquer librement du camp au retranchement.
Dans les pays tels que la Hongrie & les provinces voisines du Danube, où les Allemands font la guerre aux Turcs, tous les officiers généralement se servent de tentes : mais dans la Flandre, l'Allemagne, l'Italie, &c. où l'on a coûtume de faire la guerre, & où il se trouve beaucoup de villages & de maisons, on s'en sert pour le logement des officiers généraux, c'est-à-dire pour celui des lieutenans-généraux & des maréchaux de camp. Les fourriers de l'armée leur font marquer à chacun une maison dans les villages qui se trouvent renfermés dans le camp. Les brigadiers mêmes peuvent, suivant les ordonnances militaires, se loger dans une maison, s'il s'en trouve à la queue de leur brigade : mais les colonels & les autres officiers inférieurs doivent nécessairement camper à la queue de leurs troupes, selon les mêmes ordonnances.
On a soin que les officiers généraux soient campés ou logés à côté des troupes ou des parties de l'armée qu'ils commandent : ainsi ceux qui commandent à la droite ou à la gauche de l'armée, occupent les villages qui se trouvent dans ces parties, & les autres ceux qui sont vers le centre ; lorsque ces villages ne seront pas suffisamment couverts ou regardés par les troupes du camp, on fait camper pour la sûreté des officiers qui y sont logés, des corps de troupes qui mettent ces lieux à l'abri de toute insulte. Essai sur la castramétation, par M. le Blond.
CAMP RETRANCHE, c'est un espace fortifié pour y renfermer un corps de troupes & le mettre à couvert des entreprises d'un ennemi supérieur : les camps retranchés se construisent ordinairement dans les environs d'une place dont le canon peut servir à leur défense ; & ils ont particulierement pour objet de couvrir & de protéger une place dont la fortification ne permettoit pas une longue résistance.
Le retranchement dont les camps retranchés sont entourés, ne consiste guere que dans un fossé, & un parapet flanqué de quelques redans ou de bastions. Les troupes sont campées environ à cent vingt toises du retranchement. Voyez Planc. XII. de l'art milit. une partie d'un camp retranché dans un terrein inégal.
C'est des Turcs, dit M. le Marquis de Feuquieres, que nous avons l'usage des camps retranchés, sous le nom de palanques. Cet usage est fort bon quand il est judicieusement pris, & j'approuve la pensée que M. de Vauban a eue d'en construire sous quelques-unes des places du Roi : mais il ne faut pas pour cela en faire sous toutes les places qui seroient susceptibles d'une pareille protection, parce qu'on ne pourroit pas les garnir suffisamment de troupes, & qu'ainsi ces camps retranchés seroient plus préjudiciables que profitables. Voici les cas où je les approuve.
Lorsque le prince a la guerre à soûtenir de plusieurs côtés de son état, que de quelques-uns de ces côtés il veut demeurer sur la défensive, & qu'à la tête de ce pays il y a une place dont la construction permet d'y placer un camp retranché ; le prince en peut ordonner la construction d'avance, afin qu'il soit bon, & que par-là l'ennemi soit forcé d'attaquer ce camp dans les formes, avant que de pouvoir assiéger la place.
Lorsqu'une ville est grande, & que son circuit n'a pû être fortifié régulierement à cause de la grande dépense, & que cependant sa conservation est nécessaire, on peut pour sa protection y placer un camp retranché lorsque sa situation la rend susceptible de le recevoir. Lorsqu'on ne veut garder qu'un petit corps à la tête d'un pays, soit pour empêcher les courses de l'ennemi, soit pour pénétrer dans le pays ennemi, on peut chercher la ville la plus commode pour les effets dont je viens de parler, & y construire un camp retranché, parce qu'il est plus aisé de se servir des troupes qui sont dans un camp retranché, que de celles qui sont logées dans une ville, dont le service ne sauroit être aussi promt que celui des troupes campées.
Lorsqu'on veut protéger une place dominée par des hauteurs, & qu'il s'en trouve quelques-unes où un camp retranché peut être placé de maniere que la communication de ce camp à la place ne puisse point être ôtée, qu'il éloigne la circonvallation, qu'il ne soit point dominé, & sous le feu du canon de l'ennemi, ou qu'il donne quelque liberté au secours qu'on pourroit introduire dans la place, ou une facilité à l'armée qui veut secourir, de s'approcher de ce camp ; on y peut faire un camp retranché.
Lorsqu'une place se trouve située sur une riviere, & qu'elle est du même côté par lequel l'ennemi la peut le plus favorablement aborder pour en former le siége, on peut encore en ce cas avoir un camp retranché de l'autre côté de la riviere, principalement si le terrein se trouve disposé de maniere que de cet autre côté de la riviere il se trouve une hauteur voisine dont l'occupation force l'ennemi à une circonvallation étendue de ce côté-là ; parce que cette grande circonvallation ainsi séparée & coupée par une riviere, rendra la place bien plus aisée à secourir.
On peut encore faire un camp retranché au-devant des fortifications d'une place, lorsqu'il peut être fait de maniere qu'il éloigne l'attaque, & que l'ennemi soit obligé à ouvrir une tranchée, & à prendre les mêmes établissemens contre ce camp retranché, que pour l'attaque même de la place ; & qu'après qu'il aura forcé les troupes qui sont dans ce camp à le lui abandonner, la terre qui y aura été remuée ne donnera pas des établissemens contre la place.
Enfin les camps retranchés sont d'un fort bon usage dans les especes dont je viens de parler, pourvû qu'ils soient bons, qu'ils ayent les épaisseurs convenables pour soûtenir les efforts de l'artillerie ennemie ; qu'ils soient protégés de la place qu'ils protegent ; qu'ils y tiennent, & que les flancs en soient en sûreté par la protection du canon de la place & des ouvrages, & sous le feu de la mousqueterie du chemin couvert ; sans quoi ils pourroient être dangereux à soûtenir avec trop d'opiniâtreté : lorsqu'on les veut soûtenir avec opiniâtreté, à cause de leur conséquence pour la durée d'un siége, l'on y peut faire un second retranchement intérieur, qui sera garni d'infanterie le jour qu'on craindra d'être attaqué de vive force, afin que le feu de cette infanterie facilite la retraite des troupes forcées, & contienne l'ennemi qui poursuivroit avec chaleur les troupes forcées jusque dans le chemin couvert de la place.
Tous les camps retranchés doivent être construits de maniere que les troupes qui y sont campées soient à couvert du feu du canon de l'ennemi : car il ne faut pas que par son artillerie il en puisse enfiler aucune partie : si cela étoit, le camp deviendroit fort difficile à soûtenir, trop peu tranquille, & trop coûteux.
Ce que j'ai dit jusqu'à présent des camps retranchés, ne regarde que ceux qui sont construits pour un corps d'infanterie, pour rendre une circonvallation plus difficile, pour éloigner l'attaque du corps de la place, & par conséquent augmenter la durée du siége. Il ne reste plus sur cette matiere qu'à dire quel est l'usage des camps retranchés pour y mettre aussi de la cavalerie.
L'usage de ces camps n'est que dans certains cas, qui regardent plûtôt la guerre de campagne que celle des siéges ; & voici quels ils sont.
Ou l'on veut dans les guerres offensives & défensives faire des courses dans le pays ennemi ; ou l'on veut empêcher que l'ennemi n'en fasse commodément, & ne pénetre le pays, ou l'on veut pouvoir mettre les convois en sûreté sous une place où il ne seroit pas commode de les faire entrer.
Dans tous ces cas l'on peut construire un camp retranché sous une place ; & pour lors il faut avoir plus d'attention à la commodité de la situation pour y entrer & en sortir facilement, & à son voisinage des eaux, qu'à sa force par rapport à la défense de la place. Ces camps sont toûjours de service, pourvû qu'ils soient hors d'insulte, gardés par un nombre d'infanterie suffisant, & assez étendus pour y camper commodément la cavalerie, & faire entrer & ressortir les charrois des convois sans embarras.
Voilà, ce me semble, tous les usages différens qu'on peut faire des camps retranchés : ils sont tous fort utiles : mais il ne faut pas pour cela avoir trop de ces camps retranchés : il doit suffire d'en avoir un bon sous une place principale sur une frontiere ; parce que leur garde consommeroit trop d'hommes, qui seroient de moins au corps de l'armée. Tout ceci est tiré des Mémoires de M. le marquis de Feuquieres.
CAMP VOLANT, est un petit corps d'armée composé de quatre, cinq ou six mille hommes, & quelquefois d'un plus grand nombre, d'infanterie & de cavalerie, qui tiennent continuellement la campagne, & qui font différens mouvemens pour empêcher les incursions de l'ennemi, ou pour faire échoüer leurs entreprises, intercepter les convois, fatiguer le pays voisin, & pour se jetter dans une place assiégée en cas de besoin. (Q)
CAMP PRETORIEN, (Hist. anc.) c'étoit chez les Romains une grande enceinte de bâtiment, qui renfermoit plusieurs habitations pour loger les soldats de la garde, comme pourroit être aujourd'hui l'hôtel des mousquetaires du Roi à Paris.
CAMP, (Commerce) Les Siamois, & quelques autres peuples des Indes orientales, appellent des camps les quartiers qu'ils assignent aux nations étrangeres qui viennent faire commerce chez eux : c'est dans ces camps, où chaque nation forme comme une ville particuliere, que se fait tout leur négoce ; & c'est là où non-seulement ils ont leurs magasins & leurs boutiques, mais aussi où ils demeurent, avec leur famille, & leurs facteurs & commissionnaires. Les Européens sont pourtant exempts à Siam, & presque par-tout ailleurs, de cette sujétion ; & il leur est libre de demeurer dans la ville ou dans les faubourgs, comme ils le jugent à-propos pour leur commerce. (G)
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| CAMPAGNA | (Géog.) ville d'Italie au royaume de Naples, dans la principauté ultérieure. Long. 32. 47. lat. 41. 42.
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| CAMPAGNANO | (Géog.) petite riviere d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure.
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| CAMPAGNE | S. f. en terme de Guerre, signifie l'espace de tems de chaque année que l'on peut tenir les troupes en corps d'armée.
Les Allemands commencent leur campagne fort tard, & attendent souvent jusqu'après la moisson : les François ouvrent la campagne de bonne heure ; ils la commencent quelquefois dès la fin de l'hyver ; & cette méthode leur est fort avantageuse. Ce qui doit décider de l'ouverture de la campagne, ce sont les moissons : il faut ou de grands magasins pour la nourriture des chevaux, ou que la terre soit en état de pourvoir à leur subsistance ; ce qui ne se peut guere que vers le milieu du mois de Mai. Voy. FOURRAGE (Q)
CAMPAGNE, (Marine) faire une campagne ; on entend sur mer par le mot de campagne, le tems que dure un armement, soit pour faire un voyage de long cours, soit le tems que dure une croisiere, ou celui qu'une armée navale peut tenir la mer. (Z)
CAMPAGNE, (Géog.) petite ville de France dans l'Armagnac, sur la Douze.
CAMPAGNE DE ROME, (la) Géog. province d'Italie bornée à l'oüest par la mer & le Tibre ; au sud & à l'est par la mer, l'Abruzze, & le pays de Labour ; & au nord par la Sabine.
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| CAMPANE | S. f. terme d'Architecture, du latin campana, cloche. On donne ce nom au corps du chapiteau corinthien & de celui du composite, parce qu'ils ressemblent à une cloche renversée : on l'appelle aussi vase ou tambour, & le rebord qui touche au tailloir se nomme levre.
CAMPANE, ornement de sculpture en maniere de crépines, d'où pendent des houpes en forme de clochettes pour un dais d'autel, de throne, de chaire à prêcher, comme la campane de bronze qui pend à la corniche composite du baldaquin de S. Pierre de Rome.
CAMPANE de comble, ce sont certains ornemens de plomb chantournés & évuidés qu'on met au bas du faîte d'un comble comme il s'en voit de dorés au château de Versailles.
CAMPANES, voyez GOUTTES. (P)
CAMPANE, ouvrage de Boutonnier ; c'est une espece de crépine ou de frange faite de fil d'or, d'argent, ou de soie, qui se termine par en-bas d'espace à autre par de petites houpes semblables à des clochettes ; ce qui leur a fait donner le nom de campane, qui vient du mot latin campana.
Quoique les marchands Merciers vendent dans leurs boutiques des houpes & campanes coulantes ou arrêtées, montées sur moules & bourrelets, noüées & à l'aiguille, il n'y a cependant que les maîtres Passementiers-Boutonniers qui ayent la faculté de les fabriquer, suivant l'article vingt-troisieme de leurs statuts du mois d'Avril 1653.
CAMPANE, tirage des soies ; c'est le nom que les Piémontois ont donné à une des roues principales de la machine à tirer les soies. Voyez à l'article SOIE, le tirage des soies.
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| CAMPANELLA | (Philosophie de) Campanella étoit de Stilo, petite ville de la Calabre : il prit l'habit de S. Dominique à l'âge de treize ans. On l'accusa d'hérésie ; c'est pourquoi les juges de l'inquisition le tinrent en prison pendant vingt-cinq ans. Le pape Urbain VIII. obtint sa liberté. Il vint à Paris en 1634, & le cardinal de Richelieu, qui avoit une estime particuliere pour les savans, lui fit de grands biens. Il mourut à Paris en 1639, âgé de 71 ans, après une grande mélancholie, & un dégoût extraordinaire.
Campanella se croyoit fait pour donner à la Philosophie une face nouvelle : son esprit hardi & indépendant ne pouvoit plier sous l'autorité d'Aristote, ni de ses commentateurs. Il voulut donner le ton à son siecle ; & peut-être qu'il en seroit venu à bout, s'il n'eût fallu que de l'esprit & de l'imagination. On ne peut nier qu'il n'ait très-bien apperçû les défauts de la philosophie scholastique, & qu'il n'ait entrevû les moyens d'y remédier : mais son peu de jugement & de solidité le rendirent incapable de réussir dans ce grand projet. Ses ouvrages remplis de galimathias, fourmillent d'erreurs & d'absurdités : cependant il faut avoüer qu'il avoit quelquefois de bons intervalles ; & on peut dire de lui ce qu'Horace disoit d'Ennius :
Cum flueret lutulentus, erat quod tollere velles.
On assûre qu'il prétendoit connoître la pensée d'une personne, en se mettant dans la même situation qu'elle, & en disposant ses organes, à-peu-près de la même maniere que cette personne les avoit disposés. Ce sentiment devroit paroître bien singulier ; si on ne savoit qu'il n'est pas nécessaire, pour prendre plaisir à mettre au jour des choses extraordinaires, de les croire véritables ; mais qu'il suffit d'espérer que le peuple les regardera comme des prodiges, & que par leur moyen on passera soi-même pour un prodige.
Dialectique de Campanella. Pour mettre les lecteurs en état de se former une idée de l'esprit philosophique de Campanella, nous allons mettre ici ses sentimens.
1. La dialectique est l'art ou l'instrument du sage, qui lui enseigne à conduire sa raison dans les sciences.
2. La Logique se divise en trois parties, qui répondent aux trois actes de l'entendement, la conception, le jugement, & le raisonnement.
3. La définition n'est pas différente du terme : or les termes sont ou parfaits ou imparfaits.
4. Les termes sont les semences : & les définitions sont les principes des sciences.
5. La Logique naturelle est une espece de participation de l'intelligence de Dieu même, par laquelle nous sommes raisonnables : la Logique artificielle est l'art de diriger notre esprit par le moyen de certains préceptes.
6. Les termes sont les signes de nos idées.
7. Le genre est un terme qui exprime une similitude essentielle qui se trouve entre plusieurs êtres communs.
8. L'espece est un terme qui exprime une similitude essentielle entre plusieurs individus.
9. La différence est un terme qui divise le genre, & qui constitue l'espece.
10. La définition est un terme complexe, qui renferme le genre & la différence.
11. Le propre est un terme qui signifie l'état particulier des choses.
12. L'accident est un terme qui signifie ce qui n'est point essentiel à un être.
13. La premiere substance, qui est la base de tout, & qui ne se trouve dans aucun sujet, c'est l'espace qui reçoit tous les corps : en ce sens Dieu est une substance improprement dite.
14. La substance est un être fini, réel, subsistant par lui-même, parfait, & le premier sujet de tous les accidens.
15. La quantité, qui est le second prédicament, est la mesure intime de la substance matérielle ; & elle est de trois sortes ; le nombre, le poids, & la masse ou la mesure.
16. La division est la réduction d'un tout dans ses parties, soit qu'on regarde le tout comme intégral, ou comme quantitatif, ou comme essentiel, ou comme potentiel, ou comme universel.
17. Il y a plusieurs manieres de définir, parce qu'il y a plusieurs manieres d'agir.
18. Dieu ne peut point être défini, parce qu'il n'a qu'une différence négative.
19. La description est un discours qui indique l'essence d'une chose par des propriétés, par des effets, & par des similitudes.
20. Le nom est un terme qui signifie proprement l'essence des choses ; & le verbe est un terme qui signifie l'action des choses.
21. L'argumentation est l'action par laquelle l'esprit va de ce qui lui est connu à ce qui lui est inconnu, pour le connoître, le déclarer, & le prouver.
22. Les sens sont le fondement de toutes les sciences humaines.
23. Le syllogisme est composé de deux propositions, dans l'une desquelles se trouve le sujet de la conclusion, & dans l'autre l'attribut de la même conclusion.
24. L'induction est un argument qui conclut du dénombrement des parties au tout.
25. L'exposition est la preuve d'une proposition, par d'autres propositions plus claires & équipollentes.
26. L'enthimème est un syllogisme tronqué, dans lequel on sousentend ou la majeure ou la mineure.
27. La science consiste à connoître les choses par leurs causes.
Voilà ce qu'il y a de moins déraisonnable dans la Logique de Campanella : le lecteur est en état de juger s'il est ou plus clair ou plus méthodique qu'Aristote, & s'il a ouvert une route plus aisée & plus courte que cet ancien philosophe.
Physique de Campanella. 1. Les sens sont la base de la Physique : les connoissances qu'ils nous donnent sont certaines, parce qu'elles naissent de la présence même des objets.
2. L'essence d'une chose n'est point différente de son existence ; ce qui n'a point d'existence ne peut avoir d'essence.
3. Ce qui existe physiquement, existe dans un lieu.
4. Le lieu est la substance premiere : elle est spirituelle, immobile, & capable de recevoir tous les corps.
5. Il n'y a point de vuide, parce que tous les corps sentent, & qu'ils sont doüés du sens du tact : mais il est possible qu'il y ait du vuide par violence.
6. Le tems est la durée successive des êtres : c'est la mesure du mouvement, non pas réellement, mais seulement dans notre pensée.
7. Le tems peut mesurer le repos, & on peut le concevoir sans le mouvement ; il est composé de parties indivisibles d'une maniere sensible : mais l'imagination peut le diviser sans fin.
8. Il n'est point prouvé que le tems ait commencé : mais on peut croire qu'il a été fait avec l'espace.
9. Dieu mit la matiere au milieu de l'espace, & il lui donna deux principes actifs, savoir la chaleur & le froid.
10. Ces deux principes ont donné naissance à deux sortes de corps : la chaleur divisa la matiere & en fit les cieux : le froid la condensa, & en fit la terre.
11. Une chaleur violente divisa fort vîte une portion de matiere, & se répandit dans les lieux que nous appellons élevés : le froid fuyant son ennemie étendit les cieux, & sentant son impuissance, il réunit quelques-unes de ses parties, & il brilla dans ce que nous appellons étoiles.
12. La Lune est composée de parties qui ne brillent point par elles-mêmes, parce qu'elles sont engourdies par le froid de la terre ; au lieu que les cieux étant fort éloignés du globe terrestre, & n'en craignant point le froid, sont remplis d'une infinité d'étoiles.
13. Le Soleil renferme une chaleur si considérable, qu'il est en état de se défendre contre la terre.
14. Le Soleil tournant autour de la terre & la combattant, ou il en divise les parties, & voilà de l'air & des vapeurs ; ou il la dissout, & voilà de l'eau ; ou il la durcit, & il donne naissance aux pierres : s'il la dissout & la durcit en même tems, il fait naître des plantes ; s'il la dissout, la durcit, & la divise en même tems, il fait naître des animaux.
15. La matiere est invisible, & par conséquent noire.
16. Toutes les couleurs sont composées de ténébres, de la matiere, & de la lumiere du Soleil.
17. La lumiere est une blancheur vive : la blancheur approche fort de la lumiere ; ensuite viennent le rouge, l'orangé, le verd, le pourpre, &c.
18. Les cieux ne sont point sujets à la corruption, parce qu'ils sont composés de feu, qui n'admet point les corps étrangers, qui seuls donnent naissance à la pourriture.
19. Il y a deux élémens, savoir le Soleil & la terre qui engendrent toutes choses.
20. Les cometes sont composées de vapeurs subtiles, éclairées par la lumiere du Soleil.
21. L'air n'est point un élément, parce qu'il n'engendre rien, & qu'il est au contraire engendré par le Soleil ; il en est de même de l'eau.
22. La différence du mâle & de la femelle ne vient que de la différente intensité de la chaleur.
23. Nous sommes composés de trois substances, du corps, de l'esprit, & de l'ame. Le corps est l'organe ; l'esprit est le véhicule de l'ame ; & l'ame donne la vie au corps & à l'esprit.
Voilà une très-petite partie des principes & des opinions qu'on trouve dans les ouvrages de Campanella sur la Physique. Il est singulier qu'un homme qui se donnoit pour le restaurateur de la Philosophie, n'ait pas pris plus de soin de déguiser ses larcins. Il suffit d'avoir une connoissance médiocre des sentimens philosophiques des anciens & des modernes, pour reconnoître tout d'un coup les sources où Campanella a puisé la plûpart des idées que nous venons d'exposer. Je ne parle point ici des absurdités qui remplissent les ouvrages de notre dominiquain : sottise pour sottise, il me semble que les anciennes sont aussi bonnes que les modernes ; & il étoit assez inutile d'étourdir le monde savant par des projets de réforme, lorsqu'on n'avoit que des chimeres à proposer. Voyez ARISTOTELISME.
Comme le livre où Campanella donne du sentiment aux êtres les plus insensibles, fit beaucoup de bruit dans le tems, on sera peut-être bien-aise d'en voir ici l'extrait, d'autant plus que cet ouvrage est extrêmement rare. Il est intitulé de sensu rerum.
1. On ne donne point ce qu'on n'a point ; par conséquent tout ce qui est dans un effet, est aussi dans sa cause : or comme les animaux ont du sentiment, & que le sentiment ne sort point du néant, il faut conclure que les élémens qui sont les principes des animaux, ont aussi du sentiment ; donc le ciel & la terre sentent.
2. Le sentiment n'est pas seulement une passion : mais il est souvent accompagné d'un raisonnement si promt, qu'il n'est pas possible de s'en appercevoir.
3. Si le sentiment est une passion, & si les élémens & les êtres qui en sont composés ont des passions, tous les êtres ont donc du sentiment.
4. Sans le sentiment, le monde ne seroit qu'un chaos.
5. L'instinct est une impulsion de la nature, laquelle éprouve quelque sentiment : donc ceux qui prétendent que tous les êtres agissent par instinct, doivent par conséquent supposer qu'ils agissent par sentiment ; car ils accordent que tous les êtres naturels agissent pour une fin : il faut donc qu'ils la connoissent cette fin ; donc l'instinct est une impulsion qui suppose de la connoissance dans la nature.
6. Tous les êtres ont horreur du vuide ; donc ils ont du sentiment, & on peut regarder le monde comme un animal.
7. Il seroit ridicule de dire que le monde n'a point de sentiment, parce qu'il n'a ni piés ni mains, ni nez, ni oreilles, &c. Les mains du monde sont les rayons de lumiere ; ses yeux sont les étoiles, & ses piés ne sont autre chose que la figure ronde qui le rend propre au mouvement.
8. Il paroît par l'origine des animaux, que l'ame est un esprit subtil, chaud, mobile, propre à recevoir des passions, & par conséquent à sentir.
9. Tous les êtres ont une ame, comme on peut s'en convaincre par les choses qui naissent d'elles-mêmes, & qui ont toûjours quelque degré de chaleur.
10. Les choses les plus dures ont un peu de sentiment : les plantes en ont davantage, & les liqueurs encore plus. Le vent & l'air sentent facilement : mais la lumiere & la chaleur sont les êtres qui ont le plus de sentiment, &c.
En voilà assez, ce me semble, pour mettre le lecteur au fait des sentimens de Campanella ; nous finirons cet article en rapportant le jugement que Descartes portoit de cet auteur. " Il y a 16 ans (écrivoit-il au P. Mersenne) que j'ai lu le livre de sensu rerum de Campanella, avec quelques autres traités : mais j'avois trouvé dès-lors si peu de solidité dans ses écrits, que je n'en avois rien gardé dans ma mémoire. Je ne saurois maintenant en dire autre chose, sinon que ceux qui s'égarent en affectant de suivre des chemins extraordinaires, me paroissent beaucoup moins excusables que ceux qui ne s'égarent qu'en compagnie & en suivant les traces de beaucoup d'autres ". (C)
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| CAMPANULE | S. f. campanula, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, faite en forme de cloche, & découpée ; le calice devient un fruit membraneux partagé en trois loges ou plus, au milieu desquelles il y a un pivot chargé de trois placenta qui soûtiennent plusieurs semences menues, dans quelques especes, ovales, applaties, & pour ainsi dire entourées d'un anneau dans quelques autres. Ces semences s'échappent par un trou qui se trouve dans chaque loge. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
La campanule est vivace, & demande une terre à potager avec peu d'eau, beaucoup de Soleil, & une culture ordinaire ; elle fleurit en été, & se seme en Septembre & Octobre ; on la soûtient ordinairement par de petites baguettes.
Quelques Botanistes, comme Lemery, l'appellent gantelée ou gants notre-dame ; Bradley dans son calendrier des jardiniers l'appelle miroir de Venus. (P)
La campanula esculenta rapunculus officin. campanula radice esulentâ, flore caeruleo, Tournefort, Inst. III. est d'usage en Medecine. La semence en est bonne pour les yeux ; son suc est bon pour les maux d'oreille ; la racine se mange dans les salades du printems ; on prétend que prise avec du poivre long, elle fait venir le lait.
La gantelée est une autre campanule d'usage. Voyez GANTELEE.
La campanule jaune, bulbocodium vulgatius, J. B. est une espece de narcisse, dont la racine contient beaucoup d'huile & de sel essentiel ; elle est purgative & apéritive, à la dose de deux gros en infusion.
On prétend qu'elle ne vaut rien pour les nerfs ; mais qu'appliquée extérieurement, elle est bonne pour les brûlures, les blessures, & les hernies.
Clusius & Lobel prétendent que toutes les racines de toutes les especes de narcisse excitent le vomissement. (N)
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| CAMPECHE | ou S. FRANCISCO, (Géog.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, sur la côte orientale de la Baie de Campeche. Long. 287. lat. 19. 20.
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| CAMPEN | (Géog.) ville forte des Provinces-unies des Pays-bas, dans la province d'Overissel. Long. 23. 28. lat. 52. 28.
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| CAMPER | our uriner, (SE) Maréchallerie, est un signe de convalescence dans de certaines maladies où le cheval n'avoit pas la force de se mettre dans la situation ordinaire des chevaux qui urinent. (V)
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| CAMPERCHE | S. f. (Tapissier) barre de bois, ainsi appellée par les basse-lissiers ou ouvriers en tapisseries de basse-lisse, qui traverse leur métier d'une roine à l'autre, & qui soûtient les sautriaux où sont attachées les cordes des lames. Voyez BASSE-LISSE.
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| CAMPESTR | ou CAMPESTE, s. f. (Hist. anc.) c'étoit chez les Romains une espece de culotte, ou d'habillement semblable à ce qu'on appelloit autrefois parmi nous tonnelet, bas de soie tourné en rond, ou haut-de-chausses, tels qu'on en voit sur des tableaux du regne d'Henri II. Charles IX. Henri III. ou tels qu'en portent encore aujourd'hui les danseurs de corde. Cette partie de l'habillement que nos ancêtres avoient convertie en parure par sa forme, d'étoffe précieuse garnie de galons & de rubans, n'étoit chez les anciens qu'un tablier destiné à se couvrir dans les exercices du champ de Mars, & qui prenant depuis le nombril jusqu'au milieu des cuisses, laissoit tout le reste du corps à nud ; ou l'on en avoit de faits exprès comme des caleçons, ou on les formoit au besoin avec la tunique. (G)
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| CAMPHRE | S. m. (Hist. nat. bot. & Chimie) en latin camphora ou caphura. C'est une substance blanche, transparente, solide, seche, friable, très-volatile, très-inflammable, d'une odeur très-pénétrante, & d'un goût très-amer & piquant ; elle paroît être composée de beaucoup de phlogistique, d'une terre très-subtile & de fort peu d'eau.
Les arbres dont on tire le camphre se trouvent à la Chine & au Japon : mais les meilleurs sont ceux des îles de Borneo, de Sumatra & de Ceylan. Les relations ne s'accordent pas sur la maniere dont on s'y prend pour tirer le camphre ; l'opinion la plus commune, & peut-être la moins fondée, est qu'il découle naturellement de l'arbre comme une gomme, & qu'on le ramasse figé au pié de ces arbres. Il y a des gens qui prétendent que les Indiens pour l'obtenir, font des incisions aux arbres d'où il tombe en abondance. Suivant les Lettres curieuses & édifiantes, voici la méthode usitée à la Chine pour tirer le camphre. On se sert pour cela des nouvelles branches d'un arbre que les Chinois nomment Tchang, on les coupe en petits morceaux, on les met en macération pendant trois jours & trois nuits dans de l'eau de puits ; au bout de ce tems on les fait bouillir dans une marmite, en observant de remuer continuellement avec un petit bâton de bois de saule ; quand on voit qu'il s'attache à ce petit bâton une espece de gelée blanche, on passe la décoction, on en sépare toutes les saletés, on la verse dans un pot de terre vernissé, où on la laisse reposer pendant une nuit ; on trouve le lendemain que ce suc s'est coagulé & a formé une masse. Pour purifier cette premiere production, on prend de la terre grasse fort seche, on la réduit en poudre bien fine, on en met une couche dans un bassin de cuivre, & sur cette couche de terre, on en met une de camphre ; on continue à faire des couches de cette maniere jusqu'à ce qu'il y en ait quatre, & on couvre la derniere avec des feuilles de la plante poho, ou de pouliot. On couvre le bassin de cuivre ainsi garni, d'un dome ou autre bassin qui s'y adapte exactement ; on garnit les joints de terre grasse, on les met sur un feu qu'on a soin de rendre égal & reglé ; on prend garde qu'il ne se fasse ni fentes ni crevasses à l'enduit de terre qui sert à lutter les jointures des bassins, de peur que la partie spiritueuse du camphre ne vienne à s'échapper : lorsqu'on a donné un feu suffisant, on laisse refroidir les bassins, on les détache, & l'on trouve le camphre sublimé dans celui d'en haut ; en réitérant deux ou trois fois la même opération, on aura un camphre très-pur.
L'arbre dont les branches fournissent ce camphre a, suivant les mêmes relations, jusqu'à cent trois coudées de haut ; & sa grosseur est si prodigieuse, que vingt hommes peuvent à peine l'embrasser. Tout ce détail est une traduction fidele d'un livre chinois fort estimé dans le pays. Mais les Chinois donnent eux-mêmes la préférence au camphre de l'île de Borneo, qu'ils regardent comme fort supérieur au leur.
Selon d'autres relations du Japon, on suit la même méthode à peu de chose près qu'à la Chine. On prend les racines, les branches, & même les feuilles de l'arbre qui donne le camphre ; on les coupe en morceaux grossiers, on les met dans un bassin de fer, on verse de l'eau par dessus, & on y adapte un chapiteau à bec, garni de paille en-dedans ; on lutte les jointures ; après y avoir appliqué un récipient, on commence à distiller : par ce moyen, la plus grande partie du camphre s'attache aux brins de paille sous la forme de crystaux, le reste passe dans la distillation, & on l'en sépare ensuite. Ces deux dernieres manieres semblent les plus vraisemblables, & celles qui s'accordent le plus avec la nature volatile du camphre, que la moindre chaleur fait non-seulement diminuer considérablement, mais encore disparoître entierement. Il est donc plûtôt à présumer qu'on le recueille de cette façon dans les Indes, qu'aux piés des arbres, où il paroît que la chaleur du pays doit aisément le faire disparoître.
Outre ces manieres dont nous venons de dire que le camphre se tire à la Chine & au Japon, on prétend aussi qu'il peut se tirer de la racine du canellier, du zédoar du Ceylan, du romarin, de l'aurone, & d'autres arbrisseaux aromatiques du genre des lauriers. M. Neumann croit que l'on a pû tirer de ces végétaux une substance grasse & huileuse, mais que jamais cette substance n'a eu la dureté ni la siccité, ni une ressemblance parfaite avec le vrai camphre des Indes. Ce savant chimiste a tiré du thym un camphre qui, à l'odeur près, ressembloit en tout point à celui des Indes, & qui avoit toutes les qualités qu'on y remarque. C'est ce dont il rend compte dans les Miscellanea Berolinensia, Continuatio II. pag. 70. & suiv.
Après avoir distillé de l'huile de thym, il voulut séparer cette huile d'avec l'eau par le moyen d'une meche de coton ; il s'apperçut que l'huile ne venoit qu'avec peine, & qu'elle étoit retardée par de petits crystaux qui s'étoient formés autour du coton ; ne sachant à quoi attribuer ce phénomene, il discontinua l'opération. Il la reprit au bout de quelques jours, & fut fort surpris de voir qu'il s'étoit formé au fond du vase où il avoit laissé le produit de la distillation du thym, une assez grande quantité de crystaux de forme cubique, & dont quelques-uns étoient de la grosseur d'une noisette ; ces crystaux ne pouvoient se dissoudre dans l'eau ; & M. Neumann y découvrit toutes les autres propriétés du camphre des Indes ; avec la seule différence, que le camphre fait de cette derniere matiere avoit l'odeur du thym dont il avoit été tiré.
Les propriétés du camphre sont de diminuer considérablement, lorsqu'il est exposé à l'air, & de s'exhaler entierement à la fin : il ne se mêle point à l'eau, mais il y surnage ; & lorsqu'elle est chaude, il s'y résout en une huile très-volatile. Quand on le met à distiller, on n'en tire aucune liqueur : mais il se sublime en entier, sans qu'il s'en perde la moindre chose ; il ne donne point d'empyreume, & ne laisse point de tête-morte en arriere ; il s'enflamme très-aisément à un feu ouvert, & brûle même dans l'eau ; il donne beaucoup de suie, mais aucunes cendres. Le camphre se dissout très-aisément dans toutes les huiles, tant exprimées que distillées ; dans l'esprit-de-vin bien rectifié ; dans l'eau-forte, mais plus difficilement dans l'huile de vitriol. On ne parvient à le mêler avec l'eau, que par le moyen du blanc-d'oeuf.
De toutes ces propriétés M. Neumann se croit autorisé à conclure, que le camphre doit être regardé comme une substance toute particuliere, qui ne doit être rangée dans aucune autre classe, & que le nom qu'on lui donne est générique, & doit se joindre à celui de la plante dont il a été tiré ; c'est-à-dire qu'on devroit dire camphre de thym, camphre de romarin, & ainsi des autres plantes dont on pourroit le tirer. En effet, selon lui, les propriétés qui viennent d'être énoncées, prouvent que le camphre ne peut être appellé ni résine, ni gomme, ni sel volatil, ni huile, & que c'est une substance toute particuliere, & qui a des caracteres qui la distinguent de tous les autres corps. M. Neumann en conclut aussi que tout camphre a l'odeur spécifique du végétal dont il a été tiré, & que la façon dont il l'a tiré du thym conduit à croire qu'on peut le tirer de même de beaucoup d'autres plantes.
Le camphre s'employe dans les feux d'artifice, dans beaucoup de vernis, &c. On prétend que dans les cours des princes orientaux, on le brûle avec de la cire pour éclairer pendant la nuit. On assûre que le camphre réduit en poudre, & saupoudré sur les habits & meubles, les préserve des mites & teignes : mais son principal usage est dans la Medecine & dans la Chirurgie. Il est regardé comme un des plus puissans diaphorétiques ; & sa volatilité fait que lorsqu'il est échauffé par la chaleur de l'estomac, il pénetre dans toutes les parties du corps. On prétend que c'est un préservatif contre la peste & les maladies contagieuses. Bien des gens croyent qu'il est soporatif, rafraîchissant & calmant : mais ces dernieres propriétés ne sont point avérées. On s'en sert dans des poudres & dans des élixirs ; il entre aussi dans l'huile bézoardique de Wedelius. Mais les effets extérieurs du camphre sont beaucoup plus certains & d'un usage très-fréquent dans la Chirurgie : mêlé avec l'essence de myrrhe & d'aloès, c'est un excellent remede pour arrêter le progrès de la gangrene, la carie des os, ou déterger les plaies. L'usage de l'esprit-de-vin ou de l'eau-de-vie camphrés est journalier & connu de tout le monde. (-)
Le camphre s'employe intérieurement avec succès, dissous par le moyen du jaune d'oeuf, & étendu dans quelques liqueurs appropriées, pour arrêter le progrès de la gangrene dans les esquinancies gangréneuses. La dose est de quatre ou cinq grains dans une potion de huit onces. Mêlé avec les sels de cantharides, il empêche qu'elles n'offensent la vessie ; sa subtilité le mettant en état de les accompagner dans tous les recoins des vaisseaux, & d'émousser leur acreté.
Le docteur Quincy observe que l'on commence à unir avec succès le camphre aux remedes mercuriaux ; qu'il modere leur qualité irritante, & les aide à pénétrer dans les conduits les plus déliés, où ils operent par fusion & par la force de l'impulsion : car non-seulement le mercure doux ou calomel n'agit plus par ce moyen sur les glandes salivales ; mais le turbith minéral qui opere de lui-même avec violence par haut & par bas, étant mêlé avec le camphre, se fait beaucoup moins sentir, circule avec plus de facilité, & excite la transpiration d'une maniere beaucoup plus efficace qu'aucun autre remede d'une moindre pesanteur spécifique.
M. Lemery a tenté de faire l'analyse du camphre : mais soit que ses parties ayent été trop déliées & trop volatiles pour être poussées à un plus grand degré de pureté par un procédé chimique, ou que ses principes, qui selon toute apparence doivent être une huile & un sel volatil, soient unis trop étroitement, il n'a jamais pû venir à-bout de les décomposer.
Cet auteur remarque que le camphre ne peut se dissoudre dans des liqueurs aqueuses, mais bien dans celles qui sont sulphureuses ; qu'il ne se dissout point non plus dans les alkalis, ni dans certains acides, mais bien dans l'esprit de nitre ; ce qu'aucune autre résine ne peut faire. On donne ordinairement à cette dissolution le nom d'huile de camphre ; & c'est à elle que l'on attribue la vertu médicinale du camphre, dans les plaies, les gangrenes, & la carie des os. On n'en use point intérieurement à cause de son acreté & de sa causticité ; quoique M. Lemery lui ait vû produire de bons effets dans les obstructions & les abcès de matrice, pris à la dose de deux ou trois gouttes. Il le mêle cependant pour l'ordinaire avec une égale quantité d'huile d'ambre. On a fait ce proverbe sur le camphre :
Camphora per nares castrat odore mares.
mais il est faux suivant Scaliger & Tulpius.
Si on jette du camphre dans un bassin sur de l'eau-de-vie, qu'on les fasse bouillir jusqu'à leur entiere évaporation, dans quelque lieu étroit & bien fermé, & qu'on y entre ensuite avec un flambeau allumé, tout cet air enfermé prend feu sur le champ, & paroît comme un éclair, sans incommoder le bâtiment ni les spectateurs.
On fait du camphre artificiel avec de la sandaraque & du vinaigre blanc distillé, qu'on met pendant 20 jours dans le fumier de cheval, & qu'on laisse après au soleil pendant un mois pour sécher, & on trouve le camphre sous la forme d'une croûte de pain-blanc, qu'on appelle autrement gomme de génievre, vernis blanc, & mastic. (N)
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| CAMPHRÉE | S. f. camphorata, (Hist. nat. bot.) sa racine est ligneuse, longue, de la grosseur du pouce. Ses tiges sont nombreuses, ligneuses, un peu grosses, hautes d'une coudée, branchues, un peu velues, blanchâtres, garnies de noeuds placés alternativement, de chacun desquels il sort un grand nombre de petites feuilles, qui n'ont pas plus d'un tiers de pouce de long, menues, velues, médiocrement roides ; d'une odeur aromatique, & qui approche un peu du camphre, quand on les frotte entre les doigts ; d'une saveur un peu acre. Ses fleurs sont sans pétales, & composées de quatre étamines garnies de sommets de couleur de rose, qui s'élevent d'un calice d'une seule piece, de couleur d'herbe, partagé tantôt en trois parties, tantôt en cinq. Le pistil se change en une petite graine noire, oblongue, arrondie, cachée dans une capsule qui étoit le calice de la fleur. Cette plante vient communément dans la Provence & dans le Languedoc. Elle est d'usage en Medecine.
Lobel la dit astringente & vulnéraire. M. Burlet, Mém. de l'acad. 1703. lui attribue la vertu d'exciter les urines, les sueurs, la transpiration, & les regles ; de lever les obstructions récentes des visceres ; d'être salutaire dans les maladies chroniques ; de soulager sur-tout dans l'asthme humide, & dans l'hydropisie où il n'y a ni chaleur ni altération. Il en faut faire un long usage, & se purger de tems en tems. On la prend en décoction dans de l'eau, ou macérée dans le vin. On peut la prendre infusée comme le thé ; elle échauffe beaucoup, & il en faut user avec précaution.
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| CAMPHRIER | (LE) Hist. nat. bot. arbre qui croît de lui-même & sans culture au Japon, à la Chine, dans l'île de Borneo, & dans plusieurs autres contrées des Indes orientales. On dit qu'il est de la grandeur d'un beau tilleul. Ses racines sont fortes, très-odorantes, & fournissent plus de camphre que le reste de l'arbre. L'écorce est d'un gris obscur autour du tronc, mais autour des rameaux les plus jeunes elle est verte : ces rameaux contiennent un suc visqueux & gluant ; le bois en est blanc. Les feuilles en sont longues, se terminant en pointes ondulées par les bords, en-dessus d'un verd foncé & brillant. Cet arbre porte en Mai & en Juin des fleurs blanches à six pétales ; lorsqu'elles tombent, il vient en leur place des baies, qui étant mûres sont de la grosseur d'un pois, d'un rouge obscur, d'un goût qui approche de celui du clou de gérofle. Voyez l'article CAMPHRE.
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| CAMPHUR | (Hist. nat. Zoolog.) espece d'âne sauvage qui se trouve dans les deserts de l'Arabie, qui suivant le rapport de quelques voyageurs, a une corne au milieu du front, dont il se sert pour se défendre des taureaux sauvages. Les Indiens attribuent des vertus merveilleuses à cette corne, & la regardent comme un remede souverain dans plusieurs maladies.
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| CAMPIANO | (Géog.) petite ville forte de Sicile, dans le val di Taro, sur la riviere de Taro.
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| CAMPIGNOLE | (Géog.) ville de France, dans la province de Bresse, sur la riviere de Dain.
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| CAMPIN | ou CAMPIGNE, (Géog.) contrée des Pays-bas, dont une partie dépend du Brabant hollandois, & l'autre de l'évêché de Liége.
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| CAMPION | (Géog.) ville d'Asie dans la Tartarie, capitale du royaume de Tangut. Long. 122. 30. lat. 40. 25.
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| CAMPLI | (Géog.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans l'Abruzze. Longit. 31. 30. latit. 42. 38.
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| CAMPNER-DAHLER | écu de Campen, (Comm.) c'est une piece d'argent qui a cours dans les Provinces-unies des Pays-Bas, qui vaut 28 stuyvers d'Hollande, & environ 57 sous monnoie de France.
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| CAMPO | (Géog.) petite ville d'Italie, de la dépendance de la république de Genes.
CAMPO D'ANDEVALO, (Géog.) petit pays d'Espagne dans l'Andalousie, sur les frontieres du Portugal.
CAMPO DI MONTIEL, (Géog.) petit district d'Espagne, dans la partie méridionale de la nouvelle Castille.
CAMPO DI S. PIETRO, (Géog.) petite ville d'Italie dans le Padouan, sur la riviere de Muson.
CAMPO MAJOR, (Géogr.) petite ville de Portugal, dans la province d'Alentejo. Long. 11. 17. lat. 38. 50.
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| CAMPOLI | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans l'Abruzze ultérieure, sur les frontieres de la Marche d'Ancone.
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| CAMPREDON | (Géog.) ville d'Espagne dans la Catalogne, au pié des Pyrénées.
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| CAMQUIT | (Hist. nat. bot.) fruit du royaume de Tonquin, semblable à une orange, mais qui n'est pas si grand que le cam-chain. Sa couleur est d'un rouge foncé : sa pelure est fort mince ; elle est aussi rouge en-dedans, & ne le cede à aucun fruit en délicatesse : mais ce fruit est fort mal-sain, & donne la dyssenterie.
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| CAMSUARE | (Géogr.) province de l'Amérique méridionale, habitée par différens peuples.
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| CAMUL | (Géogr.) ville d'Asie à l'extrémité du royaume de Cialis, sur les frontieres de celui de Tanguth. Long. 115. 40. lat. 37. 15.
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| CAMULE | S. m. (Mythol.) nom que les Saliens donnoient à Mars. Il est représenté dans les monumens avec la pique & le bouclier.
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| CAMU | ou CAMARD, qui a le nez court ou creux, & enfoncé vers le milieu. Voyez NEZ.
Les Tartares font grand cas des beautés camuses. Rubruquis observe que la femme du grand cham Ienghis, beauté qui fit beaucoup de bruit en son tems, n'avoit pour tout nez que deux petits trous. (H)
Ce Rubruquis étoit un religieux envoyé par Saint Louis pour convertir le cham des Tartares : nous avons la relation de son voyage, qui est très-curieuse, sur-tout pour des philosophes. (O)
CAMUS, cheval camus, est celui qui a le chamfrain enfoncé. Voyez CHAMFRAIN.
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| CANA | (Géog. sainte) ville de Galilée dans la tribu de Zabulon, où Jesus-Christ a fait plusieurs miracles. Ce n'est plus qu'un village peuplé de Mahométans. Sainte Helene avoit consacré ce lieu par une église & par un seminaire : l'église a été transformée en mosquée, & le seminaire en un logement de santons.
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| CANAD | ou CANADE, (Hist. mod.) on nomme ainsi la mesure de vin ou d'eau qu'on donne par jour sur les vaisseaux portugais, à chaque matelot ou homme de l'équipage.
CANADA ou NOUVELLE FRANCE, (Géogr.) pays fort vaste de l'Amérique septentrionale, borné à l'est par l'Océan, à l'oüest par le Mississipi, au sud par les colonies angloises, & au nord par des pays deserts & inconnus. Ce pays est habité par plusieurs nations sauvages, qui ne vivent que de la chasse & de la pêche. Outre ces nations, les François y ont des établissemens considérables, & on y fait un grand commerce de pelletteries, que les sauvages apportent en quantité du produit de leur chasse. Le Canada est rempli de forêts, & il y fait très-froid. Les sauvages qui habitent ce pays adorent le soleil, & un premier esprit qu'ils regardent comme au-dessus de lui. La capitale du Canada est Québec. Voyez CANADIENS.
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| CANADELLE | S. f. (Hist nat. Ichthiolog.) petit poisson de mer qui est nommé sacchetto à Venise, & qui est peut-être le channadella de Belon & de Rondelet. Il est semblable à la perche d'eau douce pour la figure, les couleurs, & les bandes transversales. Les nageoires sont comme celles de la mendole ; celle du dos a une tache noire à sa partie supérieure, au-delà des aiguillons : cette marque est particuliere à la canadelle, & pourroit la faire distinguer de tout autre poisson. Le bec est pointu, & la bouche grande en comparaison du corps. La mâchoire du dessous est un peu plus grande que celle du dessus ; elles sont l'une & l'autre garnies de petites dents : il y a aussi sur le palais un espace triangulaire rude au toucher. L'iris des yeux est de couleur d'argent ; les nageoires du ventre sont noirâtres ; la queue est fourchue, & traversée par des lignes de couleur d'or. Les écailles de ce poisson sont très-petites. Willughby, hist. piscium. Voyez POISSON. (I)
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| CANADIENS | (PHILOSOPHIE DES) Nous devons la connoissance des sauvages du Canada au baron de la Hontan, qui a vécu parmi eux environ l'espace de dix ans. Il rapporte dans sa relation quelques entretiens qu'il a eus sur la religion avec un de ces sauvages, & il paroît que le baron n'avoit pas toûjours l'avantage dans la dispute. Ce qu'il y a de surprenant, c'est de voir un huron abuser assez subtilement des armes de notre dialectique pour combattre la religion chrétienne ; les abstractions & les termes de l'école lui sont presqu'aussi familiers qu'à un européen qui auroit médité sur les livres de Scot. Cela a donné lieu de soupçonner le baron de la Hontan d'avoir voulu jetter un ridicule sur la religion dans laquelle il avoit été élevé, & d'avoir mis dans la bouche d'un sauvage les raisons dont il n'auroit osé se servir lui-même.
La plûpart de ceux qui n'ont point vû ni entendu parler des sauvages, se sont imaginés que c'étoient des hommes couverts de poil, vivant dans les bois sans société, comme des bêtes, & n'ayant de l'homme qu'une figure imparfaite : il ne paroît pas même que bien des gens soient revenus de cette idée. Les sauvages, à l'exception des cheveux & des sourcils, que plusieurs même ont soin d'arracher, n'ont aucun poil sur le corps ; car s'il arrivoit par hasard qu'il leur en vînt quelqu'un, ils se l'ôteroient d'abord jusqu'à la racine. Ils naissent blancs comme nous ; leur nudité, les huiles dont il se graissent, & les différentes couleurs dont ils se fardent, que le soleil à la longue imprime dans leur peau, leur hâlent le teint. Ils sont grands, d'une taille supérieure à la nôtre ; ont les traits du visage fort réguliers, le nez aquilin. Ils sont bien faits en général, étant rare de voir parmi eux aucun boiteux, borgne, bossu, aveugle, &c.
A voir les Sauvages du premier coup-d'oeil, il est impossible d'en juger à leur avantage, parce qu'ils ont le regard farouche, le port rustique, & l'abord si simple & si taciturne, qu'il seroit très-difficile à un européen qui ne les connoîtroit pas, de croire que cette maniere d'agir est une espece de civilité à leur mode, dont ils gardent entr'eux toutes les bienséances ; comme nous gardons chez nous les nôtres, dont ils se moquent beaucoup. Ils sont donc peu caressans, & font peu de démonstrations ; mais nonobstant cela ils sont bons, affables, & exercent envers les étrangers & les malheureux une charitable hospitalité, qui a dequoi confondre toutes les nations de l'Europe. Ils ont l'imagination assez vive, ils pensent juste sur leurs affaires, ils vont à leur fin par des voies sûres ; ils agissent de sang-froid, & avec un phlegme qui lasseroit notre patience. Par raison d'honneur & par grandeur d'ame, ils ne se fâchent presque jamais. Ils ont le coeur haut & fier, un courage à l'épreuve, une valeur intrépide, une constance dans les tourmens qui semble surpasser l'héroïsme, & une égalité d'ame que ni l'adversité ni la prospérité n'alterent jamais.
Toutes ces belles qualités seroient trop dignes d'admiration, si elles ne se trouvoient malheureusement accompagnées de quantité de défauts ; car ils sont legers & volages, fainéans au-delà de toute expression, ingrats avec excès, soupçonneux, traîtres, vindicatifs, & d'autant plus dangereux, qu'ils savent mieux couvrir & qu'ils couvrent plus longtems leurs ressentimens. Ils exercent envers leurs ennemis des cruautés si inoüies, qu'ils surpassent dans l'invention de leurs tourmens tout ce que l'histoire des anciens tyrans peut nous représenter de plus cruel. Ils sont brutaux dans leurs plaisirs, vicieux par ignorance & par malice ; mais leur rusticité & la disette où ils sont de toutes choses, leur donne sur nous un avantage, qui est d'ignorer tous les raffinemens du vice qu'ont introduit le luxe & l'abondance. Voici maintenant à quoi se réduisent leur philosophie & leur religion.
1°. Tous les Sauvages soûtiennent qu'il y a un Dieu. Ils prouvent son existence par la composition de l'univers qui fait éclater la toute-puissance de son auteur ; d'où il s'ensuit, disent-ils, que l'homme n'a pas été fait par hasard, & qu'il est l'ouvrage d'un principe supérieur en sagesse & en connoissance, qu'ils appellent le grand esprit. Ce grand esprit contient tout, il paroît en tout, il agit en tout, & il donne le mouvement à toutes choses. Enfin tout ce qu'on voit & tout ce qu'on conçoit, est ce Dieu, qui subsistant sans bornes, sans limites & sans corps, ne doit point être représenté sous la figure d'un vieillard ni de quelqu'autre chose que ce puisse être, quelque belle, vaste & étendue qu'elle soit ; ce qui fait qu'ils l'adorent en tout ce qui paroît au monde. Cela est si vrai, que lorsqu'ils voyent quelque chose de beau, de curieux & de surprenant, sur-tout le soleil & les autres astres, ils s'écrient : O grand esprit, nous te voyons par-tout !
2°. Ils disent que l'ame est immortelle, parce que si elle ne l'étoit pas, tous les hommes seroient également heureux en cette vie ; puisque Dieu étant infiniment parfait & infiniment sage, n'auroit pû créer les uns pour les rendre heureux, & les autres pour les rendre malheureux. Ils prétendent donc que Dieu veut, par une conduite qui ne s'accorde pas avec nos lumieres, qu'un certain nombre de créatures souffrent en ce monde, pour les en dédommager en l'autre ; ce qui fait qu'ils ne peuvent souffrir que les Chrétiens disent que tel a été bien malheureux d'être tué, brûlé, &c. prétendant que ce que nous croyons malheur, n'est malheur que dans nos idées ; puisque rien ne se fait que par la volonté de cet Etre infiniment parfait ; dont la conduite n'est ni bizarre ni capricieuse. Tout cela n'est point si sauvage.
3°. Le grand esprit a donné aux hommes la raison, pour les mettre en état de discerner le bien & le mal, & de suivre les regles de la justice & de la sagesse.
4°. La tranquillité de l'ame plaît infiniment à ce grand esprit ; il déteste au contraire le tumulte des passions, lequel rend les hommes méchans.
5°. La vie est un sommeil, & la mort un réveil qui nous donne l'intelligence des choses visibles & invisibles.
6°. La raison de l'homme ne pouvant s'élever à la connoissance des choses qui sont au-dessus de la terre, il est inutile & même nuisible de chercher à pénétrer les choses invisibles.
7°. Après notre mort nos ames vont dans un certain lieu, dans lequel on ne peut dire si les bons sont bien, & si les méchans sont mal ; parce que nous ignorons si ce que nous appellons bien ou mal, est regardé comme tel par le grand esprit. (C)
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| CANADOR | S. m. (Comm.) mesure des liquides de Portugal, dont les douze font une almonde, qui est une autre mesure du même royaume. Le canador est équivalent au mingle ou bouteille d'Amsterdam. Voyez MINGLE & ALMONDE. Dictionn. du Commerce, tome II. page 59. (G)
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| CANAL | CANAL
La France a plusieurs grands canaux. Celui de Briare fut commencé sous Henri IV. & achevé sous Louis XIII. par les soins du cardinal de Richelieu. Il établit la communication de la riviere de Loire à la riviere de Seine par le Loing. Il a onze grandes lieues de longueur, à le prendre depuis Briare jusqu'à Montargis. C'est au-dessous de Briare qu'il entre dans la Loire, & c'est à Cepoi qu'il finit dans le Loing. Les eaux du canal sont soûtenues par quarante-deux écluses, qui servent à monter & à descendre les trains de bois & les bateaux, qu'on construit pour cet effet d'une longueur & d'une largeur proportionnées. On paye un droit de péage à chaque écluse, pour l'entretien du canal & le remboursement des propriétaires.
Le canal d'Orléans fut entrepris en 1675, pour la communication de la Seine & de la Loire : il a vingt écluses. C'est Philippe d'Orléans, régent de France, qui l'a fait achever sous la minorité de Louis XV. Il porte le nom d'une ville dans laquelle il ne passe pas. Il commence au bourg de Combleux, qui est à une petite lieue d'Orléans.
Le projet du canal de Picardie pour la jonction des rivieres de Somme & d'Oise, a été formé sous les ministeres des cardinaux de Richelieu & de Mazarin, & sous celui de M. de Colbert.
Mais un des plus grands & des plus merveilleux ouvrages de cette espece, & en même tems un des plus utiles, c'est la jonction des deux mers par le canal de Languedoc, proposé sous François I. sous Henri IV. sous Louis XIII. entrepris & achevé sous Louis XIV. Il commence par un réservoir de quatre mille pas de circonférence & de quatre-vingt piés de profondeur, qui reçoit les eaux de la montagne Noire. Elles descendent à Naurouse dans un bassin de deux cent toises de longueur, & de cent cinquante de largeur, revêtu de pierre de taille. C'est-là le point de partage d'où les eaux se distribuent à droite & à gauche dans un canal de soixante-quatre lieues de long, où se jettent plusieurs petites rivieres soûtenues d'espace en espace de cent quatre écluses. Les huit écluses qui sont voisines de Besiers, forment un très-beau spectacle : c'est une cascade de cent cinquante-six toises de long sur onze toises de pente.
Ce canal est conduit en plusieurs endroits sur des aquéducs & sur des ponts d'une hauteur incroyable, qui donnent passage entre leurs arches à d'autres rivieres. Ailleurs il est coupé dans le roc, tantôt à découvert, tantôt en voûte, sur la longueur de plus de mille pas. Il se joint d'un bout à la Garonne près de Toulouse ; de l'autre traversant deux fois l'Aude, il passe entre Agde & Besiers, & va finir au grand lac de Tau, qui s'étend jusqu'au port de Cette.
Ce monument est comparable à tout ce que les Romains ont tenté de plus grand. Il fut projetté en 1666, & démontré possible par une multitude infinie d'opérations longues & pénibles, faites sur les lieux par François Riquet, qui le finit avant sa mort, arrivée en 1680. Quand les grandes choses sont exécutées, il est facile à ceux qui les contemplent de les imaginer plus parfaites & plus grandes. C'est ce qui est arrivé ici. On a proposé un réservoir plus grand que le premier, un canal plus large & des écluses plus grandes ; mais on a été arrêté par les frais.
Nous n'entrerons pas dans tous les détails de la construction de ce canal ; mais nous ne pouvons guere nous dispenser d'expliquer le méchanisme & le jeu des écluses ou réservoirs d'eau, qu'on peut regarder comme de grands coffres qu'on remplit à discrétion, & à l'aide desquels on fait monter ou descendre un bâtiment d'une portion de canal dans un autre.
Il faut observer d'abord, que dans les canaux l'eau est de niveau dans chaque partie, c'est-à-dire entre une écluse & une autre écluse, & que les eaux des différentes parties sont dans des niveaux différens.
Une écluse est composée de deux murs paralleles 12, 34, voy. Pl. du canal de Lang. à la fin de nos Pl. d'Hyd. fig. 1. & 4. La hauteur N M de ces murs est de deux piés ou environ plus haute que depuis le fond du canal inférieur jusqu'au niveau de la surface de l'eau du canal supérieur. Ces deux murs sont éloignés l'un de l'autre d'autant qu'il convient pour que les bâtimens puissent passer commodément ; & ils doivent être bâtis solidement sur pilotis ou terre franche, & un peu en talud, pour qu'ils puissent mieux soûtenir l'effort des terres.
On a placé entre ces deux murs les portes 24, 13, fig. 1. la premiere pour empêcher l'eau du canal supérieur d'entrer dans le coffre ou dans l'écluse ; & la seconde pour arrêter & soûtenir l'eau, quand elle en est remplie. Ces portes doivent être très-fortes, & tourner librement sur leurs pivots. C'est pour les pouvoir ouvrir & fermer avec facilité, qu'on y ajuste les longues barres A b, C a, au moyen desquelles on les meut comme le gouvernail d'un vaisseau par sa barre ou son timon. Il faut aussi les construire de maniere qu'elles soient bien étanchées, & qu'elles laissent passer le moins d'eau qu'il est possible. Les deux battans de chaque porte s'appuient l'un contre l'autre, & forment un angle saillant du côté où l'eau fait effort contr'eux.
Outre ces parties, une écluse a encore deux canaux soûterrains G, H ; K, F. Le canal G H qui descend obliquement, sert à lâcher l'eau du canal supérieur D, fig. 2. dans le corps de l'écluse, où elle est retenue par la porte C, qui est supposée fermée. On lâche cette eau en levant la pelle D G, qui en ferme l'ouverture. Voyez figure 3. le canal G H ouvert en G, & l'autre canal K F fermé en K. Quand au contraire on veut vuider le coffre de l'écluse, on ferme le canal G H en baissant la pelle G ; & l'on ouvre le canal K F en levant la pelle K : l'eau n'étant plus retenue, s'écoule par le canal K F dans le canal inférieur B ; ensorte qu'elles se mettent de niveau dans le canal & dans l'écluse. Voyez la fig. 2.
Jeu des écluses. Si l'on propose, par exemple, de faire monter le bateau B du canal inférieur dans le canal supérieur G, fig. 2. la porte A & la pelle G du canal supérieur étant fermées, on laissera écouler par le canal E F toute l'eau que contient l'écluse, si elle n'est pas vuide : on ouvrira ensuite les grandes portes C en tournant leurs barres C a, ou en tirant leurs battans, fig. 1. & 4. ce qui sera facile, puisque l'eau qu'elles ont de part & d'autre est en équilibre. Les portes étant ouvertes, on fera entrer le bateau dans le corps de l'écluse : on refermera ensuite les portes C & la pelle K ; ensuite on ouvrira la pelle G pour remplir l'écluse de l'eau du canal, jusqu'à ce qu'elle soit de niveau avec celle du canal D, comme on voit fig. 3. Le bateau s'élevera à mesure que l'écluse se remplira d'eau, & il arrivera à la hauteur B. Les choses étant en cet état, on ouvrira la porte A, & le bateau passera dans le canal D ; ce que l'on s'étoit proposé de faire.
S'il étoit question de faire descendre le bateau du canal D, figure 3. dans le canal inférieur, il faudroit commencer par remplir l'écluse d'eau, ouvrir la porte A, y faire ensuite passer le bateau, refermer cette porte & la pelle G ; ouvrir ensuite la pelle K, pour laisser écouler l'eau de l'écluse dans le canal inférieur. Le bateau baissera à mesure que l'écluse se vuidera ; & lorsque l'eau de l'écluse sera au niveau de celle du canal inférieur, on ouvrira la porte C pour faire sortir le bateau, & le faire passer dans le canal B. Voyez l'article ECLUSE.
CANAL, (Jardin) c'est ordinairement une longue piece d'eau pratiquée dans un jardin, pour l'ornement & la clôture.
CANAL, chez les Fontainiers, se prend encore pour un tuyau de fontaine.
CANAL en cascade, (Jardinage) est un canal interrompu par plusieurs chûtes qui suivent l'inégalité du terrein : on en voit à Fontainebleau, à Marly, au théatre d'eau à Versailles, & dans les jardins de Couvances.
CANAUX soûterrains, sont des aquéducs enfoncés en terre, qui servent à conduire les eaux. Voyez AQUEDUC.
Ce sont aussi les tuyaux & conduits dont on se sert pour amener les eaux, lesquels se trouvent tout recouverts de terre lorsqu'ils sont posés. (K)
CANAL de l'étrave, c'est, en Marine, le bout creusé ou cannelé de l'étrave, sur quoi repose le beaupré quand on n'y met point de coussin.
CANAL, faire canal, (Marine) ce terme n'est guere usité que pour la navigation des galeres. Une galere fait canal, lorsqu'elle fait un trajet de mer assez considérable pour perdre la côte de vûe avant que d'arriver au lieu vers lequel elle fait route. (Z)
CANAL, en Anatomie, est un mot pris généralement pour exprimer tous les vaisseaux du corps, tels que les veines, les arteres, &c. par lesquels différens fluides circulent. Voyez VAISSEAU, ARTERE, &c.
Les canaux demi-circulaires sont trois canaux dans le labyrinthe de l'oreille, qui s'ouvrent par autant d'orifices dans le vestibule. Voyez OREILLE.
Ils sont au nombre de trois, un vertical supérieur, un vertical postérieur, & un horisontal. Ce dernier est ordinairement le plus petit des trois ; le vertical postérieur est souvent le plus grand : quelquefois c'est le vertical supérieur qui surpasse les autres. Ils varient souvent, suivant la différence des sujets ; mais ils sont toûjours semblables dans la même personne. Valsalva conjecture que l'intention de la nature, en donnant des grandeurs différentes à ces canaux, dans lesquels une partie du nerf auditif est logée, a été de les accommoder à la différence des sons, dont les impressions eussent toûjours été les mêmes, si ces canaux, avoient été de même grandeur ; & quoiqu'on remarque quelque différence dans leur forme & leur grandeur dans différentes personnes, ils ne laissent pas d'être entierement semblables dans le même homme : car sans cette précaution il n'eût pas manqué d'y avoir de la discordance dans les organes de l'oüie. (L)
Les canaux aqueux, ductus aquosi Nuckii, sont certains canaux dans la sclérotique, que M. Nuck a découverts, par lesquels on croit que l'humeur aqueuse de l'oeil est apportée dans l'intérieur des membranes qui renferment cette liqueur ; mais cette découverte n'est pas généralement reçûe. Voyez AQUEUX & OEIL.
CANAL, (Maréchall.) On appelle ainsi le creux qui est au milieu de la mâchoire inférieure de la bouche du cheval, qui est destiné à placer la langue ; & qui étant borné de part & d'autre par les barres, se termine aux dents mâchelieres. C'est dans ce canal que croissent les barbillons.
Quand le canal est large, le gosier s'y loge facilement, & le cheval peut bien se brider ; mais lorsqu'il est trop étroit, le cheval est contraint de porter le nez au vent. (V)
CANAL ; c'est dans un aqueduc de pierre ou de terre, la partie par où passe l'eau qui se trouve dans les aqueducs antiques, revêtue d'un corroi de mastic de certaine composition, comme au pont du Gard en Languedoc.
CANAL ou GOUTTIERE, voyez GOUTTIERE.
CANAL d'un larmier, en Architecture, c'est le plafond creusé d'une corniche, qui fait le pendant à mouchettes. Voyez LARMIER & SOPHII.
Canal de volute ; c'est dans la volute ionique, la face des circonvolutions renfermée par un sistel, & dont le chapiteau est entre le sistel & l'ove.
CANAL, terme d'Architecture, se dit des cavités droites ou torses dont on orne les tigelles des caulicoles d'un chapiteau.
CANAL de triglyphe, voyez TRIGLYPHE.
* CANAL des espolins, (Manufact. de soie) machine de fer blanc sur laquelle on range les espolins, quand l'étoffe n'est pas assez large pour les contenir, ou qu'ils sont en trop grande quantité. Le canal est plus large que l'étoffe.
* CANAL de l'ensuple, se dit dans les mêmes manufactures, d'une cannelure dans laquelle on place la verge qui est attachée à la tête ou au chef de l'étoffe, ou plûtôt à la queue de la chaîne.
* CANAL désigne encore chez les mêmes ouvriers, un morceau de bois cave en forme de tuile creuse, dont la concavité imite la convexité de l'ensuple. Il est long de deux piés ou environ ; il s'applique sur l'ensuple même, & sert à garantir l'ouvrier des pointes d'aiguille qui arrêtent l'étoffe dans le velours ciselé, & à garantir l'étoffe même du frottement dans le velours uni. Voyez les artic. VELOURS & AIGUILLE D'ENSUPLE.
CANAL, (le) ou LA MANCHE, (Géogr.) c'est le nom qu'on donne ordinairement à la mer qui sépare la France de l'Angleterre.
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| CANAN | S. m. (Comm.) mesure des liquides dont on se sert dans le royaume de Siam, & que les Portugais appellent choup. Le canan tient environ un pot ou deux pintes de Paris. Le quart du canan s'appelle lenig : c'est notre chopine. Au-dessous du lenig sont les cocos ; il y en a cependant qui peuvent contenir une pinte entiere de liqueur. Voyez COCOS, mesure. (G)
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| CANANOR | (Géog.) petit royaume d'Asie, avec une ville qui porte le même nom, sur la côte de Malabar, appartenante aux Portugais. Longit. 95. 45. latit. 12. 15.
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| CANAPÉ | S. f. longue chaise à dos sur laquelle plusieurs personnes peuvent s'asseoir, & même se coucher.
CANAPE, s. m. en terme de Raffineur de sucre, est une espece de chaise de bois sur laquelle on met le bassin, lorsqu'il est question de transporter la cuite du rafraîchissoir dans les formes : deux des montans sont un peu plus élevés que les autres, pour empêcher le bassin de répandre.
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| CANAPEYES | (Géogr.) nom qu'on donne à une nation sauvage de l'Amérique méridionale, qui habite une partie de la nouvelle Grenade.
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| CANAPLES | (Géogr.) petite ville de France en Picardie, entre Amiens & Dourlens.
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| CANARA | (Géog.) royaume d'Asie sur la côte de Malabar, habité par des peuples idolâtres.
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| CANARANE | (Géog.) royaume d'Asie dans l'Inde, au-delà du Gange : quelques géographes doutent de son existence.
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| CANARD | S. m. anas, (Hist. nat. Zoolog.) oiseau aquatique, dont la femelle porte le nom de cane. Les canards & autres oiseaux de riviere sont pesans, & semblent se mouvoir difficilement ; c'est pourquoi ils font du bruit avec leurs ailes en volant. Il y a des canards sauvages qui sont aussi gros & plus que les canards domestiques, & qui leur ressemblent à tous égards ; d'autres qui sont plus petits : ainsi il y en a de deux sortes. On doit les distinguer en grands & en petits, & non pas en sauvages & en domestiques, puisque ceux-ci sont venus des oeufs de canards sauvages. Les couleurs de ceux-ci sont constantes ; mais celles des autres varient : ils sont quelquefois mi-partis de blanc ou entierement blancs. Cependant il s'en trouve qui ont les mêmes couleurs que les sauvages. Belon, Hist. de la nat. d es oiseaux.
Il y a quantité d'especes de canards : il suffira de rapporter ici les principales, je veux dire celles qui ont été nommées en François.
CANARD à bec crochu, anas rostro adunco : le mâle pese deux livres deux onces : il a depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue environ deux piés de longueur : l'envergeure est de trente-deux pouces ; le bec est long de deux pouces & demi ; il est un peu courbé, & d'un verd pâle ; la pointe qui est à l'extrémité est de couleur noire. Le plumage de la tête & du dessous du cou est d'un verd sombre, & il y a deux raies formées par de petits points ou taches blanches ; l'une des raies passe au-dessus du bec, presque sur l'oeil, & s'étend jusqu'au derriere de la tête, & l'autre va depuis le bec jusqu'au-dessous de l'oeil, qui est entouré d'un cercle de plumes de la même couleur : le plumage du menton est aussi bigarré de la même maniere ; celui de la gorge, de la poitrine & du ventre, est blanc, & cette couleur est mélangée de quelques petites taches transversales d'un brun rougeâtre ; les plumes du dos de même que celles de la naissance des aîles & des flancs, sont de cette même couleur, & bordées & bigarrées par-tout de blanc. Les grandes plumes des ailes sont au nombre de vingt-quatre, les six premieres sont toutes blanches, & les autres sont d'un brun rougeâtre ; les petites plumes du premier rang sont bleues, à l'exception des pointes qui sont blanches : les plumes du second rang sont brunes, & leur pointe est blanche : la queue est composée de vingt plumes noires, leurs pointes sont blanches ; les quatre du milieu sont recourbées par en-haut en forme de cercle vers le dos : les jambes & les pattes sont de couleur orangée. La femelle de cet oiseau ressemble beaucoup à celle du canard ordinaire, à l'exception du bec qui est crochu ; elles pondent plus qu'aucunes autres de ce genre. Derham, Hist. nat. des oiseaux. Voyez OISEAU.
CANARD à crête noire, anas fuligula prima, Gesn. il pese deux livres ; sa longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue est de quinze à seize pouces ; & l'envergeure est de deux piés & trois ou quatre pouces ; le bec a depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche, environ deux pouces de longueur ; il est large, d'un bleu pâle par-tout, excepté à la pointe qui est noire : les narines sont grandes, & environnées par un espace dégarni de plumes : l'iris des yeux est jaune, ou de couleur d'or : les oreilles sont petites ; la tête, sur-tout le sommet, est d'un pourpre noirâtre, ou plûtôt d'une couleur mélangée de noir & de pourpre ; c'est pourquoi on appelle cet oiseau à Venise, & dans d'autres endroits d'Italie, capo-negro. Il a une crête qui pend derriere la tête, de la longueur d'un pouce & demi : la couleur du cou, des épaules, du dos, enfin toute la partie supérieure de l'oiseau est d'un brun foncé, presque noir. Les ailes sont courtes, & toutes les petites plumes sont noires ; les quatre premieres grandes plumes sont de la même couleur que le corps ; les six qui suivent deviennent successivement blanches par degrés, les dix suivantes sont blanches comme neige, à l'exception de leurs pointes qui sont noires ; les six dernieres sont entierement noires : la queue est très-courte, & composée de quatorze plumes noires ; le dessous du cou & le devant de la poitrine sont noirs, & le reste de la poitrine est blanc ; le ventre est de la même couleur jusqu'à l'anus, où elle est plus obscure, & au-delà elle est noirâtre : les plumes des côtés, que recouvrent les ailes lorsqu'elles sont pliées, celles qui couvrent les cuisses, & les petites plumes du dessous de l'aile, sont blanches ; les jambes sont courtes, & placées en-arriere ; les pattes sont d'une couleur livide, ou de bleu obscur ; les doigts sont longs, & la membrane qui les joint est noire. Le corps de cet oiseau est court, épais, large, & un peu applati. On n'a trouvé que des cailloux & de l'algue dans l'estomac de cet oiseau. Willughby, Ornith. Derham, Hist. nat. des oiseaux. Voyez. OISEAU.
CANARD à tête élevée, anas arrecta ; le bec de cet oiseau est verd, & mêlé d'une couleur brune ; l'iris des yeux est blanc ; le sommet de la tête est noir ; il y a une bande blanche qui commence sous la base du bec, & qui entoure le sommet de la tête au-dessous du noir ; le reste de la tête est d'une couleur obscure, mêlée de verd & de rouge ; ce qui la fait paroître très-belle, selon les différens reflets de lumiere : le cou est bigarré de plumes noires & blanches ; celles de la poitrine & du ventre sont de cette derniere couleur ; les côtés du ventre sous les ailes & les cuisses, sont d'une couleur obscure tirant sur le noir ; les grandes plumes des ailes sont brunes, & leurs bords extérieurs sont blancs ; le dos est d'une couleur sombre, mêlée de verd & de rouge ; les jambes & les piés sont d'un jaune obscur. Cet oiseau se tient droit en marchant ; c'est pour cette raison qu'on l'appelle le canard droit ou à tête élevée. Derham, Hist. nat. des oiseaux. Voyez OISEAU.
CANARD de Barbarie : cet oiseau paroît avoir eu plusieurs dénominations ; car on croit qu'il a été désigné par les noms suivans, anas Moschata, anas Cairina, anas Libyca, anas Indica ; toutes les descriptions que l'on a faites sous ces différens noms, s'accordent pour la grandeur, pour la voix rauque & entrecoupée comme par des sifflemens, pour les tubérosités dégarnies de plumes entre les narines & autour des yeux, & pour la grandeur du mâle, qui surpasse celle de la femelle. Les couleurs du plumage varient comme dans tous les oiseaux domestiques. J'ai vû un mâle de trois ans qui pesoit quatre livres treize onces : il avoit deux piés deux pouces & demi de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'au bout des pattes, & deux piés & demi jusqu'au bout de la queue ; la partie supérieure du bec a deux pouces cinq lignes de longueur ; depuis l'ouverture de la bouche jusqu'à l'extrémité de cette partie supérieure, qui est terminée par une sorte d'ongle large & plat, noir & crochu, assez ressemblant à un ongle humain ; les bords de cet ongle sont blanchâtres ; il y a un pareil ongle à l'extrémité de la partie intérieure du bec ; la supérieure a onze lignes de largeur, & deux pouces huit lignes de longueur jusqu'aux premieres plumes de la tête ; elle est en forme de gouttiere renversée ; les narines sont à égale distance de la pointe du bec & du milieu des yeux : le bec est élevé, & tuberculeux derriere les narines ; mais cette partie est recouverte par une membrane marbrée de noir & de rouge, qui environne la base du bec entier, qui s'étend jusqu'aux yeux, & qui les entoure ; cette membrane recouvre des tubercules osseux plus ou moins gros, qui sont placés autour des yeux, & qui ont une couleur blanche roussâtre ; le bec est marbré de rouge, de couleur de chair & de noir ; les dents sont en forme de scie, comme dans les canards ordinaires ; la langue est aussi pareille ; la tête, & le dessus du cou sur la moitié de sa longueur, sont panachés de noir & de blanc ; tout le reste du dessus du cou, le dos entier, le croupion, & la queue, sont d'une couleur obscure & changeante, mêlée d'or, de pourpre, de bleu & de verd ; les six premieres grandes plumes des aîles sont blanches ; les dix-sept suivantes sont de la même couleur que les longues plumes de l'épaule & de la queue, la partie moyenne de ces dix-sept grandes plumes de l'aile est panachée de noir & de blanc, principalement sur les barbes intérieures : car les barbes extérieures des dernieres de ces dix-sept grandes plumes, sont de même couleur que l'extrémité, & les trois ou quatre dernieres grandes plumes sont entierement de la même couleur que la pointe des autres ; toutes les plumes qui recouvrent les grandes qui sont blanches, à l'exception des six ou sept premieres, qui sont en grande partie de la couleur changeante qui est sur la plûpart des grandes plumes : tout le dessous de l'aile est blanc, à l'exception des endroits des plumes qui sont de couleur changeante à l'extérieur ; l'intérieur en est brun ; la gorge est tachetée de blanc, de brun, & de noir ; le cou & la poitrine sont blancs, avec des taches irrégulieres sur le jabot, qui sont formées par plusieurs plumes brunes mêlées parmi les blanches ; le ventre & les cuisses sont bruns ; les côtés & le dessous de la queue sont aussi d'une couleur brune, mais elle est un peu mêlée de couleur changeante ; les pattes sont brunes ; la membrane qui réunit les doigts est aussi brune, & marquetée de blanc sale ; le dessous du pié & les ongles sont d'un blanc sale tacheté de noir. Ces oiseaux sont privés, & se multiplient comme les canards communs. Voyez OISEAU.
CANARD de Madagascar, anas Madagascariensis, est un peu plus grand que le canard privé ; le bec est d'un brun jaunâtre, & l'iris des yeux est d'un beau rouge ; le cou & la tête sont d'un verd sombre, & le dos est d'un pourpre foncé mêlangé de bleu, à l'exception des bords des plumes qui sont rouges ; la poitrine est d'un brun sombre, excepté les bords extérieurs des plumes qui sont rouges ; le bas du ventre est brun ; les plumes des épaules sont d'une couleur sombre mêlée de bleu, de même que le premier rang des petites plumes des ailes : les grandes ont les bords rouges ; le second rang des petites plumes est verd, les jambes & les piés sont de couleur orangée. Cet oiseau est très-beau ; il vient originairement de Madagascar. Derham, Hist. nat. des oiseaux. Voyez OISEAU.
CANARD d'été, anas cristatus elegans ; cet oiseau a une double hupe qui pend en arriere, & un fort beau plumage ; il a été décrit par Catesby, Hist. de la Caroline, vol. I. pag. 97. Il se trouve en Virginie & en Caroline : il fait son nid dans les trous que les piverts font sur les grands arbres qui croissent dans l'eau, & principalement sur les cyprès. Tant que les petits sont encore trop jeunes pour voler, les vieux canards les portent sur le dos jusque dans l'eau ; & lorsqu'il y a quelque chose à craindre pour eux, ils s'attachent par le bec au dos & à la queue du gros oiseau, qui s'envole avec sa famille. Hist. nat. de divers ois. par Edwards. art. XCIX. Voyez OISEAU.
CANARD domestique, anas domestica vulgaris ; il est plus petit que l'oie, & presque de la grosseur d'une poule, mais moins élevé ; le dos & le bec sont larges ; les jambes courtes, grosses, & dirigées en arriere, ce qui lui donne de la facilité pour nager, & da la difficulté pour marcher ; aussi marche-t-il lentement & avec peine. Les couleurs varient à l'infini dans ces canards, de même que dans les poules, & dans tous les autres oiseaux domestiques. Le mâle differe de la femelle, en ce qu'il a sur le croupion des plumes qui s'élevent & se recourbent en avant. La femelle fait d'une seule ponte douze ou quatorze oeufs, & quelquefois plus ; ils ressemblent à ceux des poules, & sont de couleur blanchâtre teinte de verd ou de bleu ; le jaune en est gros, & d'un jaune rougeâtre. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.
CANARD sauvage ou cane au collier blanc, cane de mer ; boschas major, anas torquata minor, Ald. il pese trente-six à quarante onces ; il a environ un pié neuf pouces de longueur, depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue ; l'envergeure a près de deux piés neuf pouces ; le bec est d'un verd jaunâtre ; il a deux pouces & demi de longueur depuis les coins de la bouche jusqu'à son extrémité, & près d'un pouce de largeur ; il n'est pas trop applati ; il y a à l'extrémité de la piece supérieure du bec une appendice ou un ongle rond, comme dans la plûpart des oiseaux de ce genre ; les paupieres inférieures sont blanchâtres, les pattes sont de couleur de safran ; les ongles sont bruns ; celui du doigt de derriere est presque blanc ; celui du doigt intérieur est le plus petit de tous ceux de devant : la membrane qui joint les doigts ensemble est d'une couleur plus sale ; les cuisses sont couvertes de plumes jusqu'au genou : le mâle a la tête & le dessus du cou d'un beau verd, au bas duquel il y a un collier blanc bien entier en-devant ; mais qui ne l'est pas par-derriere ; la gorge est de couleur de châtaigne, depuis le collier jusqu'à la poitrine, qui est mêlée de blanc & de cendré, de même que le ventre, & parsemée d'un nombre infini de points bruns ; les plumes de dessous la queue sont noires ; la face supérieure du cou est parsemée de taches rousses, mêlées de cendré : la partie du dos entre les deux ailes est rousse ; le dessous de l'oiseau est noirâtre ; le croupion est d'une couleur plus foncée, & mêlée d'un pourpre luisant ; les côtés sous les ailes, & les plus longues plumes qui vont jusque sur les cuisses, sont marquées de lignes transversales d'un très-beau brun, avec du blanc mêlé de bleu ; les petites plumes des ailes sont roussâtres ; les longues plumes qui sortent des épaules sont de couleur d'argent, & élégamment panachées de petites lignes transversales brunes. Il y a vingt-quatre grandes plumes à chaque aile ; les dix premieres sont brunes ; les dix suivantes ont la pointe blanchâtre, & les barbes extérieures d'un beau pourpre bleuâtre ; entre le bleu & le blanc il y a de petites bandes noires ; la vingt-unieme plume a la pointe blanche, & le bord extérieur de couleur de pourpre obscur, la vingt-deuxieme a un peu de couleur d'argent dans son milieu ; la vingt-troisieme est entierement blanche, à l'exception des bords qui sont noirâtres ; la vingt-quatrieme est blanche aussi en entier, excepté le bord extérieur qui est noirâtre : les petites plumes sont de la même couleur que les grandes ; cependant celles qui recouvrent les pourprées ont la pointe noire, & ensuite une large ligne ou tache blanche ; la queue est composée de vingt plumes, dont l'extrémité est pointue ; les quatre du milieu sont contournées en cercle, & ont une belle couleur luisante mêlée de pourpre & de noir ; les huit suivantes de chaque côté sont blanchâtres ; les plumes du dessous de l'aile & de la fausse aile sont blanches.
Ces oiseaux vont par troupes pendant l'hyver ; au printems le mâle suit la femelle ; ils marchent par paires, & ils font leur nid le plus souvent près de l'eau, dans les joncs & les bruyeres, & rarement sur les arbres. La femelle fait d'une seule ponte douze ou quatorze oeufs, & plus, & elle les couve : elle n'a pas la tête verte, ni de collier sur le cou ; sa tête & son cou ont du blanc, du brun, & du roux noirâtre ; le milieu des plumes du dos est d'un brun presque noir, & les bords sont d'un blanc roussâtre. Villughby, Ornith. Voyez OISEAU. (I)
Le canard sauvage passe pour meilleur que le domestique, étant nourri à l'air libre, & d'alimens qu'il va chercher lui-même, & plus exercé que l'autre ; ce qui contribue à atténuer & à chasser au-dehors les humeurs grossieres qu'il pourroit contenir, & enfin à exalter de plus en plus les principes de ses liqueurs ; ainsi il abonde davantage en sel volatil : cette chair est cependant de difficile digestion.
Le foie du canard sauvage passe pour propre à arrêter le flux hépatique.
La graisse du canard est adoucissante, résolutive, & émolliente. (N)
CANARD de pré de France, voy. CANE PETIERE.
CANARD de Moscovie, voyez CANARD de Barbarie.
CANARD d'Inde, voyez CANARD de Barbarie.
Dans les lieux de grand passage on fait au milieu des prairies & des roseaux, loin de tous arbres & haies, des canardieres ou grandes mares, où l'on met quelques canards privés qui appellent les passans, & un homme caché dans une hutte les tire au fusil. On les prend aussi aux piéges, soit collets ou autres : l'heure la plus favorable pour les tirer est de grand matin, à mesure qu'ils partent. On les prend encore avec des nappes ou à l'appât, ou bien au trictrac avec des panneaux, & à la glu le long des mares d'eau où ils se reposent.
Pour le vol du canard il faut se servir des autours qui font leur coup à la toise, c'est-à-dire tout d'une haleine, d'un seul trait d'aîle, & sont toûjours plus vîtes à partir du poing que les autres. Quand on est arrivé sur le lieu, & qu'on a observé où sont les canards, on prend les devants le long du fossé avec l'autour sur le poing ; on le présente vis-à-vis les canards, qui prennent l'épouvante & se levent : mais l'autour part aussi-tôt du poing, vole à eux, & en empiete toûjours quelqu'un.
Dans la saison où les canards sauvages font leurs canetons, on suit les bords des étangs & des rivieres avec un filet attaché à la queue d'un barque ; on bat tous les endroits couverts & marécageux, les canetons effrayés sortent & se jettent dans les filets ; on les prend, on leur brûle les bouts des aîles, & on les mêle avec les canetons domestiques.
CANARDS, ou bois perdus ; voyez BOIS.
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| CANARI | S. m. oiseau ainsi appellé des îles Canaries d'où on nous l'a apporté. Voyez SERIN. (I)
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| CANARIE | (LES ILES), Géog. îles de l'Océan, ainsi nommées de la plus grande ; elles étoient connues des anciens sous le nom d'îles Fortunées. On en compte sept, qui sont celle de Palme, de Fer, Gomero, Ténériffe, la grande Canarie, Fuerteventura, & Lancerote : on pourroit encore y en ajoûter quelques autres moins considérables. Elles sont très-fertiles, & produisent des vins délicieux. Les Espagnols en sont les maîtres. L. 0-5. 30. lat. 27. 30-29. 45.
CANARIE, subst. f. espece d'ancienne danse, que quelques-uns croyent venir des îles Canaries, & qui selon d'autres vient d'un ballet ou d'une mascarade, dont les danseurs étoient habillés en sauvages. Dans cette danse on s'approche & on s'éloigne les uns des autres, en faisant plusieurs passages bisarres, à la maniere des Sauvages.
La canarie, en Musique, est une espece de gigue. Voyez l'article GIGUE, & le prologue de l'Europe galante.
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| CANASSE | sub. f. (Commerce) on nomme ainsi à Amsterdam des especes de grandes caisses, qui sont quelquefois d'étain, dans lesquelles les vaisseaux de la compagnie apportent les différens thés de la Chine & des Indes orientales. Dans la vente de cette marchandise, on donne ordinairement seize livres de tare par canasse. Voyez TARE. (G)
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| CANATHOS | (Myth.) fontaine de Nauplia où Junon alloit, dit-on, se baigner une fois tous les ans, pour recouvrer sa divinité ; fable fondée sut quelque particularité des mysteres secrets qu'on y célebroit en l'honneur de la déesse.
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| CANCALE | (Géog.) ville de France, dans la haute Bretagne, sur le bord de la mer. Long. 15d. 48'. 15". lat. 48d. 40'. 40".
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| CANCAMUM | (Hist. nat.) gomme rare, qui paroît plûtôt un assemblage de plusieurs gommes : on y distingue quatre substances différentes, qui ont chacune leur couleur séparée. La premiere ressemble au succin ; elle se fond au feu, & à l'odeur de la gomme laque. La seconde est noire, se fond au feu comme la premiere, mais rend une odeur plus douce. La troisieme est semblable à de la corne, & n'a point d'odeur. La quatrieme est blanche, & c'est la gomme animé. On dit que ces gommes découlent d'un arbre qui croît en Afrique, au Bresil, & dans l'île de Saint-Christophe, & qui a quelque ressemblance avec celui qui donne la myrrhe.
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| CANCE | (Géog.) riviere de France, dans le Vivarais, qui se jette dans le Rhône.
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| CANCELLARIUS | sub. m. (Hist. anc.) mot que quelques auteurs ont rendu en françois par chancelier. C'étoit chez les Romains un officier subalterne, qui se tenoit dans un lieu fermé de grilles & de barreaux, cancelli, pour copier les sentences des juges & les autres actes judiciaires, à-peu-près comme nos greffiers ou commis du greffe. Ils étoient payés par rôles d'écritures, ainsi qu'il paroît par le fragment d'une loi des Lombards, cité par Saumaise. Il falloit que cet officier fût très-peu de chose, puisque Vopiscus rapporte que Numerien fit une élection honteuse, en confiant à un de ces greffiers le gouvernement de Rome. M. Ducange prétend que ce mot vient de la Palestine où les toîts étoient plats & faits en terrasse, avec des barricades ou balustrades grillées, nommées cancelli ; que ceux qui montoient sur ces toîts pour réciter quelque harangue s'appelloient cancellarii ; qu'on a depuis étendu ce titre à ceux qui plaidoient dans le barreau, nommés cancellarii forenses. Ménage a tiré du même mot l'étymologie de chancelier, cancellarius, à cancellis ; parce que, selon lui, quand l'empereur rendoit la justice, le chancelier étoit à la porte de la clôture ou des grilles qui séparoient le prince d'avec le peuple. (G)
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| CANCELLATION | S. f. (Commerce) terme en usage à Bordeaux, dans le bureau du courtage & de la foraine.
Il signifie la décharge que le commis donne aux marchands, de la soûmission qu'ils ont faite de payer le quadruple des droits, faute de rapporter dans un tems limité un certificat de l'arrivée de leurs marchandises dans les lieux de leur destination. (G)
Sur l'étymologie du mot cancellation, voyez l'article suivant.
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| CANCELLER | v. act. en droit, signifier barrer ou biffer une obligation ou autre acte.
Ce mot vient du latin cancellare, croiser, traverser, fait de cancelli, qui signifie des barreaux ou un treillis ; parce qu'en effet en biffant un acte par des raies tirées en différens sens, on forme une espece de treillis. (H)
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| CANCELLI | subst. m. plur. (Hist. nat.) petites chapelles érigées par les anciens Gaulois aux déesses meres, qui présidoient à la campagne & aux fruits de la terre. Ces peuples y portoient leurs offrandes avec des petites bougies, & après avoir prononcé quelques paroles mystérieuses sur du pain ou sur quelques herbes, ils les cachoient dans un chemin creux ou dans le tronc d'un arbre, & croyoient par-là garantir leurs troupeaux de la contagion, & de la mort même. Cette pratique, ainsi que plusieurs superstitions dont elle étoit accompagnée, fut défendue par les capitulaires de nos rois & par les évêques. Mem. de l'Acad. tom. VII. (G)
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| CANCER | S. m. terme de Chirurgie, est une tumeur dure, inégale, raboteuse & de couleur cendrée ou livide, environnée tout-autour de plusieurs veines distendues & gonflées d'un sang noir & limoneux, située à quelque partie glanduleuse ; ainsi appellée, à ce que quelques-uns prétendent, parce qu'elle est à-peu-près de la figure d'une écrevisse, ou, à ce que disent d'autres, parce que semblable à l'écrevisse elle ne quitte pas prise quand une fois elle s'est jettée sur une partie.
Dans les commencemens elle ne cause point de douleur, & n'est d'abord que de la grosseur d'un pois-chiche : mais elle grossit en peu de tems & devient très-douloureuse.
Le cancer vient principalement à des parties glanduleuses & lâches, comme les mamelles & les émonctoires. Il est plus ordinaire aux femmes qu'aux hommes, & singulierement à celles qui sont stériles, ou qui vivent dans le célibat. La raison pourquoi il vient plûtôt aux mammelles qu'à d'autres parties, c'est que comme elles sont pleines de glandes & de vaisseaux lymphatiques & sanguins, la moindre contusion, compression ou piquûre peut faire extravaser ces liqueurs, qui par degrés, contractant de l'acrimonie, forment un cancer. C'est pourquoi les maîtres de l'art disent que le cancer est aux glandes, ce qu'est la carie aux os, la gangrene aux parties charnues.
Le cancer cependant vient quelquefois à d'autres parties molles & spongieuses du corps ; & on en a quelquefois vû aux gencives, au ventre, au cou de la matrice, à l'urethre, aux levres, au nez, aux joues, à l'abdomen, aux cuisses, & même aux épaules.
On appelle loup, un cancer aux jambes ; & celui qui vient au visage ou au nez, noli me tangere. Voyez NOLI ME TANGERE.
On divise les cancers, selon qu'ils sont plus ou moins invétérés, en cancer occulte, & cancer ouvert ou ulcéré.
Le cancer occulte est celui qui n'a point encore fait tout le progrès qu'il est capable de faire, & qui ne s'est point encore fait jour.
Le cancer ulcéré se reconnoît par ses inégalités & par quantité de petits trous, desquels sort une matiere sordide, puante & glutineuse, pour l'ordinaire jaunâtre ; par des douleurs poignantes, qui ressemblent aux piquûres que feroient des milliers d'épingles ; par sa noirceur ; par l'enflure des veines de l'ulcere ; par la couleur noirâtre, le gonflement, & les varices.
Quelquefois les extrémités des vaisseaux sanguins sont rongées, & le sang en sort. Dans un cancer au sein, la chair est quelquefois consumée au point qu'on peut voir dans la cavité du thorax. Il occasionne une fievre lente, un sentiment de pesanteur, fort souvent des défaillances, quelquefois l'hydropisie, & la mort à la fin.
La cause immédiate du cancer paroît être un sel volatil excessivement corrosif, qui approche de la nature de l'arsenic, formé par la stagnation des humeurs, &c. On est quelquefois venu à bout de le guérir par le moyen du mercure & de la salivation. Quelques uns croyent que le cancer ulcéré n'est autre chose qu'une infinité de petits vers qui dévorent la chair petit-à-petit. Le cancer passe avec raison pour une des plus terribles maladies qui puisse arriver. Ordinairement on le guérit par l'extirpation, quand la tumeur est encore petite, qu'elle n'est, par exemple, que de la grosseur d'une noix, ou tout au plus d'un petit oeuf : mais quand il a gagné toute la mammelle, qu'il creve & devient ulcéré, on n'y peut remédier que par l'amputation de la partie.
Le cancer ulcéré est une maladie qui n'est pas méconnoissable : ses bords tuméfiés & renversés ; la sanie, semblable à celle d'une partie gangrenée, qui découle de ses chairs baveuses ; sa puanteur, & l'horreur qu'il fait au premier aspect, en annoncent le mauvais caractere. Mais il est important pour la pratique, qu'on établisse le diagnostic du cancer occulte commençant. Il y a une infinité de gens qui vantent des secrets pour la guérison des cancers naissans, & qui sont munis de témoignages & d'attestations des cures qu'ils ont faites, parce qu'ils donnent le nom de cancer à une glande tuméfiée qu'un emplâtre résolutif auroit fait disparoître en peu de tems. Les nourrices & les femmes grosses sont sujettes à des tumeurs dures & douloureuses aux mamelles, qui se terminent ordinairement & fort heureusement par suppuration. Il survient souvent presque tout-à-coup des tumeurs dures aux mamelles des filles qui entrent dans l'âge de puberté, & elles se dissipent pour la plûpart sans aucun remede. Le cancer naissant au contraire fait toûjours des progrès, qui sont d'autant plus rapides, qu'on y applique des médicamens capables de délayer & de résoudre la congestion des humeurs qui se forment. On en peut faire trop-tot l'extirpation, par les raisons que nous exposerons ci-après. Il faut donc le connoître par des signes caractéristiques, afin de ne les pas confondre avec d'autres tumeurs qui demandent un traitement moins douloureux, & afin de ne pas jetter mal-à-propos les malades dans de fausses allarmes.
Le cancer des mammelles & de toute autre partie, est toûjours la suite d'un skirrhe : ainsi toute tumeur cancéreuse doit avoir été précédée d'une petite tumeur qui ne change pas la couleur de la peau, & qui reste indolente, souvent plusieurs mois, & même plusieurs années sans faire de grands progrès. Lorsque le skirrhe dégenere en cancer, la douleur commence à se faire sentir, principalement lorsqu'on comprime la tumeur. On s'apperçoit ensuite qu'elle grossit, & peu de tems après elle excite des élancemens douloureux, qui se font ressentir sur-tout dans les changemens de tems, après les exercices violens, & lorsqu'on a été agité trop vivement par les passions de l'ame. La tumeur croît, & fait ensuite des progrès qui empêchent qu'on ne se trompe sur sa nature. Les élancemens douloureux qui surviennent à une tumeur skirrheuse, sont les signes qui caractérisent le cancer. Ces douleurs ne sont point continues ; elles sont lancinantes ou pungitives ; elles ne répondent point au battement des arteres comme les douleurs pulsatives, qui sont le signe d'une inflammation sanguine : il semble que la tumeur soit de tems à autre piquée & traversée, comme si on y enfonçoit des épingles ou des aiguilles. Ces douleurs sont fort cruelles, & ne laissent souvent aucun repos, ce qui réduit les malades dans un état vraiment digne de pitié : elles sont l'effet de la présence d'une matiere corrosive, qui ronge le tissu des parties solides. Les remedes fondans & émolliens ne conviennent point à ces maladies, parce qu'en procurant la dissolution des humeurs qui forment le cancer, ils en accélerent la fonte putride, & augmentent par-là considérablement les accidens.
On voit par ces raisons, qu'on ne peut pas trop promtement extirper une tumeur cancéreuse, même occulte. Après avoir préparé la malade par des remedes généraux, (je suppose cette maladie à la mammelle), on la fait mettre en situation convenable ; elle doit être assise sur un fauteuil, dont le dossier soit fort panché. Je fais fort volontiers cette opération, en laissant les malades dans leurs lits. On fait tenir & écarter le bras du côté malade, afin d'étendre le muscle grand pectoral. Si la tumeur est petite, on fait une incision longitudinale à la peau & à la graisse qui recouvre la tumeur ; on la saisit ensuite avec une errine, voyez ERRINE, & en la disséquant avec la pointe du bistouri droit qui a servi à faire l'incision de la peau, on la détache des parties qui l'environnent, & on l'emporte. J'ai fait plusieurs fois cette opération, j'ai réuni la plaie avec une suture seche, & cela m'a réussi parfaitement.
Si la tumeur est un peu considérable, qu'elle soit mobile sous la peau, & que le tissu graisseux ne soit point embarrassé par des congestions lymphatiques, on peut conserver les tégumens : mais une incision longitudinale ne suffiroit point ; il faut les inciser crucialement ou en T, selon qu'on le juge le plus convenable. On disseque les angles, & on emporte la tumeur ; on réunit ensuite les lambeaux des tégumens ; ils se recollent, & on guérit les malades en très-peu de tems.
Lorsque la peau est adhérente à la tumeur, ou que les graisses sont engorgées, si l'on n'emporte tout ce qui n'est pas dans l'état naturel, on risque de voir revenir un cancer avant la guérison parfaite de la plaie, ou peu de tems après l'avoir obtenue : on l'impute alors à la masse du sang, que l'on dit être infectée de virus cancéreux ; virus, de l'existence duquel tout le monde n'est point persuadé. Le préjugé que l'on auroit sur ce point, pourroit devenir préjudiciable aux malades qui ne se détermineroient pas à se faire faire une seconde operation, de crainte qu'il ne vint encore un nouveau cancer. On a vû des personnes qu'on a guéries parfaitement après s'être soûmises à deux ou trois opérations consécutives. Le cancer est un vice local qui a commencé par un skirrhe, effet de l'extravasation & de l'épaississement de la lymphe : le skirrhe devient carcinomateux par la dissolution putride des sucs épanchés ; dès que les signes qui caractérisent cette dépravation se sont manifestés, on ne peut faire trop-tôt l'extirpation de la tumeur, pour empêcher qu'il ne passe de cette matiere putride dans le sang, où elle causeroit une colliquation qu'aucun remede ne pourroit empêcher. Le docteur Turner assûre que deux personnes de sa connoissance perdirent la vie pour avoir goûté de la liqueur qui couloit d'un cancer à la mammelle. Malgré toutes les précautions que puisse prendre un habile chirurgien, il peut y avoir encore quelque point skirrheux, qui échappant à ses recherches dans le tems de l'extirpation d'un cancer, seront le germe d'un nouveau, qu'il faudra ensuite extirper ; alors ce n'est point une régénération du cancer : c'est une maladie nouvelle, de même nature que la premiere, produite par un germe local qui ne succede point à celui du cancer précédent. On peut en faire l'extirpation avec succès ; ces cas exigent des attentions, & doivent déterminer à faire usage des délayans, des fondans, & des apéritifs tant internes qu'externes. J'ai vû faire deux & même trois fois l'opération avec succès : si la masse du sang est atteinte de colliquation, on ne doit pas craindre la production d'un nouveau cancer ; on se dispense absolument de faire une opération, qui en ôtant la maladie, n'affranchiroit pas la malade d'une mort certaine ; on se contente alors d'une cure palliative. L'expérience a prouvé l'utilité des préparations de plomb dans ces cas : on peut appliquer sur le cancer ulcéré des remedes capables d'agir par inviscation sur les sucs dépravés ; les remedes coagulans qui donneroient de la consistance aux sucs exposés à l'action de l'humeur putride, pourroient les mettre, du moins quelque tems, à l'abri de la dissolution. M. Quesnay persuadé que la malignité de l'humeur cancéreuse dépendoit d'une dépravation alkaline, a pensé que les plantes qui sont remplies d'un suc acerbe, devoient modérer la férocité de cette humeur ; il a fait l'essai du sedum vermiculare dans quelques cas avec beaucoup de succès.
Lorsque le cancer occupe toute la mammelle, & que la masse du sang n'est point en colliquation, on peut amputer cette partie : pour faire cette opération, après les préparations générales, on met la malade en situation. Le chirurgien placé à droite, soûleve la mammelle avec sa main gauche, & la tire un peu à lui ; il tient de l'autre main un bistouri avec lequel il incise la peau à la partie inférieure de la circonférence de la tumeur. Il introduit ses doigts dans cette incision pour soûlever la tumeur & la décoller de dessus le muscle pectoral ; & avec son bistouri il coupe la peau à mesure qu'il disseque la tumeur. Il doit prendre garde de couper la peau en talud, pour ne pas découvrir les houpes nerveuses, ce qui rendroit les pansemens très-douloureux ; s'il restoit quelques pelotons graisseux affectés à la circonférence de la plaie ou vers l'aisselle, il faudroit les extirper. On panse la plaie avec de la charpie brute ; je suis dans l'usage de faire une embrocation tout autour de la plaie avec l'huile d'hypericum ; je pose des compresses assez épaisses sur la charpie, & je contiens le tout avec le bandage de corps, que j'ai soin de fendre par une des extrémités pour en former deux chefs, dont l'un passe au-dessus, & l'autre au-dessous de la mammelle saine, afin qu'elle ne soit point comprimée. Voyez BANDAGE DE CORPS. Je ne leve l'appareil que le troisieme ou quatrieme jour, lorsque la suppuration le détache, & je termine la cure comme celle des ulceres. Voyez ULCERE.
L'on a fait graver quelques figures pour l'intelligence des choses qui viennent d'être dites, & pour qu'on puisse juger des anciennes méthodes de pratiquer l'opération du cancer.
Planche XXVIII. fig. 3. cancer occulte à la mammelle droite, & qui n'en occupoit qu'une partie.
Fig. 4. La cicatrice qui reste après l'extirpation d'une pareille tumeur.
Fig. 5. Autre cancer qui occupe toute la mammelle, & dont on fait l'extirpation avec succès.
Fig. 6. Méthode que les anciens prescrivoient pour l'opération du cancer. Lorsqu'ils avoient passé deux fils en croix sous la tumeur, ils soûlevoient la mammelle, & l'amputoient comme on voit Planche XX. fig. 1. cette méthode est absolument proscrite pour sa cruauté & ses imperfections.
Planche XX. fig. 2. Fourchette que l'on a crû pouvoir substituer aux points d'aiguille, pour soûlever les tumeurs dont le volume est considérable.
Fig. 4. Autre instrument pour les petites tumeurs.
Fig. 3. Instrument tranchant comme un rasoir pour l'amputation de la mammelle.
Fig. 5. Nouvel instrument avec lequel on embrasse la mammelle, comme on voit fig. 6. la branche moyenne est d'acier & tranchante sur sa convexité.
Ces instrumens ne peuvent servir qu'à une opération défectueuse. Les figures sont d'après M. Heister, dans ses Instituts de Chirurgie. (Y)
CANCER, (en Astronomie) est un des douze signes du zodiaque : on le représente sur le globe sous la forme d'une écrevisse, & dans les ouvrages d'Astronomie, par deux figures placées l'une auprès de l'autre, & assez semblables à celles dont on se sert pour exprimer soixante-neuf en Arithmétique, 69. Voyez SIGNE, CONSTELLATION.
Ptolomée compte 13 étoiles dans le signe du cancer, Ticho, 15 ; Bayer & Hevelius, 29 ; Flamsteed, 71 au moins.
Tropique du CANCER, en terme d'Astronomie, est un des petits cercles de la sphere, parallele à l'équateur, & qui passe par le commencement du signe du cancer. Ce tropique est dans l'hémisphere septentrional, & est éloigné de l'équateur de 23d 1/2. Voyez TROPIQUE. Voyez aussi SPHERE. (O)
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| CANCHE | (Géog.) riviere de France, en Picardie, qui prend sa source en Artois.
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| CANCHES | (Géog.) Sauvages de l'Amérique méridionale, au Pérou.
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| CANCHE | ou CANTCHEOU, (Géog.) grande ville de la Chine, dans la province de Kiangsi, capitale d'un pays qui porte le même nom. Long. 133. 32. lat. 25. 53.
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| CANCHY | (Hist. nat. bot. ] c'est le nom d'un arbre fort gros qui se trouve au Japon, dont les habitans du pays se servent pour faire une espece de papier. Voici comment ils s'y prennent. On coupe l'arbre à fleur de terre ; il continue à pousser de petits rejettons : quand ils sont de la grosseur du doigt, on les coupe, on les fait cuire dans un chauderon jusqu'à ce que l'écorce s'en sépare, on seche cette écorce, & on la remet cuire encore deux fois, en remuant continuellement, afin qu'il se forme une espece de bouillie ; on la divise & on l'écrase encore plus dans des mortiers de bois, avec des pilons de la même matiere ; on met cette bouillie dans des boîtes quarrées, sur lesquelles on met de grosses pierres pour en exprimer l'eau : on porte la matiere sur des formes de cuivre, & on procede de la même maniere que font les Papetiers.
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| CANCRE | voyez CRABE.
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| CANDADI | (Géog.) petit pays d'Espagne, dans l'Estramadoure.
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| CANDAHAR | (Géog.) grande & forte ville d'Asie, capitale de la province de même nom, sous la domination du roi de Perse, aux frontieres des états du Mogol. Long. 85. lat. 33.
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| CANDAREN | ou CANDRENA, (Myth.) Junon fut ainsi surnommée de Candara, ville de Paphlagonie, où elle étoit particulierement honorée.
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| CANDAU | (Géog.) petite ville d'Allemagne, dans le duché de Courlande à 9 milles de Mittau.
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| CANDÉ | (Géog.) petite ville de France en Touraine, au confluent de la Loire & de la Vienne.
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| CANDELABRE | S. m. (Architecture) du latin candelabrum, chandelier : c'est une espece de vase fort élevé en maniere de balustre, que l'on place ordinairement pour servir d'amortissement à l'entour extérieur d'un dome, ou pour couronner un portail d'église ; tels qu'il s'en voit à la Sorbonne, au Val-de-Grace, aux Invalides, &c. (P)
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| CANDELARO | (Géog.) riviere d'Italie au royaume de Naples dans la Capitanate, qui se jette dans le golfe de Manfredonia.
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| CANDELETTE | S. f. (Marine) brosse de bossoir : jarre bosse ; c'est une corde garnie d'un crampon de fer, dont on se sert pour accrocher l'anneau de l'ancre lorsqu'elle sort de l'eau, & qu'on veut la baisser ou remettre en place. Chaque candelette a de son côté son pendour & son étrope. (Z)
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| CANDELOR | (Géog.) ville de la Turquie en Asie, près de la côte de Natolie.
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| CANDIDAT | S. m. (Hist. anc. & mod.) se dit en général de toute personne qui aspire à un emploi honorable ou lucratif. Les Romains nommoient ainsi particulierement les prétendans aux charges publiques, qui se mettoient sur les rangs au tems de l'élection des magistrats. Le mot est latin, candidatus, formé de candidus, blanc, à cause de la robe blanche que ces aspirans portoient. Vêtus de la sorte, ils alloient solliciter les suffrages, accompagnés de leurs proches, de leurs amis, & de leurs cliens. Les plus illustres magistrats qui prenoient intérêt à un candidat, le recommandoient au peuple. De son côté, le candidat averti par ses nomenclateurs, gens chargés de lui faire connoitre par noms & surnoms ceux dont il briguoit les suffrages, saluoit tous ceux-ci, embrassoit tous ceux qu'il rencontroit en chemin ou dans la place publique. La loi Tullienne défendoit aux candidats de donner des jeux ou des fêtes au public, de peur que par ce moyen on ne gagnât les suffrages du peuple : mais du reste on n'oublioit rien pour y parvenir ; caresses, intrigues, libéralités, bassesses même, tout étoit prodigué. Dans les derniers tems de la république, on vint jusqu'à corrompre les distributeurs des bulletins, qui en les donnant au peuple pour le scrutin, glissoient adroitement par-dessous une piece d'or à chacun de ceux dont on vouloit déterminer le suffrage en faveur du candidat, dont le nom étoit inscrit sur ce bulletin. C'étoit pour prévenir cet inconvénient, disent quelques auteurs, qu'on avoit imposé aux candidats la nécessité de ne paroître dans les assemblées qu'avec la robe blanche sans tunique, afin d'ôter tout soupçon qu'ils portassent de l'argent pour corrompre les suffrages : d'autres disent que cet habillement servoit simplement à les faire mieux remarquer dans la foule par leurs cliens & leurs amis. (G)
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| CANDIDI | CANDIDI
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| CANDIDIANO | (Géog.) petite riviere d'Italie dans la Romagne, dépendante de l'état de l'Eglise.
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| CANDI | ou CRETE, (Géog.) île considérable d'Europe dans la mer Méditerranée, dont la capitale porte le même nom. L'île a environ 200 lieues de circonférence : elle est aux Turcs. Long. 42. 58. lat. 35. 20.
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| CANDIIL | S. m. (Commerce) est un poids dont on se sert à la Chine & à Galanga. Il est de deux sortes : l'un qu'on nomme le petit, qui est de seize mans, & l'autre qui est plus fort, est de vingt mans. Le candiil de seize mans, fait trois chintals bien forts, & celui de vingt mans trois chintals & trois rubis. Le rubis fait trente-deux rotolis. Voyez CHINTAL, ROTOLI, BISUBIS. (G)
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| CANDI | ou CANDILE, s. m. (Commerce) mesure dont on se sert aux Indes, à Cambaye, & à Bengale ; pour vendre le riz & les autres grains : elle contient quatorze boisseaux, & pese environ cinq cent livres. Voyez BOISSEAU.
C'est sur le pié du candil qu'on estime & qu'on jauge dans ce pays là les navires, comme nous faisons en Europe au tonneau. Ainsi, lorsqu'on dit qu'un bâtiment est du port de 400 candils, c'est-à-dire qu'il peut porter deux cent milliers pesant, qui font cent tonneaux, le tonneau pris sur le pié de deux milliers. Voyez JAUGER & TONNEAU. (G)
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| CANDIR | v. act. en parlant de sucre, préparation de cette substance faite en la fondant, la claréfiant, & la crystallisant six ou sept fois différentes pour la rendre dure & transparente. Voyez SUCRE.
Les Apothicaires font aussi candir certains médicamens en les faisant bouillir dans le sucre, & les conservent par ce moyen en nature : c'est à proprement parler ce qu'on appelle confire ; car ces deux opérations ne different entr'elles que du plus au moins de cuisson du sucre. (N)
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| CANDIS | en terme de Confiseur, se dit des confitures de fruits ordinairement tout entiers, sur lesquels l'on a fait candir du sucre, après qu'ils ont été cuits dans le sirop, ce qui les rend comme de petits rochers crystallisés de diverses formes & figures, dont les couleurs variées approchent de celle des fruits qui y entrent.
Une pyramide de candis sur une table, fait un coup-d'oeil agréable.
CANDIS, se dit encore, chez les mêmes ouvriers, des confitures liquides, lorsqu'à force d'avoir été gardées le sucre vient à s'en séparer & à s'élever au-dessus du fruit, où il forme une espece de croûte dure.
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| CANDISH | (Géog.) province d'Asie dans les états du grand Mogol, dont la capitale est Brampour.
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| CANDO | CANDI, ou CONDI, (Commerce) mesure ou aulne dont on se sert en plusieurs endroits des Indes, & sur-tout à Goa.
Le cando de Goa est de dix-sept aulnes de Hollande, & de 7/8 par cent plus grand que les aulnes de Babel & de Balsora, & de 6 & 1/2 plus que le varre ou aulne d'Ormus.
Les étoffes de soie & celles de laine se mesurent au varre, & les toiles au cando. Le cando ou condi dont on se sert dans le royaume de Pegu, est pareil à l'aulne de Venise. Voyez AULNE & VARRE. Dict. du Comm. tom. II. pag. 69. (G)
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| CANDOU | (Hist. nat. bot.) arbre des Indes orientales, qui croît sur-tout dans les îles Maldives : il ressemble par ses feuilles & par sa grandeur à notre peuplier ; il ne porte point de fruit. Son bois est mou & spongieux : on dit qu'il a la propriété de faire feu, lorsqu'on en prend deux morceaux, & qu'on frappe l'un avec l'autre.
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| CANDY | (Géog.) royaume d'Asie dans l'île de Ceylan habité par des idolâtres. La capitale de ce royaume s'appelle aussi Candi. Long. 98. 30. lat. 7. 35.
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| CANE à tête | ousse, anas fera fusca : cet oiseau pese deux livres ; il a un pié sept ou huit pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité des doigts, & environ un pié & demi, si on n'étend la mesure que jusqu'au bout de la queue. Cet oiseau est plus gros, plus court, & plus épais que la cane rouge. Les petites plumes qui recouvrent les grandes plumes des ailes & celles du milieu du dos, sont de couleur cendrée & parsemée de petites lignes ondoyantes, dont les unes sont de couleur cendrée & les autres de couleur rousse ; elles sont placées alternativement. Les plumes du dessous du cou, du croupion, & celles qui se trouvent autour de l'anus, sont noires ; les petites plumes qui recouvrent l'aile en-dessous sont blanches ; la tête & le cou presqu'en entier, sont de couleur jaune foncée ou rousse ; les plumes du milieu de la poitrine sont blanches, à l'exception des bords qui sont jaunâtres : il y a sur le bas de la poitrine des lignes brunes, & la couleur du ventre devient peu-à-peu de plus en plus brune & obscure à mesure qu'on approche de l'anus. La queue est composée de quatorze plumes, qui ont deux pouces de longueur, & qui sont de couleur cendrée noirâtre. Il y a environ vingt-cinq grandes plumes à chaque aile ; elles sont toutes d'une même couleur cendrée & mêlée de brun : cependant si on y regarde de près, on trouvera que quelques-unes des plumes qui sont au-delà de la dixieme ont la pointe blanchâtre. Le bec est plus grand & plus large que celui de la cane mouche ; la piece supérieure du bec est de couleur plombée, à l'exception de l'extrémité qui est noirâtre ; la piece inférieure est presque entierement noire. L'iris des yeux est d'une belle couleur jaune éclatante ; les pattes sont de couleur plombée, & la membrane qui tient les doigts unis ensemble est noire ; le doigt intérieur est le plus petit, & l'extérieur est presque égal au doigt du milieu, dont l'ongle est tranchant. Ce qu'il y a de particulier dans cet oiseau, c'est que les plumes des ailes sont presque toutes d'une même couleur, qui est le cendré. Willughby, Ornithologie. Voyez OISEAU.
CANE du Levant, anas circia Gesn. Cet oiseau est le plus petit de son genre. Le bec est noirâtre ; toute la face supérieure de l'oiseau est de couleur brune cendrée. L'extrémité des plumes du dos est blanchâtre ; il y a sur les ailes une bande large d'un pouce, en partie noire & en partie de couleur d'émeraude & blanche de chaque côté ; les plumes de la queue sont pointues. Toute la face intérieure de l'oiseau est de couleur jaune pâle mêlée de blanc ; il y a cependant sur la poitrine & sur le bas-ventre, grand nombre de taches noirâtres assez larges. Les jambes sont d'un bleu pâle ; la membrane qui est entre les doigts est noire. On trouve dans l'estomac des semences & des petites pierres. D. Johnson. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.
CANE haute sur ses jambes, anas alticrura ; oiseau qu'Aldrovande rapporte au genre des plongeons. Il a le bec pointu, en partie noir & en partie rouge ; le cou est entouré d'un collier blanc ; le dos est de couleur cendrée pâle ; le ventre est blanc ; les aîles sont très larges ; les quatre premieres grandes plumes sont noires, celles du milieu sont blanches, & les autres noires, à l'exception de la pointe qui est blanche ; la queue est en entier de la même couleur, excepté l'extrémité supérieure qui est legerement teinte de noir ; les jambes sont plus minces & plus longues que dans les autres oiseaux de ce genre ; le pié & la membrane qui joint les doigts les uns aux autres, sont blancs. Aldrovande, Ornith. lib. XIX. c. lx. Voyez OISEAU.
CANE MOUCHE, anas muscaria ; cet oiseau a été ainsi nommé, parce qu'il prend les mouches qui volent sur l'eau. Il est presque de la grosseur du canard domestique, & il lui ressemble beaucoup. Le bec est large & court, il n'a pas plus de deux pouces de longueur ; la piece de dessus est de couleur de safran ; les dents sont disposées de chaque côté comme celles d'une scie ; elles sont un peu larges, presque membraneuses, flexibles & saillantes, sur-tout dans la piece du dessus, car celles du dessous sont moins élevées, & forment des sortes de cannelures sur le bec. Tout le corps de cet oiseau est de plusieurs couleurs mêlées ensemble, telles que le noirâtre, le blanc & le verd-clair, avec une couleur de feu brillant, ou pour mieux dire, approchantes de celles de la perdrix. Les pattes sont jaunes, & les doigts sont noirâtres, & se tiennent par une membrane. Le cou a en-dessus & en-dessous des couleurs semblables à celles dont il a déjà été fait mention. Le sommet de la tête est plus noir que toute autre partie de l'oiseau, à l'exception des aîles où cette même couleur domine aussi : elles ne s'étendent pas jusqu'au bout de la queue. Gesn. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU.
CANE PETIERE ; anas campestris, tetrax ; oiseau qui paroit être particulier à la France ; desorte qu'il n'y a point de paysan qui ne le connoisse sous ce nom, qui ne doit pas désigner ici que cet oiseau soit aquatique, ni un vrai canard, mais seulement qu'il s'accroupit sur la terre comme les canards : car il n'a d'ailleurs aucune ressemblance avec les oiseaux de ce genre ; c'est un oiseau de campagne ; il est de la grosseur du faisan ; il a la tête semblable à celle de la caille, quoique plus grosse, & le bec comme le coq ; il a trois doigts à chaque patte, comme dans le pluvier & l'outarde ; les racines des plumes sont rouges & presque de couleur de sang, & elles tiennent à la peau comme celles des plumes de l'outarde ; ce qui fait croire que cet oiseau est une espece d'outarde. Il est blanc sous le ventre comme un cygne ; le dos est de trois ou quatre couleurs, le fauve, le cendré & le roux mêlé de noir ; les quatre premieres plumes des ailes sont noires à l'extrémité, celles qui se trouvent au-dessous du bec sont blanches. Il y a des canes petieres qui ont comme les merles de Savoie à l'endroit du jabot, un collier blanc qui entoure la poitrine : cette couleur s'étend jusqu'à la poitrine. La tête & le dessus du cou sont de même couleur que les ailes & le dos ; le bec est moins noir que celui du francolin ; la couleur des pattes tire sur le cendré ; celle de la tête & du cou n'est pas constante, c'est ce qui fait une différence entre le mâle & la femelle : mais la couleur du dos & des ailes est toûjours la même. On met la cane petiere au nombre des oiseaux les plus excellens à manger, & on la croit aussi bonne que le faisan : elle se nourrit indifféremment de toutes sortes de graines ; elle mange aussi des fourmis, des scarabés, des mouches, & du blé lorsqu'il est en herbe. On prend les canes petieres comme les perdrix au lacet, au filet, à la forme, & avec l'oiseau de proie : mais cette chasse n'est pas aisée, parce qu'elles font un vol de deux ou trois cent pas fort promt & peu élevé, & lorsqu'elles sont tombées à terre, elles courent si vîte qu'un homme pourroit à peine les suivre. Belon, Hist. de la nature des oiseaux. Voyez OISEAU.
CANE ou Canard femelle, voyez CANARD.
CANE de mer, voyez CANARD SAUVAGE.
CANE de Guinée, voyez CANARD de Barbarie.
CANE du Caire, voyez CANARD de Barbarie. (I)
* CANES, (Econom. rustique) il faut dresser à cette volaille un petit toît qui les mette à couvert des animaux qui les mangent ; ce toît leur suffit.
Les canes aiment l'eau, il n'en faut pas élever ou elles n'ont pas dequoi barboter : on se sert de leur plume en oreillers, traversin, matelats, &c. les oeufs & la chair en sont bons. Il faut choisir les plus grosses, & donner huit ou dix femelles à chaque mâle : on leur jette à manger le soir & le matin avec le reste de la volaille, & la même nourriture. Elles sont carnacieres ; cependant elles ne font point de dégât : elles commencent ordinairement leur ponte en Mars, & la continuent jusqu'à la fin de Mai ; il faut alors les retenir sous le toit jusqu'à ce qu'elles ayent pondu : on employe souvent les poules à couver les oeufs d'oie & de cane, parce qu'elles sont plus assidues ; qu'une poule peut couver une douzaine d'oeufs, & que la cane n'en sauroit guere couver que six : il faut trente-un jours de couvée pour faire éclorre les canetons ; on les éleve comme les poussins ; on ne les laisse sortir qu'au bout de huit à dix jours.
On ne donne que six femelles à chaque mâle de canes d'Inde : leurs canetons s'élevent plus difficilement que les autres ; on ne leur donne dans le commencement que des miettes de pain blanc détrempées dans le lait caillé.
Les mâles d'entre les canes d'Inde se mêlent souvent avec les canes communes, & il en vient des canes bâtardes qui sont assez grosses, & qui s'élevent bien.
CANEE, (la) Géog. ville forte de l'île de Candie, avec un port. Long. 41. 43. lat. 35. 28.
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| CANELLE | S. f. (Bot. exotiq.) c'est la seconde écorce & l'intérieure d'un arbre qui ne croît plus que dans l'île de Ceylan.
Les Hollandois sont parvenus à faire seuls le commerce de la canelle. Les histoires anciennes ne nous fournissent pas d'exemples de nation qui ait fait dans le commerce en aussi peu de tems, un progrès pareil à celui des Hollandois, sur-tout au milieu des guerres étrangeres & des divisions domestiques. Plusieurs causes ont concouru à procurer aux Hollandois ce grand avantage ; la nécessité de se domicilier dans un terroir ingrat, d'y subsister par artifice, de défendre des prises sur mer, les formerent d'abord à de petites courses, ensuite à des armemens, enfin à la navigation, à la création de puissantes compagnies, & au commerce le plus étendu dans les quatre parties du monde. Aussi cette nation possede en ce genre des qualités très-essentielles : de ce nombre sont un génie né pour la pêche, une frugalité naturelle, un goût dominant pour l'épargne, pour le travail, & pour la propreté, qui sert à conserver leurs vaisseaux & leurs équipages. Ajoûtez-y leur industrie & leur persévérance à supporter les plus grandes pertes sans se rebuter.
Par tous ces moyens ils établirent dans l'île de Java un second siége de leur empire, conquirent sur les Portugais d'un côté les îles Molucques, produisant seules le girofle, voyez GIROFLE ; & de l'autre l'île de Ceylan, autrefois Taprobane, seule féconde en canelle, écorce précieuse, d'un goût admirable, thrésor de luxe & de commerce, qui de superflu est devenu nécessaire.
Entrons dans les détails ; M. Geoffroi me fournira ceux de Botanique ; les Hollandois, éclairés sur cette matiere, m'en ont confirmé l'exactitude.
Description de la canelle. La canelle commune, cinnamomum des boutiques est une écorce mince, tantôt de l'épaisseur d'une carte à joüer, tantôt de la grosseur de deux lignes : elle est roulée en petits tuyaux ou cannules, de la longueur d'une coudée, d'une demi-coudée, plus ou moins, d'un pouce de large le plus souvent ; d'une substance ligneuse & fibreuse, cassante cependant, dont la superficie est quelquefois ridée, quelquefois unie, de couleur d'un jaune rougeâtre, ou tirant sur le fer ; d'un goût acre, piquant, mais agréable, douçâtre, aromatique, un peu astringent, d'une odeur douce & très-pénétrante.
L'arbre qui la produit est le cinnamomum, foliis latis, ovatis, frugiferum, Burm. Ther. Zeyl. pag. 62. tab. 27. laurus foliis oblongo-ovatis, trinerviis, nitidis, planis, Linn. Hort. Cliffort, 154.
Description du canellier. La racine de cet arbre est grosse, partagée en plusieurs branches, fibreuse, dure, couverte d'une écorce d'un roux grisâtre en-dehors, rougeâtre en-dedans, qui approche de l'odeur du camphre, le bois de cette racine est solide, dur, blanchâtre, & sans odeur.
Le tronc s'éleve à trois ou quatre toises, & il est couvert aussi-bien que les branches qui sont en grand nombre, d'une écorce qui est verte d'abord, & qui rougit ensuite avec le tems : elle enveloppe le bois avec une petite peau & une croute grise ; son goût est foible lorsqu'elle est verte, mais douçâtre, acre, aromatique, & très-agréable lorsqu'elle est seche ; cette écorce récente, séparée de sa croute qui est grise & inégale, enlevée en son tems, & séchée au soleil s'appelle canelle ; le bois est dur intérieurement, blanc, & sans odeur.
Les feuilles naissent tantôt deux à deux, tantôt seule à seule ; elles sont semblables aux feuilles du laurier ou du citronnier ; elles sont longues de plus d'une palme, lisses, luisantes, ovalaires, terminées en pointe : lorsqu'elles sont tendres, elles ont la couleur de soie ; selon qu'elles sont plus vieilles, plus seches, elles sont d'un verd foncé en-dessus, & d'un verd plus clair en-dessous, soûtenues d'une queue d'un demi-pouce, épaisse, cannelée, terminée par trois filets nerveux qui s'étendent tout le long de la feuille, saillans des deux côtés, d'où partent de petites nervures transversales : enfin elles ont le goût & l'odeur de la canelle, caractere qui les distingue principalement de la feuille du malabathrum.
Les fleurs sont petites, étoilées, à six pétales, blanchâtres, & comme disposées en gros bouquet à l'extrémité des rameaux, portées sur des pédicules d'un beau verd, d'une odeur agréable, & qui approche de celle du muguet. Au lieu de la fleur est renfermé un petit coeur composé de deux rangs d'étamines, avec un pistil verd, noirâtre au sommet, qui se change en une baie ovalaire, longue de quatre ou cinq lignes, lisse, verte d'abord, ensuite d'un brun bleuâtre, tachetée de pointes blanchâtres, fort attachés à un calice un peu profond, un peu épais, verd, partagé en six pointes.
Elle contient sous une pulpe verte, onctueuse, astringente, un peu acre & aromatique, un petit noyau cassant, qui renferme une amande ovalaire, acre, presque de couleur de chair, ou de pourpre legere.
Cet arbre naît, & ne se trouve présentement que dans l'île de Ceylan, où il seroit aussi commun dans les forêts & dans les haies, que le coudrier l'est parmi nous, si on n'avoit grand soin de l'arracher. Aussi ne le cultive-t-on que dans un espace d'environ quatorze lieues le long de la mer : mais cette petite étendue de pays en produit si abondamment, que sur le pié de la consommation de canelle qui se fait aujourd'hui, Ceylan en pourroit fournir aisément à quatre mondes comme le nôtre.
Les canelliers doivent avoir un certain nombre d'années avant qu'on enleve leur écorce : suivant même le terroir, la culture & l'espece, ils donnent la canelle plus ou moins promtement. Ceux qui croissent dans des vallées couvertes d'un sable menu, pur & blanchâtre, sont propres à être écorcés au bout de trois ans ; au lieu que ceux qui sont plantés dans des lieux humides & marécageux, profitent beaucoup moins vîte. Ceux qui sont situés à l'ombre des grands arbres, qui leur dérobe les rayons du soleil, parviennent aussi plus tard à la maturité ; il y a même quelque différence entre les écorces des uns & des autres. L'écorce des canelliers plantés dans des lieux humides & ombragés, a un peu plus le goût du camphre, que celle de ceux qui viennent à découvert dans un terrein sablonneux ; car l'influence du soleil rend le camphre si volatil, qu'il se mêle facilement avec les sucs de l'arbre : & s'élevant entre le bois & la membrane intérieure & tendre de l'écorce, il se répand si parfaitement entre les branches & dans les feuilles où il se transforme, qu'il ne se laisse plus distinguer, & que ce qui en reste n'est pas sensible.
L'odeur du canellier est admirable quand il est en fleur ; & lorsque les vents favorables soufflent de terre, le parfum en est porté fort avant dans la mer : ensorte qu'au rapport de quelques voyageurs, ceux qui navigent alors dans ces contrées, sentent cette odeur suave à quelques milles de distance du rivage.
Méthode en usage pour tirer la canelle de l'arbre. La canelle des boutiques est l'écorce tirée des canelliers de trois ans : on a coûtume de l'enlever au printems & en automne, dans le tems que l'on observe une seve abondante entre l'écorce & le bois. Lorsqu'on l'a enlevée, on sépare la petite écorce extérieure grise & raboteuse ; ensuite on la coupe par lames, on l'expose au soleil, & là en se séchant elle se roule d'elle-même comme nous la voyons. On choisit sur-tout le printems, & lorsque les arbres commencent à fleurir, pour enlever cette écorce. Après qu'on l'a enlevée, l'arbre reste nud pendant deux ou trois ans : enfin au bout de ce tems il se trouve revêtu d'une nouvelle écorce, & est propre à la même opération.
La canelle portugaise ne subsiste plus. On a eu pendant quelque tems dans le commerce cette canelle, qu'on appelloit canelle sauvage, canelle grise, qui croissoit dans le royaume de Cochin sur la côte de Malabar. Les Portugais chassés par les Hollandois de Ceylan, débitoient cette canelle sauvage à la place de la véritable ; mais ce débit n'a pas duré long-tems. Ces derniers ne virent pas sans envie le négoce de la canelle portugaise ; & l'on croit que cette jalousie fut en partie la cause qui les engagea de s'emparer en 1661 de Cochin, dont ils firent arracher toute la canelle sauvage, afin de se trouver seuls maîtres dans le monde de cette précieuse épicerie.
On demande si les anciens ont connu notre canelle ; & si le cinamome dont il est tant parlé dans les écrits des anciens, étoit la canelle de nos jours : problème qui partage tous les auteurs.
Il est d'abord certain que le kin-namom des Hébreux, mentionné dans l'Ecriture-sainte, Exode xx. 33. cant. jv. 14. n'est point celui des Grecs & des Romains, encore moins quelque canelle d'Amérique, ou celle des Indes orientales ; le nouveau monde n'étoit pas connu, & le commerce avec l'île de Ceylan ou de Taprobane n'étoit pas ouvert. Dieu ordonne à Moyse de prendre du kin-namom avec divers autres aromates, & d'en composer une huile de parfum pour oindre le tabernacle. Il s'agit donc ici d'une gomme ou d'une huile, plûtôt que d'une écorce ou d'un bois odorant.
La difficulté est bien plus grande à l'égard du cinamome des autres peuples : quelques-uns pensent que leur cinamome étoit les tendres rameaux d'un arbre qui porte le clou de girofle ; mais ils ne songent pas que si les anciens eussent connu cet arbre, ils n'auroient pas omis, comme ils l'ont fait, de parler de ses fruits, qui sont si remarquables par leur aromate, leur goût piquant & leur odeur pénétrante.
Ceux qui prétendent que le cinnamomum des anciens, de Théophraste, Dioscoride, Galien & Pline, est notre canelle moderne, s'appuient sur la ressemblance des caracteres de cet arbrisseau avec notre canellier, dans la description que ces anciens écrivains nous ont donnée de la petitesse de l'écorce, de son odeur, de son goût, de ses vertus & de son prix ; mais on combat les sectateurs de cette opinion précisément par les mêmes armes qu'ils employent pour la défendre. On leur oppose que les anciens distinguant plusieurs especes de cinnamomum, une mosylitique noirâtre, d'un gris vineux, qui est la plus excellente ; acre, échauffante, & salée en quelque maniere, une autre de montagne, une noire, une blanche ; aucune de ces especes ne convient à notre canelle : d'où l'on conclut que les anciens Grecs & Romains ne l'ont point connue. Les curieux trouveront toutes les raisons possibles en faveur de ce dernier sentiment, rassemblées dans un ouvrage exprès de Balthasar Michael Campi, intitulé, Spicilegio botanico, nel quale si manifesta lo sconosciuto cinnamomo delli antichi. Lucca, 1652, in -4°.
Sans décider une question susceptible de raisons pour & contre, nous nous contenterons de remarquer que les anciens n'ayant point déterminé clairement & unanimement ce qu'ils entendoient par leur cinnamomum, nous n'en pouvons juger qu'en aveugles ; ils n'en connoissoient pas l'histoire, comme il est aisé de le prouver.
Pline raconte que les marchands qui l'apportoient en Europe, faisoient un voyage si long & si périlleux, qu'ils étoient quelquefois cinq ans sans revenir ; que la plûpart mouroient en chemin, & que la plus considérable partie de ce trafic se faisoit par des femmes. L'éloignement du lieu dont on tiroit la marchandise, la longueur du trajet, l'avidité du gain, le prix naturel de la chose, les diverses mains par lesquelles elle passoit ; en faut-il davantage pour donner lieu à toutes les fables qu'on débitoit sur l'origine de la production végétale qu'ils nommerent cinnamomum ?
Du tems de Galien elle étoit déjà si rare, qu'on n'en trouvoit plus que dans les cabinets des empereurs. Pline ajoûte que le prix en étoit autrefois très-considérable, & que ce prix étoit augmenté de moitié par le dégât des Barbares, qui en avoient brûlé tous les plants. Seroit-il donc hors de vraisemblance de penser que le cinamome des anciens nous est entierement inconnu, & qu'il est présentement perdu ?
Il n'en arrivera pas de même de notre canelle ni du canellier : description exacte, planches, culture, débit, usage en Medecine, tant de préparations qu'on en tire, ou dans lesquelles elle entre ; tout nous assûre de son immortalité.
Du débit qui s'en fait, de ses diverses sortes, & de son choix. J'ai déjà remarqué que la compagnie des Indes orientales en Hollande étoit seule maîtresse de la canelle ; mais au lieu d'en augmenter la quantité par la multiplication des arbres qui la produisent, ce qui seroit facile, la compagnie prend grand soin de faire arracher de tems en tems une partie de ceux qui croissent sans culture, ou qui ne seroient pas dans de certains districts de l'île. Elle sait par une expérience de près de cent ans, la quantité de canelle qu'il lui faut pour le commerce, & est persuadée qu'elle n'en débiteroit pas davantage, quand même elle la donneroit à meilleur marché.
On juge que ce que cette compagnie en apporte en Europe, peut aller à environ six cent mille livres pesant par an, & qu'elle en débite à-peu-près autant dans les Indes.
Il s'en consomme une grande quantité en Amérique, particulierement au Pérou, pour le chocolat, dont les Espagnols ne peuvent se passer.
Ce qu'on appelle à Ceylan le champ de la canelle, & qui appartient en entier à la compagnie hollandoise, est depuis Négambo jusqu'à Gallieres : la meilleure canelle est celle des environs de Négambo & de Colombo.
On en distingue de trois sortes ; de fine, de moyenne, & de grossiere. Cette diversité procede de la variété, non-seulement des arbres dont on la tire, par rapport à leur âge, leur position, leur culture, mais encore des différentes parties de l'arbre : car la canelle d'un jeune arbre differe de celle d'un vieux arbre ; l'écorce du tronc, de celle des branches ; & l'écorce de la racine, de celle de l'un & de l'autre. Les jeunes arbres produisent la plus fine, & toûjours de moindre qualité à mesure qu'ils acquierent plus de trois ans.
Ainsi cette canelle grossiere, connue communément dans le commerce sous le nom de canelle mate, n'est autre chose que des écorces de vieux troncs de canellier. Une telle écorce est de beaucoup inférieure par son odeur, son goût & ses vertus, à la fine canelle : aussi la doit-on rejetter en Medecine.
On demande pour le choix de la bonne canelle, qu'elle soit fine, unie, facile à rompre, mince, d'un jaune tirant sur le rouge ; odorante, aromatique, d'un goût vif, piquant & cependant douçâtre & agréable. Celle dont les morceaux en même tems sont petits & les bâtons longs, ont la préférence par les connoisseurs.
Il semble que toute sa vertu consiste dans une pellicule très-fine qui revêt intérieurement cette écorce ; du moins a-t-on lieu d'en juger ainsi, si ce que dit Herman est vrai, qu'on retire plus d'huile d'une livre de cette pellicule, que de six livres de l'écorce entiere.
De ses falsifications. Il y a des gens qui pour gagner sur le débit de cette épicerie, la mélangent avec des écorces de même grosseur & couleur ; d'autres la vendent après en avoir tiré les vertus par la distillation. Ces fraudes se connoîtront aisément, tant au goût qu'à l'odorat. On dit qu'en laissant séjourner pendant long-tems des bâtons de canelle privés par la distillation de leur huile odorante, parmi de bonne canelle, ils reprennent leurs vertus. Mais, suivant la remarque de Boerhaave, si le fait est vrai, c'est aux dépens de la bonne canelle sur laquelle on les a mis ; & alors il est évident qu'elle doit avoir perdu tout ce qu'ils ont recouvré. Cependant comme il n'est pas possible dans l'achat de la canelle de goûter tous les bâtons les uns après les autres, le vrai secret est de la prendre chez d'honnêtes négocians, qui méprisent les gains illicites.
Toutes les parties du canellier fournissent des secours à la Medecine ; son écorce, sa racine, son tronc, ses tiges, ses feuilles, ses fleurs & son fruit : on en tire des eaux distillées, des sels volatils, du camphre, du suif ou de la cire, des huiles précieuses : l'on en compose des sirops, des pastilles, des essences odoriférantes, d'autres qui convertissent en hypocras toutes sortes de vins : en un mot, c'est le roi des arbres à tous ces égards. Prouvons-le en détail.
De la distillation de l'huile de canelle, & de sa nature. Newman dit que la canelle est un singulier composé de parties huileuses, salines, résineuses, gommeuses, & sur-tout terrestres ; ensorte que dans une livre de canelle il y a presque les trois quarts d'une terre indissoluble, deux onces d'une substance résineuse, une once & demie d'une substance gommeuse, & près d'une dragme d'une huile essentielle.
Cette huile vient dans la distillation avec une eau blanche au fond de laquelle elle se précipite, parce qu'elle est plus pesante en pareil volume. La qualité essentielle de cette eau & de cette huile, logée dans leur esprit recteur invisible, qui n'en augmente ni n'en diminue le poids, est un phénomene bien surprenant.
Si l'on distille la canelle quand elle est récente, elle donne plus d'huile que quand est vieille : delà vient peut-être que quelques chimistes disent n'avoir tiré qu'une dragme d'huile, & d'autres deux, d'une livre de canelle ; mais il se peut aussi que l'art de la distillation y concoure pour beaucoup ; s'il est vrai qu'il y a des artistes qui savent tirer près d'une once d'huile pure d'une livre de canelle, par le moyen de l'esprit-de-vin préparé d'une certaine maniere dont ils font un secret. C'est aux Indes mêmes, à Ceylan, à Batavia, qu'on fait la distillation de la plus grande partie d'huile de canelle qui se débite en Europe ; les droguistes & apothicaires hollandois trouvant encore mieux leur compte à l'acheter de la compagnie, qu'à la tirer de la canelle par la distillation.
Mais comme cette huile est extrèmement chere, & vaut environ 50 francs l'once, l'amour du gain a fait imaginer des ruses pour l'adultérer finement ; & on y a réussi par le mélange de l'huile de girofle, qui perdant avec le tems son odeur, ne laisse presqu'aucun moyen de découvrir la falsification.
Suivant le procédé de Boerhaave, on retire par la distillation d'une livre de canelle avec de l'eau bouillante, une liqueur laiteuse, au fond de laquelle on trouve une petite quantité d'huile limpide, rougeâtre, inflammable, brûlante, extrèmement odoriférante, & doüée au suprème degré des qualités essentielles de la canelle. Il faut la garder dans une phiole étroite & bien bouchée. Il en est de même de la liqueur laiteuse, si recherchée par son agréable odeur, son goût vif & piquant. Cette liqueur étant gardée, dépose un peu d'huile, & devient insensiblement plus claire & moins aromatique.
Si on conserve l'huile de canelle pendant plusieurs années dans des phioles hermétiquement bouchées, on prétend que la plus grande partie se transformera en un sel qui a les vertus de la canelle, & qui se dissout dans l'eau. Le docteur Slare assûre dans les Transactions philosophiques, que dans l'espace de vingt ans la moitié d'une certaine quantité d'huile de canelle se changera en sel.
La canelle est donc remplie d'un sel essentiel, soit acide, soit urineux, qui approche du sel ammoniac, uni avec une huile essentielle aromatique, d'où son action paroît dépendre principalement. Toutes les expériences nous manquent sur ce sel.
Du camphre que donne la racine du canellier. Voici d'autres phénomenes. Par la distillation on retire de l'écorce de la racine du canellier, une huile & un sel volatil, ou plûtôt du camphre. L'huile est plus legere que l'eau, limpide, jaunâtre, subtile, & se dissipe aisément dans l'air ; d'une odeur forte, vigoureuse, agréable, qui tient le milieu entre le camphre & la canelle, d'un goût fort vif. Sans employer même la distillation, l'écorce de la racine du canellier rend de tems en tems du camphre en gouttes oléagineuses, qui se coagulent en forme de grains blancs.
Le camphre de la canelle est très-blanc ; il surpasse de beaucoup par la douceur de son odeur le camphre ordinaire. Il est très-volatil, & se dissipe fort aisément ; il s'enflamme promtement, & il ne laisse point de marc après la déflagration.
L'huile que l'on tire de l'écorce de la racine du canellier, est employée extérieurement aux Indes dans les douleurs aux jointures, produites par le froid ; dans les rhumatismes & dans les paralysies. On l'y donne intérieurement broyée avec du sucre, pour exciter les sueurs, les urines, fortifier l'estomac, chasser les vents, dissiper les catarrhes. On y regarde le camphre du canellier comme le meilleur dont on puisse faire usage en Medecine ; on le ramasse avec soin, & il est destiné pour les rois du pays, qui le prennent comme un cordial d'une efficacité peu commune. La blancheur de ce sel, son odeur douce, sa volatilité, sa rareté, assûreroient sa fortune quelque part que ce fût. L'eau camphrée qui vient avec l'huile dans la distillation, est extrèmement recommandée à Ceylan dans les fluxions, les fievres malignes, & extérieurement pour dissiper les tumeurs aqueuses & œdémateuses.
De l'usage de l'huile des feuilles du canellier. L'huile des feuilles distillées va au fond de l'eau ; elle est d'abord trouble ; elle devient jaunâtre & transparente avec le tems, d'un goût douçâtre, acre, aromatique, sentant un peu la canelle, & approchant un peu de l'odeur du clou de girofle.
Cette huile passe pour un correctif des violens purgatifs : on la donne mêlée avec quelque poudre appropriée, dans les maux d'estomac, les coliques venteuses & causées par le froid ; bouillie avec de l'huile commune, elle est recommandée dans les compositions des linimens des cataplasmes nervins ou résolutifs : on prescrit même à Ceylan les seules feuilles du canellier dans les bains aromatiques & les onguens dessicatifs.
De l'usage des fleurs du canellier. On obtient des fleurs par la distillation, une eau odoriférante, agréable, bonne contre les vapeurs, propre à rétablir le cours des esprits, à les ranimer, à adoucir la mauvaise haleine, à donner du parfum & de l'agrément à différentes sortes de mets. On prépare encore avec ces fleurs une conserve très-bonne pour les personnes d'un tempérament leucophlegmatique.
De l'usage des fruits & de la cire. Les fruits donnent deux sortes de substances ; on en tire par la distillation une huile essentielle semblable à l'huile de genievre, qui seroit mêlée avec un peu de canelle & de clou de girofle ; & par la décoction on en tire une certaine graisse épaisse, d'une odeur pénétrante, ressemblante au suif par sa couleur, sa consistance, & qu'on met en pain comme le savon.
La compagnie des Indes orientales hollandoise nous l'apporte sous le nom de cire de canelle, parce que le roi de Candy, province du Mogolistan, en fait faire ses bougies & ses flambeaux, qui rendent une odeur agréable, & sont reservées pour son usage & celui de sa cour. Elle sert d'un remede intérieur & extérieur chez les Indiens ; ils la donnent intérieurement, assez mal-à-propos, dans les contusions, les luxations, les fractures ; ils la font entrer dans les onguens & les emplâtres résolutifs, nerveux, céphaliques : elle pourroit peut-être servir à faire une excellente pommade odorante, pour nettoyer & adoucir la peau, pour les petits boutons, les gerçures, les engelures, &c.
Dans les vieux troncs du canellier, il y a des noeuds résineux qui ont l'odeur du bois de Rhodes. Nos ébénistes pourroient en tirer quelque usage pour des ouvrages de leur profession.
De l'usage de la canelle, de l'eau spiritueuse, & de l'huile qu'on en tire par la distillation. Mais de toutes les parties du canellier, nous n'employons guere en Europe dans la Medecine que son écorce, l'eau spiritueuse, & l'huile essentielle qu'on en tire par la distillation.
Les modernes attribuent à l'écorce du canellier, les mêmes vertus que les anciens attribuoient à leur cinnamomum, ou à leur casse en tuyau. Ils l'estiment aromatique, stimulante, corroborative, cordiale, stomachique, emménagogue, styptique. Le docteur Halles démontre dans ses essais de statique, cette derniere qualité de la canelle par l'expérience suivante. Il injecta une certaine quantité de cette décoction chaude dans les intestins d'un gros chien ; aussi-tôt les vaisseaux se resserrerent, & retinrent pendant quelque tems la liqueur qu'ils avoient reçûe ; d'où l'on peut inférer que l'effet de cet aromate dans les intestins, seroit d'en arrêter les évacuations trop abondantes, & par conséquent conviendroit aux cours-de-ventre qui naissent du relâchement des vaisseaux. Elle est cordiale dans l'abattement des esprits, & la défaillance qui en est la suite ; parce que picotant les membranes de l'estomac, elle met les nerfs de ce viscere en jeu : suivant les mêmes raisons elle est emménagogue, quand les regles sont supprimées par l'atonie des vaisseaux : c'est encore d'après les mêmes principes qu'elle est carminative, en dissipant les vents par son action sur l'estomac & les intestins.
En un mot comme c'est le meilleur des aromates, elle en a toutes les propriétés au souverain degré : mais elle en a aussi les inconvéniens. Son usage immodéré ou mal placé, dispose l'estomac à l'inflammation, en crispant les fibres, & resserrant les orifices des glandes stomacales ; ce qui diminue la quantité du suc digestif, & jette un desordre général dans la machine : de plus son usage trop fréquent rend les sucs trop épais, trop acres ; d'où naissent plusieurs maladies chroniques. Il ne faut donc l'employer qu'à propos, & prendre garde d'en continuer l'usage trop long-tems.
L'écorce de canelle entre dans les plus fameuses compositions pharmaceutiques ; & on fait quantité de différentes préparations de cette écorce, dont la principale est l'eau spiritueuse de canelle, qui a les mêmes qualités que l'aromate.
On la prépare en faisant macérer pendant vingt-quatre heures une livre de canelle concassée, dans trois livres d'eau de mélisse distillée & trois livres de vin blanc. On distille la liqueur à un feu violent dans l'alembic avec un réfrigérant. On conserve pour l'usage les trois livres d'eau qui viennent les premieres. Cette eau est trouble, blanchâtre, laiteuse, à cause des parties huileuses de la canelle qui y sont incorporées, & qui lui donnent beaucoup de force.
Mais cette force n'est pas comparable à celle de l'huile pure, qui est vraiment caustique, & qui adoucie par le mélange du sucre, sous la forme d'un oleosaccharum, est délicieuse au goût. On la prescrit encore depuis une goutte jusqu'à six dans un oeuf poché, ou quelques liqueurs convenables. C'est dans cette huile que réside toute l'efficacité de la canelle ; aussi est-elle étonnante par ses effets. Rien de plus agréable, ni de plus admirable, pour animer, échauffer, fortifier tout-d'un coup la machine : mais il faut bien se garder d'en faire un usage déplacé. Elle est utile dans les accouchemens laborieux pour l'expulsion du foetus, de l'arriere-faix & des vuidanges, dans les femmes froides, phlegmatiques, & dont les forces languissent : mais il faut s'abstenir de ce remede dans les tempéramens échauffés, pléthoriques, & dans les cas où l'on craint quelque inflammation. On en éprouve au contraire le succès dans les maladies qui proviennent d'un phlegme muqueux, dans celles où il regne un défaut de chaleur & de mouvement, occasionné par l'habitude flasque des vaisseaux, ou par la constitution languissante des humeurs.
On peut ajoûter l'huile de canelle aux purgatifs, non-seulement pour les rendre moins desagréables au goût, mais encore pour prévenir les flatulences & les tranchées. On la fait entrer dans les linimens, les onguens, & les baumes, tant à cause de sa bonne odeur, que parce qu'elle est échauffante, résolutive & discussive.
Comme elle est extrèmement acre, brûlante, & corrosive, elle cautérise avec promtitude, quand on l'applique extérieurement. Quelques chirurgiens l'ont employée dans la carie profonde des os : mais outre qu'on a d'autres remedes plus faciles & plus sûrs, son prix excessif empêche de s'en servir. Tout le monde en connoît l'usage dans le mal de dents : mais elle ne le guérit qu'en desséchant & brûlant le nerf par son acreté caustique ; il ne faut donc l'employer qu'avec prudence dans ce cas-ci, & dans tous ceux dont nous avons parlé.
Auteurs. Je n'en connois point de particuliers sur la canelle ; il n'y a de bonnes figures du canellier, que celles des Botanistes hollandois ; d'un autre côté, je ne sache aucun voyageur, dont les relations méritent notre confiance sur ce sujet. L'académie des Sciences ne l'a point traité, & l'on trouve peu de détails intéressans dans les Transactions philosophiques. Article communiqué par M(D.J.)
CANELLE, (le pays de la) Géog. grande contrée de l'île de Ceylan. L'arbre qui fournit la canelle lui a donné son nom, à cause de la grande abondance qu'on en retire. Il y a des mines de pierres précieuses très-riches ; les Hollandois sont maîtres des côtes.
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| CANELUD | ou CANELADE, s. f. (Fauconn.) espece de curée, composée de canelle, de sucre, & de moelle de héron. Les fauconniers préparent cette curée & la donnent à leurs oiseaux, pour les rendre plus héroniers, plus chauds & plus ardens au vol du héron.
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| CANEPHORES | S. f. pl. (Hist. anc.) porte-corbeilles ; du grec , corbeille ; & , je porte. C'étoit à Athenes deux jeunes vierges de qualité, consacrées au service des dieux, & particulierement de Minerve, dans le temple de laquelle elles demeuroient. Dans les panathénées, les canéphores parées superbement, portoient sur leurs têtes des corbeilles couronnées de fleurs & de myrthe, & remplies de choses destinées au culte des dieux. Elles commençoient la marche dans les processions solemnelles, & étoient suivies des prêtresses & du choeur. On les nommoit encore Xistophores. (G)
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| CANEPHORIES | S. f. pl. (Myth.) fêtes de Diane chez les Grecs, dans lesquelles toutes les filles nubiles offroient à cette déesse des paniers pleins de petits ouvrages faits à l'aiguille, & faisoient connoître par cette offrande qu'elles s'ennuyoient du célibat. D'autres auteurs disent avec plus de vraisemblance, qu'à Athenes les canéphories étoient une cérémonie qui faisoit partie de la fête que les jeunes filles célébroient la veille de leurs nôces, & qui se pratiquoit ainsi : La fille conduite par ses parens au temple de Minerve, présentoit à cette divinité une corbeille remplie de présens, afin que Minerve rendît heureux le mariage qu'elle alloit contracter. Ou plûtôt, comme remarque le scholiaste de Théocrite, c'étoit une espece d'amende honorable que ces filles alloient faire à la chaste Minerve, pour l'appaiser & détourner sa colere, de ce qu'elles ne conservoient pas à son exemple leur virginité. (G)
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| CANEPIN | S. f. (Mégissier) c'est une pellicule très-mince, que les Mégissiers tirent de dessus les peaux de chevreau ou de mouton qui ont été passées en mégie. C'est précisément ce que les Anatomistes appellent l'épiderme dans l'homme.
Paris est l'endroit de France où l'on sait mieux lever le canepin ; ce sont les Peaussiers qui font cette opération.
Les Gantiers appellent ordinairement le canepin, cuir de poule ; & c'est avec cette sorte de cuirs qu'ils fabriquent la plus grande partie des gants que portent les femmes, sur-tout dans l'été. On en fait aussi des éventails.
Le canepin qu'on tire de dessus la peau des chevreaux, est le plus estimé pour la fabrique des gants.
* Les Couteliers en font un grand usage pour essayer leurs lancettes, & savoir si elles sont assez pointues & assez tranchantes. Ils tendent un morceau de canepin entre le pouce & l'index d'un bout, & entre le doigt du milieu & l'annulaire de l'autre bout, écartant l'index & l'annulaire. Ils placent ensuite la pointe de la lancette sur ce canepin tendu ; ils élevent la châsse ; si la lancette par son propre poids perce le canepin sans faire aucun bruit, elle est assez pointue & assez tranchante ; si elle ne le perce point, ou qu'elle fasse un petit bruit en le perçant, elle est censée ne piquer ni ne couper assez.
Il y a du choix dans le canepin ; celui qui est épais & jaunâtre ordinairement ne vaut rien pour l'essai de la lancette. Il faut prendre celui qui est le plus mince, le plus blanc, & le plus doux au toucher.
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| CANES | (Géog.) petite ville de France, en Provence, sur le bord de la mer Méditerranée.
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| CANET | (Géog.) petite ville de France dans le comté de Roussillon.
CANET, (Géog.) petite ville d'Espagne, dans la Catalogne, au territoire de Girone.
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| CANETA | (Géog.) petite riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure, qui se jette dans le golfe de Tarente.
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| CANETO | (Géog.) petite ville d'Italie, au duché de Mantoue, sur l'Oglio. Longit. 27. 55. latit. 45. 10.
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| CANETTE | S. f. terme de Blason ; on s'en sert en parlant des petites canes, qu'on représente comme des merlettes avec des ailes serrées. La différence est qu'elles ont bec & jambes ; au lieu que les merlettes n'en ont point. Voyez MERLETTE. (V)
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| CANEVAS | S. m. (Comm.) toile écrue, claire, de chanvre ou de lin, dont on se sert pour les ouvrages de tapisserie à l'aiguille. Cette toile est divisée en carreaux qui dirigent l'ouvrage ; & même le dessinateur, lorsqu'il trace sur cette toile des fleurs, des fruits, des animaux à remplir en laine, en soie, en or & argent, en marque les contours avec des fils de différentes couleurs, qui indiquent à la brodeuse les couleurs qu'elle doit employer.
Nous allons proposer ici une sorte de canevas qui rendroit la broderie, soit en laine, soit en soie, infiniment plus belle, moins longue, & moins coûteuse : ce sont ceux qui se feroient sur le métier des ouvriers en soie. On monteroit le métier comme s'il étoit question d'exécuter le dessein en brocher : mais on ne brocheroit point ; ainsi le dessein resteroit vuide en-dessous, il seroit couvert en-dessus par des brides, comme à la gase, & tout le fond seroit fait ; la brodeuse n'auroit plus qu'à remplir les endroits vuides. Il est étonnant qu'on ne se soit point encore avisé de faire de ces canevas ; le point en est infiniment plus beau & plus régulier qu'il ne se peut faire à l'aiguille ; le métier fait en même tems la toile & le point ; & chaque coup de battant fait une rangée de points de toute la largeur du métier. Les contours du dessein sont tracés d'une façon infiniment plus réguliere & plus distincte que par des fils. Il me semble que cette invention a autant d'avantage sur l'ouvrage à l'aiguille, soit pour la perfection, soit pour la vitesse, que l'ouvrage au métier à bas en a sur le tricot à l'aiguille. Il n'y a point d'ouvrier qui ne pût faire en un jour presque autant d'aulnes de fonds de fauteuils, soit en soie, soit en laine, qu'un tisseran fait d'aulnes de toile ; & qu'on ne croye pas qu'il y ait grand mystere à la façon de ces canevas. Il faut que la chaîne soit de gros fils retors de Piémont ; qu'elle leve & baisse moitié par moitié, comme pour la toile ; avec cette différence qu'à la toile, où le grain doit être tout fin & par-tout égal, un fil baisse, un fil leve, un fil baisse, un fil leve, & ainsi de suite ; au lieu qu'ici, où il faut donner de l'étendue & du relief au point, on feroit baisser deux fils, lever deux fils, baisser deux fils, lever deux fils, & ainsi de suite. On prendroit une trame de laine ou de soie forte, large, épaisse, & bien capable de garnir. Au reste, j'ai vû l'essai de l'invention que je propose ; il m'a paru infiniment supérieur au travail de l'aiguille. Quant à la célérité, on peut faire une rangée de points de la longueur de vingt pouces & davantage d'un seul coup de battant. Les brides qui couvriroient les endroits du dessein, les fortifieroient encore, & leur donneroient du relief.
Nous proposons nos vûes toutes les fois qu'elles nous paroissent utiles ; au reste, c'est aux ouvriers à les juger : mais pour qu'ils en jugeassent sainement, il seroit à propos qu'ils se défissent de la prévention qu'il n'y a rien de bien imaginé que ce qu'ils inventent eux-mêmes, ni rien de mieux à faire que ce qu'ils font. Je les avertis que par rapport au canevas en question, j'en croirai plûtôt l'expérience que j'ai, que tous les raisonnemens qu'ils feroient. J'ai vû des fonds de canevas tels que je les propose, remplis avec la derniere célérité, & où le point étoit de la derniere beauté.
CANEVAS, autre grosse toile de chanvre écrue ; dont on se sert en piquûre des corps, ou en soûtien de boutonnieres pour les habits d'homme.
CANEVAS : on donne ce nom à des mots sans aucune suite, que les Musiciens mettent sous un air, qu'ils veulent faire chanter après qu'il aura été exécuté par l'orchestre & la danse. Ces mots servent de modele au poëte pour en arranger d'autres de la même mesure, & qui forment un sens : la chanson faite de cette maniere, s'appelle aussi canevas ou parodie. Voyez PARODIE.
Il y a de fort jolis canevas dans l'opéra de Tancrede ; aimable vainqueur, &c. d'Hésione, est un canevas ancien. Ma bergere fuyoit l'amour, &c. des Fêtes de l'hymen, en est un moderne ; puisque toutes les chaconnes de Lully, ainsi que ses passacailles ont été parodiées par Quinault ; c'est dans ces canevas que l'on trouve des vers de neuf syllabes, dont le repos est à la troisieme, ce poëte admirable ne s'en est servi que dans ces occasions.
Les bons poëtes lyriques ne s'écartent jamais de la regle qui veut que les rimes soient toutes croisées, hors dans les canevas seulement. Il y en a tel qui forcément doit être en rimes masculines, tel autre en demande quatre féminines de suite. Il y en a enfin, mais en petit nombre, dont toutes les rimes sont de cette derniere espece.
La correction dans l'arrangement des vers, est une grande partie du poëte lyrique ; les vers de douze syllabes, ceux de dix, de sept, & de six, adroitement mêlés, sont les seuls dont il se sert ; encore observe-t-il de n'user que très-sobrement de ceux de sept. Il faut même alors que dans le même morceau où ils sont employés, il y en ait au moins deux de cette mesure. Les vers de cinq, de quatre, de trois syllabes sont réservés au canevas ; la phrase de musique qu'il faut rendre donne la loi ; une note quelquefois exige un sens fini, & un vers par conséquent d'une seule syllabe.
Les canevas les mieux faits sont ceux dont les repos & le sens des vers répondent aux différens repos & aux tems des phrases de la musique. Alors le redoublement des rimes est un nouvel agrément : il n'est point d'ouvrage plus difficile, qui exige une oreille plus délicate, & où la prosodie françoise doive être plus observée. Le poëte qui est en même tems musicien, a dans ces sortes de découpures un grand avantage sur celui qui n'est que poëte. (B)
Aussi, comme l'observe M. Rousseau, il y a bien des canevas dans nos opéras qui, pour l'ordinaire, n'ont ni sens ni esprit, & où la prosodie françoise se trouve ridiculement estropiée.
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| CANGE | S. m. (Comm.) liqueur faite avec de l'eau & du riz détrempé. Les Indiens s'en servent pour gommer les chites. Voyez CHITES.
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| CANGERECORA | (Géog.) ville des Indes, en-deçà du Gange, au pays de Canara, sur les frontieres du Malabar.
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| CANGETTE | S. f. (Commerce) petite serge qui se fabrique en quelques endroits de basse-Normandie ; elle est de bon usage & à bon prix.
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| CANGIANO | (Géog.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la principauté citérieure.
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| CANGOXUMA | (Géog.) ville d'Asie de l'empire du Japon, dans l'île de Ximo, au royaume de Bungo.
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| CANGRI | (Géog.) petite contrée d'Asie, dans la Natolie, dont la capitale qui est sur le fleuve Zacarat porte le même nom.
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| CANGRIA | (Géog.) ville de la Turquie en Asie dans la Natolie.
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| CANIART | oiseau. Voyez COLIN.
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| CANICIA | (Géog.) province d'Afrique en Barbarie, entre Alger & Tunis.
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| CANICIDE | S. m. se dit d'une dissection anatomique des chiens vivans. Drelincourt s'est servi de ce terme dans ses XVII. expériences anatomiques, dans lesquelles il décrit ses canicides avec tous les phénomenes qui les ont accompagnés. Castelli. (L)
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| CANICLU | (Géog.) province d'Asie, dans la grande Tartarie, à l'oüest du Tibeth ; les habitans sont idolâtres.
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| CANICULAIRE | jours caniculaires, marquent proprement un certain nombre de jours qui précedent & qui suivent celui où la canicule se leve le matin avec le soleil. Voyez CANICULE. Les Egyptiens & les Ethiopiens commençoient leur année aux jours caniculaires.
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| CANICULE | S. f. (Astronomie) c'est le nom d'une des étoiles de la constellation du grand chien, qu'on appelle aussi simplement l'étoile du chien ; les Grecs la nommoient , sirius. Voyez SIRIUS.
Pline & Galien donnent aussi à la canicule le nom de Procyon, quoiqu'en effet Procyon soit le nom d'une autre étoile dans le petit chien. Voyez PROCYON.
La canicule est la dixieme étoile dans le catalogue anglois de Flamsteed, & la seconde dans ceux de Ptolomée & de Tycho. Elle est située dans la gueule du grand chien, & est de la premiere grandeur ; c'est la plus grande & la plus brillante de toutes les étoiles du ciel.
Quelques auteurs anciens nous disent après Hippocrate & Pline, que le jour où la canicule se leve, la mer bouillonne, le vin tourne, les chiens entrent en rage, la bile s'augmente & s'irrite, & tous les animaux tombent en langueur & dans l'abattement ; que les maladies qu'elle cause le plus ordinairement, sont les fievres ardentes & continues, les dyssenteries & les phrénésies, &c. Voilà bien des chimeres.
Si la canicule pouvoit avoir la propriété d'apporter le chaud, ce devroit être plûtôt aux habitans de l'hémisphere méridional qu'à nous, puisque cette étoile est dans l'hémisphere méridional, de l'autre côté de l'équateur. Cependant il est certain que les peuples de cet hémisphere sont alors en hyver. La canicule & les autres étoiles sont trop éloignées de nous, pour produire sur nos corps ni sur notre système planétaire aucun effet sensible. (O)
* Les Romains étoient si persuadés de la malignité de la canicule, que pour en écarter les influences, ils lui sacrifioient tous les ans un chien roux ; le chien avoit eu la préférence dans le choix des victimes, à cause de la conformité des noms. Ce n'est pas la seule occasion où cette conformité ait donné naissance à des branches de superstition : la canicule passoit ou pour la chienne d'Erigone, ou pour le chien que Jupiter donna à Minos, que Minos donna à Procris, & que Procris donna à Cephale.
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| CANIDE | ou CANIVET, très-grand & très-beau perroquet d'Amérique. Voyez PERROQUET.
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| CANIF | S. f. outil de l'Ecrivain ; c'est une espece de petit couteau d'acier, fort tranchant, & dont le manche ressemble assez à une pyramide à pans ; il sert à tailler les plumes ; il y en a d'une autre espece, à ressort, & dont le manche ressemble beaucoup par sa partie supérieure à celui d'un couteau : mais sa partie inférieure finit en pointe. Cette pointe sert à fendre la plume, quand on en taille. Il y a des canifs à secrets qui taillent eux-mêmes la plume ; mais ils sont de mauvais service.
CANIF ou KNIF, est un outil des Graveurs en bois, qui leur sert à creuser différentes parties de leurs planches, comme par exemple, à étrecir des filets que les burins ont laissés trop gros. Voyez la fig. 36. Pl. II. de la Gravure.
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| CANIFICIER | (Hist. nat. bot.) c'est ainsi que l'on nomme aux Antilles le cassier ou l'arbre qui produit la casse, ce mot vient de l'espagnol cana fistola, qui signifie la même chose.
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| CANIN | adject. m. (Anatomie) c'est le nom d'un muscle qui vient de la partie majeure de la fosse maxillaire, & se termine à la levre supérieure, au-dessus des dents canines. (L)
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| CANINA | (Géog.) ville & territoire de la Grece, dans l'Albanie, dépendant de la Turquie en Europe.
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| CANINES | (dents), terme d'Anatomie, sont deux dents pointues à chaque machoire, l'une d'un côté, l'autre de l'autre, placées entre les incisives & les molaires.
Elles sont épaisses & rondes, & sont terminées en pointe par le bout ; elles n'ont ordinairement qu'une racine qui est plus longue que celle des incisives : leur usage propre est de déchirer les alimens. Comme les dents de devant non-seulement peuvent être déracinées ou rompues par les choses qu'on tient ou qu'on casse avec, mais sont aussi plus exposées aux coups, elles sont enfoncées aux deux tiers dans les alveoles ; moyennant quoi elles sont plus en état même que les molaires, de soûtenir les pressions latérales. Voyez DENT. (L)
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| CANIRAM | (Hist. nat. bot.) grand arbre du Malabar, dont le tronc & les grosses branches sont couvertes d'une écorce cendrée, blanche ou rougeâtre ; les petites sont d'un verd sale, noüeuses & couvertes d'une écorce amere : les feuilles sont placées par paires à chaque noeud. La figure en est oblongue, ovale, & le goût amer. Des noeuds des petites branches sortent aussi des fleurs en parasol, à quatre, cinq, ou six pétales, de couleur verd-d'eau, pointues, peu odoriférantes, mais assez suaves : son fruit est une pomme ronde, lisse, jaune, dont la pulpe est blanche, mucilagineuse, & couverte d'une écorce épaisse & friable. Cette pulpe, ainsi que les graines qu'elle contient, sont très-ameres au goût : l'arbre fleurit en été, & porte fruit en automne ; sa racine en décoction passe pour cathartique & salutaire dans les fievres pituiteuses, les tranchées, le cours de ventre ; on s'en sert en fomentation pour la goutte : mêlée avec le lait de vache, on en lave la tête aux mélancoliques & aux vertigineux : son écorce pilée & pétrie avec de l'eau de riz, est bonne dans la dyssenterie bilieuse, &c.
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| CANISCH | ou CANISE, (Géog.) ville forte de la basse Hongrie, sur la riviere de Sale, aux frontieres de la Stirie.
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| CANISTRO | (Géog.) petite ville de la Turquie, en Europe, dans la Macédoine, près du cap de même nom.
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| CANIVEAUX | S. m. en Architecture, c'est ainsi qu'on appelle les plus gros pavés, qui étant assis alternativement & un peu inclinés, traversent le milieu du ruisseau d'une cour ou d'une rue.
Une pierre taillée en caniveau, est celle qui est creusée dans le milieu en maniere de ruisseau pour faire écouler l'eau ; on s'en sert pour paver une cuisine, un lavoir, une laiterie, un privé ou lieu commun, &c. (P)
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| CANNABINA | sub. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleurs, sans pétales, composée de plusieurs étamines, mais stériles ; les especes de ce genre qui ne portent point de fleurs, produisent des fruits qui sont des capsules membraneuses, oblongues, & presque triangulaires, dans lesquelles il y a des semences ordinairement oblongues. Tournefort, Inst. rei herb. corol. Voyez PLANTE. (I)
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| CANNAGE | S. m. (Commerce) mesurage des étoffes, rubans, &c. à la canne. Voyez CANNE, mesure.
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| CANNARES | (Géog.) nation sauvage de l'Amérique méridionale, au Pérou.
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| CANNE | S. f. morceau de jonc ou de bois précieux, d'environ trois piés de long, droit, ferme, couvert d'un vernis, armé par un bout d'une douille de fer, & d'une pomme de l'autre, & percée à quelques pouces au-dessous de la pomme, d'un trou dans lequel on met un cordon de soie, où l'on passe la main. L'usage de la canne est d'appuyer en marchant. Le nom de canne a passé à beaucoup d'autres objets.
CANNE, voyez ROSEAU.
CANNE D'INDE, voyez BALISIER.
CANNE, (Architecture) espece de roseaux dont on se sert en Italie & au Levant, au lieu de dosses, pour garnir les travées entre les cintres, dans la construction des voûtes.
On se sert aussi de ces roseaux à la place de chaume, c'est-à-dire, de paille de seigle ou de froment, pour couvrir à la campagne les étables, granges, écuries, de peu d'importance, ou bien les maisons des paysans. (P)
CANNE ou JONC à écrire, (Hist. anc.) calamus scriptorius ou arundo scriptoria. Les anciens se servoient de stilets pour écrire sur les tablettes enduites de cire, ou de jonc, ou de canne, pour écrire sur le parchemin, ou le papier d'Egypte ; car notre papier ordinaire est d'une invention nouvelle. Le Psalmiste dit que sa langue est comme la canne ou le jonc à écrire d'un écrivain habile : lingua mea calamus scribæ ; du-moins c'est ainsi que traduit la vulgate : mais le texte hébreu signifie plûtôt un stilet qu'une canne à écrire. L'auteur du troisieme livre des Macchabées, dit que les écrivains employés à faire le rôle des Juifs qui étoient en Egypte, vinrent montrer leurs roseaux qui étoient tout usés, disant qu'ils ne pouvoient suffire à faire le dénombrement que l'on demandoit. Baruch écrivoit ses prophéties avec de l'encre, & par conséquent avec les roseaux dont nous venons de parler ; car il ne paroît pas que l'usage des plumes fût connu en ce tems-là. Saint Jean, dans sa troisieme épître, dit qu'il n'a pas voulu écrire avec l'encre & le roseau : nolui per atramentum & calamum scribere tibi. Cet usage est commun chez les auteurs prophanes. Inque manus chartæ nodosaque venit arundo. Les Arabes, les Perses, les Turcs, les Grecs, & les Arméniens, se servent encore aujourd'hui de ces cannes ou roseaux, comme le témoignent les voyageurs. Jerem. xxxvj. 18. 3. Joann. vers. 13. Pers. satyr. 3. Calmet, diction. de la Bible.
CANNE à vent, (Physique) est une espece de canne creuse intérieurement, & par le moyen de laquelle on peut, sans le secours de la poudre, chasser une balle avec grande violence. La construction en est à-peu-près la même que celle de l'arquebuse à vent, avec cette différence, que l'arquebuse à vent a une crosse & une détente pour chasser la balle, au lieu que la canne à vent n'en a point, & a extérieurement la forme d'une canne ordinaire. Voyez ARQUEBUSE à vent. (O)
CANNE en hébreu kanna : (Hist. anc.) sorte de mesure dont parlent Ezechiel, chap. xl. vers. 3. & S. Jean dans l'Apocalypse, ch. x. vers. 1. Ezechiel dit qu'elle avoit six coudées & une palme, ou plûtôt six coudées & six palmes, c'est-à-dire six coudées hébraïques, dont chacune étoit plus grande d'une palme que la coudée babylonienne. Le prophete est obligé de déterminer ainsi la coudée dont il parle, parce qu'au-delà de l'Euphrate où elle étoit alors, les mesures étoient moins grandes qu'en Palestine. La coudée hébraïque avoit vingt-quatre doigts ou six palmes, ou environ vingt pouces & demi, en prenant le pouce à douze lignes ; ce qui donne à la canne ou calamus cent vingt-trois pouces ou dix piés trois pouces de notre mesure. Voy. Roseau d'Ezechiel. Dict. de la Bible. (G)
CANNE, mesure romaine composée de dix palmes, qui font six piés onze pouces de roi.
CANNE, mesure de longueur dont on se sert beaucoup en Italie, en Espagne, & dans les provinces méridionales de la France, & qui est plus ou moins longue en différens endroits.
A Naples la canne vaut sept piés trois pouces & demi anglois, ce qui fait une aune & quinze dix-septiemes d'aune de Paris ; ainsi 17 cannes de Naples font 32 aunes de Paris. La canne de Toulouse & de tout le haut Languedoc, est semblable à la varre d'Aragon, & contient 7 piés 8 pouces 1/5 anglois. A Montpellier, en Provence, en Dauphiné, & en bas Languedoc, elle contient 6 piés 5 pouces & demi anglois. Voyez MESURE, PIE.
La canne de Toulouse contient cinq piés cinq pouces six lignes de notre mesure, qui font une aune & demie de Paris ; ainsi deux cannes de Toulouse font trois aunes de Paris.
Celle de Montpellier & du bas-Languedoc a six piés neuf lignes de longueur, & fait une aune deux tiers de Paris ; ainsi trois de ces cannes font cinq aunes de Paris.
L'usage de la canne a été défendu en Languedoc & on Dauphiné par arrêt du conseil du 24 Juin & 27 Octobre 1687, suivant lesquels on ne peut se servir dans ces provinces, pour l'achat & vente des étoffes, que de l'aune de Paris au lieu de canne.
CANNE se dit aussi de la chose qui a été mesurée avec la canne : une canne de drap, une canne de toile, comme nous disons une aune de drap. (G)
CANNE, s. f. (Manufactures en soie) grandes baguettes de roseau ou de noyer, qu'on passe dans les envergeures des chaînes, soit pour remettre soit pour tordre les pieces. Voyez REMETTRE & TORDRE.
* CANNE, (Verrerie en bouteilles) instrument de fer, d'environ quatre piés huit pouces de long, en forme de canne, percé dans toute sa longueur d'un trou d'environ deux lignes de diametre, dont on se sert pour souffler les bouteilles & autres ouvrages. Voyez VERRERIE.
CANNE, (Géogr.) petite riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la province de Bari.
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| CANNEBERGE | S. f. oxycoccus, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposés en rond. Le calice devient dans la suite un fruit ou une baie presque ronde, qui est divisée en quatre loges, & qui renferme des semences arrondies. Tournefort. Inst. rei. herb. Voyez PLANTE. (I)
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| CANNELÉ | adj. (Arts méchan.) On donne ce nom à tout corps, pierre, bois ou métal, auquel on remarque des cavités longitudinales & semi-circulaires ou à-peu-près, soit que ces cavités ayent été pratiquées par la nature, soit qu'elles ayent été faites par art ; ainsi on dit d'un canon de fusil, qu'il est cannelé, & de la tige d'une plante qu'elle est cannelée. De toutes les occasions dans lesquelles la nature forme des cannelures aux corps, il n'y en a peut-être pas une où la Physique soit en état de rendre raison de ce phénomene. L'art a plusieurs moyens différens de canneler : on cannelle au rabot ; on cannelle au ciseau ; on cannelle à la fonte ; on cannelle à l'argue. Voyez ARGUE, RABOT, CISEAU, FONDERIE, &c.
CANNELE, en Anatomie, les corps cannelés, quelquefois corps striés, sont deux éminences qui se trouvent à la partie antérieure des ventricules du cerveau, qui sont formées par l'entrelacement de la substance médullaire, & de la substance cendrée, ce qui fait paroître, lorsqu'on les racle avec un scalpel, des lignes blanches & des lignes cendrées alternativement disposées, & que l'on a regardé comme des cannelures. (L)
CANNELE, étoffe de soie ; le cannelé est un tissu de soie comme le gros-de-tours & le taffetas, à l'exception qu'on laisse oisive une des deux chaînes nécessaires pour former le corps de l'étoffe, du côté de l'endroit, pendant deux, trois, ou quatre coups. Il est composé de deux chaînes & de la trame, dont on proportionne le nombre des bouts à la qualité qu'on veut qu'il ait. Voyez ETOFFE DE SOIE.
Il se fait des cannelés unis & des cannelés brodés soie & dorure ; ils sont tous ordinairement de 11/24.
Lorsque la chaîne qui forme le cannelé a cessé de travailler trois, quatre, ou cinq coups plus ou moins, on la fait toute lever pour arrêter cette même soie, & former le grain du cannelé.
CANNELE, en termes de Blason, se dit de l'engrelure, dont les pointes sont en-dedans & le dos en-dehors, de même que les cannelures des colonnes en Architecture. (V)
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| CANNELER | verb. act. terme d'Architecture ; c'est tracer ou former des cannelures. Voyez CANNELE. & CANNELURES.
CANNELER, (Architecture) c'est, dans le fût d'une colonne, d'un pilastre, ou bien dans les gaines, thermes, & consoles, creuser des canaux formés ou d'un demi-cercle ou de l'arc, dont le côté du triangle équilatéral seroit la corde. Voyez CANNELURES.
CANNELURES, termes d'Architecture : ce sont des canaux ou des cavités longitudinales formés ou taillés tout le long du fût d'une colonne, ou d'un pilastre, ou de tout autre objet. Vitruve croit qu'elles ont été introduites aux colonnes, à l'imitation des plis des vêtemens des anciennes dames greques ; aussi les nomme-t-il striures du latin striges, les plis d'une robbe. Cette étymologie peut avoir quelque sorte de vraisemblance, presque toutes les figures antiques étant revêtues de draperies perpendiculaires, lesquelles forment des ondulations concaves, qui ressemblent assez aux cannelures dont on parle ici. Les Anglois les appellent flûtes, parce qu'elles ont quelque ressemblance à l'instrument de musique qui porte ce nom.
On prétend que les cannelures ont été employées pour la premiere fois à l'ordre ionique, ensuite on les a introduites au corinthien, puis au dorique, avec cette différence qu'on n'en distribue que vingt sur la circonférence du fût de cet ordre, à cause de son caractere solide, au lieu que l'on en peut distribuer vingt-quatre, sur celle des ordres ionique & corinthien, ainsi qu'au composite, n'y ayant pas d'exemple qu'on en ait jamais employé au toscan, que l'on charge plûtôt, quand on veut orner le fût de cet ordre, de bossages, ainsi qu'on l'a pratiqué au palais du Luxembourg. Voyez BOSSAGES.
Ordinairement on pratique un listeau ou listel pour séparer les cannelures, lesquelles se forment d'un demi-cercle ou bien d'une portion de cercle soûtenue par le côté d'un triangle équilatéral inscrit : mais presque tous les auteurs ont retranché ce listel aux cannelures de l'ordre dorique ; je crois que cette méthode d'introduire des cannelures à un ordre solide est contraire à son caractere. Voyez les différentes especes de cannelures tant anciennes que modernes dans nos Planches d'Architecture. Je regarde aussi comme abus de pratiquer des cannelures torses, formant une spirale, autour d'un fût perpendiculaire ; cela ne peut être autorisé qu'aux décorations théatrales ou fêtes publiques, qui ne demandent pas autant de sévérité que les édifices construits de pierre, ainsi que nous l'avons dit ailleurs.
Ces cannelures concaves se remplissent assez souvent de rudentures, voyez RUDENTURES, dans toute la hauteur du tiers inférieur des colonnes ou pilastres, tant pour enrichir leur fût, que pour affecter de la solidité dans les parties d'en-bas ; alors on les appelle cannelures rudentées. Quelquefois à l'ordre dorique on ne fait régner les cannelures que dans les deux tiers du fût supérieur, afin de laisser au tiers inférieur toute sa solidité.
Ces rudentures sont souvent enrichies d'ornemens, tels qu'il s'en voit à l'ordre ionique du château des tuileries du côté des jardins, dont l'exécution surpasse tout ce que nous avons de meilleur en France dans ce genre : mais il faut observer, lorsqu'on y affecte des ornemens, ou qu'on enrichit seulement les cannelures de baguettes ou de doubles listeaux, de ne les pas orner indifféremment ; leur richesse aussi bien que leur élégance doit être en rapport avec la solidité ou la legereté de l'ordre ; il faut éviter, surtout lorsque l'on surmonte un ordre corinthien sur un ordre ionique, de faire les cannelures de l'ordre d'en haut plus simples que celles de l'ordre d'en-bas ; c'est un défaut de convenance que l'on peut remarquer aux colonnes corinthiennes & ioniques du portail des Feuillans à Paris.
On fait usage aussi des cannelures dans les gaînes & dans les consoles, lesquelles sont susceptibles d'ornemens selon la richesse de la matiere dont elles sont construites, ou des figures, thermes, vases, bustes, qu'elles soutiennent. (P)
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| CANNELLE | S. f. en terme d'Epinglier Aiguilletier, se dit d'une espece de couteau, dont la lame est dentelée comme une scie. Elle sert à faire une petite rainure sur un morceau de bois, dans laquelle on tient l'aiguille avec des tenailles pour l'y ébaucher. Voyez EBAUCHER. Cette petite fente s'appelle aussi cannelle. Voyez AIGUILLE, & la Planche de l'Aiguilletier, fig. 2.
CANNELLE, terme d'Aiguilletier ; c'est ainsi qu'on appelle une petite cannelure, qui se voit de chaque côté de la tête des aiguilles à coudre ou à tapisserie. On l'appelle aussi la railette de l'aiguille. V. AIGUILLE.
CANNELLE, (Boutonnier) c'est un morceau de bois percé en rond par le milieu, qui se met dans le trou de la jatte, pour empêcher que l'ouvrage ne s'endommage en frottant contre les bords assez mal polis. Il y a des cannelles qui ont leur trou quarré, pour recevoir des tresses quarrées. Voyez TRESSE. Les unes & les autres sont terminées par un bourlet, qui surpassant le trou de la jatte, les empêche de tomber au-travers. Voyez JATTE.
CANNELLE, terme de Tonnelier & de Marchand de vin, qui signifie un petit tuyau ou fontaine de cuivre, qu'on enfonce dans le trou d'un muid qu'on a mis en perce, afin d'en tirer le vin.
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| CANNEQUINS | S. m. (Commerce) toiles de coton qui viennent des Indes, & dont on fait le commerce à la côte de Guinée.
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| CANNER | signifie mesurer les étoffes avec la canne dans les lieux où cette mesure est en usage, comme on dit auner à Paris, & par-tout où l'on se sert de l'aune. Dict. du Comm. tom. II. pag. 76. (G)
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| CANNETILLE | S. f. (Boutonnier) c'est un morceau de fil d'or ou d'argent trait, fin ou faux, plus ou moins gros, qu'on a roulé sur une longue aiguille de fer par le moyen d'un roüet. On employe la cannetille dans les broderies, les crêpines, & autres ouvrages semblables.
La fabrique & l'emploi de la cannetille forme une portion du métier des Passementiers-Boutonniers, Quand la cannetille est plate & luisante, pour avoir été serrée entre deux roues d'acier, on l'appelle bouillon : cette marchandise entre aussi dans la composition des crêpines & des broderies.
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| CANNETTE | S. f. (Manufactures en soie) petit tuyau de roseau ou de boüis fait au tour, sur lequel on met la soie pour la trame ou la dorure. Faire des cannettes, c'est mettre la soie ou dorure sur ces tuyaux. Voyez BROCHER, ESPOLIN, VETTEETTE.
CANNETTE, (Géog.) petite ville de l'Amérique méridionale au Pérou ; dans la vallée de Guarco.
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| CANNEY | (Géog.) île d'Ecosse, l'une des Westernes.
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| CANNIBALES | voyez CARAÏBES.
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| CANNOBIO | (Géogr.) petite ville d'Italie au duché de Milan sur le lac majeur, aux frontieres de la Suisse.
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| CANNS | (Géog.) riviere d'Angleterre dans la province de Westmorland, qui va se jetter dans la mer d'Irlande.
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| CANNULE | S. f. terme de Chirurgie, petit tuyau fait d'or, d'argent, d'étain, ou de plomb, qu'on introduit dans les plaies pour les tenir ouvertes, & donner issue aux matieres qui y croupissent. Il y a aussi une cannule pour faciliter l'entrée & la sortie de l'air dans les poumons, dont on se sert dans l'opération de la bronchotomie. Voyez BRONCHOTOMIE.
Les différens usages des cannules, & la différence des parties auxquelles on les destine, obligent d'en construire de différentes formes : il y en a de rondes, d'ovales, de plates, de courtes, de longues, d'ailées ou à platine, à anses ou à anneaux pour les attacher. M. Foubert, de l'académie royale de Chirurgie, se sert toûjours d'une cannule flexible, lorsqu'il taille à sa méthode (Pl. XIII. Chir. fig. 2.) cette cannule procure la liberté du cours des urines, & empêche l'épanchement de ce fluide dans le tissu cellulaire, qui entoure la partie antérieure de la vessie & le rectum, ce qui occasionneroit des dépôts qui sont capables de faire périr les malades. Voyez le premier volume des mémoires de l'académie royale de Chirurgie, & l'article LITHOTOMIE dans ce Dictionnaire.
M. Foubert se sert aussi d'une cannule particuliere pour les personnes auxquelles on a fait une incision au périnée, pour procurer le cours des urines & du pus dans le cas de vessie ulcérée ou paralytique. Voy. BOUTONNIERE. Cette cannule a à son extrémité postérieure un petit robinet, au moyen duquel les malades peuvent uriner à leur volonté, & ne sont pas continuellement baignés de leur urine, qui s'échappe par les cannules ordinaires, à mesure que ce liquide excrémenteux distille par les ureteres dans la vessie.
M. Petit a inventé une cannule faite d'un fil d'argent tourné en spirale, qui la rend flexible dans toute sa longueur. Cette cannule a un pié & demi de long ; elle est garnie à son extrémité d'un morceau d'éponge ; elle sert à enfoncer dans l'estomac, ou à retirer de l'oesophage les corps étrangers arrêtés à la partie inférieure de ce conduit. Lorsqu'on veut se servir de cet instrument, on met dans la cannule un brin de baleine proportionné à sa longueur & à son diametre, afin de lui donner toute la force qui lui est nécessaire pour l'usage auquel elle est destinée. Cette baleine est plus longue que la cannule, & l'extrémité qui n'entre pas dedans est plus grosse, afin qu'elle puisse servir de manche. La baleine ainsi adaptée, est retenue en place dans la cannule par deux petits crochets, qui sont au dernier fil de cette cannule, & qui s'engrenent dans deux rainures qui sont au manche de la baleine. Voyez la fig. 1. Pl. V. de Chir.
Les anciens qui faisoient un grand usage du cautere actuel, avoient des cannules de fer ou de cuivre, semblables à des cercles peu élevés, à-travers desquelles ils passoient le fer rougi, de peur qu'il n'offensât les parties circonvoisines. Voyez CAUTERE.
On ne doit pas se servir sans nécessité des cannules pour le pansement des plaies, parce que ce sont autant de corps étrangers, qui par leur présence rendent les parois des plaies dures & calleuses, & occasionnent des fistules. Il faut savoir s'en servir à propos, & en supprimer l'usage à tems. (Y)
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| CAN | ou ALCANEM, (Géog.) royaume d'Afrique dans la Nigritie, avec une ville qui porte le même nom.
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| CANON | S. m. ce terme a dans notre langue une infinité d'acceptions différentes, qui n'ont presqu'aucun rapport les unes avec les autres. Il désigne un catalogue, une décision, une arme, & plusieurs instrumens méchaniques de différentes sortes.
* CANON, en Théologie, c'est un catalogue authentique des livres qu'on doit reconnoître pour divins, fait par une autorité légitime, & donné au peuple pour lui apprendre quels sont les textes originaux qui doivent être la regle de sa conduite & de sa foi. Le canon de la Bible n'a pas été le même en tous tems ; il n'a pas été uniforme dans toutes les sociétés qui reconnoissent ce recueil pour un livre divin. Les Catholiques Romains sont en contestation sur ce point avec les Protestans. L'Eglise chrétienne, outre les livres du nouveau-Testament qu'elle a admis dans son canon, en a encore ajoûté, dans le canon de l'ancien-Testament qu'elle a reçu de l'église Juive, quelques-uns qui n'étoient point auparavant dans le canon de celle-ci, & qu'elle ne reconnoissoit point pour des livres divins. Ce sont ces différences qui ont donné lieu à la distribution des livres saints en protocanoniques, deutérocanoniques, & apocryphes. Il faut cependant observer qu'elles ne tombent que sur un très-petit nombre de livres. On convient sur le plus grand nombre qui compose le corps de la Bible. On peut former sur le sujet que nous traitons, plusieurs questions importantes. Nous en allons examiner quelques-unes, moins pour les décider, que pour proposer à ceux qui doivent un jour se livrer à la critique, quelques exemples de la maniere de discuter & d'éclaircir les questions de cette nature.
Y a-t-il eu chez les Juifs un canon des livres sacrés ? Premiere question. Le peuple Juif ne reconnoissoit pas toutes sortes de livres pour divins ; cependant il accordoit ce caractere à quelques-uns : donc il y a eu chez lui un canon de ces livres, fixé & déterminé par l'autorité de la synagogue. Peut-on douter de cette vérité quand on considere que les Juifs donnoient tous le titre de divins aux mêmes livres, & que le consentement étoit entr'eux unanime sur ce point ? D'où pouvoit naître cette unanimité ? sinon d'une regle faite & connue qui marquoit à quoi l'on devoit s'en tenir ; c'est-à-dire d'un canon ou d'un catalogue authentique qui fixoit le nombre des livres, & en indiquoit les noms. On ne conçoit pas qu'entre plusieurs livres écrits en différens tems & par différens auteurs, il y en ait eu un certain nombre généralement admis pour divins à l'exclusion des autres, sans un catalogue autorisé qui distinguât ceux-ci de ceux pour qui l'on n'a pas eu la même vénération ; & ce seroit nous donner une opinion aussi fausse que dangereuse de la nation Juive, que de nous la représenter acceptant indistinctement & sans examen tout ce qu'il plaisoit à chaque particulier de lui proposer comme inspiré : ce qui précede me paroît sans replique. Il ne s'agit plus que de prouver que les Juifs n'ont reconnu pour divins qu'un certain nombre de livres, & qu'ils se sont tous accordés à diviniser les mêmes. Les preuves en sont sous les yeux. La premiere se tire de l'uniformité des catalogues que les anciens peres ont rapportés toutes les fois qu'ils ont eu lieu de faire l'énumération des livres reconnus pour sacrés par les Hébreux. Si les Juifs n'avoient pas eux-mêmes fixé le nombre de leurs livres divins, les peres ne se seroient pas avisés de le faire : ils se seroient contentés de marquer ceux que les Chrétiens devoient regarder comme tels, sans se mettre en peine de la croyance des Juifs là-dessus ; ou s'ils avoient osé supposer un canon Juif qui n'eût pas existé, ils ne l'auroient pas tous fabriqué de la même maniere ; la vérité ne les dirigeant pas, le caprice les eût fait varier, soit dans le choix, soit dans le nombre ; & plusieurs n'auroient pas manqué sur-tout d'y insérer ceux que nous nommons deutérocanoniques, puisqu'ils les croyoient divins, & les citoient comme tels. Nous devons donc être persuadés de leur bonne foi par l'uniformité de leur langage, & par la sincérité de l'aveu qu'ils ont fait que quelques livres mis par l'Eglise au rang des anciennes écritures canoniques, en étoient exclus par les synagogues. La même raison doit aussi nous convaincre qu'ils ont été suffisamment instruits de ce fait : car s'il y avoit eu de la diversité ou des variations sur ce point entre les Juifs, ils auroient eu au moins autant de facilité pour s'en informer, que pour savoir qu'on y comptoit ces livres par les lettres de l'alphabet, & ils nous auroient transmis l'un comme l'autre. L'accord des peres sur la question dont il s'agit, démontre donc celui des Juifs sur leur canon.
Mais à l'autorité des peres se joint celle de Josephe, qui sur ces matieres, dit M. Huet, en vaut une foule d'autres, unus pro mille. Josephe, de race sacerdotale, & profondément instruit de tout ce qui concernoit sa nation, est du sentiment des peres. On lit dans son premier livre contre Appion, que les Juifs n'ont pas comme les Grecs, une multitude de livres ; qu'ils n'en reconnoissent qu'un certain nombre comme divins ; que ces livres contiennent tout ce qui s'est passé depuis le commencement du monde jusqu'à Artaxerxès ; que quoiqu'ils ayent d'autres écrits, ces écrits n'ont pas entr'eux la même autorité que les livres divins, & que chaque Juif est prêt à répandre son sang pour la défense de ceux-ci : donc il y avoit chez les Juifs, selon Josephe, un nombre fixé & déterminé de livres reconnus pour divins ; & c'est-là précisément ce que nous appellons canon.
La tradition constante du peuple Juif est une troisieme preuve qu'on ne peut rejetter. Ils ne comptent encore aujourd'hui entre les livres divins que ceux, disent-ils, dont leurs anciens peres ont dressé le canon dans le tems de la grande synagogue, qui fleurit après le retour de la captivité. C'est même en partie par cette raison qu'elle fut nommée grande. L'auteur du traité Megillah dans la Gémare nous apprend au ch. iij. que ce titre lui fut donné non-seulement pour avoir ajoûté au nom de Dieu l'épithete gadol, grand, magnifique, mais encore pour avoir dressé le canon des livres sacrés : donc, pouvons-nous conclure pour la troisieme fois, il est certain qu'il y a eu chez les Juifs un canon déterminé & authentique des livres de l'ancien Testament regardés comme divins.
N'y a-t-il jamais eu chez les Juifs qu'un même & seul canon des saintes Ecritures ? Seconde question, pour servir de confirmation aux preuves de la question précédente. Quelques auteurs ont avancé que les Juifs avoient fait en différens tems différens canons de leurs livres sacrés ; & qu'outre le premier composé de vingt-deux livres, ils en avoient dressé d'autres où ils avoient inséré comme divins, Tobie, Judith, l'Ecclésiastique, la Sagesse, & les Macchabées.
Genebrard suppose dans sa chronologie trois différens canons faits par les assemblées de la synagogue : le premier au tems d'Esdras, dressé par la grande synagogue, qu'il compte pour le cinquieme synode ; il contenoit vingt-deux livres : le second au tems du pontife Eléazar, dans un synode assemblé pour délibérer sur la version que demandoit le roi Ptolémée, & que nous appellons des Septante, où l'on mit au nombre des livres divins Tobie, Judith, la Sagesse, & l'Ecclésiastique : le troisieme au tems d'Hircan, dans le septieme synode assemblé pour confirmer la secte des Pharisiens, dont Hillel & Sammaï étoient les chefs, & condamner Sadoc & Barjetos, promoteurs de celle des Saducéens, & où le dernier canon fut augmenté du livre des Macchabées, & les deux canons précédens confirmés malgré les Saducéens, qui comme les Samaritains ne vouloient admettre pour divins que les cinq livres de Moyse. A entendre Genebrard établir si délibérément toutes ces distinctions, on diroit qu'il a tous les témoignages de l'histoire ancienne des Juifs en sa faveur ; cependant on n'y trouve rien de pareil, & l'on peut regarder sa narration comme un des efforts d'imagination les plus extraordinaires, & une des meilleures preuves que l'on ait de la nécessité de vérifier les faits avant que de les admettre en démonstration.
Serarius, qui est venu après Genebrard, n'a pas jugé à propos d'attribuer aux Juifs trois canons différens. Il a cru que c'étoit assez de deux, l'un de vingt-deux livres fait par Esdras ; & le même, augmenté des livres deutérocanoniques, & dressé du tems des Macchabées. Pour preuve de ce double canon, il lui a semblé, ainsi qu'à Genebrard, que sa parole suffisoit. Il se propose cependant l'objection du silence des peres sur ces différens canons, & de leur accord unanime à n'en reconnoître qu'un composé de vingt-deux livres divins. Mais sa réponse est moins celle d'un savant qui cherche la vérité, que celle d'un disputant qui défend sa these. Il prétend avec confiance que les peres en parlant du canon des écritures Juives, composées de vingt-deux livres, n'ont fait mention que du premier, sans exclure les autres. Quoi donc, lorsqu'on examine par une recherche expresse quels sont les livres admis pour divins par une nation, qu'on en marque positivement le nombre, & qu'on en donne les noms en particulier, on n'exclut pas ceux qu'on ne nomme pas ? Moyse en disant qu'Abraham prit avec lui trois cent dix-huit de ses serviteurs, pour délivrer Loth son neveu des mains de ses ennemis, n'a-t-il pas exclu le nombre de quatre cent ? & lorsque l'évangéliste dit que Jesus-Christ choisit douze apôtres parmi ses disciples, n'exclud-il pas un plus grand nombre ? Les peres pouvoient-ils nous dire plus expressément que le canon des livres de l'ancien Testament n'alloit pas jusqu'à trente, qu'en nous assûrant qu'il étoit de vingt-deux ? Quand Meliton dit à Onésime qu'il a voyagé jusque dans l'orient pour découvrit quels étoient les livres canoniques, & qu'il nomme ensuite ceux qu'il a découverts & connus, n'en dit-il pas assez pour nous faire entendre qu'il n'en a pas connu d'autres que ceux qu'il nomme ? C'est donc exclure un livre du rang des livres sacrés, que de ne point le mettre dans le catalogue qu'on en fait exprès pour en désigner le nombre & les titres. Donc, en faisant l'énumération des livres reconnus pour divins par les Juifs, les peres ont nécessairement exclu tous ceux qu'ils n'ont pas nommés ; de même que quand nos papiers publics donnent la liste des officiers que le Roi a promus, on est en droit d'assûrer qu'ils excluent de ce nombre tous ceux qui ne se trouvent pas dans leur liste. Mais si ces raisons ne suffisent pas, si l'on veut des preuves positives que les peres ont exclu d'une maniere expresse & formelle du canon des Ecritures admises pour divines par les Juifs, tous les livres qu'ils n'ont pas comptés au nombre des vingt-deux, il ne sera pas difficile d'en trouver.
Saint Jérôme dans son prologue défensif, dit qu'il l'a composé afin qu'on sache que tous les livres qui ne sont pas des vingt-deux qu'il a nommés, doivent être regardés comme apocryphes : ut scire valeamus quidquid extra hos est, (on verra dans la question suivante quels étoient ces vingt-deux livres) inter apocrypha esse ponendum. Il ajoute ensuite que la Sagesse, l'Ecclésiastique, Tobie, Judith, ne sont pas dans le canon. Igitur Sapientia, quae vulgo Salomonis inscribitur, & Jesu filii Sirach liber, & Judith, & Tobias, & Pastor, non sunt in canone. Dans la préface sur Tobie, il dit que les Hébreux excluent ce livre du nombre des Ecritures divines, & le rejettent entre les apocryphes. Il en dit autant à la tête de son commentaire sur le prophete Jonas.
On lit dans la lettre qu'Origene écrit à Africanus, que les Hébreux ne reconnoissent ni Tobie ni Judith, mais qu'ils les mettent au nombre des livres apocryphes : nos oportet scire quod Hebræi Tobia non utuntur neque Judith ; non enim ea habent nisi in apocryphis.
Saint Epiphane dit, nomb. 3. & 4. de son livre des poids & des mesures, que les livres de la Sagesse & de l'Ecclésiastique ne sont pas chez les Juifs au rang des Ecritures-saintes.
L'auteur de la Synopse assûre que Tobie, Judith, la Sagesse & l'Ecclésiastique, ne sont point des livres canoniques, quoiqu'on les lise aux catéchumenes.
Y a-t-il rien de plus clair & de plus décisif que ces passages ? Sur quoi se retranchera donc Serarius ? Il répétera que les peres ne parlent dans tous ces endroits que du premier canon des Juifs : mais on ne l'en croira pas ; on verra qu'ils y disent nettement que Judith, Tobie, & les autres de la même classe, ne sont pas reconnus pour divins par les Juifs, par les Hébreux, par la nation. D'ailleurs, ce second canon imaginaire ne devoit-il pas avoir été fait par les Juifs ainsi que le premier ? Comment donc S. Jérôme & Origene auroient-ils pû avancer que les Juifs regardoient comme apocryphes des livres qu'ils auroient déclarés authentiquement divins & sacrés, quoique par un second canon ? Le premier ajoûteroit-il, comme il fait dans sa préface sur Tobie, que les Juifs peuvent lui reprocher d'avoir traduit cet ouvrage comme un livre divin, contre l'autorité de leur canon, s'il y avoit eu parmi eux un second canon où Tobie eût été mis au rang des livres divins ? Méliton n'a-t-il recherché que les livres du premier canon, ou a-t-il voyagé jusque dans l'orient pour connoître tous les ouvrages reconnus de son tems pour canoniques ? en un mot, le dessein des peres en publiant le catalogue des livres admis pour divins chez les Juifs, étoit-il d'exposer la croyance de ce peuple au tems d'Esdras, ou plûtôt celle de leur tems ? & s'il y avoit eu lieu à quelque distinction pareille, ne l'auroient-ils pas faite ? Laissons donc l'école penser là-dessus ce qu'elle voudra : mais concluons, nous, que les Juifs n'ont eu ni trois, ni deux canons, mais seulement un canon de vingt-deux livres ; & persistons dans ce sentiment jusqu'à ce qu'on nous en tire, en nous faisant voir que les peres se sont trompés, ce qui n'est pas possible. Car d'où tireroit-on cette preuve ? aucun ancien auteur n'a parlé du double canon. La tradition des Juifs y est formellement contraire. Ils n'ont encore aujourd'hui de livres divins que les vingt-deux qu'ils ont admis de tout tems comme tels. Josephe dit, ainsi qu'on l'a déjà vû, & qu'on le verra plus bas encore, que sa nation ne reconnoît que vingt-deux livres divins ; & que, si elle en a d'autres, elle ne leur accorde pas la même autorité. Mais, dira-t-on. Josephe a cité l'Ecclésiastique dans son second livre contre Appion. Quand on en conviendroit, s'ensuivroit-il de-là qu'il en a fait un livre divin ? Nullement. Mais il n'est point du tout décidé que Josephe ait cité l'Ecclésiastique. Il se propose de démontrer l'excellence & la supériorité de la législation de Moyse sur celles de Solon, de Lycurgue & des autres. Il rapporte à cette occasion des préceptes & des maximes, & il attribue à Moyse l'opinion que l'homme est supérieur en tout à la femme. Il lui fait dire que l'homme méchant est meilleur que la femme bienfaisante ; ; paroles citées comme de Moyse, & non comme de l'Ecclésiastique. On objectera sans-doute que ce passage ne se trouve point dans Moyse. Soit. Donc Josephe ne le lui attribue pas. Je le nie, parce que le fait est évident. Mais quand je conviendrois de tout ce qu'on prétend, on n'en pourroit jamais inférer que Josephe ait déclaré l'Ecclésiastique livre canonique. M. Pithou remarque que les dernieres paroles du passage cité de Josephe ne sont pas de lui, & qu'elles ont été insérées selon toute apparence par quelque copiste. Cette critique est d'autant plus vraisemblable, qu'elles ne se trouvent pas dans l'ancienne version latine de Rufin. Donc le double & le triple canon sont des chimeres, les Juifs n'en faisant aucune mention, & les peres ne les ayant point connus : ce qu'il falloit démontrer.
De combien de livres étoit composé le canon des Ecritures divines chez les Juifs, & quels étoient ces livres. Troisieme question, dont la solution servira d'éclaircissement & d'appui aux deux questions précédentes. Les Juifs ont toûjours composé leur canon de vingt-deux livres, ayant égard au nombre des lettres de leur alphabet dont ils faisoient usage pour les désigner, selon l'observation de S. Jérôme, dans son prologue général ou défensif. Quelques rabbins en ont compté vingt-quatre ; d'autres vingt-sept ; mais ces différens calculs n'augmentoient ni ne diminuoient le nombre réel des livres ; certains livres divisés en plusieurs parties y occupoient seulement plusieurs places.
Ceux qui comptoient vingt-quatre livres de l'Ecriture, séparoient les Lamentations, de la Prophétie de Jérémie, & le livre de Ruth de celui des Juges, que ceux qui n'en comptoient que vingt-deux laissoient unis : les premiers, afin de pouvoir marquer ces vingt-quatre livres avec les lettres de leur alphabet, répétoient trois fois la lettre jod, en l'honneur du nom de Dieu Jehova, que les Chaldéens écrivoient par trois jod. Ce nombre de vingt-quatre est celui dont les Juifs d'à-présent se servent pour désigner les livres de l'Ecriture-sainte ; & c'est peut-être à quoi les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse font allusion.
Ceux qui comptoient vingt-sept livres, séparoient encore en six nombres les livres des Roi & des Paralipomenes, qui n'en faisoient que trois pour les autres. Et pour les indiquer, ils ajoûtoient aux vingt-deux lettres ordinaires de l'alphabet les cinq finales, comme nous l'apprend S. Epiphane dans son livre des poids & des mesures. Ceux qui savent l'alphabet hébreu (car il n'en faut pas savoir davantage) connoissent ces lettres finales. Ce sont caph, mem, nun, pé, tsad, qui s'écrivent à la fin des mots d'une maniere différente que dans le milieu ou au commencement.
Le canon étoit donc toûjours le même, soit qu'on comptât les livres par 22, 24 ou 27. Mais la premiere maniere a été la plus générale & la plus commune ; c'est celle de Josephe. M. Simon donne l'ancienneté à celle de 24 : mais je ne sais sur quelle preuve, car il n'en rapporte aucune. J'avoue que ces matieres ne me sont pas assez familieres pour prendre parti dans cette question, & pour hasarder une conjecture.
Voyons maintenant quels étoient ces 22, 24 & 27 livres. S. Jérôme témoin digne de foi dans cette matiere, en fait l'énumération suivante. La Genese. L'Exode. Le Lévitique. Les Nombres. Le Deutéronome. Josué. Les Juges, auquel est joint Ruth, Samuel, ce sont les deux premiers des Rois. Les Rois, ce sont les deux derniers livres. Isaie. Jérémie, avec ses Lamentations. Ezechiel. Les douze petits Prophetes. Job. Les Pseaumes. Les Proverbes. L'Ecclésiaste. Le Cantique des Cantiques. Daniel. Les Paralipomenes, double. Esdras, double. Esther.
S. Epiphane, Heres. viij. nomb. 6. édit. de Petau, rapporte les mêmes livres que S. Jerôme. On retrouve le même canon en deux ou trois autres endroits de son livre des poids & mesures. Voyez les nomb. 3. 4. 22. 23. On lit au nombre 22, que les Hébreux n'ont que 22 lettres à leur alphabet ; que c'est par cette raison qu'ils ne comptent que 22 livres sacrés, quoiqu'ils en ayent 27, entre lesquels ils en doublent cinq, ainsi qu'ils ont cinq caracteres doubles ; d'où il arrive que comme il y a dans leur écriture 27 caracteres, qui ne sont pourtant que vingt-deux lettres, de même ils ont proprement vingt-sept livres divins, qui se réduisent à vingt-deux.
S. Cyrille de Jérusalem dit aux Chrétiens, dans sa quatrieme catechese, de méditer les vingt-deux livres de l'ancien Testament, & de se les mettre dans la mémoire tels qu'il va les nommer ; puis il les nomme ainsi que nous venons de les rapporter d'après S. Jérôme & S. Epiphane.
S. Hilaire, dans son Prologue sur les Pseaumes, ne differe de l'énumération précédente, ni sur les nombres, ni sur les livres. Le canon 60, de Laodicée, dit la même chose. Origene, cité par Eusebe, avoit dressé le même canon. Ce seroit recommencer la même chose jusqu'à l'ennui, que de rapporter ces canons.
Méliton évêque de Sardes, qui vivoit au second siecle de l'Eglise, avoit fait un catalogue qu'Eusebe nous a conservé, c. xxvj. l. IV. de son histoire. Il avoit pris un soin particulier de s'instruire. Il avoit voyagé exprès dans l'orient, & son catalogue est le même que celui des auteurs précédens ; car il est à présumer que l'oubli d'Esther est une faute de copiste.
Bellarmin donne ici occasion à une réflexion, par ce qu'il dit dans son livre des Ecrivains ecclésiastiques, savoir, que Méliton a mis au rang des livres de l'ancien Testament celui de la Sagesse, quoiqu'il ne fût point reconnu par les Juifs pour un livre divin. Mais Bellarmin se trompe lui-même. Sa Sagesse n'est point dans le canon de Méliton. On y lit : Salomonis Proverbia quae & Sapientia, . D'où il s'ensuit que Méliton ne nomme pas la Sagesse comme un livre distingué des Proverbes ; c'est l' soit oublié, soit mal entendu, qui a donné lieu à la méprise. Mais, pour revenir au canon des Juifs, Josephe dit dans son livre contre Appion, qu'il n'y a dans sa nation que 22 livres reconnus pour divins, cinq de Moyse, treize des prophetes, contenant l'histoire de tous les tems jusqu'à Artaxerxès, & quatre autres qui renferment des hymnes à la loüange de Dieu, ou des préceptes pour les moeurs. Il n'entre pas dans le détail, mais il désigne évidemment les mêmes livres que ceux qui sont contenus dans les catalogues des peres.
Sur ce que l'historien Juif a placé dans ses Antiquités l'histoire d'Esther sous le regne d'Artaxerxès, & sur ce qu'il dit dans le même endroit que les prophetes n'ont écrit l'histoire que jusqu'au tems de ce prince, & qu'on n'a pas la même foi à ce qui s'est passé depuis, M. Dupin s'est persuadé qu'il exclut le livre d'Esther du nombre des vingt-deux livres de son canon. Mais qui est-ce qui a dit à M. Dupin que Josephe ne s'est point servi du mot jusque dans un sens inclusif, ainsi que du terme depuis dans un sens exclusif ? Ce seroit faire injure à d'habiles & judicieux auteurs qui ont précédé M. Dupin, que de balancer leur témoignage par une observation grammaticale qui, au pis aller, ne prouve ni pour ni contre.
Il ne faut point non plus s'imaginer que Josephe n'ait point mis le livre de Job au nombre des vingt-deux livres divins, parce qu'il ne dit rien dans son ouvrage des malheurs de ce saint homme. Cet auteur a pû regarder le livre de Job comme un livre inspiré, mais non comme une histoire véritable ; comme un poëme qui montroit partout l'esprit de Dieu, mais non comme le récit d'un évenement réel ; & en ce sens, quel rapport pourroit avoir l'aventure de Job avec l'histoire de sa nation ?
Quel est le tems & quel est l'auteur du canon des livres sacrés chez les Juifs. Quatrieme question. Il semble que ce seroit aujourd'hui un paradoxe d'avancer qu'Esdras ne fut jamais l'auteur du canon des livres sacrés des Juifs ; les docteurs mêmes les plus judicieux ayant mis sur le compte d'Esdras tout ce dont ils ont ignoré l'auteur & l'origine, dans les choses qui concernent la Bible. Ils l'ont fait réparateur des livres perdus ou altérés, réformateur de la maniere d'écrire ; quelques-uns même inventeurs des points voyelles, & tous auteur du canon des Ecritures. Il n'y a sur ce dernier article qu'une opinion. Il est étonnant que nos Scaliger, nos Huet, ceux d'entre nous qui se piquent d'examiner de près les choses, n'ayent pas disserté là-dessus ; la matiere en valoit pourtant bien la peine. M. Dupin, au lieu de transcrire en copiste l'opinion de ses prédécesseurs, auroit beaucoup mieux fait d'exposer la question, & de montrer combien il étoit difficile de la résoudre.
Quoi qu'il en soit de l'opinion commune, il me semble qu'il n'y auroit aucune témérité à assûrer qu'on peut soûtenir qu'Esdras n'est point l'auteur du canon des livres reconnus pour livres divins par les Juifs, soit qu'on veuille discuter ce fait par l'histoire des empereurs de Perse, & celle du retour de la captivité ; soit qu'on en cherche l'éclaircissement dans les livres d'Esdras & de Néhémie, qui peuvent particulierement nous instruire. L'opinion contraire, quoique plus suivie, n'est point article de foi.
En un mot voici les difficultés qu'on aura à résoudre de part & d'autre, & ces difficultés me paroissent très-grandes : 1°. il faut s'assûrer du tems où Esdras a vécu ; 2°. sous quel prince il est revenu de Babylone à Jérusalem ; 3°. si tous les livres qui sont dans le canon étoient écrits avant lui ; 4°. si lui-même est auteur du livre qui porte son nom.
Voilà la route par laquelle il faudra passer avant que d'arriver à la solution de la quatrieme question : nous n'y entrerons point, de crainte qu'elle ne nous menât bien au-delà des bornes que nous nous sommes prescrites : ce que nous avons dit jusqu'à présent suffit pour donner à ceux qui se sentent le goût de la critique, un exemple de la maniere dont ils doivent procéder pour parvenir à quelque résultat satisfaisant pour eux & pour les autres ; c'étoit-là principalement notre but.
Il ne nous reste plus qu'une observation à faire, c'est que le canon qui fixe au nombre de vingt-deux les livres divins de l'ancien-Testament, a été suivi dans la premiere église jusqu'au concile de Carthage ; que ce concile augmenta beaucoup ce canon, comme il en avoit le droit ; & que le concile de Trente a encore été au-delà du concile de Carthage, prononçant anathème contre ceux qui refuseront de se soûmettre à ses décisions.
D'où il s'ensuit que dans toutes discussions critiques sur ces matieres délicates, le jugement de l'Eglise doit toûjours aller avant le nôtre ; & que dans les occasions où il arriveroit que le résultat de nos recherches ne seroit pas conforme à ses decrets, nous devons croire que l'erreur est de notre côté : l'autorité que nous avons alors contre nous est d'un si grand poids, qu'elle ne nous laisse pas seulement le mérite de la modestie, quand nous nous y soûmettons, & que nous montrons une vanité impardonnable, quand nous balançons à nous soûmettre. Tels sont les sentimens dans lesquels j'ai commencé, continué, & fini cet article, pour lequel je demande au lecteur un peu d'indulgence : il la doit à la difficulté de la matiere, & aux soins que j'ai pris pour la discuter comme elle le mérite. Voyez à l'article CANONIQUES (LIVRES) ce qui concerne le canon du nouveau-Testament ; c'est la suite naturelle de ce que nous venons de dire.
CANON, terme d'Histoire ecclésiastique, signifie proprement regle ou décision, soit sur le dogme, soit sur la discipline.
Ce mot est originairement grec, , regle, discipline.
Nous avons les canons des apôtres, de l'authenticité desquels tout le monde ne convient pas, quoiqu'on avoue en général qu'ils sont fort anciens, & diverses collections de canons des conciles que nous allons indiquer d'après M. Fleury, dans son institution au droit ecclésiastique.
Sous le regne de Constantin, l'an 314, se tinrent les conciles d'Ancyre en Galatie, & de Néocesarée dans le Pont, qui sont les plus anciens dont il nous reste des canons : ensuite, c'est-à-dire en 325, se tint le concile général de Nicée, dont les canons ont aussi été recueillis. Il y eut ensuite trois conciles particuliers dont les canons furent de grande autorité ; l'un à Antioche capitale de l'Orient, en 431 ; l'autre à Laodicée en Phrygie, vers l'an 370 ; & le troisieme à Gangres en Paphlagonie, vers l'an 375 ; enfin l'an 381 se tint le second concile universel à Constantinople.
Les canons de ces sept conciles furent recueillis en un corps qu'on appella le code des canons de l'Eglise universelle, auxquels on ajoûta ceux du concile d'Ephese, qui fut le troisieme oecuménique tenu en 430, & ceux du concile de Chalcédoine, tenu en 450 : on y ajoûta aussi les canons des apôtres, au nombre de cinquante, & ceux du concile de Sardique, tenu en 347, & que l'on regardoit en plusieurs églises comme une suite du concile de Nicée.
Tous ces canons avoient été écrits en grec, & il y en avoit pour les églises d'Occident une ancienne version latine dont on ne sait point l'auteur. L'église romaine s'en servit jusqu'au commencement du vj. siecle ; & les autres églises, particulierement celles de Gaule & de Germanie, n'en connurent point d'autres jusqu'au jx. siecle. Mais vers l'an 530 l'abbé Denys le Petit fit une autre version des canons plus fidele que l'ancienne, & y ajoûta tout ce qui étoit alors dans le code grec ; savoir les cinquante canons des apôtres, ceux du concile de Chalcédoine, du concile de Sardique, d'un concile de Carthage, & de quelques autres conciles d'Afrique. Il fit aussi une collection de plusieurs lettres decrétales des papes, depuis Sirice qui mourut en 398 jusqu'à Anastase II. qui mourut en 498. Voyez DECRETALES.
La collection de Denys le Petit fut de si grande autorité, que l'église romaine s'en servit toûjours depuis, & on l'appella simplement le corps des canons de l'église d'Afrique, formé principalement des conciles tenus du tems de saint Augustin. Les Grecs le traduisirent pour leur usage ; & Charlemagne l'ayant reçue en 787 du pape Adrien I. l'apporta dans les Gaules.
Les Orientaux ajoûterent aussi des canons à l'ancien code : savoir, trente-cinq canons des apôtres, ensorte qu'ils en comptoient quatre-vingt-cinq ; le code de l'église d'Afrique traduit en Grec ; les canons du concile in trullo, faits en 692, pour suppléer au cinquieme & au sixieme conciles qui n'avoient point fait de canons ; ceux du second concile de Nicée, qui fut le septieme oecuménique tenu en 787 : tout cela composa le code des canons de l'église d'Orient ; & ce peu de lois suffit pendant 800 ans à toute l'Eglise catholique.
Sur la fin du regne de Charlemagne on répandit en Occident une collection des canons qui avoit été apportée d'Espagne, & qui porte le nom d'un Isidore, que quelques-uns surnomment le marchand, Isidorus mercator : elle contient les canons orientaux d'une version plus ancienne que celle de Denys le Petit, plusieurs canons des conciles de Gaule & d'Espagne, & un grand nombre de decrétales des papes des quatre premiers siecles jusqu'à Sirice, dont plusieurs sont fausses & supposées. Voyez DECRETALES.
On fit ensuite plusieurs compilations nouvelles des anciens canons, comme celle de Réginon abbé de Prum, qui vivoit l'an 900 ; celle de Burchard évêque de Vormes, faite l'an 1020 ; celle d'Yves de Chartres, qui vivoit en 1100 ; & enfin Gratien bénédictin de Boulogne en Italie, fit la sienne vers l'an 1151 : c'est celle qui est la plus citée dans le Droit canon. Fleury, Instit. au Droit ecclés. tome I. part. I. chap. j. pag. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8 & 10.
Gratien mit à sa collection des textes de la Bible, les sentimens des peres sur les plus importantes matieres ecclésiastiques, & intitula son ouvrage la concordance des canons discordans ; il le partagea par ordre de matieres, & non par ordre de tems, comme on avoit fait avant lui. Cette compilation fait partie du Droit canonique, & est appellée decret ; Voyez DECRET, NONIQUE (Droit)oit).
On nous a depuis donné diverses collections des conciles, où l'on en a conservé les canons, comme celles des PP. Labbé & Cossart, Hardoüin, &c.
Les canons des conciles sont pour l'ordinaire conçus en forme de lois, en termes impératifs ; quelquefois conditionnels, & où l'injonction est presque toûjours accompagnée de la peine infligée à ceux qui la violeront : quand il s'agit du dogme, les canons sont quelquefois conçus en forme d'anathème ; c'est-à-dire que les peres du concile y disent anathème, ou excommunient quiconque soûtiendra telle ou telle erreur qu'ils ont condamnée.
CANONS des apôtres ; on appelle ainsi une espece de collection des canons ou lois ecclésiastiques que l'on attribue à S. Clément pape, disciple de S. Pierre, comme s'il l'eût reçue de ce prince des apôtres. Mais les Grecs même n'assûrent pas que ces canons ayent été faits par les apôtres, & recueillis de leur bouche par S. Clément ; ils se contentent de dire que ce sont des canons, , que l'on appelle des apôtres ; & apparemment ils sont l'ouvrage de quelques évêques d'Orient, qui vers le milieu du iij. siecle rassemblerent en un corps les lois qui étoient en usage dans les églises de leurs pays, & dont une partie pouvoit avoir été introduite par tradition dès le tems des apôtres, & l'autre par des conciles particuliers. Il y a quelque difficulté tant sur le nombre que sur l'autorité de ces canons. Les Grecs en comptent communément 85 : mais les Latins n'en ont reçu que 50, dont même plusieurs ne sont pas observés. Les Grecs comptent les 50 premiers à-peu-près comme nous : mais ils en ajoûtent d'autres dans la plûpart desquels il y a des articles qui ne sont pas conformes à la discipline, ni même à la créance de l'église latine ; & c'est pour cette raison qu'elle rejette les 35 derniers canons, comme ayant été la plûpart insérés ou falsifiés par les hérétiques & schismatiques. A l'égard de l'autorité de ces canons, le pape Gelase, dans un concile tenu à Rome l'an 494, met le livre de ces canons des apôtres entre les apocryphes ; & cela après le pape Damase, qui semble avoir été le premier qui détermina quels livres il falloit recevoir ou rejetter. Par cette raison Isidore les condamne aussi, dans le passage que Gratien rapporte de lui dans la seizieme distinction. Le pape Leon IX. au contraire excepte cinquante canons du nombre des apocryphes. Avant lui Denys le Petit avoit commencé son code des canons ecclésiastiques par ces cinquante canons. Gratien, dans la même distinction seizieme, rapporte qu'Isidore ayant changé de sentiment, & se contredisant lui-même, met au-dessus des conciles ces canons des apôtres, comme approuvés par la plûpart des peres, & reçus entre les constitutions canoniques, & ajoûte que le pape Adrien I. a approuvé les canons en recevant le quatrieme concile où ils sont insérés : mais on peut dire que Gratien se trompe, & qu'il prend le second concile in trullo, que les Grecs appellent souvent le quatrieme concile, pour le premier concile tenu in trullo, qui est véritablement le sixieme oecuménique ou général. Quant à Isidore, le premier passage est d'Isidore de Séville ; & le second est d'Isidore mercator ou peccator, selon la remarque d'Antoine Augustin archevêque de Tarragone, qui dit que pour concilier ces diverses opinions il faut suivre le sentiment de Léon IX. qui est, qu'il y a cinquante de ces canons des apôtres qui ont été reçus, & que les autres n'ont aucune autorité dans l'église occidentale. Il est certain que ces canons ne sont point des apôtres : mais ils paroissent fort anciens, & ont été cités par les anciens sous le nom de canons anciens, canons des peres, canons ecclésiastiques. S'ils sont quelquefois appellés ou intitulés canons apostoliques, ce n'est pas à-dire pour cela qu'ils soient des apôtres : mais il suffit qu'il y en ait quelques-uns qui ayent été faits par des évêques qui vivoient peu de tems après les apôtres, & que l'on appelloit hommes apostoliques. L'auteur des constitutions apostoliques est le premier qui attribue ces canons aux apôtres. Ils contiennent des réglemens qui conviennent à la discipline du second & du troisieme siecle de l'Eglise : ils sont cités dans les conciles de Nicée, d'Antioche, de Constantinople, & par plusieurs anciens. On ne sait pas en quel tems cette collection de canons a été faite, il peut se faire que ce soit en différens tems : non-seulement les cinquante premiers, mais les trente-cinq derniers, sont fort anciens ; les Grecs les ont toûjours reçus : Jean d'Antioche, qui vivoit du tems de Justinien, les cite dans sa sixieme novelle ; ils sont approuvés dans le synode in trullo, & loüés par Jean Damascene & par Photius. Parmi les Latins ils n'ont pas toûjours eu le même sort : le cardinal Humbert les a rejettés ; Gelase les a mis au nombre des livres apocryphes : Denys le Petit a traduit les cinquante premiers, & les a mis à la tête de sa collection, remarquant toutefois que quelques personnes ne les avoient pas voulu reconnoître ; c'est peut-être pour cette raison que Martin de Prague ne les fit point entrer dans sa collection : mais Isidore ne fit point difficulté de les mettre dans la sienne ; & depuis ils ont toûjours fait partie du Droit canon. Aussitôt qu'ils parurent en France, ils furent estimés, & allégués pour la premiere fois dans la cause de Prétextat du tems du roi Chilperic, & on déféra. Hincmar témoigne qu'ils étoient à la tête d'une collection de canons faite par l'église de France, & les croit anciens, quoiqu'ils ne soient pas des apôtres. Voyez Beveregius, dans la défense du code des canons de l'Eglise primitive. Daillé, de pseud. epigraphis. Dupin, dissertations préliminaires sur la bible, chap. iij. Doujat, hist. du Droit. (G)
CANON, (Chronologie) ce mot, autant qu'on en peut juger en parcourant les Chronologistes, est employé en différens sens ; quelquefois il signifie simplement des tables chronologiques, telles que les tables du nombre d'or, des épactes, & de la pâque ; quelquefois il signifie la méthode ou régle pour résoudre certains problèmes de Chronologie, comme trouver les épactes, les pleines lunes, les fêtes mobiles, &c. (O)
* CANON PASCHAL, (Hist. ecclés.) c'est une table des fêtes mobiles où l'on marque pour un cycle de dix-neuf ans, le jour auquel tombe la fête de pâque, & les autres fêtes qui en dépendent.
On croit que le canon paschal a été calculé par Eusebe de Césarée, & de l'ordre du concile de Nicée. Voyez PASQUE, FETE, CYCLE.
* CANON, parmi les religieux, c'est le livre qui contient la regle & les instituts de l'ordre : on l'appelle aussi regle, institut. Voyez REGLE.
* CANON, se dit encore dans l'Eglise du catalogue des saints reconnus & canonisés par l'Eglise. Voyez SAINT & CANONISATION.
* CANON ; on appelle ainsi par excellence les paroles sacramentales de la messe, les paroles secrettes dans lesquelles on comprend depuis la préface jusqu'au Pater ; intervalle au milieu duquel le prêtre fait la consécration de l'hostie. Voyez MESSE.
Le sentiment commun est que le canon commence à Te igitur, &c. Le peuple doit se tenir à genoux pendant le canon de la messe, & le réciter en soi-même tout bas, & de maniere à n'être point entendu. Quelques-uns disent que saint Jerôme par ordre du pape Sirice, a mis le canon dans la forme où nous l'avons ; d'autres l'attribuent au pape Sirice même qui vivoit sur la fin du jv. siecle. Le concile de Trente dit que le canon de la messe a été dressé par l'Eglise, & qu'il est composé des paroles de Jesus-Christ, de celles des apôtres, & des premiers pontifes qui ont gouverné l'Eglise.
CANON, dans la Musique ancienne ; c'étoit une regle ou méthode de déterminer les intervalles des notes. Voyez GAMME, NOTE, MUSIQUE, &c.
CANON, en Musique moderne, est une sorte de fugue qu'on appelle perpétuelle, parce que les parties partant l'une après l'autre, répetent sans-cesse le même chant.
Autrefois, dit Zarlin, on mettoit à la tête des fugues perpétuelles qu'il appelle fughe in conseguenza, certains avertissemens qui marquoient comme il falloit chanter ces sortes de fugues ; & ces avertissemens étant proprement les regles de cette espece de fugue, s'intituloient canoni, canons. C'est de-là que prenant le titre pour la chose même, on a nommé canons ces sortes de fugues.
Les canons les plus faciles & les plus communs, se prennent à l'unisson ou à l'octave, c'est-à-dire que chaque partie répete sur le même ton le chant de celle qui l'a précédée. Pour composer cette espece de canon, il ne faut qu'imaginer un chant à son gré, y ajoûter en partition autant de parties qu'on veut, puis de toutes ces parties chantées successivement n'en composer qu'un seul air, faisant ensorte que le chant de l'une puisse former une suite agréable avec celui de l'autre.
Pour exécuter un tel canon, la personne qui chante la premiere partie part seule, chantant de suite tout l'air, & le recommence aussi-tôt sans manquer à la mesure. Dès que celui-ci a fini le premier chant qui a servi de sujet, le second entre, commence, & poursuit ce même chant comme a fait le premier ; les autres partent de même successivement aussi-tôt que celui qui les précede a achevé le premier chant ; & recommençant ainsi sans-cesse, on peut continuer ce canon aussi long-tems qu'on veut.
L'on peut encore prendre une fugue perpétuelle à la quinte ou la quarte ; c'est-à-dire que chaque partie fera entendre le même chant que la précédente, une quinte ou une quarte au-dessus d'elle. Il faut alors que l'air soit entierement imaginé, & que l'on ajoûte des dièses ou des bémols selon le cas, aux notes dont les degrés naturels ne rendroient pas exactement à la quinte ou à la quarte, le chant de la partie précédente. On ne doit avoir ici égard à aucune modulation, mais seulement au chant ; ce qui augmente beaucoup la difficulté : car à chaque fois qu'une partie reprend la fugue, elle entre dans un nouveau ton.
Pour faire un canon dont l'harmonie soit un peu variée, il faut que les parties ne se suivent pas trop promtement, que l'une n'entre que long-tems après l'autre ; quand elles se suivent rapidement, comme à la demi-pause ou aux soupirs, on n'a pas le tems d'y faire entendre plusieurs accords, & le canon ne peut manquer d'être monotone : mais c'est un moyen de faire sans beaucoup de peine des canons à tant de parties qu'on veut ; car un canon de quatre mesures seulement sera déjà à huit parties si elles se suivent à la demi-pause ; & à chaque mesure qu'on ajoûtera, on gagnera encore deux parties.
L'empereur Charles VI. qui étoit grand musicien, & composoit très-bien, se plaisoit beaucoup à faire & chanter des canons. L'Italie est encore pleine de fort beaux canons qui ont été faits pour ce prince par les meilleurs maîtres de ce pays-là. (S)
* CANON, en Géométrie & en Algebre, signifie une regle générale pour la solution de plusieurs questions d'un même genre ; ce mot est aujourd'hui peu usité. On se sert plus communément des termes méthode & formule. Voyez METHODE & FORMULE.
CANON NATUREL DES TRIANGLES ; c'est une table qui contient tout ensemble, les sinus, les tangentes, & les sécantes des angles ; on la nomme de la sorte, parce qu'elle sert principalement à la résolution des triangles. Voyez TRIANGLE.
CANON ARTIFICIEL DES TRIANGLES ; c'est une table où se trouvent les logarithmes des sinus & des tangentes, &c. Voyez SINUS, TANGENTE, LOGARITHME.
CANON, dans l'art militaire, est une arme à feu de fonte ou de fer, propre à jetter des boulets de plomb ou de fer.
Le mot de canon semble venir de l'Italien cannone, qui vient de canna, canne, parce que le canon est long, droit, & creux comme une canne.
Les premiers canons ont été appellés bombardes. Voyez BOMBARDE. On leur a aussi donné des noms terribles, pareils à ceux que les anciens donnoient à leurs machines de guerre ; tels sont ceux de coulevrine, qui vient du nom de couleuvre ; de serpentine. de basilic, & d'autres semblables. Ces noms leur furent donnés à cause de la figure de ces animaux que l'on représentoit sur ces sortes de pieces : les Espagnols par dévotion leur donnoient quelquefois des noms de saints, témoins les douze apôtres que l'empereur Charles-Quint fit faire à Malaga pour son expédition de Tunis.
Les principales parties du canon sont Planche V. de l'Art milit. fig. 4, 5, & 6. 1°. La culasse A avec son bouton ; elle n'est autre chose que l'épaisseur du métal du canon depuis le fond de sa partie concave jusqu'au bouton, lequel termine le canon du côté opposé à sa bouche.
2°. Les tourillons I, qui sont deux especes de bras qui servent à soûtenir le canon, & sur lesquels il peut se balancer & se tenir à-peu-près en équilibre : je dis à-peu-près ; parce que le côté de la culasse doit l'emporter sur l'autre d'environ la trentieme partie de la pesanteur de la piece. Comme le métal est plus épais à la culasse que vers l'embouchure du canon, les tourillons sont plus près de sa culasse que de sa bouche.
3°. L'ame qui est toute la partie intérieure ou concave du canon. Elle est marquée dans la fig. 5. Pl. V. de l'Art militaire par deux lignes ponctuées.
Au fond de l'ame est la chambre, c'est-à-dire la partie qu'occupe la poudre dont on charge la piece. Voyez CHAMBRE.
Dans les pieces de 24 & de 16, on pratique au fond de l'ame une espece de petite chambre cylindrique a b, Pl. IV. de l'Art milit. fig. 5. & 6. qui peut contenir environ deux onces de poudre.
4°. La lumiere S, qui est une ouverture qu'on fait dans l'épaisseur du métal proche la culasse, & par laquelle on met le feu à la poudre qui est dans le canon. Elle se fait dans une espece de coquille qu'on construit sur la partie supérieure du canon.
Dans les pieces de 24 & de 16 livres de balle, la lumiere aboutit vers le fond des petites chambres cylindriques dont on vient de parler, comme c d, fig. 6. Elles ont pour objet d'empêcher que l'effort de la poudre dont le canon est chargé, n'agisse immédiatement sur le canal de la lumiere, ce qui peut le conserver plus long-tems. Suivant l'ordonnance du 7 Octobre 1732, la lumiere des pieces de canon, mortiers, & pierriers, doit être percée dans le milieu d'une masse de cuivre rouge, pure rosette, bien corroyée ; & cette masse doit avoir la figure d'un cone tronqué renversé. Voyez LUMIERE.
5°. Les anses H, qui sont deux especes d'anneaux de même métal que la piece, placés vers les tourillons du côté de la culasse, auxquels on donne la figure de dauphins, de serpens, & autres animaux ; ces anses servent à passer des cordages par le moyen desquels on éleve & on fait mouvoir le canon. Lorsqu'il est suspendu à ces cordages, il doit être en équilibre, c'est-à-dire que la culasse ne doit point l'emporter sur la bouche.
NOMS DES AUTRES PARTIES DU CANON.
B, plate bande & moulures de la culasse. C, champ de la lumiere. D, astragale de la lumiere. E, premier renfort. F, plate-bande & moulures du premier renfort. L, ceinture ou ornement de volée. M, astragale de la ceinture. N, volée. O, l'astragale du collet. P, collet, avec le bourrelet en tulipe. Q, couronne avec ses moulures. R, bouche.
Composition du métal du canon. Le métal ou la fonte dont on se sert pour les canons, est composée de rosette ou cuivre rouge, de laiton ou cuivre jaune, & d'étain. (Q)
* On n'est pas encore d'accord sur la quantité proportionnelle des métaux qui doivent entrer dans la composition destinée à la fonte des canons. Les étrangers mettent 100 livres de rosette ; 10 & même 20 livres d'étain, & 20 livres de laiton.
On prétend que les Keller mêloient à 10 milliers de rosette 900 livres d'étain & 600 livres de laiton.
L'étain est très-propre à empêcher les chambres ; mais comme il est mou, les lumieres durent d'autant moins qu'on en a plus employé.
Le sieur Bereau fondeur, prétend que quand on est obligé d'employer de vieilles pieces de métal bas, le fondeur doit demander sur 100 livres de ce métal 25 livres de bon cuivre & 5 livres d'étain.
D'autres prennent un tiers de rosette, un quart de laiton ou vieux métal, & un dix-septieme d'étain.
Il faut à chaque fonte mettre dix livres de vieux-oing, sur 5000 livres de métal.
On a soin de purifier le cuivre, l'étain, & le plomb. Pour cet effet on prend une once de cinnabre, quatre onces de poix noire, une once & demie de racine de raifort seche, seize onces d'antimoine ; quatre onces de mercure sublimé, six onces de bol d'Arménie, & vingt onces de salpetre. On met tout en poudre séparément, puis on mêle. On arrose ensuite de deux livres de l'eau-forte suivante : Prenez deux livres de vitriol, deux onces de sel ammoniac, douze onces de salpetre, trois onces de verd-de-gris, huit onces d'alun : mettez en poudre séparément, mêlez & distillez.
Mettez deux parties de cette eau-forte sur trois parties de la poudre précédente dans une terrine sur le feu, remuant bien, & laissant évaporer l'eau jusqu'à dessication.
Cela préparé, fondez 94 livres de rosette, avec 6 de laiton ; & avec autant d'étain : laissez le tout quelque tems en fusion, le remuant de tems en tems avec un bâton ferré & entortillé de haillons trempés dans le vieux-oing.
Au bout d'un quart-d'heure, sur les 103 livres de métal mettez deux onces de la poudre susdite. Pour cet effet renfermez ces deux onces dans une boîte : attachez cette boîte à une verge de fer, & plongez-la au fond du métal, remuant jusqu'à ce qu'il ne s'éleve plus de fumée blanche. Laissez encore le tout en fusion pendant une demi-heure, au bout de laquelle vous pouvez jetter en moule.
A l'égard des canons de fer, on les construit de la même maniere que les autres. Ils ne sont pas capables de la même résistance que ceux de fonte ; mais comme ils coûtent beaucoup moins, on s'en sert sur les vaisseaux, & même dans différentes places de guerre.
Les canons sont de différentes grandeurs, & ils chassent des boulets plus ou moins gros, suivant leur ouverture.
On faisoit autrefois des canons qui chassoient des boulets de 33, de 48, & même de 96 livres de balle : mais suivant l'ordonnance du 7 Octobre 1732, il ne doit être fondu en France que des pieces de 24, qui sont les plus grosses ; ensuite de 16, de 12, de 8, & de 4, c'est-à-dire des pieces qui chassent des boulets de 24 livres, de 16 livres, &c. car le canon porte ordinairement le nom de la pesanteur du boulet qu'il peut chasser. Ainsi une piece de 24, est un canon qui tire un boulet de 24 livres, & de même des autres pieces.
On désigne encore les pieces de canon par le diametre de leur bouche, qu'on nomme ordinairement leur calibre. Voyez CALIBRE. On doit le diviser en 36 parties, suivant l'ordonnance du 7 Octobre 1732, pour déterminer par ces parties les dimensions des différentes moulures du canon.
On joint ici la table de toutes les dimensions des pieces des cinq calibres suivant cette ordonnance.
Table des dimensions des pieces de canon des cinq calibres.
L'ordonnance de 1732 assujettit tous les Fondeurs à suivre le même profil ou les mêmes moulures dans les différentes pieces des cinq calibres : on joint ici la table des dimensions de ce profil, qui accompagne cette ordonnance. On y suppose le calibre de chaque piece divisé en 36 parties égales : ce sont ces parties qui serve nt à exprimer ou donner les différentes dimensions de ce profil général.
Table des dimensions des moulures d'une piece de canon, exprimées en parties de son calibre divisé en 36 parties égales.
Maniere de faire les moules du canon & de les fondre.
* Avant tout, il est à propos d'avoir les terres toutes préparées. La premiere qu'on employera sur la natte, ainsi qu'il sera dit ci-après, sera de la terre grasse détrempée avec de la poudre de brique : la quantité de la poudre de brique dépend de la bonté de la terre grasse.
La seconde terre qui servira pour le moule, sera pareillement de la terre grasse bien battue, avec de la siente de cheval & de la bourre ; la quantité de fiente de cheval dépend aussi de la qualité de la terre.
La troisieme, nommée potée, dont on se servira pour commencer la chape du moule, sera de la terre grasse très-fine & passée au tamis, mêlée de fiente de cheval, d'argille, & de bourre. La terre grasse, l'argille & la fiente de cheval se mettront en parties égales avec un tiers de bourre.
La quatrieme, qui s'appliquera sur la potée, sera de la terre grasse avec fiente de cheval & bourre, dans la proportion ci-dessus.
Il y a une façon de faire une potée, qui sera meilleure que la précédente. Prenez une demi-queue de terre à four, deux seaux de fiente de cheval : mêlez le tout dans un tonneau avec de l'eau commune, & l'y laissez plusieurs jours, au bout desquels faites des gâteaux de ce mélange : faites sécher ces gâteaux : pilez les bien menus : mettez cette poudre à détremper avec de l'eau de fiente de cheval, broyez-la ainsi détrempée avec une molette, sur une pierre à broyer les couleurs. Quand elle sera bien broyée, ajoutez-y environ un litron de céruse pilée & passée au tamis de soie : rebroyez le mélange à la molette avec de l'urine, puis ajoûtez une douzaine de blancs d'oeuf.
Pour faire l'eau de fiente de cheval dont on vient de parler, remplissez un tonneau de cette fiente : jettez dessus de l'eau jusqu'à ce que l'eau surnage ; laissez tremper quelque tems, & vous aurez l'eau de fiente.
Quand à la terre qu'on employera sur cette potée, on la composera d'un muid de terre grasse, de quatre seaux de fiente de cheval, & d'autant de forte urine qu'il en faudra pour détremper la terre & la bourre, & battre le tout ensemble.
On prend une piéce de bois de sapin, bien droite & à plusieurs pans, ou même toute unie & plus longue que la piece ne peut être, c'est-à-dire de 12 piés & plus : cette piece de bois s'appelle trousseau. On couche ce trousseau tout de son long, & l'on en appuie les bouts sur des tréteaux ou chantiers. V. Pl. I. Fonderie des canons, figure 1. Le trousseau de bois A sur des chantiers B B. La partie C du trousseau s'appelle le moulinet : ce moulinet sert à tourner le trousseau lorsqu'on y met la natte, & que l'on applique la terre qu'on doit former par son enduit le moule ou la chape.
On graisse le trousseau avec du vieux-oing : on roule par-dessus, & l'on attache avec deux clous une natte de paille qui couvre le trousseau, & qui lui donne une grosseur relative à celle que doit avoir la piece de canon. Voyez même figure, cette natte sur le trousseau.
Sur cette natte ou applique plusieurs charges ou couches d'une terre grasse détrempée avec de la poudre de brique, & l'on commence à former un modele de canon.
On met ensuite une autre couche, dont la terre est bien battue & mêlée avec de la bourre & de la fiente de cheval : on en garnit le modele, jusqu'à ce qu'il soit de la grosseur dont on veut la piece.
En appliquant toutes ces couches de terre, on entretient toûjours sous le trousseau un feu de bois ou de tourbes, suivant les lieux, afin de faire sécher la terre plus promtement.
Après cela on fait toutes les parties de la piece, comme le bourrelet, le collet, les astragales, les renforts, les plates-bandes, &c. ce qui se fait d'une maniere fort simple, & néanmoins fort ingénieuse.
Lorsque la derniere terre appliquée est encore toute molle, on approche du moule, qui est brut, ce que l'on appelle l'échantillon : c'est une planche de douze piés ou environ, dans laquelle sont entaillées toutes les différentes moulures du canon : on assûre cette planche bien solidement sur les deux chantiers, ensorte qu'elle ne puisse recevoir aucun mouvement.
On tourne après cela à force le moule contre l'échantillon par le moyen de petits moulinets qui sont à l'une de ses extrémités : le moule frottant ainsi contre les moulures de l'échantillon, en prend l'impression, ensorte qu'il ressemble entierement à une piece de canon finie dans toutes ses parties.
A la fonderie de Paris, au lieu des terres susdites on employe du plâtre bien fin : mais ce plâtre a un inconvénient, c'est de se renfler inégalement, ce qui rend la surface des pieces moins parfaite ; ce qu'on pourroit corriger en finissant le moule un peu plus menu, laissant faire au plâtre son effet ; le rechargeant ensuite avec du suif, & le repassant à l'échantillon jusqu'à ce qu'il eût la grosseur requise.
Voyez Planc. XI. de l'Art milit. fig. 1. le trousseau de bois A posé sur les chantiers B B. C, est le moulinet du trousseau. D, est l'échantillon de bois arrêté sur des chantiers garnis de fer du côté du moule de la piece, qui sert à former les moulures sur la terre molle qui couvre le trousseau, à mesure qu'on tourne par le moulinet que l'on voit au bout du trousseau. E, est le moule de terre sur le trousseau, que l'on tourne par le moulinet pour lui imprimer les moulures marquées sur l'échantillon.
Lorsque le moule du canon est formé avec ses moulures, on lui pose les anses, les devises, les armes, le bassinet, le nom, l'ornement de volée ; ce qui se fait avec de la cire & de la térébenthine mêlées, qui ont été fondues dans des creux faits de plâtre très-fin, où ces ornemens ont été moulés.
Les tourillons se font ensuite ; ce sont deux morceaux de bois de la figure que doivent avoir les tourillons, on les fait tenir au moule avec deux grands clous. Il faut avoir soin de renfler les renforts avec de la filasse ; car faute de cette précaution, ils sont creux à cause des moulures qui saillent.
Après avoir ôté le feu de dessous le moule, on le frotte partout avec force suif, afin que la chape qui doit être travaillée par-dessus, pour le couvrir, ne s'y attache point. On passe ensuite le moule par l'échantillon, pour faire coucher le suif également partout.
Cette chape se commence d'abord par une couche ou chemise de terre grasse, mais très-fine, qui s'appelle potée. On a déjà dit que cette potée est une terre passée & préparée avec de la fiente de cheval, de l'argille, & de la bourre.
On laisse sécher la premiere couche sans feu, ce qui s'appelle à l'ombre.
Quand elle est seche, on met par-dessus d'une terre plus grasse, mêlée aussi de bourre & de fiente de cheval : la proportion est demi-livre de terre, demi-livre de fiente de cheval, & un tiers de bourre ou environ. Quand c'est d'une certaine terre rouge comme celle qui se prend à Paris auprès des Chartreux, elle suffit seule en y mêlant un peu de bourre.
Après que la chape a pris une épaisseur de quatre pouces, & qu'elle a été bien séchée au feu, on tire les clous qui arrêtoient les anses & les tourillons, on en bouche les entrées avec de la terre, puis l'on bande ce moule, ainsi bien couvert de terre, avec de bons bandages de fer passés en long & en large & bien arrêtés : par-dessus ce fer on met encore de la grosse terre.
La chape des gros moules a ordinairement cinq ou six pouces d'épaisseur.
Quand le trou est bien sec, on ôte les clous de la natte, on donne quelques coups de marteau sur les extrémités du trousseau : lequel étant plus menu par un bout que par l'autre, ce que l'on appelle être en dépouille, se détache insensiblement du milieu du moule qu'il traverse de bout en bout ; & en retirant ce trousseau, la natte vient à mesure, & se défile avec beaucoup de facilité.
Ce moule ainsi vuidé par dedans, on le porte tout d'un coup dans la fosse qui est devant le fourneau, & où le canon doit être fondu.
L'on jette force bûches allumées dans ce moule jusqu'à ce qu'il soit parfaitement sec ; & c'est ce qu'on appelle le mettre au recuit.
L'ardeur du feu opere deux effets : elle fond le suif qui sépare la chape d'avec le moule ; & elle seche en même tems les terres de ce moule, de maniere qu'on les casse facilement avec des ferremens, afin qu'il ne reste en entier que la chape seule, laquelle dans son intérieur a conservé l'impression de tous les ornemens faits sur le moule.
A la place du moule que l'on vient de détruire ; l'on met une longue piece de fer qu'on appelle le noyau. Voyez NOYAU. Elle se pose très-juste dans le milieu de la chape, afin que le métal se répande également de côté & d'autre.
Le noyau est couvert d'une pâte de cendres bien recuite au feu comme le moule, & arrêtée avec du fil-d'archal, aussi bien recuit, le long & à-l'entour par trois fois en spirale, couche sur couche, jusqu'à la grosseur du calibre dont doit être l'ame de la piece, ensorte qu'il reste un espace vuide entre le noyau & le creux de la chape qui doit être rempli par le métal ; ce qui fait l'épaisseur de la piece. Cette précaution de couvrir ce noyau, s'observe pour empêcher que le métal ne s'attache, & pour pouvoir ensuite le retirer aisément du milieu de la piece ; comme en effet on l'en tire quand la piece est fondue.
Pour faire tenir ce noyau bien droit, on le soûtient du côté de la culasse par des barreaux d'acier passés en croix, c'est ce qu'on appelle le chapelet. Voyez CHAPELET. Du côté de la bouche de la piece, le noyau est soûtenu par une meule faite de plâtre & de tuiles, dans laquelle passe le bout opposé au chapelet.
Lorsque le noyau est placé, on attache la culasse au moule. Cette culasse est faite à part, de la même composition & de la même matiere que le moule du corps de la piece. Elle est aussi bien bandée de lames de fer, & elle s'enchâsse proprement au bout du moule, où elle s'accroche avec du fil-d'archal aux crochets des bandages de la chape.
On coule ordinairement les pieces de la culasse en bas, & on laisse au bout du moule qui est en-haut, un espace vuide d'environ deux piés & demi de haut, lequel sert à contenir la masselotte, c'est-à-dire l'excédent du métal de la piece, qui pese quatre milliers au moins : ce poids fait serrer le métal qui compose la piece, & il le rend moins poreux & moins sujet à avoir des chambres.
F, dans la fig. 1. de la Pl. II. de l'Art milit. représente le noyau. G, dans la même figure, est une coupe du noyau recouvert de pâte de cendre pour former le calibre de la piece. H, est le chapelet de fer qui se met à l'extrémité de l'ame de la piece pour assembler la piece avec la culasse. I, est le profil du moule recouvert de ses terres, & retenu par des bandages de fer. KK, dans la fig. 2. toujours même Pl. II. est l'épaisseur de la terre, qui forme la chape du moule. LL, est la chape de la culasse qui s'assemble au corps de la piece par le chapelet, comme les lignes ponctuées le font voir. MM, est l'espace vuide pour recevoir le métal entre la chape & le noyau. NN, est le noyau tel qu'il est posé dans le moule : on l'en fait sortir lorsque la piece est fondue. OO, est la masselotte ou l'excédent de la matiere, que l'on scie au bout de la volée à l'endroit qui est ponctué. P, est le passage où ce métal s'écoule dans le moule. Q, est le moule recouvert de ses terres & bandages, tel qu'il est dans la fosse où on le met pour fondre la piece.
Supposons qu'on veuille fondre plusieurs pieces à la fois, au haut du moule sont disposés plusieurs tuyaux creux & godets de terre répondant à l'intérieur du corps du moule, par où le métal doit couler ; & l'on laisse aussi plusieurs tuyaux pour servir d'évent. Quand tout est bien préparé, la fosse se remplit de terre bien seche que l'on bat avec grand soin couche sur couche autour du moule jusqu'en haut, les godets, tuyaux, & évents surpassant de quelques pouces l'air ou la superficie du dessus de la fosse. On forme des rigoles tout-au-tour avec une terre grasse que l'on seche parfaitement : elles se nomment échenos, & servent à conduire le métal du fourneau dans le moule des pieces. Saint-Remy. (Q)
* Le fourneau de cette fonderie ne differe presqu'en rien du fourneau de la grande fonderie en bronze. Voyez l'article de cette fonderie. Il y a à ses fondations voûte sous la chauffe, & voûte sous le fourneau, avec évent, pour donner sortie à la fumée. Il y a au rez-de-chaussée des âtres de fer pour remuer le métal en fusion, avec une ouverture pour jetter le bois dans la chauffe : cette ouverture se bouche avec une pelle de fer. Voyez Planc. II. de la fonderie dont il s'agit ici, une coupe du fourneau par le milieu sur les âtres de fer, fig. 3. BB, évents de dessus le fourneau. GG, âtres de fer par où l'on remue le métal. LL, ouvertures par où l'on tire les crasses. M, chauffe. P, voûte sous le fourneau. La fig. 4 de la même Planche, est une autre coupe du même fourneau perpendiculaire à la précédente, & par la chauffe. Q : évent pour la fumée. OO, voûte sous la chauffe. N, grille. G, âtres de fer. K, la chauffe. L, ouverture pour remuer le métal. M, le fourneau, ZZ, bâtis de charpente pour descendre les moules & remonter les pieces fondues. V, X, Y, bascule pour lever & baisser la porte du fourneau par où l'on remue le métal. Fig. 5. cette porte vue séparément. X, la porte. V, la bascule Y, le boulet qui fait hausser & baisser.
Quand le métal est chaud à un certain degré connu par le fondeur, c'est-à-dire fort fluide & non empâté, à quoi l'on employe ordinairement 24 ou 30 heures ou environ, observant de tenir les morceaux de rosette dans le fourneau élevés sur des grès, & ne posant pas sur l'âtre ; on dispose des hommes qui tiennent des pinces ou écluses de fer sur tous les trous qui communiquent dans les moules, afin que quand le métal vient à sortir du fourneau, il remplisse également toutes les rigoles, & qu'il soit également chaud en descendant dans toutes les parties du moule.
On débouche le trou du fourneau avec une longue & grosse piece de fer pointue appellée la serriere. Ce trou est fermé en-dedans avec de la terre grasse. Aussi-tôt qu'il est ouvert, le métal tout bouillonnant sort avec impétuosité, & il remplit toutes les rigoles : alors les hommes qui tiennent les petites écluses de fer sur les trous, les débouchent deux à deux, & à mesure que les trous se remplissent, ils se retirent ; & le métal tombant avec rapidité dans le moule, forme la piece.
Pour éviter les soufflures que le métal forme dans son bouillonnement & dans la chûte précipitée qui presse l'air dans les canaux, les Keller avoient imaginé un tuyau qu'ils disposoient à côté de leur moule : le métal entroit par ce tuyau ; & comme il faisoit le chemin de descendre avec violence au fond de ce tuyau, qui avoit un trou pour communiquer dans le moule, il remontoit dans le moule par ce trou, de la même maniere que l'eau qu'on verse dans une branche d'un siphon, remonte dans l'autre : par-là il chassoit l'air devant lui, & il étoit moins à portée d'en conserver des parties. Mais l'usage de ces habiles Fondeurs sur ce point, n'a pas été généralement suivi.
Les moules & les fontes des mortiers & des pierriers se font de la même maniere que pour le canon.
Lorsque les moules sont retirés de la fosse, on les casse à coups de marteau pour découvrir la piece qu'ils renferment. La figure se montre ensuite ; & comme elle est brute en plusieurs endroits, on se sert de ciseaux bien acérés & de marteaux, pour couper toutes les superfluités & les jets du métal ; & avec le tems, on donne à la piece toute la perfection que l'on veut. Lorsqu'elle commence à avoir une forme un peu réguliere, ce qui s'appelle être décrottée, on la met à l'alésoir pour lui donner le calibre qu'elle doit avoir. Voyez ALESOIR. On perce ensuite sa lumiere avec une espece de foret particulier : après quoi on fait l'épreuve de la piece. Voyez EPREUVE. Mémoires d'Artillerie par Saint-Remy.
On n'a pas toûjours fondu le canon avec un noyau ou un vuide dans le milieu : il y a eu des Fondeurs qui l'ont coulé massif ; on voit même dans les mémoires de M. de Saint-Remy, la figure de la machine dont ils se servoient pour former l'ame de la piece. Cette méthode fut abandonnée, suivant cet auteur, pour revenir à l'ancienne : mais le sieur Maritz a obtenu depuis quelques années la permission de fondre les pieces massives. On prétend qu'il a inventé une machine plus parfaite que celle dont il est fait mention dans les mémoires de M. de Saint-Remy, pour les forer. Voyez NOYAU.
Lorsque la piece se coule massive, le moule se forme de la même maniere que s'il devoit avoir un noyau. On ne fait que supprimer ce noyau.
On joint ici une table de ce que le Roy paye actuellement en France pour la façon des pieces de canon dans les différens arsenaux du royaume : le prix des pieces de la fonderie de Strasbourg est plus considérable que celui des autres, parce qu'elles y sont coulées massives & forées avec la machine du Sr. Maritz.
Table du prix des façons des pieces de canon en France.
Les métaux sont fournis par le Roi aux commissaires des fontes ; il leur est accordé dix pour cent de déchet sur tous les métaux qu'ils livrent en ouvrages neufs, faits, parfaits, & reçus.
Le Roi fournit aussi les outils & ustenciles de fonderie : mais les commissaires des fontes sont chargés de pourvoir à leurs frais au radoub & à l'entretien des outils & ustensiles qui leur sont remis en bon état, & dont on les charge par un inventaire en bonne forme.
Le Roy paye à Doüay & à Perpignan 3 sous, à Lyon & à Strasbourg 3 sous 6 deniers de façon pour chaque livre de métal pesant, pour les petits ouvrages, comme poulies, boîtes à roüage, mortiers & pilons pour compositions, boîtes à signaux, & autres petits ouvrages à l'usage de l'Artillerie.
Les pieces de canon, mortiers, & pierriers, sont portés au lieu destiné pour leur épreuve, & rapportés dans les fonderies aux dépens du Roi, à l'exception des pieces qui sont rebutées, que les commissaires des fontes sont obligés de faire rapporter à leurs frais & dépens.
Dans les cas pressans, & lorsqu'il est ordonné aux commissaires des fontes de ne point réparer les pieces, ils sont tenus de les livrer brutes ; & alors il leur est rabattu 50 livres par piece de 24, de 16 & de 12, & 25 livres pour chacune piece de calibre inférieur, ainsi que pour les mortiers & pierriers. Mémoires d'Artillerie de Saint-Remy, troisieme édition. (Q)
* Lorsque la piece est finie, on perce la lumiere : pour cet effet, on renverse la piece de côté, de maniere qu'un des tourillons soit tourné vers la terre. Elle est posée sur des chantiers, l'endroit où se doit percer la lumiere correspondante à la pointe du foret quand il est monté sur la bascule, comme on voit Planche I. fig. 2.
Suivant l'ordonnance du 7 Octobre 1732, le canal de la lumiere doit être pratiqué dans le milieu d'une masse de cuivre rouge, pure rosette, bien écroüi, & qu'on a placé dans le moule à la place où devoit être faite la lumiere. On a préféré le cuivre rouge à la matiere même du canon, parce qu'il résiste davantage à l'effort de la poudre.
La lumiere doit être percée de maniere qu'elle forme un angle obtus de 100 degrés avec l'extérieur de la piece vers la volée. C'est à quoi l'ouvrier doit faire attention en perçant, afin de diriger son foret convenablement.
Dans les pieces de 12, le canal de la lumiere doit aboutir à 8 lignes du fond de la lumiere. Dans celle de 8 à 7 lignes, & dans celle de 4 à 6 lignes.
Dans celles de 24 & de 16 où il y a de petites chambres, à 9 lignes du fond de la petite chambre dans celle de 24, & à 8 lignes dans celle de 16.
Le foret dont on se sert est le même que celui des Serruriers ; sa partie tranchante est seulement en langue de serpent.
Comme la force d'un homme ne seroit pas suffisante pour pousser le foret & le faire mordre, on se sert de la machine qu'on voit fig. 1 ; elle s'appelle bascule ; & s'en servir, c'est forer à bascule.
La palette G est tenue fortement appliquée au foret par le levier A B C & le poids D.
* Quand la lumiere est faite, on procede à l'épreuve : pour cet effet on choisit un lieu terminé par une bute de terre assez forte pour arrêter le boulet,
On place la piece à terre sur un chantier, & on la tire trois fois. La premiere charge de poudre est de la pesanteur du boulet. Après la premiere épreuve, on y brûle encore un peu de poudre en-dedans pour la flamber ; on y jette de l'eau sur le champ ; on bouche la lumiere ; on presse cette eau avec un écouvillon ; & l'on examine si elle ne s'échappe par aucun endroit.
On prend ensuite le chat : c'est un morceau de fer soit à trois, soit à deux griffes, comme on le voit fig. 3. 4. 5. du calibre de la piece que l'on conduit partout pour trouver les chambres. On ne peut user de la bougie que pour les petites pieces, la fumée l'éteignant dans les grandes.
On n'éprouve les pieces de la nouvelle invention qu'avec une charge de poudre des trois quarts du poids du boulet.
On substitue quelquefois au boulet des cylindres de terre grasse du calibre de la piece, & d'environ deux piés de long.
Le chat de la fig. 5 est à l'usage de toute sorte de pieces, par la commodité qu'on a d'étendre ou de resserrer ses griffes par le moyen de l'anneau dans lequel elles sont passées, & du ressort qui est placé entr'elles.
Quand on s'est assûré par le chat qui se trouve arrêté dans l'intérieur de la piece, qu'il y a chambre, on connoît la profondeur de la chambre de la maniere suivante : on prend le chat simple de la fig. 3. on éleve sur sa place de la terre glaise jusqu'à la hauteur du bout de la griffe ; vous conduisez votre griffe dans cet état dans la chambre ; vous l'y faites entrer le plus que vous pouvez : quand elle y est bien enfoncée, vous retirez votre chat ; les bords de la chambre appuient contre la glaise, & la détachent de la griffe ; & la partie découverte de la griffe marque la profondeur de la chambre.
* L'on met des grains aux lumieres des pieces, en les alésant d'un trou d'environ deux pouces ; cela fait, on fait couler par la bouche du canon de la cire au fond de l'ame, lorsque l'épaisseur de derriere de la culasse n'est pas assez considérable. On met sur cette cire du sable un peu moite : on le frappe avec un refouloir jusqu'à la hauteur des anses ; on fait chauffer la piece ; on place au-dessus un écheno de terre ; la piece est à deux piés au-dessous de l'écheno qui y conduit le métal. Il y a dans le fourneau à-peu-près 800 livres de métal. On pratique un gros jet pour la lumiere ; elle s'abreuve de métal par ce jet ; on la laisse refroidir : on lui enleve ce qu'il y a de trop, & on fore une nouvelle lumiere.
Banii, fondeur polonois, s'y prend autrement : il creuse la lumiere en écrou avant que d'y couler le métal ; le métal s'engage si bien dans ces tours ou pas d'écrou, qu'il n'en peut être chassé.
On a proposé d'autres moyens que les précédens pour mettre des grains, mais ont qui tous leurs inconvéniens. M. Gor, commissaire des fontes de Perpignan, en proposa un en 1736, par le moyen duquel le grain se met à une piece en moins de quatre heures sans la démonter : l'essai s'en fit le 2 Mai, & il fut heureux.
Lorsqu'on refond des pieces, il s'agit de les mettre en tronçons pour les jetter dans le fourneau ; pour cela, on fait une rainure à la piece dans l'endroit où l'on veut la couper avec une tranche & le marteau ; puis on fait une maçonnerie seche de quatre briques d'épaisseur : on y place la piece en équilibre ; on remplit de charbon allumé la maçonnerie ; on fait chauffer la piece jusqu'à lui donner la couleur de cerise ; puis on éleve un gros poids avec la chevre, qu'on laisse retomber à plomb sur la piece qui en est brisée.
* Des lavures. Dans les lieux où l'on fond & où on alese les canons, il reste des grains, des sciures, & autres pieces de métal mêlées avec les ordures. Il en reste aussi dans les fourneaux, attachées au fond de l'âtre, qu'on appelle gâteau. La maniere de séparer ces portions métalliques s'appelle laver ; & ces portions métalliques séparées s'appellent lavures. Pour laver, on fait passer le ramas de matieres hétérogenes tirées de l'attelier de l'alésoir des terres de la Fonderie, &c. par plusieurs eaux ; & on met au moulin ce qui sort des eaux. Il y a deux sortes de moulins ; la premiere n'a rien de particulier, elle ressemble aux moulins à cidre. C'est une meule de fer coulé d'environ trois piés de diametre, sur quinze pouces d'épaisseur, posée verticalement sur une cuvette coulée aussi de fer, & assise sur une maçonnerie. Les rebords de la cuvette ont six pouces de haut : un levier passe au centre de la meule, la traverse, & se rend dans un arbre vertical mobile sur lui-même, & soûtenu par en haut dans une solive où entre son tourillon, & par en bas sur une crapaudine placée au centre de la cuvette. Deux hommes s'appliquent au levier, & font tourner avec l'arbre la meule qui écrase les lavures : quand elles sont bien écrasées on les relave, puis on les fond pour les mettre en saumon. Il y a une autre sorte de moulin qu'on voit Planche II. de la Fonderie des canons.
B B, baquet à laver les lavures.
C C, pilons qui écrasent dans l'auger D D les lavures.
A, arbre qui meut les pilons.
E, grande roue mûe par des hommes.
F, lanterne qui fait mouvoir la roue E.
G, autre lanterne fixée sur le même arbre que la lanterne F, & qui fait mouvoir l'arbre A, qui fait hausser les pilons C, C, C ; d'où l'on voit que cette machine à laver n'est autre chose que celle à bocarder des grandes fonderies & usines placées aux environs des mines.
Les lavures sont portées, comme nous avons dit, au fourneau d'affinage, qu'on voit fig. 3. même Pl.
F, fourneau.
G H, espece de rigole où l'on jette la matiere & le charbon pêle-mêle.
I, un soufflet.
K, levier à mouvoir le soufflet.
Voilà tout ce qui peut concerner la fonte des canons. Pour l'entendre bien parfaitement, il ne seroit pas hors de propos d'en faire précéder la lecture par celle de la fonte des grandes statues en bronze. Voy. BRONZE. Quant à la maniere de charger le canon, voyez CHARGE ; & pour celle de le mettre en situation nécessaire pour que le boulet atteigne dans un lieu désigné, voyez POINTER.
On croit que l'on n'a commencé à se servir de canons qu'en 1350 sur la mer Baltique ; quoi qu'il en soit, il est certain qu'ils furent employés en 1380 pendant la guerre des Vénitiens avec les Génois. Six ans après, il en passa quelques-uns en Angleterre sur deux vaisseaux françois pris par ces insulaires. Les Anglois en firent de fer au commencement du xvj. siecle. (Q)
CANON de la nouvelle invention ou à l'Espagnole : on appelloit ainsi des pieces imaginées vers la fin du siecle dernier, qui avoient une chambre au fond de l'ame en forme de sphere un peu applatie. Ces canons étoient donc plus courts que les autres.
L'objet qu'on s'étoit proposé dans cette invention, étoit de chasser le boulet dans un canon plus court, moins pesant, & par conséquent plus aisé à transporter que les anciens, avec la même force que dans les canons ordinaires.
Pour cela on faisoit aboutir la lumiere à-peu-près vers le milieu de la chambre sphérique, afin qu'il s'enflammât une plus grande quantité de poudre à la fois, que lorsque l'ame du canon étoit par-tout uniforme.
L'expérience a prouvé la réussite de ce qu'on s'étoit proposé dans la construction de ces sortes de pieces ; car quoique beaucoup plus courtes que les anciennes, & avec une moindre quantité de poudre, elles produisoient les mêmes effets, mais comme il étoit difficile de nettoyer leur capacité intérieure après que la piece avoit tiré, il y restoit assez souvent du feu qui produisoit de fâcheux accidens aux canoniers chargés du service de ces pieces, surtout lorsqu'ils étoient obligés de tirer promtement. D'ailleurs la poudre, avant de sortir de la chambre, agissoit de tous côtés avec une si grande impétuosité, qu'elle brisoit les affûts, ou du moins qu'elle les mettoit en très-peu de tems hors de service ; elles avoient aussi par une suite nécessaire de ce grand mouvement, beaucoup de recul & très-peu de justesse dans leurs coups. Toutes ces considérations ont fait abandonner l'usage de ces pieces, malgré leurs avantages particuliers, & l'on a même fait refondre la plûpart de celles qui se trouvoient dans les arsenaux & dans les places. Voy. une de ces pieces de 24 liv. de balle ; Planche IV. de l'Art. milit. fig. 1. L'échelle qui est dessous en fera connoître les principales dimensions. Et Pl. II. fig. 1. & fig. A, B, C, D, l'affût du capitaine espagnol avec ses dimensions. Il servira du moins à faire connoître le canon & l'affût dans tout le détail de ses parties. (Q)
Proportions de la piece de huit livres de balle, & de son affût, roue, & avant-train de la nouvelle invention du capitaine espagnol.
Proportion de la piece de huit livres de balle.
Proportion de l'affût de la piece de huit livres, de la nouvelle invention du capitaine espagnol.
PREMIERE FIGURE.
Proportion des ferrures de l'affût de huit.
PREMIERE FIGURE.
A l'égard de la maniere de voiturer le canon & de le soûtenir, voyez AFFUST.
Pour ce qui concerne la méthode de le charger, voyez CHARGE.
CANON à la suédoise ; c'est une piece de quatre livres de balle de nouvelle invention. Dans l'épreuve de deux de ces pieces fondues à l'arsenal de Paris en 1740, on a aisément tiré dix coups par minute. Ces pieces ne pesent qu'environ 600 ou 625 livres, ce qui les rend d'un transport très-aisé dans toutes sortes de terreins. On assûre que Mr. Dubrocard, tué à Fontenoy, s'en est servi très-avantageusement en Boheme. (Q)
* CANON de fusil, (Arts méchaniques) Le canon d'un fusil en est la partie principale. C'est ce tube de fer dans lequel on met la poudre & le plomb, & qui dirige le coup où l'on veut qu'il atteigne. Il ne paroit pas au premier coup-d'oeil que ce soit un ouvrage difficile, que celui d'un bon canon ; cependant il demande pour l'exécution des précautions, & de l'expérience. Sans les précautions, le canon péchant par la matiere, celui qui s'en servira sera exposé à en être estropié, ou peut-être même tué : sans l'expérience, la matiere sera bonne ; mais étant mal travaillée, celui qui se servira de fusil, sera peu sûr de son coup, à moins que par une longue habitude de son arme, il ne parvienne à en connoître & corriger le défaut. Il y a des canons qui ne portent qu'à peu de distance ; d'autres portent, ou trop bas, ou trop haut, ou à gauche, ou à droite. Il y en a qui ont le recul très-incommode. On peut inviter les Physiciens à tourner leurs vûes de ce côté, à s'instruire de la maniere dont on forge les canons de fusil, & à rechercher tout ce qui peut contribuer à la perfection & à la bonté de cette arme.
Une des principales attentions que doit avoir celui qui fait un canon de fusil, c'est de choisir de bon fer. Le meilleur pour cet usage doit être doux, liant & sans paille.
Il prendra environ six piés de barre de ce fer, de vingt-deux lignes de large, sur quatre lignes environ d'épaisseur. Cette barre pliée en trois, appellée par les ouvriers maquelle, sera chauffée, soudée, & bien corroyée sous le gros marteau, pour en former la lame du canon.
On entend par la lame, un morceau de fer plat, destiné à être roulé ou tourné sur une longue broche, & à former le tube ou canal du canon.
La broche fait ici la fonction d'une bigorne. C'est sur elle que se fait l'opération la plus délicate, celle de souder le canon, ou la lame roulée, selon toute sa longueur. On conçoit que si cette soudure peche en quelque endroit, l'effort de la poudre ne manquera pas d'ouvrir le canon dans cet endroit ; & que si le défaut se trouve malheureusement à la partie inférieure du canon qu'on appelle le tonnerre ; le moindre accident qui puisse en arriver à celui qui s'en sert, c'est d'avoir un bras, une main emportée. Il est des Arts dont la bonne police devroit interdire l'exercice à tout mauvais ouvrier, & où les bons ouvriers sont plus particulierement obligés à ne point faire de mauvais ouvrages. Un ouvrier en canon de fusil qui s'est négligé dans son travail, s'est exposé à un homicide. Il n'en est pas d'un canon de fusil ainsi que d'un couteau, d'un ciseau, d'une montre, &c.
Pour que la soudure soit bien faite, il est enjoint à l'ouvrier de donner les chaudes de deux pouces en deux pouces au plus. S'il les donnoit moins fréquentes & sur plus de longueur, quelques portions de matiere se refroidissant avant que d'être travaillées au marteau, ou ne souderoient point, ou souderoient mal.
Lorsque le canon aura été soudé sur la broche de l'un à l'autre bout, l'ouvrier observera avec attention, s'il n'y a pas resté d'éventures ou crevasses, ou de travers. Les travers sont des especes de crevasses transversales, qui viennent du défaut de la matiere. S'il y remarque quelqu'une de ces défectuosités, il rapportera en cet endroit des lames de fer enchassées en queue d'aronde, & au lieu de la troisieme chaude douce, il ressoudera le canon depuis un bout jusqu'à l'autre ; cette ressoudure est même très-bonne à pratiquer, soit qu'il y ait eu des éventures ou non. Elle achevera de resserrer les pores de l'étoffe, & de rendre le canon de bon service.
Cela fait le canon sera forgé. Il s'agit maintenant de le forer ; car on se doute bien que sa surface tant intérieure qu'extérieure au sortir de la forge, doit être très-inégale. Le canon sera foré par vingt forets au moins, qui augmenteront le calibre peu-à-peu ; mais au lieu de l'instrument appellé la mouche, qui a une espece de ramasse, & qui ne peut pas rendre un canon égal de calibre, il est ordonné de se servir d'une meche ou outil quarré de la longueur de douze à quatorze pouces, sur laquelle on appliquera une ételle de bois, qui couvrira les deux carnes de la meche ; à chaque fois que l'on passera la meche dans le canon, on rechaussera l'ételle de bois par une bande de papier mise entr'elle & la meche ; ce qui servira à enlever les traits du foret, & à rendre le canon égal dans l'ame, & du calibre prescrit.
Voyez Planche premiere de la fabrication des canons, la perspective d'une usine dont on voit le plan, Planche II. A est un bac qui se remplit d'eau par le moyen du tuyau ou de la cannelle B, qui aboutit par son autre extrémité dans un reservoir ou courant qui conduit de l'eau, dont la chûte sur les aubes d'une grande roue fixée sur l'arbre de la roue D, fait tourner cette roue. On a pratiqué deux rainures dans l'épaisseur de la roue D, propres à recevoir deux cordes ; l'une de ces cordes, après s'être croisée, se rend sur la poulie E, & la fait tourner. La poulie E, fixée sur l'arbre F, fait tourner cet arbre, & avec cet arbre, la roue G, la meule H & le quarré I, dans lequel est adapté le foret L. La roue G, porte une corde qui se croise & se rend sur la roue M ; la roue M, fait tourner l'arbre N, la meule O, le quarré P & le foret Q, qui y est adapté. Cet équipage forme la moitié d'une usine, telle que sont celles de St. Etienne en Forès. Si l'on imagine une corde qui passe sur la seconde rainure de la roue D, & qui se rende sur une roue placée de l'autre côté, & telle que la roue G, on aura l'usine entiere.
Chacune des roues M occupe deux ouvriers ; l'un s'appelle le foreur, l'autre le semeur. Le foreur est placé dans la fosse R ; il adapte dans le quarré P, le foret qui convient. Il applique son canon à ce foret. Le canon est porté dans une piece échancrée T, qui l'embrasse. Une fermeture S, le contient dans l'échancrure de la piece T. Le foreur dirige le canon, & fait succéder les forets les uns aux autres, jusqu'à ce que le canon soit du calibre qui convient. Le semeur est couché sur la planche V, & c'est lui qui réduit le canon sur la meule O, à ses proportions extérieures.
Lorsque le canon est foré, on en vérifie le calibre avec un dé ou mandrin long de trois pouces, tourné, trempé, poli, & du diametre de sept lignes trois quarts. On passe ce mandrin dans le canon de l'un à l'autre bout. Le semeur a deux calibres, l'un de seize lignes justes, & l'autre de huit lignes & demie pour vérifier les bouts du canon ; c'est en semant le canon, c'est-à-dire en le mesurant exactement avec ces deux calibres, que le semeur lui donne à l'extérieur la forme de cierge qu'il doit avoir.
On conçoit aisément que le foret ne peut travailler au-dedans d'un canon, sans qu'il s'y fasse un grand frottement & une chaleur capable de le détremper ; c'est pour obvier à cet inconvénient qu'on a pratiqué les rigoles C, x, y, qui portent de l'eau vers toutes les fosses, & arrosent l'endroit où la fermeture soûtient le canon, & où la pointe & les carnes du foret agissent. Les meules H, O, tournent dans des auges qui sont aussi pleines d'eau qui les rafraîchit.
L'ouvrage du semeur n'est guere moins délicat que celui du forgeron ; c'est lui qui dresse le canon, & qui lui donne cette diminution d'épaisseur, qu'il faut conduire avec tant de précision, de la culasse à la bouche, pour rendre le canon juste. Il faut un grand nombre d'années pour former un excellent ouvrier en ce genre.
Le canon du fusil grenadier ou de soldat, est rond, & n'a qu'un seul pan qui prend de la culasse, & va finir à trois pouces du guidon. La longueur du canon est de trois piés huit pouces justes.
Le diametre entier à l'arriere ou à la culasse est de seize lignes. Le diametre entier sur le devant ou à la bouche est de huit lignes & demie, & le calibre de sept lignes trois quarts, afin que la balle des dix-huit à la livre ait suffisamment de vent.
Suivant ces dimensions, l'épaisseur du fer à la culasse doit être de quatre lignes & un huitieme de lignes, & l'épaisseur du fer à la bouche, de trois huitiemes de ligne.
Il est enjoint de faire la culasse double & bien jointe dessus & dessous ; la queue épaisse de trois lignes proche du talon, venant au bout à deux lignes ; & le talon de deux lignes & demie d'épaisseur par-dessous, allant au-dessus à la largeur du pan du canon, sur six à sept lignes de haut. La vis de la platine de derriere, passant au travers du talon, il sera ouvert en forme de fourche, afin que le canon se démonte, sans ôter la vis. Il n'y aura que la vis de la queue à lever.
La tête de la culasse sera de huit lignes de haut, & la lumiere sera percée à sept lignes de derriere ; par conséquent la tête de la culasse sera entaillée d'une ligne du côté de la lumiere, & restera plate par le bout.
On n'a pû régler la hauteur de la culasse par le nombre de ses filets : ces filets étant plus gros ou plus fins les uns que les autres : mais il faut avoir soin qu'ils soient vifs & bien enfoncés. La queue de la culasse aura deux pouces de longueur & se terminera en ovale.
Il y aura un tenon aux canons ; il sera placé à quatre pouces du bout, & se trouvera logé dans le fût sous le premier anneau. Le guidon sera aussi brasé à vingt lignes justes du bout. On y aura une attention singuliere, pour que les bayonnettes des différentes manufactures puissent se rapporter facilement.
Les canons demi-citadelle ou de rempart seront fabriqués comme nous l'avons prescrit ci-dessus ; ils auront trois piés huit pouces de longueur : le diametre entier de la culasse sera de dix-huit lignes. Le diametre sur le devant, ou la bouche, sera d'onze lignes un quart, & le calibre de huit lignes un quart. Ils auront comme ceux de grenadier, un tenon, & le guidon en sera posé à seize lignes du bout.
Le bouton de la culasse aura la même hauteur, & le talon la même épaisseur que la culasse du fusil grenadier ; la lumiere en sera aussi percée à la même distance.
Les canons tant de rempart que de soldat seront éprouvés horisontalement, avec leur vraie culasse, couchés sur des chevalets, la culasse appuyée contre une poutre armée de barres de fer, ce qui arrêtant le recul, rendra l'épreuve plus forte. Chaque canon soûtiendra deux épreuves : la premiere sera une charge de poudre du poids de la balle, bourrée avec du papier, & la balle par-dessus aussi bourrée ; la seconde sera d'un cinquieme de poudre de moins, aussi bourrée & de même la balle par dessus.
La balle du fusil de soldat est de dix-huit à la livre, & la balle du fusil de rempart est d'une once ou de seize à la livre.
Il est rare qu'il creve des canons à la seconde épreuve : mais elle est ordonnée, parce qu'elle ouvre & fait découvrir les éventures imperceptibles que la premiere épreuve n'a point assez dilatées. Les canons éventés sont mis au rebut, ainsi que les canons crevés.
Le canon tient au bois sur lequel on le monte, par la vis de la culasse, & par deux anneaux qui le joignent au fût ; l'un, au commencement, où il sert de porte-baguette à queue ; & l'autre, vers le bout du fût qu'il saisit avec le canon, & où il est arrêté au moyen d'une petite lame à ressort, qui porte sa goupille encastrée dans le côté du fût. Voyez aux articles FUSIL, PLATINE, &c. ce qui concerne le reste de l'arme-à-feu, avec les dimensions selon lesquelles M. de Valiere, lieutenant général des armées du Roi, & inspecteur des manufactures des armes, a reglé que ses différentes parties fussent toutes fabriquées.
Notre fabrique de canon de Saint-Etienne en Forès est très-considérable, tant par la quantité d'armes qui en sortent, que par la qualité qu'elles ont. Elle est composée d'une multitude d'ouvriers qui ne peut guere s'estimer, que par celle des usines construites sur les bords de la Furense ; cette riviere fait tourner des milliers de meules. Cependant comme elle manque d'eau quelquefois, cela a déterminé quelques fabricateurs à transporter les leurs sur la Loire. M. de Saint-Perieux, gendre de M. Girard un de ceux qui ont le mieux répondu aux vûes que M. de Valiere a toûjours eues pour perfectionner la fabrication des armes, a placé la sienne à Saint-Paul en Cornillon, à deux lieues de Saint-Etienne.
Quelques artistes ont imaginé de souder plusieurs canons ensemble, & d'en faire des fusils à plusieurs coups. Les fusils à deux coups sont communs. Il en est sorti un à trois coups de la fabrique des nouveaux entrepreneurs pour le Roi, remarquable que sa legereté, son méchanisme, sa sûreté, son travail de forge & de lime, & ses ornemens. Nous en ferons mention à l'article FUSIL. Voyez l'article FUSIL.
Les canons n'ont pas tous la même forme extérieure ; il y en a de ronds ; il y en a à pans, ou cannelés : les uns sont unis ; d'autres sont ciselés. Mais ces ornemens s'exécutent sur le canon du fusil, comme sur tout autre ouvrage. Voyez CISELER & CANNELER. On a inventé quelques machines pour les pans & pour les cannelures : mais elles n'ont pas répondu à l'effet qu'on en attendoit, & on a été obligé de les abandonner & de s'en tenir à la lime : il y a des canons brisés ; des canons carabinés, &c. Voyez la suite de cet article.
CANON BRISE, terme d'Arquebusier ; c'est un canon qui est coupé en deux parties au haut du tonnerre ; la partie supérieure est un écrou vissé, & se monte sur le tonnerre qui est en vis, de façon qu'ils se joignent ensemble, & forment en-dessus une face unie. Ces canons sont ordinairement carabinés ; il y en a de toutes sortes de grandeur & de grosseur, Voyez FUSIL.
CANON CARABINE, terme d'Arquebusier. Ce canon fait à l'extérieur comme les canons ordinaires, est tarodé en-dedans dans toute sa longueur de moulures longitudinales ou circulaires. L'on est obligé dans ces canons d'enfoncer la balle avec une baguette de fer, & de l'y forcer ; ces canons portent la balle plus loin & plus juste. Voyez les articles MOUSQUET & FUSIL.
Petit CANON, (Fonderie en caractere d'Imprimerie) quinzieme corps des caracteres d'Imprimerie ; sa proportion est de quatre lignes quatre points, mesure de l'échelle. Voyez PROPORTIONS DES CARACTERES D'IMPRIMERIE, & l'exemple à l'article CARACTERES.
Gros CANON, chez les mêmes ouvriers, dix-septieme corps des caracteres d'Imprimerie ; sa proportion est de sept lignes deux points, mesure de l'échelle. Voyez PROPORTIONS DES CARACT. D'IMP. & l'exemple à l'article CARACTERES.
Double CANON, chez les mêmes, dix-huitieme corps des caracteres d'Imprimerie ; sa proportion est de neuf lignes deux points, mesure de l'échelle. Voyez PROPORTIONS DES CARACT. D'IMPRIM. & l'exemple à l'article CARACTERES.
Triple CANON, encore chez les mêmes, dix-neuvieme corps des caracteres d'Imprimerie ; sa proportion est de douze lignes, mesure de l'échelle. Voyez PROPORTION DES CARACT. D'IMPRIM. & l'exemple à l'article CARACTERES.
CANON, en terme de Chauderonnier, est un morceau de fer à tête large & foré, que l'on appuie sur la piece, à l'endroit où on la perce. Voyez Pl. II. du Chauderonnier, fig. 8. qui représente un ouvrier qui appuie le canon contre une cuve pendant que l'ouvrier fig 7. perce un trou avec un poinçon qu'il chasse avec un marteau. La figure 18. de la même Planche représente le canon en particulier, & la fig. 17. une espece de tas qui sert au même usage.
CANON, terme dont les Emailleurs se servent pour signifier les plus gros morceaux ou filets d'émail qu'ils tirent pour le mettre en état d'être employé aux divers ouvrages de leur métier.
Suivant l'article xjx. des statuts des Emailleurs, il est défendu à toutes personnes, marchands ou autres ; de mêler aucune sorte d'émail, & retenir canon pour vendre, si ce n'est aux maîtres du métier. Voyez EMAIL & EMAILLEUR.
CANON, parmi les Horlogers, signifie une espece de petit tuyau, ou un cylindre creux un peu long, percé de part en part. On adapte des canons à différentes pieces ou roues, pour qu'elles tournent sur des arbres ou tiges sans aucun bercement, & aussi pour qu'elles puissent y tenir à frottement : tel est le canon de la chaussée, celui de la roue de cadran, &c. Voyez CHAUSSEE, ROUE de cadran, &c. & la Planche des Montres. (T)
CANON ; ce mot a deux sens dans le Manége : dans le premier, il signifie la partie qui est depuis le genouil & le jarret jusqu'au boulet. Les fusées, les suros viennent au canon des chevaux ; les arrêts, tout le long du canon jusqu'au boulet, ne viennent que très-rarement aux barbes. Dans le second, c'est une partie du mors ou de l'embouchure du cheval, qui consiste dans une piece de fer arrondi qui entre dans la bouche & la tient sujette. Il y a plusieurs sortes de canons, savoir le canon simple, le canon à trompe, le canon gorge de pigeon, le canon montant, le canon à compas, le canon à cou d'oie la liberté gagnée, le canon à bascule, le canon à pas d'âne, le canon coupé à pas d'âne, &c. dont on peut voir la description dans les auteurs. Voyez EMBOUCHURE, & fig. 22. Planche de l'Eperonnier en P.
CANON, terme de Plombier ; c'est un tuyau de plomb de trois ou quatre piés de longueur, où vont se rendre les eaux des chêneaux qui entourent un bâtiment, & qui jette l'eau bien loin des fondemens qu'elle pourroit gâter, si elle tomboit au pié du mur.
CANON d'une jauge, sont des ouvertures qui sont percées dans son pourtour, & où sont soudés des bouts de tuyaux. Voyez JAUGE. (K)
CANON, terme de Potier de fayence, c'est une espece de pot de fayence un peu long & rond, dans lequel les marchands Apothicaires, particulierement ceux de Paris, mettent les confections & les électuaires à mesure qu'ils les préparent.
CANON, terme de Rubanier, se dit d'un petit tuyau de boüis, ayant ainsi que le rochet de petits bords à ses bouts pour empêcher les soies d'ébouler ; il est percé d'outre en outre d'un trou rond pour recevoir la brochette de la navette dans laquelle il doit entrer ; son usage est d'être rempli dans chaque ouvrage de ce qui compose la trame. Voyez TRAME. Il est à-propos à chaque ouvrier d'avoir quantité de ces canons, pour éviter de faire de la trame à tous momens.
CANON à devider, qui se passe dans la ceinture de la devideuse ; c'est souvent un vieux rochet dans l'épaisseur du corps duquel on fait un trou qui va jusqu'au trou de la longueur ; il y en a d'uniquement destinés à cet usage, qui sont faits par les Tourneurs ; ils servent à recevoir le bout de la broche à devider, pour soulager la devideuse. Voyez DEVIDER.
CANON, en Serrurerie, c'est cette piece de la serrure qui reçoit la tige de la clé, quand il s'agit d'ouvrir ou fermer la serrure. Cette piece n'est autre chose qu'un canal fendu par sa partie inférieure, qui sert de conducteur à la clé : quand la serrure a une broche, la broche traverse le canon, & lui sert d'axe. Le canon aboutit par son entrée à la partie extérieure de la porte ; & par son extrémité intérieure il va se rendre à la couverture ou au foncet de la serrure. Voyez FONCET.
On distingue deux sortes de canons ; il y en a à patte, & de tournans.
Les canons à patte sont attachés avec des rivures ou des vis, sur la couverture ou sur le foncet de la serrure.
Les canons tournans, qui sont d'usage aux serrures des coffres forts, ronds à l'extérieur comme les autres canons, sont ordinairement figurés intérieurement, soit en treffle, soit en tiers-point, ou de quelqu'autre figure pareille, & reçoivent par conséquent des clés dont les tiges ont la même figure du treffle ou de tiers point ; d'où il arrive qu'ils tournent sur eux-mêmes avec la clé, sans quoi la clé ne pourroit se mouvoir. Pour leur faciliter ce mouvement, au lieu d'être fixés, soit à rivure, soit à vis sur la couverture ou sur le foncet, ils traversent toute la serrure, & leur tête qui pose sur le palâtre, est sous une piece creuse qu'on nomme couverture, qui les empêche de résister, mais non de se mouvoir : la couverture est fixée sur le palâtre par des vis. Voyez SERRURE.
CANON pour la trame, instrument des ouvriers en étoffes de soie ; le canon pour la trame est un bois arrondi, pointu d'un côté, & avec une tête de l'autre percée d'un bout à l'autre ; il est de six à sept pouces de long environ ; la trame est dévidée sur ce canon. Voyez NAVETTE.
CANON pour l'organsin, instrument des ouvriers en étoffes de soie ; le canon ou rochet pour l'organsin est différent de celui de la trame, en ce qu'il est un peu plus petit, & qu'il a une tête à chaque bout. Voyez ROCHET.
CANON, terme de Tourneur ; on nomme canons d'un arbre à tourner en ovale ou en d'autres figures irrégulieres, deux cylindres creux qui sont traversés par une verge de fer quarré qui joint la boîte au mandrin. Voyez TOUR.
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| CANONIAL | adj. terme de Droit ecclésiastique, se dit de ce qui concerne un chanoine ; ainsi l'on dit une maison canoniale, un titre canonial.
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| CANONICAT | S. m. terme de Jurisp. ecclés. synonyme à chanoinie : souvent les canonistes les confondent avec prébende ; il en differe cependant en ce que le canonicat n'est que le titre ou la qualité spirituelle, laquelle est indépendante du revenu temporel même, au lieu que la prébende est le revenu temporel même. Autrefois le pape créoit des canonicats sans prébende, avec l'expectative de la premiere qui viendroit à vaquer : mais ces expectatives ne se donnent plus depuis le concile de Trente, qui les a abolies. Seulement le pape crée quelquefois un chanoine sans prébende, quand il veut conférer une dignité dans une église ; pour l'obtention de laquelle il faut être chanoine. Ces canonicats s'appellent canonicats ad effectum ; ce n'est qu'un titre stérile & infructueux, qu'on appelle aussi par cette raison jus ventosum. Voyez CHANOINIE & PREBENDE. (H)
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| CANONIER | S. m. (Artillerie) en France est celui qui sert à charger le canon, avec l'aide des soldats commandés pour le service des batteries.
Il n'y a personne actuellement qui ait le simple titre de canonier dans l'artillerie, parce qu'on se sert de soldats de Royal-artillerie, pour faire les fonctions de canonier.
Il y en a eu autrefois des compagnies particulieres, mais elles ont été incorporées dans Royal-artillerie, en conséquence de l'ordonnance du 5 Février 1720, Voyez ARTILLERIE.
L'art du CANONIER est la maniere de tirer le canon & les mortiers, c'est-à-dire de les charger, de les pointer, & d'y mettre le feu avec toute la justesse & promtitude possibles.
L'art du canonier se considere quelquefois comme une partie de l'art militaire, & quelquefois comme une partie de la Pyrotechnie. Voyez ART MILITAIRE & PYROTECHNIE.
Cet art enseigne à connoître la force & l'effet de la poudre, les dimensions des pieces d'artillerie, & les proportions de la poudre & du boulet dont on les charge, aussi bien que la maniere de les manier, charger, pointer, nettoyer, & rafraîchir. Voyez POUDRE-A-CANON, CHARGE, POINTER, EPONGE, &c.
Il y a quelques parties de cet art qui sont du ressort des Mathématiques ; savoir, la maniere de pointer un canon sur un angle donné, & de calculer sa portée ; ou de pointer & de diriger le canon de maniere qu'il atteigne le but. Voyez PROJECTILE.
Les instrumens principaux dont on se sert dans cette partie de l'art du canonier, sont la regle du calibre ou verge sphéréométrique, le quart de cercle, & le niveau. Pour ce qui est de la maniere de se servir de ces instrumens, consultez les articles CALIBRE, NIVEAU, & QUART DE CERCLE.
La ligne que décrit le boulet, ou la route qu'il tient en sortant du canon, à quelque hauteur qu'il ait été pointé, se trouve être la même que celle de tous les autres projectiles, savoir une parabole (Voy. PARABOLE) ; c'est pourquoi les lois particulieres que l'on observe dans le mouvement ou dans la volée du boulet, sa vîtesse, son étendue, &c. avec les regles pour atteindre le but, se trouvent sous l'article PROJECTILE.
Maltus, ingénieur anglois, passe pour celui qui a enseigné le premier, en 1634, la maniere de se servir des mortiers suivant des regles : mais toutes ses connoissances n'étoient fondées que sur des expériences & tentatives ; il n'avoit aucune idée de la ligne courbe que décrit le boulet sur son passage, ni de la différence de sa portée, suivant les différentes hauteurs auxquelles on pointe le canon.
Avant que M. Blondel eût donné son livre de l'art de jetter les bombes, la plûpart des canoniers ne se conduisoient par aucunes regles en servant les batteries ; s'ils ne frappoient point au but, ils haussoient ou baissoient la piece, jusqu'à ce qu'elle se trouvât pointée juste : cependant il y a pour toutes ces opérations des regles certaines, fondées sur celles de la Géométrie, & desquelles nous sommes redevables à Galilée, ingénieur du grand-duc de Toscane, & à son disciple Torricelli. Voyez BOMBE, &c. (Q)
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| CANONIERES | S. f. pl. sont les tentes des soldats & cavaliers. Une canoniere doit contenir sept soldats. (Q)
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| CANONIQUE | se dit, en style de Jurisprudence ecclésiastique, de tout ce qui est conforme à la disposition des canons.
CANONIQUE (Droit) est un corps de droit, ou recueil de lois ecclésiastiques concernant la discipline de l'Eglise. Ce recueil est composé, 1°. du Decret de Gratien ; 2°. des Decrétales ; 3°. d'une suite des Decrétales appellée le Sexte ; 4°. des Clémentines ; 5°. des Extravagantes. Voyez CANON, DECRET, DECRETALE, SEXTE, CLEMENTINES, TRAVAGANTESNTES.
Dans les églises protestantes, le droit canonique a été fort abrégé depuis la réformation ; car elles n'en ont retenu que ce qui étoit conforme au droit commun du royaume, & à la doctrine de chaque église. (K)
CANONIQUES (Livres), Théolog. on donne ce nom aux livres compris dans le canon ou le catalogue des livres de l'Ecriture ; voyez à l'article CANON ce qui concerne les livres canoniques de l'ancien Testament : à l'égard des livres canoniques du nouveau, on a constamment admis dans l'Eglise les quatre évangélistes ; les quatorze épitres de S. Paul, excepté l'épitre aux Hébreux, la premiere épître de S. Pierre, & la premiere de S. Jean. Quoiqu'il y eût quelque doute sur l'épitre aux Hébreux, les épîtres de S. Jacques & de S. Jude, la seconde de S. Pierre, la seconde & la troisieme de S. Jean, & l'apocalypse, cependant ces écrits ont toujours été d'une grande autorité : reconnus par plusieurs églises, l'Eglise universelle n'a pas tardé à les déclarer canoniques ; cela se démontre par les anciens catalogues des livres sacrés du nouveau Testament, par le canon du concile de Laodicée, par le concile de Carthage, par le concile Romain, &c. auxquels la décision du concile de Trente est conforme. Le mot canonique vient de canon, loi, regle, table, catalogue.
Le canon des livres du nouveau Testament n'a point été dressé par aucune assemblée de Chrétiens, ni par aucun particulier ; il s'est formé sur le consentement unanime de toutes les églises, qui avoient reçû par tradition, & reconnu de tout tems certains livres comme écrits par certains auteurs inspirés du S. Esprit, prophetes, apôtres, &c. Eusebe distingue trois sortes de livres du nouveau Testament : la 1re. classe comprend ceux qui ont été reçûs d'un consentement unanime par toutes les églises, savoir les quatre évangiles, les quatorze épîtres de S. Paul, à l'exception de celle aux Hébreux, & les premieres épîtres de S. Pierre & de S. Jean : la seconde classe comprend ceux qui n'ayant point été reçûs par toutes les églises du monde, ont été toutefois considérés par quelques-unes comme des livres canoniques, & cités comme des livres de l'Ecriture par des auteurs ecclésiastiques : mais cette classe se divise encore en deux ; car quelques-uns de ces livres ont été depuis reçûs de toutes les églises, & reconnus comme légitimes ; tels que sont l'épître de S. Jacques, l'épître de S. Jude, la seconde épître de S. Pierre, la seconde & la troisieme de S. Jean ; les autres au contraire ont été rejettés, ou comme supposés, ou comme indignes d'être mis au rang des canoniques, quoiqu'ils pussent être d'ailleurs utiles ; tels que sont les livres du pasteur, la lettre de S. Barnabé, l'évangile selon les Egyptiens, un autre selon les Hébreux, les actes de S. Paul, la révélation de S. Pierre : enfin la derniere classe contient les livres supposés par les hérétiques, qui ont été toûjours rejettés par l'Eglise ; tels que sont l'évangile de S. Thomas & de S. Pierre, &c. L'apocalypse étoit mise par quelques-uns dans la premiere classe, & par d'autres dans la seconde : mais quoique quelques livres du nouveau-Testament n'ayent pas été reçûs au commencement dans toutes les églises, ils se trouvent tous dans les catalogues anciens des livres sacrés, si l'on en excepte l'apocalypse, qui n'est point dans le canon du concile de Laodicée, mais que le consentement unanime des églises a depuis autorisé. M. Simon, Hist. critique du vieux-Testament. Dupin, Dissert. prélim. sur la Bible, tome III. Voyez APOCRYPHES. (G)
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| CANONISATION | S. f. (Théol.) déclaration du pape par laquelle, après un long examen & plusieurs solennités, il met au catalogue des saints un homme qui a mené une vie sainte & exemplaire, & qui a fait quelques miracles. Voy. SAINT & MIRACLE.
Le nom de canonisation semble être d'une origine moins ancienne que la chose même ; on ne trouve point qu'il ait été en usage avant le xij. siecle, quoique dès le xj. on trouve un decret ou bulle de canonisation donnée à la priere de Lintolfe, évêque d'Augsbourg, par le pape Jean XV. pour mettre S. Udelric ou Ulric au catalogue des saints.
Ce mot est formé de canon, catalogue, & il vient de ce que la canonisation n'étoit d'abord qu'un ordre des papes ou des évêques, par lequel il étoit statué que les noms de ceux qui s'étoient distingués par une piété & une vertu extraordinaires, seroient insérés dans les sacrés diptyques ou le canon de la messe, afin qu'on en fît mémoire dans la liturgie. On y ajoûta ensuite les usages de marquer un office particulier pour les invoquer, d'ériger des églises sous leur invocation, & des autels pour y offrir le saint sacrifice, de tirer leurs corps de leurs premiers sepulcres. Peu-à-peu on y joignit d'autres cérémonies : on porta en triomphe les images des saints dans les processions : on déclara jour de fête l'anniversaire de celui de leur mort ; & pour rendre la chose plus solemnelle, le pape Honorius III. en 1225, accorda plusieurs jours d'indulgence pour les canonisations.
Toutes ces regles sont modernes, & étoient inconnues à la primitive Eglise. Sa discipline à cet égard, pendant les premiers siecles, consistoit à avoir à Rome, qui fut long-tems le premier théatre des persécutions, des greffiers ou notaires publics, pour recueillir soigneusement & avec la derniere fidélité les actes des martyrs, c'est-à-dire les témoignages des Chrétiens touchant la mort des martyrs, leur constance, leurs derniers discours, le genre de leurs supplices, les circonstances de leurs accusations, & surtout la cause & le motif de leur condamnation. Et afin que ces notaires ne pussent pas falsifier ces actes, l'Eglise nommoit encore des soûdiacres & d'autres officiers, qui veilloient sur la conduite de ces hommes publics, & qui visitoient les procès-verbaux de la mort de chaque martyr, auquel l'Eglise, quand elle le jugeoit à propos, accordoit un culte public & un rang dans le catalogue des saints. Chaque évêque avoit le droit d'en user de même dans son diocèse, avec cette différence, que le culte qu'il ordonnoit pour honorer le martyr qu'il permettoit d'invoquer, ne s'étendoit que dans les lieux de sa jurisdiction, quoiqu'il pût engager les autres évêques, par lettres, à imiter sa conduite ; s'ils ne le faisoient pas, le martyr n'étoit regardé comme bienheureux que dans le premier diocese : mais quand l'église de Rome approuvoit ce culte, il devenoit commun à toutes les églises particulieres. Ce ne fut que long-tems après qu'on canonisa les confesseurs.
Il est difficile de décider en quel tems cette discipline commença à changer, ensorte que le droit de canonisation, que l'on convient avoir été commun aux évêques, & sur-tout aux métropolitains, avec le pape, a été réservé au pape seul. Quelques-uns prétendent qu'Alexandre III. élû pape en 1159, est le premier auteur de cette réserve, qui ne lui fut contestée par aucun évêque. Les jésuites d'Anvers assûrent qu'elle ne s'est établie que depuis deux ou trois siecles par un consentement tacite & une coûtume qui a passé en loi, mais qui n'étoit pas généralement reçue dans le x. & xj. siecle : on a même un exemple de canonisation particuliere, faite en 1373 par Witikind, évêque de Mindon en Westphalie, qui fit honorer comme saint l'évêque Félicien, par une fête qu'il établit dans tout son diocese. Cependant on a des monumens plus anciens, qui prouvent que les évêques qui connoissent le mieux leurs droits & qui y sont les plus attachés, les évêques de France, reconnoissoient ce droit dans le pape. C'est ce que firent authentiquement l'archevêque de Vienne & ses suffragans, dans la lettre qu'ils écrivirent à Grégoire IX. pour lui demander la canonisation d'Etienne, évêque de Die, mort en 1208. Quia nemo, disoient-ils, quantâlibet meritorum prærogativâ polleat, ab ecclesiâ Dei pro sancto habendus aut venerandus est, nisi priùs per sedem apostolicam ejus sanctitas fuerit approbata.
Quoi qu'il en soit, le saint siége apostolique est en possession de ce droit depuis plusieurs siecles, & l'exerce avec des précautions & des formalités qui doivent écarter tout soupçon de surprise & d'erreur.
Le cardinal Prosper Lambertini, aujourd'hui pape sous le nom de Benoît XIV. a publié sur cette matiere de savans ouvrages, qui prouvent qu'il ne peut rien s'introduire de faux dans les procès-verbaux que l'on dresse au sujet de la canonisation des saints.
Le P. Mabillon distingue aussi deux especes de canonisation ; l'une générale, qui se fait par toute l'église assemblée en concile oecuménique, ou par le pape ; & l'autre particuliere, qui se faisoit par un évêque, par une église particuliere, ou par un concile provincial. On prétend aussi qu'il y a eu des canonisations faites par de simples abbés. Voy. POMPE TYRRHENIQUE. (G)
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| CANONISTE | S. m. (Jurisprud.) docteur, ou du moins homme versé dans le droit canonique. (H)
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| CANONNIERE | terme de Bijoutier, se dit de la gorge d'un étui, sur laquelle se glisse la partie supérieure de l'étui, appellée bonnet.
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| CANOPE | S. m. (Myth.) dieu des Egyptiens, dont Suidas raconte ainsi l'origine : il s'éleva, dit-il, un grand différend entre les Egyptiens, les Chaldéens, & les autres peuples voisins, sur la primauté de leurs dieux : après bien des contestations il fut arrêté qu'on les opposeroit les uns aux autres, & que celui qui resteroit vainqueur seroit reconnu pour souverain. Or les Chaldéens adoroient le feu, qui eut bientôt dévoré les dieux d'or, d'argent, de pierre & de bois qu'on lui exposa ; & il alloit être déclaré le maître des dieux, quand un prêtre de Canope, ville d'Egypte, s'avisa de prendre une cruche de terre, qui servoit à la purification des eaux du Nil, d'en boucher les trous avec de la cire, de la remplir d'eau, & de la placer sur la tête du dieu de Canope, qui devoit lutter contre le feu. A peine le dieu de Canope fut-il sur le feu, que la cire qui bouchoit les petits trous du vase s'étant fondue, l'eau s'écoula, éteignit le feu, & que la souveraineté sur les autres dieux fut acquise au dieu de Canope, grace à l'invention de son ministre. On raconte la chose d'une autre maniere, qui est un peu plus honorable pour le dieu, & où la prééminence fut une suite toute simple de ses qualités personnelles. On dit que le dieu même étoit représenté sous la forme d'un vase percé d'une infinité de petits trous imperceptibles, du milieu duquel s'élevoit une tête d'homme ou de femme, ou de chien, ou de bouc, ou d'épervier, ce qui ne laisse au ministre que le mérite d'avoir bouché avec de la cire les petits trous de la divinité.
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| CANOPIEN | adj. (Myth.) surnom donné à Hercule, de la ville de Canope, dans la basse égypte, où il étoit particulierement honoré.
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| CANOPINA | (Géog.) petite ville d'Italie, dans l'état de l'Eglise.
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| CANOPUS | (Astron.) étoile de la premiere grandeur, située dans l'hémisphere austral, à l'extrémité la plus australe de la constellation appellée argo ou le navire argo. Voyez ARGO. Voyez l'ascension droite de cette étoile pour 1750, à l'article ASCENSION. (O)
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| CANOSA | (Géog.) ville d'Italie, au royaume de Naples, près de la mer, dans la province de Bari.
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| CANOT | sub. m. (Marine) c'est une petite chaloupe ou petit bateau destiné au service d'un grand bâtiment.
CANOT de bois ; on appelle ainsi un canot, qui est fait d'un seul tronc d'arbre creusé.
CANOT de Sauvages & CANOT d'écorces ; ce sont de petits bateaux faits d'écorce d'arbre, dont se servent les Sauvages de l'Amérique pour pêcher à la mer, & pour voyager & aller en course & en traite sur les rivieres. Ils les nomment piroques. Ceux du Canada les font d'écorce de bouleau, & assez grands quelquefois pour contenir quatre ou cinq personnes.
Les François du Canada, qu'on appelle coureurs de bois & traiteurs, s'en servent aussi-bien que les Sauvages pour aller jusque dans leurs habitations leur porter des marchandises & en rapporter des pelletteries. Deux hommes conduisent ces canots ; & quand à cause des sauts des rivieres il faut faire portage, ils chargent canots & marchandises sur leurs épaules, & les transportent au-dessus & au-dessous des sauts, selon qu'ils montent ou qu'ils descendent les rivieres.
Les canots des Indiens & des Caraïbes sont faits de troncs d'arbres qu'on creuse ; & ces sortes de bateaux sont plus grands ou plus petits, selon la grandeur & grosseur des arbres qu'on employe pour les faire. On dresse ces troncs d'arbres selon la forme qu'on veut donner au canot, & l'on les creuse. On les conduit avec des pagaies & des rames, & on y ajoûte quelquefois une petite voile ; on met la charge au fond : mais comme ils ne sont point lestés, ils tournent souvent c'en-dessus dessous. Ils n'ont point de gouvernail, & ce sont les rames de l'arriere qui leur en servent.
La plûpart des canots ont à l'avant & à l'arriere des avances comme les navettes, & quelques-unes de ces avances se terminent aussi de même en pointe. D'autres ont l'avant & l'arriere tout plat ; il n'y en a presque point qui ayent un avant arrondi. Lorsqu'on veut y-ajoûter une voile, on éleve un petit mât vers l'avant. Les voiles sont ou de nattes, ou de toile, ou de joncs entrelacés.
On voit pourtant en Moscovie, sur le lac de Wolda, des canots arrondis à l'avant & à l'arriere, & beaucoup plus larges au milieu que par les bouts : on les fait avancer avec une seule rame, dont on se sert à l'arriere : mais tous les autres canots de ce pays-là sont aigus à l'arriere & à l'avant, & ont du relevement par les bouts : on les peint, on leur donne le feu, & on les braye pour les conserver.
Les canots dont se servent les Negres de la côte de Guinée, ne sont que des arbres creusés : ils sont d'une figure longue, & il ne leur reste guere de bois au-dessus de l'eau, desorte que celui qui est à l'arriere & qui gouverne le canot se trouve dans l'eau. Ils vont fort vîte, & ne laissent pas que d'aller assez avant en mer ; ils sont donc fort longs, bas, & étroits, & il n'y a d'espace dans la largeur que pour tenir un seul homme, & dans la longueur sept à huit : les hommes y sont assis sur de petits siéges de bois ronds, & la moitié de leur corps s'éleve au-dessus du bord. Ils ont à la main une rame de bois dur, & ils rament tous à la fois, à la maniere des galeres, & s'accordent ; ou si quelqu'un tire trop fort & que le bâtiment panche, il est redressé par celui qui gouverne, si bien qu'ils semblent voler sur la surface de l'eau, & il n'y a pas de chaloupe qui puisse les suivre d'un beau tems ; mais aussi quand la mer est haute, ils ne peuvent siller, l'élevation des flots empêchant leur aire : Lorsque la lame les renverse, ils ont l'adresse de les retourner dans l'eau, de les vuider, & de s'y rembarquer sans courir le moindre danger, nageant tous comme des poissons. Ces canots ont ordinairement 16 piés de long & un à deux piés de large. Il y en a de plus grands, qui ont jusqu'à 35 piés de long, 5 de large, & 3 de profondeur : ils sont plats par l'arriere, où il y a un gouvernail & un banc ; ils y ajoûtent des voiles faites de jonc & de natte. Les Negres ne laissent point leurs canots à l'eau ; ils les tirent à terre & les élevent sur quatre fourches pour les faire sécher ; & quand ils sont secs, deux hommes peuvent les charger sur leurs épaules & les porter.
Pour les construire & les creuser, les Negres se servent à présent de haches, que les Européens leur portent. Ils leur donnent aux deux côtés un peu de rétrécissement par le fond. Les bouts en sont pointus à l'avant & à l'arriere ; à chaque bout il y a une espece de petit éperon ou gorgere d'un pié de long, & large comme la paume de la main, qui sert à donner prise pour enlever le canot.
Les canots des Sauvages de la terre de Feu & des environs du détroit de Magellan, sont d'une fabrique particuliere. Ils prennent des écorces des plus gros arbres, qu'ils courbent pour leur donner des façons, si bien qu'ils les rendent assez semblables aux gondoles de Venise ; pour cet effet ils les posent sur de petites pieces de bois, comme on feroit un vaisseau sur le chantier ; & lorsque l'écorce a pris la forme de gondole & le pli nécessaire, ils affermissent le fond & les côtés avec des bois assez minces, qu'ils mettent en-travers depuis l'avant jusqu'à l'arriere, de même qu'on met les membres dans les vaisseaux ; & au haut sur le bord, ils posent encore une autre écorce qui regne tout-autour, prenant soin de bien lier le tout ensemble. Ces canots ont 10, 12, 14, & jusques à 16 piés de long, & 2 de large : ils sont à 7 ou 8 places, c'est-à-dire qu'il peut y tenir assez commodément sept ou huit hommes qui rament débout & extrêmement vîte.
Les canots des sauvages du détroit de Davis sont encore plus singuliers ; ces bateaux sont en forme de navette, longs de sept à huit piés & larges de deux piés, composés de petites baguettes de bois pliant en forme de claie, couvertes de peaux de chiens marins ou de loups marins. Chaque canot ne peut porter qu'un homme, qui s'assied dans un trou pratiqué au milieu. Ils s'en servent pour aller à la pêche, & d'une côte à l'autre.
CANOT, jaloux ; c'est un canot qui a le côté foible, & se renverse aisément. (Z)
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| CANOURGUE | (LA) Géog. petite ville de France dans le Gevaudan.
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| CANSTADT | (Géog.) petite ville d'Allemagne en Soüabe sur le Necker, au duché de Wirtemberg.
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| CANTABRES | S. m. pl. (Géog.) anciens peuples de l'Espagne Tarragonoise : ils habitoient le pays de Guipuscoa, la Biscaye, les Asturies, & la Navarre : ils étoient très-belliqueux, & une liberté durable fut la récompense de leur courage.
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| CANTALABRE | S. m. (Architect.) ce mot n'est usité que parmi les ouvriers, & signifie le bandeau ou la bordure d'une porte ou d'une croisée. Il peut avoir été fait du grec , autour, & du latin labrum, levre ou bord. (P)
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| CANTANETTES | S. f. (Marine) petites ouvertures rondes, entre lesquelles est le gouvernail, & qui donnent la lumiere au gavon. Voyez GAVON, GOUVERNAIL. (Z)
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| CANTARA | (Géog.) riviere de Sicile dans la vallée de Demona. Il y en a une autre de même nom en Sicile, dans la vallée de Noto.
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| CANTARO | (Commerce) poids dont on se sert en Italie & ailleurs, pour peser certaines especes de marchandises.
Il y a plusieurs sortes de cantaros ; l'un pese cent cinquante livres ; l'autre cent cinquante-une livres & le troisieme cent soixante livres. La livre de Livourne est de douze onces, poids de marc ; & celle de Paris, d'Amsterdam, de Strasbourg, & de Besançon, où les poids sont égaux, est de seize onces, aussi poids de marc ; ensorte que sur ce pié ces trois sortes de cantaros doivent rendre à Paris, Amsterdam, &c. celui de cinquante livres, cent trois livres huit onces ; celui de cent cinquante-une livres, cent quatre livres trois onces ; & celui de cent soixante livres, cent dix livres six onces trois gros, un peu plus. Voyez le dictionn. de Commerce.
* CANTARO ; on nomme ainsi le quintal dans l'île de Chypre, il contient 100 rotolis ou livres de Chypre, ce qui revient à près de 400 livres de notre poids. A Constantinople, à Florence, & à Livourne, le cantaro n'est pas si considérable.
CANTARO, est aussi une mesure de continence dont on se sert à Cochin. Il y en a jusqu'à trois qui different de quelques livres. On s'en sert suivant les diverses marchandises qu'on veut mesurer. Ordinairement le cantaro est de quatre rubis & le rubis de trente-deux rotolis. Voyez RUBIS & ROTOLIS. (G)
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| CANTATE | S. f. (Belles-Lettres) petit poëme fait pour être mis en musique, contenant le récit d'une action galante ou héroïque : il est composé d'un récit qui expose le sujet ; d'un air en rondeau ; d'un second récit & d'un dernier air contenant le point moral de l'ouvrage.
L'illustre Rousseau est le créateur de ce genre parmi nous. Il a fait les premieres cantates françoises ; & dans presque toutes, on voit le feu poétique dont ce génie rare étoit animé : elles ont été mises en musique par les Musiciens les plus célebres de son tems.
Il s'en faut bien que ses autres poëmes lyriques ayent l'agrément de ceux-ci. La poésie de style n'est pas ce qui leur manque : c'est la partie théatrale, celle du sentiment, & cette coupe rare que peu d'hommes ont connue, qui est le grand talent du théatre lyrique, qu'on ne croit peut-être qu'une simple méchanique, & qui fait seule réussir plus d'opéra que toutes les autres parties. Voyez COUPE. (B)
La cantate demande une poësie plûtôt noble que véhémente, douce, harmonieuse ; parce qu'elle doit être jointe avec la musique, qui ne s'accommode pas de toutes sortes de paroles. L'enthousiasme de l'ode ne convient pas à la cantate : elle admet encore moins le desordre ; parceque l'allégorie qui fait le fonds de la cantate, doit être soûtenue avec sagesse & exactitude, afin de quadrer avec l'application qu'en veut faire le poëte, Princ. pour la lect. des Poët. tom. I. (G)
On appelle aussi cantate, la piece de Musique vocale accompagnée d'instrumens, composée sur le petit poëme de même nom dont nous venons de parler, & variée de deux ou trois récitatifs, & d'autant d'ariettes.
Le goût de la cantate aussi-bien que le mot, nous est venu d'Italie. Plusieurs bons auteurs, les Berniers, les Campras, les Monteclairs, les Batistins, en ont composé à l'envi : mais personne en cette partie n'a égalé le fameux Clerambault, dont les cantates doivent par leur excellent goût être consacrées à l'immortalité.
Les cantates sont tout-à-fait passées de modes en Italie, & elles suivent en France le même chemin. On leur a substitué les cantatilles. (S)
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| CANTATILLE | diminutif de cantate, n'est en effet qu'une cantate fort courte, dont le sujet est lié avec quatre ou cinq vers de récitatif en deux ou trois airs communément en rondeau, avec des accompagnemens de symphonie. (S)
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| CANTAZARO | (Géog.) ville d'Italie au royaume de Naples dans la Calabre ultérieure. Long. 34. 35. lat. 38. 59.
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| CANTECROIX | (Géog.) petite contrée des Pays-Bas au duché de Brabant, avec titre de principauté.
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| CANTHARIDE | cantharis. s. f. (Hist. nat. Insect.) genre d'insecte dont on distingue plusieurs especes. M. Linnæus le met dans la classe des insectes, qui ont des enveloppes à leurs ailes & des mâchoires dans leurs bouches. Les cantharides, selon le même auteur, ont les antennes faites en forme de soies ; les fausses ailes flexibles ; la poitrine un peu applatie, bordée & arrondie, & les côtés du ventre plissés, &c. Syst. naturae. Mouffet divise les especes de cantharides en grandes & en petites. Celles qu'on estime le plus comme remede, sont grandes ; leur corps est épais & allongé : il y a sur leurs ailes des lignes transversales de couleur d'or. On les trouve dans les blés. Insect. theatrum. Il y a des cantharides de différentes couleurs : celle que l'on employe dans la Pharmacie sont d'une très-belle couleur verte, luisante, azurée, mêlée de couleur d'or ; elles ont environ neuf lignes de longueur. On les trouve en été aux environs de Paris & en plusieurs autres lieux, sur les feuilles du frêne, du rosier, du peuplier, du noyer, du troêne, &c. dans les prés, & aussi sur les blés, où elles causent du dommage. Il y a beaucoup de ces insectes dans les pays chauds, comme l'Espagne, l'Italie, & les provinces méridionales de la France. Ils sont fort rares en Allemagne. Les cantharides sont quelquefois réunies en si grand nombre, qu'elles paroissent en l'air comme un essain qui seroit poussé par le vent : alors elles sont précédées par une odeur desagréable qu'elles répandent au loin. Ordinairement cette mauvaise odeur sert de guide lorsqu'on cherche à ramasser de ces insectes. Les cantharides viennent d'un vermisseau semblable en quelque façon à une chenille. Voyez la description détaillée des trois especes de cantharides, dans les Eph. de l'acad. des cur. de la nat. dec. 2. an. 2. obs. 20. & 21. 22. Voyez INSECTE. (I)
* Les cantharides en poudre appliquées sur l'épiderme, y causent des ulcérations, excitent même des ardeurs d'urine, la strangurie, la soif, la fievre, le pissement de sang, &c. & rendent l'odeur puante & cadavéreuse. Elles causent les mêmes symptomes prises intérieurement. On a observé qu'elles nuisoient beaucoup à la vessie. Voyez des exemples de ces effets dans les Ephémérides des curieux de la nat. dec. 2. an. 7. obs. 86. dans les récits anat. de Barthol, cent. I. hist. 21. On lit dans Paré, qu'une courtisanne ayant présenté des ragoûts saupoudrés de cantharides pulvérisées à un jeune homme qu'elle avoit retenu à souper, ce malheureux fut attaqué le jour suivant d'un priapisme & d'une perte de sang par l'anus dont il mourut. Un autre fut tourmenté du mal de tête & eut un pissement de sang dangereux pour avoir pris du tabac mêlé de poudre de cantharides. Boyle va plus loin : il assûre que des personnes ont senti des douleurs au cou de la vessie, & ont eu quelques-unes des parties qui servent à la secrétion des urines, offensées, pour avoir seulement manié des cantharides seches ; d'où il s'ensuit qu'on peut compter les cantharides au nombre des poisons. Boerhaave ordonne contre ce poison les vomitifs, les liqueurs aqueuses, délayantes, les substances huileuses, émollientes, & les acides qui résistent à la putréfaction. Quand on les employe dans les vésicatoires, il faut avoir égard & à la maladie & à la quantité qu'on en employe. Boerhaave les croit salutaires dans le rachitis, & toutes les fois qu'il s'agit d'aiguillonner les vaisseaux, & de résoudre des concrétions muqueuses. Mais en général, l'application extérieure de ce remede, & sur-tout son usage intérieur demande beaucoup de prudence & d'expérience de la part du medecin.
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| CANTHARUS | (Littérature) c'est proprement le nom qu'on donnoit à la coupe dont Bacchus se servoit pour boire, ce qui fait juger qu'elle étoit de bonne mesure, gravis, pesante, comme dit Virgile, Pline, l. XXXIII. c. liij. reproche à Marius d'avoir bu dans une pareille coupe après la bataille qu'il gagna contre les Cimbres. (D.J.)
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| CANTHENO | cantharus, s. m. (Hist. nat. Ichth.) poisson de mer qui ressemble au sargo & au sparaillon pour la forme du corps, mais qui differe de ces poissons & des autres du même genre, en ce que sa couleur est plus obscure & plus noires ; que ses écailles sont beaucoup plus petites ; qu'il n'y a pas de cercle noir auprès de la queue ; que ses dents, quoique disposées de la même maniere que dans les autres poissons de ce genre, ne sont pas larges, mais au contraire menues & pointues, & qu'il n'a point dans les mâchoires de tubercules osseux, mais seulement quelques inégalités : enfin la principale différence consiste dans des lignes jaunâtres presque paralleles, qui s'étendent depuis la tête jusqu'à la queue, comme dans la saupe, mais cependant d'une couleur plus obscure. L'iris des yeux est d'une belle couleur d'argent sans aucun mélange de couleur d'or ni d'autres couleurs ; les lignes qui passent sur le milieu des côtés sont bien marquées, & plus larges que dans la plûpart des autres poissons. Rondelet prétend que l'on a donné à ce poisson le nom de cantharus, parce qu'il reste dans l'ordure comme l'insecte qui est appellé en françois fouille merde, & en latin cantharus. En effet le cantheno demeure dans la fange sur les bords des ports de mer, à l'embouchure des fleuves, & dans les endroits où les flots de la mer entraînent des immondices. Ce poisson est assez fréquent dans la mer Méditerranée : on en trouve à Rome & à Genes ; sa chair a la même qualité que celle de la dorade, du sparaillon, du sargo, &c. Willughby, hist. pisc. Voyez POISSON. (I)
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| CANTHUS | S. m. terme d'Anatomie, est le coin ou angle de l'oeil, formé par la commissure ou jonction de la paupiere supérieure & de l'inférieure. Voy. OEIL.
L'angle qui est du côté de l'oeil, s'appelle le grand canthus, ou le canthus interne. Celui qui est du côté des tempes s'appelle petit canthus, ou canthus externe. (L).
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| CANTILLANA | (Géogr.) petite ville & comté d'Espagne dans l'Andalousie, sur le Guadalquivir.
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| CANTIMARON | ou CATIMARONS, subst. m. (Mar.) ce sont deux ou trois canots de piés d'arbres croisés & liés ensemble avec des cordes de coco, qui soûtiennent des voiles de nattes en forme de triangle, dont les Negres de la côte de Coromandel se servent pour aller pêcher ; & même trafiquer de proche en proche. Ceux qui les conduisent sont ordinairement à demi dans l'eau, assis les jambes croisées, n'y ayant qu'un endroit un peu élevé vers le milieu, pour mettre leurs marchandises. Ils ne font aucune difficulté d'aller à dix ou douze lieues au large ; ils vont très-vîte, pour peu qu'il vente. (Z)
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| CANTINE | S. f. dans l'Art militaire, est le lieu où l'on fournit aux soldats de la garnison l'eau-de-vie, le vin & la biere à un certain prix beaucoup au-dessous de celui des cabarets. C'est un privilége particulier que le roi veut bien accorder à ses troupes.
Il y a aussi des cantines pour les fournir de tabac. (Q)
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| CANTIQUE | S. m. (Hist. & belles-Lett.) discours ou paroles que l'on chante en l'honneur de la divinité.
Les premiers & les plus anciens cantiques furent composés en mémoire de quelques événemens mémorables, & doivent être comptés entre les premiers monumens historiques.
" Le genre humain s'étant multiplié, dit un auteur moderne, & Dieu ayant fait éclater sa puissance en faveur du juste contre l'injuste, les peuples reconnoissans immortaliserent le bienfait par des chants, qu'une religieuse tradition fit passer à la postérité. C'est de là que viennent les cantiques de Moyse, de Debora, de Judith ; ceux de David & des prophetes ". Voyez PSEAUME.
M. Fourmont prétend qu'il y a dans les pseaumes & dans les cantiques des Hébreux des dictions étrangeres, des expressions peu usitées ailleurs, des phrases dont les mots sont transposés ; que leur style, comme celui de nos odes, en devient plus hardi, en paroit plus pompeux & plus énergique ; qu'on y trouve des strophes, des mesures & différentes sortes de vers, & même des rimes. Voyez RIME.
Ces cantiques étoient chantés par des choeurs de musique, au son des instrumens, & souvent accompagnés de danses, comme il paroit par l'Ecriture.
La plus longue piece qu'elle nous offre en ce genre, est le Cantique des cantiques, ouvrage attribué à Salomon ; & que quelques auteurs prétendent n'être que l'épithalame de son mariage avec la fille du roi d'Egypte ; mais les Théologiens prouvent que sous cet emblème il s'agit de l'union de Jesus-Christ avec l'Eglise.
" Quoique les Payens, dit encore l'auteur que nous avons déjà cité, se trompassent dans l'objet de leur culte, cependant ils avoient dans le fonds de leurs fêtes le même principe que les adorateurs du vrai Dieu. Ce fut la joie & la reconnoissance qui leur fit instituer des jours solemnels pour célébrer les dieux auxquels ils se croyoient redevables de leur récolte. De-là vinrent ces chants de joie qu'ils nommoient dithyrambes, parce qu'ils étoient consacrés au dieu qui, selon la fable, eut une double naissance, c'est-à-dire à Bacchus.... Après les dieux, les héros enfans des dieux devinrent les objets de ces chants.... C'est ce qui a produit les poëmes d'Orphée, de Linus, d'Alcée, de Pindare, &c. " Voyez DITHYRAMBE & ODE. Cours de Bell. Lett. tome. II. p. 28. & 29.
Au reste ni parmi les Hébreux ni parmi les Payens les cantiques n'étoient pas tellement des expressions de la joie publique, qu'on ne les employât aussi dans les occasions tristes & lugubres ; témoin ce beau cantique de David sur la mort de Saül & de Jonathas, qu'on trouve au II. livre des Rois, ch. I. Ces sortes de cantiques ou d'élégies eurent tant de charmes pour les Hébreux, qu'ils en firent des recueils, & que long-tems après la mort de Josias ils répétoient les plaintes de Jérémie sur la fin tragique de ce roi. II. Paralip. ch. xxxv.
Les anciens donnoient encore le nom de cantiques à certains monologues passionnés & touchans de leurs tragédies, qu'on chantoit sur le mode hypodorien & hypophrygien, comme nous l'apprend Aristote au xjx. de ses problèmes, à-peu-près comme certains monologues qui, dans quelques tragédies de Corneille, sont en stances de vers irréguliers, & qu'on auroit pû mettre en musique. Telles sont les stances du Cid, celles de Polieucte, qui sont très-belles, & celles d'Héraclius. Au reste l'usage de ces stances paroît entierement banni de nos tragédies modernes. Voyez STANCES. (G)
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| CANTON | S. m. (Hist. mod.) quartier d'une ville que l'on considere comme séparé de tous les autres. Voyez QUARTIER.
Ce mot paroît dérivé de l'italien cantone, pierre de coin.
Le mot canton est plus communément employé pour désigner une petite contrée ou district sous un gouvernement séparé.
Tels sont les treize Cantons suisses, dont chacun forme une république à part. Ils sont cependant liés ensemble, & composent ce qu'on appelle le corps helvétique ou la république des Suisses. (G)
CANTON, en terme de Blason, est une des neuf pieces honorables des armoiries. C'est une partie quarrée de l'écu séparée des autres. Elle n'a aucune proportion fixe, quoiqu'elle doive être, suivant les regles, plus petite que le quartier. Elle est souvent la neuvieme partie de l'écu, & on l'employe comme une addition ou différence, & souvent pour marque de bâtardise.
Le canton est quelquefois placé au coin dextre, & quelquefois au fenestre ; & dans ce cas on l'appelle canton senestré. Sa forme est représentée dans Planch. Herald. On dit : il porte d'hermine au canton d'argent chargé d'un chevron de gueules.
Les espaces que laissent les croix & les sautoirs, sont aussi nommés cantons. (V)
CANTON, voyez QUAN-TON.
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| CANTONNÉ | adj. terme d'Architecture. On dit qu'un bâtiment est cantonné, quand son encoignure est ornée d'une colonne ou d'un pilastre angulaire, ou de chaînes en liaison de pierres de refend ou de bossages, ou de quelques autres corps qui excedent le nud du mur. Les anciens nommoient les pilastres qui étoient aux encoignures, antes ; & les temples où il y avoit de ces pilastres, temples à antes.
CANTONNE, en terme de Blason, se dit lorsque les espaces que les croix & les sautoirs laissent vuides, sont remplis de quelques figures.
Remond de Modene en Provence, de gueules à la croix d'argent, cantonné de quatre coquilles de même. (V)
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| CANTONNER | CANTONNER
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| CANTOR | S. m. (Comm.) poids dont on se sert en Sardaigne, un cantor pese cent quarante-cinq livres de Venise, Voyez LITRE.
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| CANTORBERY | (Géogr.) ville d'Angleterre, capitale du comté de Kent sur la Stoure. L'archevêque est primat d'Angleterre. Longit. 18. 38. lat. 51. 17.
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| CANTRE | S. f. se dit dans les Manufactures en soie, d'une partie de l'ourdissoir dans laquelle on passe les rochets pour ourdir. Voyez OURDISSOIR.
* CANTRE, pour les velours & autres ouvrages, est aussi dans les Manufactures en soie, une espece de chassis soûtenus sur des piés plus courts par-devant que par-derriere ; ce qui incline le chassis du côté de l'ouvrier. Ce chassis est divisé, selon sa longueur, en deux parties égales par une traverse. Cette traverse & les côtés du chassis qui lui sont paralleles, sont percés de petits trous. Ces petits trous reçoivent autant de broches de fil-de-fer. Ces broches sont chacune portées par les deux bouts sur les deux côtés en longueur de la cantre, & par le milieu sur la traverse parallele à ces côtés. C'est sur elles qu'on enfile les roquetins à qui elles servent d'axe. Les fils de soie dont les roquetins sont chargés ne se mêlent point, au moyen de l'inclinaison de la cantre & de son plan incliné, qui tient toutes les broches, & par conséquent chaque rangée de roquetins plus haute l'une que l'autre. La cantre est placée au derriere du métier. Quant à son usage, voyez l'article VELOURS.
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| CANUS | ALPHESTEL, s. m. (Hist. nat. Icth.) poisson de mer. Son dos est de couleur de pourpre, & le reste du corps jaunâtre. Le canus est plus étroit que la dorade & le pagre. Il est assez semblable à la mendole, quoique plus grand & plus épais. Il a un pié de longueur : sa bouche est de médiocre grandeur. Il a des levres ; ses dents sont serrées les unes contre les autres. Il a depuis la tête jusqu'à la queue des piquans joints ensemble par une membrane fort mince, Rondelet. Voyez POISSON. (I)
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| CANZON | (Géogr.) petite ville d'Italie dans le duché de Milan, au comté de Come.
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| CANZUGA | (Géogr.) ville de Pologne, dans le palatinat de Russie.
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| CANZULA | (Géog.) ville maritime d'Asie au Japon, dans l'île de Niphon.
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| CAO | (Géogr.) ville de la Chine, sur un lac de même nom, dans la province de Kiang-nan.
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| CAOCHE | ou TCHAOTCHEOU, (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Quan-ton.
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| CAOMING | (Géog.) petite ville de guerre de la Chine, dans la province de Younnang.
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| CAOPOIBA | (Hist. nat. bot.) arbre des Indes, de la hauteur & de la forme du hêtre. Son écorce est cendrée, & a des ondes brunes ; ses feuilles sont fermes, de figure oblongue, & il sort de leur queue, quand on la rompt, une liqueur laiteuse ; ses fleurs ont un pédicule ; elles ont l'étendue de la rose : les pétales en sont blancs, avec de petits onglets rouges ; au lieu de nombril on leur remarque un petit globule rouge, résineux, de la grosseur d'un pois ; qui donne une liqueur gluante, jaunâtre, transparente, & assez semblable à la térébenthine. Le fruit est dans une capsule, de même que le gland, & laisse voir, quand on le coupe en long avant la maturité, plusieurs rangs de semences de la grosseur & de la figure des pepins de pommes. Chaque semence est couverte d'une pellicule rouge, sous une autre, couleur de vermillon. La pulpe du fruit est jaune, & donne un suc jaune. L'écorce de l'arbre, qui est épaisse, se sépare aisément du bois, qui est fragile, & qui contient une moelle que l'on en tire facilement, & qui laisse le bois creux.
Il y a une autre espece de caopoiba à écorce grise, & à feuilles oblongues & carinées.
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| CAO | ou CAHOR, (Géog.) royaume d'Asie dans l'Inde, au-delà du Gange : la capitale porte le même nom.
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| CAORA | (Géogr.) riviere de l'Amérique méridionale.
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| CAORLE | (Géog.) petite île du golfe de Venise, sur les côtes du Frioul.
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| CAOUANNE | (Hist. nat. Zoolog.) grande tortue de mer dont la chair, quoique mangeable ; n'a pas la délicatesse de celle qu'on appelle tortue franche ; d'ailleurs elle lui ressemble en tout. Voyez TORTUE.
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| CAOUP | arbre qui croît dans l'île de Maragnan dans l'Amérique. Sa feuille ressemble à celle du pommier, mais elle est plus large. Il a la fleur rouge ou jaune, & le fruit comme l'orange pour la figure & le goût : il est plein d'amandes.
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| CAP | S. m. ou PROUE, (Marine) c'est la pointe qui est à l'avant du vaisseau, qu'on nomme aussi poulaine, éperon, avantage ; tous mots usités parmi les gens de mer pour signifier la même chose. Voyez Pl. I. la cotte N.
On dit mettre le cap, porter le cap, avoir le cap à terre ou au large, pour dire mettre la proue du vaisseau du côté de la terre ou de la mer.
Porter le cap sur l'ennemi, c'est faire route pour l'aller chercher & avancer sur lui.
Porter le cap, mettre le cap à l'oüest, au sud, au nord, &c. c'est faire route à l'oüest ou au sud.
Avoir le cap à la marée ; cela se dit lorsque le vaisseau présente l'avant au courant de flot.
CAP DE MOUTON, (Marine) Les caps de mouton sont de petits billots de bois taillés en façon de poulie, qui sont environnés & fortifiés d'une bande de fer, pour empêcher que le bois n'éclate.
Le cap de mouton est percé par trois endroits sur le plat, ayant à chaque trou une ride ; c'est ainsi qu'on appelle une petite corde qui sert à plusieurs autres usages. Ordinairement il entre 160 caps de mouton pour agréer un vaisseau.
Les caps de mouton servent principalement à rider ou roidir les haubans & les otais : c'est par leur moyen qu'on roidit ou lâche ces manoeuvres dormantes, selon qu'on y est obligé par le tems qu'il fait. Ils servent aussi à donner la forme aux trélingages, qui sont au haut des étais, ayant divers petits trous par où passent les marticles ; ils sont en même tems une espece d'ornement au vaisseau. Ils sont de figure ovale & plats : ceux des haubans sont amarrés aux porte-haubans ou aux cadenes.
Les caps de mouton des grands haubans sont amarrés aux porte-haubans, moitié dans les haubans, moitié dans les cadenes ; & comme les cordages neufs se lâchent, il faut les roidir autant qu'il se peut en fanant.
CAP DE MOUTON de martinet, (Marine) c'est le cap de mouton du trélingage ou des marticles qui sont au bout du martinet de l'artimon & à la vergue ; mais le cap de mouton sur l'étai, qui a la figure ovale, d'où partent plusieurs lignes qui vont en s'élargissant en patte d'oie sur le bord de la hune, est pour empêcher les huniers de se couper contre la hune, c'est la moque de trélingages. Voyez MARTINET, MARTICLE, ELINGAGEGAGE.
CAP DE MOUTON à croc, (Marine) ce sont des caps de mouton où il y a un croc de fer, pour accrocher au côté d'une chaloupe ; c'est-là qu'on a coûtume de les faire pour retenir les haubans.
CAP DE MORE, TETE DE MORE, BLOC, CHOUQUET, voyez CHOUQUET. (Z)
CAP, ou CAVESSE DE MORE, (Manege) est un cheval de poil rouhan, qui outre son mélange de poil gris & bai, a la tête & les extrémités des piés noires. Voyez ROUHAN. (V)
* CAP, ou PROMONTOIRE, s. m. (Géog.) ce mot est dérivé de l'italien capo, qui veut dire tête en cette langue. Les Grecs se servoient des mots , ou , pour désigner un cap, & les Latins de promontorium ; c'est une pointe de terre qui s'avance dans la mer, plus que les terres contiguës. Quand en rangeant une côte, on passe près d'un cap, on se sert à la mer de l'expression doubler le cap, parer le cap. La Sicile fut appellée par les anciens trinacria, à cause de ses trois caps ou promontoires.
CAP DE BONNE-ESPERANCE : ce cap est à l'extrémité méridionale de l'Afrique ; les Portugais le découvrirent ; depuis les Hollandois y bâtirent un fort & s'y établirent ; ensorte qu'ils exigent des péages des autres nations qui y abordent. Il y croît du froment & de l'orge en abondance, ainsi que différentes sortes de légumes & de fruits ; il y croît aussi du vin de liqueur très-estimé. Long. 37. 45. lat. mérid. 34. 40.
CAP-BRETON, voyez ISLE ROYALE.
CAP-FRANÇOIS ; il est sur la côte septentrionale de l'île de S. Domingue ; & c'est le port le plus fréquenté de la partie de cette île qui appartient aux François. On y a bâti une ville considérable.
CAP-VERD, (Géog.) cap très-considérable sur la côte d'Afrique ; il a été découvert par les Portugais en 1474 ; il est bordé des deux côtés par la Gambre & le Sénégal. Il est habité par des Negres, qui sont laborieux & appliqués, & dont la plûpart adorent la Lune & les diables.
CAP-VERD, (îles du) Voyez ISLES.
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| CAPABLE | adj. (en Droit) est celui qui a les qualités requises par les lois pour faire quelque fonction appartenante à la vie civile : par exemple, il faut avoir 25 ans accomplis pour être capable d'aliéner. Il faut être regnicole pour être capable de posséder des bénéfices en France ; il n'y a que les gradués qui soient capables de posséder des cures dans les villes murées. (H)
CAPABLE, (Géom.) on dit qu'un segment de cercle est capable d'un angle, lorsque ce segment est tel qu'on y peut inscrire cet angle ; ensorte que les deux côtés de l'angle se terminent aux extrémités du segment, & que le sommet de l'angle soit sur la circonférence du segment. On sait que tous les angles inscrits dans un même segment sont égaux ; ainsi le segment E F D (fig. 95. Géom.) est capable de l'angle E F D, ou de son égal E H D. On a plusieurs méthodes pour décrire un segment capable d'un angle donné : en voici une assez simple. Faites un triangle isoscele, dont l'angle au sommet E F D soit égal à l'angle donné ; ou, ce qui est la même chose, faites les angles F E D, F D E, égaux chacun à la moitié de 180 degrés moins la moitié de l'angle donné ; & par les points F, D, décrivez l'arc de cercle E F D. Voyez CERCLE. (O)
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| CAPACCIO | ou CAPACE, (Géog.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la principauté citérieure. Long. 32. 38. lat. 40. 27.
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| CAPACITÉ | S. f. dans un sens général marque une aptitude ou disposition à quelque chose.
Les lois d'Angleterre donnent au roi deux capacités ; l'une naturelle, & l'autre politique : par la premiere, il peut acheter des terres pour lui & ses héritiers ; par la seconde, il en peut acheter pour lui & ses successeurs ; il en est de même du clergé.
CAPACITE, (en Droit) se prend dans le même sens que capable. Voyez ci-dessus.
En Droit canonique, on entend par capacité, les qualités extérieures seulement, comme l'extrait baptistaire, la tonsure, les dimissoires, s'il en est besoin, la provision du bénéfice, la prise de possession, & quelquefois les grades, les indults, ou autres priviléges. (H)
CAPACITE d'un corps, se dit proprement de l'espace ou volume qu'il occupe. Voyez ESPACE, VOLUME. (O)
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| CAPADE | S. f. (terme de Chapelier) est une certaine quantité de laine ou de poil qu'on a formée par le moyen de l'arçon. Un chapeau est composé de quatre capades que l'on feutre sur le bassin, & que les ouvriers foulent ensuite avec de la lie de vin.
* CAPADES, s. m. pl. (Hist. mod.) l'on nomme ainsi aux Indes chez les Maures & parmi d'autres nations, les eunuques noirs à qui on confie la garde des femmes, & qui les accompagnent dans leurs voyages.
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| CAPALANIER | S. m. (Marine) on nomme ainsi sur les vaisseaux bretons qui vont à la pêche de la morue seche, les matelots qui aident à cette pêche ; ils ont rang entre les décoleurs & les saleurs, & ont le même pot-de-vin. Voyez DECOLEUR & SALEUR. (Z)
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| CAPALITA | (Géog.) grande ville de l'Amérique septentrionale, dans la province de Guaxaca.
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| CAPARAÇON | S. m. (Manege) couverture qu'on met sur les chevaux. Les caparaçons ordinaires sont d'une simple toile ou treillis pour l'été, ou de drap en hyver ; ceux des chevaux de main sont de drap, ornés & chargés des armoiries ou des chiffres du maître, en or, en argent, en laine ou en soie. Les caparaçons des anciens gendarmes étoient de riches housses brodées, dont ils faisoient parade dans les montres, les tournois, les pompes, & les cérémonies. Les caparaçons étoient autrefois une armure de fer dont on couvroit les chevaux de bataille.
Les caparaçons de l'armée sont quelquefois d'une grande peau d'ours ou de tigre, de même que ceux des chevaux de carrosse en hyver. (V)
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| CAPARAÇONNER | CAPARAÇONNER
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| CAPDENAC | (Géog.) ancienne & petite ville de France dans le Quercy, sur un rocher escarpé, & presqu'environné de la riviere de Lot.
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| CAPE | S. f. ou GRAND-PACFI, (Marine) c'est la grande voile : être à la cape, c'est ne porter que la grande voile bordée, & amurée toute arriere. On met aussi à la cape avec la misene & l'artimon. On se tient à la cape, quand le vent est trop fort, & qu'il est contraire à la route qu'on veut faire. V. CAPEER. (Z)
CAPE, (la) c'est dans la Fortification, la partie supérieure du batardeau. Voyez BATARDEAU. (Q)
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| CAPECHIUM | (Géog.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, sur la presqu'île de Jucatan.
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| CAPÉER | CAPIER, CAPÉIER, aller à la cape, mettre le vaisseau à la cape, (Marine) c'est faire servir la grande voile seule, après avoir ferlé toutes les autres, & portant le gouvernail sous le vent, mettre le vaisseau coté à-travers, pour le laisser aller à la dérive, & se maintenir dans le parage où l'on est, autant qu'il est possible, soit pendant un vent forcé & de gros tems, soit quand la nuit ou la brume vous surprend auprès d'une côte qu'on ne connoît pas bien, ou qui est dangereuse, & qu'on ne veut aborder que de jour. Que si le vent n'est pas forcé, on porte aussi la misene, & quelquefois on y ajoûte l'artimon ; mais de gros tems on les amene aussi-bien que les perroquets & les huniers, pour donner moins de prise au vent ; & si l'orage est si grand qu'on ne puisse plus capéier, on fait le jet, & on met le vaisseau à sec, le laissant aller à mâts & à cordes. (Z)
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| CAPELAN | S. m. (Hist. nat. Ichth.) asellus mollis minor, seu asellus omnium minimus, anthiæ secunda species. Rond. Ce poisson est le plus petit de son genre : celui sur lequel on a fait cette description n'avoit qu'environ six pouces de longueur. Le capelan a un barbillon à l'angle de la mâchoire inférieure ; les yeux sont recouverts d'une membrane lâche ; le dos est d'un brun clair, & le ventre d'un blanc sale. La premiere nageoire du dos est composée de douze piquans ; celle du milieu en a dix-neuf, & la derniere n'en a que dix-sept. La nageoire qui est immédiatement au-delà de l'anus, en a vingt-sept, & celle qui est plus loin en a dix-sept : les nageoires des oüies en ont chacune treize, & celles du ventre n'en ont que six seulement. La chair de ce poisson est douce & tendre, & a un très-bon goût. On en trouve en grande quantité dans la mer Méditerranée, & on en voit beaucoup à Venise & à Marseille. Willughby, Hist. pisc. Voyez POISSON. (T)
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| CAPELER | CAPELER
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| CAPELET | S. m. (Maréchallerie) enflure qui vient au train de derriere du cheval, à l'extrémité du jarret, qui est grosse à-peu-près comme une petite balle de jeu de paume. Cette maladie est causée par une matiere phlegmatique & froide, qui s'endurcit par sa viscosité, & ne fait pas grand mal. (V)
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| CAPELINE | S. f. terme de Chirurgie, bandage pour contenir l'appareil qu'on applique sur le moignon d'un membre amputé. Voyez AMPUTATION (Y)
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| CAPELINES | S. m. pl. en terme de Plumasserie ; ce sont des panaches ou bouquets de plumes, dont se servent quelquefois les actrices sur le théatre.
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| CAPELLE | (LA) Géog. petite ville de France, en Picardie, dans la Thiérache, à cinq lieues de Guise. Long. 21. 34. lat. 49. 58.
CAPELLE, (Géog.) petite ville d'Allemagne, de l'électorat de Treves, sur le Rhin, au-dessus de Coblentz.
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| CAPELLETTI | S. m. pl. (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne à Venise à une milice que la république compose des sujets qu'elle a en Esclavonie, Dalmatie, Albanie & Morlachie ; qui est regardée comme l'élite de ses troupes, & à la garde de qui elle confie ses places les plus importantes : il y en a toûjours deux compagnies à Venise pour la garde du palais & de la place de S. Marc.
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| CAPENDU | (Géog.) petite ville de France, en Languedoc, au diocese de Carcassonne.
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| CAPER | nom latin de la constellation du capricorne. Voyez CAPRICORNE. (O)
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| CAPE | ou CABEZ, (Géog.) ville d'Afrique, au royaume de Tripoli, sur une grande riviere de même nom, qui prend sa source dans le Biledulgerid, & qui sépare les deux royaumes de Tunis & de Tripoli, & tombe dans la mer Méditerranée, dans un golfe qui porte son nom : on dit que l'eau en est si chaude, qu'on ne peut en boire qu'après l'avoir laissée refroidir.
* CAPES, (Géog.) peuple d'Afrique, en Guinée, sur les côtes de l'Océan, près de la Sierra-Lionna. On dit que dans chaque village il y a une grande maison séparée des autres, où l'on met toutes les jeunes filles du lieu, pour écouter les leçons d'un vieillard choisi pour les instruire ; au bout de l'année cette troupe de filles sort au son des instrumens, & se rend dans de certaines places pour y danser : les jeunes gens vont dans ces endroits, & y prennent pour femmes celles qui leur conviennent.
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| CAPESTAN | (Géog.) petite ville de France, dans le Languedoc, près de la riviere d'Aude & du canal royal. Long. 20. 40. lat. 43. 25.
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| CAPETIEN | S. m. (Hist. mod.) nom par lequel on désigne la troisieme race de nos rois ; il vient de Hugues Capet, le premier roi de cette race. Il y a aujourd'hui, en 1752, 765 ans qu'elle occupe le throne de la France. Nulle généalogie ne remonte si haut que celle de Jesus-Christ, dit un auteur allemand, cité par les auteurs du Trévoux, pas même celle des Capétiens.
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| CAPHAR | S. m. (Hist. mod.) péage ou droit que les Turcs font payer aux marchands chrétiens, qui conduisent ou envoyent des marchandises d'Alep à Jérusalem.
Le droit du caphar avoit été établi par les Chrétiens mêmes, lorsqu'ils étoient maîtres de la Terre-sainte ; & ce fut pour l'entretien des troupes, qu'on mettoit dans les passages difficiles pour observer les Arabes, & empêcher leurs courses : mais les Turcs qui l'ont continué & augmenté, en abusent, faisant payer arbitrairement aux marchands & aux voyageurs chrétiens des sommes considérables, sous prétexte de les défendre des Arabes, avec qui néanmoins ils s'entendent le plus souvent pour favoriser leurs brigandages. (G)
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| CAPHARNAU | ou CAPERNAUM, (Géograph. sainte) ville maritime de la tribu de Nephthali, à l'extrémité de celle de Zabulon, sur le rivage de la mer de Tibériade. Ses habitans incrédules ne tirerent aucun fruit d'un grand nombre de miracles que Jesus-Christ fit parmi eux, & dont la lumiere auroit suffi pour éclairer d'autres peuples à qui il ne fit pas la même grace ; parce qu'il est le maître de ses dons, & qu'il peut sans injustice, les accorder à ceux qui n'en profiteront pas, & les refuser à ceux à qui ils auroient été des moyens de salut. O altitudo ! Voyez GRACE.
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| CAPHES | ou CAPHSA, (Géog.) ancienne ville d'Afrique, dans le Biledulgerid, vers la source de la riviere de Magrada.
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| CAPI-AG | ou CAPI-AGASSI, s. m. (Hist. mod.) officier turc qui est le gouverneur des portes du sérail, & le grand maître du sérail. Voyez SERAIL.
La dignité de capi-aga est la premiere des eunuques blancs : le capi-aga est toûjours auprès du grand-seigneur, il introduit les ambassadeurs à l'audience ; personne n'entre & ne sort de l'appartement du grand-seigneur que par son ministere. Sa charge lui donne le privilége de porter le turban dans le sérail, & d'aller par-tout à cheval : il accompagne le grand-seigneur jusqu'au quartier des sultanes, mais il demeure à la porte, & n'y entre point. Le grand-seigneur fait les frais de sa table, & lui donne environ soixante livres par jour : mais sa charge lui attire de plus un très-grand nombre de présens, parce qu'aucune affaire de conséquence ne vient à la connoissance de l'empereur, qu'elle n'ait passé par ses mains. Le capi-agassi ne peut être bacha quand il quitte sa charge. Voyez AGA. (G)
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| CAPI-CAG-TINGA | (Hist. nat. bot.) espece d'acorus qui croît aux Indes occidentales, & ressemble beaucoup à celui de l'Europe par sa racine & ses feuilles ; il est seulement plus petit : mais on lui attribue des vertus bien supérieures à celles de l'autre ; il est plus chaud & plus aromatique ; il incise les humeurs froides & peccantes ; il résiste au poison, &c.
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| CAPIe | S. f. se dit dans les manufactures où l'on travaille la soie, le fil, la laine, &c. de plusieurs brins mis en double, à l'aide desquels on serre l'écheveau quand il est fini, & l'on arrête le dernier bout ; ce qui empêche l'écheveau de se déranger, & ce qui en facilite le devidage, en permettant d'en prendre toûjours le dernier bout.
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| CAPIER | v. act. manufacture en soie, fil, laine, &c. c'est dans un écheveau de fil, de soie, laine, &c. arrêter le bout par lequel il a commencé, & celui par lequel il a fini, de façon qu'au devidage on puisse toûjours trouver & prendre le dernier ; la façon d'arrêter est arbitraire. Dans le fil on noue les deux bouts ensemble ; dans la soie on les arrête séparément. Quand il est question de teindre en bleu, eu verd, ou autres couleurs dont la teinture ne doit être que tiede, on casse les capies sous lesquelles la teinture ne prendroit pas, parce qu'ordinairement elles resserrent la partie de l'écheveau qu'elles enveloppent. Le reglement de Piémont ordonne de capier les organcins toutes les huit heures, & les tramer toutes les quatre : cela vient de ce que les organcins sont plus tors que les trames, & que par conséquent les aspes ou guindres se chargent d'une beaucoup moindre quantité d'organcins que de trames, en des tems égaux.
CAPIER se dit aussi, dans les manufactures en soie ; des mailles qu'on est obligé de faire aux lisses, lorsqu'elles commencent à s'user : c'est arrêter la maille par son noeud sur la cristelle, précisément dans l'endroit qu'elle doit occuper. Voyez CRISTELLE.
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| CAPIGI | S. m. (Hist. mod.) portier du serrail du grand-seigneur. Il y a dans le serrail environ cinq cent capigis ou portiers partagés en deux troupes : l'une de trois cent, sous un chef appellé capigi-bassa, qui a de provision trois ducats par jour ; & l'autre de deux cent appellés cuccicapigi, de leur chef cuccicapigi-bassi qui a deux ducats d'appointe ment. Les capigis ont depuis sept jusqu'à quinze aspres par jour, l'un plus, l'autre moins. Leurs fonctions sont d'assister avec les janissaires à la garde de la premiere & de la seconde porte du serrail, quelquefois tous ensemble, comme quand le grand-seigneur tient conseil général, qu'il reçoit un ambassadeur, ou qu'il va à la mosquée ; & quelquefois ils ne gardent qu'une partie, & se rangent des deux cotés, pour empêcher que personne n'entre avec des armes, ou ne fasse du tumulte, &c.
Ce mot dans son origine signifie porte. Voyez SERRAIL. (G)
CAPIGI-BACHI, s. m. (Hist. mod.) capitaine des portes, officier du serrail du grand-seigneur. Les capigis-bachis sont subordonnés au capi-aga ou capou-agassi, & sont au nombre de douze ; leur fonction est de monter la garde deux à deux à la troisieme porte du serrail, avec une brigade de simples capigis ou portiers. Lorsque le grand-seigneur est à la tête de son armée ou en voyage, six capigis-bachis marchent toûjours à cheval devant lui pour reconnoître les ponts ; ils y mettent pié à terre, attendent le sultan rangés à droite & à gauche sur sa route, & lui font une profonde révérence pour marquer la sûreté du passage. A l'entrée des tentes ou du serrail ils se mettent en haie à la tête de leur brigade. (G).
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| CAPILLAIRE | tiré du latin capilli, cheveux, se dit de plusieurs choses, pour marquer leur petitesse, &c. qui ressemble à celle des cheveux.
Vaisseaux CAPILLAIRES, en Anatomie, ce sont les dernieres & les plus petites ramifications des veines & des arteres, qui sont insensibles, & qui lorsqu'on les coupe ou rompt, ne rendent que fort peu de sang. Voyez VEINE & ARTERE.
Les vaisseaux capillaires doivent être beaucoup plus fins que les cheveux, on ne sauroit mieux les comparer qu'aux fils des toiles d'araignée, & on les appelle quelquefois vaisseaux évanoüissans. Voyez CIRCULATION. (L)
Les tuyaux ou tubes capillaires, en Physique, sont de petits tuyaux les plus étroits que les ouvriers puissent faire, & non pas dont le diametre ne passe pas la grosseur d'un cheveu ; car on n'en a peut-être jamais fait de cette espece.
Le diametre ordinaire des vaisseaux capillaires est de la moitié, du tiers, ou du quart d'une ligne : cependant le docteur Hook nous assûre qu'il a tiré à la flamme d'une lampe des tuyaux plus petits encore, & au moins aussi fins qu'un fil de toile d'araignée. Ce fait est assez difficile à croire.
L'ascension de l'eau dans les tuyaux capillaires est un phénomene, dont l'explication embarrasse fort les Philosophes. Mettez dans l'eau l'un des bouts d'un petit tuyau ou d'un petit tube ouvert des deux côtés, & l'eau s'élevera à une hauteur sensible dans le tube où elle demeurera suspendue : de plus plongez dans le fluide plusieurs tubes capillaires, dont l'un soit d'un diametre beaucoup plus petit que l'autre, l'eau montera beaucoup plus haut dans le petit tube capillaire : son élévation sera en raison réciproque du diametre des tubes.
Cette élévation spontanée, contraire en apparence aux lois de la pesanteur, mérite une attention particuliere. Le corps humain est une machine hydraulique ; & dans le nombre presqu'infini de tuyaux qui le composent, celui des capillaires est sans comparaison le plus grand ; & c'est par conséquent la connoissance de cette espece de tuyau qui nous intéresse le plus.
M. Carré, aidé de M. Geoffroy, dit avoir fait sur les tuyaux capillaires les expériences suivantes, 1°. l'eau s'étant élevée au-dessus de son niveau dans un tuyau capillaire, si ensuite on pompe l'air aussi exactement qu'il soit possible, elle ne redescend point ; au contraire elle monte encore un peu : 2°. si l'on enduit de suif le dedans d'un tuyau capillaire, l'eau ne s'y met que de niveau au reste de sa surface : mais si ce tuyau n'est en duit de suif que jusqu'à une hauteur moindre que celle où il est plongé dans l'eau, elle monte à son ordinaire au-dessus de son niveau ; & s'il n'est enduit de suif que d'un côté, l'eau de ce côté-là se met de niveau, & de l'autre monte au-dessus. Hist. acad. 1705.
Plusieurs auteurs attribuent l'ascension de l'eau dans ces tuyaux, à la pression inégale de l'air dans des tubes inégaux : l'air, disent-ils, est composé de parties rameuses, spongieuses, entremêlées & enbarrassées les unes avec les autres : ainsi une colonne d'air étant placée perpendiculairement sur l'ouverture d'un petit tuyau capillaire, une partie sensible de la pression agira sur les parois de la surface du tube, de façon que la colonne ne pressera pas avec tout son poids sur le fluide placé au-dessous, mais qu'elle en aura perdu une quantité plus ou moins grande, suivant que le diametre sera plus petit ou plus grand. Mais une explication si vague se détruit & par elle-même, & par cette observation, que l'expérience réussit aussi-bien dans le vuide que dans l'air.
D'autres, comme M. Hauksbée, &c. ont recours à l'attraction des anneaux de la surface concave du tube ; & le docteur Morgan souscrit à cette opinion en ces termes. " Une partie de la gravité de l'eau dans ce tube étant arrêtée par la force attractive de la surface interne concave du verre ; le fluide qui est dans le tube devra, au moyen de la supériorité du poids extérieur, monter aussi haut qu'il faudroit pour compenser cette diminution de gravité produite par l'attraction du verre ". Il ajoûte que comme la force de l'attraction des tubes est en raison réciproque des diametres, on pourra en diminuant ces diametres, ou en prenant des tubes de plus en plus petits, faire monter l'eau en telle hauteur qu'on voudra.
Mais cet auteur s'est un peu mépris en cela, selon M. Jurin ; car puisque dans les tuyaux capillaires la hauteur à laquelle l'eau s'élevera naturellement, est réciproquement comme le diametre du tube, il s'ensuit de-là que la surface qui tient l'eau suspendue est toûjours une quantité donnée : mais la colonne d'eau suspendue dans chaque tube est comme le diametre du tube ; & par conséquent si l'attraction de la surface contenante étoit la cause de la suspension de l'eau, il s'ensuivroit de-là, selon M. Jurin, que des causes égales produiroient des effets inégaux ; ce qui est absurde. De plus, M. Jurin ajoûte que ce n'est pas seulement l'explication de M. Hauksbée qui s'étend trop loin, mais aussi le phénomene qu'il suppose ; car il n'a pas lieu dans tous les fluides : il arrive même tout le contraire dans le mercure ; cette liqueur ne s'élevant pas dans le tube jusqu'au niveau de celle qui est dans le vaisseau, & la hauteur qui s'en manque se trouvant d'autant plus grande, que le vaisseau est plus petit.
M. Jurin propose une autre explication de ce phénomene, laquelle est confirmée, selon lui, par les expériences. " La suspension de l'eau, dans le système de cet auteur, doit s'attribuer à l'attraction de cette circonférence de la surface concave du tube, à laquelle la surface supérieure de l'eau est contiguë, & adhere ; cette circonférence étant la seule partie du tube de laquelle l'eau doive s'éloigner en sortant du repos, & par conséquent la seule qui par la force de sa cohésion & de son attraction, s'oppose à la descente de l'eau ". Il fait voir que c'est une cause proportionnelle à l'effet, parce que cette circonférence & la colonne suspendue sont toutes deux en la même proportion du diametre du tube. Après cette explication de la suspension de la liqueur, l'ascension qui paroît spontanée de cette même liqueur dans ce tube s'expliquera aussi fort aisément ; car puisque l'eau qui entre dans les tuyaux capillaires, aussi-tôt que leur orifice y est plongé, perd une partie de sa gravité par l'attraction de la circonférence à laquelle la surface touche, il faut donc nécessairement qu'elle s'éleve plus haut, soit par la pression de l'eau stagnante, soit par l'attraction de la circonférence qui est immédiatement au-dessus de celle qui est contiguë.
M. Clairaut, dans sa Théorie de la figure de la terre, imprimée à Paris en 1734, a donné une théorie de l'élévation ou de l'abaissement des liqueurs dans les tuyaux capillaires, où il combat l'explication de M. Jurin. Voici ce qu'il lui objecte.
1°. On ne sauroit employer le principe que les effets sont proportionnels aux causes, que quand on remonte à une cause premiere & unique, & non lorsqu'on examine un effet qui résulte de la combinaison de plusieurs causes particulieres, qu'on n'évalue pas chacune séparément : or quand on compare l'élevation de l'eau dans deux tubes différens, l'attraction de chaque surface est le résultat de toutes les attractions de chaque particule de verre sur toutes celles de l'eau, & comme toutes les petites forces qui composent la force totale d'une de ces surfaces ne sont pas égales entr'elles, on n'a aucune raison pour conclure l'égalité d'attraction de deux surfaces, de l'égalité d'étendue de ces surfaces ; il faudroit de plus que ces surfaces fussent pareilles. Par la même raison, quand même on admettroit que le seul anneau du verre qui est au-dessus de l'eau seroit la cause de l'élévation de l'eau, on n'en sauroit conclure que le poids élevé devroit être proportionnel à ce diametre ; parce qu'on ne peut connoître la force de cet anneau, qu'en sommant celle de toutes les particules.
2°. Supposé qu'on eût trouvé que la force d'un anneau de verre fût en raison constante avec son diametre, on n'en pourroit pas conclure qu'une colonne du fluide d'un poids proportionnel à cette force, seroit suspendue par son moyen. On voit bien qu'un corps solide tiré en-haut par une force égale à son poids, ne sauroit tomber : mais si ce corps est fluide, ses parties étant détachées les unes des autres, il faut faire voir qu'elles se soûtiennent mutuellement.
M. Clairaut examine en suite la question des tuyaux capillaires, par les principes généraux de l'équilibre des fluides : son exposé est trop géométrique pour être rendu ici, & nous renvoyons à l'ouvrage même ceux qui voudront s'en instruire. Nous nous contenterons de dire que M. Clairaut attribue l'élévation de l'eau à l'attraction du bout inférieur du verre, & à celle du bout supérieur ; & qu'il fait voir que quand le tube a un fort petit diametre, l'eau doit s'y élever à une hauteur qui est en raison inverse de ce diametre ; pourvû qu'on suppose que l'attraction du verre agisse suivant une certaine loi. Il ajoûte que quand même l'attraction du tuyau capillaire seroit d'une intensité plus petite que celle de l'eau, pourvû que cette intensité ne fût pas deux fois moindre, l'eau monteroit encore ; ce qu'il prouve par ses formules. Il explique en passant une expérience de M. Jurin, qui au premier coup-d'oeil paroît contraire à ses principes : cette expérience consiste en ce que si on soude deux tuyaux capillaires d'inégale grosseur, & qu'on trempe le bout le plus étroit dans l'eau, cette liqueur n'y monte pas plus haut que si tout le tuyau étoit de la même grosseur que par le bout d'en-haut. Quand à la descente du vif-argent dans les tuyaux capillaires, il l'explique en montrant que les forces qui tirent en en-bas dans la colonne qui traverse le tube, sont plus grandes que les forces qui agissent dans les autres colonnes ; & qu'ainsi cette colonne doit être la plus courte, afin de faire équilibre aux autres.
Au reste dans cette explication M. Clairaut suppose que l'attraction n'est pas en raison inverse des quarrés des distances, mais qu'elle suit une autre loi, & dépend d'une fonction quelconque de la distance ; sur quoi voyez la fin de l'article ATTRACTION.
Il faut pourtant ajoûter à ce que nous avons dit dans cet article, que si on suppose les phénomenes des tuyaux capillaires produits par l'attraction, il paroît difficile d'exprimer la loi de cette attraction, autrement que par une fonction de la distance ; car cette attraction ne sauroit être en raison inverse du quarré de la distance, parce qu'elle est trop forte au point de contact ; nous l'avons prouvé à l'article ATTRACTION. Elle ne sauroit être non plus comme une simple puissance plus grande que le quarré ; car elle seroit infinie à ce point de contact ; elle ne peut donc être que comme une fonction : il est vrai qu'une telle loi seroit bien bizarre, & que cela suffit peut-être pour suspendre son jugement sur la cause de ce phénomene.
On trouve dans les tomes VIII. & IX. des mémoires de l'académie de Petersbourg, des dissertations sur cette même matiere, par M. Weitbrecht. L'auteur paroît la bien entendre, & l'avoir approfondie. La dissertation de M. Jurin sur les tuyaux capillaires, contient un choix ingénieux d'expériences faites pour remonter à la cause de ces phénomenes ; elle est insérée dans les Transactions philosophiques, & on la trouve en françois à la fin des leçons de Physique expérimentale de M. Cotes, traduites par M. le Monnier, & imprimées à Paris en 1742.
De toutes les liqueurs qui s'élevent dans les tuyaux capillaires, l'eau est celle qui monte le plus haut : c'est ce que M. Carré a trouvé en faisant les expériences des tuyaux capillaires avec un grand nombre de liqueurs différentes. Selon cet auteur, la raison de cette ascension plus grande de l'eau, c'est que les surfaces de ses petites parties sont d'une telle configuration, qu'elles touchent plus immédiatement, c'est-à-dire en un plus grand nombre de points, la surface du verre. Il est aisé d'appliquer ce raisonnement aux liqueurs qui mouillent certains corps, & n'en peuvent mouiller d'autres : car lorsque les parties des liqueurs ont leurs surfaces telles qu'elles peuvent s'appliquer plus immédiatement à la surface des corps qu'elles touchent, elles y adherent, & y sont comme collées, soûtenues d'ailleurs par la pression du fluide environnant ; & c'est par cette raison que les gouttes d'eau suspendues aux feuilles des arbres, ou à d'autres corps, ne tombent pas. L'on peut aussi par ce même principe rendre raison pourquoi certaines liqueurs, comme l'huile & l'eau, ne s'unissent pas ; & au contraire, pourquoi les parties d'une même liqueur s'unissent si facilement.
Nous devons à M. Formey une partie de cet article. (O)
CAPILLAIRE, (fracture) est une fracture au crane si peu marquée qu'à peine la peut-on voir : elle ne laisse pas d'être mortelle. Voyez FRACTURE & FISSURE.
La fracture capillaire est l'effet d'un coup, d'une chûte, qui peut procurer un dépôt sous le crane, ainsi lorsqu'on l'a reconnue, il faut faire l'opération du trépan. Voyez TREPANER. (N)
CAPILLAIRE, (Hist. nat. bot.) adiantum, genre de plante que l'on peut reconnoître par ses feuilles. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
CAPILLAIRE, (Medecine) se dit de cinq plantes dont voici les noms ; savoir l'adiante commun ou noir ; l'adiante blanc, appellé capillaire de Montpellier ; le polytric, voyez POLYTRIC ; le céterach ou la scolopendre, voyez CETERACH ; & la salvia vitae ou ruta muraria. Voyez RUE DE MURAILLE.
La vertu de tous les capillaires est d'être incisifs, atténuans, diurétiques, stomachiques, & propres pour aider l'expectoration. Le meilleur capillaire est le suivant.
C'est de l'adiantum fruticosum brasilianum, C. B. P. qu'on fait le sirop de capillaire, qui est très-adoucissant ; on peut lui substituer le capillaire commun ; filicula quae adiantum nigrum officinarum pinnulis obtusioribus. J. R. H. Il entre dans le sirop de chicorée composé, & dans le sirop de guimauve de Fernel.
Le meilleur après ceux-là est le capillaire de Montpellier ; adiantum foliis coriandri. C. P. B. & J. R. H.
CAPILLAIRE, (sirop de) se prépare de plusieurs façons ; le meilleur est celui qui nous vient de Montpellier.
Sirop de capillaire, selon la pharmacopée nouvelle de Paris. Prenez capillaire de Canada deux onces ; faites-les infuser pendant deux heures, en y versant eau bouillante six livres : cette infusion se fera dans un vaisseau fermé ; on y fondra sucre blanc six livres ; on clarifiera ensuite, & l'on fera cuire à consistance de sirop, ou mieux encore à consistance d'électuaire : on y ajoûtera une nouvelle infusion de capillaire ; on aromatisera ensuite le sirop avec l'eau de fleur d'orange.
Le sirop de capillaire est très-vanté ; il possede toutes les vertus de cette plante : on l'employe dans les maladies de poitrine : on le mêle dans la tisane ordinaire, dans les émulsions, dans le thé, pour les rendre plus adoucissans. (N)
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| CAPILLAMENT | S. m. (Anatom. Bot.) signifie à la lettre un cheveu, étant formé du latin capillus, & celui-ci de caput, tête, & de pilus, poil, voyez CHEVEU ; c'est pourquoi on donne figurément ce nom à plusieurs choses, qui par rapport à leur longueur & à leur finesse ressemblent à des cheveux ; comme les capillamens des nerfs, qui signifient les fibres déliées, ou les filamens dont les nerfs sont composés. Voyez NERF & FIBRE.
" La vision, dit M. Newton, ne se fait-elle pas principalement par les vibrations excitées au fond de l'oeil par des rayons de lumiere, & continuées à-travers les capillamens solides, transparens, & uniformes des nerfs optiques jusqu'au sensorium " ? Newton, Opt. Voyez VISION.
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| CAPILOTADE | S. f. (Cuisine) ragoût qu'on fait de restes de volailles & de pieces de rôti dépecées.
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| CAPIOGLAN | S. m. (Hist. mod.) espece de serviteur qui a soin dans le serrail des agemoglans, que le grand-seigneur y appelle pour être employés dans la suite auprès de sa personne.
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| CAPION | S. m. (Marine) capion de proue, capion de poupe ; c'est un terme dont les Levantins se servent, appellant l'étrave capion de proue, & l'étambord capion de poupe. On dit encore capion à capion, pour signifier la distance de l'extrémité de la poupe à celle de la proue. Voyez ETRAVE & ETAMBORD. (Z)
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| CAPISCOL | S. m. (Hist. ecclésiastique) dignitaire de plusieurs églises, chapitres, cathédrales, ou collégiales, qu'on dit être le même sous un autre nom dans la Provence & le Languedoc, où cette dignité est plus ordinaire que le chantre dans les autres provinces : si l'on s'en rapporte à l'étymologie, le capiscol a la prééminence au choeur ; car capiscol vient, à ce qu'on prétend, de caput chori, le premier au choeur.
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| CAPISTRANO | (Géog.) petite principauté d'Italie, dans le royaume de Naples.
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| CAPITA-GAUHAH | (Hist. nat. Bot.) arbrisseau des Indes orientales, dont le bois & l'écorce ont une odeur très-pénétrante, aussi-bien que ses feuilles qui sont d'un beau verd clair, rondes, velues, & grandes. Il produit des baies d'une forme ronde, de couleur brune, & à-peu-près semblables aux grains de genievre.
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| CAPITAINE | S. m. (Art milit.) le titre de capitaine, en matiere de guerre, a toûjours signifié un commandant ou un chef de troupe ; ce mot vient du latin caput, qui signifie chef.
CAPITAINE d'une compagnie, est un officier subalterne, qui commande une compagnie de cavalerie ou d'infanterie, sous les ordres du colonel. Voyez COMPAGNIE & COLONEL.
Nous disons dans le même sens un capitaine de dragons, de grenadiers, de marine, d'invalides. Voy. DRAGON, GRENADIER, &c. Les capitaines des gardes à pié & à cheval du roi d'Angleterre ont le titre de colonel, parce que ce sont pour l'ordinaire gens du premier rang, & des officiers généraux.
Dans la compagnie colonelle d'un régiment ou premiere compagnie, dont le colonel est lui-même capitaine, l'officier commandant est appellé capitaine-lieutenant. Voyez CAPITAINE-LIEUTENANT.
Lieutenant capitaine, est le capitaine en second ou l'officier qui commande la compagnie sous les ordres du capitaine, & pendant son absence. Voyez LIEUTENANT. On l'appelle dans quelques compagnies, capitaine-lieutenant.
CAPITAINE - lieutenant, est celui qui commande une troupe ou compagnie au nom & à la place de quelqu'autre, qui en a la commission avec le titre, les honneurs & la paye, mais qui est dispensé à cause de son rang d'exercer les fonctions de ce poste.
Le colonel étant ordinairement capitaine de la premiere compagnie de son régiment, il la fait commander par un subalterne avec le titre de capitaine-lieutenant.
En France & en Angleterre, &c. le roi, la reine, le dauphin, les princes, &c. ont pour l'ordinaire les titres & les dignités de capitaines des gardes, des gens-d'armes, &c. quoique les capitaines-lieutenans en exercent véritablement les fonctions.
CAPITAINE-LIEUTENANT, est donc dans les gendarmes & les chevau-legers de la garde du Roi, dans les deux compagnies de mousquetaires, celle des grenadiers à cheval & les compagnies des gendarmes d'ordonnance, le commandant de chacune de ces compagnies ; parce que c'est le Roi qui est le capitaine.
Il y a deux raisons de ce titre de capitaine-lieutenant : la premiere est l'autorité que le Roi donne aux commandans des compagnies qui le portent, & qui est le même que celle de capitaine dans les autres compagnies ; & la seconde que le capitaine-lieutenant a les gages de capitaine & ceux de lieutenant.
Les compagnies de la gendarmerie, qui portent le nom de quelques princes, comme les gendarmes de Bretagne, de Berry, &c. ont également des capitaines lieutenants quoiqu'il n'y ait point actuellement de prince de ce nom, parceque le Roi en est censé le capitaine.
CAPITAINE réformé, est un officier dont la place & la charge ont été réformées, mais qui conserve cependant le grade de capitaine en second, & sans aucun commandement. Voyez REFORME.
CAPITAINE général d'une armée, est celui qui la commande en chef. Voyez GENERAL.
Ce dernier mot est seul en usage par une espece d'ellipse. Le Stathouder a pourtant titre de capitaine général des Provinces-unies.
CAPITAINE de milice, est celui qui commande une compagnie de milice. Voyez MILICE.
CAPITAINE des guides, est celui qui est chargé du détail des chemins de l'armée. Il doit être très-habile dans la carte & dans la topographie des lieux où se fait la guerre. Les capitaines des guides sont sous les ordres des maréchaux des logis de l'armée. Il y a aussi des capitaines de mineurs qui ont soin d'instruire & de fournir les mineurs ; un capitaine des charrois, pour les attelages & les chariots des vivres & de l'artillerie, &c. (Q)
CAPITAINE de vaisseau, ou CAPITAINE des vaisseaux, (Marine) c'est un officier employé en cette qualité sur l'état du Roi, dont il tient sa commission, pour commander les vaisseaux de guerre.
Les devoirs & les fonctions du capitaine de vaisseau sont renfermés dans 47 articles du titre 7 du livre 1er de l'ordonnance de Louis XIV. pour les armées navales & arsenaux de marine, du 15 Avril 1689. Nous croyons qu'il est inutile de copier cette ordonnance, qui est commune & connue de tout le monde.
Lorsque les capitaines des vaisseaux du Roi se trouvent servir sur terre, ils roulent avec les colonels, suivant l'ancienneté de leur commission.
Quoique le nombre des capitaines ne soit pas absolument fixé, le roi en a toujours au moins 110 ou 120 employés sur l'état de la marine.
Lorsqu'un capitaine monte un vaisseau pavillon, c'est-à-dire un vaisseau monté par un officier général, c'est au capitaine à faire faire le détail du service.
Les connoissances d'un capitaine des vaisseaux du roi doivent être étendues. Il doit savoir la construction & la bâtisse des vaisseaux ; il doit posseder toutes les manoeuvres qu'il convient de faire dans les différentes situations où il peut se trouver à la mer, soit dans le mauvais tems, soit pour attaquer ou éviter l'ennemi : il doit savoir les évolutions navales convenables pour marcher en corps d'armée, ou en escadre ; l'hydrographie & toutes ses opérations lui doivent être familieres. Enfin c'est un métier perpétuel d'étude, de reflexion, & d'attention ; & on ne parvient au grade de capitaine, qu'après avoir passé successivement par tous les autres grades de la marine, tels que ceux de garde de la marine, enseigne, & lieutenant.
CAPITAINE en second ; il fait les mêmes fonctions que le capitaine qui commande le vaisseau en son absence ; le capitaine en second est moins ancien que le commandant.
CAPITAINE de vaisseau marchand, ou Capitaine de navire, Voyez MAITRE & PATRON.
CAPITAINE de port, c'est l'officier établi dans quelque port considerable, où il y a un arsenal de marine, & qui y commande une garde pour la sûreté de toutes choses. Dans les désarmemens qui se font au retour des voyages, les capitaines & les officiers qui ont monté des vaisseaux, les remettent à la charge & à la garde du capitaine du port ; c'est lui qui a soin de l'amarrage des navires de guerre, & qui oblige les vaisseaux qui arrivent, à rendre les saluts ordinaires. Il fait les rondes nécessaires autour des bassins, pour veiller à la conservation des vaisseaux du roi, & doit coucher toutes les nuits à bord. Il doit visiter les vaisseaux à armer, & en dresser l'état de radoub & de carene. Il est obligé de mener en rade les vaisseaux du premier & du deuxieme rangs : son lieutenant, ceux des troisieme & quatrieme rangs ; & l'enseigne ceux au-dessous. Il y a présentement en France six capitaines de port, à Toulon, Rochefort, Brest, le Havre, Dunkerque, & Port-Louis.
Le détail de ce qui concerne toutes les fonctions de capitaines de port se trouve renfermé en 15 articles du livre XII. titre iij. de l'ordonnance de Louis XIV. pour les armées navales & arsenaux de marine, du 15 Avril 1689.
CAPITAINE de Marine, c'est celui qui commande les soldats gardiens d'un port. Il y en a dans chaque port où il y a des soldats gardiens.
CAPITAINE d'armes, c'est un bas officier qui a soin des soldats sur les vaisseaux ; il est immédiatement au-dessus des sergens, & a l'inspection sur les menues armes du vaisseau ; comme aussi sur les balles, bandolieres, pertuisanes, espontons, haches d'armes, & autres choses semblables qu'il distribue selon les besoins.
C'est au capitaine d'armes d'avoir soin des menues armes, & de se mettre à la tête des soldats lorsqu'il faut combattre ; il doit sur-tout visiter leurs mousquets, & voir s'ils sont chargés comme il faut, & si les soldats ont leurs petites gargousses toutes prêtes. C'est lui qui pose la sentinelle devant la chambre du capitaine, & au haut de la tire-vieille.
CAPITAINE des Matelots, c'est un officier marinier qui commande aux matelots sous le maître d'équipage.
CAPITAINES gardes-côtes, ce sont ceux qui commandent la milice que l'on établit pour garder les côtes, & pour empêcher les ennemis de faire quelques descentes. (Z)
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| CAPITAINERIE | S. f. nom de dignité qui n'a plus guere lieu, que par rapport au commandement des gardes-côtes & de chasse, & à l'entretien des forêts & de tout ce qui concerne les chasses. La capitainerie, se dit d'un certain canton sur l'étendue duquel le capitaine des chasses accorde ou refuse la permission de chasser, & veiller à ce qu'il soit bien fourni de gibier. Les capitaineries sont assez ordinairement des annexes de maisons royales.
CAPITAINERIE GARDE-COTE, (Marine) on donne ce nom à une étendue de pays le long des côtes de la mer, qui renferme un certain nombre de paroisses, qui sont sujettes à la garde des côtes.
Chaque capitainerie est commandée par un capitaine général, un major général, & un lieutenant général, qui en forment l'état major.
Ces capitaineries sont composées chacune plus ou moins du nombre des paroisses qui fournissent les soldats de milice, gardes-côtes, depuis l'âge de 18 ans jusqu'à 60 ans.
Il y a des capitaineries gardes-côtes, qui sont formées en bataillons, dont chaque compagnie est de quarante hommes, & en compagnies de cavalerie de soixante & dix maîtres chacune, bien montés & bien équipés, à la tête desquelles sont des capitaines commandans, des majors, & des aides-majors, des lieutenans, & des enseignes par commission du roi.
Il y a deux sortes de service dans la garde-côte : le service militaire pour s'opposer aux descentes ; & le service d'observation dans les paroisses, pour y veiller journellement.
Les capitaines généraux, majors & lieutenans de chaque capitainerie garde-côte des provinces du royaume, joüissent de l'exemption du droit de tutele & curatelle ; les soldats & cavaliers de milices gardes-côtes, sont dispensés de tirer pour la milice ordinaire chacun dans leur paroisse, qui en sont exemptes par ordre du Roi. Les paroisses soûmises à la garde-côte, sont celles qui se trouvent sur les côtes & jusqu'à deux lieues du bord de la mer.
Les côtes de France tant sur l'Océan que sur la Méditerranée, sont divisées en 112 capitaineries garde-côtes, qui composent environ deux cent mille hommes à pié & à cheval. (Z)
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| CAPITA | il vient du latin caput, & se dit en différentes occasions, pour marquer la relation de chef ou de principal ; ainsi ville capitale signifie la premiere ville d'un royaume, d'une province, d'un état, comme Paris est la capitale de France ; Londres est la capitale d'Angleterre ; Moscou, la capitale de Moscovie ; Constantinople, la capitale de l'empire Ottoman ; Roüen, la capitale de Normandie, &c.
CAPITALE, se dit aussi de la somme qu'on doit rembourser, indépendamment des intérêts ; ainsi 100 liv. au denier vingt, produisent à la fin de l'année 105 liv. dont 100 est le capital, & 5, l'intérêt. Voyez ARRERAGES, INTERET, PRINCIPAL.
CAPITAL, ou FONDS DANS LE COMMERCE, se dit du fonds d'une compagnie de commerce ou de la somme d'argent que ceux qui la composent fournissent en commun, pour être employée dans leur commerce. Voyez FONDS.
Le capital de la compagnie des Indes d'Angleterre étoit dans le commencement de son institution de 369861 livres sterlins ; on le doubla ensuite, & il va maintenant à plus de 1703422 livres sterlins : quand on a 500 livres dans les fonds de la compagnie, on a alors voix dans les assemblées générales.
Le pouvoir que le roi d'Angleterre donna à la compagnie du Sud d'augmenter son capital, fut la source de tous les malheurs qui arriverent à cette compagnie en l'année 1720. Voyez COMPAGNIE.
CAPITAL, se dit aussi de la somme d'argent qu'un marchand met d'abord dans son commerce, lorsqu'il s'établit pour son compte particulier.
Le mot de capital est opposé à celui de gain ou profit, quoique souvent le gain augmente le capital, & devienne capital lui-même, lorsqu'il est joint au premier capital. Dictionn. du Comm. tom. II. pag. 81. (G)
CAPITAL, (crime) est celui pour la réparation duquel on inflige au criminel une peine capitale, comme la perte de la vie naturelle ou civile. Voy. CRIME & CHATIMENT. (H)
CAPITALE (lie), est une lie forte que laisse la potasse au fond des chaudieres, où l'on fait le savon. Voyez SAVON.
On l'employe, en Chirurgie, en qualité de caustique, & elle entre dans la composition de la pierre infernale.
CAPITALES (medecines), sont les préparations des boutiques les plus fameuses & les plus essentielles, remarquables pour le nombre des ingrédiens qui y entrent, pour leurs vertus extraordinaires, &c. comme la thériaque de Venise, le mithridate, &c. Voyez MITHRIDATE, &c. (N)
CAPITAL, (Peinture) on appelle aussi de ce nom un tableau qu'on suppose d'une grande beauté, si le dessein en est d'une grande ordonnance : un dessein qui ne seroit que de quelques parties, ou même d'une figure entiere, ne seroit point appellé dessein capital. Cependant la perfection d'une figure, la conservation d'un beau morceau, la rareté des ouvrages excellens en ce genre, sont des motifs pour leur appliquer ce mot. (R)
CAPITALE du bastion (la), est, en Fortification, une ligne tirée de l'angle flanqué à l'angle du centre du bastion. Elle est la différence du rayon du polygone extérieur & de l'intérieur. Telle est K H, Pl. I. de l'Art milit. fig. 1.
Les capitales des bastions ont depuis trente jusqu'à quarante toises de longueur. C'est sur leur prolongement que l'on se dirige ou conduit dans les tranchées pour approcher du bastion. Voyez TRANCHEES. (Q)
CAPITALES, adj. f. pl. on nomme ainsi, dans la pratique de l'Imprimerie, certaines lettres, qui quoiqu'elles fassent partie d'une fonte & soient du même corps de caractere, different seulement en ce que l'oeil en est plus gros, en ce que la figure n'est pas la même, & qu'elles sont moins d'usage & moins courantes dans l'impression, ces sortes de lettres n'étant faites que pour la plus grande perfection de l'art. Elles sont indispensables au commencement d'une phrase, d'un a-linea, au commencement d'un vers, aux noms propres d'hommes, de femmes, de royaumes, de provinces, de villes, &c.
Les petites capitales s'employent suivant le système que l'on se propose de suivre dans un ouvrage. Elles sont d'un oeil plus petit que celui des capitales, & leur configuration est la même, aussi en plus petit. Voyez MAJUSCULES & MINUSCULES.
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| CAPITAN BACH | ou CAPOUDAN BACHA, s. m. (Hist. mod.) c'est en Turquie le grand amiral. Il possede la troisieme charge de l'empire, & a sur mer autant de pouvoir que le grand-visir en a sur terre. Ce commandant n'avoit point autrefois le titre de capitan bacha ou d'Amiral ; il n'étoit que beg de Gallipoli. Soliman II. institua cette charge en faveur du fameux Barberousse, & y attacha une autorité absolue sur tous les officiers de la marine & de l'arsenal, que le capitan bacha peut punir, casser, & faire mourir dès qu'il est hors du détroit des Dardannelles. Il commande dans toutes les terres, les villes, châteaux & forteresses maritimes ; visite les places, les fortifications, les magasins ; ordonne des réparations, des munitions de guerre & de bouche ; change les milices, & tient conseil pour recevoir les plaintes des officiers.
Lorsque cet officier est à Constantinople, il a droit de police dans les villages de la côte du port & du canal de la mer Noire, qu'il fait exercer ou par son keaja ou lieutenant, ou par le bostangi bachi.
La marque de son autorité est une grande canne d'inde, qu'il porte à la main dans l'arsenal & à l'armée. Son canot, par un privilége reservé seulement au grand-seigneur, est couvert d'un tendelet, & armé d'un éperon à la proue. Il dispose des places de capitaines de vaisseau & de galeres, vacantes par mort.
Cet officier a une copie de l'état des troupes de mer & des fonds destinés pour l'entretien des armées navales. Trois compagnies de Janissaires composent sa garde : elles débarquent par-tout où la flotte séjourne, & campent devant la galere du général. Sa maison, sans être aussi nombreuse que celle du grand-visir, est composée des mêmes officiers ; & quand la flotte mouille dans un port, il tient un divan ou conseil composé des officiers de marine.
Le capitan bacha joüit de deux sortes de revenus ; les uns fixes, & les autres casuels. Les premiers proviennent de la capitation des îles de l'Archipel, & certains gouvernemens & bailliages de la Natolie & de Romelie, entr'autres de celui de Gallipoli, que le grand-seigneur lui donne en apanage avec la même étape que celle du grand-visir. Ses revenus casuels consistent en ce qu'il tire de la paye des bénévoles, & de la demi-paye de ceux qui meurent pendant la campagne, qu'il partage avec le Tersana Emini. Il a encore le cinquieme des prises que font les begs, & loue ses esclaves pour mariniers & rameurs sur les galeres du grand-seigneur, à raison de 50 écus par tête, sans qu'ils lui coûtent à nourrir ni à entretenir ; parce qu'au retour de la flotte, il les fait enfermer avec ceux de sa hautesse. Les contributions qu'il exige dans les lieux où il passe, augmentent considérablement ses revenus casuels, Guer, Moeurs & usag. des Turcs, tom. II. (G)
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| CAPITANATE | (LA) Géog. province d'Italie au royaume de Naples, bornée au nord & à l'orient par le golfe de Venise ; à l'occident par le comté de Molise ; au midi par la principauté ultérieure, la Basilicate, & la terre de Bari. Lucera delli Pagani en est la capitale.
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| CAPITANE | galere capitane, (Marine) Les puissances maritimes, & les états souverains qui n'ont pas le titre de royaume, donnent le nom de galere capitane à la principale de leurs galeres.
Depuis la suppression de la charge de capitaine général des galeres de France, il n'y a plus eu de galere capitane. La principale a été nommée réale, & la seconde patrone. La galere capitane porte trois fanaux posés en ligne courbe, & non pas en droite ligne comme ceux de la réale. (Z)
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| CAPITATION | S. f. (Finance) est un droit annuel qui se leve sur tous les bourgeois ou habitans des villes, à raison de leur état & de leurs facultés. On leve sur les paysans ou habitans de la campagne un droit à-peu-près semblable, qu'on appelle taille. Voyez TAILLE.
En France, la capitation est un droit très-distingué de la taille, & que payent toutes les personnes taillables ou non-taillables.
C'est proprement une taxe ou une imposition qui se leve sur chaque personne à raison de son travail, de son industrie, de sa charge, ou de son rang. Personne n'en est exempt en France, pas même les princes du sang.
Cette espece de tribut en général est fort ancien, & répond à ce que les Grecs appelloient , les Latins capita ou capitatio, ou tributum capitis ou capitulare ; ce qui distinguoit les taxes sur les personnes, des taxes sur les marchandises, qu'on nommoit vectigalia. Voyez DROIT & TAXE.
On appelle encore capitation une taxe qu'on impose par tête dans certains besoins de l'état.
La capitation est encore aujourd'hui la taille des Turcs. Elle n'a commencé sous Louis XIV. qu'en 1695, & l'édit qui en ordonne l'imposition est du 18 Janvier de la même année. Le Roi avoit promis de la supprimer après la paix : mais les besoins continuels de l'état ne l'ont pas encore permis. Larrey, Hist. de Louis XIV. tom. VI. Les ecclésiastiques ne payent point de capitation, mais ils en donnent l'équivalent sous d'autres titres. (G)
CAPITATION, en Angleterre, est une taxe imposée par l'autorité du parlement sur chaque personne ou tête, sur tout le monde indifféremment, ou suivant quelque marque de distinction reconnue, telle que la qualité, le métier, &c. Voyez TAXE.
Ainsi par le reglement ou le statut xviij. de Charles II. chaque sujet du royaume d'Angleterre fut cotisé par tête suivant son degré. Un duc, payoit cent livres, un marquis quatre-vingt livres, un baronet trente livres, un chevalier vingt livres, un écuyer dix livres, & toute personne roturiere douze deniers.
Il paroît par d'anciens actes du parlement, que ce reglement n'établit pas une nouvelle taxe, comme on le peut voir particulierement par celui qui parut l'an 1380, qui porte : Quilibet tam conjugatus quam solutus, utriusque sexûs, pro capite suo solvere cogebatur. Walsingham.
Cambden, dans les ouvrages qui nous restent de lui sur la monnoie, dit qu'il y avoit anciennement un tribut personnel appellé capitatio, imposé sur chaque tête ; sur les femmes depuis l'âge de douze ans, & sur les hommes depuis l'âge de quatorze ans.
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| CAPITE | it de vaisseau. Voyez CAJUTES. (Z)
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| CAPITELLO | (Géog.) petite riviere de l'île de Corse, qui se jette dans le golfe d'Ajaccio.
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| CAPITOLE | S. m. (Hist. anc. & mod.) forteresse de l'ancienne Rome, bâtie sur le mont Tarpeien, où il y avoit un temple de Jupiter surnommé de-là Capitolin : le sénat s'y assembloit ; & aujourd'hui c'est une maison-de-ville où les conservateurs du peuple Romain ont leur tribunal. Les Italiens l'appellent campidoglio.
On prétend que ce nom de capitole vint d'une tête d'homme encore fraîche & saignante, trouvée dans la terre lorsqu'on creusa les fondemens de cette forteresse sous Tarquin l'ancien, l'an de Rome 139. Arnobe ajoute que cet homme dont on trouva la tête, se nommoit Tolus, d'où l'on a fait capitole, quasi à capite Toli. Servius, successeur de Tarquin, fit élever l'édifice, & Tarquin le superbe l'acheva en 221. mais il ne fut consacré que trois ans après l'expulsion des rois & l'établissement du consulat. Horace alors revêtu de la dignité consulaire, en fit la dédicace l'an de Rome 246.
Le capitole étoit composé de trois parties, un vaste bâtiment ou temple au milieu, consacré à Jupiter, & deux aîles dédiées l'une à Junon, l'autre à Minerve. On y montoit par cent degrés, selon Juste Lipse, y compris ceux qui facilitoient l'abord de la roche Tarpéienne. Le frontispice & les côtés étoient environnés de galeries ou portiques, dans lesquels les vainqueurs qui avoient obtenu l'honneur du triomphe, donnoient au sénat un repas splendide, après avoir sacrifié aux dieux. C'étoit au capitole que les triomphateurs terminoient leur marche. Les dedans & les dehors de cet édifice étoient extrèmement ornés, sur-tout le temple, où brilloit la statue de Jupiter avec la foudre, le sceptre & la couronne d'or. On voyoit encore dans le capitole un temple de Jupiter Gordien, un de Junon, l'hôtel de la monnoie. Sur la pente de la montagne étoient le temple de la concorde, & plus de cinquante autres moindres consacrés à différentes divinités.
Ce bel édifice renfermoit les dépôts les plus sacrés de la religion, comme les livres des Sibylles, les anciles ou boucliers tombés du ciel. Il fut brûlé du tems de Sylla. Un nouvel incendie le consuma sous Vitellius, & Vespasien le rétablit. Il éprouva le même sort sous Tite, & Domitien en répara les ruines.
A l'imitation de Rome diverses villes, & sur-tout les colonies romaines, voulurent avoir leur capitole, soit temples, soit forteresses. Constantinople, Jérusalem, Carthage, Milan, Ravenne, Vérone, Augsbourg, Treves, Cologne, Nismes, Rheims, Toulouse, se conformerent à cet égard à la capitale de l'empire. On croit communément que les capitouls ou juges-consuls de Toulouse ont tiré leur nom du capitole érigé dans leur ville. (G)
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| CAPITOLINS | adj. pl. (Hist. anc.) jeux capitolins, ludi capitolini. Camille les institua en mémoire de la levée du siége du capitole par les Gaulois, ou plûtôt de ce que le cri des oies avoit empêché ces barbares de surprendre cette citadelle. On les célébroit tous les ans en l'honneur de Jupiter Capitolin. Plutarque dit qu'une partie de ces jeux consistoit en ce que les crieurs publics mettoient les Etruriens à l'enchere, & qu'on prenoit un vieillard qu'on habilloit avec la robe prétexte & une bulle d'or au cou, pour représenter les rois d'Etrurie ; origine qui ne paroît pas avoir beaucoup de rapport à l'évenement que Camille avoit prétendu retracer dans l'institution de ces jeux.
Domitien en institua de nouveaux, nommés agones capitolini, dans lesquels non-seulement les lutteurs, les gladiateurs, les conducteurs de chars, & les autres athletes s'exerçoient, mais encore les poëtes, les orateurs, les historiens, les musiciens, & les acteurs de théatre, se disputoient des prix. Ces nouveaux jeux capitolins se célébroient de cinq en cinq ans : l'empereur lui-même y distribuoit les couronnes ; & ils devinrent si fameux, qu'au calcul des années par lustres on substitua l'usage de compter par jeux capitolins, comme les Grecs avoient fait par olympiades. Il paroît pourtant que cet usage ne fut pas de longue durée. (G)
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| CAPITON | S. m. (Commerce de soie) bourre qu'on tire de dessus le cocon, après qu'on en a enlevé la bonne soie. On l'appelle aussi lassis, cardasse ; & l'on donne les mêmes noms à des étoffes communes qu'on en fait.
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| CAPITOULS | S. m. (Hist. mod.) magistrats de ville à Toulouse, ou officiers municipaux, qui y exercent la même jurisdiction que les échevins à Paris, les jurats à Bordeaux, les consuls en Provence & en Languedoc. On ne choisit pour remplir ces places, que des bourgeois des plus honnêtes familles, & c'est un honneur que d'avoir passé par ces charges. (G)
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| CAPITULAIRES | S. m. pl. (Hist. mod. & Dr. can.) ce nom qui signifie en général un livre divisé en plusieurs chapitres ou capitules, s'est appliqué en particulier aux lois tant civiles que canoniques, & spécialement aux lois ou réglemens que les rois de France faisoient dans les assemblées de évêques & des seigneurs du royaume. Les évêques rédigeoient en articles les réglemens qu'ils croyoient nécessaires pour la discipline ecclésiastique, qu'ils tiroient pour la plûpart des anciens canons. Les seigneurs dressoient des ordonnances suivant les lois & les coûtumes ; le roi les confirmoit par son autorité, & ensuite ils étoient publiés & reçûs.
L'exécution de ceux qui regardoient les affaires ecclésiastiques, étoit commise aux archevêques & aux évêques ; & celle des capitulaires qui concernoient les lois civiles, aux comtes & aux autres seigneurs temporels ; & à leur défaut, des commissaires envoyés par le roi, qu'on appelloit missi dominici, étoient chargés d'y veiller. Ces capitulaires avoient force de loi dans tout le royaume ; non-seulement les évêques, mais les papes même s'y soûmettoient. Childebert, Clotaire, Dagobert, Carloman, Pepin & sur-tout Charlemagne, Louis le débonnaire, Charles le chauve, Lothaire, & Louis II. ont publié plusieurs capitulaires : mais cet usage s'est aboli sous la troisieme race de nos rois.
Ansegise abbé de Lobe, selon quelques-uns, ou selon M. Baluze, abbé de Fontenelles, a fait le premier un recueil des reglemens contenus dans les capitulaires de Charlemagne & de Louis le débonnaire ; ce recueil est partagé en quatre livres, & a été approuvé par Louis le débonnaire & par Charles le chauve. Après lui, Benoît diacre de Mayenne, recueillit vers l'an 845, des capitulaires de ces deux empereurs, omis par Ansegise, & y joignit les capitulaires de Carloman & de Pepin. Cette collection est divisée en trois livres, qui composent avec les quatre précédens, les sept livres des capitulaires de nos rois : les six premiers livres ont été donnés par du Tillet en 1548, & le recueil entier des sept livres par Mrs Pithou. Mais on a encore des capitulaires de ces princes en la maniere qu'ils ont été publiés, & dès l'an 545 ; il y en a eu quelques-uns imprimés en Allemagne en 1557 : on en a imprimé une autre collection plus ample à Basle. Le P. Sirmond a fait paroître quelques capitulaires de Charles le chauve, & enfin M. Baluze nous a procuré une belle édition des capitulaires de nos rois, fort ample, & revûe sur plusieurs manuscrits, imprimée en deux volumes in-folio, à Paris en 1677. Elle contient les capitulaires originaux de nos rois, & les collections d'Ansegise & de Benoît, avec quelques autres pieces.
Les évêques donnoient aussi dans le VIIIe siecle & dans les suivans, le nom de capitules & de capitulaires aux réglemens qu'ils faisoient dans leurs assemblées synodales sur la discipline ecclésiastique, qu'ils tiroient ordinairement des canons des conciles, & des ouvrages des SS. Peres. Ces réglemens n'avoient force de loi que dans l'étendue du diocèse de celui qui les publioit, à moins qu'ils ne fussent approuvés par un concile ou par le métropolitain ; car en ce cas ils étoient observés dans toute la province : cependant quelques prélats adoptoient souvent les capitules publiés par un seul évêque. C'est ainsi qu'ont été reçûs ceux de Martin, archevêque de Brague, de l'an 525 ; ceux du pape Adrien I. donnés à Angilram ou Enguerran, évêque de Metz, l'an 785 ; ceux de Théodulphe, évêque d'Orléans, de l'an 767 ; ceux d'Hincmar, archevêque de Rheims, en 852 ; ceux d'Herard, archevêque de Tours, en 858 ; & ceux d'Isaac, évêque de Langres. Doujat, Histoire du Droit canon. Baluze, Præfatio ad capitularia. M. du Pin, Biblioth. des Aut. ecclés. VIII. siecle. (G)
L'illustre auteur de l'Esprit des lois, observe que sous les deux premieres races on assembloit souvent la nation, c'est-à-dire les seigneurs & les évêques ; car il n'étoit pas encore question de communes. On chercha dans ces assemblées à regler le clergé par des capitulaires. Les lois des fiefs, s'étant établies, une grande partie des biens de l'Eglise fut gouvernée par ces lois. Les ecclésiastiques se séparerent, & négligerent des lois dont ils n'avoient pas été les seuls auteurs : on recueillit les canons des conciles & les décrétales, qu'ils préférerent comme venant d'une source plus pure. D'ailleurs la France étant divisée en plusieurs petites seigneuries, en quelque maniere indépendantes, les capitulaires furent plus difficiles à faire observer, & peu-à-peu on n'en entendit plus parler. Esprit des lois, liv. XXVIII. ch. jx. (O)
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| CAPITULANT | qui a voix délibérative dans un chapitre. On peut dire aussi capitulaires dans le même sens ; mais cette derniere façon de parler est moins en usage. (H)
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| CAPITULATION | CAPITULATION
Bien des jurisconsultes font remonter l'origine des capitulations aux tems les plus reculés, & prétendent qu'elles étoient en usage dès le tems de Charles le Chauve & de Louis le Germanique : mais ceux qui sont dans ce sentiment, semblent avoir confondu avec les capitulations en usage aujourd'hui, des formules de sermens que les rois de plusieurs pays & les empereurs ont de tems immémorial prêtés à leur sacre, qui ne contiennent que des promesses générales de gouverner leurs états suivant les regles de la justice & de l'équité, & de remplir envers leurs sujets les devoirs de bons souverains : les capitulations dont il est ici question sont plus particulieres, & doivent être regardées comme des conditions auxquelles l'empereur est obligé de souscrire avant de pouvoir entrer en possession de la couronne impériale.
La premiere qui ait été faite dans l'empire, fut prescrite à l'empereur Charles-Quint. Ce fut Frédéric le sang, électeur de Saxe, qui proposa cet expédient, pour favoriser l'élection de ce prince, dont les vastes états & la trop grande puissance faisoient de l'ombrage aux autres électeurs ; il leur ouvrit l'avis de proscrire cette capitulation, pour limiter le pouvoir de l'empereur, l'obliger à observer les lois & coûtumes établies dans l'empire, mettre à couvert les prérogatives des électeurs, princes, & autres états, & assûrer par-là la liberté du corps germanique.
Depuis Charles-Quint, les électeurs ont toûjours continué de prescrire des capitulations aux empereurs qu'ils ont élûs après lui, en y faisant cependant quelques changemens ou additions, suivant l'exigence des cas. Enfin du tems de Rodolphe II. on commença à douter si le droit de faire la capitulation n'appartenoit qu'aux seuls électeurs ; en conséquence les princes & états de l'empire voulurent aussi y concourir, & donner leurs suffrages pour celle qu'on devoit prescrire à l'empereur Matthias. Ils vouloient que par la suite la capitulation fût faite dans la diete ou assemblée générale des états de l'empire. Les électeurs qui auroient bien voulu demeurer seuls en possession d'un droit qu'ils avoient jusqu'alors seuls exercé, alléguerent, pour s'y maintenir, que ce droit leur étoit acquis par une possession centenaire, & l'affaire demeura en suspens ; cependant les états obtinrent en 1648, à la paix de Westphalie, qu'on insereroit dans l'article viij. § 3. du traité conclu à Osnabruck, que dans la prochaine diete on travailleroit à dresser une capitulation perpétuelle & stable, à laquelle les princes & états auroient part. Nonobstant cette précaution & les protestations réitérées des états, les électeurs ont toûjours trouvé le secret d'éluder l'exécution de cet article. La question est donc restée indécise jusqu'à présent : cependant pour donner une espece de satisfaction à leurs adversaires, ils ont depuis inseré dans les capitulations des empereurs, & nommément dans celle de François I. aujourd'hui régnant, une promesse de travailler avec force à faire décider l'affaire de la capitulation perpétuelle.
Le collége des princes, qui ne perd point de vûe cet objet, a fait présenter en dernier lieu, au mois de Juin 1751, un mémoire à la diete de Ratisbonne, sur la nécessité de dresser un projet de capitulation perpétuelle, qui régle d'une maniere ferme & stable les engagemens auxquels les empereurs sont tenus par leur dignité de chefs du corps germanique. La suite fera voir si cette derniere tentative aura plus de succès que les précédentes, & si le collége électoral sera plus disposé que par le passé à y faire attention. (-)
CAPITULATION, dans l'Art militaire, est un traité des différentes conditions que ceux qui rendent une ville obtiennent de ceux auxquels ils sont obligés de la céder.
Lorsque le gouverneur qui défend une ville se voit réduit aux dernieres extrémités, ou que sa cour lui donne ordre de se rendre pour avoir de meilleures compositions de l'ennemi & faire un traité plus avantageux, tant pour la ville que pour la garnison, il fait battre ce qu'on appelle la chamade. Pour cela on fait monter un ou plusieurs tambours sur le rempart, du côté des attaques, qui battent pour avertir les assiégeans que le gouverneur a quelque chose à leur proposer : on éleve aussi un ou plusieurs drapeaux blancs sur le rempart pour le même sujet, & on en laisse un planté sur le rempart ou sur la breche pendant tout le tems de la négociation. On en use de même pour demander une suspension d'armes, après des attaques meurtrieres, pour enlever les morts, les blessés &c.
Aussi-tôt que la chamade a été battue, on cesse de tirer de part & d'autre, & le gouverneur fait sortir quelques officiers de marque de la ville, qui vont trouver le commandant du siége, & qui lui exposent les conditions sous lesquelles le gouverneur offre de rendre la ville. Pour la sûreté de ces officiers, les assiégeans en envoyent dans la ville un pareil nombre pour ôtages. Si les propositions du gouverneur ne conviennent pas au commandant de l'armée assiégeante, il les refuse, & il dit quelles sont celles qu'il veut accorder. Il menace ordinairement le gouverneur de ne lui en accorder aucune, s'il ne prend le parti de se rendre promtement ; s'il laisse achever, par exemple, le passage du fossé de la place, ou établir quelque batterie vis-à-vis les flancs, &c. Si l'on trouve les propositions qu'il fait trop dures, on rend les ôtages, & on fait rebattre le tambour sur le rempart, pour faire retirer tout le monde, avant que l'on recommence à tirer, ce que l'on fait très-peu de tems après. Il faut observer que pendant le tems que dure la négociation, on doit se tenir tranquille de part & d'autre, & ne travailler absolument en aucune maniere aux travaux du siége. Le gouverneur doit aussi pendant ce tems se tenir exactement sur ses gardes, pour n'être point surpris pendant le traité de la capitulation ; autrement il pourroit se trouver exposé à la discrétion de l'assiégeant.
Supposant que l'on convienne des termes de la capitulation, le gouverneur envoye aux assiégeans pour ôtages deux ou trois des principaux officiers de sa garnison, & le général des assiégeans en envoye le même nombre & de pareil grade, pour sûreté de l'exécution de la capitulation. Lorsque les assiégés ont exécuté ce qu'ils ont promis, on leur remet leurs ôtages ; & lorsque les assiégeans ont pareillement exécuté leurs engagemens, on leur renvoye aussi les leurs.
Les conditions que demandent les assiégés, varient suivant les différentes circonstances & situations où l'on se trouve. Voici les plus ordinaires : 1°. que la garnison sortira par la breche avec armes & bagages, chevaux, tambour battant, meche allumée par les deux bouts, drapeaux déployés, un certain nombre de pieces de canon & de mortiers, avec leurs armes, & des affûts de rechange, des munitions de guerre pour tirer un certain nombre de coups ; pour être conduite en sûreté dans la ville qu'on indique, & qui est ordinairement la plus prochaine de celles qui appartiennent aux assiégés : on observe de mettre par le plus court chemin, ou on indique clairement celui par lequel on veut être mené. Lorsque la garnison doit être plusieurs jours en marche pour se rendre au lieu indiqué, on demande que les soldats soient munis de provisions de bouche pour quatre ou cinq jours, suivant le tems que doit durer la marche par le chemin dont on est convenu.
2°. Que l'on remettra le soir, ou le lendemain à telle heure, une porte de la ville aux assiégeans, & que la garnison en sortira un jour ou deux après, suivant ce dont on sera convenu à ce sujet de part & d'autre.
3°. Que les assiégeans fourniront un certain nombre de chariots couverts, c'est-à-dire qui ne seront point visités, & en outre des chariots pour conduire les malades & les blessés en état d'être transportés, & en général toutes les voitures nécessaires pour emporter les bagages de la garnison, & l'artillerie accordée par la capitulation.
4°. Que les malades & les blessés, obligés de rester dans la ville, pourront en sortir avec tout ce qui leur appartient, lorsqu'ils seront en état de le faire, & qu'en attendant il leur sera fourni des logemens gratis, ou autrement.
5°. Qu'il ne sera prétendu aucune indemnité contre les assiégés, pour chevaux pris chez le bourgeois & pour ces maisons qui ont été brûlées & démolies pendant le siége.
6°. Que le gouverneur, tous les officiers de l'état major, les officiers des troupes, & les troupes elles-mêmes, & tout ce qui est au service du roi, sortiront de la place sans être sujets à aucun acte de représailles, de quelque nature que ce puisse être, & sous quelque prétexte que ce soit.
7°. Si ceux auxquels on rend la ville ne sont point de la religion catholique, apostolique & romaine, on ne manque pas d'insérer dans la capitulation, qu'elle sera conservée dans la ville.
8°. Que les bourgeois & habitans seront maintenus dans tous leurs droits, priviléges & prérogatives.
9°. Qu'il sera libre à ceux qui voudront sortir de la ville, d'en sortir avec tous leurs effets, & d'aller s'établir dans les lieux qu'ils jugeront à propos. On y marque aussi quelquefois (& on le doit, lorsqu'on craint que l'ennemi ne traite avec trop de rigueur les bourgeois, sur les marques d'attachement qu'ils auront données pendant le siége pour le prince dont ils quittent la domination) qu'ils ne seront ni inquiétés ni recherchés pour aucune des choses qu'ils auront pû faire avant ou pendant le siége.
10°. On met aussi dans la capitulation, qu'on livrera les poudres & les munitions qui se trouveront dans la place, & qu'on indiquera les endroits où il y aura des mines préparées.
11°. Que les prisonniers faits de part & d'autre pendant le siége, seront rendus.
Il faut observer que pour qu'une place soit reçûe à composition, il faut qu'elle ait encore des vivres & des munitions de guerre au moins pour trois jours sans quoi elle se trouveroit obligée de se rendre prisonniere de guerre ; mais si l'assiégeant n'en est point informé, & que la capitulation ait été signée, il ne seroit pas juste de retenir la garnison prisonniere de guerre, lorsque l'on reconnoîtroit sa disette de munitions.
Quand l'ennemi ne veut point accorder de capitulation, à moins que la garnison ne se rende prisonniere de guerre, & qu'on se trouve dans la fâcheuse nécessité de subir cette loi, on tâche de l'adoucir autant qu'il est possible, on convient assez communément.
1°. Que le gouverneur & les principaux officiers garderont leurs épées, pistolets, bagages, &c.
2°. Que les officiers subalternes, au-dessous des capitaines, auront leurs épées seulement, avec leurs ustensiles ou bagages.
3°. Que les soldats ne seront ni dépouillés, ni dispersés de leur régiment.
4°. Que la garnison sera conduite en tel endroit, pour y demeurer prisonniere de guerre.
5°. Que les principaux officiers auront la permission d'aller vaquer à leurs affaires pendant deux ou trois jours.
6°. Que lorsque la garnison évacuera la place, il ne sera pas permis de débaucher les soldats, pour les faire déserter de leurs régimens.
Lorsque toute la capitulation est arrêtée, il entre dans la place un officier d'artillerie des assiégeans, pour faire conjointement avec un officier d'artillerie de la garnison, un inventaire de toutes les munitions de guerre qui se trouvent dans la place, il y entre aussi un commissaire des guerres, pour faire un état des munitions de bouche qui s'y trouvent encore.
Lorsqu'on prévoit être dans la nécessité de se rendre, & que l'on a des magasins considérables de munitions de guerre ou de bouche, on en gâte autant que l'on peut avant de parler de se rendre, afin qu'il n'en reste dans la place que ce qu'il doit y en avoir pour pouvoir capituler, & que l'ennemi n'en profite pas : si l'on attendoit pour les brûler ou gâter, que l'on entrât en capitulation, l'ennemi pourroit insister à ce qu'ils fussent conservés ; mais il ne peut plus y penser lorsqu'on a pris ses précautions auparavant.
Aussi-tôt que les assiégés ont livré une porte de leur ville aux assiégeans, le premier régiment de l'armée s'en empare, & y fait la garde.
Le jour venu que la garnison doit sortir de la place, on fait mettre l'armée assiégeante sous les armes ; elle se range ordinairement en deux haies de bataillons & d'escadrons, & la garnison passe au milieu. L'heure venue de la sortie, le général & les principaux officiers se mettent à la tête des troupes, pour la voir défiler devant eux.
Le gouverneur sort à la tête de la garnison, accompagné de l'état-major de la place & des principaux officiers ; il la fait défiler dans le meilleur ordre qu'il lui est possible. On met ordinairement les anciens régimens à la tête & à la queue, & les autres au milieu avec les bagages. Lorsqu'on a de la cavalerie, on la partage de même en trois corps pour la tête, le centre & la queue. On détache des cavaliers & de petits corps d'infanterie pour marcher le long des bagages & veiller à leur sûreté, afin qu'il n'en soit pillé aucune partie.
L'artillerie accordée par la capitulation, marche après le premier bataillon. Lorsque la garnison est arrivée à la place où elle doit être conduite, elle remet à l'escorte les ôtages des assiégeans ; & lorsque cette escorte a rejoint l'armée, on renvoye les ôtages que les assiégés avoient laissés pour la sûreté de l'escorte, des chariots, & autres choses accordées par l'armée assiégeante pour la conduite de la garnison.
Lorsque la garnison est prisonniere de guerre, on la conduit aussi avec escorte jusqu'à la ville où on doit la mener par la capitulation.
Tout ce qui est porté dans les capitulations doit être sacré & inviolable, & l'on doit entendre tous les termes dans le sens le plus propre & le plus naturel ; cependant on ne le fait pas toûjours. Il faut que le gouverneur apporte la plus grande attention pour qu'il ne s'y glisse aucun terme équivoque & susceptible de différentes interprétations : il y a nombre d'exemples qui prouvent la nécessité de cette attention.
Lorsque la garnison d'une ville où il y a une citadelle, capitule pour se retirer dans la citadelle, il y a quelques conditions particulieres à demander, telles que sont celles-ci :
Que la citadelle ne sera point attaquée du côté de la ville : que les malades & blessés qui ne pourront être transportés, resteront dans la ville & dans les logemens qu'ils occupent ; & qu'après leur guérison il leur sera fourni des voitures & des passe-ports pour se retirer en toute sûreté dans une ville qui sera marquée dans la capitulation. On doit ne laisser entrer dans la citadelle que ceux qui peuvent y être utiles pour sa défense : les autres personnes, qu'on nomme communément bouches inutiles, ne doivent point absolument y être souffertes. Il faut faire insérer dans la capitulation, qu'ils seront conduits dans une ville voisine de la domination du prince, que l'on indiquera. On doit aussi convenir d'un certain tems pour faire entrer toute la garnison dans la citadelle, & marquer expressément que pendant ce tems il ne sera fait de la part de l'assiégeant aucuns des travaux nécessaires pour l'attaque de la citadelle.
Une ville maritime demande encore quelques attentions particulieres pour les vaisseaux qu'il peut y avoir dans son port. On doit convenir qu'ils sortiront du port le jour que la garnison sortira de la ville, ou lorsque le tems le permettra, pour se rendre en sûreté dans le port dont on sera convenu. Ils doivent conserver leur artillerie, agrès, provisions de guerre & de bouche, &c. Si le mauvais tems les obligeoit de relâcher pendant leur route dans un des ports des assiégeans, il doit être porté dans la capitulation qu'ils y seroient reçûs, & qu'on leur fourniroit tous les secours dont-ils auroient besoin pour les mettre en état de continuer leur route. Ils doivent être aussi munis de passe-ports, & en un mot avoir toutes les sûretés qu'on peut exiger pour n'être point insultés par les vaisseaux ennemis, & se rendre sans aucun obstacle dans le port qui leur sera indiqué. Défense des places, par M. Le Blond. (Q)
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| CAPIVAR | (Hist. nat. Zoolog.) animal quadrupede & amphibie. Il ressemble par le corps à un cochon, mais sa tête est comme celle d'un lievre. Il n'a point de queue. Il se tient ordinairement assis sur ses pattes de derriere, à-peu-près comme les singes. On en trouve beaucoup sur les côtes du Bresil. Cet animal se tient communément dans la mer pendant la journée, il ne vient à terre que durant la nuit. Il fait un grand tort aux arbres & aux plantations, attendu qu'il arrache les arbres & en ronge les racines. On assûre qu'il est fort bon à manger.
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| CAPNOBATES | S. m. pl. (Hist. anc.) surnom que l'on donna anciennement aux Mysiens, peuples d'Asie, parce qu'ils faisoient une profession particuliere d'honorer les dieux, & qu'ils s'employoient uniquement à leur culte. Selon Strabon, ils s'abstenoient de toute autre occupation, ne mangeoient point de chair, ni rien de ce qui avoit été animé, & vivoient simplement de miel & de laitage. en grec signifie fumée, & comme la fumée de l'encens entroit pour beaucoup dans les cérémonies de la religion payenne, on pense que c'est de-là que ces peuples ont eu le nom de capnobates. (G)
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| CAPNOIDES | (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur polypétale, irréguliere, & semblable à celle de la fumeterre. Le pistil sort du calice, & devient une silique cylindrique composée de deux panneaux assemblés sur un chassis, auquel sont attachées quelques semences arrondies. Tournefort, inst. rei. herb. Voyez PLANTE. (I)
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| CAPNOMANCIE | S. f. divination dans laquelle les anciens observoient la fumée pour en tirer des présages.
Ce mot est grec, & formé de , fumée, & de , divination.
On distinguoit deux sortes de capnomancies ; l'une qui se pratiquoit en jettant sur des charbons ardens des graines de jasmin ou de pavot, & en observant la fumée qui en sortoit ; l'autre, qui étoit la principale & la plus usitée, consistoit à examiner la fumée des sacrifices. C'étoit un bon augure, quand la fumée qui s'élevoit de l'autel étoit legere, peu épaisse, & quand elle s'élevoit droit en-haut, sans se répandre autour de l'autel. Théophraste, sur le prophete Osée, remarque que les Juifs étoient aussi adonnés à cette superstition. On pratiquoit encore la capnomancie en humant ou respirant la fumée qu'exhaloient les victimes, ou celle qui sortoit du feu qui les consumoit, comme il paroît par ces vers de la Thébaïde de Stace, où se poëte dit du devin Tiresias ;
Ille coronatos jamdudum amplectitur ignes,
Fatidicum sorbens vultu flagrante vaporem.
On pensoit sans-doute que cette fumée donnoit des inspirations prophétiques. Delrio, disquisit. magic. lib. IV. cap. ij. quaest. 7. sect. 1. p. 552. (G)
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| CAPO-BLANCO | (Géogr.) cap de l'Amérique dans la mer du Sud, à la partie occidentale de l'isthme de Panama.
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| CAPO-D'ISTRIA | (Géogr.) ville considérable d'Italie dans l'Istrie, sur le golfe de Trieste, à trois lieues de la ville de ce nom. Longit. 31. 35. latit. 45. 58.
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| CAPOLETTO | (Géog.) ville & port d'Asie dans la Géorgie, sur la mer noire.
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| CAPOLINIERI | (Géogr.) petite ville d'Italie sur l'île d'Elba, dans la mer de Toscane.
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| CAPOLLIN | (Hist. nat. bot.) arbre qui croît au Mexique. Sa grosseur est médiocre ; il a la feuille de notre amandier ; ses fleurs sont en bossettes, pendantes ; son fruit est tout semblable à la cerise. L'arbre fleurit au printems, & porte fruit en été. On fait de sa baie une boisson, & une sorte de pain dont on use dans les tems de disette. On distingue trois especes de capollin.
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| CAPON | S. m. (Marine) c'est une machine composée d'une corde & d'une grosse poulie, à quoi l'on joint un gros croc de fer, dont l'usage est de lever l'ancre lorsqu'elle paroît hors de l'eau, & de saisir l'orin ou cordage qui répond à l'arganeau de la bouée & à la croisée de l'ancre.
Croc de capon,
Poulie de capon, servent à caponner l'ancre.
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| CAPONNE | terme de commandement qu'on fait à ceux de l'équipage destinés à lever l'ancre, pour les faire haler sur le capon, afin de mettre l'ancre en place. (Z)
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| CAPONNER | CAPONNER
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| CAPONNIERE | S. f. en terme de Fortification, est une espece de double chemin couvert, large de 12 à 15 piés, construit au fond du fossé sec, vis-à-vis le milieu de la courtine. Elle occupe toute la largeur du fossé en cet endroit, c'est-à-dire qu'elle aboutit à l'angle rentrant de la contrescarpe. Elle est palissadée de part & d'autre ; & son parapet, qui est seulement élevé de trois piés au-dessus du niveau du fossé, va se perdre en pente douce ou en glacis dans le fossé, à 10 ou 12 toises de son côté intérieur. Son terre-plein est creusé de trois piés dans le fossé ; ainsi toute la hauteur de son parapet est de six piés. Elle a des banquettes comme le chemin couvert.
Pour construire la caponniere, il faut tirer les lignes de défense EH, GF, (Pl. I. de l'Art milit. fig. 11.) pour avoir l'angle flanquant C B D ; de son sommet B tirer au sommet A de l'angle rentrant de la contrescarpe, la ligne B A ; mener de part & d'autre des paralleles à cette ligne, à la distance de six ou sept piés, terminées d'un côté par la contrescarpe, & de l'autre par les lignes de défense, & l'on aura la caponniere tracée.
On construit souvent des caponnieres dans le fossé sec, quoiqu'il n'y ait point de tenailles ; mais alors on substitue à la tenaille ordinaire une espece de tenaille simple O B P, qui consiste en une élévation de terre de 8 ou 9 piés le long des parties O B, P B, des lignes de défense. Elle va se perdre en glacis dans le fossé à la distance de 10 ou 12 toises. On donne une ou deux banquettes à cette espece de tenaille, qui a le même usage que la tenaille ordinaire. Voyez TENAILLE.
Le principal usage de la caponniere qu'on vient de décrire, est de défendre directement le passage du fossé des faces du bastion, & de donner un passage sûr au soldat pour aller de la place dans les ouvrages extérieurs. Afin qu'il ne soit point découvert en sortant de la caponniere, on coupe ordinairement la contrescarpe dans son angle rentrant par une ligne IK (Pl. de l'Art milit. fig. 11.) parallele à la courtine. On pratique aussi quelquefois pour le même sujet un petit enfoncement L M N K dans cet endroit, auquel on donne différentes figures.
On couvroit autrefois le dessus de la caponniere par de forts madriers, qui sont des planches très-épaisses, & on mettoit beaucoup de terre sur ces madriers. On pratiquoit de petites ouvertures dans le parapet de cet ouvrage, par lesquelles le soldat tiroit sur l'ennemi ; mais la fumée de la poudre, qui en rendoit le séjour très-incommode, a fait supprimer ces especes de routes ou couvertures. On se contente seulement aujourd'hui, dans un tems de siege, de couvrir le dessus de la caponniere de claies ou de blindes, pour garantir ceux qui défendent la caponniere, des pierres que l'ennemi jette dans le fossé pour la faire abandonner.
Outre la caponniere du fossé, il faut observer qu'on donne quelquefois le même nom aux communications du chemin couvert avec les ouvrages qui sont au pié du glacis, parce que ces communications sont de même des especes de doubles chemins couverts. Voyez COMMUNICATION. Elémens de Fortific. par M. Le Blond. (Q)
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| CAPORAL | S. m. (Art milit.) c'est un bas officier d'infanterie qui pose & leve les sentinelles, fait garder le bon ordre dans le corps-de-garde, commande une escoüade, & reçoit le mot des rondes qui passent auprès de son corps-de-garde. Il y a pour l'ordinaire trois caporaux dans chaque compagnie. Voyez COMPAGNIE.
Ce mot vient de l'italien caporale, qui signifie la même chose, & qui est dérivé de caput, tête, chef ; le caporal étant le premier de sa compagnie.
CAPORAL d'un vaisseau, est un officier qui a soin de poser le guet & les sentinelles, & de les lever ; il visite aussi les armes des soldats & des mariniers, & leur apprend à s'en servir : il a un aide sous lui. (Q)
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| CAPORI | ou CAPORIO, (Géog.) ville de Suede en Ingrie, sur le golfe de Finlande.
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| CAPORNACK | (Géog.) ville & château d'Hongrie, dans l'Esclavonie.
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| CAPOSER | v. neut. (Marine) ce mot, peu usité, signifie mettre le navire à la cape.
On capose en amarrant le gouvernail bien ferme, pour laisser aller le vaisseau au gré du vent. Voyez CAPE & CAPELER.
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| CAPOT | S. m. (Marine) c'est un habillement fait en forme de robe capuchonnée, que mettent les gens de mer par-dessus leur habit ordinaire, pour les garantir de l'injure du tems. (Z)
CAPOT, s. m. voyez CAGOT.
CAPOT, terme de jeu de Piquet. On dit de celui qui ne fait aucune levée ou main, qu'il est capot.
Le capot vaut quarante points. Voyez PIQUET. Celui qui gagne seulement les cartes, n'en compte que dix.
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| CAPOTAGE | S. m. (Mar.) On donne ce nom à cette partie de la science du pilote qui consiste dans la connoissance du chemin que le vaisseau fait sur la surface de la mer ; connoissance nécessaire pour conduire sûrement le vaisseau.
On sait que la ligne décrite par un vaisseau sur la surface de la mer, est une courbe, appellée loxodromie ou loxodromique, qui coupe tous les méridiens à angles égaux. Plusieurs auteurs nous ont donné des traités de cette loxodromie, dans l'hypothese de la terre sphérique. Mais comme on a reconnu que la terre est un sphéroïde applati, il a fallu faire entrer cette nouvelle considération dans la théorie de la loxodromie, qui en est devenue beaucoup plus difficile. C'est ce qu'ont fait MM. Murdoch & Walz, savans géometres, l'un anglois, l'autre allemand, dans des traités qu'ils ont publiés exprès sur cela. M. de Maupertuis a traité le même sujet d'une maniere plus élégante & plus commode pour la pratique, dans un mémoire qui, quoiqu'assez court, renferme toute la théorie du capotage, dans l'hypothese de la terre applatie. Ce mémoire, imprimé parmi ceux de l'académie des Sciences de 1744, est intitulé, traité de la loxodromie. On y réduit tout le capotage à ces quatre problèmes, dont il donne la solution en très-peu de pages.
I. Etant connue la longueur de la route faite sur un même cercle parallele à l'équateur, trouver la différence en longitude ; ou réciproquement, étant connue la différence en longitude sur le même parallele, trouver la longueur de l'arc du parallele.
II. étant connue la latitude d'un lieu de la surface de la terre, trouver l'arc du méridien intercepté entre l'équateur & ce lieu.
III. étant connus l'angle de la route & la latitude d'un lieu, trouver l'arc de la loxodromie terminé par l'équateur & ce lieu.
IV. étant connus l'angle de la route & la latitude d'un lieu, trouver la différence en longitude entre ce lieu & le point où la loxodromie coupe l'équateur.
M. de Maupertuis donne des formules algébriques pour résoudre ces questions, & fait voir comment on y peut rapporter tous les problèmes qu'on peut proposer sur la navigation.
Il seroit à souhaiter qu'on réduisît ces formules algébriques en tables toutes calculées, pour l'utilité & la commodité des pilotes. Voyez NAVIGATION, ROUTE, TERRE, LOXODROMIE, &c. (O)
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| CAPOUE | (Géog.) ville d'Italie au royaume de Naples, dans la terre de Labour. Long. 31. 55. lat. 41. 7.
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| CAPOZWAR | (Géogr.) petite ville forte de la basse Hongrie, sur la riviere de Capoz.
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| CAPPADOCE | S. m. (Géog. anc. & mod.) contrée ancienne & considérable de l'Asie mineure, bornée par l'Arménie mineure à l'orient, la Cilicie au midi, la Galatie & la Pamphilie au couchant, & le Pont-Euxin au septentrion. Ce fut un royaume, mais les Romains la réduisirent en province : elle appartient maintenant aux Turcs.
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| CAPPE | S. f. (Sucrerie) c'est ainsi qu'on appelle des morceaux de bois legers, minces, arrêtés ensemble par le bout d'en-haut : on en couvre les formes cassées, pour les mettre en état de servir encore. L'élévation que forme l'assemblage des morceaux de bois, s'appelle la tête ou le crochet de la cappe.
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| CAPRAI | ou LA CAPRÉE, (Géogr.) île d'Italie dans la mer de Toscane, au nord-est de celle de Corse dont elle dépend ; elle a environ six lieues de tour.
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| CAPRANICA | (Géogr.) petite ville d'Italie dans l'état de l'église, à deux milles de Sutri.
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| CAPRARA | (Géog.) petite île du golfe de Venise, une de celles de Trémiti, dépendante du royaume de Naples.
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| CAPRÉE | ou CAPRI, (Géog.) île de la Méditerranée au royaume de Naples, dans la principauté citérieure, fameuse par la retraite & les débauches de Tibere, & par la grande quantité de cailles qui y passent tous les ans.
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| CAPRES | S. m. pl. (Marine) c'est le nom qu'on donne aux armateurs & aux vaisseaux qui sont armés en guerre pour faire la course. (Z)
CAPRES, s. f. plur. baie du caprier. Voyez CAPRIER.
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| CAPRI | (Géog.) capitale de l'île du même nom : elle a un beau chateau : elle est à 8 lieues de Naples. Long. 31. 41. lat. 40. 35.
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| CAPRIANA | (Géogr.) petite ville forte d'Italie, dans le Mantouan.
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| CAPRIATO | (Géog.) petite ville d'Italie, dans le marquisat de Montferrat.
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| CAPRICE | S. f. en Architecture : on se sert de ce nom par métaphore, pour exprimer une composition bizarre, quoiqu'ingénieuse, mais qui est éloignée des préceptes de l'art, tels que sont les ouvrages du Boromini, architecte d'Italie : de Berin & de la Joue, peintres & dessinateurs françois ; & de plusieurs autres de nos jours. Par une imagination aussi fertile que déréglée, ils mettent en usage des licences qui autorisent la plûpart des jeunes architectes sans expérience & sans regle, à les imiter, & par-là à rendre l'Architecture susceptible de variations, comme les habits, les modes, &c. (P)
CAPRICE ou FANTAISIE, sorte de piece de musique libre, dans laquelle l'auteur, sans s'assujettir à rien, donne carriere à son génie, & se livre à tout le feu de la composition. Le caprice de Rebel étoit estimé dans son tems, aujourd'hui les caprices de Locatelli donnent de l'exercice à nos violons. (S)
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| CAPRICORNE | en Astronomie, est le dixieme signe du zodiaque : il donne son nom à la dixieme partie de l'écliptique. Voyez SIGNE, ECLIPTIQUE.
Le caractere dont se servent les auteurs d'Astronomie pour désigner le capricorne, est .
Les anciens ont regardé le capricorne comme le dixieme signe du zodiaque & fixé le solstice d'hyver pour notre hémisphere, à l'arrivée du soleil dans ce signe. Mais les étoiles ayant avancé d'un signe tout entier vers l'orient, le capricorne est maintenant plûtôt le onzieme signe que le dixieme ; & c'est à l'entrée du soleil dans le sagittaire que se fait le solstice, quoiqu'on ait conservé la façon de s'exprimer des anciens. Voyez SOLSTICE & PRECESSION.
Ce signe a dans les anciens monumens, dans les médailles, &c. la tête d'un bouc & la queue d'un poisson, ou la forme d'un égipan : il est quelquefois désigné simplement par un bouc.
Le capricorne a dans les catalogues de Ptolomée & de Tycho, 28 étoiles ; dans celui d'Hevelius, 29 ; quoiqu'au tems d'Hevelius il en eût disparu une de la sixieme grandeur, que Tycho comptoit la vingt-septieme, & qu'il avoit placée dans la queue du capricorne. Flamsteed fait le capricorne de 51 étoiles, dans son catalogue britannique. (O)
CAPRICORNE, s. m. (Hist. nat. insectolog.) capricornus, cerambix, insecte de la classe de ceux qui ont des fausses ailes, & dont la bouche a des mâchoires. Selon M. Linnaeus, syst. nat. le capricorne ressemble au cerf-volant pour la grandeur & pour la couleur ; sa tête est large, ses yeux sont grands ; sa bouche est ouverte, & garnie de deux dents crochues & dures. La partie du corps qui correspond aux épaules des quadrupedes, semble être sculptée comme un ouvrage d'ébene polie. Il a trois pattes qui ont chacune trois articulations, & qui paroissent fort foibles. Il a deux antennes placées au-dessus des yeux, plus longues que le corps, & flexibles par le moyen de neuf ou dix articulations. Ces antennes ne sont pas d'égale grosseur dans toute leur étendue ; elles ont au contraire des inégalités ou des noeuds, à-peu-près comme ceux des cornes du bouc : c'est d'où lui vient le nom de capricorne. Mouffet, théat. infect. Cet auteur ajoûte que le capricorne se suspend aux arbres par le moyen de ses antennes, qu'il s'en aide pour marcher ; & qu'en rongeant le bois avec ses dents, il fait un bruit que l'on peut comparer au cri ou au grognement des pourceaux. Mouffet donne aussi la description de plusieurs autres especes de capricornes : M. Linnaeus en rapporte dix-huit especes dans le Fauna Suecica. Voyez INSECTE. (I)
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| CAPRIER | S. m. (Hist. nat. bot.) capparis, genre de plante à fleur, composée pour l'ordinaire de quatre pétales disposés en rose. Il sort du calice un pistil qui a un embryon. Cet embryon devient dans la suite un fruit fait en forme de poire, ou une silique charnue, dans laquelle il y a plusieurs semences qui sont assez souvent arrondies & d'une figure approchante de celle d'un rein. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
On cueille les boutons du capparis spinosa, J. B. 2. 63. on les confit dans le vinaigre, & on les envoye par toute l'Europe.
Les capres sont astringentes, ameres, corroborantes, bonnes pour les estomacs foibles & grossiers, chargés d'humeurs pituiteuses, & qui ont perdu l'appétit : elles sont bonnes pour lever les obstructions des visceres, sur-tout de la rate ; pour la paralysie & les convulsions causées par la superfluité des humeurs. On les recommande dans les fievres chroniques & continues.
On applique des linges ou une éponge trempée dans la saumure de capres, sur le côté au-dessous de l'hypocondre, pour résoudre l'enflûre de la rate. Si l'on y ajoûte de la semence de moutarde, pour que le vinaigre puisse s'imprégner de son sel volatil, le remede n'en sera que meilleur.
Les capres sont aussi bonnes pour tuer les vers.
La racine du caprier est une des cinq petites racines apéritives.
L'écorce de cette racine est apéritive diurétique ; elle entre dans les tisanes apéritives.
L'huile du caprier se fait par l'ébullition de cette racine dans l'huile d'olive ; on en oint la région de la rate dans les douleurs de cette partie.
Cette huile est fort composée dans Lémery, & n'en est pas meilleure. Zwelfer ajoûte à la composition, pour la rendre plus efficace, du sel ammoniac, du tabac, du camfre, de l'huile distillée de gomme ammoniaque. (N)
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| CAPRIFICATION | S. f. (Hist. nat. bot.) maniere d'élever des figuiers. Les anciens en ont parlé avec beaucoup d'admiration, & elle n'est pas imaginaire ; elle se pratique tous les ans dans la plûpart des îles de l'Archipel, par le moyen des moucherons. Les figuiers y portent beaucoup de fruits ; mais ces fruits, qui font une partie des richesses du pays, ne profiteroient pas, si l'on ne s'y prenoit de la maniere que nous allons décrire.
On cultive dans les îles de l'Archipel deux sortes de figuiers ; la premiere espece s'appelle ornos, du grec littéral erinos, qui signifie le figuier sauvage, ou le caprificus des Latins ; la seconde espece est le figuier domestique. Le sauvage porte trois sortes de fruits, qui ne sont pas bons à manger, mais qui sont absolument nécessaires pour faire mûrir ceux des figuiers domestiques. Les fruits du sauvage sont nommés fornites, cratitires, & orni. Ceux qu'on appelle fornites paroissent dans le mois d'Août, & durent jusqu'en Novembre sans mûrir : il s'y engendre de petits vers de la piquûre de certains moucherons que l'on ne voit voltiger qu'autour de ces arbres. Dans les mois d'Octobre & de Novembre, ces moucherons piquent d'eux-mêmes les seconds fruits des mêmes piés du figuier. Ces fruits, que l'on nomme cratitires, ne se montrent qu'à la fin de Septembre, & les fornites tombent peu-à-peu après la sortie de leurs moucherons : les cratitires au contraire restent sur l'arbre jusqu'au mois de Mai, & renferment les oeufs que les moucherons des fornites y ont laissés en les piquant. Dans le mois de Mai, la troisieme espece de fruit commence à pousser sur les mêmes piés des figuiers sauvages, qui ont produit les deux autres. Ce fruit est beaucoup plus gros, & se nomme orni. Lorsqu'il est parvenu à une certaine grosseur, & que son oeil commence à s'entrouvrir, il est piqué dans cette partie par les moucherons des cratitires, qui se trouvent en état de passer d'un fruit à l'autre pour y décharger leurs oeufs. Il arrive quelquefois que les moucherons des cratitires tardent à sortir dans certains quartiers, tandis que les orni de ces mêmes quartiers sont disposés à les recevoir. On est obligé dans ce cas-là d'aller chercher des cratitires dans un autre quartier, & de les ficher à l'extrémité des branches des figuiers, dont les orni sont en bonne disposition, afin que les moucherons les piquent. Si l'on manque ce tems-là, les orni tombent, & les moucherons des cratitires s'envolent, s'ils ne trouvent pas des orni à piquer. Il n'y a que les paysans qui s'appliquent à la culture des figuiers, qui connoissent le vrai tems auquel il faut y pourvoir, & pour cela ils observent avec soin l'oeil de la figue ; car cette partie ne marque pas seulement le tems que les piqueurs doivent sortir, mais aussi celui où la figue peut-être piquée avec succès. Si l'oeil est trop dur & trop serré, le moucheron n'y sauroit déposer ses oeufs, & la figure tombe lorsque cet oeil est trop ouvert. Ce n'est pas-là tout le mystere : ces trois sortes de fruits ne sont pas bons à manger ; ils sont destinés par l'auteur de la nature, comme nous l'avons dit, à faire mûrir les figues des figuiers domestiques. Voici l'usage qu'on en fait. Dans les mois de Juin & de Juillet, les paysans prennent les orni dans le tems que les moucherons sont prêts à sortir, & les vont porter sur les figuiers domestiques. Ils enfilent plusieurs de ces fruits dans des fétus, & les placent sur ces arbres à mesure qu'ils le jugent à propos. Si l'on manque ce tems-là, les orni tombent, & les fruits du figuier domestique ne mûrissant pas, tombent en aussi peu de tems. Les paysans connoissent si bien ces précieux momens, que tous les matins en faisant leur revûe, ils ne transportent sur les figuiers domestiques que des orni bien conditionnés ; autrement ils perdroient leur récolte. Il est vrai qu'ils ont encore une ressource, quoique légere ; c'est de répandre sur les figuiers domestiques les fleurs d'une plante qu'ils nomment ascolimbros. Il se trouve quelquefois dans les têtes de ces fleurs des moucherons propres à piquer ces figues ; ou peut-être que les moucherons des orni vont chercher leur vie sur les fleurs de cette plante. Enfin les paysans ménagent si bien les orni, que leurs moucherons font mûrir les figues des figuiers domestiques dans l'espace d'environ quarante jours. Ces figues fraîches sont fort bonnes. Pour les sécher, on les expose au soleil pendant quelque tems ; après quoi on les passe au four, afin de les conserver pendant le reste de l'année. C'est une des principales nourritures des îles de l'Archipel ; car on n'y trouve guere que du pain d'orge & des figues seches. Il s'en faut bien pourtant que ces figues soient aussi bonnes que celles que l'on seche en Provence, en Italie & en Espagne ; la chaleur du four leur fait perdre leur bon goût : mais d'un autre côté elle fait périr les oeufs que les piqueurs de l'orni y ont déchargés, & ces oeufs ne manqueroient pas de produire de petits vers qui endommageroient ces fruits. Voilà bien de la peine & du tems perdu, dira-t-on, pour n'avoir que de méchantes figues. Quelle doit être la patience des Grecs qui passent plus de deux mois à porter les piqueurs d'un figuier à l'autre ; & ne semble-t-il pas qu'ils devroient plûtôt cultiver les especes de figuiers que l'on éleve en France & en Italie ? Mais ce qui les détermine à préférer cette espece inférieure, c'est la quantité de beaucoup supérieure de fruit qu'ils en retirent. Un de leurs arbres produit ordinairement jusqu'à 280 livres de figues, au lieu que les autres n'en produisent pas 25 livres. Peut-être que les piqueurs contribuent à la maturité des fruits du figuier domestique, en faisant extravaser le suc nourricier, dont ils déchirent les tuyaux lorsqu'ils y déchargent leurs oeufs : peut-être aussi qu'avec ces oeufs ils laissent échapper quelque liqueur qui fermente doucement avec le lait de la figue, & en attendrit la chair.
Les figues en Provence & à Paris même, mûrissent bien plûtôt, si on pique leurs yeux avec une paille, ou avec une plume graissée d'huile d'olive. Les prunes & les poires qui ont été. piquées par quelqu'insecte, mûrissent bien plûtôt aussi, & même la chair qui est autour de la piquûre est de meilleur goût que le reste. Il est hors de doute qu'il arrive un changement considérable à la tissure des fruits piqués. Il semble que la principale cause en doit être rapportée à l'épanchement des sucs, qui ne s'alterent pas seulement lorsqu'ils sont hors de leurs vaisseaux, mais qui alterent les parties voisines : de même qu'il arrive aux tumeurs des animaux survenues à l'occasion des piquûres de quelque instrument aigu. Mém. de l'acad. des Sciences, ann. 1705. pag. 447. & suiv. Article communiqué par M. Formey.
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| CAPRIOL | voyez CABRIOLE.
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| CAPRISANT | adj. (Medecine) épithete du pouls irrégulier & sautillant, dans lequel l'artere interrompt son mouvement ; ensorte que le second battement qui vient après cette interruption, est plus promt & plus fort que le premier : de même qu'il arrive aux chevres qui bondissent & semblent faire un double mouvement en marchant. Galien, de diff. puls. lib. I. cap. xxjx.
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| CAPRONEZA | (Géog.) petite ville de Hongrie, dans l'Esclavonie, à deux milles de la Save.
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| CAPRONS | (Jardinage) ce sont de grosses fraises plus belles que bonnes, dont on fait peu de cas, & qui mûrissent en même tems que les autres. Leurs feuilles sont plus larges & en plus grand nombre. (K)
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| CAPROTINE | adj. f. (Hist. anc.) surnom que les anciens Romains avoient donné à Junon & aux nones de Juillet, tems auquel ils célébroient une fête dont Plutarque & Macrobe racontent ainsi l'origine. Les peuples voisins de Rome crurent qu'il leur seroit facile de prendre ou de détruire cette ville épuisée, après l'invasion des Gaulois. ils s'assemblerent, & mirent à leur tête Lucius, dictateur des Fidenates. Lucius fit annoncer aux Romains par un héraut, que le seul moyen qu'ils eussent de conserver les restes de leur ville, c'étoit de lui livrer leurs femmes & leurs filles. Les sénateurs ne savoient quel parti prendre, lorsqu'une esclave appellée Philotis, persuada à ses compagnes de se couvrir des habits de leurs maîtresses, & de passer dans le camp ennemi. Ce qui fut exécuté. Le général les distribua aux capitaines & aux soldats. Ces filles les inviterent à prendre part à une fête solemnelle qu'elles feignirent de célébrer entr'elles. Les hôtes séduits par cette innocente supercherie, s'abandonnerent à la débauche : mais lorsqu'ils furent assoupis par le vin & par le sommeil, elles appellerent les Romains par un signal qu'elles leur donnerent du haut d'un figuier sauvage. Ceux-ci accoururent, & firent main-basse par-tout. La liberté fut accordée à ces généreuses esclaves, avec une somme d'argent pour se marier ; le jour de cette délivrance extraordinaire fut appellé Nones Caprotines ou du figuier ; & une fête instituée sous le même nom en l'honneur de Junon. Depuis ce tems, à pareil jour, les esclaves régaloient leurs maîtresses hors de la ville, sous des figuiers sauvages, luttoient entr'elles, & rappelloient par des exercices la mémoire de la défaite qu'elles avoient occasionnée par leur dévouement & leur industrie.
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| CAPSA | (Géog.) ville de la Turquie en Europe dans la Romanie.
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| CAPSAIRE | S. m. (Hist. anc. & mod.) Les Romains & les Grecs donnoient ce nom à ceux qui gardoient les habits dans les bains publics, & à certains domestiques qui conduisoient les enfans à l'école, portant leurs livres dans une boîte, capsa.
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| CAPSCHAC | (Géog.) pays très-considérable de la Tartarie, qui s'étend depuis le Turquestan jusqu'au Wolga, & depuis le Wolga jusqu'au pays de Crimée. Sa plus grande étendue est depuis la mer Caspienne jusqu'à la mer Glaciale.
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| CAPSE | S. f. espece de chausse de velours mi-partie, dans laquelle on met les billets le jour de l'élection des prevôt des marchands & échevins.
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| CAPSULAIRE | adj. en Anatomie, épithete des ligamens & des membranes qui forment avec les os auxquels elles sont attachées des especes de capsules. Voyez LIGAMENT, MEMBRANE, PSULESULE. (L)
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| CAPSULE | signifie à la lettre bourse, étui, poche. Ce mot vient du latin capsula, diminutif de capsa, qui signifie une boëte à serrer quelque chose.
La capsule de Glisson est une membrane qui naît du péritoine, enveloppe le tronc de la veine-porte à son entrée dans le foie, & lui sert comme d'étui, se partageant en autant de branches qu'elle, & l'accompagnant jusque dans ses moindres ramifications. Voyez VEINE-PORTE.
Cette même capsule ou membrane enferme aussi le conduit biliaire, & autres vaisseaux du foie, ce qui lui a fait donner le nom de capsule commune. V. CONDUIT biliaire.
Capsule du coeur est une membrane qui environne le coeur, la même que celle qu'on appelle plus communément péricarde. Voyez PERICARDE.
CAPSULES atrabilaires, (autre terme d'Anatomie) se dit de deux glandes situées sur les veines, qu'on appelle aussi reins succenturiaux ou glandes rénales. L'épithete d'atrabilaires leur a été donnée à cause de la liqueur noire qui se trouve dans leur cavité ; & celle de rénales ou reins succenturiaux, à cause de leur position. Voy. REINS SUCCENTURIAUX & RENALES.
Elles sont à peu-près de la grosseur d'une noix vomique ; leur figure n'est pas tout-à-fait la même dans tous les sujets : dans quelques-uns elles sont rondes ; dans d'autres triangulaires, quarrées, &c. La membrane dont elles sont couvertes est très-fine, & leur cavité considérable à proportion de leur volume. On ne sait pas bien quel est leur usage ; il y a pourtant apparence qu'elles servent à séparer l'humeur noire qu'on trouve dans leur cavité, & qui est ensuite versée par leur veine dans l'émulgente, où elle se mêle avec le sang, auquel elle sert de ferment, selon quelques-uns ; & selon d'autres, de délayant pour l'atténuer & le rendre moins épais. Ces glandes dans le foetus sont presque de la grosseur des reins. Voyez BILE.
CAPSULES séminales, c'est la même chose que vésicules séminales. Voyez VESICULES SEMINALES. (L)
CAPSULE, capsula, (Hist. nat. bot.) c'est une loge ou une sorte de boëte, theca, qui renferme les semences des plantes. Cette enveloppe est plus ou moins mince ou épaisse, plus ou moins molle ou dure, &c. Tournefort, Inst. rei. herb. (I)
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| CAPTATEUR | S. m. terme de palais, par où l'on entend celui qui par flatteries & par artifices tâche à surprendre des testamens ou des donations. (H)
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| CAPTIF | S. m. (Hist. mod.) esclave ou personne prise sur l'ennemi, en particulier par un pirate ou corsaire. Voyez ESCLAVE, PIRATE, &c.
On appelle plus particulierement de ce nom les esclaves chrétiens que les corsaires de Barbarie font dans leurs courses, & que les PP. de la Merci & les Mathurins vont racheter de tems en tems à Alger & dans d'autres endroits de la partie septentrionale d'Afrique.
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| CAPTIVERIE | S. f. (Commerce) on nomme ainsi dans le commerce des Negres, qui se fait par les François au Sénégal, des grands lieux destinés à renfermer les captifs que l'on traite, & dans lesquels on les tient jusqu'à ce qu'ils soient en assez grand nombre pour être transportés aux vaisseaux & envoyés aux isles.
Les captiveries les plus grandes & les plus sûres que la compagnie Françoise du Sénégal ait dans toute l'étendue de sa concession, sont celles de l'isle de Gorée, (G)
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| CAPTURE | S. f. terme de pratique, est l'appréhension au corps d'un débiteur ou criminel par des archers ou sergens, à l'effet d'être conduit & détenu dans les prisons. (H)
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| CAPUCHON | S. m. (Hist. ecclés.) espece de vêtement à l'usage des Bernardins, des Bénédictins, &c. Il y a deux sortes de capuchons ; l'un blanc, fort ample, que l'on porte dans les occasions de cérémonie : l'autre noir, qui est une partie de l'habit ordinaire.
Le. P. Mabillon prétend que le capuchon étoit dans son origine, la même chose que le scapulaire. Mais l'auteur de l'apologie pour l'empereur Henri IV. distingue deux especes de capuchon ; l'une étoit une robe qui descendoit de la tête jusqu'aux piés, qui avoit des manches, & dont on se couvroit dans les jours & les occasions remarquables ; l'autre une sorte de camail pour les autres jours : c'est ce dernier qu'on appelloit proprement scapulaire, parce qu'il n'enveloppoit que la tête & les épaules. V. SCAPULAIRE.
Capuchon, se dit plus communément d'une piece d'étoffe grossiere, taillée & cousue en cone, ou arrondie par le bout, dont les Capucins, les Récollets, les Cordeliers, & d'autres religieux mendians, se couvrent la tête.
Le capuchon fut autrefois l'occasion d'une grande guerre entre les Cordeliers. L'ordre fut divisé en deux factions, les freres spirituels, & les freres de communauté. Les uns vouloient le capuchon étroit, les autres le vouloient large. La dispute dura plus d'un siecle avec beaucoup de chaleur & d'animosité, & fut à peine terminée par les bulles des quatre papes, Nicolas IV, Clément V, Jean XXII, & Benoît XII. Les religieux de cet ordre ne se rappellent à présent cette contestation qu'avec le dernier mépris.
Cependant si quelqu'un s'avisoit aujourd'hui de traiter le Scotisme comme il le mérite, quoique les futilités du docteur subtil soient un objet moins important encore que la forme du coqueluchon de ses disciples, je ne doute point que l'agresseur n'eût une querelle fort vive à soutenir, & qu'il ne s'attirât bien des injures.
Mais un Cordelier qui auroit du bon sens ne pourroit-il pas dire aux autres avec raison : " Il me semble, mes peres, que nous faisons trop de bruit pour rien : les injures qui nous échapperont ne rendront pas meilleur l'ergotisme de Scot. Si nous attendions que la saine philosophie, dont les lumieres se répandent partout, eût pénétré un peu plus avant dans nos cloîtres, peut-être trouverions-nous alors les rêveries de notre docteur aussi ridicules que l'entêtement de nos prédécesseurs sur la mesure de notre capuchon ". Voyez les articles CORDELIERS & SCOTISME.
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| CAPUCIAT | ou ENCAPUCHONNÉS, certains hérétiques qui s'éleverent en Angleterre en 1387, & qui furent ainsi nommés, parce qu'ils ne se découvroient pas devant le S. Sacrement. Ils suivoient les erreurs de Wiclef, & soûtenoient l'apostasie de Pierre Pareshul, moine Augustin, lequel ayant quitté le froc, accusa son ordre de plusieurs crimes. Sponde, A. C. 1377.
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| CAPUCINE | S. f. (Hist. nat. bot.) cardamindum, genre de plante à fleur polypétale irréguliere, composée de cinq pétales qui sortent des échancrures du calice : le calice est terminé par un prolongement en forme de queue : le pistil sort du fond du calice, & devient dans la suite un fruit composé pour l'ordinaire de trois capsules arrondies & rassemblées en forme de tête. Chaque capsule renferme une semence de même figure : Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
On se sert de la capucine pour couvrir les murs des petits jardins des cours, & pour ombrager quelque cabinet de treillage dont elle gagne le haut en la palissant avec du jonc. Sa culture consiste à en labourer le pié en forme de plate-bande, & répandre dessus un pouce d'épaisseur de bon terreau, & l'arroser de tems en tems. Il y a la grande & la petite capucine. (K)
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| CAPUCINS | religieux de l'ordre de S. François, de la plus étroite observance. Voyez RELIGIEUX.
On leur donna ce nom par rapport à la réforme extraordinaire de leur capuchon. Ils sont vêtus d'une grosse robe, d'un manteau, & d'un capuce d'un gros drap gris ; portent la barbe, des sandales, & une couronne de cheveux. Cette réforme des Mineurs ou Cordeliers a pour auteur Matthieu de Baschi, frere Mineur observantin, du duché de Spolète, & religieux au couvent de Montefiascone, qui en 1525, assûra que Dieu l'avoit averti plusieurs fois, d'une maniere miraculeuse, qu'il devoit pratiquer à la lettre la regle de S. François. Dans ce dessein il se retira, avec la permission du pape Clément VII. dans une solitude, où il fut suivi de douze autres personnes. Le duc de Florence leur donna un hermitage dans ses terres, & Clément VII. approuva leur congrégation par une bulle de 1529. Son successeur Paul III. la confirma en 1535, avec permission de s'établir par-tout, & lui donna un vicaire général avec des supérieurs. Ils furent reçûs en France sous Charles IX. & s'y sont tellement multipliés, qu'ils y ont dix provinces en comprenant celle de Lorraine. Ils rendent des services à l'Eglise par les catéchismes, conférences, prédications, missions auxquelles ils sont employés, & doivent pratiquer la plus étroite pauvreté, leurs maisons ne subsistant que d'aumônes. Il y a aussi des religieuses capucines. (G)
* Quoique leurs constitutions auxquelles ils sont toûjours restés fort attachés, & l'indigence extrème dont ils font profession particuliere, ne leur ayent guere permis de se livrer à des études assidues, cependant ils ont eu d'habiles gens en différens genres ; & l'on doit présumer, à l'esprit d'émulation qui commence à les animer, que le savoir y deviendra encore plus commun. Il est à souhaiter que les supérieurs donnent toute leur attention à fortifier cet esprit, & que l'Eglise répare de ce côté les pertes de lumiere qu'elle semble faire de plusieurs autres.
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| CAPU | ou CAPAS-PUSSAR, (Hist. nat. bot.) c'est le nom d'un arbre qui croît communément aux Indes orientales ; sans culture & de lui-même, & se multiplie par la semence qui en tombe : ses feuilles ressemblent à l'agnus-castus, mais elles sont un peu plus longues & plus larges ; ses branches croissent à côté les unes des autres par couronnes. Le fruit qui en vient est une gousse fort épaisse, de la longueur de la main, qui séchée par le soleil se creve & tombe ; les Indiens la ramassent & en tirent le capuk, qui est une espece de coton, qu'ils renferment dans des sacs faits d'écorce d'arbre, & vont le vendre aux Hollandois à Batavia : on s'en sert au lieu de plumes pour garnir les oreillers & les matelas des lits.
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| CAPULE | S. m. (Hist. anc.) c'étoit chez les anciens Romains une biere ou cercueil, pour porter les morts en terre. De-là vient qu'on appelloit les vieillards capulares senes, & les criminels condamnés à mort capulares rei, pour exprimer que les uns & les autres étoient sur le bord de leur fosse, & près de la biere ou du tombeau. (G)
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| CAPUL | ou CAPOUL, (Géog.) île d'Asie, l'une des Philippines, appartenante aux Espagnols.
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| CAPURIONS | S. m. (Hist. anc. & mod.) La ville de Rome est encore aujourd'hui divisée, comme elle l'étoit du tems des Césars, en quatorze regions ou quartiers, que les Italiens nomment rio ; ils ont seulement changé les noms. Il en est arrivé de même des officiers. Ils étoient sous les empereurs au nombre de dix-huit ; ils sont aujourd'hui dix-huit. Ils s'appelloient sous Auguste, curatores regionum urbis ; on les nomme à présent capurioni. Leurs fonctions sont les mêmes, & c'est à eux d'entretenir la tranquillité publique, d'empêcher qu'il ne se commette des violences dans les rues, d'en informer les magistrats de police, veiller à ce que chaque citoyen s'applique à une profession honnête, poursuivre les gens de mauvaise vie, chasser les fainéans, avoir l'oeil sur les édifices publics, assembler les citoyens quand il en est besoin, surveiller les boulangers, les bouchers, & autres gens d'art ; d'où l'on voit que les curatores urbis des anciens, les capurions des Italiens d'aujourd'hui, & nos commissaires, ont beaucoup de rapport entr'eux.
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| CAPUT DRACONIS | tête de dragon, en Astronomie, c'est le noeud ascendant de la lune. Voyez DRAGON & NOEUD. (O)
CAPUT MORTUUM, (Chimie) Les Chimistes ont désigné par cette expression le produit le plus fixe des analyses ordinaires faites par le moyen de la distillation, ou la partie du corps analysé qui a été épuisée par le feu (poussé au plus haut degré auquel ils avoient coûtume de l'élever dans les distillations), & qui reste encore, après l'opération, au fond du vaisseau dans lequel les matieres à distiller ont été exposées au feu.
Le caput mortuum étoit un des cinq principes prétendus des anciens chimistes, ou plûtôt un des cinq produits des anciennes analyses chimiques. Ces cinq produits étoient l'esprit ou mercure, le phlegme, l'huile ou soufre, le sel, & la terre damnée ou caput mortuum. Voyez PRINCIPE.
C'est avec raison qu'on commence à bannir l'expression caput mortuum du langage chimique ; & de lui substituer le mot générique & indéterminé de résidu. La premiere dénomination est absolument fausse ; car on pourroit regarder, sur la foi du nom, les matieres qu'elle désigne, comme dépouillées de tout principe actif, comme indestructibles, ou ne donnant prise à aucun agent naturel ; en un mot, comme une pure terre exactement simple, & par conséquent connue autant qu'il est possible par l'art, ou du moins peu digne d'un examen ultérieur ; & c'est là l'idée que plusieurs chimistes s'en étoient faite.
Mais ces matieres ne sont rien moins que simples & inaltérables ; elles contiennent le plus souvent des substances salines, soit neutres, soit alkalines, qu'on en sépare très-facilement. Voyez LIXIVIATION. Les résidus charbonneux contiennent au moins du phlogistique, qui en est très-séparable aussi. Voyez INCINERATION & CHARBON.
D'ailleurs l'examen ultérieur du résidu des distillations que j'appellerai analytiques (de celles qu'on pousse à grand feu, car ce n'est que de celles-là dont il s'agit dans cet article), entre nécessairement dans la suite des opérations d'un procédé régulier. Il est même telle de ces distillations qu'on n'exécute que pour ce produit, pour le résidu ; comme si on distilloit, par exemple, une huile minérale avec de l'alkali fixe, ou un savon de Starckey préparé avec une huile essentielle dans laquelle on soupçonne l'acide vitriolique, ou le marin, pour vérifier ce soupçon.
La nouvelle analyse, ou l'analyse par combinaison, exige sans contredit cet examen ; & c'est même sans-doute la méthode de cette analyse, étendue aux distillations des substances regardées comme uniques ou homogenes, comme celle d'une plante, d'une gomme, d'une graisse, &c. qui a réveillé l'attention sur l'abus de négliger les résidus de ces dernieres opérations. Mais on sera bien plus fondé à n'en négliger aucun, & à généraliser la loi de les étudier avec soin, si on fait réflexion que la plûpart des sujets de distillations analytiques ordinaires sont des composés ou des mélanges naturels ; qui portent en eux-mêmes des principes de réaction, qui n'ont besoin que d'être mis en jeu par le feu pour produire de nouvelles combinaisons ; & que ce n'est qu'à la faveur de ces nouvelles combinaisons, dont on trouve les produits dans les résidus, qu'on obtient les produits plus mobiles, les substances qui passent ou qui s'élevent dans la distillation. A. DISTILLATION, & ANALYSE VEGETALE à l'art. VEGETAL. Cet article est de M. VENEL.
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| CAPUUPEBA | (Hist. nat. bot.) sorte de gason qui vient au Bresil, à la hauteur de deux ou trois piés ; sa tige est ronde & lisse genouillée, & garnie d'une feuille à chaque noeud ; elle se distribue à son sommet en une trentaine de branches plus petites, dont l'extrémité se termine en une ombelle argentée d'où naît la semence.
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| CAQUE | S. f. (Commerce) que nous appellons communément barril ; c'est un petit tonneau dans lequel on encaque les harengs, c'est-à-dire où on les enferme après qu'ils ont été apprêtés & salés.
Caque se dit aussi des petits barrils dans lesquels on renferme la poudre à canon.
Caque est encore le nom qu'on donne en Champagne à ce qu'on nomme plus communément un quarteau. Voyez QUARTEAU. (G)
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| CAQUEUX | S. m. pl. (Hist. mod.) espece de secte que les Bretons, entre lesquels elle s'étoit formée regardoient avec une extrème aversion, comme un reste de Juifs infecté de lepre. Les caqueux exerçoient tous le metier de cordier, & il leur étoit presque défendu de faire autre chose : la haine & le préjugé public les traitoient du reste à-peu-près comme les cagots. Voyez l'article CAGOT. La police civile & ecclésiastique fit des efforts pour détruire la prévention des peuples, & rétablir dans les droits de la société des gens qui contribuoient à son avantage : mais ces efforts furent long-tems inutiles.
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| CARA | (Hist. nat. bot.) espece de convolvulus à tige quarrée, fort anguleuse, velue & barbue aux angles, verte, rougeâtre, & tortueuse : il rampe & s'étend si prodigieusement, qu'une seule plante suffit pour garnir une surface de cent vingt piés en quarré : les branches & la tige prennent racine partout où elles touchent terre ; il a la tige de notre sagittale ; quand on en coupe la tige il en sort des larmes : sa racine entre en terre de plus d'un pié, & a jusqu'à douze doigts de diametre : elle est couverte d'une peau mince, obscure, jaunâtre, & cendrée ; elle a une pulpe blanche & pleine d'un suc laiteux : on la mange comme un légume : les habitans de Guinée en font même du pain. Margg.
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| CARA-HISSAR | (Géog.) ville d'Asie, dans la province qui étoit anciennement appellée Galatie.
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| CARA-KALPACKS | (Géog.) peuple qui habite en Asie, dans le Turquestan.
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| CARA-SCHULLI | (Hist. nat. bot.) arbrisseau des Indes, assez semblable au caprier. Voyez dans l'Histoire des plantes de Ray, la liste des propriétés merveilleuses qu'on lui attribue.
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| CARABACCIUM | (Hist. nat. bot.) c'est le nom que l'on donne à un bois aromatique des Indes, dont l'odeur ressemble beaucoup à celle du clou de girofle, excepté qu'elle est plus douce & moins pénétrante ; extérieurement il est brun, ou de la couleur de la canelle : on lui attribue la qualité d'adoucir l'acrimonie de la lymphe, & d'être un excellent remede contre le scorbut ; il fortifie l'estomac, & facilite la digestion. On le prend en décoction, ou infusé comme du thé & du caffé.
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| CARABANA | (Géog.) province de l'Amérique méridionale, appartenante aux Espagnols.
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| CARABI | (Géog.) petite riviere de Sicile dans la vallée de Mazara, qui se jette dans la mer d'Afrique.
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| CARABINE | S. f. est une espece de mousqueton dont le canon est rayé circulairement ou en spirale depuis la culasse jusqu'à l'autre bout ; ensorte que lorsque la balle qu'on y enfonce à force, sort poussée par l'impétuosité de la poudre, elle s'allonge environ d'un travers de doigt, & elle sort empreinte des rayures du canon.
Le canon de la carabine a trois piés de long, & elle a quatre piés étant toute montée : elle a une baguette de fer, & l'on commence à y faire entrer la balle avec une espece de verge de même métal appellée pousse-balle, sur la tête de laquelle on frappe avec un petit marteau destiné à cet effet.
La carabine a beaucoup plus de portée que le fusil ; parce que les rayures du canon arrêtant la balle, la font résister aux premieres impressions de la poudre, qui ayant le tems de s'enflammer entierement avant que de pouvoir la faire sortir, la chasse ensuite avec bien plus de force que le fusil ordinaire. Traité d'Artillerie par M. le Blond. (Q)
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| CARABINER | v. act. c'est tracer en-dedans d'un canon des traces longitudinales ou circulaires. Voy. FUSIL.
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| CARABINIERS | S. m. pl. (Art. milit.) espece de chevaux-legers qui portent des carabines plus longues que les autres, & qui servent quelquefois à pié.
Les François ont formé des corps entiers de ces carabiniers, qui ne peuvent être que très-utiles, parce que ce sont des troupes choisies dans toute la cavalerie, & qui sont mieux payées que les autres. On dit qu'il n'y en a point du tout parmi les Anglois, excepté dans un seul.
Il y a en France le régiment royal des carabiniers. Plusieurs années avant l'institution de ce régiment, on avoit mis deux carabiniers dans chaque compagnie de cavalerie, que l'on choisissoit parmi les plus habiles tireurs, & qu'on mettoit dans les combats à la tête des escadrons, pour faire une décharge de loin sur ceux des ennemis.
Sur la fin de la campagne de 1690, le Roi ordonna que l'on formât par régiment de cavalerie une compagnie de carabiniers, cette compagnie étoit de trente maîtres ; elle avoit un capitaine, deux lieutenans, un cornette, & un maréchal des logis : chaque mestre de camp dans sa compagnie choisissoit les officiers. Le capitaine pour faire sa compagnie, avoit le choix de donner 260 liv. pour un cavalier tout monté, ou 60 livres pour un homme tout seul. Il choisissoit aussi par compagnie un nombre égal dans chacune, & il n'y avoit d'exclus pour lui que les deux brigadiers & les deux carabiniers, pour laisser toûjours des têtes aux régimens de cavalerie.
Le Roi accorda à tous les officiers des pensions qu'il attribua à leurs emplois. La compagnie devoit toûjours suivre le régiment, & cependant être toujours prête à camper séparément. Elle étoit aussi recrutée à tour de rôle des compagnies, moyennant cinquante francs par homme. Tous les mestres de camp se firent une idée différente de cette création, & ne s'accorderent que sur la valeur qu'ils chercherent tous également dans les officiers qu'ils choisirent. Quoiqu'une des conditions imposées par Sa Majesté fût qu'ils n'eussent pas plus de trente-cinq ans, on ne s'y arrêta pas beaucoup, & les mestres de camp y placerent ou ceux qui s'accordoient le moins avec eux, ou les plus anciens, ou leurs parens, ou leurs amis, ou au moins ceux qui témoignoient le plus d'envie d'y aller ; ce qui composa un assemblage de très-braves gens, mais très différens.
Toutes ces compagnies étoient surnuméraires dans leurs régimens, & furent en très-bon état pour la campagne suivante 1691. Le roi ordonna que toutes les compagnies de carabiniers campassent ensemble, & composassent une brigade à laquelle on nommoit un brigadier, & deux mestres de camp sous lui quand la brigade étoit forte. La destination de ce corps étoit d'aller en parti.
L'année 1692 les carabiniers firent le même service que l'année précédente ; on étoit très-satisfait d'eux : mais on commença à trouver qu'étant la plupart habillés de diverses couleurs, cette bigarrure étoit choquante, & que de plus les officiers ne se connoissoient point les uns les autres ; ce qui fit prendre à sa majesté la résolution de former un seul régiment, sous le nom de Royal-Carabiniers, de toutes ces compagnies, excepté celles des régimens allemands. Le roi qui affectionnoit fort ce corps, dont il étoit très-content, choisit pour le commander M. le duc du Maine, qu'il jugea très-propre pour le mettre en bon état, & lui donner l'esprit qu'il vouloit qu'il prît, le destinant à un genre de service tout particulier. Sa majesté prit la peine elle-même de donner par écrit des instructions sur ce sujet.
Les compagnies allemandes étoient retranchées ; il en resta cent françoises, qui furent divisées en cinq brigades de quatre escadrons chacune, & les escadrons de cinq compagnies.
Le roi affecta à chaque compagnie un mestre de camp, un lieutenant-colonel, un major, un aide-major, avec des pensions attachées à leur emploi.
Les cinq mestres de camp eurent le titre de chefs de brigade ; le premier étoit le chevalier du Mesnil ; le second étoit le chevalier du Prosel ; le troisieme, le sieur d'Achi ; le quatrieme ; le sieur de Signi ; & le cinquieme, le commandeur de Courcelles.
Tout le régiment fut habillé de bleu : au lieu de deux lieutenans qu'il y avoit par compagnie, il n'y en eut plus qu'un. Le roi donna deux étendarts par escadron, & un timbalier par brigade.
Tout le régiment ayant été mis en état dès le commencement de l'année 1694, sa majesté voulut le voir à Compiegne au mois de Mars de la même année, & elle en fut très-contente. Le roi ayant dessein que ce régiment ne fît pas un corps à part dans la cavalerie, M. le duc du Maine voulut bien prendre l'attache de M. le comte d'Auvergne, colonel général de la cavalerie legere, quoique l'intention du roi fût de l'en exempter ; il se contenta du titre de mestre de camp lieutenant. Il prit pour sa compagnie de mestre de camp celle qui avoit été tirée de son régiment du Maine, & elle fut attachée à la premiere brigade ; desorte que toutes les fois que les brigades changent de rang, ce qui arrive par l'ancienneté ou la dignité de ceux qui les commandent, elle change aussi de brigade, & est toûjours à la premiere.
Le corps des carabiniers fut trouvé si bon & si nombreux, que sa majesté le partagea dans différentes armées ; ce qui s'est presque toûjours pratiqué depuis. Nul corps ne l'a surpassé pour la discipline, pour la fermeté, & pour la valeur, dans toutes les occasions : Fontenoy les a immortalisés.
En 1698 la paix étant faite, & le roi ayant réformé une grande partie de ses troupes, il réforma soixante compagnies des carabiniers, sans pourtant diminuer le nombre des brigades ni de leur état major ; elles furent seulement réduites chacune à huit compagnies, qui formerent deux escadrons ; & à la fin de l'année 1698 les compagnies furent encore réduites à vingt carabiniers. Elles ne furent plus recrutées comme elles l'avoient été par les régimens dont elles sortoient ; mais tous les régimens qui restoient sur pié y fournissoient a tour de rôle le remplacement nécessaire, auquel les inspecteurs tenoient la main. Tous les officiers des soixante compagnies réformées demeurerent chacun à la suite de leur brigade, séparés par compagnies, excepté les cornettes qui ne se trouverent pas dix ans de service dans le tems de la réforme, & qui furent congédiés absolument. M. le duc du Maine reçut ordre de remplacer tous les autres par rang d'ancienneté, à mesure qu'il vaqueroit des emplois qui leur seroient propres.
En 1694 le chevalier du Mesnil étant mort, le roi donna la brigade au comte d'Aubeterre, & par-là elle devint la derniere : ainsi la compagnie de M. le duc du Maine passa à celle de du Rosel, qui devint la premiere ; & cela s'est toûjours ainsi pratiqué à tous les changemens des chefs de brigade. Sous quelque prétexte que ce puisse être, le roi ne veut jamais permettre de vendre les compagnies de carabiniers.
Pour conserver toûjours les compagnies de carabiniers sur un pié de distinction, le roi permettoit de prendre quelquefois des capitaines dans la cavalerie, mais il ne consentoit pas qu'ils vendissent leurs compagnies : sa majesté trouvoit bon aussi qu'on y prit des chefs de brigade ; & l'on observoit assez de les prendre alternativement avec les lieutenans-colonels du corps.
On accordoit assez aisément aux lieutenans-colonels du corps, des commissions de mestres de camp, & on ne refusoit guere aux aides-majors & aux lieutenans des compagnies mestres de camp, des commissions de capitaines.
Les compagnies des carabiniers furent remises à trente maîtres dans l'hyver 1701 & 1702. Voici le reglement qu'on leur donna pour lors.
Le régiment des carabiniers du roi sera composé de cent compagnies de carabiniers de 30 maîtres chacune, faisant en tout 3000 carabiniers, & 411 officiers, y compris le mestre de camp en chef, les cinq mestres de camp sous lui, les cinq lieutenans-colonels, les cinq majors, & les cinq aides-majors. Ils feront vingt escadrons de cinq compagnies chacun, dont il y en aura deux de vieux régimens, & trois de nouveaux. Le mestre de camp en chef aura l'inspection sur tous les régimens, & les autres l'auront seulement sur vingt compagnies, faisant quatre escadrons, & cela par police, & pour la commodité du service ; car ils auront aussi autorité sur tous également selon leur emploi & leur grade, aussi-bien que les lieutenans-colonels, les majors, les aides-majors.
Quand on séparera le régiment en différentes armées, on mettra toûjours un mestre de camp pour commander les différens corps, & les autres officiers de l'état-major à proportion.
Le service se fera comme les carabiniers l'ont fait jusqu'à présent, tant pour les gardes que pour les détachemens.
Les compagnies seront entretenues par tous les régimens de cavalerie françois, qui fourniront les recrues nécessaires à tour de rôle ; tant pour les officiers que pour les cavaliers, à moins que le roi n'en ordonnât autrement.
Le régiment sera habillé de bleu doublé de rouge ; les cavaliers d'un bon drap tout uni, & les officiers de même ; à la réserve des boutons d'argent sur les manches & aux collets des manteaux qui seront bleus comme ceux des cavaliers ; le chapeau sera bordé d'argent d'un galon plus large que celui des cavaliers ; les housses des cavaliers seront bleues, tout unies, bordées d'un galon de soie blanche, les bourses des pistolets de même ; leur ceinturon de bufle, avec un bord de cuir blanc & la bandouliere de même, des gants & des cravates noirs ; les officiers en auront aussi, excepté que ce qui est blanc au cavalier, ils l'auront d'argent.
Les têtieres des chevaux seront propres & tout unies, des bossettes dorées tout unies aussi, des épées de même longueur & largeur, des carabines rayées pareilles, & tout ce qu'il faut pour les charger ; observant d'avoir des balles de deux calibres, les unes pour entrer à force avec le marteau & la baguette de fer, & les plus petites pour recharger plus promtement si l'on en a besoin.
Les pistolets seront les meilleurs que l'on pourra, & de quinze pouces de longueur ; les chevaux tous de même taille, à longue queue, & l'ayant retroussée de même sans ruban ni trousse-queue.
A chaque escadron il y aura un timbalier à la compagnie de mestre de camp, qui sera habillé des livrées du roi, sans or ni argent, aussi-bien que les trompettes de toutes les compagnies ; les tentes seront pareilles avec du bleu sur leur faîte. Il y aura à chaque quatre escadrons un aumônier à qui on donnera une chapelle, & un chirurgien. On aura soin de n'avoir que de bons chevaux, pour que la troupe soit toûjours bien en état d'entreprendre ce qu'on lui ordonnera.
Le mestre de camp en chef, & les autres mestres de camp sous lui, tiendront la main qu'il n'y ait aucun officier mal monté, & qui ne soit sur un cheval de bonne taille : les officiers auront le moins de bagage qu'il leur sera possible ; rien que des chevaux de bât, ou des mulets, & point de chariots, de charrettes, ni surtouts.
On fera les détachemens par chambrée, de maniere que le cavalier commandé ne porte que ce qui lui sera nécessaire, & laisse les autres hardes à ceux de sa chambrée qui demeureront au corps du régiment.
Les compagnies, sans avoir égard aux régimens dont elles sortent, prendront leur rang de l'ancienneté de leur capitaine ; à la réserve de celle de mestre de camp, & des lieutenans-colonels.
S'il y a des commissions du même jour, ou des rangs incertains, on entendra les raisons de chacun, qui se débiteront sans aigreur ni dispute, pour en rendre compte au roi, afin qu'il décide promtement. L'intention du roi est que ce régiment ne fasse jamais de difficulté en tout ce qui regardera le service, & que la discipline y soit observée fort régulierement. Il ne doit point monter de gardes.
Il faut deux étendarts par escadrons, avec une devise bien choisie, qui ait un soleil pour corps d'un côté, & de l'autre, des fleurs-de-lis parsemées, comme la plûpart des autres régimens du roi.
Pour se servir des carabiniers à pié quand l'occasion s'en présente, il faut qu'ils ayent des bottes de basse tige, mais de cuir fort, avec une petite genouilliere échancrée à la mousquetaire, & de petits dessus d'éperons.
Quand les mestres de camp de cavalerie à qui ce sera à fournir les recrues, n'auront pas envoyé de bons sujets, on les leur renvoyera à leurs frais & dépens, & ils seront obligés d'en donner d'autres, quand même il mésarriveroit desdits cavaliers ; les mestres de camp auront mille livres de pension ; les lieutenans-colonels auront huit cent livres, les majors six cent, & les aides-majors trois cent ; les autres officiers demeureront comme ils sont déjà. Les carabines rayées auront trente pouces de canon ; les épées auront trente-trois pouces de lame ; il sera permis aux officiers d'avoir de petites carabines, pourvû qu'elles soient bonnes. Les cravates noires seront, tant des officiers que des carabiniers, de floure, de longueur de deux aunes de Paris.
Les vestes des habits uniformes seront de drap rouge brodées d'argent avec des boutons & des boutonnieres d'argent, & un galon d'argent pareil à celui du juste-au-corps, sur l'amadis ; les officiers auront tous des plumets blancs. Le roi permet que le maréchal qu'il faut, soit pris hors de la compagnie. Histoire de la milice françoise.
Outre le corps de carabiniers dont on vient de parler, on appelle encore de ce même nom un certain nombre de gendarmes, chevau-legers, &c. auxquels dans le tems de guerre le roi fait donner des carabines. Voyez CARABINES. Ces carabiniers ne forment point de corps séparé : ils combattent avec leurs troupes, & ils se servent seulement de leurs carabines pour tirer sur l'ennemi lorsqu'il n'est pas à portée d'être joint. (Q)
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| CARABINS | S. m. pl. (Hist. mod.) espece de chevau-legers, dont le service en guerre étoit assez semblable à celui de nos houssards. Ils formoient des compagnies séparées, quelquefois des régimens ; les officiers généraux les employoient dans leur garde ; ils portoient une cuirasse échancrée à l'épaule pour tirer plus commodément, un gantelet à coude pour la main de la bride, un cabasset en tête, une longue épée avec la carabine à l'arçon.
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| CARACAS | CARACOS, LES CARAQUES, ou S. JEAN DE LÉON, ville riche & considérable de l'Amérique en terre-ferme, dans la province de même nom ; ses environs produisent beaucoup de cacao. Long. 312. 35. lat. 9. 40.
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| CARACATAY | (Géog.) grand pays au septentrion de l'Asie, habité par plusieurs nations différentes : on l'appelle aussi Khita. Il ne faut point le confondre avec le Catay, qui n'est autre chose que la Chine. Voyez CHINE & CHINOIS.
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| CARACHISA | ou CHURGO, (Géog.) ville d'Asie dans la Natolie, avec port & château, sur la côte de la Caramanie.
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| CARACOLE | S. f. (Manége & Art milit.) est un mouvement qui se fait dans la cavalerie par le flanc ou la hauteur de l'escadron ; chaque file fait une espece de quart de conversion en serpentant & en faisant des passades par la campagne à droite & à gauche pour ôter la mire à ceux que l'on insulte.
Ce mouvement differe de la conversion en ce que celle-ci se fait par rang, & que la caracole se fait par file. (Q)
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| CARACOLER | (Manége & Art milit.) c'est faire des caracoles dans un manége. On se sert du même terme quand plusieurs escadrons se détachent l'un après l'autre du corps de la cavalerie pour aller agacer l'ennemi à coups de pistolet. (V)
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| CARACOLY | (Hist. mod.) métal composé de parties égales d'or, d'argent, & de cuivre : il est très-estimé, & fort recherché des Caraïbes ou Sauvages des îles de l'Amérique. Ils nomment aussi caracolys les petites plaques faites du même métal, dont ils font leur principal ornement, en se les attachant au nez, aux levres, & aux oreilles. Ils tiroient autrefois cette composition des Sauvages de la riviere d'Orenoque : mais aujourd'hui les Orfévres du pays les contrefont en altérant un peu l'alliage, & leur vendent bien cher ces bagatelles.
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| CARACOMBO | (Géog.) île d'Afrique dans l'Océan éthiopien, sur la côte de la basse Guinée.
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| CARACORE | S. m. (Marine) c'est un bâtiment des Indes, dont les habitans de l'île de Borneo se servent beaucoup. Il va à la rame pendant le calme, ou lorsqu'il fait peu de vent. Les rameurs sont assis sur une galerie de roseaux qui regne autour. Le dernier est jusque dans l'eau, & ils ont chacun leur fleche & leur arc à leur côté. Ces sortes de bâtimens, bien loin d'avoir du relevement, baissent à l'avant & à l'arriere. Lorsqu'il y a du vent assez fort pour aller à la voile, ils en mettent de cuir. Ils portent 150 & jusqu'à 170 hommes. Ils n'ont de bordages ou de planches que quatre ou cinq de chaque côté de la quille. Ils sont aigus ; l'étrave & l'étambord demeurent tout découverts au-dessus du bordage de planches. Sur ces bordages, il y a de petits barots qui font saillie sur l'eau, selon la largeur qu'on veut donner au bâtiment, & l'on couvre ces barots de roseaux ; ce qui sert d'un pont qui s'étend jusqu'au bout de l'élancement que les barots font. Ces roseaux sont environ de la grosseur du bras.
C'est sur l'élancement de ce pont, qui fait de chaque côté comme une galerie, que sont les rameurs ; & il y a entre chaque rang de rameurs, une ouverture assez grande pour donner lieu au mouvement de la pagaie ou rame. On proportionne les rangs des rameurs à la grandeur du bâtiment. Chaque rang est ordinairement de 10 ou 12 hommes. Les pagaies sont composées de palettes plates, avec des manches courts ; elles sont toutes égales & fort legeres. Il y a quelquefois un rang de rameurs en-dedans du bordage. C'est en chantant & en battant la caisse, ou en jouant de quelque instrument de musique, qu'on commande aux rameurs ce qu'ils ont à faire. Le bâtiment flotte sur l'eau, & vogue par le moyen du pont de roseaux, dont la saillie se trouve sur la surface de l'eau ; & sans laquelle le caracore, étroit comme il est, ne manqueroit pas de se renverser ; l'avant ne s'éleve point au dessus du bordage de planches.
Quelquefois les saillies ou galeries de pont descendent depuis le haut du bâtiment en talus sur l'eau, & alors on ne peut ramer du dedans du vaisseau. (Z)
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| CARACOSA | (Géog.) petite ville d'Espagne dans la nouvelle Castille.
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| CARACTERE | (Ordre encyclopédique. Entendement. Raison. Philosophie ou Science. Science de l'homme. Logique. Art de communiquer la pensée. Grammaire. Science de l'instrument du discours. Signes. Caractere.) Ce mot pris dans un sens général ; signifie une marque ou une figure tracée sur du papier, sur du métal, sur de la pierre, ou sur toute autre matiére, avec la plume, le burin, le ciseau, ou autre instrument, afin de faire connoître ou de désigner quelque chose. Voy. MARQUE, NOTE, &c.
Ce mot vient du Grec , qui est formé du verbe , insculpere, graver, imprimer, &c.
A peine les hommes furent-ils en société, qu'ils sentirent le besoin qu'ils avoient d'inventer une langue pour se communiquer leurs pensées. Cette langue ne consista sans-doute d'abord qu'à désigner par certains sons & par certains signes les êtres sensibles & palpables, qu'ils pouvoient se montrer, & par conséquent elle étoit encore fort imparfaite, mais les hommes ne furent pas long-tems sans s'appercevoir que non-seulement il leur étoit nécessaire de représenter, pour ainsi dire, ces êtres à l'oreille par des sons, mais de les représenter aussi en quelque maniere aux yeux, en convenant de certaines marques qui les désignassent. Par-là le commerce de la société devoit s'étendre, puisqu'il devenoit également facile de désigner ces êtres présens ou absens, & que la communication des idées étoit rendue également possible entre les hommes absens, & entre les hommes présens. Il y a bien de l'apparence que les figures même de ces êtres, tracées grossierement sur quelques corps, furent les premiers caracteres par lesquels on désigna, & la premiere espece d'écriture, qui a dû naître à-peu-près dans le même tems que les langues. Voyez ECRITURE. Mais on dut bientôt sentir l'insuffisance de ces caracteres ; & peut-être cette insuffisance contribua-t-elle à faire mieux sentir l'imperfection des premieres langues. Voyez LANGUE. Les hommes qui avoient la facilité de se parler en désignant les êtres palpables par des sons, pouvoient suppléer par d'autres signes, comme par des gestes, à ce qui pouvoit manquer d'ailleurs à cette langue ; c'est ainsi qu'un muet fait entendre sa pensée en montrant les objets dont il parle, & suppléant par des gestes aux choses qu'il ne peut montrer : mais une telle conversation devenoit impossible entre des hommes éloignés, & qui ne pouvoient se voir. Les hommes comprirent donc bientôt qu'il falloit nécessairement 1°. inventer des sons pour désigner, soit les êtres non-palpables, soit les termes abstraits & généraux, soit les notions intellectuelles, soit enfin les termes qui servent à lier des idées ; & ces sons furent inventés peu-à-peu : 2°. trouver la maniere de peindre ces sons une fois inventés ; & c'est à quoi les hommes purent parvenir, en convenant de certaines marques arbitraires pour désigner ces sons. Peu-à-peu on s'apperçut que dans la multitude infinie en apparence des sons que forme la voix, il y en a un certain nombre de simples auxquels tous les autres peuvent se réduire, & dont ils ne sont que des combinaisons. On chercha donc à représenter ces sons simples par des caracteres, & les sons combinés par la combinaison des caracteres, & l'on forma l'alphabet. Voyez l'article ALPHABET.
On n'en resta pas là. Les différens besoins des hommes les ayant portés à inventer différentes sciences, ces sciences furent obligées de se former des mots particuliers, de se réduire à de certaines regles, & d'inventer quelquefois des caracteres, ou du moins de faire un usage particulier des caracteres déjà inventés, pour désigner d'une maniere plus courte certains objets particuliers. L'arithmétique ou science des nombres a dû être une de ses premieres sciences, parce que le calcul a dû être un des premiers besoins des hommes réunis en société : les autres sciences à son exemple se firent bientôt des caracteres plus ou moins nombreux, des formules d'abréviation, formant comme une espece de langue à l'usage de ceux qui étoient imités dans la science.
On peut donc réduire les différentes especes de caracteres à trois principales ; savoir les caracteres littéraux, les caracteres numéraux, & les caracteres d'abréviation.
On entend par caractere littéral, une lettre de l'alphabet, propre à indiquer quelque son articulé : c'est en ce sens qu'on dit que les Chinois ont 80000 caracteres. Voyez ALPHABET.
Les caracteres littéraux peuvent se diviser, eu égard à leur nature & à leur usage, en nominaux, & en emblématiques.
Les caracteres nominaux sont ce que l'on appelle proprement des lettres qui servent à écrire les noms des choses. Voyez LETTRE.
Les caracteres emblématiques ou symboliques expriment les choses mêmes, les personnifient en quelque sorte, & représentent leur forme : tels sont les hiéroglyphes des anciens Egyptiens. (O)
Suivant Hérodote, les Egyptiens avoient deux sortes de caracteres, les uns sacrés, les autres populaires : les sacrés étoient des hiéroglyphes ou symboles ; ils s'en servoient dans leur morale, leur politique, & sur-tout dans les choses qui avoient rapport à leur fanatisme & à leur superstition. Les monumens où l'on voit le plus d'hiéroglyphes, sont les obélisques. Diodore de Sicile, liv. III. pag. 144. dit que de ces deux sortes de caracteres, les populaires & les sacrés, ou hiéroglyphiques ; ceux-ci n'étoient entendus que des prêtres. Voyez HIEROGLYPHE, SYMBOLE, &c. (F)
Les hommes qui ne formoient d'abord qu'une société unique, & qui n'avoient par conséquent qu'une langue & qu'un alphabet, s'étant extrèmement multipliés, furent forcés de se distribuer, pour ainsi dire, en plusieurs grandes sociétés ou familles, qui séparés par des mers vastes ou par des continens arides, ou par des intérêts différens, n'avoient presque plus rien de commun entr'elles. Ces circonstances occasionnerent les différentes langues & les différens alphabets, qui se sont si fort multipliés.
Cette diversité de caracteres, dont se servent les différentes nations pour exprimer la même idée, est regardée comme un des plus grands obstacles qu'il y ait au progrès des Sciences : aussi quelques auteurs pensant à affranchir le genre humain de cette servitude, ont proposé des plans de caracteres qui puissent être universels ; & que chaque nation pût lire dans sa langue. On voit bien qu'en ce cas, ces sortes de caracteres devroient être réels & non nominaux, c'est-à-dire exprimer des choses, & non pas, comme les caracteres communs, exprimer des lettres ou des sons.
Ainsi chaque nation auroit retenu son propre langage, & cependant auroit été en état d'entendre celui d'une autre sans l'avoir appris, en voyant simplement un caractere réel ou universel, qui auroit la même signification pour tous les peuples, quels que puissent être les sens, dont chaque nation se serviroit pour l'exprimer dans son langage particulier : par exemple, en voyant le caractere destiné à signifier boire, un Anglois auroit lû to drink, un François boire, un Latin bibere, un Grec , un Allemand trincken, & ainsi des autres ; de même qu'en voyant un cheval, chaque nation en exprime l'idée à sa maniere, mais toutes entendent le même animal.
Il ne faut pas s'imaginer que ce caractere réel soit une chimere. Les Chinois & les Japonois ont déjà, dit-on, quelque chose de semblable : ils ont un caractere commun que chacun de ces peuples entend de la même maniere dans leurs différentes langues, quoiqu'ils prononcent avec des sons ou des mots tellement différens, qu'ils n'entendent pas la moindre syllabe les uns des autres quand ils parlent.
Les premiers essais, & même les plus considérables que l'on ait fait en Europe pour l'institution d'une langue universelle ou philosophique, sont ceux de l'Evêque Wilkins & de Dalgarme : cependant ils sont demeurés sans aucun effet.
M. Leibnitz a eu quelques idées sur le même sujet. Il pense que Wilkins & Dalgarme n'avoient pas rencontré la vraie méthode. M. Leibnitz convenoit que plusieurs nations pourroient s'entendre avec les caracteres de ces deux autres : mais selon lui, ils n'avoient pas attrapé les véritables caracteres réels que ce grand philosophe regardoit comme l'instrument le plus fin dont l'esprit humain pût se servir, & qui devoient, dit-il, extrèmement faciliter & le raisonnement, & la mémoire, & l'invention des choses.
Suivant l'opinion de M. Leibnitz, ces caracteres devoient ressembler à ceux dont on se sert en Algebre, qui sont effectivement fort simples, quoique très-expressifs, sans avoir rien de superflu ni d'équivoque, & dont au reste toutes les variétés sont raisonnées.
Le caractere réel de l'Evêque Wilkins fut bien reçu de quelques savans. M. Hook le recommande après en avoir pris une exacte connoissance, & en avoir fait lui-même l'expérience : il en parle comme du plus excellent plan que l'on puisse se former sur cette matiere ; & pour engager plus efficacement à cette étude, il a eu la complaisance de publier en cette langue quelques-unes de ses découvertes.
M. Leibnitz dit qu'il avoit en vûe un alphabet des pensées humaines, & même qu'il y travailloit, afin de parvenir à une langue philosophique : mais la mort de ce grand philosophe empêcha son projet de venir en maturité.
Mr. Lodwic nous a communiqué, dans les transactions philosophiques, un plan d'un alphabet ou caractere universel d'une autre espece. Il devoit contenir une énumération de tous les sons ou lettres simples, usités dans une langue quelconque, moyennant quoi, on auroit été en état de prononcer promtement & exactement toutes sortes de langues ; & de décrire, en les entendant simplement prononcer, la prononciation d'une langue quelconque, que l'on auroit articulée ; de maniere que les personnes accoutumées à cette langue, quoiqu'elles ne l'eussent jamais entendu prononcer par d'autres, auroient pourtant été en état sur le champ de la prononcer exactement : enfin ce caractere auroit servi comme d'étalon ou de modele pour perpétuer les sons d'une langue quelconque.
Dans le journal littéraire de l'année 1720, il y a aussi un projet d'un caractere universel. L'auteur, après avoir répondu aux objections que l'on peut faire contre la possibilité de ces plans ou de ces projets en général propose le sien. Il prend pour caracteres les chiffres Arabes ou les figures numériques communes : les combinaisons de ces neuf caracteres peuvent suffire à l'expression distincte d'une incroyable quantité de nombres, & par conséquent à celle d'un nombre de termes beaucoup plus grand que nous n'en avons besoin pour signifier nos actions, nos biens, nos maux, nos devoirs, nos passions, &c. par-là on sauve à la fois la double incommodité de former & d'apprendre de nouveaux caracteres, les figures Arabes ou les chiffres de l'Arithmétique ordinaire ayant déjà toute l'universalité que l'on demande.
Mais ici la difficulté est bien moins d'inventer les caracteres les plus simples, les plus aisés, & les plus commodes, que d'engager les différentes nations à en faire usage ; elles ne s'accordent, dit M. de Fontenelle, qu'à ne pas entendre leurs intérêts communs. (O)
Les caracteres littéraux peuvent encore se diviser, eu égard aux différentes nations chez lesquelles ils ont pris naissance, & où ils sont en usage, en caracteres Grecs, caracteres Hébraïques, caracteres Romains, &c.
Le caractere dont on se sert aujourd'hui communément par toute l'Europe, est le caractere Latin des anciens.
Le caractere Latin se forma du Grec, & celui-ci du Phénicien, que Cadmus apporta en Grece.
Le caractere Phénicien, étoit le même que celui de l'ancien Hébreu, qui subsista jusqu'au tems de la captivité de Babylone ; après quoi l'on fit usage de celui des Assyriens, qui est l'Hébreu dont on se sert à présent ; l'ancien ne se trouvant que sur quelques médailles Hébraïques, appellées communément Médailles Samaritaines. Voyez SAMARITAIN.
Postel & d'autres prouvent qu'outre le Phénicien, le caractere Chaldéen, le Syriaque, & l'Arabe, étoient pareillement dérivés de l'ancien Hébreu. Voyez HEBREU, &c.
Les François furent les premiers qui admirent les caracteres Latins, avec l'Office Latin de S. Grégoire. L'usage des caracteres Gothiques, inventés par Ulfilas, fut aboli dans un synode provincial, qui se tint en 1091, à Leon, ville d'Espagne, & l'on établit en leur place les caracteres Latins. Voyez GOTHIQUE.
Les Médaillistes observent que le caractere Grec, qui ne consiste qu'en lettres majuscules, a conservé son uniformité sur toutes les médailles jusqu'au tems de Galien ; on n'y trouve aucune altération dans le tour ou la figure du caractere ; quoiqu'il y ait plusieurs changemens considérables, tant dans l'usage que dans la prononciation. Depuis le tems de Galien, il paroit un peu plus foible & plus rond. Dans l'espace de tems qui s'écoula entre le regne de Constantin & celui de Michel, qui fut environ de 500 ans, on ne trouve que des caracteres Latins. Après Michel, les caracteres Grecs recommencerent à être en usage ; mais depuis ce tems, ils reçurent des altérations, ainsi que le langage, qui ne fut alors qu'un mélange de Grec & de Latin. Voyez GREC.
Les médailles latines conserverent leurs caracteres & leur langue jusqu'à la translation du siége de l'empire à Constantinople. Vers le tems de Decius, le caractere commença à s'altérer & à perdre de sa rondeur & de sa beauté : on la lui rendit quelque tems après, & il subsista d'une maniere passable jusqu'au tems de Justin ; il tomba ensuite dans la derniere barbarie, dont nous venons de parler, sous le regne de Michel ; ensuite il alla toûjours de pis en pis, jusqu'à ce qu'enfin il dégénérât en Gothique. Ainsi plus le caractere est rond & mieux il est formé, plus l'on peut assûrer qu'il est ancien. Voyez MEDAILLE.
Nous nous servons de deux sortes de caracteres pour l'impression des livres ; 1°. le romain, 2°. l'italique. Nous avons aussi deux sortes d'écritures à la main ; 1°. la batarde, qui est le plus en usage, & que les maîtres appellent aussi italienne ; 2°. la ronde ou financiere nommée aussi françoise. Voyez plus bas CARACTERES d'écriture, & fonderie en CARACTERES.
Les caracteres numéraux sont ceux dont on se sert pour exprimer les nombres ; ce sont des lettres ou des figures, que l'on appelle autrement chiffres. Les especes de caracteres, qui sont principalement en usage aujourd'hui, sont le commun & le romain : on peut y joindre le grec & un autre nommé le caractere françois, ainsi que les lettres des autres alphabets, dont on s'est servi pour exprimer les nombres.
Le caractere commun est celui que l'on appelle ordinairement le caractere arabe, parce que l'on suppose qu'il a été inventé par les astronomes arabes, quoique les Arabes eux-mêmes l'appellent le caractere indien, comme s'ils l'avoient emprunté des peuples de l'Inde.
Il y a dix caracteres arabes, savoir 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 0, dont le dernier s'appelle en latin cyphra ; en France, on donne en général le nom de chiffre à tout caractere qui sert à exprimer les nombres. Voyez CHIFFRE.
On se sert du caractere arabe presque dans toute l'Europe, & presque dans toutes les circonstances où il peut avoir lieu, en fait de commerce, de mesure, de calculs astronomiques, &c.
Le caractere romain est composé de lettres majuscules de l'alphabet romain, d'où probablement lui est venu son nom ; ou peut-être de ce que les anciens romains en faisoient usage sur leurs monnoies, & dans les inscriptions de leurs monumens publics, érigés en l'honneur de leurs divinités & de leurs hommes illustres ; de même que sur leurs tombeaux, &c.
Les lettres numérales qui composent le caractere romain, sont au nombre de sept : savoir, I, V, X, L, C, D, M.
Le caractere I signifie un ; V, cinq ; X, dix ; L, cinquante ; C, un cent ; D, cinq cent ; & M, un mille.
Le I, répété deux fois, fait deux, II ; trois fois, trois, III ; quatre s'exprime ainsi IV. I, mis devant V ou X, retranche une unité de nombre exprimé par chacune de ces lettres.
Pour exprimer six, on ajoûte I à V, VI ; pour sept, on y en ajoûte deux, VII ; & pour huit, trois, VIII : on exprime neuf, en mettant I devant X, IX, conformément à la remarque précédente.
On peut faire la même remarque par rapport à X devant L ou C, ce X indique alors qu'il faut retrancher dix unités du nombre suivant ; ainsi X L signifie quarante, & XC, quatre-vingt-dix ; une L suivie d'un X, signifie soixante LX, &c. On a designé quelquefois quatre cent par CD, mais cela est rare.
Outre la lettre D, qui exprime cinq cent, on peut encore exprimer ce nombre par un I devant un C renversé de cette maniere I ; de même au lieu de M, qui signifie un mille, on se sert quelquefois de I entre deux C, l'un droit & l'autre renversé : en cette sorte CI ; suivant cette convention, on peut exprimer six cent par I C, & sept cent par ICC ; &c.
L'addition de C & C devant & après, augmente CI en raison décuple ; ainsi CCI signifie 10000 ; CCCI , 100000, &c.
Ceci est la maniere commune de marquer les nombres, anciennement usitée par les Romains, qui exprimoient aussi tout nombre de mille par une ligne, tirée sur un nombre quelconque moindre que mille. Par exemple, signifie 5000 ; , 60000 ; pareillement est 1000000 ; est 2000000, &c.
Outre cela, 1°. certaines libertés ou variations ont été admises, au moins dans quelques écrivains modernes par exemple IIX signifie 8, IICIX : 89 2°. certains caracteres ont été en usage, qui semblent avoir du rapport aux lettres ; par exemple M, par lequel on exprime mille, 1000, a été formé de CX ou CI, dont la moitié c'est-à-dire I étoit prise pour 500 ; de même, afin d'avoir peut-être plus de commodité pour écrire, I semble avoir été changé en D. Nous ignorons au reste comment les Romains faisoient leurs calculs par le moyen de ces nombres. Ils avoient sans-doute une arithmétique comme nous, & peut-être ne seroit-il pas impossible de la retrouver : mais ce seroit une recherche de pure curiosité. Le caractere arabe qui a prévalu par-tout nous en exempte.
Chiffres grecs. Les Grecs avoient trois manieres d'exprimer les nombres. 1°. La plus simple étoit pour chaque lettre en particulier, suivant sa place dans l'alphabet, afin d'exprimer un nombre depuis 1 jusqu'à 24 ; c'est de cette maniere que sont distingués les livres de l'Iliade d'Homere. 2°. Il y avoit une autre maniere, qui se faisoit par une division de l'alphabet en huit unités : 1. 2, &c. 8. dixaines : 10, 20, &c. 8 centaines 100, 200, &c. N. B. ils exprimoient mille par un point ou un accent sous une lettre : par exemple 1000, 2000, &c. 3°. Les Grecs avoient une troisieme maniere qui se faisoit par six lettres capitales, en cette maniere, 1 ( pour ) 1, () 5, () 10, H () 100, X () 1000, M () 10000. Et quand la lettre en renfermoit quelques-unes, excepté 1, cela montroit que la lettre renfermée étoit le quintuple de sa propre valeur, comme
50, 500, 5000, 50000.
Chiffres hébraïques. L'alphabet hébreu étoit divisé en neuf unités, 1, 2, &c. en neuf dixaines, '10, 20, &c. en neuf centaines, 100, 200, &c. 500, 600, 700, 800, 900. Les mille s'exprimoient quelquefois par les unités, que l'on mettoit avant les cent, , 1534, & de même devant les dixaines, , 1070. Mais en général on exprimoit mille par le mot , & 2000 par précédé des autres lettres numérales, servoit à déterminer le nombre de mille : par exemple, , 3000, &c.
Le caractere françois, ainsi appellé, à cause que les François l'ont inventé, & en font principalement usage, est plus ordinairement nommé chiffre de compte ou de finance.
Ce n'est proprement qu'un chiffre romain en lettres non majuscules ; ainsi au lieu d'exprimer 56 par LVI, en chiffre romain on l'exprime en plus petits caracteres par lvj. & ainsi des autres, &c.
On en fait principalement usage dans les chambres des comptes ; dans les comptes que rendent les thrésoriers, les receveurs, &c. & autres personnes employées dans l'administration des revenus.
Caractère d'abréviation. On se sert aussi du mot caractere en plusieurs arts pour exprimer un symbole destiné à communiquer d'une maniere plus concise & plus immédiate, la connoissance des choses. Voyez ABREVIATION.
Paul Diacre attribue l'invention de ces caracteres à Ennius, qui en a inventé, dit-il, les premiers onze cent. Tyron, affranchi de Ciceron, Philargyrus, Faunius & Aquila, affranchis de Mecene, y en ajoûterent un bien plus grand nombre.
Enfin Seneque en fit une collection qu'il mit en ordre, & il augmenta leur nombre jusqu'à cinq mille. On peut lire les notes de Tyron à la fin des inscriptions de Gruter.
Valerius Probus, grammairien du tems de Néron, travailla avec succès à expliquer les notes des anciens. Paul Diacre écrivit un ample traité touchant l'explication des caractères de droit, sous le regne de l'empereur Conrad I., & Goltzius en fit un autre pour l'explication des médailles.
On fait un usage particulier de plusieurs caractères différens dans les Mathématiques, & particulierement en Algebre, en Géométrie, en Trigonométrie, & en Astronomie, de même qu'en Medecine, en Chimie, en Musique, &c.
Caracteres usités en Arithmétique & en Algebre. Les premieres lettres de l'alphabet a, b, c, d, &c. sont les signes ou les caractères qui expriment des quantités données ; & les dernieres lettres z, y, x &c. sont les caracteres des quantités cherchées. Voyez QUANTITE : voyez aussi l'article ARITHMETIQUE UNIVERSELLE, où nous avons expliqué pourquoi l'Algebre se sert de lettres pour désigner les quantités, soit connues, soit inconnues.
Observez que les quantités égales se marquent par le même caractere. Les lettres m, n, r, s, t, &c. sont les caracteres des exposans indéterminés des rapports & des puissances ; ainsi xm, yn, zr &c. désignent les puissances indéterminées de différente espece ; m x, n y, r z, les différens multiples ou sous-multiples des quantités x, y, z, selon que m, n, r, représentent des nombres entiers ou rompus.
+ Est le signe de ce qui existe réellement, & on l'appelle signe affirmatif ou positif ; il fait comprendre que les quantités qui en sont précédées, ont une existence réelle & positive. Voyez POSITIF.
C'est aussi le signe de l'addition ; & en lisant, on prononce plus ; ainsi 9 + 3 se prononce neuf plus trois ; c'est-à-dire 9 ajoûté à 3, ou la somme de 9 & 3 égale 12. Voyez ADDITION.
Quand le signe - précede une quantité simple, il exprime une négation ou bien une existence négative ; il fait voir, pour ainsi dire, que la quantité qui en est précédée, est moindre que rien. Car on peut dire, par exemple, d'un homme qui a 20000 livres de dettes, & qui n'a rien d'ailleurs, que sa fortune est au-dessous de rien de la valeur de 20000 livres, puisque si on lui donnoit 20000 livres, il seroit obligé de payer ses dettes, & il ne lui resteroit rien ; ce qu'on peut exprimer ainsi, la fortune de cet homme est - 20000 livres. Au reste nous donnerons plus au long & plus exactement l'idée des quantités négatives à l'article NEGATIF.
Si on met ce signe entre des quantités, c'est le signe de la soustraction, & en le lisant, on prononce moins ; ainsi 14 - 2 se lit 14 moins 2, ou diminué de 2 ; c'est-à-dire le reste de 14, après que l'on en a soustrait 2, ce qui fait 12. Voyez SOUSTRACTION.
= est le signe de l'égalité ; ainsi 9 + 3 = 14 - 2, signifie que 9 plus 3 sont égaux à 14 moins 2.
Harriot est le premier qui a introduit ce caractere. En sa place Descartes se sert de x : avant Harriot il n'y avoit aucun signe d'égalité. Wolf & quelques autres auteurs se servent du même caractere = pour exprimer l'identité des rapports, ou pour marquer les termes qui sont en proportion géométrique, ce que plusieurs auteurs indiquent autrement. Le signe x est la marque de la multiplication ; il fait voir que les quantités qui sont de l'un & de l'autre côté de ce signe, doivent être multipliés les unes par les autres : ainsi 4 x 6 se lit 4 multiplié par 6, ou bien le produit de 4 & 6 = 24, ou le rectangle de 4 & de 6. Cependant dans l'Algebre on omet assez souvent ce signe, & l'on met simplement les deux quantités ensemble : ainsi b d exprime le produit des deux nombres marqués par b & d, lesquels étant supposés valoir 2 & 4, leur produit est 8 signifié par b d.
Wolf & d'autres auteurs prennent pour signe de multiplication un point (.) placé entre deux multiplicateurs ; ainsi 6. 2 signifie le produit de 6 & 2, c'est-à-dire 12. Voyez MULTIPLICATION.
Quand un des facteurs ou tous les deux sont composés de plusieurs lettres, on les distingue par une ligne que l'on tire dessus ; ainsi le produit de a + b - c par d s'écrit d x .
Guido Grandi, & après lui Leibnitz, Wolf, & d'autres, pour éviter l'embarras des lignes, au lieu de ce moyen, distinguent les multiplicateurs composés en les renfermant dans une parenthese de la maniere suivante (a + b - c) d.
Le signe ÷ exprimoit autrefois la division ; ainsi a ÷ b désignoit que la quantité a est divisée par la quantité b. Mais aujourd'hui en Algebre on exprime le quotient sous la forme d'une fraction ; ainsi a/b signifie le quotient de a divisé par b.
Wolf & d'autres prennent pour indiquer la division, le signe (:) ; ainsi 8 : 4 signifie le quotient de 8 divisé par 4, = 2.
Si le diviseur ou le dividende, ou bien tous les deux sont composés de plusieurs lettres ; par exemple, a + b divisé par c, au lieu d'écrire le quotient sous la forme d'une fraction de cette maniere (a + b)/c, Wolf renferme dans une parenthese les quantités composées, comme (a + b) : c. Voyez DIVISION.
> est le signe de majorité ou de l'excès d'un quantité sur une autre. Quelques-uns se servent du caractere ou de celui-ci .
< est le signe de minorité ; Harriot introduisit le premier ces deux caracteres, dont tous les auteurs modernes ont fait usage depuis.
D'autres auteurs employent d'autres signes ; quelques-uns se servent de celui-ci ; mais aujourd'hui on n'en fait aucun usage.
est le signe de similitude, recommandé dans les miscellanea berolinensia, & dont Leibnitz, Wolf, & d'autres, ont fait usage, quoiqu'en général les auteurs ne s'en servent point. Voyez SIMILITUDE.
D'autres auteurs employent ce même caractere, pour marquer la différence entre deux quantités, lorsque l'on ignore laquelle est la plus grande. Voyez DIFFERENCE.
Le signe est le caractere de radicalité ; il fait voir que la racine de la quantité qui en est précédée, est extraite ou doit être extraite : ainsi ou signifie la racine quarrée de 25, c'est-à-dire 5 : & indique la racine cubique de 25. Voyez RACINE, RADICAL.
Ce caractere renferme quelquefois plusieurs quantités ; ce que l'on distingue en tirant une ligne dessus ; ainsi b + d signifie la racine quarrée de la somme des quantités b & d.
Wolf, au lieu de ce signe, renferme dans une parenthese les racines composées de plusieurs quantités, en y mettant l'exposant : ainsi (a + b - c)2 signifie le quarré de a + b - c, qui s'écrit ordinairement 2.
Le signe : est le caractere de la proportion arithmétique ; ainsi 7. 3 : 13. 9 fait voir que trois est surpassé par 7 autant que 9 l'est par 13, c'est-à-dire de 4. Voyez PROGRESSION.
Le signe :: est le caractere de la proportion géométrique ; ainsi 8. 4 : : 30. 15. ou 8 : 4 : : 30 : 15. montre que le rapport de 30 à 15 est le même que celui de 8 à 4, ou que les quatre termes sont en proportion géométrique, c'est-à-dire que 8 est à 4 comme 30 est à 15. Voyez PROPORTION.
Au lieu de ce caractere, Wolf se sert du signe d'égalité = qu'il préfere au premier, comme plus scientifique & plus expressif. D'autres désignent ainsi la proportion géométrique, a | b || c | d. Tout cela est indifférent.
Le signe est le caractere de la proportion géométrique continue ; il montre que le rapport est toûjours le même sans interruption : ainsi 2. 4. 8. 16. 32. sont dans la même proportion continue ; car 2 est à 4 comme 4 est à 8, comme 8 est à 16, &c. Voyez PROPORTION & PROGRESSION.
Caracteres en Géométrie & en Trigonométrie.
|| est le caractere du parallélisme, qui montre que deux lignes ou deux plans doivent être à égale distance l'un de l'autre. Voyez PARALLELE.
est le caractere d'un triangle. Voyez TRIANGLE.
est le signe d'un quarré ; marque l'égalité des côtés d'une figure.
signifie un rectangle ; < est le signe d'un angle.
caractérise un cercle ; marque un angle droit.
exprime l'égalité des angles. est le signe d'une perpendiculaire.
° exprime un degré ; ainsi 75° signifie soixante & quinze degrés.
'est le signe d'une minute ou d'une prime, ainsi 50' dénote cinquante minutes. ", ''', "", &c. sont les caracteres des secondes, des tierces, des quartes, &c. de degrés ; ainsi 5", 6''', 18"", 20"''', signifie 5 secondes, 6 tierces, 18 quartes, 20 quintes. Les quartes & les quintes s'expriment aussi par IV. & par V.
Au reste, plusieurs des caracteres de Géométrie, dont nous avons parlé dans cet article, sont peu usités aujourd'hui ; mais nous avons crû pouvoir en faire mention. (E)
Caracteres dont on fait usage dans l'Arithmétique des infinis.
Le caractere d'un infinitésimal ou d'une fluxion, se marque ainsi , &c. c'est-à-dire que ces quantités ainsi affectées expriment les fluxions ou les différentielles des grandeurs variables v & y : deux, trois, ou un plus grand nombre de points désignent les secondes, les troisiemes fluxions, ou des fluxions d'un plus haut degré. Voyez FLUXION.
On doit à l'illustre Newton, l'inventeur des fluxions, la méthode de les caractériser ; les Anglois l'ont suivie : mais les autres mathématiciens suivent M. Leibnitz ; & au lieu d'un point, ils mettent la lettre d au-devant de la quantité variable, afin d'éviter la confusion qui vient de la multiplicité des points, dans le calcul des différentielles, Voyez DIFFERENTIEL.
Ainsi d est le caractere de la différentielle d'une quantité variable ; d x est la différentielle de v ; d y la différentielle de y.
Cette différente maniere de caractériser les fluxions & les quantités différentielles, tient peut-être jusqu'à un certain point à la différente maniere dont MM. Newton & Leibnitz les envisageoient ; en effet l'idée qu'ils s'en formoient n'étoit pas la même, comme on le verra aux articles cités.
exprime l'infini.
Caracteres usités en Astronomie.
Caracteres des Aspects, &c.
Caracteres de Tems.
A. M. (avant midi ou ante meridiem.)
P. M. (post meridiem), ou après midi.
M. matin.
S. soir. (O)
Caracteres de Chimie.
Les caracteres chimiques sont une espece d'écriture hiéroglyphique & mystérieuse ; c'est proprement la langue sacrée de la Chimie : mais depuis qu'on en a dressé des tables avec des explications qui sont entre les mains de tous les gens de l'art, ils ne peuvent plus rien ajoûter à l'obscurité des ouvrages des philosophes. Voyez Planche de Chimie.
On s'est servi des mêmes caracteres lorsque la Chimie a commencé à fournir des remedes à la Medecine, pour cacher ces remedes au malade, aux assistans, & aux barbiers. Les malades se sont enfin accoûtumés aux remedes chimiques, & les Medecins à partager l'exercice de leur art avec tous leurs ministres : & les caracteres chimiques sont devenus encore inutiles pour ce dernier usage : on ne s'en sert plus aujourd'hui que comme d'une écriture abrégée.
Les caracteres chimiques les plus anciens sont ceux qui désignent les substances métalliques connues des anciens, leurs sept métaux ; ces caracteres désignoient encore leurs sept planetes qui portent aussi les mêmes noms que ces métaux. Que de doctes conjectures ne peut-on pas former sur cette conformité de nom, de signe, de nombre sur-tout ? Aussi l'on n'y a pas manqué : mais la plus profonde discussion ne nous a rien appris, sinon que ces signes & ces noms leur sont communs depuis une antiquité si reculée, qu'il est à-peu-près impossible de décider si les Astrologues les ont empruntés des Chimistes, ou si ce sont ceux-ci au contraire qui les ont empruntés des premiers.
Il est au moins certain que ces caracteres sont vraiment symboliques ou emblématiques chez les Chimistes ; qu'ils expriment par des significations déjà convenues des propriétés essentielles des corps désignés, & même leurs rapports génériques & spécifiques.
Ces sept signes n'ont que deux élémens ou racines primitives ; le cercle, & la croix ou la pointe : le cercle désigne la perfection ; la croix ou la pointe, tout acre, acide, corrosif, arsénical, volatil, &c.
L'or ou le soleil est donc désigné par le cercle, par le caractere de la perfection ; l'argent ou la lune, par le demi-cercle ou la demi-perfection ; les métaux imparfaits par l'un ou l'autre de ces signes, & par le caractere d'imperfection ; imperfection qui dépend d'un soufre immûr, immaturum, volatil, corrosif, &c. selon le langage de l'ancienne chimie.
Ces métaux sont solaires ou lunaires, cette division est ancienne & très-réelle. Voyez MENSTRUE.
Le fer ou mars, & le cuivre ou Venus, sont solaires ou colorés ; le plomb ou Saturne, & l'étain ou Jupiter, sont lunaires ou blancs ; aussi les deux premiers sont-ils désignés par le cercle, & la croix ou la pointe ; & les deux derniers, par le demi-cercle & la croix. Le mercure prétendu très-solaire intérieurement, quoique lunaire ou blanc extérieurement, est désigné par le cercle surmonté du demi-cercle, & par le caractere d'imperfection. Voyez la Planche. L'antimoine, demi-métal prétendu solaire, est désigné par le cercle, & par le caractere d'imperfection ou la croix.
Les caracteres chimiques plus modernes n'ont pas été imaginés sur les modeles de ceux-là ; on n'y a pas employé tant d'art ou tant de finesse : quelques-uns ne sont autre chose que les lettres initiales des noms des substances, des opérations, des instrumens, &c. qu'ils désignent comme celui du bismuth, de l'effervescence, du bain-marie, &c. d'autres peignent la chose exprimée comme ceux qu'on employe ordinairement pour cornue, bain de sable, &c. d'autres enfin sont purement arbitraires & de convention : tels sont ceux dont on se sert pour le cinnabre, les cendres, le lait, &c. Cet article est de M. VENEL.
Caracteres usités en Pharmacie & en Medecine.
.... recipe, prenez.
. ana, de chacun également.
. une once.
. une dragme.
. un scrupule.
Gr. un grain.
. la moitié de quelque chose.
Cong. congius, ou quatre pintes.
Coch. cochleare, une cuillerée.
M. manipulus, une poignée.
P. la moitié d'une poignée.
P. E. parties égales.
S. A. conformément à l'art.
Q. S. une quantité suffisante.
Q. Pl. quantum placet, autant qu'il vous plaît.
P. P. pulvis patrum, le quinquina.
Caracteres usités parmi les anciens avocats, & dans les anciennes inscriptions.
§. paragraphe.
ff. Digeste.
E. extra.
S. P. Q. R. senatus populusque Romanus.
S. cto. senatus consulto.
P. P. pater patriae.
C. code.
C. C. consules.
T. Titulus, &c.
Caracteres que l'on met sur les tombes.
S. V. siste viator, arrête-toi voyageur.
M. S. memoriæ sacrum, consacré à la mémoire.
D. M. diis manibus.
I. H. S. Jesus.
X. P. caractere trouvé sur d'anciens monumens, sur la signification duquel les auteurs ne s'accordent pas.
Caracteres en Grammaire, Rhétorique, Poésie, &c.
, caractere d'un comma ou d'une virgule.
; sémicolon, un point & une virgule.
: colon, deux points.
. point.
! exclamation.
? interrogation.
() parenthese.
' apostrophe.
accent aigu.
` accent grave.
^ accent circonflexe.
breve.
" guillemet.
+ renvoi.
§ sections ou paragraphe.
M. D. docteur en Medecine.
A. M. artium magister, maître ès arts.
F. R. S. fellow of the royal society, membre de la société royale.
Caracteres, en Commerce.
D°. dicto, le même.
N°. numero, ou nombre.
F°. folio ou page.
R°. recto. folio.
V°. verso.
L. ou . livres d'argent.
. livres pesant.
s. sous.
d. deniers.
Rx. rixdales.
Dd. ducat.
P. S. postscript. &c.
Caractere, en Musique, sont les signes dont on se sert pour la noter. Voyez NOTE.
Caractere, en Ecriture & en Impression : outre les acceptions qui précedent, où il se prend pour lettre, il désigne aussi la grandeur relative d'un caractere ou d'une lettre à une autre ; ainsi on dit un gros caractere, un petit caractere ; caractere en Ecriture est alors synonyme à oeil en Impression, ou en Fonderie en caractere. Voyez OEIL, voyez FONDERIE EN CARACTERES à l'article suivant. On distingue en Ecriture quatre sortes de caracteres pris dans ce dernier sens : le gros titulaire, le moyen ou le caractere de finance, la coulée commune, & la minute.
Les caracteres en Ecriture & en Impression, se distinguent encore relativement à une certaine forme particuliere ; & l'on a en Ecriture le bâtard ou italien, & le rond ou financier ; & en Impression le romain & l'italique. Voyez l'article suivant, & les articles IMPRIMERIE & ECRITURE.
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| CARACTERES | CARACTERES
On conçoit qu'il faut que le caractere qui doit laisser son empreinte sur le papier, soit tourné dans le sens opposé à l'empreinte. Exemple, pour que le caractere B donne l'empreinte B, il faut que ce caractere soit disposé comme le voici ; car si l'on suppose un papier appliqué sur ce , de maniere qu'il en reçoive l'empreinte, il est évident que quand on retournera le papier pour appercevoir l'empreinte laissée, les parties de ce qui étoient à gauche, se trouvant à droite, & celles qui étoient à droite, se trouvant à gauche, on ne verra plus la figure , mais la figure B. C'est précisément comme si le papier étant transparent, on regardoit le caractere par derriere. C'est-là ce qui rend la lecture d'une forme difficile à ceux qui n'en ont pas l'habitude. Voyez IMPRIMERIE, FORME.
On conçoit encore que si l'on avoit autant de ces petits caracteres en relief, qu'il en peut entrer dans l'Ecriture, & qu'on possédât l'art de les arranger comme ils le doivent être pour rendre l'écriture ; de les enduire de quelque matiere colorante, & d'appliquer dessus fortement du papier, de maniere que ce papier ne se chargeât que des figures des caracteres disposés, on aurait l'art le plus utile qu'on pût desirer, celui de multiplier à peu de frais & à l'infini les exemplaires des bons livres pour lesquels cet art devroit être réservé ; car il semble que l'Imprimerie mettant les productions de l'esprit humain entre les mains de tout le monde, il ne faudroit imprimer de livres que ceux dont la lecture ne peut nuire à personne.
Cet art suppose celui de faire les caracteres, & celui de les employer : l'art de faire les caracteres se distribue en deux autres, celui de préparer les poinçons nécessaires pour la fonte des caracteres, & l'art de fondre ces caracteres à l'aide des poinçons.
On peut donc distribuer l'art d'imprimer en trois parties : l'art de graver les poinçons, premiere partie ; l'art de fondre les caracteres, seconde partie ; l'art d'en faire usage, auquel nous avons restraint le nom d'Imprimerie, troisieme partie.
Nous allons exposer ici l'art de graver les poinçons, & celui de fondre les caracteres. Quant à celui d'employer les caracteres, on le trouvera à l'article IMPRIMERIE, avec l'historique détaillé de l'art entier.
De la gravure des poinçons. On peut regarder les Graveurs des poinçons comme les premiers auteurs de tous les caracteres mobiles, avec lesquels on a imprimé depuis l'origine de l'Imprimerie : ce sont eux qui les ont inventés, corrigés & perfectionnés par une suite de progrès longs & pénibles, & qui les ont portés dans l'état où nous les voyons.
Avant cette découverte, on gravoit le discours sur une planche de bois, dont une seule piece faisoit une page, ou une feuille entiere : mais la difficulté de corriger les fautes qui se glissoient dans les planches gravées, jointe à l'embarras de ces planches qui se multiplioient à l'infini, inspira le dessein de rendre les caracteres mobiles, & d'avoir autant de pieces séparées, qu'il y avoit de figures distinctes dans l'écriture.
Cette découverte fut faite en Allemagne vers l'an 1440 ; l'utilité générale qu'on lui trouva, en rendit les succès très-rapides. Plusieurs personnes s'occuperent en même tems de sa perfection ; les uns s'unissant d'intérêt avec l'inventeur ; d'autres volant, à ce qu'on prétend, une partie du secret pour faire société à part, & enrichir l'art naissant de leurs propres expériences ; de maniere qu'on ne sait pas au juste qui est le véritable auteur de l'art admirable de la Gravure des poinçons & de la Fonderie des caracteres, plusieurs personnes y ayant coopéré presqu'en même tems ; cependant on en attribue plus communément l'honneur à Jean Guttemberg, gentilhomme allemand. Voyez l'article IMPRIMERIE.
Les Graveurs de caracteres sont peu connus dans la république des Lettres. Par une injustice dont on a des exemples plus importans, on a attribué aux Imprimeurs qui ont fait les plus belles éditions, une réputation & des éloges que devoient au moins partager avec eux les ouvriers habiles qui avoient gravé les poinçons sur lesquels les caracteres avoient été fondus ; sans les difficultés de l'art typographique qui sont grandes, ce seroit comme si l'on eût donné à un Imprimeur en taille-douce la gloire d'une belle estampe, dont il auroit acheté la planche, & vendu au public des épreuves imprimées avec soin.
On a beaucoup parlé des Plantins, des Elzevirs, des Etiennes, & autres Imprimeurs, que la beauté & la netteté de leurs caracteres ont rendus célebres, sans observer qu'ils n'en étoient pas les auteurs, & qu'ils n'auroient proprement que montré l'ouvrage d'autrui, s'ils n'avoient travaillé à le faire valoir par les soins d'une impression propre & soignée.
Nous ne prétendons point ici déprimer l'art appellé proprement Typographique ; il a ses regles, qui ne sont pas toutes faciles à bien observer, & sa difficulté qu'on ne parvient à vaincre que par une longue habitude du travail. Ce travail se distribue en plusieurs branches qui demandent chacune un talent particulier. Mais n'est-ce pas assez pour l'Imprimeur de la loüange qui lui revient du méchanisme de la composition, de la propreté de l'impression, de la pureté de la correction, &c. sans lui transporter encore celle qui appartient à des hommes qu'on a laissés dans l'oubli, quoiqu'on leur eût l'obligation de ce que l'Imprimerie a de plus beau ? Car une chose qui doit étonner, c'est que les Ecrivains qui ont fait en différens tems l'histoire de l'Imprimerie, qui en ont suivi les progrès, & qui se sont montrés les plus instruits sur cet objet, se sont fort étendus sur le mérite des Imprimeurs, sans presque dire un mot des Graveurs en caracteres ; quoique l'Imprimeur ou plûtôt le Typographe, ne soit au Graveur que comme un habile chanteur est à un bon compositeur de musique.
C'est pour rendre à ces artistes la gloire qui leur est dûe, que M. Fournier le jeune, lui-même habile fondeur & graveur en caracteres à Paris, en a fait mention dans un livre de modeles de caracteres d'Imprimerie, qu'il a publié en 1742. Il a mis au nombre de ceux qui se sont distingués dans l'art de graver les caracteres, Simon de Collines, né dans le village de Gentilly près Paris ; il gravoit en 1480 des caracteres romains, tels que ceux que nous avons aujourd'hui. Alde Manuce faisoit la même chose & dans le même tems à Venise. Claude Garamond, natif de Paris, parut en 1510, & porta ce travail au plus haut point de perfection qu'il ait jamais acquis, soit par la figure des caracteres, soit par la justesse & la précision avec lesquelles il les exécuta.
Vers le commencement de ce siecle on a perfectionné quelques lettres, mais on n'a rien ajoûté à l'exactitude & à l'uniformité que Garamond avoit introduites dans son art. Ce fut lui qui exécuta, par ordre de François 1er. les caracteres qui ont tant fait d'honneur à Robert Etienne. Robert Granjean aussi de Paris, fils de Jean Granjean, imprimeur & libraire, grava de très-beaux caracteres grecs & latins ; il excella dans les caracteres italiques. Il passa à Lyon en 1570 ; il y travailla huit ans, au bout desquels il alla à Rome où le pape Grégoire XIII. l'avoit appellé.
Les caracteres de ce graveur ont été plus estimés que ceux d'aucun de ses contemporains : ils étoient dans le même goût, mais plus finis. Les frappes ou matrices s'en sont fort répandues en Europe, & elles servent encore en beaucoup d'endroits.
Le goût de ces italiques a commencé à passer vers le commencement du dix-huitieme siecle : cette espece de révolution typographique fut amenée par les sieurs Granjean & Alexandre, graveurs du roi, dont les caracteres servent à l'Imprimerie royale. En 1742, M. Fournier le jeune que nous avons déjà cité avec éloge, les approcha davantage de notre maniere d'écrire, par la figure, les pleins & les déliés qu'il leur donna. Voyez l'article ITALIQUE.
Guillaume le Bé, né à Troyes en Champagne vers l'an 1525, grava plusieurs caracteres, & s'appliqua principalement aux hébreux & rabbiniques ; il travailla d'abord à Paris ; de là il alla à Venise, à Rome, &c. Il revint à Paris où il mourut. Robert Etienne a beaucoup employé de ses caracteres dans ses éditions hébraïques.
Jacques de Sanlecque, né à Cauleu, dans le Boulonnois en Picardie, commença dès son extrème jeunesse à cultiver la Gravure en caracteres. Il travailloit vers l'an 1558 ; il y a bien réussi.
Jacques de Sanlecque son fils, né à Paris, commença par étudier les Lettres ; il y fit des progrès, & se rendit aussi digne successeur de son pere dans la Gravure. Sanlecque pere & fils étoient en 1614, les seuls graveurs qu'on eût à Paris. Le fils exécuta de très-belles notes de Plein-Chant & de Musique ; plusieurs beaux caracteres, entre lesquels on peut nommer le plus petit qu'on connût alors à Paris, & que nous appellons la Parisienne. Voyez PARISIENNE.
M. Fournier le jeune, juge très-compétent par la connoissance qu'il a & de son art & de l'histoire de cet art, prononce sévérement que depuis Sanlecque fils, jusqu'au commencement du dix-huitieme siecle, il ne s'est trouvé en France aucun graveur en caracteres tant-soit-peu recommandable. Lorsqu'il fut question de distinguer les i & les u consonnes & voyelles, il ne se trouva pas un seul ouvrier en état d'en graver passablement les poinçons ; ceux de ces anciens poinçons qu'on retrouve de tems en tems, montrent combien l'art avoit dégénéré. Il en sera ainsi de plusieurs arts, toutes les fois que ceux qui les professent seront rarement employés ; on fond rarement des statues équestres ; les poinçons des caracteres typographiques sont presqu'éternels. Il est donc nécessaire que la maniere de s'y prendre & d'exceller dans ces ouvrages, s'oublie en grande partie.
La gravure des caracteres est proprement le secret de l'Imprimerie ; c'est cet art qu'il a fallu inventer pour pouvoir multiplier les lettres à l'infini, & rendre par-là l'Imprimerie en état de varier les compositions autant qu'une langue a de mots, ou que l'imagination peut concevoir d'idées, & les hommes inventer de signes d'écriture pour les désigner.
Cette gravure se fait en relief sur un des bouts d'un morceau d'acier, d'environ deux pouces géométriques de long, & de grosseur proportionnée à la grandeur de l'objet qu'on y veut former, & qui doit y être taillé le plus parfaitement qu'il est possible, suivant les regles de l'art & les proportions relatives à chaque lettre ; car c'est de la perfection du poinçon, que dépendra la perfection des caracteres qui en émaneront.
On fait les poinçons du meilleur acier qu'on peut choisir. On commence par arrêter le dessein de la lettre : c'est une affaire de goût ; & l'on a vû en différens tems les lettres varier, non dans leur forme essentielle, mais dans les rapports des différentes parties de cette forme entr'elles. Soit le dessein arrêté d'une lettre majuscule B, que nous prendrons ici pour exemple ; cette lettre est composée de parties blanches & de parties noires. Les premieres sont creuses, & les secondes sont saillantes.
Pour former les parties creuses, on travaille un contre-poinçon d'acier de la forme des parties blanches (Voyez Planche III. de la Gravure, fig. 52. le contre-poinçon de la lettre B) ; ce contre-poinçon étant bien formé, trempé dur, & un peu revenu ou recuit, afin qu'il ne s'égraine pas, sera tout prêt à servir.
Le contre-poinçon fait, il s'agit de faire le poinçon : pour cela on prend de bon acier ; on en dresse un morceau de grosseur convenable, que l'on fait rougir au feu pour le ramollir, on le coupe par tronçons de la longueur dont nous avons dit plus haut. On arrondit un des bouts qui doit servir de tête, & l'on dresse bien à la lime l'autre bout ; ensorte que la face soit bien perpendiculaire à l'axe du poinçon ; ce dont on s'assûrera en le passant dans l'équerre à dresser sur la pierre à l'huile, ainsi qu'il sera expliqué ci-après. On observe encore de bien dresser deux des longues faces latérales du poinçon, celles qui doivent s'appliquer contre les parois internes de l'équerre à dresser. On fait une marque de repaire sur une de ces faces ; cette marque sert à deux fins : 1°. à faire connoître le haut ou le bas de la lettre, selon le côté du poinçon sur lequel elle est tracée ; 2°. à faire que les mêmes faces du poinçon regardent à chaque fois qu'on le remet dans l'équerre, les faces de l'équerre contre lesquelles elles étoient appliquées la premiere fois. Cette précaution est très-essentielle ; sans elle on ne parviendroit jamais à bien dresser la petite face du poinçon, sur laquelle la lettre doit être pour ainsi dire découpée.
Lorsqu'on a préparé le poinçon, comme nous venons de le prescrire, on le fait rougir au feu, quand il est très-gros ; quand il ne l'est point, il suffit que l'acier soit recuit, pour recevoir l'empreinte du contre-poinçon ; on le serre dans un tas dans lequel il y a une ouverture propre à le recevoir. On l'y affermit par deux vis, la face perpendiculaire à l'axe tournée en haut ; on présente à cette face le contre-poinçon qu'on enfonce à coups de masse, d'une ligne ou environ, dans le corps du poinçon, qui reçoit ainsi l'empreinte des parties creuses de la lettre.
Cette opération faite, on retire le contre-poinçon, on ôte le poinçon du tas ; on le dégrossit à la lime, tant à sa surface perpendiculaire à l'axe, qu'à sa surface latérale ; on le dresse sur la pierre à l'huile avec l'équerre. Il y en a qui tracent quelquefois avec une pointe d'acier bien aiguë, le contour extérieur des épaisseurs des parties saillantes de la lettre : mais quand le contre-poinçon est bien fait, le graveur n'a qu'à se laisser diriger par la forme. On enleve à la lime les parties qui sont situées hors du trait de la pointe aiguë, quand on s'en sert, ce qui arrive toûjours dans la gravure des vignettes ; on observe bien de ne pas gâter les contours de la lettre, en emportant trop. On dresse la lettre sur la pierre à huile pour enlever les rebarbes que la lime a occasionnées ; on finit la lettre à la lime, & quelquefois au burin, ne laissant à cette extrémité que la lettre seule, telle qu'on voit la lettre B, fig. 52. même Planche III. Cette figure montre le poinçon de la lettre B achevé ; on voit que la lime a enlevé en talud les parties qui excédoient les contours de cette lettre.
L'équerre à dresser, qu'on voit fig. 53. est un morceau de bois ou de cuivre formé par deux parallelepipedes ABCD, ABEF, qui forment un angle droit sur la ligne A B ; ensorte que quand l'équerre est posée sur un plan, comme dans la figure 51. cette ligne A B soit perpendiculaire au plan. La partie inférieure de l'équerre, celle qui pose sur le plan, est garnie d'une semelle d'acier ou d'autre métal, bien dressée sur la pierre à huile, qui doit être elle-même parfaitement plane. On place le poinçon dans l'angle de l'équerre ; on l'y assujettit avec le pouce, & avec le reste de la main dont on tient l'équerre extérieurement, on promene le tout sur la pierre à huile sur laquelle on a soin de répandre un peu d'huile d'olive. La pierre use à la fois & la semelle de l'équerre & la partie du poinçon. Mais comme l'axe du poinçon conserve toûjours son parallélisme avec l'arête angulaire de l'équerre A B, & que l'équerre à cause de la grande étendue de sa base, ne perd point sa direction perpendiculaire au plan de la pierre ; il s'ensuit qu'il en est de même du poinçon, qu'il est dressé & que le plan de la lettre est bien perpendiculaire à l'axe du poinçon.
Quand le poinçon a reçu cette façon, on le trempe pour le durcir. On le fait ensuite un peu revenir ou recuire, afin qu'il ne s'égraine pas quand on s'en servira pour marquer les matrices ; c'est de sa ferme consistance que dépend sa dureté & sa bonté. Trop dur, il se brise facilement ; trop mou, les angles de sa lettre s'émoussent, & il faut revenir à la taille & à la lime.
Tous les poinçons des lettres d'un même corps doivent avoir une hauteur égale, relativement à leur figure. Les capitales doivent être toutes de même grandeur entr'elles, & de la hauteur des minuscules b, d, l, &c. & autres lettres à queue ; il en est de même de p, q, par en-bas. Les minuscules sont aussi égales entr'elles, mais d'un calibre plus petit, comme m, a, &c. On les égalise avec un calibre ; ce calibre est un morceau de laiton plat dans lequel sont trois entailles, la plus grande pour les lettres pleines, telles que j long, Q capital, &c. la seconde pour les lettres longues qui sont les capitales, les minuscules longues, telles que d, b, p, q, &c. la troisieme pour les minuscules, comme m, a, c, e. La lettre du poinçon qu'on présente à l'une de ces entailles, doit la remplir exactement : desorte qu'après que les caracteres sont fondus, leurs sommets & leurs bases se trouvent précisément dans la même ligne, ainsi qu'on voit dans l'exemple suivant &c.
Les poinçons faits, ils passent entre les mains du Fondeur, qui doit veiller à ce que les poinçons qu'il achete ou qu'il fait, ayent l'oeil bien terminé & d'une profondeur suffisante, & que les bases & sommets des lettres se renferment bien entre des paralleles. On commence ordinairement par le poinçon de la lettre M, & c'est lui qui sert de regle pour les autres.
De la Fonderie en caracteres. La Fonderie en caracteres est une suite de la gravure des poinçons. Le terme Fonderie en caracteres a plusieurs acceptions : il se prend ou pour un assortiment complet de poinçons & de matrices de tous les caracteres, signes, figures, &c. servant à l'Imprimerie, avec les moules, fourneaux, & autres ustensiles nécessaires à la fonte des caracteres ; ou pour le lieu où l'on fabrique les caracteres, ou pour l'endroit où l'on prépare le métal dont ils sont formés ; ou enfin pour l'art même de les fondre : c'est dans ce dernier sens que nous en allons traiter particulierement.
La Fonderie en caracteres est un art libre. Ceux qui l'exercent ne sont point sujets à maîtrise, à réception, ou visites. Ils joüissent néanmoins des privileges, exemptions & immunités attribués à l'Imprimerie, & sont réputés du corps des Imprimeurs.
Cet art est peu connu, parce que le vulgaire ne fait point de distinction entre Fonderie & Imprimerie, & s'imagine que l'impression est l'ouvrage de l'imprimeur, comme un tableau est l'ouvrage d'un peintre. Il y a peu d'endroits où l'on exerce cet art : à peine compte-t-on douze fonderies en caracteres en France : de ces douze fonderies, il y en a plus de la moitié à Paris.
Les premiers Fondeurs étoient Graveurs, Fondeurs, & Imprimeurs ; c'est-à-dire qu'ils travailloient les poinçons, frappoient les matrices, tiroient les empreintes des matrices, les disposoient en formes, & imprimoient : mais l'art s'est divisé en trois branches, par la difficulté qu'il y avoit de réussir également bien dans toutes.
On peut observer sur les ouvriers qui ne sont que Fondeurs, ce que nous avons observé sur ceux qui ne sont qu'Imprimeurs, c'est qu'ils ne font les uns & les autres que prendre des empreintes, les uns sur le métal, les autres sur le papier. Que les caracteres soient beaux ou laids, ils n'en sont ni à loüer ni à blâmer ; chacun d'eux coopere seulement à la beauté de l'édition, les Imprimeurs par la composition & le tirage, les Fondeurs par le soin qu'ils doivent avoir que les caracteres soient fondus exactement suivant les regles de l'Art ; c'est-à-dire que toutes les lettres de chaque corps soient entr'elles d'une épaisseur & d'une hauteur égale, que tous les traits de chacune des lettres soient bien de niveau, & également distans les uns des autres ; que toutes les lettres des caracteres romains soient droites & parfaitement perpendiculaires ; que celles des italiques soient d'une inclinaison bien uniforme ; & ainsi des autres caracteres suivant leur nature : toutes choses que nous allons expliquer plus en détail.
Lorsque le Fondeur s'est pourvû des meilleurs poinçons, il travaille à former des matrices : pour cet effet il prend le meilleur cuivre de rosette qu'il peut trouver ; il en forme à la lime de petits parallelepipedes longs de quinze à dix-huit lignes, & d'une base & largeur proportionnées à la lettre qui doit être formée sur cette largeur. Ces morceaux de cuivre dressés & recuits, sont posés l'un après l'autre sur un tas d'enclume : on applique dessus à l'endroit qui convient, l'extrémité gravée du poinçon ; & d'un ou de plusieurs coups de marteau, on l'y fait entrer à une profondeur déterminée depuis une demi-ligne jusqu'à une ligne & demie.
Par cette opération, le cuivre prend exactement la forme du poinçon, & devient un véritable moule de corps de lettres semblables à celles du poinçon ; & c'est par cette raison qu'on lui a donné le nom de matrice. Le nom de moule a été réservé pour un assemblage, dont la matrice n'est que la partie principale.
La matrice ainsi frappée n'est pas parfaite, eu égard à la figure dont elle porte l'empreinte : il faut soigneusement observer que sa face supérieure, fig. 13. Pl. II. de la Fonderie en caracteres, sur laquelle s'est faite l'empreinte du poinçon, soit exactement parallele à la lettre imprimée sur elle, & que les deux faces latérales soient bien perpendiculaires à celle-ci. On remplit la premiere de ces conditions en enlevant à la lime la matiere qui excede le plan parallele à la face de la lettre ; & la seconde, en usant de la lime & de l'équerre.
Cela fait, on pratique les entailles a, b, c, qu'on voit fig. 12. & 13. Les deux entailles a, b, placées l'une en-dessus, & l'autre en-dessous fig. 13. à la même hauteur, servent à attacher la matrice au moule : l'autre entaille c reçoit l'extrémité de l'arc ou archet qui appuie la matrice contre le moule, ainsi que nous l'allons expliquer.
Le moule est l'assemblage d'un grand nombre de parties, dont on peut considérer la somme comme divisée en deux.
Toutes les pieces de chacune de ces deux moitiés de moule, sont assujetties les unes aux autres par des vis & par des écrous, & sont toutes de fer bien dressé & bien poli, à l'exception des deux extérieures qui sont de bois, & qu'on appelle par cette raison le bois du moule. Ce revêtement garantit les mains de l'ouvrier de la chaleur que le métal fondu qu'on jette continuellement dans le moule, ne manque pas de lui communiquer.
Les deux premieres parties qu'on peut considérer dans le moule, sont celles qu'on voit Planche II. de la Fonderie en caracteres, fig. 20 & 21. La fig. 20 représente la platine vûe en-dedans, & garnie de toutes ses pieces : la fig. 21 la même platine, ou sa semblable, mais vûe du côté opposé, c'est sur les platines que l'on assujettit toutes les autres pieces ; elles leur servent, pour ainsi dire, de point d'appui, comme on va voir. La premiere piece qu'on ajuste sur la platine est la piece B ; fig. 1. 2. 3. 17. 20. on l'appelle longue piece : elle & sa semblable sont en effet les plus longues du moule (On observera que les mêmes pieces dans les différentes figures sont marquées des mêmes lettres). Cette longue piece qui a dix lignes de large, & qui est épaisse à discrétion, est fourchue par l'une de ses extrémités X, fig. 17 & 20, & reçoit par ce moyen la tête de la potence de l'autre moitié, à laquelle elle sert de coulisse : il ne faut pas oublier que les deux moitiés du moule sont presque entierement semblables, & que toutes les pieces dont nous avons déjà parlé, & dont nous allons faire mention dans la suite, sont doubles ; chaque moitié du moule a la sienne.
La longue piece est fixée sur la platine par une vis à tête ronde b, fig. 18. qui après avoir passé par le trou b, fig. 21. va s'envisser dans le trou taraudé fait à la longue piece à la hauteur de la fourchette X. Ce trou taraudé ne traverse pas entierement l'épaisseur de la longue piece, qui a à son extrémité opposée un trou quarré d, fig. 17 & 18, qui reçoit le tenon quarré de la potence, fig. 9 & 10.
Avant que de placer la potence D, on applique un des blancs C, qu'on voit fig. 14 & 15, assemblés avec la potence. Ces blancs ont la même largeur que les longues pieces. Leur longueur est un peu moindre que la moitié de celle de la longue piece : elles ont la même épaisseur que celle du corps que l'on veut fondre dans le moule.
Le blanc appliqué sur la longue piece, comme on voit fig. 20. est percé d'un trou quarré semblable à celui que l'on voit fig. 7. Ce trou quarré reçoit le tenon quarré x de la potence, fig. 9 & 10. Le tenon traverse le blanc, la longue piece, & la platine, & fixe toutes ces pieces ensemble.
Le nez D de la potence se jette du côté de l'extrémité la plus prochaine de la longue piece. Son extrémité m faite en vis, reçoit un écrou qui le contient. On voit cet écrou en d, fig. 21.
Ces écrous qui sont à pans se tournent avec la clé ou le tourne-écrou de la fig. 26.
Le blanc peut encore être fixé sur la platine par une vis à tête perdue, qui traverseroit la platine ; la longue piece entreroit dans l'épaisseur du blanc, & s'y arrêteroit : mais cela n'est plus d'usage.
Au-dessus des longues pieces & des blancs, on place les jets A, fig. 5. & 6. comme on les voit fig. 20. Ces jets sont des moitiés d'entonnoirs pyramidaux, dont les faces extérieures sont perpendiculaires les unes aux autres. Celles de ces faces qui s'appliquent sur la platine, sur le blanc, & sur la longue piece, doivent s'y appliquer exactement. Quand les deux moitiés du moule sont réunies, il est évident que les jets forment une trémie, dont la plus petite ouverture est en en-bas. Leurs faces inclinées A, fig. 20. doivent un peu excéder les faces de la longue piece & du blanc, afin de former un étranglement au métal fondu qu'on versera dans le moule, & afin de déterminer en même tems le lieu de la rupture du superflu de matiere qu'on y versera, & faciliter cette rupture. Voyez les fig. 2, 3 & 20, où cette saillie des faces inclinées des jets est sensiblement marquée.
Chaque jet porte une vis, qu'on voit fig. 6. par le moyen de laquelle & d'un écrou, on fixe cette piece sur la platine, comme on le voit en a, fig. 21. La partie de cette vis ou tenon vissé qui répond à l'épaisseur de la platine, est quarrée, & entre dans un trou de même figure ; ce qui empêche le jet de vaciller : inconvénient qui est encore prévenu par l'application exacte de l'une de ces faces contre la platine, & de l'autre contre la longue piece & le blanc.
Au-dessous du trou quarré d de la longue piece est une vis f fixée en queue d'aronde dans cette longue piece. Cette vis au moyen d'un écrou F, fig. 20, assujettit la piece E, fig. 19, qu'on appelle registre. La partie de la vis ou du tenon vissé f qui se loge dans l'épaisseur du registre, est quarrée & entre dans une mortoise plus longue que large ; ce qui donne la commodité d'avancer ou de reculer le registre à discrétion, & de laisser entre son extrémité E, fig. 20. & l'extrémité ou l'angle saillant du blanc, tant & si peu de distance que l'on voudra. L'écrou F sert à l'affermir dans la situation convenable.
Chaque platine porte à sa partie postérieure une vis G, qu'on voit fig. 21. elle traverse une petite planche appellée bois, qui a la forme & la grandeur de la platine, au derriere de laquelle on la fixe par le moyen d'un écrou ; & pour que la platine & le bois s'appliquent plus exactement l'une contre l'autre, on a pratiqué au bois des cavités propres à recevoir les vis, écrous, & autres parties saillantes qu'on voit à la partie postérieure de la platine, fig. 21.
Les deux moitiés semblables du moule construites comme nous venons de l'expliquer, & comme on les voit fig. 2. & 3, s'ajustent exactement, & forment un tout qu'on voit fig. 1. La potence de l'une entre dans l'entaille fourchue de la longue piece de l'autre ; & comme les entailles ont la même direction que les potences, elles se servent réciproquement de coulisses ; & il est évident qu'ainsi les blancs pourront s'approcher ou s'éloigner l'un de l'autre, en faisant mouvoir les deux moitiés du moule l'une sur l'autre.
On voit avec la même évidence que le vuide formé par les jets aura la forme d'une pyramide tronquée ; & que celui qui est entre les longues pieces & les blancs, aura la forme d'un prisme quadrangulaire d'environ dix ligues de hauteur, d'une épaisseur constante ; celle des blancs est d'une largeur à discrétion, cette largeur augmentant ou diminuant selon qu'on tient les blancs plus ou moins près l'un de l'autre : ce qui s'exécute par le moyen des registres qu'on avance ou qu'on recule à discrétion, comme nous avons dit. Le vuide du jet & celui du prisme communiquent ensemble, & ne font proprement qu'une même capacité.
Voilà bien des pieces assemblées : cependant le moule n'est pas encore formé ; il y manque la piece principale, celle pour laquelle toutes les autres ont été inventées & disposées, la matrice. La matrice se place entre les deux registres en M, comme on la voit fig. 2. elle appuie d'un bout contre la platine de l'autre moitié, & elle est liée par son autre extrémité à l'attache. L'attache est une petite piece de peau de mouton qu'on colle au bois d'une des parties du moule. L'attache passe entre le jimblet & le bois. On appelle jimblet une petite fiche de fer plantée dans le bois de la piece de dessus, & qui retenant l'attache, empêche la matrice de sortir de place.
La matrice ainsi placée entre les registres, est tenue appliquée aux longues pieces & aux blancs par le ressort D C E, fig. 1. qu'on appelle l'arc ou archet : l'extrémité E de ce ressort entre dans l'entaille C de la matrice, fig. 12. & 15. & fait effort pour presser la matrice contre la platine opposée, & sur le heurtoir ou la piece qu'on voit fig. 22. cette piece est adossée à celle qu'on voit en m, fig. 21. rivée à la partie postérieure de la platine ; elle sert à monter ou descendre à discrétion la matrice vers l'ouverture intérieure du moule, & à mettre la lettre dans la place qu'elle doit avoir sur le corps : pour cet effet on la prend plus ou moins épaisse.
Pour empêcher la matrice de tomber, & de sortir d'entre les registres, on met entre la platine & le bois qui porte l'attache, un petit crochet qu'on voit fig. 23. ce crochet s'appelle jobet. L'anneau du jobet s'enfile sur la tige G de la platine, fig. 21. & son crochet descend au-dessous de la matrice, & la soûtient, comme on l'apperçoit en x, fig. 2. en laissant toutefois la place de la matrice qu'il embrasse.
Outre les parties dont nous venons de parler, on peut remarquer à chaque moitié du moule, fig. 1, 2, 3, un crochet a b, dont nous expliquerons l'usage plus bas.
Il est à propos, avant que de fermer le moule, d'observer à la partie supérieure de la longue piece représentée fig. 17, un demi-cylindre a b, placé à deux lignes au-dessous ou environ de son arrête supérieure : ce demi-cylindre qu'on appelle cran, est une piece de rapport qui traverse la longue piece, & dont la partie saillante est arrondie : mais comme cette partie saillante empêcheroit le blanc de l'autre moitié de s'appliquer exactement à la longue piece qui la porte, on a pratiqué à cette moitié un canal concave dans le blanc. Ce canal hémi-cylindrique reçoit le demi-cylindre. On voit ce canal en b a, fig. 15.
Voilà tout ce qui concerne la structure du moule, qui est une des machines les plus ingénieuses qu'on pouvoit imaginer, ainsi qu'on achevera de s'en convaincre par ce que nous allons dire de la fonte.
Le moule est composé de douze pieces principales, dont nous avons fait mention. Toutes ces pieces de fer ont été bien limées, & sont bien jointes ; elles forment avec les autres un tout, qui a depuis deux pouces de long jusqu'à quatre, suivant la grosseur du caractere, sur deux pouces environ de large, contenant sur son plan horisontal au moins quarante pieces de morceaux distincts. Les deux portions presque semblables dans lesquelles il se divise s'appellent, l'une piece de dessus, l'autre piece de dessous : c'est celle qui porte l'archet qu'on appelle piece de dessous.
La premiere opération qu'on ait à faire quand on a construit & disposé le moule, est de préparer la matiere dont les caracteres doivent être fondus. Pour cet effet, prenez du plomb & du régule d'antimoine, fondez-les séparément ; mêlez-les ensuite, mettant quatre cinquiemes de plomb & un cinquieme de régule ; & ce mélange vous donnera un composé propre pour la fonte des caracteres.
Ou, prenez de l'antimoine crud, prenez égale quantité de potin ; mettez le tout ensemble avec du plomb fondu, & vous aurez une autre composition.
La précédente est préférable à celle-ci, qu'il semble qu'on a abandonnée en France depuis une vingtaine d'années, parce qu'on a trouvé que le potin & l'antimoine faisoient beaucoup de scories, rendoient la matiere pâteuse, & exigeoient beaucoup plus de feu.
Au reste nous pouvons assurer en général que la matiere dont on fond les caracteres d'Imprimerie est un mélange de plomb & de régule d'antimoine, où le dernier de ces ingrédiens corrige la mollesse de l'autre.
Cette fonte se fait dans un fourneau, tel que celui qui occupe le milieu de la vignette, Planche I. de Fonder. il est divisé en deux parties, l'une & l'autre de brique. Celle qui répond à la fig. 4. est un fourneau sur lequel on a établi une chaudiere de fonte, dans laquelle le plomb est en fusion : cette chaudiere est chauffée avec du bois, comme on voit ; la fumée s'échappe par une ouverture qu'on peut distinguer sur le fond, & suit la cheminée qui est commune aux deux fourneaux.
Le second fourneau qui correspond à la figure 3. même vignette, est un fourneau proprement dit : à sa partie supérieure est l'ouverture du fourneau ; l'inférieur est un cendrier ; elles sont séparées par une grille horisontale : cette grille soûtient un creuset qui contient le régule d'antimoine, & les charbons allumés qui servent à le mettre en fusion. Le feu est excité par le courant d'air qui se porte à la grille. On recommande aux ouvriers occupés à ce fourneau de l'opération qu'ils y ont à faire, de se garantir avec soin de la vapeur du régule, qu'on regarde comme un poison dangereux : mais c'est un préjugé ; l'usage du régule n'expose les Fondeurs à aucune maladie qui leur soit particuliere, sa vapeur n'est funeste tout au plus que pour les chats : les premieres fois qu'ils y sont exposés, ils sont attaqués de vertiges d'une nature si singuliere, qu'après s'être tourmentés pendant quelque tems dans la chambre où ils sont forcés de la respirer, ils s'élancent par les fenêtres : j'en ai vû deux fois l'expérience dans un même jour. Mais quand ils en réchappent, & qu'ils ne périssent pas dans les premiers accès, ils n'ont plus rien à redouter des seconds ; ils se font à la vapeur qui les avoit d'abord si violemment agités, & vivent fort bien dans les fonderies.
Le régule fondu dans le creuset est versé en quantité suffisante dans la chaudiere qui contient le plomb : l'ouvrier 4. prend le mêlange avec une cuilliere, & le verse dans les moules ou lingotieres qui sont à ses piés : on voit aussi sur le plancher des tenailles pour le creuset, son couvercle, une cuilliere, & d'autres outils au service de la fonderie.
Le rapport entre le plomb & l'antimoine n'est pas le même pour toute sorte de caracteres : la propriété de l'antimoine étant de donner du corps au plomb, on en mêle plus ou moins, selon que les caracteres qu'on a à fondre sont plus ou moins gros ; les petits caracteres n'étant pas aussi propres à résister à l'action de la presse que les gros, on les fond de la matiere que les ouvriers appellent matiere forte, & ceux-ci de celle qu'ils appellent matiere foible. La matiere forte destinée pour les petits caracteres, est un mélange de régule & de plomb, où le premier de ces ingrédiens est en quantité beaucoup plus considérable, relativement à celle du plomb, que dans la matiere foible.
Quand la matiere ou composition est ainsi préparée & mise en lingots, elle passe dans les fourneaux des Fondeurs. Voyez ces fourneaux dans la vignette, fig. 2. & 2. à droite & à gauche. Ce fourneau est fait de la terre dont se servent les fournalistes pour la fabrique des creusets, mais moins fine ; elle est composée de ciment de pots à beurre cassés, & de terre glaise pétris ensemble : sa grandeur est de dix-huit à vingt pouces de hauteur, sur dix à douze de diametre, & deux piés & demi de long ; il est séparé en deux dans sa hauteur par une grille qui peut être indifféremment de terre ou de fer. On pose le bois sur cette grille ; la partie inférieure D sert de cendrier : la face supérieure est percée d'un trou rond B d'environ dix pouces de diametre ; ce trou rond est environné d'une espece de bourlet qui supporte la chaudiere de fer A, fig. 9. on appelle cette chaudiere cuilliere. Cette cuilliere est divisée en deux ou trois portions comme on voit ; ces divisions servent à contenir des matieres de différentes forces ou qualités, suivant les ouvriers qui y travaillent, & chaque ouvrier puise dans la division qui contient la composition dont il a besoin.
Le fourneau a encore une autre ouverture H, à laquelle on adapte un autre tuyau de tole qui porte les fumées hors de l'attelier, comme on voit dans la vignette. Tout ce fourneau est porté sur un banc F G G G, au milieu de la hauteur duquel on a pratiqué une tablette F, qui sert à placer différens ustensiles.
A côté du fourneau on range plusieurs autres bancs, tels qu'on les voit dans la vignette, & au bas de la Plan. fig. 11. ce sont des especes de tables dont le dessus est à hauteur d'appui ; ces bans sont environnés d'un rebord ; ils doivent être de deux ou trois pouces moins hauts que la partie supérieure du fourneau, à un des côtés duquel ils doivent s'arranger comme on voit dans la vignette. On a une plaque de tole ou de fer, qu'on place de maniere qu'elle porte d'un bout sur le fourneau, & de l'autre sur le banc. L'usage de cette tole est de ramasser les gouttes de matiere fondue qui s'échappent de la cuilliere, ou que l'ouvrier rejette du moule quand il est trop plein.
Quand l'ouvrier veut fondre un caractere, il prend le moule préparé comme nous avons dit, & comme on le voit fig. 1. de la main gauche, il place l'extrémité de l'arc ou archet dans l'entaille que nous avons dit être à la partie inférieure de la matrice, afin qu'elle s'applique exactement contre les longues pieces & les parties saillantes des blancs : il presse ensuite les deux moitiés du moule, de maniere que les registres soient bien placés contre les faces latérales de la matrice ; & il enduit superficiellement le fond d'un jet d'un peu d'ocre délayé dans de l'eau froide, quand la lettre est extrèmement fine. Cet enduit fait couler le métal promtement, & le précipite au fond du parallelepipede vuide, avant que rafraîchi par le contact de la surface des pieces qui forment cet espace vuide, il ait en le tems de se figer & de s'arrêter. On se sert de la même précaution dans l'usage du moule à réglet, dont nous parlerons plus bas. Comme dans ce moule le métal a souvent plus d'épaisseur, & qu'il a beaucoup de chemin à parcourir, il n'en est que plus disposé à se figer, & à ne pas descendre jusqu'au fond du moule : c'est pourquoi l'on ne se contente pas seulement d'enduire le jet d'ocre délayé, on en enduit même toute sa surface intérieure, d'une couche à la vérité la plus légere qu'on peut : mais revenons à la fonte des caracteres.
Tout étant dans cet état, le fondeur puise avec la cuilliere à verser qu'on voit fig. 13. une quantité de métal fondu qu'il jette par l'espece d'entonnoir que nous avons dit avoir été formé par les jets. Le métal fluide descend dans le prisme vuide que laissent entr'elles les faces des longues pieces & des blancs, & se répand sur la surface de la matrice dont il prend toutes les formes ; de maniere que quand on l'en tire, il est parfaitement semblable au poinçon qui a servi à la former. Il rapporte aussi en creux l'impression du demi-cylindre a b, fixé à une des longues pieces, & dont nous avons parlé plus haut. Ce creux qu'on appelle cran, doit toûjours être à la face qui répond à la partie supérieure de la lettre : il sert aux Imprimeurs à connoître si la lettre est du sens dont elle doit être, ou si elle est renversée. Voyez l'article IMPRIMERIE. Les deux opérations de puiser dans le moule avec la cuilliere & de verser dans le moule, sont représentées fig. 5. & 6. de la vignette.
Il y a ici une chose importante à observer, c'est que dans le même instant que l'on verse la matiere dans le moule, on doit donner à celui-ci une secousse en-haut, afin que la matiere qui descend en sens contraire, frappe avec plus de force le fond de la matrice, & en prenne mieux l'empreinte.
Après que l'ouvrier a versé son métal, il remet sa cuilliere sur le fourneau, & il se dispose à ouvrir le moule : pour cet effet, il commence par déplacer l'arc ou archet, ou le ressort de l'entaille de la matrice, & le placer dans un cran fait au bois sous le heurtoir. Il ouvre le moule en séparant les deux moitiés ; & s'il arrive que la lettre reste adhérente à l'une des moitiés, il la détache avec le crochet qui est fixé sur l'autre, ce qui s'appelle décrocher. C'est ce qu'exécute la fig. 8. de la vignette : après quoi il referme le moule, replace l'arc sous la matrice, verse de la matiere, & recommence la même opération jusqu'à trois ou quatre mille fois dans un seul jour.
Il ne faut pas s'imaginer que la lettre au sortir du moule soit achevée, du moins quant à ce qui regarde son corps ; car pour le caractere il est parfait ; il est beau ou laid, selon que le poinçon qui a servi à former la matrice a été bien ou mal gravé.
Quelle que soit la figure du caractere, les contre-poinçons, les poinçons, les matrices, &c. la fonte en est la même ; & il n'y a dans toutes ces opérations aucune différence de l'Arabe, au Grec, au François, à l'Hébreu, &c.
La lettre apporte avec elle au sortir du moule une éminence de matiere de forme pyramidale, adhérente par son sommet au pié de la lettre. Cette partie de matiere qu'on appelle jet, est formée de l'excédent de la matiere nécessaire à former les caracteres, qu'on a versée dans le moule. On la sépare facilement du corps de la lettre, au moyen de l'étranglement que les plans inclinés des parties du moule appellées jets, y ont formé, ainsi que nous avons dit plus haut, & qu'on voit fig. 2. Planche II. D'ailleurs la composition que l'addition de l'antimoine rend cassante, presque comme de l'acier trempé, facilite cette séparation ; le jet séparé de la lettre s'appelle rompure.
Après que toutes les lettres sont rompues, c'est-à-dire, qu'on en a séparé les jets, qui se remettent à la fonte, on les frotte sur une meule de grès qu'on voit fig. 7. Pl. III. & qu'on appelle pierre à frotter. Cette meule a depuis quinze jusqu'à vingt-cinq pouces de diametre ; elle est de la même sorte que celles dont se servent les Coûteliers pour émoudre. Pour la rendre propre à l'opération du Fondeur en caractere, on en prend deux qu'on met à plat l'une sur l'autre ; on répand entr'elles du sable de riviere, puis on les meut circulairement, répandant de tems en tems de nouveau sable, jusqu'à ce que les petites éminences qui sont à ces pierres soient grugées, & qu'on ait rendu leurs surfaces planes & unies. Le sable en dressant les grès ou meules, ne les polit pas ; il y laisse toûjours de petits grains qui servent à enlever aux caracteres les bavûres qui leur viennent de la fonte.
On ne peut pas frotter toutes les lettres ; il y en a, mais en plus grand nombre dans l'italique que dans le romain, dont une partie de la figure excede le corps du côté qu'on frotte. Il est évident que si on les frottoit, la pierre emporteroit cette partie, & estropieroit la lettre : c'est pourquoi on commence par la dégager légerement, & par en enlever un peu de matiere avec un canif, afin qu'elle puisse se loger facilement dans l'espace vuide que lui présentera une lettre voisine. Cette opération par laquelle on dégage la partie saillante au canif, s'appelle crener.
Après que la lettre est crenée, on la ratisse & on emporte avec le canif tout ce qu'il y a d'étranger au corps depuis l'oeil jusqu'au pié. Ces deux opérations suppléent au frottement ; les lettres crenées & ratissées s'accolent & se joignent aussi-bien que si elles avoient été frottées. Les deux faces du caractere que l'on frotte sur la meule, sont celles qui s'appliquent aux blancs du moule, quand on y verse le métal ; on donne cette façon à ces faces pour en enlever le morfile ou la vive arrête occasionnée tant par la face du blanc d'une des moitiés que par celle de la longue piece de l'autre moitié.
Lorsque les lettres ont été frottées ou crenées & ratissées, on les arrange dans un composteur ; le composteur qu'on voit fig. 5. Pl. III. de la Fonderie des caracteres, est une regle de bois entaillée, comme on voit, sur laquelle on arrange les caracteres la lettre en-haut, & tous les crans tournés du même côté ; ensorte qu'on a tous les a, rangés de cette maniere, a, a, a, a, a, a, & non en celle-ci aa, a, & ainsi des autres lettres : c'est ce que l'inspection des crans indiquera facilement. Les caracteres ainsi rangés dans le composteur sont transportés sur la regle de fer A B du justifieur, fig. 3. même Planche ; on les y place de maniere que leur pié soit en-haut, & que le caractere porte sur la face horisontale du justifieur, qui n'est lui-même, comme on voit, qu'un composteur de fer. A cette regle, on en applique une autre C D, qui a un épaulement en C, comme celui que l'on voit en B de la premiere piece fig. 3. cette regle a de plus en C & D, de petites languettes qui entrent dans les mortoises a & b de la figure 3, ensorte que, quand les deux regles fig. 3. & 4. sont appliquées l'une sur l'autre, elles enferment exactement la rangée de caracteres placée sur la premiere regle ; ainsi il n'y a que les piés des lettres qui excedent d'environ une ligne au-dessous des regles de fer, qui forment le justifieur.
Le justifieur ainsi garni d'une rangée de caracteres, est placé entre les deux jumelles A E, C D du coupoir qu'on voit fig. 1. Planche III. Le coupoir est une sorte d'établi très-solide : sur sa table sont fortement fixées la jumelle A B, qui est une planche d'un bon pouce d'épaisseur, & la barre de fer E F, qui a un crochet E & un crochet F à chacune de ses extrémités. Le crochet F est taraudé & reçoit une vis, au moyen de laquelle on peut faire avancer la seconde regle du justifieur, que nous avons décrite ci-dessus.
Les deux regles du justifieur sont serrées l'une contre l'autre par l'autre jumelle C D, représentée par sa partie inférieure dans la fig. 2. A B, C D sont deux fortes barres de fer, dont les crochets A, C, entrent dans la table du coupoir. B D est une autre barre de fer qui porte un écrou qui reçoit la vis F, E, que l'on tourne comme celle d'un étau, par le moyen du manche F, G. Tout cet assemblage est fixé à la table du coupoir, ensorte que la jumelle C D tirée ou poussée par la vis F E, peut seule se mouvoir.
Il suit de cette description du coupoir, que si l'on tourne la vis E F, fig. 2. on fera marcher la jumelle mobile A B, vers la jumelle immobile C D fig. 1. & que par conséquent on fera appliquer les deux regles du justifieur contre la rangée de caracteres qu'elles contiennent. Mais pour serrer les caracteres les uns contre les autres, on fera tourner la vis F f. Cette vis fera couler la seconde regle du justifieur le long de la rangée de caracteres, jusqu'à ce que son épaulement C fig. 4. rencontrant la rangée de caracteres, les pressera & les poussera vers l'épaulement B de la premiere piece fig. 3. jusqu'à ce qu'ils soient tous exactement appliqués les uns contre les autres. Cela fait, il est évident que les caracteres formeront comme un corps solide contenu par ses deux extrémités entre les épaulemens des deux pieces du justifieur, & selon sa longueur entre les mêmes pieces, par l'action des deux jumelles.
Mais avant que de consolider ainsi la rangée de caracteres, on passe un morceau de bois dur sur leurs extrémités saillantes ou sur leurs piés, afin de les enfoncer toutes également, & d'appliquer leur tête, ou la lettre, contre la surface de la regle horisontale du justifieur.
Lorsque tout est ainsi disposé, on coupe les caracteres avec le rabot, de la maniere que nous allons dire.
L'instrument qu'on voit Planche III. de la Fonderie en caracteres, fig. 6. est appellé rabot. Il est composé d'un fût de fer, qu'on voit fig. 10. Sous la partie N O de ce fût, sont arrêtés avec des vis les deux guides C e, D f. Cet assemblage est surmonté d'un bois P Q qu'on voit fig. 8. ce bois sert de poignée au rabot. Il se fixe sur sa partie N O, fig. 10. comme on l'y voit fixé, fig. 6. Le fer A B du rabot se place sur la face inclinée du fût, par les deux vis G H taraudées, & entrant dans les collets que le fer traverse, & qui sont eux-mêmes fixés sur le fût par la vis que l'on voit en R. Toutes ces pieces assemblées forment le rabot de la fig. 6. Les vis se serrent avec le tourne-vis de la fig. 16. même Planche III.
Quand on veut couper les lettres, on place le rabot sur le justifieur, ensorte que les parties saillantes des lettres soient entre les guides du rabot ; on hausse ou l'on baisse le fer, qui est un peu arrondi par son tranchant, ensorte qu'il puisse emporter autant de matiere que l'on souhaite.
Les reglemens ont statué sur la hauteur des lettres ; il est ordonné que la lettre portera, depuis sa surface jusqu'à l'extrémité de son pié, dix lignes & demie de pié de roi. Cette hauteur n'est pas la même par-tout ; la hauteur de Hollande après d'une ligne de plus que celle de Paris ; celle de Flandre, & même de Lyon, ont plus de dix lignes. Au reste, lorsque des Imprimeurs, sans aucun égard pour les ordonnances, veulent des caracteres au-dessus ou au-dessous de dix lignes & demie, on a de petites pieces qu'on ajuste au moule à fondre les caracteres, entre le jet & les longues pieces.
Ces pieces s'appellent hausses ; selon que les hausses sont plus ou moins épaisses, un même moule sert à fondre des caracteres plus ou moins hauts de papier ; c'est l'expression dont on se sert pour désigner la dimension dont il s'agit ici.
Le fer du rabot étant convexe, les caracteres coupés auront tous une petite échancrure concave, de maniere qu'étant posés sur leurs piés, ils ne porteront, pour ainsi dire, que sur deux lignes, au lieu de porter sur une surface. On a pratiqué cette concavité aux piés des caracteres, afin qu'ils s'arrangent mieux sur le marbre de la presse, sur lequel exposant moins de surface, ils sont moins sujets à rencontrer des inégalités.
Mais ce retranchement de matiere n'est pas le seul qui se fasse avec le rabot ; on est contraint d'enlever encore de l'étoffe au haut du caractere, comme on peut le voir en B, fig. 14. Ce retranchement se fait des deux côtés aux lettres qui n'ont ni tête ni queue, & seulement du côté opposé à la queue, lorsque les caracteres en ont une. Le but de cette opération est de dégager encore mieux l'oeil du caractere. On voit en effet, fig. 14. que le caractere B est plus saillant que le caractere A, quoiqu'ils ayent été fondus l'un & l'autre dans le même moule.
La machine représentée fig. 14. & qui contient les deux caracteres A & B dont nous venons de parler, s'appelle justification ; elle sert à connoître, par le moyen du petit reglet qu'on voit fig. 13. & qu'on appelle jetton, si les traits des lettres se trouvent tous sur une même ligne. Pour cet effet, après avoir justifié les lettres m m, que nous avons dit être la premiere lettre que l'on fabrique, on place un a, par exemple entre les deux m, en cette sorte mam, & l'on examine si l'arrête du jetton s'applique également sur les trois caracteres.
Le morceau de glace, fig. 12. & son jetton, fig. 1. servent à jauger de la même maniere les épaisseurs, & l'une & l'autre de ces deux machines indique pareillement, par l'application du jetton, si les traits des lettres se trouvent tous exactement dans la même ligne droite, comme nous venons de dire.
On entend par une fonte de caracteres d'Imprimerie, un assortiment complet de toutes les lettres majuscules, minuscules, accens, points, chiffres, &c. nécessaires à imprimer un discours, & fondues sur un seul corps.
Le corps est une épaisseur juste & déterminée, relative à chaque caractere en particulier ; c'est cette épaisseur qui fait la distance des lignes dans un livre, & qui donne le nom au caractere, & non l'oeil de la lettre ; cependant pour ne rien confondre, on dit fondre un Cicéro sur un corps de S. Augustin, quand on a pris ce moyen pour jetter plus de blanc entre les lignes.
Mais pour se faire une idée juste de ce qu'on appelle en Fonderie de caracteres ou en Imprimerie, corps, oeil & blanc, prenez une distance ou ligne quelconque, supposez-la divisée en sept parties égales par des lignes paralleles ; supposez écrite entre ces lignes paralleles une des lettres que les Imprimeurs appellent courtes, telles que l'a, le c, l'm, &c. car ils appellent les lettres à queue, telles que le p, le q, le d, lettres longues. Supposez-la tracée entre ces paralleles de maniere qu'elle ait sa base appuyée sur la troisieme parallele en montant, & qu'elle touche de son sommet la troisieme parallele en descendant, ou ce qui revient au même, que des sept intervalles égaux dans lesquels vous avez divisé la ligne, elle occupe les trois du milieu ; il est évident qu'il restera au-dessus de ces trois intervalles occupés, deux espaces vuides, & qu'il en restera aussi deux vuides au-dessous. Cela bien compris, il ne sera pas difficile d'entendre ce que c'est que l'oeil, le corps, & le blanc. Le corps est représenté par la ligne entiere ; l'oeil occupe les trois espaces du milieu, c'est la hauteur même de la lettre ; & on entend par les blancs, les deux espaces qui restent vuides au-dessous & au-dessus de l'oeil.
Exemple. la ligne A B représente la hauteur du corps ; C D, le blanc d'en-haut ; D E, l'oeil ; E F, le blanc d'en-bas. C D, forme dans une page imprimée la moitié de l'espace blanc qui est entre une ligne & sa supérieure ; & E F, la moitié de l'espace blanc qui est entre la même ligne & son inférieure.
Il y a des lettres qui occupent toute la hauteur du corps, telle est l'j consonne avec son point, comme on voit dans l'exemple, les Q capitales en romain, & les s & f en italique, ainsi que les signes (, §, [, &c.
Dans les lettres longues, telles que le d & le q, il faut distinguer deux parties, le corps & la queue ; le corps occupe les trois intervalles du milieu, de même que les lettres courtes, & la queue occupe les deux intervalles blancs, soit d'en-haut, soit d'en-bas, selon que cette queue est tournée. Voyez dans l'exemple le d & le q. S'il se trouve dans une ligne un q, & dans la ligne au-dessous un d, qui corresponde exactement au q, il n'y aura point d'intervalle entre les queues, les extrémités de ces queues se toucheront ; d'où il s'ensuit que voilà la hauteur relative des corps & celle des caracteres déterminée ; que resteroit-il donc à faire pour que la Fonderie & l'Imprimerie fussent assujetties à des regles convenables ? sinon de déterminer la largeur des lettres ou caracteres, relativement à leur hauteur : c'est ce que personne n'a encore tenté. On est convenu que la hauteur du corps étant divisée en sept parties égales, la hauteur du caractere, de l'm, par exemple, seroit de trois de ces parties ; quant à sa largeur, chacun suit son goût & sa fantaisie ; les uns donnent au caractere ou à l'oeil, une forme plus ou moins voisine du quarré que les autres.
Nous invitons M. Fournier, à qui nous devons la table des rapports des corps entre eux, à nous donner la table des proportions des caracteres entre eux dans chaque corps. Elle est bien aussi importante pour la perfection de l'art de la gravure en caracteres, que la premiere pour la perfection & commodité de l'art d'imprimer.
Il pourra, pour cet effet, consulter les regles que les grands écrivains à la main se sont prescrites, & celles que les plus habiles graveurs ont suivies par goût.
Une observation qui se présente naturellement & qu'on ne sera pas fâché de trouver ici, c'est qu'il y a quelque rapport entre l'impression & le génie d'une langue ; par exemple, l'Allemand est extraordinairement diffus, aussi n'y a-t-il presque point de blanc entre les lignes, & les caracteres sont ils extrèmement serrés sur chaque ligne : les Allemands tâchent de regagner par-là, l'espace que la prolixité de leur diction exigeroit.
Les expressions oeil, corps, blanc, caractere fondu sur un corps d'un autre caractere, &c. ne doivent plus avoir rien d'obscur.
On disoit corps foible & corps fort, dans le tems qu'on ignoroit la proportion que les yeux des caracteres devoient avoir avec leurs corps, & celle que les corps & les caracteres devoient avoir avec d'autres corps & caracteres. Cette ignorance a duré parmi nous jusqu'en 1742, que M. Fournier le jeune, graveur & fondeur de caracteres, proposa sa table des rapports des différens corps des caracteres d'Imprimerie. Nous ne tarderons pas à en faire mention. Nous observerons en attendant, qu'avant cette table on n'avoit aucune regle sûre pour l'exécution des caracteres : chaque Imprimeur commandoit des caracteres suivant les modeles qu'il en trouvoit chez lui, ou qu'il imaginoit. Aucun n'ayant l'idée soit du corps, soit de l'oeil, par exemple, d'un véritable Cicéro, ce caractere avoit autant de hauteurs de corps & d'oeil différentes qu'il y avoit d'Imprimeries, & s'appelloit ici foible, là fort ; ici petit oeil, là gros oeil.
On dit une fonte de Cicéro, de petit Romain, &c. lorsque ces caracteres ont été fondus sur les corps de leurs noms. Les fontes sont plus ou moins grandes, suivant le besoin ou le moyen de l'Imprimeur qui les commande par cent pesant ou par feuilles. Quand un Imprimeur demande une fonte de cinq cens, il veut que cette fonte, bien assortie de toutes ses lettres, pese cinq cens. Quand il la demande de dix feuilles, il entend qu'avec cette fonte on puisse composer dix feuilles, ou vingt formes, sans être obligé de distribuer. Le fondeur prend alors ses mesures ; il compte cent-vingt livres pesant pour la feuille, y compris les quadrats & espaces, ou soixante pour la forme, qui n'est que la demi-feuille. Ce n'est pas que la feuille pese toujours cent-vingt livres, ni la forme soixante ; tout cela dépend de la grandeur de la forme, & on suppose toûjours qu'il en reste dans les casses.
S'il n'entre pas dans toutes les feuilles le même nombre de lettres, ni les mêmes sortes de lettres, il est bon de remarquer que, comme il y a dans une langue des sons plus fréquens que d'autres, & par consequent des signes qui doivent revenir plus fréquemment que d'autres dans l'usage qu'on en fait en imprimant, une fonte ne contient pas autant d'a que de b, autant de b que de c, & ainsi de suite. La détermination des rapports en nombre, qu'il faut mettre entre les différentes sortes de caracteres qui forment une fonte, s'appelle la police. Il est évident que la police peut varier d'une langue à une autre, mais qu'elle est la même pour toutes sortes de caracteres employés dans la même langue. Pour donner une idée de la police dans notre françois ; soit, par exemple, demandée une fonte de cent mille lettres. Pour remplir ce nombre de cent mille caracteres, on prendra les nombres suivant de chacun. L'expérience a résolu chez les Fondeurs un problème, dont on auroit trouvé difficilement ailleurs une solution exacte. J'espere que les Philosophes & les Grammairiens jetteront les yeux avec quelque satisfaction sur cette table, & en désireront de semblables du latin, du grec, de l'anglois, de l'italien, & de la plûpart des langues connues. Pour se les procurer, ils n'ont qu'à s'adresser aux Fondeurs en caracteres des différens pays où ces langues sont en usage.
Police pour cent mille lettres destinées à une impression françoise ordinaire.
Le lecteur s'appercevra facilement qu'elle ne contient que les signes grammaticaux, & qu'il ne s'agit ici que de ceux-là, & que par conséquent cette police n'est pas particuliere à un livre ou d'algebre, ou d'arithmétique, ou de chimie, mais qu'elle convient seulement à un discours oratoire, à la poésie, &c.
S'il est évident que la même police ne convient pas à toute langue, il ne l'est pas moins qu'elle convient à tout caractere, de quelque corps que ce soit, dans une même langue.
Il y a dans l'Imprimerie, ou plûtôt dans la Fonderie en caracteres, vingt corps différens.
Chacun de ces corps a son nom particulier & distinctif, propre aux caracteres fondus sur ces corps. Le plus petit se nomme Parisienne, & en descendant de la Parisienne jusqu'aux caracteres les plus gros, on a la Nompareille, la Mignone, le Petit Texte, la Gaillarde, le Petit-Romain, la Philosophie, le Cicéro, le Saint-Augustin, le Gros-Texte, le Gros-Romain, le Petit-Parangon, le Gros-Parangon, la Palestine, le Petit-Canon, le Trismegiste, le Gros-Canon, le Double-Canon, le Triple-Canon, la Grosse-Nompareille ; voyez les articles de ces caracteres à leurs noms particuliers, & ci-après les modèles de ces caracteres dans les Planches placées à la fin de cet article. Ces Planches ont été composées sur les caracteres de M. Fournier le jeune, de qui nous tenons aussi tous les matériaux qui forment cet article & les autres articles de la Fonderie en caracteres. Nous pourrions bien assûrer que notre Ouvrage ne laisseroit rien à désirer d'important sur les Arts, si nous avions toûjours rencontré des Gens aussi attachés au progrès de leur art, aussi éclairés, & aussi communicatifs que M. Fournier le jeune. Une observation que nous avons été cent fois dans le cas de faire, c'est qu'entre les ouvriers qui s'occupent d'un même art, les ignorans, & entre les ouvriers qui s'occupent de différens arts, ceux dont les métiers étoient les moins entendus & les plus vils, se sont toûjours montrés les plus mystérieux, comme de raison.
Ces corps se suivent par degrés ; les uns se trouvent juste, le double, le tiers, le quart, &c. des autres, de maniere que deux ou plusieurs combinés ensemble, remplissent toûjours exactement le corps majeur qui est en tête de la combinaison ; régularité bien essentielle à l'Imprimerie.
Mais pour établir entre les corps la correspondance dont nous venons de parler, & qui se remarquera bien dans la table des rapports ci-jointe, M. Fournier a été obligé de créer un corps exprès appellé le Gros-Texte, qui équivaut à deux corps de Petit-Texte, & d'en faire revivre deux autres qui n'étoient point connus ou qui l'étoient peu, la Palestine & le Trismégiste. Le premier fait les deux corps de Cicero, le caractere le plus en usage dans l'Imprimerie ; & le second fait les deux points du Gros-Romain.
Sans ces trois corps la correspondance est interrompue. On a placé dans la table qui suit, dans la premiere colonne, les noms de ces corps, & dans celle du milieu, les corps auxquels ils équivalent.
Quand on rencontre le signe || dans un des articles de la colonne du milieu, il faut entendre que le nombre des corps qui rempliroient celui qui est en marge va changer, & que ce sont d'autres corps qui vont suivre, & dont la somme seroit équivalente au seul corps qui est dans la premiere colonne.
Mais ce n'étoit pas assez d'avoir fixé le nombre des corps des caracteres à vingt, & d'avoir établi les rapports que ces vingt corps devoient avoir entr'eux : il falloit encore donner la grandeur absolue d'un de ces corps, n'importe lequel. Pour cet effet, M. Fournier le jeune s'est fait une échelle, d'après le conseil des personnes les plus expérimentées dans l'Art.
Cette échelle est composée de deux parties qu'il appelle pouces ; ces deux pouces ne sont pas de la même longueur que les deux pouces de pié de Roi. Nous dirons plus bas quel est le rapport du pouce de son échelle, avec le pouce de pié de Roi. Il a divisé son pouce en trois lignes, & sa ligne en trois points. On voit cette échelle au haut de la table qui suit.
Cette table est divisée en quatre colonnes :
La premiere marque en chiffres l'ordre des caracteres.
La seconde, les noms de ces caracteres & leur équivalence en autres caracteres.
La troisieme & quatrieme, leurs hauteurs en parties de l'échelle.
Proportions des différens corps de caracteres de l'Imprimerie, suivant S. P. Fournier.
échelle de deux pouces.
C'est un fait assez simple qui a conduit M. Fournier à la formation de sa table des rapports des caracteres : un Imprimeur demande, par exemple, un Cicero au Fondeur, & envoye en lettres un échantillon sur lequel il veut que ce Cicero soit fondu. Un autre Imprimeur demande aussi un Cicero ; & comme c'est un caractere de même nom qu'il faut à tous les deux, on croiroit que ce caractere est aussi le même ; point du tout : l'échantillon de l'un de ces imprimeurs est ou plus grand ou plus petit que l'échantillon de l'autre, & le fondeur se trouve dans la nécessité ou de réformer ses moules, ou même d'en faire d'autres ; ce qui peut être poussé fort loin, ainsi que toutes les choses de fantaisie. Il semble que les écrivains ayent été plus d'accord entr'eux, qu'on ne l'est dans l'Imprimerie sur la hauteur & sur la largeur des caracteres. Ils ont commencé par convenir des dimensions du bec de plume ; ensuite ils ont fixé tant de becs de plume pour chaque sorte de caractere.
En formant sa table des rapports, il paroît que M. Fournier le jeune est entré dans les vues de l'édit du Roi, du 28 Février 1723, portant un réglement pour l'Imprimerie, qui semble supposer cette table. Exemple. Quand le réglement ordonne, que le Gros-Romain soit équivalent à un Petit-Romain & à un Petit-Texte, qu'est-ce que cela doit signifier ? quel Petit-Romain & quel Petit-Texte choisira-t-on ? ils sont partout inégaux. En prescrivant cette regle, on imaginoit donc ou qu'il y avoit une table des rapports des caracteres instituée, ou qu'on en institueroit une. Mais quand on auroit eu pour les caracteres une grandeur fixe & déterminée, on n'auroit pas encore atteint à la perfection qu'on se pouvoit promettre ; puisque pour avoir l'équivalent convenable du Gros-Romain, ce n'étoit point un Petit-Romain & un petit-Texte qu'il falloit prendre : car les corps des caracteres devant, selon M. Fournier, aller toûjours soit en diminuant soit en augmentant dans la proportion double, pour les avantages que nous allons expliquer, il s'ensuit que le Gros-Romain a deux Gaillardes pour équivalent, & non pas un Petit-Romain & un Petit-Texte.
En déterminant les forces des corps, M. Fournier a mis les Imprimeurs en état de savoir au juste ce qu'un caractere augmente ou diminue de pages sur un autre caractere ; combien il faudra de lignes de Petit-Romain, par exemple, pour faire la page in 12. de Cicero ou de St. Augustin ; combien par ce moyen, on gagnera ou perdra de pages sur une feuille, & par conséquent ce qu'un volume aura de plus ou de moins de feuilles en l'imprimant de tel ou tel caractere.
Ces proportions établies & connues rendent le méchanisme de l'Imprimerie plus sûr & plus propre ; l'ouvrier sachant la portée de ses caracteres, remplit exactement tous les espaces vuides de ses ouvrages sans addition ni fraction, soit dans la composition des vignettes, soit dans tout autre ouvrage difficile & de goût. Il a par exemple pour reste de page un vuide de six lignes de Nompareille à remplir, il saura tout d'un coup qu'il peut y substituer ou quatre lignes de quadrats de Gaillarde, ou trois de Cicero, ou deux de Gros Romain, ou une seule de Trismégiste. Il a à choisir, & tout cela remplit & fait exactement son blanc sans peine ni soin.
On évite par le même moyen la confusion dans l'Imprimerie, particulierement pour ce qu'on appelle lettres de deux points : les lettres doivent se trouver exactement par la fonte, le double des corps pour lesquelles elles font les deux points ; voyez LETTRES DE DEUX POINTS : mais ces corps, soit Petit-Texte, soit Petit-Romain, soit Cicero, étant indéterminés, plus forts dans une Imprimerie, plus foibles dans une autre, il s'ensuit que ces lettres de deux points n'ayant point de rapport fixe avec les gros corps, formeront une multiplicité d'épaisseurs différentes ou de corps dans l'Imprimerie, où l'on n'aura cependant point d'autres noms, que celui de lettres de deux points.
Il faut pour l'usage de ces lettres de deux points, des quadrats ou espaces faits exprès & assujettis à la même épaisseur : mais les rapports institués par la table rameneront tout à la simplicité ; les lettres de deux points de Petit-Texte seront fondues sur le corps de Gros-Texte ; celles de Petit-Romain sur le corps de Petit-Parangon ; celles de Cicero, sur le corps de Palestine, & ainsi de suite. Il ne sera plus nécessaire de fondre exprès des quadrats & espaces pour ces lettres, parce que ceux qui servent pour les caracteres, qui sont le double de ces corps, seront incontestablement les mêmes.
Nous avons observé au commencement de cet article, que l'art de la gravûre en poinçon, & de la Fonderie en caractere, étoit redevable de sa naissance parmi nous, & de ses progrès, à Simon de Collines, Claude Garamond, Robert Grandjean, Guillaume le Bé ; Jacques de Sanlecque, pour les 15, 16, & 17e siecles, & pour le 18e à MM. Grandjean & Alexandre, qui ont consacré leurs travaux à l'Imprimerie du Roi.
L'équité & la reconnoissance ne nous permettent pas de passer sous silence ce que M. Fournier le jeune a fait pour le même art, depuis ces habiles Artistes. Il a commencé par l'article important de la table des rapports, dont nous avons fait mention plus haut. Cherchant ensuite ce qui pourroit être innové d'ailleurs avec avantage, il a remarqué que l'Imprimerie manquoit de grandes lettres majuscules pour les placards, affiches & frontispices. Celles dont on se servoit avant lui étoient trop petites & d'un goût suranné ; les lettres de bois étoient communément mal formées, sujettes à se déjetter, à se pourrir, &c. Il en a gravé de quinze lignes géométriques de haut ; & par conséquent une fois plus grandes que celles de fonte, dont on usoit auparavant : il en a continué la collection complete depuis cette hauteur, jusqu'aux plus petites.
Il a redoublé ce travail, en exécutant des caracteres italiques de la même grandeur ; cette sorte de lettre n'existoit point dans l'Imprimerie. Les plus grosses qu'on y avoit eues étoient de deux points de Saint-Augustin, ou Gros-Romain, encore maigres & mal taillées. Il ne faut pourtant pas celer qu'on en emploie de fort belles à l'Imprimerie royale, mais jusqu'à une certaine hauteur seulement, & c'est d'ailleurs comme si elles n'existoient pas pour les autres Imprimeries du royaume.
Ces grandes majuscules ont presqu'éteint l'usage d'imprimer les affiches & frontispices en rouge & noir. Les mots que l'on veut rendre plus sensibles se remarquant assez par le mélange des lignes de romain & d'italique dont les figures tranchent assez l'une sur l'autre, on a évité par ce moyen le double tirage du rouge & du noir, & l'on a formé de plus beaux titres.
L'Imprimerie étoit aussi comme dénuée de ces petits ornemens de fonte qu'on appelle vignettes. Le peu qu'on en avoit étoit si vieux & d'un goût si suranné, qu'on n'en pouvoit presque faire aucun usage. M. Fournier, à l'imitation des sieurs Grandjean & Alexandre, qui en ont exécuté de fort belles pour l'Imprimerie du Roi, en a inventé de plus de cent cinquante sortes, qu'il a gravées relativement à la proportion qu'il a donnée aux corps. Une figure, par exemple, gravée pour être fondue sur un corps de Cicéro de la moitié de son épaisseur, n'a qu'à être renversée pour s'ajuster à la Nompareille ; une autre sera quarrée, & représentera le Cicéro en tout sens ; une autre sera de la largeur d'un Cicéro & demi, & viendra au corps de Gros-Romain ; une autre de deux Cicéros fera le corps de Palestine : ainsi du reste, qui fondu sur un corps fixe, forme par les largeurs, tels ou tels autres corps, de maniere que de quelque sens qu'on les retourne, elles présentent des grandeurs déterminées, dont les interstices seront exactement remplis par des corps plus ou moins forts.
C'est ainsi qu'en combinant ces petits objets, on compose facilement des ornemens de fonte plus ou moins grands, selon le besoin, & plus ou moins bien entendus, selon le goût du compositeur de l'Imprimerie. Voyez quelques-uns de ces ornemens dans les planches des caracteres qui sont à la fin de cet article.
Dans la gravûre des poinçons des notes de Plein-chant, M. Fournier a fait des changemens dont lui ont su gré les Imprimeurs des différens diocèses qu'il a fournis. Les notes béquarres, bémols, &c. étoient gravées & fondues de différentes épaisseurs, suivant leurs figures ; de maniere que pour composer ces notes, & justifier les lignes, il falloit fondre des espaces d'épaisseurs indéterminées, parmi lesquels il y en avoit de très-fins. Ces espaces portoient quatre filets ; multipliés ils formoient autant de hachures dans les filets de la note, parce que la jonction ne se faisoit jamais si bien qu'on n'en vît l'endroit, sur-tout lorsque la note avoit un peu servi ; ces hachures devenant plus sensibles, n'en étoient que plus désagréables. D'ailleurs, l'ouvrier étoit toujours obligé de justifier sa ligne en tâtonnant, comme on tâtonne une ligne de caracteres avec les espaces ordinaires. Pour éviter ces inconvéniens, M. Fournier a gravé des poinçons de notes, béquarres, bémols, guidons, poses, &c. précisément d'une même largeur, & des espaces portant quatre filets de la même épaisseur, ou deux, trois, quatre, cinq fois plus large ; les plus minces sont moitié d'épaisseur de la note : or toutes ces épaisseurs étant égales & déterminées, quand l'Imprimeur a décidé la longueur de sa ligne, toutes les autres se trouvent justifiées comme d'elles-mêmes ; il ne s'agit que d'employer le même nombre de notes, ou leur équivalent en espace, ce qui se fait sans soin. Arrivé au bout de la ligne, on y placera une demi-note, ou son équivalent, ou l'équivalent d'une note, ou un espace équivalent à plusieurs notes, suivant le vuide à remplir, & la ligne se trouvera justifiée. Les fautes qui seront survenues dans la composition, ne seront pas difficiles à corriger, puisqu'on aura toujours précisément l'équivalent de ce qu'on déplacera. Comme on ne sera plus obligé de justifier avec des espaces fins, il y aura moins de hachures, & l'ouvrage sera plus parfait.
Pour cet effet, il a suffi de graver les filets qui portent la note tous de la même largeur ; & de laisser sur ces filets la note, ou telle autre figure, suivant la grandeur qu'elles doivent avoir, suivant l'exemple qu'on voit.
M. Fournier a retranché de la note dont on se servoit avant lui, une multiplication inutile de huit sortes, dont l'effet étoit désagréable, comme on voit, par l'usage où l'on étoit de mettre les queues de ces notes en-bas, elles se trouvoient mêlées avec les caracteres qui étoient dessous. Pour éviter cet inconvénient, de quoi s'agissoit-il ? De retourner en-haut la queue de ces notes, ainsi qu'on le pratique en musique. Cet expédient a été d'autant plus avantageux, qu'on trouve dans le reste de la note de quoi former celle-ci, sans qu'il soit besoin d'en faire exprès. Exemple :
retournez ces caracteres à la composition, & vous aurez,
c'est-à-dire l'effet désiré, à moins de frais, sans embarras, & avec plus de propreté. Voyez l'exemple dans les tables des caracteres qui suivent.
On se sert dans l'Imprimerie beaucoup plus fréquemment de reglets simples, doubles ou triples, qu'on ne faisoit il y a dix ans, grace à M. Fournier qui a inventé un moule pour les fondre. On les exécutoit ci-devant en cuivre rouge ou laiton ; ils étoient chers, & jamais justes. Il eût été trop long, & peut-être impossible de bien planir les lames de laiton, de l'épaisseur déterminée de quelques corps de caracteres. On n'avoit d'autre ressource que dans différentes lames d'épaisseurs inégales, qu'on ajustoit avec le moins d'inconvénient que l'on pouvoit. Le moule de M. Fournier remédie à tout cela : c'est une machine simple & commode de quatorze à quinze pouces de longueur, sur un pouce ou environ de large, dans laquelle on fond des lames de la longueur de quatorze pouces, & de la hauteur d'un caractere donné. Le même moule sert pour telle hauteur qu'on veut : pour avoir des lames d'une épaisseur déterminée, il ne s'agit que d'y disposer le moule, ce qui s'exécute en un moment : on met ces lames dans le coupoir, & avec les rabots servant aux lettres, & des fers faits exprès, on taille sur une des faces un reglet de telle figure qu'on le souhaite.
L'utilité de ce moule à reglets a été si généralement reconnue, que deux ou trois mois après qu'il en fut fait usage, les autres fondeurs s'empresserent de l'imiter : mais ce qu'ils ont trouvé est grossier, moins simple, d'un usage moins commode, le sieur Fournier n'ayant point communiqué le sien, & l'ayant toujours réservé pour sa Fonderie. Voyez à l'article REGLET, l'explication de cette machine, & dans nos planches de Fonderie en caracteres, sa figure & ses détails.
Pour jetter un peu de variété dans l'impression, & servir à l'exécution de quelques ouvrages particuliers, M. Fournier vient de graver un caractere nouveau dans son genre ; il est en deux parties & sur deux corps différens. La premiere fondue sur le corps de Gros-Parangon, s'appelle bâtarde coulée ; & l'autre partie qui a l'oeil plus gros, est fondue sur le Trismégiste, qu'on appelle bâtarde. Ces caracteres avec l'alphabet de lettres ornées & festonnées, pour tenir lieu de petites capitales, sont faits pour aller ensemble, & forment un tout qu'il appelle caractere de finance, parce qu'il imite l'écriture. Voyez-en le modele dans les planches qui suivent.
La partie la plus utile pour l'Imprimerie, & qui fera le plus d'honneur à M. Fournier, après sa table des rapports, c'est le changement des caracteres italiques auxquels il a donné une figure plus terminée, dont il a rendu les pleins & les déliés plus sensibles, & qu'il a plus approchés de notre écriture.
Au commencement de ce siecle, les sieurs Grandjean & Alexandre firent quelques changemens dans les italiques qu'ils graverent pour l'Imprimerie du Roi ; cet exemple a enhardi le sieur Fournier. Pour mettre le lecteur en état de juger de son travail, voici quelques lignes des italiques, telles qu'il les a trouvées, & de celles qu'il leur a substituées.
Italique ancienne de Gros Romain.
Vous égalez les Dieux, disoit Cicéron à César ; vous voulez faire du bien, & vous le pouvez comme eux.
Italique nouvelle de Gros-Romain.
Vous égalez les Dieux, disoit Cicéron à César ; vous voulez faire du bien, & vous le pouvez comme eux.
Pour l'exécution des proportions données aux caracteres, & pour s'assûrer de leur exactitude, il faut faire une justification ou mesure juste de quarante lignes, mesure de l'échelle de M. Fournier, & de trente-sept lignes géométriques : elle contiendra ou quarante-huit Parisiennes, ou quarante Nompareilles, ou trente-deux Mignones & un gros-Texte, ou trente petits-Textes, ou vingt-six Gaillardes & une Nompareille, ou vingt-quatre petits-Romains, ou vingt-un Philosophies & une Gaillarde, ou vingt Cicéros, ou seize Saint-augustins & un gros-Texte, ou quinze gros-Textes, ou treize gros-Romains & une Nompareille, ou douze petits-Parangons, ou dix gros Parangons & un petit Parangon, ou dix Palestines, ou huit petits-Canons & un gros-Texte, ou six Trismégistes & une Palestine, ou cinq gros-Canons, & un petit-parangon, ou quatre doubles-Canons & un gros-Texte, ou trois triples-Canons & une Palestine, ou deux grosses-Nompareilles & deux Palestines.
S'il y a quelques gros ou quelques petits caracteres dont il ne soit point fait mention dans la table des rapports, ni dans la justification précédente, c'est que ces gros caracteres ne se fondent pas, & que les petits tels que la Perle, la sédanoise, &c. sont hors de proportions, quoiqu'ils se fondent. Au reste il seroit à souhaiter qu'on les réduisît aux mesures de la table ; l'art de l'Imprimerie n'en seroit que plus parfait, & sa pratique que plus facile.
Il ne nous reste plus qu'un mot à dire des réglemens auxquels les Fondeurs en caracteres sont assujettis.
Les Fondeurs sont tenus, avant que d'exercer leur profession, de se présenter aux syndic & adjoints de l'Imprimerie, & de se faire inscrire sur le registre de la communauté en qualité de Fondeurs de caracteres : ce qui doit se faire sans frais.
Il leur est néanmoins défendu d'exercer la Librairie ou l'Imprimerie.
Ils doivent résider & travailler dans le quartier de l'Université.
On a vu par ce qui précede, ce qu'il faut penser de l'article des réglemens sur la proportion des caracteres. Il leur est enjoint de fondre les caracteres de bonne matiere forte & cassante (voyez plus haut ce que c'est que cette matiere) : de travailler pour les Imprimeurs de Paris par préférence à ceux de province : de n'envoyer au-dehors aucune fonte sans en avoir déclaré au bureau de la communauté la qualité, le poids, & la quantité : de fondre les fontes étrangeres sur la hauteur de celles de Paris : de ne livrer des fontes & caracteres qu'aux Imprimeurs.
Voilà les principaux reglemens ; d'où l'on voit combien ils sont imparfaits, & combien il est incertain qu'en séparant les arts de Graveur, de Fondeur, & d'Imprimeur, on ait travaillé à leur perfection réelle.
Je n'ai rien épargné pour exposer clairement ce qui concerne les deux premiers, qui servent de préliminaires essentiels au troisieme ; & j'espere que les gens de lettres, qui ont par leurs ouvrages quelque prétention à l'immortalité, ne m'accuseront pas d'avoir été prolixe : quant au jugement des autres, il m'importe peu. J'aurois été beaucoup plus étendu, si je n'avois pris sur moi de glisser légerement sur les opérations les moins importantes. En revanche j'ai tâché de décrire les autres de maniere à m'acquiter envers l'art & à le conserver, s'il étoit jamais menacé de se perdre. Voyez la suite à l'article IMPRIMERIE. Devions-nous moins à la Fonderie en caracteres, par laquelle les productions des grands génies se multiplient & s'éternisent, qu'à la fonderie en bronze, qui met en relief les héros & leurs actions ? Voyez Fonderie en bronze à l'article BRONZE.
Voici des exemples de tous les Caracteres en usage ; ils sont de l'Imprimerie de M. le Breton, notre Imprimeur, & de la Fonderie du sieur Fournier, excepté la Perle & la sédanoise, qui ne se trouvent qu'à l'Imprimerie Royale, & que M. Anisson, directeur de cette Imprimerie, a bien voulu communiquer.
Nous renvoyons à nos Planches gravées les alphabets de la plûpart des peuples, tant anciens que modernes.
EXEMPLES DE TOUS LES CARACTERES ROMAINS ET ITALIQUES EN USAGE DANS L'IMPRIMERIE.
X.
GROS-TEXTE.
L'homme croit souvent se conduire lors qu'il est conduit ; & pendant que par son esprit il tend à un but, son coeur l'entraîne insensiblement à un autre.
Assez de Gens méprisent le bien ; mais peu savent le donner comme il faut.
GROS-TEXTE.
IL y a des crimes qui deviennent innocens & même glorieux par leur éclat, leur nombre & leur excès. Il arrive de-là que les....
XI.
GROS-ROMAIN.
Tous les sentimens ont chacun un ton de voix, des gestes & des mines qui leur sont propres : Ce rapport bon ou mauvais, agréable ou desagréable, est ce qui fait que les personnes plaisent ou déplaisent.
GROS-ROMAIN.
Presque tout le monde prend plaisir à s'aquitter des petites obligations, beaucoup de gens ont de la reconnoissance pour les médiocres, mais il n'y a quasi personne qui n'ait de l'ingratitude pour les grandes.
XII.
PETIT-PARANGON.
L'homme aiant besoin de la société pour vivre commodément & agréablement, il doit contribuer au bien de cette société en se rendant utile à ceux qui la composent.
PETIT-PARANGON.
IL y a dans le coeur & dans l'esprit humain une génération perpétuelle de passions en sorte que la ruine de l'une est presque toûjours l'établissement d'une autre.
XIII.
GROS-PARANGON.
ON ne sauroit conserver les sentimens que l'on doit avoir pour ses amis si on se donne la liberté de parler souvent de leurs défauts.
GROS-PARANGON.
LE desir de mériter les louanges qu'on nous donne fortifie notre vertu : & celles que l'on donne à la valeur, & à l'esprit, contribuent à les augmenter.
XIV.
PALESTINE.
LA vanité, la honte, & sur-tout le tempérament, font en plusieurs la valeur des hommes & la vertu....
PALESTINE.
L'orgueil contrepese toutes nos miseres. Car ou il les cache, ou s'il les montre, il se glorifie de les connoitre.
XV.
PETIT-CANON (Romain & Italique.)
Quelque bien que l'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.
La Sagesse & la réputation ne sont pas moins à la mercy de la Fortune que le bien.
XVI.
TRISMEGISTE (Romain & Italique.)
EN peu de tems nous passons de la vie à la mort.
L'honneur acquis est caution de celui qu'on acquérera.
XVII.
GROS-CANON (Romain & Italique.)
Rien de durable dans ce monde.
Heureux celui qui ne s'y attache pas.
XVIII.
DOUBLE-CANON (Romain & Italique.)
Dieu soit aimé & Adoré.
Qu'il le soit éternellement.
XIX.
TRIPLE-CANON.
ON donne liberalement des conseils.
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| CARACTÉRISER | v. act. en Peinture, c'est saisir si bien le caractere qui convient à chaque objet, qu'on le reconnoisse au premier coup d'oeil. On dit ce Peintre caractérise bien ce qu'il fait, c'est-à-dire qu'il est juste. (R)
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| CARACTÉRISTIQUE | adj. pris sub. en général, se dit de ce qui caractérise une chose ou une personne, c'est-à-dire de ce qui constitue son caractere, par lequel on en fait la distinction d'avec toutes les autres choses. Voyez CARACTERE.
Caractéristique est un mot dont on se sert particulierement en Grammaire pour exprimer la principale lettre d'un mot, qui se conserve dans la plûpart de ses tems, de ses modes, de ses dérivés & composés.
La caractéristique marque souvent l'étymologie d'un mot, & elle doit être conservée dans son orthographe, comme l'r est dans le mot de course, mort, &c.
Les caractéristiques sont de grand usage dans la grammaire greque, particulierement dans la formation des tems, parce qu'ils sont les mêmes dans les mêmes tems de tous les verbes de la même conjugaison, excepté le tems présent, qui a différentes caractéristiques, & le futur, l'aoriste premier, le prétérit parfait & le plusque-parfait de la quatrieme conjugaison, qui ont deux caractéristiques. Voyez TEMS, VERBE, MODE, &c. (G)
CARACTERISTIQUE, s. f. La caractéristique d'un logarithme est son exposant, c'est-à-dire le nombre entier qu'il renferme ; ainsi dans ce logarithme 1,000 000, 1 est l'exposant : de même 2 est l'exposant dans celui-ci, 2, 4523, &c. En général, on appelle en Mathématique caractéristique, une marque ou caractere par lequel on désigne quelque chose. Voyez CARACTERE. Ainsi d est la caractéristique des quantités différentielles, suivant M. Léibnitz ; & suivant M. Newton, la caractéristique des fluxions est un point. Voyez FLUXION, DIFFERENTIEL.
Dans la haute Géométrie on appelle triangle caractéristique d'une courbe, un triangle rectiligne rectangle, dont l'hypothénuse fait une partie de la courbe, qui ne differe pas sensiblement d'une ligne droite, parce que cette portion de courbe est supposée infiniment petite. Ce triangle a été appellé caractéristique, à cause qu'il sert ordinairement à distinguer les lignes courbes. Voyez COURBE.
Supposons, par exemple, la demi-ordonnée p m (Pl. d'Anal. fig 18.) infiniment proche d'une autre demi-ordonnée P M ; alors P p sera la différence de l'abscisse : & abaissant une perpendiculaire M R = P p, R m fera la différence de la demi-ordonnée. Tirant donc une tangente T M, en ce cas l'arc infiniment petit M m ne différera pas d'une ligne droite ; par conséquent M m R est un triangle rectiligne rectangle, & constitue le triangle caractéristique de cette courbe, autrement appellé triangle différentiel. En effet, l'équation différentielle qui est entre les petits côtés de ce triangle, est l'équation qui désigne & caractérise la courbe. Voyez TRIANGLE DIFFERENTIEL. (O)
CARACTERISTIQUE, adj. en Littérature, se dit de ce qui sert à caractériser, à distinguer les ouvrages & les auteurs ; ainsi l'élévation & la véhémence sont les traits caractéristiques de Corneille ; la noblesse & l'élégance, ceux de Racine.
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| CARADIVA | (Géogr.) île de l'Asie, auprès de l'île de Ceylan.
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| CARAGI | S. m. (Comm.) On nomme ainsi dans les états du grand-seigneur, les droits d'entrée & de sortie qu'on paye pour les marchandises : ces droits ne se payent qu'une fois, & seulement à la doüanne où les marchandises sont d'abord déchargées. On est libre de les transporter dans une autre ville, en représentant le premier acquit.
Caragi est aussi le nom qu'on donne aux commis des bureaux où se perçoivent les droits : leur chef ou directeur de la doüanne se nomme Caragi-Bachi. (G)
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| CARAGONA | (Hist. nat. bot.) arbre qui se trouve fréquemment dans les Indes orientales, & dont on ne nous apprend rien, sinon qu'il conserve sa verdure hyver & été, & qu'il a beaucoup de ressemblance avec celui qui produit la gomme de Caranne.
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| CARAGROUCH | S. m. (Comm.) monnoie d'argent d'usage dans l'empire, au titre de dix deniers vingt-trois trente-deuxiemes : elle vaut argent de France deux livres dix-huit sous cinq deniers. Cette monnoie a cours à Constantinople : elle y est reçue pour cent seize aspres.
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| CARAGUATA | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, en cloche tubulée, découpée ordinairement sur les bords en trois parties. Il s'éleve du fond du calice un pistil qui est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur, & qui devient dans la suite un fruit oblong, pointu, membraneux, qui s'ouvre d'un bout à l'autre en trois parties, & qui renferme des semences garnies d'aigrettes. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE. (I)
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| CARAIAM | (Géog.) grande province ou pays d'Asie dans la Tartarie, dont la capitale porte le même nom.
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| CARAIBE | ou CANNIBALES, sauvages insulaires de l'Amérique, qui possedent une partie des îles Antilles. Ils sont en général tristes, rêveurs & paresseux, mais d'une bonne constitution, vivant communément un siecle. Ils vont nuds, leur teint est olivâtre. Ils n'emmaillotent point leurs enfans, qui dès l'âge de quatre mois marchent à quatre pattes ; & en prennent l'habitude au point de courir de cette façon, quand ils sont plus âgés, aussi vîte qu'un européen avec ses deux jambes. Ils ont plusieurs femmes, qui ne sont point jalouses les unes des autres ; ce que Montagne regarde comme un miracle dans son chapitre sur ce peuple. Elles accouchent sans peine, & dès le lendemain vaquent à leurs occupations ; le mari garde le lit, & fait diete pour elles pendant plusieurs jours. Ils mangent leurs prisonniers rôtis, & en envoyent des morceaux à leurs amis. Ils croyent un premier homme nommé Longuo, qui descendit du ciel tout fait ; & les premiers habitans de la terre, suivant eux, sortirent de son énorme nombril au moyen d'une incision. Ils adorent des dieux & des diables, & croyent l'immortalité de l'ame. Quand un d'entr'eux meurt, on tue son negre, pour qu'il aille le servir dans l'autre monde. Ils sont fort adroits à tirer de l'arc ; leurs fleches sont faites d'un bois empoisonné, taillées de façon qu'on ne peut les retirer du corps sans déchirer la plaie ; & elles sont arrosées d'un venin très-dangereux, fait avec le suc du mancenillier. Voyez SAUVAGES.
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| CARAITES | S. m. pl. (Hist. ecclés.) secte très-ancienne parmi les Juifs, si l'on en croit quelques auteurs, & qui subsiste encore parmi les Juifs modernes en Pologne, en Russie, à Constantinople, au Caire, & dans plusieurs autres endroits du Levant. Ce qui les distingue des autres Juifs, quant à la religion, c'est leur attachement scrupuleux à la lettre de l'Ecriture, exclusivement aux allégories, traditions, interprétations humaines, &c.
Léon de Modene, rabbin de Venise, observe que de toutes les hérésies qui étoient chez les Juifs avant la destruction du temple, il n'est resté que celle de Caraim, nom dérivé de Miera, qui signifie le pur texte de l'Ecriture ; parce que les Caraïtes veulent qu'on s'en tienne au Pentateuque ; qu'on le garde à la lettre, sans égard pour les gloses & les interprétations des rabbins.
Aben Ezra & quelques autres, pour rendre les Caraïtes odieux, les qualifient de Saducéens, mais Léon de Modene se contente de les appeller Saducéens mitigés, parce qu'ils admettent l'immortalité de l'ame, la résurrection, les récompenses & les peines de la vie future, que rejettoient les anciens Saducéens, dont il doute meme que les Caraïtes soient descendus. Voyez SADUCEENS.
M. Simon suppose avec plus de vraisemblance, que cette secte ne s'est formée que de l'opposition qu'ont apportées aux rêveries des Thalmudistes les Juifs les plus sensés, qui s'en tenant au texte de l'Ecriture pour réfuter les traditions mal-fondées de ces nouveaux docteurs, en reçurent le nom de Caraim, qui signifie en latin barbare, scripturarii, c'est-à-dire gens attachés au texte de l'Ecriture, & qu'on y ajoûta le nom odieux de Saducéens, parce qu'à l'imitation de ceux-ci, ils rejettoient les traditions des docteurs.
Scaliger, Vossius, & M. Spanheim, par une erreur qui n'est pas pardonnable à des savans du premier ordre, ont mis les Caraïtes au même rang que les Sabéens, les Mages, les Manichéens, & même les Musulmans. Wolfgang, Fabricius, &c. disent que les Saducéens & les Esséniens furent appellés Caraïtes, par opposition aux Pharisiens, qui, comme l'on sait, étoient grands traditionaires. D'autres croyent que ce sont les docteurs de la loi, legisperiti, dont il est si souvent parlé dans l'Ecriture ; mais toutes ces conjectures sont peu solides. Josephe ni Philon ne font aucune mention des Caraïtes ; cette secte est donc plus récente que ces deux auteurs, on la croit même postérieure à la collection de la seconde partie du Thalmud, connue sous le nom de Gemara : peut-être même ne commença-t-elle qu'après la compilation de la Mischna, vers le v. ou vj. siecle ; d'autres en reculent l'origine jusqu'au viij. siecle.
Les Caraïtes de leur côté, intéressés à se donner le mérite de l'antiquité, font remonter la leur jusqu'au tems où les dix tribus furent emmenées captives par Salmanasar. Wolf, sur les mémoires du caraïte Mardochée, la fixe au tems du massacre des docteurs Juifs sous le regne d'Alexandre Jannée, environ cent ans avant Jesus Christ. On raconte qu'alors Simon fils de Schétach, frere de la reine, s'étant enfui en Egypte, y forgea ses prétendues traditions, qu'il débita à son retour à Jérusalem, interprétant la loi à sa fantaisie, & se vantant d'être le dépositaire des connoissances que Dieu avoit communiquées de bouche à Moyse ; ensorte qu'il s'attira un grand nombre de disciples : mais il trouva des contradicteurs, qui soûtinrent que tout ce que Dieu avoit révélé à Moyse étoit écrit, & qu'il falloit s'en tenir-là. Cette division, ajoûte-t-on, donna naissance à la secte des Rabbinistes ou Traditionaires, parmi lesquels brilla Hillel ; & des Caraïtes, dont Juda, fils de Tabbaï, fut un des chefs. Le même auteur met au nombre de ceux-ci, non-seulement les Saducéens, mais aussi les Scribes dont il est parlé dans l'Evangile. L'adresse & le crédit des Pharisiens affoiblirent le parti des Caraïtes ; Wolf dit qu'Anam le releva en partie dans le viij. siecle, & Rabbi Schalomon dans le jx. Il étoit très-nombreux dans le xjv. mais ils ont toûjours été depuis en déclinant.
Les ouvrages des Caraïtes sont peu connus en Europe, quoiqu'ils méritent mieux de l'être que ceux des Rabbins. On en a un manuscrit apporté de Constantinople, qui se conserve dans la bibliotheque des peres de l'Oratoire de Paris. Les savans les plus versés dans l'intelligence de l'hébreu, n'ont d'ailleurs vû que très-peu de leurs écrits. Buxtorf n'en avoit vû aucun ; Selden n'en avoit lû que deux ; Trigland assûre qu'il en a recouvré assez pour en parler avec quelque certitude ; & il avance, apparemment d'après eux, que peu de tems après que les prophetes eurent cessé, les Juifs se partagerent touchant les oeuvres de surérogation ; les uns soûtenant qu'elles étoient nécessaires, suivant la tradition des docteurs ; les autres les rejettant, parce qu'il n'en est pas fait mention dans la loi ; & ce dernier parti forma la secte des Caraïtes. Il ajoûte qu'après la captivité de Babylone on rétablit l'observation de la loi & des pratiques qu'on en regardoit comme des dépendances essentielles, selon les Pharisiens, qui en rapportoient l'institution à Moyse.
Léon de Modene observe que les Caraïtes modernes ont leurs synagogues & leurs cérémonies particulieres, & qu'ils se regardent comme les seuls vrais observateurs de la loi ; donnant par mépris le nom de Rabbanim à ceux qui suivent les traditions des rabbins. Ceux-ci de leur côté haïssent mortellement les Caraïtes, avec lesquels ils ne veulent ni s'allier, ni même converser, & qu'ils appellent mamzerim, c'est-à-dire bâtards, parce que les Caraïtes n'observent point les usages des rabbins dans les mariages, les divorces, la purification légale des femmes, &c. aversion poussée si loin, que si un Caraïte vouloit passer dans la secte des Rabbinistes, ceux-ci le refuseroient.
Il est cependant faux que les Caraïtes rejettent absolument toutes sortes de traditions ; ils n'en usent ainsi qu'à l'égard de celles qui ne leur paroissent pas bien fondées. Selden qui traite au long de leurs sentimens dans son livre intitulé Uxor hebraïca, dit qu'outre le texte de l'Ecriture, les Caraïtes reçoivent certaines interprétations qu'ils appellent héréditaires, & qui sont de véritables traditions. Leur théologie ne differe de celle des autres Juifs, qu'en ce qu'elle est plus dégagée de vétilles & de superstitions ; car ils n'ajoûtent aucune foi aux explications des cabalistes, ni aux sens allégoriques, souvent plus subtils que raisonnables. Ils rejettent aussi toutes les décisions du Thalmud qui ne sont pas conformes au texte de l'Ecriture, ou qui n'en suivent pas par des conséquences nécessaires & naturelles : en voici trois exemples. Le premier regarde les mizouzot ou parchemins que les Juifs rabbinistes attachent à toutes les portes par lesquelles ils ont coûtume de passer. Le second concerne les Thephilim ou Philacteres dont il est parlé dans le Nouveau testament. Le troisieme est sur la défense faite aux Juifs de manger du lait avec de la viande. Les Rabbinistes prétendent que les deux premiers de ces articles sont formellement ordonnés par ces paroles du Deutéronome, ch. vj. v. 8. Et ligabis ea quasi signum in manu tua, eruntque & movebuntur inter oculos tuos, scribesque ea in limine & in ostiis domûs tuae. Aaron le caraïte, dans son commentaire sur ces paroles, répond qu'on ne doit point les prendre à la lettre ; que Dieu a seulement voulu faire connoître par-là que dans toutes les circonstances de la vie son peuple devoit avoir devant les yeux la loi donnée à Moyse. Quant aux Thephilim, après y avoir donné une pareille interprétation, les Caraïtes appellent par raillerie les rabbins des ânes bridés de leurs fronteaux. Voyez FRONTEAU. S. Jérôme explique aussi ce passage dans un sens figuré. Sur le troisieme article, que les rabbins croyent expressément défendu par le Deutéronome, ch. xjv. v. 21. Non coques hædum in lacte matris suae ; les Caraïtes répondent avec beaucoup de vraisemblance, qu'on doit l'expliquer par cet autre passage : Tu ne tueras point la mere quand elle aura des petits ou qu'elle sera pleine. A cela les rabbins n'opposent que la tradition & l'autorité de leurs docteurs ; motif insuffisant, selon les Caraïtes, pour admettre une infinité de pratiques dont on ne trouve rien dans le texte sacré.
Ces derniers retiennent cependant plusieurs superstitions des rabbins. Schupart, dans son livre de sectâ Karræorum, montre qu'ils ont les mêmes scrupules, & s'attachent aux mêmes minuties sur l'observation du sabbat, de la pâque, des fêtes, de l'expiation, & des tabernacles, &c. qu'ils observent aussi régulierement les heures de la priere & les jours de jeûne, qu'ils portent le zitzit ou morceaux de frange aux coins de leurs manteaux, & croyent que tout péché peut être effacé par la pénitence ; au contraire des rabbins, qui soûtiennent que certains péchés ne peuvent être effacés que par la mort. Les Caraïtes ne croyent pas, comme les Traditionaires, qu'il doive y avoir du sang répandu dans la circoncision, ni que ce signe de leur loi doive être donné à l'enfant toûjours le huitieme jour après sa naissance, & même aux enfans morts ; mais qu'à ceux qui sont en danger on doit anticiper ce jour. Quant aux divorces, ils conviennent avec les autres Juifs, aussi-bien que dans la maniere de tuer & de préparer les viandes permises : ils en different seulement sur les especes d'impuretés & de pollutions légales.
Peringer dit que les Caraïtes de Lithuanie sont fort différens, & pour le langage & pour les moeurs, des Rabbinistes dont ce pays est plein ; qu'ils parlent la langue turque dans leurs écoles & leurs synagogues, à l'exemple des Tartares mahométans ; que leurs synagogues sont tournées du septentrion au midi, parce que, disent-ils, Salmanasar ayant transporté leurs peres dans des provinces situées au nord de Jérusalem, ceux-ci pour prier regardoient le côté où étoit située la Ville-sainte, c'est-à-dire le midi. Le même auteur ajoûte qu'ils admettent tous les livres de l'ancien-Testament ; opinion opposée à celle du plus grand nombre de savans, qui prétendent que les Caraïtes ne reconnoissent pour canonique que le Pentateuque, & ne reconnoissent que trois prophetes, savoir, Moyse, Aaron, & Josué.
Caleb réduit à trois points toutes les différences qui se rencontrent entre les Caraïtes & les Rabbinistes ; savoir, que les premiers nient, 1°. que la loi orale ou la tradition viennent de Moyse, & rejettent la cabale. 2°. Ils abhorrent le Thalmud. 3°. Ils observent les fêtes comme le sabbat, &c. beaucoup plus rigoureusement que leurs adversaires, à quoi l'on peut ajoûter qu'ils étendent presque à l'infini les degrés prohibés pour le mariage. Voyez CABALE, THALMUD, SABBAT, &c. Les Caraïtes ont encore ceci de particulier, que, selon l'ancienne coûtume des Juifs, ils reglent leurs fêtes sur l'apparition de la lune, & blâment les Rabbinistes qui, dans leur calendrier, se servent des calculs astronomiques. Voyez RABBINISTES. (G)
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| CARAMAN | (Géog.) ville & royaume d'Afrique en Ethiopie, dont l'existence est douteuse.
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| CARAMANICO | (Geog.) ville d'Italie au royaume de Naples dans l'Abruze.
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| CARAMANIE | (Géog.) province de la Turquie en Asie dans la Natolie ; Satalie en est la capitale.
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| CARAMANTA | (Géog.) province de l'Amérique méridionale, bornée au nord par le pays de Carthagene & la nouvelle Grenade, au midi par le Popayan, à l'occident par l'audience de Panama : la capitale porte le même nom. Long. 305. lat. 5. 18.
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| CARAMBOLAS | (Hist. nat. bot.) pommier des Indes à fruit oblong, avec un petit ombilic ; garni à son extrémité de cinq côtes fort épaisses, & couvert d'une peau mince, adhérente à la pulpe, lisse, éclatante, verte d'abord puis jaunâtre. Ce fruit contient dix graines oblongues, pentagonales, mousses par un bout, pointues par l'autre, séparées par quelques pellicules dures & membraneuses, qui forment des cellules où les graines sont deux à deux. On cultive cette plante dans les jardins : trois ans après avoir été greffée elle porte fleurs & fruits trois fois l'an : on lui attribue beaucoup de propriétés médicinales, qu'on peut voir dans l'histoire des plantes de Ray.
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| CARAMINNAL | (Géog.) petite ville d'Espagne sur la côte de Galice.
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| CARAMOUSSAL | subst. m. (Marine.) c'est un vaisseau marchand de Turquie construit en huche ; c'est-à-dire qui a la poupe fort haute. Cette sorte de bâtiment n'a ni misene ni perroquets que le seul tourmentin, & porte seulement un beaupré, un petit artimon & un grand mât : ce mât avec son hunier s'éleve à une hauteur extraordinaire, & il n'y a que des galaubens & un étai, répondant de l'extrémité supérieure du mât de hune à la moitié du tourmentin ; sa grande voile porte ordinairement une bonnette maillée. (Z)
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| CARANCEBE | ou KARAN-SEBES, (Géog.) ville de la basse Hongrie, au confluent de la Sebes & du Temes.
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| CARANDA | ou ANZUBA, (Hist. nat. bot.) espece de plante ou d'arbuste des Indes orientales, dont la feuille ressemble beaucoup à celle du fraisier, & suivant d'autres à celles du Tamarin ; il produit plusieurs fleurs odoriférantes ; son fruit ressemble à une petite pomme, qui est verte au commencement, & pleine d'un suc blanc comme du lait ; mais lorsqu'elle mûrit, elle devient noirâtre, & prend un goût assez semblable à celui du raisin. Il y a des gens qui en tirent le suc pour en faire une espece de verjus : on mange aussi ce fruit confit dans du vinaigre & du sel ; on dit qu'il est propre à exciter l'appétit. Il s'en trouve beaucoup au royaume de Bengale.
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| CARANGUE | (Hist. nat. Zoolog.) poisson de mer très-commun aux Indes occidentales, & sur-tout aux Antilles ; on en trouve souvent de deux ou trois piés de long, un peu plats ; ils ont les yeux grands & la queue fourchue ; la chair en est excellente, & se mange à toute sauce.
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| CARANGUER | (terme de Riv.) c'est un terme dont les matelots du pays d'Aunis se servent pour dire agir : ce maître est un grand carangueur, c'est-à-dire qu'il est agissant. Cette expression n'est point en usage hors du bateau. (Z)
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| CARANGUES | (Géog.) peuple de l'Amérique méridionale au Pérou.
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| CARANNA | (Hist. nat. bot.) on varie sur la description de cet arbre : les uns disent qu'il est haut & fort ; d'autres que c'est une sorte de palmier dont on fend l'écorce, & qui rend la résine ou gomme cendrée ou blanchâtre, qui porte son nom. Cette gomme est en-dedans de la couleur de la poix, a le goût amer, gras & oléagineux, l'odeur forte, aromatique & tirant sur celle de la lavande : on l'apporte de Carthagene en masses molles, enveloppées dans des morceaux de jonc. La plus blanche est la meilleure. Ses propriétés sont à-peu-près les mêmes que celles du Tacamahaca. Voyez TACAMAHACA.
Cette gomme ne se dissout que dans l'esprit de vin ; c'est ce qui a donné lieu à M. Geoffroy de dire que l'on l'appelle improprement gomme. Elle est fondante, discussive, résolutive.
On la mêle dans un mortier chaud avec le baume de Copahu, & on l'applique avec succès sur l'épigastre, dans les douleurs d'estomac, dans les affections des hypochondres.
Délayée avec de l'huile d'ambre, elle est excellente dans la goutte. Schroder recommande pour la goutte une emplâtre faite avec une once de gomme caranna, une demi-once de cire jaune, & une quantité raisonnable d'huile.
On trouve dans Pomet la description d'un baume fait avec le caranna, qu'il dit être très en usage en Amérique pour les plaies. (N)
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| CARAQUE | S. f. (Marine.) c'est le nom que les Portugais donnent aux vaisseaux qu'ils envoyent au Brésil & aux Indes orientales. Ils les appellent aussi naos, comme voulant dire navires par excellence. Ce sont de très-grands vaisseaux ronds, également propres pour le combat & pour le commerce, plus étroits par le haut que par le bas ; qui ont quelquefois sept ou huit planchers, & sur lesquels ont peut loger jusqu'à deux mille hommes. Ces sortes de bâtimens ne sont plus en usage ; il y en avoit du port de deux mille tonneaux. La capacité des caraques consiste plus dans le creux qu'elles ont, que dans leur longueur & largeur. Cette profondeur des caraques, & la maniere dont elle sont construites, assez foible d'échantillon, les rend sujettes à se renverser lorsque leur charge n'est pas entierement complete : mais lorsqu'elles sont toutes chargées, elles ne courent pas beaucoup plus de risques que les autres vaisseaux, parce que le grand poids qui est dedans, les fait beaucoup enfoncer, ce qui les soûtient. (Z)
CARAQUES (les), Géog. peuple sauvage de l'Amérique méridionale, au Pérou, sur la côte de la mer du Sud ; leurs coûtumes différent des autres nations de ce pays.
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| CARARA | S. m. (Commerce.) poids dont on se sert en quelques endroits d'Italie, & particulierement à Livourne, pour la vente des laines & des morues.
Le carara est de cent soixante livres du pays, où la livre n'est que de douze onces poids de marc, ce qui revient à cent dix livres six onces trois gros, un peu plus, de Paris, Amsterdam, & autres villes où la livre est de seize onces. Le carara fait cent trente-six livres poids de Marseille (G)
CARARA, (Géog.) petite ville d'Italie, avec titre de principauté, fameuse par ses carrieres de marbre.
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| CARASOU | (Géog.) il y a deux rivieres de ce nom dans la Turquie ; l'une en Natolie, dans la Caramanie ; l'autre en Romanie, dans la Turquie, en Europe.
CARASOU, (Géog.) ville de la Tartarie Précopite, dans la Crimée.
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| CARAT | S. m. on donne ce nom au poids qui exprime le degré de bonté, de finesse, & de perfection ou d'imperfection de l'or. Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'origine de ce mot : Ménage, après Alciat, le dérive du grec , qui étoit une espece de petit poids. Savot le dérive, ce qui revient au même, de caratzion, qui signifioit un denier de tribut, ou une espece de monnoie qu'on battoit à cette fin : cet auteur dit que, comme la division du fin de l'argent a été faite par une espece de monnoie qu'on appelloit denier, aussi le titre de l'or a été marqué par une monnoie d'or qu'on appelloit en ce tems-là carat. D'autres le dérivent simplement du latin caracter : mais beaucoup de personnes aiment mieux suivre l'opinion de Kennet, qui le dérive de carecta, terme qui signifioit anciennement, selon cet auteur, un certain poids, & qui a été employé depuis pour exprimer la finesse de l'or, ou la pesanteur des diamans.
Le carat d'or est la vingt-quatrieme partie d'une quantité d'or, quelle qu'elle soit, ainsi un scrupule qui doit peser vingt-quatre grains, est un carat à l'égard d'une once d'or ; car une once contient vingt-quatre scrupules.
Si une once d'or n'a aucun alliage, c'est de l'or à vingt-quatre carats ; si l'alliage est d'un carat, c'est de l'or à vingt-trois carats ; s'il est de deux carats, c'est de l'or à vingt-deux carats, & ainsi du reste : mais on assûre qu'il ne peut se trouver d'or à vingt-quatre carats ; parce qu'il n'y en a point qui ne contienne quelque portion d'argent ou de cuivre, si bien purifié qu'il soit. Voyez CARATURE.
L'or rouge est le moins estimable, parce qu'il contient quelque portion de cuivre qui lui donne cette couleur ; le jaune est le meilleur.
Le carat de perle, de diamant, & des autres pierres précieuses, n'est que de quatre grains. Chymie de Lemery, onzieme édit. de Paris, pag. 91.
Suivant ce que l'on a vû ci-dessus, les Monnoyeurs ont fixé à vingt-quatre carats le plus haut titre ou la plus grande perfection de l'or. Il y a des demi, des quarts, des huitiemes, des seiziemes, & des trente-deuxiemes de carat. Ces degrés servent à marquer l'alliage : par les lois de France, il est défendu aux Orfevres de travailler l'or au-dessous de vingt-trois carats.
Le carat de fin est donc un vingt quatrieme degré de bonté ou de perfection d'une piece de pur or.
Le carat de prix est la vingt-quatrieme partie de la valeur d'une once ou d'un marc d'or. On dit aussi quelquefois un carat de poids, qui est la vingt-quatrieme partie du poids de l'once ou du marc. Voyez GRAIN, POIDS, &c.
On a déja vû que le carat est aussi un poids dont on se sert pour peser les diamans, les perles & les pierres précieuses, & qu'en ce cas il ne se divise qu'en quatre grains. Voyez DIAMANT & GRAIN. C'est ce qui fait conjecturer à quelques-uns que ce mot doit dériver du grec , qui signifie un fruit, que les Latins appellent siliqua, & les François carouge ou caroube. Chaque grain de ce légume peut peser quatre grains de froment ou d'orge ; c'est pourquoi le mot latin siliqua a toûjours été usité pour signifier un poids de quatre grains. (E)
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| CARATCHOLIS | (les) Géog. peuple d'Asie, dans la Colchide, au nord du mont Caucase ; on les nommoit aussi Karakirks ou Circassiens noirs, à cause du tems noir & toûjours couvert qu'il fait dans leur pays.
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| CARATURE | S. f. (Chimie & Métall.) c'est ainsi qu'on appelle le mélange des parties d'or avec des parties ou d'argent seul, ou d'argent & de cuivre, selon une certaine proportion. Ce mélange est destiné à faire les aiguilles d'essai pour l'or. Selon que l'on veut avoir un plus grand nombre d'aiguilles, & mettre une plus grande précision dans l'essai de l'or par la pierre de touche, on divise le marc d'or en un plus grand nombre de parties égales : supposons-le, par exemple, divisé en vingt-quatre parties, l'or pur sera représenté par vingt-quatre ; l'or le plus pur après le premier, par vingt-trois parties d'or, & par une partie d'argent ; l'or le plus pur après le précédent, sera représenté par vingt-deux parties d'or, & par deux parties d'argent ; ainsi de suite. Cette division du marc en vingt-quatre parties est purement arbitraire, & l'on auroit pû la faire ou plus petite ou plus grande. S'il n'entre, dans le mélange destiné à faire les aiguilles d'essai, que de l'or & de l'argent, il s'appellera carature blanche. S'il y entre de l'or, de l'argent & du cuivre, il s'appellera carature mixte.
On voit par rapport à la carature mixte, que la combinaison est double. Exemple, l'or le plus pur étant comme vingt-quatre, celui qui sera le plus pur immédiatement après l'or de vingt-quatre, sera allié, ou de deux parties égales d'argent & de cuivre, ou de deux parties inégales ; & dans ce second cas où il y a inégalité, ou il y aura deux parties d'argent contre une de cuivre, ou deux parties de cuivre contre une d'argent ; ou trois parties d'argent contre une de cuivre ; ou une partie d'argent contre trois de cuivre ; ainsi de toutes les autres combinaisons d'alliage d'argent & cuivre, dont le nombre des parties prises ensemble doit servir de complément à celui de vingt-quatre qui représente l'or pur.
Observez toutefois que quoique la division du marc d'or pur destiné à faire des aiguilles d'essai, soit arbitraire ; elle ne peut pourtant être poussée que jusqu'à un certain point, au-delà duquel les altérations des couleurs occasionnées par l'alliage, dans les traces des aiguilles sur la pierre de touche, passeroient par des nuances si imperceptibles, qu'on ne pourroit porter aucun jugement du degré de pureté de l'or éprouvé. Voyez ALLIAGE.
Le mélange destiné à faire les aiguilles d'essai pour l'argent s'appelle ligature. Voyez LIGATURE. Voyez à l'article ESSAI la maniere de faire les aiguilles d'essai pour l'or & l'argent, & à l'article PIERRE, celui de PIERRE DE-TOUCHE. (-)
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| CARAVAIA | (Géog.) riviere de l'Amérique méridionale, qui prend sa source dans le Pérou.
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| CARAVALLE | voyez CARAVELLE.
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| CARAVANE | S. f. (Hist. mod.) dans l'Orient, troupe ou compagnie de voyageurs, marchands, & pelerins qui, pour plus de sûreté, marchent ensemble pour traverser les deserts, & autres lieux dangereux infestés d'arabes ou de voleurs.
Ce mot vient de l'arabe cairawam ou cairoan, & celui-ci du persan kerwan ou karwan, négociant ou commerçant. Voyez Perits. Itin. mund. ed. Hyde, p. 61.
Les marchands élisent entr'eux un chef nommé caravan-bachi, qui commande la caravane ; celle de la Mecque est commandée par un officier nommé Emir Adge, qui a un nombre de janissaires ou autres milices suffisant pour la défendre. Ordinairement ces troupes de voyageurs marchent plus la nuit que le jour, pour éviter les grandes chaleurs, à moins que ce ne soit en hyver ; alors la caravane campe tous les soirs auprès des puits ou ruisseaux qui sont connus des guides, & il s'y observe une discipline aussi exacte qu'à la guerre. Les chameaux sont ordinairement les voitures dont on se sert ; ces animaux supportant aisément la fatigue, mangeant peu, & sur-tout se passant des trois & quatre jours de boire. On les attache à la file les uns des autres, & un seul chamelier en mene sept. Les marchands & les soldats se tiennent sur les ailes.
Le grand-seigneur donne la quatrieme partie des revenus de l'Egypte pour les frais de la caravane, qui va tous les ans du Caire à la Mecque visiter le tombeau de Mahomet ; cette troupe de pieux musulmans est quelquefois de 40 à 70 mille hommes, accompagnée de ses soldats pour les mettre à couvert du pillage des Arabes, & suivie de huit ou neuf mille chameaux chargés de toutes les provisions nécessaires pour un si long trajet à-travers les deserts. Il y en vient aussi de Maroc & de Perse.
Les pélerins pendant le chemin s'occupent à chanter des versets de l'alcoran ; quand ils sont à deux journées de la Mecque, dans un lieu nommé Rabak, ils se dépouillent tout nuds, & ne prennent qu'une serviette sur leur cou, & une autre autour des reins. Arrivés à la Mecque, ils y demeurent trois jours à faire leurs prieres & à visiter les lieux saints ; de-là ils vont au Mont-Arafat offrir leur corban ou sacrifice ; & après y avoir reçû la bénédiction du schérif ou prince de la Mecque, ils se rendent à Médine, pour honorer le tombeau du prophete.
On distingue en Orient les journées, en journées de caravanes de chevaux, & de caravanes de chameaux ; celles de chevaux en valent deux de chameaux : il part plusieurs caravanes d'Alep, du Caire, & d'autres lieux, tous les ans, pour aller en Perse, à la Mecque, au Thibet. Il y a aussi des caravanes de mer établies pour le même sujet ; telle est la caravane de vaisseaux qui va de Constantinople jusqu'à Alexandrie.
On appelle aussi caravanes, les campagnes de mer, que les chevaliers de Malte sont obligés de faire contre les Turcs & les corsaires, afin de parvenir aux commanderies & aux dignités de l'ordre : on les nomme de la sorte, parce que les chevaliers ont souvent enlevé la caravane, qui va tous les ans d'Alexandrie à Constantinople. (G)
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| CARAVANSERAI | S. m. (Hist. mod.) grand bâtiment public destiné à loger les caravanes. Voyez CARAVANE.
Ce mot vient de l'arabe cairawan, ou du persan karwan, qui signifie caravane, & de serrai, hôtel ou grande maison, c'est-à-dire hôtellerie des voyageurs.
Ces caravanserais, ou, comme Chardin les appelle, caravanserails, sont en grand nombre dans l'Orient, où ils ont été bâtis par la magnificence des princes des différens pays.
Ceux de Schiras & de Casbin en Perse passent pour avoir coûté plus de soixante mille écus à bâtir ; ils sont ouverts à tous venans, de quelque nation & religion qu'ils soient, sans que l'on s'informe ni de leur pays, ni de leurs affaires, & chacun y est reçû gratis.
Les caravanserais sont ordinairement un vaste & grand bâtiment quarré, dans le milieu duquel se trouve une cour très-spacieuse : sous les arcades qui l'environnent, regne une espece de banquette élevée de quelques piés au-dessus du rez-de-chaussée, où les marchands & voyageurs se logent comme ils peuvent eux & leurs équipages ; les bêtes de somme étant attachées au pié de la banquette. Au-dessus des portes qui donnent entrée dans la cour, il y a quelquefois de petites chambres que les concierges des caravanserais savent loüer fort cher à ceux qui veulent être en particulier.
Quoique les caravanserais tiennent en quelque sorte lieu en Orient des auberges, il y a cependant une différence très-grande entr'eux & les auberges ; c'est que dans les caravanserais, on ne trouve absolument rien ni pour les hommes ni pour les animaux, & qu'il y faut tout porter ; ils sont ordinairement bâtis dans des lieux arides, stériles & deserts, où l'on ne peut faire venir de l'eau que de loin & à grands frais, n'y ayant point de caravanserai sans sa fontaine. Il y en a aussi plusieurs dans les villes où ils servent non-seulement d'auberge, mais encore de boutique, de magasin, & même de place de change.
Il n'y a guere de grandes villes dans l'Orient, surtout de celles qui sont dans les états du grand seigneur, du roi de Perse, & du Mogol, qui n'ayent de ces sortes de bâtimens. Les caravanserais de Constantinople, d'Ispahan, & d'Agra, capitales des trois empires, sont sur-tout remarquables par leur magnificence & leur commodité.
En Turquie, il n'est permis qu'à la mere & aux soeurs du grand-seigneur, ou aux visirs & bachas qui se sont trouvés trois fois en bataille contre les Chrétiens, de fonder des caravanserais. (G)
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| CARAVANSERASKIER | S. m. (Hist. mod.) directeur ou intendant, chef d'un caravanserai. Voyez CARAVANSERAI.
Dans chaque caravanserai qui se rencontre sur les routes & dans les deserts, il y a un caravanseraskier ; dans ceux qui sont situés dans les villes, & destinés à serrer ou à étaler les marchandises, comme dans celui d'Ispahan, il y a aussi un officier ou garde-magasin qu'on appelle caravanseraskier. Il répond des marchandises déposées dans le caravanserai, moyennant un certain droit ou rétribution qu'on lui paye. (G)
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| CARAVELLE | S. f. (Marine) c'est un petit bâtiment portugais à poupe carrée, rond de bordage, & court de varangue ; il porte jusqu'à quatre voiles latines ou à oreilles de lievre, outre les boursets & les bonnettes en étui. Ces voiles latines sont faites en triangle ; cette sorte de bâtiment n'a point de hune, & la piece de bois qui traverse le mât est seulement attachée près de son sommet. Le bout d'embas de la voile n'est guere plus élevé que les autres fournitures du vaisseau ; au plus bas il y a de grosses pieces de bois comme un mât, qui sont vis-à-vis l'une de l'autre, aux côtés de la caravelle, & s'amenuisent peu-à-peu en haut. Les caravelles sont regardées comme les meilleurs voiliers ; elles sont ordinairement du port de 120 à 140 tonneaux. Les Portugais se servent de ces sortes de vaisseaux en tems de guerre pour aller & venir en plus grande diligence ; la manoeuvre en étant facile & faisant bien toutes les évolutions.
On nomme aussi caravelle, sur quelques côtes de France, les bâtimens qui vont à la pêche du hareng sur les bancs ; ils sont ordinairement de 25 à 30 tonneaux. Ceux qui sont destinés pour la même pêche, qui se fait dans la Manche, s'appellent trinquarts ; ils sont depuis 12 jusqu'à 15 tonneaux. (Z)
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| CARAY | (Géog.) petite île d'Ecosse, l'une des Westernes, assez fertile.
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| CARBATINE | S. f. (Chasse) on donne ce nom en général à toute peau de bête nouvellement écorchée.
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| CARBEQUI | S. m. (Commerce) monnoie de cuivre fabriquée à Teflis, capitale de Géorgie, qui vaut un demi-chaoury, ou trois sous quatre deniers argent de France.
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| CARBONADE | S. f. (Cuisine) on donne en général ce nom à toute viande que l'on sert sans autre apprêt, que de l'avoir exposée au feu sur le gril. Un pigeon à la carbonade, est un pigeon ouvert par l'estomac & cuit sur un gril. Une tranche de boeuf à la carbonade, c'est un morceau mince de cette viande cuit de la même maniere ; on fait quelquefois une sauce à la carbonade, quelquefois on n'en fait point.
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| CARBONIE | (l'édit), Hist. anc. edictum Carbonianum ; étoit dans l'origine un decret du préteur Cn. Carbo, lequel fut dans la suite adopté par les empereurs ; qui portoit que dans le cas où on disputoit à un impubere sa qualité de fils & celle d'héritier tout ensemble, la question d'état devoit être remise après sa puberté, & celle concernant l'hérédité devoit être jugée sans délai ; & au cas qu'il y eût lieu, la succession adjugée provisoirement à l'impubere, sauf l'examen de la question d'état après la puberté.
Or il falloit, pour qu'il y eût lieu au bénéfice de l'édit Carbonien, 1°. qu'il s'agît des biens paternels & non pas des maternels : 2°. que la question d'état & celle sur l'hérédité fussent mues toutes deux : 3°. & enfin que l'impubere n'eût été ni institué ni deshérité. (H)
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| CARBONILLA | S. f. (Chimie) on nomme ainsi au Potosi, un mélange de deux parties de charbon, & d'une partie de terre grasse, qu'on humecte & qu'on pétrit ensemble, jusqu'à ce que les matieres soient bien mêlées & bien retournées avec les mains, qu'elles s'unissent parfaitement entr'elles, & qu'elles paroissent ne faire qu'un même corps ; cette terre ainsi préparée, cette carbonilla sert à faire des vaisseaux pour les essais des mines, pour faire les catins. Voyez CATIN. (M)
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| CARBOUILLON | S. m. terme de Finances, est un droit des salines de Normandie, dont il est fait mention dans l'ordonnance des Gabelles. Ce droit est la quatrieme partie du prix du sel blanc qui s'y fabrique. (H)
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| CARBUR | ou CARBER, (Géog.) petite ville d'Irlande, dans la province de Leinster au comté de Kildare, sur la Boyne.
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| CARCAGNOLES | sub. f. (Soierie) c'est ainsi que les Piémontois appellent des especes de petites crapaudines de verre, sur lesquelles tournent les fuseaux des moulins, soit à ovaler, soit à organciner la soie. Voyez à l'article SOIE, le moulin à tordre les soies ; & à l'article FIL, le moulin ou ovale à tordre le fil.
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| CARCAISE | sub. f. (Verrerie) c'est un fourneau particulier aux manufactures en glaces & en crystal, où l'on prépare les frites destinées à ces ouvrages, & qui sont propres à quelques autres opérations relatives aux frites. Voyez les art. GLACE & CRYSTAL.
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| CARCAJOU | CARCAJOUX ou CARCAIOU, s. m. (Hist. nat. Zoolog.) animal quadrupede de l'Amérique septentrionale ; il est carnacier, & il habite les cantons les plus froids ; il pese ordinairement depuis vingt-cinq jusqu'à trente-cinq livres ; il a environ deux piés depuis le bout du museau jusqu'à la queue, qui peut avoir huit pouces de longueur : la tête est fort courte & fort grosse à proportion du reste du corps : les yeux sont petits, les mâchoires très-fortes & garnies de trente-deux dents, dont il y en a treize molaires, quatre canines, qui sont très-longues, & douze incisives, qui sont courtes, étroites, épaisses, & fort tranchantes : les jambes sont fort courtes ; il y a cinq doigts dans chaque pié, & les angles crochus, très-forts & très-pointus : le poil a quatorze ou quinze lignes de longueur ; il est de plusieurs couleurs, noir, roux, blanc, &c. Cet animal est très-fort & très-furieux, quoiqu'il soit petit ; il est si lent & si pesant, qu'il se traîne sur la neige plûtôt qu'il ne marche, aussi ne peut-il attraper en marchant que le castor. En hyver il brise & démolit la cabane du castor : mais celui-ci y est rarement surpris, parce qu'il a sa retraite assûrée sous la glace. La chasse qui rend le plus au carcajou, est celle de l'orignac & du caribou. Dans l'hyver, lorsqu'il y a de la neige de cinq ou six piés de hauteur, l'orignac se fait des chemins dans les endroits où il trouve la nourriture qui lui est convenable ; c'est dans ces chemins qu'il est attaqué par le carcajou, qui monte sur un arbre, attend l'orignac au passage, s'élance sur lui, & lui coupe la gorge en un moment ; c'est en vain que l'orignac se couche par terre, se frotte contre les arbres, & fait des efforts assez violens pour y laisser des morceaux de sa peau larges comme la main ; rien n'est capable de faire lâcher prises au carcajou. Il tue le caribou de la même façon, & il a beaucoup d'autres ruses ; il détend les piéges, & ensuite il mange l'appât sans péril. M. Sarrasin, hist. de l'acad. royale des Sciences, année 1723. (I)
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| CARCAN | S. m. est un poteau planté en terre, avec un collier de fer attaché à hauteur d'homme, à quoi on attache par le cou des malfaiteurs qu'on ne juges pas dignes de mort, pour les punir d'un délit qui marque la bassesse d'ame, par la confusion. La plûpart de ceux qu'on attache au carcan, ont été auparavant fustigés par le bourreau, & marqués d'un fer chaud, & sont souvent ensuite ou bannis ou envoyés aux galeres. (H)
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| CARCANOSSI | (Géog.) province d'Asie, dans l'île de Madagascar, au midi de la riviere de Matanengha.
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| CARCAPULI | (Hist. nat. bot.) c'est une espece d'oranger de Malabar, grand & gros à proportion, que deux hommes peuvent à peine embrasser : les feuilles sont par paires le long des branches, au bout desquelles il y a des fleurs tetrapétales, jaunâtres, sans odeur, & d'un goût aigrelet : le calice est à quatre pieces pâles & concaves ; le fruit pend à un pédicule d'un pouce de long ; il est gros, rond, divisé en huit ou neuf côtes, gonflées à leurs extrémités : il est d'abord verd, il jaunit, & finit par être blanc : il est d'une acidité agréable ; sa graine est oblongue, un peu plate, d'une couleur d'azur foncé, & logée au centre de la pulpe. Il se mange ; il se transporte seché, & on lui attribue plusieurs propriétés médicinales. Voyez Ray.
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| CARCARANN | ou CARCARAVAL, (Géog.) riviere de l'Amérique méridionale, au Paraguai, qui se jette dans la Plata.
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| CARCASSE | S. f. (Anatomie) c'est proprement le squelete d'un animal, ou le corps mort de cet animal, tel qu'il est lorsque la chair en est enlevée, brûlée ou desséchée. Voyez SQUELETE.
C'est ainsi qu'on dit : on voyoit long-tems après la bataille les carcasses des soldats, des chevaux, &c.
Carcasse d'un oiseau, d'une poularde, d'une perdrix, d'un levraud, d'un lapin, &c. c'est ce qui reste après qu'on en a enlevé les quatre membres, savoir les cuisses & les ailes.
On dit aussi, en Architecture & en Charpenterie, la carcasse d'un bâtiment ; elle comprend les solives, les poutres, les cloisons, les planchers, &c. & c'en est proprement l'assemblage considéré indépendamment des murs qui l'environnent, des tuiles ou ardoises qui le couvrent, & des autres matieres qu'on y applique, soit pour le consolider, soit pour l'orner.
CARCASSE. Voyez PARQUET.
CARCASSE de navire (Marine) c'est le corps du vaisseau qui n'est point bordé, & dont toutes les pieces du dedans paroissent au côté comme tous les os d'une carcasse. (Z)
CARCASSE : les Artificiers appellent ainsi une machine ou espece de bombe, ovale, rarement sphérique, composée de deux cercles de fer passés l'un sur l'autre en croix, en forme d'ovale, avec un culot de fer, le tout presque dans la même figure que sont certaines lanternes d'écurie. On dispose en-dedans, selon la capacité de la carcasse, de petits bouts de canon à mousquet, chargés de balles de plomb ; de petites grenades chargées, du calibre de deux livres, & de la poudre grenée ; ou couvre le tout d'étoupe bien goudronnée, & d'une toile forte & neuve par-dessus, à laquelle on fait un trou pour placer la fusée qui repond au fond de l'ame de la carcasse. On la jette avec un mortier, pour mettre feu aux maisons & pour produire d'autres pareils effets.
On a donné à cette machine le nom de carcasse, parce que les cercles qui la composent représentent en quelque sorte les côtes d'un cadavre humain.
On prétend que les carcasses furent inventées vers l'an 1672, & que les François en firent usage dans la guerre qu'il y eut alors entre la France & la Hollande.
La carcasse pesoit environ 20 livres ; elle avoit 12 pouces de hauteur & 10 pouces de diametre par le milieu. L'usage en est pour ainsi dire aboli, parce qu'on a remarqué qu'elle ne faisoit guere plus d'effet que la bombe, & qu'elle étoit d'une plus grande dépense. Voyez BOMBE. (Q)
CARCASSE, en termes de marchand de modes, sont des branches de fil de fer, couvertes d'un cordonnet, & soutenues toutes par une traverse commune à laquelle elles aboutissent. Ces carcasses servent à monter les bonnets, à en tenir les papillons étendus, & à empêcher qu'ils ne se chiffonnent.
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| CARCASSEN | (Géog.) ville d'Espagne, dans le royaume de Valence, dans la vallée de Xucar.
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| CARCASSE | (LE) Géog. petit pays de France, au bas Languedoc, dont Carcassone est la capitale.
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| CARCASSONE | (Géog.) ville de France, en Languedoc : il y a beaucoup de manufactures de draps ; elle est sur l'Aude. Longit. 20d. 0'. 46". lat. 43d. 10'. 51".
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| CARCHI | (Géog.) petite île très-fertile, dans la mer Méditerranée ; près de celle de Rhodes.
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| CARCINOME | S. m. , terme de Médecine, synonyme à cancer. Ce mot vient de , cancer, écrevisse. Voyez CANCER.
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| CARCUNAH | (Géog.) ville d'Afrique, dans la province de Berbera en Barbarie éthiopique.
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| CARDAILLA | ou CARDILLAC, (Géog.) petite ville de France, dans le Quercy.
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| CARDAIRE | S. f. (Hist. nat. Ichth.) raia spinosa, poisson de mer du genre des raies : il est hérissé d'aiguillons à-peu-près comme des cardes avec lesquelles on carde la laine, c'est pourquoi on lui a donné le nom de cardaire. Il a des aiguillons non-seulement sur les nageoires, comme la raie appelée ronce, mais encore sur les côtés de la tête, devant les yeux, sur le dos, &c. Rondelet. Voyez RAIE. (I)
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| CARDAMINE | sub. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante, dont la fleur est composée de quatre feuilles disposées en croix. Le pistil sort du calice & devient dans la suite un fruit ou une silique composée de deux lames ou panneaux appliqués sur les bords d'une cloison, qui divise la silique en deux loges remplies de quelques semences arrondies pour l'ordinaire. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les lames des siliques se recoquillent par une espece de ressort, se roulent en volute, & répandent les semences de part & d'autre avec assez de force. Tourne fort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
La cardamine offic. Germ. emac. 259. ressemble fort au cresson de fontaine, & en a à-peu-près les propriétés ; elle est échauffante, & bonne contre le scorbut ; elle se donne à la place du cresson de fontaine. On l'employe rarement dans les boutiques : Miller Bot. off. (N)
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| CARDAMOME | S. m. (Hist. nat. bot.) cardamomum ; le meilleur vient de Comagene, d'Arménie, & du Bosphore, il en croît aussi dans l'Inde & dans l'Arabie : il faut préférer celui qui est plein, bien ferme, & difficile à rompre ; celui qui manque de ces qualités est vieux. Le bon cardamome doit avoir l'odeur forte, & le goût acre & un peu amer.
On en distingue de quatre especes ; le cardamome proprement dit, dont nous venons de parler, le maximum, le majus, & le minus.
Le maximum, qu'on appelle aussi graine de paradis, a les grains quarrés, angulaires, d'un rouge brun, blancs en-dedans, d'une saveur chaude & mordicante, mais moins aromatique que le cardamome proprement dit : la cosse qui renferme les grains est à-peu-près sphérique ; elle vient de Guinée : l'arbre qui la porte est inconnu. Les grains de cardamomum maximum, ou grains de paradis, sont chauds, dessicatifs, & ont à-peu-près les mêmes qualités que le poivre.
Le majus ou grand cardamome a la cosse longue, à peu-près triangulaire, le grain cornu, rouge, brun, chaud, & aromatique ; il vient de l'île de Java. On n'en tire guere, parce qu'il n'est plus d'usage en Médecine.
Le minus ou cardamome commun, a la cosse triangulaire, sur une tige courte, coriace, striée, & contenant des grains petits, angulaires, chauds, épicés. On l'apporte des Indes orientales : la plante qui le produit est inconnue.
On attribue à tous, mais sur-tout à ce dernier dont on fait beaucoup d'usage en Medecine, les propriétés d'échauffer, de fortifier, d'aider la digestion, d'être bienfaisant à l'estomac & aux visceres, de chasser les vents, de soulager dans les maux de nerfs & de tête, de provoquer les urines & les regles, & de dissiper la jaunisse.
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| CARDA | (Philosophie de). Jérome Cardan, Milanois, naquit le premier Octobre 1508 ; il fut professeur en Medecine dans presque toutes les Académies d'Italie. En 1570 il fut mis en prison ; & en étant sorti il alla à Rome, où le pape lui donna une pension. On remarqua une étrange inégalité dans ses moeurs, & sa vie a été remplie de différentes aventures qu'il a écrites lui-même avec une simplicité ou une liberté qui n'est guere en usage parmi les gens de lettres. En effet il paroît n'avoir composé l'histoire de sa vie, que pour instruire le public qu'on peut être fou & avoir beaucoup de génie. Il avoue également ses bonnes & ses mauvaises qualités. Il semble avoir tout sacrifié au desir d'être sincere ; & cette sincérité déplacée va toujours à ternir sa réputation. Quoiqu'un auteur ne se trompe guere quand il parle de ses moeurs & de ses sentimens, on est cependant assez disposé à contredire Cardan, & à lui refuser toute créance, tant il semble difficile que la nature ait pû former un caractere aussi capricieux & aussi inégal que le sien. Il se félicitoit de n'avoir aucun ami sur la terre, mais en revanche d'avoir un esprit aérien mi-parti de Saturne & de Mercure, qui le conduisoit sans relâche, & l'avertissoit de tous ses devoirs. Il nous apprend encore qu'il étoit si inégal dans son marcher, qu'on le prenoit sans-doute pour un fou. Quelquefois il marchoit fort lentement, & en homme qui étoit dans une profonde méditation ; & puis tout d'un coup il doubloit le pas avec des postures bisarres. Il se plaisoit dans Bologne à se promener sur un chariot à trois roues. Enfin on ne sauroit mieux représenter la singularité de ce philosophe que par ces vers d'Horace, que Cardan avoue lui convenir très-bien.
Nil æquale homini fuit illi : saepe velut qui
Currebat fugiens hostem, persæpe velut qui
Junonis sacra ferret : habebat saepe ducentos,
Saepe decem servos, &c.
Quand la nature ne lui faisoit pas sentir quelque douleur, il se procuroit lui-même ce sentiment desagréable, en se mordant les levres, & en se tiraillant les doigts jusqu'à ce qu'il en pleurât. Il n'en usoit ainsi, disoit-il, que pour tempérer des saillies ou des impétuosités d'esprit si violentes, qu'elles lui étoient plus insupportables que la douleur même, & pour mieux goûter ensuite le plaisir de la santé. Enfin Cardan assûre qu'il étoit vindicatif, envieux, traître, sorcier, médisant, calomniateur, abandonné aux plus sales & plus exécrables excès que l'on puisse imaginer. D'un autre côté, il n'y a jamais eu personne qui ait eu si bonne opinion de soi-même, & qui se soit tant loüé que Cardan. Voici quelques-uns des éloges qu'il se donne. " Nous avons été admirés de plusieurs peuples. On a écrit une infinité de choses à ma loüange, tant en vers qu'en prose. Je suis né pour délivrer le monde d'une infinité d'erreurs. Ce que j'ai inventé n'a pû être trouvé par aucun de mes contemporains, ni par ceux qui ont vécu avant moi ; c'est pourquoi ceux qui écrivent quelque chose digne d'être dans la mémoire des hommes, n'ont pas honte d'avoüer qu'ils le tiennent de moi. J'ai fait un livre de dialectique où il n'y a pas une lettre de superflue, & où il n'en manque aucune. Je l'ai achevé dans sept jours, ce qui semble un prodige. A peine se trouvera-t-il quelqu'un qui puisse se vanter de l'avoir bien entendu dans un an ; & celui qui l'aura compris semblera avoir été instruit par un démon familier. Natura mea in extremitate humanæ substantiæ conditionisque, & in confinio immortalium posita ".
Si l'on considere dans Cardan les qualités d'esprit, on ne sauroit nier qu'il ne fût orné de toutes sortes de connoissances, & qu'il n'eût fait plus de progrès dans la Philosophie, dans la Medecine, dans l'Astronomie, dans les Mathématiques, &c. que la plûpart de ceux mêmes qui de son tems ne s'étoient appliqués qu'à une seule de ces sciences. Scaliger, qui a écrit contre Cardan avec beaucoup de chaleur, avoue qu'il avoit un esprit très-profond, très-heureux, & même incomparable ; desorte qu'on ne peut s'empêcher de convenir que son ame ne fût d'une trempe singuliere. Voyez ALGEBRE.
Quelques-uns l'ont accusé d'impiété, & même d'athéisme : en effet, dans son livre de Subtilitate, il rapporte quelques dogmes de diverses religions, avec les argumens dont on les appuie ; il propose les raisons des Payens, des Juifs, des Mahométans, & des Chrétiens ; mais celles des Chrétiens sont toûjours les moins fortes : cependant en lisant le livre que Cardan a composé de Vitâ propriâ, on y trouve plus le caractere d'un homme superstitieux, que celui d'un esprit fort. Il est vrai qu'il avoue qu'il n'étoit guere dévot, parum pius ; mais il assûre aussi qu'encore que naturellement il fût très-vindicatif il négligeoit de se venger quand l'occasion s'en présentoit ; il le négligeoit, dis-je, par respect pour Dieu, Dei ob venerationem. Il n'y a point de priere, dit-il, qui vaille le culte que l'on rend à Dieu, en obéissant à sa loi contre le plus fort penchant de la nature. Il se vante d'avoir refusé d'Edouard, roi d'Angleterre, une somme considérable que ce prince lui offroit, à condition qu'il lui donneroit les titres que le pape lui avoit ôtés. Enfin on ne peut rien voir de plus solide ni de plus sage que les réflexions qu'il fait dans son chapitre xxij. où il expose sa religion. La raison de son goût pour la solitude sent-elle l'impie ? Quand je suis seul, disoit-il, je suis plus qu'en tout autre tems avec ceux que j'aime, Dieu & mon bon ange.
Cardan avoit un esprit vaste & déréglé, plus hardi que judicieux, plus amoureux de l'abondance que du choix. La même bisarrerie qu'il avoit dans sa conduite paroît dans la composition de ses ouvrages.
Nous avons de cet auteur une multitude d'écrits, où l'obscurité & les digressions arrêtent le lecteur à chaque pas. On trouve dans son arithmétique plusieurs discours sur le mouvement des planetes, sur la création, sur la tour de Babel. Il y a dans sa dialectique un jugement sur les historiens, & sur ceux qui ont composé des lettres. Il avoue qu'il faisoit des digressions afin de remplir plûtôt la feuille ; car son marché avec le libraire étoit à tant par feuille ; & il ne travailloit pas moins pour avoir du pain que pour acquérir de la gloire. C'est lui qui a réveillé dans ces derniers siecles toute cette philosophie secrette de la cabale & des cabalistes, qui remplissoit le monde d'esprits, auxquels Cardan prétendoit qu'on pouvoit devenir semblable, en se purifiant par la Philosophie. Voyez CABALE.
Cardan avoit pris cette belle devise, tempus mea possessio, tempus ager meus, le tems est ma richesse, c'est le champ que je cultive. Voyez Bayle, d'où l'on a tiré quelques traits de la vie de ce philosophe. (C)
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| CARDANO | (Géog.) petite ville d'Italie au duché de Milan, sur l'Arne.
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| CARDASSE | voyez RAQUETTE.
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| CARDE | S. f. en terme de Cardeur de laine, est un instrument ou une espece de peigne composé de morceaux de fils-de-fer aigus, courbés, & attachés par le pié l'un contre l'autre, & par rangées fort pressées.
Voyez à l'article CARDIER la maniere dont on les fait, avec leurs différentes especes ; & à l'article LAINE & DRAPERIE, leur usage.
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| CARDEA | S. f. (Myth.) déesse qui présidoit chez les Romains aux gonds des portes. On dit que Janus lui donna cette intendance en réparation d'une injure qu'il lui avoit faite.
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| CARDÉE | S. f. les Cardeurs appellent ainsi la quantité de laine ou de coton qu'on a levée à chaque fois de dessus les deux cardes, après qu'on les a tirées & passées à plusieurs reprises l'une sur l'autre.
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| CARDER | terme de Cardeur, signifie l'action de préparer la laine, en la faisant passer entre les pointes de fer des deux instrumens qu'on nomme cardes, pour la peigner, en démêler le poil, & la mettre en état d'être filée, ou employée à divers ouvrages qu'on se propose d'en faire. Voyez LAINE & DRAPERIE.
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| CARDES | (Géog.) petite ville de l'Ecosse méridionale, dans la province de Lothian.
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| CARDEUR | S. m. ouvrier qui carde la laine, le coton, la bourre, &c. Voyez à l'article DRAPERIE leur fonction.
La communauté des Cardeurs de Paris est assez ancienne : ses statuts ou réglemens ont été confirmés par lettres patentes de Louis XI. du 24 Juin 1467, & depuis par autres de Louis XIV. du mois de Septembre 1688, & enregistrées au parlement le 22 Juin 1691.
Par ces statuts & réglemens, les maîtres de cette communauté sont qualifiés Cardeurs, Peigneurs, Arçonneurs de laine & coton, Drapiers drapans, Coupeurs de poil, Fileurs de lumignons, &c.
Aucun ne peut être reçû maître qu'après trois ans d'apprentissage, & un de compagnonage, & sans avoir fait le chef-d'oeuvre prescrit par les Jurés.
Il y a toûjours à la tête de la communauté des Cardeurs trois jurés en charge, établis pour veiller & reformer les abus & malversations qui peuvent s'introduire dans le métier ; & défendre les intérêts de la communauté. L'élection des jurés se fait d'année en année ; savoir, la premiere des deux, & la suivante du troisieme.
Outre le pouvoir attribué aux maîtres Cardeurs de Paris, de carder & peigner la laine ou le coton, de couper toute sorte de poil, de faire des draps, &c. ils ont encore, suivant les mêmes statuts, celui de faire teindre ou de teindre dans leurs maisons toute sorte de laine, en noir, musc, & brun : mais il leur est défendu par arrêt du conseil du Roi du 10 Août 1700, d'arracher ou couper aucun poil de lievre, même d'en avoir des peaux dans leurs maisons, n'étant pas permis aux Chapeliers d'employer de cette sorte de poil dans la fabrique des chapeaux. Voyez les regl. génér. pour le Commer. le dict. du Comm. & l'article CARDIER.
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| CARDIALGIE | S. f. (Medecine) des mots grecs , coeur, & de , je souffre : douleur violente qui se fait sentir à l'orifice supérieur de l'estomac, que les anciens appelloient aussi le coeur. Cette fausse dénomination a donné occasion à une façon de parler très-commune & très-impropre, qui est de dire j'ai des maux de coeur, lorsque l'on a envie de vomir ; ce mouvement contre nature est absolument dépendant de l'estomac, & en aucune façon du coeur.
La cardialgie est essentielle ou symptomatique.
L'essentielle est occasionnée par l'irritation des fibres de l'estomac, leur trop grande contraction, ou leur foiblesse.
Sa symptomatique a des causes étrangeres à ce viscere ; telle qu'une inflammation ou obstruction du foie, ou quelque affection de cerveau ou de la matrice.
La cardialgie essentielle est ou inflammatoire ou venteuse. Un sang épais engorgé dans les vaisseaux du ventricule est cause de la premiere espece ; voyez l'article INFLAMMATION : des vents occasionnés par l'air raréfié & échappé des alimens que l'on a pris, produisent la seconde ; celle-ci se distingue de l'autre par la difficulté qu'a le malade de respirer, par le gonflement de l'estomac, la douleur en cette partie, qui augmente lorsqu'on a mangé, enfin par les rots & les nausées fréquentes qui tourmentent le malade. Les remedes carminatifs sont très-indiqués dans ce cas, & cet accident cede aisément à leur usage.
Il y a encore une espece de cardialgie que l'on nomme spasmodique : celle-ci est plus cruelle que les autres, & est accompagnée de douleurs très-violentes, les nerfs de l'estomac se trouvent dans un érethisme & une tension des plus considérables, qui occupe les hypochondres & toute la région épigastrique. Elle est causée par un amas d'humeurs mordicantes, par émétique donné à trop forte dose, ou par un poison : dans ces deux derniers cas, les symptomes sont très effrayans. Le vertige, les maux de tête, la perte du sommeil, le délire, les convulsions, l'oppression de poitrine, les palpitations, la foiblesse, & l'intermittence du pouls, les syncopes, les tranchées, la constipation, la suppression des urines, le froid des extrémités, les sueurs froides, la lividité du visage, & sa pâleur, sont autant de symptomes de ce funeste accident, qui lorsque le Medecin n'est point promtement averti, cause en peu de tems la mort du malade.
Après cette description de la cardialgie, on conçoit aisément comment le lait caillé, ou les vers dans l'estomac des enfans occasionnent cette maladie, pourquoi les hypochondriaques & les femmes hystériques y sont sujets ; la délicatesse des fibres de l'estomac dans les uns, les mauvaises digestions dans les autres, sont les causes de la maladie : enfin comment un accès de colere, de peur, ou de quelque passion violente, peut occasionner la cardialgie : un engorgement du sang dans les vaisseaux de l'estomac, & son peu de facilité à se dégorger dans la veine-porte, la produisent.
La cardialgie est un état fâcheux, & auquel on ne peut trop-tôt remédier ; car les suites en sont très-funestes.
Le traitement varie selon les causes de la maladie ; rien en même tems n'est plus difficile que de placer les remedes dont on doit user : car les cordiaux que l'on employe assez fréquemment parmi le peuple, tels que la thériaque, la confection d'hyacinthe, & autres remedes de cette espece, ne sont pas toûjours indiqués. C'est aux lumieres d'un medecin qu'il faut s'en rapporter pour en diriger l'usage. Rien de plus dangereux pour un malade attaqué de cardialgie inflammatoire, que l'administration de ces remedes. Quel effet doit-on en attendre dans une cardialgie spasmodique ? enfin quel succès auront-ils lorsqu'elle sera causée par des vers, ou des matieres bilieuses & glaireuses, amassées dans l'estomac ? Un médecin expérimenté examinera les causes de la maladie ; il appliquera les remedes convenables, & vous épargnera les dangers que vous feroient courir par leur conseil, des gens qui n'ont nulle connoissance de l'économie animale, ni des maladies, ni de la façon de les traiter. (N)
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| CARDIAQUE | adj. en Anatomie, se dit de l'orifice gauche de l'estomac, à cause de sa proximité du coeur. Voyez ESTOMAC.
On donne aussi cette épithete aux vaisseaux, artere, veine, &c. qui se distribuent. Voyez ARTERE, VEINE, &c.
Le plexus cardiaque est un lacis de différens rameaux, tant de la huitieme paire que du nerf intercostal, qui se distribuent au coeur. Voy. COEUR. (L)
CARDIAQUE, adj. (Med.) passion cardiaque, est une maladie dont il est souvent parlé dans les auteurs sous ce nom ; mais dont les modernes traitent plus souvent sous le nom de syncope : c'est une foiblesse extrème, que le vulgaire nomme défaillance. Voyez SYNCOPE.
CARDIAQUE, remede qui peut réveiller & ranimer les forces abattues & languissantes. Ces sortes de remedes agissent en détruisant les obstacles qui s'opposent à la circulation, en augmentant le mouvement du sang ; & enfin leur effet se rend sensible par le pouls plus élevé, la transpiration augmentée, & par tous les signes qu'accompagnent l'usage modéré des liqueurs restaurantes.
Ce terme est synonyme à cordiaux, restaurans, fortifians, analeptiques. Voyez CORDIAUX. (N)
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| CARDIE | ou FAISEUR DE CARDES, (Art méchaniq.) Les Cardiers se servent pour leur ouvrage de la peau de veau, de bouc, ou de chevre bien tannée. Ils prennent cette peau ; ils la coupent par morceaux quarrés oblongs de la grandeur dont la carde doit être ; ils tendent ces morceaux, qu'ils appellent feuillets, sur une espece de métier appellé le panteur. Le panteur qu'on voit fig. 1. Pl. du Cardier, est composé de deux tringles, ou rames, ou branches de bois ébiselées en-dedans, AA, a a. Les bords des ébiselures sont garnis de deux rangées de clous à crochet, à l'aide desquels on tend les morceaux de peau, comme on le voit. Dans les extrémités des deux tringles ou rames sont reçûs deux bâtons ou cylindres BB, b b, terminés par les bouts d'un côté en tenon rond ou tourillon, & par les bouts de l'autre en vis. Les tourillons sont reçûs dans la tringle AA, & les vis dans la tringle a a. Il y a des cordes fines passées aux bords CC de la peau, & assujetties sur les rames AA, aa. Il est évident que si l'on fait tourner les bâtons BB, bb sur eux-mêmes dans le sens convenable, la rame a a sera forcée de monter, & qu'il viendra un moment où la peau tirée selon sa hauteur par la rame aa, & selon sa largeur par les ficelles CC, sera tendue en tous sens & à discrétion. On appelle cette opération, monter une peau sur le panteur ou panter.
Lorsque la peau est montée, on prend une pierre ponce qu'on passe dessus pour l'égaliser, pour enlever les parties trop dures, lui donner par-tout la même épaisseur, & la rendre plus déliée & plus souple, suivant le genre de cardes auquel elle est destinée. S'il s'y trouve des endroits trop minces, on y colle du papier ou du parchemin. Cette seconde opération s'appelle parer.
Lorsque la peau est parée, on la pique. Piquer une peau, c'est la percer de petits trous placés sur une même ligne droite, tout à la même distance, de maniere que le premier de la seconde ligne se trouve au centre du petit quarré, dont les deux premiers de la premiere ligne, & les deux premiers de la troisieme occupent les angles ; que le premier de la quatrieme ligne occupe le centre du petit quarré, dont les deux premiers de la troisieme & la cinquieme marquent les angles, & ainsi de suite, comme on voit fig. 2. Cette opération se fait avec l'instrument représenté fig. 3. Cet instrument s'appelle une fourchette. Il est garni à sa partie supérieure de deux aiguilles plus ou moins fines, selon les trous qu'on veut faire, & son manche est entaillé. Cette entaille sert à recevoir l'index, tandis que le reste du manche est embrassé par la paume de la main. Il est essentiel que les trous soient bien rangés en ligne droite, à même distance, & dans l'ordre où on les voit : cependant pour le leur donner, les ouvriers ne tracent aucune ligne sur la peau ; l'habitude seule les dirige, & ils travaillent avec une vîtesse incroyable. Au reste il ne seroit pas impossible d'imaginer une machine qui leur épargneroit toute cette peine. Il me semble que quand la peau seroit suffisamment tendue sur le panteur, on pourroit l'appuyer en-dessous de matelats, ou de gros draps, ou de chapeaux, & la presser en-dessus d'une surface armée de pointes courtes & roides, & rangées comme on le desire. Rien n'empêcheroit que cette presse ne ressemblât tout-à-fait à celle des Imprimeurs. On dit qu'il y a des ouvriers qui ont des fourchettes à quatre, six, huit pointes : mais que l'usage de ces fourchettes est plus difficile que de celles à deux pointes, & qu'il se trouve de l'inégalité soit dans le diametre, soit dans l'arrangement des trous, ce qui est de conséquence.
Quand on a piqué la peau, il s'agit de la garnir de fils d'archal. Pour cet effet on choisit celui qui a la qualité convenable à la grosseur de la carde qu'on veut faire. Les fils dont on fait les cardes pour les laines fines, sont connus dans le Languedoc sous les noms de fils à 2, à 3, à 4, à 5, à 6, & à 7 plombs, & désignés à Paris par les numeros 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 : le numero 1 est moins gros que le numero 2, & ainsi de suite. Les gros fils employés aux cardes des marchandises, ou laines, ou fils, ou poils extrèmement grossiers, vont depuis le numero 30 jusqu'au numero 40, toûjours augmentant en grosseur.
On commence par couper le fil-de-fer d'une longueur proportionnée à la carde qu'on veut faire ; ce qui s'exécute par le moyen de la jauge. La jauge est un instrument qu'on voit fig. 4. Son corps A est de bois : elle est entaillée en B. Cette entaille est revêtue de fer bien dressé. Sa partie supérieure C est couverte d'une plaque bien unie. Il est traversé d'une vis D qui sert de queue à la plaque C. Sur son corps à son extrémité E est fixé un écrou à oreilles, qui ne descend ni ne monte, mais qui se mouvant seulement sur lui-même, fait baisser ou descendre à discrétion la plaque C. On remplit l'entaille B de fils d'archal attachés en parquet, ainsi qu'on le voit dans la figure. On frappe un coup sur la plaque C, afin que les fils s'arrangent entr'eux & s'appliquent bien tous exactement sur la garniture inférieure G. On a une cisaille dont la lame s'applique à la plaque C, qui lui sert de guide ; & l'on enleve d'un coup de cette force ou cisaille les tronçons égaux & longs à discrétion, qu'on voit fig. 5. On les coupe ordinairement d'un pouce & demi plus ou moins. Il faut que ces fils soient bien droits, afin qu'ils prennent tous une inflexion égale, & dans le même endroit. On en prépare depuis 50 jusqu'à 100 à la fois, suivant la capacité de la jauge.
Quand les fils sont coupés, on les double. Pour cette opération, on se sert de l'instrument qu'on voit fig. 5. il est appellé doubleur, de fonction. Son manche A est de bois, sa partie supérieure C C est garnie de deux joues de fer. Une piece de fer bien dressée & fixée à vis dans le corps, revêtit l'espace D D D creusé à la partie supérieure. L'espece de gouttiere E E fig. 5. est comprise entre les deux joues C C, de maniere qu'il y ait entre sa face inférieure & la plaque D D D, un espace suffisant pour pouvoir y insérer les tronçons de fil-d'archal. La gouttiere E E a sa rainure tournée en-devant. On verra tout-à-l'heure pourquoi on lui a pratiqué cette rainure, & pourquoi on lui a donné du reste la forme d'un prisme triangulaire. On passe autant de tronçons de fil d'archal entre la gouttiere E E & la plaque D D D qu'on y en peut insérer, comme on y voit le tronçon F L, & l'on ramene la partie F par-dessus la gouttiere jusqu'au fond de la concavité D D ; ce qui fait souffrir au fil deux inflexions à la fois, & le réduit à la figure de celui qu'on voit sur le doubleur en G H I K. On a grand soin que le fond de la concavité D D soit bien en ligne droite, & que tous les bouts des tronçons soient bien exactement appliqués sur ce fond. Avec ces précautions, non-seulement les fils souffriront tous deux inflexions, l'une en H & l'autre en I : mais ces inflexions ou angles seront placés précisément aux mêmes endroits & seront très-vifs ; ce qui est un effet du taillant de la gouttiere qu'on a fait prismatique, afin que l'extrémité du tronçon pût être ramenée jusqu'en K. On la ramene jusqu'en K, afin que le fil venant à se restituer un peu par son ressort, l'angle I reste droit. Les tronçons au sortir du doubleur, ont la figure qu'on leur voit fig. 6. Les parties a c, bd sont toûjours de même longueur entr'elles : mais & ces parties & la distance a b, sont plus ou moins longues, selon l'espece des cardes auxquelles les fils d'archal sont destinés. Quant aux angles a & b, ils sont toujours droits. Les tronçons dans cet état s'appellent pointes.
Les pointes sont portées sur la partie qu'elles occupent fig. 6. du plateau A B C D ; le plateau A B C D, est une planche quarrée garnie d'un rebord. Au milieu du côté A D, est fixé un liteau E F ; par le moyen d'une corde I K, qui passe par-dessus, qui traverse la planche ou le fond du plateau, & qu'on arrête en-dessous avec une clavette. On éleve le bout F de ce liteau par le moyen d'une espece de coin G H ; le bord de sa surface supérieure est garni d'une plaque de fer L M. Cette plaque est percée de trous ; & ces trous pénetrent dans le fond ou corps du liteau à une profondeur déterminée. Ce liteau fait exactement la fonction d'un second doubleur ; on prend les pointes a b c d ; on les plante dans les trous du crocheux ou croqueux ; car c'est ainsi qu'on appelle cet instrument. On en voit une en O, puis on abaisse la partie O de la pointe en-devant sur la plaque L M du croqueux ; & les côtés a c, b d, des pointes, fléchissant, prennent encore deux nouveaux angles, & se réduisent sous la forme n o p q r.
Lorsque les pointes sont crochées, on les passe dans les trous de la peau piquée & tendue sur le panteur. On voit fig. 7. une peau couverte de pointes en-dessous ; & fig. 8. la même peau en-dessus ; cette opération de garnir la peau de pointes s'appelle bouter ou ficher. Lorsqu'on a bouté, & que la peau est couverte de pointes ou crocs, on passe dessus de la colle forte, après s'être bien assûré toutefois qu'il n'y a point de crocs à contre sens ; car il est évident que tous les angles doivent avoir leurs côtés paralleles, & les sommets tournés du même côté. Pour s'assûrer de cela, on a une planche qu'on appelle patron. On applique cette planche sur le feuillet ou sur la peau percée & garnie de crocs, & on retourne le panteur sans crainte que les crocs sortent de leurs trous, ou se dérangent.
Lorsqu'on a bien fixé les crocs sur le feuillet avec la colle forte dont on l'a enduit, on prend une pierre de grès très-fine, on enleve le morfil, & l'on aiguise les pointes des crocs en passant dessus cette pierre. Cette opération s'appelle habiller ou rhabiller la carde.
Après que la carde est habillée, on prend le fendoir, & l'on démêle les crocs qui sont embarrassés les uns dans les autres. Voyez fig. 9. cet instrument. C'est une espece de ciseau dont une des branches est inclinée en un sens, & l'autre en sens contraire ; il a un dos & un tranchant ; on passe sa pointe entre les crocs entrelacés, & on les démêle.
Après cette opération, on prend l'instrument représenté fig. 10. & appellé dresseur, de sa fonction. C'est un petit canon emmanché ; son ouverture est à-peu-près du diametre du fil ; on s'en sert pour redresser les crocs versés ou renversés ; on insere la pointe du croc dans l'ouverture, & on lui donne l'angle que l'on veut, & à l'endroit où il faut.
L'usage du fendoir est de mettre les crocs en ligne & de les démêler : celui du dresseur, c'est de placer tous les sommets des angles dans un même plan parallele au feuillet, & de rendre tous les crocs bien perpendiculaires, ou dans une même inclinaison.
Il s'agit maintenant de recorder la carde : recorder une carde, c'est examiner tous les crocs, ôter ceux qui se sont cassés, soit dans l'opération du fendoir, soit dans celle du dresseur, & ceux qui se sont trouvés trop courts. Pour cet effet, on ôte la colle dans l'endroit du feuillet auquel ils correspondent, & on leur en substitue d'autres.
Quand la carde a reçû toutes ces façons, on la détend pour la monter sur un morceau de bois de hêtre de même grandeur ; ce qui s'exécute au poinçon & au marteau. Le poinçon sert à faire des trous dans l'épaisseur du bois, & le marteau à enfoncer les clous. On a soin que le feuillet soit bien tendu sur le bois ; & pour l'y arrêter plus solidement, on borde la carde avec une lisiere de peau dont on couvre les extrémités cloüées du feuillet, & qu'on fixe avec de nouveaux clous.
Lorsque la carde est montée, on la mouve : les ouvriers entendent par mouver, repasser les pointes au grès, les égaliser derechef, & donner la derniere façon tant à celles qu'on a substituées, qu'aux autres.
Les Cardiers ne peuvent guere se négliger dans la façon des cardes que l'apprêt des laines ne s'en ressente : si les Cardiers n'observent aucune regle fixe dans la maniere de fabriquer les cardes destinées à mélanger & à carder les laines, ou que les Cardeurs se servent indistinctement de toutes sortes de cardes, les laines n'obtenant pas toute la perfection de travail dont elles sont susceptibles, les draps & les étoffes qu'on en fabriquera seront moins parfaits. C'est pourquoi le Roi a statué par un arrêt du 30 Décembre 1727, que les cardes appellées grosses plaquettes, qui servent à embourrer, ou carder pour la premiere fois les laines fines d'Espagne ou de Languedoc, qui entrent dans la fabrication des draps Londrins premiers & seconds, auront neuf pouces de long, cinq & demi de large, au moins cinquante & un rangs de dents, de soixante dents chacun, d'un fil de fer d'Allemagne de trois plombs.
Que les cardes appellées grosses plaquettes, qui servent à embourrer pour la premiere fois les draps communs, auront neuf pouces de long, cinq pouces & demi de large, au moins quarante-cinq rangs de dents, de cinquante-quatre dents chacun, de fil de fer d'Allemagne de deux plombs.
Que les drossettes destinées à dresser ou carder les laines pour la seconde fois, auront neuf pouces de long, cinq de large, au moins soixante & un rangs de dents de soixante & une dents chacun, de fil de fer d'Allemagne de quatre plombs.
Que les fines plaquettes qui servent à imprimer ou recarder sur le genou pour la troisieme fois, auront neuf pouces de long, quatre pouces trois lignes de large, au moins quatre-vingt-quatre rangs de dents, de soixante & une dents chacun, fil de fer d'Allemagne de six plombs.
Que les petites ou fines cardes qui servent à recarder pour la derniere & quatrieme fois les laines destinées pour les chaînes des draps Londres, Elbœuf, &c. auront neuf pouces de long, deux pouces deux lignes de large, au moins quatre-vingt-quatre rangs de dents, de quarante & une dents chacun, fil de fer d'Allemagne de six plombs.
Que les petites ou fines cardes à carder les laines fines d'Espagne pour chaînes de draps Londrins premiers & seconds, draps fins noirs, écarlates, & autres de même qualité, façon d'Espagne, d'Angleterre, de Hollande, &c. auront neuf pouces de long, deux pouces de large, au moins quatre-vingt-quatre rangs de dents, de quarante-trois dents chacun, de fil de fer d'Allemagne de sept plombs.
Que les petites ou fines cardes à recarder pour la quatrieme & derniere fois les laines pour trame de draps Londres larges, Elbœuf, droguets d'Angleterre, &c. auront neuf pouces de long, deux pouces & demi de large, au moins quatre-vingt-quatre rangs de dents, de quarante & une dents chacun, & de fil de fer d'Allemagne de cinq plombs.
Que les petites ou fines cardes à carder la trame des draps fins qui passent au Levant, façon d'Angleterre, de Hollande, d'Espagne, &c. auront neuf pouces de long, deux pouces & demi de large, au moins quatre-vingt-quatre dents, de quarante-trois dents chacun, fil de fer d'Allemagne de six plombs.
Que le cardier mettra sa marque à feu sur les cardes qu'il fabriquera, avec les numeros de la grosseur du fil & des rangs & des dents, sous peine de confiscation.
Que le cardeur n'employera point de cardes non-marquées, & ne cardera des laines qu'avec celles qui sont destinées à cette qualité de laine, sous peine de confiscation des laines & d'amende, soit contre lui, soit contre le fabriquant.
Que le cardeur ne cardera point des laines blanches avec des cardes qui auroient servi à des laines teintes.
Que les laines dont on fait les Londrins premiers & seconds, les Londres larges, & autres draps en blanc, n'ayant pas besoin d'être cardées autant que les laines teintes, si on ne les carde que trois fois, seront cardées la premiere avec les grosses plaquettes, la seconde avec les drossettes ou avec les fines plaquettes, & la troisieme avec les petites ou fines cardes, & que les jurés veillent à ce que les Cardiers & Cardeurs se conforment à ces ordonnances. Voyez les Reglemens génér. pour les manuf. tom. III. pag. 257.
Les cardes pour le coton ne sont pas différentes de celles qu'on employe pour la laine : ce sont celles qui servent à carder sur le genou, & qu'on appelle vulgairement petites cardes. Voyez. l'article DRAPERIE. Voyez aussi les dimensions de cette sorte de carde plus haut dans cet article même, & l'article LAINE.
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| CARDIF | ou GLAMORGAN, (Géogr.) ville d'Angleterre, dans la principauté de Galles, avec un bon havre. Long. 14. 20. lat. 51. 32.
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| CARDIGAN | (Géog.) ville d'Angleterre, capitale d'une province qu'on nomme Cardigan-shire, avec titre de comté, dans la province de Galles. Long. 12. 50. lat. 52. 13.
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| CARDINAL | terme qui sert à exprimer la relation ou qualité de premier, principal, ou plus considérable.
Ce mot vient de cardo, terme latin qui signifie un gond ; parce qu'en effet il semble que sur les points principaux, portent & roulent pour ainsi dire toutes les autres choses de même nature.
Ainsi la justice, la prudence, la tempérance, & la force, sont nommées les quatre vertus cardinales, comme étant la base de toutes les autres. Voyez VERTU.
Points cardinaux, en Cosmographie, sont les quatre intersections de l'horison, avec le méridien & le premier vertical. Voyez POINT.
Il y en a deux, savoir, les intersections de l'horison & du méridien, qu'on nomme nord & sud, ou nord & midy par rapport aux poles vers lesquels ils se dirigent. Voyez NORD, SUD, MIDY.
Quant à la maniere de déterminer ces points, voyez LIGNE MERIDIENNE.
Les deux autres, savoir, les intersections de l'horison & du premier vertical, s'appellent est & oüest, ou levant & couchant, ou orient & occident. V. ces mots.
Les points cardinaux coïncident donc avec les quatre regions cardinales des cieux, & sont éloignés de quatre-vingt-dix degrés les uns des autres.
Les points intermédiaires s'appellent points collatéraux. Voyez POINTS COLLATERAUX.
Points cardinaux du ciel, se dit aussi quelquefois, mais plus rarement, du lever & du coucher du Soleil, du zénith & du nadir. Voyez LEVER, COUCHER, ZENITH & NADIR.
CARDINAUX, (vents) sont ceux qui soufflent des points cardinaux. Voyez VENT.
CARDINAUX, (signes) adj. pl. en Astronomie. On désigne ainsi les signes du zodiaque, qui sont les premiers où le Soleil est censé entrer au commencement de chaque saison ; savoir, le bélier, le cancer, la balance, & le capricorne. Voyez SIGNE & PRECESSION. (O)
CARDINAUX, (nombres) en Grammaire, ce sont les nombres 1, 2, 3, &c. qui sont indéclinables par opposition aux nombres ordinaux, premier, second, troisieme, &c. Voyez NOMBRE.
CARDINAL, s. m. (Hist. ecclés.) se dit plus particulierement d'un prince ecclésiastique, qui a voix active & passive dans le conclave, lors de l'élection du pape. Voyez CONCLAVE.
Quelques auteurs disent que le mot cardinal vient du latin incardinatio, qui signifie l'adoption que faisoit une église d'un prêtre d'une église étrangere, d'où il avoit été éloigné par quelques malheurs ; que l'usage de ce mot a commencé à Rome & à Ravenne, parce que les églises de ces deux villes étant les plus riches, les prêtres malheureux s'y retiroient ordinairement.
Les cardinaux composent le conseil & le sénat du pape. Il y a dans le vatican une constitution du pape Jean, qui regle le droit & les titres des cardinaux, & qui porte que comme le pape représente Moyse, ainsi les cardinaux représentent les soixante-dix anciens, qui sous l'autorité pontificale jugent & terminent les différends particuliers.
Les cardinaux dans leur premiere institution, n'étoient autre chose que les prêtres principaux ou les curés des paroisses de Rome. Dans la primitive église le prêtre principal d'une paroisse, qui suivoit immédiatement l'évêque, fut appellé presbyter cardinalis. On les distinguoit par-là des autres prêtres moins relevés en dignité, qui n'avoient ni église, ni emploi. Ce mot a commencé environ l'an 150 ; d'autres tiennent que ce fut sous le pape Sylvestre l'an 300 : ces prêtres cardinaux étoient les seuls qui pouvoient baptiser & administrer les sacremens. Autrefois les prêtres cardinaux étant faits évêques, leur cardinalat vaquoit, parce qu'ils croyoient être élevés à une plus grande dignité. S. Grégoire se sert souvent de ce mot pour exprimer une grande dignité. Sous le pape Gregoire les cardinaux prêtres & les cardinaux diacres n'étoient autre chose que les prêtres ou les diacres qui avoient une église ou une chapelle à desservir. C'est-là ce que ce mot signifioit selon l'ancienne & véritable interprétation. Léon IV. les nomme dans le concile de Rome, tenu en 853, presbyteros sui cardinis, & leurs églises parochias cardinales.
Les cardinaux demeurerent sur le même pié jusqu'au xj. siecle : mais la grandeur du pape s'étant depuis extrèmement accrue, il voulut avoir un conseil de cardinaux, plus élevés en dignité que les anciens prêtres. Il est vrai que l'ancien nom est demeuré : mais ce qu'il exprimoit n'est plus. Il se passa un assez long-tems sans qu'ils prissent le pas sur les évêques, ou qu'ils se fussent rendus les maîtres de l'élection du pape : mais dès qu'une fois ils ont été en possession de ces priviléges, ils ont eu bien-tôt après le chapeau rouge & la pourpre ; ensorte que croissant toûjours en grandeur, ils se sont enfin élevés au-dessus des évêques par la seule dignité de cardinal.
Ducange observe qu'originairement il y avoit trois sortes d'églises ? que les vraies églises s'appelloient proprement paroisses : les secondes, diaconies, qui étoient jointes à des hôpitaux desservis par des diacres : les troisiemes de simples oratoires, où on disoit des messes particulieres, & qui étoient desservis par des chapelains locaux & résidens ; & que pour distinguer les églises principales ou les paroisses, des chapelles ou des oratoires, on leur donna le nom de cardinales. Les églises paroissiales donnerent en conséquence les titres aux cardinaux prêtres, & quelques chapelles donnerent ensuite le titre aux cardinaux diacres. Voyez EGLISE.
Tous les cardinaux furent distribués sous cinq églises patriarchales : savoir, de S. Jean de Latran, de Sainte Marie-majeure, de S. Pierre du Vatican, de S. Paul, de S. Laurent. L'église de S. Jean de Latran avoit sept cardinaux évêques que l'on appelloit collatéraux ou hebdomadaires, parce qu'ils étoient assistans du pape, & faisoient en sa place le service divin chacun leur semaine. Ce sont les évêques d'Ostie, de Porto, de Sylva Candida ou Sainte Rufine, d'Albano, de Sabine, de Frescati, & de Palestrine.
L'évêché de Sainte Rufine est maintenant uni à celui de Porto. L'église de Sainte Marie majeure avoit aussi sept cardinaux prêtres ; savoir, ceux de S. Philippe & S. Jacques, de S. Cyriace, de S. Eusebe, de Sainte Prudentienne, de S. Vital, des SS. Pierre & Marcellin, & de S. Clément. L'église patriarchale de S. Pierre avoit les cardinaux prêtres de Sainte Marie de-là le Tibre, de S. Chrysogone, de Sainte Cécile, de Sainte Anastasie, de S. Laurent in Damaso, de S. Marc, & des SS. Martin & Sylvestre. L'église de S. Paul avoit les cardinaux de Sainte Sabine, de S. Prisce, de Sainte Balbine, des SS. Nerée & Achillée, de S. Xiste, de S. Marcel, & de Sainte Susanne. L'église patriarchale de S. Laurent hors les murs, avoit sept cardinaux, ceux de Sainte Praxede, de S. Pierre-aux-liens, de S. Laurent in Lucinâ, des SS. Jean & Paul, des SS. quatre couronnés, de S. Etienne au mont Celio, & de S. Quirice. Baronius sur l'année 1057, cite un rituel ou cérémonial extrait de la bibliotheque du Vatican, qui contient ce denombrement de cardinaux.
D'autres observent qu'on appelloit cardinaux, non-seulement les prêtres, mais les évêques, les prêtres & les diacres titulaires, & attachés à une certaine église ; à la différence de ceux qui ne les servoient qu'en passant & par commission. Les églises titulaires où les titres étoient des especes de paroisses, c'est-à-dire des églises attribuées chacune à un prêtre cardinal, avec un quartier fixé & déterminé qui en dépendoit, & des fonts pour administrer le Baptême dans le cas où il ne pouvoit pas être administré par l'évêque. Ces cardinaux étoient subordonnés aux évêques. C'est pour cela que dans les conciles, par exemple dans celui de Rome tenu l'an 868, ils ne souscrivent qu'après les évêques. Ce n'étoit pas seulement à Rome qu'ils portoient ce nom : on trouve des prêtres cardinaux en France. Ainsi le curé de la paroisse de S. Jean des Vignes est nommé cardinal de cette paroisse dans une charte de Thibault, évêque de Soissons, où ce prélat confirmant la fondation de l'abbaye de S. Jean des Vignes, faite par Hugue, seigneur de Château-Thierry, exige que le prêtre cardinal du lieu, presbyter cardinalis illius loci, soit tenu de rendre raison du soin qu'il aura eu de ses paroissiens à l'évêque de Soissons, ou à son archidiacre, comme il faisoit auparavant. Les mêmes termes se trouvent employés, & dans le même sens, dans la charte du roi Philippe I. en 1076, portant confirmation de la fondation de S. Jean des Vignes.
On a donné aussi ce titre à quelques évêques, en tant qu'évêques. Par exemple, à ceux de Mayence & de Milan. D'anciens écrits appellent l'archevêque de Bourges cardinal, & l'église de Bourges église cardinale. L'abbé de Vendôme prend le titre de cardinal né.
Les cardinaux sont divisés en trois ordres : six évêques, cinquante prêtres, & quatorze diacres, faisant en tout soixante-dix, qu'on appelle le sacré collége. Voyez COLLEGE.
Les cardinaux évêques, qui sont comme les vicaires du pape, portent le titre des évêchés qui leur sont attribués. Pour les cardinaux prêtres & diacres, ils ont tous des titres tels qu'ils leur sont assignés. Le nombre des cardinaux & des évêques est fixé : mais celui des cardinaux prêtres & diacres, & par conséquent le nombre des membres du sacré-collége, a toûjours varié jusqu'à l'année 1125. Le collége des cardinaux étoit de cinquante-deux ou cinquante-trois. Le concile de Constance fixa le nombre des cardinaux à vingt-quatre. Sixte IV. sans avoir égard au concile, en grossit le nombre, & le porta jusqu'à cinquante-trois ; ainsi comme le nombre des cardinaux étoit anciennement reglé à vingt-huit, il fallut établir de nouveaux titres à mesure que l'on créa de nouveaux cardinaux. A l'égard des diacres, ils n'étoient originairement que sept pour les quatorze quartiers de la ville de Rome. On les augmenta ensuite jusqu'à dix-neuf, après quoi le nombre en fut diminué de nouveau.
Selon Onuphre, ce fut le pape Pie IV. qui régla le premier, en 1562, que le pape seroit seulement élu par le sénat des cardinaux, au lieu qu'il l'étoit auparavant par le clergé de Rome. D'autres disent que dès le tems d'Alexandre III. en 1160, les cardinaux étoient déjà en possession d'élire le pape, à l'exclusion du clergé. On remonte encore même plus haut, & l'on croit que Nicolas II. ayant été élû à Sienne en 1058, par les seuls cardinaux, c'est à cette occasion qu'on ôta le droit d'élire le pape au clergé & au peuple romain, qui n'eurent plus que celui de le confirmer, en donnant leur consentement ; ce qui leur fut encore ôté dans la suite. Le P. Papebrock conjecture que c'est Honorius IV. qui a mis le premier des évêques dans le sacré-collége, en y faisant entrer les évêques suffragans du pape, à qui de droit il appartient de le nommer, & en en faisant la premiere classe des cardinaux.
La constitution du conclave, pour l'élection du pape, fut faite au second concile de Lyon en 1274. Le decret du pape Urbain VIII. par lequel il est ordonné que les cardinaux seroient traités d'éminence, est de l'année 1630. Avant cela on les traitoit d'illustrissime.
Depuis ces nouvelles prérogatives, les cardinaux ont précédé les évêques ; cependant ces derniers, conservant leur prééminence, ont quelquefois pris le pas dans les assemblées & les cérémonies publiques en présence même du pape ; cela se voit dans l'acte de dédicace de l'église de Marmoutier par le pape Urbain II. l'an 1090, lorsqu'il vint en France tenir le fameux concile de Clermont ; car dans cette cérémonie, Hugues archevêque de Lyon, tenoit, après le pape, le premier rang ; les autres archevêques & évêques le suivoient ; & après eux venoient les cardinaux prêtres & diacres qui avoient accompagné le pape dans ce voyage.
Quand le pape crée des cardinaux, il écrit le nom de ceux qu'il veut élever à cette dignité, & il les fait lire dans le consistoire, après avoir dit aux cardinaux habetis fratres, c'est-à-dire vous avez pour freres NN. Le cardinal patron envoye ensuite querir ceux qui se trouvent à Rome, & les mene à l'audience du pape pour recevoir de lui le bonnet rouge, & au premier consistoire sa sainteté leur donne le chapeau. Jusque-là ils demeurent incognito, & ne peuvent se trouver aux assemblées. A l'égard des absens, le pape leur dépêche un de ses cameriers d'honneur pour leur porter le bonnet : mais ils sont obligés d'aller recevoir le chapeau de la main de sa sainteté ; & quand ils entrent à Rome on les reçoit en cavalcade. Les habits des cardinaux sont la soûtane, le rochet, le mantelet, la mozette, & le chape papale sur le rochet dans les actions publiques & solemnelles. La couleur de leur habit est différente selon le tems, ou de rouge, ou de rose seche, ou de violet : les cardinaux réguliers ne portent point de soie ou d'autre couleur que celle de leur religion, avec une doublure rouge ; mais le chapeau & le bonnet rouge sont communs à tous. Les cardinaux que le pape envoye aux princes souverains, sont décorés du titre de légats à latere ; & lorsqu'ils sont envoyés dans une ville de la domination du pape, leur gouvernement s'appelle légation. Il y a cinq légations, qui sont celles d'Avignon, de Ferrare, de Boulogne, de Perouse, & de Ravenne. Voyez LEGAT & LEGATION ; traité de l'orig. des cardinaux ; Ducange, gloss. Aubery, hist. des cardinaux.
Cardinal se dit aussi d'offices séculiers : ainsi les premiers ministres de la cour de Théodose sont aussi appellés cardinaux. Et Cassiodore, liv. VII. form. 34. fait mention du prince cardinal de la ville de Rome. On trouve parmi les officiers du duc de Bretagne, en 1447, un Raoul de Thorel, cardinal de Quillart, chancelier & serviteur du vicomte de Rohan ; ce qui montre que c'étoit un officier subalterne. (G)
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| CARDINALE | CARDINALE
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| CARDINAUX | S. m. pl. en terme de Drapier & de Tondeur ; c'est une espece de petites cardes de fer, remplie par le pié, & dont il n'y a que l'extrémité des pointes qui paroisse. On s'en sert pour ranger le poil & le coucher dans la tonte. Voyez l'article & les figures de la draperie.
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| CARDONE | (Géog.) ville forte d'Espagne dans la Catalogne, avec titre de duché. Il y a auprès de cette ville une montagne toute de sel, & qui ne s'épuise point ; ce sel est de différentes couleurs fort éclatantes, qu'il perd lorsqu'on le lave. Long. 19. 10. lat. 41. 42.
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| CARDONERO | (Géog.) riviere d'Espagne dans la Catalogne, qui se jette dans celle de Lobregat.
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| CARDONS | CARDONS
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| CARDUEL | (LE) ou CARTHUEL, (Géog.) pays d'Asie à l'Orient de la Géorgie, dont la capitale est Teflis
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| CAREDIVE | (Géog.) île d'Asie, dans la mer des Indes, sur la côte occidentale de l'île de Ceylan.
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| CARELIA | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en fleurons rassemblés en forme de tête, écailleuse & garnie de feuilles ; ces fleurons sont d'une seule piece, dont les bords sont découpés. La semence est oblongue, anguleuse, terminée par une aigrette garnie d'écailles ; elle mûrit sur la couche qui est nue. Pontedera, diss. oct. Voyez PLANTE. (I)
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| CARELIE | (Géog.) province de la partie orientale de la Finlande ; on la divise en suédoise & en moscovite : la partie la plus considérable appartient à la Russie.
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| CARELL | CRAOL, ou CRAIL, (Géog.) petite ville d'Ecosse, dans la province de Fife.
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| CARELSBROOK | (Géog.) forteresse d'Angleterre dans l'île de Wight, dans la Manche.
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| CAREMBOUL | (Géog.) contrée de l'île de Madagascar, dans la partie méridionale.
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| CAREME | S. m. (Hist. ecclésiast.) quadragesima, tems de pénitence, pendant lequel on jeûne quarante jours, pour se préparer à célébrer la fête de Pâque. Voyez JEUNE.
Anciennement dans l'église latine, le carême n'étoit que de trente-six jours. Dans le cinquieme siecle, pour imiter plus précisément le jeûne de quarante jours que Jesus-Christ souffrit au desert, quelques-uns ajoûterent quatre jours ; & cet usage, a été suivi dans l'Occident, si l'on excepte l'église de Milan, qui a conservé l'ancien usage, de ne faire le carême que de trente-six jours.
Suivant S. Jérôme, S. Léon, S. Augustin, & plusieurs autres, le carême a été institué par les apôtres. Voici comment ils raisonnent. Tout ce que l'on trouve établi généralement dans toute l'Eglise, sans en voir l'institution dans aucun concile, doit passer pour un établissement fait par les apôtres : or tel est le jeûne du carême. On n'en trouve l'institution dans aucun concile ; au contraire, le premier concile de Nicée, celui de Laodicée, aussi-bien que les PP. grecs & latins, sur-tout Tertullien, parlent du carême comme d'une chose générale & très-ancienne.
Calvin, Chemnitius, & les Protestans prétendent que le jeûne du carême a été d'abord institué par une espece de superstition, & par des gens simples qui voulurent imiter le jeûne de Jesus-Christ. Ils prétendent prouver ce fait par un mot de S. Irénée, cité par Eusebe : preuve très-foible, ou pour mieux dire de nulle valeur, quand on a contr'elle le témoignage constant de tous les autres peres, & la pratique de l'Eglise universelle.
D'autres disent que ce fut le pape Telesphore qui l'institua vers le milieu du second siecle ; d'autres conviennent que l'on observoit à la vérité le carême dans l'église, c'est-à-dire un jeûne de quarante jours avant Pâques, du tems des apôtres ; mais que c'étoit volontairement, & qu'il n'y eut de loi que vers le milieu du troisieme siecle. Le précepte ecclésiastique quand il seroit seul, formeroit une autorité que les réformateurs auroient dû respecter, s'ils avoient moins pensé à introduire le relâchement dans les moeurs, que la réforme.
Les Grecs différent des Latins par rapport à l'abstinence du carême : ils le commencent une semaine plûtôt, mais ils ne jeûnent point les samedis comme les Latins, excepté le samedi de la semaine-sainte.
Les anciens moines latins faisoient trois carêmes ; le grand, avant Pâques ; l'autre, avant Noël, qu'on appelloit de la S. Martin ; & l'autre de S. Jean Baptiste, après la Pentecôte, tous les trois de quarante jours.
Outre celui de Pâques, les Grecs en observoient quatre autres qu'ils nommoient les carêmes des apôtres, de l'Assomption, de Noël, & de la Transfiguration : mais ils les réduisoient à sept jours chacun ; les Jacobites en font un cinquieme, qu'ils appellent de la pénitence de Ninive ; & les Maronites six, y ajoûtant celui de l'exaltation de la Sainte-Croix.
Le huitieme canon du concile de Tolede ordonne que ceux qui, sans une nécessité évidente, auront mangé de la chair pendant le carême, n'en mangeront point pendant toute l'année, & ne communieront point à Pâques.
Quelques-uns prétendent que l'on jeûne les quarante jours que dure le carême, en mémoire du déluge, qui dura autant de tems, d'autres, des quarante années pendant lesquelles les Juifs errerent dans le desert ; d'autres veulent que ce soit en mémoire des quarante jours qui furent accordés aux Ninivites pour faire pénitence ; les uns, des quarante coups de foüets que l'on donnoit aux malfaiteurs pour les corriger ; les autres, des quarante jours de jeûne que Moyse observa en recevant la loi, ou des quarante jours que jeûna Elie, ou enfin des quarante jours de jeûne qu'observa Jesus-Christ.
La discipline de l'Eglise s'est insensiblement relâchée sur la rigueur & la pratique du jeûne pendant le carême. Dans les premiers tems, le jeûne dans l'église d'Occident consistoit à s'abstenir de viandes, d'oeufs, de laitage, de vin, & à ne faire qu'un repas vers le soir : quelques-uns seulement prétendant que la volaille ne devoit pas être un mets défendu, parce qu'il est dit dans la Genese que les oiseaux avoient été crées de l'eau, aussi-bien que les poissons, se permirent d'en manger ; mais on réprima cet abus. Dans l'église d'Orient le jeune a toûjours été fort rigoureux ; la plupart ne vivoient alors que de pain & d'eau avec des légumes. Avant l'an 800 on s'étoit déjà beaucoup relâché, par l'usage du vin, des oeufs & des laitages. D'abord le jeûne consistoit à ne faire qu'un repas le jour, vers le soir après les vêpres ; ce qui s'est pratiqué jusqu'à l'an 1200 dans l'église latine. Les Grecs dînoient à midi, & faisoient collation d'herbe & de fruits vers le soir dès le sixieme siecle. Les Latins commencerent dans le treizieme à prendre quelques conserves pour soûtenir l'estomac, puis à faire collation le soir. Ce nom a été emprunté des religieux, qui après souper alloient à la collation, c'est-à-dire à la lecture des conférences des saints peres, appellées en latin collationes, après quoi on leur permettoit de boire aux jours de jeûne de l'eau ou un peu de vin, & ce leger rafraîchissement se nommoit aussi collation. Le dîner des jours de carême ne se fit cependant pas tout-d'un coup à midi. Le premier degré de changement fut d'avancer le souper à l'heure de none, c'est-à-dire à trois heures après midi : alors on disoit none, ensuite la messe, puis les vêpres, après quoi l'on alloit manger. Vers l'an 1500, on avança les vêpres à l'heure de midi ; & l'on crut observer l'abstinence prescrite, en s'abstenant de viande pendant la quarantaine, & se réduisant à deux repas, l'un plus fort, & l'autre très-leger sur le soir. On joignoit aussi au jeûne du carême la continence, l'abstinence des jeux, des divertissemens & des procès. Il n'est pas permis de marier sans dispense pendant le carême. Thomassin, traité historique & dogmatique des jeûnes. (G)
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| CARENAGE | CRANAGE, CRAN, s. m. (Marine) c'est un lieu convenable sur le rivage de la mer, pour donner la carene à des vaisseaux. Les mots de cranage & de cran sont venus par corruption, & ne sont d'usage que parmi quelques matelots.
Pour qu'un lieu soit propre pour en faire un carenage, il faut qu'au pié de la côte il y ait assez d'eau pour que le vaisseau y soit à flot, & qu'on puisse l'abattre aisément sur la terre, & le coucher sur côté assez pour qu'on lui voye la quille.
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| CARENE | quille, s. m. (Marine) c'est une longue & grosse piece de bois, ou plusieurs pieces mises à bout l'une de l'autre, & qui regnent par-dehors dans la plus basse partie du vaisseau, de poupe à proue, afin de servir de fondement au navire. Voyez QUILLE. On prend souvent le mot de carene plus généralement, & on entend par-là toute la partie du vaisseau qui est comprise depuis la quille jusqu'à la ligne de l'eau ; de-là vient qu'on dit carener un vaisseau, donner la carene, mettre un vaisseau en ca rene, pour signifier qu'on donne le radoub au fond du bâtiment.
CARENE, CRAN ; c'est le travail qu'on fait pour calfater & radouber un vaisseau dans ses oeuvres vives, & qui vont sous l'eau.
Demi-carene, se dit lorsqu'en voulant carener un vaisseau, on ne peut travailler que dans la moitié de son fond par-dehors, & qu'on ne peut joindre jusque vers la quille.
Carene entiere, c'est quand on peut carener tout un côté jusqu'à la quille.
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| CARENER | v. act. (Marine) donner la carene à un vaisseau, mettre un vaisseau en carene. Quelques-uns disent par corruption carner & mettre un vaisseau en cran, car le mot cran n'est autre chose que celui de carene qu'ils ont estropié. Carener un vaisseau, c'est le coucher sur le côté jusqu'à ce qu'on lui voye la quille, pour le radouber, le calfater, ou le raccommoder aux endroits qui sont dans l'eau, qu'on nomme oeuvres vives ; & les oeuvres mortes comprennent toutes les parties du vaisseau qui sont hors de l'eau, ou bien tous les hauts du vaisseau.
Pour bien carener un vaisseau, il ne faut pas épargner le chauffage, qui se fait avec des bourrées de menus bois. Ce chauffage est nécessaire pour bien nettoyer le vaisseau, & mieux faire paroître les défectuosités ou les fentes qu'il pourroit y avoir, afin d'y remédier ; ensuite on le fraie & on le suife.
Pour coucher le vaisseau sur le côté lorsqu'on veut le carener, on se sert dans les ports, de pontons, sur lesquels on l'abat & l'amarre. (Z)
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| CARENTAN | (Géog.) petite ville de France en basse Normandie, dans le Cotentin.
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| CARETTE | S. f. partie du metier des étoffes de soie. La carette est un cadre d'un pié & demi environ de large sur deux piés & demi de long, composé d'un brancard & d'un montant, sur les traverses duquel, de chaque côté, est un rateau dans lequel les aleirons sont posés & enfilés. Voyez ETOFFE DE SOIE. Voyez aussi ALEIRONS.
Il n'y a pas ordinairement de poulies dans les carettes. Les aleirons sont séparés par des dentures faites aux deux planches, dans lesquelles sont enfilés les aleirons ; d'ailleurs il y a des carettes qui portent jusqu'à vingt aleirons de chaque côté : à quoi serviroient donc les poulies ?
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| CAREX | (Géog.) petite île d'Asie, dans le golfe Persique.
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| CARFAGNANA | (Géog.) petit pays d'Italie dans le Modénois, près de l'Apennin.
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| CARGA | (Géog.) île d'Asie dépendante de la Perse, de la province de Kerman.
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| CARGADORS | S. m. pl. (Commerce) nom qu'on donne à Amsterdam à des especes de courtiers qui ne se mêlent que de chercher du fret pour les navires qui sont en chargement, ou d'avertir les marchands qui ont des marchandises à voiturer par mer, des vaisseaux qui sont prêts à partir, & pour quels lieux ils sont destinés.
Si le cargador à qui le maître d'un vaisseau s'adresse, trouve à le fretter tout entier, il convient du prix avec le marchand qui en a besoin ; si au contraire il trouve à ne le charger qu'à cueillette, il distribue des billets à la bourse, & y fait afficher des placards qui contiennent le nom du vaisseau, du capitaine, du lieu de sa destination, & celui des cargadors. On peut voir un modele de ce billet, & la maniere de traiter avec les cargadors dans le dictionn. du Comm. tome II. p. 97.
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| CARGAISON | CARGUAISON, s. f. (Marine) c'est le chargement du vaisseau ; ainsi toutes les marchandises dont le vaisseau est chargé, composent la cargaison. On entend aussi quelquefois par ce mot, la facture des marchandises qui sont chargées dans un vaisseau marchand.
Quelques-uns se servent du mot de cargaison pour signifier l'action de charger, ou le tems propre à charger certaines marchandises ; en ce dernier sens on dit : ce mois est le tems de la cargaison des vins, des huiles, &c.
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| CARGUE | CARGUES, s. f. (Marine) on appelle ainsi toute sorte de manoeuvre qui sert à faire approcher les voiles près des vergues, pour les trousser & les relever, soit qu'on ait dessein de les laisser en cet état, ou de les serrer.
Les cargues sont distinguées en cargues-point, en cargues-fond, & en cargues-bouline.
Il faut remarquer que quoiqu'on dise une cargue au féminin, ce mot devient masculin lorsqu'il est joint avec un autre : on dit le cargue-point, le cargue-bouline, &c.
Cargues d'artimon. Quand on parle de ces sortes de cargues, on dit les cargues du vent & les cargues dessous le vent ; les unes sont du côté d'où le vent vient, & les autres du côté opposé.
Mettre les basses voiles sur les cargues, mettre les huniers sur les cargues, cela se dit lorsqu'on se sert des cargues pour trousser les voiles par en-bas.
Cargues à vûe ; c'est une petite manoeuvre passée dans une poulie sous la grande hune, & qui est frappée à la ralingue de la voile, pour la lever lorsqu'on veut voir par-dessous : cette manoeuvre n'est pas ordinairement d'usage.
Presque toutes les voiles ont des cargues : en voici le détail & le renvoi à la figure, pour en donner une plus parfaite intelligence.
Cargues de la grande voile, Planche I. n°. 33.
Cargues du grand hunier, n°. 79.
Cargues du grand perroquet, n°. 81.
Cargues d'artimon, n°. 32.
Cargues du perroquet de foule, n°. 78.
Cargues de misene, n°. 34.
Cargues du petit hunier, n°. 80.
Cargues du perroquet de misene, n°. 82.
Cargues de la civadiere, n°. 35.
Cargues du perroquet de beaupré, n°. 83.
Cargues-point ou tailles de point, ce sont des cordes qui étant amarrées aux angles ou points du bas de la voile, servent pour la trousser vers la vergue, ensorte qu'il n'y a que le fond de la voile qui reçoive le vent.
Cargues-bouline, contrefanons ; ce sont des cordes qui sont attachées ou amarrées au milieu des côtés de la voile vers les pattes de la bouline, & servent à trousser les côtés de la voile.
Voyez Planche I. les cargues-bouline de la grande voile, cotés 51.
Cargues-fond ou tailles de fond ; ce sont des cordes amarrées au milieu du bas de la voile, & c'est par le moyen de ces cordes qu'on en releve ou trousse le fond. Voyez Planche I. cargues-fond ou tailles de fond de la grande voile, n°. 53. cargues-fond de la voile de misene, n°. 54. cargues-fond de la civadiere, n°. 55. (Z)
Cargue-bas, voyez CALE-BAS.
Cargues de hune, voyez RETRAITES DE HUNE.
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| CARGUEUR | S. m. (Marine) c'est une poulie qui sert particulierement pour amener & guinder le perroquet ; on la met tantôt au tenon du perroquet, & tantôt à son chouquet ou à ses barres. (Z)
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| CARHAIX | (Géogr.) petite ville de France en basse Bretagne, fameuse par la bonté des perdrix qui s'y trouvent.
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| CARIATI | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure, avec titre de principauté. Long. 34. 50. lat. 39. 38.
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| CARIBANE | (Géog.) province maritime de l'Amérique méridionale, qui s'étend depuis l'embouchure de la riviere d'Orenoque jusqu'à celle de l'Amazone.
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| CARIBES | (LES) Géog. peuples sauvages de l'Amérique méridionale, aux confins des terres des Caripous ; ils vont tout nuds, & se peignent le corps en noir.
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| CARIBOU | S. m. (Hist. nat. Zool.) espece de cerf de l'Amérique. Il est très-leger, & il court sur la neige presqu'aussi vite que sur la terre. Cette facilité lui vient de la conformation de ses piés, qui n'enfoncent pas aisément dans la neige ; parce que la corne de ses piés est fort large, & garnie d'un poil rude dans les intervalles, desorte qu'elle lui tient lieu des raquettes des Sauvages. Lorsqu'il habite le fort des bois, il se fait des routes dans la neige, & il y est attaqué par le carcajou. Voyez CARCAJOU. (I)
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| CARICATURE | S. f. (Peinture) Ce mot est francisé de l'italien caricatura, & c'est ce qu'on appelle autrement charge. Il s'applique principalement aux figures grotesques & extrèmement disproportionnées soit dans le tout, soit dans les parties qu'un peintre, un sculpteur ou un graveur fait exprès pour s'amuser & pour faire rire. Calot a excellé dans ce genre. Mais il en est du burlesque en Peinture comme en Poésie ; c'est une espece de libertinage d'imagination qu'il ne faut se permettre tout au plus que par délassement. (O)
CARIE, s. f. terme de Chirurgie, solution de continuité dans un os, accompagnée de perte de substance, laquelle est occasionnée par une humeur acre & rongeante. Voyez Os.
La carie est une sorte de corruption ou putréfaction particuliere aux parties dures & osseuses du corps, qui y produit le même effet que la gangrene ou la mortification sur les parties molles ou charnues ; ou qui, comme s'expriment d'autres auteurs, y fait ce que font aux parties molles l'abcès ou l'ulcere. Voyez GANGRENE, MORTIFICATION, ABCES, ULCERE.
La carie provient de l'affluence continuelle d'humeurs vicieuses sur l'os, ou de l'acrimonie de ces humeurs ; de fracture, de contusion, de luxation, d'ulcere, de mal vénérien, de médicamens corrosifs, de ce que l'os est resté long-tems à nud & dépouillé de chair, exposé à l'air extérieur, &c.
Les remedes usités dans la carie sont les teintures d'euphorbe, de myrrhe & d'aloès, ou les mêmes substances en poudre avec une addition d'iris, d'aristoloche d'une ou d'autre sorte, de gentiane, &c. & singulierement la poudre de diapenté. Après qu'on a fait usage de la teinture ; on met sur l'os un plumasseau saupoudré des mêmes substances pulvérisées. On applique aussi fort souvent avec succès sur l'os carié le cautere actuel, qu'on passe à-travers une cannule, pour ne point endommager les parties voisines. Voyez CAUTERE.
Les Anatomistes, en disséquant des corps, trouvent souvent des os cariés, singulierement ceux des mâchoires, des jambes, &c. quoique pendant que les personnes étoient vivantes on ne soupçonnât rien de semblable, & qu'elles n'en ressentissent aucun mal.
Lorsque les caries sont causées par un virus vénérien, scorbutique, écroüelleux, &c. il faut tâcher de détruire la cause avant que d'employer les remedes locaux capables de produire l'exfoliation de la carie. Voyez EXFOLIATION.
Les caries avec vermoulure ne se peuvent guérir, il faut en venir à l'amputation du membre. Voyez AMPUTATION.
La carie des os du crane oblige souvent à multiplier l'application des couronnes de trépans. On trouve dans le premier volume des mém. de l'académie royale de Chirurgie, plusieurs observations importantes sur la guérison des caries du crane, à l'article de la multiplicité des trépans. Il y en a une entr'autres de Mr. de la Peyronie, qui enleva une carie considérable, & qui employa à cette opération les trépans, les élévatoires, les tenailles, les scies, les limes, les vilebrequins, les maillets de plomb, les gouges, les ciseaux de presque toutes les especes, &c. Cette observation, qui fournit un des plus grands faits de Chirurgie, tant par la grandeur de la maladie & la constance du malade, que par l'intrépidité du chirurgien, est un de ces exemples extraordinaires dûs à l'humanité, qui dans le cas desespéré a porté de grands chirurgiens à des entreprises audacieuses, qui ont servi à faire connoitre de plus en plus les forces de la nature & les ressources de l'art.
La carie des dents cause des douleurs considérables, qui ne cessent ordinairement que par l'extirpation. Voyez ODONTALGIE, DENT, MAL DE DENT. (Y)
CARIE, (Géog. anc. & mod.) province d'Asie en Natolie, au midi de l'Archipel, appellée aujourd'hui Alidinelli.
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| CARIFE | (Geogr.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la principauté ultérieure.
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| CARIGNA | (Géogr.) petite ville du Piémont, avec titre de principauté. Long. 25. 20. lat. 44. 45.
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| CARIGOURIQUA | (Géog.) peuple d'Afrique dans la Cafrerie, aux environs du cap de Bonne-Espérance.
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| CARILLON | S. m. (Horlog.) horloge ou pendule à carillon ; c'est une horloge qui sonne ou répete un air à l'heure, à la demie, & quelquefois aux quarts.
Ces horloges sont fort communes en Flandre, on en voit presqu'à toutes les églises ; mais dans ce pays-ci elles sont assez rares. L'horloge de la samaritaine est, je crois, la seule de cette espece qui soit dans Paris.
Quand aux pendules à carillon, elles sont beaucoup plus en usage en Angleterre qu'ici, où on en fait peu.
Les carillons sont faits sur les mêmes principes que les serinettes ou les orgues d'Allemagne. Dans celles-ci les tons sont formés par des petits tuyaux d'orgue ; dans les carillons ils le sont par des timbres ou des cloches, dont les diametres doivent suivre exactement le diapason. Voyez DIAPASON, & l'article CLOCHE. Ils ont de même un tambour qui a des chevilles sur sa circonférence, lesquelles, au lieu de lever des touches, comme dans ces orgues, baissent les leviers pour les faire frapper sur les timbres. (T)
Comme les cloches des carillons sont souvent fort éloignées du cylindre, étant placées symmétriquement dans une lanterne élevée au-dessus du bâtiment qui contient l'horloge, on transmet à leurs marteaux l'action des chevilles du cylindre ; par des fils-de-fer attachés d'un bout à la queue du marteau, & de l'autre au milieu d'une bascule fixée par une de ses extrémités. Voyez CLAVIER du grand orgue ; & pour la maniere de noter le cylindre, l'article SERINETTE. Il faut remarquer que le clavier du cylindre ne peut pas être touché avec les doigts, parce que le cylindre occupe la place de l'organiste ; & d'ailleurs que les touches sont trop larges & toutes de même longueur, les feintes n'étant point distinguées par ces sortes de claviers. Si donc on veut y en ajuster un que l'on puisse toucher avec les doigts, on placera le clavier où on jugera à propos ; & par le moyen d'un ou de plusieurs abregés (voyez ABREGE), on établira la sonnerie entre les touches du clavier & les leviers, ou queues des marteaux.
On conçoit facilement que lorsque le carillon répete par le moyen du cylindre, il faut une puissance qui le fasse tourner ; comme, par exemple, un ressort, un poids, dont le mouvement est modéré par le moyen d'un roüage, comme dans les sonneries. Voy. SONNERIE. Il est encore facile d'imaginer qu'il y a une détente qui correspond à l'horloge, au moyen de laquelle le carillon sonne aux heures & aux demies, &c. & que cette détente est disposée de façon qu'il sonne toûjours avant l'horloge, & que celle-ci ne peut sonner qu'après le carillon.
Quant à la maniere de noter le tambour, elle est la même que pour les orgues d'Allemagne. Voyez SERINETTE, ORGUE d'Allemagne.
Les tableaux mouvans & les figures qui jouent des airs, soit avec un violon, un tambourin, &c. sont faites sur le même principe. C'est toûjours un tambour qui, faisant un tour dans un tems donné, leve des bascules, qui par de petites chaînes font mouvoir les doigts, les bras, &c. Tel étoit, par exemple, l'admirable flûteur de Mr. de Vaucanson. Voyez l'article ANDROÏDE.
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| CARIM-CURINI | (Hist. nat. bot.) arbrisseau des Indes, qui porte des fleurs en casque d'un bleu verdâtre, & formant des épis dont le fruit est partagé en deux cellules, où sont deux semences plates ; arrondies & faites en coeur, & qui a la racine fibreuse, blanchâtre, & couverte d'une écorce amere. Voyez dans Ray, ses propriétés médicinales ; dont les principales sont attribuées à la décoction de la racine, qu'on dit appaiser les douleurs de la goutte ; &c.
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| CARINES | S. f. (Hist. anc.) femmes dont la profession étoit de pleurer les morts dans les cérémonies des funérailles payennes : on les faisoit venir de Carie, d'où elles étoient appellées Carines.
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| CARINOLA | (Géogr.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la terre de Labour. Long. 31. 35. lat. 41. 15.
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| CARINTHIE | (Géogr.) province d'Allemagne, avec titre de duché, bornée par l'Autriche, la Styrie, la Carniole & le Frioul, le Tirol, &c. Clagenfurt en est la capitale.
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| CARIOLE | S. f. (Messagerie) espece de voiture grossiere à deux roues, dont on se sert dans les messageries.
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| CARIPI | S. m. (Hist. mod.) espece de cavalerie dans les armées turques. Les caripis, qui sont au nombre de mille, ne sont point esclaves, & n'ont point été nourris & élevés comme eux au serrail ; mais ce sont pour la plûpart des maures ou chrétiens renégats qui ont fait le métier d'aventuriers qui cherchent fortune, & qui par leur adresse & leur courage sont parvenus au rang de cavaliers de la garde du prince. Ils marchent avec l'usagi, à main gauche derriere le sultan, & ont dix à douze aspres par jour. Caripi signifie pauvre & étranger ; & Calcondyle dit qu'on leur a donné ce nom, parce qu'on les tire principalement d'Egypte, d'Afrique, &c. (G)
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| CARIPOUS | (Géog.) peuple de l'Amérique méridionale, au nord du Bresil & de la riviere des Amazones. Ce peuple passe pour le plus doux & le plus humain de tous ceux des Indes occidentales. Il fait une guerre continuelle aux Caribes, qui ne sont point tout-à-fait si honnêtes gens que les Caripous.
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| CARIQUEUSE | adj. f. terme de Chirurgie, est l'épithete qu'on donne à une tumeur qui par sa figure ressemble à une figue : il en vient quelquefois de cette espece parmi les hémorrhoïdes. Voyez FIGUE & HEMORRHOÏDE.
Ce mot vient du latin carica, qui est le nom d'une espece de figue sauvage, ainsi nommée parce qu'elle croissoit en Carie.
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| CARISEO | (Géog.) île d'Afrique près du cap Saint-Jean, près la côte de Guinée au royaume de Benin.
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| CARISTO | (Géog.) petite ville de Grece dans l'île de Negrepont. Long. 42. 50. lat. 38. 6.
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| CARLADEZ | (LE) Géogr. petit pays de France dans la haute Auvergne, sur les confins du Roüergue, dont la capitale est Carlat.
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| CARLAT | (Géog.) petite ville de France dans la province d'Auvergne, au Carladez.
CARLAT, (Géog.) petite ville de France dans le haut Languedoc, sur la riviere de Bezegue. Il y a encore une ville de ce nom en France, au comté de Foix : c'est la patrie de Bayle.
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| CARLEBY | (Géog.) petite ville de Suede dans la Cajanie en Finlande, à l'orient du golfe de Bothnie.
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| CARLENTINI | (Géog.) petite ville de Sicile dans la vallée de Noto.
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| CARLETON | (Géogr.) petite ville d'Angleterre dans la province d'Yorck.
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| CARLETT | ou CARRELETTE, s. f. (Commerce & fabrication d'ardoise) c'est ainsi qu'on appelle une sorte d'ardoise qui se fabrique dans l'Anjou. Voyez ARDOISE.
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| CARLILE | (Géog.) ville d'Angleterre assez forte, capitale du duché de Cumberland, sur l'Eden. Long. 14. 17. lat. 55.
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| CARLI | ou CARLINO, (Comm.) monnoie du royaume de Naples & qui a aussi cours en Sicile. Le carlin fait dix grains, ou environ huit sous de notre argent.
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| CARLINE | carlina. s. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleurs ordinairement radiées. Le disque de ces fleurs est un amas de fleurons portés chacun sur un embryon. La couronne des mêmes fleurs est formée par plusieurs fleurs plates qui ne portent sur aucun embryon. Toutes ces pieces sont soûtenues par un grand calice épineux. Les embryons deviennent dans la suite des semences garnies d'aigrettes, & séparées les unes des autres par de petites feuilles pliées en gouttiere. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
La carlina, chameleon albus, carlina offic. est d'usage. On se sert de la racine de cette plante en Medecine ; elle est estimée sudorifique, alexipharmaque, bonne contre toutes les maladies pestilentielles, & même contre la peste : elle est aussi diurétique, & salutaire dans l'hydropisie : elle excite les regles, & on peut l'employer dans les maladies hypochondriaques.
Son odeur cause des maux de tête, des vertiges, des nausées. (N)
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| CARLINGFORD | (Géog.) petite ville maritime d'Irlande, au comté de Louth. Longit. 11. 20. latit. 64. 6.
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| CARLINGUE | CALINGUE, ESCARLINGUE, ECARLINGUE, CONTRE-QUILLE, s. f. (Marine) on appelle ainsi la plus longue & la plus grosse piece de bois qui soit employée dans le fond de cale d'un vaisseau. Comme une seule piece ne suffit pas n'y en ayant point d'assez longue, on en met plusieurs bout à bout. La carlingue se pose sur toutes les varangues ; elle sert à les lier avec la quille, ce qui fait que quelques-uns l'appellent contre-quille : le pié du grand mât pose dessus. Voyez Planche VI. n°. 27. la forme d'une des pieces de bois qui composent la carlingue.
Voyez Pl. IV. fig. 1. n°. 22. la position de la carlingue ; & n°. 5. la partie qu'on nomme contre-quille. Voyez encore Pl. V. fig. 1. n°. 22. la carlingue dans sa coupe transversale.
La carlingue doit avoir l'épaisseur des deux tiers de celle de l'étrave ; elle doit être plus large que la quille, à cause que la carlingue du pié du mât pose dessus, & que le serrage y entre. Elle est jointe à la quille par des chevilles de fer, & sert à l'affermissement de tout le vaisseau : on la peut nommer une quille interne ; elle a fort souvent un écart à l'avant.
Les mesures que l'on donne à la carlingue pour sa largeur & épaisseur, se reglent suivant la grandeur du bâtiment : par exemple, la carlingue d'un vaisseau de 134 piés de long aura 9 à 10 pouces d'épaisseur, 2 piés 4 à 5 pouces de largeur, & environ 3 pouces d'épais aux bouts de l'écart.
La carlingue va en diminuant vers les bouts, tant à l'égard de la largeur que de l'épaisseur. On met à chaque varangue, ou du moins de deux en deux varangues, une cheville de fer à tête perdue, qui passe au-travers de la carlingue & de la varangue, & entre dans la quille si avant, qu'il ne s'en faut qu'un pouce & demi qu'elle ne passe tout au-travers ; & lorsqu'on met le vaisseau sur le côté, on garnit le reste du trou par-dehors, de bouts de chevilles de bois qu'on y fait entrer avec beaucoup de force, afin qu'il n'y passe point d'eau.
On renforce la carlingue d'une autre piece de bois qu'on met dessus, à l'endroit qui porte le pié du grand mât.
CARLINGUE ou ECARLINGUE de pié de mât ; c'est la piece de bois que l'on met au pié de chaque mât, qui porte aussi ce nom.
Le grand mât, le mât de misene & le mât d'artimon, ont chacun leur carlingue. Voyez Pl. VI. n°. 40. la figure de la grande carlingue ou carlingue du grand mât, & sa situation, Pl. IV. fig. 1. n°. 34.
Carlingue du mât de misene ; sa figure Pl. VI. n°. 41. sa situation dans le vaisseau, Pl. IV. fig. 1. n°. 35.
Carlingue du mât d'artimon, voyez Pl. IV. fig. 11. n°. 84. & 106.
La grande carlingue, ou l'écarlingue du pié du grand mât, se pose droit sur la contre-quille : ses proportions dépendent de la grandeur du vaisseau. Dans un bâtiment de 134 piés de long, elle est à 6 piés de distance du milieu de la longueur du vaisseau, en allant vers l'arriere ; elle est assûrée par deux porques marquées aa dans la figure 40. de la Planche VI. Ces porques, dans un vaisseau de 134 piés de long, doivent avoir 14 pouces de large & 12 pouces d'épais, & être à 3 piés & demi de distance l'un de l'autre. La porque qui est vers l'avant, se place derriere le banc de la grande écoutille. Ces porques sont encore fortifiées par 4 genoux, deux du côté de l'avant, & deux du côté de l'arriere. Ils doivent avoir 10 pouces d'épais, & ils sont par le bas de la même largeur que les porques ; leurs branches inférieures ont 8 piés de long, & leurs branches supérieures 7 piés ; celles-ci sont moins épaisses de deux pouces que celles d'en-bas. De chaque côté de la contre-quille on met un billot ou taquet, pour supporter l'avance que la carlingue fait au-delà de la contre-quille, au-dessus de laquelle il doit monter de la hauteur de 4 pouces & il a 4 pouces d'épais par le haut. La largeur de la carlingue doit être de 2 piés 6 pouces, & celle de la carlingue du mât de misene doit être égale : l'épaisseur de l'une & de l'autre doit être de 10 pouces. Le billot qu'on pose sur la contre-étrave, sous la carlingue du mât de misene, doit avoir 10 pouces d'épais ; & à le prendre par le côté qui regarde l'avant, il est placé à la neuvieme partie de la longueur du vaisseau, où est aussi la carlingue du pié du mât. Il reste au côté du billot une partie de la piece où le billot a été coupé, qui fait comme une planche épaisse qui monte avec le mât jusqu'au pont. Les porques de la carlingue du mât de misene doivent avoir 12 pouces de large, & 10 pouces d'épais ; il y a 4 genoux au-dessous & deux au-dessus, qui ont 10 pouces de large & 9 pouces d'épais ; leurs branches ont 7 piés de long. La carlingue du mât d'artimon doit avoir 14 pouces de large, & 10 pouces d'épais : ces mesures dépendent des différentes méthodes qu'adoptent les constructeurs, & changent, comme on l'a dit ci-devant, suivant la grandeur des vaisseaux.
Carlingue de cabestan ; il y a la carlingue du grand cabestan. Voyez Planche IV. fig. 1. n°. 67.
La carlingue du petit cabestan, n°. 104.
Carlingue de cabestan arquée & cousue au pont ; c'est lorsque le pié du cabestan ne descend pas jusque sur le pont, on lui fait une carlingue courbée, dont les deux bouts sont attachés au baux, & le pié du cabestan entre dans son arc qui est suspendu.
Carlingue du bâton de pavillon, voyez Planche IV. fig. 1. n°. 155. (Z)
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| CARLOVINGIENS | S. m. pl. (Hist. mod.) nom que l'on donne aux rois de France de la seconde race, qui commença en 752 en la personne de Pepin le Bref, fils de Charles Martel, & finit en celle de Louis V. en 987. On compte quatorze rois de cette famille.
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| CARLOWITZ | (Géog.) petite ville de Hongrie, sur le Danube. Long. 37. 43. lat. 45. 25.
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| CARLS-TOWN | (Géog.) ville & port de l'Amérique septentrionale dans la Caroline, sur l'Asty.
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| CARLSBAD | (Géog.) petite ville de Bohème, sur la Toppel, remarquable par ses bains d'eau chaude, auxquels toute l'Allemagne a beaucoup de foi.
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| CARLSBOURG | (Géog.) ville & forteresse d'Allemagne, dans le duché de Bremen, sur la riviere de Geeste qui se jette dans le Weser.
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| CARLSEROON | (Géog.) ville forte de Suede, dans la Blekingie, avec un port sur la mer Baltique. Long. 33. 35. lat. 56. 15.
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| CARLSHAFEN | (Géog.) ville & port de Suede, dans la Blekingie.
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| CARLSRUHE | (Géog.) petite ville d'Allemagne, au cercle de Soüabe, dans le marggraviat de Bade-Dourlach.
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| CARLSTADT | ou CARLOWITZ, (Géog.) ville & forteresse d'Hongrie dans la Croatie, au confluent des rivieres du Kulp & de Mereswitz.
CARLSTADT, (Géog.) ville forte de Suede, dans la West-Gothie, sur une île. Long. 31. 40. lat. 59. 16.
CARLSTADT, ou CARSTADT, (Géog.) petite ville d'Allemagne en Franconie, sur le Mein, près de Wirtzbourg.
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| CARMAGNOLE | (Géog.) ville forte d'Italie, dans le Piémont, près du Pô. Long. 25. 20. lat. 44. 43.
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| CARMAING | (Géog.) petite ville de France en Gascogne, dans la Lomagne.
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| CARMELITES | nom d'un ordre de religieuses réformé par sainte Thérese. C'est un ordre extrèmement austere. (G)
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| CARMEN | (Belles-Lettres) mot latin dont on se servoit en général pour signifier des vers, & dans un sens plus particulier, pour marquer un charme, ou formule d'expiation, d'exécration, de conjuration, &c. renfermée dans un petit nombre de mots, d'où l'on croyoit que dépendoit leur efficacité.
Carmina vel coelo possunt deducere lunam.
Voyez VERS, CHARME, &c.
Le P. Pezron fait venir ce mot de carm ou garm, qui chez les Celtes se prenoit pour des cris de joie, & les vers que les Bardes chantoient avant le combat pour encourager les soldats ; & il ajoûte qu'en grec signifie tout-à-la-fois combat & joie ; mais ce dernier mot n'est pas dérivé du celtique, que les Grecs ignoroient très-certainement : il a pour racine le grec même, , je me réjouis.
Quelques auteurs tirent de ce mot l'étymologie des vers ou pieces de poësies nommées par les Latins carmina, parce que, disent-ils c'étoient des discours mesurés & d'une forme déterminée telle que les charmes ou formules des enchanteurs. D'autres au contraire prétendent que ces formules ont été nommées carmina parce qu'elles étoient conçûes en vers. On croyoit alors, ajoûtent-ils, que le langage mesuré & cadencé avoit beaucoup plus de pouvoir que la prose, pour produire la guérison de certains maux, & autres effets merveilleux que promettoient les magiciens.
Vigenere dérive carmen de Carmenta, prophétesse, mere d'Evandre, parce qu'elle faisoit ses prédictions en vers ; & d'autres prétendent que c'est précisement par cette derniere raison qu'on lui donna le nom de carmante, parce qu'avant elle on nommoit tout discours en vers carmen. Voyez CARMENTALES. (G)
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| CARMENTALE | ou CARMENTALIA, adj. pris subst. (Hist. anc.) fête des anciens Romains qu'ils célebroient tous les ans le 11 de Janvier, en l'honneur de Carmenta ou Carmentis, prophétesse d'Arcadie, mere d'Evandre, avec lequel elle vint en Italie, soixante ans avant la guerre de Troie.
Cette solennité se répétoit aussi le 15 de Janvier ; ce qui est marqué dans le vieux calendrier par carmentalia relata.
Cette fête fut établie au sujet d'une grande fécondité des dames romaines, après leur réconciliation avec leurs maris, avec qui elles s'étoient brouillées, parce qu'ils leur avoient défendu l'usage des chars par un édit du sénat.
C'étoient les dames qui célébroient cette fête ; celui qui offroit les sacrifices s'appelloit sacerdos carmentalis.
Les auteurs sont partagés sur l'origine du mot carmenta : Vigenere dit que cette prophétesse fut ainsi appellée de carens mente, c'est-à-dire, hors de sens, hors de soi-même, à cause de l'enthousiasme où elle entroit souvent. D'autres prétendent que son nom vient de carmen, parce qu'elle faisoit ses prophéties en vers : mais Vigenere soutient au contraire que carmen vient de carmenta. Voyez CARMEN. (G)
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| CARMERY | (Géog.) ville & abbaye de France au pays de Vélay, sur la riviere de Colance, à quatre lieues de Puy.
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| CARMES | S. m. pl. (Hist. ecclés.) ou NOTRE-DAME DU MONT-CARMEL, ordre religieux qui tire son nom du Carmel, montagne de Syrie, autrefois habitée par les prophetes Elie & Elisée, & par les enfans des prophetes, desquels quelques auteurs peu intelligens ont prétendu que les Carmes descendoient par une succession non interrompue ; l'un d'entr'eux l'a même soûtenu dans des theses singulieres imprimées à Besiers, & qu'on trouve dans les nouvelles de la république des lettres de Bayle.
D'autres, avec aussi peu de vraisemblance, leur donnent Jesus-Christ pour fondateur immédiat : quelques-uns ont imaginé que Pythagore avoit été Carme, & cela naturellement, & sans le secours de la métempsycose ; & d'autres, que nos anciens druides des Gaules étoient une branche ou un rejetton de cet ordre. Phocas, moine grec, qui vivoit en 1185, dit que de son tems on voyoit encore sur le Carmel la caverne d'Elie, auprès de laquelle étoient des restes d'un bâtiment qui paroissoit avoir été un monastere ; que depuis quelques années un vieux moine, prêtre de Calabre, s'étoit établi en ce lieu, en conséquence d'une révélation du prophete Elie ; & qu'il y avoit assemblé dix freres. Albert, patriarche de Jérusalem, donna en 1209 à ces solitaires une regle qui fut approuvée deux ans après par le pape Honoré III. & que le pere Papebrock a fait imprimer. En 1238, le roi S. Louis revenant de la Terre-Sainte, emmena avec lui quelques-uns de ces religieux, & les établit en France où ils ont sept provinces. Cet ordre qui est un des quatre mendians aggrégés à l'université de Paris, s'est rendu célebre par les évêques, les prédicateurs, & les écrivains qu'il a donnés à l'Eglise. L'habit des Carmes est une robe noire, avec un scapulaire & un capuce de même couleur, & par dessus une ample chape & un camail de couleur blanche. Il n'étoit pas autrefois de même. V. BARRES. L'ordre des Carmes se divise en deux branches ; ceux de l'ancienne observance, qu'on appelle mitigés, parce que l'austérité de leur régle fut adoucie par Innocent IV. & par Eugene IV. & qui n'ont qu'un général auquel obéissent quarante provinces, & la congrégation de Mantoue qui a un vicaire général ; & l'étroite observance qui a deux généraux, l'un en Espagne, qui a huit provinces de son obéissance, & l'autre en Italie, qui a douze provinces en différentes parties de l'Europe.
CARMES DECHAUSSES ou DECHAUX, ainsi appellés parce qu'ils vont nud-piés ; c'est une congrégation religieuse établie dans le xvj. siecle par sainte Thérese ; cette sainte la remit dans sa premiere austérité vers l'an 1562. Elle commença par établir sa réforme dans les couvens de filles, & la porta ensuite dans ceux des hommes, aidée dans ce dessein par le pere Antoine de Jesus, & le pere Jean de la Croix, religieux Carmes. Pie V. l'approuva, & cette réforme fut confirmée par Grégoire XIII. en 1580. Il y a deux congrégations de Carmes déchaussés, dont chacune a son général & ses constitutions particulieres : l'une est la congrégation d'Espagne, divisée en six provinces ; l'autre est la congrégation d'Italie, qui comprend tout ce qui ne dépend pas de l'Espagne. Ils ont quarante-quatre ou quarante-cinq couvents en France, où ils sont établis depuis 1605. (G)
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| CARMIN | S. m. (Peinture & Chimie) c'est une espece de laque très-fine & fort belle, de couleur rouge fort éclatante & précieuse, dont on ne fait guere d'usage que dans la mignature & peinture en détrempe. Comme elle n'a pas beaucoup de corps, non plus que toutes les laques, on ne peut la glacer sur le blanc.
Pour faire le carmin, prenez cinq gros de cochenille, trente-six grains de graine de choüan, dix-huit grains d'écorce de raucour, & dix-huit grains d'alun de roche ; pulvérisez chacune de ces matieres à part dans un mortier bien net ; faites bouillir deux pintes & demie d'eau de riviere ou de pluie bien claire dans un vaisseau bien net, & pendant qu'elle bout versez-y le choüan, & le laissez bouillir trois bouillons, en remuant toûjours avec une spatule de bois, & passez promtement par un linge blanc : remettez cette eau passée dans un vaisseau bien lavé, & la faites bouillir : quand elle commencera à bouillir, mettez-y la cochenille, & la laissez bouillir trois bouillons ; puis vous y ajoûterez le raucour, & lui laisserez faire un bouillon : enfin vous y verserez l'alun, & vous ôterez en même tems le vaisseau de dessus le feu ; vous passerez promtement la liqueur dans un plat de fayence ou de porcelaine bien net, & sans presser le linge : vous laisserez ensuite reposer la liqueur rouge pendant sept à huit jours, puis vous verserez doucement le clair qui surnage, & laisserez secher le fond ou les feces au soleil dans une étuve ; vous les ôterez ensuite avec une brosse ou plume, & ce sera du carmin en poudre très-fine & très-belle en couleur.
Remarquez que dans un tems froid on ne peut pas faire le carmin, attendu qu'il ne se précipite pas au fond de la liqueur, mais fait une espece de gelée & se corrompt.
La cochenille qui reste dans le linge après avoir passé la liqueur, peut être remise au feu dans de nouvelle eau bouillante, pour en avoir un second carmin ; mais il ne sera ni si beau, ni en si grande quantité que le premier.
Enfin la cochenille qui reste dans le linge, & la liqueur rouge qui surnage au carmin, peut se mêler avec la teinture de bourre d'écarlate, pour en faire la laque fine. Voyez l'article LAQUE, & la suite de celui-ci.
Autre maniere. Prenez trois chopines d'eau bien pure, c'est-à-dire, trois livres pesant ; mettez-les dans un pot de terre vernissé ; placez ce pot devant un feu de charbon ; ajoûtez-y aussi-tôt un grain au plus de graine de choüan : quand ce mélange bouillira fortement, passez-le par un tamis serré, & remettez cette premiere eau dans le même pot sur le feu, y ajoûtant aussi-tôt deux gros de cochenille mesteque, & remuant le tout une fois avec une spatule. Quand ce nouveau mélange bouillira bien fort, ajoûtez-y un grain d'autour, & immédiatement ensuite huit grains de creme de tartre pilée, autant de talc blanc, & autant d'alun de Rome broyé ; laissez bouillir le tout pendant deux à trois minutes ; éloignez-le ensuite du feu, & le laissez refroidir sans y toucher, jusqu'à ce qu'il soit tiede, alors l'eau paroîtra plus rouge que l'écarlate : passez-la tiede au-travers d'un linge net un peu fin, dans un plat de fayence ; laissez le marc au fond du pot pour le passer & presser à part dans un autre plat ; ce qui vous donnera le carmin commun : laissez reposer vos plats pendant trois jours ; décantez-en l'eau, le carmin restera au fond des plats : faites-le secher à l'ombre & à l'abri de toute poussiere, & quand il sera sec, enlevez-le avec une petite brosse ; vous aurez dix-huit à dix-neuf grains de beau carmin, sans compter le commun.
Observez que le talc blanc doit être purifié de la maniere suivante pour l'opération qu'on vient de dire. Prenez du talc, calcinez-le dans un bon feu, jettez-le ensuite dans de l'eau, remuez & délayez avec les mains ; quand l'eau paroîtra blanche, enlevez-la avec une tasse, & la passez par un tamis dans un grand vaisseau, où vous la laisserez reposer pendant deux heures ; le talc se précipitera au fond du vaisseau, dont vous décanterez l'eau : faites secher ce sédiment, ce sera le talc dont vous employerez huit grains au carmin.
Quoique les méthodes précédentes puissent être bonnes, nous conseillons au lecteur de donner la préférence à celle qui suit ; elle est de Kunckel. Voici comment cet auteur enseigne à faire le carmin.
" Prenez, dit-il, quatre onces de cochenille, une livre d'alun, de laine bien fine & bien nette une demi-livre, de tartre pulvérisé une demi-livre, de son de froment huit bonnes poignées ; faites bouillir le son dans environ vingt-quatre pintes d'eau, ou plus ou moins à volonté ; laissez reposer cette eau pendant une nuit, pour qu'elle devienne bien claire ; & pour la rendre encore plus pure, filtrez-la : prenez un chauderon de cuivre assez grand pour que la laine y soit au large ; versez dessus la moitié de votre eau de son, & autant d'eau commune à proportion de la quantité de laine que vous aurez à y faire bouillir ; mettez-y l'alun, le tartre, & la laine ; ensuite vous ferez bouillir le tout pendant deux heures, en observant de remuer la laine de bas en haut ou de haut en bas, afin qu'elle se nettoye parfaitement ; mettez la laine ; après qu'elle aura bouilli le tems nécessaire, dans un filet, pour la laisser égoutter : prenez pour lors la moitié qui vous reste de votre eau de son, joignez-y vingt-quatre pintes d'eau commune, & faites-les bien bouillir ; dans le fort de la cuisson mettez-y la cochenille pulvérisée au plus fin, mêlée avec deux onces de tartre ; il faut remuer sans-cesse ce mélange pour l'empêcher de fuir : on y mettra la laine, on l'y sera bouillir pendant une heure & demie, en observant de la remuer comme il a déjà été dit ; lorsqu'elle aura pris couleur, on la remettra dans un filet pour égoutter ; elle aura pour lors une belle couleur écarlate.
Voici la maniere de tirer la laque ou le carmin de cette laine ainsi colorée. Prenez environ trente-deux pintes d'eau claire, faites-y fondre assez de potasse pour en faire une lessive fort acre ; purifiez cette lessive en la filtrant ; faites-y bouillir votre laine jusqu'à ce qu'elle ait perdu toute sa couleur, & soit devenue toute blanche, & que la lessive se soit chargée de toute sa teinture ; pressez bien votre laine, & passez la lessive par la chausse ; faites fondre deux livres d'alun dans de l'eau, versez cette solution dans la lessive colorée ; remuez bien le tout ; par cette addition la lessive se caillera & s'épaissira ; repassez-la à la chausse, elle sortira toute claire & pure : si elle étoit encore chargée de couleur, il faudroit la mettre bouillir, & y ajoûter encore de l'alun dissous ; elle achevera de se cailler, & le carmin ou la laque ne passera point, mais restera dans la chausse. On aura soin de verser à plusieurs reprises de l'eau fraîche par-dessus, pour achever d'en ôter l'alun ou les sels qui pourroient y être restés : on fait sécher ensuite la couleur, qu'on réserve pour l'usage, après l'avoir réduite en une poudre impalpable. Si dans l'opération on trouvoit que l'eau se fût trop diminuée par la cuisson, il faudra bien se garder d'y verser de l'eau froide ; mais il faut dans ce cas n'y mettre que de l'eau bouillante. "
Si on vouloit faire du carmin à moins de frais, & sans se donner la peine de commencer par teindre la laine, il n'y auroit qu'à faire bouillir dans la lessive susdite de la bourre tontisse de drap écarlate, & procéder en toutes choses de la maniere qu'on vient de décrire. Kunckel dit avoir souvent fait ces deux opérations, & toûjours avec succès. Voyez ses remarques sur l'art de la Verrerie d'Antoine Néri, liv. VII.
On contrefait le carmin avec du bois de Bresil ou de Fernambouc ; on les pile pour cet effet dans un mortier ; on les met tremper dans du vinaigre blanc ; on fait bouillir ces matieres, & l'écume qui en vient donne une espece de carmin : mais il n'approche nullement de la beauté de celui que nous venons d'indiquer. On tire aussi une couleur rouge des grains de kermès & de la garance. Voyez l'art. ROUGE. (-)
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| CARMINA | (Géog.) île de l'Archipel, habitée par des Grecs & des Turcs, qui ne s'occupent qu'à la piraterie.
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| CARMINAC | ou CARMINIAH, (Géog.) ville d'Asie, dans la grande Tartarie, dans la contrée de Bochara. Long. 88. lat. 39. 30.
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| CARMINATIF | adj. (Med.) nom que l'on a donné à certains médicamens, qui ont la vertu d'expulser les vents retenus dans la cavité de l'estomac & des intestins. Quincy pense que la promtitude avec laquelle ces remedes agissent, les a fait nommer carminatifs, qu'il tire du mot latin carmen, vers ; parce que l'on loüoit en vers tout ce qui paroissoit surprenant, & tenant du charme ou de l'enchantement. On explique leur action par la raréfaction de l'air arrêté par une humeur visqueuse, placée dans l'estomac ou dans les intestins. Lorsque cette espece de digue est rompue par quelque remede atténuant, alors l'air sort avec explosion & occasionne du bruit par haut ou par bas. Rien n'est plus capable de produire cet effet que les semences que l'on employe contre les vents, & que l'on appelle carminatives : telles sont les semences d'anis, de fenouil, de persil, &c. les eaux distillées de ces mêmes plantes ; l'infusion de leurs fleurs, auxquelles on peut ajoûter celles de camomille, de mélilot, de matricaire, d'aneth. Leur nature chaude les rend très-propres à raréfier l'air, & à faire sur la membrane de l'estomac & des intestins, une petite irritation, & un petit mouvement capable de broyer ces humeurs visqueuses, & d'en détruire la ténacité. Voyez VENT. (N)
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| CARMONE | (Géog.) ville d'Espagne, dans l'Andalousie. Long. 12. 25. lat. 37. 24.
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| CARMON | ou CORMONS, (Géog.) petite ville d'Italie, dans le Frioul, près de la riviere d'Indri.
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| CARNA | CARNE ou CARDINEA, s. f. (Myth.) Déesse révérée chez les Romains. Elle présidoit à la conservation de la santé des parties intérieures du corps, & à l'embonpoint des autres. On lui sacrifioit le premier de Juin ; l'offrande étoit d'une bouillie de farine & de lard. Il étoit encore de son ministere d'écarter les esprits follets, qui tourmentoient les enfans au berceau. Voyez ESPRITS.
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| CARNACIER | adj. (Hist. nat.) épithete qu'on donne aux animaux qui se nourrissent naturellement de chair. Voyez ANIMAL & NOURRITURE.
Les Physiciens sont en dispute sur la question, si l'homme est ou n'est pas naturellement carnacier : il y en a qui prétendent que les fruits de la terre étoient destinés seuls à le nourrir ; & que c'a été le besoin dans quelques pays, & le luxe dans d'autres, qui les a portés à se nourrir des animaux auxquels ils ont tant de ressemblance. Pythagore & ses sectateurs regardoient cette action comme une grande impiété, & s'en abstenoient rigoureusement d'après l'opinion ou ils étoient sur la métempsycose ; & les Bramines leurs successeurs continuent encore à en faire autant aujourd'hui. Voyez ABSTINENCE, BRACHMANES, &c.
La réflexion sur laquelle Gassendi insiste le plus, pour prouver que les hommes ne sont pas naturellement animaux carnaciers ; c'est la conformation de nos dents, dont il y en a plusieurs d'incisives & de molaires ; au lieu que nous n'avons de semblables aux animaux carnaciers, & propres à déchirer la chair, que les quatre canines ; comme si la nature nous avoit destinés plûtôt à couper des herbes, des racines, &c. Cette raison paroît assez foible. Mais on peut observer, que si nous nous nourrissons de viandes, ce n'est qu'après une préparation par coction, & en la mangeant soit bouillie, soit rôtie, &c. & qu'alors même, suivant que l'observe le docteur Drake, elle est plus difficile à digérer que toutes les autres nourritures ; ce qui fait qu'on la défend dans les fievres & dans d'autres indispositions : enfin que les enfans ont de l'éloignement pour les viandes ; jusqu'à ce que leur palais ait été vicié par l'habitude ; & que la maladie des vers à laquelle ils sont sujets, ne vient que de ce qu'on leur fait manger trop-tôt de la viande.
Le docteur Wallis en apporte encore une autre preuve ; c'est que les quadrupedes qui broutent les plantes, ont un long colum avec un coecum à son extrémité inférieure, ou quelque chose d'équivalent, qui porte la nourriture de l'estomac en en-bas par un chemin fort long & fort large, par où la nature paroît avoir eu en vûe de rendre le passage des nourritures dans les intestins plus lent, & de les y faire arrêter plus long-tems : au lieu que dans les animaux carnaciers on ne trouve point de coecum, mais on trouve en sa place un boyau plus court & plus grêle, par où il est évident que le passage de la nourriture doit se faire plus promtement. Or le coecum est très-visible dans l'homme ce qui forme une forte présomption, que la nature qui agit toûjours d'une maniere uniforme, ne s'est pas proposé d'en faire un animal carnacier. Il est vrai que le coecum n'est que fort petit dans les adultes, & qu'il semble n'y avoir que fort peu d'usage ou même point du tout : mais il est plus grand à proportion dans le foetus ; & il est probable que les changemens que nous faisons dans notre régime à mesure que nous devenons plus âgés, peuvent être la cause de cette diminution. Voyez CARNIVORE, COLUM & COECUM. (L)
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| CARNATION | S. f. se dit au simple de la couleur des chairs, & au figuré de l'art de les rendre. Il s'étend en Peinture à toutes les figures d'un tableau qui sont nues & sans draperie. Il faut observer que le mot de carnation ne se dit point d'une partie en particulier ; ce seroit parler improprement que de dire ce bras est d'une belle carnation ; il faut dire, ce bras est de belle chair, & non pas bien de chair, ainsi que quelques auteurs le prétendent : bien de chair exprime les mollesses de chair, & se dit également des mollesses de chair exprimées dans un dessein, quoiqu'il n'y soit pas question de la beauté des carnations. On dit encore, les carnations de ce tableau sont admirables. (R)
CARNATION, en terme de Blason, se dit de toutes les parties du corps humain, particulierement du visage, des mains, & des piés ; qui sont représentées au naturel.
La ville de Treves, d'argent à un S. Pierre de carnation, vêtu d'azur, tenant de la main droite deux clés d'or passées en sautoir. (V)
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| CARNAVAL | S. m. (Hist. mod.) tems de fête & de réjoüissance qu'on observe avec beaucoup de solennité en Italie, sur-tout à Venise.
Ce mot vient de l'italien carnavale : mais Ducange le dérive de carn-aval, parce qu'on mange alors beaucoup de viande, pour se dédommager de l'abstinence où l'on doit vivre ensuite ; il dit en conséquence que dans la basse latinité on l'a appellé carne levamen : carnis privium ; & les Espagnols carnes tollendas.
Le tems du carnaval commence le lendemain des Rois, ou le sept de Janvier, & dure jusqu'au carême. Les bals, les festins, les mariages, se font principalement dans le carnaval. (G)
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| CARNÉ | adj. (Jardinage) se dit d'un oeillet dont le blanc tire sur la couleur de chair ; ce qui est regardé comme un défaut dans un oeillet. (K)
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| CARNEAU | S. m. (Marine) les matelots donnent ce nom à l'angle de la voile latine, qui est vers la proue. (Z)
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| CARNET | S. f. (Comm.) c'est un des noms que les marchands, négocians & banquiers donnent à une sorte de livre dont ils se servent pour connoître d'un coup-d'oeil le tems des échéances de leurs dettes actives & passives ; c'est-à-dire des sommes qu'ils ont à recevoir & de celles qu'ils ont à payer, afin qu'en faisant la balance ou comparaison des payemens à faire ou à recevoir, ils puissent pourvoir aux fonds nécessaires pour payer à point nommé, & dans le tems des échéances.
Le carnet est du nombre des livres auxiliaires ; on le nomme encore bilan. Voyez BILAN & LIVRES AUXILIAIRES.
CARNET, se dit aussi d'une espece de petit livre que les marchands portent dans les foires & marchés, sur lequel ils écrivent soit la vente, soit l'achat qu'ils y font des marchandises & même leur recette & dépense journaliere.
On appelle aussi quelquefois carnet, une sorte de petit livre dont se servent les marchands & négocians de Lyon, lorsqu'ils vont sur la place du change, pour faire le virement des parties ; mais son nom le plus usité est bilan. Voyez BILAN. (G)
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| CARNIA | (LA) Géog. province ou despotat de la Turquie en Europe, dans la basse Albanie.
CARNIA, (LA) Géog. pays d'Italie, dans l'état de la république de Venise, dans la partie septentrionale du Frioul, le long de la riviere de Tajamento.
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| CARNIEN | adj. (Hist. & Myth.) surnom d'Apollon, & nom de fêtes instituées en son honneur, sur-tout à Lacédémone pour expier la mort du devin Carnus. Les prêtres d'Apollon Carnien gouvernerent pendant trente-cinq ans le royaume des Sycioniens, après la mort de leur roi. Carnus, prêtre d'Apollon, fut tué à coups de fleches par les Héraclides, à qui il prédisoit des suites malheureuses de la guerre qu'ils avoient contre les Athéniens ; mais la peste ayant succédé dans l'armée presqu'immediatement à la mort de Carnus, on ne manqua pas de la regarder comme un effet de la colere céleste. On éleva un temple à Apollon, & l'on institua les carnées.
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| CARNIFICATION | CARNIFICATION
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| CARNIOLE | (Géog.) province d'Allemagne, dans les états de la maison d'Autriche, bornée par la Carinthie & la Stirie, par l'Esclavonie & l'Istrie, la Croatie & le Frioul. Laubach en est la capitale.
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| CARNIVORE | adj. (Hist. nat.) se dit des animaux qui vivent de chair. Dans les animaux carnivores le colon est simple, & les excrémens liquides. C'est ce qu'on a observé dans le chat, dans le chien, dans le lion, dans l'ours. De plus, ils n'ont qu'un estomac membraneux, mou ; & il est de même nature dans les lésards, dans les poissons, dans les serpens, dans le veau-marin, &c. mais toutes les especes d'oies, de poules, & d'autres oiseaux granivores, dont le nombre est immense, qui n'ont point de dents & ne se nourrissent que d'une farine végétale, enfermée dans des grains à double écorce, ont une structure différente. Au cou, au-dessus du sternum, l'oesophage se dilate en une bulbe ou sinus, appellé communément jabot, rempli de glandes salivaires, qui versent sur les grains une liqueur propre à les amollir. Ces glandes sont en grand nombre, rondes, oblongues ; fistuleuses, divisées suivant leur longueur ; elles paroissent caves, & versent un suc blanc un peu visqueux. Dans les oiseaux de proie, on trouve beaucoup de corps glanduleux. Malpighi remarque que dans l'aigle, non-seulement la partie supérieure de l'estomac, mais encore l'oesophage, est parsemé de glandes ovales, & qu'on y voit par-tout de petits tuyaux qui viennent de la tunique nerveuse, & qui fournissent un suc. Le jabot a été exactement décrit par Wepfer dans la cicogne, & par Grew dans le pigeon. C'est donc dans ce jabot ou premier ventricule, que les matieres séjournent, s'amollissent, & deviennent friables ; ensuite elles sont poussées au-dessous du diaphragme dans l'abdomen, ou au lieu d'un estomac mou & membraneux, comme celui de l'homme & de tous les carnivores, elles ont à essuyer l'action de deux paires de muscles, après avoir souffert celle des trois tuniques musculeuses du jabot. Ces muscles ont à leur partie supérieure, des glandes rangées en anneaux qui descendent de la membrane musculeuse, & sont percées à leurs pointes, comme on le voit encore dans la poule & dans l'outarde. Mais ce qu'il y a peut-être ici de plus singulier & de plus digne de remarque, c'est qu'étant de figure elliptique, ils laissent entr'eux une fente fort étroite, & sont intérieurement incrustés d'une membrane forte, remplie de sillons transversaux, raboteuse, dure, calleuse, presque cartilagineuse ; desorte que cette espece de bouclier est capable de moudre les corps les plus durs : car son action est presque comparable à celle des dents molaires. Willis même prétend que les écrevisses ont de vraies dents dans le ventricule. Les organes qui sont réunis dans l'homme, sont donc séparés dans les oiseaux. Nous avons dans l'estomac la salive qui amollit, & des fibres charnues qui broyent ; au lieu que les oiseaux dissolvent dans un ventricule avant que de broyer dans l'autre ; & cette structure leur étoit absolument nécessaire. Sans cette duplicité, qui fait que l'action des fibres charnues n'est point énervée par un velouté & par des humeurs, comment pourroient-ils digérer des alimens aussi durs, que la mastication n'eût pas préparés auparavant ? Il n'est donc pas surprenant qu'on trouve si souvent dans les pigeons des matieres friables dans le premier ventricule, & réduites en bouillie dans le second : mais il y a des animaux qui n'ont ni dents, ni d'autre instrument qui leur en tienne lieu. Pourquoi cela ? c'est qu'ils ne se nourrissent pas d'alimens durs ; d'ailleurs ce qui manque en solide à quelques estomacs, leur a été donné en liquide. Telle est la vanité qui s'observe dans les estomacs des granivores & des carnivores. Voyez CARNACIER, GRANIVORE, TOMACOMAC. (L)
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| CARNO | (Géog. mod.) ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la principauté citérieure, près de la source du Sarno, à 5 milles de Nocera, à 8 de Nole, & à 13 au nord-ouest de Salerne ; elle a titre de duché, & un évêché suffragant de Salerne, érigé vers l'an 967. Long. 32. 12. lat. 40. 47. (D.J.)
SARNO, LE, (Géog. mod.) en latin Sarnus, riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la principauté citérieure, aux confins de laquelle elle prend sa source, & porte ses eaux à la mer, sur la côte du golfe de Naples. (D.J.)
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| CARNOSITÉ | S. f. terme de Chirurgie, qui signifie une excroissance charnue & fongueuse formée dans l'urethre ou col de la vessie, ou dans la verge, qui bouche le passage des urines.
Les carnosités sont très-difficiles à guérir : on ne les connoît guere qu'en introduisant la sonde dans le passage, où elle trouve en ce cas de la résistance. Elles viennent ordinairement de maladies vénériennes négligées ou mal guéries.
Les auteurs ne conviennent point unanimement de l'existence des carnosités. Ils reconnoissent tous une maladie dans le canal de l'urethre, qui occasionne une difficulté d'uriner, laquelle consiste en ce que le jet de l'urine est fort délié, fourchu, & de travers. Les efforts que font inutilement les malades pour pisser, rendent cette action fort douloureuse, & leur fait rejetter souvent les excrémens en même tems. La vessie, en ne se vuidant qu'imparfaitement, peut s'enflammer & s'ulcérer par l'acrimonie que l'urine contracte en séjournant dans la cavité de ce viscere. Cette maladie est très-fâcheuse ; elle peut avoir plusieurs suites funestes, telles que la rétention totale d'urine, & l'impossibilité de pénétrer dans la vessie avec la sonde, ce qui met les malades dans le cas d'une opération. Voyez RETENTION D'URINE. Il peut aussi se faire des crevasses à l'urethre, & en conséquence une inondation d'urine dans le tissu cellulaire qui entoure la vessie & le rectum : de-là des abcès gangréneux suivis de fistules, &c.
M. Dionis attribue la cause de tous les accidens à des cicatrices qui se sont faites sur des ulceres durs & calleux de l'intérieur de l'urethre. Il assûre que quelque diligence qu'il ait faite en ouvrant les corps qu'on accusoit d'avoir des carnosités, il n'en a jamais trouvé. Il traite d'erreur commune la persuasion de l'existance des carnosités. Il ajoûte que ceux qui prétendoient avoir des remedes particuliers pour les guérir, avoient intérêt de confirmer cette erreur plûtôt que d'en desabuser ; d'autant plus que cette maladie ayant été abandonnée des véritables chirurgiens, étoit devenue le partage des charlatans ou distributeurs de secrets.
Dionis rapporte à ce sujet l'exemple de Jean-Baptiste Loiseau, maître chirurgien de Bordeaux, qui dans un recueil d'observations chirurgicales qu'il a écrites, dit qu'il fut appellé pour traiter le roi Henri IV. d'une carnosité ; qu'il l'avoit pansé & guéri, & qu'il en avoit été récompensé par une charge de chirurgien de sa majesté, que le roi lui donna. Dionis tient cette histoire pour apocryphe : " elle ne prouve point, dit-il, qu'il y ait des carnosités ; elle fait voir que ce M. Loiseau fait le mystérieux, & tient du charlatan, en publiant ce qu'il a fait, sans dire ni les moyens ni les remedes dont il s'est servi. S'il avoit été vrai, continue-t-il, que le roi eût eu une carnosité, il falloit qu'en écrivant cette histoire, M. Loiseau ne fît point un secret ni de la méthode, ni des drogues qu'il avoit employées à une guérison pour laquelle il avoit été si libéralement gratifié : & puisqu'il se taît sur l'essentiel, ajoûte M. Dionis, je tiens le tout pour apocryphe ". Ce raisonnement est d'un ami du genre humain : mais il n'est pas concluant contre les carnosités.
Des praticiens postérieurs à M. Dionis ont essayé dans la maladie dont est question, de dilater peu-à-peu le canal de l'urethre, en se servant d'abord de sondes de plomb fort déliées, & les augmentant ensuite jusqu'à rétablir le diametre naturel de ce conduit. D'autres avec des bougies de cordes à boyau qui se gonflent par l'humidité, sont parvenus à mettre en forme le canal de l'urethre ; ils ont en conséquence attribué le retrécissement de l'urethre au gonflement du tissu spongieux de ce canal, en rejettant l'opinion des carnosités & des cicatrices.
Benevole, chirurgien de Florence, a composé en 1725 un petit traité en langue italienne, sur les maladies de l'urethre. Il n'est d'aucune des opinions que nous venons d'exposer : il pense que la maladie fâcheuse dont nous parlons, est un effet de la tuméfaction des glandes prostates en conséquence de leur ulcération, puisque l'ulcere de cette glande est toûjours le principe de ce qu'on appelle carnosité.
S'il m'étoit permis d'exposer mon sentiment après celui de tous ces praticiens, je dirois librement qu'ils ont erré en donnant pour cause exclusive le vice que quelques observations leur avoient fait appercevoir ; & je pense qu'ils n'ont trouvé cette maladie si rebelle, que pour avoir reglé leur méthode de traiter invariablement sur la cause qu'ils avoient reconnue, & qu'ils croyoient être unique.
Le retrécissement de l'urethre par la présence des carnosités est indubitable. La maniere avec laquelle M. Daran traite ces maladies, en est une preuve. Il se sert de bougies, qui mettent en suppuration les obstacles de l'urethre. A mesure qu'ils disparoissent, l'urine reprend son cours ; & lorsqu'elle sort à plein canal, & que les bougies d'une grosseur convenable passent librement jusque dans la vessie, il cicatrise le canal avec des bougies dessicatives. On voit que M. Daran traite ces maladies comme on feroit un ulcere à la jambe. On doit rendre justice à la vérité : on ne peut disconvenir des succès de M. Daran ; son application à cette sorte de traitement, en lui faisant honneur, en fait beaucoup à la Chirurgie, dont cette maladie étoit presque devenue l'opprobre. Les guérisons qu'il a faites ne sont point, comme quelques personnes le pensent, le fondement d'une nouvelle théorie : elles rétablissent la doctrine des anciens ; elles encouragent tous les Chirurgiens à ne pas abandonner le traitement d'une maladie, & à ne pas se rebuter par les difficultés qu'il présente. M. Daran possede un remede pour mettre les obstacles de l'urethre en suppuration : il a apparemment des raisons particulieres pour en garder le secret. Mais il y a tant de personnes qui ont besoin d'un tel secours ! ce remede n'auroit-il point de substituts qu'un habile chirurgien pourroit employer ? M. Goulard, célebre chirurgien de Montpellier, en a découvert un qui produit les meilleurs effets, & qu'il a communiqué à la société royale de cette ville dont il est membre. La connoissance de la cause de la maladie fournira toûjours des vûes efficaces à un praticien suffisamment éclairé. J'ai réussi à vaincre quelques obstacles, & à mettre l'urethre en suppuration avec des bougies couvertes d'un mélange d'emplâtres de vigo cum mercurio, & de diachylum cum gummis, parties égales. Lorsque le conduit a été parfaitement libre, j'ai procuré la cicatrice des ulceres avec des bougies couvertes d'emplâtre de pierre calaminaire.
Aquapendente, au chap. xjv. du livre III. des ulceres & fistules, décrit la méthode curative des carnosités de l'urethre. Les personnes de l'art ne lisent point ce qu'on en dit sans en tirer quelque fruit.
Les bougies suppuratives ne sont point capables de détruire les cicatrices, & de remédier aux rétrécissemens de l'urethre par le gonflement du tissu spongieux. Dans quelques-uns de ces cas, il faut avoir recours à l'usage des dilatans, & dans d'autres aux cathérétiques ; remedes dont l'application demande beaucoup de prudence & de circonspection. On trouve un mémoire de M. Petit, dans le I. volume des mémoires de l'académie royale de Chirurgie, où l'on voit comme ce grand chirurgien a guéri des rétrécissemens de l'urethre par l'usage des médicamens, & par opération.
Ambroise Paré, qui a fort bien traité des carnosités dans les chap. xxiij. & suiv. de son XIX. livre, propose des sondes tranchantes pour franchir l'obstacle qu'apportent les cicatrices de l'urethre. M. Foubert vient de rétablir & de perfectionner l'usage de ces sondes, que les modernes avoient méprisées. Une personne qui avoit dans l'urethre un obstacle sur lequel les bougies de M. Daran n'agissoient point, consulta, de concert avec ce chirurgien, plusieurs maîtres de l'art. On ne put jamais parvenir à la sonder. M. Foubert qui fut appellé ensuite, examina attentivement ce qui se passoit lorsque le malade faisoit ses efforts pour uriner : il tenoit l'extrémité de sa sonde sur l'obstacle ; & tâtant extérieurement la continuité de l'urethre, il observa que l'urine n'étoit retenue que par une cloison. Il promit de sonder le malade & de le guérir. Il demanda huit jours pour combiner les moyens convenables. Il fit armer une algalie d'une pointe de trocar, qui au moyen d'un stilet, pouvoit être poussée hors de la sonde, ou y rester cachée. M. Foubert introduisit cette sonde dans l'urethre la pointe renfermée ; ayant posé l'extrémité de l'algalie sur l'obstacle, il poussa le stilet, fit sortir la pointe du trocar, & perça le diaphragme contre nature, qui bouchoit la plus grande partie du canal. Il retira la pointe du trocar dans l'algalie, qu'il poussa ensuite très-facilement jusque dans la vessie. Le malade est parfaitement guéri par la cicatrice qui s'est formée pendant qu'on tenoit une sonde d'un diametre convenable dans le conduit de l'urine.
Les autres vices de l'urethre exigent des soins & des opérations particulieres. Voyez RETENTION D'URINE. (Y)
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| CARNUTES | S. m. pl. (Hist. anc. & Géog.) anciens peuples des Gaules. On dit qu'ils habitoient le pays Chartrain.
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| CARO FOSSILIS | (Hist. nat. & Minéralogie) M. Henckel, dans ses opuscules minéralogiques, dit qu'on appelle ainsi une espece d'amiante, qui se trouve près de Dannemore en Norwege, qui a la propriété de rougir au feu & d'en être pénétré ; ce qui le diminue : mais il ne perd point pour cela la vertu de faire feu avec l'acier, comme un caillou ou une pierre à fusil. (-)
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| CAROCHA | S. f. (Hist. mod.) nom que les Espagnols & les Portugais donnent à une espece de mitre faite de papier ou de carton, sur laquelle on peint des flammes de feu & des figures de démons, & qu'on met sur la tête de ceux qui ont été condamnés à mort par le tribunal de l'inquisition. Voyez INQUISITION. (G)
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| CAROLINE | S. f. (Commerce) monnoie d'argent de Suede, sans effigie, ni cordon, ni marque sur tranche, ayant pour légende, si Deus pro nobis quis contrà ? elle vaut argent de France, dix-neuf sous deux deniers.
CAROLINE, (LA) Géog. contrée de l'Amérique septentrionale appartenante aux Anglois : on la divise en septentrionale & méridionale : elle contient six provinces. Elle est bornée au nord par la Virginie, au midi par la nouvelle Géorgie, à l'est par la mer, & à l'ouest par les monts Apalathes. Ce pays est très-fertile. La capitale est Charlestown.
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| CAROLINS | adj. pris s. (Hist. ecclés.) nom qu'on donna à quatre livres composés par l'ordre de Charlemagne en 790, pour réfuter le second concile de Nicée.
Ce concile avoit fait plusieurs décrets contre les Iconoclastes sur le culte des images ; decrets très-catholiques, mais qui ayant été envoyés mal traduits aux évêques assemblés à Francfort pour la même cause, & par ordre de Charlemagne, leur parurent contenir une doctrine jusqu'alors inoüie, & qui tendoit à faire rendre aux images un culte fort approchant de celui qu'on rend à Dieu même. Cette erreur de fait engagea Charlemagne à faire composer ces quatre livres, qui contiennent cent vingt chefs d'accusation contre les Grecs. Ces livres furent envoyés au pape Adrien I. à qui ils furent présentés par Angilbert ; abbé de Centule. Adrien écrivit à Charlemagne pour soûtenir les décisions du concile de Nicée : mais on persista en France à les rejetter, parce qu'on ne les entendoit pas ; opposition qui cessa pourtant lorsqu'on eut démêlé la véritable pensée des Grecs, & réduit à leur juste sens des expressions qui avoient paru outrées, & révolter les esprits. Aussi les prétendus réformés n'ont-ils jamais pû retirer aucun avantage réel, ni des décisions du concile de Francfort, ni des livres carolins.
On a douté de la vérité & de l'antiquité de ces livres, lorsque M. du Tillet, évêque de Meaux, les donna pour la premiere fois en 1549 sous le nom d'Eliaphilyra, parce qu'on crut qu'ils avoient été supposés par les nouveaux sectaires, dont ils paroissoient favoriser extrèmement les opinions. Quelques-uns les attribuoient à Angilram, évêque de Metz ; d'autres à Alcuin ; & d'autres enfin à tous les évêques assemblés à Francfort : mais quoiqu'on n'en connoisse pas le véritable auteur, il est certain qu'ils ont été écrits du tems de Charlemagne, comme il paroit par la réponse du pape Adrien, par les conciles de Francfort & de Paris, par le témoignage d'Hincmar qui les cite, & par les divers manuscrits anciens qu'on en a recouvrés. Dupin, biblioth. des auteurs ecclés. du huitieme siecle. (G).
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| CAROLUS | S. m. (Com.) ancienne monnoie de billon de France, frappée sous différens regnes, à différent titre & valeur. Les premiers carolus furent fabriqués sous le regne de Charles VIII. & valoient dix deniers : ils augmenterent sous les regnes suivans, revinrent à leur premiere valeur, puis cesserent d'avoir cours.
Il y a eu beaucoup de différens carolus dans plusieurs états de l'Europe ; mais presque tous ont été du billon tenant argent au plus haut titre de cinq deniers deux grains, & au plus bas de deux deniers, si l'on en excepte le carolus d'Angleterre, &c.
CAROLUS, ancienne piece d'or assez grosse frappée en Angleterre sous Charles I. dont elle porte l'image & le nom ; sa valeur a été de vingt-trois schelins, quoiqu'on dise qu'au tems où elle a été frappée elle ne valoit que vingt schelins. Voyez MONNOIE. (G)
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| CARON | (Géog.) riviere d'Asie dans la Perse, qui se décharge dans le golfe de Balsora.
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| CARONCULE | S. f. terme d'Anatomie, signifie à la lettre une petite portion de chair, étant un diminutif du latin caro, chair. Voyez CHAIR.
Mais ce terme s'applique d'une maniére plus spéciale à quelques parties du corps en particulier.
Les caroncules lacrymales sont deux petites éminences, situées l'une à droite, l'autre à gauche, chacune au grand angle de l'oeil, & qui séparent les deux points lacrymaux.
Quelques auteurs n'appellent lacrymale que la caroncule qui est au grand angle ou angle interne, & appellent celle qui est au petit innominée.
Galien avoit enseigné qu'il y avoit dans l'oeil deux glandes qui versent un suc, & cela dans les brutes ; & cependant les modernes voulant les trouver dans l'homme, ont imaginé que la caroncule filtroit les larmes ; & l'erreur n'a fait que passer, pour ainsi dire, de main en main jusqu'à Stenon & Morgagni ; l'un qui proposa de nouveaux conduits hygrophtalmiques, & l'autre qui donna une anatomie plus exacte de la caroncule : c'est une glande sebacée, conglomerée, oblongue, transversalement située dans l'appendice de la fente de l'oeil, pleine de follicules qui donnent une cire qui sort par divers petits trous, sous la forme de vers, pleine aussi souvent de divers petits poils, comme on en voit presque par-tout dans les glandes sebacées. Haller, Comment. Boerh.
Il est facile de concevoir que cette glande empêche le lac, ainsi nommé par M. Petit, de se dessécher. Quand les bords des paupieres sont exactement joints, elle distend les points lacrymaux, afin qu'ils soient libres, éminens, & comme attentifs à leur devoir : elle retient dans les poils les ordures de l'oeil ; enfin elle sépare une partie de l'humeur sebacée de Meibom.
Caroncules myrtiformes, sont quatre petites éminences charnues ; environ de la grosseur d'une baie de myrte, raison pour laquelle on les a appellées myrtiformes. Elles sont situées proche, ou pour mieux dire, à la place même de l'hymen ; aux parties génitales des femmes.
Quelques-uns prétendent qu'elles sont plus grosses dans les filles, & qu'elles s'appetissent de plus en plus par le coït : mais d'autres, avec plus de vraisemblance, veulent que ce soit le coït même qui leur ait donné naissance, & qu'elles ne soient autre chose que des portions de la membrane même de l'hymen déchirée, qui se sont retirées. Voyez HYMEN.
Les caroncules papillaires ou mamillaires, sont de petites protubérances en dedans du bassinet des reins, formées par l'extrémité des conduits qui portent la sérosité des glandes des parties extérieures au bassinet.
Elles ont été découvertes par Carpi, & ainsi appellées parce qu'elles ressemblent à un petit téton ou une mamelle. Elles ont la figure d'une tête de gland & sont moins rouges & plus dures que la chair. Elles sont de la grosseur d'un pois, mais elles sont plus grosses en-haut qu'en-bas ; elles se terminent en quelque sorte en pointe, à l'endroit où elles sont percées pour laisser passer l'urine dans le bassinet. Voy. REIN, BASSINET, &c. (L)
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| CAROTIDE | S. f. terme d'Anatomie, sont deux arteres du cou, placées l'une à droite, l'autre à gauche, dont l'office est de porter le sang de l'aorte au cerveau & aux parties externes de la tête. Voyez les Planches d'Anatomie, & leur explication. Voyez l'article ANATOMIE, voyez aussi ARTERE, SANG, CERVEAU.
Elles naissent l'une auprès de l'autre de la courbure ou arcade de l'aorte. La droite prend ordinairement son origine de l'artere soûclaviere ; la gauche de l'aorte immédiatement. Elles sont situées très-profondément : & défendues par la trachée artere à côté de laquelle elles sont placées : elles passent sans souffrir de compression, & sans presque donner aucunes branches, jusqu'à ce qu'elles soient parvenues environ à la partie supérieure du larynx, où elles se divisent en deux grosses branches, dont on appelle l'une carotide externe, & l'autre carotide interne.
La carotide externe est antérieure, & l'interne est postérieure.
La carotide externe se porte entre l'angle de la mâchoire inférieure & la glande parotide ; elle monte devant l'oreille sur l'arcade du zygoma, & se termine sur les tempes en se divisant ordinairement en trois rameaux, un antérieur, un moyen, & un postérieur.
Dans ce trajet elle donne plusieurs branches, qui se distribuent aux parties antérieures & postérieures du cou ; telles sont l'artere laringée, l'artere sublinguale ou artere ranime, l'artere maxillaire inférieure, l'artere maxillaire externe, l'autre maxillaire interne, l'artere masseterique ; l'artere occipitale, l'artere auditive externe, &c. Voyez chacune à leur article, LARINGEE SUBLINGUALE, &c.
La carotide interne monte sans aucune ramification jusqu'à l'orifice inférieur d'un produit de l'apophyse pierreuse de l'os des tempes ; elle s'y coude suivant la conformation de ce canal ; & lorsqu'elle est parvenue à l'orifice interne, elle envoye deux rameaux à l'oeil, dont l'un passe par la fente sphénoïdale, & l'autre par le trou optique, par lequel elle communique avec la carotide externe : elle se courbe ensuite de derriere en-devant à côté de la selle sphénoïdale : elle vient enfin en se repliant sur elle-même gagner le côté de l'entonnoir, à la partie antérieure duquel les carotides internes communiquent quelquefois au moyen d'un petit conduit qui va de l'un à l'autre ; elle se divise alors en plusieurs branches, qui se distribuent au cerveau : la postérieure de ces branches communique avec l'artere vertébrale. Voyez CERVEAU, VERTEBRAL, &c.
Hippocrate & les autres anciens médecins, plaçoient le siége de l'assoupissement dans ces arteres ; ce qui leur a fait donner le nom de carotides, comme qui diroit assoupissantes : car le mot de carotide vient de , assoupissement. Par la même raison on les a aussi appellées léthargiques & apoplectiques. (T)
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| CAROTTE | S. f. (Hist. nat.) daucus, genre de plante à fleur en rose & en ombelle, composée de plusieurs pétales inégaux faits en forme de coeur, disposés en rond, & soûtenus par le calice qui devient un fruit arrondi, composé de deux semences garnies & entourées de poils disposés en maniere de sourcil. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
La carotte légumineuse est une plante qui pousse de grandes feuilles velues, d'une odeur & d'un goût assez agréable : sa tige qui s'éleve de trois piés, est chargée dans sa sommité de parasols, qui portent de petites fleurs blanches à cinq feuilles, disposées en fleurs-de-lis : sa racine charnue, jaune ou blanche, d'un goût douçâtre, est employée dans les cuisines.
Elle ne se multiplie que de graines qui se sement au mois d'Avril ou Mai sur planches : quand elles sont trop drues on les éclaircit ; & pour les avancer, il faut à la mi-Août couper tous les montans à un demi-pié de terre. (K)
La carotte appellée daucus vulgaris, Tournef. Inst. 307. est d'usage en Medecine ; sa semence infusée dans le vin blanc est diurétique, bonne pour prévenir le calcul & en diminuer la violence des accès ; elle chasse le gravier, provoque les regles & l'urine. & fait beaucoup de bien dans les maladies de la matrice & dans les affections hystériques.
Vanhelmont assûre qu'un jurisconsulte fut exempt pendant plusieurs années des douleurs du calcul, en bûvant d'une infusion de la graine de daucus dans de la biere. (N)
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| CAROU | (Géog.) province d'Afrique dans la Nigritie, au royaume de Folgia, près des rivieres de Riojunk & Arveredo.
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| CAROUBIER | S. m. (Hist. nat.) arbre connu des anciens & des modernes. Nos botanistes l'appellent caroba siliqua dulcis, ; les Arabes kernab ; & les Egyptiens carub ou carnub, au rapport de Prosper Alpin, qui en a donné une figure très-peu correcte.
C'est un arbre de moyenne grandeur, branchu, & garni de feuilles arrondies, nerveuses, d'un pouce ou deux de diametre ; épaisses, lisses, verd foncé, portées sur des queues assez courtes, & rangées sur une côte à droite & à gauche : ses fleurs sont de petites grappes rouges chargées d'étamines jaunâtres ; ses fruits, que nous nommons aujourd'hui carouges, & autrefois caroubes, sont des siliques ou gousses applaties, longues depuis un demi pié jusqu'à quatorze pouces, sur un pouce & demi de large ; elles sont brunes en-dessous, courbées quelquefois, composées de deux cosses séparées par des membranes en plusieurs loges qui contiennent des semences plates, approchantes de celles de la casse.
Ces cosses sont remplies dans leur substance d'un suc épais, noirâtre, mielleux, douçâtre, qui ne s'éloigne pas beaucoup de celui de la moelle de casse. C'est apparemment la figure courbée de cette gousse qui lui a fait donner en grec & en latin les noms de keratia, keratonia, qui signifient de petites cornes.
Le caroubier étoit autrefois fort commun en Grece, en Egypte, dans la Palestine, & dans les montagnes de Judée.
Les Egyptiens, à ce que rapporte Prosper Alpin, chap. iij. tirent des siliques une espece de miel fort doux, qui tient lieu de sucre aux Arabes. Ils s'en servent pour confire les myrobolans, les tamarins, & plusieurs autres fruits ; ils l'employent fréquemment au lieu de miel dans les clysteres, & le donnent aux malades à dessein de leur rendre le ventre libre ; car il produit autant d'effet que la pulpe de la casse. Ils en usent encore extérieurement & intérieurement pour les inflammations des reins, contre la toux & l'asthme. Tous ceux qui prétendent que ce fruit resserre sont dans l'erreur ; il est certain qu'il relâche & qu'il purge, comme la pulpe de casse, quand il est mûr : c'est ce que Bauhin confirme par des expériences qu'il en a faites quand il étoit à Venise.
Ce fruit est fort commun en Italie, en Provence, en Barbarie : on le laisse mûrir & sécher au soleil ; les pauvres s'en nourrissent, & on en engraisse le bétail. Autrefois on en tiroit une espece de vin ou de liqueur fermentée, d'un grand usage dans la Syrie & dans l'Egypte, & le marc se donnoit aux porcs.
L'enfant prodigue, dit S. Luc, ch. xvj. 5. accablé de misere, & pressé par la faim, auroit desiré se rassasier des gousses (il faudroit traduire des carouges) dont les pourceaux se nourrissoient. C'est le sentiment des plus habiles interpretes de l'Ecriture, de Bochart, Grotius, Hammond, le Clerc & autres. En effet le mot grec qu'employe S. Luc, signifie des carouges, ou, ce qui revient au même, le fruit du caroubier. Aussi MM. de Beausobre & Lenfant ont traduit avec raison le terme qu'employe S. Luc par celui de carouges : mais quand ils ajoûtent dans leur note sur ce passage de l'évangéliste, que ce fruit vient dans des écosses, ils ne se sont pas exprimés avec assez d'exactitude ; ils devoient dire que le caroubier porte pour fruit des siliques, des gousses, qui contiennent dans leur substance, dans leur follicule une espece de pulpe douce, mielleuse, &c. Article communiqué par M(D.J.)
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| CAROUG | ou CAROUBE, s. f. Voyez CAROUBIER.
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| CARPA | (Géog.) ville d'Asie dans l'Inde au-delà du Gange, au royaume de Brama, sur la riviere de Caipumo.
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| CARPARY | (Géog.) île de l'Amérique méridionale dans la Guiane. On l'appelle aussi l'île des lapins.
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| CARPATHIE | (Géog. anc. & mod.) ville de l'Archipel qui a donné son nom à la mer Carpathienne : elle est située entre Rhodes & Candie. Il y subsiste encore des vestiges de villes anciennes, & d'autres antiquités. C'est aujourd'hui Scarpanto.
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| CARPE | , s. m. terme d'Anatomie, le poignet, ou la partie qui est entre la paume de la main & la partie inférieure de l'avant-bras. Voyez Planches anat. & leur explication. Voyez aussi MAIN.
Le carpe est composé de huit os de figure & grosseur differentes, placés en deux rangs, quatre à chaque. Le premier rang s'articule avec les deux os de l'avant-bras, & le second avec les os du métacarpe. Ces os sont fortement liés ensemble par des ligamens qui viennent du radius, & par le ligament annulaire, par lequel passent les tendons qui font mouvoir les doigts. Quoique ce ligament passe pour être unique, il fournit une gaine à chaque tendon qu'il reçoit.
Les Arabes l'appellent rasceta, & les Latins quelquefois carpismus.
Les os du carpe sont le scaphoïde, le semi-lunaire, le telocïde, le pisiforme ou hors de rang, le trapese, le trapesoïde, le grand, & le crochu. Voyez SCAPHOIDE, &c. (L)
CARPE, (Hist. nat. Ichthiolog.) en latin cyprinus, poisson d'eau douce fort commun & fort connu.
Ceux qui ne sont touchés que de la bonté des langues de carpe, n'ont pas besoin de lire cet article, & ce n'est pas pour eux qu'il est fait ; c'est pour des gens moins curieux de la délicatesse du palais de ce poisson, que de son histoire anatomique. On en est redevable à plusieurs physiciens, & particulierement à M. du Verney l'aîné, & à M. Petit le medecin, qui l'ont donné dans les Mémoires de l'académie des Sciences, avec les lumieres & l'exactitude qui regnent dans leurs recherches.
Ménage que Balsac disoit être inspiré pour les étymologies, n'a pas eu besoin d'une révélation pour dériver notre terme françois carpe, du mot latin carpa, qui se trouve dans Cassiodore. Ceux qui dérivent carpe, de carpio, qui est un poisson qu'on trouve dans un lac d'Italie, doivent céder le pas à Ménage ; car outre qu'ils se trompent dans le fait, parce que carpio désigne un poisson tout différent ; la permutation des lettres est bien plus grande, en tirant carpe de carpio que de carpa.
Les Grecs appellent ce poisson , d'où les Latins, comme Pline, ont fait cyprinus.
On trouve la carpe dans les rivieres, dans les étangs, & dans les marais ; il y en a de plusieurs grandeurs ; elle multiplie beaucoup, & parvient à un âge fort avancé : mais je ne sais si nous en devons croire Willughby, qui dans son histoire des poissons, fait mention d'une carpe qui avoit vécu cent ans. On sait qu'il y a des carpes mâles & des carpes femelles ; que la carpe laitée est le mâle, & l'oeuvée la femelle : il y en a même d'hermaphrodites, comme nous le dirons plus bas.
Les naturalistes modernes n'ont pas manqué d'orner leurs ouvrages de la figure de ce poisson : celle d'Aldrovandi, de Blasius, de Jonston, tant dans la premiére édition d'Allemagne, que dans celle d'Amsterdam, imprimée sous le nom du Ruisch, ne sont pas exactes. Les uns n'ont pas représenté les moustaches qui sont au-dessus de la levre supérieure, & celles qui sont au coin des deux levres. Les autres n'ont pas marqué les rayons qui sont sur les écailles, ou la ligne qui se trouve dans toute la longueur du corps sur les deux côtés de la carpe, ou encore la différence de la grosseur du ventre des carpes laitées & des carpes œuvées. La figure de Willughby est fort belle ; celle de Rondelet bien plus exacte, & celle de M. Petit encore davantage.
Les écailles. Tous les poissons sont revêtus de peau ou d'écailles, tant dans la mer & les rivieres, que dans les étangs & les lacs. La carpe est peut-être celui de tous les poissons qui a de plus grandes écailles, à proportion de sa grandeur. Dans la même carpe il y en a de brunes, de jaunes, & de blanches ; la couleur brune domine dans les plus grandes écailles ; dans les moyennes c'est la jaune & la dorée ; on trouve ces trois couleurs dans chacune des grandes écailles. En général plus les carpes sont grandes, plus les écailles sont brunes, quoi qu'en dise Rondelet.
Les plus grandes écailles occupent le milieu des côtés de la carpe par rapport à sa longueur ; plus elles sont près de la tête, plus elles sont petites.
Les écailles de moyenne grandeur sont du côté de la queue ; les plus petites sous le ventre, & sont d'autant plus petites, qu'elles sont plus près de la tête.
Dans les carpes les plus communes, qui sont de 16 à 18 pouces de longueur tout compris, ou de 9 à 10 pouces entre oeil & bas, c'est-à-dire entre la tête & la queue, les plus grandes écailles ont 7 lignes 1/2 jusqu'à 8 lignes de longueur, & 6 lignes jusqu'à 6 lignes & 1/2 de largeur. Il s'en trouve assez souvent qui sont aussi larges que longues ; elles sont épaisses de 1/5 ou 1/6 de ligne : en général, plus elles sont petites, plus elles sont allongées. Lorsqu'elles sont encore sur la carpe, il n'en paroit tout au plus que le tiers qui est coloré, cette partie externe est souvent d'un jaune un peu rembruni, couleur qui paroît être dans la propre substance de l'écaille ; car on ne peut l'ôter entierement en raclant l'écaille, qu'on n'en enleve une portion, hors un endroit qui appartient à la membrane qui attache les écailles, & c'est aussi l'endroit le plus brun sur l'écaille ; il y a sur cette partie externe des lignes en forme de rayons.
Le dessous de l'écaille opposée à cette partie externe, est argenté au moyen d'une membrane extrèmement fine qui porte cette couleur, que l'on enleve facilement avec la membrane, & qui laisse l'écaille blanche en cet endroit.
Toutes les écailles tiennent ensemble par le moyen des membranes qui les enveloppent : mais tout cela n'empêche pas qu'il n'y ait un peu de jeu dans les écailles, les unes à l'égard des autres ; sans cela la carpe ne pourroit se courber vers les côtés, comme elle fait dans ses mouvemens. Ces membranes tiennent très-fortement à la membrane tendineuse qui enveloppe tout le corps de la carpe, & en sont une continuité.
Si l'on examine bien la partie externe de la carpe, on remarque une ligne brune de chaque côté qui s'étend depuis la tête jusqu'à la queue. Cette ligne paroit brune, parce que la membrane qui attache la partie inférieure de l'écaille, est très-brune dans le milieu ; quelquefois elle est rouge.
On trouve dans la substance des écailles, où l'on voit cette ligne, un canal long de deux lignes ou deux lignes & demie ; qui a environ un quart de ligne de diametre. On peut y introduire une petite épingle de cette grosseur : mais elle y entre plus facilement par la partie interne & inférieure, que par la partie externe & supérieure de l'écaille. Ce canal va de haut en bas de cette écaille, ou de bas en haut, & obliquement de dehors en-dedans ; il se continue d'une écaille dans l'autre successivement depuis la tête jusqu'à la queue : il y a entre chaque écaille un petit canal membraneux qui en fait la continuité.
Après avoir observé ce qu'il y a de plus singulier dans les parties externes de la carpe, il faut venir aux parties internes.
Division de la carpe. On peut diviser la carpe en quatre parties : 1°. la tête, 2°. la poitrine, 3°. le bas-ventre, 4°. la queue. La tête se prend depuis le museau jusqu'à l'extrémité des couverts des oüies, vis-à-vis desquelles se trouve la poitrine ; car il n'y a point de cou entre la tête & le tronc de la carpe. La poitrine est séparée du bas-ventre par le diaphragme ; elle renferme seulement le coeur, & une partie considérable des reins ; le bas-ventre contient les entrailles ; la queue commence à l'anus, & est toute musculeuse.
La tête. La tête est un composé d'un nombre prodigieux d'os emboîtés ensemble avec un art admirable : on y trouve entr'autres un os pierreux assez large, plat, triangulaire, blanc, placé au haut du palais ; c'est proprement l'os hyoïde. On prétend qu'étant réduit en poudre subtile, & donné depuis un scrupule jusqu'à demi-drachme, il est propre pour arrêter le cours de ventre, pour exciter l'urine, pour atténuer les pierres des reins, pour l'épilepsie. C'est l'opinion des Schroders, de Boeclers, des Lémerys : mais n'est-ce point me rendre moi-même ridicule que de la rapporter ?
La mâchoire supérieure de la carpe est garnie de six dents molaires, rangées trois à trois. L'inférieure a un os cartilagineux de la forme d'une olive applatie ; cet os lui sert peut-être pour appuyer & aider à broyer ses alimens.
Ses yeux sont fort remarquables ; le cristallin dans sa partie centrale, a une fermeté qui approche presque de la dureté de la corne. Dans une carpe de quinze pouces de longueur, il fait par sa convexité antérieure une portion de sphere qui a trois lignes de diametre, & la postérieure deux lignes & demie, il y a deux lignes & demi de largeur ou de diametre de sa circonférence, & deux lignes un tiers d'axe ou d'épaisseur : il pese deux grains & demi.
Le coeur. Chacun sait que le coeur de tous les poissons qui ne respirent pas l'air, n'a qu'une cavité, & par conséquent qu'une oreillette à l'embouchure du vaisseau qui y rapporte le sang ; celle du coeur de la carpe est appliquée au côté gauche.
Sa chair est fort épaisse, & ses fibres très-compactes : mais il faudroit des figures pour bien expliquer la structure de cet organe : on en trouvera de très-bonnes dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de l'année 1690.
L'abdomen. Ce poisson a la cavité du bas-ventre formée par les vertebres du dos, & par des muscles qui sont tout différens de ceux de l'homme, & des animaux à quatre piés. Il a plus de seize arêtes de chaque côté en forme de côtes, qui sortent de chaque vertebre, depuis le diaphragme jusqu'à l'anus, où se termine le bas-ventre comme en pointe de cone.
L'anus. L'anus, que les mariniers appellent ombilic, ou le fondement, a aussi ses singularités dans la carpe. Il ne consiste pas seulement dans une ouverture par où elle décharge les excrémens des boyaux : il comprend encore deux autres ouvertures, l'une donne passage aux oeufs dans les femelles, & à la semence dans les mâles lorsqu'ils s'en déchargent ; & l'autre laisse passer l'urine de la vessie : desorte que voilà trois conduits qui aboutissent à cet endroit.
L'anus appellé podex par Rondelet, est en quelque maniere triangulaire dans les carpes laitées, moins dans les carpes œuvées, & a environ quatre à cinq lignes de diametre. Si l'on pique cette partie dans les carpes vives avec la pointe d'une aiguille, on n'y apperçoit aucun mouvement, & néanmoins elle se retrécit insensiblement de moitié.
L'estomac. L'estomac ou le ventricule prend son origine du fond de la gorge ; il passe à-travers le centre du diaphragme, & a la figure d'un boyau. Il a cinq ou six pouces de longueur, & s'étend le long de l'abdomen ; à son extrémité du côté de l'anus, il se replie pour former le premier boyau.
Cet estomac est enveloppé de tous côtés par les boyaux & le foie ; dans l'endroit où il se replie pour produire le premier boyau, il n'y a ni pylore ni valvule à ce repli, comme dans le brochet & d'autres poissons.
Les intestins. Les intestins au nombre de six, n'ont point de mésentere ; ils sont liés ensemble par les parties du foie, qui se trouvent logées & attachées entre les espaces qu'ils laissent entre leurs circonvolutions.
Le foie. Le foie est divisé en plusieurs parties, & comme par appendices, qui ont peu d'épaisseur. Il est aussi long que le paquet des boyaux, logé avec eux entre les deux laites. Sa couleur est d'un rouge de chair musculeuse, tantôt plus, tantôt moins pâle. Il recouvre près de la moitié de la grosse vésicule aérienne, avec laquelle il a une légere adhérence, & il est recouvert à ses côtés par le paquet des oeufs.
La vésicule du fiel. La vésicule du fiel se trouve enchâssée dans le milieu de la partie principale du foie, tout le long de la partie supérieure de l'estomac.
Le canal cholidoque & le canal cystique ne font qu'un canal continu & de même diametre, qui a deux à trois lignes de longueur.
La vésicule du fiel dans une carpe de dix-huit pouces tout compris, est longue d'environ quinze lignes, & six à sept lignes de diametre. La bile qu'elle contient est ordinairement verte & liquide. Lémery dit qu'elle est propre pour éclaircir la vûe : mais on s'en servira bien plus utilement pour le dégraissage.
La rate. La rate est attachée au commencement de l'estomac, à cinq ou six lignes du diaphragme ; sa situation est entre le paquet des boyaux & la grosse vésicule aérienne vers le côté gauche ; sa longueur dans une carpe de dix-huit pouces est de trois ou quatre pouces, sa longueur de 1/2 pouce, & son épaisseur de deux lignes. Cette partie varie très-fort dans ses dimensions ; elle est d'un rouge foncé, comme du sang caillé.
Les oeufs. Les oeufs de la carpe forment deux paquets, un de chaque côté de l'abdomen ; ils s'étendent depuis le diaphragme jusqu'à l'anus ; ils couvrent de chaque côté le paquet formé par les intestins & le foie, & s'étendent entre ce paquet & la vessie aérienne, qu'ils couvrent de part & d'autre depuis la moitié de la grosse vésicule aérienne jusqu'à l'anus.
Ils sont revêtus d'une membrane très-fine & transparente, formant une capsule qui enveloppe entierement les oeufs, auxquels elle est très peu adhérente ; si l'on souffle dans cette capsule, elle se sépare facilement des oeufs, & se gonfle beaucoup.
Les deux capsules se réunissent en un seul canal, qui se termine à la partie postérieure de l'anus. Cette capsule est adhérente au péritoine, & au paquet du foie & des boyaux, mais très-legerement.
Les oeufs qu'elle contient sont adhérens les uns aux autres ; ils sont ronds, ou à-peu-près ronds, & ont 1/3 ligne jusqu'à 2/3 de ligne de diametre, ce qui est rare.
Ils sont d'un jaune très-leger, plus ou moins ; si on les fait bouillir, ils deviennent blancs : mais étant refroidis, ils redeviennent jaunes.
Leur quantité. M. Petit a été curieux de voir combien il y avoit d'oeufs dans une carpe ; pour y parvenir il a mis dans une balance très-fine, la quantité d'oeufs qu'il falloit pour la pesanteur d'un grain, & il a trouvé qu'il en falloit 71 ou 72. Les deux paquets qu'en avoit une carpe de dix-huit pouces de longueur, compris la tête & la queue, pesoient huit onces deux gros, qui font 4752 grains, qui multipliés par 72, font 342144 oeufs, ou environ, que cette carpe contenoit.
Dans une autre carpe moins grosse, c'est-à-dire de seize pouces, les deux paquets d'oeufs ne pesoient que sept onces deux gros quarante-deux grains, & ne contenoient que 305552 oeufs. Dans une carpe de 14 pouces, le paquet d'oeufs pesoit six onces quatre gros quarante-deux grains ; & ne contenoit par conséquent que 262224 oeufs. Les oeufs de toutes ces carpes paroissoient de la même grosseur. Il suit de ces observations, que plus les carpes sont grosses, plus elles contiennent d'oeufs. Ce doit être un fait fort rare de rencontrer juste dans de pareilles opérations, & ce seroit bien peu de chose de ne se tromper que de quelques centaines.
Leuwenhoeck, tom. I. de ses Oeuvres, ne donne aux carpes que 221629 oeufs, & quatre fois plus aux morues, ajoûtant que les oeufs d'un poisson d'un an, sont aussi gros que ceux d'un poisson de vingt-cinq ans. Il établit ensuite que la morue contient 9344000 (neuf millions trois cent quarante quatre mille) oeufs, ce qui fait non pas quatre fois plus d'oeufs que la carpe, comme il avoit dit auparavant, mais quarante quatre fois plus & davantage. Il s'est apparemment glissé quelque faute d'impression dans les chiffres du nombre des oeufs de la morue ; car l'édition latine des ouvrages de cet habile artiste, pour le dire en passant, est toute pleine de pareilles fautes ; & il n'y a que l'édition originale de Leuwenhoeck en Hollandois qui soit bonne.
La laite. La laite que l'on nomme aussi laitance, est une partie dans les carpes mâles, composée de deux corps blancs, très-irréguliers : ce sont les testicules dans lesquels se filtre la semence ; ils sont presque aussi longs que la cavité du bas-ventre. Le côté droit est quelquefois un peu plus long que le gauche, parce qu'il commence un peu plus près du diaphragme ; il recouvre par les côtés, le paquet des boyaux, la vessie aérienne, & la vessie urinaire.
Les vésicules séminales. Chaque corps blanc ou testicule, est composé de deux parties. La premiere & la plus considérable, qui prend son origine près le diaphragme, est le corps du testicule, qui est uni & lisse à sa superficie ; la seconde partie consiste dans les vésicules séminales, qui sont près de l'anus.
Ces vésicules séminales paroissent formées par des petites vésicules distinguées les unes des autres. Pour les avoir avec facilité ; il faut les presser doucement avec le doigt en ramenant du côté de l'anus ; & par ce moyen on en fait sortir par l'ouverture qui est au-dessous de l'anus, la semence qu'elles contiennent. Si après cela on souffle dans cette ouverture, on voit gonfler ces vésicules qui paroissent très-distinctes les unes des autres à l'extérieur. Ces deux vésicules séminales se réunissent en un canal commun, qui se termine au-dehors comme l'anus à la partie postérieure duquel il est situé. Il est long de quatre à cinq lignes, & n'a qu'une ligne & demie jusqu'à deux lignes de diametre. Si on ouvre ce canal, on y voit l'ouverture de la vessie, qui ne paroît pas toujours au-dehors dans les carpes laitées.
La vessie aérienne. On trouve dans la carpe & dans la plûpart des autres poissons une vessie remplie d'air, & qu'on peut appeller pour cela vessie aérienne. C'est pour la même raison que quelques auteurs l'ont nommée vesicula pneumatica, d'autres utriculus natatorius, parce qu'il paroît que les poissons s'élevent plus ou moins facilement vers la superficie de l'eau, selon qu'elle se trouve plus ou moins remplie d'air.
Elle est située entre les reins & les oeufs ou la laite. Elle s'étend depuis le diaphragme jusqu'à la vessie urinaire.
Elle est attachée legerement par des fibres & des vaisseaux à toutes les parties qui la touchent, mais elle tient très-fort à la base d'un petit os qui ressemble de figure à la partie antérieure d'une mitre. La partie supérieure de la membrane externe de cette vessie est attachée si fortement à cet os, qu'on ne peut la séparer sans la couper ou la déchirer ; il y a même quelques-unes des fibres de cette membrane, qui sont continues avec le diaphragme.
Cette vessie est composée de deux vésicules. La premiere est la plus grosse & la plus près du diaphragme ; elle a trois pouces ou environ de longueur, & dix-huit à vingt lignes de diametre à l'endroit où elle a plus de grosseur ; elle forme une espece d'ovale.
La seconde vésicule qui est plus petite en grosseur que la précédente, est de deux ou trois lignes plus longue que la premiere ; mais elle n'a qu'environ douze lignes de diametre dans l'endroit où elle a le plus de grosseur.
Chacune de ces vésicules a deux membranes, une externe & une interne. La premiere tendineuse & forte, est double, ce que l'on apperçoit très-bien en la déchirant, principalement lorsqu'elle a été macérée dans l'eau. On voit que chacune des deux lames qui la composent a des fibres, dont la direction est différente. Les fibres de la lame extérieure sont plus obliques que celles de l'intérieure.
La seconde membrane est très-fine : malgré cela, on reconnoît par la macération, qu'elle est double ; elle renferme dans sa duplicature un muscle dont les fibres sont transverses, & occupent toute la longueur de la vésicule, ou peu s'en faut, & environ le tiers de sa circonférence. Les fibres inférieures se croisent à angles droits, avec d'autres fibres charnues, qui sont à la partie inférieure de la vésicule.
La seconde vésicule a les mêmes membranes : mais les externes sont plus fines que celles de la premiere vésicule. Elle a deux plans de fibres charnues & transverses, un de chaque côté, qui regnent dans toute la longueur de la vésicule : mais chaque plan n'occupe qu'environ le quart de la circonférence.
Les deux vésicules communiquent l'une à l'autre par un petit canal qui a environ une ligne de diametre, & 2/3 de ligne de longueur pour l'ordinaire. Il n'y a point de valvule, & l'air passe librement de l'une à l'autre vésicule.
Tout le monde connoît l'usage de la vessie aérienne ; selon qu'elle est plus ou moins remplie d'air, elle rend le corps du poisson plus ou moins pesant, & par-là propre à monter à la superficie de l'eau, ou à s'enfoncer plus ou moins dans l'eau.
Tout le monde connoît aussi la nécessité absolue de l'air, & même du renouvellement d'air pour la vie des poissons. La machine du vuide a prouvé l'un & l'autre depuis long-tems ; & c'est sur la carpe que les expériences en ont été faites le plus souvent, ce poisson étant fort commun.
Si l'on met une carpe mâle dans un vaisseau plein d'eau, placé sous le récipient de la machine pneumatique, & que l'on pompe l'air trois ou quatre fois, la carpe commence à s'agiter ; toute la surface de son corps devient perlée ; il lui sort par la bouche & par les oüies une infinité de bulles d'air fort grosses, & la région de la vessie aérienne s'enfle considérablement. Si l'on recommence à pomper, les oüies recommencent à battre, mais peu de tems & foiblement ; ensuite la carpe demeure sans aucun mouvement, & la région de la vessie aérienne devient si gonflée & tendue, que la laite fort en s'éfilant par l'anus : enfin au bout d'une demi-heure ou environ, la carpe meurt ; si on l'ouvre, on trouve d'ordinaire la vessie aérienne crevée.
Les reins. Les reins de la carpe sont rouges-bruns, mollasses, semblables en quelque maniere à du sang caillé : ils occupent la plus grande partie de la poitrine, & de-là s'étendent dans toute la longueur du bas-ventre jusqu'à la vessie ; ils sont adhérens au péritoine, aussi-bien qu'aux ovaires, ou à la laite ; ils se grossissent en bosse triangulaire, & sont logés entre les deux vésicules aériennes ; ils remplissent l'espace que ces vésicules laissent entr'elles.
L'urine passe immédiatement de la substance des reins dans les ureteres, par le moyen des vaisseaux excrétoires qui s'y rendent. Les ureteres sont, comme l'on sait, des canaux qui transportent l'urine des reins dans la vessie. Ils sont dans la carpe cachés en partie dans la substance des reins, & principalement dans la partie qui est renfermée dans la poitrine.
La vessie urinaire. La vessie urinaire est une capsule oblongue, arrondie, & qui étant gonflée, ressemble à une petite cucurbite renversée, dont l'embouchure est très-étroite. Elle ne paroît composée que d'une seule membrane qui est fort fine ; son embouchure est tout près de celle du rectum, à la partie postérieure de l'anus dans les carpes œuvées : mais dans les carpes laitées, on ne la découvre point au-dehors ; on la trouve dans le canal commun des vésicules séminales.
Des carpes hermaphrodites. M. Morand a fait voir à l'académie des Sciences en 1737, les parties intérieures d'un grosse carpe, où l'on voyoit distinctement d'un côté les oeufs, & de l'autre la laite : elle étoit donc véritablement hermaphrodite. A cette occasion, M. de Reaumur dit qu'il avoit observé plusieurs fois la même chose dans le brochet, & M. Marchand dans le merlan. On peut y ajoûter les moules. dont nous parlerons : & voilà bien des poissons hermaphrodites qui en feroient soupçonner beaucoup d'autres. Que d'éclaircissemens à desirer sur ce sujet ! Toute une espece n'aura-t-elle que des hermaphrodites, ou sera-t-elle mêlée ? Plusieurs hermaphrodites ont le besoin ordinaire d'un autre animal de leur espece pour engendrer ; les moules engendrent toutes seules. De quel genre seront ces nouveaux hermaphrodites qui se trouvent parmi les poissons ? ce sont tout autant de questions de M. de Fontenelle.
De la respiration de la carpe. Mais de quelque sexe que soient les carpes, œuvées, laitées, hermaphrodites, elles ont toutes besoin de respirer pour vivre.
M. Derham dit que pourvû qu'on les mette dans un endroit frais & dans une position qui ne gêne point leur respiration, elles peuvent vivre long-tems dans l'air & hors de l'eau ; ce qu'il prouve d'après le témoignage d'une personne très-illustre & très-curieuse, par la maniere dont on les engraisse en Hollande, laquelle a aussi été pratiquée en Angleterre. On les suspend à la cave, ou en tout autre lieu frais, dans un petit filet, sur de la mousse humide ; ensorte que la tête de la carpe sorte hors du filet. On les nourrit de cette maniere de pain blanc qui a trempé dans du lait.
Ce fait est aisé à vérifier : il n'est pas aussi facile de démontrer toutes les pieces qui servent à la respiration de ce poisson ; elles montent à un nombre si surprenant, que l'imagination même en est effrayée.
Mais sans entrer dans un détail que je ne saurois faire par écrit, je me contenterai d'en donner le dénombrement, que personne ne sera fâché de voir ; & je ne donnerai point ce dénombrement en chiffres, de peur que quelqu'un ne soupçonne ici des fautes d'impression.
Les pieces osseuses sont au nombre de quatre mille trois cent quatre-vingt-six : il y a soixante-neuf muscles.
Les arteres des oüies, outre leurs huit branches principales, jettent quatre mille trois cent vingt rameaux ; chaque rameau jette de chaque côté sur le plat de chaque lame, une infinité d'arteres capillaires transversales, dont le compte ne seroit pas impossible : il passe de beaucoup tous ces nombres ensemble.
Il y a autant de nerfs que d'arteres, les ramifications des premiers suivant exactement celles des autres.
Les veines ainsi que les arteres, outre les huit branches principales, jettent quatre mille trois cent vingt rameaux, qui sont de simples tuyaux, & qui à la différence des rameaux des arteres, ne jettent point de vaisseaux capillaires transversaux.
Ce nombre prodigieux d'os, de muscles, de vaisseaux, de nerfs, de veines & d'arteres, concourant au même but, arrangés avec tant d'industrie, marquent sans-doute la main du souverain artiste. Que ses oeuvres sont admirables ! Et puisqu'il ne s'est point lassé de les produire dans les eaux comme sur la terre, suivant la remarque de Galien, les hommes peuvent-ils jamais se lasser de les lire & de les étudier ?
Que cette étude est belle ! qu'elle est intéressante !
Etude de tout tems, de tous lieux, de tout âge,
Que n'épuiseront point les siecles à venir !
Je la propose aux grands, je la propose au sage :
Par où saurois-je mieux finir ?
Article communiqué par M(D.J.)
La pêche de la carpe n'a rien de particulier.
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| CARPÉE | S. m. (Hist. anc.) espece de pantomime ancienne, que les Athéniens & les Magnésiens peuples de Thessalie, avoient coûtume de danser de la maniere suivante. Un des danseurs mettoit bas ses armes, sembloit labourer & semer, regardoit souvent derriere lui, comme un homme inquiet. Un second danseur imitoit l'action d'un voleur qui s'approche. Le premier reprenoit aussi-tôt ses armes, & il y avoit entr'eux un combat autour de la charrue & des boeufs : ce combat se livroit en cadence & au son de la flûte. Le voleur remportoit la victoire, lioit le laboureur, & emmenoit les boeufs ; quelquefois le laboureur étoit victorieux. Rien n'a plus de rapport avec les ballets que le sieur Dehesse imagine avec tant d'esprit, & qui sont si bien exécutés par nos comédiens Italiens.
On dit que cette danse fut instituée pour accoûtumer les paysans à se défendre contre les incursions des brigands.
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| CARPEN | (Géog.) petite ville forte de la haute Hongrie dans le comté de Bars.
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| CARPENEDOLO | (Géog.) petite ville d'Italie dans le Brescian, aux Vénitiens.
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| CARPENTER-LAN | ou CARPENTARIA, (Géog.) pays d'Asie de la nouvelle Guinée, dans la nouvelle Hollande.
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| CARPENTRAS | (Géog.) ville de France en Provence, capitale du comté Venaissin. Long. 22d. 42'. 53". lat. 44d. 3'. 33".
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| CARPENTUM | (Hist. anc. & antiq.) char à plusieurs usages chez les Romains. Il étoit ordinairement employé à porter les matrones, & les impératrices sous les empereurs. Il étoit tiré par des mules ; il n'avoit que deux roues, rarement quatre ; il ne servoit pas seulement pour les femmes. Florus fait mention d'un roi Gaulois qui fut pris combattant sur un carpentum d'argent, & mené en triomphe sur le même chariot.
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| CARPI | (Géog.) ville d'Italie en Lombardie dans le Modénois. Long. 28. 25. lat. 44. 45.
CARPI, (Géog.) petite ville d'Italie dans l'état de Venise au Veronois, sur l'Adige.
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| CARPIO | (Géog.) petite ville d'Espagne dans l'Andalousie, sur le Guadalquivir.
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| CARPOBALSAMUM | (Hist. nat. bot.) baie ou fruit de l'arbre qui produit le vrai baume de Judée. Ce fruit n'a pas de nom françois. Il est fort semblable en grosseur, en figure & en couleur, à celui du térébinthe. Ce mot vient de deux mots grecs, , fruit, & , baume.
Le carpobalsamum est une baie oblongue, avec un petit calice & une écorce brune ridée, marquée de quatre côtés, d'un goût & d'une odeur agréables. On en trouve peu dans les boutiques. Il faut s'y connoître pour l'acheter. Il est très-rare. Celui qu'on vend d'ordinaire n'est que du poivre de la Jamaïque. D'autres y substituent les cubebes ou les baies de génevrier.
Le carpobalsamum entre dans la composition de la thériaque & du mithridate : on voit par-là qu'il est regardé comme stomachique, cordial, & propre à fortifier. (N)
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| CARPOBOLUS | S. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont les individus paroissent ronds lorsqu'ils sont renfermés dans leur enveloppe, mais dans la suite l'enveloppe & le corps qu'elle renfermoit s'ouvrent par le haut, de sorte qu'ils ressemblent à une cloche renversée & découpée par les bords. Il y a au centre de la plante un fruit rond, recouvert d'une membrane très-mince, composé de semences très-petites, & environné d'une certaine liqueur très-claire. Cette liqueur n'est pas plûtôt évaporée, que le carpobolus change de forme ; de concave qu'il étoit, il devient convexe : ce changement se fait en un instant, & avec tant de violence, que le ressort du fond de la plante lance le fruit en-haut. Aussi-tôt que le fruit est sorti, le carpobolus perd une partie de sa convexité ; une moitié s'affaisse & se recourbe en-dedans. Ces observations ne se peuvent faire qu'à l'aide du microscope. Micheli, nova pl. gen. Voyez PLANTE. (I)
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| CARPOCRATIENS | S. m. pl. (Hist. ecclés.) hérétiques qui parurent dans le xj. siecle, & prirent ce nom de leur chef Carpocrate, natif d'Alexandrie. C'étoit une branche de la secte des Gnostiques, qui renouvella les erreurs de Simon le Magicien, de Menandre, de Saturnin, de Basilide, &c.
Les Carpocratiens reconnoissoient un principe unique & pere de toutes choses, mais dont ils ne disoient ni le nom, ni la nature : cependant ils pensoient que le monde avoit été créé par des anges ou des génies, bien inférieurs à ce premier principe. Ils nioient la divinité de Jesus-Christ, qui, disoient-ils, étoit fils de Joseph, né comme les autres hommes, mais favorisé de dons extraordinaires, & distingué par sa vertu. Pour arriver à Dieu il falloit, selon eux, avoir accompli toutes les oeuvres du monde & de la concupiscence, à laquelle il falloit obéir en tout ; prétendant qu'elle étoit cet adversaire à qui l'Evangile ordonne de céder, tandis que l'on est avec lui dans la voie (Matth. v. vers. 25.) : que l'ame qui résistoit à la concupiscence, en étoit punie en passant après la mort successivement d'un corps dans un autre, jusqu'à ce qu'elle eût accompli toutes les oeuvres de la chair ; & que par conséquent on ne pouvoit trop se hâter d'acquiter cette dette. De-là ces impudicités en tout genre auxquelles ils se livroient sans remords ; au moins pour leur imposer silence avoient-ils imaginé ce principe qui conduit aux derniers excès, qu'il n'y a point d'action bonne ou mauvaise en soi, mais seulement par l'opinion des hommes. Ils détestoient le jeûne, recherchoient tous les plaisirs des sens, & admettoient la communauté des femmes. Fleury. Hist. ecclés. tom. I. liv. III. pag. 333.
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| CARQUOIS | S. m. (Art milit.) espece de boîte ou de fourreau, dans lequel les troupes qui se servent d'arcs mettent leurs fleches. (Q)
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| CARRAVEIRA | (Géog.) ville de la Turquie, en Europe, dans la Macédoine. Long. 40. lat. 40. 27.
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| CARRE | qu'on nomme aussi carse, s. f. (Comm.) mesure de continence, dont on se sert à Briare pour mesurer les grains.
La carre pese vingt livres ; & dix carres & 10/11 de ces carres font le septier de Paris. Voyez SEPTIER. Diction. de Commerce, tom. II. pag. 102. (G)
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| CARRÉ | qu'il semble qu'on devroit écrire quarré, est un adjectif dont on a fait un substantif, qui désigne dans les arts méchaniques & des instrumens & des formes, où se fait particulierement remarquer celle du quarré, c'est-à-dire, de la figure à quatre côtés perpendiculaires l'un à l'autre, & égaux entr'eux. V. ces différentes acceptions dans les art. suivans.
CARRE, s. m. en terme de Bijoutier, c'est proprement le pilier qui fait l'angle d'une tabatiere. Il se tire au banc. Voyez BANC A TIRER.
CARRE, TRAINE ou TRAINEAU, (Corderie) bâtis de charpente en forme de traîneau, sur le devant duquel s'élevent deux montans qui portent une traverse dans laquelle passent les manivelles qui servent à tordre les torons, ou à commettre la corde. On charge les carrés de poids, pour que les torons soient bien tendus. Voyez l'article CORDERIE & les figures.
CARRE, (Gravure & Monnoyage) morceau d'acier fait en forme de dé, dans lequel on a gravé en creux ce qui doit être en relief dans une médaille. Quand les carrés sont bien trempés, l'on y frappe si l'on veut des poinçons de même que l'on frappe des carrés avec les poinçons : ces derniers carrés alors s'appellent matrices. Voyez MATRICE. Voyez Pl. I. de la Monnoie, fig. 3. & 4.
CARRE de cuir, (Tanneur & cordonnier) c'est ainsi que les Tanneurs & autres qui font commerce de gros cuirs appellent des morceaux de cuir fort, coupés par carré : un carré contient juste ce qu'il faut de cuir pour faire une paire de souliers : cette étendue de cuir se nomme aussi tableau ; & l'on dit des Cordonniers qui se pourvoyent de cette maniere, parce qu'ils ne sont pas en état d'acheter des cuirs entiers, qu'ils vont au tableau.
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| CARREAU | S. m. (Architecture) terre moulée de différentes formes & grandeurs, & cuite comme la brique. Voyez l'article BRIQUE. Le carreau prend différens noms : le quarré, grand de six à sept pouces, sert à parer les atres ; le grand carreau a six pans de six à sept pouces ; le petit carreau a six pans de quatre pouces. Le premier de ces deux-ci s'employe quelquefois aux jeux de paume & grandes galeries ; le second, dans les salles & les chambres ordinaires. Les anciens appelloient ces carreaux à six pans, favi, de la ressemblance qu'ils ont avec les panneaux des rayons de miel ; ceux à trois pans trigona ; les quarrés quadrata ; ceux qui avoient la même base & la même hauteur, tessera. Le carreau de fayence ou de Hollande, ordinairement de quatre pouces en quarré, sert à paver les salles de bain, les petits cabinets ou lieux à soupapes, & autres endroits de cette nature. Il y a des carreaux mi-partis de différentes couleurs, avec lesquels on peut former un grand nombre de desseins & de figures agréables. On trouve dans les Mém. de l'Académie, année 1704. pag. 363. un essai sur cette matiere, par le fameux P. Sébastien. En cherchant, selon la méthode qu'il propose, en combien de manieres deux carreaux mi-partis chacun de deux mêmes couleurs, pourroient s'assembler, en les disposant toûjours en échiquier, on trouve soixante-quatre, ce qui ne doit pas étonner. Deux lettres ou deux chiffres ne se combinent ordinairement que de deux façons, parce qu'ils ne changent de situation que pour être mis l'un après l'autre sur une ligne, la base demeurant toûjours la même : mais dans l'arrangement de deux carreaux, l'un des deux peut prendre quatre situations différentes, dans chacune desquelles l'autre carreau peut changer seize fois, ce qui donne les soixante-quatre combinaisons. Voyez, Planche du Carreleur, ces soixante-quatre combinaisons.
Mais en examinant ces soixante-quatre combinaisons, on y trouve un grand nombre de figures semblables, & l'on voit qu'elles se réduisent à trente-deux différentes ; parce que chaque figure est répétée deux fois dans la même situation, & que les ensembles ne different les uns des autres, que par la transposition du carreau le plus ombré. Tels sont, même Planche, le premier & le troisieme ; le second & le quatrieme ; le cinquieme & le trente-unieme ; le sixieme & le trente-deuxieme ; le septieme & le vingt-neuvieme ; le huitieme & le trentieme ; le neuvieme & le quarante-troisieme ; le dixieme & le quarante-quatrieme ; le onzieme & le quarante-unieme ; le douzieme & le quarante-deuxieme ; le treizieme & le cinquante-cinquieme, le quatorzieme & le cinquante-sixieme ; le quinzieme & le cinquante-troisieme, le seizieme & le cinquante-quatrieme ; le dix-septieme & le dix-neuvieme ; le dix-huitieme & le vingtieme ; le vingt-unieme & le quarante-septieme ; le vingt-deuxieme & le quarante-huitieme ; le vingt-troisieme & le quarante-cinquieme ; le vingt-quatrieme & le quarante-sixieme ; le vingt-cinquieme & le cinquante-neuvieme ; le vingt-sixieme & le soixantieme ; le vingt-septieme & le cinquante-septieme ; le vingt-huitieme & le cinquante-huitieme ; le trente-troisieme & le trente-cinquieme ; le trente quatrieme & le trente-sixieme ; le trente septieme & le soixante troisieme ; le trente-huitieme & le soixante-quatrieme ; le trente-neuvieme & le soixante-unieme ; le quarantieme & le soixante-deuxieme ; le quarante-neuvieme & le cinquante-unieme ; le cinquantieme & le cinquante-deuxieme.
Il y a plus : si l'on n'a point d'égard à la situation & au meme point de vûe, on apperçoit que ces trente-deux figures différentes peuvent encore se réduire à dix semblables. Telles sont, même Planche, la premiere, la troisieme, la dix-huitieme, la vingtieme, la trente-troisieme, la trente-cinquieme : la cinquantieme, & la cinquante-deuxieme : la seconde, la quatrieme, la dix-septieme, la dix-neuvieme, la trente-quatrieme, la trente-sixieme, la quarante-neuvieme, & la cinquante-unieme : la cinquieme, la trente-unieme, la seizieme, la cinquante-quatrieme, la trente-neuvieme, la soixante-unieme, la vingt-quatrieme, & la quarante-sixieme : la sixieme, la trente-deuxieme, la treizieme, la cinquante-cinquieme, la quarantieme, la soixante-deuxieme, la vingt-unieme, & la quarante-septieme : la septieme, la vingt-neuvieme, la quatorzieme, la cinquante-sixieme, la trente-septieme, la soixante-troisieme, la vingt-deuxieme, & la quarante-huitieme : la huitieme, la trentieme, la quinzieme, la cinquante troisieme, la trente-huitieme, la soixante-quatrieme, la vingt-troisieme, & la quarante-cinquieme : la neuvieme, la quarante-troisieme, la vingt-huitieme, & la cinquante-huitieme : la dixieme, la quarante-quatrieme, la vingt-cinquieme, & la cinquante-neuvieme : la onzieme, la quarante-unieme, la vingt-sixieme, & la soixantieme : la douzieme, la quarante-deuxieme, la vingt-septieme, & la cinquante-septieme.
Si l'on exclut de ces dix figures les variétés qui naissent de ce que les parties blanches se trouvent à la place des parties noires, & les noires à la place des blanches, elles se réduiront encore à quatre, où ces parties se voyent dans les unes à droite, comme elles sont dans les autres à gauche, ou en-haut comme elles sont en-bas ; ensorte que si on les suppose tracées sur un papier transparent, on verra les unes en les regardant à-travers le papier, comme on voit les autres sur le papier même ; d'où il s'ensuit qu'à proprement parler, leurs figures ne sont pas différentes. Telles sont les 9e, 43e, 28e, 58e, 10e, 44e, 25e, 29e, 11e, 41e, 26e, 60e, 12e, 42e, 27e, & 57e ; les 6e, 32e, 13e, 55e, 40e, 62e, 21e, 47e, 8e, 30e, 15e, 53e, 38e, 64e, 23e, & 45e, les 7e, 29e, 14e, 56e, 37e, 63e, 22e, 48e, 5e, 31e, 16e, 54e, 39e, 61e, 24e, 46e ; & les 2e, 4e, 17e, 19e, 34e, 36e, 49e, 51e, 1ere, 3e, 18e, 20e, 33e, 35e, 50e, 52e.
Peut-être qu'en cherchant quelque maniere de disposer les combinaisons de ces carreaux sur le papier, on eût rencontré quelque loi qui auroit dispensé de l'énumeration précédente : mais c'est ce que personne n'a encore tenté, non plus que la combinaison de plusieurs carreaux, & moins encore la combinaison de carreaux partis de plusieurs couleurs.
Si l'on s'occupe à former des desseins & des compartimens avec ces figures jointes ensemble, & toûjours en échiquier, on en formera une multitude prodigieuse. Nous n'avons pas jugé à propos de les faire graver ; elles en paroîtront plus surprenantes à ceux qui les verront naître sous leurs yeux, soit par amusement soit par utilité : mais pour les diriger dans cette opération, nous allons leur indiquer & les carreaux & l'ordre dans lequel ils auront à les assembler pour en former des tous agréables : ces exemples pourront être de quelque commodité non-seulement pour les Carreleurs, mais encore pour les ouvriers en Marqueterie, en Tabletterie, en Menuiserie, & autres ouvrages faits de pieces rapportées.
On voit, Planche du Carreleur, les soixante-quatre combinaisons possibles que l'on peut faire avec deux carreaux mi-partis selon leur diagonale. Cette planche est divisée en quatre colonnes de haut-en-bas ; chaque colonne est partagée en cinq quarrés : dans le premier quarré de chaque colonne on a figuré en grand un seul carreau, qui est différemment situé dans chacune, ainsi que l'on les voit par A, B, C, D, quatre lettres qui marquent toûjours les mêmes côtés du carreau ; A, D, les deux colorés ; B, C, les deux blancs. Ainsi dans tous les quarrés de la premiere colonne, le carreau le plus ombré est toûjours censé appliqué horisontalement au côté A ; dans la seconde, au côté B ; dans la troisieme, au côté C ; & dans la quatrieme, au côté D.
Dans les quatre quarrés qui achevent la premiere colonne, & qui ont la lettre A au centre, on a figuré les 16 combinaisons qui se peuvent faire avec deux carreaux ; l'un desquels qui est le plus ombré, demeure toûjours horisontal sur le côté A. On a suivi le même ordre dans les autres colonnes. Les quarrés de chacune sont marqués d'une même lettre : ainsi ils ont au centre B à la seconde ; C, à la troisieme ; D, à la quatrieme. On a séparé les combinaisons de quatre en quatre, pour éviter la confusion : on auroit pû, outre cet avantage, s'en proposer un autre, celui de rencontrer quelque loi qui donnât sans peine les semblables & les différens, ainsi que nous l'avons remarqué plus haut.
On aura un premier dessein régulier, si l'on fait une ligne de la combinaison 2, & sous cette ligne une autre ligne de même longueur, avec la même combinaison 2, & ainsi de suite.
On aura un second dessein, si l'on fait une premiere rangée avec la combinaison 2 ; une seconde avec la combinaison 34 ; & alternativement ainsi de suite.
Un troisieme dessein, si l'on fait la premiere rangée de la combinaison 6, & la seconde de la combinaison 40, & ainsi de suite alternativement.
Un quatrieme, si l'on fait la premiere rangée avec la combinaison 12, & la seconde avec la combinaison 10, & ainsi de suite alternativement.
Un cinquieme, si l'on fait la premiere rangée avec les deux combinaisons 24 & 14, mises alternativement ; la seconde avec les deux combinaisons 22 & 16 alternativement ; la troisieme avec les deux combinaisons de la premiere, mais en mettant 14 avant 24 ; la quatrieme avec les deux combinaisons de la seconde, mais en mettant 16 avant 22, & ainsi de suite.
Un sixieme, si l'on fait la premiere rangée avec la combinaison 24, & la seconde avec la combinaison 16, & ainsi de suite alternativement.
Un septieme, en faisant la premiere rangée avec la combinaison 42 ; la seconde avec la combinaison 10, la troisieme comme la seconde ; & la quatrieme & cinquieme comme la premiere.
Un huitieme, si l'on fait la premiere rangée des 28, 26, & 50 combinaisons mises de suite ; la seconde des 26, 50, & 28 ; & la troisieme, des combinaisons 50, 28, & 26.
Un neuvieme, si l'on fait la premiere rangée des deux combinaisons 10 & 12 ; & la seconde & troisieme, des deux combinaisons 12, 10.
Un dixieme, si l'on fait la premiere rangée de la combinaison 14 ; la seconde, des combinaisons 40 & 8 : la troisieme, des combinaisons 38 & 6 ; & la quatrieme, de la combinaison 22.
Un onzieme, en faisant la premiere rangée de la combinaison 24 ; & la seconde, de la combinaison 22.
Un douzieme, en faisant la premiere rangée des combinaisons 6 & 38 ; la seconde, des combinaisons 40 & 8 ; la troisieme, des combinaisons 38 & 6 ; & la quatrieme, des combinaisons 8 & 40.
Un treizieme, si l'on fait la premiere rangée des combinaisons 14 & 24 ; la seconde, des combinaisons 24 & 14.
Un quatorzieme, si l'on fait la premiere rangée de la combinaison 24 ; & la seconde, de la combinaison 14.
Un quinzieme, si l'on fait la premiere rangée des combinaisons 50 & 2 ; & la seconde, des combinaisons 18 & 34.
Un seizieme, en faisant toutes les rangées de la combinaison 14.
Un dix-septieme, en faisant toutes les rangées des combinaisons 14 & 24.
Un dix-huitieme, en faisant toutes les rangées des combinaisons 28 & 12.
Un dix-neuvieme, en faisant la premiere rangée des combinaisons 10, 14, 10, & 6 ; la seconde, des combinaisons 16, 12, 8, & 12 ; la troisieme, des combinaisons 14, 10, 6, 10 ; la quatrieme, des combinaisons 12, 8, 12, 16 ; la cinquieme, des combinaisons 10, 6, 10, 14 ; la sixieme, des combinaisons 8, 12, 16, 8 ; la septieme, des combinaisons 6, 10, 14, 10 ; & la huitieme, des combinaisons 12, 16, 12, 8.
Un vingtieme, en faisant la premiere rangée des combinaisons 28 & 12 ; la seconde, des combinaisons 14 & 22 ; la troisieme, des combinaisons 12 & 28 ; & la quatrieme des combinaisons 22 & 14.
Un vingt-unieme, en faisant la premiere rangée des combinaisons 10, 14, & 12 ; la seconde, des combinaisons 22, 34, 2, la troisieme, des combinaisons 14, 12, 10 ; la quatrieme, des combinaisons 34, 2, 22 ; la cinquieme, des combinaisons 12, 10, 14 ; & la sixieme, des combinaisons 2, 22, 34.
Un vingt-deuxieme, en faisant la premiere rangée des combinaisons 28, 12 ; la seconde, des combinaisons 26, 10 ; la troisieme, des combinaisons 10, 26 ; la quatrieme, des combinaisons 12, 28.
Un vingt-troisieme, en faisant la premiere rangée des combinaisons 24, 16 ; & la seconde, des combinaisons 26, 10.
Un vingt-quatrieme, si l'on fait la premiere rangée des combinaisons 28, 10 ; la seconde, des combinaisons 26, 12 ; la troisieme, des combinaisons 12, 26 ; & la quatrieme, des combinaisons 10, 28.
Un vingt-cinquieme, si l'on fait la premiere rangée de la combinaison 12, répetée deux fois de suite ; & de la combinaison 28, répétée aussi deux fois, en continuant ainsi : la seconde, de la combinaison 28, répétée deux fois de suite ; & de la combinaison 12, aussi répétée deux fois de suite : la troisieme, de la combinaison 26, répétée deux fois de suite ; & de la combinaison 10, aussi répétée deux fois de suite : la quatrieme comme la seconde ; la cinquieme comme la troisieme ; la sixieme, de la combinaison 10, répétée deux fois ; & de la combinaison 26, aussi répétée deux fois : la septieme, de la combinaison 12, répétée deux fois de suite ; & de la combinaison 28, répétée aussi deux fois ; & la huitieme comme la sixieme.
Un vingt-sixieme, en faisant la premiere rangée de la combinaison 14, une fois ; la combinaison 22, une fois ; la combinaison 14, deux fois ; & ainsi de suite pour cette rangée : la seconde, des trois combinaisons 12, 16, 28 ; la troisieme, des trois combinaisons 10, 24, 26 ; la quatrieme, des trois combinaisons 26, 16, 10 ; la cinquieme, des trois combinaisons 28, 24, 12 ; la sixieme, de la 22, une fois, de la 14 une fois, de la 22 deux fois.
Un vingt-septieme, en formant la premiere rangée de la combinaison 24, deux fois ; & de 12, 14, 28, une fois chacune : la seconde, de la 14 deux fois ; & de 10, 22, 26 ; chacune une fois : la troisieme, de la 24, deux fois ; & des 12, 16, 28, chacune une fois : la quatrieme, des 8, 40, 28, 24, 12, chacune une fois ; la cinquieme, des 6, 38, 12, 16, 28, chacune une fois ; la sixieme, de la 16, deux fois ; & des 28, 24, 12, une fois : la septieme, de la 22, deux fois ; & des 26, 14, 10, une fois : la huitieme, de la 16, deux fois ; & des 28, 22, 12, une fois : la neuvieme, de la 22, deux fois ; & de la 14, trois fois : la dixieme, de la 14, deux fois ; & de la 22, trois fois.
Un vingt-huitieme, en faisant la premiere rangée de la 28, une fois ; de la 12, deux fois ; de la 22, une fois, & une fois de la 28 : la seconde, de la 26, une fois ; de la 10, deux fois ; de la 22, une fois ; & de la 26, une fois : la troisieme, de la 18, de la 34, 12, 16, & 28, chacune une fois : la quatrieme, des 28, 12, 10, 22, & 26, chacune une fois : la cinquieme, des 12, 28, 26, 14, & 10, chacune une fois : la sixieme, des 2, 50, 28, 24, & 12, une fois chacune : la septieme, de la 10, une fois, 26, deux fois, 14, & 10, chacune une fois : la huitieme de la 12, une fois ; de la 28, deux fois ; de la 14 & de la 12, chacune une fois : la neuvieme, de 10, 26, 50, 24, & 2, chacune une fois : la dixieme, des 26, 10, 34, 16, & 18, chacune une fois.
Un vingt-neuvieme, si l'on fait la premiere rangée de la 26, 22, & 10, chacune une fois ; la seconde, des 28, 16, & 12, chacune une fois ; la troisieme, des 12, 14, 28, chacune une fois ; la quatrieme, des 28, 22, 12 ; la cinquieme, des 12, 14, 28 ; & la sixieme, des 10, 14, 26.
Le trentieme & dernier, de ceux que nous donnerons, si l'on fait la premiere rangée avec les 16 & 8, chacune une fois ; la 22, deux fois ; les 40 & 16, chacune une fois : la seconde avec les 34, 6, 50, 2, 38, & 18, chacune une fois : la troisieme, avec les 12, 8, 26, 10, 40, & 28, chacune une fois : la quatrieme, avec les 28, 6, 10, 26, 38, 12, chacune une fois : la cinquieme, avec les 50, 8, 34, 18, 40, 2, chacune une fois : la sixieme, avec la 44 & la 32, chacune une fois : la 14, deux fois ; la 28 & la 24, chacune une fois : la septieme, avec les 22 & 40, chacune une fois ; la 16, deux fois ; & les 8 & 22, chacune une fois : la huitieme, avec les 2, 38, 18, 34, 6, & 50, chacune une fois : la neuvieme, avec les 10, 40, 28, 12, 8, 26, chacun une fois : la dixieme, avec les 26, 38, 12, 28, 6 & 10, de suite : la onzieme, avec les 18, 40, 2, 50, 8, 34, de suite : enfin la douzieme, avec les 14 & 38, chacune une fois ; la 24, deux fois de suite ; les 6 & 14, chacune une fois.
Le P. Sébastien a choisi ces trente desseins sur plus d'un cent ; & en effet ils sont très-beaux, & suffisent pour introduire assez de variété dans les ouvrages de Tabletterie & de la Menuiserie. Au reste il sera facile, en suivant la même méthode, d'en former un grand nombre d'autres, même au-delà de la centaine que le P. Sebastien avoit trouvée.
CARREAU, en Architecture, se dit d'une pierre qui a plus de largeur au parement que de queue dans le mur, & qui est posée alternativement avec la boutisse pour faire liaison. Voyez BOUTISSE. (P)
CARREAU ou CARREAUX, en Marine ; on donne en général le nom de carreau à toutes les ceintes ou préceintes : mais il se donne aussi bien souvent en particulier à la lisse de vibord, qui est la plus haute de toutes les préceintes, & qui forme l'embelle. Voyez CEINTE, PRECEINTE, SSE DE VIBORDBORD.
CARREAU de chaloupe, (Marine) ce sont les pieces de bois qui font les hauts des côtés d'une chaloupe. Voyez CHALOUPE, & la Plan. XV. fig. 1. le carreau, n° 6. fig. 2. & fig. 3. coté i. (Z)
CARREAU, (Jardinage) c'est une piece de terre oblongue, qui fait partie d'un parterre ou d'un potager. Le carreau de parterre est ordinairement bordé de buis nain, & garni de fleurs ou de gason. Le carreau de potager est semé de légumes & d'autres herbes, & n'est séparé du reste que par des raies un peu plus profondes.
CARREAU VERNISSE, (Manége) est un grand carreau plombé qu'on met dans les écuries au-dessus des mangeoires des chevaux, pour les empêcher de lêcher le mur. Voyez ECURIE, MANGEOIRE. On fait aussi du petit carreau vernissé pour les compartimens. (V)
CARREAU, eu Menuiserie, c'est un petit ais quarré de bois de chêne, dont on prépare autant qu'il en faut pour remplir la carcasse d'une feuille de parquet.
CARREAU, terme d'ancien Monnoyage : lorsque l'on fabriquoit les especes au marteau, le métal ayant été moulé en lames, battu sur l'enclume à-peu-près de l'épaisseur de la monnoie à fabriquer, on coupoit ces lames par morceaux quarrés avec des cisoirs, ensuite on réchauffoit & l'on abattoit les pointes ou angles de ces quarrés, qu'on appelloit ensuite carreaux.
CARREAU, en Rubanerie. Voyez EFFILE.
CARREAU, instrument ou partie du métier des étoffes de soie. On se sert de carreaux de differentes especes ; il y en a de plomb, de fer, & de terre ; on les fait d'un poids proportionné.
Les carreaux pour les lisses de satin à cinq & à huit lisses sont trop petits à trois livres, il leur en faut au-moins trois livres & demie ; mais l'ordinaire est de quatre : ils ont besoin de ce poids, non-seulement pour faire baisser ou relever la lisse, mais encore pour faire relever le calqueron & la marche, qui font toûjours un poids.
CARREAU, c'est le nom qu'on donne en Serrurerie, Taillanderie, & autres arts en fer, à une sorte de grosses limes quarrées, triangulaires ou méplates : on s'en sert pour enlever au fer les inégalités de la forge, ce qui s'appelle dégrossir. La taille de ces limes est rude ; du reste elle est la même qu'aux autres. Ces sortes de limes sont ordinairement de fer trempé en paquet.
Il y a le demi-carreau ou carrelet, qui n'a que la moitié de la force du carreau, & qui sert pour les ouvrages dont le dégrossissage est moins considérable.
CARREAU, terme de Tailleur & de Blanchisseuse, c'est un instrument de fer dont les Tailleurs & autres ouvriers en couture se servent pour applatir leurs rentraitures, & d'autres parties des étoffes qu'ils ont cousues ensemble, en l'appuyant & le passant par-dessus après l'avoir fait chauffer.
Cet instrument est de fer, d'environ dix pouces de longueur, & de deux de largeur par un bout, & se termine en pointe par l'autre. Il a aussi un manche de fer à un de ses bouts en forme de queue, qui se reploye sur la masse du carreau, & lui est parallele.
Le carreau des Tailleurs differe de celui des Blanchisseuses, en ce que le premier est étroit, long, pointu, & brut ; l'autre au contraire est arrondi par sa partie antérieure, & sa platine est fort unie.
Il y a des carreaux de Tailleur & de Blanchisseuse de deux especes ; les uns solides, les autres composés de différentes pieces qu'on assemble, & qui forment une espece de boîte, dans laquelle on peut enfermer ou du feu, ou quelque corps chaud. Voyez les Planches de Taillanderie & leur explication.
CARREAU ; les Vitriers appellent ainsi une piece de verre quarrée ou d'une autre figure, mise en plomb, ou retenue avec des pointes, ou du papier, ou du mastic, dans les chassis d'une fenêtre.
Franc - CARREAU, sorte de jeu dont M. de Buffon a donné le calcul en 1733, avant que d'être de l'Académie des Sciences. Voici l'extrait qu'on trouve de son mémoire sur ce sujet, dans le volume de l'Académie pour cette année-là.
Dans une chambre carrelée de carreaux égaux, & supposés réguliers, on jette en l'air un louis ou un écu, & on demande combien il y a à parier que la piece ne tombera que sur un seul carreau, ou franchement.
Supposons que le carreau donné soit quarré ; dans ce quarré inscrivons en un autre qui en soit distant partout de la longueur du demi-diametre de la piece ; il est évident que toutes les fois que le centre de la piece tombera sur le petit quarré ou sur sa circonférence, la piece tombera franchement ; & qu'au contraire elle ne tombera pas franchement, si le centre de la piece tombe hors du quarré inscrit ; donc la probabilité que la piece tombera franchement, est à la probabilité contraire, comme l'aire du petit quarré est à la différence de l'aire des deux quarrés.
Donc pour joüer à jeu égal, il faut que le grand quarré soit double du petit ; c'est-à-dire que le diametre de la piece étant 1, & x le côté du grand quarré, on aura x2 : (x - 1)2 : : 2 : 1, d'où l'on tire facilement la valeur de x, qui sera incommensurable avec le diametre de la piece.
Si la piece, au lieu d'être ronde, étoit quarrée, &, par exemple, égale au quarré inscrit dans la piece circulaire dont nous venons de parler ; il saute aux yeux que la probabilité de tomber franchement deviendroit plus grande : car il pourroit arriver que la piece tombât franchement hors du petit quarré : le problème devient alors un peu plus difficile, à cause des différentes positions que la piece peut prendre ; ce qui n'a point lieu quand la piece est circulaire, car toutes les positions sont alors indifférentes. Voici dans un problème simple une idée qu'on peut se former de ces différentes positions.
Sur un seul plancher formé de planches égales & paralleles, on jette une baguette d'une certaine longueur, & supposée sans largeur : on demande la probabilité qu'elle tombera franchement sur une seule planche. Que l'on conçoive le point du milieu de la baguette à une distance quelconque du bord de la planche, & que de ce point comme centre on décrive un demi-cercle dont le diametre soit perpendiculaire aux côtés de la planche ; la probabilité que la baguette tombera franchement, sera à la probabilité contraire, comme le secteur circulaire renfermé au-dedans de la planche est au reste de l'aire du demi-cercle ; d'où il est aisé de tirer la solution cherchée. Car nommant x la distance du centre de la baguette à l'un des côtés de la planche, X le secteur correspondant, dont il est toûjours facile de trouver la valeur en x, & A l'aire du demi-cercle ; la probabilité cherchée sera à la probabilité contraire, comme s X d x est à s d x (A-X). Voyez JEU, PARI. (O)
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| CARREFOUR | S. m. (Jardinage) est la rencontre de quatre allées dans une forêt, dans un bois ; ce qui imite l'issue de quatre rues dans une ville, que l'on nomme aussi carrefour.
On les peut faire circulaires ou quarrés : dans cette derniere forme on en retranche les encoignures ; ce qui leur donne plus de grace, & les aggrandit considérablement. (K)
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| CARRELAGE | S. m. en Architecture, se dit de tout ouvrage fait de carreau, de terre cuite, ou de pierre, ou de marbre. (P)
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| CARRELÉ | adj. pris subst. dans les Manufactures en soie, espece d'étoffe qui n'est pas moins à la mode aujourd'hui que le cannelé, surtout quand elle a du fond, & qu'elle est un peu riche.
Le carrelé & le cannelé sont l'un & l'autre composés de quarante portées de chaines, un peu plus ou un peu moins, & d'un pareil nombre de portées de poil ; c'est pourquoi nous joignons ici ces étoffes. La chaîne est montée, comme le gros-de-Tours, sur quatre lisses pour lever, quatre de rabat, & de même pour le poil. Pour faire le cannelé ordinaire par le poil, on passe trois coups à l'ordinaire, on broche pareillement sans toucher au poil : le quatrieme coup on fait lever tout le poil, & baisser la moitié de la chaîne, en passant un coup de navette beaucoup plus fin que les trois premiers, le poil se trouve arrêté par ce moyen. Ce même poil qui a demeuré trois coups sans travailler, forme une longueur d'une ligne au moins dans le travers de l'étoffe, avant que d'être arrêté ; & quand il l'est au quatrieme coup, sa reprise forme le coup de cannelé ; après quoi on recommence le course, & on continue.
Démonstration de l'armure d'un cannelé.
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| CARRELER | v. act. c'est paver une chambre, une salle, &c. avec des carreaux. Ce travail s'exécute au mortier & à la brique. On commence par répandre sur la surface à carreler une couche plus ou moins épaisse d'excellent mortier ; on applique le carreau sur cette couche ; on enduit les côtés du carreau de mortier, afin qu'il se lie bien avec le carreau contigu ; on en pose ainsi une rangée entiere ; on s'assûre que cette rangée est bien droite & bien de niveau, par une longue regle, & par l'instrument appellé niveau. L'étendue d'une chambre & la figure du carreau étant données, il n'est pas difficile de trouver le nombre des carreaux qui y entreront ; il ne s'agit que de chercher la surface de la chambre & celle du carreau, & diviser la premiere par la seconde. S'il s'agit de former un pavé dont l'aspect soit agréable à la vûe, avec des carreaux mi-partis de deux couleurs. Voyez l'article CARREAU en Architecture.
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| CARRELET | S. m. (Hist. nat. Ichthyol.) quadratulus, poisson de mer de la classe des poissons plats. Belon donne le nom de plie & de carrelet au même poisson : il l'appelle plie lorsqu'il est jeune, & carrelet lorsqu'il est vieux ; mais Rondelet prétend que la plie & le carrelet sont deux especes du même genre, qui se ressemblent beaucoup, mais qui different cependant en ce que la figure du carrelet approche plus du quarré que celle de la plie ; c'est d'où vient le nom de carrelet, & que sa face supérieure est parsemée de taches rousses ; il est lisse, sa chair est blanche, molle, & on le pêche en grand nombre dans l'Océan. Rondelet, Willughby, hist. pisc. Voyez PLIE, POISSON. (I)
CARRELET, CADRE, ou CHASSIS, instrument dont se servent les Apothicaires : il est composé de quatre tringles de bois uni, d'un pouce de large, & d'un pié ou environ de longueur. Ces quatre tringles sont assemblées en quarré par les extrémités avec des clous dont les pointes passent outre, & sont destinées à retenir les coins du torchon ou blanchet par lequel on passe quelque liqueur. Voyez BLANCHET. (N)
CARRELET, est une espece de grande aiguille à quatre cornes ou angles, dont les Selliers, Bourreliers, Cordonniers, &c. se servent pour coudre les cuirs foibles & minces. Voyez AIGUILLE A SELLIER.
CARRELET, instrument de Chapelier, c'est une espece de petite carde sans manche, dont les dents sont de fil de fer très-fin : on s'en sert pour donner la façon que les ouvriers appellent tirer le chapeau à poil. Voyez CHAPELIER, & la fig. 9. Pl. du Chapelier.
CARRELET à renverser, est une espece d'aiguille qui sert au Cordonnier à faire la trépointe du derriere du soulier ; elle est un peu coudée (Voyez la figure 15. Pl. du Cordonnier-Bottier), au lieu que le carrelet à coudre les ailettes aux empeignes est droit. Voyez SOULIER.
CARRELET, ou demi-carreau ; voyez CARREAU en Serrurerie.
CARRELET, (Pêche) espece de filet pour la pêche : il doit avoir six piés en quarré, & la maille assez large ; car plus la maille en est grande, plus le carrelet est facile à lever de l'eau, commodité qui n'est pas à négliger ; car si le carrelet se tire lentement, les gros poissons, & sur-tout les carpes, sauteront par-dessus. Pour pêcher avec ce filet, il faut y mettre une bonne poignée d'achées ou vers de terre, qu'on enfilera par le milieu du corps, ensorte qu'ils remuent ; ce qui attire le poisson, Voyez PECHE.
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| CARRELETTE | en terme d'Eperonnier, de Coutelier, & autres ouvriers enfer, se dit d'une lime plate moins grosse que le carreau : au reste il y en a de plus ou moins fortes, selon les besoins qu'on peut en avoir. Ce sont les Taillandiers qui travaillent toutes ces limes.
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| CARRELEUR | S. m. en Architecture ; il se dit autant du maître qui entreprend les ouvrages de carrelage, que du compagnon qui pose les carreaux. Il faut avoir l'oeil à ces ouvriers ; au lieu d'asseoir leur carreau sur du plâtre, ils ne le posent quelquefois que sur de la poussiere ; ils employent du carreau mal cuit ; & quand on se plaint de leur travail, ils disent que s'ils faisoient un lit de plâtre, ce plâtre pousseroit ; ce qui est faux : il est d'expérience que le plâtre pur attache le carreau si fortement, qu'il se détache difficilement.
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| CARRET | S. m. (Corderie) fil de carret, gros fil qui sert à faire les cordages. V. l'article CORDERIE.
CARRET, fil de carret, (Marine) est encore un fil tiré de l'un des cordons de quelque vieux cable coupé par morceaux. On s'en sert dans les vaisseaux quand on veut raccommoder quelque manoeuvre rompue. (Z)
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| CARRETTO | (Géog.) petite ville d'Italie dans la province d'Aqui, au duché de Montferrat.
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| CARRICK | (Géog.) province méridionale de l'Ecosse, dont la capitale est Bargeny.
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| CARRIER | S. m. (Art méch.) ce sont les ouvriers qui travaillent à tirer les pierres des carrieres.
Ils se servent pour cet effet de coins de différentes figures & grosseurs, & de marteaux qu'on appelle mail, mailloche, pic, &c. & d'un grand levier que l'on appelle barre ; quelquefois aussi de poudre à canon, pour détacher de grandes pieces de rocher, au moyen d'une mine.
Les figures 1. 2. 3. 4. Pl. du Carrier, représentent les coins ; celui marqué 1 est tranchant par son extrémité inférieure ; les autres sont obtus & de différentes grosseurs, pour servir au besoin : on les fait entrer à grands coups de mail dans le vuide que le premier a pratiqué entre deux lits ou bancs de pierre. Le mail est représenté fig. 9. la piece A B est une grosse barre de fer du poids d'environ 50 à 70 livres, percée en son milieu pour recevoir un manche long d'environ 2 piés 1/2 ; la mailloche est un marteau de même grosseur, mais dont le fer est beaucoup moins long ; elle est représentée fig. 7.
Après que le carrier a introduit ses plus gros coins, il arrive assez souvent que les pierres sont encore unies ensemble : pour achever entierement de les séparer, il prend la barre ou pince, fig. 15. par la partie A qui sert de manche, & il met l'extrémité B du bec C B, entre les deux lits de pierre qu'il faut séparer ; le crochet C, qui sert d'hypomoclion ou point d'appui, tourne vers le lit inférieur ; il pese ensuite sur l'extrémité A, & sépare ainsi ce que les coins n'avoient pas pû séparer.
La mine que les Carriers font pour éclater de gros morceaux de pierre, consiste en un trou cylindrique, fig. 14. d'environ un pouce & demi de diametre, & assez profond pour atteindre le centre de la pierre : on charge ensuite ce trou comme on charge un canon, & on remplit le vuide que laisse la poudre d'un coulis de plâtre, après cependant y avoir introduit l'aiguille de fer, fig. 12. pour former la lumiere. L'espace occupé par la poudre est la chambre de la mine : il faut apporter un grand soin pour en bien boucher l'entrée. Voyez l'article MINE.
La tariere est représentée fig. 13. elle a deux poignées perpendiculaires à la tige : la premiere est fixe, & sert à tourner la tariere ; la seconde est mobile dans l'espace d'environ un pié, où la tige est arrondie ; elle sert à appuyer la tariere sur l'endroit qu'elle doit percer : il y a pour cet effet, à l'endroit où elle est traversée par la tige, plusieurs rondelles de fer ou de cuivre qui appuient deux chevilles qui traversent la tige.
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| CARRIERE | S. f. en Architecture, c'est un lieu creusé en terre d'où l'on tire la pierre pour bâtir, ou par un puits comme aux environs de Paris, ou de plein pié le long de la côte d'une montagne, comme à S. Leu, Troci, Mallet, & autres endroits. Les carrieres d'où l'on tire le marbre, sont appellées en quelques endroits de France marbrieres ; celles d'où l'on tire la pierre, perrieres, & celles d'ardoise ardoisieres, & quelquefois perrieres comme en Anjou. Le mot carriere vient selon M. Ménage, du latin quadraria ou quadrataria, fait de quadratus lapis, pierre de taille. Voyez CARRIER, PIERRE, MARBRE, DOISEOISE. (P)
CARRIERE, (terme de Manége) c'est une place renfermée d'une barriere où l'on court la bague. Voyez BARRIERE.
On s'en sert aussi pour marquer la course même des chevaux, pourvû qu'elle ne soit pas de plus de 200 pas.
Dans les anciens cirques, la carriere étoit l'espace où les biges ou quadriges devoient courir à toute bride pour remporter le prix. (P)
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| CARRION | (Géog.) riviere d'Espagne, qui prend sa source dans les Asturies, & qui se jette dans celle de Pisuergia. Il y a au royaume de Léon, une ville qu'on appelle Carrion de los Condes.
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| CARROSSE | S. m. (ouvrage de Sellier-Carrossier, de Charron, de Serrurier, &c.) c'est une voiture commode & même quelquefois très-somptueuse, suspendue à des soûpentes ou fortes courroies de cuir, & monté de roues sur lesquelles elle se meut. Voyez ROUE, TIMON, SOUPENTE, AVANT-TRAIN, ARRIERE-TRAIN, &c.
En France & dans le reste de l'Europe, les carrosses sont tirés par des chevaux, excepté en Espagne où l'on se sert de mules : dans une partie de l'Orient, & particulierement dans les états du grand-seigneur, on y attelle des bœufs, & quelquefois des rennes ; mais c'est moins par usage que par ostentation. Le cocher est ordinairement placé sur un siége élevé sur le train, au-devant du carrosse : mais en Espagne la politique l'en a déplacé par un arrêt, depuis qu'un comte duc d'Olivarès se fut apperçû qu'un secret important, dont il s'étoit entretenu dans son carrosse, avoit été entendu & revélé par son cocher ; en conséquence de cet arrêt, les cochers espagnols occuperent la place qu'occupent les cochois dans nos carrosses de voiture. Chambers.
Les carrosses sont de l'invention des François, & par conséquent toutes les voitures qu'on a imaginées depuis à l'imitation des carrosses. Ces voitures sont plus modernes qu'on ne l'imagine communément. L'on n'en comptoit que deux sous François I. l'une à la reine, l'autre à Diane, fille naturelle de Henri II. Les dames les plus qualifiées ne tarderent pas à s'en procurer ; cela ne rendit pas le nombre des équipages fort considérable ; mais le faste y fut porté si loin, qu'en 1563, lors de l'enregistrement des lettres-patentes de Charles IX. pour la réformation du luxe, le Parlement arrêta que le Roi seroit supplié de défendre les coches par la ville ; & en effet, les conseillers de la cour, non plus que les présidens, ne suivirent point cet usage dans sa nouveauté ; ils continuerent d'aller au Palais sur des mules jusqu'au commencement du dix-septieme siecle.
Ce ne fut que dans ce tems que les carrosses commencerent à se multiplier ; auparavant il n'y avoit guere que les dames qui s'en fussent servies. On dit que le premier des seigneurs de la cour qui en eut un, fut Jean de Laval de Bois-Dauphin, que sa grosseur excessive empêchoit de marcher & de monter à cheval. Les bourgeois n'avoient point encore osé se mettre sur le même pié : mais comme cette voiture, outre sa grande commodité, distingue du commun, l'on passa bien-tôt par-dessus toute autre considération ; d'autant plus qu'on n'y trouva aucun empêchement de la part du prince ou des magistrats. De là vint cette grande quantité de carrosses, qui se firent pendant les regnes de Louis XIII, de Louis XIV, & de Louis XV. Il y en a, à ce qu'on croit, à-peu-près quinze mille de toutes sortes à Paris seulement ; au reste, on ne sera pas surpris de ce nombre, si on le compare à celui des seigneurs qui l'habitent, & des riches citoyens qui y sont établis, & à la facilité d'y entretenir des chevaux par le bon ordre de la police, qui y procure sans-cesse l'abondance des grains & des fourrages, & qui veille au dehors & au dedans sur le prix des choses, & sur la conduite du marchand & de l'ouvrier. Au reste M. l'abbé Gedoyn dans un de ses ouvrages, déplore fort cette multiplicité de carrosses, qu'il regarde comme une des principales causes de la décadence des lettres, par la facilité qu'elle apporte à la dissipation.
Les carrosses ont eu le sort de toutes les nouvelles inventions, qui ne parviennent que successivement à leur perfection. Les premiers qu'on fit étoient ronds & ne tenoient que deux personnes ; on leur donna dans la suite plus de capacité, on les fit quarrés, & on s'y asseyoit quatre personnes ; ils étoient fermés par-devant, comme le sont encore ceux de loüage. On peut dire qu'il ne manque plus rien aujourd'hui soit à leur commodité, soit à leur magnificence ; ils sont ornés en-dehors de peintures très-finies, & garanties par des vernis précieux ; ils sont couverts en-dedans de velours.
Les parties de menuiserie sont élégamment sculptées ; & celles du charronage ont des moulures & des dorures ; le Serrurier y a étalé tout son savoir-faire par l'invention des ressorts doux, plians, & solides ; le Sellier n'y a rien négligé dans les parties en cuir. On a publié quelques lois somptuaires pour modérer la dépense excessive de ces voitures : il a été défendu d'y employer l'or & l'argent ; mais l'exécution de ces défenses a été négligée.
On distinguoit jadis deux sortes de carrosses, les uns à arcs de fer, les autres sans arcs : mais l'usage des arcs a passé. Voyez ARC DE CHARRON. Les parties principales du carrosse sont l'avant-train, le train, le bateau, l'impériale, les quenouilles, les fonds, les portieres, les mantelets, les gouttieres, les roues, le timon, l'arriere-train, &c.
Les carrosses ont différens noms, eu égard à leur structure ; il y a des carosses proprement dits, des carrosses coupes, des caleches, des berlines, &c. Ils en ont aussi d'autres, eu égard à leur usage ; & il y a des carrosses de campagne, des carrosses de voiture, des carrosses de loüage, &c. Voyez Pl. du Sellier-Carrossier, des figures de la plûpart de ces voitures.
Le carrosse proprement dit, est à quatre places ; le carrosse coupé n'a qu'un fond sur le derriere, & un strapontin sur le devant. Si la voiture est legere, a des roues très-basses, est ouverte de toutes parts à un, à deux, à trois rangs de places où l'on est assis, non le visage tourné les uns vers les autres, comme dans les carrosses ordinaires, mais pour ainsi dire de front, chaque rang ayant son dossier, on l'appelle caleche. Il y a des chaises de cent façons différentes. Voyez CHAISE. Il y a des carrosses de voitures, qui servent à transporter les voyageurs d'une ville dans une autre. Voyez COCHE.
Quelque grand que fût le nombre des carrosses sous Louis XIV. l'usage en paroissoit encore reservé aux grands & aux riches ; & ces voitures publiques, qui sont maintenant à la disposition des particuliers, n'étoient point encore établies. Ce fut un nommé Sauvage à qui cette idée se présenta ; son entreprise eut tout le succès possible : il eut bien-tôt des imitateurs. Sauvage demeuroit rue S. Martin, à un hôtel appellé S. Fiacre ; c'est de-là qu'est venu le nom de Fiacre, qui est resté depuis & à la voiture & au cocher. En 1650, un nommé Villerme obtint le privilége exclusif de loüer à Paris, de grandes & de petites carioles. M. de Givri en obtint un pour les carrosses : il lui fut accordé par lettres-patentes du mois de Mai de 1657, de placer dans les carrefours, & autres lieux publics, des carrosses à l'heure, à la demi-heure, au jour, qui meneroient jusqu'à quatre à cinq lieues de Paris. L'exemple de M. de Givri encouragea d'autres personnes à demander de pareilles graces ; & l'on eut à Paris un nombre prodigieux de voitures de toute espece. Les plus en usage aujourd'hui sont les carrosses appellés fiacres, les broüettes, les chaises à porteur, & les voitures pour S. Germain, Versailles, & autres lieux circonvoisins de Paris, sans compter les voitures d'eau. Voyez COCHE DE TERRE, COCHE D'EAU, &c.
Les fiacres ou carrosses de place se payent ici vingt-quatre sous la premiere heure, & vingt sous les autres ; mais il me semble que la police de ces voitures pourroit être perfectionnée, en instituant sur les places un officier qui reçût leur salaire & qui les fît partir, & en leur défendant de prendre personne dans les rues & de s'y arrêter ; par ce moyen, ils ne mettroient pas le public à contribution, & ne voleroient pas leurs maîtres. Ce sont les commissaires qui font ici la police des fiacres ; ainsi qu'à Londres où les fiacres ont des numeros derriere, comme parmi nous. Le prix qu'on doit leur payer le tems, a été fixé par le quatrieme statut de Charles II. confirmé par d'autres de la cinquieme & sixieme année de Guillaume III. Il leur est dû pour une journée entiere de douze heures, dix sols sterling ; pour une heure seule, un sous six deniers ; pour chaque heure après la premiere, un sou : ils sont obligés de mener à ce prix tous ceux qui s'en servent jusqu'à dix milles de Londres.
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| CARROSSIER | S. m. ouvrier qui fait & qui vend des carrosses ; il y a dans la ville de Paris une communauté considérable de maîtres Carrossiers, qui sont plus connus sous le nom de Selliers. Ils ont dans leurs statuts la qualité de maîtres Selliers-Lormiers-Carrossiers. Voyez SELLIER.
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| CARROUSEL | S. m. course de chariots & de chevaux, ou fête magnifique que donnent des princes ou des grands seigneurs dans quelque réjoüissance publique ; elle consiste en une cavalcade de plusieurs seigneurs superbement vêtus & équipés à la maniere des anciens chevaliers ; on se divise en quadrilles ; on se rend à quelque place publique : là se font des joûtes, des tournois, & d'autres exercices convenables à la noblesse. Voyez JOUTE & TOURNOI.
Ce mot vient de l'italien carosello, diminutif de carro, chariot.
Tertullien attribue à Circé l'invention des carrousels ; il prétend qu'elle les institua en l'honneur du Soleil, dont les Poëtes l'ont fait fille ; de sorte que quelques-uns croyent que ce mot vient de carrus solis.
Les Maures y introduisirent les chiffres & les livrées dont ils ornerent leurs armes & les housses de leurs chevaux, &c. Les Goths y ajoûterent l'usage des aigrettes & des cimiers, &c.
On distinguoit dans les carrousels plusieurs parties ; 1°. la lice ou le lieu où devoit se donner le combat, terminé par des barrieres à ses deux bouts, & garni dans toute sa longueur de chaque côté d'amphithéatres pour placer les dames & les principaux spectateurs ; 2°. le sujet qui est une représentation allégorique de quelqu'évenement fameux pris dans la fable ou dans l'histoire, & relatif au prince en l'honneur de qui se fait le carrousel ; 3°. les quadrilles ou la division des combattans en plusieurs troupes qui se distinguent par la forme des habits & par la diversité des couleurs, & prennent quelquefois chacune le nom d'un peuple fameux : ainsi dans un carrousel donne sous Louis XIV. il y avoit les quadrilles des Romains, des Perses, des Turcs, & des Moscovites ; 4°. l'harmonie soit militaire, soit douce, usitée dans ces sortes de fêtes ; 5°. outre les chevaliers qui composent les quadrilles, tous les officiers qui ont part au carrousel, comme le mestre de camp & ses aides, les hérauts, les pages, les estafiers, les parrains & les juges ; 6°. la comparse ou l'entrée des quadrilles dans la carriere, dont elles font le tour en ordre pour se faire voir aux spectateurs ; 7°. enfin les différentes especes de combats, qui sont de rompre des lances les unes contre les autres, de les rompre contre la quintane ou figure de bois ; de courre la bague, les têtes, de combattre à cheval l'épée à la main, & de faire la foule, c'est-à-dire, de courir les uns après les autres sans interruption. Ces combats qui tenoient de l'ancienne chevalerie, furent introduits en France à la place des joûtes & tournois sous le regne d'Henri IV : il y en a eu quelques-uns sous Louis XIV : mais ces divertissemens ont cessé d'être de mode. (G)
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| CARRUQUE | S. f. (Antiq.) char des Romains à l'usage des gens de qualité & du peuple : ceux-là l'ornoient d'argent ; il étoit à quatre roues, tiré ordinairement par des mules ou des mulets. Le peuple le faisoit garnir de cuivre ou d'ivoire ; l'empereur Alexandre Severe ne permit les carruques argentées qu'aux sénateurs ; l'empereur Aurelien rendit la liberté à chacun d'avoir des carruques telles qu'il les desireroit ; & on en vit de très-hautes, dans lesquelles on se faisoit promener en habits somptueux.
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| CARS | (Géog.) ville forte d'Asie dans l'Arménie, sur la riviere de même nom. Long. 60. 23. lat. 40. 20.
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| CARSCHI | (Géog.) grande ville d'Asie, dans la Tartarie, dans la grande Boucharie.
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| CARSO | (Géog.) partie du Frioul en Italie, qui est entre le comté de Gortz, le golfe de Venise, & Trieste, à la maison d'Autriche.
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| CARSWICK | (Géog.) petite ville & port d'Ecosse, dans l'île de Mula.
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| CARTA | S. f. (Commerce) nom usité parmi quelques marchands Provençaux & plusieurs négocians étrangers, pour signifier la page ou le folio d'un registre. Dictionn. de Commerce, tome II. page III. (G)
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| CARTA-SOURA | ville d'Asie, capitale de l'île de Java, & résidence de l'empereur.
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| CARTAGER | v. neut. (Agriculture & Oeconomie rustique) c'est donner à la vigne un quatrieme labour ; il ne faut pas l'épargner à celle où l'on aura mis du fumier depuis la derniere vendange, & quand l'année aura été pluvieuse ; le fumier & les pluies fréquentes produisant des herbes qui usent la terre, & empêchent le raisin de profiter & de mûrir. Les Vignerons ne sont point obligés à cette façon, à moins que ce ne soit une condition du marché. Au reste il vaut mieux la leur payer à part que de les y obliger. Voyez VIGNE. Le mot cartager est principalement d'usage dans l'Orléanois.
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| CARTAHU | S. m. (Marine) c'est une manoeuvre qu'on passe dans une poulie au haut des mâts, & qui sert à hisser les autres manoeuvres, ou quelqu'autre chose.
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| CARTAMA | (Géog.) petite ville d'Espagne au royaume de Grenade. Long. 13. 32. lat. 36. 32.
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| CARTAYER | v. neut. (terme de Messagerie) c'est conduire une voiture de maniere que les roues soient entre les ornieres & les ruisseaux, & non dedans, ce qui facilite le roulement & soulage les chevaux.
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| CARTE | S. f. (Géog.) figure plane qui représente la surface de la terre, ou une de ses parties, suivant les lois de la perspective. Voyez TERRE, & PERRSPECTIVE.
Une carte est donc une projection de la surface du globe ou d'une de ses parties, qui représente les figures & les dimensions, ou au moins les situations des villes, des rivieres, des montagnes, &c. Voyez PROJECTION.
Cartes universelles, sont celles qui représentent toute la surface de la terre, ou les deux hémispheres. On les appelle ordinairement mappemondes. Voyez MAPPEMONDES.
Cartes particulieres, sont celles qui représentent quelques pays particuliers, ou quelques portions de pays.
Ces deux especes de cartes sont nommées souvent cartes géographiques, ou cartes terrestres, pour les distinguer des hydrographiques ou marines, qui ne représentent que la mer, ses îles, & ses côtes.
Les conditions requises pour une bonne carte, sont 1°. que tous les lieux y soient marqués dans leur juste situation, eu égard aux principaux cercles de la terre, comme l'équateur, les paralleles, les méridiens, &c. 2°. que les grandeurs des différens pays ayent entr'elles les mêmes proportions sur la carte, qu'elles ont sur la surface de la terre : 3°. que les différens lieux soient respectivement sur la carte aux mêmes distances les uns des autres, & dans la même situation que sur la terre elle-même.
Pour les principes de la construction des cartes, & les lois de projection, voyez PERSPECTIVE & PROJECTION de la sphere. Voici l'application de ces principes à la construction des cartes.
Construction d'une carte, l'oeil étant supposé placé dans l'axe. Supposons, par exemple, qu'il faille représenter l'hémisphere boréal tel qu'il doit paroître à un oeil situé dans un des points de l'axe, comme dans le pole austral, & en prenant le plan de l'équateur pour celui où la représentation doit se faire : nous imaginerons pour cela des lignes tirées de chaque point de l'hémisphere boréal à l'oeil, & qui coupent le plan en autant de points. Tous ces derniers points joints ensemble, formeront par leur assemblage la carte requise.
Ici l'équateur sera la limite de la projection ; le pole de la terre se représentera ou se projettera au centre ; les méridiens de la terre seront représentés par des lignes droites qui iront du centre de l'équateur ou du pole de la carte, à tous les points de l'équateur ; les paralleles de latitude formeront de petits cercles, dont les centres seront le centre même de l'équateur ou de la projection.
La meilleure maniere de concevoir la projection d'un cercle sur un plan, c'est d'imaginer un cone dont le sommet placé à l'endroit où nous supposons l'oeil, soit radieux, ou envoye des rayons dont la base soit le cercle qu'il faut représenter, & dont les côtés soient autant de rayons lancés par le point lumineux : la représentation du cercle ne sera alors autre chose que la section de ce cone par le plan sur lequel elle doit se faire ; & il est clair que selon les différentes positions du cone, la représentation sera une figure différente.
Voici maintenant l'application de cette théorie à la pratique. Prenez pour pole le milieu P (Pl. de Géog. fig. 2.) de la feuille de laquelle vous voulez faire votre carte ; & de ce point comme centre, décrivez pour représenter l'équateur, un cercle de la grandeur que vous voulez donner à votre carte. Ces deux choses peuvent se faire à la volonté ; & c'est d'elles que dépend la détermination de tous les autres points ou cercles. Divisez votre équateur en 360 parties, & tirez des droites du centre à chaque commencement de degré : ces droites seront les méridiens de votre carte, & vous prendrez pour premier méridien celle qui passera par le commencement du premier degré ou par zéro. Voyez MERIDIEN.
Construction des paralleles sur la carte. Marquez par les lettres A B, B C, C D, D A, les quatre quarts de l'équateur, compris le premier depuis zéro jusqu'à 90 ; le second, depuis 90 jusqu'à 180 ; le troisieme, depuis 180 jusqu'à 270 ; le quatrieme, depuis 270 jusqu'à zéro ; & de tous les degrés d'un de ces quarts de cercle BC, comme aussi des points qui marquent 23d 30' à 66d 30', tirez des droites occultes au point D, qui marquent celui où ces lignes coupent le demi-diametre A P C : enfin du point P comme centre, décrivez différens arcs qui passent par les différens points de PC ; ces arcs seront les paralleles de latitude ; le parallele de 23d 30' sera le tropique du cancer, & celui de 66d 30' sera le cercle polaire arctique. Voyez PARALLELE & TROPIQUE.
Les méridiens & les paralleles ayant été ainsi décrits, on décrira les différens lieux au moyen d'une table de longitude & de latitude, comptant la longitude du lieu sur l'équateur, à commencer du premier méridien, & continuant vers le méridien du lieu ; & pour la latitude du lieu, on prendra sur le parallele de la même latitude. Il est évident que le point d'intersection de ce méridien & de ce parallele, représentera le lieu sur la carte ; & on s'y prendra de même pour y représenter tous les autres lieux.
Quant à la moitié de l'écliptique qui passe dans cet hémisphere, ce grand cercle doit se représenter par un arc de cercle ; de façon qu'il ne s'agit plus que de trouver sur la carte trois points de cet arc. Le premier point, c'est-à-dire celui où l'écliptique coupe l'équateur, est le même que celui où le premier méridien coupe l'équateur ; il se distingue par cette raison par le signe d'aries. Le dernier point de cet arc de cercle, ou l'autre intersection de l'équateur & d'écliptique, c'est-à-dire la fin de Virgo, sera dans le point opposé de l'équateur à 180d le milieu de l'arc, c'est le point où le méridien de 90d coupe le tropique du cancer : ainsi nous avons trois points de cet are qui donneront l'arc entier. Voyez CERCLE & CORDE.
Les cartes de cette premiere projection ont la premiere des qualités requises ci-dessus : mais elles manquent de la seconde & de la troisieme ; car les degrés égaux des méridiens sont représentés sur ces cartes par des portions de ligne droite inégales.
On peut par cette méthode représenter dans une carte presque toute la terre, en plaçant l'oeil, par exemple, dans le pole antarctique, & prenant pour plan de projection celui de quelque cercle voisin, par exemple celui d'un cercle antarctique. Il ne faut ici de plus qu'à la premiere projection, que continuer les méridiens, tirer des paralleles du côté de l'équateur, & achever l'écliptique : mais ces cartes seroient trop embrouillées & trop difformes pour qu'on pût en faire usage.
On se contente pour l'ordinaire de tracer les deux hémispheres séparément ; ce qui rend la carte beaucoup plus nette & plus commode. Si on veut avoir par le moyen de cette carte la distance de deux lieux A, B, (fig. 4. n°. 2. Géog.) situés sous le même méridien P B, on décrira les arcs de cercle AE BD ; on verra combien la partie ED contient de divisions ou degrés, & on aura le nombre de degrés depuis E jusqu'en D. Or comme un degré de la terre contient 25 lieues, il faudra prendre 25 fois ce nombre de degrés pour avoir la distance de A en B.
M. de Maupertuis a démontré dans son discours sur la parallaxe de la lune, que les loxodromiques dans cette projection devenoient des spirales logarithmiques. Voyez LOXODROMIQUE, SPIRALE LOGARITHMIQUEIQUE. Supposons donc que A G (fig. 3. n°. 4. Géog.) soit une portion de spirale logarithmique, ou projection de loxodromique, & qu'on veuille savoir la distance A G des deux lieux placés sur le même rhumb, il est certain que AG sera à AB en raison constante, c'est-à-dire dans le rapport du sinus total au cosinus de l'angle du rhumb, ou de l'angle de la loxodromique avec le méridien : donc connoissant A B par la méthode précédente, & sachant de plus, comme on le suppose, l'angle du rhumb, on connoîtra A G ; c'est-à-dire, on connoîtra de combien de lieues sont éloignés l'un de l'autre les deux endroits dont les points A G, sont la projection.
Cette projection est la plus aisée de toutes : mais on préfere pour l'usage celle où l'oeil est placé dans l'équateur. C'est en effet de cette derniere sorte qu'on fait ordinairement les cartes. Au reste, comme la situation de l'écliptique, par rapport à chaque lieu de la terre, change continuellement, ce cercle ne doit point avoir lieu, à proprement parler, sur la surface de la terre : mais on s'en sert pour représenter, conformément à sa situation, quelques momens marqués ; par exemple, celui où le commencement d'aries & de libra seroit dans l'intersection du premier méridien & de l'équateur.
Construction des cartes, en supposant l'oeil placé dans le plan de l'équateur. Cette méthode de projection, quoique plus difficile, est cependant plus juste, plus naturelle, & plus commode que la premiere. Pour la concevoir, nous supposerons que la surface de la terre soit coupée en deux hémispheres par la circonférence entiere du premier méridien ; nous proposant de représenter chacun de ces hémispheres dans une carte particuliere, l'oeil sera placé dans un point de l'équateur, éloigné de 90d du premier méridien, & nous prendrons pour plan transparent où la représentation doit se faire, celui du premier méridien. Dans cette projection l'équateur devient une droite, aussi bien que le méridien éloigné de 90d du premier : mais les autres méridiens, ou paralleles aux équateurs, deviennent des arcs de cercle, ainsi que l'écliptique. Voyez PROJECTION STEREOGRAPHIQUE DE LA SPHERE.
Voici la méthode pour les construire. Du point E comme centre (fig. 3.) décrivez un cercle de la grandeur que vous voulez donner à votre carte, il représentera le premier méridien, qui est aussi le même que celui de 180d ; car tirant le diametre BD, il partagera le méridien en deux demi-cercles, dont le premier B A D conviendra à zéro, & l'autre B C D à 180d. Ce diametre B D représentera le méridien de 90d. ; ainsi le point B sera le pole arctique. & le point D, le pole antarctique. Le diametre AC perpendiculaire à B D, sera l'équateur. Divisez les quarts de cercle A B, B C, C D, A D, en 90 degrés chacun ; & pour trouver les arcs des méridiens & des paralleles, vous vous y prendrez de cette sorte. Il faudra par la méthode donnée ci-devant, & démontrée à l'article PROJECTION STEREOGRAPHIQUE DE LA SPHERE, diviser l'équateur en ses degrés ; savoir en 180, parce que celui de la carte ne représente en effet que la moitié de l'équateur. Par ces différentes divisions & par les deux poles, vous décrirez des arcs de cercle B 10 D, B 20 D, & ces arcs représenteront les méridiens.
Pour décrire les paralleles, il faudra diviser de la même sorte le méridien B D en 180d, & par chacune de ces divisions, & les divisions correspondantes des quarts de cercle A B, B C, décrire des arcs de cercle ; on aura de cette maniere les paralleles de tous les degrés, avec les tropiques, les polaires, & les méridiens.
L'écliptique peut se marquer de deux façons ; car sa situation sur la terre peut être telle que ses intersections avec l'équateur répondent perpendiculairement au point E : en ce cas, la projection de ce demi-cercle, depuis le premier degré du cancer jusqu'au premier du capricorne, sera une droite qu'on déterminera en comptant un arc de 23d 30' de A vers B, & tirant par l'extrémité F de cet arc un diametre. Ce diametre représentera l'écliptique pour la situation dont nous parlons ; & on pourra comme ci-dessus, le diviser en degrés, & y marquer les nombres, signes, &c. Mais si l'écliptique est placée de façon que son intersection avec l'équateur réponde au point A, sa projection sera en ce cas un arc de cercle qui passera par les points d'intersection A & C de l'écliptique & de l'équateur, pris sur la droite qui marque la projection de l'équateur ; & par celui qui marque l'intersection du tropique du Cancer, & du méridien du 90d pris sur la droite qui sert de projection à ce méridien. Ces points suffisent pour décrire cet arc de cercle.
Il ne reste plus pour rendre la carte parfaite, qu'à prendre dans les tables les longitudes & les latitudes des différens lieux, & à placer ces lieux conformément sur la carte ; ce qu'on fera selon qu'on l'a enseigné dans la construction des cartes de la premiere espece. On pourroit dans cette projection représenter sur une seule carte presque tout le globe de la terre ; il ne faudroit pour cela que prendre pour plan de projection, au lieu du plan du premier méridien, le plan de quelqu'autre petit cercle, parallele à ce premier méridien, & fort proche de l'oeil ; car par ce moyen on pourra décrire tous les méridiens & les paralleles à l'équateur en entier, sans qu'ils sortent des limites de la carte. Mais comme ce la rendroit la carte confuse & embrouillée, on ne le fait que rarement ; & il paroît plus à propos de représenter les deux hémispheres en entier sur deux cartes différentes.
Un des avantages de cette projection est qu'elle représente d'une maniere un peu plus vraie que la précédente, les longitudes & les latitudes des lieux, leurs distances de l'équateur & du premier méridien. Ses inconvéniens sont : 1°. qu'elle rend les degrés de l'équateur inégaux, ces degrés devenant d'autant plus grands, qu'ils sont plus près de D A B ou de son opposé B C D, ce qui fait que des espaces inégaux sur la terre sont représentés comme égaux sur la carte ; & réciproquement ; défaut qu'on n'éviteroit que par d'autres, peut-être plus grands. 2°. Que les distances des lieux & leurs situations mutuelles ne peuvent pas se bien déterminer dans les cartes de cette projection.
Construction des cartes sur le plan de l'horison, ou dont un lieu donné quelconque à volonté doive être le centre ou le milieu. Supposons, par exemple, qu'on veuille décrire la carte dont le centre soit la ville de Paris, nous supposerons sa latitude de 48d 50' 10" ; l'oeil sera placé dans le nadir ; la carte transparente sera le plan de l'horison, ou quelqu'autre plan parallele à celui-là, en supposant qu'on veuille représenter dans la carte plus qu'un hémisphere : prenez le point E, fig. 4. pour Paris, & de ce point comme centre, décrivez le cercle A B C D pour représenter l'horison, que vous diviserez en quatre quarts de cercle, & chacun d'eux en 90d. Que le diametre B D soit méridien ; B, le côté du nord ; D, celui du sud ; la ligne tirée de l'est de l'équinoxe, à l'oüest de l'équinoxe, marquera le premier vertical ; A le côté de l'est ; C celui de l'oüest, c'est-à-dire deux points du premier vertical, éloignés de part & d'autre de 9d du zénith. Tous les verticaux sont représentés par des droites tirées du centre E, aux différens degrés de l'horison. Divisez B D en 180 degrés par les méthodes précédentes, & le point de E B qui représentera 48d 50' 10", à compter depuis B, sera la projection du pole boréal, que nous marquerons par la lettre P. Le point de E D qui représentera 48d, 50' 10" de l'arc D C, en allant de C vers D, sera l'intersection de l'équateur avec le méridien de Paris, que vous marquerez par la lettre Q. De ce point Q, en allant vers P, vous écrirez les nombres 1, 2, 3, &c. comme aussi en allant de Q vers D, & en allant de B vers P, il faudra marquer les degrés de cette sorte 48, 47, 46, &c.
Vous prendrez ensuite les points correspondans des degrés égaux ; & de leur distance prise pour diametre, vous décrirez des cercles qui représenteront les paralleles ou cercles de latitude avec l'équateur, les tropiques & le cercle polaire. Pour les méridiens, vous décrirez par les points A P C un cercle qui représentera le méridien de 90 degrés de Paris, & dont le centre sera le point M, & P N le diametre ; & ayant divisé K L en degrés par les méthodes précédentes, vous décrirez par les points P N, & par les points de division de la ligne K L, des cercles dont les portions renfermées dans le cercle B A D C représenteront les méridiens.
Les cartes rectilignes sont celles où les méridiens & les paralleles sont tout-à-la-fois représentés par des droites, ce qui est réellement impossible par les lois de la perspective, parce qu'on ne peut point assigner de position pour l'oeil & le plan de projection, telle, que les cercles de longitude & de latitude deviennent tous à-la-fois des lignes droites. Dans la premiere méthode que nous avons donnée ci-dessus, les méridiens étoient des droites, mais les paralleles étoient des cercles : Dans la plûpart des autres especes de projections, les méridiens & les paralleles sont des courbes. Il y a une espece de projection où les méridiens sont des droites, & les paralleles des hyperboles. C'est lorsque l'oeil seroit supposé placé dans le centre de la terre, & que la projection se feroit sur un parallele au premier méridien : mais cette projection est plûtôt de pure curiosité que d'usage.
Construction des cartes particulieres. Les cartes particulieres de grandes étendues de pays, comme les cartes d'Europe, se projettent de la même maniere que les cartes générales, observant seulement qu'il est à-propos de faire choix de différentes méthodes pour différentes pratiques : par exemple, l'Afrique & l'Amérique par où passe l'équateur, ne se projetteroient pas convenablement par la premiere méthode, mais par la seconde ; l'Europe & l'Asie se projetteroient mieux par la troisieme ; & les pays voisins des poles ou les zones froides, par la premiere.
Ainsi, pour commencer, tirez sur votre plan ou papier une droite, que vous prendrez pour le méridien du lieu sur lequel l'oeil est imaginé placé, & divisez-la comme ci-dessus en degrés, qui seront les degrés de latitude : prenez ensuite dans les tables la latitude des deux paralleles qui en terminent les deux extrémités ; il faudra marquer dans le méridien ces degrés de latitude, & tirer par ces mêmes degrés des perpendiculaires, qui serviront à la carte de limite nord & sud. Cela fait, il faudra tirer des paralleles dans les différens degrés des méridiens, & placer les lieux jusqu'à ce que la carte soit complete .
Des cartes particulieres de moindre étendue. Les Géographes suivent une autre méthode dans la construction des cartes qui doivent représenter une plus petite portion de la terre. Premierement on tire une droite au bas du plan, qui puisse représenter la longitude, & qui serve de bornes à la partie méridionale du pays qu'on veut décrire. On prend dans cette ligne autant de parties égales que le pays comprend de degrés de longitude ; au milieu de cette ligne, on lui éleve une perpendiculaire dans laquelle on prend autant de parties que le pays contient de degrés de latitude. On détermine de quelle grandeur ces parties doivent être par la proportion d'un degré de grand cercle aux degrés des paralleles qui terminent le pays dont on fait la carte. Par l'extrémité de cette perpendiculaire, on tire une autre droite perpendiculaire ou parallele à celle d'en-bas sur laquelle les degrés de longitude doivent se représenter comme dans la ligne d'en-bas ; c'est-à-dire, presqu'égaux les uns aux autres, à moins que les latitudes des deux extrémités ne soient fort différentes l'une de l'autre ; car si la parallele la plus basse est située à une distance considérable du cercle équinoctial, ou que la latitude de la limite boréale soit beaucoup plus grande que celle de l'australe, les parties ou degrés de la ligne supérieure ne seront plus égaux aux parties ou degrés de l'inférieure ; mais ils seront moindres suivant la proportion du degré de la partie septentrionale, au degré de la partie méridionale. Après qu'on aura ainsi déterminé soit sur la ligne supérieure, soit sur l'inférieure, les parties qu'on doit prendre pour les degrés de longitude ; on tirera par les points de division ces paralleles des droites qui représenteront les méridiens ; & par les différens degrés de la perpendiculaire élevée au milieu de la premiere ligne transversale, on tirera des lignes paralleles à cette premiere ligne transversale ; lesquelles représenteront les paralleles de latitude. Enfin on placera les lieux suivant la méthode qui a été déjà enseignée, aux points dans lesquels les méridiens ou cercles de longitude concourront avec les paralleles ou cercles de latitude.
Pour les cartes de province ou de pays de peu d'étendue, comme de paroisses, de terres, &c. on se sert d'une autre méthode plus sûre & plus exacte qu'aucunes des précédentes. Les angles de position ou ceux sur lesquels doivent tomber les lieux, y sont déterminés par des instrumens propres à cet effet, & rapportés ensuite sur le papier. Cela fait un art à part qu'on appelle arpentage. Voyez ARPENTAGE, &c.
Les fig. 10 & 11 de la Géographie représentent des cartes particulieres de quelques portions de la terre ; la figure 10 est la représentation d'une portion assez considérable, où les méridiens, comme on le voit, sont des lignes convergentes. La figure 11 est la représentation d'une portion peu étendue, où les méridiens & les paralleles sont des lignes droites sensiblement paralleles. L, K, I, sont trois lieux placés sur la carte. Si on connoît les lieux K, I, & leur distance au lieu L, on connoîtra sûrement la position du lieu L : car il n'y a qu'à décrire des centres L, I, & des distances L K, L l, qu'on suppose données, deux arcs de cercle qui se couperont au point cherché L. Voyez LEVER UN PLAN.
L'usage des cartes se déduit facilement de leur construction. Les degrés des méridiens & des paralleles marquent les longitudes & les latitudes des lieux ; & l'échelle des lieues qui y est jointe, la distance des uns aux autres. La situation des lieux les uns par rapport aux autres, comme aussi par rapport aux points cardinaux, paroît à la seule inspection de la carte ; puisque le haut en est toûjours tourné vers le nord, le bas vers le sud, la droite vers l'est, & la gauche vers l'oüest ; à moins que la boussole qu'on met assez souvent sur la carte, ne marque le contraire.
CARTE MARINE, est la projection de quelques parties de la mer sur un plan, pour l'usage des navigateurs. Voyez PROJECTION.
Le P. Fournier rapporte l'invention des cartes marines à Henri fils de Jean roi de Portugal ; elles different beaucoup des cartes géographiques terrestres, qui ne sont d'aucun usage dans la navigation : toutes les cartes marines ne sont pas non plus de la même espece ; car il y en a qu'on nomme cartes planes ; d'autres, réduites ; d'autres, cartes de Mercator ; d'autres, cartes du globe, &c.
Les cartes planes, sont celles où les méridiens & les paralleles sont représentés par des droites paralleles les unes aux autres.
Ptolomée les rejette dans sa Géographie, à cause des erreurs auxquelles elles sont sujettes, quoiqu'elles puissent être utiles dans des voyages courts. Leurs défauts sont, 1°. que puisque tous les méridiens se rencontrent en effet dans les poles, il est absurde de les représenter, sur-tout dans de grandes cartes, par des droites paralleles ; 2°. que les cartes planes représentent les degrés des différens paralleles égaux à ceux de l'équateur, & par conséquent les distances des lieux de l'est à l'ouest, plus grandes qu'elles ne sont ; 3°. que dans une carte plane, le vaisseau paroit, tant qu'on garde le même rhumb de vent, faire voile dans un grand cercle du globe, ce qui est pourtant très-faux.
Malgré ces défauts des cartes planes, elles sont cependant assez exactes, lorsqu'elles ne représentent qu'une petite portion de la mer ou de la terre ; & elles peuvent être en ce cas d'un usage fort simple & fort commode.
Construction d'une carte plane. 1°. Tirez une droite comme A B. (Pl. de navigation, fig. 9.) & divisez-la en autant de parties égales, qu'il y a de degrés de latitude dans la portion de mer qu'il faut représenter ; 2°. joignez-y-en une autre B C à angles droits, & divisez-la en autant de parties égales les unes aux autres, & à la premiere, qu'il y a de degrés de longitude dans la portion de mer que vous voulez représenter ; 3°. achevez le parallélogramme A B C D, & partagez son aire en petits quarrés, & les droites paralleles à A B, C D, seront les méridiens, & les paralleles à A D & B C, les cercles paralleles ; 4°. vous y placerez, au moyen d'une table de longitudes & de latitudes, les côtes, les îles, les bayes, les bancs de sable, les rochers, de la maniere qui a été prescrite ci-dessus pour les cartes particulieres.
Il s'ensuit de-là 1°. que la latitude & la longitude du lieu où est un vaisseau étant données, on pourra aisément représenter son lieu dans la carte : 2°. qu'étant donnés dans la carte, les lieux F & G, d'où le vaisseau part, & où il va, la ligne FG, tirée de l'un à l'autre, fait avec le méridien A B un angle A F G égal à l'inclinaison du rhumb ; & puisque les portions F 1, 12, 2 G, entre des paralleles équidistans sont égales, & que l'inclinaison de la droite FG à tous les méridiens ou à toutes les droites paralleles à A B, est la même, la droite FG représente donc le rhumb. On peut prouver de la même maniere que cette carte représente véritablement les milles de longitude.
Il s'ensuit de-là qu'on peut se servir utilement des cartes planes pour diriger un vaisseau dans un voyage qui ne soit pas de long cours, ou même dans un voyage assez long, pourvû qu'on ait soin qu'il ne se glisse point d'erreur dans la distance des lieux F & G, ce qu'on corrigera de la maniere suivante.
Construction d'une échelle pour corriger les erreurs des distances dans les cartes planes. 1°. Transportez cinq degrés de la carte à la droite AB, fig. 10. & divisez-les en 300 parties égales ou milles géographiques ; 2°. décrivez sur cette droite un petit cercle ABC, qu'il faudra diviser en 90 parties égales : si l'on veut savoir en conséquence, combien cinq degrés font de milles dans le parallele de cinquante, qu'on prenne au compas l'intervalle A C égal à cinquante, & qu'on le transporte au diametre AB, sur lequel il marquera le nombre de mille requis.
Il s'ensuit de-là que si un vaisseau fait voile sur un rhumb à l'est ou à l'ouest, hors de l'équateur, les milles correspondans aux degrés de longitude se trouveront comme dans l'article précédent ; s'il fait voile sur un rhumb collatéral, alors on peut supposer toûjours la course de l'est à l'ouest dans un parallele moyen entre le parallele du lieu d'où le vaisseau vient, & de celui où il va.
Il est vrai que cette réduction par une parallele moyenne arithmétique n'est pas exacte : cependant on s'en sert souvent dans la pratique, parce que c'est une méthode commode pour l'usage de la plûpart des marins. En effet, elle ne produira point d'erreur considérable, si toute la course est divisée en parties dont chacune ne passe pas un degré ; ce qui fait qu'il est convenable de ne pas prendre le diametre du demi-cercle ABC de plus d'un degré, & de le diviser au plus en milles géographiques. Pour l'application des cartes planes à la navigation, voyez NAVIGATION.
Carte réduite ou carte de réduction : c'est celle dans laquelle les méridiens sont représentés par des droites convergentes vers les poles, & les paralleles par des droites paralleles les unes aux autres, mais inégales. Il paroît donc par leur construction qu'elles doivent corriger les erreurs des cartes planes.
Mais puisque les paralleles y devroient couper les méridiens à angles droits, il s'ensuit aussi que ces cartes sont défectueuses à cet égard, puisqu'elles représentent les paralleles comme inclinés aux méridiens ; c'est ce qui a fait imaginer une autre espece de cartes réduites, dans lesquelles les méridiens sont paralleles, mais les degrés inégaux ; on les appelle cartes de Mercator.
Carte de Mercator : c'est celle dans laquelle les méridiens & les paralleles sont représentés par des droites paralleles, mais où les degrés des méridiens sont inégaux, & croissent toûjours à mesure qu'ils s'approchent du pole dans la même raison que ceux des paralleles décroissent sur le globe ; au moyen de quoi, ils conservent entr'eux la même proportion que sur le globe.
Cette carte tire son nom de celui de l'auteur qui l'a proposée le premier, & qui a fait la premiere carte de cette construction, savoir de N. Mercator : mais il n'est ni le premier qui en ait eu l'idée (car Ptolomée y avoit pensé quinze cent ans auparavant) ni celui à qui on en doit la perfection ; M. Whright étant le premier qui l'ait démontrée, & qui ait enseigné une maniere aisée de la construire, en étendant la ligne méridienne par l'addition continuelle des sécantes.
Construction de la carte de Mercator. 1°. Tirez une droite, & divisez-la en parties égales, qui représentent les degrés de longitude, soit dans l'équateur, soit dans les paralleles qui doivent terminer la carte ; élevez de ces différens points de division des perpendiculaires qui représentent les différens méridiens, de façon que des droites puissent les couper toutes sous un même angle, & par conséquent représenter les rhumbs ; & vous ferez le reste comme dans la carte plane, avec cette condition de plus, que pour que les degrés des méridiens soient dans la proportion convenable avec ceux des paralleles, il faut augmenter les premiers ; car les derniers restent les mêmes à cause du parallélisme des méridiens. Voyez DEGRE.
Décrivez donc dans l'équateur CD, & de l'intervalle d'un degré, (Pl. Navig. fig. 11.) le quart de cercle D L E, & élevez en D la perpendiculaire DG ; faites l'arc DL égal à la latitude, & par le point L tirez CG ; cette droite CG sera le degré du méridien propre à être transporté sur le méridien de la carte ; le reste se fera comme dans les cartes planes. Supposons qu'on demande dans la pratique de construire une carte plane de Mercator, depuis le quarantieme jusqu'au cinquantieme degré de latitude boréale, & depuis le sixieme jusqu'au quinzieme degré de longitude ; tirez d'abord une droite qui représente le quarantieme parallele de l'équateur, & divisez-la en douze parties égales, par les douze degrés de longitude que la carte doit contenir ; prenez ensuite une ligne de parties égales, sur l'échelle de laquelle ces parties sont égales à chacun des degrés de longitude ; & à chacune de ses extrémités élevez des perpendiculaires, pour représenter deux méridiens paralleles, qu'il faut diviser au moyen de l'addition continuelle des sécantes, lesquelles on démontre croître dans la même proportion que les degrés de longitude décroissent. Voyez SECANTE.
Ainsi pour la distance de 40d de latitude à 41d, prenez 131 1/2 parties égales de l'échelle, qui font la sécante de 40d 30'; pour la distance de 41d à 42d, prenez 133 1/2 parties égales de l'échelle, qui font la sécante de 41d 30', & ainsi de suite jusqu'au dernier degré de votre carte, qui contiendra 154 de ces parties égales, lesquelles font la sécante de 49d 30', & doivent donner par conséquent la distance du 49d de latitude au 50. Par cette méthode les degrés de latitude se trouveront évidemment augmentés dans la proportion suivant laquelle les degrés de longitude décroissent sur le globe.
Le méridien étant divisé, il faudra y ajoûter la boussole ou le compas de mer : choisissant pour cela quelqu'endroit convenable dans le milieu, on tirera par cet endroit une parallele au méridien divisé, laquelle sera le rhumb du nord ; & au moyen de celle-ci on aura les 31 autres points de compas : enfin on rapportera les villes, les ports, les côtes, les iles, &c. au moyen d'une table de latitude & de longitude, & la carte sera finie.
Dans la carte de Mercator, l'échelle change à proportion des latitudes : si par conséquent un vaisseau fait voile entre le 40 & le 50 de la parallele de latitude, les degrés des méridiens entre ces deux paralleles devront servir d'échelle pour mesurer le chemin du vaisseau ; d'où il s'ensuit que quoique les degrés de longitude soient égaux en longueur sur la carte, ils doivent néanmoins contenir un nombre inégal de milles ou de lieues, & qu'ils décroîtront à mesure qu'ils approcheront plus près du pole, parce qu'ils sont en raison inverse d'une quantité qui croît continuellement.
Cette carte est très-bonne, quoique fausse en apparence : on trouve par expérience qu'elle est fort exacte, & qu'il est en même tems fort aisé d'en faire usage. En effet, elle a toutes les qualités requises pour l'usage de la navigation. La plûpart des marins, dit Chambers, paroissent cependant éloignés de s'en servir, & aiment mieux s'en tenir à leur vieille carte plane, qui est, comme on l'a vû, très-fautive.
Pour l'usage de la carte plane de Mercator dans la navigation. voyez NAVIGATION.
Carte du globe. C'est une projection qu'on nomme de la sorte à cause de la conformité qu'elle a avec le globe même, & qui a été proposée dans ces derniers tems par MM. Senex, Wilson, & Harris : les méridiens y sont inclinés, les paralleles à égales distances les uns des autres, & courbes, & les rhumbs réels sont en spirales, comme sur la surface du globe. Cette projection est encore peu connue ; nous n'en pouvons dire que peu de chose, jusqu'à ce que sa construction & ses usages ayent une plus grande publicité ; cependant M. Chambers en espere beaucoup, puisqu'elle est munie d'un privilége du roi d'Angleterre, qu'elle paraît sous sa protection, qu'elle est approuvée de plusieurs navigateurs habiles, & entr'autres du docteur Halley, & qu'elle a subi en Angleterre l'épreuve d'un examen très-sévere. M. Chambers ajoûte que la projection en est très-conforme à la nature, & par conséquent fort aisée à concevoir ; & qu'on a trouvé qu'elle étoit exacte, même à de grandes distances, où ses défauts, si elle en eût eu, auroient été plus remarquables. Voyez GLOBE. Voyez aussi la Géographie de M. Wolf.
Cartes composées par rhumbs & distances. Ce sont celles où il n'y a ni méridiens ni paralleles, mais qui ne montrent la situation des lieux que par rhumbs, & par l'échelle des milles.
On s'en sert principalement en France, & sur-tout dans la Méditerranée.
On les trace sans beaucoup d'art, & il seroit par conséquent inutile de vouloir rendre un compte exact de la maniere de les construire ; on ne s'en sert que dans de courts voyages. (O)
CARTE ou QUARTE, s. f. (Commerce) mesure de grains dont on se sert en quelques lieux de la Savoie, & qui n'est pas par-tout d'un poids égal.
La carte de Conflans pese 35 livres poids de marc.
Celle de S. Jean de Maurienne, 21 livres aussi poids de marc.
La carte de Faverge, 30 liv. poids de Geneve.
La carte de Miolans, S. Pierre d'Albigny, S. Philippe, 25 livres poids de Geneve.
Celle de Modane, 24 livres aussi poids de Geneve. Voyez LIVRE, MARC, POIDS. Dict. du Com. (G)
CARTE BLANCHE, se dit dans l'Art militaire pour exprimer qu'un général peut faire ce que bon lui semble sans en avertir la cour auparavant. Ainsi dire qu'un général a carte-blanche, c'est dire qu'il peut attaquer l'ennemi lorsqu'il en trouve l'occasion, sans avoir besoin d'ordres particuliers. (Q)
CARTE ou CARDE, instrument dont se servent les Perruquiers pour travailler les cheveux destinés à faire des perruques. C'est une espece de peigne composé de dix rangées de pointes de fer de près d'un pouce & demi de hauteur, épaisses de deux lignes, & éloignées les unes des autres par la pointe, d'environ trois lignes. Ces pointes sont enfoncées dans une planche de bois de chêne, assujettie sur une table par des clous, & rangées en losanges.
Il y a des cartes ou cardes de plusieurs grosseurs, sur lesquelles on passe les paquets de cheveux pour les mêlanger, en commençant par les plus grosses, & successivement jusqu'aux plus fines.
* CARTES, s. f. (Jeux) petits feuillets de carton oblongs, ordinairement blancs d'un côté, peints de l'autre de figures humaines ou autres, & dont on se sert à plusieurs jeux, qu'on appelle par cette raison jeux de cartes. Voyez LANSQUENET, BRELAND, PHARAON, OMBRE, PIQUET, BASSETTE, &c. Entre ces jeux il y en a qui sont purement de hasard, & d'autres qui sont de hasard & de combinaison. On peut compter le lansquenet, le breland, le pharaon, au nombre des premiers ; l'ombre, le piquet, le médiateur, au nombre des seconds. Il y en a où l'égalité est très exactement conservée entre les joüeurs, par une juste compensation des avantages & des desavantages ; il y en a d'autres où il y a évidemment de l'avantage pour quelques joüeurs, & du desavantage pour d'autres : il n'y en a presqu'aucun dont l'invention ne montre quelqu'esprit ; & il y en a plusieurs qu'on ne joue point supérieurement, sans en avoir beaucoup, du moins de l'esprit du jeu. Voyez JEU.
Le pere Ménestrier Jésuite, dans sa bibliotheque curieuse & instructive, nous donne une petite histoire de l'origine du jeu de cartes. Après avoir remarqué que les jeux sont utiles, soit pour délasser, soit même pour instruire ; que la création du monde a été pour l'Etre suprème une espece de jeu ; que ceux qui montroient chez les Romains les premiers élémens s'appelloient ludi magistri ; que Jesus-Christ même n'a pas dédaigné de parler des jeux des enfans : il distribue les jeux en jeux de hasard, comme les dés (voyez DES) ; en jeux d'esprit, comme les échecs (voyez ECHECS) ; & en jeux de hasard & d'esprit, comme les cartes. Mais il y a des jeux de cartes, ainsi que nous l'avons remarqué, qui sont de pur hasard.
Selon le même auteur, il ne paroît aucun vestige de cartes à joüer avant l'année 1392, que Charles VI. tomba en phrénésie. Le jeu de cartes a dû être peu commun avant l'invention de la gravûre en bois, à cause de la dépense que la peinture des cartes eût occasionnée. Le P. Ménestrier ajoûte que les Allemands, qui eurent les premiers des gravûres en bois, graverent aussi les premiers des moules de cartes, qu'ils chargerent de figures extravagantes : d'autres prétendent encore que l'impression des cartes est un des premiers pas qu'on ait fait vers l'impression en caracteres gravés sur des planches de bois, & citent à ce sujet les premiers essais d'Imprimerie faits à Harlem, & ceux qu'on voit dans la bibliotheque Bodleyane. Ils pensent que l'on se seroit plûtôt apperçû de cette ancienne origine de l'Imprimerie, si l'on eût considéré que les grandes lettres de nos manuscrits de 900 ans paroissent avoir été faites par des enlumineurs.
On a voulu par le jeu de cartes, dit le P. Ménestrier, donner une image de la vie paisible, ainsi que par le jeu des échecs, beaucoup plus ancien, on en a voulu donner une de la guerre. On trouve dans le jeu de cartes les quatre états de la vie ; le coeur représente les gens d'église ou de choeur, espece de rébus ; le pique, les gens de guerre ; le treffle, les laboureurs ; & les carreaux, les bourgeois dont les maisons sont ordinairement carrelées. Voilà une origine & des allusions bien ridicules. On lit dans le pere Ménestrier que les Espagnols ont représenté les mêmes choses par d'autres noms. Les quatre rois, David, Alexandre, César, Charlemagne, sont des emblèmes des quatre grandes monarchies, Juive, Greque, Romaine, & Allemande. Les quatre dames, Rachel, Judith, Pallas, & Argine, anagramme de regina (car il n'y a jamais eu de reine appellée Argine), expriment les quatre manieres de regner, par la beauté, par la piété, par la sagesse, & par le droit de la naissance. Enfin les valets représentoient les servans d'armes. Le nom de valet qui s'est avili depuis, ne se donnoit alors qu'à des vassaux de grands seigneurs, ou à de jeunes gentilshommes qui n'étoient pas encore chevaliers. Les Italiens ont reçû le jeu de cartes les derniers. Ce qui pourroit faire soupçonner que ce jeu a pris naissance en France, ce sont les fleurs-de-lis qu'on a toûjours remarquées sur les habits de toutes les figures en carte. Lahire, nom qu'on voit au bas du valet de coeur, pourroit avoir été l'inventeur des cartes, & s'être fait compagnon d'Hector & d'Ogier le danois, qui sont les valets de carreau & de pique, comme il semble que le cartier se soit réservé le valet de treffle pour lui donner son nom. Voyez l'article JEU. Bibl. cur. & instruct. p. 168.
Après cette histoire bonne ou mauvaise de l'origine des cartes, nous allons expliquer la fabrication. Entre les petits ouvrages, il y en a peu où la main d'oeuvre soit si longue & si multipliée : le papier passe plus de cent fois entre les mains du cartier avant que d'être mis en cartes, comme on va le voir parce qui suit.
Il faut d'abord se pourvoir de la sorte de papier qu'on appelle de la main brune, voyez PAPIER ; on déplie son papier & on le rompt : rompre, c'est tenir le papier ouvert de la main gauche par le bas du pli, de la droite par le haut du pli, de maniere que les deux pouces soient dans le pli, & faire glisser les autres doigts de la main droite tout le long du dos du pli, en commençant par le bas ; ce qui ne peut se faire sans appliquer le haut du dos du pli contre le bas du dos du pli, & paroître rompre les feuilles. Le but de cette opération, qu'on réitere autant de fois qu'il est nécessaire sur le même papier, c'est d'en effacer le pli du mieux qu'on peut.
Après qu'on a rompu le papier, on en prend deux feuilles qu'on met dos à dos : sur ces deux feuilles on en place deux autres mises aussi dos à dos : mais il faut que ces deux dernieres débordent les deux premieres, soit par en-haut, soit par en-bas d'environ quatre doigts. On continue de faire un tas le plus grand qu'on peut de feuilles prises deux à deux, dans lequel les deux 1, 3, 5, 7, 9, &c. se correspondent exactement, & sont débordées d'environ quatre doigts par les deux 2, 4, 6, 8, 10, &c. qui par conséquent se correspondent aussi exactement. Cette opération s'appelle mêler. Dans les grosses manufactures de cartes il y a des personnes qui ne font que mêler. On donne six liards pour mêler deux tas ; la rame fait un tas.
Après qu'on a mêlé, ou plûtôt tandis qu'on mêle d'un côté, de l'autre on fait la colle. La colle se fait avec moitié farine, moitié amydon : on met sur vingt seaux d'eau deux boisseaux de farine, & trente livres d'amydon. On délaye la farine & l'amydon avec de l'eau tiede : cependant il y en a qui chauffe sur le feu : quand elle est prette à bouillir, on jette dedans le mélange de farine & d'amydon, en le passant par un tamis de crin médiocrement serré. Tandis que la colle se cuit, on la remue bien avec un balai, afin qu'elle ne se brûle pas au fond de la chaudiere : on la laisse bouillir environ une bonne heure ; on la retire ensuite, & elle est faite. Il faut avoir soin de la remuer, jusqu'à ce qu'elle soit froide, de peur, disent les ouvriers, qu'elle ne s'étouffe, ou devienne en eau. On ne s'en sert que le lendemain.
Quand la colle est froide, le colleur la passe par un tamis, d'où elle tombe dans un baquet, & se dispose à coller. Pour cet effet il prend la brosse à coller. Cette brosse est oblongue ; elle a environ cinq pouces de large, & sa longueur est de la largeur du papier : elle est de soie de sanglier, & garnie en-dessus d'une manique ou courroie de lisiere. On la voit Pl. du Cartier, fig. 9. le colleur la trempe dans la colle, & la passe sur le papier de la maniere qui suit : il l'applique au centre de la feuille, d'où il va à l'angle du haut qui est à droite, & de-là à l'angle du bas qui lui est opposé à gauche : il remet sa brosse au centre, d'où il l'avance à l'angle du haut qui est à gauche, la ramenant de-là à l'angle opposé du bas qui est à droite : il lui est enjoint de réitérer huit fois cette opération sur la même feuille.
Cela fait il enleve cette feuille enduite de colle, & avec elle la feuille qui lui est adossée. Il fait la même opération sur la premiere des deux feuilles suivantes, les enleve toutes deux, & les place sur les deux précédentes. Il continue ainsi, collant une feuille & en enlevant deux, reformant un autre tas, où il est évident qu'une feuille collée se trouve toûjours appliquée contre une feuille qui ne l'est pas. Dans ce nouveau tas les feuilles ne se débordent point ; on les applique les unes sur les autres le plus exactement qu'on peut.
Quand on a formé ce tas d'environ une rame & demie, on le met en presse. La presse des Cartiers n'a rien de particulier ; c'est la même que celle des Bonnetiers & des Calendreurs. On presse le tas legerement d'abord ; au bout d'un quart-d'heure, on revient à la presse, & on le serre davantage. Si l'on donnoit le premier coup de presse violent, le papier qui est moite de colle, foible & non pris, pourroit s'ouvrir. On laisse ce tas en presse environ une bonne heure ; c'est à-peu-près le tems que le colleur employe à former un nouveau tas pareil au premier : quand il est formé, il retire de presse le premier tas, & y substitue le second. Un bon ouvrier peut faire quinze à seize tas par jour. Il a six blancs par tas.
Quand le premier tas est sorti de presse, on le torche ; torcher, c'est enlever la colle que l'action de la presse a fait sortir d'entre les feuilles ; cela se fait avec un mauvais pinceau qu'on trempe dans de l'eau froide, afin que ce superflu de colle se sépare plus facilement. Cette colle enlevée des côtés du tas ne sert plus.
Ces feuilles qui sortent de dessous la presse, collées deux à deux, s'appellent étresses ; quand les étresses sont torchées, on les pique. Pour cet effet on a une perce ou un poinçon qu'on enfonce au bord du tas, environ à la profondeur d'un demi-doigt : on enleve du tas un petit paquet d'environ cinq étresses percées, & on passe une épingle dans le trou. L'épingle des Cartiers est un fil de laiton de la longueur & grosseur des épingles ordinaires, dont la tête est arrêtée dans un parchemin plié en quatre, dans un bout de carte, ou même dans un mauvais morceau de peau, & qui est plié environ vers la moitié, de maniere qu'il puisse faire la fonction de crochet. Le piqueur perce toutes les étresses, & garnit autant de paquets d'environ cinq à six qu'il peut faire, chacun de leur épingle. Le colleur s'appelle le servant du piqueur ; celui-ci gagne environ trente sous par jour.
Quand tous les paquets d'étresses sont garnis d'épingles, on les porte sécher aux cordes. L'opération de suspendre les étresses aux cordes par les épingles en crochet, s'appelle étendre. Les feuilles ou étresses demeurent plus ou moins étendues, selon la température de l'air. Dans les beaux jours d'été, on étend un jour, & l'on abat le lendemain. Abattre, c'est la même chose que détendre. On voit que l'été est la saison favorable pour cette partie du travail des cartes ; en hyver, il faudroit une poële, encore n'éviteroit-on pas l'inconvénient du feu, qui mange la colle & fait gripper le papier. Ceux qui entendent leur intérêt se préparent en été de l'ouvrage pour l'hyver.
En abattant, on ôte les épingles, & l'on reforme des tas ; quand ces nouveaux tas sont formés, on sépare : séparer, c'est détacher les étresses les unes des autres, & les distribuer séparément ; cette opération se fait avec un petit couteau de bois appellé coupoir.
Quand on a séparé, on ponce ; poncer c'est, ainsi que le mot le designe, frotter l'étresse des deux côtés avec une pierre ponce ; il est enjoint de donner dix à douze coups de pierre ponce de chaque côté de l'étresse. Cet ouvrage se paye à la grosse. On donne cinq sous par grosse ; un ouvrier en peut faire sept à huit par jour.
Cela fait, on trie ; trier, c'est regarder chaque étresse au jour, & en enlever toutes les inégalités, soit du papier, soit de la colle ; ce qui s'appelle le bro. Le triage se fait avec une espece de canif à main ou grattoir, que les ouvriers nomment pointe.
L'étresse tirée formera l'ame de la carte. Le papier dont on fait les étresses vaut cinquante à cinquante-deux sols la rame. Quand l'étresse est préparée, on prend deux autres sortes de papiers : l'une appellée le cartier, qui ne sert qu'à l'usage dont il s'agit ; il est sans marque ; il pese vingt-deux liv. le paquet ou les deux rames, & vaut environ quinze francs la rame ; l'autre, appelle le pau, qui vaut à-peu-près trois livres douze sous la rame. Le papier d'étresse, le cartier, & le pau, sont à-peu-près de la même grandeur, excepté le cartier ; mais c'est un défaut : s'ils étoient bien égaux, il y auroit moins de déchet.
Ces papiers étant préparés, on mêle en blanc. Pour cette opération, on a un tas de cartier à droite, & un tas de pau à gauche. On prend d'abord une feuille de pau, on place dessus deux feuilles de cartier ; puis sur celles-ci deux feuilles de pau ; puis sur ces dernieres deux feuilles de cartier, & ainsi de suite jusqu'à la fin, qu'on termine ainsi qu'on a commencé, par une seule feuille de pau. Il faut observer que le nouveau tas est formé de maniere que les feuilles se débordent de deux en deux, comme quand on a mêlé la premiere fois pour faire les étresses ; ce nouveau tas contient environ dix mains de papier.
Quand on a mêlé en blanc, on mêle en étresse ; mêler en étresse, c'est entrelarder l'étresse dans le blanc : ce qui s'exécute ainsi. On enleve la premiere feuille de pau, on met dessus une étresse ; sur cette étresse deux feuilles de cartier ; sur les deux feuilles de cartier, une étresse ; sur cette étresse, deux feuilles de pau, & ainsi de suite : d'où l'on voit évidemment que chaque étresse se trouve entre une feuille de cartier & une feuille de pau. Les feuilles de cartier, de pau, & les étresses, doivent se déborder dans le nouveau tas.
Après cette manoeuvre, on colle en ouvrage. Cette opération n'a rien de particulier ; elle se fait comme le premier collage, & consiste à enfermer une étresse entre une feuille de pau & une feuille de cartier. Après avoir collé en ouvrage, on met en presse, on pique, on étend, & on abat, comme on a fait aux étresses, avec cette différence qu'on n'étend que deux des nouveaux feuillets à la fois ; ces deux feuillets s'appellent un double : avec un peu d'attention on s'appercevra que les deux blancs ou feuilles de cartier sont appliquées l'une contre l'autre dans le double, & que les deux feuilles de pau sont en dehors ; par ce moyen la dessication se fait sans que le papier perde de sa blancheur. Le cartier fait le dos de la carte, & le pau le dedans ; le Cartier qui entend ses intérêts, conduira jusqu'ici pendant l'été sa matiere à mettre en cartes.
Lorsque les doubles sont préparés, on a proprement le carton dont la carte se fait, il ne s'agit plus que de couvrir les surfaces de ces doubles, ou de têtes ou de points. Les têtes, ce sont celles d'entre les car tes qui portent des figures humaines ; toutes les autres s'appellent des points.
Pour cet effet, on a un moule de bois, tel qu'on le voit, Pl. du Cart. fig. 5. il porte vingt figures à tête ; ces figures sont gravées profondement ; voyez l'article de la GRAVURE EN BOIS. Ce moule est fixé sur une table ; il est composé de quatre bandes, qui portent cinq figures chacune ; chaque bande s'appelle un coupeau.
On prend du papier de pau, on le déplie, on le rompt, on le moitit ; moitir, c'est tremper. Voyez IMPRIMERIE. On le met entre deux ais : on le presse pour l'unir ; au sortir de la presse, on moule.
Pour mouler, on a devant soi ou à côté un tas de ce pau trempé ; on a aussi du noir d'Espagne qu'on a fait pourrir dans de la colle. Plus il est resté longtems dans la colle, plus il est pourri, meilleur il est. Il y en a dont le pié a deux à trois ans. On a une brosse ; on prend de ce noir fluide avec la brosse ; on la passe sur le moule : comme ce sont les parties saillantes du moule qui forment la figure, & que ces parties sont fort détachées du fond, il n'y a que leurs traces qui fassent leurs empreintes sur le papier, qu'on étend sur le moule & qu'on presse avec un froton ; le froton est un instrument composé de plusieurs lisieres d'étoffes roulées les unes sur les autres : de maniere que la base en est plate & unie, & que le reste a la forme d'un sphéroide allongé. Voyez Pl. du Cart. fig. 13. On continue de mouler autant qu'on veut. Les moules sont aujourd'hui au bureau ; on y va mouler en payant les droits : ils sont d'un denier par cartes. Ainsi un jeu de piquet paye à la ferme 32 deniers. Après cette opération, on commence à peindre les têtes, car le moule n'en a donné que le trait noir, tel qu'on le voit fig. 5. On applique d'abord le jaune, ensuite le gris, puis le rouge, le bleu & le noir. On fait tous les tas en jaune de suite, tous les tas en gris, &c.
Le jaune n'est autre chose que de la graine d'Avignon qu'on fait bouillir, & à laquelle on mêle un peu d'alun pour la purifier ; le gris, qu'un petit bleu d'indigo qu'on a dans un pot : le rouge, qu'un vermillon broyé & délayé avec un peu d'eau & de colle ou gomme ; le bleu, qu'un indigo plus fort, délayé aussi avec de la gomme & de l'eau ; le noir, que du noir de fumée.
On se sert pour appliquer ces couleurs, de différens patrons, le patron est fait d'un morceau d'imprimure. Les ouvriers entendent par une imprimure, une feuille de papier qu'on prépare de la maniere suivante : faites calciner des écailles d'huîtres ou des coques d'oeufs ; broyez-les & les réduisez en poudre menue. Mêlez cette poudre avec de l'huile de lin, & de la gomme arabique, vous aurez une composition pâteuse & liquide, dont vous enduirez le papier. Vous donnerez six couches à chaque côté ; ce qui rendra la feuille épaisse, à-peu-près comme une piece de 24 sous.
C'est au Cartier à découper l'imprimure ; ce qu'il exécute pour les têtes avec une espece de canif : pour cet effet il prend une mauvaise feuille de carte toute peinte, il applique cette feuille sur l'imprimure & l'y fixe ; il enleve avec sa pointe ou son canif toutes les parties peintes de la même couleur, & de la feuille & de l'imprimure : puis il ôte cette imprimure & en substitue une autre sous la même feuille, & enleve au canif tant de la feuille que de l'imprimure, une autre couleur, & ainsi de suite autant qu'il y a de couleurs. La feuille peinte qui sert à cette opération, s'appelle faute. Voyez fig. 6. un patron découpé, c'est-à-dire, dont on a enlevé toutes les parties qui doivent être peintes d'une même couleur en jaune, si c'est un patron jaune. Comme il y a cinq couleurs à chaque carte, il y a aussi cinq patrons. On applique les patrons successivement sur la même tête, & on passe dessus avec un pinceau la couleur qui convient ; il est évident que cette couleur ne prend que sur les parties de la carte, que les découpures du patron laissent découvertes. Dans la fig. 6. d'un patron jaune, les parties couvertes sont représentées par le noir ; & les parties découpées, par les taches irrégulieres blanches.
Voilà pour la peinture des têtes. Quant à celle des points, les patrons ne sont pas découpés au canif, mais à l'emporte-piece. On a quatre emporte-pieces différens, pique, treffle, coeur, & carreau, dont on frappe les imprimures. Les bords de ces emporte-pieces sont tranchans & coupent la partie de l'imprimure sur laquelle ils sont appliqués ; ces imprimures ainsi préparées servent à faire les points, comme celles des têtes ont servi à peindre les figures : il faut seulement observer pour les têtes, que la planche en étant divisée en quatre coupeaux, on passe le pinceau à quatre reprises.
Quand tous les papiers ou feuilles de pau sont peintes, comme nous venons de dire, il s'agit de les appliquer sur les doubles ; pour cet effet, on les mêle en tas : une feuille peinte, un double ; une feuille peinte, un double, & ainsi de suite : de maniere que le double soit toujours enfermé entre deux feuilles peintes. On colle, on presse, on pique, on étend, comme ci-dessus. On abat, & l'on sépare les doubles, ainsi comme nous avons dit qu'on séparoit les étresses. Ce nouveau travail n'a rien de particulier ; il fait seulement passer l'ouvrage un plus grand nombre de fois entre les mains de l'ouvrier.
Quand on a séparé, on prépare le chauffoir ; le chauffoir est tel qu'on le voit, fig. 7. c'est une caisse de fer quarrée, à pié, dont les bords supportent des bandes de fer quarrées, passées les unes sur les autres, & recourbées par les extrémités. Il y en a deux sur la longueur, & deux sur la largeur ; ce qui forme deux crochets sur chaque bord du chauffoir.
On allume du feu dans le chauffoir ; on passe dans les crochets ou agraffes qu'on remarque autour du chauffoir, une caisse quarrée de bois qui sert à concentrer la chaleur ; on place ensuite quatre feuilles en-dedans de cette caisse quarrée, une contre chaque côté, puis on en pose une dessus les barres qui se croisent ; on ne les laisse toutes dans cet état, que le tems de faire le tour du chauffoir. On les enleve en tournant, on y en substitue d'autres, & l'on continue cette manoeuvre jusqu'à ce qu'on ait épuisé l'ouvrage ; cela s'appelle chauffer.
Au sortir du chauffoir, le lisseur prend son ouvrage & le savonne par-devant, c'est-à-dire du côté des figures. Savonner, c'est avec un assemblage de morceaux de chapeau cousus les uns sur les autres à l'épaisseur de deux pouces, & de la largeur de la feuille (assemblage qu'on appelle savonneur), emporter du savon, en le passant sur un pain de cette marchandise, & la transporter sur la feuille en la frottant seulement une fois. On savonne la carte pour faire couler dessus la pierre de la lissoire.
Quand la carte est savonnée, on la lisse. La lissoire est un instrument composé d'une perche, dont on voit une extrémité Planche du Cartier fig. 8. l'autre bout aboutit à l'extrémité d'une planche, qu'on voit dans la vignette de la même Planche, fixée aux solives. Cette planche fait ressort. La figure M est la boîte de la lissoire : la figure n en est la pierre. Cette pierre, qui n'est autre chose qu'un caillou noir bien poli, se place dans l'ouverture qu'on voit à la partie supérieure de la boîte M. La pierre se polit sur un grès ; on la figure à-peu-près en dos d'âne. On voit, fig. M n, la boîte avec sa pierre. On apperçoit à la partie supérieure de la figure M n de part & d'autre, deux entailles circulaires. La langue solide qui est entre les entailles, se place dans la fente de l'extrémité de la perche 8. On apperçoit aux deux extrémités de la boîte M n, deux éminences cylindriques : ce sont les deux poignées avec lesquelles l'ouvrier appellé lisseur, fait aller la lissoire sur la feuille de carte. Cette carte à lisser est posée sur un marbre. Ce marbre est fixé sur une table ; la pierre de la lissoire appuyée fortement contre la carte, sur laquelle l'ouvrier la fait aller de bas en haut, & de haut en bas. Pour qu'une feuille soit bien lissée, il faut qu'elle ait reçû vingt-deux coups ou vingt-deux allées & venues. Un bon ouvrier lissera trente mains par jour : il est payé 30 sous. Son métier est fort pénible ; & ce n'est pas une petite fatigue que de vaincre continuellement l'élasticité de la planche qui agit à un des bouts de la perche de la lissoire, & applique fortement la pierre contre la feuille à lisser. On voit dans la vignette, fig. 3. un lisseur ; figure 2. un ouvrier occupé à peindre des points ; & fig. 1. un ouvrier qui peint des têtes.
Quand la carte est lissée par-devant, on la chauffe, comme on a fait ci-dessus. Il faut observer que soit en chauffant, soit en réchauffant, c'est la couleur qui est tournée vers le feu. Le réchauffage se fait comme le chauffage. Après cette manoeuvre, on savonne la carte par-derriere, & on la lisse par-derriere.
Au sortir de la lisse, la carte va au ciseau pour être coupée. On commence par rogner la feuille. Rogner, c'est enlever avec le ciseau ce qui excede le trait du moule, des deux côtés qui forment l'angle supérieur à droite de la feuille. Pour suivre ce trait exactement, il est évident qu'il faut que la face colorée soit en-dessus, & puisse être apperçûe par le coupeur. Les traits du moule tracés autour des cartes, & qui, en formant pour ainsi dire les limites, en assûrent l'égalité, s'appellent les guides : c'est en effet ces traits qui guident le coupeur.
Le coupeur a son établi particulier. Il est représenté dans la vignette, fig. 4. il est composé d'une longue table, sur laquelle est l'esto. L'esto est un morceau de bois d'environ deux pouces d'épais, sur un bon pié en quarré, bien équarri & assemblé le plus fermement & le plus perpendiculairement qu'il est possible avec le dessus de la table. On voit, figure 12. l'esto séparé Z, & fig. 4. de la vignette, on le voit assemblé avec la table par les tenons 4, 4, & ses clavettes ou clés 5, 5 ; sur la surface Z de l'esto, fig. 12. on a fixé un litau 2 percé : c'est dans le trou de ce litau qu'on a placé la vis 12, dont l'extrémité n reçoit l'écrou b sur l'autre surface de l'esto. La corde qui passe par-dessus le bord supérieur de l'esto, soûtient une broche de fer à laquelle elle est attachée, & qui sert à avancer ou reculer la vis. On voit à l'extrémité de la vis, deux arrêts circulaires 1, 2, dont nous ne tarderons pas d'expliquer l'usage. On voit, fig. 10. & 11. les ciseaux desassemblés ; & dans la vignette, fig. 4. on les voit assemblés avec l'établi, & en situation pour travailler. Le bout d'une des branches 2, se visse dans le solide de l'établi par le boulon taraudé, & son extrémité est contenue entre les deux arrêts circulaires de la vis ; ensorte que cette branche ne peut vaciller non plus que l'autre, qui est fixée à celle-ci par le clou, comme on voit vignette, fig. 4.
Il s'ensuit de cette disposition, que pour peu que l'ouvrier soit attentif à son ouvrage, il lui est impossible de ne pas couper droit & de ne pas suivre les guides. Quand il a rogné, il traverse. Traverser, c'est séparer les coupeaux, ou mettre la feuille en quatre parties égales. Quand il a traversé, il ajuste : ajuster, c'est examiner si les coupeaux sont de la même hauteur. Pour cet effet, on les applique les uns contre les autres, & on tire avec le doigt ceux qui débordent ; on repasse ceux-ci au ciseau. On doit s'appercevoir que le ciseau est tenu toûjours à la même distance de l'esto, & qu'il ne s'en peut ni éloigner, ni approcher. On a planté en 3, 3, sur le milieu de l'esto, dans une ligne parallele au tranchant de la lame immobile du ciseau, deux épingles fortes. On pose le coupeau à retoucher contre ces épingles en-dessous ; on applique bien son côté contre l'esto, & l'on enleve avec le ciseau tout ce qui excede. Cet excédent est nécessairement de trop, parce que la distance du ciseau à l'esto est précisément de la hauteur de la carte. Quand on a repassé, on rompt. Rompre, c'est plier un peu les coupeaux, & leur faire le dos un peu convexe. Après avoir rompu les coupeaux, on les mene au petit ciseau. Le petit ciseau est monté précisément comme le grand ; & il n'y a entr'eux de différence que la longueur & l'usage. Le grand sert à rogner les feuilles & à les mettre en coupeaux ; & le petit, à mettre les coupeaux en cartes. On rogne, & l'on met en coupeaux les feuilles les unes après les autres ; & les coupeaux en cartes, les uns après les autres. Quand les coupeaux sont divisés, on assortit. Assortir, c'est ranger les cartes divisées par deux rangs de cartes, déterminées par l'ordre qu'elles avoient sur le moule ou sur les feuilles. Il y a entre la place d'une carte sur la feuille & sa place dans le rang, une correspondance telle que dans cette distribution, toutes les cartes de la même espece, tous les rois, toutes les dames, tous les valets, &c. tombent ensemble : alors on dit qu'elles sont par sortes. Mises par sortes, on les trie. Trier, c'est mettre les blanches avec les blanches, les moins blanches ensemble, & ôter les taches, qu'on appelle le bro, comme nous avons dit. On distingue quatre lots de cartes relativement à leur degré de finesse : celles du premier lot s'appellent la fleur ; celles du second, les premieres ; celles du troisieme, les secondes ; celles du quatrieme & du cinquieme, les triards ou fonds.
Quand on a distribué chaque sorte relativement à sa qualité ou son degré de finesse, on fait la couche, où l'on forme autant de sortes de jeu qu'on a de différens lots ; ensuite on range & on complete les jeux, ce qui s'appelle faire la boutée. On finit par plier les jeux dans les enveloppes ; ce qu'on exécute de maniere que les jeux de fleur se trouvent au-dessus du sixain, afin que si l'acheteur veut examiner ce qu'on lui vend, il tombe nécessairement sur un beau jeu.
On prépare les enveloppes exactement comme les cartes, avec un moule qui porte l'enseigne du Cartier. Mais il y a à l'extrémité de ce moule une petite cavité qui reçoit exactement une piece amovible, sur laquelle on a gravé en lettres le nom de la sorte de jeu que l'enveloppe doit contenir, comme piquet, si c'est du piquet ; médiateur ou comete, si c'est médiateur ou comete : cette piece s'appelle bluteau. Comme il y a deux sortes d'enveloppes, l'une pour les sixains, l'autre pour les jeux, il y a plusieurs moules pour les enveloppes : ces moules ne different qu'en grandeur.
Les cartes se vendent au jeu, au sixain, & à la grosse. Les jeux se distinguent en jeux entiers, en jeux d'hombre, & jeux de piquet.
Les jeux entiers sont composés de cinquante-deux cartes ; quatre rois, quatre dames, quatre valets, quatre dix, quatre neuf, quatre huit, quatre sept, quatre six, quatre cinq, quatre quatre, quatre trois, quatre deux, & quatre as.
Les jeux d'hombre sont composés de quarante cartes, les mêmes que ceux des jeux entiers, excepté les dix, les neuf, & les huit qui y manquent.
Les jeux de piquet sont de trente-deux ; as, rois, dames, valets, dix, neuf, huit, & sept.
On distingue les cartes en deux couleurs principales, les rouges & les noires : les rouges représentent un coeur ou un losange ; les noires un treffle ou un pique : elles sont toutes marquées depuis le roi jusqu'à l'as, de coeur, treffle, carreau ou pique.
Celles qu'on appelle roi, sont couronnées & ont différens noms. Le roi de coeur s'appelle Charles ; celui de carreau, César ; celui de treffle, Alexandre ; & celui de pique, David.
Les dames ont aussi leurs noms : la dame de coeur s'appelle Judith ; celle de carreau, Rachel ; celle de treffle, Argine ; & celle de pique, Pallas.
Le valet de coeur se nomme Lahire ; celui de carreau, Hector ; celui de pique, Hogier ; celui de treffle a le nom du Cartier.
Les dix portent dix points sur les trois rangées, quatre, deux, quatre ; les neuf sur les trois rangées, quatre, un, quatre ; les huit sur les trois rangées, trois, deux, trois ; les sept sur les trois rangées ; trois, un, trois ; les six sur les deux rangées, trois, trois ; les cinq sur les trois rangées, deux, un, deux ; les quatre sur les deux rangées, deux, deux ; les trois sur une rangée, ainsi que les deux : l'as est au milieu de la carte.
S'il y avoit un moyen de corriger les avares, ce seroit de les instruire de la maniere dont les choses se fabriquent : ce détail pourroit les empêcher de regretter leur argent ; & peut-être s'étonneroient-ils qu'on leur en demande si peu pour une marchandise qui a coûté tant de peine.
On a mis de grands impôts sur les cartes, ainsi que sur le tabac ; cependant je ne pense pas que ceux même qui usent le plus de l'un, & qui se servent le plus des autres, ayent le courage de s'en plaindre. Qui eût jamais pensé que la fureur pour ces deux superfluités, pût s'accroître au point de former un jour deux branches importantes des fermes ? Qu'on n'imagine pas que celle des cartes soit un si petit objet. Il y a tel cartier qui fabrique jusqu'à deux cent jeux par jour.
Il y auroit un moyen de rendre cette ferme beaucoup plus importante : je le public d'autant plus volontiers, qu'il ne seroit certainement à charge à personne ; ce seroit de taxer le prix des cartes au-dessous de celui qu'elles ont. Qu'arriveroit-il de-là ? qu'il y auroit si peu de différence entre des cartes neuves & des cartes recoupées, qu'on se détermineroit aisément à n'employer que des premieres. Le fermier & le cartier y trouveroient leur compte tous deux : ce qui est évident ; car les cartes se recoupent jusqu'à deux fois, & reparoissent par conséquent deux fois sur les tables. Si en diminuant le prix des cartes neuves, on parvenoit à diminuer de moitié la distribution des vieilles cartes, celui qui fabrique & vend par jour deux cent jeux de cartes, qui par la recoupe tiennent lieu de six cent, en pourroit fabriquer & vendre trois cent. Le cartier regagneroit sur le grand nombre des jeux vendus, ce qu'on lui auroit diminué sur chacun, & la ferme augmenteroit sans vexer personne.
Il est surprenant que nos François qui se piquent si fort de bon goût, & qui veulent le mieux jusque dans les plus petites choses, se soient contentés jusqu'à présent des figures maussades dont les cartes sont peintes : il est évident, par ce qui précede, qu'il n'en coûteroit rien de plus pour y représenter des sujets plus agréables. Cela ne prouve-t-il point qu'il n'est pas aussi commun qu'on le pense, de joüer ou par amusement, ou sans intérêt ? pourvû qu'on tue le tems, ou qu'on gagne, on ne se soucie guere que ce soit avec des cartes bien ou mal peintes.
CARTE, (Artificier) ce mot signifie en général le carton dont se servent les Artificiers. Ils en désignent l'épaisseur par le nombre des feuilles de gros papier gris dont il est composé : ainsi on dit, de la carte en deux, trois, quatre, ou cinq, sans y ajoûter le mot de feuille, qui est sousentendu chez eux & chez les marchands qui les vendent.
On désigne les petites cartes en les appellant cartes à joüer ; & le gros carton plus roide & moins propre au moulage, qui doit être flexible, s'appelle carte-lisse.
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| CARTEL | S. m. (Hist. mod.) lettre de défi, ou appel à un combat singulier, qui étoit fort en usage lorsqu'on décidoit des différends par les armes, & uniquement par elles, ainsi que certains procès. Voyez COMBAT, DUEL, CHAMPION, &c. (G)
CARTEL, (Commerce) mesure de continence pour les grains, & qui est en usage à Rocroi, à Mezieres & autres lieux où elle varie pour la grandeur & pour le poids.
Le cartel de froment pese à Rocroi trente-cinq livres poids de marc, celui de méteil trente-quatre, & celui de seigle trente-trois.
A Mezieres le cartel de froment pese trente livres, de méteil vingt-huit, de seigle vingt-six livres.
A Sedan le cartel de froment pese trente-neuf livres, celui de méteil une livre de moins ; le cartel de seigle, trente-sept, & celui d'avoine trente-cinq livres.
A Montdimi le cartel de froment pese quarante-huit livres & demie ; de meteil, quarante-sept ; d'avoine, cinquante livres. Toutes les livres dont nous venons de parler, doivent être prises poids de marc. Dictionnaire du Commerce. (G)
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| CARTELADE | S. f. (Commerce) mesure en longueur dont on se sert dans l'arpentage des terres en plusieurs endroits de la Guienne ; elle est environ de 1080 toises.
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| CARTELLES | S. f. (Commerce de bois) petites planches de l'épaisseur de deux, trois, quatre, cinq pouces, dans lesquelles on débite les bois qui sont à l'usage des Tabletiers, Ebénistes, Armuriers, &c.
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| CARTERON | S. m. (terme de Tisserand) c'est une lame de bois d'un pouce de largeur, plate & d'environ cinq piés de longueur, qui se place derriere les verges. Cette barre passe entre les fils de la chaîne, qui se croisent sur elle, c'est-à-dire, qui passent deux dessus & deux dessous ; son usage est de contenir les fils de la chaîne, & les empêcher de se mêler.
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| CARTÉSIANISME | S. m. Philosophie de Descartes, ainsi appellée du nom latin Cartesius de son auteur. René Descartes naquit le 31 Mars 1596 à la Haye, petite ville de la Touraine, de Joachim Descartes, conseiller au parlement de Bretagne, & de Jeanne Brochard, fille du lieutenant général de Poitiers. On lui donna le surnom de du Perron, petite seigneurie située dans le Poitou, qui entra ensuite dans son partage après la mort de son pere.
La délicatesse de son tempérament, & les infirmités fréquentes qu'il eut à soutenir pendant son enfance, firent appréhender qu'il n'eût le sort de sa mere, qui étoit morte peu de tems après être accouchée de lui : mais il les surmonta, & vit sa santé se fortifier à mesure qu'il avança en âge.
Lorsqu'il eut huit ans, son pere lui trouvant des dispositions heureuses pour l'étude, & une forte passion pour s'instruire, l'envoya au collége de la Fleche. Il s'y appliqua pendant cinq ans & demi aux humanités ; & durant ce tems, il fit de grands progrès dans la connoissance des langues greque & latine, & acquit un goût pour la Poësie, qu'il conserva jusqu'à la fin de sa vie.
Il passa ensuite à la Philosophie, à laquelle il donna toute son attention, mais qui étoit alors dans un état trop imparfait, pour pouvoir lui plaire. Les mathématiques auxquelles il consacra la derniere année de son séjour à la Fleche, le dédommagerent des dégoûts que lui avoient causés la Philosophie. Elles eurent pour lui des charmes inconnus, & il profita avec empressement des moyens qu'on lui fournit, pour s'enfoncer dans cette étude aussi profondément qu'il pouvoit le souhaiter. Le recteur du collége lui avoit permis de demeurer long-tems au lit, tant à cause de la délicatesse de sa santé, que parce qu'il remarquoit en lui un esprit porté naturellement à la méditation. Descartes, qui à son réveil, trouvoit toutes les forces de son esprit recueillies, & tous ses sens rassis par le repos de la nuit, profitoit de ces conjonctures favorables pour méditer. Cette pratique lui tourna tellement en habitude, qu'il s'en fit une maniere d'étudier pour toute sa vie ; & l'on peut dire que c'est aux matinées qu'il passoit dans son lit, que nous sommes redevables de ce que son génie a produit de plus important dans la Philosophie & dans les Mathématiques.
Son pere, qui avoit fait prendre à son aîné le parti de la robe, sembloit destiner le jeune du Perron à celui de la guerre : mais sa grande jeunesse & la foiblesse de son tempérament ne lui permettant pas de l'exposer si-tôt aux travaux de ce métier pénible, il l'envoya à Paris, après qu'il eut fini le cours de ses études.
Le jeune Descartes s'y livra d'abord aux plaisirs, & conçut une passion d'autant plus forte pour le jeu, qu'il y étoit heureux. Mais il s'en desabusa bientôt, tant par les bons avis du P. Mersenne, qu'il avoit connu à la Fleche, que par ses propres réflexions. Il songea alors à se remettre à l'étude, qu'il avoit abandonnée depuis sa sortie du collége, & se retirant pour cet effet de tout commerce oisif, il se logea dans une maison écartée du fauxbourg S. Germain, sans avertir ses amis du lieu de sa retraite. Il y demeura une partie de l'année 1614, & les deux suivantes presque entieres, sans en sortir, & sans voir personne.
Ayant ainsi repris le goût de l'étude, il se livra entierement à celle des Mathématiques, auxquelles il voulut donner ce grand loisir qu'il s'étoit procuré ; & il cultiva particulierement la Géométrie & l'Analyse des anciens, qu'il avoit déjà approfondie dès le collége.
Lorsqu'il se vit âgé de 21 ans, il crut qu'il étoit tems de songer à se mettre dans le service ; il se rendit pour cela en Hollande, afin d'y porter les armes sous le prince Maurice. Quoiqu'il choisit cette école, qui étoit la plus brillante qu'il y eût alors par le grand nombre de héros qui se formerent sous ce grand capitaine, il n'avoit pas dessein de devenir grand guerrier ; il ne vouloit être que spectateur des rôles qui se jouent sur ce grand théatre, & étudier seulement les moeurs des hommes qui y paroissent. Ce fut pour cette raison qu'il ne voulut point d'emploi, & qu'il s'entretint toûjours à ses dépens, quoique pour garder la forme, il eût reçû une fois la paye.
Comme on joüissoit alors de la treve, Descartes passa tout ce tems en garnison à Breda : mais il n'y demeura pas oisif. Un problème qu'il y résolut avec beaucoup de facilité, le fit connoître à Isaac Beeckman, principal du collége de Dordrecht, lequel se trouvoit à Breda, & par son moyen à plusieurs savans du pays.
Il y travailla aussi à plusieurs ouvrages, dont le seul qui y ait été imprimé, est son Traité de la Musique. Il le composa en latin, suivant l'habitude qu'il avoit de concevoir & d'écrire en cette langue. Après avoir fait quelques autres campagnes sous différens généraux, il se dégoûta du métier de la guerre, & y renonça avant la fin de la campagne de 1621.
Il avoit remis à la fin de ses voyages à se déterminer sur le choix d'un état : mais, toutes réflexions faites, il jugea qu'il étoit plus à propos pour lui de ne s'assujettir à aucun emploi, & de demeurer maître de lui-même.
Après beaucoup d'autres voyages qu'il fit dans différens pays, la reine Christine de Suede, à qui il avoit envoyé son Traité des passions, lui fit faire au commencement de l'année 1649, de grandes instances pour l'engager à se rendre à sa cour. Quelque répugnance qu'il se sentit pour ce nouveau voyage, il ne put s'empêcher de se rendre aux desirs de cette princesse, & il partit sur un vaisseau qu'elle lui avoit envoyé. Il arriva à Stockolm au commencement du mois d'Octobre, & alla loger à l'hôtel de M. Chanut, ambassadeur de France, son ami, qui étoit alors absent.
La reine, qu'il alla voir le lendemain, le reçut avec une distinction qui fut remarquée par toute la cour, & qui contribua peut-être à augmenter la jalousie de quelques savans auxquels son arrivée avoit paru redoutable. Elle prit dans une seconde visite des mesures avec lui, pour apprendre sa philosophie de sa propre bouche ; & jugeant qu'elle auroit besoin de tout son esprit & de toute son application pour y réussir, elle choisit la premiere heure d'après son lever pour cette étude, comme le tems le plus tranquille & le plus libre de la journée, où elle avoit l'esprit plus tranquille, & la tête plus dégagée des embarras des affaires.
Descartes s'assujettit à l'aller trouver dans sa bibliotheque tous les matins à cinq heures, sans s'excuser sur le dérangement que cela devoit causer dans sa maniere de vivre, ni sur la rigueur du froid, qui est plus vif en Suede, que par-tout où il avoit vécu jusque-là. La reine en récompense lui accorda la grace qu'il lui avoit fait demander, d'être dispensé de tout le cérémonial de la cour, & de n'y aller qu'aux heures qu'elle lui donneroit pour l'entretenir. Mais avant que de commencer leurs exercices du matin, elle voulut qu'il prit un mois ou six semaines pour se reconnoître, se familiariser avec le génie du pays, & former des liaisons qui pussent le retenir auprès d'elle le reste de ses jours.
Descartes dressa au commencement de l'année 1650 les statuts d'une académie qu'on devoit établir à Stockolm, & il les porta à la reine le premier jour de Février, qui fut le dernier qu'il la vit.
Il sentit à son retour du palais des pressentimens de la maladie qui devoit terminer ses jours ; & il fut attaqué le lendemain d'une fievre continue avec une inflammation de poumon. M. Chanut qui sortoit d'une maladie semblable, voulut le faire traiter comme lui : mais sa tête étoit si embarrassée, qu'on ne put lui faire entendre raison, & qu'il refusa opiniâtrément la saignée, disant, lorsqu'on lui en parloit, Messieurs, épargnez le sang françois. Il consentit cependant à la fin qu'elle se fit : mais il étoit trop tard ; & le mal augmentant sensiblement, il mourut le 11 Février 1650, dans sa cinquante-quatrieme année.
La reine avoit dessein de le faire enterrer auprès des rois de Suede avec une pompe convenable, & de lui dresser un mausolée de marbre : mais M. Chanut obtint d'elle qu'il fût enterré avec plus de simplicité dans le cimetiere de l'hôpital des orphelins, suivant l'usage des Catholiques.
Son corps demeura à Stockolm jusqu'à l'année 1666, qu'il fut enlevé par les soins de M. d'Alibert, thrésorier de France, pour être porté à Paris, où il arriva l'année suivante. Il fut enterré de nouveau en grande pompe le 24 Juin 1667, dans l'église de Ste. Genevieve du mont. Mém. de Littérat. tom. 31.
Quoique Galilée, Toricelli, Pascal & Boyle, soient proprement les peres de la Physique moderne, Descartes, par sa hardiesse & par l'éclat mérité qu'a eu sa Philosophie, est peut-être celui de tous les savans du dernier siecle à qui nous ayons le plus d'obligation. Jusqu'à lui l'étude de la nature demeura comme engourdie par l'usage universel où étoient les écoles de s'en tenir en tout au Péripatétisme. Descartes, plein de génie & de pénétration, sentit le vuide de l'ancienne philosophie ; il la représenta au public sous ses vraies couleurs, & jetta un ridicule si marqué sur les prétendues connoissances qu'elle promettoit, qu'il disposa tous les esprits à chercher une meilleure route. Il s'offrit lui-même à servir de guide aux autres ; & comme il employoit une méthode dont chacun se sentoit capable, la curiosité se réveilla par-tout. C'est le premier bien que produisit la philosophie de Descartes : le goût s'en répandit bien-tôt par-tout : on s'en faisoit honneur à la cour & à l'armée. Les nations voisines parurent envier à la France les progrès du Cartésianisme, à-peu-près comme les succès des Espagnols aux deux Indes mirent tous les Européens dans le goût des nouveaux établissemens. La Physique françoise, en excitant une émulation universelle, donna lieu à d'autres entreprises, peut-être à de meilleures découvertes. Le Newtonianisme même en est le fruit.
Nous ne parlerons point ici de la Géométrie de Descartes ; personne n'en conteste l'excellence, ni l'heureuse application qu'il en a faite à l'Optique : & il lui est plus glorieux d'avoir surpassé en ce genre le travail de tous les siecles précédens, qu'il ne l'est aux modernes d'aller plus loin que Descartes. Voyez ALGEBRE. Nous allons donner les principes de sa Philosophie, répandus dans le grand nombre d'ouvrages qu'il a mis au jour : commençons par sa méthode.
Discours sur la méthode. Descartes étant en Allemagne, & se trouvant fort desœuvré dans l'inaction d'un quartier d'hyver, s'occupa plusieurs mois de suite à faire l'examen des connoissances qu'il avoit acquises soit dans ses études, soit dans ses voyages, & par ses réflexions, comme par les secours d'autrui, il y trouva tant d'obscurité & d'incertitude, que la pensée lui vint de renverser ce mauvais édifice, & de rebâtir le tout de nouveau, en mettant plus d'ordre & de liaison dans ses connoissances.
1. Il commença par mettre à part les vérités révélées ; parce qu'il pensoit, disoit-il, que pour entreprendre de les examiner & y réussir, il étoit besoin d'avoir quelqu'extraordinaire assistance du ciel, & d'être plus qu'homme.
2. Il prit donc pour premiere maxime de conduite, d'obéir aux lois & aux coûtumes de son pays, retenant constamment la religion dans laquelle Dieu lui avoit fait la grace d'être instruit dès l'enfance, & se gouvernant en toute autre chose selon les opinions les plus modérées.
3. Il crut qu'il étoit de la prudence de se prescrire par provision cette regle, parce que la recherche successive des vérités qu'il vouloit savoir, pouvoit être très-longue ; & que les actions de la vie ne souffrant aucun délai, il falloit se faire un plan de conduite ; ce qui lui fit joindre une seconde maxime à la précédente, qui étoit d'être le plus ferme & le plus résolu en ses actions qu'il le pourroit, & de ne pas suivre moins constamment les opinions les plus douteuses lorsqu'il s'y seroit une fois déterminé, que si elles eussent été très-assûrées. Sa troisieme maxime fut de tâcher toûjours plûtôt de se vaincre que la fortune, & de changer plûtôt ses desirs que l'ordre du monde. Réfléchissant enfin sur les diverses occupations des hommes, pour faire choix de la meilleure, il crut ne pouvoir rien faire de mieux, que d'employer sa vie à cultiver sa raison par la méthode que nous allons exposer.
4. Descartes s'étant assûré de ces maximes, & les ayant mises à part, avec les vérités de foi qui ont toûjours été les premieres en sa créance, jugea que pour tout le reste de ses opinions, il pouvoit librement entreprendre de s'en défaire.
" A cause, dit-il, que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu'il n'y avoit aucune chose qui fût telle qu'ils nous la font imaginer ; & parce qu'il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matieres de Géométrie, & y font des parallogismes, jugeant que j'étois sujet à faillir autant qu'un autre, je rejettai comme fausses toutes les raisons que j'avois prises auparavant pour des démonstrations : & enfin considérant que toutes les mêmes pensées que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu'il y en ait aucune pour lors qui soit vraie, je résolus de feindre que toutes les choses qui m'étoient jamais entrées dans l'esprit, n'étoient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais aussi-tôt après je pris garde que pendant que je voulois ainsi penser que tout étoit faux, il falloit nécessairement que moi qui le pensois, fusse quelque chose : & remarquant que cette vérité, je pense, donc je suis, étoit si ferme & si assûrée, que toutes les plus extravagantes suppositions des Sceptiques n'étoient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvois la recevoir sans scrupule pour le premier principe de la Philosophie que je cherchois.
Puis examinant avec attention ce que j'étois, & voyant que je pouvois feindre que je n'avois aucun corps, & qu'il n'y avoit aucun monde, ni aucun lieu où je fusse ; mais que je ne pouvois pas feindre pour cela que je n'étois point, & qu'au contraire de cela même, que je pensois à douter de la vérité des autres choses, il suivoit très-évidemment & très-certainement que j'étois ; au lieu que si j'eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de ce que j'avois jamais imaginé eût été vrai, je n'avois aucune raison de croire que j'eusse été : je connus de-là que j'étois une substance, dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, & qui pour être n'a besoin d'aucun lieu, ni ne dépend d'aucune chose matérielle, ensorte que ce moi, c'est-à-dire l'ame par laquelle je suis ce que je suis, est entierement distincte du corps, & même qu'elle est plus aisée à connoître que lui, & qu'encore qu'il ne fût point, elle ne laisseroit pas d'être tout ce qu'elle est.
Après cela je considérai en général ce qui est requis à une proposition pour être vraie & certaine : car puisque je venois d'en trouver une que je savois être telle, je pensai que je devois aussi savoir en quoi consiste cette certitude ; & ayant remarqué qu'il n'y a rien du tout en ceci, je pense, donc je suis, qui m'assûre que je dis la vérité, sinon que je vois très-clairement que pour penser il faut être, je jugeai que je pouvois prendre pour regle générale, que les choses que nous concevons fort clairement & fort distinctement sont toutes vraies. "
5. Descartes s'étend plus au long dans ses méditations, que dans le discours sur la méthode : pour prouver qu'il ne peut penser sans être : & de peur qu'on ne lui conteste ce premier point, il va au-devant de tout ce qu'on pouvoit lui opposer, & trouve toûjours qu'il pense, & que s'il pense, il est, soit qu'il veille, soit qu'il sommeille, soit qu'un esprit supérieur ou une divinité puissante s'applique à le tromper. Il se procure ainsi une premiere certitude ; ne s'en trouvant redevable qu'à la clarté de l'idée qui le touche, il fonde là-dessus cette regle célebre, de tenir pour vrai ce qui est clairement contenu dans l'idée qu'on a d'une chose ; & l'on voit par toute la suite de ses raisonnemens, qu'il sous-entend & ajoûte une autre partie à sa regle, savoir, de ne tenir pour vrai que ce qui est clair.
6. Le premier usage qu'il fait de sa regle, c'est de l'appliquer aux idées qu'il trouve en lui-même. Il remarque qu'il cherche, qu'il doute, qu'il est incertain, d'où il infere qu'il est imparfait. Mais il sait en même tems qu'il est plus beau de savoir, d'être sans foiblesse, d'être parfait. Cette idée d'un être parfait lui paroît ensuite avoir une réalité qu'il ne peut tirer du fonds de son imperfection : & il trouve cela si clair, qu'il en conclut qu'il y a un être souverainement parfait, qu'il appelle Dieu, de qui seul il a pû recevoir une telle idée. Voyez COSMOLOGIE.
7. Il se fortifie dans cette découverte en considérant que l'existence étant une perfection, est renfermée dans l'idée d'un être souverainement parfait. Il se croit donc aussi autorisé par sa regle à affirmer que Dieu existe, qu'à prononcer que lui Descartes existe puisqu'il pense.
8. Il continue de cette sorte à réunir par plusieurs conséquences immédiates, une premiere suite de connoissances qu'il croit parfaitement évidentes, sur la nature de l'ame, sur celle de Dieu, & sur la nature du corps.
Il fait une remarque importante sur sa méthode, savoir que " ces longues chaînes de raisons toutes simples & faciles, dont les Géometres ont coûtume de se servir pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations, lui avoient donné occasion de s'imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connoissance des hommes, s'entresuivent en même façon ; & que pourvû seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit, & qu'on garde toûjours l'ordre qu'il faut pour les déduire les unes des autres, il n'y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu'on ne découvre ".
10. C'est dans cette espérance que notre illustre philosophe commença ensuite à faire la liaison de ses premieres découvertes avec trois ou quatre regles de mouvement ou de méchanique, qu'il crut voir clairement dans la nature, & qui lui parurent suffisantes pour rendre raison de tout, ou pour former une chaîne de connoissances, qui embrassât l'univers & ses parties, sans y rien excepter.
" Je me résolus, dit-il, de laisser tout ce monde-ci aux disputes des Philosophes, & de parler seulement de ce qui arriveroit dans un nouveau monde, si Dieu créoit maintenant quelque part dans les espaces imaginaires assez de matiere pour le composer, & qu'il agitât diversement & sans ordre les diverses parties de cette matiere, ensorte qu'il en composât un cahos aussi confus que les Poëtes en puissent feindre, & que par-après il ne fit que prêter son concours ordinaire à la nature, & la laisser agir selon les lois qu'il a établies.
De plus je fis voir quelles étoient les lois de la nature.... Après cela je montrai comment la plus grande partie de la matiere de ce cahos devoit, ensuite de ces lois, se disposer & s'arranger d'une certaine façon qui la rendoit toute semblable à nos cieux ; comment cependant quelques-unes de ces parties devoient composer une terre ; & quelques-unes, des planetes & des cometes ; & quelques-autres, un soleil & des étoiles fixes.... De-là je vins à parler particulierement de la terre ; comment les montagnes, les mers, les fontaines & les rivieres pouvoient naturellement s'y former, & les métaux y venir dans les mines ; & les plantes y croître dans les campagnes ; & généralement tous les corps qu'on nomme mêlés ou composés, s'y engendrer.... On peut croire, sans faire tort au miracle de la création, que par les seules lois de la méchanique établies dans la nature, toutes les choses qui sont purement matérielles, auroient pû s'y rendre telles que nous les voyons à présent.
De la description de cette génération des corps animés & des plantes, je passai à celle des animaux, & particulierement à celle des hommes ".
11. Descartes finit son discours sur la méthode, en nous montrant les fruits de la sienne. " J'ai cru, dit-il, après avoir remarqué jusqu'où ces notions générales, touchant la Physique, peuvent conduire, que je ne pouvois les tenir cachées, sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer, autant qu'il est en nous, le bien général de tous les hommes. Car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connoissances qui sont fort utiles à la vie, & qu'au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle connoissant la force & les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des lieux, & de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connoissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, & ainsi nous rendre maîtres & possesseurs de la nature ".
Descartes se félicite en dernier lieu des avantages qui reviendra de sa Physique générale à la Medecine & à la santé. Le but de ses connoissances est, de se pouvoir exempter d'une infinité de maladies, & même aussi peut-être de l'affoiblissement de la vieillesse.
Telle est la méthode de Descartes. Telles sont ses promesses ou ses espérances. Elles sont grandes sans doute : & pour sentir au juste ce qu'elles peuvent valoir, il est bon d'avertir le lecteur qu'il ne doit point se prévenir contre ce renoncement à toute connoissance sensible, par lequel ce philosophe débute. On est d'abord tenté de rire en le voyant hésiter à croire qu'il n'y ait ni monde, ni lieu, ni aucun corps autour de lui : mais c'est un doute métaphysique, qui n'a rien de ridicule ni de dangereux ; & pour en juger sérieusement, il est bon de se rappeller les circonstances où Descartes se trouvoit. Il étoit né avec un grand génie ; & il regnoit alors dans les écoles un galimathias d'entités, de formes substancielles, & de qualités attractives, répulsives, retentrices, concoctrices, expultrices, & autres non moins ridicules ni moins obscures, dont ce grand homme étoit extrèmement rebuté. Il avoit pris goût de bonne heure à la méthode des Géometres, qui d'une vérité incontestable, ou d'un point accordé, conduisent l'esprit à quelqu'autre vérité inconnue ; puis de celle-là à une autre, en observant toûjours ainsi ; ce qui procure cette conviction d'où naît une satisfaction parfaite. La pensée lui vint d'introduire la même méthode dans l'étude de la nature ; & il crut en partant de quelques vérités simples, pouvoir parvenir aux plus cachées, & enseigner la Physique ou la formation de tous les corps, comme on enseigne la Géometrie.
Nous reconnoîtrions facilement nos défauts, si nous pouvions remarquer que les plus grands hommes en ont eu de semblables. Les Philosophes auroient suppléé à l'impuissance où nous sommes pour la plûpart, de nous étudier nous-mêmes, s'ils nous avoient laissé l'histoire des progrès de leur esprit. Descartes l'a fait, & c'est un des grands avantages de sa méthode. Au lieu d'attaquer directement les scholastiques, il représente le tems où il étoit dans les mêmes préjugés : il ne cache point les obstacles qu'il a eus à surmonter pour s'en défaire ; il donne les regles d'une méthode beaucoup plus simple qu'aucune de celles qui avoient été en usage jusqu'à lui, laisse entrevoir les découvertes qu'il croit avoir faites, & prépare par cette adresse les esprits à recevoir les nouvelles opinions qu'il se proposoit d'établir. Il y a apparence que cette conduite a eu beaucoup de part à la révolution dont ce philosophe est l'auteur.
La méthode des Géometres est bonne, mais a-t-elle autant d'étendue que Descartes lui en donnoit ? Il n'y a nulle apparence. Si l'on peut procéder géométriquement en Physique, c'est seulement dans telle ou telle partie, & sans espérance de lier le tout. Il n'en est pas de la nature comme des mesures & des rapports de grandeur. Sur ces rapports Dieu a donné à l'homme une intelligence capable d'aller fort loin, parce qu'il vouloit le mettre en état de faire une maison, une voûte, une digue, & mille autres ouvrages où il auroit besoin de nombrer & de mesurer. En formant un ouvrier, Dieu a mis en lui les principes propres à diriger ses opérations : mais destinant l'homme à faire usage du monde, & non à le construire, il s'est contenté de lui en faire connoître sensiblement & expérimentalement les qualités usuelles ; il n'a pas jugé à-propos de lui accorder la vûe claire de cette machine immense.
Il y a encore un défaut dans la méthode de Descartes : selon lui il faut commencer par définir les choses, & regarder les définitions comme des principes propres à en faire découvrir les propriétés. Il paroît au contraire qu'il faut commencer par chercher les propriétés ; car si les notions que nous sommes capables d'acquérir, ne sont, comme il paroît évident, que différentes collections d'idées simples que l'expérience nous a fait rassembler sous certains noms, il est bien plus naturel de les former, en cherchant les idées dans le même ordre que l'expérience les donne, que de commencer par les définitions, pour en déduire en suite les différentes propriétés des choses. Descartes méprisoit la science qui s'acquiert par les sens ; & s'étant accoûtumé à se renfermer tout entier dans des idées intellectuelles, qui pour avoir entr'elles quelque suite, n'avoient pas en effet plus de réalité, il alla avec beaucoup d'esprit de méprise en méprise. Avec une matiere prétendue homogene, mise & entretenue en mouvement, selon deux ou trois regles de la méchanique, il entreprit d'expliquer la formation de l'univers. Il entreprit en particulier de montrer avec une parfaite évidence, comment quelques parcelles de chyle ou de sang, tirées d'une nourriture commune, doivent former juste & précisément le tissu, l'entrelacement, & la correspondance des vaisseaux du corps d'un homme, plûtôt que d'un tigre ou d'un poisson. Enfin il se vantoit d'avoir découvert un chemin qui lui sembloit tel, qu'on devoit infailliblement trouver la science de la vraie Medecine en le suivant. Voyez AXIOME.
On peut juger de la nature de ses connoissances à cet égard par les traits suivans. Il prit pour un rhûmatisme la pleurésie dont il est mort, & crut se délivrer de la fievre en buvant un demi-verre d'eau-de-vie : parce qu'il n'avoit pas eu besoin de la saignée dans l'espace de 40 ans, il s'opiniâtra à refuser ce secours qui étoit le plus spécifique pour son mal : il y consentit trop tard, lorsque son délire fut calmé & dissipé. Mais alors, dans le plein usage de sa raison, il voulut qu'on lui infusât du tabac dans du vin pour le prendre intérieurement ; ce qui détermina son medecin à l'abandonner. Le neuvieme jour de sa fievre, qui fut l'avant-dernier de sa vie, il demanda de sang froid des panais, & les mangea par précaution, de crainte que ses boyaux ne se retrécissent, s'il continuoit à ne prendre que des bouillons. On voit ici la distance qu'il y a du Géometre au Physicien. Hist. du Ciel, tome II.
Quoique M. Descartes se fût appliqué à l'étude de la Morale, autant qu'à aucune autre partie de la Philosophie, nous n'avons cependant de lui aucun traité complet sur cette matiere. On en voit les raisons dans une lettre qu'il écrivit à M. Chanut. " Messieurs les régens de collége (disoit-il à son ami) sont si animés contre moi à cause des innocens principes de Physique qu'ils ont vûs, & tellement en colere de ce qu'ils n'y trouvent aucun prétexte pour me calomnier, que si je traitois après cela de la Morale, ils ne me laisseroient aucun repos ; car, puisqu'un pere Jésuite a crû avoir assez de sujet pour m'accuser d'être sceptique, de ce que j'ai réfuté les sceptiques ; & qu'un ministre a entrepris de persuader que j'étois athée, sans en alléguer d'autres raisons, sinon que j'ai tâché de prouver l'existence de Dieu : que ne diroient-ils point, si j'entreprenois d'examiner quelle est la juste valeur de toutes les choses qu'on peut desirer ou craindre ; quel sera l'état de l'ame après la mort ; jusqu'où nous devons aimer la vie, & quels nous devons être pour n'avoir aucun sujet d'en craindre la perte ! J'aurois beau n'avoir que les opinions les plus conformes à la religion, & les plus utiles au bien de l'état, ils ne laisseroient pas de me vouloir faire croire que j'en aurois de contraires à l'un & à l'autre. Ainsi je pense que le mieux que je puisse faire dorénavant, sera de m'abstenir de faire des livres : & ayant pris pour ma devise, illi mors gravis incubat, qui notus nimis omnibus, ignotus moritur sibi, de n'étudier plus que pour m'instruire, & ne communiquer mes pensées qu'à ceux avec qui je pourrai converser en particulier ".
On voit par-là qu'il n'étudioit la Morale que pour sa conduite particuliere ; & c'est peut-être aux effets de cette étude qu'on pourroit rapporter les desirs qu'on trouve dans la plûpart de ses lettres, de consacrer toute sa vie à la science de bien vivre avec Dieu & avec son prochain, en renonçant à toute autre connoissance ; au moins avoit-il appris dans cette étude à considérer les écrits des anciens payens comme des palais superbes, qui ne sont bâtis que sur du sable. Il remarqua dès-lors, que ces anciens dans leur morale, élevent fort haut les vertus, & les font paroître estimables au-dessus de tout ce qu'il y a dans le monde ; mais qu'ils n'enseignent pas assez à les connoître, & que ce qu'ils appellent d'un si beau nom, n'est souvent qu'insensibilité, orgueil, & desespoir. Ce fut aussi à cette étude qu'il fut redevable des quatre maximes que nous avons rapportées dans l'analyse que nous avons donnée de sa méthode, & sur lesquelles il voulut regler sa conduite : il n'étoit esclave d'aucune des passions qui rendent les hommes vicieux. Il étoit parfaitement guéri de l'inclination qu'on lui avoit autrefois inspirée pour le jeu & de l'indifférence pour la perte de son tems. Quant à ce qui regarde la religion, il conserva toûjours ce fonds de piété que ses maîtres lui avoient inspirée à la Fleche. Il avoit compris de bonne heure que tout ce qui est l'objet de la foi, ne sauroit l'être de la raison : il disoit qu'il seroit tranquille, tant qu'il auroit Rome & la Sorbonne de son côté.
L'irrésolution où il fut assez long-tems touchant les vûes générales de son état, ne tomboit point sur ses actions particulieres ; il vivoit & agissoit indépendamment de l'incertitude qu'il trouvoit dans les jugemens qu'il faisoit sur les Sciences. Il s'étoit fait une morale simple, selon les maximes de laquelle il prétendoit embrasser les opinions les plus modérées, le plus communément reçûes dans la pratique, se faisant toûjours assez de justice, pour ne pas préférer ses opinions particulieres à celles des personnes qu'il jugeoit plus sages que lui. Il apportoit deux raisons qui l'obligeoient à ne choisir que les plus modérées d'entre plusieurs opinions également reçûes. " La premiere, que ce sont toûjours les plus commodes pour la pratique, & vraisemblablement les meilleures, toutes les extrémités dans les actions morales étant ordinairement vicieuses ; la seconde, que ce seroit se détourner moins du vrai chemin, au cas qu'il vint à s'égarer ; & qu'ainsi, il ne seroit jamais obligé de passer d'une extrémité à l'autre ". Disc. sur la Méth. Il paroissoit dans toutes les occasions si jaloux de sa liberté, qu'il ne pouvoit dissimuler l'éloignement qu'il avoit pour tous les engagemens qui sont capables de nous priver de notre indifférence dans nos actions. Ce n'est pas qu'il prétendit trouver à redire aux lois, qui, pour remédier à l'inconstance des esprits foibles, ou pour établir des sûretés dans le commerce de la vie, permettent qu'on fasse des voeux ou des contrats, qui obligent ceux qui les font à persévérer dans leur entreprise : mais ne voyant rien au monde qui demeurât toûjours dans le même état, & se promettant de perfectionner son jugement de plus en plus, il auroit crû offenser le bon sens, s'il se fût obligé à prendre une chose pour bonne, lorsqu'elle auroit cessé de l'être ; ou de lui paroître telle, sous prétexte qu'il l'auroit trouvée bonne dans un autre tems.
A l'égard des actions de sa vie, qu'il ne croyoit point pouvoir souffrir de délai ; lorsqu'il n'étoit point en état de discerner les opinions les plus véritables, il s'attachoit toûjours aux plus probables. S'il arrivoit qu'il ne trouvât pas plus de probabilité dans les unes que dans les autres, il ne laissoit pas de se déterminer à quelques-unes, & de les considérer ensuite, non plus comme douteuses par rapport à la pratique, mais comme très-vraies & très-certaines, parce qu'il croyoit que la raison qui l'y avoit fait déterminer se trouvoit telle : par ce moyen, il vint à bout de prévenir le repentir & les remords qui ont coûtume d'agir sur les esprits foibles & chancelans, qui se portent trop legerement à entreprendre, comme bonnes, les choses qu'ils jugent ensuite être mauvaises.
Il s'étoit fortement persuadé qu'il n'y a rien dont nous puissions disposer absolument, hormis nos pensées & nos desirs ; desorte qu'après avoir fait tout ce qui pouvoit dépendre de lui pour les choses de dehors, il regardoit comme absolument impossible à son égard, ce qui lui paroissoit difficile ; c'est ce qui le fit résoudre à ne desirer que ce qu'il croyoit pouvoir acquérir. Il crut que le moyen de vivre content, étoit de regarder tous les biens qui sont hors de nous, comme également éloignés de notre pouvoir. Il dut sans-doute avoir besoin de beaucoup d'exercice, & d'une méditation souvent réitérée, pour s'accoûtumer à regarder tout sous ce point de vûe ; mais étant venu à bout de mettre son esprit dans cette situation, il se trouva tout préparé à souffrir tranquillement les maladies & les disgraces de la fortune par lesquelles il plairoit à Dieu de l'exercer. Il croyoit que c'étoit principalement dans ce point, que consistoit le secret des anciens philosophes, qui avoient pû autrefois se soustraire à l'empire de la fortune, & malgré les douleurs & la pauvreté, disputer de la félicité avec leurs Dieux, Discours sur la Méthode, pag. 27. 29.
Avec ces dispositions intérieures, il vivoit en apparence de la même maniere que ceux qui, étant libres de tout emploi, ne songent qu'à passer une vie douce & irreprochable aux yeux des hommes qui s'étudient à séparer les plaisirs des vices, & qui, pour joüir de leur loisir sans s'ennuyer, ont recours de tems en tems à des divertissemens honnêtes. Ainsi, sa conduite n'ayant rien de singulier qui fût capable de frapper les yeux ou l'imagination des autres, personne ne mettoit obstacle à la continuation de ses desseins, & il s'appliquoit sans relâche à la recherche de la vérité.
Quoique M. Descartes eût résolu, comme nous venons de le dire, de ne rien écrire sur la Morale, il ne put refuser cette satisfaction à la princesse Elisabeth ; il n'imagina rien de plus propre à consoler cette princesse philosophe dans ses disgraces, que le livre de Séneque, touchant la vie heureuse, sur lequel il fit des observations, tant pour lui en faire remarquer les fautes, que pour lui faire porter ses pensées au-delà même de celles de cet auteur. Voyant augmenter de jour en jour la malignité de la fortune, qui commençoit à persécuter cette princesse, il s'attacha à l'entretenir dans ses lettres, des moyens que la Philosophie pouvoit lui fournir pour être heureuse & contente dans cette vie ; & il avoit entrepris de lui persuader, que nous ne saurions trouver que dans nous-mêmes cette félicité naturelle, que les ames vulgaires attendent en vain de la fortune, tom. I. des Lett. Lorsqu'il choisit le livre de Séneque de la vie heureuse, " il eut seulement égard à la réputation de l'auteur, & à la dignité de la matiere, sans songer à la maniere dont il l'avoit traitée " : mais l'ayant examinée depuis, il ne la trouva point assez exacte pour mériter d'être suivie. Pour donner lieu à la princesse d'en pouvoir juger plus aisément, il lui expliqua d'abord de quelle sorte il croyoit que cette matiere eût dû être traitée par un philosophe tel que Séneque, qui n'avoit que la raison naturelle pour guide ; ensuite il lui fit voir " comment Séneque eût dû nous enseigner toutes les principales vérités, dont la connoissance est requise pour faciliter l'usage de la vertu, pour regler nos desirs & nos passions, & joüir ainsi de la béatitude naturelle ; ce qui auroit rendu son livre le meilleur & le plus utile qu'un philosophe payen eût sû écrire ". Après avoir marqué ce qu'il lui sembloit que Séneque eût dû traiter dans son livre, il examina dans une seconde lettre à la princesse ce qu'il y traite, avec une netteté & une force d'esprit qui nous fait regretter que M. Descartes n'ait pas entrepris de rectifier ainsi les pensées de tous les anciens. Les réflexions judicieuses que la princesse fit de son côté sur le livre de Séneque, porterent M. Descartes à traiter dans les lettres suivantes, des autres questions les plus importantes de la morale, touchant le souverain bien, la liberté de l'homme, l'état de l'ame, l'usage de la raison, l'usage des passions, les actions vertueuses & vicieuses, l'usage des biens & des maux de la vie. Ce commerce de philosophie morale fut continué par la princesse, depuis son retour des eaux de Spa, où il avoit commencé, avec une ardeur toûjours égale au milieu des malheurs dont sa vie fut traversée ; & rien ne fut capable de le rompre, que la mort de M. Descartes.
En 1641 parut en latin un des plus célebres ouvrages de notre philosophe, & celui qu'il paroît avoir toujours chéri le plus, ce furent ses méditations touchant la premiere Philosophie, où l'on démontre l'existence de Dieu & l'immortalité de l'ame. Mais on sera peut-être surpris d'apprendre que c'est à la conscience de Descartes que le public fut redevable de ce présent. Si l'on avoit eu affaire à un philosophe moins zélé pour le vrai, & si cette passion si loüable & si rare n'avoit détruit les raisons qu'il prétendoit avoir de ne plus jamais imprimer aucun de ses écrits, c'étoit fait de ses méditations, aussi bien que de son monde, de son cours philosophique, de sa réfutation de la scholastique, & de divers autres ouvrages qui n'ont pas vû le jour, excepté les principes, qui avoient été nommément compris dans la condamnation qu'il en avoit faite. Cette distinction étoit bien dûe à ses méditations métaphysiques. Il les avoit composées dans sa retraite en Hollande. Depuis ce tems-là, il les avoit laissées dans son cabinet comme un ouvrage imparfait, dans lequel il n'avoit songé qu'à se satisfaire. Mais ayant considéré en suite la difficulté que plusieurs personnes auroient dû comprendre le peu qu'il avoit mis de métaphysique dans la quatrieme partie de son discours sur la méthode, il voulut revoir son ouvrage, afin de le mettre en état d'être utile au public, en donnant des éclaircissemens à cet endroit de sa méthode, auquel cet ouvrage pourroit servir de commentaire. Il comparoit ce qu'il avoit fait en cette matiere aux démonstrations d'Apollonius, dans lesquelles il n'y a véritablement rien qui ne soit très-clair & très-certain, lorsqu'on considere chaque point à part. Mais parce qu'elles sont un peu longues, & qu'on ne peut y voir la nécessité de la conclusion, si l'on ne se souvient exactement de tout ce qui la précede, à peine peut-on trouver un homme dans toute une ville, dans toute une province, qui soit capable de les entendre. De même, M. Descartes croyoit avoir entierement démontré l'existence de Dieu & l'immatérialité de l'ame humaine. Mais parce que cela dépendoit de plusieurs raisonnemens qui s'entre-suivoient, & que si on en oublioit la moindre circonstance il n'étoit pas aisé de bien entendre la conclusion, il prévoyoit que son travail auroit peu de fruit, à moins qu'il ne tombât heureusement entre les mains de quelques personnes intelligentes, qui prissent la peine d'examiner sérieusement ses raisons ; & qui disant sincerement ce qu'elles en penseroient, donnassent le ton aux autres pour en juger comme eux, ou du moins pour n'oser les contredire sans raison.
Le pere Mersenne ayant reçû l'ouvrage attendu depuis tant de tems, voulut satisfaire l'attente de ceux auxquels il l'avoit promis, par l'activité & l'industrie dont il usa pour le leur communiquer. Il en écrivit peu de tems après à M. Descartes, & il lui promit les objections de divers théologiens & philosophes. M. Descartes en parut d'autant plus surpris, qu'il s'étoit persuadé qu'il falloit plus de tems pour remarquer exactement tout ce qui étoit dans son traité, & tout ce qui y manquoit d'essentiel. Le P. Mersenne, pour lui faire voir qu'il n'y avoit ni précipitation, ni négligence dans l'examen qu'il en faisoit faire, lui manda qu'on avoit déjà remarqué que dans un traité qu'on croyoit fait exprès pour prouver l'immortalité de l'ame, il n'avoit pas dit un mot de cette immortalité. M. Descartes lui répondit sur le champ qu'on ne devoit pas s'en étonner ; qu'il ne pouvoit pas démontrer que Dieu ne puisse anéantir l'ame de l'homme, mais seulement qu'elle est d'une nature entierement distincte de celle du corps, & par conséquent qu'elle n'est point sujette à mourir avec lui ; que c'étoit-là tout ce qu'il croyoit être requis pour établir la religion, & que c'étoit aussi tout ce qu'il s'étoit proposé de prouver. Pour détromper ceux qui pensoient autrement, il fit changer le titre du second chapitre, ou de la seconde méditation, qui portoit de mente humanâ en général ; au lieu de quoi il fit mettre, de naturâ mentis humanæ, quod ipsa sit notior quam corpus, afin qu'on ne crût pas qu'il eût voulu y démontrer son immortalité.
Huit jours après, M. Descartes envoya au P. Mersenne un abregé des principaux points qui touchoient Dieu & l'ame, pour servir d'argument à tout l'ouvrage. Il lui permit de le faire imprimer par forme de sommaire à la tête du traité, afin que ceux qui aimoient à trouver en un même lieu tout ce qu'ils cherchoient, pussent voir en raccourci tout ce que contenoit l'ouvrage, qu'il crut devoir partager en six méditations.
Dans la premiere, il propose les raisons pour lesquelles nous pouvons douter généralement de toutes choses, & particulierement des choses matérielles, jusqu'à ce que nous ayons établi de meilleurs fondemens dans les Sciences, que ceux que nous avons eus jusqu'à-présent. Il fait voir que l'utilité de ce doute général consiste à nous délivrer de toutes sortes de préjugés ; à détacher notre esprit des sens, & à faire que nous ne puissions plus douter des choses que nous reconnoîtrons être très-véritables.
Dans la seconde, il fait voir que l'esprit usant de sa propre liberté pour supposer que les choses de l'existence desquelles il a le moindre doute, n'existent pas en effet, reconnoît qu'il est impossible que cependant il n'existe pas lui-même : ce qui sert à lui faire distinguer les choses qui lui appartiennent d'avec celles qui appartiennent au corps. Il semble que c'étoit le lieu de prouver l'immortalité de l'ame. Mais il manda au P. Mersenne qu'il s'étoit contenté dans cette seconde méditation de faire concevoir l'ame sans le corps, sans entreprendre encore de prouver qu'elle est réellement distincte du corps ; parce qu'il n'avoit pas encore mis dans ce lieu-là les prémisses, dont on peut tirer cette conclusion, que l'on ne trouveroit que dans la sixieme méditation. C'est ainsi que ce philosophe tâchant de ne rien avancer dans tout son traité dont il ne crût avoir des démonstrations exactes, se croyoit obligé de suivre l'ordre des Géometres, qui est de produire premierement tous les principes d'où dépend la proposition que l'on cherche, avant que de rien conclure. La premiere & la principale chose qui est requise selon lui pour bien connoître l'immortalité de l'ame, est d'en avoir une idée ou conception très-claire & très-nette, qui soit parfaitement distincte de toutes les conceptions qu'on peut avoir du corps. Il faut savoir outre cela que tout ce que nous concevons clairement & distinctement est vrai de la même maniere que nous le concevons ; c'est ce qu'il a été obligé de remettre à la quatrieme méditation. Il faut de plus avoir une conception distincte de la nature corporelle ; c'est ce qui se trouve en partie dans la seconde, & en partie dans les cinquieme & sixieme méditations. L'on doit conclure de tout cela, que les choses que l'on conçoit clairement & distinctement comme des substances diverses, telles que sont l'esprit & le corps, sont des substances réellement distinctes les unes des autres. C'est ce qu'il conclut dans la sixieme méditation. Revenons à l'ordre des méditations & de ce qu'elles contiennent.
Dans la troisieme, il développe assez au long le principal argument par lequel il prouve l'existence de Dieu. Mais n'ayant pas jugé à propos d'y employer aucune comparaison tirée des choses corporelles, afin d'éloigner autant qu'il pourroit l'esprit du lecteur de l'usage & du commerce des sens, il n'avoit pû éviter certaines obscurités, auxquelles il avoit déjà remédié dans ses réponses aux premieres objections qu'on lui avoit faites dans les Pays-Bas, & qu'il avoit envoyées au P. Mersenne pour être imprimées à Paris avec son traité.
Dans la quatrieme, il prouve que toutes les choses que nous concevons fort clairement & fort distinctement sont toutes vraies. Il y explique aussi en quoi consiste la nature de l'erreur ou de la fausseté. Par-là il n'entend point le péché ou l'erreur qui se commet dans la poursuite du bien & du mal, mais seulement l'erreur qui se trouve dans le jugement & le discernement du vrai & du faux.
Dans la cinquieme, il explique la nature corporelle en général. Il y démontre encore l'existence de Dieu par une nouvelle raison. Il y fait voir comment il est vrai que la certitude même des démonstrations géométriques dépend de la connoissance de Dieu.
Dans la sixieme, il distingue l'action de l'entendement d'avec celle de l'imagination, & donne les marques de cette distinction. Il y prouve que l'ame de l'homme est réellement distincte du corps. Il y expose toutes les erreurs qui viennent des sens, avec les moyens de les éviter. Enfin il y apporte toutes les raisons desquelles on peut conclure l'existence des choses matérielles. Ce n'est pas qu'il les jugeât fort utiles pour prouver qu'il y a un monde, que les hommes ont des corps, & autres choses semblables qui n'ont jamais été mises en doute par aucun homme de bon sens ; mais parce qu'en les considérant de près, on vient à connoître qu'elles ne sont pas si évidentes que celles qui nous conduisent à la connoissance de Dieu & de notre ame.
Voilà l'abregé des méditations de Descartes, qui sont de tous ses ouvrages celui qu'il a toûjours le plus estimé. Tantôt il remercioit Dieu de son travail, croyant avoir trouvé comment on peut démontrer les vérités métaphysiques : tantôt il se laissoit aller au plaisir de faire connoître aux autres l'opinion avantageuse qu'il en avoit conçûe. " Assûrez-vous, écrivoit-il au P. Mersenne, qu'il n'y a rien dans ma métaphysique que ne je croie être, ou très-connu par la lumiere naturelle, ou démontré évidemment, & que je me fais fort de le faire entendre à ceux qui voudront & pourront y méditer, &c. " En effet, on peut dire que ce livre renferme tout le fonds de sa doctrine, & que c'est une pratique très-exacte de sa méthode. Il avoit coûtume de le vanter à ses amis intimes, comme contenant des vérités importantes, qui n'avoient jamais été bien examinées avant lui, & qui ne donnoient point l'ouverture à la vraie Philosophie, dont le point principal consiste à nous convaincre de la différence qui se trouve entre l'esprit & le corps. C'est ce qu'il a prétendu faire dans ces méditations par une analyse, qui ne nous apprend pas seulement cette différence mais qui nous découvre en même tems le chemin qu'il a suivi pour la découvrir. Voyez ANALYSE.
Descartes, dans son traité de la lumiere, transporte son lecteur au-delà du monde dans les espaces imaginaires ; & là il suppose que pour donner aux philosophes l'intelligence de la structure du monde, Dieu veut bien leur accorder le spectacle d'une création. Il fabrique pour cela une multitude de parcelles de matieres également dures, cubiques, ou triangulaires, ou simplement irrégulieres & raboteuses, ou même de toutes figures, mais étroitement appliquées l'une contre l'autre, face contre face, & si bien entassées, qu'il ne s'y trouve pas le moindre interstice. Il soûtient même que Dieu qui les a créées dans les espaces imaginaires, ne peut pas après cela laisser subsister entr'elles le moindre petit espace vuide de corps ; & que l'entreprise de ménager ce vuide, passe le pouvoir du Tout-puissant.
Ensuite Dieu met toutes ces parcelles en mouvement, il les fait tourner la plûpart autour de leur propre centre ; & de plus, il les pousse en ligne directe.
Dieu leur commande de rester chacune dans leur état de figure, masse, vîtesse, ou repos, jusqu'à ce qu'elles soient obligées de changer par la resistance, ou par la fracture.
Il leur commande de partager leurs mouvemens avec celles qu'elles rencontreront, & de recevoir du mouvement des autres. Descartes détaille les regles de ces mouvemens & de ces communications le mieux qu'il lui est possible.
Dieu commande enfin à toutes les parcelles mûes d'un mouvement de progression, de continuer tant qu'elles pourront à se mouvoir en ligne droite.
Cela supposé, Dieu, selon Descartes, conserve ce qu'il a fait, mais il ne fait plus rien. Ce chaos sorti de ses mains, va s'arranger par un effet du mouvement, & devenir un monde semblable au nôtre ; un monde dans lequel, quoique Dieu n'y mette aucun ordre ni proportion, on pourra voir toutes les choses, tant générales que particulieres, qui paroissent dans le vrai monde. Ce sont les propres paroles de l'auteur, & l'on ne sauroit trop y faire attention.
De ces parcelles primordiales inégalement mûes, qui sont la matiere commune de tout, & qui ont une parfaite indifférence à devenir une chose ou une autre, Descartes voit d'abord sortir trois élémens ; & de ces trois élémens, toutes les masses qui subsistent dans le monde. D'abord les carnes, angles, & extrémités des parcelles sont inégalement rompues par le frottement. Les plus fines pieces sont la matiere subtile, qu'il nomme le premier élément : les corps usés & arrondis par le frottement, sont le second élément ou la lumiere : les pieces rompues les plus grossieres, les éclats les plus massifs, & qui conservent le plus d'angles, sont le troisieme élément, ou la matiere terrestre & planétaire.
Tous les élémens mûs & se faisant obstacle les uns aux autres, se contraignent réciproquement à avancer, non en ligne droite, mais en ligne circulaire, & à marcher par tourbillons, les uns autour d'un centre commun, les autres autour d'un autre ; desorte cependant que conservant toûjours leur tendance à s'en aller en ligne droite, ils font effort à chaque instant pour s'éloigner du centre ; ce qu'il appelle force centrifuge.
Tous ces élémens tâchant de s'éloigner du centre, les plus massifs d'entr'eux sont ceux qui s'en éloigneront le plus : ainsi l'élément globuleux sera plus éloigné du centre que la matiere subtile ; & comme tout doit être plein, cette matiere subtile se rangera en partie dans les interstices des globules de la lumiere, & en partie vers le centre du tourbillon. Cette partie de la matiere subtile, c'est-à-dire de la plus fine poussiere qui s'est rangée au centre, est ce que Descartes appelle un soleil. Il y a de pareils amas de menue poussiere dans d'autres tourbillons, comme dans celui-ci ; & ces amas de poussiere sont autant d'autres soleils que nous nommons étoiles, & qui brillent peu à notre égard, vû l'éloignement.
L'élément globuleux étant composé de globules inégaux, les plus forts s'écartent le plus vers les extrémités du tourbillon ; les plus foibles se tiennent plus près du soleil. L'action de la fine poussiere qui compose le soleil, communique son agitation aux globules voisins & c'est en quoi consiste la lumiere. Cette agitation communiquée à la matiere globuleuse, accélere le mouvement de celle-ci ; mais cette accélération diminue en raison de l'éloignement, & finit à une certaine distance.
On peut donc diviser la lumiere depuis le soleil jusqu'à cette distance, en différentes couches dont la vîtesse est inégale & va diminuant de couche en couche. Après quoi la matiere globuleuse qui remplit le reste immense du tourbillon solaire, en reçoit plus d'accélération du soleil : & comme ce grand reste de matiere globuleuse est composé des globules les plus gros & les plus forts, l'activité y va toûjours en augmentant depuis le terme où l'accélération causée par le soleil expire, jusqu'à la rencontre des tourbillons voisins. Si donc il tombe quelques corps massifs dans l'élément globuleux, depuis le soleil jusqu'au terme où finit l'action de cet astre, ces corps seront mûs plus vîte auprès du soleil, & moins vîte à mesure qu'ils s'en éloigneront : mais si quelques corps massifs sont amenés dans le reste de la matiere globuleuse, entre le terme de l'action solaire & la rencontre des tourbillons voisins, ils iront avec une accélération toûjours nouvelle, jusqu'à s'enfoncer dans ces tourbillons voisins & d'autres qui s'échapperoient des tourbillons voisins, & entreroient dans l'élément globuleux du nôtre, pourroient y descendre ou tomber, & s'avancer vers le soleil.
Or il y a de petits tourbillons de matiere qui peuvent rouler dans les grands tourbillons ; & ces petits tourbillons peuvent non-seulement être composés d'une matiere globuleuse & d'une poussiere fine, qui rangée au centre, en fasse de petits soleils, mais ils peuvent encore contenir ou rencontrer bien des parcelles de cette grosse poussiere, de ces grands éclats d'angles baissés que nous avons nommés le troisieme élément. Ces petits tourbillons ne manqueront pas d'écarter vers leurs bords toute la grosse poussiere ; c'est-à-dire, si vous l'aimez mieux, que les grands éclats formant des pelotons épais & de gros corps, gagneront toûjours les bords du petit tourbillon par la supériorité de leur force centrifuge : Descartes les arrête-là, & la chose est fort commode. Au lieu de les laisser courir plus loin par la force centrifuge, ou d'être emportés par l'impulsion de la matiere du grand tourbillon, ils obscurcissent le soleil du petit, & ils encroûtent peu-à-peu le petit tourbillon ; & de ces croûtes épaisses sur tout le dehors il se forme un corps opaque, une planete, une terre habitable. Comme les amas de la fine poussiere sont autant de soleils, les amas de la grosse poussiere sont autant de planetes & de cometes. Ces planetes amenées dans la premiere moitié de la matiere globuleuse, roulent d'une vîtesse qui va toûjours en diminuant depuis la premiere qu'on nomme Mercure, jusqu'à la derniere qu'on nomme Saturne. Les corps opaques qui sont jettés dans la seconde moitié, s'en vont jusque dans les tourbillons voisins ; & d'autres passent des tourbillons voisins, puis descendent dans le nôtre vers le soleil. La même poussiere massive qui nous a fourni une terre, des planetes & des cometes, s'arrange, en vertu du mouvement, en d'autres formes, & nous donne l'eau, l'atmosphere, l'air, les métaux, les pierres, les animaux & les plantes ; en un mot toutes les choses tant générales que particulieres, que nous voyons dans notre monde, organisées & autres.
Il y a encore bien d'autres parties à détailler dans l'édifice de Descartes, mais ce que nous avons déjà vû est regardé de tout le monde comme un assortiment de pieces qui s'écroulent ; & sans en voir davantage, il n'y a personne qui ne puisse sentir qu'un tel système n'est nullement recevable.
1°. Il est d'abord fort singulier d'entendre dire que Dieu ne peut pas créer & rapprocher quelques corps anguleux, sans avoir de quoi remplir exactement les interstices des angles. De quel droit ose-t-on resserrer ain si la souveraine puissance ?
2°. Mais je veux que Descartes sache précisément pourquoi Dieu doit avoir tant d'horreur du vuide : je veux qu'il puisse très-bien accorder la liberté des mouvemens avec le plein parfait ; qu'il prouve même la nécessité actuelle du plein : à la bonne heure. L'endroit où je l'arrête, est cette prétention que le vuide soit impossible, il ne l'est pas même dans sa supposition ; car pour remplir tous les interstices, il faut avoir des poussieres de toute taille, qui viennent au besoin se glisser à-propos dans les intervalles entre-ouverts. Ces poussieres ne se forment qu'à la longue. Les globules ne s'arrondissent pas en un instant. Les coins les plus gros se rompent d'abord, puis les plus petits ; & à force de frottemens nous pourrons recueillir de nos pieces pulvérisées dequoi remplir tout ce qu'il nous plaira : mais cette pulvérisation est successive. Ainsi au premier moment que Dieu mettra les parcelles de la matiere primordiale en mouvement, la poussiere n'est pas encore formée. Dieu souleve les angles ; ils vont commencer à se briser ; mais avant que la chose soit faite, voilà entre ces angles des vuides sans fin, & nulle matiere pour les remplir.
3°. Selon Descartes, la lumiere est une masse de petits globes qui se touchent immédiatement, ensorte qu'une file de ces globes ne sauroit être poussée par un bout, que l'impulsion ne se fasse sentir en même tems à l'autre bout, comme il arrive dans un bâton ou dans une file de boulets de canon qui se touchent. M. Roemer & M. Picard ont observé que quand la terre étoit entre le soleil & jupiter, les éclipses de ses satellites arrivoient alors plûtôt qu'il n'est marqué dans les tables ; mais que quand la terre s'en alloit du côté opposé, & que le soleil étoit entre jupiter & la terre, alors les éclipses des satellites arrivoient plusieurs minutes plus tard, parce que la lumiere avoit tout le grand orbe annuel de la terre à traverser de plus dans cette derniere situation que dans la précédente : d'où ils sont parvenus à pouvoir assûrer que la lumiere du soleil mettoit sept à huit minutes à franchir les 33 millions de lieues qu'il y a du soleil à la terre. Quoi qu'il en soit au reste sur la durée précise de ce trajet de la lumiere, il est certain que la communication ne s'en fait pas en un instant ; mais que le mouvement ou la pression de la lumiere parvient plus vîte sur les corps plus voisins, & plus tard sur les corps les plus éloignés : au lieu qu'une file de douze globes & une file de cent globes, s'ils se touchent, communiquent leur mouvement aussi vîte l'une que l'autre. La lumiere de Descartes n'est donc pas la lumiere du monde. Voyez ABERRATION.
En voilà assez, ce me semble, pour faire sentir les inconvéniens de ce système. On peut, avec M. de Fontenelle, féliciter le siecle qui, en nous donnant Descartes, a mis en honneur un nouvel art de raisonner, & communiqué aux autres sciences l'exactitude de la Géometrie. Mais on doit, selon sa judicieuse remarque, " sentir l'inconvénient des systèmes précipités, dont l'impatience de l'esprit humain ne s'accommode que trop bien ; & qui étant une fois établis, s'opposent aux vérités qui surviennent ".
Il joint à sa remarque un avis salutaire, qui est d'amasser, comme font les Académies, des matériaux qui se pourront lier un jour, plûtôt que d'entreprendre avec quelques lois de méchanique, d'expliquer intelligiblement la nature entiere & son admirable variété.
Je sai qu'on allegue en faveur du système de Descartes, l'expérience des lois générales par lesquelles Dieu conserve l'univers. La conservation de tous les êtres est, dit-on, une création continuée ; & de même qu'on en conçoit la conservation par des lois générales, ne peut-on pas y recourir pour concevoir, par forme de simple hypothèse, la création & toutes ses suites ?
Raisonner de la sorte, est à-peu-près la même chose que si on assûroit que la même méchanique qui, avec de l'eau, du foin & de l'avoine, peut nourrir un cheval, peut aussi former un estomac & le cheval entier. Il est vrai que si nous suivons Dieu dans le gouvernement du monde, nous y verrons régner une uniformité sublime. L'expérience nous autorise à n'y pas multiplier les volontés de Dieu comme les rencontres des corps. D'une seule volonté il a reglé pour tous les cas & pour tous les siecles, la marche & les chocs de tous les corps, à raison de leur masse, de leur vîtesse & de leur ressort. Les lois de ces chocs & de ces communications peuvent être sans-doute l'objet d'une physique très-sensée & très-utile, surtout lorsque l'homme en fait usage pour diriger ce qui est soûmis à ses opérations, & pour construire ces différens ouvrages dont il est le créateur subalterne. Mais ne vous y méprenez pas : autre chose est de créer les corps, & de leur assigner leur place & leurs fonctions, autre chose de les conserver. Il ne faut qu'une volonté ou certaines lois générales fidelement exécutées, pour entretenir chaque espece dans sa forme spéciale, & pour perpétuer les vicissitudes de l'économie du tout, quand une fois la matiere est créée. Mais quand il s'agit de créer, de regler ces formes spéciales, d'en rendre l'entretien sûr & toûjours le même, d'en établir les rapports particuliers, & la correspondance universelle ; alors il faut de la part de Dieu autant de plans & de volontés spéciales, qu'il se trouve de pieces différentes dans la machine entiere. Hist. du ciel, tome II.
M. Descartes composa un petit traité des passions en 1646, pour l'usage particulier de la princesse Elisabeth : il l'envoya manuscrit à la reine de Suede sur la fin de l'an 1647 ; mais sur les instances que ses amis lui firent depuis pour le donner au public, il prit le parti de le revoir, & de remédier aux défauts que la princesse philosophe, sa disciple, y avoit remarqués. Il le fit voir ensuite à M. Clerselier, qui le trouva d'abord trop au-dessus de la portée commune, & qui obligea l'auteur à y ajoûter de quoi le rendre intelligible à toutes sortes de personnes. Il crut entendre la voix du public dans celle de M. Clerselier, & les additions qu'il y fit augmenterent l'ouvrage d'un tiers. Il le divisa en trois parties, dans la premiere desquelles il traite des passions en général, & par occasion de la nature de l'ame, &c. dans la seconde, des six passions primitives ; & dans la troisieme, de toutes les autres. Tout ce que les avis de M. Clerselier firent ajoûter à l'ouvrage, put bien lui donner plus de facilité & de clarté qu'il n'en avoit auparavant ; mais il ne lui ôta rien de la briéveté & de la belle simplicité du style, qui étoit ordinaire à l'auteur. Ce n'est point en orateur, ce n'est pas même en philosophe moral, mais en physicien, qu'il a traité son sujet ; & il s'en acquitta d'une maniere si nouvelle, que son ouvrage fut mis fort au-dessus de tout ce qu'on avoit fait avant lui dans ce genre. Pour bien déduire toutes les passions, & pour développer les mouvemens du sang qui accompagnent chaque passion, il étoit nécessaire de dire quelque chose de l'animal : aussi voulut-il commencer en cet endroit à expliquer la composition de toute la machine du corps humain. Il y fait voir comment tous les mouvemens de nos membres, qui ne dépendent point de la pensée, se peuvent faire en nous sans que notre ame y contribue, par la seule force des esprits animaux & la disposition de nos membres, desorte qu'il ne nous fait d'abord considérer notre corps que comme une machine faite par la main du plus savant de tous les ouvriers, dont tous les mouvemens ressemblent à ceux d'une montre ou autre automate, ne se faisant que par la force de son ressort, & par la figure ou la disposition de ses roues. Après avoir expliqué ce qui appartient au corps, il nous fait aisément conclure qu'il n'y a rien en nous qui appartienne à notre ame, que nos pensées, entre lesquelles les passions sont celles qui l'agitent davantage ; & que l'un des principaux devoirs de la Philosophie est de nous apprendre à bien connoître la nature de nos passions, à les modérer & à nous en rendre les maîtres. On ne peut s'empêcher de regarder ce traité de M. Descartes, comme l'un des plus beaux & des plus utiles de ses ouvrages.
Jamais philosophe n'a paru plus respectueux pour la divinité que M. Descartes, il fut toûjours fort sage dans ses discours sur la religion. Jamais il n'a parlé de Dieu, qu'avec la derniere circonspection, toûjours avec beaucoup de sagesse, toûjours d'une maniere noble & élevée. Il étoit dans l'appréhension continuelle de rien dire ou écrire qui fût indigne de la religion, & rien n'égaloit sa délicatesse sur ce point. Voyez tom. I. & II. des lettres.
Il ne pouvoit souffrir sans indignation la témérité de certains théologiens qui abandonnent leurs guides, c'est-à-dire l'Ecriture & les peres, pour marcher tout seuls dans des routes qu'ils ne connoissent pas. Il blâmoit sur-tout la hardiesse des philosophes & mathématiciens, qui paroissent si décisifs à déterminer ce que Dieu peut, & ce qu'il ne peut pas. " C'est, dit-il, parler de Dieu comme d'un Jupiter ou d'un Saturne, & l'assujettir au styx & au destin, que de dire qu'il y a des vérités indépendantes de lui. Les vérités mathématiques sont des lois que Dieu a établies dans la nature, comme un roi établit des lois dans son royaume. Il n'y a aucune de ces lois que nous ne puissions comprendre ; mais nous ne pouvons comprendre la grandeur de Dieu, quoique nous la connoissions, &c.
Pour moi, dit encore ailleurs M. Descartes, il me semble qu'on ne doit dire d'aucune chose qu'elle est impossible à Dieu ; car tout ce qui est vrai & bon dépendant de sa toute-puissance, je n'ose pas même dire que Dieu ne peut faire une montagne sans vallée, ou qu'un & deux ne fassent pas trois ; mais je dis seulement qu'il m'a donné un esprit de telle nature, que je ne saurois concevoir une montagne sans vallée, ou que l'aggrégé d'un & de deux ne fasse pas trois ". Voyez tome II. des lettres. Cette retenue de M. Descartes, peut-être excessive, a choqué certains esprits, qui ont voulu lui en faire un crime ; car sur ce qu'en quelques occasions il employoit le nom d'un ange plûtôt que celui de Dieu, qu'il ménageoit par pur respect ; quelqu'un (Beeckman) s'étoit imaginé qu'il étoit assez vain pour se comparer aux anges. Il se crut obligé de repousser cette calomnie. " Quant au reproche que vous me faites, dit-il pag. 66. 67. de m'être égalé aux anges, je ne saurois encore me persuader que vous soyez si perdu d'esprit que de le croire. Voici sans doute ce qui vous a donné occasion de me faire ce reproche ; c'est la coûtume des Philosophes, & même des Théologiens, toutes les fois qu'ils veulent montrer qu'il répugne tout-à-fait à la raison que quelque chose se fasse, de dire que Dieu même ne le sauroit faire ; & parce que cette façon de parler m'a toûjours semblé trop hardie, pour me servir de termes plus modestes, quand l'occasion s'en présente, où les autres diroient que Dieu ne peut faire une chose, je me contente seulement de dire qu'un ange ne le sauroit faire... Je suis bien malheureux, de n'avoir pû éviter le soupçon de vanité en une chose où je puis dire que j'affectois une modestie particuliere ".
A l'égard de l'existence de Dieu, M. Descartes étoit si content de l'évidence de sa démonstration, qu'il ne faisoit point difficulté de la préférer à toutes celles des vérités mathématiques ; cependant le ministre Voetius, son ennemi, au lieu de l'accuser d'avoir mal réfuté les Athées, jugea plus à propos de l'accuser d'Athéisme, sans en apporter d'autre preuve, sinon qu'il avoit écrit contre les Athées. Le tour étoit assurément nouveau ; mais afin qu'il ne parût pas tel, Voetius trouva assez à tems l'exemple de Vanini, pour montrer que M. Descartes n'auroit pas été le premier des Athées qui auroit écrit en apparence contre l'Athéisme. Ce fut sur-tout l'impertinence de cette comparaison qui révolta M. Descartes, & qui le détermina à réfuter une si ridicule calomnie, dans une lettre latine qu'il lui écrivit. Quelques autres de ses ennemis entreprirent de l'augmenter, en l'accusant outre cela d'un scepticisme ridicule. Leurs accusations se réduisoient à dire que M. Descartes sembloit insinuer qu'il falloit nier (au moins pour quelque tems) qu'il y eût un Dieu, que Dieu pouvoit nous tromper, qu'il falloit révoquer toutes choses en doute, que l'on ne devoit donner aucune créance aux sens, que le sommeil ne pouvoit se distinguer de la veille. M. Descartes eut horreur de ces accusations, & ce ne fut pas sans quelque mouvement d'indignation qu'il y répondit. " J'ai réfuté, dit-il tome II. des lettres, page 170. en paroles très-expresses toutes ces choses qui m'avoient été objectées par des calomniateurs ignorans. Je les ai réfutées même par des argumens très-forts, & j'ose dire plus forts qu'aucun autre ait fait avant moi. Afin de pouvoir le faire plus commodément & plus efficacement, j'ai proposé toutes ces choses, comme douteuses, au commencement de mes méditations ; mais je ne suis pas le premier qui les aye inventées, il y a long-tems qu'on a les oreilles battues de semblables doutes proposés par les Septiques. Mais qu'y a-t-il de plus inique que d'attribuer à un auteur des opinions qu'il ne propose que pour les réfuter ? Qu'y a-t-il de plus impertinent que de feindre qu'on les propose, & qu'elles ne sont pas encore réfutées ; & par conséquent que celui qui rapporte les argumens des Athées, est lui-même un athée pour un tems ? Qu'y a-t-il de plus puérile que de dire que s'il vient à mourir avant que d'avoir écrit ou inventé la démonstration qu'il espere, il meurt comme un athée ? Quelqu'un dira peut-être que je n'ai pas rapporté ces fausses opinions comme venant d'autrui, mais comme de moi ; mais qu'importe ? puisque dans le même livre où je les ai rapportées, je les ai aussi toutes réfutées ".
Ceux qui ont l'esprit juste & le coeur droit, en lisant les méditations & les principes de M. Descartes, n'ont jamais hésité à tirer de leur lecture des conséquences tout opposées à ces calomnies. Ces ouvrages n'ont encore rendu athée jusqu'aujourd'hui, aucun de ceux qui croyoient en Dieu auparavant ; au contraire, ils ont converti quelques athées : c'est au moins le témoignage qu'un peintre de Suede, nommé Beek, a rendu publiquement de lui-même chez M. l'ambassadeur de France à Stockolm. Voyez tout cela plus au long dans la vie de Descartes, par A. Baillet. (C)
On peut voir dans un grand nombre d'articles de ce Dictionnaire, les obligations que les Sciences ont à Descartes, les erreurs où il est tombé, & ses principaux disciples. Voyez ALGEBRE, EQUATION, COURBE, MOUVEMENT, IDEE, AME, PERCUSSION, LUMIERE, TOURBILLON, MATIERE SUBTILE, &c.
Ce grand homme a eu des sectateurs illustres ; on peut mettre à leur tête le P. Malebranche, qui ne l'a pourtant pas suivi en tout. V. MALEBRANCHISME. Les autres ont été Rohaut, Regis, &c. dont nous avons les ouvrages. La nouvelle explication du mouvement des planetes, par M. Villemot curé de Lyon, imprimée à Paris en 1707, est le premier & peut-être le meilleur ouvrage qui ait été fait pour défendre les tourbillons. Voyez TOURBILLONS.
La philosophie de Descartes a eu beaucoup de peine à être admise en France, le parlement pensa rendre un arrêt contr'elle ; mais il en fut empêché par la requête burlesque en faveur d'Aristote, qu'on lit dans les oeuvres de Despreaux, & où l'auteur, sous prétexte de prendre la défense de la philosophie péripatéticienne, la tourne en ridicule ; tant il est vrai que ridiculum acri, &c. Enfin cette philosophie a été reçûe parmi nous ; mais Newton avoit déjà démontré qu'on ne pouvoit la recevoir : n'importe, toutes nos universités & nos académies même y sont demeurées fort attachées. Ce n'est que depuis environ 18 ans qu'il s'est élevé des Newtoniens en France. Mais ce mal, si c'en est un (car il y a des gens pour qui c'en est un) a prodigieusement gagné ; toutes nos académies maintenant sont newtoniennes, & quelques professeurs de l'université de Paris enseignent aujourd'hui ouvertement la philosophie angloise. Voy. ATTRACTION, &c. Voyez aussi sur Descartes & les Cartésiens, notre Discours Préliminaire.
Quelque parti qu'on prenne sur la philosophie de Descartes, on ne peut s'empêcher de regarder ce grand homme comme un génie sublime & un philosophe très-conséquent. La plûpart de ses sectateurs n'ont pas été aussi conséquens que lui ; ils ont adopté quelques-unes de ses opinions & en ont rejetté d'autres, sans prendre garde à l'étroite liaison que presque toutes ont entr'elles. Un philosophe moderne, écrivain élégant & homme de beaucoup d'esprit ; M. l'abbé de Gamaches, de l'académie royale des Sciences, a démontré à la tête de son Astronomie physique, que pour un cartésien il ne doit point y avoir de mouvement absolu ; & que c'est une conséquence nécessaire de l'opinion de Descartes, que l'étendue & la matiere sont la même chose. Cependant les Cartésiens croyent pour la plûpart le mouvement absolu, en confondant l'étendue avec la matiere. L'opinion de Descartes sur le méchanisme des bêtes (voyez AME DES BETES) est très-favorable au dogme de la spiritualité & de l'immortalité de l'ame ; & ceux qui l'abandonnent sur ce point, doivent au moins avoüer que les difficultés contre l'ame des bêtes sont, sinon insolubles, du moins très-grandes pour un philosophe chrétien. Il en est de même de plusieurs autres points de la philosophie de ce grand homme ; l'édifice est vaste, noble & bien entendu : c'est dommage que le siecle où il vivoit ne lui ait pas fourni de meilleurs matériaux. Il faut, dit M. de Fontenelle, admirer toûjours Descartes. & le suivre quelquefois.
Les persécutions que ce philosophe a essuyées pour avoir déclaré la guerre aux préjugés & à l'ignorance, doivent être la consolation de ceux qui ayant le même courage, éprouveront les mêmes traverses. Il est honoré aujourd'hui dans cette même patrie où peut-être il eût vécu plus malheureux qu'en Hollande. (O)
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| CARTÉSIENS | S. m. pl. est le nom qu'on donne aux partisans de la philosophie de Descartes. On appelle par cette raison cette philosophie, philosophie cartésienne, ou Cartésianisme. Il n'est presque plus aujourd'hui de Cartésiens rigides, c'est-à-dire qui suivent Descartes exactement en tout ; sur quoi voyez la fin de l'article CARTESIANISME.
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| CARTHAGE | dite la grande, (Géog.) fut autrefois capitale d'un puissant empire, & la principale ville d'Afrique, près de Tunis. Scipion le jeune la prit & la ruina 146 ans avant J. C. Elle fût rebâtie sous C. Gracchus ; 123 ans avant J. C. & les Arabes la ruinerent environ l'an 685. Elle étoit située dans une langue de terre qui formoit une presqu'île jointe à l'Afrique par un isthme de 25 stades, entre Utique & Tunis. Toute la presqu'île avoit 390 stades, de tour. Il ne reste de Carthage que quelques vestiges. La presqu'île a retenu le nom de promontoire de Carthage.
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| CARTHAGENE | (Géog.) ville forte & port d'Espagne au royaume de Murcie, capitale du pays de même nom. Long. 17. 6. lat. 27. 36. 7.
CARTHAGENE, (Géog.) grande ville de l'Amérique méridionale, capitale de la province de même nom. Il s'y fait un commerce très-considérable. Son port passe pour le meilleur du Nouveau-monde. Long. 302. 10. lat. 10. 30. 25.
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| CARTHAGO | (Géog.) ville considérable de l'Amérique septentrionale, dans le Mexique. Lon. 260. 15. lat. 9. 5.
CARTHAGO ou la NOUVELLE CARTHAGENE, (Géog.) ville d'Amérique dans l'audience de Santa-fé, en terre ferme.
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| CARTHAM | ou SAFRAN BATARD, s. m. carthamus, (Hist. nat. botan.) genre de plante dont la fleur est un bouquet à plusieurs fleurons découpés en lanieres, portés chacun sur un embryon, & soûtenus par un calice écailleux garni de feuilles. Lorsque la fleur est passée ; chaque embryon devient une semence sans aigrette. Tournef. inst. rei. herb. Voyez PLANTE. (I)
Le carthamus officinarum flore croceo, Tourn. inst. 457. est d'usage en Medecine : sa semence passe pour un violent purgatif ; elle évacue la pituite par haut & par bas.
Etmuller dit qu'elle est propre dans les cas où les premieres voies sont surchargées d'une mucosité épaisse & visqueuse, dans les maladies de la poitrine, dans l'asthme, & dans la toux occasionnée par une matiere épaisse & tenace : il la compte par cette raison parmi les remedes qui évacuent le phlegme.
La meilleure façon de s'en servir, est de la donner en émulsion purgative avec quelqu'eau aromatique, telle que celle du fenouil ou d'anis ; on la mêle ensuite avec un lait d'amande. La dose est jusqu'à trois gros. On fait avec cette semence des tablettes.
Tablettes diacarthami. Prenez du turbith choisi une once & demie ; de la moelle de semence de carthame, de la poudre diatraganth froid, des hermodactes, du diagrede, de chacun une once ; du gingembre demi-once ; de la manne deux onces & demie ; du miel rosat, de la chair de coin confite, de chacun deux gros ; du sucre blanc dissous dans l'eau & cuit en électuaire solide, une livre six onces : faites-en selon l'art un électuaire solide & en tablettes.
Un gros de ces tablettes contient du turbith trois grains ; des hermodactes & du diagrede, de chacun 2 grains ; de manne 5 grains. La dose est depuis un gros jusqu'à une once pour les tempéramens forts.
Tous les purgatifs de cette espece sont très à craindre, & ne doivent être employés qu'avec de grandes précautions. (N)
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| CARTIER | S. m. artisan ou marchand qui a le droit de faire & vendre des cartes à joüer. Voyez CARTES.
Les Cartiers faiseurs de cartes à joüer forment à Paris une communauté fort ancienne : on les nomme aujourd'hui Papetiers-Cartiers ; mais dans leurs statuts ils ont le titre de maîtres du métier de Cartiers, faiseurs de cartes, tarots, feuillets & cartons ; ou Cartiers, Tarotiers, Feuilletiers & Cartonniers.
Les statuts dont ils se servent encore à-present, & qui ne sont que des statuts renouvellés en conséquence de l'édit de Henri III. de 1581, ont été confirmés & homologués en 1594 sous Henri IV. Ils contiennent vingt-deux articles, auxquels Louis XIII. & Louis XIV. en ont encore ajouté quelques autres.
Le premier & le quatrieme portent qu'aucun ne pourra faire le métier de Cartier, s'il n'est reçû maitre, & s'il ne tient ouvroir ouvert sur la rue.
Les deuxieme & troisieme fixent l'apprentissage à quatre années, suivies de trois autres de compagnonage ; après lesquelles les aspirans sont obligés de faire le chef-d'oeuvre, qui consiste en une demi-grosse de cartes fines, & de payer les droits aux jurés pour être admis à la maîtrise.
Les cinquieme & sixieme fixent le nombre des apprentis à un ; ou à deux, si le maître tient chez lui cinq ou six compagnons : & défendent aux maîtres de se transporter leurs compagnons sans en avertir les jurés.
Les septieme, huitieme, neuvieme, dixieme & dix-huitieme fixent les droits des fils, filles & veuves des maîtres.
Le seizieme enjoint aux maîtres d'avoir une marque différente les uns des autres, sur laquelle doivent être détaillés leurs nom, surnom, enseigne & devise.
Les autres articles regardent l'élection des deux jurés, & contiennent des regles de discipline pour les maîtres & les compagnons. Voyez les réglemens des Arts & Métiers.
CARTIER, nom d'une sorte de papier qui est destiné à couvrir les jeux ou les sixains de cartes à joüer. Voyez PAPIER & CARTES.
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| CARTILAGE | en Anatomie ; c'est une des parties solides du corps, blanche, polie, uniforme, flexible & élastique ; moins compacte qu'un os, mais plus dure qu'aucune autre partie.
Les cartilages paroissent être à-peu-près de même nature que les os, puisqu'ils ont été cartilages, & que d'ailleurs toutes les parties solides ne paroissent différer que par le plus ou moins de consistance. Voyez OS, OSSIFICATION, LIDELIDE.
Il y en a qui sont très durs, & qui même deviennent osseux avec le tems ; comme ceux qui unissent les côtes au sternum, ceux du larynx, &c. Voyez STERNUM & LARYNX.
D'autres sont plus tendres, & servent à donner à certaines parties leur configuration ; comme ceux du nez, des oreilles, &c. qui doivent avoir un petit mouvement que produit l'élasticité de ces cartilages, laquelle leur fait faire l'office de muscles antagonistes. Voyez NEZ, &c.
Il y en a d'autres plus mous encore, qui tiennent quelque chose de la nature des ligamens, & qui par cette raison sont appellés cartilages ligamenteux. Voy. LIGAMENT.
Il y a des cartilages de différentes figures, auxquels on donne différens noms tirés de ceux des choses auxquelles ils ressemblent ; l'un se nomme sémi-lunaire ; un autre xiphoïde, parce qu'il ressemble à la pointe d'un poignard ; un autre scutiforme, parce qu'il a la figure d'un bouclier ; & ainsi des autres. Voyez chacun de ces cartilages à leur article.
Les cartilages n'ont point de cavités qui contiennent de moelle, ni de nerfs ou de membranes qui les rendent susceptibles de sensations. Leur usage est d'empêcher les os de s'offenser ou de se blesser par un froissement continuel, de les joindre l'un à l'autre par synchondrose, de contribuer, à la conformation de certaines parties, comme le nez, les oreilles, la trachée, les paupieres, &c. (L)
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| CARTILAGINEUX | EUSE, adj. qui est de la nature de cartilage, qui est composé de cartilage : ligament cartilagineux, symphise cartilagineuse.
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| CARTISANNE | en termes de boutonnier, de Passementier, de Rubanier, &c. c'est un ornement composé d'un fond de vélin ou de veau, recouvert de soie, de milanoise, d'or ou d'argent, &c. on coupe d'abord son vélin ou son veau, tantôt par bandes plus ou moins étroites, tantôt en pic, en sabot, en pompons, avec l'emporte-piece. Voyez PIC, SABOT, MPONMPON. Ensuite on couvre ces bandes ou découpures, les premieres au roüet, les secondes à la bobine, avec de la soie de trame pour les cartisannes unies, & de soie de grenade pour faire les frisées. Les cartisannes peuvent être couvertes de nouveau d'un trait d'or, quand les ouvrages qu'on veut en faire sont riches. La cartisanne s'employe au lieu de milanoise, de clinquant, de cordonnet, &c. on en fait les feuilles d'une cocarde, d'une aigrette ; on en recouvre en différens desseins des bandes de corniche dans les appartemens, pour imiter des morceaux de sculpture. Le vélin s'employe comme il vient de chez le Parcheminier ; le veau se prend chez le Corroyeur, & on lui donne un apprêt qui est un secret parmi les Boutonniers, pour le rendre dur & ferme. Voy. fig. 14. Planche du Boutonnier, une piece de corps ouvragée en cartisanne ; & dans la vignette de la même Planche, des ouvriers qui s'occupent à cette sorte d'ouvrage. La figure 15. représente leur établi.
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| CARTON | S. m. (Art méchaniq.) Le carton est un corps qui a beaucoup de surface & peu d'épaisseur, composé par art avec des rognures de cartes, des rognures de reliures, & de mauvais papier, à l'usage d'un grand nombre d'ouvriers ; mais sur-tout des Relieurs mêmes. Il y a beaucoup de ressemblance entre la manoeuvre du papetier & celle du cartonnier : le papetier prend dans un moule de chiffon réduit en bouillie, pour en faire du papier ; le cartonnier prend dans un moule le papier même remis en bouillie, pour en faire le carton.
Pour faire du carton, il faut ramasser dans un magasin une grande quantité de rognures de relieur & de cartier, avec beaucoup de mauvais papier ; quand on a sa provision faite de ces matieres, on en transporte ce qu'on en peut travailler relativement au nombre d'ouvriers qu'on employe, dans un attelier bien clos. Le pavé de cet attelier doit s'élever un peu vers le fond ; & l'attelier doit être garni d'auges de pierre, larges & profondes, placées vers le côté opposé. Il faut qu'il y ait des trous à ces auges, & sous ces trous des pierres concaves, qui puissent conduire les eaux dans une rigole qui les évie ; il seroit aussi à-propos qu'il y eût un puits dans le même attelier, avec une pompe qui conduisît l'eau dans les auges, & dans tous les autres endroits de la cartonnerie où l'on en peut avoir besoin.
On jette au sortir du magasin le mélange de papier, de rognures de papier, & de cartes, dans les auges de l'attelier que je viens de décrire, & qu'on appelle celui du trempi ; on humecte ou moitit ces matieres avec de l'eau, & de-là on les jette sur le fond de l'attelier, où l'on en forme des tas considérables. La gomme, la colle, & les autres substances qui sont dans ces matieres qu'on n'a eu garde de trop humecter, y élevent peu-à-peu la fermentation, au bout de quatre à cinq jours dans les chaleurs de l'été, & de six à sept ou huit, à l'approche de l'hyver ; la fermentation est si forte, qu'on a peine à supporter la chaleur & l'odeur des tas : la quantité de papier dont ils sont formés, est beaucoup plus considérable que celle des rognures de cartes. Ce n'est pas que plus il y a de ces rognures, plus le carton ne soit fort & bon : mais on les épargne, parce qu'elles sont cheres. Elles se vendent aujourd'hui jusqu'à sept livres dix sous le cent. Afin que le travail ne soit point interrompu dans une cartonnerie, c'est la coûtume de mettre en fermentation autant de tas qu'on en met en travail ; de maniere que quand un tas est à sa fin, un autre puisse être entamé.
Quand la matiere des tas a suffisamment fermenté, ce qui la dispose à se mettre en bouillie, on en prend une quantité convenable qu'on porte dans un attelier contigu, qu'on appelle l'attelier du moulin. Cet attelier est partagé en deux parties ; d'un côté sont des auges, de l'autre le moulin. Les auges de cet attelier s'appellent auges à rompre ; il y a au-dessus de ces auges de gros robinets qui fournissent la quantité d'eau dont on a besoin. Avant que de jetter les matieres fermentées dans les auges, on les ouvre & on les trie, on rejette les grosses ordures qui s'y trouvent : il seroit à souhaiter que ce triage se fît mieux ; il épargneroit presqu'une manoeuvre, dont nous parlerons dans la suite, qu'on appelle l'épluchage.
A mesure que les matieres sont ouvertes & triées, on les laisse tomber dans les auges à rompre ; on lâche les robinets, & on laisse bien imbiber d'eau les matieres ; ensuite on les remue, puis on les rompt : les rompre, c'est les battre avec des pelles de bois qu'on y plonge perpendiculairement, & qu'on tourne en rond. Des ouvriers vigoureux continuent ce travail jusqu'à ce qu'ils s'apperçoivent que les matieres sont broyées, hachées & mises en bouillie, autant qu'on peut le faire par une manoeuvre aussi grossiere ; alors ils prennent des sceaux qu'ils en remplissent, & qu'ils versent dans le moulin qu'on voit Pl. du Cartonnier, vignette fig. 1. La cuve A B est composée de douves épaisses, étroites, & bandées par de larges cerceaux de fer. Il y a au fond de cette cuve une crapaudine qui porte la pointe en fer de l'arbre C D ; l'autre extrémité de cet arbre est garnie d'un tourillon reçû dans une poutre : le milieu en est percé d'un trou quarré ; ce trou reçoit le bras supérieur de la traverse d'un brancard E F G. Les parties E F du brancard assemblées perpendiculairement avec la traverse supérieure, laissent entr'elles l'espace nécessaire pour recevoir un cheval qu'on y attelle par son collier, percé de deux trous où l'on insere des bouts de cordes bouclés, qui pendent des extrémités des parties E F du brancard, & qu'on arrête sur le collier par deux clavettes. Le cheval se meut autour de la cuve, & fait tourner l'arbre qui est garni à sa partie inférieure de bandes de fer pliées en quarré, dont deux bouts sont scellés dans l'arbre, qui forme un des côtés du quarré, & dont un autre côté lui est parallele, ainsi qu'on voit fig. 4, C D, l'arbre ; E F, ses tourillons ; G H, bras du brancard ; I K, L M, autres parties du brancard ; n o, p q, cordes & clavettes ; r s, r s, r s, r s, bandes de fer pliées qu'on appelle couteaux. Ces couteaux achevent de diviser la matiere contenue dans la cuve, & de la disposer à être employée. La matiere reste une heure & demie, deux heures, au moulin, selon que le cheval marche plus ou moins vîte.
Quand la matiere est moulue, on la passe dans un nouvel attelier, qu'on peut appeller proprement la cartonnerie. L'attelier de la cartonnerie est divisé en deux parties, le lieu de la presse, & celui de la cuve. Pour concevoir le lieu de la cuve, il faut imaginer un grand évier entre deux auges, élevées à-peu-près à sa hauteur ; l'auge de derriere reçoit la matiere au sortir du moulin ; celui de devant où travaille le cartonnier s'appelle la cuve. Le cartonnier a une table à droite, & sa presse à gauche. Voyez figure 2. le cartonnier travaillant. A B, est la cuve ; C D, le grand évier, qu'on appelle égouttoir ; G, une forme ; F, le tonneau du bout (c'est son nom), qui reçoit l'eau & la matiere qui descendent de l'égouttoir par l'ouverture E. On n'a point représenté la table à droite du cartonnier, parce qu'il est facile de l'y supposer, non plus de l'auge de derriere, qui devroit être placée en X, précisément comme on voit en A B, la cuve ou l'auge de devant.
Lorsque la cuve A B est pleine de matiere préparée, comme nous venons de l'expliquer, l'ouvrier prend une forme ; on entend par une forme, un instrument tel que celui que tient l'ouvrier de la fig. 2. dans la vignette, ou qu'on voit en G posé sur l'égouttoir. Ce sont quatre morceaux de bois équarris & assemblés, renfermant un espace de la grandeur du carton qu'on veut faire. Le fond est traversé de plusieurs tringles, qui fortifient l'assemblage de celles des côtés ; ces côtés ont été percés de trous, & on y a travaillé un tissu ou crible fort serré de fils de laiton ; on apperçoit bien ce tissu ou treillis de fils de laiton longitudinaux & transversaux à la forme G. On applique sur cette forme un chassis de bois qui l'embrasse exactement. On plonge dans la cuve la forme garnie de son chassis, qui lui fait un rebord plus ou moins haut à discrétion. La matiere couvre le treillis de laiton, & y est retenue par le chassis. L'ouvrier pose la forme couverte de matiere jusqu'à la hauteur des bords du chassis, sur les barres qui traversent l'égouttoir. L'eau mêlée à la matiere, ou plûtôt la partie la plus fluide de la matiere, s'échappe par les petits trous de treillis, tombe dans l'égouttoir, & se rend dans le tonneau du bout. La partie la plus épaisse & la plus grossiere est arrêtée, & se dépose sur le grillage. Pendant que cette forme égoutte, l'ouvrier en plonge une autre dans la cuve qu'il met ensuite sur l'égouttoir, puis il reprend la premiere, en enleve le chassis, & renverse la matiere déposée sur le grillage, ou plûtôt la feuille de carton, car c'est elle-même, sur un morceau de moleton de sa largeur, placé sur le fond du plateau de la presse. On voit en L H K I, ce plateau chargé en partie. Il étend un nouveau moleton sur cette feuille ; puis il remplit sa forme après avoir remis son chassis, & la met égoutter ; pendant qu'elle égoutte, il reprend celle qui est égouttée, ôte son chassis, & la renverse sur le moleton, qui couvre la premiere feuille du carton. Il couvre cette seconde feuille d'un moleton, & il continue ainsi son travail, versant une forme, tandis qu'une autre s'égoutte, & enfermant les feuilles de carton entre des morceaux de moleton, qui forment sur le plateau de la Presse K L, une pile H I, qu'on appelle une pressée, quand elle contient environ cent vingt feuilles doubles, ou deux cent trente feuilles simples, telles que celles dont il s'agit ici. Il faut seulement observer que le cartonnier peut fort bien travailler à deux formes avec un seul chassis, & qu'il y a même à cela une épargne de manoeuvre & de tems. Quand une feuille est égouttée, il peut, en la laissant sur l'égouttoir, ôter son chassis & le placer sur une autre forme, qu'il remplira & mettra pareillement égoutter ; tandis que celle-ci égouttera, il renversera la premiere sur le moleton. Le tems qu'il mettra à renverser suffira pour que la seconde forme soit assez égouttée, & puisse se passer de son chassis, qu'il mettra sur celle qui est vuide, qu'il remplira & mettra à égoutter. Pendant que cette derniere égouttera, il renversera sur le moleton celle qui est restée sur l'égouttoir sans chassis, & ainsi de suite. Il faut encore observer que le cartonnier a soin de remuer sa cuve, & de la rebrouiller de trois en trois formes, ce qui s'appelle cocher. L'instrument avec lequel on coche, est une espece de rateau à griffe de fer, qu'on voit fig. 5. L'ouvrier le prend par son manche, & le promene cinq ou six fois d'un bout de sa cuve à l'autre, afin de ramener à la surface la matiere qui se sera déposée au fond. On se doute bien qu'il n'a garde de jetter les matieres qui se rendent de l'égouttoir dans le tonneau F. C'est proprement la gomme & la colle dissoutes, & par conséquent les parties les plus propres à lier celles du carton, & à la fortifier : aussi le cartonnier verse-t-il dans sa cuve avec un seau la matiere qui se rend dans ce tonneau, lorsqu'il en est trop plein.
L'épaisseur de la feuille de carton dépend de deux choses ; de l'épaisseur de la matiere, & de la hauteur du chassis : plus la matiere sera épaisse, le chassis restant le même, plus il y aura de matiere contenue sur la forme : plus le chassis sera haut, la matiere restant la même, plus on en puisera à-la-fois.
La grandeur de la feuille dépend de la grandeur de la forme ; cela est évident : mais il est bon de savoir qu'avec une grande forme capable, par exemple, de former un carton de l'étendue de la feuille in folio de papier, on fait aisément à-la-fois & sans augmenter la manoeuvre, deux feuilles de carton égales à la demi-feuille. Pour cet effet, on se sert d'un chassis, divisé du haut en-bas par une tringle de bois, qui entre & se fixe par ses extrémités dans les côtés d'en-haut & d'en-bas de la forme ; de maniere qu'il ne s'en manque presque rien qu'elle ne s'applique exactement sur le grillage. Qu'arrive-t-il de-là ? c'est que la matiere puisée dans la cuve se trouve partagée sur la forme en deux espaces différens, dont chacun donne une feuille qui n'est que la moitié de ce que seroit la feuille totale, sous la tringle qui divise la forme, ou plûtôt le chassis de haut en-bas, & qui s'applique presque sur le grillage.
Je dis, qui s'applique presque sur le grillage : c'est qu'en effet la tringle, ou ne s'applique pas exactement sur le grillage, ou le grillage fléchissant un peu sous le poids de la matiere dont il est chargé, se sépare de la tringle, & laisse échapper entre la tringle & lui, un peu de matiere qui lie les deux feuilles : & n'en forme qu'une apparente : mais la jointure est si mince, c'est une pellicule de carton si déliée, qu'on la rompt facilement ; elle se rompt même en partie, tout en renversant la forme sur le lange.
Mais ce qu'on pourroit regarder comme un inconvénient, devient par hasard une espece d'avantage : cette pellicule de carton qui ne joint pas assez les deux feuilles pour n'en faire qu'une, suffit pourtant pour qu'elles se séparent en même tems de la forme quand on les renverse sur le lange. Les langes sont les mêmes, soit qu'on fasse une seule feuille à-la-fois, soit qu'on en fasse deux.
Quand on ne veut pas que la feuille se trouve séparée en deux parties égales, mais qu'on souhaite que la feuille soit de toute la grandeur de la forme, il n'y a d'autre chose à faire qu'ôter du chassis la tringle qu'on y avoit arrêtée.
Quand le cartonnier a fait sa pressée, il met des morceaux de bois sur les bords de la presse, & fait monter son plateau par ce plan incliné, entre les montans, comme on le voit en A B. C'est pour cet effet qu'on a mis au plateau K L des anneaux. Lorsque la pressée est entre les montans, on la couvre de planches de chêne ; on place sur ces planches une rangée de madriers ; sur ces madriers des planches ; sur ces planches une autre rangée de madriers plus forts que les précédens ; & sur ces derniers madriers s'applique l'ais supérieur de la presse qui en fait partie, qui se meut à coulisse le long de ses montans, & qui agit également sur toute la pressée par le moyen de la vis, de l'écrou, & de la lanterne. On passe un levier dans les fuseaux de la lanterne ; on met une corde à l'extrémité de ce levier : cette corde va s'enrouler sur un arbre ; cet arbre est tourné par un bras de levier auquel un homme s'applique. L'écrou étant attaché fixement, la vis fait par bas l'effort le plus violent contre la pressée. En conséquence de cet effort, les feuilles prises entre les molletons s'étendent, leurs parties lâches & molles se serrent, s'approchent, & s'essuient. On reçoit dans un baquet l'eau qui s'en échappe par une ouverture pratiquée au plateau : on conçoit aisément que cette eau n'est pas d'une qualité inférieure à celle du tonneau du bout ; aussi la conserve-t-on. Je ne doute pas même qu'étant extrèmement chargée de farine, de gomme, de colle, si on s'en servoit dans les trempis, elle n'en rendit la fermentation beaucoup plus vigoureuse & plus forte. On voit l'opération de la presse si clairement, fig. 3. & elle est si simple, qu'il est inutile de la détailler davantage. Cette presse n'a rien de particulier, que son plateau, ses madriers, & la grosseur de toutes ses parties.
Le carton ne reste pas long-tems sous la presse : la pressée, quand elle ne rend plus rien par le plateau, est envoyée dans un autre attelier.
Cet attelier s'appelle l'épluchoir : là des filles, qu'on appelle éplucheuses, s'occupent à tirer les feuilles de carton d'entre les molletons que les ouvriers appellent langes, & à les visiter les unes après les autres pour en arracher les grosses ordures. Ces grosses ordures se sentent facilement à-travers la feuille molle, quand on ne les voit pas. On les ôte ; on presse avec le doigt l'endroit déchiré, & il n'y paroît plus qu'à l'inégalité d'épaisseur. L'endroit reprend ; il est seulement plus mince.
Ou ces feuilles épluchées sont destinées à rester simples comme elles sont, ou à former un carton plus épais dont elles seront parties : si elles sont destinées à rester simples, on les rapporte dans l'attelier de la presse, sous laquelle on les remet, & on les équarrit. Equarrir, c'est enlever les bords & les rendre plus quarrées ; ce qui s'exécute avec une ratissoire tranchante. On conçoit bien qu'alors les feuilles ne sont pas entre les langes.
Si on les destine à former un carton plus épais, il y a des ouvriers qui ne les épluchent point, de peur qu'elles ne se sechent trop ; elles passent de dessous la presse où on les a mises entre les langes pour la premiere fois, au côté droit de l'ouvrier sur une table : alors l'ouvrier remet proche de lui son plateau vuide ; ôte de dessus la pressée mise sur sa table, le premier lange qui la couvre, & l'étend au fond de son plateau ; il enleve pareillement la premiere feuille simple qui se présente : mais comme elle est mollette, pour ne la point déchirer, il prend le lange, sur lequel elle est posée, par les deux coins d'en-bas ; il corne ces deux coins ; puis il roule le reste de la main droite en allant vers la gauche, & de la gauche en allant vers la droite. Il porte en cet état la feuille roulée en deux parties avec le lange, sur le fond de son plateau. L'endroit des coins étant plus épais que le reste, fait dérouler ; & la feuille, & sous cette feuille le lange, sont étendus en un moment sur le fond du plateau. Cela fait, ou plûtôt pendant cette manoeuvre, une forme de matiere s'égoutte sur l'égouttoir ; le cartonnier en ôte aussi-tôt le chassis, le met sur une seconde forme ; remplit celle-ci, la met égoutter, & renverse la premiere sur celle qu'il a étendue sur le plateau.
Puis il retourne à la cuve ; ôte à la forme qui égouttoit, son chassis ; le met à la forme vuide ; la remplit, & la met égoutter. Pendant qu'elle égoutte, il s'avance vers sa table ; enleve de la pressée une autre feuille avec la même précaution que ci-dessus ; c'est-à-dire roulée dans son lange, & étend ce lange & cette feuille sur son plateau ; puis il prend de ces deux formes la premiere égouttée, celle qui n'a point de chassis, & la renverse sur son plateau, ou plûtôt sur la feuille de pressée.
Il retourne à sa cuve ; ôte à la forme qui égoutte son chassis ; remplit la forme qu'il tient, après lui avoir mis le chassis qu'il a ôté à l'autre, & la pose sur l'égouttoir. Tandis qu'elle égoutte, il enleve de la pressée une feuille roulée dans son lange, l'étend sur le plateau avec son lange dessous ; puis il prend des deux formes qui égouttoient, celle qui n'a point de chassis, & la renverse sur le plateau, ou plûtôt sur la feuille de pressée. Il retourne ensuite à la cuve, & réitere toute la manoeuvre que nous venons d'expliquer, jusqu'à ce qu'il ait formé une nouvelle pressée, qui ne différera de la premiere qu'en ce que entre chaque lange il ne se trouvoit qu'une feuille ; au lieu qu'ici il y en a deux, la feuille de la nouvelle fabrique, & celle de la précédente.
Quand cette pressée est faite, on remet le plateau sous la presse, & l'on presse. L'effet de la manoeuvre précédente & de celle-ci, est d'unir si bien la premiere feuille faite avec la seconde, qu'elles n'en fassent qu'une à-peu-près double en épaisseur, ce qui ne manque jamais de réussir ; la premiere feuille n'étant pas seche, la seconde étant toute molle & fluide, il se fait entr'elles une distribution égale d'humidité : la feuille de dessous reçoit, pompe même ce que la feuille de dessus en a de plus qu'elle ; de maniere que l'action de la presse les identifie sans peine. D'où il arrive que quand ces nouvelles feuilles passent à l'attelier des éplucheuses, elles sont réellement doubles d'épaisseur, & c'est tout : mais leur corps & leur consistance sont aussi parfaitement uns que si elles avoient été moulées tout d'un coup.
Quand on veut avoir des cartons de moulage très-fort, on peut en appliquer trois feuilles l'une sur l'autre entre les mêmes langes, & n'en faire qu'une de trois : mais cela ne va point jusqu'à quatre. Comme il faut que chacune soit moulée & pressée en particulier, l'humidité a le tems de s'échapper pendant ces opérations réitérées ; la feuille se seche ; & cette feuille composée déjà de trois autres, ou n'est plus assez molle pour pomper l'humidité d'une quatrieme qu'on lui appliqueroit, ou cette quatrieme, qui est simple, n'a pas assez d'humidité pour arroser & amollir celle qui est composée de trois, sur laquelle on l'étend : ainsi il arrive qu'elles ne peuvent plus se lier & faire corps.
Quand la nouvelle pressée, soit simple, soit double, soit triple, sort de dessous la presse, on l'épluche ; on la rapporte sous la presse ; on l'équarrit, & on l'envoye aux étendoirs.
Les étendoirs sont de grands greniers ; les plus airés sont les plus propres ; par la raison contraire les caves seroient les meilleurs endroits qu'on pût choisir pour les trempis. Comme il n'y a plus de langes entre les feuilles de carton quand on les équarrit, il est évident qu'on en équarrit beaucoup plus à la fois qu'on n'en presse. La quantité qu'on équarrit à la fois s'appelle une réglée : la réglée est faite d'une trentaine de poignées ; & la poignée d'une dixaine de cartons doubles. On peut apprécier là-dessus les réglées & poignées des autres sortes : elles contiennent d'autant moins de feuilles, que les feuilles sont plus fortes.
Les réglées trouvent dans les étendoirs des mains toutes prêtes à les employer : chacun se place devant sa réglée, le poinçon à la main. Cet instrument n'est autre chose qu'une espece de pointe de fer, aiguë, d'une ligne & demie de diametre au plus par le bas, de quatre à cinq pouces de long, & emmanchée comme une alêne de sellier. On enfonce cet instrument au bord de la réglée, à la profondeur de trois ou quatre pouces ; ce qui s'appelle piquer. On enleve les feuilles piquées ou une à une, ou deux à deux : ou trois à trois : une à une, si elles sont fort épaisses ; deux à deux, si elles le sont moins ; & trois à trois, si elles sont simples : cela dépend aussi un peu & de la saison qu'il fait, & de l'espace qu'on a pour tendre. Il est évident qu'il y a de l'avantage à étendre, quand on le peut, les feuilles une à une ; exposant plus de surface à l'air, elles en secheront beaucoup plus vîte. Quand on a piqué & séparé les feuilles comme il convient, on a des bouts de fil-d'archal, qu'on recourbe en S, de deux pouces de long ou environ ; on passe un des crochets de l'S dans le trou de la feuille piquée, & on la suspend par l'autre crochet aux lattes du toît, qui forment des especes d'échelons en-dedans des greniers, comme tout le monde sait. Les feuilles de carton restent dix jours, douze, quinze, trois semaines étendues, selon la saison & leur épaisseur. Quand elles sont seches, on abat. Abattre, c'est détendre & ôter les aiguilles.
De ces feuilles ainsi préparées, les unes sont vendues aux Relieurs, qui les achetent dans cet état brut ; & les autres destinées à d'autres usages, sont partagées en deux portions, dont l'une revient de l'étendoir dans l'attelier des lisseurs, & l'autre est portée dans l'attelier des colleurs.
Celles qui passent dans l'attelier des lisseurs, y sont travaillées à la lissoire. La lissoire des Cartonniers se meut précisément comme celle des Cartiers, par un gros bâton appliqué par son extrémité supérieure à une planche attachée par un bout à une poutre, & qui fait ressort par l'autre bout, celui auquel le bâton de la lissoire est appliqué : ce bâton est fendu par son extrémité inférieure ; cette extrémité est encore arrondie circulairement. La langue L de la boîte de la lissoire, fig. 6. entre dans la fente du bâton ; & les extrémités arrondies du bâton se placent dans les échancrures concaves M. Cette boîte se meut de bas en haut, & de haut en bas de la feuille de carton, par le moyen des mains N, N. Les feuilles ou sont placées les unes sur les autres en pile, ou sur un bloc, & sont applanies par le cylindre O O, placé sous la lissoire où l'on a pratiqué un canal concave qui le reçoit à moitié. Ce cylindre est de fer poli ; & il se meut sur deux tourillons reçus dans deux pattes de fer, fixées aux deux bouts de la boîte de la lissoire, comme on voit. Au sortir de la lissoire, on peut les vendre. Il faut observer que celles des feuilles qui viennent de l'étendoir pour être lissées, ne doivent pas être bien seches ; sans quoi elles ne se lisseroient pas, & il faudroit les humecter.
Celles qui passent dans l'attelier des colleurs, sont ou collées les unes avec les autres, pour former du carton plus épais, ou couvertes de papier blanc auquel elles servent d'ame : d'où l'on voit qu'il y a déjà trois sortes de carton ; du carton de pur moulage, du carton de moulage collé, & du carton couvert, auquel le carton de moulage sert d'ame. Il n'y a rien de particulier sur la seconde espece, celles de feuilles de carton de moulage collées ensemble. On a de la colle de farine à l'ordinaire, ou telle que celle des Cartiers (voyez CARTIER) : on trempe une brosse dans cette colle, & l'on en enduit une feuille ; on pose sur cette feuille collée deux feuilles, dont celle de dessous n'est point collée, mais celle de dessus l'est ; on continue à prendre les feuilles deux à deux, & à ne coller que celle de dessus, & à en former des tas, dans lesquels les feuilles se trouvent seulement collées deux à deux ; on passe ces tas sous la presse ; on ôte avec une mauvaise brosse la colle que l'action de la presse fait sortir ; on sépare ces feuilles qui tiennent ensemble un peu par les bords ; on les porte à l'étendoir, où on les fait sécher sans les piquer, parce qu'elles sont assez fortes pour se soûtenir appuyées sans se courber.
On voit que pour faciliter le promt collage de ces feuilles, il est bon d'en avoir préparé les tas auparavant. Cette préparation consiste à mettre les feuilles par échelle de deux en deux : pour cet effet on prend une feuille, on la met sur une table ; on prend deux feuilles qu'on pose dessus cette premiere, de maniere qu'elle les déborde de quatre doigts par en-bas ; sur ces deux, deux autres qui correspondent à la premiere, & qui sont par conséquent débordées par en-haut de quatre doigts par les deux premieres, & ainsi de suite : on finit le tas par une seule.
Si on veut ajoûter une nouvelle feuille aux deux précédentes, pour avoir un carton d'un tiers plus épais, & composé de trois feuilles, on facilitera cette opération en prenant la même précaution ; je veux dire, en mêlant les feuilles simples & les feuilles doubles deux à deux de maniere qu'elles soient en échelle, & que si deux débordent par en-haut celles qui les précedent, elles soient débordées par en-bas par les deux qui les suivront, & en ne collant jamais que celle des deux qui est dessus. Il est évident qu'on formera ainsi toûjours des tas où les feuilles ne sont collées que deux à deux.
On continuera la même manoeuvre, mêlant, collant, pressant & séchant autant de fois qu'on voudra doubler les cartons : on parviendra de cette maniere à en former qui auront un pouce d'épais, & par-delà.
Quant aux cartons qu'on veut couvrir de beau papier, on ne suivra pas une autre méthode ; il suffit de l'avoir indiquée.
Il y a, comme on voit, bien des sortes de carton : il y en a de trois sortes de pur moulage ; du simple, du double, & du triple.
Il y en a de feuilles de moulage collées ensemble, de tant d'especes que l'on veut.
Il en est de même de celui de moulage qui est couvert de papier blanc ; car on peut également couvrir & celui qui est de pur moulage, qui donnera trois sortes de cartons couverts ; & celui qui est fait de feuilles de moulage collées, ce qui en ajoûtera un grand nombre d'autres sortes.
Outre toutes ces sortes de carton, entre lesquelles il faut observer que ceux qui sont couverts d'un seul ou des deux côtés reviennent à la lisse, & que pour les bien lisser il est souvent à propos de les savonner & chauffer auparavant, comme nous l'avons prescrit à l'article cartier (voyez CARTIER) ; outre ces especes, dis-je, on en fait de pur collage ; celui-ci est beaucoup plus fin que l'autre. On commence par lui préparer une ame de papier commun : on fait cette ame plus ou moins épaisse à discrétion, & on la couvre de beau papier. Voyez a l'article CARTIER la maniere détaillée de faire ce carton ; car celui dont on fait les cartes est de cette espece.
Il y a aussi des cartons de collage d'un grand nombre de sortes, dont la finesse se distingue par numeros. Il y en a de couverts des deux côtés, d'un seul ; des lissés des deux côtés, & d'un seul, &c.
On fait en France un commerce considérable de carton. J'ai visité les atteliers des ouvriers, que je n'ai pas trouvés aussi-bien entendus que celui que je viens de décrire : il m'a semblé qu'ils n'apportent pas à leur ouvrage autant d'attention & de propreté qu'ils y en pourroient mettre : ce n'est pas la seule occasion où j'ai remarqué que pourvû que les choses se fissent, on s'embarrassoit fort peu du comment. On se sert du carton pour relier les livres, faire des porte-feuilles, des étuis à chapeaux, à manchons, &c.
Ce sont les Papetiers-Merciers & les Papetiers-colleurs de feuilles, autrement dit Cartonniers, qui en font le négoce ; avec cette différence que ces derniers fabriquent & vendent, au lieu que les premiers ne peuvent fabriquer.
CARTON, terme d'Architecture, se dit d'un contour chantourné sur une feuille de carton ou de fer-blanc, pour tracer le profil des corniches, & pour lever les panneaux de dessus l'épure. (P)
CARTON, se dit en Peinture d'un dessein qu'on fait sur de fort papier, pour le calquer ensuite sur l'enduit frais d'une muraille, où l'on veut peindre à fresque.
Carton se dit aussi d'un dessein en grand, coloré pour travailler en mosaïque, en tapisserie, &c. Voy. TAPISSERIE.
Les cartons que l'on conserve à Hamptoncourt en Angleterre, sont des desseins de Raphael d'Urbin, faits pour être exécutés en tapisserie. (R)
CARTON ; les Imprimeurs appellent ainsi une maculature bien unie, sur laquelle ils collent des hausses pour remédier à l'inégalité du foulage, qui se rencontre à presque toutes les presses. Ce carton se place entre le petit tympan & les blanchets. Chaque ouvrage doit avoir son carton particulier. Quand il est bien fait il y a peu de hausses à mettre sur le tympan ; & presque toûjours la perfection ou la défectuosité d'une impression en dépendent, tant il est utile & de conséquence de le bien faire. Voyez HAUSSE, &c.
CARTON, terme de Libraire, de brochure & de Relieur, est un ou plusieurs feuillets détachés d'une feuille entiere. Il y a plusieurs cas où l'on est obligé de mettre des cartons dans les livres. 1°. Quand après l'impression, soit d'un manuscrit, soit d'un livre déjà imprimé, il reste de la matiere dont la quantité ne suffit pas pour faire une feuille entiere, ni même une demi-feuille, ce reste s'imprime sur un ou deux feuillets de papier séparés, & s'appelle carton. 2°. Quand pendant le cours de l'impression il s'est glissé quelques fautes grossieres dans l'ouvrage, ou quelque proposition hasardée relativement à la religion, au gouvernement, aux moeurs, ou à la réputation des particuliers, on a soin de déchirer la partie de la feuille sur laquelle se trouve ce qu'on veut supprimer, & l'on y substitue d'autres feuillets purgés de ces fautes, & ces feuillets se nomment aussi cartons.
Le public à Paris est tellement prévenu contre ces cartons, qu'on a vû des ouvrages décrédités parce qu'il y en avoit, quoiqu'ils eussent été placés pour la plus grande perfection de ces ouvrages.
CARTON, partie du métier du Rubanier ; il est attaché d'une part à la barre de la poitriniere, & d'autre au premier travers de lames, au moyen de deux ficelles qui le tiennent suspendu un peu au-dessus de l'ensuple de devant : il sert à poser les navettes & sabots, lorsqu'il y en a plusieurs, pendant que l'ouvrier en fait travailler une. On le voit très-distinctement dans les fig. de passement. Voyez leur explication.
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| CARTONNER | parmi les Tondeurs, c'est couvrir chaque pli d'une piece d'étoffe, d'un carton ou d'un vélin, avant que de la presser & de la catir.
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| CARTONNIER | S. m. (Art méch.) ouvrier qui a le droit de faire & vendre du carton. Voyez CARTON.
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| CARTOUCHE | en Architecture, est un ornement de sculpture, de pierre, de marbre, de bois, plâtre, &c. composé de membres d'Architecture, au milieu duquel est une espece de forme réguliere ou irréguliere, dont la surface est quelquefois plane, concave, convexe, ou tous les deux ensemble. Ces cartouches servent ordinairement à annoncer le nom des grands hôtels, ou à recevoir des inscriptions, des chiffres, des armoiries, des bas-reliefs, pour la décoration extérieure & intérieure des églises, communautés, ou pour la décoration des appartemens. Ce mot vient de l'italien cartoccio, qui signifie la même chose.
On appelle aussi cartouche le dessein qu'on met au bas des plans ou cartes de Géographie, & qui sert à renfermer le titre ou le blason de celui à qui on le veut présenter. Ces cartouches sont susceptibles d'attributs ou d'allégories qui doivent être relatives à celui à qui l'on présente ces desseins, ou à leur objet.
On appelle cartel les petits cartouches qui servent dans les décorations des frises ou panneaux de menuiserie, & généralement ceux qu'on employe dans les bordures des tableaux aux couronnemens des trumeaux, cheminées, pilastres, &c.
En général il faut éviter le genre tourmenté & trop pittoresque dans ces sortes de sculptures ; leur composition demande de la retenue, aussi-bien que toutes les autres productions analogues à l'Architecture. Voyez ce qui a été dit au sujet des amortissemens. (P)
CARTOUCHE, (Peinture) est une espece de bordure d'ornemens peints ou sculptés, qui renferment des tableaux, des bas-reliefs, des trophées, des inscriptions ou devises, &c.
On fait des cartouches de toutes sortes de formes, & on les compose de tout ce que le caprice ou la mode peut suggérer : on les appelle cartouches, parce qu'ils ont quelquefois des parties qui ressemblent à des cartons roulés & entortillés. Aujourd'hui même ils conservent encore quelques parties de ces cartons qui leur ont donné nom, & dont ces ornemens ont été composés dans leur origine. (R)
CARTOUCHE, en Jardinage, est un ornement régulier en forme de tableau, avec des enroulemens, qui se répete souvent aux deux côtés ou aux quatre coins d'un parterre ; le milieu se remplit d'une coquille de gason, ou d'un fleuron de broderie. (K)
CARTOUCHES, GARGOUGES, GARGOUCHES, ou GARGOUSSES : on se sert presque également de ces mots dans l'Artillerie, pour signifier une espece de boîte faite d'un parchemin ou d'un papier en plusieurs doubles, ou d'une feuille de fer-blanc, ou même de bois, qui renferme la charge de poudre & le boulet, & qui se met dans une piece lorsque l'on est tellement pressé de tirer, que l'on n'a pas le tems de s'ajuster.
Quand on n'y met pas de boulet, l'on y met des balles de plomb, des clous, des chaînes, & de la mitraille de fer, afin que le coup écarte davantage.
Sur-tout les cartouches à grappes de raisin, qui sont des balles de plomb jointes avec de la poix, enfermée dans une toile claire, & disposées sur une petite planche en forme pyramidale autour d'un piquet de bois qui s'éleve du milieu de la planche, sont d'une grande utilité dans un combat ou dans une bataille.
Il y a des moules de bois dont on se sert pour serrer ces gargouges & cartouches, afin de pouvoir les faire avec plus de propreté & de justesse.
On fait aussi des cartouches à mousquetaires, qui portent la charge de poudre & la balle au bout ; & le soldat n'a autre chose à faire quand il veut charger son fusil ou son mousquet, que de déchirer avec la dent cette cartouche, qui est très-bien collée partout, par le bout qui doit répondre à la lumiere & au bassinet du canon du fusil ou du mousquet où il amorce ; & cette invention abrege beaucoup de tems.
Il faut encore observer que quoique bien des officiers, & des auteurs même fort habiles, confondent la cartouche avec la gargouge ; il est certain néanmoins que l'usage nous apprend que la gargouge ne doit s'entendre que de ce qui renferme la poudre seule ; & que la cartouche est ce qui renferme les clous, chaînes, balles de plomb, & autres mitrailles & ferrailles que l'on met dans la piece au lieu de boulet, soit sur une breche, ou sur un retranchement, soit lorsque l'on se trouve près des ennemis dans une bataille : on dit alors tirer à cartouche.
Les gargouges sont de papier, parchemin, ou toile : les meilleures & les plus sûres sont celles qui sont faites de parchemin, parce que le feu ne s'y attache point ; le parchemin ne fait que griller, sans s'attacher à la piece. Le papier & la toile ont cette incommodité, qu'ils laissent presque toûjours quelque lambeau accroché au métal de l'ame de la piece avec du feu ; ce qui a souvent causé de fort fâcheux accidens, & ordinairement ces malheurs arrivent quand on est près de l'ennemi & pressé : car quand il faut servir une piece, les canoniers négligent d'écouvillonner ; la nouvelle gargouge que l'on fourre dans la piece rencontrant ce papier ou cette toile allumée, prend feu, & en ressortant de la piece, brise avec la hampe de la lanterne ou de l'écouvillon les bras & les jambes de ceux qui chargent, & les tue fort souvent.
Lorsque l'on sera obligé de se servir de papier ou de toile dans l'occasion, il ne faut pas oublier d'écouvillonner à chaque coup, & pour celles de parchemin, de trois coups en trois coups.
La longueur des gargouges sera de quatre calibres de la piece où elles devront servir, dont un demi-calibre servira à fermer le cul, & un autre pour fermer le dessus quand la poudre y sera ; cette poudre doit être charge ordinaire. Celles de parchemin ne feront qu'un tour, avec un peu plus de largeur pour la couture : elles seront trempées dans le vinaigre, afin de les coudre plus facilement. A celles de toile la largeur de la couture doit être en-dedans la gargouge ; les ourlets seront froncés avec de la ficelle.
L'on pourra aux gargouges de toile laisser deux calibres de plus, au-dessus de ce qui sera froncé quand elles seront pleines de poudre : cela sert à y mettre des balles de plomb ou de la mitraille, le tout bien fermé : l'on en pourra faire autant avec le parchemin, & alors elles se nomment cartouches. Elles sont bonnes pour tirer promtement & de près. Quand on pourra avoir des cartouches de fer-blanc, elles vaudront mieux ; elles portent plus loin : elles auront de longueur un calibre demi-quart, le diametre comme les gargouges, fermées par un bout de fer-blanc ainsi qu'une mesure ; & lorsqu'on aura rempli la cartouche de balles à la hauteur d'un calibre, l'on y fera entrer un tampon de bois long d'un demi-calibre, sur lequel on attachera avec des clous les bords de la cartouche. En les fourrant dans l'ame des pieces, il faudra prendre garde que le côté du tampon soit mis le premier dans la piece.
L'on fait encore des cartouches en pomme de pin : c'est un boulet de même fer que les autres, qui fait le noyau de la cartouche : sa figure est en pyramide ronde ; la base est égale au calibre d'un boulet proposé pour la piece avec laquelle on voudra la tirer ; sa hauteur est d'un calibre & demi. On le trempe dans la poix goudronnée, ensuite on le roule sur des balles de plomb ; & quand il est bien couvert de balles de plomb, on le trempe dans le même goudron, après quoi on peut s'en servir, en poussant le gros bout devant dans la piece.
Mais les cartouches de fer-blanc valent mieux sur terre, & coûtent moins de tems à faire : les pommes de pin sont bonnes pour tirer sur mer : car outre que les balles qui y sont attachées en s'écartant blessent bien des gens sur le grand pont, le noyau fait encore bien du fracas où il touche.
L'on peut aussi remplir les cartouches de fer-blanc de toutes sortes d'especes de ferraille. Si l'on manque de matieres dans les occasions pour faire des gargouges & cartouches, l'on pourra charger le canon à l'ordinaire, & y mettre par-dessus le fourrage de la ferraille, des balles de plomb, ou des petits boulets ; même jusqu'à de petits cailloux ronds ; de cette façon les pieces en souffriront davantage ; mais dans l'occasion le génie doit suppléer au défaut de ce qui manque. Mém. de l'Artill. de Saint Remy. (Q)
CARTOUCHE : on appelle ainsi toutes sortes de boîtes de carton, cubiques, sphériques, cylindriques, ou mixtes, dans lesquelles on renferme les matieres combustibles des artifices, pour en déterminer & varier les effets ; les cylindriques sont les plus ordinaires. Ce mot est masculin chez les Artificiers, & féminin pour les charges des armes à feu : on dit dans l'exercice, déchirez la cartouche avec les dents.
On peut faire les cartouches de différentes matieres, comme de bois, de toile, de parchemin, de carton, & de papier. Ceux de bois ne sont plus en usage, à cause des inconvéniens qu'on y a trouvés : premierement, tous les bois n'y sont pas propres ; il faut en choisir de lians, de doux, & de legers, comme le tilleul, le saule, & autres semblables : secondement, il faut des ouvriers accoûtumés à les creuser & tourner proprement, & d'une figure très-uniforme ; ce qu'on ne trouve point par-tout : troisiemement, ils sont sujets à se fendre pendant qu'on les charge, ou à crever lorsque l'artifice s'enflamme, desorte qu'ils lancent des éclats qui peuvent blesser les spectateurs. Les cartouches de toile ne sont propres qu'à renfermer les artifices destines pour l'eau ; parce qu'on a soin de les goudronner pour empêcher qu'elle ne penetre au travers. Le parchemin seroit assez bon pour faire les cartouches : mais c'est une matiere trop chere, difficile à manier, & qui se tourmente aisément ; il vaut donc mieux se servir de carton ou de bon papier.
On trouve à Paris du carton pour les fusées, qu'on appelle carte de moulage, dont les épaisseurs sont désignées par le nombre des feuilles du gros papier collé dont il est composé, comme un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit ; on achete de gros papier gris, qui est très-commun ; on en colle deux ou trois feuilles ensemble, plus ou moins suivant la force & l'épaisseur qu'on veut donner au carton, eu égard à l'emploi qu'on en veut faire. Pour les petits cartouches, celui de deux feuilles suffit ; pour les plus gros, on en met trois, & même quatre, cinq, & six.
Pour les coller, on prépare de la pâte de farine liquide qu'on fait un peu cuire, ayant soin de la bien délayer, à laquelle on peut ajoûter, si l'on veut, de la colle-forte. On l'étend avec une brosse sur la premiere feuille de papier, pour y en appliquer une seconde ou une troisieme qui forme la feuille du carton ; on arrange ensuite toutes les feuilles de carton qu'on vient de faire en une pile, comme celles d'un livre, sur laquelle on met un bout de planche unie qu'on charge d'un poids capable de les presser & applanir, afin que les feuilles ne laissent aucun vuide entr'elles, & que la colle prenne également partout.
Après avoir ainsi laissé les feuilles de carton en presse pendant quelques heures, on les disperse dans un lieu couvert pour les faire sécher doucement ; & supposé qu'elles viennent à se tourmenter, on les remet encore sous la presse. De cette maniere on a du carton uni, & d'une épaisseur convenable à la grandeur des cartouches qu'on veut faire.
Les cartouches les plus usités sont de figure cylindrique, parce qu'après la sphérique, il n'y en a point de plus simple, ni de plus propre à contenir les matieres : elle a même cet avantage sur la sphérique, qu'on peut les y fouler autant qu'on veut, & d'une égale compression ; ce qui est nécessaire à la formation de la plûpart des artifices.
Pour former ces sortes de cartouches, il faut avoir un rouleau de bois tourné & également épais, suivant la grosseur déterminée pour la piece d'artifice qu'on veut faire. Les rouleaux étant faits, on coupe le carton ou le papier qu'on veut employer, de la grandeur convenable à la piece qu'on veut faire ; & parce que le développement d'un cylindre est un parallélogramme ou quarré long, il n'y a point de façon dans cette coupe.
Les épaisseurs des cartouches doivent être proportionnées, non-seulement à la grosseur des artifices, mais encore à la force du feu que produisent les matieres dont ils sont remplis, laquelle vient de leur qualité plus ou moins vive, & d'un volume de flamme plus ou moins grand. Premierement ils sont plus ou moins forts, suivant la qualité & la force du papier ou du carton dont ils sont faits. Secondement, ils dépendent encore d'une exacte application de chaque feuille dans toute l'étendue de la révolution sur le rouleau qui sert à les former ; car lorsqu'elles ne laissent pas de vuide entr'elles, leur résistance n'est pas divisée par parties interrompues, mais répandue sur toute la circonférence, ensorte qu'elle en devient plus grande.
Les cartouches étant bien faits, & en tel nombre qu'on veut, on les range proprement sur une planche, de maniere qu'ils ne se touchent pas, pour les faire secher doucement à l'ombre, parce qu'ils se décollent & se courbent lorsqu'on les fait secher trop vîte au soleil, ou trop près du feu : là on a soin de les tourner de tems en tems, pour qu'ils sechent également de tous côtés, & qu'ils ne se défigurent pas.
Lorsque les cartouches sont à-peu-près à moitié secs, il faut les étrangler par un bout, c'est-à-dire, en resserrer tellement l'ouverture, qu'il n'y reste qu'un trou de grandeur à recevoir une branche de fer qui doit y entrer ; quelquefois il faut les fermer tout-à-fait pour les remplir de matieres combustibles.
Il n'y a qu'un tems propre pour cette opération ; parce que si les cartouches sont trop humides, ils se chiffonnent & se coupent, s'ils sont trop secs, ils font trop de résistance ; on ne peut les étrangler qu'avec une grande force, qui fait souvent casser la corde ou la ficelle dont on se sert.
La maniere ordinaire d'étrangler un cartouche, est de le comprimer si fort par un tour de ficelle, que le carton s'enfonce dans lui-même par de petits plis rentrans qui en bouchent l'orifice, ou en tout ou en partie, suivant l'usage qu'on en doit faire.
Pour cet effet, on a une petite corde ou ficelle faite exprès de grosseur proportionnée aux cartouches qu'on veut étrangler, appellée filagore, qu'on attache par un bout à un poteau solide, à la hauteur de trois à quatre piés ; & à l'autre bout on fait une boucle, dans laquelle on introduit le milieu d'un bâton d'environ dix-huit à vingt pouces de long, qu'on fait passer sous les fesses, comme si l'on vouloit s'asseoir dessus.
On frotte la filagore de savon, & l'on prend d'une main le cartouche dans lequel on a mis le rouleau jusqu'à un demi-pouce près du bout qu'on veut étrangler plus ou moins, suivant la grosseur du cartouche, & de l'autre on tient dans son orifice un bout de rouleau avancé seulement en-dedans de quelques lignes ; ensorte qu'il reste un certain intervalle vuide entre les deux bouts de bois, dans lequel le carton pressé par la ficelle, puisse s'enfoncer & resserrer en cet endroit son ouverture, ou tout-à-fait, ou seulement autant qu'il faut pour y introduire une broche de fer de la grosseur convenable à la lumiere par laquelle on doit donner le feu à l'artifice.
Sur cet espace vuide, on fait passer deux tours de la ficelle qu'on tend fortement en se reculant, comme pour s'asseoir sur le bâton dont on vient de parler ; desorte qu'elle fait un tel effort sur le cartouche, qu'elle l'enfonce & y grave sa trace : mais comme elle s'enfonceroit plus d'un côté que de l'autre, on a soin de tourner le cartouche pour exposer successivement sa circonférence au point où se fait la plus grande pression de la ficelle ; par ce moyen, elle se grave également tout-autour, & il se forme à l'orifice une gorge fort réguliere en façon d'écuelle. Lorsque l'orifice est fermé au point qu'on le demande, on dégage le cartouche de la filagore, & on lui substitue aussi-tôt un lien de plusieurs tours de gros fil ou de ficelle à paumier, qu'on arrête avec un noeud coulant, pour empêcher que le ressort du carton ne fasse r'ouvrir la partie étranglée. Ceux qui desireront s'instruire plus à fond sur cette matiere, n'ont qu'à consulter le traité des feux d'artifice de M. Frezier, où ils trouveront un détail qui n'eût aucunement convenu à un Dictionnaire.
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| CARTULAIRES | S. f. pl. (Hist. mod.) nom qu'on donne aux papiers terriers des églises ou des monasteres, où sont écrits les contrats d'acquisition, de vente, d'échange, les priviléges, immunités, exemptions, chartres, & autres titres primordiaux. Ces recueils sont de beaucoup postérieurs à la plûpart des actes qui y sont compris ; on ne les a même inventés que pour conserver des doubles de ces actes. Ce qui fait que les critiques soupçonnent ces actes de n'être pas toûjours authentiques, soit qu'on y en ait glissé de faux, soit qu'on ait altéré les véritables. (G)
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| CARULOM | (Géog.) petite riviere de Bulgarie, qui tombe dans le Danube, près de Nicopoli.
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| CARUS | S. m. de , sommeil profond, terme de Medecine, espece de maladie léthargique qui consiste dans un profond assoupissement, avec privation subite du sentiment & du mouvement, & accompagné d'une fievre aiguë.
Le carus differe du coma en ce que le malade affligé du coma répond lorsqu'on lui parle, ce que ne fait pas celui qui est affligé du carus. Voyez COMA.
Il differe de la léthargie par la fievre dont il est accompagné : au lieu que la léthargie est sans fievre, & que de plus si on agite ou qu'on pique la personne en léthargie, le sentiment lui revient ; ce qui n'arrive pas de même dans le carus. Voyez LETHARGIE.
Il differe de l'apoplexie propre, en ce qu'il laisse la respiration libre : au lieu qu'elle ne l'est jamais dans l'apoplexie. Voyez APOPLEXIE.
Il differe de l'épilepsie, en ce que le malade n'est point agité dans le carus, & n'écume pas comme il fait dans l'épilepsie. Il differe de la syncope, en ce que dans le carus le pouls est élevé & le visage rouge ; au lieu que dans la syncope le pouls est bas & la face cadavéreuse ; Il differe de la suffocation hystérique, en ce que dans celle-ci le malade entend ce qu'on lui dit & s'en souvient, ce qu'il ne fait pas dans le carus. Voyez SYNCOPE, éPILEPSIE, &c. (N)
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| CARVI | S. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleurs en rose, disposées en ombelles, & composées de plusieurs pétales faits en forme de coeur, inégaux, rangés en rond, & soûtenus par le calice, qui devient un fruit composé de deux petites semences renflées & cannelées d'un côté, & plates de l'autre. Ajoûtez aux caracteres de ce genre que les feuilles sont légerement découpées, & rangées par paires le long d'une côte. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Le carvi officinarum, C. B. Pin. 158. est d'usage en Medecine ; sa semence est une des semences chaudes ; elle est stomacale, carminative, bonne contre la colique & la foiblesse d'estomac ; propre pour aider la digestion, pour exciter l'urine, & augmenter le lait des nourrices.
Ses préparations officinales sont sa semence confite avec du sucre, & l'huile qu'on en tire par la distillation.
L'huile essentielle de carvi est acre & fort pénétrante ; on l'ordonne à cinq ou six gouttes dans l'huile d'amandes douces. Pour la surdité on en met quelques gouttes dans de bon esprit de vin, que l'on injecte dans l'oreille. (N)
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| CARYATIDES | S. f. (Architect.) Statues de femmes sans bras, vêtues décemment, & placées par ornement ou pour soûtien aux architraves des édifices. Vitruve en raconte l'origine de la maniere suivante. Il dit que Carie dans le Péloponese, ayant été prise & ruinée par les autres Grecs, vainqueurs des Perses, avec lesquels les Cariates s'étoient ligués, les hommes furent passés au fil de l'épée, & les femmes emmenées en esclavage, où l'on contraignit les plus qualifiées d'entr'elles à garder leurs longues robes & leurs ornemens ; & il ajoûte que dans la suite, pour éterniser la mémoire de la trahison & du châtiment, les architectes substituerent en plusieurs édifices publics, des figures de femmes Cariates aux pilastres & aux colonnes.
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| CARYATIS | (Myth.) surnom de Diane en l'honneur de laquelle les jeunes filles de la Laconie s'assembloient dans le tems de la récolte des noix, & célebroient une fête appellée carya, c'est-à-dire la fête de Diane des noix.
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| CARYOCOSTIN | (électuaire) se compose de la façon suivante. Prenez clous de girofle, costus blanc, zédoaire, gingembre, semence de cumin, de chacun deux gros ; hermodactes mondées, diagrede, de chacun demi-once ; miel rosat cuit en consistance d'électuaire mou, trois fois la quantité du tout. Pulvérisez le tout, à l'exception du diagrede que vous n'ajoûterez qu'après avoir mêlé le reste avec le miel rosat, au moyen d'une spatule de bois ; faites un électuaire selon l'art.
Cette composition est bonne pour les gens robustes, forts, les pituiteux & les hydropiques : mais il ne convient point aux personnes délicates. La dose est depuis un gros jusqu'à six.
On prétend que ce purgatif est excellent dans les maladies soporeuses, & dans la goutte.
On appelle cet électuaire caryocostin, du nom de deux des ingrédiens qui entrent dans sa composition, qui sont le costus, & les clous de girofles ; appellés en latin caryophilli. (N)
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| CAS | S. m. terme de Grammaire ; ce mot vient du latin casus, chûte, rac. cadere, tomber. Les cas d'un nom sont les différentes inflexions ou terminaisons de ce nom ; l'on a regardé ces terminaisons comme autant de différentes chûtes d'un même mot. L'imagination & les idées accessoires ont beaucoup de part aux dénominations ; & à bien d'autres sortes de pensées ; ainsi ce mot cas est dit ici dans un sens figuré & métaphorique. Le nominatif, c'est-à-dire, la premiere dénomination tombant, pour ainsi dire, en d'autres terminaisons, fait les autres cas qu'on appelle obliques. Nominativus sive rectus, cadens à suâ terminatione in alias, facit obliquos casus. Prisc. liv. v. de casu.
Ces terminaisons sont aussi appellées désinances ; mais ces mots terminaison, désinance, sont le genre. Cas est l'espece, qui ne se dit que des noms ; car les verbes ont aussi des terminaisons différentes, j'aime, j'aimois, j'aimerai ; &c. Cependant on ne donne le nom de cas, qu'aux terminaisons des noms, soit au singulier, soit au pluriel. Pater, patris, patri, patrem, patre ; voilà toutes les terminaisons de ce mot au singulier, en voilà tous les cas, en observant seulement que la premiere terminaison pater, sert également pour nommer & pour appeller.
Les noms hébreux n'ont point de cas, ils sont souvent précédés de certaines prépositions qui en font connoître les rapports : souvent aussi c'est le sens, c'est l'ensemble des mots de la phrase qui, par le méchanisme des idées accessoires & par la considération des circonstances, donne l'intelligence des rapports des mots ; ce qui arrive aussi en latin à l'égard des noms indéclinables, tels que fas & nefas, cornu, &c. Voyez la grammaire hébraïque de Masclef, tom. I. c. ij. n. 6.
Les Grecs n'ont que cinq cas, nominatif, genitif, datif, accusatif, vocatif : mais la force de l'ablatif est souvent rendue par le genitif, & quelquefois par le datif. Ablativi formâ Graeci carent, non vi, quae genitivo & aliquando dativo refertur. Canisii Hellenismi, Part. orat. p. 87.
Les Latins ont six cas, tant au singulier qu'au pluriel, nominatif, génitif, datif, accusatif, vocatif, ablatif. Nous avons déjà parlé de l'ablatif & de l'accusatif ; il seroit inutile de répeter ici ce que nous disons en particulier de chacun des autres cas : on peut le voir en leur rang.
Il suffira de dire ici un mot du nom de chaque cas.
Le premier, c'est le nominatif ; il est appellé cas par extension, & parce qu'il doit se trouver dans la liste des autres terminaisons du nom ; il nomme, il énonce l'objet dans toute l'étendue de l'idée qu'on en a sans aucune modification ; & c'est pour cela qu'on l'appelle aussi le cas direct, rectus : quand un nom est au nominatif, les Grammairiens disent qu'il est in recto.
Le génitif est ainsi appellé, parce qu'il est pour ainsi dire le fils aîné du nominatif, & qu'il sert ensuite plus particulierement à former les cas qui le suivent ; ils en gardent toûjours la lettre caractéristique ou figurative, c'est-à-dire celle qui précede la terminaison propre qui fait la différence des déclinaisons ; par ex. is, i, em, ou im, e ou i, sont les terminaisons des noms de la troisieme déclinaison des latins au singulier. Si vous avez à décliner quelqu'un de ces noms, gardez la lettre qui précédera is au génitif : par ex. nominatif rex, c'est-à-dire regs, génitif reg-is, ensuite reg-i, reg-em, reg-e, & de même au pluriel, reg-es, reg-um, reg-ibus. Genitivus naturale vinculum generis possidet : nascitur quidem à nominativo, generat autem omnes obliquos sequentes. Prisc. lib. V. de casu.
Le datif sert à marquer principalement le rapport d'attribution, le profit, le dommage, par rapport à quoi, le pourquoi, finis cui.
L'accusatif accuse, c'est-à-dire déclare l'objet, ou le terme de l'action que le verbe signifie : on le construit aussi avec certaines prépositions & avec l'infinitif. Voyez ACCUSATIF.
Le vocatif sert à appeller ; Priscien l'appelle aussi salutatorius, vale domine, bon jour monsieur, adieu monsieur.
L'ablatif sert à ôter avec le secours d'une préposition. Nous en avons parlé fort au long. Voyez ABLATIF.
Il ne faut pas oublier la remarque judicieuse de Priscien : " Chaque cas, dit-il, a plusieurs usages ; mais les dénominations se tirent de l'usage le plus connu & le plus fréquent ". Multas alias quoque & diversas unusquisque casus habet significationes, sed à notioribus & frequentioribus acceperunt nominationem, sicut in aliis quoque multis hoc invenimus. Prisc. l. V. de casu.
Quand on dit de suite & dans un certain ordre toutes les terminaisons d'un nom, c'est ce qu'on appelle décliner : c'est encore une métaphore ; on commence par la premiere terminaison d'un nom, ensuite on descend, on décline, on va jusqu'à la derniere.
Les anciens Grammairiens se servoient également du mot décliner, tant à l'égard des noms qu'à l'égard des verbes : mais il y a long-tems qu'on a consacré le mot de décliner aux noms ; & que lorsqu'il s'agit de verbes, on dit conjuguer, c'est-à-dire ranger toutes les terminaisons d'un verbe dans une même liste, & tous de suite, comme sous un même joug ; c'est encore une métaphore.
Il y a en latin quelques mots qui gardent toûjours la terminaison de leur premiere dénomination : on dit alors que ces mots sont indéclinables ; tels sont fas, nefas, cornu au singulier, &c. Ainsi ces mots n'ont point de cas.
Cependant quand ces mots se trouvent dans une phrase ; comme lorsqu'Horace a dit, fas atque nefas exiguo fine libidinum discernunt avidi. L. I. od. xviij. v. 10. Et ailleurs : & peccare nefas, aut pretium est mori. L. III. od. jv. v. 24. Et Virgile : jam cornu petat. Ecl. jv. v. 57. Cornu ferit ille, caveto. Ecl. jx. v. 25. alors le sens, c'est-à-dire l'ensemble des mots de la phrase fait connoître la relation que ces mots indéclinables ont avec les autres mots de la même proposition, & sous quel rapport ils y doivent être considérés.
Ainsi dans le premier passage d'Horace je vois bien que la construction est, illi avidi discernunt fas & nefas. Je dirai donc que fas & nefas sont le terme de l'action ou l'objet de discernunt, &c. Si je dis qu'ils sont à l'accusatif, ce ne sera que par extension & par analogie avec les autres mots latins qui ont des cas, & qui en une pareille position auroient la terminaison de l'accusatif. J'en dis autant de cornu ferit ; ce ne sera non plus que par analogie qu'on pourra dire que cornu est là à l'ablatif ; & l'on ne dira ni l'un ni l'autre, si les autres mots de la langue latine étoient également indéclinables.
Je fais ces observations pour faire voir, 1°. que ce sont les terminaisons seules, qui par leur variété constituent les cas, & doivent être appellées cas : ensorte qu'il n'y a point de cas, ni par conséquent de déclinaison dans les langues où les noms gardent toûjours la terminaison de leur premiere dénomination ; & que lorsque nous disons un temple de marbre, ces deux mots de marbre, ne sont pas plus un génitif que les mots latins de marmore, quand Virgile a dit, templum de marmore, Georg. L. III. v. 13. & ailleurs : ainsi à & de ne marquent pas plus des cas en françois que par, pour, en, sur, &c. Voyez ARTICLE.
2°. Le second point qui est à considérer dans les cas, c'est l'usage qu'on en fait dans les langues qui ont des cas.
Ainsi il faut bien observer la destination de chaque terminaison particuliere : tel rapport, telle vûe de l'esprit est marquée par tel cas, c'est-à-dire par telle terminaison.
Or ces terminaisons supposent un ordre dans les mots de la phrase, c'est l'ordre successif des vûes de l'esprit de celui qui a parlé ; c'est cet ordre, qui est le fondement des relations immédiates des mots de leurs enchaînemens & de leurs terminaisons. Pierre bat Paul ; moi aimer toi, &c. On va entendre ce que je veux dire.
Les cas ne sont en usage que dans les langues où les mots sont transposés, soit par la raison de l'harmonie, soit par le feu de l'imagination, ou par quelqu'autre cause.
Or quand les mots sont transposés, comment puis-je connoître leurs relations ?
Ce sont les différentes terminaisons, ce sont les cas qui m'indiquent ces relations ; & qui lorsque la phrase est finie, me donnent le moyen de rétablir l'ordre des mots, tel qu'il a été nécessairement dans l'esprit de celui qui a parlé lorsqu'il a voulu énoncer sa pensée par des mots ; par exemple :
Frigidus agricolam si quando continet imber.
Virg. Georg. Lib. I. v. 259.
Je ne puis pas douter que lorsque Virgile a fait ce vers, il n'ait joint dans son esprit l'idée de frigidus à celle d'imber ; puisque l'un est le substantif, & l'autre l'adjectif. Or le substantif & l'adjectif sont la chose même ; c'est l'objet considéré comme tel : ainsi l'esprit ne les a point séparés.
Cependant voyez combien ici ces deux mots sont éloignés l'un de l'autre : frigidus commence le vers, & imber le finit.
Les terminaisons font que mon esprit rapproche ces deux mots, & les remet dans l'ordre des vûes de l'esprit, relatives à l'élocution ; car l'esprit ne divise ainsi ses pensées que par la nécessité de l'énonciation.
Comme la terminaison de frigidus me fait rapporter cet adjectif à imber, de même voyant qu'agricolam est à l'accusatif, j'apperçois qu'il ne peut avoir de rapport qu'avec continet : ainsi je range ces mots selon leur ordre successif, par lequel seul ils font un sens, si quando imber frigidus continet domi agricolam. Ce que nous disons ici est encore plus sensible dans ce vers.
Aret ager ; vitio, moriens, sitit, aëris, herba.
Virg. Ecl. vij. v. 57.
Ces mots ainsi séparés de leurs corrélatifs, ne font aucun sens.
Est sec, le champ, vice, mourant, a soif, de l'air, l'herbe, mais les terminaisons m'indiquent les corrélatifs, & dès-lors je trouve le sens. Voilà le vrai usage des cas.
Ager aret, herba moriens sitit prae vitio aeris. Ainsi les cas sont les signes des rapports, & indiquent l'ordre successif, par lequel seul les mots font un sens. Les cas n'indiquent donc le sens que relativement à cet ordre ; & voilà pourquoi les langues, dont la syntaxe suit cet ordre, & ne s'en écarte que par des inversions legeres aisées à appercevoir, & que l'esprit rétablit aisément ; ces langues, dis-je, n'ont point de cas ; ils y seroient inutiles, puisqu'ils ne servent qu'à indiquer un ordre que ces langues suivent ; ce seroit un double emploi. Ainsi si je veux rendre raison d'une phrase françoise ; par exemple de celle-ci, le Roi aime le peuple, je ne dirai pas que le roi est au nominatif, ni que le peuple est à l'accusatif ; je ne vois en l'un ni en l'autre mot qu'une simple dénomination, le Roi, le peuple : mais comme je sai par l'usage l'analogie & la syntaxe de ma langue, la simple position de ces mots me fait connoître leurs rapports & les différentes vûes de l'esprit de celui qui a parlé.
Ainsi je dis 1°. que le Roi paroissant le premier est le sujet de la proposition, qu'il est l'agent, que c'est la personne qui a le sentiment d'aimer.
2°. Que le peuple étant énoncé après le verbe, le peuple est le complément d'aime : je veux dire que aime tout seul ne feroit pas un sens suffisant, l'esprit ne seroit pas satisfait. Il aime : hé quoi ? le peuple. Ces deux mots aime le peuple, font un sens partiel dans la proposition. Ainsi le peuple est le terme du sentiment d'aimer ; c'est l'objet, c'est le patient ; c'est l'objet du sentiment que j'attribue au Roi. Or ces rapports sont indiqués en françois par la place ou position des mots ; & ce même ordre est montré en latin par les terminaisons.
Qu'il me soit permis d'emprunter ici pour un moment le style figuré. Je dirai donc qu'en latin l'harmonie ou le caprice accordent aux mots la liberté de s'écarter de la place que l'intelligence leur avoit d'abord marquée. Mais ils n'ont cette permission qu'à condition qu'après que toute la proposition sera finie, l'esprit de celui qui lit ou qui écoute les remettra par un simple point de vûe dans le même ordre où ils auront été d'abord dans l'esprit de celui qui aura parlé.
Amusons-nous un moment à une fiction. S'il plaisoit à Dieu de faire revivre Cicéron, de nous en donner la connoissance, & que Dieu ne donnât à Cicéron que l'intelligence des mots françois, & nullement celle de notre syntaxe, c'est-à-dire de ce qui fait que nos mots assemblés & rangés dans un certain ordre font un sens ; je dis que si quelqu'un disoit à Cicéron : illustre romain, après votre mort Auguste vainquit Antoine. Cicéron entendroit chacune de ces paroles en particulier, mais il ne connoîtroit pas quel est celui qui a été le vainqueur, ni celui qui a été vaincu ; il auroit besoin de quelques jours d'usage, pour apprendre parmi nous que c'est l'ordre des mots, leur position, & leur place, qui est le signe principal de leurs rapports.
Or, comme en latin il faut que le mot ait la terminaison destinée à sa position, & que sans cette condition la place n'influe en rien pour faire entendre le sens, Augustus vicit Antonius ne veut rien dire en latin. Ainsi Auguste vainquit Antoine, ne formeroit d'abord aucun sens dans l'esprit de Ciceron ; parce que l'ordre successif ou significatif des vûes de l'esprit n'est indiqué en latin que par les cas ou terminaisons des mots : ainsi il est indifférent pour le sens de dire Antonium vicit Augustus, ou Augustus vicit Antonium. Cicéron ne concevroit donc point le sens d'une phrase, dont la syntaxe lui seroit entierement inconnue. Ainsi il n'entendroit rien à Auguste vainquit Antoine ; ce seroit-là pour lui trois mots qui n'auroient aucun signe de rapport. Mais reprenons la suite de nos réflexions sur les cas.
Il y a des langues qui ont plus de six cas, & d'autres qui en ont moins. Le pere Galanus théatin, qui avoit demeuré plusieurs années chez les Arméniens, dit qu'il y a dix cas dans la langue arménienne. Les Arabes n'en ont que trois.
Nous avons dit qu'il y a dans une langue & en chaque déclinaison autant de cas, que de terminaisons différentes dans les noms ; cependant le génitif & le datif de la premiere déclinaison des Latins, sont semblables au singulier. Le datif de la seconde est aussi terminé comme l'ablatif ; il semble donc qu'il ne devroit y avoir que cinq cas en ces déclinaisons. Mais 1°. il est certain que la prononciation de l'a au nominatif de la premiere déclinaison, étoit différente de celle de l'a à l'ablatif : le premier est bref, l'autre est long.
2°. Le génitif fut d'abord terminé en ai, d'où l'on forme ae pour le datif. In primâ declinatione dictum olim mensai, & hinc deinde formatum in dativo mensae. Perizonius in Sanctii Minervâ, L. I. c. vj. n. 4.
3°. Enfin l'analogie demande cette uniformité de six cas dans les cinq déclinaisons, & alors ceux qui ont une terminaison semblable, sont des cas par imitation avec les cas des autres terminaisons, ce qui rend uniforme la raison des constructions : casus sunt non vocis, sed significationis, nec non etiam structurae rationem servamus. Prisc. L. V. de casu.
Les rapports qui ne sont pas indiqués par des cas en grec, en latin, & dans les autres langues qui ont des cas, ces rapports, dis-je, sont suppléés par des prépositions, clam patrem. Teren. Hecy. Act. III. sc. iij. v. 36.
Ces prépositions qui précedent les noms équivalent à des cas pour le sens, puisqu'elles marquent des vûes particulieres de l'esprit ; mais elles ne sont point des cas proprement dits, car l'essence du cas ne consiste que dans la terminaison du nom, destinée à indiquer une telle relation particuliere d'un mot à quelqu'autre mot de la proposition. (F)
CAS IRREDUCTIBLE du troisieme degré, ou simplement CAS IRREDUCTIBLE, en Analyse, c'est celui où une équation du troisieme degré a ses trois racines réelles, inégales & incommensurables. Dans ce cas, si on résout l'équation par la méthode ordinaire, la racine quoique réelle, se présente sous une forme qui renferme des quantités imaginaires, & l'on n'a pû jusqu'à-présent réduire cette expression à une forme réelle, en chassant les imaginaires qu'elle contient. Voyez REEL, IMAGINAIRE, &c. Entrons sur ce sujet dans quelque détail.
Soit x3 + q x + r = 0 une équation du troisieme degré, dans laquelle le second terme est évanoüi. Voyez EVANOUISSEMENT, EQUATION & TRANSFORMATION, &c. Pour la résoudre, je fais x = y + z, & j'ai x3 = y3 + 3 y y z + 3 z y y + z3 = y3 + 3 y z x + z3 ; donc x3 - 3 y z x - y3 = 0.
- z3
Cette équation étant comparée terme à terme avec x3 + q x + r = 0, on aura, 1°. - 3 y z = q, ou z = - q /3 y ; 2°. y3 + z3 = - r, ou y3 + r = q3/2 y y2, ou y6 + r y3 = q3/2 y.
Cette équation, qu'on peut regarder comme du second degré (voyez ABAISSEMENT), étant résolue à la maniere ordinaire (voyez EQUATION), donne y3 = - r/2 + (q3/2 y + r2/4). Donc à cause de z3 = - r - y3, on aura z3 = - r/2 (q3/2 y + r2/4) ; donc x ou y + z = <-r/2+Racine(q3/2y+r2/4)Racine3> + . Telle est la forme de la valeur de x. Cela posé,
1°. Il est évident que si q est positif, r étant positif ou négatif, cette forme est réelle, puisqu'elle ne contient que des quantités réelles. Or dans ce cas, comme on le verra à l'article EQUATION, deux des racines sont imaginaires. Ainsi la seule racine réelle se trouve exprimée par une formule qui ne contient que des quantités réelles. Ce cas ne tombe donc point dans le cas irréductible, & n'a aucune difficulté.
2°. Si q est négatif, & que r2/4 = q3/2 y, alors l'équation a deux racines égales, & il n'y a encore aucune difficulté.
3°. Si q est négatif & r2/4 > q3/2 y, il y a deux racines imaginaires, & la racine réelle se trouve représentée par une formule toute réelle ; ce qui n'a point de difficulté non plus.
4°. Mais si q est négatif & que r2/4 < q3/2 y, alors - q3/2 y + r2/4 est une quantité négative, & par conséquent (- q3/2 y + r2/4) est imaginaire. Ainsi l'expression de x renferme alors des imaginaires.
Cependant on démontre en Algebre, que dans ce cas les trois racines sont réelles & inégales. On peut en voir la preuve à la fin de cet article. Comment donc peut-il se faire que la racine x se présente sous une forme qui contienne des imaginaires ?
M. Nicole a le premier résolu cette difficulté (mém. académ. 1738). Il a fait voir que l'expression de x, quoiqu'elle contienne des imaginaires, est en effet réelle. Pour le prouver, soit (- q/2 y + r2/4) = b -1, & r /2 = a, on aura x = + . Il s'agit de montrer que cette expression, quoiqu'elle renferme des imaginaires, représente une quantité réelle. Pour cela, soit formée suivant les regles données à l'article BINOME, une série qui exprime la valeur de ou 1/3 & celle de 1/3, on trouvera après avoir ajoûté ensemble ces deux séries, que tous les termes imaginaires se détruiront, & qu'il ne restera qu'une suite infinie de termes composés de quantités toutes réelles. Ainsi la valeur de x est en effet réelle. La difficulté est de sommer cette série ; c'est à quoi on n'a pû parvenir jusqu'à-présent. Cependant M. Nicole l'a sommée dans quelques cas particuliers, qu'il a par conséquent soustraits, pour ainsi dire, au cas irréductible. Voyez les mém. académ. 1738, & suiv.
Lorsque l'une des trois équations réelles & inégales est commensurable, alors l'équation n'est plus dans le cas irréductible, parce que l'un des diviseurs du dernier terme donne la racine commensurable. Voyez DIVISEUR & RACINE.
Mais quand l'équation est incommensurable, il faut, pour trouver l'expression réelle de la racine, ou sommer la série susdite, ou dégager de quelqu'autre maniere l'expression trouvée, de la force imaginaire qui la défigure pour ainsi dire. C'est à quoi on travaille inutilement depuis deux cent ans.
Cette racine du cas irréductible, si difficile à trouver par l'Algebre, se trouve aisément par la Géométrie. Voyez CONSTRUCTION. Mais quoiqu'on ait la valeur linéaire, on n'en est pas plus avancé pour son expression algébrique. Voyez INCOMMENSURABLE.
Cet inconvénient du cas irréductible vient de la méthode qu'on a employée jusqu'ici pour résoudre les équations du troisieme degré ; méthode imparfaite, mais la seule qu'on ait pû trouver jusqu'à-présent. Voici en quoi consiste l'imperfection de cette méthode. On suppose x = y + z, y & z étant deux quantités indéterminées ; ensuite on a tout-à-la-fois x3 - 3 y z x - y3 = 0, & x3 + q x + r = 0. On
- z3
compare ces équations terme à terme, & cette comparaison terme à terme enferme une supposition tacite, qui amene la forme irréductible sous laquelle x est exprimée ; à la rigueur on a q x + r = - 3 y z x - y3 - z3 ; voilà la seule conséquence rigoureuse qu'on puisse tirer de la comparaison des deux équations ; mais outre cela on veut encore supposer que la premiere partie de q x + r, c'est-à-dire q x soit égale à - 3 y z x premiere partie du second membre. Cette supposition n'est point absolue ni rigoureusement nécessaire, on ne la fait que pour parvenir plus aisément à trouver la valeur de y & de z, qu'on ne pourroit pas trouver sans cela ; d'ailleurs comme y & z sont l'une & l'autre indéterminées, on peut supposer - 3 y z x = q x & - y3 - z3 = r. Mais cette supposition même fait que les deux quantités y & z, au lieu d'être réelles comme elles devroient, se trouvent chacune imaginaires. Il est vrai qu'en les ajoûtant ensemble, leur somme est réelle ; mais l'imaginaire qui s'y trouve toûjours, & qu'on ne peut en chasser, rend inutile l'expression de x qui s'en tire.
En un mot l'équation x = y + z ne donne à la rigueur que cette équation q x + r = - 3 y z x - y3 - z3 ou q y + q z + r = - 3 y y z - 3 y z z - y3 - z3 & toutes les fois que l'on voudra de cette équation en faire deux autres particulieres, on fera une supposition tacite qui pourra entraîner des inconvéniens impossibles à éviter, comme il arrive ici, où y & z se trouvent forcément imaginaires.
Il faudroit voir si par quelque moyen on ne pourroit pas couper l'équation susdite en deux autres, qui donnassent à y & à z une forme réelle & facile à trouver : mais cette opération paroît devoir être fort difficile, si elle n'est pas impossible.
J'ai fait voir dans les mémoires de l'académie des Sciences de Prusse de 1746, que l'on pouvoit toûjours trouver par la trisection d'un arc de cercle, une quantité c + e - 1, égale à la racine cube de a + b - 1 ; & que si c + e - 1 = , on a = c - e - 1. Voy. IMAGINAIRE. D'où il s'ensuit que dans les cas où un arc de cercle peut être divisé géométriquement, c'est-à-dire par la regle & le compas, en trois parties égales, on peut assigner la valeur algébrique de c & de e : ce qui pourroit fournir des vûes pour résoudre en quelques occasions des équations du troisieme degré qui tomberoient dans le cas irréductible. Voyez le mémoire que j'ai cité.
Quoi qu'il en soit, la racine étant incommensurable dans le cas irréductible, l'expression réelle de cette racine, quand on la trouveroit, n'empêcheroit pas de recourir aux approximations. Nous avons donné à l'article APPROXIMATION la méthode générale pour approcher de la racine d'une équation, & nous y avons indiqué les auteurs qui ont donné des méthodes particulieres d'approximation pour le cas irréductible. Voyez aussi CASCADE.
Puisque nous en sommes sur cette matiere des équations du troisieme degré, nous croyons qu'on ne nous saura pas mauvais gré de faire ici quelques remarques nouvelles qui y ont rapport, & dont nos lecteurs pourront tirer de l'utilité.
On sait que toute équation du troisieme degré a trois racines. Il faudroit donc, pour résoudre d'une maniere complete une équation du troisieme degré, trouver une méthode qui fît trouver à la fois les trois racines, comme on trouve à la fois les deux racines d'une équation du second degré. Jusqu'à ce qu'on ait trouvé cette méthode, il y a bien de l'apparence que la théorie des équations du troisieme degré restera imparfaite : mais la trouvera-t-on, cette méthode ? c'est ce que nous n'osons ni nier ni prédire.
Examinons présentement de plus près la méthode dont on se sert pour trouver les racines d'une équation du troisieme degré. On a d'abord une équation du sixieme degré y6, &c. telle qu'on l'a vûe ci-dessus, & qui a par conséquent six racines, qu'on peut aisément prouver être toutes inégales : on a ensuite une équation du troisieme degré z3 = - y3 - r ; & comme y3 a deux valeurs différentes à cause de l'équation y6 + r y3 ; &c. = 0, & que z est élevé au troisieme degré, il s'ensuit que cette équation doit donner aussi six valeurs différentes de z, trois pour chaque valeur de y3 ; or chacune des six valeurs de z étant combinée avec chacune des six valeurs de y, on aura trente-six valeurs différentes pour z + y ; donc x paroît avoir trente-six valeurs différentes. Cependant l'équation étant du troisieme degré, x ne doit avoir que trois valeurs : comment accorder tout cela ?
Je réponds d'abord que les trente-six valeurs prétendues de y + z doivent se réduire à dix-huit. En effet, il ne faut pas combiner indifféremment chaque valeur de z avec toutes les valeurs de y, mais seulement avec les valeurs de y qui correspondent à la valeur qu'on a supposée à y3. Par exemple, on a y3 = - r/2 + (- q3/2 y + r2/4), d'où l'on tire z3 = - r/2 (- q/2 y + r2/4) ; le signe + qui précede le signe radical dans la valeur de y3, répond au signe - qui précede le signe radical dans la valeur de z3, & le signe - au signe + ; ce qui est évident, puisque z3 = - r - y3 : donc pour chacune des trois valeurs de y qui répondent au signe + placé devant le signe radical, il y a trois valeurs de z qui répondent au signe - placé devant le signe radical : ce qui fait neuf valeurs de y + z ; & en y ajoûtant les neuf autres valeurs pour le cas du signe - placé avant le signe radical dans l'expression de y 3, cela fait 18 au lieu de 36 qu'on auroit eu en combinant indifféremment les signes. Mais ce n'est pas tout.
Quoique chacune des valeurs de y & de z, employées & combinées, comme on vient de le prescrire, paroisse donner une valeur de y + z, il faut encore rejetter celles dans lesquelles le produit z y ne sera pas égal à - q /3 ; car c'est une des conditions de la solution, comme on l'a vû plus haut, que - 3 z y = q ; il est vrai que les dix-huit valeurs de y & z satisfont à la condition que - 27 y3 z3 = q3. Mais cette condition - 27 y3 z3 = q3 est beaucoup plus étendue que la condition - 3 z y = q, quoique d'abord elle paroisse la même. Par exemple, u = b ne donne qu'une valeur de u : mais u3 = b3 donne trois valeurs de u. Pour le prouver, soit u3 - b3 = 0, & divisons par u - b, il viendra u u + b u + b b = 0, ce qui donne u = - b/2 + (- 3 b b/4) ; ainsi u3 = b3 donne u = b, u = b x (- 1/2 + & u = b x (- 1/2 - . Donc quoique dans les dix-huit valeurs de y + z on ait 27 y3 z3 = - q3, il ne faut prendre que celles où 3 y z = - q. Cela posé.
Soient ces quatre équations :
Sont les mêmes que de la seconde.
Racines de la quatrieme.
Sont les mêmes que de la premiere.
Donc, 1°. la combinaison des racines de la troisieme équation avec celles de la quatrieme, donnera le même résultat que celle des racines des deux premieres.
2°. Il ne faudra combiner ensemble que les valeurs de y & de z, & dont le produit sera = - q/3, c'est-à-dire a a + b b ; car a + b - 1 étant = à & a - b - 1 = , on aura a a + b b = = - q/3. D'où il s'ensuit,
3°. Qu'il faudra combiner la racine marquée (1) avec la racine marquée (4), ce qui donnera y = 2 a.
4°. Qu'il faudra combiner la racine marquée (2) avec la racine marquée (6), ce qui donnera - a + b 3.
5°. Qu'il faudra combiner la racine marquée (3) avec la racine marquée (5), ce qui donnera - a b 3.
Voilà les trois racines de l'équation ; & il est visible, par les regles que nous avons établies, que toutes les autres valeurs de y + z donneroient des expressions fausses de la racine x, & que toutes les trois racines sont ici réelles.
On peut trouver aisément par la même méthode les trois valeurs de x dans tout autre cas que le cas irréductible. Par exemple, si q est positif, ou si q est négatif & < ou = r2/4, alors il faudra supposer = a + b, &
= a - b ; & l'on trouvera en ce cas une racine réelle & deux imaginaires, ou une racine réelle & deux autres réelles, égales entr'elles. C'est ce qu'il est inutile d'expliquer plus en détail : il ne faut pour s'en convaincre, que faire un calcul semblable à celui que nous avons fait pour trouver les trois racines dans le cas irréductible. (O)
CAS, en terme de Palais, se dit de certaines natures d'affaires, de délits, ou de crimes. Ainsi les cas royaux sont ceux dont les seuls juges royaux connoissent : tels sont en matiere criminelle la fausse monnoie, le rapt, le port d'armes, la sédition, l'infraction de sauve-garde, & quelques autres. Pour le crime de lése-majesté, qui est aussi un des cas royaux, la connoissance en appartient exclusivement au parlement, du-moins au premier chef. En matiere civile, le possessoire des bénéfices, les causes du domaine du Roi, les procès concernant les églises de fondation royale, & en général tous les délits où le Roi a quelque intérêt en sa qualité de Roi, voyez ROYAL ; voyez aussi la conférence des nouvelles ordonnances au titre j. des matieres criminelles, où plusieurs autres cas royaux sont rapportés.
Il y a aussi des cas qu'on appelle prevôtaux, d'autres qu'on appelle cas privilégiés. Voyez PREVOTAL & PRIVILEGIE.
Il y en a enfin qu'on appelle ecclésiastiques, parce que les seuls juges d'église en peuvent connoître. (H)
* CAS DE CONSCIENCE, (Morale) Qu'est-ce qu'un cas de conscience ? c'est une question relative aux devoirs de l'homme & du chrétien, dont il appartient au théologien, appellé casuiste, de peser la nature & les circonstances, & de décider selon la lumiere de la raison, les lois de la société, les canons de l'Eglise, & les maximes de l'Evangile ; quatre grandes autorités qui ne peuvent jamais être en contradiction. Voyez CASUISTE.
Nous sommes chrétiens par la croyance des vérités révélées, & par la pratique des maximes évangéliques. Nous faisons à Dieu le sacrifice de notre raison par la foi, & nous lui faisons le sacrifice de nos penchans par la mortification : ces deux branches de l'abnégation de soi-même sont également essentielles au salut : mais l'infraction n'en est peut-être pas également funeste à la société ; & c'est une chose encore à savoir, si ceux qui attaquent les dogmes d'une religion, sont aussi mauvais citoyens que ceux qui en corrompent la Morale.
Il semble au premier coup d'oeil que le poison des corrupteurs de la morale, soit fait pour plus de monde que celui des impies. La dépravation des moeurs est un effet direct de celle des principes moraux ; au lieu qu'elle n'est qu'une suite moins prochaine de l'irréligion ; mais suite toutefois presqu'infaillible, ainsi qu'un de nos plus grands orateurs, le P. Bourdaloue, l'a bien démontré. L'incrédule est d'ailleurs quelquefois un homme, qui las de chercher inutilement dans les sources communes & les conversations ordinaires, le rayon de lumiere qui devoit rompre l'écaille de ses yeux, s'est adressé au public, en a reçû les éclaircissemens dont il avoit besoin, a abjuré son erreur, & a évité le plus grand de tous les malheurs, la mort dans l'impénitence : c'est un homme qui s'est exposé à nuire à beaucoup d'autres, pour guérir du mal dont il étoit attaqué. Voyez l'article CERTITUDE. Mais celui qui défigure la morale tend à rendre les autres méchans, sans espérance d'en devenir lui-même meilleur.
Au reste, quel que soit le parti qu'on prenne dans cette question, l'équité veut qu'on distingue bien la personne de l'opinion, & l'auteur de l'ouvrage : car c'est bien ici qu'on a la preuve complete que les moeurs & les écrits sont deux choses différentes. La foule des casuistes que Paschal a convaincus de relâchement dans les principes, en offre à peine un seul qu'on puisse accuser de relâchement dans la conduite : tous ne semblent avoir été indulgens que pour les autres : c'est au pié du crucifix, où l'on dit qu'il restoit prosterné des jours entiers, qu'un des plus fameux d'entr'eux résolvoit en latin ces combinaisons de débauches si singulieres, qu'il n'est guere possible d'en parler honnêtement en françois, un autre passe pour l'avoir disputé aux peres du desert par l'austérité de sa vie. Mais nous ne nous étendrons pas davantage sur les moeurs des casuistes : c'est bien assez d'avoir montré qu'elles n'avoient rien de commun avec leurs maximes.
CAS RESERVES, dans la Discipline ecclésiastique, sont certains péchés atroces dont les supérieurs ecclésiastiques se réservent l'absolution à eux-mêmes, ou à leurs vicaires généraux. Il y a quelques cas réservés au pape, suivant un ancien usage ou consentement des églises : autrefois il falloit aller à Rome pour en être absous ; à présent le pape en donne le pouvoir par des facultés particulieres, aux évêques & quelques prêtres.
Les cas réservés au pape, suivant le rituel de Paris, sont 1°. l'incendie des églises & celle des lieux profanes, si l'incendiaire est dénoncé publiquement ; 2°. la simonie réelle dans les ordres & les bénéfices, & la confidence publique : 3°. le meurtre ou la mutilation de celui qui a les ordres sacrés ; 4°. frapper un évêque ou un autre prélat ; 5°. fournir des armes aux infideles ; 6°. falsifier les bulles ou lettres du pape ; 7°. envahir ou piller les terres de l'Eglise romaine ; 8°. violer l'interdit du saint siége.
Les cas réservés à l'évêque sont 1°. frapper notablement un religieux ou un clerc in sacris ; 2°. l'incendie volontaire ; 3°. le vol dans un lieu sacré avec effraction, 4°. l'homicide volontaire ; 5°. le duel ; 6°. machiner la mort de son mari ou de sa femme ; 7°. procurer l'avortement ; 8°. frapper son pere ou sa mere ; 9°. le sortilege ou empoisonnement, & la divination ; 10°. la profanation de l'eucharistie ou des saintes huiles ; 11°. l'effusion violente de sang dans l'église ; 12°. la fornication dans l'église ; 13°. abuser d'une religieuse ; 14°. le crime du confesseur avec sa pénitente ; 15°. le rapt ; 16°. l'inceste au deuxieme degré ; 17°. la sodomie, & autres péchés semblables ; 18°. le larcin sacrilege ; 19°. le crime de faux, faux témoignage, fausse monnoie, falsification de lettres ecclésiastiques ; 20°. simonie & confidence cachée ; 21°. supposition de titre ou de personne à l'examen pour la promotion aux ordres.
Les réservations sont différentes suivant l'usage des diocèses, & elles sont fort utiles pour donner plus d'horreur des grands crimes, par la difficulté d'en recevoir l'absolution. Le prêtre pénitencier est établi principalement pour absoudre de ces cas : mais à l'article de la mort il n'y a ni réservation de cas, ni distinction de confesseur ; tout prêtre peut absoudre celui qui se trouve en cet état, pourvû qu'il ait donné quelque signe de pénitence. Fleury, Instit. au Droit ecclés. tome I. part. 2. chap. jv. pag. 288. & suiv.
Il y a aussi dans les couvens des cas réservés par les chapitres, dont il n'y a que les supérieurs qui ayent droit d'absoudre. (G)
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| CASAL | (Géog.) ville forte d'Italie, capitale du Montferrat, avec une citadelle. Elle est sur le Pô. Long. 26. 4. lat. 45. 7.
CASAL-MAGGIORE, petite ville forte d'Italie située sur le Pô, au duché de Milan. Long. 27. 50. lat. 45. 6.
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| CASALE-NUOVO | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans le pays d'Otrante.
CASALE-PUSTURLENGO, (Géog.) petite ville d'Italie dans le duché de Milan, au territoire de Lodi.
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| CASALMACH | (Géog.) grande riviere d'Asie dans la Natolie, qui se jette dans la mer Noire.
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| CASAMANCE | (Géog.) riviere d'Afrique au royaume de Mandiga.
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| CASAN | (Géog.) ville considérable d'Asie, capitale du royaume du même nom, dans l'empire Russien, avec un château fort. Elle est sur le Casanka. Sa long. est 69. lat. 55. 38.
Le royaume de Casan est fertile en fruits, grains, & légumes ; il s'y fait grand commerce de pelletteries & de construire les vaisseaux.
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| CASANGAS | (Géog.) nation d'Afrique dans la Nigritie, auprès de la riviere de Casamance.
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| CASAQUE | S. f. (Hist. mod.) espece de sur-tout ou d'habit long de dessus qui se porte sur les autres habits, qui est sur-tout en usage en Angleterre parmi les ecclésiastiques, & que les laïques portoient aussi autrefois.
Ce mot signifie habit de cavalier : d'autres le font venir par corruption d'un habillement des Cosaques : Covarruvias le fait venir de l'Hébreu casach, qui signifie couvrir ; d'où a été tiré le Latin casa, cabane, & casula, diminutif du premier. Enfin il y en a qui veulent que ce mot, ainsi que la chose qu'il signifie vienne de caracalla, espece d'habit de dessus qui pendoit jusqu'aux talons. (G)
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| CASASA | ville & port d'Afrique en Barbarie, dans la province de Garet.
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| CASAUBON | (Géog.) petite ville de France dans la province d'Armagnac, sur la riviere de Douze.
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| CASAVA | (Commerce) monnoie des Indes que l'on écrit & que l'on prononce gasava. Voyez GASAVA.
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| CASBA | (Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tunis.
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| CASBI | ou CASWIN, grande ville de Perse dans l'Irac proche de la montagne d'Elwend. Long. 67. 35. lat. 36. 30.
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| CASCADE | S. f. (Hydraul. des Jard.) est une chûte d'eau qui tombe d'un lieu élevé dans un plus bas.
On en distingue de deux sortes ; la cascade naturelle, & l'artificielle.
La naturelle, occasionnée par l'inégalité du terrein, se nomme cataracte : telle est la cascade de Tivoli, de Terni, de Schaffhouse, &c.
L'artificielle, dûe à la main des hommes, tombe en nappes, comme la riviere de Marly ; en goulettes, comme on en voit dans les bosquets de S. Cloud ; en rampe douce, comme celle de Sceaux ; en buffets, comme à Trianon & Versailles ; ou par chûtes des perrons, comme la grande cascade de S. Cloud.
On dit encore grande & petite cascade, qui se placent dans une niche de charmille ou de treillage, soit dans le milieu d'un fer à cheval, soit à la tête d'une piece d'eau. (K)
Méthodes des cascades, (Algebre) est le nom que M. Rolle, géometre de l'Académie des Sciences, a donné autrefois à une méthode qu'il avoit imaginée pour résoudre les équations. Il la publia en 1699 dans son traité d'Algebre. Par cette méthode on approche toûjours de la valeur de l'inconnue, par des équations successives qui vont toûjours en baissant ou en tombant d'un degré, & de-là est venu le nom de cascades. Voyez EQUATION.
On trouve dans l'Analyse démontrée du P. Reyneau, liv. VI. une méthode par laquelle on approche des racines d'une équation, en résolvant des équations qui vont toûjours en baissant d'un degré ; & cette méthode paroît avoir beaucoup de rapport à celle de M. Rolle. En voici l'idée. Soit, par exemple, une équation du troisieme degré x3 - p x2 + q x + r = 0 dont les trois racines soient réelles & positives a, b, c, a étant la plus petite, & c la plus grande ; soit multipliée cette équation par les termes d'une progression arithmétique 3, 2, 1, 0 ; elle deviendra l'équation du second degré 3 x2 - 2 p x + q = 0, dont les deux racines sont réelles, & sont telles que la plus petite est entre a & b, & la plus grande entre b & c : ainsi cherchant les deux racines de cette équation du second degré, on aura les limites entre lesquelles b est renfermé ; & on pourra trouver ensuite cette racine b par approximation : la racine b étant trouvée, on connoîtra les autres a, c.
Pour démontrer cette méthode, soit x3 - p x2 + q x + r = y, l'équation d'une courbe de genre parabolique. Voy. ce mot. L'équation 3 x2 - 2 p x + q = 0, sera l'équation des points qui donneront les maxima de y. Voyez MAXIMUM. Et ces points, comme il est aisé de le voir, seront situés de maniere qu'ils seront l'un d'un côté, l'autre de l'autre côté du point qui donnera la racine moyenne de l'équation x3 - p x2 + q x + r = 0, c'est-à-dire du second point où la courbe coupera son axe. Voyez RACINE ; voyez aussi dans les Mém. acad. 1741. deux Mémoires de M. l'abbé de Gua sur le nombre des racines, où il fait usage des courbes de genre parabolique.
En voilà assez pour faire sentir comment on parvient à trouver au-moins par approximation les racines d'une équation, en changeant cette équation en une autre d'un degré inférieur. On trouve dans le livre VI. du P. Reyneau, tout le détail de cette méthode, qui est extrèmement pénible, peu commode, & très-imparfaite dans la pratique, sur-tout lorsqu'il y a des racines imaginaires. Voyez LIMITES. (O)
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| CASCAES | (Géog.) petite ville du royaume de Portugal, à l'embouchure du Tage, avec une bonne rade.
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| CASCANES | S. f. en termes de Fortification, sont des trous ou cavités en forme de puits que l'on fait dans le terre-plein, près du rempart, & d'où l'on pousse une galerie soûterraine, pour découvrir & éventer, ou couper la mine des ennemis. Ce terme n'est plus guere d'usage à présent ; on se sert plûtôt de celui de puits ou d'écoutes. Voyez PUITS & ECOUTES. (Q)
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| CASCARILL | ou CHACRIL, cascarilla ou chakarilla (Hist. nat. bot.) Nous n'avons rien de mieux sur cette production naturelle, que ce que M. Boulduc en a donné à l'académie des Sciences, année 1709.
La cascarille ou le chacril, dit M. Boulduc, est une écorce assez ligneuse, épaisse depuis une ligne jusqu'à une ligne & demie, de la couleur à-peu-près du quinquina ordinaire, d'un brun pâle, moins compacte, & plus friable, d'un goût amer, un peu styptique, piquant la langue avec assez d'acrimonie, & laissant à la fin une impression d'amertume mêlée de quelque chose d'aromatique. Cette écorce est couverte d'une pellicule blanchâtre, mince, insipide, ridée, & sillonnée legerement & en divers sens. C'est, ajoûte M. Boulduc, l'écorce d'une plante du Pérou, qu'on ne connoit point encore.
Sa ressemblance avec le quinquina dont on distingue six especes, la fait compter pour la septieme ; cependant la cascarille est plus amere que le quinquina : elle est aussi plus acre & plus brûlante ; mais l'amertume du quinquina est plus désagréable & plus styptique.
La cascarille brûlée donne encore une odeur aromatique agréable, que n'a point le quinquina. Allumée à la bougie, elle jette une fumée épaisse, beaucoup de fuliginosité, & pour résidu un charbon raréfié, semblable à celui des résines brûlées ; ce qui désigne plus de résine que le quinquina n'en contient en pareil volume. Elle donne par l'esprit-de-vin plus d'extrait résineux qu'aucun végétal connu. Cet extrait est amer, piquant, aromatique, & d'une couleur de pourpre. Lorsque le quinquina étoit rare en France, on lui substituoit quelquefois avec succès la cascarille dans les fievres intermittentes. M. Boulduc dit qu'elle a cet avantage sur le quinquina, qu'elle agit autant en plus petite dose, & n'a pas besoin d'être continuée si long-tems.
Apemis, medecin & professeur à Astorf, en a employé la teinture dans les fievres épidémiques & catarrheuses, & la substance dans les fievres ordinaires. L'illustre Stahl en a étendu l'usage aux pleurésies, aux péripneumonies, & aux toux connues sous le nom de quintes. M. Boulduc en a éprouvé la vertu dans les coliques venteuses & les affections hystériques & hypochondriaques appellées vapeurs.
S'il ne s'agit que de subtiliser les liqueurs, la teinture suffit ; s'il faut de plus rétablir le ressort, il faut la substance. La substance réussit aussi pour les hémorroïdes internes qui ont peine à fluer, pourvû que le malade soit un peu replet. La cascarille fit très-bien dans les dyssenteries de 1719, soit qu'il y eût, soit qu'il n'y eût point de fievre ; l'ipecacuanha y perdit sa réputation : mais il n'y a rien à conclure de-là ; car d'une année à une autre, les maladies de même nom sont très-différentes.
M. Boulduc attribue à la cascarille la propriété de fortifier l'estomac, que l'ipecacuanha débilite. Ce remede pourroit bien réunir les vertus de ces deux compatriotes, le quinquina & l'ipecacuanha, & les porter chacune plus loin que l'un & l'autre.
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| CASCHGAR | (LE ROYAUME DE) autrement petite Boucharie, pays d'Asie dans la Tartarie, borné au nord par le pays des Calmouks, dont il dépend ; à l'orient, par le Tibet ; au sud, par le Mogol ; à l'occident, par la grande Boucharie. Il a environ 160 lieues de long sur 100 de large. Il est fertile & peuplé. On y trouve du musc, des mines d'or, d'argent, & des pierres précieuses. Yarkan ou Yrken en est la capitale.
CASCHGAR, ville du royaume du même nom.
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| CASCIA | (Géog.) petite ville d'Italie en Ombrie, dans l'état de l'Eglise, vers les frontieres du royaume de Naples. A deux milles de cette ville, il y en a une autre nommée Civita di Cascia, près du Corno.
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| CAS | ou CASSE d'Imprimerie, est une espece de table en deux parties, formant ensemble un quarré de deux piés neuf à dix pouces de long sur deux piés cinq à six pouces de large. Chaque partie est entourée & traversée dans sa largeur de tringles de bois de dix à douze lignes de large, sur un pouce & demi de hauteur, qui sont entaillées à certaines distances pour recevoir les extrémités de petites reglettes de bois environ de deux lignes d'épaisseur, & un peu moins hautes que les tringles ; lesquelles en se traversant, forment sur le fond de la table nombre de cassetins ou compartimens, qui servent à placer les différentes lettres dont une fonte doit être assortie. La partie inférieure appellée bas de casse, est partagée en cinquante-quatre cassetins de différente grandeur, destinés pour les voyelles & consonnes minuscules, les espaces, les quadrats, les quadratins, &c. La partie supérieure, qu'on appelle haut de casse, est divisée en 98 cassetins tous égaux, 49 de chaque côté, destinés pour les capitales ou majuscules, les petites capitales, les lettres accentuées, quelques lettres doubles, &c. Quand on dresse une casse pour y travailler, on la pose sur deux treteaux, beaucoup plus élevés sur leurs piés de derriere que sur ceux de devant ; ce qui fait que la partie la plus basse, qui contient les lettres les plus courantes, est la plus proche du compositeur ; & la partie la plus éloignée est la plus haute, & est celle qui renferme les lettres les moins fréquentes dans le discours, comme les capitales, les lettres accentuées, & lettres doubles. Voy. la fig. 1. Pl. III. de l'Imprimerie, qui représente une case françoise, dans laquelle les lettres sont placées, comme il est d'usage à Paris de les disposer. La fig. 2. de la même Planche représente les casseaux de romaines A B D E, & d'italiques B C F E, qui sont toûjours placés à côté l'un de l'autre sur la table inclinée D E F d, portées par les quatre piliers K, K, K, K, assemblés les uns avec les autres par le moyen de plusieurs traverses, sur lesquelles pose la planche G H, qui sert au compositeur à mettre la galée & les pages déjà composées, & autres choses qui peuvent l'embarrasser sur la casse.
La casse italique ne differe point de la romaine par la disposition des lettres.
CASE ou CASSE, en terme d'Orfèvre, n'est autre chose qu'une plaque de fer quarrée de fonte, de dix à douze pouces de diametre. Elle est concave dans le milieu, afin que l'or ou l'argent venant à se fondre quand on les fait recuire, puissent se rassembler dans cette fossette. En ajoûtant la serre-feu à la case, on en fait un fourneau commode pour fondre les petites parties du métal.
L'usage principal de la case est de recuire les pieces d'Orfévrerie.
CASE, au Trictrac, se dit de deux dames posées sur la même ligne ou fleche où l'on joue. Voy. TRICTRAC. S'il n'y a qu'une dame sur la fleche, elle fait la demi- case.
On appelle case du diable, celle de la seconde fleche du gran-jan : on ne lui donne guere ce nom que quand c'est la seule qui soit à faire, parce qu'il ne reste alors dans le petit-jan que cinq dames, & que tous les coups que l'on joue sans remplir, avancent ces dames, les font même passer, & mettent dans le cas ou de ne point faire son plein, ou de ne pas tenir long-tems.
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| CASENTINO | (Géog.) petit pays d'Italie, au grand duché de Toscane dans le Florentin, près de la source de l'Arne.
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| CASER | v. n. au Trictrac, c'est accoupler deux dames, ou les placer sur la même fleche.
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| CASERIE | S. f. (Commerce) M. Savary dit, dans son dictionnaire du commerce, que les Arabes de la Terre-Sainte nomment ainsi, ce qu'on appelle ailleurs des chans ou caravanseras ; & qu'il y a à Rama deux caseries, ou grand enclos de murailles, au-dedans desquelles on trouve des magasins pour les marchandises, & des écuries pour les chameaux. Voyez CHAN ; voyez CARAVANSERAI.
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| CASERTA | (Géog.) petite ville d'Italie avec titre de duché, dans la terre de Labour, au pié du mont Caserta. Long. 31. 58. lat. 41. 5.
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| CASH | S. m. (Commerce) espece de petite monnoie de cuivre, usitée au royaume de Tunquin en Asie, & la seule qui se fasse dans ce pays ; encore n'est-il point décidé qu'on ne la tire point de la Chine. Sa valeur varie ; elle est tantôt haute & tantôt basse, suivant la quantité qui s'en trouve dans le commerce. Mille cashs peuvent revenir à cinq livres de notre argent.
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| CASHE | ou CASSEL, (Géog.) ville d'Irlande au comté de Tipperary. Long. 9. 52. lat. 52. 36.
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| CASIA | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur sans pétale, composée de quelques étamines, soûtenues par un calice découpé pour l'ordinaire en trois parties. Cette fleur est stérile. Les fruits sont produits par des especes de ce genre, qui ne portent point de fleurs : ce sont des baies, le plus souvent de figure sphérique, qui renferment un noyau dans lequel il y a une amande de même forme. Tournefort, Inst. rei herb. corol. Voyez PLANTE. (I)
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| CASILIRMAR | (Géog.) riviere d'Asie en Natolie, qui prend sa source dans la province de Chiangare, & va se perdre dans l'Euphrate.
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| CASILLEUX | adj. Les Vitriers appellent le verre casilleux, lorsqu'il se casse en plusieurs endroits, en y appliquant le diamant pour le couper. Cela arrive, disent-ils, à cause qu'il n'a pas eu assez de recuit au fourneau, c'est-à-dire qu'on l'a retiré trop tôt. Celui qui est bien recuit se coupe facilement, & est tendre au diamant.
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| CASIMAMBOUS | (Géog.) peuple ou tribu d'Afrique dans l'île de Madagascar, dans la province de Matatane.
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| CASIMIR | (Géog.) petite ville en Starostie dans la petite Pologne, au palatinat de Lublin, sur la Vistule. Il y a encore une ville du même nom dans la grande Pologne, au palatinat de Posnanie.
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| CASIUS | (Myth.) Jupiter fut ainsi appellé des montagnes de ce nom sur lesquelles il étoit honoré. Il y en avoit une à l'entrée de l'Egypte ; une autre en Syrie. Ce Jupiter étoit représenté sous la forme d'un rocher escarpé, avec un aigle à côté.
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| CASLEU | S. m. (Hist. anc.) neuvieme mois de l'année sainte des Hébreux, & le troisieme suivant l'ordre civil & politique. Il répond à-peu-près à notre mois de Novembre, & à trente jours pleins. V. AN.
Le septieme jour de casleu, les Juifs font un grand jeûne en mémoire de ce que le roi Joachim perça d'un canif le livre des prophéties de Jérémie, & les jetta sur du charbon allumé dans un réchaud. Le quinzieme du même mois, ils s'affligent devant le Seigneur, à cause qu'à pareil jour Antiochus Epiphanes profana le temple de Jérusalem, & y plaça une statue de Jupiter Olympien. Le vingt-cinquieme de casleu, Judas Macchabée purifia le temple, & en fit de nouveau la dédicace, en mémoire de laquelle les Juifs célébroient tous les ans une fête solemnelle nommées encénies. Voyez ENCENIES & DEDICACE.
On dit aussi que le trentieme de ce mois Néhémie offrit un sacrifice solemnel, & répandit sur l'hostie de l'eau boüeuse qui avoit été trouvée au lieu où l'on avoit auparavant trouvé le feu sacré, & que Dieu fit descendre une flamme du ciel qui alluma le feu sur l'autel. Dictionnaire de la bible, tome I. page 388. (G)
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| CASLONA | petite ville d'Espagne dans l'Andalousie, près du Guadalquivir.
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| CASMINAR | ou CASSUMMUNIAR, (Hist. nat. bot.) on la nomme aussi rysagon. C'est une racine qui croît aux Indes orientales ; elle est de la grosseur du pouce, raboteuse, coupée en-travers ; elle montre des noeuds qui forment des especes de cercles ; sa couleur extérieure est brune, en dedans elle est jaunâtre ; son goût est amer, son odeur est aromatique & fort pénétrante. Suivant M. Dale, elle a beaucoup de rapport avec la racine du zédoar. On lui attribue la vertu de fortifier les nerfs ; on en tire une teinture avec de l'esprit-de-vin, qu'on dit être un excellent anti-apoplectique & un bon remede contre la paralysie, le tremblement des nerfs, & la passion hystérique : on prétend qu'elle peut aussi servir de correctif au quinquina.
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| CASOA | ou CASUEL, s. m. (Hist. nat. Ornith.) oiseau des Indes ; qui est aussi appellé émeu & emé, par les naturels du pays. Voyez Plan. IX. fig. 3. on n'avoit point vû de casoar en Europe avant l'an 1597, & aucun auteur n'en avoit fait mention. Les Hollandois au retour de leur premier voyage, en rapporterent un qui leur avoit été donné comme une chose rare, par un prince de l'île de Java. Le gouverneur de Madagascar en acheta un des marchands qui retournoient des Indes, & il l'envoya à la ménagerie de Versailles en 1671. Cet oiseau y vécut quatre ans ; sa description est dans les mém. de l'académie royale des Sciences, tome III. part. II.
Il avoit cinq piés & demi de longueur depuis le bout du bec jusqu'à l'extrémité des ongles ; la longueur des jambes étoit de deux piés & demi depuis le ventre jusqu'au bout des ongles. La tête & le cou avoient ensemble un pié & demi ; le plus grand des doigts compris l'ongle avoit cinq pouces de longueur, & l'ongle seul du petit doigt trois pouces & demi. L'aîle étoit si petite, que les plumes du dos la cachoient : toutes les plumes ressembloient fort à du poil, parce que leurs barbes étoient dures, pointues, & clair-semées. Cet oiseau n'avoit pas comme ceux qui volent, des plumes de deux sortes, dont les unes servent au vol, & les autres ne sont que pour couvrir le corps ; il n'en avoit que de celles-ci ; elles étoient doubles pour la plûpart ; elles avoient deux longues tiges qui sortoient d'un même tuyau fort court attaché à la peau ; leur longueur étoit inégale ; quelques-unes de celles du croupion avoient jusqu'à quatorze pouces : ou a trouvé de ces plumes doubles dans un aigle & dans un perroquet. Voyez AIGLE, PERROQUET. Mais celles du casoar avoient encore d'autres particularités ; les barbes qui garnissoient la tige, étoient depuis environ la moitié jusqu'à l'extrémité fort longues, & grosses comme du crin de cheval, sans jetter aucunes fibres ; sa tige est plate, noire, luisante, & par noeuds en-dessous ; il sort de chaque noeud une barbe : enfin les barbes du bout des grandes plumes étoient parfaitement noires, & vers la racine, elles étoient de couleur de gris tanné, plus courtes, plus molles, & jettant de petites fibres comme du duvet ; il n'y avoit que la partie composée de barbes dures & noires qui parût ; l'autre partie composée de duvet en étant recouverte, les plumes du cou & de la tête étoient si courtes & si clair-semées, que la peau paroissoit à découvert, excepté vers le derriere de la tête, où elles étoient plus longues ; le croupion étoit extraordinairement gros ; les plumes dont il étoit garni ne différoient des autres qu'en ce qu'elles étoient plus longues.
Les aîles dépouillées de leurs plumes n'avoient pas trois pouces de longueur : il y avoit au bout cinq piquans de différentes longueur & grosseur, courbés en arc suivant la figure du corps. Ils étoient creux depuis la racine jusqu'à la pointe, & remplis d'une moëlle à-peu-près semblable à celle qui se trouve dans les plumes naissantes des autres oiseaux. Ces piquans étoient de longueur différente, selon la disposition & la proportion des doigts de la main ; le plus long avoit onze pouces de longueur, & trois lignes de diametre vers la racine ; ils étoient tous d'un noir fort luisant ; il n'y a aucune apparence que les ailes du casoar lui aident à marcher : il pourroit plûtôt s'en servir pour frapper comme avec des houssines.
La tête paroissoit petite, parce qu'elle n'étoit pas garnie de plumes ; il y avoit au-dessus une crête haute de trois pouces comme celle d'un casque ; cependant cette crête ne couvroit pas tout le dessus de la tête ; car elle ne commençoit qu'un peu au-delà du milieu du sommet, & finissoit au commencement du bec ; le devant de cette crête étoit noirâtre, & le derriere & les côtés de couleur de cire ; partout elle étoit polie & luisante ; le haut étoit mince, n'ayant pas plus de trois lignes, & la base avoit un pouce ; sa substance étoit fort dure, & de la nature de la corne, étant composée de plusieurs lames comme la corne des boeufs. Clusius & Bontius disent que cette crête tombe dans la mue : cependant c'est une partie du crane, & elle n'est point tombée pendant quatre ans que l'oiseau a été à Versailles. La partie supérieure du bec étoit fort dure par ses deux bords & par le dessus ; les entre-deux de chaque côté n'étant garnis que d'une membrane, dans laquelle étoient les trous des narines tout auprès de l'extrémité du bec, qui étoit refendue en trois comme un coq indien. Le bout de la partie inférieure étoit aussi partagé en trois, & legerement dentelé ; tout le bec étoit d'un gris brun, à l'exception d'une marque verte qui étoit de chaque côté de la partie inférieure du bec, environ vers le milieu de l'oeil. Il y avoit une paupiere interne qui se cachoit vers le grand angle : la paupiere inférieure étoit la plus grande ; on y voyoit quantité de poils noirs. Il se trouvoit au bas de la paupiere supérieure un rang de petits poils, & au-dessus un autre rang de poils noirs qui s'élevoient en forme de sourcil ; le trou de l'oreille étoit fort grand, & environné seulement de petites plumes noires ; les deux côtés de la tête autour de l'oeil & de l'oreille, étoient de couleur bleue, excepté le milieu de la paupiere inférieure qui étoit blanc.
Le cou étoit de couleur violette, tirant sur la couleur d'ardoise ; il y avoit aussi du rouge par-derriere en plusieurs endroits, principalement vers le milieu ; ces endroits rouges étoient plus relevés que le reste par des rides dont le cou étoit entre-coupé obliquement. Vers le milieu du cou par-devant ; il y avoit à la naissance des grandes plumes deux appendices formées par la peau, rouges, semblables à celles qui pendent à la partie inférieure du bec des poules, longues d'un pouce & demi, larges de neuf lignes, arrondies par le bout, & de couleur en partie rouge, & en partie bleue.
La peau qui couvre le devant du sternum étoit dure, calleuse, & sans plumes, parce que l'oiseau s'appuie sur cette partie lorsqu'il se repose.
Les cuisses & les jambes étoient couvertes de plumes, la partie qui tient lieu de tarse & métatarse, étoit extraordinairement grosse, forte, droite, & couverte d'écailles de diverses figures ; il n'y avoit que trois doigts ; ils étoient aussi couverts d'écailles ; celui de derriere manquoit ; les ongles étoient d'une substance dure & solide, noire en-dehors, & blanche en-dedans. Mém. pour servir à l'histoire des animaux, seconde partie. Voyez OISEAU. (I)
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| CASPE | (Géog.) ville ou bourg d'Espagne au royaume d'Aragon, au confluent de l'Ebre & de la Guadeloupe.
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| CASPIA | (Géog.) petite riviere de Lithuanie, qui prend sa source dans la principauté de Smolensko, & va se jetter dans la Duna.
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| CASPIENNE | (la mer) Géog. grande mer d'Asie, entre la Tartarie, le royaume de Perse, la Géorgie, & la Moscovie. Elle n'a point de communication visible avec les autres mers ; on lui en croit une cependant avec le golfe persique. La navigation y est dangereuse ; sa longueur est du nord au sud suivant les observations faites par ordre du czar Pierre le grand. Elle est entre les 37 & 47 degrés de latitude, & entre les 67 & 73 degrés de longitude. Ses eaux sont plus salées vers le milieu que vers les côtes.
CASPIENS, (monts) chaîne de montagnes qui s'étendent du nord au sud, entre l'Arménie & la mer Caspienne.
CASPIENS, (Géog.) anciens peuples de Scythie, voisins de l'Hircanie, qui ont donné leur nom à la mer Caspienne. Strabon rapporte que ces barbares avoient coûtume de renfermer dans un lieu étroit, & d'y laisser mourir de faim leurs peres & meres, quand ils avoient atteint l'âge de soixante & soixante-dix ans.
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| CASQU | ou HEAUME, s. m. (Art milit.) arme défensive pour couvrir la tête & le cou.
Le mot casque vient de cassicum ou cassicus, diminutif de cassis.
Le casque avoit une visiere faite de petites grilles ; elle se baissoit durant le combat, & se relevoit pour prendre l'air en rentrant sous le front du casque. Cette armure étoit pesante, & devoit être forte pour être à l'épreuve de la hache d'armes & de la massue. Le casque étoit assez profond, & s'étrécissoit en s'arrondissant par en-haut, ayant presque la figure d'un cone. Il avoit une mentonniere dans laquelle entroit la visiere quand elle étoit baissée, & au-dessus comme un collet de fer qui descendoit jusqu'au défaut des épaules. Il étoit séparé du casque, & s'y joignoit par le moyen d'un collier de métal.
Le Gendre a remarqué qu'autrefois en France les gendarmes portoient tous le casque. Le roi le portoit doré ; les ducs & les comtes argentés ; les gentilshommes d'ancienne race le portoient d'un acier poli, & les autres de fer simplement.
On trouve des casques sur les anciennes médailles, & l'on y reconnoît leurs différentes façons à la Greque & à la Romaine. C'est le plus ancien habillement de tête qui paroisse sur les médailles & le plus universel : C'est par-là que les rois & les dieux mêmes se distinguoient. Celui qui couvre la tête de la figure de Rome, est garni de deux ailes comme celui de Mercure : celui de quelques rois est paré des cornes de Jupiter Ammon, ou simplement de taureau & de bélier, pour marquer une force extraordinaire. Voyez le P. Jobert, science des médailles.
Le casque est un ornement & une marque de noblesse & de fiefs nobles ; il en fait voir les différens degrés selon sa nature & sa situation, à plus ou moins de vûes sur les écus. Les rois & les empereurs le portent tout d'or, broché, brodé & damasquiné, tarré de front, la visiere entierement ouverte, sans aucune grille ni barreaux.
Les princes, ducs & souverains, le portent d'or, & tarré de front, sans visiere, mais un peu moins ouvert, pour marquer une moindre dignité, & quand il y a des barreaux, ils en mettent onze, &c. (Q)
* CASQUE, (Myth.) on dit que les Cyclopes, en forgeant le foudre de Jupiter, firent en même tems un casque pour Pluton ; que ce casque rendoit invisible celui qui le portoit, & que Persée l'emprunta pour combattre Méduse.
CASQUE, en terme de Blason, signifie la même chose que heaulme. Voyez HEAULME & BLASON.
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| CASSA | terme usité parmi les Provençaux, pour signifier la caisse ou coffre fort, dans lequel les marchands, négocians, banquiers & gens d'affaires, ont coûtume d'enfermer leur argent comptant, pierreries, papiers de conséquence, & autres effets les plus précieux. Voyez CAISSE. Dictionnaire du Commerce, tom. II. pag. 123. (G)
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| CASSAGNETES | (Géog.) petite ville de France, dans le Roüergue.
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| CASSAILLE | S. f. (Agriculture) c'est ainsi qu'on appelle le premier labour qu'on donne aux terres, ou après la moisson aux environs de la S. Martin, ou après la semaille vers Pâques. Dans le premier cas on se propose d'ouvrir la terre, & de détruire les mauvaises herbes. On dit faire la cassaille. Voyez l'article AGRICULTURE.
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| CASSA | ou CACHAN, (Géog.) grande & riche ville d'Asie du royaume de Perse, dans la province d'Irac, fameuse par les étoffes de soie qui s'y fabriquent.
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| CASSANO | (Géog.) petite ville d'Italie, au duché de Milan, avec un château fort.
CASSANO ou COSSANO, (Géog.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure, à deux lieues du golfe de Tarente. Long. 34. 5. lat. 39. 55.
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| CASSANT | adj. (Phys.) se dit d'un corps dont la dureté est accompagné de fragilité, espece de dureté, qu'on suppose produite par l'engrenement mutuel & facile à détruire, des parties du corps. Voyez DURETE.
Cassant est opposé à ductile, malléable. Voyez DUCTILITE, &c. (O)
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| CASSATION | S. f. terme de Palais, est le jugement par lequel on annulle un acte ou une procédure.
Ce mot vient du Latin quassare, qui signifie secoüer quelque chose avec force.
On peut se pourvoir au conseil d'état & privé, en cassation, contre un jugement d'une cour souveraine, si ce jugement se trouve être en contrariété avec un autre rendu précédemment dans la même cause & contre la même partie ; s'il contient des dispositions directement contraires à celles des ordonnances ou des coûtumes ; s'il a été omis quelqu'une des formalités prescrites par les ordonnances à peine de nullité.
Celui qui veut se pourvoir en cassation, fait signifier sur les lieux à la partie ou à son procureur, ou au procureur général, si c'est en matiere criminelle, ou qui concerne les droits & domaines de sa Majesté, qu'il entend se pourvoir au conseil en cassation, & leur donne copie de sa requête, & des pieces sur lesquelles il entend fonder la cassation.
La requête en cassation doit être signifiée dans les six mois du jour de la signification de l'arrêt contre lequel on entend se pourvoir.
La voie de la cassation ne suspend point l'exécution du jugement contre lequel on se pourvoit.
Le demandeur en cassation doit consigner une amande de 450 livres, qu'il ne retire point s'il succombe à sa demande. (H)
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| CASSAVE | ou CASSAVI, ou MANIHOT, ou MANIHOC, est un genre de plante observée par le P. Plumier ; ses fleurs sont monopétales, en forme de cloche découpée, & le plus souvent ouverte. Le pistil devient dans la suite un fruit arrondi, qui renferme trois capsules oblongues, jointes ensemble, dans chacune desquelles il y a un noyau oblong. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
* Celle qui est désignée dans Gasp. Bauhin sous le nom de manihot Indorum, seu yucca foliis cannabinis, dont on trouvera une description assez exacte dans ceux qui ont écrit des Antilles, comme le P. du Tertre, le P. Labat & autres, fournit plusieurs produits dont la connoissance peut piquer la curiosité. Sa racine mangée sans aucune préparation, est un poison mortel : mais on parvient à en séparer la partie nuisible, & à conserver la portion nourrissante, dont on fait un pain d'un usage commun parmi les sauvages ; & que les européens, & même les dames les plus délicates, préferent par goût au pain de froment.
Pour faire cette séparation, on s'y prend de la maniere suivante : lorsque la racine est cueillie, on la dépouille de sa peau ; il reste une substance blanche & pleine de suc, qu'on rape : pour cet effet, on a de grosses rapes de cuivre, & non des moulinets à bras, comme le dit le P. du Tertre. On met la rapure dans des sacs faits d'écorce d'arbre ; ces sacs sont portés sous une presse d'un méchanisme fort simple : c'est une branche d'arbre attachée au tronc, qui fait la fonction de levier, en vertu d'un gros poids dont on charge son extrémité fourchue. Voyez les Pl. d'hist. & leur expl. A tronc d'arbre ; B branche fourchue, avec des pierres qui pesent sur son extrémité ; C sacs de jonc qui contiennent la rapure ; D ais mis entre chaque sac ; E massif de pierre. Il y a une rigole au massif, qui conduit le suc ou le lait de manioc dans la coupe de calebasse F, ou petite terrine. Voilà une sorte de presse, telle que la méchanique naturelle pouvoit la suggérer ; cependant ce n'est pas celle qui est en usage parmi les sauvages. Il y a dans la leur autant de simplicité & plus d'esprit. Ils ont une espece de sac long de six à sept piés & de la grosseur de la jambe ; il est fait d'une sorte de jonc d'un tissu très-lâche, de maniere que quand il est rempli & bien foulé, il prend beaucoup de largeur, & perd beaucoup de sa longueur ; ce sac est terminé par un crochet ; ils plantent deux morceaux de bois en fourche ; ils passent un bâton dans l'anse du sac ; ils placent les deux bouts du bâton dans les fourches des deux piés ; & ils mettent dans le crochet un vaisseau à anse fort pesant, qui faisant en même tems la fonction de poids, tire le sac avec force, en fait sortir le suc de manioc, & le reçoit. Voyez aussi Plan. d'hist. nat. A B, a b ; les piés ; C D le bâton ; E F le sac, H le vaisseau ou poids. Ce suc ou lait contient toute la malignité ; les animaux qui en boivent, enflent & meurent en vingt-quatre heures. Quand la matiere est vuide de suc, & bien desséchée, on la place sur un crible un peu gros ; on la porte ensuite sur des poëles, ou plutôt sur des platines de fonte, sous lesquelles on fait du feu ; c'est de-là qu'on forme la cassave ou la farine de manioc. Il n'y a de différence entre ces deux choses que par la forme. La farine est un amas de grumeaux de manioc desséché & divisé ; & la cassave est faite des mêmes grumeaux liés & joints les uns aux autres par la cuisson, ce qui forme des especes de galettes, larges & minces à-peu-près comme du croquet. Les sauvages la font plus épaisse ; mais & la farine & la cassave tiennent lieu du pain l'un & l'autre. Il ne s'agit que de les humecter avec un peu d'eau pure, ou avec un peu de bouillon. On se sert d'eau ou de bouillon selon que l'on est plus ou moins friand.
Le suc exprimé de la racine rapée n'est pas rejetté comme inutile. Quoique ce soit un poison, on en obtient une substance blanche & nourrissante. Ce suc est blanc comme du lait d'amande, & en a à-peu-près l'odeur. On le reçoit dans des vases, comme nous avons dit ci-dessus ; on l'y laisse reposer, & il se sépare en deux portions ; l'une est une fécule blanche qui se précipite ; l'autre est une eau qui surnage, qui n'est d'aucune utilité, qu'on décante & qu'on rejette. Quant à la fécule, on la lave avec de l'eau chaude ; on la laisse ensuite se précipiter dans cette eau à chaque lavage ; on la retire, & on la met sécher à l'ombre. Cette fécule a l'apparence, la consistance & les propriétés de l'amydon. Cet amydon s'employe au même usage que le nôtre ; on l'appelle moustache. On en fait encore des gâteaux qui ressemblent beaucoup à nos échaudés. Nous tenons ces détails de M. le Romain, qui nous les a donnés d'après l'expérience, & dont nous avons fait mention entre les personnes qui nous ont aidés de leurs lumieres.
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| CASSE | S. f. cassia (Hist. nat. bot. & Mat. med.) genre de plante dont la fleur est le plus souvent composée de cinq feuilles disposées en rond ; le pistil devient dans la suite une silique cylindrique ou applatie, divisée en plusieurs loges par des cloisons transversales, ensuite d'une sorte de moëlle noirâtre pour l'ordinaire ; cette silique renferme des semences arrondies & noires. Tournefort, instit. rei. herb. Voyez PLANTE. (I)
* La casse solutive est une espece de gousse différente de la casse syrinx aromatique des Grecs, & de la casse ligneuse des modernes. Les Arabes ont connu les premiers les propriétés de la casse solutive : c'est un fruit exotique, qu'on reconnoitra à la description qui précede. Il y en a de deux sortes dans les boutiques ; l'une qui vient d'Egypte, & qu'on appelle casse orientale ; & l'autre qui vient d'Amérique, & qu'on appelle casse occidentale : celle-ci n'est pas la meilleure ; son écorce est plus épaisse, plus rude & plus ridée, & sa moëlle acre & desagréable au goût : il faut lui préférer l'orientale & prendre les gousses de celle-ci, qui sont pesantes, nouvelles, & pleines, dont les graines ne raisonnent pas au-dedans, & qui a la moëlle grasse, douce, & d'un noir vif ; c'est la seule partie dont on fasse usage : on la tire de la gousse, on la passe par un tamis, & on l'appelle fleur de casse ou casse mondée. L'arbre qui la produit s'appelle cassia fistula alexandrina.
Le pere Plumier dit que cet arbre ressemble assez à notre noyer, quant à l'ordre de ses feuilles, & à l'arrangement de ses branches ; qu'il a l'écorce du tronc plus fine, plus polie, d'un gris cendré en-dehors, & de couleur de chair en-dedans ; que son bois est dur, noirâtre intérieurement, & environné d'un aubier pâle ; que les feuilles disposées deux à deux sur des côtes menues, vertes, longues d'environ un pié & demi, & plus grosses à leur origine, ont à peu-près la forme, la couleur, & la consistance de celles du noyer ; qu'il y a souvent cinq ou six conjugaisons de feuilles sur chaque côte, & sans que cela empêche qu'elles soient terminées par une seule feuille ; que ces feuilles sont plus unies en-dessus, à cause de la petitesse de leurs nervures ; qu'elles ont à-peu-près la figure d'un fer de lance de quatre à cinq pouces de long sur deux de large ; qu'elles ont la pointe aiguë, & la base arrondie ; que proche des côtes il sort trois ou quatre pédicules un peu plus longs, chargés de fleurs ; que chaque fleur a son pédicule long d'environ deux pouces, son calice concave, & formé de cinq petites feuilles presqu'ovales, d'un verd jaunâtre, & de la grandeur au plus de la moitié de l'ongle ; qu'il part de ce calice cinq pétales placés en rond, d'un beau jaune, creusés & arrondis en cuilliere ; que des cinq il y en a deux un peu plus grands que les autres ; qu'aucun n'excede la grandeur d'un pouce, qu'ils sont veinés dans toute leur étendue ; qu'il s'éleve aussi du calice dix petites étamines, d'un jaune pâle, inégales, trois recourbées, & les autres droites ; qu'on voit au milieu d'elles un pistil long, cylindrique, verdâtre, & recourbé en crochet ; que ce pistil dégénere en une gousse cylindrique droite, longue d'un pié & demi, & d'un peu moins d'un pouce d'épaisseur ; d'une substance ligneuse & mince, couverte d'une pellicule d'un noir châtain, ridée transversalement, excepté du côté du ventre & du dos, portant sur toute sa longueur une côte saillante, lisse & unie, divisée en plusieurs petites cellules séparées par des lames minces, ligneuses, orbiculaires, paralleles, & couvertes d'une pulpe moëlleuse, douce, blanchâtre, jaune ensuite, puis noire ; que chaque cellule contient une graine dure, arrondie, plate, à-peu-près en coeur, d'une couleur voisine du châtain, & attachée par un fil délié aux parois de chaque cellule ; que l'arbre fleurit en Mai & en Avril dans les îles de l'Amérique & qu'il est sans feuilles quand il est en fleur.
On confit des bâtons de cette casse, quand ils sont encore jeunes & tendres ; on les appelle cannificium, cannefice. On en mange quand on veut se lâcher le ventre.
La moëlle mondée s'aigrit quand on la garde : elle contient beaucoup de phlegme, de sel essentiel, & d'huile : elle purge doucement les humeurs bilieuses, & échauffe peu ; mais elle est venteuse, & donne des vapeurs à ceux qui y sont sujets. Pour lui ôter cette qualité, on l'atténue avec le sel végétal ou autre, & on la fait bouillir legerement : la dose est depuis demi-once jusqu'à une once & demie. Le quarteron en bâton équivaut à l'once en moëlle. Geoffroy, Mat. med.
Préparations de casse officinale. L'extrait de casse se fait en passant la moëlle à-travers un tamis : après l'avoir dissous dans une liqueur convenable, on l'aromatise avec la fleur d'orange, le sucre, l'anis, le fenouil ; on le fait évaporer pour lui donner la consistance de bol, & l'on en donne dix gros.
La préparation appellée diacassia cum manna, quoique de peu d'usage, a son utilité en plusieurs cas.
Pour la faire, prenez prunes de damas deux onces ; fleurs de violette, une poignée & demie ; eau de fontaine, une livre & demie : faites bouillir le tout jusqu'à diminution de moitié, & dissolvez dans la colature, de la pulpe de casse, six onces ; du sirop violat, huit onces ; de la pulpe de tamarin, une once ; de sucre candi, une once & demie ; de la meilleure manne, deux onces : faites du tout un électuaire.
L'extrait de casse avec les feuilles de séné se prépare de la maniere suivante.
Prenez du diacassia cum manna, deux livres ; feuilles de séné pulvérisées, deux onces ; semence de carvi, une once ; sirop violat, quantité suffisante : faites un électuaire.
La pulpe de casse s'employe aussi à l'extérieur dans les cataplasmes résolutifs & émolliens. Quincy, Pharmacop.
La casse du Bresil est une gousse plus courte que celle de la casse d'Egypte, un peu plus applatie, & très-dure. L'arbre qui la porte s'appelle cassia fistula brasiliana : il est grand & beau ; son tronc est droit, lisse, & cendré ; il étend ses branches au loin ; il est couvert de feuilles portées sur une côte de neuf pouces, & attachées à de petites queues fort courtes : elles sont d'un verd clair, velues, un peu inclinées, traversées longitudinalement d'une nervure rougeâtre, & transversalement de plusieurs autres qui s'étendent des deux côtés, se recourbant vers leurs extrémités, & se réunissant au bord de la feuille. Les fleurs naissent de l'aisselle des feuilles ; elles sont disposées en forme d'épi sur des pédicules qui ont près d'une palme & demi de long, chaque fleur a son pédicule propre, foible, velu, long d'un pouce. Les boutons de ces fleurs ressemblent à la capre, & les fleurs épanoüies sont plus petites que celles de la casse ordinaire : elles ont cinq pétales de couleur de chair ; le milieu en est occupé par dix étamines recourbées, garnies de longs sommets ; les trois inférieures en sont une fois plus longues que les supérieures : il se trouve parmi elles un style en croissant, long & velu ; ce style dégénere en une gousse verte, puis noire, ensuite brune, pendante quand elle est mûre, longue d'environ deux piés, épaisse de cinq doigts, un peu courbée, bordée d'un côté & dans toute sa longueur de deux côtes, & de l'autre, d'une seule côte qu'on prendroit pour une corde collée sous l'écorce. L'écorce en est rude en-dehors ; ligneuse, & blanche en-dedans ; elle est si ferme qu'on ne la peut casser qu'avec le marteau ; l'intérieur en est séparé en loges, chacune de deux lignes ou environ d'épaisseur, & contenant une graine de la grandeur & figure d'une amande, d'un blanc jaunâtre, luisante, lisse, dure, & divisée d'un côté dans toute sa longueur par une ligne roussâtre, dont l'intérieur est blanc ; & d'une substance de corne. Outre cela chaque cellule renferme une pulpe gluante, brune ou noirâtre, pareille à la casse ordinaire, mais amere & desagréable : cette pulpe est très-purgative, au jugement de Lobel & de Tournefort. Geoff. Mat. med.
La casse en bois, cassia lignea offic. est une écorce roulée en tuyau, tout-à-fait ressemblante par l'extérieur à la canelle, dont elle a la couleur, l'odeur & le gout, & dépouillée comme elle de sa pellicule extérieure. On la distingue de la canelle par la foiblesse de son goût aromatique, & par une glutinosité qu'on lui trouve en la mâchant : elle est tantôt jaune, tantôt jaune rougeâtre ; la meilleure est celle qui décele les qualités les plus voisines de la canelle. L'arbre qui la donne s'appelle cinnamomum, ou cannelle malarialogie & javanais : c'est la même espece de plante que celle qui donne la canelle de Ceylan. On fait peu d'usage de cette casse. Geoffroy présume qu'elle a été connue des anciens. Elle passe pour alexipharmaque & stomachique. On la préfere à la canelle quand il s'agit de resserrer. On la conseille dans l'asthme, la toux, les diarrhées, & les dyssenteries. On l'employe dans la thériaque, le mithriaque, &c.
La casse giroflée, cassia caryophillata off. est aussi une écorce comme la canelle, dont l'odeur de girofle devient si vive & si forte, que la langue en est affectée comme d'un caustique leger ; du reste elle ressemble à la canelle : c'est l'arbre appellé caninga qui la donne : il est grand & haut ; son tronc est gros & brun ; ses feuilles, semblables par la forme à celles du canellier, sont plus grandes : il est commun dans l'île de Cuba, & dans les contrées méridionales de la Guyane. On attribue à l'écorce les propriétés du girofle, auquel on la substitue dans les assaisonnemens. Geoffroy prétend que les anciens Grecs & Arabes ne l'ont point connue. On la croit stomachique & alexipharmaque ; mais dans un degré fort au-dessous du clou de girofle. Geoff. Mat. med.
* CASSE, s. m. (Métallurgie) on donne ce nom en général en plusieurs endroits à une grande poële : mais il désigne particulierement à Sainte-Marie aux mines, & en différentes autres usines où l'on travaille les mines de cuivre, de plomb, & d'argent, une cavité préparée au-dehors des fourneaux d'affinage, dans laquelle le métal se rend au sortir du fourneau, par un tour pratiqué à sa partie inférieure. Voyez CUIVRE.
Les Orfevres & les Monnoyeurs donnent aussi le nom de casse à un vaisseau fait de cendres de lessive & d'os de mouton calcinés, dont ils se servent dans l'affinage de l'or & de l'argent, ou lorsqu'il s'agit d'asseoir le cuivre en bain.
CASSE des Rubaniers, espece de peigne qui se fait de la maniere suivante. On prend un morceau de corne long de quatre jusqu'à six pouces, large de cinq à six lignes, assez épais pour être coupé en deux ; ce morceau de corne se refend dans toute son épaisseur, mais non pas dans toute sa largeur, & cela à peu-près comme les Tabletiers refendent leurs peignes ; il est ensuite scié en deux dans son épaisseur, ce qui donne deux parties dont les dentures sont parfaitement égales ; l'une forme le haut de la casse ; & l'autre le bas : ces deux morceaux sont ensuite assemblés à queue d'aronde avec deux morceaux de bois de pareille épaisseur, & arrêtés & fixés ensemble par les angles avec de la petite ficelle : ainsi voilà un quarré dont toutes les dentures sont remplies chacune d'une dent d'acier qui trouve sa place en-haut & en-bas dans chacun des interstices de cette denture. Quand toutes les dents sont ainsi placées, on couche sur le devant de la denture & à plat une de ces mêmes dents, que l'on lie par les bouts ; par ce moyen toutes les dents sont tenues dans leur situation : on garnit le dessus & le dessous d'une bande de papier ou de carton, pour empêcher les dents de s'échapper par les ouvertures des morceaux de corne. La casse sert ainsi de peigne dans les forts ouvrages, où les dents de canne seroient trop foibles, & ne résisteroient pas.
* CASSES, s. f. (Commerce) c'est ainsi qu'on appelle des mousselines ou des toiles de coton blanches & fines, qui viennent des Indes orientales, mais surtout de Bengale : c'est pour cette raison qu'on les appelle casses bengales. Elles ont seize aunes de long, sur huit de large.
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| CASSE NOISETTE | S. m. (Hist. nat. Ornith.) picus cinereus, sitta, oiseau qui a aussi été nommé torchepot & grimpereau ; il est un peu plus petit que le pinçon, à peine pese-t-il une once. Il a six pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'au bout des pattes ; le bec a sept huitiemes de pouce, depuis sa pointe jusqu'à l'angle de la bouche. Il est triangulaire ; la piece du dessus est noire, & celle du bas est blanchâtre à sa racine. Sa langue est large & pas plus longue que le bec ; elle est dure à son extrémité & déchiquetée. L'ouverture des narines est ronde & recouverte par des poils ou soies roides ; la tête, le cou, & le dos sont cendrés. Les côtés du corps sous les ailes sont rougeâtres ; la gorge & la poitrine sont d'un blanc roussâtre : les plumes du dessous de la queue sont rougeâtres sur les côtés, & blanches dans le milieu. Il y a une longue bande noire qui s'étend depuis le bec, jusque sur le cou en passant sur les yeux. Chaque aile a dix-huit grandes plumes : la premiere est très-courte & fort petite ; les intérieures sont cendrées, & les extérieures sont plus brunes : le tuyau de toutes ces plumes est noir. Il y a deux taches sur la face inférieure des ailes ; l'une est noire & assez grande sur la côte de l'aileron ; l'autre blanche & plus petite au-dessous de la noire sur la racine des grandes plumes de l'aileron. La queue est courte, elle a à peine deux pouces de longueur ; & elle est composée de douze plumes, dont les deux du milieu sont de couleur cendrée comme le dos. La plume qui suit de chaque côté est de couleur cendrée dans le bas, & noire dans le reste, à l'exception de la pointe qui est cendrée, avec un peu de noir au bout du tuyau ; la troisieme plume n'a presque point de couleur cendrée dans le bas, mais il y a une plus grande tache cendrée à la pointe ; au reste elle ressemble à la seconde. La quatrieme est noire sur plus des trois quarts de sa longueur, & il y a à l'extrémité supérieure une marque blanche sur les barbes intérieures ; les barbes extérieures qui sont à la même hauteur sont cendrées ; la pointe de la plume est aussi de couleur cendrée, mais un peu plus foncée : l'avant-derniere plume ne differe de la précédente qu'en ce que le blanc & le cendré sont un peu plus étendus, & qu'en ce qu'il y a un peu de blanc sur le côté extérieur au-dessous de la marque cendrée : les barbes extérieures du milieu de la derniere plume sont entierement blanches. Cette marque occupe environ un tiers de la longueur de la plume, & se trouve immédiatement au-dessous de la couleur cendrée, qui est au-dessus de la plume : au reste cette plume ressemble aux deux précédentes ; toute la difference qu'on y peut observer, est que la marque cendrée du dessus & le blanc qui est sur le côté extérieur sont plus étendus. Les pattes sont de couleur de chair avec une legere teinte de brun. Les ongles sont bruns, longs, & crochus ; cet oiseau n'a qu'un doigt de derriere qui est égal à celui du milieu, son ongle est le plus long. Les doigts extérieurs de chaque côté tiennent au doigt du milieu à leur racine ; le doigt extérieur est le plus petit : on trouve dans l'estomac de cet oiseau des scarabées. Il niche dans des trous d'arbre ; & quand l'ouverture qui lui sert de passage est trop grande, il la retrécit en la bouchant avec de la terre : il ne se nourrit pas seulement d'insectes, il mange aussi des noisettes ; il en fait provision pour l'hyver. La façon dont il les casse est assez singuliere ; il met une noisette dans une fente pour l'assûrer en place, & ensuite il frappe dessus de toute sa force avec son bec, jusqu'à ce qu'il ait percé la coque, alors il lui est facile de tirer l'amande par le trou qu'il a fait. Willughby, Ornit. voyez OISEAU.
CASSE-NOIX, s. m. (Hist. nat. Ornit.) caryocatactes, oiseau qui a environ un pié de longueur depuis l'extrémité du bec, jusqu'au bout des pattes ou des aîles ; car les unes & les autres sont également longues : l'envergeure est d'environ un pié neuf pouces. Le bec a près de deux pouces de longueur, depuis la pointe jusqu'aux coins de la bouche ; il est noir & fort : la piece supérieure est un peu plus avancée que l'inférieure, & elle n'est pas pointue. La langue est courte, fourchue, & très-profondément découpée ; l'iris des yeux est de couleur de noisette : l'ouverture des narines est ronde & recouverte par de petites soies blanchâtres. Tout le corps de cet oiseau est de couleur rousse, mêlée de brun & parsemé de taches blanches triangulaires partout, excepté sur la tête. Les taches de la poitrine sont les plus grandes, & le dessus de l'oiseau est d'une couleur plus rousse que le reste du corps. Il y a du blanc entre le bec & les yeux ; & les plumes qui sont au-delà de l'anus sous la queue sont aussi très-blanches : les grandes plumes des aîles sont noirâtres. La queue a près de cinq pouces de longueur ; elle est composée de douze plumes : plus de la moitié des plumes extérieures de chaque côté est blanche ; celles qui suivent ont moins de blanc, & l'étendue de cette couleur diminue par degrés dans chaque plume, jusqu'à celle du milieu où il n'y a presque point de blanc. Les pattes & les ongles sont noirs ; le doigt extérieur tient au doigt du milieu par sa base. Cet oiseau mange des noix ; c'est pourquoi on l'a nommé casse-noix. Willughby, Ornit. Voyez OISEAU. (I)
CASSE-NOIX. Voyez GROS-BEC.
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| CASSE-AIGUILLE | S. m. ouvrier occupé dans les salines. Voyez AIGUILLEUR, voyez SALINES.
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| CASSE-MOTTE | S. f. (Agricult.) instrument dont le nom indique assez l'usage ; c'est une massue de bois dur qu'on employe dans les terres fortes : elle est grosse comme la cuisse. On la cercle de fer, & l'on y ajuste un manche d'environ quatre piés de long. Voyez cet instrument, Pl. d'Agriculture.
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| CASSEAU | S. m. on entend par ce terme dans l'Imprimerie, le diminutif d'une casse : c'est une espece de tiroir dont les cassetins ou compartimens sont égaux, plus ou moins grands & plus ou moins profonds, à proportion de la grosseur du caractere auquel il est destiné. Le nombre de ses cassetins est ordinairement de quarante-neuf, ou de sept en tout sens, parce qu'il est exactement quarré. Le casseau sert à mettre les lettres de deux points, ou les vignettes de fonte : on lui donne le nom du corps de caractere qu'il renferme. Il y a le casseau de deux points de Gros-romain, celui de deux points de Saint-Augustin, & ainsi des autres corps de caracteres.
* CASSEAU, s. m. (art de faire la dentelle) ; c'est un petit morceau de corne fort mince, teint en rouge ou en autre couleur, d'un quart ou d'une demi-ligne d'épais, de cinq à six lignes de haut ; d'un pouce ou environ de large, replié de maniere que ses deux extrémités rapprochées & arrêtées par un fil, forment une espece de petit étui dans lequel on met la casse du fuseau à faire la dentelle quand il est chargé de fil, afin d'empêcher le fil de s'éventer. Lorsque le fil est éventé, il se casse facilement ; aussi est il à propos que celles qui font la dentelle travaillent à l'ombre. Voyez DENTELLE.
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| CASSEL | ville de France dans la Flandre, à quatre lieues de S. Omer. Long. 20. 9. 9. lat. 50. 47. 54.
CASSEL, belle & forte ville d'Allemagne, capitale du landgraviat de Hesse-Cassel. Long. 27. 10. lat. 51. 20.
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| CASSEMENT | S. m. (Jardinage) est l'action de rompre & d'éclater exprès un rameau, une branche de la pousse précédente, ou un bourgeon de l'année, en appuyant avec le pouce sur le tranchant de la serpette, pour les séparer & les emporter. Par le moyen de cette opération, faite à l'endroit des sous-yeux en hiver pour les branches, & en Juin, ou au commencement de Juillet pour les bourgeons, vous êtes assuré de faire pousser à cet endroit ainsi cassé, ou des boutons à fruit pour l'année même, ou des boutons fructueux pour l'année prochaine, ou du moins des lambourdes, quelquefois même ces trois choses à la fois ; mais cette opération n'a lieu que pour les arbres à pepin, & rarement pour les fruits à noyau. Si l'on coupe le rameau, la seve recouvre la plaie, & il repousse une nouvelle branche ou de nouveaux bourgeons ; mais quand on le casse, les esquilles forment un obstacle au recouvrement de la plaie, & de-là naissent l'une des trois choses qui viennent d'être rapportées. Le cassement doit se faire à un demi-pouce près de la naissance ou de l'empatement de la branche ou du bourgeon, à l'endroit même des sous-yeux.
Cette opération demande de grands ménagemens & une main sage, autrement on épuiseroit un arbre à force de le tirer trop à fruit en même tems : on peut dire même que le cassement tient lieu du pincement qui a toujours été en usage jusqu'à présent : la force du préjugé l'avoit fait croire bon, l'expérience l'a enfin détruit, & a convaincu que le pincement tendoit à la ruine des arbres, & qu'on étoit obligé de replanter sans cesse, sans jamais pouvoir jouir. (K)
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| CASSENA | (Géog.) royaume d'Afrique, dans la Nigritie, tributaire de celui de Tombut.
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| CASSENEUIL | (Geog.) petite ville de France dans l'Agénois, sur la riviere de Lot.
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| CASSENOLLE | S. f. (Teint.) c'est ainsi que les Teinturiers appellent la noix de galle, dont ils font grand usage. Voyez TEINTURE.
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| CASSER | en terme de Palais, c'est annuller, déclarer nul un acte, une convention, un contrat.
CASSER des troupes, signifie les licentier, les réformer.
CASSER une charge, c'est la supprimer ; casser l'officier qui en est pourvû, c'est l'en déposséder. (H)
CASSER, en terme de Raffineur de sucre, c'est l'action d'ouvrir les barrils en brisant les cerceaux à coups de hache, pour en tirer plus aisément les matieres.
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| CASSERIUS | (MUSCLE DE) Anatom. muscle du marteau qui porte le nom de l'anatomiste qui le découvrit ; voyez OREILLE : cet anatomiste fut disciple, rival, & successeur d'Aquapendente. Il a écrit de Organis vocis & auditus, une nouvelle anatomie de Organis sensuum. La bonne édition de ses oeuvres est de Venise, 1609. (L)
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| CASSEROLLE | S. f. ustencile de cuisine à queue ; on forme de bassin de cuivre rouge étamé, plus ou moins profond à proportion de son diametre.
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| CASSERON | voyez CALMAR.
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| CASSETTE | S. f. est synonyme à un petit coffre, les cassettes sont destinées à enfermer des choses qui tiennent peu de volume.
CASSETTE, est une espece de boîte divisée en quatre cases, dans lesquelles les Tailleurs mettent le fil & le poil de chevre devidés sur des pelotes, afin de les avoir tout prêts sous leur main, & de pouvoir s'en servir dans le besoin.
Cette cassette sert aussi de pié à leur chandelier, quand ils travaillent à la lumiere. Voyez Pl. du Tailleur.
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| CASSIE | S. f. acacia, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, faite en forme d'entonnoir, dans laquelle il y a quantité d'étamines rassemblées en touffe. Le pistil sort du fond de la fleur, & devient dans la suite une silique qui est divisée en plusieurs cellules, qui renferme des semences arrondies. Tournefort, inst. rei. herb. Voyez PLANTE. (I)
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| CASSIM-GHEURI | (Hist. mod.) c'est le nom que les Turcs & les Grecs levantins donnent à la fête de S. Demetrius. Ce jour est fort redouté par les matelots & gens de mer, & ils n'osent jamais se hasarder à tenir la mer ce jour-là, & font toûjours ensorte d'être dans le port dix jours avant que cette fête arrive.
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| CASSIMERA | (Géog.) pays d'Asie dans les états du grand mogol, aux frontieres de la grande Tartarie.
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| CASSIN | S. m. partie du métier à étoffes de soie, gase, &c. c'est un cadre de deux piés & demi de long sur vingt pouces de large, qui est appuyé ou porté par les deux estases du métier, & qui soûtient un autre cadre en talud, appellé cage, garni de petites lames d'une ligne d'épaisseur, entre lesquelles sont enfilées sur des verges de fer qui leur servent d'axe, les rangées de poulies sur lesquelles les cordes de rame sont passées. Voyez ESTASES, RAME, LOURS CISELESELE. Le montant du cassin est la partie qui soûtient la cage. L'A du cassin est la piece de bois qui tient les brancards & montans arrêtés.
CASSIN VOLANT, c'est ainsi qu'on appelle un cassin ordinaire, garni de tous ses cordages, rame, semple, dont on se sert pour la lecture des desseins, tandis que les autres métiers travaillent. Une aiguille de plomb du poids de quatre onces, détend la corde de rame, & par conséquent celle de semple. Voyez RAME, SEMPLE & VELOURS.
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| CASSINOGOROD | (Géog.) ville de l'empire russien dans la principauté de Cassinow. Long. 62. 5. lat. 55. 20.
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| CASSINOIDE | S. f. (Géom.) courbe connue des Géometres sous le nom d'ellipse de M. Cassini, ou ellipse cassinienne. Voyez ELLIPSE. (O)
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| CASSIOPÉE | S. f. (Astronomie) c'est une des constellations de l'hémisphere septentrional ; elle est située proche Céphée. Voyez CONSTELLATION.
Il parut en 1572, une nouvelle étoile dans cette constellation, qui surpassoit d'abord Jupiter en éclat & en grandeur : mais elle diminua peu-à-peu, & disparut au bout de dix-huit mois. Elle exerça tous les Astronomes de ce tems. Elle fut la matiere des écrits de plusieurs d'entr'eux. Tycho-Brahé, Kepler, Maurolycus, Licetus, Beze, le landgrave de Hesse, Rosa, &c. prétendirent que c'étoit une comete ; d'autres ajoûtoient de plus que c'étoit la même que celle qui avoit paru à la naissance de Jesus-Christ, & qu'elle annonçoit son second avenement. Tycho les réfuta. Voyez COMETE & ÉTOILE.
Cassiopée a 13 étoiles dans le catalogue de Ptolomée ; 28 dans celui de Tycho, & 56 dans Flamsteed, ou dans le catalogue britannique. (O)
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| CASSI | ou CASSIER, s. m. (Hist. nat. bot.) est une des six especes de groseiller de Boerhaave, ou des quatorze que compte Miller.
Le nom de cassier, ou plûtôt de cassis, qui a présentement passé en usage, lui a été donné par les Poitevins. Quelques-uns l'appellent très-improprement poivrier. La dénomination de cassier est équivoque, celle de cassis ne méritoit guere de faire fortune. On devroit nommer cet arbrisseau groseiller noir. En effet, c'est le ribes nigrum ou nigra, ribes fructu nigro, folio olente des Botanistes.
Ses feuilles sont semblables à celles de la vigne ; elles sont larges, un peu velues en-dessous, d'une odeur fétide, ainsi que ses fleurs qui naissent du même tubercule plusieurs ensemble, ramassées en grappe, & ressemblant à celles du groseiller blanc épineux. Ses baies sont oblongues, noires, acides, soit qu'elles soient mûres, soit qu'elles soient vertes, d'une saveur peu agréable. Cette plante vient communément dans le Poitou & la Touraine : elle est plus rare aux environs de Paris, & on la trouve seulement auprès de Montmorency.
On la cultive dans quelques jardins, mais très-rarement, à cause de son peu d'efficace réelle en medecine. Sa principale vertu consiste à être apéritive & diurétique ; c'est pourquoi quelques auteurs prescrivent le suc exprimé de ses feuilles fraîches, leur infusion ou décoction, dans les douleurs de reins & de la vessie.
On prépare dans plusieurs boutiques d'apothicaires un sirop, ou une conserve des feuilles ; & dans quelques maisons une gelée du fruit, qui n'a ni l'odeur, ni l'agrément de celle des groseilles rouges.
Paul Contant a vanté si fortement, si positivement les vertus du cassis pour la guérison de l'hydropisie & de la morsure des viperes, qu'il a trouvé bien des gens qui lui ont ajoûté foi. Cet apothicaire de Poitiers est le premier qui a mis cette plante en réputation dans les provinces méridionales de France ; & par une bisarrerie qui dépend peut-être de la mauvaise odeur de ses fleurs, de ses feuilles, & du mauvais goût de son fruit, elle a trouvé de tems en tems des panégyristes qui ont du moins ressuscité la mémoire de son nom.
On vit paroître en 1712 à Bourdeaux, un petit traité intitulé Propriétés admirables du cassis, dans lequel il est vanté comme une panacée universelle pour toutes sortes de maladies. Peu de tems après, M. Chauvelin, qui a été intendant de Touraine, ensuite de Picardie, conseiller d'état, mais qui n'étoit pas medecin, s'engoüa des vertus du cassier, & répandit dans le public pour la guérison de la rage une composition, qu'on disoit éprouvée, dont les feuilles de cet arbrisseau étoient la base.
Enfin il y a environ dix ans qu'on renouvella en Guienne les anciens éloges qu'on avoit ci-devant prodigués au cassis : mais comme nous donnons avec vivacité dans les nouveautés réelles ou prétendues, nous nous en dégoûtons de même. Ces éloges tomberent l'année suivante ; la composition de M. Chauvelin contre la rage, a fait place à d'autres ; & toutes les vertus du cassis contre la morsure des viperes, l'hydropisie, la pierre, & le rhûmatisme, se sont évanoüies dans les pays où on les avoit ressuscitées. Article communiqué par M(D.J.)
CASSIS, (Géog.) petite ville de France en Provence, avec un petit port de mer.
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| CASSOLETTE | S. f. (Architecture) espece de vases isolés de peu de hauteur, composés de membres d'architecture & de sculpture, du sommet & souvent des côtés desquels s'exhalent des flammes ou des parfums affectés. Ils servent souvent d'amortissement à l'extrémité supérieure d'une maison de plaisance, comme on voit au château de Marli ; ou bien ils couronnent les retables d'autels : on les employe aussi dans la décoration des catafalques, des arcs de triomphes, feux d'artifices, &c. (P)
CASSOLETTE, (Parfumeur) on donne ce nom à deux instrumens destinés au même effet, mais d'une forme différente : l'un est une espece de réchaud sur lequel on fait brûler des parfums ; l'autre est une petite boîte d'or ou d'argent portative, dans laquelle on les renferme.
On appelle aussi cassolette la composition odoriférante. Il est inutile de donner cette composition. On formera une cassolette de l'amas de tout ce qui rend une odeur agréable, observant toutefois qu'il y ait une certaine analogie entre les odeurs ; car il peut arriver ou qu'elles soient rendues plus suaves, ou qu'elles se corrompent par le mélange.
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| CASSONADE | S. f. (Hist. nat.) espece de sucre que les Portugais du Bresil ont les premiers apporté en France ; & comme ils le livroient dans des caisses qu'ils appellent casses, on lui a donné le nom de cassonade. Voyez l'article SUCRE.
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| CASSORORARI | (Hist. nat. Ichthyolog.) petit poisson de mer de la grosseur de l'anchois, & beaucoup plus recherché. Il se pêche dans les mers des Indes occidentales. On dit qu'il a deux prunelles à chaque oeil, à l'aide desquelles on ajoûte qu'il voit en même tems en-dessus & en-dessous.
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| CASSOVI | ou CASCHAU, (Géog.) ville forte de la haute Hongrie, capitale du comté d'Abanwyvar. Long. 38. 28. lat. 48. 38.
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| CASSUBIE | (LA) Géog. continent d'Allemagne dans la Poméranie ultérieure, sur la mer Baltique. Ses villes les plus considérables sont Colberg, Belgard, & Coslin.
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| CASTAGNEDOLI | (Géog.) petite ville d'Italie dans les états de la république de Genes.
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| CASTAGNEDOLO | (Géog.) ville d'Italie dans le Brescian, dépendante de la république de Venise.
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| CASTAGNETTES | S. m. pl. (Musiq. & Luth.) instrument de percussion en usage chez les Maures, les Espagnols, & les Bohémiens. Il est composé de deux petites pieces de bois, rondes, seches, concaves, & de la grandeur à peine d'un écu de six livres. On s'en sert pour accompagner des airs de danse ; les concavités s'appliquent l'une contre l'autre quand on en joue. C'est pour cet effet que les deux pieces sont attachées ensemble par un cordon passé dans un trou percé à une petite éminence laissée au bord de la castagnette, & qui en est comme le manche. Le cordon se tourne ou sur le pouce ou sur le doigt du milieu ; s'il est tourné sur le pouce, c'est le doigt du milieu qui fait résonner les concavités l'une sur l'autre ; s'il est tourné sur le doigt du milieu, ce sont les doigts libres de part & d'autre qui font la même fonction. Les castagnettes marquent le mouvement, & doivent au moins battre autant de fois qu'il y a de notes dans la mesure. Ceux qui en jouent habilement, peuvent doubler, tripler. Voyez la figure de cet instrument Planche XI. de Luth. fig. 21.
La tablature des castagnettes se marque par des notes de musique placées au-dessus & au-dessous d'une même ligne. Celles qui sont au-dessus sont pour la main gauche, & celles qui sont au-dessous, sont pour la main droite. La ligne de la tablature doit être tranchée de mesure en mesure par une ligne perpendiculaire, afin de distinguer les mesures. Il doit y avoir aussi au commencement de la ligne une clé, & le signe de la mesure. Exemple :
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| CASTAGNEUX | S. m. mergus minimus fluviatilis, (Hist. nat. Ornit.) oiseau aquatique qui marche très-difficilement sur la terre, parce que ses cuisses semblent être dans le ventre, & que les jambes sont dirigées en arriere. Les ailes sont fort petites, il n'a ni queue, ni croupion ; ses plumes sont semblables à celles d'un oison nouvellement éclos. Cet oiseau est de la grosseur d'une petite sarcelle, & de couleur de châtaigne, d'où il paroît que lui est venu le nom de castagneux. Les doigts des piés ne sont pas joints les uns aux autres par une membrane, cependant ils sont larges comme ceux de la poule d'eau ; le doigt postérieur est large comme les autres. Les pattes sont cochées par-derriere comme une double scie. Le ventre est de couleur de lait ; il y a de ces oiseaux qui l'ont de couleur de souris. Le bec est arrondi, petit, rougeâtre, & plus court que celui de la poule d'eau. Cet oiseau a beaucoup de peine à s'élever hors de l'eau ; mais lorsqu'il est une fois en l'air, il vole pendant long-tems. S'il se trouve dans un endroit ou il n'y ait que peu d'eau, il ne peut pas prendre son vol ; alors on peut le fatiguer au point qu'il se laisse prendre à la main. Il est aussi très-facile dans ce cas de le prendre avec des gluaux. Le castagneux vit dans l'eau salée & dans l'eau douce : dans la mer il mange des chevrettes, des melettes, &c. dans les rivieres il se nourrit de petites écrevisses & de petits poissons. Il fait son nid contre terre dans les marais, & il le cache derriere quelque motte de terre. La chair de cet oiseau a un goût de sauvage dans toutes les saisons ; cependant il est fort gras en hyver. Belon, hist. de la nat. des oiseaux. Voyez OISEAU. (I)
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| CASTAGNOLA | (Géog.) petite ville d'Italie du Montferrat dans le territoire de Casal.
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| CASTALIE | (Géogr. & Mythol.) fontaine qui coule au pié du mont Taurus dans la Phocide. Elle étoit consacrée à Apollon & aux Muses ; & c'étoit auparavant une nymphe qu'Apollon métamorphosa ; ses eaux en reçurent en même tems le don de rendre poëtes ceux qui en boiroient, ou même ceux qui entendroient leur murmure. La Pythie en bûvoit avant que de s'asseoir sur le trépié. On fait dépendre toute cette fable du mot arabe castala, qui signifie bruit, murmure d'eau. On pourroit aisément lui trouver une autre origine, & croire que les anciens nous ont figuré par cette fable, que tous ceux qui portoient en eux quelque étincelle de l'esprit de la Poésie, en ressentoient particulierement la présence, loin du tumulte des cités, dans l'ombre & le silence des forêts, au bruit de la chûte des eaux, à l'aspect des charmes secrets de la nature. Il ne faut que s'être égaré quelquefois au printems dans la forêt de Saint-Germain, pour adopter cette idée.
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| CASTAMENA | (Géog.) ville d'Asie dans la Natolie & dans la province de Becsangil, sur la riviere de Lime.
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| CASTANET | petite ville de France dans le haut Languedoc, proche du canal.
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| CASTANOWITZ | (Géog.) ville fortifiée de Hongrie en Croatie, dans une île formée par la riviere d'Unna.
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| CASTE | S. f. (Hist. mod.) la nation immense des gentils, ou peuples des côtes de Coromandel & Malabare, est partagée en différentes castes, ou tribus. Un indien ne sauroit se marier hors de sa caste, ou bien il en est exclu pour toujours ; mais il n'en est point qui ne se crût deshonoré, s'il étoit obligé d'en sortir ; cependant il ne faut qu'un rien pour la lui faire perdre : car quelque basse que soit la caste dans laquelle il est né, l'entêtement ou le préjugé de chacun en particulier, fait qu'il y est aussi attaché qu'il le seroit à celle qui lui donneroit le premier rang parmi les autres. Un européen ne peut s'empêcher de rire de la folie de l'indien sur le sujet de sa qualité ; mais celui-ci a ses préjugés comme nous avons les nôtres, & comme tous les peuples de l'univers ont les leurs, même les castes de Guinée ou de Mosambique.
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| CASTEL | (Géog.) ville d'Allemagne dans le haut Palatinat.
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| CASTEL-ARAGONESE | ville forte d'Italie, dans l'île de Sardaigne, avec un bon port. Long. 26. 32. lat. 40. 56.
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| CASTELAMARE | ville du royaume de Naples, dans la principauté citérieure, avec un bon port. Long. 32. lat. 41. 40. Il y a encore une ville de ce nom dans la vallée de Mazare en Sicile.
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| CASTELAU | ou CASTELHUN, ville & château d'Alsace, au cercle du haut Rhin, dans le Hunsruck.
CASTEL-BALDO, (Géogr.) petite place d'Italie dans le Veronese, sur l'Adige. Long. 29. lat. 45. 7.
CASTEL-BOLOGNESE, petite ville d'Italie dans l'état ecclésiastique, au Bolognese.
CASTEL-BRANCO, ville de Portugal, dans la province de Beyra, sur la riviere de Lyra.
CASTEL-DEL-OVO, fort d'Italie, au royaume de Naples.
CASTEL-DE-VIDE, place forte de Portugal, dans l'Alentéjo. Long. 11. 10. lat. 39. 15.
CASTEL-DURANTE, voyez URBANEA.
CASTEL-FOLLIT, place d'Espagne dans la Catalogne, entre Lampredon & Ampurias.
CASTEL-GANDOLFE, place d'Italie dans l'état ecclésiastique, avec un château sur le lac du même nom, à quatre lieues de Rome.
CASTEL-GELOUX, petite ville de France en Gascogne, dans le Bazadois. Long. 17. 50. lat. 44. 25.
CASTEL-MAYRAN, petite ville de France en Gascogne, dans la Lomagne.
CASTEL-MORON, petite ville de France dans l'Agénois, sur la riviere de Lot.
CASTEL-MOROUX, petite ville de France dans le haut Languedoc.
CASTEL-NOVO, ville forte de Dalmatie, sur le golfe de Cataro, avec un château. Long. 36. 20 lat. 42. 25.
CASTEL-NOVO DE CARFAGNAGNE, petite ville d'Italie dans le Modénois, avec une bonne forteresse.
CASTEL-RODRIGO, (Géog.) forteresse du royaume de Portugal, dans la province de Beira.
CASTEL-SAINT-JOANNE, petite ville d'Italie, au duché de Plaisance.
CASTEL-SARRASIN, ville de France dans le haut Languedoc, au diocèse de Montauban.
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| CASTELHOLM | (Géog.) forteresse de Suede dans l'île d'Aland, vis-à-vis de Stockholm.
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| CASTELLANA | (Géog.) ville d'Italie dans l'état de l'Eglise, à l'occident du Tibre, dans la Sabine.
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| CASTELLANE | (Géog.) ville de France en Provence, au diocèse de Senez. Lon. 24. 24. lat. 43. 55.
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| CASTELLANI | & NICOLOTTI, (Hist. mod.) c'est le nom de deux factions toûjours opposées, qui divisent la populace à Venise.
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| CASTELLANNETE | petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la terre de Lecce. Long. 34. 38. lat. 40. 50.
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| CASTELLANS | S. m. plur. (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne en Pologne aux sénateurs qui sont revêtus des premieres dignités après les palatins du royaume ; leur nombre est fixé à quatre-vingt-deux. Ils sont chargés du soin des castellanies, subordonnées aux palatins, & les chefs & les conducteurs de la noblesse dans chaque palatinat. Le premier de tous est le castellan de Cracovie ; celui-ci a le droit de précéder tous les palatins, & tient après les évêques le premier rang parmi les sénateurs laïques. On divise les castellans en grands & en petits ; les premiers sont au nombre de trente-trois, & les derniers au nombre de quarante-neuf, de la petite Pologne, de Mazovie, & de la Prusse polonoise. Les grands castellans ont comme les autres sénateurs du royaume, séance dans les conseils & aux dietes qu'ils ont le droit de convoquer ; ils administrent la justice dans leurs districts, ont l'intendance sur les poids & mesures, fixent le prix des grains & denrées, & sont les juges des Juifs. Mais les petits castellans n'ont ni séance, ni voix délibérative dans les affaires d'état. (-)
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| CASTELLANZA | (Géog.) ville d'Italie au duché de Milan, sur l'Olana.
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| CASTELLAZZO | (Géog.) petite ville d'Italie au duché de Milan, près d'Alexandrie, entre les rivieres de Bormida & d'Orta.
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| CASTELLE | (LE) Géog. petite ville de la Turquie en Asie, en Natolie, dans la province de Boli, sur la côte de la mer noire.
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| CASTELLETTO | (Géog.) il y a trois villes de ce nom en Italie au duché de Montferrat, dans le territoire d'Aqui : la premiere est près de Nice ; la seconde, sur les frontieres du marquisat de Spigno ; la troisieme, sur celles du pays d'Albe.
CASTELLETTO, (Géog.) petite ville d'Italie au duché de Milan, sur le lac Majeur.
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| CASTELLON | CASTELLON
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| CASTELLOT | (Géog.) petite ville de Lorraine, dans le comté de Montbéliard.
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| CASTELLUCCIA | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre.
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| CASTELNAU- | CASTELNAU-
CASTELNAU - de-Bressac, petite ville dans le haut-Languedoc, au diocèse de Castres.
CASTELNAU - de-Bretenous, petite ville de France dans le Querci, sur la Cere.
CASTELNAU - d'Estretefon, ou de Trigefon, petite ville de France dans le haut Languedoc, au diocèse de Toulouse.
CASTELNAU - de-Magnoac, petite ville de France dans l'Armagnac, sur le Gers.
CASTELNAU - de-Montartier, petite ville de France en Querci.
CASTELNAU - de-Montmirail, petite ville de France dans l'Albigeois.
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| CASTELNAUDARY | (Géog.) ville considérable de France dans le haut Languedoc, capitale du Lauraguais, à six lieues de Carcassonne. Long. 16. 38. lat. 43. 19. 4.
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| CASTELTOWN | (Géog.) petite ville de l'Ecosse septentrionale, au comté de Marr, sur la Dée.
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| CASTEN-VOGTE | ou AVOCATIE, (Jurispr.) c'est le nom qu'on donne en Allemagne à un droit particulier que quelques seigneurs ou souverains de l'empire peuvent exercer sur les monasteres ou chapitres situés dans leur voisinage, en vertu de celui de protection qu'ils ont sur eux. La plûpart des couvents ont souvent tâché de secoüer ce joug, qui leur étoit en plusieurs occasions plus onéreux qu'utile, & beaucoup y ont réussi. Ce droit est aussi ancien en Allemagne que les monasteres & chapitres, & paroît avoir été établi par les fondateurs eux-mêmes, ou par les empereurs. (-)
Les moines dans quelque pays que ce puisse être, étant sujets du prince & de l'état ainsi que les autres habitans, il n'est pas douteux que suivant les principes du droit naturel, le prince & l'état n'ayent sur eux un pouvoir dont la prudence doit regler l'exercice.
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| CASTER | (Géog.) petite ville d'Allemagne dans l'archevêché de Cologne, sur la riviere d'Erp.
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| CASTIGLIONE | (Géog.) ville forte d'Italie dans la vallée de Carfagnana, appartenante à la république de Lucques.
CASTIGLIONE, (Géog.) ville d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure, avec titre de principauté.
CASTIGLIONE, (Géog.) ville d'Italie au grand duché de Toscane, dans le Siennois, sur le bord de la mer.
CASTIGLIONE, (Géog.) ville d'Italie au Piémont, dans la province de Chieti.
CASTIGLIONE-DEL-STIVERE, petite ville forte d'Italie dans le Mantoüan, avec un château. Long. 28. 4. lat. 45. 23.
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| CASTILLE | (LA VIEILLE) Géog. province d'Espagne, avec titre de royaume, bornée au sud par la nouvelle Castille, à l'orient par l'Aragon & la Navarre, au nord par la Biscaye & l'Asturie, & au couchant par le royaume de Léon. Burgos en est la capitale.
CASTILLE, (la neuve) Géog. ou royaume de Tolede, province d'Espagne bornée au nord par la Castille vieille, à l'orient par les royaumes d'Aragon & de Valence, au midi par celui de Murcie & par l'Andalousie, & à l'occident par le royaume de Léon.
CASTILLE D'OR, (la) Géog. grand pays de l'Amérique méridionale, dans la terre ferme, qui comprend huit gouvernemens. Il appartient aux Espagnols.
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| CASTILLON | (Géog.) ville de France dans la Guienne, au Périgord, sur la Dordogne. Long. 18. 43. lat. 44. 52.
CASTILLON, (Géog.) petite ville de France en Gascogne, dans le Couserans.
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| CASTILLONES | (Géog.) petite ville de France en Guienne, dans l'Agénois.
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| CASTINE | S. f. (Hist. nat. Métallurgie) l'on nomme ainsi dans les grosses forges de fer une pierre blanchâtre du genre des calcaires. On en met dans les fourneaux où l'on fait fondre la mine de fer, parce qu'elle a la propriété d'absorber les acides du soufre dont la mine de fer est quelquefois entremêlée, & qui, comme on le sait, est la matiere la plus ennemie du fer. (-)
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| CASTINHERA | (Géog.) petite ville du royaume de Portugal, sur le Tage.
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| CASTIONE | (Géog.) petite ville d'Italie au duché de Milan, sur la riviere d'Olone.
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| CASTLE | (Géog.) petite ville maritime & port d'Irlande, dans la Mommonie.
CASTLE-RISING, (Géog.) petite ville d'Angleterre dans le duché de Norfolck. Long. 17. 51. lat. 52. 45.
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| CASTOR | S. m. fiber, (Hist. nat.) animal quadrupede amphibie, qui a au plus trois ou quatre piés de longueur, sur douze ou quinze pouces de largeur au milieu de la poitrine, & qui pese ordinairement depuis quarante à soixante livres. Les animaux de cette espece sont pour l'ordinaire fort noirs : dans le nord le plus reculé de l'Amérique il y en a aussi de blancs. La plûpart de ceux de Canada sont bruns : cette couleur s'éclaircit à mesure que les pays sont plus tempérés ; car les castors sont de couleur fauve ; & même ils approchent de la couleur de paille, chez les Illinois & chez les Chaoüanons. Celui dont on a fait la description dans les Mém. de l'Académ. roy. des Scien. tom. III. part. I. avoit été pris en Canada, aux environs de la riviere de Saint-Laurent : sa longueur étoit d'environ trois piés & demi, depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la queue ; & sa plus grande longueur de près d'un pié : il pesoit plus de trente livres. Il avoit du poil sur tout le corps, à l'exception de la queue, & ce poil étoit de deux sortes mêlées ensemble ; l'une avoit environ un pouce & demi de longueur ; celui-là étoit gros comme des cheveux, fort luisant, de couleur brune, tirant un peu sur le minime ; il donne la principale couleur au castor ; sa substance étoit ferme, & si solide, qu'on n'y appercevoit aucune cavité avec le microscope ; cependant M. Sarrasin, medecin du Roi en Canada, dit qu'on y remarque dans le milieu une ligne qui est beaucoup moins opaque que les côtés, & qui a fait conjecturer que le poil est creux, Mém. de l'Ac. des Scienc. ann. 1704. L'autre sorte de poil n'avoit qu'environ un pouce de longueur ; Il étoit beaucoup plus abondant que le premier ; il paroissoit aussi plus délié, & si doux, qu'il ressembloit à de la soie ; c'est un duvet très-fin & très-serré, qui garantit le castor du froid, & qui sert à faire des chapeaux & des étoffes : il ne reste que ce duvet dans les peaux qui ont servi de vêtement & de couvertures de lits aux sauvages : il est le plus recherché, parce qu'étant engraissé par la matiere de la transpiration, il se foule beaucoup mieux. Le duvet du castor est garanti de la boue par le poil le plus long, lorsque l'animal est en vie & qu'il travaille.
Il y avoit cinq pouces & demi depuis le bout du museau jusqu'au derriere de la tête, & cinq pouces de largeur à l'endroit des os qui font l'éminence des joues ; desorte que la tête étoit presque quarrée : les oreilles étoient rondes & fort courtes, revêtues de poil par le dehors, & presque sans poil au-dedans. Les yeux du castor sont fort petits : l'ouverture des paupieres n'a qu'environ quatre lignes ; la cornée est ronde, & l'iris d'un bleu foncé. Les dents incisives, qui sont au nombre de deux en chaque mâchoire, étoient tranchantes dans le castor dont la description a été faite, comme celles des écureuils, des porcs-épics, des rats, &c. celles d'en-bas avoient plus d'un pouce de longueur ; celles d'en-haut n'avoient qu'environ dix lignes ; elles glissoient au dedans des autres lorsqu'on fermoit la bouche de l'animal ; elles étoient demi-rondes par-devant, & comme taillées en biseau de dedans en-dehors ; en-dedans leur couleur étoit blanche, & en-dehors d'un rouge clair tirant sur le jaune ; les unes & les autres étoient larges d'environ trois lignes au sortir de la mâchoire, & de plus de deux lignes à leur extrémité ; il y avoit seize dents molaires, huit de chaque côté, quatre en haut & quatre en bas ; elles étoient directement opposées les unes aux autres.
Ce castor avoit cinq doigts à chaque pié ; ceux des piés de derriere étoient joints ensemble par des membranes, comme ceux d'une oie ; les piés de devant avoient les doigts séparés, & étoient faits comme la main d'un homme, excepté qu'ils étoient couverts de poil, & que les ongles étoient longs & pointus ; les piés de devant avoient six pouces & demi de longueur depuis le coude jusqu'à l'extrémité du plus grand doigt, & trois pouces depuis le commencement de la main jusqu'à cette extrémité du plus grand doigt ; les piés de derriere avoient six pouces depuis l'extrémité du talon jusqu'au bout du plus long des doigts, qui étoit le second ; les ongles étoient taillés de biais, & creux par-dedans comme des plumes à écrire ; il y avoit à la partie externe de chaque pié de devant & de derriere, un petit os qui faisoit une éminence, & qu'on auroit pû prendre pour un sixieme doigt s'il avoit été séparé du pié.
La queue avoit environ onze pouces de longueur. deux pouces de largeur à la racine, & trois pouces dans le milieu, le bout étoit terminé en ovale ; l'épaisseur étoit de près de deux pouces vers la racine, d'un pouce dans le milieu, & de cinq lignes & demie à l'extrémité ; ses bords étoient ronds, & beaucoup plus minces que le milieu : elle étoit couverte d'une peau garnie d'écailles jointes ensemble par une pellicule épaisse comme un parchemin, longue au plus d'une ligne & demie, d'un gris brun un peu ardoisé & pour la plûpart d'une figure hexagone irréguliere. Il sortoit un, deux, ou trois petits poils d'environ deux lignes de longueur, entre les écailles du dessous de la queue. En corroyant la peau de ce castor, les écailles de la queue tomberent, mais leur figure y demeura empreinte. La chair de la queue étoit assez grasse, & avoit beaucoup de conformité avec celle des gros poissons.
Les parties de la génération du castor ne sont pas apparentes au-dehors lorsqu'il n'y a point d'érection ; on ne voit dans le mâle & dans la femelle qu'une ouverture, qui étoit située, dans le castor dont nous suivons la description, entre la queue & les os pubis. Trois pouces & demi plus bas que ces os, pour reconnoître le sexe, il faut pincer plus que la peau qui est entre l'os pubis & cette ouverture ; on y sent dans le mâle la verge qui est dure, grosse, & longue comme le doigt. L'ouverture avoit une figure ovale, longue d'environ neuf lignes, & large de sept ; elle se dilatoit & se resserroit aisément, non pas par le moyen d'un sphincter, mais simplement comme une fente qui se ferme en s'allongeant. Les gros excrémens, l'urine, & même la verge, passent par cette ouverture ; parce que la verge est renfermée dans un conduit qui est couché sur le rectum, & qui aboutit à l'ouverture commune, de même que le rectum : le vagin y aboutit aussi dans les femelles.
Il y avoit aux parties latérales du dedans de l'extrémité du rectum, deux petites cavités ; une de chaque côté ; & on sentoit à-travers la peau du dehors deux éminences, qui sont les poches ou vessies dans lesquelles le castoreum est renfermé. Après avoir écorché l'animal, on découvrit à l'endroit où on avoit remarqué les éminences, quatre grandes poches situées au-dessous des os pubis. Les deux premieres étoient placées au milieu, & plus élevées que les deux autres ; elles avoient toutes deux, prises ensemble, la forme que l'on donne à un coeur. Leur plus grande largeur étoit d'un peu plus de deux pouces ; & la longueur depuis le haut de chacune de ces poches jusqu'à l'ouverture commune & extérieure dans laquelle elles communiquoient, étoit aussi d'environ deux pouces. Il y avoit au-dedans de ces poches une tunique qui paroissoit plus charnue que glanduleuse ; elle étoit rougeâtre, & avoit au-dedans plusieurs replis semblables à ceux de la caillette d'un mouton. Ces replis contenoient une matiere grisâtre de fort mauvaise odeur, qui étoit adhérente : ces mêmes replis s'étendoient dans les deux poches qui avoient communication l'une avec l'autre vers le bas par une ouverture de plus d'un pouce, & qui n'étoient séparées que par le fond. Au bas de ces deux premieres poches, il y en avoit deux autres, l'une à droite & l'autre à gauche. Leur figure ressembloit à celle d'une poire longue & un peu applatie ; leur longueur étoit de deux pouces & demi, & la largeur de dix lignes. Ces deux poches inférieures étoient étroitement jointes avec les supérieures vers l'ouverture commune.
Il y a lieu de croire que la matiere du castoreum passe des premieres poches dans les secondes pour s'y perfectionner : aussi ces secondes poches étoient-elles d'une structure différente de celle des premieres ; elles étoient composées de glandes qui formoient à l'extérieur des éminences rondes, dont les plus grandes n'excédoient pas une lentille de grandeur moyenne. Ayant ouvert l'une de ces secondes poches par le fond, on y trouva une liqueur d'une odeur desagréable, jaune comme du miel, onctueuse comme de la graisse fondue, & combustible comme de la térébenthine : en comprimant la poche il ne se fit aucun reflux de cette liqueur dans les poches supérieures, ni dans l'ouverture commune des excrémens. Après avoir vuidé la liqueur de cette seconde poche, on apperçut dans sa partie inférieure une troisieme poche longue d'environ quatorze lignes, & large de six ; elle étoit tellement attachée à la membrane de la seconde, qu'on ne put pas l'en séparer : elle aboutissoit en pointe à la partie latérale de l'ouverture commune ; mais on ne découvrit aucune issue dans les cavités que l'on avoit observées dans cette ouverture. Il y avoit sur la surface extérieure de ces troisiemes poches, des éminences semblables à celles des secondes poches, & on trouva dans leur cavité un suc plus jaune & plus liquide que dans les autres ; il avoit aussi une autre odeur & une couleur plus pâle : enfin toutes ces poches sont très-différentes des testicules. Ainsi il est bien prouvé que ce ne sont pas les testicules qui contiennent le castoreum ; & par conséquent on ne sera plus tenté de croire que le castor arrache ses testicules lorsqu'il est poursuivi par des chasseurs, afin de s'en délivrer en leur donnant le castoreum qui fait l'objet de leur poursuite. Cette fable n'a jamais eu aucun fondement, puisque les testicules sont cachés dans les aines, un peu plus haut que les poches du castoreum, aux parties externes & latérales des os pubis.
M. Sarrasin a remarqué trois membranes dans la tissure des premieres bourses du castoreum, qu'il appelle bourses supérieures. La premiere de ces membranes est simple, mais très-ferme. La seconde est plus épaisse, moëlleuse, & garnie de vaisseaux. La troisieme est particuliere au castor ; elle est seche comme un vieux parchemin, elle en a l'épaisseur, & se déchire de même. Cette membrane forme des replis dans lesquels la seconde membrane s'insere : ces replis sont en si grand nombre, que la troisieme membrane devient trois fois plus étendue lorsqu'elle est développée : elle est inégale au-dedans, & garnie de petits filets, auxquels il adhere une matiere résineuse qui est le castoreum, & qui s'épaissit peu-à-peu dans les bourses, & y acquiert la consistance d'une résine échauffée entre les doigts. Elle conserve sa mollesse plus d'un mois après avoir été séparée de l'animal ; il sent mauvais dans ce tems-là, & elle est de couleur grisâtre en-dehors & jaunâtre en-dedans ; ensuite elle perd son odeur, se durcit, & devient friable comme les autres résines, & en tout tems elle est combustible. Lorsqu'on a découvert la membrane qui enveloppe les bourses inférieures, on trouve de chaque côté, quelquefois deux, quelquefois trois bourses ensemble. Chacun de ces paquets est long de deux pouces & demi sur environ quatorze ou quinze lignes de diametre ; les bourses sont arrondies par le fond, & diminuent insensiblement de grosseur en approchant de l'ouverture commune, que M. Sarrasin nomme cloaque. La plus grande de ces bourses occupe toute la longueur du paquet, & n'a qu'environ huit ou dix lignes de diametre ; la seconde n'a ordinairement pas la moitié du volume de la premiere ; elle n'est pas toujours plus grande que la troisieme, qui cependant est le plus souvent la plus petite de toutes. Les bourses, tant supérieures qu'inférieures, n'ont point de communication les unes avec les autres, leurs conduits aboutissent dans le cloaque.
On ne sait pas encore, ajoute M. Sarrasin, à quoi servent pour le castor les liqueurs contenues dans les bourses. Il n'est pas vrai, selon cet auteur, qu'ils en prennent pour exciter leur appétit lorsqu'il est languissant, ni que les chasseurs l'employent, comme on l'a dit, pour attirer les castors : mais on frotte avec la liqueur huileuse les piéges que l'on dresse aux animaux carnaciers qui font la guerre aux castors, comme les martes, les renards, les ours, & sur-tout les carcajoux, qui brisent souvent pendant l'hyver les loges des castors pour les y surprendre. Voyez CARCAJOU. Les femmes des sauvages graissent leurs cheveux avec cette même huile, quoiqu'elle ait une mauvaise odeur.
Les castors ne vivent dans les pays froids, & pendant l'hyver, que de bois d'aune & de platane, d'orme, de frêne, & de différentes sortes de peuplier. Pendant l'été ils mangent de toutes sortes d'herbes, de fruits, de racines, sur-tout de celles de différentes especes de nymphaea. On ne croit pas qu'ils vivent plus de quinze ou vingt ans.
M. Sarrasin ne s'en est pas tenu à la description du castor ; il a aussi rapporté plusieurs faits qui concernent l'histoire de cet animal.
Les castors choisissent pour établir leur demeure un lieu qui soit abondant en vivres, arrosé par une petite riviere, & propre à faire un réservoir d'eau : ils commencent par construire une sorte de chaussée, assez haute pour retenir l'eau à la hauteur du premier étage des cabanes qu'ils doivent faire. Ces chaussées ont dix à douze piés d'épaisseur dans les fondemens, & deux piés seulement dans le haut ; elles sont construites avec des morceaux de bois gros comme le bras ou comme la cuisse, & longs de 2, 4, 5 ou 6 piés, que les castors coupent & taillent très-facilement avec leurs dents incisives ; ils les plantent fort avant dans la terre & fort près les uns des autres ; ils entrelacent d'autres bois plus petits & plus souples ; & ils remplissent les vuides avec de la terre glaise qu'ils amollissent & qu'ils gachent avec leurs piés, & qu'ils transportent sur leur queue, qui leur sert aussi comme une sorte de truelle pour la mettre en place & pour l'appliquer. Ils élevent la digue à mesure que la riviere grossit, & par ce moyen le transport des matériaux est plus facile ; enfin cet ouvrage est assez solide pour soûtenir les personnes qui montent dessus. Les castors ont grand soin d'entretenir ces chaussées en bon état, & pour cela ils appliquent de la terre glaise dans la moindre ouverture qu'ils y apperçoivent.
Après avoir fait la chaussée, ils fondent leurs cabanes sur le bord de l'eau, sur quelque petite île, ou sur des pilotis ; elles sont rondes ou ovales, & débordent des deux tiers hors de l'eau : les murs sont perpendiculaires, & ont ordinairement deux piés d'épaisseur. La cabane est terminée en maniere de dome au-dehors, & en anse de panier en-dedans : elle est bâtie à plusieurs étages, que les castors habitent successivement à mesure que l'eau s'éleve ou s'abaisse : ils ne manquent pas d'y faire une porte que la glace ne puisse pas boucher ; ils ont aussi une ouverture séparée de leur porte & de l'endroit où ils se baignent ; c'est par cette ouverture qu'ils vont à l'eau rendre leurs excrémens. Quelquefois ils établissent la cabane entiere sur la terre, & creusent autour des fossés de cinq ou six piés de profondeur, qu'ils conduisent jusqu'à l'eau : les matériaux sont les mêmes pour les cabanes que pour les chaussées. Lorsque la construction est faite, ils perfectionnent leur ouvrage en coupant avec leurs dents qui valent des scies, tous les morceaux de bois qui excedent les murailles, & ils appliquent avec leur queue au-dedans & au-dehors de la cabane une sorte de torchis fait avec de la terre glaise & des herbes seches. Une cabane dans laquelle il y a huit ou dix castors, a huit ou dix piés de largeur hors d'oeuvre & dix à douze de longueur, supposé qu'elle soit ovale ; dans oeuvre elle a quatre ou cinq piés de largeur, & cinq ou six piés de longueur. Lorsqu'il y a quinze, vingt, ou même trente castors qui habitent la même cabane, elle est grande à proportion, ou il y en a plusieurs les unes contre les autres. On dit qu'on a trouvé jusqu'à quatre cent castors dans différentes cabanes qui communiquoient les unes avec les autres. Les femelles rentrent dans leurs cabanes pour y faire leurs petits, lorsque les grandes inondations sont passées : mais les mâles ne quittent la campagne qu'au mois de Juin ou de Juillet : lorsque les eaux sont tout-à-fait basses ; alors ils réparent leurs cabanes, ou ils en font de nouvelles ; & ils en changent lorsqu'ils ont consommé les alimens qui étoient à portée, lorsque leur nombre devient trop grand, & lorsqu'ils sont trop inquiétés par les chasseurs.
Il y a des castors qui se logent dans des cavernes pratiquées dans un terrein élevé sur le bord de l'eau : on les nomme castors terriers. Ils commencent leur logement par une ouverture, qui va plus ou moins avant dans l'eau, selon que les glaces sont plus ou moins épaisses, & ils la continuent de cinq ou six piés de longueur, sur une largeur suffisante pour qu'ils puissent passer ; ensuite ils font un réservoir d'eau de trois ou quatre piés en tout sens pour s'y baigner ; ils coupent un autre boyau dans la terre, qui s'éleve par étages, où ils se tiennent à sec successivement lorsque l'eau change de hauteur. Il y a de ces boyaux qui ont plus de mille piés de longueur. Les castors terriers couvrent les endroits où ils couchent, avec de l'herbe, & en hyver ils font des copeaux qui leur servent de matelas.
Tous les ouvrages sont achevés au mois d'Août ou de Septembre, sur-tout dans les pays froids ; alors les castors, font des provisions pour l'hyver ; ils coupent du bois par morceaux, dont les uns ont deux ou trois piés de longueur, & d'autres ont jusqu'à huit ou dix piés. Ces morceaux sont traînés par un ou plusieurs castors, selon leur pesanteur : ils rassemblent une certaine quantité de bois qui flotte sur l'eau, & ensuite ils empilent d'autres morceaux sur les premiers, jusqu'à ce qu'il y en ait assez pour suffire aux castors qui vivent ensemble. Par exemple, la provision de huit ou dix, est de vingt-cinq ou trente piés en quarré, sur huit ou dix piés de profondeur. Ces piles sont faites de façon qu'ils peuvent en tirer les morceaux de bois à leur choix, & ils ne mangent que ceux qui trempent dans l'eau.
On fait la chasse des castors depuis le commencement de Novembre jusqu'au mois de Mars & d'Avril, parce que c'est dans ce tems qu'ils sont bien fournis de poil. On les tue à l'affût, on leur tend des piéges, & on les prend à la tranche.
Les piéges sont semblables aux quatre de chiffre, avec lesquels on prend des rats. On plante fort avant dans la terre plusieurs piquets de trois ou quatre piés de longueur, entre lesquels il y a une traverse fort pesante, élevée d'environ un pié & demi : on met dessus une branche de peuplier longue de cinq ou six piés, qui conduit à une autre branche fort petite, placée de façon que dès que le castor la coupe, la traverse tombe & le tue. Ces animaux ne manquent pas de donner dans ces piéges, en allant de tems de tems dans le bois chercher de nouvelles nourritures, quoiqu'ils ayent fait leurs provisions, parce qu'ils aiment mieux le bois frais que le bois flotté.
Prendre les castors à la tranche, c'est faire des ouvertures à la glace avec des instrumens tranchans, lorsqu'elle n'a qu'environ un pié d'épaisseur ; ces animaux viennent à ces ouvertures pour respirer, & on les assomme à coups de hache. Il y a des chasseurs qui remplissent ces trous avec la bourre de l'épi de typha, pour n'être pas vûs par les castors ; & alors ils les prennent par un pié de derriere. S'il y a quelque ruisseau près des cabanes, on en coupe la glace en travers ; on y tend un filet bien fort, ensuite on détruit la cabane : les castors en sortent, & se réfugient dans le ruisseau où ils rencontrent le filet.
On donne le nom de bievre au castor d'Europe. On en a dissequé un à Metz qui avoit la queue beaucoup plus petite, à proportion, que le castor du Canada, dont on vient de donner la description. Ses piés de devant n'étoient pas faits comme des mains : mais il avoit les doigts joints par des membranes comme la loutre. Cependant Rondelet dit expressement que le bievre a les piés de devant semblables aux piés d'un singe. Mém. de l'acad. roy. des Sc. tom. III. part. I. & année 1704. Rondelet, histoire des poissons. Voyez QUADRUPEDE. (I)
Le castor fournit plusieurs remedes à la Medecine ; la peau de cet animal appliquée sur les parties affligées de goutte, les défend contre le froid.
On se sert avec succès de l'axonge du castor pour amollir les duretés ; elle est très-efficace dans les tremblemens & les maladies des nerfs, la paralysie, &c. on en oint les parties affligées.
Le castoreum attenue les humeurs visqueuses, fortifie le cerveau, excite les regles, & pousse par la transpiration ; on l'employe dans l'épilepsie, la paralysie, l'apoplexie, & la surdité.
On brûle du castoreum, & on en fait respirer l'odeur fétide aux femmes hystériques dans le tems des accès. La teinture du castoreum se fait comme il suit.
Prenez une demi-once de castoreum & une demi-livre d'esprit-de-vin ; mettez les en digestion pendant quelques jours ; décantez ensuite la liqueur, & la gardez pour l'usage.
On ajoûte quelquefois le sel de tartre à la dose de deux gros, dans le dessein de diviser le tissu résineux du castoreum ; la dose de cette teinture est depuis six jusqu'à douze gouttes dans les cas où on employe le castoreum en substance. Le castoreum entre dans plusieurs compositions de la Pharmacopée de Paris. (N)
Il se fait un grand commerce de peaux de castor ; les marchands, dit M. Savary, les distinguent en castors neufs, castors secs, & castors gras. Les castors neufs sont les peaux des castors qui ont été tués à la chasse pendant l'hyver & avant la mue. Ce sont les meilleures & les plus propres à faire de belles fourrures.
Les castors secs, qu'on nomme aussi castors maigres, sont les peaux de castors provenant de la chasse d'été, tems auquel l'animal est en mûe & a perdu une partie de son poil. Les castors secs peuvent aussi être employés en fourrures, quoique bien inférieures aux premieres. Leur plus grand usage est pour les chapeaux.
Les castors gras sont des peaux de castor, que les sauvages ont portées sur leur corps, & qui sont imbibées de leur sueur : le castor gras vaut mieux que le sec ; on ne s'en sert cependant que pour la fabrique des chapeaux.
Outre les chapeaux & les fourrures auxquels on employe le poil & les peaux de castor, on a tenté d'en faire des draps. Cette entreprise méritoit bien d'être tentée, & avoit pour but de rendre le poil de castor d'une utilité plus étendue : mais les draps ordinaires sont préférables à ceux de castor. L'expérience a fait voir que les étoffes fabriquées avec le poil de castor, quoique mêlé avec la laine de Ségovie, ne gardoient pas bien la teinture, & qu'elles devenoient seches & dures comme du feutre.
CASTOR signifie aussi un chapeau fait avec du poil de castor seul. Un chapeau demi-castor est celui dans lequel on a mêlé une partie de poil de castor avec une partie d'autre poil. Voyez CHAPEAU.
CASTOR, en Astronomie, est le nom de la moitié de la constellation des gemeaux. Voyez GEMEAUX.
CASTOR & POLLUX, en Météorologie, est un météore igné, qui paroît quelquefois en mer s'attacher à un des côtés du vaisseau, sous la forme d'une, de deux, ou même de trois ou quatre boules de feu. Lorsqu'on n'en voit qu'une, on l'appelle plus proprement Helene ; & lorsqu'on en voit deux, on les nomme Castor & Pollux. Mussch. Ess. de Phys. Voy. FEU SAINT-ELME, & l'article qui suit.
* CASTOR & POLLUX, (Myth.) fils de Jupiter & de Léda ; ils furent élevés à Pallene, où Mercure les porta aussi-tôt qu'ils furent nés. Ils s'illustrerent dans l'expédition de la toison d'or : à leur retour ils nettoyerent l'Archipel des corsaires qui l'infestoient. Ce service, l'apparition de deux feux qui voltigerent autour de leur tête, & le calme qui succéda, les firent placer après leur mort, au nombre des dieux tutélaires des nautonniers. Ces feux continuerent d'être regardés comme des signes de la présence de Castor & Pollux. Si l'on n'en voyoit qu'un, il annonçoit la tempête ; s'il s'en montroit deux, on espéroit le beau tems. Nos marins sont encore aujourd'hui dans la même opinion ou dans le même préjugé ; & ils appellent feux S. Elme & S. Nicolas, ce que les payens appelloient feux de Castor & Pollux. Les deux freres invités aux noces de leurs parentes Hilaire & Phébé, les enleverent. Ce rapt coûta la vie à Castor, qui périt quelque tems après de la main d'un des époux. Pollux, qui aimoit tendrement son frere, demanda à Jupiter la résurrection de Castor & le partage entr'eux de l'immortalité qu'il devoit à sa naissance. Jupiter l'exauça ; & l'un fut habitant des enfers, pendant que l'autre fut citoyen des cieux. Cette fable est fondée sur ce que l'apothéose de ces héros les a placés dans le signe des Gemeaux, dont l'une des étoiles descend sous l'horison quand l'autre y paroît. Pour célébrer leurs fêtes, les Romains envoyoient tous les ans vers leur temple, un homme couvert d'un bonnet comme le leur, monté sur un cheval, & en conduisant un autre à vuide. La Grece les compta parmi ses grands dieux : ils eurent des autels à Sparte & dans Athenes. Les Romains leur éleverent un temple par lequel on juroit : le serment des hommes étoit œdepol, par le temple de Pollux ; & celui des femmes œcastor, par le temple de Castor. Les deux dieux parurent plusieurs fois au milieu des combats sur des chevaux blancs. On les représentoit sous la figure de jeunes hommes, avec un bonnet surmonté d'une étoile, à cheval, ou en ayant près d'eux. Ils sont connus dans les Poëtes sous le nom de Dioscures, ou fils de Jupiter, & de Tyndarides, parce que leur mere étoit femme de Tyndare roi de Sparte. Ils se distinguerent dans les jeux de la Grece : Castor, par l'art de dompter & de conduire des chevaux ; ce qui le fit appeller dompteur de chevaux : Pollux, par l'art de lutter ; ce qui le fit regarder comme le patron des athletes. Voyez M. l'abbé de Claustre.
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| CASTOREA | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante, dont le nom a été dérivé de celui de Castor Durantes medecin de Rome. La fleur des plantes de ce genre est monopétale, & faite en forme de masque, dont la levre supérieure est relevée, & l'inférieure divisée en trois parties : la partie moyenne est divisée en deux pieces. Le calice devient un fruit charnu, arrondi, composé d'une seule capsule qui renferme quatre semences anguleuses. Plumier, nova plant. amer. gener. Voyez PLANTE. (I)
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| CASTOREUM | Voyez CASTOR.
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| CASTOS | (Commerce) nom qu'on donne dans le Japon aux droits d'entrée & de sortie que l'on paye pour les marchandises qu'on y porte ou qu'on en tire : ou plûtôt ce sont les présens que les Européens avoient coûtume de faire tous les ans pour y être reçûs, avant que les Hollandois se fussent emparés de tout le commerce de ces îles ; ce qui leur tenoit lieu de droits, & alloit beaucoup au-delà de ceux qu'ils auroient pû payer. Dict. du Comm. (G)
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| CASTRAMETATION | S. f. c'est proprement l'art de marquer le camp & d'en déterminer toutes les différentes proportions. Ce mot vient du latin castrum, camp, & de metiri, mesurer. Voyez CAMP.
La Castramétation est une partie si importante de l'Art militaire, qu'il doit paroître assez étonnant qu'elle ait été absolument négligée dans les auteurs modernes qui ont écrit sur la guerre.
Polybe & Vegece sont entrés dans un grand détail sur celle des Romains ; & leurs écrits ont beaucoup servi à l'établissement de l'ordre & de l'arrangement de nos camps, quoiqu'ils different à plusieurs égards de ceux des Romains.
Du tems de Polybe les camps des Romains étoient toûjours quarrés : mais du tems de Végece, qui a écrit plusieurs siecles après, ils avoient différentes figures relatives à celle des terreins que les armées devoient occuper.
Le général se campoit dans l'endroit du camp le plus avantageux, pour découvrir tout ce qui s'y passoit & pour envoyer ses ordres. Les troupes romaines & celles des alliés étoient distribuées en différentes parties de cavalerie & d'infanterie ; de maniere qu'elles avoient, pour ainsi dire, chacune une espece de quartier séparé : ces camps étoient toûjours entourés d'un retranchement formé d'un fossé & d'un parapet, dont la terre étoit soûtenue par des pieux ou palissades, que les soldats portoient avec eux pour cet effet dans les marches.
Cette police des Romains étoit oubliée en Europe, lorsque le fameux Maurice prince d'Orange, songea à la rétablir, ou plûtôt à l'imiter vers la fin du xvj. & le commencement du xvij. siecle. On ne peut douter que les troupes n'ayent toûjours eu une sorte de camp pour se mettre à l'abri du mauvais tems, & se reposer des fatigues militaires : mais le silence des historiens sur ce sujet, nous laisse ignorer absolument l'ordre qu'on pouvoit y observer.
Le pere Daniel, qui a fait de savantes recherches sur tout ce qui concerne notre milice ancienne & moderne, croit que ce fut dans les guerres d'Italie sous Charles VIII. & Louis XII. que nos généraux apprirent à se retrancher en campagne, de maniere à rendre le camp inaccessible à l'ennemi.
Le plus célébre & le plus ancien que nous connoissions est celui du maréchal Anne de Montmorency à Avignon. " Il le fit de telle sorte, dit l'auteur qu'on vient de nommer, " que l'empereur Charles V. étant descendu en Provence, n'osa jamais l'attaquer, nonobstant la grande envie qu'il avoit d'en venir à une action décisive ; & ce fut cette conduite du maréchal qui sauva le royaume ".
Dans les guerres civiles qui s'éleverent en France après la mort d'Henri II. on n'observoit, suivant la Noue dans ses discours politiques & militaires, aucune regle dans le campement des armées. On distribuoit les troupes dans les villages ou les petites villes les plus voisines du lieu où l'armée se trouvoit ; ou bien on campoit en plaine campagne avec quelques tentes, qu'on plaçoit sans arrangement régulier. On se fortifioit avec les chariots de l'armée dont on faisoit une espece de retranchement : mais les troupes n'étoient pas dans cette sorte de camp à portée de se mouvoir avec ordre pour s'opposer aux attaques imprévûes de l'ennemi ; elles y manquoient d'ailleurs de la plûpart des commodités & des subsistances nécessaires : aussi ne campoient-elles de cette façon que rarement & pour très-peu de tems. L'attention des généraux étoit de pouvoir occuper différens villages assez proches les uns des autres, pour se soûtenir réciproquement : mais comme il n'étoit pas aisé d'en trouver ainsi lorsque les armées étoient nombreuses, il arrivoit souvent que l'ennemi enlevoit ou détruisoit plusieurs de ces quartiers avant qu'ils pussent être secourus des autres plus éloignés.
Les Hollandois s'étant soustraits à l'obéissance de la maison d'Autriche vers l'an 1566, ce peuple, qui ne pouvoit par lui-même opposer des armées égales à celles que l'Espagne étoit en état d'employer pour le réduire, chercha à suppléer au nombre des soldats par l'excellence de la discipline militaire : les princes d'Orange s'y appliquerent avec le plus grand succès, & il paroît assez constant qu'on leur doit le rétablissement de cette discipline en Europe. Les camps furent un des principaux objets de Maurice de Nassau, il voulut y faire renaître l'ordre & la police des Romains. Son camp, tel que le décrit Stevin dans sa castramétation, étoit une espece de quarré ou de quarré long distribué en différentes parties appellées quartiers. Celui de ce prince en occupoit à-peu-près le milieu ; l'artillerie & les vivres avoient aussi le leur, de même que les différentes troupes ou régimens dont l'armée étoit composée. L'étendue ou le front de ces quartiers se proportionnoit au nombre des troupes qui devoient les occuper ; pour leur profondeur, elle étoit toûjours de 300 piés.
Une compagnie de 100 soldats occupoit deux files de huttes ou petites baraques. Chaque file avoit 200 piés de longueur & 8 de largeur ; elles étoient séparées par une rue aussi de 8 piés. Le capitaine campoit à la tête de sa compagnie, & les vivandiers à la queue, comme ils le font encore aujourd'hui. Le colonel avoit pour logement un espace de 64 piés de front, au milieu du rang des tentes des capitaines. Derriere cet espace régnoit une rue de pareille largeur, qui séparoit le régiment en deux parties égales. La partie qui en restoit après l'emplacement des tentes du colonel & de son équipage, servoit à camper le ministre, le chirurgien, &c.
La cavalerie campoit à-peu-près dans le même ordre que l'infanterie. Une compagnie de 100 chevaux avoit deux files de huttes de 200 piés de profondeur & de 10 de largeur, lesquelles étoient séparées par un espace de 50 piés. Les chevaux formoient deux files dans cet espace, placées chacune parallelement & à la distance de 5 piés des huttes. Le capitaine campoit à la tête de sa compagnie, & le colonel au milieu de ses capitaines, comme dans l'infanterie. Le camp étoit entouré, ainsi que celui des Romains, d'un fossé & d'un parapet. Cet ouvrage se distribuoit à toutes les troupes de l'armée, & chaque régiment en faisoit une partie proportionnée au nombre d'hommes dont il étoit composé. On observoit de laisser un espace vuide de 200 piés de largeur entre le retranchement du camp & ses différens quartiers, afin d'y placer les troupes en bataille dans le besoin.
Cette disposition ou formation de camp passa ensuite dans la plûpart des autres états de l'Europe ; elle a sans-doute été observée en France, car on la trouve décrite dans plusieurs auteurs, notamment dans le livre de la doctrine militaire, donné en 1667 par le sieur de la Fontaine, ingénieur du roi ; & dans les travaux de Mars, par Alain Manesson Mallet.
Il paroît cependant par plusieurs mémoires du régne de Louis XIII. & de la minorité de Louis XIV. que nos armées ne campoient pas toûjours ensemble, comme ces auteurs le prescrivent, mais en différens quartiers séparés, qui portoient chacun le nom de l'officier qui les commandoit. Il y a un grand nombre d'exemples de ces sortes de camps dans la vie de M. de Turenne, les mémoires de M. de Puysegur, &c. Il en résulte que si les regles dont on vient de parler avoient d'abord été observées, on les avoit ensuite négligées. Cette conjecture se trouve fortifiée par ce que le P. Daniel rapporte dans son histoire de la milice françoise, au sujet de l'arrangement régulier de nos camps. Il y dit que " dans un mémoire qui lui a été fourni sur le régiment du roi, on trouve que le sieur Martinet, qui fut lieutenant-colonel, puis colonel du régiment, commença à établir ou rétablir la maniere réguliere de camper ". Ce qui semble indiquer assez clairement qu'on avoit précédemment observé une méthode réguliere qui n'étoit plus d'usage. Quoi qu'il en soit, cet officier faisoit diviser le camp de son régiment par des rues tirées au cordeau ; il le fit ainsi camper aux Pays-Bas à la campagne de 1667, & mettre en faisceaux toutes les armes à la tête des bataillons. Le roi ayant trouvé cette méthode fort belle, la fit, dit-on, pratiquer aux autres troupes. Il est vraisemblable que c'est-là l'origine de la disposition actuelle de nos camps ; & que comme elle ne s'est apparemment établie qu'insensiblement dans les différens corps des troupes du roi, l'auteur des travaux de Mars n'en étoit pas encore instruit lors de la seconde édition de son livre en 1684, quoiqu'elle fût alors généralement suivie : c'est ce qui est évident par le traité de l'Art de la guerre, de M. de Gaya, capitaine au régiment de Champagne, imprimé pour la premiere fois en 1679. On y trouve à-peu-près les mêmes regles qu'on observe encore aujourd'hui dans le campement des armées ; mais alors les soldats & les cavaliers n'avoient point de tentes ou canonieres. Cet auteur marque précisément qu'ils se baraquoient, & il ne parle de tentes que pour les officiers ; ainsi l'usage des canonieres pour les soldats & les cavaliers, est postérieur à 1679. Il y a apparence qu'il ne s'est entierement établi que dans la guerre terminée par le traité de Riswick en 1697.
Nos camps different particulierement de ceux des princes d'Orange, en ce que les troupes y sont campées sur deux ou trois lignes, l'infanterie au centre & la cavalerie sur les ailes ; & que la tête ou le front du camp est entiérement libre, pour que l'armée puisse s'y mettre en bataille en sortant du camp. Les officiers sont placés à la queue de leur troupe ; l'artillerie est assez ordinairement un peu en-avant du centre de la premiere ligne ; & les vivres entre la premiere & la seconde ligne, vers le milieu de l'armée. Nos officiers généraux ne campent plus comme le faisoient ces princes : ils occupent les villages qui se trouvent renfermés dans le camp, ou qui en sont fort proches ; ce qui est regardé comme un inconvénient par bien des gens, en ce que par-là ils se trouvent quelquefois éloignés des corps qu'ils doivent commander, & qu'ils augmentent le nombre des gardes de l'armée.
Pour le camp, il n'est défendu ou fortifié que par une espece d'enceinte formée de différentes troupes de cavalerie & d'infanterie, qu'on a substituée aux retranchemens des anciens, quoique leur usage en cela, suivant les plus habiles militaires, fût infiniment supérieur au nôtre, non-seulement pour la sûreté du camp, mais encore pour diminuer la fatigue des troupes, dont il faut toûjours avoir une grande partie sous les armes pour être à l'abri des entreprises de l'ennemi. Préface des essais sur la Castramétation, par M. le Blond. (Q)
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| CASTRATI | S. m. (Hist. mod.) Ce nom, qui est purement italien, se donne à ceux qu'on a faits eunuques dans leur enfance, pour leur procurer une voix plus nette & plus aigue. Les castrati chantent dans les concerts la même partie que les femmes, ou dessus. Voyez DESSUS, CHANTEUR. A l'égard de la cause physique pour laquelle les castrati ont la voix grêle & aiguë, il ne paroît pas plus facile de la trouver, que d'expliquer pourquoi ils n'ont point de barbe ; mais le fait est certain, & cela suffit. (O)
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| CASTRATION | S. f. terme de Chirurgie, est l'action de châtrer, où l'opération par laquelle on ampute & retranche les testicules d'un animal mâle qui devient par-là incapable d'engendrer. Voyez TESTICULES.
La castration se pratique communément en Asie, spécialement chez les Turcs, qui châtrent tous ceux de leurs esclaves qu'ils employent à la garde de leurs femmes, & à qui ils coupent non-seulement les testicules, mais souvent même la verge. La castration se pratique aussi en Italie sur les musiciens dont on veut que la voix se conserve. Cette castration n'est point une opération de Chirurgie, puisqu'elle n'a pas le rétablissement de la santé pour objet. Voyez EUNUQUE & CASTRATI.
La castration est aussi une opération médicinale, nécessaire en certains cas, comme dans la mortification ou autres maladies des testicules, & singulierement dans la sarcocele & la varicocele. On l'a quelquefois faite aussi à des maniaques. Voyez SARCOCELE, &c.
La castration peut aussi se pratiquer sur les femmes. Athenée dit que le roi Andramiris fut le premier qui fit châtrer les femmes. Hésychius & Suidas rapportent que Gyges fit la même chose. Galien observe qu'on ne les peut châtrer sans les mettre en danger de la vie. Dalechamp, sur le passage d'Athenée que nous venons de citer, dit qu'il ne faut pas entendre là châtrer à la lettre, que ce n'étoit que boucler.
Pour faire l'opération de la castration dans les maladies du testicule qui n'ont pû se guérir par les différens secours qu'elles indiquoient, on fait coucher le malade sur le dos ; on lui fait assujettir les jambes & les mains par des aides. Le chirurgien pince la peau du scrotum sur la tumeur, à l'endroit de l'anneau, avec les pouces & les doigts indicateurs de ses deux mains : un aide prend le pli de peau que tenoient les doigts de la main droite ; l'opérateur prend alors un bistouri droit avec lequel il fend ce pli. Il continue l'incision jusqu'à la partie inférieure, au moyen d'une sonde cannelée & du bistouri. Il sépare tout le tissu cellulaire qui entoure le testicule, soit en le coupant, soit en le déchirant. On fend le muscle cremaster suivant sa longueur, pour mettre le cordon spermatique à nud : on passe par-dessous une aiguille courbe, enfilée de quelques brins de fil ciré, afin d'en faire la ligature. Voyez LIGATURE. Quelques praticiens veulent qu'on ne lie que l'artere. Si le cordon spermatique est gonflé jusqu'au-dessus de l'anneau, il faut débrider cette ouverture, & ne point faire de ligature. On coupe le cordon ; & si l'artere donnoit du sang, on mettroit sur son embouchure un peu de charpie imbibée d'eau de rabel.
L'artere de la cloison du scrotum donne quelquefois du sang : dans ce cas on peut en faire la ligature, ou appliquer sur l'embouchure un petit bourdonnet trempé dans l'essence de rabel.
Après avoir extirpé le testicule, on retranche avec le bistouri les levres de la poche que forme le scrotum. On panse la plaie avec de la charpie seche, soûtenue d'une compresse en fer à cheval, & le tout contenu par un suspensoire. Voyez SUSPENSOIRE.
Il ne faut lever l'appareil qu'au bout de trois ou quatre jours, lorsque la suppuration le détache ; on peut seulement dès le lendemain humecter la charpie avec l'huile d'hypericum.
Les pansemens doivent être simples, & ne demandent pas d'autres attentions que la cure des ulceres. Voyez ULCERE.
Il est à propos de faire saigner le malade, & de lui faire sur le bas-ventre des embrocations avec les huiles émollientes, pour relâcher le tissu de toutes les parties, & prévenir l'inflammation. (Y)
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| CASTRES | (Géog.) ville de France en Languedoc. Long. 19. 55. lat. 43. 37. 10.
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| CASTRO | (Géog.) petite ville maritime d'Italie au royaume de Naples, dans la terre d'Otrante. Long. 36. lat. 40. 18.
CASTRO, (Géogr.) petite ville d'Italie dans la campagne de Rome, sur le Garigliano, à deux milles de Fondi, avec titre de duché. Long. 29. 15. lat. 42. 33.
CASTRO D'AIRO, (Géog.) ville de Portugal dans la province de Beira, entre les rivieres de Duero & de Vouga.
CASTRO-BUON, (Géog.) ville de Portugal dans la province de Beira, sur la riviere de Coa.
CASTRO-CALTALDO, (Géog.) petite ville d'Italie dans le grand duché de Toscane, au territoire de Sienne.
CASTRO-FRANCO, (Géogr.) petite ville d'Italie dans la marche Trévise, aux Vénitiens.
CASTRO-GERITZ, (Géog.) ville d'Espagne dans la vieille Castille, au comté de Mendoza.
CASTRO-MARINO, (Géog.) ville forte & port de mer de Portugal, dans les Algarves.
CASTRO-MENTO, (Géog.) ville de Portugal dans la province de Beira, sur la riviere de Coa.
CASTRO-NOVO, (Géog.) ville d'Italie en Sicile, dans la vallée de Mazare, à la source du Platani. Long. 31. 30. lat. 37. 40.
CASTRO-REALE, (Géogr.) petite ville de Sicile, dans le val de Demona, à la source du Razzolino.
CASTRO-DEL-REY, (Géog.) ville forte d'Espagne dans le royaume de Galice.
CASTRO-VERREYNA, (Géog.) ville de l'Amérique méridionale au Pérou, fameuse par les mines d'argent qui se trouvent dans son voisinage. Long. 305. lat. mérid. 13.
CASTRO-VILLARE, (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, sur les frontieres de la Basilicate, avec titre de duché.
CASTRO-DE-URDIALES, (Géog.) petite ville d'Espagne dans la Biscaye, avec un port sur l'Océan.
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| CASTROMA | (Géog.) riviere de l'empire russien, qui prend sa source dans la contrée de Kneesma, & se perd dans le Wolga.
CASTROMA ou KASTROM, (Géogr.) ville de l'empire russien, dans le duché de Susdal, sur les bords du Wolga, & à l'embouchure de la riviere de Castroma.
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| CASUALITÉ | S. f. revenu casuel. Voyez ci-dessous CASUEL.
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| CASUEL | voyez CASOAR.
CASUEL, adj. (Jurisp.) se dit de ce qui échet fortuitement ; ainsi un revenu casuel est celui qui dépend d'évenemens incertains qui arrivent ou n'arrivent pas ; ou qui arrivent tantôt plus souvent, tantôt plus rarement. Telle est la portion des revenus du roi, qui consiste en aubaines, confiscations, paulette, &c. Telle est encore celle des revenus des seigneurs, qui résulte de mutations des fiefs & terres qui relevent d'eux, comme quints, requints, reliefs, lods & ventes, desherences, amendes, &c. Voyez chacun de ces termes à leur rang.
On appelle casuel simplement, en sous-entendant le terme de revenu, les profits d'une cure qui ne sont point fixes, comme sont le baise-mains, les baptêmes & enterremens. (H)
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| CASUISTE | S. m. (Morale) Qu'est-ce qu'un casuiste ? c'est un théologien qui s'est mis en état par une longue étude des devoirs de l'homme & du chrétien, de lever les doutes que les fideles peuvent avoir sur leur conduite passée, présente & future ; d'apprécier la griéveté devant Dieu & devant les hommes, des fautes qu'ils ont commises, & d'en fixer la juste réparation.
D'où l'on voit que la fonction de casuiste est une des plus difficiles, par l'étendue des lumieres qu'elle suppose ; & une des plus importantes & des plus dangereuses, par la nature de son objet. Le casuiste tient pour ainsi dire la balance entre Dieu & la créature ; il s'annonce pour conservateur du dépôt sacré de la morale évangélique ; il prend en main la regle éternelle & inflexible des actions humaines ; il s'impose à lui-même l'obligation de l'appliquer sans partialité ; & quand il oublie son devoir, il se rend plus coupable que celui qui vend aux peuples leur subsistance temporelle à faux poids & à fausse mesure.
Le casuiste est donc un personnage important par son état & par son caractere ; un homme d'autorité dans Israël, dont par conséquent la conduite & les écrits ne peuvent être trop rigoureusement examinés : voilà mes principes. Cependant je ne sai s'il faut approuver la plaisanterie éloquente & redoutable de Pascal, & le zele peut-être indiscret avec lequel d'autres auteurs, d'ailleurs très-habiles & très-respectables, poursuivirent vers le milieu du siecle dernier, la morale relâchée de quelques casuistes obscurs. Ils ne s'apperçurent pas sans-doute que les principes de ces casuistes recueillis en un corps, & exposés en langue vulgaire, ne manqueroient pas d'enhardir les passions, toûjours disposées à s'appuyer de l'autorité la plus frêle. Le monde ignoroit qu'on eût osé enseigner qu'il est quelquefois permis de mentir, de voler, de calomnier, d'assassiner pour une pomme, &c. quelle nécessité de l'en instruire ? Le scandale que la délation de ces maximes occasionna dans l'Eglise, fut un mal plus grand que celui qu'auroient jamais fait des volumes poudreux relégués dans les ténebres de quelques bibliotheques monastiques.
En effet, qui connoissoit Villalobos, Connink, Llamas, Achozier, Dealkoser, Squilanti, Bizoteri, Tribarne, de Grassalis, de Pitigianis, Strevesdorf & tant d'autres, qu'on prendroit à leurs noms & à leurs opinions pour des Algériens ? Pour qui leurs principes étoient-ils dangereux ? pour les enfans qui ne savent pas lire ; pour les laboureurs, les marchands, les artisans & les femmes, qui ignorent la langue dans laquelle la plûpart ont écrit ; pour les gens du monde, qui lisent à peine les ouvrages de leur état, qui ont oublié le peu de latin qu'ils ont rapporté des colléges, & à qui une dissipation continuelle ne laisse presque pas le tems de parcourir un roman ; pour une poignée de théologiens éclairés & décidés sur ces matieres. Je voudrois bien qu'un bon casuiste m'apprit qui est le plus coupable, ou de celui à qui il échappe une proposition absurde qui passeroit sans conséquence, ou de celui qui la remarque & qui l'éternise.
Mais, après avoir protesté contre tout desir d'une liberté qui s'exerceroit aux dépens de la tranquillité de l'état & de la religion, ne puis-je pas demander si l'oubli que je viens de proposer par rapport aux corrupteurs obscurs de la morale chrétienne, n'est pas applicable à tout autre auteur dangereux, pourvû qu'il ait écrit en langue savante ? Il me semble qu'il faut ou embrasser l'affirmative, ou abandonner les casuistes ; car pourquoi les uns mériteroient-ils plus d'attention que les autres ? Des casuistes relâchés seroient-ils moins pernicieux & plus méprisables que des inconvaincus ?
Mais, dira-t-on, ne vaudroit-il pas mieux qu'il n'y eût ni incrédules ni mauvais casuistes, & que les productions des uns & des autres ne parussent ni en langue savante ni en langue vulgaire ? Rien n'est plus vrai, de même qu'il seroit à souhaiter qu'il n'y eût ni maladies ni méchanceté parmi les hommes ; mais c'est une nécessité qu'il y ait des maladies & des méchans, & il y a des maladies & des crimes que les remedes ne font qu'aigrir.
Et qui vous a dit, continuera-t-on qu'il est aussi nécessaire qu'il y ait parmi nous des casuistes relâchés & des incrédules, que des méchans & des malades ? N'avons-nous pas des lois qui peuvent nous mettre à-couvert de l'incrédulité & du relâchement ?
Je ne prétends point donner des bornes aux puissances ecclésiastiques & civiles, personne ne respecte plus que moi l'autorité des lois publiées contre les auteurs dangereux ; mais je n'ignore pas que ces lois existoient long-tems avant les casuistes relâchés & leur apologiste, & qu'elles ne les ont pas empêchés de penser & d'écrire.
Je sais aussi que par l'éclat de la procédure, les lois civiles pourroient arracher des productions misérables à l'obscurité profonde où elles ne demanderoient qu'à rester ; & que c'est-là précisément ce qu'elles auroient de commun avec les lois ecclésiastiques dans la censure de casuistes ignorés, qu'une délation maligne auroit fait connoître mal-à-propos.
Au reste, c'est moins ici une opinion que je prétends établir, qu'une question que je propose. C'est aux sages magistrats chargés du dépôt des lois, & aux illustres prélats qui veillent pour le maintien de la foi & de la morale évangélique, à décider dans quels cas il vaut mieux ignorer que punir ; & quelles sont, pour me servir de l'expression d'un auteur célebre, les bornes précises de la nécessité dans lesquelles il faut tenir les abus & les scandales. Voy. CAS, AIUS-LOCUTIUS, & le Journ. de Trév. Nov. 1751.
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| CASZBEQUI | S. m. (Comm.) monnoie de cuivre de Perse, que l'on nomme plus communément kabeskiz. Voyez KABESKIZ.
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| CA | ou CATH, (Géog.) ville d'Asie dans la province de Khuarezm, sur le fleuve Oxus ou Gihon. Long. 95. lat. 41. 36.
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| CATABAPTISTE | S. m. (Hist. ecclés.) nom dont on s'est servi quelquefois pour désigner en général tout hérétique qui nie la nécessité du baptême, surtout pour les enfans.
Ce mot est composé de la préposition greque , qui en composition signifie quelquefois contre, à l'encontre ; & de , laver, baigner : ainsi catabaptiste est la même chose qu'opposé au baptême. Voyez BAPTEME. (G)
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| CATABIBAZON | en Astronomie, est le noeud descendant de la lune, qu'on appelle aussi queue du dragon. Voyez QUEUE DU DRAGON & ANABIBAZON. (O)
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| CATACAUSTIQUE | S. f. (Géom.) est la caustique formée par des rayons réfléchis : on la nomme ainsi pour la distinguer de la diacaustique. V. CAUSTIQUE, DIACAUSTIQUE, REFLEXION, CATOPTRIQUE, &c. (O)
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| CATACHRESE | S. f. (Rhét.) trope ou figure de Rhétorique, par laquelle on employe un mot impropre à la place d'un mot propre.
Ce terme est formé du grec , j'abuse, qui lui-même est dérivé de , contre, & de , j'use ; c'est-à-dire j'use du mot contre sa signification propre & naturelle.
On employe donc la catachrese lorsque, faute de trouver un mot propre pour exprimer une pensée, l'on abuse d'un mot qui en approche ; comme lorsqu'on dit, aller à cheval sur un bâton, equitare in arundine longa. La raison rejette ces expressions, mais la nécessité les excuse ; & le sens qu'on y attache, sauve la contradiction qu'elles présentent. Voyez FIGURE. (G)
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| CATACLYSME | S. m. , mot grec qui signifie un déluge ou inondation. Voyez DELUGE.
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| CATACOMB | ou CATACUMBE, s. f. (Hist. mod.) signifie des lieux ou des cavités soûterraines, pratiquées pour servir à la sépulture des morts.
Quelques-uns dérivent ce mot de l'endroit où on gardoit les vaisseaux, & que les Grecs & les Latins modernes ont appellé combe : d'autres disent qu'on s'est servi autrefois de cata pour ad, desorte que catatumbas signifioit ad tumbas. Dadin assûre en conséquence qu'on a écrit anciennement catatumbas ; d'autres tirent ce mot du grec & de , creux, cavité, ou autre chose semblable.
On nommoit aussi les catacombes, cryptæ & cæmeteria.
Le mot catacombe ne s'entendoit autrefois que des tombeaux de S. Pierre & de S. Paul ; & M. Châtelin, ministre protestant, observe que parmi les Catholiques romains, les plus habiles n'ont jamais appliqué le mot catacombe aux cimetieres de Rome, mais seulement à une chapelle de S. Sébastien, où l'ancien calendrier romain marque qu'a été mis le corps de S. Pierre, sous le consulat de Tuscus & de Bassus, en 258.
Le mot catacombe est particulierement en usage en Italie, pour marquer un vaste amas de sepulchres soûterrains dans les environs de Rome, & principalement dans ceux qui sont à trois milles de cette ville, dans la via appia ou la voie appienne. On croit que ce sont les sepulchres des martyrs : on va en conséquence les visiter par dévotion ; & on en tire les reliques qu'on envoye maintenant dans tous les pays catholiques, après que le pape les a reconnues sous le nom de quelque saint. Voyez SAINT, MARTYR & RELIQUE.
Plusieurs auteurs disent que c'étoit des grottes où se cachoient & s'assembloient les premiers Chrétiens, & où ils enterroient leurs martyrs. Ces catacombes sont de la largeur de deux à trois piés, & de la hauteur de huit à dix pour l'ordinaire, en forme d'allée ou de galerie, communiquant les unes aux autres, & s'étendant souvent jusqu'à une lieue de Rome. Il n'y a ni maçonnerie ni voûte, la terre se soûtenant d'elle-même. Les deux côtés de ces rues, que l'on peut regarder comme les murailles, servoient de haut-en-bas pour mettre les corps des morts ; on les y plaçoit en long, trois ou quatre rangées les unes sur les autres, & parallelement à la rue : on les enfermoit avec des tuiles fort larges & fort épaisses, & quelquefois avec des morceaux de marbre cimentés d'une maniere qu'on auroit peine à imiter de nos jours. Le nom du mort se trouve quelquefois, mais rarement, sur les tuiles : on y voit aussi quelquefois une branche de palmier avec cette inscription peinte ou gravée, ou ce chiffre X P, qu'on interprete communément pro Christo. Voyez SAINT.
Plusieurs auteurs protestans pensent que les catacombes ne sont autre chose que les sepulchres des payens, & les mêmes dont Festus Pompeius fait mention sous le nom de puticuli : & ils soûtiennent en même tems que quoique les anciens Romains fussent dans l'usage de brûler leurs morts, cependant ils avoient aussi coûtume, pour éviter la dépense, de jetter les corps de leurs esclaves dans des trous en terre, & de les y laisser pourrir ; que les Romains chrétiens voyant ensuite la grande vénération qu'on avoit pour les reliques, & desirant d'en avoir à leur disposition, ils entrerent dans les catacombes ; qu'ils mirent à côté des tombeaux les chiffres ou inscriptions qu'il leur plut, & les fermerent ensuite, pour les ouvrir quand ils en trouveroient l'occasion favorable. Ceux qui étoient dans le secret, ajoûtent-ils, étant venus à mourir ou à s'éloigner, on oublia ce stratagême, jusqu'à ce que le hasard fit ouvrir les catacombes ; mais cette opinion est encore moins probable que la premiere.
M. Moreau, dans les Transactions philosophiques, prend un milieu entre ces deux extrémités ; il suppose que les catacombes ont été originairement les sepulchres des Romains, & qu'on les creusa en conséquence de ces deux opinions, que les ombres haïssent la lumiere, & qu'elles se plaisent à voltiger autour des endroits où les corps sont placés.
Il est certain que la premiere maniere d'enterrer a été de mettre les corps dans des caves, & il paroît que cette maniere a passé des Phéniciens chez les nations où ils ont envoyé des colonies ; & que l'usage où nous sommes, ou d'exposer les corps morts à l'air, ou de les enterrer dans des églises, a été introduit d'abord par les Chrétiens. Lorsqu'un ancien héros mouroit, ou qu'il étoit tué dans quelqu'expédition étrangere, comme le corps étoit sujet à corruption, & par conséquent peu propre à être transporté en entier, on avoit trouvé l'expédient de le brûler, pour en pouvoir rapporter les cendres dans sa patrie, & obliger ainsi ses manes à le suivre ; ensorte que le pays qui avoit donné naissance aux morts, ne fût pas privé de l'avantage de leur protection. C'est ainsi que la coûtume de brûler les corps commença à s'introduire ; que par degrés elle devint commune à tous ceux qui en pouvoient faire la dépense, & qu'elle prit enfin la place des anciens enterremens : les catacombes cesserent donc d'être d'usage pour les Romains, lorsque ceux-ci eurent emprunté des Grecs la maniere de brûler les corps, & on ne mit plus en terre que les seuls esclaves. Voyez ENTERREMENT.
Ces lieux qui se trouvoient ainsi tout préparés, étoient fort propres aux assemblées des premiers Chrétiens ; mais jamais ceux-ci n'auroient pû les bâtir.
L'empire étant devenu chrétien, on les abandonna encore, jusqu'à ce que la lecture de quelques auteurs y fit faire de nouveau attention. Quant au fameux chiffre X P, on observe qu'il étoit déjà en usage longtems avant Jesus-Christ. L'abbé Bencini dit qu'il étoit composé des deux lettres greques x, p, sous lesquelles étoient cachés quelques sens mystiques ; mais personne, dit Chambers, ne les explique.
L'auteur anglois n'a rapporté cette opinion que pour infirmer le premier sentiment, qui veut que les catacombes n'ayent servi qu'à la sépulture des premiers Chrétiens. Il dissimule qu'outre le chiffre qui ne cache aucun mystere, & qui n'est que le monogramme de Jesus-Christ, on a trouvé sur les pierres & tombeaux des catacombes, des figures d'un bon pasteur & d'un agneau ; ce qui ne peut convenir qu'à des Chrétiens. On conclurroit mal de-là que tous ces Chrétiens étoient saints ; mais pour peu qu'on fasse attention aux moeurs des Chrétiens de la primitive Eglise, on en conclura toûjours avec une certitude morale, que leurs ossemens & reliques étoient dignes de vénération. Chambers ne fait point un crime aux Payens de l'honneur qu'ils rendoient aux cendres de leurs héros ; & il tâche de rendre suspectes les reliques des martyrs, afin d'attaquer indirectement leur culte. Les papes ont été si peu persuadés que tous les ossemens trouvés dans les catacombes fussent des reliques des saints, qu'ils ont toûjours été d'une extrème reserve à en accorder, & à les faire constater. (G)
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| CATACOUSTIQUE | S. f. qu'on appelle aussi Cataphonique, est la science qui a pour objet les sons refléchis ; ou cette partie de l'Acoustique qui considere les propriétés des échos ; ou en général des sons qui ne viennent pas directement du corps sonore à l'oreille, mais qui ne la frappent qu'après qu'ils y ont été renvoyés par quelqu'autre corps. Ce mot Catacoustique est analogue au mot Catoptrique, qui signifie la science qui a pour objet les rayons de lumiere refléchis, & leurs propriétés ; ainsi la Catacoustique est à l'Acoustique proprement dite, ce que la Catoptrique est à l'Optique. Voyez ACOUSTIQUE, ECHO & SON.
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| CATACTHONIEN | (Myth.) c'est ainsi qu'on avoit surnommé à Opunte, le souverain pontife des dieux de la terre & des enfers.
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| CATADIOPTRIQUE | adj. (Optique) On donne ce nom à ce qui appartient à-la-fois à la Catoptrique & à la Dioptrique, c'est-à-dire à ce qui appartient à la théorie de la lumiere refléchie & de la lumiere rompue. Par exemple un instrument ou lunette qui refléchit & rompt en même tems les rayons, est appellé télescope catadioptrique. Voyez TELESCOPE. (O)
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| CATADUPES | : les anciens donnoient ce nom aux peuples qui habitoient proche des catadupes ou cataractes du Nil. On les représente tous comme sourds, à cause du fracas que font continuellement les eaux du fleuve en tombant. Voyez CATARACTE. (G)
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| CATAFALQUE | S. m. (Architect.) de l'italien catafalco, signifie littéralement échaffaud ou élévation faite ordinairement de charpente pour recevoir les décorations d'Architecture, Peinture, & Sculpture, dressées à l'occasion des pompes funebres. (P)
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| CATAGMATIQUE | adj. terme de Medecine, médicamens propres à souder & à unir des os, en accélérant la formation du calus. V. CALUS, FRACTURE, & OS.
Ce mot vient du grec , qui signifie fracture.
Les principaux catagmatiques sont le bol d'Arménie, la gomme adragant, l'ostéocolle, les noix de cyprès, l'encens, l'aloès, l'acacia, &c. Voyez CONSOLIDATION. (N)
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| CATAGOGIES | S. f. pl. (Mythol.) fêtes instituées en l'honneur de Vénus. Ceux d'Eryce en Sicile faisoient une fête qu'ils appelloient l'anagogie, ou le départ de Vénus pour la Lybie. Ce départ étoit fondé parmi eux, sur ce qu'alors on cessoit de voir des pigeons. Ils imaginoient que ces oiseaux consacrés à la déesse, lui servoient d'escorte. Elien qui raconte toutes ces choses comme un homme qui les auroit crûes, ajoûte qu'après neuf jours d'absence, il paroissoit sur la mer du côté de l'Afrique, une colombe purpurine, & beaucoup plus belle que les autres : c'étoit l'avant-coureuse de Vénus qui revenoit accompagnée d'une nuée de pigeons ; alors ceux d'Eryce célébroient les catagogies, ou fêtes du retour.
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| CATALAJUD | (Géog.) petite ville d'Espagne au royaume d'Aragon, sur la riviere de Xalon, à l'embouchure de celle de Xaloca.
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| CATALECTIQUE | adj. terme de la Poésie greque & latine, usité parmi les anciens pour désigner les vers imparfaits, auxquels il manquoit quelques piés ou quelques syllabes, par opposition aux vers acatalectiques, auxquels il ne manquoit rien de ce qui devoit entrer dans leur structure. Ce mot est originairement grec, & formé de , contrà, & de , desino, je finis ; c'est-à-dire qui n'est pas terminé ou fini dans les regles. Voyez ACATALECTIQUE. (G)
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| CATALEPSIE | S. f. (Medecine) maladie soporeuse qui saisit tout-d'un-coup le malade, le fait rester dans la situation où il étoit au moment de l'accès, & lui fait perdre le sentiment & le mouvement, quoique la respiration subsiste ainsi que le battement des arteres, qui à la vérité sont moins forts que dans l'état naturel. Il arrive alors une cessation de mouvement du sang contenu dans les arteres du cerveau, & du fluide nerveux, dont la secrétion se fait dans les glandes de cette partie, sans que ce mouvement soit intercepté dans le cervelet : c'est pourquoi les fonctions qui ne dépendent pas de la volonté sont exécutées, pendant que celles qui y sont soûmises sont suspendues. On trouve par le dissection des cadavres de ceux qui sont morts de cette maladie, que les vaisseaux tant artériels que veineux du cerveau, sont remplis d'un sang épais & grossier qui y est engorgé. En conséquence de cet engorgement, les esprits animaux ne se séparent pas pour passer dans les filets de nerfs qui partent du cerveau, & produire le mouvement musculaire, ce qui est si vrai, que le malade reste dans la situation où on l'a mis, si on lui leve un bras sur la tête, ce bras demeure immobile à cet endroit ; si l'on éleve une paupiere, elle ne s'abaisse point d'elle-même ; enfin si l'on lui fait fléchir un doigt ou plusieurs, ils restent fléchis jusqu'à ce que l'on prenne soin de les étendre. On peut voir à l'article ASSOUPISSEMENT deux observations sur cette maladie, tirées des mém. de l'acad.
Cette maladie a plusieurs causes, la mélancholie portée au dernier degré, toutes sortes d'affections vives de l'ame, sur-tout lorsqu'elles sont subites, comme la perte inopinée d'une personne chere, d'un procès, &c. Les méditations profondes & continuées longtems sur un même sujet, un travail forcé dans le cabinet, &c. sont aussi quelquefois cause de cette maladie, sur-tout lorsqu'on ne prend pas de nourriture convenable & proportionnée à la déperdition de substance. Les indications que l'on a à remplir pour parvenir à la guérison de cette maladie, sont de tirer le malade de cette affection soporeuse par quelque chose qui puisse l'affecter vivement, telle que le son d'une cloche, le bruit d'un canon, l'odeur des sels volatils & pénétrans. Si ces moyens ne suffisent pas, il faut employer les vésicatoires, les scarifications, & autres opérations semblables, qui puissent exciter quelque douleur ; & selon Boerhaave, rien de mieux que de procurer au moyen des sternutatoires une hémorrhagie abondante par les narines ou par les hémorrhoïdes, au moyen de l'application des sangsues, jointe à un régime humectant, aux vomitifs, &c. Voyez ASSOUPISSEMENT. (N)
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| CATALOGNE | (LA) Géog. province d'Espagne avec titre de principauté. Elle est bornée au nord par les Pyrénées, au levant & au midi par la Méditerranée, à l'occident par le royaume d'Aragon & de Valence. Ce pays est abondant en vin, grains, fruits, huile, & lin. Il s'y trouve beaucoup de mines, & même des pierres précieuses ; la capitale est Barcelone.
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| CATALOGUE | S. m. (Littér. & Librair.) est une énumération ou liste de noms d'hommes, de livres, & d'autres choses disposées suivant un certain ordre. Ce mot, selon Ducange, étoit employé dans la basse latinité, pour signifier collection, du grec , de , recenseo.
Nous n'entrerons point dans le détail des différentes collections auxquelles on a coûtume de donner ce nom. V. CABINET, ETOILE. Nous nous contenterons de parler des catalogues de livres, parce que de toutes les collections c'est en effet la plus intéressante.
Ce qui existe, ce qui arrive, ce qu'on peut dire, faire, ou imaginer, tout enfin étant matiere de livres, la vie la plus longue & l'étude la plus assidue ne mettent que difficilement en état d'en acquérir la connoissance. Un homme de lettres doit cependant s'en faire un plan méthodique, afin de savoir caractériser & réduire à des classes convenables ce nombre prodigieux d'écrits qu'on a donnés & qu'on donne tous les jours au public : autrement il est exposé à errer perpétuellement dans l'immensité de la Littérature, comme dans un labyrinthe plein de routes confuses.
Ce système ou plan méthodique consiste à diviser & sous-diviser en diverses classes tout ce qui fait l'objet de nos connoissances ; chacune des classes primitives pouvant être considérée comme un tronc qui porte des branches, des rameaux, & des feuilles. La difficulté à surmonter pour établir entre toutes ces parties l'ordre qui leur convient est, 1°. de fixer le rang que les classes primitives doivent tenir entr'elles ; 2°. de rapporter à chacune d'elles la quantité immense de branches, de rameaux, & de feuilles qui lui appartiennent.
Ces divisions & sous-divisions une fois établies, forment ce qu'on nomme système bibliographique, & s'appliquent à l'arrangement des livres, soit dans une bibliotheque, soit dans un catalogue. Un des avantages que l'on tire de ces divisions & sous-divisions bien établies, est de trouver avec facilité les livres que l'on cherche dans une bibliotheque & dans un catalogue ; elles procurent aussi à l'homme de lettres le moyen de connoître assez promtement ce qu'on a écrit de meilleur sur les matieres qu'il étudie, ou qu'il se propose d'étudier.
De savans bibliographes & des libraires habiles ont donné différens systèmes de catalogues : mais il seroit inutile & trop long de les rapporter ici ; nous nous contenterons d'indiquer les principaux que l'on pourra consulter. On a obligation à Lambecius du catalogue des manuscrits de la bibliotheque de l'empereur ; Mettaire a fait celui de la bibliotheque Harleienne ; Prosper Marchand a suivi des routes qui lui étoient particulieres, & en a donné les raisons dans la préface de son catalogue de Faultrier. Celui de tous qui s'est fait jusqu'à-présent le plus de réputation dans ce genre de littérature, & qui en effet a mis le plus d'ordre, d'intelligence, & de raisonnement dans les divisions, & le plus d'instructions sur les livres rares dans ses notes, est M. Martin libraire à Paris ; aussi son système est-il le plus généralement adopté. Quoiqu'on le trouve dans tous les catalogues qu'il a donnés au public, nous croyons devoir le rapporter ici en faveur de ceux qui ne sont point à portée de se les procurer.
Si le catalogue de la bibliotheque du Roi étoit achevé, nous croirions n'avoir rien de plus agréable & de plus instructif à donner au public sur cette matiere, que le système que l'on y a adopté. Les divisions générales sont les mêmes que celles de M. Martin : mais on y a porté les divisions à un degré de détails qui ne se trouve dans aucun autre ouvrage de cette nature. On est redevable de ce travail immense, & qui se continue, à M. l'abbé Sallier & à M. Melot. Il ne falloit pas moins que le savoir profond & le zele infatigable de ces deux illustres académiciens, pour commencer & conduire à sa fin, à la satisfaction des connoisseurs, une entreprise aussi difficile & aussi pénible.
M. Martin divise toute la Littérature en cinq classes primitives, & chacune de ces classes comme il suit.
La THEOLOGIE, la JURISPRUDENCE, les SCIENCES & ARTS, les BELLES-LETTRES, & l'HISTOIRE.
LA THÉOLOGIE en ECRITURE SAINTE, CONCILES, PERES DE L'EGLISE GRECS & LATINS, & THEOLOGIENS.
L'ÉCRITURE SAINTE comprend les textes & versions de l'écriture-sainte ; leurs commentaires, explications, paraphrases, &c. les histoires de la bible, vies de J. C. & harmonies évangéliques extraites de l'écriture-sainte ; les critiques sacrées, & les liturgies.
Les CONCILES sont ou généraux ou particuliers.
Les SAINTS PERES se distinguent par l'ordre des siecles dans lesquels ils ont vécu.
Les THEOLOGIENS se divisent en scholastiques, moraux, catéchétiques ou instructifs ; parénétiques ou prédicateurs ; mystiques, polémiques, ou qui ont écrit pour la défense de la religion chrétienne & catholique, hétérodoxes.
LA JURISPRUDENCE en DROIT CANONIQUE & DROIT CIVIL.
Le DROIT CANONIQUE renferme les canonistes anciens & modernes, le Droit ecclésiastique françois, le Droit ecclésiastique étranger, le Droit ecclésiastique des moines & des réguliers.
Le DROIT CIVIL renferme le Droit naturel, public, & des gens ; le Droit romain, le Droit françois, le Droit étranger.
LES SCIENCES & ARTS en PHILOSOPHIE, MEDECINE, MATHEMATIQUES, & ARTS tant LIBERAUX que MECHANIQUES.
La PHILOSOPHIE comprend les philosophes anciens & modernes avec leurs interpretes & sectateurs, les traités de la Philosophie universelle, Logique & Dialectique, Morale, Oeconomie, Politique, Métaphysique, Physique, Histoire naturelle.
La MEDECINE comprend les Medecins anciens & modernes, les traités particuliers de Medecine, l'Anatomie, la Chirurgie, la Pharmacie, & la Chimie, la Philosophie ou Medecine hermétique, paracelsique, ou Alchimie.
Les MATHEMATIQUES se divisent en traités généraux de Mathématiques, Arithmétique & Algebre, Géométrie, Astronomie, Gnomonique ou science des cadrans solaires, Hydrographie ou science de la Navigation, Optique, Musique, Méchanique, Astrologie, &c.
Les ARTS se divisent en art de la Mémoire ; art de l'Ecriture ; l'art de l'Imprimerie, l'art du Dessein, de la Peinture, de la Gravûre, & de la Sculpture ; l'Architecture ; l'art militaire ; la Pyrotechnie ou l'art du Feu, de la fusion des métaux, des Feux d'artifice, de la Verrerie ; les divers Arts méchaniques ; la Gymnastique qui comprend l'art de manier & de traiter les chevaux ; l'Escrime, la Danse, les exercices du corps.
LES BELLES-LETTRES en GRAMMAIRE, RHETORIQUE, POETIQUE, PHILOLOGIE, POLYGRAPHES.
La GRAMMAIRE comprend les traités généraux de la Grammaire, Institutions, Grammaires, & Dictionnaires de diverses langues.
La RHETORIQUE renferme les traités de l'art oratoire, & les Orateurs anciens & modernes.
La POETIQUE comprend les traités de l'art de versifier, les poésies prosaïques ou facéties, plaisanteries, contes, nouvelles, romans, &c.
La PHILOLOGIE renferme la Critique, qui consiste en critiques anciens & modernes, satyres, apologies, & dissertations critiques, allégoriques, enjouées, &c. les gnomiques ou sentences, apophtegmes, adages, proverbes, &c. & les hieroglyphiques, ou emblèmes, & devises.
Les POLYGRAPHES se divisent en auteurs anciens & modernes, qui ont écrit divers traités sur différens sujets, dialogues, & entretiens sur différens sujets, épistolaires ou lettres écrites sur différens sujets.
L'étude de l'Histoire demandant la connoissance de la Géographie & de la Chronologie ; les livres qui traitent de ces deux sciences sont à la tête de cette classe, & se divisent, savoir :
La Géographie en Cosmographie ou description de l'Univers, géographes anciens & modernes, ou description du globe terrestre, descriptions & cartes particulieres, voyages & navigations.
La Chronologie en Chronologie technique, Chronologie historique ou l'Histoire réduite & divisée par tables & divisions chronologiques, histoires universelles, &c.
L'HISTOIRE en HISTOIRE ECCLESIASTIQUE, HISTOIRE PROFANE.
L'HISTOIRE ECCLESIASTIQUE se divise en Histoire ecclésiastique proprement dite, ou Histoire ecclésiastique ancienne & nouvelle, Judaïque & Chrétienne. Il y a des histoires ecclésiastiques universelles, & des histoires ecclésiastiques particulieres ; on les divise en histoire catholique, pontificale, histoire monastique, histoire sainte, histoire ecclésiastique des hérésies & des hérétiques.
L'Histoire catholique & pontificale renferme l'histoire des conciles, générale & particuliere, l'histoire & les vies des papes & des cardinaux.
L'Histoire monastique comprend l'histoire des ordres monastiques & religieux, avec les vies des instituteurs, fondateurs, saints & personnages illustres de chaque ordre, & de plus l'histoire des monasteres ; elle renferme aussi l'histoire des ordres militaires & de chevalerie.
L'Histoire sainte comprend les martyrologes & vies des saints & des personnes illustres en piété, l'histoire des lieux saints des églises, cimetieres, &c. des reliques des saints, des saintes images, des miracles, &c.
L'Histoire ecclésiastique des hérésies & des hérétiques se divise en histoire ancienne des hérésies jusqu'au xij. siecle, histoire des nouvelles hérésies depuis le xiij. siecle jusqu'à présent, histoires des inquisitions contre les hérétiques & contre d'autres.
L'HISTOIRE PROFANE se divise en histoire ancienne, histoire moderne, histoire généalogique & héraldique, antiquités, histoire des solennités & des pompes ; histoire littéraire, académique, & bibliographique ; vies des personnages illustres, & traits historiques.
L'Histoire ancienne ou des anciennes monarchies, comprend les histoires des Juifs, des Chaldéens, des Babyloniens, des Assyriens, &c. histoire de la monarchie des Perses ; histoire Grecque, Romaine ; Byzantine ou de l'empire de Constantinople.
L'Histoire moderne ou des monarchies qui subsistent aujourd'hui, se divise en deux parties. La premiere renferme les monarchies de l'Europe : la seconde les monarchies hors de l'Europe.
Dans la premiere partie sont comprises les histoires d'Italie, de France, d'Allemagne, des Pays-Bas, de Lorraine, des Suisses & des peuples leurs conféderés, d'Espagne, de la Grande-Bretagne, des pays septentrionaux.
Dans la seconde partie sont comprises l'histoire Orientale générale, celle des Arabes, des Sarrasins & des Turcs ; l'histoire Asiatique, l'histoire d'Afrique, l'histoire de l'Amérique ou des Indes occidentales.
L'Histoire généalogique & héraldique, comprend les traités généraux & particuliers de la science héroïque de la noblesse, des nobles ; de leurs titres, prérogatives, &c. & des choses qui leur sont propres ; les traités héraldiques ou qui appartiennent à la science du Blason ; les histoires généalogiques des familles illustres.
Les antiquités renferment les rits, usages & coûtumes des anciens, histoire métallique ou médailles, monnoies, &c. divers monumens de l'antiquité ; descriptions & traités singuliers des édifices publics, des amphithéatres, obélisques, pyramides, &c. diverses antiquités, pierres gravées, cachets, lampes, & autres choses qui nous restent des anciens ; mélanges d'antiquités contenant des collections mêlées, des dissertations, des descriptions de cabinet d'antiquaires, &c.
L'Histoire des Solennités & des Pompes comprend les réjoüissances publiques, entrées, mariages, &c. histoire des Pompes funebres.
L'Histoire littéraire, académique & bibliographique, comprend l'histoire des lettres & des langues, des sciences & des arts ; où il est traité de leur origine & de leur progrès ; histoire des académies, écoles, universités, colléges & sociétés de gens de lettres ; bibliographie ou histoire & description des livres.
Vies des personnages illustres divisées en vies des illustres personnages anciens, Grecs & Romains, en général & en particulier ; vies des hommes illustres & modernes ensemble, ou des derniers tems seulement ; vies des hommes illustres dans les sciences & dans les arts anciens & modernes.
Extraits historiques, sont les diverses collections tirées & extraites des historiens anciens & modernes ; les monumens, actes & écrits historiques, pieces du tems, &c. traités de paix, de confédération, d'alliance, de treve, &c. entre les princes ; ensemble les pieces, recueils, dissertations, & autres choses concernant les négociations de ces traités ; les dictionnaires historiques, &c.
Ceux qui voudront mettre en pratique le présent système, pourront consulter pour les détails de chaque partie quelques-uns des catalogues de M. Martin, comme ceux de MM. Bulteau, Dufay, comte Hoym, de Rothelin, & Bellanger.
Il a été trouvé dans les manuscrits de feu M. l'Abbé Girard, de l'Académie Françoise, un systeme de Bibliographie, où il regne un ordre fort différent de ceux que l'on a connus jusqu'à présent. Comme on ne se propose pas de le publier en particulier, nous avons crû devoir le placer ici, pour ne pas priver le public de ces nouvelles lumieres sur une matiere vraiment intéressante. M. l'Abbé Girard y rend compte en Philosophe des raisons qui l'ont déterminé dans le choix & le rang de ses divisions.
D'abord il considere l'homme dans la naissance du monde, foible & inquiet sur sa destinée, agité par la crainte & par d'autres sentimens qui lui inspirent la défiance de lui même, & le portent à chercher un protecteur puissant. Conduit par degrés à la connoissance d'un Dieu, il met tous ses soins à se le rendre propice par le culte qu'il croit lui être le plus agréable ; c'est ce qu'on nomme religion chez tous les peuples. Ce qui la concerne soit dans le général, soit dans le particulier, soit pour la maintenir, soit pour la combattre, fait le premier chef de ce plan sous le titre de THEOLOGIE.
L'homme isolé sentit de nouveaux besoins, & chercha dans la protection de ses égaux & de ses voisins, un appui à sa portée ; cela forma la société dont les commencemens n'eurent d'autres motifs que les secours mutuels & les services réciproques ; mais dont les progrès formerent des parties, des états, & des empires ; produisirent des lois & des coûtumes, &c. Tout ce qui regarde la société, ses formes, ses intérêts, ses lois & ses usages, fait le second chef de ce système sous le titre de NOMOLOGIE.
Quoique le culte & la police remédient aux horreurs de la solitude par les liaisons qu'ils établissent entre les hommes, peu satisfaits du petit volume de leur personne, & de la courte durée de leur existence, ils travaillent à vivre dans l'idée d'autrui, & forment sur le plan de cette image une maniere d'être, à laquelle ils donnent le nom de gloire & de renommée. Ce goût rend les hommes jaloux de leur honneur, sensibles à l'estime des autres, & curieux de ce qui les regarde ; de façon qu'ils s'occupent des actions & des évenemens ; qu'ils travaillent à s'en instruire & à les publier. De-là l'origine d'un troisieme objet d'érudition sous le titre d'HISTORIOGRAPHIE.
Le spectacle pompeux de l'univers, & les merveilles de la nature, frappent assez pour attirer des regards curieux. L'esprit humain avide de connoissances, animé par ses premieres découvertes, aidé de l'expérience, de l'analyse, & du raisonnement, se livre à ces recherches profondes qui font ce qu'on nomme proprement Sciences, objet distingué formant dans ce système le quatrieme chef sous le nom de PHILOSOPHIE.
C'est sans-doute par l'acquisition des connoissances & par l'amas des vérités, que l'esprit s'enrichit : mais ici comme ailleurs, il faut faire usage de ce que l'on possede pour en tirer satisfaction. Cet usage ne se trouve que dans la communication avec les autres êtres de notre espece ; & cette communication ne pouvant se faire par une voie plus naturelle ni plus commode que par le moyen de la parole, il en résulte dans les hommes un penchant vif à vouloir briller, flatter, & amuser par le discours. L'on ne doit donc pas être surpris s'ils se sont appliqués à cultiver le langage, & si quelques-uns préférant les amusemens du bel esprit au travail pénible des recherches savantes, se sont attachés à l'éloquence, à la poësie, à la critique, à la pureté des expressions ; enfin à tout ce qui dépend du feu de l'imagination, & à ce qui concerne les regles & les graces de la parole, compris sous le titre de PHILOLOGIE.
Le bonheur étant le but que tout être sensible & intelligent envisage, il est naturel que l'homme ne néglige rien de tout ce qu'il croit être propre à le rendre heureux. C'est par ce desir du bien être, & par la nécessité de pourvoir à ses besoins réels ou imaginaires, que son industrie a été excitée ; qu'en étudiant ce qui plaît aux sens comme ce qui orne l'esprit, il a donné naissance aux Arts. Ce qui les regarde fait le sixieme & dernier chef de ce système sous le titre de TECHNOLOGIE.
M. l'abbé Girard divise donc toute la Littérature en six genres qui sont :
THEOLOGIE, NOMOLOGIE, HISTORIOGRAPHIE, PHILOSOPHIE, PHILOLOGIE, TECHNOLOGIE.
Cette premiere division, toute simple qu'elle est, répond à toute l'étendue de la Littérature, n'y ayant aucun ouvrage que l'on ne puisse rapporter à ces six chefs : mais quoique juste, elle est encore trop générale pour démêler les différences de tout ce qui est écrit, & y établir un ordre parfait. M. l'abbé Girard entre donc dans un plus grand détail, & divise chacun de ces six genres en six classes, & chaque classe en deux ordres.
THÉOLOGIE.
TEXTES, COMMENTATEURS, DOGMATIQUES, PREDICATEURS, MYSTIQUES, LITURGIQUES.
Ce premier genre de Littérature ne se borne pas dans le système de l'érudition générale, comme dans celui de l'érudition scholastique, à ce qui regarde seulement la religion Chrétienne. D'une bien plus vaste étendue, il embrasse toutes les religions de l'univers présentes & passées, qui se rapportent toutes à six especes générales : savoir, Christianisme, Judaïsme, Mahométisme, Paganisme, Déisme, & Athéisme.
La religion Chrétienne se divise en trois communions principales ; Romaine, Greque, & Protestante.
La Théologie Juive a produit différens partis : le premier de tous les schismes y fut une suite des factions de l'état ; la desunion des tribus forma de l'ancien Israëlite le Juif & le Samaritain. Ensuite parurent dans le sein du Judaïsme les Esséniens, Pharisiens, & Saducéens, dont les Caraïtes ont pris la place. Ces derniers sont parmi les Juifs ce que les Réformés sont parmi les Chrétiens.
Dans le Mahométisme il y a deux sectes ; celle d'Omar, & celle d'Haly.
Le caractere du Paganisme est la pluralité des dieux : tous les livres écrits sur ces six différentes especes de religions font, comme nous l'avons dit, l'objet de la Théologie considérée comme portion d'un système bibliographique. Nous allons présentement rendre compte des sous-divisions en deux ordres de chacune des six classes.
Les TEXTES, ce sont les écrits qu'on regarde dans chaque religion comme dépositaires authentiques de la croyance & du culte qu'on y professe ; ils sont ou sacrés ou ecclésiastiques.
Les Textes sacrés partent des Législateurs, & sont respectés comme divins : tels sont chez les Chrétiens les livres de l'ancien & du nouveau Testament ; chez les Juifs, la Bible ; chez les Mahométans, l'Alcoran ; chez les Chinois, les ouvrages de Confucius ; & dans l'ancien paganisme, les oracles des Sibylles, &c. Les Textes sacrés, en langues qui ont été ou qui sont d'usage dans les églises, se nomment versions : ceux qui sont en langues vulgaires, & qu'on lit simplement dans le particulier, sont nommés traductions.
Les Textes ecclésiastiques sont les décisions ou constitutions faites par le concours des principaux chefs d'une religion, reçues & acceptées comme lois émanées d'une autorité sainte, & comme regles indispensables de foi & de conduite. Tel est parmi les Juifs le Thalmud, & tels sont parmi nous les conciles divisés en généraux, nationaux & provinciaux.
Les COMMENTATEURS sont ou des interprétations ou des dissertations sur les Textes.
Les DOGMATIQUES se divisent en Docteurs & en Casuistes.
Les Docteurs sont ceux qui enseignent méthodiquement la doctrine divine. Ceux dont les opinions ont acquis de l'authenticité, sont appellés Peres de l'Eglise, Grecs & Latins, & sont regardés comme dépositaires de la doctrine divine à laquelle on donne le nom de tradition. Les Docteurs modernes sont appellés scholastiques.
Les Casuistes s'attachent à marquer la distinction précise de ce qui est permis ou défendu par la loi & la morale du systême reçu dans la société.
Les PREDICATEURS se divisent en orthodoxes & en sectaires.
Les MYSTIQUES sont ou contemplatifs ou ascétiques.
Les contemplatifs ne présentent dans leurs écrits que des réflexions spéculatives ou épanchemens de coeur pour nourrir la dévotion, faire aimer & estimer les choses divines préférablement aux temporelles.
Les ascétiques, persuadés que la seule contemplation ne suffit pas pour attacher l'homme à Dieu, s'occupent à écrire des maximes & des regles de conduite ; à proposer certaines pratiques de prieres & de mortification, &c.
Les LITURGIQUES traitent de ce qui concerne le service divin, & la pratique du culte extérieur, d'où se forment les rituels & les eucologies.
Les rituels reglent l'ordre & le cérémonial de l'office & des fonctions ecclésiastiques, conformément aux usages de chaque église.
Les eucologies n'ont pour objet que la priere, soit publique, soit particuliere.
NOMOLOGIE,
DISCIPLINE, DROIT CIVIL, CORPOROLOGIE, ETHICOLOGIE, THESMOLOGIE, PRAXEONOMIE.
Ce genre embrasse tout ce qui traite de l'avantage que les hommes trouvent à être réunis en corps de société, dont la conservation est indispensablement attachée à l'observation des lois. Ces six classes sont distinguées par la diversité des liens qui attachent ou associent les hommes les uns aux autres. Ces liens sont ou église, ou patrie, ou congrégation, ou moeurs, ou usages, ou actions communes.
La DISCIPLINE dans ce système général de Littérature, ne se borne pas comme dans nos écoles, au seul gouvernement de l'église catholique, elle embrasse toutes les lois & tous les réglemens faits pour gouverner les sociétés fondées sur les liens de culte & de religion, & peut se diviser en discipline chrétienne, & en discipline hétéronome.
La discipline chrétienne varie selon les différentes communions qui partagent l'Eglise universelle : mais toutes ces diversités peuvent être réduites sous les communions romaine, greque, & protestante.
La discipline hétéronome renferme tout ce qui concerne le gouvernement des églises non-chrétiennes, telles que celles des Juifs, des Musulmans, & des Gentils idolâtres.
Le DROIT CIVIL : de tout tems les hommes se sont réunis pour se fortifier contre leurs ennemis, & veiller avec plus de sûreté à leur mutuelle conservation, ce qui a formé des patries ; d'où le Droit civil a pris naissance. Il se partage assez naturellement en deux especes, Politique & Jurisprudence.
La Politique a pour objet le Droit public ; c'est-à-dire qu'elle regarde les intérêts, la gloire, la puissance, la forme, & l'administration des états ; d'où les actes conventionnels, les manifestes, les mémoires de négociations, &c.
La Jurisprudence veille aux intérêts des particuliers, décide leurs différends, &c. d'où les lois, les jugemens rendus, les Jurisconsultes, les Praticiens, &c.
CORPOROLOGIE : au milieu des sociétés générales que forme l'église ou la patrie, il s'en éleve de particulieres qui peuvent se diviser en cénobitiques & associations.
La cénobitique comprend les regles claustrales & les autres écrits qui concernent le gouvernement des communautés religieuses.
Les associations renferment toutes les sociétés auxquelles la conformité de profession, d'emploi, ou d'occupations, donne naissance dans le corps civil de l'état : telles sont les académies, les ordres de chevalerie, les compagnies, les corps & métiers, &c. leurs statuts, leurs réglemens, & leurs usages particuliers.
L'ÉTHICOLOGIE : outre les sociétés fondées sur des lois authentiques, il en est une libre & naturelle que l'humanité inspire, & que la raison approuve ; c'est ce qu'on nomme commerce ordinaire de la vie. Les moeurs en sont le lien, & font l'objet de l'éthicologie. Les livres qui appartiennent à cette classe sont distingués par la forme que les auteurs ont donnée à leurs ouvrages ; ce sont ou des traités ou des caracteres.
Les Traités de morale sont des discours suivis ou méthodiques ; adressés au public ou à quelques personnes particulieres, par forme de leçons.
Les Caracteres ne font précisément que mettre les moeurs en tableau par descriptions, qui sans attaquer les personnes, tracent néanmoins tous les traits personnels.
La THESMOLOGIE comprend les livres qui traitent des usages reçus dans les sociétés ; ces usages se distinguent par le cérémonial & les modes.
La PRAXEONOMIE traite des sociétés particulieres & momentanées, de leurs regles, de leurs formes, &c. & se divise en aétiologie & ludicrologie.
L'aétiologie embrasse les pratiques familieres & domestiques.
Le ludicrologie comprend les jeux de hazard, d'adresse, ou de conduite.
HISTORIOGRAPHIE,
NOTICES, HISTOIRES, PERSONOLOGIES, LITTEROLOGIE, FICTIONS, COLLECTIONS.
Les NOTICES sont des ouvrages purement énumératifs, ou des listes méthodiques ; tantôt municipales, tantôt nominales.
Les notices municipales ont pour objet les offices, charges, emplois, siéges & tribunaux ; elles servent à faire connoître la puissance, ainsi que la forme des états & des corps civils.
Les notices nominales exposent les noms des personnes, soit des membres qui composent les différentes sociétés : soit des têtes qui étendent & soûtiennent les familles, soit de ceux qui forment l'ordre & la durée des successions sur les thrones & dans les places distinguées.
Les HISTOIRES narrent les évenemens qui touchent le corps général de quelque société, soit que cette société forme une patrie, ou une simple congrégation ; ce qui divise cette classe en histoires nationales & congrégationales.
Les histoires nationales ont pour objet toutes les sociétés politiques d'état & de nation.
Les congrégationales ont les autres sociétés particulieres, telles que celles de religion.
Les PERSONOLOGIES, sont, ainsi que l'étymologie de la dénomination le fait entendre, une sorte d'historiographie qui a pour objet les personnes en particulier. Cette forme, comme les autres, a deux ordres sous les noms de vies & de voyages. Sous le nom de vies est compris tout ce qui porte le titre de mémoires.
La LITTEROLOGIE a pour objet les faits & les évenemens littéraires, & se divise en doctrinologie, bibliographie.
La doctrinologie fait l'histoire des Sciences & des Arts, c'est-à-dire qu'on y prend soin de faire connoître le tems & les circonstances de leur origine, ainsi que le cours de leurs progrès.
La bibliographie instruit des écrits, que la plume, conduite par le talent de l'esprit, a donnés au public ; ce qui se fait ou par des extraits & des analyses, ou par des catalogues.
Les FICTIONS, enfans de la seule imagination, & faites pour amuser, se masquent d'un faux ait d'histoire par une narration suivie, & se divisent en romans & en contes.
Les COLLECTIONS comprennent tous les ouvrages historiographiques, faits de diverses pieces d'assemblage sans aucun enchaînement d'évenemens & de circonstances : elles peuvent se réduire à deux objets différens, les antiquités & les compilations.
Les antiquités rassemblent ce qui regarde les monumens que la main des hommes a fabriqués, & que les tems n'ont pas détruits ; tels que les bâtimens, les inscriptions, les médailles, les chartres, & autres choses pareilles.
Les compilations ramassent les différens faits indépendans les uns des autres ; tels que les mémoriaux & les dictionnaires historiques.
PHILOSOPHIE, Mathématiques, Cosmographie, Physiographie, Physique, Medecine, Spiritologie.
La nature présente une multitude d'êtres contenus dans un espace, d'où naît l'envie de calculer les uns, & de mesurer l'autre ; de façon que le nombre & la grandeur deviennent une occupation d'esprit, & sont véritablement des connoissances préliminaires & nécessaires à l'étude de la nature.
Un regard ensuite plus attentif fait qu'on regarde le monde comme un vaste pays où l'on voudroit voyager, & dont la totalité se distribue en deux parties, le ciel & la terre. Ce sont deux objets nouveaux à traiter.
A l'idée générale des régions doit naturellement succéder celle d'habitation ; on y rencontre une multitude d'êtres successivement produits & renouvellés, ou par voie de génération, ou par voie de végétation. Leur description fait le travail des Naturalistes.
Le travail constant & infatigable de la nature la fait envisager dans un état d'action, dont la connoissance devient intéressante par le desir de dévoiler ses mysteres, de-là l'étude de la Physique.
L'étude de la nature en action conduit nécessairement à celle de l'état de vie. Une curiosité bien placée par l'intérêt qu'on prend & qu'on doit prendre à sa conservation, détermine l'homme studieux à approfondir la machine animale, pour savoir en quoi consiste la vie, quels en sont les ressorts, ce qui en fait la bonne économie & la santé, & pour découvrir aussi les causes & les regles de sa destruction ou de sa langueur ; d'où la Medecine.
Après avoir considéré la nature sous ses différentes faces, il n'étoit pas naturel d'oublier le plus admirable de ses aspects ; celui où s'appliquant & cherchant à connoître, elle paroit toute spirituelle. L'esprit humain se repliant souvent sur lui-même & sur ses opérations, s'étudie & travaille sur son propre fonds, non-seulement pour se comprendre ainsi que tout ce qu'il imagine être comme lui au-dessus de la sphere corporelle, mais encore pour se faire une méthode de penser & de raisonner, qui serve à le conduire au vrai & au bon. Voilà les raisons sur lesquelles sont fondées les divisions de la Philosophie, dont nous allons rendre compte en particulier.
Les MATHEMATIQUES ayant pour objet le nombre & la grandeur, se divisent en Arithmétique & Géométrie ; sous le nom d'Arithmétique est compris l'Algebre.
La COSMOGRAPHIE se divise en Astronomie & Géographie.
La PHYSIOGRAPHIE s'attache à faire connoître les productions de la nature, & se divise en Psycologie & Végétologie.
La Psycologie considére les êtres produits par voie de génération, & doüés de vie ; c'est-à-dire des animaux de toute espece.
La Végétologie comprend tout ce qui est produit par l'action continuelle de la nature ; tels que sont les plantes, les fruits, les métaux, les minéraux, les coquillages, &c.
La PHYSIQUE est ou spéculative ou pratique.
La spéculative renferme les systèmes, & la pratique les expériences.
La MEDECINE a pour but ce qui concerne la vie & la santé de l'animal : ses deux branches sont la Physiologie & Pathologie.
La Physiologie considere la constitution, les fonctions, & toute l'économie des parties qui composent le corps animé.
La Pathologie étudie les altérations qui peuvent troubler cette machine vivante ; comment on peut prévenir ces accidens, & y remédier ; ce qu'on nomme diete & thérapeutique, qui, ainsi que la Chirurgie & la Pharmacopée, appartiennent à ce dernier ordre.
La SPIRITOLOGIE se divise en Métaphysique & Logique.
La Métaphysique cherche à connoître ce que c'est que l'esprit & la pensée, les propriétés & les opérations de l'ame raisonnable ; elle pousse même ses recherches jusqu'à la divinité.
La Logique s'applique à conduire l'esprit humain dans les routes de la vérité, par des regles sûres & lumineuses. C'est à elle qu'appartient tout ce qui regarde la direction du raisonnement, soit dans la position des principes, soit dans la déduction des conséquences.
PHILOLOGIE.
LEXICOLOGIE, ELOQUENCE, POEMES, THEATRES, LETTRES, CRITIQUE.
Les avantages que procurent les graces du discours, à ceux qui les possedent, font que les hommes se portent avec ardeur à ce qui peut perfectionner leur langage, & leur valoir la réputation de bel esprit. De-là une foule d'ouvrages caractérisés par un goût particulier pour l'art de la parole, & par les tournures & les idées singulieres d'une imagination ingénieuse. Le mot de Philologie caractérise parfaitement ce genre de Littérature, qui se divise comme les autres en six classes.
La LEXICOLOGIE embrasse tout ce qui concerne les langues, soit pour en donner l'intelligence, en conserver la pureté, en faire connoître le génie. Les auteurs de cette classe sont ou grammairiens ou vocabulistes.
Les grammairiens établissent des regles & des principes, discutent la nature des mots pour en connoître les divers accidens, &c. ils traitent aussi de l'orthographe & de la ponctuation.
Les vocabulistes font des observations sur la pureté du langage, en distinguent le bon usage du mauvais. Ils travaillent enfin à bien représenter la valeur ou la signification des mots, & font ce qu'on nomme dictionnaire.
L'ELOQUENCE a pour objet les embellissemens du discours : tantôt elle enseigne les regles de son art, tantôt elle les met en oeuvre ; ce qui distingue ses écrivains en rhéteurs & en orateurs.
Les rhéteurs donnent des préceptes sur les figures du langage, la construction des périodes, &c.
Les orateurs sont uniquement appliqués à l'exécution. Les oraisons funebres, les discours académiques, les éloges des hommes illustres, &c. composent cet ordre.
Les POEMES par leur grande diversité ne sont pas d'une division aussi facile dans l'arrangement d'une bibliotheque, que dans un traité de Poésie. Il faut donc chercher dans le génie même de la Poésie quelque différence assez grande pour que les Poëtes qui se sont attachés à une espece se soient rarement attachés à l'autre, & que par conséquent on puisse fonder là-dessus un partage convenable au systéme bibliographique. M. l'abbé Girard trouve dans la verve poétique deux ames qui vont peu ensemble : l'une élevée & sérieuse, qui frappe vivement l'imagination par la force des images ; l'autre voluptueuse, qui flate ou amuse par l'agrément ou la douceur de la mélodie : de façon qu'il distingue les poëmes en épimétriques & lyriques.
Les épimétriques s'adressent à l'esprit ; ils narrent, peignent, raisonnent ou font parler ; tels sont les poëmes épiques ou héroïques, les odes, les élegies, les satyres, les éclogues, les idylles, les madrigaux, les épigrammes, &c.
Les lyriques sont faits pour les organes de la voix & des oreilles ; ce sont les chansons.
Le THEATRE. M. l'abbé Girard en fait une classe à part & distinguée des poëmes, parce qu'il n'y regarde la versification que comme un accessoire qui ne sert point à caractériser cette sorte d'ouvrages, étant manifestement marqué à un coin très-différent de celui de la cadence & de la mesure des expressions. Ceux qui ont consacré leurs talens aux pieces de théatre se distinguent en tragiques & en comiques.
Les LETTRES. Il n'est ici question que des lettres amusantes : celles qui traitent de dévotion ou de politique appartiennent à d'autres classes. Dans celle-ci on les divise en ingénieuses & galantes, selon que l'esprit & le coeur y ont part.
La CRITIQUE examine, juge, & met au creuset tous les ouvrages. Elle se divise en polygraphique & monographique.
La polygraphique s'attache indifféremment dans un même ouvrage à plusieurs objets & de toutes sortes d'especes.
La monographique n'attaque qu'un ouvrage ou qu'un auteur en particulier, par un écrit destiné à ce seul sujet & fait exprès pour l'examiner d'un bout à l'autre.
TECHNOLOGIE,
CIVIQUES, ACADEMIQUES, GYMNASTIQUES, PLASTIQUES, NUTRITIFS, MYSTERIQUES.
Il est si naturel à l'homme de penser à ses besoins, qu'il n'est pas douteux que les arts n'ayent été d'abord l'unique objet de son travail. Mais quoiqu'il les ait mis au premier rang de ses occupations, il ne leur a pas consacré les prémices de ses écrits, laissant à la pratique le soin de les conserver. Quoique l'on ait écrit un peu tard sur cette matiere, elle a produit un fort grand nombre d'ouvrages, qui peuvent aussi se partager en six classes.
Les ARTS CIVIQUES sont ceux que la politique adopte par préférence dans la constitution du gouvernement. Ils sont souvent cultivés par les citoyens du premier rang. Les uns ont pour but la force & la gloire de l'état ; les autres la richesse, & se divisent en célebres & pécuniaires.
Les Arts célebres méritent ce nom, parce qu'ils offrent de la réputation à ceux qui en font profession, & rendent célebres ceux qui s'y distinguent : tels sont l'Art militaire, la Navigation.
Les Arts pécuniaires sont moins nobles, mais ils sont utiles, tels que le Commerce & la Finance.
Les ARTS ACADEMIQUES sont caractérisés par le génie, dont l'étude a deux principaux objets, le dessein, & les forces mouvantes. L'un renferme les arts iconographiques ; les autres sont le fondement de ce qu'on nomme méchanique.
Les Arts iconographiques représentent, peignent & construisent : ainsi l'écriture, l'Imprimerie, la Peinture, la Gravûre, l'Architecture, &c. composent cet ordre.
La Méchanique enseigne à distribuer sagement, & appliquer à propos les forces mouvantes, d'où naissent la pyretique, l'hydraulique, la pulsative, la statique & l'élatérique.
Les ARTS GYMNASTIQUES ont pour objet ce que l'homme est capable d'exécuter par les mouvemens reglés & compassés de ses organes & de ses membres. Ils sont symphoniques ou dextériques.
Les symphoniques embrassent le Plain-Chant, la Musique, & la Déclamation.
Les dextériques sont enfans de l'action & de l'exercice. La Danse, la Lutte, l'art de monter à cheval, de faire des armes, & tout ce qui dépend de l'adresse & de l'agilité sont de cet ordre.
Les ARTS PLASTIQUES travaillent la matiere pour en faire des ouvrages de consistance. La différente façon de la manier fait ou des manufacturiers ou des manoeuvriers.
Les manufacturiers forment, c'est-à-dire qu'ils donnent à ce qu'ils employent un nouvel être, par la fusion, la composition ou le tissu.
Les manoeuvriers adaptent simplement, c'est-à-dire qu'ils font leurs ouvrages en coupant, taillant, joignant, &c. les matériaux dont ils se servent.
Les ARTS NUTRITIFS se partagent en ruraux & condimentaires.
Les Arts ruraux embrassent le labourage, la culture des jardins, des vignes, des prairies ; la pêche, la chasse & les autres occupations de la campagne.
Les Arts condimentaires assaisonnent les alimens pour les rendre agréables & en varier le goût. La Boulangerie, la Cuisine, l'Office, &c. sont de ce nombre.
Les ARTS MYSTERIQUES marchent sous le voile du symbole, & dans l'obscurité de la divination, ce qui les distingue en symboliques & judiciaires.
Les symboliques comprennent tout ce que les hommes ont imaginé pour produire leurs idées par des figures & des allusions : tels sont le blason, les emblèmes, les devises, les hyéroglyphes, les énigmes, les logogryphes, la stéganographie, &c.
Les Arts judiciaires, qu'on pourroit à juste titre nommer illusoires, sont tous les Arts magiques, enfans de l'oisiveté, de la malice ou du dérangement de l'imagination.
Ceux qui seroient curieux de connoître un plus grand nombre de systèmes bibliographiques, pourroient encore consulter GARNERII systema bibliothecæ collegii parisiensis societatsis Jesu, & les autres dont nous avons parlé au commencement de cet article. La diversité des opinions sur l'ordre & les divisions d'un système bibliographique, semble prouver que c'est une chose assez arbitraire : cependant il doit y en avoir un vraiment conforme à la raison, & je pense que c'est celui où les matieres sont rangées dans le même ordre que l'esprit humain en a acquis la connoissance ; il est vrai qu'il faut beaucoup de philosophie pour saisir cet ordre & le suivre. Mais je ne craindrai point de dire que le système figuré des connoissances humaines que l'on trouve au commencement du premier volume de cet Ouvrage, peut servir d'introduction & de modele à ce travail. Quiconque voudra prendre la peine de l'étudier & de le comparer aux autres système, après les avoir comparés entr'eux & en avoir bien observé les différences, pourra pousser les divisions plus loin, & dresser un plan méthodique ou système, qui ne laissera plus rien d'indéterminé, & qui sauvera l'inconvénient de trouver quelquefois le même livre dans plusieurs classes différentes.
Qu'on me permette, à l'occasion du mot catalogue, d'annoncer ici un ouvrage imprimé depuis peu en Allemagne, sous le titre de bibliotheque curieuse, historique & critique, ou catalogue raisonné des livres difficiles à trouver, par David Clément. Cet ouvrage, dont il n'y a encore que deux volumes in -4°. & qui doit en avoir un plus grand nombre, est rempli de recherches fort savantes & fort curieuses. Les matieres y sont rangées selon l'ordre alphabetique des noms des auteurs, & m'ont paru bien propres à satisfaire la curiosité des amateurs de livres.
Cet article a été fait par M. David l'aîné, un des Libraires associés pour l'Encyclopédie, sur un des manuscrits légués par feu M. l'abbé Girard à M. le Breton, son imprimeur & son ami. Ce manuscrit est intitulé Bibliotheque générale ou essai de Littérature universelle. On voit par cet ouvrage que M. l'abbé Girard, si connu par ses préceptes de la Langue Françoise, & surtout par ses Synonymes, joignoit à la connoissance des signes, une connoissance très-étendue des choses.
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| CATALOTIQUES | adj. (Medec.) c'est ainsi qu'on appelle des remedes dont l'effet est d'applanir & de dissiper les marques grossieres des cicatrices qui paroissent sur la peau. (N)
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| CATANANCE | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont la fleur est un bouquet à demi-fleurons, portés chacun sur un embryon, & soûtenus par un calice composé de plusieurs feuilles en écailles. Chaque embryon devient dans la suite une semence garnie d'une couronne de poils, & renfermée dans le calice. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
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| CATAN | ou CATANÉE, (Géog.) ville de Sicile, sur un golfe de même nom, dans une vallée qui s'appelle vallée de Catane.
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| CATANZARO | (Géog.) ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre ultérieure, dont elle est capitale.
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| CATAPACTAYME | S. f. (Hist. mod.) fête que les peuples du Pérou célebroient avec grande solennité au mois de Décembre, qu'ils appellent bayme, & qui est le commencement de leur année. Cette fête est consacrée aux trois statues du soleil, nommées apointi, churiunti, & intiaquacqui ; c'est-à-dire au soleil pere, au soleil fils, & au soleil frere. Linchostan, Hist. des Indes occid. (G)
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| CATAPANS | S. m. pl. (Hist.) nom des gouverneurs que les empereurs de Constantinople envoyoient dans la Pouille & dans la Calabre en Italie. Quelques savans tirent l'origine de ce mot de , dont les Bysantins se servoient pour marquer un homme d'autorité chargé du commandement : d'autres croyent que c'est un abregé de après l'empereur, ou lieutenant de l'empereur, comme nous disons viceroi. M. Ducange a donné une liste exacte de ces catapans, qu'il dit être nécessaire pour l'intelligence de l'histoire Bysantine, & en fait monter le nombre à soixante-un, depuis Etienne surnommé Maxence, nommé le premier catapan sous Basile le Macédonien, qui commença à regner en 868, jusqu'à Etienne Patrian, qui occupa le dernier cette dignité en 1071, tems vers lequel les Grecs furent chassés de la Calabre & de la Pouille par les Normands.
Aujourd'hui on donne encore le nom de catapan au magistrat de la Police à Naples. (G)
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| CATAPASME | S. m. (Med. & Pharm.) , médicament sec composé de substances pulvérisées, & dont on saupoudre quelque partie du corps.
Ce mot vient du grec ou , & , saupoudrer.
Il y a des catapasmes de différentes sortes ; les uns odoriférans qui servent de parfums : tels sont les différentes especes de poudre dont on se sert pour les cheveux ; d'autres sont fortifians ; on en applique de cette espece sur l'estomac, le coeur, ou la tête ; d'autres, escarotiques, & propres pour consumer les chairs mortes. (N)
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| CATAPELTE | S. f. (Hist. anc.) nom d'un instrument de supplice. Le savant Pere Montfaucon conjecture que c'étoit une espece de chevalet, autrement appellé equuleus : d'autres disent que c'étoit une presse composée de planches, entre lesquelles on mettoit & l'on serroit le patient jusqu'à la mort. Suidas qui a fait mention de la catapelte, n'éclaircit rien ni sur sa construction ni sur son usage.
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| CATAPHORE | S. f. , terme de Medecine, sorte de léthargie ou d'assoupissement : c'est la même chose que le coma. Voyez COMA.
Ce mot est composé de la préposition , ou , en-bas, & de , je porte.
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| CATAPHRACTES | S. m. pl. (Hist. anc.) on appelloit ainsi dans les armées romaines des cavaliers armés de toutes pieces ; ils étoient couverts de fer eux & leurs chevaux ; pour les chevaux c'étoit des lames de fer, attachées & rangées comme des plumes sur une toile. Tite-Live fait mention des cataphractes, d'où le Pere Montfaucon conclut que cette sorte de cavalerie étoit ancienne. Il ajoute qu'alors elle faisoit la force des armées. Il y avoit du tems de l'empereur Constance dans l'armée Romaine, des cataphractes. Ammien Marcellin dit que les Perses les appelloient clibanaires. Ils portoient des cuirasses & des ceintures de fer ; & vous les eussiez pris, ajoûte le même auteur, plûtôt pour des statues de fer faites de la main de Praxitele, que pour des hommes vivans. Les lames de fer qui composoient les vêtemens militaires des cataphractes, étoient assemblées avec tant d'art, que ce vêtement conservoit toûjours la même grace dans tous les mouvemens, & ne laissoit aucune partie du corps exposé. Il y avoit dans l'armée d'Antiochus, marchant contre Scipion l'Asiatique, trois mille cataphractes à la droite des phalangites. Les Grecs en avoient aussi dans leurs troupes.
* CATAPHRACTES, (Hist. anc.) Les Grecs & les Romains ont donné ce nom à des vaisseaux de guerre du nombre de ceux qu'on appelloit vaisseaux longs. Ils avoient des ponts ; les vaisseaux sans ponts se nommoient aphractes. Les cataphractes sont aussi appellés par les auteurs constratæ naves ; on en attribue l'invention aux Thasiens. Thucydide parlant de la guerre de Troye, dit qu'alors les Grecs n'avoient point de vaisseaux cataphractes ; mais que leurs navires étoient équipés à la maniere des pirates.
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| CATAPHRYGE | ou CATAPHRYGIENS, s. m. pl. (Hist. ecclés.) hérétiques qui s'éleverent dans le ij. siecle de l'Eglise, & qu'on nomma de la sorte, parce que leurs chefs étoient de Phrygie, province de l'Asie mineure.
Leurs erreurs consistoient moins dans le relâchement en fait de dogmes, que dans l'excès opposé ; c'est-à-dire dans une sévérité outrée, & une morale extrèmement austere, à laquelle répondoit mal la corruption de leurs moeurs : ils regardoient Montan & ses deux prétendues prophétesses Priscilla & Maximilia, comme les seuls oracles qu'il falloit consulter en matiere de religion, se persuadant que le S. Esprit avoit abandonné l'Eglise, ou qu'il ne la dirigeoit plus que par l'organe de ces fanatiques. Voyez MONTANISTE. (G)
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| CATAPINA | (Geog.) petite ville de l'île de Candie sur la riviere de Cartero.
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| CATAPLASME | S. m. (Med. & Pharm.) remede qu'on applique sur quelque partie du corps. Le cataplasme doit être d'une consistance molle comme de la bouillie : les ingrédiens du cataplasme sont les pulpes de différentes parties des plantes, les graisses & huiles de certains animaux ; on saupoudre aussi les cataplasmes avec les gommes pulvérisées, les farines de diverses especes ; on y fait aussi entrer différentes especes d'onguens ; le tout suivant les indications que l'on a à remplir : de-là vient la division des cataplasmes en anodyns, émolliens, résolutifs, suppuratifs, digestifs, &c.
Le cataplasme composé avec la mie de pain bien écrasée, & bouillie dans le lait avec le safran pulvérisé, est plus en usage, quand il est question d'appaiser les douleurs & d'amollir ; lorsqu'il ne suffit pas, on substitue à la mie de pain & au lait la pulpe des herbes émollientes. Lorsque l'on a intention de résoudre quelques tumeurs, & qu'il en est tems, on ajoûte à cette pulpe la farine de graine de lin, de fénugrec, & la poudre de fleurs de camomille.
Quoique les cataplasmes soient des remedes extérieurs, leur application n'est pas sans danger ; & l'on a souvent vû des tumeurs devenues skirrheuses, & dont il a été impossible de procurer la résolution, pour avoir été traitées avec impéritie : d'autres sont venues à suppuration sans nécessité ; ce que l'on auroit pû éviter si on n'avoit pas mis en usage des cataplasmes peu appropriés. Ainsi il est toûjours bon de consulter un medecin lorsqu'il est question d'appliquer un cataplasme de quelque espece qu'il soit. Voyez TOPIQUE. (N)
CATAPLASMES, (Maréchallerie) Voyez CHARGE, EMMIELURE, REMOLADE.
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| CATAPPAS | (Hist. nat. bot.) c'est le nom d'une espece d'amandier qui croît communément aux Indes orientales, & sur-tout dans l'île de Java. Comme ses feuilles sont très-grandes, & fournissent beaucoup d'ombrage, les habitans du pays ont soin d'en planter autour de leurs jardins, pour les mettre à couvert des gros vents & des rayons brûlans du Soleil. Cet arbre donne une fleur d'un blanc tirant sur le jaune ; son fruit est verd au commencement, & contient un noyau oblong, d'une couleur blanche, qui ressemble à une grosse amande.
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| CATAPUCE | S. f. (Hist. nat.) plante médicinale, qu'on appelle communément petite tithymale. Elle purge par haut & par bas avec tant de violence, qu'il y a peu de Medecins qui osent hasarder de l'ordonner. Voyez TITHYMALE.
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| CATAPULTE | S. f. (Hist. anc. & Art. milit.) machine dont les anciens se servoient pour jetter de grosses pierres, & quelquefois des dards & des javelots de douze ou quinze piés de long sur les ennemis.
Ce mot est originairement Grec, , formé .
On prétend que la catapulte est de l'invention des Syriens. Quelques auteurs la représentent semblable à la baliste ; d'autres veulent qu'elle soit différente. Voyez BALISTE & ONAGRE.
Le propre de la baliste étoit de lancer des traits d'une grosseur extraordinaire, & quelquefois plusieurs ensemble, dans une gargousse ; & la catapulte lançoit des pierres & des traits tout ensemble, & en très-grand nombre. Folard, Attaque des places des anciens. Voici la description d'une catapulte, suivant cet auteur.
On fait un chassis ou base composée de deux grosses poutres, Planche XII de l'art. milit. 2, 3 ; leur longueur est de quinze diametres des trous des chapiteaux : leur largeur de deux diametres & quatre pouces, & leur épaisseur tout au moins d'un diametre & quatre pouces, le plus n'y fait rien. On pratiquera vers les deux extrémités de chaque poutre de doubles mortoises pour recevoir les huit tenons des deux traversans, 4, 5, chacun de quatre diametres de longueur sans les tenons, observant d'en marquer exactement le centre par une ligne creuse 6 ; le traversant 5 doit être courbe ou moins épais que l'autre, où l'on pratiquera au milieu une entaille arrondie pour donner une plus grande courbure à l'arbre ou bras dont nous parlerons bientôt.
On prendra le centre des deux poutres (2, 3) au sixieme diametre de leur longueur, où l'on pratiquera au milieu de chacune à son épaisseur, un trou 8 parfaitement rond de seize pouces de diametre opposés juste, & vis-à-vis l'un de l'autre. Ils s'élargiront vers l'intérieur du chassis, percés en forme de pavillon de trompette ; c'est-à-dire, que les deux trous opposés qui ont chacun seize pouces de diametre du côté des chapiteaux, en auront dix-sept & demie à l'ouverture intérieure. Il faut en adoucir l'entrée que Vitruve appelle peritretos, & en abattre la carne tout-au-tour. Passons maintenant à la description des chapiteaux, qui sont comme la glande pinéale de la machine, & qui servent à tortiller & bander les cordages qui sont le principe du mouvement.
Les chapiteaux (9) sont de fonte ou de fer, composés chacun d'une roue dentée (10) de deux pouces & demi d'épaisseur. Le trou doit être de onze pouces trois lignes de diametre, parfaitement rond, & les carnes abattues. Le rebord intérieur (11) est de quatre pouces de hauteur ; son épaisseur d'un pouce : mais comme il se trouve plus large d'un pouce par cette épaisseur que le trou pratiqué dans l'extérieur des deux poutres, on fera une entaille arrondie (12) de quatre pouces de profondeur, pour l'introduire juste dans l'entaille. Comme il y auroit un trop grand frottement si les chapiteaux appuyoient de plat contre les poutres, par l'extrême tension des cordages qui les serrent contre, on peut remédier facilement à cet inconvénient par le moyen de six roulettes (13) d'un pouce de diametre sur quatorze lignes de longueur, posées circulairement, & tournant sur leurs axes contre la poutre, comme on voit en A, & la roulette séparée B.
Ces roulettes ou petits cylindres de cuivre fondu, doivent être tournés au tour, & égaux à leur diametre, pour que les chapiteaux portent par-tout également.
Sur cet assemblage de cylindres, on appliquera les chapiteaux (9) de telle sorte, que les cylindres ne débordent pas vers les dents de la roue, qui doivent recevoir un fort pignon (14) par le moyen duquel on fait tourner la roue pour le bandage, & où l'on applique la clé (15), où l'on pratiquera un crochet d'arrêt (16) ; & pour la grande sûreté, on en mettra un autre, pour empêcher que rien ne lâche par l'extrème & violent effort du bandage des cordes entortillées. On use de ces précautions à cause des roulettes, qui ôtant tout le frottement des chapiteaux & facilitant le bandage, font que les chapiteaux sont plus faciles à lâcher par l'extraordinaire tension des cordes, qui est à peine concevable : elle doit l'être encore moins dans une catapulte qui chasse un corps de quatre cent pesant & au-delà. On doit alors employer les roues multipliées ; & pour plus grande précaution ; l'on mettra un fort crochet d'arrêt à chaque roue.
On fait pour les petites catapultes depuis dix livres jusqu'à vingt ou trente, un cercle de fer en maniere de rebord, qui s'éleve au-dessus du bois de trois ou quatre lignes. Ce cercle doit être appliqué sur le bois & retenu par le moyen de huit fortes pointes ; le chapiteau appuyant dessus comme sur plusieurs points, aura beaucoup moins de frottement pour le bandage, que s'il portoit tout entier sur le bois, observant d'abattre les carnes du rebord qui doit aller e n arrondissant. Passons maintenant à la piece capitale qui soûtient tout l'effort & toute la puissance du bandage.
Cette piece est un bouton ou un travers plat (17) de fer battu à froid, qui partage en deux également le trou des chapiteaux à leur diametre, & qui s'enchâsse dans une entaille quarrée d'environ un pouce de profondeur dans l'épaisseur des chapiteaux. Ce travers doit être de deux pouces quatre lignes dans sa plus grande épaisseur d'en-haut (18), qui doit être arrondie & polie autant qu'il sera possible, pour que les cordes qui passent & repassent dessus, ne soient pas endommagées & coupées par les inégalités du fer. La hauteur de cette piece doit être de huit pouces, allant en diminuant depuis le milieu jusqu'en bas (19), qui ne doit avoir qu'un pouce. Cette piece doit entrer juste dans les trous des chapiteaux : cette hauteur donne plus de force, & empêche qu'elle ne plie par l'effort du bandage. Pour moi je crois, dit M. de Folard, qu'il seroit plus sûr de fondre les chapiteaux avec les travers, ou les faire de même métal : je voudrois m'en tenir là.
Après avoir appliqué les deux chapiteaux contre les trous des deux poutres, tous les deux dans une égale situation, & posé les deux pieces traversantes & diamétrales, sur lesquelles passe le cordage, on passe un des bouts de ce cordage à travers de l'un des trous d'un chapiteau & de la poutre ; on amarre ce bout à un clou planté dans l'intérieur de la poutre, de telle sorte qu'il ne lâche point ; on prend ensuite l'autre bout de la corde, qu'on passe à-travers du trou de la poutre & du chapiteau opposé, & on file ainsi ce cordage passant & repassant sur les deux travers de fer qui partagent les trous des chapiteaux, la corde formant un gros écheveau (20) qui doit remplir entierement toute la capacité des deux trous : alors on lie le premier bout de la corde avec le dernier. La tension doit être égale, c'est-à-dire que les différens tours de la corde passés & repassés, doivent être tendus à force égale, & si près-à-près l'un de l'autre, qu'il n'y ait aucun intervalle entre chaque tour de corde. Dès que le premier tour ou lit de corde aura rempli l'espace de fer diamétral, on passera un autre lit par-dessus le premier, & ainsi les uns sur les autres, & toûjours également tendus jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien entrer dans les deux trous, & que l'écheveau les remplisse totalement ; observant de frotter de tems en tems le cordage avec du savon. On peut encore passer & repasser la corde par les deux bouts, en prenant le centre.
A trois ou quatre pouces derriere l'écheveau des cordes, s'éleve un fort montant (21), composé de deux poteaux équarris de bois de chêne de quatorze pouces de grosseur & des trois traversans à tenons & à mortoises. Comme ce montant se trouve à deux ou trois pouces derriere le gros écheveau de corde, il est nécessaire qu'il soit posé obliquement vers l'écheveau, de telle sorte que le bras (22) enfermé par son bout d'en-bas, au milieu & au centre d'entre les cordes de l'écheveau, dont une moitié l'embrasse d'un côté & de l'autre ; il est nécessaire, dis-je, qu'il soit baissé de telle sorte que le bras appuie un peu obliquement sur le coussinet (23), qui doit être mis au centre du traversant (24). La hauteur du montant (21) est de sept diametres & demi & trois pouces, appuyé derriere par trois forts liens ou contre-fiches (25), assemblées par le bas dans l'extrémité des deux poutres (2, 3), & celle du milieu (26), au traversant (24), avec tenons & mortoises. Les poteaux & les traversans doivent être embrassés par de doubles équerres larges de quatre pouces, & épaisses de trois lignes, assurées par des boutons arrêtés par une goupille pour les tenir fermes.
On observera de mettre le coussinet (23) au centre, comme je l'ai dit, & qu'il soit couvert de cuir de boeuf passé & garni de bourre ; car c'est contre ce coussinet que le bras va frapper avec une très-grande force.
Lorsqu'on vouloit mettre la catapulte en batterie & en état de jetter des pierres, on mettoit le bout d'en-bas de l'arbre ou du bras, dans l'entre-deux & au centre de l'écheveau de corde. Ceci est d'autant plus important, que s'il ne se rencontroit pas dans ce juste milieu, la tension se trouveroit inégale ; & ce qu'il y a de cordages plus d'un côté que de l'autre, se casseroit infailliblement dans la tension : ce qui mérite d'être observé. Pour n'être pas trompé dans une chose si importante ; on peut mettre un morceau de bois en formant l'écheveau de la grosseur du bout d'en bas du bras. Ce morceau de bois servira pour marquer le centre des cordes, en les passant & repassant dans les trous des chapiteaux.
Le bras ou style, comme Ammien Marcellin l'appelle, doit être d'excellent bois de frêne, & le plus sain qu'il sera possible de trouver. Sa longueur est de quinze à seize diametres du trou des chapiteaux. Le bout d'en-bas engagé dans le milieu de l'écheveau, est de dix pouces d'épaisseur, & large de quatorze ; c'est-à-dire qu'il doit être plus étroit dans la premiere dimension que dans la seconde, pour lui donner plus de force & empêcher qu'il ne plie ; car si on s'appercevoit que le bras pliât, il faudroit lui donner plus de largeur.
On doit laisser ces dimensions au bout d'en-bas que les cordes embrassent, en rabattre les carnes ; car sans cette précaution, elles couperoient ou écorcheroient les cordes qui sont de boyau. Le reste du bras doit être taillé en ellipse, moins épais d'un pouce que le bout enchâssé dans l'écheveau, & de la même largeur jusqu'à l'endroit où il vient frapper le coussinet, qui doit être plus épais, mais plat, de peur que la violence du coup ne la coupât en deux. C'est en cet endroit que le bras doit être un peu plus courbe. Pour fortifier davantage le bras ou l'arbre, dont l'effort est tout ce qu'on peut imaginer de plus violent, on doit le garnir tout-autour dans une toile trempée dans de la colle forte, comme les arçons d'une selle, & rouler autour une corde goudronnée de deux lignes de diametre ; si serrément & si près-à-près, qu'il n'y ait aucun intervalle entre les tours. On doit commencer cette liure hors du gros bout d'en-bas. La figure suffit de reste pour le faire comprendre. Traité de l'Attaque des Places des anciens, par M. le chevalier Folard.
Les effets des catapultes étoient considérables. On lançoit avec ces machines des poids de plus de 1200 livres. Elles étoient encore en usage en France dans le xij. & le xiij. siecle. Le P. Daniel, dans l'Histoire de la Milice Françoise, cite un passage de Froissart, qui fait voir la force surprenante de ces sortes de machines. Il nous apprend qu'au siége de Thyn-Lévêque aux Pays-Bas, le Duc Jean de Normandie fit charrier grand foison d'engins de Cambray & de Douay, & entr'autres six fort grands, qu'il fit lever devant la forteresse, lesquels jettoient nuit & jour grosses pierres & mangonneaux, qui abattoient les combles & hauts des tours, des chambres, & des sales : tellement que les compagnons qui gardoient la place, n'osoient demeurer que dans les caves & les selliers. Ceux de l'ost leur jettoient encore plus par leurs engins des chevaux morts, & autres charoignes infectes pour les empuantir là dedans, dont ils étoient en grande détresse ; & de ce furent plus contraints que de nulle autre chose, parce que même il faisoit chaud comme en plein été, &c.
C'étoit, dit M. de Folard que nous copions ici, une très-grande incommodité que ces chevaux lancés dans une place assiégée ; rien n'étoit plus capable d'y mettre la peste, ou du moins d'occuper une partie de la garnison pour les enterrer & se délivrer de l'infection de ces cadavres.
L'histoire de Ginghiscan & de Timur-Beg nous fournit une infinité d'exemples de la force & de la puissance de ces sortes de machines. Les catapultes dont ces conquérans se servoient étoient si énormes qu'elles chassoient des meules de moulin & des masses affreuses ; qu'elles renversoient tout ce qu'elles rencontroient avec un fracas épouvantable. Ces machines paroissent avoir subsisté jusqu'à l'invention de la poudre. L'usage du canon qui les détruisoit facilement, les fit disparoître : cependant M. le chevalier de Folard croit qu'elles seroient encore aujourd'hui supérieures à nos mortiers.
Les effets en sont à-peu-près les mêmes pour jetter des corps pesans, capables d'écraser par leur poids les édifices les plus solides : la catapulte a même quelque avantage en cela sur le mortier. Il faut bien moins de dépense pour le transport des choses nécessaires à la construction de la premiere ; que pour le transport du dernier.
Ce que l'on doit le plus considérer dans la catapulte, dit toûjours le chevalier Folard ; c'est la certitude de son effet & la justesse de ses tirs différens. " On est assûré de jetter les pierres où l'on veut ; car il n'y a point de raison qui puisse faire qu'elle chasse plus ou moins loin, ou plus ou moins juste en un tems qu'en un autre sur les mêmes degrés d'élévation & de bandage. Il n'en est pas ainsi de nos mortiers, à cause des différens effets ou des différentes qualités de la poudre ; car quoiqu'elle soit de même nature en apparence, elle ne l'est pas en effet. Un barril n'est jamais semblable à un autre barril ; la poudre n'est jamais égale en qualité & en force, &c.
Il est vrai, comme l'observe M. de Folard, que les effets de la poudre sont fort irréguliers : mais le ressort des cordes de la catapulte qui en fait toute la force, seroit à-peu-près sujet aux mêmes variations à cause des différentes impressions de l'air : ainsi il n'y a guere d'apparence que le coup de la catapulte puisse être beaucoup plus sûr que celui du mortier ; mais cette machine paroît avoir un avantage très-évident sur le pierrier.
" La portée la plus grande des mortiers-pierriers de quinze pouces de diametre à leur bouche ne va guere au-delà de cent cinquante toises. Les cailloux chassés par une catapulte, parcourront un plus grand espace, & écarteront beaucoup moins. Cet avantage est beaucoup plus grand qu'on ne pense ; car lorsqu'il en peut tomber une plus grande quantité dans un logement, dans une batterie, dans les sappes, dans un ouvrage, & dans un chemin couvert, quel desordre ! quelle exécution ces sortes de machines ne feront elles pas ? En jettant si juste, soit des pierres ou des bombes, il n'y a point de batterie qui ne puisse être démontée, ni de logement qu'une grêle de caillous ne fasse abandonner ". Folard, Traité de l'attaque des places des anciens. (Q)
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| CATARACTAIRES | S. m. plur. (Hist. anc.) il paroît que c'est ainsi qu'on appelloit anciennement les geoliers ou gardes-portes des prisons, & les gardes des prisonniers.
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| CATARACTE D'EAU | (Physiq.) chûte ou précipice dans le canal ou lit d'une riviere, qui a pour cause des rochers ou autre chose qui arrête le courant, & fait tomber l'eau avec bruit & une grande impétuosité.
Ce mot vient du grec , cum impetu decido, je tombe avec impétuosité ; lequel est composé de , en-bas, & de , dejicio, je jette en-bas.
M. de Maupertuis, dans la relation curieuse & intéressante de son voyage au Nord, parle des cataractes du fleuve de Torneao, & de la maniere dont les gens du pays les franchissent dans des nacelles fort minces. On peut voir aussi dans le tome I. de l'histoire ancienne de M. Rollin, la description abrégée des cataractes du Nil, & de l'intrépidité avec laquelle les peuples du pays s'y exposent.
Strabon appelle aussi cataractes, ce qu'on appelle aujourd'hui cascade ; & ce que nous appellons présentement cataracte, les anciens l'appelloient catadupes. Voyez CASCADE & CATADUPES.
Dans presque tous les fleuves, dit M. de Buffon, la pente va en diminuant jusqu'à leur embouchure d'une maniere assez insensible : mais il y en a dont la pente est très-brusque dans certains endroits, ce qui forme ce qu'on appelle une cataracte, qui n'est autre chose qu'une chûte d'eau plus vive que le courant ordinaire du fleuve. Le Rhin, par exemple, a deux cataractes ; l'une à Bilefeld, & l'autre auprès de Schaffouse. Le Nil en a plusieurs, & entr'autres deux qui sont très-violentes & qui tombent de fort haut entre deux montagnes : la riviere Vologda, en Moscovie, a aussi deux cataractes auprès de Ladoga : le Zaïre, fleuve du Congo, commence par une forte cataracte qui tombe du haut d'une montagne : mais la plus fameuse cataracte est celle de la riviere Canada, en Canada ; elle tombe de cent cinquante-six piés de hauteur perpendiculaire comme un torrent prodigieux, & elle a plus d'un quart de lieue de largeur ; la brume ou le brouillard que l'eau fait en tombant se voit de cinq lieues, & s'éleve jusqu'aux nues ; il s'y forme un très-bel arc-en-ciel lorsque le Soleil donne dessus. Au-dessous de cette cataracte il y a des tournoyemens d'eau si terribles, qu'on ne peut y naviger jusqu'à six milles de distance ; & au-dessus de la cataracte la riviere est beaucoup plus étroite qu'elle ne l'est dans les terres supérieures. Voyez Transact. philosoph. abr. vol. VI. part. II. page 119. Voici la description qu'en donne le Pere Charlevoix : " Mon premier soin fut de visiter la plus belle cascade qui soit peut-être dans la nature : mais je reconnus d'abord que le baron de la Hontan s'étoit trompé sur sa hauteur & sur sa figure, de maniere à faire juger qu'il ne l'avoit point vûe.
Il est certain que si on mesure sa hauteur par les trois montagnes qu'il faut franchir d'abord, il n'y a pas beaucoup à rabattre des six cent piés que lui donne la carte de M. de l'Isle, qui sans-doute n'a avancé ce paradoxe que sur la foi du baron de la Hontan & du P. Hennepin : mais après que je fus arrivé au sommet de la troisieme montagne, j'observai que dans l'espace de trois lieues que je fis ensuite jusqu'à cette chûte d'eau, quoiqu'il faille quelquefois monter, il faut encore plus descendre, & c'est à quoi ces voyageurs paroissent n'avoir pas fait assez d'attention. Comme on ne peut approcher la cascade que de côté, ni la voir que de profil, il n'est pas aisé d'en mesurer la hauteur avec les instrumens : on a voulu le faire avec une longue corde attachée à une longue perche, & après avoir souvent réiteré cette maniere, on n'a trouvé que cent quinze ou cent vingt piés de profondeur : mais il n'est pas possible de s'assûrer si la perche n'a pas été arrêtée par quelque rocher qui avançoit ; car quoiqu'on l'eût toûjours retirée mouillée aussi-bien qu'un bout de la corde à quoi elle étoit attachée, cela ne prouve rien, puisque l'eau qui se précipite de la montagne réjaillit fort haut en écumant. Pour moi, après l'avoir considérée de tous les endroits d'où on peut l'examiner à son aise, j'estime qu'on ne sauroit lui donner moins de cent quarante ou cent cinquante piés.
Quant à la figure, elle est en fer à cheval, & elle a environ quatre cent pas de circonférence, mais précisément dans son milieu elle est partagée en deux par une île fort étroite, & d'un demi-quart de lieue de long, qui y aboutit. Il est vrai que ces deux parties ne tardent pas à se rejoindre ; celle qui étoit de mon côté, & qu'on ne voyoit que de profil, a plusieurs pointes qui avancent : mais celle que je découvrois en face me parut fort unie. Le baron de la Hontan y ajoûte un torrent qui vient de l'oüest : il faut que dans la fonte des neiges les eaux sauvages viennent se décharger-là par quelque ravine, &c. " pag. 332. &c. tom. III.
Il y a, continue M. de Buffon, une cataracte à trois lieues d'Albanie, dans la nouvelle Yorck, qui a environ cinquante piés de hauteur ; & de cette chûte d'eau il s'éleve aussi un brouillard dans lequel on apperçoit un leger arc-en-ciel, qui change de place à mesure qu'on s'en éloigne ou qu'on s'en approche. Voyez Trans. phil. abr. vol. VI. pag. 119.
En général dans tous les pays où le nombre d'hommes n'est pas assez considérable pour former des sociétés policées, les terreins sont plus irréguliers & le lit des fleuves plus étendu, moins égal, & rempli de cataractes. Il a fallu des siecles pour rendre le Rhône & la Loire navigables ; c'est en contenant les eaux, en les dirigeant & en nettoyant le fond des fleuves, qu'on leur donne un cours assûré. Dans toutes les terres où il y a peu d'habitans, la nature est brute & quelquefois difforme. Hist. nat. de MM. de Buffon & Daubenton, tom. I.
Il est dit dans la Genese, à l'occasion du déluge, que les cataractes du ciel furent ouvertes. Il y a apparence que le mot de cataractes en cet endroit, signifie un grand réservoir d'eau.
M. Newton a donné le nom de cataracte à la courbe que décrivent, selon lui, les particules d'un fluide qui s'échappent d'un vase par un trou horisontal. Voyez HYDRODYNAMIQUE. (O)
CATARACTE, s. f. (Hist. nat. Ornith.) cataracta Ald. oiseau qui approche beaucoup du gannet, voyez GANNET. Le dessous du corps, les ailes, & le dos, sont d'une couleur brune roussâtre mêlée de blanc & de jaune ; toute la face supérieure est de couleur blanche mêlée de brun roussâtre : il a la bouche grande & large ; le bec est très-gros, pointu, crochu & fort ; il est épais d'un pouce, & de couleur noire : le cou est un peu allongé ; les ailes s'étendent jusqu'à l'extrémité de la queue, qui est de la longueur d'une palme & de couleur noirâtre : les cuisses sont couvertes de plumes jusqu'à la jambe : les pattes, les doigts, & la membrane qui joint les doigts ensemble, sont de couleur cendrée : les ongles sont noirs, crochus, & petits. La cataracte differe du gannet par la petitesse du corps & des ongles ; cependant Willughby soupçonne que ces deux noms devroient être rapportés au même oiseau, parce qu'il croit qu'Aldrovande a fait sa description sur une représentation & non pas sur l'oiseau naturel. Aldrovande, Willughby, Ornith. Voyez OISEAU. (I)
* CATARACTE, s. f. (Hist. anc.) c'est ainsi que les anciens appelloient ces défenses que nous plaçons à l'entrée des villes de guerre, & que nous appellons herse. Voyez HERSE.
CATARACTE, ou SUFFUSION, (Chirurgie) suivant l'opinion des anciens est une membrane ou pellicule qui nage dans l'humeur aqueuse de l'oeil, & qui se mettant au-devant de la prunelle, empêche la lumiere d'y entrer. Voyez VUE.
Ils croyent que la cataracte est formée par la condensation des parties les plus visqueuses de l'humeur aqueuse entre la tunique uvée & le crystallin ; quoique quelques-uns pensent que cette pellicule est détachée du crystallin même, qui n'est qu'un composé de plusieurs petites pellicules appliquées les unes sur les autres. Voyez CRYSTALLIN.
Il y a deux sortes de cataractes, la vraie & la fausse : la vraie a plusieurs degrés & plusieurs noms différens : d'abord le malade voit des especes de brouillards, d'atomes, de mouches, &c. sur les objets exposés à sa vûe. Jusque-là la cataracte est appellée imaginaire, parce qu'il n'y a encore à l'oeil aucun changement sensible dont d'autres personnes que le malade puissent s'appercevoir. A mesure que la suffusion augmente, la prunelle commence à prendre une couleur de verd de mer, ou quelquefois celle d'un air rempli de brouillards ; & alors la cataracte s'appelle chûte d'eau. Lorsque le mal est arrivé à son plus haut période, & que la matiere est suffisamment coagulée, le malade perd tout-à-fait la vûe ; la prunelle cesse d'être transparente, mais devient blanche ou brune, ou de quelqu'autre couleur ; & c'est en cet état que le nom de cataracte convient proprement à cette maladie.
Voilà la théorie commune sur les cataractes, à laquelle quelques medecins & chirurgiens modernes, tels que Heister, Brisseau, Maître Jan, &c. en opposent & en substituent une nouvelle. Ils pensent que la membrane ou pellicule qui s'oppose au passage des rayons de la lumiere, n'est autre chose que le crystallin même qui a été ainsi condensé, & qui a perdu sa transparence, & qu'alors au lieu de servir d'instrument à la vision, il y sert d'obstacle, en empêchant les rayons de pénétrer jusqu'à la rétine. Cette altération dans sa transparence est accompagnée d'un changement de couleur : il devient quelquefois verdâtre ; & c'est pour cela que les Grecs ont appellé cette indisposition de l'oeil glaucome. Ainsi dans le sentiment de ces auteurs, le glaucome & la cataracte sont la même chose : quoique dans l'autre hypothese ce soient deux maladies fort différentes, dont l'une, à savoir la premiere, passe pour incurable, & non pas l'autre. Voyez GLAUCOME.
La principale preuve qu'on ait apportée en faveur de cette seconde hypothese, à l'académie royale des Sciences où elle a été proposée, est qu'après qu'on a abaissé la cataracte, la personne ne peut plus voir qu'à l'aide d'un verre lenticulaire. Or si on n'avoit rien fait qu'enlever une pellicule de devant le crystallin, il seroit après l'opération dans le même état qu'avant la formation de la cataracte, & feroit les mêmes réfractions ; & il ne seroit pas besoin de verre lenticulaire : au lieu qu'en supposant que c'est le crystallin qui a été enlevé, on conçoit qu'il faut un verre lenticulaire pour suppléer à sa fonction.
A cela on répond, qu'il y a eu des personnes qui ont vû après l'opération sans le secours d'aucun verre ; & il est du moins très-constant, qu'immédiatement après l'opération, bien des personnes ont vû très-distinctement ; & quoiqu'il ait fallu bien-tôt après un verre lenticulaire, les premiers instans pendant lesquels la personne a pu s'en passer, suffisent pour prouver que ce n'étoit point le crystallin qu'on avoit rangé.
M. de la Hire, en preuve de l'ancien système, apporte pour raison de la nécessité du verre lenticulaire après l'opération, que le vice qui a produit la cataracte est encore subsistant dans l'humeur aqueuse, qui étant trouble & épaisse, ne laisse passer que peu de rayons ; inconvénient à quoi on remédie par le verre lenticulaire qui en réunit un plus grand nombre sur la rétine. Il ajoûte quelques expériences faites sur des yeux de boeufs, d'où il résulte que le crystallin ne sauroit être rangé entierement au fond de l'oeil, mais quand il en reste toûjours assez pour empêcher le passage d'une grande partie des rayons, tant à cause de son volume, que parce qu'il est soûtenu par l'humeur aqueuse & vitrée. Il observe de plus que dans l'opération de la cataracte, l'aiguille pourroit égratigner la surface antérieure du crystallin, & ouvrir la membrane qui lui sert d'enveloppe ; d'où s'ensuivroient des rides qui rendroient les réfractions irrégulieres, & changeroient la direction des rayons qui se rencontreroient tous au même point ; au moyen de quoi la représentation des objets se feroit d'une maniere imparfaite. Il prétend enfin que si c'étoit le crystallin qui fût dérangé, la personne ne verroit plus du tout, parce que les réfractions nécessaires pour la vision ne pourroient plus se faire du tout. Voyez CRYSTALLIN & VISION.
M. Antoine rapporte, en faveur du sentiment opposé, qu'en disséquant le corps d'une personne à qui on avoit fait l'opération de la cataracte aux deux yeux, il avoit trouvé les deux crystallins actuellement couchés & rangés au fond, entre l'humeur vitrée & la tunique uvée, où l'aiguille les avoit laissés, & que la personne néanmoins après cette opération, n'avoit pas laissé de voir ; d'où il infere que le dérangement du crystallin est pratiquable, & peut ne pas détruire la vision. En effet, on peut supposer que l'humeur vitrée & aqueuse, après qu'on a écarté le crystallin, est venue remplir la cavité, qu'elle a pris la forme de son moule, & a produit les réfractions que l'humeur crystalline produisoit elle-même ; car il est constant par l'expérience que l'une & l'autre de ces deux humeurs produit les mêmes réfractions. Voyez OEIL.
Cependant pour faire voir qu'il y a des cataractes distinctes des glaucomes, M. Littre a montré à la société royale de Londres, l'oeil d'un homme qui n'avoit point vû pendant les vingt-deux dernieres années de sa vie, où il y avoit une cataracte ou pellicule très-distincte qui couvroit l'ouverture de la prunelle. Voyez PUPILLE, VISION, &c.
Feu M. de la Peyronie, premier chirurgien du Roi, pensoit qu'il pouvoit y avoir des cataractes membraneuses ; il croyoit que la membrane qui couvre la partie antérieure du crystallin, & qui forme en partie la capsule de ce corps, pouvoit perdre sa transparence, se séparer peu à peu du crystallin, & devenir adhérente au cercle de l'iris : dans ce cas, on pourroit abattre le crystallin, sans pour cela détruire la cataracte.
On dit qu'on ne doit faire l'opération que lorsque la cataracte est bien mûre : les signes de maturité sont 1°. que la couleur en soit égale en toutes ses parties ; car les cataractes marbrées sont ordinairement caséeuses ; elles n'ont pas une consistance égale dans tous leurs points, ce qui est indiqué par la couleur variée ; ces sortes de cataractes ne sont point assez fermes pour soûtenir l'action de l'aiguille, & se partagent en différentes parties, ce qui rend fort souvent l'opération infructueuse : 2°. que les malades n'apperçoivent plus qu'une foible lueur ; qu'ils ne fassent qu'appercevoir les ombres des corps opaques que l'on passe devant leurs yeux, & qu'ils soient affectés par le grand jour.
Lorsque dans cet état l'iris ou cercle de la prunelle se dilate à l'obscurité, & se resserre au grand jour, on peut entreprendre l'opération après avoir préparé le malade par les remedes généraux.
Pour faire l'opération, on fait mettre le malade sur une chaise posée vis-à-vis des fenêtres, à une distance convenable & un peu de biais, afin que la lumiere ne frappe point à plomb le visage du malade. On choisit pour cela un jour bien serein : mais il faut prendre garde qu'un rayon de soleil ne puisse venir frapper les yeux du malade. Le Chirurgien s'assied sur une chaise un peu plus haute, afin d'opérer commodément étant plus élevé que le malade. S'il n'y a qu'un oeil d'incommodé, on applique sur le sain une compresse en plusieurs doubles avec une bande posée obliquement ; un aide qui est debout derriere le malade, lui appuie fermement la tête sur sa poitrine. Voyez Planche XXIV. fig. 4.
L'opérateur prend alors une aiguille convenable, voyez AIGUILLE, & prie le malade de tenir son oeil ouvert, & de le tourner comme s'il vouloit regarder le bout du nez. Il lui recommande de le tenir aussi ferme qu'il pourra dans cette situation. Il pose ensuite le doigt index de sa main droite, si c'est l'oeil droit sur lequel il opere, au-dessous du sourcil, & le pouce sur la pommette de la joue, pour tenir les paupieres ouvertes par l'écartement de ces deux doigts. Quelques praticiens se servent d'un instrument nommé speculum oculi, pour écarter les paupieres & tenir le globe de l'oeil à découvert. Voyez SPECULUM OCULI. Alors le chirurgien reçoit de la main gauche, si c'est l'oeil droit sur lequel il opere, & de la main droite, si c'est l'oeil gauche, l'aiguille qu'un aide lui présente : il la tient par le milieu du manche avec le pouce, le doigt index & celui du milieu, à-peu-près comme on tient une plume pour écrire. Il appuie le petit doigt & l'annulaire sur la tempe, pour empêcher sa main de vaciller, & pique hardiment le globe de l'oeil du côté du petit angle, à deux lignes du cercle extérieur de l'iris, & sur la ligne qu'on imagineroit être tirée d'un angle à l'autre. Voyez figure 4. & 5. Plan. XXIV. Il perce la conjonctive, la cornée opaque, & l'uvée. Quand il a pénétré l'uvée, il couche un peu le manche de son aiguille du côté de la tempe, & la pousse doucement pour en porter la pointe vers la partie supérieure de la cataracte ; & en l'appuyant un peu vers le bas de l'oeil, il l'abaisse, la détache du lieu qu'elle occupoit, & il la met enfin au-dessous de la pupille. S'il y avoit quelques adhérences autour du chaton, on coupe avec le tranchant de l'aiguille les portions de la membrane capsulaire, qui font obstacle à la précipitation de la cataracte. Lorsqu'elle est abaissée, le chirurgien la tient en cet état pendant un peu de tems, & releve ensuite la pointe de son aiguille : si la cataracte reste abaissée, l'opération est faite : si elle remonte & fait le pont-levis, il appuie dessus, & l'abaisse un peu plus que la premiere fois, & la contient ainsi pendant un peu plus de tems. Il releve encore la pointe de son aiguille ; & si la cataracte remonte encore, quelques praticiens la piquent & tournent leur aiguille en rond pour la rouler, & la rangent ensuite au côté externe de l'intérieur de la cavité de l'oeil, en retirant leur aiguille avec la précaution de hausser le manche.
Lorsque l'opération est faite, on ferme les paupieres, & on applique sur tout l'oeil une compresse en plusieurs doubles, trempée dans un collyre fait avec l'eau de rose, l'eau de plantain, & un blanc d'oeuf, battus ensemble : on bande l'oeil sain de même que le malade, parce que les mouvemens des yeux étant réciproques, l'oeil malade seroit fatigué par l'action du sain. Le bandage se nomme oeil-double. Voyez ce mot.
On saigne le malade, s'il survient inflammation : il est toûjours prudent de le faire pour la prévenir. Cette opération présente beaucoup de difficulté, dont il faut s'instruire dans les livres des maîtres de l'art ; & en les suivant dans la pratique, la réussite peut dépendre des précautions avec lesquelles on s'expose aux impressions de la lumiere. Une femme de soixante ans, aveugle depuis six, me pria de voir ses yeux : je reconnus deux cataractes, dont je lui fis l'opération aux deux yeux de suite avec succès. Il n'y survint point d'accidens. Je lui permis le dixieme jour d'avoir les yeux ouverts une heure le matin & autant le soir. Je ne voulois lui accorder l'usage de ses yeux que par degrés ; la satisfaction de voir lui fit négliger mes avis. Le dix-septieme jour, après avoir été examinée par plusieurs chirurgiens de Paris qui avoient assisté à l'opération, & qui en jugerent fort avantageusement, cette femme fatigua beaucoup sa vûe, & devint aveugle l'après-dînée en regardant quelqu'un à une lumiere fort vive. L'iris qui se contractoit & se dilatoit fort bien lorsque l'oeil étoit plus ou moins exposé à la lumiere, est actuellement immobile & fort dilatée, comme dans la goutte-sereine. Cette grande dilatation laisse appercevoir à un des yeux une portion de la cataracte, qui déborde la partie inférieure du cercle de la prunelle.
Une personne à qui on a abattu la cataracte, ressemble à ces hommes qui sortant tout-à-coup d'une caverne obscure, ne peuvent supporter l'éclat du grand jour : il faut que des gradations insensibles de lumiere préparent la vûe à en recevoir les rayons ; faute de ce ménagement, on risque de perdre tout-à-fait l'organe. (Y)
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| CATARRHE | S. m. (Méd.) fluxion ou distillation qui, selon Hippocrate, se fait de la tête dans la bouche, & de-là sur la trachée-artere & le poumon. Le siége de cette maladie est dans les sinus de la base du crane, & les glandes de la membrane pituitaire qui tapisse ces sinus. Cette humeur étant en plus grande quantité qu'elle ne doit être, & devenant acre, occasionne les symptomes suivans : une chaleur & une sécheresse insupportable dans le gosier & le nez, dans la bouche & la gorge ; l'engorgement des vaisseaux de ces parties, d'où naissent la roideur dans les muscles du cou, la tension des tégumens, l'enchifrenement, l'écoulement involontaire d'une humeur séreuse & acre par les narines ; ce qui caractérise ce que l'on appelle vulgairement rhûme de cerveau.
Lorsque cette humeur ne se fixe pas sur ces parties, & qu'elle occupe les glandes du poumon, elle irrite les parties nerveuses des bronches, & occasionne l'enrouement & la toux : lorsque ces parties par l'irritation qu'elles ont essuyée se trouvent engorgées, il s'ensuit oppression, râlement, & autres accidens funestes : lorsque l'humeur bronchiale est retenue long-tems dans ces glandes par le resserrement qui y a été occasionné, on doit craindre l'inflammation du poumon & la fievre. Un rhûme leger d'abord peut devenir, en le négligeant, très-dangereux pour le malade ; car alors les vaisseaux capillaires du poumon cedent à la force de la toux, se rompent, d'où suit le crachement de sang ; accident qu'Hippocrate a regardé comme décisif pour le malade, puisqu'il s'est expliqué ainsi à ce sujet : à sanguinis sputo, puris sputum ; à puris sputo tabes, à tabe mors.
Les causes éloignées du catarrhe sont tout ce qui peut occasionner la surabondance de l'humeur des glandes dont j'ai parlé ci-dessus ; comme la suppression ou la diminution de la transpiration, en sortant d'un endroit chaud & passant subitement dans un lieu froid, en s'exposant à un vent violent, soit à pié, soit à cheval ; en chantant ou en criant dans un lieu exposé au grand air.
Le traitement de cette maladie consiste dans le rétablissement de la transpiration, par les boissons abondantes d'infusions ou de décoctions de plantes légerement sudorifiques. La boisson abondante d'eau tiede suffit quelquefois pour parvenir à ce but : on y mêle cependant quelques cuillerées de sirop, comme celui de capillaire, de guimauve, & autres de cette espece.
Lorsqu'il y a fievre & inflammation considérable, la saignée est très-bien indiquée ; car par ce moyen l'on vient à bout de faire cesser l'engorgement actuel & d'en prévenir un plus grand ; & c'est très-mal-à-propos que la plûpart des gens enrhûmés, & qui sont dans le cas dont il est question ici, craignent la saignée, dans l'idée que le rhûme leur tomberoit sur la poitrine : ils penseroient autrement, s'ils savoient d'où vient la toux ; & que c'est le seul moyen de la diminuer, & d'en prévenir les mauvais effets. Voyez PERIPNEUMONIE & TOUX.
Il y a encore une espece de catarrhe que l'on appelle suffoquant ; parce que tout-à-coup la maladie se jette sur le larynx & l'épiglotte, & que le malade est en danger de suffoquer, s'il n'est promtement secouru. Ces parties sont dans un si grand resserrement, que l'air a très-grande peine à entrer & sortir. Il est donc question de procurer à l'instant même, par les saignées copieuses & réitérées, quelque relâchement ; de détourner par les lavemens, les vésicatoires, & autres remedes de cette espece, l'humeur qui est la cause de ce mal, auquel le malade succomberoit en très-peu de tems. (N)
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| CATARTHIQUE | adj. (Medecine) médicament qui a la vertu d'évacuer les humeurs par les selles : il est tiré du mot grec , purgation.
Quoique ce terme semble signifier généralement toute sorte d'évacuations, soit naturelles soit artificielles, par quelque voie que ce soit, comme la bouche, l'anus, la matrice, le passage des urines, ou les pores de la peau ; cependant on a donné le nom de catarthiques seulement à ceux qui agissant sur la membrane interne des intestins, occasionnent par bas une évacuation copieuse d'humeurs : on a nommé ces remedes purgatifs. Voyez PURGATIFS. (N)
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| CATASTASE | S. f. en Poésie ; c'est, selon quelques-uns, la troisieme partie du poëme dramatique chez les anciens, dans laquelle les intrigues noüées dans l'épitase se soûtiennent, continuent, augmentent jusqu'à ce qu'elles se trouvent préparées pour le dénouement, qui doit arriver dans la catastrophe, ou à la fin de la piece. Voyez EPITASE & CATASTROPHE. Quelques auteurs confondent la catastase avec l'épitase, ou ne les distinguent tout au plus qu'en ce que l'une est le commencement, & l'autre la suite du noeud ou de l'intrigue.
Ce mot est originairement grec, , constitution ; parce que c'est cette partie qui forme comme le corps de l'action théatrale, que la protase ne fait que préparer, & la catastrophe que démêler. Voyez DRAME, TRAGEDIE. (G)
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| CATASTE | S. f. (Hist. anc.) ce terme a, dans les anciens auteurs, différentes acceptions : il signifie ou un échaffaud à dégrés où l'on faisoit les exécutions ; ou les entraves qu'on mettoit aux esclaves, de peur qu'ils ne s'enfuissent quand on les exposoit en vente ; ou un instrument de torture, dont la forme est inconnue. Il y avoit une sorte de cataste qu'on appelloit encore cyphon. Voyez CYPHONISME.
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| CATASTROPHE | S. f. en Poésie ; c'est le changement ou la révolution qui arrive à la fin de l'action d'un poëme dramatique, & qui la termine. Voyez DRAME & TRAGEDIE.
Selon Scaliger, la catastrophe étoit la quatrieme & derniere partie des tragédies anciennes, où elle succédoit à la catastase : mais ceux qui retranchant celle-ci, ne comptent que la protase, l'épitase, & la catastrophe, appellent cette derniere la troisieme. Voyez CATASTASE.
La catastrophe est ou simple ou compliquée : ce qui fait donner aussi à l'action l'une ou l'autre de ces dénominations. Voyez FABLE.
Dans la premiere, on ne suppose ni changement dans l'état des principaux personnages, ni reconnoissance, ni dénouement proprement dit ; l'intrigue qui y regne n'étant qu'un simple passage du trouble & de l'agitation à la tranquillité. Cette espece de catastrophe convient plus au poëme épique qu'à la tragédie, quoiqu'on en trouve quelques exemples dans les anciens tragiques : mais les modernes ne l'ont pas crue assez frappante, & l'ont abandonnée. Dans la seconde, le principal personnage éprouve un changement de fortune, quelquefois au moyen d'une reconnoissance, & quelquefois sans que le poëte ait recours à cette situation.
Ce changement s'appelle autrement péripétie ; & les qualités qu'il doit avoir, sont d'être probable & nécessaire. Pour être probable, il faut qu'il résulte de tous les effets précédens ; qu'il naisse du fond même du sujet, ou prenne sa source dans les incidens, & ne paroisse pas mené ou introduit à dessein, encore moins forcément. La reconnoissance sur laquelle une catastrophe est fondée, doit avoir les mêmes qualités que la catastrophe ; & par conséquent pour être probable, il faut qu'elle naisse du sujet même ; qu'elle ne soit point produite par des marques équivoques, comme bagues, brasselets, &c. ou par une simple réflexion, comme on en voit plusieurs exemples dans les anciens & dans les modernes.
La catastrophe, pour être nécessaire, ne doit jamais laisser les personnages introduits dans les mêmes sentimens, mais les faire passer à des sentimens contraires, comme de l'amour à la haine, de la colere à la clémence, &c. Quelquefois toute la catastrophe ou révolution consiste dans une reconnoissance : tantôt elle en est une suite un peu éloignée, & tantôt l'effet le plus immédiat & le plus prochain ; & c'est, dit-on, là, la plus belle espece de catastrophe, telle qu'est celle d'Oedipe. Voyez PERIPETIE & RECONNOISSANCE
Dryden pense qu'une catastrophe qui résulteroit du simple changement de sentimens & de résolutions d'un personnage, pourroit être assez bien maniée pour devenir extrèmement belle, & même préférable à toute autre. Le dénouement du Cinna de Corneille, est à-peu-près dans ce genre. Auguste avoit toutes les raisons du monde pour se venger, il le pouvoit ; il pardonne ; & c'est ce qu'on admire : mais cette facilité de dénoüer les pieces, favorable au poëte, ne plairoit pas toûjours au spectateur, qui veut être remué par des évenemens surprenans & inattendus.
Les auteurs qui ont traité de la poétique ont mis en question, si la catastrophe doit toûjours tourner à l'avantage de la vertu, ou non ; c'est-à-dire s'il est toûjours nécessaire qu'à la fin de la piece la vertu soit récompensée, & le vice ou le crime puni. La raison & l'intérêt des bonnes moeurs semblent demander qu'un auteur tâche de ne présenter aux spectateurs que la punition du vice & le triomphe de la vertu : cependant le sentiment contraire a ses défenseurs ; & Aristote préfere une catastrophe qui révolte à une catastrophe heureuse ; parce que l'une, selon lui, est plus propre que l'autre à exciter la terreur & la pitié, qui sont les deux fins de la tragédie. Voyez PASSIONS & TRAGEDIE.
Le P. le Bossu, dans son traité du Poëme épique, divise la catastrophe, (au moins dans l'épopée) en dénouement & fin, & fait résulter cette derniere partie de la premiere. Il la fait consister dans le passage du héros d'un état de trouble & d'agitation en un état de tranquillité : cette révolution, selon lui, n'est qu'un point sans étendue ou durée, en quoi elle differe du dénouement, qui comprend tout ce qui se trouve après le noeud ou l'intrigue formée. Il ajoûte que dans un même poëme il y a plusieurs dénouemens, parce qu'il y a plusieurs noeuds qui naissent les uns des autres. Ce qu'il appelle fin, est le point où se termine le dernier dénouement. Voyez NOEUD, INTRIGUE, FABLE. (G)
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| CATAY | CATHAY, ou KATAY ; voyez l'article CHINE.
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| CATÉ | (Hist. mod. Comm.) espece de gâteaux ou de tablettes, que les Indiens préparent avec le suc qu'ils savent tirer d'un arbre épineux qu'ils nomment hacchic, dont le bois est dur, compact & pesant. Il porte des feuilles qui ressemblent à celles de la bruyere. Lorsqu'on a tiré ce suc, on le mêle avec une graine réduite en farine, qu'on appelle nachani, qui a à-peu-près le même goût que l'orge, & dont on peut aussi faire de fort bon pain : on y joint encore d'un bois noir réduit en une poudre très-fine. On fait de ce mélange des petits gâteaux ou tablettes que l'on seche au soleil ; ils sont amers & astringens : on les regarde comme un moyen sûr pour affermir les gencives ; on l'employe aussi dans la diarrhée, & pour sécher les humeurs.
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| CATEADERES | S. m. pl. (Chimie) c'est le nom qu'on donne au Potosi, à ceux qui vont à la découverte des minéraux : ce sont des gens qui parcourent les terres d'un pays pour y trouver les indices des mines. (M)
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| CATEAU-CAMBRESIS | (Géog.) petite ville de France dans les Pays-Bas, au Cambrésis.
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| CATECHESE | S. f. mot tiré du Grec , qui signifie instruction de vive voix ; c'est une courte & méthodique instruction des mysteres de la religion, laquelle se fait de bouche ; car on n'enseignoit pas anciennement ces mysteres par écrit, de peur que ces écrits ne vinssent à tomber entre les mains des infideles, qui les auroient tournés en risée, faute de les bien entendre. C'est d'où est venu le nom de catéchiste, pour marquer celui qui enseigne ces mysteres ; & celui de catéchisme, pour signifier aussi cette instruction. L'origine des catécheses vient de Jesus-Christ même, lorsqu'il envoya ses disciples pour enseigner & baptiser toutes les nations, joignant la doctrine au baptême, comme en effet elle l'a toûjours précédé dans la primitive église : il nous a aussi donné l'exemple de cette sainte instruction, lorsqu'entre ses disciples il examina & instruisit Philippe ; entre ses auditeurs, Marthe & la Samaritaine ; entre les affligés, l'aveugle né ; entre les étrangers, le samaritain ; entre les grands du monde, Nicodeme (pour faire connoître le progrès qu'ils avoient fait dans la foi, & les y instruire davantage). Les apôtres ont suivi l'exemple de leur maître, comme on voit en divers endroits du livre des actes, S. Pierre ayant été envoyé à Corneille pour ce sujet, ch. x. & Philippe à l'eunuque de la reine de Candace, ch. xvij. L'apôtre des Gentils, I. cor. ch. xjv. parlant d'instruire les autres, se sert du mot catéchiser, comme le porte l'original. Les peres ont de même imité les apôtres, comme saint Cyrille de Jérusalem, dont nous avons un ouvrage intitulé catéchese. Saint Augustin a écrit un traité de la maniere de catéchiser les ignorans ; saint Grégoire de Nysse a composé un discours catéchétique ; & plusieurs autres nous ont laissé de semblables instructions. Et afin qu'on ne s'imagine pas que quelque tems après la mort des apôtres & de leurs disciples, cette loüable coûtume de catéchiser ait été négligée ou interrompue, Eusebe, lib. VI. ch. iij. témoigne que Demetrius évêque d'Alexandrie, avoit commis Origene pour cette fonction, de laquelle Pantenus & Clément s'étoient acquités avant lui. Au reste la charge de catéchiste étoit une des plus importantes & des plus honorables dans l'Eglise. Jean Gerson, chancelier de l'université de Paris, faisoit gloire parmi ses grandes occupations, d'instruire les enfans, & de les catéchiser, répondant à ceux qui lui conseilloient de s'appliquer à des emplois plus considérables, qu'il ne croyoit pas qu'il y en eût de plus nécessaire & de plus glorieux que celui-là. Gerson, I. partie de ses oeuvres.
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| CATÉCHISTE | S. f. , officier ecclésiastique, dont la fonction étoit d'enseigner aux Catéchumenes le symbole & les premiers élémens de la religion. Voyez CATECHESE & CATECHUMENE.
On choisissoit quelquefois les catéchistes parmi les lecteurs ; on les appelloit quelquefois , nautologi, par allusion à ceux qui dans les vaisseaux recevoient des passagers le prix du transport, & leur expliquoient les conditions du péage, parce que les catéchistes enseignoient aux catéchumenes les conditions nécessaires pour entrer dans l'Eglise, que les peres & les écrivains ecclésiastiques comparent souvent à une barque ou un navire. Leur fonction étoit donc de préparer les catéchumenes au baptême par de fréquentes instructions qu'ils leur faisoient, non pas publiquement, ni dans les églises, du moins dans les premiers siecles à cause des persécutions, mais dans des écoles particulieres, qu'on bâtit ensuite à côté des églises. La plus célebre de ces écoles a été celle d'Alexandrie, & l'on y trouve une suite de catéchistes célebres dans l'antiquité ecclésiastique ; savoir, Pantene établi par l'apôtre S. Marc ; à Pantene succéda Clément d'Alexandrie ; à Clément, Origene ; à Origene, Heraclas ; à celui-ci Denys : quelques-uns ajoûtent Athenodore, Malchion, saint Athanase & Didyme : d'autres rapportent qu'Arius, avant que de tomber dans l'hérésie, étoit chef de cette école. Il y en avoit de semblables à Rome, à Césarée, à Antioche, & dans toutes les grandes églises. Bingham, orig. ecclés. tome II. liv. III. ch. xj.
On donne encore aujourd'hui le nom de catéchistes aux clercs & aux prêtres chargés dans chaque paroisse par le curé, de faire les instructions publiques aux enfans, pour leur enseigner les principaux points du dogme & de la morale chrétienne, & les préparer à la premiere communion.
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| CATÉCHUMENAT | S. m. catechumenatus, état des catéchumenes pendant qu'ils aspiroient au baptême ; ce qui comprend la conduite que l'Eglise tenoit avec eux depuis leur premiere réception jusqu'à leur baptême, & celle qu'ils étoient eux-mêmes obligés de tenir dans les divers degrés par lesquels on les faisoit passer. Voyez CATECHUMENE.
La durée du catéchumenat n'a jamais eu de regles fixes & universelles ; on voit par les actes des apôtres, que l'administration du baptême suivoit de près l'instruction : mais quand le nombre des fideles se fût accrû, l'on craignit & avec raison qu'un peu trop d'empressement ne fit entrer dans l'Eglise des sujets vicieux ou mal affermis, qui l'abandonneroient au moindre péril. C'est pourquoi le concile d'Elvire fixa à deux ans le tems d'épreuve des catéchumenes. Justinien en ordonna autant pour les Juifs qui voudroient se convertir. Cependant le concile d'Agde n'exige d'eux que huit mois. Les constitutions apostoliques demandent trois années de préparation avant le baptême : quelques auteurs ont crû que le tems du carême suffisoit. Dans des circonstances pressantes on abrégeoit encore ce terme ; car Socrate, parlant de la conversion des Bourguignons, dit qu'un évêque des Gaules se contenta de les instruire pendant sept jours. Si un catéchumene se trouvoit subitement en danger de mort, on le baptisoit sur le champ. Il est facile de sentir que quelque séveres que fussent communément les régles, les évêques en dispensoient suivant leur prudence, les circonstances, le zele ou le besoin urgent des catéchumenes. Bingham, orig. ecclés. tome IV. lib. X. chap. j. §. 5. (G)
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| CATÉCHUMENE | , s. m. (Hist. eccl.) aspirant au baptême, ou qui se dispose à recevoir ce sacrement.
Dans la primitive église on donnoit ce nom à ceux des Juifs ou des Gentils que l'on instruisoit pour recevoir le baptême. Car en grec signifie enseigner de vive voix, & , celui qu'on instruit de vive voix. D'autres prétendent que ce nom vient de , prêter une oreille attentive à des discours, les catéchumenes étant censés donner une attention particuliere aux instructions que leur faisoient les catéchistes. Voyez CATECHISTE.
" Celui qui étoit jugé capable de devenir chrétien, dit M. Fleury, étoit fait catéchumene par l'imposition des mains de l'évêque ou du prêtre, qui le marquoit au front du signe de la croix, en priant Dieu qu'il profitât des instructions qu'il recevroit, & qu'il se rendit digne de parvenir au saint baptême. Il assistoit aux sermons publics où les infideles mêmes étoient admis. Le tems du catéchumenat étoit ordinairement de deux ans : mais on l'allongeoit ou on l'abrégeoit suivant le progrès du catéchumene. On ne regardoit pas seulement s'il apprenoit la doctrine, mais s'il corrigeoit ses moeurs ; & on le laissoit en cet état jusqu'à ce qu'il fut entierement converti ". Moeurs des Chrét. tit. v.
Les catéchumenes étoient distingués des fideles non-seulement par le nom, mais encore par la place qu'ils occupoient dans l'église : ils étoient avec les pénitens sous le portique, ou dans la galerie antérieure de la basilique. On ne leur permettoit point d'assister à la célébration des saints mysteres ; mais immédiatement après l'évangile, le diacre leur crioit à haute voix : ite catechumeni, missa est : retirez-vous, catéchumenes ; on vous ordonne de sortir. Cette partie même de la messe s'appelloit la messe des catéchumenes. Il paroît par un canon du concile d'Orange, qu'on ne leur permettoit pas de faire la priere avec les fideles, quoiqu'on leur donnât du pain beni qu'on nommoit le pain des catéchumenes, & qui étoit comme un symbole de la communion à laquelle ils pourroient être un jour admis.
Il y avoit plusieurs ordres ou degrés de catéchumenes : mais on n'a rien de bien précis sur le nombre de ces ordres, ni sur les noms par lesquels on les distinguoit. Les auteurs grecs qui nous ont transmis les anciens canons, n'en font ordinairement que deux classes, l'une des catéchumenes imparfaits, & l'autre des catéchumenes parfaits ; c'est-à-dire de ceux qui ne faisoient que d'entrer dans le rang des catéchumenes, & de ceux qui étoient en état d'être admis au baptême, à quoi quelques-uns ajoûtent que les premiers étoient encore regardés comme payens. D'autres désignent ces deux classes de catéchumenes par les noms d'écoutans, audientes, & d'agenouillés, genuflectentes ; les premiers, disent-ils, ne restoient dans l'église que pour assister au sermon & à la lecture des écritures ; les autres assistoient aux prieres, & fléchissoient les genoux avec les fideles. M. de l'Aubépine, évêque d'Orléans, dans son II. livre d'observations sur les anciens rits de l'Eglise, en ajoûte un troisieme ordre qu'il appelle orantes, prians, mais qui paroit être le même que celui des agenouillés ; d'autres enfin y ajoûtent les compétens, competentes ; c'est-à-dire ceux qui demandoient le baptême. Maldonat fait encore une classe à part de ceux qu'il appelle pénitens, pænitentes, parce que, dit-il, ils étoient sous la correction & la censure de l'Eglise. Le cardinal Bona ne reconnoît point de catéchumenes de cette espece : mais il en marque quatre autres degrés, les écoutans, les agenouillés, les compétens & les élûs, audientes, genuflectentes, competentes & electi. Bingham, dans ses antiquités ecclésiastiques, distingue aussi quatre classes de catéchumenes. Sa division est différente de celle du cardinal Bona, en ce qu'il ne fait des compétens & des élus qu'une seule & même classe, & qu'il compte pour les premieres les catéchumenes qu'on instruisoit hors de l'église, tandis qu'on permettoit aux autres d'y entrer, distinction qui paroît sans fondement. M. Fleury n'en distingue que deux, les auditeurs & les compétens. D'autres les réduisent à trois degrés : le premier étoit celui des écoutans, qui n'étoient reçus qu'à entendre les instructions sur la foi & sur les moeurs : le second, celui des élus qui étoient admis pour recevoir le baptême : le troisieme comprenoit les compétens, ou ceux, qui parfaitement instruits du symbole & de la doctrine chrétienne, étoient en état d'être baptisés.
Quoi qu'il en soit de ces divers sentimens, on recevoit les catéchumenes par l'imposition des mains & par le signe de la croix. On y joignoit dans plusieurs églises les exorcismes, le souffle sur le visage ; la salive appliquée aux oreilles & aux narines, & l'onction sur les épaules & à la poitrine : on leur mettoit du sel dans la bouche : cérémonies qui se pratiquent encore aujourd'hui dans l'administration du baptême, & qui le précédoient autrefois de quelques jours, quand on ne baptisoit qu'aux fêtes les plus solemnelles. On donnoit aussi du lait & du miel aux catéchumenes lorsqu'ils étoient prêts d'être baptisés, comme des symboles de leur renaissance en Jesus-Christ, & de leur enfance dans la foi ; ce n'est qu'en ce sens général que saint Augustin donne à cette cérémonie le nom de sacrement. Le catéchumenat a été pratiqué dans l'église d'Orient & d'Occident, tant qu'il y a eu des infideles qui se sont convertis à la religion, c'est-à-dire en Occident jusqu'au viij. siecle. Depuis ce tems on n'en a plus observé si exactement les cérémonies à l'égard des adultes qui demandoient le baptême. Morin, de pænit. L'Aubépine, observ. sur les anciens rits de l'Eglise. Bingham, antiq. ecclés. Fleury, moeurs des Chrét. & Hist. ecclés. (G)
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| CATÉGORIE | S. f. (Logique) ce mot signifie une classe d'êtres, ou de manieres d'être. Quoique l'on pût fort commodément distinguer toutes nos idées, en idées de substances, idées de modes, & idées de relations, Aristote jugea à-propos de former dix classes, dont la premiere exprime la substance, & les autres les accidens ; savoir, la quantité, la qualité, la relation, l'action, la passion, le lieu, le tems, la situation, & enfin l'habillement. Toute cette nomenclature a été tirée par Aristote du tour & du génie de la langue greque ; & ce philosophe a sacrifié ici la justesse de son génie à l'envie de rendre sa doctrine agréable à ses compatriotes, en leur indiquant de quoi fournir à leur babil. C'est à cette complaisance que l'on doit le livre où il explique fort au long ces dix classes, & les diverses distinctions dont elles sont susceptibles. Cette division de termes plûtôt que d'idées, a trop long tems occupé les philosophes qui l'ont enrichie de leurs éclaircissemens. Porphyre surtout s'est signalé dans cette futile carriere par son traité de prædicabilibus sive universalibus. Il y parle aussi des idées des genres & des especes, sur lesquelles on ne trouve rien aujourd'hui dans Aristote. Diogene Laerce témoigne pourtant qu'il avoit écrit sur cette matiere. Le P. Rapin fait à cette occasion la remarque suivante ; savoir, que Gassendi n'auroit peut-être pas jugé la logique d'Aristote imparfaite, par le supplément de Porphyre, qu'il a cru nécessaire pour y servir d'introduction, s'il eût fait réflexion que ce traité qui a été mis à la tête de la logique d'Aristote, est pris de sa métaphysique, d'où Porphyre l'a tiré ; & qu'il y a apparence que ce supplément eût été inutile, s'il ne se fût rien perdu des livres de la logique d'Aristote, dont Diogene Laerce fait mention.
Il n'y a pas long-tems qu'on est revenu de ces sottises : encore a-t-il bien fallu combattre pour les détruire. On a représenté d'abord qu'elles n'étoient pas à leur place dans la Logique, puisqu'il s'y agit des relations des êtres universels, qui sont du ressort de l'Ontologie. On a ajoûté que les distinctions exprimées dans les catégories étoient frivoles, & qu'on y discernoit la différence du propre, tandis qu'on omettoit la distinction entre l'essence & l'accident. M. le Clerc a fort bien remarqué que les catégories ne nous apprennent autre chose, sinon qu'elles étoient les classes d'idées dans la tête d'Aristote, & non ce qu'elles sont dans la nature des choses, & qu'ainsi ce n'est pas la peine de donner tant de tems à les étudier. Si pourtant quelqu'un desire une conviction pleine & entiere de l'utilité des catégories, il peut encore recourir à l'Art de penser, premiere partie, ch. iij. & à M. Crouzaz dans la deuxieme partie de sa Logique. (X)
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| CATEIA | (Antiquité) espece de trait ou de javelot fort pesant dont les anciens gaulois & germains se servoient à la guerre ; son poids le rendoit difficile à lancer, mais le faisoit pénétrer plus profondément. Il étoit garni d'une chaîne avec laquelle on le retiroit pour le darder une seconde fois. Il y en a qui le regardent comme une espece de coin missil.
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| CATERGI | S. m. (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne aux voituriers dans les états du grand-seigneur. Ils ont cela de singulier, qu'au lieu qu'en France, & presque par-tout ailleurs, ce sont les marchands ou voyageurs qui donnent des arrhes à ceux qui doivent conduire eux, leurs hardes & marchandises, les voituriers turcs en donnent au contraire aux marchands & autres, comme pour leur répondre qu'ils feront leurs voitures, ou qu'ils ne partiront point sans eux. Dict. de Comm. tom. II. p. 131. (G)
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| CATERLAGH | (Géog.) ville d'Irlande, capitale du comté de même nom, dans la province de Leinster, sur le Barrow.
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| CATEUX | adj. terme de Droit coûtumier, usité singulierement en Picardie, se dit de certains biens, qui, selon l'état où ils se trouvent, sont meubles ou immeubles. Par exemple, on y appelle les blés biens cateux, parce que jusqu'à la mi-Mai, n'étant point comptés entre les fruits, on les met au rang des immeubles ; & depuis ce tems-là ils sont réputés meubles. (H)
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| CATHARES | S. m. pl. (Hist. eccles.) nom fameux qu'ont usurpé plusieurs sectes d'hérétiques en différens tems : ce mot signifie purs ; & les premiers qui commencerent à se l'appliquer furent les Apotactiques ou Renonçans, branche des Encratites, dont le chef étoit Tatien. Voyez ENCRATITES. Quelques montanistes se firent ensuite appeller cathares, pour exprimer par un terme qui signifie pureté, qu'ils n'avoient point de part au crime de ces malheureux qui renioient la foi dans les tourmens, mais qu'au contraire ils refusoient de les recevoir à faire pénitence. Ils portoient pour cela des robes blanches, afin, disoient-ils, que leur vêtement convint à la pureté de leurs consciences : ils nioient aussi que l'Eglise eût le pouvoir de remettre les péchés. Sur quoi S. Augustin faisant allusion au mot latin mundus, qui signifie pur, dit qu'ils devoient plûtôt prendre le nom de mondains, que de purs ; si nomen suum voluissent agnoscere, mundanos potius quam mundos vocassent. Eusebe parle aussi de ces hérétiques. Novatien donna le même nom de cathares à sa secte, & souvent les anciens ne la designent point autrement. Enfin, on a donné par ironie le nom de cathares aux Paretans, Patarins, ou Patrins, aux Albigeois, & aux Cotteraux, diverses sectes d'errans, qui s'éleverent dans le xij. siecle, & qui s'étoient formées de celles des Henriciens, de Marsille, de Tendeme, & de diverses autres. Le troisieme concile de Latran, tenu l'an 1179, sous Alexandre III. les condamna. Les Puritains d'Angleterre ont renouvellé ce nom magnifique, par celui qu'ils ont pris. Eusebe, lib. VI. cap. xxxv. Socrate, l. VI. c. xx. S. Augustin, de Agon. christ. c. xxj. S. Epiph. LXI. c. j. Baronius, A. C. 254. n°. 106. 107. Troisieme concile de Latran, au c. xxvij. Sanderus, haer : 147. Baronius, A. C. 119. Turrecremata, lib. IV. somm. part. II. c. xxxv. Reinaldi & Sponde, &c. (G)
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| CATHARINENBERG | (Géog.) petite ville du royaume de Boheme, près les frontieres de la Saxe.
CATHARINENBERG, (Géog.) petite ville d'Allemagne, en Misnie, appartenante à l'électeur de Saxe.
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| CATHARISTE | ou PURIFICATEURS, s. m. pl. (Hist. eccles.) secte de Manichéens, sur laquelle ces hérétiques tâchoient de rejetter les ordures abominables & les horribles impiétés qui entroient dans la prétendue consécration de leur Eucharistie. S. Augustin, haer. cap. xlvj. S. Leon, epist. viij.
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| CATHARRE | voyez CATARRHE.
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| CATHARTIQUE | voyez CATARTHIQUE.
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| CATHEDRALE | sub. f. (Hist. eccles.) On entend par ce mot l'église épiscopale d'un lieu. Ce nom lui a été donné du mot cathedra, ou siége épiscopal. On tire l'origine de ce nom, de ce que les prêtres, qui composoient l'ancien presbyterium avec leur évêque, étoient assis dans des chaires à la maniere des Juifs dans leurs consistoires, & que l'évêque présidoit dans un siége plus élevé ; d'où vient qu'on célebre encore présentement les fêtes de la chaire de saint Pierre à Rome & à Antioche. Il ne faut pas confondre ces anciennes cathédrales avec les églises qu'on nomme aujourd'hui cathédrales, parce que ce mot d'église ne signifioit en ce tems-là qu'une assemblée de chrétiens & non des temples, comme ils sont bâtis aujourd'hui, & que les Chrétiens n'ont point eu la liberté de bâtir des temples avant l'empereur Constantin. Néanmoins plusieurs auteurs espagnols qui ont écrit de l'antiquité de leurs églises cathédrales, assûrent qu'il y en a eu de bâties dès le tems des apôtres : mais tout ce qu'on dit de ces anciennes cathédrales est fabuleux. Quant au nom d'église cathédrale, il n'est pas fort ancien. On appelloit l'église principale, celle où l'évêque célebroit ordinairement, la grande église, l'église épiscopale, l'église de la ville. Le nom de cathédrale n'a été en usage que dans l'église latine, & depuis le x. siecle.
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| CATHEDRATIQUE | adj. (Hist. ecclés.) droit qu'avoient les évêques d'exiger une certaine somme d'argent en visitant les paroisses de leur diocèse, & cela à cause de leur dignité épiscopale, propter cathedram episcopalem. Il en est fait mention d'abord dans le concile de Brague, puis dans le vij. concile de Tolede. Cette somme étoit de deux sous d'or ; & les évêques de France la percevoient sous le regne de Charlemagne, & des autres rois de la seconde race. On appelloit encore ce droit synodatique, parce qu'on le payoit au synode. Depuis, le nom de cathédratique a été étendu aux droits affectés aux archidiacres & aux doyens ruraux dans leurs visites. Thomassin, disciplin. de l'églis. part. III. liv. II. ch. xv. & ch. xxxij. & xxxjv. (G)
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| CATHERETIQUES | adj. (Medec.) se dit de remedes qui rongent & consument les chairs fongueuses ou baveuses des plaies, des ulceres, ou autres semblables.
Ce mot est tiré du grec , dérivé de , qui signifie purger, émonder ; ou de & , enlever, emporter.
On appelle aussi ces mêmes remedes sarcophages, c'est-à-dire qui mangent les chairs : tels sont le précipité rouge, l'alun brûlé, le cuivre brûlé, le vitriol bleu, &c. (N)
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| CATHERIN | (L'ORDRE DE STE.), Hist. modern. c'est un ordre de Russie, qui ne se donne qu'à des dames de la premiere qualité de la cour ; il fut fondé en 1714 par la czarine Catherine, épouse de Pierre le grand, en mémoire du bonheur signalé qu'eut ce prince d'échapper aux Turcs en 1711, sur les bords du Pruth. Cette princesse, pleine de tendresse pour son époux, eut le courage de le suivre dans cette expédition, où toute l'armée russienne se trouva dans un péril imminent ; dans une conjoncture si fâcheuse, la czarine prit le parti d'envoyer un courier au grand-visir qui commandoit l'armée ottomane, lui promettant une somme très-considérable s'il vouloit entrer en négociation avec le czar ; le visir y consentit : en conséquence il envoya des députés dans le camp des Russiens, leur recommandant sur-tout de ne pas manquer de voir la czarine, parce qu'il ne pouvoit se persuader qu'une femme eût eu assez de courage & de tendresse conjugale, pour s'exposer à un danger aussi grand. Ce fut afin de conserver le souvenir d'un évenement si remarquable, que le czar voulut que cette princesse fondât un ordre qui portât son nom, & dont elle fût grande maîtresse. Les marques de cet ordre sont une croix rouge, tenue par une figure de sainte Catherine ; on la porte attachée à un cordon ponceau, bordé des deux côtés d'un petit liseré d'argent, sur lequel on voit le nom de sainte Catherine & la devise PRO FIDE ET PATRIA.
Dans la fondation il ne doit y avoir que sept dames aggrégées à cet ordre : mais la czarine en augmente le nombre suivant sa volonté. (-)
CATHERINE (chevaliers de sainte Catherine du mont Sinaï), Hist. modern. ancien ordre militaire, formé pour assister & protéger les pélerins qui alloient visiter par dévotion le corps de Ste Catherine, vierge d'Alexandrie, distinguée par son savoir, & qu'on dit avoir souffert le martyre sous Maximien.
Le corps de cette vierge ayant été trouvé sur le mont Sinaï il s'y fit un fort grand concours de pélerins ; & ce pélerinage étant devenu dangereux par les courses des Arabes, on établit en 1063 un ordre de chevalerie, à l'imitation de celui du S. Sepulchre & sous la protection de Ste. Catherine. Les chevaliers s'engageoient par serment à garder le corps de cette sainte, à pourvoir à la sûreté des chemins en faveur des pélerins, à suivre la regle de S. Basile, & à obéir à leur grand-maître. Ils portoient un habit blanc, sur lequel étoient représentés les instrumens du martyre de leur patrone, c'est-à-dire une demi-roue armée de pointes tranchantes, & traversée par une épée teinte de sang. (G)
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| CATHETE | S. f. (Architect.) c'est une ligne perpendiculaire qu'on suppose passer au milieu d'un corps cylindrique, comme une colonne, un pilier, &c. mais communément cette ligne s'appelle axe, ou essieu. On entend aussi par cathete, la ligne perpendiculaire qui passe dans l'oeil de la volute ionique, à plomb du fût inférieur de la colonne, & du bas du tailloir du chapiteau ; cette ligne ainsi appellée fait donner à l'oeil de cette volute le nom de cathete. Voyez CHAPITEAU, IONIQUE.
CATHETE, en Géométrie, se prend plus généralement qu'en Architecture ; & c'est une ligne qui tombe perpendiculairement sur une autre ligne, ou sur une surface. Voyez PERPENDICULAIRE.
Les deux petits côtés d'un triangle rectangle sont deux cathetes. Voyez RECTANGLE.
Ce mot est principalement en usage dans la Catoptrique, ou dans la partie de l'Optique qui considere les propriétés des rayons de lumiere réfléchis. Ainsi,
CATHETE d'incidence, en Catoptrique, est une ligne droite tirée du point radieux, ou de l'objet, perpendiculairement au miroir. Si le miroir est sphérique, la cathete d'incidence est une ligne droite tirée de l'objet au centre du miroir ; car cette ligne est perpendiculaire au miroir. Voyez INCIDENCE.
CATHETE de reflexion ; c'est une ligne droite tirée de l'oeil, ou de tout autre point d'un rayon réfléchi, perpendiculairement au miroir. Cette ligne passe par le centre du miroir, si le miroir est sphérique. Voyez REFLEXION.
CATHETE d'obliquité, est une ligne droite tirée du point d'incidence perpendiculairement au miroir ; dans la fig. 54. de l'Optique, si on suppose que G F soit un miroir plan, D l'objet, E l'oeil & C le point d'incidence, c'est-à-dire le point où le rayon D C tombe pour se réfléchir suivant C E, la ligne D G sera la cathete d'incidence, la ligne E F la cathete de réflexion, & la ligne C H la cathete d'obliquité.
Dans les miroirs plans, l'image de l'objet est vûe dans le concours du rayon réfléchi avec la cathete d'incidence. Plusieurs auteurs, entr'autres le P. Tacquet, fondés sur cette expérience, en ont fait une regle générale de Catoptrique & de Dioptrique sur le lieu de l'image vûe dans un miroir courbe, ou par un verre : mais ces auteurs sont dans l'erreur. Voyez APPARENT, MIROIR, DIOPTRIQUE. (O)
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| CATHETER | S. m. terme de Chirurgie, est une sonde creuse & courbe qui est ordinairement d'argent, qu'on introduit par l'urethre dans la vessie, pour faciliter l'écoulement de l'urine, quand le passage est bouché par une pierre, par du gravier, des caroncules ou autre chose.
Ce mot vient de ou , mettre dedans ; on l'appelle aussi algalie ou sonde creuse. V. ALGALIE.
Quelques auteurs sont dans l'usage de donner plus particulierement le nom de catheter à une sonde cannelée, qui a la même configuration que l'algalie à long bec. Cette sonde doit être d'acier ; son corps est solide & cannelé comme les algalies. Elle a sur toute la convexité de sa courbure une rainure d'une bonne ligne de large, qui doit être fermée à son extrémité le plus quarrément qu'il est possible. Cette sonde sert à conduire le lithotome dans l'opération de la taille. Voyez LITHOTOMIE.
Ce catheter est représenté Planche VIII. fig. 2. & la fig. 8. montre la cannelure & la construction ordinaire de la tête de cet instrument. La maniere de s'en servir est expliquée au mot CATHETERISME.
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| CATHETÉRISME | S. m. opération de Chirurgie, qui consiste à introduire une sonde dans la vessie, pour s'informer de l'état de ce viscere, tirer l'urine ou le pus qui y séjourne, ou pour y injecter quelque liqueur.
Les sondes avec lesquelles on pénetre dans la vessie se nomment algalies. Voyez ALGALIE.
Quand on sonde un malade pour la rétention d'urine, il faut le sonder dans son lit couché sur le dos, la pointe un peu élevée, les genoux un peu fléchis & écartés. Si on le sonde pour connoître s'il a la pierre, il faut autant qu'il est possible, le sonder debout, afin que la pierre qui dans cette attitude tombe presque toujours sur l'orifice de la vessie, étant entraînée avec l'urine, soit plus facilement rencontrée par le bout de l'algalie. Souvent on n'a pas reconnu la pierre faute de cette précaution. Si l'on n'a pû se dispenser de sonder le malade dans son lit, il faut quand la sonde sera dans la vessie, le faire tourner & asseoir sur le bord du lit, si son état lui permet de faire ces mouvemens.
La principale condition pour bien sonder est d'avoir une parfaite connoissance de la figure & de la courbure du canal de l'urethre ; il faut en outre de l'adresse & de l'habitude pour y réussir.
Il y a deux manieres de sonder les hommes ; l'une qu'on appelle par-dessus le ventre ; & l'autre par le tour de maître. Pour sonder par-dessus le ventre, le chirurgien placé au côté gauche du malade, tenant le manche de l'algalie avec la main droite, introduit le bec de cet instrument dans l'urethre, la verge étant renversée sur le ventre, & tenue par la main gauche du chirurgien. Dans ce cas, il ne s'agit que de suivre doucement la route du canal pour entrer dans la vessie en relevant le manche de la sonde, & baissant la verge lorsque l'extrémité antérieure, ou bec de l'instrument, doit passer sous l'os pubis : l'algalie doit être graissée d'huile, afin de couler plus aisément dans l'urethre.
Pour sonder par le tour de maître, le dos de la sonde regarde le ventre, & son manche est tourné du côté des genoux du malade ; le chirurgien doit être placé à droite ; il soûtient la verge avec trois doigts de la main gauche à l'endroit de la couronne du gland, évitant de comprimer l'urethre, qui est placé sous le corps caverneux. Il prend sa sonde bien graissée, & l'ayant conduite doucement jusqu'à la racine de la verge, il fait faire un demi-tour en la penchant conjointement avec la verge vers l'aine droite, & en conduisant le manche sur le ventre, il le baisse ensuite pour que le bec puisse passer sous l'os pubis & pénétrer dans la vessie. Dans ces différens mouvemens, l'algalie doit être poussée dans la verge, & la verge doit être tirée sur l'algalie ; il faut qu'il y ait un concert entre les deux mains du chirurgien pour réussir à cette opération.
Si la sonde étant prête d'entrer dans la vessie, on sent quelqu'obstacle, il ne faut rien forcer de crainte de faire de fausses routes, qui rendent ensuite l'introduction de la sonde fort difficile, & quelquefois même impossible : mais il faut retirer la sonde de la largeur d'un travers de doigt, & la repousser ensuite doucement pour tâcher de trouver la vraie route.
Si la difficulté de sonder venoit de l'inflammation, une ou deux saignées prépareroient efficacement à cette opération ; je n'ai souvent réussi à sonder qu'après avoir usé de ce moyen. Si les obstacles sont insurmontables, on fait la ponction à la vessie. Voyez PONCTION.
La difficulté d'introduire la sonde dans toute la continuité du canal de l'urethre est un signe d'obstacle dans ce conduit. Voyez CARNOSITE.
Il est plus facile de sonder les femmes, que les hommes, parce que le conduit de l'urine est plus large, fort court & presque droit ; il faut écarter les levres & les nymphes, & introduire la sonde à femme dans l'orifice de l'urethre ; le bout qui est legerement recourbé étant tourné du côté du pubis, on la pousse doucement dans la vessie. J'ai eu occasion pendant mon séjour à l'hôpital de la Salpêtriere, de sonder un grand nombre de femmes, où j'ai observé quelques difficultés. La plus commune vient de la descente de matrice : pour peu que cet organe soit un peu plus bas qu'il ne doit être naturellement, la vessie entraînée par son adhérence au vagin, forme un pli qui empêche l'introduction de la sonde ; il ne faut dans ce cas qu'étendre un peu les parties en introduisant le doigt index de la main gauche dans le vagin ; la sonde entre alors avec facilité, C'est une petite attention sans laquelle néanmoins on peut se trouver dans l'impossibilité de ne soulager une personne qui souffre cruellement, qu'en employant des moyens douloureux, tels que la ponction. (Y)
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| CATHOLICITÉ | S. f. (Théologie) est un des caracteres de la vraie Eglise, c'est-à-dire son universalité à tous les tems, à tous les lieux, & à toutes sortes de personnes.
La catholicité de l'Eglise se tire, selon nos Théologiens, de quatre chefs principaux : 1°. de l'universalité des liens dans lesquels l'Eglise est répandue : 2°. de l'université des tems, dans lesquels elle a subsisté, & de ceux où elle subsistera : 3°. de l'universalité de la doctrine qu'elle a enseignée sans mélange & sans altération : 4°. enfin de l'universalité des personnes de tout sexe, de tout âge, de toute condition, qui sont entrées dans son sein.
On a prouvé contre les Protestans, que l'Eglise romaine avoit toûjours eu ces quatre marques. Cependant lorsqu'on parle de sa catholicité ou de son universalité en tous lieux & à toutes sortes de personnes, on convient que ce terme ne doit pas s'entendre d'une universalité physique & absolue, mais d'une universalité morale & relative ; ensorte que la société des Catholiques romains a toûjours contenu & contient encore infiniment plus de personnes, & s'étend en beaucoup plus de lieux qu'aucune des sectes qui se sont séparées d'elle.
CATHOLICITE se prend aussi quelquefois pour la doctrine catholique & l'attachement d'une personne à cette doctrine. Un véritable fidele doit toûjours être prêt à donner des preuves non-suspectes de sa catholicité. Voyez ORTHODOXIE. (G)
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| CATHOLICON | (Pharmacie) épithete de certains électuaires anciens qu'on regardoit comme universels, ou comme purgeant toutes les humeurs. Voy. ELECTUAIRE.
On trouve dans les auteurs différentes descriptions de ces électuaires : voici celui dont on donne la description dans la Pharmacopée de Paris, sous le nom de catholicon double de rhubarbe, qu'on appelle ordinairement de Nicolas. Prenez racine de polypode de chêne coupée par petits morceaux, une demi-livre ; racine de chicorée, deux onces ; semence de fenouil, une once & demie ; feuilles d'aigremoine & de scolopendre, de chacune trois onces.
Faites bouillir à petit feu dans huit livres d'eau commune réduites à moitié, passez en pressant, & faites cuire le tout en consistance d'électuaire : retirez-le du feu, & y ajoûtez ensuite pulpe de casse & de tamarins, de chacune quatre onces. Joignez ensuite peu-à-peu la poudre de rhubarbe à la quantité de quatre onces ; de feuilles de sené mondé, de semences de violette, de chacune deux onces ; de racine de réglisse ratissée, une once ; des quatre semences froides, une demi-once. Faites du tout un électuaire selon l'art.
La dose de cet électuaire est d'une demi-once dans quelque véhicule approprié.
On s'en sert sur-tout dans les diarrhées, & après les dyssenteries, lorsque l'inflammation des visceres est calmée.
Nota. Que les anciens nommoient ainsi les médicamens purgatifs, qu'ils croyoient capables de purger toutes les humeurs ensemble ; parce qu'ils pensoient que les uns purgeoient le phlegme, les autres la bile, d'autres enfin l'humeur mélancholique, &c. ce qu'ils jugeoient par la couleur des selles du malade : mais on est, avec raison, revenu de ces sortes de préjugés.
Le catholicon qu'on employe pour les clysteres, differe de celui dont j'ai donné ci-dessus la description, en ce qu'il n'y entre point de rhubarbe, & qu'au lieu de sucre, on se sert de miel commun. (N)
CATHOLICON, s. m. c'est, en termes de Layetier, en général une boîte de quinze pouces de long, dix de large, & huit à neuf de haut.
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| CATHOLIQUE | adj. universel. (Théologie) On attribue à l'Eglise le nom de catholique, pour marquer qu'elle est répandue par toute la terre ; & c'est un de ses caracteres distinctifs pour la discerner des sectes qui se sont séparées d'elle. V. CATHOLICITE.
Quelques auteurs ont prétendu que Théodose le grand avoit le premier introduit ce terme dans l'Eglise, ordonnant par un édit qu'on attribuât par prééminence le titre de catholiques aux églises qui adhéroient au concile de Nicée. Vossius pense que ce mot n'a été ajoûté au symbole, que dans le troisieme siecle : mais l'une & l'autre prétention est également insoûtenable ; car dans la lettre des fideles de Smyrne rapportée par Eusebe, liv. IV. chap. xv. il est fait mention de l'Eglise catholique, & des prieres que fit S. Polycarpe pour toute l'Eglise catholique. Et M. de Valois, dans ses notes sur le VII. livre de l'histoire ecclésiastique d'Eusebe, remarque que le nom de catholique a été donné à l'Eglise dès les tems les plus voisins de ceux des apôtres, pour la distinguer des sociétés hérétiques qui s'étoient séparées d'elle. Avant même S. Polycarpe, S. Ignace avoit dit dans son épître à ceux de Smyrne ; ubi fuerit Jesus Christus, ibi est Ecclesia catholica. Théodose a pû désigner avec raison les églises attachées à la foi de Nicée par le nom de catholiques, sans avoir été l'inventeur de ce titre déjà usité près de 200 ans avant lui. S. Cyrille & S. Augustin observent que les hérétiques & les schismatiques même donnoient ce nom à la véritable Eglise dont ils s'étoient séparés, & les orthodoxes ne la distinguoient que par le nom de catholique tout seul, catholica.
On a aussi anciennement donné le nom de catholiques à des magistrats ou officiers qui avoient soin de faire payer & de recevoir les tributs dans les provinces de l'empire, comme il paroît par Eusebe, Théodoret, & l'histoire byzantine. Les patriarches ou primats d'orient ont encore pris le titre de catholiques ; on disoit les catholiques d'Arménie, pour désigner le patriarche d'Arménie ; titre qui revenoit à celui d'oecuménique qu'avoient pris les patriarches de Constantinople. Voyez OECUMENIQUE.
Les rois d'Espagne ont pris le titre de Rois catholiques ou Majestés catholiques. Mariana prétend que le roi Reccarede après avoir détruit l'Arianisme dans son royaume, reçut ce titre, & qu'il se trouve dans le concile de Tolede de l'an 589. Vascé en fixe l'origine à Alphonse en 738, & les Bollandistes prétendent qu'Alexandre VI. en le donnant à Ferdinand & Isabelle, ne fit que renouveller une prérogative acquise aux anciens rois Visigoths qui avoient dominé en Espagne. L'opinion commune est que les souverains de cette partie de l'Europe n'ont commencé à le porter que sur la fin du xv. siecle, après que Ferdinand & Isabelle en eurent entierement chassé les Maures. Froissart rapporte que les ecclésiastiques donnerent le même titre à Philippe-de-Valois pour avoir défendu les droits de l'Eglise. (G)
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| CATHURS | S. m. (Marine) ce sont des vaisseaux de guerre de Bantam, qui sont courbés & aigus par les bouts, & qui portent une voile tissue d'herbes & de feuilles d'arbres. (Z)
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| CAT | ou CATTI, s. m. (commerce) poids de la Chine, particulierement en usage du côté de Canton.
Le cati se divise en seize taels, chaque tael faisant une once deux gros de France ; de maniere que le cati revient à une livre quatre onces poids de marc. Il faut cent catis pour faire un pic, qui est un gros poids de la Chine, semblable à cent vingt livres de Paris, d'Amsterdam, de Strasbourg, & de Besançon. Voyez PIC, Dictionnaire du Commerce, Tom. II. pag. 132.
Cati est aussi le seul poids du Japon. On s'en sert pourtant à Batavia & dans d'autres endroits des Indes, où il pese plus ou moins selon qu'il contient plus ou moins de taels ; le cati par exemple de Java, valant jusqu'à vingt taels, & celui de Cambaye jusqu'à vingt-sept. Dict. du Comm. ibid. Voyez TAEL.
Cati est encore un petit poids dont les Lapidaires de l'Orient se servent pour peser les émeraudes : ce cati ne pese que trois grains. Idem ibid. (G)
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| CATICHE | S. f. (Hist. nat.) c'est ainsi qu'on appelle les cavernes ou trous pratiqués, soit dans les eaux, soit au bord des rivieres & étangs, par des animaux amphibies : ainsi on dit les catiches du loutre. Voyez LOUTRE. Cet animal les établit sous les crones où il a occasion de faire un grand dégât de poissons. Voyez CRONES.
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| CATIF | (Géog.) ville d'Asie dans l'Arabie heureuse, près du golfe Persique.
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| CATILINETTES | S. f. (Jard.) leucanthemum, fleurs qu'on appelle aussi marguerites d'Espagne ; elles jettent une tige qui se partage en plusieurs branches chargées de boutons marquetés, qui étant ouverts présentent de petites boules rouges. Ces fleurs demandent un grand soleil, une bonne terre, & beaucoup d'eau. (K)
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| CATIMARON | Voyez CANTIMARON.
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| CATIN | S. m. (Chimie) est une espece de bassin situé au pié du fourneau où l'on fond les mines.
Il y a le grand & le petit catin. Le grand est un peu plus élevé que le petit. Le grand catin sert à recevoir d'abord la mine fondue qui coule du fourneau ; & le petit catin qui communique avec le grand par une rigole, reçoit le métal fondu qui coule du grand catin dans lequel restent les scories.
Ces catins sont garnis en-dedans d'une espece de mortier composé de terre à four & de charbon en poudre délayés ensemble avec de l'eau. (M)
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| CATIR | v. act. Les Tondeurs se servent de ce terme pour signifier une sorte d'apprêt qu'ils donnent aux étoffes de laine sous une presse, pour les rendre plus fermes & leur donner un plus bel oeil.
Il y a deux manieres de catir les étoffes ; l'une à froid & l'autre à chaud.
La premiere maniere de catir les étoffes qu'on appelle à froid, se fait de cette sorte. Après que l'étoffe a eu toutes ses façons, on la plie quarrément par plis égaux, en observant de mettre entre chaque pli une feuille de vélin ou de carton bien fin ou bien lisse, & par-dessus le tout un plateau ou une planche quarrée ; puis on la place sous une presse que l'on serre bien fort par le moyen d'une vis que l'on fait descendre perpendiculairement sur le milieu du plateau à force de bras & de leviers. Lorsque l'étoffe est restée un tems suffisant sous la presse, & qu'on en a ôté les cartons ou vélins, l'on y fait quelques points d'aiguille avec de la menue si celle ou de gros fil pour arrêter le manteau, c'est-à-dire le côté du chef qui sert comme d'enveloppe ou de couverture à toute la piece pour empêcher qu'elle ne se déplie.
Il faut remarquer que quelques-uns ne se servent point de presse à vis pour catir à froid, se contentant seulement de mettre l'étoffe sur une table solide après l'avoir pliée & cartonnée ; ensuite ils mettent dessus le tout un plateau qu'ils chargent d'un poids plus ou moins fort.
Pour catir à chaud, quand l'étoffe a reçu toutes ses façons, on la mouille, ce qui s'appelle donner une eau en Languedoc & dans quelques autres provinces ; on l'arrose avec de l'eau un peu gommée que l'on souffle dessus avec la bouche du côté de l'endroit ; ensuite on la plie & on la cartonne comme pour catir à froid ; & de six en six plis, & au-dessus du tout, on met une plaque de fer ou d'airain que l'on a bien fait chauffer dans un fourneau fait exprès ; après cette opération, on met l'étoffe sous une presse, & l'on fait descendre dessus avec violence par le moyen d'une longue barre de bois une vis semblable à celle d'un pressoir à vin. On met sous cette presse jusqu'à cinq ou six pieces d'étoffe à la fois toutes cartonnées, & garnies de plaques de fer ou d'airain chaudes. Lorsque ces plaques sont refroidies, on retire les pieces de dessous la presse pour en ôter le carton, les plaquer & les pointer, ce qui se fait de la même maniere qu'en catissant à froid.
Cette derniere maniere de catir les étoffes est tout-à-fait mauvaise & pernicieuse, n'ayant été inventée par les Manufacturiers & ouvriers que pour couvrir les défauts de leurs étoffes, & s'exempter de leur donner tous les lainages & les teintures qui leur seroient nécessaires pour les rendre parfaites & d'une bonne qualité : aussi a-t-elle toûjours été défendue par les ordonnances de nos rois.
Celle de Louis XII. donnée à Roüen le 20 Octobre 1508, art. 6. porte que les draps ne seront pressés ni à fer, ni airain.
Celle de Charles IX. donnée aux états d'Orléans en 1560, art. 147, défend de presser à fer d'airain.
Celle de Henry IV. donnée à Fontainebleau le 8 Juin 1601, fait défense de se servir de presse à fer.
Enfin l'arrêt du conseil d'état du 3 Décembre 1697, sur ce que le reglement général des manufactures du mois d'Août 1669, ne rappelloit pas l'exécution de ces anciens reglemens, a ordonné qu'ils seroient exécutés, & fait défense aux manufacturiers, tondeurs, &c. d'avoir chez eux aucunes presses à fer, airain, & à feu, & de s'en servir pour presser aucune étoffe de laine ; & aux marchands de commander & d'exposer en vente aucunes étoffes pressées à chaud, sous les peines portées par ledit arrêt. Voyez l'article DRAPERIE.
L'opération de catir est d'usage chez les Bonnetiers & chez d'autres ouvriers en laine.
CATIR, en terme de Doreur, c'est appliquer l'or dans les filets comme ailleurs, au moyen du catissoir qu'on appuie sur du coton ou du linge très-fin.
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| CATISSOIR | S. m en terme de Doreur, c'est un petit couteau sans tranche, qui sert à enfoncer l'or dans les filets avec du coton ou du linge très-fin. Voyez CATIR, & la fig. 12. P. du Doreur.
CATISSOIRE, s. f. se dit d'une petite poesle à mettre du feu, qui est à l'usage des Bonnetiers & autres ouvriers en laine, & qui n'a rien de particulier que son nom. Voy. BONNETTERIE & DRAPERIE.
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| CATIUS | ou CAUTUS, (Myth.) dieu qui rendoit les hommes fins & prudens : on l'invoquoit chez les Romains pour en obtenir ces qualités.
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| CATON-BELLE | (Géog.) riviere d'Afrique dans la basse Ethiopie, au royaume de Benguele, qui prend sa source près du royaume d'Angola.
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| CATOPTRIQUE | S. f. (Ordre encyclop. Entendement. Raison. Philosophie ou Science. Science de la Nature. Mathématiques. Mathématiques mixtes. Optique. Catoptrique) la science de la vision refléchie, ou la partie de l'Optique, qui enseigne les lois que suit la lumiere refléchie par les miroirs. Voy. MIROIR & REFLEXION ; voyez aussi VISION, LUMIERE, & OPTIQUE : vous trouverez à ces articles les principes & les lois de la Catoptrique. Ce mot vient du grec , speculum ; formé de & , video, je vois.
La Catoptrique traite non-seulement de la réflexion des rayons de lumiere & des lois que suit cette réflexion ; elle traite aussi des phénomenes qui en résultent par rapport à la vision, & cette partie est extrèmement curieuse. Cependant les principes n'en sont pas encore bien développés, sur-tout par rapport à ce qui concerne le lieu de l'image, & sa grandeur apparente. Sur quoi voyez l'article APPARENT.
Les principaux auteurs qui ont traité de la Catoptrique, sont parmi les anciens, Euclide avant J. C. Alhazen & Vitellion dans le xj. & xij. siecles ; & parmi les modernes, le P. Tacquet, le P. Fabri, dans son livre intitulé Synopsis Optica ; Jacques Gregory, dans son Optica promota, & sur-tout le célebre Isaac Barrow dans ses Leçons optiques : ce dernier ouvrage est sans contredit le meilleur ; l'auteur semble y avoir démontré les lois de la Catoptrique par des principes plus exacts & plus lumineux que les auteurs qui l'ont précédé ; cependant il ne traite que des propriétés des miroirs sphériques, soit concaves, soit convexes ; & il ne dit rien des miroirs plans. Les propriétés de ces derniers miroirs sont démontrées fort au long dans le I. livre de la Catoptrique du P. Tacquet, imprimé dans le recueil de ses oeuvres, in-folio M. Smith dans son Optique, a aussi traité avec beaucoup d'étendue des lois de la Catoptrique.
Catoptrique se prend aussi adjectivement pour ce qui a rapport à la Catoptrique, ou ce qui s'exécute par des rayons refléchis : ainsi,
Cadran CATOPTRIQUE, c'est un cadran qui représente les heures par des rayons refléchis. Voyez CADRAN.
Télescope CATOPTRIQUE, c'est un télescope qui représente les objets par réflexion. Voyez l'article TELESCOPE.
Boîte ou caisse CATOPTRIQUE, est une machine qui représente les petits corps comme très-gros, & ceux qui sont proches comme très-grands, & répandus dans un grand espace. On y voit aussi beaucoup de phénomenes amusans, par le moyen de divers miroirs qui sont disposés suivant les regles de la Catoptrique, dans une espece de caisse.
Il y en a de différentes especes, suivant les différentes intentions de celui qui les construit ; les unes multiplient les objets ; d'autres les rendent difformes ; d'autres les grossissent, &c. Nous allons donner la construction de deux, ce qui suffira pour faire voir comme il faudroit s'y prendre pour en faire une infinité d'autres.
Maniere de faire une caisse catoptrique qui représente les objets en différente situation. Ayez une boîte ou caisse polygone de la figure du prisme multilatere A B C D E F, (Pl. Opt. fig. 19. n°. 1. & 2.) & divisez sa cavité par les plans diagonaux E B, FC, D A, qui se coupent les uns les autres dans l'axe, & forment par-là autant de petites loges triangulaires que le polygone a de côtés. Doublez les plans diagonaux avec des miroirs plans, & pratiquez dans les plans latéraux des trous ronds, à-travers lesquels vous puissiez regarder dans les cellules de la caisse ; remplissez ces trous de verres plans ; placez dans les cellules les différens objets dont vous voulez voir les images ; & enfin couvrez le dessus de la caisse de quelque membrane fine ou transparente, ou de parchemin qui donne passage à la lumiere, & la machine sera achevée.
Car les lois de la réflexion enseignent que les images placées dans les angles d'un miroir sont multipliées, & devoient paroître les unes plus éloignées que les autres ; d'où il s'ensuivra que les objets placés dans une cellule, paroîtront remplir plus d'espace que la caisse entiere : ainsi regardant par un des trous, on verra les objets de la cellule correspondante multipliés & répandus dans un espace beaucoup plus grand que la boîte entiere ; & par conséquent chaque trou donnera un nouveau spectacle. Voyez ANAMORPHOSE & MIROIR.
On rendra transparent le parchemin dont on doit couvrir la machine, en le lavant plusieurs fois dans une lessive fort claire, puis dans de belle eau, & en l'attachant bien serré, & l'exposant à l'air pour sécher. Si on vouloit jetter quelque couleur sur les objets, on en viendroit à bout en donnant cette couleur au parchemin. Zhan conseille le verd-de-gris mêlé dans du vinaigre, pour le verd ; la décoction de bois de Bresil, pour le rouge : il ajoûte qu'il faut vernir le parchemin, si on veut donner de l'éclat aux objets. Wolf, élémens de Catoptrique.
Maniere de faire une caisse catoptrique, qui représente les objets qu'on y aura placés, fort multipliés, & répandus dans un grand espace. Faites une boîte ou caisse polygone comme ci-dessus, mais sans diviser la cavité interne en plans, Planches d'Optiq. fig. 19. n°. 2. doublez les plans latéraux C B H I, B HL A, A L M F, de miroirs plans, &c. & dans les trous ou ouvertures enlevez l'étain & le vif-argent qui couvre la surface intérieure du miroir, de façon que l'oeil puisse voir au-travers ; mettez ensuite dans la caisse un objet, par exemple, un oiseau en cage, &c.
L'oeil regardant par le trou h i, verra l'objet au fond prodigieusement multiplié, & ses images placées à une distance égale les unes des autres. Si on pratiquoit donc dans le palais d'un prince une grande chambre polygone, qu'on tapissât de grandes glaces qui fussent ouvertes en quelques endroits, où on adapteroit des verres plans transparens pour lui donner du jour il est évident que ces glaces y feroient voir une grande variété d'objets. Voyez MIROIR, REFLEXION, &c.
Comme les miroirs paralleles sont ceux de tous qui multiplient davantage les objets, la forme qui convient le plus à ces sortes d'appartemens, est la forme exagone ; parce que les miroirs y seront tous paralleles deux à deux, & en assez grand nombre pour donner un spectacle agréable sans confusion : mais il faut avoir soin que les miroirs soient bien paralleles, & de plus que leur surface soit bien plane & bien unie ; autrement le nombre réitéré de réflexions pourroit rendre les images difformes. On voit encore aujourd'hui dans plusieurs châteaux des salles ainsi remplies de glaces, qui produisent un très-bel effet : c'est sur-tout la nuit aux lumieres, que ces sortes de spectacles forment le plus beau coup-d'oeil. Tous ces phénomenes s'expliquent par les propriétés des miroirs plans combinés, que l'on peut voir à l'article MIROIR. Wolf, ibid. (O)
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| CATOPTROMANCIE | S. f. divination dans laquelle on se servoit d'un miroir pour y lire les évenemens à venir.
Ce mot est formé de , speculum, miroir, & de , divination.
Il paroît par les anciens, qu'il y avoit diverses sortes de catoptromancie. Spartien rapporte de Didius Julianus, qui ayant succédé à Pertinax par la brigue des prétoriens, de qui il acheta l'empire, ne regna que deux mois & cinq jours ; que dans toutes les occasions importantes il consultoit les magiciens ; & qu'une fois entr'autres, après des enchantemens & des sacrifices magiques, il usa de la divination où l'on se sert d'un miroir, qu'on présente, non pas devant les yeux, mais derriere la tête d'un enfant à qui l'on a bandé les yeux ; & l'on raconte, ajoûte-t-il, que l'enfant vit dans le miroir que Julien descendoit du throne, & que Severe y montoit.
Pausanias, dans ses Achaïques, parle d'une autre espece de catoptromancie. Il y avoit, dit-il, à Patras devant le temple de Cerès, une fontaine séparée du temple par une muraille ; & là étoit un oracle véridique, non pour tous les évenemens, mais seulement pour les maladies. Ceux qui en étoient attaqués & en péril, faisoient descendre dans la fontaine un miroir suspendu à un fil, ensorte qu'il ne touchât que par la base la surface de l'eau. Après avoir prié la déesse & brûlé des parfums, ils se regardoient dans ce miroir ; & selon qu'ils se trouvoient le visage have & défiguré, ou de l'embonpoint, ils en concluoient que la maladie étoit mortelle, ou qu'ils en réchapperoient.
On se servoit encore des verres & des miroirs pour connoître l'avenir, mais d'une autre maniere, qu'on nommoit gastromancie. Voyez GASTROMANCIE. (G)
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| CATOTÉRIQUES | adj. (Med.) c'est ainsi qu'on appelle les remedes évacuans, destinés à purger les reins, le foie, la vessie : tels sont le sirop de pomme composé, & le sirop de rose pâle. Lemery, Pharmacop. (N)
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| CATRACA | (Hist. nat. Zoologie) oiseau de l'Amérique, très-commun sur-tout dans les petites îles desertes du golfe du Mexique. Il est de la grosseur d'une poule, mais beaucoup plus élevé sur ses pattes : son cou est long, sa tête petite, son bec de moyenne grandeur, & l'oeil vif ; le plumage du cou est d'un bleu tirant sur l'ardoise ; celui du reste du corps est gris mêlé d'un peu de plumes noires. Cet oiseau se tient sur les bords de la mer & dans des rochers escarpés, d'où on l'entend faire son cri de catraca, qui lui a fait donner son nom. Sa chair est délicate & très-bonne à manger à différentes sauces : elle a beaucoup de rapport avec celle du faisan.
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| CATRUMNA | (Géog.) ville d'Asie dans l'île de Ceylan.
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| CATTARO | (Géog.) ville de Dalmatie sur le golfe de même nom, près des frontieres de l'Albanie aux Vénitiens.
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| CATTEGAT | (LA) Géog.) golfe de la mer Baltique, entre les côtes orientales du Jutland & la côte de Suede. On l'appelle aussi Schager-Rack.
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| CATTEROLLES | S. f. (Chasse) c'est ainsi qu'on appelle les lieux soûterrains où les lapines font leurs petits, & qu'on dit qu'elles rebouchent tous les jours jusqu'à leur premiere sortie.
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| CATTU-SCHIRAGAM | (Hist. nat. bot.) arbrisseau qui croît au Malabar ; il est de la hauteur de l'homme. On le trouve dans les lieux brûlés du soleil. Sa racine est courte, petite & amere au goût ; son tronc rond & d'un pouce de diametre : son écorce d'un verd d'eau ; son bois rouge ; sa feuille longue, étroite, très-pointue, & amere au goût ; sa fleur petite, serrée en bouquet, d'une couleur de pourpre pâle sans odeur ; & sa semence contenue en grande quantité dans des têtes feuillues, oblongue, cannelée, & pointue par sa partie inférieure qui s'insere dans la base de sa tête, garnie au sommet d'une touffe de filamens blanchâtres, jaunâtres & longs, du milieu desquels sort une petite fleur sur un pédicule verdâtre. Cet arbrisseau porte du fruit une fois l'an. On lui attribue beaucoup de propriétés médicinales. On dit que broyé & bouilli dans l'huile, il est bon en fomentation pour les pustules : que son suc exprimé calme les fievres bilieuses de ceux à qui on en frotte la tête ; & que sa graine pulvérisée & prise dans l'eau chaude, guérit la toux, chasse les vents, tue les vers, provoque les urines, appaise la colique ; & que les fomentations qu'on en fait, soulagent dans les rhumatismes & la goutte.
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| CATURI | CATHURI, (Marine) voyez ALMADIE.
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| CATURS | (Hist. mod.) nom que les habitans du royaume de Bantam en Asie donnent à leurs vaisseaux de guerre, dont la proue est recourbée & pointue, & les voiles sont faites d'herbes & de feuillages entrelacés.
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| CATZENELLEBOGEN | (Géogr.) comté d'Allemagne dans le pays de Hesse ; il se divise en haut & bas, & est partagé par l'électorat de Mayence. Sa capitale porte le même nom, & est située sur la Lohn.
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| CAUB | (Géog.) petite ville d'Allemagne, sur le Rhin, vis-à-vis de Bacharach, dans le duché de Simmern.
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| CAUCALIS | CAUCALIS
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| CAUCASE | S. m. (Myth. & Geog.) chaine de montagnes, qui commence au-dessus de la Colchide & finit à la mer Caspienne. C'est-là que Promethée enchaîné eut le foie déchiré par un vautour ou par un aigle. Les habitans de cette contrée prenant, si l'on en croit Philostrate, cette fable à la lettre, faisoient la guerre aux aigles, dénichoient leurs petits, & les perçoient avec des fleches ardentes ; ou l'interprétant, selon Strabon, de la condition malheureuse des humains, ils se mettoient en deuil à la naissance des enfans, & se réjoüissoient à leurs funérailles. Il n'y a point de chrétien vraiment pénétré des vérités de sa religion, qui ne dût imiter l'habitant du caucase, & se féliciter de la mort de ses enfans. La mort assûre à l'enfant qui vient de naître une félicité éternelle, & le sort de l'homme qui paroît avoir vécu le plus saintement est encore incertain. Que notre religion est tout-à-la-fois terrible & consolante !
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| CAUCAUBARDITES | sub. m. pl. (Hist. ecclés.) secte d'hérétiques dans le vj. siecle, ainsi nommés d'un certain lieu où ils firent leurs premieres assemblées ; ils suivoient les erreurs de Severe d'Antioche. & des Acéphales. Nicephore, liv. XVIII. ch. xljx. Baronius, A. C. 535. (G)
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| CAUCHEMAR | S. m. (Med.) nom populaire que l'on a donné à une incommodité nommée par les medecins grecs éphialtes, & par les latins incubus.
Ceux qui ont coûtume de dormir sur le dos, & de charger leur estomac d'alimens lourds & difficiles à digérer, sont fort sujets à cette incommodité.
Pendant le sommeil ils croyent avoir la poitrine chargée d'un poids considérable, & ils ont souvent l'imagination frappée d'un spectre ou d'un phantôme qui leur coupe la respiration.
Cette incommodité ne vient point, comme on se l'étoit imaginé autrefois, des vapeurs épaisses qui remplissent les ventricules du cerveau, mais plûtôt d'une trop grande plénitude de l'estomac, qui s'oppose au mouvement du diaphragme, & par conséquent à la dilatation de la poitrine, sans laquelle on ne peut respirer que difficilement. Cependant d'autres prétendent que cette incommodité si pénible est occasionnée par une convulsion des muscles de la respiration.
Etmuller observe que les Arabes appellent cette incommodité une épilepsie nocturne ; parce qu'étant porté à un certain degré, elle dégénere en épilepsie ; & en effet le cauchemar est le prodrome de l'épilepsie dans les jeunes gens, comme il est l'avant-coureur de l'apoplexie dans les personnes d'un âge avancé. (N)
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| CAUDALUCIDA | (Astron.) la queue du lion, est une étoile de la premiere grandeur. Sa longitude est de 167d 53'. sa latitude de 12d. 16'. son ascension droite 173d 9'. Voyez LION. (O)
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| CAUDATAIRE | S. m. (Hist. ecclés.) est un clerc ou aumônier qui porte le bas de la cappe du pape ou d'un cardinal. (H)
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| CAUDÉ adj | en terme de Blason, se dit des étoiles & des cometes qui ont une queue. (V)
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| CAUDEBEC | S. m. sorte de chapeau fait de laine d'agnelin, de poil, ou de duvet d'autruche, ou de poil de chameau. On les nomme ainsi du nom de la ville de Caudebec en Normandie ; où il s'en fabrique une grande quantité. Voyez CHAPEAU.
CAUDEBEC, (Géog.) ville de France en Normandie, capitale du pays de Caux, remarquable par ses manufactures de chapeaux.
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| CAUDES-COSTES | (Géog.) petite ville de France dans l'Armagnac, à une lieue de la Garonne.
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| CAUDETE | (Géog.) petite riviere d'Espagne, dans la nouvelle Castille, qui se jette dans le Xucar.
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| CAUDICAIRES | sub. m. pl. (Hist. anc.) c'est ainsi que les Romains avoient nommé les bateliers de la communauté instituée par la navigation du Tibre. Ce mot vient de codices, assemblages de plusieurs planches de bois. Parmi les caudicaires il y en avoit un certain nombre d'employés à charger les grains au port d'Ostie & à les conduire à Rome. Voy. l'article BOULANGER.
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| CAUDIEZ | (Géog.) petite ville de France, en Languedoc, au pié des Pyrenées, sur les frontieres du Roussillon.
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| CAUDRO | ou COUDROT, (Géog.) petite ville de France en Guienne, dans le Bazadois, à l'endroit où le Drot se jette dans la Garonne.
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| CAULET | (Géog.) riviere de France dans le Languedoc, qui prend sa source au diocèse de Castres.
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| CAULICOLES | S. f. pl. (Architect.) en latin cauliculi, ornement d'architecture. Ce mot vient du latin caulis, qui signifie tige d'herbes. Les caulicoles sont des especes de petites tiges qui semblent soutenir les volutes du chapiteau corinthien. Ces petites tiges sont ordinairement cannelées, & quelquefois torses à l'endroit où elles commencent à jetter les feuilles. Elles ont aussi un lien en forme de double couronne. (D.J.)
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| CAUMONT | (Géog.) petite ville de France en Guienne, dans le Bazadois, sur la Garonne.
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| CAUNE | (LA) Géog. petite ville de France au haut Languedoc, au diocèse de Castres, sur les confins du Roüergue. Il y a dans cette province une autre ville de ce nom, au diocèse de Carcassonne.
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| CAURIS | (Hist. mod. Commerce) espece de petites coquilles, qui tient lieu de monnoie dans quelques endroits des Indes orientales.
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| CAURZIM | (Géog.) ville de Bohème, dans le cercle de même nom, entre Prague & Czaslaw.
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| CAUSE | S. f. (Métaphysiq.) En voyant tous les jours changer les choses, & en considérant qu'elles ont eu un commencement, nous acquérons l'idée de ce qu'on nomme cause & effet. La cause est tout ce par l'efficace de quoi une chose est ; & effet, tout ce qui est par l'efficace d'une cause. Toute cause, par cela même qu'elle produit un effet, peut être appellée efficiente : mais comme il y a différentes manieres de produire un effet, on distingue diverses sortes de causes. Il y a des causes physiques, des causes morales, & des causes instrumentales. J'appelle causes physiques, toutes celles qui produisent immédiatement par elles-mêmes leur effet. Je nomme causes morales, celles qui ne le produisent que dépendamment d'une cause physique, de laquelle il émane immédiatement. Les causes instrumentales ont cela de commun avec les causes morales, qu'elles ne produisent pas par elles-mêmes leur effet, mais seulement par l'intervention d'une cause physique ; & c'est pourquoi on donne aux unes & aux autres le nom de causes occasionnelles : mais ce qui met entr'elles beaucoup de différence, c'est que si les premieres ne sont que causes morales dans les effets qu'elles produisent occasionnellement, du moins elles sont causes physiques de l'effet par lequel elles deviennent causes occasionnelles d'un autre effet ; au lieu que les causes purement instrumentales n'étant doüées d'aucune force ni d'aucune activité, demeurent toûjours renfermées dans la sphere de causes purement occasionnelles : telle est, par exemple, la matiere, qui d'elle-même est brute, insensible & inactive. Il n'en est pas de même des esprits, dont la nature est d'être actifs, & par consequent d'être causes physiques : si mon ame n'est que cause occasionnelle des divers mouvemens qu'elle fait naître dans l'ame de ceux avec qui je m'entretiens, du moins elle est cause physique de ses déterminations particulieres.
C'est ici le lieu d'examiner de quelle maniere l'ame agit sur le corps : est-elle cause physique, ou n'est-elle que cause occasionnelle des divers mouvemens qu'elle lui imprime ? Ici les sentimens des philosophes sont partagés ; & l'on peut dire que dans cette question les derniers efforts de la philosophie pourroient bien s'épuiser inutilement pour la résoudre. Le système de L'HARMONIE PREETABLIE, dont M. Leibnitz est auteur, tranche tout d'un coup la difficulté : c'est dommage que ce système détruise la liberté, & qu'il rende douteuse l'existence du monde corporel. Voyez cet article, où nous avons démontré l'un & l'autre. Le système ancien de l'influence réelle de l'ame sur le corps, détruit par notre Descartes & par le P. Malebranche son fidele disciple, se trouve remis en honneur par le puissant appui que lui prêtent aujourd'hui les philosophes anglois. Dieu, selon ce système, a renfermé l'efficace qu'il communique à l'ame en la créant, dans les bornes du corps organisé auquel il l'unit ; son pouvoir est limité à cette petite portion de matiere, & même elle n'en jouit qu'avec certaines restrictions qui sont les lois de l'union. Ce système moins subtil, moins raffiné que celui des causes occasionnelles, plaît d'autant plus à la plûpart des esprits, qu'il s'accorde assez bien avec le sentiment naturel, qui admet dans l'ame une efficace réelle pour mouvoir la matiere : mais ce système qu'on nous donne ici sous le nom radouci de sentiment naturel, ne seroit-il point plûtôt l'effet du préjugé ? En effet, ce pouvoir d'un esprit fini sur la matiere, cette influence qu'on lui suppose sur une substance si dissemblable à la sienne, & qui naturellement est indépendante de lui, est quelque chose de bien obscur. Les esprits étant des substances actives, & ayant incontestablement le pouvoir de se mouvoir ou de se modifier eux-mêmes, il est sans-doute plus raisonnable de leur attribuer une pareille influence sur la matiere, que d'attribuer à la matiere, être passif & incapable d'agir sur lui-même, un vrai pouvoir d'agir sur l'esprit, & de la modifier. Mais cela même que je viens d'observer est un fâcheux inconvénient pour ce système ; il ne peut dès-lors être vrai qu'à moitié. S'il explique en quelque sorte comment le corps obéit aux volontés de l'ame par ses mouvemens, il n'explique point comment l'ame obéit fidélement à son tour aux impressions du corps : il rend raison de l'action ; il n'en rend aucune de la sensation. Sur ce dernier point on est réduit à recourir aux causes occasionnelles, & à l'opération immédiate de Dieu sur l'ame. Qu'en coûte-t-il d'y avoir aussi recours pour expliquer l'efficace des desirs de l'ame ? le système entier n'en sera que plus simple & mieux assorti.
Ce système, dit-on, n'est nullement philosophique, parce qu'il remonte droit à la premiere cause ; & que sans apporter de raisons naturelles des phénomenes qui nous embarrassent, il donne d'abord la volonté de Dieu pour tout dénoüement. Autant nous en apprendra, dit-on, l'homme le plus ignorant, s'il est consulté ; car qui ne sait que la volonté divine est la premiere cause de tout ? Mais c'est une cause universelle : or ce n'est pas de cette cause qu'il s'agit. On demande d'un philosophe qu'il assigne la cause particuliere de chaque effet. Jamais objection ne fut plus méprisable. Voulez-vous, disoit le P. Malebranche, qu'un philosophe trouve des causes qui ne sont point ? Le vrai usage de la Philosophie, c'est de nous conduire à Dieu, & de nous montrer par les effets mêmes de la nature, la nécessité d'une premiere cause. Quand les effets sont subordonnés les uns aux autres, & soûmis à certaines lois, la tâche du philosophe est de découvrir ces lois, & de remonter par degrés au premier principe, en suivant la chaîne des causes secondes. Il n'y a point de progrès de causes à l'infini ; & c'est ce qui prouve l'existence d'un Dieu, la plus importante & la premiere des vérités. La différence du paysan au philosophe, qui tous deux sont également convaincus que la volonté de Dieu fait tout, c'est que le philosophe voit pourquoi elle fait tout, ce que le paysan ne voit pas ; c'est qu'il sait discerner les effets dont cette volonté est cause immédiate, d'avec les effets qu'elle produit par l'intervention des causes secondes, & des lois générales auxquelles ces causes secondes sont soûmises.
On fait une seconde objection plus considérable que la premiere : c'est, dit-on, réduire l'action de la divinité à un pur jeu tout-à-fait indigne d'elle, que d'établir des causes occasionnelles. Ces causes seront en même tems l'effet & la regle de l'opération divine ; l'action qui les produit leur sera soûmise. Tant que cette objection roulera sur les lois qui reglent la communication des mouvemens entre les différentes parties de la matiere, on ne peut nier qu'elle ne soit plausible. En effet, si les corps n'ont aucune activité par eux-mêmes, les lois du mouvement, dans le système du P. Malebranche, semblent n'être qu'un jeu : mais cet inconvénient ne subsiste plus dès qu'on applique le système à l'union du corps & de l'ame. Quoique l'ame n'ait aucune efficace réelle sur les corps, il suffit qu'elle ait le pouvoir de se modifier, qu'elle soit cause physique de ses propres volontés, pour rendre très-sage l'établissement d'une telle ame comme cause occasionnelle de certains mouvemens du corps. Ici, comme l'utilité de l'ame est le but, la volonté de l'ame est la regle. Cette volonté étant une cause physique de ses propres actes, est par-là distincte de la volonté de Dieu même, & peut devenir une regle & un principe dont la sagesse divine fait dépendre les changemens de la matiere. Les volontés d'un esprit créé, dès-là qu'elles sont produites par cet esprit, sont une cause mitoyenne entre la volonté de Dieu & les mouvemens des corps, qui rend raison de l'ordre de ces mouvemens, & qui nous dispense de recourir, pour les expliquer, à la volonté immédiate de Dieu ; & c'est, ce semble, le seul moyen de distinguer les volontés générales d'avec les particulieres. Les unes & les autres produisent bien immédiatement l'effet : mais dans celles-ci la volonté n'a de rapport qu'à cet effet singulier qu'elle veut produire ; au lieu que dans celle-là on peut dire que Dieu n'a voulu produire cet effet, que parce qu'il a voulu quelqu'autre chose dont cet effet est la conséquence. C'est bien une volonté efficace de Dieu qui me fait marcher : mais il ne veut me faire marcher qu'en conséquence de ce qu'il a voulu une fois pour toutes, que les mouvemens de mon corps suivissent les desirs de mon ame. La volonté que j'ai de marcher, est une cause mitoyenne entre le mouvement de mon corps & la volonté de Dieu. Je marche en vertu d'une loi générale. Mon ame est vraie cause des mouvemens de mon corps, parce qu'elle est cause de ses propres volontés, auxquelles il a plû au Créateur d'attacher ces mouvemens. Ainsi les actions corporelles avec toutes leurs suites bonnes ou mauvaises, lui sont justement imputées ; elle en est vraie cause, selon l'usage le plus commun de ce terme. Cause, dans le langage ordinaire, signifie une raison par laquelle un effet est distingué d'un autre effet, & non cette efficace générale qui influe dans tous les effets. Pour rendre les hommes responsables de leurs actions, il importe fort peu qu'ils les produisent ou non par une efficacité naturelle, par un pouvoir physique que le Créateur ait donné à leur ame en la formant, de mouvoir le corps qui lui est uni : mais il importe beaucoup qu'ils soient causes morales ou libres ; il importe beaucoup que l'ame ait un tel empire sur ses propres actes, qu'elle puisse à son gré vouloir ou ne vouloir pas ces mouvemens corporels qui suivent nécessairement sa volonté. Otez toute action aux corps, & faites mouvoir l'univers par l'efficace des volontés divines, toûjours appliquées à remuer la matiere, les lois du mouvement ne seront point un jeu, dès que vous conserverez aux esprits une véritable efficace, un pouvoir réel de se modifier eux-mêmes ; & dès que vous reconnoîtrez qu'un certain arrangement de la matiere à laquelle Dieu les unit, devient pour eux, par les diverses sensations qu'il y excite, une occasion de déployer leur activité.
Outre les causes physiques, morales, & instrumentales, on en distingue encore de plusieurs sortes ; savoir, la cause matérielle, la cause formelle, la cause exemplaire, la cause finale. La cause matérielle est le sujet sur lequel l'agent travaille, ou ce dont la chose est formée ; le marbre par exemple, est la cause matérielle d'une statue. La cause formelle, c'est ce qui détermine une chose à être ce qu'elle est, & qui la distingue de toute autre : la cause formelle s'unissant à la matérielle, produit le corps ou le composé. La cause exemplaire, c'est le modele que se propose l'agent, & qui le dirige dans son action : ce modele est ou intrinseque ou extrinseque à l'agent : dans le premier cas, il se confond avec les idées-archetypes, voyez IDEE ; dans le second cas, il se prend pour toutes les riches productions de la nature, & pour tous les ouvrages exquis de l'ART. Voyez ces deux articles. Pour ce qui regarde les causes finales, consultez l'article suivant. (X)
CAUSES FINALES, (Métaphys.) Le principe des causes finales consiste à chercher les causes des effets de la nature par la fin que son auteur a dû se proposer en produisant ces effets. On peut dire plus généralement, que le principe des causes finales consiste à trouver les lois des phénomenes par des principes métaphysiques.
Ce mot a été fort en usage dans la Philosophie ancienne, où l'on rendoit raison de plusieurs phénomenes, tant bien que mal, par les principes métaphysiques aussi tant bons que mauvais. Par exemple on disoit : l'eau monte dans les pompes, parce que la nature a horreur du vuide ; voilà le principe métaphysique absurde par lequel on expliquoit ce phénomene. Aussi le chancelier Bacon,ce génie sublime, ne paroît pas faire grand cas de l'usage des causes finales dans la Physique. Causarum finalium, dit-il, investigatio sterilis est, & tanquam virgo Deo consecrata, nil parit. De augm. scient. lib. III. chap. v. Quand ce grand génie parloit ainsi, il avoit sans doute en vûe le principe des causes finales, employé même d'une maniere plus raisonnable que ne l'employoient les scholastiques. Car l'horreur du vuide, par exemple, est un principe plus que stérile, puisqu'il est absurde. Bacon avoit bien senti que nous voyons la nature trop en petit pour pouvoir nous mettre à la place de son auteur ; que nous ne voyons que quelques effets qui tiennent à d'autres, & dont nous n'appercevons pas la chaîne ; que la fin du Créateur doit presque toûjours nous échapper, & que c'est s'exposer à bien des erreurs que de vouloir la démêler, & sur-tout expliquer par-là les phénomenes. Descartes a suivi la même route que Bacon,& sa philosophie a proscrit les causes finales, avec la scholastique. Cependant un grand philosophe moderne, M. Leibnitz, a essayé de ressusciter les causes finales, dans un écrit imprimé Act. erud. 1682, sous le titre de Unicum Opticæ, Catoptricæ, & Dioptricæ principium. Dans cet ouvrage M. Léibnitz se déclare hautement pour cette maniere de philosopher, & il en donne un essai en déterminant les lois que suit la lumiere.
La nature, dit-il, agit toûjours par les voies les plus simples & les plus courtes ; c'est pour cela qu'un rayon de lumiere dans un même milieu va toûjours en ligne droite tant qu'il ne rencontre point d'obstacle : s'il rencontre une surface solide, il doit se refléchir de maniere que les angles d'incidence & de reflexion soient égaux ; parce que le rayon obligé de se refléchir, va dans ce cas d'un point à un autre par le chemin le plus court qu'il est possible. Cela se trouve démontré par-tout. Voyez MIROIR & REFRACTION. Enfin si le globule lumineux rencontre une surface transparente, il doit se rompre de maniere que les sinus d'incidence & de réfraction soient en raison directe des vîtesses dans les deux milieux ; parce que dans ce cas il ira d'un point à un autre, dans le tems le plus court qu'il est possible.
M. de Fermat avant M. Leibnitz, s'étoit servi de ce même principe pour déterminer les lois de la réfraction ; & il ne faudroit peut-être que ce que nous venons de dire, pour démontrer combien l'usage des causes finales est dangereux.
En effet, il est vrai que dans la réflexion sur les miroirs plans & convexes, le chemin du rayon est le plus court qu'il est possible : mais il n'en est pas de même dans les miroirs concaves ; & il est aisé de démontrer que souvent ce chemin, au lieu d'être le plus court, est le plus long. J'avoüe que le pere Taquet, qui a adopté dans sa catoptrique ce principe du plus court chemin, pour expliquer la réflexion, n'est pas embarrassé de la difficulté des miroirs concaves. Lorsque la nature, dit-il, ne peut pas prendre ce chemin le plus court, elle prend le plus long ; parce que le chemin le plus long est unique & déterminé, comme le chemin le plus court. On peut bien appliquer ici ce mot de Cicéron : nihil tam absurdum excogitari potest, quod dictum non sit ab aliquo philosophorum.
Voilà donc le principe des causes finales en défaut sur la réflexion. C'est bien pis sur la réfraction ; car en premier lieu pourquoi dans le cas de la réflexion, la nature suit-elle tout-à-la-fois le plus court chemin & le plus court tems ; au lieu que dans la réfraction, elle ne prend que le plus court tems, & laisse le plus court chemin ? On dira qu'il a fallu choisir ; parce que dans le cas de la réfraction, le plus court tems & le plus court chemin ne peuvent s'accorder ensemble. A la bonne heure : mais pourquoi préférer le tems au chemin ? En second lieu, suivant MM. Fermat & Leibnitz, les sinus sont en raison directe des vîtesses, au lieu qu'ils doivent être en raison inverse. Voyez REFRACTION & ACTION. Reconnoissons donc l'abus des causes finales par le phénomene même que leurs partisans se proposent d'expliquer à l'aide de ce principe.
Mais s'il est dangereux de se servir des causes finales à priori pour trouver les lois des phénomenes ; il peut être utile, & il est au moins curieux de faire voir comment le principe des causes finales s'accorde avec les lois des phénomenes, pourvû qu'on ait commencé par déterminer ces lois d'après des principes de méchanique clairs & incontestables. C'est ce que M. de Maupertuis s'est proposé de faire à l'égard de la réfraction en particulier, dans un mémoire imprimé parmi ceux de l'academie des Sciences, 1744. Nous en avons parlé au mot ACTION. Il fait à la fin & au commencement de ce mémoire, des réflexions très-judicieuses & très-philosophiques sur les causes finales. Il a depuis étendu ces réflexions, & porté plus loin leur usage dans les mémoires de l'académie de Berlin, 1746, & dans sa cosmologie. Il montre dans ces ouvrages l'abus qu'on a fait du principe des causes finales, pour donner des preuves de l'existence de Dieu par les effets les moins importans de la nature ; au lieu de chercher en grand des preuves de cette vérité si incontestable. Voyez l'article COSMOLOGIE. Ce qui appartient à la sagesse du Créateur, dit M. de Fontenelle, semble être encore plus au-dessus de notre foible portée, que ce qui appartient à sa puissance, Eloge de M. Leibnitz. Voyez aussi des réflexions très-sages de M. de Mairan sur le principe des causes finales, dans les mém. acad. 1723. (O)
CAUSE, en Méchanique & en Physique, se dit de tout ce qui produit du changement dans l'état d'un corps, c'est-à-dire, qui le met en mouvement ou qui l'arrête, ou qui altere le mouvement.
C'est une loi générale de la nature, que tout corps persiste dans son état de repos ou de mouvement, jusqu'à ce qu'il survienne quelque cause qui change cet état. Voyez PROJECTILE, IS DE LA NATURETURE.
Nous ne connoissons que deux sortes de causes capables de produire ou d'altérer le mouvement dans les corps ; les unes viennent de l'action mutuelle que les corps exercent les uns sur les autres, à raison de leur impénétrabilité : telles sont l'impulsion & les actions qui s'en dérivent, comme la traduction. Voyez ces deux mots. En effet, lorsqu'un corps en pousse un autre, cela vient de ce que l'un & l'autre corps sont impénétrables ; il en est de même lorsqu'un corps en tire un autre : car la traction, comme celle d'un cheval attaché à une voiture, n'est proprement qu'une impulsion. Le cheval pousse la courroie attachée à son poitrail ; & cette courroie étant attachée au char, le char doit suivre.
On peut donc regarder l'impénétrabilité des corps comme une des causes principales des effets que nous observons dans la nature ; mais il est d'autres effets dont nous ne voyons pas aussi clairement que l'impénétrabilité soit la cause ; parce que nous ne pouvons démontrer par quelle impulsion méchanique ces effets sont produits ; & que toutes les explications qu'on en a données par l'impulsion, sont contraires aux lois de la méchanique, ou démenties par les phénomenes. Tels sont la pesanteur des corps, la force qui retient les planetes dans leurs orbites, &c. Voyez PESANTEUR, GRAVITATION, ATTRACTION, &c.
C'est pourquoi, si on ne veut pas décider absolument que ces phénomenes ayent une autre cause que l'impulsion, il faut au moins se garder de croire & de soûtenir qu'ils ayent l'impulsion pour cause : il est donc nécessaire de reconnoître une classe d'effets, & par conséquent de causes dans lesquelles l'impulsion ou n'agit point, ou ne se manifeste pas.
Les causes de la premiere espece, savoir celles qui viennent de l'impulsion, ont des lois très-connues ; & c'est sur ces lois que sont fondées celles de la percussion, celles de la dynamique, &c. Voyez ces mots.
Il n'en est pas de même des causes de la seconde espece. Nous ne les connoissons pas ; nous ne savons donc ce qu'elles sont que par leurs effets : leur effet seul nous est connu, & la loi de cet effet ne peut être donnée que par l'expérience, puisqu'elle ne sauroit l'être à priori, la cause étant inconnue. Nous voyons l'effet, nous concluons qu'il a une cause : mais voilà jusqu'où il nous est permis d'aller. C'est ainsi qu'on a découvert par l'expérience la loi que suivent les corps pesans dans leur chûte, sans connoitre la cause de la pesanteur.
C'est un principe communément reçu en Méchanique, & très-usité, que les effets sont proportionnels à leurs causes. Ce principe pourtant n'est guere plus utile & plus fécond que les axiomes. Voyez AXIOME. En effet je voudrois bien savoir de quel avantage il peut être.
1°. S'il s'agit des causes de la seconde espece, qui ne sont connues que par leurs effets, il ne peut jamais servir de rien. Car si on ne connoît pas l'effet, on ne connoîtra rien du tout ; & si on connoît l'effet, on n'a plus besoin du principe ; puisque deux effets différens étant donnés, on n'a qu'à les comparer immédiatement, sans s'embarrasser s'ils sont proportionnés ou non à leurs causes.
2°. S'il s'agit des causes de la premiere espece, c'est-à-dire des causes qui viennent de l'impulsion, ces causes ne peuvent jamais être autre chose qu'un corps qui est en mouvement, & qui en pousse un autre. Or, non-seulement on a des lois de l'impulsion & de la percussion, indépendamment de ce principe : mais il seroit même possible, si on s'en servoit, de tomber dans l'erreur. Je l'ai fait voir, article 119 de mon traité de dynamique, je vais le répéter ici en peu de mots.
Soit un corps M qui choque avec la vîtesse u un autre corps en repos m ; il est démontré, voyez PERCUSSION, que la vîtesse commune aux deux corps après le choc sera Mu/(M + m.) Voilà ; si l'on veut, l'effet ; la cause est dans la masse M, animée de la vîtesse u. Mais quelle fonction de M & de u prendra-t-on pour exprimer cette cause ? sera-ce M u, ou M u u, ou M 2 u, ou M u 3, &c. & ainsi à l'infini ? D'ailleurs, laquelle de ces fonctions qu'on prenne pour exprimer la cause, la vîtesse produite dans le corps m variera à mesure que m variera, & ne sera point par conséquent proportionnelle à la cause, puisque M & u restant constans, la cause reste la même. On dira peut-être que je ne prens ici qu'une partie de l'effet, savoir la vîtesse produite dans le corps m, & que l'effet total est (M M u)/(M + m) + (M m u)/(M + m), c'est-à-dire la somme des deux qualités de mouvement, laquelle est égale & proportionnelle à la cause M u. A la bonne-heure : mais l'effet total dont il s'agit, est composé de deux qualités de mouvement, qu'il faut que je connoisse séparément ; & comment les connoîtrai-je avec ce principe, que l'effet est proportionnel à sa cause ? Il faudroit donc diviser la cause en deux parties pour chacun des deux effets partiels : comment se tirer de cet embarras ?
Il seroit à souhaiter que les Méchaniciens reconnussent enfin bien distinctement que nous ne connoissons rien dans le mouvement que le mouvement même, c'est-à-dire l'espace parcouru & le tems employé à le parcourir, & que les causes métaphysiques nous sont inconnues ; que ce que nous appellons causes, même de la premiere espece, n'est tel qu'improprement ; ce sont des effets desquels il résulte d'autres effets. Un corps en pousse un autre, c'est-à-dire ce corps est en mouvement, il en rencontre un autre, il doit nécessairement arriver du changement à cette occasion dans l'état des deux corps, à cause de leur impénétrabilité ; l'on détermine les lois de ce changement par des principes certains, & l'on regarde en conséquence le corps choquant comme la cause du mouvement du corps choqué. Mais cette façon de parler est impropre. La cause métaphysique, la vraie cause nous est inconnue. Voyez IMPULSION.
D'ailleurs quand on dit que les effets sont proportionnels à leurs causes ; ou on n'a point d'idée claire de ce que l'on dit, ou on veut dire que deux causes, par exemple, sont entr'elles comme leurs effets. Or, si ce sont deux causes métaphysiques dont on veut parler, comment peut-on avancer pareille assertion ? Les effets peuvent se comparer, parce qu'on peut trouver qu'un espace est double ou triple, &c. d'un autre parcouru dans le même tems : mais peut-on dire qu'une cause métaphysique, c'est-à-dire qui n'est pas elle-même un effet matériel, & pour ainsi dire palpable, soit double d'une autre cause métaphysique ? C'est comme si on disoit qu'une sensation est double d'une autre ; que le blanc est double du rouge, &c. Je vois deux objets dont l'un est double de l'autre : peut-on dire que mes deux sensations sont proportionnelles à leurs objets ?
Un autre inconvénient du principe dont il s'agit, c'est le grand nombre de parallogismes dans lequel il peut entraîner, lorsqu'on sait mal démêler les causes qui se compliquent quelquefois plusieurs ensemble, pour produire un effet qui paroît unique. Rien n'est si commun que cette mauvaise maniere de raisonner. Concluons donc que le principe dont nous parlons est utile, & même dangereux. Il y a beaucoup d'apparence que si on ne s'étoit jamais avisé de dire que les effets sont proportionnels à leurs causes, on n'eût jamais disputé sur les forces vives. Voy. FORCE. Car tout le monde convient des effets. Que n'en restoit-on là ? Mais on a voulu subtiliser, & on a tout brouillé au lieu d'éclaircir tout. (O)
CAUSE PROCATARCTIQUE, en Medecine, signifie la cause ou l'occasion originale primitive, ou préexistante d'un effet.
Ce mot vient du grec , qui est formé du verbe , je préexiste, je vais devant.
Telle est, par exemple, une maladie qui s'unit & coopere avec quelqu'autre maladie dont elle est suivie. Ainsi lorsque la colere ou la chaleur du climat dans lequel on vit, donne aux humeurs une disposition qui produit la fievre, cette disposition est la cause immédiate de la fievre ; & la colere ou la chaleur en est la cause procatarctique.
CAUSE CONTINENTE, en Medecine, se dit de celle dont la maladie dépend si immédiatement, qu'elle ne sauroit cesser tant qu'elle subsiste. Voyez MALADIE.
Une cause continente de la suppression d'urine, est le calcul qui se trouve dans la vessie. Voyez CALCUL.
Fievre continente ou continue, est celle dont la crise se fait sans intermission ou rémission. V. FIEVRE. (N)
CAUSE, en terme de Pratique, est la contestation qui fait l'objet d'un plaidoyer ; & quelquefois le plaidoyer même. On dit plûtôt procès, quand il s'agit d'une affaire qui s'instruit par écritures.
On appelle causes d'appel, les moyens que l'appellant entend alléguer pour soûtenir la légitimité de son appel. (H)
CAUSES MAJEURES, dans la discipline ecclésiastique, sont toutes les questions importantes qui concernent soit le dogme, soit la discipline, & particulierement les actions intentées contre les évêques, dans des cas où il peut y avoir lieu à la déposition.
Suivant l'ancien droit, ces causes étoient jugées dans le concile de la province, du jugement duquel le septieme canon du concile de Sardique, tenu en 347, permet d'appeller au pape, pour examiner de nouveau l'affaire : mais il en réserve toûjours le jugement aux évêques de la province voisine.
Suivant le droit nouveau, c'est-à-dire l'introduction des Decrétales, comprises dans le recueil d'Isidore, c'est-à-dire depuis le jx. siecle, le concile de la province peut bien instruire & examiner le procès : mais la décision doit être reservée au saint siége. Toutes les causes majeures depuis ce tems ont été censées appartenir au pape seul en premiere instance : & voici ce que les canonistes lui attribuent. Déclarer les articles de foi : convoquer le concile général : approuver les conciles & les écrits des autres docteurs : diviser & unir les évêchés, ou en transférer le siége ; exempter les évêques & les abbés de la jurisdiction de leurs ordinaires : transférer les évêques : les déposer, les rétablir : juger souverainement, ensorte qu'il n'y ait point d'appel de ses jugemens.
Voilà ce qu'on entend communément par causes majeures. La pragmatique-sanction a reconnu que les causes majeures, dont l'énumération expresse se trouve dans le droit, doivent être portées immédiatement au saint-siége, & qu'il y a des personnes dont la déposition appartient au pape : ensorte que s'ils sont trouvés mériter cette peine, ils doivent lui être renvoyés avec leur procès instruit.
Le concile de Trente, sess. XXIV. c. v. ordonne que les causes criminelles contre les évêques, si elles sont assez graves pour mériter déposition ou privation, ne seront examinées & terminées que par le pape ; que s'il est nécessaire de les commettre hors de la cour de Rome, ce sera aux évêques ou au métropolitain que le pape choisira par commission spéciale signée de sa main ; qu'il ne leur commettra que la seule connoissance du fait, & qu'ils seront obligés d'en renvoyer l'instruction au pape, à qui le jugement définitif est réservé. On laisse au concile provincial les moindres causes.
Mais l'église gallicane a conservé l'ancien droit, suivant lequel les évêques ne doivent être jugés que par les évêques de la province assemblés en concile, en y appellant ceux des provinces voisines jusqu'au nombre de douze, sauf l'appel au pape suivant le concile de Sardique. C'est ce que le clergé de France a arrêté, tant par sa protestation faite dans le tems contre le decret du concile de Trente, que par celle qu'il fit en 1650, au sujet de ce qui s'étoit passé d'irrégulier & de contraire à ses droits dans l'instruction du procès de l'évêque de Léon ; en 1632 Fleuri, Instit. au Droit ecclés. tom. II. Part. III. ch. xviij. pag. 169. & suiv. (G)
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| CAUSIE | S. f. (Littérat.) en grec , coëffure ou armure de tête, qui étoit commune à tous les Macédoniens ; Pausanias, Athénée, Plutarque & Hérodien en ont parlé. Il en est aussi fait mention dans l'anthologie. Cette espece de chapeau étoit fait de poil ou de laine, si bien tissue & apprêtée, que nonseulement il servoit d'abri contre le mauvais tems ; mais qu'il pouvoit même tenir lieu de casque. Eustachius en fait la description dans ses commentaires sur Homere, où il cite un passage de Pausanias, qui pourroit faire croire que la coëffure de tête que l'on nommoit causia, étoit particuliere aux rois de Macédoine. Peut-être que cette armure devint dans la suite du tems un ornement royal. (D.J.)
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| CAUSSADE | (Géog.) petite ville de France dans le bas Quercy, près de l'Aveyrou.
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| CAUSTIQUE | adj. pris subst. (Chimie) Ce nom a été donné à certains dissolvans, dont on a évalué l'action par leur effet sur le corps animal, qu'ils affectent à-peu-près de la même façon que le feu, ou les corps actuellement ignés ou brûlans. Cette action est une vraie dissolution. (Voyez MENSTRUE) ; car les caustiques proprement dits, sont de vrais dissolvans des substances animales. Les alkalis fixes, sur-tout animés par la chaux (Voyez PIERRE A CAUTERE), les alkalis volatils, la chaux vive, attaquent ces substances très-efficacement, & se combinent avec elles. Les acides minéraux concentrés, & les sels métalliques surchargés d'acide, comme le sublimé corrosif, le beurre d'antimoine, le vitriol, les crystaux de lune, &c. les attaquent & les décomposent. Voyez LYMPHE.
Quelques sucs résineux, comme ceux de quelques convolvulus, du toxicodendron, des tithymales, & quelques baumes très-visqueux, comme la poix de Bourgogne, les huiles essentielles vives, ne sont pas des caustiques proprement dits. Ces substances n'agissent sur l'animal vivant que par irritation ; elles peuvent enflammer les parties, les mortifier même assez rapidement ; mais c'est comme sensibles que ces parties sont alors affectées, & non pas comme solubles.
C'est appliquer un cautere sur une jambe de bois, dit-on communément pour exprimer l'inutilité d'un secours dont on essaye. Un medecin diroit tout aussi volontiers, & plus savamment, sur la jambe d'un cadavre, puisque la bonne doctrine sur l'action des remedes est fondée sur le jeu des parties, sur leur mobilité, leur sensibilité, leur vie ; les remedes n'opéreroient rien sur le cadavre, disent la plûpart des auteurs de matiere médicale. Ces auteurs ont raison pour plusieurs remedes, pour la plûpart même : mais ils se trompent pour les vrais caustiques. On feroit aussi-bien une escare sur un cadavre que sur un corps vivant.
L'opération par laquelle on prépare ou tane les cuirs, n'est autre chose que l'application d'un caustique leger à une partie morte, dont il dissout & enleve les sucs lymphatiques, les humeurs, en épargnant les fibres ou parties solides ; mais qui détruiroit ces solides même à la longue, si on augmentoit la dose ou l'intensité du dissolvant.
La préparation des mumies d'Egypte ne différoit de celle de nos cuirs, que par le dissolvant que les embaumeurs Egyptiens employoient. Nos Tanneurs se servent de la chaux ; c'étoit le natron qui étoit en usage chez les Egyptiens. Voyez l'extrait du Mémoire de M. Roüelle sur les mumies, lû à l'assemblée publique de l'académie des Sciences du mois de Novembre 1750, dans le Mercure de Janvier 1751. Cet article est de M. Venel.
L'usage des caustiques, en Medecine, est de manger les chairs fongueuses & baveuses ; ils pénetrent même dans les corps durs & calleux, fondent les humeurs, & sont d'un usage particulier dans les abcès & les apostumes, pour consumer la matiere qui est en suppuration, & y donner une issue ; & servent aussi quelquefois à faire une ouverture aux parties, dans le cas où l'incision seroit difficile à pratiquer ou dangereuse.
Les principaux médicamens de cette classe sont l'alun brûlé, l'éponge, les cantharides & autres vésicatoires, l'orpiment, la chaux-vive, le vitriol, les cendres de figuier, le frêne, la lie de vin, le sel de la lessive dont on fait le savon, le mercure sublimé, le précipité rouge, &c. Voyez chacune de ces substances à leur article propre.
Les crystaux de la lune & la pierre infernale, composés d'argent & d'esprit de nitre, deviennent caustiques par ce mélange. Voyez CRYSTAL, ARGENT, &c. (N)
CAUSTIQUE, s. f. dans la Géométrie transcendante, est le nom que l'on donne à la courbe que touchent les rayons réfléchis ou réfractés par quelqu'autre courbe. Voyez COURBE. Si une infinité de rayons de lumiere infiniment proches tombent sur toute l'étendue d'une surface courbe, & que ses rayons soient supposés réflechis ou rompus suivant les lois de la réflexion & de la réfraction, la suite des points de concours des rayons réfléchis ou rompus infiniment proches, formera un polygone d'une infinité de côtés ou une courbe qu'on appelle caustique ; cette courbe est touchée par les rayons réfléchis ou rompus, puisque ces rayons ne sont que le prolongement des petits côtés de la caustique.
Chaque courbe a ses deux caustiques, ce qui fait diviser les caustiques en catacaustiques & diacaustiques ; les premieres sont formées par réflexion, & les autres par réfraction.
On attribue ordinairement l'invention des caustiques à M. Tschirnhausen ; il les proposa à l'académie des Sciences en l'année 1682 ; elles ont cette propriété remarquable, que lorsque les courbes qui les produisent sont géométriques, elles sont toûjours rectifiables.
Ainsi la caustique formée des rayons réfléchis par un quart de cercle, est égale aux 3/4 du diametre. Cette rectification des caustiques a été antérieure au calcul de l'infini, qui nous a fourni celle de plusieurs autres courbes. Voyez RECTIFICATION. L'académie nomma un comité pour examiner ces nouvelles courbes ; il étoit composé de MM. Cassini, Mariotte, & de la Hire, qui révoquerent en doute la description ou génération que M. Tschirnhausen avoit donnée de la caustique par réflexion du quart de cercle : l'auteur refusa de leur découvrir sa methode, & M. de la Hire persista à soûtenir qu'on pouvoit en soupçonner la génération de fausseté. Quoi qu'il en soit, M. Tschirnhausen la proposoit avec tant de confiance, qu'il l'envoya aux actes de Leipsic, mais sans démonstration. M. de la Hire a fait voir depuis dans son traité des Epicycloïdes, que M. Tschirnhausen s'étoit effectivement trompé dans la description de cette caustique. On trouve dans l'Analyse des infiniment petits de M. le marquis de l'Hopital, une méthode pour déterminer les caustiques de réflexion & de réfraction d'une courbe quelconque, avec les propriétés générales de ces sortes de courbes, que le calcul des infiniment petits rend très-aisées à découvrir & à entendre.
Le mot caustique vient du Grec , je brûle ; parce que les rayons étant ramassés sur la caustique en plus grande quantité qu'ailleurs, peuvent y brûler, si la caustique est d'une fort petite étendue. Dans les miroirs paraboliques, la caustique des rayons paralleles à l'axe est un point qu'on nomme le foyer de la parabole.
Dans les miroirs sphériques d'une étendue de 20 à 30 degrés, la caustique des rayons paralleles à l'axe est d'une très-petite étendue, ce qui rend les miroirs sphériques & paraboliques capables de brûler. Voyez ARDENT, PARABOLE, FOYER, &c.
Si plusieurs rayons partent d'un point, & tombent sur une surface plane, les rayons réfléchis prolongés se réuniront en un point ; & pour trouver ce point, il n'y a qu'à mener du point d'où les rayons partent, une perpendiculaire à la surface plane, prolonger cette perpendiculaire jusqu'à ce que la partie prolongée lui soit égale, & le point cherché sera à l'extrémité de cette partie prolongée. Voyez MIROIR.
Cette proposition peut faire naître sur les caustiques une difficulté capable d'arrêter les commençans & qu'il est bon de lever ici. On sait que dans la Géométrie des infiniment petits, une portion de courbe infiniment petite est regardée comme une ligne droite dont la tangente est le prolongement. Supposons donc un petit côté de courbe prolongé en tangente, & imaginons deux rayons infiniment proches, qui tombent sur ce petit côté ; il semble, d'après ce que nous venons de dire, que pour trouver le point de concours des rayons réfléchis, il suffise de mener du point d'où les rayons partent, une perpendiculaire à cette tangente, & de prolonger cette perpendiculaire d'une quantité égale. Cependant le calcul & la méthode de M. de l'Hopital font voir que l'extrémité de cette perpendiculaire n'est pas un point de la caustique. Comment donc accorder tout cela ? Le voici. En considérant la petite portion de courbe comme une ligne droite, il faudroit que les perpendiculaires à la courbe, tirées aux deux extrémités du petit côté fussent exactement paralleles, comme elles le seroient si la surface totale au lieu d'être courbe étoit droite ; or cela n'est pas : les perpendiculaires concourent à une certaine distance, & forment par leur concours ce qu'on appelle le rayon de la développée. Voyez DEVELOPPEE. Ainsi il faut avoir égard à la position de ces perpendiculaires concourantes pour déterminer la position des rayons réfléchis, & par conséquent leur point de concours, qui est tout autre que si la surface étoit droite. En considérant une courbe comme un polygone, les perpendiculaires à la courbe ne doivent pas être les perpendiculaires aux côtés de la courbe ; ce sont les lignes qui divisent en deux également l'angle infiniment obtus que forment les petits côtés ; autrement au point de concours de deux petits côtés il y auroit deux perpendiculaires, une pour chaque côté. Or cela ne se peut, puisqu'à chaque point d'une courbe il n'y a qu'une perpendiculaire possible. Les rayons incidens & réfléchis doivent faire avec la perpendiculaire des angles égaux. D'après cette remarque sur les perpendiculaires, on peut déterminer les caustiques en regardant les courbes comme polygones ; & on ne trouvera plus aucune absurdité ni contradiction apparente entre les principes de la Géométrie de l'infini. Voyez DIFFERENTIEL, INFINI, &c. (O)
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| CAUTE | (Géog.) riviere considérable de l'Amérique, dans l'île de Cuba, où il se trouve beaucoup de crocodiles.
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| CAUTELE | S. f. dans quelques anciens Jurisconsultes, est synonyme à ruse ou finesse : mais il est vieilli en ce sens ; on ne l'employe plus qu'en Droit canonique, où il est synonyme à précaution ; c'est en ce sens qu'on dit une absolution à cautele, pour signifier une absolution provisoire qu'on donne à un prêtre appellant d'une sentence qui l'excommunie ou l'interdit, afin qu'il lui soit permis d'ester en jugement pour la poursuite de l'appel ; encore conserve-t-on souvent l'expression latine ad cautelam, sans la franciser : & l'on dit une absolution ad cautelam. (H)
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| CAUTEN | (Géog.) cap & riviere de l'Amérique méridionale.
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| CAUTERE | S. m. (Chirurgie) médicament qui brûle, mange ou corrode quelque partie solide du corps.
Ce mot vient du grec , ou , qui signifie la même chose, & est dérivé du verbe , brûler.
Il y en a deux sortes ; le cautere actuel, & le cautere potentiel.
Le cautere actuel est celui qui produit son effet en un moment, comme le feu, ou un fer rougi au feu. On se servoit anciennement de cette espece de cauteres dans les fistules lacrymales, après l'extirpation du cancer, l'amputation d'une jambe ou d'un bras, &c. pour arrêter l'hémorrhagie, & produire une suppuration loüable. On en applique encore quelquefois sur des os cariés, sur des abcès & des ulceres malins.
Les cauteres actuels sont des instrumens composés d'une tige de fer dont l'extrémité postérieure est une mitte, du milieu de laquelle s'éleve une soie tournée en vis, afin qu'un même manche de bois garni d'un écrou puisse servir à monter des cauteres de différente figure. Il y en a qui par leur partie antérieure forment un bouton sphérique ; d'autres l'ont olivâtre ; les uns se terminent par une plaque quarrée, &c. Voyez les fig. 5. C. 7. 8. 9. 10. & 11. Pl. XVII. On peut changer les cauteres, & leur faire donner telle configuration qu'on voudra, selon le besoin qu'on en aura, afin de les rendre conformes aux endroits où on doit les appliquer. Voyez CAUTERISATION.
M. Homberg dit que la medecine des habitans de Java & de la plûpart des autres peuples orientaux, consiste en grande partie à brûler les chairs, ou à y appliquer des cauteres actuels ; & qu'il y a peu de maladies que ces différens peuples ne guérissent par cette méthode.
Le cautere potentiel est une composition de remedes caustiques, où entrent ordinairement de la chaux vive, du savon & de la suie de cheminée. Voyez CAUSTIQUE. On s'en sert pour l'ouverture des abcès. Voyez ABCES.
Ambroise Paré enseigne la composition d'un caustique qu'il nomme cautere de velours, ainsi appellé parce que ce remede ne cause point de douleur, ou parce qu'il avoit acheté le secret fort cher d'un chimiste. L'auteur dit :... " à iceux je donnerai le nom de cauteres de velours, à raison qu'ils ne font douleur, principalement lorsqu'ils seront appliqués sur les parties exemptes d'inflammation & de douleur ; & aussi parce que je les ai recouvrés par du velours ". Le cautere est aussi un ulcere qu'on procure exprès dans quelque partie saine du corps, pour servir d'égout aux mauvaises humeurs. Voyez FONTICULE & SETON.
Les cauteres se font communément à la nuque, entre la premiere & la seconde vertebre du cou ; à la partie supérieure du bras, dans une petite cavité qui se forme entre le muscle deltoïde & le biceps ; & à la partie interne du genou, un peu au-dessous de l'attache des fléchisseurs de la jambe.
Pour bien appliquer un cautere, on commence par faire un emplâtre rond de la grandeur d'un écu, & troué par le milieu : il doit être fort emplastique, afin qu'il s'attache fortement à la peau, pour empêcher que l'escare ne fasse plus de progrès qu'on ne le desire. On met cet emplâtre sur l'endroit destiné au cautere : on applique une pierre à cautere sur la peau qui est découverte au centre de l'emplâtre ; on la recouvre d'un autre emplâtre plus grand que celui qui est percé : on applique ensuite une compresse & un bandage circulaire qu'on serre un peu, afin que l'appareil ne change pas de place.
Il faut que le chirurgien connoisse l'activité du caustique dont il se sert, pour ne le laisser qu'un tems suffisant pour faire escare à la peau : on panse l'escare, on en procure la chûte par l'usage des remedes suppuratifs ; & on entretient ensuite la suppuration de l'ulcere en tenant un pois dedans, qu'on a soin de renouveller tous les jours.
Les cauteres sont d'une grande utilité dans nombre de maladies : il y en a même plusieurs qu'on ne sauroit guérir sans cautere, lorsqu'elles sont enracinées ou obstinées ; telles sont l'ophthalmie, les anciens maux de tête, les fluxions fréquentes, les ulceres invétérés, &c. Voyez SETON. (Y)
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| CAUTÉRISATION | S. f. terme de Chirurgie, application d'un fer rougi au feu, sur les parties du corps. On appelle cauteres actuels les instrumens qui y servent. Voyez CAUTERE.
L'usage des cauteres actuels est de consumer la carie des os, d'empêcher la vermoulure que cette maladie peut occasionner en faisant des progrès. L'application des cauteres, en desséchant l'humidité ou la sanie qui exude des os cariés, procure l'exfoliation, & fait obtenir une guérison solide de l'ulcere, par une bonne cicatrice. Voyez EXFOLIATION.
Pour faire l'application des cauteres actuels, on fait rougir leur extrémité antérieure dans un feu ardent. Pour garantir les levres de la plaie de l'action du feu, quelques auteurs conseillent de les cacher avec deux petites plaques de fer fort mince qu'on fait tenir par deux serviteurs. Je crois qu'on doit préférer la méthode que décrit M. Petit dans son traité des maladies des os, à l'article de la carie. Il conseille de garnir les chairs voisines de la carie avec des linges mouillés, pour les garantir du feu. Il faut que ces linges soient bien exprimés, parce que l'eau qui en découleroit, refroidiroit les cauteres, qui doivent être les plus rouges qu'on pourra, afin qu'ils puissent brûler, quoiqu'on les applique legerement.
Lorsqu'on a cautérisé tout ce qu'on se proposoit, ce qu'il est expédient de faire quelquefois à plusieurs reprises, on panse la carie avec la charpie seche. Si le malade sentoit beaucoup de chaleur, on imbiberoit la charpie d'esprit-de-vin : le reste de l'ulcere se panse à l'ordinaire.
La carie profonde demande une application plus forte des cauteres qu'une carie superficielle ; parce que pour en tirer le fruit qu'on en attend, il faut brûler jusqu'aux parties saines, afin de dessécher & tarir les vaisseaux d'où viennent les sérosités rongeantes. Voyez CARIE.
Les anciens cautérisoient les parties molles pour les fortifier ou pour procurer un égout aux matieres impures de la masse du sang ; mais l'horreur que fait cette opération, l'a fait rejetter depuis long-tems. Voyez CAUTERE & SETON.
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| CAUTION | S. f. en Droit, sûreté que l'on donne pour l'exécution de quelqu'engagement ; en ce sens il est synonyme à cautionnement. Voyez CAUTIONNEMENT.
Caution signifie aussi la personne même qui cautionne ; & en ce second sens il est synonyme à pleige, qui est moins usité. Voyez PLEIGE.
Par l'ancien droit romain, le créancier pouvoit s'adresser directement à la caution, & lui faire payer le total de la dette, sans être obligé à faire aucunes poursuites contre le débiteur ; & s'il y avoit plusieurs cautions, elles étoient toutes obligées solidairement. Mais l'empereur Adrien leur accorda premierement le bénéfice de division, & dans la suite Justinien leur accorda celui d'ordre ou de discussion. Voyez DIVISION & DISCUSSION.
La caution ne peut pas être obligée à plus que le principal obligé ou débiteur, mais elle peut être obligée plus étroitement ; ainsi l'obligation de la caution subsiste, quoique celle du principal obligé, mineur, soit éteinte par la restitution en entier. De même la caution peut hypothéquer ses immeubles, quoique le débiteur n'ait pas obligé les siens.
Les cautions entr'elles n'ont aucune action l'une contre l'autre ; desorte que s'il y avoit plusieurs cautions, & que l'autre, en conséquence de l'insolvabilité du débiteur, paye le tout, la caution qui a été obligée de payer n'a aucun recours contre les autres, si elle n'a pas eu la précaution d'obliger le créancier à lui céder ses droits, parce que les cautions n'ont pas contracté l'une avec l'autre, mais seulement avec le principal débiteur.
CAUTION judiciaire, voyez JUDICIAIRE.
CAUTION juratoire, voyez JURATOIRE. (H)
CAUTION bourgeoise, répondant qui a son domicile, qui est établi, qui a des biens apparens dans un lieu, dans une ville.
CAUTION banale se dit au contraire d'un homme sans bien, qui n'ayant rien à perdre, est toûjours prêt à cautionner telles personnes qui se présentent, & pour telles sommes qu'on veut.
Il y a une espece de caution de cette sorte aux consuls de la ville de Paris, qui pour une somme très-modique s'oblige pour l'exécution de toutes les sentences qui portent cette clause si ordinaire, en donnant caution. Dictionnaire du Commerce, tome II. pag. 136. (G)
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| CAUTIONNEMENT | action de celui qui cautionne. Il signifie aussi l'acte qu'on dresse chez le notaire ou au greffe.
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| CAUTIONNER | se rendre caution, répondre pour quelqu'un, soit par acte public, soit sous seing privé, soit par un simple engagement verbal. Idem, ibid. (G)
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| CAUW | ou COUWA, (Géog.) riviere de l'Amérique.
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| CAUX | (le pays de) contrée de France ; située entre la Seine & l'Océan, la Picardie, le pays de Bray & le Vexin-Normand. La capitale est Caudebec, où l'on fabrique des chapeaux de ce nom. Voyez CHAPEAU. Ce pays produit du chanvre, du lin, & est très-fertile.
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| CAVA | (Geog.) ville d'Italie au royaume de Naples, dans la principauté citérieure.
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| CAVACHI | (Géog.) province du Japon dans l'ile de Niphon, entre le golfe de Méaco & les provinces de Jamato, Idumi & Vomi. La capitale porte le même nom.
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| CAVADA | (Comm.) mesure usitée en Portugal. La cavada contient quatre quartas ou livres, & fait la douzieme partie d'un almuda. Six cavada font un alquier ou un cantaro.
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| CAVADO | (LE) Géog. riviere de Portugal qui a sa source aux frontieres de Galice.
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| CAVAILLON | (Géog.) petite ville de France au comtat Venaissin, sur la Durance, à quatre lieues d'Avignon.
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| CAVALCADE | S. m. (Hist. mod.) marche pompeuse de cavaliers, d'équipages, &c. qu'on fait ou pour se montrer, ou dans une cérémonie, ou pour orner un triomphe, dans une entrée publique, ou dans d'autres occasions semblables. Voyez CARROUSEL, TOURNOI, QUADRILLE, &c. (G)
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| CAVALCADOUR | voyez ECUYER.
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| CAVALERIE | S. f. (Art milit.) corps de gens de guerre destinés à combattre à cheval, equitatus.
La cavalerie françoise est distinguée en compagnies d'ordonnance, comme gardes du corps, gendarmes, chevau-legers, &c. & en régimens qui sont commandés par des mestres de camp. Ce sont ces régimens qui forment ce qu'on appelle la cavalerie-legere.
Les compagnies d'ordonnance tiennent lieu de ce qu'on appelloit autrefois en France la gendarmerie, qui étoit composée du corps de la noblesse armée de pié-en-cap ; & les régimens de cavalerie des gens de cheval armés à la legere, dont on se servoit pour poursuivre l'ennemi lorsqu'il avoit été rompu par les gendarmes, & l'empêcher de se rallier. Cette distinction ne peut aujourd'hui avoir lieu ; les compagnies d'ordonnance & les régimens sont armés, & combattent de la même maniere.
La cavalerie-legere françoise n'étoit guere estimée ; c'étoit la gendarmerie qui faisoit toute la force de l'armée, tant par la bonté de ses armes que par la force de ses chevaux, qui étoient des destriers, dextrarii, c'est-à-dire des chevaux de bataille. Une ancienne chronique dit que cent hommes de gendarmerie suffisoient pour battre mille autres cavaliers non-armés, c'est-à-dire armés à la legere, parce que les armes des gendarmes étoient presqu'impénétrables, & que leurs grands & forts chevaux culbutoient dès le premier choc ceux de cette cavalerie-legere.
La cavalerie-legere de France a été composée de différentes especes de troupes qu'on n'y trouve plus aujourd'hui, comme des estradiots ou stradiots, des argoulets, des carabins, &c.
Les estradiots furent une milice dont les François n'eurent connoissance que durant les guerres d'Italie sous Charles VIII. comme Comines le remarque. Leur nom est grec, & stradiot vient de , qui signifie soldat : aussi étoient-ils Grecs ou des environs de la Grece. On les appelloit aussi cavalerie albanoise, la plûpart étant de l'Albanie, & des places que les Vénitiens possédoient dans la Morée. Ils combattoient à pié & à cheval ; & leur principale arme offensive étoit l'arzegaye, sorte de long bâton ferré par les deux bouts, & qui avoit environ 10 à 12 piés de long. Un de leurs principaux exercices étoit de bien se servir de cette arme, & à toutes mains, en donnant tantôt d'une pointe & tantôt d'une autre.
Pour les argoulets, voici comment en parle M. de Montgommery : " Les argoulets, dit-il, étoient armés de même que les estradiots, excepté la tête, où ils mettoient un cabazet qui ne les empêchoit point de coucher en joue. Leurs armes offensives étoient l'épée au côté, la masse à l'arçon gauche, & à droite une arquebuse de deux piés & demi de long dans un fourreau de cuir bouilli, &c. ". On regardoit ces troupes comme la partie la moins considérable de la cavalerie-legere.
Les carabins ne faisoient point un corps séparé dans les troupes de France sous le regne d'Henri IV. un certain nombre étoit comme incorporé dans une compagnie de chevau-legers, ou plûtôt y étoit joint sans être du corps. Leurs armes défensives étoient une cuirasse échancrée à l'épaule droite, afin de mieux coucher en joue ; un gantelet à coude pour la main de la bride ; un cabazet en tête : & pour armes offensives, une longue escopette de trois piés & demi pour le moins, & un pistolet.
Leur maniere de combattre étoit de former un petit escadron plus profond que large, à la gauche de l'escadron de la compagnie des chevau-legers ; d'avancer au signal du capitaine jusqu'à deux cent pas d'un escadron des lances de l'ennemi ; & à cent, si c'étoit un escadron de cuirassiers ; de faire leur décharge rang à rang l'un après l'autre, & de se retirer à la queue de leur escadron. Si les ennemis avoient aussi des carabins, ils devoient les attaquer, non pas en gros, mais en les escarmouchant, pour les empêcher de faire feu sur les chevau-legers dans le tems que ceux-ci marchoient pour charger. Ils étoient institués, ajoûte l'auteur, pour entamer le combat, pour les retraites & pour les escarmouches.
Il en est souvent parlé dans l'histoire du regne d'Henri IV. mais il y en avoit avant le regne de ce prince.
Il en est parlé dans l'extraordinaire des guerres dès le tems d'Henri II. L'historien Dupleix prétend que ceux qu'on appelloit carabins de son tems, étoient ceux-là mêmes auxquels sous le regne d'Henri II. on donnoit le nom d'argoulets ; & Daubigné dit que ce ne fut que sous Henri III. que le nom de carabin commença à être bien en usage pour cette espece de milice : Missar, dit-il, commandoit dans les carabins de Mets, desquels le nom a été depuis plus familier. Ce qu'il y a de certain, c'est que le service des argoulets & des carabins étoit fort semblable.
Cette milice subsistoit du tems de Louis XIII. comme nous l'appellons du sieur de Belon, qui écrivoit sous le regne de ce prince, Il décrit ainsi l'armure des carabins : " Ils auront la cuirasse ou un pot de salade, sans autres armes défensives ; & pour armes offensives, une grosse arquebuse à roüet, de trois piés ou un peu plus, ayant gros calibre, & l'épée au pistolet court. C'est, ajoûte-t-il, comme le roi lui-même les a institués ".
Il se trompe, s'il entend par-là que le roi Louis XIII. eût créé cette milice ; mais il veut dire apparemment que ce prince avoit ainsi réglé son armure.
Il continue : " Ils porteroient, si l'on vouloit, les casaques & les gamaches, pour mettre mieux pié à terre au besoin : étant ainsi armés & montés, ils peuvent combattre à pié & à cheval, & se mêler avec la cavalerie ".
Les carabins qui sous le regne d'Henri VI. ne faisoient point un corps séparé, mais étoient joints aux compagnies de cavalerie-legere, sous le commandement des capitaines de ces compagnies, ne formerent des régimens entiers que sous Louis XIII. Il s'en trouve dans l'état de l'armée de l'an 1643, jusqu'à douze régimens étrangers. On fit sous ce regne pour les carabins ce qu'on fit sous celui de Louis-le-Grand pour les carabiniers on les sépara de la cavalerie-légere pour les mettre en corps, de même que de toutes les compagnies de carabiniers qui étoient dans les régimens de cavalerie-legere, on forma le régiment des carabiniers, commandé aujourd'hui par M. le prince de Dombes. Voyez CARABINIERS.
Les plus fameux carabins du regne de Louis XIII. furent les carabins d'Arnaut, qui étoit mestre de camp d'un de ces régimens. Ce régiment étoit de 11 compagnies, gens déterminés, comme le furent depuis les dragons de la Ferté. Alors, selon le même état de 1643, la garde des généraux d'armées étoit ordinairement de carabins. Il est marqué que le maréchal de la Meilleraye avoit pour sa garde trente carabins ; le maréchal de Chatillon autant ; le duc d'Angoulême, qui commandoit en Picardie, autant ; M. du Hallier, lieutenant général, en avoit vingt ; le duc d'Enguien en avoit aussi.
Il y avoit une charge de général de carabins, elle subsista même depuis la suppression des carabins, qui ne se fit que plusieurs années après la paix des Pyrénées ; car il est fait encore mention de carabins dans une ordonnance de Louis XIV. du mois de Novembre de l'an 1665.
M. le comte de Tessé, depuis maréchal de France, acheta cette charge du comte de Quincé, l'an 1684, la fit supprimer par le roi, & obtint en même tems pour lui la charge de mestre de camp général des dragons.
La charge de général des carabins étoit la même que celle de mestre de camp général des carabins, dont il est parlé dans l'ordonnance de Louis XIII. du 26 de Mars 1626. Il prenoit son attache du colonel général de la cavalerie, & étoit de sa dépendance ; c'est pourquoi M. de Bassompierre, dans sa critique de l'histoire de Dupleix, le reprend aigrement, à son ordinaire, de ce qu'il avoit appellé le sieur de Gié colonel général des carabins. " Cet ignorant, dit-il ne sait pas que les carabins sont du corps de la cavalerie, & que ce n'étoit que leur mestre de camp ". Art. tiré de l'hist. de la mil. franç. du P. Daniel.
La cavalerie dans une armée rangée en bataille, se place ordinairement sur les ailes, & l'infanterie au centre ; elle y forme toûjours différens corps appellés escadrons. Voyez ESCADRON.
La cavalerie est absolument utile à la guerre, pour les détachemens, les escortes, & pour combattre en plaine ; mais le trop grand nombre peut être nuisible : car la grande consommation de fourrage qu'il exige, peut souvent obliger un général de changer de camp ou de position, lorsqu'il est dans un poste avantageux, pour trouver le moyen de faire subsister sa cavalerie. M. Folard prétend que le grand nombre de cavalerie ne vient que du défaut de discipline & d'intelligence militaire. (Q)
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| CAVALERISSE | S. f. (Manege) Ce mot est dérivé de l'italien : il fut employé en françois pour signifier une personne savante dans l'art de dresser & de gouverner les chevaux. Il fut d'autant plus expressif, que le mot écuyer a une signification toute différente en France ; mais il n'est plus d'usage. (V)
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| CAVALIER | S. m. dans l'Art. milit. est un soldat qui combat à cheval : on l'appelle aussi maître. On dit indifféremment, une telle compagnie étoit de quarante cavaliers ou de quarante maîtres.
Ce mot vient du latin caballus : on trouve caballarius & cavallarius dans la basse latinité.
Un bon cavalier est celui qui a bien soin de son cheval & de son équipage, qui se tient propre, & qui observe exactement les ordres qu'on lui prescrit. Il doit avoir toûjours dans ses besaces du crin pour rembourrer sa selle, qu'il doit visiter toutes les fois qu'il descend de cheval, & voir si rien n'y manque.
Quand il est commandé, il ne doit jamais quitter sa troupe sans la permission de son officier : il doit aussi toûjours avoir de quoi tirer, & ses armes en bon état.
Quand il est dans un poste & qu'on lui a consigné un ordre, il ne doit point faire difficulté de tirer sur ceux qui y contreviennent, même sur un géneral, tout comme sur un autre ; & il doit avertir les officiers de ce qui se passe aux environs de son poste.
Un cavalier qui va au fourrage, ne doit jamais outrer son cheval à force de courir ; il doit s'en tenir à celui qu'il peut prendre le plus aisément, & ne pas s'imaginer que le fourrage le plus éloigné soit le meilleur.
CAVALIER, en terme de Fortification, est une élévation de terre qu'on pratique sur le terre-plein du rempart, pour y placer des batteries qui découvrent au loin dans la campagne, & qui incommodent l'ennemi dans ses approches.
Ils se construisent le plus ordinairement dans le milieu des bastions pleins : en ce cas ils ont la même figure que le bastion. On observe que le côté extérieur de leur rempart soit éloigné de trois ou quatre toises du côté intérieur du parapet ou faces du bastion, & de quatre ou cinq toises de celui de ses flancs. On place aussi des cavaliers sur les courtines ; mais alors ils sont ronds ou quarrés. Il y a plusieurs villes, comme Landau & Luxembourg, où l'on en trouve en-dedans la place dans le voisinage du rempart ; mais ces sortes de cavaliers ne peuvent être d'usage que dans les premiers jours de siége.
Lorsqu'une place se trouve commandée, on y éleve aussi quelquefois des cavaliers, comme M. de Vauban l'a fait à Maubeuge, pour séparer des commandemens. Les cavaliers tiennent lieu, dans ce cas, de traverses. Voyez TRAVERSE.
Les avantages qu'on tire des cavaliers peuvent se réduire à quatre principaux.
1°. A garantir, comme on vient de le dire, de l'enfilade.
2°. A obliger l'assiégeant d'ouvrir la tranchée à une plus grande distance de la place, pour ne pas se trouver sous le feu du cavalier.
3°. A découvrir le dedans ou l'intérieur des tranchées, & à les enfiler par des coups plongés.
4°. A doubler le feu des bastions sur lesquels les cavaliers sont construits.
CAVALIER DE TRANCHEE, est dans l'attaque des places, une élévation de gabions, de fascines & de terre, que l'assiégeant pratique à la moitié ou aux deux tiers du glacis, vers ses angles saillans, pour découvrir & enfiler le chemin couvert.
Le parapet des cavaliers de tranchée est de 8 ou 9 piés plus élevé que le glacis : on y pratique trois banquettes ; le soldat placé sur la supérieure, se trouve suffisamment élevé pour plonger dans le chemin couvert. Lorsque cet ouvrage a toute sa perfection, il est bien difficile que l'ennemi puisse se montrer dans le chemin couvert ; il s'y trouve trop exposé au feu des cavaliers ; mais ils ne peuvent se construire qu'autant qu'ils sont protégés de batteries à ricochet qui enfilent exactement le chemin couvert. Le Blond, Attaque des places. Voyez le plan & le profil d'un cavalier de tranchée, Pl. XVI. de l'Art milit. fig. 3. (Q)
CAVALIER, s. m. en termes de Manége, signifie un homme qui est bien à cheval, qui le manie bien, qui entend les chevaux. On dit aussi un bel homme de cheval.
CAVALIER, s. m. (Commerce) monnoie d'argent qui se fabriquoit autrefois en Flandre dans la forme des bajoirs ? voyez BAJOIR, du titre de neuf deniers onze grains ; le cavalier vaut argent de France, une livre sept sous deux deniers.
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| CAVALL | (LA) Géog. ville de Grece en Macédoine, au bord de l'Archipel.
CAVALLE, on appelle ainsi la femelle du cheval. Voyez JUMENT & CHEVAL.
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| CAVALLERI | (LA) Géog. petite ville de France en Roüergue, vers les frontieres des Cévennes.
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| CAVALLOS | S. m. (Commerce) monnoie de billon, frappée en Piémont en 1616, à un denier vingt-un grains de fin. Ce nom lui vient d'un cheval qu'elle avoit pour écusson ; une croix étoit son effigie : le cavallos vaut neuf deniers un huitieme.
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| CAVA | ou CAVON, (Géog.) contrée d'Irlande, avec titre de comté, dans la province d'Ulster, dont la capitale porte le même nom.
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| CAVAN | (Commer.) mesure dont on se sert dans quelques-unes des îles Philippines, & sur-tout à Manille, pour mesurer les grains & les légumes, & entr'autres le riz. Le cavan de riz pese cinquante livres poids d'Espagne. Dictionn. de Commerce, tome II. pag. 134. (G)
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| CAVE | sub. f. en Architecture, est un lieu voûté dans l'étage soûterrain, qui sert à mettre du vin, du bois, & autres choses pour la provision d'une maison, d'un hôtel, &c. du latin cavea. Vitruve appelle hypogæa, tous les lieux voûtés sous terre.
CAVE, dans une église, est un lieu soûterrain, voûté & destiné à la sépulture. (P)
CAVES. On a cru long-tems que les caves & les autres lieux soûterrains étoient plus froids en été qu'en hyver, parce qu'en effet en hyver l'air y paroît beaucoup plus chaud que l'air extérieur, & qu'en été il y paroit plus froid. De grands physiciens avoient même trouvé des raisons assez plausibles de ce phénomene ; car rien n'est plus facile que de rendre raison de tout avec des explications vagues. Mais de plus grands physiciens ont trouvé depuis que le fait n'étoit pas vrai. Le moyen de s'en assûrer est de suspendre un thermometre dans une cave pendant toute une année, on trouvera que la cave est plus chaude en été qu'en hyver, mais qu'il n'y a pas une grande différence entre le plus grand chaud & le plus grand froid. Il s'ensuit de-là que quoique les caves nous semblent être plus froides en été, elles ne le sont pourtant pas, & que cette apparence est trompeuse. Voici la raison qu'en donne M. Musschenbroeck. En été notre corps se trouvant exposé au grand air devient fort chaud, le sang acquiert une chaleur de 92 ou 94 degrés ; la chaleur du grand air est aussi alors de 70 à 80 degrés, au lieu que l'air qui se trouve dans ce tems-là renfermé dans les caves n'a qu'une chaleur de 45 à 50 degrés, desorte qu'il est beaucoup plus froid que notre corps & que l'air extérieur : ainsi, dès qu'on entre dans une cave lorsqu'on a fort chaud, on y rencontre un air beaucoup plus froid que l'air extérieur, ce qui fait que la cave nous paroît alors froide. En hyver au contraire lorsqu'il gele, le froid de l'air extérieur est depuis 30 jusqu'à 32 degrés, au lieu que la chaleur de l'air de la cave se trouve encore de 45 degrés ; ainsi nous trouvant d'abord exposés à l'air froid extérieur, qui fait impression sur notre corps & qui le refroidit en effet, nous n'entrons pas plûtôt dans une cave, que nous y sentons un air beaucoup plus chaud, qui ne manque pas de réchauffer aussi notre corps ; ce qui est cause que l'air de la cave nous paroît alors chaud. Cependant nous ne pouvons pas savoir, ni juger par la seule impression que l'air fait sur nous, s'il est effectivement alors plus chaud qu'en été ; ce n'est qu'à l'aide du thermometre, que nous pouvons être assûrés si l'air est plus chaud en été qu'en hyver. Mussch. Ess. de Physique. (O)
CAVE, adj. (Lune) Chronol. On appelle lune cave un mois lunaire de 29 jours. V. MOIS & LUNE. (O)
CAVE, en Anatomie, est le nom de deux grosses veines qui se déchargent dans l'oreillette droite du coeur ; on dit ordinairement la veine-cave en général : alors on considere la réunion de ces deux veines comme une seule veine. Voyez COEUR & OREILLETTE.
La veine-cave se divise en ascendante & descendante : l'ascendante est celle qui vient des parties inférieures ; elle est ainsi appellée, parce que le sang qui vient au coeur par cette veine, monte : la descendante est celle qui vient des parties supérieures ; elle est ainsi appellée, parce que le sang qu'elle apporte de la tête & autres parties supérieures, descend. Voyez SANG & CIRCULATION.
Il y a des auteurs qui donnent le nom de veine-cave supérieure à la descendante, & de veine-cave inférieure à l'ascendante.
La veine-cave supérieure est formée par la réunion des deux veines soûclavieres, environ vis-à-vis & derriere le cartilage de la premiere vraie côte du côté droit. Elle se porte ensuite obliquement vers la gauche, & entre dans le péricarde où elle est placée au côté droit de l'aorte, & occupe la longueur de deux doigts environ ; après quoi, elle entre dans l'oreillette droite. Voyez SOUCLAVIERE, PERICARDE, &c.
La veine-cave inférieure, est cette grosse veine qui paroît formée de la réunion des deux veines iliaques ; elle monte de la partie supérieure de l'os sacrum sur les vertebres des lombes ; elle s'incline un peu à droite, vient passer derriere le foie par sa grande échancrure ; elle perce le diaphragme, entre dans le péricarde, & après un trajet d'environ trois à quatre lignes, elle entre dans l'oreillette droite du coeur. Voyez ILIAQUE, DIAPHRAGME, OREILLETTE, &c.
Elle reçoit dans tout ce trajet les veines sacrées, les veines lombaires, les veines spermatiques, les veines rénales, les veines adipeuses, les veines hépatiques, les veines diaphragmatiques inférieures, ou veines phréniques. Voyez SPERMATIQUE, ADIPEUX, HEPATIQUE, &c. (L)
CAVE, (parmi les Confiseurs) est une piece portative en maniere de caisse, faite de fer blanc, avec quatre ou six pots de même métal, tenant chacun une pinte, & qui s'emboîtent toûjours dans la caisse ; ils sont retenus par un petit rebord qui est au fond. On s'en sert pour glacer toutes sortes d'eaux & de crêmes. Voyez GLACE, & la Pl. du Confiseur. La fig. 4. représente le corps de la cave qui contient les pots ; 3. est le couvercle général ; 2. est le couvercle d'un des pots qui sont dans la cave. On entoure les pots de glace pêle-mêle avec du sel ammoniac, au défaut de sel ordinaire : on couvre aussi de ce mélange les couvercles des pots & le couvercle de la cave ; ce qui produit un froid si grand, que les liqueurs contenues dans les pots sont glacées en peu de tems.
On donne le même nom de cave, à un coffret au-dedans duquel on a pratiqué, soit en marqueterie, soit en carton & velours, ou autrement, des loges où sont placés des flacons pleins de différentes eaux odoriférantes.
CAVE, (Géog.) une des îles Orcades, au nord de l'Ecosse.
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| CAVEA | S. f. (Hist. anc.) c'est ainsi qu'on appelloit les loges soûterraines où l'on gardoit les bêtes de l'amphithéatre ; l'amphithéatre même s'appella cavea ; & l'on désigna aussi par le même terme les plus hauts degrés du théatre que le peuple occupoit. Voyez AMPHITHEATRE & THEATRE.
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| CAVEAU | crypta, s. m. (Hist. anc. & mod.) espece de voûte soûterraine, construite principalement sous une église, & destinée à la sépulture de quelques familles ou personnes particulieres. Voyez TOMBE.
Ce mot se dit en latin crypta, qui est formé du grec , abscondo, je cache ; d'où est venu le mot , crypta.
Saint-Ciampini, dans la description qu'il nous a donnée des dehors du vatican, parle des caveaux ou catacombes de S. André, de S. Paul. Voyez CATACOMBE.
Vitruve se sert du mot crypta, pour exprimer la partie d'un bâtiment qui répond à notre cellier : Juvenal s'en sert pour exprimer un cloaque.
De-là est venu crypto-porticus, qui signifie un lieu soûterrain voûté, qui sert comme d'une espece de mine ou de passage dans les vieux murs. Le même mot se dit encore d'une décoration mise à l'entrée d'une grotte. Voyez GROTTE.
Crypta, est aussi en usage chez quelques-uns de nos anciens écrivains, pour signifier une chapelle, ou un oratoire sous terre. (P)
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| CAVEÇON | S. m. terme de Manége, espece de bride ou de muserole qu'on met sur le nez du cheval, qui le serre, le contraint, & sert à le dompter, le dresser, & le gouverner. Ce mot vient de l'espagnol cabeca, tête.
Les caveçons qui servent à dresser les jeunes chevaux, sont ordinairement de fer, & faits en demi-cercle de deux ou trois pieces assemblées par des charnieres. Il y en a de tors & de plats, d'autres creux dans le milieu & dentelés comme des scies, qu'on appelle mordans : mais ces derniers sont aujourd'hui absolument bannis des académies. Les caveçon de corde & de cuir, servent à faire passer les chevaux entre deux piliers.
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| CAVELAN | (Géog.) royaume d'Asie dans les Indes tributaire de celui de Pégu.
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| CAVELIN | S. m. (Commerce) on nomme ainsi à Amsterdam ce que nous appellons en France un lot en termes de commerce.
Dans les ventes au bassin qui se font à Amsterdam, c'est-à-dire dans les ventes publiques où les marchandises se crient en présence des vendus-meesters ou commissaires députés des bourguemestres ; il y a certaines sortes de marchandises dont le vendeur fait les cavelins aussi grands ou aussi petits qu'il le juge à propos, par rapport ou à leur valeur ou à la quantité qu'il en veut vendre ; & d'autres dont les cavelins sont reglés par l'ordonnance du bourguemestre.
De la premiere sorte sont la cochenille, les soies, l'indigo, le poivre, le caffé, le sucre de Bresil, les prunes, & plusieurs autres : de la seconde sont les vins, les eaux-de-vie, le vinaigre. Ces cavelins se reglent par balles, caisses, serons, pieces, demi-pieces ; & ceux des liqueurs, par tonneaux, barriques, bottes, pipes, aams, avec tant de plokpenin, c'est-à-dire de denier à Dieu, par cavelin. Voyez en le détail dans le dictionn. du Commerce, tome II. page 135. (G)
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| CAVENTENIER | S. m. (terme de Corderie) est une petite corde composée de six, neuf, douze, ou dix-huit fils : cette sorte de aussiere se fabrique à trois torons ; par exemple, si on veut faire un caventenier de douze fils, on en forme trois torons de quatre fils chacun ; on leur donne au moyen du rouet le tors convenable, & ensuite on commet ensemble les trois torons.
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| CAVER | verb. neut. (en Escrime) est le contraire d'opposer. Voyez OPPOSITION. C'est par conséquent s'exposer à recevoir un coup d'épée dans le même tems qu'on le porte.
On appelle improprement quarte sur les armes, l'action de caver dehors & sur les armes ; car pour caver, il faut porter une estocade de tierce, ayant le bras & la main droite placés & tournés comme pour parer en quarte, ou porter une estocade de quarte, ayant le bras & la main droite placés & tournés comme pour parer en tierce.
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| CAVERNE | S. f. (Hist. nat. & Physiq.) réduit obscur & soûterrain d'une certaine étendue.
Les cavernes se trouvent dans les montagnes, & peu ou point-du-tout dans les plaines : il y en a beaucoup dans les îles de l'Archipel, & dans plusieurs autres îles ; & cela parce que les îles ne sont en général que des dessus de montagnes. Les cavernes se forment comme les précipices, par l'affaissement des rochers, ou comme les abysmes, par l'action du feu ; car pour faire d'un précipice ou d'un abysme une caverne, il ne faut qu'imaginer des rochers contre-butés & faisant voûte par-dessus ; ce qui doit arriver très-souvent lorsqu'ils viennent à être ébranlés & déracinés. Les cavernes peuvent être produites par les mêmes causes qui produisent les ouvertures, les ébranlemens, & les affaissemens des terres ; & ces causes sont les explosions des volcans, l'action des vapeurs soûterraines, & les tremblemens de terre ; car ils font des bouleversemens & des éboulemens qui doivent nécessairement former des cavernes & des ouvertures de toute espece. Voyez VOLCAN, &c.
La caverne de saint Patrice en Irlande n'est pas aussi considérable qu'elle est fameuse ; il en est de même de la grotte du Chien près de Naples, & de celle qui jette du feu dans la montagne de Beni-guazeval, au royaume de Fez. Dans la province de Darby en Angleterre, il y a une grande caverne fort considérable, & beaucoup plus grande que la fameuse caverne de Bauman auprès de la forêt noire, dans le pays de Brunswick. On a appris par une personne aussi respectable par son mérite que par son nom (Mylord comte de Morton) que cette grande caverne, appellée Devil's-hole (trou du diable) présente d'abord une ouverture fort considerable, comme celle d'une très-grande porte d'église ; que par cette ouverture il coule un gros ruisseau ; qu'en avançant, la voûte de la caverne se rabaisse si fort, qu'en un certain endroit on est obligé, pour continuer sa route, de se mettre sur l'eau du ruisseau dans des bacquets fort plats, où on se couche pour passer sous la voûte de la caverne, qui est abaissée dans cet endroit au point, que l'eau touche jusqu'à la voûte : mais, après avoir passé cet endroit, la voûte se releve, & on voyage encore sur la riviere jusqu'à ce que la voûte se rabaisse de nouveau, & touche à la superficie de l'eau ; & c'est-là le fond de la caverne, & la source du ruisseau qui en sort. Il grossit considérablement dans de certains tems, & il amene & amoncelle beaucoup de sable dans un endroit de la caverne qui forme comme un cul-de-sac, dont la direction est fort différente de celle de la caverne principale.
Dans la Carniole, il y a une Caverne auprès de Potpechio, qui est fort spacieuse, & dans laquelle on trouve un grand lac soûterrain. Près d'Adelsperg, il y a une caverne dans laquelle on peut faire deux milles d'Allemagne de chemin, & où on trouve des précipices très-profonds. Voyez Act. erud. Lips. an. 1689. page 558. Il y a aussi de grandes cavernes & de belles grottes sous les montagnes de Mendipp, dans la principauté de Galles ; on trouve des mines de plomb auprès de ces cavernes, & des chênes enterrés à 15 brasses de profondeur. Dans la province de Glocester, il y a une très grande caverne qu'on appelle Penpark-hole, au fond de laquelle on trouve de l'eau à 32 brasses de profondeur ; on y trouve aussi des filons de mine de plomb.
On voit bien que la caverne de Devil's-hole, & les autres dont il sort de grosses fontaines ou des ruisseaux, ont été creusées & formées par les eaux qui ont emporté les sables & les matieres divisées, qu'on trouve entre les roches & les pierres ; & on auroit tort de rapporter l'origine de ces cavernes aux éboulemens & aux tremblemens de terre.
Une des plus singulieres & des plus grandes cavernes que l'on connoisse, est celle d'Antiparos, dont M. de Tournefort nous a donné une ample description. On trouve d'abord une caverne rustique d'environ 30 pas de largeur, partagée par quelques piliers naturels ; entre les deux piliers qui sont sur la droite, il y a un terrein en pente douce, & ensuite jusqu'au fond de la même caverne une pente plus rude d'environ 20 pas de longueur : c'est le passage pour aller à la grotte ou caverne intérieure ; & ce passage n'est qu'un trou fort obscur, par lequel on ne sauroit entrer qu'en se baissant, & au secours des flambeaux. On descend d'abord dans un précipice horrible, à l'aide d'un cable que l'on prend la précaution d'attacher tout à l'entrée ; on se coule dans un autre bien plus effroyable, dont les bords sont fort glissans, & répondent sur la gauche à des abysmes profonds. On place sur les bords de ces gouffres une échelle, au moyen de laquelle on franchit, en tremblant, un rocher tout-à-fait coupé à-plomb ; on continue à glisser par des endroits un peu moins dangereux : mais dans le tems qu'on se croit en pays praticable, le pas le plus affreux vous arrête tout court, & on s'y casseroit la tête, si on n'étoit averti ou arrêté par ses guides. Pour le franchir, il faut se couler sur le dos le long d'un rocher, & descendre une échelle qu'il faut porter exprès ; quand on est arrivé au bas de l'échelle, on se roule quelque tems encore sur des rochers, & enfin on arrive dans la grotte. On compte trois cent brasses de profondeur depuis la surface de la terre ; la grotte paroît avoir 40 brasses de hauteur sur 50 de large ; elle est remplie de belles & grandes stalactites de différentes formes, tant au-dessus de la voûte, que sur le terrein d'en-bas. Voyez le Voyage du Levant, pag. 188. & suiv.
Dans la partie de la Grece appellée Livadie (Achaia des anciens) il y a une grande caverne dans une montagne qui étoit autrefois fort fameuse par les oracles de Trophonius, entre le lac de Livadie & la mer voisine, qui dans l'endroit le plus près, en est à quatre milles : il y a 40 passages soûterrains à-travers le rocher, sous une haute montagne par où les eaux du lac s'écoulent. Voyez Géographie de Gordon, édition de Londres 1733. page 179.
Dans tous les volcans, dans tous les pays qui produisent le soufre, dans toutes les contrées qui sont sujettes aux tremblemens de terre, il y a des cavernes. Le terrein de la plûpart des îles de l'Archipel est caverneux presque par-tout ; celui des îles de l'Océan indien, principalement celui des îles Moluques, ne paroît être soûtenu que sur des voûtes & des concavités ; celui des îles Açores, celui des îles Canaries, celui des îles du cap Verd, & en général le terrein de presque toutes les petites îles, est à l'intérieur creux & caverneux en plusieurs endroits ; parce que ces îles ne sont, comme nous l'avons dit, que des pointes de montagnes où il s'est fait des éboulemens considérables, soit par l'action des volcans, soit par celle des eaux, des gelées, & des autres injures de l'air. Dans les Cordelieres au Pérou, où il y a plusieurs volcans, & où les tremblemens de terre sont fréquens, il y a aussi un grand nombre de cavernes, de même que dans le volcan de l'ile de Banda, dans le mont Ararat, qui est un ancien volcan, &c.
Le fameux labyrinthe de l'île de Candie n'est pas l'ouvrage de la nature toute seule. M. de Tournefort assûre que les hommes y ont beaucoup travaillé, & on doit croire que cette caverne n'est pas la seule que les hommes ayent augmentée, ils en forment tous les jours de nouvelles, en fouillant les mines & les carrieres ; & lorsqu'elles sont abandonnées pendant un très-long espace de tems, il n'est pas fort aisé de reconnoître si ces excavations ont été produites par la nature, ou faites de la main des hommes. On connoît des carrieres qui sont d'une étendue très-considérable : celle de Mastricht, par exemple, où l'on dit que 50000 personnes peuvent se réfugier, & qui est soûtenue par plus de 1000 piliers, qui ont 20 ou 24 piés de hauteur ; l'épaisseur de terre & de rocher qui est au-dessus, est de plus de 25 brasses : il y a dans plusieurs endroits de cette carriere de l'eau & des petits étangs, où l'on peut abreuver du bétail. &c. V. Tr. Phil. abr. vol. II. page 463. Les mines de sel de Pologne forment des excavations encore plus grandes que celle-ci. Il y a ordinairement de vastes carrieres auprès de toutes les grandes villes : mais nous n'en parlerons pas ici en détail ; d'ailleurs les ouvrages des hommes, quelque grands qu'ils puissent être, ne tiendroient jamais qu'une bien petite place dans l'histoire de la Nature.
Les volcans & les eaux qui produisent des cavernes dans l'intérieur, forment aussi à l'extérieur des fentes, des précipices & des abysmes. A Cajétan en Italie, il y a une montagne qui autrefois a été séparée par un tremblement de terre, de façon qu'il semble que la division en a été faite par la main des hommes. Les eaux produisent, aussi-bien que les feux soûterrains, des affaissemens de terre considérables, des éboulemens, des chûtes de rochers, des renversemens de montagnes dont nous pouvons donner plusieurs exemples.
" Au mois de Juin 1714, une partie de la montagne de Diableret, en Vallais, tomba subitement & tout-à-la-fois entre deux & trois heures après-midi, le ciel étant fort serein ; elle étoit de figure conique ; elle renversa cinquante-cinq cabanes de paysans, écrasa quinze personnes, & plus de cent boeufs & vaches, & beaucoup plus de menu bétail, & couvrit de ses débris une bonne lieue quarrée ; il y eut une profonde obscurité causée par la poussiere ; les tas de pierres amassées en bas sont hauts de plus de trente perches, qui sont apparemment des perches du Rhin, de dix piés ; ces amas ont arrêté des eaux qui forment de nouveaux lacs fort profonds. Il n'y a dans tout cela aucun vestige de matiere bitumeuse, ni de soufre, ni de chaux cuite, ni par conséquent de feu soûterrain : apparemment la base de ce grand rocher s'étoit pourrie d'elle-même & réduite en poussiere " Hist. de l'Acad. des Scienc. pag. 4. ann. 1715.
On a vû un exemple remarquable de ces affaissemens dans la province de Kent, auprès de Folkstone : les collines des environs ont baissé de distance en distance par un mouvement insensible & sans aucun tremblement de terre. Ces collines sont à l'intérieur des rochers de pierre & de craie ; par cet affaissement elles ont jetté dans la mer des rochers & des terres qui en étoient éloignés : on peut voir la relation de ce fait dans les Transactions philosophiques, abreg. vol. IV. pag. 259.
En 1618, la ville de Pleurs, en Valteline, fut enterrée sous les rochers au pié desquels elle étoit située. En 1678, il y eut une grande inondation en Gascogne, causée par l'affaissement de quelques morceaux de montagnes dans les Pyrénées, qui firent sortir les eaux qui étoient contenues dans les cavernes soûterraines de ces montagnes. En 1680, il en arriva encore une plus grande en Irlande, qui avoit aussi pour cause l'affaissement d'une montagne dans des cavernes remplies d'eau. On peut concevoir aisément la cause de tous ces effets ; on sait qu'il y a des eaux soûterraines en une infinité d'endroits ; ces eaux entraînent peu-à-peu les sables & les terres à-travers lesquels elles passent, & par conséquent elles peuvent détruire peu-à-peu la couche de terre sur laquelle porte cette montagne ; & cette couche de terre qui lui sert de base venant à manquer plûtôt d'un côté que de l'autre, il faut que la montagne se renverse : ou si cette base manque à-peu-près également par-tout, la montagne s'affaisse sans se renverser. Cet article appartient tout entier à M. de Buffon, Histoire naturelle, tome I. page 544, &c.
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| CAVERNEUX | (corps) terme d'Anatomie, qui signifie la même chose que corps nerveux & corps spongieux, sont deux corps plus ou moins longs & gros, dont la partie la plus considérable de la verge est composée. Voyez Planche anat. Splanch. fig. 8. lett. aa, bb & tt.
Leur substance interne est rare & spongieuse ; & lorsqu'elle vient à s'emplir de sang & d'esprits, elle s'enfle & se dilate, & c'est ce qui fait la tension ou érection de la verge. Voyez ÉRECTION.
Ils sont attachés à la branche des os pubis, & à celle des os ischion ; ils vont en augmentant de grosseur jusqu'à ce qu'ils rencontrent les corps caverneux de l'urethre, où ils se joignent en un, & sont retenus par le moyen de la cloison composée de leurs tuniques externes, & recouverts à l'extrémité par le gland. Voyez GLAND.
Le corps caverneux de l'urethre est un troisieme corps spongieux de la verge, ainsi appellé parce qu'il enferme l'urethre, c'est-à-dire le canal qui sert au passage de l'urine.
Sa figure, contraire de celle des deux corps caverneux, a plus de grosseur aux extrémités, & moins au milieu ; sa partie supérieure est au périnée, & s'appelle bulbe à cause de sa figure. La membrane externe est mince, & divisée en longueur par une cloison. Le milieu de ce corps est à-peu-près cylindrique. Le passage de l'urine n'est pas situé précisément au centre, mais un peu incliné vers sa partie supérieure, près du corps du penis ; son extrémité inférieure forme en se dilatant ce qu'on appelle le gland. Voyez GLAND.
Les corps caverneux du clitoris sont deux corps nerveux ou spongieux, semblables à ceux du pénis, qui prennent leur origine des deux côtés de la partie inférieure de l'os pubis, & s'unissant ensemble, forment le corps du clitoris comme dans l'homme ils forment celui de la verge. Voyez CLITORIS.
Il est vrai que le clitoris n'est pas percé au milieu comme le pénis ; mais les corps caverneux ont une cloison ou séparation membraneuse qui regne tout du long entre deux, & qui les divise depuis le gland jusqu'à l'endroit voisin de l'os pubis, où ils se partagent en deux branches qu'on appelle branches du clitoris, crura clitoridis.
Les sinus caverneux de la dure-mere, ou sinus latéraux de l'os sphénoïde, sont des réservoirs situés aux parties latérales de la selle sphénoïdale, qui, outre le sang qu'ils contiennent, renferment encore des vaisseaux & des nerfs. Voyez VAISSEAU & NERF. (L)
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| CAVERNIECK | (Géog.) petite ville de la Prusse polonoise, dans la province de Michelow ; près de la riviere de Dribentz.
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| CAVESCO | (Commerce) mesure dont on se sert en Espagne, qui répond aux environs de dix-sept de nos livres.
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| CAVESSE | CAVESSE
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| CAVET | sub. m. (Architecture) du latin cavus, creux, c'est une moulure concave faisant l'effet contraire du quart de rond : cette moulure a meilleure grace dans les cimaises inférieures des corniches que dans les supérieures, malgré l'exemple du théatre de Marcellus où on l'a employée dans l'ordre dorique : quelquefois on prend pour cette moulure, l'arc qui est soûtenu par un côté du triangle équilatéral inscrit, quand on veut qu'elle soit moins ressentie que le quart du rond : au reste le goût fait varier sa profondeur à discrétion.
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| CAVIAR | (Antiquité) L'on nommoit ainsi une longe de cheval que l'on offroit tous les cinq ans pour le collège des prêtres. On ne nous dit point à quelle divinité. On faisoit un pareil sacrifice tous les ans au mois d'Octobre au dieu Mars ; la victime étoit un cheval que l'on nommoit October equus. Le rit exigeoit que la queue de ce cheval fût transportée avec tant de vitesse du champ de Mars, où on la coupoit jusqu'au temple du dieu, qu'il en tombât encore des gouttes de sang dans le feu, quand on y arrivoit. Voyez Festus, Caviares hostiæ.
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| CAVIARISCKARI | (Commerce) c'est le nom que l'on donne en Russie à des oeufs d'esturgeon, que l'on y prépare de la maniere suivante : on ôte de dessus la pellicule qui les enveloppe, on les saupoudre de sel, & on les laisse pendant huit jours dans cet état, au bout de ce tems, on y mêle du poivre & des oignons coupés en petits morceaux : on laisse fermenter ce mélange. Les Italiens en font venir une grande quantité ; ils le regardent comme un manger fort délicat : mais on prétend qu'il est très-mal sain & fiévreux.
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| CAVILLONE | poisson. Voyez SURMULET.
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| CAVIN | S. m. (Fortification) est un lieu creux propre à couvrir un corps de troupes, & à favoriser les approches d'une place.
Les cavins qui se trouvent auprès d'une place assiégée sont un grand avantage aux assiégeans ; puisque par leur moyen ils peuvent ouvrir la tranchée, construire des places d'armes, mettre à couvert la cavalerie, sans être exposés au feu des assiégés. (Q)
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| CAVINAS | (LES) Géog. peuple de l'Amérique méridionale, dans la province de Charcas.
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| CAVOLA | (Géog.) forteresse d'Italie, dans l'état de la république de Venise, sur la riviere de Brente.
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| CAWROOR | ou COURWO, (Géogr.) riviere de l'Amérique, à huit lieues de Cayane.
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| CAXA | S. m. (Comm.) petite monnoie des Indes fabriquée à Chinceo, ville de Chine, qui n'a cours que depuis 1590. Cette monnoie est très-mince & fort casuelle : c'est un mélange de plomb & d'écume de cuivre ; elle a un trou au centre, pour pouvoir être enfilée dans un cordon appellé scanta. Quand on est obligé d'en recevoir, il ne les faut compter que pour un seizieme de denier.
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| CAXAMALCA | (Géog.) ville & petit pays de l'Amérique méridionale, au Pérou, fertile en mines d'or & d'argent, & qui produit beaucoup de laine.
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| CAXE | ou CAYEM, (Géog.) ville d'Asie dans l'Arabie heureuse, avec un bon port.
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| CAYA | (Géogr.) petite riviere d'Espagne dans l'Estramadure, sur les frontieres de Portugal, qui se jette dans la Guadiane à Badajoz.
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| CAYAKA | (Géogr.) petit pays d'Afrique dans la Nigritie, au nord de la riviere de Gambie.
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| CAYAS | S. m. (Comm.) petite monnoie de cuivre qui a cours dans les Indes ; elle est empreinte d'une espece de griffon : elle vaut les cinq sixiemes d'un denier argent de France.
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| CAYEMITES | (Géog.) petites îles de l'Amérique, à l'occident de l'île espagnole.
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| CAYES | (Navigation) On appelle ainsi des roches sous l'eau, peu éloignées des côtes, & souvent sur des hauts fonds de sable. Lorsqu'il se rencontre des cayes dans les rades ou dans les ports, les vaisseaux sont obligés de prendre des précautions pour éviter d'en être endommagés.
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| CAYEU | (Hist. nat. Zool.) petit poisson qui se trouve abondamment dans les mers de l'Amérique : quelques-uns l'appellent sardine, à cause de la ressemblance qu'il a avec ce poisson.
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| CAYEUX | S. m. (Jardinage) ce sont de petits oignons qui naissent autour des gros ; ils se fortifient quand ils restent trois ans de suite en terre, & ils portent dans l'année qu'on les replante. Lorsque l'on tire les oignons tous les ans, les cayeux ne sont point assez forts, & ils se mettent dans une planche en pépiniere, dont on leve de tems en tems des oignons qui sont en état de fleurir. Les cayeux dans les anemones changent de nom, ils s'appellent pattes : dans les renoncules ce sont des griffes. Les cayeux conservent seuls les plus belles especes de fleurs, sans dégénérer. (K)
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| CAYLAR | (LE) Géog. petite ville de France dans la province de Languedoc.
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| CAYLUS | (Géog.) petite ville de France dans le bas Quercy, sur les frontieres du Roüergue.
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| CAYMAN | (Géogr.) Il y a trois îles de ce nom dans l'Amérique septentrionale, au midi de l'île de Cuba, & à l'occident septentrional de la Jamaïque : elles sont inhabitées.
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| CAYMITTE | (Hist. nat. bot.) fruit de l'Amérique, qui a à-peu-près la forme & la grosseur d'une pomme de rambour ; il renferme une substance blanche, molle & un peu visqueuse ; d'un goût sucré, mais fade. L'arbre qui le produit est grand, bien garni de feuilles qui ressemblent assez à celles de l'oranger, hormis qu'elles sont moins grandes. Leur forme est ovale ; elles sont lisses & polies, d'un beau verd par-dedans, & le dehors satiné, & d'une couleur d'un brun rougeâtre, comme la canelle.
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| CAYN | ou CANO, (Géog.) petite île de l'Amérique méridionale dans la mer du Sud, à l'extrémité de la province Costa-Rica.
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| CAYONNE | (Géog.) riviere de l'Amérique dans l'île de Saint-Christophle.
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| CAYO | ou CAHIOR, (Géogr.) petit royaume d'Afrique en Nigritie, entre le Sénégal & le Cap-verd.
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| CAYPUMO | (Géog.) riviere de l'Asie dans l'Inde, au-delà du Gange.
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| CAYRAC | (Géogr.) petite ville de France en Guyenne dans le Quercy, sur la riviere du Lot.
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| CAZ | S. m. (Commerce) monnoie des Indes ; c'est ainsi qu'en langue Malaye on appelle le caxa. Voyez CAXA.
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| CAZALLA | (Géogr.) petite ville d'Espagne en Andalousie, dans la Sierra-Morena.
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| CAZA | ou, comme d'autres l'écrivent, HAZAN, s. m. (Hist. mod.) officier des synagogues juives, établi pour entonner les prieres que chantent ceux qui s'y assemblent, à-peu-près comme les chantres ou choristes dans l'Eglise romaine. Le cazan est placé sur un siége plus élevé que les autres, & qui sert aussi de chaire au rabbin quand il prêche. Ce nom se trouve dans S. Epiphane, pour signifier un officier de la synagogue ; mais ce pere n'explique point quelle étoit alors sa fonction. Les Juifs modernes l'ont établi pour avoir inspection sur tout ce qui se passe dans leurs lieux d'assemblée, & sur-tout pour veiller à la décence dans la lecture de la loi & la récitation des offices ; mais malgré les précautions qu'il prend, il y regne toûjours beaucoup de précipitation & de cacophonie. (G)
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| CAZBAT | (Géog.) ville ancienne d'Afrique, au royaume de Tunis.
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| CAZELLES | S. f. (Fileur d'or) sont des especes de bobines sur lesquelles l'ouvrage se dévide après avoir été filé ; elles ont des crans au bout qui vont toûjours en diminuant, comme ceux de la fusée ; pour augmenter le mouvement quand les cazelles sont vuides, & pour le diminuer quand elles sont presque pleines. Voyez FILEUR D'OR.
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| CAZEMATE | S. f. en terme de Fortification, est une espece de voûte de maçonnerie pratiquée dans la partie du flanc du bastion proche la courtine, & qui fait une petite retraite ou un enfoncement vers la capitale du bastion. On y place le canon qui sert à défendre la face du bastion opposé, & à balayer le fond du fossé. Voyez BASTION.
Ce nom vient d'une voûte qui servoit autrefois à séparer les plate-formes des batteries hautes & basses que les Italiens appellent casa armata, & les Espagnols casamata : mais d'autres dérivent ce mot de casa à matti, maison à fous : Covarruvias de casa & mata, maison basse.
La cazemate est quelquefois composée de trois plate-formes l'une au-dessus de l'autre, le terre-plain du bastion étant la partie la plus élevée : mais l'on se contente quelquefois de placer la derniere au-dedans du bastion,
On donne aussi à la cazemate le nom de place basse ou de flanc bas, parce qu'elle est placée au pié du rempart près du fossé, quelquefois celui de flanc retiré, parce qu'elle est la partie du flanc qui est la plus proche de la courtine, & qui forme le centre du bastion : on la couvroit autrefois d'un épaulement ou d'un corps de maçonnerie rond ou quarré qui mettoit à couvert les batteries, ce qui l'a fait appeller flanc couvert.
On met aujourd'hui rarement les cazemates en usage, parce que les batteries de l'ennemi peuvent ensevelir les pieces de canon qu'elles contiennent, sous les ruines de leurs voûtes, outre que la fumée dont elles se remplissent les rend insupportables à ceux qui servent à l'Artillerie. C'est ce qui fait que les Ingénieurs modernes les font à découvert, & se contentent de les munir d'un parapet.
Les places basses & hautes doivent avoir au moins huit toises d'enfoncement ; savoir trois pour le parapet, & cinq pour le terrein ; desorte que s'il y a deux places l'une devant l'autre, elles doivent avoir seize toises d'enfoncement.
Les places basses ont les desavantages suivans.
1°. Qu'il est très-difficile de se servir en même tems des unes & des autres, à cause des éclats & des débris qui tombent continuellement.
2°. Qu'elles deviennent presque inutiles quand la demi-lune est prise, par le commandement qu'elle a sur elles.
3°. Que la quantité des débris qui tombent des places hautes, prépare une montée fort douce à l'ennemi pour monter à l'assaut.
Lorsqu'on a des places basses, il est important que le flanc soit couvert par un orillon qui les mette à l'abri du commandement de la demi-lune. Les meilleurs flancs bas sont ceux qui forment une espece de fausse craie au flanc, à la distance de dix ou douze toises ; ou si l'on veut les tenailles du fossé de M. de Vauban qui en tiennent lieu. Voyez TENAILLE, &c. (Q)
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| CAZERES | (Géog.) petite ville de France en Gascogne, sur la Garonne. Il y a une autre ville de même nom en Gascogne, sur l'Adour.
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| CAZERN | (Géog.) ville & forteresse de Pologne, dans la basse Podolie, sur le Niester.
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| CAZERNES | S. f. (Art milit.) sont de grands corps de logis construits entre le rempart & les maisons d'une ville fortifiée, ou même sur le rempart, pour loger les soldats, à la décharge & au soulagement des habitans. Voyez GARNISON.
Il y a pour l'ordinaire deux lits dans chaque chambre, & trois soldats couchent dans le même lit. (Q)
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| CAZERO | ou CAZERON, (Géog.) ville d'Asie, au royaume de Perse, capitale de la province de Sapour, qui fait partie de la Perse proprement dite, entre les rivieres de Boschavir & de Bendemir.
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| CAZIMI | (Astronom.) ce mot arabe est employé par les astronomes de ce pays pour marquer le disque du Soleil ; lorsqu'ils disent qu'une telle planete est en cazimi, c'est comme s'ils vouloient dire qu'elle ne paroît point éloignée de seize minutes du centre du Soleil, le demi-diametre de cet astre étant de 16'.
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| CAZMA | (Géog.) bon port de l'Amérique méridionale, au Pérou.
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| CAZZICHI | (Géog.) petite riviere de l'île de Candie, qui se jette dans la mer près de Spinalonga.
Ce, ces ; cet, cette ; ceci, cela ; celui, celle ; ceux, celles ; celui-ci, celui-là ; celles-ci, celles-là.
Ces mots répondent à la situation momentanée où se trouve l'esprit, lorsque la main montre un objet que la parole va nommer ; ces mots ne font donc qu'indiquer la personne ou la chose dont il s'agit, sans que par eux-mêmes ils en excitent l'idée. Ainsi la propre valeur de ces mots ne consiste que dans la désignation ou indication, & n'emporte point avec elle l'idée précise de la personne ou de la chose indiquée. C'est ainsi qu'il arrive souvent que l'on sait que quelqu'un a fait une telle action, sans qu'on sache qui est ce quelqu'un-là. Ainsi les mots dont nous parlons n'excitent que l'idée de l'existence de quelque substance ou mode, soit réel, soit idéal : mais ils ne donnent par eux-mêmes aucune notion décidée & précise de cette substance ou de ce mode.
Ils ne doivent donc pas être regardés comme des vice-gerens, dont le devoir consiste à figurer à la place d'un autre, & à remplir les fonctions de substitut.
Ainsi au lieu de les appeller pronoms, j'aimerois mieux, les nommer termes métaphysiques, c'est-à-dire mots qui par eux-mêmes n'excitent que de simples concepts ou vûes de l'esprit, sans indiquer aucun individu réel ou être physique. Or on ne doit donner à chaque mot que la valeur précise qu'il a ; & c'est à pouvoir faire & à sentir ces précisions métaphysiques, que consiste une certaine justesse d'esprit où peu de personnes peuvent atteindre.
Ce, ceci, cela, sont donc des termes métaphysiques, qui ne font qu'indiquer l'existence d'un objet que les circonstances ou d'autres mots déterminent ensuite singulierement & individuellement.
Ce, cet, cette, sont des adjectifs métaphysiques qui indiquent l'existence, & montrent l'objet : ce livre, cet homme, cette femme, voilà des objets présens ou présentés. " Ce, adjectif, ne se met que devant les noms masculins qui commencent par une consonne, au lieu que devant les noms masculins qui commencent par une voyelle, on met cet, mais devant les noms féminins, on met cette ", soit que le nom commence ou par une voyelle ou par une consonne. Grammaire de Buffier, page 189.
Ce, désigne un objet dont on vient de parler, ou un objet dont on va parler.
Quelquefois pour plus d'énergie on ajoûte les particules ci ou là aux substantifs précédés de l'adjectif ce ou cet ; cet état-ci, ce royaume-là ; alors ci fait connoître que l'objet est proche, & là plus éloigné ou moins proche.
Ce est souvent substantif ; c'est le hoc des Latins ; alors quoi qu'en disent nos Grammairiens, ce est du genre neutre ; car on ne peut pas dire qu'il soit masculin, ni qu'il soit féminin. J'entens ce que vous dites, istud quod. Ce fut après un solemnel & magnifique sacrifice, que, &c. Flechier, or, fun. Ce, c'est-à-dire la chose que je vais dire arriva après, &c.
Dans les interrogations, ce substantif est mis après le verbe est. Qui est-ce qui vous l'a dit, dont la construction est ce, c'est-à-dire celui ou celle qui vous l'a dit est quelle personne ?
Ce substantif se joint à tout genre & à tout nombre. Ce sont des Philosophes &c. ce sont les passions ; c'est l'amour ; c'est la haine.
La particule ci & la particule là ajoûtées au substantif ce, ont formé ceci & cela. Ces mots indiquent ou un objet simple, comme quand on dit cela est bon, ceci est mauvais : ou bien ils se rapportent à un sens total, à une action entiere ; comme quand on dit ceci va vous surprendre, cela mérite attention, cela est fâcheux.
Au reste ceci indique quelque chose de plus immédiatement présent que cela. Ecoutez ceci, avez-vous vû cela ? Vous êtes-vous apperçu de cela ? Venez voir ceci.
Ceci, cela, sont aussi des substantifs neutres ; ces mots ne donnent que l'idée métaphysique d'une substance qui est ensuite déterminée par les circonstances ou idées accessoires ; l'esprit ne s'arrête pas à la signification précise qui répond au mot ceci ou au mot cela, parce que cette signification est trop générale ; mais elle donne occasion à l'esprit de considérer ensuite d'une maniere plus distincte & plus décidée l'objet indiqué.
Ceci veut dire chose présente ou qui demeure ; cela signifie chose présente & déjà connue. Vos isthæc intro auferte. Emportez cela au logis, dit Mde Dacier, Ter. And. act. I. sc. j. vers 1. Ainsi il faut bien distinguer en ces occasions la propre signification du mot, & les idées accessoires qui s'y joignent & qui le déterminent d'une maniere individuelle.
Il en est de même de il m'a dit ; la valeur de il est seulement de marquer une personne qui a dit, voilà l'idée présentée, mais les circonstances ou idées accessoires me font connoître que cette personne ou ce il est Pierre ; voilà l'idée ajoûtée à il, idée qui n'est pas précisément signifiée par il.
Celui & celle sont des substantifs qui ont besoin d'être déterminés par qui ou par de ; ils sont substantifs puisqu'ils subsistent dans la phrase sans le secours d'un substantif, & qu'ils indiquent ou une personne ou une chose. Celui qui me suit, &c. c'est-à-dire l'homme, la personne, le disciple qui, &c. D. Quel est le meilleur acier dont on se serve communément en France ? R. C'est celui d'Allemagne, c'est-à-dire c'est l'acier d'Allemagne : ainsi ces mots indiquent ou un objet dont on a déjà parlé, ou un objet dont on va parler.
On ajoute quelquefois les particules ci ou là à celui & à celle, & au pluriel à ceux & à celles ; ces particules produisent à l'égard de ces mots-là le même effet que nous venons d'observer à l'égard de cet.
Ceux est le pluriel de celui, & en ajoûtant un s à celle, on en a le pluriel. Voyez PRONOM. (F)
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| CE | (Géog.) ville de la Chine dans la province de Xansi, où elle est la troisieme entre les grandes cités.
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| CEA | (Géog.) riviere d'Espagne, au royaume de Léon, qui prend sa source près des Asturies, & se jette dans le Carrion.
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| CEAUX | (Géog.) riviere de France dans le Gatinois, qui se jette dans le Loing.
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| CEBI-PIRA | (Hist. nat. bot.) arbre du Bresil dont l'écorce amere & astringente entre dans les bains, & les fomentations ordonnées dans les maladies causées par le froid, les tumeurs du ventre & des piés, & les douleurs de reins, que les Portugais appellent curi-mentos. Au reste on ne nous donne point d'autre description de cet arbre, que la phrase botanique suivante : arbor brasiliensis, floribus speciosis, spicatis, pericarpio sicco, sur laquelle on ne connoîtra sûrement pas le cebi-pira.
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| CEB | ou ZEBU, (Géog.) île d'Asie, l'une des Philippines, dans la mer des Indes.
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| CECERIG | ou CERIGOTTO, (Géog.) petite île de l'Archipel, entre celles de Cerigo & de Candie.
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| CECHIN | S. m. (Commerce) c'est ainsi que dans le Levant on appelle le sequin d'or, qui a cours à Venise. Voyez SEQUIN.
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| CECIMBR | ou CERIMBRA, (Géog.) petite ville de Portugal, dans l'Estramadure, sur le bord de l'Océan.
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| CECINA | (Géog.) riviere d'Italie, dans la Toscane, entre Livourne & Piombino. Elle a sa source dans le Siennois, & se jette dans la Méditerranée.
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| CECRYPHALE | S. f. (Hist. anc.) sorte de vêtement à l'usage des femmes grecques, dont nous n'avons aucune connoissance.
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| CEDANT | adj. pris subst. dans le Commerce, celui qui cede, qui transporte quelque somme, quelque droit, quelqu'effet à un autre.
Un cédant peut quelquefois, & suivant ses conventions, céder sans garantie ; cependant il est toûjours garant de ses faits, c'est-à-dire que la chose cédée existe, qu'elle lui appartienne, ou du moins qu'il ait été en droit d'en disposer.
Appeller un cédant en garantie, c'est l'assigner pardevant les juges pour se voir condamner à garantir ce qu'il a cédé, conformément aux clauses de son acte de cession. Dictionn. de Commerce. (G)
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| CEDATAIRE | S. m. terme de Droit synonyme à cédant. Voyez CEDANT. (H)
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| CEDER | verbe actif, (Commerce) transporter une chose à une autre personne, lui en donner la propriété, l'en rendre le maître. Ainsi un marchand cede sa boutique, son magasin, son fonds. Un actionnaire cede ou quelques-unes des actions, ou toutes les actions qu'il a dans une compagnie. Dict. du Commerce. (G)
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| CEDILLE | S. f. terme de Grammaire ; la cedille est une espece de petit c, que l'on met sous le C, lorsque par la raison de l'étymologie on conserve le c devant un a, un o, ou un u, & que cependant le c ne doit point prendre alors la prononciation dure, qu'il a coûtume d'avoir devant ces trois lettres a, o, u ; ainsi de glace, glacer, on écrit glaçant, glaçon ; de menace, menaçant ; de France, François ; de recevoir, reçû, &c. En ces occasions, la cedille marque que le c doit avoir la même prononciation douce qu'il a dans le mot primitif. Par cette pratique le dérivé ne perd point la lettre caractéristique, & conserve ainsi la marque de son origine.
Au reste, ce terme cedille vient de l'espagnol cedilla, qui signifie petit c ; car les Espagnols ont aussi, comme nous, le c sans cedille, qui alors a un son dur devant les trois lettres a, o, u ; & quand ils veulent donner le son doux au c qui précede l'une de ces trois lettres ; ils y souscrivent la cedille, c'est ce qu'ils appellent c con cedilla, c'est-à-dire c avec cedille.
Au reste, ce caractere pourroit bien venir du sigma des Grecs figuré ainsi , comme nous l'avons remarqué à la lettre c ; car le c avec cedille se prononce comme l's, au commencement des mots, sage, second, si, sucre. (F)
* Le c avec cedille s'appelle, soit en Fonderie de caracteres, soit en Imprimerie, c à queue.
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| CEDMONEEN | adj. (Géog.) est synonyme dans l'écriture à oriental. C'est ainsi qu'elle appelle les habitans de l'Arabie deserte, que la Terre-sainte avoit à l'orient.
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| CEDOGNA | (Géog.) ville d'Italie au royaume de Naples, dans la principauté ultérieure au pié de l'Apennin. Long. 33. 8. lat. 41. 5.
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| CEDRA | S. m. (Hist. nat. & Distill.) espece de citronnier. Voyez CITRONNIER. On donne le même nom aux fruits de cet arbre. On fait de ces fruits une confiture liquide & une confiture seche ; ils sont entiers dans la liquide, & par quartiers dans la seche. On en tire une liqueur très-estimée : pour cet effet, on les cueille avant leur entiere maturité ; on en enleve des zestes ; on presse ces zestes, & l'on en reçoit l'écoulement sur un morceau de verre, d'où il descend dans un vaisseau. On a de l'eau-de-vie camfrée ; on la coupe avec le jus des zestes de cedra, & on distille le tout. L'eau de cedra entre, à ce qu'on dit, dans la composition de celle des barbades.
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| CEDRE | cedrus, s. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante qui porte des chatons composés de plusieurs petites feuilles qui ont des sommets. Ces chatons sont stériles. Les fruits ou les baies renferment des noyaux anguleux, dans chacun desquels il y a une semence oblongue. Ajoûtez aux caracteres de ce genre, que les feuilles de ces especes sont semblables à celles du cyprès. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
* Le cedre est un arbre très-fameux. On en compte plusieurs especes. Les sentimens des Botanistes sont assez partagés à son sujet ; cependant tous s'accordent à donner le premier rang au cedre du Liban, que l'on nomme aussi grand cedre. Les relations des voyageurs portent qu'il ne s'en trouve plus guere sur le Liban ; elles varient sur leur grandeur : les uns disent que les cedres du Liban sont les plus grands arbres que l'on connoisse, & prétendent qu'il y en a qui s'élevent jusqu'à 120 ou 130 piés de hauteur, & que leur grosseur y est proportionnée ; d'autres se contentent de dire que les cedres du Liban sont de la taille des plus grands chênes : les uns disent que ses feuilles ressemblent à celles du pin, hormis qu'elles sont moins piquantes que celles de cet arbre ; d'autres prétendent qu'elles sont semblables à celles du romarin. Son écorce est polie & lisse. Les branches les plus proches de la terre s'étendent considérablement, & elles diminuent à mesure qu'elles approchent du sommet ; ce qui donne à cet arbre une figure pyramidale. Ses feuilles demeurent toûjours vertes ; elles sont petites & étroites. Son bois est rougeâtre & très-odoriférant, & plus dur que celui de toutes les autres especes de cedres ; il produit des pommes semblables aux pommes de pin, qui contiennent de la semence. On dit que dans les grandes chaleurs il en coule, sans incision, une gomme ou résine blanche que l'on nomme cedria. Voyez cet article.
Au reste, le cedre du Liban doit être rangé dans la classe du meleze. Voyez MELEZE. Son bois passe pour incorruptible, & l'on prétend que les vers ne s'y mettent jamais ; c'est un fait qui est cependant démenti par quelques voyageurs. On sait que le temple de Salomon étoit bâti de bois de cedre, qui lui fut fourni par le roi Hiram.
Il croît dans toutes les parties de l'Amérique une grande quantité de cedres, qui s'élevent aussi à une hauteur prodigieuse : mais on prétend que le bois n'en est point si dur ni si serré que celui des cedres du Liban. M. Lawrence savant anglois, qui a donné un traité sur la culture des arbres, se plaint de la négligence des Européens, de ne point rendre plus communs parmi eux des arbres que la nature semble avoir voulu rendre presque immortels, d'autant plus qu'il n'y a point d'arbre, selon lui, qui croisse avec plus de facilité que le cedre : en effet on le trouve sur les plus hautes montagnes du nouveau monde, aussi-bien que dans des endroits bas & marécageux ; on le rencontre dans les provinces les plus froides, aussi-bien que dans celles où la chaleur est la plus forte.
Il cite, outre cela, l'exemple d'un curieux qui avoit planté une allée de cedres près de sa maison de campagne en Angleterre, qui en peu d'années étoient parvenus à une grosseur très-considérable. On dit qu'il se trouve aussi beaucoup de cedres en Sibérie. L'on fait plusieurs ouvrages de tabletterie & de marqueterie avec le bois de cedre ; dans les pays où il est commun l'on en fait de la charpente. Les Espagnols, dans le tems de la découverte de l'Amérique, s'en sont servis avec succès pour la construction de leurs vaisseaux. On fait en Angleterre des especes de petits barrils dont les douves sont moitié de bois de cedre, & moitié de bois blanc fort artistement travaillés ; on y laisse séjourner pendant quelque tems du punch, ou d'autres liqueurs fortes ; elles acquierent par-là une odeur très-agréable, & qui en releve le goût. Il y a encore une espece de cedre, que l'on nomme cedre de Phénicie ou de Lycie, qui ressemble beaucoup au genevrier, & porte des grains ou baies rouges. Voyez OXYCEDRE.
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| CEDRIA | S. f. (Hist. nat. bot.) c'est ainsi qu'on appelle tantôt la poix, tantôt la résine du grand cedre. Il y en a qui distinguent le cedrium de la cedria : selon eux, la cedria est la larme crue de l'arbre, & le cedrium en est une huile de consistance plus fluide ; cependant on se sert indistinctement des deux termes cedrium & cedria, pour désigner la résine ou l'huile. On nomme aussi la résine cedræleum & l'huile de cade. On dit que la meilleure est épaisse, blanche, transparente, d'une odeur forte : on lui attribue la propriété de corrompre les corps vivans, & de conserver les corps morts. Quoi qu'il en soit, il est constant que c'étoit un des principaux ingrédiens des embaumemens égyptiens ; c'est, selon Dioscoride, un remede souverain pour les maux d'yeux, de dents, & la morsure des serpens & animaux venimeux.
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| CEDRIN | oiseau. Voyez SERIN.
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| CEDRO | (Géog.) riviere de l'île de Sardaigne, qui se jette dans la mer, près d'un petit golfe de même nom.
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| CEDULE | S. f. (Jurispr.) signifie en général toute sorte d'actes ou d'obligations faites sous signature privée, & même les brevets d'actes passés pardevant notaires, qu'on garde pardevers soi.
CEDULE évocatoire. Voyez EVOCATOIRE. (H)
CEDULE, s. f. (Commerce) parmi les marchands, banquiers, négocians, signifie souvent le morceau de papier sur lequel ils écrivent leurs promesses, lettres de change, billets payables au porteur, rescriptions & autres engagemens semblables qu'ils prennent entr'eux par actes sous seing privé, pour le fait de leur négoce, & particulierement pour le payement de l'argent. Ils appellent aussi porte-cédule, le porte-feuille dans lequel ils renferment ces sortes de papiers. Dictionnaire de Commerce.
CEDULES détachées, est le nom qu'on donne en Hollande, dans le bureau du convoi & licenten, aux expéditions qu'on délivre aux marchands pour justifier du contenu aux déclarations qu'ils ont faites de leurs marchandises, ou du payement des droits. C'est sur ces cedules, que les commis aux recherches doivent faire leurs visites. Idem, ibid.
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| CEER | S. m. (Commerce) poids tout ensemble & mesure dont on se sert sur la côte de Coromandel. Cinq céers font le bisi, huit bisis un man, & deux mans un candi.
Comme le candi est inégal, & qu'en quelques endroits il n'est que de trois cent vingt livres de Hollande, & en d'autres de cinq cent, le céer est à proportion plus ou moins pesant, suivant les lieux. Le céer contient vingt-quatre tols. Voyez TOL. Diction. du Commerce. (G)
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| CEFALONI | ou CEPHALONIE, (Géog.) île considérable de la Grece, au sud de l'Albanie, fort abondante. La capitale porte le même nom. Long. 38. 20. lat. 38. 30.
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| CEFAL | ou CEFALEDI, (Géog.) ville de Sicile, dans la vallée de Demone. Long. 31. 35. lat. 38. 5.
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| CEGA | (Géog.) petite riviere d'Espagne, au royaume de Léon, qui se jette dans le Duéro.
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| CEGINUS | S. m. (Astr.) est une étoile fixe de la troisieme grandeur, dans l'épaule gauche du Bouvier ; sa latitude est 49d. 33'. sa déclinaison de 39d. 27'. (O)
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| CEIBA | S. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont la fleur est en rose, quelquefois composée de plusieurs pétales disposés en rond, quelquefois monopétale campaniforme. Il s'éleve du calice un pistil, qui devient dans la suite un fruit en forme de flacon, qui s'ouvre d'un bout à l'autre en cinq parties, & qui est rempli de semences rondes revêtues d'un duvet fort doux, & adhérentes à un placenta de figure pyramidale à cinq côtés. Plumier, nova plant. amer. gener. Voyez PLANTE. (I)
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| CEILAN | ZEYLAN, ou CEYLON, (Géog.) île très-considérable d'Asie, dans la mer des Indes ; les Hollandois en possedent presque toutes les côtes, & le roi de Candi est maître de l'intérieur du pays, qui contient sept royaumes ; les insulaires se nomment Chingulais ; ils sont idolâtres. Leurs mariages se font d'une maniere assez extraordinaire ; c'est la fille qui choisit un mari, & qui fait ensuite part de son choix à ses parens, qui, lorsqu'ils l'approuvent, préparent un grand repas. Le fiancé va avec ses amis chez sa fiancée ; ils se lient les pouces ensemble, & vont ensuite se coucher ; ou l'homme tient un bout du linge de la femme, & le met autour de ses reins, la femme tient l'autre bout, on leur verse de l'eau sur la tête & sur le corps ; cela fait, ils vivent ensemble aussi long-tems qu'ils s'accordent. La premiere nuit des noces est au mari, la seconde est pour son frere, & s'il a un troisieme ou quatrieme frere, jusqu'au septieme, chacun a sa nuit ; de cette maniere une femme suffit pour une famille entiere. Les Chingulais ont un soin extrème de ne jamais se mésallier, & ils poussent le scrupule si loin sur leur noblesse, qu'ils ne prendroient point la moindre chose, pas même un verre d'eau, chez un homme d'un rang inférieur au leur ; un homme du commun n'a pas la permission même de frapper à la porte de son supérieur. Les femmes qui sont convaincues d'avoir eu commerce avec quelqu'un au-dessous d'elles, sont punies de mort. L'île de Ceilan est fort abondante en canelle, gingembre, ivoire, pierres précieuses, camphre, &c. c'est la Taprobane des anciens.
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| CEINTES | PRECEINTES, PERCEINTES, CARREAUX, LISSES, (Marine) ce sont de longues pieces de bois qu'on met bout à bout l'une de l'autre, en maniere de ceinture, dans le corps du bordage d'un vaisseau, pour faire la liaison des membres & pieces de charpente dont le corps du bâtiment est formé. Les ceintes sont posées les unes paralleles aux autres. Les matelots y trouvent une commodité, lorsqu'ils veulent monter dans le vaisseau, ou le nettoyer. Voyez Planche I. la lettre o, dont on marque les ceintes telles qu'elles paroissent sur le corps du vaisseau.
Il y a des charpentiers qui mettent quelque distinction entre ces différens cordons ou ceintes ; car ils appellent préceintes les trois plus basses ceintes, & nomment carreaux ou lisses, celles qui sont au-dessus, & la lisse de vibord est la plus élevée.
Les ceintes sont ordinairement de trois ou quatre pieces assemblées en écarts. Voyez, Pl. VI. fig. 38. la forme de cette piece de bois. Le plus souvent il y a deux préceintes au-dessous des sabords, & deux au-dessus. Quelquefois il y en a deux au-dessous, sans qu'il y en ait au-dessus.
Les ceintes font le même effet en-dehors du vaisseau, que les serre-gouttieres font en-dedans : les unes & les autres servent à lier & affermir le bâtiment : les vaisseaux qui ont beaucoup d'acastillage, ont plus de ceintes que les autres ; en général le nombre des ceintes se regle sur la grandeur du bâtiment. Voyez dans la figure qui représente la coupe d'un vaisseau, la disposition des ceintes, Planche V. figure premiere, premiere préceinte cotée 163 ; seconde préceinte, n°. 164 ; troisieme préceinte, n°. 165 ; quatrieme préceinte. n°. 166.
La plus basse préceinte doit avoir d'épaisseur la moitié de l'étrave, & de largeur, l'épaisseur entiere de l'étrave. Les ceintes qui sont posées plus haut diminuent un peu par proportion : mais lorsque les vaisseaux ont 170 piés de long de l'étrave à l'étambord, & au-dessus de 170 piés, on tient les préceintes de deux pouces plus minces que la moitié de l'étrave.
D'autres charpentiers proportionnent les ceintes suivant la longueur du vaisseau, en leur donnant douze pouces de large quand le vaisseau a cent piés de long. Par chaque dix piés que le bâtiment a au-dessous de cent piés, ils ôtent aux ceintes un pouce & demi de largeur ; & par chaque dix piés que le bâtiment a au-dessus de cent piés, ils ajoûtent aux ceintes un demi-pouce de largeur.
Pour leur épaisseur, ils la font de la moitié de la largeur, ou un peu moins.
Ces dimensions ne sont point invariables ; chaque constructeur peut les changer, suivant ses lumieres ou ses principes : mais celles que nous venons de rapporter sont en général assez suivies.
Presque tous les grands vaisseaux ont deux couples, ou quatre préceintes au-dessous des sabords, sous la belle, c'est-à-dire à l'endroit où le vaisseau est le plus bas. La plus basse préceinte se doit trouver autant au-dessous du gros du vaisseau, qu'elle a de largeur (selon le sentiment de quelques-uns) ; & la seconde doit être placée au-dessus de cette premiere à la distance d'une ceinte & demie. Les fermures qui sont entre ces préceintes, & dans lesquelles les dalots sont presque toûjours percés, doivent avoir la même épaisseur que le franc bordage qui est au-dessous. Que si le vaisseau a trois basses préceintes, comme cela se pratique quelquefois, la troisieme doit descendre aussi bas sous la seconde, que la premiere est élevée au-dessus, & la premiere peut bien être un peu moins épaisse que la seconde. Quand on laisse trop de distance entre les préceintes, & que les couples sont fort larges, cela fait un effet désagréable. (Z)
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| CEINTR | ou CINTRE, s. m. (Architect. & Coupe des pierres) du mot cinctus, a deux significations, l'une pour la charpente, l'autre pour le contour de la voûte qui a été formée sur la charpente. Dans la Charpenterie il signifie un assemblage de pieces de bois qui soûtiennent les ais & dosses, sur lesquels on construit une voûte avec des briques, ou du moilon, ou des pierres de taille, jusqu'à ce qu'étant fermée elle puisse se soûtenir sans ce secours. Dans la Coupe des pierres, il signifie le contour arrondi de la surface intérieure d'une voûte. Les ceintres considérés par rapport à leurs figures, sont de trois sortes : plein-ceintre, c'est un demi-cercle entier ; anse de panier ou sur-baissé, voyez SUR-BAISSE ; & sur-haussé, voyez SUR-HAUSSE. (D)
CEINTRE, outil de Charron, c'est une regle ou une barre de bois plate, qui sert aux Charrons pour mettre les roues à la hauteur qu'elles leur sont commandées. Cet outil n'ayant rien de particulier, il n'est pas nécessaire d'en faire la description.
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| CEINTRE | adj. en termes de Blason, se dit du globe ou monde impérial, entouré d'un cercle & d'un demi-cercle en forme de ceintre.
Regard en Savoie, d'azur au globe d'or ceintré & croisé en gueules. (Y)
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| CEINTURE | S. f. (Hist. anc. & mod.) lisiere de soie, de laine, de cuir ou d'autres matieres, que l'on attache autour des reins. L'usage en est ancien. Chez les Juifs, Dieu ordonna au grand-prêtre d'en porter une. Les Juifs étoient ceints lorsqu'ils célébroient la pâque, suivant l'ordre qu'ils en avoient reçû. Dès ce tems la ceinture servoit aussi de bourse. L'amplitude des habits grecs & romains en rendit l'usage nécessaire chez ces peuples. Ceux qui disputoient dans les jeux olympiques se ceignoient : mais vers la trente-quatrieme olympiade la ceinture leur fut interdite, & ils se dépouillerent pour courir. La défense de porter la ceinture fut quelquefois chez les anciens une tache d'ignominie & la punition de quelque faute ; d'où il s'ensuit que cette partie du vêtement marquoit quelque dignité parmi eux. La ceinture n'étoit pas moins à l'usage des femmes que des hommes ; elles s'en servoient soit pour relever leurs robes, soit pour en fixer les plis. Il y avoit de la grace à soûtenir à la hauteur de la main le lais du côté droit, ce qui laissoit le bas de la jambe à découvert ; & une négligence outrée à n'avoir point de ceinture & à laisser tomber sa tunique : de-là les expressions latines discincti, altè cincti, pour désigner un homme indolent ou alerte. Mecene ayant témoigné peu d'inquiétude sur les derniers devoirs de la vie, persuadé que la nature prend soin elle-même de notre sépulture, Seneque dit de lui, altè cinctum dixisse putes, " vous croiriez que celui qui a dit ce mot, portoit sa ceinture bien haut ". Gardez-vous, dit Sylla en parlant de César, d'un homme dont la ceinture est trop lâche. Il y avoit chez les Celtes une ceinture qui servoit pour ainsi dire de mesure publique de la taille parmi les hommes. Comme l'état veilloit à ce qu'ils fussent alertes, il punissoit ceux qui ne pouvoient la porter. L'usage des ceintures a été fort commun dans nos contrées ; mais les hommes ayant cessé de s'habiller en long, & pris le juste-au-corps & le manteau court, l'usage s'en est restraint peu-à-peu aux premiers magistrats, aux gens d'église, aux religieux & aux femmes ; encore les femmes n'en portent-elles presque plus aujourd'hui, que les paniers & les robes lâches sont devenues communes, malgré les ecclésiastiques, qui se recrierent beaucoup contre cette mode, qui laissant aux femmes, à ce qu'ils croyoient, la liberté de cacher les suites de leurs fautes, prognostiquoit un accroissement de dissolution. Nous avons jadis attaché, ainsi que les anciens, une marque d'infamie à la privation de la ceinture ; les banqueroutiers & autres débiteurs insolvables étoient contraints de la quitter. La raison de cet usage est que nos ancêtres attachant à leur ceinture une bourse, des clés, &c. la ceinture étoit un symbole d'état ou de condition, dont la privation de cette partie du vêtement indiquoit qu'on étoit déchû. L'histoire rapporte que la veuve de Philippe I. duc de Bourgogne, renonça au droit qu'elle avoit à sa succession, en quittant sa ceinture sur le tombeau du duc. Voyez INVESTITURE.
La distinction des étoffes & des habits subsista en France jusqu'au commencement du xv. siecle. On a un arrêt du parlement de 1420, qui défend aux femmes prostituées la robe à collet renversé, la queue, les boutonnieres, & la ceinture dorée ; mais les femmes galantes ne se soûmirent pas long-tems à cette défense, l'uniformité de leur habillement les confondit bientôt avec les femmes sages ; & la privation ou l'usage de la ceinture n'étant plus une marque de distinction, on fit le proverbe, bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.
L'usage des ceintures parmi nous n'étant point passé, mais seulement restreint, comme nous l'avons dit, nous avons une communauté de Ceinturiers. Les Ceinturiers s'appelloient autrefois Courroyers. Voyez CEINTURIERS.
CEINTURE DE VIRGINITE des anciens. C'étoit la coûtume chez les Grecs & les Romains, que le mari dénoüoit la ceinture de sa femme le premier soir de ses nôces.
Homere, liv. XI. de son Odyssée, appelle cette ceinture, , ceinture virginale.
Festus rapporte qu'elle étoit de laine de brebis, & que le mari la délioit lorsqu'il étoit dans le lit avec sa femme. Il ajoûte qu'elle étoit noüée d'un noeud singulier, qu'on appelloit le noeud d'Hercule, & que le mari le défaisoit, comme un présage qui lui promettoit autant d'enfans qu'Hercule en avoit laissé en mourant.
Les Poëtes donnent à Venus une espece de ceinture appellée cestus, à laquelle ils attribuent le pouvoir d'inspirer de l'amour. Voyez CESTE. (G)
* CEINTURE DE VIRGINITE des modernes ; elle n'a rien de commun avec celle des anciens. Chez les anciens, l'époux ôtoit à sa femme la ceinture virginale la premiere nuit de ses nôces ; & chez les modernes, c'est un présent qu'un mari jaloux lui fait quelquefois dès le lendemain. Cette ceinture est composée de deux lames de fer très-flexibles, assemblées en croix, ces lames sont couvertes de velours. L'une de ces lames fait le tour du corps au-dessus des reins ; l'autre passe entre les cuisses, & son extrémité vient rencontrer les deux extrémités de la premiere lame ; elles sont toutes trois tenues réunies par un cadenat dont le mari seul a le secret. Voyez CADENAT. La lame qui passe entre les cuisses, est percée de maniere à assûrer un mari de la sagesse de sa femme, sans géner les autres fonctions naturelles. On dit que cet instrument si infame, si injurieux au sexe, a pris naissance en Italie ; c'est peut-être une calomnie : ce qu'il y a de certain, c'est que l'Italie n'est pas le seul pays où l'on en ait fait usage.
Chrétien de la ceinture, Molaraekkel, dixieme calife de la famille des Abassides, ordonna l'an 235 de l'hégyre de Jesus-Christ 856, aux Juifs & aux Chrétiens de porter une grande ceinture de cuir pour marquer leur profession, ce qu'ils pratiquent encore aujourd'hui dans tout l'Orient. Depuis ce tems-là les chrétiens d'Asie, & sur-tout ceux de Syrie & de la Mésopotamie, qui sont presque tous Nestoriens ou Jacobites, sont appellés chrétiens de la ceinture. (G)
CEINTURE DE LA REINE, (Hist. mod.) ancien impôt ou taxe qu'on leve à Paris de trois ans en trois ans, sur le pié de trois deniers par chaque muid de vin, & de six pour chaque queue, pour l'entretien de la maison de la reine. On l'a depuis augmenté, & mis sur quelques autres denrées ou provisions, comme le charbon, &c. On l'appelloit aussi la taille du pain & du vin, comme il paroît par des registres de la chambre des comptes. Vigenere suppose que le nom de ceinture a été donné à cet impôt, parce qu'autrefois la ceinture servoit de bourse ; mais il ajoûte qu'on levoit il y a deux mille ans en Perse une pareille taxe, & sous le même nom, & cite pour le prouver l'Alcibiade de Platon, Cicéron & Athenée.
Il y a en Angleterre, pour la même destination, un impôt à-peu-près semblable, qu'on appelle aurum reginæ, or de la reine (queen-gold) ; c'étoit originairement un don qui se faisoit librement & sans être exigible. On en a fait depuis une dette, au payement de laquelle les particuliers sont contraints. (H)
CEINTURE DE VIF ARGENT, terme de Medecine ; c'est une espece de ceinture couverte & remplie de mercure. Voyez MERCURE.
Elle est de cuir, de linge, de drap, de coton, ou d'autre étoffe, qui enveloppe du mercure préparé ou éteint avec la salive d'une personne à jeun, de la graisse ou autre matiere, qui en amortit la trop grande vivacité. On l'attache en forme de topique autour des reins, quelquefois avec succès, quelquefois aussi au préjudice du malade ; car elle est souvent dangereuse aux personnes qui sont d'un tempérament foible ou sujettes aux convulsions : on s'en sert pour guérir la gale, pour tuer la vermine, &c. (N)
CEINTURE du four, en terme de Boulanger & d'autres ouvriers ; c'est le tour intérieur du four, ou la partie du mur qui le forme, & sur laquelle la voûte est appuyée.
CEINTURE OU PEIGNON, voyez PEIGNON & CORDERIE.
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| CEINTURIER | S. m. (Art méchan.) On appelle ainsi celui qui fait ou qui vend des ceintures.
La communauté des marchands Ceinturiers de la ville de Paris est d'un très-ancien établissement, & étoit autrefois une des plus considérables de cette capitale.
Le nom de Ceinturiers que les maîtres prennent aujourd'hui, est assez moderne ; avant le milieu du xv. siecle ils se nommoient maîtres Courroyers, du mot courroie, parce qu'on faisoit alors les ceintures avec du cuir, à la reserve de ceux de mouton & de bazane, qu'il étoit défendu d'y employer.
Cette communauté s'est soûtenue tant que les robes & les habillemens longs ont été en usage en France ; mais la mode des habits courts que les hommes prirent après le regne d'Henri III. ne la fit pas pourtant tout-à-fait tomber. Cet étalage assez bizarre de demi-ceints chargés de tant de bourses, demis, & d'autres bagatelles dont les femmes, sur-tout parmi la bourgeoisie, se sont parées jusqu'assez avant dans le xvj. siecle, suffit assez long-tems pour occuper près de deux cent maîtres de cette communauté.
Toutes ces modes étant à-la-fin passées, les baudriers & les ceinturons de toutes sortes, soit de velours ou d'autres étoffes, soit de diverses especes de cuirs piqués d'or, d'argent & de soie ; les ceintures & gibecieres pour les grenadiers, les porte-carabines pour la cavalerie, les fournimens & les pendans à bayonnette pour l'infanterie ; enfin les ceintures d'étoffe ou de cuir brodées, sont restés le partage des maîtres de cette communauté.
Chaque maître ne peut avoir qu'une boutique, & qu'un apprenti obligé au moins pour quatre ans.
Les enfans de maîtres font apprentissage chez leur pere, & ne tiennent point lieu d'apprentis.
Aucun n'est reçû à la maîtrise qu'il n'ait fait chef-d'oeuvre, qui anciennement étoit une ceinture de velours à deux pendans, à huit boucles par le bas des pendans ; la ferrure de fer à crochet, limée & percée à jour, à feuillages encloüés, & reparée dessus & dessous ; les clous avec leur contre-rivet, le tout bien poli. Mais depuis que ces ceintures ne sont plus d'usage, le chef-d'oeuvre est de quelqu'un des ouvrages que font les Ceinturiers modernes. Voyez le dictionn. du Commerce.
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| CEINTURON | S. m. (Art milit.) ceinture de bufle avec une boucle, des barres & des pendans. Le soldat se l'attache sur les reins, & l'épée est suspendue aux barres & aux pendans. La partie des pendans dans laquelle elle passe, s'appelle le baudrier. On a pratiqué au bouclier une espece de boutonniere, dans laquelle entre le crochet du fourreau de l'épée. Il y a des ceinturons de soie, il y en a de maroquin, de veau, &c. pour les officiers & autres personnes qui portent l'épée. Les Ceinturiers font les ceinturons de bufle, de maroquin & de veau ; mais ils font faire ceux de soie, qui ne peuvent être vendus que par eux. Voyez CEINTURIER.
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| CELADON | adjectif qu'on prend quelquefois substantivement, (Teinture) couleur verte tirant sur le blanc. Il est ordonné par les réglemens de la Teinture & les statuts des Teinturiers, que les soies teintes en celadon seront alunées, voyez ALUNER, puis gaudées, voyez GAUDER, ensuite passées sur la cuve d'inde ; que les laines de cette couleur seront gaudées & passées en cuve, sans être brunies avec le bois d'inde, voyez BRUNIR ; & que les fils celadons seront d'abord teints bleus, puis rabattus avec le bois de campeche & le verdet, & achevés avec la gaude. Voyez l'article TEINTURE.
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| CELAMA | (Géog.) ville d'Asie aux Indes, dans l'île de Banda, l'une des Molucques.
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| CELANO | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans l'Abruzze ultérieure. Long. 31. 35. lat. 42.
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| CELEBES | (ISLE DES) grande île de l'Asie dans la mer des Indes, sous l'équateur, au midi des Philippines, & à l'orient de celle de Bornéo ; on la nomme Macassar : la capitale se nomme Celebes. On prétend que le hasard seul a décidé de la religion que professent les Celebes : ennuyés d'être idolâtres, ils envoyerent des députés aux Chrétiens qui demeuroient dans leur voisinage, & ils en envoyerent en même tems d'autres au roi d'Achem, qui étoit mahométan, dans la résolution de prendre la religion de ceux qui leur envoyeroient les premiers des apôtres. Les Chrétiens furent prévenus par les Mahométans, dont en conséquence ils embrasserent la secte.
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| CELEBRE | ILLUSTRE, FAMEUX, RENOMMé, synonymes. (Gramm.) termes relatifs à l'opinion que les hommes ont conçûe de nous, sur ce qu'ils en ont entendu raconter d'extraordinaire. Fameux ne désigne que l'étendue de la réputation, soit que cette réputation soit fondée sur de bonnes ou de mauvaises actions, & se prend en bonne & en mauvaise part : on dit un fameux capitaine & un fameux voleur. Illustre marque une réputation fondée sur un mérite accompagné de dignité & d'éclat. On dit les hommes illustres de la France, & l'on comprend sous cette dénomination & les grands capitaines & les magistrats distingués, & les auteurs qui joignent des dignités au mérite littéraire. Célebre offre l'idée d'une réputation acquise par des talens littéraires, réels ou supposés, & n'emporte point celle de dignité. Renommé seroit tout-à-fait synonyme à fameux, s'il se prenoit en bonne & en mauvaise part ; mais il ne se prend qu'en bonne, & n'est relatif qu'à l'étendue de la réputation. Peut-être marque-t-il une réputation un peu moins étendue que fameux. Fameux, célebre, renommé, se disent des personnes & des choses. Illustre ne se dit que des personnes. Erostrate & Alexandre se sont rendus fameux, l'un par l'incendie du temple d'Ephese, l'autre par le ravage de l'Asie. La bataille de Canne illustra les Carthaginois. Horace est célebre entre les auteurs latins. La pourpre de Sidon étoit aussi renommée chez les anciens, que la teinture des Gobelins parmi nous. Voy. les synonymes de M. l'abbé Girard.
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| CELEF | (Géogr.) riviere d'Afrique au royaume d'Alger, qui tombe dans la mer à trois lieues d'Alger.
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| CELENO | (Mytholog.) c'est le nom d'une des Pleyades. Voyez PLEYADES. C'est aussi celui de la principale des harpies. Elle prédit aux Troyens dans les îles Strophades, qu'en punition du mauvais traitement qu'elle en avoit reçû, ils ne s'établiroient en Italie qu'après que la faim les auroit contraints à manger leurs tables. Qu'on me permette d'observer en passant, que quelqu'intéressant que pût être pour les Romains l'épisode des harpies, il est assez ridicule ; & que la prédiction des tables mangées est une puérilité sans esprit, sans agrément, & fort au-dessous même du cheval de Troye. Quelle différence entre cette partie de la machine de l'Enéide, & l'amour substitué au petit Ascagne entre les bras de Didon !
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| CELERES | S. m. pl. (Hist. anc.) c'étoit chez les Romains une troupe choisie, ou régiment destiné à la garde du roi. Romulus institua ce corps, composé de trois cent jeunes gens tirés des plus illustres familles de Rome, & approuvés par les suffrages des curies de Rome, dont chacune en fournissoit dix. Leur nom vient de celer, promt, actif, parce que cette troupe exécutoit avec promtitude les ordres du prince : d'autres prétendent qu'ils le tiennent de leur premier tribun nommé Celer, qui fut d'un grand secours à Romulus dans le combat contre son frere Remus, tué, dit-on, par ce même Celer. On confond encore les celeres avec les soldats nommés trossuli, parce qu'ils emporterent d'emblée la ville de Trossulum en Etrurie.
Outre l'honneur de garder à Rome la personne du roi quand on étoit en campagne, les celeres faisoient l'avant-garde de l'armée, chargeoient les premiers, & formoient l'arriere-garde dans les retraites. Ils ressembloient à nos dragons, puisqu'ils combattoient quelquefois à pié, quoiqu'ils fussent d'ailleurs montés & compris dans la cavalerie. Ils étoient divisés en trois escadrons de cent maîtres chacun, sous un capitaine ou centurion ; & leur commandant en chef se nommoit tribunus ou praefectus celerum. On le regardoit comme la seconde personne de l'état.
Plutarque assûre que Numa supprima ce corps : mais il fut rétabli sous les rois ses successeurs ; puisqu'il est certain que le fameux Brutus qui chassa de Rome Tarquin le superbe, avoit été tribun des celeres. (G)
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| CÉLERI | S. m. apium dulce, (Jard.) est une espece d'ache, dont les feuilles sont déchiquetées, dentelées, & d'un verd luisant, mais dont les tiges sont d'un goût moins fort, & plus agréable que l'ache des marais. Ces tiges se blanchissent, & deviennent tendres en les butant de terre & de fumier jusqu'au haut des feuilles, dont on coupe l'extrémité. Le céleri se mange en salade, & sert à plusieurs ragoûts. Cette plante se multiplie de graine qui est fort menue, & que l'on seme sur couche au mois d'Avril. On la replante ensuite en pleine terre au mois de Juin sur une planche terrotée de quatre piés de large, & à trois pouces l'une de l'autre sur cinq rayons, ayant soin de l'arroser souvent, & toûjours de la buter. Voyez ACHE. (K)
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| CELERIN | S. m. membradas, (Hist. nat. Ichth.) poisson de mer du genre des aphyes. Il a le corps blanc & la tête de couleur d'or, & il ressemble aux sardines.
Célerin erica, poisson qui se trouve souvent dans les lacs de Savoie. On lui a donné le nom de célerin, parce qu'il ressemble beaucoup aux célerins de mer. Il est aussi fort ressemblant à la sardine : c'est pourquoi on l'appelle en Italie sardanella. Ses écailles sont fort menues & luisantes comme de l'argent : elles tombent aisément. La bouche est grande ; les ouvertures des ouies sont découpées. Ce poisson est fort gras. On en prend une grande quantité au printems. On sale les petits, parce qu'ils se gardent mieux que les grands. Rondelet. Voyez POISSON. (I)
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| CELERITÉ | S. f. (Méchanique) est proprement la vîtesse d'un corps en mouvement, ou cette affection du corps en mouvement, par laquelle il est mis en état de parcourir un certain espace dans un certain tems. Voyez VITESSE, ESPACE ; voyez aussi MOUVEMENT.
Ce mot s'employe presque toûjours dans un sens figuré. On se sert rarement du mot de célérité pour exprimer la vîtesse d'un corps en mouvement : mais on s'en sert souvent dans l'usage ordinaire ; lorsqu'on dit, par exemple, qu'une telle affaire demande expédition & célérité, &c. ce mot vient du latin celeritas, qui signifie la même chose. (O)
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| CELESTE | S. f. (Myth.) déesse adorée à Carthage & dans toutes les contrées septentrionales de l'Afrique. Elle étoit représentée assise sur un lion, & surnommée la reine du ciel. Eliogabale qui avoit pris le titre de prêtre du soleil, enleva l'idole de Céleste de Carthage, avec toutes les richesses de son temple ; la maria avec son dieu, & contraignit les sujets de l'empire à célébrer ses noces, & à lui faire des présens. Constantin détruisit le temple que Céleste avoit à Carthage.
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| CELESTINS | S. m. pl. (Hist. ecclés.) ordre religieux, ainsi nommé du pape Célestin V. qui avant que d'être élevé sur la chaire de saint Pierre, & ne portant encore que le nom de Pierre de Moron, établit une congrégation de religieux réformés de l'ordre de Saint-Bernard. Il commença en 1244 ; fut approuvé par Urbain IV. en 1264, & confirmé dix ans après par Grégoire X. au II. concile général de Lyon. D'Italie il passa en France l'an 1300, sous le regne de Philippe-le-Bel ; & en 1318, selon du Breuil dans ses Antiquités de Paris, fut fondée la maison qu'ont en cette capitale les Célestins. Elle est en France le chef de l'ordre, qui consiste en vingt-trois monasteres ; ils sont gouvernés par un provincial, qui a pouvoir de général en France, & qui est élû tous les trois ans. (G)
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| CÉLEUSME | S. m. (Hist. anc.) c'est le nom du cri par lequel on exhortoit chez les Grecs les rameurs à redoubler leurs efforts. Ce cri étoit, selon Aristophane, rhippapé ou oop. Voyez CRI. Le celeusme étoit aussi à l'usage des gens de mer, chez les Romains. Les commandans avec leurs celeusmes, dit Arrien, ordonnoient aux rameurs de commencer ou de cesser ; & les rameurs répondant par un cri, plongeoient tous à la fois leurs rames dans le fleuve.
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| CELEUSTE | S. f. (Hist. anc.) nom d'une des danses boufonnes des Grecs. On n'en sait rien de plus.
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| CÉLIBAT | S. m. (Hist. anc. & mod. & Morale) est l'état d'une personne qui vit sans s'engager dans le mariage. Cet état peut être considéré en lui-même sous trois aspects différens : 1°. eu égard à l'espece humaine ; 2°. à la société ; 3°. à la société chrétienne. Mais avant que de considérer le célibat en lui-même, nous allons exposer en peu de mots sa fortune, & ses révolutions parmi les hommes. M. Morin, de l'académie des Belles-lettres, en réduit l'histoire aux propositions suivantes. Le célibat est aussi ancien que le monde ; il est aussi étendu que le monde : il durera autant & infiniment plus que le monde.
Histoire abrégée du célibat. Le célibat est aussi ancien que le monde, s'il est vrai, ainsi que le prétendent quelques auteurs de l'ancienne & de la nouvelle loi, que nos premiers parens ne perdirent leur innocence qu'en cessant de garder le célibat ; & qu'ils n'auroient jamais été chassés du paradis, s'ils n'eussent mangé le fruit défendu ; action qui dans le style modeste & figuré de l'Ecriture, ne désigne autre chose, selon eux, que l'infraction du célibat. Ils tirent les preuves de cette interprétation grammaticale, du sentiment de nudité qui suivit immédiatement le péché d'Eve & d'Adam ; de l'idée d'irrégularité attachée presque par toute la terre à l'acte charnel ; de la honte qui l'accompagne ; du remors qu'il cause ; du péché originel qui se communique par cette voie : enfin de l'état où nous retournerons au sortir de cette vie, où il ne sera question ni de maris ni de femmes, & qui sera un célibat éternel.
Il ne m'appartient pas, dit M. Morin, de donner à cette opinion les qualifications qui lui conviennent ; elle est singuliere ; elle paroit opposée à la lettre de l'Ecriture ; c'en est assez pour la rejetter. L'Ecriture nous apprend qu'Adam & Eve vécurent dans le paradis, comme frere & soeur ; comme les anges vivent dans le ciel ; comme nous y vivrons un jour : cela suffit ; & voilà le premier & le parfait célibat. Savoir combien il dura, c'est une question purement curieuse. Les uns disent quelques heures ; d'autres quelques jours : il y en a qui, fondés sur des raisons mystiques, sur je ne sai quelles traditions de l'église Grecque, sur l'époque de la naissance de Caïn, poussent cet intervalle jusqu'à trente ans.
A ce premier célibat, les docteurs Juifs en font succéder un autre qui dura bien davantage ; car ils prétendent qu'Adam & Eve, confus de leur crime, en firent pénitence pendant cent ans, sans avoir aucun commerce ensemble ; conjecture qu'ils établissent sur la naissance de Seth, leur troisieme fils, que Moyse ne leur donne qu'à l'âge de cent trente ans. Mais à parler juste, il n'y a qu'Abel à qui l'on puisse attribuer l'honneur d'avoir gardé le célibat pendant toute la vie. Savoir si son exemple fut imité dans les générations suivantes ; si les fils de Dieu qui se laisserent corrompre par les filles des hommes, n'étoient point une espece de religieux, qui tomberent dans le desordre, c'est ce que l'on ne sauroit dire ; la chose n'est pas impossible. S'il est vrai qu'il y eût alors des femmes qui affectoient la stérilité, comme il paroît par un fragment du prétendu livre d'Enoch, il pouvoit bien y avoir eu aussi des hommes qui en fissent profession : mais les apparences n'y sont pas favorables. Il étoit question alors de peupler le monde ; la loi de Dieu & celle de la nature imposoient à toutes sortes de personnes une espece de nécessité de travailler à l'augmentation du genre humain ; & il est à présumer que ceux qui vivoient dans ce tems-là, se faisoient une affaire principale d'obéir à ce précepte. Tout ce que l'histoire nous apprend dit M. Morin, des Patriarches de ces tems-là, c'est qu'ils prenoient & donnoient des femmes ; c'est qu'ils mirent au monde des fils & des filles, & puis moururent, comme s'ils n'avoient eu rien de plus important à faire.
Ce fut à-peu près la même chose dans les premiers siecles qui suivirent le déluge. Il y avoit beaucoup à défricher, & peu d'ouvriers ; c'étoit à qui engendreroit le plus. Alors l'honneur, la noblesse, la puissance des hommes consistoient dans le nombre des enfans ; on étoit sûr par-là de s'attirer une grande considération, de se faire respecter de ses voisins, & d'avoir une place dans l'histoire. Celle des Juifs n'a pas oublié le nom de Jaïr, qui avoit trente fils dans le service ; ni celle des Grecs, les noms de Danaüs & d'Egyptus, dont l'un avoit cinquante fils, & l'autre cinquante filles. La stérilité passoit alors pour une espece d'infamie dans les deux sexes, & pour une marque non équivoque de la malédiction de Dieu ; au contraire, on regardoit comme un témoignage authentique de sa bénédiction, d'avoir autour de sa table un grand nombre d'enfans. Le célibat étoit une espece de péché contre nature : aujourd'hui, ce n'est plus la même chose.
Moyse ne laissa guere aux hommes la liberté de se marier ou non. Lycurgue nota d'infamie les célibataires. Il y avoit même une solennité particuliere à Lacédémone, où les femmes les produisoient tous nuds aux piés des autels, & leur faisoient faire à la nature une amende honorable, qu'elles accompagnoient d'une correction très-severe. Ces républicains pousserent encore les précautions plus loin, en publiant des reglemens contre ceux qui se marioient trop tard, , & contre les maris qui n'en usoient pas bien avec leurs femmes, .
Dans la suite des tems, les hommes étant moins rares, on mitigea ces lois pénales. Platon tolere dans sa république le célibat jusqu'à trente-cinq ans : mais passé cet âge, il interdit seulement les célibataires des emplois, & leur marque le dernier rang dans les cérémonies publiques. Les lois Romaines qui succéderent aux greques, furent aussi moins rigoureuses contre le célibat : cependant les censeurs étoient chargés d'empêcher ce genre de vie solitaire, préjudiciable à l'état, caelibes esse prohibento. Pour le rendre odieux, ils ne recevoient les célibataires ni à tester, ni à rendre témoignage ; & voici la premiere question que l'on faisoit à ceux qui se présentoient pour prêter serment : ex animi tui sententiâ, tu équum habes tu uxorem habes ? à votre ame & conscience, avez-vous un cheval, avez-vous une femme ? mais les Romains ne se contentoient pas de les affliger dans ce monde, leurs Théologiens les menaçoient aussi de peines extraordinaires dans les enfers. Extrema omnium calamitas & impietas accidit illi qui absque filiis à vita discedit, & daemonibus maximas dat poenas post obitum. C'est la plus grande des impiétés, & le dernier des malheurs, de sortir du monde sans y laisser des enfans ; les démons font souffrir à ces gens-là de cruelles peines après leur mort.
Malgré toutes ces précautions temporelles & spirituelles, le célibat ne laissoit pas de faire son chemin ; les lois mêmes en sont une preuve. On ne s'avise pas d'en faire contre des desordres qui ne subsistent qu'en idée ; savoir par où & comment celui-ci commença, l'histoire n'en dit rien : il est à présumer que de simples raisons morales, & des goûts particuliers, l'emportent sur tant de lois pénales, bursales, infamantes, & sur les inquiétudes de la conscience. Il fallut sans-doute dans les commencemens des motifs plus pressans, de bonnes raisons physiques ; telles étoient celles de ces tempéramens heureux & sages que la nature dispense de réduire en pratique la grande regle de la multiplication : il y en a eu dans tous les tems. Nos auteurs leur donnent des titres flétrissans : les Orientaux au contraire les appellent eunuques du soleil ; eunuques du ciel, faits par la main de Dieu, qualités honorables, qui doivent non-seulement les consoler du malheur de leur état, mais encore les autoriser devant Dieu & devant les hommes à s'en glorifier, comme d'une grace spéciale, qui les décharge d'une bonne partie des sollicitudes de la vie, & les transporte tout d'un coup au milieu du chemin de la vertu.
Mais sans examiner sérieusement si c'est un avantage ou un desavantage, il est fort apparent que ces béats ont été les premiers à prendre le parti du célibat : ce genre de vie leur doit sans-doute son origine, & peut-être sa dénomination ; car les Grecs appelloient les invalides dont il s'agit , qui n'est pas éloigné de caelibes. En effet le célibat étoit le seul parti que les eussent à prendre pour obéir aux ordres de la nature, pour leur repos, pour leur honneur, & dans les regles de la bonne foi : s'ils ne s'y déterminoient pas d'eux-mêmes, les lois leur en imposoient la nécessité : celle de Moyse y étoit expresse. Les lois des autres nations ne leur étoient guere plus favorables : si elles leur permettoient d'avoir des femmes, il étoit aussi permis aux femmes de les abandonner.
Les hommes de cet état équivoque & rare dans les commencemens, également méprisés des deux sexes, se trouverent exposés à plusieurs mortifications, qui les réduisirent à une vie obscure & retirée : mais la nécessité leur suggéra bientôt différens moyens d'en sortir, & de se rendre recommandables : dégagés des mouvemens inquiets de l'amour étranger & de l'amour-propre, ils s'assujettirent aux volontés des autres avec un dévouement singulier ; & ils furent trouvés si commodes, que tout le monde en voulut avoir : ceux qui n'en avoient point, en firent par une opération hardie & des plus inhumaines : les peres, les maîtres, les souverains, s'arrogerent le droit de réduire leurs enfans, leurs esclaves, leurs sujets, dans cet état ambigu ; & le monde entier qui ne connoissoit dans le commencement que deux sexes, fut étonné de se trouver insensiblement partagé en trois portions à peu près égales.
A ces célibats peu volontaires il en succéda de libres, qui augmenterent considérablement le nombre des premiers. Les gens lettrés & les philosophes par goût, les athletes, les gladiateurs, les musiciens, par raison d'état, une infinité d'autres par libertinage, quelques-uns par vertu, prirent un parti que Diogene trouvoit si doux, qu'il s'étonnoit que sa ressource ne devînt pas plus à la mode. Quelques professions y étoient obligées, telles que celle de teindre en écarlate, baphiarii. L'ambition & la politique grossirent encore le corps des célibat aires : ces hommes bisarres furent ménagés par les grands mêmes, avides d'avoir place dans leur testament ; & par la raison contraire, les peres de famille dont on n'espéroit rien, furent oubliés, négligés, méprisés.
Nous avons vû jusqu'à présent le célibat interdit, ensuite toléré, puis approuvé, enfin préconisé : il ne tarda pas à devenir une condition essentielle dans la plûpart de ceux qui s'attacherent au service des autels. Melchisedech fut un homme sans famille & sans généalogie. Ceux qui se destinerent au service du temple & au culte de la loi, furent dispensés du mariage. Les filles eurent la même liberté. On assûre que Moyse congédia sa femme quand il eut reçû la loi des mains de Dieu. Il ordonna aux sacrificateurs dont le tour d'officier à l'autel approcheroit, de se séquestrer de leurs femmes pendant quelques jours. Après lui les prophetes Elie, Elisée, Daniel & ses trois compagnons, vécurent dans la continence. Les Nazaréens, la plus saine partie des Esseniens, nous sont représentés par Josephe comme une nation merveilleuse, qui avoit trouvé le secret que Metellus Numidicus ambitionnoit, de se perpétuer sans mariage, sans accouchement, & sans aucun commerce avec les femmes.
Chez les Egyptiens les prêtres d'Isis, & la plûpart de ceux qui s'attachoient au service de leurs divinités, faisoient profession de chasteté ; & pour plus de sûreté ils y étoient préparés dès leur enfance par des chirurgiens. Les Gymnosophistes, les Brachmanes, les Hiérophantes des Athéniens, une bonne partie des disciples de Pythagore, ceux de Diogene, les vrais Cyniques, & en général tous ceux & toutes celles qui se dévoüoient au service des déesses, en usoient de la même maniere. Il y avoit dans la Thrace une société considérable de religieux célibataires, appellés ou créateurs, de la faculté de se produire sans le secours des femmes. L'obligation du célibat étoit imposée chez les Perses aux filles destinées au service du soleil. Les Athéniens ont eu une maison de vierges. Tout le monde connoît les vestales Romaines. Chez nos anciens Gaulois, neuf vierges qui passoient pour avoir reçû du ciel des lumieres & des graces extraordinaires, gardoient un oracle fameux dans une petite île nommée Sené, sur les côtes de l'Armorique. Il y a des auteurs qui prétendent même que l'île entiere n'étoit habitée que par des filles, dont quelques-unes faisoient de tems en tems des voyages sur les côtes voisines, d'où elles rapportoient des petits embryons pour conserver l'espece. Toutes n'y alloient pas : il est à présumer, dit M. Morin, que le sort en décidoit, & que celles qui avoient le malheur de tirer un billet noir, étoient forcées de descendre dans la barque fatale qui les exposoit sur le continent. Ces filles consacrées étoient en grande vénération : leur maison avoit des priviléges singuliers, entre lesquels on peut compter celui de ne pouvoir être châtiées pour un crime, sans avoir avant toute chose perdu la qualité de fille.
Le célibat a eu ses martyrs chez les payens, & leurs histoires & leurs fables sont pleines de filles qui ont généreusement préféré la mort à la perte de l'honneur. L'aventure d'Hippolite est connue, ainsi que sa résurrection par Diane, patrone des célibat aires. Tous ces faits, & une infinité d'autres, étoient soûtenus par les principes de la croyance. Les Grecs regardoient la chasteté comme une grace si naturelle ; les sacrifices n'étoient point censés complets, sans l'intervention d'une vierge : ils pouvoient bien être commencés, libare : mais ils ne pouvoient être consommés sans elles, litare. Ils avoient sur la virginité des propos magnifiques, des idées sublimes, des spéculations d'une grande beauté : mais en approfondissant la conduite secrette de tous ces célibataires, & de tous ces virtuoses du paganisme, on n'y découvre, dit M. Morin, que desordres, que forfanterie, & qu'hypocrisie. A commencer par leurs déesses, Vesta la plus ancienne étoit représentée avec un enfant ; où l'avoit-elle pris ? Minerve avoit par-devers elle Erichtonius, une aventure avec Vulcain, & des temples en qualité de mere. Diane avoit son chevalier Virbius, & son Endimion : le plaisir qu'elle prenoit à contempler celui-ci endormi, en dit beaucoup, & trop pour une vierge. Myrtilus accuse les muses de complaisances fortes pour un certain Mégalion, & leur donne à toutes des enfans qu'il nomme nom par nom ; c'est peut-être pour cette raison que l'abbé Cartaud les appelle les filles de l'opéra de Jupiter. Les dieux vierges ne valoient guere mieux que les déesses, témoins Apollon & Mercure.
Les prêtres, sans en excepter ceux de Cybele, ne passoient pas dans le monde pour des gens d'une conduite bien réguliere : on n'enterroit pas vives toutes les vestales qui péchoient. Pour l'honneur de leurs philosophes, M. Morin s'en taît, & finit ainsi l'histoire du célibat, tel qu'il étoit au berceau, dans l'enfance, entre les bras de la nature ; état bien différent du haut degré de perfection où nous le voyons aujourd'hui : changement qui n'est pas étonnant ; celui-ci est l'ouvrage de la grace & du Saint-Esprit ; celui-là n'étoit que l'avorton imparfait d'une nature déréglée, dépravée, débauchée, triste rebut du mariage & de la virginité. Voyez les Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tom. IV. page 308. Hist. critiq. du célibat. Tout ce qui précede n'est absolument que l'analyse de ce mémoire : nous en avons retranché quelques endroits longs ; mais à peine nous sommes-nous accordé la liberté de changer une seule expression dans ce que nous en avons employé : il en sera de même dans la suite de cet article : nous ne prenons rien sur nous ; nous nous contentons seulement de rapporter fidelement, non-seulement les opinions, mais les discours même des auteurs, & de ne puiser ici que dans des sources approuvées de tous les honnêtes gens. Après avoir montré ce que l'histoire nous apprend du célibat, nous allons maintenant envisager cet état avec les yeux de la Philosophie, & exposer ce que différens écrivains ont pensé sur ce sujet.
Du célibat considéré en lui-même : 1°. eû égard à l'espece humaine. Si un historien ou quelque voyageur nous faisoit la description d'un être pensant, parfaitement isolé, sans supérieur, sans égal, sans inférieur, à l'abri de tout ce qui pourroit émouvoir les passions, seul en un mot de son espece ; nous dirions sans hésiter que cet être singulier doit être plongé dans la mélancolie : car quelle consolation pourroit-il rencontrer dans un monde qui ne seroit pour lui qu'une vaste solitude ? Si l'on ajoûtoit que malgré les apparences il joüit de la vie, sent le bonheur d'exister, & trouve en lui-même quelque félicité, alors nous pourrions convenir que ce n'est pas tout-à-fait un monstre, & que relativement à lui-même sa constitution n'est pas entierement absurde : mais nous n'irions jamais jusqu'à dire qu'il est bon. Cependant si l'on insistoit, & qu'on objectât qu'il est parfait dans son genre, & conséquemment que nous lui refusons à tort l'épithete de bon (car qu'importe qu'il ait quelque chose ou qu'il n'ait rien à démêler avec d'autres) ; il faudroit bien franchir le mot, & reconnoître que cet être est bon, s'il est possible toutefois qu'il soit parfait en lui-même, sans avoir aucun rapport, aucune liaison avec l'univers dans lequel il est placé.
Mais si l'on venoit à découvrir à la longue quelque systeme dans la nature dont l'espece d'automate en question pût être considéré comme faisant partie ; si l'on entrevoyoit dans sa structure des liens qui l'attachassent à des êtres semblables à lui ; si sa conformation indiquoit une chaîne de créatures utiles, qui ne pût s'accroître & s'éterniser que par l'emploi des facultés qu'il auroit reçûes de la nature ; il perdroit incontinent le titre de bon dont nous l'avons décoré : car comment ce titre conviendroit-il à un individu, qui par son inaction & sa solitude tendroit aussi directement à la ruine de son espece ? La conservation de l'espece n'est-elle pas un des devoirs essentiels de l'individu ? & tout individu qui raisonne & qui est bien conformé, ne se rend-il pas coupable en manquant à ce devoir, à moins qu'il n'en ait été dispensé par quelqu'autorité supérieure à celle de la nature ? Voyez l'Essai sur le mérite & sur la vertu.
J'ajoûte, à moins qu'il n'en ait été dispensé par quelqu'autorité supérieure à celle de la nature, afin qu'il soit bien clair qu'il ne s'agit nullement ici du célibat consacré par la religion ; mais de celui que l'imprudence, la misanthropie, la legereté, le libertinage, forment tous les jours ; de celui où les deux sexes se corrompant par les sentimens naturels mêmes, ou étouffant en eux ces sentimens sans aucune nécessité, fuient une union qui doit les rendre meilleurs, pour vivre, soit dans un éloignement stérile, soit dans des unions qui les rendent toujours pires. Nous n'ignorons pas que celui qui a donné à l'homme tous ses membres, peut le dispenser de l'usage de quelques-uns, ou même lui défendre cet usage, & témoigner que ce sacrifice lui est agréable. Nous ne nions point qu'il n'y ait une certaine pureté corporelle, dont la nature abandonnée à elle-même ne se seroit jamais avisée, mais que Dieu a jugée nécessaire pour approcher plus dignement des lieux saints qu'il habite, & vaquer d'une maniere plus spirituelle au ministere de ses autels. Si nous ne trouvons point en nous le germe de cette pureté, c'est qu'elle est, pour ainsi dire, une vertu révélée & de foi.
Du célibat considéré 2°. eu égard à la société. Le célibat que la religion n'a point sanctifié, ne peut pas être contraire à la propagation de l'espece humaine, ainsi que nous venons de le démontrer, sans être nuisible à la société. Il nuit à la société en l'appauvrissant & en la corrompant. En l'appauvrissant, s'il est vrai, comme on n'en peut guere douter, que la plus grande richesse d'un état consiste dans le nombre des sujets ; qu'il faut compter la multitude des mains entre les objets de premiere nécessité dans le commerce ; & que de nouveaux citoyens ne pouvant devenir tous soldats, par la balance de paix de l'Europe, & ne pouvant par la bonne police, croupir dans l'oisiveté, travailleroient les terres, peupleroient les manufactures, ou deviendroient navigateurs. En la corrompant, parce que c'est une regle tirée de la nature, ainsi que l'illustre auteur de l'esprit des lois l'a bien remarqué, que plus on diminue le nombre des mariages qui pourroient se faire, plus on nuit à ceux qui sont faits ; & que moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages, comme lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols. Les anciens connoissoient si bien ces avantages, & mettoient un si haut prix à la faculté naturelle de se marier & d'avoir des enfans, que leurs lois avoient pourvû à ce qu'elle ne fût point ôtée. Ils regardoient cette privation comme un moyen certain de diminuer les ressources d'un peuple, & d'y accroître la débauche. Aussi quand on recevoit un legs à condition de garder le célibat ; lorsqu'un patron faisoit jurer son affranchi qu'il ne se marieroit point, & qu'il n'auroit point d'enfant, la loi Pappienne annulloit chez les Romains & la condition & le serment. Ils avoient conçû que là où le célibat auroit la prééminence, il ne pouvoit guere y avoir d'honneur pour l'état du mariage ; & conséquemment parmi leurs lois, on n'en rencontre aucune qui contienne une abrogation expresse des priviléges & des honneurs qu'ils avoient accordés aux mariages & au nombre des enfans.
Du célibat considéré 3°. eû égard à la société chrétienne. Le culte des dieux demandant une attention continuelle & une pureté de corps & d'ame singuliere, la plûpart des peuples ont été portés à faire du clergé un corps séparé ; ainsi chez les Egyptiens, les Juifs & les Perses, il y eut des familles consacrées au service de la divinité & des temples. Mais on ne pensa pas seulement à éloigner les ecclésiastiques des affaires & du commerce des mondains ; il y eut des religions où l'on prit encore le parti de leur ôter l'embarras d'une famille. On prétend que tel a été particulierement l'esprit du Christianisme, même dans son origine. Nous allons donner une exposition abrégée de sa discipline, afin que le lecteur en puisse juger par lui-même.
Il faut avoüer que la loi du célibat pour les évêques, les prêtres, & les diacres, est aussi ancienne que l'Eglise. Cependant il n'y a point de loi divine écrite qui défende d'ordonner prêtres des personnes mariées, ni aux prêtres de se marier. Jesus-Christ n'en a fait aucun précepte ; ce que S. Paul dit dans ses épîtres à Timothée & à Tite sur la continence des évêques & des diacres, tend seulement à défendre à l'évêque d'avoir plusieurs femmes en même tems ou successivement ; oportet episcopum esse unius uxoris virum. La pratique même des premiers siecles de l'Eglise y est formelle : on ne faisoit nulle difficulté d'ordonner prêtres & évêques des hommes mariés ; il étoit seulement défendu de se marier après la promotion aux ordres, ou de passer à d'autres nôces, après la mort d'une premiere femme. Il y avoit une exception particuliere pour les veuves. On ne peut nier que l'esprit & le voeu de l'Eglise n'ayent été que ses principaux ministres vécussent dans une grande continence, & qu'elle a toûjours travaillé à en établir la loi ; cependant l'usage d'ordonner prêtres des personnes mariées a subsisté & subsiste encore dans l'Eglise Greque, & n'a jamais été positivement improuvé par l'Eglise Latine.
Quelques-uns croyent que le troisieme canon du premier concile de Nicée, impose aux clercs majeurs, c'est-à-dire aux évêques, aux prêtres, & aux diacres, l'obligation du célibat. Mais le P. Alexandre prouve dans une dissertation particuliere, que le concile n'a point prétendu interdire aux clercs le commerce avec les femmes qu'ils avoient épousées avant leur ordination ; qu'il ne s'agit dans le canon objecté que des femmes nommées subintroductae & agapetae, & non des femmes légitimes ; & que ce n'est pas seulement aux clercs majeurs, mais aussi aux clercs inférieurs, que le concile interdit la cohabitation avec les agapetes : d'où ce savant Théologien conclut que c'est le concubinage qu'il leur défend, & non l'usage du mariage légitimement contracté avant l'ordination. Il tire même avantage de l'histoire de Paphenuce si connue, & que d'autres auteurs ne paroissent avoir rejettée comme une fable, que parce qu'elle n'est aucunement favorable au célibat du clergé.
Le concile de Nicée n'a donc, selon toute apparence, parlé que des mariages contractés depuis l'ordination, & du concubinage : mais le neuvieme canon du concile d'Ancyre permet expressément à ceux qu'on ordonneroit diacres, & qui ne seroient pas mariés, de contracter mariage dans la suite, pourvû qu'ils eussent protesté dans le tems de l'ordination, contre l'obligation du célibat. Il est vrai que cette indulgence ne fut étendue ni aux évêques ni aux prêtres, & que le concile de Neocaesarée tenu peu de tems après celui d'Ancyre, prononce formellement, presbyterum, si uxorem acceperit, ab ordine deponendum, quoique le mariage ne fût pas nul, selon la remarque du P. Thomassin. Le concile in Trullo tenu l'an 692, confirma dans son xiij. canon l'usage de l'église greque, & l'église latine n'exigea point au concile de Florence qu'elle y renonçât. Cependant il ne faut pes celer que plusieurs des prêtres Grecs sont moines, & gardent le célibat ; & que l'on oblige ordinairement les patriarches & les évêques de faire profession de la vie monastique, avant que d'être ordonnés. Il est encore à propos de dire qu'en Occident le célibat fut prescrit aux clercs par les decrets des papes Sirice & Innocent ; que celui du premier est de l'an 385, que S. Léon étendit cette loi aux soûdiacres ; que S. Grégoire l'avoit imposée aux diacres de Sicile ; & qu'elle fut confirmée par les conciles d'Elvire sur la fin du IIIe siecle, canon xxxiij. de Tolede, en l'an 400 ; de Carthage, en 419, canon iij. & jv. d'Orange, en 441, canon xxij. & xxiij. d'Arles, en 452 ; de Tours, en 461 ; d'Agde, en 506 ; d'Orléans, en 538 ; par les capitulaires de nos rois, & divers conciles tenus en Occident ; mais principalement par le concile de Trente ; quoique sur les représentations de l'Empereur, du duc de Baviere, des Allemands, & même du roi de France, on n'ait pas laissé d'y proposer le mariage des prêtres, & de le solliciter auprès du pape, après la tenue du concile. Leur célibat avoit eu long-tems auparavant des adversaires : Vigilance & Jovien s'étoient élevés contre sous S. Jérome : Wiclef, les Hussites, les Bohémiens, Luther, Calvin, & les Anglicans, en ont secoüé le joug ; & dans le tems de nos guerres de religion, le cardinal de Chatillon, Spifame évêque de Nevers, & quelques ecclésiastiques du second ordre, oserent se marier publiquement ; mais ces exemples n'eurent point de suite.
Lorsque l'obligation du célibat fut générale dans l'Eglise catholique, ceux d'entre les ecclésiastiques qui la violerent, furent d'abord interdits pour la vie des fonctions de leur ordre, & mis au rang des laïques. Justinien, leg. 45. cod. de episcop. & cler. voulut ensuite que leurs enfans fussent illégitimes, & incapables de succéder & recevoir des legs : enfin il fut ordonné que ces mariages seroient cassés, & les parties mises en pénitence ; d'où l'on voit comment l'infraction est devenue plus grave, à mesure que la loi s'est invétérée. Dans le commencement, s'il arrivoit qu'un prêtre se mariât, il étoit déposé, & le mariage subsistoit ; à la longue, les ordres furent considérés comme un empêchement dirimant au mariage : aujourd'hui un clerc simple tonsuré qui se marie, ne joüit plus des priviléges des ecclésiastiques, pour la jurisdiction & l'exemption des charges publiques. Il est censé avoir renoncé par le mariage à la cléricature & à ses droits. Fleury, Inst. au Droit eccles. tom. I. Anc. & nouv. discipline de l'Eglise du P. Thomassin.
Il s'ensuit de cet historique, dit feu M. l'abbé de S. Pierre, pour parler non en controversiste, mais en simple politique chrétien, & en simple citoyen d'une société chrétienne, que le célibat des prêtres n'est qu'un point de discipline ; qu'il n'est point essentiel à la religion chrétienne ; qu'il n'a jamais été regardé comme un des fondemens du schisme que nous avons avec les Grecs & les Protestans ; qu'il a été libre dans l'Eglise latine : que l'Eglise ayant le pouvoir de changer tous les points de discipline d'institution humaine, si les états de l'église catholique recevoient de grands avantages de rentrer dans cette ancienne liberté, sans en recevoir aucun dommage effectif, il seroit à souhaiter que cela fût ; & que la question de ces avantages est moins théologique que politique, regarde plus les souverains que l'Eglise, qui n'aura plus qu'à prononcer.
Mais y a-t-il des avantages à restituer les ecclésiastiques dans l'ancienne liberté du mariage ? C'est un fait dont le Czar fut tellement frappé, lorsqu'il parcourut la France incognito, qu'il ne concevoit pas que dans un état où il rencontroit de si bonnes lois & de si sages établissemens, on y eût laissé subsister depuis tant de siecles une pratique, qui d'un côté n'importoit en rien à la religion, & qui de l'autre préjudicioit si fort à la société chrétienne. Nous ne déciderons point si l'étonnement du Czar étoit bien fondé ; mais il n'est pas inutile d'analyser les mémoires de M. l'abbé de S. Pierre, & o'est ce que nous allons faire.
Avantages du mariage des prêtres, 1°. Si quarante mille curés avoient en France quatre-vingt mille enfans, ces enfans étant sans contredit mieux élevés, l'état y gagneroit des sujets & d'honnêtes gens, & l'Eglise des fideles. 2°. Les ecclésiastiques étant par leur état meilleurs maris que les autres hommes, il y auroit quarante mille femmes plus heureuses & plus vertueuses. 3°. Il n'y a guere d'hommes pour qui le célibat ne soit difficile à observer ; d'où il peut arriver que l'Eglise souffre un grand scandale par un prêtre qui manque à la continence, tandis qu'il ne revient aucune utilité aux autres Chrétiens de celui qui vit continent. 4°. Un prêtre ne mériteroit guere moins devant Dieu en supportant les défauts de sa femme & de ses enfans, qu'en résistant aux tentations de la chair. 5°. Les embarras du mariage sont utiles à celui qui les supporte ; & les difficultés du célibat ne le sont à personne. 6°. Le curé pere de famille vertueux, seroit utile à plus de monde que celui qui pratique le célibat. 7°. Quelques ecclésiastiques pour qui l'observation du célibat est très-pénible, ne croiroient pas avoir satisfait à tout, quand ils n'ont rien à se reprocher de ce côté. 8°. Cent mille prêtres mariés formeroient cent mille familles ; ce qui donneroit plus de dix mille habitans de plus par an ; quand on n'en compteroit que cinq mille, ce calcul produiroit encore un million de François en deux cent ans. D'où il s'ensuit que sans le célibat des prêtres, on auroit aujourd'hui quatre millions de Catholiques de plus, à prendre seulement depuis François I. ce qui formeroit une somme considérable d'argent ; s'il est vrai, ainsi qu'un Anglois l'a supputé, qu'un homme vaut à l'état plus de neuf livres sterlins. 9°. Les maisons nobles trouveroient dans les familles des évêques, des rejettons qui prolongeroient leur durée, &c. Voyez les ouvrages politiq. de M. l'abbé de S. Pierre, tom. II. p. 146.
Moyens de rendre aux ecclésiastiques la liberté du mariage. Il faudroit 1°. former une compagnie qui méditât sur les obstacles & qui travaillât à les lever. 2°. Négocier avec les princes de la communion Romaine, & former avec eux une confédération. 3°. Négocier avec la cour de Rome ; car M. l'abbé de S. Pierre prétend qu'il vaut mieux user de l'intervention du pape, que de l'autorité d'un concile national ; quoique, selon lui, le concile national abrégeât sans-doute les procédures, & que selon bien des théologiens, ce tribunal fût suffisant pour une affaire de cette nature. Voici maintenant les objections que M. l'abbé de S. Pierre se propose lui-même contre son projet, avec les réponses qu'il y fait.
Premiere objection. Les évêques d'Italie pourroient donc être mariés, comme S. Ambroise ; & les cardinaux & le pape, comme S. Pierre.
REPONSE. Assûrément : M. l'abbé de S. Pierre ne voit ni mal à suivre ces exemples, ni inconvénient à ce que le pape & les cardinaux ayent d'honnêtes femmes, des enfans vertueux, & une famille bien reglée.
Seconde objection. Le peuple a une vénération d'habitude pour ceux qui gardent le célibat, & qu'il est à propos qu'il conserve.
REPONSE. Ceux d'entre les pasteurs Hollandois & Anglois qui sont vertueux, n'en sont pas moins respectés du peuple, pour être mariés.
Troisieme objection. Les prêtres ont dans le célibat plus de tems à donner aux fonctions de leur état, qu'ils n'en auroient sous le mariage.
REPONSE. Les ministres Protestans trouvent fort bien le tems d'avoir des enfans, de les élever, de gouverner leur famille, & de veiller sur leur paroisse. Ce seroit offenser nos ecclésiastiques, que de n'en pas présumer autant d'eux.
Quatrieme objection. De jeunes curés de trente ans auront cinq à six enfans ; quelquefois peu d'acquit pour leur état, peu de fortune, & par conséquent beaucoup d'embarras.
REPONSE. Celui qui se présente aux ordres, est reconnu pour homme sage & habile ; il est obligé d'avoir un patrimoine ; il aura son bénéfice, la dot de sa femme peut être honnête. Il est d'expérience que ceux d'entre les curés qui retirent des parens pauvres, n'en sont pas pour cela plus à charge à l'Eglise ou à leur paroisse. D'ailleurs quelle nécessité qu'une partie des ecclésiastiques vive dans l'opulence, tandis que l'autre languit dans la misere ? Ne seroit-il pas possible d'imaginer une meilleure distribution des revenus ecclésiastiques ?
Cinquieme objection. Le concile de Trente regarde le célibat comme un état plus parfait que le mariage.
REPONSE. Il y a des équivoques à éviter dans les mots d'état, de parfait, d'obligation : pourquoi vouloir qu'un prêtre soit plus parfait que S. Pierre ? l'objection prouve trop, & par conséquent ne prouve rien. La these, dit M. l'abbé de S. Pierre, est purement politique, & consiste en trois propositions : 1°. Le célibat est de pure discipline ecclésiastique que l'Eglise peut changer ; 2°. Il seroit avantageux aux états Catholiques Romains que cette discipline fût changée ; 3°. En attendant un concile national ou général, il est convenable que la cour de Rome reçoive pour l'expédition de la dispense du célibat, une somme marquée payable par ceux qui la demanderont.
Tel est le système de M. l'abbé de S. Pierre que nous exposons, parce que le plan de notre ouvrage l'exige, & dont nous abandonnons le jugement à ceux à qui il appartient de juger de ces objets importans. Mais nous ne pouvons nous dispenser de remarquer en passant, que ce philosophe citoyen ne s'est proposé que dans une édition de Hollande faite sur une mauvaise copie, une objection qui se présente très-naturellement, & qui n'est pas une des moins importantes : c'est l'inconvénient des bénéfices rendus héréditaires ; inconvénient qui ne se fait déjà que trop sentir, & qui deviendroit bien plus général. Quoi donc faudra-t-il anéantir toute résignation & coadjutorerie, & renvoyer aux supérieurs la collation de tous les bénéfices ? Cela ne seroit peut-être pas plus mal ; & un évêque qui connoît son diocese & les bons sujets, est bien autant en état de nommer à une place vacante, qu'un ecclésiastique moribond, obsédé par une foule de parens ou d'amis intéressés : combien de simonies & de procès scandaleux prévenus !
Il nous resteroit pour complete r cet article, à parler du célibat monastique : mais nous nous contenterons d'observer avec le célebre M. Melon, 1°. qu'il y auroit un avantage infini pour la société & pour les particuliers, que le prince usât strictement du pouvoir qu'il a de faire observer la loi qui défendroit l'état monastique avant l'âge de vingt-cinq ans ; ou, pour me servir de l'idée & de l'expression de M. Melon, qui ne permettroit pas d'aliéner sa liberté avant l'âge où l'on peut aliéner son bien. Voyez le reste aux articles MARIAGE, MOINE, VIRGINITE, VOEUX, &c. 2°. Nous ajoûterons avec un auteur moderne, qu'on ne peut ni trop lire, ni trop loüer, que le célibat pourroit devenir nuisible à proportion que le corps des célibataires seroit trop étendu, & que par conséquent celui des laïques ne le seroit pas assez. 3°. Que les lois humaines faites pour parler à l'esprit, doivent donner des préceptes & point de conseils, & que la religion faite pour parler au coeur, doit donner beaucoup de conseils, & peu de préceptes : que quand, par exemple, elle donne des regles, non pour le bien, mais pour le meilleur ; non pour ce qui est bon, mais pour ce qui est parfait ; il est convenable que ce soient des conseils, & non pas des lois ; car la perfection ne regarde pas l'universalité des hommes ni des choses : que de plus, si ce sont des lois, il en faudra une infinité d'autres pour faire observer les premieres : que l'expérience a confirmé ces principes ; que quand le célibat qui n'étoit qu'un conseil dans le Christianisme y devint une loi expresse pour un certain ordre de citoyens, il en fallut chaque jour de nouvelles pour reduire les hommes à l'observation de celles-ci ; & conséquemment, que le législateur se fatigua & fatigua la société, pour faire exécuter aux hommes par précepte, ce que ceux qui aiment la perfection auroient exécuté d'eux-mêmes comme conseil. 4°. Que par la nature de l'entendement humain, nous aimons en fait de religion tout ce qui suppose un effort, comme en matiere de morale nous aimons spéculativement tout ce qui porte le caractere de sévérité ; & qu'ainsi le célibat a dû être, comme il est arrivé, plus agréable aux peuples à qui il sembloit convenir le moins, & pour qui il pouvoit avoir de plus fâcheuses suites ; être retenu dans les contrées méridionales de l'Europe, où par la nature du climat, il étoit plus difficile à observer ; être prescrit dans les pays du Nord, où les passions sont moins vives ; être admis où il y a peu d'habitans, & être rejetté dans les endroits où il y en a beaucoup.
Ces observations sont si belles & si vraies, qu'elles ne peuvent se répéter en trop d'endroits. Je les ai tirées de l'excellent ouvrage de M. le président de M.... ; ce qui précéde est ou de M. Fleuri, ou du pere Alexandre, ou du pere Thomassin ; ajoûtez à cela ce que les Mémoires de l'académie des Inscriptions & les ouvrages politiques de M. l'abbé de S. Pierre & de M. Melon m'ont fourni, & à peine me restera-t-il de cet article que quelques phrases, encore sont-elles tirées d'un ouvrage dont on peut voir l'éloge dans le Journal de Trévoux, an. 1746. Fév. Malgré ces autorités, je ne serois pas étonné qu'il trouvât des critiques & des contradicteurs : mais il pourroit arriver aussi que de même qu'au concile de Trente, ce furent, à ce qu'on dit, les jeunes ecclésiastiques qui rejetterent le plus opiniâtrement la proposition du mariage des prêtres, ce soient ceux d'entre les célibat aires qui ont le plus besoin de femmes, & qui ont le moins lû les auteurs que je viens de citer, qui en blâmeront le plus hautement les principes.
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| CELICOLES | S. m. pl. c'est-à-dire adorateurs du ciel ; (Hist. ecclés.) certains hérétiques que l'empereur Honorius, par des rescrits particuliers, condamna vers l'an 408 avec les payens & les hérétiques. Comme ils sont mis dans le code Théodosien sous le titre des Juifs, on croit qu'ils étoient des apostats, lesquels de la religion Chrétienne étoient passés dans le Judaïsme, sans en prendre le nom, qu'ils savoient être odieux à tout le monde. Ils n'étoient pas pourtant soûmis au pontife des Juifs : mais ils avoient des supérieurs qu'ils nommoient majeurs ; & sans-doute ils devoient avoir aussi des erreurs particulieres. Les Juifs avoient aussi été appellés célicoles, parce que quelques-uns d'entr'eux étant tombés dans l'idolatrie du tems des prophetes, ils adoroient les astres du ciel & les anges. C'est pour cela que S. Jérôme donne dans ce sentiment, étant consulté par Algasie sur le passage de S. Paul aux Colossiens, c. ij. v. 18, Que personne ne nous séduise, en affectant de paroître humble, par un culte superstitieux des anges. Il répond que l'apôtre veut parler de cette erreur des Juifs, & prouve qu'elle étoit ancienne parmi eux, & que les prophetes l'avoient condamnée. Clément Alexandrin reproche les mêmes erreurs aux Juifs, & S. Epiphane dit que les Pharisiens croyent que les cieux étoient animés, & les considéroient comme le corps des anges. l. XII. cod. Theod. v. 16. c. Just. de just. & coelic. Baronius ; A. C. 408. Deuteronom. c. xvj. v. 3. IV. Liv. des Rois, c. xvij. v. 16. c. xxj. v. 3. & 5. &c. S. Jérôme, ep. 151. qu. 10. Clément Alexandrin, lib. VI. des Tapiss. S. Epiphane, lib. I. paneg. c. xvj. (G)
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| CELL | (Géog.) petite riviere d'Allemagne, en Soüabe, qui se jette dans le Danube.
CELL, (Géog.) petite ville d'Allemagne, dans l'électorat de Treves, sur la Moselle.
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| CELLAMARE | (Géog.) petit pays d'Italie, au royaume de Naples.
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| CELLERAGE | S. m. (Jurisprud.) droit seigneurial qui se leve sur le vin lorsqu'il est dans le cellier. En quelques endroits on l'appelle chantelage, à cause des chantiers sur lesquels on place les tonneaux & pieces de vin dans les caves & celliers. Dictionn. de Commerce. (G)
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| CELLERFELD | (Géog.) ville d'Allemagne, dans le Hartz, sur la riviere d'Inner, près de Goslar, remarquable par ses fonderies & ses mines.
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| CELLERIER | S. m. (terme d'office dans les ordres monastiques) c'est un religieux qui prend soin du temporel de l'abbaye, & qui a sous lui d'autres officiers qui partagent ses fonctions. Voyez DISH.
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| CELLE | ou SELLES en Berry, (Géog.) ville & abbaye de France, aux confins du Blaisois, sur le Cher. Long. 19. 15. lat. 47. 15.
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| CELLIER | sub. m. (en Architecture) c'est un lieu voûté dans l'étage soûterrain, composé de plusieurs caves, qui étant destinées à serrer le vin, se nomme cellier, du Latin cella vinaria.
On entend par cellier plus communément un lieu moitié sous terre & moitié hors de terre, qui n'est point voûté, mais qui est formé par un plancher avec solives apparentes, & sert indistinctement à divers usages ; en Latin cellarium. (P)
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| CELLITES | S. m. pl. (Hist. ecclés.) nom que l'on donne aux religieux d'un ordre dont il y a des maisons, sur-tout en Allemagne & dans les Pays-Bas. Leur fondateur étoit un Romain nommé Meccio, c'est pourquoi les Italiens les appellent Mecciens. Ils suivent la regle de S. Augustin, & leur institut fut approuvé par le pape Pie II. qui leur accorda une bulle. Ils s'occupent à soigner les infirmes, sur tout ceux qui sont attaqués des maladies contagieuses, comme la peste, &c. à enterrer les morts, & à servir les fous : ils ont beaucoup de rapport à nos Freres de la Charité.
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| CELLULAIRE | adj. (en Anatomie) se dit d'un tissu composé de plusieurs loges plus ou moins distinctes, qui paroît séparer toutes les parties du corps humain jusque dans leurs plus petits élémens. Voyez ÉLEMENT.
Le tissu cellulaire est composé de fibres & de lames toutes solides, sans cavité, & qui ne sont point vasculeuses, quoiqu'il soit coloré par les vaisseaux qui s'y distribuent. Voici quelles sont ses variétés principales : dans un endroit il est lâche, composé de lames longues & distinctes les unes des autres ; dans un autre il est mince, composé de fibres courtes ; il est très-court entre la sclérotique & la choroïde ; entre la membrane arachnoïde du cerveau & la pie-mere, il est délicat, mais cependant plus sensible entre chacune des deux membranes voisines des intestins, de l'estomac, de la vessie, des ureteres, sous la peau de la verge, du front, dans le poumon où on l'appelle vésicule. Celui qui sous le nom de gaîne suit la distribution des vaisseaux dans les visceres, & sur-tout dans le foie & dans les poumons, est encore composé de fibres plus longues ; son usage principal est de réunir les membranes & les fibres voisines, en leur laissant toutefois la liberté de se mouvoir suivant leur destination. Ce tissu cellulaire ne contient presque jamais de graisse : mais il est arrosé par une vapeur aqueuse, gélatineuse, & graisseuse, qui s'exhale des arteres, & qui est reprise par les veines. On s'assûre de ce fait par une injection faite avec l'eau, la colle de poisson, & l'huile, dans toutes les parties du corps. Cette vapeur étant détruite, les fibrilles se réunissent ; les membranes voisines s'irritent avec perte de mouvement. Le tissu cellulaire qui sépare les fibres musculaires & les distingue jusque dans leurs derniers élémens, est lâche & paroît plûtôt composé de petites lames que de fibres. Le tissu cellulaire qui accompagne librement les vaisseaux & les enchaîne, & celui qui se trouve dans les cavités des os, & qui est composé pareillement de lames osseuses & membraneuses, sont un peu plus lâches ; & enfin le tissu cellulaire placé sur la superficie du corps entre les muscles & la peau, est le plus lâche de tous. Les petites aires vuides de ce tissu sont d'abord presque toutes remplies dans le foetus d'une humeur gélatineuse, & à mesure que le corps croît, elles se remplissent d'une graisse grumeleuse, qui enfin se réunit en masse liquide, insipide, inflammable, qui exposée à l'air froid prend quelque consistance, & se coagule. Elle se trouve sur-tout aux environs des reins des animaux qui vivent des végétaux ; & elle est en moindre quantité dans d'autres parties, dans les animaux qui vivent de chair, pendant la vie desquels ce liquide approche plus de la nature du fluide.
Les vaisseaux sanguins rampent & se divisent partout dans le tissu cellulaire, & les extrémités des artérioles y déposent de la graisse, qui est repompée par les veines ; le chemin des arteres aux cellules adipeuses est si proche & si facile, qu'il est nécessaire qu'il y ait de plus grandes ouvertures par où puissent être introduits le mercure, l'air, l'eau, l'humeur gélatineuse & l'huile, qui dans l'animal vivant est toûjours dans l'inaction. Cette graisse n'est pas séparée par quelque long conduit particulier : mais elle découle de toute part dans toute l'étendue de l'artere, desorte qu'il ne se trouve aucune partie du tissu cellulaire qui l'environne, qui ne soit humectée. Lorsqu'on remplit l'artere d'eau, il s'en sait promtement un amas, comme on peut l'observer dans l'embonpoint que l'on reprend en peu de tems après les maladies aiguës : mais nous savons qu'elle est repompée par les veines au moyen du mouvement musculaire, qui est si propre à diminuer la graisse, sur-tout dans les animaux dans lesquels elle se trouve en trop grande quantité, comme on le voit par les fievres qui consument la graisse, par la guérison de l'hydropisie, dans laquelle l'eau est répandue dans le tissu cellulaire & par le canal des intestins, comme si elle en avoit été repompée ; & enfin, par l'écoulement qui se fait à-travers la veine, après qu'on l'a remplie d'une injection d'huile ou d'eau. Les nerfs se distribuent-ils dans les cellules adipeuses ? Il est certain qu'ils y passent & qu'ils s'y distribuent partout en des filamens si petits, qu'il n'est pas possible de les suivre plus loin par la dissection. Mais pourquoi, demande-t-on, la graisse est-elle insensible ?
Les intervalles des lames du tissu cellulaire sont ouverts de tous côtés, & les cellules communiquent toutes les unes avec les autres, dans toutes les parties du corps : c'est ce que nous font voir les Bouchers qui, en insinuant de l'air par une ouverture faite à la peau, la boursoufflent dans toute l'étendue du corps ; l'emphysème par lequel l'air s'introduit par les crevasses de la peau, & après s'y être arrêté, occasionne un boursoufflement général dans toute la circonférence du corps, & enfin les maladies dans lesquelles tout ce tissu cellulaire est rempli d'eau ; le hasard, qui nous a fait voir que l'air s'est introduit dans l'humeur vitiée, même à la suite d'un emphysème. La maladie dans laquelle l'humeur gélatineuse de l'hydropisie s'est répandue dans les corps caverneux de la verge, démontre qu'aucune partie de ce tissu n'en est exceptée. On reconnoîtra l'importance de ce tissu, si l'on fait attention que c'est de lui que dépend la fermeté & la solidité naturelle de toutes les arteres, des nerfs, des fibres musculaires, & par conséquent celles des chairs & des visceres qui en sont composés ; & de plus la configuration des parties & les plis, les cellules, les courbures, viennent du seul tissu cellulaire, plus lâche dans certaines parties, & plus serré dans d'autres ; il compose tous les visceres, tous les muscles, les glandes, les ligamens & les capsules de concert avec les vaisseaux, les nerfs, les fibres musculaires & tendineuses, dans la composition desquelles il entre néanmoins en grande partie, puisqu'il est certain que c'est à lui seul, c'est-à-dire à sa différente longueur, à son plus ou moins de tension, à sa plus ou moins grande quantité, & à proportion, qu'on doit rapporter la diversité des glandes & des visceres : enfin la plus grande partie du corps en émane ; car le corps n'est pas entierement composé de filamens cellulaires. La graisse a différens usages ; elle facilite le mouvement des muscles, en diminue le frottement, les empêche de devenir roides ; elle remplit l'espace qui se trouve entre les muscles, & les parties voisines des visceres, desorte qu'elle cede lorsqu'ils sont en mouvement, & qu'elle soûtient les parties qui sont dans l'inaction ; elle accompagne les vaisseaux & les garantit ; elle étend également la peau, lui sert de coussin, & pare sa beauté ; peut-être même se mêle-t-elle avec les autres liqueurs pour tremper leur acrimonie ; elle est la principale matiere de la bile ; elle suinte des os au-travers les couches cartilagineuses, & se mêle avec la synovie ; elle s'exhale du mésentere, du mesocolon, de l'épiploon, autour des reins ; elle enduit pendant la vie la superficie des visceres d'une vapeur molle : & enfin, se plaçant entre les parties, elle s'oppose à leur concrétion. Haller, Physiol. Voyez GRAISSE. (L)
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| CELLULE | S. f. (Hist. ecclés.) petite maison, chambre ou appartement qu'habitent les moines & les religieux : ce mot ne se dit proprement que des chambres des monasteres.
Quelques auteurs le dérivent du mot Hébreu , prison, ou lieu destiné à renfermer quelque chose. On dit qu'un dortoir est divisé en vingt, trente, quarante cellules. Voyez DORTOIR.
Les chartreux ont pour cellule chacun une maison séparée, composée de plusieurs pieces, & accompagnée d'un jardin. Voyez CHARTREUX.
La salle où se tient le conclave est divisée par des cloisons en plusieurs cellules occupées par les cardinaux. Voyez CONCLAVE. (G)
CELLULES adipeuses, terme d'Anatomie, sont les petites loges ou capsules qui contiennent la graisse dans un corps qui a de l'embonpoint. Voyez GRAISSE & ADIPEUX.
Elles s'observent dans toutes les parties du corps, dans ceux qui sont amaigris : ces cellules, n'étant point remplies de graisse ressemblent à une membrane flasque & transparente. V. GRAISSE & CELLULAIRE. (L)
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| CELOCES | S. m. (Hist. anc.) vaisseaux sans pont, ou plûtôt petites barques qui n'ont point à la proue ces éperons appellés rostra, dont on frappoit dans le combat les vaisseaux ennemis pour les percer & les couler à fond. Elles alloient à deux rames ou plus. On apperçut, dit Tite-live, xxxvij. 27. que c'étoient des bâtimens propres à la piraterie, des celoces & des lembes, voyez LEMBE, qui voyant de loin la flotte, prirent la fuite. Ils la surpasserent en vîtesse, parce qu'ils étoient legers, & faits exprès pour la course. Le celoce passe pour être de l'invention des Rhodiens.
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| CELORIC | ou SELERICO, (Géog.) petite ville du royaume de Portugal, dans la province de Beira, sur le Mondego.
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| CELTE | (Philosophie des). Sous ce nom il faut comprendre non-seulement les philosophes Gaulois, mais encore tous ceux qui ont anciennement fleuri en Europe, soit dans les îles Britanniques, soit parmi les Germains & les Iberes, soit dans l'Italie. Burnet, dans ses Origines philosophiques, dit qu'il est fort vraisemblable que les Germains & les Bretons insulaires, ont eu des druides, moins savans peut-être, & moins respectés que ceux des Gaulois, mais au fond imbus de la même doctrine, & se servant de la même méthode pour la faire connoître.
L'histoire de la philosophie des Celtes ne nous offre rien de certain ; & cette obscurité qui la couvre, n'a rien de surprenant ; tant les tems où elle se cache sont éloignés de notre âge, & de celui même des anciens Romains. Nous ne trouvons rien, soit dans nos moeurs & nos usages, soit dans le témoignage des auteurs Latins, qui puisse fixer nos doutes sur ce qui regarde ces peuples. Ce qui pourroit nous procurer des connoissances certaines, & nous instruire de leur religion, ce seroit les écrits ou autres monumens domestiques qu'ils nous auroient laissés : mais tout cela nous manque, soit que le tems les ait détruits entierement, soit qu'ils ayent voulu les dérober à ceux qui n'étoient pas initiés dans leurs mysteres, soit enfin, ce qui est le plus vraisemblable, qu'ils n'écrivissent point leurs dogmes, & qu'ils fussent dans l'usage de les transmettre par le canal de la tradition orale & vivante. Les fables qui défigurent leur histoire, & qui ont été compilées par Solin, Pline, Pomponius Mela, Aulu-gelle, Hérodote, & Strabon, montrent assez quel fond nous devons faire sur les écrivains, tant Grecs que Latins, qui se sont mêlés de l'écrire. César lui-même, vainqueur des Gaules, tout curieux observateur qu'il étoit des moeurs & des usages des nations qu'il avoit vaincues, ne nous dit que très-peu de choses des Celtes, & encore le peu qu'il en dit est-il noyé dans un amas de fables. D'ailleurs, ce qui a contribué beaucoup à répandre de l'obscurité sur cette histoire, c'est le mêlange de tous ces peuples, auxquels on donnoit le nom de Celtes, avec les différentes nations qu'ils étoient à portée de connoître ; par-là s'introduisit nécessairement dans leurs moeurs & dans leurs dogmes, une variété étonnante. Par exemple, du tems de César & de Tacite, les Gaulois différoient beaucoup des Germains, quoiqu'ils eussent une même origine. Les Germains étoient extrèmement grossiers en comparaison des Gaulois, qui, au rapport de Justin, avoient adouci leurs moeurs par le commerce des Grecs, qui étoient venus s'établir à Marseille, & avoient versé chez eux quelque teinture de cette politesse qui leur étoit comme naturelle. Les Grecs & les Latins n'ont bien connu que les derniers tems de l'histoire des Celtes ; & l'on peut dire que les premiers ont été pour eux couverts de nuages.
Quand nous parlons des Celtes, il ne faut pas se représenter des peuples polis à la maniere des Grecs & des Romains, & cultivant avec le même soin les Arts & les Sciences. Cette nation étoit plus guerriere que savante, & plus exercée à chasser dans ses vastes forêts ; qu'à disserter avec subtilité sur des questions métaphysiques. Ce qui caractérise principalement cette nation, c'est qu'elle avoit une excellente morale, & que par-là du-moins elle étoit préférable aux Grecs & aux Latins, dont le talent dangereux étoit d'obscurcir les choses les plus claires à force de subtilités. Son mépris pour les Sciences n'étoit pourtant pas si exclusif, qu'elle n'eût aussi des savans & des sages, qui étoient jaloux de répandre au loin leur philosophie, quoique sous une forme différente de celle des Grecs & des Romains. Ces savans & ces sages s'appelloient druides, nom fameux dans l'antiquité, mais très-obscur quant à son origine. L'opinion la plus probable dérive ce nom du mot chêne ; parce que, selon la tradition constante, les druides tenoient leurs assemblées dans un lieu planté de chênes, & qu'ils avoient beaucoup de vénération pour cette espece d'arbre qu'ils regardoient comme sacré. La conformité de leur doctrine avec celle des Mages & des Perses, des Chaldéens de Babylone, des Gymnosophistes des Indes, prouve qu'ils ont été en relation avec ces philosophes.
On ne peut mieux connoître quelles étoient les fonctions, l'autorité, & la maniere d'enseigner des druides, que par ce qu'on en lit dans les commentaires de Jules César. " Les druides, nous dit ce général instruit, président aux choses divines, reglent les sacrifices tant publics que particuliers, interpretent les augures & les aruspices. Le concours des jeunes gens qui se rendent auprès d'eux pour s'instruire, est prodigieux ; rien n'égale le respect qu'ils ont pour leurs maîtres. Ils se rendent arbitres dans presque toutes les affaires soit publiques, soit privées ; & si quelque meurtre a été commis, s'il s'éleve quelque dispute sur un héritage, sur les bornes des terres, ce sont eux qui reglent tout ; ils décernent les peines & les récompenses. Ils interdisent les sacrifices, tant aux particuliers qu'aux personnes publiques, lorsqu'ils ont la témérité de s'élever contre leurs decrets : cette interdiction passe chez ces peuples pour une peine très-grave ; ceux sur qui elle tombe sont mis au nombre des impies & des scélérats. Tout le monde les fuit & évite leur rencontre avec autant de soin que s'ils étoient des pestiférés. Tout accès aux honneurs leur est fermé, & ils sont dépouillés de tous les droits de citoyens. Tous les druides reconnoissent un chef, qui exerce sur eux une grande autorité. Si après sa mort il se trouve quelqu'un parmi eux qui ait un mérite éminent, il lui succede : mais s'il y a plusieurs contendans, c'est le suffrage des druides qui décide de l'élection ; il arrive même que les brigues sont quelquefois si violentes & si impétueuses, qu'on a recours à la voie des armes. Dans un certain tems de l'année, ils s'assemblent près des confins du pays chartrain situé au milieu de la Gaule, dans un lieu consacré, où se rendent de toutes parts ceux qui sont en litige ; & là leurs décisions sont écoutées avec respect. Les druides sont exempts d'aller à la guerre, de payer aucun tribut : en un mot ils joüissent de tous les droits du peuple sans partager avec lui les charges de l'état. Ce sont des priviléges qui engagent un grand nombre de personnes à se mettre sous leur discipline, & les parens à y soûmettre leurs enfans. On dit qu'on charge leur mémoire d'un grand nombre de vers qu'ils sont obligés d'apprendre avant d'être incorporés au corps des druides ; c'est ce qui fait que quelques-uns, avant que d'être initiés, demeurent vingt ans sous la discipline. Quoiqu'ils soient dans l'usage de se servir de l'écriture qu'ils ont apprise des Grecs, tant dans les affaires civiles que politiques, ils croiroient faire un grand crime s'ils l'employent dans les choses de religion ". On voit par ce long morceau que je viens de transcrire, que les druides avoient une grande influence dans toutes les délibérations de l'état ; qu'ils avoient trouvé le moyen d'attirer à eux la plus grande partie du gouvernement, laissant au prince qui vivoit sous leur tutele, le seul droit de commander à la guerre. La tyrannie de ces prêtres ne pouvoit être que funeste à la puissance royale : car je suppose qu'un roi s'échappant de leur tutele, eût eu assez de force dans l'esprit pour gouverner par lui-même sans daigner les consulter ; il est évident qu'ils pouvoient lui interdire les sacrifices, lancer contre lui l'anathème de la religion, soûlever l'esprit de leurs disciples aveuglément dociles à leurs leçons, les menacer du courroux de leurs dieux, s'ils ne respectoient pas l'excommunication dont ils l'avoient frappé. Dans les druides je ne vois pas des philosophes, mais des imposteurs, qui uniquement occupés de leur intérêt, de leur gloire, & de leur réputation, travailloient à asservir leur imbécille nation sous le joug d'une honteuse ignorance. Si l'on en croit les anciens écrivains, ces prétendus philosophes étoient vêtus magnifiquement, & portoient des colliers d'or. Le luxe dans lequel ils vivoient faisoit tout leur mérite, & leur avoit acquis parmi les Gaulois une grande autorité.
Les druides étoient partagés en plusieurs classes : il y avoit parmi eux, selon Ammien Marcellin, les Bardes, les Eubages, & ceux qui retenoient proprement le nom de Druides. Les Bardes s'occupoient à mettre en vers les grandes actions de leurs héros, & les chantoient sur des instrumens de musique. Les Eubages abysmés dans la contemplation de la nature, s'occupoient à en découvrir les secrets. Mais ceux qu'on appelloit druides par excellence ; joignoient à l'étude de la nature la science de la morale, & l'art de gouverner les hommes. Ils avoient une double doctrine ; l'une pour le peuple, & qui étoit par conséquent publique ; l'autre pour ceux qu'ils instruisoient en particulier, & qui étoit secrette. Dans la premiere, ils exposoient au peuple ce qui concernoit les sacrifices, le culte de la religion, les augures, & toutes les especes de divinations : ils avoient soin de ne publier de leur doctrine que ce qui pouvoit exciter à la vertu, & fortifier contre la crainte de la mort. Pour la doctrine qu'ils enseignoient à ceux qu'ils initioient dans leurs mysteres, il n'est pas possible de la deviner : c'eût été la profaner que de la rendre intelligible à ceux qui n'avoient pas l'honneur d'être adeptes ; & pour inspirer à leurs disciples je ne sai quelle horreur sacrée pour leurs dogmes, ce n'étoit pas dans les villes ni en pleine campagne qu'ils tenoient leurs assemblées savantes, mais dans le silence de la solitude, & dans l'endroit le plus caché de leurs sombres forêts : aussi leurs dogmes étoient-ils des mysteres impénétrables pour tous ceux qui n'y étoient pas admis. C'est ce que Lucain a exprimé d'une maniere si énergique par ces vers :
Solis nosse deos, & coeli numina vobis,
Aut solis nescire datum : nemora alta remotis
Incolitis lucis.
Après cela est-il surprenant que les Grecs & les Romains ayent avoüé leur ignorance profonde sur les dogmes cachés des druides ? Le seul de ces dogmes qui ait transpiré, & qui ait percé les sombres voiles sous lesquels ils enveloppoient leur doctrine, c'est celui de l'immortalité de l'ame. On savoit bien en général que leurs instructions secrettes rouloient sur l'origine & la grandeur du monde, sur la nature des choses, sur l'immortalité & la puissance des dieux : mais ce qu'ils pensoient sur tous ces points, étoit absolument ignoré. En divulgant le dogme de l'immortalité des esprits, leur intention étoit, selon Pomponius Mela, d'animer le courage de leurs compatriotes, & de leur inspirer le mépris de la mort, quand il s'agiroit de remplir leur devoir.
Les Celtes étoient plongés dans l'idolatrie ainsi que les autres peuples de la terre. Les druides leurs prêtres, dont les idées sur la divinité étoient sans-doute plus épurées que celles du peuple, les nourrissoient dans cette folle superstition. C'est un reproche qu'on peut faire à tous les législateurs. Au lieu de détromper le peuple sur cette multitude de dieux qui s'accorde si mal avec la saine raison, ils s'appliquoient au contraire à fortifier cette erreur dans les esprits grossiers, prévenus de cette fausse maxime, qu'on ne peut introduire le changement dans la religion d'un pays, quand même ce seroit pour la réformer, qu'on n'y excite des séditions capables d'ébranler l'état jusque dans ses plus fermes fondemens. Les dieux qu'adoroient les Celtes étoient Theutates, Hesus, & Taranès. Si l'on en croit les Romains, c'étoit Mercure qu'ils adoroient sous le nom de Theutates, Mars sous celui d'Hesus, & Jupiter sous celui de Taranès. Ce sentiment est combattu par de savans modernes, les uns voulant que Theutates ait été la premiere divinité des Celtes ; les autres attribuant cet honneur à Hesus ; dans lequel cas Theutates ne seroit plus le Mercure des Romains ; ni Hesus leur dieu Mars, puisque ni l'un ni l'autre n'a été chez les Romains la principale divinité. Quoi qu'il en soit de cette diversité d'opinions, qui par elles-mêmes n'intéressent guere, nous sommes assûrés par le témoignage de toute l'antiquité, que la barbare coûtume de teindre de sang humain les autels de ces trois dieux, s'étoit introduite de tout tems chez les Celtes, & que les druides étoient les prêtres qui égorgeoient en l'honneur de ces dieux infames des victimes humaines. Voici comme Lucain parle de ces sacrifices.
Quibus immitis placatur sanguine diro
Theutates, horrensque feris altaribus Hesus,
Et Tanaris Scythicae non mitior ara Dianae.
S'il est permis de se livrer à des conjectures où la certitude manque, nous croyons pouvoir avancer que l'opinion de cette ame universelle qui se répand dans toutes les parties du monde & qui en est la divinité (opinion qui a infecté presque tout l'univers), avoit pénétré jusque chez les Gaulois. En effet, le culte qu'ils rendoient aux astres, aux arbres, aux pierres, aux fontaines, en un mot à toutes les parties de cet univers ; l'opinion ridicule où ils étoient que les pierres mêmes rendoient des oracles ; le mépris & l'horreur qu'ils avoient pour les images & les statues des dieux : toutes ces choses réunies prouvent évidemment qu'ils regardoient le monde comme étant animé par la divinité dans toutes ses parties. C'est donc bien inutilement que quelques modernes ont voulu nous persuader, après se l'être persuadé à eux-mêmes, que les premiers Gaulois avoient une idée saine de la divinité ; idée qui ne s'étoit altérée & corrompue que par leur commerce avec les autres nations. Après cela je ne vois pas surquoi tombe le reproche injurieux qu'on fait aux anciens Celtes d'avoir été des athées : ils ont été bien plûtôt superstitieux qu'athées. Si les Romains les ont regardés comme les ennemis des dieux ; ce n'est que parce qu'ils refusoient d'adorer la divinité dans des statues fabriquées de la main des hommes. Ils n'avoient point des temples comme les Romains, parce qu'ils ne croyoient pas qu'on pût y renfermer la divinité. Tout l'univers étoit pour eux un temple, ou plûtôt la divinité se peignoit à eux dans tous les êtres qui le composent. Ce n'est pas qu'ils n'eussent des lieux affectés, comme les bois les plus sombres & les plus reculés, pour y adorer d'une maniere particuliere la divinité. Ces lieux étoient propres à frapper d'une sainte horreur les peuples, qui se représentoient quelque chose de terrible, appellant Dieu ce qu'ils ne voyoient point, ce qu'ils ne pouvoient voir.
Tant aux foibles mortels, il est bon d'ignorer
Les dieux qu'il leur faut craindre, & qu'il faut adorer.
Brebœuf.
Ou comme le dit plus énergiquement l'original :
Tantùm terroribus addit,
Quos timeant, non nosse deos.
Les Gaules ayant été subjuguées par les Romains qui vouloient tout envahir, & qui opprimoient au lieu de vaincre, ce fut une nécessité pour les peuples qui les habitoient, de se soûmettre à la religion de leurs vainqueurs. Ce n'est que depuis ce tems qu'on vit chez eux des temples & des autels consacrés aux dieux à l'imitation des Romains. Les druides perdirent insensiblement leur crédit, ils furent enfin tous abattus sous les regnes de Tibere & de Claude. Il y eut même un decret du sénat qui ordonnoit leur entiere abolition, soit parce qu'ils vouloient perpétuer parmi les peuples qui leur étoient soûmis l'usage cruel des victimes humaines, soit parce qu'ils ne cessoient de les exciter à conspirer contre les tirans de Rome, à rentrer dans leurs priviléges injustement perdus, & à se choisir des rois de leur nation.
Les druides se rendirent sur-tout recommandables par la divination, soit chez les Gaulois, soit chez les Germains. Mais ce qu'il y a ici de remarquable, c'est que la divination étoit principalement affectée aux femmes : de-là le respect extrème qu'on avoit pour elles ; respect qui quelquefois alloit jusqu'à l'adoration ; témoin l'exemple de Velleda & d'Aurinia qui furent mises au nombre des déesses, selon le rapport de Tacite.
C'est assez l'usage des anciens de ne parler de l'origine des choses qu'en les personnifiant. Voilà pourquoi leur cosmogonie n'est autre chose qu'une théogonie. C'est aussi ce que nous voyons chez les anciens Celtes. Au travers les fables, dont ils ont défiguré la tradition qui leur étoit venue de la plus haute antiquité, il est aisé de reconnoître quelques traces de la création & du déluge de Moyse. Ils reconnoissoient un être qui existoit avant que rien de ce qui existe aujourd'hui eût été créé. Qu'il me soit permis de passer sous silence toutes les fables qui s'étoient mêlées à leur cosmogonie : elles ne sont par elles-mêmes ni assez curieuses, ni assez instructives pour mériter de trouver ici leur place. Il ne paroît pas que la métempsycose ait une opinion universellement reçue chez les druides. Si les uns faisoient rouler perpétuellement les ames d'un corps dans un autre, il y en avoit d'autres qui leur assignoient une demeure fixe parmi les manes ; soit dans le tartare, où elles étoient précipitées lorsqu'elles s'étoient souillées par des parjures, des assassinats, & des adulteres ; soit dans un séjour bienheureux, lorsqu'elles étoient exemptes de ces crimes. Ils n'avoient point imaginé d'autre supplice pour ceux qui étoient dans le tartare, que celui d'être plongés dans un fleuve dont les eaux étoient empoisonnées, & de renaître sans-cesse pour être éternellement en proie aux cruelles morsures d'un serpent. Ils distinguoient deux séjours de félicité. Ceux qui n'avoient que bien vécu, c'est-à-dire ceux qui n'avoient été que justes & tempérans pendant cette vie, habitoient un palais plus brillant que le soleil ; où ils nageoient dans un torrent de voluptés : mais ceux qui étoient morts généreusement, les armes à la main, pour défendre leur patrie, ceux-là avoient une place dans le valhalla avec Odin, auquel ils donnoient le nom d'Hésus, & qui étoit pour eux ce que le dieu Mars étoit pour les Latins. On diroit que Mahomet a imaginé son paradis d'après le valhalla des Celtes septentrionaux, tant il a de ressemblance avec lui. Solin, Mela, & d'autres auteurs rapportent que les nations hyperborées se précipitoient du haut du rocher pour éviter une honteuse captivité, & pour ne pas languir dans les infirmités de la vieillesse. Ceux qui se donnoient ainsi librement la mort, avoient une place distinguée dans le valhalla. De-là cette audace que les Celtes portoient dans les combats, cette ardeur qui les précipitoit dans les bataillons les plus épais, cette fermeté avec laquelle ils bravoient les plus grands dangers, ce mépris qu'ils avoient pour la mort. Nous finirons cet article, en remarquant que les Celtes ne s'étoient endurcis & accoûtumés à mener dans leurs forêts une vie si dure & si ennemie de tous plaisirs, que parce qu'ils étoient intimement persuadés du dogme de l'immortalité des esprits. De-là naissoit en eux ce courage, que les Romains ont si souvent admiré dans ces peuples ; ce mépris de la mort qui les rendoit si redoutables à leurs ennemis ; cette passion qu'ils avoient pour la guerre, & qu'ils inspiroient à leurs enfans ; cette chasteté, cette si délité dans les mariages si recommandée parmi eux ; cet éloignement qu'ils avoient pour le faste des habits & le luxe de la table : tant l'espoir d'une recompense dans une autre vie a de pouvoir sur l'esprit des hommes ! Il est fâcheux qu'une nation aussi respectable par ses moeurs & par ses sentimens que l'étoit celle des Celtes ait eu des druides pour ministres de sa religion. (X)
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| CELTIBERIENS | S. m. pl. (Géog. & Hist.) peuples de l'ancienne Gaule qui s'établirent en Espagne le long de l'Iber : leur nom est composé de Celte, celui de leur origine, & d'Ibériens, celui des peuples avec lesquels ils s'allierent. Ils se répandirent dans l'Aragon & la Castille. Florus les appelle la force de l'Espagne.
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| CELTIQUE | (Géog.) c'est ainsi qu'on appella la colonie des Celtes ou des Celtiberes, qui s'établirent en Espagne depuis le Douron jusqu'au promontoire Celtique, qu'on présume être le cap Finisterre. Voyez CELTES & CELTIBERES. On donna aussi le nom de Celtique à la partie de la Gaule qu'occupoient les Celtes.
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| CEMENT | S. m. (Chimie) c'est une composition ou un mélange de différentes matieres salines, terreuses, ou phlogistiques, en forme de poudre ou de pâte, avec lesquels on stratifie, ou dont on entoure certains métaux dans la cémentation. Voyez CEMENTATION. Cet article est de M. VENEL.
CEMENT ROYAL, (Chimie) c'est le cément destiné à la purification de l'or : il tire son nom de la qualité de roi des métaux, par laquelle les Chimistes désignent souvent l'or. Le cément royal le plus simple, & qui est décrit dans de très-anciens ouvrages, étoit composé de deux parties de sel commun, & d'une partie de poudre de brique, farinae laterum, empâtées avec de l'urine.
On trouve beaucoup d'autres recettes de cément, qui portent aussi le titre de royal : c'est toûjours du nitre ou du sel commun, avec du vitriol calciné, de la brique pulvérisée, des bols, quelquefois de la pierre haematite, & du verd-de-gris. On a trouvé un usage à ces deux dernieres matieres : on prétend qu'elles exaltent la couleur de l'or. Article de M. VENEL.
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| CEMENTATION | S. f. (Chimie) la cémentation prise dans le sens le plus étendu, est l'opération chimique par laquelle on applique à des métaux enfermés dans un creuset, dans une boîte de fer, ou même dans une cornue & stratifiés avec des sels fixes, avec différentes matieres terrestres, & quelquefois phlogistiques, un feu tel, que ces métaux rougissent plus ou moins, mais sans entrer aucunement en fusion.
On voit d'abord par cette définition, que les métaux qui coulent avant de rougir, l'étain & le plomb, ne sauroient être comptés parmi les sujets de cette opération.
La cémentation est un des moyens employés, surtout par les ouvriers qui travaillent l'or & l'argent, pour vérifier la pureté de ces métaux, ou pour l'obtenir ; & c'est-là même le principal usage de cette opération. Mais des observations répétées ont appris qu'elle étoit insuffisante pour l'un & pour l'autre objet ; c'est-à-dire que les cémens ordinaires n'enlevoient pas exactement à l'or & l'argent les métaux étrangers qui constituoient leur impureté, & qu'ils enlevoient une partie du fin. Kunckel a observé que le sel commun employé aux cémentations répétées de l'argent, se chargeoit d'une quantité assez considérable de ce métal, qu'on en retiroit facilement par la fusion.
Geber compte la cémentation parmi les épreuves que devoit soûtenir son magistere, pour être réputé parfait.
L'usage des cémentations est très-familier aux Alchimistes, soit comme opération simplement préparatoire, ou entrant dans la suite de celles qui composent un procédé ; soit comme produisant immédiatement une amélioration, nobilitatio. C'est l'argent pur ou les chaux d'argent, c'est à-dire, l'argent ouvert ou divisé par des menstrues, sur lequel ils ont principalement opéré. Voyez PARTICULIER.
Becker décrit plusieurs de ces particuliers ou procédés, dans sa concordance chimique ; & il n'est presqu'aucun des six mille auteurs d'Alchimie qui n'en célebre quelqu'un.
La trempe en paquet, ou cette opération par laquelle les Arquebusiers, les Taillandiers, & quelques autres ouvriers durcissent ou convertissent plus ou moins profondément les lames en acier ou couches extérieures de certains ouvrages, comme de presque toutes les pieces des platines des armes à feu, les lames d'épée, les bonnes cuirasses, les haches, les limes, les boucles appellées d'acier, &c. cette opération, dis-je, est une espece de cémentation. Voyez FER.
Les matieres des cémens pour l'or & pour l'argent, sont premierement le nitre, la plûpart des sels neutres marins, le sel commun, le sel gemme, le sel ammoniac, le sublimé corrosif, & même une substance saline qui contient l'acide végétal, le verdet ; secondement les vitriols calcinés, les bols, la farine ou poudre de brique, &c.
On prend une ou plusieurs matieres de la premiere classe, & quelques-unes de celles de la seconde, dans des proportions convenables : par exemple, prenez du sel marin décrépité, une once : de la poudre de brique, demi-once ; du vitriol calciné au rouge, une once : ou de nitre, de sel ammoniac, de verdet, de bol d'Arménie, de poudre ou farine de brique, de chacun parties égales : séchez & pulvérisez toutes vos matieres, & mêlez-les exactement. Quelques auteurs, principalement les anciens, les empâtent avec l'urine.
On cémente aussi l'argent avec le sel commun seul. Voyez ARGENT.
Le modus ou manuel de l'opération, est celui-ci : prenez un creuset de grandeur convenable ; mettez au fond, de votre cément environ la hauteur d'un pouce ; placez dessus une couche de votre métal réduit en petites plaques très-minces ; couvrez ces plaques d'une seconde couche de cément, à peu-près de la même hauteur que la premiere, & remplissez alternativement votre creuset de cément & de lames de métal ; finissez par une couche de cément, sur laquelle vous pouvez en mettre une autre de chaux vive en poudre, selon l'usage de quelques Chimistes ; fermez votre creuset avec un couvercle exactement luté, mais percé d'un petit trou à passer une aiguille ; placez-le dans un fourneau à grille ordinaire ; donnez le feu peu-à-peu, afin que vos matieres s'échauffent lentement ; poussez-le ensuite jusqu'à les rougir médiocrement ; soûtenez ce dernier degré de feu pendant environ trois heures, & votre opération est finie. Les anciens chimistes, les philosophes que les longs travaux n'effrayoient pas, soutenoient le dernier degré de feu pendant vingt-quatre heures, & même pendant trois jours entiers. Il devoit leur en coûter beaucoup, sans-doute, pour tenir pendant si long-tems leur métal dans un dégré d'ignition si voisin de la fusion, sans le laisser tomber dans ce dernier état ; circonstance essentielle, & toûjours recommandée par les plus anciens maîtres de l'art, par Geber lui-même. Les cémentations alchimiques sont continuées pendant des mois entiers : mais elles se font à un degré de feu un peu moindre.
La théorie de la cémentation de l'or & de l'argent dans les vûes ordinaires de purification, paroît assez simple : tous les cémens employés à cet usage contiennent des sels neutres, & des précipitans de leur acide, c'est-à-dire des intermedes qui procurent le dégagement : ainsi le mélange du nitre ou du sel commun avec le vitriol, doit laisser échapper les acides des premiers sels. Les terres bolaires ou argilleuses dégagent aussi les mêmes acides, selon un fait anciennement connu, mais peu ou point expliqué. La poudre de brique peut être inutile au dégagement des acides nitreux & marins : elle peut fort bien aussi avoir retenu, malgré l'altération que la terre argilleuse dont elle est formée a essuyée dans le feu ; elle peut avoir retenu, dis-je, la propriété de les dégager, dont joüit l'argille crue. Ce fait n'a pas été examiné, que je sache. Ainsi selon qu'on employe l'un ou l'autre de ces premiers sels, ou les deux ensemble, avec une ou plusieurs des dernieres matieres, on a un esprit de nitre, un esprit de sel, ou une eau régale, qui selon le degré de rapport de chacun de ces menstrues avec l'or, avec l'argent, & avec les différens métaux qui leur sont mêlés, peuvent attaquer quelques-uns de ces métaux, & épargner les autres. Ainsi de l'acide nitreux dégagé dans une cémentation d'or, est censé attaquer l'argent & le cuivre qu'il peut contenir, & ne pas toucher à l'or même : l'esprit de sel produiroit apparemment le même effet. L'eau régale dégagée dans une cémentation d'argent, doit agir sur les métaux imparfaits, sans entamer le métal parfait, comme l'acide nitreux ou le marin dans le cas précédent.
Mais nous n'avons pas assez d'observations pour évaluer exactement l'action des menstrues dans la cémentation : la circonstance d'être divisés, de n'être point en aggrégation ou en masse, & celle d'être appliqués à des métaux actuellement ignés, & avec le degré de feu que suppose cet état, porte sans doute des différences essentielles dans leur action.
Des analogies exactement déduites de plusieurs faits connus, justifient au moins le doute, la vûe de recherche. D'ailleurs nous ne connoissons pas assez les sels neutres comme menstrues ; & peut-être pensons-nous trop généralement qu'ils ne peuvent agir que par un de leurs principes, soit dégagé, soit surabondant.
Il est au moins sûr que cette cémentation est une espece de dissolution. Voyez MENSTRUE.
Les Alchimistes peuvent bien ne pas retirer de leurs longues cémentations tout l'avantage que leurs oracles leur annoncent ; au moins doit-on leur accorder que cette opération est dans les bons principes de l'art, & qu'elle a tout le mérite de la digestion tant célébrée, avec tant de raison, par les plus grands maîtres. Voyez DIGESTION.
La cémentation du fer, ou la trempe en paquet, differe beaucoup par son effet de la cémentation purificative de l'or & de l'argent dont nous venons de parler ; elle ressemble beaucoup plus à la cémentation améliorative, transmutative, ou augmentative, en un mot alchimique, si cette derniere produisoit l'effet attendu, qui est de porter dans son sujet la terre mercurielle, ou même le soufre solaire ou lunaire. On regarde l'effet de la cémentation sur le fer comme une espece de réduction, ou plûtôt de surréduction, s'il est permis de s'exprimer ainsi ; c'est-à-dire, d'introduction surabondante de phlogistique. Voyez FER. Cet article est de M. VENEL.
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| CEMENTATOIRE | (EAU) Hist. nat. & Minéralogie, aqua caementatoria, en allemand cement Wasser. L'on nomme ainsi des sources d'eau très-chargées de vitriol de Vénus, que l'on trouve au fond de plusieurs mines de cuivre ; on en voit sur-tout en Hongrie, près de la ville de Neusol, au pié des monts Krapacks. On leur attribue vulgairement la propriété de convertir le fer en cuivre, quoique pour peu que l'on ait de connoissance de la Chimie, il soit facile de voir qu'il ne se fait point de transmutation, mais seulement une simple précipitation causée par le fer que l'on trempe dans cette eau. Voici comment on s'y prend pour faire cette prétendue transmutation.
L'eau cémentatoire est très-claire & très-limpide dans sa source ; l'on fait des reservoirs pour la recevoir, afin qu'elle puisse s'y rassembler : l'on fait entrer l'eau de ces réservoirs dans des auges ou canaux de bois, qui ont environ un pié de large & autant de profondeur. Quant à leur longueur elle n'est point déterminée ; on la pousse aussi loin que l'on peut, quelquefois même jusqu'à 100 ou 150 piés ; on appelle ces auges ou canaux cementers, suivant M. Schlutter, on les remplit de vieille ferraille autant qu'il y en peut tenir ; l'on fait ensuite entrer l'eau cémentatoire dans ces auges ; elle couvre le fer, le dissout, & le détruit, & met en sa place le cuivre dont elle est chargée ; il prend la figure & la forme que la ferraille avoit auparavant, de sorte qu'en trois mois de tems, plus ou moins, suivant la force de l'eau vitriolique, tout le fer se trouve consommé & détruit, & le cuivre est entierement précipité. La raison pour laquelle le cuivre précipité prend la même figure qu'avoit le fer, c'est que l'acide vitriolique ayant plus d'affinité avec le fer, lâche le cuivre qu'il tenoit en dissolution pour s'y attacher ; il arrive de-là qu'il se précipite précisément autant de cuivre qu'il se dissout de fer ; de façon que l'un prend la place de l'autre, & qu'il se met toûjours une particule de cuivre à la place de celle de fer, qui a été mise en dissolution. Voyez Wallerius, Hydrologie, p. 62. §. 23.
Voilà la maniere dont on s'y prend pour obtenir à peu de frais & sans grande peine, une quantité quelquefois très-considérable de cuivre très-bon, & que l'on dit même plus ductile & plus malléable que celui qui par des fontes réitérées a été tiré de sa mine. Ce cuivre est mou & semblable à du limon tant qu'il est sous l'eau ; mais il prend de la consistance, & se durcit aussi-tôt qu'il vient à l'air.
Les deux plus fameuses sources d'eau de cémentation de la Hongrie, sont celle de Smolnitz & des Heregrund ; l'on assûre que la premiere peut fournir tous les ans jusqu'à 600 quintaux de cuivre précipité de la maniere qui vient d'être décrite ; ce qui vient de la grande abondance de cette source, & de la prodigieuse quantité de vitriol de Venus dont elle est chargée : outre cela le fer que l'on y met tremper, se trouve entierement dissous en trois semaines de tems, & le cuivre a pris sa place, au lieu que dans d'autres sources, il faut trois mois & même quelquefois un an, pour que cette opération se fasse.
L'on trouve en Hongrie plusieurs autres sources qui ont les mêmes propriétés ; il y en a de pareilles en Allemagne, près de Goslar, en Suede ; &c. L'on attribue la même qualité à une source que l'on voit à Chiessy, dans le Lyonnois. Voyez E. Schwedenborg. tom. III. pag. 49. & suiv. Henckel nous explique, dans sa Pyritologie, pag. 674, la cause de ces phénomenes, savoir, que les eaux qui composent ces sources, venant à passer sur des pyrites cuivreuses, qui ont été décomposées dans les entrailles de la terre, en détachent les parties vitrioliques qui s'y sont formées, & les entraînent avec elles.
C'étoit une transmutation semblable à celle qui vient d'être décrite, que produisirent il y a quelques années, des personnes qui avoient trouvé le secret d'obtenir un privilege exclusif, pour convertir le fer en cuivre dans toute l'étendue du royaume ; l'on fut très-flaté de l'idée de pouvoir se passer de cuivre de l'étranger, & de pouvoir en produire autant que l'on voudroit. Tout le secret consistoit dans une eau vitriolique, où en faisant tremper du fer, il se faisoit une précipitation du cuivre tout-à-fait semblable à celle que nous venons d'expliquer dans cet article : mais comme ces convertisseurs de métaux n'avoient point à leur disposition, une source d'eau vitriolique aussi abondante que celle de Smolnitz, qui pût fournir long-tems à faire leur prétendue transmutation, la fraude se découvrit, & le public fut en peu de tems desabusé. (-)
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| CÉNACLE | S. m. (Architecture) du latin cænaculum, lieu où l'on mange ; c'étoit chez les anciens une salle à manger : elle étoit appellée triclinium, c'est-à-dire lieu à trois lits ; parce que, comme les anciens avoient coûtume de manger couchés, il y avoit au milieu de cette salle une table quarrée longue, avec trois lits en maniere de larges formes, au devant des trois côtés ; le quatrieme côté restant vuide, à cause du jour & du service. Ce lieu chez les grands, étoit dans le logement des étrangers, pour leur donner à manger gratuitement. Il se voit à Rome, près de Saint-Jean de Latran, les restes d'un triclinium ou cénacle, orné de quelques mosaïques, que l'empereur Constantin avoit fait bâtir pour y nourrir des pauvres. (P)
CENACLE, (Théolog.) Notre Sauveur, la veille de sa passion, dit à ses disciples de lui aller préparer à souper dans Jérusalem, & qu'ils y trouveroient un grand cénacle tout disposé, cænaculum grande stratum, une salle à manger, avec les lits de table à l'ordinaire. On a montré à Jérusalem, dans les siecles postérieurs, une salle, qui fut ensuite convertie en église par l'impératrice Hélene, où l'on prétendoit que notre Sauveur avoit fait son dernier souper, & avoit institué l'Eucharistie ; mais on a raison de douter que cette salle se soit garantie de la ruine de Jérusalem par les Romains. Calmet, Diction. de la Bibl. (G)
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| CENCHRUS | (Hist. nat. Zoolog.) espece de serpent dont il se trouve une grande quantité dans les îles de Samos & de Lemnos ; il a ordinairement trois piés de long, est d'une couleur jaune tirant sur le verd, & moucheté de taches de différentes couleurs. Ce serpent est très-dangereux ; il s'attache au bétail, à qui il ouvre la jugulaire pour en sucer le sang : sa morsure est mortelle. On peut le préparer de même que l'on fait les viperes ; cet animal contient beaucoup de sel volatil, & sa chair excite la transpiration.
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| CENDRE | au sing. ou CENDRES au plur. s. f. (Chimie) Ce corps terreux, sec, & pulvérulent, que tout le monde connoît sous le nom de cendre, est le résidu, ou la partie fixe des matieres détruites par la combustion à l'air libre, ou par l'inflammation. Voyez CALCINATION.
Les cendres sont donc toujours des débris d'une substance à la formation de laquelle concouroit le phlogistique, ou le feu, & ordinairement d'un corps organisé, ou de ceux que nous connoissons, dans la doctrine de Stahl, sous le nom de tissu, textum, c'est-à-dire d'un végétal, ou d'un animal. Voyez TISSU.
On a rangé aussi sous le nom générique de cendre ; les substances métalliques privées de phlogistique, c'est ainsi qu'on a dit cendre d'étain, cendre de plomb, &c. & qu'on trouve, sur-tout dans les anciens auteurs, diverses calcinations de substances métalliques désignées par le nom d'incinération ou cinération : mais les chaux métalliques different assez essentiellement des cendres végétales & animales, pour qu'il soit plus exact de ne pas confondre les unes & les autres sous la même dénomination. Voyez CHAUX METALLIQUE.
Un végétal ou un animal n'est, pour un chimiste, qu'une espece d'édifice terreux cimenté par un mastic ou gluten inflammable, & distribué en différentes loges ou vaisseaux de diverses capacités, qui contiennent des composés de plusieurs especes, tous inflammables : car nous ne considérons ni dans les végétaux, ni dans les animaux, relativement à leur analyse ou décomposition réelle ; nous ne considérons point, dis-je, le véhicule aqueux, qui étend & distribue (dans le vivant) la matiere de la nutrition & des secrétions. Voyez VEGETALE. (Analyse)
C'est aux ruines de cet édifice, de la base terreuse, du soûtien (hypostasis) de nos tissus, qu'est dûe la portion la plus considérable de la matiere propre, de la terre de leurs cendres. L'autre portion (infiniment moindre) de cette terre, est fournie par les composés terreux détruits par l'inflammation, & même par quelques mixtes qui n'ont pû échapper à son action. Voyez VEGETALE. (Analyse)
Outre la terre dont nous venons de parler, les cendres végétales contiennent presque toutes (on a dit toutes, mais on peut raisonnablement douter que ce produit de l'analyse des végétaux soit absolument général, je dis des végétaux même non épuisés par des extractions) du sel fixe, alkali fixe ou lixiviel, & ordinairement des sels neutres. Le tartre vitriolé & le sel marin sont les seuls que l'on ait observés jusqu'à présent.
Les sels fixes des cendres animales ne sont point encore, malgré l'autorité de plusieurs chimistes respectables, des êtres dont l'existence soit généralement admise en chimie. Ces sels, s'ils existoient, seroient sans-doute fort analogues à ceux qu'on a tant cherchés dans la chaux ; ou, pour mieux dire, seroient de vrais sels de chaux, sur lesquels il s'en faut bien qu'on ait jusqu'à présent des notions assez claires.
Les cendres, tant les végétales que les animales, contiennent assez généralement du fer. M. Geoffroi a proposé dans les Mém. de l'acad. royale des Sc. en 1705 le problème suivant : trouver des cendres qui ne contiennent aucunes parcelles de fer ; ce n'est que des cendres végétales dont il parle. Ce problème n'a pas encore été résolu, que je sache ; plusieurs Chimistes illustres, entr'autres M. Henckel, & M. Lemery le fils, ont confirmé, au contraire, le sentiment qui en suppose dans tous les végétaux. Le bleu de Prusse, qu'on peut retirer de presque toutes les cendres, que les soudes sur-tout fournissent ordinairement en très-grande abondance, est un signe certain de la présence de ce métal, du fer dans les cendres.
La cendre ne differe du charbon que par le phlogistique qui lie les parties de ce dernier, au lieu du gluten dont nous avons parlé plus haut. Voyez CHARBON. Les cendres paroissent avoir toûjours passé par l'état de charbon, ensorte que tout composé qui ne donnera que peu ou point de charbon dans les vaisseaux fermés, comme la résine pure, ne donnera que peu ou point de cendres par l'ustion à l'air libre.
La cendre ou la terre qui reste de la destruction des végétaux & des animaux, est une portion peu considérable de leur tout. Cent livres de différens bois neufs, très-secs, brûlés avec le soin nécessaire, pour ne perdre que la terre qui est inévitablement entraînée dans la fumée, n'ont laissé que trois livres dix onces de cendres calcinées, à peu-près un trentieme de leur poids. Ce produit doit varier considérablement selon que le corps qui le fournit est plus ou moins terreux, plus ou moins dense, plus ou moins épuisé de ses sucs, &c. C'est ainsi que les écorces en général, & sur-tout les écorces des vieux troncs, doivent en fournir beaucoup plus qu'une plante aqueuse ou un fruit pulpeux ; les plantes abondantes en extrait amer, beaucoup plus que les plantes résineuses ; un os beaucoup plus qu'un viscere, &c. Il est telle plante aqueuse dont on peut séparer par la simple dessication, jusqu'à 98/100 de son poids, qui par conséquent dans cet état de sécheresse, étant supposée, toutes choses d'ailleurs égales, d'une densité pareille à celle du bois dont nous avons parlé, ne donneroit que le 1/1500 de son poids de cendre. Ceux qui seront curieux de connoître avec le détail le rapport du produit dont il s'agit, au corps dont il faisoit partie, peuvent consulter les analyses des premiers chimistes de l'académie royale des sciences, & celles de la matiere médicale de M. Geoffroy.
La cendre ou la terre végétale & la terre animale conservent chacune inaltérablement un caractere, & comme le sceau de leur regne respectif. La terre végétale, selon l'observation de Becker, porte toûjours dans le verre à la composition duquel on l'employe, une couleur verte, ou tirant foiblement sur le bleu. " Viridis vel subcoeruleus, indelebilem sui regni asteriscum servans, nempè vegetabilem viriditatem exprimens ". Et la terre animale une couleur de blanc de lait. C'est à la suite de cette observation que le même Becker forme très-sérieusement ce souhait singulier : " O utinam it a consuetum foret, & amicos haberem qui ultimam istam opellam, siccis & multis laboribus exhaustis ossibus meis, aliquando praestarent ; qui, inquam, eam in diaphanam illam, nullis saeculis corruptibilem substantiam redigerent, suavissimum sui generis colorem, non quidem vegetabilium virorem, tremuli tamen narcissuli ideam lacteam praesentantem ; quod paucis quidem horis fieri posset... Plût à Dieu que ce fût un usage reçû, & que j'eusse des amis qui me rendissent ce dernier devoir ; qui, dis-je, convertissent un jour mes os secs, & épuisés par de longs travaux, en cette substance diaphane, que la plus longue suite de siecles ne sauroit altérer, & qui conserve sa couleur générique, non la verdure des végétaux, mais cependant la couleur de lait du tremblant narcisse ; ce qui pourroit être exécuté en peu d'heures ".
M. Pott observe dans sa Lithogeognosie, des différences réelles & caractéristiques dans les terres calcaires & alkalines tirées des trois regnes, & même parmi les différentes terres du même regne, comme entre la craie & la marne, entre l'ivoire, la corne de cerf, les écailles d'huîtres, &c. soit pour le degré de fusibilité, soit pour le plus ou le moins de facilité à être portées à la transparence. Apparemment qu'on trouveroit aussi des différences essentielles entre les cendres lessivées de divers végétaux.
Ces observations prouvent suffisamment que les terres des cendres végétales ou animales ne sont pas des corps simples, ou qu'on n'est pas encore parvenu à les réduire à la simplicité élémentaire, pas même à la simplicité générique des terres alkalines ou calcaires, dans la classe desquelles on les range ; classe dont, pour le dire en passant, le caractere propre n'existe seul dans aucun sujet connu, ou qui est toûjours modifié dans chacun de ces sujets par des qualités particulieres ; qualités qui, dans la doctrine chimique, sont toûjours des substances ou des êtres physiques (Voyez CHIMIE) si intimément inhérentes, qu'on n'a jamais pû jusqu'à present simplifier les différentes terres calcaires, au point de les rendre exactement semblables, comme on peut amener à cette ressemblance parfaite les eaux tirées de différentes plantes, ou même celles qu'on tire de différens regnes, les phlogistiques des trois regnes, &c. Voyez TERRE.
La fameuse opinion de la résurrection des plantes & des animaux de leurs cendres, qui a tant exercé les savans sur la fin du dernier siecle, & au commencement de celui-ci, ne trouveroit à present sans-doute des partisans que très-difficilement. Voyez PALINGENESIE.
La terre des cendres entre très-bien en fusion, & se vitrifie avec différens mélanges, mais sur-tout avec les terres vitrifiables & les alkalis fixes. C'est par cette propriété que les cendres végétales non lessivées, comme les cendres de fougere, les cendres de Moscovie, celles du varec, la soude, &c. sont propres aux travaux de la Verrerie. Voyez VERRE.
Les cendres lessivées fournissent aux Chimistes des intermedes & des instrumens, tels que le bain de cendre, & la matiere la plus usitée des coupelles. Voyez INTER MEDE & COUPELLE.
Le sel lixiviel ou alkali fixe retiré des cendres des végétaux, est d'un usage très-étendu dans la Chimie physique, & dans différens arts chimiques. Voyez SEL LIXIVIEL.
C'est à ce dernier sel que les cendres doivent leur propriété de blanchir le linge, de dégraisser les étoffes, les laines, &c. Voyez BLANCHISSAGE, SEL LIXIVIEL, NSTRUETRUE. C'est parce que la plus grande partie, ou au moins la partie la plus saline de la matiere qui fournit ce sel dans l'ustion, a été enlevée par l'eau, au bois flotté, que les cendres de ce bois sont presque inutiles aux blanchisseuses. Voyez EXTRAIT.
Les cendres non lessivées sont employées aussi dans la fabrication du nitre, mais apparemment ne lui fournissent rien le plus souvent, contre l'opinion commune. Voyez NITRE. Cet article est de M. VENEL.
* CENDRES, (Agriculture) les cendres sont un fort bon amendement, de quelque matiere & de quelque endroit qu'elles viennent, soit du foyer, soit de lessive, du four à pain, à charbon, à tuile, à chaux, & d'étain ; elles conviennent assez à toutes sortes de terre. On les mêle avec le fumier, pour qu'il s'en perde moins. Quand un champ est maigre, il est assez ordinaire d'y mettre le feu, & de l'engraisser des cendres mêmes des mauvaises herbes qu'il produit, si elles sont abondantes ; on le laboure aussi-tôt. On en use de même quand on a des prés stériles & usés ; ou bien on en enleve la surface qu'on transporte par pieces de gasons dans d'autres terres, où on les brûle. Voyez ENGRAIS DES TERRES & AGRICULTURE.
CENDRE, pluie de cendres, (Physique) Dans les Transactions philosophiques il est fait mention d'une ondée ou pluie de cendres dans l'Archipel, qui dura plusieurs heures, & qui s'étendit à plus de cent lieues. Voyez PLUIE. Ce phénomene n'a rien de surprenant, puisqu'il est très-possible que lorsqu'il y a quelque part un grand incendie, ou un volcan, le vent pousse les cendres ou peut-être la poussiere de cet endroit, dans un autre, même assez éloigné. (O)
* CENDRE de cuivre, (Métallurgie) c'est une espece de vapeur de grains menus que le cuivre jette en l'air dans l'opération du raffinage. On peut recevoir cette vapeur en retombant, en passant une pelle de fer, à un pié ou environ au-dessus de la surface du cuivre qui est alors dans un état de fluidité très-subtile. Voyez l'article CUIVRE.
CENDRES GRAVELEES, (Chimie) elles se font avec de la lie de vin : voici suivant M. Lemery la façon dont on s'y prend. Les Vinaigriers séparent par expression la partie la plus liquide de la lie de vin, dont ils se servent pour faire le vinaigre ; du marc qui leur reste, ils forment des pains ou gâteaux qu'ils font sécher, cette lie ainsi séchée se nomme gravelle ou gravelée : ils la brûlent ou calcinent à feu découvert dans des creux qu'ils font en terre, & pour lors on lui donne le nom de cendres gravelées. Pour qu'elles soient bonnes, elles doivent être d'un blanc verdâtre, en morceaux, avoir été nouvellement faites, & être d'un goût fort acre & fort caustique. L'on s'en sert dans les teintures pour préparer les laines ou les étoffes à recevoir la couleur qu'on veut leur donner. Voyez TEINTURE. On les employe aussi à cause de leur causticité dans la composition de la pierre à cautere, qui se fait avec une partie de chaux vive, & deux parties de cendres gravelées. Voyez CAUTERE.
Suivant M. Lemery, la cendre gravelée contient un sel alkali qui ressemble fort au tartre calciné : mais il est chargé de plus de parties terrestres que le tartre, & ne contient point autant de sel volatil que lui ; ce qui ne paroît point s'accorder avec ce que le même auteur dit dans un autre endroit, que le sel qui se tire des cendres gravelées, est beaucoup plus pénétrant que l'autre tartre, & par conséquent plus propre à faire des caustiques.
La plûpart des auteurs s'accordent à dire que les cendres gravelées s'appellent en latin cineres clavellati ; sur quoi l'on a cru devoir avertir que le célebre Stahl, & généralement tous les Chimistes Allemands, par cineres clavellati, ont voulu désigner la potasse, qui n'est point de la lie de vin brûlée comme les cendres gravelées que l'on vient de décrire dans cet article. Il est vrai que la potasse & la cendre gravelée ont beaucoup de propriétés qui leur sont communes ; l'une & l'autre contiennent du sel alkali, & peuvent s'employer à peu de chose près aux mêmes usages ; mais ces raisons ne paroissent point suffisantes pour autoriser à confondre ces deux substances.
Si l'on a raison de distinguer la cendre gravelée, qui est produite par l'ustion de la lie de vin, d'avec le vrai tartre calciné ; doit-on mettre moins de différence entre cette même lie de vin brûlée, & des cendres d'arbres telle qu'est la potasse ? Voyez POTASSE. Le Miscellanea chimica leydensia appelle cineres clavellati, les cendres de serments de vigne brûlés en plein air. Autrefois l'on donnoit aussi ce nom aux cendres de barrils ou tonneaux que l'on brûloit : mais comme il étoit difficile d'en retirer de cette maniere autant que l'on en avoit besoin, on a préféré de se servir de la potasse que l'on pouvoit avoir en plus grande abondance. (-)
CENDRE BLEUE. Voyez BLEU.
CENDRES VERTES, (Hist. nat. & Minéralogie) le nom de cendres a été donné fort improprement à cette substance, qui est une vraie mine de cuivre, d'une consistance terreuse, dont la couleur est d'un verd tantôt clair, tantôt foncé ; on l'appelle en latin aerugo nativa terrea. Voyez l'article VERD DE MONTAGNE. (-)
CENDRES de roquette, (Chimie & Art de la Verrerie) on les nomme aussi poudre de roquette, cendres de Sirie ou du Levant. Neri dit dans son Art de la Verrerie, que la roquette est la cendre d'une plante qui croit abondamment en Egypte & en Syrie, surtout près des bords de la mer. Cette plante n'est autre chose que le kali ; on la coupe vers le milieu de l'été lorsqu'elle est dans sa plus grande force ; on la fait sécher au soleil ; on la met en gerbes que l'on entasse les unes sur les autres, & que l'on brûle ensuite pour en avoir les cendres : ce sont ces cendres que l'on nous envoye du Levant, & sur-tout de S. Jean d'Acre & de Tripoli ; les Verriers & les Savonniers s'en servent, elles sont chargées d'un sel très-acre & très-fixe que l'on en retire par la méthode ordinaire des lessives & des crystallisations, ou en en faisant évaporer la lessive à siccité. On faisoit autrefois un très-grand cas du sel tiré de ces cendres ; soit qu'on lui attribuât plus de force qu'à d'autre, à cause du climat chaud qui le produit, soit que l'éloignement du pays d'où l'on tiroit cette marchandise contribuât à en rehausser le prix : mais Kunckel nous avertit dans ses notes sur l'Art de la Verrerie de Neri, que la soude, la potasse, ou toutes sortes de cendres fournissent un sel aussi bon pour les usages de l'art de la Verrerie, que celui que l'on peut tirer de la roquette, pourvû que ce sel ait été convenablement purifié par de fréquentes solutions, évaporations, & calcinations. (-)
* CENDRES, (Hist. anc.) reste des corps morts brûlés, selon l'usage des anciens Grecs & Romains : on comprend aisément qu'ils pouvoient reconnoître les ossemens ; mais comment séparoient-ils les cendres du corps d'avec celles du bûcher ? Ils avoient dit le savant pere Montfaucon, plusieurs manieres d'empêcher qu'elles ne se confondissent ; l'une desquelles étoit d'envelopper le cadavre dans la toile d'amiante ou lin incombustible, que les Grecs appellent asbestos. On découvrit à Rome en 1702 dans une vigne, à un mille de la porte majeure, une grande urne de marbre, dans laquelle étoit une toile d'amiante : cette toile avoit neuf palmes romaines de longueur, & sept palmes de largeur ; c'est environ cinq piés de large, sur plus de six & demi de long. Elle étoit tissue comme nos toiles, ses fils étoient gros comme ceux de la toile de chanvre ; elle étoit usée & sale comme une vieille nappe de cuisine ; mais plus douce à manier & plus pliable qu'une étoffe de soie. On trouva dans cette toile des ossemens, avec un crane à demi-brûlé. On avoit mis sans-doute dans cette toile le corps du défunt, afin que ses cendres ne s'écartassent point, & ne se mêlassent pas avec celles du bûcher, d'où on les retira pour les transporter dans la grande tombe. On jetta cette toile dans le feu, où elle resta long-tems sans être brûlée ni endommagée. Le Pere Montfaucon qui semble promettre plusieurs manieres de séparer les cendres du mort de celles du bûcher, n'indique pourtant que celle-ci. On rapportoit les cendres de ceux qui mouroient au loin, dans leur pays ; & il n'étoit pas rare d'enfermer les cendres de plusieurs personnes dans une même urne. Voyez BUCHER, FUNERAILLES, URNE, TOMBEAU, &c.
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| CENDRÉ | adj. terme qui se dit des choses qui ressemblent à des cendres, sur-tout par rapport à la couleur & à la consistance ; ainsi la substance corticale du cerveau s'appelle aussi la substance cendrée Voyez CORTICAL & CERVEAU.
Ce terme se dit des déjections ou selles dans la lienterie, dans les crudités acides. Voyez LIENTERIE & CRUDITE.
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| CENDRÉE | S. f. (Chimie & Docimasie) c'est ainsi que l'on nomme la cendre que l'on employe pour la formation des coupelles. L'on en distingue deux especes ; la grande cendrée, cineritium majus, & la petite cendrée, cineritium minus : la premiere s'employe pour les essais en grand, lorsqu'il est question de passer une grande quantité de métal à la coupelle ; pour la faire, on se sert de cendres de bois, que l'on ne prend pas la peine de lessiver ou de préparer avec tant de soin que pour la petite cendrée ; l'on y joint un peu de briques réduites en poudre ; on lui donne ensuite la forme dans les moules de terre, ou avec un anneau de fer, ou l'on s'en sert pour garnir le fourneau à raffiner. Voyez COUPELLE.
La petite cendrée demande beaucoup plus de préparation ; l'on prend pour cela des matieres qui puissent résister au feu le plus violent sans le vitrifier & sans entrer en fusion avec les matieres que le verre de plomb met dans cet état ; l'on n'a rien trouvé qui répondit mieux à ce dessein, que les os des animaux calcinés ; les meilleurs sont ceux de veau, de mouton, de boeuf, &c. aussi-bien que les arêtes de poisson. Avant de les calciner, il est à propos de les faire bien bouillir, afin d'en séparer toute partie grasse & onctueuse ; on les calcine ensuite à un feu découvert très-violent, & l'on fait durer la calcination pendant plusieurs heures, en prenant garde qu'il n'entre ni cendres ni charbons dans le creuset où sont les os que l'on veut calciner. La marque que l'opération est bien faite, c'est lorsqu'en cassant les os, l'on n'y remarque rien de noir. Quand ils sont à ce point, on les pile dans un mortier, & l'on verse par-dessus de l'eau chaude ; on a soin de bien remuer le tout, afin que l'eau emporte toutes les parties salines qui pourroient s'y trouver ; l'on réitere plusieurs fois ces édulcorations ; l'on fait ensuite sécher la poudre qui reste ; on la réduit en une poudre très-fine ; on la passe par un tamis serré ; on la rebroye de nouveau sur un porphyre, jusqu'à ce qu'elle devienne impalpable. M. Cramer préfere aux os & aux arêtes calcinés une espece de spath particulier qui, lorsqu'on l'a calciné dans un creuset fermé, devient mou & friable, & ne demande point de préparation ultérieure ; mais toute sorte de spath n'est point propre à cet usage. Celui dont M. Cramer parle, est sans-doute l'espece de spath que M. Pott appelle alkalin, pour le distinguer du spath fusible.
Lorsqu'on a besoin de beaucoup de coupelles, l'on a recours aux cendres des végétaux pour faire la cendrée : mais de peur que le sel dont ces cendres sont chargées ne fasse vitrifier les coupelles, l'on a soin de les préparer de la maniere suivante. On prend une cendre de bois, blanche, legere, & tendre : on la passe par un tamis, en versant de l'eau par-dessus pour en séparer la poussiere de charbon qui pourroit y être mêlée ; sur la cendre qui a passé, l'on verse de l'eau chaude, on remue la cendre avec un bâton : on lui donne un peu de tems pour retomber au fond, & l'on décante cette premiere eau, qui est toûjours trouble ; on reverse de nouvelle eau chaude sur la cendre, que l'on décante encore après avoir remué & laissé retomber la cendre ; on continue la même chose jusqu'à ce que l'eau ne contracte plus ni couleur ni goût. Quand les choses en sont à ce point, l'on verse de nouvelle eau sur les cendres, on la remue, & l'on décante l'eau toute trouble, en donnant cependant le tems au sable & aux parties terrestres qui y sont mêlées de retomber au fond : l'on fait la même chose tant qu'il reste des cendres dans le vaisseau où s'est fait l'édulcoration. Quand toute la cendre sera passée, on la laissera reposer & tomber au fond du nouveau vaisseau où on l'aura mise ; l'on en décante l'eau, & la cendre qui restera sera dégagée de tout sel & de toute partie grasse, & invariable au feu. Pour la rendre encore meilleure, l'on en formera des boules que l'on fera calciner au fourneau ; on la lave ensuite de nouveau, & pour lors elle devient d'une blancheur égale à celle des os calcinés. L'on mêle cette cendre, ainsi préparée, avec les os calcinés, pour en faire les coupelles. Voyez l'article COUPELLE. (-)
CENDREE, en terme de Fondeur de petit plomb, est la plus petite espece de plomb qui se fasse, c'est pour cela qu'on n'en fait qu'à l'eau. Voyez à l'art. PLOMB, fonte de petit plomb.
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| CENDRIER | S. m. (Chimie & Métallurgie) l'on nomme ainsi l'endroit du fourneau, qui est immédiatement sous le foyer, dont il n'est séparé que par une grille. Il est destiné à recevoir les cendres qui en tombent ; il a une ouverture qui communique à l'intérieur, faite non-seulement pour retirer les cendres, mais encore pour que l'air extérieur puisse y entrer & faire aller le feu lorsque cela est nécessaire ; cette ouverture est garnie d'une porte, qui se ferme lorsque l'air ne doit point y être admis. La grandeur & les differentes dimensions du cendrier varient à proportion de la grandeur du fourneau, ou plûtôt à proportion de la quantité de cendres que donne la matiere dont le feu est composé. (-)
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| CENDRURES | S. f. pl. mauvaise qualité de l'acier, voyez l'article ACIER ; elle consiste dans de petites veines, qui, quand elles se trouvent au tranchant d'un instrument, ne lui permettent pas d'être fin, mais le mettent en grosse scie. Voyez VEINE.
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| CENE | S. f. (Hist. ecclés.) cérémonie usitée dans l'église pour renouveller & perpétuer le souvenir de celle où Jesus-Christ institua le sacrement adorable de l'Eucharistie. C'est une grande question parmi les théologiens, de savoir si dans cette derniere cêne Jesus-Christ célébra la pâque ; sur cela les sentimens sont partagés : nous renvoyons à l'article PAQUES la décision de cette célebre dispute ; nous discuterons les divers sentimens des théologiens ; & nous prouverons, conformément à l'Ecriture, que Jesus-Christ a, suivant la loi de Moyse, célebré la pâque la derniere année de sa vie. Voyez PASQUE.
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| CENEDA | (Géog.) ville d'Italie, dans l'état de la république de Venise, dans la Marche Trévisane. Long. 29. 50. lat. 46.
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| CENEUS | (Myth.) surnom de Jupiter ; il fut ainsi appellé du temple qu'Hercule lui éleva dans l'Eubée, sur le promontoire de Cenie, après avoir ravagé l'Oechalie.
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| CENIS | (LE MONT) Géog. montagne la plus haute des Alpes, sur la route de France en Italie.
CENIS, (Géog.) riviere de l'Amérique septentrionale, dans la Loüisiane, qui se jette dans le golfe de Mexique.
CENIS (les), peuples sauvages de l'Amérique septentrionale, dans la Loüisiane, vers la source de la riviere de Cenis.
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| CENOBITE | S. m. (Hist. ecclés.) religieux qui vit dans un couvent ou en communauté sous une certaine regle, différent en cela de l'hermite ou anachorete, qui vit dans la solitude. Voyez HERMITE & ANACHORETE.
Ce mot vient du grec , communis, & , vita, vie.
Cassien prétend que le couvent est différent du monastere, en ce que ce dernier est l'habitation d'un seul religieux ; au lieu que couvent ne se peut dire que de plusieurs religieux qui habitent ensemble & qui vivent en communauté : mais on confond assez ces deux mots. Voyez COUVENT & MONASTERE.
L'abbé Piammon parle de trois différentes sortes de moines qui se trouvoient en Egypte : les Cénobites, qui vivoient en communauté ; les Anachorettes, qui vivoient dans la solitude, & les Sabaraïtes, qui n'étoient que de faux moines & des coureurs. Voyez ANACHORETE.
Il rapporte au tems des apôtres l'institution des Cénobites, comme un reste ou une imitation de la vie commune des premiers fideles de Jérusalem : S. Pacome passe cependant pour l'instituteur de la vie cénobitique, parce que c'est le premier qui forma des communautés reglées, Voyez REGLE & MOINE.
Dans le code théodosien, Lib. XI. tit. xxx. de Appellat. leg. 57. les Cénobites sont appellés synoditae terme qui signifie proprement des hommes vivans en communauté, & non les domestiques des moines, comme l'ont imaginé faussement quelques glossateurs. Bingham, orig. ecclés. tom. III. lib. VII. c. ij. §. 3. (G)
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| CENOMANS | S. m. pl. (Géog. & Hist. anc.) peuples de la Gaule Celtique, qui habitoient le Maine, & dont il passa en Italie une colonie qui conserva le même nom.
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| CENOTAPHE | S. m. tombeau vuide ou monument qui ne contient point de corps ni d'ossemens, & dressé seulement pour honorer la mémoire de quelque mort. Voyez TOMBEAU & MONUMENT.
Ce mot est formé du grec , vuide, & , tombeau. (G)
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| CENS | census, s. m. (Hist. anc. & mod.) parmi les Romains, c'étoit une déclaration authentique que les citoyens faisoient de leurs noms, biens, résidence, &c. pardevant des magistrats préposés pour les enregistrer, & qu'on nommoit à Rome censeurs, & censiteurs dans les provinces & les colonies.
Cette déclaration étoit accompagnée d'une énumération par écrit de tous les biens, terres, héritages qu'on possédoit ; de leur étendue, situation, quantité, qualité ; des femmes, enfans, métayers, domestiques, bestiaux, esclaves, &c. qui s'y trouvoient. Par un dénombrement si exact, l'état pouvoit connoître aisément ses forces & ses ressources.
Ce fut dans cette vûe que le roi Servius institua le cens, qui se perpétua sous le gouvernement républicain. On le renouvelloit tous les cinq ans, & il embrassoit tous les ordres de l'état sous des noms différens ; celui du sénat, sous le titre de lectio ou recollectio ; celui des chevaliers, qu'on appelloit recensio & recognitio. A celui du peuple demeura le nom de census ou de lustrum, parce qu'on terminoit ce dénombrement par un sacrifice nommé lustrum, d'où la révolution de cinq ans fut aussi nommée lustre.
De-là le mot de census a été aussi en usage pour marquer une personne qui avoit fait sa déclaration aux censeurs, par opposition à incensus, c'est-à-dire un citoyen qui n'a fait enregistrer ni son nom ni ses biens. Dans la loi Voconia, census signifie un homme dont les biens sont portés sur le registre des censeurs jusqu'à la valeur de cent mille sesterces. (G)
Quoique dans la démocratie, dit l'illustre auteur de l'esprit des lois, l'égalité soit l'ame de l'état, cependant comme il est presqu'impossible de l'établir, il suffit qu'on établisse un cens qui réduise ou fixe les différences à un certain point ; après quoi c'est à des lois particulieres à tempérer cette inégalité, en chargeant les riches & soulageant les pauvres.
Le même auteur prouve, liv. XXX. ch. xv. qu'il n'y a jamais eu de cens général dans l'ancienne monarchie françoise ; & que ce qu'on appelloit cens, étoit un droit particulier levé sur les serfs par les maîtres. (O)
CENS, (Jurisp.) est une rente fonciere dûe en argent ou en grain, ou en autre chose, par un héritage, tenu en roture, au seigneur du fief dont il releve. C'est un hommage & une reconnoissance de la propriété directe du seigneur. Le cens est imprescriptible & non rachetable, seulement on en peut prescrire la quotité ou les arrérages par 30 ou 40 ans.
Le cens, dans les premiers tems, égaloit presque la valeur des fruits de l'héritage donné à cens, comme font aujourd'hui nos rentes foncieres ; desorte que les censitaires n'étoient guere que les fermiers perpétuels des seigneurs, dont les revenus les plus considérables consistoient dans leurs censives. Ce qui en fait à-présent la modicité, c'est l'altération des monnoies, qui, lors de l'établissement des censives, étoient d'une valeur toute autre.
Le cens est la premiere redevance qui est imposée par le seigneur direct, dans la concession qu'il fait de son héritage ; toutes les autres charges imposées depuis, n'ont pas le privilége du cens.
Le cens reçoit diverses dénominations, comme de champart, terrage, agrier, avenage, carpot, complant, & autres ; droits qui tous, quelque nom qu'ils portent, entraînent avec eux celui de lods & ventes, s'ils ont été imposés lors de la premiere concession, & qu'il n'y ait point d'autre charge imposée spécialement à titre de cens.
La plûpart des coûtumes prononcent une amende faute de payement du cens au jour & lieu qu'il est dû, sans préjudice de la saisie que le seigneur peut faire des fruits pendans sur l'héritage redevable du cens, qu'on appelle arrêt ou brandon. Voyez ARRET & BRANDON.
Les héritages situés dans la ville & banlieue de Paris, sont exempts de cette amende ; mais le seigneur, faute de payement du cens, peut procéder sur les meubles étant en iceux par voie de saisie-gagerie, pour trois années au moins ; car s'il a laissé amasser plus de trois années, il n'a que la voie ordinaire de l'action. Voyez GAGERIE. (H)
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| CENSAL | S. m. (Comm.) terme en usage sur les côtes de Provence & dans les échelles du Levant : il signifie la même chose que courtier. V. COURTIER.
Les marchands & négocians payent ordinairement un demi pour cent au censal pour son droit de censerie ou de courtage. Voyez COURTAGE.
La plûpart des censals du Levant, mais particulierement ceux qui font la censerie ou courtage au grand Caire, sont arabes de nation. Dans les négociations qui se font entre les marchands européens & ceux du pays, ou pour l'achat ou la vente des marchandises, tout se passe en mines & en grimaces ; & c'est sur-tout une comédie quand le censal veut obliger le marchand européen de payer la marchandise de son compatriote à son premier mot, ou du moins de n'en guere rabattre.
Lorsque l'européen a fait son offre, toûjours au-dessous de ce que le vendeur en demande, le censal arabe fait semblant de se mettre en colere, hurle & crie comme un furieux ; s'avance comme pour étrangler le marchand étranger, sans pourtant le toucher. Si cette premiere scene ne réussit pas, il s'en prend à lui-même, déchire ses habits, se frappe la poitrine à grands coups de poing, se roule à terre, & crie comme un desespéré qu'on insulte un marchand d'honneur ; que sa marchandise n'a point été volée, pour en mésoffrir si extraordinairement. Enfin le négociant d'Europe, accoûtumé à cette burlesque négociation, restant tranquille & n'offrant rien de plus, le censal reprend aussi sa tranquillité, lui tend la main, & l'embrasse étroitement en signe de marché conclu, & finit la piece par ces mots, halla quebar, halla quebir, Dieu est grand & très-grand, qu'il prononce avec autant de sens-froid qu'il a marqué auparavant de véhémence & d'agitation. Dictionn. du Comm. (G)
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| CENSE | S. f. (Jurisprud.) est une petite métairie qu'on donne à ferme, & quelquefois à rente ; ce qui s'appelle accenser une métairie. (H)
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| CENSERIE | S. f. (Comm.) se dit de tout ce qui signifie courtage, & quelquefois de la profession même du censal, & du droit qui lui est dû. Voyez CENSAL & COURTAGE. (G)
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| CENSEUR | S. m. (Hist. anc.) l'un des premiers magistrats de l'ancienne Rome, qui étoit chargé de faire le dénombrement du peuple, & la répartition des taxes pour chaque citoyen. Ses fonctions avoient encore pour objet la police, & la réformation des moeurs dans tous les ordres de la république.
Le nom de censeur vient de censere, estimer, évaluer, parce que cet officier évaluoit les biens de chacun, enregistroit leurs noms, & distribuoit le peuple par centuries. Selon quelques auteurs, ce terme est dérivé de l'inspection que les censeurs avoient sur les moeurs & sur la police.
Il y avoit à Rome deux censeurs. Les premiers furent créés en 311 : c'étoient Papirius & Sempronius. Le sénat qui voyoit que les consuls étoient assez occupés du militaire & des affaires du dehors, imagina cette nouvelle dignité pour veiller à celles du dedans, & tira de son corps ceux qui en furent revêtus ; mais depuis que les plébéïens eurent été admis au consulat, ils aspirerent aussi à la censure, & parvinrent au moins à faire remplir une des deux places de censeur par un sujet tiré du corps du peuple. Il y eut sur cela une loi de portée en 414, & elle fut en vigueur jusqu'en 622, qu'on nomma deux censeurs plébéïens ; ils partagerent toûjours cette charge avec les patriciens jusqu'au tems des empereurs, qui la réunirent en leur personne.
L'autorité des censeurs étoit fort étendue, puisqu'ils avoient droit de reprendre les citoyens les plus élevés en dignité : aussi cette charge ne s'obtenoit-elle qu'après qu'on avoit passé par toutes les autres. On trouva étrange que Crassus en eût été pourvû avant que d'avoit été ni consul ni préteur. L'exercice de la censure duroit d'abord cinq ans ; mais cet usage ne dura que neuf ans, le dictateur Mamercus ayant porté, l'an de Rome 420, une loi qui réduisit le tems de la censure à dix-huit mois ; ce qui fut dans la suite observé à la rigueur.
Outre les fonctions des censeurs, dont on a déjà parlé, ils étoient spécialement chargés de la sur-intendance des tributs, de la défense des temples, du soin des édifices publics ; de réprimer le libertinage, & de veiller à la bonne éducation de la jeunesse. Si quelque sénateur deshonoroit par ses débauches l'éclat de cet illustre corps, ils avoient droit de l'en chasser ; & l'histoire fournit des exemples de cette sévérité. Ils ôtoient aux chevaliers leur cheval, & la pension que leur faisoit l'état, s'ils se comportoient d'une maniere indigne de leur rang ; & quant au menu peuple, ils en faisoient descendre les membres d'une tribu distinguée dans une plus basse, les privoient du droit de suffrage, ou les condamnoient à des taxes & des amendes.
Cette autorité n'étoit pourtant pas sans bornes, puisque les censeurs eux-mêmes étoient obligés de rendre compte de leur conduite aux tribuns du peuple & aux grands édiles. Un tribun fit mettre en prison les deux censeurs M. Furius Philus & M. Attilius Regulus. Enfin ils ne pouvoient pas dégrader un citoyen sans avoir préalablement exposé leurs motifs, & c'étoit au sénat & au peuple à décider de leur validité. (G)
A Lacédémone, dit l'illustre auteur de l'esprit des lois, tous les vieillards étoient censeurs. Le même auteur observe que ces magistrats sont plus nécessaires dans les républiques que dans les monarchies & dans les états despotiques : la raison en est facile à appercevoir.
La corruption des moeurs détruisit la censure chez les Romains ; cependant César & Auguste voyant que les citoyens ne se marioient pas, rétablirent les censeurs, qui avoient l'oeil sur les mariages. (O)
CENSEURS de livres, (Littér.) nom que l'on donne aux gens de Lettres chargés du soin d'examiner les livres qui s'impriment. Ce nom est emprunté des censeurs de l'ancienne Rome, dont une des fonctions étoit de réformer la police & les moeurs.
Ces censeurs ont été établis dans les différens états pour examiner les ouvrages littéraires, & porter leur jugement sur les livres qu'on se propose d'imprimer, afin que rien ne soit rendu public, qui puisse séduire les esprits par une fausse doctrine, ou corrompre les moeurs par des maximes dangereuses. Le droit de juger des livres concernant la religion & la police ecclésiastique, a toûjours été attaché en France à l'autorité épiscopale ; mais depuis l'établissement de la faculté de Théologie, il semble que les évêques ayent bien voulu se décharger de ce soin sur les docteurs, sans néanmoins rien diminuer de leur autorité sur ce point. Ce droit de juger les livres concernant la foi & l'Ecriture-sainte, a été plusieurs fois confirmé à la faculté de Théologie par arrêt du parlement de Paris, & singulierement à l'occasion des hérésies de Luther & de Calvin, qui produisirent une quantité prodigieuse de livres contraires à la religion catholique. Ce jugement devoit être porté, non par quelques docteurs en particulier, mais par la faculté assemblée. L'usage étoit de présenter à la faculté ce qu'on vouloit rendre public : elle nommoit deux docteurs pour l'examiner ; & sur le rapport qu'ils en faisoient dans une assemblée, la faculté, après un mûr examen des raisons pour & contre, donnoit son approbation à l'ouvrage, ou le rejettoit. Les prélats même n'étoient point dispensés de soûmettre leurs ouvrages à l'examen de la faculté de Théologie, qui en 1534 refusa son approbation au commentaire du cardinal Sadolet, évêque de Carpentras, sur l'épître de S. Paul aux Romains ; & qui en 1542 censura le bréviaire du cardinal Sanguin, évêque d'Orléans. Le parlement de Paris, toûjours attentif à la conservation de la religion catholique dans toute sa pureté, autorisa par arrêt de la même année 1542, la faculté de Théologie à examiner les livres qui venoient des pays étrangers. Cet arrêt fut occasionné par le livre de l'institution chrétienne, que Calvin avoit fait imprimer à Bâle.
Les livres s'étant considérablement multipliés au commencement de l'année 1600, le nombre des docteurs chargé de les examiner, fut augmenté. Il en résulta différens abus ; ces docteurs se dispenserent du rapport qu'ils étoient obligés de faire à la faculté assemblée, & approuverent des livres qu'elle trouva repréhensibles. Pour remédier à cette espece de desordre, la faculté publia un decret par lequel elle défendit à tous docteurs de donner inconsidérément leur approbation, sous peine de perdre pendant six mois l'honoraire & les priviléges attachés au doctorat, & pendant quatre ans le droit d'approuver les livres. Elle fit encore plusieurs autres reglemens, mais qui ne firent qu'aigrir les esprits. Enfin en 1623 l'harmonie cessa tout-à-fait dans la faculté, à l'occasion d'une question de Théologie qui partagea tous les docteurs : il s'agissoit de décider si l'autorité du pape est supérieure ou inférieure à celle des conciles. Chacun prit parti dans cette affaire, chacun écrivit pour soûtenir son opinion. Le docteur Duval, chef de l'un des deux partis, craignant de se voir accabler par les écrits multipliés de ses adversaires, obtint du roi des lettres patentes en 1624, qui lui attribuerent, & à trois de ses confreres, à l'exclusion de tous autres, le droit d'approuver les livres, avec une pension de 200 liv. à partager entr'eux. Ces lettres de création chagrinerent la faculté, qui se voyoit dépouiller d'un droit qu'elle croyoit devoir lui appartenir toûjours. La pension d'ailleurs accordée aux quatre nouveaux censeurs, lui parut deshonorante pour des gens consacrés par état au maintien de la saine doctrine. Elle fit remontrances sur remontrances, & ne cessa de demander avec instance la révocation de ces lettres ; mais elle ne put l'obtenir ; le roi au contraire les confirma par de nouvelles, dans lesquelles il étoit dit que par la suite ces quatre censeurs créés par lettres patentes, seroient pris dans la maison de Sorbonne, & élûs à la pluralité des voix dans une assemblée, à laquelle seroient appellés deux docteurs de la maison de Navarre. Cette espece d'adoucissement ne satisfit point encore la faculté ; elle continua, mais inutilement, les sollicitations. La discorde régna plus que jamais parmi les docteurs ; & pendant plus de trois ans les nouveaux censeurs essuyerent tant de desagrémens de la part de leurs confreres, que Duval, en 1626, prit enfin le parti de se démettre en pleine assemblée de ses fonctions de censeur. On ne sait pas bien positivement si après cette démission de Duval, les lettres-patentes qui avoient été données singulierement en sa faveur, furent supprimées ou non : mais il paroît par différens decrets des années 1628, 1631 & 1642, que la faculté recommença, comme par le passé, à charger des docteurs de l'examen des livres, & qu'elle prit les précautions les plus sages pour empêcher les approbations inconsidérées. Son honneur & ses intérêts le demandoient : cependant tous ses soins furent inutiles ; il s'éleva dans l'Eglise des disputes sur la grace, qui donnerent naissance à une prodigieuse quantité d'écrits de part & d'autre : chacun des deux partis fit approuver ses livres par les docteurs qui lui étoient favorables, & ces docteurs donnerent leurs approbations sans avoir été commis par la faculté. Ces irrégularités durerent jusqu'en 1653. Pour y mettre fin, M. le chancelier Seguier se détermina à ôter encore une fois à la faculté le droit d'approuver les livres ; il créa quatre nouveaux censeurs ; mais sans lettres-patentes, & sans autre titre que la seule volonté du roi, avec chacun 600 livres de pension. Depuis ce tems, le nombre des censeurs a été considérablement augmenté ; il y en a pour les différentes matieres que l'on peut traiter : le droit de les nommer appartient à M. le chancelier, à qui ils rendent compte des livres dont il leur confie l'examen, & sur leur approbation est accordé le privilége de les imprimer. Il arrive quelquefois que le grand nombre de livres qu'ils sont chargés d'examiner, ou d'autres raisons, les mettent dans la désagréable nécessité de réduire les auteurs ou les libraires qui attendent leur jugement, à l'état de ces pauvres ames errantes sur les bords du Styx, qui prioient long-tems Caron de les passer.
Stabant orantes primi transmittere cursum,
Tendebantque manus ripae ulterioris amore.
Navita sed tristis nunc hos nunc accipit illos :
Ast alios longe summotos arcet arena.
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| CENSIER | S. m. (Jurisprud.) se dit d'un seigneur qui a droit de cens sur les héritages tenus en roture dans l'étendue de sa seigneurie. Voyez CENS, CENSITAIRE, CENSIVE.
CENSIER, est aussi quelquefois synonyme à censitaire ; ainsi on dit en ce sens, il est le censier d'un tel seigneur. (H)
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| CENSITAIRE | S. m. (Jurisprud.) est un vassal qui possede en roture un ou plusieurs héritages dans l'étendue de la censive d'un seigneur, à la charge du cens. Voyez CENS.
Dans les commencemens de l'établissement des censives, il n'étoit pas permis au censitaire de vendre l'héritage qui lui avoit été baillé à cens, sans avoir le consentement du seigneur ; & pour avoir son consentement, on lui payoit une certaine somme : ce qui a depuis passé en droit commun. Il est aujourd'hui permis au censitaire de vendre l'héritage chargé de cens, en payant au seigneur un droit qui est reglé par les coûtumes, & qu'on appelle communément lods & ventes. Voyez LODS & VENTES. (H)
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| CENSITE | S. f. (Jurisprud.) terme de droit coûtumier peu usité, synonyme à censitaire. Colombet a donné un traité des personnes de main-morte, censites & taillables, qu'il a intitulé, Colonia Celtica lucrosa. (H)
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| CENSIVE | S. f. (Jurisprud.) est l'étendue du fief d'un seigneur censier, c'est-à-dire à qui il est dû un cens ou redevance fonciere par les propriétaires qui possedent des terres dans l'étendue de son fief. C'est aussi le droit même de percevoir le cens.
L'origine des censives est aussi ancienne que celle des fiefs. Les seigneurs qui avoient une trop grande étendue de domaine, en donnoient une partie en fief, à la charge du service militaire ; & une autre partie à cens, avec amende faute de payer le cens au jour de l'échéance. Voyez CENS. (H)
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| CENSURE | S. f. (Droit canoniq.) se prend ordinairement pour un jugement, par lequel on condamne quelque livre, quelque personne ; & plus particulierement pour une réprimande faite par un supérieur ou une personne en autorité. (H)
CENSURES ECCLESIASTIQUES, sont des menaces publiques que l'Eglise fait, d'infliger les peines qu'on a encourues, pour avoir desobéi à ses ordres, ou plûtôt encore ces peines ou ces punitions elles-mêmes. Le Droit canonique en reconnoît de trois sortes, qui sont l'excommunication, la suspense, & l'interdit. Voyez chacun de ces mots à leur rang.
Jusqu'au tems de la prétendue réforme, les rois d'Angleterre ont été soûmis aux censures de l'église de Rome : mais les François s'en sont toûjours maintenus exempts. En effet il n'y a point d'exemple d'excommunication d'aucun roi de la premiere race, jusqu'à celle de Lothaire, par le pape Nicolas I. pour avoir répudié sa femme Tetberge ; c'est la premiere breche qui fut faite aux libertés de l'église Gallicane : cependant le pape n'osa hazarder son excommunication de sa propre autorité ; il la fit confirmer par l'assemblée des évêques de France.
Les autres papes ont pris dans la suite les mêmes précautions : mais depuis ce tems-là, les rois ont mieux soûtenu leur privilége : car l'anti-pape Benoît XIII. ayant prononcé des censures contre le roi Charles VI. & mis le royaume en interdit, le parlement de Paris, par arrêt de 1408, ordonna que la bulle fût lacérée. Jules II. ayant aussi lancé l'excommunication contre Louis XII. l'assemblée générale tenue à Tours censura les censures du pape. Voyez EXCOMMUNICATION.
Les Canonistes distinguent deux sortes de censures : l'une de droit, à jure, l'autre de fait ou par sentence, qu'ils appellent ab homine.
Les premieres sont générales & perpétuelles : il n'en est pas de même des secondes ; mais aussi elles sont toûjours réservées.
On divise les censures par rapport à l'effet qu'elles produisent, en celles qu'on appelle latae sententiae, & celles qu'on nomme ferendae sententiae ; c'est-à-dire en censures encourues par le seul fait, ipso facto, par vertu du jugement qui les a prononcées, sans qu'il soit besoin d'un nouveau ; & en censures comminatoires, qui ne s'encourent pas sans une nouvelle sentence du juge.
Il n'y a que les supérieurs ecclésiastiques qui joüissent de la jurisdiction extérieure, qui puissent porter des censures ; ainsi les curés n'ont pas ce droit. (H)
CENSURE de livres ou de propositions, c'est une note ou une qualification, qu'on donne à tout ce qui blesse la vérité, soit dans un livre, soit dans une proposition. La vérité, si on en peut parler ainsi, est une fleur tendre ; on n'y peut toucher qu'on ne l'altere & qu'on n'en ternisse l'éclat. La note dont on marque un livre ou une proposition, est d'autant plus flétrissante, que l'une ou l'autre s'éloigne plus de la vérité ; car il y a différentes nuances dans l'erreur. La note de l'hérésie est la plus infamante de toutes ; parce que l'hérésie est de toutes les erreurs celle qui s'éloigne le plus de la vérité. En effet, elle contredit formellement l'expresse parole de Dieu, & se révolte contre l'autorité de l'Eglise qui l'interprete ; la flétrissure de l'erreur est moins forte que celle qui lance l'anathème contre l'hérésie. Comme la vérité que l'erreur attaque est en partie fondée sur l'Ecriture, & en partie sur la raison, son crime est moindre, parce qu'elle se révolte moins directement contre l'autorité de Dieu. On note comme sentant l'hérésie, tout livre ou toute proposition qui présente d'abord à l'esprit un sens hérétique, quoique l'un ou l'autre ait un sens plus caché qui renferme la vérité. Il y a beaucoup d'analogie entre ce qui sent l'hérésie, & ce qui est captieux ; elle est la même que celle qui se trouve entre l'hérésie & l'erreur. Ainsi toute proposition chargée de termes compliqués, obscurs & embarrassés, est ou captieuse ou sentant l'hérésie ; captieuse, si c'est seulement une erreur qu'elle insinue ; sentant l'hérésie, si c'est une hérésie qu'elle présente d'une maniere indirecte. Il n'est pas aisé d'assigner les limites qui séparent une proposition mal sonnante dans la foi d'avec celle qui sent l'hérésie : peut-être que toute la malignité de l'une consiste dans les termes durs qui énoncent une vérité, & qui la rendent odieuse à ceux qui l'écoutent ; tandis que la malignité de l'autre en veut à la vérité, quoique sous des termes plus doux & plus mitigés. Ainsi la note d'une proposition mal sonnante dans la foi, n'est pas si forte que la note d'une proposition sentant l'hérésie. On qualifie d'opinion dangereuse celle qui embarrasse si fort le dogme catholique dans les incertitudes des systèmes théologiques, que cette opinion entraîneroit la ruine du dogme avec celle des systèmes. Rien n'est sans-doute plus dangereux, pour la foi, que de la faire dépendre d'une opinion humaine, sujette par sa nature à l'examen critique de tout homme qui voudra l'attaquer. La note de témérité tombe sur une proposition qui seroit balancée par une grande autorité ; ce n'est pas tant le nombre des scolastiques que leurs raisons, qui doivent faire autorité sur l'esprit d'un théologien. Il y a eu un tems où toutes les écoles, & même toutes les universités de Théologie, soûtenoient avec chaleur le probabilisme ; cette nuée de théologiens, qui formoient pour lui un puissant parti, lui donnoit-elle plus de poids & d'autorité ? non sans-doute. Il y a eu aussi un tems où c'eût été un crime en Théologie, de soûtenir l'intention extérieure ; c'est aujourd'hui une opinion soûtenue publiquement sur les bancs : tel est le sort des opinions théologiques. Ce que de graves docteurs ont proscrit comme téméraire dans leur jeunesse, ils le voyent quelquefois soûtenir sur leurs vieux ans, comme une opinion très-vraisemblable : témoin la fameuse question des ordinations anglicanes, sur laquelle on a fait autrefois tant de bruit. L'exemple du concile de Trente, qui a laissé tant de questions indécises, ne voulant point interposer son autorité où il voyoit différentes opinions, nous apprend combien on doit être circonspect, quand il est question de flétrir un livre ou quelques propositions extraites. Ce qui a été une fois censuré par l'Eglise, soit dispersée, soit assemblée dans un concile, l'est irrévocablement ; aussi la censure ne tombe pas sur toute expression ou toute proposition qui se reproduit dans l'Eglise, après y avoir été défendue quelque tems, à cause de l'abus qui pouvoit en naître. Tels sont, par exemple, le terme d'omousios ; & cette proposition, unus è trinitate passus est. Il y a donc cette différence entre les propositions que l'Eglise censure, & celles qu'elle défend seulement, que les premieres contenant en elles-mêmes quelque fausseté, blesseront toûjours par quelque endroit la vérité, qui est la même dans tous les tems ; au lieu que les secondes n'étant mauvaises que par l'abus qu'en fait l'erreur, reprendront leur premier sens avoüé par la vérité, quand l'erreur qui lui en donnoit un forcé & mauvais, le précipitera dans l'oubli. Voyez NOTE & QUALIFICATION. (X)
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| CENT | (Commerce) nous exprimons communément les quantités, la proportion des choses, & les profits qui se font par le commerce, par cent ; ils exigent deux & demi par ou pour cent, pour remettre de l'argent en telle ville : l'intérêt légitime de l'argent est cinq pour cent. Voyez CHANGE, REMISE, INTERET.
Cent est aussi en usage en fait de mesure, pour signifier certaine quantité ou nombre.
Les planches de sapin sont à six vingt le cent ou le grand cent, qui est de 112 livres.
Les lattes & les pieux de cinq piés sont à cinq fois vingt, & ceux de trois à six fois vingt le cent, le poids de cent ou le grand cent. Voyez QUINTAL.
Cent signifie aussi la perte ou le profit qui se rencontre sur la vente de quelque marchandise : ainsi quand on dit qu'il y a dix pour cent de gain, ou dix pour cent de perte sur une marchandise, c'est-à-dire que l'on y a profité ou perdu dix francs chaque fois.
Cent se dit encore par rapport aux traites & remises d'argent que l'on fait d'une place sur une autre place : ainsi on dit, il en coûtera deux & demi pour cent pour remettre en une telle ville.
Le tant pour cent qu'il en coûte pour les traites & remises d'argent, est ce que l'on appelle le prix du change. Voyez CHANGE.
Dans les écritures de marchands le tant pour cent se met ainsi en abregé (2 p. %) c'est-à-dire deux pour cent. Dict. du Comm. (G)
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| CENT-SUISSE | S. m. pl. (Hist. mod.) partie de la garde du Roi commandée par un capitaine qui a sous lui deux lieutenans, l'un françois, & l'autre suisse. Dans les jours de cérémonie leur capitaine marche devant le Roi ; le capitaine des gardes du corps derriere. Au sacre le capitaine & les lieutenans sont vêtus de satin blanc, avec de la toile d'argent dans les entaillures, & les suisses ont des casaques de velours. Cette milice a des juges de sa nation, & joüit des mêmes priviléges que les sujets nés du royaume : elle est exempte de toute imposition ; & ce privilége s'étend aux enfans & aux veuves : Voici l'ordre de sa marche. 1. Le capitaine ; 2. les deux lieutenans ; 3. le premier sergent ; 4 quatre trabans pour la défense particuliere du capitaine ; 5. les caporaux ; 6. les anspessades ; 7. les tambours ; 8. les mousquetaires ; 9, deux trabans pour la défense de l'enseigne ; 10. deux tambours ; 11. l'enseigne ; 12. les piquiers ; 13. les mousquetaires de la seconde marche ; 14. les sous-lieutenans à la queue de la compagnie ; les autres sergens sur les ailes. Ils sont appellés cent-suisses, parce qu'ils forment une compagnie de cent hommes. Le P. Daniel prétend que cette compagnie est une garde militaire du Roi. En effet, les cent-suisses vont à la tranchée dans les siéges que le Roi fait en personne : alors au lieu de la halebarde, leur arme ordinaire, ils prennent le fusil. Les Suisses commencerent en 1481 à être à la solde du Roi, à la place des francs-archers établis par Charles VII. Louis XI. les retint à la recommandation de son pere, & en prit une compagnie pour la garde ordinaire de sa personne. Cette compagnie fut confirmée dans cette fonction par Charles VIII. en 1496 ; le capitaine qui la commande a le titre de capitaine-lieutenant. Voyez l'Etat de la France, l'Histoire de la Milice Françoise par le P. Daniel, & l'Abrégé chronologique de M. le président Hénault.
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| CENTAURÉE | (Grande) s. f. Hist. nat. bot. centaurium majus, genre de plante dont la fleur est un bouquet à plusieurs fleurons découpés, portés chacun par un embryon, & soûtenus par un calice écailleux & sans épine : les embryons deviennent dans la suite des semences garnies d'aigrettes. Ajoûtez aux caracteres de ce genre la grandeur des fleurs qui le rend différent de la jacée. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Le centaurium majus folio helenii incano, Tournef. inst. 443. a la racine dessicative, astringente, apéritive, fortifiante : on en fait usage dans la cure des plaies. Elle doit son nom, selon Pline, au centaure Chiron, qui se guérit par son usage d'une blessure qu'il avoit reçûe d'une des fleches d'Hercule. On en fait peu d'usage. (N)
CENTAUREE, (petite) s. f. Hist. nat. bot. centaurium minus, genre de plante à fleur monopétale faite en forme d'entonnoir, & découpée : il sort du calice un pistil qui perce le fond de la fleur, & qui devient dans la suite un fruit presque cylindrique ou oval, qui s'ouvre en deux parties, qui est partagé en deux loges, & qui renferme des semences ordinairement assez menues. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
La petite centaurée est très-amere au goût ; elle est apéritive, détersive ; elle leve les obstructions du foie & de la rate, provoque les regles & les urines, soulage dans la jaunisse & dans les fievres intermittentes, fortifie l'estomac, & tue les vers. On s'en sert à l'extérieur en fomentation dans les enflures.
L'extrait que l'on en tire est la seule préparation officinale qu'elle fournisse.
La vertu fébrifuge de cette plante vient d'un sel amer, analogue à celui de la terre ; il est mêlé avec du soufre & de la terre, de façon que le sel ammoniac y est plus dégagé que les autres principes ; ainsi la petite centaurée a beaucoup de rapport avec l'aloès, le quinquina, & l'ipécacuanha.
Dans les fievres on peut ordonner son infusion dans du vin blanc : mais comme elle est fort amere, il est plus à propos de joindre l'extrait de petite centaurée avec autant de quinquina en poudre. L'usage de l'infusion de fleurs de petite centaurée prise en guise de thé le matin à jeun, soulage la migraine. (N)
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| CENTAURES | S. m. pl. (Myth.) monstres de la fable moitié hommes & moitié chevaux : elle les a fait naître d'Ixion & d'une nuée. Ceux qui prétendent trouver un sens à toutes les visions de la crédule antiquité, disent que les centaures étoient des peuples qui habitoient la contrée de la Thessalie voisine du mont Pélion, qu'ils dompterent les premiers chevaux ; & que comme avant eux l'on n'avoit point encore vû d'hommes à cheval, on prit l'homme & le cheval sur lequel il étoit monté, pour un seul & même animal. Quoi qu'il en soit de cette explication, il est certain que le centaure Chiron, précepteur d'Achille, n'étoit qu'un excellent écuyer. Ceux des centaures qui assisterent aux noces de Pirithoüs & de Déidamie s'y querellerent avec les Lapithes, qu'Hercule vengea en chassant les centaures de la Thessalie. Y a-t-il eu vraiment des centaures, ou ces monstres sont-ils fabuleux ? c'est ce qu'il n'est point facile de décider. Plutarque dit qu'on en présenta un qui venoit de naître d'une cavale, aux sept sages ; Pline, qu'il en a vû un qu'on avoit apporté d'Egypte à Rome, embaumé à la maniere du pays ; S. Jérome, que S. Antoine rencontra un hippocentaure dans le desert, &c. Si l'on veut décider la question par l'histoire naturelle, on trouvera dans un grand nombre d'animaux qui proviennent du mélange de deux especes, des raisons suffisantes pour admettre la possibilité des centaures, des faunes, &c. Quand à la maniere fabuleuse dont il naquirent d'Ixion & de la nuée, on la raconte de plusieurs manieres différentes : les uns prétendent qu'Ixion devenu amoureux de Junon à la table de Jupiter, osa déclarer sa passion à la déesse ; & que Jupiter loin de s'offenser de cette témérité, offrit aux embrassemens d'Ixion une nuée formée à la ressemblance de Junon, de laquelle naquit un centaure : d'autres disent qu'Ixion ayant engagé par l'espoir de la recompense, de jeunes Thessaliens d'un village voisin de la montagne appellée Nephelé ou Nuée, à combattre des taureaux qui ravageoient la campagne autour du mont Pélion, le nom de la montagne, & le succès des jeunes gens contre les taureaux, donnerent lieu à la fable d'Ixion & des centaures : enfin Tzetzes assûre que le Jupiter dont Ixion aima la femme, étoit un roi de Thessalie qui eut la condescendance pour la passion d'Ixion, non de lui ceder sa femme, mais de lui substituer une de ses filles d'honneur appellée Nephelé, de laquelle naquit un fils appellé Imbrus, & surnommé dans la suite centaure, de , piquant, & de , queue. D'autres donnent pour étymologie , pungere tauros ; parce que, dit-on, les centaures étoient des gardes du Roi de Thessalie, qui ramenerent à l'étable des taureaux qui s'étoient enfuis & effarouchés.
CENTAURE, centaurus, en Astronomie, constellation de l'hémisphere méridional, représentée par une figure moitié homme & moitié cheval, & qui d'ordinaire se joint au loup. Voyez LOUP. (O)
Les étoiles de cette constellation sont au nombre de dix-neuf dans le catalogue de Ptolemée ; au nombre de quatre dans celui de Tycho, & au nombre de treize dans le catalogue anglois.
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| CENTENIERS | S. m. pl. (Hist. mod.) officiers de l'ancienne monarchie françoise subordonnés aux comtes, & chargés de mener à la guerre des hommes libres du bourg, ou leurs centaines. Voyez Esp. des lois, liv. XXX. chap. xvij. (O)
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| CENTIEME-DENIER | est un droit que le Roi s'est attribué par l'édit du mois de Décembre 1703, sur tous acquéreurs d'immeubles à quelque titre que ce soit : c'est la centieme partie du prix de l'acquisition. (H)
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| CENTOBRIGUES | S. m. pl. (Géog.) ancienne ville des Celtibériens en Espagne. Les machines de Metellus qui l'assiégeoient ayant renversé un pan de muraille, les habitans exposerent sur la breche les enfans de Réthogene qui s'étoit rendu dans son camp : Metellus aima mieux lever le siége, que de faire périr la famille du brave Celtibérien, qui exhortoit à continuer l'attaque. Cette action toucha tellement les assiégés, qu'ils ouvrirent leurs portes aux Romains.
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| CENTON | S. m. en Poésie, piece de vers composée en entier de vers ou de passages pris de côtés & d'autres, soit dans le même auteur, soit dans différens écrivains, & disposés seulement dans une nouvelle forme ou un nouvel ordre qui compose un ouvrage, & donne à ces lambeaux un sens tout différent de celui qu'ils ont dans l'original.
Ce mot est latin, cento, & signifie à la lettre un manteau fait de pieces rapportées : il vient du grec , qui veut dire la même chose. Les soldats romains dans les siéges se servoient de centons, ou de vieilles étoffes rapetassées, pour se garantir des traits de l'ennemi ; & l'on couvroit aussi au même dessein les machines de guerre, les galeries, & autres choses nécessaires aux approches, de peaux de bêtes fraîchement écorchées, que les auteurs appellent centons. Voyez CENTONAIRES.
Ausone a donné des regles de la composition des centons ; & lui-même en a fait un très-obscene tiré des vers de Virgile : il faut prendre, dit-il, des morceaux détachés du même poëte, ou de plusieurs : on peut prendre les vers entiers ou les partager en deux, & lier une moitié empruntée d'un poëte à la moitié qu'un autre aura fournie : mais il n'est pas permis d'insérer deux vers de suite, ni d'en prendre moins que la moitié d'un.
Proba Falconia a écrit la vie de Jésus-Christ en centons tirés de Virgile, aussi-bien qu'Alexandre Rosso, & Etienne de Pleurre chanoine régulier de S. Victor de Paris. Voici un exemple de ces centons dans l'adoration des Mages. Voyez Chambers & le dict. de Trév.
CENTONAIRES, s. m. pl. (Hist. anc.) officiers dans les armées romaines, qui avoient soin de fournir les étoffes que l'on appelloit centones, & qui servoient à couvrir les tours & les autres machines de guerre dans les siéges, pour les défendre des traits ou du feu des ennemis. Vegece, liv. IV. parlant d'une galerie couverte qui servoit à faire les approches, dit que par-dehors, de peur qu'on n'y mît le feu, elle étoit revêtue de cuirs fraîchement écorchés, & de centons, centonibus ; c'est-à-dire de quelques vieilles étoffes, qui étant mouillées pouvoient ou résister au feu, ou amortir les armes de trait. César, dans ses commentaires & dans le livre de la guerre civile, chap. xljv. rapporte que les soldats se servoient aussi de centons pour se garantir des traits de l'ennemi, comme on fait encore aujourd'hui de gabions & de sacs à laine. Les centonaires étoient souvent joints aux dendrophores ou charpentiers, & autres ouvriers suivans les armées, comme il paroît par d'anciennes inscriptions. Rosin, antiquités romaines. (G)
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| CENTRAL | adj. (Méchanique) se dit de ce qui a rapport à un centre. Voyez CENTRE.
C'est ainsi que nous disons éclipse centrale, feu central, force centrale, regle centrale, &c. Voyez les articles FEU, ÉCLIPSE, &c.
Forces centrales, sont des forces ou puissances par lesquelles un corps mû tend vers un centre de mouvement, ou s'en éloigne.
C'est une loi générale de la nature, que tout corps tend à se mouvoir en ligne droite ; par conséquent un corps qui se meut sur une ligne courbe, tend à chaque instant à s'échapper par la tangente de cette courbe : ainsi pour l'empêcher de s'échapper suivant cette tangente, il faut nécessairement une force qui l'en détourne & qui le retienne sur la courbe. Or c'est cette force qu'on appelle force centrale. Par exemple un corps A (fig. 24. Méchan.) qui se meut sur le cercle B E A, tend à se mouvoir au point A suivant la tangente A G, & il se mouvroit effectivement suivant cette tangente, s'il n'avoit pas une force centrale qui le pousse vers le point C, & qui lui feroit parcourir la ligne A M dans le même tems qu'il parcouroit A D ; desorte qu'il décrit la petite portion de courbe A E.
Remarquez qu'il n'est pas nécessaire que la force centrale soit toûjours dirigée vers un même point : elle peut changer de direction à chaque instant, il suffit que sa direction soit différente de celle de la tangente, pour qu'elle oblige le corps à décrire une courbe. Voyez CENTRE DE MOUVEMENT ; voyez aussi FORCE.
Les forces centrales se divisent en deux especes, eu égard aux différentes manieres dont elles sont dirigées par rapport au centre, savoir en centripetes & en centrifuges. Voyez ces mots.
Lois des forces centrales. Le célebre M. Huyghens est le premier qui ait découvert ces lois. Mais outre qu'il les a données sans démonstration, il ne s'est appliqué qu'à déterminer les lois des forces centrales dans le cas où le corps décrit un cercle. Plusieurs auteurs ont démontré depuis les lois données par M. Huyghens, & le célebre M. Newton a étendu la théorie des forces centrales à toutes les courbes possibles.
Parmi les auteurs qui ont démontré les propositions de M. Huyghens, personne ne l'a fait plus clairement & d'une maniere plus simple, que le marquis de l'Hôpital dans les mémoires de l'académie de 1701. 1°. Il commence par enseigner la maniere de comparer la force centrale avec la pesanteur ; & il donne là-dessus la regle générale suivante, qui renferme toute la théorie des forces centrales.
Supposons qu'un corps d'un poids déterminé se meuve uniformément autour d'un centre avec une certaine vîtesse, il faudra trouver de quelle hauteur il devroit être tombé pour acquérir cette vîtesse ; après quoi on fera cette proposition : comme le rayon du cercle que le corps décrit est au double de cette hauteur, ainsi son poids est à sa force centrifuge. Il est visible que par cette proposition on peut toûjours trouver le rapport de la force centrale d'un corps à son poids ; & que par conséquent on pourra facilement comparer les forces centrales entre elles. Mais si on veut se contenter de comparer les forces centrales entre elles sans les comparer avec la pesanteur, on peut se servir de ce théorème, que les forces centrales de deux corps sont entre elles comme les produits de leurs masses multipliés par les quarrés de leurs vitesses, & divisés par les rayons ou par les diametres des cercles qu'ils décrivent. On peut démontrer cette proposition sans calcul, d'après M. Newton, de la maniere suivante. Imaginons les cercles que ces corps décrivent comme des polygones réguliers semblables, d'une infinité de côtés ; il est certain que les forces avec lesquelles chacun des corps frappe un des angles de ces polygones, sont comme des produits de leurs masses par leurs vîtesses. Or dans un même tems ils rencontrent d'autant plus d'angles qu'ils vont plus vîte, & que le cercle est d'un rayon plus petit : donc le nombre des coups dans un même tems, est comme la vîtesse divisée par le rayon, donc le produit du nombre des coups par un seul coup, c'est-à-dire la force centrale, sera comme le produit de la masse multiplié par le quarré de la vîtesse, & divisé par le rayon.
Donc si deux corps M, m, décrivent les circonférences du cercle C, c avec des vitesses V, u pendant les tems T, t, & que les forces centrales de ces corps soient F, f, & les rayons des cercles qu'ils décrivent R, r, on aura F : f : : (M x V V)/R : (m u u)/r ; de plus, on a V : u : : C/T : c/t : : R/T : r/t ; donc on aura encore F : f : : MR/TT : (m r)/(t t).
2°. Il est aisé de conclure de-là, que si deux corps de poids égal décrivent des circonférences de cercles inégaux dans des tems égaux, leurs forces centrales seront comme les diametres A B & H L (Planc. de Méchan. fig. 24.) car si m = M & t = T, on aura F : f : : R : r ; & par conséquent si les forces centrales de deux corps qui décrivent des circonférences de deux cercles inégaux, sont comme leurs diametres, ces corps feront leurs révolutions dans des tems égaux.
3°. La force centrale d'un corps qui se meut dans une circonférence de cercle, est comme le quarré de l'arc infiniment petit A E, divisé par le diametre A B ; car cet arc infiniment petit décrit dans un instant, peut représenter la vîtesse, puisqu'il lui est proportionnel. Ainsi puisqu'un corps décrit dans des tems égaux, par un mouvement uniforme, des arcs égaux A E, la force centrale par laquelle le corps est poussé dans la circonférence du cercle, doit être constamment la même.
4°. Si deux corps décrivent par un mouvement uniforme différentes circonférences, leurs forces centrales seront en raison composée de la doublée de leur vîtesse, & de la réciproque de leur diametre ; d'où il s'ensuit que si les vîtesses sont égales, les forces centrales seront réciproquement comme les diametres ; & si les diametres A B & H L sont égaux, c'est-à-dire si les mobiles se meuvent dans la même circonférence, mais avec des vîtesses inégales, les forces centrales seront en raison doublée des vîtesses.
Si les forces centrales de deux corps qui se meuvent dans des circonférences différentes, sont égales, les diametres A B & H L seront en raison doublée des vîtesses.
5°. Si deux corps qui se meuvent dans des circonférences inégales sont animés par des forces centrales égales, le tems employé à parcourir la plus grande circonférence sera au tems employé à parcourir la plus petite, en raison soûdoublée du plus grand diametre A B, au moindre H L : c'est pourquoi on aura T2 : t2 : : D : d ; c'est-à-dire que les diametres des cercles dans les circonférences desquels ces corps sont emportés par une même force centrale, sont en raison doublée des tems.
Il s'ensuit aussi de là, que le tems que des corps poussés par des forces centrales égales employent à parcourir des circonférences inégales, sont proportionnels à leurs vîtesses.
Les forces centrales sont en raison composée de la directe des diametres & de la réciproque des quarrés des tems employés à parcourir les circonférences entieres.
6°. Si les tems dans lesquels les corps parcourent les circonférences entieres ou des arcs semblables, sont comme les diametres des cercles, les forces centrales seront alors réciproquement comme ces mêmes diametres.
7°. Si un corps se meut uniformément dans la circonférence d'un cercle avec la vîtesse qu'il acquiert en tombant de la hauteur A F, nous avons dit que la force centrale sera à la gravité comme le double de la hauteur A F est au rayon C A ; & par conséquent si on nomme G la gravité du corps, la force centrifuge sera (2 A F x G)/(C A). Par-là on connoîtra quelle doit être la force centrifuge & la vîtesse d'un corps attaché à un fil, pour qu'il ne rompe point ce fil en circulant horisontalement : car supposons qu'un poids de trois livres, par exemple, rompe le fil, & que le poids du corps soit de deux livres, on aura G égal à deux livres, & (2 A F x 2)/(C A) devra être plus petit que trois livres, d'où l'on tire A F < (3 C A)/4 : ainsi la vîtesse que le corps doit avoir pour ne point rompre le fil, doit être plus petite que celle qu'il acquerroit en tombant d'une hauteur égale aux 3/4 du rayon. Si le corps circuloit verticalement, il faudroit que (2 A F x G)/(C A) + G fût < trois livres.
8°. Si un corps grave se meut uniformément dans la circonférence d'un cercle, & avec la vîtesse qu'il peut acquérir en tombant d'une hauteur égale à la moitié du rayon : la force centrale sera alors égale à la gravité ; réciproquement si la force centrale est égale à la gravité, le corps se mouvra dans la circonférence du cercle avec la même vîtesse qu'il auroit acquise en tombant d'une hauteur égale à la moitié du rayon.
9°. Si la force centrale est égale à la gravité, le tems qu'elle employera à faire parcourir la circonférence entiere, sera au tems dans lequel un corps grave tomberoit de la moitié du rayon, comme la circonférence est au rayon.
10°. Si deux corps se meuvent dans des circonférences inégales & avec des vîtesses inégales, desorte que les vîtesses soient entr'elles en raison réciproque de la soûdoublée des diametres, les forces centrales seront en raison réciproque de la doublée des distances au centre des forces.
11°. Si deux corps se meuvent dans des circonférences inégales avec des vîtesses qui soient entr'elles réciproquement comme les diametres, les forces centrales seront en raison inverse des cubes de leur distance au centre des forces.
12°. Si les vîtesses de deux corps qui se meuvent dans des circonférences inégales, sont en raison inverse de la soûdoublée des diametres, les tems qu'ils employeront à faire leur révolution entiere ou à parcourir des arcs semblables, seront en raison inverse de la triplée des distances du centre des forces : c'est pourquoi si les forces centrales sont en raison inverse de la doublée des distances du centre, les tems que les corps employeront à faire leur révolution entiere ou à parcourir des arcs semblables, seront en raison inverse de la triplée des distances.
13°. Ces différentes lois sont aisées à déduire de la formule que nous avons donnée dans l'art. 1. pour la comparaison des forces centrales entr'elles. Or pour comparer les forces centrales sur des courbes autres que des cercles, il faut prendre au lieu des rayons des cercles, les rayons de la développée de ces courbes qui changent à chaque point, & qu'on trouve par des méthodes géométriques : d'où l'on voit que quand un corps décrit une courbe autre qu'un cercle, la valeur de la force centrale change à chaque instant ; au lieu qu'elle est toûjours la même quand le corps décrit un cercle. Il faudra de plus diviser la quantité trouvée par le rapport du sinus total au cosinus de l'angle que la direction de la force centrale fait avec la tangente.
14°. Si un corps tend à se mouvoir suivant A D (fig. 25.), & qu'il soit en même tems sollicité par une force centripete vers un point fixe C, placé dans le même plan, il décrira alors une courbe dont la concavité sera tournée vers C, & dont les différentes aires comprises entre deux rayons quelconques A C & C B, seront proportionnels aux tems employés à parcourir ces aires, c'est-à-dire à parvenir de l'extrémité d'un de ces rayons à l'extrémité de l'autre. Car sans la force centrale qui pousse suivant B F, le corps parcouroit dans des tems égaux B D = A B : mais à cause de la force centrale, il décrira la diagonale B E du parallelogramme F B D E dans le même tems qu'il a décrit A B. Or le triangle C B A = C B D, à cause de B D = A B ; & à cause des paralleles D E, F B, on a C B E = C B D. Donc C B E = C A B. Donc, &c.
15°. Quelque différentes que soient des forces centrales dans des cercles, on pourra toûjours les comparer ensemble : car elles seront toûjours en raison composée de celle des quantités de matiere que contiennent les mobiles, de celles de leur distance au centre, & enfin de l'inverse de la doublée des tems périodiques. Si l'on multiplie donc la quantité de matiere de chaque mobile par sa distance du centre, & qu'on divise le produit par le quarré du tems périodique, les quotiens qui résulteront de ces opérations seront entr'eux dans la raison des forces centrales : c'est une suite de l'article 1.
16°. Si les quantités de matieres sont égales, il faudra diviser les distances par les quarrés des tems périodiques, pour déterminer le rapport des forces centrales.
17°. Lorsque la force par laquelle un corps est sollicité vers un point, n'est pas par-tout la même, mais qu'elle augmente ou diminue à proportion de la distance du centre ; cette nouvelle condition fait décrire alors au mobile différentes courbes plus ou moins composées. Si la force décroît en raison inverse des quarrés des distances à ce point, le mobile décrira alors une ellipse, qui est une courbe ovale, dans laquelle se trouvent deux points qu'on nomme foyers, dont l'un est alors occupé par le point T, vers lequel se dirige la force dont nous parlons ; de façon qu'à chaque révolution le corps s'approche une fois de ce point, & s'en éloigne une fois. Le cercle appartient aussi à cette espece de courbe ; desorte que dans ce cas le mobile peut aussi décrire un cercle. Le mobile peut aussi, en lui supposant une plus grande vîtesse, décrire les deux autres sections coniques, la parabole, & l'hyperbole ; lesquelles ne retournent point sur elles-mêmes. Si la force croît en même tems que la distance, & en raison de la distance même, le corps décrira encore une ellipse : mais le point vers lequel se dirigera la force, sera alors le centre de l'ellipse, & le mobile à chaque révolution s'approchera deux fois & s'éloignera deux fois de ce point. Il peut arriver encore en ce cas, que le corps se meuve dans un cercle. Voyez ORBITE, PLANETE, TRAJECTOIRE & PROJECTILE. Voyez aussi les principes mathém. de M. Newton, liv. I. & les élémens de méchan. de Wolf.
Les courbes peuvent être considérées, ou comme courbes rigoureuses, ou comme polygones infinis ; or l'expression de la force centrale est différente dans les deux cas : ce paradoxe singulier sera expliqué à l'article COURBE.
Regle centrale ; c'est une regle ou une méthode qui a été découverte par Thomas Baker, géometre anglois ; au moyen de laquelle on trouve le centre & le rayon du cercle qui peut compter une parabole donnée dans des points, dont les abscisses représentent les racines réelles d'une équation du troisieme ou du quatrieme degré qu'on se propose de construire. Voyez CONSTRUCTION.
La regle centrale est sur-tout fondée sur cette propriété de la parabole ; que si on tire dans cette courbe une perpendiculaire à un diametre quelconque, le rectangle formé des segmens de cette ligne, est égal au rectangle fait de la portion correspondante du diametre, & du parametre de l'axe.
La regle centrale est préférable, selon Baker, aux méthodes de Descartes pour construire les équations, en ce que dans cette derniere on a besoin de préparer l'équation, en lui ôtant le second terme ; au lieu que dans celle de Baker on n'a point cet embarras, puisqu'elle donne le moyen de construire, par l'intersection d'un cercle & d'une parabole, toute équation qui ne passe pas le quatrieme degré, sans en faire évanoüir ni changer aucun terme. Voyez Transactions philosophiq. n °. 157. Mais il est très-facile, en suivant l'esprit de la méthode de Descartes, de construire par le moyen du cercle & de la parabole, toutes les équations du troisieme & du quatrieme degré, sans en faire évanoüir le second terme. Voyez la solution de ce problème dans l'article 386. des sections coniques de M. de l'Hôpital. (O)
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| CENTRE | S. m. (Géométrie) dans un sens général marque un point également éloigné des extrémités d'une ligne, d'une figure, d'un corps, ou le milieu d'une ligne, ou un plan par lequel un corps est divisé en deux parties égales.
Ce mot est grec, , qui signifie originairement un point, qui est formé du verbe , pungere, piquer.
CENTRE d'un cercle, c'est le point du milieu du cercle, situé de façon que toutes les lignées delà à la circonférence, sont égales. Voyez CERCLE. Euclide démontre que l'angle au centre est double de celui de la circonférence, c'est-à-dire que l'angle qui est fait de deux lignes qui sont tirées des deux extrémités d'un arc de cercle au centre, est double de l'angle que font deux lignes tirées des extrémités d'un même arc, & qui aboutissent à la circonférence, Voyez CIRCONFERENCE & ANGLE. (E)
CENTRE d'une section conique, c'est le point où concourent tous les diametres. Voyez DIAMETRE, voyez aussi SECTIONS CONIQUES. Ce point est dans l'ellipse en-dedans de la figure, & dans l'hyperbole au-dehors. Voyez ELLIPSE & HYPERBOLE.
CENTRE d'une courbe d'un genre plus élevé, c'est le point où deux diametres concourent V. DIAMETRE.
Lorsque tous les diametres concourent en un même point, M. Newton appelle ce point centre général. Voyez COURBE. M. l'abbé de Gua, dans ses usages de l'analyse de Descartes, a donné une méthode pour trouver les centres généraux des courbes, & des remarques importantes sur la définition des centres généraux donnée par M. Newton.
M. l'abbé de Gua appelle centre général d'une courbe un point de son plan, tel que toutes les droites qui y passent ayent de part & d'autre de ce point des portions égales terminées à la courbe ; & il observe, 1°, que cette définition convient assez à l'acception ordinaire du mot centre. 2°. Que la définition de M. Newton est comprise dans la sienne. 3°. Que ce n'est qu'en se servant de sa définition, qu'on peut parvenir aux conditions que M. Newton a assignées pour les courbes, qui ont, selon ce grand géometre, un centre général ; d'où il paroît s'ensuivre que M. Newton a eu en vûe plûtôt la définition de M. l'abbé de Gua, que la sienne propre, lorsqu'il a déterminé ces centres. Voyez l'ouvrage cité de M. l'abbé de Gua, pag. 17. & suiv.
M. Cramer, dans son introduction à l'analyse des lignes courbes, donne une méthode très-exacte pour déterminer les centres généraux. Dans l'extrait que le journal des savans de 1740 a donné de l'ouvrage de M. l'abbé de Gua, on trouve à la fin une remarque assez importante sur la méthode de cet habile géometre pour trouver les centres généraux.
CENTRE d'un cadran, c'est le point dans lequel le gnomon ou stile qui est placé parallelement à l'axe de la terre, coupe le plan du cadran, & d'où toutes les lignes horaires sont tirées : si le plan du cadran étoit parallele à l'axe de la terre, il n'auroit point du tout de centre, mais toutes les lignes des heures deviendroient paralleles au stile, & les unes aux autres. Voyez CADRAN.
CENTRE de gravitation ou d'attraction, en Physique, c'est le point vers lequel une planete ou une comete est continuellement poussée ou attirée dans sa révolution par la force de la gravité. Voyez GRAVITATION & ATTRACTION.
CENTRE de gravité, en Méchanique, c'est un point situé dans l'intérieur du corps, de maniere que tout plan qui y passe, partage le corps en deux segmens qui se font équilibre, c'est-à-dire dont l'un ne peut pas faire mouvoir l'autre.
D'où il s'ensuit que si on empêche la descente du centre de gravité, c'est-à-dire si on suspend un corps par son centre de gravité, il restera en repos. Voyez MOUVEMENT & REPOS.
La gravité totale d'un corps peut être conçûe réunie à son centre de gravité ; c'est pourquoi on substitue ordinairement dans les démonstrations le centre de gravité au corps.
Les droites qui passent par le centre de gravité s'appellent diametre de gravité ; ainsi l'intersection de deux diametres de gravité détermine le centre. Voyez DIAMETRE.
Tout plan qui passe par le centre de gravité, ou ce qui est la même chose, dans lequel ce centre se trouve, s'appelle plan de gravité ; & ainsi l'intersection commune de deux plans de gravité, est un diametre de gravité.
Dans les corps homogenes qui peuvent se diviser en parties égales & semblables, le centre de gravité est la même chose que le centre de figure, ou le point de milieu du corps ; c'est pourquoi si on coupe une droite en deux parties égales, le point de section sera le centre de gravité.
Centre commun de gravité de deux corps, c'est un point situé dans la ligne droite qui joint les centres de gravité de ces deux corps, de maniere que s'il étoit soûtenu, le système des deux corps resteroit en repos, & la gravité de l'un de ces deux corps ne pourroit prévaloir sur celle de l'autre ; ainsi le point de suspension dans la balance ordinaire ou dans la romaine, c'est-à-dire le point sur lequel les deux poids font équilibre, est le centre commun de gravité des deux poids. Voyez ROMAINE.
Lois du centre de gravité : 1°. Si on joint, (Pl. Méchaniq. fig. 13. n °. 3.) les centres de gravité de deux corps A & C, par une droite A B, les distances B C & C A du centre commun de gravité C aux centres particuliers de gravité B & A, seront entr'elles en raison réciproque des poids. Voyez BALANCE & LEVIER.
Et par conséquent si les poids A & B sont égaux, le centre commun de gravité C sera dans le milieu de la droite A B. De plus puisque A est à B comme B C est à A C, il s'ensuit que A x A C = B x B C, ce qui fait voir que les forces des corps en équilibre, doivent être estimées par le produit de la masse & de la distance du centre de gravité, ce qu'on appelle ordinairement moment des corps. Voyez MOMENT.
De plus, puisque A : B : : B C : A C, on en peut conclure que A + B : A : : B C + A C : B C ; ce qui fait voir que pour trouver le centre commun de gravité C de deux corps, il n'y aura qu'à prendre le produit de l'un de ces poids par la distance A B des centres particuliers de gravité A B, & le diviser par la somme des poids A & B. Supposons, par exemple, A = 12, B = 4, A B = 24, on aura donc B C = (24 x 12)/16 = 18 : si le poids A est donné, ainsi que la distance A B des centres particuliers de gravité, & le centre commun de gravité C, on aura le poids de B = (A x A C)/(B C,) c'est-à-dire qu'on le trouvera, en divisant le moment du poids donné par la distance du poids qu'on cherche, au centre commun de gravité : supposant A = 12, B C = 18, A C = 6, & on aura B = (6 x 12)/18 = 12/3 = 4.
2°. Pour déterminer le centre commun de gravité de plusieurs corps donnés a, b, c, d, (fig. 13. n. 3.) trouvez dans la ligne A B le centre commun de gravité des deux premiers corps a & b que je supposerai en P ; concevez ensuite un poids a + b appliqué en P, & trouvez dans la ligne P E le centre commun de gravité des deux poids a + b, & c que je supposerai en G ; enfin supposez un poids a + b + c appliqué en G, égal aux deux poids a + b & c, & trouvez le centre commun de gravité de ce poids a + b + c & de d, lequel je supposerai en H, & ce point H sera le centre commun de gravité de tout le système des corps a + b + c + d ; & on peut trouver de la même maniere le centre de gravité d'un plus grand nombre de corps tel qu'on voudra.
3°. Deux poids D & E (fig. 14.) étant suspendus par une ligne CO qui ne passe point par leur centre commun de gravité, trouver lequel des deux corps doit emporter l'autre.
Il faudra pour cela multiplier chaque poids par sa distance du centre de suspension, celui du côté duquel se trouvera le plus grand produit, sera le prépondérant ; & la différence entre les deux sera la quantité dont il l'emportera sur l'autre.
Les momens des poids D & E, suspendus par une ligne qui ne passe point par le centre de gravité, étant en raison composée des poids D & E, & des distances du point de suspension, il s'ensuit encore que le moment d'un poids suspendu précisément au point C, n'aura aucun effet par rapport aux autres poids D & E.
4°. Soient plusieurs corps a, b, c, d, (fig. 15.) suspendus en C par une droite CO qui ne passe point par leur centre de gravité, on propose de déterminer de quel côté sera la prépondérance, & quelle en sera la quantité.
On multipliera pour cela les poids c & d par leur distance C E & C B du point de suspension, & la somme sera le moment de leur poids ou leur moment vers la droite : on multipliera ensuite leur poids a & b par leurs distances A C & C D, & la somme sera le moment vers la gauche ; on soustraira l'un de ces momens de l'autre, & le reste donnera la prépondérance cherchée.
5°. Un nombre quelconque de poids a, b, c, d, étant suspendus en C par une ligne C O qui ne passe point par leur centre commun de gravité, & la prépondérance étant vers la droite, déterminer un point F, où la somme de tous les poids étant suspendue, la prépondérance continueroit à être la même que dans la premiere situation.
Trouvez le moment des poids c & d, c'est-à-dire e x C E & d x C B ; & puisque le moment des poids suspendus en F doit être précisément le même, le moment trouvé des poids c & d sera donc le produit de C F par la somme des poids ; & ainsi ce moment étant divisé par la somme des poids, le quotient donnera la distance C F, à laquelle la somme des poids doit être suspendue, pour que la prépondérance continue à être la même qu'auparavant.
6°. Trouver le centre de gravité d'un parallélogramme & d'un parallelépipede.
Tirez la diagonale A D & E G (fig. 16.) ainsi que C B & H F ; & puisque chacune des diagonales A D & C B divisent le parallélogramme A C D B en deux parties égales & semblables, chacune d'elles passe donc par le centre de gravité : donc le point d'intersection I est le centre de gravité du parallélogramme.
De même puisque les plans C B F H & A D G E divisent le parallelépipede en deux parties égales & semblables, ils passent l'un & l'autre par son centre de gravité ; & ainsi leur intersection I K est le diametre de gravité, & le milieu en est le centre.
On pourra trouver de la même maniere le centre de gravité dans les prismes & les cylindres, en prenant le milieu de la droite qui joint leurs bases opposées.
Dans les polygones réguliers, le centre de gravité est le même que celui du cercle circonscrit ou inscrit à ces polygones.
7°. Trouver le centre de gravité d'un cone & d'une pyramide. Le centre de gravité d'un cone est dans son axe A C (fig. 17.) ; si l'on fait donc A C = a, C D = r, p la circonférence dont le rayon est r, A P = x, P p = d x, le poids de l'élément du cone sera p r x2 d x /2 a2 & son moment sera p r x3 d x /2 a2 ; & par conséquent l'intégrale des momens p r x4/8 a2, laquelle divisée par l'intégrale des poids p r x3/6 a2, donne la distance du centre de gravité de la portion A M N au sommet A, = 6 a2 p r x4/8 a2 p r x3 = 3/4 x = 3/4 AP ; d'où il s'ensuit que le centre de gravité du cone entier est éloigné du sommet des 3/4 de A C ; & on trouve de la même maniere la distance du centre de gravité de la pyramide au sommet de cette pyramide = 3/4 A C.
8°. Déterminer le centre de gravité d'un triangle BAC (fig. 18.). Tirez la droite A D au point milieu D de B C ; & puisque le triangle B A D est égal au triangle B A C, on pourra donc diviser chacun de ces triangles en un même nombre de petits poids, appliqués de la même maniere à l'axe commun AD, de façon que le centre de gravité du triangle B A C sera situé dans A D. Pour déterminer le point précis, soit AD = a, BC = b, AP = x, MN = y, & on aura A p : M N : : A B : B C,
x : y : : a : b
ce qui donnera y = bx/a ; d'où il s'ensuit que le moment y x d x = b x2 d x/a & . y x d x = b x3/3 a, intégrale qui étant divisée par l'aire A M N du triangle, c'est-à-dire par b x2/2 a donne la distance du centre de gravité au sommet = (2 a b x3)/(3 a2 x2) = 2/3 x ; & ainsi substituant a pour x, la distance du centre total de gravité au sommet sera = 2/3 a.
9°. Trouver le centre de gravité de la portion de parabole S A H (fig. 19.) : sa distance du sommet A se trouve être 3/5 = A E par les méthodes précédentes.
10°. Le centre de gravité d'un arc de cercle, est éloigné du centre de cet arc, d'une droite qui est troisieme proportionnelle à cet arc, à sa corde, & au rayon. La distance du centre de gravité d'un secteur de cercle au centre de ce cercle, est à la distance du centre de gravité de l'arc au même centre, comme 2 est à 3.
Pour trouver les centres de gravité des segmens des conoïdes, des paraboloïdes, des sphéroïdes, des cones tronqués, &c. comme ce sont des cas plus difficiles, & qui en même tems ne se présentent que plus rarement, nous renvoyons là-dessus au traité de Wolf, d'où Chambers a tiré une partie de cet article.
11°. Déterminer méchaniquement le centre de gravité d'un corps. Placez le corps donné H I (fig. 20.) sur une corde tendue ou sur le bord d'un prisme triangulaire FG, & avancez-le plus ou moins, jusqu'à ce que les parties des deux côtés soient en équilibre ; le plan vertical passant par K L, passera par le centre de gravité : changez la situation du corps & avancez-le encore plus ou moins sur la corde ou sur le bord du prisme, jusqu'à ce qu'il reste en équilibre sur quelques lignes M N ; & l'intersection des deux lignes M N & K L déterminera sur la base du corps le point O correspondant au centre de gravité.
On peut faire la même chose en plaçant le corps sur une table horisontale, & le faisant déborder hors de la table le plus qu'il sera possible sans qu'il tombe, & cela dans deux positions différentes en longueur & en largeur : la commune intersection des lignes, qui dans les deux situations correspondront au bord de la table, déterminera le centre de gravité ; on peut aussi en venir à bout, en plaçant le corps sur la pointe d'un stile, jusqu'à ce qu'il reste en équilibre. On a trouvé dans le corps humain que le centre de gravité est situé entre les fesses & le pubis, de façon que la gravité du corps est ramassée en entier dans l'endroit où la nature a placé les parties de la génération ; d'où M. Wolf prend occasion d'admirer la sagesse du Créateur, qui a placé le membre viril dans l'endroit qui est le plus propre de tous à la copulation ; réflexion aussi fausse qu'indécente, puisque cette loi n'a point lieu dans la plûpart des animaux.
12°. Toute figure superficielle ou solide, produite par le mouvement d'une ligne ou d'une surface, est égale au produit de la quantité qui l'engendre, par la ligne que décrit son centre de gravité. Voyez l'art. CENTROBARIQUE.
Ce théorème est regardé comme une des plus belles découvertes qu'on ait faites dans les derniers tems, & il est le fondement de la méthode centrobarique ; Pappus en eut, à la vérité, la premiere idée : mais c'est le pere Guldin, jésuite, qui l'a portée à sa perfection. Leibnitz a prouvé que cette proposition a encore lieu, si l'axe ou le centre changeoient continuellement durant le mouvement. On en tire trop de corollaires, pour qu'il soit possible de les rapporter tous ici en détail. Voyez dans les Mémoires de l'Académie de 1714, un écrit de M. Varignon sur ce sujet.
Lorsque plusieurs corps se meuvent uniformément en ligne droite, soit dans un même plan, soit dans des plans différens, leur centre de gravité commun le meut toûjours uniformément en ligne droite, ou demeure en repos ; & cet état de mouvement ou de repos du centre de gravité, n'est point changé par l'action mutuelle que ces corps exercent les uns sur les autres. On peut voir la démonstration de cette proposition dans le traité de Dynamique, à Paris 1743, part. II. ch. ij. L'auteur de cet ouvrage paroît être le premier qui ait donné cette démonstration d'une maniere générale & rigoureuse. Jusqu'alors on ne connoissoit cette vérité que par une espece d'induction ; c'est principalement dans le cas où les corps agissent les uns sur les autres, & décrivent des courbes, que la proposition est difficile à démontrer : car quand ils se meuvent ordinairement en ligne droite dans un même plan, ce cas a été démontré par M. Newton, dans le premier livre de ses principes ; & quand ils se meuvent uniformément en ligne droite dans des plans différens, ce cas a été démontré par les peres le Sueur & Jacquier dans leur Commentaire sur les principes de Newton. Au reste la démonstration donnée dans le traité de Dynamique déjà cité, est générale pour tous ces cas, ou peut très-facilement y être appliquée.
CENTRE de mouvement ; c'est un point autour duquel tournent un ou plusieurs corps pesans, qui ont un même centre de gravité. Par exemple, si les poids p & q (Table de la Méchan. fig. 21.) tournent autour du point N, de façon que quand p descend, q monte, N sera dit alors le centre du mouvement. Voyez MOUVEMENT.
CENTRE d'oscillation ; c'est un point dans la ligne de suspension d'un pendule composé, tel que si toute la gravité du pendule s'y trouvoit ramassée, les oscillations s'y feroient dans le même tems qu'auparavant. Voyez OSCILLATION.
Sa distance du point de suspension est donc égale à la longueur d'un pendule simple, dont les oscillations seroient isochrones à celles du pendule composé. Voyez PENDULE & ISOCHRONE.
Lois du centre d'oscillation. Si plusieurs poids B, F, H, D (Planche de Méchan. fig. 22.) dont la gravité est supposée ramassée aux points D, F, H, B, conservent constamment la même distance entr'eux & la même distance du point de suspension A, & que le pendule ainsi composé fasse ses oscillations autour du point A ; la distance O A du centre d'oscillation O au point de suspension, se trouvera en multipliant les différens poids par les quarrés des distances, & divisant la somme par la somme des momens des poids.
Pour déterminer le centre d'oscillation dans une droite A B (fig. 23.) soit A B = a, A D = x, la particule infiniment petite D P sera égale d x, & le moment de son poids x d x, par conséquent la distance du centre d'oscillation dans la partie A D au point de suspension A, sera = . x2 d x/x d x = = 2/3 x : qu'on substitue maintenant a au lieu de x, & la distance du centre d'oscillation dans la droite totale A B sera = 2/3 a ; c'est ainsi qu'on trouve le centre d'oscillation d'un fil de métal qui oscille sur l'une de ses extrémités.
Pour le centre d'oscillation dans un triangle équilatéral C A B (fig. 18.) qui oscille autour d'un axe parallele à sa base C B, sa distance du sommet A se trouve égale au 3/4 A D, hauteur du triangle.
Pour celui d'un triangle équilatéral C A B, oscillant autour de sa base C B, sa distance du sommet A se trouve = 1/2 A D, hauteur du triangle.
Dans les Mém. de l'Acad. 1735. M. de Mairan remarque que plusieurs auteurs se sont mépris dans les formules des centres d'oscillation, entr'autres M. Carré, dans son livre sur le calcul intégral. Voyez OSCILLATION.
CENTRE de percussion dans un mobile, est le point dans lequel la percussion est la plus grande, ou bien dans lequel toute la force de percussion du corps est supposée ramassée. Voyez PERCUSSION. En voici les principales lois.
Lois du centre de percussion. 1°. Lorsque le corps frappant tourne autour d'un point fixe, le centre de percussion est alors le même que celui d'oscillation, & il se détermine de la même maniere, en considérant les efforts des parties comme autant de poids appliqués à une droite inflexible, destituée de gravité, c'est-à-dire en prenant la somme des produits des momens des parties, par leur distance du point de suspension, & divisant cette somme par celle des momens ; desorte que tout ce que nous avons démontré sur les centres d'oscillation, a lieu aussi pour les centres de percussion, lorsque le corps frappant tourne autour d'un point fixe. 2°. Lorsque toutes les parties du corps frappant se meuvent parallelement & avec une égale vîtesse, le centre de percussion est alors le même que celui de gravité.
CENTRE de conversion, en Méchanique, est le centre ou point autour duquel un corps tourne ou tend à tourner lorsqu'il est poussé inégalement dans ses différens points, ou par une puissance dont la direction ne passe pas par le centre de gravité de ce corps. Si, par exemple, on frappe un bâton par ses deux extrémités avec des forces égales, & en sens contraire, ce bâton tournera sur son centre ou point de milieu, qui sera alors le centre de conversion. Voyez CENTRE SPONTANEE de rotation, qui suit.
CENTRE SPONTANEE de rotation, est le nom que M. Jean Bernoulli donne au point, autour duquel tourne un corps qui a été en liberté, & qui a été frappé suivant une direction qui ne passe pas par son centre de gravité. Ce terme est employé par M. Bernoulli, dans le tome IV. du recueil de ses oeuvres imprimé en 1743 à Lausanne.
Pour faire entendre bien clairement ce que c'est que le centre spontanée de rotation, imaginons un corps G A D F, (fig. 43. Méchan.) dont le centre de gravité soit C, & qui soit poussé par une force quelconque suivant une direction A B, qui ne passe pas par son centre de gravité. On démontre dans la Dynamique que le centre de gravité C doit en vertu de cette impulsion se mouvoir suivant C O, parallele à A B, avec la même vîtesse que si la direction A B de la force impulsive eût passé par le centre de gravité C ; & on démontre de plus, qu'en même tems que le centre de gravité C avance en ligne droite suivant C O, tous les autres points du corps G A D F, doivent tourner autour du centre C, avec la même vîtesse & dans le même sens qu'ils tourneroient autour de ce centre, si ce centre étoit fixement attaché, & que la puissance ou force impulsive conservât la même valeur & la même direction A B. La démonstration de ces propositions seroit trop longue & trop difficile, pour être insérée dans un ouvrage tel que celui-ci : ceux qui en seront curieux pourront la trouver dans le Traité de Dynamique, imprimé à Paris en 1743, art. 138. & dans les Recherches sur la précession des équinoxes du même auteur, Paris 1749. Cela posé, il est certain que tandis que le centre C avancera suivant C O, les différens points H, I, &c. du corps G A D F, décriront autour du centre C des arcs de cercle Hh, Ii, d'autant plus grands, que ces points H, I, &c. seront plus loin du centre ; ensorte que le mouvement de chaque point du corps sera composé de son mouvement circulaire autour de C, & d'un mouvement égal & parallele à celui du centre C suivant C O ; car le centre C en se mouvant suivant C O, emporte dans cette direction tous les autres points, & les force, pour ainsi dire, de le suivre : donc le point Y, par exemple, tend à se mouvoir suivant I M, avec une vîtesse égale & parallele à celle du centre C suivant C O ; & ce même point I tend en même tems à décrire l'arc circulaire Ii avec une certaine vîtesse plus ou moins grande, selon que ce point I est plus ou moins près du centre C : d'où il s'ensuit qu'il y a un point I dont la vitesse pour tourner dans le sens Ii, est égale & contraire à celle de ce même point pour aller suivant I M. Ce point restera donc en repos, & par conséquent il sera le centre de rotation du corps G A D F. M. Bernoulli l'appelle spontanée, comme qui diroit centre volontaire de rotation, pour le distinguer du centre de rotation forcé. Le point de suspension d'une pendule, par exemple, est un centre de rotation forcé, parce que toutes les parties du pendule sont forcées de tourner autour de ce point, autour duquel elles ne tourneroient pas, si ce point n'étoit pas fixe & immobile. Au contraire le centre de rotation I est un centre spontanée, parce que le corps tourne autour de ce point, quoiqu'il n'y soit point attaché. Au reste il est bon de remarquer que le centre spontanée de rotation change à chaque instant : car ce point est toûjours celui qui se trouve, 1° sur la ligne G D perpendiculaire à A B, 2° à la distance C I du centre C ; c'est pourquoi le centre spontanée de rotation se trouve successivement sur tous les points de la circonférence d'un cercle décrit du centre C, & du rayon C I.
Il n'y a qu'un cas où le centre spontanée de rotation ne change point : c'est celui où ce centre est le même que le centre de gravité du corps : par exemple, une ligne inflexible chargée de deux poids inégaux, à qui on imprime en sens contraire des vîtesses en raison inverse de leurs masses, doit tourner autour de son centre de gravité, qui demeurera toûjours sans mouvement.
On peut remarquer aussi qu'il y a des cas où le centre I de rotation doit se trouver hors du corps G A D F ; cela arrivera lorsque le point I, dont la vîtesse suivant Ii doit être égale à la vîtesse suivant I M, se trouvera à une distance du point C plus grande que C G ; en ce cas le corps G A D F tournera autour d'un point placé hors de lui.
CENTRE des corps pesans, est dans notre globe le même que le centre de la terre, vers lequel tous les corps graves ont une espece de tendance. Il est cependant bon de remarquer que les corps graves ne tendroient véritablement vers un centre, que dans le cas où la terre seroit parfaitement sphérique : mais comme elle est un sphéroïde applati vers les poles, ainsi que la théorie & les observations le démontrent, les corps pesans ne sauroient tendre vers un même point à la rigueur ; il n'y a donc point à la rigueur de centre des corps pesans : cependant comme la terre differe peu de la figure sphérique, il s'en faut peu que les corps pesans ne tendent tous vers un même point ; & on prend dans le discours ordinaire le centre de la terre, pour le centre commun de tendance des graves. Voyez ANTIPODES & TERRE.
CENTRE d'équilibre, dans un système de corps, est le point autour duquel ces corps seroient en équilibre ; ou, ce qui est la même chose, un point tel que si le système étoit suspendu ou soûtenu par ce seul point, il resteroit en équilibre. Le point d'appui d'un levier est son centre d'équilibre. Voyez APPUI & LEVIER.
A cette occasion nous croyons devoir annoncer ici un principe d'équilibre trouvé par M. le marquis de Courtivron, de l'académie des Sciences, & dont la démonstration a été lûe à l'académie le 13 Juin 1750. Voici ce principe. De toutes les situations que prend successivement un système de corps animés par des forces quelconques, & liés les uns aux autres par des fils, des leviers, ou par tel autre moyen qu'on voudra supposer ; la situation où le système a la plus grande somme de produits des masses par le quarré des vîtesses, est la même que celle où il auroit fallu d'abord le placer pour qu'il restât en équilibre. En effet, une quantité variable devient la plus grande, lorsque son accroissement, & par conséquent la cause de son accroissement = 0 : or un système de corps dont la force augmente continuellement, parce que le résultat des pressions agissantes fait accélération, aura atteint son maximum de forces lorsque la somme des pressions sera nulle ; & c'est ce qui arrive lorsqu'il a pris la situation que demande l'équilibre.
L'auteur ne s'est pas borné à cette démonstration, qui, quoique vraie & exacte, est un peu métaphysique, & pourroit être chicanée par les adversaires des forces vives. Voy. FORCE. Il en donne une autre plus géométrique & absolument rigoureuse : mais il faut renvoyer ce détail important à son mémoire même, qui nous paroît digne de l'attention des Géometres.
CENTRE de l'équant, dans l'Astronomie ancienne, est un point dans la ligne de l'aphélie, qui est aussi loin du centre de l'excentrique vers l'aphélie, que le soleil l'est du centre de l'excentrique vers le périhélie. Ce terme est presque oublié depuis que les excentriques, les équans, & tous ces fatras de cercles différens, sont bannis de l'Astronomie.
CENTRE phonique, dans l'Acoustique, c'est le lieu où celui qui parle doit se placer dans les échos articulés qui répetent plusieurs syllabes. Voyez ECHO.
CENTRE phonocamptique, c'est le lieu ou l'objet qui renvoye la voix dans un écho. Voyez ECHO. (O)
CENTRE D'UN BASTION est le point où les courtines se rencontreroient, si elles étoient prolongées dans le bastion ; ou, ce qui est la même chose, le sommet de l'angle du centre du bastion. Voyez ANGLE DU CENTRE DU BASTION. (Q)
CENTRE D'UN BATAILLON, c'est le milieu d'un bataillon quarré. C'est aussi quelquefois un grand espace vuide qu'on laisse dans le bataillon. Voyez BATAILLON A CENTRE VUIDE. (Q)
CENTRE OVALE, en Anatomie, nom d'une convexité médullaire beaucoup plus petite que la convexité générale ou commune de tout le cerveau, mais conforme à cette grande convexité. On la trouve en emportant adroitement par plusieurs coupes, selon la convexité du cerveau, toute la substance corticale avec les lames médullaires dont elle est entremêlée. (L)
CENTRE TENDINEUX, (Anatomie) est la partie dans laquelle les queues des muscles du diaphragme se rencontrent : ce centre est troüé vers sa droite pour donner passage à la veine-cave ; & vers sa gauche en arriere, sa partie charnue donne passage à l'oesophage, au tronc descendant de l'aorte, au canal thorachique, & à la veine azygos entre ces deux piliers. Voyez DIAPHRAGME. (L)
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| CENTRER | CENTRER
Pour cet effet, on commencera à former le verre suivant la figure qu'on veut lui donner ; diminuant peu-à-peu une partie, suivant qu'on juge qu'elle est plus épaisse qu'une autre. Lorsqu'un côté du verre sera entierement achevé & poli, on le démastiquera & on l'examinera pour connoître l'endroit le plus épais, si le verre ne l'est pas également par-tout. On connoîtra cet endroit, en y traçant d'abord un diametre, dans lequel une ligne claire ou noire ne paroisse point multipliée ; ce qui se peut toûjours trouver. Si dans tous les diametres, cette ligne ne paroît point doublée, on est assûré que le verre est bien centré, & qu'on le peut travailler également de l'autre côté, pour lui donner son entiere perfection.
Cette méthode de M. de la Hire est fondée sur un phénomene assez fréquemment observé ; c'est que des glaces multiplient les objets d'autant plus, que leurs surfaces antérieures & postérieures sont moins paralleles, & d'autant moins que les épaisseurs correspondantes en sont plus égales en tout sens ; ce qui donne une maniere sûre de reconnoître la moindre inégalité dans l'épaisseur, & de déterminer en quel sens & de quel côté elle y est. Pour cet effet, il ne s'agit que d'exposer au verre un objet linéaire, si on peut s'exprimer ainsi, c'est-à-dire long & menu : cet objet linéaire sera représenté dans le verre taillé, & sa représentation en pourra être le diametre ; si ce diametre ne paroît point multiplié sur le verre ; & si en tournant le verre, tous les autres diametres ne se multiplient point, le verre sera bien centré.
M. Cassini, dans les Mémoires de l'académie des Sciences de 1710, fait voir la nécessité de bien centrer les verres des lunettes ; l'inconvénient qui résulteroit d'un verre de lunette mal centré, est facile à démontrer. Quand l'objectif & l'oculaire d'un télescope sont bien centrés, c'est-à-dire quand l'axe de ces deux verres & leurs foyers sont dans la même ligne, l'oeil placé dans l'axe de la lunette, verra les objets dans cet axe : il en sera tout autrement si l'un des deux verres est mal centré ; car alors l'image ne sera plus vûe dans l'axe ; desorte que la distance apparente entre deux astres, observée avec deux lunettes, dont l'une a son objectif bien centré, & l'autre a son objectif mal centré, ne sera pas leur distance véritable.
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| CENTRIFUGE | adj. (Méchan.) Force centrifuge, c'est celle par laquelle un corps qui tourne autour d'un centre, fait effort pour s'éloigner de ce centre.
C'est une des lois constantes de la nature, que tout mouvement est par lui-même rectiligne (voyez MOUVEMENT), & qu'un mobile ne s'éloignera jamais de la direction rectiligne de son premier mouvement, tant qu'il n'y sera pas obligé par quelque nouvelle force imprimée dans une direction différente : après cette nouvelle impulsion, le mouvement devient composé ; mais il continue toûjours en ligne droite, quoique la direction de la ligne ait changé. Voyez COMPOSITION.
Pour qu'un corps se meuve dans une courbe, il faut qu'il reçoive à chaque moment une nouvelle impulsion, & dans une direction différente de la sienne, parce qu'une courbe ne peut se réduire à des lignes droites, à moins qu'elles ne soient infiniment petites ; par conséquent si un corps attiré continuellement vers un centre, est lancé outre cela dans une direction qui ne passe point par ce centre, il décrira alors une courbe, dans chaque point A de laquelle (Pl. de Méch. fig. 24.) il tâchera de s'éloigner de la courbe, & de continuer son mouvement dans la tangente A D ; ce qu'il feroit en effet si rien ne l'en empêchoit : ensorte que dans le même tems qu'il décrit l'arc A E, il s'éloigneroit par sa force centrifuge de la longueur de la ligne D E perpendiculaire à A D ; ainsi en supposant l'arc A E infiniment petit, la force centrifuge est proportionnelle à la ligne D E perpendiculaire à la ligne A D.
Un corps obligé à décrire un cercle, le décrit le plus grand qu'il peut ; un plus grand cercle étant en quelque sorte moins circulaire, moins courbe, ou moins différent de la droite qu'un plus petit. Voyez COURBURE. Un corps souffre donc plus d'altération dans son mouvement, & exerce plus vivement sa force centrifuge lorsqu'il décrit un petit cercle, que lorsqu'il en décrit un grand, c'est-à-dire que la force centrifuge est toûjours proportionnelle, toutes choses d'ailleurs égales, à la courbure du cercle dans laquelle le corps est emporté.
Il en est des autres courbes comme des cercles ; car une courbe quelle qu'elle puisse être, peut être regardée comme formée d'une infinité d'arcs de cercle infiniment petits, décrits de différents rayons, de façon que les endroits où la courbe est le plus courbe, sont ceux où la force centrifuge est plus grande, tout le reste d'ailleurs égal ; & ainsi dans une même courbe la force centrifuge du corps qui la décrit, varie suivant les différens points où il se trouve.
On peut voir les lois & la théorie des forces centrifuges exposées plus en détail dans l'article des FORCES CENTRALES, au mot CENTRAL.
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| CENTRINE | poisson ; voyez PORC.
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| CENTRIPETE | adj. (Méch.) Force centripete, c'est celle par laquelle un mobile poussé dans une droite A G (fig. 24.), est continuellement détourné de son mouvement rectiligne, & sollicité à se mouvoir dans une courbe.
Ainsi en supposant l'arc A E infiniment petit, la force centripete est proportionnelle à la droite D E, perpendiculaire à A D ; d'où il s'ensuit que la force centripete ou centrale & la force centrifuge sont égales. Voyez l'article CENTRAL.
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| CENTROBARIQUE | méthode centrobarique, (en Méchanique) c'est une méthode pour mesurer ou déterminer la quantité d'une surface ou d'un solide, en les considérant comme formés par le mouvement d'une ligne ou d'une surface, & multipliant la ligne ou la surface génératrice par le chemin parcouru par son centre de gravité. Cette méthode est renfermée dans le théorème suivant, & ses corollaires.
Toute surface plane ou courbe, ou tout solide produit par le mouvement ou d'une ligne ou d'une surface, est égal au produit de cette ligne ou surface, par le chemin du centre de gravité, c'est-à-dire par la ligne que ce centre de gravité décrit. Voyez CENTRE DE GRAVITE. Voici la démonstration générale que certains auteurs ont crû pouvoir donner de ce théorême.
Supposons le poids de la ligne ou surface génératrice ramassé dans son centre de gravité ; le poids total produit par son mouvement, sera égal au produit du poids mû par le chemin du centre de gravité : mais lorsque les lignes & les figures sont regardées comme des corps pesans homogenes, leurs poids sont alors entr'eux comme leur volume ; & par conséquent le poids mû devient alors la ligne ou figure génératrice, & le poids produit est la grandeur engendrée : la figure engendrée est donc égale au produit de la ligne ou de la figure qui l'engendre par le chemin de son centre de gravité. Il ne faut pas être bien difficile à satisfaire en démonstration, pour se payer d'une preuve si insuffisante & si vague, qu'on trouve néanmoins dans M. Wolf, d'où Chambers a tiré une partie de cet article.
Pour mettre nos lecteurs à portée d'en trouver une meilleure preuve, considérons un levier chargé de deux poids, & imaginons un point fixe dans ce levier prolongé ou non : on sait (Voyez CENTRE & LEVIER) que la somme des produits fait de chaque poids par sa distance à ce point, est égale au produit de la somme des poids par la distance de leur centre de gravité à ce point ; donc si on fait tourner le levier autour de ce point fixe, il s'ensuit que les circonférences étant proportionnelles aux rayons, la somme des produits de chaque poids par le chemin ou circonférence qu'il décrit, est égale au produit de la somme des poids par la circonférence décrite par le centre de gravité. Cette démonstration faite par deux poids, s'applique également & facilement à tel nombre qu'on voudra.
Corollaire I. Puisqu'un parallélogramme A B C D (Pl. de Méch. fig. 26.) peut être regardé comme produit par le mouvement de la droite A B toûjours parallelement à elle-même le long d'une autre droite A C, & dans la direction de celle-ci, & que dans ce mouvement le chemin du centre de gravité est égal à la droite E F, perpendiculaire à C D, c'est-à-dire à la hauteur du parallélogramme ; son aire est donc égale au produit de la base C D, ou de la ligne qui décrit le parallélogramme par la hauteur E F. Voyez PARALLELOGRAMME.
Ce corollaire pourroit faire naître quelque soupçon sur la vérité & la généralité de la regle précédente ; car on pourroit dire que la ligne C D se mouvant le long de A C, le centre de gravité de cette ligne, qui est son point de milieu, décrit une ligne égale & parallele à A C ; & qu'ainsi l'aire du parallélogramme A C D B est le produit de C D par A C : ce qui seroit faux. Mais on peut répondre que A C n'est point proprement la directrice de C D, quoique C D se meuve le long de A C ; que cette directrice est proprement la ligne E F, qui mesure la distance de A B à C D : & que le chemin du centre de gravité par lequel il faut multiplier la ligne décrivante C D, n'est point le chemin absolu de ce centre, mais son chemin estimé dans le sens de la directrice, ou le chemin qu'il fait dans un sens perpendiculaire à la ligne décrivante. Cette remarque est nécessaire pour prévenir les parallogismes dans lesquels on pourroit tomber, en appliquant sans précaution la regle précédente à la mesure des surfaces & des solides.
Coroll. II. On prouvera de la même maniere que la solidité de tout corps décrit par un plan qui descend toûjours parallelement à lui-même le long de la droite A C, & suivant la direction de cette droite, doit se trouver en multipliant le plan décrivant par sa hauteur. Voyez PRISME & CYLINDRE.
Coroll. III. Puisque le cercle se décrit par la révolution du rayon C L (fig. 27.) autour du centre C, & que le centre de gravité du rayon C L est dans son milieu F, le chemin du centre de gravité est donc ici une circonférence d'un cercle X décrit par un rayon soûdouble ; & par conséquent l'aire du cercle est égale au produit du rayon C L, par la circonférence que décriroit un rayon soûdouble de C F ; ce qu'on sait d'ailleurs. Voyez CERCLE.
Coroll. IV. Si un rectangle A B C D (Pl. de Méch. fig. 28.) tourne autour de son axe A D, le rectangle décrira par ce mouvement un cylindre, & le côté B C la surface de ce cylindre : mais le centre de gravité de la droite B C, est dans son milieu F ; & le centre de gravité du plan qui engendre le cylindre, est dans le milieu G de la droite E F. Ainsi le chemin de ce dernier centre de gravité est la circonférence d'un cercle décrit du rayon E G ; & celui du premier, la circonférence d'un cercle décrit du rayon E F : donc la surface du cylindre est le produit de la hauteur B C, par la circonférence d'un cercle décrit du rayon E F : & la solidité du cylindre est le produit du rectangle A B C D, qui sert à sa génération, par la circonférence d'un cercle décrit du rayon E G soûdouble de E F, demi-diametre du cylindre. Supposons, par exemple, la hauteur du plan qui engendre le cylindre, par conséquent celle du cylindre B C = a, le diametre de la base D C = r, on aura donc E G = 1/2 r ; & supposant que le demi-diametre soit à la circonférence comme z est à m, la circonférence décrite par le rayon 1/2 r sera = 1/2 m r ; d'où il s'ensuit que multipliant 1/2 m r par l'aire du rectangle A C = a r, on aura la solidité du cylindre = 1/2 m a r2 ; mais 1/2 m a r2 = 1/2 r x m r x a : or 1/2 m r r = l'aire du cercle décrite par le rayon E G. Il est donc évident que le cylindre est égal au produit de sa base par sa hauteur, ce qu'on sait d'ailleurs.
De même puisque le centre de gravité de la droite A B (Pl. de Méch. fig. 17.) est dans son milieu M, & qu'on décrit la surface du cone en faisant mouvoir le triangle A B C autour d'un de ses côtés A B pris pour axe, on en peut conclure que si P M = 1/2 B C, la surface du cone sera égale au produit de son côté A B par la circonférence du cercle décrit du rayon P M, c'est-à-dire d'un rayon soûdouble du demi-diametre de la base B C.
Supposons, par exemple, B C = r, A B = a, le rayon étant à la circonférence, comme z est à m ; on aura donc P M = 1/2 r, & la circonférence décrite de ce rayon = 1/2 m r ; & ainsi multipliant 1/2 m r par le côté A B du cone, le produit qui sera 1/2 a m r devra représenter la surface du cone : mais 1/2 a m r est le produit de 1/2 a par m r ; donc la surface du cone est le produit de la circonférence de sa base par la moitié de son côté, ce qu'on sait d'ailleurs.
Coroll. V. Si le triangle A C B (Pl. de Méchan. fig. 29.) tourne autour d'un axe, il décrit un cone : mais si on coupe C B en deux également au point D, qu'on tire la droite A D, & que A O, = 2/3 A D, il est démontré que le centre de gravité sera alors situé en O ; donc la solidité du cone est égale au produit du triangle C A B par la circonférence du cercle décrit du rayon P O. Or A D est à A O, comme B D est à O P : d'ailleurs A O = 2/3 A D, & D B = 1/2 C B, donc O P = 2/3 D B = 1/3 C B. Supposons, par exemple, C B = r, A B = a, & la raison du rayon à la circonférence celle de z à m, on aura donc O P = 1/3 r, la circonférence décrite de ce rayon = 1/3 m r, le triangle A C B = 1/2 a r, & par conséquent la solidité du cone = 1/2 r x a x 1/3 m = 1/6 a m r2, mais 1/6 a m r2 = 1/2 r x m r x 1/3 a, ou le produit de la base du cone par le tiers de sa hauteur, ce qu'on sait d'ailleurs.
Ce théorème si général & si beau sur le centre de gravité, peut être mis au nombre des plus curieuses découvertes qu'on ait faites en Géométrie. Il avoit été apperçû il y a long-tems par Pappus : mais le P. Guldin, jésuite, est le premier qui l'ait mis dans tout son jour, & qui en ait montré l'usage dans un grand nombre d'exemples.
Plusieurs autres Géometres s'en sont servis aussi après Pappus & Guldin, pour mesurer les solides & les surfaces produites par une rotation autour d'un axe fixe, sur-tout avant qu'on eût les secours que le calcul intégral a fournis pour cela ; & on peut l'employer encore à présent dans certains cas où le calcul intégral seroit plus difficile.
M. Leibniz a observé que cette méthode seroit encore bonne, quand même l'axe ou le centre changeroit continuellement durant le mouvement.
M. Varignon a donné dans le volume de l'Académie de 1714. un mémoire qui a pour titre, Réflexion sur l'usage que la Mécanique peut avoir en Géométrie. Il y démontre la propriété du centre de gravité, dont nous avons parlé dans cet article, & plusieurs autres propriétés encore plus générales & aussi curieuses. On peut se servir utilement de ces propriétés pour résoudre avec plus de facilité certains problèmes de Méchanique. Par exemple, si on demande quelle figure doit avoir une courbe G A H (fig. 25. Géom. n°. 2) pour qu'en tournant autour de l'axe G H elle produise une surface courbe plus grande que celle que produiroit en tournant autour de G H toute autre ligne courbe qui passeroit par les mêmes points G H, & qui seroit de la même longueur que la courbe qu'on cherche ; on trouveroit sans aucun calcul, en se servant du théorème-précédent, que la courbe G A H qu'on demande doit être celle que prendroit une chaîne chargée d'une infinité de petits poids, & qu'on attacheroit aux points G & H : car une chaîne qui est ainsi attachée, doit se disposer de maniere que le centre de gravité des poids qui la composent, c'est-à-dire le centre de gravité de la courbe même, descende le plus bas qu'il est possible ; d'où il s'ensuit que la courbe formée par cette chaîne aura son centre de gravité plus éloigné de l'horisontale G H que toute autre ligne courbe de la même longueur, & passant par les mêmes points : par conséquent le cercle décrit par le centre de gravité de la courbe formée par la chaîne, lorsque cette courbe tourne autour de G H, est plus grand que le cercle décrit par le centre de gravité de toute autre courbe de même longueur, & passant par les mêmes points G H ; donc la surface du solide produit par la premiere courbe, est plus grande que toute autre. On voit donc que le problème se réduit à trouver la courbe formée par la chaîne ; courbe connue par les Géometres sous le nom de chaînette, & dont ils ont donné la construction il y a long-tems. Voyez CHAINETTE.
Le mot centrobarique est formé des mots , centrum, centre, & , poids, pesanteur. (O)
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| CENTUMVIRAT | S. m. (Hist. anc.) tribunal ou cour chez les Romains, ainsi nommée du nombre des cent magistrats qui la composoient, & qui décidoient les différends des particuliers. On les nommoit centumvirs, & leur dignité centumvirat. (G)
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| CENTURIATEURS | CENTURIATEURS
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| CENTURIE | S. f. (Hist. anc.) ce mot signifie en général une distribution des parties d'un tout par centaine. Voyez CENT.
Dans les tems que le peuple romain s'assembloit pour créer des magistrats, ou pour établir des lois, ou pour délibérer des affaires publiques, il étoit divisé par centuries ; & afin que l'on pût recueillir plus facilement les suffrages, on opinoit par centuries : ces assemblées se faisoient dans le champ de Mars, & elles s'appelloient comitia centurialia.
Les cohortes de Rome étoient divisées par décuries commandées par des décurions, & par centuries commandées par des centurions : chaque cohorte étoit composée de six centuries ; & une légion, de soixante centuries. Voyez COHORTE, DECURION, NTURIONRION. (G)
CENTURIE ou siecle, en Chronologie, c'est l'espace de cent ans. L'histoire ecclésiastique compte principalement par siecles, à commencer de l'incarnation de notre Seigneur. Voyez SIECLE.
On dit dans ce sens la premiere centurie ou premier siecle. Mais ce mot, beaucoup plus usité en Anglois qu'en François, ne s'employe guere que dans le cas suivant.
CENTURIES de Magdebourg, (Hist. ecclés.) c'est un corps d'histoire ecclésiastique que quatre ministres de Magdebourg commencerent en l'année 1560. Ces quatre ministres sont Matthias Flaccius surnommé Illyricus, Jean Wigand, Mattieu Lejudin, Basile Fabert, & auxquels quelques-uns ajoûtent Nicolas Gallus, & d'autres André Corvin. Illyricus étoit celui qui conduisoit l'ouvrage, & les autres travailloient sous lui. Il a été continué jusqu'au XII. siecle. Chaque centurie contient toutes les choses remarquables dans un siecle, & est partagée en seize chapitres. Le premier est un sommaire de ce qui va être dit ; le second est du lieu & de l'étendue de l'Eglise ; le troisieme, de la persécution & de la paix de l'Eglise ; le quatrieme, de la doctrine ; le cinquieme, des hérésies ; le sixieme, des cérémonies & des rits ; le septieme, de la police & du gouvernement ; le huitieme, du schisme ; le neuvieme, des synodes ; le dixieme, des vies des évêques des grands siéges ; le onzieme, des hérétiques ; le douzieme, des martyrs ; le treizieme, des miracles ; le quatorzieme, de ce qui regarde les Juifs ; le quinzieme, des religions séparées de l'Eglise ; le seizieme, des monumens & changemens politiques des états. Cet ouvrage est une compilation qui a demandé beaucoup de travail, mais qui ne peut point passer pour une histoire bien écrite, exacte, & parfaite. Le but que les centuriateurs semblent s'être proposé, étoit d'attaquer l'Eglise romaine, & d'établir la réforme ; & le cardinal Baronius entreprit ses annales ecclésiastiques, pour les opposer aux centuries.
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| CENTURION | S. m. (Hist. anc.) parmi les Romains, officier d'infanterie qui commandoit une centurie ou cent hommes. Voyez CENTURIE.
Le premier centurion de la premiere cohorte de chaque légion s'appelloit primipilus, primopilus, ou primi-pili-centurio, & quelquefois primus centurio. Il n'étoit sous le commandement d'aucun tribun, à la différence des autres, & il commandoit quatre centuries. Il gardoit l'étendart & l'aigle de la légion. C'est de-là qu'on l'appelloit primi-pilus.
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| CENTUSSIS | (Antiquité) c'étoit d'abord autant que centum asses : mais as & libra étant synonymes, le centussis valoit cent livres de cuivre, évaluées en argent à dix deniers. Dans la suite le centussis ne fut plus compté que pour cent sextans, puis pour cent onces, & enfin pour cent demi-onces. Voy. MONNOIES ANCIENNES.
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| CEP | S. m. (Agricult.) se dit d'un pié de vigne. Voyez VIGNE.
CEP ou CEB, (Hist. nat. Zoolog.) on appelle de ce nom les singes qui ont des queues, & qui sont de plusieurs couleurs. Voyez SINGE. (I)
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| CEPEAU | S. m. (Monnoyage) c'étoit le billot dans lequel étoit arrêtée la pelle ou matrice d'écusson, lorsqu'on frappoit les monnoies au marteau. Voyez MONNOYAGE.
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| CEPÉES | S. f. pl. (Commerce & explication des bois) ce terme désigne quelquefois une certaine étendue de buissons, mais plus souvent ce qui repousse des souches d'un bois taillis : l'ordonnance défend de les abattre, soit à la serpe soit à la scie, mais seulement à la coignée. Cepées se dit aussi des souches mêmes. La coupe des têtes & des cepées des saules, marsaux, frênes, aulnes, appartient au fermier actuel, lorsque c'étoient des fruits reglés dont le fermier précédent joüissoit, à moins que le propriétaire ne se la soit reservée.
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| CEPENDANT | POURTANT, NÉANMOINS, TOUTEFOIS, synonymes, (Gramm.) M. L'abbé Girard dit que pourtant a plus d'énergie, affirme avec plus de fermeté ; que cependant est moins absolu, & affirme seulement contre les apparences ; que néanmoins indique deux choses opposées, dont l'on affirme l'une sans nier l'autre ; & que toutefois marque une exception à une regle assez générale : ce qu'il confirme par les exemples suivans, ou d'autres semblables. Que tous les critiques s'élevent contre un ouvrage, qu'ils le poursuivent avec toute l'injustice & la mauvaise volonté possible, ils n'empêcheront pourtant pas le public d'être équitable, & de l'acheter s'il est bon. Quelques écrivains ont répandu dans leurs ouvrages les maximes les plus opposées à la morale chrétienne ; d'autres ont publié les systèmes les plus contraires à ses dogmes ; cependant les uns & les autres ont été bons parens, bons amis, bons citoyens même, si on leur pardonne la faute qu'ils ont commise en qualité d'auteurs. Bourdaloue a de la sécheresse ; néanmoins il fut célebre parmi les orateurs de son tems. On dit que certains journalistes ne louent que ce qu'ils font ; toutefois ils ont loué l'Histoire naturelle, & d'autres excellens ouvrages qu'ils n'ont pas faits.
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| CEPHALALGIE | S. f. (Medecine) douleur de tête violente. Ce mot vient du grec , tête & d'.
Cette espece de douleur a des causes différentes dans différens sujets : les dissections de personnes mortes à la suite de cette maladie, nous en indiquent deux principales ; savoir, 1°. l'engorgement des vaisseaux des membranes qui servent d'enveloppes au cerveau, que l'on nomme la dure & la pie-mere ; 2°. le dépôt d'une lymphe acre épanchée sur la substance même du cerveau, ou sur les parties nerveuses de la tête, qui y occasionnent une irritation & une douleur violente. Lorsque cette douleur est permanente & sans interruption, elle prend un autre nom, & on l'appelle céphalée : alors les symptomes sont bien plus violens ; ce n'est plus, comme dans la céphalalgie, un mal leger, & qui n'occupe qu'une partie de la tête ; il devient durable, & difficile à guérir ; le malade a peine à supporter le moindre bruit ; la lumiere lui devient insupportable ; toutes les membranes & les parties nerveuses sont dans une tension si violente, que la douleur occupe toute la tête.
On peut encore diviser la céphalalgie en migraine, que les Latins ont appellée hemicrania, parce qu'il n'y a qu'un côté de la tête d'affecté ; & en clou, clavus, état dans lequel le mal n'excede pas la largeur de la tête d'un clou, & où il semble à la personne malade que ce soit un clou qu'on lui ait planté dans quelque partie, mais sur-tout au sommet de la tête : cet accident arrive particulierement aux femmes hystériques. Voyez PASSION HYSTERIQUE.
Les causes éloignées de la céphalalgie sont, comme on le peut voir par les symptomes qui l'accompagnent, la trop grande abondance du sang, qui ne pouvant par cette raison circuler avec facilité dans les vaisseaux, s'arrête dans les capillaires du cerveau, distend & occasionne une sensation douloureuse dans toute l'étendue de la tête, ou dans certaines parties seulement.
Le sang qui abondera en sérosité acre, occasionnera aussi par l'irritation des parties nerveuses la céphalalgie : enfin tout ce qui peut altérer la lymphe, comme la vérole, le scorbut, & autres maladies de cette espece, sont autant de causes de cet accident, qu'on vient à bout de détruire en corrigeant la cause : elle cedera donc aux remedes mercuriels, lorsqu'elle sera produite par la vérole, & aux antiscorbutiques, lorsque le scorbut y aura donné lieu.
L'excès dans le commerce des femmes, dans l'étude & le travail, dans les évacuations, soit par les saignées, les vomissemens, les purgations, sont autant de causes de la céphalalgie, qui est aussi produite assez souvent par un amas de crudités dans l'estomac, d'où provient un chyle de mauvaise qualité, par des sueurs trop abondantes ; enfin par une trop grande transpiration, ou par la transpiration même supprimée tout-à-coup.
Le prognostic que l'on peut tirer de la céphalalgie, c'est qu'elle n'est jamais sans danger ; si les membranes du cerveau sont le siége de cette maladie, il y a lieu de craindre la frénésie ; lorsqu'elle est occasionnée par un embarras dans les parties internes, qu'elle est accompagnée de tintemens d'oreille, de fievre, de perte d'appétit, & d'une pulsation violente dans les vaisseaux de la tête, elle dégénere facilement en manie, sur-tout dans les hypocondriaques : lorsque la céphalalgie est suivie de foiblesse dans les articulations, d'étourdissemens, d'embarras dans la langue & dans la prononciation, on doit la regarder comme l'avant-coureur de l'apoplexie & la paralysie : enfin lorsque les jeunes gens sont sujets à la céphalalgie, ils sont menacés d'accès de goutte.
Il est aisé de voir par la différence des causes de la céphalalgie, qu'elle doit être traitée de diverses manieres ; les saignées doivent être employées dans certains cas ; dans d'autres les délayans, les sudorifiques legers, enfin les émétiques ; le tout dirigé par les conseils d'un medecin, qui connoissant la cause, y approprie le traitement, sur lequel il n'est point possible de donner de regles générales.
Une observation faite par Cowper sur une céphalalgie, prouvera la vérité de ce que j'avance. Ce savant medecin guérit un malade attaqué de céphalalgie, en perçant par l'alvéole d'une dent molaire le sinus maxillaire ; cette opération procura l'évacuation d'une quantité de pus qui occasionnoit ce mal.
Drak rapporte deux faits semblables. Sans être medecin ; on ne peut pas parvenir à la connoissance de causes aussi singulieres. (N)
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| CÉPHALIQUE | adj. en Anatomie, se dit d'une veine située à la partie externe du bras. Voyez BRAS.
La veine céphalique est une branche de l'axillaire ; elle s'unit peu après sa naissance avec la petite céphalique qui descend de la veine soûclaviere ou de la jugulaire externe ; elle passe entre les tendons du muscle deltoïde & grand pectoral, & descend tout le long du bord externe de la portion externe du biceps. Voyez JUGULAIRE, DELTOÏDE, &c. (L)
CEPHALIQUE, adj. (Medecine) remede propre pour les maladies de la tête. Ce mot est tiré du grec , tête.
On donne ordinairement ce nom aux remedes qui sont propres à calmer la trop grande vivacité du sang, l'irritation & la tension des fibres, d'où proviennent l'irrégularité dans la distribution des esprits, le délire, les spasmes, les convulsions, la frénésie, & autres accidens de cette espece.
On met au rang des céphaliques tous les remedes qui temperent l'agitation des esprits par leurs exhalaisons agréables ; tels sont les fleurs de primevere, de tilleul, de sureau, de violette, de lis des vallées ; enfin les substances balsamiques dont on a donné l'usage en infusion, en décoction, ou en poudre.
Lorsque l'on fait prendre les céphaliques en sternutatoires, on a dessein d'irriter legerement une branche de la cinquieme paire des nerfs, qui unie avec une pareille branche de la sixieme, se répandent dans toutes les cavités de la face, & sont humectées par la membrane pituitaire ; cette espece de convulsion excite l'évacuation de la mucosité qui s'y sépare, & soulage par ce moyen dans les cas où son trop grand épaississement ou sa trop grande quantité est nuisible. Voyez STERNUTATOIRE. (N)
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| CÉPHALOPHARINGIEN | terme d'Anatomie, est le nom de deux muscles de l'orifice de l'oesophage, qu'on appelle pharynx. Voyez MUSCLE.
Ils viennent de la face inférieure de l'apophyse basilaire de l'occipital vers sa partie moyenne, & s'épanoüissent sur la partie supérieure & postérieure du pharynx, qu'ils tirent en-haut & en-arriere. Voyez PHARYNX. (H)
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| CÉPHÉES | m. en Astronomie, c'est une des constellations de l'hémisphere septentrional : elle a treize étoiles dans le catalogue de Ptolomée ; onze dans celui de Ticho ; quarante dans Hevelius ; & dans le catalogue britannique cinquante-cinq. (O)
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| CEPHISE | S. m. (Géog. & Mythol.) fleuve de la Phocide, qui prend sa source dans la Doride, passe dans le voisinage du Parnasse, traverse la Béotie & le lac de Copaïs appellé aujourd'hui Lago di stivo, & se jette dans l'Euripe, ou le détroit de Negrepont. Ce fleuve est aujourd'hui connu sous le nom de Ceffisso. L'oracle de Themis que Deucalion & Pyrrha consulterent, avoit son temple sur ses bords.
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| CEPITES | (Hist. anc.) espece d'agate, qui selon toute apparence, a été nommée à cause du grand nombre de raies que l'on y remarque, qui la font ressembler à un oignon, (en latin cepe) que l'on auroit coupé en deux. Voyez l'article AGATE.
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| CERA | ou CEIRAM, (Géog.) île considérable d'Asie, dans la mer des Indes, l'une des Moluques, dont la plus grande partie est aux Hollandois, le reste dépend du roi de Ternate.
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| CERAMES | S. m. pl. (Hist. anc.) vases de terre cuite dont on se servoit dans les repas. Jusqu'au tems des Macédoniens, dit Athénée, on se servoit de vases de terre cuite ; le luxe s'étant fort accrû parmi les Romains, Cleopatre, la derniere des reines d'Egypte, voulut les imiter : mais pour ne pas changer l'ancien nom, elle appella cerames ou vases de terre cuite, les coupes d'or & d'argent qu'elle faisoit distribuer aux convives lorsqu'ils se retiroient. Ces présens qu'on faisoit aux convives s'appelloient aussi apophoretes, voyez APOPHORETES. C'étoit un usage établi dont on trouve plusieurs exemples ; celui de donner des coupes d'or & d'argent étoit une dépense excessive, qu'apparemment on ne répétoit pas souvent, & n'étoit pas assûrément du tems où l'or étoit si rare, que Philippe de Macédoine, pere d'Alexandre, cachoit toutes les nuits sous son chevet, une petite phiole d'or qu'il avoit, de peur qu'on ne la lui volât.
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| CERAMICIES | S. f. pl. (Hist. anc.) fêtes athéniennes, dont on ne sait autre chose, sinon qu'elles étoient ainsi nommées du céramique ou de l'endroit où elles se célébroient. Voyez CERAMIQUE & FETES.
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| CÉRAMIQUE | S. m. (Hist. anc.) Il y avoit dans Athenes deux lieux célebres qui portoient ce nom, qui signifie en grec tuileries. L'un s'appelloit le céramique du dedans ; c'étoit une partie de la ville, ornée de portiques, & une des principales promenades. L'autre, le céramique du dehors ; c'étoit un fauxbourg où l'on faisoit des tuiles, & où Platon avoit son académie. Meursius prétend que ce dernier étoit aussi le lieu de la sépulture de ceux qui étoient morts pour la patrie ; qu'on y faisoit des oraisons funebres à leurs loüanges, & qu'on leur y élevoit des statues ; au lieu que le premier étoit un quartier de la ville bâti de briques ou de tuiles, ce qui le fit appeller céramique, habité par les courtisannes.
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| CERASTE | cerastes, sub. m. (Hist. nat. Zoolog.) serpent ainsi nommé, parce qu'il a sur la tête deux éminences en forme de cornes pareilles à celles du limaçon, quoique plus dures ; ils ont aussi deux tubercules qui sont semblables à des grains d'orge, & que l'on prendroit pour des cornes plus petites que les deux autres : ce serpent a les dents comme la vipere, il est vivipare ; il se passe de boire plus longtems que les autres serpens. On le trouve en Lybie & en Arabie, près de la ville de Suez. Belon, Obs. liv. II. ch. ljv. Voyez SERPENT. (I)
La morsure de ce serpent cause une tumeur semblable à la tête d'un clou ; il en sort une sanie rougeâtre de la couleur du vin, ou noirâtre, sur-tout par les bords ; ainsi qu'il arrive dans les blessures qui ont pour cause des coups ou contusions.
Elle est suivie d'accidens pareils, demande des remedes semblables à ceux dont on use contre la morsure de la vipere ; le malade n'en meurt qu'au bout de neuf jours, mais il est plus cruellement tourmenté que s'il avoit été mordu par une vipere.
Lemery qui a tiré d'Aétius ce qu'il dit du cerastes, ajoûte qu'il peut fournir les mêmes préparations médicinales que la vipere ; qu'il contient beaucoup de sel volatil & d'huile ; qu'il est sudorifique ; qu'il résiste au poison ; qu'il purifie le sang, & qu'il est bon dans la petite vérole, la peste, & la gratelle. (N)
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| CERASTIS | (Géog. anc.) nom que portoit anciennement l'île de Chypre ; il lui vient du grand nombre de ses montagnes, dont les pointes ressemblent à des cornes, ou, ainsi que les Mythologistes le prétendent, de peuples cruels appellés cerastes ou porte-cornes, que Venus changea en taureaux.
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| CERASUS | (Géog. anc. & mod.) aujourd'hui Chirissonda ou Emid, ou Omidi, ancienne ville de Cappadoce, d'où l'on prétend que Lucullus apporta les cerises en Italie ; soit que le cerisier ait donné le nom à la ville, ou l'en ait reçu.
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| CERAT | S. m. (Pharmacie) onguent dont la cire fait la base. Les modernes préparent leur cérat avec des substances grasses & huileuses, des gommes, des résines, des baumes & des poudres, unis ensemble par une quantité suffisante de cire, à laquelle ils ajoûtent quelquefois des mucilages & différentes sortes de sucs ; ensorte que la composition soit plus épaisse qu'un onguent, & plus molle qu'un emplâtre.
La regle prescrite par les auteurs, est de prendre huit parties d'huile, de graisse ou de suc, quatre de cire, & deux de poudre, d'autres prennent trois onces d'huile, une demi-once de cire, & trois dragmes de poudre.
Mais comme les substances huileuses & onctueuses sont plus fluides dans les tems chauds que dans les tems froids, c'est une circonstance à laquelle il faut avoir égard.
CERAT blanc : prenez huile d'amandes douces, cinq onces ; cire blanche, deux onces ; blanc de baleine le plus fin, une once ; céruse lavée dans l'eau-rose, une once & demie ; camphre, une demi-once : faites fondre sur le feu les ingrédiens fusibles ; remuez-les tandis que vous y répandrez les poudres, jusqu'à ce que le mêlange soit froid.
Quelquefois on prépare un cérat avec huit parties d'un onguent sur deux ou trois parties de cire ; d'autres fois, c'est en amollissant la matiere d'un emplâtre par une addition d'une quantité suffisante d'huile.
On étend le cérat sur une ligne, & on l'applique sur la partie affligée.
On se propose de produire avec les cérats un grand nombre d'effets différens, comme de relâcher, amollir, digérer, cicatriser, attirer, &c.
Ainsi on peut faire des cérats dessicatifs, détersifs, fondans ; on les applique sur les différentes parties du corps, & dans différentes occasions. On employe les remedes en consistance de cérat, pour ne pas offenser les parties, & occuper moins de place.
Cérat jaune dessicatif : prenez résine jaune, une demi-livre ; suif de mouton, quatre onces ; huile d'olive, cinq onces ; terebenthine de Venise, trois onces ; turbith minéral, quatre gros : faites-en un cérat selon les regles ci-dessus.
Cérat de Galien : prenez cire blanche, deux onces ; huile rosat, cinq onces : mêlez-les selon l'art, & faites-en un cérat. (N)
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| CERATIAS | S. m. (Astronom.) selon certains auteurs, est une comete cornue, qui paroît souvent barbue, & quelquefois avec une queue. Ils prétendent que quelques-unes de ces cometes ressemblent à la figure de la nouvelle lune : celles qui ont des queues, les ont crochues & recourbées ou vers le haut ou vers le bas ; d'autres ont des queues d'une égale largeur ou épaisseur, &c. Harris.
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| CÉRATION | S. f. (Chimie) ce mot signifie deux choses différentes : il a une signification figurée, & il en a une naturelle ; il a aussi deux étymologies différentes.
Dans le sens figuré, cération, en Grec , de , cera, cire, signifie l'action par laquelle on rend un corps naturellement difficile à fondre, comme est l'argent, fusible comme de la cire, tel qu'est l'argent pénétré de l'acide du sel commun & qui dans cet état est nommé lune cornée. Ce changement des corps qui de difficiles qu'ils étoient à fondre, deviennent fusibles comme de la cire, est selon les Alchimistes depuis Geber, une propriété essentielle de la pierre philosophale.
Cération, veut aussi dire l'action d'envelopper ou de pénétrer de cire un corps, comme la toile ; c'est incération, inceratio, .
Cération dans une signification naturelle, veut dire manipulation, , incheratio, inchération ou inkération, , cheratio, chération ou kération & improprement cération, de , manus, main. (M)
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| CERATIUM | (Antiquité) c'étoit une petite monnoie de cours parmi les Grecs ; elle valoit le tiers d'une obole ; on prétend qu'elle répondoit au siliqua des Latins. Voyez OBOLE & SILIQUA.
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| CERATO-SPERUM | (Hist. nat. bot.) genre de plante qui differe de l'agaric, en ce que ses semences sont en forme de croissant. Micheli, Nov. pl. gen. Voyez PLANTE. (I)
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| CERATOGLOSSE | adj. m. pris subst. (en Anatomie) nom d'une paire de muscles de la langue qui viennent de la partie supérieure de la grande corne de l'os hyoïde, & se terminent à la partie postérieure & latérale de la langue. (L)
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| CERATOIDES | S. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur sans pétales & stérile ; les fruits naissent sur la même plante séparément des fleurs ; ils sont applatis, divisés en deux capsules, & terminés par des prolongemens en forme de cornes, & ils renferment des semences. Tournefort, Inst. rei herb. corol. Voyez PLANTE. (I)
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| CERAUNE | S. m. (Hist. anc.) surnom qu'on a donné à quelques princes qui se sont distingués par leur valeur : ainsi l'on dit Ptolomée Ceraune : Seleucus Ceraune, &c. comme nous disons foudre de guerre.
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| CERAUNIENS | (MONTS) Les Grecs ont donné ce nom à plusieurs chaînes de montagnes ; les unes étoient situées sur les confins de l'Epire, où la mer Ionienne commence à s'appeller mer Adriatique, d'autres faisoient partie du Caucase : il y avoit aussi des monts Cérauniens en Afrique. On pourroit même dire en général qu'on a donné ce nom à la plûpart des montagnes que leur hauteur exposoit à la foudre.
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| CERAUNOSCOPION | S. m. (Hist. anc.) partie du théâtre des anciens : c'étoit une machine élevée & versatile de la forme d'une guérite, d'où Jupiter lançoit la foudre, dans les pieces où ce spectacle étoit nécessaire. Voyez THEATRE.
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| CERBERE | S. m. (Mythologie) nom que les Poëtes ont donné à un chien à trois têtes & à trois gueules, qu'ils ont fait naître de Tiphon & d'Echidna, & qu'ils ont placé à la porte des enfers ; ils racontent qu'il caresse les ames qui y descendent ; qu'il empêche d'en sortir celles qui y sont descendues, & qu'il en éloigne les vivans ; ils prétendent qu'Hercule l'enchaîna & s'en fit suivre. Ceux qui se piquent de trouver du sens à toutes les fables disent que Cerbere est un symbole de la terre qui absorbe tout, ou du tems à qui rien ne résiste ; ses trois gueules sont, le présent, le passé, & l'avenir. D'autres font de Cerbere un serpent habitant du Tenare, promontoire de la Laconie qu'il ravageoit ; & comme il y avoit dans le même endroit une caverne dont l'entrée passoit pour une des portes de l'enfer, ils ajoûterent que ce monstre étoit le chien de Pluton. La victoire qu'Hercule remporta sur lui, est suivant d'autres une allégorie de l'empire que ce héros avoit sur ses passions ; Omphale & Déjanire le prouvent.
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| CERCAR | (LE) Géog. petite île d'Afrique, dans la mer Méditerranée, sur la côte du royaume de Tunis.
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| CERCE | (en Architecture) Voyez CHERCHE.
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| CERCEAU | S. m. (Fauconnerie) c'est ainsi qu'on appelle les pennes du bout de l'aîle des oiseaux de proie ; les faucons, les sacres, & les laniers n'en ont qu'un, & les éperviers trois.
CERCEAU, (en terme de Boutonnier) c'est un fil d'or rond plié en cercle, dont les bouts sont rapprochés l'un de l'autre, mais ne sont point soudés. Ce fil s'applatit au marteau sur un tas ; & ainsi applati, on lui fait prendre à la main la forme extérieure du bouton sur lequel il se jette. Voyez JETTER. Il y a des cerceaux unis, découpés, & de gravés. V. BATTRE, DECOUPER, AVERAVER. Les cerceaux ne sont d'usage parmi les Boutonniers que dans les boutons façonnés.
CERCEAU, (en terme de Cirier) c'est un cercle garni de petits crochets ou de cordons de distance en distance, auxquels on suspend la bougie, &c. soit en l'accrochant, soit en la collant aux cordes ; ce qui ne se fait que pour les bougies de table qui ne sont pas encore couvertes. Voyez COUVRIR. Voyez aussi la Planche du Cirier, fig. 2.
CERCEAU, c'est un lien de bois qui se plie facilement, & dont les Tonneliers se servent pour relier les tonneaux, cuves, cuviers, baignoires, &c. Les meilleurs cerceaux sont ceux de châtaignier, parce qu'ils pourrissent moins vîte : on en fait aussi d'autres bois, comme de coudre, de frêne, de bouleau, dont on fend les branches par le milieu. On les apporte en moles ou bottes composées de plus ou moins de cerceaux, suivant leur espece. Voyez MOLE.
Lorsque les cerceaux sont reliés, on leur donne différens noms, suivant l'endroit de la futaille auquel on les place. Le premier du côté du bord se nomme le talus ; le second est double & s'appelle le sommier ; le troisieme & le quatrieme sont connus sous les noms de collet & sous collet, ou de premier & second collet. Après ces quatre cerceaux, il y en a d'autres qui n'ont pas de nom particulier, à l'exception du dernier, c'est-à-dire de celui qui est le plus proche du bouton, qu'on appelle le premier en bouge.
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| CERCELLE | oiseau, voyez SARCELLE.
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| CERCIF | ou SALSIFI, s. m. (Jardinage) scorzonera : cette plante a des feuilles comme les poireaux, la fleur de couleur purpurine, & la racine, sont très-estimées pour la cuisine ; elles rendent un suc laiteux.
Elle est une espece du tragopogon, en François barbe-de-bouc.
Les salsifis communs se cultivent comme ceux d'Espagne, à l'exception qu'on ne les seme qu'au printems, & qu'ils se cueillent au carême. (K)
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| CERCIO | (Hist. nat.) espece d'oiseau des Indes de la grandeur d'un étourneau, dont le plumage est de différentes couleurs fort vives ; il remue continuellement la queue ; l'on dit qu'il apprend à parler avec plus de facilité qu'un perroquet : il n'est point bon à manger.
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| CERCLE | sub. m. (en Géométrie) figure plane, renfermée par une seule ligne qui retourne sur elle-même, & au milieu de laquelle est un point situé de maniere que les lignes qu'on en peut tirer à la circonférence sont toutes égales. Voyez CENTRE.
A proprement parler, le cercle est l'espace renfermé par la circonférence, quoique dans l'usage vulgaire on entende par ce mot la circonférence seule. Voyez CIRCONFERENCE.
Tout cercle est supposé divisé en 360 degrés, que l'on marque ainsi 360° ; chaque degré se divise en 60 minutes ainsi marquées ', chaque minute en 60 secondes marquées par ", chaque seconde en 60 tiers ainsi marquées '''. On a divisé le cercle en 360 parties, à cause du grand nombre de diviseurs dont le nombre 360 est susceptible. Voy. DEGRE, MINUTE, &c. DIVISEUR.
On trouve l'aire d'un cercle en multipliant la circonférence par le quart du diametre, ou la moitié de la circonférence par la moitié du diametre. On peut avoir l'aire, à-peu-près, en tournant une quatrieme proportionnelle à 1000, à 785, & au quarré du diametre. Voyez AIRE.
Les cercles & les figures semblables qu'on peut y inscrire, sont toûjours entr'elles comme les quarrés des diametres ; ou, comme les Géometres s'expriment, les cercles sont entr'eux en raison doublée des diametres, & par conséquent aussi des rayons.
Le cercle est égal à un triangle ; donc la base est la circonférence, & la hauteur le rayon. Les cercles sont donc en raison composée de celle des circonférences & de celle des rayons.
Trouver la proportion du diametre du cercle à sa circonférence. Trouvez en coupant continuellement les arcs en deux, les côtés des polygones inscrits, jusqu'à ce que vous arriviez à un côté qui soûtende un arc si petit que vous voudrez choisir. Ce côté étant trouvé, cherchez le côté du polygone circonscrit semblable ; multipliez ensuite chacun de ces polygones par le nombre de ses côtés, ce qui vous donnera le périmetre de chacun d'eux : la raison du diametre à la circonférence du cercle sera plus grande que celle du diametre à la circonférence du polygone circonscrit, mais moindre que celle du diametre ou polygone inscrit.
La différence des deux étant connue, on aura aisément en nombres très-approchés, mais cependant non exacts, la raison du diametre à la circonférence.
Ainsi, Wolfius la trouve la même que celle de 100 000 000 000 000 00 à 3 : 141 592 653 689 7932. Archimede a donné pour raison approchée celle de 7 à 22 ; Ludolphe de Ceulen a porté cette recherche à une plus grande exactitude, & il trouve qu'en prenant l'unité pour diametre, la circonférence doit être plus grande que 3. 141 592 653 589 793 238 462 643 383 879 50, mais moindre que ne deviendroit ce même nombre si l'on changeoit seulement le zéro qui le termine en l'unité.
Metius nous a donné la proportion la meilleure de toutes celles qui ont paru jusqu'à présent exprimées en petits nombres. Il suppose le diametre de 113 parties, & la circonférence doit être à moins d'une unité près 355, suivant son calcul.
Circonscrire un cercle à un polygone régulier donné. Coupez deux des angles du polygone E & D. (Pl. de Géom. fig. 28.) en deux également : du point de concours F des lignes E F, D F, pris pour centre, & du rayon E F décrivez un cercle ; ce sera celui que vous cherchez.
Inscrire un polygone régulier donné dans un cercle : Divisez d'abord 360 par le nombre des côtés, pour parvenir par-là à connoître la quantité de l'angle E F D ; cela étant fait appliquez la corde E D de cet angle à la circonférence autant de fois que vous le pourrez, & vous aurez par-là inscrit le polygone dans le cercle.
Par trois points donnés A, B, C, qui ne sont point en ligne droite (fig. 7.) décrire un cercle.
Des points A & C, & d'un même intervalle pris à volonté, décrivez deux arcs de cercle qui se coupent en D & E ; & pareillement des points C & B, décrivez-en deux autres qui se coupent en G & H ; tirez ensuite les droites D E, G H : le point de leur intersection I sera le centre du cercle : par-là on peut venir à bout, en prenant trois points dans la circonférence d'un cercle ou d'un arc donné, de trouver le centre de ce cercle ou de cet arc, & de continuer l'arc si ce n'est pas un cercle entier. Voyez CENTRE.
Donc si trois points d'une circonférence conviennent ou co-incident avec trois points d'une autre circonférence, les deux circonférences co-incideront en entier, & les cercles seront égaux.
Donc aussi tout triangle peut être inscrit dans un cercle. Voyez TRIANGLE.
On démontre en Optique qu'un cercle, s'il est fort éloigné de l'oeil, ne peut jamais paroître véritablement cercle, à moins que le rayon visuel ne lui soit perpendiculaire & ne passe par son centre. Dans tous les autres cas le cercle paroît oblong ; & pour qu'il paroisse au contraire véritablement circulaire, il faut qu'il soit en effet oblong. Voyez PERSPECTIVE.
Les cercles paralleles ou concentriques sont ceux qui sont également éloignés les uns des autres dans toutes leurs parties, ou qui sont décrits d'un même centre ; & par opposition, ceux qui sont décrits de centres differens sont dits excentriques l'un par rapport à l'autre. Voy. CONCENTRIQUE, EXCENTRIQUE, &c.
La quadrature du cercle ou la maniere de faire un quarré dont la surface soit parfaitement & géométriquement égale à celle d'un cercle, est un problème qui a occupé les mathématiciens de tous les siecles. Voyez QUADRATURE.
Plusieurs soûtiennent qu'elle est impossible ; elle est du-moins d'une difficulté qui l'a fait passer pour telle jusqu'à-présent. Archimede est celui des anciens géometres qui a approché le plus près de la quadrature du cercle.
Cercles des degrés supérieurs ; ce sont des courbes dans lesquelles A m : P Nm : : P N : P B, ou A Pm : P Nm :: P Nn : P Bn (Planche d'Analyse, fig. 9.)
Au reste, ce n'est que fort improprement que ces courbes ont été appellées cercles ; car on est convenu d'appeller cercle, la seule figure dont l'équation est A P x P B = P N2 : mais on peut imaginer des cercles de plusieurs degrés comme des paraboles de plusieurs degrés, quoique le nom de parabole ne convienne rigoureusement qu'à la parabole d'Apollonius. Voyez PARABOLE.
Coroll. I. Supposons A P = x, P N = y, A B = a, & nous aurons B P = a - x, & par conséquent xm : ym : : y : a - x, ce qui nous donne une équation qui détermine les cercles des degrés supérieurs à l'infini ; savoir, y(m + 1) = a xm - x(m + 1), & on pourroit avoir d'une maniere à-peu-près semblable cette autre équation y(m + n) = (a - x)n xm.
Coroll. II. Si m = 1, nous aurons y2 = a x - x x, & par conséquent il n'y aura plus que le cercle ordinaire ou celui du premier degré qui soit alors compris sous l'équation.
Si m = 2, on aura y3 = a x2 - x3, équation qui appartient au cercle du second degré ou du second ordre.
Cercles de la sphere ; ce sont ceux qui coupent la sphere du monde, & qui ont leur circonférence dans sa surface. Voyez SPHERE.
On peut distinguer les cercles en mobiles & immobiles. Les premiers sont ceux qui tournent, ou sont censés tourner par le mouvement diurne, de maniere que leur plan change de situation à chaque instant ; tels sont les méridiens, &c. Voyez MERIDIEN, &c.
Les autres ne tournent pas, ou tournent en restant toûjours dans le même plan ; tels sont l'écliptique, l'équateur, & ses paralleles. Voyez ECLIPTIQUE.
De quelque maniere qu'on coupe une sphere, la section est toujours un cercle dont le centre est dans le diametre de la sphere, qui est perpendiculaire au plan de section.
Donc 1°. le diametre d'un cercle qui passe par le centre de la sphere est égal à celui du cercle par la révolution duquel on peut concevoir que la sphere a été formée : 2°. le diametre d'un cercle qui ne passe pas par le centre de la sphere, est seulement égal à une des cordes du cercle générateur ; & comme le diametre est d'ailleurs la plus grande de toutes les cordes, ces considérations fournissent une autre division des cercles de la sphere en grands & petits.
Grand cercle de la sphere ; c'est celui qui divise la sphere en deux parties égales ou en deux hémispheres, & dont le centre co-incide avec celui de la sphere. Il s'ensuit delà que tous les grands cercles sont égaux, & qu'ils se coupent tous en portions égales, ou en demi- cercles.
Les grands cercles de la sphere sont l'horison, l'équateur, le méridien, l'écliptique, les deux colures, & les azimuts. Voyez chacun en son lieu, HORISON, MERIDIEN, ECLIPTIQUE, &c.
Petits cercles de la sphere ; ce sont ceux qui ne divisant pas la sphere également, n'ont leur centre que dans l'axe, & non pas dans le centre même de la sphere ; on les désigne d'ordinaire par l'analogie qu'ils ont avec les grands cercles auxquels ils sont paralleles ; ainsi l'on dit les paralleles à l'équateur. Voyez PARALLELE.
Les cercles de hauteur, qu'on nomme autrement almucantaraths, sont des cercles paralleles à l'horison, qui ont le zénith pour pole commun, & qui diminuent à mesure qu'ils approchent du zénith. Voyez ALMUCANTARATH.
On les appelle de la sorte par rapport à leur usage, ou parce qu'ils servent à marquer la hauteur d'un astre sur l'horison. Voyez HAUTEUR.
Cercles de déclinaison ; ce sont de grands cercles qui se coupent dans les poles du monde. Voyez DECLINAISON.
Les cercles diurnes sont des cercles immobiles qu'on suppose que les différentes étoiles & les autres points des cieux décrivent dans leur mouvement diurne autour de la terre, ou plûtôt qu'ils paroissent décrire dans la rotation de la terre autour de son axe. Voyez DIURNE.
Les cercles diurnes sont tous inégaux, l'équateur est le plus grand. Voyez EQUATEUR.
Cercles d'excursion ; ce sont des cercles paralleles à l'écliptique, & qui ne s'étendent qu'à une distance suffisante pour renfermer toutes les excursions des planetes vers les poles de l'écliptique ; excursions qu'on fixe ordinairement à dix degrés au plus. Voyez SPHERE SPHERIQUE.
On peut ajoûter ici que tous les cercles de la sphere dont nous venons de faire mention, se transportent des cieux à la terre, & trouvent par là leur place dans la Géographie, aussi-bien que dans l'Astronomie : on conçoit pour cela que tous les points de chaque cercle s'abaissent perpendiculairement sur la surface du globe terrestre, & qu'ils y tracent des cercles qui conservent entr'eux la même position & la même proportion que les premiers. Ainsi l'équateur terrestre est un cercle tracé sur la surface de la terre, & qui répond précisément à la ligne équinoctiale, que le soleil paroît tracer dans les cieux ; & ainsi du reste. Voyez EQUATEUR, &c.
Les cercles horaires, dans la Gnomonique, sont des lignes qui marquent les heures sur des cadrans, & qu'on nomme de la sorte, quoique ce ne soient point des cercles, mais des droites qui sont la projection des méridiens. Voyez CADRAN & HORAIRE.
Les cercles de latitude, ou les cercles secondaires de l'écliptique, font des grands cercles perpendiculaires au plan de l'écliptique, & qui passent par les poles, ainsi que par l'étoile ou planete dont ils manquent la latitude.
On les nomme de la sorte, parce qu'ils servent à mesurer la latitude des étoiles, laquelle n'est autre chose que l'arc de ces cercles intercepté entre l'étoile & l'écliptique. Voyez LATITUDE.
Les cercles de longitude sont plusieurs petits cercles paralleles à l'écliptique, lesquels diminuent à proportion qu'ils s'en éloignent.
C'est sur les degrés des cercles de longitude que se compte la longitude des étoiles. Voyez LONGITUDE.
Cercle d'apparition perpétuelle ; c'est un petit cercle parallele à l'équateur, décrit du point le plus septentrional de l'horison, & que le mouvement diurne emporte avec lui.
Toutes les étoiles renfermées dans ce cercle, ne se couchent jamais, mais sont toûjours présentes sur l'horison.
Cercle d'occultation perpétuelle ; c'est un autre cercle à pareille distance de l'équateur, décrit du point le plus méridional de l'horison, & qui ne contient que des étoiles qui ne sont jamais visibles sur notre hémisphere. Voyez OCCULTATION.
Les étoiles situées entre ces deux cercles se levent & se couchent alternativement à certains momens de la révolution diurne. Voyez ETOILE, LEVER, COUCHER, &c.
Cercles polaires ; ce sont des cercles immobiles paralleles à l'équateur, & situés à une distance des poles, égale à la plus grande déclinaison de l'écliptique. Voyez POLAIRE.
Celui qui est proche du pole boréal s'appelle arctique, & celui qui est près du pole méridional s'appelle antarctique. Voyez ARCTIQUE & ANTARCTIQUE.
Cercles de position ; ce sont des cercles qui passent par les intersections communes de l'horison & du méridien, & par un certain degré de l'écliptique, ou par le centre de quelqu'étoile, ou par un autre point quelconque des cieux. Les astrologues s'en servent pour découvrir la situation ou la position des étoiles, &c. Voyez POSITION.
On en trace ordinairement six, qui partagent l'équateur en douze parties égales. Les Astrologues nomment ces parties de l'équateur maisons célestes ; ce qui a fait appeller aussi ces cercles, cercles des maisons célestes. Ils ont été proscrits avec l'astrologie. (O)
Cercles d'ascension droite, & cercles d'ascension oblique ; les premiers passent par les poles du monde, & coupant l'équateur à angles droits, déterminent l'ascension droite des astres. On les nomme cercles d'ascension droite, parce que passant par les poles du monde, ils servent d'horison à la sphere droite, à laquelle les ascensions droites des astres se rapportent. Le premier de ces cercles est le colure des équinoxes, où un astre se trouvant, n'a point d'ascension droite. Voyez ASCENSION DROITE.
Le cercle d'ascension oblique est unique, c'est-à-dire qu'on n'en peut concevoir plus d'un pour chaque élévation de pole, puisqu'il n'est autre chose que l'horison de la sphere oblique ; lequel ne passant pas les poles du monde, & étant déterminé par rapport à une élévation particuliere du pole, ne peut être que seul ; au lieu qu'on peut s'imaginer une infinité de cercles d'ascension droite, à cause qu'ils passent tous par les mêmes poles qui sont ceux du monde, & qu'ainsi on peut les prendre pour des méridiens. En effet, les ascensions & descensions des astres ou des degrés de l'écliptique qui se font dans ce cercle, sont nommées obliques, à cause qu'elles sont faites dans la sphere oblique ; de même que les ascensions droites sont ainsi appellées parce qu'elles se font en la sphere droite ; c'est pourquoi l'horison dans la sphere oblique peut être nommé cercle d'ascension oblique. Voyez ASCENSION OBLIQUE.
Nous devons à M. Formey cet article sur les cercles d'ascension droite.
CERCLE d'arpenteur, instrument dont on se sert dans l'arpentage pour prendre des angles. Voyez ANGLE & ARPENTAGE.
Ce cercle est un instrument très-simple, & cependant fort expéditif dans la pratique. Il consiste en un cercle de cuivre & un index, le tout d'une même piece. Voyez sa figure à la Pl. d'Arpentage, fig. 19.
Ce cercle est garni d'une boussole, divisé en 360 degrés, dont la méridienne répond au milieu de la largeur de l'index. Sur le limbe ou la circonférence du cercle est soudé un anneau de cuivre, lequel avec un autre qui est garni d'un verre, fait une espece de boîte pour mettre l'aiguille aimantée. Cette aiguille est suspendue sur un pivot au centre du cercle. Chaque extrémité de l'index porte une pinule. Voyez PINULE & BOUSSOLE.
Le tout est monté sur un pié avec un genou, afin de le mouvoir ou de le tourner avec facilité. Voyez GENOU.
Prendre un angle avec cet instrument. Supposons qu'on demande l'angle E K G, Planche d'Arpentage, fig. 20. placez l'instrument quelque part en K, la fleur-de-lis de la boussole tournée vers vous ; dirigez ensuite les pinnules jusqu'à ce que vous apperceviez le point E à-travers, & observez à quel degré répond l'extrémité méridionale de l'aiguille : supposons que ce soit 296 degrés, vous tournerez alors l'instrument, la fleur-de-lis restant toûjours vers vous, & vous dirigerez les pinnules vers G, marquant encore le degré auquel répondra l'extrémité australe de l'aiguille que nous supposons être 182.
Après cela soustrayez le plus petit nombre 182 du plus grand 296, le reste 114 sera le nombre de degrés de l'angle E K G.
Si ce reste se trouvoit plus grand que 180 degrés, il faudroit le soustraire de nouveau de 360 ; & le dernier reste qui proviendroit de cette seconde opération, seroit la quantité de l'angle cherché.
Maniere de lever avec cet instrument le plan d'un champ, d'un bois, d'un parc, &c. Soit ABCDEFGK fig. 21. un enclos dont on veut lever le plan.
1°. Placez l'instrument en A ; & la fleur-de-lis étant tournée vers vous, dirigez les pinnules vers B ; supposons que l'extrémité australe de l'aiguille tombe alors sur 191 degrés, & que le fossé, la muraille, ou la haie mesurée à la chaîne, contienne dix chaînes 75 chaînons, ce que vous écrirez, afin de vous en ressouvenir. Voyez CHAINE.
2°. Placez l'instrument en B, & dirigez comme ci-dessus les pinnules vers C, supposant que l'extrémité australe de l'aiguille tombe, par exemple, à 279 degrés, & que la ligne B C contienne six chaînes 83 chaînons, vous les marquerez comme ci-dessus : transportez ensuite l'instrument en C ; tournez les pinnules vers D, & mesurez C D.
Procédez de la même maniere aux points D E ; F, G, H, & enfin au point K, marquant toûjours les degrés de chaque station ou angle, & les longueurs de chacun des côtés.
Ayant ainsi fait le tour du champ, vous aurez la table suivante.
Au moyen de cette table, vous leverez ou tracerez le plan du terrein proposé, suivant la méthode enseignée aux mots LEVER UN PLAN, RAPPORTEUR, &c.
Comme dans ces sortes d'opérations il est presque toûjours plus important d'être exact qu'expéditif, il est à propos, pour vérifier son travail, de voir si l'instrument transporté, par exemple en B, la pinule dirigée vers A, donnera le même angle qu'étant en A, la pinule dirigée vers B ; & ainsi des autres stations. Voyez GRAPHOMETRE & PLANCHETTE. (E)
CERCLE ou ANNEAU MAGIQUE, est un phénomene qu'on voit assez souvent dans les campagnes, &c. qui est une espece de rond que le peuple supposoit autrefois avoir été tracé par les fées dans leurs danses.
Il y en a de deux sortes ; les uns ont sept ou huit toises de diametre, & contiennent un gason pelé à la ronde de la largeur d'un pié, avec un gason verd au milieu ; les autres sont de différentes grandeurs, & sont entourés d'une circonférence de gason beaucoup plus frais & plus verd que celui qui est dans le milieu.
M. Jessop & M. Walker, dans les Transactions philosophiques, attribuent ce phénomene au tonnerre : ils en donnent pour raison, que c'est le plus souvent après des orages qu'on apperçoit ces cercles.
D'autres auteurs ont prétendu que ces cercles magiques étoient formés par les fourmis ; parce qu'on trouve quelquefois ces insectes qui y travaillent en troupes : mais quelle qu'en soit la cause, il est certain qu'elle est naturelle & non magique, comme le peuple se l'imagine. Chambers.
CERCLE, (Chimie). Les artistes en Chimie se servent d'un cercle de fer pour couper les cous de certains vaisseaux de verre ; ce qu'on fait de cette sorte.
Cet instrument étant échauffé, on l'applique à la partie du vaisseau de verre qu'on veut couper, & on l'y tient jusqu'à ce que le verre soit échauffé : on jette ensuite dessus quelques gouttes d'eau froide, ou on souffle dessus à froid ; & cette partie du vaisseau s'en sépare : c'est ainsi qu'on coupe les cous des cornues, des cucurbites.
Les Chimistes employent encore une autre maniere de couper le verre : elle consiste à lier une corde imbibée d'huile de térébenthine, ou une meche de soufre, autour de l'endroit ou on veut faire la fracture ; ensuite on met le feu à la corde ; & lorsqu'après cela on jette un peu d'eau froide sur le même endroit, le verre se fêle précisément à l'endroit où la corde avoit été liée & brûlée.
On peut aussi avec une pierre à fusil tracer un anneau sur la partie du verre qu'on veut couper ; ensuite approcher doucement la lumiere d'une chandelle de la partie tracée, & lorsqu'elle est chaude, y porter avec le bout du doigt un peu d'eau froide, qui fera casser le verre dans la partie du vaisseau, qu'on a tracée avec la pierre à fusil. Il faut pour bien opérer, mettre la lumiere entre le vaisseau & soi, & avoir à un de ses côtés de l'eau froide dans un vaisseau. (M)
CERCLES GOUDRONNES ; ce sont dans l'Artillerie, de vieilles meches ou de vieux cordages poissés & trempés dans le gaudron ou goudron, comme disent quelques-uns, qui sont pliés & tournés en cercles. On les met dans des réchaux pour éclairer dans une ville assiégée. (Q)
CERCLES de hune, (Marine) ce sont de grands cercles de bois qui font le tour des hunes par en-haut ; autour des hunes on voit des cercles qui servent à assûrer les matelots pendant qu'ils font leurs manoeuvres sur les hunes, où ils en ont beaucoup affaire ; & sans ces cercles ils pourroient facilement tomber. On tient les cercles plus bas vers l'avant qu'aux autres endroits, afin qu'ils ne vaguent pas les cordages, & n'usent pas les voiles ; & pour empêcher cela, on met encore des sangles, ou tissus de bitord tout-autour. Dans la Planche I. qui représente un vaisseau, les hunes cotées 14. sont représentées de façon qu'on peut y distinguer assez aisément les cercles de hune. Voyez HUNE.
CERCLES de boute-hors, (Marine) ce sont des cercles doubles de fer, qu'on met à l'endroit des vergues où l'on passe les boute-hors, qui servent à mettre les voiles d'étai.
CERCLES d'étambraie de cabestan, (Marine) c'est un cercle de fer autour du trou de l'étambraie, par où le cabestan passe & tourne. (Z)
CERCLE à la corne, (Maréchallerie) c'est ou une avalure, voyez AVALURE, ou bien des bourrelets de corne qui entourent le sabot, & qui marquent que le cheval a le pié trop sec, & que la corne se desséchant, se retire & serre le petit pié. Cercle ou rond signifie la même chose que volte. V. VOLTE. (V)
CERCLES, especes de cerceaux dont se servent les Tonneliers. Ils ne different des cerceaux ordinaires que par leur grandeur. C'est avec les cercles qu'on relie les cuves, cuviers, & les baignoires. Les cerceaux ordinaires ne servent que pour les muids, futailles, barrils, &c. Les cercles se vendent à la mole comme les cerceaux ; mais la mole en contient moins. Voyez MOLE.
CERCLES, (Hist. mod.) dans l'empire d'Allemagne ; ce sont des especes de généralités ou districts, qui comprennent chacune les princes, les abbés, les comtes, & les villes, qui peuvent par leur voisinage s'assembler commodément pour les affaires communes de leurs districts ou provinces.
Ce fut Maximilien I. qui en 1500 établit cette division générale des états de l'empire en six parties, sous le nom de cercles : savoir, en ceux de Franconie, de Baviere, de Suabe, du Rhin, de Westphalie, & de basse Saxe ; il y ajoûta en 1512 ceux d'Autriche, de Bourgogne, du bas-Rhin, & celui de la haute-Saxe ; dispositions que Charles X. confirma à la diete de Nuremberg tenue en 1522. La Bourgogne n'avoit pourtant pas fait jusque-là partie de l'Empire : mais les empereurs de la maison d'Autriche, qui étoient alors en possession des états de celle de Bourgogne, furent bien-aises de l'y annexer, afin d'intéresser tout l'Empire à leur défense & conservation. Charles V. fit même pour ce sujet une bulle en 1548 : mais Conringius remarque que la branche d'Autriche établie en Espagne, n'ayant jamais accepté cette bulle, le cercle de Bourgogne n'a jamais été non plus véritablement de l'Empire, & qu'il ne fournissoit ni ne payoit aucun contingent. On ne laisse pas que de le compter parmi les cercles, dont voici les noms tels qu'ils sont écrits dans la matricule de l'Empire, quoique le rang qu'ils y tiennent n'ait jamais été bien reglé, & que la plûpart d'entr'eux, sur-tout celui du bas-Rhin qui comprend quatre électeurs, ne conviennent pas de l'ordre que leur assigne cette matricule : Autriche, Bourgogne, Baviere, bas-Rhin, haute-Saxe, Franconie, Suabe, haut-Rhin, Westphalie, basse-Saxe.
Dès la premiere institution des cercles, pour y maintenir une police uniforme, on établit dans chacun, des directeurs ou chefs choisis entre les plus puissans princes, soit ecclésiastiques, soit séculiers, membres de ce cercle, auxquels on attribua le droit de convoquer, quand la nécessité le requerroit, l'assemblée des états de leur cercle ou province ; on établit aussi un colonel, des capitaines, & des assesseurs, afin que de concert avec eux, les directeurs pussent regler les affaires du cercle ; ordonner des impositions, & les repartir ; veiller à la tranquillité commune & particuliere ; mettre à exécution les constitutions des dietes, les décrets de l'Empereur, & ceux du conseil aulique & de la chambre imperiale ; avoir inspection sur les tribunaux, les monnoies, les péages, & d'autres parties du gouvernement. Outre ces réglemens généraux, & qui regardoient le bien de tout l'Empire, on en fit de particuliers pour chaque cercle, & principalement pour la maniere dont les colonels & les assesseurs, de la participation & de l'aveu des directeurs, auroient à en user dans chaque cercle, & même à l'égard les uns des autres pour leur commune conservation.
Les cercles font ensemble des associations pour leur sûreté, & les princes étrangers envoyent à leurs assemblées des ministres, avec le titre de résident ou d'envoyé. En qualité de membre de l'Empire, ils payent deux sortes de taxe : l'une ordinaire, que chaque cercle fournit en deux termes égaux tous les ans pour l'entretien de la chambre impériale ; & l'autre extraordinaire, qui se paye par mois, & qu'on nomme mois romains. Voyez MOIS & CONTINGENT. (G)
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| CERCLÉ | adj. en terme de Blason, se dit des tonneaux reliés de cercles.
Barillon en Anjou, de gueules à trois barillets couchés d'or, cerclés de sable. (V)
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| CERCLER | v. act. c'est mettre les cercles ou cerceaux à un tonneau, une cuve. Voyez CERCLE & CERCEAU.
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| CERCOPES | S. m. pl. (Mythologie) peuples de l'île Pithecuse, qu'Ovide dit avoir été transformés en singes par Jupiter, pour les punir de leurs débauches.
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| CERCOPITHIQUE | (Myth.) espece de singe auquel les Egyptiens rendoient les honneurs divins : on le représentoit avec un croissant sur la tête, & un gobelet à la main.
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| CERCURE | S. m. (Hist. anc.) petit vaisseau de pirate, inventé par les Cypriots : on croit que c'étoit la même chose que ce qu'on appelloit l'hemioli. Voyez HEMIOLI.
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| CERDAGNE | (LA) Géog. petite province d'Espagne, dans la Catalogne, séparée du Roussillon par les Pyrénées ; une partie appartient à la France.
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| CERDEMPORUS | (Myth.) surnom de Mercure ; il fut ainsi appellé de , commerçant, parce qu'il étoit le dieu des commerçans.
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| CERDONIENS | sub. m. pl. (Hist. ecclés.) hérétiques qui parurent dans le second siecle, & qui soûtenoient les erreurs de Cerdon leur maître, qui les avoit empruntées de Simon le magicien.
Ce Cerdon, natif de Syrie, vint à Rome sous le pape Hygin, & y séjourna long-tems, enseignant ses erreurs tantôt en cachette, tantôt ouvertement. Il feignit même de se réunir à l'Eglise, & de faire pénitence : mais il fut enfin absolument chassé. Il admettoit deux principes, l'un bon, & l'autre mauvais : ce dernier selon lui avoit créé le monde, & étoit l'auteur de l'ancienne loi : l'autre qu'il appelloit le principe inconnu étoit le pere de Jesus-Christ. Cerdon ajoûtoit que Jesus-Christ n'étoit point né d'une vierge, & qu'il n'avoit pas souffert réellement. Il admettoit la résurrection de l'ame, & non celle de la chair ; rejettoit tous les livres de l'ancien Testament, & ceux du nouveau ; il ne recevoit qu'une partie de l'évangile de S. Luc. Tel étoit le patriarche des Cerdoniens, dont les dogmes furent adoptés par son disciple Marcion. Voyez MARCIONITES. (C)
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| CEREALIA | (Hist. anc.) fêtes de Cerès, instituées par Triptoleme, fils de Celéus, roi d'Eleusine, dans l'Attique, en reconnoissance de ce que Cerès, qu'on croyoit avoir été sa nourrice, lui avoit appris l'art de cultiver le blé & d'en faire du pain.
On célebroit à Athenes deux fêtes de cette déesse ; l'une nommée Eleusines, & l'autre Thesmophories. Voyez ELEUSINES & THESMOPHORIES.
Toutes deux, & en général toutes les solennités de Cerès avoient cela de commun, qu'on les célébroit avec beaucoup de religion & de tempérance, jusqu-là qu'on s'abstenoit du vin & de tout commerce avec les femmes pendant ce tems-là pour honorer une divinité qui s'étoit distinguée par sa chasteté & sa sobriété. Quelques critiques ont même prétendu qu'en mémoire de ces deux vertus ; on n'offroit point de vin à la déesse dans ses sacrifices, & que les libations s'y faisoient seulement avec du mulsum, sorte de mixtion de vin & de miel bouillis ensemble ; & que c'est ce que Virgile appelle miti baccho, du vin adouci : cependant Caton assûre expressément qu'on s'y servoit de vin : d'autres croyent que Cerès seule n'étoit pas honorée dans ces fêtes, qu'on y révéroit encore Bacchus & Hercule, en leur sacrifiant des porcs ou des truies avec du mulsum, à cause que ces animaux causent beaucoup de degât aux biens de la terre, dont Cerès & Bacchus étoient regardés comme les divinités tutélaires.
Ces fêtes passerent des Grecs aux Romains, qui les célébroient pendant huit jours, à compter depuis le cinquieme des ides d'Avril. Les dames seules vêtues de blanc, y faisoient l'office de prêtresses ; & les hommes habillés de la même couleur, celui de simples spectateurs. Toute personne en deuil ou qui avoit assisté à des funérailles, étoit exclus de cette solennité : & après la bataille de Cannes, comme toute la ville étoit dans un deuil universel, on fut obligé de remettre à une autre année les fêtes de Cerès. Entre les autres cérémonies, celle-ci étoit remarquable ; on ne mangeoit que le soir après le soleil couché, parce que Cerès en avoit fait de même en cherchant sa fille Proserpine enlevée par Pluton. On y couroit encore çà & là avec des flambeaux, pour représenter les courses inquietes de cette mere allarmée. On y portoit en pompe selon Macrobe, un oeuf, ovule in cerealis pompae apparatu numerabatur primum ; & cet oeuf, dit-on, représentoit le monde ou la terre, que Cerès avoit enrichie par le blé. Au sacrifice succédoient des festins, suivis de combats de gladiateurs, & de courses de chariots dans le cirque. Les prêtres de Cerès chez les Grecs étoient nommés Eumolpides, d'Eumolpe fils de Triptoleme ; on les appelloit encore taciti mystae, parce qu'il ne leur étoit pas permis de divulguer les mysteres de la déesse. (G)
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| CEREIBA | (Hist. nat. bot.) petit arbre du Brésil semblable au saule : on dit que quand le soleil donne sur ses feuilles, il s'y amasse un sel qui se dissout en rosée pendant la nuit, ou lorsqu'il y a du brouillard. Si cette proprieté est particuliere au cereiba, & qu'elle soit bien réelle, voilà un arbrisseau suffisamment désigné. On n'attribue au cereiba aucune proprieté médicinale.
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| CEREMONIAL | S. m. (Police) c'est l'assemblage des regles introduites dans l'usage de la vie, & auxquelles l'on est obligé de se conformer pour l'extérieur, le maintien, les discours, les habillemens, &c.
On peut prendre ce mot dans un sens plus étroit, & entendre par là les usages introduits, ou par des ordres des supérieurs, ou tellement établi par une longue coûtume que l'on est obligé de les regarder comme des lois, & de les respecter : dans ce sens l'on trouve que dans toutes les nations du monde on a pratiqué de certaines cérémonies, tant pour le culte de la divinité que pour les affaires civiles, dans les mariages, enterremens, &c. Voyez CEREMONIE.
L'on entend en troisieme lieu par cérémonial, la maniere dont les souverains ou leurs ambassadeurs ont coûtume d'en user les uns avec les autres ; ce qui n'est qu'une convention où reglement établi entre les princes, ex pacto, consuetudine & possessione, suivant lequel ces princes, ou leurs représentans, doivent se conduire les uns envers les autres lorsqu'ils se trouvent ensemble, afin que l'on ne donne à chacun ni trop ni trop peu.
Il y a des gens qui prennent le cérémonial dans un sens encore plus étendu, & comptent trois occasions où le cérémonial est nécessaire ; 1°. lorsque les souverains s'assemblent en personne ; 2°. lorsqu'ils s'écrivent ; 3°. lorsqu'ils s'envoyent des ambassadeurs les uns aux autres. Cette espece de cérémonial vient de l'ambition, & de la supériorité que l'un a crû avoir sur un autre ; on lui a donné le nom de prérogative ou de préséance : c'est une source inépuisable de disputes entre les souverains, qui ne sont point dans la disposition de céder les uns aux autres ; & quoique souvent on ait travaillé à assigner à chacun un rang dont il pût être content, l'on n'a jamais pû y parvenir, sur-tout en Allemagne.
Les moyens d'accommodement qui ont été proposés, sont l'arbitrage & les compromis : mais ils ont été souvent inutiles : la possession & la force ont toujours prévalu. (-)
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| CEREMONIES | S. f. pl. (Hist. civ. & ecclés.) les cérémonies sont en général des démonstrations extérieures & symboliques, qui font partie des usages de la politique & du culte d'une société. Voyez POLICE & CULTE. Laissant à d'autres le soin de chercher la véritable étymologie du mot ceremonia, & de décider s'il vient de Cereris munia, ou de Coere munia, ou du verbe Grec , nous observerons d'abord qu'il y a, selon notre définition, trois sortes de cérémonies : des cérémonies politiques, telles que le couronnement d'un prince, l'introduction d'un ambassadeur, &c. des cérémonies religieuses, telles que l'ordination d'un prêtre, le sacre d'un évêque, le baptême ou la bénédiction d'une cloche, &c. des cérémonies politico-religieuses, c'est-à-dire, où les usages du peuple se trouvent mêlés avec la discipline de l'Eglise, telles que la cérémonie du mariage prise dans toute son étendue.
Il y a deux choses principales à examiner sur les cérémonies ; leur origine, soit dans la société, soit dans la religion, & leur nécessité dans la religion : quant au premier point, il paroît que chaque cérémonie dans la société a son origine particuliere, relative à quelque fait primitif & aux circonstances de ce fait, & qu'il en est de même de l'origine de chaque cérémonie dans la religion ; avec cette différence qu'on peut rechercher ce qui a donné lieu à celles-ci, qui forment tantôt un système sage & raisonné, ou qui ne sont d'autres fois qu'un assemblage d'extravagances, d'absurdités & de petitesses, sans motif, sans liaison, sans autorité.
Il est donc à propos dans cette recherche de distribuer les cérémonies religieuses en des classes ; en cérémonies pieuses & saintes, & en cérémonies superstitieuses & abominables.
Il n'y a eu de cérémonies religieuses pieuses & saintes sur la surface de la terre, 1°. que le petit nombre de celles qui accompagnerent le culte naturel que les premiers hommes rendirent à Dieu en pleine campagne, dans la simplicité de leur coeur & l'innocence de leurs moeurs, n'ayant d'autre temple que l'univers, d'autre autel qu'une touffe de gason, d'autre offrande qu'une gerbe, d'autre victime qu'un agneau, & d'autres sacrificateurs qu'eux-mêmes, & qui ont duré depuis Adam jusqu'à Moyse ; 2°. les cérémonies qu'il plut à Dieu de prescrire au peuple Juif, par sa propre bouche ou par celle de ses pontifes & de ses prophetes, qui commencerent à Moyse, & que Jesus-Christ a abolies ; 3°. les cérémonies de la religion Chrétienne, que son divin instituteur a indiquées, que ses apôtres & leurs successeurs ont instituées, qui sont toûjours sanctifiées par l'esprit des ministres qui les exécutent, & des fideles qui y assistent, & qui dureront jusqu'à la fin des siecles.
L'origine de ces cérémonies est fondée sur l'Histoire, & nous est transmise par des livres sur l'authenticité desquels il n'y a point de doute. Elles furent chez les premiers hommes des mouvemens de la nature inspirée ; chez les Juifs, une portion des lois d'un gouvernement théocratique ; chez les Chrétiens, des symboles de foi, d'espérance, & de charité ; & il ne peut y avoir sur elles deux sentimens. Loin donc de nous les idées de Marsham & de Spencer ; c'est presque un blasphème que de déduire les cérémonies du Lévitique, des rites Egyptiens.
Mais il n'en est pas de même des cérémonies superstitieuses : il semble qu'à l'exception de ce que les saintes Ecritures nous en apprennent, le reste soit entierement abandonné aux disputes de la Philosophie ; & voici en peu de mots ce qu'elle nous suggere de plus raisonnable. Elle réduit les causes de l'idolatrie à la flatterie, à l'admiration, à la tendresse, à la crainte, à l'espérance, mal entendues ; voyez IDOLATRIE : conséquemment il paroît que toutes les cérémonies superstitieuses ne sont que des expressions de ces différens sentimens, variées selon l'intérêt, le caprice, & la méchanceté des prêtres idolâtres. Faites une combinaison des passions qui ont donné naissance aux idoles, avec celles de leurs ministres, & tous les monstres d'abomination & de cruauté qui noircissent les volumes de nos historiens & de nos voyageurs ; vous les en verrez sortir, sans avoir recours aux conjectures d'Huet, de Bochart, de Vossius, & de Dickinson, où l'on remarque quelquefois plus de zele que de vraisemblance.
Quant à la question de la nécessité des cérémonies pour un culte, sa solution dépend d'une autre ; savoir, si la religion est faite pour le seul philosophe, ou pour le philosophe & le peuple : dans le premier cas, on pourroit peut-être soutenir que les cérémonies sont superflues, puisqu'elles n'ont d'autre but que nous rappeller les objets de notre foi & de nos devoirs, dont le philosophe se souvient bien sans le secours des signes sensibles : mais la religion est faite indistinctement pour tous les hommes, comme il en faut convenir ; donc, comme les prodiges de la nature ramenent sans-cesse le philosophe à l'existence d'un Dieu créateur ; dans la religion Chrétienne, par exemple, les cérémonies rameneront sans-cesse le chrétien à la loi d'un Dieu crucifié. Les représentations sensibles, de quelque nature qu'elles soient, ont une force prodigieuse sur l'imagination du commun des hommes : jamais l'éloquence d'Antoine n'eût fait ce que fit la robe de César. Quod litteratis est scriptura, hoc idiotis praestat pictura, dit saint Grégoire le grand, liv. IX. épît. jx.
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| CERENZA | (Géog.) ville d'Italie au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure. Long. 34. 50. lat. 39. 23.
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| CERES | (Myth.) fille de Saturne & de Cybele, & déesse de l'agriculture. Lorsque Pluton eut enlevé sa fille Proserpine, elle se mit à la chercher nuit & jour : cependant la disette des grains désoloit la terre privée de ses dons. Les dieux étoient très-inquiets de son absence, lorsque Pan la découvrit. Les Parques députées par Jupiter l'attendrirent, & la ramenerent en Sicile, où elle rendit à la terre sa fertilité. On la représente avec beaucoup de gorge, la tête couronnée d'épis, & des pavots dans la main, ou entre deux petits enfans tenant chacun une corne d'abondance. On lui donne un char attelé de serpens ailés, avec une torche allumée. Le myrte & le narcisse étoient les seules fleurs dont on se couronnât dans ses fêtes. On lui attribue une aventure dont la fin est assez scandaleuse. On dit que pour éviter les poursuites amoureuses de Neptune son frere, elle se métamorphosa en jument ; ce qui n'empêcha pas le dieu de se satisfaire sous la forme d'un cheval ; il en eut Arion & un cheval. Les Phigaliens adorerent une Cerès à tête & criniere de jument, d'où sortoient des dragons & d'autres monstres. Cette statue ayant été incendiée par accident, les Phigaliens oublierent le culte de la déesse, qui s'en vangea par une grande secheresse qui les auroit conduits jusqu'à manger leurs propres enfans, s'ils ne l'avoient arrêtée en rétablissant le culte de Cerès la noire, car c'est ainsi que leur Cerès s'appelloit. Quoi qu'il en soit de toutes ces extravagances, les Mythologistes prétendent que Cerès fut une reine de Sicile qui mérita des autels, par l'invention de l'agriculture qu'elle communiqua à ses peuples. Voyez le Dict. de Myth.
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| CERET | (Géog.) petite ville de France dans le Roussillon, sur la riviere de Tec. Long. 20. 21. lat. 42. 23.
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| CERF | cervulus, (Hist. anc. & mod.) espece de jeu usité parmi les payens, & dont l'usage s'étoit autrefois introduit parmi les Chrétiens : il consistoit à se travestir au nouvel an sous la forme de divers animaux. Les ecclésiastiques se déchaînerent avec raison contre un abus si indigne du Christianisme ; & ce ne fut point sans peine qu'ils parvinrent à le déraciner. Voyez le gloss. de Ducange.
* CERF, s. m. (Hist. nat. & Ven.) cervus, animal quadrupede, ruminant, qui a le pié fourchu, les cornes branchues, non creuses, & tombant chaque année : voilà les caracteres généraux sur lesquels on a établi le genre d'animaux qui porte le nom de cerf, cervinum genus : ce genre comprend le cerf, le dain, l'élan, le renne, le chevreuil, la giraffe, &c. Voyez ces derniers à leurs articles.
Le cerf proprement dit est de la grandeur d'un petit cheval ; son poil est de couleur fauve rougeâtre ; ses cornes sont longues, & d'une consistance très-dure ; le devant de sa tête est plat ; les yeux sont grands ; les jambes longues & menues, & la queue courte.
On prétend que les cerfs vivent très-long-tems : on a dit que la durée de leur vie s'étendoit à plusieurs siecles : on a même avancé jadis qu'ils vivoient quatre fois aussi long-tems que les corneilles, a qui l'on donnoit neuf fois la durée de la vie de l'homme. On peut juger de cette fable par le résultat, qui assigneroit aux cerfs trois mille six cent ans de vie.
Pline a assuré qu'on en avoit pris un plus de cent ans après la mort d'Alexandre, avec un collier d'or chargé d'une inscription, qui marquoit que ce collier lui avoit été donné par ce prince. On en raconte autant de César. On dit aussi que l'on trouva la biche d'Auguste plus de deux siecles après sa mort. On sait l'histoire du cerf chassé par Charles VI.
On connoît la vieillesse, mais non l'âge des cerfs, aux piés & à la tête, ainsi qu'aux allures. Ils ont à sept ans leur entiere hauteur de corps & de tête. On raconte de leurs courses, de leurs reposées, de leur pâture, ressui, diete, jeûnes, purgations, circonspection, maniere de vivre, sur-tout lorsqu'ils ont atteint l'âge de raison, une infinité de choses merveilleuses, qu'on trouvera dans Fouilloux, Salnove, &c. qui ont écrit de la chasse du cerf en enthousiastes, &c.
Age & distinction des cerfs. Depuis qu'un cerf est né jusqu'à un an passé, il ne porte point de bois, & s'appelle faon. En entrant dans la seconde année, il pousse deux petites perches qui excedent un peu les oreilles ; on appelle ces perches dagues, & ces jeunes cerfs, daguets. La troisieme année les perches qu'ils poussent se sement de petits andouillers, au nombre de deux à chaque perche. Les quatrieme & cinquieme années, la tête prend 8, 10, 12 pouces de long. La sixieme, dans laquelle le cerf s'appelle cerf dix cors jeunement, la tête prend 12 à 14 pouces. La septieme, dans laquelle il s'appelle cerf de dix cors, elle prend 16, 18, 20, & 24 pouces. La huitieme année, il prend le nom de grand cerf ; & la neuvieme, celui de grand vieux cerf.
Du rut des cerfs. Les vieux cerfs, les cerfs de dix cors, & ceux de dix cors jeunement, entrent en chaleur au commencement du mois de Septembre, quelquefois plûtôt ou plus tard de sept à huit jours : il leur prend alors une mélancolie qui dérange considérablement la sagesse de leur conduite. Ils ont la tête basse ; ils marchent jour & nuit, ce qui s'appelle muser ; ils deviennent furieux ; ils attaquent l'homme, &c. cet état dure cinq ou six jours, au bout desquels ils entrent dans la forte chaleur du rut, beuglent, ce qui s'appelle raire, ou réer, cherchent les biches, les poursuivent, & les tourmentent. Après le rut de ces cerfs, commence celui des jeunes, qui s'emparent des biches en l'absence des vieux, & se contentent de leurs restes.
Le fort du rut est depuis quatre heures du soir jusqu'à neuf heures du matin : ils ont alors entr'eux des combats où il y en a de blessés, & même de tués : leurs cornes s'entrelacent ; ils restent pris tête contre tête, & sont dévorés des loups. Ceux qui voudront lire des merveilles de leurs combats amoureux pourront consulter les auteurs que nous avons cités plus haut.
Le rut des grands cerfs dure trois semaines, dans lesquelles ils ont quinze à seize jours de forte chaleur ; le rut des jeunes cerfs dure douze à quinze jours : ainsi le tems du rut en général est d'environ cinq semaines. Alors la chasse en est dangereuse, & pour les chasseurs & pour les chiens : le cerf répand, dit-on, dans le rut une odeur si forte & si puante, que les chiens refusent quelquefois de les chasser.
Le rut de la biche est plus tardif que celui des cerfs ; un cerf en saillit jusqu'à quinze ou seize.
La biche est plus petite que le cerf ; elle n'a point de cornes ; ses mammelles sont au nombre de quatre, comme celles de la vache ; elle porte pendant huit mois, & n'a qu'un faon, qu'elle garde jusqu'au tems du rut.
Charles I. roi d'Angleterre, dont Harvey étoit medecin, lui abandonna toutes les biches de ses parcs ; ce fut au-dedans de ces animaux qu'il chercha à découvrir le mystere de la génération. Harvey, dit M. de Maupertuis, dans sa vénus physique, opuscule où l'esprit & les connoissances se font remarquer également, immolant tous les jours quelque biche dans le tems où elles reçoivent le mâle, & disséquant leurs matrices, n'y trouva jamais de liqueur séminale du mâle, jamais d'oeuf dans les trompes, jamais d'altération à l'ovaire prétendu, qu'il appelle comme d'autres anatomistes, le testicule de la femelle. Les premiers changemens qu'il apperçut dans les organes de la génération furent à la matrice ; il trouva cette partie enflée & plus molle qu'à l'ordinaire. Dans les quadrupedes elle paroît double, quoiqu'elle n'ait qu'une seule cavité ; son fond forme comme deux réduits qu'on appelle cornes, dans lesquelles se trouve le foetus. Ce furent ces endroits qui lui parurent les plus altérés ; Harvey y observa plusieurs excroissances spongieuses, qu'il compare au bout des tétons des femmes. Il en coupa quelques-unes qu'il trouva parsemées de petits points blancs enduits d'une matiere visqueuse ; le fond de la matrice qui formoit leurs parois, étoit gonflé & tuméfié, comme les levres des enfans, lorsqu'elles ont été piquées par des abeilles & tellement mollasse, qu'il paroissoit d'une consistance semblable à celle du cerveau.
Pendant les mois de Septembre & d'Octobre, tems auquel les biches reçoivent le cerf tous les jours, & par des expériences de plusieurs années, Harvey ne parvint jamais à découvrir dans toutes les matrices des biches une seule goutte de liqueur séminale.
Au mois de Novembre, la tumeur de la matrice étoit diminuée, & les caroncules fongueuses devenues flasques : mais ce qui fut un nouveau spectacle pour l'observateur, des filets déliés, étendus d'une corne à l'autre de la matrice, formoient une espece de réseau semblable aux toiles d'araignée, & s'insinuant entre les rides de la membrane intérieure de la matrice, ils s'entrelaçoient autour des caroncules à-peu-près comme on voit la pie-mere suivre & embrasser les contours du cerveau.
Ce réseau forma bien-tôt une poche dont les dehors étoient enduits d'une matiere fétide, le dedans lisse & poli contenant une liqueur semblable au blanc d'oeuf, dans laquelle nageoit une autre enveloppe sphérique, remplie d'une liqueur plus claire & crystalline ; ce fut dans cette liqueur qu'il apperçut un nouveau prodige. Ce ne fut point un animal tout organisé, comme on le devoit attendre ; ce fut le principe d'un animal, un point vivant, punctum saliens. On le vit dans la liqueur crystalline sauter & battre, tirant son accroissement d'une veine qui se perd dans la liqueur où il nage.
Les parties du corps viennent bien-tôt s'y joindre mais en différent ordre & en différens tems ; ce n'est d'abord qu'un mucilage divisé en deux petites masses, dont l'une forme la tête, l'autre le tronc. Vers la fin de Novembre le foetus est formé ; & tout cet admirable ouvrage, lorsqu'il paroît une fois commencé, s'acheve promtement : huit jours après la premiere apparence du point vivant, l'animal est tellement avancé, qu'on peut distinguer son sexe. Mais cet ouvrage ne se fait que par parties ; celles du dedans sont formées avant celles du dehors ; les visceres & les intestins, avant que d'être couverts du thorax & de l'abdomen ; & ces dernieres parties destinées à mettre les autres à couvert, ne paroissent ajoûtées que comme un toît à l'édifice. Voyez la Vénus physique de M. de Maupertuis.
Nous avons rapporté ici toutes ces particularités sur la formation du faon ; parce que la génération pourroit bien s'exécuter autrement dans un autre animal, quoique Harvey ait voulu généraliser ses expériences sur les biches : & les étendre à tous les autres quadrupedes.
Retraite. Après le rut, le cerf maigre, décharné, &c. se retire au fond des forêts où il vit de gland, de feuilles, de ronces, de la pointe des bruyeres, de cresson, &c.
Attroupement. Au mois de Décembre les cerfs s'attroupent ; les vieux cerfs, ceux de dix cors, quelques-uns de dix cors jeunement, se mettent ensemble. Ceux qui sont un peu au-dessous de cet âge, forment une autre troupe ; les daguets & ceux du second bois, restent avec les biches. Il n'est pas donné à tout le monde d'appercevoir l'exactitude de ces distributions : mais quoi qu'il en soit, il est constant que plus l'hyver est rude, plus les troupes sont grandes. Ces animaux se placent fort près les uns des autres à la reposée afin de s'échauffer.
Changement de pays & de viandis. Les cerfs changent plusieurs fois l'an de pays & de viandis ; ils gardent le fond des bois en hyver, & y vivent, comme on a dit plus haut ; au printems ils vont aux buissons, bois coupés d'un an, seigle, blé, pois, feves, &c. Ils gardent les buissons tout l'été, & viandent aux mêmes endroits : en automne, ils se rapprochent des grands bois, & vivent de grain, des chaumes, des avoines, des prés.
Séparation, mue, & chûte des têtes. Vers la mi-Février, ou au commencement de Mars, les cerfs se séparent ; ils ne restent que deux ou trois ensemble pour aller aux buissons mettre bas leur tête. Il ne s'agit ici que des cerfs de dix cors, de dix corps jeunement, & vieux cerfs ; les autres se contentent de s'éloigner seulement du milieu de la forêt.
Au printems ils muent ; & il s'engendre sur eux entre cuir & chair des pustules ou ulceres, dans lesquels il se forme des vers qui leur sortent par le gosier, la gueule, les narines ; quelquefois ils en meurent : on dit que leur sang se purifie par cette voie.
C'est encore à des vers qu'on attribue la chûte de leur tête ; on dit que cette vermine se glissant le long du cou entre cuir & chair ; se place entre le massacre & la tête, cernent tout cet endroit, chagrinent le cerf, & lui font agiter les cornes si violemment, qu'elles se détachent : les deux cornes ne tombent point toûjours en même tems ; ce qui fait qu'on n'en trouve assez souvent qu'une dans un même endroit.
Il y en a qui prétendent que lorsqu'un cerf a perdu son bois, il s'enfonce dans la forêt, s'y cache, & n'ose paroître. Quoi qu'il en soit, peu de tems après cette chûte, il se forme sur le massacre, ou l'endroit que les cornes de la tête couvroient, une peau déliée garnie de poils gris de souris, sous laquelle les meules croissent & se gonflent. On entend par meules la tige des cornes. L'accroissement & le gonflement des meules se font en cinq ou six jours. Les vieux cerfs, cerfs de dix cors, & cerfs de dix cors jeunement, mettent bas les premiers, & presque tous en même tems. Quand la peau a couvert les meules, la tête pousse ; & quinze jours après elle a un demi-pié, & les premiers andouillers ont quatre doigts : au bout de quinze autres jours, elle croît d'un autre demi-pié & davantage, & les seconds andouillers ont trois doigts : les premiers sont augmentés d'autant ; l'accroissement continue : à la mi-Mai, les cerfs de dix cors, & de dix cors jeunement, ont poussé leur tête à demi, & toutes entieres à la fin du mois de Juillet. Les jeunes au huitieme & dixieme d'Août seulement, quoiqu'ils ne mettent bas que trois semaines après les cerfs de dix cors : quand les cerfs ont poussé leur tête, & qu'elle est dure, ils en ôtent la peau velue qui la couvre en se frottant au bois ; on nomme cette peau mousse, & frayoir la trace qu'ils font au bois ; elle sert aux chasseurs à reconnoître non-seulement la présence du cerf, mais encore son âge. On dit que le cerf mange avidement toutes ces particules de peau, dont il débarrasse sa tête nouvelle.
Connoissance de la tête. Les meules sont adhérentes au massacre : cette fraise en forme de petit rocher, qui est plus haut & qui les entoure, s'appelle pierrure : ce qui s'éleve du rocher, perche ou mairin ; ce qui part des perches, andouillers. Les audouillers les plus près des meules se nomment maîtres andouillers, les suivans s'appellent seconds, troisiemes, & quatriemes andouillers & sur-andouillers. Les sur-andouillers partent de l'empaumûre. On entend par une empaumûre, une largeur placée à l'extrémité de la tête aux cerfs de dix cors ; car les jeunes n'en ont point. Cette largeur a la forme de la paume de la main, & les sur-andouillers en partent comme des doigts ; le grain du bois s'appelle perlure, & les deux maîtresses rainures, dont le fond est lisse, & qu'on voit pratiquées entre la pelure, s'appellent gouttieres.
Connoissance de l'âge du cerf par le pié & l'allure. Il est aisé de confondre les grosses biches brehaines & les biches pleines avec les cerfs, sur-tout jeunes, cependant les pinces de la biche sont plus oblongues & moins rondes. Plus un cerf est jeune, plus il a l'ongle petit & coupant. Quant aux allures, le jeune cerf met son pié de derriere dans celui de devant, n'en rompant que la moitié ; celui de dix cors jeunement, met le pié de derriere sur le bord du talon du pié de devant ; celui de dix cors, à un doigt près de celui de devant ; & le vieux cerf, à quatre doigts. Il n'y a point de regles pour les biches. Cet article est beaucoup plus étendu dans les traités de Chasse. Voyez Salnove, Fouilloux, & les dons de Latone.
Des fientes ou fumées. Les fumées peuvent aussi servir à distinguer le cerf d'avec la biche, & le jeune cerf du vieux cerf ; elles changent selon les saisons : en hyver elles sont dures, seches, & en crottes de chevre ; en Mai elles deviennent molles, en bou ses plates, rondes & liées : en Juin, rondes, en masses, mais en commençant à se détacher : sur la fin de Juin ou au commencement de Juillet, en torches, ou demi formées & séparées : sur la fin de Juillet, longues, dures, aiguillonées ou martelées. Quand les cerfs les ont en bouses, les biches brehaines les ont massives, aiguillonées, martelées, ridées, ce qui leur dure tout l'été.
Des portées. On entend par portées, l'effet que le cerf produit contre les branches des arbres, par le frottement de son corps & le choc de son bois. Les cerfs de dix cors commencent à faire des portées à la mi-Mai, & les jeunes cerfs en Juin, leur tête étant alors à demi poussée & assez haute. Il faut que les portées soient à la hauteur de six piés, pour être d'un cerf de dix cors. La largeur y fait peu de chose.
De la chasse du cerf. Cette partie de notre article seroit immense, si nous voulions l'épuiser. Nous allons seulement en parcourir succinctement les points principaux : tels sont la quête, le rendez-vous, le choix du cerf, la meute, les relais, le laissé-courre, le lancer, la chasse proprement dite, les ruses, le forcer, la mort, la curée, & la retraite.
Des quêtes. Après ce que nous avons dit des changemens de pays & de viandis, on sait en quel lieu les quêtes doivent être faites, selon les différentes saisons. Lorsque l'on se propose de courre le cerf, on va au bois les uns à cheval sans limiers, les autres à pié avec les limiers. On sépare les cantons, on distribue les quêtes ou les lieux dans lesquels chacun doit s'assûrer s'il y a un cerf ou s'il n'y en a point, ce qui se fait à l'aide d'un limier qu'on conduit au trait. Lorsque le limier rencontre, on l'arrête par le trait, on examine si c'est un cerf, sans l'effrayer ni le lancer ; ce qui le feroit passer d'une quête dans une autre. Quand on s'est bien assûré de sa présence, on fait des brisées. On en distingue de deux sortes ; les hautes & les basses. Faire des brisées hautes, c'est rompre des branches & les laisser pendantes : faire des brisées basses, c'est les répandre sur sa route, la pointe tournée vers l'endroit d'où le cerf vient, & le gros bout tourné où le cerf va. Alors le cerf est ce qu'on appelle détourné, & les brisées basses servent à conduire le chasseur à la réposée du cerf le jour destiné pour le courre.
Du rendez-vous. C'est ainsi qu'on appelle un lieu indiqué dans la forêt, où tous les chasseurs se rassemblent & d'où ils se séparent pour la chasse. Il faut le choisir le plus commode qu'il est possible.
Du choix du cerf. Lorsqu'il se trouve du cerf dans plusieurs quêtes, il faut préférer celle qui n'a qu'une refuite à celle qui en a deux (on entend par refuite, le lieu par lequel le cerf a coûtume de sortir) ; celle où il n'y a qu'un seul cerf, à celle où il y en a plusieurs ; attaquer au buisson plûtôt qu'au grand bois, & préférer le cerf de dix cors au jeune cerf.
Il y en a qui distinguent trois especes de cerfs, les bruns, les fauves, & les rougeâtres. Les bruns passent pour les plus forts & les plus vîtes ; les fauves pour avoir la tête haute & le bois foible ; les rougeâtres pour jeunes & vigoureux. On estime sur-tout ceux qui ont sur le dos une raie d'un brun noir. La regle est de n'attaquer que les cerfs de dix cors.
De la meute. Une meute est au moins de cent chiens ; alors on la divise en cinq parties. Les vingt qui donneront les premiers, s'appellent chiens de meute ; les vingt du premier relais, vieille meute ; les vingt du second relais, seconde vieille meute ; le dernier relais, relais de six chiens ; le nombre en est cependant beaucoup plus grand, & il est à propos de réserver les meilleurs. On a encore quelquefois un relais volant. Ce relais se transporte & suit la chasse, au lieu que les autres l'attendent.
Des relais. C'est un proverbe parmi les chasseurs, qu'un cerf bien donné aux chiens est à demi-pris. Il est donc à propos que ceux qui ont la conduite des relais connoissent les lieux & soient entendus dans la chasse, soit pour les placer convenablement, soit pour les donner à tems. Il faut aussi des relais de chevaux ; il faut placer les meilleurs coureurs au premier relais.
Du laissé-courre. On donne ce nom au moment & au lieu où on lâche les chiens, quand on est arrivé à l'endroit où le cerf a été détourné. Lorsque les relais sont placés, on suit les brisées & l'on s'avance jusqu'aux environs de cet endroit ; ensuite on lâche quelques-uns des meilleurs chiens. Ceux qui doivent faire chasser les chiens, se nomment piqueurs ; il est essentiel de les avoir excellens. Leur talent principal est de savoir animer les chiens du cor & de la voix, & avertir exactement les chasseurs des mouvemens du cerf.
Du lancer. On lançoit jadis avec les limiers, aujourd'hui on découple dans l'enceinte ; & le lancer est proprement le premier bond du cerf hors de sa reposée. Le piqueur l'annonce en criant gare ; il crie vauceletz s'il voit la réposée, & tayau s'il voit l'animal.
De la chasse proprement dite : elle commence à ce moment, & consiste à suivre le même cerf sans relâche, malgré les ruses, & à le forcer.
Des ruses : on en raconte une infinité ; tantôt le cerf chassé en substitue un autre à sa place, tantôt il se jette dans la harde ou troupe des biches, se mêle à des bestiaux, revient sur ses pas, tâche à dérouter les chiens par des bonds, suit un courant, &c. mais il y a des chiens auxquels il ne donne jamais le change. Le piqueur doit les connoître, & s'en tenir à ce qu'ils indiquent.
On a remarqué qu'un cerf blessé aux parties génitales ou châtré dans sa jeunesse, ne porte point de bois, reste comme une biche, & devient seulement plus fort de corps ; que si l'accident lui est arrivé après avoir déjà porté son bois, il continue de pousser mais avec peine, & ne parvient jamais à sa perfection ; & que si son bois étoit à sa perfection il ne le perd plus.
Mort du cerf. Lorsque le cerf est forcé, le piqueur crie halali, lui coupe le jarret & sonne la mort. Cependant un autre lui enleve le pié droit de devant, & va le présenter au grand-veneur. On met le reste sur un chariot, & on le porte au lieu destiné pour la curée.
De la curée. Les valets de chiens mettent le cerf sur le dos & le dépecent. Ils commencent par couper les daintiers, puis ils ouvrent la nappe ou peau, la fendant sous la gorge jusqu'où étoient les daintiers. Ils prennent le pié droit, dont ils coupent la peau à l'entour de la jambe, & l'ouvrent jusqu'au milieu de la poitrine ; ils en font autant aux autres piés, & ils achevent la dépouille. Cela fait, ils ouvrent le ventre, & l'on distribue l'animal par morceaux. On enlevera la panse, qui sera vuidée & lavée ; le membre génital ; l'os ou cartilage du coeur ; une partie du coeur, du foie, & de la ratte, que les valets de limiers distribueront à leurs chiens ; les épaules, les petits filets, le cimier, les grands filets, les feuillets, & les nombres. On a conservé le sang ; on a deux ou trois seaux de lait : on coupe la panse & les boyaux nettoyés avec le reste de la ratte & du foie ; on mêle le tout avec le sang, le lait, & du pain : en hyver qu'on a peu de lait, on y substitue du saint-doux. On verse la moüée sur la nappe, on la remue, alors la curée est prête. Reste le coffre du cerf & les petits boyaux qu'on appelle le forhu. On met le coffre sur une place herbue à quelque distance de la moüée, & le forhu sur une fourche de bois émoussée. Enfin on abandonne les chiens à la moüée, & ensuite au coffre, puis au forhu, non sans avoir sonné toutes ces manoeuvres. On sonne en dernier lieu la retraite. Nos ayeux exécutoient toutes les parties, tant de la chasse que de la curée, avec autant & plus de cérémonies qu'on n'en fait dans aucune occasion importante. Ils chassoient un cerf à-peu-près comme ils attaquoient une femme, il étoit presqu'aussi humiliant pour eux d'échouer dans l'une de ces entreprises que dans l'autre. Le goût de la chasse du cerf s'est augmenté parmi nous ; quant au cérémonial qui l'accompagnoit, il a presqu'entierement disparu, & la chasse ne s'en fait pas plus mal.
La partie la meilleure à manger du cerf, est le cou avec les trois côtes qui en sont les plus proches ; le reste est dur & indigeste. Les petits cerfs, lactantes, sont les meilleurs ; puis ceux d'un an, adolescentes ; ensuite ceux de deux ans, juvenes ; passé ce tems ils sont durs & mal-sains. On dit aussi que leur chair est un mauvais aliment pendant l'été, parce qu'ils se nourrissent de serpens & de reptiles, ce que peu de gens croyent.
Propriétés médicinales. Le cerf contient dans toutes ses parties beaucoup de sel volatil & d'huile : les meules & cornes nouvelles prises en gelée, facilitent l'accouchement : ses grandes cornes se rapent ; cette rapure entre dans les tisanes, les gelées, les bouillons, & plusieurs poudres & électuaires. Elle est bonne pour arrêter le cours de ventre & le flux hémorrhoïdal, elle fortifie & restaure ; on la distille, & on en tire un sel & une huile volatile : on la prépare philosophiquement.
L'os ou cartilage du coeur a passé pour un cordial alexitere, & bon dans les crachemens du sang. On employe la moëlle de cerf en liniment dans les rhumatismes, la goutte sciatique & les fractures : sa graisse est émolliente, nervale & résolutive : son sang est sudorifique ; on le donne desséché & en poudre à la dose d'un demi-scrupule. Le priape excite, dit-on, la semence & soulage dans la dyssenterie ; on l'ordonne dans l'un & l'autre cas depuis un demi-scrupule jusqu'à une drachme. La vessie appliquée guérit la teigne. Au reste, si ces remedes ont quelqu'efficacité, elle dépend uniquement du sel volatil & de l'huile.
L'huile volatile de corne de cerf est fétide : on la rectifie par plusieurs cohobations ; & lorsqu'elle est claire & sans mauvaise odeur, on l'employe dans les affections nerveuses, les foulures, les paralysies ; en liniment sur l'épine & l'origine des nerfs. On fait entrer le sel volatil dans les potions cordiales, sudorifiques & anti-épileptiques, à la dose d'un scrupule. Il passe pour anti-spasmodique, & on l'applique sur le nez dans la catalepsie, le carus & autres maladies, tant soporeuses que convulsives.
Ettmuller & Ludovic vantent l'esprit volatil de corne de cerf, comme un grand alexipharmaque, & le recommandent dans les affections malignes.
Usages de quelques parties du cerf dans les Arts. On travaille sa peau, & au sortir des mains du Chamoiseur & du Mégissier, après qu'elle a été passée en huile, on en fait des gants, des ceinturons, &c. Les Fourreurs en font aussi des manchons. Les Selliers se servent de sa bourre, ou du poil que les Mégissiers & Chamoiseurs ont fait tomber de sa peau, pour en rembourrer en partie des selles & des bâts. Les Couteliers refendent sa corne à la scie, & en tirent des manches de couteau. On fait beaucoup plus de cas du bois de cerf enlevé de dessus la tête de cet animal tué, que de celui qu'il met bas quand il est vivant, & qu'on ramasse sur la terre.
On trouve dans les forêts de Bohème des cerfs qui ont au cou de longues touffes ou flocons noirs : ils passent pour plus vigoureux que les autres.
On dit qu'il ne se trouve point de fiel à son foie ; & l'on présume à la couleur & à l'amertume de sa queue, que c'est-là qu'il le porte.
Il y a un si grand nombre de cerfs au royaume de Siam, qu'on en tue plus de 150 mille par an, dont on envoye les peaux au Japon.
Il y a aux Indes occidentales des troupeaux de cerfs privés, que des bergers menent paître dans les champs comme des moutons. Les habitans de ces contrées font des fromages de lait de biche.
Il y a plusieurs especes de cerfs. Celle qui mérite le plus d'être remarquée, à cause de sa petitesse, est désignée chez les Naturalistes par ces mots, cervus perpusillus, juvencus, guineensis, & se trouve en Guinée, ainsi que la phrase l'indique. Voyez Seba, tome I. p. 70. & nos Planches d'Histoire naturelle, Pl. VII. fig. 3. Voyez aussi sa corne en A, même Planche. Il n'a pas plus d'un demi-pié de hauteur, prise depuis l'extrémité de son pié de devant jusqu'au-dessus de sa tête. Cette hauteur prise du pié de derriere jusqu'au-dessus de la croupe, n'a guere plus de quatre pouces ; & il n'en a pas cinq de la queue au poitrail. Il a la tête fort grosse & les oreilles fort larges, relativement au reste de son corps : ses jambes sont très-menues. Sa corne a plus de deux pouces de long sur un demi-pouce de large à la base ; elle va toûjours en diminuant & en se recourbant un peu. Elle paroît creuse, & porter cinq à six rainures circulaires placées les unes au-dessus des autres, qu'une longue gouttiere qui part presque du bout de la corne, vient traverser. Il a l'oeil grand, & à en juger par la figure de Seba, le poil un peu hérissé. Il a deux moustaches, & quelques poils de barbe sous la mâchoire inférieure. Voilà tout ce que sa figure indique, & l'histoire ne nous en apprend pas davantage. On voit dans Seba la patte d'un cerf plus petit encore que celui que nous venons de décrire.
CERF de Canada, (Hist. nat. Zoolog.) Celui qui a été décrit dans les mém. de l'acad. royale des Sciences, étoit fort grand ; il avoit quatre piés depuis le haut du dos jusqu'à terre. La longueur de son bois étoit de trois piés : les premieres branches, que l'on appelle andouillers, avoient un pié ; les secondes branches dix pouces, & les autres à proportion. Ces branches étoient au nombre de six à chaque bois, c'est-à-dire à chaque corne. Les cornes étoient recouvertes d'une peau fort dure, & garnie d'un poil épais & court, de couleur fauve un peu obscure, comme le poil du corps : celui des cornes étoit détourné en forme d'épi en plusieurs endroits, & la peau avoit une grande quantité de veines & d'arteres remplies de beaucoup de sang ; & la corne étoit creusée en sillons, dans lesquels ces vaisseaux rampoient. On n'observa dans ce cerf de Canada rien de différent de nos cerfs ordinaires.
On a joint à cette description celle de deux biches de Sardaigne. Leur hauteur étoit de deux piés huit pouces, depuis le haut du dos jusqu'à terre. Le cou avoit un pié de longueur ; la jambe de derriere, depuis le genou jusqu'à l'extremité du pié, deux piés de longueur, & un pié jusqu'au talon. Le poil étoit de quatre couleurs, fauve, blanc, noir & gris ; blanc sous le ventre & au-dedans des cuisses & des jambes ; fauve-brun sur le dos ; fauve-isabelle sur les flancs : l'un & l'autre fauve au tronc du corps, étoit marqué de taches blanches de différentes figures. Il y avoit le long du dos deux rangs de ces taches en ligne droite, les autres étoient parsemées sans ordre. On voyoit de chaque côté une ligne blanche sur les flancs. Le cou & la tête étoient gris. La queue étoit blanche par-dessous & noire par-dessus, le poil ayant six pouces de longueur. Tome III. part. II. Voyez QUADRUPEDE.
CERF-VOLANT, lucanus, (Hist. nat.) insecte du genre des scarabées. On lui a donné le nom de cerf-volant, parce qu'il a deux grosses cornes longues, branchues, & faites en quelque façon comme celles du cerf. On l'appelle aussi taureau volant, parce qu'il est très-gros en comparaison des autres insectes de son genre. Il est noir, ou d'un noir rougeâtre, principalement sur les fausses ailes & sur la poitrine. Ses deux cornes sont quelquefois aussi longues que le petit doigt : elles sont égales, semblables l'une à l'autre, & mobiles ; leur extrémité est divisée en deux branches ; elles ont un rameau & des dentelures sur leur côté intérieur. Les yeux sont durs, prééminens, blanchâtres, & placés à côté des cornes : il y a entre elles deux autres petites cornes ou antennes faites en forme de massue, & placées an milieu du front, & les deux autres plus longues entre les deux cornes & les yeux. Il a six pattes, dont les deux premieres sont les plus longues & les plus grosses : la tête est plus large que la poitrine. Ces insectes serrent assez fortement ce qu'ils ont saisi avec leurs grosses cornes : ils vivent encore long-tems après qu'on a séparé la tête du reste du corps. Il y a d'autres cerfs-volans semblables aux précédens, quoique plus petits. Leonicerus a crû que les plus grands étoient les mâles, & Mouffet assûre au contraire que ce sont les femelles Theat. insect. Aldrovande, de Insectis. Voyez SCARABEE, INSECTE. (I)
CERF-VOLANT : c'est un nom que les Tanneurs & autres artisans qui travaillent aux gros cuirs, donnent aux cuirs tannés à-fort-fait, & dont ils ont ôté le ventre. Voyez CUIR.
CERF, mal de cerf, en terme de Maréchal, est un rhumatisme qui tombe sur les mâchoires & les parties du train de devant d'un cheval : ce mal l'empêche de manger, & se jette quelquefois sur les parties du train de derriere. Jambes de cerf. Voyez JAMBE. (V)
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| CERFEUIL | S. m. chaerophyllum, (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleurs en rose, disposées en ombelle, & composées de plusieurs pétales inégaux, soûtenues par le calice, qui devient un fruit composé de deux semences ressemblantes à des becs d'oiseaux, renflées d'un côté & plates de l'autre. Ces semences sont lisses dans quelques especes, & rudes dans d'autres ; mais elles ne sont jamais cannelées. Tournef. inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Le chaerophyllum sativum, C. B. Pitt. 152. est bon pour résoudre le sang coagulé : on l'employe avec succès dans les bouillons pour aider l'expectoration dans l'asthme. Il est vulnéraire, résolutif, diurétique, emménagogue, apéritif, atténuant ; il entre dans les bouillons & aposemes altérans.
Le cerfeuil musqué, ou myrrhis perennis semine striato, alba, major, odorata, Boer. Ind. bot. 69. ressemble à la fougere, d'où lui est venu le nom de fougere musquée ; est plus connu dans les cuisines que dans les boutiques ; approche beaucoup de la nature du cerfeuil ; est composé de parties ténues & chaudes, & bon pour les personnes qui ont l'estomac froid & rempli de vents ; pour lever les obstructions du foie & de la rate, & pour exciter l'urine. Miller, Bot. off. (N)
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| CERICO | (Géog.) île de l'Archipel au midi de la Morée, & au nord occidental de celle de Candie ; c'est la même que celle qui a été tant chantée par les Poëtes sous le nom de Cythere.
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| CERIN | oiseau, voyez SERIN.
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| CERINES | (Géog.) ville de l'île de Chypre, avec un bon port. Long. 51. 10. lat. 35. 22.
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| CERINTHIENS | S. m. pl. (Hist. ecclés.) anciens hérétiques qui nioient la divinité de Jesus-Christ, & qui tirerent leur nom de Cerinthe leur chef, fameux hérésiarque du premier siecle, & contemporain de l'apôtre S. Jean.
Cerinthe étoit extrèmement zélé pour la circoncision & autres observances légales ; & S. Epiphane assûre qu'il fut chef du parti qui s'éleva à Jerusalem contre S. Pierre, parce qu'il avoit communiqué avec les Gentils. Son hérésie approchoit fort de celle des Ebionites. Voyez EBIONITES.
Il avançoit entr'autres choses, que ce n'étoit pas Dieu qui avoit fait le monde, mais une certaine vertu séparée & très-éloignée de la vertu souveraine, & qu'elle l'avoit fait à son insû : que le Dieu des Hébreux n'étoit pas le Seigneur, mais un ange : que Jesus étoit né de Joseph & de Marie, comme les autres hommes ; mais que comme il les surpassoit tous en vertu & en sagesse, le Christ (c'est-à-dire une vertu particuliere) envoyé par le Dieu souverain, étoit descendu en lui après son baptême en figure de colombe ; qu'il lui avoit manifesté le Pere inconnu jusque-là & fait opérer des miracles. A la fin, selon lui, le Christ s'étoit envolé, & s'étoit retiré de Jesus-Christ dans le tems de sa passion ; ensorte qu'il n'y avoit que Jesus qui avoit souffert & qui étoit ressuscité : mais le Christ étant spirituel, étoit demeuré immortel & impassible. Cerinthe publioit une prétendue révélation contenant des images monstrueuses, qu'il disoit lui avoir été montrées par des anges ; & assûroit qu'après la résurrection générale il y auroit un regne de Jesus-Christ sur la terre pendant mille ans, & qu'alors dans Jérusalem les hommes joüiroient pendant ce tems de tous les plaisirs de la chair. On croit que Cerinthe bornoit la béatitude à ce regne terrestre. Ses disciples soûtenoient toutes ces visions ; quelques-uns d'entr'eux nioient la résurrection, & plusieurs avançoient que Jesus-Christ n'étoit pas encore ressuscité. Ils rejettoient tout le nouveau Testament, à l'exception de l'évangile de S. Matthieu, où l'histoire de la circoncision de Jesus-Christ leur paroissoit une preuve démonstrative de la nécessité de cette cérémonie dans le Christianisme. Quelques anciens ont attribué à Cerinthe l'Apocalypse de S. Jean, & sous ce prétexte l'ont rejetté comme un livre apocryphe, trompés par la ressemblance du titre que Cerinthe avoit donné à un de ses ouvrages. Voyez APOCALYPSE & APOCRYPHE. (G)
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| CERISAYE | S. f. (Jardinage) est un lieu planté en cerisiers. Voyez CERISIER.
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| CERISE | S. f. fruit du cerisier. Voyez CERISIER. Ce fruit est très-bon : on le mange crud quand il est mûr ; ou on le cueille un peu avant sa maturité, & on le met en compote. Pour faire la compote, on en coupe la queue par la moitié : on fait bouillir du sucre dans une poele : on prend une demi-livre de sucre pour une livre de fruit. Quand le sucre boût, on y jette les cerises ; on remue, on écume ; on pousse l'ébullition jusqu'à ce que le sucre soit en sirop : après quoi on laisse refroidir, & la compote est prête.
La confiture de cerise n'a rien de particulier : voyez celle d'ABRICOT. On tire à l'alembic une eau-de-vie de cerise qui est très-violente.
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| CERISIER | S. m. cerasus, (Hist. nat. bot.) genre d'arbre à fleur en rose composée de plusieurs pétales disposés en rond. Le pistil sort du calice, & devient dans la suite un fruit charnu presque rond, ou en coeur, qui renferme un noyau de la même forme, dans lequel il y a une semence. Ajoûtez au caractere de ce genre le port de ses especes. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Le cerisier se distingue en bigarreautier & en merisier.
Le bigarreautier a les mêmes feuilles & le même bois que le cerisier. Son fruit est quarré, plus ferme, plus croquant, & d'un goût plus agréable, mais moins fondant que la cerise. Il est presque blanc, mêlé d'un peu de rouge.
Le guinier a aussi le même bois & la même feuille que le cerisier, c'est un fruit précoce qui vient avant les autres especes. La guine est rouge, blanche, cendrée, moins ronde que la cerise, la chair moins ferme & plus fade.
Le merisier est un arbre sauvage. Voyez MERISIER.
Le griottier a de plus beau fruit que les autres. Voyez GRIOTTIER.
On appelle tous ces fruits des fruits rouges.
Les belles cerises à courte queue sont bonnes à confire, & elles croissent dans la vallée de Montmorency, où on les appelle cerises coulardes.
Il y a encore une cerise appellée royale ou d'Angleterre, qui revient à celle de Montmorency ou à la griotte.
Les cerisiers se multiplient par leurs noyaux germés & par des rejettons à leur pié ; mais on les greffe ordinairement sur le merisier rouge, qui est le plus abondant en seve. Quand ces rejettons sont grands, on greffe dessus de grosses griottes, qui réussissent mieux que sur merisier. (K)
Il y a deux especes de cerisiers dont le fruit est d'usage en Medecine ; le cerasus sativa, fructu rotundo, rubro & acido. Tourn. inst. Sa gomme passe pour lithontriptique, & les cerises pour plus rafraîchissantes que les poires ; elles calment la soif ; elles sont bienfaisantes à l'estomac, & aiguisent l'appétit. La gomme du cerisier passe pour lithontriptique.
Leur suc est très-résolutif ; lorsqu'on les a fait bouillir, & qu'on en fait un usage fréquent, elles peuvent guérir plusieurs maladies chroniques, & emporter par la diarrhée la matiere qui faisoit obstruction.
Le cerasus nigra, offic. germ. 1323. Ses cerises sont cordiales, céphaliques, & salutaires dans toutes les maladies de la tête & des nerfs, comme les épilepsies, les convulsions, les paralysies, & autres maladies semblables.
L'eau distillée est d'un grand usage dans les affections spasmodiques. (N)
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| CERISIN | oiseau ; voyez SERIN.
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| CERITES | S. m. pl. (Hist.) peuples d'Italie, habitans de Ceré, à qui les Romains accorderent le droit de bourgeoisie, en reconnoissance de l'asyle qu'ils avoient accordé aux Vestales à l'arrivée des Gaulois. Comme ils n'avoient point le droit de suffrage dans les assemblées, on disoit d'un citoyen romain privé de ce suffrage, qu'il étoit in ceritum tabulas relatus.
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| CERNAY | CERNAY
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| CERNIN | (SAINT) Géog. petite ville de France, dans le Roüergue.
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| CERNINUM | S. f. (Hist. anc.) habit de femme dont il est fait mention dans Plaute, mais dont on ne connoît que le nom.
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| CERNOPHOROS | S. f. (Hist. anc.) nom d'une des danses furieuses des Grecs.
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| CERNU | (Géog.) petite ville d'Afrique au royaume de Maroc, dans la province de Duquela.
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| CERNY | (Géog.) petite ville de l'île de France, dans la généralité de Paris.
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| CERO | S. m. (Hist. nat. Ichth.) poisson de mer du genre des tourds ; on le nomme cero en Provence & principalement à Antibe. Il a en Languedoc jusqu'à une coudée de longueur, & il est marqué de diverses couleurs : le dos est de couleur d'or & moucheté de verd ; le ventre est blanc & parsemé de traits courbes de couleur rousse ; les levres sont vertes ; les couvercles des oüies de couleur de pourpre ; enfin la queue & les nageoires sont bleues pour la plus grande partie. Rondelet. Voyez POISSON. (I)
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| CEROMA | (Hist. ancienne) lieu des anciens thermes ou bains dans lequel les athletes se faisoient oindre : Pline, liv. XXXV. ch. ij. s'est servi de ce terme en ce sens : iidem palaestras athletarum imaginibus & ceromata sua exornant ; mais on prend plus communément ce nom pour un onguent dont les athletes se faisoient frotter, & que nous appellons cérat. On le composoit d'une certaine quantité d'huile & de cire mêlées & fondues ensemble. Il servoit non-seulement à rendre les membres des lutteurs glissans, & moins sujets à donner prise à leurs adversaires ; mais encore à leur procurer plus de souplesse & d'agilité dans leurs mouvemens. (G)
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| CEROMANTIE | S. f. divination qui se faisoit par le moyen de la cire, & qui étoit en usage chez les Turcs, au rapport de Delrio : elle consistoit à faire fondre de la cire, & à la verser goutte-à-goutte dans un vase plein d'eau ; & selon la figure que formoient les gouttes, on en tiroit des présages heureux ou malheureux.
Le même auteur comprend sous le titre de ceromantie, une superstition usitée de son tems en Alsace. " Lorsque quelqu'un est malade, dit-il, & que les bonnes femmes veulent découvrir quel saint lui a envoyé sa maladie, elles prennent autant de cierges du même poids qu'elles soupçonnent de saints, en allument un en l'honneur de chaque saint ; & celui dont le cierge est le premier consumé, passe dans leur esprit pour l'auteur du mal. Delrio, lib. IV. pag. 553 ". Ce mot est formé du grec , cire, & de , divination. (G)
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| CERON | S. m. (Commerce) que l'on nomme plus communément suron, sorte de ballot de marchandise, couvert de peau de boeuf fraîche, dont le poil est en-dedans. Voyez SURON. Dictionn. de Comm. (G)
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| CEROUEN | ou CIROUENE, (Chirurgie) nom que le vulgaire donne à des emplâtres résolutives & fortifiantes, qu'on applique sur la peau à la suite des chûtes, pour les douleurs & contusions qu'elles causent. On fait communément ces emplâtres avec de la térébenthine & du bol d'Arménie. (Y)
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| CERQUEMANNEUR | S. m. (Jurisprud.) c'est ainsi qu'on appelle dans la Flandre & dans la Picardie, des experts & maîtres jurés qu'on appelle, soit pour planter, soit pour rasseoir les bornes. Ils ont une espece de jurisdiction sommaire pour ces sortes de différends qui sont très-fréquens, & qui seroient ruineux en justice reglée.
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| CERRITO | (Géog.) petite ville d'Italie au royaume de Naples, dans la province de Labour.
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| CERS | (Géog.) petite île de l'Océan, sur les côtes de France, à l'orient de celles de Gernezey.
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| CERTIFICAT | S. m. témoignage qu'on donne par écrit pour certifier la vérité d'une chose.
CERTIFICAT de franchise ; c'est un acte qui déclare certaines marchandises franches & exemptes des droits de sortie du royaume, pour avoir été achetées & enlevées pendant le tems de la franchise des foires. Voyez ACQUIT DE FRANCHISE. Dictionn. du Commerce. tome II. p. 150. (G)
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| CERTIFICATEUR | S. m. terme de Pratique, est celui qui repond en justice de la solvabilité d'une caution judiciaire, & en même tems subsidiairement de la somme pour raison de quoi la caution a été exigée, au cas que par l'évenement la caution se trouve insolvable. Or pour constater son insolvabilité, il faut la discuter avant d'attaquer le certificateur. Voy. CAUTION.
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| CERTIFICATION | S. f. terme de Palais, est l'attestation que donne le juge du lieu, que des criées ont été faites avec les solennités & les formalités requises par les ordonnances.
Il signifie aussi l'attestation que quelqu'un donne en justice, qu'une caution est solvable ; & par cette attestation, le certificateur devient lui-même caution de la caution. Voyez ci-devant CERTIFICATEUR. (H)
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| CERTIFIER | v. act. signifie répondre d'une caution après avoir attesté sa solvabilité. (G)
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| CERTITUDE | S. f. (Logique, Métaphysique, & Morale) c'est proprement une qualité du jugement qui emporte l'adhésion forte & invincible de notre esprit à la proposition que nous affirmons.
On peut prendre le mot de certitude en différens sens : ce mot s'applique quelquefois à la vérité ou à la proposition même à laquelle l'esprit adhere ; comme quand on dit la certitude de telle proposition, &c. Quelquefois il se prend, comme dans la définition que nous en avons donnée, pour l'adhésion même de l'esprit à la proposition qu'il regarde comme certaine.
On peut encore distinguer, comme M. d'Alembert l'a fait dans le Discours préliminaire, l'évidence de la certitude, en disant que l'évidence appartient proprement aux idées dont l'esprit apperçoit la liaison tout d'un coup, & la certitude à celles dont il n'apperçoit la liaison que par le secours d'un certain nombre d'idées intermédiaires. Ainsi, par exemple le tout est plus grand que sa partie, est une proposition évidente par elle-même, parce que l'esprit apperçoit tout-d'un-coup & sans aucune idée intermédiaire la liaison qui est entre les idées de tout & de plus grand, de partie & de plus petit ; mais cette proposition, le quarré de l'hypoténuse d'un triangle rectangle est à la somme des quarrés des deux côtés, est une proposition certaine & non évidente par elle-même, parce qu'il faut plusieurs propositions intermédiaires & consécutives pour en appercevoir la vérité. Dans ce cas, on peut dire que la certitude résulte d'un nombre plus ou moins grand de propositions évidentes qui se suivent immédiatement, mais que l'esprit ne peut embrasser toutes à-la-fois, & qu'il est obligé d'envisager & de détailler successivement.
D'où il s'ensuit 1°. que le nombre des propositions pourroit être si grand, même en une démonstration géométrique, qu'elles en feroient un labyrinthe, dans lequel le meilleur esprit venant à s'égarer, ne seroit point conduit à la certitude. Si les propriétés de la spirale n'avoient pû se démontrer autrement que par la voie tortueuse qu'Archimede a suivie, un des meilleurs Géometres du siecle passé n'eût jamais été certain de la découverte de ces propriétés. J'ai lû plusieurs fois, disoit-il, cet endroit d'Archimede, & je n'ai pas mémoire d'en avoir jamais senti toute la force : Et memini me nunquam vim illius percepisse totam.
2°. De-là il s'ensuit encore que la certitude en Mathématique, naît toûjours de l'évidence, puisqu'elle vient de la liaison apperçûe successivement entre plusieurs idées consécutives & voisines.
Chambers dit que l'évidence est proprement dans la liaison que l'esprit apperçoit entre les idées, & la certitude dans le jugement qu'il porte sur ces idées : mais il me semble que c'est là se joüer un peu des mots ; car voir la liaison de deux idées, & juger, c'est la même chose.
On pourroit encore, comme on l'a fait dans le Discours préliminaire, distinguer l'évidence de la certitude, en disant que l'évidence appartient aux vérités purement spéculatives de Métaphysique & de Mathématique ; & la certitude aux objets physiques, & aux faits que l'on observe dans la nature, & dont la connoissance nous vient par les sens. Dans ce sens, il seroit évident que le quarré de l'hypothénuse est égal aux quarrés des deux côtés dans un triangle rectangle ; & il seroit certain que l'aimant attire le fer.
On distingue dans l'Ecole deux sortes de certitude ; l'une de spéculation, laquelle naît de l'évidence de la chose ; l'autre d'adhésion, qui naît de l'importance de la chose. Les Scholastiques appliquent cette derniere aux matieres de foi. Cette distinction paroît assez frivole : car l'adhésion ne naît point de l'importance de la chose, mais de l'évidence ; d'ailleurs la certitude de spéculation & l'adhésion sont proprement un seul & même acte de l'esprit.
On distingue encore, mais avec plus de raison, les trois especes suivantes de certitude, par rapport aux trois degrés de l'évidence qui la font naître.
La certitude métaphysique est celle qui vient de l'évidence métaphysique : telle est celle qu'un géometre a de cette proposition, que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles droits, parce qu'il est métaphysiquement, c'est-à-dire absolument aussi impossible que cela ne soit pas, qu'il l'est qu'un triangle soit quarré.
La certitude physique est celle qui vient de l'évidence physique : telle est celle qu'a une personne, qu'il y a du feu sur sa main, quand elle le voit & qu'elle se sent brûler ; parce qu'il est physiquement impossible que cela ne soit pas, quoiqu'absolument & rigoureusement parlant, cela pût ne pas être.
La certitude morale est celle qui est fondée sur l'évidence morale : telle est celle qu'une personne a du gain ou de la perte de son procès, quand son procureur ou ses amis le lui mandent, ou qu'on lui donne copie du jugement ; parce qu'il est moralement impossible que tant de personnes se réunissent pour en tromper une autre à qui elles prennent intérêt, quoique cela ne soit pas rigoureusement & absolument impossible.
On trouve dans les Transactions philosophiques un calcul algébrique des degrés de la certitude morale, qui provient des témoignages des hommes dans tous les cas possibles
L'auteur prétend que si un récit passe avant que de parvenir jusqu'à nous par douze personnes successives, dont chacune lui donne 5/6 de certitude, il n'aura plus que 1/2 de certitude après ces douze récits ; de façon qu'il y aura autant à parier pour la vérité que pour la fausseté de la chose en question : que si la proportion de la certitude est de 100/106, elle ne tombera alors à 1/2 qu'au soixante-dixieme rapport ; & que si elle n'est que 100/1001, elle ne tombera alors à 1/2 qu'au six cent quatre-vingt-quinzieme rapport.
En général, soit a/b la fraction qui exprime la certitude que chacun donne au recit, ce récit passant par deux témoins, n'aura plus, selon l'auteur dont nous parlons, que (a a)/(b b) de certitude ; & passant par n témoins, la certitude sera an/bn. Cela est aisé à prouver par les regles des combinaisons. Supposons, comme ci-dessus, la certitude = 5/6 & deux témoins successifs ; il y a donc, pour ainsi dire, un cas où le premier trompera, cinq où il dira vrai ; un cas où le second trompera, & cinq où il dira vrai. Il y a donc trente-six cas en tout, & vingt-cinq cas où ils diront vrai tous deux : donc la certitude est de 25/30 = (5/6)2, & ainsi des autres. Voyez COMBINAISON & DES.
Quant aux témoignages qui concourent, si deux personnes rapportent un fait, & qu'ils lui donnent chacun en particulier 5/6 de certitude, le fait aura alors par ce double témoignage 35/36 de certitude, c'est-à-dire sa probabilité sera à sa non-probabilité dans le rapport de trente-cinq à un. Si trois témoignages se réunissent, la certitude sera de 215/216. Le concours du témoignage de dix personnes qui donnent chacune 1/2 de certitude, produira 1023/1024 de certitude par la même raison. Cela est évident : car il y a trente-six cas en tout, & il n'y a qu'un cas où elles trompent toutes les deux. Les cas où l'une des deux tromperoit, doivent être comptés pour ceux qui donnent la certitude : car il n'en est pas ici comme du cas précédent, où les deux témoins sont successifs, & où l'un reçoit la tradition de l'autre. Ici les deux témoins sont supposés voir le fait & le connoître indépendamment l'un de l'autre : il suffit donc que l'un des deux ne trompe pas ; au lieu que dans le premier cas, la tromperie du premier rend le second trompeur, même quand il croit ne tromper pas, & qu'il a intention de dire la vérité.
L'auteur calcule ensuite la certitude de la tradition orale, écrite & transmise successivement, & confirmée par plusieurs rapports successifs. V. l'art. PROBABILITE, & sur-tout la suite de celui-ci, où la valeur de ces calculs & des raisonnemens absurdes sur lesquels ils sont fondés, est appréciée ce qu'elle vaut. C'est une dissertation de M. l'abbé de Prades, destinée à servir de discours préliminaire à un ouvrage important sur la vérité de la religion. Nous l'eussions peut-être analysée, si nous n'avions craint d'en altérer la force. L'objet d'ailleurs en est si grand ; les idées si neuves & si belles ; le ton si noble ; les preuves si bien exposées, que nous avions mieux aimé la rapporter toute entiere. Nous espérons que ceux à qui l'intérêt de la religion est à coeur nous en sauront gré, & qu'elle sera très-utile aux autres. Au reste, nous pouvons assûrer que si la fonction d'éditeurs de l'Encyclopédie nous a jamais été agréable, c'est particulierement dans ce moment. Mais il est tems de laisser parler l'auteur lui-même : son ouvrage le loüera mieux que tout ce que nous pourrions ajoûter.
Le pyrrhonisme a eu ses révolutions, ainsi que toutes les erreurs : d'abord plus hardi & plus téméraire, il prétendit tout renverser ; il poussoit l'incrédulité jusqu'à se refuser aux vérités que l'évidence lui présentoit. La religion de ces premiers tems étoit trop absurde pour occuper l'esprit des philosophes : on ne s'obstine point à détruire ce qui ne paroît pas fondé ; & la foiblesse de l'ennemie a souvent arrêté la vivacité des poursuites. Les faits que la religion des payens proposoit à croire, pouvoient bien satisfaire l'avide crédulité du peuple : mais ils n'étoient point dignes de l'examen sérieux des Philosophes. La religion chrétienne parut : par les lumieres qu'elle répandit, elle fit bien-tôt évanoüir tous ces phantômes que la superstition avoit jusque-là réalisés : ce fut sans-doute un spectacle bien surprenant pour le monde entier, que la multitude des dieux qui en étoient la terreur ou l'espérance, devenus tout-à-coup son joüet & son mépris. La face de l'univers changée dans un si court espace de tems, attira l'attention des Philosophes : tous porterent leurs regards sur cette religion nouvelle, qui n'exigeoit pas moins leur soûmission que celle du peuple.
Ils ne furent pas long-tems à s'appercevoir qu'elle étoit principalement appuyée sur des faits, extraordinaires à la vérité, mais qui méritoient bien d'être discutés par les preuves dont ils étoient soûtenus. La dispute changea donc ; les Sceptiques reconnurent les droits des vérités métaphysiques & géométriques sur notre esprit, & les Philosophes incrédules tournerent leurs armes contre les faits. Cette matiere depuis si long-tems agitée, auroit été plus éclaircie, si avant que de plaider de part & d'autre, l'on fut convenu d'un tribunal où l'on pût être jugé. Pour ne pas tomber dans cet inconvénient, nous disons aux Sceptiques : vous reconnoissez certains faits pour vrais ; l'existence de la ville de Rome dont vous ne sauriez douter, suffiroit pour vous convaincre, si votre bonne foi ne nous assûroit cet aveu : il y a donc des marques qui vous font connoître la vérité d'un fait ; & s'il n'y en avoit point, que seroit la société ? tout y roule, pour ainsi dire, sur des faits : parcourez toutes les sciences, & vous verrez du premier coup-d'oeil, qu'elles exigent qu'on puisse s'assûrer de certains faits : vous ne seriez jamais guidé par la prudence dans l'exécution de vos desseins ; car qu'est-ce que la prudence, sinon cette prévoyance qui éclairant l'homme sur tout ce qui s'est passé & se passe actuellement, lui suggere les moyens les plus propres pour le succès de son entreprise, & lui fait éviter les écueils où il pourroit échoüer ? La prudence, s'il est permis de parler ainsi, n'est qu'une conséquence dont le présent & le passé sont les prémices : elle est donc appuyée sur des faits. Je ne dois point insister davantage sur une vérité que tout le monde avoue ; je m'attache uniquement à fixer aux incrédules ces marques qui caractérisent un fait vrai ; je dois leur faire voir qu'il y en a non-seulement pour ceux qui arrivent de nos jours, &, pour ainsi dire, sous nos yeux ; mais encore pour ceux qui se passent dans les pays très éloignés, ou qui par leur antiquité traversent l'espace immense des siecles : voilà le tribunal que nous cherchons, & qui doit décider sur tous les faits que nous présenterons.
Les faits se passent à la vûe d'une ou de plusieurs personnes : ce qui est à l'extérieur, & qui frappe les sens, appartient au fait ; les conséquences qu'on en peut tirer sont du ressort du philosophe qui le suppose certain. Les yeux sont pour les témoins oculaires des juges irréprochables, dont on ne manque jamais de suivre la décision : mais si les faits se passent à mille lieues de nous, ou si ce sont des événemens arrivés il y a plusieurs siecles, de quels moyens nous servirons-nous pour y atteindre ? D'un côté, parce qu'ils ne tiennent à aucune vérité nécessaire, ils se dérobent à notre esprit ; & de l'autre, soit qu'ils n'existent plus, ou qu'ils arrivent dans des contrées fort éloignées de nous, ils échappent à nos sens.
Quatre choses se présentent à nous ; la disposition des témoins oculaires ou contemporains ; la tradition orale, l'histoire, & les monumens : les témoins oculaires ou contemporains parlent dans l'histoire ; la tradition orale doit nous faire remonter jusqu'à eux, & les monumens enchaînent, s'il est permis de parler ainsi, leur témoignage. Ce sont les fondemens inébranlables de la certitude morale : par-là nous pouvons rapprocher les objets les plus éloignés, peindre, & donner une espece de corps à ce qui n'est plus visible, réaliser enfin ce qui n'existe plus.
On doit distinguer soigneusement dans la recherche de la vérité sur les faits, la probabilité d'avec le souverain degré de la certitude, & ne pas s'imaginer en ignorant, que celui qui renferme la probabilité dans sa sphere, conduise au Pyrrhonisme. J'ai même donné la plus legere atteinte à la certitude, ou toûjours crû, après une mûre réflexion, que ces deux choses étoient tellement séparées, que l'une ne menoit point à l'autre. Si certains auteurs n'avoient travaillé sur cette matiere qu'après y avoir bien refléchi, ils n'auroient pas dégradé par leurs calculs la certitude morale. Le témoignage des hommes est la seule source d'où naissent les preuves pour les faits éloignés ; les différens rapports d'après lesquels vous le considérez, vous donnent ou la probabilité ou la certitude. Si vous examinez le témoin en particulier pour vous assûrer de sa probité, le fait ne vous deviendra que probable ; & si vous le combinez avec plusieurs autres, avec lesquels vous le trouviez d'accord, vous parviendrez bien-tôt à la certitude. Vous me proposez à croire un fait éclatant & intéressant ; vous avez plusieurs témoins qui déposent en sa faveur : vous me parlez de leur probité & de leur sincérité ; vous cherchez à descendre dans leurs coeurs, pour y voir à découvert les mouvemens qui les agitent ; j'approuve cet examen : mais si j'assûrois avec vous quelque chose sur ce seul fondement, je craindrois que ce fût plûtôt une conjecture de mon esprit, qu'une découverte réelle. Je ne crois point qu'on doive appuyer une démonstration sur la seule connoissance du coeur de tel & tel homme en particulier : j'ose dire qu'il est impossible de prouver d'une démonstration morale qui puisse équivaloir à la certitude métaphysique, que Caton eût la probité que son siecle & la postérité lui accordent : sa réputation est un fait qu'on peut démontrer ; mais sur sa probité, il faut malgré nous nous livrer à nos conjectures, parce que n'étant que dans l'intérieur de son coeur, elle fuit nos sens, & nos regards ne sauroient y atteindre. Tant qu'un homme sera enveloppé dans la sphere de l'humanité, quelque véridique qu'il ait été dans tout le cours de sa vie, il ne sera que probable qu'il ne m'en impose point sur le fait qu'il rapporte. Le tableau de Caton ne vous présente donc rien qui puisse vous fixer avec une entiere certitude. Mais jettez les yeux, s'il m'est permis de parler ainsi, sur celui qui représente l'humanité en grand, voyez-y les différentes passions dont les hommes sont agités, examinez ce contraste frappant : chaque passion a son but, & présente des vûes qui lui sont propres : vous ignorez quelle est la passion qui domine celui qui vous parle ; & c'est ce qui rend votre foi chancelante : mais sur un grand nombre d'hommes vous ne sauriez douter de la diversité des passions qui les animent ; leurs foibles mêmes & leurs vices servent à rendre inébranlable le fondement où vous devez asseoir votre jugement. Je sai que les apologistes de la religion chrétienne ont principalement insisté sur les caracteres de sincérité & de probité des apôtres ; & je suis bien éloigné de faire ici le procès à ceux qui se contentent de cette preuve ; mais comme les sceptiques de nos jours sont très-difficiles sur ce qui constitue la certitude des faits, j'ai cru que je ne risquois rien d'être encore plus difficile qu'eux sur ce point, persuadé que les faits évangéliques sont portés à un degré de certitude qui brave les efforts du Pyrrhonisme le plus outré.
Si je pouvois m'assûrer qu'un témoin a bien vû, & qu'il a voulu me dire vrai, son témoignage pour moi deviendroit infaillible : ce n'est qu'à proportion des degrés de cette double assûrance que croît ma persuasion ; elle ne s'élevera jamais jusqu'à une pleine démonstration, tant que le témoignage sera unique, & que je considérerai le témoin en particulier ; parce que quelque connoissance que j'aye du coeur humain, je ne le connoîtrai jamais assez parfaitement pour en deviner les divers caprices, & tous les ressorts mystérieux qui le font mouvoir. Mais ce que je chercherois envain dans un témoignage, je le trouve dans le concours de plusieurs témoignages, parce que l'humanité s'y peint ; je puis, en conséquence des lois que suivent les esprits, assûrer que la seule vérité a pû réunir tant de personnes, dont les intérêts sont si divers & les passions si opposées. L'erreur a différentes formes, selon le tour d'esprit des hommes, selon les préjugés de religion & d'éducation dans lesquels ils sont nourris : si donc je les vois, malgré cette prodigieuse variété de préjugés qui différencient si fort les nations, se réunir dans la déposition d'un même fait, je ne dois nullement douter de sa réalité. Plus vous me prouverez que les passions qui gouvernent les hommes sont bisarres, capricieuses, & déraisonnables, plus vous serez éloquent à m'exagérer la multiplicité d'erreurs qui font naître tant de préjugés différens, & plus vous me confirmerez, à votre grand étonnement, dans la persuasion où je suis, qu'il n'y a que la vérité qui puisse faire parler de la même maniere tant d'hommes d'un caractere opposé. Nous ne saurions donner l'être à la vérité ; elle existe indépendamment de l'homme : elle n'est donc sujette ni de nos passions ni de nos préjugés : l'erreur au contraire qui n'a d'autre réalité que celle que nous lui donnons, se trouve par sa dépendance obligée de prendre la forme que nous voulons lui donner : elle doit donc être toûjours par sa nature marquée au coin de celui qui l'a inventée ; aussi est-il facile de connoître la trempe de l'esprit d'un homme aux erreurs qu'il débite. Si les livres de morale, au lieu de contenir les idées de leur auteur, n'étoient, comme ils doivent être, qu'un recueil d'expériences sur l'esprit de l'homme, je vous y renvoyerois pour vous convaincre du principe que j'avance. Choisissez un fait éclatant & qui intéresse, & vous verrez s'il est possible que le concours des témoins qui l'attestent puisse vous tromper. Rappellez-vous la glorieuse journée de Fontenoi ; putes-vous douter de la victoire signalée remportée par les François, après la déposition d'un certain nombre de témoins ? vous ne vous occupâtes dans cet instant ni de la probité ni de la sincérité des témoins ; le concours vous entraîna, & votre foi ne put s'y refuser. Un fait éclatant & intéressant entraîne des suites après lui : ces suites servent merveilleusement à confirmer la déposition des témoins ; elles sont aux contemporains ce que les monumens sont à la postérité : comme des tableaux répandus dans tout le pays que vous habitez, elles représentent sans-cesse à vos yeux le fait qui vous intéresse : faites-les entrer dans la combinaison que vous ferez des témoins ensemble, & du fait avec les témoins ; il en résultera une preuve d'autant plus forte, que toute entrée sera fermée à l'erreur ; car ces faits ne sauroient se prêter aux passions & aux intérêts des témoins.
Vous demandez, me dira-t-on, pour être assûré d'un fait invariablement, que les témoins qui vous le rapportent ayent des passions opposées & des intérêts divers : mais si ces caracteres de vérité, que je ne desavoue point, étoient uniques, on pourroit douter de certains faits qui tiennent non-seulement à la religion, mais qui même en sont la base. Les apôtres n'avoient ni des passions opposées ni des intérêts divers : votre combinaison, continuera-t-on devenant par-là impossible, nous ne pourrons point nous assûrer des faits qu'ils attestent.
Cette difficulté seroit sans-doute mieux placée ailleurs, où je discuterai les faits de l'évangile, mais il faut arrêter des soupçons injustes ou ignorans. De tous les faits que nous croyons, je n'en connois aucun qui soit plus susceptible de la combinaison dont je parle, que les faits de l'évangile. Cette combinaison est même ici plus frappante, & je crois qu'elle acquiert un degré de force, parce qu'on peut combiner les témoins entr'eux, & encore avec les faits. Que veut-on dire lorsqu'on avance que les apôtres n'avoient ni des passions opposées ni des intérêts divers, & que toute combinaison par rapport à eux est impossible ? A Dieu ne plaise que je veuille prêter ici des passions à ces premiers fondateurs d'une religion certainement divine ; je sai qu'ils n'avoient d'autre intérêt que celui de la vérité : mais je ne le sai que parce que je suis convaincu de la vérité de la religion chrétienne ; & un homme qui fait les premiers pas vers cette religion peut, sans que le chrétien qui travaille à sa conversion doive le trouver mauvais, raisonner sur les apôtres comme sur le reste des hommes. Pourquoi les apôtres n'étoient-ils conduits ni par la passion ni par l'intérêt ? c'est parce qu'ils défendoient une vérité, qui écartoit loin d'elle & la passion & l'intérêt. Un Chrétien instruit dira donc à celui qu'il veut convaincre de la religion qu'il professe : si les faits que les apôtres rapportent n'étoient point vrais, quelqu'intérêt particulier ou quelque passion favorite les auroient portés à défendre si opiniâtrément l'imposture, parce que le mensonge ne peut devoir son origine qu'à la passion & à l'intérêt : mais, continuera ce chrétien, personne n'ignore que sur un certain nombre d'hommes il doit s'y trouver des passions opposées & des intérêts divers ; ils ne s'accorderoient donc point s'ils avoient été guidés par la passion & par l'intérêt : on est donc forcé d'avoüer que la seule vérité forme cet accord. Son raisonnement recevra une nouvelle force, lorsqu'après avoir comparé les personnes entr'elles, il les rapprochera des faits. Il s'appercevra d'abord qu'ils sont d'une nature à ne favoriser aucune passion, & qu'ils ne sauroit y avoir d'autre intérêt que celui de la vérité qui eût pû les engager à les attester. Je ne dois pas étendre davantage ce raisonnement ; il suffit qu'on voie que les faits de la religion chrétienne sont susceptibles des caracteres de vérité que nous assignons.
Quelqu'un me dira peut-être encore : pourquoi vous obstinez-vous à séparer la probabilité de la certitude ? pourquoi ne convenez-vous point avec tous ceux qui ont écrit sur l'évidence morale, qu'elle n'est qu'un amas de probabilités ?
Ceux qui me font cette difficulté, n'ont jamais examiné de bien près cette matiere. La certitude est par elle-même indivisible : on ne sauroit la diviser sans la détruire. On l'apperçoit dans un certain point fixe de combinaison, & c'est celui où vous avez assez de témoins pour pouvoir assûrer qu'il y a des passions opposées ou des intérêts divers, ou si l'on veut encore, lorsque les faits ne peuvent s'accorder ni avec les passions ni avec les intérêts de ceux qui les rapportent ; en un mot, lorsque du côté des témoins ou du côté du fait on voit évidemment qu'il ne sauroit y avoir d'unité de motif. Si vous ôtez quelque circonstance nécessaire à cette combinaison, la certitude du fait disparoîtra pour vous. Vous serez obligés de vous rejetter sur l'examen des témoins qui restent, parce que n'en ayant pas assez pour qu'ils puissent représenter le caractere de l'humanité, vous êtes obligés d'examiner chacun en particulier. Or voilà la différence essentielle entre la probabilité & la certitude ; celle-ci prend sa source dans les lois générales que tous les hommes suivent, & l'autre dans l'étude du coeur de celui qui vous parle ; l'une est susceptible d'accroissement, & l'autre ne l'est point. Vous ne seriez pas plus certain de l'existence de Rome, quand même vous l'auriez sous vos yeux ; votre certitude changeroit de nature, puisqu'elle seroit physique : mais votre croyance n'en deviendroit pas plus inébranlable. Vous me présentez plusieurs témoins, & vous me faites part de l'examen réfléchi que vous avez fait de chacun en particulier ; la probabilité sera plus ou moins grande selon le degré d'habileté que je vous connois à pénétrer les hommes. Il est évident que ces examens particuliers tiennent toûjours de la conjecture ; c'est une tache dont on ne peut les laver. Multipliez tant que vous voudrez ces examens ; si votre tête retrécie ne saisit pas la loi que suivent les esprits, vous augmenterez, il est vrai, le nombre de vos probabilités : mais vous n'acquerrez jamais la certitude. Je sens bien ce qui fait dire que la certitude n'est qu'un amas de probabilités ; c'est parce qu'on peut passer des probabilités à la certitude ; non qu'elle en soit, pour ainsi dire, composée, mais parce qu'un grand nombre de probabilités demandant plusieurs témoins, vous met à portée, en laissant les idées particulieres, de porter vos vûes sur l'homme tout entier. Bien loin que la certitude résulte de ces probabilités, vous êtes obligé, comme vous voyez, de changer d'objet pour y atteindre. En un mot, les probabilités ne servent à la certitude, que parce que par les idées particulieres vous passez aux idées générales. Après ces réflexions il ne sera pas difficile de sentir la vanité des calculs d'un Géometre Anglois, qui a prétendu supputer les différens degrés de certitude que peuvent procurer plusieurs témoins : il suffira de mettre cette difficulté sous les yeux pour la faire évanoüir.
Selon cet auteur, les divers degrés de probabilité nécessaires pour rendre un fait certain, sont comme un chemin dont la certitude seroit le terme. Le premier témoin, dont l'autorité est assez grande pour m'assûrer le fait à demi, ensorte qu'il y ait égal parti à faire pour & contre la vérité de ce qu'il m'annonce, me fait parcourir la moitié du chemin. Un témoin aussi croyable que le premier, qui m'a fait parcourir la moitié de tout le chemin, par cela même que son témoignage est du même poids, ne me fera parcourir que la moitié de cette moitié, ensorte que ces deux témoins me feront parcourir les trois quarts du chemin. Un troisieme qui surviendra ne me fera avancer que de la moitié sur l'espace restant, que les deux autres m'ont laissé à parcourir ; son témoignage n'excédant point celui des deux premiers, pris séparément, il ne doit comme eux me faire parcourir que la moitié du chemin quelle qu'en soit l'étendue. En voici la raison sans-doute, c'est que chaque témoin peut seulement détruire dans mon esprit la moitié des raisons qui s'opposent à l'entiere certitude du fait.
Le Géometre Anglois, comme on voit, examine chaque témoin en particulier, puisqu'il évalue le témoignage de chacun pris séparément ; il ne suit donc pas le chemin que j'ai tracé pour arriver à la certitude. Le premier témoin me fera parcourir tout le chemin, si je puis m'assûrer qu'il ne s'est point trompé, & qu'il n'a pas voulu m'en imposer sur le fait qu'il me rapporte. Je ne saurois, je l'avoüe, avoir cette assûrance : mais examinez-en la raison, & vous vous convaincrez que ce n'est que parce que vous ne pouvez pas connoître les passions qui l'agitent, ou l'intérêt qui le fait agir. Toutes vos vûes doivent donc se tourner du côté de cet inconvénient. Vous passez à l'examen du second témoin, ne deviez-vous pas vous appercevoir qu'avant de raisonner sur ce second témoin comme vous avez fait sur le premier, la même difficulté reste toûjours ? Aurez-vous recours à l'examen d'un troisieme, ce ne seront jamais que des idées particulieres : ce qui s'oppose à votre certitude, c'est le coeur des témoins que vous ne connoissez pas : cherchez donc un moyen de le faire paroître, pour ainsi dire à vos yeux ; or c'est ce que procure un grand nombre de témoins. Vous n'en connoissez aucun en particulier ; vous pouvez pourtant assurer qu'aucun complot ne les a réunis pour vous tromper. L'inégalité des conditions, la distance des lieux, la nature du fait, le nombre des témoins, vous font connoître, sans que vous puissiez en douter, qu'il y a parmi eux des passions opposées & des intérêts divers. Ce n'est que lorsque vous êtes parvenu à ce point, que la certitude se présente à vous ; ce qui est, comme on voit, totalement soustrait au calcul.
Prétendez-vous, m'a-t-on dit, vous servir de ces marques de vérité pour les miracles comme pour les faits naturels ? Cette question m'a toûjours surpris. Je répons à mon tour : est-ce qu'un miracle n'est pas un fait ? Si c'est un fait, pourquoi ne puis-je pas me servir des mêmes marques de vérité pour les uns comme pour les autres ? Seroit-ce parce que le miracle n'est pas compris dans l'enchaînement du cours ordinaire des choses ? Il faudroit que ce en quoi les miracles different des faits naturels, ne leur permit pas d'être susceptibles des mêmes marques de vérité, ou que du moins elles ne pussent pas faire la même impression. En quoi different-ils donc ? Les uns sont produits par des agens naturels, tant libres que nécessaires ; les autres par une force qui n'est point renfermée dans l'ordre de la nature. Je vois donc Dieu qui produit l'un, & la créature qui produit l'autre (je ne traite point ici la question des miracles) ; qui ne voit que cette différence dans les causes ne suffit pas pour que les mêmes caracteres de vérité ne puissent leur convenir également ? La regle invariable que j'ai assignée pour s'assûrer d'un fait, ne regarde ni leur nature, c'est-à-dire s'ils sont naturels ou surnaturels, ni les causes qui les produisent. Quelque différence que vous trouviez donc de ce côté-là, elle ne sauroit s'étendre jusqu'à la regle qui n'y touche point. Une simple supposition fera sentir combien ce que je dis est vrai : qu'on se représente un monde où tous les évenemens miraculeux qu'on voit dans celui-ci, ne soient que des suites de l'ordre établi dans celui-là. Fixons nos regards sur le cours du soleil pour nous servir d'exemple : supposons que dans ce monde imaginaire le soleil suspendant sa course au commencement des quatre différentes saisons de l'année, le premier jour en soit quatre fois plus long qu'à l'ordinaire. Continuez à faire joüer votre imagination, & transportez-y les hommes tels qu'ils sont, ils seront témoins de ce spectacle bien nouveau pour eux. Peut-on nier que sans changer leurs organes ils fussent en état de s'assurer de la longueur de ce jour ? Il ne s'agit encore, comme on voit, que des témoins oculaires, c'est-à-dire si un homme peut voir aussi facilement un miracle qu'un fait naturel ; il tombe également sous les sens : la difficulté est donc levée quant aux témoins oculaires. Or ces témoins qui nous rapportent un fait miraculeux, ont-ils plus de facilité pour nous en imposer que sur tout autre fait ? & les marques de vérité que nous avons assignées ne reviennent-elles point avec toute leur force ? Je pourrai combiner également les témoins ensemble ; je pourrai connoître si quelque passion ou quelque intérêt commun les fait agir ; il ne faudra, en un mot, qu'examiner l'homme, & consulter les lois générales qu'il suit ; tout est égal de part & d'autre.
Vous allez trop loin, me dira-t-on, tout n'est point égal ; je sai que les caracteres de vérité que vous avez assignés ne sont point inutiles pour les faits miraculeux : mais ils ne sauroient faire la même impression sur notre esprit. On vient m'apprendre qu'un homme célebre vient d'opérer un prodige ; ce récit se trouve revêtu de toutes les marques de vérité les plus frappantes, telles, en un mot, que je n'hésiterois pas un instant à y ajoûter foi si c'étoit un fait naturel ; elles ne peuvent pourtant servir qu'à me faire douter de la réalité du prodige. Prétendre, continuera-t-on, que par-là je dépouille ces marques de vérité de toute la force qu'elles doivent avoir sur notre esprit, ce seroit dire que de deux poids égaux mis dans deux balances différentes, l'un ne peseroit pas autant que l'autre, parce qu'il n'emporteroit pas également le côté qui lui est opposé, sans examiner si tous les deux n'ont que les mêmes obstacles à vaincre. Ce qui vous paroît être un paradoxe va se développer clairement à vos yeux. Les marques de vérité ont la même force pour les deux faits : mais dans l'un il y a un obstacle à surmonter, & dans l'autre il n'y en a point ; dans le fait surnaturel je vois l'impossibilité physique qui s'oppose à l'impression que feroient sur moi ces marques de vérité ; elle agit si fortement sur mon esprit qu'elle le laisse en suspens ; il se trouve comme entre deux forces qui se combattent : il ne peut le nier, les marques de vérité dont il est revêtu ne le lui permettent pas ; il ne peut y ajoûter foi, l'impossibilité physique qu'il voit l'arrête. Ainsi, en accordant aux caracteres de vérité que vous avez assignés, toute la force que vous leur donnez, ils ne suffisent pas pour me déterminer à croire un miracle.
Ce raisonnement frappera sans-doute tout homme qui le lira rapidement sans l'approfondir : mais le plus leger examen suffit pour en faire appercevoir tout le faux ; semblable à ces phantômes qui paroissent durant la nuit, & se dissipent à notre approche. Descendez jusque dans les abysmes du néant, vous y verrez les faits naturels & surnaturels confondus ensemble, ne tenir pas plus à l'être les uns que les autres. Leur degré de possibilité, pour sortir de ce gouffre & reparoître au jour, est précisément le même ; car il est aussi facile à Dieu de rendre la vie à un mort, que de la conserver à un vivant. Profitons maintenant de tout ce qu'on nous accorde. Les marques de vérité que nous avons assignées sont, dit-on, bonnes, & ne permettent pas de douter d'un fait naturel qui s'en trouve revêtu. Ces caracteres de vérité peuvent même convenir aux faits surnaturels ; desorte que s'il n'y avoit aucun obstacle à surmonter, point de raisons à combattre, nous serions aussi assurés d'un fait miraculeux que d'un fait naturel. Il ne s'agit donc plus que de savoir, s'il y a des raisons dans un fait surnaturel qui s'opposent à l'impression que ces marques devroient faire. Or j'ose avancer qu'il en est précisément de même d'un fait surnaturel que d'un fait naturel ; c'est à tort qu'on s'imagine toûjours voir l'impossibilité physique d'un fait miraculeux combattre toutes les raisons qui concourent à nous en démontrer la réalité. Car qu'est-ce que l'impossibilité physique ? C'est l'impuissance des causes naturelles à produire un tel effet ; cette impossibilité ne vient point du côté du fait même, qui n'est pas plus impossible que le fait naturel le plus simple. Lorsqu'on vient vous apprendre un fait miraculeux, on ne prétend pas vous dire qu'il a été produit par les seules forces des causes naturelles ; j'avoue qu'alors les raisons qui prouveroient ce fait, seroient non-seulement combattues, mais même détruites ; non par l'impossibilité physique, mais par une impossibilité absolue : car il est absolument impossible qu'une cause naturelle avec ses seules forces produise un fait surnaturel. Vous devez donc, lorsqu'on vous apprend un fait miraculeux, joindre la cause qui peut le produire avec le même fait ; & alors l'impossibilité physique ne pourra nullement s'opposer aux raisons que vous aurez de croire ce fait. Si plusieurs personnes vous disent qu'elles viennent de voir une pendule remarquable par l'exactitude avec laquelle elle marque jusques aux tierces ; douterez-vous du fait, parce que tous les serruriers que vous connoissez ne sauroient l'avoir faite, & qu'ils sont dans une espece d'impossibilité physique d'exécuter un tel ouvrage ? Cette question vous surprend sans-doute, & avec raison : pourquoi donc, quand on vous apprend un fait miraculeux, voulez-vous en douter, parce qu'une cause naturelle n'a pû le produire ? L'impossibilité physique où se trouve la créature pour un fait surnaturel, doit-elle faire plus d'impression que l'impossibilité physique où se trouve ce serrurier d'exécuter cette admirable pendule ? Je ne vois d'autres raisons que celles qui naissent d'une impossibilité métaphysique, qui puissent s'opposer à la preuve d'un fait ; ce raisonnement sera toûjours invincible. Le fait que je vous propose à croire ne présente rien à l'esprit d'absurde & de contradictoire : cessez donc de parler avec moi de sa possibilité ou de son impossibilité, & venons à la preuve du fait.
L'expérience, dira quelqu'un, dément votre réponse ; il n'est personne qui ne croye plus facilement un fait naturel qu'un miracle. Il y a donc quelque chose de plus dans le miracle que dans le fait naturel ; cette difficulté à croire un fait miraculeux prouve très-bien, que la regle des faits ne sauroit faire la même impression pour le miracle que pour un fait naturel.
Si l'on vouloit ne pas confondre la probabilité avec la certitude, cette difficulté n'auroit pas lieu. J'avoue que ceux qui peu scrupuleux sur ce qu'on leur dit n'approfondissent rien, éprouvent une certaine résistance de leur esprit à croire un fait miraculeux, ils se contentent de la plus legere probabilité pour un fait naturel ; comme un miracle est toûjours un fait intéressant, leur esprit en demande davantage. Le miracle est d'ailleurs un fait beaucoup plus rare que les faits naturels : le plus grand nombre de probabilités doit donc y suppléer ; en un mot, on n'est plus difficile à croire un fait miraculeux qu'un fait naturel, que lorsqu'on se tient précisément dans la sphere des probabilités. Il a moins de vraisemblance, je l'avoue ; il faut donc plus de probabilités, c'est-à-dire, que si quelqu'un ordinairement peut ajoûter foi à un fait naturel, qui demande six degrés de probabilités ; il lui en faudra peut-être dix pour croire un fait miraculeux. Je ne prétens point déterminer ici exactement la proportion : mais si quittant les probabilités, vous passez dans le chemin qui mene à la certitude, tout sera égal. Je ne vois qu'une différence entre les faits naturels & les miracles : pour ceux-ci on pousse les choses à la rigueur, & on demande qu'ils puissent soutenir l'examen le plus sévere ; pour ceux-là, au contraire, on ne va pas à beaucoup près si loin. Cela est fondé en raison, parce que, comme je l'ai déjà remarqué, un miracle est toûjours un fait très-intéressant : mais cela n'empêche nullement que la regle des faits ne puisse servir pour les miracles, aussi-bien que pour les faits naturels ; & si on veut examiner la difficulté présente de bien près, on verra qu'elle n'est fondée que sur ce qu'on se sert de la regle des faits pour examiner un miracle, & qu'on ne s'en sert pas ordinairement pour un fait naturel. S'il étoit arrivé un miracle dans les champs de Fontenoi, le jour que se donna la bataille de ce nom ; si les deux armées avoient pû l'appercevoir aisément ; si en conséquence les mêmes bouches qui publierent la nouvelle de la bataille l'avoient publié ; s'il avoit été accompagné des mêmes circonstances que cette bataille, & qu'il eût eu des suites, quel seroit celui qui ajoûteroit foi à la nouvelle de la bataille, & qui douteroit du miracle ? ici les deux faits marchent de niveau, parce qu'ils sont arrivés tous les deux à la certitude.
Ce que j'ai dit jusqu'ici suffit sans-doute pour repousser aisément tous les traits que lance l'auteur des Pensées philosophiques, contre la certitude des faits surnaturels : mais le tour qu'il donne à ses pensées, les présente de maniere que je crois nécessaire de nous y arrêter. Ecoutons-le donc parler lui-même, & voyons comme il prouve qu'on ne doit point ajoûter la même foi à un fait surnaturel, qu'à un fait naturel : " Je croirois sans peine, dit-il un seul honnête homme qui m'annonceroit que Sa Majesté vient de remporter une victoire complete sur les alliés : mais tout Paris m'assûreroit qu'un mort vient de ressusciter à Passy, que je n'en croirois rien. Qu'un historien nous en impose, ou que tout un peuple se trompe, ce ne sont pas des prodiges ". Détaillons ce fait ; donnons-lui toutes les circonstances dont un fait de cette nature peut être susceptible ; parce que, quelques circonstances que nous supposions, le fait demeurera toûjours dans l'ordre des faits surnaturels, & par conséquent le raisonnement doit toûjours valoir, ou ne pas être bon en lui-même. C'étoit une personne publique dont la vie intéressoit une infinité de particuliers, & à laquelle étoit en quelque façon attaché le sort du royaume. Sa maladie avoit jetté la consternation dans tous les esprits, & sa mort avoit achevé de les abattre ; sa pompe funebre fut accompagnée des cris lamentables de tout un peuple, qui retrouvoit en lui un pere. Il fut mis en terre, à la face du peuple, en présence de tous ceux qui le pleuroient ; il avoit le visage découvert & déjà défiguré par les horreurs de la mort. Le roi nomme à tous ses emplois, & les donne à un homme, qui de tout tems a été l'ennemi implacable de la famille de l'illustre mort ; quelques jours s'écoulent, & toutes les affaires prennent le train que cette mort devoit naturellement occasionner. Voilà la premiere époque du fait. Tout Paris va l'apprendre à l'auteur des Pensées philosophiques, & il n'en doute point ; c'est un fait naturel. Quelques jours après, un homme qui se dit envoyé de Dieu, se présente, annonce quelque vérité ; & pour prouver la divinité de sa légation, il assemble un peuple nombreux au tombeau de cet homme, dont ils pleurent la mort si amerement. A sa voix, le tombeau s'ouvre, la puanteur horrible qui s'exhale du cadavre, infecte les airs : le cadavre hideux, ce même cadavre, dont la vûe les fait pâlir tous, ranime ses cendres froides, à la vûe de tout Paris, qui, surpris du prodige, reconnoît l'envoyé de Dieu. Une foule de témoins oculaires, qui ont manié le mort ressuscité, qui lui ont parlé plusieurs fois attestent ce fait à notre sceptique, & lui disent que l'homme dont on lui avoit appris la mort peu de jours avant, est plein de vie. Que répond à cela notre sceptique, qui est déjà assûré de sa mort ? Je ne puis ajoûter foi à cette résurrection ; parce qu'il est plus possible que tout Paris se soit trompé, ou qu'il ait voulu me tromper, qu'il n'est possible que cet homme soit ressuscité.
Il y a deux choses à remarquer dans la réponse de notre sceptique : 1°. la possibilité que tout Paris se soit trompé : 2°. qu'il ait voulu tromper. Quant au premier membre de la réponse, il est évident que la résurrection de ce mort n'est pas plus impossible, qu'il l'est que tout Paris se soit trompé ; car l'une & l'autre impossibilités sont renfermées dans l'ordre physique. En effet, il n'est pas moins contre les lois de la nature, que tout Paris croye voir un homme qu'il ne voit point ; qu'il croye l'entendre parler, & ne l'entende point ; qu'il croye le toucher, & ne le touche point, qu'il l'est qu'un mort ressuscite. Oseroit-on nous dire que dans la nature il n'y a pas des lois pour les sens ? & s'il y en a, comme on n'en peut douter, n'en est-ce point une pour la vûe, de voir un objet qui est à portée d'être vû ? Je sai que la vûe, comme le remarque très-bien l'auteur que nous combattons, est un sens superficiel ; aussi ne l'employons-nous que pour la superficie des corps, qui seule suffit pour les faire distinguer. Mais si à la vûe & à l'oüie nous joignons le toucher, ce sens philosophe & profond, comme le remarque encore le même auteur, pouvons-nous craindre de nous tromper ? Ne faudroit-il pas pour cela renverser les lois de la nature, relatives à ce sens ? Tout Paris a pû s'assûrer de la mort de cet homme, le sceptique l'avoue ; il peut donc de même s'assûrer de sa vie, & par conséquent de sa résurrection. Je puis donc conclure contre l'auteur des Pensées philosophiques, que la résurrection de ce mort n'est pas plus impossible, que l'erreur de tout Paris, sur cette résurrection. Est-ce un moindre miracle d'animer un phantôme, de lui donner une ressemblance qui puisse tromper tout un peuple, que de rendre la vie à un mort ? Le sceptique doit donc être certain que tout Paris n'a pu se tromper. Son doute, s'il lui en reste encore, ne peut donc être fondé que sur ce que tout Paris aura pû vouloir le tromper. Or il ne sera pas plus heureux dans cette seconde supposition.
En effet, qu'il me soit permis de lui dire : " n'avez-vous point ajoûté foi à la mort de cet homme, sur le témoignage de tout Paris qui vous l'a apprise ? Il étoit pourtant possible que tout Paris voulût vous tromper (du moins dans votre sentiment) ; cette possibilité n'a pas été capable de vous ébranler ". Je le vois, c'est moins le canal de la tradition, par où un fait passe jusqu'à nous, qui rend les déistes si défians & si soupçonneux, que le merveilleux qui y est empreint. Mais du moment que ce merveilleux est possible, leur doute ne doit point s'y arrêter, mais seulement aux apparences & aux phénomenes qui, s'incorporant avec lui, en attestent la réalité. Car voici comme je raisonne contr'eux en la personne de notre sceptique : " Il est aussi impossible que tout Paris ait voulu le tromper sur un fait miraculeux, que sur un fait naturel ". Donc une possibilité ne doit pas faire plus d'impression sur lui que l'autre. Il est donc aussi mal-fondé à vouloir douter de la résurrection que tout Paris lui confirme, sous prétexte que tout Paris auroit pû vouloir le tromper, qu'il le seroit à douter de la mort d'un homme, sur le témoignage unanime de cette grande ville. Il nous dira peut-être, le dernier fait n'est point impossible physiquement ; qu'un homme soit mort, il n'y a rien-là qui m'étonne ; mais qu'un homme ait été ressuscité, voilà ce qui révolte & ce qui effarouche ma raison ; en un mot voilà pourquoi la possibilité que tout Paris ait voulu me tromper sur la résurrection de cet homme, me fait une impression dont je ne saurois me défendre : au lieu que la possibilité que tout Paris ait voulu m'en imposer sur sa mort, ne me frappe nullement. Je ne lui répéterai point ce que je lui ai déjà dit, que ces deux faits étant également possibles, il ne doit s'arrêter qu'aux marques extérieures qui l'accompagnent, & qui nous guident dans la connoissance des évenemens ; ensorte que si un fait surnaturel a plus de ces marques extérieures qu'un fait naturel, il me deviendra dès-lors plus probable. Mais examinons le merveilleux qui effarouche sa raison, & faisons-le disparoître à ses yeux. Ce n'est en effet qu'un fait naturel que tout Paris lui propose à croire : savoir, que cet homme est plein de vie. Il est vrai qu'étant déjà assûré de sa mort, sa vie présente suppose une résurrection. Mais s'il ne peut douter de la vie de cet homme sur le témoignage de tout Paris, puisque c'est un fait naturel, il ne sauroit donc douter de sa résurrection, l'un est lié nécessairement avec l'autre. Le miracle se trouve enfermé entre deux faits naturels ; savoir la mort de cet homme, & sa vie présente. Les témoins ne sont assûrés du miracle de la résurrection, que parce qu'ils sont assûrés du fait naturel. Ainsi je puis dire que le miracle n'est qu'une conclusion des deux faits naturels. On peut s'assûrer des faits naturels, le sceptique l'avoue : le miracle est une simple conséquence des deux faits dont on est sûr : ainsi le miracle que le sceptique me conteste se trouve, pour ainsi dire, composé de trois choses, qu'il ne prétend point me disputer ; savoir, la certitude de deux faits naturels, la mort de cet homme, & sa vie présente, & d'une conclusion métaphysique, que le sceptique ne me conteste point. Elle consiste à dire : cet homme qui vit maintenant étoit mort il y a trois jours ; il a donc été rendu de la mort à la vie. Pourquoi le sceptique veut-il plûtôt s'en rapporter à son jugement qu'à tous ses sens ? Ne voyons-nous pas tous les jours que sur dix hommes, il n'y en a pas un qui envisage une opinion de la même façon ? Cela vient, me dira-t-on, de la bisarrerie de ces hommes, & du différent tour de leur esprit. Je l'avoue ; mais qu'on me fasse voir une telle bisarrerie dans les sens. Si ces dix hommes sont à portée de voir un même objet, ils le verront tous de la même façon, & on peut assûrer qu'aucune dispute ne s'élevera entr'eux sur la réalité de cet objet. Qu'on me montre quelqu'un qui puisse disputer sur la possibilité d'une chose quand il la voit. Je le veux, qu'il s'en rapporte plûtôt à son jugement qu'à ses sens : que lui dit son jugement sur la résurrection de ce mort ? Que cela est possible : son jugement ne va pas plus loin ; il ne contredit nullement le rapport de ses sens, pourquoi veut-il donc les opposer ensemble ?
Un autre raisonnement propre à faire sentir le foible de celui de l'auteur des Pensées philosophiques, c'est qu'il compare la possibilité que tout Paris ait voulu le tromper, à l'impossibilité de la résurrection. Entre le fait & lui il y a un vuide à remplir, parce qu'il n'est pas témoin oculaire : ce vuide, ce milieu est rempli par les témoins oculaires. Il doit donc comparer d'abord la possibilité que tout Paris se soit trompé avec la possibilité de la résurrection. Il verra que ces deux possibilités sont du même ordre, comme je l'ai déjà dit. Il n'a point ensuite à raisonner sur la résurrection, mais seulement à examiner le milieu par où elle parvient jusqu'à lui. Or l'examen ne peut être autre que l'application des regles que j'ai données, moyennant lesquelles on peut s'assûrer que ceux qui vous rapportent un fait, ne vous en imposent point ; car il ne s'agit ici que de vérifier le témoignage de tout Paris. On pourra donc se dire comme pour les faits naturels : les témoins n'ont ni les mêmes passions, ni les mêmes intérêts : ils ne se connoissent pas ; il y en a même beaucoup qui ne se sont jamais vûs : donc il ne sauroit y avoir entr'eux aucune collusion. D'ailleurs concevra-t-on aisément comment Paris se détermineroit, supposé le complot possible, à en imposer à un homme sur un tel fait ; & seroit-il possible qu'il ne transpirât rien d'un tel complot ? Tous les raisonnemens que nous avons faits sur les faits naturels reviennent comme d'eux-mêmes se présenter ici, pour nous faire sentir qu'une telle imposture est impossible. J'avoue au sceptique que nous combattons, que la possibilité que tout Paris veuille le tromper, est d'un ordre différent de la possibilité de la résurrection. Mais je lui soûtiens que le complot d'une aussi grande ville que Paris, formé sans raison, sans intérêt, sans motif, entre des gens qui ne se connoissent pas, faits même par leur naissance pour ne pas se connoître, ne soit plus difficile à croire que la résurrection d'un mort. La résurrection est contre les lois du monde physique ; ce complot est contre les lois du monde moral. Il faut un prodige pour l'un comme pour l'autre, avec cette différence que l'un seroit beaucoup plus grand que l'autre. Que dis-je, l'un, parce qu'il n'est établi que sur des lois arbitraires, & dès-là soumises à un pouvoir souverain, ne répugne pas à la sagesse de Dieu ; l'autre, parce qu'il est fondé sur des lois moins arbitraires, je veux dire celles par lesquelles il gouverne le monde moral, ne sauroit s'allier avec les vûes de cette sagesse suprème ; & par conséquent il est impossible. Que Dieu ressuscite un mort pour manifester sa bonté, ou pour sceller quelque grande vérité ; là je reconnois une puissance infinie, dirigée par une sagesse comme elle infinie : mais que Dieu bouleverse l'ordre de la société ; qu'il suspende l'action des causes morales ; qu'il force les hommes, par une impression miraculeuse, à violer toutes les regles de leur conduite ordinaire, & cela pour en imposer à un simple particulier, j'y reconnois à la vérité sa puissance infinie, mais je n'y vois point de sagesse qui la guide dans ses opérations : donc il est plus possible qu'un mort ressuscite, qu'il n'est possible que tout Paris m'en impose sur ce prodige.
Nous connoissons à-présent la regle de vérité qui peut servir aux contemporains, pour s'assurer des faits qu'ils se communiquent entr'eux de quelque nature qu'ils soient, ou naturels, ou surnaturels. Cela ne suffit pas : il faut encore que tout abysmés qu'ils sont dans la profondeur des âges, ils soient présens aux yeux de la postérité même la plus reculée. C'est ce que nous allons maintenant examiner.
Ce que nous avons dit jusqu'ici, tend à prouver qu'un fait a toute la certitude dont il est susceptible, lorsqu'il se trouve attesté par un grand nombre de témoins, & en même tems lié avec un certain concours d'apparences & de phénomenes qui le supposent comme la seule cause qui les explique. Mais si ce fait est ancien, & qu'il se perde pour ainsi dire, dans l'éloignement des siecles, qui nous assurera qu'il soit revêtu des deux caracteres ci-dessus énoncés, lesquels par leur union portent un fait au plus haut degré de certitude ? Comment saurons-nous qu'il fut autrefois attesté par une foule de témoins oculaires, & que ces monumens qui subsistent encore aujourd'hui, ainsi que ces autres traces répandues dans la suite des siecles, s'incorporent avec lui plûtôt qu'avec tout autre ? L'histoire & la tradition nous tiennent lieu de ces témoins oculaires, qu'on paroît regretter. Ce sont ces deux canaux qui nous transmettent une connoissance certaine des faits les plus reculés ; c'est par eux que les témoins oculaires sont comme reproduits à nos yeux, & nous rendent en quelque sorte contemporains de ces faits. Ces marbres, ces médailles, ces colonnes, ces pyramides, ces arcs de triomphe, sont comme animés par l'histoire & la tradition, & nous confirment comme à l'envi ce que celles-là nous ont déjà appris. Comment, nous dit le sceptique, l'histoire & la tradition peuvent-elles nous transmettre un fait dans toute sa pureté ? Ne sont-elles point comme ces fleuves qui grossissent & perdent jusqu'à leur nom, à mesure qu'ils s'éloignent de leur source ? Nous allons satisfaire à ce qu'on nous demande ici : nous commencerons d'abord par la tradition orale ; de-là nous passerons à la tradition écrite ou à l'histoire, & nous finirons par la tradition des monumens. Il n'est pas possible qu'un fait qui se trouve comme lié & enchaîné par ces trois sortes de traditions, puisse jamais se perdre, & même souffrir quelque altération dans l'immensité des siecles.
La tradition orale consiste dans une chaîne de témoignages rendus par des personnes qui se sont succédées les unes aux autres dans toute la durée des siecles, à commencer au tems où un fait s'est passé. Cette tradition n'est sûre & fidele que lorsqu'on peut remonter facilement à sa source, & qu'à-travers une suite non interrompue de témoins irréprochables, on arrive aux premiers témoins qui sont contemporains des faits : car si l'on ne peut s'assurer que cette tradition, dont nous tenons un bout, remonte effectivement jusqu'à l'époque assignée à de certains faits, & qu'il n'y a point eu, fort en-deçà de cette époque, quelqu'imposteur qui se soit plû à les inventer pour abuser la postérité ; la chaîne des témoignages, quelque bien liée qu'elle soit, ne tenant à rien, ne nous conduira qu'au mensonge. Or comment parvenir à cette assurance ? Voilà ce que les Pyrrhoniens ne peuvent concevoir, & surquoi ils ne croyent pas qu'il soit possible d'établir des regles, à l'aide desquelles on puisse discerner les vraies traditions d'avec les fausses. Je ne veux que leur exposer la suivante.
On m'avouera d'abord que la déposition d'un grand nombre de témoins oculaires, ne peut avoir que la vérité pour centre : nous en avons déjà exposé les raisons. Or je dis que la tradition, dont je touche actuellement un des bouts, peut me conduire infailliblement à ce cercle de témoignages rendus par une foule de témoins oculaires. Voici comment : plusieurs de ceux qui ont vécu du tems que ce fait est arrivé, & qui l'ayant appris de la bouche des témoins oculaires, ne peuvent en douter, passent dans l'âge suivant, & portent avec eux cette certitude. Ils racontent ce fait à ceux de ce second âge, qui peuvent faire le même raisonnement que firent ces contemporains, lorsqu'ils examinerent s'ils devoient ajoûter foi aux témoins oculaires, qui le leur rapportoient. Tous ces témoins, peuvent-ils se dire, étant contemporains d'un tel fait, n'ont pû être trompés sur ce fait. Mais peut-être ont-ils voulu nous tromper : c'est ce qu'il faut maintenant examiner, dira quelqu'un des hommes du second âge, ainsi nommé relativement au fait en question. J'observe d'abord, doit dire notre contemplatif, que le complot de ces contemporains pour nous en imposer, auroit trouvé mille obstacles dans la diversité de passions, de préjugés, & d'intérêts qui partagent l'esprit des peuples & les particuliers d'une même nation. Les hommes du second âge s'assureront en un mot que les contemporains ne leur en imposent point, comme ceux-ci s'étoient assurés de la fidélité des témoins oculaires : car par-tout où l'on suppose une grande multitude d'hommes, on trouvera une diversité prodigieuse de génies & de caracteres, de passions & d'intérêts ; & par conséquent on pourra s'assurer aisément que tout complot parmi eux est impossible. Et si les hommes sont séparés les uns des autres par l'interposition des mers & des montagnes, pourront-ils se rencontrer à imaginer un même fait, & à le faire servir de fondement à la fable dont ils veulent amuser la postérité ? Les hommes d'autrefois étoient ce que nous sommes aujourd'hui. En jugeant d'eux par nous-mêmes, nous imitons la nature, qui agit d'une maniere uniforme dans la production des hommes de tous les tems. Je sai qu'on distingue un siecle de l'autre à une certaine tournure d'esprit, & à des moeurs même différentes ; ensorte que si on pouvoit faire reparoître un homme de chaque siecle, ceux qui seroient au fait de l'histoire, en les voyant, les rangeroient dans une ligne, chacun tenant la place de son siecle sans se tromper. Mais une chose en quoi tous les siecles sont uniformes, c'est la diversité qui regne entre les hommes du même tems : ce qui suffit pour ce que nous demandons, & pour assurer ceux du second âge, que les contemporains n'ont pû convenir entr'eux pour leur en imposer. Or ceux du troisieme âge pourront faire, par rapport à ceux du second âge qui leur rapporteront ce fait, le même raisonnement que ceux-ci ont fait par rapport aux contemporains qui le leur ont appris : ainsi on traversera facilement tous les siecles.
Pour faire sentir de plus en plus combien est pur le canal d'une tradition qui nous transmet un fait public & éclatant (car je déclare que c'est de celui-là seul dont j'entends parler, convenant d'ailleurs que sur un fait secret & nullement intéressant, une tradition ancienne & étendue peut être fausse), je n'ai que ce seul raisonnement à faire : c'est que je défie qu'on m'assigne dans cette longue suite d'âges un tems où ce fait auroit pû être supposé, & avoir par conséquent une fausse origine. Car où la trouver cette source erronée d'une tradition revêtue de pareils caracteres ? sera-ce parmi les contemporains ? il n'y a nulle apparence. En effet, quand auroient-ils pû tramer le complot d'en imposer aux âges suivans sur ce fait ? Qu'on y prenne garde : on passe d'une maniere insensible d'un siecle à l'autre. Les âges se succedent sans qu'on puisse s'en appercevoir. Les contemporains dont il est ici question, se trouvent dans l'âge qui suit celui où ils ont appris ce fait, qu'ils pensent toûjours être au milieu des témoins oculaires qui le leur avoient raconté. On ne passe pas d'un âge à l'autre, comme on feroit d'une place publique dans un palais. On peut, par exemple, tramer dans un palais le complot d'en imposer sur un prétendu fait, à tout un peuple rassemblé dans une place publique ; parce qu'entre le palais & la place publique il y a comme un mur de séparation, qui rompt toute communication entre les uns & les autres. Mais on ne trouve rien dans le passage d'un âge à l'autre, qui coupe tous les canaux par où ils pourroient communiquer ensemble. Si donc dans le premier âge il se fait quelque fraude, il faut nécessairement que le second âge en soit instruit. La raison de cela, c'est qu'un grand nombre de ceux qui composent le premier âge entrent dans la composition du second âge, & de plusieurs autres suivans, & que presque tous ceux du second âge ont vû ceux du premier ; par conséquent plusieurs de ceux qui seroient complices de la fraude forment le second âge. Or il n'est pas vraisemblable que ces hommes qu'on suppose être en grand nombre, & en même tems être gouvernés par des passions différentes, s'accordent tous à débiter le même mensonge, & à taire la fraude à tous ceux qui sont seulement du second âge. Si quelques-uns du premier âge, mais contemporains de ceux du second, se plaisent à entretenir chez eux l'illusion, croit-on que tous les autres qui auront vêcu dans le premier âge, & qui vivent actuellement dans le second, ne reclameront pas contre la fraude ? Il faudroit pour cela supposer qu'un même intérêt les réunit tous pour le même mensonge. Or il est certain qu'un grand nombre d'hommes ne sauroient avoir le même intérêt à déguiser la vérité : donc il n'est pas possible que la fraude du premier âge passe d'une voix unanime dans le second, sans éprouver aucune contradiction. Or si le second âge est instruit de la fraude, il en instruira le troisieme, & ainsi de suite, dans toute l'étendue des siecles. Dès-là qu'aucune barriere ne sépare les âges les uns des autres, il faut nécessairement qu'ils se la transmettent tour-à-tour. Nul âge ne sera donc la dupe des autres, & par conséquent nulle fausse tradition ne pourra s'établir sur un fait public éclatant.
Il n'y a pas de point fixe dans le tems qui ne renferme pour le moins soixante ou quatre-vingt générations à la fois, à commencer depuis la premiere enfance jusqu'à la vieillesse la plus avancée. Or ce mélange perpétuel de tant de générations enchaînées les unes dans les autres, tend la fraude impossible sur un fait public & intéressant. Voulez-vous pour vous en convaincre supposer que tous les hommes âgés de quarante ans, & qui répondent à un point déterminé du tems, conspirent contre la postérité pour la séduire sur un fait ? Je veux bien vous accorder ce complot possible, quoique tout m'autorise à le rejetter. Pensez-vous qu'en ce cas tous les hommes qui composent les générations depuis quarante ans jusqu'à quatre-vingt, & qui répondent au même point du tems, ne reclameront pas, qu'ils ne feront pas connoître l'imposture ? Choisissez si vous voulez la derniere génération, & supposez que tous les hommes âgés de quatre-vingt ans forment le complot d'en imposer sur un fait à la postérité. Dans cette supposition même, qui est certainement la plus avantageuse qu'on puisse faire, l'imposture ne sauroit si bien se cacher qu'elle ne soit dévoilée ; car les hommes qui composent les générations qui les suivent immédiatement, pourroient leur dire : Nous avons vêcu longtems avec vos contemporains ; & voilà pourtant la premiere fois que nous entendons parler de ce fait : il est trop intéressant, & il doit avoir fait trop de bruit pour que nous n'en ayons pas été instruits plûtôt. Et s'ils ajoûtoient à cela qu'on n'apperçoit aucune des suites qu'auroit dû entraîner ce fait, & plusieurs autres choses que nous développerons dans la suite, seroit-il possible que le mensonge ne fût point découvert ? & ces vieillards pourroient-ils espérer de persuader les autres hommes de ce mensonge qu'ils auroient inventé ? Or tous les âges se ressemblent du côté du nombre des générations ; on ne peut donc en supposer aucun où la fraude puisse prendre. Mais si la fraude ne peut s'établir dans aucun des âges qui composent la tradition, il s'ensuit que tout fait que nous amenera la tradition, pourvû qu'il soit public & intéressant, nous sera transmis dans toute sa pureté.
Me voilà donc certain que les contemporains d'un fait n'ont pas pû davantage en imposer sur la réalité aux âges suivans, qu'ils n'ont pû être dupés eux-mêmes sur cela par les témoins oculaires. En effet (qu'on me permette d'insister là-dessus), je regarde la tradition comme une chaîne, dont tous les anneaux sont d'égale force ; & au moyen de laquelle, lorsque j'en saisis le dernier chaînon, je tiens à un point fixe qui est la vérité, de toute la force dont le premier chaînon tient lui-même à ce point fixe. Voici sur cela quelle est ma preuve : la déposition des témoins oculaires est le premier chaînon ; celui des contemporains est le second ; ceux qui viennent immédiatement après, forment le troisieme par le témoignage, & ainsi de suite, en descendant jusqu'au dernier, que je saisis. Si le témoignage des contemporains est d'une force égale à celui des témoins oculaires, il en sera de même de tous ceux qui se suivront, & qui par leur étroit entrelacement, formeront cette chaîne continue de tradition. S'il y avoit quelque décroissement dans cette gradation de témoignages qui naissent les uns des autres, cette raison auroit aussi lieu par rapport au témoignage des contemporains, considéré respectivement à celui des témoins oculaires, puisque l'un des deux est fondé sur l'autre. Or que le témoignage des contemporains ait par rapport à moi autant de force que celui des témoins oculaires, c'est une chose dont je ne puis douter. Je serois aussi certain qu'Henri IV. a fait la conquête de la France, quand même je ne le saurois que des contemporains de ceux qui ont pû voir ce grand & bon roi, que je le suis que son throne a été occupé par Louis-le-Grand, quoique ce fait me soit attesté par des témoins oculaires. En voulez-vous savoir la raison ? c'est qu'il n'est pas moins impossible, que des hommes se réunissent tous, malgré la distance des lieux, la différence des esprits, la variété des passions, le choc des intérêts, la diversité des religions, à soûtenir une même fausseté, qu'il l'est que plusieurs personnes s'imaginent voir un fait, que pourtant elles ne voyent pas. Les hommes peuvent bien mentir, comme je l'ai déjà dit ; mais je les défie de le faire tous de la même maniere. Ce seroit exiger que plusieurs personnes, qui écriroient sur les mêmes sujets, pensassent & s'exprimassent de la même façon. Que mille auteurs traitent la même matiere, ils le feront tous différemment, chacun selon le tour d'esprit qui lui est propre. On les distinguera toûjours à l'air, au tour, au coloris de leurs pensées. Comme tous les hommes ont un même fonds d'idées, ils pourront rencontrer sur leur route les mêmes vérités : mais chacun d'eux les voyant d'une maniere qui lui est propre, vous les représentera sous un jour différent. Si la variété des esprits suffit pour mettre tant de différence dans les écrits qui roulent sur les mêmes matieres ; croyons que la diversité des passions n'en mettra pas moins dans les erreurs sur les faits. Il paroît par ce que j'ai dit jusqu'ici, qu'on doit raisonner sur la tradition comme sur les témoins oculaires. Un fait transmis par une seule ligne traditionnelle, ne mérite pas plus notre foi, que la déposition d'un seul témoin oculaire ; car une ligne traditionnelle ne représente qu'un témoin oculaire ; elle ne peut donc équivaloir qu'à un seul témoin. Par où en effet pourriez-vous vous assurer de la vérité d'un fait qui ne vous seroit transmis que par une seule ligne traditionnelle ? Ce ne seroit qu'en examinant la probité & la sincérité des hommes qui composeroient cette ligne ; discussion, comme je l'ai déjà dit, très-difficile, qui expose à mille erreurs, & qui ne produira jamais qu'une simple probabilité. Mais si un fait, comme une source abondante, forme différens canaux, je puis facilement m'assurer de la réalité. Ici, je me sers de la regle que suivent les esprits, comme je m'en suis servi pour les témoins oculaires. Je combine les différens témoignages de chaque personne qui représente sa ligne ; leurs moeurs différentes, leurs passions opposées, leurs intérêts divers, me démontrent qu'il n'y a point eu de conclusion entr'elles pour m'en imposer. Cet examen me suffit, parceque par-là je suis assûré qu'elles tiennent le fait qu'elles me rapportent de celui qui les précede immédiatement dans leur ligne. Si je remonte donc jusqu'au fait sur le même nombre de lignes traditionnelles, je ne saurois douter de la réalité du fait, auquel toutes ces lignes m'ont conduit ; parceque je ferai toûjours le même raisonnement sur tous les hommes qui représentent leur ligne dans quelque point du tems que je la prenne.
Il y a dans le monde, me dira quelqu'un, un si grand nombre de fausses traditions, que je ne saurois me rendre à vos preuves. Je suis comme investi par une infinité d'erreurs, qui empêchent qu'elles puissent venir jusqu'à moi ; & ne croyez pas, continuera toûjours ce pyrrhonien, que je prétende parler de ces fables, dont la plûpart des nobles flattent leur orgueil ; je sai qu'étant renfermées dans une seule famille, vous les rejettez avec moi. Mais je veux vous parler de ces faits qui nous sont transmis par un grand nombre de lignes traditionnelles, & dont vous reconnoissez pourtant la fausseté. Telles sont par exemple, les fabuleuses dynasties des Egyptiens, les histoires des dieux & demi-dieux des Grecs ; le conte de la louve qui nourrit Remus & Romulus : tel est le fameux fait de la papesse Jeanne, qu'on a cru presque universellement pendant très-long-tems, quoi qu'il fût très-récent ; si on avoit pû lui donner deux mille ans d'antiquités, qui est-ce qui auroit osé seulement l'examiner ? Telle est encore l'histoire de la sainte ampoule, qu'un pigeon apporta du ciel pour servir au sacre de nos rois ; ce fait n'est-il pas universellement répandu en France, ainsi que tant d'autres que je pourrois citer ? Tous ces faits suffisent pour faire voir que l'erreur peut nous venir par plusieurs lignes traditionnelles. On ne sauroit donc en faire un caractere de vérité pour les faits qui nous sont ainsi transmis.
Je ne vois pas que cette difficulté rende inutile ce que j'ai dit : elle n'attaque nullement mes preuves, parce qu'elle ne les prend qu'en partie. Car j'avoue qu'un fait quoique faux, peut m'être attesté par un grand nombre de personnes qui représenteront differentes lignes traditionnelles. Mais voici la différence que je mets entre l'erreur & la vérité : celle-ci, dans quelque point du tems que vous la preniez, se soûtient ; elle est toûjours défendue par un grand nombre de lignes traditionnelles qui la mettent à l'abri du Pyrrhonisme, & qui vous conduisent dans des sentiers clairs jusqu'au fait même. Les lignes, au contraire, qui nous transmettent une erreur, sont toûjours couvertes d'un certain voile qui les fait aisément reconnoître. Plus vous les suivez en remontant, & plus leur nombre diminue ; &, ce qui est le caractere de l'erreur, vous en atteignez le bout sans que vous soyez arrivé au fait qu'elles vous transmettent. Quel fait que les dynasties des Egyptiens ! Elles remontoient à plusieurs milliers d'années : mais il s'en faut bien que les lignes traditionnelles les conduisissent jusque-là. Si on y prenoit garde, on verroit que ce n'est point un fait qu'on nous objecte ici, mais une opinion, à laquelle l'orgueil des Egyptiens avoit donné naissance. Il ne faut point confondre ce que nous appellons fait, & dont nous parlons ici, avec ce que les différentes nations croyent sur leur origine. Il ne faut qu'un savant, quelquefois un visionnaire, qui prétende après bien des recherches avoir découvert les vrais fondateurs d'une monarchie ou d'une république, pour que tout un pays y ajoûte foi : surtout si cette origine flatte quelqu'une des passions des peuples que cela intéresse : mais alors c'est la découverte d'un savant ou la rêverie d'un visionnaire, & non un fait. Cela sera toûjours problématique, à moins que ce savant ne trouve le moyen de rejoindre tous les différens fils de la tradition, par la découverte de certaines histoires ou de quelques inscriptions qui feront parler une infinité de monumens, qui avant cela ne nous disoient rien. Aucun des faits qu'on cite, n'a les deux conditions que je demande ; savoir un grand nombre de lignes traditionnelles qui nous les transmettent ; ensorte qu'en remontant au moins par la plus grande partie de ces lignes, nous puissions arriver au fait. Quels sont les témoins oculaires qui ont déposé pour le fait de Remus & de Romulus ? y en a-t-il un grand nombre, & ce fait nous a-t-il été transmis sur des lignes fermes, qu'on me permette ce terme ? On voit que tous ceux qui en ont parlé, l'ont fait d'une maniere douteuse. Qu'on voye si les Romains ne croyoient pas différemment les actions mémorables des Scipions ? C'étoit donc plutôt une opinion chez eux qu'un fait. On a tant écrit sur la papesse Jeanne, qu'il seroit plus que superflu de m'y arrêter. Il me suffit d'observer que cette fable doit plûtôt son origine à l'esprit de parti, qu'à des lignes traditionnelles. Et qui est-ce qui a crû l'histoire de la sainte ampoule ? Je puis dire au moins que si ce fait a été transmis comme vrai, il a été transmis en même tems comme faux ; desorte qu'il n'y a qu'une ignorance grossiere, qui puisse faire donner dans une pareille superstition.
Mais je voudrois bien savoir sur quelle preuve le Sceptique que je combats regarde les dynasties des Egyptiens, comme fabuleuses, & tous les autres faits qu'il a cités ; car il faut qu'il puisse se transporter dans les tems où ces différentes erreurs occupoient l'esprit des peuples, il faut qu'il se rende, pour ainsi dire, leur contemporain, afin que partant de ce point avec eux, il puisse voir qu'ils suivent un chemin qui les conduit infailliblement à l'erreur, & que toutes leurs traditions sont fausses : or je le défie d'y parvenir sans le secours de la tradition ; je le défie encore bien plus de faire cet examen, & de porter ce jugement, s'il n'a aucune regle qui puisse lui faire discerner les vraies traditions d'avec les fausses. Qu'il nous dise donc la raison qui lui fait prendre tous ces faits pour apocryphes ; & il se trouvera que contre son intention il établira ce qu'il prétend attaquer. Me direz-vous que tout ce que j'ai dit peut être bon, lorsqu'il s'agira de faits naturels, mais que cela ne sauroit démontrer la vérité des faits miraculeux ; qu'un grand nombre de ces faits, quoique faux, passent à la postérité sur je ne sai combien de lignes traditionnelles ? Fortifiez si vous voulez votre difficulté par toutes les folies qu'on lit dans l'Alcoran, & que le crédule Mahométan respecte ; décorez-la de l'enlevement de Romulus qu'on a tant fait valoir ; distillez votre fiel sur toutes ces fables pieuses, qu'on croit moins qu'on ne les tolere par pur ménagement : que conclurrez-vous de là ? qu'on ne sauroit avoir des regles qui puissent faire discerner les vraies traditions d'avec les fausses sur les miracles ?
Je vous réponds que les regles sont les mêmes pour les faits naturels & miraculeux : vous m'opposez des faits, & aucun de ceux que vous citez n'a les conditions que j'exige. Ce n'est point ici le lieu d'examiner les miracles de Mahomet, ni d'en faire le parallele avec ceux qui démontrent la religion Chrétienne. Tout le monde sait que cet imposteur a toûjours opéré ses miracles en secret : s'il a eu des visions, personne n'en a été témoin : si les arbres par respect devenus sensibles s'inclinent en sa présence, s'il fait descendre la lune en terre, & la renvoye dans son orbite ; seul présent à ces prodiges, il n'a point éprouvé de contradicteurs : tous les témoignages de ce fait se réduisent donc à celui de l'auteur même de la fourberie ; c'est-là que vont aboutir toutes ces lignes traditionnelles dont on nous parle : je ne vois point là de foi raisonnée, mais la plus superstitieuse crédulité. Peut-on nous opposer des faits si mal prouvés, & dont l'imposture se découvre par les regles que nous avons nous-mêmes établies ? Je ne pense pas qu'on nous oppose sérieusement l'enlevement de Romulus au ciel, & son apparition à Proculus : cette apparition n'est appuyée que sur la déposition d'un seul témoin, déposition dont le seul peuple fut la dupe ; les sénateurs firent à cet égard ce que leur politique demandoit : en un mot je défie qu'on me cite un fait qui dans son origine se trouve revêtu des caracteres que j'ai assignés, qui soit transmis à la postérité sur plusieurs lignes collatérales qui commenceront au fait même, & qu'il se trouve pourtant faux.
Vous avez raison, dit M. Craig ; il est impossible qu'on ne connoisse la vérité de certains faits, dès qu'on est voisin des tems où ils sont arrivés ; les caracteres dont ils sont empreints sont si frappans & si clairs, qu'on ne sauroit s'y méprendre. Mais la durée des tems obscurcit & efface, pour ainsi dire, ces caracteres : les faits les mieux constatés dans certains tems, se trouvent dans la suite réduits au niveau de l'imposture & du mensonge ; & cela parce que la force des témoignages va toûjours en décroissant ; ensorte que le plus haut degré de certitude est produit par la vûe même des faits ; le second, par le rapport de ceux qui les ont vûs ; le troisieme, par la simple déposition de ceux qui les ont seulement oüis raconter aux témoins des témoins ; & ainsi de suite à l'infini.
Les faits de César & d'Alexandre suffisent pour démontrer la vanité des calculs du géometre Anglois : car nous sommes aussi convaincus actuellement de l'existence de ces deux grands capitaines, qu'on l'étoit il y a quatre cent ans ; & la raison en est bien simple ; c'est que nous avons les mêmes preuves de ces faits qu'on avoit en ce tems-là. La succession qui se fait dans les différentes générations de tous les siecles, ressemble à celle du corps humain, qui possede toûjours la même essence, la même forme, quoique la matiere qui le compose à chaque instant se dissipe en partie, & à chaque instant soit renouvellée par celle qui prend sa place. Un homme est toûjours un tel homme, quelque renouvellement imperceptible qui se soit fait dans la substance de son corps, parce qu'il n'éprouve point tout à la fois de changement total : de même les différentes générations qui se succedent doivent être regardées comme étant les mêmes, parce que le passage des unes aux autres est imperceptible. C'est toûjours la même société d'hommes qui conserve la mémoire de certains faits ; comme un homme est aussi certain dans sa vieillesse de ce qu'il a vû d'éclatant dans sa jeunesse, qu'il l'étoit deux ou trois ans après cette action. Ainsi il n'y a pas plus de différence entre les hommes qui forment la société de tel & tel tems, qu'il y a entre une personne âgée de vingt ans, & cette même personne âgée de soixante : par conséquent le témoignage des différentes générations est aussi digne de foi, & ne perd pas plus de sa force, que celui d'un homme qui à vingt ans raconteroit un fait qu'il vient de voir, & à soixante, le même fait qu'il auroit vû quarante ans auparavant. Si l'auteur Anglois avoit voulu dire seulement que l'impression que fait un évenement sur les esprits, est d'autant plus vive & plus profonde, que le fait est plus récent, il n'auroit rien dit que de très-vrai. Qui ne sait qu'on est bien moins touché de ce qui se passe en récit, que de ce qui est exposé sur la scene aux yeux des spectateurs ? L'homme que son imagination servira le mieux à aider les acteurs à le tromper, sur la réalité de l'action qu'on lui représente, sera le plus touché & le plus vivement émû. La sanglante journée de la saint Barthélemy, ainsi que l'assassinat d'un de nos meilleurs rois, ne fait pas à beaucoup près sur nous la même impression, que ces deux évenemens en firent autrefois sur nos ancêtres. Tout ce qui n'est que de sentiment passe avec l'objet qui l'excite ; & s'il lui survit, c'est toûjours en s'affoiblissant, jusqu'à ce qu'il vienne à s'épuiser tout entier : mais pour la conviction qui naît de la force des preuves, elle subsiste universellement. Un fait bien prouvé passe à travers l'espace immense des siecles, sans que la conviction perde l'empire qu'elle a sur notre esprit, quelque décroissement qu'il éprouve dans l'impression qu'il fait sur le coeur. Nous sommes en effet aussi certains du meurtre de Henri le grand, que l'étoient ceux qui vivoient dans ce tems-là : mais nous n'en sommes pas si touchés.
Ce que nous venons de dire en faveur de la tradition, ne doit point nous empêcher d'avoüer que nous saurions fort peu de faits, si nous n'étions instruits que par elle ; parce que cette espece de tradition ne peut être fidele dépositaire, que lorsqu'un évenement est assez important pour faire dans l'esprit de profondes impressions, & qu'il est assez simple pour s'y conserver aisément ; ce n'est pas que sur un fait chargé de circonstances, & d'ailleurs peu intéressant, elle puisse nous induire en erreur ; car alors le peu d'accord qu'on trouveroit dans les témoignages nous en mettroit à couvert : seule elle peut nous apprendre des faits simples & éclatans ; & si elle nous transmet un fait avec la tradition écrite, elle sert à la confirmer : celle-ci fixe la mémoire des hommes, & conserve jusqu'au plus petit détail, qui sans elle nous échapperoit. C'est le second monument propre à transmettre les faits, & que nous allons maintenant développer.
On diroit que la nature, en apprenant aux hommes l'art de conserver leurs pensées par le moyen de diverses figures, a pris plaisir à faire passer dans tous les siecles des témoins oculaires des faits qui sont les plus cachés dans la profondeur des âges afin qu'on n'en puisse douter. Que diroient les Sceptiques, si par une espece d'enchantement, des témoins oculaires étoient comme détachés de leurs siecles, pour parcourir ceux où ils ne vécurent pas, afin de sceller de vive voix la vérité de certains faits ? Quel respect n'auroient-ils point pour le témoignage de ces vénérables vieillards ! pourroient-ils douter de ce qu'ils leur diroient ? Telle est l'innocente magie que l'histoire se propose parmi nous : par elle les témoins eux-mêmes semblent franchir l'espace immense qui les sépare de nous ; ils traversent les siecles, & attestent dans tous les tems la vérité de ce qu'ils ont écrit. Il y a plus ; j'aime mieux lire un fait dans plusieurs historiens qui s'accordent, que de l'apprendre de la bouche même de ces vénérables vieillards dont j'ai parlé : je pourrois faire mille conjectures sur leurs passions, sur leur pente naturelle à dire des choses extraordinaires. Ce petit nombre de vieillards, qui seroient doüés du privilége des premiers patriarches pour vivre si long-tems, se trouvant nécessairement unis de la plus étroite amitié, & ne craignant point d'un autre côté d'être démentis par des témoins oculaires ou contemporains, pourroient s'entendre facilement pour se joüer du genre humain, ils pourroient se plaire à raconter grand nombre de prodiges faux, dont ils se diroient les témoins, s'imaginant partager avec les fausses merveilles qu'ils débiteroient, l'admiration qu'elles font naître dans l'ame du vulgaire crédule. Ils ne pourroient trouver de contradiction que dans la tradition qui auroit passé de bouche en bouche. Mais quels sont les hommes qui n'ayant appris ces faits que par le canal de la tradition, oseroient disputer contre une troupe de témoins oculaires, dont les rides d'ailleurs vénérables feroient une si grande impression sur les esprits ? On sent bien que peu-à-peu ces vieillards pourroient faire changer les traditions : mais ont-ils une fois parlé dans des écrits, ils ne sont plus libres de parler autrement : les faits qu'ils ont, pour ainsi dire, enchaînés dans les différentes figures qu'ils ont tracées, passent à la postérité la plus reculée. Et ce qui les justifie, ces faits, & met en même tems l'histoire au-dessus du témoignage qu'ils rendroient actuellement de bouche, c'est que dans le tems qu'ils les écrivirent ils étoient entourés de témoins oculaires & contemporains, qui auroient pû les démentir facilement s'ils avoient altéré la vérité. Nous joüissons, eu égard aux historiens, des mêmes priviléges dont joüissoient les témoins oculaires des faits qu'ils racontent : or il est certain qu'un historien ne sauroit en imposer aux témoins oculaires & contemporains. Si quelqu'un faisoit paroître aujourd'hui une histoire remplie de faits éclatans & intéressans arrivés de nos jours, & dont personne n'eût entendu parler avant cette histoire ; pensez-vous qu'elle passât à la postérité sans contradiction ? le mépris dans lequel elle tomberoit suffiroit seul pour préserver la postérité des impostures qu'elle contiendroit.
L'histoire a de grands avantages, même sur les témoins oculaires : qu'un seul témoin vous apprenne un fait : quelque connoissance que vous ayez de ce témoin, comme elle ne sera jamais parfaite, ce fait ne deviendra pour vous que plus ou moins probable ; vous n'en serez assûré que lorsque plusieurs témoins déposeront en sa faveur, & que vous pourrez, comme je l'ai dit, combiner leurs passions & leurs intérêts ensemble. L'histoire vous fait marcher d'un pas plus assûré : lorsqu'elle vous rapporte un fait éclatant & intéressant, ce n'est pas l'historien seul qui vous l'atteste, mais une infinité de témoins qui se joignent à lui. En effet, l'histoire parle à tout son siecle : ce n'est pas pour apprendre les faits intéressans que les contemporains la lisent, puisque plusieurs d'entr'eux sont les auteurs de ces faits ; c'est pour admirer la liaison des faits, la profondeur des réflexions, les coloris des portraits, & sur-tout son exactitude. Les histoires de Mainbourg sont moins tombées dans le mépris par la longueur de leurs périodes, que par leur peu de fidélité. Un historien ne sauroit donc en imposer à la postérité, que son siecle ne s'entende, pour ainsi dire, avec lui. Or quelle apparence ? ce complot n'est-il pas aussi chimérique que celui de plusieurs témoins oculaires ? c'est précisément la même chose. Je trouve donc les mêmes combinaisons à faire avec un seul historien qui me rapporte un fait intéressant, que si plusieurs témoins oculaires me l'attestoient. Si plusieurs personnes pendant la derniere guerre étoient arrivées dans une ville neutre, à Liége, par exemple, & qu'elles eussent vû une foule d'officiers François, Anglois, Allemands, & Hollandois, tous pêle-mêle confondus ensemble ; si à leur approche elles avoient demandé chacune à leur voisin de quoi on parloit, & qu'un officier François leur eût répondu, on parle de la victoire que nous remportâmes hier sur les ennemis, ou les Anglois sur-tout furent entierement défaits ; ce fait sera sans-doute probable pour ces étrangers qui arrivent : mais ils n'en seront absolument assûrés que lorsque plusieurs officiers se seront joints ensemble pour le leur confirmer. Si au contraire à leur arrivée un officier François élevant la voix de façon à se faire entendre de fort loin, leur apprend cette nouvelle avec de grandes démonstrations de joie, ce fait deviendra pour eux certain ; ils ne sauroient en douter, parce que les Anglois, les Allemands, & les Hollandois qui sont présens, déposent en faveur de ce fait, dès qu'ils ne reclament pas. C'est ce que fait un historien lorsqu'il écrit ; il éleve la voix, & se fait entendre de tout son siecle, qui dépose en faveur de ce qu'il raconte d'intéressant s'il ne reclame pas : ce n'est pas un seul homme qui parle à l'oreille d'un autre, & qui peut le tromper ; c'est un homme qui parle au monde entier, & qui ne sauroit par conséquent tromper. Le silence de tous les hommes dans cette circonstance les fait parler comme cet historien : il n'est pas nécessaire que ceux qui sont intéressés à ne pas croire un fait, & même à ce qu'on ne le croye pas, avouent qu'on doit y ajoûter foi, & déposent formellement en sa faveur ; il suffit qu'ils ne disent rien, & ne laissent rien qui puisse prouver la fausseté de ce fait : car si je ne vois que des raisonnemens contre un fait, quand on auroit pû dire ou laisser des preuves invincibles de l'imposture, je dois invariablement m'en tenir à l'historien qui me l'atteste. Et croit-on, pour en revenir à l'exemple que j'ai déjà cité, que ces étrangers se fussent contentés des discours vagues des Anglois sur la supériorité de leur nation au-dessus des François, pour ne pas ajoûter foi à la nouvelle que leur disoit d'une voix élevée & ferme l'officier François, qui paroissoit bien ne pas craindre des contradicteurs ? non sans-doute ; ils auroient trouvé les discours déplacés, & leur auroient demandé si ce que disoit ce François étoit vrai ou faux, qu'il ne falloit que cela à présent.
Puisqu'un seul historien est d'un si grand poids sur des faits intéressans, que doit-on penser lorsque plusieurs historiens nous rapportent les mêmes faits ? pourra-t-on croire que plusieurs personnes se soient données le mot pour attester un même mensonge & se faire mépriser de leurs contemporains ? Ici on pourra combiner & les historiens ensemble, & ces mêmes historiens avec les contemporains qui n'ont pas réclamé.
Un livre, dites-vous, ne sauroit avoir aucune autorité, à moins que l'on ne soit sûr qu'il est authentique : or qui nous assûrera que ces histoires qu'on nous met en main ne sont point supposées, & qu'elles appartiennent véritablement aux auteurs à qui on les attribue ? Ne sait-on pas que l'imposture s'est occupée dans tous les tems à forger des monumens, à fabriquer des écrits sous d'anciens noms, pour colorer par cet artifice, d'une apparence d'antiquité, aux yeux d'un peuple idiot & imbécille, les traditions les plus fausses & les plus modernes ?
Tous ces reproches que l'on fait contre la supposition des livres sont vrais, on en a sans-doute supposé beaucoup. La critique sévere & éclairée des derniers tems à découvert l'imposture ; & à-travers ces rides antiques dont on affectoit de les défigurer, elle a apperçû cet air de jeunesse qui les a trahis Mais malgré la sévérité qu'elle a exercée, a-t-elle touché aux commentaires de César, aux poésies de Virgile & d'Horace ? Comment a-t-on reçû le sentiment du P. Hardouin, lorsqu'il a voulu enlever à ces deux grands hommes ces chefs-d'œuvre qui immortalisent le siecle d'Auguste ? qui n'a point senti que le silence du cloître n'étoit pas propre à ces tours fins & délicats qui décelent l'homme du grand monde ? La critique, en faisant disparoître plusieurs ouvrages apocryphes & en les précipitant dans l'oubli, a confirmé dans leur antique possession ceux qui sont légitimes, & a répandu sur eux un nouveau jour. Si d'une main elle a renversé, on peut dire que de l'autre elle a bâti. A la lueur de son flambeau, nous pouvons pénétrer jusque dans les sombres profondeurs de l'antiquité, & discerner par ses propres regles les ouvrages supposés d'avec les ouvrages authentiques. Quelles regles nous donne-t-elle pour cela ?
1°. Si un ouvrage n'a point été cité par les contemporains de celui dont il porte le nom, qu'on n'y apperçoive pas même son caractere, & qu'on ait eu quelque intérêt, soit réel, soit apparent à sa supposition, il doit alors nous paroître suspect : ainsi un Artapan, un Mercure Trismégiste, & quelques autres auteurs de cette trempe, cités par Josephe, par Eusebe, & par George Syncelle, ne portent point le caractere de payens, & dès-là ils portent sur leur front leur propre condamnation. On a eu le même intérêt à les supposer, qu'à supposer Aristée & les Sibylles ; lesquelles, pour me servir des termes d'un homme d'esprit, ont parlé si clairement de nos mysteres que, les prophetes des Hébreux, en comparaison d'elles, n'y entendoient rien. 2°. Un ouvrage porte avec lui des marques de sa supposition, lorsqu'on n'y voit pas empreint le caractere du siecle où il passe pour avoir été écrit. Quelque différence qu'il y ait dans tous les esprits qui composent un même siecle, on peut pourtant dire qu'ils ont quelque chose de plus propre que les esprits des autres siecles, dans l'air, dans le tour, dans le coloris de la pensée, dans certaines comparaisons dont on se sert plus fréquemment, & dans mille autres petites choses qu'on remarque aisément lorsqu'on examine de près les ouvrages. 3°. Une autre marque de supposition, c'est quand un livre fait allusion à des usages qui n'étoient pas encore connus au tems où l'on dit qu'il a été écrit ; ou qu'on y remarque quelques traits de systèmes postérieurement inventés, quoique cachés, &, pour ainsi dire, déguisés sous un style plus ancien. Ainsi les ouvrages de Mercure Trismégiste (je ne parle pas de ceux qui furent supposés par les Chrétiens, j'en ai fait mention plus haut, mais de ceux qui le furent par les payens eux-mêmes, pour se défendre contre les attaques de ces premiers), par cela même qu'ils sont teints de la doctrine subtile & raffinée des Grecs, ne sont point authentiques.
S'il est des marques auxquelles une critique judicieuse reconnoît la supposition de certains ouvrages, il en est d'autres aussi qui lui servent, pour ainsi dire, de boussole, & qui la guident dans le discernement de ceux qui sont authentiques. En effet, comment pouvoir soupçonner qu'un livre a été supposé, lorsque nous le voyons cité par des anciens écrivains, & fondé sur une chaîne non-interrompue de témoins conformes les uns aux autres, sur-tout si cette chaîne commence au tems où l'on dit que ce livre a été écrit & ne finit qu'à nous ? D'ailleurs, n'y eût-il point d'ouvrages qui en citassent un autre comme appartenant à tel auteur, pour en reconnoître l'authenticité, il me suffiroit qu'il m'eût été apporté comme étant d'un tel auteur, par une tradition orale, soûtenue, sans interruption depuis son époque jusqu'à moi, sur plusieurs lignes collatérales. Il y a outre cela des ouvrages qui tiennent à tant de choses, qu'il seroit fou de douter de leur authenticité. Mais, selon moi la plus grande marque de l'authenticité d'un livre, c'est lorsque depuis long-tems on travaille à sapper son antiquité pour l'enlever à l'auteur à qui on l'attribue, & qu'on n'a pû trouver pour cela que des raisons si frivoles, que ceux même qui sont ses ennemis déclarés, à peine daignent s'y arrêter. Il y a des ouvrages qui intéressent plusieurs royaumes, des nations entieres, le monde même, qui par cela même ne sauroient être supposés. Les uns contiennent les annales de la nation & ses titres ; les autres, ses lois & ses coûtumes ; enfin il y en a qui contiennent leur religion. Plus on accuse les hommes en général d'être superstitieux & peureux, pour me servir de l'expression à la mode, & plus on doit avoüer qu'ils ont toûjours les yeux ouverts sur ce qui intéresse leur religion. L'Alcoran n'auroit jamais été transporté au tems de Mahomet, s'il avoit été écrit long-tems après sa mort. C'est que tout un peuple ne sauroit ignorer l'époque d'un livre qui regle sa croyance, & fixe toutes ses espérances. Allons plus loin : en quel tems voudroit-on qu'on puisse supposer une histoire qui contiendroit des faits très-intéressans, mais apocryphes ? ce n'est point sans-doute du vivant de l'auteur à qui on l'attribue, & qui démasqueroit le fourbe ; & si l'on veut qu'une telle imposture puisse ne lui être pas connue, ce qui comme on voit est presque impossible, tout le monde ne s'inscriroit-il pas en faux contre les faits que cette histoire contiendroit ? Nous avons démontré plus haut, qu'un historien ne sauroit en imposer à son siecle. Ainsi un imposteur, sous quelque nom qu'il mette son histoire, ne sauroit induire en erreur les témoins oculaires ou contemporains ; sa fourberie passeroit à la postérité. Il faut donc qu'on dise que long-tems après la mort de l'auteur prétendu, on lui a supposé cette histoire. Il sera nécessaire pour cela qu'on dise aussi, que cette histoire a été long-tems inconnue, auquel cas elle devient suspecte si elle contient des faits intéressans, & qu'elle soit l'unique qui les rapporte : car si les mêmes faits qu'elle rapporte sont contenus dans d'autres histoires, la supposition est dès-lors inutile. Je n'imagine pas qu'on prétende qu'il soit possible de persuader à tous les hommes qu'ils ont vû ce livre-là de tout tems, & qu'il ne paroît pas nouvellement. Ne sait-on point avec quelle exactitude on examine un manuscrit nouvellement découvert, quoique ce manuscrit ne soit souvent qu'une copie de plusieurs autres qu'on a déjà ? Que feroit-on s'il étoit unique dans son genre ? Il n'est donc pas possible de fixer un tems où certains livres trop intéressans par leur nature ayent pû être supposés.
Ce n'est pas tout, me direz-vous : il ne suffit pas qu'on puisse s'assûrer de l'authenticité d'un livre, il faut encore qu'on soit certain qu'il est parvenu à nous sans altération. Or qui me garantira que l'histoire dont vous vous servez pour prouver tel fait, soit venue jusqu'à moi dans toute sa pureté ? la diversité des manuscrits ne semble-t-elle pas nous indiquer les changemens qui lui sont arrivés : après cela quel fonds voulez-vous que je fasse sur les faits que cette histoire me rapporte ?
Il n'y a que la longueur des tems & la multiplicité des copies qui puissent occasionner de l'altération dans les manuscrits. Je ne crois pas qu'on me conteste cela. Or ce qui procure le mal, nous donne en même tems le remede : car s'il y a une infinité de manuscrits, il est évident qu'en tout ce qu'ils s'accordent, c'est le texte original. Vous ne pourrez donc refuser d'ajoûter foi à ce que tous ces manuscrits rapporteront d'un concert unanime. Sur les variantes vous êtes libre, & personne ne vous dira jamais que vous êtes obligé de vous conformer à tel manuscrit plûtôt qu'à tel autre, dès qu'ils ont tous les deux la même autorité. Prétendrez-vous qu'un fourbe peut altérer tous les manuscrits ? Il faudroit pour cela pouvoir marquer l'époque de cette altération : mais peut-être que personne ne se sera apperçû de la fraude ? Quelle apparence, sur-tout si ce livre est extrèmement répandu, s'il intéresse des nations entieres, si ce livre se trouve la regle de leur conduite, ou si par le goût exquis qui y regne, il fait les délices des honnêtes gens ? Seroit-il possible à un homme, quelque puissance qu'on lui suppose, de défigurer les vers de Virgile, ou de changer les faits intéressans de l'histoire Romaine que nous lisons dans Tite-Live & dans les autres historiens ? Fût-on assez adroit pour altérer en secret toutes les éditions & tous les manuscrits, ce qui est impossible ; on découvriroit toûjours l'imposture, parce qu'il faudroit de plus altérer toutes les mémoires : ici la tradition orale défendroit la véritable histoire. On ne sauroit tout d'un coup faire changer les hommes de croyance sur certains faits. Il faudroit encore de plus renverser tous les monumens, comme on verra bientôt : les monumens assûrent la vérité de l'histoire, ainsi que la tradition orale. Arrêtez vos yeux sur l'Alcoran, & cherchez un tems où ce livre auroit pû être altéré depuis Mahomet jusqu'à nous. Ne croyez-vous pas que nous l'avons tel, au moins quant à la substance, qu'il a été donné par cet imposteur ? Si ce livre avoit été totalement bouleversé, & que l'altération en eût fait un tout différent de celui que Mahomet a écrit, nous devrions voir aussi une autre religion chez les Turcs, d'autres usages, & même d'autres moeurs ; car tout le monde sait combien la religion influe sur les moeurs. On est surpris quand on développe ces choses-là, comment quelqu'un peut les avancer. Mais comment ose-t-on nous faire tant valoir ces prétendues altérations ? Je défie qu'on nous fasse voir un livre connu & intéressant qui soit altéré de façon que les différentes copies se contredisent dans les faits qu'elles rapportent, sur-tout s'ils sont essentiels. Tous les manuscrits & toutes les éditions de Virgile, d'Horace, ou de Ciceron, se ressemblent à quelque legere différence près. On peut dire de même de tous les livres. On verra dans le premier livre de cet ouvrage, en quoi consiste l'altération qu'on reproche au Pentateuque, & dont on a prétendu pouvoir par-là renverser l'autorité. Tout se réduit à des changemens de certains mots qui ne détruisent point le fait, & à des explications différentes des mêmes mots : tant il est vrai que l'altération essentielle est difficile dans un livre intéressant ; car de l'aveu de tout le monde, le Pentateuque est un des livres les plus anciens que nous connoissions.
Les regles que la critique nous fournit pour connoître la supposition & l'altération des livres, ne suffisent point, dira quelqu'un ; elle doit encore nous en fournir pour nous prémunir contre le mensonge si ordinaire aux historiens. L'histoire, en effet, que nous regardons comme le registre des évenemens des siecles passés, n'est le plus souvent rien moins que cela Au lieu de faits véritables, elle repaît de fables notre folle curiosité. Celle des premiers siecles est couverte de nuages ; ce sont pour nous des terres inconnues où nous ne pouvons marcher qu'en tremblant. On se tromperoit, si l'on croyoit que les histoires qui se rapprochent de nous, sont pour cela plus certaines. Les préjugés, l'esprit de parti, la vanité nationale, la différence des religions, l'amour du merveilleux ; voilà autant de sources ouvertes, d'où la fable se répand dans les annales de tous les peuples. Les historiens, à force de vouloir embellir leur histoire & y jetter de l'agrément, changent très souvent les faits ; en y ajoûtant certaines circonstances, ils les défigurent de façon à ne pouvoir pas les reconnoître. Je ne m'étonne plus que plusieurs, sur la foi de Cicéron & de Quintilien, nous disent que l'histoire est une poésie libre de la versification. La différence de religion & les divers sentimens, qui dans les derniers siecles ont divisé l'Europe, ont jetté dans l'histoire moderne autant de confusion, que l'antiquité en a apportée dans l'ancienne. Les mêmes faits, les mêmes évenemens deviennent tous différens, suivant les plumes qui les ont écrits. Le même homme ne se ressemble point dans les différentes vies qu'on a écrites de lui. Il suffit qu'un fait soit avancé par un Catholique, pour qu'il soit aussitôt démenti par un Luthérien ou par un Calviniste. Ce n'est pas sans raison que Bayle dit de lui, qu'il ne lisoit jamais les historiens dans la vûe de s'instruire des choses qui se sont passées, mais seulement pour savoir ce que l'on disoit dans chaque nation & dans chaque parti. Je ne crois pas après cela qu'on puisse exiger la foi de personne sur de tels garants.
On auroit dû encore grossir la difficulté de toutes les fausses anecdotes & de toutes ces historiettes du tems qui courent, & conclure de-là que tous les faits qu'on lit dans l'Histoire Romaine sont pour le moins douteux.
Je ne comprends pas comment on peut s'imaginer renverser la foi historique avec de pareils raisonnemens. Les passions qu'on nous oppose sont précisément le plus puissant motif que nous ayons pour ajoûter foi à certains faits. Les Protestans sont extrèmement envenimés contre Louis XIV : y en a-t-il un qui, malgré cela, ait osé desavoüer le célebre passage du Rhin ? Ne sont-ils point d'accord avec les Catholiques sur les victoires de ce grand roi ? Ni les préjugés, ni l'esprit de parti, ni la vanité nationale, n'operent rien sur des faits éclatans & intéressans. Les Anglois pourront bien dire qu'ils n'ont pas été secourus à la journée de Fontenoi ; la vanité nationale pourra leur faire diminuer le prix de la victoire, & la compenser, pour ainsi dire, par le nombre : mais ils ne desavoüeront jamais que les François soient restés victorieux. Il faut donc bien distinguer les faits que l'Histoire rapporte d'avec les réflexions de l'historien : celles-ci varient selon ses passions & ses intérêts ; ceux-là demeurent invariablement les mêmes. Jamais personne n'a été peint si différemment que l'amiral de Coligni & le duc de Guise : les Protestans ont chargé le portrait de celui-ci de mille traits qui ne lui convenoient pas ; & les Catholiques, de leur côté, ont refusé à celui-là des coups de pinceau qu'il méritoit. Les deux partis se sont pourtant servis des mêmes faits pour les peindre ; car quoique les Calvinistes disent que l'amiral de Coligni étoit plus grand homme de guerre que le duc de Guise, ils avoüent pourtant que Saint-Quentin, que l'amiral défendoit, fut pris d'assaut, & qu'il y fut lui-même fait prisonnier ; & qu'au contraire le duc de Guise sauva Metz contre les efforts d'une armée nombreuse qui l'assiégeoit, animée de plus par la présence de Charles-Quint : mais, selon eux, l'amiral fit plus de coups de maitre, plus d'actions de coeur, d'esprit, & de vigilance, pour défendre Saint-Quentin, que le duc de Guise pour défendre Metz. On voit donc que les deux partis ne se séparent que lorsqu'il s'agit de raisonner sur les faits, & non sur les faits mêmes. Ceux qui nous font cette difficulté, n'ont qu'à jetter les yeux sur une réflexion de l'illustre Monsieur de Fontenelle, qui, en parlant des motifs que les historiens prêtent à leurs héros, nous dit : " Nous savons fort bien que les historiens les ont devinés, comme ils ont pû, & qu'il est presque impossible qu'ils ayent deviné tout-à-fait juste. Cependant nous ne trouvons point mauvais que les historiens ayent recherché cet embellissement, qui ne sort point de la vraisemblance ; & c'est à cause de cette vraisemblance, que ce mélange de faux que nous reconnoissons, qui peut être dans nos histoires, ne nous les fait pas regarder comme des fables ". Tacite prête des vûes politiques & profondes à ses personnages, où Tite-Live ne verroit rien que de simple & de naturel. Croyez les faits qu'il rapporte, & examinez sa politique ; il est toûjours aisé de distinguer ce qui est de l'historien d'avec ce qui lui est étranger. Si quelque passion le fait agir, elle se montre, & aussi-tôt que vous la voyez, elle n'est plus à craindre. Vous pouvez donc ajoûter foi aux faits que vous lisez dans une histoire, sur-tout si ce même fait est rapporté par d'autres historiens, quoique sur d'autres choses ils ne s'accordent point. Cette pente qu'ils ont à se contredire les uns les autres, vous assûre de la vérité des faits sur lesquels ils s'accordent.
Les historiens, me direz-vous, mêlent quelquefois si adroitement les faits avec leurs propres réflexions auxquelles ils donnent l'air de faits, qu'il est très-difficile de les distinguer. Il ne sauroit jamais être difficile de distinguer un fait éclatant & intéressant des propres réflexions de l'historien ; & d'abord ce qui est précisément rapporté de même par plusieurs historiens, est évidemment un fait ; parce que plusieurs historiens ne sauroient faire précisément la même réflexion. Il faut donc que ce en quoi ils se rencontrent ne dépende pas d'eux, & leur soit totalement étranger : il est donc facile de distinguer les faits d'avec les réflexions de l'historien, dès que plusieurs historiens rapportent le même fait. Si vous lisez ce fait dans une seule histoire, consultez la tradition orale ; ce qui vous viendra par elle ne sauroit être à l'historien ; car il n'auroit pas pû confier à la tradition qui le précede, ce qu'il n'a pensé que longtems après. Voulez-vous vous assûrer encore davantage ? Consultez les monumens, troisieme espece de tradition propre à faire passer les faits à la postérité.
Un fait éclatant & qui intéresse, entraîne toûjours des suites après lui ; souvent il fait changer la face de toutes les affaires d'un très grand pays : les peuples jaloux de transmettre ces faits à la postérité, employent le marbre & l'airain pour en perpétuer la mémoire. On peut dire d'Athenes & de Rome, qu'on y marche encore aujourd'hui sur des monumens qui confirment leur histoire : cette espece de tradition, après la tradition orale, est la plus ancienne ; les peuples de tous les tems ont été très-attentifs à conserver la mémoire de certains faits. Dans ces premiers tems voisins du cahos, un monceau de pierres brutes avertissoit qu'en cet endroit il s'étoit passé quelque chose d'intéressant. Après la découverte des Arts, on vit élever des colonnes & des pyramides pour immortaliser certaines actions ; dans la suite les hiérogliphes les désignerent plus particulierement : l'invention des lettres soulagea la mémoire, & l'aida à porter le poids de tant de faits qui l'auroient enfin accablée. On ne cessa pourtant point d'ériger des monumens ; car les tems où l'on a le plus écrit, sont ceux où l'on a fait les plus beaux monumens de toute espece. Un évenement intéressant qui fait prendre la plume à l'historien, met le ciseau à la main du Sculpteur, le pinceau à la main du Peintre ; en un mot, échauffe le génie de presque tous les Artistes. Si l'on doit interroger l'histoire pour savoir ce que les monumens représentent, on doit aussi consulter les monumens pour savoir s'ils confirment l'histoire. Si quelqu'un voyoit les tableaux du célebre Rubens, qui font l'ornement de la galerie du palais du Luxembourg ; il n'y apprendroit, je l'avoue, aucun fait distinct ; ces tableaux l'avertiroient seulement d'admirer les chefs-d'œuvre d'un des plus grands Peintres : mais si après avoir lû l'histoire de Marie de Médicis, il se transportoit dans cette galerie, ce ne seroient plus de simples tableaux pour lui : ici il verroit la cérémonie du mariage de Henri le Grand avec cette princesse : là cette reine pleurer avec la France la mort de ce grand roi. Les monumens muets attendent que l'histoire ait parlé pour nous apprendre quelque chose ; l'histoire détermine le héros des exploits qu'on raconte, & les monumens les confirment. Quelquefois tout ce qu'on voit sous ses yeux sert à attester une histoire qu'on a entre les mains : passez en orient, & prenez la vie de Mahomet ; ce que vous verrez & ce que vous lirez, vous instruiront également de la révolution étonnante qu'a souffert cette partie du monde ; les églises changées en mosquées vous apprendront la nouveauté de la religion Mahométane ; vous y distinguerez les restes de l'ancien peuple de ceux qui les ont asservis ; aux beaux morceaux que vous y trouverez, vous reconnoîtrez aisément que ce pays n'a pas toûjours été dans la barbarie où il est plongé : chaque turban, pour ainsi dire, servira à vous confirmer l'histoire de cet imposteur.
Nous direz-vous que les erreurs les plus grossieres ont leurs monumens, ainsi que les faits les plus avérés, & que le monde entier étoit autrefois rempli de temples, de statues érigées en mémoire de quelque action éclatante des dieux que la superstition adoroit ? Nous opposerez-vous encore certains faits de l'histoire Romaine, comme ceux d'Attius Navius, & de Curtius ? Voici comme Tite-Live raconte ces deux faits. Attius Navius étant augure, Tarquinius Priscus voulut faire une augmentation à la cavalerie Romaine ; il n'avoit point consulté le vol des oiseaux, persuadé que la foiblesse de sa cavalerie qui venoit de paroître au dernier combat contre les Sabins, l'instruisoit beaucoup mieux sur la nécessité de son augmentation que tous les augures du monde. Attius Navius, augure zélé, l'arrêta & lui dit, qu'il n'étoit point permis de faire aucune innovation dans l'état, qu'elle n'eût été désignée par les oiseaux. Tarquin, outré de dépit, parce que, comme on dit, il n'ajoûtoit pas beaucoup de foi à ces sortes de choses : eh bien, dit-il à l'augure, vous qui connoissez l'avenir, ce que je pense est-il possible ? Celui-ci après avoir interrogé son art, lui répondit que ce qu'il pensoit étoit possible. Or, dit Tarquin, coupez cette pierre avec votre rasoir ; car c'étoit-là ce que je pensois. L'augure exécuta sur le champ ce que Tarquin desiroit de lui : en mémoire de cette action, on érigea sur le lieu même où elle s'étoit passée, à Attius Navius une statue, dont la tête étoit couverte d'un voile, & qui avoit à ses piés le rasoir & la pierre, afin que ce monument fît passer le fait à la postérité. Le fait de Curtius étoit aussi très-célebre : un tremblement de terre, ou je ne sai quelle autre cause, fit entr'ouvrir le milieu de la place publique, & y forma un gouffre d'une profondeur immense. On consulta les dieux sur cet évenement extraordinaire, & ils répondirent, qu'inutilement on entreprendroit de le combler ; qu'il falloit y jetter ce que l'on avoit de plus précieux dans Rome, & qu'à ce prix ce gouffre se refermeroit de lui-même. Curtius, jeune guerrier, plein d'audace & de fermeté, crut devoir ce sacrifice à sa patrie, & s'y précipita ; le gouffre se referma à l'instant, & cet endroit a retenu depuis le nom du lac Curtius, monument bien propre à le faire passer à la postérité. Voilà les faits qu'on nous oppose pour détruire ce que nous avons dit sur les monumens.
Un monument, je l'avoue, n'est pas un bon garant pour la vérité d'un fait, à moins qu'il n'ait été érigé dans le tems même où le fait est arrivé, pour en perpétuer le souvenir : si ce n'est que long-tems après, il perd toute son autorité par rapport à la vérité du fait, tout ce qu'il prouve, c'est que du tems où il fut érigé, la créance de ce fait étoit publique : mais comme un fait, quelque notoriété qu'il ait, peut avoir pour origine une tradition erronée, il s'ensuit que le monument qu'on élevera long-tems après ne peut le rendre plus croyable qu'il l'est alors. Or tels sont les monumens qui remplissoient le monde entier, lorsque les ténebres du paganisme couvroient toute la face de la terre. Ni l'histoire, ni la tradition, ni ces monumens ne remontoient jusqu'à l'origine des faits qu'ils représentoient ; ils n'étoient donc pas propres à prouver la vérité du fait en lui-même ; car le monument ne commence à servir de preuve que du jour qu'il est érigé : l'est-il dans le tems même du fait, il prouve alors sa réalité, parce qu'en quelque tems qu'il soit élevé, on ne sauroit douter qu'alors le fait ne passât pour constant : or un fait qui passe pour vrai dans le tems même qu'on dit qu'il est arrivé, porte par-là un caractere de vérité auquel on ne sauroit se méprendre, puisqu'il ne sauroit être faux, que les contemporains de ce fait n'ayent été trompés, ce qui est impossible sur un fait public & intéressant. Tous les monumens qu'on cite de l'ancienne Grece & des autres pays ne peuvent donc servir qu'à prouver que dans le tems qu'on les érigea on croyoit ces faits, ce qui est très-vrai ; & c'est ce qui démontre ce que nous disons, que la tradition des monumens est infaillible lorsque vous ne lui demandez que ce qu'elle doit rapporter, savoir la vérité du fait, lorsqu'ils remontent jusqu'au fait même, & la croyance publique sur un fait, lorsqu'ils n'ont été érigés que long-tems après ce fait. On trouve, il est vrai, les faits d'Attius Navius & de Curtius dans Tite-Live ; mais il ne faut que lire cet historien, pour être convaincu qu'ils ne nous sont point contraires. Tite-Live n'a jamais vû la statue d'Attius Navius, il n'en parle que sur un bruit populaire ; ce n'est donc pas un monument qu'on puisse nous opposer, il faudroit qu'il eût subsisté du tems de Tite-Live : & d'ailleurs qu'on compare ce fait avec celui de la mort de Lucrece, & les autres faits incontestables de l'histoire Romaine ; on verra que dans ceux-ci la plume de l'historien est ferme, assûrée, au lieu que dans celui-là elle chancelle, & le doute est comme peint dans sa narration (Id quia inauguratò Romulus fecerat, negavit Attius Navius, inclitus eâ tempestate augur, neque mutari neque novum constitui, nisi aves addixissent, posse. Ex eo irâ regi motâ eludereque artem (ut ferunt) agendum, inquit, divine tu, inaugura, fieri ne possit quod nunc ego mente concipio ? cum ille in augurio rem expertus profecto futuram dixisset ; at qui haec animo agitavi, te novaculâ cotem discissurum : cape haec & perage quod aves tuae fieri posse portendunt. Tum illum haud cunctanter discidisse cotem ferunt. Statua Attii posita capite velato, quo in loco res acta est, in comitio, in gradibus ipsis ad laevam curiae fuit ; cotem quoque eodem loco sitam fuisse memorant, ut esset ad posteros miraculi ejus monumentum. Titus Liv. I. Tarq. Prisc. reg.). Il y a plus, je crois que cette statue n'a jamais existé ; car enfin y a-t-il apparence que les prêtres & les augures, qui étoient si puissans à Rome, eussent souffert la ruine d'un monument qui leur étoit si favorable ? & si dans les orages qui faillirent à engloutir Rome, ce monument avoit été détruit, n'auroient-ils pas eu grand soin de le remettre sur pié dans un tems plus calme & plus serein ? Le peuple lui-même, superstitieux comme il étoit, l'auroit demandé. Cicéron qui rapporte le même fait, ne parle point de la statue, ni du rasoir, ni de la pierre qu'on voyoit à ses piés, il dit au contraire que la pierre & le rasoir furent enfoüis dans la place où le peuple Romain s'assembloit. Il y a plus, ce fait est d'une autre nature dans Cicéron que dans Tite-Live : dans celui-ci Attius Navius déplait à Tarquin, qui cherche à le rendre ridicule aux yeux du peuple, par une question captieuse qu'il lui fait : mais l'augure, en exécutant ce que Tarquin demande de lui, fait servir la subtilité même de ce roi philosophe à lui faire respecter le vol des oiseaux qu'il paroissoit mépriser. [ Ex quo factum est, ut eum (Attium Navium) ad se rex Priscus accerseret. Cujus cum tentaret scientiam auguratûs, dixit ei se cogitare quidam : id posset ne fieri consuluit. Ille, inaugurio acto, posse respondit : Tarquinius autem dixit se cogitasse cotem novaculâ posse præsidium. Tum Attium jussisse experiri, ita cotem in comitium allatam, inspectante & rege & populo, novaculâ esse discissam. In eo evenit ut & Tarquinius augure Attio Navio uteretur, & populus de suis rebus ad eum referret. Cotem autem illam & novaculam defossam in comitio, supraque impositum puteal accepimus. Cicer. de Divinit. lib. I.] Dans celui-là Attius Navius est une créature de Tarquin, & l'instrument dont il se sert pour tirer parti de la superstition des Romains. Bien loin de lui déplaire en s'ingérant dans les affaires d'état, c'étoit ce roi lui-même qui l'avoit appellé auprès de sa personne sans-doute pour l'y faire entrer. Dans Ciceron, la question que Tarquin fait à l'augure n'est point captieuse, elle paroît au contraire préparée pour nourrir & fomenter le superstition du peuple. Il la propose chez lui à Attius Navius, & non dans la place publique en présence du peuple, sans que l'augure s'y attendît. Ce n'est point la premiere pierre qui tombe sous la main dont on se sert pour satisfaire à la demande du roi, l'augure a soin de l'apporter avec lui : on voit en un mot dans Cicéron, Attius Navius d'intelligence avec Tarquin pour joüer le peuple ; l'augure & le roi paroissent penser de même sur le vol des oiseaux. Dans Tite-Live au contraire, Attius Navius est un payen dévot qui s'oppose avec zele à l'incrédulité d'un roi, dont la philosophie auroit pû porter coup aux superstitions du paganisme. Quel fond peut-on faire sur un fait sur lequel on varie tant, & quels monumens nous oppose-t-on ? ceux dont les auteurs qui en parlent ne conviennent pas. Si on écoute l'un, c'est une statue ; si on écoute l'autre, c'est une couverture. Selon Tite-Live le rasoir & la pierre se virent long-tems, & selon Cicéron on les enfoüit dans la place [ Cura non deesset si qua ad rerum via inquirentem ferret, nunc famâ rerum standum est, ubi certam derogat vetustas fidem ; & lacus nomen ab hac recentiore insignitiùs fabula est. Tit. Liv. lib. VII. q. serv. L.] Le fait de Curtius ne favorise pas davantage les Sceptiques ; Tite-Live lui-même qui le rapporte, nous fournit la réponse. Selon cet historien, il seroit difficile de s'assûrer de la vérité de ce fait si on vouloit la rechercher ; il sent qu'il n'a point assez dit, car bien-tôt après il le traite de fable. C'est donc avec la plus grande injustice qu'on nous l'oppose, puisque du tems de Tite-Live, par qui on le sait, il n'y en avoit aucune preuve ; je dis plus, puisque du tems de cet historien il passoit pour fabuleux.
Que le Pyrrhonien ouvre donc enfin les yeux à la lumiere, & qu'il reconnoisse avec nous une regle de vérité pour les faits. Peut-il en nier l'existence, lui qui est forcé de reconnoître pour vrais certains faits, quoique sa vanité, son intérêt, toutes ses passions en un mot paroissent conspirer ensemble pour lui en déguiser la vérité ? je ne demande pour juge entre lui & moi, que son sentiment intime. S'il essaye de douter de la vérité de certains faits, n'éprouve-t-il pas de la part de sa raison la même résistance que s'il tentoit de douter des propositions les plus évidentes : & s'il jette les yeux sur la société, il achevera de se convaincre, puisque sans une regle de vérité pour les faits elle ne sauroit subsister.
Est-il assûré de la réalité de la regle, il ne sera pas long-tems à s'appercevoir en quoi elle consiste. Ses yeux toûjours ouverts sur quelqu'objet, & son jugement toûjours conforme à ce que ses yeux lui rapportent, lui feront connoître que les sens sont pour les témoins oculaires la regle infaillible qu'ils doivent suivre sur les faits. Ce jour mémorable se présentera d'abord à son esprit, où le monarque François, dans les champs de Fontenoi, étonna par son intrépidité & ses sujets & ses ennemis. Témoin oculaire de cette bonté paternelle qui fit chérir Louis aux soldats Anglois même, encore tout fumans du sang qu'ils avoient versé pour sa gloire, ses entrailles s'émûrent & son amour redoubla pour un roi, qui, non content de veiller au salut de l'état, veut bien descendre jusqu'à veiller sur celui de chaque particulier. Ce qu'il sent depuis pour son roi, lui rappelle à chaque instant que ces sentimens sont entrés dans son coeur sur le rapport de ses sens.
Toutes les bouches s'ouvrent pour annoncer aux contemporains des faits si éclatans. Tous ces différens peuples, qui malgré leurs intérêts divers, leurs passions opposées, mêlerent leur voix au concert de loüanges que les vainqueurs donnoient à la valeur, à la sagesse, & à la modération de notre monarque, ne permirent pas aux contemporains de douter des faits qu'on leur apprenoit. C'est moins le nombre des témoins qui nous assûre ces faits, que la combinaison de leurs caracteres & de leurs intérêts, tant entr'eux qu'avec les faits mêmes. Le témoignage de six Anglois, sur les victoires de Melle & de Lauffeld, me fera plus d'impression que celui de douze François. Des faits ainsi constatés dans leur origine, ne peuvent manquer d'aller à la postérité : ce point d'appui est trop ferme, pour qu'on doive craindre que la chaîne de la tradition en soit jamais détachée. Les âges ont beau se succéder, la société reste toûjours la même, parce qu'on ne sauroit fixer un tems où tous les hommes puissent changer. Dans la suite des siecles, quelque distance qu'on suppose, il sera toûjours aisé de remonter à cette époque, où le nom flateur de Bien-aimé fut donné à ce roi, qui porte la couronne, non pour enorgueillir sa tête, mais pour mettre à l'abri celle de ses sujets. La tradition orale conserve ces grands traits de la vie d'un homme, trop frappans pour être jamais oubliés : mais elle laisse échapper à-travers l'espace immense des siecles mille petits détails & mille circonstances, toûjours intéressantes lorsqu'elles tiennent à des faits éclatans. Les victoires de Melle, de Raucoux & de Lauffeld passeront de bouche de bouche à la postérité : mais si l'histoire ne se joignoit à cette tradition, combien de circonstances, glorieuses au grand genéral que le roi chargea du destin de la France, se précipiteroient dans l'oubli ! On se souviendra toûjours que Bruxelles fut emportée au plus fort de l'hyver ; que Berg-op-zoom, ce fatal écueil de la gloire des Requesens, des Parmes & des Spinolas. ces héros de leur siecle, fut pris d'assaut ; que le siége de Mastreich ter mina la guerre : mais on ignoreroit sans le secours de l'histoire, quels nouveaux secrets de l'art de la guerre furent déployés devant Bruxelles & Berg-op-zoom, & quelle intelligence sublime dispersa les ennemis rangés autour des murailles de Mastreich, pour ouvrir à-travers leur armée un passage à la nôtre, afin d'en faire le siége en sa présence.
La postérité aura sans-doute peine à croire tous ces hauts faits ; & les monumens qu'elle verra, seront bien nécessaires pour la rassûrer. Tous les traits que l'histoire lui présentera se trouveront comme animés dans le marbre, dans l'airain & dans le bronze. L'école militaire lui fera connoître comment dans une grande ame, les vûes les plus étendues & la plus profonde politique se lient naturellement avec un amour simple & vraiment paternel. Les titres de noblesse, accordés aux officiers qui n'en avoient encore que les sentimens, seront à jamais un monument authentique de son estime pour la valeur militaire. Ce seront comme les preuves que les historiens traîneront après eux, pour déposer en faveur de leur sincérité, dans les grands traits dont ils orneront le tableau de leur roi. Les témoins oculaires sont assûrés par leurs sens de ces faits qui caractérisent ce grand monarque ; les contemporains ne peuvent en douter, à cause de la déposition unanime de plusieurs temoins oculaires, entre lesquels toute collusion est impossible, tant par leurs intérêts divers, que par leurs passions opposées ; & la postérité qui verra venir à elle tous ces faits par la tradition orale, par l'histoire & par les monumens, connoîtra aisément que la seule vérité peut réunir ces trois caracteres.
* C'est ainsi qu'il convient de défendre la religion. Voilà ce qu'on peut appeller prendre son ennemi corps à corps, & l'attaquer par les endroits les plus inaccessibles. Ici tout est rempli de sens & d'énergie, & il n'y a pas la moindre teinture de fiel. On n'a pas craint de laisser à son antagoniste ce qu'il pouvoit avoir d'adresse & d'esprit, parce qu'on étoit sûr d'en avoir plus que lui. On l'a fait paroître sur le champ de bataille avec tout l'art dont il étoit capable, & on ne l'a point surpris lâchement, parce qu'il falloit qu'il se confessât lui-même vaincu, & qu'on pouvoit se promettre cet avantage. Qu'on compare cette dissertation avec ce qu'on a publié jusqu'à présent de plus fort sur la même matiere, & l'on conviendra que si quelqu'un avoit donné lieu à un si bel écrit, par les objections qu'on y résout, il auroit rendu un service important à la religion, quoiqu'il y eût eu peut-être de la témerité à les proposer, sur-tout en langue vulgaire. Je dis peut-être, parce que l'évidence est sûre d'obtenir tôt ou tard un pareil triomphe sur les prestiges du sophisme. Le mensonge a beau souffler sur le flambeau de la vérité, loin de l'éteindre, tous ses efforts ne font qu'en redoubler l'éclat. Si l'auteur des Pensées philosophiques aimoit un peu son ouvrage, il seroit bien content de trois ou quatre auteurs que nous ne nommerons point ici par égard pour leur zele & par respect pour leur cause : mais en revanche, qu'il seroit mécontent de M. l'abbé de Prades, s'il n'aimoit infiniment la vérité ! Nous invitons ce dernier à suivre sa carriere avec courage, & à employer ses grands talens à la défense du seul culte sur la terre qui mérite un défenseur tel que lui. Nous disons aux autres & à ceux qui seroient tentés de les imiter : sachez qu'il n'y a point d'objections qui puissent faire à la religion autant de mal que les mauvaises réponses : sachez que telle est la méchanceté des hommes, que si vous n'avez rien dit qui vaille, on avilira votre cause, en vous faisant l'honneur de croire qu'il n'y avoit rien de mieux à dire.
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| CERUMEN | en Anatomie ; voyez CIRE DES OREILLES.
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| CERUMINEUSE | adject. (en Anatomie.) se dit des glandes jaunes presque rondes ou ovales, suivant Duverney & Vieussens, qui percent de petits trous la peau du conduit auditif dans la partie de ce conduit collée aux tempes, & dans les fissures, & depuis la partie qui est couverte d'un cartilage, jusqu'à la moitié du canal, selon Morgagni, sur la convexité supérieure de la membrane où rampe un réseau réticulaire, celluleux, fort, fait d'aréoles qui les renferment. C'est par ces orifices que sort cette espece de cire jaune, huileuse, amere, & qui prend feu lorsqu'elle est pure & fort épaisse. Faute de ce suc, dont l'abondance peut cependant nuire, on devient sourd, ce qui arrive souvent pour cette raison dans la vieillesse, comme le racontent Valsalva, Morgagni & Duverney ; & à dire vrai, les Chirurgiens empiriques qui ignorent combien les causes de la vraie surdité sont profondément cachées dans cet organe, ne guérissent que celle-là. Haller, Comment. Boerhaav. (L)
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| CERUS | S. m. (Mythol.) dieu du tems favorable chez les Grecs, ou de l'occasion chez les Romains. Callistrate l'avoit représenté sous la figure d'un jeune homme, beau, ayant les cheveux épars & flottans au gré du vent, & tenant un rasoir à la main. Phedre l'a décrit dans ses fables, avec des ailes, des cheveux par-devant, & chauve par-derriere. L'allégorie de la figure de Callistrate, est que l'occasion s'échappe avec tant de rapidité, qu'elle pourroit marcher sur le tranchant d'un rasoir ; & celle de la fable de Phedre, que l'on ne retrouve plus l'occasion quand elle est une fois échappée. L'idée d'un poëte qui a appellé l'occasion le plus jeune des enfans de Saturne, est belle. Les Eléens avoient consacré un autel à Cerus.
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| CERUSE | voyez l'article BLANC DE PLOMB.
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| CERVAISON | subst. f. (Venerie) on appelle de ce nom le tems où le cerf est en embonpoint.
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| CERVARO | (Géog.) riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la Capitanate.
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| CERVEAU | S. m. (Anatom.) ou ce qu'on appelle vulgairement la cervelle, est le nom qu'on a donné en général à toute la masse molle, en partie grisâtre, en partie blanchâtre, qui est renfermée dans le crane, laquelle est la source de nos sens, & où l'on prétend que l'ame réside d'une maniere particuliere. Voyez CRANE & AME.
Quand on a ouvert le crane, on trouve une masse qui en occupe toute la cavité, & qui est enveloppée de différentes membranes : la premiere qui se présente c'est la dure-mere, qui revêt les os en-dedans, & leur sert de périoste : elle divise le cerveau en différentes parties au moyen de ses différens replis, dont les principaux sont la faux & la tente, &c. Sous cette membrane il s'en trouve une autre qui s'enfonce dans les anfractuosités du cerveau, & qu'on appelle pie-mere. C'est dans les duplicatures qu'elle forme, en s'enfonçant dans les anfractuosités, que sont renfermés les vaisseaux du cerveau. Voyez MEMBRANE, DURE-MERE, voyez aussi nos Pl. d'Anatomie.
Ces membranes levées, on voit la substance du cerveau, qui forme une infinité de plis profonds, dont les circonvolutions imitent à-peu-près celles des intestins : si on coupe assez profondément quelques-uns de ces plis, on observe qu'ils sont composés d'une substance de deux couleurs différentes, dont la partie externe est de couleur de cendre, & a été en conséquence appellée substance cendrée ou substance corticale ; elle est glanduleuse suivant quelques auteurs ; mais l'analyse de ses parties est si difficile, qu'on ne peut rien avancer là-dessus que de conjectural. La partie interne des différens replis est blanchâtre, & se nomme substance médullaire. Voyez l'article CENDREE.
On divise le cerveau en trois parties principales, savoir, le cerveau strictement pris, le cervelet, & la moelle allongée. Voyez CERVELET & MOELLE, voyez aussi nos Planches.
Le mot cerveau pris dans un sens plus particulier, signifie donc cette partie superficiellement grisâtre, qui occupe toute la portion supérieure de la cavité du crane, & dont la figure est une convexité ovalaire assez approchante de la moitié d'un oeuf qu'on auroit coupé en deux parties égales par le même diametre, sans les éloigner l'une de l'autre ; la grosse extrémité de la convexité ovalaire est située postérieurement ; la petite antérieurement.
La fissure dans laquelle rampent les arteres, longue, plus profonde que les autres sillons du cerveau, & qui s'appelle fissure de Sylvius, sépare le cerveau en lobes antérieurs & postérieurs ; mais comme le cerveau considéré dans sa partie inférieure, paroît de chaque côté distingué en trois parties, on leur a donné à chacune le nom de lobe. Voyez LOBE.
En éloignant un peu ces deux portions du cerveau l'une de l'autre, on observe la surface d'un corps blanc nommé corps calleux. Voyez CORPS CALLEUX.
Si on enleve adroitement de chaque portion tous les sillons mêlangés de la substance tant cendrée que médullaire, jusqu'à ce qu'on n'observe plus que la médullaire, on formera sur les parties latérales du corps calleux deux convexités médullaires de figure ovalaire, qu'on nomme centre ovale : en coupant ces convexités tout le long du corps calleux, & à quatre ou cinq lignes de distance de ce même corps, on découvre deux cavités, une de chaque côté, nommées ventricules antérieurs, séparées l'une de l'autre par une membrane médullaire qui regne tout le long de la partie moyenne de la face inférieure du corps calleux, & à laquelle on a donné le nom de septum lucidum. Voyez CENTRE, VENTRICULE, &c.
Les deux lames médullaires dont le septum lucidum est formé, finissent antérieurement par deux productions qui sont fort près l'une de l'autre, & en arriere par deux autres plus sensibles qui s'écartent vers les côtés, en formant de petites bandelettes sur un corps qui a la figure d'un ver à soie en nymphe, & qui suit la corne inférieure des ventricules ; on les nomme cornes d'ammon, & la partie du ventricule dans laquelle ils se rencontrent, sinus bonbycinus ou sinus du vers à soie. Voyez CORNE & SINUS.
Toute l'étendue du bord inférieur du septum lucidum, porte le nom de voûte à trois piliers. Voyez VOUTE.
La surface inférieure du plancher triangulaire formé par la voûte à trois piliers, est toute remplie de lignes médullaires, transverses & saillantes. Les anciens ont donné le nom de psalloïdes & de lyre à cet espace, à cause de ces fibres. Le plexus choroïde est sous la lyre, & suit les cornes d'ammon.
Cette voûte étant levée avec le plexus choroïde, on trouve quatre éminences dans les ventricules latéraux ; antérieurement on en voit deux en forme de cone ou de larme de Hollande, on les nomme les corps cannelés ; les deux autres éminences sont les couches des nerfs optiques : ces couches se touchent, mais de façon qu'elles laissent un trou antérieurement & postérieurement ; l'antérieur a été appellé vulva, & le postérieur l'anus : en écartant les couches des nerfs optiques, l'un & l'autre de ces deux trous disparoissent, & on apperçoit dans le fond le troisieme ventricule. Voyez CORPS CANNELES, VULVA, &c.
Derriere le troisieme ventricule se trouve un petit corps glanduleux, nommé glande pinéale ; & au-dessous de cette glande les tubercules quadri-jumeaux, dont les supérieurs ont été appellés nattes, & les inférieurs testes. Voyez GLANDE PINEALE, NATTES, &c.
Dans le troisieme ventricule est l'ouverture de l'infundibulum, ou de l'entonnoir qui va à la glande pituitaire ; postérieurement l'aquéduc de Sylvius, qui aboutit au quatrieme ventricule, dans la partie inférieure duquel est une scissure parallele à l'axe : sous les nattes & testes est la grande valvule du cerveau, qui est de substance médullaire. Voyez INFUNDIBULUM, AQUEDUC, &c.
Quatre gros troncs d'arteres, les deux carotides internes & les deux vertébrales, se distribuent au cerveau, & font voir dans leurs distributions, dans leur direction, & par leurs fréquentes communications, combien la nature a pris de mesures pour que rien ne s'opposât à la séparation d'un fluide, que les fonctions nobles auxquelles il est destiné font regarder comme le plus subtil ; c'est le suc nerveux. Voyez CAROTIDE, VERTEBRALE, RVEUXVEUX. Voyez aussi nos Planches d Anatomie.
Le sang est rapporté du cerveau par des veines qui prennent naissance de plusieurs petites artérioles rouges du cerveau, & se réunissant en de plus gros rameaux enveloppés par la pie-mere, viennent s'ouvrir de différentes façons dans les sinus de la dure-mere, pour passer dans les jugulaires, & dans beaucoup d'autres petites veines qui s'y rendent de même.
Tous les Anatomistes en général conviennent que l'homme a plus de cerveau, proportion gardée, que tous les autres animaux, que le boeuf, le cheval, &c.
L'imagination voulant suppléer à ce qu'on ne pouvoit appercevoir, a enfanté divers systèmes sur la structure du cerveau, sur-tout celui de Malpighi & celui de Ruisch.
Malpighi croyoit que la substance corticale étoit composée de glandes, que la petitesse & la nature muqueuse & transparente du cerveau ont dérobées aux microscopes mêmes de Marthall, qu'il préféroit à tous ceux de Leuwenhoeck ; & c'est par leur secours qu'il voyoit cette substance élevée en petites éminences. Quand on fait cuire un cerveau, sa substance s'éleve en molécules semblables à des glandes : on découvre par le moyen de l'encre qu'on jette sur la substance corticale, de petites élévations séparées par de petites fentes. Le cerveau pétrifié présente une surface couverte de petits globules ; il sort par les ouvertures qu'on fait au crane une matiere fongueuse, qui a quelque chose de la glande : les parties externes du cerveau se changent par une hydropisie en de petites spheres ; toutes ces raisons ne prouveroient-elles pas que la substance du cerveau est glanduleuse ?
Ruisch n'a cependant pas été convaincu par ces preuves, que la substance corticale soit glanduleuse ; il a cru au contraire que tout le cerveau n'est qu'une continuation des arteres qui se replient diversement, & qui vont ensuite former les nerfs par leurs extrémités.
Ces deux auteurs different donc en ceci : Malpighi admet entre l'extrémité des vaisseaux qui forment la substance corticale, & l'extrémité de ceux qui forment la médullaire, des follicules glanduleux : Ruisch au contraire prétend que les extrémités des vaisseaux de la substance corticale sont continues aux extrémités des vaisseaux de la médullaire : mais ni l'un ni l'autre système n'est appuyé d'assez fortes raisons pour nous faire décider en faveur de l'un plûtôt que de l'autre : nous renvoyons à l'article DURE-MERE, la fameuse question sur son mouvement & sur celui du cerveau ; & à l'article ESPRIT, celle des esprits animaux.
Quoi qu'il en soit, les Philosophes regardent le cerveau comme l'organe de nos pensées. M. Astruc va plus loin : il prétend rendre raison des phénomenes du raisonnement & du jugement, par l'analogie qu'il suppose entre les fibres du cerveau & celles des instrumens de musique. Selon lui, c'est un axiome que chaque idée simple est produite par l'ébranlement d'une fibre déterminée ; & que chaque idée composée est produite par des vibrations isochrones de plusieurs fibres ; que le plus grand ou le moindre degré d'évidence fait le plus grand ou le moindre degré de force de l'ébranlement des fibres.
Mais toutes ces choses sont si peu démontrées, qu'il paroît inutile de s'y arrêter : il n'en est cependant pas moins vrai que ce qu'on peut entrevoir dans les nerfs & dans la structure du cerveau, nous présente par-tout une industrie merveilleuse. Je ne craindrai donc point de déplaire à mon lecteur, en ajoûtant ici l'explication des différens phénomenes qui sont liés au détail que nous allons donner sur les vûes de la nature.
1°. Le cerveau & le cervelet sont les reservoirs où se filtre la matiere qui porte le mouvement par tous nos membres ; & voici des expériences qui prouvent que le sentiment & le mouvement ont leur principe dans la substance médullaire.
1°. La moelle du cerveau comprimée par quelque cause que ce puisse être, par le sang, par la sérosité, par des hydatides, par l'applatissement méchanique des os du crane, par la concussion, par la commotion, &c. on tombe en apoplexie : la moelle du cerveau piquée, déchirée, donne des convulsions horribles : 3°. la moelle du cerveau & celle de l'épine produisent la paralysie des parties qui leur sont inférieures, soit que ces substances soient blessées, coupées ou comprimées ; par conséquent il étoit de nécessité absolue qu'il n'arrivât point de compression dans ces endroits ; c'est pour cela que le cerveau est divisé en deux parties, qui sont soutenues par la faux, quand nous sommes couchés, & quand la tête reçoit quelque mouvement latéral ; de même les lobes postérieurs sont soutenus par la fente, afin qu'ils ne tombent point sur le cervelet. Les ventricules servent encore à empêcher les compressions ; le cerveau pressé d'un côté, peut céder du côté de ces cavités qui sont toûjours arrosées d'une liqueur qui se filtre dans le plexus coroïde : la nature, dans cette vûe, a formé une boîte ronde pour enfermer le cerveau ; cette figure fait que le crane ne peut s'enfoncer que difficilement, quant à la molesse de l'épine, elle a un rempart dans le canal des vertebres.
2°. Les veines n'accompagnent point les arteres, de peur qu'elles ne soient comprimées par ces arteres lorsqu'elles se gonflent dans les grands mouvemens. Les réservoirs veineux sont d'une structure singuliere, & leur section présente en général une figure curviligne : ils sont formés & creusés entre les deux lames de la dure-mere, qui leur donne une forte gaine ; ils sont outre cela renforcés par différens moyens : c'est ainsi qu'il y a dans leur cavité des fibres transversales qui font l'office de poutres, joignent les parties opposées, & résistent à leur distension. Voyez combien de précautions la nature a prises pour que les veines du cerveau ne se rompissent point toutes les fois que le sang s'arrête, comme en retenant son haleine, en faisant de grands efforts, en toussant, en éternuant, en riant, &c. Les arteres & les veines du cerveau ont des directions différentes, & communiquent toutes les unes avec les autres, les arteres avec les arteres : les veines avec les veines, un nombre infini de fois ; parce que dans le premier cas il eût été dangereux qu'elles ne se formassent un obstacle mutuel en passant par le même trou ; & dans le second, que le sang ne pût trouver d'issue, sa route directe étant embarrassée.
3°. Les nerfs qui sortent du côté gauche, vont ou paroissent aller du côté droit, & ceux qui sortent du côté droit, se distribuent ou paroissent se distribuer au côté gauche ; & ce n'est que par ce moyen qu'on peut expliquer pourquoi le cerveau étant vivement affecté d'un côté, les parties de l'autre côté correspondantes à celles auxquelles les nerfs de cette partie affectée du cerveau se distribuent, se trouvent paralytiques.
4°. Si l'on comprime le cerveau, ou qu'on le coupe jusqu'à la substance médullaire, l'action volontaire des muscles est interrompue, la mémoire & le sentiment s'éteignent, mais la respiration & le mouvement du coeur subsistent. Quant au cervelet, si l'on fait la même chose, la respiration & le mouvement du coeur cessent : de-là il s'ensuit que les nerf destinés au mouvement volontaire partent du cerveau, & que les nerfs d'où dépendent les mouvemens spontanés sortent du cervelet : il est donc en sûreté de toutes parts, de même que les arteres vertébrales qui lui fournissent du sang, parce qu'elles montent par les trous des apophyses transverses du cou.
5°. Les maladies de la tête dépendent toutes de la compression & de l'irritation : la douleur de la tête est causée par le sang qui ne peut passer librement, & qui par-là cause un grand battement dans les arteres ; aussi trouve-t-on dans les dissections des cadavres de ceux qui ont été sujets à ces maux, les vaisseaux extrêmement distendus & remplis d'un sang noirâtre : si le gonflement s'augmente jusqu'à causer une grande compression, l'apoplexie surviendra ; car alors le suc nerveux ne pourra plus être poussé dans les nerfs qui servent au mouvement volontaire ; tandis que cette pression ne s'étendra plus jusqu'au cervelet, la respiration & le mouvement du coeur subsisteront. Pour l'épilepsie, elle ne differe dans sa cause de l'apoplexie, qu'en ce que la pression ne se fait pas de même : supposons qu'une artere forme un anévrisme, cette artere gonflée battra extraordinairement, & par ses battemens fera couler avec force le suc dans les nerfs ; il surviendra donc des convulsions extraordinaires. La même chose peut arriver par des varices ; car ces varices comprimeront les arteres voisines, qui par-là se gonfleront, & battront fortement. On voit de-là que l'apoplexie pourra succéder à l'épilepsie. La paralysie suit souvent les maladies dont nous venons de parler : mais elle peut avoir encore d'autres causes, comme on le peut voir à l'article PARALYSIE.
6°. Dans ceux qui sont morts de ces maladies, on trouve beaucoup de sérosité extravasée dans le cerveau.
7°. On voit que les nerfs qui sont les canaux du cerveau, se distribuent dans les muscles pour y porter le mouvement ; mais il y a plus de branches à proportion dans les plexus qui suivent les arteres, parce qu'ils ont besoin d'un grand mouvement pour pousser le sang.
8°. Enfin, les nerfs sont les seuls corps sensibles : mais d'où vient que le cerveau dont ils sortent ne l'est point, ou ne l'est que très-peu ? Comme cela dépend des lois de l'union de l'ame avec le corps, on n'en peut donner aucune raison. Voyez NERF, Anatomie d'Heist. avec des Ess. de Phys. &c.
Quant au siége de l'ame, les auteurs se sont accordés à la placer dans une seule partie du cerveau, de peur qu'un siége à chaque lobe ne supposât une double sensation : ainsi les uns ont mis l'ame, c'est-à-dire le premier principe de nos sensations & de nos pensées, dans la cloison transparente ; Descartes & ses sectateurs ont voulu qu'elle habitât la glande pinéale ; Lancisi l'a placée dans le corps calleux ; Vieussens a adopté cette opinion ; Possidonius parmi les anciens, Willis chez les modernes, ont distribué les diverses facultés de l'ame en différentes parties du cerveau propres à chacune : mais rien jusqu'ici n'a pû nous découvrir où sont ces prétendus départemens. Le cerveau qui peut être considérablement blessé sans beaucoup perdre de l'usage des sens, montre bien quelle est l'étendue du sensorium commune.
Certaines observations semblent laisser en doute si le cerveau est une partie absolument nécessaire à la vie. Il y a plusieurs exemples anatomiques d'animaux qui ont survécu à la perte de cette partie. Nous avons l'histoire d'un enfant qui naquit à terme dans la ville de Paris, qui n'avoit ni cerveau ni tête, & au lieu de ces deux parties il avoit une masse de chair de couleur semblable au foie. M. Denys rapporte un autre exemple d'un enfant qui naquit en 1573, qui étoit assez bien formé, à l'exception de la tête qui n'avoit ni cervelle, ni cervelet, ni moelle allongée, ni aucune cavité propre à les contenir : le crane, si on peut l'appeller ainsi, étoit solide, & n'avoit aucune liaison avec les vertebres ; desorte que la moelle de l'épine n'avoit aucune communication avec la tête. M. Le duc donne un troisieme exemple en 1695, d'un sujet qui fut trouvé sans cerveau, sans cervelet, sans moelle allongée, & même sans moelle de l'épine ; la cavité qui auroit dû les contenir étant extrèmement petite & remplie d'une substance livide, blanchâtre, & semblable à du sang coagulé : il ajoûte que c'est le troisieme sujet qu'il avoit trouvé de cette façon. M. Duverney croit que cette substance étoit une moelle de l'épine, quoiqu'elle n'en eût point la consistance : en un mot il la regarde comme un cerveau même, semblable à celui qui est dans le crane, plus nécessaire à la vie, & plus sensible que le cerveau & le cervelet ; puisqu'une blessure ou une compression dans la moelle épiniere est toûjours mortelle, & qu'il n'en est pas de même du cerveau, comme il paroît par les observations rapportées par MM. Duverney & Chirac, le premier desquels ôta le cerveau & le cervelet d'un pigeon, qui malgré cela vécut, chercha sa nourriture, & s'acquitta de toutes ses fonctions. M. Chirac a ôté la cervelle de la tête d'un chien, qui vécut, mais qui mourut dès qu'on lui eut ôté le cervelet : cependant il remarque qu'en soufflant dans les poumons de l'animal, il le fit vivre pendant une heure après la perte de cette derniere partie. Le même observe qu'après avoir séparé la moelle allongée de la moelle épiniere d'un autre chien, & après lui avoir ôté la cervelle & le cervelet, l'animal vécut en lui soufflant dans les poumons. On peut ajoûter à cela divers exemples rapportés par M. Boyle, non-seulement d'animaux qui ont vécu après la séparation de leurs têtes d'avec leurs corps, mais même de la copulation & de l'imprégnation de plusieurs insectes après ces différentes circonstances : d'où il s'ensuivroit que la moelle épiniere seroit suffisante pour la sensation, le mouvement, & la secrétion des esprits animaux, &c.
Le cerveau a différentes proportions dans divers animaux. Il n'est pas grand dans les oiseaux à proportion du corps : cette proportion est beaucoup plus petite dans le boeuf & dans le cheval. Le singe, animal rusé & adroit, a un grand cerveau. Les animaux ruminans en ont moins que l'homme, mais plus que les autres brutes ; comme on le voit, en comparant les cerveaux de la chevre, de l'élan, avec ceux du lion & du linx. Il est petit dans les animaux qui se battent ; car ils ont des muscles temporaux fort épais qui étrécissent leur crane, en comprimant sous la forme d'un plan incliné & cave, les côtés que nous avons ronds & saillans en-dehors. On a donc raison de dire qu'un petit cerveau est la marque non de l'imbécillité, mais de la férocité. Ce viscere est beaucoup plus petit dans les poissons que dans les quadrupedes ; le requin qui pese trois cens livres, n'a pas trois onces de cervelle : elle est copieuse dans les especes qui paroissent plus rusées, telle que le veau marin. C'est si peu de chose dans les insectes, qu'on ne peut savoir ce qui fait le cerveau : on ne voit que la moelle de l'épine seule, qui paroît dégénérer uniquement dans les nerfs optiques : dans l'éphémere, l'escarbot, l'abeille, le cerveau n'est au plus qu'une petite particule pas plus grosse qu'un ganglion de la moelle épiniere, comme dans la chenille, dans l'hermite, dans les vers à soie. L'homme le plus prudent des animaux a le plus grand cerveau ; ensuite les animaux que l'homme peut instruire ; & enfin ceux qui ont très-peu d'idées & des actions de la plus grande simplicité, ont le plus petit cerveau. Mais est-on robuste, eu égard à la quantité du cervelet ? cela est vraisemblable : l'expérience nous manque cependant ici ; ce qu'il y a de certain, c'est que l'homme fait pour avoir tant d'idées, n'eût pû les contenir dans un plus petit cerveau. (L)
CERVEAU, terme de Fondeur de cloches. Le cerveau d'une cloche est la partie supérieure à laquelle tiennent les anses en-dehors, & l'anneau du battant en-dedans. Cette partie de la cloche a la forme à-peu-près semblable à celle de la partie de la tête des animaux qui renferme la cervelle. C'est la raison pour laquelle on lui a donné le nom de cerveau.
La largeur du cerveau dépend de la longueur du diametre de la cloche. La regle est de lui donner sept bords & demi de diametre, c'est-à-dire la moitié du diametre de l'ouverture inférieure de la cloche. A l'égard de son épaisseur, elle est ordinairement d'un corps ou d'un tiers de l'épaisseur du bord. Mais afin que les anses soient plus solides, on fortifie le cerveau par une augmentation de matiere, qui a aussi un corps d'épaisseur, & qu'on appelle l'onde ou la calotte. Voyez la figure 1. de la Fonderie des cloches, & l'article FONTE DES CLOCHES.
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| CERVELAT | S. m. (Chaircuiterie.) Le cervelat ordinaire se fait avec du porc maigre, du veau, du lard, force épices, hachés ensemble & entassés dans un boyau de porc, qu'on divise ensuite avec des ficelles en plusieurs portions, selon la longueur qu'on veut donner à chaque cervelat. Le boyau est étranglé en deux endroits par la ficelle ou le fil ; & cet intervalle est un cervelat. On fait cuire ce boyau rempli avant que de le manger, ou même de le vendre. Les cervelats de Milan sont fort vantés : on les fait, à ce qu'on dit, avec le porc maigre, le lard, le sel, & le poivre. On met sur six livres de porc une livre de lard, quatre once de sel, une once de poivre. On hache bien le tout ensemble ; on arrose le mêlange avec une pinte de vin blanc, & une livre de sang de porc ; on ajoûte une demi-once de canelle & de girofle pilés ensemble ; on tire de la tête du porc de gros lardons, qu'on saupoudre bien d'épices. On répand ces lardons dans le mêlange précédent qu'on entasse dans le boyau du porc ; on lie le boyau par les deux bouts quand il est bien plein, & on le fait cuire : quand il est cuit, on le laisse sécher à la fumée jusqu'à ce qu'il soit extrèmement ferme & dur.
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| CERVELET | S. m. terme d'Anatomie, est la partie postérieure du cerveau. Voyez nos Planch. d'Anat. & leur explic. Voyez aussi l'article CERVEAU.
Le cervelet est en quelque façon une sorte de petit cerveau lui-même, comme l'exprime son nom, qui est un diminutif du mot cerveau.
Il est logé dans la partie postérieure & inférieure du crane, au-dessous de la partie postérieure du cerveau. Il y communique par en-bas : mais par en-haut il en est séparé par le replis de la dure-mere. Sa figure ressemble à une boule applatie, plus large que longue.
Sa substance est plus dure, plus seche, & plus solide que celle du cerveau : mais elle est cependant de même nature, étant composée de même d'une substance corticale & glanduleuse, & d'une médullaire ; les branches de cette derniere substance sont disposées à-peu-près comme celles d'un arbre, se rencontrant au milieu, & formant une espece de tige qui regne tout du long. La couleur du cervelet est jaunâtre, au lieu que celle du cerveau est plus blanche.
Sa surface est inégale & sillonnée, mais moins que celle du cerveau : il semble plûtôt qu'elle soit divisée par lames ou par écailles. Les cercles du milieu sont plus larges & plus profonds ; & dans les entre-deux des lames, entrent les replis de la pie-mere. Le devant & le derriere du cervelet sont terminés par des apophyses qu'on appelle vermiformes, parce qu'elles ont la figure d'un ver. Il se joint à la moelle allongée par deux procès, que Willis appelle peduncules ou cuisses du cervelet. Voyez PEDUNCULES & CUISSES.
Outre ces deux peduncules, il y a deux ou trois autres avances médullaires, qui passant en travers de la moelle allongée, forment une arche ou arcade, qu'on a appellée du nom de celui qui l'a découverte, pont de Varole. Voyez PONT de VAROLE.
Les vaisseaux sanguins du cerveau sont les mêmes que ceux du cervelet ; & son usage est le même aussi, savoir de séparer le suc nerveux du sang, & de le porter dans les différentes parties du corps.
Willis met cependant de la différence entre les fonctions du cerveau & celles du cervelet ; voulant que le premier soit le principe des mouvemens & des actions volontaires ; & l'autre, le principe des actions involontaires, telles que sont la respiration, le mouvement du coeur, &c. Voyez MOUVEMENT.
Il passe pour constant que la moindre lésion à la substance corticale ou à la moelle du cervelet, est mortelle ; ce qui n'est pas de même au cerveau, dont on a quelquefois retranché une partie sans qu'il en soit arrivé d'accident. Il est pourtant vrai qu'il y a des exemples de gens qui ont vécu non-seulement sans cerveau, mais même sans cervelet. Voyez CERVEAU. (L)
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| CERVERA | (Géog.) petite ville du Portugal, dans la province de Tra-los-montes, près du Minho.
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| CERVI | (Géog.) île de l'Archipel au midi de la Morée, près de l'île de Cerigo.
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| CERVIA | (Géog.) ville d'Italie dans la Romagne, sur le golfe de Venise, entre les rivieres de Savio & de Pisatello. Long. 30. lat. 44. 16.
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| CERVICAL | adj. en Anatomie, se dit de quelques parties relatives à la partie postérieure du cou, qu'on appelle en latin cervix. Voyez CERVIX.
Ligament cervical. Voyez LIGAMENT.
Les arteres cervicales sont des rameaux de la soûclaviere qui rampent en-devant & en-arriere du cou. Voyez SOUCLAVIERE.
CERVICAUX descendans, de Diemerbroek, sont une paire de muscles antagonistes aux sacrolombaires, qui prennent leur origine de la troisieme, quatrieme, cinquieme, & sixieme vertebre du cou.
La plûpart des auteurs, mais mal-à-propos, les regardent comme une production & une partie du sacrolumbus. Voyez SACROLUMBAIRE ; c'est le petit transversaire du cou, ainsi nommé par M. Winslow.
Les nerfs cervicaux sont au nombre de sept paires.
La premiere passe entre la premiere & la seconde vertebre du cou : elle communique avec le nerf sous-occipital, avec le nerf intercostal, avec la seconde paire cervicale, & se distribue aux muscles postérieurs de la tête : elle jette antérieurement un filet, qui après avoir communiqué avec le nerf intercostal, avec la seconde paire cervicale, avec le nerf lingual, va se distribuer aux muscles sterno-hyoïdien, thyro-hyoïdien, &c.
La seconde paire cervicale passe entre la seconde & la troisieme vertebre du cou : elle communique en devant avec le premier ganglion cervical du nerf intercostal ; en-haut avec la premiere paire cervicale ; en-bas avec la troisieme : elle jette différens rameaux dont les uns communiquent avec le grand hypoglosse, d'autres avec la portion dure du nerf auditif. Un de ses rameaux s'unissant avec un autre de la troisieme paire cervicale, concourt à la formation du nerf diaphragmatique. Voyez DIAPHRAGMATIQUE.
La troisieme paire cervicale passe contre la troisieme & la quatrieme vertebre du cou, & communique en-haut avec la seconde paire, en-bas avec la quatrieme, en-devant avec le nerf intercostal, le grand hypoglosse, & la paire vague. Elle communique encore avec le nerf accessoire : après cela elle jette plusieurs branches. Parmi les branches antérieures, il y en a une qui en s'unissant avec un rameau de la seconde paire verticale, forme une partie du nerf diaphragmatique.
Tous les nerfs cervicaux envoyent une infinité de branches aux muscles & aux autres parties de la tête, du cou, & des épaules.
Les quatre dernieres paires cervicales passent entre les portions du muscle scalene, & sont en général plus grosses que les trois premieres, & forment avec une partie de la troisieme paire cervicale, & la premiere paire dorsale, les nerfs bronchiaux. Voyez BRONCHIAL. (L)
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| CERVIER | voyez LOUP CERVIER.
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| CERVIX | terme d'Anatomie, est un mot latin qui signifie la partie postérieure du cou, auquel nous n'avons aucun mot en françois qui réponde parfaitement. Il est opposé à la partie antérieure qu'on appelle la gorge ou le gosier. Voyez COU.
Le cervix ou cou de la matrice est ce canal ou passage oblong, situé entre les orifices internes & externes de la matrice, qui reçoit & emboîte la verge comme une gaîne ou un fourreau, ce qui fait qu'on lui a donné le nom de vagin. Voyez MATRICE & VAGIN.
Le cervix ou cou de la matrice dans les filles est fort étroit, si ce n'est dans le tems de leurs regles ; car dans les tems ordinaires à peine est-il assez large pour qu'on y puisse introduire une plume d'oie. Son extrémité intérieure s'appelle orifice interne : & il est comme scellé par une sorte de matiere glutineuse qui sort des glandes circonvoisines. Voyez MATRICE. (L)
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| CERVOISE | S. f. vieux mot qui signifie la biere. Voyez BIERE.
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| CERVOISIERS | S. m. pl. marchands de biere ou Brasseurs. Voyez BRASSEURS.
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| CERYCES | S. m. pl. (Hist. anc.) gens occupés chez les Athéniens, à servir dans les sacrifices. C'étoient des especes de crieurs publics qui annonçoient au peuple les choses civiles & sacrées ; on en faisoit deux, l'un pour l'aréopage, l'autre pour l'archonte ; leur fonction étoit encore d'assommer les taureaux, & de préparer les victimes. Ils étoient appellés ceryces, d'un certain Ceryx fils de Mercure & de Pandrose, & le premier de la famille Athénienne de laquelle ces desservans devoient être tirés.
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| CÉRYCES | LES, (Littér. grecq.) en grec , famille sacerdotale, ainsi nommée, parce qu'elle descendoit de Céryx. Elle avoit, comme les Eumolpides, ses fonctions réglées à la fête d'Eleusis, c'est-à-dire, aux mysteres de Cérès. Ce ne sont point des hérauts, praecones, quoique le grand nombre des interprêtes d'Eschine aient concerté de traduire ainsi le mot . La raison toujours supérieure à l'autorité, doit faire rejetter leur interprétation, parce qu'il n'est pas vraisemblable qu'Eschine ait voulu placer les hérauts dans une énumération de prêtres, de prêtresses, & de familles sacerdotales. Ce qui a le plus contribué à induire en erreur sur ce point, c'est qu'outre que le mot signifie à-la-fois héraut & céryce, ce nom n'a pas la terminaison patronimique. Cérycide tromperoit moins de monde. Tourreil. (D.J.)
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| CESANO | (LE) Géog. riviere d'Italie, dans l'état de l'Eglise, au duché d'Urbin, qui se jette dans le golfe de Venise.
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| CESAR | S. m. (Hist. anc.) a été long-tems employé chez les Romains, pour signifier l'héritier présomptif ou désigné à l'empire, comme l'est aujourd'hui le titre de roi des Romains dans l'empire d'Allemagne. Voyez HERITIER.
Ainsi Constance Chlore & Galere furent proclamés césars par Dioclétien & Maximien ; Licinus, par Galerius ; Constantin le grand, par Constantius ; Constantin le jeune, Constantius & Constans, par Constantin leur pere ; Junius Gallus & Julien, par Constantius.
Les césars étoient des especes d'adjoints ou associés à l'empire, participes imperii : ils portoient le manteau impérial, la pourpre & le diadème, & marchoient avec toutes les autres marques de la dignité souveraine. Ils étoient créés césars comme les empereurs, par l'endossement de la robe de pourpre.
La dignité de césar fut toûjours la seconde de l'empire, jusqu'au tems d'Alexis Comnene, qui en investit Nicéphore de Melise en conséquence de la convention faite entr'eux ; & comme il falloit nécessairement qu'il conférât une dignité supérieure à son frere Isaac, il le créa sebastocrator, lui donnant en cette qualité la presséance sur Nicéphore, & ordonna que dans toutes les acclamations Isaac seroit nommé le second, & Nicéphore le troisieme.
L'origine de ce titre fut le surnom du premier empereur, C. Julius César, que le sénat ordonna par un decret exprès que tous les empereurs porteroient dans la suite : mais sous ses successeurs le nom d'Auguste étant devenu propre aux empereurs, celui de césar fut communiqué à la seconde personne de l'empire, sans que l'empereur cessat pour cela de le porter. On voit par-là quelle est la différence entre césar purement & simplement, & césar avec l'addition d'empereur auguste.
Les auteurs sont partagés sur l'origine du mot césar, surnom de la maison Julia. Quelques-uns d'après Servius le font venir de caesaries, cheveux, chevelure, prétendant que celui qui le porta le premier étoit remarquable par la beauté de sa chevelure, & que ce fut pour cela qu'on lui donna ce surnom. L'opinion la plus commune est que le mot césar vient à caeso matris utero ; de ce qu'on ouvrit le flanc de sa mere pour lui procurer la naissance. Voyez CESARIENNE.
D'autres font venir ce nom de ce que celui qui le porta le premier avoit tué à la guerre un éléphant, animal qui se nomme césar dans la Mauritanie. Bircherodius confirme cette opinion par l'autorité d'une ancienne médaille sur laquelle est représenté un éléphant avec le mot césar.
Depuis Philippe le fils, les césars ajoûtoient à leur titre de césar, celui de nobilissime, comme il paroît par plusieurs médailles anciennes ; & les femmes des césars partageoient avec eux ce dernier titre, comme celles des empereurs portoient le nom d'augustes. (G)
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| CÉSARÉE | S. f. (Géog. anc. & mod.) ville de Palestine, d'une situation très-avantageuse le long de la mer, auparavant appellée la tour de Straton ; dans la suite Flavie Auguste Césarée. Long. 66. 15. lat. 32. 20.
CESAREE, ville de Cappadoce, anciennement Mazaca, & antérieurement Edesse la Parthienne ; selon quelques-uns Apamia ; selon d'autres ou l'Erseron, ou le Tissaria, ou le Caisaire d'aujourd'hui.
CESAREE de Philippe, auparavant Paneas, au pié du mont Liban, vers les sources du Jourdain, & les confins de la Coelesyrie, aujourd'hui Beline, ou Bolbec.
CESAREE sur la mer, ancienne capitale de Mauritanie ; il en reste des ruines fort étendues : on croit que c'est la Jol de Pline, de Ptolomée, & de Pomponius Mela.
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| CÉSARIENN | (OPERATION) ou SECTION, est une opération de Chirurgie, qui consiste à tirer le foetus de la matrice par une ouverture faite à l'abdomen de la mere, morte ou vivante. Voyez ACCOUCHEMENT. Les Grecs appellent cette opération ou . Voyez NAISSANCE, UTERUS, &c.
Il est constaté par l'expérience, que les plaies des muscles de l'épigastre du péritoine, & celles de la matrice, ne sont pas mortelles ; ensorte qu'il y a des cas où l'on peut hazarder d'ouvrir l'abdomen de la mere, pour donner passage à l'enfant. Ceux qui naissent de cette maniere sont appellés caesares ou caesones, à caeso matris utero, tels qu'ont été C. Julius César, Scipion l'Africain, Manlius, & Edouard VI. roi d'Angleterre. Voyez CESAR.
Cette opération se pratique dans deux circonstances différentes : 1°. lorsqu'une femme meurt par quelqu'accident dans le cours de sa grossesse ; il n'y a point alors d'inconvénient à la mettre en usage, puisque c'est la seule voie de sauver l'enfant. Il n'y a point de contestation sur ce point ; tous les auteurs en en convenant, assurent qu'il ne faut pas perdre de tems, & que l'on ne peut trop se hâter de faire l'opération césarienne.
2°. Lorsque la femme est vivante, on ne doit dans ce cas se déterminer à lui faire cette opération, que lorsqu'on est sûr de l'impossibilité absolue de l'accouchement par les voies ordinaires avec les secours auxiliaires qu'on peut employer dans différens cas. Voyez ACCOUCHEMENT.
Les causes de cette impossibilité viennent de la mauvaise conformation des os du bassin de la mere, qui rend le passage trop étroit ; les tumeurs skirrheuses du vagin, & les exostoses des ischions peuvent produire le même effet. Quelques auteurs y joignent la grosseur extraordinaire du foetus & sa conformation monstrueuse. Quand l'impossibilité de l'accouchement vient du défaut naturel ou contre nature des organes de la mere, il faut nécessairement, pour lui sauver la vie & à son enfant, faire une incision à la matrice pour tirer celui-ci. Les mauvaises raisons de quelques auteurs contre une opération si utile, tombent par les faits qui en assurent la possibilité. On trouve dans le premier volume des Mémoires de l'académie royale de Chirurgie, des recherches de M. Simon sur l'origine de l'opération césarienne, il rapporte les différentes disputes qu'elle a occasionnées, & les autorités & les faits qui font juger du succès qu'on peut en attendre. Il n'oublie pas de faire usage d'une observation de M. Soumain qui a fait cette opération en 1740, en présence des plus habiles accoucheurs de Paris, à une femme âgée de trente-sept ans, qui n'a que trois piés & un pouce de hauteur. L'étroitesse du bassin & sa conformation irréguliere ont déterminé tous les consultans à proposer l'opération qui a eu tout le succès possible.
L'opération césarienne est nécessaire dans un cas particulier dont on a quelques exemples ; c'est la chûte de l'enfant dans le ventre par la rupture de la matrice. Un Chirurgien certain de la grossesse d'une femme, se décidera fort aisément sur ce cas lorsqu'il se sera assuré que l'enfant n'est plus dans la matrice. Saviard, Chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Paris, donne un exemple de cet accident ; voyez son observation vingt-cinquieme. On en trouve de pareilles dans les Mémoires de l'académie royale des Sciences.
Les succès démontrés de l'opération césarienne, ont fait croire qu'il falloit la mettre en usage dans toutes les circonstances où l'enfant ne pouvoit sortir ; cependant si la difficulté vient de son volume extraordinaire ou de sa conformation monstrueuse bien reconnue, il semble qu'il seroit plus à propos, lorsqu'on est assuré de sa mort, de faire usage des crochets, qui bien dirigés, mettent moins en danger la vie de la mere, que l'opération césarienne. C'est la pratique la plus suivie. Voyez CROCHET.
Pour faire l'opération césarienne, il faut coucher la femme sur le dos, la tête & la poitrine plus élevées que le reste du corps ; elle sera sur le bord de son lit. On préferera d'opérer sur le côté qui paroîtra le plus éminent ; il faut faire l'incision longitudinalement le long du bord extérieur du muscle droit, ou ce qui est plus facile à fixer, entre l'ombilic & l'épine antérieure & supérieure de l'os des îles ; l'incision doit être d'environ six à sept pouces de longueur suivant les sujets. On recommande un bistouri droit ; je préfere un bistouri courbe tranchant sur sa convexité : nous en avons fait remarquer les avantages au mot BISTOURI.
L'incision intéresse la peau, la graisse, les muscles obliques & transverses du bas-ventre, & le péritoine. Il faut inciser avec précaution lorsqu'on coupe lo péritoine, de crainte de blesser les intestins, que les cris de la souffrante poussent vers la plaie : si les intestins se présentent, on a soin de les faire contenir par un aide avec une compresse trempée dans du vin chaud. L'opérateur incise alors la matrice antérieurement au milieu de sa partie latérale. Dès qu'il a pénétré dans sa cavité, il aggrandit suffisamment la plaie avec un bistouri, ou des ciseaux conduits par le doigt, ou une sonde cannelée ; il ouvre ensuite les membranes, dont il tire l'enfant, & détache l'arriere-faix. Il fait ouvrir la matrice avec beaucoup de précaution s'il y a long-tems que les eaux soient écoulées ; parce que dans ce cas la matrice & les membranes sont exactement collées sur le foetus, qu'on risqueroit de blesser, si l'on prenoit peu de mesure.
Lorsqu'on a fait l'extraction de l'enfant & du placenta, on se sert d'une éponge fine trempée dans du vin tiede & suffisamment exprimée, pour pouvoir enlever le sang & les humeurs épanchées. On abandonne la matrice, qui par sa contraction diminue considérablement de volume.
L'appareil consiste en compresses & en un bandage unissant ; les auteurs conseillent la gastroraphie ou suture du ventre ; mais ce moyen est très-douloureux ; le bandage peut suffire pour la réunion des levres de la plaie ; l'affaissement du ventre contribue à la facilité de cette approximation. On fait sur le ventre des fomentations émollientes & anodynes, & on employe tous les moyens capables de prévenir l'inflammation.
L'opération, comme nous venons de le rapporter, est dans un lieu d'élection ; elle se peut faire dans un lieu de nécessité : nous avons des exemples de foetus conçus hors de la matrice, ou qui en sont sortis, & qui ont produit des abcès qu'on a ouverts dans le lieu où ils se sont manifestés, & dont on a tiré heureusement & sans mauvaise suite les débris d'un enfant. Voyez Bartholin, de insolitis partus vitiis. (Y)
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| CESENE | (Géog.) ville d'Italie de l'état de l'Eglise, dans la Romagne, sur le Savio. Long. 29. 46. lat. 44. 8.
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| CESSARES | (Géog.) peuple de l'Amérique méridionale, dans la terre Magellanique, à l'orient de la Cordillera de los Andes.
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| CESSE | (Géogr.) riviere du duché de Luxembourg, qui se précipite dans un abîme près de Ham ; & après avoir coulé une lieue sous la terre, reparoît de nouveau, ce qui mérite d'être confirmé.
CESSE, (Géog.) petite riviere de France dans le Languedoc, qui se perd dans l'Aude.
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| CESSENON | (Géog.) petite ville de France dans le bas Languedoc.
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| CESSER | DISCONTINUER, FINIR, (Gram. Synon.) termes relatifs à la durée successive d'une action. On finit en achevant ; on cesse en abandonnant ; on discontinue en interrompant. Pour finir son discours à propos, il faut prévenir le moment où l'on ennuyeroit : on doit cesser sa poursuite, quand on s'apperçoit qu'elle est inutile ; il faut discontinuer le travail, quand on est fatigué. Voyez les Syn. Franç.
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| CESSIBLE | adj. terme de Droit ; se dit de tout ce qui peut être cédé ou transporté d'une personne à une autre. Ainsi l'on dit que le droit de retraire féodalement est cessible, &c.
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| CESSION | S. f. en Droit, se dit en général de tout acte par lequel quelqu'un, propriétaire d'un effet ou d'un droit, le transporte à un autre. Dans l'usage ordinaire il signifie la même chose que transport. Voyez TRANSPORT.
Pour les autres manieres de transporter à quelqu'un la propriété d'un bien, d'un effet, ou d'un droit, voyez VENTE, ECHANGE, DONATION, LEGS, SUBROGATION, &c.
CESSION, dans un sens plus particulier, est un abandonnement qu'on fait de tous ses biens en justice à ses créanciers pour éviter la contrainte par corps.
Le débiteur ne peut être admis au bénéfice de cession, qu'en vertu de lettres du Prince, entérinées en justice contradictoirement avec les créanciers ; & pour l'obtenir, il faut qu'il ne lui reste aucune ressource pour payer, & qu'on ne puisse pas lui reprocher de friponnerie ou de fraude.
La cession emporte note d'infamie, & obligeoit à porter un bonnet verd en tout tems, faute de quoi, le débiteur pris sans son bonnet, pouvoit être constitué prisonnier. Ce bonnet étoit un emblème qui signifioit que celui qui avoit fait cession de biens étoit devenu pauvre par sa folie : cet usage ne s'observe plus. Voyez BONNET.
Il faut seulement afin que la cession soit notoire, si c'est un marchand qui est cessionnaire, qu'elle soit publiée à la jurisdiction consulaire ou à l'hôtel-de-ville, s'il n'y a pas de juges-consuls dans le lieu de son domicile, & insérée dans un tableau public. Quelques coûtumes même veulent qu'elle soit publiée dans la paroisse du cessionnaire.
A Lucque, c'est un bonnet jaune qu'on porte après avoir fait cession, au lieu d'un verd.
Les jurisconsultes italiens nous ont conservé une maniere de faire cession, instituée par César, qui consistoit à se frapper trois fois le derniere à cul nud en présence du juge sur une pierre qu'on appelloit lapis vituperii ; parce qu'après cette cérémonie, le cessionnaire étoit intestable & incapable de rendre témoignage.
Autrefois on faisoit quitter en justice la ceinture & les clés à ceux qui faisoient cession ; les anciens ayant coûtume de porter à leur ceinture les principaux instrumens avec lesquels ils gagnoient leur vie : comme un homme de plume, son écritoire ; un marchand, son escarcelle, &c. Voyez BANQUEROUTIER & CEINTURE.
Voici encore une maniere dont se faisoit la cession chez les Romains & les anciens Gaulois : celui qui faisoit cession, ramassoit dans sa main gauche de la poussiere des quatre coins de sa maison ; après quoi, se plantant sur le seuil de la porte, dont il tenoit le poteau de la main droite, il jettoit la poussiere qu'il avoit ramassée par-dessus ses épaules ; puis se dépouillant nud en chemise, & ayant quitté sa ceinture & ses houseaux, il sautoit avec un bâton par-dessus une haie, donnant à entendre par-là à tous les assistans, qu'il n'avoit plus rien au monde, & que quand il sautoit, tout son bien étoit en l'air. Voilà comment se faisoit la cession en matiere criminelle : mais en matiere civile, celui qui faisoit cession, mettoit seulement une houssine d'aune, ou bien un fétu, ou une paille rompue sur le seuil de sa porte, pour marque qu'il abandonnoit ses biens. Cette cession s'appelloit chrenecruda per durpillum & festucam, cession par le seuil & par le fétu. Voyez INVESTITURE.
Il y a plusieurs dettes pour lesquelles on ne peut pas être reçû à faire cession de biens ; telles sont celles qui ont pour cause un dépôt de deniers, soit publics ou particuliers, & généralement toutes celles qui sont accompagnées de dol & de perfidie de la part du débiteur. On exclud aussi du bénéfice de cession celui qui est condamné en une amende, ou des dommages & intérêts pour crime de délit ; les marchands qui achetent en gros pour vendre en détail ; les étrangers, les maîtres pour les salaires de leurs serviteurs, les proxenetes, les stellionataires, les débiteurs de fermages ou de deniers royaux, & plusieurs autres ; ensorte que le bénéfice de cession est devenu presque inutile depuis l'ordonnance qui a déchargé des contraintes par corps.
La cession de biens ne libere pas le débiteur ; desorte que s'il acquiert de nouveaux biens, ses créanciers les peuvent faire saisir pour être payés ; seulement ils sont obligés de lui laisser de quoi vivre. (H)
CESSION, (en Droit canon) est la vacance d'un bénéfice provenant d'une sorte de résignation tacite, & qui se présume lorsque le bénéficier fait quelque action ou entreprend quelque charge incompatible avec le bénéfice dont il étoit pourvû, & cela sans dispense.
La vacance d'un bénéfice par l'élévation du bénéficier à l'épiscopat, au lieu de s'appeller cession, s'appelle création : ainsi dans ce cas, on dit que tel bénéfice est vacant par création. Voyez CREATION. (H)
CESSION, terme de Libraire : Quand un Libraire ou tout autre particulier a obtenu le privilége du Roi pour l'impression d'un ouvrage, il peut transporter ses droits en tout ou en partie sur ce privilége, & ce transport s'appelle cession. Une cession pour avoir la même authenticité qu'un privilége, doit suivre les mêmes lois, & être enregistrée à la chambre royale & syndicale des Libraires.
Le droit que l'on acquiert par une telle cession est absolument le même que celui donné par le privilége, & par lui-même être transporté & soûdivisé à l'infini.
Il est de loi ou d'usage que les cessions soient imprimées dans les livres à la suite du privilége.
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| CESSIONNAIRE | S. m. (Commerce) celui qui accepte & à qui on fait une cession ou transport de quelque chose. Voyez CESSION & TRANSPORT.
Cessionnaire se dit encore d'un marchand ou autre personne qui a fait cession ou un abandonnement de tous ses biens, soit volontairement, soit en justice. Voyez CESSION.
Les biens acquis par un cessionnaire judiciaire depuis sa cession, soit par succession, donation, ou autrement, sont toûjours affectés & obligés à ses créanciers jusqu'à concurrence de ce qui peut leur être dû de reste, sans toutefois qu'ils puissent exercer aucune contrainte par corps contre lui.
Lorsqu'un cessionnaire a entierement payé ses dettes, il peut être réhabilité par des lettres du prince. Mais jusque-là il est inhabile à posséder ou exercer aucune charge publique. Dictionnaire de Commerce, tom. II. pag. 153. (G)
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| CESTE | S. m. (Hist. anc.) étoit un gros gantelet de cuir, garni de plomb, dont les anciens athletes se servoient dans leurs exercices. Voyez ATHLETES, & nos Planches d'Antiquités, avec leur explication. On l'appelloit ainsi à caedendo, je bats, je frappe.
Calepin a cru que c'étoit une massue, de laquelle pendoient des balles de plomb attachées par des morceaux de cuir. Il se trompe, car c'étoit seulement une longe de cuir garnie de clous, de plomb, ou de fer, dont on entouroit la main, en forme de liens croisés & même le poignet & une partie du bras, pour empêcher qu'ils ne fussent rompus ou démis, ou plûtôt afin de porter des coups plus violens. Scaliger fondé sur l'autorité de Servius, a prétendu que le ceste couvroit une partie des épaules : mais dans tous les anciens monumens, les différens contours des courroies dont la main des lutteurs est armée, ne paroissent pas monter plus haut que le coude.
Les Grecs désignoient cette sorte d'armes par quatre noms différens ; savoir , & . Le plus ordinaire étoit celui d', qui signifie à la lettre des courroies ; ils étoient faits de cuir de boeuf non corroyé, desséché, & par conséquent très-dur. On avoit donné au ceste le nom de , non que les armes eussent aucune ressemblance avec la figure des fourmis (), mais parce qu'on sentoit dans les parties qui en étoient frappées des picotemens tous pareils à ceux que causent ces insectes. La troisieme espece, ou les meiliques, étoit la plus ancienne chez les Grecs : c'étoit un simple lacis de courroies très-déliées, qui enveloppant uniquement la main dans le creux de laquelle on les attachoit, laissoient le poignet & les doigts à découvert. On conjecture que la quatrieme espece étoit moins un gantelet, qu'une pelote que les athletes serroient dans leurs mains, & qui n'étoit en usage que dans les gymnases, pour tenir lieu du ceste qu'on employoit dans les combats, à peu-près comme dans nos salles d'armes on se sert de fleurets au lieu d'épées. Mém. de l'Ac. des B. L. t. III. (G)
* CESTE, (Myth.) ceinture mystérieuse dont l'imagination d'Homere a fait présent à Venus. Ses deux effets les plus merveilleux étoient de rendre aimable la personne qui la portoit aux yeux de ceux mêmes qui n'aimoient plus. L'hymen, le plus grand ennemi de la tendresse, n'étoit pas à l'abri de son prestige ; ainsi que Jupiter s'en apperçut bien sur le mont Ida. Mercure fut accusé de l'avoir volée. Le mot ceste vient du Grec , ceinture, ou autre ouvrage fait à l'aiguille ; & de ceste on fait inceste, qui signifie au simple ceinture déliée ; & au figuré, concubinage ou fornication en général. On a restreint depuis ce terme à la fornication entre personnes alliées par le sang. Voyez INCESTE.
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| CESTROSPHENDONUS | (Hist. anc.) espece de trait fort semblable à une fleche, composé d'un fer pointu, mais au bout d'un manche de bois d'une demi-coudée de longueur. Les premiers furent inventés par les Macédoniens, qui s'en servirent avec succès dans la guerre de Persée contre les Romains, & les incommoderent considérablement.
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| CESURE | S. f. (Gram.) ce mot vient du Latin caesura, qui dans le sens propre signifie incision, coupure, entaille, R. caedere, couper, tailler ; au supin caesum, d'où vient césure. Ce mot n'est en usage parmi nous que par allusion & par figure, quand on parle de la méchanique du vers.
La césure est un repos que l'on prend dans la prononciation d'un vers après un certain nombre de syllabes. Ce repos soulage la respiration, & produit une cadence agréable à l'oreille : ce sont ces deux motifs qui ont introduit la césure dans les vers, facilité pour la prononciation, cadence ou harmonie pour l'oreille.
La césure sépare le vers en deux parties, dont chacune est appellée hémistiche, c'est-à-dire demi-vers, moitié de vers : ce mot est Grec. Voyez HEMISTICHE & ALEXANDRIN.
En Latin on donne aussi le nom de césure à la syllabe après laquelle est le repos, & cette syllabe est la premiere du pié suivant :
Arma vaerumque cano.. Trojae qui primus ab oris.
La syllabe no est la césure, & commence le troisieme pié.
En François la césure ou repos est mal placée entre certains mots qui doivent être dits tout de suite, & qui font ensemble un sens inséparable, selon la maniere ordinaire de parler & de lire ; tels sont la préposition & son complément : ainsi le vers suivant est défectueux.
Adieu, je m'en vais à.... Paris pour mes affaires.
Il en est de même du verbe est qui joint l'attribut & le sujet, comme dans ces vers.
On sait que la chair est... fragile quelquefois
Par la même raison, on ne doit jamais disposer le substantif & l'adjectif de façon que l'un finisse le premier hémistiche, & que l'autre commence le second, comme dans ce vers.
Iris dont la beauté... charmante nous attire.
Cependant si le substantif faisoit le repos du premier hémistiche, & qu'il fût suivi de deux adjectifs qui achevassent le sens, le vers seroit bon, comme :
Il est une ignorance... & sainte & salutaire. Sacy.
Ce qui fait voir qu'en toutes ces occasions la grande regle, c'est de consulter l'oreille, & de s'en rapporter à son jugement.
Dans les grands vers, c'est-à-dire dans ceux de douze syllabes, la césure doit être après la sixieme syllabe.
Jeune & vaillant héros... dont la haute sagesse.
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Observez que cette sixieme syllabe doit être une syllabe pleine ; qu'ainsi le repos ne peut se faire sur une syllabe qui finiroit par un e muet : il faut alors que cet e muet se trouve à la septieme syllabe, & s'élide avec le mot qui le suit.
Et qui seul sans ministre... à l'exemple des dieux
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Soûtiens tout par toi-même... & vois tout par tes yeux.
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Dans les vers de dix syllabes, la césure doit être après la quatrieme syllabe.
Ce monde-ci... n'est qu'une oeuvre comique
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Où chacun fait... ses rôles différens. Rousseau.
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Il n'y a point de césure prescrite pour les vers de huit syllabes, ni pour ceux de sept ; cependant on peut observer que ces sortes de vers sont bien plus harmonieux quand il y a une césure après la troisieme ou la quatrieme syllabe dans les vers de huit syllabes, & après la troisieme dans ceux de sept.
Au sortir... de ta main puissante,
Grand Dieu que l'homme étoit heureux !
La vérité toûjours présente
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Te livroit à ses premiers voeux.
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Voici des exemples de vers de sept syllabes.
Qu'on doit plaindre une bergere
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Si facile à s'allarmer :
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Pourquoi du plaisir d'aimer
Faut-il se faire une affaire ?
Quels bergers... en font autant
Dans l'ingrat... siecle où nous sommes ?
Achante qu'elle aime tant
Est peut-être un inconstant
Comme tous les autres hommes. Deshoulieres.
C'est ce que l'on pourra encore observer dans la premiere fable de M. de la Fontaine.
La cigale... ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvûe.
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| CETACÉE | adj. (Hist. nat. Ichth.) on donne ce nom aux poissons qui respirent par le moyen du poumon, qui s'accouplent, qui conçoivent, qui mettent bas leurs petits, & qui les alaitent comme les animaux quadrupedes. Tels sont le dauphin, le veau-marin, la baleine, &c. Willughby, Hist. pisc. Voyez POISSON.
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| CETERAC | S. m. asplenium, (Hist. nat. bot.) genre de plante dont le caractere est déterminé par la figure des feuilles qui sont découpées en ondes. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
* Le ceterac adoucit les humeurs acres par son mucilage ; fortifie les parties par son astriction, & rétablit le ton des visceres relâchés, c'est pourquoi il passe pour pectoral & apéritif. Il est bon dans la toux, l'asthme, la jaunisse, le gonflement de la rate, la suppression des urines ; maceré dans le vin, ou bouilli soit dans de l'eau, soit dans du bouillon. Mathiol dit que la poussiere dorée sur le revers de ses feuilles, prise avec le succin blanc réduit en farine, dans le suc de pourpier ou de plantain, soulage dans la gonorrhée. On fait fréquemment usage de cette plante avec les autres capillaires, dans les décoctions & les bouillons.
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| CETINA | (Géograph.) riviere de Dalmatie, qui prend sa source dans la Bosnie, & se jette dans le golfe de Venise.
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| CETONA | (Géog.) ville d'Italie, dans le territoire de Sienne.
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| CETRA | (Hist. anc.) c'étoit le nom qu'on donnoit à une espece de petits boucliers ronds de cuir, dont les espagnols, & les anciens Africains, se servoient à la guerre. On employoit pour les faire la peau de l'animal appellé orix, ou suivant d'autres celle de l'éléphant ; ces boucliers étoient fort legers ; ils étoient d'usage tant dans la cavalerie que dans l'infanterie.
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| CETRARO | (Géog.) petite riviere d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure.
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| CEU | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Channton ou Xantung.
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| CEURAWATH | S. m. (Hist. mod.) nom d'une secte de Benjans, dans les Indes, si infatués de l'opinion de la métempsycose, qu'ils respectent les moindres insectes. Leurs bramines ou prêtres ont toûjours la bouche couverte d'un voile, de peur d'avaler quelque mouche ; & ils ont également soin en allumant de la chandelle ou du feu dans leurs maisons, que nul papillon ou moucheron ne vienne s'y brûler, & de faire bouillir l'eau, avant que de la boire, de peur qu'elle ne contienne quelques insectes. Du reste, ils n'admettent ni peines, ni récompenses après cette vie, dont les évenemens, selon eux, ne dépendent point de Dieu. Ils brûlent les corps des vieil lards, & enterrent ceux des enfans décédés au-dessous de trois ans. Leurs veuves ne sont point obligées de se brûler avec leurs maris, suivant l'usage du pays, pourvû qu'elles gardent une viduité perpétuelle. Tous ceux qui font profession des sentimens de cette secte, peuvent être admis à la prêtrise, même les femmes, pourvû qu'elles ayent atteint l'âge de vingt ans ; car pour les hommes on les y reçoit dès celui de neuf. Ceux qui sont ainsi engagés dans le sacerdoce, doivent faire voeu de chasteté, porter un habit particulier, & pratiquer des austérités incroyables. Tous les autres docteurs Indiens ont beaucoup de mépris & d'aversion pour cette secte, qui ne demeure pas apparemment en reste avec eux, & défendent à leurs auditeurs d'avoir communication avec les Ceurawath, qui ne donnent pas sans doute à ceux qui les écoutent bonne opinion du commerce de leurs adversaires. Les mêmes passions produisent par-tout les mêmes effets. (G)
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| CEUTA | (Géog.) ville forte d'Afrique, sur la côte de Barbarie, au royaume de Fez, dans la province de Hasbate, appartenante aux Espagnols ; elle a soûtenu un siége de plus de cinquante ans contre les Maures. Long. 17. 10. lat. 33. 36.
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| CEVA | (Géog.) ville forte d'Italie, dans le Piémont, au comté d'Asti, sur le Tanaro. Long. 25. 40. lat. 45. 20.
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| CEVADILLA | (Hist. nat.) les Espagnols donnent ce nom à une espece de graine qui croît en Amérique, dans la nouvelle Espagne ; elle ressemble beaucoup à de l'orge, hormis qu'elle n'est que de la grandeur de la graine de lin. La cevadilla vient sur un épi qui est tout semblable à celui de l'orge ; on la regarde comme très-échauffante & caustique, aussi ne la prend-t-on point intérieurement ; on l'applique extérieurement sur les plaies & ulceres gangréneux, afin de ronger & brûler les chairs mortes. On dit qu'elle produit cet effet aussi-bien que feroit du sublimé.
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| CEZAR | (Géog.) riviere de l'Amérique méridionale, dans le gouvernement de Sainte-Marthe, qui se perd dans celle de Sainte Madeleine : on la nomme aussi Pompatas.
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| CEZE | (LA) Géogr. petite riviere de France en Languedoc, qui roule des paillettes d'or avec son sable.
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| CEZIMBRA | (Géog.) ville & port de Portugal, dans la province d'Estramadure, à l'embouchure de la riviere de Zedaon.
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| CHA | S. m. (Manuf. en soie) espece de taffetas très-leger & très-moëlleux, dont les Chinois s'habillent en été. Il y en a d'uni ; il y en a à fleurs. S'il est vrai que les fleurs de ces derniers soient à jour & vuidées comme nos dentelles d'Angleterre, ensorte qu'on ne discerne pas le corps de l'étoffe, ainsi qu'on le lit dans le Dictionnaire du Commerce ; il faut, ou que ces fleurs s'exécutent comme notre marli, si elles se font sur le métier (voyez MARLI, espece de gaze), ou qu'elles se brodent après coup : c'est ce qu'il seroit facile de reconnoître à l'inspection de l'étoffe. Au reste, cette étoffe étant beaucoup moins serrée que nos taffetas, il est facile de concevoir comment on peut y pratiquer différens points à l'aiguille, la travailler précisément comme nous travaillons la mousseline, & à l'aide des fils comptés, pris & laissés, y exécuter toutes sortes de desseins ; avec cette seule différence, que si le cha n'est pas assez clair pour qu'on puisse appercevoir un patron au-travers & bâti dessous, il faudra ou tracer le dessein sur l'étoffe même, ou que l'ouvrier sache dessiner. Voilà une sorte d'ouvrage qu'il me semble que nous pourrions faire aussi-bien que les Chinois ; je veux dire une broderie à jour sur un taffetas très-leger, telle qu'elle se fait sur la mousseline & sur d'autres toiles plus fortes. Voyez TAFFETAS, BRODERIE, MOUSSELINE, POINTS, &c.
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| CHA-HUAN | ou CHAT-HUANT, s. m. (Hist. nat. Ornith.) On a donné ce nom à plusieurs oiseaux de nuit, comme le duc, le hibou, &c. parce qu'ils prennent des rats comme des chats, & parce qu'ils ont un cri assez semblable à celui qu'on fait en huant. On appelle chat-huants cornus, ceux de ces oiseaux qui ont sur la tête des plumes qui s'élevent en forme de cornes ; tels sont les ducs. Voyez DUC, HIBOU. (I)
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| CHAALON | ou CHASLONS sur Marne, (Géog. mod.) grande ville de France, en Champagne, sur les rivieres de Marne, de Mau & de Nau. Long. 22d 2' 12". lat. 48d 57' 12".
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| CHABAR | (Mythol.) nom d'une fausse divinité que les Arabes adorerent jusqu'au tems de Mahomet. On dit que les Musulmans renoncent à son culte par une formule particuliere. Le pere Kircher, qui rapporte la formule d'abjuration, conjecture que c'est la Lune qu'on adoroit sous le nom de chabar, & que la Lune étoit prise pour Vénus, parce qu'elles ont à-peu-près les mêmes influences : le sens de cette conjecture n'est pas d'une clarté bien satisfaisante.
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| CHABBA | ou CHAHBAN ou CHAVAN, (Hist. anc. & mod.) c'étoit chez les anciens arabes le nom du troisieme mois de leur année, celui qui répondoit à notre mois de Mai ; le même terme est encore d'usage parmi les Orientaux mahométans. La Lune de chabban est une des trois pendant lesquelles les mosquées sont ouvertes pour le temgid ou la priere de minuit. Voyez TEMGID.
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| CHABEUIL | (Géog. mod.) Il y a deux petites villes de ce nom en France, en Dauphiné & dans le Valentinois.
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| CHABLAGE | S. m. terme de Riviere, qui signifie tout-à-la-fois l'office & fonction de chableur, & la manoeuvre qu'il fait pour faciliter aux gros bateaux le passage sous les ponts par les pertuis & autres endroits difficiles, en tirant ces bateaux par le moyen d'un gros chable ou cable que le chableur y attache. Il est parlé du chablage dans les anciennes ordonnances de la Ville & dans celle de 1672. Voyez ci-après l'article CHABLEUR. (A)
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| CHABLAI | (LE), Géog. mod. province du duché de Savoie avec titre de duché, borné par le lac de Geneve, par le Vallais, par le Faussigni & la république de Genève ; la capitale est Thonon.
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| CHABLE | S. m. (Art méchaniq.) grosse corde qui se passe sur une poulie placée au sommet des machines dont se servent les Charpentiers pour lever leurs bois, & les Architectes pour enlever leurs pierres & les mettre en place : ces machines sont la chevre, la grue, l'engin, &c. Voyez CABLE, CHEVRE, ENGIN, GRUE, &c.
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| CHABL | ou ARBRES-CHABLES, CAABLES ou CHABLIS, adj. m. pris subst. (Eaux & Forêts) sont des arbres de haute futaie abattus ou brisés par les vents. Boucheul, sur la coûtume de Poitou, art. 159, n. 31, se sert du terme d'arbres-chables. On dit communément chablis. Voyez ci-après CHABLIS. (A)
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| CHABLEAU | sub. m. terme de Riviere, longue corde qui sert à tirer, à monter, & à descendre les bateaux sur la riviere.
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| CHABLER | verbe act. & neut. terme de Riviere & de Marine ; c'est attacher un fardeau à un cable, le haler & l'enlever, comme on l'exécute dans les atteliers des charpentiers, & autres ouvriers, à l'aide des machines. Voyez CHABLE.
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| CHABLEUR | sub. masc. terme de Riviere ; c'est un officier préposé sur certaines rivieres pour faciliter aux gros bateaux le passage sous les ponts par les pertuis & autres endroits difficiles.
Ce nom vient de chable ou cable, qui signifie un gros cordage, parce que les chableurs ont de grands cables auxquels ils attachent les bateaux pour les tirer en montant ou en descendant.
Les fonctions des chableurs ont quelque rapport avec celles des maîtres des ponts, de leurs aides, & des maîtres des pertuis ; elles sont cependant différentes : les uns & les autres ont été établis en divers endroits sur la Seine, & autres rivieres affluentes, pour en faciliter la navigation & procurer l'abondance dans Paris. Anciennement ils étoient choisis par les prévôt des marchands & échevins de cette ville ; l'ordonnance de Charles VI. du mois de Février 1415, concernant la jurisdiction de la prévôté des marchands & échevinage de Paris, contient plusieurs dispositions sur les offices & fonctions des maîtres des ponts & pertuis & sur celles des chableurs ; le chap. 34 ordonne qu'il y aura à Paris deux maîtres des ponts & des aides ; il n'y est point parlé de chableurs pour cette ville, non plus que pour divers autres endroits où il y avoit des maîtres des ponts & pertuis. Les chapitres 53 & suivans, jusques & compris le 53, traitent de l'office de chableur des ponts de Corbeil, Melun, Montereau-faut-Yonne, des pertuis d'Auferne, Pont-sur-Yonne, Sens, & Villeneuve-le-Roi : il est dit que les chableurs seront pour monter & avaler les bateaux par-dessous les ponts, sans qu'aucun autre se puisse entre-mettre de leur office, à peine d'amende arbitraire ; que quand l'office de chableur sera vacant, les prévôt des marchands & échevins le donneront après information à un homme idoine, élû par les bons marchands, voituriers & mariniers du pays d'aval-l'eau. La forme de leur serment & installation y est réglée : il leur est enjoint de résider dans le lieu de leur office ; la maniere dont ils doivent faire le chablage y est expliquée ; & leur salaire pour chaque bateau qu'ils remontent ou descendent y est réglé pour certains endroits à huit deniers, & pour d'autres à trois.
L'ordonnance de Louis XIV. du mois de Décembre 1672, concernant la jurisdiction des prévôt des marchands & échevins de Paris, ch. 4, art. 1, enjoint aux maîtres des ponts & pertuis & aux chableurs de résider sur les lieux, de travailler en personne, d'avoir à cet effet flottes, cordes, & autres équipages nécessaires pour passer les bateaux sous les ponts & par les pertuis avec la diligence requise ; qu'en cas de retard, ils seront tenus des dommages & intérêts des marchands & voituriers, même responsables de la perte des bateaux & marchandises, en cas de naufrage faute de bon travail.
L'article 2 ordonne aux marchands & voituriers de se servir des maîtres des ponts & pertuis où il y en a d'établis : il n'est pas parlé en cet endroit des chableurs.
L'article 3 défend aux maîtres des ponts & pertuis ou chableurs, de faire commerce sur la riviere, d'entreprendre voiture, tenir taverne, cabaret ou hôtellerie sur les lieux, à peine d'amende, même d'interdiction, en cas de récidive.
L'article 4 porte que les droits de tous ces officiers seront inscrits sur une plaque de fer-blanc qui sera posée au lieu le plus éminent des ports & garrets ordinaires.
Le 5 leur enjoint de dénoncer aux prévôt des marchands & échevins les entreprises qui seroient faites sur les rivieres par des constructions de moulins, pertuis, gors, & autres ouvrages qui pourroient empêcher la navigation.
Par édit du mois d'Avril 1704, il fut créé des maîtres chableurs des ponts & pertuis des rivieres de Seine, Oyse, Yonne, Marne, & autres affluentes ; ils furent confirmés en la propriété de leurs offices par édit du mois de Mars 1711. Au mois d'Août 1716, les offices créés par édit de 1704 furent supprimés, & la moitié de leurs droits éteints, à commencer du premier Janvier 1717. Un arrêt du conseil d'état du 19 Décembre 1719, supprima ces droits réservés ; on ne comprit pas dans cette suppression les offices établis avant l'édit de 1704, ni ceux de Paris, l'Isle-Adam, Beaumont-sur-Oyse, Creil, & Compiegne, rétablis par déclaration du 24 Juillet 1717.
Il y a actuellement à Paris des maîtres des ponts en titre d'office ; il y a aussi des chableurs ; la fonction de ces derniers est de faire partir les coches & gros bateaux du port où ils sont, & de les conduire jusqu'au-dehors des barrieres de Paris ; ils font la même chose pour les coches & bateaux qui arrivent à Paris. Voyez le Recueil des anciennes ordonnances de la ville ; l'Ordonnance du mois de Décembre 1672 ; Compilation chronologique de Blanchard en Août 1716 ; dictionn. des Arrêts au mot PONT ; & celui du Commerce au mot CHABLEUR ; & les mots FLEUVE, RIVIERE, PONT, PERTUIS, MAITRES DES PONTS. (A)
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| CHABLIS | (Géog. mod.) petite ville de France dans l'Auxerrois, sur les confins de la Champagne. Long 21. 20. lat. 47. 47.
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| CHABLI | ou CHABLES,
arbres chables, caables, ou arbres caablés, terme usité dans les forêts, dans les jurisdictions des eaux & forêts, & autres tribunaux en matiere de bois & de forêts, pour exprimer des arbres de haute futaie abattus, renversés, ou déracinés par les vents & orages, ou autres accidens ; soit que ces arbres aient été rompus par le pié ou ailleurs, au corps ou aux branches.
Dans les anciens titres latins ils sont appellés chablitia. En françois le terme de chablis est le plus usité.
Les anciennes ordonnances les nomment caables ou chables : il en est parlé dans celle de Charles V. du mois de Juillet 1376, article 22, celle de Charles VI. du mois de Septembre 1402, art. 21 ; & celle de François premier du mois de Mars 1515, article 38, qui défendent de vendre des arbres sur lesquels des arbres caables ou autres seroient encroüés.
L'ordonnance des eaux & forêts, tit. x. art. 7. les appelle arbres chablis ou encroüés. Ce terme encroüé signifie que l'arbre est tombé sur un autre, & s'est engagé dans ses branches ; ce qui arrive souvent aux chablis qui sont abattus sans précaution. Voyez ENCROUES. Voyez BOIS.
Cette même ordonnance contient plusieurs dispositions au sujet des chablis qui se trouvent dans les bois & forêts du Roi.
Ces dispositions sont en substance, que les maîtres particuliers des eaux & forêts, en faisant leurs visites, doivent faire le recolement des chablis & des arbres délits, c'est-à-dire de ceux qui sont coupés ou rompus par des gens qui n'ont aucun droit de le faire. Ces arbres de délit sont par-tout distingués des chablis.
L'ordonnance veut aussi que les gardes-marteau & les gruyers ayent un marteau pour marquer les chablis. Elle enjoint aux gardes d'en tenir un registre paraphé, & aux maîtres particuliers d'en faire la vente, & d'en tenir un état qui doit être délivré au receveur de la maîtrise aussi-tôt après la vente.
Les marchands ou leurs facteurs, doivent laisser sur la place les chablis, & en donner avis au sergent-à-garde, & celui-ci dresser procès-verbal de leur qualité, nature, & grosseur.
Le garde-marteau & le sergent-à-garde doivent veiller à la conservation des chablis, empêcher qu'ils ne soient pris, enlevés ou ébranchés par les usagers, ou en tout cas en faire leur rapport ; & dès que les officiers sont avertis du délit, ils doivent se transporter sur les lieux, accompagnés du garde-marteau & du sergent, pour vérifier son procès-verbal, reconnoître & marquer les chablis.
Ces arbres ne peuvent être réservés ni façonnés, mais doivent être vendus en l'état qu'ils se trouvent, à peine de nullité & de confiscation.
Les doüairieres, donataires, usufruitiers, & engagistes, ne peuvent disposer des chablis ; ils sont réservés au profit du Roi.
Dans les bois sujets aux droits de grurie, grairie, tiers, & danger, il est dû au Roi pour la vente des chablis, la même part qui lui appartient dans les ventes ordinaires. Voyez l'ordonnance des eaux & forêts, tit. jv. art. 10. tit. vij. art. 3. tit. jx. art. 2. tit. x. art. 7. tit. xv. art. 46. tit. xvij. art. 1. 3. 4. & 6. & tit. xxj. art. 4. & 5. tit. xxij. art. 5. & tit. xxiij. art. 11.
Dans les forêts coûtumieres & non en défense, les chablis sont laissés aux coûtumiers & usagers. Un arrêt du parlement de Roüen ordonna que des chablis qui étoient en abondance, & formoient une diminution de la forêt coûtumiere, la tierce partie étoit dûe aux coûtumiers aux charges de la coûtume. Voyez la conférence des ordonnances de Guênois, tit. des eaux & forêts. Boucheul sur Poitou, art. 159. n. 31. (A)
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| CHABNAM | S. m. (Manufact. & Comm.) mousseline très-fine, ou toile de coton claire, qui vient particulierement de Bengale. Voyez l'article MOUSSELINE.
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| CHABNO | (Géog. mod.) ville de Pologne dans la haute Volhinie, sur la riviere d'Usza.
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| CHABOT | S. m. (Hist. nat. Ichtiolog.) gobio fluviatilis, Gesn. cottus. Rond. petit poisson de riviere qui a quatre ou cinq pouces de longueur, & quelquefois six. La tête est grande, large, applatie par le dessus, & arrondie dans sa circonférence. C'est à cause de la grosseur de la tête de ce poisson qu'on l'a aussi appellé tête-d'âne, & âne. Il n'a point d'écailles : son dos est jaunâtre, & marqué de trois ou quatre petites bandes transversales : ses yeux sont petits, placés au milieu de la tête, & disposés de façon qu'ils ne regardent point en haut, mais à côté : l'iris est de couleur d'or ; la levre supérieure est recourbée en-dessus : la bouche est grande, arrondie, & toute hérissée de petites dents. Le chabot a deux nageoires auprès des oüies ; elles ont chacune environ treize piquans : elles sont arrondies & crénelées tout-au-tour. Il y a deux autres nageoires plus bas sur le milieu du ventre : elles sont petites, un peu longues, blanchâtres, & garnies de quatre piquans. Il y en a une autre qui s'étend depuis l'anus jusqu'à la queue, & qui est composée de douze piquans, & deux autres sur le dos : la plus courte est auprès de la tête ; elle est garnie de cinq piquans, & ordinairement de couleur noire, à l'exception du bord supérieur qui est roux : la plus longue n'est pas éloignée de l'autre ; elle s'étend presque jusqu'à la queue, & elle est composée de dix-sept piquans. Il y a de chaque côté, auprès du couvercle des oüies, un petit piquant crochu, & recourbé en-dessus. La queue est arrondie, & composée de onze ou douze piquans branchus : les piquans de toutes les autres nageoires sont simples. Les oeufs de la femelle la font paroître enflée. On trouve le chabot dans les ruisseaux & dans les fleuves pierreux : il se tient presque toûjours au fond ; il se cache sous les pierres, & il se nourrit d'insectes aquatiques. Willughby. Rondelet. Voyez POISSON. (I)
* Pêche du chabot. Le chabot ne se prend point à l'hameçon, parce qu'il ne donne point à l'appât : il se pêche avec des nasses & autres filets semblables. Voyez NASSES.
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| CHABRATE | S. f. (Hist. nat. Litholog.) Boece de Boot dit que c'est une pierre transparente semblable à du crystal de roche, à qui la trop crédule antiquité attribuoit mille vertus singulieres. (-)
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| CHABRE | voyez CRABE.
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| CHABRIA | (Géog. mod.) riviere de Macédoine dans la province d'Emboli, qui se jette dans la Méditerranée à Salonique.
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| CHABUR | (Géog. mod.) riviere d'Asie dans le Diarbek, qui se jette dans l'Euphrate à Alchabur.
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| CHACABOUT | ou XACABOUT, comme on l'écrit dans les Indes, sub. m. (Hist. mod.) est une sorte de religion qui s'est répandu dans le Tunquin, à la Chine, au Japon, & à Siam. Xaca, qui en est l'auteur, y enseigna pour l'un de ses principes la transmigration des ames, & assûra qu'après cette vie il y avoit des lieux différens pour punir les divers degrés de coupables, jusqu'à ce qu'après avoir satisfait chacun selon l'énormité de ses péchés, ils retournoient en vie, sans finir jamais de mourir ou de vivre : mais que ceux qui suivoient sa doctrine, après un certain nombre de résurrections, ne revenoient plus, & n'étoient plus sujets à ce changement. Pour lui il avoüoit qu'il avoit été obligé de renaître dix fois, pour acquérir la gloire à laquelle il étoit parvenu ; après quoi les Indiens sont persuadés qu'il fut métamorphosé en éléphant blanc. C'est de-là que vient le respect que les peuples du Tunquin & de Siam ont pour cet animal, dont la possession même a causé une guerre cruelle dans les Indes. Quelques-uns croyent que Xaca étoit juif, ou du moins qu'il s'étoit servi de leurs livres. Aussi dans les dix commandemens qu'il avoit prescrits, il s'en trouve plusieurs conformes à ceux du Décalogue, comme d'interdire le meurtre, le larcin, les desirs déréglés, & autres.
Quant au tems où il a vécu, on le fait remonter jusqu'au regne de Salomon : on a même conjecturé que ce pouvoit bien être quelqu'un de ces misérables que ce grand roi chassa de ses états, & qu'il exila dans le royaume de Pégu pour y travailler aux mines ; c'est du moins une ancienne tradition du pays. La doctrine de cet imposteur fit d'abord de grands progrès dans le royaume de Siam ; & delà elle s'étendit à la Chine, au Japon, & aux autres états, où les bonzes se vantent d'être les disciples des Talapoins, sectateurs de Xaca. Mais le royaume de Siam n'est plus aujourd'hui la source de toutes leurs fausses doctrines, puisque les Siamois mêmes vont s'instruire de la doctrine de Xaca dans le royaume de Locos, comme dans une université. Sur quoi voyez le pere Tissanier, jésuite françois, qui étoit au Tunquin en 1658, 1659, & 1660, dans la relation qu'il a faite de son voyage. Voyez aussi Tavernier, dans ses voyages des Indes. (a)
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| CHACAINGA | (Géog. mod.) contrée de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Lima.
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| CHACAL | (Hist. nat. Zoolog.) animal dont quelques voyageurs racontent les particularités, & donnent la description suivante. Ils lui attribuent beaucoup de ressemblance avec le renard ; ils prétendent seulement que le chacal est plus gros, & qu'il a le poil plus rude & plus épais ; qu'il est commun dans les pays orientaux, mais sur-tout en Mingrelie & dans les deserts de l'Arabie & de l'Assyrie ; qu'il est si carnassier qu'il déterre les morts, dévore les autres animaux, & mange les petits enfans : qu'il a le cri perçant & traînant comme le chat ; & que c'est l'hyene des anciens, & le dabuh des Africains. Chardin ajoûte qu'on l'appelle en latin crocuta, & en grec . Les voyageurs chargent encore leurs descriptions d'autres particularités si puériles, qu'on a cru devoir les omettre : telle est celle-ci, que quand ces animaux hurlent, ils s'entre-répondent en duo, l'un faisant la basse, & l'autre le dessus. Le chacal est, selon toute apparence, du nombre des animaux, ou qui sont désignés en histoire naturelle sous différens noms, ou qui n'étant connus que sur le récit des voyageurs, ordinairement assez mauvais naturalistes, ne mériteroient guere de place dans un ouvrage où l'on ne voudroit insérer que des choses bien sûres.
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| CHACART | S. m. (Manufact. & Comm.) toiles de coton à carreaux. Elles viennent particulierement de Surate. Il y en a de différentes couleurs.
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| CHACHAPOYAS | ou SAINT JEAN DE LA FRONTERA, (Géog. mod.) petite ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Lima.
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| CHACK | (Géog. mod.) petite ville forte de la basse Hongrie, près de la Draw.
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| CHACO | (Géog. mod.) grand pays de l'Amérique méridionale, sur la riviere du Paraguai, borné par le Pérou, la province de la Plata, le pays des Amazones. Il est habité par des nations sauvages, peu connues des Européens.
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| CHACONNE | S. m. (Musique) est une sorte de piece de musique faite pour la danse, dont le mouvement est modéré, & la mesure bien marquée. Autrefois il y avoit des chaconnes à deux tems & à trois : on n'en fait plus aujourd'hui qu'à cette derniere mesure. Ce sont pour l'ordinaire des chants qu'on appelle couplets, composés & variés de toutes les manieres, sur une basse contrainte de quatre en quatre mesures, commençant presque toûjours par le second tems. On s'affranchit insensiblement de cette contrainte de la basse, & l'on n'y a presque plus aucun égard. La beauté de la chaconne consiste à trouver des chants qui marquent bien la mesure, & comme elle est d'ordinaire fort longue, à varier tellement les couplets, qu'ils contrastent bien ensemble, & qu'ils réveillent sans-cesse l'attention de l'auditeur. Pour cela on passe & repasse à volonté du majeur au mineur, sans quitter pourtant le ton par où l'on a commencé ; & du grave au gai, ou du tendre au vif, sans presser ni ralentir jamais la mesure.
La chaconne est née en Italie, & elle y étoit autrefois fort en usage, de même qu'en Espagne : on ne la connoît plus aujourd'hui qu'en France, dans nos opéra. (S)
Les chaconnes de Lulli ont eu autrefois & ont encore beaucoup de réputation. Nous en avons dans d'autres opéra plusieurs qui sont estimées : celle de Sémélé de Marais, & celle de Pyrame & Thisbé de MM. Rebel & Francoeur. Nous en avons trois admirables de M. Rameau ; celle des Sauvages dans les Indes galantes, celle des Fêtes de Polymnie, & celle de Naïs, dont nous parlerons tout-à-l'heure. (O)
CHACONNE, s. f. (Danse) elle tient de la danse haute, & de la danse terre-à-terre, & s'exécute sur une chaconne, ou sur un air de ce mouvement. Voyez CHACONNE en Musique.
On a porté fort loin de nos jours ce genre de danse. Le fameux M. Dupré n'en a guere exécuté d'autre.
Comme les chaconnes sont composées de divers couplets ; que dans ceux du majeur on met ordinairement des traits de symphonie forts & fiers, & dans ceux du mineur, des traits doux, tendres, & voluptueux, ce danseur trouvoit dans cette variété les moyens de développer sa précision & ses graces.
Il y a une chaconne en action dans le premier acte de Naïs. Sur ce grand air de violons, on dispute les prix de la lutte, du ceste, & de la course. M. Dupré joüoit dans ce ballet le rôle principal : il recevoit des mains de Naïs le prix du vainqueur, & de celles du parterre les applaudissemens que mérite le plus grand talent en ce genre qu'on ait encore vû en Europe. (B)
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| CHACOS | (Hist. nat. bot.) arbrisseau du Pérou, dont la feuille est ronde, mince, & d'un beau verd ; & le fruit rond d'un côté, applati de l'autre, d'une couleur cendrée, & contenant une graine fort menue, à laquelle on attribue la propriété lythontriptique & diurétique.
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| CHACRILLE | voyez CASCARILLE.
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| CHADER | (Géog. mod.) île considérable d'Asie, formée par le Tigre & l'Euphrate, au-dessus de leur confluent.
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| CHAFAUDIER | S. m. (Pêche) c'est ainsi qu'on appelle sur les vaisseaux bretons qui vont à la pêche de la morue, ceux de l'équipage dont la fonction est de dresser les échafauds sur lesquels on met sécher le poisson. MS. de M. Masson du Parc.
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| CHAFERCONNÉES | S. m. pl. (Manuf. Com.) toiles peintes qui se fabriquent dans le Mogol. Voyez TOILES PEINTES.
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| CHAFFE | S. f. terme d'Amydonniers ; c'est ainsi que ces ouvriers appellent le son ou l'écorce du grain qui reste dans leurs sacs, après qu'ils en ont exprimé avec de l'eau toute la fleur du froment. Voyez AMYDON, AMYDONNIERS.
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| CHAGNI | (Géog. mod.) petite ville de France en Bourgogne, au Châlonnois, sur la Duesne.
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| CHAGRA | (Géog. mod.) riviere de l'Amérique méridionale, qui la sépare d'avec la septentrionale, & qui tombe dans la mer près de Porto-belo.
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| CHAGRIN | S. m. (Morale) c'est un mouvement desagréable de l'ame, occasionné par l'attention qu'elle donne à l'absence d'un bien dont elle auroit pû joüir pendant plus long-tems, ou à la présence d'un mal dont elle desire l'absence. Si la perte du bien que vous regrettez étoit indépendante de vous, disoient les Stoïciens, le chagrin que vous en ressentez est une opposition extravagante au cours général des évenemens : si vous pouviez la prévenir, & que vous ne l'ayez pas fait, votre chagrin n'en est pas plus raisonnable, puisque toute la douleur possible ne réparera rien. En un mot, le bien qui vous manque, le mal qui vous est présent, sont-ils dans l'ordre physique ? cet ordre est antérieur à vous ; il est au-dessus de vous ; il est indépendant de vous ; il sera postérieur à vous : laissez-le donc aller sans vous en embarrasser : sont-ils dans l'ordre moral ? le passé n'étant plus, & le présent étant la seule chose qui soit en votre puissance, pourquoi vous affliger sur un tems où vous n'êtes plus, au lieu de vous rendre meilleur pour le tems où vous êtes, & pour celui où vous pourrez être ? Il n'y a aucune philosophie, disoit Epictete, à accuser les autres d'un mal qu'on a fait ; c'est en être au premier pas de la philosophie, que de s'en accuser soi-même ; c'est avoir fait le dernier pas, que de ne s'en accuser ni soi-même ni les autres. Il faut convenir que cette insensibilité est assez conforme au bonheur d'une vie telle que nous sommes condamnés à la mener, où la somme des biens ne compense pas à beaucoup près celle des maux : mais dépend-elle beaucoup de nous ? & est-il permis au moraliste de supposer le coeur de l'homme tel qu'il n'est pas ? Ne nous arrive-t-il pas à tout moment de n'avoir rien à répondre à tous les argumens que nous opposons à nos peines même d'esprit ou de coeur, & de n'en souffrir ni plus ni moins ? Si c'est la perte d'un bien qu'on regrette,
Une si douce fantaisie
Toûjours revient ;
En songeant qu'il faut qu'on l'oublie,
On s'en souvient. M. Mongrif.
S'il s'agit d'émousser la pointe d'un mal, c'est en vain que j'appelle à mon secours, dit Chaulieu,
Raison, philosophie ;
Je n'en conçois, hélas, aucun soulagement !
A leurs belles leçons, insensé qui se fie ;
Elles ne peuvent rien contre le sentiment.
Raison me dit que vainement
Je m'afflige d'un mal qui n'a point de remede :
Mais je verse des pleurs dans ce même moment,
Et sens qu'à ma douleur il vaut mieux que je cede.
* CHAGRIN, s. m. (Manuf. & Comm.) espece de cuir grainé ou couvert de papilles rondes, serré, solide, qu'on tire de Constantinople, de Tauris, d'Alger, de Tripoli, de quelques endroits de la Syrie, & même de quelques cantons de la Pologne, & que les Gaîniers particulierement employent à couvrir leurs ouvrages les plus précieux.
Il n'y a point d'animal appellé chagrin, comme quelques-uns l'ont crû : les cuirs qui portent ce nom se font avec les peaux de la croupe des chevaux & des mulets. On les tanne & passe bien ; on les rend le plus mince qu'il est possible ; on les expose à l'air ; on les amollit ensuite ; on les étend fortement ; puis on répand dessus de la graine de moutarde la plus fine ; on les laisse encore exposées à l'air pendant quelque tems ; & on finit par les tenir serrées fortement dans une presse : quand la graine prend bien, les peaux sont belles ; sinon il reste des endroits unis, qu'on appelle miroirs : ces miroirs sont un grand défaut. Voilà tout ce que nous savons de la fabrique du chagrin. Nous devons ce petit détail, selon toute apparence assez inexact, à M. Jaugeon. Voyez les mémoires de l'académie des Sciences, année 1709.
Le chagrin est très-dur, quand il est sec ; mais il s'amollit dans l'eau ; ce qui en facilite l'emploi aux ouvriers. On lui donne par la teinture toute sorte de couleur. On distingue le vrai chagrin de celui qui se contrefait avec le maroquin, en ce que celui-ci s'écorche, ce qui n'arrive pas à l'autre. Le gris passe pour le meilleur ; & le blanc ou sale, pour le moins bon.
* CHAGRIN, s. m. (Manuf. & Comm.) espece de taffetas moucheté, appellé chagrin, parce que les mouches exécutées à la surface de ce chagrin taffetas ont une ressemblance éloignée avec les grains ou papilles du chagrin cuir. Voyez plus haut.
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| CHAIBAR | (Géog. mod.) riviere de l'Arabie heureuse, dans le territoire de la Mecque, qui se jette dans la mer Rouge.
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| CHAIDEUR | S. m. (Minéralog.) nom que l'on donne dans les mines aux ouvriers qui pilent la mine à bras.
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| CHAI | ou BELANDRE, (Marine) voyez BELANDRE. (Z)
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| CHAIER | S. m. (Commer.) petite monnoie d'argent qui se fabrique & qui a cours en Perse : elle est ronde, & porte pour écusson le nom des douze imans révérés dans la secte d'Ali, & pour effigie celle du prince regnant, avec des légendes & autres marques relatives à la ville où elle a été fabriquée, & à la croyance du pays. Le chaïer vaut quatre sous sept deniers un tiers argent de France.
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| CHAIFUNG | (Géog. mod.) ville de la Chine, capitale de la province de Honnang.
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| CHAINE | S. f. (Art méchan.) c'est un assemblage de plusieurs pieces de métal appellées chaînons ou anneaux (Voyez CHAINONS), engagés les uns dans les autres, de maniere que l'assemblage entier en est flexible dans toute sa longueur, comme une corde dont il a les mêmes usages en plusieurs occasions, & que les chaînons qui en forment les différentes parties ne peuvent se séparer que par la rupture. On fait de ces assemblages de chaînons, appellés chaînes, avec l'or, l'argent, l'étain, le cuivre, &c. il y en a de ronds, de plats, de quarrés, de doubles, de simples, &c. Ils prennent différens noms, selon les différens usages auxquels on les employe. C'étoit aux maîtres Chaînetiers à qui il appartenoit, privativement à tous autres ouvriers, de les travailler & de les vendre : mais les Orfévres, Metteurs en oeuvre, Jouailliers, se sont arrogé le droit de faire celles d'or & d'argent ; ils ont été imités par d'autres ouvriers, & la communauté des Chaînetiers s'est presqu'éteinte. Voyez CHAINETIERS.
L'art de faire des chaînes est assez peu de chose en lui-même ; mais il suppose d'autres arts très-importans, tels que celui de tirer des métaux en fils ronds de toute sorte de grosseur. Nous n'expliquerons pas la maniere de fabriquer toutes sortes de chaînes ; nous en allons seulement parcourir quelques especes, d'après lesquelles on pourra juger du travail & du tissu des autres.
Entre les différentes especes de chaînes, une des principales & des plus anciennes est celle qu'on appelle chaîne à la Catalogne : elle est composée de différens anneaux ronds ou elliptiques, enfermés les uns dans les autres, de maniere que chaque anneau en enferme deux, dont les plans sont nécessairement perpendiculaires au sien, si l'on prend la portion de chaîne composée de trois anneaux, & qu'on la laisse pendre librement. Ces anneaux sont soudés, & paroissent d'une seule piece : ce sont eux qui constituent la grosseur de la chaîne. On les appelle mailles ou maillons. On fait ces chaînes plus ou moins grosses, selon l'usage auquel on les destine. Si les maillons sont ronds, la chaîne s'appelle chaîne de la Catalogne ronde ; s'ils sont elliptiques, elle s'appelle chaîne à la Catalogne longue. Voyez Pl. du chaînetier, fig. 1. & 2.
Une autre sorte de chaîne composée aussi d'anneaux soudés, & dont on s'est beaucoup servi autrefois pour suspendre les clés des montres à la boîte, est un tissu auquel on a donné le nom de chaîne quarrée. Les anneaux de cette chaîne ne sont point enlacés les uns dans les autres avant que d'être soudés : on commence par les former d'une figure elliptique ; on les ploye en deux ; & dans l'anse que fait un anneau ployé en cet état, on en fait passer un autre ployé de même, dans ce second un troisieme, & ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on ait donné à la chaîne la longueur qu'on desire. Voyez même Planche, figure 3.
On fabrique de cette maniere des chaînes à six & à huit faces, qu'on appelle cordons, à cause de leur rondeur, par laquelle elles ne different guere d'une corde : celles qui ont moins de faces, prennent leurs noms du nombre de leurs faces : ainsi il y a des chaînes à trois faces, d'autres à quatre, à cinq, &c.
Il y a des chaînes en S de plusieurs sortes & grandeurs : les plus simples sont composées d'S dont les deux bouclettes sont dans le même plan. Après avoir formé, soit au marteau, soit avec la pince, selon la grosseur de la chaîne, un grand nombre d'S, on passe la bouclette de l'une dans l'autre ; puis avec la pince plate ou le marteau, on ferme cette bouclette : on passe la bouclette d'une seconde dans une troisieme, celle d'une troisieme dans une quatrieme, ainsi de suite ; & on a une chaîne d'S toutes attachées les unes aux autres ; de maniere que le plan d'une S quelconque est perpendiculaire au plan des deux S qui lui sont attachées & contiguës, & ainsi alternativement : ce qui a fait donner à cette chaîne le nom de chaînes à S plates. Voyez même Planche, fig. 4.
Une autre espece de chaînes, appellée chaîne à quatre faces, ne differe de celle que nous venons de décrire, qu'en ce que les deux bouclettes qui sont pratiquées à l'extrémité de chaque S, sont dans des plans perpendiculaires les uns aux autres ; au lieu que dans la chaîne précédente les deux bouclettes étoient dans le même plan. Fig. 5.
On fait avec du fil-de-fer recuit des chaînes qui ont une très-grande force : pour cet effet on ploye avec la pince le même fil-de-fer plusieurs fois en forme de 8 de chiffre, & on ficelle le milieu avec le même fil-de-fer contourné plusieurs fois. On nomme ces chaînes, chaînes en gerbes. Voyez la fig. 6. Pour ployer le fil-de-fer en 8 avec plus de célérité, on a un autre outil qu'on appelle fourchette : ce sont deux pointes rondes fichées profondément & parallelement dans le bout d'un manche : il est évident qu'en supposant le fil-de-fer placé entre ces deux pointes, si on meut le manche circulairement, le fil-de-fer prendra nécessairement la forme d'un 8, chaque pointe se trouvant enfermée dans chaque bouclette du 8, & le fil-de-fer se croisant entre les deux pointes à chaque tour du manche sur lui-même (voyez fig. 7.) la fourchette avec le fil-de-fer croisé en 8 sur les pointes. A le manche. B, C, les pointes. D, E, le fil-de-fer. On voit encore qu'il faut passer les mailles les unes dans les autres à mesure qu'on les fabrique.
Les chaînes à trois faces sont de la même espece que celles qu'on appelle chaînes à quatre faces, dont elles ne different qu'en ce que les plans des bouclettes de l'S, au lieu d'être à angles droits, forment ensemble un angle de 120 degrés ; d'où il s'ensuit que la chaîne pourroit être inscrite à un prisme triangulaire ; d'où lui vient sa dénomination de chaîne à trois faces. Voyez la fig. 8.
Il y en a de cette derniere espece qu'on appelle à bouts renfoncés : ce sont celles où les extrémités des bouclettes sont recourbées en crochets, de maniere que le bout de la bouclette d'en-bas rentre dans la bouclette d'en-haut, & le bout de la bouclette d'en-haut rentre dans la bouclette d'em-bas. Voyez la fig. 9. Cette chaîne a beaucoup de force.
La chaîne qu'on appelle catalogne double, doit se rapporter à l'espece des chaînes à quatre faces composées d'anneaux soudés avant que d'être passés les uns dans les autres. Voyez la fig. 10.
On voit qu'il est possible de faire les maillons de la fig. 3. si petits qu'on veut, & qu'on en formera des chaînes très-délicates. L'invention de ces sortes de chaînes qui servent à pendre des montres, des étuits d'or & d'autres bijoux, nous vient d'Angleterre ; ce qui les a fait nommer chaînes d'Angleterre. Nos ouvriers sont enfin parvenus à les imiter avec beaucoup de succès. On les fabrique d'or, mais plus souvent de cuivre doré. Les maillons ont environ trois lignes de longueur, sur une ligne de largeur : quand ils sont repliés & passés les uns dans les autres, ils forment un tissu si serré, qu'on les prendroit non pour de la toile, mais pour ces ornemens de broderie qu'on pratique sur de la toile, & qu'on appelle chaînette. Voyez CHAINETTE. Il y a jusqu'à quatre mille petits maillons dans une chaîne à quatre pendans ; mais l'assemblage en est si parfait, que l'on prendroit le tout pour une quantité continue & flexible.
Dans le commerce des chaînes, les grosses chaînes de fer se vendent à la piece ; les médiocres de fer, & celles de cuivre de toute grosseur, se vendent au pié : ces dernieres, quand elles sont fines, s'achetent au poids. Il en est de même de celles d'or & d'argent, dont la façon se paye encore à part.
Il se fait en Allemagne des petites chaînes d'un travail si délicat, qu'on en peut effectivement enchaîner les plus petits insectes ; telles sont celles qu'on apporte de Nuremberg, & de quelques autres villes d'Allemagne. La maniere dont ces ouvrages s'exécutent, ne differe pas de celle dont on fait les chaînes de montre : les chaînons s'en frappent avec un poinçon qui les forme & les perce en même tems. Voyez CHAINE, Horlog. CHAINE, Marine. CHAINE, Agricult. &c.
Les Romains portoient avec eux des chaînes quand ils alloient en guerre ; elles étoient destinées pour les prisonniers qu'on feroit : ils en avoient de fer, d'argent, & même quelquefois d'or ; ils les distribuoient suivant le rang & la dignité du prisonnier. Pour accorder la liberté, on n'ouvroit pas la chaîne, on la brisoit ; c'étoit même l'usage de la couper avec une hache ; les débris en étoient ensuite consacrés aux dieux Lares. Voyez AFFRANCHI, PRISONNIER, ESCLAVE.
La chaîne étoit chez les Gaulois un des principaux ornemens des hommes d'autorité ; ils la portoient en toute occasion : dans les combats, elle les distinguoit des simples soldats.
C'est aujourd'hui une des marques de la dignité du lord maire à Londres : elle reste à ce magistrat lorsqu'il sort de fonction, comme une marque qu'il a possédé cette dignité.
La chaîne entre dans le blason, & forme quelquefois une partie des armoiries. Les armes de Navarre sont des chaînes d'or, sur un champ de gueules.
CHAINE, en terme de Justice, se prend non-seulement pour les liens de fer avec lesquels on attache les criminels qui sont condamnés aux galeres, mais se prend aussi quelquefois pour la peine même des galeres, & quelquefois pour la troupe des criminels que l'on conduit aux galeres.
On forme à Paris une chaîne de tous ceux qui sont condamnés aux galeres. Il y a une chaîne particuliere pour la Bretagne, & une autre pour le parlement de Bordeaux. Il y a un commissaire de Marine & un capitaine pour chaque chaîne. (A)
CHAINE, dans l'Arpentage, signifie une mesure composée de plusieurs pieces de gros fil-de-fer ou de laiton recourbées par les deux bouts : chacune de ces pieces a un pié de long, y compris les petits anneaux qui les joignent ensemble.
Les chaînes se font ordinairement de la longueur de la perche du lieu où l'on veut s'en servir, ou bien de quatre à cinq toises de long, & même plus longues, si l'on a des grandes stations à mesurer, comme de huit ou dix toises. On les distingue quelquefois par un plus grand anneau de toise en toise : ces sortes de chaînes sont fort commodes, en ce qu'elles ne se noüent point comme celles qui sont faites de petites mailles de fer. Voyez les articles PERCHE, VERGE, &c.
En 1668 on a placé un nouvel étalon ou modele de la toise fort juste, au bas de l'escalier du grand Châtelet de Paris, pour y avoir recours en cas de besoin.
La chaîne sert à prendre les dimensions des terreins. C'est ce que le pere Mersenne appelle l'arvipendium des anciens. Voyez ACRE.
On employe aussi au lieu de chaînes des cordes ; mais elles sont sujettes à beaucoup d'inconvéniens, qui proviennent soit des différens degrés d'humidité, soit de la force qui les tend.
Schwenterus, dans sa Géométrie pratique, nous dit qu'il a vû une corde de seize piés de long, réduite en une heure de tems à quinze, par la seule chûte d'une gelée blanche. Pour prévenir ces inconvéniens, Wolf conseille de tortiller en sens contraire les petits cordons dont la corde est composée, de tremper la corde dans de l'huile bouillante, & quand elle sera seche, de la faire passer à-travers de la cire fondue, afin qu'elle s'en imbibe : une corde ainsi préparée ne se rallongera ni ne se raccourcira point-du-tout, quand même on la garderoit un jour entier sous l'eau.
Usage de la chaîne dans l'arpentage. La maniere d'appliquer la chaîne à la mesure des longueurs est trop connue, pour avoir besoin d'être décrite. Lorsqu'on enregistre les dimensions prises par la chaîne, il faut séparer la chaîne & les chaînons par des virgules ; ainsi une ligne longue de soixante-trois chaînes & cinquante-cinq chaînons, s'écrit en cette sorte, 63, 55. Si le nombre des chaînons n'est exprimé que par un seul caractere, on met alors un zéro au-devant : ainsi dix chaînes, huit chaînons, s'écrivent en cette sorte, 10, 08.
Pour trouver l'aire d'un champ dont les dimensions sont données en chaînes & chaînons, voyez AIRE, TRIANGLE, QUARRE.
Pour prendre avec la chaîne un angle D A E, Pl. d'Arpent. fig. 1. vous mesurerez en partant du sommet A, une petite distance jusqu'en d & en c ; ensuite vous mesurerez la distance d c. Pour tracer cela sur le papier, vous prendrez à volonté la ligne A E, & vous y rapporterez, au moyen de votre échelle, la distance mesurée sur le côté qu'elle représente. Voyez ECHELLE.
Ensuite prenant avec votre compas la longueur mesurée sur l'autre côté, du sommet A, comme centre, décrivez un arc d c ; & du point c, comme centre, avec la distance mesurée c d, décrivez un autre arc a b : par le point où cet arc coupe le premier, tirez la ligne A D : par ce moyen l'angle est rapporté sur le papier ; & l'on pourra, si l'on veut, en prendre la quantité sur une ligne des cordes. Voyez CORDE & COMPAS DE PROPORTION.
Pour lever le plan, ou pour faire le dessein d'un lieu, comme A B C D E (fig. 2.), en se servant de la chaîne, on en fera d'abord une esquisse grossiere ; & mesurant les différens côtés A B, B C, C D, D E, on écrira la longueur de chaque côté le long de son côté correspondant dans l'esquisse ; ensuite si on leve le plan en-dedans du lieu proposé, au lieu de mesurer les angles comme ci-dessus, on mesurera les diagonales A D, B D, & la figure se trouvera de la sorte réduite en trois triangles, dont tous les côtés seront connus, comme dans le premier cas, & pourront être rapportés sur le papier suivant la méthode ci-dessus.
Si on leve le plan en-dehors du lieu proposé, il faudra prendre en ce cas les angles de la maniere suivante. Pour prendre, par exemple, l'angle B C D, on prolongera les lignes B C, C D, à des distances égales en a b (par exemple de la longueur de cinq chaînes), & on mesurera la distance a b ; on aura par-là un triangle isocele c a b, dans lequel l'angle a b c = B C D son opposé, est connu : ainsi l'on connoîtra l'angle B C D, & l'on pourra le tracer comme ci-dessus.
Trouver avec la chaîne la distance entre deux objets inaccessibles l'un par rapport à l'autre de quelque point, comme C (fig. 3.), dont la distance à chaque objet A & B, soit accessible en ligne droite. Mesurez la distance C A, que je suppose de cinquante chaînes, & prolongez-la jusqu'en D, c'est-à-dire, cinquante chaînes encore plus loin ; mesurez de même B C, que je suppose de trente chaînes, & prolongez-la jusqu'en E, trente chaînes encore plus loin : vous formerez de la sorte le triangle C D E, semblable & égal au triangle A B C ; & ainsi mesurant la distance D E, vous aurez la distance inaccessible cherchée.
Trouver la distance d'un objet inaccessible, comme la largeur d'une riviere, par le moyen de là chaîne. Sur l'une des rives plantez bien perpendiculairement une perche haute de quatre ou cinq piés, où il y ait dans une fente pratiquée en-haut, une petite piece de fil-de-fer, ou d'autre matiere semblable, bien droite ; & longue de deux ou trois pouces ; vous ferez ensuite glisser cette petite piece en-haut ou em-bas, jusqu'à ce que votre oeil apperçoive ou rencontre l'autre rive, en regardant le long de ce fil-de-fer : vous tournerez ensuite la perche, en laissant toûjours le fil-de-fer dans la même direction ; & regardant le long de ce fil, comme ci-dessus, remarquez sur le terrein où vous pouvez opérer, l'endroit où aboutit votre rayon visuel : enfin mesurez la distance qu'il y a de votre perche à ce dernier point ; ce sera la largeur de la riviere proposée. Voyez ARPENTEUR, RAPPORTEUR, &c. (E)
* CHAINE sans fin, (Art méchan.) c'est ainsi qu'on appelle la chaîne où les chaînons se tiennent tous, & où il n'y en a par conséquent aucun qu'on ne puisse regarder comme le premier & le dernier de la chaîne. Voyez CHAPELET.
CHAINES, en Architecture, se dit dans la construction des murs de moilon, des jambes de pierre élevées à-plomb, ou faites d'un carcan ou d'une pierre posée alternativement entre deux harpes (Voyez HARPES), ou deux autres pierres plus longues, pour former liaison dans le mur : elles servent à porter les principales pieces de bois d'un plancher, comme poutres, solives d'enchevêtrure, & sablieres ; & à entretenir les murs, qui n'auroient pas assez de solidité n'étant que de moilon, s'il n'y avoit point de chaînes. (P)
* CHAINES de fer, (Architect. & Serrur.) assemblage de plusieurs barres de fer plat, liées bout-à-bout par des clavettes ou crochets. On pose cet assemblage sur le plat dans l'épaisseur des murs, avec des ancres à chaque extrémité : son effet est d'entretenir les murs, & d'en empêcher l'écartement. Voyez SERRURERIE, Pl. XII. fig. 1. le tirant d'une chaîne. K le crochet. L le coin ou la clavette. N, N, une moufle double. K une moufle simple. R, P, Q, ces pieces assemblées, & telles qu'elles sont posées en ouvrage. V, T, S, autre maniere de faire les mouffles des chaînes. Cette construction est plus simple. V la barre qui porte la moufle simple, & qui est soudée avec l'oeil du tirant. S la moufle double. T, T, la clavette qui tient les trois mouffles réunies. R, R, partie de la chaîne avec un crochet.
CHAINE de port, (Marine) ce sont plusieurs chaînes de fer, ou quelquefois une seule, tendues à l'entrée du port, pour empêcher qu'on puisse y entrer. Lorsque la bouche du port est grande, elles portent sur des piles placées d'espace en espace.
CHAINE de vergues, (Marine) ce sont de certaines chaînes de fer qu'on tient dans la hune d'un vaisseau, & dont on se sert dans le combat pour tenir les vergues, lorsqu'il arrive que le canon en coupe les cordes ou manoeuvres.
CHAINES de chaudiere, (Marine) ce sont des chaînes de fer qui servent à tenir la chaudiere où cuisent les vivres de l'équipage lorsqu'elle est sur le feu. (Z)
* CHAINE, (Commerce) mesure qui s'applique à différentes sortes de marchandises, telles que le bois, le grain en gerbes, le foin, & même aux chevaux dont on veut prendre la hauteur. Cette mesure est faite d'une petite chaîne de fer ou de laiton divisée en différentes parties égales par des petits fils de laiton ou de fer fixés sur sa longueur. Ces divisions sont ou par piés & par pouces, ou par palmes, selon l'usage des pays. La chaîne s'applique à Paris, particulierement à la mesure du bois de compte : l'étalon en est gardé au greffe du châtelet : il a quatre piés de longueur ; à l'un des bouts est un petit anneau dans lequel peut être reçû un crochet qui est à l'autre bout, & qu'on peut encore arrêter en d'autres points de la chaîne. Comme il y a trois sortes de bois de compte, dont la grosseur excede celle du bois qui se mesure dans la membrure, il y a sur la longueur de la chaîne, depuis le crochet, trois divisions différentes distinguées par des S de fer, & chacune de ces divisions marque la circonférence du bois qui doit être admis ou rejetté de la mesure de la chaîne. Pour savoir si une piece de bois doit être membrée, ou mesurée à la chaîne, on lui applique la portion de la chaîne comprise depuis le crochet jusqu'à l'S, qui termine la longueur qui doit lui servir de mesure : si cette portion est précisément la mesure de la circonférence de la piece de bois, cette piece est réputée de l'espece de bois de compte désignée par la portion de chaîne qui lui a été appliquée : si elle est lâche sur cette piece de bois, cette piece est renvoyée à l'espece de bois de compte qui est au-dessous de la mesure employée, ou même elle est entierement rejettée. Au contraire elle est réservée pour l'espece de bois de compte qui est au-dessus, si la portion de chaîne qui lui est appliquée étant trop petite pour l'embrasser, le crochet ne peut pas entrer dans la bouclette de fer de l'S qui termine cette portion de la chaîne. On a donné quatre piés à la longueur de la chaîne, parce qu'on peut l'appliquer par ce moyen à toute autre mesure de bois, soit neuf soit flotté ; ces mesures ou membrures devant porter quatre piés en quarré. Voyez BOIS, MEMBRURE.
* CHAINE, s. f. (Agricult.) c'est dans une charrue un gros anneau de fer qui tient le timon avec le paumillon. Le timon passe dans cet anneau, & y est arrêté par une cheville. On avance ou on recule la chaîne, en faisant monter ou descendre l'anneau sur le timon, & en le fixant avec la cheville qu'on place alors dans un trou plus haut ou plus bas, selon qu'on se propose de tracer des sillons plus ou moins profonds. Il est évident que selon qu'on descend l'anneau plus ou moins bas sur le timon, le timon se trouve plus ou moins parallele à l'horison ; & que formant avec le terrein un plus grand ou un plus petit angle, le soc poussé par le laboureur enfonce en terre plus ou moins facilement, plus ou moins profondément.
* CHAINES, mettre en chaînes, (Agricult.) se dit dans la récolte du chanvre ou du lin, de la maniere d'exposer à l'air & de faire sécher ces plantes. Ainsi les chaînes de chanvre ou de lin sont de longues files de poignées assez grosses de ces plantes, dressées en chevron les unes contre les autres, de maniere que les têtes se croisent, & que les tiges soient écartées en cone, & puissent recevoir de l'air par le bas. Voyez les articles CHANVRE & LIN.
CHAINES. On dit de plusieurs tas ou meules de foin, des chaines de foin. (K)
* CHAINE, (Pêche) la pêche à la chaîne se fait de la maniere suivante. On cherche une greve un peu spacieuse, où il n'y ait que trois ou quatre piés d'eau : on prend une longue chaîne ; on y attache d'espace en espace des fagots d'épines avec des ficelles longues d'un demi-pié ou environ, de maniere que ces fagots soient suspendus entre deux eaux : cela fait, on étend au bas de la greve deux filets tout proches l'un de l'autre ; puis sans faire de bruit on descend du haut de la greve em-bas, en entraînant la chaîne tendue avec les fagots qui lui sont attachés. Ces fagots chassent le poisson devant eux jusqu'à l'endroit où sont les filets. Lorsqu'on est parvenu à cet endroit, les tireurs de chaîne la levent de toute leur force : le poisson effrayé veut plonger ; mais ceux qui veillent aux filets venant à les lever en même tems, ils vont au-devant du poisson, qui se précipite & qui se prend.
* CHAINES, (Salines) se dit des barres de fer dont le bout est rivé par-dessous la chaudiere avec une clavette de fer, & dont l'extrémité supérieure est rabattue de façon à entrer dans des anneaux attachés à de grosses pieces de bois de sapin, appellées traversiers. Voyez TRAVERSIERS.
* CHAINE, outil de Charron. Cet outil est composé de plusieurs gros chaînons quarrés, longs, & soudés ; à un de ses bouts est une grosse vis de fer retenue au dernier chaînon par un anneau ; à l'autre bout est un morceau de fer quarré, creusé en long, & fait en écrou, propre à recevoir la vis dont on vient de parler. Les Charrons s'en servent pour approcher les raies d'une roue, & pour les faire entrer dans les mortaises des jantes : ce qu'ils exécutent en entourant deux raies avec cette chaîne, & les forçant de s'approcher par le moyen de l'écrou & de la vis, qu'ils assemblent & qu'ils serrent avec une clé à vis. Voyez les fig. 16. & 16 n°. 2. Pl. du Charron. Voyez les articles ROUE, RAIE, JANTE.
CHAINE de montre, (Horloger.) petite chaîne d'acier fort ingénieusement construite, qui sert à communiquer le mouvement du tambour ou barillet à la fusée. Elle est composée de petites pieces ou maillons tous semblables, & percés à leurs extrémités. On en voit le plan dans la fig. 54 Pl. X. de l'Horlogerie. Pour les assembler, on en prend deux, A & B ; entr'eux on fait entrer par chaque bout les extrémités des deux autres D & E, en telle sorte que leurs trous se répondent ; ensuite on les fait tenir ensemble par des goupilles, qui passant à-travers ces trous, sont rivées sur le maillon de dessus & sur celui de dessous ; ce qui forme l'assemblage L S, fig. 42. dont la répétition compose la chaîne entiere. Ces maillons se font avec un poinçon, qui les coupe & les perce d'un seul coup : à chaque bout de la chaîne il y a un crochet ; l'un, T, sert pour le barillet ; l'autre, F, pour la fusée.
On attribue communément l'invention de la chaîne à un nommé Gruet, genevois, qui demeuroit à Londres : ce qu'il y a de certain, c'est que les premieres ont été faites en Angleterre, & que les meilleures viennent encore aujourd'hui de ce pays-là. Au reste celui qui l'a imaginée, remédiant par-là aux inconvéniens de la corde à boyau, a rendu un très-grand service à l'Horlogerie. Voyez là-dessus l'article MONTRE. Voyez FUSEE, BARILLET, &c. (T)
CHAINE, (Maréchall.) voyez MESURE.
* CHAINES d'étuis de pieces, &c. en termes de Metteur en oeuvre, est une chaîne couverte de diamans ; moins longue que celle d'une montre, ayant à ses côtés deux oeufs. Voyez OEUFS & ETUI DE PIECES. C'est à cette chaîne que l'étui est suspendu.
* CHAINE, s. f. terme commun à tous les ouvriers qui ourdissent le fil, la laine, le lin, le coton, le crin, la soie, &c. C'est des matieres qui entrent dans la fabrique des ouvrages d'ourdissage, la partie qui est tendue sur les ensuples, ou ce qui en tient lieu, distribuée entre les dents du peigne, & divisée en portions qui se baissent, se levent, se croisent, & embrassent une autre partie de matieres qui entrent dans la fabrique des mêmes ouvrages, & qu'on appelle la trame. Voyez TRAME.
D'où il s'ensuit que les chaînes varient, soit chez le Tisserand, le Rubanier, le Manufacturier en soie ; soit chez le Drapier, le Gazier, & les autres ouvriers de la même espece, relativement à la matiere, qui peut être ou fil, ou laine, ou coton, ou soie, ou fil & laine, ou fil & coton, ou fil & soie, & ainsi des autres matieres & des combinaisons qu'on en peut faire ; à la quantité des fils, qui peut être plus ou moins grande en total ; au nombre des parties dans lesquelles on peut la diviser, & qu'on appelle portées ; ces portées pouvant être en plus ou moins grand nombre, & chacune pouvant contenir un nombre de fils plus ou moins grand (voyez PORTEE) à la longueur, qui peut aussi varier. Toutes ces différences influent sur la nature des étoffes, leur qualité, leur largeur & leur longueur. Je dis toutes ces différences, sans en excepter le nombre des lisses, & leur jeu. Voyez LISSES.
Les réglemens ont statué sur toutes : par exemple, ils ont ordonné que dans certaines provinces les burats grenés à petits grains auroient à la chaîne trente portées ; que chaque portée seroit de vingt-huit fils ; que les fils seroient distribués dans des rots ou peignes de deux pans & trois quarts de largeur, pour revenir après la foule à deux pans un tiers, & que les pieces auroient quarante cannes de longueur ; que les burats doubles auroient à la chaîne trente-sept portées ; que chaque portée seroit de seize fils, y compris les lisieres ; qu'ils seroient travaillés sur des rots ou peignes de trois pans de large, pour revenir du foulon à deux pans & demi ; & que les pieces auroient de longueur trente-deux à trente-trois cannes ; ainsi des burats grenés à petits grains, des burats demi-doubles & communs, des cordelats à fil fin, des cordelats à gros fil, des cadis, des serges, des razes passe-communes & communes, des draps de toute espece, & de toutes les étoffes en soie. Voyez ces étoffes à leurs articles. Voyez aussi les réglemens pour les Manufactures.
Comme il est difficile de discerner, quand l'étoffe est foulée, si la chaîne a le nombre de fils prescrits, il est aussi enjoint par les réglemens sur plusieurs étoffes, de laisser à la tête de chaque piece un bout de chaîne non tramé, dont on puisse connoître les portées & compter les fils.
Les chaînes se préparent sur l'ourdissoir. Voyez à l'article OURDIR, la maniere dont ce préliminaire s'exécute. Il faut que la matiere en soit bonne : les jurés ont droit de les visiter ; il faut qu'elles soient bandées convenablement sur les ensuples. Il est ordonné pour toutes les étoffes de laine, que les fils de la chaîne soient de même qualité & de même filure ; & qu'ils soient bien collés ou empesés, soit avec de la colle de Flandre, soit avec de la raclure de parchemin bien apprêtée. Voyez dans les régl. génér. des Manufact. celui du mois d'Août 1669. Il est défendu aux manufacturiers de Lyon & de Tours, de faire ourdir leurs chaînes ailleurs que chez eux, ou chez les maîtres ou veuves de leur communauté. Voyez les régl. pour ces manufactures, de 1667.
Voilà ce qu'il y a de plus général sur les chaînes : on trouvera les particularités aux différens articles des étoffes.
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| CHAINETIER | S. m. ouvrier qui sait faire des chaînes, & qui a acquis le droit de les vendre. Les chaînes ne sont pas les seuls ouvrages des Chaînetiers ; ils font encore, en concurrence avec les Epingliers, des hameçons, des couvres-poëles, des sourricieres, des instrumens de pénitence, & toutes sortes de tissus de fil-de-fer & de laiton. Leur communauté, autrefois nombreuse, n'est presque plus rien. Elle avoit des statuts avant Charles IX. Ils s'appelloient sous le regne de ce prince, Haubergeniers, du haubert ou de la cotte de maille ; Tréfliers, d'un ornement en treffle placé au bas des demi-ceints ; & demi-Ceintiers, des demi-ceints. Il n'y a plus de chef-d'oeuvre parmi eux ; le consentement des maîtres suffit à un aspirant pour être reçu, présenté au procureur du roi du châtelet, & muni de lettres. Il ne leur reste de leur discipline ancienne, qui consistoit en une élection annuelle de quatre jurés, un apprentissage de quatre années, un chef-d'oeuvre, le droit de lottissage dans les affaires communes avec les maîtres Epingliers, & celui de quinze sous par botte de fil-de-fer entrant dans Paris ; que l'élection d'un juré de deux en deux ans, qui présente l'aspirant au procureur du roi du châtelet, quand il s'agit d'obtenir des lettres de maîtrise. Voyez les anciens réglemens de la communauté des Chaînetiers.
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| CHAINETTE | S. f. diminutif de chaîne. Voyez CHAINE. Voyez aussi dans les articles suivans, les différentes acceptions que ce terme a dans les Sciences & dans les Arts.
CHAINETTE, dans la Géométrie transcendante, ligne courbe dont une chaîne ou une corde prend la figure par son propre poids, lorsqu'elle est suspendue librement par ses deux extrémités ; soit que ces deux extrémités soient de niveau dans une même ligne horisontale, ou qu'elles soient placées dans une ligne oblique à l'horison.
Pour concevoir la nature de cette courbe, supposons une ligne pesante & flexible (Voyez Pl. de Géométrie, fig. 25 n°. 2.) dont les extrémités soient fixées aux points G, H, elle se fléchira par son propre poids en une courbe G A H, qu'on nomme la chaînette ou catenaria.
Voici comment le pere Reyneau, dans son Analyse démontrée, trouve l'équation de cette courbe. Soit A le sommet de la courbe, ou son point le plus bas ; que B D & b d soient paralleles à l'horison, f D perpendiculaire à B D, B D, perpendiculaire à A B ; & soient les points B, b, & les lignes B D, b d, infiniment près l'un de l'autre ; les lois de la méchanique nous apprennent que trois puissances qui se font mutuellement équilibre, sont entr'elles comme des paralleles aux lignes de leurs directions, terminées par leur concours mutuel ; par conséquent les lignes D f & d f seront entr'elles comme les forces verticales & horisontales, qui tendent à mettre la particule D d dans la situation D d : or la premiere de ces forces est le poids de la portion A D de la chaîne, & elle est représentée par A D. L'autre force est une force constante, n'étant autre chose que la résistance du point A : nommant donc A B, x, B D, y, l'arc A D ou son point c, & la force constante a, on aura d x . d y : : c . a, & d y = a d x/c . Donc d y/d x = a/( (d x2 + d y2)), & (d x2 + d y2) = a d (d x/d y).
Il semble que cette solution, quoiqu'assez simple, laisse encore de l'obscurité dans l'esprit ; mais ce même problème a été résolu de différentes manieres : les plus élégantes sont celles que l'on trouve dans l'essai de M. Bernoulli sur la manoeuvre des vaisseaux, imprimé à Bâle, 1714 ; & dans un écrit de M. Daniel Bernoulli le fils, tome III. des mémoires de l'académie de Petersbourg.
Pour parvenir à l'équation de la chaînette, il faut d'abord décomposer toutes les puissances qui agissent sur un point quelconque, en deux autres, tout au plus, dont l'une soit parallele à l'axe, & l'autre perpendiculaire à cet axe ; ce qui est toûjours possible, puisqu'il n'y a point de puissance qui ne puisse se réduire à deux autres de position donnée ; ensuite on regardera la chaînette comme un polygone d'une infinité de côtés ; & supposant chaque puissance appliquée au point de concours des deux côtés, on décomposera, ce qui est toûjours possible, chaque puissance en deux autres, qui soient dans la direction de deux côtés contigus : de cette maniere on trouvera que chaque côté de la courbe est tiré à chacune de ses extrémités en sens contraire, par deux puissances qui agissent suivant la direction de ce côté. Or pour qu'il y ait équilibre, il faut que les deux puissances soient égales : égalant donc ces deux puissances ensemble, on aura l'équation de la chaînette. Voyez un plus long détail dans les ouvrages cités. Il nous suffit ici d'avoir exposé le principe. Si une courbe est pressée en chaque point par une puissance qui soit perpendiculaire à la courbe, on trouvera par ce principe que pour qu'il y ait équilibre, il faut que chaque puissance soit en raison inverse du rayon de la développée de la courbe, au point où la puissance agit.
Plusieurs auteurs ont trouvé qu'une voûte, pour être en équilibre, devoit avoir la même figure que la chaînette. En effet, imaginons cette voûte en équilibre, comme composée de petites spheres solides qui se touchent, & joignons les centres de ces spheres par des lignes droites ; imaginons ensuite que la direction de la pesanteur de ces spheres change tout-à-coup, & se fasse en sens contraire ; & que les spheres soient liées ensemble par des fils ou autrement, de maniere qu'elles ne puissent pas obéir à l'impulsion verticale de la pesanteur : il est visible que l'équilibre ne sera point troublé, puisque des puissances qui sont en équilibre continuent d'y être, lorsque sans changer ces puissances, on ne fait que leur donner à toutes des directions contraires. Il est visible de plus que dans ce cas la voûte deviendra une chaînette dont les piés droits de la voûte seront les points fixes, & qu'il n'y aura d'autre différence que dans le renversement de la figure : donc la courbe de la chaînette est la même que celle de la voûte. Voyez VOUTE. (O)
* CHAINETTE se dit, chez les Bourreliers, d'une partie du harnois des chevaux de carrosse, qui consiste en une bande de cuir double, assez étroite, dont on joint les deux extrémités ensemble par une boucle. La chaînette se passe dans le poitrail, & est assujettie au timon : elle a trois usages, le premier est de servir à reculer le carrosse, le second est d'empêcher les chevaux de s'écarter du timon, & le troisieme est de soûtenir le timon. Voyez A, figure premiere du Bourrelier. Voyez HARNOIS, POITRAIL, TIMON.
* CHAINETTE, (point de) en terme de Brodeur, soit à l'aiguille, soit au métier, est une espece d'ornement courant, qui forme une sorte de lac continu, & s'exécute de la maniere suivante. 1°. Au métier (voyez Pl. du Chaînetier) : fichez votre aiguille de la main droite de dessous en-dessus en a ; arrêtez en-dessus avec les doigts de la main gauche une longueur quelconque a b du fil ; refichez votre aiguille dans le même point a de dessus en-dessous, & ramenez-la de dessous en-dessus au point c, entre les deux côtés & en-dedans de la boucle b a b, & vous aurez fait un premier point de chaînette au métier. Vous ferez le second précisément de la même maniere. Arrêtez en-dessus avec les doigts de la main gauche, une portion b d du fil égale à la portion a b ; fichez votre aiguille de dessus en-dessous au point c ; ramenez-la de dessous en-dessus au point e, de maniere que la distance c e soit égale à la distance a c, & que le point e soit entre les deux côtés & en-dedans de la boucle d c d, & vous aurez un second point de chaînette. Arrêtez avec les doigts de la main gauche une portion d f du fil égale à la portion b d ; fichez votre aiguille de dessus en-dessous au point e ; ramenez-la de dessous en-dessus au point g, de maniere que la distance e g soit égale à la distance c e, & que le point g soit entre les deux côtés & en-dedans de la boucle f e f, & vous aurez un troisieme point de chaînette ; & ainsi de suite.
2°. A l'aiguille. Le point de chaînette ne se fait guere autrement à l'aiguille. Tenez votre étoffe ou toile de la main gauche ; fichez de la droite votre aiguille en a de dessous en-dessus ; arrêtez avec le pouce de la main gauche une portion a b du fil, & la tenez serrée contre l'étoffe ; fichez votre aiguille de dessus en-dessous au même point a ; ramenez-la de dessous en-dessus au point c, entre les côtés & en-dedans de la boucle a b c d e, & vous aurez un premier point. Arrêtez avec le pouce contre votre étoffe une portion c e du fil ; fichez votre aiguille de dessus en-dessous, soit au point c, soit au point d, un peu au-dessus du point c, mais pareillement entre les côtés & en-dedans de la boucle a b c d a, & ramenez-la de dessous en-dessus au point f, de maniere que c f soit égal à c a entre les côtés & en-dedans de la boucle c a f d, & ainsi de suite, vous aurez un second point, un troisieme, &c.
Nous avons fait nos points très-grands dans la figure, afin qu'on conçût distinctement la maniere dont ils s'exécutent ; mais en broderie ils sont très-petits. La beauté du point de chaînette, le seul presque qui se pratique dans la broderie en laine, consiste à faire ses boucles a b c b, c d e d, e f g f, &c. bien égales, & ni trop lâches ou grandes, ni trop serrées ou petites. Il faut proportionner son travail au dessein qu'on exécute, & à la matiere qu'on employe. Ce point se fait en laine, en soie, en fil, en fils d'argent & d'or, & on en conduit la suite à discrétion.
* CHAINETTE, en terme d'Eperonnier, se dit des petites chaînes qu'on place au nombre de deux dans le bas d'un mords pour en contenir les branches, & les empêcher de s'écarter l'une de l'autre. Voyez I, fig. 22. Planche de l'Eperonnier.
CHAINETTE, terme de Rubanier ; c'est une espece de petit tissu de soie qu'on fait courir sur toute la tête de la frange. Voyez les dictionn. de Commerce & de Trévoux.
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| CHAINON | S. m. c'est ainsi qu'on appelle les parties dont une chaîne est composée, celles à l'extrémité desquelles seulement elle a de la flexibilité ; ensorte que si l'on disposoit une chaîne sur la circonférence d'un grand cercle inscrit ou circonscrit, la chaîne formeroit dedans ou hors de ce cercle un polygone d'autant de côtés que la chaîne auroit de chaînons ; & chacun de ces chaînons seroit un côté du polygone, & tangente ou corde du cercle.
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| CHAINOUQUAS | (Géog. mod.) peuple d'Afrique, dans la Cafrerie.
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| CHAIR & VIANDE | syn. (Gram.) s'employent l'un & l'autre pour désigner une certaine portion de substance animale ; mais le mot viande, dit M. l'abbé Girard, porte avec lui l'idée d'aliment, & le mot chair désigne un rapport à la composition physique d'une partie de l'animal. Nous ajoûterons que chair ne se dit que des parties molles (voyez CHAIR, article d'Anatomie) ; & que viande au contraire se dit d'une portion de substance animale mêlée de parties solides & de parties dures, comme il paroît par le proverbe, il n'y a point de viande sans os. Viande se prend encore d'une façon plus générale & plus abstraite que chair ; car on dit de la chair de poulet, de perdrix, de lievre, &c. & de toutes ces chairs, que ce sont des viandes : mais on ne dit pas de la viande de poulet, de perdrix, &c. ce qui vient peut-être de ce qu'anciennement viande & aliment étoient synonymes. En effet, toute viande se mange, & il y a des chairs qui ne se mangent pas. On dit viande de boucherie, & non chair de boucherie. Voyez VIANDE, voyez BOUCHER. Et quand on dit, voilà de belles chairs, & voilà de belles viandes, on entend encore deux choses fort différentes : la premiere de ces expressions peut être l'éloge d'une jolie femme ; & l'autre est celle d'un bon morceau de boeuf ou de veau non cuit.
CHAIR, s. f. en Anatomie, est la partie du corps animal, uniforme, fibreuse, molle, & pleine de sang ; celle qu'on peut regarder comme la composition & la liaison de la plupart des autres parties du corps.
Par le mot chair, on entend proprement les parties du corps où les vaisseaux sanguins sont si petits, qu'ils ne retiennent que la quantité de sang nécessaire pour conserver leur couleur rouge.
Les anciens distinguoient cinq différentes sortes de chair : la premiere, musculeuse, fibreuse, ou fistulaire, telle qu'est la substance du coeur, & celle des autres muscles. Voyez MUSCLE, FIBRE, &c. La seconde, parenchymateuse, comme la chair des poumons, du foie, & de la rate. Voyez PARENCHYME, RATE, &c. La troisieme, la chair des visceres, comme celle de l'estomac & des intestins. Voyez INTESTINS. La quatrieme, glanduleuse, comme celle des mammelles, du pancréas, &c. Voyez MAMMELLES, PANCREAS, &c. Et la cinquieme, spongieuse, comme la chair des gencives, du gland, des levres, &c. Voyez SPONGIEUX, GLAND, &c.
Les modernes n'admettent qu'une sorte de chair, celle qui forme les muscles, & qui est composée de petits tuyaux ou vaisseaux qui contiennent du sang : ainsi les parties charnues & les parties musculeuses du corps sont la même chose, selon eux. Voyez MUSCLE.
Quelquefois cependant ils donnent le nom de chair aux glandes : en ce cas, pour la distinguer, ils l'appellent chair glanduleuse. Voyez GLANDE.
A l'égard des parenchymes, on a trouvé qu'ils sont toute autre chose que ce que les anciens pensoient. Les poumons ne sont qu'un assemblage de vésicules membraneuses, que l'air dilate & gonfle. Voyez POUMONS. Le coeur est un véritable muscle composé des mêmes parties que les autres. Voyez COEUR. Le foie est un assemblage de glandes où la bile se sépare. Voyez FOIE. La rate est un amas de vésicules remplies de sang ; & les reins sont comme le foie un assemblage de glandes qui servent à la secrétion de l'urine. Voyez RATE & REIN. (L)
* La chair peut être de l'objet du chimiste & du medecin : mais alors elle est moins considérée comme une partie animale, que comme un aliment de l'homme ; comme chair, que comme viande. Voyez VIANDE.
CHAIR musculeuse quarrée, caro musculosa quadrata, en Anatomie, est le nom que Fallope & Spigelius donnent à un muscle qu'on appelle plus communément le court palmaire. Voyez PALMAIRE. (L)
* CHAIR, (Hist. anc. & mod.) les Pythagoriciens n'en mangeoient point : le seul doute qu'il y ait sur ce fait, ne concerne que le plus ou le moins de généralité de cette défense. Il y en a qui prétendent qu'elle n'étoit que pour les parfaits ; ceux qui s'étant élevés au plus sublime degré de la théorie, étoient comptés au nombre des disciples ésotériques. D'autres ajoûtent qu'il étoit même permis en sûreté de conscience à ces derniers de toucher quelquefois à la chair des animaux sacrifiés. Voici la raison qu'on lit dans Séneque, du scrupule des Pythagoriciens. Omnium inter omnia cognationem esse, & aliorum commercium in alias atque alias formas transeuntium ; nullam animam interire, nec cessare quidem, nisi tempore exiguo, dum in aliud corpus transfunditur. Interim sceleris hominibus & parricidii metum fecisse, cum possint in parentis animam inscii incurrere, & ferro morsuve violare in quo cognatus aliquis spiritus hospitaretur. C'est-à-dire, à-peu-près, que les ames circulant sans-cesse d'un corps dans un autre, ces philosophes craignoient que l'ame de quelques-uns de leurs parens ne leur tombât sous la dent, s'ils se hasardoient à manger de la chair des animaux. Voyez l'article ABSTINENCE.
Les Hébreux s'abstenoient de la chair de certains animaux, parce qu'ils la croyoient impure. S. Paul dit que plusieurs fideles se faisoient un crime de manger de la chair des animaux consacrés aux idoles ; mais il ajoûte que tout est pur pour ceux qui sont purs.
On raconte de certains peuples sauvages, qu'ils n'ont aucune répugnance pour la chair humaine ; qu'ils mangent leurs ennemis ; qu'ils mangent leurs amis même tués à la guerre ; qu'ils se nourrissent des criminels condamnés à la mort ; & qu'ils croyent, en mangeant leurs peres quand ils sont vieux, les respecter beaucoup mieux, qu'en les laissant mourir & qu'en les inhumant : ces barbares s'imaginent que leur corps est un tombeau beaucoup plus honorable pour eux, que le sein de la terre ; & qu'il vaut mieux que la chair des peres serve d'aliment aux enfans, que d'être la pâture des vers.
* CHAIR, se dit, dans l'Ecriture-sainte, de l'homme vivant, ou même de tous les animaux vivans ; la fin de toute chair est arrivée en ma présence : des parties destinées à la génération ; que l'homme sage sépare de ses chairs la femme libertine : du péché pour lequel Dieu fit pleuvoir le feu du ciel ; ils ont suivi une chair étrangere.
CHAIR s'emploie aussi, en Théologie, en parlant des mysteres de l'incarnation & de l'eucharistie.
Le Verbe s'est fait chair, Verbum caro factum est. Voyez INCARNATION.
L'Eglise catholique croit que dans le sacrement de l'eucharistie, le pain est réellement changé en la chair de Jesus-Christ, & que c'est la même chair ou le même corps qui est né de la Vierge Marie, qui a souffert sur la croix. Voyez TRANSUBSTANTIATION.
La résurrection de la chair est un article de foi. Voyez RESURRECTION.
CHAIR, dans un sens moral, se dit de la concupiscence qui se souleve & se révolte contre la raison : caro concupiscit adversus spiritum : en ce sens elle est opposée à l'esprit ou à la grace ; & ces deux mots, esprit & chair, sont très-usités dans les épîtres des apôtres, pour signifier la grace & la concupiscence.
CHAIR désigne encore, en Théologie morale, le péché de luxure : on dit l'oeuvre de chair, pour les péchés opposés à la chasteté. (G)
CHAIR, couleur de chair, (en Peinture) est une teinte faite avec du blanc & du rouge. Il se prend aussi pour carnation. L'on dit : voilà de belles chairs, le peintre fait de la chair, les chairs sont maltraitées dans le tableau : toutes ces façons de parler s'entendent des carnations, qui ne sont en effet que l'expression de la chair. (R)
CHAIR, en Fauconnerie ; être bien à la chair, est synonyme à chasser avec ardeur. Ainsi on dit de l'oiseau, qu'il est bien à la chair, pour faire entendre qu'il chasse bien.
CHAIR, (Maréchallerie), bouillon de chair, voyez BOUILLON. Se charger de chair, voyez Se CHARGER.
* CHAIR, (Jardin.) se dit de la partie du fruit qui est couverte de la peau, qui forme sa substance & qui se mange : cette partie reçoit différens noms selon ses qualités ; celle de la poire d'Angleterre est fondante ; celle de la pomme de rainette est cassante, &c. celle du melon est rouge, &c.
* CHAIR, (Art méchan.) Les Tanneurs, Corroyeurs, Chamoiseurs, Mégissiers entendent par la chair, le côté de la peau qui touchoit à la chair de l'animal, quand il étoit vivant ; l'autre côté s'appelle la fleur : comme dans la préparation des peaux par ces ouvriers, elles se travaillent des deux côtés, ils disent, au lieu de travailler la peau du côté de la chair, donner une façon de chair ; au lieu de travailler la peau du côté du poil, donner une façon de fleur : la chair ne s'unit jamais aussi parfaitement que la fleur, & par conséquent elle forme l'envers de la peau. Il semble donc que la fleur devroit toûjours être à l'extérieur des ouvrages en peau ; cependant on y met quelquefois la chair : mais c'est une bisarrerie. Voyez CHAMOISEUR, TANNEUR, CORROYEUR, MEGISSIER, &c. Les Corroyeurs appellent vaches, veaux à chair grasse, les peaux auxquelles ils ont donné le suif, tant de fleur que de chair ; & vaches & veaux à chair douce, les peaux auxquelles ils ont donné du suif de fleur, & de l'huile de chair. Voyez CORROYEUR. Les Chamoiseurs disent tenir de chair, pour désigner l'opération par laquelle avec le couteau ils enlevent, sur le chevalet, du côté de la chair, tout ce qui peut en être détaché, afin de rendre les peaux plus douces & plus maniables ; ils tiennent de chair, après avoir effleuré & immédiatement avant que de faire boire. Voyez l'article CHAMOISEUR.
CHAIR fossile, (Hist. nat. Minéral.) Voyez l'article CARO FOSSILIS. On la nomme aussi en latin caro montana. C'est une espece d'amiante très-compacte, très-pesante, & qui devient si dure dans le feu, qu'elle donne des étincelles lorsqu'on la frappe avec l'acier. Cette pierre est composée de feuillets épais & solides, qui sont formés par un assemblage de fibres ou filets très-durs. Wallerius, dans sa Minéralogie, en distingue deux especes : la premiere est composée de feuilles posées parallélement les unes sur les autres ; la seconde est un assemblage de feuilles recourbées. (-)
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| CHAIRCUITIER | S. m. (Arts & Métiers) c'est un des membres de la communauté, dont les maîtres ont seuls le droit de vendre de la chair de pourceau, soit crue, soit cuite, soit apprêtée en cervelas, saucisses, boudins, ou autrement. Ce sont aussi les Chaircuitiers qui préparent & vendent les langues de boeuf & de mouton. Le commerce des Chaircuitiers est beaucoup plus ancien que la communauté. Ses premiers statuts sont datés du regne de Louis XI. mais il y avoit long-tems auparavant des Saucisseurs & Chaircuitiers. On conçoit qu'il devoit se commettre bien de l'abus dans le débit d'une viande aussi mal-saine que celle du cochon. Ce fut à ces abus qu'on se proposa de remédier par des réglemens. Ces réglemens sont très-sages & très-étendus. Les Bouchers faisoient auparavant le commerce de la viande de porc ; & ce fut la méfiance qu'on prit de leurs visites, qui donna lieu à la création de trois sortes d'inspecteurs : les Langayeurs, ou visitans les porcs à la langue, où l'on dit que leur ladrerie se remarque à des pustules blanches ; les Tueurs ou gens s'assûrant par l'examen des parties internes du corps de ces animaux, s'ils sont sains ou non ; les Courtiers ou Visiteurs de chairs, dont la fonction est de chercher dans les chairs dépecées & coupées par morceaux, s'ils n'y remarqueront point des signes d'une maladie qui ne se manifeste pas toûjours soit à la langue, soit aux parties intérieures. Les marchands évitent le plus qu'ils peuvent toutes ces précautions de la police, & il se débite souvent encore du porc mal-sain sur les étales. C'est donc aux particuliers à se pourvoir contre cette fraude, en examinant eux-mêmes cette marchandise, dont la mauvaise qualité se connoît presque sans peine, à des grains semblables à ceux du millet, répandus en abondance dans toute sa substance. Mais si par hasard on est trompé malgré cette attention, on n'a qu'à reporter la viande à celui qui l'a vendue, & le menacer du commissaire ; il ne se fera pas presser pour la reprendre.
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| CHAIRE | sub. f. en Architect., est un siége élevé, avec devanture & dossier ou lambris, orné d'architecture & de sculpture, de figure ronde, quarrée ou à pans, de pierre, de marbre, de bois ou de fer, couvert d'un dais, & soûtenu d'un cul-de-lampe ou d'un pié, en ornemens ; où l'on monte par une rampe qui prend la forme du pilier auquel la chaire est adossée : telles sont celles de Saint Nicolas-des-Champs & de Saint Etienne-du-Mont, les plus estimées de Paris. (P)
* C'est dans cette espece de tribune que montent les prédicateurs dans nos églises, pour annoncer au peuple les vérités de la religion. C'est ce qui a fait prendre le terme chaire, comme le terme théatre, métaphoriquement ; l'un pour l'éloquence sacrée & qui s'occupe des matieres de la religion, l'autre pour la poésie dramatique. Ainsi l'on dit d'un auteur : il a du talent pour le théatre ; & d'un autre, il a du talent pour la chaire.
Les chaires des Catholiques sont ordinairement placées dans les nefs des églises. Les Italiens les ont oblongues, & les Prédicateurs y ont plus de commodité pour se livrer à toute l'ardeur de leur zele. Les Protestans ont aussi des chaires, mais moins ornées & plus étroites que les nôtres. Les rabbins dans leurs synagogues n'ont pour chaire qu'un banc plus éminent que les autres, & devant ce banc une espece de bureau sur lequel ils placent les livres saints qu'ils expliquent, & des lumieres, quand le tems le demande. La chaire de Moyse se prend aussi métaphoriquement pour la fonction d'enseigner & pour l'autorité des docteurs de la loi ; écoutez ceux qui s'asseyent sur la chaire de Moyse, mais ne les imitez pas. C'est selon la même métaphore qu'on dit, la chaire de pestilence ; comme si les impies avoient leurs tribunes d'où ils annonçassent leurs erreurs, ainsi que les prêtres du vrai Dieu ont les leurs, d'où ils annoncent la vérité. Il y avoit encore chez les Juifs des chaires d'honneur, que les Pharisiens affectoient d'occuper dans les synagogues, & nous avons aussi des places d'honneur dans nos temples.
CHAIRE, se dit non-seulement du lieu d'où les professeurs ou régens dans les universités donnent leurs leçons & enseignent les sciences à leurs disciples, mais il s'attribue encore à leur état ou profession : ainsi nous disons que feu monseigneur le duc d'Orléans a fondé en Sorbonne une chaire de professeur en langue hébraïque, pour expliquer le texte hébreu de l'Ecriture-sainte. On dit également disputer une chaire en Droit, parce qu'elles se donnent au concours ; & obtenir une chaire en Sorbonne ou à Navarre, pour être admis à faire la fonction de professeur en Théologie. Voyez PROFESSEUR, UNIVERSITE. (G)
CHAIRE DE SAINT PIERRE, nom d'une fête qu'on célebre dans l'Eglise catholique tous les ans le 18 de Janvier : c'est en mémoire de la translation que fit le prince des apôtres de son siége patriarchal d'Antioche, où il fut environ sept ans, dans la ville de Rome, qui étoit la capitale de l'empire romain, & qui l'est devenue ensuite de tout le monde chrétien. Cette chaire, ou le siége patriarchal de Rome, a toûjours été regardé comme le centre de l'unité catholique ; & c'est en ce sens que dès le second siecle de l'Eglise saint Irenée a dit que toutes les églises particulieres devoient pour la foi se rapporter à l'Eglise de Rome : Ad hanc Ecclesiam, tanquam principaliorem potestatem, necesse est omnes convenire ecclesias. Sanctus Irenaeus adversus haereses, lib.... (a)
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| CHAISE | S. f. (Art méch.) espece de meuble sur lequel on s'assied. Les parties sont le siége, le dossier, les bras, lorsque la chaise s'appelle fauteuil, & les piés. Les chaises qui étoient toutes de bois, telles que celles dont on se servoit autrefois dans les maisons bourgeoises, & qu'on a, pour ainsi dire, reléguées dans les jardins, n'étoient qu'un assemblage de menuiserie. Dans cet assemblage, le dossier étoit la partie sur laquelle la personne assise pouvoit se renverser en-arriere ; le siége, celle sur laquelle on s'asseyoit ; les piés, des piliers au nombre de quatre, sur lesquels le siége étoit soûtenu ; le siége, un assemblage de planches, ou une seule planche emmortoisée par-derriere avec les montans ou côtés du dossier, & par-devant avec les deux piés de devant. Des quatre piés, deux soûtenoient en-devant la partie antérieure du siége, comme nous venons de dire ; & sa partie postérieure étoit soûtenue par les deux piés de derriere, qui n'étoient qu'un prolongement des montans ou côtés du dossier. Ces quatre piés étoient encore tenus dans leur situation perpendiculaire par des traverses emmortoisées en sautoir avec eux par em-bas, & par en-haut par des morceaux de planches emmortoisés de champ ; l'un avec les deux piés de devant, & placé immédiatement sous l'assemblage du siége ; les deux autres placés de côté, & emmortoisés chacun avec un des montans du dossier & avec un des piés, & tous trois formant avec une pareille traverse emmortoisée à la même hauteur avec les deux montans, comme une espece de boîte sans fond, dont l'assemblage du siége auroit formé le dessus. Le bâti en bois des plus belles chaises d'aujourd'hui differe peu de celui de ces chaises en bois. Le luxe a varié ces meubles à l'infini. La charpente en est maintenant ceintrée au dossier, bombée par-devant, sculptée, peinte, vernie, dorée, à moulures, dorure, cannelures, filets ; les piés tournés en piés de biche ; les dossiers & siéges rembourrés de crin, & couverts de velours, de damas & autres étoffes précieuses, brodées, brochées, ou en tapisseries les plus riches en dessein : les bras assemblés d'un bout avec les montans de derriere ou côtés du dossier, & soûtenus de l'autre bout sur des pieces qui vont s'emmortoiser avec les parties de l'assemblage qui forme le quarré du siége, sont aussi en partie rembourrés de crin, & couverts. L'étoffe est attachée sur le bois avec des clous dorés. Il y a des chaises plus simples, dont le dossier & le siége sont remplis de canne nattée à jour, & retenue dans des trous pratiqués sur les contours du siége & du dossier. Il y en a de paille, de la paille nattée forme le siége ; le dossier est composé de deux montans, & de voliches ceintrées & assemblées de champ par intervalles entre ces deux montans. Il y a des chaises couvertes de maroquin, à l'usage des personnes de cabinet. Les Tourneurs font les bois des chaises de paille, autrement appellées à la capucine ; & les Menuisiers ceux des chaises plus précieuses, & ce sont les Tapissiers qui rembourrent & couvrent ces dernieres.
La dénomination du mot chaise s'est transportée à un grand nombre d'autres ouvrages, par analogie avec l'usage de la chaise des appartemens ; ainsi en Méchanique on dit la chaise d'une machine, de l'assemblage sur lequel elle est portée ou assise ; la chaise d'une roue de Coutelier ou de Taillandier, du bâti de bois qui porte cette roue ; la chaise d'un moulin-à-vent, des quatre pieces de bois qui soûtiennent la cage d'un moulin, d'un clocher, & sur lesquelles elle se meut. Voyez ROUE ; voyez MOULIN.
CHAISE, (la) cathedra, des Romains, étoit un siége sur lequel les femmes s'asseyoient & se faisoient porter ; il étoit rembourré & mou comme les nôtres. Les valets destinés à porter ces chaises, s'appelloient cathedrarii. On donnoit encore à Rome le nom de cathedra, chaise, aux siéges qui servoient aux maîtres d'école. C'est de-là qu'a passé dans l'Eglise le mot cathedra, qui se dit du siége de l'évêque ; & le mot cathédrale, qui désigne une puissance ou jurisdiction. Voyez CATHEDRALE.
CHAISE PERCEE, (Architecture). Voyez AISANCE.
CHAISE PERCEE, (Hist. mod.) chaise sur laquelle on éleve le pape nouvellement élu. Les Protestans ont fait sur cette cérémonie beaucoup de froides railleries & de satyres pitoyables, toutes fondées sur l'histoire prétendue de la papesse Jeanne ; mais depuis que David Blondel, un de leurs plus fameux écrivains, Bayle, & même Jurieu, ont fait voir eux-mêmes à leurs confreres la vanité & l'inutilité de cette historiette, qui n'avoit pris naissance que dans des tems d'ignorance, où l'on n'examinoit pas les faits avec l'exactitude scrupuleuse que l'on a employée depuis près de deux siecles dans la discussion de l'histoire, ils sont plus réservés sur la chaise percée dont il s'agit. Le P. Mabillon a donné de cette cérémonie une raison mystérieuse, & qui n'est pas dénuée de vraisemblance. On place, dit-il, le nouveau pape sur ce siége, pour le faire souvenir du néant des grandeurs, en lui appliquant ces paroles du ps. cxij. Suscitans à terra inopem, & de stercore erigens pauperem ; ut collocet eum cum principibus, cum principibus populi sui ; ce qui est fort différent de l'origine burlesque & indécente que lui donnoient les Protestans. (G) (a)
* CHAISE, terme de Jurisprudence féodale, se dit dans le partage d'un fief noble, de quatre arpens environnant un château pris hors les fossés, & appartenant à l'aîné par préciput ; espace qu'on appelle dans la coûtume de Paris, le vol du chapon. Voyez VOL DU CHAPON.
* CHAISE DE SANCTORIUS, (Med. Statiq.) machine inventée par Sanctorius pour connoître la quantité d'alimens qu'on a pris dans un repas, & indiquer le moment où il convient de mettre des bornes à son appétit.
Cet auteur ayant observé avec plusieurs autres médecins, qu'une grande partie de nos maladies venoit plûtôt de la quantité des choses que l'on mange, que de leurs qualités ; & s'étant persuadé qu'il étoit important pour la santé de prendre régulierement la même quantité de nourriture, construisit une machine ou chaise attachée au bras d'une balance, dont l'effet étoit tel, qu'aussi-tôt que la personne qui y étoit placée avoit mangé la quantité prescrite, la chaise rompoit l'équilibre, & en descendant ne permettoit plus d'atteindre à ce qui étoit sur la table. Voyez TRANSPIRATION.
S'il m'est permis de dire ce qu'il me semble de cette invention de Sanctorius, j'oserai assûrer que celui qui s'en tenoit à sa décision plûtôt qu'à son besoin & à son appétit, sur la quantité d'alimens qu'il devoit prendre, étoit très-souvent exposé à manger trop ou trop peu ; la température de l'air, les exercices, la disposition de l'animal, & une infinité d'autres causes, étant autant de quantités variables dont il n'est guere possible d'apprécier le rapport avec la quantité nécessaire des alimens, autrement que par l'instigation de la nature, qui nous trompe à la vérité quelquefois, mais qui est encore plus sûre qu'un instrument de Méchanique.
CHAISE, (Chirurgie) pour l'opération de la taille. Voyez la figure 1. Pl. XII. Il y a au-derriere deux tringles de fer en forme d'arc-boutans : elles sont crochues, pour entrer dans les anneaux de la chaise ; & pointues par les autres bouts, pour tenir plus ferme contre le plancher. On doit situer la chaise un peu obliquement au jour, afin qu'il frappe sur la main droite du chirurgien, & qu'il en soit bien éclairé lorsqu'il opere.
Au lieu de chaise on peut se servir d'une table sur laquelle on attache le dossier. Fig. 2.
Dans l'un & l'autre cas il faut assujettir le malade avec des liens. Voyez LIENS. (Y)
* CHAISE DE POSTE, (Sellier) c'est une voiture commode, legere & difficile à renverser, dans laquelle on peut faire en diligence de très-grands voyages. On l'appelle chaise, parce que le voyageur y est assis, & que d'ailleurs elle n'a guere plus de largeur qu'un fauteuil ordinaire : elle est montée sur deux roues seulement, & n'est communément tirée que par deux chevaux qu'un postillon gouverne. La chaise de poste considérée comme une machine, est certainement une des plus utiles & des plus composées que nous ayons ; le tems & l'industrie des ouvriers l'ont portée à un degré de perfection auquel il n'est presque plus possible d'ajoûter.
Les premieres chaises de poste parurent en 1664 ; c'étoit un fauteuil soûtenu sur le milieu d'un chassis, porté par-derriere sur deux roues, & appuyé pardevant sur le cheval. On en attribue l'invention à un nommé de la Grugere. Le privilége exclusif en fut accordé au marquis de Crenan, ce qui les fit appeller chaises de Crenan. Les chaises de Crenan ne furent pas long-tems en usage ; on les trouva trop pesantes, & on leur préféra une autre espece de voiture roulante qu'on fit sur le modele de celles dont on se servoit en Allemagne long-tems auparavant, & qui subsistent encore aujourd'hui parmi nous sous le nom de soufflets. Voyez SOUFFLET. Ce fut, selon toute apparence, l'invention des soufflets qui conduisit à celle des chaises de poste. Celles-ci furent d'abord faites pour une personne seule ; on pensa dans la suite à ajoûter à la commodité, en construisant des chaises à deux ; mais ces voitures occasionnant la destruction des chevaux & la ruine des postes, on les supprima en 1680. L'arrêt qui les supprime, fixe en même tems à cent livres le poids des hardes dont il sera permis de charger une chaise, & défend de placer des malles ou valises sur le devant. Mais la défense de courir en chaises à deux fut révoquée en 1726, à condition que les voyageurs payeroient les postes sur le pié de trois chevaux. Voyez POSTES. Les chaises de poste font maintenant une partie considérable non-seulement de la commodité, comme nous l'avons dit plus haut, mais encore du luxe, comme on va le voir par la description suivante.
Quoique la chaise de poste soit, ainsi que le carrosse, la berline & les autres voitures d'appareil, l'ouvrage du Sellier, plusieurs autres artistes concourent cependant à sa construction. Il faut distinguer dans la chaise de poste deux parties principales ; le train ou brancard, qui est l'ouvrage du Charron ; & le corps, le coffre ou la caisse dans laquelle le voyageur se place. Ces deux parties sont elles-mêmes composées d'un grand nombre d'autres dont nous allons parler. Voyez la Pl. II. fig. 4. A A B B est le train, C C D D est la caisse.
Du brancard. Le brancard est, comme on voit, un chassis de bois dans le vuide duquel le corps ou la caisse est suspendue, comme il sera expliqué plus bas. Il est composé de deux longues barres de bois de frêne A B, A B, de dix-huit à vingt piés de longueur, assujetties parallélement l'une à l'autre par quatre traverses ; ensorte que la distance d'entre les bras du brancard est d'environ trois piés & demi. Ces traverses & ces bras de brancard A B, A B, forment un chassis soûtenu par deux roues E, E, faites comme celles des carrosses ; mais les roues de la chaise & du carrosse sont dans la proportion de la grandeur & de la pesanteur de ces voitures. L'aissieu qui les joint traverse le brancard en-dessous, comme on voit, même figure, en 1, 1, & y est assujetti par deux pieces de bois entaillées pour le recevoir. Ces pieces de bois s'appellent échantignoles. La piece 2 est une échantignole. Les échantignoles sont attachées aux barres du brancard par plusieurs chevilles de fer garnies de leurs écrous. L'aissieu est immobile entre les échantignoles. Ce sont les roues seules qui tournent sur les extrémités de l'aissieu. L'aissieu est élevé à environ deux piés sept à huit pouces de terre, & les roues ont environ cinq piés trois pouces de diametre.
La premiere traverse du côté du cheval est une barre de bois plate, 3, 3, qui sert de soûtien au cerceau 4, qui est quarré du côté du palonier en x, & arrondi de l'autre en y. Le cerceau 4 est encore soûtenu par une piece qu'on appelle le tasseau, 5, & est garni d'un aileron de cuir 6 du côté du palonier, pour empêcher que le cheval ne jette de la terre ou des boues sur le devant de la chaise. Le cerceau 4, & son fond qui est de cuir tendu sur des courroies depuis la traverse du cerceau jusqu'à celle des soûpentes, sert au même usage pour le cheval de brancard, & c'est aussi là qu'on dépose une partie des équipages que l'on emporte en voyage. Les courroies 37, 37, qui vont, après avoir passé dans des anneaux fixés sur les brancards, se rendre au haut du cerceau, s'appellent courroies de cerceau, & sont destinées à le contenir. On voit encore en z un grand cuir de vache attaché à la traverse de la soûpente ; il s'appelle tablier, garde-crotte, nom qui désigne assez son usage : & en l, sur le cerceau, un autre cuir de vache qui couvre les équipages.
La seconde traverse est celle des soûpentes 7, 7, de devant ; elle doit être bien affermie sur les brancards par des boulons ou chevilles de fer terminées en vis, pour recevoir un écrou après avoir traversé l'épaisseur de la traverse & du brancard. La partie supérieure de ces boulons au-dessus de la tête, est prolongée d'environ un pié, & terminée par une boucle qui reçoit une courroie attachée par l'autre extrémité à la pareille piece qui est sur l'autre brancard ; c'est sur cette courroie 8, 8, qu'on appelle courroie de porte, que vient tomber la porte de la chaise. Depuis la traverse de soûpente jusqu'à l'aissieu, on ne trouve sur le brancard que deux anneaux de fer qui reçoivent des courroies, dont l'usage est d'empêcher le corps de la chaise de renverser. Voyez en 9 un de ces anneaux.
Au-delà de l'aissieu est placée, comme une traverse, la planche des malles 10. Cette planche est ainsi nommée, parce que c'est-là qu'on pose les malles ou coffres du voyageur. Cette planche est portée sur deux tasseaux 12, 12, qui s'élevent au-dessus des brancards d'environ quatre à cinq pouces. Elle y est affermie par des boulons à vis qui traversent & la planche & les tasseaux, & les barres de brancard & les échantignoles.
Au-delà de cette planche sont les consoles 13, 13, 13, 13, au nombre de deux sur chaque brancard ; ce sont des barres de fer qui se réunissent par le haut 13, 13, pour former une espece de tête, dans laquelle est un rouleau, sur lequel passe la courroie de guindage 14, 14, ainsi qu'il sera expliqué : ces deux consoles sur chaque barre de brancard le traversent à environ un pié de distance l'une de l'autre, & y sont assujetties par des écrous qui prennent la partie taraudée de ces consoles qui déborde la face inférieure du brancard. On noye quelquefois ces écrous dans le bois & on les y affleure. Les consoles sont assujetties par le haut à une distance l'une de l'autre, toûjours moindre que la largeur du brancard, & même que celle de la chaise, par une piece de bois qu'on appelle entretoise, dont le milieu est garni d'un coussin 15 de cuir rembourré de crin pour servir de siége au domestique, quand on en fait monter un derriere la chaise, ce qui ne se pratique pas ordinairement. Cette entretoise 13, 15, 31, est fourchue par ses extrémités où passent les consoles réunies, qui forment en cet endroit une espece de collier, qui est reçu par la fourchette de l'entretoise.
Entre les piés des consoles passe une forte traverse 13, 16, que l'on appelle la planche des ressorts. Le milieu en est plus large que les extrémités, & forme un disque ou rond d'environ un pié de diametre. C'est sur cette partie de la planche que sont fixés les ressorts par des pivots qui en traversent toute l'épaisseur. Ces ressorts, au nombre de deux, forment chacun à-peu-près avec la boîte qui les contient un V consonne ; & ils sont disposés de maniere que les sommets des angles qu'ils forment sont opposés l'un à l'autre. Chaque ressort est composé de deux parties, & chaque partie est composée de plusieurs autres. La partie A E (Voy. même Pl. la figure de ces ressorts) est un assemblage de dix-huit à vingt ressorts, faits d'acier de Hongrie ; la partie inférieure B E a le même nombre de feuilles. Toutes ces feuilles, appliquées les unes sur les autres selon leur longueur, sont renfermées dans des boîtes F, & traversées par des chevilles ou boulons terminés en vis & retenus par des écrous qui assujettissent toutes les feuilles dans chaque boîte ; car chaque ressort a la sienne. A E, B E assemblage de feuillets plats. F boîte. G cordon de la boîte. H H, crochets pour les soûpentes. I pivots à crosse. Chaque boîte est assujettie sur le disque de la planche des ressorts P P P P, par deux pivots que l'on nomme pivots à crosse. Ces pivots tiennent à la boîte par des boulons qui la traversent horisontalement, & qui passent aussi par les anneaux des crosses des pivots. Ces derniers sont assujettis sur la planche par des écrous, après qu'ils l'ont entierement traversée. Les feuilles qui composent un ressort ne sont pas toutes de même longueur ; les extérieures sont les plus longues ; les autres vont en diminuant jusqu'à la derniere. Elles sont toutes un peu repliées sur les côtés à leurs extrémités, afin qu'en s'embrassant elles ne puissent s'écarter les unes de dessus les autres, mais glisser toûjours parallélement, & se restituer de même. Il est évident que si elles avoient été toutes de même longueur, elles n'auroient presque pas pû plier. Chaque ressort doit être considéré comme divisé en deux 12, 12, dans toute sa largeur. Chacune de ces parties est parfaitement semblable à l'autre, lui est appliquée côte à côte, est renfermée dans la même boîte, est composée de même nombre de feuillets, & chaque feuillet, soit dans la partie supérieure, soit dans la partie inférieure, est précisément semblable dans une des moitiés qu'on appelle coins, a sa correspondante dans l'autre coin. Les deux coins séparés sont comme deux ressorts distincts ; mais appliqués dans la chaise de poste, ou plûtôt dans les boîtes à côté l'un de l'autre ; ils ne font qu'un ressort, ensorte qu'il faut quatre coins pour une chaise de poste, deux dans chaque boîte, quoiqu'il n'y ait que deux ressorts. Aux extrémités supérieures sont des doubles crochets H H, qui reçoivent les anneaux, dont sont garnies les soûpentes de derriere. Les extrémités inférieures des ressorts entrent dans des boîtes dormantes, qui sont fixées sur les extrémités de la planche des ressorts, & dans lesquelles ils peuvent se mouvoir pour se prêter à l'action du poids de la chaise qui les fait fléchir. Leur élasticité naturelle les rétablit aussi-tôt. Cette derniere boîte, ainsi que toutes les parties où il y a frottement, doivent être enduites de vieux-oing.
Il est à-propos de remarquer que le plan de la planche des ressorts P P P P n'est point parallele à celui du brancard ; mais qu'il est au contraire panché en-arriere, afin que les ressorts ayent la même inclinaison que les soûpentes de derriere, & qu'ainsi elles ne puissent frapper contre la planche des ressorts, quand la roue de la chaise venant à rencontrer quelques pierres, elle est contrainte de balancer. C'est par la même raison que la planche est plus étroite par ses extrémités que dans le milieu où les ressorts sont attachés, & que ces ressorts portent en-haut un double crochet H H long d'un pié, qui tient les courroies de la soûpente écartées l'une de l'autre de la même distance.
Pour empêcher toute cette ferrure de se rouiller à la pluie & autres rigueurs du tems, on la couvre de sacs de cuir. Ceux des ressorts s'appellent étuis ; ceux des crochets & des extrémités supérieures des soûpentes s'appellent calottes. Voyez (même Pl. en 17, 17) les calottes, & les étuis des courroies de guindage & de ceinture, appellés fourreaux.
Au-delà de la traverse des ressorts & vers l'extrémité du brancard, est la derniere traverse qu'on appelle traverse de ferriere. La ferriere 18 est une espece de malle dans laquelle le postillon met les divers instrumens propres à réparer les accidens legers qui peuvent arriver à la voiture pendant la route. Ainsi il doit avoir du vieux-oing, un marteau à ferrer, une clé à cric, &c. La traverse de ferriere est affermie sous le brancard par des boulons qui la traversent & le brancard. L'extrémité supérieure de ces boulons est terminée par un cric 19, dont la fonction est de bander à discrétion la courroie de guindage, ainsi qu'il sera dit ailleurs. Les crics sont entierement semblables à ceux qui servent pour les soûpentes des carrosses. Voyez l'article VOITURE.
Le derriere du brancard est terminé par un cerceau de fer dont l'usage est de garantir les ressorts du choc des murs, dans les reculs qu'on fait faire à la voiture, & ce cerceau s'appelle cerceau de reculement.
Toutes les parties dont nous venons de parler sont enrichies d'ornemens de sculpture, qui donnent à la chaise entiere un air d'élégance & de magnificence, qui dépend beaucoup du goût du sculpteur & de l'opulence de celui qui met les ouvriers en oeuvre. Voyez une pareille voiture dans la Planche que nous avons citée.
Tout ce que nous avons dit de la chaise de poste jusqu'à-présent, est à proprement parler l'ouvrage du charron. Passons maintenant à celui du sellier, quoiqu'il soit aidé par différens autres artisans, comme menuisiers, serruriers, peintres, doreurs, vernisseurs.
Du corps de la chaise. Le corps de la chaise est suspendu dans le vuide des barres du brancard. Il est composé d'un fond qui consiste en un chassis 20 de bois d'orme, qu'on appelle brancard de chaise. Aux angles de ce chassis sont élevés des montans de même bois d'environ quatre piés & demi de haut. L'impériale 21 est posée sur ces montans. L'impériale est une espece de toît ou carcasse de menuiserie couverte de cuir, & ornée de clous & de pomettes dorées, selon le goût de l'ouvrier. Elle est un peu convexe pour rejetter les eaux de la pluie. Elle est composée d'un chassis qui assemble tous les montans, & de plusieurs barreaux courbes de bois de hêtre, qui se réunissent à son centre, où ils sont assemblés sur un disque de bois qui en occupe le milieu & qu'on appelle l'ovale. Ces barreaux sont recouverts de voliches fort menues & bien collées de colle-forte ; ensorte que le tout ne forme, pour ainsi dire, qu'une seule piece. C'est sur cet appareil que le cuir est tendu.
La hauteur de ce coffre est comme divisée en deux par des traverses 22, 22, 22, qui en font tout le tour, excepté par-devant. On appelle ces traverses, ceintures. Elles sont assemblées avec les montans à tenons & à mortaises, & sont ornées de diverses moulures. La partie inférieure de la chaise est fermée par des panneaux 23, 23, enrichis de peintures, ou chargés des armes du propriétaire. Ces panneaux sont de bois de noyer, & ont deux lignes d'épaisseur au plus. Il faut qu'ils soient d'une seule piece pour être solides. On les garnit intérieurement de nerfs ou ligamens de boeuf, battus, peignés, & appliqués avec de la bonne colle-forte, de maniere que les filets de ligamens traversent le fil du bois. On unit cet apprêt par le moyen d'une lissette. Voyez l'article LISSETTE. On se sert de la lissette pendant que la colle est encore chaude ; le tout est ensuite couvert avec de bonne toile forte, neuve, & pareillement lissée & collée. Les bandes de toile qu'on employe à cet usage, ont quatre à cinq pouces de large ; on les trempe dans la colle chaude, & on les applique sur les panneaux, de maniere que les fils de la chaîne soient perpendiculaires aux fils du bois. Ces bandes sont écartées les unes des autres de deux pouces ou environ. Mais les panneaux ne sont pas les seules parties qu'on fortifie de cette maniere. On couvre de pareilles bandes tous les assemblages en général, & on en étend dans tous les endroits qui doivent être garnis de clous. Cette opération faite, & la colle séchée, on fait imprimer la caisse de la chaise d'une couleur à l'huile ; ensuite on la fait ferrer, c'est-à-dire garnir de plaques de taule, fortes, & capables d'affermir les assemblages. On y place encore différentes pieces de fer dont nous parlerons dans la suite.
Le dessus des panneaux de côtés est quelquefois tout d'une piece, & d'autres fois il est divisé en deux parties par un montant qui s'assemble dans la ceinture & dans le chassis de l'impériale : si le côté n'est pas divisé en deux panneaux, la chaise en sera plus solide. La partie du côté de devant, qu'on appelle fenêtre 24, est occupée par une glace qui se leve & se baisse dans des coulisses pratiquées aux montans ; ensorte que quand la glace est baissée, elle est entierement renfermée dans un espace pratiqué derriere le panneau qu'on appelle la coulisse. Il y a à ces glaces, ainsi qu'à celle de devant, en-dedans de la chaise, un store de taffetas, & en-dehors un store de toile cirée 25, 25 placés sous la gouttiere de la corniche de l'impériale. Le store du dedans garantit du soleil ; celui de dehors, de la pluie, de la grêle, & autres injures du tems. La partie 26 de la chaise au-dessus de la ceinture & à côté de la fenêtre s'appelle custode. Elle est fermée à demeure, ainsi que le dossier, & couverte de cuir tendu sur les montans, & entouré de clous de cuivre doré ; il n'y a point-là de panneaux. Le cuir bien tendu est seulement matelassé de crin, & les matelas soutenus par des sangles, qui empêchent que le cuir ne soit enfoncé. Les sangles sont placées en travers & fixées sur les montans.
Le siége est appuyé au dossier, un peu au-dessous de la ceinture. C'est un véritable coffret dont le couvercle se leve à charniere, & est recouvert d'un coussin, sur lequel on s'assied. Tout l'intérieur de la chaise est matelassé de crin, & tendu de quelque étoffe précieuse, mais de résistance, comme velours, damas, &c.
La porte 27 est sur le devant. Cette porte qu'on appelle porte à la Toulouse, a ses couplets à charniere dans une ligne horisontale, & s'ouvre par le haut en se renversant du côté du cheval de brancard sur la courroie qu'on appelle support de porte, & qui est tendue au travers du brancard, à un pié environ au-dessus de la traverse des soûpentes. Cette porte differe principalement des portes ordinaires, en ce que celles-ci ont leurs gonds & sont mobiles dans une ligne verticale.
Les panneaux 28 du côté de cette porte sont des especes de triangles, séparés en deux parties par un joint. La partie inférieure qui est adhérente au brancard de chaise s'appelle gousset. C'est vis-à-vis un de ces goussets que le brancard dérobe dans notre figure, que doit être le marche-pié 29. Ce marchepié est de cuir ; il est fixé sur le brancard qu'il entoure. C'est-là, ainsi que le mot l'indique assez, que le propriétaire met le pié pour entrer dans sa chaise.
La porte à la Toulouse ne monte guere plus haut que la ceinture de la chaise. Elle s'applique contre les montans de devant. Ces montans sont renforcés au-dessus de la porte, d'une piece de bois où l'on a pratiqué une rainure appellée apsiché, dans laquelle la glace du devant peut glisser : lorsque cette glace est baissée, elle est entiérement renfermée dans la porte. La porte est composée extérieurement d'un panneau semblable à ceux de côté & de derriere, & intérieurement d'une planche matelassée de crin & recouverte de la même étoffe que le reste du dedans de la chaise. On voit évidemment qu'il n'est pas possible d'entrer dans la chaise, sans avoir abaissé la glace dans la portiere. Il y a encore dans la portiere sur le milieu, une serrure à deux pêles, avec un bouton à olive ; ces deux pêles vont se cacher dans un des montans. On peut aussi remarquer au-dessus de la ceinture, dans le montant de devant, contre lequel la porte s'applique en se fermant, une poignée M, que celui qui veut entrer dans la chaise saisit, & qui l'aide à s'élever sur le brancard.
Le dessus de l'impériale, outre les clous dorés dont il est enrichi, & qui attachent sur la carcasse de menuiserie dont nous avons parlé, le cuir qui la couvre, est encore orné de quatre ou six pommettes, 30, 30, 30, de cuivre, ciselées & dorées. Ces pommettes sont fixées à plomb au-dessus des montans des angles, quand il n'y en a que quatre. Quand il y en a six, les deux autres sont au-dessus des montans qui séparent les glaces des côtés, des custodes : mais dans ce cas la corniche de l'impériale est ceintrée au-dessus des glaces.
Le fond ou le dessous de la chaise est occupé par un coffre qu'on appelle cave Ce coffre 31 a environ six pouces de profondeur ; il est fortement uni au chassis de la chaise par plusieurs bandes de fer ; il est revêtu extérieurement de cuir cloué avec des clous dorés, & intérieurement d'une peau blanche ; il s'ouvre en-dedans de la chaise ; & c'est sur son couvercle pareillement revêtu de cuir, que sont posés les piés du voyageur.
Il ne nous reste plus maintenant qu'à expliquer comment la chaise est suspendue dans le brancard du train, & comment elle y est tenue dans une liberté telle qu'elle ne se ressent presque pas des chocs ou cahos que les roues peuvent éprouver dans les chemins pierreux.
On commence par placer deux ressorts sous le devant de la chaise ; ils y sont fixés par des boulons qui traversent le brancard de chaise ; ces ressorts ont aussi 12, 13, 14, feuilles ; ils s'appellent ressorts de devant ; ils ont leurs boîtes. Nous pouvons remarquer ici, à propos de ces ressorts & des ressorts de derriere, qu'il y a d'autant plus de feuilles, que chaque feuille a été forgée mince, & qu'ils sont d'autant meilleurs & plus doux, tout étant égal d'ailleurs, qu'il y a plus de feuilles.
Ces boulons dont la queue est applatie sont arrêtés par plusieurs clous-à-vis sur la face extérieure des montans de devant, ensorte qu'ils soient bien affermis de ce côté ; l'autre extrémité en est terminée par une fourchette appellé menotte, qui contient un rouleau. Les courroies sans fin appellées soûpentes, passent sur ce rouleau & sur la traverse de soûpente.
A l'arriere de la chaise, depuis les extrémités des ressorts dont nous venons de parler, jusqu'à environ trois piés au-delà de la chaise, sont des pieces de bois fortement arrêtées au-dessous du brancard de chaise par plusieurs boulons-à-vis & écrous. Ces pieces de bois qu'on nomme apremonts, sont aussi terminées par des menottes qui contiennent un rouleau un peu conique. C'est sous ces rouleaux que passent les courroies ou soûpentes de derriere, qui vont s'accrocher aux extrémités supérieures des ressorts de derriere, que nous avons décrits ci-dessus ; elles s'y accrochent tout simplement par un trou qu'on a pratiqué sur la largeur de la soûpente ; le crochet du ressort est reçû dans ce trou.
Il est à propos de remarquer que les soûpentes sont de deux pieces réunies par une forte boucle vis-à-vis du panneau de derriere de la chaise, & qu'elles embrassent la planche des ressorts, afin que l'effort qu'ils font soit perpendiculaire à leur point d'appui ; c'est aussi par la même raison que la planche des ressorts est inclinée, ensorte que son plan soit perpendiculaire aux courroies.
Il est évident par cette disposition, que la chaise est suspendue par les quatre coins : mais comme les points de suspension, loin d'être solides & immobiles, sont au contraire souples, lians, élastiques, & rendent la chaise capable d'un mouvement d'oscillation fort doux dans la direction de l'inflexion des ressorts, c'est-à-dire de haut em-bas & de bas en-haut & en même tems d'un autre mouvement d'oscillation non moins doux, selon la longueur de la voiture, dans la direction des brancards, ou de l'avant à l'arriere & de l'arriere à l'avant ; les chocs que les roues éprouvent sur les chemins sont amortis par défaut de résistance, & ne se font presque point sentir à celui qui est dans la chaise.
Mais comme le centre de gravité de toutes les parties de la chaise est au-dessus des bandes ou liens qui l'embrassent par-dessous, & qui la tiennent suspendue, il pourroit arriver par l'inégalité perpétuelle des cahos qui se font tant à droite qu'à gauche, qu'elle fût renversée de l'un ou de l'autre côté. C'est pour remédier à cet inconvénient, qu'on a placé de part & d'autre les deux courroies de guindage, 9, 14, fixées d'un bout sur les brancards vers le marche-pié, passant dans les cramailleres de la chaise, ou guides de fer placés sur les faces latérales des montans de derriere, à la hauteur de la ceinture, & se rendant de l'autre bout sur les rouleaux de la tête des consoles, d'où elles vont s'envelopper sur les axes ou rouleaux des crics 19, qu'on voit aux extrémités, en-dessus de la traverse de ferriere 18, & qui servent à bander ou à relâcher à discrétion ces courroies.
La chaise ainsi assûrée contre les renversemens, soit en-devant, soit en-arriere, soit à droite, soit à gauche, n'étoit pas encore à couvert d'un certain ballotage, dans lequel les faces extérieures des brancards du train auroient été frappées par les côtés du brancard de la chaise. On a remédié à cet inconvénient par le moyen d'une courroie de cuir attachée aux faces latérales intérieures des brancards de train 32, 32, & au milieu de la planche de malle, à laquelle on a mis pour cet effet deux rouleaux sur lesquels cette courroie va passer : cette courroie 32, 32, s'appelle courroie de ceinture.
La chaise ainsi construite, il ne reste plus pour en faire usage, que d'y atteler un ou plusieurs chevaux. Le cheval de brancard se place devant la chaise entre les brancards, comme le limonier entre les limons d'une charrette. Voyez CHARRETTE. Les extrémités des brancards ou limons sont pour cet effet garnis de ferrures où l'on assujettit les harnois du cheval, 32, 32 : comme par exemple, d'un anneau de reculement, 34, 34 ; d'un crampon pour passer le dossier, 35, 35 ; d'un crochet, 37, 37, pour un troisieme cheval qu'on est quelquefois forcé de mettre à la chaise, soit pour la tirer des mauvais pas, soit pour l'empêcher d'y rester arrêtée. Mais il y a cette différence entre les traits du cheval de poste & du cheval de charrette, que pour les premiers, les traits de tirage r, s, t, q, sont attachés à un anneau pratiqué à un des boulons qui assujettissent l'échantignole au brancard le long de la face inférieure duquel les traits s'étendent, & vont saisir par une forte boucle r, le harnois du cheval vers le milieu, à-peu-près où correspond la cuisse ; au lieu que pour l'ordinaire les traits des limoniers sont attachés aux limons mêmes, & sont par conséquent beaucoup plus courts que ceux des chevaux de poste. Les traits de tirage, r, s, t, q, sont tenus appliqués à la face inférieure du bras de brancard par des morceaux de cuir q, au nombre de deux ou trois, appellés de leurs fonctions trousse-traits.
Au côté gauche du cheval de brancard, on en attelle un autre qu'on nomme palonier, parce qu'il est attelé à un palonier 34, semblable à ceux des carrosses, avec cette différence qu'il est de deux pouces plus long du côté de la courroie qui l'embrasse, que de l'autre côté ; le côté long du palonier est en-dehors du brancard. Cet excès est occasionné par la facilité qu'il donne au cheval pour tirer. Le palonier est, comme on voit dans la figure, fixé au brancard du côté du montoir par une courroie qui prend le palonier à-peu-près dans le milieu, & passe dans une menotte 35 fixée à la place inférieure du brancard ; ou bien il y a deux courroies qui vont se rendre aux échantignoles de chaque côté de la voiture, où elles sont arrêtées de la même maniere que les traits du cheval de brancard. On doit préférer cette derniere construction, parce que le palonier tire également sur les deux brancards.
Au derriere de la chaise, à la derniere des quatre traverses qu'on appelle la gueule de loup, il y a un marche-pié de cuir placé sur le côté de cette traverse ; il sert au domestique à monter derriere la chaise ; & les extrémités antérieures du bras des brancards sont garnis de côté d'un morceau de cuir rembourré de crin, & attachés avec des clous dorés. Cette espece de petit matelas s'appelle feuture de brancard, & sert à garantir la jambe du postillon d'un choc contre le bras du brancard dont il seroit blessé, si l'endroit de ce bras où il choqueroit étoit nud.
Cette chaise de poste, que nous venons de décrire, s'appelle chaise à ressorts en écrevisse, pour la distinguer d'une autre espece de chaise de poste appellée chaise à la Dalaine ; la chaise de poste à ressorts en écrevisse est la plus ordinaire : les ressorts appellés à la Dalaine, apparemment du nom de leur inventeur, s'appliquent plus souvent aux carrosses qu'aux chaises de poste.
Quoique nous ayons dit que la chaise de poste étoit une voiture legere, c'est relativement aux autres voitures ; car, en elle-même, elle ne peut être que très-pesante, sur-tout si on la compare avec la vîtesse qu'on se propose, quand on voyage en poste. Ce qui la rend sur-tout pesante, ce sont ces énormes ressorts appliqués tant au derriere de la chaise qu'au devant. Cette ferrure est très-lourde. Pour avoir de l'élasticité, & par conséquent de la commodité dans la voiture, qu'on est parvenu à rendre très-douce, malgré les cahos & la célérité de la marche, il a fallu multiplier les feuillets aux ressorts : mais on n'a pû multiplier ces parties en fer, sans augmenter le poids ; ensorte qu'on a nécessairement perdu du côté de la legereté, ce qu'on s'est procuré du côté de la commodité.
Il s'est apparemment trouvé un ouvrier qui a senti cette espece de compensation ; & qui, songeant à conserver un des avantages sans renoncer à l'autre, a imaginé les ressorts appellés à la Dalaine. Que les ressorts à la Dalaine soient plus legers que les ressorts en écrevisse, c'est, je crois, un point qu'on ne peut guere contester, n'étant à-peu-près que la moitié des autres : quant à leur élasticité, il n'est pas de la même évidence qu'ils en ayent autant que les ressorts en écrevisse, & que par conséquent ils soient aussi doux. Ces ressorts sont à-peu-près en S renversée, comme on voit, Planche du Sellier : ils ont aussi 17, 18 feuilles, dont les antérieures sont plus courtes que les autres. Ils se placent droits au derriere de la chaise ; il y en a deux A B ; ils sont chacun fixés sur une traverse D D, qui s'emmortoise avec les deux brancards de train : cette traverse s'appelle une lissoire ; sur la lissoire s'élevent deux montans C C sculptés, au-travers desquels passent les ressorts ; ces montans s'appellent moutons. Les moutons sont soûtenus chacun par des arcs-boutans de fer E E. Ces arcs-boutans sont fixés sur les brancards. Il y a à chaque ressort vers le milieu un collier F F, qui embrasse le ressort, & qui l'empêche de vaciller. Ce collier est de fer & doublé de cuir. Les soûpentes se rendent en A, & s'y fixent. Il n'y a, comme on voit, qu'un principe d'élasticité dans les ressorts à la Dalaine qui sont en S ; au lieu qu'il y en a deux dans les ressorts en écrevisse, qui sont en couché ; car la partie inférieure représentée par une des jambes de l'V, est composée de ressorts précisément comme la partie supérieure, & elles réagissent également toutes deux.
Il y a quelque différence dans la construction des chaises à la Dalaine, introduite par l'application différente des ressorts : la partie inférieure du derriere de la chaise s'arrondit, afin que les soûpentes qui partent de-là, ne portent pas sur l'essieu, avant que de se rendre à l'extrémité des ressorts. Il y a à-peu-près à la hauteur de l'essieu, au-derriere arrondi de la chaise à la Dalaine, deux menottes, une de chaque côté de la chaise, dans lesquelles passent les soûpentes qui vont se rendre à l'extrémité supérieure des ressorts. Ces chaises sont arrondies, disent les ouvriers, en cul de singe. Les ressorts de devant de la chaise à la Dalaine ne different pas des ressorts de devant de la chaise ordinaire.
D'où il s'ensuit, qu'en supposant que la chaise à la Dalaine soit moins pesante que la chaise en écrevisse, & même qu'elle soit aussi douce ; peut-être pourroit-on encore ajouter à la perfection de cette voiture, en en bannissant tout ressort, & en substituant les cordes des anciens faites avec des ligamens d'animaux vigoureux, à toute cette ferrure. On a fait tout récemment des essais de ces cordes que les anciens employoient à leur catapulte, à leurs balistes, & qui y produisoient par leur grand ressort & par leur force des effets si surprenans. C'est à M. le Comte d'Erouville qu'on en doit la recherche & la découverte ; nous en parlerons à l'article CORDE. Voyez cet article.
* CHAISE, c'est ainsi que les Charpentiers, & autres ouvriers qui se servent de la grue & des autres machines destinées à élever des fardeaux pesans, appellent l'élévation ou bâti en bois, qu'ils construisent sous ces machines, & sur lequel ils les exhaussent, lorsqu'elles ne sont pas assez hautes par elles-mêmes pour porter les poutres, les pierres & autres fardeaux, aux endroits qui leur sont marqués.
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| CHAISE-DIEU | (LA) Géog. mod. petite ville de France en Auvergne, avec une abbaye. Long. 21. 22. lat. 45. 15.
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| CHAKTOWS | (LES) Geog. mod. nation sauvage de l'Amérique septentrionale, dans la Caroline méridionale.
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| CHALABRE | (Géog. mod.) petite ville de France au pays de Foix, sur la riviere de Lers.
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| CHALANÇON | (Géog. mod.) petite ville de France au bas Languedoc, près de Viviers.
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| CHALAND | S. m. (Comm.) celui qui se sert d'habitude dans une boutique ; ou plus généralement un acheteur. On a fait de-là l'adjectif achalandé. Le marchand a ses chalands ; l'ouvrier a ses pratiques. On a fait aussi de chaland, chalandise, qui n'est plus guere d'usage ; il se prenoit pour un concours de chalands dans la même boutique, ou pour l'habitude de se servir chez un même marchand.
CHALAND, s. m. terme de Riviere, bateau plat de grandeur médiocre, dont on se sert pour amener à Paris les marchandises qui descendent par la riviere. Il y en a sur la Marne ; il y en a sur la Loire. Ceux qui sont sur cette riviere viennent par le canal de Briarre. Plusieurs de ces bateaux ont douze toises de long sur dix piés de large, & quatre piés de bord, suivant le dictionnaire du Commerce. Comme leur construction n'est pas solide, ils ne remontent jamais cette riviere ; on les dépece à Paris, & on en vend les matériaux.
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| CHALANT | (Géog. mod.) ville & comté d'Italie en Piémont, entre Aoste & Bardo.
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| CHALAOUR | (Géog.) ville d'Asie dans l'Indostan, sur la route de Surate à Agra.
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| CHALASTIQUE | adj. (Médecine) épithete par laquelle on désigne les médicamens qui ont la vertu de ramollir & de relâcher les parties, lorsqu'elles sont devenues douloureuses par leur tension ou leur enflure extraordinaire.
Ce mot vient du grec , je relâche. Voyez EMOLLIENT.
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| CHALAXIA | ou CHALAZIAS, (Hist. nat. Litholog.) c'est le nom que Pline donne à une pierre qu'il dit avoir la couleur & la forme de la grêle & la dureté du diamant : on croyoit anciennement que quand on la mettoit dans le feu, elle y conservoit sa fraîcheur naturelle. On l'appelloit aussi gelosia. Voyez Pline, Hist. nat. lib. XXXVII. cap. j. Wallerius ne regarde cette pierre que comme un caillou blanc, & demi-transparent. (-)
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| CHALAZIA | S. f. (Chirurgie) est une petite tumeur dans les paupieres, qui ressemble à un petit grain de grêle. On l'appelle en latin grando, & grêle en françois. Cette tumeur est ronde, mobile, dure, blanche, & en quelque façon transparente.
On a proposé des remedes pour fondre & amollir la grêle ; mais ils sont inutiles : on a recours à l'opération, qui consiste à faire une ouverture sur la tumeur avec la pointe d'une lancette, & à faire sortir le grain avec une petite curete faite comme un cure-oreille : on met dans l'ouverture un peu de miel rosat, & on couvre l'oeil avec un collyre anodyn. (Y)
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| CHALAZZOPHYLACES | voyez CALAZZOPHYLACES.
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| CHALCANTHAM | (Hist. nat. Minéralog.) c'est le nom que les anciens auteurs donnoient au vitriol, soit parce que tout vitriol contient du cuivre qui se nomme en grec , soit parce que c'est le cuivre qui en est la partie la plus remarquable, ou la plus aisée à distinguer. Voyez l'article VITRIOL. (-)
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| CHALCÉDOINE | voyez CALCEDOINE.
CHALCEDOINE, (Géog. anc. & mod.) ville d'Asie, dans la Bythinie, sur le Bosphore. Elle tire son nom d'une riviere appellée Chalcis, qui coule auprès. On dit que les Chalcédoniens ayant négligé le culte de Vénus, cette déesse les affligea d'une maladie qui a quelque rapport avec celle à laquelle on s'expose aujourd'hui, non par le culte qu'on lui refuse, mais par celui qu'on lui rend. Arien ajoûte que les Chalcédoniens ne trouvant point de remede à leur mal, crurent que le plus court étoit de retrancher la partie malade, quelque importante qu'elle pût être pour la conservation du tout. Autre fait merveilleux. Les Perses ayant ruiné Chalcédoine, Constantin entreprit de la rebâtir, & l'eût sans-doute préférée à Bysance : mais les aigles vinrent enlever avec leurs serres les pierres d'entre les mains des ouvriers. Ce prodige fut répété plusieurs fois, & toute la cour en fut frappée. Il faut bien se garder de comparer ce fait rapporté par le crédule Cedrene, avec celui qu'on lit dans Ammien Marcellin. Cet historien dit que Julien (quoique payen) voulant relever les murs de Jérusalem, il s'éleva des fondemens des tourbillons de flammes qui dévorerent les ouvriers, & firent échoüer cette entreprise. Chalcédoine a éprouvé beaucoup de révolutions : ce n'est plus aujourd'hui qu'un village.
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| CHALCÉE | ou CHALCIES, s. f. pl. (Myth.) fêtes que les habitans de la ville d'Athenes, mais sur-tout les ouvriers en métaux, célébroient en l'honneur de Vulcain, & en mémoire de ce que l'art de mettre le cuivre en oeuvre avoit été inventé dans leur contrée, à ce qu'ils prétendoient. Quelques auteurs disent qu'on les appelloit aussi athénées. Voyez ATHENEES. Les anciens ne dérivoient pas toûjours les surnoms qu'ils donnoient à leurs divinités, de faits relatifs soit aux lieux, soit aux temples où elles étoient adorées dans leur propre contrée. Le surnom étoit quelquefois emprunté d'un culte, d'une cérémonie, d'un fait très-étranger. Ainsi il y avoit en Lybie un endroit qui n'étoit habité que par des ouvriers en cuivre. Cet endroit s'appelloit Chalcée ; d'où les fêtes célébrées en l'honneur de Vulcain, le patron de tous les ouvriers en métaux, auroient pû s'appeller chalcées ou chalcies ; chalcoea.
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| CHALCIAECIES | S. f. pl. (Myth.) fêtes instituées à Lacédémone en l'honneur de Minerve chalciaecos. Nous ne savons d'autres particularités de ces fêtes, sinon qu'elles étoient célébrées particulierement par la jeunesse, qui sacrifioit à la déesse en habit de combat. Voyez CHALCIAECOS.
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| CHALCIAECOS | adj. (Myth.) surnom que Minerve avoit à Lacédémone, soit parce que son temple, ou plus vraisemblablement sa statue y étoit d'airain, soit parce que ces vilains habitans de Chalcis dans l'Eubée, qui donnerent lieu à l'expression , furent employés ou à construire l'un, ou à fondre l'autre. Les fêtes célébrées en l'honneur de Minerve Chalciaecos, s'appellerent chalciaecies. Voyez CHALCIAECIES.
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| CHALCIDIQUE | adj. f. (Myth.) surnom que l'on donnoit à Rome à la déesse Minerve, à qui Auguste fit bâtir un temple dans la neuvieme région de la ville, sur le modele de celui que cette divinité avoit à Sparte. Voyez CHALCIAECOS.
* CHALCIDIQUE, (Hist. anc.) salle spacieuse sur laquelle les auteurs s'expriment très-diversement. Elle fut appellée chalcidique, de la ville de Chalcis, selon Festus, qui n'ajoûte rien de plus sur cette étymologie. Philandre dérive le mot chalcidique de , airain, & de , justice, & fait de la salle chalcidique une chambre des monnoies : d'autres le composent de , airain, & de , j'habite, & prétendent que c'étoit l'endroit même où se frappoient les monnoies. La salle chalcidique est dans Vitruve l'auditoire d'un basilique, & dans d'autres une portion du temple où le petit peuple d'entre les payens supposoit que les dieux prenoient leurs repas, la salle à manger des dieux.
* CHALCIDIQUE, s. f. (Géog. anc.) contrée de la Macédoine, selon Ptolomée. C'est aujourd'hui la partie du midi oriental de la province d'Iamboli. Le mont Athos occupoit une partie de la Chalcidique.
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| CHALCIS | (Géog. anc. & mod.) Il y a dans la géographie ancienne une multitude de lieux de ce nom. Voici les principaux. Il y avoit en Eubée une Chalcis, qu'on appelle aujourd'hui Négrepont ; une autre en Macédoine, qui donnoit son nom à la Chalcidique ; une montagne Chalcis, dans l'Aetolie, le long de la rive orientale de l'Erenus ; sur cette montagne une ville Chalcis ; dans la Syrie une ancienne ville appellée Chalcis ad Bellum ; un royaume de Chalcis ou Chalcide, au pié du mont Liban, du côté de la Syrie ; un desert de Chalcis ou Chalcide, entre la Mésopotamie, la Palestine, & la Phénicie ; d'autres villes du même nom, dans l'Arabie heureuse & dans la Scythie ; une île Chalcis sur la côte de l'Aetolie, & l'une des Echinades ; dans la Grece, en Béotie, une ville Chalcis.
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| CHALCITIS | (Hist. nat. Minéral.) substance minérale dont parlent Pline, Dioscoride, Galien, & les anciens auteurs arabes, qui lui ont donné les noms d'alcabrusy & d'alcalcadim. Elle est très-peu connue des modernes, grace aux mauvaises description qu'on nous en a données : cependant il paroît qu'on entendoit par-là une pierre vitriolique, rougeâtre, traversée de veines brillantes, & enveloppée d'une matiere terreuse, jaune, qui ne paroît avoir été qu'une ochre martiale produite par la décomposition de la partie vitriolique du chalcitis. C'est cette matiere terreuse, ou cette efflorescence, que quelques auteurs ont nommée misy. On dit qu'au-dessous du chalcitis il se trouve une autre substance terreuse, d'un gris clair, à laquelle on donnoit le nom de sory. On tiroit autrefois le chalcitis de l'île de Chypre. On dit qu'il se trouve en Auvergne, près du mont d'Or, une substance minérale qui s'accorde assez bien avec la description que les anciens nous ont laissée de leur chalcitis. Caneparius prétend, contre Agricola, que cette matiere n'étoit point rouge, mais blanche ; & M. Henckel, dans sa Pyritologie, cite précisément l'exemple du chalcitis, pour faire voir combien les auteurs ont pris plaisir à embrouiller des matieres, qu'il étoit d'ailleurs assez peu important de connoître. Le chalcitis est dans ce cas. On le fait entrer dans la composition de la thériaque : sur quoi Henckel observe, avec raison, que sa couleur, telle qu'elle puisse être, ne peut donner des vertus extraordinaires ; & qu'un vitriol ordinaire calciné à blancheur doit remplit, pour le moins, aussi-bien les vûes qu'on se propose. (-)
* CHALCITIS ou CHALCITIDE, s. f. (Géog. anc.) île située vis-à-vis de Chalcédoine. Voyez CHALCEDOINE. Les grecs modernes la nomment Chalcis. Il y a eu du même nom une contrée de la Mésopotamie ; une contrée de l'Inde, au-delà du Gange ; & un pays proche d'Erythris en Asie, dans l'Ionie.
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| CHALCOPHONUS | (Hist. nat. Litholog.) pierre connue des anciens. Boece de Boot dit qu'ils désignoient par ce nom une pierre noire, qui quand on la frappoit rendoit le même son que l'airain, comme son nom semble l'indiquer. M. Anderson, dans son histoire naturelle de Groenland, parle d'une pierre qu'on lui a dit avoir la même propriété, & qui étant frappée, rendoit un son semblable à celui d'une cloche. Cet auteur soupçonne que cela vient du cuivre & de l'argent qu'elles contiennent, parce que les pierres paroissent teintes de verd & de bleu en certains endroits. Mais en supposant le fait incontestable, cette conjecture n'en paroîtroit pas mieux fondée. On dit aussi qu'il se trouve une pierre de cette espece en Canada, à qui quelques gens pour cette raison ont donné le nom de pierre de cloche. (-)
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| CHALCOPYRITES | (Hist. nat. Minéral.) nom que quelques auteurs donnent à l'espece de pyrite où il se trouve des parties cuivreuses, pour la distinguer de la pyrite ferrugineuse, que l'on trouve nommée quelquefois syderopyrite, & de la pyrite blanche, qui est une pyrite purement arsenicale. Voyez l'article PYRITE. (-)
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| CHALDÉE | S. f. (Géog. anc.) contrée d'Asie, dont l'étendue varie selon les tems & selon les écrivains qui en ont parlé. Il y a eu un tems où elle faisoit partie de l'Assyrie, & un autre où l'Assyrie n'étoit qu'une de ses contrées : Babylone en étoit la capitale ; ainsi la Chaldée & la Babylonie sont la même chose. Voyez l'article CHALDEENS. Xénophon donne encore le nom de Chaldée à un pays situé dans les montagnes voisines de l'Arménie.
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| CHALDÉENS | (Philosophie des) Les Chaldéens sont les plus anciens peuples de l'Orient qui se soient appliqués à la Philosophie. Le titre de premiers philosophes leur a été contesté par les Egyptiens. Cette nation aussi jalouse de l'honneur des inventions, qu'entêtée de l'antiquité de son origine, se croyoit non-seulement la plus vieille de toutes les nations, mais se regardoit encore comme le berceau où les Arts & les Sciences avoient pris naissance. Ainsi les Chaldéens n'étoient, selon les Egyptiens, qu'une colonie venue d'Egypte ; & c'est d'eux qu'ils avoient appris tout ce qu'ils savoient. Comme la vanité nationale est toûjours un mauvais garant des faits qui n'ont d'autre appui qu'elle, cette supériorité que les Egyptiens s'arrogeoient en tout genre sur les autres nations, est encore aujourd'hui un problème parmi les savans.
Si les inondations du Nil, qui confondoient les bornes des champs, donnerent aux Egyptiens les premieres idées de la Géométrie, par la nécessité où elles mettoient chacun d'inventer des mesures exactes pour reconnoître son champ d'avec celui de son voisin ; on peut dire que le grand loisir dont joüissoient les anciens bergers de Chaldée, joint à l'air pur & serein qu'ils respiroient sous un ciel qui n'étoit jamais couvert de nuages, produisit les premieres observations qui ont été le fondement de l'Astronomie. D'ailleurs, comme la Chaldée a servi de séjour aux premiers hommes du monde nouveau, il est naturel de s'imaginer que l'empire de Babylone a précédé les commencemens de la monarchie d'Egypte, & que par conséquent la Chaldée, qui étoit un certain canton compris dans cet empire, & qui reçut son nom des Chaldéens, philosophes étrangers auxquels elle fut accordée pour y fixer leur demeure, est le premier pays qui ait été éclairé des lumieres de la Philosophie. Voyez ASTRONOMIE.
Il n'est pas facile de donner une juste idée de la philosophie des Chaldéens. Les monumens, qui pourroient nous servir ici de mémoires pour cette histoire, ne remontent pas, à beaucoup près, aussi haut que cette secte : encore ces mémoires nous viennent-ils des Grecs ; ce qui suffit pour leur faire perdre toute l'autorité qu'ils pourroient avoir. Car on sait que les Grecs avoient un tour d'esprit très-différent de celui des Orientaux, & qu'ils défiguroient tout ce qu'ils touchoient & qui leur venoit des nations barbares ; car c'est ainsi qu'ils appelloient ceux qui n'étoient pas nés grecs. Les dogmes des autres nations, en passant par leur imagination, y prenoient une teinture de leur maniere de penser, & n'entroient jamais dans leurs écrits, sans avoir éprouvé une grande altération. Une autre raison, qui doit nous rendre soupçonneux sur les véritables sentimens des Chaldéens, c'est que, selon l'usage reçu dans tout l'Orient, ils renfermoient dans l'enceinte de leurs écoles, où même ils n'admettoient que des disciples privilégiés, les dogmes de leur secte, & qu'ils ne les produisoient en public que sous le voile des symboles & des allégories. Ainsi nous ne pouvons former que des conjectures sur ce que les Grecs & même les Arabes en ont fait parvenir jusqu'à nous. De-là aussi cette diversité d'opinions qui partagent les savans, qui ont tenté de percer l'enveloppe de ces ténebres mystérieuses. En prétendant les éclaircir, ils n'ont fait qu'épaissir davantage la nuit qui nous les cache : témoin cette secte de philosophes, qui s'éleva en Asie vers les tems où Jesus-Christ parut sur la terre. Pour donner plus de poids aux rêveries qu'enfantoit leur imagination déréglée, ils s'aviserent de les colorer d'un air de grande antiquité, & de les faire passer, sous le nom des Chaldéens & des Perses pour les restes précieux de la doctrine de ces philosophes. Ils forgerent en conséquence grand nombre d'ouvrages sous le nom du fameux Zoroastre, regardé alors dans l'Asie comme le chef & le maître de tous les mages de la Perse & de la Chaldée.
Plusieurs savans, tant anciens que modernes, se sont exercés à découvrir quel pouvoit être ce Zoroastre si vanté dans tout l'Orient : mais après bien des veilles consumées dans ce travail ingrat, ils ont été forcés d'avoüer l'inutilité de leurs efforts. Voyez l'article de la philosophie des PERSES.
D'autres philosophes, non moins ignorans dans les mysteres sacrés de l'ancienne doctrine des Chaldéens, voulurent partager avec les premiers l'honneur de composer une secte à part. Ils prirent donc le parti de faire naître Zoroastre en Egypte ; & ils ne furent pas moins hardis à lui supposer des ouvrages, dont ils se servirent pour les combattre plus commodément. Comme Pythagore & Platon étoient allés en Egypte pour s'instruire dans les Sciences, que cette nation avoit la réputation d'avoir extrèmement perfectionnées, ils imaginerent que les systèmes de ces deux philosophes grecs n'étoient qu'un fidele extrait de la doctrine de Zoroastre. Cette hardiesse à supposer des livres, qui fait le caractere de ces deux sectes de philosophes, nous apprend jusqu'à quel point nous devons leur donner notre confiance.
Les Chaldéens étoient en grande considération parmi les Babyloniens. C'étoient les prêtres de la nation ; ils y remplissoient les mêmes fonctions que les mages chez les Perses, en instruisant le peuple de tout ce qui avoit rapport aux choses de la religion, comme les cérémonies & les sacrifices. Voilà pourquoi il est arrivé souvent aux historiens grecs de les confondre les uns avec les autres ; en quoi ils ont marqué leur peu d'exactitude, ne distinguant pas, comme ils le devoient, l'état où se trouvoit la Philosophie chez les anciens Babyloniens, de celui où elle fut réduite, lorsque ces peuples passerent sous la domination des Perses.
On peut remarquer en passant, que chez tous les anciens peuples, tels que les Assyriens, les Perses, les Egyptiens, les Ethiopiens, les Gaulois, les Bretons, les Germains, les Scythes, les Etruriens, ceux-là seuls étoient regardés comme les sages & les Philosophes de la nation, qui avoient usurpé la qualité de prêtres & de ministres de la religion. C'étoient des hommes souples & adroits, qui faisoient servir la religion aux vûes intéressées & politiques de ceux qui gouvernoient. Voici quelle étoit la doctrine des Chaldéens sur la divinité.
Ils reconnoissoient un Dieu souverain, auteur de toutes choses, lequel avoit établi cette belle harmonie qui lie toutes les parties de l'univers. Quoiqu'ils crussent la matiere éternelle & préexistante à l'opération de Dieu, ils ne s'imaginoient pourtant pas que le monde fût éternel ; car leur cosmogonie nous réprésente notre terre comme ayant été un chaos ténébreux, où tous les élémens étoient confondus pêle-mêle, avant qu'elle eût reçu cet ordre & cet arrangement qui la rendent un séjour habitable. Ils supposoient que des animaux monstrueux & de diverses figures avoient pris naissance dans le sein informe de ce chaos, & qu'ils avoient été soûmis à une femme nommée Omerca ; que le dieu Belus avoit coupé cette femme en deux parties, de l'une desquelles il avoit formé le ciel & de l'autre la terre, & que la mort de cette femme avoit causé celle de tous ces animaux ; que Belus après avoir formé le monde & produit les animaux qui le remplissent, c'étoit fait couper la tête ; que les hommes & les animaux étoient sortis de la terre que les autres dieux avoient détrempée dans le sang qui couloit de la blessure du dieu Belus, & que c'étoit-là la raison pour laquelle les hommes étoient doués d'intelligence, & avoient reçus une portion de la divinité. Berose, qui rapporte ceci dans les fragmens que nous avons de lui, & qui nous ont été conservés par Syncelle, observe que toute cette cosmogonie n'est qu'une allégorie mystérieuse, par laquelle les Chaldéens expliquoient de quelle maniere le Dieu créateur avoit débrouillé le chaos & introduit l'ordre parmi la confusion des élémens. Du-moins, ce que l'on voit à-travers les voiles de cette surprenante allégorie, c'est que l'homme doit sa naissance à Dieu, & que le Dieu suprème s'étoit servi d'un autre dieu pour former ce monde. Cette doctrine n'étoit point particuliere aux Chaldéens. C'étoit même une opinion universellement reçue dans tout l'Orient, qu'il y avoit des génies, dieux subalternes & dépendans de l'Etre suprème, qui étoient distribués & répandus dans toutes les parties de ce vaste univers. On croyoit qu'il n'étoit pas digne de la majesté du Dieu souverain de présider directement au sort des nations. Renfermé dans lui-même, il ne lui convenoit pas de s'occuper des pensées & des actions des simples mortels, mais il en laissoit le soin à des divinités locales & tutélaires. Ce n'étoit aussi qu'en leur honneur que fumoit l'encens dans les temples, & que couloit sur les autels le sang des victimes. Mais outre les bons génies qui s'appliquoient à faire du bien aux hommes, les Chaldéens admettoient aussi des génies mal-faisans. Ceux-là étoient formés d'une maniere plus grossiere que les bons, avec lesquels ils étoient perpétuellement en guerre. Les premiers étoient l'ouvrage du mauvais principe, comme les autres l'étoient du bon ; car il paroît que la doctrine des deux principes avoit pris naissance en Chaldée, d'où elle a passé chez les Perses. Cette croyance des mauvais démons, qui non seulement avoit cours chez les Chaldéens, mais encore chez les Perses, les Egyptiens & les autres nations Orientales, paroît avoir sa source dans la tradition respectable de la séduction du premier homme par un mauvais démon. Ils prenoient toutes sortes de formes, pour mieux tromper ceux qui avoient l'imprudence de se confier à eux.
Tels étoient vraisemblablement les mysteres, auxquels les Chaldéens avoient soin de n'initier qu'un petit nombre d'adeptes qui devoient leur succéder, pour en faire passer la tradition d'âge en âge jusqu'à la postérité la plus reculée. Il n'étoit pas permis aux disciples de penser au-delà de ce que leurs maîtres leur avoient appris. Ils plioient servilement sous le joug que leur imposoit le respect aveugle qu'ils avoient pour eux. Diodore de Sicile leur en fait un mérite, & les éleve en cela beaucoup au-dessus des Grecs, qui, selon lui, devenoient le joüet éternel de mille opinions diverses, entre lesquelles flottoit leur esprit indécis ; parce que dans leur maniere de penser, ils ne vouloient être maîtrisés que par leur génie. Mais il faut être bien peu philosophe soi-même, pour ne pas sentir que le plus beau privilége de notre raison consiste à ne rien croire par l'impulsion d'un instinct aveugle & méchanique, & que c'est deshonorer la raison, que de la mettre dans des entraves ainsi que le faisoient les Chaldéens. L'homme est né pour penser de lui-même. Dieu seul mérite le sacrifice de nos lumieres, parce qu'il est le seul qui ne puisse pas nous tromper, soit qu'il parle par lui-même, soit qu'il le fasse par l'organe de ceux auxquels il a confié le sacré dépôt de ses révélations. La philosophie des Chaldéens n'étant autre chose qu'un amas de maximes & de dogmes, qu'ils transmettoient par le canal de la tradition, ils ne méritent nullement le nom de philosophes. Ce titre, dans toute la rigueur du terme, ne convient qu'aux Grecs & aux Romains, qui les ont imités en marchant sur leurs traces. Car pour les autres nations, on doit en porter le même jugement que les Chaldéens, puisque le même esprit de servitude régnoit parmi elles ; au lieu que les Grecs & les Romains osoient penser d'après eux-mêmes. Ils ne croyoient que ce qu'ils voyoient, ou du-moins que ce qu'ils s'imaginoient voir. Si l'esprit systématique les a précipités dans un grand nombre d'erreurs, c'est parce qu'il ne nous est pas donné de découvrir subitement & comme par une espece d'instinct la vérité. Nous ne pouvons y parvenir, qu'en passant par bien des impertinences & des extravagances ; c'est une loi à laquelle la nature nous a assujettis. Mais en épuisant toutes les sottises qu'on peut dire sur chaque chose, les Grecs nous ont rendu un service important, parce qu'ils nous ont comme forcés de prendre presqu'à l'entrée de notre carriere le chemin de la vérité.
Pour revenir aux Chaldéens, voici la doctrine qu'ils enseignoient publiquement ; savoir, que le soleil, la lune, & les autres astres, & sur-tout les planetes, étoient des divinités qu'il falloit adorer. Hérodote & Diodore sont ici nos garans. Les étoiles qui forment le zodiaque, étoient principalement en grande vénération parmi eux, sans préjudice du soleil & de la lune, qu'ils ont toûjours regardés comme leurs premieres divinités. Ils appelloient le soleil Belus, & donnoient à la lune le nom de Nebo ; quelquefois aussi ils l'appelloient Nergal. Le peuple, qui est fait pour être la dupe de tous ceux qui ont assez d'esprit pour prendre sur lui de l'ascendant, croyoit bonnement que la divinité résidoit dans les astres, & par conséquent qu'ils étoient autant de dieux qui méritoient ses hommages. Pour les sages & les philosophes du pays, ils se contentoient d'y placer des esprits ou des dieux du second ordre, qui en dirigeoient les divers mouvemens.
Ce principe une fois établi, que les astres étoient des divinités, il n'en fallut pas davantage aux Chaldéens pour persuader au peuple qu'ils avoient une grande influence sur le bonheur ou le malheur des humains. De-là est née l'Astrologie judiciaire, dans laquelle les Chaldéens avoient la réputation d'exceller si fort entre les autres nations, que tous ceux qui s'y distinguoient, s'appelloient Chaldéens, quelle que fût leur patrie. Ces charlatans s'étoient fait un art de prédire l'avenir par l'inspection du cours des astres, où ils feignoient de lire l'enchaînement des destinées humaines. La crédulité des peuples faisoit toute leur science ; car quelle liaison pouvoient-ils appercevoir entre les mouvemens réglés des astres & les événemens libres de la volonté ? L'avide curiosité des hommes pour percer dans l'avenir & pour prévoir ce qui doit leur arriver, est une maladie aussi ancienne que le monde même. Mais elle a exercé principalement son empire chez tous les peuples de l'Orient, dont on sait que l'imagination s'allume aisément. On ne sauroit croire jusqu'à quel excès elle y a été portée par les ruses & les artifices des prêtres. L'Astrologie judiciaire est le puissant frein avec lequel on a de tout tems gouverné l'esprit des Orientaux. Sextus Empiricus déclame avec beaucoup de force & d'éloquence contre cet art frivole, si funeste au bonheur du genre humain, par les maux qu'il produit nécessairement. En effet, les Chaldéens retrécissoient l'esprit des peuples, & les tenoient indignement courbés sous un joug de fer, que leur imposoit leur superstition ; il ne leur étoit pas permis de faire la moindre démarche, sans avoir auparavant consulté les augures & les aruspices. Quelque crédules que fussent les peuples, il n'étoit pas possible que l'imposture de ces charlatans de Chaldée ne trahît & ne décelât très-souvent la vanité de l'Astrologie judiciaire. Sous le consulat de M. Popillius, & de Cneius Calpurnius, il fut ordonné aux Chaldéens, par un édit du préteur Cor. Hispallus, de sortir de Rome & de toute l'Italie dans l'espace de dix jours ; & la raison qu'on en donnoit, c'est qu'ils abusoient de la prétendue connoissance qu'ils se vantoient d'avoir du cours des astres, pour tromper des esprits foibles & crédules, en leur persuadant que tels & tels évenemens de leur vie étoient écrits dans le ciel. Alexandre lui-même, qui d'abord avoit été prévenu d'une grande estime pour les Chaldéens, la leur vendit bien cher par le grand mépris qu'il leur porta, depuis que le philosophe Anaxarque lui eut fait connoître toute la vanité de l'Astrologie judiciaire.
Quoique l'Astronomie ait été fort en honneur chez les Chaldéens, & qu'ils l'ayent cultivée avec beaucoup de soin, il ne paroît pourtant pas qu'elle eût fait parmi eux des progrès considérables. Quels Astronomes, que des gens qui croyoient que les éclipses de lune provenoient de ce que cet astre tournoit vers nous la partie de son disque qui étoit opaque ? car ils croyoient l'autre lumineuse par elle-même, indépendamment du soleil : où avoient-ils pris aussi que le globe terrestre seroit consumé par les flammes, lors de la conjonction des astres dans le signe de l'Ecrevisse, & qu'il seroit inondé si cette conjonction arrivoit dans le signe du Capricorne ? Cependant ces Chaldéens ont été estimés comme de grands astronomes ; & il n'y a pas même long-tems qu'on est revenu de cette admiration prodigieuse qu'on avoit conçue pour leur grand savoir dans l'Astronomie ; admiration qui n'étoit fondée que sur ce qu'ils sont séparés de nous par une longue suite de siecles. Tout éloignement est en droit de nous en imposer.
L'envie de passer pour les plus anciens peuples du monde, est une manie qui a été commune à toutes les nations. On diroit qu'elles s'imaginent valoir d'autant mieux, qu'elles peuvent remonter plus haut dans l'antiquité. On ne sauroit croire combien de rêveries & d'absurdités ont été débitées à ce sujet. Les Chaldéens, par exemple, prétendoient qu'au tems où Alexandre vainqueur de Darius prit Babylone, il s'étoit coulé quatre cent soixante & dix mille années, à compter depuis le tems où l'Astronomie fleurissoit dans la Chaldée. Cette longue supputation d'années n'a point sa preuve dans l'histoire, mais seulement dans l'imagination échauffée des Chaldéens. En effet, Callisthène, à qui le précepteur d'Alexandre avoit ménagé une entrée à la cour de ce prince, & qui suivoit ce conquérant dans ses expéditions militaires, envoya à ce même Aristote des observations qu'il avoit trouvées à Babylone. Or ces observations ne remontoient pas au-delà de mille neuf cent trois ans ; & ces mille neuf cent trois ans, si on les fait commencer à l'année 4383 de la période Julienne, où Babylone fut prise, iront, en rétrogradant, se terminer à l'année 2480 de la même période. Il s'en faut bien que le tems marqué par ces observations remonte jusqu'au déluge, si l'on s'attache au système chronologique de Moyse, tel qu'il se trouve dans la version des Septante. Si les Chaldéens avoient eu des observations plus anciennes, comment se peut-il faire que Ptolomée, cet Astronome si exact, n'en ait point fait mention, & que la premiere dont il parle tombe à la premiere année de Merdochai roi de Babylone, laquelle se trouve être dans la vingt-septieme année de l'ere de Nabonassar ? Il résulte de-là que cette prétendue antiquité, que les Chaldéens donnoient à leurs observations, ne mérite pas plus notre croyance que le témoignage de Porphyre, qui lui sert de fondement. Il y a plus, Epigene ne craint point d'avancer que les observations astronomiques, qui se trouvoient inscrites sur des briques cuites qu'on voyoit à Babylone, ne remontoient pas au-delà de 720 ans ; & comme si ce tems eût été encore trop long, Bérose & Critodème renferment tout ce tems dans l'espace de 480 ans.
Après cela, qui ne riroit de voir les Chaldéens nous présenter gravement leurs observations astronomiques, & nous les apporter en preuve de leur grande antiquité ; tandis que leurs propres auteurs leur donnent le démenti, en les renfermant dans un si court espace de tems ? Ils ont apparemment cru, suivant la remarque de Lactance, qu'il leur étoit libre de mentir, en imaginant des observations de 470000 ans ; parce qu'ils étoient bien sûrs qu'en s'enfonçant si fort dans l'antiquité, il ne seroit pas possible de les atteindre. Mais ils n'ont pas fait attention que tous ces calculs n'operent dans les esprits une vraie persuasion, qu'autant qu'on y attache des faits dont la réalité ne soit point suspecte.
Toute chronologie qui ne tient point à des faits, n'est point historique, & par conséquent ne prouve rien en faveur de l'antiquité d'une nation. Quand une fois le cours des astres m'est connu, je puis prévoir, en conséquence de leur marche assujettie à des mouvemens uniformes & réguliers, dans quel tems & de quelle maniere ils figureront ensemble, soit dans leur opposition, soit dans leur conjonction. Je puis également me replier sur les tems passés, ou m'avancer sur ceux qui ne sont pas encore arrivés ; & franchissant les bornes du tems où le Créateur a renfermé le monde, marquer dans un tems imaginaire les instans précis où tels & tels astres seroient éclipsés. Je puis, à l'aide d'un calcul qui ne s'épuisera jamais, tant que mon esprit voudra le continuer, faire un système d'observations pour des tems qui n'ont jamais existé ou même qui n'existeront jamais. Mais de ce système d'observations, purement arbitraire, il n'en résultera jamais que le monde ait toûjours existé, ou qu'il doive toûjours durer. Tel est le cas où se trouvent par rapport à nous les anciens Chaldéens, touchant ces observations qui ne comprenoient pas moins que 470000 ans. Si je voyois une suite de faits attachés à ces observations, & qu'ils remplissent tout ce long espace de tems, je ne pourrois m'empêcher de reconnoître un monde réellement subsistant dans toute cette longue durée de siecles ; mais parce que je n'y vois que des calculs qui ne traînent après eux aucune révolution dans les choses humaines, je ne puis les regarder que comme les rêveries d'un calculateur. Voyez CHRONOLOGIE, HistHist. philos. de Brucker.
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| CHALDRO | ou CHAUDRON, s. m. (Comm.) mesure seche d'Angleterre, qui sert pour le charbon, & qui contient trente-six boisseaux en monceau, suivant l'étalon du boisseau qui est déposé à la place de Guildhall à Londres. Voyez MESURE.
Le chaldron doit peser 2000 à bord des vaisseaux. Vingt-un chaldrons de charbon passent pour la vingtaine. Voyez CHARBON.
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| CHALET | S. m. (Economie) bâtiment plat répandu dans les montagnes de Griers, uniquement destiné à faire des fromages. Voyez Dictionnaire de Trévoux & du Commerce.
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| CHALEUR | S. f. (Physiq.) est une des qualités premieres des corps, & celle qui est opposée au froid. Voyez QUALITE & FROID.
Quelques auteurs définissent la chaleur, un être physique dont on connoît la présence & dont on mesure le degré par la raréfaction de l'air, ou de quelque liqueur renfermée dans un thermometre.
La chaleur est proprement une sensation excitée en nous par l'action du feu, ou bien c'est l'effet que fait le feu sur nos organes. Voyez SENSATION & FEU.
D'où il s'ensuit que ce que nous appellons chaleur est une perception particuliere, ou une modification de notre ame, & non pas une chose qui existe formellement dans le corps qui donne lieu à cette sensation. La chaleur n'est pas plus dans le feu qui brûle le doigt, que la douleur n'est dans l'aiguille qui le pique : en effet, la chaleur dans le corps qui la donne, n'est autre chose que le mouvement ; la chaleur dans l'ame qui la sent, n'est qu'une sensation particuliere ou une disposition de l'ame. Voyez PERCEPTION.
La chaleur, en tant qu'elle est la sensation ou l'effet que produit en nous un corps chaud, ne doit être considérée que relativement à l'organe du toucher, puisqu'il n'y a point d'objet qui nous paroisse chaud, à moins que sa chaleur n'excede celle de notre corps ; desorte qu'une même chose peut paroître chaude & froide à différentes personnes, ou à la même personne en différens tems. Ainsi la sensation de chaleur est proprement une sensation relative.
Les Philosophes ne sont pas d'accord sur la chaleur telle qu'elle existe dans le corps chaud ; c'est-à-dire en tant qu'elle constitue & fait appeller un corps chaud, & qu'elle le met en état de nous faire sentir la sensation de chaleur. Les uns prétendent que c'est une qualité ; d'autres, que c'est une substance ; & quelques-uns, que c'est une affection méchanique.
Aristote & les Péripatéticiens définissent la chaleur, une qualité ou un accident qui réunit ou rassemble des choses homogenes, c'est-à-dire de la même nature & espece, & qui desunit ou sépare des choses hétérogenes, ou de différente nature : c'est ainsi, dit Aristote, que la même chaleur qui unit & réduit dans une seule masse différentes particules d'or, qui étoient auparavant séparées les unes des autres, desunit & sépare les particules de deux métaux différens, qui étoient auparavant unis & mêlés ensemble. Il y a de l'erreur non-seulement dans cette doctrine, mais aussi dans l'exemple qu'on apporte pour la confirmer ; car la chaleur quand on la supposeroit perpétuelle, ne séparera jamais une masse composée, par exemple, d'or, d'argent, & de cuivre ; au contraire, si l'on met dans un vaisseau, sur le feu, des corps de nature différente, comme de l'or, de l'argent, & du cuivre, quelque hétérogenes qu'ils soient, la chaleur du feu les mêlera & n'en fera qu'une masse.
Pour produire le même effet sur différens corps, il faut différens dégrés de chaleur : pour mêler de l'or & de l'argent, il faut un degré médiocre de chaleur ; mais pour mêler du mercure & du soufre, il faut le plus haut degré de chaleur qu'on puisse donner au feu. Voyez OR, ARGENT, &c. A quoi il faut ajoûter que le même dégré de chaleur produit des effets contraires : ainsi un feu violent rendra volatiles les eaux, les huiles, les sels, &c. & le même feu vitrifiera le sable & le sel fixe alkali. Voyez VERRE.
Les Epicuriens & autres Corpusculaires ne regardent point la chaleur comme un accident du feu, mais comme un pouvoir essentiel ou une propriété du feu, qui dans le fond est le feu même, & n'en est distinguée que relativement à notre façon de concevoir. Suivant ces philosophes, la chaleur n'est autre chose que la substance volatile du feu même, réduite en atomes & émanée des corps ignés par un écoulement continuel ; desorte que non-seulement elle échauffe les objets qui sont à sa portée, mais aussi qu'elle les allume quand ils sont de nature combustible ; & qu'après les avoir réduits en feu, elle s'en sert à exciter la flamme.
En effet, disent-ils, ces corpuscules s'échappant du corps ignée, & restant quelque tems enfermés dans la sphere de sa flamme, constituent le feu par leur mouvement ; mais après qu'ils sont sortis de cette sphere & dispersés en différens endroits, desorte qu'ils ne tombent plus sous les yeux, & ne sont plus perceptibles qu'au tact, ils acquierent le nom de chaleur en tant qu'ils excitent encore en nous cette sensation.
Nos derniers & meilleurs auteurs en Philosophie méchanique, expérimentale, & chimique, pensent fort diversement sur la chaleur. La principale question qu'ils se proposent, consiste à savoir si la chaleur est une propriété particuliere d'un certain corps immuable appellé feu ; ou si elle peut être produite méchaniquement dans d'autres corps, en altérant leurs parties.
La premiere opinion, qui est aussi ancienne que Démocrite & le système des atomes, & qui a frayé le chemin à celle des Cartésiens & autres Méchanistes, a été renouvellée avec succès, & expliquée par quelques auteurs modernes, & en particulier par MM. Homberg, Lémery, Gravesande, & surtout par le savant & ingénieux Boerhaave, dans un cours de leçons qu'il a données sur le feu, & dont on trouvera le résultat à l'article FEU.
Selon cet auteur, ce que nous appellons feu est un corps par lui-même, sui generis, qui a été créé tel dès le commencement, qui ne peut être altéré en sa nature ni en ses propriétés, qui ne peut être produit de nouveau par aucun autre corps, & qui ne peut être changé en aucun autre, ni cesser d'être feu.
Il prétend que ce feu est répandu également partout, & qu'il existe en quantité égale dans toutes les parties de l'espace : mais qu'il est parfaitement caché & imperceptible, & ne se découvre que par certains effets qu'il produit, & qui tombent sous nos sens.
Ces effets sont la chaleur, la lumiere, les couleurs, la raréfaction, & la brûlure, qui sont autant de signes de feu dont aucun ne peut être produit par quelque autre cause que ce soit ; desorte qu'en quelque lieu & en quelque tems que nous remarquions quelques-uns de ces signes, nous en pouvons inférer l'action & la présence du feu.
Mais quoique l'effet ne puisse être sans cause, cependant le feu peut exister & demeurer caché sans produire aucun effet, c'est-à-dire aucun de ces effets qui soient assez considérables pour affecter nos sens, ou pour en devenir les objets. Boerhaave ajoûte que c'est le cas ordinaire où se trouve le feu, qui ne peut produire de ces effets sensibles sans le concours de plusieurs circonstances nécessaires qui manquent souvent. C'est particulierement pour cela que nous voyons quelquefois plusieurs, & quelquefois tous les effets du feu en même tems, & d'autres fois un effet du feu accompagné de quelques autres, suivant les circonstances & les dispositions où se trouvent les corps : ainsi nous voyons quelquefois de la lumiere sans sentir de la chaleur, comme dans les bois & les poissons pourris, ou dans le phosphore hermétique. Il se peut même que l'une des deux soit au plus haut degré, & que l'autre ne soit pas sensible, comme dans le foyer d'un grand miroir ardent exposé à la lune ; ou, selon l'expérience qu'en fit le docteur Hooke, la lumiere étoit assez éclatante pour aveugler la meilleure vûe du monde, tandis que la chaleur y étoit imperceptible, & ne pouvoit opérer la moindre raréfaction sur un thermometre excellent. Voyez LUMIERE.
D'un autre côté, il peut y avoir de la chaleur sans lumiere, comme nous le voyons dans les fluides, qui ne jettent point de lumiere quoiqu'ils bouillent, & qui non-seulement échauffent & raréfient, mais aussi brûlent & consument les parties des corps. Il y a aussi des métaux, des pierres, &c. qui reçoivent une chaleur excessive avant de luire ou de devenir ignées : bien plus, la plus grande chaleur imaginable peut exister sans lumiere ; ainsi dans le foyer d'un grand miroir ardent concave, où les métaux se fondent, & où les corps les plus durs se vitrifient, l'oeil n'apperçoit aucune lumiere lorsqu'il n'y a point de ces corps à ce foyer ; & si l'on y posoit la main, elle seroit à l'instant réduite en cendre.
De même on a remarqué souvent de la raréfaction dans les thermometres pendant la nuit, sans voir de lumiere, & sans sentir de chaleur, &c.
Il paroît donc que les effets du feu dépendent de certaines circonstances qui concourent ensemble, & que certains effets demandent un plus grand ou un plus petit nombre de ces circonstances. Il n'y a qu'une chose que tous ces effets demandent en général ; savoir que le feu soit amassé ou réduit dans un espace plus étroit : autrement, comme le feu est répandu par-tout également, il n'auroit pas plus d'effet dans un lieu que dans un autre : d'un autre côté cependant il faut qu'il soit en état par sa nature d'échauffer, de brûler, & de luire par-tout ; & l'on peut dire en effet qu'il échauffe, brûle, & luit actuellement par-tout ; & dans un autre sens, qu'il n'échauffe, ne brûle, & ne luit nulle part. Ces expressions, par-tout, & nulle part, reviennent ici au même ; car sentir la même chaleur par-tout, signifie que l'on n'en sent point : il n'y a que le changement qui nous soit sensible ; c'est le changement seul qui nous fait juger de l'état où nous sommes, & qui nous fait connoître ce qui opere ce changement. Ainsi nos corps étant comprimés également de tous les côtés par l'air qui nous environne, nous ne sentons aucune compression nulle part ; mais dès que cette compression vient à cesser dans quelque partie de notre corps, comme lorsque nous posons la main sur la platine d'une machine pneumatique & que nous pompons, nous devenons sensibles au poids de l'air.
L'amas ou la collection du feu se fait de deux façons : la premiere, en dirigeant & déterminant les corpuscules flottans du feu en lignes, ou traînées, que l'on appelle rayons, & poussant ainsi une suite infinie d'atomes ignés vers le même en droit, ou sur le même corps ; desorte que chaque atome porte son coup, & seconde l'effort de ceux qui l'ont précédé, jusqu'à ce que tous ces efforts successifs ayent produit un effet sensible. Tel est l'effet que produisent les corps que nous appellons lumineux, comme le soleil & les autres corps célestes, le feu ordinaire, les lampes, &c. qui, selon plusieurs de nos physiciens, ne lancent point de feu tiré de leur propre substance ; mais qui par leur mouvement circulaire dirigent & déterminent les corpuscules de feu qui les environnent, à se former en rayons paralleles. Cet effet peut être rendu plus sensible encore par une seconde collection de ces rayons paralleles, en rayons convergens, comme on le fait par le moyen d'un miroir concave ou d'un verre convexe, qui réunit tous ces rayons dans un point, & produit des effets surprenans. Voyez MIROIR ARDENT, &c.
La seconde maniere de faire cette collection de feu ne consiste point à déterminer le feu vague, ou à lui donner une direction nouvelle, mais à l'amasser purement & simplement dans un espace plus étroit ; ce qui se fait en frottant avec vîtesse un corps contre un autre : à la vérité il faut que ce frottement se fasse avec tant de vîtesse, qu'il n'y ait rien dans l'air, excepté les particules flottantes du feu, dont l'activité soit assez grande pour se mouvoir avec la même promtitude, ou pour remplir à mesure les places vuides : par ce moyen le feu, le plus agile de tous les corps qu'il y ait dans la nature, se glissant successivement dans ces places vuides, s'amasse autour du corps mû, & y forme une espece d'atmosphere de feu.
C'est ainsi que les essieux des roues de charrettes & des meules, les cordages des vaisseaux, &c. reçoivent de la chaleur par le frottement, prennent feu, & jettent souvent de la flamme.
Ce que nous venons de dire suffit pour expliquer la circonstance commune à tous les effets du feu, savoir la collection des particules. Il y a aussi plusieurs autres circonstances particulieres qui concourent avec celle-là : ainsi pour échauffer ou faire sentir la chaleur, il faut qu'il y ait plus de feu dans le corps chaud, que dans l'organe qui doit le sentir ; autrement l'ame ne peut être mise dans un nouvel état, ni se former une sensation nouvelle : & dans un cas contraire, savoir quand il y a moins de feu dans l'objet intérieur que dans l'organe de notre corps, cet objet produit sa sensation du froid.
C'est pour cela qu'un homme sortant d'un bain chaud, pour entrer dans un air médiocrement chaud, croit se trouver dans un lieu excessivement froid ; & qu'un autre sortant d'un air excessivement froid, pour entrer dans une chambre médiocrement chaude, croit se trouver d'abord dans une étuve : ce qui fait connoître que la sensation de la chaleur ne détermine en aucune façon le degré du feu ; la chaleur n'étant que la proportion ou la différence qu'il y a entre le feu de l'objet extérieur, & celui de l'organe.
A l'égard des circonstances qui sont nécessaires pour que le feu produise la lumiere, la raréfaction &c. Consultez les articles LUMIERE, &c.
Les philosophes méchaniciens, & en particulier Bacon,Boyle, & Newton, considerent la chaleur sous un autre point de vûe ; ils ne la conçoivent point comme une propriété originaire ment inhérente à quelque espece particuliere de corps, mais comme une propriété que l'on peut produire méchaniquement dans un corps.
Bacon,dans un traité exprès, intitulé de forma calidi, où il entre dans le détail des différens phénomenes & effets de la chaleur, soûtient, 1°. que la chaleur est une sorte de mouvement ; non que le mouvement produise la chaleur, ou la chaleur le mouvement, quoique l'un & l'autre arrivent en plusieurs cas : mais, selon lui, ce qu'on appelle chaleur n'est autre chose qu'une espece de mouvement accompagné de plusieurs circonstances particulieres.
2°. Que c'est un mouvement d'extension par lequel un corps s'efforce de se dilater, ou de se donner une plus grande dimension qu'il n'avoit auparavant.
3°. Que ce mouvement d'extension est dirigé du centre vers la circonférence, & en même tems de bas en-haut ; ce qui paroît par l'expérience d'une baguette de fer, laquelle étant posée perpendiculairement dans le feu, brûlera la main qui la tient beaucoup plus vîte que si elle y étoit posée horisontalement.
4°. Que ce mouvement d'extension n'est point égal ou uniforme, ni dans tout le corps ; mais qu'il existe dans ses plus petites parties seulement, comme il paroît par le tremblotement ou la trépidation alternative des particules des liqueurs chaudes, du fer rouge, &c. & enfin que ce mouvement est extrèmement rapide. C'est ce qui le porte à définir la chaleur un mouvement d'extension & d'ondulation dans les petites parties d'un corps, qui les oblige de tendre avec une certaine rapidité vers la circonférence, & de s'élever un peu en même tems.
A quoi il ajoûte que si vous pouvez exciter dans quelque corps naturel un mouvement qui l'oblige de s'étendre & de se dilater, ou donner à ce mouvement une telle direction dans ce même corps, que la dilatation ne s'y fasse point d'une maniere uniforme, mais qu'elle n'en affecte que certaines parties sans agir sur les autres, vous y produirez de la chaleur. Toute cette doctrine est bien vague.
Descartes & ses sectateurs adherent à cette doctrine, à quelques changemens près. Selon eux, la chaleur consiste dans un certain mouvement ou agitation des parties d'un corps, semblable au mouvement dont les diverses parties de notre corps sont agitées par le mouvement du coeur & du sang. Voyez les principes de Descartes.
M. Boyle, dans son Traité de l'origine méchanique du chaud & du froid, soûtient avec force l'opinion de la producibilité du chaud ; & il la confirme par des réflexions & des expériences : nous en insérerons ici une ou deux.
Il dit que dans la production du chaud, l'agent ni le patient ne mettent rien du leur, si ce n'est le mouvement & ses effets naturels. Quand un maréchal bat vivement un morceau de fer, le métal devient excessivement chaud ; cependant il n'y a là rien qui puisse le rendre tel, si ce n'est la force du mouvement du marteau, qui imprime dans les petites parties du fer une agitation violente & diversement déterminée : desorte que ce fer, qui étoit d'abord un corps froid, reçoit de la chaleur par l'agitation imprimée dans ses petites parties. Ce fer devient chaud d'abord relativement à quelques autres corps, en comparaison desquels il étoit froid auparavant : ensuite il devient chaud d'une maniere sensible, parce que cette agitation est plus forte que celle des parties de nos doigts ; & dans ce cas il arrive souvent que le marteau & l'enclume continuent d'être froids après l'opération. Ce qui fait voir, selon Boyle, que la chaleur acquise par le fer ne lui étoit point communiquée par aucun de ces deux instrumens comme chauds ; mais que la chaleur est produite en lui par un mouvement assez considérable pour agiter violemment les parties d'un corps aussi petit que la piece de fer en question, sans que ce mouvement soit capable de faire le même effet sur des masses de métal aussi considérables que celles du marteau & de l'enclume. Cependant si l'on répétoit souvent & promtement les coups, & que le marteau fût petit, celui-ci pourroit s'échauffer également ; d'où il s'ensuit qu'il n'est pas nécessaire qu'un corps, pour donner de la chaleur, soit chaud lui-même.
Si l'on enfonce avec un marteau un gros clou dans une planche de bois, on donnera plusieurs coups sur la tête avant qu'elle s'échauffe ; mais dès que le clou est une fois enfoncé jusqu'à sa tête, un petit nombre de coups suffiroit pour lui donner une chaleur considérable : car pendant qu'à chaque coup de marteau le clou s'enfonce de plus en plus dans le bois, le mouvement produit dans le bois est principalement progressif, & agit sur le clou entier dirigé vers un seul & même côté ; mais quand ce mouvement progressif vient à cesser, la secousse imprimée par les coups de marteau étant incapable de chasser le clou plus avant, ou de le casser, il faut qu'elle produise son effet, en imprimant aux parties du clou une agitation violente & intérieure, dans laquelle consiste la nature de la chaleur.
Une preuve, dit le même auteur, que la chaleur peut être produite méchaniquement, c'est qu'il n'y a qu'à refléchir sur sa nature, qui semble consister principalement dans cette propriété méchanique de la matiere que l'on appelle mouvement ; mais il faut pour cela que le mouvement soit accompagné de plusieurs conditions ou modifications.
En premier lieu, il faut que l'agitation des parties du corps soit violente ; car c'est-là ce qui distingue les corps qu'on appelle chauds, de ceux qui sont simplement fluides : ainsi les particules d'eau qui sont dans leur état naturel, se meuvent si lentement qu'elles nous paroissent destituées de toute chaleur ; & cependant l'eau ne seroit point une liqueur, si ses parties n'étoient point dans un mouvement continuel : mais quand l'eau devient chaude, on voit clairement que son mouvement augmente à proportion, puisque non-seulement elle frappe vivement nos organes, mais qu'elle produit aussi une quantité de petites bouteilles, qu'elle fond l'huile coagulée qu'on fait tomber sur elle, & qu'elle exhale des vapeurs qui montent en l'air. Et si le degré de chaleur peut faire bouillir l'eau, l'agitation devient encore plus visible par les mouvemens confus, par les ondulations, par le bruit, & par d'autres effets qui tombent sous les sens : ainsi le mouvement & sifflement des gouttes d'eau qui tombent sur un fer rouge, nous permettent de conclure que les parties de ce fer sont dans une agitation très-violente. Mais outre l'agitation violente, il faut encore pour rendre un corps chaud, que toutes les particules agitées, ou du moins la plûpart, soient assez petites, dit M. Boyle, pour qu'aucune d'elles ne puisse tomber sous les sens.
Une autre condition est que la détermination du mouvement soit diversifiée, & qu'elle soit dirigée en tout sens. Il paroît que cette variété de direction se trouve dans les corps chauds, tant par quelques-uns des exemples ci-dessus rapportés, que par la flamme que jettent ces corps, & qui est un corps elle-même par la dilatation des métaux, quand ils sont fondus, & par les effets que les corps chauds font sur les autres corps, en quelque maniere que se puisse faire l'application du corps chaud au corps que l'on veut échauffer : ainsi un charbon bien allumé paroîtra rouge de tous côtés, fondra la cire, & allumera du soufre quelque part qu'on l'applique, soit-en haut, soit em-bas, soit aux côtés du charbon ; c'est pourquoi en suivant cette notion de la nature de la chaleur, il est aisé de comprendre comment la chaleur peut être produite méchaniquement & de diverses manieres : car, si l'on en excepte certains cas particuliers, de quelques moyens qu'on se serve pour imprimer aux parties insensibles d'un corps une agitation violente & confuse, on produira la chaleur dans ce corps ; & comme il y a plusieurs agens & opérations par lesquelles cette agitation peut être effectuée, il faut qu'il y ait aussi plusieurs voies méchaniques de produire la chaleur. On peut confirmer par des expériences la plûpart des propositions ci-dessus, & dans les laboratoires des Chimistes le hasard a produit un grand nombre de phénomenes applicables à la these présente. Voyez les oeuvres de Boyle.
Ce système est poussé plus loin par Newton. Il ne regarde pas le feu comme une espece particuliere de corps doüée originairement de telle & telle propriété ; mais, selon lui, le feu n'est qu'un corps fortement igné, c'est-à-dire chaud, & échauffé au point de jetter une lumiere abondante. Un fer rouge est-il autre chose, dit-il, que du feu ? Un charbon ardent est-il autre chose que du bois rouge & brûlant ? & la flamme elle-même est-elle autre chose que de la fumée rouge & ignée ? Il est certain que la flamme n'est que la partie volatile de la matiere combustible, échauffée, ignée & ardente ; c'est pourquoi il n'y a que les corps volatils, c'est-à-dire ceux dont il sort beaucoup de fumée, qui jettent de la flamme ; & ces corps ne jetteront de la flamme qu'aussi long-tems qu'ils ont de la fumée à fournir. En distillant des esprits chauds, quand on leve le chapiteau de l'alembic, les vapeurs qui montent prendront feu à une chandelle allumée, & se convertiront en flamme ; de même différens corps échauffés à un certain point par le mouvement, par l'attrition, par la fermentation ou par d'autres moyens, jettent des fumées brillantes, lesquelles étant assez abondantes & ayant un degré suffisant de chaleur, éclatent en flamme. La raison pour laquelle un métal fondu ne jette point de flamme, c'est qu'il ne contient qu'une petite quantité de fumée ; car le zinck, qui fume abondamment, jette aussi de la flamme. Ajoûtez à cela que tous les corps qui s'enflamment, comme l'huile, le suif, la cire, le bois, la poix, le soufre, &c. se consument par la flamme, s'évanoüissent en fumée ardente. Voyez l'Optique de Newton.
Tous les corps fixes, continue-t-il, lorsqu'ils sont échauffés à un degré considérable, ne jettent-ils point une lumiere, ou au moins une lueur ? cette émission ne se fait-elle point par le mouvement de vibration de leurs parties ? & tous les corps qui abondent en parties terrestres & sulphureuses, ne jettent-ils point de lumiere toutes les fois que ces parties se trouvent suffisamment agitées, soit que cette agitation ait été occasionnée par un feu extérieur, par une friction, par une percussion, par une putréfaction, ou par quelqu'autre cause ? Ainsi l'eau de la mer dans une tempête, le vif-argent agité dans le vuide, le dos d'un chat ou le cou d'un cheval frottés à contre-poil dans un lieu obscur ; du bois, de la chair & du poisson, pendant qu'ils se putréfient ; les vapeurs qui s'élevent des eaux corrompues, & qu'on appelle communément feux follets ; les tas de foin & de blé moites ; les vers luisans, l'ambre & le diamant, quand on les frotte ; l'acier battu avec un caillou, &c. jettent de la lumiere. Idem, ibidem.
Un corps grossier & la lumiere ne peuvent-ils point se convertir l'un dans l'autre, & les corps ne peuvent-ils point recevoir la plus grande partie de leur activité des particules de lumiere qui entrent dans leur composition ? On ne connoît point de corps moins propre à luire que l'eau ; & cependant l'eau par de fréquentes distillations se change en terre solide, qui par un degré suffisant de chaleur peut être mise en état de luire comme les autres corps. Idem, ibidem.
Suivant la conjecture de Newton, le soleil & les étoiles ne sont que des corps de terre excessivement échauffés. Il observe que plus les corps sont gros, plus long-tems ils conservent leur chaleur, parce que leurs parties s'échauffent mutuellement les unes les autres. Et pourquoi, ajoûte-t-il, des corps vastes, denses & fixes, lorsqu'ils sont échauffés à un certain degré, ne pourroient-ils point jetter de la lumiere en grande quantité, & s'échauffer de plus en plus par l'émission & la réaction de cette lumiere, & par les réflexions & les réfractions des rayons dans leurs pores, jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus au même degré de chaleur où est le corps du soleil ? Leurs parties pourroient être garanties de l'évaporation en fumée, non-seulement par leur solidité, mais aussi par le poids considérable & par la densité des atmospheres, qui les compriment fortement, & qui condensent les vapeurs & les exhalaisons qui s'en élevent : ainsi nous voyons que l'eau chaude bout dans une machine pneumatique, aussi fort que l'eau bouillante exposée à l'air, parce que dans ce dernier cas le poids de l'atmosphere comprime les vapeurs, & empêche l'ébullition jusqu'à ce que l'eau ait reçu son dernier degré de chaleur. De même un mélange d'étain & de plomb mis sur un fer rouge dans un lieu dont on a pompé l'air, jette de la fumée & de la flamme, tandis que le même mélange mis en plein air sur un fer rouge, ne jette pas la moindre flamme qui soit visible, parce qu'il en est empêché par la compression de l'atmosphere. Mais en voilà assez sur le système de la producibilité de la chaleur.
D'un autre côté, M. Homberg, dans son essai sur le soufre principe, soûtient que le principe ou élement chimique qu'on appelle soufre, & qui passe pour un des ingrédiens simples, premiers & préexistans de tous les corps, est du feu réel ; & par conséquent que le fer est un corps particulier aussi ancien que les autres. Mém. de l'acad. an. 1705. Voyez SOUFRE & FEU.
Le docteur Gravesande est à-peu-près dans le même sentiment : selon lui, le feu entre dans la composition de tous les corps, se trouve enfermé dans tous les corps, & peut être séparé & exprimé de tous les corps en les frottant les uns contre les autres, & mettant ainsi leur feu en mouvement. Elem. phys. tom. II. cap. j.
Un corps n'est sensiblement chaud, continue-t-il, que lorsque son degré de chaleur excede celui des organes de nos sens ; desorte qu'il peut y avoir un corps lumineux sans qu'il ait aucune chaleur sensible : & comme la chaleur n'est qu'une qualité sensible, pourquoi ne pourroit-il pas y avoir un corps qui n'eût point de chaleur du tout ?
La chaleur dans le corps chaud, dit le même auteur, est une agitation des parties du corps effectuée par le moyen du feu contenu dans ce corps. C'est par une telle agitation que se produit dans nos corps un mouvement qui excite dans notre ame l'idée du chaud ; desorte qu'à notre égard la chaleur n'est autre chose que cette idée, & que dans le corps elle n'est autre chose que le mouvement. Si un tel mouvement chasse le feu du corps en lignes droites, il peut faire naître en nous l'idée de lumiere ; & s'il ne le chasse que d'une maniere irréguliere, il ne fera naître en nous que l'idée du chaud.
Feu M. Lemery, mort en 1743, s'accorde avec ces deux auteurs, en soûtenant que le feu est une matiere particuliere, & qu'elle ne peut être produite : mais il étend ce principe plus loin. Il ne se contente point de placer le feu dans les corps comme un élément ; il se propose même de prouver qu'il est répandu également par-tout, qu'il est présent en tous lieux, & dans les espaces vuides aussi-bien que dans les intervalles insensibles qui se trouvent entre les parties des corps. Mém. de l'acad. an. 1713. Ce sentiment sera exposé ci-dessous plus au long.
Il semble qu'il y a de l'absurdité à dire que l'on peut échauffer des liqueurs froides avec de la glace ; cependant M. Boyle nous assûre que la chose est très-aisée, en ôtant d'un bassin d'eau froide où nagent plusieurs morceaux de glace, un ou deux de ces morceaux bien imbibés de la liqueur, & en les plongeant tout-à-coup dans un verre dont l'ouverture soit fort large & où il y ait de l'huile de vitriol ; car le menstrue venant à se mêler d'abord avec l'eau qui adhere à la glace, produit dans cette u une chaleur très-vive accompagnée quelquefois d'une fumée visible ; cette fumée venant à dissoudre promtement les parties contiguës de la glace, & celles-ci les parties voisines, toute la glace se trouve bientôt réduite en liqueur ; & le menstrue corrosif ayant été mêlé avec le tout par le moyen de deux ou trois secousses, tout le mélange s'échauffe quelquefois au point que l'on ne sauroit tenir dans la main le vase qui le contient.
Il y a une grande variété dans la chaleur des différens lieux & des différentes saisons. Les Naturalistes soûtiennent communément que la chaleur augmente à mesure qu'on approche du centre de la terre ; mais cela n'est point exactement vrai. En creusant dans les mines, puits, &c. on trouve qu'à peu de distance de la surface de la terre, on commence à sentir de la fraîcheur : un peu plus bas, on en sent davantage ; & lorsqu'on est parvenu au point où les rayons du soleil ne peuvent répandre leur chaleur, l'eau s'y glace ou s'y maintient glacée ; c'est cette expérience qui a fait inventer les glacieres, &c. Mais quand on va encore plus bas, savoir à 40 ou 50 piés de profondeur, on commence à sentir de la chaleur, desorte que la glace s'y fond ; & plus on creuse au-delà, plus la chaleur augmente jusqu'à ce qu'enfin la respiration y devient difficile, & que la lumiere s'y éteint.
C'est pourquoi quelques-uns ont recours à la supposition d'une masse de feu, placée au centre de la terre, qu'ils regardent comme un soleil central, & comme le grand principe de la génération, végétation, nutrition, &c. des fossiles & des végétaux. Voyez FEU CENTRAL, TERRE, TREMBLEMENT DE TERRE, &c.
Mais M. Boyle qui a été lui-même au fond de quelques mines, croit que ce degré de chaleur que l'on sent dans ces mines, ou du moins dans quelques-unes, doit être attribué à la nature particuliere des minéraux qui s'y trouvent ; ce qu'il confirme par l'exemple d'un minéral d'espece vitriolique, qu'on tire de la terre en grande quantité en plusieurs contrées d'Angleterre, & qui étant arrosé simplement d'eau commune, s'échauffe presque au point de prendre feu.
D'un autre côté, à mesure que l'on monte de hautes montagnes l'air devient froid & perçant ; ainsi les sommets des montagnes de Bohême nommées Pico de Theide, le Pic de Ténériffe, & de plusieurs autres montagnes, même de celles des climats les plus chauds, se trouvent toûjours couverts & environnés de neige & de glace que la chaleur du soleil n'est jamais capable de fondre. Sur quelques montagnes du Pérou, au centre de la zone torride, on ne trouve que de la glace. Les plantes croissent au pié de ces montagnes ; mais vers le sommet il n'y a point de végétaux qui puissent croître à cause du froid excessif. On attribue cet effet à la subtilité de l'air dont les parties sont trop écartées les unes des autres à une si grande hauteur, pour refléchir une assez grande quantité de rayons du soleil ; car la chaleur du soleil refléchie par les particules de l'air, échauffe beaucoup plus que la chaleur directe.
CHALEUR des différens climats de la terre. La diversité de la chaleur des différens climats & des différentes saisons, naît en grande partie des différens angles sous lesquels les rayons du soleil viennent frapper la surface de la terre. Voyez CLIMAT, &c.
On démontre en Méchanique qu'un corps qui en frappe perpendiculairement un autre, agit avec toute sa force ; & qu'un corps qui frappe obliquement, agit avec d'autant moins de force, que sa direction s'éloigne davantage de la perpendiculaire. Le feu étant lancé en ligne directe, doit suivre la même loi méchanique que les autres corps ; & par conséquent son action doit être mesurée par le sinus de l'angle d'incidence : c'est pourquoi le feu venant à frapper un objet dans une direction parallele à cet objet, ne produit point d'effet sensible ; parce que l'angle d'incidence étant nul, le rapport du sinus de cet angle au sinus total est comme zéro à un, c'est-à-dire nul ; par conséquent le soleil n'a encore aucune chaleur, lorsqu'il commence à répandre ses rayons sur la terre. Voyez PERCUSSION & COMPOSITION DE MOUVEMENT.
Un auteur célebre a fait en conséquence de ce principe, un calcul mathématique de l'effet du soleil en différentes saisons & sous différens climats. Voici une idée de ce calcul, sur lequel nous ferons ensuite quelques réflexions. M. Halley part de ce principe, que l'action simple du soleil, comme toute autre impulsion ou percussion, a plus ou moins de force en raison des sinus des angles d'incidence ; d'où il s'ensuit que la force du soleil frappant la surface de la terre à une hauteur quelconque, sera à la force perpendiculaire des mêmes rayons, comme ce sinus de la hauteur du soleil est au sinus total.
De-là il conclut, que le tems pendant lequel le soleil continue d'éclairer la terre, étant pris pour base, & les sinus de la hauteur du soleil étant élevés sur cette base comme des perpendiculaires ; si on décrit une ligne courbe par les extrémités de ces perpendiculaires, l'aire de cette courbe sera proportionnelle à la somme ou totalité de la chaleur de tous les rayons du soleil dans cet espace de tems.
Il conclut de-là aussi que sous le pole arctique, la somme de toute la chaleur d'un jour de solstice d'été est proportionnelle à un rectangle du sinus de 23 1/2 degrés par la circonférence d'un cercle : or le sinus de 23 1/2 degrés fait à-peu-près les 4/10 du rayon ; & les 8/10 du rayon qui en sont le double, sont à-peu-près le sinus de 53 degrés, dont le produit, par la demi-circonférence ou par douze heures, sera égal au produit ci-dessus. D'où il infere que la chaleur polaire, le jour du solstice, est égale à celle du soleil, échauffant l'horison pendant 12 heures, à 53 degrés constans d'élévation. Comme il est de la nature de la chaleur de rester dans le sujet après la retraite du corps qui l'a occasionnée, & sur-tout de continuer dans l'air, l'absence de 12 heures que fait le soleil sous l'équateur, ne diminue que fort peu la chaleur ou le mouvement imprimé par l'action précédente de ses rayons : mais sous le pole, l'absence de six mois que fait le soleil, y laisse régner un froid extrème ; desorte que l'air y étant comme gelé & couvert de nuages épais & de brouillards continuels, les rayons du soleil ne peuvent produire sur cet air aucun effet sensible avant que cet astre se soit rapproché considérablement du pole.
A quoi il faut ajoûter, que les différens degrés de chaud & de froid qu'il fait en différens endroits de la terre ; dépendent beaucoup de leur situation, des montagnes dont ils sont environnés, & de la nature du sol ; les montagnes contribuant beaucoup à refroidir l'air par les vents qui passent sur leur sommet, & qui se font ensuite sentir dans les plaines. Voyez VENT.
Les montagnes qui présentent au soleil un côté concave, font quelquefois l'effet d'un miroir ardent sur la plaine qui est au bas. Les nuées qui ont des parties concaves ou convexes, produisent quelquefois le même effet par réflexion ou par réfraction : il y a même des auteurs qui prétendent que cette forme de nuages suffit pour allumer les exhalaisons qui se sont élevées dans l'air, & pour produire la foudre, le tonnerre, & les éclairs. Voyez MONTAGNE, MIROIR ARDENT, &c.
Pour ce qui est de la nature des sols, on sait qu'un terrein pierreux, sablonneux, plein de craie, refléchit la plûpart des rayons, & les renvoie dans l'air, tandis qu'un terrein gras & noir absorbe la plûpart des rayons, & n'en renvoye que fort peu ; ce qui fait que la chaleur s'y conserve long-tems. Voyez BLANCHEUR, &c.
Ce qu'on vient de dire est confirmé par l'expérience qu'en font les paysans qui habitent les marais à tourbes ; car en s'y promenant, ils sentent que les piés leur brûlent sans avoir chaud au visage : au contraire dans quelques terreins sablonneux, à peine sent-on de la chaleur aux piés, tandis que le visage est brûlé par la force de la réflexion.
Une table construite par l'auteur dont nous avons parlé, donne la chaleur pour chaque dixieme degré de latitude aux jours tropiques & équinoxiaux, & par ce moyen on peut estimer la chaleur des degrés intermédiaires : d'où l'auteur déduit les corollaires suivans.
1°. Que sous la ligne équinoxiale, la chaleur est comme le sinus de la déclinaison du soleil.
2°. Que dans les zones glaciales, lorsque le soleil ne se couche point, la chaleur est à-peu-près comme la circonférence d'un grand cercle multipliée par le sinus de la hauteur moyenne ; & par conséquent dans la même latitude, la chaleur est comme le sinus de la déclinaison moyenne du soleil à midi ; & qu'à la même déclinaison du soleil, elle est comme le co-sinus de la distance du soleil au zénith.
3°. Que la chaleur des jours équinoxiaux est partout comme le co-sinus de la latitude.
4°. Que dans tous les lieux où le soleil se couche, la différence entre les chaleurs d'été & d'hyver, lorsque les déclinaisons sont contraires, est à-peu-près proportionnelle à la différence des sinus des hauteurs méridiennes du soleil. Chambers.
Voilà le précis de la théorie de l'auteur dont il s'agit sur la chaleur. Cependant il semble qu'on pourroit lui faire plusieurs objections. En premier lieu, l'effet de la chaleur n'est pas simplement comme le sinus de l'angle d'incidence des rayons, mais comme le quarré de ce sinus, suivant les lois de l'impulsion des fluides. Pour faire bien concevoir ce principe, imaginons un faisceau de rayons paralleles qui tombent sur un pié quarré de la surface de la terre perpendiculairement ; il est certain que la chaleur sera proportionnelle au produit de la quantité de ces rayons par le sinus total, puisque chaque rayon en particulier agit sur le point qu'il frappe. Supposons ensuite que ce même faisceau de rayons vienne à tomber obliquement sur le même plan d'un pié en quarré ; il est aisé de voir qu'il y aura une partie de ce faisceau qui tombera hors du plan, & que la quantité des rayons qui le frappent, sera proportionnelle au sinus de l'angle d'incidence. Mais de plus, l'action de chaque rayon en particulier est comme le sinus de l'angle d'incidence : donc l'action de la chaleur sera comme le quarré du sinus. C'est pourquoi il seroit bon de corriger à ce premier égard la table, & au lieu des sinus d'incidence, de substituer leurs quarrés.
D'un autre côté il s'en faut beaucoup, comme l'observe l'auteur lui-même, que la chaleur des différens climats suive les lois que cette table lui prescrit pour ainsi dire : 1°. parce qu'il y a une infinité de causes accidentelles qui font varier le chaud & le froid, causes dont l'action ne peut être soûmise à aucun calcul ; 2°. parce qu'il s'en faut beaucoup que l'auteur n'ait fait entrer dans le sien toutes les causes même qui ont un effet réglé & une loi uniforme, mais dont la maniere d'agir est trop peu connue. L'obliquité plus ou moins grande des rayons du soleil, est sans-doute une des causes de la différence de la chaleur dans les différens jours & dans les différens climats, & peut-être en est-elle la cause principale. Mais, de plus, les rayons du soleil traversent fort obliquement notre atmosphere en hyver ; & par conséquent ils occupent alors dans l'air grossier qui nous environne, un plus grand espace qu'ils ne font pendant l'été, lorsqu'ils tombent assez directement. Or il suit de-là que la force de ces rayons est jusqu'à un certain point amortie, à cause des différentes réfractions qu'ils sont obligés de souffrir. Ces rayons sont plus brisés à midi pendant l'hyver, que pendant l'été ; & c'est pour cette raison que lorsqu'ils tombent le plus obliquement qu'il est possible, comme il arrive toutes les fois que le soleil parvient à l'horison, alors on peut sans aucun risque regarder cet astre, soit dans la lunette, soit à la vûe simple ; ce qui n'arrive pas à beaucoup près, lorsque le soleil est à de plus hauts degrés d'élévation, & sur-tout dans les grands jours d'été vers le midi. Or cet affoiblissement des rayons causé par leur passage dans l'atmosphere, est jusqu'à présent hors de la portée de nos calculs. Il y a une cause beaucoup plus considérable, qui influe bien plus que toutes les autres sur la vicissitude des saisons & sur la chaleur des différens climats. L'on sait communément qu'un corps dur & compact s'échauffe d'autant plus, qu'il demeure exposé à un feu plus violent. Or en été la terre est échauffée par les rayons du soleil pendant seize heures continuelles, & ne cesse de l'être que pendant huit heures. On peut aussi remarquer que c'est tout le contraire pour l'hyver : d'où on voit clairement pourquoi il doit y avoir une grande différence de chaleur entre ces deux saisons. Il est vrai que l'auteur fait entrer cette considération dans le calcul de sa table, mais il suppose que la chaleur instantanée d'un moment quelconque, s'ajoûte toûjours à la chaleur du moment précédent ; d'où il paroîtroit s'ensuivre que tant en été qu'en hyver, la chaleur la plus grande seroit à la fin du jour ; ce qui est contre l'expérience : & d'ailleurs on sait que la chaleur imprimée à un corps ne se conserve que quelque tems : ainsi sur le soir d'un grand jour d'été, la chaleur que le soleil a excitée dans les premieres heures du matin est ou totalement éteinte, ou au moins en partie. Or comme on ne sait suivant quelle loi la chaleur se conserve, il est impossible de calculer d'une maniere assez précise l'augmentation de chaleur à chaque heure du jour, quoiqu'on ne puisse douter que la longueur des jours n'entre pour beaucoup dans l'intensité de la chaleur.
On pourroit faire ici l'objection suivante. Puisque la force des rayons du soleil est la plus grande lorsqu'ils tombent le plus directement qu'il est possible, & lorsque cet astre reste le plus long-tems sur l'horison, la plus grande chaleur devroit toujours se faire sentir le jour du solstice d'été ; & le plus grand froid, par la même raison, le jour du solstice d'hyver ; ce qui est contraire à l'expérience : car les plus grands chauds & les plus grands froids arrivent d'ordinaire un mois environ après le solstice.
Pour répondre à cette objection, il faut se rappeller ce qui a été déjà remarqué plus haut, que l'action du soleil sur les corps terrestres qu'il échauffe, n'est pas passagere comme celle de la lumiere ; mais qu'elle a un effet permanent, & qui dure encore même lorsque le soleil s'est retiré. Un corps qui est une fois échauffé par le soleil, demeure encore échauffé fort long-tems, quoiqu'il n'y soit plus exposé. La raison en est fort simple. Les rayons ou particules échauffées qui viennent du soleil ou que le soleil met en mouvement, pénetrent ou sont absorbées du moins en partie par les corps qui leur sont exposés : ils s'y introduisent peu-à-peu : ils y restent même assez pour exciter une grande chaleur ; & les corps ne commencent à se refroidir que lorsque cette chaleur s'évapore, ou se communique à l'air qui l'environne : mais si un corps est toujours plus échauffé qu'il ne perd de sa chaleur ; si les intervalles de tems sont inégaux, ensorte qu'il perde bien moins de chaleur qu'il n'en a acquis, il est certain qu'il doit recevoir continuellement de nouveaux degrés d'augmentation de chaleur : or c'est précisément le cas qui arrive à la terre. Car lorsque le soleil paroît au tropique du cancer, c'est-à-dire vers le solstice d'été, les degrés de chaleur qui se répandent chaque jour, tant dans notre air que sur la terre, augmentent presque continuellement. Il n'est donc pas surprenant que la terre s'échauffe de plus en plus, & même fort au-delà du tems de solstice. Supposons, par exemple, qu'en été dans l'espace du jour, c'est-à-dire pendant tout l'intervalle de tems que le soleil paroît sur notre horison, la terre & l'air qui nous environnent reçoivent cent degrés de chaleur ; mais que pendant la nuit, qui est alors beaucoup plus courte que le jour, il s'en évapore cinquante ; il restera encore cinquante degrés de chaleur : le jour suivant le soleil agissant presque avec la même force, en communiquera à-peu-près cent autres, dont il se perdra encore environ cinquante pendant la nuit. Ainsi au commencement du troisieme jour, la terre aura 100 ou presque 100 degrés de chaleur ; d'où il suit, que puisqu'elle acquiert alors beaucoup plus de chaleur pendant le jour, qu'elle n'en perd pendant la nuit, il se doit faire en ce cas une augmentation très-considérable. Mais après l'équinoxe les jours venant à diminuer, & les nuits devenant beaucoup plus longues, il se doit faire une compensation : desorte que lorsqu'on est en hyver, il s'évapore une plus grande quantité de chaleur de dessus la terre pendant la nuit, qu'elle n'en reçoit pendant le jour ; ainsi le froid doit à son tour se faire sentir. Voyez Keill, Introd. ad veram Astr. ch. viij. Voyez aussi dans les Mém. de l'Acad. 1719. les recherches de M. de Mairan, sur les causes de la chaleur de l'été, & du froid de l'hyver. M. de Mairan après avoir calculé, autant que la difficulté de la matiere le permet, les différentes causes qui produisent la chaleur de l'été, trouve que la chaleur de l'été est à celle de l'hyver dans le rapport de 66 à 1 : voici comment il concilie ce calcul avec les expériences de M. Amontons, qui ne donne pour ces deux chaleurs que le rapport de 60 à 51 1/2. Il conçoit qu'il y a dans la masse de la terre & dans l'air qui l'environne, un fond de chaleur permanent d'un nombre constant de degrés, auxquels le soleil ajoûte 66 degrés en été, & 1 seulement en hyver, pour trouver ce nombre de degrés, il fait la proportion suivante, x + 66 est à x + 1, comme 60 à 51 1/2.
Ce nombre trouvé par M. de Mairan, est 393 à-peu-près ; desorte qu'il y a, selon lui, une chaleur permanente de 393 degrés, auxquels le soleil en ajoûte 66 en été, & un en hyver. M. de Mairan laisse aux Physiciens la liberté de juger quelle peut être la source de cette chaleur, soit une fermentation des acides & des sucs terrestres intérieurs, soit les matieres enflammées ou inflammables que le sein de la terre renferme, soit une chaleur acquise depuis plusieurs siecles, & qui tire son origine du soleil, &c.
A l'égard de la méthode par laquelle M. de Mairan parvient à trouver le rapport de 66 à 1, il faut en voir le détail curieux dans son mémoire même. Nous nous contenterons de dire 1°. que les sinus des hauteurs méridiennes du soleil aux solstices d'été & d'hyver, étant à-peu-près comme 3 à 1, on trouve qu'en vertu de cette cause le rapport des chaleurs doit être comme 9 à 1. 2°. Que les rayons ayant moins d'espace à traverser dans l'atmosphere en été qu'en hyver, parce que le soleil est plus haut, ils en sont moins affoiblis ; & M. de Mairan juge d'après plusieurs circonstances qu'il sait démêler, que la chaleur de l'été doit être augmentée du double sur ce rapport ; ce qui multiplie par le rapport de 9 à 1, donne le rapport de 18 à 1. 3°. M. de Mairan, en mettant tout sur le plus bas pié, estime que la longueur des jours beaucoup plus grande en été qu'en hyver, doit quadrupler le rapport précédent ; ce qui donne le rapport de 72 à 1 ; rapport qu'il réduit encore à celui de 66 à 1, ayant égard à quelques circonstances qu'il indique, & observant de caver en tout au plus foible. Voyez son mémoire.
Parmi ces dernieres circonstances est celle de la plus grande proximité du soleil en été qu'en hyver, du moins par rapport à nous. On sait que cet astre est en effet moins éloigné de nous en hyver qu'en été : ce qu'on observe parce que son diametre apparemment est plus grand en hyver qu'en été. Il suit de-là que les peuples qui habitent l'hémisphere opposé au nôtre, ou plutôt l'hémisphere austral, doivent avoir, toutes choses d'ailleurs égales, une plus grande chaleur pendant leur été que nous, & plus de froid pendant leur hyver : car le soleil dans leur été est plus près d'eux, & darde ses rayons plus à plomb ; & dans leur hyver il est plus éloigné, & les rayons sont plus obliques : au lieu que dans notre été, qui est le tems de leur hyver, le soleil darde à la vérité ses rayons plus à plomb sur nous, mais est plus éloigné ; ce qui doit diminuer un peu de la chaleur, & réciproquement. Voyez QUALITE. Il est vrai qu'il y a encore ici une compensation ; car si le soleil est plus loin de nous dans notre été, en récompense il y a plusieurs jours de plus de l'équinoxe du printems à celui d'automne, que de l'équinoxe d'automne à celui du printems ; ce qui fait en un autre sens une compensation. Cependant il paroît, malgré cette circonstance, qu'en général le froid est plus grand dans l'autre hémisphere que dans le nôtre, puisqu'on trouve dans l'hémisphere austral des glaces à une distance beaucoup moindre de l'équateur, que dans celui-ci. (O)
CHALEUR, en Philosophie scholastique, se distingue ordinairement en actuelle & potentielle.
La chaleur actuelle est celle dont nous avons parlé jusqu'à présent, & qui est un effet du feu réel & actuel, quelle qu'en soit la matiere.
La chaleur potentielle est celle qui se trouve dans le poivre, dans le vin, & dans certaines préparations chimiques, comme l'huile de térébenthine, l'eau-de-vie, la chaux vive, &c.
Les Péripatéticiens expliquent la chaleur de la chaux vive par antipéristase. Voyez ANTIPERISTASE.
Les Epicuriens & autres corpusculaires attribuent la chaleur potentielle aux atomes ou particules de feu comprises & renfermées dans les pores de ces corps, desorte qu'elle s'y conserve tant que ces corps sont en repos ; mais qu'aussi-tôt qu'ils sont mis en mouvement par la chaleur & l'humidité de la bouche, ou par leur chûte dans l'eau froide, ou par d'autres causes semblables, ils brisent leur prison, & se manifestent par leurs effets.
Cette opinion a été mise dans un plus grand jour par les expériences de M. Lemery faites sur la chaux vive, sur le régule d'antimoine, sur l'étain, &c. dans la calcination desquels il observe 1°. que le feu dont ils s'imbibent dans l'opération, fait une addition sensible au poids du corps, & que ce feu monte quelquefois à un dixieme du poids ; que pendant cet emprisonnement ce même feu conserve toutes les propriétés particulieres ou caracteres du feu, comme il paroît, parce qu'étant remis une fois en liberté, il produit tous les effets du feu naturel. Ainsi lorsqu'on calcine un corps pierreux & salin, & qu'on verse de l'eau sur ce corps, ce fluide, par son impression extérieure, suffit pour rompre les cellules, & pour en faire sortir le feu : l'éruption de ce feu échauffe l'eau plus ou moins, à proportion de la quantité de feu qui étoit logée dans ces cellules. C'est pour cela aussi que certains corps de cette nature contiennent visiblement une partie du feu actuel ; & la moindre cause suffit pour le dégager : en les appliquant à la peau de la main, ils la brûlent, & y font une escare qui ressemble assez à celle que produiroit un charbon vif.
L'on objecte que les particules de feu ne sont telles qu'en vertu du mouvement rapide dont elles sont agitées ; desorte que si on veut les supposer fixes dans les pores d'un corps, c'est vouloir les dépouiller absolument de leur essence, ou de ce qui fait qu'elles sont du feu, & par conséquent les mettre hors d'état de produire les effets qu'on leur attribue.
M. Lemery répond que quoique le mouvement rapide du feu contribue infiniment à ses effets, cependant il faut avoir égard en même-tems à la figure singuliere de ses particules ; & que quoique le feu soit renfermé & fixe dans la substance des corps, il ne doit point perdre son essence pour être en repos, non plus que les autres fluides ne la perdent dans les mêmes circonstances. L'eau, par exemple, est un fluide dont la fluidité dépend du feu, comme il a été déjà observé, & par conséquent elle est moins fluide que lui : cependant on voit tous les jours que l'eau est enfermée dans des corps de toute espece, sans perdre la fluidité, ni aucune des propriétés qui la caractérisent. Ajoûtez à cela que l'eau étant gelée, le mouvement de ses parties est indubitablement arrêté : cependant comme la figure de ses particules demeure la même, elle est prête à redevenir fluide par la moindre chaleur. Voyez CHALEUR ci-dessus, ERMOMETREETRE.
Enfin quoique l'on convienne que le sel est la matiere du goût, & qu'il a certaines propriétés qui dépendent principalement de la figure de ses parties ; cependant le sel n'agit qu'autant qu'il est dissous, ou, ce qui revient au même, lorsqu'il nage dans un fluide propre à tenir ses parties en mouvement. Le sel, pour n'être point fondu, n'en est pas moins du sel, ou la matiere du goût ; & pour le dépouiller de cette qualité, il faut altérer la figure de ses parties. Voyez SEL.
On objecte encore qu'il seroit impossible de fixer une matiere aussi fine, subtile, pénétrante, & active, que celle du feu, dans la substance spongieuse d'un corps poreux & grossier. Mais cette objection, selon M. Lemery, n'est pas d'un grand poids ; car quoique les corps soient tous fort poreux, rien ne prouve qu'il y ait aucun corps dont les pores soient trop grands pour pouvoir recevoir la matiere du feu. On objecte outre cela qu'un corps qui pourroit entrer dans un autre corps solide, pourroit en sortir avec la même facilité ; & que s'il ne pénétroit dans ce corps que parce que ses propres corpuscules seroient plus petits que les pores de celui où ils iroient se loger, la même raison leur en devroit faciliter la sortie : on répond que les pores ne sont plus dans le même état qu'auparavant ; parce que le feu en calcinant un corps, en ouvre & dilate les pores, qui après que le feu a cessé d'agir, doivent se renfermer & se serrer de nouveau. Nous ne sommes ici qu'historiens. Mém. de l'Acad. 1713.
M. Boyle, comme nous avons déjà dit, a substitué au feu substance une propriété méchanique ; savoir, une texture particuliere des parties. Quoique l'on puisse supposer une grande ressemblance entre les particules de feu qui adherent à la chaux vive, & celles d'esprit de vin bien rectifié, cependant il dit qu'il n'a pas trouvé que l'esprit-de-vin versé sur la chaux vive ait produit aucune chaleur sensible, ni aucune dissolution visible de la chaux ; & que néanmoins elle a paru s'en imbiber aussi avidement qu'elle a coûtume de faire l'eau commune. Il a trouvé aussi qu'en versant de l'eau froide sur la même chaux ainsi imbibée, elle ne produit aucune chaleur sensible, & même que la masse de chaux ne s'enfle & ne se casse qu'au bout de quelques heures : ce qui prouve, dit-il, que la texture de la chaux admet quelques particules de l'esprit-de-vin dans quelques-uns de ses pores qui sont les plus larges ou les plus propres pour sa réception, & qu'elle leur refuse l'entrée dans le plus grand nombre de ses pores, où la liqueur devroit être reçue pour être en état de détruire promtement les corpuscules de chaux jusque dans ses parties insensibles.
Ces phénomenes, selon M. Boyle, semblent prouver que la disposition qu'a la chaux vive de s'échauffer dans l'eau, dépend en partie de quelque texture particuliere, puisque les parties aqueuses qu'on pourroit croire capables d'éteindre la plûpart des atomes ignés qu'on suppose adhérer à la chaux vive, n'affoiblissent point à beaucoup près sa disposition à la chaleur ; au lieu que le grand nombre de corpuscules spiritueux, & leur texture conforme à celle de la chaux, ne semble pas augmenter cette disposition.
Cependant il paroît que le même auteur, en d'autres endroits, retombe dans l'opinion des corpusculaires, en avançant que si au lieu d'éteindre la chaux vive avec de l'eau froide, on se sert d'eau bouillante, l'ébullition sera infiniment plus considérable ; ce qui assurément n'est pas difficile à croire, puisque l'eau bouillante est beaucoup plus propre à pénétrer promtement le corps de la chaux, à se dissoudre sur le champ, & à mettre en liberté les parties salines & ignées dont elle abonde.
Il a essayé aussi de déterminer pourquoi les sels produisent plus promtement les mêmes effets que ne fait l'eau chaude, en versant des esprits acides, & en particulier de l'esprit de sel, sur de bonne chaux vive : par ce moyen on excite une chaleur beaucoup plus considérable que si on se servoit d'eau commune, soit qu'on employe ces esprits froids ou chauds.
Il n'est point aisé, dit le même auteur, de comprendre pourquoi des corps si légers & si petits seroient retenus dans la chaux aussi long-tems qu'ils doivent l'être suivant cette hypothese, puisque l'eau versée sur le minium ou sur le crocus martis, ne les échauffe pas beaucoup, quoiqu'ils ayent été calcinés par un feu violent, dont les corpuscules ou atomes semblent adhérer à leurs parties, comme on en juge par l'augmentation de poids que donne visiblement cette opération au plomb & au fer. Origine méch. du chaud. Voilà les principales opinions des Philosophes sur la chaleur. L'opinion de M. Lemery paroît être la plus suivie. Chambers.
CHALEUR, (Chimie) degrés de chaleur employés dans les différentes opérations chimiques, &c. Voyez FEU.
CHALEUR, (Oeconomie animale) chaleur animale. Quelques Zoologistes ont divisé les animaux en chauds & en froids : les derniers, s'il en existe réellement d'absolument tels, sont ceux qui, comme les plantes & la matiere la plus inactive, participent exactement à tous les changemens qui arrivent dans la température du milieu qui les environne. Les animaux chauds au contraire, tels que l'homme, chez qui nous avons à considérer plus particulierement ce phénomene, sont ceux qui jouissent ordinairement d'un degré de chaleur très-supérieur à celui du milieu dans lequel ils vivent, & qui peuvent conserver une température uniforme dans les différens degrés de froid & de chaud de ce milieu.
La chaleur absolue de l'homme dans l'état de santé, est au moins de 97 à 98d du thermometre de Fahrenheit, selon les expériences réitérées du dr. Martine ; & la température la plus commune de l'air n'excede guere, dans les contrées & dans les saisons les plus chaudes, ce terme ordinaire de la chaleur animale, tandis qu'elle peut descendre jusqu'au 216 degré au-dessous du même terme, c'est-à-dire 150 au-dessous du point de la congélation, &c. du ther. de Fahr. selon l'observation que M. Delisle en a faite à Kirenga en Sibérie, dont les habitans ont éprouvé ce froid rigoureux en 1738. On en a essuyé un plus terrible encore à Yeniseik en 1735, selon le même observateur. Mais sans faire entrer en considération ces degrés extrèmes, l'homme est exposé en général, dans ces climats tempérés, sans en être incommodé, à des vicissitudes de chaleur qui varient dans une latitude d'à-peu-près 60 degrés, c'est-à-dire depuis le 48e ou 50e au-dessus du point de la congélation du thermometre de Fahrenheit, jusqu'au douzieme ou quinzieme au-dessous de ce point ; ou selon la graduation de M. de Réaumur, qui nous est beaucoup plus familiere, depuis le vingt-cinquieme ou vingt-sixieme degré au-dessus de o, ou du terme de la glace, jusqu'au sixieme ou septieme au-dessous. La température ou le dégré spécifique de la chaleur de l'homme est uniforme dans ces différens degrés de chaleur ou de froid extérieur, du moins jusqu'à une certaine latitude. Ce fait est établi par les observations exactes de Derham, & de plusieurs autres physiciens.
La loi de la propagation de la chaleur, selon laquelle un corps doit prendre, au bout d'un certain tems, la température du milieu qui l'environne, est connue de tous les Physiciens. Donc un corps qui jouit constamment d'un degré de chaleur uniforme, malgré les changemens arrivés dans la température de ce milieu, & dont le degré de chaleur naturelle ordinaire est toujours supérieur à celui du même milieu ; un pareil corps, dis-je, doit engendrer continuellement une quantité de chaleur qui répare celle qu'il perd par son contact immédiat & continu avec le corps environnant, & en engendrer d'autant plus que ce corps est plus froid, plus dense, ou plus souvent renouvellé. C'est cette chaleur continuellement engendrée, & à-peu-près proportionnelle à l'excès dont la chaleur absolue d'un animal chaud surpasse celle du milieu qui l'environne, qui est proprement la chaleur animale : car un animal mort, privé de toute cause intrinseque de chaleur, & ne participant plus de celle dont il jouissoit pendant la vie, en un mot un cadavre froid, est exactement dans la même température que le milieu ambient. Ainsi donc si la chaleur absolue d'un animal est de 98d, comme celle de l'homme, par exemple, & que celle de l'athmosphere, &c. soit de 40d, sa chaleur propre ou naturelle est de 58d.
Le docteur Douglas, essai sur la génération de la chaleur des animaux, trad. de l'anglois, Paris 1751, reproche avec raison à quelques physiologistes modernes, de n'avoir pas distingué cette chaleur animale, qu'il appelle innée ; (expression peu exacte employée dans ce sens, qui n'est pas celui que lui donnoient les anciens,) de la chaleur commune, ou dépendante d'une cause externe, savoir de la température du milieu dans lequel l'animal vit ; car la seule maniere d'évaluer exactement la chaleur animale, dépend de cette distinction ; distinction qui n'avoit pas échappé aux anciens médecins ; car ils faisoient abstraction, dans l'évaluation de la chaleur animale, de la chaleur qu'ils appelloient primitive, qui avoit précédé la formation de l'animal, & qui ne cessoit pas à sa mort ; au lieu que sa chaleur naturelle ou vitale dépendoit essentiellement de la vie de l'animal ; observation très-fine & très-ingénieuse pour ces tems-là.
L'idée précise & déterminée que nous devons nous former de la chaleur animale, étant ainsi établie, je passe à l'exposition de ses principaux phénomenes. Les voici.
Il y a un certain degré de chaleur extérieure, dans lequel la chaleur innée d'un animal, quoique vivant & en bonne santé, est totalement détruite. Ce degré, dans les animaux chauds, répond à celui de la température naturelle de leur sang. Si de ce terme nous supposons qu'un animal chaud passe dans une suite indéfinie de degrés de froid qui aillent en croissant, sa chaleur innée augmentera dans la même proportion que les degrés de froid, jusqu'à une certaine limite ; ensuite de quoi elle diminuera par degrés à mesure que le froid augmentera, jusqu'à ce que l'animal meure, & que sa chaleur soit totalement détruite. Douglas.
On peut se convaincre aisément qu'un animal chaud, dans un milieu de même température que son sang, n'engendre point de chaleur. Si on entre dans un bain qui soit échauffé précisément à ce degré, on trouvera alors par le thermometre, qu'il n'y a point de différence sensible entre la température de son corps, & celle du milieu ambient ; par conséquent on n'engendre point de chaleur, quoique non-seulement on vive, mais qu'on jouisse pendant un tems considérable d'une bonne santé, & que la circulation se fasse avec beaucoup de vigueur. On peut faire cette expérience plus aisément, en tenant dans sa main la boule d'un thermometre plongée dans un bassin rempli d'eau chaude, au 96e ou 98e degré. Id. ibid.
De plus, depuis ce terme de la chaleur innée d'un animal, qui dans l'homme est d'environ 98 degrés, dans les quadrupedes & les oiseaux à 100, 102, 104 & 106 degrés, son accroissement est proportionnel à celui du froid, jusqu'à une certaine limite. Ainsi ; par exemple, un homme n'engendre pas de chaleur dans un milieu qui est au 98d ; dans celui qui est au 90d, il en produit 8d ; dans celui qui a 80d de chaleur, il en engendre 18d ; dans un milieu qui n'est qu'à 70d, sa chaleur innée est égale à 28d, &c. Ainsi tant qu'il conserve son point naturel de chaleur, qui peut subsister au moins dans le tronc sous un accroissement considérable du froid extérieur, il engendre des degrés de chaleur égaux aux augmentations du froid : mais on sait que dans la suite il perd sa température naturelle ; & le froid augmentant toujours, les accroissemens de sa chaleur innée sont de plus en plus en moindre raison que ceux du froid, jusqu'à ce qu'à un certain période elle devienne incapable de recevoir de nouvelles augmentations. Enfin si on suppose que le froid continue encore à augmenter depuis ce période, il est aisé de voir que sa chaleur innée doit diminuer par degrés jusqu'à ce qu'elle se termine enfin avec la vie. Id. ibid.
La latitude de la chaleur differe dans les différentes parties d'un animal, & dans les différens animaux, suivant les vîtesses respectives de leur circulation : & de plus, le même animal peut fixer, à sa volonté, cette latitude à différens degrés de froid, suivant qu'il retarde ou accélere le mouvement de son sang par le repos & l'exercice, ou par d'autres causes. D'ailleurs, la température d'un animal chaud ne descend jamais au-dessous de son point naturel, que lorsque la vîtesse de la circulation est en même tems proportionnellement diminuée ; & plus sa température s'éloigne de ce point, plus grande est la diminution de cette vîtesse. En un mot, on peut conclure certainement que depuis ce degré de froid extérieur, où la chaleur innée d'un animal parvient à sa plus grande vigueur, elle diminue ensuite dans la même proportion que la vîtesse du sang, jusqu'à ce qu'elles se terminent l'une & l'autre avec la vie de l'animal. Id. ibid.
Les grands animaux éprouvent une moindre perte de chaleur, que les petits de la même température ; & cela exactement en raison de leurs diametres, caeteris paribus. Maintenant puisque la densité des corps des animaux est à-peu-près la même, nous pouvons donc, malgré quelque différence qu'il peut y avoir dans les figures particulieres, & qu'on peut négliger ici en toute sûreté, comme étant de peu de conséquence dans l'argument général ; nous pouvons, dis-je, avancer que les animaux de la même température perdent de leur chaleur en raison inverse de leurs diametres. Mais comme dans les animaux vivans la chaleur qu'ils acquierent doit être égale à la perte qu'ils éprouvent, il suit évidemment que les quantités de chaleur produites par des animaux de la même température, sont, volume pour volume, réciproquement comme le diametre de ces animaux.
Ainsi, par exemple, si nous supposons que le diametre d'un éléphant soit à celui d'un petit oiseau comme 110 à 1, il suit que leurs pertes respectives de chaleur étant en cette proportion, la cause qui produit la chaleur dans l'oiseau doit agir avec cent fois plus d'énergie que dans l'éléphant, pour compenser sa perte cent fois plus grande.
De plus, si nous faisons la comparaison entre l'éléphant & l'abeille (insecte que le docteur Martine a trouvé d'une température égale à celle des animaux chauds), la différence entre la quantité de chaleur que perdent ces deux êtres si disproportionnés, & qu'ils acquierent de nouveau, est encore beaucoup plus grande, & se trouve peut-être comme 1000 à 1. Id. ibid.
Un animal, depuis les limites de sa chaleur innée jusqu'à une certaine latitude de froid, conserve sa température naturelle égale & uniforme, comme nous l'avons déjà vû : mais cette latitude n'est pas à beaucoup près la même dans les différentes parties du corps ; en général elle est plus grande dans le tronc, & elle diminue dans les autres parties, à-peu-près à raison de leurs distances du tronc : mais elle est fort petite, sur-tout dans les mains, les piés, les talons, les oreilles, & le visage, &c. la raison en est évidente : la circulation du sang se fait plus vîte, caeteris paribus, dans les parties proches du coeur, & diminue de sa vîtesse en s'éloignant de ce centre ; ensorte que dans les parties les plus éloignées elle doit être fort lente.
La chaleur de la fiévre est dans l'homme d'environ 105, 106 ou 108d du thermometre de Fahrenheit, selon l'estimation du docteur Martine.
Le même docteur Martine a observé qu'on pouvoit rester quelque tems dans un bain dont la chaleur est d'environ 110 degrés ; mais que l'eau échauffée jusqu'au 112e ou 114e étoit trop chaude, pour que le commun des hommes pût tenir dedans pendant un certain tems les piés & les mains, quoique les mains calleuses ou endurcies par le travail de quelques ouvriers, ne soient pas offensées par un degré supérieur.
Il n'est pas inutile d'observer sur cela qu'il ne faut qu'une certaine habitude pour pouvoir se laver impunément les mains avec du plomb fondu, comme le pratiquent certains charlatans, pourvû qu'on ait soin de ne faire fondre ce métal qu'au point précis de chaleur qui peut produire la fusion. Ce degré n'est pas très-considérable : il n'est pas capable de brûler les mains, sur-tout si l'on a soin de ne retenir le plomb que très-peu de tems ; précaution qui n'est pas négligée dans l'épreuve dont nous parlons : car on peut toucher à des corps brûlans moyennant cette derniere circonstance, c'est-à-dire pourvû que ce contact ne soit que momentané. C'est ainsi que les Confiseurs trempent leurs doigts dans du sucre bouillant, les Cuisiniers dans des sauces assez épaisses aussi bouillantes, &c.
Trois animaux, un moineau, un chien, & un chat, que Boerhaave exposa à un air chaud de 146 degrés, moururent tous en quelques minutes. Le thermometre mis dans la gueule du chien quelques instans après sa mort, marqua le 110e degré de chaleur.
Enfin il faut encore se souvenir que les parties des animaux dans lesquelles le mouvement des humeurs est intercepté, ou considérablement diminué, comme dans certains cas de paralysie, après la ligature d'un artere, &c. que ces parties, dis-je, sont froides, ou ne joüissent presque que de la chaleur étrangere, ou communiquée par le milieu ambient.
Voilà une histoire exacte du phénomene que nous examinons ; histoire qui dans la question présente, comme dans toute question physiologique, constitue d'abord en soi l'avantage le plus clair & le plus solide qu'on en puisse retirer, & qui doit être d'ailleurs regardée comme l'unique source des raisonnemens, des explications & de la saine théorie. Nous allons donc nous appuyer de la considération de ces faits, pour peser le degré de confiance que nous pouvons raisonnablement accorder aux systèmes que les Physiologistes nous ont proposés jusqu'à-présent sur cette matiere.
Depuis que notre façon d'envisager les objets physiques est devenue si éloignée de celle qui faisoit considérer la chaleur animale à Hyppocrate, comme un souffle divin, comme le principe de la vie, comme la nature même ; & que l'air de sagesse, le ton de démonstration, & le relief des connoissances physiques & mathématiques, ont établi la doctrine des médecins méchaniciens sur le débris de l'ingénieux système de Galien, & des dogmes hardis des Chimistes, la chaleur animale a été expliquée par les plus célebres physiologistes, par les différens chocs, frottemens, agitations, &c. que les parties du sang éprouvoient dans ses vaisseaux, soit en se heurtant les unes contre les autres, soit par l'action & la réaction mutuelle de ce fluide & des vaisseaux élastiques & oscillans dans lesquels il circule. Le mouvement intestin auquel les Chimistes avoient eu recours, & qu'ils regardoient comme une fermentation ou comme une effervescence, n'a pourtant pas été absolument abandonné encore ; mais ce mouvement a été ramené par les physiologistes qui l'ont retenu, aux causes méchaniques de la production de la chaleur, entendues par chaque auteur selon le système de philosophie qu'il a adopté.
Le docteur Mortimer même a proposé en 1745 à la société royale de Londres, une explication de la chaleur animale, fondée sur une espece d'effervescence excitée entre les parties d'un soufre animal ou phosphore, qu'il suppose tout formé dans les humeurs des animaux, & les particules aériennes contenues dans ces humeurs : mais l'existence de ce soufre, & l'état de liberté de l'air contenu dans nos humeurs, du-moins dans l'état de santé, ne sont établis que sur deux suppositions également contraires à l'expérience.
Mais toutes ces opinions qui ont regné dans l'école pendant les plus beaux jours de la Physiologie, qui peuvent compter parmi leurs partisans un Bergerus, un Boerhaave, un Stahl ; ces opinions, dis-je, ont été enfin très-solidement réfutées par le docteur Douglas (essai déjà cité) qui leur oppose entre autres argumens invincibles, l'impossibilité d'expliquer le phénomene essentiel, savoir, l'uniformité de la chaleur des animaux sous les différentes températures de leur milieu ; & c'est précisément à ce phénomene, qui fait effectivement le vrai fond de la question, que le système du docteur Douglas satisfait par la solution la plus naturelle & la plus séduisante. Cet ingénieux système, qui a été orné, étendu, & soûtenu avec éclat dans les écoles de Paris par M. de la Virotte, n'est cependant encore qu'une hypothèse, à prendre cette expression dans son sens desavantageux, comme je vais tâcher de le démontrer : je dis démontrer ; car en Physique même nous pouvons atteindre jusqu'à la démonstration, quand nous n'avons qu'à détruire, & sur-tout lorsqu'il ne s'agit que d'une explication physiologique, appuyée sur les lois méchaniques & sur le calcul.
Le système du docteur Douglas est exposé & prétendu démontré dans le théorème suivant, qui est précédé de quatre lemmes mentionnés dans sa démonstration que nous allons aussi rapporter, & de l'énumération des phénomenes que nous venons d'exposer d'après cet auteur.
Théorème. " La chaleur animale est produite par le frottement des globules du sang dans les vaisseaux capillaires.
Cette proposition est un corollaire qui suit naturellement des quatre lemmes (que nous pouvons regarder avec l'auteur comme démontrés) ; car il est évident que la chaleur animale doit être l'effet ou du frottement des fluides sur les solides, ou de celui des solides entr'eux, ou enfin d'un mouvement intestin. Par le lemme premier, elle ne peut pas être produite par le frottement des fluides sur les solides : par le lemme second, elle ne peut être l'effet d'aucun mouvement intestin du sang : par le lemme troisieme, elle n'est produite en aucune maniere par le frottement des solides entr'eux, excepté seulement celui des globules dans les vaisseaux capillaires : par le lemme quatrieme, les quantités de ce frottement sont proportionnelles aux degrés de la chaleur engendrée. Ce frottement des globules dans les vaisseaux capillaires, doit donc être regardé comme la seule cause de la chaleur animale ". C. Q. F. D.
Le théorème établi, M. le docteur Douglas en déduit avec beaucoup d'avantage l'explication de tous les phénomenes que nous venons de rapporter. Le principal phénomene sur-tout, savoir l'uniformité de la chaleur animale dans les différens degrés de température du milieu environnant, en découle comme de lui-même. En voici la preuve. Les vaisseaux capillaires sont resserrés par le froid, personne n'en peut disconvenir ; des vaisseaux capillaires resserrés embrasseront un globule étroitement, le toucheront dans un grand cercle entier au-moins ; puisqu'il est tel degré de constriction où le diametre du globule sera plus grand que celui du vaisseau capillaire, & où par conséquent ce globule sera forcé de changer sa figure sphérique, & de s'allonger en ovale ; ce qui augmentera considérablement le frottement, tant à raison de l'augmentation de la pression mutuelle, que de celle de la surface du contact, qui s'exercera alors dans une zone au lieu d'une simple circonférence : donc des vaisseaux ainsi resserrés sont le plus favorablement disposés qu'il est possible pour la génération de la chaleur. Au contraire, dans un vaisseau capillaire relâché par la chaleur, un globule touche à peine à ce vaisseau par un seul point : donc le frottement & par conséquent la génération de la chaleur sont nuls ou à-peu-près nuls dans ce dernier cas. Rien ne paroît si simple que l'action absolue de ces causes, & que leur rapport exactement proportionnel avec les effets qu'on leur assigne.
Mais d'abord, lorsque M. Douglas avance qu'il est évident que la chaleur animale doit être l'effet ou du frottement des fluides sur les solides, ou de celui des solides entr'eux, ou enfin d'un mouvement intestin, il suppose sans-doute que le système de Galien & des Arabes, qui a si long-tems régné dans l'école, est suffisamment réfuté, & qu'il a été abandonné avec raison. Je suis bien éloigné assûrément de vouloir reclamer la chaleur innée, ou plûtôt le feu ou le foyer inné, allumé par l'esprit implanté, alimenté par l'humide radical, ventillé par l'air respiré, &c. Cependant je ne crois pas que ce feu présenté, sur-tout comme ses partisans les plus éclairés l'ont fait, comme un agent physique & réel, & non pas comme une vaine qualité (Calidi nomen concretum est, quod non solum accidens denotat, sed etiam subjectum cui illud inhaeret. Laz. Riverii J. Med.) ; que ce foyer, dis-je, doive être exclus de l'énumération des formes possibles, sous lesquelles on peut concevoir la chaleur animale : sur-tout le grand argument du docteur Douglas ne portant pas contre ce système, selon lequel rien n'est si simple que d'expliquer l'uniformité de la chaleur animale dans les différens degrés de température de leur milieu environnant ; car l'air respiré étant regardé par les Galénistes comme excitant le feu animal par un méchanisme semblable à celui de son jeu dans nos fourneaux à vent, & l'intensité de cet effet de l'air étant exactement comme sa densité ou sa froideur, la génération de la chaleur par cette cause sera proportionnée à la perte que l'animal en fera par le même degré de froid, & par conséquent il persistera dans sa température uniforme.
Mais le sentiment de l'ancienne école peut être défendu par des considérations qui le rendent plus digne encore, ce semble, d'être mis au-moins à côté des théories modernes. En effet toutes les parties des animaux, & leurs humeurs sur-tout, sont composées de substances inflammables ; elles contiennent le véritable aliment du feu ; & les causes qui excitent la chaleur dans ce foyer, quelles qu'elles soient, l'ont portée quelquefois jusqu'à dégager le principe inflammable, jusqu'à le mettre manifestement en jeu, en un mot jusqu'à exciter dans les animaux un véritable incendie, comme il est prouvé par un grand nombre de faits rapportés par différens auteurs dignes de foi, & recueillis par M. Rolli, dans un écrit lû à la société royale de Londres en 1745. Cet ouvrage se trouve traduit en françois à la suite des dissertations sur la chaleur animale, &c. traduites de l'anglois, à Paris chez Hérissant, 1751.
Des humeurs ainsi constituées paroissent pouvoir au-moins être très-raisonnablement soupçonnées d'être échauffées dans l'état naturel par un vrai feu d'embrasement, tel que le supposoient les anciens. Les phénomenes de l'électricité paroissent encore favorables à cette opinion, la rendent du moins digne d'être discutée ; en un mot il n'est point du tout décidé que la chaleur animale ne dépende que du feu libre répandu uniformément dans les corps des animaux comme dans les corps inanimés, & même dans le vuide ; feu excité par des frottemens, &c. & non pas d'une certaine quantité de feu combiné dans les différentes substances animales, & dégagé par les mouvemens vitaux. C'est donc faire, je le répete, une énumération très-incomplete des causes possibles de la génération de la chaleur animale, que de négliger celle-ci pour n'avoir recours qu'aux causes méchaniques de la chaleur, aux frottemens, qui l'engendrent indifféremment dans tous les corps inflammables ou non inflammables, mais qui ne peuvent jamais exciter d'incendie vrai, c'est-à-dire de dégagement du feu combiné, que dans les premiers. Or, en bonne logique, pour être en droit d'établir une opinion sur la réfutation de toutes les autres explications possibles, au-moins faut-il que l'exclusion de ces autres explications soit absolue.
J'en viens à-présent au fond même du système du docteur Douglas, & j'observe 1°. qu'il est impossible de concevoir le méchanisme sur lequel il l'appuie, si on ne fait plier son imagination à l'idée d'un organe, d'un vaisseau capillaire représenté comme chaud & froid, relâché & resserré, & cela exactement dans les mêmes tems ; car à un degré de froid donné, à celui de la congélation de l'eau, par exemple, un vaisseau capillaire exposé à toute l'énergie de ce froid, sera resserré au point de pouvoir exercer avec la file de globules qui le parcourra dans cet état, un frottement capable d'engendrer une certaine chaleur, celle de 66 degrés, sous la température supposée ; mais l'instant même du frottement est celui de la génération de cette chaleur, tant dans le globule que dans le vaisseau capillaire, & par conséquent celui du relâchement de ce dernier.
C'est à ce dernier effet que le docteur Douglas paroît n'avoir pas fait attention ; car il suppose son vaisseau capillaire constamment resserré ou froid : & ce n'est même que par cette contraction qu'il est disposé à la génération de la chaleur. Mais il est impossible de saisir même par l'imagination la plus accoûtumée aux idées abstraites, aux concepts métaphysiques, de saisir, dis-je, un intervalle entre la génération de la chaleur dans ce vaisseau & le relâchement de ce même vaisseau ; effet nécessaire & immédiat de son échauffement. Ce vaisseau est si délié, & il embrasse si étroitement la colonne de globules échauffés selon la supposition, que quand même ce ne seroit que par communication qu'il s'échaufferoit, cette communication devroit être instantanée : mais le cas est bien plus favorable à la rapidité de sa caléfaction, puisque ce vaisseau est en même tems l'instrument de la génération & la matiere de la susception de la chaleur : donc, selon le méchanisme proposé par le docteur Douglas, un vaisseau capillaire, contenant une file de globules engendrant actuellement de la chaleur par le frottement dans ce vaisseau, doit être chaud, & par conséquent relâché ; mais par la supposition du docteur Douglas, il n'est propre à engendrer de la chaleur qu'autant qu'il est froid & resserré : donc, dans le système de cet auteur, un même vaisseau doit être conçu en même tems, relâché & resserré, froid & chaud. C. Q. F. D.
Mais en renonçant à cette démonstration, & en accordant qu'il est possible que des vaisseaux extrèmement déliés soient parcourus pendant un tems souvent très-considérable (un animal peut vivre long-tems exposé au degré de la congelation de la glace, sans que sa température varie) par une colonne des globules chauds, comme 66 degrés au dessus du terme de la glace du therm. de Fahr. sans que ces vaisseaux cessent d'être froids comme ce terme de la glace : j'observe 2°. que dans le cas le plus favorable au frottement des globules dans les vaisseaux capillaires, on ne voit nulle proportion entre la grandeur de l'effet & celle de la cause : en premier lieu, parce que le mouvement des humeurs est très-lent dans les capillaires, de l'aveu de tous les Physiologistes ; & en second lieu, parce que les instrumens générateurs de la chaleur font une partie bien peu considérable de la masse, qui doit être échauffée par cette cause.
Le docteur Douglas convient de la difficulté tirée de la lenteur des humeurs dans les capillaires : Il est vrai (dit-il pag. 334.) que la vîtesse du frottement doit être petite dans les capillaires ; mais ce défaut est amplement compensé par la grande étendue de sa surface, comme on le voit évidemment par le nombre immense des vaisseaux capillaires, & la petitesse excessive des globules. Mais cette compensation est supposée gratis, & l'expérience lui est absolument contraire. La chaleur excitée par le frottement lent d'une surface mille fois plus grande, ne peut jamais équivaloir à celle qui s'excite par le frottement rapide d'une surface mille fois moindre : je ne dis pas quand même la vélocité du mouvement seroit dans les deux cas réciproquement proportionnelle aux surfaces ; mais si le mouvement de la petite surface étoit seulement tant soit peu plus rapide que celui de la surface mille fois plus grande : en un mot, caeteris paribus (c'est-à-dire la densité, la roideur ou la dureté des corps, leur contiguité, les tems du frottement, &c. étant égaux), le degré de chaleur excité par le frottement est comme sa rapidité, & la quantité de surface frottée ne fait rien du tout à la production de ce degré (abstraction faite de la perte de chaleur par la communication) : tout comme cent pintes d'eau bouillante mises ensemble, n'ont pas un degré de chaleur centuple de celui de l'eau bouillante, mais au contraire un degré exactement le même. M. Douglas paroît avoir confondu ici la quantité de chaleur avec le degré : mais ce sont deux choses bien différentes. Cent globules frottés, ou cent pintes d'eau contiennent une quantité de chaleur, comme cent, où sont cent corps chauds ; un seul globule, ou une seule pinte, ne sont que la centieme partie de cette masse chaude : mais le degré de chaleur est le même dans le globule seul & dans les cent globules, ou dans un million de globules. Ainsi si chaque globule ne peut dans son trajet dans un vaisseau capillaire produire sous la température supposée une chaleur de 66 degrés, il est impossible que tel nombre de globules qu'on voudra imaginer produise ce degré de chaleur. C. Q. F. D.
J'ai dit en deuxieme lieu, que les instrumens générateurs de la chaleur font une partie bien peu considérable de la masse qui doit être échauffée par cette cause ; & en effet quelque multipliés qu'on suppose les vaisseaux capillaires, & quelque grande qu'on suppose la somme de leurs capacités & de la masse de leurs parois, on ne les poussera pas, je crois, jusqu'à les faire monter à la moitié de la capacité totale du système vasculeux, & de la masse générale des solides d'un animal. Mais supposons qu'elles en fassent réellement la moitié : dans cette hypothèse, la chaleur engendrée dans ces vaisseaux doit être exactement double de la chaleur spécifique de l'animal, pour qu'il résulte de l'influence de cette chaleur dans un corps supposé absolument froid, ce degré de chaleur spécifique moyen entre la privation absolue & la chaleur double du foyer dont il emprunte cette chaleur. Or oseroit-on dire que la chaleur dans les vaisseaux capillaires est une fois plus grande que dans les gros vaisseaux & dans le coeur ? On ne sauroit répondre à cette difficulté, que les organes générateurs de la chaleur sont si exactement répandus parmi toutes les parties inutiles à cette génération, que la distribution égale de cette chaleur à toutes les parties, s'opere par une influence ou communication soudaine : car il est tel organe qui par sa constitution est le plus favorablement disposé à la génération de la chaleur, & qui n'est pas à portée de la partager avec aucune partie froide. La peau, par exemple, n'est presque formée que par un tissu de vaisseaux capillaires ; elle n'embrasse & n'avoisine même aucune partie inutile à la génération de la chaleur : les grandes cavités du corps au contraire, le bas-ventre, par exemple, contiennent un grand nombre de parties, non-seulement inutiles à la génération de la chaleur, mais même nécessairement disposées à partager celle qui s'excite dans les vaisseaux capillaires des ces visceres (s'il est vrai qu'ils se trouvent jamais dans le cas d'en engendrer), & par conséquent à la diminuer : ces parties sont le volume vuide ou rempli de matiere inactive des intestins, la vessie de l'urine, celle de la bile, les gros vaisseaux sanguins, les différens conduits excrétoires, &c. Ce seroit donc la peau qu'il faudroit regarder comme le foyer principal de la chaleur animale, & comme joüissant dans tous les cas de la génération de la chaleur (qui font l'état ordinaire de l'animal) d'un degré de chaleur très-supérieur à celui de l'intérieur de nos corps ; & par conséquent on devroit observer dans la peau, dans l'état naturel & ordinaire d'un animal, une chaleur à-peu-près double de celle de la cavité du bas-ventre. Or tout le monde sait combien ce fait est contraire à l'expérience.
Nous nous contenterons de ce petit nombre d'objections principales ; elles suffisent pour nous prouver que nous sommes aussi peu avancés sur la détermination des sources de la chaleur animale, que les différens auteurs dont nous avons successivement adopté & abandonné les systèmes ; que Galien lui-même, qui a avancé formellement qu'elle ne dépendoit point d'un mouvement d'attrition. Cette découverte n'est pas flateuse assûrément ; mais dans notre maniere de philosopher, la proscription d'un préjugé, d'une erreur, passe pour une acquisition réelle. Au reste, elle nous fournira cependant un avantage plus positif & plus général : elle pourra servir à nous convaincre de plus en plus, par l'exemple d'un des plus jolis systèmes que la théorie méchanicienne ait fourni à la Médecine, combien l'application des lois méchaniques aux phénomenes de l'oeconomie animale sera toûjours malheureuse. Voyez OECONOMIE ANIMALE.
Les anciens ont appellé coctions les élaborations des humeurs, parce qu'ils les regardoient comme des especes d'élixations. Voyez COCTION.
Le sang est-il rafraîchi, ou au contraire échauffé par les jeux des poumons ? c'est un problème qui partage les Physiologistes depuis que Stahl a proposé sur la fin du dernier siecle ce paradoxe physiologique : savoir que le poumon étoit le principal instrument de la conservation, & par conséquent de la génération de la chaleur animale. V. RESPIRATION. (b)
CHALEUR des sexes, des tempéramens. Voyez SEXE, TEMPERAMENT.
CHALEUR ANIMALE contre nature, (Médecine pratique) La chaleur animale s'éloigne de son état naturel, principalement par l'augmentation & par la diminution de son intensité ou de son degré.
Il faut se rappeller d'abord que nous avons observé, en exposant les phénomenes de la chaleur animale, que son degré, tout inaltérable qu'il est par les différens changemens de température des corps environnans, pouvoit cependant varier dans une certaine latitude, sans que le sujet qui éprouvoit ces variations cessât de joüir d'une santé parfaite.
Il faut donc, pour que la chaleur animale soit réputée maladive ou contre nature par l'augmentation ou la diminution de son degré, que le phénomene soit accompagné de la lésion des fonctions, ou au moins de douleur, de malaise, d'incommodité.
La diminution contre nature de la chaleur animale est désignée dans le langage ordinaire de la Médecine par le nom de froid. Voyez FROID.
La chaleur augmentée contre nature, ou se fait ressentir dans tout le corps, ou seulement dans quelques parties. Dans les deux cas elle est idiopatique ou symptomatique.
La chaleur générale idiopatique est celle qui dépend immédiatement d'une cause évidente, savoir de quelques-unes des six choses non naturelles, ou de l'action d'un corps extérieur ; telle est celle qui est produite dans nos corps par un exercice excessif, ou par la fatigue, par la boisson continuée & inaccoutumée des liqueurs spiritueuses, par la chaleur soûtenue de l'atmosphere, par les excès avec les femmes, &c.
La chaleur générale symptomatique est celle qui dépend d'une disposition contre nature déjà établie dans le corps & ayant un siége déterminé ; telle est la chaleur de la fievre qui accompagne les maladies aiguës, &c.
L'augmentation idiopatique de la chaleur générale ne peut jamais être regardée que comme une incommodité ; car la chaleur simplement excessive n'est jamais en soi une maladie, malgré le préjugé qui la rend si redoutable même aux Médecins.
Il est bien vrai que cet état peut devenir cause de maladie, s'il se soûtient un certain tems ; mais ce ne sera jamais qu'en détruisant l'équilibre ou l'ordre & la succession des fonctions, en un mot en affectant quelqu'organe particulier qui deviendra le noyau ou le siége de la maladie : car les effets généraux de la chaleur comme telle sur le système général des solides & sur la masse entiere des humeurs, ne sont assûrément rien moins qu'évidens, comme nous l'observerons dans un instant, en parlant du plus haut degré de chaleur fébrile.
Cette incommodité ne mérite dans la plûpart des cas aucun traitement vraiment médicinal, & on peut se contenter de prescrire à ceux qui l'éprouvent, de cesser de s'exposer à l'action des causes qui la leur ont procurée. Si cependant on pouvoit en craindre quelques suites fâcheuses, comme ces suites sont à craindre en effet dans les tempéramens ardens, vifs, mobiles, sensibles, on les prévient très-sûrement par le repos du corps, le silence des passions, la boisson abondante des liqueurs aqueuses legerement acides & spiritueuses ; celle des émulsions, des legeres décoctions de plantes nitreuses ; les alimens de facile digestion & peu nourrissans, tels que les fruits aqueux, acidules ; les légumes d'un goût fade, les farineux fermentés, les bains tempérés ; la saignée, lorsque la chaleur n'est pas accompagnée d'épuisement, &c.
Le symptome le mieux caractérisé de l'état du corps, qu'on appelle communément échauffement, c'est la constipation. Ces deux termes même ne désignent presque qu'une même chose dans le langage ordinaire : lorsque la chaleur augmentée est accompagnée de la disposition du ventre que la constipation annonce, elle approche un peu plus de l'état de maladie. Mais cet état-là même est le plus souvent d'une bien moindre conséquence qu'on ne l'imagine. Voyez CONSTIPATION.
La chaleur augmentée symptomatique générale est précisément la même chose que la chaleur fébrile ; car la chaleur n'est jamais augmentée dans tout le corps en conséquence d'un vice fixé dans un siége particulier plus ou moins étendu, que les autres phénomenes de la fievre ne se fassent en même tems remarquer ; ou pour exprimer plus précisément cette proposition, la chaleur générale symptomatique est toûjours fébrile, & réciproquement la fievre, & par conséquent la chaleur fébrile & vraiment maladive, est toûjours symptomatique ; car la fievre n'est jamais produite immédiatement par les causes évidentes, mais suppose toûjours un vice particulier, un desordre dans l'exercice & la succession des fonctions, en un mot un inéquilibre, un noyau ou un noeud à résoudre, une matiere à évacuer, &c. Voyez FIEVRE.
Nous avons rapporté dans l'exposition des phénomenes de la chaleur animale, d'après le d. Martine, que le terme extrème de la chaleur des animaux dans les plus fortes fievres n'excédoit pas de beaucoup leur température ordinaire ; qu'il n'étoit guere porté au-delà du 107 ou 108e degré du thermometre de Fahrenheit.
Ce même savant a aussi observé sur lui-même qu'au commencement d'un accès de fievre, lorsqu'il étoit tout tremblant & qu'il essuyoit le plus grand froid, sa peau étoit cependant de 2 ou 3 degrés plus chaude que dans l'état naturel, ce qui est fort remarquable.
Le d. Martine nous a aussi rassurés par une expérience bien simple contre la crainte des suites funestes de la chaleur fébrile, que le célebre Boerhaave regardoit comme très-capable de coaguler la sérosité du sang, fort persuadé que cet effet peut être produit par un degré de chaleur fort peu supérieur au 100e, opinion qui a autorisé le d. Arbuthnot & le d. Stales à soûtenir que la chaleur naturelle du sang humain approchoit de fort près du degré de coagulation. L'expérience ou les faits par lesquels le d. Martine a détruit ces prétentions, sont ceux-ci : il a trouvé que pour coaguler la sérosité du sang ou le blanc d'oeuf, il falloit une chaleur bien supérieure à celle que peut supporter un animal vivant, ces substances restent fluides jusqu'au 156e degré ou environ.
Les autres effets généraux attribués communément à la chaleur fébrile ne sont pas plus réels, du moins plus prouvés que celui dont nous venons de parler. On imagine communément, & ce préjugé est fort ancien dans l'art, que la chaleur augmentée (l'énumération de ces redoutables effets est du savant Boerhaave) dissipe la partie la plus liquide de notre sang, c'est-à-dire l'eau, les esprits, les sels, les huiles les plus subtiles ; qu'elle seche le reste de la masse, la condense, la réduit en une matiere concrete, incapable de transport & de résolution ; qu'elle dégage les sels & les huiles, les atténue, les rend plus acres, les exalte, & les dispose à user les petits vaisseaux & à les rompre ; qu'elle seche les fibres, les roidit, & les contracte.
Mais premierement cette prétendue dissipation de la partie la plus liquide de nos humeurs par la chaleur fébrile, ne demande que la plus legere considération des symptomes qui l'accompagnent, pour être absolument démentie.
En effet quel est le praticien qui ne doit pas s'appercevoir, dès qu'il renoncera aux illusions de la Médecine rationnelle, que les secrétions sont ordinairement suspendues dans la plus grande ardeur de la fievre ; que la peau sur-tout & la membrane interne du poumon sont dans un état de constriction, de sécheresse fort propre à supprimer ou à diminuer la transpiration, & qui la diminue en effet ; & que lorsque la peau & les autres organes excrétoires viennent à se détendre sur le déclin d'une maladie, les sueurs & les autres évacuations qui suivent ce relâchement annoncent ordinairement la plus favorable terminaison de la maladie, & non pas une foule de maladies promtes, dangereuses, mortelles, &c. en un mot que tant que la chaleur de la fievre est dangereuse, elle est seche ou ne dissipe pas assez, bien loin de dissiper des parties utiles, & qu'elle ne doit être au contraire regardée comme de bon augure que lorsqu'elle est accompagnée de dissipation.
Quant à la prétendue altération des humeurs, qui dépend du dégagement des sels, de l'exaltation des huiles, de la vergence à l'alkali, au rance, au muriatique, aux acrimonies, en un mot à l'érosion & à la rupture des petits vaisseaux, & aux autres effets de ces acrimonies ; ces prétentions tiennent trop au fond même de la doctrine pathologique moderne pour être discutées dans cet endroit. Voyez FIEVRE, PATHOLOGIE, VICE des humeurs, au mot HUMEUR.
Mais si le danger de la chaleur excessive, comme telle, n'est prouvé par aucun effet sensible, il est établi au contraire par de fréquentes observations, que ce symptome peut accompagner un grand nombre des maladies ordinairement peu funestes. Voyez FIEVRE.
Van-Helmont a combattu avec sa véhémence ordinaire les préjugés des écoles qui reconnoissoient la chaleur pour l'essence de la fievre, en abusant manifestement de la doctrine des anciens qui définissoient la fievre par l'augmentation de la chaleur, & qui ne la reconnoissoient presque qu'à ce signe, avant que l'usage de déterminer sa présence & ses degrés par l'exploration du pouls se fût introduit dans l'art. Voyez FIEVRE. L'ingénieux réformateur dont nous venons de parler observe très-judicieusement d'après Hyppocrate, dont il reclame l'autorité, que la chaleur n'est jamais en soi une maladie, ni même cause de maladie ; axiome qui étant bien entendu doit être regardé comme vraiment fondamental, & qui mérite la plus grande considération par son application immédiate à la pratique de la Médecine, d'où il fut sans-doute important d'exclure alors cette foule d'indications précaires tirées de la vûe d'éteindre l'ardeur de la fievre, de prévenir l'incendie général, la consommation de l'humide radical, la dissipation des esprits, &c. axiome qu'il seroit peut-être essentiel de renouveller aujourd'hui pour modérer du moins, s'il étoit possible, ce goût peut-être trop dominant de rafraîchir & de tempérer, qu'un reste d'Hequétisme, la doctrine des acrimonies, & quelques autres dogmes aussi hypothétiques, paroissent avoir répandu dans la Médecine pratique la plus suivie, & dans le traitement domestique des incommodités ; goût que nous devons originairement au fameux Sydenham, mais à Sydenham rationnel, qui ne mérite assûrément pas à ce titre la salutation respectueuse dont Boerhaave honoroit en lui l'observateur attentif, le sage empyrique.
On peut donc avancer assez généralement, que ce n'est pas proprement la chaleur que le Medecin a à combattre dans le traitement des fievres ; & que s'il lui est permis quelquefois de redouter cette chaleur, ce n'est que comme signe d'un vice plus à craindre, & non pas comme pouvant elle-même produire des effets funestes.
Il ne faudroit pas cependant conclure de cette assertion, que ce seroit une pratique blâmable que celle de diminuer la violence de la fievre commençante, par les saignées & par la boisson abondante des liqueurs aqueuses ; nous prétendons seulement établir que ces secours ne doivent être regardés dans les maladies bien décidées, que comme simplement préparatoires ; car si on les regarde comme curatifs ou comme remplissant l'indication principale, & qu'on agisse conséquemment, on voudra emporter le fond d'une maladie par leur seul moyen ; c'est-à-dire qu'on embrassera, dans la vûe sage & timide, ce semble, d'adoucir, de relâcher, de calmer, la méthode la plus hardie de toutes celles qu'ont adoptées les Médecins depuis qu'ils ont cessé d'être les simples ministres de la nature, puisqu'on peut avancer cet effet que la médecine antiphlogistique est de toutes les méthodes curatives la plus violente à la nature, quoiqu'on ne puisse pas décider jusqu'à quel point elle est dangereuse. Voyez METHODE CURATIVE, RAFRAICHISSANT, TEMPERANT, SAIGNEE.
La considération de la chaleur comme signe, doit entrer dans l'établissement régulier du diagnostic & du prognostic des maladies aigues. Outre ce que nous venons d'en remarquer, comme annonçant la fievre en général, les praticiens la distinguent par quelques différences essentielles, indépendantes de son degré. Ils observent une chaleur humide ou accompagnée de la moiteur de la peau, & une chaleur seche, & qui est accompagnée ordinairement de l'aspérité de la peau : la premiere est la chaleur ordinaire du commencement & de l'état des maladies aigues ; la seconde est propre au déclin des maladies bien jugées.
Les praticiens distinguent encore la chaleur symptomatique en chaleur douce & en chaleur acre ; la premiere approche beaucoup de la chaleur saine ou naturelle ; la seconde differe de la chaleur purement excessive, & même de la chaleur seche. Les Médecins l'observent sur-tout dans les fievres malignes ou de mauvaise espece, mali moris. Elle est en général un signe fâcheux. Au reste il est très-difficile ou même impossible d'exprimer ce que les Médecins entendent par chaleur acre ; c'est-là un de ces signes qui n'existent que pour le praticien formé par l'habitude, par l'exercice, par les actes répétés, que les thermometres & les autres secours de la Physique ne peuvent pas déterminer ; qui échappent au calcul, &c. & c'est précisément la faculté de saisir les signes de cette espece, & de les évaluer par le seul secours d'un sentiment presque confus, qui constitue cette heureuse routine qui ne caractérise pas moins le praticien consommé que la science & la réflexion.
L'augmentation particuliere de la chaleur est regardée par la saine partie des Médecins, comme une espece de fievre locale, febris in parte. Cette chaleur est un symptome concomitant de toutes les affections inflammatoires, soit confirmées, soit passageres, comme celles qui sont occasionnées par les ligatures, par les corps irritans ou comprimans appliqués extérieurement, &c. Cette fievre peut subsister un certain tems, lorsque la partie affectée n'est pas bien étendue, qu'elle est peu sensible, ou qu'elle n'exerce pas une fonction très-essentielle à l'économie de la vie, telle que les parties extérieures. Cette fievre particuliere, dis-je, peut subsister un certain tems sans exciter, du moins sensiblement, la fievre générale, lors même que ces affections dépendent d'une cause interne, comme dans certains paroxysmes de goutte, d'ophthalmie, dans les petits phlegmons, des érésipeles legers, &c. Les fievres locales doivent être regardées dans tous ces cas comme des incommodités de peu de conséquence. Voyez INFLAMMATION & MALADIES EXTERNES. On ne doit en excepter à cet égard que l'inflammation des yeux, qui peut devenir funeste à l'organe affecté, quoiqu'elle ne soit pas accompagnée de la fievre générale. Voyez OPHTHALMIE.
Certaines chaleurs particulieres, passageres, comme ces feux qu'on sent au visage, aux mains & dans quelques autres parties du corps, à l'occasion de ce qu'on appelle communément des digestions fougueuses, dans les accès de certaines passions, dans des attaques de vapeurs, &c. n'exigent pas non plus communément les secours de l'art, & n'annoncent rien de funeste.
La chaleur spontanée passagere du visage, du creux de la main, & quelquefois des piés, est un des signes de la fievre hectique commençante. Voyez FIEVRE HECTIQUE, au mot HECTIQUE.
Les paroxysmes violens de passion hystérique sont accompagnés quelquefois d'une chaleur brûlante, & plus durable que celle dont nous venons de parler, que les malades ressentent dans différentes parties du corps & principalement dans le ventre & dans la poitrine, & cela sans fievre générale. Mais ce symptome n'indique aucun secours particulier : il ne doit pas faire craindre l'inflammation des visceres ; le paroxysme qui en est accompagné, n'exige que le traitement général. Voyez PASSION HYSTERIQUE.
Le cas le plus grave de chaleur augmentée particuliere, est sans contredit celui de la fievre lipirie, Voyez LIPIRIE.
Au reste il est essentiel de savoir que le rapport des malades n'est pas toûjours un moyen suffisant pour s'assûrer d'une augmentation réelle de chaleur ; & que comme ils peuvent éprouver un sentiment de froid, quoique leur chaleur soit réellement augmentée, comme nous l'avons observé plus haut à propos de l'état appellé le froid de la fievre, ils ressentent aussi dans d'autres cas une ardeur brûlante dans une partie dont la chaleur est réellement & très-considérablement diminuée, comme dans certaines gangrenes seches, &c. Voyez GANGRENE.
On ne peut regarder que comme une expression figurée, le nom d'intemperie chaude que les anciens donnoient à certaines dispositions des visceres. Voyez INTEMPERIE. (b)
CHALEUR, considérée médicinalement comme cause non naturelle & externe ; CHALEUR de l'atmosphere, du climat, des saisons, des bains, voyez AIR, ATMOSPHERE, CLIMAT, SAISON, MALADIES ENDEMIQUES, au mot ENDEMIQUE ; EAU THERMALE, FOMENTATION.
CHALEUR des médicamens, des alimens, des poisons, voyez MEDICAMENT, ALIMENT, POISON ECHAUFFANT, QUALITE.
CHALEUR (degrés de) des différens animaux. (Hist. nat. Zoolog.) Ce que nous allons dire de la chaleur considérée sous ce point de vûe, est tiré d'une dissertation du docteur Martine, intitulée, Essai sur l'histoire naturelle & expérimentale des différens degrés de chaleur des corps.
La chaleur des animaux est fort différente, suivant la variété de leurs especes & celle des saisons. Les Zoologistes les ont divisés, avec assez de fondement, en chauds & en froids, c'est-à-dire respectivement à nos sens. Nous appellons chauds ceux qui approchent de notre propre température, tandis que nous regardons comme froids tous ceux dont la chaleur est fort au-dessous de la nôtre, & qui par conséquent affectent notre toucher de la sensation de froid, quoique, suivant les expériences que j'ai eu occasion de faire, ils soient tous un peu plus chauds que le milieu dans lequel ils vivent : il y a même plusieurs especes d'animaux dont la chaleur ne surpasse que fort peu celle de l'air ou de l'eau. Les insectes sont un sujet d'étonnement pour nous ; car quoiqu'ils paroissent les plus tendres & les plus délicats de tous les animaux, ils sont cependant ceux qui peuvent supporter les plus grands froids sans en être incommodés : ils se conservent dans les saisons les plus froides, sans autres défenses que la feuille & l'écorce des arbrisseaux & des arbres, & en se tenant dans les trous des murailles, ou bien couverts d'un peu de terre ; & il y en a quelques-uns qui s'y exposent entierement nuds. Dans les rudes hyvers de 1709 & 1729, les oeufs des insectes & les chrysalides échapperent à la violence du froid, qui fut insupportable aux animaux les plus vigoureux. On sait combien la liqueur descendit alors dans les thermometres. M. de Reaumur a trouvé quelques chrysalides très-jeunes, qui étoient capables de supporter un froid au-dessous du 4e. degré. Et ce qui est encore plus, les Mathématiciens françois furent fort incommodés en Laponie d'un grand nombre d'essains de mouches de différentes especes, dont les oeufs & les chrysalides devoient avoir supporté des froids encore plus grands. Je trouve que les chrysalides n'ont qu'un fort petit degré de chaleur, une division ou deux au-dessus de l'air ambient.
Tous les insectes sont placés communément parmi les animaux froids ; mais il y a à cet égard une exception fort singuliere dans la chaleur des abeilles, qui tiennent un rang distingué parmi ces sortes d'animaux. Comme, suivant les curieuses observations des Naturalistes, elles ont quelque chose de particulier dans leur économie, leur structure & leur génération, de même j'ai observé qu'elles avoient une prérogative très-singuliere par rapport à la chaleur de leur corps. J'en ai fait souvent l'expérience, & je trouve que la chaleur d'un essain d'abeilles fait monter le thermometre au-dessus de 97 degrés ; chaleur qui n'est pas inférieure à celle dont nous joüissons.
Les autres animaux qui sont plus vigoureux, ainsi que je l'ai observé des insectes ordinaires, ont très-peu de chaleur au-dessus de celle du milieu qui les environne. On a peine à en trouver dans les huîtres & dans les moules ; il y en a fort peu dans les poissons qui ont des oüies, dans les carrelets, les merlans & les merlus : il se trouva à peine un degré de chaleur de plus que dans l'eau salée où ils nageoient, lors même qu'elles n'étoient qu'au quatrieme degré. Les poissons rouges ne sont guere plus chauds. Quelques truites dont j'ai examiné la chaleur, n'étoient qu'au 62e degré, lorsque l'eau de la riviere où elles nageoient étoit au 61e degré. Et dernierement à Paris je trouvai que la chaleur d'une carpe surpassoit à peine le 54e degré, chaleur de l'eau dans laquelle je l'examinois. La chaleur d'une anguille est la même. Les poissons peuvent vivre dans l'eau qui n'est qu'un peu plus chaude que le degré de la congélation, c'est-à-dire un peu au-dessus du trente-deuxieme degré.
Les serpens ne sont, suivant le résultat des différentes expériences que j'ai faites, que de deux degrés plus chauds que l'air. Les grenouilles & les tortues de terre me parurent avoir un principe de chaleur un peu plus fort, c'est-à-dire supérieur d'environ cinq degrés à l'air où elles respirent ; & je crois que c'est-là le cas de ces sortes d'animaux respirans qui ont à la vérité des poumons, mais des poumons en forme de vessie, & qui n'ont pas leur sang plus chaud que les poissons qui ont des oüies : tels sont les tortues de mer, les crapauds, les viperes, & toute la classe des serpens qui ont leurs poumons de la même structure, & le sang aussi froid que ces poissons. Mais la plûpart de ces sortes d'animaux ne sont pas capables de supporter de fort grands froids ; ils se retirent durant la rigueur des hyvers dans des trous, où ils sont assez à l'abri du froid, souvent peut-être à la température moyenne de quarante-huit degrés ou environ. Ils sont à la vérité comme engourdis dans cette saison (voyez Harc. de motu card.) & ne perdent que très-peu de substance ; & je crois qu'on peut dire la même chose des hirondelles & des autres oiseaux, & enfin de toutes les sortes d'animaux sujets à cette espece de sommeil ; lesquels, quoique naturellement chauds, & même à un plus haut degré que ceux dont nous avons parlé ci-devant, sont cependant probablement plus froids dans cet état inactif, que lorsqu'ils joüissent de toute leur vigueur.
La chaleur des animaux chauds n'est pas uniformément la même dans tous les animaux, & dans tous les tems : elle est susceptible d'une très-grande latitude ; elle varie suivant leurs différentes especes, & suivant les circonstances où se trouve chaque individu. La surface de leur corps est considérablement affectée par la chaleur & le froid du milieu ambient, & par conséquent par toutes les variétés des saisons & des climats, s'ils ne se garantissent pas assez de leurs influences. Lorsqu'ils prennent cette précaution, leur chaleur interne & externe est à-peu-près la même, mais toûjours un peu différente dans différens animaux.
Le docteur Boerhaave regardoit à la vérité la chaleur des animaux chauds comme uniforme, ou comme étant la même dans tous ; & il la croyoit communément capable de faire monter le mercure dans le thermometre au 92e degré, ou au plus au 94e. Pareillement, suivant le docteur Pitcarne, la chaleur du corps humain est au 17e degré ; ce qui revient au 92e de notre thermometre. M. Amontons trouva par différentes expériences, que la chaleur communiquée par le corps humain à son thermometre, étoit de 58 2/12, 58 5/12, 58 6/12, 58 7/12, 58 9/12 doigts, qui se trouvent par le calcul correspondre au 91e, 92e, 93e degré de celui de Fahrenheit, ou environ. Le 12e degré du chevalier Newton, qu'il fait équivalent à la chaleur externe du corps humain, & à celle d'un oiseau qui couve ses oeufs, répond au degré 95 1/2 du nôtre. Fahrenheit place lui-même la chaleur du corps & du sang humain au 96e degré ; & le docteur Musschenbroeck dit que le thermometre s'arrête à ce point, lorsqu'il est plongé dans le sang qui coule d'un animal ; quoique dans un autre endroit il parle du 92e ou 94e degré, comme un des plus hauts degrés de chaleur du sang humain.
J'ai fait avec beaucoup d'exactitude un très-grand nombre d'observations sur la chaleur des animaux, & en conséquence je me trouve fondé à avancer que toutes ces estimations sont très-générales, & la plûpart fort au-dessous du vrai. Je conjecture que le plus souvent on ne laissoit pas le tems aux boules des thermometres de s'échauffer entierement ; ou peut-être que dans le tems de l'expérience, les mains qu'on appliquoit à la boule n'avoient pas toute leur chaleur naturelle, faute de les avoir munies contre le froid.
Les hommes sont presque les derniers de la classe des animaux chauds ; & cependant par la chaleur de ma peau bien couverte de toutes parts, je fais monter le thermometre au 97e ou 98e degré, en prenant un terme moyen, d'après un grand nombre d'expérience. Dans quelques personnes la chaleur est un peu plus considérable, dans d'autres elle est un peu moindre. L'urine nouvellement rendue, & cela dans un vaisseau de la même température que ce fluide, est à peine d'un degré plus chaude que la peau, ainsi que je l'ai trouvé par plusieurs observations répétées ; & nous pouvons regarder cette chaleur de l'urine comme à-peu-près égale à celle des visceres voisins. Le docteur Halles trouva que la chaleur de sa peau étoit de 54, & celle de l'urine récente de 58 degrés de son thermometre ; ce qui répond au 99e & 103e degrés du nôtre, si le calcul qui a été fait du rapport de son thermometre avec celui de Fahrenheit, est bien exact.
Cependant l'espece humaine, comme je le disois ci-devant, est presque la derniere de la classe des animaux chauds ; les quadrupedes ordinaires, comme les chiens, les chats, les moutons, les boeufs, les cochons, font monter le thermometre par la chaleur de leur peau, quatre ou six divisions plus haut que nous, comme aux degrés 100, 101, 102, & quelques-uns à 103 ou un peu plus.
Et les poissons respirans ou cétacés, sont aussi chauds que ces derniers animaux ; comme le docteur Boerhaave le pensoit avec justice, quoiqu'il leur attribue trop peu de chaleur, & à tous les autres animaux respirans, lorsqu'il la restreint aux limites étroites de 92 ou 93 degrés. Ceux qui ont eu occasion de voyager dans les Indes orientales, nous disent que le sang du veau-marin est sensiblement chaud au toucher ; & M. Richer, curieux observateur des choses naturelles, trouva le sang du marsouin aussi chaud que celui des animaux terrestres. J'ai éprouvé moi-même que la chaleur de la peau de cet animal amphibie, appellé veau-marin, étoit à-peu-près à 102 degrés. Dans la cavité de l'abdomen, le thermometre montoit d'environ une division : ces animaux ayant cela de commun avec nos quadrupedes terrestres, qui dans la structure & la forme de leurs visceres, ressemblent beaucoup aux poissons qui respirent.
Le chancelier Bacon donne comme une opinion reçue, que les oiseaux sont très-chauds. Ils sont effectivement les plus chauds de tous les animaux, plus chauds encore que tous les quadrupedes de ; ou 4 degrés, ainsi que je l'ai trouvé par des expériences sur des canards, des oies, des poules, des pigeons, des perdrix, des hirondelles, &c. La boule du thermometre étant placée dans leurs cuisses, le mercure monta au 103e, 104e, 105e, 106e, 107e degré ; & dans une poule qui couvoit des oeufs, j'ai trouvé une fois la chaleur au 108e degré : mais elle n'est pas toûjours si considérable. (b)
* CHALEUR se prend encore pour cette révolution naturelle qui arrive dans l'animal, en conséquence de laquelle il est porté à s'approcher par préférence, d'un animal de la même espece & d'un autre sexe, & à s'occuper de la génération d'individus semblables à lui. Il y a dans cette révolution une variété surprenante : l'âge, la conformation, le climat, la saison, & une multitude infinie de causes semblent contribuer, soit à l'accélérer, soit à l'éloigner. On ne sait si elle est périodique dans tous les animaux, & bien moins encore quels sont le commencement, la durée, & la fin de son période dans chaque animal. On ne sait par conséquent non plus, ni si ce mouvement a une même cause générale dans toutes les especes d'animaux, ni si cette cause varie dans chaque espece. Voyez à l'article GENERATION, ce que la Physique, l'Histoire naturelle, & la Physiologie nous apprennent ou nous suggerent sur cet objet important. Observons seulement ici, que par une bénédiction particuliere de la providence, qui distinguant en tout l'homme de la bête, a voulu que l'espece destinée à connoître ses oeuvres & à la loüer de ses bienfaits fût la plus nombreuse ; l'homme sain, bien constitué, dans l'état de santé & dans un âge requis, n'a besoin que de la présence de l'objet pour ressentir l'espece de chaleur dont il s'agit ici, qui le meut fortement, mais qu'il peut toûjours soûmettre aux lois qu'il a reçûes pour la regler. Il paroît que la fréquence de ses accès, qui commencent avec son adolescence, & qui durent autant & plus que ses forces, est une des suites de sa faculté de penser, & de se rappeller subitement certaines sensations agréables à la seule inspection des objets qui les lui ont fait éprouver. Si cela est, celle qui disoit que si les animaux ne faisoient l'amour que par intervalles, c'est qu'ils étoient des bêtes, disoit un mot bien plus philosophique qu'elle ne le pensoit. V. GENERATION.
CHALEUR, jumens en chaleur. Voyez JUMENT. Couteau de chaleur. Voyez COUTEAU.
CHALEUR, (Maréch.) se dit, en fait de chevaux de course, des exercices par lesquels les Anglois les préparent à la course pour les prix ou gageures. Voyez CHEVAL. (V)
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| CHALINGUE | S. f. (Marine) c'est un petit bâtiment dont on se sert dans les Indes, qui n'a des membres (le dict. de Trévoux dit membranes) que dans le fond, & qui n'est guere plus long que large. Il n'entre point de fer dans sa construction, pas même des clous. Les bordages de ses hauts ne sont cousus qu'avec du fil de carret fait de coco. Ils sont fort legers & hauts de bord : ils obéissent à la rame. On s'en sert à la côte de Malabar & de Coromandel. (Z)
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| CHALINISTE | adj. f. (Myth.) surnom que l'on donnoit à la déesse Minerve à Corinthe où elle avoit un temple, & où elle étoit adorée en mémoire de la bride qu'elle avoit mise à Pégase, en faveur de Bellérophon. Ce surnom vient de , frein ; d'où cette déesse fut aussi appellée fraenalis ou fraenatrix. Le corps de sa statue étoit de bois ; le visage, les piés & les mains de pierre blanche. Voyez Pausanias, Corinthiac. c. jv.
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| CHALLON-SUR-SAONE | (Géog. mod.) ville de France, capitale du Challonois dans la Bourgogne, sur la Saone. Long. 22d. 3'. 35". lat. 46d. 46'. 50".
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| CHALLONNE | (Géog. mod.) petite ville de France en Anjou, sur le bord de la Loire.
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| CHALLULA | S. m. (Hist. nat. Ichtyol.) poisson sans écailles, à tête longue & plate comme le crapaud, dont la gueule est fort grande, qu'on pêche dans plusieurs rivieres du Pérou, & dont la chair est, dit-on, très-bonne à manger. Le challula est peut-être, comme nous l'avons déjà dit, & comme nous le dirons d'une infinité d'autres, de ces poissons entierement inconnus des Naturalistes, ou qui leur est connu sous un autre nom. Nous ne nous lasserons point d'observer que les voyageurs nuisent à l'histoire naturelle de deux manieres ; soit en la chargeant d'êtres dont ils ne donnent aucune description un peu complete , soit en embrouillant sa nomenclature, qui n'est déjà que trop difficile.
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| CHALON | (Géog. mod.) riviere d'Asie, au royaume de Tonquin, qui se perd dans le golfe de Cochinchine.
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| CHALOSSE | (Géog. mod.) petit pays de France en Gascogne, près de la riviere d'Adour.
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| CHALOUPE | S. f. (Marine) c'est un petit bâtiment leger fait pour le service des vaisseaux. On s'en sert aussi pour des traversées ; alors on y met un petit mât de mestre avec sa vergue, & un petit mât de misene.
Quoique l'on se serve souvent d'avirons pour les faire voguer, elles vont cependant très-bien à la voile ; ce qui rend leur service très-utile aux vaisseaux de guerre.
Dans le cours du voyage, la chaloupe se hale dans le vaisseau & s'embarque : on la met à la mer dans les rades, & lorsqu'on en a besoin. Elle sert à différens usages, comme de porter à bord les munitions, le leste, & les autres choses pesantes : on l'envoye faire de l'eau & du bois dans les relâches ; elle sert à porter les ancres de toue.
La grandeur de la chaloupe se proportionne sur celle du vaisseau auquel elle doit servir ; & même ces proportions varient suivant la méthode de chaque constructeur : mais en général on lui donne autant de longueur que le vaisseau pour lequel elle est destinée a de largeur ; on lui donne pour sa largeur un peu plus que le quart de sa longueur ; & sa profondeur doit être un peu moindre que la moitié de sa largeur.
Mais pour se former une idée nette & distincte d'une chaloupe, des ses dimensions, & des parties qui la composent, il faut voir la Plan. XVI. de la Marine, où l'on trouve, fig. 1. une chaloupe renversée pour voir les parties internes ; fig. 2. la coupe perpendiculaire sur sa longueur de la poupe à la proue ; fig. 3. une vûe de la chaloupe par l'avant, & une par l'arriere ; fig. 4. une vûe de la chaloupe armée de ses avirons.
Lorsqu'on met la chaloupe à la mer, elle est équipée de trois ou cinq matelots : celui qui la gouverne s'appelle maître ; celui qui tire la rame de devant s'appelle le têtier, & celui qui tire au milieu, arimier.
Chaloupe borme de nage, c'est-à-dire legere, aisée à manoeuvrer, & qui va très-bien avec les avirons.
Chaloupe bien armée, c'est lorsqu'elle a des matelots suffisamment pour aller plus vîte, & qu'on la charge de troupes pour faire une descente, ou quelqu'autre expédition.
Chaloupe à la toue, c'est lorsque le vaisseau est à la voile : on se contente d'amarrer la chaloupe à son bord, & alors elle en est tirée ; ce qui ne se fait que dans un beau tems.
Chaloupe en fagot. Voyez FAGOT. (Z)
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| CHALUC | S. m. labeo, labrus, (Hist. nat. Ichtiol.) poisson de mer semblable au chabot. Voyez CHABOT. Cependant se tête n'est pas si grosse : ses yeux sont saillans & découverts. Il a des traits de couleur noirâtre, qui s'étendent depuis les oüies jusqu'à la queue ; & qui sont également éloignés les uns des autres : c'est à cause de ces traits que l'on a donné à ce poisson le nom de vergadelle. Ses levres sont grosses, épaisses, & avancées ; c'est pourquoi on l'a appellé labeo & labrus. Le chaluc ne devient pas gras, & n'est pas trop bon à manger. Rondelet. Voyez POISSON. (I)
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| CHALUMEAU | S. m. (Musique & Lutherie) cet instrument passe pour le premier instrument à vent dont on ait fait usage. C'étoit un roseau percé à différentes distances. On en attribue l'invention aux Phrygiens, aux Lybiens, aux Egyptiens, aux Arcadiens, & aux Siciliens : ces origines différentes viennent de ce que celui qui perfectionnoit, passoit à la longue pour celui qui avoit inventé. C'est en conséquence qu'on lit dans Pline, que le chalumeau fut trouvé par Pan, la flûte courbe par Midas, & la flûte double par Marsias.
Notre chalumeau est fort différent de celui des anciens : c'est un instrument à vent & à anche, comme le hautbois. Il est composé de deux parties ; de la tête, dans laquelle est montée l'anche semblable à celle des orgues : excepté que la languette est de roseau, & que le corps est de bouis ; du corps de l'instrument, où sont les trous au nombre de neuf, marqués dans la figure, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8. Le premier trou 1, placé à l'opposite des autres, est tenu fermé par le pouce de la main gauche ; les trois suivans 2, 3, 4, le sont par les doigts index, moyen, & annulaire de la même main ; les trous 5, 6, 7, 8, sont fermés par les quatre doigts de la main droite. Il faut remarquer que le huitieme trou est double, c'est-à-dire que le corps de l'instrument est percé dans cet endroit de deux petits trous, placés à côté l'un de l'autre. Celui qui joüe de cet instrument, qui se tient & s'embouche comme la flûte-à-bec (voyez FLUTE-A-BEC), ferme à-la-fois ou séparément les deux trous, comme il convient, & tire un ton ou un semi-ton, ainsi qu'on le pratique sur divers autres instrumens.
Ce chalumeau a le son desagréable & sauvage : j'entends quand il est joüé par un musicien ordinaire ; car il n'y a aucun instrument qui ne puisse plaire sous les doigts d'un homme supérieur ; & nous avons parmi nous des maîtres qui tirent du violoncelle même des sons aussi justes & aussi touchans que d'aucun autre instrument. Il paroît que le chalumeau, dont la longueur est moindre que d'un pié, peut sonner l'unisson des tailles & des dessus du clavecin. Il n'est plus en usage en France. Voyez la Pl. de Lutherie, figures 20, 21, & 22. La figure 20. représente l'instrument entier vû en-dessous ; la figure 21, le corps de l'instrument vû en-dessus ; & la figure 22, l'anche séparée.
* CHALUMEAU, chez les Orfévres, Emailleurs, Metteurs-en-oeuvre ; c'est un tuyau de cuivre assez long, plus gros à son embouchure qu'à l'autre bout, qui est recourbé, & va en diminuant toûjours jusqu'à son extrémité : on en met l'ouverture la plus grande dans sa bouche ; l'ouverture la plus petite correspond à la flamme de la lampe ; & l'air qui s'en échappe, dirige cette flamme en cone sur la piece qu'on veut souder. Voyez Planc. de Joaillier & Metteur-en-oeuvre, C D, figure premiere.
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| CHALUS | (Géog. mod.) petite ville de France, avec titre de comté, dans le Limosin. Long. 19. 2. lat. 45. 16.
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| CHALUT | S. m. (Pêche) drague ou rets traversier ; sorte de chausse dont le sac a quatre brasses de goule ou d'ouverture, cinq brasses & demie de long, & une demi-brasse au plus de large par le bout.
Les pêcheurs pêchent quelquefois avec ce filet sur huit à dix brasses de fond : ils doublent alors ou tiercent au moins leurs cablots ou petits horrins qui sont amarrés sur le boute-hors & sur l'échallon du chalut, pour faire courir le rets sur le fond, & en faire sortir les poissons plats : ils battent l'eau & même le fond, quand ils le peuvent, comme c'est la pratique des pêcheurs qui se servent des rets nommés picots. Voyez DRAGUE & PICOTS.
Autrefois les pêcheurs chargeoient le bas de leurs chaluts de vieilles savattes ou faisceaux, avec une petite pierre dans chaque savatte ; ce qui convenoit beaucoup mieux que le plomb qu'on leur a fait mettre depuis à la quantité d'une livre par brasse. La tête du rets est garnie de flottes de liége. Ce filet est en usage dans le ressort de l'amirauté de Carentan & Isigny, où le Masson du Parc, commissaire ordinaire de la Marine, & inspecteur général des pêches en mer, en a laissé un modele.
Ce chalut est différent de celui qui est en usage dans les provinces de Bretagne, de Poitou, de Saintonge & d'Aunis, dont les genouillets sont formés d'un morceau de bois fourchu, entre les branches duquel les pêcheurs mettent une ou plusieurs pierres pour le faire caler sur le fond ; celui des pêcheurs de Saint-Brieux, amirauté de Saint-Malo, en approche le plus.
Les genouillets ou chandeliers de bois sont formés d'une ou plusieurs pieces ; la traverse ou esparre passe dans une mortaise de bois au haut du genouillet, & on l'arrête avec une cheville de bois ou de fer qui se passe dans le bout de la traverse, & qui s'amarre sur le genouillet avec un cordage : on y peur aussi substituer du plomb à proportion de la longueur & grandeur du filet.
A la pointe du genouillet est un autre trou où l'on passe un des bras, ou halles, ou petits funins, avec lequel le bateau traîne le chalut qui est amarré, comme les autres chaluts, à bas-bords & stribords, c'est-à-dire de côté & d'autre du bateau.
Le bas du genouillet est arrondi pour le faire couler plus aisément sur le fond ; il évite ainsi beaucoup plus facilement les petites roches & fonds inégaux, que le chalut peut trouver dans son passage : construit de cette maniere, c'est de tous les instrumens de cette espece, celui que les Pêcheurs peuvent manoeuvrer avec moins de peine & de risque pour le sac qui se déchire en pieces quand les genouillets ne cedent pas facilement. Comme le haut du filet garni de flottes de liége est soulevé, on y pêche également & le poisson rond & le poisson plat.
Pour retenir dans le sac le poisson de cette derniere espece, on jette un surfil des deux côtés de la longueur du sac, qui prend du bas du genouillet en se rapprochant à mesure qu'il va vers le fond du sac. Le surfil joint de cette maniere le dessus & le dessous du sac, au milieu duquel reste une ouverture de cinq à six piés de large, par laquelle les poissons que le chalut trouve en son passage, entrent dans le fond du sac & retombent dans les côtés, qui forment de cette maniere chacun un autre sac, dont le fond finit aux genouillets ; ensorte qu'il est impossible aux poissons d'en sortir, lorsqu'ils y sont une fois entrés. Le sac est long & quarré ; c'est une triple chausse qui a un avantage pour faire la pêche, que les sacs pointus ne peuvent avoir.
Pour faire caler le fond du sac & le retenir en état, on amarre à chaque coin une petite pierre avec un petit cordage long au plus d'une demi brasse, pour empêcher que la pierre ne tombe sur le sac qu'elle couperoit, & pour donner la facilité aux pêcheurs de retirer le poisson qui y est entré. On laisse une ouverture à l'un des coins d'environ une brasse que l'on ferme avec une moyenne corde, comme on feroit une bourse, & que l'on ouvre de même, lorsqu'on veut faire sortir ce qui est dans le sac du chalut. Voyez les figures & Planches de Pêche.
CHALUT à l'Angloise. La manoeuvre pour se servir de ce filet est la même que ci-dessus. Les Anglois appellent ce filet, drague ; les pêcheurs Normans, chausse. Il est composé d'une traverse de bois de la longueur de douze à quinze piés à volonté, suivant la grandeur du bateau que montent les Pêcheurs qui s'en doivent servir. La traverse est ronde dans le milieu ; & les deux bouts qui sont quarrés, se placent avec une rosture sur le haut de deux chandeliers de fer qui sont faits en demi-cercle. Le convexe en-haut est arrêté par le bas d'une lame aussi de fer, large d'environ trois pouces : les bouts de cette lame relevent un peu, pour ne point embecquer le fond sur lequel la drague traîne, ce qui l'arrêteroit & la romproit aussi-tôt. Les dragues armées de fer des pêcheurs de Cancale, dont la lame est en biseau, grattent & embecquent le fond, mais c'est sans inconvénient ; cette lame donne au contraire à cette drague le poids nécessaire pour faire caler la traverse plus aisément. On met encore au milieu de chaque chandelier un boulet de fer, arrêté au haut du demi-cercle. Ces échallons de fer sont représentés dans nos Planches de Pêche. Voyez ces Planches & leur explication.
Le sac dont les mailles ont dix-huit à vingt lignes en quarré, est formé en pointe, & on amarre à cette pointe un autre boulet au bout d'une petite corde, pour faire le même effet que les pierres qu'on place aux coins du sac quarré. Le haut du sac est arrêté sur la traverse ; & le bas qu'on laisse un peu libre, est garni de boules ou de plaques de plomb, ainsi qu'on le pratique à tous les autres chaluts.
Sur chaque bout de la traverse est frappé un cordage de la longueur de quelques brasses ; ces cordages en se réunissant font une espece de four, sur lequel est amarré le cordage du petit cablot, qui traîne le chalut par l'arriere du bateau, soit à la voile, soit à la rame ; & comme du bas du rets garni de plomb jusqu'à la traverse, à peine peut-il y avoir dix-huit à vingt pouces de hauteur, les Pêcheurs ne peuvent jamais prendre avec cet instrument que du poisson plat ; au lieu qu'étant établi comme celui que l'ordonnance a permis, on y prend, comme on l'a observé, toutes les especes de poisson qui se trouvent dans le passage du chalut.
La pêche de la drague ou du chalut se fait un peu différemment dans l'île de Bouin, dans le ressort de l'amirauté de Poitou ou des sables d'Olone, que dans les autres lieux dont on a parlé plus haut. Le sac du chalut a à l'entrée une ouverture de gueule de cinq brasses de large & de six brasses de long, & pour le fond une brasse & demie, où le rets est lacé pour en pouvoir retirer le poisson sans le faire venir par l'ouverture : c'est au surplus le même instrument que celui dont se servent les pêcheurs de la Rochelle, de Fouran, & du port des Barques, sinon qu'il n'a point de perche, & qu'il opere un peu différemment. Le haut du rets est garni de flottes de liége ; & sur la corde du pié sont amarrées de chaque côté quatre vieilles savattes. L'ouverture embas est garnie en-dedans d'une petite pierre, & de deux grosses à chaque bout du sac pour le faire caler ; ensorte que le rets ne puisse entrer dans la vase, mais courir dessus. Ces pierres étoient les cablieres des dragues, autrefois d'usage dans la Manche, & maintenant défendues par la déclaration du 23 Avril 1726.
Le sac ou chalut est amarré à deux bouts dehors, chacun de vingt-deux piés de long, dont six piés au-moins sont dans le bateau à l'avant & à l'arriere ; ensorte qu'ils saillent environ de seize piés en-dehors. Le chalut est amarré sur un grelin ou cablot de quelques brasses de long, sur lequel en est amarré un autre sur le coin de l'ouverture du sac, de six à huit brasses de long, aussi amarré au bout-dehors. Les Pêcheurs le nomment balissoire, & il sert à amener le sac du chalut, lorsque les Pêcheurs le veulent relever.
Les vents de S. & d'O. sont à cette côte les meilleurs pour cette pêche, un peu différente de celle dont nous avons parlé ci-devant. Il n'y a pas de meilleure saison & de tems plus convenable pour la faire avec succès, que les mois d'Octobre, Novembre, & Décembre. Les Pêcheurs travaillent de jour & de nuit : en hyver ils vont au large & loin de chez eux ; en été, ils font ordinairement la pêche entre Noirmoutier & Bouin. Ils prennent également des poissons plats & des poissons ronds.
Les Pêcheurs sont de sentimens opposés sur les moyens de faire avantageusement la pêche avec le chalut ; les uns estiment qu'il ne faut pas que le rets ou le pié du chalut traîne sur le fond, mais qu'il le batte seulement pour faire saillir les poissons plats qui s'ensablent ou s'envasent ; le bateau en pêchant est à la voile & dérivant à la marée, & les Pêcheurs font servir la voile suivant la force du vent. Quand on veut relever le chalut, on amene la voile ; on tire les balissoires, ensuite les flottes du sac, & le pié où sont les savattes au lieu de plomb ; & on fait tomber de cette maniere tout ce qui se trouve dans le sac jusqu'au fond, que l'on délace pour l'en tirer.
Un land ou un trait de la pêche dure quelquefois deux heures, suivant les marques ou signaux & hamets qu'ils connoissent, & sur lesquels les Pêcheurs se gouvernent.
Les mailles des sacs des chaluts de l'Espois sont de quatre grandeurs différentes ; celles de l'entrée ou de l'embouchure ont dix-huit lignes & dix-sept lignes en quarré, & les suivantes dix-sept lignes : ces mailles se rétrécissent en approchant du fond du chalut, où elles ont treize & quatorze lignes au plus en quarré.
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| CHALYBES | S. m. pl. (Géog. anc.) peuples qui habitoient une contrée d'Asie, située entre la Colchide & l'Arménie. Il y avoit encore un peuple du même nom dans la partie orientale de la Paphlagonie, sur le rivage méridional du Pont-Euxin ; & un troisieme dans le Pont, entre les Moisynoeciens & les Tibériens. Les auteurs ne sont point d'accord sur ces peuples : les uns les confondent ; d'autres prétendent être bien fondés à les distinguer. Pline donne encore le nom de Chalybes à un ancien peuple d'Afrique, habitant de la Troglodite ; & Justin, à un ancien peuple d'Espagne, habitant des rives du fleuve Chalybs. Voyez CHALYBS.
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| CHALYBS | (Géog. anc. & mod.) riviere d'Espagne, dont les eaux avoient la réputation de donner une trempe si excellente à l'acier, que les Latins désignoient l'acier du nom de cette riviere, qui s'appellent aujourd'hui cabe.
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| CHAM | ou CHAN, ou KAN, s. m. (Hist. mod.) ce nom qui signifie prince ou souverain, n'est guere en usage que chez les Tartares, qui le donnent indifféremment à leurs princes régnans, de quelque médiocre étendue que soient leurs états. Quelques écrivains cependant ont voulu mettre de la distinction entre le titre de chaam & celui de cham, & ont prétendu que le premier marque une grande supériorité sur l'autre : mais l'on sait aujourd'hui que les Tartares ne connoissent point d'autre titre de souveraineté que celui de cham. Ainsi le prince de Calcha-Moungales, qui est sous la protection de l'empereur de la Chine, ne porte pas moins que lui le titre de cham ; ce qui prouve évidemment que cette distinction est imaginaire.
Au reste, il n'est permis chez les Tartares qu'au légitime successeur de prendre le nom de cham ; & tous les princes de sa maison sont obligés de se contenter de celui de sultan qui leur est affecté. Leur état même & leurs apanages sont si sagement réglés, que si d'un côté on les met dans l'impuissance de cabaler & de troubler le repos public, de l'autre ils n'ont rien à craindre, ni pour leur vie, ni pour leur bien, de la part du gouvernement ; & cette raison fait qu'on ne voit jamais chez les habitans du nord de l'Asie, ces sortes de catastrophes d'une politique barbare, si ordinaires dans les autres cours de l'orient, où un prince n'est pas plutôt monté sur le trône, que pour sa sûreté il commence par sacrifier ses freres & ses parens.
Le grand cham, ou le contaisch des Kalmoucs, est indépendant de tout autre prince, & il a sous lui beaucoup d'autres chams, qui sont ses vassaux ou ses tributaires. Il habite entre les 43 & 55e degrés de latitude septentrionale : tous les autres sont vassaux de quelques autres grands princes.
Le cham de la petite Tartarie ou de Crimée est soumis au grand-seigneur, qui le dépose & l'exile quand il juge à propos. Cette supériorité oblige le cham de Crimée de se trouver avec un corps de troupes nationales, lorsque le grand-seigneur commande les armées en personne : leurs troupes, comme celles de tous les autres Tartares, ne consistent qu'en cavalerie. Mais lorsque le cham est à la tête de son armée, il est obligé d'envoyer son fils aîné à Constantinople, plus pour servir d'ôtage à la fidélité de son pere, que pour assurer l'empire Ottoman dans la famille du cham ; parce que dans les conventions faites entre la Porte & le cham des Tartares, ce dernier est appellé à la succession du grand-seigneur, au cas que la maison des Ottomans vienne à manquer d'héritiers mâles.
On donne aussi en Perse le titre de cham, kan, ou chan, aux principaux seigneurs & aux gouverneurs de provinces, qui sont obligés d'entretenir un certain nombre de troupes pour le service du sophi.
Sperlingius, dans sa Dissertation sur le titre de koning, qui dans la langue allemande & dans celles du nord signifie roi, croit que le nom de kan est dérivé de celui de koning ou koing : mais ne pourroit-on pas dire au contraire, que comme les Tartares sont plus anciens que les peuples du nord, c'est de leur langue qu'on a tiré le titre de koing, c'est-à-dire roi sur les Tartares. Voyez la relation fort curieuse qui en a été imprimée à Amsterdam en 1737. (a)
CHAM, (Géog. mod.) contrée maritime d'Asie, du royaume de la Cochinchine.
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| CHAMADE | S. f. terme d'Art milit. maniere de battre un tambour, ou espece de son de trompette que donne un ennemi pour signal qu'il a quelque proposition à faire au commandant, soit pour capituler, soit pour avoir permission de retirer des morts, faire une treve, ou quelque chose de semblable.
Ce terme ne s'employe guere que pour exprimer la demande que fait le commandant d'une place de traiter des conditions qu'il veut obtenir pour se rendre.
Ménage le dérive de l'italien chiamata, qui a été fait de clamare, crier.
On éleve aussi pour capituler un drapeau blanc sur le rempart : ainsi, dire qu'une place a arboré le drapeau blanc, c'est dire qu'elle a demandé à capituler. Voyez CAPITULATION. (Q)
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| CHAMAEBUXUS | S. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur irréguliere, qui a toute l'apparence d'une fleur légumineuse : cependant elle n'est composée que de trois feuilles, dont les deux supérieures sont relevées, & représentent l'étendart : l'inférieure est creusée en gouttiere, terminée par une espece de cuilleron. Le pistil qui est renfermé dans cette gouttiere, devient un fruit plat, assez rond, tout semblable à celui de la polygala ; car il est partagé en deux loges dans sa longueur, lesquelles s'ouvrent sur les bords, & renferment des graines oblongues. Tournefort, mém. de l'acad. royale des Scienc. ann. 1725. Voyez PLANTE. (I)
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| CHAMAECERASUS | S. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleurs monopétales, soutenues sur le calice. Ces fleurs naissent deux à deux sur le même pédicule : elles sont en forme de tuyau découpé à son ouverture en deux levres, dont la supérieure est recoupée en quelques parties. L'inférieure est taillée en forme de languette. Le calice devient dans la suite un fruit composé de deux baies molles, dans lesquelles sont contenues des semences applaties & arrondies. Tournefort, Inst. rei herbar. Voyez PLANTE. (I)
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| CHAMAEDRIS | voyez GERMANDREE.
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| CHAMAEMELUM | (Hist. nat. bot.) genre de plante qui ne differe de l'anthemis, qu'en ce que ses fleurons ou ses semences ne sont point séparées par de petites feuilles écailleuses. Micheli, nov. plant. gen. Voyez PLANTE & ANTHEMIS. (I)
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| CHAMAERODODENDRO | (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur monopétale, tubulée, & presque en forme d'entonnoir. Le pistil sort du calice, & est attaché comme un clou à la partie postérieure de la fleur. Il devient dans la suite un fruit oblong, qui est divisé en cinq loges, & qui s'ouvre en cinq capsules assemblées contre un pivot : chacune de ces capsules renferme de petites semences. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
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| CHAMARES | S. m. plur. (Géog. anc.) peuples anciens de la Germanie inférieure. Ils posséderent le pays que les Tubantes & les Usipiens habiterent après eux. On les trouve ensuite unis & contigus aux Angrivariens. Ils n'étoient séparés des Bructeres que par l'Ems. Ils se rapprocherent dans la suite du Rhin dont ils s'étoient écartés : alors ils se joignirent aux Francs, & il n'en fut plus question.
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| CHAMARIER | S. m. (Hist. eccl.) du latin camerarius, est le nom que l'on donne dans certains chapitres à une dignité ou office, que l'on appelle plus communément ailleurs, chambrier. Le chamarier est la premiere dignité de l'église collégiale de S. Paul de Lyon. Le chamarier ou chambrier a été ainsi nommé, parce que dans l'origine c'étoit lui qui présidoit à une chambre ou chapitre particulier, dans lequel on régloit la dépense & autres menues affaires de la maison. Voyez ci-après. CHAMBRIER. (A)
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| CHAMB | (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne au cercle de Baviere, capitale d'un comté de même nom, sur la riviere de Chamb. Long. 30. 30. latit. 49. 14.
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| CHAMBELLAGE | CHAMBELLENAGE, ou CHAMBRELAGE, s. m. (Jurisprud.) terme usité dans plusieurs coûtumes. C'est un droit ou profit de fief dû au seigneur dominant, pour chaque mutation de vassal.
Le terme de chambellage vient de ce qu'autrefois le chambellan, dont l'office est de veiller sur ce qui se passe dans la chambre du roi, assistoit à la cérémonie de la foi & hommage des vassaux du roi, & recevoit d'eux à cette occasion quelque libéralité ; ce qui fut depuis converti en un droit ; tellement que par arrêt de l'année 1262, il fut ordonné que les chambellans auroient droit de prendre de tous vassaux qui relevoient du roi, vingt sous pour un fief de cinquante livres de rente & au-dessous ; cinquante sous pour un fief de cent livres de revenu ; & cinq livres, le tout parisis, pour un fief de cinq cent livres de revenu & au-dessus ; ce que l'on trouve rapporté dans le registre de S. Just. Voyez aussi Pasquier, en ses Recherches, liv. IV. ch. xxxiij.
Les seigneurs particuliers avoient aussi autrefois la plûpart leurs chambellans, lesquels, à l'imitation du chambellan du roi, exigeoient un droit des vassaux du seigneur, pour les introduire dans sa chambre lorsqu'ils venoient faire la foi & hommage ; droit que les seigneurs ont appliqué à leur profit, depuis qu'ils ont cessé d'avoir des chambellans en titre.
Les coûtumes de Hainaut & de Cambrai appellent ce droit chambrelage ; & celle de Bretagne chambellenage.
Le chambellage n'est pas de droit commun : il n'a pas lieu dans la coûtume de Paris, ni dans la plûpart des coûtumes : celles où il est usité sont, Meaux, Mantes, Senlis, Clermont, Châlons, Saint-Omer, Chauni, Saint-Quentin, Ribemont, Doulenois, Artois, Amiens, Montreuil, Beauquesne, Saint-Riquier, Péronne, Saint-Paul, Poitou, Valois, Noyon, Laon, Ponthieu, Cambrai, Aire, Hesdin, Hainaut, Tournai, Bretagne, & quelques autres villes.
Le droit de chambellage est réglé différemment par les coûtumes, tant pour la quotité du droit, que pour la qualité de ceux qui le doivent & les cas où il est dû.
Dans la coûtume de Mantes il est d'un écu-sol, qui est dû au seigneur par le fils ou autre ascendant en ligne directe, auquel le fief est avenu par succession, quand il vaut cinquante livres de revenu & plus.
Dans la coûtume de Poitou il est de dix sous pour chaque hommage lige, & de cinq sous pour des hommages pleins.
Celles de Senlis, Valois, le fixent à vingt sous.
La coûtume de Noyon donne le choix de payer vingt sous ou une piece d'or, à la volonté du vassal. Celle de Saint-Quentin veut que cette piece d'or vaille un demi-écu ou au-dessus, à la discrétion du vassal, pourvû que le fief soit de vingt livres de rente ; car s'il vaut moins, il n'est dû que cinq sous.
Dans la coûtume de Montdidier, Roye, & Péronne, l'origine de ce droit est de douze livres dix sous, si le fief vaut cent livres par an & au-dessus : s'il vaut moins, il n'est dû que vingt-cinq sous.
Il y a encore plusieurs autres différences entre les coûtumes par rapport à ce droit, mais qu'il seroit trop long de rapporter. Voyez le Glossaire de M. de Lauriere, au mot Chambellage, & les commentateurs des coûtumes où ce droit est usité. (A)
CHAMBELLAGE étoit aussi un droit que les évêques, archevêques, abbés, & autres prélats du royaume, payoient au roi en lui prêtant serment de fidélité. Ce droit dû à cause des offices de grand-maître, de grand-sénéchal de France, que le roi tenoit en ses mains, dénote qu'il étoit dû anciennement à ceux qui possédoient ces offices. Philippe IV. dit le Bel, ordonna au mois de Mars 1309 que tout l'argent qui proviendroit du droit de chambellage payé par les évêques, abbés, abbesses, & autres prélats, seroit mis entre les mains du grand-aumônier, pour être employé à marier de pauvres filles nobles. Ce droit étoit alors de la somme de dix livres. Présentement les évêques & archevêques, avant de prêter leur serment de fidélité, sont obligés de payer la somme de trente-trois livres entre les mains du trésorier des aumônes & bonnes oeuvres du roi. (A)
CHAMBELLAGE, s. m. (Jurisprud.) est encore un droit que la chambre des comptes taxe à la réception d'un vassal en foi & hommage. Il tire son origine des libéralités que l'on faisoit anciennement au grand chambellan pour être introduit dans la chambre du roi, lorsqu'il recevoit lui-même la foi & hommage de ses vassaux. Ces libéralités passerent tellement en coûtume, qu'elles devinrent un droit autorisé par le prince. En effet, au registre de S. Just, fol. 15. verso, il y a une ordonnance de Philippe-le-Hardi, de 1272, que quiconque fera hommage, payera au chambellan, savoir, le plus pauvre homme, vingt sous parisis ; ceux de cent livres de terre, cinquante sous parisis ; ceux de six cent livres de terre, cent sous parisis ; les barons, évêques ou archevêques, dix livres parisis. Le roi s'étant déchargé sur la chambre des comptes du soin de recevoir la foi & hommage de ses vassaux, le premier huissier qui les introduit en la chambre, & qui représente en cette partie le chambellan, joüit du même droit, qui est d'un ou plusieurs écus d'or, selon le revenu du fief. Voyez les recherches de Pasquier, l. IV. c. xxxiij. le glossaire de Lauriere, au mot Chambellage ; & ce qui est dit du chambellage en l'article précédent pour les évêques. (A)
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| CHAMBELLAN | S. m. (Hist.) officier de la cour d'un souverain, dont la charge concerne principalement la chambre du prince, mais dont les fonctions varient suivant l'étiquette & le cérémonial des différentes cours. Il y en avoit autrefois plusieurs à la cour de nos rois, & dans les cours étrangeres ; mais on leur a substitué les gentilshommes ordinaires de la chambre, ou simplement gentilshommes ordinaires. Ce fut François I. qui les établit. Voyez GENTILSHOMMES ORDINAIRES.
Les rois de Perse avoient leur chambellan ; & il est mention dans les actes des apôtres d'un chambellan d'Hérode. Les empereurs romains du haut & du bas empire, avoient aussi de semblables officiers, sous le titre de praepositi cubiculi ; & les derniers empereurs grecs de Trébisonde ont conservé ce titre dans leur cour. Voyez ci-après GRAND-CHAMBELLAN.
CHAMBELLAN, (grand) s. m. Hist. mod. en France est un des grands officiers de la couronne, qui a la surintendance sur tous les officiers de la chambre du roi.
Sa principale fonction étoit, dit-on, de coucher dans la chambre du roi, au pié du lit de sa majesté, lorsque la reine n'y étoit pas, comme on le remarque aux états des rois Philippe-le-Bel & Philippe-le-Long : c'est pourquoi aux lits de justice & à l'assemblée des états, le grand chambellan devoit gésir (c'est l'ancien terme), c'est-à-dire être couché aux piés du trône de nos rois.
Le grand chambellan ou premier chambellan (car on a appellé aussi les valets-de-chambre du roi chambellans), étoit inférieur au grand chambrier : mais l'office de grand chambrier, après avoir beaucoup perdu de ses anciennes prérogatives, a enfin été supprimé par François I. en 1545. Voyez CHAMBRIER.
Quand le roi s'habille, le grand chambellan lui donne sa chemise ; honneur qu'il ne cede qu'aux princes du sang & aux fils de France. Au sacre du roi, il lui chausse ses bottines, & le revêt de la dalmatique & du manteau royal. Dans les autres cérémonies il a son siége derriere le trône ou fauteuil du roi, excepté au lit de justice, où il est assis aux piés de sa majesté sur un carreau de velours violet, couvert de fleurs-de-lis d'or. Lorsque le roi est décédé, il ensevelit le corps, étant accompagné des gentilshommes de la chambre. Les marques de sa dignité sont deux clés d'or, dont l'anneau se termine en couronne royale ; passées en sautoir derriere l'écu de ses armes. On croit que cette charge est en France la plus ancienne charge de la couronne. Grégoire de Tours, & plusieurs autres historiens, parlent des chambellans & grands chambellans de nos rois sous la premiere & la seconde race. Mais on en a une suite bien complete depuis Gautier, seigneur de la Chapelle & de Nemours, qui remplissoit cette charge sous Louis-le-Jeune & Philippe-Auguste en 1200, jusqu'à Charles Godefroi de la Tour duc de Bouillon, qui la possede aujourd'hui. On compte quarante-deux grands chambellans. Le duc de Bouillon est le quatrieme de sa maison, dans laquelle cette charge est depuis 90 ans. C'est ce qu'on peut voir dans l'histoire des grands officiers de la couronne.
Cette charge avoit autrefois beaucoup plus de prérogatives qu'elle n'en a aujourd'hui : le grand chambellan étoit du conseil privé ; il portoit le scel secret du roi ; & par ordonnance du roi Philippe-le-Long, régent du royaume en 1316, il est dit que le grand chambellan ne pourra sceller ni signer lettres de justice, ni de bénéfice, ni aucune autre chose, sinon lettres d'état, ou mandement de venir. Il étoit exempt de payer les droits du scel royal, comme on le remarque dans une ordonnance du roi Charles VI. de l'an 1386. Il tenoit la clé du trésor particulier, c'est-à-dire de la cassette. Tout vassal tenant son fief en hommage du roi, aussi-bien que les évêques & abbés nouvellement pourvûs, devoient une certaine somme d'argent au grand chambellan, & autres chambellans, comme il est porté dans l'ordonnance de Philippe III. ou le Hardi, de l'an 1272 : aux hommages qui se faisoient à la personne du roi, le grand chambellan étoit à son côté, & avoit pouvoir de dire par écrit ou de bouche au vassal, ce qu'il devoit au roi comme son seigneur ; & après que le vassal avoit dit VOIRE, oüi, le grand chambellan parloit pour le roi, & marquoit que le roi le recevoit ; ce que le roi approuvoit. C'est ce que fit le vicomte de Melun, grand chambellan, à l'hommage du duché de Guienne, fait à Amiens en 1330 par le roi d'Angleterre Edoüard III. au roi Philippe de Valois. Jean de Melun, comte de Tancarville, grand chambellan, fit la même chose lorsque Jean de Montfort, duc de Bretagne, fit hommage de son duché au roi Charles V. Jean bâtard d'Orléans, comte de Dunois, grand chambellan, continua la même fonction, lorsque Pierre duc de Bretagne fit hommage au roi Charles VII. de son duché.
Le grand chambellan a long-tems prétendu avoir jurisdiction, mais elle lui fut ôtée par arrêt. Seul, il avoit droit de porter manteau & chapeau ; l'un & l'autre lui étoient donnés chaque année aux dépens du roi ; au lieu que les autres chambellans n'en portoient pas. Les comtes de Tancarville, & après eux les ducs de Longueville issus du bâtard d'Orléans, ont prétendu que la charge de grand chambellan étoit héréditaire dans leur postérité ; mais ce fut une simple prétention sans titre. Cet article est de M. l'abbé LENGLET DUFRENOY & de M. l'abbé MALLET.
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| CHAMBELLENAGE | droit seigneurial ; c'est la même chose que chambellage. Voyez CHAMBELLAGE. (A)
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| CHAMBERLAIN | S. m. (Hist. mod.) en Angleterre est précisément la même chose que ce que nous appellons chambellan en France. Voyez CHAMBELLAN.
Le lord grand chamberlain d'Angleterre est le sixieme des grands officiers de la couronne. Il est un des plus employés au couronnement du roi : c'est lui qui l'habille pour cette cérémonie, qui le deshabille après qu'elle est finie, & qui porte la plûpart des ornemens pour le couronnement. C'est à lui qu'appartient le lit du roi, tout l'emmeublement de sa chambre, tout l'habillement de nuit, & le bassin d'argent dans lequel il se lavoit, avec les serviettes.
Il est gouverneur du palais royal de Westminster où s'assemble le parlement, & a la charge de fournir la chambre des seigneurs de tout ce qui est nécessaire pour la tenue du parlement.
Les évêques & les pairs du royaume lui payent un droit quand ils prêtent le serment de fidélité au roi. On voit que les droits de ce grand officier ont été formés sur ceux qu'avoit autrefois le grand chambellan de France, & même sur ceux du grand chambrier.
Cet office a été long-tems possédé par la maison des comtes d'Oxford ; mais aux trois derniers couronnemens il a été exercé par le marquis de Lindsey, à-présent duc de Lancastre. L'état d'Angleterre de 1729 marque pour possesseur de cette charge le duc de Grafton.
Il y a aussi des chamberlains dans la plûpart des cours d'Angleterre, dont ils sont les receveurs ou les trésoriers.
Cette charge est en Angleterre beaucoup plus étendue que ne l'est en France celle de grand chambellan. Il a sous lui plus de 500 officiers, seigneurs, gentilshommes & autres, de toutes sortes de sciences, arts & métiers. (G)
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| CHAMBÉRY | (Géog. mod.) ville considérable & capitale du duché de Savoie, sur les ruisseaux de Laisse & d'Albans. Long. 23. 30. lat. 45. 35.
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| CHAMBLY | (Géog. mod.) petite ville de France en Picardie, dans le Beauvoisis, à quelque distance de la riviere d'Oise.
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| CHAMBON | (Géog. mod.) petite ville de France dans le petit pays de Combrailles, aux confins de la basse-Auvergne, sur la Voile.
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| CHAMBRANLE | S. m. (Architecture) espece de cadre de pierre composé de deux montans & d'une traverse supérieure, qui sert à orner les portes & croisées des façades extérieures des bâtimens. Il faut les enrichir de moulures en plus ou moins grande quantité, selon la magnificence de l'édifice, & selon le caractere des ordres qui y sont employés ; ils doivent, ainsi que les bandeaux, avoir de largeur la sixieme partie de celle des croisées. Voyez BANDEAU.
On appelle aussi chambranle ceux de menuiserie qu'on place dans les appartemens autour des portes à placages sur lesquels ceux-ci sont ferrés.
On donne le même nom aux revétissemens de marbre, de pierre de liais, ou de bois, qui servent à décorer les cheminées dans les appartemens. (P)
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| CHAMBRE | S. f. (Architecture) Ce mot désigne un lieu destiné à plusieurs usages dans l'Architecture : car on dit chambre d'écluse pour signifier l'espace du canal qui se trouve compris entre les deux portes d'une écluse ; chambre de port pour désigner la partie du bassin d'un port de mer la plus retirée & la moins profonde, où l'on tient les vaisseaux desarmés pour les réparer ; chambre civile ou criminelle, pour parler d'un lieu où est placé un tribunal destiné pour rendre la justice, comme au Palais, au Châtelet ; chambre du trône, celle où le prince reçoit avec magnificence les ambassadeurs des cours étrangeres, & dans laquelle est pratiquée une estrade couverte d'un dais, comme celle des appartemens du Roi à Versailles ; chambres du dais, celles qui précédent ordinairement les salles d'assemblée se nomment ainsi, parce que dans l'un des côtés est placé un dais fort élevé sous lequel un grand seigneur donne ses audiences par cérémonies & par distinction.
CHAMBRE du conseil, celle où dans une maison royale, comme à Versailles ou Fontainebleau, s'assemblent les conseillers d'état, par ordre de Sa Majesté, pour y conférer ensemble des intérêts publics, du bien de l'état, de la marine, du commerce, &c. On appelle cabinet du conseil le lieu où l'on traite des affaires particulieres.
On appelle aussi chambre du conseil dans une ville de guerre, le lieu où les principaux officiers s'assemblent pour y conférer ou juger des affaires militaires ; ainsi qu'on appelle à Paris chambre du conseil, aux Invalides, celle où le gouverneur & autres officiers s'assemblent pour mettre ordre & juger les différends qui surviennent dans la maison : & chambre de communauté, pour indiquer une salle où les syndics de chaque profession s'assemblent pour recevoir maîtres des artisans qui font chef-d'oeuvre, &c. Mais en général le mot de chambre exprime la piece d'un appartement destiné au sommeil, & alors on l'appelle, selon la dignité des personnes qui l'habitent, & la décoration dont elle est revêtue, chambre de parade, chambre à coucher, à alcove, en niche, en entresolles, en galetas, &c.
Celles de parade font partie des appartemens d'une maison considérable, & ne servent extraordinairement que pour coucher par distinction des étrangers du premier ordre, ce lieu contenant ordinairement les meubles les plus précieux.
Les chambres à coucher sont aussi dans de grands bâtimens des pieces considérables, destinées pour le maître ou la maîtresse du logis. Pour plus de magnificence, on pratique dans ces chambres des estrades, sur lesquelles s'élevent des colonnes qui séparent le lieu où est placé le lit d'avec le reste de la piece : ces colonnes y sont d'autant mieux placées aujourd'hui qu'elles en divisent la décoration en deux especes, c'est-à-dire que le lieu où est placé la cheminée peut être revêtu tout de menuiserie, pendant que celui où est le lit est garni d'étoffe, ce qui rend cet espace plus du ressort d'une chambre destinée au repos : aussi ne fait-on plus guere d'usage des tapisseries que dans le cas dont il s'agit, & pour les premieres, secondes antichambres, & salles d'assemblée, ou bien dans les cabinets de tableaux, de toilette, &c. toutes les autres pieces d'un appartement se décorant pour la plûpart de menuiserie, de sculpture, peinture & dorure.
L'usage qui a fait substituer les lambris aux tapisseries, a fait aussi rejetter l'habitude de laisser cette même menuiserie dans sa couleur naturelle ; de maniere qu'on colore presque tous les lambris en blanc, en couleur d'eau, en jonquille, lilas, &c. dont on dore les moulures & les ornemens : ou bien l'on peint seulement tous les fonds d'une de ces couleurs, & la sculpture & les cadres d'une teinte plus pâle que le reste ; ce qui par économie tient lieu de dorure, & ne laisse pas de faire un bel effet. De toutes ces couleurs le blanc a le plus d'éclat, mais l'expérience a fait connoître que les lumieres gâtoient en fort peu de tems ces lambris ; ce qui lui fait préférer les autres couleurs dont nous venons de parler, sur-tout dans les chambres à coucher, où cette couleur semble être hors de convenance, non seulement à cause de l'usage auquel elle est destinée, mais encore parce qu'elle ressemble trop au plâtre ou à la pierre, qui ne paroît pas être faite pour rendre un lieu sain & salubre. Il est vrai que l'or a plus d'éclat sur le blanc que sur toutes les autres couleurs, mais la vraisemblance doit l'emporter sur les autres considérations ; & d'ailleurs la nécessité où l'on a été presque par rapport à tous nos beaux appartemens en France, soit à Choisy, soit au palais Bourbon à Paris, & aux hôtels de Soubise, de Villars, de Villeroi, & autres, de regratter au bout de quelques années ces lambris, pour les repeindre à neuf, sans avoir joüi de leur éclat que pendant un très-court espace de tems, doit en faire éviter l'usage dans les chambres à coucher, pour les raisons que nous venons de dire, & généralement dans toutes les pieces de grandeur moyenne sujettes à recevoir en hyver nombreuse compagnie, grand feu & grandes lumieres ; telles que sont les salles à manger, salles de société, de jeu, de concert, de bal, &c. Il faut les réserver seulement pour les lieux spacieux qui pourroient être construits de marbre blanc, de stuc, de pierre de liais ou de plâtre, tels que les grands vestibules, comme celui de Clagni, sa grande galerie ; le sallon à double étage de Marli & de Montmorenci, & autres lieux, tels que les péristiles, les porches, colonnades, grands escaliers, &c.
Il est quatre choses également intéressantes à observer dans la disposition d'une chambre à coucher : la premiere, que sa forme en général soit toûjours plus profonde que large ; elle peut être quarrée depuis le devant des croisées jusqu'à l'estrade, mais toute la profondeur de l'alcove doit excéder le quarré ; ou quand il n'y a point d'estrade, le pié du lit doit terminer à-peu-près un des côtés du quarré : la seconde, c'est que les croisées d'une chambre à coucher soient toûjours en face du lit ; toute autre situation est desagréable, sur-tout dans un appartement susceptible de quelque décoration : la troisieme, que les cheminées soient placées de maniere qu'elles marquent le milieu de la piece depuis les croisées jusqu'à l'estrade, & qu'elles soient situées du côté opposé à la principale entrée de la piece : la quatrieme, que les portes, quoiqu'elles soient assujetties à l'enfilade de tout le bâtiment, soient assez distantes du mur de face pour laisser un écoinçon raisonnable entre l'un & l'autre, sans que pour cela elles soient trop près des cheminées, ainsi qu'il s'en voit à l'hôtel de Belleisle, où il n'y a à côté de leur jambage qu'une place suffisante pour recevoir le chambranle de la porte.
Ordinairement on affecte sur les murs de refends, pour plus de symmétrie, des portes feintes opposées à celles d'enfilade, qui par cette affectation mettent les cheminées au milieu de la piece ; mais il en résulte un inconvénient, c'est qu'alors il ne reste plus de place raisonnable pour placer des siéges, à cause de l'espace qu'occupe le lit ou l'estrade quand on en met une : je dis raisonnable, car il ne paroît pas vraisemblable de placer des siéges devant les ventaux des portes qui, quoiqu'elles soient feintes, semblent aux étrangers devoir s'ouvrir ; d'ailleurs leur hauteur en cache la proportion & interrompt l'ordonnance de la piece ; cependant c'est un défaut qu'il est difficile d'éviter. Aussi à l'hôtel de Soubise a-t-on, pour s'en éloigner, affecté seulement le dessus des portes ; mais comme ceux-ci, pour satisfaire à la largeur de ceux qui leur sont opposés, occupent beaucoup d'espace, il en résulte que la partie qui reste depuis le dessus de ce dessous de porte jusqu'au dessus du lambris d'appui, est trop peu élevée par rapport à sa largeur, & fait un panneau de mauvaise forme ; défaut qui doit porter indispensablement à revêtir cette partie du côté opposé aux portes d'un compartiment qui n'ait rien de commun avec leur ordonnance, ou à souffrir peu de siéges dans ces sortes de pieces. Il est vrai que l'usage d'une chambre à coucher semble en exiger moins que toute autre, & qu'il n'y ait que le cas d'une maladie qui puisse attirer une compagnie un peu nombreuse dans une chambre à coucher ; mais il est de la décence qu'une telle piece en contienne un certain nombre.
La hauteur des chambres à coucher, ainsi que toutes celles d'un appartement un peu considérable, doit être tenue d'une certaine élévation : ordinairement l'on prend la longueur du plus grand côté, puis celle du petit, & la moitié de ces deux quantités la détermine, sur-tout lorsque l'on veut former les plafonds en calotte, à l'imitation des voûtes, d'où le mot de chambre dérive, étant fait du latin camera, voûte surbaissée, qui vient de carmurus, courbé ou cambré. Ces voûtes avec les corniches peuvent avoir environ le tiers de la hauteur de la piece, & étoient anciennement presque toutes ornées d'architecture, de peinture & sculpture : aujourd'hui la sculpture y préside ; cependant on ne peut disconvenir que la plûpart de ces beaux plafonds qu'on voit au château des Tuileries, à Versailles, à Meudon, à Vincennes & ailleurs, n'ayent des beautés réelles, quoiqu'un peu pesantes pour la plûpart, & ne soient préférables aux ornemens trop legers & sans liaison qu'on affecte sur-tout dans toutes les décorations intérieures. Presque tous les artistes conviennent de ce que j'avance ; nos Architectes même admirent, disent-ils, ces beaux ouvrages du siecle passé, singulierement celui de la galerie du Louvre ; mais tous se laissent entraîner par le torrent, ou se laissent subjuguer par les Sculpteurs. Il n'y a pas jusque dans nos temples où l'on n'ait travesti les décorations, autrefois nobles, simples & majestueuses, tels que le Val-de-grace, les Invalides, la Sorbonne, & autres lieux sacrés, en des compositions remplies d'ornemens bisarres, chimériques & mal entendus, tels qu'il s'en voit à S. Sulpice, & dans presque toutes nos églises modernes.
Les observations que nous venons de faire ne regardent que la décoration : sans-doute cette partie est très-intéressante dans l'Architecture ; mais toute essentielle qu'elle paroisse, elle est dans le cas dont il s'agit ici, insuffisante sans la commodité. Les pieces de maître les mieux décorées sont imparfaites si elles ne sont accompagnées de celles destinées pour leur commodité personnelle, & de celles capables de leur procurer le service des domestiques, je veux dire des garderobes, des lieux à soûpapes, & enfin des dégagemens assortis à la grandeur du bâtiment, à l'usage des pieces, à l'état & à la différence des deux sexes, qui selon leur âge demandent plus ou moins abondamment de ces garderobes pratiquées, éclairées & dégagées convenablement ; ce qui prouve l'expérience, l'intelligence & la ressource du génie de l'Architecte.
Les chambres à alcoves différent des précédentes en ce qu'elles exigent moins de décorations, de symmétrie & de dépense ; mais leur lit doit toûjours se présenter en face des croisées, & l'intérieur de l'alcove être tapissé, à moins que ce ne soit des chambres de peu d'importance, qui ne tiennent point à de grands appartemens. Ces alcoves sont pratiqués par des cloisons de menuiserie, dans l'intention de resserrer l'espace du lit, le rendre moins grand, & par conséquent lui procurer plus de chaleur par le secours des rideaux qui ferment l'ouverture de cet alcove. Les alcoves étoient anciennement fort en usage, & il y a toute apparence qu'ils ont été imaginés pour corriger la profondeur des pieces, qui dans une chambre à coucher doit être moyenne, & pour pratiquer aux deux côtés de son ouverture des garderobes ou cabinets, lorsque les pieces voisines n'en pourroient contenir d'utiles à la chambre à coucher.
Les chambres en niche portent ce nom, parce que leur lit est niché dans un espace qui ne contient que sa grandeur ; alors il est enfermé de trois côtés, & n'a de libre que le devant. Pour la symmétrie, on y affecte deux chevets, & l'on pratique aux deux côtés de cette niche des garderobes, des cabinets, ou des dégagemens. Ces sortes de chambres sont fort d'usage à la campagne ou à la ville dans de petits appartemens d'hyver, leur lit ne tenant pas grande place, & pouvant être placé à côté & non vis-à-vis des croisées indistinctement. Elles sont encore fort commodes en ce qu'elles n'exigent pas de grande hauteur de plancher ; ce qui les faits placer volontiers dessous ou dans les entresolles.
Les chambres en galetas n'exigent aucune décoration, étant souvent destinées pour les domestiques ou pour les officiers de la maison, qui alors y pratiquent des alcoves, des niches, &c. (P)
* Il y a peu de terme dans la langue qui ait autant d'acceptions figurées que le mot chambre. On a transporté ce mot des endroits appellés chambres, où des personnes s'assembloient pour différentes affaires, aux personnes mêmes assemblées ; & de l'espace renfermé par des murs, & percé d'une porte & de fenêtres qui forment la chambre prise au simple ; on l'a appliqué à tout autre espace qui a dans les Arts quelque analogie, soit avec les usages de cette partie d'un appartement, soit avec sa figure.
CHAMBRE, en matiere de Justice & de Police, s'entend ordinairement du lieu où se tiennent certaines jurisdictions ou assemblées pour le fait de la justice ou police. Quelquefois le mot chambre se prend pour la compagnie même qui s'assemble dans la chambre. Il y a plusieurs jurisdictions & assemblées auxquelles le titre de chambre est commun, & qui ne sont distinguées les unes des autres que par un second titre qui leur est propre à chacune. On va les indiquer toutes ici ; renvoyant néanmoins sous les autres lettres l'explication des jurisdictions dont le nom peut être séparé du mot chambre, ou qui se trouvent liées avec quelqu'autre matiere.
CHAMBRE DES ALIENATIONS faites par les gens de main-morte, étoit une commission souveraine établie par lettres patentes du 4 Novembre 1659, registrées en cette chambre le 24 du même mois, pour connoître des aliénations faites par les gens de mainmorte, & pour la recherche, taxe & liquidation de ce qui devoit être payé par les détenteurs & possesseurs des biens aliénés en conséquence de la déclaration du 20 Décembre 1658.
CHAMBRE D'ANJOU, est une des six divisions que l'on fait des auditeurs de la chambre des comptes de Paris, pour distribuer à chacun d'eux les comptes qu'il doit rapporter. Pour entendre ce que c'est que ces divisions, & pourquoi on les appelle chambres, il faut observer que dans l'ancien bâtiment de la chambre des comptes, qui fut incendié le 28 Octobre 1737, on avoit assigné aux auditeurs sept chambres ou bureaux différens qu'on appella les chambres du trésor de France, de Languedoc, de Champagne, d'Anjou, des Monnoies, & de Normandie. On distribua les comptes dans ces sept chambres, de maniere que l'on assigna à chacune les comptes de certaines généralités. On mit dans celle d'Anjou les comptes de la généralité de Tours, qui comprend l'Anjou & plusieurs autres provinces : les comptes de cette chambre étoient renfermés dans de grandes armoires étiquetées chambre d'Anjou ; & ainsi des autres chambres. On distribua aussi les auditeurs dans ces sept chambres pour les comptes que chacun devoit rapporter ; celle de Normandie fut supprimée, comme on le dira à l'article de cette chambre. Dans le nouveau bâtiment qui a été construit pour la chambre des comptes, on n'a point observé la même disposition que dans l'ancien ; au moyen de quoi les auditeurs au lieu des sept chambres n'en ont que trois ; l'une qu'on appelle la chambre des auditeurs ; les deux autres sont la chambre des fiefs & celle des terriers : mais on a toûjours conservé la division des auditeurs en six chambres, pour la distribution qui leur est faite des comptes ; ensorte que ces chambres ne sont plus des bureaux ou lieux d'assemblée, mais de simples divisions qui changent tous les trois ans. Il n'est pas d'usage de distribuer à chaque auditeur d'autres comptes que ceux qui sont du ressort de la chambre où il est lui-même distribué. Il n'y a point de rang particulier entre ces chambres ou divisions, quoique quelques-uns mettent la chambre du trésor la premiere, à cause que l'on y comprend les comptes les plus considérables dont M. le premier président fait la distribution. De la chambre d'Anjou dépendent toûjours les comptes de la généralité de Tours. Voyez ci-après CHAMBRE DE FRANCE, DE LANGUEDOC, DE CHAMPAGNE, DES MONNOIES, DU TRESOR, DE NORMANDIE, & l'article CHAMBRE DES COMPTES. (A)
CHAMBRE APOSTOLIQUE ; c'est un tribunal ecclésiastique à Rome, que l'on peut appeller le conseil des finances du pape : le cardinal Camerlingue en est le chef ; les autres officiers sont le gouverneur de Rome qui est vice-Camerlingue, le Trésorier, l'auditeur de la chambre, le président, l'avocat des pauvres, l'avocat-fiscal, le fiscal-général de Rome, le commissaire de la chambre, & douze clercs de la chambre : il y a aussi douze notaires qui prennent le titre de secrétaires de la chambre, & quelques autres officiers.
On traite dans cette chambre les affaires qui concernent le trésor ou le domaine de l'église & du pape & ses parties casuelles. On y expédie aussi quelquefois les lettres & bulles apostoliques pour les bénéfices. Cette voie n'est pas la seule pour expédier ces lettres & bulles ; on en expédie aussi, mais rarement, par voie secrette, & plus communément en consistoire & chancellerie. Voyez CONSISTOIRE, CHANCELLERIE, IE SECRETTEETTE.
La voie de la daterie & de la chambre apostolique sert à faire expédier toutes provisions de bénéfices, autres que ceux qu'on appelle consistoriaux ; on y a recours sur-tout dans les cas fâcheux & difficiles, comme quand il manque à l'impétrant quelques-unes des qualités ou capacités requises, ou qu'il s'agit d'obtenir dispense, ou de faire admettre quelque clause délicate.
On peut faire expédier par la chambre, c'est-à-dire par la voie de la chambre apostolique, tout ce qui s'expédie par consistoire & chancellerie ; mais il en coûte un tiers de plus.
Les minutes des bulles sont dressées par un prélat appellé summiste.
Tous les brefs & bulles expédiées par la chambre, sont inscrits dans un registre qui est gardé par un autre officier appellé custos registri.
Les livres de la chambre apostolique contiennent une taxe pour le coût des bulles & provisions de certains bénéfices : on attribue cette taxe à Jean XXII. qui envoya des commissaires par toute la chrétienté, pour s'informer du revenu de chaque bénéfice. L'état fait par ces commissaires, est transcrit dans les livres de la chambre : il sert à exprimer la valeur des bénéfices, & à en régler la taxe ou annate. Voyez ANNATE, BULLES, PROVISIONS, TAXE.
En France, on n'exprime la véritable valeur que des bénéfices taxés dans les livres de la chambre : pour les autres, on expose que la valeur n'excede point vingt-quatre ducats : ceux-ci ne payent point d'annate, Grégoire XIII. les en a déchargés.
La cour de Rome prétend appliquer au profit de la chambre les fruits des bénéfices qui n'ont pas été perçûs légitimement : mais cela n'est point reçu en France. Voyez le commentaire sur les Libertés de l'Eglise Gallicane, article 51.
Sur les fonctions & droits de la chambre apostolique, voyez le traité de l'usage & pratique de cour de Rome par Castel, avec les notes de Noyer.
CHAMBRE APOSTOLIQUE de l'abbé de sainte Genevieve, est une jurisdiction que l'abbé de sainte Genevieve de Paris a en qualité de conservateur né des priviléges apostoliques, & de député par le saint-siége pour connoître & juger de toutes sortes de causes entre les gens d'église. Cette chambre avoit autrefois beaucoup de crédit & un grand ressort : l'appel de ses jugemens étoit porté immédiatement au pape ; mais depuis, le pouvoir de cette chambre a été beaucoup limité. Présentement sa fonction se réduit proprement à décerner des monitoires, lorsque les juges séculiers ordonnent de s'adresser à l'abbé de sainte Genevieve pour cet effet. Cette chambre n'est composée que de l'abbé, du chancelier, & d'un secrétaire. Corroret, D. fol. 14. A. Sauval ; antiq. de Paris, tome III. pag. 239.
CHAMBRE ARDENTE : ce nom fut donné anciennement au lieu dans lequel on jugeoit les criminels d'état qui étoient de grande naissance. Cette chambre fut ainsi appellée, parce qu'elle étoit toute tendue de deuil, & n'étoit éclairée que par des flambeaux : de même qu'on a appellé chapelle ardente, le mausolée garni de flambeaux que l'on dresse aux personnes de qualité le jour des services solemnels qu'on fait pour honorer leur mémoire, la grande obscurité du deuil faisant paroître les lumieres plus ardentes qu'elles ne seroient sans l'opposition de cette nuit artificielle.
Le nom de chambre ardente fut ensuite donné à une chambre particuliere, établie par François II. dans chaque parlement, pour faire le procès aux Luthériens & aux Calvinistes : elles furent ainsi nommées, parce qu'elles faisoient brûler sans miséricorde tous ceux qui se trouvoient convaincus d'hérésie.
On a appellé par la même raison chambre ardente, une chambre de justice qui fut établie en 1679, pour la poursuite de ceux qui étoient accusés d'avoir fait ou donné du poison. Ce qui donna lieu à l'établissement de cette chambre, fut que deux Italiens, dont l'un se nommoit Exili, avoient travaillé long-tems à Paris à chercher la pierre philosophale avec un apoticaire allemand nommé Glaser, connu par un traité de Chimie qu'il donna en 1665. Ces deux Italiens ayant perdu à cette recherche le peu de bien qu'ils avoient, voulurent réparer leur fortune par le crime, & pour cet effet vendirent secrettement des poisons : la marquise de Brinvilliers fut du nombre de ceux qui eurent recours à ce détestable artifice ; & ayant été convaincue d'avoir fait mourir le lieutenant civil d'Aubray son pere, & plusieurs autres personnes de sa famille, ce qui fit donner à ces poisons le nom de poudre de succession, elle fut brûlée à Paris en 1676.
Les suites de cette affaire donnerent lieu en 1679 d'établir une chambre pour la poursuite des empoisonnemens : elle tint d'abord ses séances à Vincennes, & ensuite à l'Arsenal.
Plusieurs personnes de la premiere considération furent impliquées dans cette affaire ; mais il n'y eut de punie que la Voisin, sage-femme à Paris, qui se faisoit passer pour devineresse : ayant été convaincue de poison, elle fut condamnée au feu & brûlée vive, après avoir eu la main coupée & percée auparavant d'un fer chaud. Elle fut exécutée à Paris le 22 Février 1680.
L'instruction ayant été finie contre ses complices, la chambre ardente mit fin à ses séances.
On donne encore quelquefois le nom de chambre ardente, à certaines commissions ou chambres de justice établies pour un tems, soit dans l'Arsenal, soit dans quelque province, pour connoître de certaines affaires de contrebandiers, faussaires, & autres accusés de crimes graves, qui ont plusieurs complices. Voyez le dictionn. de Brillon, au mot chambre ardente ; Mezeray, en 1679 & 1680.
CHAMBRE DE L'ARSENAL ou CHAMBRE ROYALE DE L'ARSENAL, est une commission qui a été établie à Paris dans l'enclos de l'Arsenal en différentes occasions, pour connoître souverainement de certaines matieres : il y en eut une établie en conséquence de l'édit de 1672, concernant les maladreries ; on l'appelloit aussi la chambre souveraine des maladreries.
CHAMBRES ASSEMBLEES, se dit lorsque les différentes chambres qui composent une même cour ou compagnie, se rassemblent pour délibérer de quelques affaires communes : telles que réception d'officiers, enregistrement d'ordonnances ou édits, &c. au parlement. L'assemblée se fait en la grand-chambre.
On entend aussi quelquefois au parlement par chambres assemblées, la réunion qui se fait à la tournelle de tous les présidens & conseillers laïques de la grand-chambre, soit qu'ils fussent alors de service à la grand-chambre ou à la tournelle. Les ecclésiastiques, gentilshommes, & officiers royaux, ont le droit de demander d'être ainsi jugés les chambres assemblées : en ce cas, les conseillers des enquêtes qui se trouvent de service à la tournelle, se retirent.
Les chambres des enquêtes & requêtes s'assemblent quelquefois par députés en la premiere des enquêtes, pour délibérer d'affaires qui doivent être ensuite communiquées à toute la compagnie en la grand-chambre : c'est ce que l'on appelle communément l'assemblée du cabinet.
Enfin quelquefois avant de juger une cause, instance ou procès, la chambre où l'affaire est pendante, ordonne qu'il sera demandé avis aux autres chambres ; & alors le rapporteur & le compartiteur, s'il y en a un, ou un autre conseiller, vont recueillir l'avis de chaque chambre : & l'arrêt qui intervient ensuite, est ce que l'on appelle un arrêt rendu consultis classibus.
Les cas où les chambres peuvent être assemblées sont reglés par diverses ordonnances : entr'autres celle de Charles VII. du mois d'Avril 1453, art. 116 & 117 ; celle de Louis XII. du mois de Juin 1510, art. 36, & plusieurs autres.
CHAMBRE BASSE ou CHAMBRE DES COMMUNES, est une des deux chambres qui composent le parlement d'Angleterre : l'autre s'appelle la chambre haute. Voyez ci-après CHAMBRE HAUTE.
Celle-ci est appellée chambre basse par opposition à la chambre haute, qui a le premier rang étant composée des seigneurs ou pairs du royaume ; au lieu que la chambre basse n'est composée que des députés des villes, & représente le tiers état.
On l'appelle aussi chambre des communes, parce qu'elle est composée des députés des communes, c'est-à-dire des villes & bourgs qui ont des lettres de commune.
Pour bien entendre de quelle maniere la chambre basse ou des communes a commencé à faire partie du parlement, il faut observer que le parlement d'Angleterre, qui est proprement l'assemblée des états de la nation, ne commença à se former sur ce pié qu'en 1248 : mais il n'étoit encore composé que du haut clergé & de la haute noblesse. Ce n'est qu'en 1264 qu'il est fait mention pour la premiere fois des communes dans les archives de la nation.
Les députés des communes furent d'abord choisis par le roi : mais après la mort d'Henri III, Edouard I. son fils, étant dans ce moment dans la Palestine où il portoit les armes contre les infideles, il trouva à son retour que les villes & les provinces avoient élu elles-mêmes ceux qui devoient les représenter, & qui dans les regles auroient dû être choisis par le régent du royaume, attendu l'absence du roi : le parlement néanmoins les reçut, & depuis ce tems les communes ont toûjours joüi de ce privilége.
Edoüard ayant tenté inutilement de détruire le pouvoir des communes, fut obligé pour appaiser la nation de convoquer une assemblée, où il assûra lui-même aux communes l'entrée au parlement.
Il ordonna à tous les cherifs d'Angleterre, que chaque comté ou province députât au parlement qui devoit s'assembler, deux chevaliers, chaque cité deux citoyens, & chaque bourg deux bourgeois ; afin de consentir à ce que les pairs du royaume jugeroient à-propos d'ordonner, & de l'approuver.
On voit par-là que les communes n'avoient point alors voix délibérative, mais seulement représentative. Et en effet, dans les actes authentiques de tous les parlemens convoqués sous ce regne, les députés des communes ne parlent jamais au roi qu'en supplians : ils lui représentent les griefs de la nation, & le prient d'y remédier par l'avis de ses seigneurs spirituels & temporels. Tous les arrêtés sont conçus en ces termes : Accordé par le roi & les seigneurs spirituels & temporels, aux prieres & supplications des communes.
Le peu d'autorité qu'avoient alors les députés des communes dans le parlement, fit peut-être penser à Edoüard qu'il étoit peu essentiel pour lui de les nommer : mais la suite fit bien-tôt connoître le contraire. Le peuple qui auparavant soûtenoit ordinairement le roi contre les seigneurs, commença lui-même à former des prétentions, & voulut avoir ses droits à part ; & avant même qu'il eût droit de suffrage, il dicta souvent des lois au roi, & régla les résolutions des seigneurs.
Sous Edoüard II. le parlement s'arrogea le pouvoir de faire des lois conjointement avec le roi : mais ce ne fut que sous le regne d'Edoüard IV. qui monta sur le trône en 1461, que la chambre basse commença à joüir aussi du pouvoir législatif. On ne sait même pas précisément en quelle année cela fut établi ; parce que les titres qui en font mention sont sans date : on conjecture seulement que ce fut à l'avénement d'Edoüard IV. qui voulut par-là se rendre agréable au peuple. Alors le style des Actes du parlement fut changé : au lieu d'y mettre comme auparavant, accordé aux supplications des communes, on mit : accordé par le roi & les seigneurs, avec le consentement des communes.
Le pouvoir des communes augmenta beaucoup sous Henri VII. par la vente que plusieurs seigneurs firent de leurs fiefs, suivant la permission que le roi leur en avoit donnée.
Jacques I. à sont avénement, en convoquant le parlement, marqua les qualités que devoient avoir les députés des communes : ce que ses prédécesseurs avoient fait quelquefois, mais seulement par forme d'exhortation.
Sous Charles I. le parlement obtint de ne pouvoir être cassé que du consentement des deux chambres, & dès ce moment son pouvoir ne reconnut plus de bornes.
Cromwel voyant que la chambre haute détestoit ses forfaits, fit déclarer dans celle des communes, qu'à elle seule appartenoit le pouvoir législatif, & qu'on n'y avoit pas besoin du consentement des seigneurs, la souveraine puissance résidant originairement dans le peuple. Bien-tôt après la chambre des pairs fut supprimée, & l'autorité souveraine se trouva toute renfermée dans la chambre des communes. Charles II. rétablit la chambre des pairs.
Le parlement d'Ecosse ayant été uni à celui d'Angleterre en 1707, le nombre des députés des communes fut augmenté de quarante-cinq pour le royaume d'Ecosse.
La chambre des communes est présentement composée d'un orateur, qui est le président de la chambre, de cent quatre chevaliers députés pour les cinquante-deux comtés qui partagent l'Angleterre, y compris vingt-quatre chevaliers pour les douze comtés de la principauté de Galles ; cinquante-quatre citoyens, dont quatre sont députés pour la ville de Londres, & deux pour chacune des vingt-cinq autres cités ; seize barons pour les cinq ports ; deux membres de chacune des deux universités ; environ trois cent trente bourgeois pour les bourgs ou petites villes, qui sont au nombre de cent soixante-huit, & qui envoyent chacune deux députés, & quelquefois un seul ; enfin quarante-cinq membres pour le royaume d'Ecosse ; ce qui fait en total cinq cent cinquante-trois députés, lorsqu'ils sont tous présens ; mais communément il ne s'en trouve guere plus de deux cent.
Il n'y a point de jurisconsultes dans la chambre basse, comme il y en a dans la haute, parce que la chambre basse n'a pas de jurisdiction, si ce n'est sur ses propres membres ; encore ne peut-elle prononcer de peine plus grave que l'amende ou la prison.
Lorsque le roi convoque le parlement, il écrit lui-même à chaque seigneur spirituel ou temporel, de se rendre à l'assemblée pour lui donner conseil ; au lieu qu'il fait écrire par la chancellerie au vicomte de chaque comté, & au maire de chaque ville & bourg, d'envoyer au parlement des députés du peuple, pour y consentir à ce qui aura été ordonné. Dès que ces lettres sont arrivées, on procede à l'élection des députés.
Lorsque le parlement est assemblé à Westminster, les deux chambres déliberent séparément : ce qui a été conclu dans l'une est communiqué à l'autre par les députés qu'elles s'envoyent. Si elles s'accordent, elles s'expriment en ces termes : les seigneurs, les communes ont assenti. Si elles sont d'avis différent, les députés de la chambre basse se rendent dans la haute, pour conférer avec les seigneurs ; ou bien les deux chambres nomment des députés qui s'assemblent dans une autre chambre appellée la chambre peinte.
Lorsque les deux chambres s'assemblent ainsi, soit en entier ou par députés, ceux des communes sont toûjours debout & tête nue, au lieu que les seigneurs sont assis & couverts.
Si les deux chambres ne peuvent se concilier, leur délibération est nulle. Il faut aussi le consentement du roi.
Les députés des communes sont considérés dans l'état présent, comme les défenseurs des priviléges de la nation ; c'est pourquoi ils se sont attribué le droit de proposer, d'accorder des subsides au roi, ou de lui en refuser.
Le nombre des députés des communes est fixe ; le roi ou le peuple ne peuvent le diminuer ni l'augmenter : mais il y a beaucoup de députés qui s'absentent ; & en ce cas ils ne peuvent donner leur voix par procureur, comme font les seigneurs. Voyez l'hist. du parl. d'Angleterre, par M. L. Raynal. (A)
CHAMBRE DES BLES, ne fut d'abord qu'une commission donnée à quelques magistrats, par lettres-patentes du 9 Juin 1709, registrées au parlement le 13 du même mois, pour l'exécution des déclarations des 27 Avril, 7 & 14 Mai de la même année, concernant les grains, farines, & légumes : mais par une déclaration du 11 Juin de la même année, il fut établi une chambre au parlement pour juger en dernier ressort les procès criminels, qui seroient instruits par les commissaires nommés pour l'exécution des déclarations des 27 Avril, 7 & 14 Mai 1709, sur les contraventions à ces déclarations. Il y eut encore une autre déclaration le 25 Juin 1709, pour regler la jurisdiction de cette chambre : elle fut supprimée par une derniere déclaration du 4 Avril 1710. Voyez la compilation des ordonnances, par Blanchard, p. 2848. & 2866 ; & le recueil des édits enregistrés au parlement de Dijon.
CHAMBRE DE CHAMPAGNE, est une des six divisions des auditeurs de la chambre des comptes de Paris, pour la distribution que l'on fait à chacun d'eux des comptes de leur département. C'est dans cette division que l'on met tous les comptes de la généralité de Châlons. Voyez ci-devant CHAMBRE D'ANJOU.
CHAMBRE CIVILE DU CHATELET DE PARIS, est une chambre du châtelet où le lieutenant civil tient seul l'audience les mercredi & samedi, depuis midi jusqu'à trois ou quatre heures. Un des avocats du roi assiste à cette audience.
On y porte les affaires sommaires, telles que les demandes en congé de maison, payement de loyers (lorsqu'il n'y a point de bail par écrit), ventes de meubles & oppositions, demandes en payement de frais & salaires de procureurs, chirurgiens, médecins, apoticaires, maçons, ouvriers, & autres où il n'y a point de titre, & qui n'excedent point la somme de mille livres. Les assignations s'y donnent à trois jours : on n'y instruit point la procédure ; la cause est portée à l'audience sur un simple exploit & sur un avenir ; les défauts s'obtiennent tous à l'audience, & non aux ordonnances ; les dépens se liquident par sentence à quatre livres en demandant, & trois livres en défendant, non compris le coût de la sentence. Voyez l'arrêt du conseil d'état du 16 Octobre 1685, & l'édit de Janvier 1685, articles 13 & 14.
CHAMBRE DU COMMERCE, voyez COMMERCE.
CHAMBRE DES COMMISSAIRES DU CHATELET, voyez COMMISSAIRES DU CHATELET.
CHAMBRE DE LA COMMISSION, étoit anciennement une chambre particuliere dans l'enclos & dépendance de la chambre des comptes de Paris, qui étoit située sous le greffe. C'étoit dans cette chambre que s'exécutoient toutes les commissions où il n'y avoit que des commissaires de la chambre des comptes, si ce n'est qu'ils s'assembloient plus souvent dans la chambre du conseil, comme étant plus commode ; ce qui se pratique ainsi aujourd'hui.
CHAMBRE DES COMMUNES, voyez ci-devant CHAMBRE BASSE.
CHAMBRE DES COMPTES, voy. l'art. COMPTES.
CHAMBRE DU CONSEIL, la chambre des comptes, est une chambre particuliere dans l'enceinte de la chambre des comptes de Paris, qui est commune à la chambre des comptes, & aux autres commissaires que le Roi y députe dans des cas particuliers, où il y a toûjours des officiers de la chambre.
Le registre des jugemens rendus en cette chambre commence le 15 Mars 1461 : elle a vraisemblablement été établie en exécution de l'édit de Charles VII. du mois de Décembre 1460, au mémorial L. fol. 203. qui déclare la chambre souveraine, & sans appel de ses arrêts ; mais veut qu'en cas de plainte d'aucun d'iceux, on prenne deux, trois ou quatre du parlement, ou plus, si le cas le requiert, pour avec les gens des comptes y pourvoir : ce qui fut confirmé par des lettres de Louis XI. du 23 Novembre 1461, audit mémorial L. fol. 168. v°.
Elle sert à juger les revisions, qui sont une espece de requête civile, & autres affaires que le Roi y renvoye ; comme il appert au mémorial T. fol. 150. en 1497. au journal 5. fol. 19. mém. 2. C. fol. 158. en 1522. au journal X. fol. 291. en 1525. mém. 4. X. fol. 278. en 1604. mém. 2. B. fol. 3. en 1520. mém. 3. F. fol. 1. en 1566. L'exécution s'en trouve au registre du greffe tenu exprès pour la chambre du conseil.
On tient aussi les chambres de justice, comme appert au cinquieme journal A. R. seconde part. fol. 151. v°. en Juillet 1505. mém. 4. X. 1604. fol. 278. mém. 5. A. 1607. fol. 72. v°. mém. 5. U. 1624. fol. 489. v°. & mém. du 24. Novembre 1661.
On juge aussi les procès criminels par commissaires du parlement & de la chambre, dans le cas de l'ordonnance de 1566. mém. 3. fol. 1.
CHAMBRE DU CONSEIL, dans les autres tribunaux, est le lieu où on délibere des affaires de la compagnie, & où l'on rapporte les instances & procès par écrit. Elle est ordinairement derriere la chambre de l'audience. Il y a des tribunaux qui n'ont point de chambre particuliere pour le conseil. On y délibere & on y rapporte dans la chambre d'audience, mais à huis clos. Quelquefois par les termes de chambre du conseil, on entend ceux qui composent l'assemblée.
Dans quelques tribunaux, une partie des juges est distribuée pour faire le service de la chambre du conseil ; & cette division s'appelle la chambre du conseil.
François I. par un édit du mois de Juin 1544, établit une chambre du conseil au parlement de Paris, pour juger les appellations verbales appointées au conseil. Les conseillers de la grand-chambre devoient être divisés en trois colonnes ; une pour servir à la chambre du plaidoyer, une à la tournelle, & l'autre à la chambre du conseil. Cette distinction de la chambre du conseil ne subsiste plus.
Par édit du mois de Mars 1477, il avoit été aussi établi une chambre du conseil au parlement de Dijon.
Au châtelet de Paris, le service des conseillers est partagé entre quatre chambres différentes ; savoir, le criminel ou la chambre criminelle, le parc civil, le présidial, & la chambre du conseil. C'est dans cette chambre du conseil que l'on rapporte toutes les affaires appointées. Les conseillers qui sont de cette chambre ne font point d'autre service pendant ce tems. Ils sont distribués en quatre colonnes ou divisions, qui changent tous les mois de service ; de maniere que chaque colonne remplit alternativement le service de la chambre du conseil, & y revient tous les trois mois, & ainsi des autres services. Voyez la compilation des ordonnances par Blanchard, & l'art. CHATELET.
CHAMBRE des conseillers généraux sur le fait des aides ; c'étoit la jurisdiction des généraux des aides. Elle est ainsi nommée dans une ordonnance de Charles V. du 6 Décembre 1373, art. 2. Voyez AIDES, COUR DES AIDES, GENERAUX DES AIDES.
CHAMBRE DES CONSULTATIONS, est un lieu dans le palais où les avocats au parlement donnent des consultations, soit verbales ou par écrit. Ceux qui viennent au palais pour consulter, peuvent appeller à cet effet un ou plusieurs avocats ; & comme il se fait souvent dans le même tems plusieurs consultations, il y a aussi, pour la facilité de l'expédition, plusieurs chambres de consultations. On choisit communément les avocats que l'on veut consulter, au pilier des consultations, où il se fait aussi quelquefois des consultations verbales.
Le bâtonnier, les anciens bâtonniers, & autres anciens avocats, s'assemblent quelquefois en la principale chambre des consultations, pour délibérer entr'eux des affaires de l'ordre. Le 14 Mai 1602, les avocats, au nombre de trois cent sept, partirent deux à deux de la chambre des consultations, & allerent poser leur chaperon au greffe, déclarant qu'ils ne vouloient plus faire la profession.
Les avocats des autres parlemens ont aussi leurs chambres des consultations. Voyez AVOCAT, BATONNIER, CONSULTATION, PILIER DES CONSULTATIONS.
CHAMBRE DE LA CORRECTION, voyez CORRECTEUR DES COMPTES.
CHAMBRE DE LA COURONNE DE FRANCE, étoit anciennement une chambre du trésor ou du domaine : une ville étoit appellée chambre du roi, pour dire qu'elle étoit de son domaine. La Rochelle est qualifiée de chambre spéciale de la couronne de France, specialem cameram coronae Franciae, dans des priviléges accordés à cette ville par Charles V. le 8 Janvier 1372. Il y avoit plusieurs de ces chambres du domaine : elles sont aussi appellées tantôt chambre du roi, tantôt chambre royale. Orléans étoit anciennement la chambre spéciale & élue des rois de France, suivant les lettres-patentes de Charles V. du mois de Septembre 1375. Saint-Antonin en Languedoc est aussi appellé notable chambre du roi, dans des lettres de 1370. Voyez les ordonnances de la troisieme race, & au mot DOMAINE.
CHAMBRE CRIMINELLE DU PARLEMENT, ou DE LA TOURNELLE CRIMINELLE, voyez ci-après TOURNELLE CRIMINELLE.
Il y a eu aussi au parlement de Rouen une chambre criminelle créée par François I. le 14 Avril 1545, pour juger les affaires concernant les hérésies de Luther & de Calvin qui commençoient à se répandre. Cette chambre étoit différente de celle de la tournelle du même parlement, qui est destinée à connoître des matieres criminelles en général, comme celles des autres parlemens. Il y a apparence qu'elle fut supprimée en 1599, lorsqu'on établit à Rouen une chambre de l'édit en 1599. Voyez le recueil d'arrêt de réglement par M. Froland, Part. II. c. xv. pag. 369. & ci-après CHAMBRE DE L'ÉDIT.
CHAMBRE CRIMINELLE DU CHATELET DE PARIS, est celle où se jugent les affaires criminelles. Le lieutenant criminel y préside. Il juge seul avec un des avocats du roi les matieres de petit criminel, où il ne s'agit que d'injures, rixes, & autres matieres legeres qui ne méritent point d'instruction. A l'égard des procès du grand criminel, il les juge assisté des conseillers du châtelet qui sont de la colonne du criminel, c'est-à-dire qui sont de service au criminel ; ce qu'ils font quatre mois de l'année, un mois dans chaque trimestre ; étant distribués pour le service en quatre colonnes, qui changent tous les mois, comme il a été dit ci-devant au mot CHAMBRE CIVILE. Voyez ci-après CHATELET & LIEUTENANT CRIMINEL. (A)
CHAMBRE DES DECIMES, voyez DECIMES.
CHAMBRE AUX DENIERS, (Hist. mod.) est la chambre où se reglent & se payent toutes les dépenses de bouche de la maison du Roi. Elle a trois trésoriers, & chacun d'eux a soin dans son année d'exercice de solliciter les fonds pour la dépense de la maison du Roi, & de payer les officiers chargés de cette dépense. Ils ont sous eux deux contrôleurs pour viser les ordonnances de payement ; & ces trésoriers sont subordonnés au grand-maître de France. (a)
CHAMBRE DIOCESAINE DU CLERGE, est la même que la chambre des décimes. On l'appelle aussi bureau diocésain du Clergé. Voyez DECIMES.
CHAMBRE DU DOMAINE, voyez DOMAINE.
CHAMBRE DOREE DU PALAIS, ou GRAND-CHAMBRE DU PARLEMENT : on l'appelloit alors la chambre dorée, à cause de son plafond fait du tems de Louis XII. qui est doré d'or de ducat. Guillaume Poyet, chancelier de France, fut condamné par arrêt de la cour du Parlement de Paris du 23 Avril 1545, en la chambre dorée du palais. Voyez GRAND-CHAMBRE.
CHAMBRE ECCLESIASTIQUE, voyez DECIMES.
CHAMBRE ELUE DU ROI, voyez CHAMBRE DE LA COURONNE.
CHAMBRE DES ÉLUS GENERAUX DES ETATS DE BOURGOGNE, voyez ETATS DE BOURGOGNE.
CHAMBRE DES ENQUETES, Voyez ENQUETES. (A)
CHAMBRE DE L'ETOILE, ou camera stellata, (Hist. mod.) elle tiroit ce nom de ce que le plafond en étoit autrefois parsemé d'étoiles. Elle est fort ancienne ; mais son autorité avoit été sur-tout fort augmentée par les rois Henri VII. & Henri VIII. lesquels ordonnerent par deux statuts différens que le chancelier, assisté des personnes y dénommées, pourroit y recevoir des plaintes ou accusations contre les personnes qu'on auroit gagées pour commettre des crimes, corrompre des juges, maltraiter des sergens, & autres fautes semblables, qui par rapport à l'autorité & au pouvoir de ceux qui les commettent, n'en méritent que plus d'attention, & que des juges inférieurs n'auroient point osé punir, quoique le châtiment en soit très-important pour l'exécution des jugemens.
Cette chambre de l'étoile ne subsiste plus : sa jurisdiction, & tout le pouvoir & l'autorité qui lui appartenoient, ont été abolis le premier d'Août 1641, par le statut xvij. car. 1. chamb.
CHAMBRE DE FRANCE, est l'une des six divisions que l'on fait des auditeurs de la chambre des comptes de Paris, pour leur distribuer les comptes. De cette chambre dépendent les comptes de cinq généralités ; savoir, Paris, Soissons, Orléans, Moulins, & Bourges. Voyez ci-devant CHAMBRE D'ANJOU. Voyez aussi COMPTES.
CHAMBRE DES FRANCS-FIEFS, voyez FRANCS-FIEFS.
CHAMBRE DES FIEFS, à la chambre des comptes de Paris, est le lieu où l'on conserve le dépôt des fois & hommages, & aveux & dénombremens rendus au Roi. Ce sont des auditeurs des comptes qui en délivrent des copies collationnées, en vertu d'arrêt de la chambre des comptes.
GRAND-CHAMBRE, ou CHAMBRE DU PLAIDOYER, est la premiere & la principale chambre de chaque parlement : c'est le lieu où toute la compagnie se rassemble, où le Roi tient son lit de justice. On y fait les enregistremens, on y plaide les appellations verbales, les appels comme d'abus, les requêtes civiles, & autres causes majeures, cette chambre étant destinée principalement pour les audiences.
Quelquefois par le terme de grand-chambre, on entend les magistrats qui y tiennent leurs séances.
La grand-chambre du parlement de Paris, qui est la plus ancienne de toutes, & dont les autres ont emprunté leur dénomination, a été ainsi appellée grand-chambre, par contraction de grande chambre, parce qu'en effet c'est une chambre fort vaste : elle fut aussi nommée la grand-voûte, parce qu'elle est voûtée dessus & dessous, & que la voûte supérieure a beaucoup de portée : elle est aussi appellée quelquefois la chambre dorée, à cause de son ancien plafond qui est doré. Voyez CHAMBRE DOREE.
Elle étoit d'abord nommée la chambre des plaids, camera placitorum, suivant une ordonnance de 1291 ; on ne lui donnoit point encore le surnom de grand-chambre, quoiqu'il y eût dès-lors une ou deux chambres des enquêtes. On l'appelloit aussi quelquefois le parlement simplement, comme étant le lieu d'assemblée de ceux qui composoient principalement le parlement. C'est ainsi que s'explique une ordonnance du 23 Mars 1302, par laquelle, attendu qu'il se présentoit au parlement de grandes causes & entre de notables personnes, il ordonna qu'il y auroit toujours au parlement deux prélats & deux laïcs de son conseil.
Pasquier, liv. II. ch. iij. rapporte aussi une ordonnance ou réglement de 1304 ou 1305, qui fixe le nombre de ceux qui devoient composer le parlement, & ceux qui devoient être aux enquêtes ; savoir, au parlement deux prélats, treize clercs, & treize laïcs.
Une autre ordonnance de Philippe V. dit le long, du 17 Novembre 1318, fait connoître que le roi venoit souvent au parlement, c'est-à-dire en la grand-chambre, pour oüir les causes qu'il s'étoit reservées. Ces causes étoient publiées d'avance ; & pendant qu'on les plaidoit, toutes les autres affaires demeuroient en suspens. On y faisoit aussi des réglemens généraux en présence du roi, & ces réglemens étoient de véritables ordonnances.
Philippe V. ordonna aussi en 1319, qu'il n'y auroit plus de prélats députés en parlement, c'est-à-dire en la grand-chambre ; mais qu'il y auroit un baron ou deux, outre le chancelier & l'abbé de Saint-Denis, & qu'il y auroit huit clercs & douze laïcs.
La premiere fois qu'il est parlé de la grand-chambre est dans une ordonnance de Philippe VI. en 1342.
Dans une autre ordonnance du même roi, du 11 Mars 1344, on trouve un état de ceux qui étoient nommés pour tenir la grand-chambre ; savoir, trois présidens, quinze clercs, & quinze laïcs ; & l'on y remarque une distinction entre les conseillers de la grand-chambre & ceux des enquêtes & des requêtes : c'est que quand les premiers étoient envoyés en commission, on leur passoit en taxe pour leur voyage six chevaux ; au lieu que les autres n'en pouvoient avoir que quatre.
La grand-chambre est nommée simplement camera parlamenti, à la fin d'une ordonnance de 1340, enregistrée le 17 Mai 1345 ; & l'on voit qu'elle étoit composée de trente-quatre clercs, dont étoient deux évêques & vingt-quatre laïcs : elle est encore nommée de même dans les ordonnances de 1363 & de 1370.
Il y avoit en 1359 quatre présidens ; mais il fut arrêté que la premiere place vacante ne seroit point remplie ; qu'il n'y auroit à l'avenir en la grand-chambre que quinze conseillers clercs, & quinze laïcs, sans compter les prélats, princes & barons, dont il y auroit tel nombre qu'il plairoit au roi, parce que ceux-ci n'avoient point de gages.
Charles V. en 1364, nomma pour la chambre du parlement quatre présidens, quinze conseillers clercs, treize conseillers laïcs.
Les ordonnances lûes & publiées en la grand-chambre, étoient ensuite publiées à la porte du parlement, c'est-à-dire de la grand-chambre.
Charles VII. en 1453, ordonna que la grand-chambre seroit composée de quinze conseillers clercs, & quinze laïcs, outre les présidens, qui étoient toûjours au nombre de quatre.
Présentement la grand-chambre est composée du premier président, & de quatre présidens au mortier, de douze conseillers clercs qui se mettent du même côté, c'est-à-dire sur le banc à gauche du premier président : sur le banc à droite sont les princes du sang, les six pairs ecclésiastiques, les pairs laïcs, les conseillers d'honneur, les maîtres des requêtes, qui ne peuvent y entrer qu'au nombre de quatre ; le doyen des conseillers laïcs, les présidens honoraires des enquêtes & requêtes, & le reste des conseillers laïcs, qui sont au nombre de vingt-un.
Les trois avocats généraux assistent aux grandes audiences, & M. le procureur général y vient aussi quelquefois lorsqu'il le juge à propos.
La grand-chambre du parlement de Paris connoît seule dans tout le royaume des causes des pairs & des matieres de régale.
On donne dans cette chambre deux audiences le matin : la premiere, que l'on appelle la petite audience, parce qu'elle est moins solemnelle ; la cour s'y tient sur les bas siéges, & l'on n'y plaide que les affaires les plus sommaires : la seconde, qu'on appelle la grande audience, où l'on plaide les lundi & les mardi les causes des rôles des provinces du ressort : MM. les présidens y sont en robes rouges, de même qu'à la grande audience du jeudi, où l'on plaide d'autres causes de toutes sortes de provinces du ressort du parlement : les autres jours on expédie à la seconde audience de moindres affaires ; les mercredi & samedi on plaide les réglemens de juges, appels de sentence de police, &c.
Les mardi & vendredi il y a audience de relevée en la grand-chambre ; c'est le plus ancien des présidens au mortier qui y préside.
Le vaisseau de la grand-chambre qui avoit été décoré par Louis XI. a été réparé & embelli considérablement en l'état qu'il est présentement en 1722 : on n'a conservé de l'ancienne décoration que le plafond. Pendant cette réparation, la grand-chambre tenoit les séances en la salle saint-Louis, ou chambre de la tournelle. Voyez les ordonnances de la troisieme race ; les recherches de Pasquier. Miraulmont sur l'origine & instit. des cours souver. Joli, des offic. de France, & les articles CHAMBRE DES ENQUETES, PARLEMENT, TOURNELLE, PREMIER PRESIDENT, PRESIDENT AU MORTIER, CONSEILLER DE GRAND-CHAMBRE.
CHAMBRE HAUTE DU PARLEMENT D'ANGLETERRE, est la premiere des deux chambres qui composent ce parlement. C'est la même qu'on appelle aussi chambre des pairs ou des seigneurs. Quelquefois par le terme de chambre haute, on entend la chambre même ou salle en laquelle les seigneurs s'assemblent dans les palais de Westminster : mais par ce terme de chambre haute, on entend plus communément ceux qui composent l'assemblée qui se tient dans cette chambre. On a donné à cette assemblée le nom de chambre haute, parce qu'elle est composée de la haute noblesse, c'est-à-dire des pairs du royaume, qui sont considérés comme les conseillers nés héréditaires du roi dans le parlement. Les historiens d'Angleterre, en parlant du haut clergé & de la haute noblesse, font remonter l'origine du parlement jusqu'aux premiers successeurs de Guillaume le conquérant : mais le nom parlement ne commença à être usité à Oxford qu'en 1248 ; & ce n'est qu'en 1264 qu'il est fait mention pour la premiere fois des communes ; desorte que l'on peut aussi rapporter à cette derniere époque la distinction de la chambre haute & de la chambre basse. L'assemblée des pairs ou seigneurs, composée du haut clergé & de la haute noblesse, fut appellée la chambre haute, pour la distinguer de l'assemblée des communes ou députés des provinces & villes, que l'on appella chambre basse, comme étant d'un rang inférieur à celui de la chambre haute : celle-ci est la premiere par son rang, & l'autre par son crédit.
La chambre haute est composée des deux archevêques & évêques de la grande Bretagne, & des ducs, comtes, vicomtes, & barons du royaume.
Elle eut seule le pouvoir législatif jusqu'au regne d'Edouard IV. en 1461, sous lequel la chambre basse commença à joüir du même pouvoir.
Le parlement obtint sous Charles I. de ne pouvoir être cassé que du consentement des deux chambres.
L'usurpateur Cromwel voyant que sa conduite étoit odieuse à la chambre haute, la supprima, & déclara que le pouvoir législatif appartenoit tout en entier à la chambre des communes ; mais Charles II. rétablit la chambre haute.
Lorsque le parlement d'Ecosse fut uni à celui d'Angleterre, ce qui arriva en 1707, la chambre haute fut augmentée des seize pairs d'Ecosse.
Il n'est cependant pas possible de fixer le nombre des pairs séculiers qui ont entrée à la chambre haute, ce nombre étant arbitraire & dépendant du roi : sous Guillaume III. en 1689, il montoit à 190 personnes.
C'est dans le palais de Westminster que s'assemblent les deux chambres.
Outre les pairs qui composent la chambre haute, on y admet les jurisconsultes, à cause que cette chambre a une jurisdiction ; mais ces jurisconsultes n'y ont que voix consultative. Voyez l'histoire du parlement d'Angleterre par M. l'abbé Raynal, & ci-devant au mot CHAMBRE BASSE. (A)
CHAMBRE DES HOPITAUX, voyez CHAMBRE DES MALADRERIES. (A)
CHAMBRE IMPERIALE, (Jurisprud. & Hist. mod.) en latin judicium camerale. On nomme ainsi le premier tribunal de l'empire germanique. Il fut établi en l'année 1495, dans la diete de Worms, par l'empereur Maximilien I. & par les princes & états, pour rendre en leur nom la justice à tous les sujets de l'Empire. Suivant le traité de Westphalie, ce tribunal devroit être composé d'un grand juge, de quatre présidens, dont deux catholiques romains, & deux protestans ; & de cinquante assesseurs, dont vingt-six catholiques, & vingt-quatre protestans.
Mais le peu d'exactitude que les princes d'Allemagne ont eu de payer les sommes nécessaires pour salarier ces juges, a été cause qu'il n'y a jamais eu au-delà de deux présidens, & de dix-sept assesseurs, qui est leur nombre actuel. Il y a outre cela un fiscal, un avocat du fisc, & beaucoup d'officiers subalternes. L'empereur seul établit le grand juge & les deux présidens ; mais les cercles & états de l'Empire présentent les assesseurs.
Ce tribunal respectable ne connoît en premiere instance que des causes fiscales, & de l'infraction de la paix religieuse ou profane ; pour les autres causes civiles & criminelles, elles n'y sont portées qu'en seconde instance : elles s'y jugent en dernier ressort, sans qu'on puisse appeller de la sentence ; mais on peut en certains cas en obtenir la revision ; & pour lors cette revision se fait par les commissaires établis par l'empereur & les états de l'Empire. Comme l'exécution des sentences de la chambre impériale souffre souvent des difficultés, parce qu'il est quelquefois question de faire entendre raison à des princes puissans, & fort peu disposés à se rendre lorsqu'il est question de leur intérêt ; on a souvent délibéré dans la diete de l'empire sur les moyens de donner de l'efficacité à ces jugemens ; cependant la chambre impériale, après avoir rendu une sentence, a le droit d'enjoindre aux directeurs des cercles, ou aux princes voisins de ceux contre qui il faut qu'elle s'exécute, de les contraindre en cas de résistance, même par la force des armes, sous peine d'une amende de cent, & même de mille marcs d'or, qui est imposée à ceux qui refuseroient de faire exécuter la sentence.
La chambre impériale a une jurisdiction de concours avec le conseil aulique, c'est-à-dire, que les causes peuvent être portées indifféremment & par prévention à l'un ou l'autre de ces tribunaux. Il y a malgré cela une différence entre ces deux tribunaux, c'est que la chambre impériale est établie par l'empereur & tout l'Empire, & son autorité est perpétuelle ; au lieu que le conseil aulique ne reconnoît que l'empereur seul : de-là vient que l'autorité de ce dernier tribunal cesse aussi-tôt que l'empereur vient à mourir.
On nomme en allemand cammer-zieler, les sommes mal payées que les états de l'Empire doivent contribuer pour les appointemens des juges qui composent la chambre impériale, suivant le tarif de la matricule de l'empire.
Dans les commencemens, Francfort sur le Mein fut le lieu où se tenoit la chambre impériale : en 1530 elle fut transférée à Spire ; mais cette derniere ville ayant beaucoup souffert par la guerre de 1693, elle se transporta à Wetzlar, où elle est restée jusqu'à ce jour, quoique cette ville ne réponde aucunement à la dignité d'un tribunal aussi respectable.
Suivant les regles il devroit y avoir tous les ans une visitation de la chambre impériale, pour remédier aux abus qui pourroient s'y être glissés ; veiller à la bonne administration de la justice, & pour en cas de besoin faire la revision des sentences portées par ce tribunal : mais ce réglement ne s'observe que rarement ; & alors l'empereur nomme ses commissaires, & les états nomment les leurs : on les appelle visitateurs. (-)
CHAMBRE DE JUSTICE, dans un sens étendu peut être pris pour toute sorte de tribunal, ou lieu où l'on rend la justice ; mais dans le sens ordinaire le terme de chambre de justice proprement dite, signifie un tribunal souverain, ou commission du conseil établie extraordinairement pour la recherche de ceux qui ont malversé dans les finances.
On a établi en divers tems de ces chambres de justice, dont la fonction a cessé lorsque l'objet pour lequel elles avoient été établies a été rempli.
La plus ancienne dont il soit fait mention dans les ordonnances, est celle qui fut établie en Guienne par déclaration du 26 Novembre 1581 : il y en eut une autre établie, par édit du mois de Mars 1584, composée d'officiers du parlement & de la chambre des comptes ; elle fut revoquée par édit du mois de Mai 1585.
Par des lettres-patentes du 8 Mai 1597, il en fut établi une nouvelle qui fut révoquée par l'édit du mois de Juin de la même année.
Il en fut établi une autre par l'édit du mois de Janvier 1607, qui ne subsista que jusqu'au mois de Septembre suivant.
Mais dès le 8 Avril 1608 on en établit une, par forme de grands jours, dans la ville de Limoges.
Au mois d'Octobre 1624, il en fut créé une qui fut révoquée par l'édit du mois de Mai 1625, portant néanmoins que la recherche des officiers de finance seroit continuée de dix ans en dix ans.
Les financiers obtinrent en 1635 différentes décharges des poursuites de cette chambre, & elle fut révoquée par édit du mois d'Octobre 1643 ; il y eut encore un édit de révocation en 1645.
Au mois de Juillet 1648, on rétablit une chambre de justice, qui fut supprimée le 3 Décembre 1652.
Il y eut au mois de Mars 1655 un édit portant réglement pour l'extinction de la chambre de justice, & la décharge de tous les comptables pour leur exercice, depuis 1652 jusqu'au dernier Décembre 1655.
Depuis ce tems il y a encore eu successivement deux chambres de justice.
L'une établie par édit du mois de Novembre 1661, pour la recherche des financiers depuis 1625 ; elle fut supprimée par édit du mois d'Août 1669.
La derniere est celle qui fut établie par édit du mois de Mars 1716, pour la recherche des financiers depuis le premier Janvier 1689, nonobstant les édits de 1700, 1701, 1710 & 1711, & autres, portant décharge en faveur des comptables. Elle fut révoquée par édit du mois de Mars 1717. Voyez la compilation des ordonnances par Blanchard, le dictionnaire des arrêts de Brillon, au mot chambre de justice.
Dans les articles des conférences de Flex, Coutras, & Nerac, concernant les religionnaires, publiés au parlement le 26 Janvier 1581, il est dit, art. xj. que le roi envoyeroit au pays de Guienne une chambre de justice, composée de deux présidens, quatorze conseillers, tirés des parlemens du royaume & du grand-conseil, pour connoître des contraventions à l'édit de pacification de 1577. Cette chambre devoit servir deux ans entiers dans ce pays, & changer de lieu & séance tous les six mois, en passant d'une sénéchaussée dans une autre, afin de purger les provinces & rendre justice à chacun sur les lieux, au moyen de quoi la chambre mi-partie établie en Guienne devoit être incorporée dès-lors au parlement de Bordeaux ; mais il paroît que cette chambre de justice n'eut pas lieu, & que la chambre mi-partie subsista jusqu'en 1679. Voyez CHAMBRE ROYALE.
Il y eut aussi en 1610 quelques arrangemens pris pour établir en chaque parlement une chambre de justice, composée d'un certain nombre d'officiers qui devoient tous rendre la justice gratuitement aux pauvres, auxquels on donnoit le privilége de plaider en premiere instance dans cette chambre. La mort funeste d'Henri IV. qui arriva dans ce tems-là, fut cause que ce projet demeura sans effet. Voyez le style du parlement de Toulouse, par Cairon, liv. IV. tit. j. p. 433.
CHAMBRE DE LANGUEDOC, est l'une des six divisions que l'on fait des auditeurs de la chambre des comptes de Paris, pour leur distribuer les comptes dont ils doivent faire le rapport. On met dans cette division tous les comptes de huit généralités, de Poitiers, Riom, Lyon, Limoges, Bordeaux, Montauban, la Rochelle, & Ausch. Voyez ci-devant CHAMBRE D'ANJOU.
CHAMBRE DE LA MAÇONNERIE, ou JURISDICTION DE LA MAÇONNERIE. Voyez ci-après MAÇONNERIE.
CHAMBRE DES MALADRERIES, ou CHAMBRE SOUVERAINE DES MALADRERIES, étoit une commission du conseil établie à Paris. Il y en eut une premiere établie par des lettres-patentes en forme de déclaration du 24 Octobre 1612, pour la réformation générale des hôpitaux, maladreries, aumôneries, & autres lieux pitoyables du royaume.
On en établit encore une pour l'exécution de l'édit du mois de Mars 1693, portant desunion des maladreries & autres biens & revenus qui avoient été réunis à l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel & de S. Lazare, & pour la recherche de ces biens. Voyez Joly, des off. tom. I. aux additions sur le second liv. p. 320. le tr. de la police. tom. I. liv. jv. tit. 12. p. 639. & aux mots LEPROSERIES, MALADRERIES.
CHAMBRE DE LA MAREE, est une chambre ou jurisdiction souveraine composée de commissaires du parlement, savoir du doyen des présidens au mortier, & des deux plus anciens conseillers lais de la grand-chambre ; il y a aussi un procureur général de la marée, autre que le procureur général du parlement, & plusieurs autres officiers.
Cette chambre tient sa séance dans la chambre de S. Louis, où se tient aussi la tournelle ; elle a la police générale sur le fait de la marchandise de poisson de mer, frais, sec, salé, & d'eau douce, dans la ville, faubourgs & banlieuë de Paris, & de tout ce qui y a rapport ; & dans toute l'étendue du royaume, pour raison des mêmes marchandises destinées pour la provision de cette ville, & des droits attribués sur ces marchandises aux jurés vendeurs de marée, lesquels ont pour ces objets leurs causes commises en cette chambre.
Anciennement les juges ordinaires avoient chacun dans leur ressort la premiere connoissance de tout ce qui concerne le commerce de marée ; cela s'observoit à Paris comme dans les provinces.
Le parlement ayant connu l'importance de veiller à ce commerce, relativement à la provision de Paris, crut qu'il étoit convenable d'en prendre connoissance par lui-même directement. Il commença par recevoir des marchands de marée à se pourvoir devant lui immédiatement & en premiere instance contre ceux qui les troubloient. On trouve dans les registres du parlement des exemples de pareils arrêts dès l'année 1314. Tout ce qui s'est fait alors concernant la marée pour Paris, jusqu'en 1379, est renfermé dans un registre particulier intitulé registre de la marée.
Par des lettres-patentes du 26 Février 1351, le roi attribua au parlement la connoissance de cette matiere, & assûra les routes des marchands de marée, en les mettant sous sa sauve-garde & protection, & sous celle du parlement.
Mais comme le parlement ne tenoit alors ses séances qu'en certain tems de l'année, le roi Jean voulant pourvoir aux difficultés qui survenoient journellement pour les marchands amenant la marée à Paris, fit expédier une premiere commission le 20 Mars 1352, à quatre conseillers de la cour, deux clercs & deux lais, & au juge auditeur du châtelet, pour faire de nouveau publier les ordonnances concernant ce commerce de poisson, informer des contraventions, & envoyer les informations au parlement ; ils pouvoient aussi corriger par amende & interdiction les vendeurs de marée qu'ils trouvoient en faute.
Par arrêt du parlement du 21 Août 1361, le prévôt de Paris fut rétabli dans sa jurisdiction, comme juge ordinaire en premiere instance dans l'étendue de la prévôté & vicomté de Paris, & par-tout ailleurs, en qualité de commissaire de la cour.
Les marchands de marée pour Paris étant encore troublés dans leurs fonctions, Charles V. fit expédier une commission, le 20 Juin 1369, à deux présidens, sept conseillers au parlement, & au prévôt de Paris, pour procéder à une réformation de cette partie de la police.
Les commissaires firent une ample ordonnance qui fut confirmée par lettres-patentes de Charles V. du mois d'Octobre 1370.
Cette commission finie, Charles V. ordonna en 1379 l'exécution de l'arrêt du parlement de 1361, qui avoit rétabli le prévôt de Paris dans la jurisdiction pour la marée.
Il y eut cependant toûjours un certain nombre de commissaires du parlement, pour interpréter les réglemens généraux, & pourvoir aux cas les plus importans.
Le nombre de ces commissaires fut fixé à deux, par un réglement de la cour de l'an 1414 ; savoir un président & un conseiller : on distingua les matieres dont la connoissance étoit réservée aux commissaires, de celles dont le prévôt de Paris continueroit de connoître.
Ce partage fut ainsi observé pendant près de deux siecles, jusqu'au mois d'Août 1602, que le procureur général de la marée obtint des lettres-patentes portant attribution au parlement en premiere instance de toutes les causes poursuivies à sa requête, & de celles des marchands de poisson de mer. Il ne se servit pourtant pas encore de ce privilége, & continua, tant au châtelet qu'au parlement, d'agir comme partie civile sous la dépendance des conclusions de M. le procureur général au parlement, ou de son substitut au châtelet.
Enfin depuis 1678 toutes les instances civiles ou criminelles, poursuivies par le procureur général de la marée concernant ce commerce, sont portées en premiere instance en la chambre de la marée, qui est présentement composée comme on l'a dit en commençant. Le châtelet n'a retenu de cet objet que les receptions des jurés compteurs & déchargeurs, & des jurés vendeurs de marée. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race ; la compilation de Blanchard ; le tr. de la police, tom. I. liv. V. tit. xxxvij. & aux mots MAREE, VENDEURS DE MAREE.
CHAMBRE MI-PARTIE, étoit une chambre établie dans chaque parlement, composée moitié de magistrats catholiques & moitié de magistrats de la religion prétendue réformée, pour juger les affaires auxquelles les gens de cette religion étoient intéressés.
Le premier des édits de pacification, qui commença à donner quelque privilége aux religionnaires pour le jugement de leurs procès, fut celui de Charles IX. du mois d'Août 1570 ; par lequel, voulant que la justice fût rendue sans aucune suspicion de haine ni de faveur, il ordonna, article 55. que les religionnaires pourroient dans chaque chambre du parlement où ils auroient un procès, requérir que quatre, soit présidens ou conseillers, s'abstinssent du jugement, indépendamment des récusations de droit qu'ils pourroient avoir contr'eux.
Ils pouvoient en récuser le même nombre au parlement de Bordeaux, dans chaque chambre ; dans les autres parlemens ils n'en pouvoient récuser que trois. Pour les procès que les religionnaires avoient au parlement de Toulouse, les parties pouvoient convenir d'un autre parlement, sinon l'affaire étoit renvoyée aux requêtes de l'hôtel, pour y être jugée en dernier ressort.
Les catholiques avoient aussi la liberté de récuser les présidens & conseillers protestans.
L'édit du mois de Mai 1576 établit au parlement de Paris une chambre mi-partie, composée de deux présidens & de seize conseillers, moitié catholiques & moitié de la religion prétendue réformée, pour connoître en dernier ressort de toutes les affaires où les catholiques associés & les gens de la religion prétendue réformée seroient parties. Cette chambre alloit tenir sa séance à Poitiers trois mois de l'année, pour y rendre la justice à ceux des provinces de Poitou, Angoumois, Aunis & la Rochelle.
Il en fut établi une semblable à Montpellier pour le ressort du parlement de Toulouse, & une dans chacun des parlemens de Dauphiné, Bordeaux, Aix, Dijon, Roüen & Bretagne. Celle du parlement de Dauphiné siégeoit les six premiers mois de l'année à Saint-Marcellin, & les six autres mois à Grenoble : celle de Bordeaux étoit une partie de l'année à Nerac.
Les édits suivans apporterent quelques changemens par rapport à ces chambres mi-parties ; en 1598 il fut établi à Paris une chambre appellée de l'édit, où le nombre des catholiques étoit plus fort que celui des religionnaires. On en établit une semblable à Roüen en 1599.
Dans les autres parlemens où il n'y avoit point de chambre de l'édit, les chambres mi-parties continuerent leurs fonctions ; on les qualifioit souvent chambres de l'édit.
Les chambres mi-parties de Toulouse, Grenoble, & Guienne, furent supprimées en 1679 ; les autres furent supprimées après la révocation de l'édit de Nantes, faite par édit du mois d'Octobre 1685. Les présidens & conseillers de ces chambres furent réunis & incorporés chacun dans le parlement où lesdites chambres étoient établies. Voyez le recueil des édits concernant la religion prétendue réformée, qui est à la fin du second tome du recueil de Néron ; & aux mots CHAMBRE DE L'ÉDIT, CHAMBRE TRI-PARTIE, RELIGIONNAIRES, RELIGION PRETENDUE REFORMEE.
CHAMBRE DES MONNOIES, étoit une jurisdiction établie à Paris pour le fait des monnoies ; elle étoit exercée par les généraux des monnoies, auxquels Henri II. donna en 1551 le pouvoir de juger souverainement, tant au civil qu'au criminel, érigeant cette chambre en cour souveraine. Voyez MONNOIE, COUR DES MONNOIES, GENERAUX DES MONNOIES, PREVOT DES MONNOIES.
CHAMBRE DES MONNOIES est aussi une des six divisions que l'on fait des auditeurs de la chambre des comptes, pour leur distribuer les comptes que chacun d'eux doit rapporter. Elle a été ainsi appellée, parce qu'anciennement les généraux des monnoies y tenoient leurs séances & jurisdiction ; depuis on y a substitué les comptes des généralités d'Amiens, Flandre, Hainaut, & Artois. Cette chambre a cependant toûjours retenu le nom de chambre des monnoies. Voyez ci-devant CHAMBRE D'ANJOU, & ci-après CHAMBRE DU TRESOR.
CHAMBRE DE NORMANDIE étoit une des sept chambres dans lesquelles travailloient anciennement les auditeurs de la chambre des comptes de Paris. On y examinoit les comptes de la province de Normandie ; elle fut supprimée lorsqu'on établit une chambre des comptes à Roüen en 1580. Voyez ci-devant CHAMBRE D'ANJOU.
CHAMBRE DES PAIRS, est un des différens noms que l'on donnoit anciennement à la grand-chambre du parlement. Voyez GRAND-CHAMBRE, PAIRS, PARLEMENT, COUR DES PAIRS.
CHAMBRE DES PAIRS en Angleterre, voyez ci-devant CHAMBRE HAUTE.
CHAMBRE DES PAUVRES, voyez ci-dessus CHAMBRE DE JUSTICE, à la fin.
CHAMBRE DU PLAIDOYER, est dans chaque parlement la grand-chambre ou premiere chambre, celle qui est destinée principalement pour les audiences au parlement de Paris. On l'appelloit d'abord la chambre des plaids ; elle a été ensuite appellée la chambre du plaidoyer. Il en est parlé dans l'ordonn. de 1667, tit. xxxv. des requêtes civiles, art. 21.
CHAMBRE DE LA POSTULATION ; voyez POSTULATION.
CHAMBRE DES PRELATS, est la même que la grand-chambre du parlement de Paris. Dans les premiers tems de son établissement on l'appelloit quelquefois la chambre des prélats, parce que suivant l'ordonnance de Philippe-le-Bel, du 23 Mars 1302, il devoit y avoir toûjours deux prélats ou au moins un au parlement ; ils y furent même dans la suite admis en plus grand nombre ; mais Philippe-le-Long, par une ordonnance du 3 Décembre 1319, régla que dorénavant il n'y auroit plus de prélats députés en parlement, se faisant conscience, dit ce prince, de les empêcher de vaquer à leurs spiritualités. L'abbé de saint Denis avoit cependant toûjours entrée à la grand-chambre, & il y avoit dans cette chambre & aux enquêtes des conseillers-clercs, mais non prélats. Le 11 Octobre 1351, le roi Jean confirma l'ordonnance de Philippe-le-Bel de 1302, portant qu'il y auroit toûjours deux prélats au parlement. Il y en avoit encore du tems de Philippe VI. dit de Valois ; puisque par son ordonnance du 11 Mars 1344, il dit que pendant que le parlement est assemblé, il n'est pas permis de se lever, excepté aux prélats & aux barons qui tiennent l'honneur du siége. Charles V. étant régent du royaume, ordonna que les prélats seroient au parlement en tel nombre qu'il plairoit au roi, parce qu'ils n'avoient point de gages : enfin le 28 Janvier 1461, le parlement, les chambres assemblées, arrêta que dorénavant les archevêques & évêques n'entreroient point au conseil de la cour sans le congé d'icelle, ou si mandés n'y étoient, excepté les pairs de France, & ceux qui par privilége ancien y doivent & ont accoûtumé y venir & entrer. Ce privilége a été conservé à l'archevêque de Paris, à cause qu'étant dans le lieu même où se tient le parlement, cela le détourne moins de ses fonctions spirituelles. L'abbé de saint Denis avoit aussi conservé le même privilége ; mais la manse abbatiale ayant été réunie à la maison de saint-Cyr en 1693, les six pairs anciens ecclésiastiques & l'archevêque de Paris sont les seuls prélats qui ayent entrée au parlement. Voyez les ordonnances de la troisieme race. Du Tillet, des rangs des grands de France ; & aux mots GRAND-CHAMBRE, PARLEMENT.
CHAMBRE DE LA POLICE, est une jurisdiction établie pour connoître de toutes les affaires qui concernent la police.
Anciennement l'exercice de la police n'étoit point séparé de celui de la justice civile & criminelle.
Le roi ayant par édit du mois de Mars 1667, créé un lieutenant général de police pour la ville de Paris, ce fut l'origine de la premiere chambre de police. Le lieutenant général de police y siége seul, & y fait deux sortes d'audiences à jours différens : l'une pour les affaires de petite police, telles que les rixes, injures, & autres contestations semblables entre particuliers ; & l'autre pour la grande police, où il entend le rapport des commissaires sur ce qui intéresse le bon ordre & la tranquillité publique.
En 1669, il a été créé de semblables charges de lieutenant de police dans toutes les villes du royaume où il y a jurisdiction royale : ce qui a donné lieu en même tems à établir dans toutes ces villes une chambre ou siége de police. L'appel des sentences rendues dans ces chambres de police, est porté directement au parlement. Voyez l'édit du mois de Mars 1667, & celui du mois d'Octobre 1669. (A)
CHAMBRE PRIVEE, (Hist. mod.) On dit en Angleterre un gentilhomme de la chambre privée : ce sont des domestiques du roi & de la reine, qui les suivent & les accompagnent dans les occasions de divertissemens, en voyages de plaisir, &c.
Le lord chambellan en nomme six avec un pair & un maître de cérémonie, pour se trouver aux assemblées publiques des ambassadeurs des têtes couronnées : ils sont au nombre de quarante-huit.
Ils ont été institués par le roi Henri VII. Ils sont autorisés, par une marque singuliere de faveur à exécuter les commandemens verbaux du roi, sans être obligés de produire aucun ordre par écrit ; & on regarde en cela leurs personnes & leurs caracteres comme une autorité suffisante. Chambers.
CHAMBRE DU PROCUREUR DU ROI au châtelet, est une chambre distincte & séparée du parquet où se tiennent les avocats du roi, & qui est particuliere pour le procureur du roi : il y fait toutes les fonctions que les procureurs du roi des autres jurisdictions font au parquet, comme de donner des conclusions dans les instances appointées & dans les affaires criminelles, recevoir les dénonciations qui lui sont faites : il y connoît en outre de tout ce qui concerne les corps des marchands, arts & métiers, maîtrises, réceptions de maîtres & jurandes : il y donne ses jugemens, qu'il qualifie d'avis ; il faut ensuite les faire confirmer par le lieutenant-général de police, qui les confirme ou infirme. Lorsqu'il y a appel d'un de ces avis, on le releve au parlement. Voyez le Style du châtelet.
CHAMBRE QUARREE ou DE LA TOUR QUARREE, étoit une chambre établie par François I. au parlement, pour l'enregistrement des édits & déclarations. Cette chambre ne subsista pas. Voyez le dictionnaire des arrêts de Brillon, au mot chambre quarrée, & ENREGISTREMENT.
CHAMBRE DE LA QUESTION, est celle où on donne la question ou torture aux accusés de crimes graves. Au parlement de Paris, & dans quelques autres tribunaux, il y a une chambre particuliere destinée pour cet usage. Dans la plûpart des autres tribunaux, on donne la question dans l'auditoire même, ou du moins dans la chambre ordinaire du conseil, s'il y en a une. Voyez QUESTION, TORTURE.
CHAMBRE DE LA REFORMATION, voyez ci-devant CHAMBRE DES MALADRERIES.
CHAMBRE DES REQUETES DU PALAIS, voyez REQUETES DU PALAIS.
CHAMBRE RIGOUREUSE, est une jurisdiction établie dans quelques villes du ressort du parlement de Toulouse, pour connoître de l'exécution des contrats passés sous un certain scel appellé scel rigoureux ; en vertu desquels on a exécution parée, non-seulement pour saisir les biens de son débiteur, mais aussi pour le contraindre par emprisonnement de sa personne.
Le viguier de Toulouse est juge du scel rigoureux. Il y en a aussi un à Nismes.
Il y avoit une chambre rigoureuse à Aix, qui fut supprimée par édit du mois de Septembre 1535. Voyez Joly, tome I. page 539. Fontanon, tome II. pag. 324. Hist. de la chancellerie, tome I. page 90. Gloss. de Lauriere, au mot rigueur.
CHAMBRE DU ROI ou ROYALE, en matiere de Domaine, étoit le nom que l'on donnoit anciennement à certaines villes qui étoient du domaine du roi. On les appelloit aussi chambre de la couronne de France. Voyez ci-devant CHAMBRE DE LA COURONNE.
CHAMBRE ROYALE, étoit aussi une commission établie par lettres-patentes du 25 Août 1601, pour juger en dernier ressort les appellations interjettées des jugemens des commissaires envoyés dans les provinces, pour la recherche des financiers. Elle fut révoquée par édit du mois d'Octobre 1604. Voyez la compilation des ordonnances, par Blanchard.
CHAMBRE ROYALE DE L'ARSENAL, voyez CHAMBRE DE L'ARSENAL.
CHAMBRE ROYALE DES MALADRERIES, voyez ci-devant CHAMBRE DES MALADRERIES.
CHAMBRE ROYALE DE METZ, fut établie en 1633 : elle entraîna la perte du droit de régale, dont l'évêque de Toul avoit jusqu'alors conservé l'exercice dans sa ville épiscopale. Deux conseillers au parlement de Metz se rendirent à Toul, pour y faire publier l'édit de création de la chambre royale de Metz : ils assemblerent les officiers du conseil de l'évêché & de l'hôtel-de-ville, leur signifierent les ordres de sa majesté, & leur déclarerent qu'ils eussent à faire relever tous les appels au parlement de Metz. Le cardinal Nicolas François en porta ses plaintes au conseil du roi, & y obtint le 12 Février 1604 un arrêt, par lequel il fut maintenu dans sa haute, moyenne & basse justice, avec le droit d'y établir comme par le passé, des juges & autres officiers dans toutes les terres du temporel de l'évêché. Voyez l'histoire de Lorraine, par D. Calmet, tome I. pag. 763. Cette chambre royale cessa lorsqu'on établit le bailliage de Metz.
CHAMBRE ROYALE DE VERDUN, étoit un tribunal qui fut établi dans cette ville en 1607, pour juger en dernier ressort les appellations des premiers juges, qui étoient auparavant dévolues à la chambre de Spire. Il y eut beaucoup d'opposition à l'établissement de cette nouvelle chambre, qui fut néanmoins confirmée en 1612 ; & elle subsista jusqu'à l'établissement du parlement de Metz en 1633. Voy. l'histoire de Verdun, part. IV. ch. v. & vj.
CHAMBRE SAINT-LOUIS ou SALLE SAINT-LOUIS, voyez TOURNELLE CRIMINELLE.
CHAMBRE DE LA SANTE, est un bureau établi dans la ville de Lyon, composé d'un certain nombre de juges, appellés commissaires de la santé ; qui dans les tems de contagion, soit déjà formée ou qui se fait craindre, s'assemblent sous les ordres du consulat de cette ville, pour ordonner, même en dernier ressort, de tout ce qui convient pour la guérison ou le soulagement du mal contagieux, ou pour le prévenir & en empêcher la communication.
Le bureau est composé d'un président, de cinq ou six commissaires, un procureur du roi, & autres officiers.
Ces commissaires de la santé sont nommés par le consulat, lequel a été confirmé spécialement dans ce droit par les rois Henri III. & Henri IV.
La maison de la quarantaine, ou hôpital de saint Laurent, située au confluent du Rhone & de la Saone, est sous la direction de ces commissaires : elle sert à faire séjourner pendant quarante jour ceux qui viennent des pays infectés ou soupçonnés de contagion.
A Paris, & dans quelques autres lieux, on établit dans les tems de contagion un capitaine-baillif ou prevôt de la santé : mais cet officier n'a aucune jurisdiction ; ce n'est qu'un préposé qui, assisté de quelques archers, exécute les ordres du lieutenant de police pour l'enlevement des malades, l'inhumation de ceux qui meurent de la contagion, & autres soins nécessaires en pareil cas. Voyez le traité de la Police, tome I. liv. IV. tit. xiij.
CHAMBRES DES SEIGNEURS ou DES PAIRS, voyez ci-devant CHAMBRE HAUTE.
CHAMBRE A SEL, est un lieu établi par le Roi dans certaines petites villes, pour renfermer le sel que l'on distribue au public. Ces sortes de chambres sont établies dans les lieux où il n'y a point de grenier à sel, c'est-à-dire où il n'y a point de grenier à sel en titre, ni de jurisdiction appellée grenier à sel il y a néanmoins dans ces chambres un juge commis & subdélégué par les officiers des greniers à sel, avec un substitut du procureur du roi du grenier dans le ressort duquel est la chambre, pour y juger les affaires de peu de conséquence. Les officiers du grenier à sel s'y transportent quand il y a des affaires plus importantes.
L'établissement des greniers à sel est beaucoup plus ancien que celui des chambres à sel. La premiere dont il soit fait mention dans les mémoriaux de la chambre des comptes, est celle de Château-Villain, qui fut établie par édit du 15 Février 1432 : dans la suite on en a établi beaucoup d'autres. Toutes ces chambres à sel furent érigées en greniers à sel par édit du mois de Novembre 1576, & encore par un autre édit du mois de Mars 1595, depuis lesquels on a encore créé plusieurs chambres à sel qui subsistent présentement. Voyez mém. de la ch. des comptes, coté h. bis, fol. 139. Fontanon, tom. II. pag. 1055. Corbin, recueil de la cour des aides, pag. 567. & aux mots SEL, GRENIER A SEL. (A)
CHAMBRE ROYALE ET SYNDICALE DE LA LIBRAIRIE ET IMPRIMERIE, est le nom que l'on donne au lieu où s'assemblent les syndic & adjoints, autrement dits officiers de la Librairie, pour travailler aux affaires générales de ce corps. C'est à cette chambre que se visitent, par les syndic & adjoints, les livres qui arrivent des pays étrangers ou des provinces du royaume en cette ville : c'est aussi là que doivent s'apporter les priviléges du Roi, permissions du sceau ou de la police, pour être enregistrés.
CHAMBRE SOUVERAINE DES ALIENATIONS, faites par les gens de main-morte ; voyez ci-devant CHAMBRE DES ALIENATIONS.
CHAMBRE SOUVERAINE DU CLERGE, voyez DECIMES.
CHAMBRE SOUVERAINE DES DECIMES, voyez DECIMES.
CHAMBRE SOUVERAINE DES MALADRERIES, voyez ci-devant CHAMBRE DES MALADRERIES.
CHAMBRE SPECIALE DU ROI, voyez CHAMBRE DE LA COURONNE.
CHAMBRE DES TIERS ou DES PROCUREURS-TIERS-REFERENDAIRES, voyez TIERS-REFERENDAIRE.
CHAMBRE DES TERRIERS, à la chambre des comptes de Paris, est le lieu où l'on conserve le dépôt des terriers de tous les héritages qui sont en la censive du Roi : c'est aussi le lieu où l'on dépose les états détaillés de la consistance du domaine, que les receveurs généraux des domaines sont obligés de rapporter tous les cinq ans au jugement de leurs comptes, en conséquence de l'édit de Décembre 1727. Le roi, par édit du mois de Décembre 1691, créa une charge de commissaire au dépôt des terriers ; & par le même édit, il réunit cette charge à l'ordre des auditeurs des comptes : au moyen dequoi, ils en font les fonctions. Ce sont eux qui donnent, en vertu d'arrêt de la chambre, des copies collationnées de terriers. Le dépôt des terriers fut celui qui fut endommagé par l'incendie arrivé en la chambre des comptes le 28 Octobre 1737 : mais par les soins de MM. de la chambre des comptes, & les recherches qu'ils ont fait faire de tous côtés pour rétablir les pieces que le feu avoit détruites, ce dépôt se trouve déjà en partie rétabli.
Il y a toûjours deux des auditeurs commis alternativement, pour vacquer dans cette chambre à délivrer des copies collationnées des terriers, & que l'on nomme commissaires aux terriers.
CHAMBRE DE LA TOURNELLE CIVILE, voyez TOURNELLE CIVILE.
CHAMBRE DE LA TOURNELLE CRIMINELLE, voyez TOURNELLE CRIMINELLE.
CHAMBRE DE LA TOUR QUARREE, voyez ci-devant CHAMBRE QUARREE.
CHAMBRE DU TRESOR ou TRESOR ; voyez TRESOR, TRESORIERS DE FRANCE, DOMAINE.
CHAMBRE DU TRESOR, à la chambre des comptes, est la premiere des six divisions que l'on fait des auditeurs, pour leur distribuer les comptes. C'est dans cette division que l'on met les comptes de tous ceux qui prennent leurs fonds au trésor royal, ou aux fermes générales. Les comptes des monnoies sont aussi de cette chambre ou division. Voyez ci-devant CHAMBRE DES MONNOIES.
CHAMBRE TRI-PARTIE, étoit le nom que l'on donnoit à quelques-unes des chambres établies dans chaque parlement, & même dans quelques autres endroits, par édit du 7 Septembre 1577, & autres édits postérieurs, pour connoître en dernier ressort des affaires où les Catholiques associés, & les gens de la religion prétendue réformée, étoient parties.
On appelloit tri-parties celles de ces chambres qui étoient composées des deux tiers de conseillers catholiques & d'un tiers de conseillers de la R. P. R. à la différence des chambres qui avoient déja été établies pour le même objet, par l'édit du mois de Mai 1576, qu'on appelloit mi-parties ; parce qu'il y avoit moitié de conseillers catholiques, & moitié de la religion prétendue réformée.
Ces chambres tri-parties sont quelquefois confondues avec les chambres mi-parties : on les appelloit aussi les unes & les autres chambres de l'édit, quoiqu'il y eût quelque différence entre ces chambres & celle de l'édit. Voyez Joly, des offices de France, tome I. liv. I. tit. vij. page 39. & aux additions. Voyez aussi CHAMBRE DE L'EDIT & CHAMBRE MI-PARTIE, RELIGION PRETENDUE REFORMEE, RELIGIONNAIRES.
CHAMBRE DES VACATIONS, voyez VACATIONS.
CHAMBRE, (Jurispr.) en latin camera, se prend quelquefois pour la chambrerie ou office de chambrier dans certains monasteres. Voyez monasticum Anglican. tom. I. pag. 148. & ci-après CHAMBRERIE. (A)
CHAMBRE DES ASSURANCES, (Comm.) voyez ASSURANCE : c'est une société de personnes qui entreprennent le commerce des assûrances ; c'est-à-dire qui se rendent propre le risque d'autrui sur tel ou tel objet à des conditions réciproques. Ces conditions sont expliquées dans un contrat mercantil, sous signature privée, qui porte le nom de police d'assûrance. Voyez POLICE D'ASSURANCE. Une de ces conditions, est le prix appellé prime d'assûrance. Voyez PRIME D'ASSURANCE.
Les assûrances se peuvent faire sur tous les objets qui courent quelque risque incertain. En Angleterre on en fait même sur la vie des hommes : en France, on a sagement restraint par les lois la faculté d'être assûré à la liberté & aux biens réels. La vie des hommes ne doit point être un objet de commerce ; elle est trop précieuse à la société pour être la matiere d'une évaluation pécuniaire : indépendamment des abus infinis que cet usage peut occasionner contre la bonne-foi, il seroit encore à craindre que le desespoir ne fût quelquefois encouragé à oublier que cette propriété n'est pas indépendante ; que l'on en doit compte à la Divinité & à la patrie. Il faut que la valeur assûrée soit effective ; parce qu'il ne peut y avoir de risque où la matiere du risque n'existe pas : ainsi le profit à faire sur une marchandise & le fret d'un vaisseau, ne peuvent être assûrés.
Les personnes qui forment une société pour prendre sur elles le péril de la liberté ou des biens d'autrui, peuvent le faire de deux manieres ; par une société générale, ou par une commandite. Voyez SOCIETE DE COMMERCE.
Dans tous les cas la société est conduite par un nombre d'associés appellés directeurs, & d'après le résultat des assemblées générales.
La société est générale, lorsqu'un nombre fixe de particuliers s'engage solidairement par un acte public ou privé, aux risques dont on lui demandera l'assûrance ; mais l'acte de société restraint le risque que l'on peut courir sur un même objet à une somme limitée & proportionnée aux facultés des associés. Ces particuliers ainsi solidairement engagés un seul pour tous, n'ont pas besoin de déposer de fonds, puisque la totalité de chaque fortune particuliere est hypothéquée à l'assûré. Cette forme n'est guere usitée que dans les villes maritimes, parce que les facultés y sont plus connues. Elle inspire plus de confiance ; parce qu'il est à croire que des gens dont tout le bien est engagé dans une opération, la conduiront avec prudence : & tout crédit public dépend entr'autres causes de l'intérêt que le débiteur a de le conserver : l'opinion de la sûreté fait la sûreté même.
Il est une autre forme de société d'assûrance que l'on peut appeller en commandite. Le fonds est formé d'un nombre fixe d'actions d'une valeur certaine, & qui se paye comptant par l'acquéreur de l'action : à moins que ce ne soit dans une ville maritime où les acquéreurs de l'action sont solidaires, par les raisons que l'on vient d'expliquer, & ne font par conséquent aucun dépôt de fonds.
Le crédit de cette chambre ou de cette société dépendra sur-tout de son capital, de l'habileté des directeurs, & de l'emploi des fonds, s'il y en a de déposés. On destine le plus souvent ces fonds à des prêts à la grosse avanture (voyez GROSSE AVANTURE), ou à escompter des papiers publics & de commerce. Un pareil emploi rend ces chambres très-utiles à l'état, dans lequel elles augmentent la circulation de l'espece. Plus le crédit de l'état est établi, plus l'emploi des fonds d'une chambre d'assûrance en papiers publics, donnera de crédit à cette chambre ; & la confiance qu'elle y aura, augmentera réciproquement le crédit des papiers publics. Mais pour que cette confiance soit pleine, elle doit être libre ; sans cette liberté, la confiance n'est pas réelle : il faut encore qu'elle soit prudente & limitée ; car le crédit public consistant en partie dans l'opinion des hommes, il peut survenir des évenemens où cette opinion chancelle & varie. Si dans cette même circonstance une chambre d'assûrance avoit besoin de fondre une partie de ses papiers publics pour un grand remboursement, cette quantité ajoûtée à celle que le discrédit en apporte nécessairement dans le commerce, augmenteroit encore le desordre ; la compagnie tomberoit elle-même dans le discrédit, en proportion de ce qu'elle auroit de fonds employés dans les effets décriés.
L'un des grands avantages que les chambres d'assûrances procurent à l'état, c'est d'établir la concurrence, & dès-lors le bon marché des primes ou du prix des assûrances ; ce qui favorise les entreprises de commerce dans la concurrence avec les étrangers.
Le prix des assûrances dépend du risque effectif & du prix de l'argent.
Dans les ports de mer où l'argent peut sans-cesse être employé utilement, son intérêt est plus cher, & les assûrances y monteroient trop haut, si la concurrence des chambres de l'intérieur n'y remédioit. De ce que le prix de l'argent influe sur celui des assûrances, il s'ensuit que la nation la plus pécunieuse, & chez qui les intérêts seront le plus modiques, fera, toutes choses égales d'ailleurs, les assûrances à meilleur compte. Le commerce maritime de cette nation aura la supériorité dans ce point ; & la balance de son commerce général augmentera de tout l'argent qu'elle gagnera en primes, sur les étrangers qui voudront profiter du bon marché de ses assûrances.
Le risque effectif dépend en tems de paix de la longueur de la navigation entreprise, de la nature des mers & des côtes où elle s'étend, de la nature des saisons qu'elle occupe, du retard des vaisseaux, de leur construction, de leur force, de leur âge, des accidens qui peuvent y survenir, comme celui du feu ; du nombre & de la qualité de l'équipage ; de l'habileté ou de la probité du capitaine.
En tems de guerre, le plus grand péril absorbe le moindre : à peine calcule-t-on celui des mers, & les saisons les plus rudes sont celles qui donnent le plus d'espoir. Le risque effectif est augmenté en proportion des forces navales réciproques, de l'usage de ces forces, & des corsaires qui croisent respectivement : mais ces derniers n'ont d'influence & ne peuvent exister qu'autant qu'ils sont soûtenus par des escadres répandues en divers parages.
Le risque effectif a deux effets : celui de la perte totale, & celui des avaries. Voyez AVARIES. Ce dernier est le plus commun en tems de paix, & se multiplie dans certaines saisons au point qu'il est plus à charge aux assûrances que le premier. Les reglemens qu'il occasionne, sont une des matieres des plus épineuses des assûrances : ils ne peuvent raisonnablement être faits que sur les lieux mêmes, ou au premier port que gagne le vaisseau ; & comme ils sont susceptibles d'une infinité de contestations, la bonne foi réciproque doit en être la base. La facilité que les chambres d'assûrances y apportent, contribue beaucoup à leur réputation.
Par un dépouillement des registres de la marine, on a évalué pendant dix-huit années de paix, la perte par an à un vaisseau sur chaque nombre de cent quatre-vingt. On peut évaluer les avaries à deux pertes sur ce nombre, & le risque général de notre navigation à 1 2/3 pour cent en tems de paix.
Très-peu de particuliers sont en état de courir les risques d'une grande entreprise de commerce, & cette réflexion seule prouve combien celui des assûreurs est recommandable. La loi leur donne par-tout la préférence ; moins cependant pour cette raison, que parce qu'ils sont continuellement exposés à être trompés, sans pouvoir jamais tromper.
La concurrence des chambres d'assûrances est encore à d'autres égards très-précieuse à l'état : elle divise les risques du commerce sur un plus grand nombre de sujets, & rend les pertes insensibles dans les conjonctures dangereuses. Comme tout risque doit être accompagné d'un profit, c'est une voie par laquelle chaque particulier peut sans embarras participer à l'utilité du commerce ; elle retient par conséquent la portion de gain que les étrangers retireroient de celui de la nation : & même dans des circonstances critiques, elle leur dérobe la connoissance, toûjours dangereuse, des expéditions & de la richesse du commerce.
Le commerce des assûrances fut inventé en 1182 par les Juifs chassés de France ; mais son usage n'a été connu un peu généralement parmi nous, qu'au moment où notre industrie sortit des ténebres épaisses qui l'environnoient : aussi se borna-t-elle longtems aux villes maritimes.
J. Loccenius, dans son traité de jure maritime, prétend que les anciens ont connu les assûrances : il se fonde sur un passage de Tite-Live, liv. XXIII. nombr. xljx. On y voit que le trésor public se chargea du risque des vaisseaux qui portoient des blés à l'armée d'Espagne. Ce fut un encouragement accordé par l'état en faveur des circonstances, & non pas un contrat. C'est dans le même sens qu'on doit entendre un autre passage de Suétone, qu'il cite dans la vie de l'empereur Claude, nomb, xjx. On voit que ce prince prit sur lui le risque des blés qui s'apportoient à Rome par mer, afin que le profit de ce commerce étant plus certain, un plus grand nombre de marchands l'entreprît, & que leur concurrence y entretînt l'abondance.
Les Anglois prétendent que c'est chez eux que le commerce des assûrances a pris naissance, ou du moins que son usage courant s'est établi d'abord ; que les habitans d'Oléron en ayant eu connoissance, en firent une loi parmi eux, & que la coûtume s'introduisit de-là dans nos villes maritimes.
Quoi qu'il en soit, un peu avant l'an 1668, il y avoit à Paris quelques assemblées d'assûreurs, qui furent autorisés par un édit du roi du 5 Juin 1668, avec le titre de chambre des assûrances & grosses avantures, établie par le roi. Le réglement ne fut arrêté que le 4 Décembre 1671, dans une assemblée générale tenue rue Quincampoix, & souscrit par quarante-trois associés principaux.
Il paroît par ce réglement, que cette chambre n'étoit proprement qu'une assemblée d'assûreurs particuliers, qui, pour la commodité publique & la leur, étoient convenus de faire leurs assûrances dans le même lieu.
Le nom des assûreurs étoit inscrit sur un tableau, avec le risque que chacun entendoit prendre sur un même vaisseau.
Les particuliers qui vouloient se faire assûrer, étoient libres de choisir les assûreurs qui leur convenoient : un greffier commun écrivoit en conséquence cette police en leur nom, & en donnoit lecture aux parties, ensuite elle étoit enregistrée.
Le greffier tenoit la correspondance générale avec les villes maritimes, & les avis qui en venoient étoient communs : il étoit chargé de tous les frais, moyennant 5/12 de % p %, qui lui étoient adjugés sur la somme assûrée ; & un droit de vingt sous pour chaque police ou copie de police qu'il délivroit. Le droit sur tous les autres actes quelconques, en fait d'assûrance, étoit de cinq sous.
Il est étonnant que l'on ait oublié parmi nous une forme d'association aussi simple, & qui sans exiger de dépôt de fonds, offre au public toute la solidité & la commodité que l'on peut desirer ; supposé que le tableau ne contînt que des noms connus, comme cela devroit être.
Le greffier étoit le seul auquel on s'adressât en cas de perte, sans qu'il fût pour cela garant ; il avertissoit les assûreurs intéressés d'apporter leurs fonds.
Dans ces tems le commerce étoit encore trop foible pour n'être pas timide ; les négocians se contenterent de s'assûrer entr'eux dans les villes maritimes, ou dans l'étranger.
Les assûreurs de Paris crurent à leur inaction qu'il manquoit quelque chose à la forme de leur établissement ; ils convinrent d'un dépôt de fonds en 1686. Le roi accorda un nouvel édit en faveur de cette chambre, qui prenoit la place de l'ancienne. L'édit du 6 Juin fixoit le nombre des associés à trente, & ordonnoit un fonds de 300000 livres en soixante-quinze actions de 4000 livres chacune. Le succès ne devoit pas être plus heureux qu'il ne le fut, parce que les circonstances étoient toujours les mêmes.
Quelque médiocre que fût cet établissement, c'est un monument respectable dont on ne doit juger qu'en se rapprochant du tems où il fut élevé : notre commerce étoit au berceau, & il n'est pas encore à son adolescence.
L'édit n'offre d'ailleurs rien de remarquable, que l'esprit de gêne qui s'étoit alors introduit dans l'administration politique du commerce, & qui l'a longtems effarouché. L'article 25 interdit tout commerce d'assûrances & de grosses avantures dans la ville de Paris, à d'autres qu'aux membres de la compagnie : c'étoit ignorer que la confiance ne peut être forcée, & que la concurrence est toûjours en faveur de l'état.
L'article 27 laisse aux négocians des villes maritimes la liberté de continuer leur commerce d'assûrances, mais seulement sur le pié qu'ils le faisoient avant la date de l'édit. Cette clause étoit contraire à la concurrence & à la liberté : peut-être même a-t-elle retardé dans les ports l'établissement de plusieurs chambres qui, enrichies dans ces tems à la faveur des fortes primes que l'on payoit, seroient devenues plutôt assez puissantes pour se charger de gros risques à moindre prix, & pour nous soustraire à l'empire que les étrangers ont pris sur nous dans cette partie.
Il s'est formé en 1750 une nouvelle chambre des assûrances à Paris, à laquelle le Roi a permis de prendre le titre de chambre royale des assûrances. Son fonds est de six millions, divisés en deux mille actions de trois mille livres chacune. Cet établissement utile, formé par les soins du ministre qui préside si supérieurement à la partie du commerce & des finances, répond par ses succès à la protection qu'il en a reçûe : la richesse de son capital indique les progrès de la nation dans le commerce, & par le commerce.
Dans presque toutes les grandes villes maritimes de France, il y a plusieurs chambres d'assûrances composées de négocians : Roüen en a sept ; Nantes trois ; Bordeaux, Dunkerque, la Rochelle, en ont aussi : mais ce n'est que depuis la derniere paix qu'elles sont formées.
La ville de Saint-Malo, toûjours distinguée dans les grandes entreprises, est la seule de France qui ait eu le courage de former une chambre d'assûrance pendant la derniere guerre ; elle étoit composée de vingt actions de soixante mille livres chacune. Malgré le malheur des tems, elle a produit à sa résiliation à la paix quinze mille livres net par chaque action, sans avoir fait aucune avance de fonds : le profit eût été plus considérable encore, sans la réduction des primes qui fut ordonnée à la paix.
Indépendamment de ces sociétés dans nos villes maritimes, il se fait des assûrances particulieres : un négociant souscrit à un prix une police d'assûrance, pour la somme qu'il prétend assûrer ; d'autres négocians continuent à la remplir aux mêmes conditions.
C'est de cette façon que se font les assûrances en Hollande : les paysans mêmes connus prennent un risque sur la police ouverte ; & sans être au fait du commerce, se reglent sur le principal assûreur.
J'ai déjà parlé de la prétention qu'ont les Anglois de nous avoir enseigné l'usage des assûrances : en la leur accordant, ce ne sera qu'un hommage de plus que nous leur devrons en fait de commerce ; il n'est pas honteux d'apprendre, & il seroit beau d'égaler ses maîtres.
Le quarante-troisieme statut de la reine Elisabeth établissoit à Londres un bureau public, où toutes les polices d'assûrances devoient être enregistrées : mais aujourd'hui elles se font entre particuliers, & sont de la même valeur en justice que si elles étoient enregistrées : la seule différence, c'est qu'en perdant une police non enregistrée, on perd le titre de l'assûrance.
Le même statut porte que le lors chancelier donnera pouvoir à une commission particuliere de juger toutes discussions au sujet des polices d'assûrances enregistrées. Cette commission doit être composée d'un juge de l'amirauté, de deux docteurs en droit, de deux avocats, & de huit négocians, au moins de cinq : elle doit s'assembler au moins une fois la semaine, au greffe des assurances, pour juger sommairement & sans formalités toutes les causes qui seront portées devant elle, ajourner les parties, entendre les témoins sur serment, & punir de prison ceux qui refuseront d'obéir.
On peut appeller de ce tribunal à la chancellerie, en déposant la somme en litige entre les mains des commissaires : si la sentence est confirmée, les dépens sont adjugés doubles à la partie qui gagne son procès.
Ce tribunal est tout-à-la-fois une cour de droit & d'équité, c'est-à-dire où l'on juge suivant l'esprit de la loi & l'apparence de la bonne-foi.
Les assûrances se sont long-tems faites à Londres par des particuliers qui signoient dans chaque police ouverte, jusqu'à la somme que leurs facultés leur permettoient.
En 1720, plusieurs particuliers penserent que leur crédit seroit plus considérable s'il étoit réuni, & qu'une association seroit plus commode pour les assûrés, qui n'auroient affaire qu'à une seule personne au nom des autres.
Deux chambres se formerent, & demanderent la protection de l'état.
Par le sixieme statut de Georges I. on voit que le parlement l'autorisa à accorder sous le grand-sceau deux chartes à ces deux chambres ; l'une connue sous le nom de royal exchange assûrance ; & l'autre, de London assûrance.
Il est permis à ces compagnies de s'assembler, d'avoir respectivement un sceau commun, d'acheter des fonds de terre, pourvû que ce ne soit pas au-dessus de la somme de mille livres par an ; d'exiger de l'argent des intéressés, soit en souscrivant, soit en les faisant seulement contribuer au besoin.
Les mêmes chartes défendent le commerce des assûrances & de prêt à la grosse avanture, à toutes autres chambres ou associations dans la ville de Londres, sous peine de nullité des polices ; mais elles conservent aux particuliers le droit de continuer ce commerce.
Les deux chambres sont tenues par leurs chartes d'avoir un fonds réel en especes, suffisant pour répondre aux obligations qu'elles contractent : en cas de refus ou de retard de payement, l'assûré doit intenter une action pour dette contre la compagnie dont il se plaint, & déclarer la somme qui lui est dûe ; en ce cas les dommages & intérêts seront adjugés au demandeur, & tous les fonds & effets de la chambre y seront hypothéqués.
Le roi se reserve par ces chartes le droit de les révoquer après le terme de trente-un ans, si elles se trouvent préjudiciables à l'intérêt public.
Dans le deuxieme statut du même prince, il est ordonné que dans toute action intentée contre quelqu'une des deux chambres d'assûrance, pour cause de dette ou de validité de contrat en vertu d'une police d'assûrance passée sous son sceau ; elle pourra alléguer en général qu'elle ne doit rien au demandeur, ou qu'elle n'a point contrevenu aux clauses du contrat : mais que si l'on convient de s'en rapporter au jugement des jurés, ceux-ci pourront ordonner le payement du tout ou de partie, & les dommages qu'ils croiront appartenir en toute justice au demandeur.
Le même statut défend, sous peine d'une amende de cent livres, de différer de plus de trois jours la signature d'une police d'assûrance dont on est convenu, & déclare nulle toute promesse d'assûrer.
Les chambres d'assûrance de Londres sont composées de négocians ; elles choisissent pour directeurs les plus connus, afin d'augmenter le crédit de la chambre : leurs appointemens sont de 3600 liv. Elles se sont distinguées l'une & l'autre dans les tems les plus critiques, par leur exactitude & leur bonne foi.
Sur la fin de la derniere guerre il leur fut défendu de faire aucune assûrance sur les vaisseaux ennemis : on a diversement jugé de cette loi ; les uns ont prétendu que c'étoit diminuer le profit de l'Angleterre ; d'autres ont pensé, avec plus de fondement, que dans la position où étoient les choses, ces assûrances faisoient sortir de l'Angleterre la majeure partie du produit des prises.
Cette défense avoit des motifs bien supérieurs : le gouvernement anglois pensoit que c'étoit nous interdire tout commerce avec nos colonies, & s'en faciliter la conquête.
Les lois de l'Angleterre sur les assûrances sont assez semblables aux nôtres, que l'on trouve au titre vj. de l'ordon. de la Marine de 1681 : c'est une de nos plus belles lois. Consultez sur cette matiere le droit maritime des diverses nations. Straccha, de navibus. J. Loxenius. Cet article est de M. V. D. F.
CHAMBRE DE COMMERCE ; c'est une assemblée des principaux négocians d'une place, qui traitent ensemble des affaires de son commerce.
L'établissement général des chambres de commerce dans les principales villes de France, est du 30 Août 1701 ; mais l'exécution particuliere ne suivit l'édit de création que de quelques années, & à des dates inégales.
L'objet de ces chambres est de procurer de tems en tems au conseil du commerce, des mémoires fideles & instructifs sur l'état du commerce de chaque province où il y a de ces chambres, & sur les moyens les plus propre à le rendre florissant : par-là le gouvernement est instruit des parties qui exigent un encouragement ou un promt remede.
Comme la pratique renferme une multitude de circonstances que la théorie ne peut embrasser ni prévoir, les négocians instruits sont seuls en état de connoître les effets de la loi, les restrictions ou les extensions dont elle a besoin. Cette correspondance étoit très-nécessaire à établir dans un grand royaume où l'on vouloit animer le commerce : elle lui assûre toute la protection dont il a besoin, en même tems qu'elle étend les lumieres de ceux qui le protegent.
Cette correspondance passe ordinairement par les mains du député du commerce des villes, qui en fait son rapport. La nature du commerce est de varier sans-cesse ; & les nouveautés les plus simples dans leur principe, ont souvent de grandes conséquences dans leurs suites. Il seroit donc impossible que le député d'une place travaillât utilement, s'il ne recevoit des avis continuels de ce qui se passe.
Marseille, Dunkerque, Lyon, Paris, Roüen, Toulouse, Bordeaux, la Rochelle, Lille, ont des chambres de commerce. Les pareres ou avis des négocians sur une question, tiennent lieu d'acte de notoriété lorsqu'ils sont approuvés de ces chambres.
Bayonne, Nantes & Saint-Malo, n'ont point établi chez elles de chambres ; ce sont les juges-consuls qui y représentent pour le commerce, & qui correspondent avec le député. Dans les grandes occasions le commerce général s'assemble. On peut consulter le dictionnaire de Commerce, sur le détail de chacune de ces chambres. Cet article a été communiqué par M. V. D. F.
CHAMBRE GARNIE, (Police) est celle que l'hôte loue toute meublée. Ce sont ordinairement des personnes de province, ou des étrangers, qui se logent en chambre garnie : on leur loue tant par mois. Outre les meubles dont la chambre est garnie, on leur fournit aussi les ustensiles nécessaires pour leur usage ; ce qui est plus ou moins étendu, selon les conventions. Il y a des hôtels garnis & chambres garnies où on nourrit les hôtes ; d'autres où on ne leur fournit que le logement & quelques ustensiles.
Les chambres garnies tirent leur premiere origine des hôtelleries. Voyez HOTELLERIE.
La police a toûjours eu une attention particuliere sur ceux qui louent des chambres garnies, & sur ceux qui les occupent.
Auguste créa un officier appellé Magister census, dont la fonction étoit de faire, sous les ordres du 1er magistrat de police, la description du peuple romain & de ses revenus : il étoit aussi chargé de tenir un registre de tous les étrangers qui arrivoient à Rome, de leurs noms, qualités & pays, du sujet de leurs voyages ; & lorsqu'ils y vouloient demeurer oisifs après la fin de leurs affaires, il les obligeoit de sortir de Rome, & les renvoyoit en leur pays. Sueton. in August. cap. cj.
En France on est très-attentif sur la police des chambres garnies.
Suivant un réglement de police du châtelet de Paris, du 30 Mars 1635, il est défendu aux taverniers, cabaretiers, loüeurs de chambres garnies, & autres, de loger & de recevoir de jour ni de nuit aucunes personnes suspectes ni de mauvaises moeurs, de leur administrer aucuns vivres ni alimens.
Le même réglement enjoint à cette fin à toutes personnes qui s'entremettent de loüer & reloüer, soit en hôtellerie ou chambre garnie, au mois, à la semaine, ou à la journée, de s'enquérir de ceux qui logeront chez eux, de leurs noms, surnoms, qualités, conditions, & demeure ; du nombre de leurs serviteurs & chevaux ; du sujet de leur arrivée ; du tems qu'ils doivent séjourner ; en faire registre, le porter le même jour au commissaire de leur quartier, lui en laisser autant par écrit ; & s'il y a aucuns de leurs hôtes soupçonnés de mauvaise vie, en donner avis audit commissaire, & donner caution de leur fidélité au greffe de la police ; le tout à peine de 48 livres parisis d'amende.
Suivant les derniers réglemens, ceux qui tiennent chambres garnies doivent avoir un registre paraphé du commissaire du quartier, pour y inscrire ceux qui arrivent chez eux, en faire dans le jour leur déclaration au commissaire, & en outre lui représenter tous les mois leur registre pour être visé ; & lorsqu'ils cessent de loüer en chambres garnies, ils doivent en faire leur déclaration à ce même commissaire, qui en fait mention sur leur registre.
En tems de guerre on renouvelle les réglemens ; l'on redouble les précautions pour la police des auberges & chambres garnies, à cause des gens suspects qui pourroient s'y introduire. Voyez le traité de la police de la Mare, tome I. liv. I. tit. v. p. 36. tit. jx. ch. iij. p. 137. & tit. xij. p. 224. (A)
CHAMBRE DE PORT, (Marine) on appelle ainsi un endroit du port renfermé, & disposé pour recevoir un vaisseau desarmé, pour le réparer avec plus de facilité, ou pour en construire. Voyez Plan. VIII. Marine, un chantier de construction, où l'on trouve une chambre ou bassin coté C D E F G.
Les chambres sont des lieux préparés pour construire des vaisseaux : on en fait le sol beaucoup plus bas que le niveau de la haute mer : elles sont entourées de murs ou digues, & l'entrée en est fermée par des écluses : quand la construction est assez avancée, & le navire en état d'être mis à l'eau, on ouvre les écluses ; la marée remplit la chambre, enleve le vaisseau de dessus son chantier, & il se trouve à flot sans risque & sans peine. Mais cela ne se peut pratiquer que dans des endroits où la mer monte beaucoup. En Angleterre, où le flot monte de plusieurs piés sur les côtes, on se sert de ces sortes de chambres.
CHAMBRE DES VAISSEAUX, (Marine) ce sont des lieux destinés pour le logement du capitaine & des officiers. Elles sont pratiquées à l'arriere du vaisseau.
Dans les vaisseaux du premier rang, la grande chambre située sur le second pont est la chambre du conseil, & au-dessus est celle du capitaine. Voyez leur disposition, Pl. III. Mar. fig. 1. représentant la poupe d'un vaisseau : L, c'est la chambre du conseil ; K, c'est la chambre du capitaine ; & celles des officiers au-dessus.
Dans les moindres vaisseaux, la chambre du capitaine sert de chambre du conseil. Voyez dans la Plan. IV. fig. 1. représentant la coupe du vaisseau dans sa longueur. N°. 137, la grand-chambre ou chambre du conseil, & c'est la chambre du capitaine. N°. 138, la chambre du capitaine en second. N°. 153, chambres pour les officiers. Ainsi la chambre du capitaine se trouve dans ces vaisseaux au-dessus de la sainte-barbe, cotée n°. 107, qui est la chambre des canonniers.
Nous renvoyons ainsi aux figures, parce que c'est le moyen de rendre les choses plus sensibles, & d'épargner au lecteur de longues descriptions, qu'il n'est pas toûjours aisé de rendre bien claires.
On fait deux portes à la grande chambre, quoique l'on ne se serve guere que de celle qui est à bas-bord : mais ces deux portes sont très-utiles dans un combat, & facilitent beaucoup les différentes manoeuvres & le service qu'il convient de faire dans ce cas.
CHAMBRE AUX VOILES, c'est l'endroit où l'on met les voiles, que l'on garde pour les changer ou remplacer en cas de besoin. Voyez Planc. IV. fig. 1. n°. 44. la situation de la chambre aux voiles. (Z)
CHAMBRE GARNIE, ou CHAMBRE TAPISSEE, qu'on appelle aussi chambre, (Jurisprud.) en fait de conventions matrimoniales, est un don de nôces & de survie, qu'on stipule par contrat de mariage en faveur de la femme, au cas qu'elle survive à son mari.
Ce don consiste à reprendre une certaine quantité de meubles à l'usage de la femme. Ces stipulations sont assez ordinaires en Provence, en Dauphiné, & en Bresse. Elles sont aussi usitées dans quelqu'autres provinces ; & on les peut faire par-tout, attendu que les contrats de mariage sont susceptibles de toutes sortes de clauses qui ne sont pas contre les bonnes moeurs, ou prohibées par quelque loi expresse. Cet usage paroît fort ancien, & se pratiquoit même parmi les grands ; puisqu'on trouve dans le contrat de mariage de Louis II. roi de Sicile, avec Yolande fille de Jean roi d'Aragon, de l'an 1399, une clause portant que ladite Yolande auroit sa chambre : Necnon reditus annuos, & quascumque villas, loca & castra pro statu camerae, seu dotalitio ipsius Yolandae, &c. Voy. le glossaire de Ducange au mot camera ; & le traité des gains nupt. ch. j. p. 12.
CHAMBRE TAPISSEE, voyez ci-devant CHAMBRE GARNIE. (A)
CHAMBRE DE L'OEIL, (Anatom.) espace compris entre le crystallin & la cornée, lequel contient l'humeur aqueuse qui remplit l'oeil.
M. Brisseau, médecin des hôpitaux du Roi, & professeur à Douai, est le premier qui au commencement de ce siecle a donné le nom de chambre à l'espace compris entre le crystallin & la cornée qui contient l'humeur aqueuse ; & comme cet espace est divisé en deux parties par l'uvée, il a donné le nom de premiere chambre à la partie antérieure, que tous les Anatomistes appellent aujourd'hui chambre antérieure, comprise entre l'iris & la cornée : & il a nommé seconde chambre l'espace compris entre le crystallin & l'uvée, & que l'on appelle présentement d'une voix unanime, chambre postérieure.
Quand la question de la cataracte membraneuse ou glaucomatique commença d'être agitée dans l'académie des Sciences & dans le public en 1706, M. Brisseau, qui attaquoit l'opinion commune de la membrane, soûtint que de la maniere dont se faisoit l'opération ordinaire de la cataracte, & vû l'endroit où l'on perçoit l'oeil, il n'étoit pas possible que l'aiguille n'allât dans la chambre postérieure, & n'y abattît le crystallin, ou du moins ne le blessât aussi bien que l'uvée, parce que cette chambre est fort petite. Ceux du parti contraire répondirent que cette chambre étoit assez grande, & plus grande même que l'antérieure, trompés peut-être par les figures de Vésale, de Brigs, & d'autres auteurs.
Ces sortes de points de fait délicats & peu sensibles, sont des plus difficiles à décider : il n'est pas possible de connoître la grandeur des chambres de l'humeur aqueuse par la dissection ordinaire : si l'on coupe un oeil en sa partie antérieure, aussi-tôt que la cornée est ouverte, l'humeur aqueuse s'en écoule, & l'on ne sait dans laquelle des deux chambres elle étoit en plus grande quantité : d'ailleurs la cornée ouverte se flétrit, le plus souvent s'affaisse, & ne conserve plus sa convexité ; l'uvée qui est naturellement tendue, & un peu éloignée du crystallin, se trouve relâchée & appliquée sur le crystallin. Il n'est donc plus possible de reconnoître la distance qui est entre la cornée & l'uvée, ni celle qui est entre l'uvée & le crystallin.
Pour remédier à cet inconvénient & pouvoir s'éclaircir du fait, on a imaginé de faire geler des yeux pendant le froid, naturellement ou artificiellement ; car on sait par l'hyver de 1709, que l'humeur aqueuse se gele.
M. Petit le médecin, plus curieux que personne dans ces matieres, a pris des yeux de différens animaux, d'homme, de cheval, de boeuf, de mouton, de chien, de chat, de loup, &c. il faut que le froid soit considérable, afin que l'humeur aqueuse soit bien gelée, & qu'on en puisse exactement mesurer l'étendue en différens espaces.
La glace de la chambre antérieure s'est toujours trouvée beaucoup plus épaisse que celle de la postérieure, & par conséquent la chambre antérieure plus grande que la postérieure. Les différentes proportions se sont aussi trouvées à cet égard dans des yeux d'animaux de différentes especes, & dans ceux d'une même espece, quoiqu'avec moins de différence.
La glace de la chambre postérieure n'est pas même aisée à appercevoir ; comme elle n'est qu'en fort petit volume, elle est noircie par l'uvée qui la termine, & à peine paroît-elle. Quand on coupe l'oeil suivant son axe, c'est-à-dire, selon une ligne qui passe par les centres du crystallin & de la cornée, ce qui est la section la plus propre à cette recherche, la glace se brise par petites parcelles qui s'échappent ; & de plus le scalpel, quelque tranchant qu'il soit, s'émousse, & entraîne avec lui des parties noires de l'uvée, & des processus ciliaires, qui se mêlent avec la glace & la cachent. Il faut de l'art pour la découvrir telle qu'elle est, & pure.
Si l'on ne prend pas les yeux immédiatement après la mort, ils sont déjà flétris, parce que les humeurs se sont évaporées à proportion du tems. L'humeur aqueuse, plus legere & plus volatile que la vitrée, & d'ailleurs plus libre, puisque la vitrée est retenue dans une infinité de petites cellules, s'évapore davantage ; & c'est celle dont on a besoin pour l'expérience.
Quand les yeux sont gelés, ils sont fort tendus, eussent-ils été flétris auparavant ; les humeurs se sont dilatées par la gelée comme fait l'eau, & en se gelant elles s'évaporent assez considérablement. Cette dilatation des humeurs nuit beaucoup à la recherche de la capacité des deux chambres.
Mais malgré ces difficultés, M. Petit est parvenu à la déterminer. Suivant lui, la chambre postérieure dans l'homme contient à-peu-près le tiers de l'humeur aqueuse. Le poids moyen de cette humeur entiere est de quatre grains ; d'où il suit que la chambre postérieure en contient un grain & 1/3 ; & cette quantité est si petite, que la chambre qui a 5 1/2 lignes d'étendue, ne peut être que très-étroite.
D'un autre côté MM. Heister & Morgagni, l'un en Allemagne & l'autre en Italie, ont aussi reconnu par les expériences qu'ils ont faites sur des yeux gelés, que la chambre antérieure est beaucoup plus grande que la postérieure : mais il s'en faut bien qu'ils soient entrés dans des finesses de détail & de précision, comme l'a fait M. Petit, dans les mémoires de l'Acad. ann. 1723. Ce curieux physicien ne s'est pas contenté de la preuve prise de la gelée des yeux, il a trouvé & indiqué trois autres moyens différens pour connoître la grandeur des chambres de l'humeur aqueuse dans les yeux de l'homme. Il y a deux de ces moyens par lesquels il a découvert l'épaisseur de ces chambres, & un troisieme qui en donne la solidité ; & parmi ces moyens est un ophtalmometre ou instrument de son invention, pour mesurer l'épaisseur & la grandeur des chambres. Voyez ann. 1728. Cet article est de M(D.J.)
CHAMBRE OBSCURE, ou CHAMBRE CLOSE, en terme d'Optique, est une chambre fermée avec soin de toutes parts, & dans laquelle les rayons des objets extérieurs étant reçus à travers un verre convexe, ces objets sont représentés distinctement, & avec leurs couleurs naturelles, sur une surface blanche placée en-dedans de la chambre, au foyer du verre. Outre ces expériences que l'on peut faire dans une chambre ainsi fermée, on fait des chambres obscures, ou machines portatives, dans lesquelles on reçoit l'image des objets extérieurs par le moyen d'un verre. Voyez OEIL ARTIFICIEL.
La premiere invention de la chambre obscure est attribuée à Jean-Baptiste Porta.
La chambre obscure sert à beaucoup d'usages différens. Elle jette de grandes lumieres sur la nature de la vision ; elle fournit un spectacle fort amusant, en ce qu'elle présente des images parfaitement semblables aux objets ; qu'elle en imite toutes les couleurs & même les mouvemens, ce qu'aucune autre sorte de représentation ne peut faire. Par le moyen de cet instrument, sur-tout s'il est construit conformément à la derniere des trois manieres de le construire dont on parlera plus bas, quelqu'un qui ne sait pas le dessein pourra néanmoins dessiner les objets avec la derniere justesse & la derniere exactitude ; & celui qui sait dessiner ou même peindre, pourra encore par ce même moyen se perfectionner dans son art.
La théorie de la chambre obscure est contenue dans les propos. suivantes tirées de l'Optique de Wolf.
Si un objet A B, (Pl. d'Opt. fig. 16.) envoye des rayons à travers la petite ouverture C, sur une muraille blanche opposée à cet objet, & que la place où les rayons vont aboutir, derriere l'ouverture b C a, soit sombre ; l'image de l'objet se peindra sur la muraille de haut em-bas.
Car l'ouverture C étant fort petite, les rayons qui viennent du point B, tomberont sur b ; ceux qui viennent des points A & D, tomberont sur a & d ; c'est pourquoi, comme les rayons qui partent des différens points de l'objet, ne sont point confondus lorsque la muraille les réfléchit, ils porteront avec eux les traits de l'objet qu'ils représenteront sur la muraille. Mais comme les rayons A C & B C se coupent l'un l'autre à l'ouverture, & que les rayons qui partent des points d'em-bas vont aboutir en-haut, il faudra nécessairement que l'objet soit représenté dans une figure renversée.
Ainsi, comme les angles en D & en d sont droits, & que les angles en C sont égaux ; B & b, A & a seront aussi égaux : conséquemment si la muraille sur laquelle l'objet est représenté est parallele à l'objet, a b : A B : : d C : D C ; c'est-à-dire que la hauteur de l'image sera à la hauteur de l'objet, comme la distance de l'image à l'ouverture est à la distance de l'objet à cette même ouverture ; il est évident par cette démonstration qu'on peut faire une chambre obscure, en se contentant de faire en c un trou fort petit, sans y mettre de verre. Mais l'image sera beaucoup plus distincte, si on place un verre convexe en C ; car lorsqu'il n'y a en C qu'un simple trou, les points A, D, C, &c. de l'objet ne peuvent se représenter en a, d, c, que par de simples rayons A a, D d, C c ; au lieu que si on place un verre en C, tous les rayons qui viennent du point A, par ex. & qui tombent sur ce verre, sont réunis au foyer a, desorte que le point a est beaucoup plus vif & plus distinct ; & la réunion sera d'autant plus exacte & plus parfaite au foyer a, que le verre sera portion d'une plus grande sphere : ainsi moins le verre sera convexe, plus l'image sera distincte. Il est vrai aussi que le foyer sera d'autant plus éloigné que le verre sera moins convexe, ce qui fait un inconvénient. C'est pourquoi il faut prendre le verre d'une convexité moyenne.
Construction d'une chambre obscure, dans laquelle les objets de dehors seront représentés distinctement & avec leurs couleurs naturelles, ou de haut em-bas, ou dans leur vraie situation. 1°. Bouchez tous les jours d'une chambre dont les fenêtres donnent des vûes sur un certain nombre d'objets variés, & laissez seulement une petite ouverture à une des fenêtres. 2°. Adaptez à cette ouverture un verre lenticulaire, plan, convexe, ou convexe des deux côtés, qui forme une portion de surface d'une assez grande sphere. 3°. Tendez à quelque distance, laquelle sera déterminée par l'expérience même, un papier blanc ou quelques étoffes blanches, à moins que la muraille même ne soit blanche ; au moyen de quoi vous verrez les objets peints sur la muraille de haut embas. 4°. Si vous les voulez voir représentés dans leur situation naturelle, vous n'avez qu'à placer un verre lenticulaire entre le centre & le foyer du premier, ou recevoir les images des objets sur un miroir plan incliné à l'horison sous un angle de 45 degrés ; ou enfermer deux verres lenticulaires, au lieu d'un dans un tuyau de lunette. Si l'ouverture est très-petite, les objets pourront se peindre, même sans qu'il soit besoin de verre lenticulaire.
Pour que les images des objets soient bien visibles & bien distinctes, il faut que le soleil donne sur les objets : on les verra encore beaucoup mieux si l'on a soin de se tenir auparavant un quart-d'heure dans l'obscurité. Il faut aussi avoir grand soin qu'il n'entre de la lumiere par aucune fente, & que la muraille ne soit point trop éclairée.
Construction d'une chambre obscure portative. 1°. Ayez une cassette ou boîte de bois sec (Pl. d'Opt. fig. 17.) de la figure d'un parallelépipede, large d'environ dix pouces, & longue de deux piés ou davantage, à proportion du diametre que vous voudrez donner au verre lenticulaire. 2°. Dans le plan C A O ajustez un tuyau à lunette E F, avec deux verres lenticulaires ; ou bien mettez l'image à une petite distance du tuyau avec trois verres lenticulaires convexes des deux côtés, dont les deux de dehors ou de devant auront de diametre 60/100 de pié, & celui de dedans 40/100. En-dedans de la boîte, à une distance raisonnable du tuyau, mettez un papier huilé G H dans une situation perpendiculaire, ensorte qu'on puisse voir-à-travers, les images qui viendront s'y peindre. Enfin en I faites un trou rond par où une personne puisse regarder commodément.
Alors si le tuyau est tourné vers l'objet, les verres étant arrêtés à une distance convenable, qui sera déterminée par l'expérience, l'objet sera peint sur le papier G H dans sa situation naturelle.
On peut encore faire une chambre obscure portative de cette maniere. 1°. Au milieu d'une cassette ou boîte de même forme (Pl. d'Optique fig. 18.), mettez une petite tourette ronde ou quarrée H I, ouverte du côté de l'objet A B. 2°. Derriere l'ouverture placez un petit miroir a b I à une inclinaison de 45 degrés, pour refléchir les rayons A a & B b, sur le verre convexe des deux côtés G, enfermé dans le tuyau G L. 3°. A la distance de son foyer mettez une planche couverte d'un papier blanc E F, pour recevoir l'image a b : enfin faites en N M une ouverture oblongue pour regarder dans la boîte. (O)
CHAMBRE, dans l'Artillerie, est une concavité qui se trouve quelquefois dans l'épaisseur du métal des pieces, qui les rend foibles & sujettes à crever. C'est pour les découvrir qu'on éprouve les canons & les mortiers. Voyez éPREUVES du canon & du mortier. (Q)
CHAMBRE, dans les canons & mortiers, est la partie de l'ame destinée à contenir la poudre. Voyez CANON & MORTIER.
Il y a des chambres de plusieurs figures. Chambre cylindrique, ou cylindre, est celle qui est également large par-tout, & celle qui s'observe aujourd'hui dans le canon : chambre sphérique est celle qui est faite à-peu-près en forme de sphere ou de boule.
Il est évident que plus il s'enflamme de poudre dans le même instant, & plus l'effort qu'elle produit sur le boulet est grand. Cette considération donna lieu, vers la fin du dernier siecle, de donner une nouvelle disposition à l'intérieur des pieces. On y pratiqua une cavité en forme de sphere un peu applatie ; la lumiere répondant à-peu-près vers le milieu de cette cavité, plus large que le reste de l'ame du canon, faisoit prendre feu dans le même tems à une plus grande quantité de poudre, que si l'ame du canon avoit été par-tout uniforme ; & cette poudre se trouvant, pour ainsi dire, réunie & concentrée dans cette cavité, agissoit ensuite sur le boulet avec plus d'effort & d'impétuosité que dans les pieces ordinaires.
On a dit que l'intérieur du canon étoit par-tout de même diametre ; mais il faut observer que cela n'est exactement vrai aujourd'hui que dans nos pieces de 12, de 8, & de 4, parce que dans celles de 24 & de 16 on pratique au fond de l'ame une petite chambre cylindrique, a b, (V. les Pl. de Fortif. & leur explicat.) qui peut tenir environ deux onces de poudre : dans la piece de 24, cette petite chambre a un pouce & demi de diametre, & deux pouces & demi de profondeur ; & dans celle de 16, elle a un pouce de diametre sur dix lignes de profondeur. Le canal de la lumiere aboutit vers le fond de ces petites chambres, à 9 lignes dans la piece de 24, & à 8 dans celle de 16. Leur objet est de conserver la lumiere, en empêchant que l'effort de la poudre dont le canon est chargé, n'agisse immédiatement sur son canal. Les pieces au-dessous de celles de 16 n'ont point de ces petites chambres.
Les figures qui représentent la coupe d'une piece de 24, font voir celle de la petite chambre a b : une des figures de la même Planche représente le plan de cette chambre.
Les pieces de 12 & au-dessous n'ont point de petites chambres, parce que ces pieces servant aussi à tirer à cartouche, la petite chambre ne permettroit pas de percer les cartouches aussi aisément par la lumiere, que lorsque toute la chambre est de même largeur dans toute son étendue.
M. du Lacq, dans son traité sur le méchanisme de l'artillerie, loue l'invention de ces petites chambres pour la conservation des lumieres ; mais il craint cependant qu'elles n'ayent de grands inconvéniens, par la difficulté de les écouvillonner exactement. C'est à quoi il paroît qu'on pourroit remédier assez aisément, en ajoûtant à l'écouvillon ordinaire une espece de petit boudin, à peu-près de même longueur & de même diametre que la petite chambre. Mais on peut écouvillonner ces sortes de pieces avec l'écouvillon ordinaire ; il est suffisant pour nettoyer l'entrée, & une partie de l'intérieur de la petite chambre ; parce que la disposition de cette chambre ne permet guere qu'il s'y arrête de petites parties de feu, comme il pourroit s'en arrêter dans les chambres sphériques. Celles-ci étoient plus étroites à leur ouverture que dans leur intérieur, & par-là la partie du métal proche de l'ouverture de la chambre, pouvoit souvent arrêter & retenir quelque peu de feu dans l'intérieur de la chambre. Nos nouvelles petites chambres qui forment un petit canal entierement égal & uniforme, ne sont pas dans le cas de produire le même accident.
L'adoption que l'artillerie de France en a faite, est d'ailleurs une preuve de leur bonté ; parce qu'il est à présumer qu'elle ne les a adoptées qu'après en avoir reconnu l'avantage par l'expérience, qui dans ces sortes de matieres doit l'emporter sur les raisonnemens.
Le fond de l'ame de toutes les pieces est arrondi dans toute sa circonférence, par de petits arcs, dont le rayon est d'environ le quart du calibre de la piece. Cet arrondissement donne lieu d'écouvillonner la piece plus exactement, & il augmente encore la force du métal vers la culasse & vers la lumiere. Dans les pieces de 12 & de 4, le canal de la lumiere aboutit à 8 lignes du fond de la premiere, à 7 du fond de la seconde, & à 6 de celui de la troisieme. Traité d'artillerie par M. Leblond.
CHAMBRE ou FOURNEAU, se dit en terme de guerre, de l'endroit où se met la poudre d'une mine. Voyez FOURNEAU.
C'est ordinairement une cavité de 5 à 6 piés cubes, & de forme cubique.
Pour que la poudre agisse avec tout l'effort dont elle est capable, dans la chambre ou le fourneau de la mine, il faut qu'il n'y ait point de vuide, parce qu'alors tout l'effort de sa dilatation fait immédiatement impression sur les terres qui l'environnent.
Il faut, pour déterminer la grandeur du fourneau, savoir la quantité de poudre que peut occuper un pié cube d'espace ; (tout le monde sait qu'un cube est un solide terminé par six quarrés égaux, comme un dez à jouer). L'expérience a fait voir, comme le dit M. de Saint-Remi, qu'il en faut 80 livres. Il suit de-là que 100 livres en occuperont un pié & un quart ; 140 livres, un pié & demi ; & 160 livres, un pié trois quarts, &c.
Il est à remarquer cependant que tout le monde ne convient pas qu'un pié cubique de poudre en contienne 80 liv. car on a des expériences particulieres par lesquelles on a trouvé :
1°. Que la poudre étant mise legerement dans un vase cubique d'un pié, n'en contenoit que 60 liv. 2 onces.
2°. Que la même poudre étant fort affaissée, le vase en contenoit 95 liv. 5 onces ; mais cette pesanteur peut varier suivant le plus ou le moins de salpêtre qu'il y a dans la poudre.
Il est d'usage de faire la chambre de la mine de figure cubique, parce que le feu prenant au milieu, se communique plus également vers tous les parois du fourneau. On pourroit par cette raison la faire sphérique, mais sa construction seroit plus difficile. Il y a cependant des personnes fort habiles dans la science des mines, qui prétendent qu'on pourroit faire le fourneau en espece de coffre, dont la hauteur seroit moindre que la longueur, parce qu'alors la mine donneroit une excavation plus large ; mais comme l'expérience n'a pas encore confirmé suffisamment ces idées, on ne parlera ici que de la chambre ordinaire, c'est-à-dire de la cubique.
Pour faire un cube qui tienne telle quantité de poudre que l'on voudra, comme, par exemple, 100 livres ; voici comment l'on y parviendra.
Le pié cube contient 80 liv. de poudre, par conséquent 100 livres contiennent un pié cube & un quart d'espace. J'observe que cette quantité contient 2160 pouces cubes ; car pour avoir la base d'un pié cube, il faut d'abord commencer par multiplier 12 par 12, dont le produit est 144 ; & pour avoir son solide, il faut multiplier sa base par sa hauteur, c'est-à-dire 144 par 12, qui donne pour produit 1728 pouces cubes. Il faut à cette quantité ajoûter l'espace qu'occupent 20 livres de poudre, c'est-à-dire 432, ce qui fait 2160 pouces cubes pour l'espace total que l'on cherche. Il reste à chercher le côté d'un cube qui contienne cette quantité. C'est ce qu'on trouve en en extrayant la racine cube. On aura pour ce côté environ 13 pouces. Ainsi la base d'une mine dans laquelle on veut mettre 100 livres de poudre, doit être un quarré dont le côté soit de 13 pouces, & la hauteur de cette chambre doit aussi être de 13 pouces.
Il est aisé de faire une table des dimensions que l'on doit donner aux chambres des mines, pour toutes les quantités de poudre dont on veut les charger. Il faut seulement observer qu'elles doivent être un tiers plus grandes que ne le comportent les poudres qu'elles doivent renfermer, afin qu'elles puissent contenir les planches dont on couvre assez ordinairement les côtés, & la paille sur laquelle on met la poudre pour l'empêcher de contracter l'humidité. On joint ici une table de M. de Vauban, que l'on trouve dans son traité de l'attaque des places, laquelle servira à trouver tout-d'un-coup le côté de la chambre, relativement à la quantité de poudre qu'elle doit contenir, ayant égard aux planches & à la paille qu'on y met pour tenir la poudre séchement.
TABLE pour la charge des mines, suivant M. le maréchal DE VAUBAN, dans laquelle on trouve la mesure des chambres ou fourneaux des mines déterminée relativement à la quantité de poudre qu'elles doivent contenir, & à la hauteur des terres du rempart au-dessus des chambres.
(Q)
CHAMBRE CYLINDRE, est aussi dans le mortier un enfoncement cylindrique, pour mettre la poudre de sa charge. Les mortiers qui ont de ces sortes de chambres sont appellés à l'ancienne maniere.
Le mortier a encore des chambres sphériques, à poire, & en cone tronqué. Voyez MORTIER. (Q)
CHAMBRE se dit, en Maréchallerie, du vuide qu'on pratique dans une selle de cheval, d'un bât, ou d'un collier, en retirant un peu de la bourre, lorsque le cheval est blessé ou foulé en quelque endroit, pour empêcher que la selle ne porte dessus.
CHAMBRE ou BANC, (Saline) voyez BANC.
* CHAMBRE, (Manufacture en toiles, coton, soie, &c.) c'est ainsi que les ouvriers appellent l'intervalle vuide compris entre deux lames quelconques du peigne, dans lequel passe un nombre plus ou moins grand de fils de chaîne, selon l'étoffe que l'on travaille. Voyez CHAINE.
* CHAMBRE, (Verrerie) ce sont des ouvertures particulieres pratiquées dans les murailles du four & au niveau des siéges, pour la commodité de manoeuvrer sur les pots, quand il leur arrive de casser. Il y a autant de chambres que de pots. Elles ont communément six pouces de largeur sur huit pouces de hauteur. Voyez LOGE ; voyez aussi les Planches de Verrerie, & leur explication. La manoeuvre qui se fait sur les pots, à l'aide des chambres, s'appelle chambrer. Voyez l'article VERRERIE.
CHAMBRE : les Vitriers appellent ainsi le creux qui est dans la verge de plomb où ils placent le verre, lorsqu'ils font des panneaux de vitre. Voyez VERGE, PANNEAUX, VITRE, &c.
* CHAMBRE, (Chasse & Oeconomie rustique) c'est ainsi qu'on appelle un piége que l'on tend aux loups & autres animaux mal-faisans & capables de résister à l'homme. On prend les pieux a, a, a, b, b, b, de douze à quinze pouces de circonférence, Planc. de Chasse ; on en forme une enceinte R, a, b, S, en les enfonçant fortement en terre, à la distance de deux ou trois pouces les uns des autres ; on les fixe les uns aux autres par quelques perches p p, p p, p p, qu'on y attache en-travers ; on laisse à cette enceinte de pieux un espace vuide, auquel on adapte une porte solide & capable de se fermer d'elle-même en se mouvant librement sur ses gonds S, M, N ; on tient cette porte entr'ouverte par le moyen d'un bâtonnet T, au milieu duquel il y a une corde V, qui va se rendre dans un anneau X attaché à l'un des pieux qui forment le fond de la chambre ; on attache la proie Y, qui doit servir d'appât à l'animal, à l'extrémité de cette corde. Lorsque l'animal est entré dans la chambre, il ne manque pas de se jetter sur la proie, de tirer la corde à laquelle elle est attachée, & d'emporter le bâtonnet au milieu duquel la corde correspond. Le bâtonnet emporté, la porte se ferme, & l'animal se trouve renfermé dans la chambre. Pour que la porte se ferme avec plus de vîtesse, on a coûtume de la charger par-derriere d'une grosse pierre D. On voit encore, sans qu'il soit besoin d'en avertir, qu'il faut que les pieux ayent une certaine hauteur, pour que l'animal ne puisse s'échapper de la chambre en l'escaladant. On a rompu quelques pieux dans la figure, afin qu'on pût voir l'intérieur de la chambre.
* CHAMBRE DU CERF, (Venerie) se dit de l'endroit où le cerf se repose pendant le jour.
CHAMBRE, (la) Géog. mod. petite ville de Savoie au comté de Maurienne, sur la riviere d'Arc.
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| CHAMBRÉE | S. f. se dit, sur-tout en langue militaire, de l'assemblée de plusieurs soldats dans le même lieu, soit pour y vivre, soit pour y séjourner. Voyez CHAMBRER. (Q)
* CHAMBREE se dit, dans les carrieres d'ardoises, des différentes profondeurs auxquelles la carriere a été percée ; & l'on appelle bonne chambrée, celle où l'ardoise a la dureté & les autres qualités convenables aux usages qu'on fait de ce fossile. Voyez l'article ARDOISE.
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| CHAMBRELLAGE | S. m. terme usité dans quelques coûtumes, qui signifie la même chose que chambellage. Voyez CHAMBELLAGE. (A)
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| CHAMBRER | faire chambrée ; c'est, en terme militaire, loger dans la même chambre ou la même baraque ou canonniere. (Q)
CHAMBRER, en terme de Verrerie ; voyez CHAMBRE.
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| CHAMBRERIE | S. f. étoit une justice attachée à l'office de chambrier de France, & à la maison de Bourbon qui possédoit cet office : elle donnoit le titre de pairie. Cette justice & l'office de chambrier furent supprimés & réunis à la couronne par François I. en 1545, lorsque le connétable de Bourbon ; qui étoit grand-chambrier du roi, sortit du royaume. Voyez CHAMBRIER.
CHAMBRERIE, est un office dans certaines églises collégiales, qui consiste à avoir soin des revenus communs.
C'est aussi un office claustral dans quelques monasteres, où le chambrier a soin des revenus, des greniers, du labourage & des provisions, tant pour la bouche que pour le vestiaire.
En quelques églises, la chambrerie est érigée en titre de bénéfice. Il y en a même où c'est une dignité. Voyez CHAMARIER & CHAMBRIER. (A)
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| CHAMBRIER | CHAMBRIER
CHAMBRIER, dans quelques églises & monasteres, est celui qui a soin des revenus communs. L'office de chambrier est une dignité dans quelques chapitres. A Lyon, on le nomme chamarier ; en quelques endroits on le nomme proviseur ; ce qui convient surtout dans les monasteres où le chambrier a soin des provisions, tant pour la bouche que pour le vestiaire. Voyez CHAMARIER & CHAMBRERIE. (A)
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| CHAMBRIERE | S. f. & son martinet ; espece de chandelier à l'usage des Charrons & d'autres ouvriers. Il est fait d'une piece de bois plate & ronde, percée au milieu d'un gros trou où est placé perpendiculairement un bâton long de trois à quatre piés, de la grosseur d'un pouce, qui est aussi percé sur la longueur de plusieurs trous les uns au-dessus des autres, dans lesquels on met un morceau de bois long d'environ un pié & demi, dont un bout est fait en chandelier, & l'autre bout est du calibre desdits trous. Cet instrument sert aux Charrons pour porter leur chandelle quand ils travaillent le soir. Voyez la figure 4. Pl. du Charron.
CHAMBRIERE ; c'est le nom qu'on donne, dans les Maneges, au foüet dont on se sert pour faire aller le cheval. On dit : ce cheval manie par la peur de la chambriere : ayez la chambriere en main : montrez au cheval la chambriere : donnez de la chambriere contre terre : faites-lui sentir la chambriere.
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| CHAMDENIERS | (Géog. mod.) petite ville de France en Poitou, près de Niort.
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| CHAM | ou CAME, chama, (Hist. nat. Conchil.) coquillage de mer dont la coquille est composée de deux pieces égales. Il y en a plusieurs especes. Le non de chame vient de ce que les deux pieces de la coquille sont ouvertes. On appelle aussi ces coquillages flammes ou flammettes ; parce que l'animal qui est renfermé dans la coquille, enflamme la bouche comme du poivre lorsqu'on le mange. On leur donne encore les noms de lavignons, polourdes, ou palourdes. Voyez COQUILLAGE, COQUILLE. (I)
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| CHAMEAU | S. m. camelus, (Hist. nat. Zoolog.) animal quadrupede ruminant, dont il y a plusieurs especes. On les distingue par le nombre des bosses qu'ils ont sur le dos. Suivant Aristote & Pline, celui qui a deux bosses retient le nom de chameau : il se trouve plus ordinairement dans la partie orientale de l'Asie ; c'est pourquoi il est nommé camelus bactrianus : il est le plus grand & le plus fort. Celui qui n'a qu'une bosse est plus petit & plus leger, c'est à cause de sa vîtesse qu'on l'appelle dromadaire. On le trouve plus communément dans la partie occidentale de l'Asie, savoir dans la Syrie & dans l'Arabie. Solin donne au contraire le nom de chameau à ceux de ces animaux qui n'ont qu'une bosse. On distingue trois especes de chameaux en Afrique : ceux de la premiere sont les plus grands & les plus forts ; on les appelle hegins : ils portent jusqu'à mille livres pesant. Ceux de la seconde espece sont nommés bechets ; ils viennent de l'Asie ; ils sont plus petits que les premiers ; ils ont deux bosses, & ils sont également propres à être montés & à être chargés. Les troisiemes portent le nom de raguahil ; ils sont petits & maigres, mais si bons coureurs qu'ils peuvent faire plus de cent milles en un seul jour : on les appelle aussi maihari & dromadaires. On a décrit dans les mém. de l'acad. royale des Sciences, sous le nom de chameau, deux de ces animaux qui n'avoient qu'une bosse. Ils étoient de différente grandeur : le plus petit avoit cinq piés & demi depuis la haute courbure de l'épine du dos, qui est la bosse, jusqu'à terre, quatre piés & demi depuis l'estomac jusqu'à la queue, dont la partie osseuse avoit quatorze pouces de longueur : la longueur de la queue entiere, y compris le crin, étoit de deux piés & demi ; le cou avoit la même longueur, & la tête vingt-un pouces depuis l'occiput jusqu'au museau. Le poil étoit doux au toucher, d'une couleur fauve, un peu cendrée ; il n'étoit guere plus long que celui d'un boeuf sous le ventre & sur la plus grande partie du corps ; il étoit beaucoup plus long sur la tête, au-dessous de la gorge, & au haut de la poitrine, où il avoit cinq ou six pouces : le plus long étoit sur le milieu du dos, il avoit près d'un pié ; & quoiqu'il soit fort doux & fort mou, il se tenoit élevé, desorte qu'il faisoit la plus grande partie de la bosse du dos.
L'autre chameau qui étoit le plus grand, & qu'on voit Pl. II. fig. 1. de l'Hist. nat. avoit le poil frisé & bouchonné, plus long par tout le corps que celui du premier, mais plus court sur la bosse, qui étoit plus relevée à proportion que celle du petit chameau ; le grand n'avoit de poil long ni sur la tête, ni au bas du cou. On a observé à la ménagerie de Versailles, que le poil des chameaux tombe tous les ans, à l'exception de celui de la bosse. On le recueille avec soin, à cause du grand commerce qu'on en fait. On le mêle avec d'autres poils, & il entre pour lors dans la fabrique des chapeaux, particulierement de ceux qu'on appelle caudebecs. Voyez l'article CHAPEAU. Le poil de la queue étoit gris, fort dur, & semblable au crin de la queue d'un cheval.
Ces chameaux avoient la tête petite à proportion du corps ; le museau fendu comme celui d'un lievre, & les oreilles très-courtes. Le grand avoit de chaque côté à la mâchoire supérieure, trois dents canines de grandeurs différentes, & deux aussi de chaque côté à l'inférieure ; il n'avoit point d'incisives en-haut. Les dents du petit chameau étoient comme celles des autres animaux ruminans : chaque pié étoit garni par le bout de deux petits ongles, & le dessous étoit plat, large, fort charnu, & revêtu d'une peau molle, épaisse, & peu calleuse. Le pié étoit fendu par-dessus à quatre ou cinq doigts près de l'extrémité ; & au-dessous de cette fente, qui étoit peu profonde, il étoit solide. Il y avoit deux callosités à chacune des jambes de devant ; la plus haute étoit en-arriere à la jointure du coude, & la seconde en-devant à la jointure qui représente le pli du poignet. Les jambes de derriere avoient aussi une callosité à la jointure du genou, qui étoit dure, & presque aussi solide que la corne du pié des autres animaux. Enfin il y avoit au bas de la poitrine une septieme callosité beaucoup plus grosse que les autres, & attachée au sternum, qui étoit protubérant dans cet endroit : elle avoit huit pouces de longueur, six de largeur, & deux d'épaisseur. Toutes ces callosités viennent de ce que cet animal ne se couche pas sur son côté comme les autres animaux, mais qu'il s'accroupit ; toutes les parties qui portent sur la terre dans cette situation, deviennent calleuses. Le prépuce étoit grand & lâche ; il se recourboit en-arriere après avoir recouvert l'extrémité de la verge ; c'est sans-doute ce qui fait que le chameau jette son urine en-arriere. Mém. de l'acad. roy. des Sciences, tom. III. part. I.
Les chameaux mangent très-peu ; ils broutent des joncs, des orties, des chardons, &c. & le feuillage des arbres : mais lorsqu'ils fatiguent beaucoup & pendant long-tems, on leur fait manger de l'orge, du maïs, ou de la farine d'orge & de froment. On fait ordinairement une pâte avec la farine d'orge, & on leur en donne à chacun un morceau de la grosseur de deux poings. En Perse, la quantité de cette pâte est d'environ trois livres chaque jour pour chacun de ces animaux : on y mêle quelquefois de la graine de coton. On leur donne aussi des dattes & du poisson sec. Si on réduisoit les chameaux à brouter l'herbe qu'ils rencontrent dans leurs voyages, ils maigriroient beaucoup ; & même, quelques précautions que l'on prenne, il y en a qui sont fort maigres au retour, leurs bosses & leurs callosités diminuent de volume. Lorsqu'ils sont fort gras en partant, ils peuvent se passer d'orge pendant quarante ou cinquante jours. On dit qu'il y a des chameaux qui dans la disette passent huit ou dix jours sans manger : mais il est certain qu'ils peuvent être pendant trois, quatre ou cinq jours sans boire. A l'ordinaire, on ne leur donne de l'eau qu'une fois en trois jours lorsqu'ils vivent d'herbes fraîches. On dit qu'il y en a qui ne boivent qu'une fois en quinze jours.
Les pays chauds sont les plus propres aux chameaux : le froid leur est funeste, même celui de nos climats : ainsi cet animal restera toujours en Asie & en Afrique, où il est de la plus grande utilité. Il sert de monture, il porte de grands fardeaux, & il fournit du lait bon à manger. En Perse, on monte les chameaux à deux bosses, & on se place entre les deux bosses qui servent de selle. On dit qu'il y en a de petits en Afrique qui font jusqu'à quatre-vingt lieues par jour, & vont ce train pendant huit ou dix jours de suite : leur allure est le trot. On fait porter les fardeaux aux gros chameaux, & le poids de leur charge est depuis six ou sept cent livres jusqu'à mille & douze cent. Il y en a en Perse qui portent jusqu'à 1500 livres ; mais ils ne font pas plus de deux ou trois lieues par jour sous un si grand poids. En Arabie, ils ne portent que sept cent livres ; mais ils font deux milles & demi par heure, & leur traite est de dix & quelquefois de quinze jours. On charge le chameau sur sa bosse, ou on y suspend des paniers assez grands pour qu'une personne s'y puisse tenir assise les jambes croisées, à la mode des orientaux : c'est dans ces paniers qu'on voiture les femmes. On attelle aussi les chameaux pour traîner des chars. Ces animaux sont fort dociles ; ils obéissent à la voix de leur maître lorsqu'il veut les faire accroupir pour les charger ou les décharger, & ils se relevent au moindre signe ; quelquefois cependant ils se levent d'eux-mêmes lorsqu'ils se sentent surcharger, ou ils donnent des coups de tête à ceux qui les chargent. Mais la plûpart ne jettent qu'un cri sans se remuer. Ces animaux ne donnent des marques de férocité, que lorsqu'ils sont en rut ; alors ils deviennent furieux, ils ne connoissent plus le camelier, ils mordent tous ceux qu'ils rencontrent, ils se battent à coups de piés & de dents contre les autres animaux, même contre les lions ; on est obligé de leur mettre des muselieres. Le tems du rut arrive au printems, & dure quarante jours, pendant lesquels ils maigrissent beaucoup ; aussi mangent-ils moins qu'à l'ordinaire. La femelle s'accroupit pour recevoir le mâle ; elle entre en chaleur au printems ; elle ne porte qu'un petit à la fois, qu'elle met bas au printems suivant ; & elle ne rentre en rut qu'un an ou deux après. On coupe les mâles pour les rendre plus forts, & on n'en laisse qu'un entier pour dix femelles. On prétend que les chameaux ne s'accroupiroient pas d'eux-mêmes pour recevoir leur charge, si on ne leur faisoit prendre cette habitude dans leur jeunesse. On ne les charge qu'à l'âge de trois ou quatre ans. On ne se sert pas d'étrille pour les panser ; on les frappe seulement avec une petite baguette, pour faire tomber la poussiere qui est sur leur corps. En Turquie, leur fumier séché au soleil, leur sert de litiere ; & on le brûle pour faire la cuisine, lorsqu'on se trouve au milieu des deserts. On ne met point de mors aux chameaux que l'on monte ; on passe dans la peau, au-dessus des naseaux, une boucle qui y reste, & on y attache des rênes. On ne frappe pas ces animaux pour les faire avancer, il suffit de chanter ou de siffler : lorsqu'ils sont en grand nombre, on bat des tymbales. On leur attache aussi des sonnettes aux genoux, & une cloche au cou pour les animer & pour avertir dans les défilés. Cet animal est courageux ; on le fait marcher aisément, excepté lorsqu'il se trouve de la terre grasse & glissante, sur laquelle il ne peut pas se soûtenir, à cause de la pelote qu'il a sous les piés. Lorsqu'on rencontre de ces mauvais pas, on est obligé d'étendre des tapis pour faire passer les chameaux, ou d'attendre que le chemin soit sec. On ne sait pas précisément combien de tems vivent les chameaux ; on a dit que leur vie étoit de cinquante ans, & quelquefois de cent : on a même prétendu qu'elle s'étendoit jusqu'à cent soixante. Voyez QUADRUPEDE ; Voyez aussi l'article CHAMOISEUR. (I)
CHAMEAU, (Mat. méd.) les auteurs de matiere médicale ont donné à la graisse, au cerveau, au fiel, à l'urine, & à la fiente de cet animal, toutes les vertus medicinales qu'ils ont observées dans les mêmes matieres tirées des animaux qui ont quelqu'analogie avec celui-ci : mais nous ne leur connoissons aucune vertu particuliere : aussi ne sont-elles d'aucun usage parmi nous.
CHAMEAU MOUCHETE, voyez GIRAFFE.
CHAMEAU, (Marine) est un grand & gros bâtiment inventé à Amsterdam en 1688, par le moyen duquel on enleve un vaisseau jusqu'à la hauteur de cinq à six piés, pour le faire passer sur des endroits où il n'y a pas assez d'eau pour de gros vaisseaux. On a appellé cette espece de machine, chameau, à cause de sa grandeur & de sa force.
Pour entendre sa construction & son usage, il faut avoir sous les yeux la fig. 2. Planc. V. de Mar. où le chameau est représenté enlevant un bâtiment. La description qu'on en va donner, est tirée d'un ouvrage publié à Amsterdam en 1719, sur la construction des vaisseaux.
La construction de ce bâtiment est à plates varangues ; il a cent vingt-sept piés de long, vingt-deux piés de large par un bout, & treize piés par l'autre bout ; un bout a onze piés de creux, & l'autre bout treize piés 1/2 : un des côtés de cette machine a les mêmes façons à l'avant & à l'arriere qu'un autre vaisseau ; mais de l'autre côté, elle est presque droite & tombe un peu en-dehors. Le fond de cale est séparé d'un bout à l'autre par un fronteau bien étanché, & où l'eau ne peut passer. Chaque côté est aussi séparé en quatre parties, par fronteaux aussi étanchés, si bien qu'il y a huit espaces séparés l'un de l'autre, dans une partie desquels on peut laisser entrer l'eau, & on peut la pomper dans les autres, & par ce moyen tenir le chameau en équilibre. Outre cela, il y a en chaque espace un retranchement, une dale bien étanchée, par laquelle on y fait entrer l'eau, & qu'on bouche avec un tampon. Il y a aussi deux pompes pour pomper l'eau qu'on y fait entrer. Il y a dans le bâtiment vingt tremues qui passent du tillac au fond du vaisseau, par où l'on fait passer des cordes de neuf pouces de circonférence, lesquelles sortent par les trous qui sont au bord de ces tremues ; & embrassant la quille, vont passer dans un autre chameau qui est au côté du premier. Ces cordes se virent par le moyen des guindeaux qui sont sur le pont, auprès de chaque tremue, & qui servent à roidir les cordes. Le vaisseau qu'on veut enlever étant passé sur les cordes entre les deux chameaux, on pompe toute l'eau ; & par ce moyen les chameaux étant plus legers, s'élevent sur la surface de l'eau, & flottent plus haut qu'ils ne faisoient lorsqu'ils étoient plus pleins, & ils élevent avec eux le vaisseau qui est sur les cordes, qu'on fait roidir en même tems par les guindeaux ; desorte que le vuide des chameaux qu'on pompe, & la manoeuvre qu'on fait avec les guindeaux, concourent en même tems, & le vaisseau est comme emporté jusqu'au-delà des endroits qui ne sont pas assez profonds. (Z)
* CHAMEAU, ou PORTE-GRILLE, (Art méchaniq.) partie du métier à faire des bas. Voyez l'article BAS AU METIER.
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| CHAMELY | (Géog. mod.) c'est le nom de quelques petites îles de l'Amérique, dans le golfe de Panama, à une lieue de la côte.
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| CHAMFREIN | S. m. en Architecture ; c'est l'inclinaison pratiquée au-dessus d'une corniche ou imposte, que les ouvriers appellent biseau ; mais ces deux expressions s'appliquent plutôt à la Menuiserie & à la Charpenterie, qu'à la Maçonnerie, où l'on appelle revers d'eau les pentes que l'on observe sur la saillie des entablemens ou corniches de pierres, dans les façades extérieures des bâtimens. (P)
CHAMFREIN se dit, parmi les Horlogers, d'une petite creusure faite en cone. Voyez CHAMFREIN, (Serrur.) PATINE, &c. (T)
CHAMFREIN, en Jardinage, se dit d'une corniche pratiquée dans une décoration champêtre, dont on a abattu toutes les moulures pour la faire paroître rabattue dans un seul pan ou biais. On l'appelle encore biseau. Voyez BISEAU. (K)
CHAMFREIN, en terme de Manége, est la partie du devant de la tête du cheval, qui va depuis le front jusqu'au nez. Le chamfrein blanc est une raie de poil blanc, qui couvre tout le chamfrein.
* CHAMFREIN, en Serrurerie : si l'on a, par exemple, un morceau de fer quarré, & qu'on en abatte un angle en y pratiquant dans toute sa longueur un pan, de maniere qu'au lieu d'être à quatre faces égales, il n'en reste plus que deux entieres, mais que les deux autres soient altérées par le pan, ce pan s'appelle, en Serrurerie, un chamfrein. Ainsi le chamfrein d'un pesle, c'est le pan pratiqué au pesle, en abattant l'angle qui doit frotter contre la gache : ce pan pratiqué, rend cette partie du pesle arrondie, & facilite la fermeture. Cette idée du chamfrein est très-exacte.
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| CHAMFRE | c'est en général, parmi les ouvriers en métaux, former sur l'extrémité d'un trou une espece de biseau, qui se remplit par la tête du rivet qu'on y refoule à coups de marteau.
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| CHAMFRINER | signifie, parmi les Horlogers & autres ouvriers travaillant les métaux, faire un chamfrein, soit avec le foret, soit avec la fraise. Voyez CHAMFREIN, FORET, FRAISE. (T)
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| CHAMICO | (Hist. nat. bot.) graine qui croît au Pérou, & qui ressemble beaucoup, à ce qu'on dit, à celle des oignons : on ajoute que si on en boit la décoction dans de l'eau ou du vin, on dort pendant vingt-quatre heures ; & qu'on continue long-tems de pleurer ou de rire, quand on l'a prise en pleurant ou en riant. Cette derniere circonstance ne laisse presqu'aucun doute sur ce qu'il faut penser du chamico.
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| CHAMOIS | S. m. rupicapra, (Hist. nat. Zoolog.) animal quadrupede ruminant, du genre des chevres, caprinum genus. Cet animal ressemble beaucoup au cerf pour la forme du corps. Le ventre, le front, l'intérieur des oreilles, & le commencement de la gorge, sont blancs. Il y a de chaque côté au-dessus des yeux, une bande jaunâtre ; le reste du corps est par-tout d'une couleur noirâtre, principalement la queue, dont le noir est plus foncé, & s'étend sur les côtés. Le dessous n'est pas blanc comme dans le daim. Willughby.
Le mâle & la femelle ont des cornes longues d'une palme & demie, ridées, & pour ainsi dire entourées dans le bras par des anneaux prééminens, droites jusqu'à une certaine hauteur, pointues, & recourbées en forme d'hameçon par le haut. Elles sont noires, legerement cannelées sur leur longueur, & creuses : leur cavité est remplie par un os qui sort du crane. Chaque année ces cornes forment un anneau de plus, comme celles des autres animaux de ce genre. Belon, Obs. lib. I. cap. ljv.
Le chamois a deux ouvertures derriere les cornes : on a prétendu que ces trous servoient à la respiration de l'animal ; mais cette opinion ne paroît pas fondée, puisqu'on a observé que le crane se trouve au fond de ces ouvertures, où il n'y a aucune issue. On trouve quantité de chamois sur les montagnes de Suisse. Ray, Synop. anim. quad.
Le chamois, dont on a donné la description dans les mémoires de l'acad. royale des Sciences, étoit un peu plus grand qu'une chevre ; il avoit les jambes plus longues & le poil plus court ; celui du ventre & des cuisses étoit le plus long, & n'avoit que quatre pouces & demi : on trouvoit sur le dos & sur les flancs un petit poil fort court & très-fin, caché autour des racines du grand. La tête, le ventre & les jambes n'avoient que le gros poil ; ce poil étoit un peu ondé, comme celui des chevres, au-dessus de la tête, au cou, au dos, aux flancs, & au ventre. Le dessus du dos, le haut de l'estomac, le bas de la gorge, les flancs, le dessus de la tête, & le dehors des oreilles, étoient de couleur de minime brun ; & il y avoit encore depuis les oreilles jusqu'aux narines, une bande de la même couleur qui enfermoit les yeux : le reste du poil étoit d'un blanc sale & roussâtre. La queue n'avoit que trois pouces de longueur, & les oreilles cinq : elles étoient bordées au-dedans par un poil blanc ; le reste étoit ras & de couleur de châtain brun. Les yeux étoient grands ; il y avoit une paupiere interne de couleur rouge, qui se retiroit vers le petit coin de l'oeil. M. Duverney prétend que la couleur rouge de cette membrane ne doit pas être constante. La levre supérieure étoit un peu fendue, à-peu-près comme celle du lievre : cependant M. Duverney a observé qu'il n'y a qu'une petite gouttiere au milieu de la levre supérieure des chamois, comme à celle des boeufs & des moutons. Les cornes étoient noires, rondes, rayées par des cercles, & non torses, & en vis ; elles étoient tournées en arriere sans être crochues, parce que cet animal étoit encore jeune : on dit qu'elles deviennent avec l'âge si crochues en arriere & si pointues, que les chamois les font entrer dans leur peau lorsqu'ils veulent se gratter, & qu'elles s'y engagent de façon qu'ils ne peuvent plus les retirer, & qu'ils meurent de faim. Le chamois dont nous suivons la description, n'avoit des dents incisives qu'à la mâchoire d'em-bas, comme les animaux ruminans : ces dents étoient au nombre de huit, & inégales ; celles du milieu étoient beaucoup plus larges que celles des côtés. Les piés étoient fourchus & creux par-dessous. Mem. de l'acad. royale des Scien. tom. III. part. I.
Le chamois est un animal timide. Il y en a beaucoup sur les Pyrenées, sur les Alpes, dans les montagnes de Dauphiné, sur-tout dans celle de Donoluy. On les voit souvent par troupe de cinquante & plus. Ils aiment le sel, c'est pourquoi on en répand dans les endroits où on veut les attirer. Ils paissent l'herbe qui croît dans le gravier, ils sautent d'un rocher à l'autre avec autant d'agilité que les bouquetins, & quelquefois ils s'y suspendent par les cornes. Voyez QUADRUPEDE. (I)
CHAMOIS, (Matiere médicale). Les Pharmacologistes recommandent le sang, le suif, le foie, le fiel & la fiente de chamois ; mais toutes les vertus qu'ils leur attribuent leur sont communes avec celles des mêmes matieres que l'on retire de tous les animaux de la même classe, en étendant même cette analogie à deux ordres entiers de quadrupedes, selon la distribution des Zoologistes modernes ; à tous ceux qui sont compris par Linneus dans l'ordre de ses jumenta & dans celui de ses pecora. La seule matiere un peu plus particuliere à cet animal, dont les vertus médicinales soient célébrées, c'est l'aegagropile ou bésoard germanique, qu'on trouve dans son estomac. Voyez AEGAGROPILE. Au reste toutes ces matieres sont très-peu employées en Médecine parmi nous. Voyez PHARMACOLOGIE. (b)
* CHAMOIS. (Art méchanique) La peau du chamois est fort estimée, préparée & passée en huile ou en mégie ; on l'emploie à beaucoup d'ouvrages doux & qu'on peut savonner, gants, bas, culottes, gibecieres, &c. On contrefait le véritable chamois avec les peaux de boucs, de chevres, chevreaux, & de moutons. Voyez l'article CHAMOISEUR. Le chamois est souple & chaud ; il supporte la sueur sans se gâter, & on s'en sert pour purifier le mercure, en le faisant passer à-travers ses pores qui sont serrés. Voyez MERCURE.
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| CHAMOISERIE | S. f. (Art méchanique). Ce terme a deux acceptions. Il se dit de l'endroit ou de l'attelier où l'on prépare les peaux de chamois, ou celles qu'on veut faire passer pour telles. Voyez l'article CHAMOISEUR. Il se dit aussi de la marchandise même préparée par le Chamoiseur. Il fait le commerce de chamoiserie.
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| CHAMOISEUR | S. m. (Ord. Encyc. entendem. raison, mém. histoire, hist. nat. histoire des arts méchaniques) ouvrier qui sait préparer, & qui a le droit de vendre les peaux de chamois, pour être employées aux différens ouvrages qu'on en fait. On donne le même nom aux ouvriers qui prennent chez le Boucher les peaux de moutons, de brebis, de chevres, de chevreaux & de boucs, couvertes de poil ou de laine, pour en faire le faux chamois. Ils achetent ces peaux par cent.
Voici la maniere exacte de préparer ces peaux ; nous ne séparerons point le travail du Chamoiseur de celui du Mégissier, parce que la manoeuvre de l'un differe très-peu de la manoeuvre de l'autre, sur-tout dans le commencement du travail.
Quand on a acheté les peaux, on peut les garder, en attendant qu'on les travaille, & qu'on en ait une assez grande quantité. Pour cet effet, on les étend sur des perches où elles se sechent ; il faut avoir soin de les battre pour en chasser les insectes appellés artusons, & autres qui les gâteroient. Cette précaution est sur-tout nécessaire dans les mois de Juin, de Juillet & d'Août, les plus chauds de l'année. On en travaille plus ou moins à la fois, selon qu'on a plus ou moins de peaux & d'ouvriers.
Quand on a amassé des peaux, on les met tremper soit dans une riviere, quand on en a une à sa proximité, soit dans des pierres ou des vaisseaux de bois, qu'on appelle en quelques endroits timbres. Si la peau est fraîche, on peut la laver sur le champ ; il ne faut guere qu'un jour à un ouvrier pour laver un cent de peaux. Si au contraire elle est seche, il faut la laisser tremper un jour entier, sans y toucher. On lave les peaux en les agitant dans l'eau, & en les maniant avec les mains, comme on le voit exécuter Planche du Chamoiseur, figure 1. timbre 1. Cette préparation les nettoye.
Au sortir du timbre, on les met sur le chevalet, on les y étend, & on les passe au fer ou couteau à deux manches. Voyez de ces couteaux Pl. du Mégissier, fig. 11. 12. 14. même Pl. On voit en c un chevalet, une peau dessus, & un ouvrier occupé à la travailler. Cette opération s'appelle retaler. Son but est de blanchir la laine & de la nettoyer de toutes ses ordures.
Quand une peau a été retalée une fois, on la jette dans de l'eau nouvelle & dans un nouveau timbre ; ainsi il est à-propos que dans un attelier de Chamoiseur il y en ait plusieurs. Un ouvrier peut retaler en un jour vingt douzaines. Quand sa tâche est faite, il prend toutes ses peaux retalées & mises en un tas, & il les jette toutes dans l'eau nouvelle : il les y laisse passer la nuit, en quelque tems que ce soit ; cependant l'eau étant plus chaude ou moins dure en été, le lavage se fait mieux. Le premier retalage se fait de poil ou de laine. Le second jour, il se fait un second retalage ; à ce second retalage, on les étend sur le chevalet, comme au premier ; on y passe le fer, mais sur le côté de la chair ; cette opération nettoye ce côté & rend la peau molle. Il est à-propos que ce second retalage ait été précédé d'un lavage, & que les peaux ayent été maniées dans l'eau. Il ne faut pas moins de peine & de tems pour ce second retalage que pour le premier.
A mesure que le second retalage s'avance, l'ouvrier remet ses peaux en tas les unes sur les autres ; & au bout de la journée il remplit les timbres de nouvelle eau, y jette ses peaux, les y laisse une nuit, & les retale le lendemain pour la troisieme fois. Ce troisieme retalage ne differe aucunement des précédens ; il se fait sur le chevalet, & se donne du côté de la laine.
Il est à-propos d'observer que ces trois retalages de fleur & de chair ne sont que pour les peaux seches. Lorsque les peaux sont fraîches, on les retale trois fois, à la vérité, mais seulement du côté de la laine ; le côté de la chair étant frais, il n'a besoin d'aucune préparation ; l'ouvrage est alors bien abregé, puisqu'un ouvrier pourroit presque faire en un jour ce qu'il ne fait qu'en trois.
Après le troisieme retalage des peaux, on les rejette dans l'eau nouvelle, dans laquelle on les lave sur le champ ; il faut bien se garder de les laisser en tas, car elles s'échaufferoient, & se gâteroient. Quand elles sont lavées, on les fait égoutter ; pour cet effet, on les étend sur un treteau, toutes les unes sur les autres, & on les y laisse pendant trois heures.
Au bout de ce tems, on les met en chaux. Pour mettre en chaux, on est deux ; on prend une peau, on l'étend à terre, la laine contre la terre, & la chair en-haut ; on étend bien la tête & les pattes d'un côté, la queue & les pattes de l'autre ; on prend une seconde peau qu'on étend sur la premiere, tête sur tête, queue sur queue ; la laine de la seconde est sur la chair de la premiere ; la laine de la troisieme sur la chair de la seconde, & ainsi de suite jusqu'à la concurrence de dix à douze douzaines. Quand elles sont toutes étendues, comme nous venons de le dire, on a à côté de soi un baquet ; il y a dans ce baquet de la chaux, cette chaux est fondue & délayée à la consistance de celle dont les Maçons se servent pour blanchir. Alors on prend une peau sans laine, cette peau s'appelle un cuiret : on saisit ce cuiret avec la tenaille par le milieu, après l'avoir plié en plusieurs doubles, ou on l'attache à l'extrémité d'un bâton, à-peu-près sous la forme d'un torchon, comme on voit Pl. du Mégissier fig. 1. On plonge ce cuiret dans la chaux, on frotte ensuite avec cette peau empreignée de chaux la premiere peau du tas, ce qu'on appelle enchaussener. Il faut que la peau soit enchaussenée par-tout, c'est-à-dire qu'il n'y ait à la peau qu'on enchaussene pas un endroit où le cuiret n'ait passé & n'ait laissé de la chaux. Cette précaution est de conséquence. A mesure qu'on met les peaux en chaux, on les met en pile. Il n'y a plus de danger à les mettre en pile, car les peaux ne s'échauffent plus quand elles sont enchausnées ou enchaussenées ; mais tout ce qui n'a pas été enchaussené se pourrit.
Pour mettre en pile, voici comment on s'y prend. Quand une peau est enchaussenée, on la plie en deux selon sa longueur, c'est-à-dire que les deux parties de la tête sont appliquées l'une sur l'autre, & les deux parties de derriere pareillement l'une sur l'autre, chair contre chair. On met à terre cette peau ainsi pliée ; on en enchaussene une seconde qu'on plie comme la premiere, & qu'on pose sur elle, & ainsi de suite. Une centaine de peaux fournit trois à quatre tas ou piles, selon qu'elles sont plus ou moins fortes de laine. Le ployement des peaux se fait par deux ouvriers. On laisse les peaux en pile ou tas à terre, passer enchaussenées une huitaine entiere, ou même une dixaine de jours, si elles ont été travaillées seches ; il ne faut que deux jours, si elles sont fraîches.
Au bout de ce tems on les déchaussene ; pour cet effet, on les enleve du tas une à une, on les ouvre, on les plie en sens contraire à celui selon lequel elles étoient pliées, c'est-à-dire par le milieu, mais toûjours laine contre laine, de maniere que la laine de la tête soit contre la laine de la queue ; on a de l'eau nouvelle toute prête ; on passe chaque peau pliée comme nous venons de dire, dans cette eau, & on l'y agite jusqu'à ce que la chaux qui n'est pas encore séchée sur elle, en soit entierement détachée.
Quand la chaux a été emportée par l'eau, on plie la peau selon sa longueur, c'est-à-dire de maniere que le pli traverse la tête & la queue, & que la chair soit contre la chair, & on la met sur un treteau pour égoutter. On continue de déchaussener, de plier & de mettre en pile sur le treteau. On ne peut guere déchaussener plus d'un cent dans la même eau ; au reste ceci dépend beaucoup de la grandeur des timbres. On prend ordinairement de l'eau nouvelle à chaque cent ; d'où l'on voit combien il est avantageux à un Chamoiseur de travailler sur une riviere où l'eau change sans-cesse.
Quand les peaux sont toutes déchaussenées, on les laisse égoutter sur les treteaux le tems à-peu-près qu'il faut pour tirer de l'eau nouvelle ; ce tems suffit pour que l'eau qui s'égoutte entraîne avec elle le gros de ce qui reste de chaud. Après cela, on les prend sur les treteaux, on les laisse pliées, & on les met ainsi une à une dans l'eau nouvelle, & on les lave précisément comme le linge, en frottant une partie de la peau contre une autre. Le but de ce lavage est d'ôter de dessus la laine la portion d'eau de chaux dont elle pourroit être chargée.
Quand une peau a été ainsi lavée, on la met étendue sur les treteaux, & ainsi de suite ; on y en forme un tas qu'on laisse égoutter jusqu'au lendemain : le lendemain, s'il fait beau, on prend les peaux dessus les treteaux, & on les expose au soleil à terre, sur des murs, la laine tournée du côté du soleil ; cette manoeuvre n'est pas indifférente, la laine en devient beaucoup plus douce & plus marchande. On ne laisse les peaux exposées au soleil qu'environ une heure, quand il fait chaud.
C'est alors le tems de dépeler : on entend par dépeler, enlever la laine. Pour cet effet on prend une peau, on la place sur le chevalet sur lequel on l'a retalée ; & avec le même fer on en fait retomber toute la laine, qui se détache si facilement qu'un ouvrier peut dépeler vingt douzaines en un jour, & qu'on ne passe le fer qu'une fois pour dépeler.
Quand la laine est abattue, on l'étend sur le grenier pour la faire sécher. Cette laine est appellée laine de plie. Elle reste plus ou moins sur le grenier, selon la saison : il ne faut que huit jours en été ; en hyver il faut quelquefois quinze jours, ou même un mois. L'hyver est cependant la saison où l'on tue le plus de moutons, & où le Chamoiseur dépele davantage. Quand la laine est seche, elle se vend au Drapier, sans recevoir aucune autre préparation.
Quand les peaux ont été dépelées, elles prennent le nom de cuirets, & on les jette en plains. Les plains sont des fosses rondes ou quarrées dont le côté a cinq piés (Voyez de ces fosses en A B D, Pl. du Mégissier) : leur profondeur est de quatre piés. On y met environ un muid de chaux, & on les remplit d'eau environ aux deux tiers. On y jette douze douzaines de cuirets les uns après les autres ; on les y étend ; on les enfonce dans la chaux avec un instrument qu'on voit Pl. du Mégiss. fig. 4. & qu'on appelle un enfonçoir ; c'est un quarré de bois emmanché d'un long bâton. Toute cette manoeuvre s'appelle coucher en plain.
On les laisse dans le plain pendant quatre, cinq à six jours, puis on les en tire ; ce qui s'appelle lever. Plus on leve souvent, mieux on fait. Pour lever, on prend les tenailles, on saisit les peaux (Voyez ces tenailles, même Pl. fig. 8.) ; on les tire, on les jette sur des planches mises sur les bords du plain : on les laisse sur ces planches quatre jours, au bout desquels on les recouche ; on réitere cette opération pendant le cours de deux mois, ou deux mois & demi ; mais on observe au bout de ce tems de les coucher dans un autre plain neuf. Il ne faut pas mettre les peaux dans le plain aussi-tôt qu'il est fait ; c'est une regle générale, la chaleur de la chaux les brûleroit : quand on a préparé un plain, il faut donc attendre toûjours, avant que d'y jetter les peaux, au moins deux jours, tems qui lui suffit pour se refroidir.
Après ce travail de deux mois & demi, les peaux tirées des plains pour n'y plus rentrer, sont mises à l'eau, & rincées de chaux. On a de l'eau fraîche, & on les lave dans cette eau. Il y a des ouvriers qui ne rincent point, mais ils n'en font pas mieux. Après que les peaux ont été rincées de chaux, on les effleure. Cette opération de rincer & d'effleurer se fait sur chaque peau l'une après l'autre : on tire une peau du plain, on la rince & on l'effleure, puis on passe à une autre.
Effleurer, c'est passer le fer sur le côté où étoit la laine : cette opération s'exécute sur le chevalet avec un fer tranchant, & qu'on appelle fer à effleurer : celui dont on s'est servi jusqu'à-présent s'appelle fer à tenir. L'effleurage consiste à enlever la premiere pellicule de la peau. Cette pellicule s'enleve plus ou moins facilement : il y a des cuirets qui se prêtent avec tant de peine au couteau, qu'on est obligé de les raser. Effleurer, c'est passer le couteau sur la peau legerement, & menant le tranchant circulairement & parallélement au corps tout le long de la peau ; raser au contraire, c'est appuyer le couteau fortement, couché de plat sur la peau, & le conduire dans une direction oblique au corps, comme si l'on se proposoit de couper & d'enlever des pieces de la peau. Les ouvriers, pour désigner la qualité des peaux difficiles à effleurer, & qu'ils sont obligés de raser, disent qu'elles sont creuses. Les moutons creux ont le grain gros & la surface raboteuse. Il y en a de si creux, qu'on est obligé de les raser tous ; tels sont les grands moutons. Un ouvrier ne peut guere effleurer que quatre douzaines par jour ; mais s'il étoit obligé de raser toutes les peaux, il n'en finiroit guere que deux douzaines dans sa journée.
Quand les peaux sont effleurées, on les met à l'eau : pour cet effet on a un timbre plein d'eau nouvelle ; on les jette dans cette eau ; on les en tire pour les travailler sur le chevalet avec le fer à écharner. Cette opération s'appelle écharner : elle se donne du côté de la chair, ou côté opposé à celui de la laine ; elle consiste à en détacher des parcelles de chair en assez petite quantité. On écharne jusqu'à dix douzaines par jour.
Après cette façon on leur en donne encore trois autres ; deux consécutives du côté de la fleur, & une du côté de la chair ; observant avant chacune de les passer dans l'eau nouvelle : toutes se donnent sur le chevalet, & toûjours avec le même dernier fer : elles s'appellent façons de fleur, façons de chair, selon les côtés où elles se donnent.
Voici le moment d'aller au foulon. Si on a la quantité nécessaire de peaux pour cet effet, on y va : cette quantité s'appelle une coupe ; la coupe est de vingt douzaines. Ce terme vient de l'espece d'auge du moulin à fouler où l'on met les peaux. Il y a des moulins où il y a jusqu'à quatre coupes : il y a deux maillets dans chaque coupe. Ces maillets sont taillés en dents à la surface qui s'applique sur les peaux : ce sont des pieces de bois très-fortes ou blocs à queue ; une roue à eau fait tourner un arbre garni de camnes ; ces camnes correspondent aux queues des maillets, les accrochent, les élevent, s'en échappent, & les laissent retomber dans la coupe. Voilà toute la construction de ces moulins, qui different très-peu, comme on voit, des moulins à foulon des Drapiers. Voyez l'article DRAP.
Pour faire fouler les peaux, on les met dans la coupe en pelotes de trois ou quatre : pour faire la pelote, on met les peaux les unes sur les autres, on les roule : on les tient roulées en noüant les pattes & les têtes, & en passant les deux autres extrémités de la peau sous ce noeud : on jette ensuite ce noeud dans les coupes qui contiennent jusqu'à 20 douzaines de peaux. On laisse les pelotes sous l'action des pilons pendant deux heures ou environ ; au bout de ce tems on les retire de la coupe : on a des cordes tendues dans un pré à la hauteur de quatre piés ; on disperse les peaux sur ces cordes, & on leur donne un petit évent ou vent blanc ; c'est-à-dire qu'on les y laisse exposées à l'air un peu de tems, un quart-d'heure, un demi-quart-d'heure. Il faut, comme on voit, avoir du beau tems ou des étuves : ces étuves ou chambres chaudes ont au plancher & de tous côtés des clous à crochet, auxquels on suspend les peaux jusqu'au nombre de trente douzaines. Ces chambres sont échauffées par de grands poêles.
Après ce premier petit vent blanc, on leve les peaux de dessus les cordes : tant qu'elles ont de l'eau, on dit qu'elles sont en tripes ; & quand elles commencent à s'en dépouiller, on dit qu'elles se mettent en cuir. Quand on les a levées de dessus les cordes, on les porte dessus une table pour leur donner l'huile. On se sert de l'huile de poisson. On ne la fait point chauffer. On a cette huile fluide dans une chaudiere : on trempe sa main dedans ; puis la tenant élevée au-dessus de la peau, on en laisse dégoutter l'huile dessus : on la promene ainsi par-tout, afin que la peau soit par-tout arrosée de l'huile dégouttante des doigts. Pour mettre bien en huile, il faut environ quatre livres d'huile par chaque douzaine de peau. Il n'y a point d'acception sur le côté de la peau ; on l'arrose d'huile par le côté qui se présente.
A mesure qu'on donne l'huile aux peaux, on les remet en pelotes de quatre peaux chacune, & on jette les pelotes dans la coupe du foulon, où elles restent exposées à l'action des maillets pendant environ trois heures ; au bout de ce tems, on les retire, & on leur donne sur les cordes un second vent un peu plus fort que le premier : il est d'un bon quart-d'heure.
Au bout de ce quart-d'heure, on leve de dessus les cordes, on remet en pelotes, & on jette les pelotes dans la coupe pour la troisieme fois, où elles restent encore deux heures ; puis on les retire, & on leur donne une rosée d'huile sur la même table, & semblable à la premiere qu'elles ont reçûe : après cette rosée, on remet en pelotes, & on les fait fouler pendant trois heures.
Au bout de ces trois heures on les retire encore de la coupe ; on les étend sur des cordes, où on leur donne encore un vent un peu plus fort que le précédent : au sortir de dessus les cordes, & après avoir été remises en pelotes, on les foule encore pendant trois heures ou environ. On continue la foule & les vents alternativement jusqu'à huit vents, observant de donner immédiatement avant le dernier vent la troisieme rosée d'huile. Après le huitieme vent, qui est d'une ou de deux heures, il n'y a plus de foule.
Il faut ménager les vents qui précedent le dernier avec beaucoup d'attention : s'ils étoient trop forts ou trop longs, les peaux se vitreroient ou deviendroient trop dures ; qualité qui les rendroit mauvaises. Les endroits foibles sont plus exposés que le reste à se vitrer ; mais si l'ouvrier étoit négligent, la peau se vitreroit par-tout.
Au sortir de la foule, & après le dernier vent, on met les peaux en échauffe. Mettre les peaux en échauffe, c'est en former des tas de vingt douzaines, & les laisser s'échauffer dans cet état. Pour hâter & conserver cette chaleur, on enveloppe ces tas de couvertures, de façon qu'on n'apperçoit plus de peaux. C'est alors qu'il faut veiller à son ouvrage ; si on le néglige un peu, les peaux se brûleront, & sortiront des tas noires comme charbon. On les laisse plus ou moins en échauffe, selon la qualité de l'huile & la saison. Elles fermentent tantôt très-promtement, tantôt très-lentement. La différence est au point qu'il y en a qui passent le jour en tas sans prendre aucune chaleur ; d'autres qui la prennent si vîte, qu'il faut presque les remuer sur le champ. On s'apperçoit à la main que la chaleur est assez grande pour remuer. Remuer les peaux, c'est en refaire de nouveaux tas en d'autres endroits, retournant les peaux par poignées de huit à dix plus ou moins. Leur chaleur est telle, que c'est tout ce que l'ouvrier peut faire que de la supporter.
On couvre les nouveaux ou le nouveau tas, & on fait jusqu'à sept ou huit remuages. On remue tant qu'il y a lieu de craindre à la force de la chaleur, qu'elle ne soit assez grande pour brûler les peaux. On laisse entre chaque remuage plus ou moins de tems selon la qualité de l'huile : il y en a qui ne permet de repos qu'un quart-d'heure, d'autres davantage. Après cette manoeuvre, les peaux sont ce qu'on appelle passées : pour les passer, on les a débarrassées de leur eau ; il s'agit maintenant pour les finir, de les débarrasser de leur huile.
Pour cet effet, on prépare une lessive avec de l'eau & des cendres gravelées : il faut une livre de cendres gravelées pour chaque douzaine de peaux. On fait chauffer l'eau au point de pouvoir y tenir la main ; trop chaude, elle brûleroit les peaux : quand la lessive a la chaleur convenable, on la met dans un cuvier, & on y trempe les peaux ; on y jette à-la-fois tout ce qu'on en a ; on les y remue ; on les y agite fortement avec les mains, on continue cette manoeuvre le plus long-tems qu'on peut, puis on les tord avec la bille.
La bille est une espece de manivelle, telle qu'on la voit Pl. du Chamoiseur, fig. 5. cette manivelle est de fer : le coude & le bras B C D sont perpendiculaires à la queue A B : A B a environ 2 piés de longueur ; C D un pié & demi ; l'ouverture du coude B, F, 4 pouces : le tout va un peu en diminuant depuis la tête du bras jusqu'au bout de la queue. Pour tordre, l'ouvrier a une perche fixée horisontalement dans deux murs, ou autrement, comme on voit Plan. du Chamoiseur, fig. 2. on prend cinq à six peaux : on les jette sur cette perche ; on les saisit de la main gauche par les bouts qui pendent ; on place entre ces bouts la queue A B de la bille : on prend de la main droite le manche D ; l'excédent des peaux depuis la perche jusqu'à la main gauche se range le long de la queue, & entre dans le coude B C F ; on fait tourner la bille à l'aide de ce manche, le plus fortement qu'on peut ; ou bien on se contente, après avoir saisi les bouts des peaux, de passer entr'elles & au-dessous de la perche un bâton qu'on tourne, & qui fait la même fonction que la bille.
A mesure qu'on tord, la lessive sort & emporte la graisse. Le mélange d'huile & de lessive s'appelle dégras, & l'opération, dégraisser. Quand un premier dégraissage a réussi, il ne faut plus qu'un lavage pour conditionner la peau : ce lavage se fait dans l'eau claire, chaude, & sans cendres. Mais il en faut venir quelquefois jusqu'à trois dégraissages, quand les cendres sont foibles : les ouvriers prétendent qu'il faut alors écarter les femmes de l'attelier, & qu'il y a dans le mois un tems où leur présence fait tourner la lessive. On lave après ces dégraissages : après ce lavage, on tord un peu : cette derniere opération se fait aussi sur la perche & avec la bille.
Quand les peaux ont été suffisamment torses, on les secoue bien, on les détire, on les manie ; on les étend sur des cordes, ou on les suspend à des clous dans les greniers, & on les laisse sécher : il ne faut quelquefois qu'un jour ou deux pour cela.
Quand elles sont seches, on les ouvre sur un instrument appellé palisson : c'est ce que fait l'ouvrier de la Pl. du Chamoiseur, fig. 3. Le palisson simple est un instrument formé de deux planches, dont l'une est perpendiculaire à l'autre : la perpendiculaire porte à son extrémité un fer tranchant, un peu mousse, courbé, dont la corde de la courbure peut avoir six pouces, & la courbure est peu considérable. On passe la peau sur ce fer d'un côté seulement : cette opération n'emporte rien du tout ; elle sert seulement à amollir la peau, & à la rendre souple. On passe au palisson jusqu'à quinze douzaines de peaux par jour : l'opération du palisson se fait du côté de la fleur.
Lorsque les peaux ont été passées au palisson, on les pare à la lunette : c'est ce que fait l'ouvrier, Pl. du Chamoiseur, fig. 4. L'instrument qu'on voit, même fig. même Pl. qui consiste en deux montans verticaux, sur lesquels sont assemblées deux pieces de bois horisontales, dont l'inférieure est fixe sur les montans, & la supérieure peut s'écarter de l'inférieure, & entre lesquelles on peut passer la peau & l'y arrêter par le moyen d'une clé ou morceau de bois en talud qui traverse un des montans immédiatement au-dessus de la piece de bois supérieure ; cet instrument, dis-je, s'appelle un paroir. Il y a encore un autre paroir qu'on peut voir même Pl. fig. 7. ce sont pareillement deux montans avec lesquels est emmortoisée une seule piece de bois : il y a perpendiculairement à cette piece de bois, mais parallelement à l'horison, deux especes de pitons fixés à la même hauteur, & à-peu-près à la distance de la largeur de la plus grande peau : ces pitons reçoivent un rouleau de bois dans leurs anneaux : on jette la peau sur ce rouleau, & on l'y fixe par le moyen de trois especes de valets : ces valets sont composés d'une espece de crochets de bois qui peuvent embrasser la peau & le rouleau ; on en met un à chaque extrémité de la peau ; & un troisieme sur le milieu des poids attachés au bout de ces valets, les empêche de lâcher la peau qu'ils tiennent serrée contre le rouleau de toute la pesanteur du poids. Voyez fig. 7. e g, les montans ; M, la traverse ; o, o, les pitons : n, n, le rouleau ; P q, P q, P q, les valets ; p, p, p, les crochets ; q, q, q, les poids ; m la peau.
L'opération de parer se fait du côté de la chair. La lunette enleve ce qui peut être resté de chair. La lunette est une espece de couteau rond comme un disque, percé dans le milieu, & tranchant sur toute sa circonférence, tel qu'on le voit Pl. du Mégiss. fig. p. La circonférence de l'ouverture inférieure est bordée de peau : l'ouvrier passe sa main dans cette ouverture pour saisir la lunette & la manier. La lunette a cela de commode, que quand elle cesse de couper du côté où l'on s'en sert, le plus leger mouvement du poignet & des doigts la fait tourner, & la présente à la peau par un endroit qui coupe mieux. Il y a des ouvriers qui parent jusqu'à six douzaines de peaux par jour.
Quand les peaux sont parées, on les vend aux Gantiers & à d'autres ouvriers. Il est bon de savoir que s'il reste de l'eau dans les peaux quand on les met en échauffe, si elles sont mal passées, c'est autant de gâté ; elles se brûlent, & deviennent noires & dures. C'est à l'échauffe qu'elles se colorent en chamois. Un ouvrier prudent n'épargnera pas les remuages.
On ne perd pas le dégras ; on le met dans une chaudiere ; on le fait bouillir ; l'eau s'évapore ; & il reste une huile épaisse qu'on vend aux Corroyeurs.
On mettoit jadis de l'ocre au dernier lavage, pour rendre la peau plus jaune ; mais il n'y a plus que les paysans qui les veulent de cette couleur ; on prétend d'ailleurs qu'elle altere la peau, & la rend moins moëlleuse. Pour employer l'ocre, on le détrempoit dans de l'eau ; & au dernier lavage, après le dégraissage, on passoit les peaux dans cette eau.
S'il se trouve quelques chevres & quelques boucs dans un habillage (c'est le nom qu'on donne à la quantité de toutes les peaux qu'on a travaillées, depuis le moment où l'on a commencé jusqu'au sortir du foulon) ; s'il s'y trouve même des chamois, des biches, & des cerfs, le travail sera tel qu'on l'a décrit : mais quand les peaux de boucs, de chevres, de chamois, de biches, de cerfs, &c. sont revenues du foulon, & qu'elles ont souffert l'échauffe, le travail a quelque différence : on les met tremper dans le dégras jusqu'au lendemain, & ensuite on les ramaille.
Le ramaillage est l'opération la plus difficile du Chamoiseur ; elle consiste à remettre les peaux auxquelles cette manoeuvre est destinée, sur le chevalet ; à y passer le fer à écharner ; à enlever l'arriere-fleur ; & à faire par ce moyen cotonner la peau du côté de la fleur. Si le fer n'a pas passé & pris partout, il y aura des endroits où l'arriere-fleur sera restée : ces endroits ne seront point cotonnés, & ne prendront point couleur. Ramailler est un travail dur ; il faut être bon ouvrier pour ramailler par jour, soit une douzaine & demie de boucs, soit deux douzaines de chevres, ou dix peaux de cerfs.
S'il fait soleil, on expose à l'air les peaux immédiatement après les avoir ramaillées, sinon on les dégraisse tout de suite.
Quand il s'agit de donner les vents, lors de la foule, il faut les donner d'autant plus forts que les peaux sont plus fortes. Selon la force des peaux, il faut même & plus de vents & plus de foule ; les cerfs reçoivent alternativement jusqu'à douze vents & douze foules.
Quand on employe en ouvrages les peaux de chevres, de boucs, de cerfs, &c. la fleur est en-dehors & fait l'endroit de l'ouvrage ; la chair est à l'envers. C'est le contraire pour les peaux de mouton.
On effleure les peaux, pour que celui qui les employe puisse facilement les mettre en couleur. La peau effleurée prend plus facilement la couleur que la peau qui ne l'est pas.
Les Chamoiseurs & les Mégissiers doivent prendre garde dans l'emplette des peaux, que celles de mouton ne soient point coutelées, c'est-à-dire qu'au lieu d'avoir été enlevées de dessus l'animal avec la main, elles n'ayent pas été dépouillées avec le couteau. On ne coutele les peaux qu'à leur détriment, & la durée en est moindre.
Quand l'opération de la foule n'a pas été bien faite, le Chamoiseur est quelquefois obligé de broyer ces peaux à la claie. Voyez l'article CORROYEUR.
On paye au foulon quatre francs par coupe de vingt douzaines.
Toutes les opérations du Chamoiseur & du Mégissier se font ordinairement dans des tanneries, où ils ont des eaux de citerne ou de puits, au défaut d'eau de riviere.
Il y a des Chamoiseurs qui ne se donnent pas la peine de préparer les peaux ; ils les achetent des Tanneurs en cuirets, & se contentent d'achever le travail : ils sont même presque dans la nécessité de céder ce profit aux Tanneurs, qui exercent ici une espece de petite tyrannie sur le Boucher. Celui-ci craignant de ne pas vendre bien ses peaux de boeufs & de veaux, s'il les séparoit de celles de mouton, est obligé de les vendre toutes ensemble au tanneur ; ce qui gêne & vexe le Chamoiseur, sur-tout en province. Il seroit à souhaiter qu'on remédiât à cet inconvénient. Il ne doit pas être plus permis au Tanneur d'empiéter sur le travail du Chamoiseur & du Mégissier, qu'à ceux-ci d'empiéter sur le sien.
On apprête aussi en huile des peaux de castor ; mais cela n'est pas ordinaire. Ce travail est le même que celui des peaux de boucs & de chevres. Lorsque ces dernieres sont teintes en différentes couleurs, on les appelle castors, sur-tout employées en gants d'hommes & de femmes. Voyez l'article CASTOR.
On est à présent dans l'usage de passer en huile des peaux de veaux ; on en peut aussi réduire le travail à celui des peaux de boucs & de chevres.
On employe les nappes ou peaux de chamois, cerfs, biches, & bufles pour la cavalerie. On y destine même quelquefois des cuirs de boeufs qu'on passe alors en huile. On fait des culottes avec les peaux de biches, quand elles sont minces : on en fait aussi avec les peaux de moutons quand elles sont fortes. C'est par cette raison, qu'on aura soin dans l'un & l'autre cas de séparer les peaux selon leurs différentes qualités. Les peaux de mouton foibles se mettront en doublures de culottes, bas, chaussettes à étrier, &c.
Plusieurs fabriquans font tort au public, lorsqu'ils s'avisent en appareillant leurs peaux pour les vendre, d'en mettre une forte avec une foible : il seroit mieux, même peut-être pour leur intérêt, de mettre les excellentes avec les excellentes, les bonnes avec les bonnes, les médiocres avec les médiocres, & de vendre les unes & les autres ce qu'elles valent. Par ce moyen l'acheteur useroit sa marchandise en entier, & le marchand n'auroit pas moins gagné.
Les rebuts qui ne manquent jamais de se trouver dans un foulage de peaux de différentes qualités, se vendent ordinairement aux Gantiers.
Les peaux de chamois, cerfs, biches & daims, qu'on passe en huile, ne demandent pas une autre main-d'oeuvre que celle que nous avons expliquée ; il n'y a de différence que dans les doses, les délais, les nourritures, &c. Il est à propos, autant qu'on peut, de ne mettre qu'une sorte de peaux dans un même foulage ; sans quoi les unes seront trop foulées, les autres ne le seront pas assez. Les Chamoiseurs ne s'assujettissent peut-être pas assez à cette regle.
Les peaux de daim sont aujourd'hui les plus recherchées pour les culottes.
La différence seule qu'il y ait entre le Chamoiseur & le Mégissier, c'est que le Chamoiseur passe en huile, & le Mégissier ne passe qu'en blanc. Cette différence se sentira mieux par ce que nous allons dire de ce dernier.
La manoeuvre du Mégissier est la même que celle du Chamoiseur jusqu'aux plains. Quand les peaux sont dépelées, on les jette en plain : on les y laisse trois mois ; & pendant tout ce tems, on les leve de huit en huit jours. Au bout de ces trois mois, on les tire tout-à-fait ; on les met à l'eau, c'est-à-dire qu'on les porte dans l'eau fraîche pour les travailler ; on les échancre sur le chevalet, & on les rogne, c'est-à-dire qu'on en coupe les bouts des pattes & de la tête, & toutes les extrémités dures. Quand elles sont rognées, on les met boire, & on les jette dans l'eau ; puis on les épierre : épierrer, c'est avec une pierre de grais ou à éguiser, montée sur un morceau de bouis ou manche, un peu tranchante, & servant de fer ou de couteau au Mégissier, travailler la peau du côté de la fleur, ce qui s'appelle tenir. Quand les peaux ont été tenues, on les jette dans de l'eau claire ; on les foule & bat bien dans cette eau ; on les en tire pour les travailler du côté de la chair, ce qui s'appelle donner un travers de chair : cette manoeuvre se fait avec le couteau à écharner. On dit donner un travers ; parce que dans cette façon la peau ne se travaille pas en long, ou de la tête à la queue, mais en large.
Quand on a donné le travers aux peaux, on les met dans de la nouvelle eau, & on les foule ; ce qui se fait à bras, avec des pilons ou marteaux de bois, emmanchés & sans dents. La foule dure à chaque fois un quart-d'heure ; puis on rince. Après avoir rincé, on fait reboire dans de nouvelle eau ; on donne ensuite un bon travers de fleur : ces travers n'enlevent rien, ils font seulement sortir la chaux. On remet encore à l'eau nouvelle ; on foule, on rinse, on remet boire ; puis on donne une glissade de fleur avec le couteau rond : donner une glissade, c'est travailler legerement en long, ou de la tête à la queue. On remet dans l'eau, on foule, on rinse, on donne une seconde glissade de fleur, après laquelle on recoule de chair : recouler, c'est passer legerement le couteau à écharner. En général, le couteau rond sert toujours pour la fleur, & le couteau à écharner pour la chair.
Lorsque les peaux sont recoulées, on prépare un confit avec de l'eau claire & du son de froment. Pour dix douzaines de peaux, il faut une carte de son, ou un demi-boisseau comble ; on met le mélange d'eau & de son dans un muid ; on y jette aussi-tôt les peaux ; on les y remue bien, ensorte qu'elles soient couvertes par-tout de son & de confit ; on les y laisse jusqu'à ce qu'elles levent comme la pâte : quand elles sont levées, on les renfonce, ce qui se fait d'un jour à l'autre ; il ne faut pas plus de tems aux peaux pour lever, sur-tout dans les jours chauds. On ne les tire du confit, que quand elles ne levent plus : mais il leur arrive ordinairement de lever & d'être renfoncées jusqu'à sept ou huit fois. Quand elles ne levent plus, on les recoule pour en ôter le son : mais cette opération se fait seulement du côté de la chair. On les met ensuite en presse. Pour cet effet, on les enveloppe dans un drap ; on les couvre d'une claie : on charge cette claie de pierres ; elles ne restent en presse que du jour au lendemain.
Le lendemain, on les secoue & on les passe. Voici la manoeuvre importante du Mégissier à cet effet. Pour dix douzaines de moutons passables & assez beaux, on prend vingt-quatre livres de la plus belle fleur de blé, dix livres d'alun, & trois livres de sel ; on fait fondre l'alun avec le sel en particulier, dans un petit seau d'eau chaude ; on a dix douzaines de jaunes d'oeufs, & trois livres d'huile d'olive : on fait de l'alun fondu avec le sel & de la farine, une pâte ; on répand l'huile d'olive sur cette pâte ; on délaye bien le tout ensemble : quant aux jaunes d'oeufs, il ne faut les mêler à la pâte délayée, que quand elle n'est presque plus chaude, & avoir soin d'en rendre le mélange très-égal. Quant à sa consistance, il ne la lui faut pas si grande que celle du miel ; il lui faut un peu plus de fluidité.
Si l'on a dix douzaines de peaux, on les divisera en cinq parties égales, qu'on appelle passées, de deux douzaines chacune ; & quant à la quantité de pâte ou sauce qu'on aura préparée, on la divisera aussi en cinq parties ou platées. Pour passer, on prendra une des platées, qu'on divisera encore en deux demi-platées ; on aura un cuvier assez grand pour que la peau y puisse être étendue ; on aura près de soi les deux douzaines de peaux ; on aura fait tiédir à-peu près trois fois autant d'eau qu'on aura de sauce, c'est-à-dire la valeur de trois demi-platées : on mêlera cette eau tiede avec la demi-platée de sauce ; on remuera bien le tout ; on mettra alors les deux douzaines de peaux, où l'on aura répandu son mélange ; on les y trempera bien : pour cet effet, on y agitera les peaux jusqu'à ce qu'elles ayent bû toute la sauce. Pendant cette manoeuvre, le cuvier est incliné en-devant ; & la manoeuvre se fait dans la partie basse du cuvier. Quand elle est faite on prend les peaux, & on les repousse à la partie supérieure du fond, qui forme un plan incliné : là elles s'égouttent, & ce qui en sort se rend à la partie inférieure.
Quand elles sont suffisamment égouttées, on prend l'autre demi-platée, on y ajoûte à-peu-près deux fois autant d'eau tiede ; on met le tout dans le même cuvier où sont les peaux ; on remue bien ; puis on prend chacune des peaux déjà passées & qu'on a mises égoutter à la partie supérieure du fond du cuvier, l'une après l'autre ; on tient étendue avec les deux mains celle qu'on a prise, & on la trempe trois ou quatre fois dans la sauce, en l'y frottant bien. On met ensuite cette peau trempée ou passée, dans un autre endroit de la partie supérieure du fond du cuvier : on prend une autre peau ; on l'étend avec les mains : on la trempe trois ou quatre fois en la frottant bien dans la sauce : & on la met sur la premiere ; & ainsi de suite jusqu'à ce que toute la passée soit finie. Quand toute la passée est finie, on ramene toutes les peaux du haut du fond du cuvier, dans le bas, & on leur fait achever de boire toute la sauce.
Quand les cinq passées sont faites, on les met toutes ensemble dans un cuvier, & on les foule, soit avec les piés, soit avec des pilons : cette foule dure environ un quart-d'heure. Quand on a bien foulé les peaux, on les laisse reposer dans le cuvier jusqu'au lendemain. Le lendemain, s'il fait beau, on les étend au soleil ; s'il fait laid, on les laisse dans le cuvier à la sauce, où elles ne souffrent point : elles y peuvent rester jusqu'à quinze jours : si elles ne peuvent pas sécher dans un même jour, on les remet dans la sauce.
Quand elles sont seches, ce qui ne demande qu'un jour quand il fait très-beau, on tire environ une dixaine de seaux d'eau, qu'on met dans un cuvier ; on prend les peaux seches par deux douzaines, & on les plonge dans l'eau, d'où on les retire sur le champ, de peur qu'elles n'en prennent trop. Quand elles n'en ont pas assez pris, on les y replonge une seconde fois ; puis on les broye ou foule aux piés sur une claie qui est à terre : dix douzaines de peaux ne se broyent pas en moins de trois heures.
Quand elles sont broyées, on les laisse reposer jusqu'au lendemain. Le lendemain, on leur donne encore un coup de pié ; puis on les ouvre sur le palisson du côté de la chair : on les fait sécher ensuite, en les étendant dans le grenier. Voyez Pl. du Mégissier, ces peaux étendues dans le grenier. On en ouvre douze douzaines en un jour.
On les laisse étendues dans le grenier jusqu'au lendemain ; puis on les broye encore fortement sur la claie. On les redresse ensuite sur le palisson du côté de la chair ; un ouvrier en peut redresser jusqu'à quinze douzaines en un jour. Quand elles sont redressées, on les pare à la lunette, toûjours du côté de la chair. Ce qui s'en détache à la lunette, s'appelle du parun, & se vend aux Cordonniers, aux Tisserands & aux Cartiers qui en font de la colle. Le parun est blanc comme de la farine, si le pareur est un ouvrier propre ; mais il n'est pas aussi fin.
Nous n'avons pas insisté ici sur ce que c'est que redresser au palisson, ouvrir sur le même instrument, & parer à la lunette, ces opérations se trouvant expliquées plus au long dans la premiere partie de cet article, où nous avons traité de l'art du Chamoiseur.
La police a pris quelques précautions contre la corruption de l'air qui peut être occasionnée par le travail des peaux passées, soit en huile, soit en blanc, ou en mégie. La premiere, c'est d'ordonner à ces ouvriers d'avoir leurs tanneries hors du milieu des villes : la seconde, de suspendre leurs ouvrages dans les tems de contagion ; & la troisieme, qui est particuliere peut-être à la ville de Paris, c'est de ne point infecter la riviere de Seine, en y portant leurs peaux.
Quant à leurs réglemens, il faut y avoir recours, si l'on veut s'instruire des précautions qu'on a prises, soit pour la bonté des chamois vrais ou faux, soit pour le commerce des laines : voyez aussi l'article MEGISSIER. Nous avons exposé l'art de Mégisserie & de Chamoiserie, avec la derniere exactitude : on peut s'en rapporter en sûreté à ce que nous en venons de dire ; le peu qu'on en trouvera ailleurs, sera très-incomplet & très-inexact. Si la manoeuvre varie d'un endroit à un autre, ce ne peut être que dans des circonstances peu essentielles, auxquelles nous n'avons pas crû devoir quelque attention. Il suffit d'avoir décrit exactement un art tel qu'il se pratique dans un lieu, & tel qu'il se peut pratiquer par-tout. Or c'est ce que nous venons d'exécuter dans cet article, qu'on peut regarder comme neuf ; mérite que nous tâcherons de donner à tous ceux qui suivront sur les Arts, dans les troisieme, quatrieme, &c. volumes, comme nous avons fait dans les deux premiers ; ce qui n'étant la partie de ce Dictionnaire ni la moins difficile, ni la moins pénible, ni la moins étendue, devroit être principalement examinée par ceux qui se proposeront de juger de notre travail sans partialité.
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| CHAMOND | (SAINT) Géog. mod. petite ville de France dans le Lyonnois, au bord du Giez. Long. 22. 8. lat. 45. 28.
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| CHAMOS | S. m. (Myth.) nom d'une idole des Moabites ; d'autres l'appellent Chemosh : Vossius dit que c'est le Comus des Grecs & des Romains : Bochard le confond avec leur Mercure, sur des conjectures érudites que nous ne manquerions pas de rapporter, si nous voulions donner un exemple de ce que la multitude des connoissances fournit de combinaisons singulieres à l'imagination, & de ce qu'on ne parviendroit pas à démontrer par cette voie. Ce souverain des Hébreux qui eut une sagesse à l'épreuve de tout, hors des femmes, Salomon, eut la complaisance pour une de ses maîtresses moabite, d'élever des autels à Chamos. Il y en a qui croyent que ce Chamos est le même que Moloch : sentiment qui differe beaucoup de l'opinion de Nicétas, qui prétend que l'idole Chamos étoit une figure de Venus.
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| CHAMOUZAY | (Géog. mod.) petite ville de France en Lorraine.
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| CHAMP | S. m. se dit au simple d'un espace de terre cultivée, plus ou moins grand : plusieurs champs forment la piece de terre ; plusieurs pieces forment un territoire. Comme les terres cultivées sont ordinairement hors de l'enceinte des villes, bourgs, & villages, on entend par aller dans les champs, se promener dans les champs, parcourir par exercice les terres cultivées qui sont aux environs des habitations. On dit aller aux champs, pour mener paître les bestiaux ;
Si le Tasse, Virgile, & Ronsard, sont des ânes,
Sans perdre en vains discours le tems que nous perdons,
Allons aux champs comme eux, & mangeons des chardons.
De cette acception du mot champ ou espace de terre ouvert de tout côté, on en a dérivé un grand nombre d'autres. Exemples.
* CHAMP, (Hist. anc.) c'étoit un lieu ouvert dans la campagne où les jeunes gens s'assembloient pour y faire leurs exercices, & y célébrer certains spectacles, &c. & où les citoyens tenoient aussi leurs comices ou les assemblées dans lesquelles il s'agissoit de délibérer de quelque affaire publique. On comptoit à Rome un grand nombre de champs : il y avoit le champ d'Agrippa, le champ Brutien, le Caudetan, le Lanatarius, le Martius, le Pecuarius, le Setarius, le Viminalis, &c. mais par le nom de champ sans addition, on entendoit toûjours le champ de Mars.
Le campus Agonius étoit situé entre la vallée Martia & le cirque de Flaminius : ce n'étoit qu'un marché.
Le champ d'Agrippa étoit dans la septieme région de la ville, entre le capitole & ce qu'on appelle aujourd'hui le collége romain.
Le champ Brutien ou Brytien étoit dans la quatorzieme région de la ville, au Janicule, près du fauxbourg Brutianus, à peu de distance des murs de la ville. Il avoit été ainsi nommé des Brutiens, ou, comme d'autres le prétendent, d'un Brutus qui l'avoit fait orner.
Le Caudetanus se trouvoit aussi dans la quatorzieme région, & avoit été ainsi nommé d'un petit bouquet de bois, entre lequel on imagina quelque ressemblance avec la forme de la queue d'un cheval.
Le Coelimontanus étoit dans la seconde région ; on en ignore la place, à moins que ce champ n'ait été le même que le campus Martialis.
L'Esquilinus étoit dans la cinquieme région, au haut du mont Esquilin, où l'on étoit dans l'usage d'enterrer la populace & les pauvres : Pantolabum scurram, Nomentanumque nepotem. Le champ Esquilin fut hors de la ville jusqu'au tems de Servius Tullius, sous lequel il y fut réuni : on y éleva dans la suite des édifices, & Mécene finit par en faire ses jardins, ainsi qu'Horace nous l'apprend dans la satyre Olim truncus eram, &c. où l'on voit encore que c'étoit-là que les magiciens alloient faire leurs incantations nocturnes.
Le Figulinus étoit dans la treizieme région, entre le Tibre & le mont Aventin : il a pris son nom des potiers qui habitoient ce quartier.
Le campus Florae ou champ de Flore, étoit dans la neuvieme région : ce fut là qu'on bâtit le théatre de Pompée : on y publioit les lois, les édits, & les réglemens du sénat ; on y célébroit les jeux appellés floralia en l'honneur d'une des affranchies de Pompée, d'où il fut appellé campus florae ; ou d'une courtisanne de l'ancienne Rome qui avoit amassé assez d'argent pour fonder des jeux en sa mémoire. Ces jeux furent institués ; mais dans la suite des tems, la gravité romaine offensée de ces fêtes, tâcha d'en abolir la honte, en les perpétuant non à l'honneur de la courtisanne, mais de la déesse des fleurs ; cependant les jeux continuerent toûjours à se ressentir de leur premiere institution, par la liberté des actions & des paroles qui y regnoient.
Le campus Horatiorum ; on n'en connoît pas la place : c'étoit peut-être l'endroit du combat des Horaces & des Curiaces.
Le campus Jovis ; c'est, selon quelques-uns, le même que le campus Martius major, où Jupiter vangeur avoit en effet son temple : d'autres au contraire, veulent que ce fût le campus Martius minor, où il y avoit une statue colossale de Jupiter.
Le Lanatarius étoit dans la douzieme région ; il fut ainsi nommé, à ce qu'on dit, des marchands de laine qui y étoient établis ou qui s'y assembloient.
Le campus Martialis étoit dans la seconde région sur le mont Coelius. Il fut nommé martialis, de Mars dont on y célébra les equiria lorsque le champ de Mars fut inondé par le Tibre. C'est actuellement la place de devant l'Eglise de S. Jean de Latran.
Le campus Martius, champ de Mars, qui se nommoit par excellence campus ou campus Martius major, pour le distinguer du campus Martius minor, étoit dans la neuvieme région ; il fut consacré à Mars par Romulus même, suivant quelques-uns ; & suivant d'autres, par le peuple après l'expulsion de Tarquin le superbe, qui se l'étoit approprié & qui le faisoit cultiver. Quoi qu'il en soit, ce n'étoit dans les commencemens qu'une prairie où la jeunesse romaine alloit s'exercer, & où l'on faisoit paître les chevaux ; les Romains en firent dans la suite un des principaux lieux de leurs assemblées, & un des endroits de Rome les plus remarquables par les décorations. Il s'étendoit depuis la porte Flaminia jusqu'au Tibre, & comprenoit ce qu'on appelle aujourd'hui la place Borghese, le Panthéon, les places di Carlo Farnese, di Ponti, di Navonne, Nicosea, &c. avec la longue rue di Scrofa, & l'entrée du pont S. Ange. Il étoit hors de la ville ; Jules César eut le dessein de l'y renfermer ; mais Aurélien passe pour l'avoir exécuté, en conduisant les murs de la ville depuis la porte Colline jusqu'au Tibre. Ce champ étoit très-beau par sa situation, c'étoit le lieu des exercices militaires. On y luttoit ; lorsque les jeunes gens étoient couverts de sueur & de poussiere, ils se jettoient dans le Tibre qui l'arrosoit. C'étoit-là que se tenoient les comices ou assemblées générales du peuple. Plusieurs grands hommes y avoient leurs sépultures. Les statues y étoient si nombreuses, que pour en peindre l'effet, les auteurs ont dit qu'on les eût prises de loin pour une armée. L'empereur Auguste y avoit son tombeau ; il étoit encore remarquable par un obélisque surmonté d'une boule dorée qui servoit de gnomon à un cadran solaire. Cet obélisque, après avoir resté pendant plusieurs siecles enseveli sous les ruines de l'ancienne Rome & sous les maisons de la Rome nouvelle, fut relevé par les soins de Benoît XIV. aujourd'hui régnant. Ce pontife acheta toutes les maisons qui le couvroient, & le rétablit dans son ancienne splendeur. Le campus Martius comprenoit différens portiques, la villa publica, le Panthéon, les thermes Néroniens, les termes d'Agrippine, le théatre de Pompée, le cirque Flammien, la colonne d'Antonin, la basilique d'Antonin, le Diribitorium, différens temples, & une infinité de choses remarquables. C'est aujourd'hui un des quartiers de Rome les plus habités.
Le campus Martius minor étoit une partie du campus Martius major, & la même chose que le campus Tiberinus, qui avoit été donné au peuple par Caia Teratia ; il s'étendoit depuis le pont Janicule, ou, suivant le nom moderne, depuis le pont de Sixte, jusqu'au pont S. Ange. Cet endroit est aussi couvert de maisons.
Le campus Octavius. On n'en sait pas la position. On conjecture que ce champ fut ainsi nommé par Auguste, en mémoire de sa soeur Octavie.
Le campus Pecuarius étoit dans la neuvieme région. Il étoit ainsi appellé du commerce de bestiaux qui s'y faisoit.
Le campus Rediculi étoit devant la porte Capene ; ce fut dans cet endroit qu'Annibal campa lorsqu'il se fut approché de Rome avec son armée.
Le campus Sceleratus étoit dans la sixieme région, à peu de distance de la porte Colline. Il y avoit là un soûterrain dans lequel on descendoit les vestales convaincues d'avoir péché contre leurs voeux ; elles y étoient comme enterrées toutes vives : ce soûterrain n'étoit qu'à cet usage.
Le campus Tergeminorum étoit placé, selon quelques-uns, dans la onzieme région, & suivant d'autres dans la treizieme ; il étoit ainsi appellé de la porte Tergemina, au-devant de laquelle il étoit, à l'endroit où les Horaces & les Curiaces avoient combattu. Mais on ne sait précisément en quel endroit étoit la porte Tergemina ; on conjecture que c'étoit entre le Tibre & le mont Aventin, à l'extrémité de la ville, où est actuellement la porte d'Ostie.
Le campus Vaticanus étoit dans la quatorzieme région, entre le mont Vatican & le Tibre, où est aujourd'hui la citta Leonina.
Le campus Viminalis étoit dans la quinzieme région près des remparts de Tarquin ; c'est ce qu'on appelle aujourd'hui villa Peretta.
Tant de places ne doivent pas peu contribuer à nous donner une haute idée de l'étendue & de la magnificence de l'ancienne Rome, sur-tout si nous en faisons la comparaison avec les villes les plus grandes qui soient en Europe. Voyez ant. exp. & hed. lex.
CHAMP DE MARS ou DE MAY. C'étoit ainsi que dans les premiers tems de la monarchie françoise on appelloit les assemblées générales de la nation que les rois convoquoient tous les ans pour y faire de nouvelles lois, pour écouter les plaintes de leurs sujets, décider les démêlés des grands, & faire une revûe générale des troupes.
Quelques auteurs ont tiré ce nom d'un prétendu champ de Mars semblable à celui de Rome, mais sans fondement ; d'autres, avec beaucoup plus de vraisemblance, le font venir du mois de Mars où ces assemblées se tenoient ; & sous le roi Pepin, vers l'an 755, ce prince les remit au mois de Mai, comme à une saison plus douce pour faire la revûe des troupes. Elles conservent néanmoins l'ancien nom de champ de Mars, & on les nomme aussi quelquefois champ de May.
Les rois recevoient alors de leurs sujets ce qu'on appelle les dons annuels ou dons royaux, qui étoient offerts quelquefois volontairement, & quelquefois en conséquence des taxes imposées ; & ces taxes étoient destinées aux besoins du roi & de l'état. Nous avons beaucoup de preuves que les ecclésiastiques n'étoient pas exempts de ce tribut à cause de leurs domaines & de leurs fiefs. Quelques monasteres les devoient aussi, & donnoient outre cela un contingent de troupes dans le besoin : d'autres, qui étoient pauvres, n'étoient obligés qu'à des prieres pour la santé du prince & pour la prospérité du royaume, & c'est de-là que l'on tire l'origine des subventions que le clergé paye au roi. Sous la seconde race on tint ces assemblées deux fois l'an, savoir au commencement de chaque année, & au mois d'Août & de Septembre. Sous la troisieme race elles prirent le nom de parlement & d'états généraux. Voyez PARLEMENT, ETATS GENERAUX. (G) (a)
Ce même usage étoit établi chez les anciens Anglois, qui l'avoient emprunté des François, comme il paroît par les lois d'Edoüard le confesseur, qui portent que le peuple s'assembleroit tous les ans pour renouveller les sermens d'obéissance à son prince. Quelques auteurs anglois parlent encore de cette coûtume vers l'an 1094, & disent que l'assemblée de la nation se fit in campo Martio ; ce qui montre que ces assemblées se tenoient encore sous les premiers rois normands après la conquête ; & qu'encore qu'elles se tinssent au mois de Mai, elles ne laissoient pas de conserver le nom de champ de Mars. Ducange, 4e. dissert. sur l'hist. de S. Louis. (G)
CHAMP CLOS, (Hist. mod.) étoit anciennement un lieu clos ou fermé de barrieres, destiné aux joûtes & aux tournois, divertissemens que prenoient les souverains & qu'ils donnoient à leur cour. Mais on l'a aussi attribué à des combats singuliers qui étoient quelquefois ou permis ou ordonnés par les souverains, pour la vengeance des injures, & pour maintenir l'honneur des chevaliers, ou même celui des dames de la cour. Alors on se battoit en champ clos, & ces combats avoient leurs lois & leurs juges, comme on le verra ci-dessous au mot CHAMPION. Voyez aussi les articles JOUTES, BARRIERE, TOURNOIS. (a)
CHAMP, en terme de guerre, est le lieu où s'est donné une bataille. Le général est resté maître du champ de bataille. A la bataille de Malplaquet les ennemis acheterent le stérile honneur de demeurer maîtres du champ de bataille, par le plus horrible carnage qui fut fait de leurs troupes. (Q)
CHAMP, en terme de Blason, est la face plane ordinairement de l'écu ou écusson. On lui a donné ce nom, parce qu'elle est chargée des armes que l'on prenoit autrefois sur l'ennemi dans un champ de bataille.
C'est le lieu qui porte les couleurs, les pieces, les métaux, les fourrures, &c. On commence par blasonner le champ : il porte de sable, &c.
Les auteurs modernes qui ont écrit sur le blason, se servent plus souvent du terme d'écu & d'écusson, que de celui de champ. Voyez ÉCU & ÉCUSSON.
CHAMP, terme d'Architecture, espace qui reste autour d'un cadre ou chambranle de pierre, & qui dans la Menuiserie s'appelle balie. (P)
CHAMP d'une lunette, (Lunettier) est l'espace que cette lunette embrasse, c'est-à-dire ce que l'on voit en regardant dans la lunette. C'est une perfection dans une lunette d'embrasser beaucoup de champ ; mais cette perfection nuit souvent à une autre, c'est la netteté des objets : car les rayons qui tombent sur les bords du verre objectif, & d'où dépend le champ de la lunette, sont rompus plus inégalement que les autres, ce qui produit des couleurs & de la confusion. On remédie à cet inconvénient par un diaphragme placé au-dedans de la lunette, qui en interceptant ces rayons diminue le champ, mais rend la vision plus distincte. (O)
CHAMP, en terme d'Orfévre en grosserie ; c'est proprement le fond d'une piece où sont disposés en symmétrie les ornemens dont on l'enrichit, mais qui lui-même n'en reçoit point d'autre que le poli. Voyez POLI.
CHAMP, en Menuiserie, se dit de la largeur & longueur de la face d'un battant ou traverse, espace qui reste sans moulure. Voyez CHAMP en Architecture.
* CHAMP, Peinture, Haute-lisse, Marqueterie, &c.) se dit de l'espace entier qui renferme les objets exécutés, soit avec les couleurs, soit avec les soies, soit avec les pieces de rapport ; & en ce sens il est synonyme à étendue. Quelques personnes ont donné à ce terme une acception bien différente ; ils ont dit qu'un corps étoit de champ à un autre, quand celui-ci étoit placé derriere ; ainsi, selon eux, la draperie d'un bras dans une figure est de champ à ce bras. Il ne paroît pas qu'en parlant ainsi ils ayent eu égard à la direction de la draperie, mais qu'ils ont employé l'expression de champ, soit que le corps qu'ils disoient de champ à un autre, fût ou perpendiculaire, ou incliné, ou parallele à celui-ci. Quoi qu'il en soit, M. de Piles a improuvé cette expression, & il prétend qu'il est mieux de dire cette draperie fait fond à ce bras ; cette terrasse fait fond à cette figure. Le terme de champ se restraint quelquefois à une seule partie d'un tableau, d'une tapisserie, &c. & alors il signifie seulement l'espace occupé par cette partie.
Champ a encore quelqu'autre signification en menuiserie & en charpenterie. Un corps y est dit être de champ, quand sa situation est exactement parallele à l'horison ; parallélisme dont on s'assûre à l'équerre : alors de champ est opposé à incliné, & le contraire de debout. Un corps qui est de champ est perpendiculaire à un corps qui est vertical.
Autre signification d'être de champ, relative à la situation du corps & à ses dimensions. Un corps qui a moins d'épaisseur que de hauteur, comme une tuile, est dit être placé de champ, quand il est dressé sur son côté le plus étroit ; en ce cas il est opposé à couché, & synonyme à droit. Une tuile droite & une tuile de champ, c'est la même chose. Le terme de champ est encore d'usage en horlogerie. Une roue est placée de champ, quand son plan est perpendiculaire à la partie qu'on regarde comme la base de la machine. Car remarquez bien que dans une montre, par exemple, la roue qu'on appelle de champ ne peut être ainsi appellée que relativement aux plaques qui servent de base à toute la machine. C'est alors un terme relatif ; & si on le définit, eu égard à des choses extérieures à la machine même, la définition deviendra fausse. Ainsi, dans une machine telle que celle que nous venons de citer, celui qui diroit que la roue de champ est celle qui se meut perpendiculairement à l'horison, ne s'appercevroit pas que cette définition n'est vraie que dans la supposition que quand cette roue est considérée, on a placé la montre horisontalement.
CHAMP BESIALE, (Jurispr.) dans la coûtume d'Acqs, est une terre ou lande sans maisons ni bâtimens, commune entre plusieurs co-propriétaires qui y ont chacun des parts certaines contigues les unes aux autres. Voyez la coûtume d'Acqs, tit. xj. art. 2. & le glossaire de Lauriere, hoc verbo. (A)
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| CHAMP-LEVER | v. act. & neut. en termes de Bijoutier ; c'est surbaisser avec une chape de champ d'une piece, & le réduire à la hauteur précise où il doit rester, soit pour y incruster quelques pierreries, soit pour y placer des émaux. Voyez ÉMAILLER. Dans ce dernier cas, les fonds qu'on a champlevés, doivent être flinqués, c'est-à-dire piqués avec un burin, tel que la rape de Menuisier.
CHAMP-LEVER, en terme de Fourbisseur & de Ciseleur ; c'est l'action de creuser & de découvrir au burin, sur un morceau d'acier, les figures qu'on y a dessinées & tracées, & qu'on doit mettre en bas-relief.
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| CHAMPACAM | S. m. (Bot. exot.) arbre qui croît aux Indes orientales, qui donne deux fois l'année des fleurs très-odoriférantes, mais qui fait attendre son fruit long-tems. Rai qui en fait mention, n'ajoûte rien de plus sur sa description : quant à l'énumération de ses vertus, elle ne finit point. Nous la supprimons, parce qu'il est indifférent d'être instruit des propriétés d'une plante ignorée ; qu'il est étonnant que ces propriétés soient si bien connues, & que la plante le soit si peu ; & qu'il est assez vraisemblable qu'on n'a rien de bien assûré sur un médicament, sur-tout s'il est exotique, quand on en raconte tant de merveilles. Ce qui nous encourage à prononcer si séverement sur les éloges qu'on fait des substances des pays lointains, c'est la vérité avec laquelle les habitans de ce pays porteroient le même jugement des vertus admirables que nous attribuons aux nôtres. On pourroit bien dire de la plûpart des médicamens exotiques, ce qu'on a coûtume de dire de la plûpart des histoires profanes des tems anciens : voulez-vous savoir quel degré de certitude il faut leur accorder, voyez quel degré de foi vous devez à celles de votre tems.
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| CHAMPADA | (Bot. exot.) arbre qui croît au Malaque : il est grand & touffu ; ses branches sont cendrées, noüeuses, & jettent une liqueur gluante & acre comme celle du titimale, quand on y fait une incision. Le fruit naît du tronc & des grosses branches ; il sort d'un bouton qui s'ouvre en plusieurs feuilles entre lesquelles le fruit naît : il prend jusqu'à quatorze pouces de long, sur autant de circonférence : il a la figure de nos melons ; son écorce est verte ; elle est divisée en petits pentagones au centre desquels il y a un point noir : le pédicule en est gros & ligneux ; il pénetre dans la substance du fruit, & s'y disperse en plusieurs gros filamens qui vont se réunir à la pointe, mais desquels il part comme des châtaignes qu'une pulpe blanchâtre enveloppe : si l'on ouvre l'écorce & qu'on écarte la pulpe spongieuse, les châtaignes se dégagent de leurs compartimens, & demeurent attachées à la queue comme les grains du raisin à la grappe. Cette pulpe est sucrée ; on la suce ; le goût en est assez bon ; mais l'odeur en est forte. Les habitans du pays aiment ce fruit parce qu'il échauffe & entête. On en fait cuire les châtaignes dans de l'eau ; mais elles ne valent pas les nôtres. Voyez mém. de l'Acad. page 331. tome IX.
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| CHAMPAGNE | S. f. (Géog. & Comm.) province de France qui a environ soixante-cinq lieues de longueur, sur quarante-cinq de largeur. Elle est bornée au septentrion par le Hainaut & le Luxembourg ; à l'orient par la Lorraine & la Franche-Comté ; à l'occident par l'Isle de France & le Soissonnois ; au midi par la Bourgogne. Ses rivieres principales sont la Seine, la Marne, la Meuse, l'Aube, & l'Aîne : on la divise en haute & basse ; Troyes, Châlons, & Rheims, se disputent l'honneur d'en être la capitale. Elle comprend la Champagne propre, le Rémois, le Rételois, le Pertois, le Vallage, le Bassigny, le Senonois, & la Brie champenoise. La partie qui est entre Sésanne & Vitri, s'appelle la Champagne pouilleuse : en effet, elle est pauvre, & ne produit guere que de l'avoine, du seigle, & du sarrasin : mais les terres du reste de la province sont excellentes ; elles donnent des blés ; ses côteaux sont couverts de vignes, dont il est inutile de loüer les vins. Il y a de bons pâturages, des mines de fer en grand nombre, des forges, des fonderies, quelques papeteries, & des tanneries à l'infini. On fabrique à Rheims des étoffes de soie & laine, des chapeaux, des couvertures, des toiles & des cuirs. Il y a des métiers & des manufactures de toutes ces sortes à Rétel, à Mézieres, à Charleville & Sedan, &c. c'est de cette derniere ville que sont originaires les fameux draps de Pagnon. Les villes de Châlons, de Vitri, de Saint-Dizier, de Chaumont, &c. ne sont pas sans commerce : il se fabrique dans cette derniere de gros draps, & on y passe en mégie beaucoup de peaux de boucs & de chevreaux. Langres a été plus fameuse par sa coutellerie, qu'elle ne l'est aujourd'hui ; le nombre des ouvriers en fer y est cependant encore très-grand. Troyes est considérable par ses manufactures en étoffes de laine, en toiles & basins ; & il n'y a peut-être pas une ville en Champagne dont le commerce soit plus étendu. Les Champenois sont laborieux, & passent pour de bonnes gens. Si le proverbe est vrai, la Champagne est en France ce que la Béotie étoit dans la Grece : l'une a donné naissance à Pindare, & l'autre à la Fontaine.
CHAMPAGNE, ou DROIT DE CHAMPAGNE, terme de Finances usité anciennement à la chambre des comptes ; c'étoit un droit ou rétribution que les auditeurs des comptes prenoient sur les baux à ferme des domaines de Champagne, pour être payé aux présidens, maîtres & auditeurs. Ce droit étoit de vingt sous pour chaque ferme de mille livres & au-dessous ; & quarante sous des fermes qui excédoient mille livres. Voyez le glossaire de Lauriere, au mot CHAMPAGNE. Ce droit ne subsiste plus depuis longtems. (A)
CHAMPAGNE, terme de Blason ; c'est l'espace en bas d'un tiers de l'écu. Le pere Menestrier dit que la champagne est rare en armoiries. (V)
* CHAMPAGNE, s. f. (Teinture) cercle de fer garni de cordes noüées, qui vont en s'enlaçant les unes les autres du centre à la circonférence de ce cercle, passant du centre dessus le cercle, revenant du cercle en-dessous au centre, & formant une espece de réseau : on suspend ce cercle dans la cuve, afin d'empêcher l'étoffe qu'on met en teinture de toucher au marc & à la pâtée. Voyez Pl. de Teinture la figure de ce cercle. Voyez aussi l'article TEINTURE.
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| CHAMPANE | S. f. (Marine) cette sorte de bâtiment est en usage au Japon, où il est défendu de construire de grands navires. Les champanes ne sont guere que du port de soixante tonneaux, ou quatre-vingt au plus. On n'employe dans leur construction ni fer ni clous ; les bordages sont emboîtés, & les membres n'en sont cousus ou liés que par des chevilles de bois. Ils ne sont pas pontés ; il y a seulement des coursives à bas-bord & à stribord qui servent de liaison au bâtiment qui est plat comme un bac : ils sont plus larges à l'arriere qu'à l'avant ; mais l'avant est plus élevé : le gouvernail qui est à l'arriere est fort large, & ils y ajoûtent à chaque côté une rame assez grosse qui les aide à gouverner. Ils ne portent qu'une voile, qu'on hisse avec un vindas. Sur le haut du bâtiment il y a une espece de cabane qui sert de cuisine ; & au fond de cale une citerne ou endroit pour contenir l'eau nécessaire à l'équipage. Une pareille sorte de bâtiment ne peut pas naviguer dans la haute mer ; à peine peut-il servir le long des côtes, & dans un très-beau tems. (Z)
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| CHAMPANELLES | S. m. (Hist. nat.) grands singes qui ressemblent si fort à l'homme, qu'on a dit qu'ils n'en différoient que parce qu'ils étoient privés de l'usage de la voix. Dish ajoûte qu'on en trouva quelques-uns dans l'île de Bornéo, d'où ils furent transportés en Angleterre, & que les Indiens les appellent aurang-outang. Voyez l'article SINGE.
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| CHAMPART | S. m. (Jurispr.) terme usité dans plusieurs coûtumes & provinces, pour exprimer une redevance qui consiste en une certaine portion des fruits de l'héritage pour lequel elle est dûe. Ce mot vient du latin campi pars, ou campi partus, d'où l'on a formé dans les anciens titres latins les noms de campars, campipartum, camparcium, campartum, campardus, campartus, campipertio. Voyez Ducange, au mot campi pars.
En françois il reçoit aussi différens noms : en quelques lieux on l'appelle terrage ou agrier ; en d'autres on l'appelle tasque ou tâche, droit de quart ou de cinquain, neuvieme, vingtain, &c.
Ce droit a lieu en différentes provinces, tant des pays coûtumiers que des pays de droit écrit. En quelques endroits il est fondé sur la coûtume, statuts ou usages du lieu ; en d'autres il dépend des titres.
Les coûtumes qui font mention du champart, sont celles de Châteauneuf, Chartres, Dreux, Dunois, Etampes, Orléans, Mantes, Senlis, Clermont, Amiens, Ponthieu, Saint-Pol, Montargis, Romorantin, Menetou, Nivernois, Péronne, Berri, Bourbonnois, Poitou, Blois, & plusieurs autres où il reçois différens noms.
Dans les parlemens de Toulouse & d'Aix, il est connu sous les noms de champart, agrier, ou tasque ; dans les autres pays de droit écrit, il reçoit aussi différens noms.
Il y en a de trois sortes ; savoir, celui qui est seigneurial & qui tient lieu de cens, & est dû in recognitionem dominii ; quelquefois ce n'est qu'une redevance semblable au surcens ou rente seigneuriale ; enfin il y a une troisieme sorte de champart non seigneurial ; celui-ci n'est qu'une redevance fonciere qui est dûe au propriétaire ou bailleur de fonds, dont l'héritage a été donné à cette condition.
Le plus ancien réglement que l'on trouve sur le droit de champart, sont des lettres de Louis-le-gros de l'an 1119, accordées aux habitans du lieu nommé Angere regis, que M. Secousse croit être Angerville dans l'Orléanois. Ces lettres portent que les habitans de ce lieu payeront au roi un cens annuel en argent pour les terres qu'ils posséderont ; que s'ils y sement du grain, ils en payeront la dixme ou le champart. Elles furent confirmées par Charles VI. le 4 Novembre 1391.
On voit dans les établissemens de S. Louis, faits en 1270, ch. xcjx. que le seigneur direct pouvoit mettre en sa main la terre tenue à champart d'un bâtard, dont on ne lui payoit aucune redevance ; mais que ce bâtard pouvoit la reprendre à la charge du cens.
Il est dit, ch. clxiij. de ces mêmes établissemens, que le seigneur pouvoit mettre en sa main la terre qui ne devoit que le terrage ou champart ; mais qu'il ne pouvoit pas l'ôter au propriétaire pour la donner à un autre ; que si la terre devoit quelques autres droits, le seigneur ne la pouvoit prendre qu'après qu'elle avoit été sept ans en friche ; qu'alors le tenancier qui perdoit sa terre devoit de plus dédommager le seigneur de la perte qu'il avoit faite du champart pendant ce tems.
Philippe VI. dit de Valois, dans un mandement du 10 Juin 1331, adressé au sénéchal de Beaucaire, dit qu'on lui a donné à entendre que par un privilege accordé par les rois ses prédécesseurs, & observé jusqu'alors, ceux qui tenoient du roi un fief ou un arriere-fief, pouvoient posséder des héritages tenus à cens ou à champart ; Philippe VI. ordonne qu'il sera informé de ce privilege ; & que s'il est constant, les possesseurs des terres ainsi tenues à cens ou à champart, ne seront point troublés dans leur possession.
Dans des lettres du roi Jean, du mois d'Octobre 1361, portant confirmation de la charte de bourgeoisie accordée aux habitans de Busency, il est dit, art. 4. que les bourgeois payeront le terrage de treize gerbes une, de toutes les terres que l'on labourera sur le ban & finage de Busency, & pour les vignes à proportion.
Un des articles des priviléges accordés aux habitans de Monchauvette en Beauce, par Amauri comte de Montfort, & Simon comte d'Evreux son fils, confirmés par plusieurs de nos rois, & notamment par Charles VI. au mois de Mars 1393, porte que si ceux qui sont sujets au droit de champart ne veulent pas le payer, on le levera malgré eux.
L'usage qui s'observe présentement par rapport au droit de champart, est que dans les pays coûtumiers il n'est dû communément que sur les grains semés, tels que blé, seigle, orge, avoine, pois de vesce, qui sont pour les chevaux ; blé noir ou sarrasin, blé de Mars, chanvre. Il ne se perçoit point sur le vin ni sur les légumes, non plus que sur le bois, sur les arbres fruitiers, à moins qu'il n'y ait quelque disposition contraire dans la coûtume, ou un titre précis.
En quelques endroits les seigneurs ou propriétaires ont sur les vignes un droit semblable au champart, auquel néanmoins on donne différens noms : on l'appelle teneau à Chartres, complant en Poitou, Angoumois & Xaintonge ; carpot en Bourbonnois. Ces droits dépendent aussi de l'usage & des titres, tant pour la perception en général que pour la quotité.
Dans les pays de droit écrit, le champart ou agrier se leve sur toutes sortes de fruits ; mais on y distingue l'agrier sur les vins & autres fruits, de ceux qui se perçoivent sur les grains : les noms en sont différens, aussi bien que la quotité ; cela dépend ordinairement de la baillette, ou concession de l'héritage.
La dixme, soit ecclésiastique ou inféodée, se perçoit avant le champart ; & le seigneur ne prend le champart que sur ce qui reste après la dixme prélevée, c'est-à-dire que pour fixer le champart on ne compte point les gerbes enlevées pour la dixme.
On tient pour maxime en pays coûtumier, que le champart n'est pas vraiment seigneurial, à moins qu'il ne tienne lieu du cens : quelques coûtumes le décident ainsi. Montargis, art. jv.
Le champart seigneurial a les mêmes prérogatives que le cens ; il produit des lods & ventes, en cas de mutation par vente ou par contrat équipollent à vente, excepté dans les coûtumes d'Orléans & d'Etampes, qui sont singulieres à cet égard.
Le décret ne purge point le droit de champart seigneurial, quoique le seigneur ne s'y soit pas opposé.
A l'égard des pays de droit écrit, l'usage le plus général est que le champart n'y est réputé seigneurial que quand il est joint au cens, cela dépend des titres ou reconnoissances. Cependant au parlement de Bordeaux il est réputé seigneurial de sa nature.
Le champart, même seigneurial, n'est pas portable dans les parlemens de droit écrit ; il est querable sur le champ, excepté au parlement de Bordeaux ; il tombe en arrérages : mais sur ce point l'usage n'est pas uniforme ; au parlement de Toulouse on n'en peut demander que cinq ans, soit que le droit soit seigneurial ou non ; à Bordeaux on en adjuge vingt-neuf quand il est seigneurial, & cinq lorsqu'il ne l'est pas ; au parlement de Provence on en adjuge trente-neuf années, quand il est dû à un seigneur ecclésiastique.
En pays coûtumier il ne tombe point en arrérages, & il est toujours querable, si le titre & la coûtume ne portent le contraire ; comme les coûtumes de Poitou, Saintes, Amiens, Nevers, Montargis, Blois, & Bourbonnois.
La quotité du champart dépend de l'usage du lieu, & plus encore des titres. Les coûtumes de Montargis, de Berri & de Vatan, le fixent à la douzieme gerbe, s'il n'y a convention contraire : celle de Dovine le fixe à la dixieme gerbe. Il y a encore des lieux où il est plus fort : quelques seigneurs en Poitou perçoivent de douze gerbes deux, & même trois ; ce qui fait la quatrieme ou sixieme gerbe. Il y a aussi des endroits où il est moindre : tout cela, encore une fois, dépend de l'usage & des titres.
Dans les provinces de Lyonnois, Forès, Beaujolois, il est ordinairement du quart ou du cinquieme des fruits ; c'est pourquoi on l'appelle droit de quarte ou de cinquain.
En Dauphiné on l'appelle droit de vingtain, parce qu'il est de vingt gerbes une.
On peut intenter complainte pour le terrage. Celui qui possede un héritage sujet au champart ou autre droit équipollent, est obligé de labourer & ensemencer ou planter la terre, de maniere que le droit puisse y être perçû ; il ne peut, en fraude du droit, laisser l'héritage en friche, s'il est propre à être cultivé ; & si le titre spécifie la qualité des fruits qui sont dûs, le tenancier ne peut changer la surface du fonds, pour lui faire produire une autre espece de fruits : les coûtumes de Blois & d'Amiens le défendent expressément ; celle de Montargis le permet, en avertissant le seigneur, & l'indemnisant à dire d'experts.
Il faut néanmoins excepter le cas où la nature du terrein demande ce changement ; alors le seigneur ou propriétaire ne perd pas son droit, il le perçoit sur les fruits que produit l'héritage.
La coûtume de Poitou, art. cjv. veut que celui qui tient des terres à terrage ou champart, en pays de bocage, c'est-à-dire entouré de bois, emblave au moins le tiers des terres ; & si c'est en plaine, qu'il emblave la moitié. L'article lxj. porte qu'à l'égard des vignes, faute de les façonner, le seigneur les peut reprendre, & les donner à d'autres.
Les coûtumes de la Marche, Clermont, Berri, Amiens, ne permettent au seigneur de reprendre les terres qu'au bout de trois ans de cessation de culture : celle d'Amiens permet au tenancier de les reprendre ; la coûtume de Blois veut qu'il y ait neuf ans de cessation.
Le champart se prend chaque année dans le champ, soit pour l'emporter s'il est querable, soit pour le compter & le faire porter par le tenancier s'il est portable. Dans tous les cas il faut que le seigneur ou propriétaire, ou leurs préposés, soient avertis avant que l'on puisse enlever la dépouille du champ. La coûtume de Soesme est la seule qui permette au tenancier d'enlever sa récolte sans appeller le seigneur, en laissant le terrage debout, c'est-à-dire sans le couper ; & vice versâ, au seigneur avant le tenancier.
Quant à la maniere d'avertir le seigneur ou propriétaire qui a droit de champart, la coûtume de Boulenois dit qu'on doit le sommer : celles de Berri & Blois veulent qu'on lui signifie ; mais dans l'usage le tenancier n'est point obligé de faire aucun acte judiciaire ; un avertissement verbal en présence de témoins suffit, comme la coûtume de Blois le dit en un autre endroit.
Lorsque ce droit est commun à plusieurs seigneurs, il suffit d'en avertir un, ou de faire cet avertissement au lieu où le champart doit être porté, comme la coûtume de Blois le donne à entendre, art. cxxxiij.
La coûtume de Mantes veut que le seigneur appellé pour la levée du terrage, comparoisse du soir au matin, & du matin à l'après-dînée. Les coûtumes de Poitou & de Berri veulent qu'on l'attende vingt-quatre heures : celle de Montargis, qu'on l'attende compétemment : cela dépend de l'usage & des titres, & même des circonstances qui peuvent obliger d'enlever la moisson plus promtement ; par exemple, lorsque l'on craint un orage.
Le champart seigneurial, & qui tient lieu du cens, est de sa nature imperceptible ; & par une suite du même principe, le décret ne le purge pas.
En Dauphiné le champart, qu'on y appelle vingtain, se prescrit par cent ans, lorsqu'il est seigneurial ; & par trente ou quarante, lorsqu'il ne l'est pas. Sur le droit de champart ou terrage, voyez le glossaire de Ducange au mot campi pars ; & celui de Lauriere, aux mots champart & terrage. La Rocheflavin, tr. des droits seigneuriaux. Despeisses, tit. du champart. Loysel, instit. liv. IV. tit. ij. Loüet & Brodeau, lett. C. n. 19. & 21. Coquille, tome II. quest. 76. Maynard, liv. X. arrêt iij. Dumoulin sur Paris, ch. ij. tit. prem. Chopin sur la même coûtume, liv. I. tit. iij. n. 20. Bretonnier sur Henrys, tome I. liv. I. ch. iij. quest. 34. Dolive, liv. II. ch. xxjv. Basnage sur la coûtume de Normandie, tit. de jurisdiction. art. iij. Guyot, tr. des fiefs, tome IV. ch. du champart. Tr. du champart par Brunet, qui est la suite du tr. des dixmes de Drapier. Voyez aussi ci-devant au mot AGRIER, & ci-après aux mots CHAMPARTAGE, COMPLANT, NEUME, TASQUE, TENEAU, TERRAGE, QUART, CINQUAIN, VINGTAIN.
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| CHAMPARTAGE | S. m. (Jurisp.) appellé dans la basse latinité & dans les anciens titres, campartagium, est un second droit de champart que quelques seigneurs, dans la coûtume de Mantes, sont fondés à percevoir outre le premier champart qui leur est dû. Les héritages chargés de ce droit sont déclarés tenus à champart & champartage. Ce droit dépend des titres. Il consiste ordinairement dans un demi-champart. Il est seigneurial & imprescriptible comme le champart, quand il est dû sans aucun cens. Il en est parlé dans l'histoire de Dourdan, & dans le nouveau Ducange, au mot campartagium. Voyez aussi le tr. des fiefs de Guyot, tome IV. ch. du droit de champart, n. 3. & ses notes sur l'article lv. de la coûtume de Mantes.
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| CHAMPARTEL | adj. m. (Jurisp.) terre champartelle, sujette au droit de champart ; c'est ainsi que ces terres sont appellées dans les anciennes coûtumes de Beauvoisis par Beaumanoir, ch. lj. Voyez CHAMPART & CHAMPARTIR.
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| CHAMPARTER | v. n. (Jurisp.) terme usité dans quelques coûtumes, pour dire lever le droit de champart : telles sont celles de Mantes, art. lv. Etampes, ch. iij. art. ljx.
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| CHAMPARTERESSE | adj. (Jurisprud.) grange champarteresse, est une grange seigneuriale où se mettent les fruits levés pour droit de champart. On l'appelle champarteresse, de même qu'on appelle grange dixmeresse celle où l'on met les dixmes inféodées du seigneur. Dans les coûtumes & seigneuries où le champart est seigneurial, & où il est dû in recognitionem dominii, comme le cens, les possesseurs d'héritages chargés de tel droit sont obligés de porter le champart en la grange champarteresse du seigneur. Il est parlé de grange champarteresse dans la coûtume d'Orléans, art. cxxxvij. Voyez Lande sur cet article. Voyez aussi la coûtume d'Etampes, chap. iij. art. ljx. Voyez CHAMPART.
On peut aussi donner la qualité de champarteresse à une dame qui a droit de champart seigneurial, de même qu'on appelle seigneur décimateur celui qui a les dixmes inféodées.
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| CHAMPARTEUR | S. m. (Jurisp.) est celui qui perçoit & leve le champart dans le champ. Le seigneur ou autre qui a droit de champart, peut le faire lever pour son compte directement par un commis, ou autre préposé dépendant de lui. Lorsque le champart est affermé, c'est le fermier ou receveur qui le leve pour son compte, soit par lui-même ou par ses domestiques, ouvriers & préposés. On peut aussi quelquefois donner la qualité de champarteur à celui qui a droit de champart, comme on appelle seigneur décimateur celui qui a droit de dixme.
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| CHAMPARTI | terres champarties, voyez ci-après CHAMPARTIR.
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| CHAMPARTIR | v. n. (Jurisprud.) se dit dans quelques coûtumes, pour prendre & lever le champart. Telles sont les coûtumes de Nivernois, tit. xj. art. 2. Montargis, ch. iij. art. 3. c'est la même chose que ce qu'on appelle ailleurs champarter. Dans les anciennes coûtumes de Beauvoisis par Beaumanoir, ch. lj. les terres sujettes à terrage sont nommées terres champarties ou terres champartelles. Voyez ci-devant CHAMPART, CHAMPARTER, CHAMPARTERESSE, CHAMPARTEUR.
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| CHAMPAY | S. m. (Jurisp.) pascage des bestiaux dans les champs ; terme formé des deux mots champ & paître. Les auteurs des notes sur la coûtume d'Orléans s'en servent sur l'article cxlv. pour exprimer le pascage des bestiaux. Voyez PASCAGE.
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| CHAMPAYER | est la même chose que faire paître dans les champs. La coûtume d'Orléans, article cxlviij. dit que nul ne peut mener pâturer & champayer son bestial en l'héritage d'autrui, sans la permission du seigneur d'icelui. Voy. ci-dev. CHAMPAY.
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| CHAMPÉAGE | S. m. (Jurisprud.) terme usité en Mâconnois, pour exprimer le droit d'usage qui appartient à certaines personnes dans des bois taillis. Ce terme paroît convenir singulierement au droit de pascage que ces usages ont dans les bois : c'est proprement le droit de faire paître leurs bestiaux dans les champs en général ; & ce droit paroît être le même que les auteurs des notes sur la coûtume d'Orléans, art. cxlv. appellent champay. Voyez PASCAGE & CHAMPAY. (A)
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| CHAMPER | v. n. terme de Salines ; c'est jetter le bois sur la grille dans le travail du sel de fontaine. Voyez SALINE. On donne à l'ouvrier occupé de cette fonction, le nom de champeur. Voyez CHAMPEUR.
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| CHAMPEUR | S. m. (Salines) c'est ainsi qu'on appelle ceux des ouvriers qui travaillent dans les salines de Franche-Comté, qu'on employe à mettre le bois sur la grille, & à entretenir le feu sous les poêles.
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| CHAMPIER | sub. m. (Econom. rustiq.) est le nom que l'on donne en Dauphiné au messier, ou garde des moissons qui sont encore dans les champs. Voyez les mémoires pour servir à l'histoire du Dauphiné, par M. de Valbonay, ch. xij. (A)
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| CHAMPIGNON | S. m. (Hist. nat.) fungus, genre de plante dont les especes ont un pédicule qui soûtient un chapiteau convexe en-dessus, concave en-dessous, ordinairement uni, & rarement cannelé sur la face convexe ; feuilleté sur la face concave, ou fistuleux, c'est-à-dire garni de petit tuyaux. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Néron avoit coûtume d'appeller les champignons le ragoût des dieux ; parce que Claude, dont il fut le successeur, empoisonné par des champignons, fut mis après sa mort au nombre des dieux.
C'est un mets dont les anciens gourmands étoient aussi curieux que le sont nos modernes.
L'expérience consécutive, journaliere, & répétée en tous lieux, en tous pays, des accidens arrivés par l'excès des champignons, ou par le mauvais choix qu'on en fait si souvent, ou par le doute dans lequel on se trouve quelquefois touchant la salubrité de ceux qu'on présente sur nos tables, n'ont pû ni nous guérir de notre sensualité pour cette espece d'aliment, ni devenir des motifs suffisans pour engager des physiciens à en examiner sérieusement la nature.
Toutefois, indépendamment de ce motif, ce genre de plante auroit dû intéresser les amateurs de la Botanique en particulier, par son étendue, sa singularité, son caractere, la promtitude de sa végétation, &c.
Sa connoissance, suivant la remarque de M. de Jussieu, ne nous intéresse pas seulement par rapport à ce que ces plantes peuvent, ou nous servir d'aliment, ou flatter notre goût, ou, ce qui vaut mieux, nous procurer des remedes efficaces, comme on l'éprouve de l'agaric, de la vesse-de-loup, &c. mais encore par les avantages que la physique de la Botanique, que la perfection de l'Agriculture, & que les Arts même pourroient en tirer.
Si l'on cherche dans les classes des plantes un genre avec lequel les champignons ayent quelque ressemblance, & auquel on puisse les comparer, il ne s'en trouve guere d'autres que les lichens. Voyez LICHEN. Comme eux, les champignons sont dénués de tiges, de branches, & de feuilles ; comme eux, ils naissent & se nourrissent sur des troncs d'arbres, sur des morceaux de bois pourri, & sur des parties de toutes sortes de plantes réduites en fumier : ils leur ressemblent par la promtitude avec laquelle ils croissent, & par la facilité que la plûpart ont à se sécher, & à reprendre ensuite leur premiere forme lorsqu'on les plonge dans l'eau : il y a enfin entre les uns & les autres, une maniere presque uniforme de produire leur graine.
Cette analogie est d'autant plus importante pour la connoissance de la nature des champignons, que les auteurs anciens ne les ont point mis au rang des plantes, & que plusieurs modernes, parmi lesquels se trouvent MIS le comte de Marsigli & Lancisi, dans leur dissertation latine sur l'origine des champignons, imprimée à Rome en 1714, in 8°. se sont persuadés que ceux que l'on voit sur des troncs ou des branches d'arbres, sont des maladies des plantes auxquelles ils sont attachés ; semblables aux exostoses, dont le volume ne s'augmente que par le dérangement des fibres osseuses, qui donne lieu à une extravasation de leurs sucs nourriciers ; & que ceux qui naissent à terre parmi des feuilles pourries ou sur les fumiers, ne sont que ou des expansions de quelques fibres de plantes pourries dont la terre est parsemée, ou des productions causées par la fermentation de certains sucs que ces auteurs disent être gras & huileux, qui restés dans les parties de ces plantes pourries, & mêlés avec une portion de sel de nitre, prennent la forme de globule, plus ordinaire qu'aucune autre aux champignons naissans.
Mais toutes ces idées sur la nature des champignons se détruisent aisément par un examen un peu attentif de leur substance, de leur organisation, de leur variété, & de leur maniere de se multiplier ; car enfin tous ces noeuds, ces vessies, & ces autres tumeurs qui paroissent sur certaines parties des arbres, de même que sur le corps des animaux, comme des maladies auxquelles ils sont sujets, sont composés d'une matiere qui participe de la substance solide ou liquide de ces plantes & de ces animaux sur lesquels ils se rencontrent ; au lieu que la substance des champignons qui s'attachent aux arbres, est non-seulement toute différente de celle des plantes sur lesquelles ils naissent, mais même est semblable à celle des champignons qui sortent immédiatement de la terre.
Si d'ailleurs la singularité de l'organisation est dans les plantes un de ces caracteres qui les distinguent des autres productions de la nature, ce même caractere se fait reconnoître par une disposition particuliere d'organes dans les champignons.
Les caracteres de l'organisation ne se trouvent pas moins multipliés dans cette plante, qu'ils le sont dans tous les genres de classes de plantes : ils y sont constans, en quelque pays & dans quelque année qu'on les observe ; ce qui doit se faire par le moyen d'une reproduction annuelle d'especes, qui ne peut se comprendre sans la supposition d'une semence qui les perpétue & les multiplie.
Cette supposition de semences n'est point imaginaire ; elles se font sentir au toucher en maniere de farine, dans les champignons dont la tête est feuilletée en-dessous, lors sur-tout qu'ils commencent à se pourrir. On les apperçoit aisément à la faveur de la loupe, dans ceux dont les feuillets sont noirs à leur marge : on les trouve sous la forme d'une poussiere, dans ceux qu'on appelle vesses-de-loup ; elles paroissent en assez gros grains sur le champignon de Malthe ; elles sont placées dans des loges destinées à les contenir dans l'agaric noir digité de Boerhaave.
Quelque peine qu'on ait communément à se convaincre que ce sont de véritables graines, les Botanistes, accoutumés à en voir de pareilles dans d'autres plantes, les reconnoissent aisément dans celle-ci, & ne peuvent plus douter que les champignons ne soient d'une classe particuliere de plantes, lorsqu'en comparant les observations faites en differens pays, avec les figures & les descriptions de ceux qui ont été gravés, ils apperçoivent chacun chez eux les mêmes genres & les mêmes especes.
L'établissement de la classe nouvelle à former pour la perfection de la méthode, doit donc se tirer de quelques caracteres qui ne soient pas moins essentiels que ceux des autres classes, & qui les différencient.
Et quels seront les caracteres de ces sortes de plantes, sinon d'être dans toutes leurs parties d'une substance uniforme ; mollasses lorsqu'elles sont dans un état de fraîcheur, charnues, faciles à se rompre, aussi promtes à venir qu'elles sont de peu de durée, & capables, lorsqu'elles sont seches, de reprendre leur forme & leur volume naturel, si on les trempe dans quelque liqueur dont elles s'imbibent ; caracteres qui tous pourroient se comprendre sous le nom de plantes fongueuses : d'ailleurs elles se font connoître à l'extérieur par une figure si singuliere, que n'ayant ni branches, ni feuilles, ni fleurs pour la plus part, elles ne ressemblent ni à aucune herbe, ni à aucun arbre.
On pourroit diviser les plantes fongueuses en deux sections générales ; l'une renfermeroit le lychen, & l'autre les champignons. La section des champignons seroit susceptible de deux divisions considérables, dont l'une comprendroit les champignons qui ne portent que des graines, & l'autre ceux qui ont des graines & des fleurs.
Les genres de la premiere de ces divisions seroient le champignon proprement dit, le poreux, l'hérissé, la morille, les fongoïdes, la vesse-de-loup, les agarics, les coralle-fungus, & les truffes.
Les genres de la seconde de ces soûdivisions seroient le typhoïdes & l'hypoxylon.
Il ne resteroit plus qu'à faire une application particuliere des caracteres de tous les genres qui se rapportent aux différentes divisions de la classe générale ; à donner le dénombrement des especes, avec une concordance des descriptions des auteurs, conforme aux figures qu'ils en ont fait graver.
Telles sont les remarques & le projet qu'avoit conçû M. de Jussieu en 1728, pour former l'histoire botanique des champignons ; mais comme par malheur il ne l'a point exécuté, personne n'a osé se charger d'une entreprise que cet illustre académicien sembloit s'être réservée, & qu'il pouvoit consommer avec gloire.
Il faut donc nous contenter jusqu'à ce jour des ouvrages que nous avons cités sur cette matiere ; & quoiqu'ils ne remplissent point nos desirs, ils suffisent néanmoins pour nous mettre sur la voie, pour nous fournir une connoissance générale des divers genres de champignons, & pour nous prouver qu'il n'y a guere de plantes qui produisent plus de variétés en grosseur, en hauteur, en étendue, & en différence de couleur des cannelures & du chapiteau, que le fait celle-ci.
Voilà sans-doute l'origine des faussetés qu'on lit dans Clusius, Mathiole, Ferrantes Imperati & autres écrivains, sur la grosseur énorme de quelques champignons. Pour moi, lorsque j'entends Clusius parler d'un champignon qui pouvoit nourrir plus d'un jour toute une famille ; Mathiole prétendre qu'il en a vû du poids de trente livres ; Ferrantes Imperati pousser l'exagération jusqu'à dire qu'il y en a qui pesent plus de cent livres ; enfin d'autres rapporter que sur les confins de la Hongrie & de la Croatie il en croît de si gros, qu'un seul feroit la charge d'un chariot : je ne trouve pour cuire de si monstrueux champignons, que le pot de la fable de la Fontaine, qui étoit aussi grand qu'une église.
Il ne faut pas porter le même jugement sur les faits qui regardent les malheurs causés par des champignons pernicieux ; & c'est la certitude des histoires qu'on en cite, qui a engagé divers auteurs modernes à former, d'après Dioscoride, la division générale de la classe des champignons en nuisibles & en bons à manger. On met au nombre des premiers la vesse-de-loup (voyez ce mot) ; & au rang des derniers le champignon ordinaire qui vient sur couche, champignon dont l'origine & la culture me fourniront plusieurs détails fort intéressans.
Le champignon ordinaire est le fungus sativus equinus, Tournef. Fungus campestris, esculentus, vulgatissimus, Parisiens. Fungus pileolo lato & rotundo, C. B. P. 370. J. R. H. 556. Fungus campestris, albus supernè, infernè rubens, J. B. 3. 824. Fungi vulgatissimi esculenti, Lob. Jeon. 271. IX. Genus esculentorum fungorum, Clus. hist. 268.
Il est rond & en bouton, quand il commence à pousser ; ensuite il se développe, & laisse voir en-dessous plusieurs membranes ou feuillets minces, rougeâtres, fort serrés ; il est lisse, égal, & blanc en-dessus ; d'une chair très-blanche portée sur un pédicule court & gros ; d'une bonne odeur & d'une bonne saveur en sortant de terre : c'est pourquoi il faut le cueillir avant qu'il se développe ; car étant vieux il est dangereux, & acquiert une odeur forte & une couleur brune. Cette espece de champignon est très-commune dans les forêts & dans les pâturages ; elles vient naturellement, & sur-tout après la pluie. On la cultive dans les jardins potagers des fauxbourgs de Paris & de Londres, sur des couches de fumier de cheval mêlé de terre, faites avec beaucoup d'art & de soin ; & elle vient en grande abondance sous le nom de champignon de couches.
La maniere dont on les éleve, prouve le sentiment que nous avons embrassé ci-dessus, qu'ils naissent de graines, comme toutes les autres plantes. M. de Tournefort en fait un récit trop instructif dans les mémoires de l'académie des Sciences, année 1707, pour n'en pas donner ici l'extrait.
Ceux qui sont curieux d'avoir des champignons pendant toute l'année, font pour cela des couches de crotin de cheval qu'on entasse dans le mois de Juin, pour le laisser en berge, comme parlent les Jardiniers, jusqu'au mois d'Août. Dans le mois d'Août on étale ce fumier à la hauteur d'un pié sur le lieu où l'on veut faire les meules ou couches à champignons, qui sont naturellement dans le crotin : c'est pour cette raison qu'on l'humecte pendant cinq ou six jours, suivant la sécheresse de l'été ; prenant soin de le tourner à la fourche après l'avoir mouillé, afin qu'il s'imbibe également d'eau.
Après cette préparation du fumier, on peut commencer les couches à champignons. On les fait à trois lits, que l'on ne dresse que quinze jours ou trois semaines l'un après l'autre. Le premier lit se dresse au cordeau, sans tranchée ; il doit avoir deux piés & demi de largeur sur la longueur que l'on juge à propos. Ce lit est plat, élevé d'un pié & demi ; mais il ne faut pas que le fumier qui déborde sur les côtés soit rendoublé avec la fourche, parce que les couches se dessécheroient trop dans ces endroits-là. Pour rendre les couches plus solides, on mêle avec le vieux fumier un peu de crotin frais sortant de l'écurie. Ce premier lit doit être mouillé tous les deux jours, si le tems est trop sec.
Vers la mi-Août, c'est-à-dire quinze jours après que le premier lit a été fait, on travaille au second lit avec le même crotin que l'on a employé pour le premier, & que l'on a préparé en l'arrosant suivant le besoin. On éléve ce lit en dos d'âne de la hauteur d'un pié par-dessus l'autre ; on le mouille pour entretenir la moelle de la couche, c'est-à-dire pour fournir une humidité raisonnable au milieu de la couche : on prend soin d'en regarnir proprement le haut en maniere de faîte, & cette réparation s'appelle le troisieme lit.
Cela fait, on enfonce à la distance de trois en trois piés des lardons, qui sont des morceaux de fumier préparé dès le mois de Février par entassement. Après cela on couvre la couche de terreau de l'épaisseur d'un pouce seulement, & l'on met sur ce terreau du fumier de litiere fraîche, qu'on renouvelle encore au bout de huit jours, au cas que la couche soit refroidie ; si au contraire les couches sont trop échauffées, on les découvre pour en modérer la chaleur ; c'est la pratique seule qui guide ici le jardinier. On commence à cueillir les champignons en Octobre : ordinairement la récolte s'en fait de trois en trois jours, ou tous les quatriemes jours.
Au commencement du mois d'Août, les crottes de cheval dont la couche a été faite, commencent à blanchir, & sont parsemées de petits cheveux ou filets blancs fort déliés, branchus, attachés & tortillés autour des pailles dont le crotin est formé. Ce crotin alors ne sent plus le fumier, mais il répand une odeur admirable de champignon.
Les filets blancs dont on vient de parler, ne sont selon toute apparence que les graines ou les germes développés des champignons ; & tous ces germes sont renfermés dans les crottes de cheval sous un si petit volume, qu'on ne peut les appercevoir, quelque soin qu'on prenne : qu'après qu'ils se sont éparpillés en petits cheveux ou filets. L'extrémité de ces filets s'arrondit, grossit en bouton, & devient en se développant un champignon dont la partie inférieure est un pédicule barbu dans l'endroit où il est enfoncé dans la terre.
Le champignon crû de cette maniere, vient par grosses touffes qui représentent une petite forêt, dont les piés ne sont pas également avancés. On trouve une infinité de champignons naissans au pié des autres, & de la grosseur seulement de la tête d'une épingle, tandis que les plus gros se passent. Peut-être que chaque touffe de champignon est enfermée dans la même graine ; car les premiers germes du fumier sont branchus, éparpillés par les côtés, & se répandent en tous sens dans le terreau, desorte que l'espace qui est entre les lardons s'en trouve tout garni.
Les germes des champignons, ou ces cheveux blancs qui sont dans le fumier préparé, se conservent long-tems sans se pourrir : si on les met sur des planches dans un grenier, ils se dessechent seulement, & reviennent encore quand on les met sur les couches, c'est-à-dire qu'ils produisent des champignons.
On doit à M. Marchant pere la découverte de l'origine de cette plante ; il fit voir à l'assemblée académique en 1678, suivant le rapport de M. Duhamel (Hist. acad. lib. I. sect. v. cap. j. edit. 1701). la premiere formation des champignons dans des crottes de cheval moisies, & démontra ces petits filets blancs dont les extrémités se grossissent en champignons.
Ceux qui ont écrit qu'il falloit arroser les couches avec la lavure des champignons pour opérer leur production, ont avancé un fait qui est faux, ou, pour mieux dire, ils ont pris pour cause ce qui ne l'est pas ; car ils se sont imaginés que la lavure des champignons étoit chargée de graines de ces sortes de plantes : mais outre que les couches ne produisent pas des champignons par la vertu de cette lavure, il se pourroit faire que si elles en produisoient quelques-uns, ce seroit parce que l'eau auroit fait éclorre les germes qui seroient restés dans le terreau, lequel n'est qu'un fumier de cheval converti en terre.
Les crottes de cheval ne renferment donc pas seulement les graines de champignons, mais elles ont aussi un suc & une chaleur propres à les faire germer, de même que le suc qui se trouve dans la racine du panicaut lorsqu'il se pourrit, fait éclorre le germe du plus délicat de tous les champignons qui naissent en Provence & en Languedoc : ainsi la mousse fait germer la graine des mousserons. C'est par la même raison que certaines especes de champignons, de morilles, d'agarics & d'oreilles de judas, ne viennent qu'aux racines ou aux troncs de certains arbres.
M. Méry a vû à l'hôtel-dieu de petits champignons plats & blanchâtres, sur les bandes & attelles qui avoient été trempées dans l'oxicrat, & ensuite appliquées aux fractures des malades. Le fait étoit bien singulier ; & cependant M. Lémery eut occasion dans le même tems d'être témoin d'un cas semblable, & plus frappant encore dans ses circonstances.
Un jeune enfant de Paris attaqué du rachitis, avoit les jambes tortues ; le chirurgien qui le pansoit, après y avoir mis des éclisses, fut bien étonné de trouver sous les bandes un bon nombre de champignons gros comme le bout du doigt ; il les ôta, & raccommoda les éclisses avec le bandage. Vingt-quatre heures après, il retourna panser l'enfant, & trouva encore à la même place autant de champignons. Enfin ayant continué plusieurs jours de suite le pansement, il retira plusieurs jours de suite des champignons.
Cette production extraordinaire en un lieu où l'on devoit si peu l'attendre, ayant été certifiée aux physiciens qui s'assembloient pour lors chez M. l'abbé Bourdelot, ils en donnerent la véritable raison : c'est que les éclisses qu'on avoit appliquées autour des jambes de l'enfant, étoient d'un bois de pommier, où les champignons naissent facilement, & dans lequel il y avoit sans-doute de la graine de cette plante. Il arrivoit donc que la chaleur de l'enfant qui étoit emmaillotté, & son urine qui abreuvoit souvent les éclisses, développoient les semences de champignon, & les faisoient éclorre en vingt-quatre heures, comme il arrive ordinairement dans la campagne. Il faut adapter le même raisonnement au fait observé par M. Méry ; les graines de champignon se trouvant par hasard sur les bandes & attelles qu'on appliquoit aux malades, germerent, soit par la chaleur du corps des malades, soit par l'effet du vin ou de l'oxicrat dans lequel elles avoient été trempées.
Nous apprenons de Dioscoride, qu'il y avoit des gens qui assûroient que des morceaux de l'écorce du peuplier, tant blanc que noir, enfoncés sur des couches de fumier, il en naissoit des champignons bons à manger. Ruel rapporte, que si l'on découvre le tronc d'un peuplier blanc vers la racine, & qu'on l'arrose avec du levain délayé dans de l'eau, on y voit naître pour ainsi dire des champignons sur le champ ; il ajoûte, que les collines produisent plusieurs sortes de champignons, si dans la saison on en brûle le chaume ou les landes. Il est certain que les landes brûlées en Provence & en Languedoc, poussent beaucoup de pavots noirs aux premieres pluies d'automne ; & cette plante se perd les années suivantes, ensorte qu'on ne la rencontre que sur les terres brûlées.
Tous ces faits prouvent qu'il n'est besoin que d'un suc assaisonné pour faire éclorre & pour rendre sensibles, tant les graines cachées du champignon, que celles de toutes sortes de plantes.
Pour revenir à nos champignons ; non-seulement on les éleve sur couches, mais encore en plaine campagne, & très-avantageusement d'après la même méthode. Leur culture aujourd'hui si perfectionnée, prouve deux choses : la premiere, que leur graine est naturellement contenue dans les crottes de cheval ; la seconde, que notre sensualité raffinée pour cet aliment, ne le cede point à celle des Romains sous le regne d'Auguste. Si de nos jours quelque prétendu gourmet en ce genre venoit débiter la maxime du Catius d'Horace,
Pratensibus optima fungis
Natura est. Sat. IV. lib. II. v. 20.
les champignons des prés sont les meilleurs, nos Aufidius les moins savans lui répondroient qu'il n'y entend rien, & que les bons champignons au goût sont ceux qui se trouvent dans les bois, dans les bruyeres, ou dans les landes.
Il y a plus : les législateurs en cuisine, les maîtres de la science de la gueule, comme s'exprime Montagne, croyent être parvenus à pouvoir distinguer sans méprise les bons champignons d'avec les mauvais.
Ils assûrent que les bons champignons sont ceux qui prennent leur accroissement dans la durée de la nuit, soit naturellement, soit par art sur des couches de fumier ; qu'ils doivent être d'une grosseur médiocre, à-peu-près comme une châtaigne, charnus, bien nourris, blancs en-dessus ; rougeâtres en-dessous, de consistance assez ferme, se rompant facilement, moëlleux en-dedans, d'une odeur & d'un goût agréables : qu'au contraire, les champignons mauvais ou pernicieux sont ceux qui ayant demeuré trop longtems sur la terre, sont devenus bleus, noirâtres, ou rouges, & dont l'odeur est desagréable. Mais ces marques générales ne satisferont pas aisément des physiciens ; ils demandent des marques caractéristiques, qui indiquent dans le grand nombre des variétés d'especes de champignons naturels, les bonnes, les douteuses, les pernicieuses ; & il seroit utile d'avoir cette connoissance.
L'analyse des divers champignons ne porte aucune lumiere sur ce point : nous savons seulement qu'ils paroissent contenir un sel essentiel ammoniacal, dont l'acide est saoulé par beaucoup de sel volatil-urineux, & mêlé avec beaucoup d'huile & peu de terre ; ces principes sont délayés dans une grande quantité de flegme. C'est de ce sel actif, volatil-urineux, ammoniacal, & huileux, que dépendent l'odeur & la saveur des champignons : c'est aussi pour cela qu'ils se corrompent ou se pourrissent facilement : si on les pile, & qu'on les laisse pourrir, ils se fondent & deviennent un mucilage, qui ne donne plus de marque de sel urineux, mais d'un sel salé & acide ; car leur sel volatil se dissipe par leur putréfaction.
Cette analyse rend fort suspecte la nature des champignons ; & l'expérience d'accidens arrivés par ceux de la meilleure qualité, ne tendent pas trop à nous rassûrer sur leur usage bienfaisant.
Je ne parle pas des champignons dont tout le monde connoît le mauvais caractere, mais de ceux qui ont la figure des bons, & qui trompent les personnes qui s'en rapportent au-dehors. C'est pourquoi nous ne sommes pas certains d'en manger toûjours de sûrs, à cause de leur figure trompeuse, de l'ignorance, de la négligence, du manque d'attention des gens qui les cueillent ou qui les apprêtent.
Bien plus, ceux qui ont toutes les marques de sûreté par rapport à leur bonté, deviennent aisément dangereux, ou pour avoir été cueillis trop tard, ou par la nature du lieu où ils croissent, ou par le suc dont ils se nourrissent, ou par le voisinage de ceux qui se pourrissent, ou de ceux qui sont par hasard empoisonnés ; & quand ces inconvéniens ne seroient point à craindre, les médecins les plus habiles avoüent que les meilleurs champignons pris en grande quantité, sont nuisibles, parce qu'ils produisent de mauvais sucs, parce qu'ils tendent à la putréfaction, parce que par leur nature spongieuse ils se digerent difficilement, compriment le diaphragme, empêchent la respiration, suffoquent & excitent des débordemens de bile par haut & par bas.
Les symptômes fâcheux, & même mortels, que les mauvais champignons causent, sont sur-tout le vomissement, l'oppression, la tension de l'estomac & du bas-ventre, l'anxiété, un sentiment de suffocation, des rongemens, des tranchées dans les entrailles, la soif violente, la cardialgie, la diarrhée, la dyssenterie, l'évanouissement, une sueur froide, le hoquet, le tremblement de presque toutes les parties du corps, les convulsions, la gangrene, la mort.
Il y en a dont la seule odeur a produit l'épilepsie, ou une maladie des nerfs qui en approchoit, & même une mort subite, suivant Foreste, dans son traité des poisons, observat. ij. Il rapporte encore qu'une femme étoit tombée dans une cruelle maladie qui dégénéra en folie, pour avoir mangé des champignons venéneux. Rhasis parle d'un champignon de ce genre, dont il dit que la poudre mise sur un bouquet, empoisonne quand on le flaire. Mais je ne trouve pas vraisemblable le récit que fait Hildan, cent. IV. obs. xxxv. des cruels symptomes arrivés à un homme, pour avoir seulement tenu des champignons venimeux. Sans le savoir, il en avoit apparemment avalé la poussiere.
Il paroît que tous ces symptomes, produits si promtement sur les membranes & sur les fibres nerveuses de l'estomac & des intestins, viennent des particules salines, sulphureuses, subtiles, acres, & caustiques des mauvais champignons. Lorsque ceux de bonne espece sont secs & bien lavés dans plusieurs eaux, ils ne sont pas à la vérité nuisibles, parce que leurs particules acres ont été emportées. Quelques-uns prétendent les corriger encore davantage par le vinaigre ou l'huile, qui répriment & qui enveloppent leur sel volatil-urineux ; & c'est-là en effet un des meilleurs correctifs de ce mets délicat. Mais quelqu'apprêt que l'on leur donne, à quelque sauce que nos Apicius les puissent mettre, ils ne sont bons réellement qu'à être renvoyés sur le fumier où ils naissent.
Si toutefois quelqu'un par ignorance, par gourmandise, par témérité, ou par peu de confiance en ces sages préceptes, avoit mangé des champignons empoisonnés, on demande quels remedes il faudroit employer pour le guérir. Ce cas indique sur le champ la nécessité des vomitifs, ensuite des minoratifs, des acides spiritueux, des savonneux, des adoucissans : mais ce malheur peut arriver dans des lieux où le Médecin est éloigné, où les remedes manquent, & néanmoins le mal exige un promt secours qu'on ait sous la main ; quel seroit-il ? De l'eau tiede salée de quelque sel neutre, tel que du nitre pur, de nitre vitriolé, de sel de prunelle, de sel de glauber, & à leur défaut de sel marin : on fera boire au malade coup-sur-coup quantité de cette eau tiede, qui dissout le champignon, irrite l'estomac, & le provoque d'abord au vomissement.
Etant l'année passée dans nos terres, où le cuisinier s'empoisonna lui-même à souper par un champignon fort venéneux, qu'il croyoit de la bonne & délicate espece, de celle qu'on nomme oronge en Guienne, je fus à portée de le secourir assez promtement ; cependant il avoit déjà une partie des symptomes dont j'ai parlé ci-dessus, oppression, suffocation, anxiété, cardialgie, tension du bas-ventre, tremblement, sueur froide : je vis de l'eau tiede toute prête dans un coquemar, avec du sel sur la table que je jettai dedans : le malade vomit à la seconde écuellée de cette eau une partie du champignon réduit en mucilage ; je réitérai cette boisson jusqu'à ce que l'estomac fût entierement vuidé : mais comme le ventre restoit tendu avec douleur, j'employai les fomentations émollientes, & je changeai ma boisson d'eau salée en eau fortement miellée, qui produisit une diarrhée abondante & facile. Je finis la cure sur la fin de la nuit, par un remede adoucissant, quelques verres d'émulsions, & pour conclusion par un grain d'opium. Le lendemain le malade se trouva en aussi bonne santé qu'avant son empoisonnement. Cet article est de M(D.J.)
CHAMPIGNON DE MER, (Hist. nat.) corps marin ainsi nommé parce qu'il ressemble beaucoup à un vrai champignon. Voyez Planche XXIII. fig. 1. Le champignon de mer est fort analogue à l'astroïte & à l'oeillet de mer. Voyez ASTROÏTE, OEILLET de mer. Ainsi il doit être mis au nombre des productions des insectes de mer, comme toutes les fausses plantes marines. M. Peyssonel a reconnu que ces prétendues plantes étoient formées par des insectes de mer, & principalement par des polypes. C'est un assemblage de cellules que l'on pourroit appeller polypier. Les champignons de mer sont de substance pierreuse, comme les madrépores ; ils sont ordinairement applatis & arrondis, convexes d'un côté & concaves de l'autre. Leur face convexe est feuilletée ; leur forme varie ; il y en a qui sont allongés : ils sont aussi de différentes grandeurs ; les plus grands pourroient couvrir la tête : aussi les appelle-t-on bonnets de Neptune. Voyez POLYPIER, PLANTE MARINE. (I)
CHAMPIGNONS D'EAU ; c'est un bouillon qui sortant de sa tige, tombe dans une coupe élevée sur un pié en maniere de gros balustre, d'où il fait nappe dans le bassin d'em-bas. Quand il est composé de plusieurs coupes, il change de nom, & s'appelle pyramide. (K)
* CHAMPIGNON, (Oecon. domest.) c'est ce corps noir & à-peu-près sphérique, qui se forme à l'extrémité du lumignon, soit des lampes, soit des chandelles, quand on a négligé pendant quelque tems de les moucher : c'est proprement un charbon fait de la substance de la meche, de son humidité, de quelques parties du suif qui ne peuvent plus s'enflammer, & peut-être de la vapeur de l'air, s'il est vrai que ce champignon se forme particulierement dans les tems humides ; ce qu'il faudroit observer. Quand les parties de ce champignon viennent à se séparer du lumignon, elles tombent au pié de la meche, font couler la chandelle, & quelquefois l'allument dans une partie de sa longueur ; ce qui peut occasionner des incendies, sur-tout si cela arrive sur la table d'un homme de cabinet pendant son absence. On lui a donné le nom de champignon à cause de sa ressemblance.
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| CHAMPIGNY | (Géog. mod.) petite ville de France en Touraine.
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| CHAMPION | S. m. (Hist. mod.) signifie proprement une personne qui entreprend un combat pour un autre, quoiqu'on applique aussi ce nom à celui qui combat pour sa propre cause. Voyez COMBAT.
Hottoman définit le champion, certator pro alio datus in duello, à campo dictus, qui circus erat, decertantibus definitus : de-là vient aussi le mot de champ de bataille.
Ducange observe que les champions dans la signification propre, étoient ceux qui se battoient pour d'autres ; lesquels étant obligés selon la coûtume d'accepter le duel, avoient pourtant une excuse légitime pour s'en dispenser, comme de caducité, de jeunesse, ou d'infirmité : il ajoûte que c'étoit le plus souvent des mercenaires qu'on loüoit à prix d'argent, & qui dès-lors passoient pour infames.
Quelquefois cependant le vassal, en vertu de son fief & des conditions de l'hommage, devenoit champion de son seigneur, dès que ce seigneur le demandoit.
Des auteurs soûtiennent que toutes personnes étoient reçûes à servir de champions, excepté les parricides & ceux qui étoient accusés de crimes très-odieux. Les clercs, les chanoines, les religieux, les femmes mêmes, étoient obligés de fournir des champions pour prouver leur innocence.
Cette coûtume de décider les différends par un combat, est venue originairement du nord ; elle passa de-là en Allemagne, les Saxons la porterent en Angleterre, & elle s'établit insensiblement dans le reste de l'Europe, sur-tout chez les nations militaires, & qui faisoient leur principale occupation des armes. Voyez DUEL.
Lorsqu'on avoit choisi deux champions pour décider de la vérité ou de la fausseté d'une accusation, il falloit avant qu'ils en vinssent aux mains, qu'il intervînt sentence pour autoriser le combat. Quand le juge l'avoit prononcée, l'accusé jettoit un gage (d'ordinaire c'étoit un gant) ; ce gage de bataille étoit relevé par l'accusateur : après quoi on les mettoit l'un & l'autre sous une garde sûre jusqu'au jour marqué pour le combat. Voyez GAGE & GANTELET.
Si dans l'intervalle l'un des deux prenoit la fuite, il étoit déclaré infame, & convaincu d'avoir commis le crime qu'on lui imputoit ; l'accusé, non plus que l'accusateur, n'obtenoit la permission de s'en tenir-là, qu'en satisfaisant le seigneur pour la confiscation qu'il auroit dû avoir des effets du vaincu, si le combat avoit eu lieu.
Avant que les champions entrassent dans la lice, on leur rasoit la tête, & ils faisoient serment qu'ils croyoient que les personnes dont ils soûtenoient la cause, avoient raison, & qu'ils les défendroient de toutes leurs forces. Leurs armes étoient une épée & un bouclier. Quelques-uns disent qu'en Angleterre c'étoit le bâton & le bouclier. Lorsque les combats se faisoient à cheval, on armoit les combattans de toutes pieces ; les armes étoient bénites par un prêtre avec beaucoup de cérémonies ; chacun des combattans juroit qu'il n'avoit point de charmes sur lui ; & pour s'animer, l'action commençoit par des injures réciproques ; puis les champions en venoient aux mains au son des trompettes : après qu'ils s'étoient donnés le nombre de coups marqués dans le cartel, les juges du combat jettoient une baguette, pour avertir les champions que le combat étoit fini : s'il duroit jusqu'à la nuit, ou qu'il finit avec un avantage égal des deux côtés, l'accusé étoit alors réputé vainqueur ; la peine du vaincu étoit celle que les lois portoient contre le crime dont il étoit question : si le crime méritoit la mort, le vaincu étoit desarmé, traîné hors du champ, & exécuté aussi-tôt, ainsi que la partie dont il soûtenoit la cause : s'il avoit combattu pour une femme, on la brûloit. Voyez DUEL. (G) (a)
C'est un spectacle curieux, dit l'illustre auteur de l'esprit des lois, de voir ce monstrueux usage du combat judiciaire réduit en principes, & de trouver le corps d'une jurisprudence si singuliere. Les hommes, dans le fond raisonnables, soûmettoient à des regles leurs préjugés même. Rien n'étoit plus contraire au bon sens que le combat judiciaire ; mais ce point une fois posé, l'exécution s'en fit avec une certaine prudence. L'auteur célebre que nous venons de citer, entre à ce sujet dans un détail très-curieux sur les regles de ces combats, qu'on pourroit appeller le code des homicides ; mais ce qui est encore plus précieux, ce sont les réflexions philosophiques qu'il fait sur ce sujet. La loi salique, dit-il, n'admettoit point d'usage des preuves négatives, c'est-à-dire qu'elle obligeoit également l'accusateur & l'accusé de prouver : aussi ne permettoit-elle pas le combat judiciaire. Au contraire, la loi des Francs ripuaires admettant l'usage des preuves négatives, il semble qu'il ne restoit d'autre ressource à un guerrier sur le point d'être confondu par une simple assertion ou négation, que d'offrir le combat à son adversaire pour vanger son honneur.
L'auteur cherche dans les moeurs des anciens Germains la raison de cet usage si bizarre, qui fait dépendre l'innocence du hasard d'un combat. Chez ces peuples indépendans, les familles se faisoient la guerre pour des meurtres, des vols, des injures, comme elles se la font encore chez les peuples libres du nouveau monde. On modifia cette coûtume, en assujettissant cette guerre à des regles. Tacite dit que chez les Germains les nations mêmes vuidoient souvent leurs querelles par des combats singuliers.
Cette preuve par le combat avoit quelque raison fondée sur l'expérience. Dans une nation uniquement guerriere, la poltronnerie suppose d'autres vices qui l'accompagnent ordinairement, comme la fourberie & la fraude.
La jurisprudence du combat judiciaire, & en général des épreuves, ne demandant pas beaucoup d'étude, fut une des causes de l'oubli des lois saliques, des lois romaines, & des lois capitulaires : elle est aussi l'origine du point d'honneur & de la fureur de notre nation pour les duels, de l'ancienne chevalerie, & de la galanterie. Voyez l'ouvrage que nous abrégeons, liv. XXVIII. ch. xiij. & suiv. (O)
CHAMPION du Roi, (Hist. mod. d'Angl.) chevalier qui, après le couronnement du roi d'Angleterre, entre à cheval, armé de toutes pieces, dans la salle de Westminster, jette le gant par terre, & présente un cartel à quiconque oseroit nier que le nouveau prince soit légitime roi d'Angleterre.
C'est en 1377, dans la cérémonie du couronnement de Richard II. ce prince déposé dans la suite pour avoir voulu se mettre au-dessus des lois, que l'histoire d'Angleterre fait mention pour la premiere fois d'un champion qui alla se présenter, armé de toutes pieces, dans la salle de Westminster où le roi mangeoit ; & qui ayant jetté son gantelet à terre, défia tous ceux qui voudroient disputer au roi ses justes droits sur la couronne.
On ignore l'origine de cette coûtume, qui s'est conservée jusqu'à présent ; mais il est certain qu'elle est plus ancienne que le couronnement de Richard II. puisque le chevalier Jean Dimmock, qui fit alors l'office de champion, y fut admis en vertu d'un droit attaché à une terre qu'il possédoit dans le comté de Lincoln, savoir le manoir de Scrivelby, qu'il avoit du chef de sa femme. Voyez Rapin, tom. III. Walsingham, & Froissard. Cet article est de M(D.J.)
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| CHAMPLIT | ou CHANNITE, (Géog.) petite ville de France en Franche-Comté.
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| CHAMPLURE | S. f. (Oecon. rustiq.) c'est le nom qu'on donne à la campagne à une gelée legere qui a endommagé les vignes. Cette gelée est dangereuse. Lorsque la vigne en a souffert, on dit qu'elle est champlée.
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| CHAMPSAUR | (Géog.) petit pays de France, avec titre de duché, dans le Dauphiné ; la capitale est Saint-Bonnet.
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| CHAMPTOCEAUX | (Géog.) petite ville de France en Anjou.
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| CHAMYNA | adj. f. (Mythol.) surnom sous lequel Cérès étoit adorée à Pise. Elle avoit un temple dans cette ville, au même endroit où l'on croyoit que la terre s'étoit entr'ouverte pour donner passage à Pluton, lorsque ce dieu enleva Proserpine. On le dérive de , hio ; d'autres étymologistes veulent qu'il ait été donné à la déesse, parce que son temple avoit été bâti aux dépens d'un nommé Chamynus.
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| CHANAAN | CHANAAN
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| CHANCE | BONHEUR, (Syn. & Gramm.) termes relatifs aux évenemens & aux circonstances qui ont rendu & qui rendent un homme content de son existence : mais bonheur est plus général que chance : il embrasse presque tous ces évenemens. Chance n'a guere de rapport qu'à ceux qui dépendent du hasard pur ; ou dont la cause étant tout-à-fait indépendante de nous, a pû & peut agir tout autrement que nous ne le desirons, sans que nous ayons aucun sujet de nous en plaindre. On peut nuire ou contribuer à son bonheur ; la chance est hors de notre portée ; on ne se rend point chanceux ; on l'est ou on ne l'est pas. Un homme qui jouissoit d'une fortune honnête, a pû joüer ou ne pas joüer à pair ou non : mais toutes ses qualités personnelles ne pouvoient augmenter sa chance.
CHANCE, (Jeux de hasard) est encore employé dans plusieurs jeux de cette espece, mais particulierement dans le taupe & tingue. Voyez l'article TAUPE & TINGUE.
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| CHANCEAU | CHANCEL, s. m. (Jurisprud.) comme on dit communément ou cancel, est une enceinte formée par un treillis, ou barreau, ou autre fermeture ; ainsi nommé à cancellis, qui signifie barreaux.
Dans les églises on appelle cancel, le sanctuaire, c'est-à-dire la partie la plus proche du maître autel, & qui est ordinairement séparée du reste du choeur par une balustrade. On comprend quelquefois sous ce terme de cancel, tout le choeur ; parce qu'il est ordinairement séparé de la nef & des bas côtés par des treillis ou barreaux.
Il n'y avoit anciennement que les ecclésiastiques qui eussent entrée & séance dans le choeur ou cancel de l'église.
Dans la suite l'entrée en fut accordée aux empereurs, suivant Balsamon, & aux rois & aux princes ; & enfin on l'a étendue aux patrons & fondateurs des églises, & aux seigneurs hauts-justiciers, lesquels sont en possession d'y avoir leur banc & leur sépulture.
Les gros décimateurs sont tenus des réparations du choeur & cancel. Voyez Duperray, des portions congrues, part. II. ch. xxviij. n°. 22. Fuet, des mat. bénefic. liv. III. ch. v. n°. 5.
Ces deux termes choeur & cancel sont presque toujours joints dans les jugemens & les auteurs qui parlent de cette charge des grosses dixmes.
L'édit de 1695, art. 21. ne parle que du choeur, & non du cancel ; & la raison est sans-doute, que l'on a entendu que le cancel étoit compris sous la dénomination du coeur dont il fait partie.
Pour savoir plus en détail ce que l'on doit entendre sous le terme de choeur & cancel dans les églises, voyez les lois des bâtimens, par Desgodets, & les notes de Goupy, part. II. pag. 66.
On appelloit aussi anciennement chancel ou cancel, le lieu où se tenoit le grand référendaire, ou garde de l'anneau ou scel royal, pour faire ses expéditions : ce lieu étoit fermé d'un grillage ou barreaux, afin que ce magistrat ne fût point incommodé par l'affluence de ceux qui avoient affaire à lui ; & du nom de ce lieu, appellé en latin cancelli, on a formé dans la suite le nom de cancellarius, & en françois chancelier. Voyez ci-après CHANCELIER & REFERENDAIRE. (A)
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| CHANCELAGUA | S. f. (Bot. exot.) plante de la nouvelle Espagne ; elle croît en abondance aux environs de Panama ; son goût est amer, comme celui de la centaurée, & son infusion a l'odeur aromatique du baume du Pérou. Voilà tout ce qu'on trouve de sa description dans les mémoires de l'acad. ann. 1707, pag. 52. & cela ne suffit pas. Quant à ses propriétés, on lui attribue celle de faciliter la transpiration, de soulager dans la pleurésie, les catharres, les rhumatismes, les fievres malignes, la goutte humorale, mais non crétacée, &c. La saignée doit en précéder l'usage, & elle ne doit être prise que sur le déclin de la fievre. Sa dose est au moins d'un gros, & peut aller à deux. On fait bouillir une tasse d'eau, & on y jette la plante coupée en morceaux ; on couvre le vaisseau, & on laisse l'infusion se faire pendant un demi-quart-d'heure ; on fait prendre ensuite en une seule fois l'infusion au malade, la plus chaude qu'il se peut. Quand le malade a pris ce remede, on le couvre bien, & on le fait suer. Les Indiens qui connoissoient, dit-on, les vertus de cette plante, en ont fait long-tems un secret aux Européens : il paroît que ceux-ci n'ont pas tiré grand avantage de l'indiscrétion des premiers, & que la prédiction que l'usage de la chancelagua deviendroit un jour aussi général que celui du quinquina, est encore à s'accomplir ; sur quoi M. de Fontenelle observe que la Médecine paroît un peu trop en garde contre les nouveautés : à quoi l'on peut ajoûter qu'elle n'en est pas plus à blâmer, puisqu'elle ne peut guere faire ses expériences qu'aux dépens de la vie des hommes.
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| CHANCELIER | S. m. (Hist. anc. mod. & Jur.) est un titre commun à plusieurs dignités & offices, qui ont rapport à l'administration de la justice ou à l'ordre politique. La plus éminente de ces dignités est celle de
CHANCELIER DE FRANCE ; c'est le chef de la justice & de tous les conseils du Roi. Il est le premier président né du grand-conseil : il peut aussi, quand il le juge à propos, venir présider dans tous les parlemens & autres cours ; c'est pourquoi ses lettres sont présentées & enregistrées dans toutes les cours souveraines.
Il est la bouche du Roi, & l'interprete de ses volontés : c'est lui qui les expose dans toutes les occasions où il s'agit de l'administration de la justice. Lorsque le Roi vient tenir son lit de justice au parlement, le chancelier est au-dessous de lui dans une chaise à bras, couverte de l'extrémité du tapis semé de fleurs-de-lys, qui est aux piés du Roi : c'est lui qui recueille les suffrages, & qui prononce. Il ne peut être récusé.
Sa principale fonction est de veiller à tout ce qui concerne l'administration de la justice dans tout le royaume, d'en rendre compte au Roi, de prévenir les abus qui pourroient s'y introduire, de remédier à ceux qui auroient déja prévalu, de donner les ordres convenables sur les plaintes qui lui sont adressées par les sujets du Roi contre les juges & autres officiers de justice, & sur les mémoires de compagnies ou de chaque officier en particulier, par rapport à leurs fonctions, prééminences, & droits.
C'est encore une de ses fonctions de dresser, conformément aux intentions du Roi, les nouvelles ordonnances, édits & déclarations, & les lettres patentes, qui ont rapport à l'administration de la justice. L'ordonnance de Charles VII. du mois de Novembre 1441, fait mention qu'elle avoit été faite de l'avis & délibération du chancelier, & autres gens du grand-conseil, &c.
C'est à lui que l'on s'adresse pour obtenir l'agrément de tous les offices de judicature ; & lorsqu'il a la garde du sceau royal, c'est lui qui nomme aux offices de toutes les chancelleries du royaume, & qui donne toutes les provisions des offices, tant de judicature que de finance ou municipaux. Les charges d'avocats au conseil tombent dans ses parties casuelles ; il est le conservateur né des priviléges des secrétaires du roi.
La foi & hommage des fiefs de dignité mouvans immédiatement du roi à cause de sa couronne, peut être faite entre les mains du chancelier ou en la chambre des comptes. Le chancelier, comme représentant la personne du roi, reçut à Arras en 1499 l'hommage de l'archiduc d'Autriche, pour ses pairies & comtés de Flandre, d'Artois, & de Charolois. L'archiduc se mettant en devoir de s'agenouiller, il le releva en lui disant, il suffit de votre bon vouloir, en quoi il en usa de même que Charles VII. avoit fait à l'égard du duc de Bretagne.
Ce fut le chancelier Duprat qui abolit l'usage des hommages que nos rois faisoient par procureur, pour certaines seigneuries qui étoient mouvantes de leurs sujets. Il établit à cette occasion le principe, que tout le monde releve du roi médiatement ou immédiatement, & que le roi ne releve de personne.
Il seroit difficile de détailler ici bien exactement toutes les fonctions & les droits attachés à la dignité de chancelier ; nous rapporterons seulement ce qu'il y a de plus remarquable.
D'abord, pour ce qui est de l'étymologie du nom de chancelier, & de l'origine de cet office, on voit que les empereurs romains avoient une espece de secrétaire ou notaire appellé cancellarius, parce qu'il étoit placé derriere des barreaux appellés cancelli, pour n'être point incommodé par la foule du peuple : Naudé dit que c'étoit l'empereur même qui rendoit la justice dedans cette enceinte de barreaux : que le chancelier étoit à la porte, & que c'est de-là qu'il fut nommé chancelier.
D'autres font venir ce nom de ce que cet officier examinoit toutes les requêtes & suppliques qui étoient présentées au prince, & les cancelloit ou biffoit quand elles n'étoient pas admissibles. D'autres, de ce qu'il signoit avec grille ou paraphe fait en forme de grillage, les lettres patentes, commissions, & brevets accordés par l'empereur. D'autres enfin, de ce qu'il avoit le pouvoir de canceller & annuller les sentences rendues par des juges inférieurs.
Ducange, d'après Jean de la Porte, fait venir le mot chancelier de Palestine, où les faîtes des maisons étoient construits en terrasses, bordées de balustres ou parapets nommés cancelli ; il dit qu'on appella cancellarii ceux qui montoient sur ces terrasses, pour y réciter des harangues ; que cette dénomination passa aussi à ceux qui plaidoient au barreau qu'on appelloit cancelli forenses, ensuite au juge même qui présidoit ; & enfin au premier secrétaire du roi.
L'office de chancelier en France revient à-peu-près à celui qu'on appelloit questeur du sacré palais chez les Romains, & qui fut établi par Constantin le grand : en effet c'étoit ordinairement un jurisconsulte que l'on honoroit de cette place de questeur ; parce qu'il devoit connoître les lois de l'Empire, en dresser de nouvelles quand le cas le requéroit, les faire exécuter : elles n'avoient de force que quand il les avoit signées. Il jugeoit les causes que l'on portoit par appel devant l'empereur, souscrivoit les rescrits & réponses du prince, enfin il avoit l'inspection sur toute l'administration de la justice.
En France, l'office de chancelier est presque aussi ancien que la monarchie ; mais les premiers qui en faisoient les fonctions, ne portoient pas le titre de chancelier ; car on ne doit pas appliquer au chancelier de France ce qui est dit de certains officiers subalternes, que l'on appelloit anciennement chanceliers, tels que ceux qui gardoient l'enceinte du tribunal appellée cancelli, parce qu'elle étoit fermée de barreaux.
On donna aussi en France, à l'imitation des Romains, le nom de chancelier à ceux qui faisoient la fonction de greffiers & de notaires, parce qu'ils travailloient dans une semblable enceinte fermée de barreaux.
Les notaires & secrétaires du roi prirent aussi, par la même raison, le nom de chanceliers.
Le roi avoit en outre un premier secrétaire qui avoit inspection sur tous les autres notaires & secrétaires : le pouvoir de cet officier étoit fort étendu ; il faisoit les fonctions de chancelier de France : mais avant d'en porter le titre, on lui a donné successivement différens noms.
Sous la premiere race de nos rois, ceux qui faisoient les fonctions de chanceliers ont été appellés différemment.
Quelques auteurs modernes font Widiomare chancelier ou référendaire de Childéric, mais sans aucun fondement : Grégoire de Tours ne lui donne point cette qualité.
Le premier qui soit connu pour avoir rempli cette fonction, est Aurélien, sous Clovis I. Hincmar dit qu'il portoit l'anneau ou le sceau de ce prince ; qu'il étoit consiliarius & legatarius regis, c'est-à-dire le député du roi. L'auteur des gestes des François le nomme aussi legatorium & missum Clodovaei : Aymoin le nomme familiarissimum regi, pour exprimer qu'il avoit sa plus intime confiance.
Valentinien est le premier que l'on trouve avoir signé les chartes de nos rois, en qualité de notaire ou secrétaire du roi, notarius & amanuensis : il fit cette fonction sous Childebert I.
Baudin & plusieurs autres, sous Clotaire I. & ses successeurs, sont appellés référendaires par Grégoire de Tours, qui remarque aussi que sous le référendaire qui signoit & scelloit les chartes de nos rois, il y avoit plusieurs secrétaires de la chancellerie, qu'on appelloit notaires ou chanceliers du roi, cancellarii regales.
On trouve une charte de Thierri écrite de la main d'un notaire, & scellée par un autre officier du sceau royal. Sous le même roi, Agrestin se disoit notarius regis.
Sous le regne de Chilperic I. il est fait mention d'un référendaire & d'un secrétaire du palais, palatinus scriptor.
Saint Oüen, en latin Audoenus, & Dado, fut référendaire du roi Dagobert I. & ensuite de Clovis II. Aymoin dit qu'il fut ainsi appellé, parce que c'étoit à lui que l'on apportoit toutes les écritures publiques, & qu'il les scelloit du sceau du roi : il avoit sous lui plusieurs notaires ou secrétaires qui signoient en son absence ad vicem. Dans des chartes de l'abbaye de Saint-Denis, il est nommé regiae dignitatis cancellarius : c'est la premiere fois que le titre de chancelier ait été donné à cet office.
La plûpart de ceux qui firent les fonctions de chancelier sous les autres rois de cette premiere race, sont nommés simplement référendaires, excepté sous Clotaire III. que Robert est nommé garde du sceau royal, gerulus annuli regii ; & Grimaud sous Thierri II. qui signe en qualité de chancelier ; ego, cancellarius, recognovi.
Sous la seconde race de nos rois, ceux qui faisoient la fonction de chanceliers ou référendaires, reçurent dans le même tems différens noms : on les appella archi-chanceliers, ou grands chanceliers, souverains chanceliers, ou archi-notaires, parce qu'ils étoient préposés au-dessus de tous les notaires ou secrétaires du roi, qu'on appelloit encore chanceliers.
On leur donna aussi le nom d'apocrisaires ou apocrisiaires, mot dérivé du grec ; qui signifie celui qui rend les réponses d'un autre, parce que le grand chancelier répondoit pour le roi aux requêtes qui lui étoient présentées.
Hincmar, qui vivoit du tems de Louis le débonnaire, distingue néanmoins l'office d'apocrisaire de celui de grand chancelier ; ce qui vient de ce que le grand aumônier du roi faisoit quelquefois la fonction d'apocrisiaire, & en portoit le nom.
On les appella aussi quelquefois archi-chapelains ; non pas que ce terme exprimât la fonction de chancelier, mais parce que l'archi-chapelain ou grand aumônier du roi étoit souvent en même tems son chancelier, & ne prenoit point d'autre titre que celui d'archi-chapelain. La plûpart de ceux qui firent cette fonction sous la premiere & la seconde race, étoient ecclésiastiques.
Sous la troisieme race, les premiers secrétaires ou référendaires furent appellés grands chanceliers de France, premiers chanceliers ; & depuis Baudoüin premier qui fut chancelier de France sous le roi Robert, il paroît que ceux qui firent cette fonction ne prirent plus d'autre titre que celui de chancelier de France ; & que depuis ce tems ce titre leur fut réservé, à l'exclusion des notaires & secrétaires du roi, greffiers, & autres officiers subalternes, qui prenoient auparavant le titre de chanceliers.
Le chancelier fut d'abord nommé par le roi seul.
Gervais archevêque de Rheims, & chancelier de Philippe I. prétendit que la place de chancelier étoit attachée à celle d'archevêque de Rheims ; ce qu'il obtint, dit-on, pour lui & son église. Il étoit en effet le troisieme depuis Hervé qui avoit possédé la dignité de chancelier : mais depuis lui on ne voit point que cette dignité ait été attachée au siége de Rheims.
Dans la suite le chancelier fut élu en parlement par voie de scrutin, en présence du roi. Guillaume de Dormans fut le premier élu de cette maniere en 1371. Louis XI. changea cet ordre ; & depuis ce tems, c'est le roi seul qui nomme le chancelier ; le parlement n'a aucune jurisdiction sur lui.
Cet office n'est point vénal ni héréditaire, mais à vie seulement. Le chancelier est reçu sans information de vie & moeurs, & prête serment entre les mains du roi ; & ses provisions sont présentées par un avocat dans toutes les cours souveraines, l'audience tenante, & y sont lues, publiées, & enregistrées sur les conclusions des gens du Roi.
Quoique l'office de chancelier ait toûjours été rempli par des personnes distinguées par leur mérite & par leur naissance, dont la plûpart sont qualifiées de chevaliers ; il est cependant certain qu'anciennement cet office n'anoblissoit point. En effet, sous le roi Jean, Pierre de la Forêt chancelier, ayant acquis la terre de Loupelande dans le Maine, obtint du roi des lettres de noblesse pour joüir de l'exemption du droit de franc-fiefs. Les chanceliers nobles se qualifioient messire, & les autres, maître. Présentement le chancelier est toûjours qualifié de chevalier, & de monseigneur. M. le chancelier Seguier fut fait duc de Villemor & pair de France, & conserva toûjours l'office de chancelier, outre celle qu'il avoit toûjours de signer & sceller les lettres du prince. Charlemagne constitua le chancelier dépositaire des lois & ordonnances ; & Charles le chauve lui donna le droit d'annoncer pour lui les ordonnances en présence du peuple.
Sous le regne d'Henri premier & de ses successeurs, jusqu'à celui de Louis VIII. il souscrivoit toutes les lettres & chartes de nos rois, avec le grand-maître, le chambrier, le grand boutillier, & le connétable. Depuis 1320 ils cesserent de signer les lettres, & y apposerent seulement le sceau. Il étoit aussi d'usage dès l'an 1365, qu'ils mettoient de leur main le mot visa au bas des lettres, comme ils font encore présentement.
Le pouvoir du chancelier s'accrut beaucoup sous la troisieme race : on voit que dès le tems d'Henri premier il signoit les chartes de nos rois, avec le connétable, le boutillier, & autres grands officiers de la couronne.
Frere Guerin, évêque de Senlis, fut d'abord garde des sceaux sous Philippe-Auguste, pendant la vacance de la chancellerie ; il fut ensuite chancelier sous le regne de Louis VIII. & releva beaucoup la dignité de cette charge ; il abandonna la fonction du secrétariat aux notaires & secrétaires du roi, se réservant seulement sur eux l'inspection : il assista avec les pairs au jugement qui fut rendu en 1224 contre la comtesse de Flandres. Dutillet rapporte que les pairs voulurent contester ce droit aux chancelier, boutillier, chambrier & connétable ; mais la cour du roi décida en faveur de ces officiers. Au sacre du roi c'est le chancelier qui appelle les pairs chacun en leur rang.
Dès le tems de Philippe-Auguste, le chancelier portoit la parole pour le roi, même en sa présence. On en trouve un exemple dans la harangue que frere Guerin fit à la tête de l'armée, avant la bataille de Bouvines en 1214, & la victoire suivit de près son exhortation.
On voit aussi dans Froissart que dès 1355 le chancelier parloit pour le roi, en sa présence, dans la chambre du parlement ; qu'il exposa l'état des guerres, & requit que l'on délibérât sur les moyens de fournir au roi des secours suffisans.
Le chancelier étoit alors précédé par le connétable & par plusieurs autres grands officiers ; dont les offices ont été dans la suite supprimés ; au moyen de quoi celui de chancelier est présentement le premier office de la couronne ; & le chancelier a rang, séance, & voix délibérative, après les princes du sang.
Dans les états que le roi envoyoit autrefois de ceux qui devoient composer le parlement, le chancelier est ordinairement nommé en tête de la grand'chambre ; il venoit en effet y siéger sort souvent. Le cardinal de Dormans, évêque de Beauvais & chancelier, fit l'ouverture des parlemens des 12 Novembre 1369 & 1370, par de longs discours & remontrances, ce qui ne s'étoit pas encore pratiqué. Arnaud de Corbie fit aussi l'ouverture du parlement en 1405 & 1406, le 12 Novembre, & reçut les sermens des avocats & des procureurs. Pierre de Morvilliers reçut aussi les sermens le 11 Septembre 1461.
Dans la suite les chanceliers se trouvant surchargés de différentes affaires, ne vinrent plus que rarement au parlement, excepté lorsque le roi y vint tenir son lit de justice. Le jeudi 14 Mars 1715, M. le chancelier Voisin prit en cette qualité séance au parlement ; il étoit à la petite audience en robe violette, & vint à la grande audience en robe de velours rouge doublée de satin. On plaida devant lui un appel comme d'abus, & il prononça l'arrêt.
Philippe VI. dit de Valois ordonna en 1342, que quand le parlement seroit fini, le roi manderoit le chancelier, les trois présidens du parlement, & dix personnes du conseil, tant clercs que lais, lesquels, suivant sa volonté, nommeroient des personnes capables pour le parlement à venir. On voit même qu'en 1370 le cardinal de Dormans chancelier institua Guillaume de Sens premier président.
Le chancelier nommoit aussi anciennement les conseillers au châtelet, conjointement avec quatre conseillers du parlement, & avec le prevôt de Paris ; il instituoit les notaires & les examinoit avant qu'ils fussent reçûs.
Son pouvoir s'étendoit aussi autrefois sur les monnoies, suivant un mandement de Philippe VI. en 1346, qui enjoint aux maîtres généraux des monnoies de donner au marc d'argent le prix que bon sembleroit au chancelier & aux trésoriers du roi.
Mais Charles V. étant dauphin de Viennois & lieutenant du roi Jean, ordonna en 1356 que dorénavant le chancelier ne se mêleroit que du fait de la chancellerie, de tout ce qui regarde le fait de la justice, & d'ordonner des offices en tant qu'à lui appartient comme chancelier.
Philippe V. défendit au chancelier de passer aucunes lettres avec la clause nonobstant toutes ordonnances contraires ; il ordonna que si l'on en présentoit de telles au sceau, elles seroient rapportées au roi ou à celui qui seroit établi de sa part ; & par une autre ordonnance de 1318, il ne devoit apposer le grand sceau qu'aux lettres auxquelles le scel du secret avoit été apposé ; c'étoit celui que portoit le chambellan, à la différence du petit signet que le roi portoit sur lui.
Charles V. ordonna aussi en 1356, que le chancelier ne feroit point sceller les lettres passées au conseil qu'elles ne fussent signées au moins de trois de ceux qui y avoient assisté, & de ne sceller aucunes lettres portant aliénation du domaine, ou don de grandes forfaitures & confiscations, qu'il n'eût déclaré au conseil ce que la chose donnée pouvoit valoir de rente par an.
Suivant des lettres du 14 Mars 1401, il pouvoit tenir au lieu du roi les requêtes générales, avec tel nombre de conseillers au grand-conseil qu'il lui plairoit, y donner graces & rémissions, & y expédier toutes autres affaires, comme si le tout étoit fait en présence du roi & de son conseil ; il faisoit serment de ne demander au roi aucun don ou grace pour lui ni pour ses amis, ailleurs que dans le grand-conseil.
Charles VI. ordonna en 1407, qu'en cas de minorité du roi, ou lorsqu'il seroit absent, ou tellement occupé qu'il ne pourroit vaquer aux affaires du gouvernement, elles seroient décidées à la pluralité des voix dans un conseil composé de la reine, des princes du sang, du connétable, du chancelier, & des gens de son conseil : après la mort de ce prince, on expédia quelques lettres au nom du chancelier & du conseil. Louis XIV. en partant de Paris au mois de Février 1678, pour aller en Lorraine, dit aux députés du parlement qu'il laissoit sa puissance entre les mains de M. le chancelier, pour ordonner de tout en son absence suivant qu'il le jugeroit à-propos.
François I. déclara au parlement qu'il n'avoit aucune jurisdiction ni pouvoir sur le chancelier de France. Ce fut aussi sous le regne du même prince qu'il reçut le serment du connétable, & qu'il fut gratifié du droit d'indult, comme étant chef de la justice.
Quoique le chancelier ne soit établi que pour le fait de la justice, on en a vû plusieurs qui étoient en même tems de grands capitaines, & qui commandoient dans les armées. Tel fut S. Oüen, référendaire du roi Dagobert I. tel fut encore pierre Flotte, qui fut tué à la bataille de Courtrai les armes à la main, le 11 Juillet 1302. A l'entrée du roi à Bordeaux en 1451, le chancelier parut à cheval armé d'un corselet d'acier, & par-dessus une robe de velours cramoisi. M. le chancelier Seguier fut envoyé à Roüen en 1639, à l'occasion d'une sédition ; il commandoit les armes, on prenoit le mot de lui. Voyez l'abregé chronol. de M. le président Henault.
L'habit de cérémonie du chancelier est l'épitoge ou robe de velours rouge doublée de satin, avec le mortier comblé d'or & bordé de perles ; il a droit d'avoir chez lui des tapisseries semées de fleurs-de-lis, avec les armes de France, & les marques de sa dignité.
Quand il marche en cérémonie, il est précédé des quatre huissiers de la chancellerie portans leurs masses, & des huissiers du conseil appellés vulgairement huissiers de la chaîne ; il est aussi accompagné d'un lieutenant de robe-courte de la prevôté de l'hôtel, & de deux gardes, ce qui paroît avoir une origine fort ancienne ; car Charles VI. ayant réduit en 1387 le nombre des sergens d'armes, ordonna que l'un d'eux demeureroit auprès du chancelier.
Anciennement le chancelier portoit le deuil & assistoit aux obséques des rois. Guillaume Juvénal des Ursins, chancelier, assista ainsi aux funérailles de Charles VI. VII. & VIII. mais depuis long-tems l'usage est que le chancelier ne porte point le deuil, & n'assiste plus à ces sortes de cérémonies. On a voulu marquer par-là que la justice conserve toûjours la même sérénité.
Suivant une cédule sans date qui se trouve à la chambre des comptes de Paris, Philippe d'Antogni, qui portoit le grand sceau du roi S. Louis, prenoit pour soi, ses chevaux & valets à cheval, sept sous parisis par jour pour l'avoine & pour toute autre chose, excepté son clerc & son valet-de-chambre, qui mangeoient à la cour. Leurs gages étoient doubles aux quatre fêtes annuelles ; le chancelier avoit des manteaux comme les autres clercs du roi, & livrée de chandelle comme il convenoit pour sa chambre & pour les notaires ; quelquefois le roi lui donnoit pour lui un palefroi, pour son clerc un cheval, & pour le registre sommier. Sur 60 sous d'émolument du sceau, il en prenoit dix, & en outre sa portion du surplus, comme les autres clercs du roi, c'est-à-dire les secrétaires du roi ; enfin quand il étoit dans des abbayes ou autres lieux où il ne dépensoit rien pour ses chevaux, cela étoit rabattu sur ses gages.
En 1290 il n'avoit que six sous par jour avec bouche à cour pour lui & les siens ; & 20 sous par jour, lorsqu'il étoit à Paris & mangeoit chez lui.
Deux états de la maison du roi, des années 1316 & 1317, nomment le chancelier comme le premier des grands officiers qui avoient leur chambre, c'est-à-dire leur logement en l'hôtel du roi. Il y est dit que si le chancelier est prélat, il ne prendra rien à la cour ; que s'il est simple clerc, il aura, comme messire de Nogaret avoit, dix soldées de pain par jour, trois septiers de vin pris devers le roi ; & les autres du commun, six pieces de chair, six pieces de poulailles ; & au jour de poisson, qu'il aura à l'avenant ; qu'on ne lui comptera rien pour cuisson qu'il fasse en cuisine ni en autre chose ; qu'on lui fera livraison de certaine quantité de menues chandelles & torches, mais que l'on rendroit le torchon, c'est-à-dire les restes des flambeaux. Ces détails qui alloient jusqu'aux minuties, marquent quel étoit alors le génie de la nation.
Une ordonnance de 1318 porte qu'il devoit compter trois fois l'année en la chambre des comptes, de l'émolument du sceau ; & en 1320 il n'avoit encore que 1000 livres parisis de gages par an, somme qui paroît d'abord bien modique pour un office si considérable : mais alors le marc d'argent ne valoit que trois livres sept sous six deniers, ensorte que 1000 liv. parisis valoient alors environ autant qu'aujourd'hui 22000 liv.
Les anciennes ordonnances ont encore accordé aux chanceliers plusieurs droits & priviléges, tels que l'exemption du ban & arriere-ban, le droit de prise pour les vivres, comme le roi, & à son prix ; l'exemption des péages & travers pour les provisions de sa maison, & de tous droits d'aides ; droit de chauffage, qui ne consistoit qu'en deux moules de buches, c'est-à-dire deux voies de bois, & quatre quand les notaires du roi étoient avec lui ; enfin il a encore plusieurs autres droits & priviléges qu'il seroit trop long de détailler.
Pour connoître à fond toutes les fonctions & prérogatives de cette charge, il faut voir Miraumont, origine de la chancellerie de France ; Pasquier, recherches de la France, liv. II. ch. xij. Le Bret, tr. de la souveraineté, liv. IV. ch. j. Tessereau, hist. de la chancellerie ; Blanchard, compilation chronol. des ordonnances ; Joly, des offices de France, additions au II. liv. tit. j. & ci-après CHANCELLERIE, GARDE DES SCEAUX, & SCEAU.
CHANCELIERS DES ACADEMIES, sont des académiciens qui dans certaines académies de gens de Lettres ont la garde du sceau de l'académie, dont ils scellent les lettres des académiciens, & autres actes émanés de l'académie. Le chancelier de l'académie françoise est le premier officier après le directeur, il préside en son absence. On les élit l'un & l'autre tous les trois mois. Il y a aussi un chancelier dans l'académie royale de Peinture & de Sculpture.
Ces chanceliers des académies sont aussi chargés d'en faire observer les statuts.
Il y a de semblables chanceliers dans plusieurs académies des villes de province, comme à la Rochelle ; & dans quelques sociétés littéraires, comme à Arras.
Dans les universités d'Allemagne, que quelques-uns appellent improprement en notre langue académies, il y a un chancelier qui occupe la premiere place après le recteur ; sa charge est perpétuelle ; c'est lui qui a l'inspection pour empêcher qu'on ne contrevienne aux statuts de l'académie, qu'on ne remplisse les places de professeurs de personnes incapables, & que l'on ne confere les degrés de bachelier, licentié, ou maître-ès-arts, à ceux qui en sont indignes, soit par leur incapacité ou par leurs mauvaises moeurs.
CHANCELIER D'ALENÇON, étoit le chancelier particulier des princes qui tenoient le comté ou duché d'Alençon en apanage. Loysel, dans son dialogue des avocats, parle de Brinon, président à Roüen, lequel faisant auparavant la profession d'avocat, étoit en même tems chancelier d'Alençon. Jacques Olivier, premier président au parlement, mort le 20 Novembre 1519, étoit chancelier de Charles de Valois IV. du nom, duc d'Alençon, comte du Perche.
Guy du Faur, seigneur de Pibrac, président à mortier, fut chancelier de François duc d'Alençon, frere du roi Henri III. qui mourut en Juin 1584. Il avoit pour apanage le duché d'Alençon, l'Anjou & le Brabant.
Le duché d'Alençon fut en dernier lieu donné en apanage, avec plusieurs autres seigneuries, à Charles de France, duc de Berri, par lettres du mois de Juin 1710 ; mais son chancelier ne fut point appellé autrement que chancelier garde des sceaux du duc de Berri, & non plus chancelier d'Alençon.
CHANCELIER D'ANGLETERRE, ou grand chancelier, est celui qui a la garde du grand sceau du roi. Cet office a été établi en Angleterre à l'imitation du chancelier de France. Guillaume de Neubrig, chap. xij. xvj. & xxjv. du livre II. de son histoire d'Angleterre, parle de S. Thomas de Cantorbéry, qu'il qualifie chancelier sage & industrieux du même pays. Froissart, chap. ccxljx. du premier volume de ses chroniques, fait mention de deux évêques de Wincestre qui furent consécutivement chanceliers de cette nation. Et Comines, dans ses mémoires de la vie de Louis XI. introduit le chancelier d'Angleterre parlant pour Edoüard son maître, en présence de Louis XI. Il ajoûte qu'il étoit prélat évêque de Lisle ou Eley, Eliensis, suivant Polidore Virgile.
Le chancelier d'Angleterre est le seul juge de la chancellerie, qui est la cour souveraine du royaume pour les affaires civiles. Il a cependant douze assistans, qu'on appelloit autrefois coadjuteurs, qui ont des appointemens du roi, & doivent être docteurs en droit civil. Le chancelier les consulte dans les cas difficiles, mais il n'est pas obligé de suivre leur avis. Le premier de ces assistans est le maître des rôles ; il juge en l'absence du chancelier, & a séance à côté de lui dans la chambre haute.
Le chancelier doit juger selon les lois & statuts du royaume ; il peut néanmoins aussi juger selon l'équité, & modérer la rigueur de la loi, ce que ne peuvent pas faire les autres juges.
La cour de la chancellerie est au-dessus de toutes les autres, dont elle peut corriger & réformer les jugemens.
On la divise en deux cours ; l'une où l'on juge à la rigueur, & dans celle-là toutes les procédures & actes se font en latin : il y a 24 clercs établis pour cela.
L'autre est celle de l'équité, les procédures s'y font en anglois. Six clercs sont ordonnés pour ces sortes d'actes. Comme celle-ci est une cour de conscience & de miséricorde, la forme de procéder y est beaucoup plus simple.
C'est aussi la cour de chancellerie qui dresse les lettres circulaires du roi pour convoquer le parlement, les édits, proclamations, pardons, &c.
Le chancelier nomme à tous les bénéfices dont le revenu est au-dessous de 20 liv. sterling : c'est pourquoi jusqu'à Henri VIII. c'étoit toûjours un ecclésiastique qui étoit pourvû de cette charge.
La fonction de chancelier & celle de garde des sceaux avoient été long-tems séparées ; présentement elles sont réunies.
Deux des plus illustres chanceliers d'Angleterre, sont Thomas Morus, qui eut la tête tranchée pour n'avoir pas voulu reconnoître Henri VIII. en qualité de chef de l'église anglicane, & François Bacon, auteur de plusieurs ouvrages admirables.
Il y a aussi un chancelier du duché de Lancastre, qui est le président de la cour de ce duché, & un autre à la cour de l'échiquier. Chacun d'eux, dans le tribunal où il préside, est chargé des intérêts de la couronne, & même du recouvrement des revenus du domaine. Voyez Chamberlaine, état d'Angleterre.
Pour ce qui est des chanceliers des universités de Cambridges & d'Oxford, voyez ci-après CHANCELIERS DANS LES UNIVERSITES, vers la fin.
CHANCELIER DU COMTE ou DU DUC D'ANJOU ET DU MAINE, étoit le chancelier particulier que ces seigneurs avoient pour leur apanage. L'abbé de Vendôme étoit chancelier du duc d'Anjou le 21 Mai 1375. On trouve aussi des lettres de Louis duc d'Anjou, du 22 Janvier 1377, données à la relation de son chancelier. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome VI. p. 31 & 32, & p. 673. Philippe Huraut, seigneur de Chiverny, étoit chancelier du duc d'Anjou roi de Pologne, avant d'être chancelier de France. Voyez l'hist. des chanceliers.
CHANCELIER D'APANAGE. Voyez ci-après CHANCELIER DES FILS ET PETITS-FILS DE FRANCE, & CHANCELLERIE D'APANAGE.
CHANCELIER D'AQUITAINE, étoit celui qui gardoit le sceau des ducs d'Aquitaine & scelloit toutes leurs lettres. La fonction de cet officier a été éteinte autant de fois que l'Aquitaine a été réunie à la couronne. Nous nous contenterons de rapporter ici un trait singulier sur Jean de Nesle qui étoit chancelier d'Aquitaine au commencement du XVe siecle, dans le même tems qu'Henri de Marle étoit chancelier de France. Dans un conseil du roi tenu en 1412, où présidoit le duc d'Aquitaine, il y eut quelques paroles entre le chancelier de France & celui d'Aquitaine : ce dernier ayant par plusieurs fois donné à l'autre un démenti formel, Henri de Marle lui dit : " Vous m'injuriez, & l'avez déja fait autrefois, moi qui suis chancelier du roi ; néanmoins je l'ai toujours souffert par respect pour monseigneur d'Aquitaine qui est ici présent, & suis encore prêt de le faire ". De quoi le duc d'Aquitaine tout émû, prit son chancelier par les épaules, & le chassa hors de la chambre, lui disant : " Vous êtes un mauvais ribaut & orgueilleux, nous n'avons plus besoin de votre service, qui avez ainsi injurié en notre présence le chancelier de monseigneur le roi ". Cela fait, de Nesle rendit les sceaux, & un autre fut nommé à sa place.
L'Aquitaine ayant été réunie à la couronne par Charles VII. en 1453, & n'en ayant plus été démembrée, il n'y a plus eu depuis ce tems de chancelier d'Aquitaine. Voyez Bouchel, bibliotheque du droit françois, au mot CHANCELIER.
CHANCELIER D'ARLES, voyez CHANCELIER DE BOURGOGNE.
CHANCELIER DE L'ARCHIDUC D'AUTRICHE, est celui qui porte le sceau de l'archiduc, & qui fait auprès de lui toutes les autres fonctions que font les autres chanceliers des princes souverains. Cet office paroît avoir été institué à-peu-près dans le même tems que l'Autriche fut érigée en archiduché, c'est-à-dire en 1477 : en effet, dès l'an 1499 on trouve que quand l'archiduc vint à Arras pour faire entre les mains du chancelier de France la foi & hommage qu'il devoit au roi pour ses pairies & comtés de Flandres, Artois & Charolois, le chancelier de France étant à une lieue d'Arras, messire Thomas de Pleure, évêque de Cambrai, chancelier de l'Archiduc, accompagné du comte de Nassau & de plusieurs autres seigneurs de marque, vinrent saluer le chancelier de France de la part de leur maître. Voyez le procès verbal de ce voyage, qui est rapporté dans Joly, tr. des offices, tome I. aux additions sur le second livre.
CHANCELIER DES ARTS, est un titre que l'on donnoit anciennement, & que l'on donne encore quelquefois au chancelier de l'église de sainte Génevieve ; ce qui provient de ce qu'au commencement l'université de Paris, dont il étoit alors le seul chancelier, n'étoit composée que de la faculté des arts, & de ce qu'actuellement il ne donne plus la bénédiction de licence que dans la faculté des arts ; cependant le chancelier de Notre-Dame la donne aussi dans cette même faculté. Voyez ci-après CHANCELIER DE L'ÉGLISE DE PARIS, DE SAINTE GENEVIEVE, & DE L'UNIVERSITE.
CHANCELIER DES ARTS, dans l'université de Montpellier, est le chancelier particulier de la faculté des arts. Voyez ci-après CHANCELIER DES FACULTES DE L'UNIVERSITE DE MONTPELLIER.
CHANCELIER D'AUTRICHE, voyez ci-devant CHANCELIER DE L'ARCHIDUC.
CHANCELIER D'AUVERGNE étoit un garde des petits sceaux royaux, dont on se servoit en la province d'Auvergne. Il y avoit de semblables chanceliers dans différentes provinces, comme le remarque M. de Marillac dans son traité des chanceliers. Il est parlé des chanceliers ou garde des sceaux d'Auvergne dans des lettres de Philippe-le-Bel, du mois de Mars 1303 ; données en faveur des barons & nobles ayant justice au pays d'Auvergne. Ces lettres parlent de ces chanceliers d'Auvergne au plurier, ce qui annonce qu'il y en avoit plusieurs dans cette même province. Il est dit qu'ils ne pourront, sous prétexte des obligations qu'ils auront scellées, ou sous prétexte de l'exécution de leurs sceaux, saisir ou mettre en la main du roi les fiefs, arriere-fiefs & censives des nobles ayant justice, sans y appeller les parties, ou ceux qui y ont intérêt, & avec connoissance de cause ; que l'on ne procédera sur ces biens par voie d'exécution, en conséquence du mandement des chanceliers, qu'en cas de négligence de la part des nobles ; que si un débiteur oblige un immeuble, & le vend ensuite sans fraude à un tiers, celui-ci ne pourra être poursuivi par-devant les chanceliers, ni l'immeuble être saisi, si le principal débiteur a des biens sur lesquels le créancier puisse se pourvoir ; que lorsqu'il y aura saisie ou apposition de la main du roi sur quelque fief ou censive, de la part des chanceliers, pour l'exécution de leur sceau, cela n'empêchera pas le seigneur d'user de son droit, & de saisir selon le droit & la coûtume.
Dans d'autres lettres du même prince, du mois de Mai 1304, en faveur des barons nobles & habitans de la même province, il est dit que les chanceliers ne mettront nulles lettres passées sous le scel du roi à exécution dans les terres & justices subalternes, sinon au défaut des seigneurs, & en cas de négligence de leur part ; que si quelqu'un obligeoit une chose dont il ne fût pas en possession, les chanceliers n'en auroient pas la connoissance ; que les chanceliers n'auroient aucuns notaires dans les justices des barons & des autres seigneurs, & que leurs notaires ne pourront y recevoir aucuns contrats ; qu'ils ne jugeront ni ne taxeront aucunes amendes pour les appels que l'on interjettoit d'eux & auxquels on auroit succombé ; que ces amendes seroient taxées par les baillis.
Il est parlé du sénéchal du Roüergue en Auvergne, dans des privileges accordés à la ville de Sauveterre en Roüergue par Charles V. au mois d'Avril 1370.
Il paroît aussi que quelques seigneurs particuliers de la province avoient leur chancelier. En effet, dans des lettres de Charles VI. du mois de Mars 1397, portant confirmation d'un accord fait entre l'évêque de Clermont, seigneur du lieu nommé Laudosum, & les habitans de ce lieu, touchant leurs droits respectifs, il est parlé du prevôt de ce même lieu, qui étoit aussi le chancelier de l'évêque.
CHANCELIERS DE BARBARIE, voyez ci-après CHANCELIERS DES CONSULS DE FRANCE.
CHANCELIER DE LA BASOCHE, est le président d'une jurisdiction en dernier ressort appellée la basoche, que les clercs des procureurs au parlement de Paris ont pour juger les contestations qui peuvent survenir entr'eux.
Le roi de la basoche, qui étoit autrefois le chef de cette jurisdiction, avoit son chancelier, qui étoit le second officier du royaume, ou jurisdiction de la basoche ; mais Henri III. ayant défendu qu'aucun de ses sujets prit dorénavant le titre de roi, le chancelier est devenu le premier officier de la basoche.
Sa fonction ne dure qu'un an, à moins qu'il ne soit continué. L'élection se fait au mois de Novembre ; on le choisit entre les quatre plus anciens maîtres des requêtes, avocat & procureur généraux, & leur procureur de communauté. La forme de cette élection a été réglée par un arrêt du 5 Janvier 1636, rendu sur les conclusions de M. l'avocat général Bignon.
Le chancelier ne peut être marié ni bénéficier ; son habit de cérémonie est la robe de palais & le bonnet quarré.
Il préside au tribunal de la basoche, & en son absence le vice-chancelier.
Lorsque les arrêts de la basoche sont attaqués par voie de cassation, l'affaire est portée devant l'ancien conseil, qui se tient par le chancelier assisté des procureurs au parlement.
Le chancelier peut donner des mandemens pour convoquer ses suppôts aux montres, ou autres cérémonies, sous peine d'amende. Voyez Miraumont origine de la basoche, & BASOCHE.
CHANCELIER DU DUC DE BERRI, étoit le chancelier que ce prince avoit pour son apanage. Il en est fait mention au bas des lettres données le 12 Octobre 1401, par Jean fils de France, duc de Berri, où il est désigné par le mot vous, qui dans l'ancien style des lettres royaux, désigne le chancelier. Voyez le recueil des ordonn. de la troisieme race, tom. VIII. pag. 472. Girard de Montaigu, évêque de Poitiers, étoit chancelier du duc de Berri, & avoit son hôtel à Paris rue des Marmousets. Voyez Sauval, antiq. de Paris, tome II. pag. 151. Michel de l'Hôpital, natif d'Aigueperse en Auvergne, fut long-tems chancelier de Marguerite de France duchesse de Berri, & ensuite nommé chancelier de France en 1560. Tessereau, hist. de la chanc.
CHANCELIER DE BOHEME, est celui qui a la garde du sceau du roi de Bohême. La chancellerie est toûjours à la suite de la cour. Il y a aussi un grand-chancelier en Silésie, qui est président du conseil supérieur. En 1368, le chancelier de Bohême avoit un hôtel à Paris. Voyez Sauval, antiq. tom. II. pag. 151.
CHANCELIER DE BOURBON, étoit le chancelier particulier des ducs de Bourbon. Au parlement tenu à Vendôme par la décision du procès de Jean duc d'Alençon, en 1458, le duc de Bourbon siégeoit sur les hauts bancs avec les princes ; & dessous les hauts bancs, après les quatre maîtres des requêtes, étoit le chancelier de Bourbon. Voyez l'Histoire généalog. & chron. d'Anselme, tom. III. pag. 262.
CHANCELIER DE BOURGOGNE, GRAND-CHANCELIER, ou ARCHI-CHANCELIER du royaume de Bourgogne & d'Arles, est un titre que prenoit l'archevêque de Vienne en Dauphiné. Cette dignité fut accordée très-anciennement aux archevêques de Vienne par les empereurs ; puisque dès le tems de Lothaire on trouve un diplôme de l'an 842, où l'archevêque de Vienne est qualifié d'archicancellarium palatii. On en trouve plusieurs autres exemples des années 937, 945, 972, 992.
L'empereur Fréderic I. en 1157, confirma cette dignité à Etienne, archevêque de Vienne, pour lui & ses successeurs, à perpétuité : il veut qu'il soit in regno Burgundiae sacri palatii nostri archicancellarius, & summus notariorum nostrorum. La même chose se trouve repétée dans un diplôme de Fréderic II. de l'an 1214.
Depuis que les royaumes de Bourgogne & d'Arles ne subsistent plus, cette dignité de chancelier est devenue sans objet. Voyez le glossaire de Ducange au mot Archicancellarius ; & ci-après au mot GRAND-CHANCELIER DE L'EMPIRE.
CHANCELIER DES DUCS DE BOURGOGNE, voyez ci-après CHANCELIER DE BOURGOGNE.
CHANCELIER DE BRETAGNE, étoit celui qui avoit la garde du grand sceau des ducs de Bretagne, avant que cette province fut réunie à la couronne. Charles VIII. ayant épousé Anne de Bretagne, donna un édit au mois de Mai 1494, par lequel il abolit le nom de l'office de chancelier de Bretagne, attendu, est-il dit, qu'en la chancellerie de France il n'y a accoûtumé d'avoir qu'un seul & unique chancelier, chef & administrateur de la justice, & régla la chancellerie de cette province à l'instar de celles qui étoient établies près des parlemens de Paris, Toulouse & Bordeaux. voyez ci-après CHANCELLERIE DE BRETAGNE, & CHANCELLERIES PRES LES COURS.
CHANCELIER DE CHAMPAGNE, étoit celui qui avoit la garde du sceau des comtes de Champagne, cet office subsista tant qu'il y eut des comtes de Champagne, c'est-à-dire jusqu'au mariage de Jeanne reine de Navarre, comtesse de Champagne & de Brie avec Philippe IV. dit le Bel, le 6 Août 1284. On conserva pourtant encore la distinction de la chancellerie de Champagne. Voyez ci-après CHANCELLERIE DE CHAMPAGNE.
Dans un procès-verbal qui fut fait en 1328 à la chambre des comptes pour constater l'usage pratiqué anciennement par rapport à l'émolument du sceau, il fut dit qu'il seroit mandé à Troyes ; que l'on vit par les anciens registres, combien les chanceliers de Champagne, de qui le roi avoit maintenant la cause, prenoient pour toutes les lettres de Champagne, & combien les notaires y avoient. Voyez Tessereau, hist. de la chancellerie, liv. I.
CHANCELIER DU CHASTELAIN DU CHASTEL NARBONNOIS, étoit celui qui avoit la garde du scel royal sous le châtelain de Narbonne. Il en est fait mention dans des lettres de Philippe VI. dit de Valois, du 14 Juin 1345, rapportées dans les ordonnances de la troisieme race, tome II. page 230.
CHANCELIER DE CHYPRE, voyez CHANCELIER DU ROI DE JERUSALEM.
CHANCELIER DE CLERMONT, voyez CHANCELIER DE L'EVEQUE DE CLERMONT.
CHANCELIER DE LA COMMUNE DE MEAUX, est ainsi nommé dans la charte commune de la ville de Meaux, de l'an 1179 : c'étoit proprement le greffier de la ville, ou plutôt celui qui gardoit le sceau de la ville ; car il avoit sous lui un écrivain. Voyez le glossaire de Ducange, au mot Cancellarius communiae.
CHANCELIERS DES CONSULS DE FRANCE dans les pays étrangers, sont ceux qui ont la garde du sceau du consulat, & qui scellent tous les jugemens, commissions & autres actes émanés du consulat, ou qui sont passés ou légalisés sous son sceau. Les consuls des échelles du Levant & de Barbarie, ont la plûpart un chancelier : il y en a même auprès de plusieurs vice-consuls. Il y a aussi un chancelier du consulat de France au port de Cadix en Espagne : ces chanceliers font tout-à-la-fois la fonction de secrétaires du consulat, celles de gardes-scel, de greffiers & de notaires.
Dans quelques endroits moins considérables, le consul a lui-même la garde du sceau.
Suivant l'ordonnance de la Marine du mois d'Août 1681, titre jx. des consuls de la nation françoise dans les pays étrangers, ceux qui ont obtenu du roi des lettres de consul dans les villes & places de commerce des états du grand-seigneur, appellés échelles du Levant, & autres lieux de la Méditerranée, doivent les faire enregistrer en la chancellerie de leur consulat.
L'article 16 porte, que les consuls doivent commettre à l'exercice de la chancellerie des personnes capables, & leur faire prêter serment ; & ils en demeurent civilement responsables : en quoi nous avons suivi la disposition des empereurs Honorius, & Théodose, en la loi nullus judicium, cod. de assessoribus domesticis & cancellariis, qui veut que les chanceliers ou greffiers des présidens & autres gouverneurs des provinces, soient élûs par le corps des officiers ordonnés à la suite du gouverneur, à la charge que la compagnie répondroit civilement des fautes de celui qu'elle auroit élu pour chancelier.
La disposition de cet article n'est plus observée depuis l'édit du mois de Juillet 1720, registré au parlement le 6 Mars 1721, portant que les chanceliers dans les échelles du Levant & de Barbarie, seront pourvûs de brevets du roi, nonobstant l'article 16. du titre jx. de l'ordonnance de 1681 ; & qu'en cas de mort ou d'absence, le premier député de la nation en fera les fonctions pendant la vacance.
Les droits des actes & expéditions de la chancellerie doivent être reglés par eux, de l'avis des députés de la nation françoise, & des plus anciens marchands ; & le tableau doit en être mis au lieu le plus apparent de la chancellerie, & l'extrait en être envoyé incessamment par chaque consul au lieutenant de l'amirauté, & aux députés du commerce de Marseille.
Le consul doit faire l'inventaire des biens & effets de ceux qui décedent sans héritiers sur les lieux, ensemble des effets sauvés des naufrages ; & le chancelier doit s'en charger au pié de l'inventaire, en présence de deux notables marchands qui le signent.
Les testamens reçus par le chancelier dans l'étendue du consulat, en présence du consul & de deux témoins, & signés d'eux, sont réputés solemnels.
Les polices d'assûrances, les obligations à grosse avanture ou à retour de voyage, & tous autres contrats maritimes, peuvent être passés en la chancellerie du consulat, en présence de deux témoins qui signent l'acte.
Enfin le chancelier doit avoir un registre côté & paraphé en chaque feuillet par le consul & par le plus ancien des députés de la nation ; sur lequel il écrit toutes les délibérations & les actes du consulat, enregistre les polices d'assûrances, les obligations & contrats qu'il reçoit, les connoissemens ou polices de chargemens qui sont déposés en ses mains par les mariniers & passagers, l'arrêté des comptes des députés de la nation, les testamens & inventaires des effets délaissés par les défunts ou sauvés des naufrages, & généralement les actes & procédures qu'il fait en qualité de chancelier.
CHANCELIER DE DANEMARK, est un des grands officiers de la couronne, qui a la garde du sceau royal. Il est le chef d'un conseil appellé la chancellerie ; & en cette qualité il a entrée au conseil d'état, de même que tous les chefs des autres conseils. Le chancelier particulier du duché d'Holstein y a aussi entrée.
L'appel des juges royaux de Danemark ressortit au conseil de la chancellerie. On appelle ensuite du chancelier au conseil du roi ou d'état, auquel le roi préside. Il y a aussi un autre conseil, appellé le conseil de justice, qui a pour chef le grand-justicier, officier différent du chancelier. Quand il y a quelque plainte contre un juge, on le fait citer par un officier de la chancellerie aux grands jours que le roi tient de tems en tems, pour examiner la conduite des juges subalternes. Voyez la Martiniere, à l'article de Danemark.
CHANCELIER DU DAUPHIN ou DU DAUPHINE, étoit celui qui avoit la garde du sceau du dauphin de Viennois, & qui scelloit toutes les lettres émanées de ce souverain.
Il est à croire que dès qu'il y eut des dauphins de Viennois, lesquels commencerent dès le xj. siecle, ils eurent un chancelier. Il en est parlé dans un réglement fait pour la maison du dauphin en 1336.
C'étoit le plus considérable des officiers du dauphin, & celui en qui résidoient les principales fonctions de la justice. Son ministere lui attiroit beaucoup d'honneur & de considération ; il avoit 200 florins d'or d'appointemens, y compris les gages de son secrétaire & d'un certain nombre de domestiques, que l'état lui entretenoit.
Ses principales fonctions étoient de rendre des ordonnances sur les requêtes des parties, soit qu'elles tendissent à obtenir justice, ou à demander quelque grace. Il ne déterminoit rien sur les premieres, qu'en présence du dauphin ou de quatre conseillers du conseil, & après avoir pris leur avis. A l'égard des autres, il les rapportoit au dauphin pour savoir sa volonté avant de les répondre. Après avoir mis son ordonnance au bas, il les distribuoit à un des greffiers de la chancellerie, pour les expédier en forme de lettres. Le juge de l'hôtel en ordonnoit ensuite la publication à son audience ; & enfin ces lettres étoient revûes par le chancelier, pour les sceller du grand sceau à queue pendante, ou du sceau privé, selon que l'affaire étoit plus ou moins importante.
S'il remarquoit que l'on eût usé de surprise, ou que l'on eût passé trop legerement sur l'intérêt public, il étoit de son devoir d'en faire des remontrances au dauphin, afin qu'il y pourvût comme il convenoit.
Lorsqu'il s'agissoit de dons, de pensions, ou de provisions d'offices, il ordonnoit à ses greffiers de les enregistrer. Il leur faisoit aussi tenir des registres exacts de tous les hommages prêtés au dauphin, ou à ses prédécesseurs ; de même que des traités, quittances, assignations, transports, ventes, & autres actes qui le concernoient ; & des états sommaires de tous les contrats qui se trouvoient dans les protocoles des notaires de la province.
Il avoit la garde du grand sceau & du scel privé, & commettoit à la perception des émolumens qui en provenoient, quelque personne de confiance qui devoit en remettre les deniers tous les mois dans un coffre fermant à deux clés, qui demeuroient l'une entre les mains du chancelier, l'autre entre les mains du juge de l'hôtel. Les appointemens du chancelier étoient pris sur ce fonds.
Outre le chancelier de Dauphiné, il y avoit une garde du scel du conseil delphinal ; lequel, dans une ordonnance de Humbert II. en 1340, est nommé chancelier de ce conseil, mais improprement ; car c'étoit un des conseillers qui avoit seulement le droit de présider au conseil, & la garde des sceaux du conseil.
L'office de chancelier de Dauphiné étoit, comme on a vû, beaucoup plus considérable que celui-ci : aussi voit-on qu'il fut long-tems possédé sous Humbert II. par l'évêque de Tivoli, qui étoit son confesseur.
Humbert II. ayant cédé en 1343 le Dauphiné au roi Philippe VI. dit de Valois, à condition que celui des enfans de France qui auroit cette province, en porteroit le nom & les armes ; Charles V. qui n'étoit encore que petit-fils de France, prit possession du Dauphiné en 1349. Lui & ses successeurs continuerent d'avoir un chancelier, comme les dauphins en avoient toûjours eu.
Il est dit dans une ordonnance du mois d'Octobre 1358, faites par Charles V. fils de France, alors régent du royaume & dauphin de Viennois, que son chancelier scellera cette ordonnance du grand sceau, sans prendre aucun émolument.
Il avoit entrée au conseil du roi, comme il paroît par différentes lettres ; entr'autres celles qui furent données par Charles V. au mois d'Août 1364, pour la confirmation des priviléges de Montpellier, où il est qualifié de chancelier de Dauphiné. Guillaume de Dormans, qui est qualifié de chancelier de Viennois, assista en cette qualité au conseil tenu le 28 Décembre 1366, au sujet de l'excès d'apanage de Philippe de France duc d'Orléans. On trouve encore le chancelier de Dauphiné au nombre de ceux qui composoient le conseil tenu à l'hôtel Saint-Paul le 18 Février 1411.
On trouve aussi que le 29 Juillet 1464, il siégeoit à la chambre des comptes de Paris.
L'arrêt de Me Henri Camus, du 13 Juillet 1409, fait connoître qu'en la chancellerie de Louis de France, dauphin de Viennois, duc de Guienne, fils de Charles VII. il y avoit un audiencier & un trésorier de ses chartes.
Louis XI. n'étant encore que dauphin, avoit son chancelier ; mais on ne voit pas qu'il y en ait eu depuis. Il y a néanmoins toûjours une chancellerie particuliere près le parlement de Grenoble. Voyez du Tillet, des apanages des enfans de France, & les mém. de Valbonay ; du Tillet, des rangs des grands de France.
CHANCELIER DE DOMBES, est le chef de la justice dans la principauté souveraine de Dombes ; il réunit aussi la fonction de garde des sceaux du prince, & préside au conseil souverain que le prince a près de sa personne, où sont portées les requêtes en cassation contre les arrêts du parlement de Dombes, & autres affaires qui sont de nature à être traitées dans ce conseil, ou que le prince juge à-propos d'y évoquer : c'est lui qui donne toutes les provisions des offices, lettres-patentes, & qui rédige les réglemens : il prête serment entre les mains du prince de Dombes, & ses provisions sont présentées par un avocat en l'audience du parlement de Dombes, où elles sont lûes, publiées & enregistrées, & le procureur général en envoye des copies collationnées aux requêtes du palais, & dans tous les bailliages & autres jurisdictions inférieures de la souveraineté. Dans ses provisions & dans toutes les lettres qui lui sont adressées, le prince le traite de notre amé & féal, & lui donne le titre de chevalier.
L'institution de cet office rémonte probablement jusqu'au onzieme siecle, tems auquel la Dombes commença à former une souveraineté particuliere.
Le chancelier de Dombes réunit aussi la fonction de secrétaire d'état, & celle de contrôleur général des finances. Voyez l'hist. de Savoie & celle de Bresse, par Guichenon.
CHANCELIER DE DROIT, voyez ci-devant CHANCELIER DES FACULTES DE L'UNIVERSITE DE MONTPELLIER.
CHANCELIER DANS LES ÉCHELLES DU LEVANT ET DE BARBARIE, voyez ci-devant CHANCELIER DES CONSULS DE FRANCE.
CHANCELIER DE L'ÉCHIQUIER ou GRAND-CHANCELIER DE LA COUR DE L'ÉCHIQUIER, est un des juges de la cour des finances d'Angleterre, qu'on appelle aussi cour de l'échiquier. Le chancelier y siége après le grand-trésorier ; mais ces deux officiers s'y trouvent rarement. Voyez ci-devant CHANCELIER D'ANGLETERRE, & ÉCHIQUIER.
CHANCELIER DES ÉGLISES, sont des ecclésiastiques qui, dans certaines églises cathédrales & collégiales, ont l'inspection sur les écoles & études. En quelques Eglises, ils sont érigés en dignité ; dans d'autres, ce n'est qu'un office : en quelques endroits, ils sont en même tems chanceliers de l'université.
Dans l'origine, ces chanceliers étoient les premiers scribes des églises qui étoient dépositaires du sceau particulier de leur église, dont ils scelloient les actes qui en étoient émanés : ils avoient l'inspection sur toutes les écoles & études, comme ils l'ont encore dans quelques endroits en tout ou partie ; par exemple, dans l'église de Paris, le chancelier donne la bénédiction de licence dans l'université : le grand-chantre a l'inspection sur les petites écoles.
L'établissement de ces chanceliers doit être fort ancien, puisque dans le vj. concile général tenu en 680, art. 8. on trouve Etienne & Denis tous deux diacres & chanceliers : c'étoit dans l'église d'Orient, avant eux, qu'est nommé un autre ecclésiastique auquel on donne le titre de defensor navium, c'est-à-dire des nefs des églises ; ce qui pourroit faire croire que l'office de chancelier d'église étoit opposé à celui de defensor navium, & que le chancelier étoit le maître du choeur appellé cancelli, & que l'on appelle encore en françois chancel ou cancel, & qu'il fut appellé de-là cancellarius.
Il paroît néanmoins que l'opinion la plus commune est que les chanceliers d'église ont emprunté ce nom des chanceliers séculiers, qui chez les Romains, du tems du bas-empire, écrivoient intra cancellos ; & que ceux qui écrivoient les actes des églises, furent nommés chanceliers à l'instar des premiers, soit qu'ils écrivissent aussi dans une enceinte fermée de barreaux, soit parce qu'ils faisoient pour les églises la fonction de notaires & de secrétaires, comme les chanceliers séculiers la faisoient pour l'empereur, ou pour différens magistrats.
Ceux qui sont préposés dans les églises pour avoir inspection sur les études, reçoivent différens noms : en quelques endroits on les appelle scholastiques ou maîtres d'école, écolâtres ; en Gascogne, on les appelle capiscol, quasi caput scholae, chef de l'école.
Les écolâtres & chanceliers de plusieurs églises cathédrales, sont chanceliers nés de l'université du lieu ; tels que le chancelier de l'église de Paris, ceux des églises d'Orléans & d'Angers.
En certaines églises, la dignité de chancelier est différente de celle d'écolâtre : comme à Verdun, où l'office de chancelier a été érigé en dignité. Voyez l'hist. de Verdun.
Dans celles où la dignité de chancelier est plus ancienne que le partage des prébendes, le chancelier est ordinairement du corps du chapitre, & chanoine. Dans les églises où cette dignité a été créée depuis le partage des prébendes, il ne peut être du corps du chapitre qu'en possédant une prébende ou canonicat.
On peut appliquer aux chanceliers des églises plusieurs dispositions des conciles qui concernent les scholastiques ou écolâtres, & qui sont communes aux chanceliers.
Le concile de Tours, tenu en 1583, charge nommément les scholastiques & les chanceliers des églises cathédrales, d'instruire ceux qui doivent lire & chanter dans les divins offices, & de leur faire observer les points & les accens.
Il y a encore des chanceliers dans plusieurs églises cathédrales & collégiales : dans quelques-unes cet office a été supprimé.
Il seroit trop long de parler ici en détail de tous les chanceliers des différentes églises ; nous parlerons seulement des plus remarquables dans les articles suivans.
Sur les chanceliers d'église, voyez le P. Thomassin, discip. ecclésiast. le Gloss. de Ducange ; Fuet tr. des mat. bénéf. liv. II. ch. vj. & ce qui est dit ci-après aux articles des CHANCELIERS DE L'EGLISE DE PARIS, DE L'EGLISE ROMAINE, DE SAINTE GENEVIEVE, DE L'EGLISE DE VIENNE, & CHANCELIER DANS LES ORDRES RELIGIEUX.
CHANCELIER DE L'EGLISE DE PARIS, ou DE NOTRE-DAME, & DE L'UNIVERSITE, est une des dignités de l'église cathédrale de Paris, qui réunit l'office de chancelier de cette église, & celui de chancelier de l'université. Sa fonction comme chancelier de l'église de Paris, est d'avoir inspection sur les colléges ; il y a aussi lieu de croire qu'il avoit anciennement la garde du sceau de cette église, & que c'est de-là qu'il a été nommé chancelier. Sa fonction, comme chancelier de l'université, est de donner la bénédiction de licence de l'autorité apostolique, & le pouvoir d'enseigner à Paris & ailleurs ; mais ce n'est point lui qui donne les lettres, ni qui les scelle : elles sont données dans chaque faculté par le greffier, qui est dépositaire du sceau de l'université.
Il y avoit à Paris dès le tems de la premiere & de la seconde race de nos rois, plusieurs écoles publiques ; une entr'autres, qui étoit au parvis de Notre-Dame dans un grand édifice bâti exprès, & attaché à la maison épiscopale : l'évêque avoit l'inspection sur ces écoles, & préposoit quelqu'un pour en avoir sous lui la direction, qui donnoit des lettres à ceux qui étoient reçûs maîtres dans quelque science, & auxquels on donnoit pouvoir d'enseigner. Celui qui scelloit leurs lettres fut appellé chancelier, à l'instar du chancelier de France, qui scelloit les lettres du roi.
L'institution du chancelier de l'église de Paris doit être fort ancienne, puisque dès le tems d'Imbert, évêque de Paris en 1030, un nommé Durand est qualifié cancellarius ecclesiae Parisiensis. Raynald prenoit le même titre en 1032 ; & l'on connoît tous ceux qui ont depuis rempli cette place.
Lorsque les maîtres & régens des différentes écoles de Paris commencerent à former un corps, que l'on appella université, ce qui n'arriva qu'au commencement du xiij siecle ; alors le chancelier de l'église de Paris prit aussi le titre de chancelier de l'université.
Innocent IV. par deux bulles, l'une datée de la seconde année de son pontificat (c'étoit en 1244), l'autre datée de sept ans après, mande au chancelier de l'église de Paris, de faire taxer le loüage des maisons où demeuroient les régens.
Grégoire X. ordonna que le chancelier élû préteroit serment entre les mains de l'évêque & du chapitre.
Suivant une lettre de Nicolas III. qui est au second volume du répertoire des chartes de l'église de Paris, fol. 54. ce pape ayant cassé l'élection qui avoit été faite d'Odon de Saint-Denis, chanoine de Paris, pour évêque de la même église, conféra cet évêché à frere Jean de Allodio, de l'ordre des Freres-Prêcheurs, qui étoit alors chancelier de l'église de Paris ; lequel refusa cet évêché, voulant demeurer ferme dans l'état qu'il avoit embrassé.
La place de chancelier de l'université étoit regardée comme si importante, que Boniface VIII. dans le tems de ses démêlés avec Philippe-le-Bel, réserva pour lui-même cette place, afin d'avoir plus d'autorité dans l'université, & principalement sur les docteurs en Théologie, auxquels le chancelier de l'université donne le degré de docteur & la bénédiction, & commission de prêcher par tout le monde.
Mais après la mort de Boniface, l'université ayant desiré de r'avoir cet office, Benoît XI. le lui rendit ; & l'on tient que ce fut pour éviter à l'avenir une semblable usurpation, que cet office fut attaché à un chanoine de l'église de Paris ; ce que l'on induit d'une bulle de ce pape, qui est dans les registres de l'église de Paris, dans ceux de sainte-Genevieve, & dans le livre du recteur, où il y a encore une autre bulle de Grégoire XI. à ce sujet.
Il est néanmoins certain que présentement il n'y a point de canonicat annexé à la dignité de chancelier ; il est membre de l'église sans être du chapitre, à moins qu'il ne fût déjà chanoine, ou qu'il ne le devienne dans la suite : ce qui est assez ordinaire.
Comme il ne tenoit anciennement son pouvoir que de l'évêque, il ne donnoit la faculté d'exercer & d'enseigner que dans l'étendue de l'évêché. L'abbé de Sainte Genevieve, qui avoit la direction des écoles publiques du territoire particulier dont il étoit seigneur spirituel & temporel, avoit son chancelier qui donnoit des licences pour toutes les facultés ; & comme il relevoit immédiatement du saint-siége, le pape lui accorda le privilége de donner à ceux qu'il licentieroit, la faculté d'enseigner par toute la terre. Le chancelier de Notre-Dame obtint un semblable pouvoir de Benoît XI. dans le xjv. siecle.
Il étoit quelquefois du nombre de ceux que l'on nommoit pour tenir le parlement. On voit qu'il y étoit le 21 Mai 1375, lorsqu'on y publia l'ordonnance de Charles V. qui fixe la majorité des rois à quatorze ans.
Le célebre Gerson, qui fut nommé chancelier de l'université en 1395, fut l'un des plus grands hommes de son tems, & employé dans les négociations les plus importantes.
Le chancelier de l'université fut appellé à sa réformation par les cardinaux de Saint-Mars & de Saint-Martin-aux-Monts, & à celle que fit le cardinal d'Etouteville, légat en France, où il permit au chancelier de l'église de Paris d'absoudre du lien de l'excommunication à l'article de la mort.
Le ministere du chancelier devoit être purement gratuit ; tellement que le 6 Février 1529, l'université vint se plaindre au parlement de ce que son chancelier prenoit de l'argent pour faire des maîtres-ès-arts ou docteurs.
La dignité de chancelier est à la nomination du chapitre.
Le recteur de l'université assiste au chapitre de Notre-Dame à l'installation du chancelier.
Il donne présentement seul la bénédiction de licence dans les facultés de Théologie & de Médecine : par rapport au degré de maître-ès-arts, par un ancien accord fait entre le chancelier de Notre-Dame & celui de sainte Genevieve, les colléges sont divisés en deux lots, qu'on appelle premier & second lot. Le chancelier de Notre-Dame & celui de sainte Genevieve ont chacun leur lot, & chacun d'eux donne la licence aux bacheliers-ès-arts venant des colléges de son lot ; & comme ces lots ne se trouvent plus parfaitement égaux, à cause des révolutions arrivées dans quelques colléges, ils changent de lot tous les deux ans. Ils font entr'eux bourse commune pour les droits de réception.
Lorsque la licence des théologiens & des étudians en Médecine est finie, ils sont présentés au chancelier de Notre-Dame en la salle de l'officialité ; & quelques jours après, il leur donne dans la chapelle de l'archevêché la bénédiction & la démission ou licence d'enseigner. Il donne aussi en même tems le bonnet de docteur aux théologiens ; ce qui est précédé d'une these qu'on nomme aulique, parce qu'elle se soûtient dans la grande salle de l'archevêché. La cérémonie commence par un discours du chancelier à celui qui doit être reçû docteur. A la fin de ce discours, il lui donne le bonnet : aussi-tôt le nouveau docteur préside à l'aulique où il argumente le premier, & ensuite le chancelier, &c. L'aulique étant finie, le chancelier & les docteurs accompagnés des bedeaux, menent le nouveau docteur à Notre-Dame, où il fait serment devant l'autel de saint Denis, autrefois de saint Sébastien, qu'il défendra la vérité jusqu'à l'effusion de son sang. Ce serment se fait à genoux ; la seule distinction que l'on observe pour les princes, est qu'on leur présente un carreau pour s'agenouiller.
A l'égard des licentiés en Médecine, après avoir reçû de lui la bénédiction de licence, ils reçoivent ensuite le bonnet de docteur dans leurs écoles, par les mains d'un médecin.
On trouve des lettres de Philippe VI. dit de Valois, du mois d'Août 1331, par lesquelles, en confirmant quelques usages observés de tems immémorial dans la faculté de Médecine, il ordonne que les écoliers en Médecine qui auront fait leur cours & voudront être maîtres, seront présentés par les maîtres au chancelier de l'église de Paris, qui doit les examiner chacun à part ; & que s'ils se trouvent capables, ils soient licentiés.
Il intervint encore au mois de Juin 1540, un arrêt de réglement à leur sujet ; par lequel, faisant droit sur la requête des licentiandes en la faculté de Médecine, il fut dit que dorénavant, au tems de la mi-carême, la faculté de Médecine s'assembleroit en la salle de l'évêché de Paris, où l'on a accoûtumé de faire les docteurs en Théologie ; que le chancelier de l'université en l'église de Paris s'y trouvera comme principal juge de la licence ; que les docteurs-régens en Médecine feront apporter les rôles particuliers des licentiandes, qu'ils les mettront au chapeau en la maniere accoûtumée, & préteront serment entre les mains du chancelier ; qu'ils ont fait ces rôles selon Dieu & en leur conscience, n'ayant égard qu'à la doctrine, & sans aucunes brigues ni stipulations ; que ce serment fait, les rôles seront tirés du chapeau en présence du chancelier ; que de ces rôles particuliers sera fait le rôle général, auquel seront mis les licentiandes en leur ordre à la pluralité des voix des docteurs ; qu'en cas de partage des suffrages, le droit de gratifier appartiendra au chancelier, qui pourra préférer celui des licentiandes qu'il jugera à-propos, comme il peut faire en la faculté de Théologie : que si au jour assigné le chancelier a quelque empêchement légitime, ou est hors de Paris, on sera tenu de l'attendre trois jours ; passé lequel tems, la faculté pourra faire son rôle commun selon l'ancienne coûtume ; & la cour fit défenses, tant aux chanceliers qu'aux docteurs, de rien prendre ni exiger, etiam ab ultro offerentibus.
Pour ce qui est de la faculté de Droit civil & canon, dans laquelle il donnoit aussi la bénédiction de licence & le bonnet de docteur, comme il n'y a point de cours de licence dans cette faculté, & qu'il étoit incommode de venir présenter au chancelier chaque licentié l'un après l'autre ; par un ancien accord fait entre le chancelier & la faculté de Droit, le chancelier a donné à la faculté le pouvoir de conférer en son lieu & place le degré de licence & le doctorat ; en reconnoissance dequoi, le questeur de la faculté paye au chancelier deux livres pour chaque licentié.
Le chancelier de Notre-Dame joüit encore de plusieurs autres droits, dont nous remarquerons ici les plus considérables.
Il a droit de visite dans les colléges de Sainte-Barbe, Cambrai, Bourgogne, Boissi & Autun, concurremment avec l'université ; mais il fait la visite séparément.
Il a en outre l'inspection sur toutes les principalités, chapelles, bourses & régences des colléges, moeurs & disciplines scholastiques, & tout ce qui en dépend. Il a la disposition des places de tous les colléges ; & s'il s'éleve des contestations à ce sujet, elles sont dévolues à sa jurisdiction contentieuse. Il peut rendre des sentences & ordonnances ; il peut même en procédant à la réformation d'un collége, informer & decreter.
Suivant un réglement fait par le parlement le 6 Août 1538, l'élection du recteur de l'université doit être faite par le chancelier de Notre-Dame & les docteurs-régens, en présence de deux de Messieurs.
Il a droit d'indult, de joyeux avénement, & de serment de fidélité : il est de plus un des exécuteurs de l'indult.
Il ne peut point donner d'absolutions ad cautelam, ni de provisions au refus de l'ordinaire ; l'usage est de renvoyer l'impétrant au supérieur du collateur ordinaire : mais s'il n'en a point dans le royaume, ou qu'il soit dans un pays fort éloigné, ou qu'il y ait quelque autre motif légitime pour ne pas renvoyer devant lui, on renvoye ordinairement devant le chancelier de l'université, pour obtenir de lui des provisions.
Mais en matiere de joyeux avénement & de serment de fidélité, il a seul le droit de donner des provisions au refus des ordinaires, dans toute l'étendue du royaume.
Il a un sous-chancelier. Voyez cap. praesentata extra de testib. specul. tit. de probat. fol. 106. n°. 14. Aufrerius, in quaest. Tholos 13. Tr. de academiâ Parisiensi, aut Claud. Hemeraeo, de cancellario Parisiensi, & ejus offic. aut Rob. de Sorbonâ, oeconomo poenitentiarum D. Ludov. Franc. reg. Tractat. de conscientiâ, tom. VI. Bibliot. sanct. patrum. Du Boulay, hist. de l'université. Bouchel, bibliot. du droit françois, aux mots Chancelier, Abus, Université ; & dans son recueil de plaidoyers & arrêts notables, les plaidoyers & arrêts touchant la confirmation des droits du chancelier de l'université de Paris, le 20 Mai 1545. Le recueil de Decombes, greffier de l'official, part. II. ch. vj. pag. 318. Journal des audiences, tome I. ch. xcjx. & tome VI. liv. V. ch. xxvij. Les mém. du clergé, édit. de 1716, tome I. pag. 929. Plaidoyers & arrêts notables, imprimés en 1645. Bardet, tome II. liv. I. chap. iij. Fuet, des mat. bénéf. liv. IV. ch. x.
CHANCELIER DE L'EGLISE DE SAINTE GENEVIEVE ET DE L'UNIVERSITE, est un chanoine régulier de l'abbaye royale de sainte Genevieve de Paris, qui donne dans la faculté des arts la bénédiction de licence de l'autorité apostolique, & le pouvoir d'enseigner à Paris & par-tout ailleurs.
L'institution de cet office de chancelier est fort ancienne ; elle tire son origine des écoles publiques qui se tenoient à Paris dès le commencement de la troisieme race, sur la montagne & proche l'église de sainte Genevieve, appellée alors l'église de S. Pierre & de S. Paul.
Sous le regne de Louis VII. on substitua aux chanoines séculiers, qui desservoient alors l'église de S. Pierre & S. Paul, douze chanoines tirés de l'abbaye de S. Victor, qui étoit alors une école célebre. Et Philippe-Auguste ayant en 1190 fait commencer une nouvelle clôture de murailles autour de la ville de Paris, l'église de S. Pierre & S. Paul s'y trouva renfermée. Et Pasquier, dans ses recherches de la France dit que quelque tems après on donna à cette église un chancelier, comme étant une nouvelle peuplade de celle de S. Victor, laquelle pourtant ne fut point honorée de cette dignité, parce qu'elle se trouve hors la nouvelle enceinte.
Cette création, dit Pasquier, causa de la jalousie entre le chancelier de l'église de Paris & celui de l'église de S. Pierre & S. Paul ; le premier ne voulant point avoir de compagnon, & l'autre ne voulant point avoir de supérieur.
Les écoles qui se tenoient sous l'autorité de l'abbé de sainte Genevieve, s'étant multipliées par la permission du chapitre de cette église, son chancelier fut chargé de faire observer les ordonnances du chapitre, & d'expédier ses lettres de permission pour enseigner. Il avoit l'intendance sur les écoles, examinoit ceux qui se présentoient pour professer, & ensuite leur donnoit pouvoir d'enseigner.
Lorsque les différentes écoles de Paris commencerent à former un corps sous le nom d'université, ce qui ne commença qu'en 1200, le chancelier de l'église de sainte Genevieve prit aussi le titre de chancelier de l'université, & en fit seul les fonctions jusqu'au tems de Benoit XI. comme l'observe André Duchesne.
Ce que dit cet auteur est justifié par la célebre dispute qui s'éleva en 1240 entre le chancelier de sainte Genevieve & celui de Notre-Dame. Les écoles de Théologie de Notre-Dame n'étant pas alors de l'université, le chancelier de cette église ne devoit point étendre sa jurisdiction au-delà du cloître de son chapitre, où étoient ces écoles de Théologie de l'évêque de Paris. Il entreprit néanmoins d'étendre son autorité sur les écoles de l'université, lesquelles étant toutes en-deçà du petit pont, étoient appellées les écoles de la montagne. L'abbé & le chancelier de sainte Genevieve porterent au pape Grégoire IX. leurs plaintes de cette entreprise ; & ce pape, par deux bulles expresses de 1227, maintint la jurisdiction de l'abbé & du chancelier de sainte Genevieve sur toutes les facultés, & défendit au chancelier de Notre-Dame de les troubler dans cette jurisdiction & dans leurs fonctions : il ajoûte que personne n'a droit d'enseigner dans le territoire de sainte Genevieve sans la permission de l'abbé.
Les prérogatives de l'abbé & du chancelier de sainte Genevieve furent encore confirmées par la bulle d'Alexandre IV. qui défend au chancelier de sainte Genevieve de donner le pouvoir d'enseigner dans aucune faculté à aucun licentié, qu'il n'ait juré d'observer les statuts faits par les papes. Ce qui fait voir que le chancelier de sainte Genevieve étoit alors regardé comme ayant la principale autorité dans l'université, puisque les papes lui adressoient les bulles & les ordonnances qui concernoient l'université. C'est à lui qu'Alexandre IV. adresse une bulle, par laquelle il enjoint l'observation des réglemens qu'il avoit faits pour rétablir le bon ordre dans l'université de Paris.
Grégoire X. en 1271, délégua l'abbé de S. Jean des Vignes & l'archidiacre de Soissons, pour régler les différends des deux chanceliers.
Le chancelier de sainte Genevieve fut le seul chancelier de l'université jusqu'en 1334, que Benoît XI. ayant uni l'école de Théologie de l'évêque de Paris à l'université dont jusqu'alors elle n'étoit point membre, le chancelier de l'église de Paris reçut alors le pouvoir de donner la bénédiction de licence de l'autorité du saint siége, de même que celui de sainte Genevieve, & prit aussi depuis ce tems le titre de chancelier de l'université, concurremment avec celui de sainte Genevieve.
Alors le chancelier de l'église de Paris donnoit la bénédiction aux licentiés des écoles de sainte Genevieve, & le chancelier de sainte Genevieve donnoit la bénédiction aux licentiés des écoles dépendantes de l'évêque de Paris. Ensuite on eut le choix de s'adresser à l'un ou à l'autre ; mais par succession de tems l'usage a introduit que le chancelier de sainte Genevieve ne donne plus la bénédiction de licence que dans la faculté des Arts ; c'est pourquoi on l'appelle quelquefois chancelier des arts, quoiqu'il ne soit pas le seul qui donne la bénédiction de licence dans cette faculté.
Dans le xij. & le xiij. siecles jusqu'en 1230, le chancelier de sainte Genevieve recevoit sans le concours d'aucun examinateur les candidats qui se présentoient pour être membres de l'université. Ce fait est appuyé sur l'autorité d'Alexandre III. au titre de magistris, & sur le témoignage d'Etienne, évêque de Tournai, épître 133.
En 1289, le pape Nicolas III. accorda à l'université de Paris, que tous ceux qui auroient été licentiés par les chanceliers dans les facultés de Théologie, de droit canon, ou des Arts, pourroient enseigner par-tout ailleurs dans les autres universités, sans avoir besoin d'autre examen ni approbation, & qu'ils y seront reçûs sur le pié de docteurs. Voyez du Boulay dans son second tome de l'histoire latine de l'université de Paris, p. 449.
Depuis le xiij. siecle, pour s'assûrer de la capacité des récipiendaires, le chancelier de sainte Genevieve a bien voulu, à la requisition de l'université, choisir quatre examinateurs, un de chaque nation, lesquels conjointement avec lui examinent les candidats avant que de leur accorder la licence.
L'université ayant contesté au chancelier de sainte Genevieve le droit de choisir des examinateurs, l'affaire fut portée au conseil du roi Charles VI. lequel par arrêt de 1381 confirma le chancelier de sainte Genevieve dans le droit & possession où il étoit, & où il est encore, de choisir chaque année quatre examinateurs, un de chaque nation ; droit qu'il exerce aujourd'hui, & reconnu par l'université.
Par une transaction passée entre les chanceliers de Notre-Dame & de sainte Genevieve, homologuée par arrêt du mois de Mars 1687, les deux chanceliers ont fait deux lots de tous les colléges de l'université de Paris ; ils sont convenus que les écoliers des colléges iroient, savoir ceux du premier lot, pendant deux ans, se présenter au chancelier de Notre-Dame, pour être examinés, & recevoir le bonnet de maître-ès-arts ; & ceux des colléges du second lot, au chancelier de sainte Genevieve ; qu'après les deux ans, les écoliers du premier lot se présenteroient à sainte Genevieve, & ceux du second lot à Notre-Dame, & ainsi alternativement de deux en deux ans ; ce qui s'est toujours pratiqué depuis sans aucune difficulté.
Voici l'ordre & la maniere dont les chanceliers de Notre-Dame & de sainte Genevieve ont coûtume de procéder aujourd'hui dans l'exercice de leurs fonctions.
Lorsque les candidats se présentent à l'examen d'un des chanceliers, le bedeau de la nation des candidats lui remet le certificat de leur cours entier de philosophie, signé de leur professeur, avec les attestations du principal du collége où ils ont étudié, du greffier de l'université, du recteur, auquel ils ont prêté serment, & l'acte de leur promotion au degré de baccalauréat ès arts. Le chancelier les examine avec ses quatre examinateurs. Quand ils ont été reçûs à la pluralité des suffrages, il leur fait prêter les sermens accoûtumés, dont le premier & le principal est d'observer fidelement les statuts de l'université : après quoi il leur confere ce que l'on appelloit autrefois le degré de licence dans la faculté des Arts, en leur donnant, au nom & de l'autorité du pape, la bénédiction apostolique, & il couronne le nouveau maître-ès-arts par l'imposition du bonnet.
Un bachelier ès arts d'un lot ne peut s'adresser au chancelier qui a actuellement l'autre lot, sans un licet de l'autre.
Il y a bourse commune entre les deux chanceliers pour les endroits de réception des maîtres-ès-arts.
En 1668, le P. Lallemant, chancelier de l'abbaye de sainte Genevieve, obtint du cardinal de Vendôme ; légat en France, un acte en forme qui confirme le chancelier de sainte Genevieve dans les droits qu'il prétend avoir été accordés par les souverains pontifes aux chanceliers ses prédécesseurs ; de nommer aux bourses & aux régences des colléges, lorsque les nominations sont nulles, & qu'elles ne sont pas conformes aux statuts de l'université. On voit dans cet acte beaucoup d'autres prérogatives prétendues par le chancelier de sainte Genevieve, & confirmées par le cardinal légat, que le chancelier ne fait pas valoir.
Le chancelier de sainte Genevieve prête serment dans l'assemblée générale de l'université.
Suivant l'article 27 des statuts de l'université de Paris, le chancelier de sainte Genevieve doit être maître-ès-arts ; ou s'il n'est pas de cette qualité, il est tenu d'élire un soûchancelier qui soit maître, c'est-à-dire docteur en Théologie. Les chanceliers sont dans l'usage de choisir toujours un docteur en Théologie. Voyez la bibliotheque canonique & celle de droit françois de Bouchel, au mot chancelier.
CHANCELIER DE L'ÉGLISE ROMAINE, étoit un ecclésiastique qui avoit la garde du sceau de cette église, dont il scelloit les actes qui en étoient émanés : c'étoit le chef des notaires ou scribes.
Quelques auteurs prétendent que la chancellerie de l'église romaine ne fut établie qu'après Innocent III. qui siégeoit vers la fin du xij. siecle ; mais cet office paroît beaucoup plus ancien, puisque dans le sixieme concile oeconomique tenu en 680, il est parlé d'Etienne, diacre & chancelier. Sigebert fait mention de Jean, chancelier de l'église romaine, qui fut depuis élevé à la papauté sous le nom de Gelase II. & succéda en 1118 au pape Paschal II. Quelques-uns le nomment cancellarius ecclesiae ; sur son épitaphe il est dit qu'il avoit été cancellarius urbis. S. Bernard qui vivoit à-peu-près dans le même tems, fait mention dans ses épîtres 157 & 160, d'Aimeric, cardinal & chancelier de l'église romaine. Alexandre III. qui fut élu pape en 1156, avoit été chancelier de l'église de Rome, sedis romanae cancellarius. Boniface VIII. donna cet emploi à un cardinal, & son exemple fut suivi par ses successeurs, c'est-à-dire que l'office de chancelier ne fut rempli que par des personnes également distinguées par leur mérite & par leur dignité.
Il est parlé du chancelier de l'église romaine, en plusieurs endroits du droit canon.
Le docteur Tabarelli prétend que Boniface VIII. ôta le chancelier de Rome, retint cet office par-devers lui, & y établit seulement un vice-chancelier ; parce que, dit-il, cancellarius certabat de pari cum papâ : & en effet ce n'est qu'au sexte qu'il est fait mention pour la premiere fois du vice-chancelier, comme le remarque la glosse de la pragmatique-sanction, § Romanae in verbo vice-cancellarius, & Gomez sur les regles de la chancellerie. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce même Boniface VIII. avoit retenu pour lui l'office de chancelier de l'église & université de Paris, & peut-être seroit-ce cela que l'on auroit confondu.
Quoi qu'il en soit, Onuphre, au livre des Pontifes, dit que ce fut du tems d'Honoré III. qu'il n'y eut plus de chancelier à Rome, mais seulement un vice-chancelier.
Le cardinal de Luca prétend que ce changement provint de ce que les cardinaux, auxquels l'office de chancelier étoit ordinairement conféré, regarderent comme au-dessous d'eux de tenir cet office en titre ; que c'est par cette raison que le pape ne le leur donne plus que comme une espece de commission, & qu'ils ne prennent plus que la qualité de vice-chancelier au lieu de celle de chancelier. Voyez le glossaire de Fabrot sur Nicetas Choniates, au mot cancellarios ; Loyseau, des offices de la couronne, liv. IV. chap. ij. n. 35. De Héricourt, lois ecclés. part. I. c. viij. n. 11. & ci-après, CHANCELLERIE ROMAINE, & VICE-CHANCELIER DE L'EGLISE ROMAINE.
CHANCELIER DE L'EGLISE DE VIENNE en Dauphiné, étoit celui qui avoit la garde du sceau de l'évêque ; c'étoit le premier officier après le mistral, qui exerçoit la jurisdiction temporelle de l'évêque dans l'étendue de sa seigneurie. Il en est parlé dans des lettres de Charles V. du mois de Juin 1368, & dans d'autres de Charles VI. du mois de Mai 1391, portant confirmation des priviléges des habitans de la ville de Vienne. On y voit que par un abus très-préjudiciable à la liberté des mariages, les veuves qui se remarioient étoient obligées de payer au mistral de l'église de Vienne deux deniers pour livre de la dot qui étoit constituée, & que tous les hommes qui se marioient étoient obligés de payer au chancelier de la même église un denier pour livre de la dot ; que pour faciliter les mariages, il fut convenu que ces droits seroient supprimés, que les hommes qui se marieroient ne payeroient que 13 deniers qui appartiendroient au curé ; & on dédommagea le chancelier & le mistral sur un fonds qui leur fut assigné. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome VII. p. 434.
GRAND CHANCELIER DE L'EMPIRE, ou ARCHICHANCELIER, est un titre commun aux électeurs de Mayence, de Treves, & de Cologne.
La dignité de chancelier de l'Empire, qui étoit d'abord unique, fut divisée entre ces trois électeurs du tems d'Othon le grand, qui commença à régner en 936. Le motif de ce changement fut que le chancelier de l'Empire étant seul, se trouvoit surchargé d'affaires, au lieu que chacun des trois chanceliers devoit administrer la justice dans sa province, & chacun d'eux avoit droit de sceller les lettres de l'empereur lorsqu'il se trouvoit dans son département.
L'électeur de Mayence est grand chancelier de l'Empire en Allemagne, & c'est le seul qui en fasse les fonctions. Voyez ARCHICHANCELIER.
L'électeur de Treves a le titre de grand chancelier de l'Empire dans les Gaules ; ce qui eut lieu du tems que florissoit le royaume de Lorraine ; & lorsque l'empereur fut en possession du royaume d'Arles, l'électeur de Treves prit aussi le titre de grand chancelier du royaume d'Arles. Bohemond, archevêque de Treves, qui mourut en 1299, fut le premier qui prit ce titre de grand chancelier du royaume d'Arles ; mais l'empereur ne possédant plus rien dans les Gaules, le grand chancelier des Gaules est demeuré sans fonction.
L'archevêque électeur de Cologne, qui prend le titre de chancelier de l'Empire en Italie, est pareillement sans fonction, attendu que l'Italie se trouve divisée entre plusieurs princes qui relevent tous de l'Empire, & ont aussi la qualité de vicaires perpétuels de l'Empire. Voy. Browerus, annal. Trevir. lib. IX. & XVI. Gloss. de Ducange, au mot archicancellarius ; & ci-dev. GRAND CHANCELIER DU ROYAUME DE BOURGOGNE ET D'ARLES, ARCHICHANCELIER.
CHANCELIER DE L'EMPIRE DE GALILEE, est le président d'une jurisdiction en dernier ressort, appellé le haut & souverain empire de Galilée, que les clercs de procureurs de la chambre des comptes ont pour juger les contestations qui peuvent survenir entr'eux.
Le chef de cette jurisdiction prenoit autrefois le titre d'empereur de Galilée ; son chancelier étoit le second officier : mais Henri III. ayant défendu qu'aucun de ses sujets prit le titre de roi, comme faisoient le premier officier de la basoche & les chefs de plusieurs autres communautés le titre d'empereur cessa dans la jurisdiction des clercs de procureurs de la chambre des comptes, qui conserva néanmoins toûjours le titre d'empire ; & le chancelier devint le premier officier de cette jurisdiction. On voit par-là que l'usage de lui donner le titre de chancelier est fort ancien.
Le chancelier est soûmis, de même que tout l'empire, au protecteur, qui est le doyen des maîtres des comptes, protecteur né de l'empire ; lequel fait, lorsqu'il le juge à-propos, des réglemens pour la discipline de l'empire. Ces réglemens sont adressés à nos amés & féaux chancelier & officiers de l'empire, &c.
Lorsque le chancelier actuellement en place donne sa démission, ou que sa place devient autrement vacante, on procede à l'élection d'un nouveau chancelier à la requisition du procureur général de l'empire. Cette élection se fait, tant par les officiers de l'empire, que par les autres clercs actuellement travaillans chez les procureurs de la chambre. Les procureurs qui ont été officiers de l'empire, peuvent aussi assister à cette nomination, & y ont voix délibérative.
Celui qui est élû chancelier prend des provisions du protecteur de l'empire ; & lorsqu'elles sont signées & scellées, il les donne à un maître des requêtes de l'empire, qui en fait le rapport en la forme suivante.
M. le doyen des maîtres des comptes prend place au grand bureau de la chambre des comptes, où il occupe la place de M. le premier président. M. le procureur général de la chambre prend la premiere place à droite sur le banc des maîtres des comptes.
Le maître des requêtes de l'empire chargé des lettres du chancelier, en fait son rapport devant ces deux magistrats, l'empire assemblé & présent, sans siége néanmoins.
Le chancelier se présente, & fait une harangue à la compagnie ; ensuite il prend séance à côté du protecteur, & se couvre d'une toque ou petit chapeau d'une forme assez bizarre.
Le protecteur l'exhorte à faire observer les réglemens ; ensuite il est conduit à l'empire assemblé dans la chambre du conseil, où il prête serment entre les mains du plus ancien des chanceliers de l'empire : il fait aussi un discours à l'empire.
Il en coûte ordinairement quatre ou cinq cent livres pour la réception : plusieurs néanmoins se sont dispensés de faire cette dépense, qui n'est pas d'obligation.
Un des priviléges du chancelier est que, lorsqu'il se fait recevoir procureur en la chambre des comptes, ses provisions sont scellées gratis en la grande chancellerie de France.
Quand la place de chancelier n'est pas remplie, c'est le plus ancien maître des requêtes de l'empire qui préside en la chambre de l'empire.
Il n'y a que le chancelier, les maîtres des requêtes, & les secrétaires des finances, qui ayent voix délibérative dans les assemblées.
On ne peut choisir que parmi les officiers de l'empire pour remplir la charge de chancelier.
Les nominations aux offices vacans se font par le chancelier, les maîtres des requêtes & secrétaires des finances. Les lettres sont visées & scellées par le chancelier.
Le coffre des archives, titres & registres des arrêts & délibérations de l'empire, est fermé à deux clés, dont l'une est entre les mains du chancelier, l'autre entre les mains du greffier. Voyez les réglemens faits par le protecteur : dans les ann. 1608, 1615, 1675 ; le dernier réglement en forme d'édit du mois de Janvier 1705 ; & l'article EMPIRE DE GALILEE.
CHANCELIER DES ENFANS DE FRANCE, voyez CHANCELIER DES FILS DE FRANCE.
CHANCELIER D'ECOSSE, est celui qui a la garde du grand sceau dans le royaume d'Ecosse. Cet office y est fort ancien, puisqu'il en est parlé dans les lois de Malcome roi d'Ecosse, ch. ij. où l'on voit que le chancelier tenoit en fief le revenu du sceau, qui lui tenoit lieu de gages ou appointemens : ordinaverunt cancellario regis feodum magni sigilli, pro quâlibet chartâ centum libratarum terrae & ultra ; pro feodo sigilli decem libras, & clerico pro scripturâ duas marchas.
Lorsque le roi veut convoquer les trois ordres du royaume, c'est le chancelier qui les fait avertir.
Le pouvoir de ce chancelier est à-peu-près le même que celui d'Angleterre. Voyez ci-devant CHANCELIER D'ANGLETERRE, & ci-après CHANCELIER D'IRLANDE.
CHANCELIER D'ESPAGNE, ou GRAND CHANCELIER D'ESPAGNE, est celui qui a la garde du sceau du roi d'Espagne.
Cette dignité a dans ce royaume la même origine qu'en France, & le chancelier d'Espagne joüissoit autrefois des mêmes honneurs & prérogatives, c'est-à-dire qu'il présidoit à tous les tribunaux souverains, dont quelques-uns ont même emprunté le titre de chancellerie qu'ils conservent encore. Voyez ci-après CHANCELLERIE DE CASTILLE ET DE GRENADE.
Sous les rois Goths, qui commencerent à établir leur domination en Espagne vers le milieu du cinquieme siecle, celui qui faisoit la fonction de chancelier, étoit le premier des notaires ou secrétaires de la cour ; c'est pourquoi on l'appelloit comte des notaires, pour dire qu'il en étoit le chef ; c'est ce qu'indiquent divers actes des conciles de Tolede.
Ce même titre de comte des notaires se perpétua dans le royaume de Castille, & dans ceux de Léon & d'Oviede, jusqu'au regne de dom Alphonse surnommé le saint, lequel en 1135 ayant pris le titre d'empereur, appella ses secrétaires chanceliers, à l'instar de ceux des empereurs romains qui étoient ainsi appellés. On en trouve la preuve dans plusieurs anciens priviléges, qui sont scellés par des chanceliers.
Le docteur Salazar de Mendoza, ch. vj. de son traité des dignités séculieres, atteste que les premiers qui prirent ce titre de chancelier étoient des François, & il en nomme plusieurs.
L'office de chancelier étoit autrefois en une telle considération, que le roi dom Alphonse, 2. loi de la I. partie, tit. jx. dit que le chancelier est le second officier de la couronne ; qu'il tient la place immédiate entre le roi & ses sujets, parce que tous les decrets qu'il donne doivent être vûs par le chancelier avant d'être scellés, afin qu'il examine s'ils sont contre le droit & l'honneur du roi, auquel cas il les peut déchirer. Ce même prince l'appelle magister sacri scrinii libellorum.
Les archevêques de Tolede étoient ordinairement chanceliers de Castille, & ceux de S. Jacques l'étoient de Léon.
Le chancelier fut le chef des notaires ou secrétaires jusqu'au regne d'Alphonse le bon, lequel en 1180 sépara l'office de notaire-mayor de celui du chancelier, donnant à celui-ci un sceau de plomb au château d'or en champ de gueules aux actes qu'il scelloit, au lieu du seing & paraphe dont ses prédécesseurs usoient auparavant : il laissa au notaire-mayor le soin d'écrire & de composer les actes ; & depuis ce tems ces deux offices ont toûjours été distingués, quoique quelques historiens ayent avancé le contraire.
Dans la suite des tems, les rois de Castille & de Léon diminuerent peu-à-peu la trop grande autorité de leurs chanceliers, & enfin ils l'éteignirent totalement ; desorte que depuis plusieurs siecles la dignité de ces deux chanceliers n'est plus qu'un titre d'honneur sans aucune fonction. Cependant les archevêques de Tolede continuent toûjours de se qualifier chanceliers nés de Castille. A l'égard des chanceliers des royaumes de Léon & d'Oviede, on n'en fait plus mention, parce que ces deux royaumes ont été unis à celui de Castille. Voyez l'état présent d'Espagne par L. de Vayrac, tome II. liv. III. p. 180.
Le conseil suprème & royal des Indes est composé d'un président, d'un grand-chancelier, de douze conseillers, & autres officiers, & d'un vice-chancelier. Voyez ibid. tome III. p. 335.
CHANCELIER DE L'ETUDE DE MEDECINE DE MONTPELLIER, voyez CHANCELIER DES FACULTES DE L'UNIVERSITE DE MONTPELLIER.
CHANCELIER DE L'EVEQUE DE CLERMONT, étoit celui qui avoit la garde du sceau de l'évêque pour sa jurisdiction temporelle. Il en est parlé dans les lettres d'Henri évêque de Clermont, de l'an 1392, contenant un accord entre l'évêque, comme seigneur d'un lieu situé en Auvergne, appellé Laudosum, & les habitans de ce lieu : cet accord est fait en présence du prévôt du lieu, auquel l'évêque donne aussi le titre de son chancelier. Ces lettres sont rapportées dans le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome VIII. p. 199. & suiv.
CHANCELIERS DES FACULTES DE L'UNIVERSITE DE MONTPELLIER, sont ceux qui ont la garde du sceau de chaque faculté, & qui scellent toutes les lettres & actes qui en sont émanés. Cette université est composée, comme les autres, des quatre facultés ; mais elles ne sont point unies : chaque faculté forme un corps particulier, & a son chancelier. Voyez la Martiniere, à l'article de Montpellier.
Il est parlé du chancelier de l'étude de Médecine de Montpellier dans des lettres de Philippe VI. du mois d'Août 1331, & dans d'autres lettres du roi Jean du mois de Janvier 1350. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome II. page 71. & tome IV. page 36.
CHANCELIERS DES FILS ET PETITS-FILS DE FRANCE, & autres princes de la maison royale, sont ceux qui sont donnés à ces princes pour leur maison & apanage. Ils sont chanceliers, gardes des sceaux, chefs du conseil, & surintendans des finances.
La chancellerie pour l'apanage est composée, outre le chancelier, d'un contrôleur, de plusieurs secrétaires des finances, d'un audiencier garde de rôles, un chauffe-cire, & quelques huissiers. Cette chancellerie ne se tient point dans le lieu de l'apanage, mais auprès du prince, chez le chancelier.
Le conseil des finances du prince, dont le chancelier est aussi le chef, est composé d'un trésorier général, des secrétaires des commandemens, des secrétaires-intendans des finances, des conseillers, des secrétaires ordinaires, un secrétaire des langues, des secrétaires du conseil, un agent, & un garde des archives.
Les dauphins de France, ni leurs fils & petits-fils aînés, n'ont plus de chancelier comme ils en avoient autrefois ; parce qu'étant destinés à succéder à la couronne, chacun en son rang, on ne leur donne point d'apanage : mais tous les puînés descendans de la maison royale ont chacun leur apanage, & un chancelier garde des sceaux, qui expédie & scelle toutes les provisions des offices de leur maison, & toutes les provisions des offices même royaux dont l'exercice se fait en l'étendue de l'apanage du prince.
On peut voir ce qui est dit de ces chanceliers aux articles des CHANCELIERS DE DAUPHINE, DE NORMANDIE, DE LA MARCHE, DU DUC DE BERRY, & autres.
Les princesses de la maison royale n'ont point d'apanage ni de chancelier. Voyez APANAGE.
La maison de M. le duc d'Orléans, petit-fils de France, étant éteinte, le Roi, par des lettres patentes du mois de Janvier 1724, créa pour le feu duc d'Orléans son fils un chancelier garde des sceaux, un contrôleur, deux secrétaires des finances, un audiencier garde des rôles, un chauffe-cire, & deux huissiers de la chancellerie pour l'apanage du duc d'Orléans ; pour par ceux qu'il en pourvoiroit, expédier, contrôler & enregistrer, & sceller toutes lettres de provisions, commissions & nominations des charges & offices dépendans de son apanage. M. le duc d'Orléans aujourd'hui vivant, a de même un chancelier, & le même nombre d'officiers de chancellerie.
CHANCELIER DES FOIRES DE CHAMPAGNE ET DE BRIE, qui est aussi appellé chancelier garde-scel de ces foires, étoit celui qui avoit la garde du sceau particulier sous lequel on contractoit dans ces foires, qui tenoient six fois l'année : il n'étoit pas permis d'y contracter sous un autre sceau, à peine de nullité, de punition, & de privation des priviléges de la foire.
Il paroît que le sceau étoit d'abord entre les mains de ceux qu'on appelloit les maîtres des foires, & qui en avoient la police.
Philippe V. dit le Long, ordonna le 18 Juillet 1318, que pour éviter les fraudes & malices qui se faisoient sous les sceaux des foires de Champagne, on établiroit un prudhomme & loyal, qui porteroit & garderoit les sceaux, & suivroit les foires, & y feroit sa résidence ; il recevroit l'émolument de ce sceau, & le remettroit à la fin de chaque foire au receveur de Champagne ; qu'il auroit des gages, & recevroit aussi les amendes & les exploits faits en vertu du même sceau, en rendroit compte au même receveur.
La même chose fut encore ordonnée le 15 Novembre 1318, & le 10 Juillet 1319.
Dans une ordonnance de Philippe VI. dit de Valois, du mois de Juillet 1344, celui qui avoit le sceau de ces foires est qualifié de chancelier garde du sel : il devoit venir à chaque foire la veille des trois jours qu'elle duroit ; & lorsqu'il s'absentoit, il devoit laisser son lieutenant, qui fût bonne & loyale personne, pour percevoir les octrois en la maniere accoûtumée.
Les quarante notaires qui étoient établis pour ces foires, devoient, suivant la même ordonnance, obéir aux gardes ou maîtres des foires, & au chancelier garde-scel, que le roi qualifie de notre chancelier.
Par une autre ordonnance du 6 Août 1349, il régla que les gardes & le chancelier nommeroient aux places de notaires & de sergens de ces foires qui se trouveroient vacantes. Ils ne pouvoient y nommer des étrangers. Les sergens devoient se présenter une fois lors de chaque foire devant les gardes & le chancelier, & ne pouvoient en partir sans avoir obtenu d'eux leur congé.
La même ordonnance portoit que les gardes & le chancelier prêteroient serment devant les gens de la chambre des comptes ; de faire observer les ordonnances concernant les foires, que s'ils n'y faisoient pas une résidence suffisante, ils ne seroient pas payés de leurs gages ; que si l'un des deux gardes étoit absent, l'autre prendroit avec lui le chancelier, pour juger ; & en l'absence du chancelier, une personne suffisante & non suspecte : ce qui fait voir que les gardes étoient au-dessus du chancelier, & que celui-ci n'étoit pas établi principalement pour juger, mais pour sceller les contrats.
Il étoit encore ordonné que les gardes & le chancelier, ou leurs lieutenans, auroient seuls le droit d'établir dans ces foires & aux environs, des commissaires pour le fait des monnoies défendues. Ils devoient chaque année faire le rapport de l'état des foires aux gens du conseil secret du roi, ou en la chambre des comptes : c'étoit en leur présence que les marchands fréquentans ces foires, élisoient quelques-uns d'entre eux pour faire la visite des marchandises ; & ceux-ci en faisoient leur rapport aux gardes & au chancelier, qui condamnoient les délinquans en une amende arbitraire au profit du roi. Enfin il étoit dit que s'il y avoit des déclarations & interprétations à faire sur cette ordonnance, elles seroient faites à la requête des gardes & du chancelier, par les gens du conseil secret du roi à Paris ; & en cas qu'ils ne pussent y vaquer, en la chambre des comptes.
Les lettres du roi Jean, du mois d'Août 1362, portant confirmation des priviléges des sergens des foires de Champagne & de Brie, sont adressées au chancelier de nos foires & au receveur de Champagne ; ce qui suppose que le chancelier étoit alors regardé comme le premier officier de ces foires. Ces lettres font aussi mention qu'il avoit ordonné aux sergens des mêmes foires de faire un certain prêt au roi pour subvenir aux fraix de la guerre.
La fonction de ce chancelier cessa dans la suite des tems, lorsque les foires de Champagne & de Brie furent transférées à Lyon. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race, & l'article FOIRES DE CHAMPAGNE ET DE BRIE.
CHANCELIER DE GALILEE, voyez ci-devant CHANCELIER DE L'EMPIRE DE GALILEE.
GRAND-CHANCELIER ou ARCHICHANCELIER, étoit le titre que l'on donnoit au chancelier de France sous les rois de la seconde race. Voyez ci-dev. CHANCELIER DE FRANCE.
GRAND-CHANCELIER de Bourgogne, de l'Empire, des Gaules, d'Italie ; voyez CHANCELIER DE BOURGOGNE, DE L'EMPIRE, &c.
CHANCELIER DES GRANDS-PRIEURES DE L'ORDRE DE MALTHE, voyez ci-après CHANCELIER DANS LES ORDRES DE CHEVALERIE, à la fin de l'article.
CHANCELIER DU HAUT ET SOUVERAIN EMPIRE DE GALILEE, voyez CHANCELIER DE L'EMPIRE DE GALILEE.
CHANCELIER DU ROI DE JERUSALEM ET DE CHYPRE, étoit celui qui avoit la garde du sceau de ce roi, du tems que Jérusalem & Chypre formoient un royaume particulier. Philippe de Maizieres, un des conseillers d'état de Charles V. étoit aussi chancelier de Pierre de Lusignan, roi de Jérusalem & de Chypre ; ce fut lui qui procura des confesseurs aux criminels condamnés à mort. Voyez Sauval, antiq. de Paris, tome II. p. 151.
CHANCELIER DE L'IMPERATRICE, GRAND-CHANCELIER, ou ARCHICHANCELIER DE L'IMPERATRICE, est un titre que les abbés de Fulde en Allemagne sont en possession de prendre depuis plus de quatre cent ans. Berthous, abbé de Fulde, prenoit ce titre dès le tems de l'empereur Lothaire. Ce droit leur fut confirmé par un diplome de l'empereur Charles IV. de l'an 1358 en faveur de l'abbé Henri, pour lui & ses successeurs, auxquels il donna en outre cette prérogative, que lorsqu'on feroit le couronnement de l'impératrice ou reine des Romains, ou toutes les fois qu'elle paroîtroit revêtue de ses habits impériaux ou royaux, l'abbé de Fulde auroit la fonction de lui ôter & remettre sa couronne, suivant l'exigence des cérémonies.
L'abbaye de Fulde située dans la Franconie, & de l'ordre de S. Benoît, est la plus considérable & la plus riche de toute l'Allemagne. Les religieux de cette abbaye doivent être nobles, & ont le droit d'élire leur abbé, qui est primat des autres abbés de l'Empire, & grand-chancelier de l'impératrice. Voyez Browerus, lib. I. antiq. Fuld. cap. xv. Gloss. de Ducange, au mot archicancellarius imperatricis, & le tableau de l'empire germanique.
CHANCELIER D'IRLANDE, est celui qui a la garde du grand sceau dans le royaume d'Irlande. Il est établi à-peu-près sur le même pié que celui d'Angleterre. Voyez ci-devant CHANCELIER D'ANGLETERRE.
Le lord-lieutenant d'Irlande, qui est proprement un vice-roi, & dont le pouvoir est très-étendu, a pour son conseil le lord- chancelier & le trésorier du royaume, avec quelques comtes, évêques, barons & juges, qui sont membres du conseil privé, formé sur le plan de celui d'Angleterre.
C'est entre les mains du chancelier que le lord-lieutenant prête serment suivant un formulaire prescrit ; on le place ensuite dans un fauteuil de parade, & autour de lui sont le chancelier du royaume, les membres du conseil privé, les seigneurs & pairs du royaume, & autres officiers.
Le chancelier est seul juge de la chancellerie, qui est la cour souveraine du royaume pour les affaires civiles. Cette chancellerie est aussi reglée à-peu-près comme celle d'Angleterre. Voyez la Martiniere, à l'article d'Irlande.
CHANCELIERS DES JURISDICTIONS ROYALES, étoient ceux qui avoient la garde du sceau dans ces jurisdictions : il y en avoit dans les sénéchaussées, vigueries, & autres siéges de Languedoc ; suivant des lettres du 8 Octobre 1363, données par le maréchal Daudencham, lieutenant du roi Jean dans cette province, qui ordonnent que les Juifs seront payés de ce qui leur est dû par les Chrétiens, nonobstant toutes lettres d'état. L'exécution de ces lettres est mandée aux sénéchaux de Toulouse, Carcassonne & Beaucaire, leurs viguiers, juges, gardes des sceaux, baillifs, chanceliers, bayles desdites sénéchaussées, ou leurs lieutenans, & à tous autres justiciers. Ces lettres sont dans le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome IV. pag. 237.
Il est parlé du receveur royal de la chancellerie de Roüergue dans d'autres lettres du mois d'Avril 1370, qui confirment que le terme de chancellerie est pris en cette occasion pour sceau. Il n'y avoit pourtant point encore de chancelleries particulieres établies près des cours & autres justices royales ; le sceau dont il est parlé ne servoit qu'à sceller les jugemens.
CHANCELIER DE LANCASTRE, voyez ci-devant CHANCELIER D'ANGLETERRE, vers la fin.
CHANCELIERS DE LANGUEDOC, voyez ci-devant CHANCELIERS DES JURISDICTIONS ROYALES ; & ci-après CHANCELIER DE LA MAISON COMMUNE DE TOULOUSE, & CHANCELIER DU SOUS-VIGUIER DE NARBONNE.
CHANCELIER DE LAUGEAC ET DE NONETTE, étoit un officier qui avoit la garde du scel royal dans les justices de Laugeac & de Nonette, dont il étoit en même tems le prevôt. Il en est parlé dans des lettres de Charles-le-Bel, de l'an 1322, rapportées dans les ordonnances de la troisieme race, tome VII. pag. 421.
CHANCELIERS DU LEVANT, voyez ci-devant CHANCELIERS DES CONSULS DE FRANCE.
CHANCELIER DE LITHUANIE, voyez ci-après CHANCELIER DE POLOGNE.
CHANCELIER DE LORRAINE ET BARROIS, est le chef de la justice dans les états de Lorraine & Barrois. Les anciens ducs de Lorraine n'avoient point ordinairement de chancelier ; ils faisoient sceller leurs ordonnances, édits, déclarations & autres lettres patentes, par le secrétaire d'état de service en leur conseil, appellé secrétaire intime. On tient pourtant qu'il y a eu anciennement un chancelier en Lorraine, nommé le Mouleur d'une famille de Bar ; mais il y avoit peut-être plus de deux siecles que l'on n'avoit point vû de chancelier en Lorraine, lorsque la Lorraine & le Barrois ayant été cédés en 1737 au roi Stanislas, & après lui à la France, les sceaux de la cour souveraine de Nanci, ceux des chambres des comptes de Nanci & de Bar, & des autres jurisdictions inférieures, furent remis, par ordre de François II. empereur, lequel quittoit la Lorraine & le Barrois, entre les mains d'un de ses secrétaires intimes : il leur fut ensuite donné d'autres sceaux par ordre du roi Stanislas ; & par sa déclaration donnée à Meudon le 18 Janvier 1737, il créa un état, office & dignité de chancelier garde des sceaux pour les états à lui cédés en exécution des articles préliminaires de la paix de Vienne ; & par la même déclaration, il conféra ledit office & dignité à M. de Chaumont de la Galaisiere, voulant qu'en cette qualité il soit le chef de ses conseils, & qu'il ait la principale administration de ses finances. Cette déclaration a été adressée aux gens du conseil de la chambre des comptes, & y a été enregistrée au mois d'Avril suivant.
En conséquence de cette déclaration, M. de la Galaisiere, qui est en même tems intendant de Lorraine & Barrois, prend les qualités de chancelier garde des sceaux, intendant de justice, police & finances, marine, troupes, fortifications, & frontieres de Lorraine & Barrois. Il est le chef des conseils de Lorraine ; savoir, du conseil d'état ordinaire établi par édit du roi Stanislas, du 27 Mai 1737, composé, outre le chancelier, de deux secrétaires d'état, de six conseillers d'état ordinaires, des premiers présidens & procureurs généraux de la cour souveraine de Lorraine & Barrois, & des chambres des comptes de Lorraine & de Bar. Le chancelier est aussi chef du conseil royal des finances & du commerce, établi par l'édit du premier Juin 1737, composé de quatre conseillers d'état ordinaires.
Avant & depuis la création de l'office de chancelier en Lorraine, le Barrois mouvant a toûjours été du ressort de la grande chancellerie de France.
CHANCELIER DE LYON, ou garde du scel royal de Lyon, étoit anciennement celui qui avoit dans cette ville la garde du scel royal pour les contrats. Il en est fait mention dans des lettres de Philippe VI. dit de Valois, du mois d'Avril 1347, portant réglement pour les officiers royaux de la justice de Lyon. Il avoit coûtume de prendre un droit pour l'ouverture des testamens ; ce qui fut confirmé par ces mêmes lettres, à condition qu'il en useroit modérément.
CHANCELIER DES COMTES DU MAINE, voyez ci-devant CHANCELIER DES COMTES ET DUCS D'ANJOU, &c.
CHANCELIER DE LA MAISON COMMUNE DE TOULOUSE, étoit un officier qui avoit la garde du scel royal dans la maison-de-ville de Toulouse. Il en est fait mention dans des lettres de Philippe VI. dit de Valois, du 14 Juin 1345, rapportées dans le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome II. p. 230.
CHANCELIER DE MALTHE, voyez ci-après CHANCELIER DANS LES ORDRES DE CHEVALERIE, à la fin de l'article.
CHANCELIER DE LA MARCHE, étoit celui qui avoit la garde du sceau des princes qui tenoient le comté de la Marche à titre d'apanage.
CHANCELIER DE MEAUX ou DE LA COMMUNE DE MEAUX, voyez CHANCELIER DE LA COMMUNE.
CHANCELIER DE MEDECINE, voyez ci-devant CHANCELIER DES FACULTES DE L'UNIVERSITE DE MONTPELLIER.
CHANCELIER DE MILAN, étoit un chancelier du roi de France, pour l'état de Milan en particulier.
François I. ayant fait en 1515 la conquête du duché de Milan, créa chancelier de cet état Antoine Duprat, qui étoit déjà chancelier de France : il tint en même tems l'office de chancelier de Milan, tant que François I. conserva le Milanès.
CHANCELIER DE NARBONNE, voyez CHANCELIER DU CHASTELAIN DU CHASTEL DE NARBONNE.
CHANCELIER DE NAVARRE, étoit d'abord le chancelier particulier des anciens rois de Navarre. Thibaut VI. roi de Navarre, avoit un vice-chancelier, suivant des lettres de l'an 1259.
Lorsque ce royaume fut joint à la France par le mariage de Philippe III. dit le Hardi, avec Jeanne reine de Navarre & comtesse de Champagne, on conserva la chancellerie de Navarre.
Cette chancellerie étoit distincte & séparée de celle de France ; mais l'émolument qui en provenoit, tournoit également au profit du roi, suivant une ordonnance de Philippe V. dit le Long, du mois de Février 1320 ; & lorsqu'il n'y avoit point de chancelier de Navarre, le chancelier de France recevoit quelquefois l'émolument de la chancellerie de Navarre : témoin un compte du 21 Septembre 1321, suivant lequel Philippe V. dit le Long, étant en son grand-conseil, fit don au chancelier Pierre de Chapes, des émolumens du sceau de Champagne, Navarre, & des Juifs, qu'il avoit reçus sans en avoir rendu compte.
Jeanne, fille de Louis X. dit Hutin, ayant hérité de la Navarre, & l'ayant portée dans la maison d'Evreux, il y eut encore alors des rois particuliers de Navarre qui avoient leurs chanceliers. Philippe, comte d'Evreux & roi de Navarre par Jeanne sa femme, signa des lettres en 1328, à la relation de son chancelier.
La reine Jeanne ayant survécu à son mari, avoit son chancelier : il en est parlé dans des lettres de Charles VI. du mois de Juillet 1388, qui font mention que les francs bourgeois de la tour du château d'Evreux avoient été approchés, c'est-à-dire mandés devant le chancelier de la reine de Navarre & quelques autres personnes, pour les obliger de contribuer aux tailles qui avoient été ordonnées pour la guerre.
Guy du Faur, seigneur de Pibrac, président au parlement de Paris, étoit chancelier de Marguerite de France, reine de Navarre : il avoit son hôtel à Paris.
Il y a apparence que le chancelier de Navarre fut supprimé après l'avénement d'Henri IV. roi de Navarre, à la couronne de France. Voyez les ordonnances de la troisieme race, tome I. pag. 737. & tome VII. pag. 250, 466 & 597. Sauval, antiquités de Paris, tome II. pag. 151. Tessereau, hist. de la chancellerie, liv. I.
CHANCELIER DE NONETTE, voyez ci-devant CHANCELIER DE LAUGEAC.
CHANCELIER DE NORMANDIE ; les ducs de Normandie avoient leur chancelier, de même que tous les autres grands vassaux de la couronne. Mais ce qui est plus remarquable, c'est que quand Philippe-Auguste eut conquis la Normandie, il joüit de cette province comme d'une souveraineté particuliere, & il y avoit un chancelier en Normandie. Le chancelier de France étoit quelquefois en même tems chancelier de Normandie ; & pour ces deux offices, il n'avoit en tout que 2000 liv. parisis de gages.
Jean de Dormans, qui étoit chancelier de Normandie pour Charles V. alors duc de Normandie & dauphin de France, avoit 1000 liv. de gages en cette qualité, outre les bourses, registres & autres droits accoûtumés : il conserva ces mêmes gages & droits, avec les gages & droits de chancelier de France, lorsque Charles V. régent du royaume, le chargea du fait de la chancellerie de France, en l'absence du chancelier.
Le chancelier du duc de Normandie jugeoit certaines affaires avec le conseil du duc, comme il est aisé de le voir par des lettres de Charles V. alors duc de Normandie & dauphin de France ; dans lesquelles il est fait mention d'une contestation mûe entre le maire & les arbalêtriers de Roüen, que le chancelier du duc de Normandie jugea, après en avoir délibéré avec le conseil.
Lorsque Charles V. alors régent du royaume, eut conquis la Normandie, il l'unit à la couronne, & il n'y eut plus de chancelier. Voyez les ordonnances de la troisieme race, tome III. pag. 212. & 213. & tome VI. pag. 538 ; le registre 92 du trésor des chartes du roi, intitulé registre des chartes de la chancellerie de Normandie, commençant au premier Octobre de l'an 1361. Sur les chancelleries de Normandie, voyez ci-après au mot CHANCELLERIES DE NORMANDIE.
CHANCELIER D'OFFICE, voyez ci-après CHANCELIER DANS LES ORDRES RELIGIEUX.
CHANCELIER DANS LES ORDRES DE CHEVALERIE, est celui qui a la garde du sceau de l'ordre, dont il scelle en cire blanche les lettres des chevaliers & officiers de l'ordre, & les commissions & mandemens émanés du chapitre ou assemblée de l'ordre : c'est lui qui tient registres des délibérations, & qui en délivre les actes sous le sceau de l'ordre : c'est le premier des grands officiers de chaque ordre.
Celui de S. Michel avoit autrefois son chancelier particulier, suivant l'article 12 des statuts faits en 1469. Lors de l'institution de cet ordre, le chancelier devoit être archevêque, évêque, ou en dignité notable dans l'église ; & l'article 81 portoit que la messe haute seroit célébrée par le chancelier, s'il étoit présent, ou par un autre ordonné par le roi. Le prieuré de Vincennes, ordre de Grammont, étoit affecté aux chanceliers de l'ordre de saint Michel, qui ont été tous archevêques ou évêques, jusqu'en 1574. Trois cardinaux ont rempli cette place : savoir Georges d'Amboise, archevêque de Roüen : Antoine du Prat, chancelier de France ; mais on croit qu'alors il n'étoit plus chancelier de l'ordre : & le cardinal de Créqui. Louis d'Amboise évêque d'Albi, Georges d'Amboise cardinal, & le cardinal du Prat, se qualifioient de chanceliers de l'ordre du Roi. Philippe Huraut seigneur de Chiverny, maître des requêtes, chancelier du duc d'Anjou roi de Pologne, fut chancelier de l'ordre de saint Michel, après la mort du cardinal de Créqui, en 1574 : c'est le premier séculier qui ait eu cette charge. Il reçut le serment du roi Henri III. pour la dignité de chef & souverain de l'ordre, à son retour de Pologne. Au mois de Décembre 1578, il fut fait chancelier, commandeur & surintendant des deniers de l'ordre du Saint-Esprit, que Henri III. venoit d'instituer. Quelques-uns de ses successeurs prirent des provisions séparées pour les deux charges de chanceliers : les appointemens de chacune de ces charges étoient aussi distingués dans les comptes ; mais dans la suite les deux charges & tous les droits qui y sont attachés, ont été réunis en une seule provision ; c'est pourquoi le chancelier de l'ordre du Saint-Esprit prend le titre de chancelier des ordres du Roi.
Il a aussi le titre de commandeur des ordres du Roi ; il doit faire preuve de noblesse paternelle, y compris le bisayeul pour le moins, & porte le collier comme les chevaliers. Guillaume de l'Aubespine, chancelier des ordres, obtint en 1611 une pension de 3000 liv. pour le dédommager du prieuré de Vincennes, qui avoit été affecté aux chanceliers de saint Michel, & dont ils cesserent de joüir lorsque Philippe Huraut de Chiverny fut pourvû de cette charge en 1574. Cette pension a passé aux chanceliers des ordres sur le pié de 4000 liv. par an, depuis 1663.
L'office de garde des sceaux des ordres du Roi a été plusieurs fois desuni de celui de chancelier ; savoir en 1633 jusqu'en 1645, depuis 1650 jusqu'en 1654, depuis 1656 jusqu'en 1661, & enfin depuis le 25 Août 1691 jusqu'au 16 Août suivant.
Le chancelier des ordres est aussi ordinairement surintendant des deniers ou finances des ordres ; mais cette charge de surintendant a été quelquefois séparée de celle de chancelier.
Pour ce qui est du chancelier de l'ordre royal & militaire de saint Louis, il n'y en avoit point d'abord. Depuis l'institution de l'ordre faite en 1693 jusqu'en 1719, le sceau de l'ordre étoit entre les mains du garde des sceaux de France ; ce ne fut que par édit du mois d'Avril 1719, que le Roi érigea en titre d'office héréditaire un grand-croix chancelier & garde des sceaux de cet ordre : c'est le premier des officiers grands-croix. L'édit porte, que le chancelier & autres grands officiers du même ordre, joüiront des mêmes priviléges que les grands officiers de l'ordre du Saint-Esprit ; que dans les cérémonies & pour la séance, ils se conformeront à ce qui se pratique dans le même ordre du Saint-Esprit ; que le chancelier garde des sceaux de l'ordre de saint Louis portera le grand cordon rouge, & la broderie sur l'habit ; que les lettres ou provisions de chevaliers seront scellées du sceau de l'ordre, qui demeurera entre les mains du chancelier-garde des sceaux de cet ordre ; que le chancelier & autres grands officiers préteront serment entre les mains du Roi ; que les autres officiers préteront serment entre les mains du chancelier de l'ordre ; que le chancelier aura en garde le sceau de l'ordre, & fera sceller en sa présence les lettres de provisions & autres expéditions, & qu'en toutes occasions il fera telles & semblables fonctions que celles qui sont exercées dans l'ordre du Saint-Esprit par le chancelier de cet ordre ; que le garde des archives scellera, en présence du chancelier, les provisions des grands-croix, commandeurs, chevaliers & officiers, & autres expéditions ; que les hérauts d'armes recevront les ordres du chancelier & du grand prevôt. M. d'Argenson, garde des sceaux de France, fut le premier chancelier de cet ordre ; & depuis, cette dignité est toujours demeurée dans sa maison. Voyez l'édit de création de l'ordre de saint Louis, du mois d'Avril 1693, & celui du mois d'Avril 1719.
L'ordre royal, militaire, & hospitalier de Notre-Dame du Mont-Carmel & de saint Lazare de Jérusalem, a aussi son chancelier garde des sceaux.
Dans l'ordre de Malthe, outre le chancelier qui est auprès du grand-maître, il y a encore un chancelier particulier dans chaque grand-prieuré : ainsi comme il y en a cinq en France, il y a autant de chanceliers. Les commissions & mandemens du chapitre ou assemblée des chevaliers, sont scellés par le chancelier : c'est lui qui tient le registre des délibérations, & qui en délivre des extraits sous le sceau de l'ordre. Ceux qui se présentent pour être reçus chevaliers de l'ordre, prennent de lui la commission qui leur est nécessaire pour faire les preuves de leur noblesse ; & après qu'elles ont été admises dans le chapitre, il les clôt & y applique le sceau, pour être ainsi envoyées à Malthe.
CHANCELIERS DES PETITS-FILS DE FRANCE, voyez ci-devant CHANCELIERS DES FILS DE FRANCE.
CHANCELIER DANS LES ORDRES RELIGIEUX, est un religieux qui tient registre des actes & papiers concernant le monastere, & qui est chargé du soin de ces papiers. Il y a apparence qu'il a été ainsi nommé, parce qu'il avoit aussi la garde du sceau de la maison, ou bien parce qu'il avoit la garde de tous les actes qui étoient scellés.
On trouve dans les archives de l'abbaye de saint Germain des Prés-lez-Paris, un acte du xj. siecle qui fait mention d'un chancelier qui étoit alors dans cette abbaye.
Dans le procès-verbal des coûtumes de Lorraine, du premier Mars 1594, comparut Jean Gerardin, chanoine & chancelier d'office en l'église de Remiremont.
Il y a encore présentement un chancelier dans l'église abbatiale de sainte Genevieve. Voyez ci-devant CHANCELIER DE L'EGLISE DE SAINTE GENEVIEVE. Il y en a aussi dans plusieurs congrégations de l'ordre de saint Benoît.
CHANCELIER D'ORLEANS, étoit le chancelier particulier des ducs d'Orléans pour leur apanage. Loysel, en son dialogue des avocats, dit que M. Pierre l'Orfevre étoit chancelier d'Orléans du tems de Charles VI. On dit présentement, chancelier-garde des sceaux du duc d'Orléans, ou chancelier de l'apanage de M. le duc d'Orléans. Voyez ci-devant CHANCELIER DES FILS ET PETITS-FILS DE FRANCE.
CHANCELIER DE POITIERS ou DES COMTES DE POITIERS, étoit celui qui avoit la garde du sceau des princes de la maison royale, qui jouissoient du comté de Poitiers à titre d'apanage. Le comte de Poitiers, fils du roi Jean, avoit son chancelier : il en est fait mention dans des lettres de Jean comte de Poitiers, fils de Charles V. du 2 Juillet 1359, auxquelles fut présent son chancelier, qui est qualifié cancellarius pictaviensis. Ce comte de Poitiers qui étoit aussi lieutenant pour le roi dans le Languedoc, quittant cette province par l'ordre de son pere qui le rappella pour le donner en ôtage au roi d'Angleterre, laissa pour lieutenant dans le pays son chancelier & le sénéchal de Beaucaire. Charles V. alors régent du royaume, leur envoya des lettres de lieutenance, datées du 27 Septembre 1360 ; & le roi Jean, dans d'autres lettres du 2 Octobre suivant, le traite de notre amé & féal chancelier de notredit fils, son lieutenant & le nôtre audit pays. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race.
CHANCELIER DE POLOGNE, est un des grands officiers de la couronne de Pologne & du nombre des sénateurs. Il y a deux chanceliers ; l'un pour la Pologne, qu'on appelle le chancelier de la couronne ; l'autre pour le grand-duché de Lithuanie. Ils ont chacun un vice-chancelier, & ont rang après le grand maréchal de Pologne & le grand maréchal du duché de Lithuanie.
Les chancelier & vice-chancelier de la couronne doivent être alternativement ecclésiastiques ou séculiers, au lieu que ceux de Lithuanie sont toujours tous deux séculiers. Le chancelier & le vice-chancelier ont tous deux le même sceau, & l'on peut indifféremment s'adresser à l'un ou à l'autre. Ils ont tous deux une égale autorité, si ce n'est que le chancelier précede toujours le vice-chancelier, quand même ce dernier seroit un évêque : le vice-chancelier ne juge qu'en l'absence du chancelier. Celui-ci connoît des affaires civiles, de celles des revenus du roi, & de toutes autres affaires concernant la justice royale : c'est lui qui veille à l'observation des lois, à la conservation de la liberté publique, & à prévenir les intrigues que des étrangers pourroient former contre la république.
L'autorité du chancelier & du vice-chancelier est si grande, qu'ils peuvent sceller plusieurs choses sans ordre du roi, & lui refuser de sceller celles qui sont contre les constitutions de l'état.
Le chancelier, ou en son absence le vice-chancelier, répond aux harangues que les ambassadeurs font au roi. Celui des deux qui est ecclésiastique, a droit sur les secrétaires, prêtres & prédicateurs de la cour, & sur les cérémonies de l'église.
Dans les affaires importantes, le roi envoye par son chancelier de Pologne aux archevêques & évêques, & aux palatins, des lettres appellées instructionis litterae, parce qu'elles portent l'état des affaires que le roi veut proposer à l'assemblée, & leur marque le tems de se rendre à la cour.
Lorsque les assemblées provinciales sont finies, les sénateurs & les nonces élûs par la noblesse de chaque palatinat se rendent à la cour, où le roi, suivi du chancelier, leur fait connoître derechef le sujet & la cause pour laquelle ils sont mandés.
Le chancelier & le vice-chancelier assistent tous deux au conseil, comme étant tous deux sénateurs : mais c'est le grand-maréchal qui y préside, & c'est au conseil en corps qu'appartient le pouvoir de faire de nouvelles lois.
On appelle des magistrats des villes au chancelier ; & la diete en décide, quand l'affaire est importante.
Après la mort du chancelier, le vice-chancelier monte à sa place.
Le chancelier & le vice-chancelier de Lithuanie font pour ce duché les mêmes fonctions que ceux de la couronne font pour le royaume de Pologne ; ils sont pareillement sénateurs, & ont rang après le grand-maréchal de Lithuanie.
Dans les cérémonies, le chancelier & le vice-chancelier de la couronne précedent ceux de Lithuanie, Voyez l'hist. de Pologne, édition d'Hollande, en 4 volumes in -12. tome I. pag. 41. & suiv. & le Laboureur, gouvernement de la Pologne.
CHANCELIER EN PORTUGAL, est un magistrat qui a la garde du sceau dont on scelle des arrêts du parlement ou cour souveraine : il y en a deux ; un dans le parlement ou cour souveraine de Lisbonne, l'autre dans le parlement de Porto. Le chancelier a rang immédiatement après le président & avant les conseillers.
CHANCELIER DES PRINCES DE LA MAISON ROYALE, voyez ci-devant CHANCELIER DES FILS ET PETITS-FILS DE FRANCE.
CHANCELIER DE LA REGENCE ou DU REGENT DU ROYAUME, étoit celui qui étoit commis autrefois par le régent pour faire l'office de chancelier pendant la régence.
Anciennement pendant les régences toutes les lettres de chancellerie, tant de justice que de grace, étoient expédiées au nom du régent ou régente du royaume, ainsi que le justifient les registres du parlement, sous la régence de Charles V. & de M. Loys de France, duc d'Anjou, & sous celle de Charles VII.
Charles V. régent du royaume pendant la prison du roi Jean, commit Jean de Dormans, qui étoit déjà son chancelier pour la Normandie, au fait de la chancellerie de France, pour l'exercer au nom du régent du royaume, & lui donna 2000 liv. parisis de gages, & les mêmes droits de bourses, registres, & autres profits qu'avoient accoûtumé de prendre les chanceliers de France. Les lettres de provision de ce chancelier du régent sont rapportées dans le recueil des ordonnances de la troisieme race.
Lorsqu'elle étoit dévolue à un prince ou une princesse du sang, le chancelier scelloit du sceau du prince au lieu du scel royal. Lorsque le régent n'étoit pas un prince, le chancelier ne scelloit pas du sceau personnel du régent ni du scel royal, mais d'un sceau particulier qui étoit établi exprès pour ce tems, & que l'on appelloit le sceau de la régence. C'est pourquoi, Philippe III. en confirmant les pouvoirs que S. Louis avoit donnés à Matthieu abbé de S. Denis, & à Simon de Nesle, pour la régence, leur ordonna de changer le nom propre dans leur sceau. Lorsque Louise de Savoie fut régente pendant la prison de François I. on fit une distinction : toutes les lettres de justice furent scellées du sceau du roi, pour exprimer que la justice subsiste toujours sans aucun changement, soit que le roi soit mort ou absent ; les lettres de grace & de commandement furent scellées du sceau de la régente. Voyez le recueil des rois de France de du Tillet, & les ordonnances de la troisieme race, & les articles REGENT DU ROYAUME & CHANCELIER DE LA REINE.
CHANCELIER DE LA REINE est un des grands officiers de sa maison, qui a la garde de son sceau particulier, sous lequel il donne toutes les provisions des offices de sa maison, & les commissions & mandemens nécessaires pour son service.
C'est lui qui préside au conseil de la reine, lequel est composé du chancelier, du surintendant des finances, des secrétaires des commandemens, maison & finances ; du procureur général & de l'avocat général, des secrétaires du conseil & autres officiers.
Il est aussi le chef de la chancellerie de la reine, pour laquelle il y a plusieurs officiers.
C'est encore lui qui donne, sous le sceau de la reine, toutes les provisions des offices de justice dans les terres & seigneuries qui sont du domaine particulier de la reine.
Il a le même droit dans les duchés, comtés & autres seigneuries du domaine du roi, dont la jouissance est donnée à la reine par son doüaire en cas de viduité ; il est dans ces terres le chef de la justice, & y institue des juges, lesquels rendent la justice au nom de la reine, & ont le même pouvoir que les juges royaux ; il peut pareillement, au nom de la reine, y établir des grands jours dont l'appel ressortit directement au parlement de Paris, quand même ces terres & seigneuries seroient dans le ressort d'un autre parlement.
C'est encore une des prérogatives de la dignité de chancelier de la reine, qu'il a le droit d'entrée dans toutes les maisons royales, lorsque le roi n'y est pas, ou que la reine y est seule.
Les reines de France ont de tems immémorial toujours eu leur chancelier particulier, différent de celui du roi.
Grégoire de Tours fait mention que Urcissin étoit référendaire de la reine Ultrogothe, femme de Childebert I. Celui qui faisoit alors l'office de chancelier de France étoit aussi appellé référendaire.
Jeanne, femme de Philippe V. dit le Long, avoit en 1319 pour chancelier Pierre Bertrand, qui fut aussi l'un des exécuteurs de son testament.
Isabeau de Baviere, femme de Charles VI. avoit aussi son chancelier, autre que celui du roi, quoiqu'elle n'eût point de terres en propre. Messire Jean de Nielle chevalier, maître Robert le Maçon, & maître Robert Carteau, furent ses chanceliers en divers tems.
Robert Maçon, l'un de ceux que l'on vient de nommer, étoit seigneur de Treves en Anjou ; il fut d'abord chancelier de la reine Isabeau de Baviere, ce qui est justifié par des lettres de Charles VI. de l'an 1415, par lesquelles il commet le comte de Vendôme, & Robert le Maçon qu'il appelle chancelier de la reine sa compagne, pour se transporter à Angers, & faire jurer la paix aux Anglois. Il fit en 1418 la fonction de chancelier de France sous les ordres du dauphin Charles, pour lors lieutenant général du roi.
Le registre du parlement du 22 Mai 1413, parlant de Bonne d'Armagnac, femme du sieur de Montauban, l'appelle cousine & chanceliere de la reine ; ce qui confirme encore qu'elle avoit un chancelier.
Enguerrand de Monstrelet rapporte, dans le chap. lx. de son premier volume, qu'il fut ordonné par le conseil de la reine & du duc de Bourgogne (c'étoit toujours du tems de la même Isabeau de Baviere femme de Charles VI. en 1417) que Me Philippe de Morvilliers iroit en la ville d'Amiens accompagné d'aucuns notables clercs, avec un greffier juré, pour y tenir de par la reine une cour souveraine de justice, au lieu de celle du parlement de Paris ; & afin qu'il ne fût pas besoin de se pourvoir en la chancellerie du roi, pour impétrer des mandemens, ou pour d'autres causes qui pussent intervenir ès bailliages d'Amiens, Vermandois, Tournai, & sénéchaussée de Ponthieu, il fut donné un sceau audit Morvilliers où étoit gravée l'image de la reine, étant droite, ayant les deux bras tendus vers la terre ; & au côté droit étoit un écu des armes de France & de Baviere, & à l'entour du scel étoit écrit : c'est le scel des causes, souverainetés & appellations pour le roi ; qu'on scelleroit de ce scel en cire rouge, & que les lettres & mandemens se feroient au nom de la reine, en cette forme : Isabelle, par la grace de Dieu, reine de France, ayant pour l'occupation de monseigneur le roi le gouvernement & l'administration de ce royaume, par l'octroi irrévocable à nous sur ce fait par mondit seigneur & son conseil. Il fut aussi ordonné un autre chancelier outre la riviere de Seine, pour ceux qui tenoient le parti de la reine & du duc de Bourgogne.
Du tems de M. le marquis de Breteuil, commandeur des ordres du Roi, & ministre & secrétaire d'état au département de la guerre, qui fut chancelier de la reine depuis le 18 Mai 1725, jusqu'à son décès arrivé le 7 Janvier 1743, on se servoit de cire jaune pour le sceau de la reine, quoique l'ancien usage eût toujours été de sceller de ce sceau en cire rouge. M. le comte de S. Florentin, commandeur des ordres du Roi, ministre & secrétaire d'état, qui a succédé à M. de Breteuil en la dignité & office de chancelier de la Reine, qu'il possede encore actuellement, a rétabli l'ancien usage de sceller en cire rouge.
La reine de Navarre avoit aussi son chancelier. François Olivier qui fut chancelier de France, avoit été auparavant chancelier & chef du conseil de Marguerite de Valois, reine de Navarre, soeur de François I.
Guy du Faur seigneur de Pibrac, président au mortier, fut chancelier de Marguerite de France, soeur du roi Henri III. & alors reine de Navarre. Il mourut le 12 Mai 1584.
Jean Berthier, évêque de Rieux, succéda au sieur de Pibrac en cette charge, qui devint encore plus relevée en 1589, lorsque Marguerite devint reine de France. Le mariage de celle-ci ayant été dissous en 1599, l'évêque de Rieux continua d'être le chancelier de la reine Marguerite. Il logeoit au cloître Notre-Dame en 1605 ; & la reine Marguerite ayant eu alors la permission de revenir à Paris, elle alla d'abord descendre chez son chancelier, & ce fut là que la ville vint la saluer. Voyez du Tillet, des rangs des grands de France ; Bouchel, bibliotheque du droit françois, au mot chancelier ; Sauval, antiquités de Paris, tome II. p. 151.
CHANCELIERS DU ROI, étoient des notaires ou secrétaires du roi, que l'on appelloit ainsi sous la premiere race ; c'étoient eux qui écrivoient les chartes & lettres des rois, qui étoient ensuite scellées par le grand référendaire, dont l'office revenoit à celui de chancelier de France. Il est parlé de ces chanceliers royaux dès le tems de Clotaire I. par Grégoire de Tours, lequel en parlant d'un certain Claude, dit qu'il étoit quidam ex cancellariis regalibus. Sous Thierri I. ces mêmes secrétaires sont nommés notarii, regis notarii. Sous Chilpéric I. un de ses secrétaires se qualifie palatinus scriptor. Ces chanceliers ou secrétaires signoient quelquefois ad vicem, c'est-à-dire en l'absence du référendaire. Sous la seconde race de nos rois, celui qui faisoit la fonction de référendaire fut appellé archichancelier, grand chancelier, souverain chancelier, on archinotaire, parce qu'il étoit préposé sur les chanceliers particuliers, ou notaires secrétaires du roi. Du tems de Charles le Chauve, les notaires du roi se qualifioient quelquefois cancellarii regiae dignitatis. Il y avoit encore de ces chancelier particuliers sous Hugues Capet en 987, suivant un titre de l'abbaye de Corbie, à la fin duquel est dit, ego Reginoldus, cancellarius ad vicem summi cancellarii, recognovi ac subterfirmavi. Depuis Baudouin, qui exerça l'office de chancelier les dernieres années du regne de Robert, le titre de chancelier demeura réservé au chancelier de France ; & ceux que l'on appelloit auparavant chanceliers du roi, ne furent plus nommés que notaires ou secrétaires du roi. Voyez Tessereau, hist. de la chancellerie.
CHANCELIERS, chez les Romains du tems des empereurs, étoient des officiers subalternes qui se tenoient dans une enceinte fermée de grilles & de barreaux appellés en latin cancelli, pour copier les sentences des juges & les autres actes judiciaires : ils étoient à-peu-près comme nos greffiers ou commis du greffe. On les payoit par rôles d'écriture, comme l'a remarqué le docte Saumaise sur un passage d'une loi des Lombards : volumus ut nullus cancellarius pro ullo judicio aut scripto aliquid ampliùs accipere audeat, nisi dimidiam libram argenti de majoribus scriptis, de minoribus autem infrà dimidiam libram. Cet emploi étoit alors peu considérable, puisque Vopiscus dit que Carin fit une chose honteuse, en nommant un de ces chanceliers gouverneur de Rome : praefectum urbi unum è cancellariis suis fecit ; quo foedius nec cogitari potuit aliquid, nec dici.
Le terme de suis semble pourtant dénoter que ces officiers étoient attachés à l'empereur d'une maniere particuliere ; qu'ils travailloient dans son palais, faisoient la fonction de secrétaires de l'empereur. Il y a d'autant plus lieu de le croire, que les Romains ayant fait la conquête des Gaules, & y ayant introduit leurs moeurs & les noms des offices usités chez eux, on voit que sous les rois de la premiere race, ceux qui faisoient la fonction de secrétaires du roi étoient pareillement nommés chanceliers.
Il est néanmoins certain que les magistrats des provinces avoient aussi leurs chanceliers, qui faisoient près d'eux la fonction de secrétaires ou de greffiers. Il en est fait mention en plusieurs endroits du code, & notamment au titre de assessoribus, domesticis, & cancellariis judicum ; c'étoient ceux qui mettoient les actes en forme, ou du moins qui souscrivoient les jugemens & autres actes publics, & les délivroient aux parties. Ils furent ainsi appellés, non pas de ce qu'ils pouvoient canceller l'écriture, mais du barreau du juge appellé cancelli, & quia cancellis praeerant, comme dit Agathias, liv. I. & Cassiodore, liv. XII.
Ce dernier l'explique encore bien mieux en l'épître premiere du II. liv. où écrivant à son chancelier, il lui dit : respice quo nomine nuncuperis ; latere non potes, quod intrà cancellos egeris ; tenes quippe lucidas fores, claustra patentia, fenestratas januas ; & quamvis studiosè claudas, necesse est ut cunctis aperias. Nam si fortè steteris, meis emendaris obtutibus ; si intus ingrediaris, observantium non potes declinare conspectus. Vide quò te antiquitas voluerit collocari : undique conspicieris, qui in illâ claritate versaris.
Les principales dispositions des lois romaines par rapport à ces chanceliers, sont qu'on les pouvoit accuser en cas de faux ; que leur emploi n'étoit pas perpétuel ; qu'après l'avoir quitté ils devoient demeurer encore cinquante jours dans la province, afin que chacun eût le tems & la liberté de faire ses plaintes contr'eux, s'il y avoit lieu ; que ceux qui avoient fait cette fonction ne devoient point y rentrer après leur commission finie.
Au commencement les présidens & autres gouverneurs des provinces se servoient de leurs clercs domestiques pour chanceliers ou greffiers, ou bien ils les choisissoient à volonté ; ce qui fut changé par les empereurs Honorius & Théodose en la loi nullus judicum, cod. de assessor. où ces greffiers sont appellés cancellarii. Il est dit que dorénavant ils seront pris par élection solemnelle de l'office, c'est-à-dire du corps & compagnie des officiers ministres ordonnés à la suite du gouverneur, à la charge que ce corps & compagnie répondroit civilement des fautes de celui qu'il auroit élu pour chancelier.
Les chanceliers n'étoient pas les seuls scribes attachés aux juges ; il y avoit avant eux ceux qu'on appelloit exceptores & regerendarii. Les premiers étoient ceux qui recevoient le jugement sous la dictée du juge ; les autres transcrivoient les actes judiciaires dans des registres. Le propre du chancelier étoit de souscrire les jugemens & autres actes, & de les délivrer aux parties. Il y avoit aussi ceux que l'on appelloit ab actis, ou actuarii, qui étoient préposés pour les actes de jurisdiction volontaire, comme émancipations, adoptions, contrats & testamens.
Quoique le chancelier fût d'abord le dernier dans l'ordre de tous les scribes du juge, comme il paroît au liv. de la notice de l'Empire, & au titre du code de assessoribus, domesticis & cancellariis judicum ; il devint néanmoins dans la suite en plus grande considération que les autres, parce que c'étoit le seul auquel les parties eussent affaire : on en peut juger par ce que dit Cassiodore à son chancelier en son épît. j. liv. II. Quamvis statutis gradibus omnis militia peragatur, tuus honor cognoscitur solemni ordine non teneri, qui suis primatibus meruit anteponi. Tibi enim reddunt obsequia qui te praeire noscuntur, & reflexâ conditione justitiae, illis reverendus aspiceris, quos subsequi posse monstraris. Cassiodore ajoûte que l'honneur du juge dépendoit de lui, parce qu'il gardoit, signoit & délivroit aux parties les expéditions ; jussa nostra sine studio venalitatis expedias, omnia sicque geras ut nostram possis commendare justitiam : actus enim tui, judicis opinio est ; & sicut penetrale domus de foribus potest congruenter intelligi, sic mens praesulis de te probatur agnosci.
Dans la premiere épît. du liv. XII. il dit encore à son chancelier : fasces tibi judicum parent ; & dum jussa praetorianae sedis portare crederis, ipsam quoddam modo potestatem reverendus assumis. Cette même épître nous apprend que c'étoit alors le préfet du prétoire qui choisissoit les chanceliers des gouverneurs des provinces, qu'il leur donna comme des contrôleurs de leurs actions, ce qui augmenta beaucoup la considération dans laquelle étoit déjà l'office de chancelier, desorte qu'enfin on entendit sous ce nom ceux qui faisoient toutes les expéditions des grands magistrats. Voyez au code, liv. I. tit, 51. Loyseau, de off. liv. II. ch. v. n. 18 & suiv. & liv. IV. ch. ij. n. 24.
CHANCELIERS DE RUSSIE sont de deux sortes ; il y a le grand chancelier de l'Empire qui a la garde de la couronne, du sceptre, & du sceau impérial. La couronne & le sceptre sont gardés dans une chambre à Moscou, dont il a la clé & le sceau, on n'y entre qu'en sa présence. Il y a des chancelleries particulieres auprès des juges des principales villes de Russie, comme à Petersbourg. Voyez la Martiniere.
CHANCELIER DE LA SOCIETE LITTERAIRE D'ARRAS, voyez CHANCELIERS DES ACADEMIES.
CHANCELIER DU SOUVIGUIER DE NARBONNE, étoit celui qui avoit la garde du scel royal dans la viguerie de Narbonne ; il en est parlé dans des lettres de Philippe VI. dit de Valois, du 14 Juin 1345, rapportées dans le recueil des ordonnances de la troisieme race, tom. II. p. 230.
CHANCELIER DE SUEDE, qu'on appelle grand chancelier, est le quatrieme des cinq grands officiers de la couronne, qui sont les tuteurs du roi, & gouvernent le royaume pendant sa minorité.
Il est le chef du conseil de la chancellerie où il préside, assisté de quatre sénateurs, & des secrétaires d'état, & de la police, en corrige les abus, & fait tous les réglemens nécessaires pour le bien & l'utilité publique. Il est le dépositaire des sceaux de la couronne ; il expédie toutes les affaires d'état, & c'est lui qui expose les volontés du roi aux états généraux, avant la tenue desquels les nobles sont obligés de faire inscrire leurs noms pour être portés à la chancellerie.
Enfin il préside au conseil de police, & c'est en ses mains que le roi dépose la justice pour la distribuer & la faire rendre à ses sujets.
Il y a cependant au-dessus de lui le drossart ou grand justicier, qui est le premier officier de la couronne, qui préside au conseil suprême de justice auquel on appelle de tous les autres.
Il y a un chancelier de la cour différent du chancelier de justice. Voyez la Martiniere à l'article de Suede, & les voyages de Payen.
CHANCELIER DE THEOLOGIE, voyez ci-devant CHANCELIER DES FACULTES DE L'UNIVERSITE DE MONTPELLIER.
CHANCELIER DANS LES UNIVERSITES, est celui qui a la garde du sceau de l'université, dont il scelle les lettres des différens grades, provisions & commissions que l'on donne dans les universités. Chaque université a son chancelier ; il y en a même deux dans l'université de Paris ; l'un qu'on appelle communément le chancelier de Notre-Dame, ou chancelier de l'université ; l'autre qui est le chancelier de sainte Genevieve. Comme l'université de Paris est la plus ancienne de toutes, ses deux chanceliers sont aussi les plus anciens ; ils ont chacun un sous-chancelier qui leur sert d'aide dans leurs fonctions.
Il est parlé du chancelier de l'étude de Médecine de Montpellier, dans des lettres de Philippe VI. dit de Valois, du mois d'Août 1331, rapportées dans le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome II. pag. 71. & dans d'autres lettres du roi Jean du mois de Janvier 1350. Ibid. tome IV. pag. 36.
Le pape Eugene IV. à la requête des états de Normandie, donna l'an 1439 une bulle, par laquelle il créa l'université de Caën, & nomma l'évêque de Bayeux pour en être chancelier ; ce qui fait voir que l'office de chancelier dans les universités a toujours été en grande considération.
Le parlement de Paris ordonna par un arrêt du 18 Mars 1543, que les nouveaux docteurs qui veulent prétendre aux régences, doivent préalablement répondre pendant trois jours publiquement sur la loi & le chapitre qui leur sera donné par le chancelier & commissaires à ce députés.
Par un autre arrêt du 18 Avril 1582, il fut défendu, tant au chancelier qu'aux docteurs, de recevoir aucune personne à une régence vacante, sans avoir préalablement répondu publiquement.
Par arrêt du parlement de Toulouse, du 9 Avril 1602, défenses furent faites aux chancelier & docteurs régens de l'université de Cahors, de recevoir aucun docteur régent sans disputes publiques.
Le chancelier de l'université de Valence a droit de régler les gages des docteurs régens, suivant un arrêt du conseil d'état du 2 Décembre 1645.
Dans des lettres de Charles VI. du 17 Octobre 1392, rapportées dans les ordonnances de la troisieme race, le chancelier de l'université de Toulouse est nommé deux fois avant le recteur.
Toutes les commissions de la cour de Rome pour les universités, sont adressées au chancelier. Voyez ci-devant CHANCELIER DE L'EGLISE DE PARIS, & CHANCELIER DE SAINTE GENEVIEVE.
Par rapport aux chanceliers des quatre facultés de l'université de Montpellier, voyez ci-devant CHANCELIERS DES FACULTES, &c.
Le chancelier est le premier officier de l'université de Dijon ; mais il faut observer que cette université n'est composée que d'une seule faculté, qui est celle de droit civil, canonique, & françois. Il a un vice-chancelier. Voyez la descript. de Bourgogne par Garreau.
Le chancelier de l'université de Cambridge ou Cambrige en Angleterre, est à la tête de ce corps ; c'est ordinairement un seigneur du premier rang ; il est élu par l'université ; on peut le changer on le continuer tous les trois ans ; il est le chef d'une cour de justice, & sa fonction est de gouverner l'université, d'en conserver les libertés & les priviléges, de convoquer les assemblées, & de rendre la justice entre les membres de l'université. Cette place n'est proprement qu'un poste d'honneur ; il y a un vice-chancelier qui gouverne l'université en la place du chancelier. Il est élû tous les ans par l'université. Son pouvoir est indépendant de celui de l'université. Ce vice-chancelier a sous lui une espece de magistrat qu'on nomme proctor, & d'autres officiers.
Il en est de même du chancelier de l'université d'Oxford, excepté que sa dignité est à vie ; il est élu par les écoliers mêmes. Il y a aussi un vice-chancelier qui a sous lui quatre substituts. Voyez l'état présent de la Grande-Bretagne ; la Martiniere, dict. & l'article UNIVERSITE.
Le cardinal Ximenes établit un chancelier en l'université d'Alcala, à l'exemple de celle de Paris. Alvarus Gometius, lib. III. de reb. gest. à Francisco Ximeneo.
L'université d'Upsal est composée d'un chancelier qui est toujours ministre d'état, & d'un vice-chancelier qui est toujours archevêque. (A)
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| CHANCELLERIE | S. f. (Architecture) du mot latin cancelli ; c'est un hôtel faisant partie de la distribution d'un grand palais, ou un édifice particulier où loge le chancelier d'une tête couronnée : telle qu'est la chancellerie à Paris, place de Vendôme, où indépendamment de la distribution relative à l'habitation personnelle du maître, se trouvent distribuées de grandes salles d'audience, du conseil, cabinets, bureaux, &c. (P)
CHANCELLERIE, s. f. (Jurisprud.) s'entend ordinairement d'un lieu où on scelle certaines lettres, pour les rendre authentiques. Il y a plusieurs sortes de chancelleries ; les unes civiles, les autres ecclésiastiques. Nous commencerons par la chancellerie de France, qui est la plus considérable de toutes les chancelleries civiles ; les autres seront ensuite expliquées par ordre alphabétique.
Le terme de chancellerie se prend aussi quelquefois pour le corps des officiers qui sont nécessaires pour le service de la chancellerie, tels que le chancelier ou garde des sceaux, les grands audienciers, les secrétaires, les trésoriers, contrôleurs, référendaires, chauffes-cire, & autres.
CHANCELLERIE DE FRANCE ou GRANDE CHANCELLERIE, est le lieu où le chancelier de France demeure ordinairement, où il donne audience à ceux qui ont à faire à lui, & où il exerce certaines de ses fonctions : c'est aussi le lieu où l'on scelle les lettres avec le grand sceau du roi, lorsque la garde en est donnée au chancelier. On l'appelle grande chancellerie par excellence, & par opposition aux autres chancelleries établies près les cours & présidiaux, dont le pouvoir est moins étendu.
On entend aussi sous le terme de chancellerie de France, le corps des officiers qui composent la chancellerie ; tels que le chancelier, le garde des sceaux, les grands audienciers, secrétaires du roi du grand collége, les trésoriers, contrôleurs, chauffes-cire & autres officiers.
L'établissement de la chancellerie de France est aussi ancien que la monarchie ; elle n'a point emprunté son nom du titre de chancelier de France : car sous la premiere race de nos rois, ceux qui faisoient les fonctions de chancelier n'en portoient point le nom ; on les appelloit référendaires, gardes de l'anneau ou scel royal ; & c'étoient les notaires ou secrétaires du roi que l'on appelloit alors cancellarii, à cancellis, parce qu'ils travailloient dans une enceinte fermée de barreaux ; & telle fut aussi sans-doute l'origine du nom de chancellerie.
Ce ne fut que sous la seconde race que ceux qui faisoient la fonction de chancelier du roi commencerent à être appellés grand chancelier, archi-chancelier, souverain chancelier ; & alors le terme de chancellerie devint relatif à l'office de chancelier de France.
Lorsque cet office se trouvoit vacant, on disoit que la chancellerie étoit vacante, vacante cancellariâ : cette expression se trouve usitée dès l'an 1179. Pendant la vacance on scelloit les lettres en présence du roi, comme cela se pratique encore aujourd'hui.
Le terme de chancellerie se prenoit aussi pour l'émolument du sceau : on le trouve usité en ce sens dès le tems de S. Louis. Suivant une cédule de la chambre des comptes, qui porte entr'autres choses que des lettres qui devoient soixante sous pour scel, le scelleur prenoit dix sous pour soi & la portion de la commune chancellerie, de même que les autres clercs du roi.
Cette même cédule fait aussi connoître que le chancelier avoit un clerc ou secrétaire particulier, & qu'il y avoit un registre où l'on enregistroit les lettres de chancellerie. On y enregistroit aussi certaines ordonnances, comme cela s'est pratiqué en divers tems pour certains édits qui ont été publiés le sceau tenant.
Guillaume de Crespy, qui fut chancelier en 1293, suspendit aux clercs des comptes leur part de la chancellerie ; parce qu'ils ne suivoient plus la cour comme ils faisoient du tems de S. Louis, sous lequel ils partageoient à la grosse & menue chancellerie.
Il y avoit déjà depuis long-tems plusieurs sortes d'officiers pour l'expédition des lettres que l'on scelloit du grand ou du petit scel.
Les plus anciens étoient les chanceliers royaux, cancellarii regales, appellés depuis notaires, & ensuite secrétaires du roi. Il est parlé de ces chanceliers dès le tems de Clotaire I. Dès le tems de Thierri on trouve des lettres écrites de la main d'un notaire, & scellées par celui qui avoit le sceau, qui étoit le grand référendaire.
Sous Dagobert I. on trouve jusqu'à cinq notaires ou secrétaires ; lesquels en l'absence du référendaire faisoient son office, & signoient en ces termes : ad vicem obtuli, recognovi, subscripsi.
Du tems de Charles-le-Chauve on trouve jusqu'à onze de ces notaires ou secrétaires ; lesquels en certaines lettres sont qualifiés cancellarii regiae dignitatis, & signoient tous ad vicem. Du tems de S. Louis on les appella clercs du roi. On continua cependant d'appeller notaires ceux que le chancelier de France commettoit aux enquêtes du parlement, pour faire les expéditions nécessaires.
Sous la troisieme race l'office de garde des sceaux fut quelquefois séparé de celui de chancelier, soit pendant la vacance de la chancellerie, ou même du vivant du chancelier.
Dans un état de la maison du roi fait en 1285, il est parlé du chauffe-cire, ou valet de chauffe-cire.
Il y avoit aussi dès 1317, un officier préposé pour rendre les lettres lorsqu'elles étoient scellées ; & suivant des lettres de la même année, les notaires-secrétaires du roi (c'est ainsi qu'ils sont appellés) avoient quarante livres parisis à prendre sur l'émolument du sceau pour leur droit de parchemin.
Tous ces différens officiers qui étoient subordonnés au référendaire, appellé depuis chancelier de France, formerent insensiblement un corps que l'on appella la chancellerie, dont le chancelier a toujours été le chef.
Cette chancellerie étoit d'abord la seule pour tout le royaume. Dans la suite on admit trois chancelleries particulieres ; l'une qui avoit été établie par les comtes de Champagne ; une autre par les rois de Navarre, & une chancellerie particuliere pour les actes passés par les Juifs.
Philippe V. dit le Long, fit au mois de Février 1321 un réglement général, tant pour la chancellerie de France que pour les autres chancelleries : il annonce que ce réglement est sur le port & état du grand scel, & sur la recette des émolumens. Les fonctions des notaires du roi y sont réglées ; il est dit qu'il sera établi un receveur de l'émolument du sceau, qui en rendra compte trois fois l'année en la chambre des comptes ; que le chancelier sera tenu d'écrire au dos des lettres la cause pour laquelle il refusera de les sceller, sans les dépecer ; que tous les émolumens de la chancellerie de Champagne, de Navarre, & des Juifs, tourneront au profit du roi comme ceux de la chancellerie de France ; que le chancelier prendra pour ses gages mille livres parisis par an.
On voit par des lettres de Charles V. alors régent du royaume, que dès l'an 1358 il y avoit déjà des registres en la chancellerie, où l'on enregistroit certaines ordonnances & lettres patentes du roi ; & suivant d'autres lettres du même prince alors régnant, du 9 Mars 1365, le lieu où se tenoit le sceau s'appelloit déjà l'audience de la chancellerie, d'où les offices d'audienciers ont pris leur dénomination. En effet l'on trouve un mandement de Charles V. du 21 Juillet 1368, adressé à nos audiencier & contrôleur de notre audience royale à Paris, c'est-à-dire de la chancellerie.
Les clercs-notaires du roi avoient dès 1320 leurs gages, droits de manteaux, & la nourriture de leurs chevaux à prendre sur l'émolument du sceau.
Pour ce qui est de la distribution des bourses, l'usage doit en être aussi fort ancien, puisque le dauphin régent ordonna le 28 Mars 1357, que le chancelier auroit deux mille livres de gages, avec les bourses & autres droits accoûtumés ; & au mois d'Août 1358, il ordonna que l'on feroit tous les mois pour les Célestins de Paris, une bourse semblable à celle que chaque secrétaire du roi avoit droit de prendre tous les mois sur l'émolument du sceau. Voyez ci-après CHANCELLERIE (bourse de).
La chancellerie de France n'a été appellée grande chancellerie, que lorsqu'on a commencé à établir des chancelleries particulieres près les parlemens, c'est-à-dire vers la fin du quinzieme siecle. Voyez CHANCELLERIES PRES LES PARLEMENS.
On a aussi ensuite institué les chancelleries présidiales en 1557.
Toutes ces petites chancelleries des parlemens & des présidiaux, sont des démembremens de la grande chancellerie de France.
Lorsque la garde des sceaux est séparée de l'office de chancelier, c'est le garde des sceaux qui scelle toutes les lettres de la grande chancellerie, & qui est préposé sur toutes les petites chancelleries. Voyez GARDE DES SCEAUX.
Le nombre des secrétaires du roi servant dans les grandes & petites chancelleries, a été augmenté en divers tems. On a aussi créé dans chaque chancellerie des audienciers, contrôleurs, des référendaires, scelleurs, chauffes-cire, des huissiers, des greffiers gardes minutes. On trouvera l'explication de leurs fonctions & de leurs privileges. Voyez Miraumont & Tessereau, hist. de la chancellerie.
CHANCELLERIE DES ACADEMIES, voyez CHANCELIER DES ACADEMIES.
CHANCELLERIE D'AIX ou DE PROVENCE, est celle qui est établie près le parlement d'Aix. La Provence ayant été soûmise pendant quelque tems à des comtes, ne fut réunie à la couronne qu'en 1481, & le parlement d'Aix ne fut établi qu'en l'année 1501. Par édit du mois de Septembre 1535, François premier y créa une chancellerie particuliere, pour l'administration de laquelle il seroit par lui pourvû d'un bon & notable personnage au fait de la justice, qui auroit la garde du scel ordonné pour ladite chancellerie ; sur quoi il faut observer en passant que dans toutes les lettres émanées du roi concernant la Provence, on ne manque point de lui donner le titre de comte de Provence, Forcalquier, & terres adjacentes, après le titre de roi de France & de Navarre. On en trouve un exemple dès 1536, dans le réglement du 18 Avril de ladite année, par lequel on voit que de six secrétaires du roi qu'il y avoit alors, l'un exerçoit le greffe civil, un autre le greffe criminel ; que les quatre autres signoient & servoient en la chancellerie ; que ces secrétaires n'étoient point du collége des notaires & secrétaires du roi, boursiers & gagers, & ne prenoient rien sur les lettres & expéditions qui se faisoient en ladite chancellerie. Néanmoins pour subvenir à l'entretenement des quatre secrétaires servant près ladite chancellerie, & leur conserver les mêmes profits qu'ils avoient coûtume de prendre avant l'établissement de cette chancellerie, il fut ordonné que le collége des notaires & secrétaires du roi prendroit en la chancellerie de Provence la même portion de bourses qu'il a coûtume de prendre dans les autres chancelleries ; à la charge que sur cet émolument & avant d'en faire la répartition entre les boursiers & gagers, il seroit pris un certain émolument au profit des secrétaires qui auroient servi chaque mois près ladite chancellerie, suivant le tarif contenu dans ce réglement.
Le 26 Novembre 1540 ; il y eut un édit pour les priviléges du garde-scel & des autres officiers de la chancellerie. Le 2 Janvier 1576, un autre édit portant création d'offices d'audienciers & de contrôleurs alternatifs en la chancellerie d'Aix & dans celles des autres parlemens ; & le 17 Septembre 1603, une déclaration concernant les référendaires de cette chancellerie. On y créa en 1605 un office de chauffe-cire, comme dans les autres chancelleries. Les audienciers & contrôleurs obtinrent le 18 Mai 1616, une déclaration qui les exempta de tutele, curatelle, caution ; & le 6 Avril 1624, un arrêt du conseil privé, qui leur donna la préséance sur les référendaires.
Il avoit été arrêté au parlement d'Aix le 20 Janvier 1650, que le conseiller garde des sceaux de la chancellerie qui est près de ce parlement, ne pourroit par sa voix former ni rompre aucun partage d'opinions : mais il a depuis été délibéré, les chambres assemblées, que tous les possesseurs de cette charge auroient voix délibérative, qu'ils pourroit faire partage & le rompre, ne leur étant pas permis néanmoins de faire aucun rapport, ni de participer aux droits & émolumens. V. Chorier sur Guypape, p. 72.
On a créé en 1692 des greffiers gardes-minutes dans la chancellerie d'Aix, de même que dans les autres chancelleries des parlemens.
Le nombre des secrétaires du roi servant près la chancellerie d'Aix, a été réglé par différens édits. Voyez SECRETAIRES DU ROI.
Par un édit du mois de Mai 1635, le roi avoit créé une chancellerie particuliere près la cour des comptes, aides & finances d'Aix ; mais cette chancellerie a depuis été supprimée, & réunie à celle du parlement.
CHANCELLERIE D'ALENÇON, voyez CHANCELIER D'ALENÇON.
CHANCELLERIE D'ALSACE, fut d'abord établie près le conseil souverain de cette province par édit du mois de Novembre 1658. Elle fut composée d'un office de garde des sceaux, pour être attaché à celui de président du conseil souverain ; un audiencier, un contrôleur, un référendaire, un chauffe-cire, & un huissier. Ce conseil souverain ayant été révoqué en 1661, & changé en un conseil supérieur, la chancellerie créée en 1658, & les officiers, furent aussi révoqués. En 1679 le conseil provincial qui se tenoit à Brisak, fut rétabli dans le droit de juger souverainement ; & au mois d'Avril 1694, on établit une chancellerie près de ce conseil. Au mois de Décembre 1701, le conseil souverain & la chancellerie ont été transférés à Colmar.
CHANCELLERIE D'ANGLETERRE, voyez ci-devant CHANCELIER D'ANGLETERRE.
CHANCELLERIE D'ANJOU, voyez CHANCELIER D'ANJOU.
CHANCELLERIE D'APANAGE, est celle qui est établie pour la maison & apanage des fils puînés de France, & de leurs descendans mâles qui ont des apanages. Voyez ci-devant CHANCELIERS DES FILS & PETITS-FILS DE FRANCE.
CHANCELLERIE D'AQUITAINE, voyez CHANCELIER D'AQUITAINE.
CHANCELLERIE D'ARLES, voyez CHANCELIER DE BOURGOGNE.
CHANCELLERIE DE L'ARCHIDUC ou D'AUTRICHE, voyez CHANCELIER DE L'ARCHIDUC.
CHANCELLERIE DES ARTS, voyez CHANCELIER DES ARTS.
CHANCELLERIE D'AUVERGNE, voyez CHANCELIER D'AUVERGNE.
CHANCELLERIE DE BARBARIE, voyez CHANCELIER DES CONSULS DE FRANCE.
CHANCELLERIE DE LA BASOCHE, voyez CHANCELIER DE LA BASOCHE.
CHANCELLERIE DE BERRI, voyez CHANCELIER DU DUC DE BERRI.
CHANCELLERIE DE BOHEME, voyez CHANCELIER DE BOHEME.
CHANCELLERIE DE BESANÇON : Louis XIV. rétablit en 1674 le parlement de Franche-Comté à Dole ; il fut ensuite transféré à Besançon, par édit du mois de Mai 1676, & y fut fixé par édit du mois d'Août 1692. On y créa en même tems une chancellerie ; & par une déclaration du 14 Janvier 1693, on attribua aux officiers de cette chancellerie les mêmes droits dont joüissent, tant ceux de la grande chancellerie de France, que des autres chancelleries du royaume.
CHANCELLERIE DE BORDEAUX, est de deux sortes ; l'une qui fut établie en 1462 près le parlement de Bordeaux, qui est aussi appellée chancellerie de Guienne ; l'autre qui est près la cour des aides de la même ville. Voyez CHANCELLERIE PRES LES PARLEMENS & PRES LES COURS DES AIDES.
CHANCELLERIES DE BOURGOGNE, sont de quatre sortes : il y avoit autrefois la chancellerie des ducs de Bourgogne ; il y a encore la chancellerie près le parlement de Dijon, les chancelleries présidiales, & les chancelleries aux contrats.
La chancellerie des ducs de Bourgogne ne subsiste plus depuis 1477 ; c'est en la grande chancellerie de France que l'on obtient les lettres au grand sceau.
La chancellerie près le parlement de Dijon, que l'on appelle aussi chancellerie de Bourgogne, a été établie à l'instar de celles des autres parlemens, pour l'expédition des lettres de justice & de grace, qui se délivrent au petit sceau. Louis XI. créa dès 1477 (nouveau style) un nouveau parlement pour cette province, lequel ne fut néanmoins établi qu'en 1480, à cause des troubles qui survinrent : il ne fut rendu sédentaire qu'en 1494. Il y avoit cependant une chancellerie établie près de ce parlement. En effet l'édit du 11 Décembre 1493, fait mention du sceau qui avoit été ordonné pour sceller en la chancellerie de Dijon. Le roi créa en 1553 un office de conseiller au parlement garde des sceaux de la chancellerie de Dijon. Par une déclaration du 25 Juillet 1557, il fut ordonné que ce conseiller garde des sceaux auroit entrée en la chambre des vacations. Les autres officiers de cette chancellerie sont vingt-un secrétaires du roi, dont quatre audienciers & quatre contrôleurs. Il y a aussi deux scelleurs, trois référendaires, un chauffe-cire, un greffier, un receveur, quatre gardes-minutes, seize huissiers.
Il y a des chancelleries présidiales dans tous les présidiaux du duché de Bourgogne, de même que dans les autres présidiaux du royaume, même dans ceux où il y a une chancellerie aux contrats : ces deux sortes de chancelleries y sont de nom & par leur objet ; l'une s'appelle la chancellerie présidiale, & est établie pour délivrer toutes les lettres de petite chancellerie nécessaires pour les causes présidiales ; l'autre s'appelle la chancellerie aux contrats.
Pour bien entendre ce que c'est que ces chancelleries aux contrats, il faut d'abord observer que du tems des ducs de Bourgogne, le chancelier, outre la garde du grand & du petit scel, avoit aussi la garde du scel aux contrats, & le droit de connoître de l'exécution des contrats passés sous ce scel ; ce qu'il devoit faire en personne au moins deux ou trois fois par an, dans les six siéges dépendans de sa chancellerie.
Il avoit sous lui un officier qui avoit le titre de gouverneur de la chancellerie. Il le nommoit, mais il étoit confirmé par le duc de Bourgogne. Le chancelier mort, cet officier perdoit sa charge, & le duc en nommoit un pendant la vacance, lequel étoit destitué dès qu'il y avoit un nouveau chancelier : en cas de mort ou de destitution du gouverneur de la chancellerie, les sceaux étoient déposés entre les mains des officiers de la chambre des comptes de Bourgogne, qui les donnoient dans un coffret de laiton à celui qui étoit choisi. Ce gouverneur avoit des lieutenans dans tous les bailliages de Bourgogne, & dans quelques villes particulieres du duché : ils gardoient les sceaux des siéges particuliers, & rendoient compte des profits au gouverneur. Un registre de la chambre des comptes de Bourgogne fait mention que le 7 Août 1391, Jacques Paris bailli de Dijon, qui avoit en garde les sceaux du duché de Bourgogne, les remit à Jean de Vesranges institué gouverneur de la chancellerie ; savoir le grand scel & le contre-scel, & le scel aux causes, tous d'argent & enchaînés d'argent, ensemble plusieurs autres vieux scels de cuivre, & un coffret ferré de laiton, auquel on mettoit les petits scels.
Les lieutenans de la chancellerie de chaque bailliage avoient aussi des sceaux, comme il paroît par un mémoire de la chambre des comptes de Dijon, portant que le 7 Septembre 1396, il fut donné à Me Hugues le Vertueux, lieutenant de monseigneur le chancelier au siége de Dijon, un grand scel, un contre-scel, & un petit scel aux causes, pour en sceller les lettres, contrats, & autres choses qui viendroient à sceller audit siége, toutes fois qu'il en seroit requis par les notaires leurs coadjuteurs dudit siége. Dans quelques villes particulieres de Bourgogne, il y avoit un garde des sceaux aux contrats, lequel faisoit serment en la chambre des comptes, où on lui délivroit trois sceaux de cuivre, savoir un grand scel, un contre-scel, & le petit scel. Le chancelier avoit aussi dans chaque bailliage des clercs ou secrétaires, appellés libellenses, qui percevoient certains droits pour leurs écritures. Voyez les mémoires pour servir à l'hist. de France & de Bourgogne.
L'état présent des chancelleries aux contrats, est que le gouverneur est le chef de ces jurisdictions. Son principal siége est à Dijon. Il a rang après le grand bailli, avant tous les lieutenans & présidens du bailliage & présidial. Il a un assesseur pour la chancellerie, qui a le titre de lieutenant civil & criminel, & de premier conseiller au bailliage.
Le ressort de la chancellerie aux contrats séante à Dijon, pour les villes, bourgs, paroisses, & hameaux qui en dépendent, n'est pas précisément le même que celui du bailliage ; il y a quelques lieux dépendans de l'abbaye de Saint-Seine, qui sont de la chancellerie de Dijon pour les affaires de chancellerie, & du bailliage de Châtillon pour les affaires bailliageres, suivant des arrêts du parlement de Dijon, des 30 Décembre 1560, & 4 Janvier 1561.
Il y a aussi des chancelleries aux contrats dans les villes de Beaune, Autun, Châlons, Semur en Auxois, Châtillon-sur-Seine, appellé autrement le bailliage de la montagne. Ces chancelleries sont unies aux bailliages & siéges présidiaux des mêmes villes ; mais on donne toûjours une audience particuliere pour les affaires de chancellerie, où le lieutenant de la chancellerie préside ; au lieu qu'aux audiences du bailliage, il n'a rang qu'après le lieutenant général.
Le gouverneur de la chancellerie nommoit autrefois les lieutenans de ces cinq jurisdictions ; mais il ne les commet plus depuis qu'ils ont été créés en titre d'office.
L'édit de François premier du 8 Janvier 1535, & la déclaration du 15 Mai 1544, contiennent des réglemens entre les officiers des chancelleries & ceux des bailliages royaux. Il résulte de ces réglemens, que les juges des chancelleries doivent connoître privativement aux baillis royaux & à leurs lieutenans, de toutes matieres d'exécution, soit de meubles, noms, dettes, immeubles, héritages, criées, & subhastations qui se font en vertu & sur les lettres reçûes sous le scel aux contrats de la chancellerie, tant contre l'obligé que contre ses héritiers ; qu'ils ont aussi droit de connoître des publications & testamens passés sous ce même scel, & des appels interjettés des sergens ou autres exécuteurs des lettres & mandemens de ces chancelleries ; ensorte que les officiers des bailliages n'ont que le sceau des jugemens, & que celui des contrats appartient aux chancelleries. Il y a dans chacune un garde des sceaux préposé à cet effet.
Les jugemens émanés des chancelleries de Dijon, Beaune, Autun, Châlons, Semur en Auxois, & Châtillon-sur-Seine, & tous les actes passés devant notaires sous le sceau de ces chancelleries, sont intitulés du nom du gouverneur de la chancellerie ; mais les contrats n'ont pas besoin d'être scellés par le gouverneur ; le sceau apposé par le notaire suffit.
La ville de Semur, & les paroisses & villages du Châlonnois qui sont entre la Saone & le Dou, plaident pour les affaires de la chancellerie à celle de Châlons, ou à celle de Beaune, au choix du demandeur, ainsi qu'il fut décidé par un arrêt contradictoire du conseil d'état en 1656.
L'appel des chancelleries de Dijon & des cinq autres qui en dépendent, va directement au parlement de Dijon. Celle de Beaune où il n'y a point de présidial, ressortit au présidial de Dijon, dans les matieres qui sont au premier chef de l'édit.
Il y a aussi à Nuys, à Auxonne, S. Jean-de-Lone, Montcenis, Semur en Brionnois, Avallon, Arnay-le-Duc, Saulieu, & Bourbon-Lanci, des chancelleries aux contrats ; elles sont unies comme les autres aux bailliages des mêmes villes, conformément aux édits des 20 Avril 1542, & Mai 1640.
Ces neuf chancelleries ne reconnoissent point le gouverneur de la chancellerie de Dijon pour supérieur ; c'est pourquoi les jugemens qui s'y rendent ne sont point intitulés du nom du gouverneur, mais de celui du lieutenant de la chancellerie.
L'appel de ces neuf chancelleries va au parlement de Dijon, excepté qu'au premier chef de l'édit les chancelleries de Nuys, Auxonne, & S. Jean-de-Lone, vont par appel au présidial de Dijon ; celles de Montcenis, de Semur en Brionnois, & de Bourbon-Lancy, au présidial d'Autun ; & celles d'Arnay-le-Duc & de Saulieu au présidial de Semur en Auxois.
A l'égard des contrats qui se passent dans toutes ces chancelleries, soit celles qui dépendent en quelque chose du gouverneur, ou celles qui n'en dépendent point, on n'y intitule point le nom du gouverneur, & ils n'ont pas besoin d'être scellés de son sceau ; & néanmoins ils ne laissent pas d'emporter exécution parée, pourvû qu'ils soient scellés par le notaire ; c'est un des priviléges de la province. Sur les chancelleries aux contrats, on peut voir la description de Bourgogne par Garreau ; les mémoires pour servir à l'histoire de France & de Bourgogne, & ce qui est dit ci-devant au mot CHANCELIER DE BOURGOGNE.
CHANCELLERIE DE BOURBONNOIS, voyez CHANCELIER DE BOURBON.
CHANCELLERIE, (bourse de) signifie une portion des émolumens du sceau, qui appartient à certains officiers de la chancellerie. On ne trouve point qu'il soit parlé de bourses de chancellerie avant l'an 1357 ; l'émolument du sceau se partageoit néanmoins, mais sous un titre différent. Une cédule du tems de saint Louis, qui est à la chambre des comptes, porte que des lettres qui devoient 60 sous par scel, le scelleur prenoit 10 sous pour soi, & la portion de la commune chancellerie, de même que les autres clercs du roi ; ce qui suppose que les autres officiers de chancellerie faisoient dès-lors entr'eux bourse commune.
Guillaume de Crespy, qui fut chancelier en 1293, suspendit aux clercs des comptes leur part de la chancellerie, parce qu'ils ne suivoient plus la cour ; comme ils faisoient du tems de S. Louis, sous lequel ils partageoient à la grosse & menue chancellerie. Il paroît néanmoins que dans la suite leur droit avoit été rétabli, comme nous le dirons ci-après en parlant du sciendum.
Le réglement fait en 1320 par Philippe V. sur l'état & port du grand scel, & sur la recette des émolumens, porte, article 10. que tous les émolumens de la chancellerie de Champagne, de Navarre, & des Juifs, viendront au profit du roi comme la chancellerie de France ; que tous les autres émolumens & droits que le chancelier avoit coûtume de prendre sur le scel, viendroient pareillement au profit du roi, & que le chancelier de France prendroit pour gages & droits 1000 liv. parisis par an.
Les clercs-notaires du roi avoient aussi dès-lors des gages & droits de manteaux, qu'on leur payoit sur l'émolument du sceau ; comme il est dit dans des lettres du même roi, du mois d'Avril 1320.
On fit en la chambre des comptes, le 27 Janvier 1328, une information sur la maniere dont on usoit anciennement pour l'émolument du grand sceau. On y voit que le produit de certaines lettres étoit entierement pour le roi ; que pour d'autres on payoit six sous, dont les notaires, c'est-à-dire les secrétaires du roi, avoient douze deniers parisis, & le roi le surplus ; que le produit de certaines lettres étoit entierement pour les notaires ; que des lettres de panage, il y avoit quarante sous pour le roi, dix sous pour le chancelier & les notaires, & douze deniers pour le chauffe-cire ; que de toutes lettres en cire verte, il étoit dû soixante sous parisis, dont le chancelier avoit dix sous parisis ; le notaire qui l'avoit écrite de sa main, cinq sous parisis ; le chauffe-cire autant ; & le commun de tous les notaires, dix sous parisis. Plusieurs autres articles distinguent de même ce que prenoit le chancelier de ce qui restoit au commun des notaires.
Charles V. étant régent du royaume, par les provisions qu'il donna le 18 Mars 1357, à Jean de Dormans de l'office de chancelier du régent, lui attribua 2000 liv. parisis de gages par an, avec les bourses, registres, & autres profits que les chanceliers de France avoient coûtume de prendre ; & en outre avec les gages, bourses, registres, & autres droits qu'il avoit comme son chancelier de Normandie. La même chose se trouve rappellée dans des lettres du 8 Décembre 1358.
Les notaires & secrétaires du roi ayant procuré aux Célestins de Compiegne un établissement à Paris en 1352 ; & ayant établi chez eux leur confrairie, avoient délibéré entr'eux, que pour la subsistance de ces religieux, qui n'étoient alors qu'au nombre de six, ils donneroient chacun quatre sous parisis par mois sur l'émolument de leurs bourses ; mais au mois d'Août 1358, le dauphin régent du royaume ordonna à la requisition des notaires & secrétaires du roi, qu'il seroit fait tous les mois aux prieur & religieux Célestins établis à Paris une bourse semblable à celle que chaque secrétaire avoit droit de prendre tous les mois sur l'émolument du sceau ; ce que le roi Jean ratifia par des lettres du mois d'Octobre 1361.
Le même prince fit une ordonnance pour restraindre le nombre de ses notaires & secrétaires qui prenoient gages & bourses. Elle se trouve au mémorial de la chambre des comptes, commençant en 1359, & finissant en 1381.
Charles V. confirma en 1365 la confrairie des secrétaires du roi, & l'attribution d'une bourse aux Célestins ; & ordonna que le grand audiencier pourroit retenir les bourses des secrétaires du roi, qui n'exécuteroient pas les réglemens portés par ces lettres-patentes.
Dans un autre réglement de 1389, Charles VI. ordonna qu'à la fin de chaque mois les secrétaires du roi donneroient aux receveurs du sceau un billet qui marqueroit s'ils avoient été présens ou absens ; que s'ils ne donnoient pas ce billet, ils seroient privés de la distribution des droits de collation : ainsi que cela se pratique, est-il dit, dans la distribution des bourses ; car la distribution des droits de collation ne se doit faire qu'à ceux qui sont à Paris ou à la cour, à moins qu'un secrétaire du roi n'eût été présent pendant une partie du mois, & absent pendant l'autre ; ce qu'il sera tenu de déclarer dans le billet qu'il donnera aux receveurs.
Le sciendum de la chancellerie, que quelques-uns prétendent avoir été écrit en 1413 ou 1415, d'autres un peu plus anciennement, porte que le secrétaire du roi qui a été absent, doit faire mention dans sa cédule s'il a été malade, qu'autrement il seroit totalement privé de ses bourses ; que s'il a été absent huit jours, on lui rabat la quatrieme partie ; pour dix ou douze jours, la troisieme ; la moitié pour quinze ou environ, & les trois parts pour vingt-deux jours ou environ : que dans la confection des bourses on a coûtume de ne rien rabattre pour quatre, cinq, ou six jours ; si ce n'est que le notaire eût coûtume de s'absenter frauduleusement un peu de tems : que le quatrieme jour de chaque mois on fait les bourses & distribution d'argent à chaque notaire & secrétaire, selon l'exigence du mérite & travail de la personne ; & aux vieux, selon qu'ils ont travaillé en leur jeunesse, & selon les charges qu'ils ont eu à supporter par le commandement du roi ; que le cinq du mois les bourses ont accoûtumé d'être délivrées aux compagnons, en l'audience de la chancellerie : que la bourse reçue, chaque notaire doit mettre la somme qu'il a reçue en certain rôle, où les noms des secrétaires sont écrits par ordre, où il trouvera son nom ; & qu'il doit mettre seulement j'ai reçu, & ensuite son seing, sans mettre la somme qu'il a reçûe, à cause de l'envie & contention que cela pourroit faire naître entre ses compagnons : qu'il arrive souvent de l'erreur à cette distribution de bourses ; & que tel qui devroit avoir beaucoup, trouve peu : que s'il se reconnoît trompé, il peut recourir à l'audiencier & lui dire ; Monsieur, je vous prie de voir si au rôle secret de la distribution des bourses, il ne s'est pas trouvé de faute sur moi, car je n'ai eu en ma bourse que tant : qu'alors l'audiencier verra le rôle secret ; que s'il trouve qu'il y ait eu de l'erreur, il suppléera à l'instant au défaut.
Il est dit à la fin de ce sciendum, qu'en la distribution des bourses desdits confreres, qui étoient alors soixante-sept en nombre, les quatre premiers maîtres clercs de la chambre des comptes ne prennent rien, si ce n'est aux lettres de France, savoir quarante sous parisis pour chaque charte.
Le réglement fait pour les chancelleries en 1599, ordonne que les notaires & secrétaires du roi ne signeront d'autres lettres que celles qu'ils auront écrites, ou qui auront été faites & dressées par leurs compagnons, & écrites par leurs clercs, à peine pour la premiere fois d'être privés de leurs bourses ou gages pour trois mois, pour la seconde de six mois, & pour la troisieme pour toujours.
L'ancien collége des secrétaires du roi, composé de cent-vingt, étoit divisé en deux membres ou classes ; savoir soixante boursiers, c'est-à-dire qui avoient chacun leur bourse tous les mois, & soixante gagers qui avoient des gages.
Il y a aussi des bourses dans les petites chancelleries établies près les cours souveraines. Le réglement du 12 Mars 1599, ordonne qu'elles seront faites le huit de chaque mois, comme il est accoûtumé en la chancellerie de France.
Le réglement du mois de Décembre 1609, défendoit de procéder à aucune confection de bourses, que suivant les anciens réglemens, & qu'il n'y eût pour le moins trois secrétaires boursiers, deux gagers, & un ou deux des cinquante-quatre secrétaires qui formoient le second collége pour la conservation de leurs droits.
Lorsqu'on créa le sixieme collége des quatre-vingt secrétaires du roi en 1655 & 1657, le roi leur attribua pour leurs bourses le droit d'un sous six deniers sur l'émolument du sceau.
Il fut ordonné par arrêt du conseil privé du 17 Juillet 1643, que les droits de bourses des secrétaires du roi ne pourroient être saisis, ni les autres émolumens du sceau, qu'en vertu de l'ordonnance de M. le chancelier.
Au mois de Février 1673, Louis XIV. fit un réglement fort étendu pour les chancelleries, qui ordonne entr'autres choses que les six colléges de secrétaires du roi seroient réunis en un seul ; que les Célestins auront par quartier soixante-quinze livres, au lieu d'une bourse dont ils ont coutume de jouir sur la grande chancellerie ; que l'on donnera pareillement soixante livres par quartier aux quatre maîtres de la chambre des comptes de Paris, secrétaires, pour leur tenir lieu des deux sous huit deniers parisis, qu'ils avoient droit de prendre sur chaque lettre de charte visée. Les distributions qui doivent être faites aux petits officiers, sont ensuite reglées ; & l'article suivant porte, que toutes ces sommes seront réputées bourses, & payées à la fin de chaque quartier, sur un rôle qui en sera fait à la confection des bourses ; que du surplus des droits de la grande chancellerie & des petites, il sera fait deux cent quatre-vingt bourses, dont l'une appartiendra au roi comme chef, souverain & protecteur de ses secrétaires, qui lui sera présentée à la fin de chaque quartier par celui des grands audienciers qui l'aura exercé ; une pour le chancelier ou garde des sceaux de France ; une pour le corps des maîtres des requêtes, lesquels au moyen de ce, n'en auront plus dans les chancelleries près les cours ; une à chacun des gardes des rôles des offices de France ; & une à chacun des deux cent quarante secrétaires du roi, sans qu'ils soient obligés à l'avenir de donner leur servivi, ni à aucune résidence ; & une bourse enfin aux deux trésoriers du sceau, à partager entr'eux. Il est dit aussi que les bourses seront faites un mois au plus tard, après chaque quartier fini, par les grand-audiencier & contrôleur-général, en présence & de l'avis des doyen, sousdoyen, des procureurs, des anciens officiers ou députés, trésorier du marc-d'or, & greffier des secrétaires du roi, & du garde des rôles en quartier ; que les veuves des secrétaires du roi décédés, revêtus de leurs offices, jouïront de tous les droits de bourse appartenans aux offices de leurs maris, jusqu'au premier jour du quartier qu'elles se déferont desdits offices ; & que ceux qui s'y feront recevoir, commenceront à jouïr des bourses du premier jour du quartier, d'après celui de leur réception & immatricule.
Le nombre des secrétaires du roi avoit été augmenté par différens édits jusqu'à 340 ; mais en 1724 le nombre en a été réduit à 240, comme ils étoient anciennement, & on leur a attribué les bourses & autres droits qui appartenoient aux offices supprimés. Voyez les ordonnances de la troisieme race. Tessereau, hist. de la chancellerie. Style de la chancellerie, par Dusault, dans le sciendum.
CHANCELLERIE DE BRETAGNE, étoit anciennement la chancellerie particuliere des ducs de Bretagne qui étoit indépendante de celle de France. Les choses changerent de face lorsque la Bretagne se trouva réunie à la couronne par le mariage de Charles VIII. avec Anne de Bretagne, en 1491. Il n'y avoit alors aucune cour souveraine résidente en Bretagne ; le parlement de Paris y députoit seulement en tems de vacation, & cela s'appelloit les grands jours, ou le parlement de Bretagne. Il y avoit aussi une chambre du conseil. La chancellerie de Bretagne servoit alors près des grands jours & de la chambre du conseil, & n'étoit plus qu'une chancellerie particuliere, comme celle des parlemens. C'est ce qui paroît par un édit de Charles VIII. du 9 Décembre 1493, par lequel il abolit le nom & office de chancelier de Bretagne ; il institua seulement un gouverneur & garde-scel en ladite chancellerie, & ordonna qu'elle seroit réglée en tout comme celles de Paris, Bordeaux & Toulouse ; que les lettres seroient rapportées & examinées par quatre conseillers des grands jours. Il déclare qu'aux maîtres des requêtes, en l'absence du chancelier de France, appartient la garde des sceaux ordonnés pour sceller dans les chancelleries de Paris, Toulouse, Bordeaux, Dijon, de l'échiquier de Normandie, de Bretagne, parlement de Dauphiné, & autres. Le même prince, par édit du mois de Mars 1494, abolit le nom & office de chancelier de Bretagne, & régla la chancellerie de cette province comme on avoit accoûtumé d'en user dans les chancelleries de Paris, Bordeaux & Toulouse.
Henri II. ayant institué un parlement ordinaire en Bretagne, supprima l'ancienne chancellerie de Bretagne, & en créa une nouvelle. Il ordonna que dans cette chancellerie il y auroit un garde-scel qui seroit conseiller dans ce parlement, dix secrétaires du roi, un scelleur, un receveur & payeur des gages, quatre rapporteurs, & un huissier ; enfin qu'elle seroit réglée à l'instar de celle de Paris ; ce qui fut confirmé par une déclaration du 19 Juin 1564.
On peut voir les autres réglemens concernant l'exercice & émolumens de cette chancellerie dans Tessereau.
CHANCELLERIES DES BUREAUX DES FINANCES, étoient des chancelleries particulieres établies près de chaque bureau des finances, pour en sceller tous les jugemens, & aussi pour sceller toutes les lettres, commissions & mandemens émanés de ces tribunaux.
Ce fut en exécution des édits & déclarations des mois de Décembre 1557, Juin 1568, & 8 Février 1571, que le roi créa au mois de Mai 1633 un office de trésorier de France général des finances garde de scel.
Par un autre édit du mois d'Août 1636, qui fut publié au sceau le 13 Octobre suivant, il fut créé des offices de secrétaires du roi audienciers, de secrétaires du roi contrôleurs, & autres offices, en chacune des chancelleries des bureaux des finances, de même que dans les cours souveraines & présidiales.
On trouve aussi que par l'édit du mois de Novembre 1707, il fut encore créé deux offices de secrétaires du roi dans chaque bureau des finances.
Le nombre de ces offices de secrétaires du roi fut augmenté dans certains bureaux de finances ; par exemple dans celui de Lille, où on n'en avoit d'abord créé que deux en 1707, on en créa encore douze en 1708.
Ces offices furent supprimés au mois de Mai 1716, & depuis ce tems il n'est plus fait mention de ces chancelleries. Le tribunal a son sceau pour les jugemens. A l'égard des lettres de chancellerie qui peuvent être nécessaires pour les affaires qui s'y traitent, on les obtient dans la chancellerie établie près le parlement dans le ressort duquel est le bureau des finances. Voyez Descorbiac, page 774. & le dictionn. de Brillon, au mot finances, n°. 8. col. 2. & n°. 13. pag. 338.
CHANCELLERIE DES CHAMBRES DE L'EDIT MI-PARTIES ET TRI-PARTIES, étoit une chancellerie particuliere établie près de ces chambres, lorsqu'elles étoient dans des lieux où il n'y avoit pas de chancellerie, pour expédier & sceller toutes les lettres de petite chancellerie qu'obtenoient ceux qui plaidoient dans ces chambres.
La premiere de ces chancelleries fut établie près la chambre mi-partie de Montpellier, créée par édit du mois de Mai 1576. Il ne fut point établi de semblable chancellerie pour les chambres de Paris, ni pour celles des autres parlemens créées par le même édit. L'établissement de cette chancellerie de Montpellier, qui n'étoit encore qu'annoncé dans l'édit dont on vient de parler, fut formé par un édit du mois de Septembre suivant, portant que cette chancellerie seroit pour sceller tous les arrêts, droits, commissions, & autres expéditions des causes, procès, & matieres, dont la connoissance étoit attribuée à la chambre de Montpellier ; que le sceau de cette chancellerie seroit tenu par le maître des requêtes qui se trouveroit alors sur le lieu, & en son absence par les deux plus anciens conseillers de cette chambre, l'un catholique, l'autre de la religion prétendue réformée, dont l'un garderoit le coffre où le sceau seroit mis, & l'autre en auroit la clé ; qu'en l'absence de ces deux conseillers ou de l'un d'eux, les autres plus anciens conseillers de l'une & de l'autre religion feroient la même charge. On créa aussi tous les autres officiers nécessaires pour le service de cette chancellerie.
Il fut établi de semblables chancelleries près des chambres de l'édit d'Agen & de Castres.
CHANCELLERIE DE CHAMPAGNE, étoit anciennement celle des comtes de Champagne. Lorsque cette province fut réunie à la couronne par le mariage de Philippe IV. dit le Hardi, avec Jeanne derniere comtesse de Champagne, on conserva encore la chancellerie particuliere de Champagne, qui étoit indépendante de celle de France. Cet ordre subsistoit encore en 1320, suivant une ordonnance de Philippe V. dit le Long, portant que tous les émolumens de la chancellerie de Champagne tourneroient au profit du roi, comme ceux de la chancellerie de France.
Le même roi étant en son grand-conseil fit don au chancelier Pierre de Chapes, des émolumens du sceau de Champagne, de Navarre, & des Juifs, qu'il avoit reçûs sans en avoir rendu compte ; comme cela fut certifié en la chambre des comptes en jugeant le compte de ce chancelier, le 21 Septembre 1321.
Philippe VI. dit de Valois, par des lettres du 21 Janvier 1328, ordonna que l'on verroit à Troyes les anciens registres, pour savoir combien les chanceliers, de qui le roi avoit alors la cause, prenoient en toutes lettres de Champagne.
Le sciendum de la chancellerie, qui est une espece d'instruction pour les officiers de la chancellerie, que quelques-uns prétendent avoir été rédigé en 1339, d'autres en 1394, d'autres en 1413, & qui étoit certainement fait au plus tard en 1415, fait connoître que l'on conservoit encore à la grande chancellerie l'usage de la chancellerie de Champagne pour les lettres qui concernoient cette province ; & que le droit de la chancellerie de Champagne étoit beaucoup plus fort que celui qu'on payoit pour les lettres de France, c'est-à-dire des autres provinces : par exemple, que les secrétaires & notaires avoient un droit de collation pour lettres ; savoir, pour rémission soixante sous parisis de France, & dix livres onze sous tournois de Brie & Champagne ; pour manumission bourgeoise, noblesse à volonté, mais du moins double collation de France, six livres parisis ; de Brie & Champagne, vingt-trois livres deux sous tournois : que d'une lettre de France en simple queue pour laquelle il étoit dû six sous, le roi en avoit cinq sous parisis ; au lieu que des lettres de Champagne, par exemple des bailliages de Meaux, Troyes, Vitri, & Clermont, pour lesquelles il étoit dû six sous parisis, le roi en avoit six sous tournois : pour une charte de France ou lettre en lacs de soie & en cire verte, qui devoit soixante sous parisis, le roi en avoit dix sous parisis ; mais si la charte étoit de Champagne, savoir des quatre bailliages ci-dessus nommés, il en étoit dû dix livres neuf sous tournois, & le roi en avoit neuf livres. Les officiers de la chancellerie prenoient dans le surplus, chacun leur droit à proportion.
Les chartes des Juifs pour la province de Champagne, payoient autant que quatre lettres ordinaires de Champagne ; l'émolument de ces chartes ou lettres qui étoient pour les Juifs, & de celles qui étoient pour le royaume de Navarre, se distribuoit comme celui des chartes de Champagne.
Le réglement fait pour le sceau par Charles IX. le 30 Février 1561, conserve encore quelques vestiges de la distinction que l'on faisoit de la chancellerie de Champagne, en ce que l'article 41 de ce réglement ordonne que pour chartes de rémissions des bailliages de Chaumont, Troyes, Vitri, & bailliages qui en ont été distraits, on payera comme de coûtume pour chaque impétrant seize livres dix-huit sous parisis, &c. & l'article 45, que des chartes champenoises le roi prendra sept livres quatre sous parisis, & les officiers de la chancellerie chacun à proportion, &c.
On trouve à la fin du style des lettres de chancellerie par Dusault, une taxe ou tarif des droits du sceau, où les rémissions, dites chartes champenoises, sont encore distinguées des rémissions dites chartes françoises, tant pour la grande chancellerie de France que pour celle du palais.
Mais suivant les derniers reglemens de la chancellerie, on ne connoît plus ces distinctions.
CHANCELLERIE DU CHATELET DE PARIS, étoit une des chancelleries présidiales établies par édit du mois de Décembre 1557. Sa destination étoit de sceller tous les jugemens & lettres de justice émanés du présidial du châtelet de Paris, pour les matieres qui sont de sa compétence : il avoit été créé pour cet effet un conseiller garde des sceaux, un clerc commis de l'audience, & autres officiers.
Mais par l'édit du mois de Juin 1594, le roi en confirmant les priviléges des secrétaires du roi, supprima les offices nouvellement créés, moyennant une finance que les anciens payeroient, & qui serviroit au remboursement des officiers de la chancellerie présidiale du châtelet ; & il fut ordonné que toutes les expéditions présidiales du châtelet seroient scellées du sceau de la chancellerie du palais.
Au mois de Février 1674, le roi ayant partagé le tribunal du châtelet en deux siéges, l'ancien & le nouveau châtelet, il créa au mois d'Août suivant une chancellerie présidiale dans chacun de ces deux châtelets, & entr'autres officiers, deux conseillers gardes-scel, l'un pour l'ancien, l'autre pour le nouveau châtelet ; quatre commis aux audiences, & huit huissiers ; & pour distinguer le sceau de chacune de ces deux chancelleries, il fut ordonné que dans celui dont on usoit à l'ancien châtelet seroient gravés ces mots, scel royal du présidial de l'ancien châtelet, & que dans l'autre on mettroit du nouveau châtelet.
Par un arrêt du conseil du 2 Janvier 1675, les secrétaires du roi du grand collége furent confirmés, moyennant finance, dans la propriété & joüissance des droits & émolumens du sceau des chancelleries présidiales du châtelet.
En 1684 les deux châtelets furent réunis ; & par édits du mois d'Avril 1685, les deux chancelleries présidiales furent supprimées.
Depuis ce tems, toutes les lettres dont on a besoin pour le présidial du châtelet sont expédiées en la chancellerie du palais, de même que celles dont on a besoin pour la prevôté & autres chambres dépendantes du siége du châtelet. Voyez ci-devant PETITES CHANCELLERIES, & ci-après CHANCELLERIES PRESIDIALES & CHANCELLERIES DU PALAIS.
CHANCELLERIE DE COLMAR ou D'ALSACE, voyez ci-devant CHANCELLERIE D'ALSACE, CHANCELLERIE PRES LES CONSEILS SOUVERAINS.
CHANCELLERIE COMMUNE, c'est ainsi que l'on appelloit anciennement les émolumens du sceau qui se partageoient entre tous les notaires, secrétaires du roi, & autres officiers de la grande chancellerie de France. Dans une cédule sans date, qui se trouve à la chambre des comptes de Paris, laquelle fait mention de Philippe d'Antogni, qui porta le grand sceau du roi S. Louis, il est dit que des lettres qui devoient 60 sous pour scel, le scelleur prenoit dix sous pour soi & la portion de la commune chancellerie, ainsi comme les autres clercs du roi. Voyez Tessereau, hist. de la chancellerie, & ci-devant CHANCELLERIE, (bourse de)
CHANCELLERIE DES CONSULS DE FRANCE, voyez CHANCELIER DES CONSULS.
CHANCELLERIES PRES LES CONSEILS SOUVERAINS ET PROVINCIAUX. Elles sont de deux sortes.
Celles qui sont près des conseils souverains ont été établies à l'instar des chancelleries des parlemens & autres cours supérieures ; telles sont les chancelleries d'Alsace ou de Colmar, celle de Roussillon ou de Perpignan. Voyez CHANCELLERIE D'ALSACE.
Les chancelleries près des conseils provinciaux sont à l'instar des chancelleries présidiales ; telle est la chancellerie provinciale d'Artois. Voyez CHANCELLERIE PROVINCIALE.
CHANCELLERIE AUX CONTRATS, voyez ci-devant CHANCELLERIE DE BOURGOGNE.
CHANCELLERIE PRES LA COUR DES AIDES, sont des chancelleries particulieres établies auprès de certaines cours des aides, pour expédier au petit sceau toutes les lettres de justice & de grace qui y sont nécessaires.
La premiere fut établie en 1574, près la cour des aides & chambre des comptes de Montpellier, pour éviter, est-il dit, les fraix & vexations que les sujets du roi seroient contraints de supporter s'ils étoient obligés d'aller de Montpellier à Toulouse pour faire sceller leurs expéditions, attendu la grande distance qu'il y a d'un de ces lieux à l'autre.
Il en fut ensuite établi une à Montferrand, qui est présentement sous le titre de chancellerie de Clermont-Ferrand, & une à Montauban.
Il n'y a pas communément de chancelleries près des cours des aides qui sont établies dans les villes où il y a parlement ; la chancellerie du parlement expédie toutes lettres nécessaires, tant pour le parlement que pour la cour des aides. Il y a cependant une chancellerie particuliere près la cour des aides de Roüen, & une près de celle de Bordeaux.
Les cours des aides d'Agen & de Cahors avoient aussi chacune leur chancellerie, mais le tout a été supprimé.
CHANCELLERIE PRES LA COUR DES MONNOIES DE LYON, est une des petites chancelleries établies près les cours supérieures. Avant qu'il y eût une cour des monnoies dans cette ville, il n'y avoit qu'une chancellerie présidiale qui étoit établie en conséquence de l'édit du mois de Décembre 1557. Le roi ayant créé en 1704 une cour des monnoies dans cette ville, & y ayant uni en 1705 la sénéchaussée & siége présidial, pour ne faire à l'avenir qu'un même corps ; la chancellerie présidiale a aussi été érigée sous le titre de chancellerie près la cour des monnoies, & fait depuis ce tems toutes les fonctions nécessaires, tant pour la cour des monnoies que pour le présidial. Elle est composée d'un garde-scel, de quatre secrétaires du roi audienciers, de quatre contrôleurs, de quinze secrétaires du roi, deux référendaires, un receveur des émolumens du sceau, un chauffe-cire, un trésorier-payeur, & un greffier.
CHANCELLERIES PRES LES COURS SUPERIEURES, c'est-à-dire près les parlemens, conseils supérieurs, chambres des comptes, cours des aides, cours des monnoies, sont celles où s'expédient toutes les lettres de justice & de grace ordinaires. Il y en a une près de chacun des douze parlemens, près des chambres des comptes de Nantes, de Dole & de Blois ; près des cours des aides de Roüen, Bordeaux, de Montpellier, Clermont-Ferrand & Montauban ; une près de la cour des monnoies de Lyon, & une près les conseils supérieurs d'Alsace à Colmar, & de Roussillon à Perpignan.
Il y a dans chacune de ces chancelleries un garde des sceaux qui tient le sceau en l'absence des maîtres des requêtes, auxquels, lorsqu'il s'en trouve quelqu'un sur le lieu, le sceau doit être porté, suivant la disposition d'un édit de Charles VIII. du 11 Décembre 1493.
Il y a aussi dans ces chancelleries des secrétaires-audienciers, des contrôleurs, des secrétaires du roi qu'on appelle du petit collége, des référendaires, des greffiers, & autres officiers.
Les gardes des sceaux, audienciers, contrôleurs & secrétaires du roi de ces petites chancelleries, qui sont au nombre de plus de 500, joüissent de la noblesse.
Dans la chancellerie du palais à Paris il n'y a point de garde des sceaux ; ce sont les maîtres des requêtes qui y tiennent le sceau, chacun à son tour pendant un mois. Voyez CHANCELLERIES DU PALAIS & PETITES CHANCELLERIES.
Il y a eu autrefois des chancelleries près les chambres de l'édit d'Agen & de Castres, & près les cours des aides d'Agen & de Cahors ; mais ces cours ne subsistant plus, on a supprimé aussi les chancelleries qui avoient été créées pour elles. Voyez la compilation des ordonnances par Blanchard.
CHANCELLERIE DE DAUPHINE. Cette chancellerie peut être considérée sous trois différens états ; c'étoit d'abord la chancellerie particuliere des dauphins de Viennois, lorsque cette province formoit une souveraineté particuliere. Depuis la réunion de cette province à la France en 1343, la chancellerie de Dauphiné fut regardée comme une chancellerie propre aux fils ou petits-fils de France qui avoient le titre de dauphin. Jusqu'alors cette chancellerie servoit près le conseil delphinal, qui avoit été créé par Humbert II. dauphin de Viennois, dès l'an 1340 ; mais Louis XI. qui n'étoit encore que dauphin de France, ayant érigé en 1453 ce conseil delphinal sous le titre de parlement de Grenoble, la chancellerie de Dauphiné est devenue la chancellerie servant près ce parlement. Elle a toûjours conservé le nom de chancellerie de Dauphiné. Enfin depuis que les dauphins de France ne joüissent plus du Dauphiné, comme cela s'est pratiqué depuis l'avénement de Louis XI. à la couronne, la chancellerie de Dauphiné a été dépendante du roi directement, comme celle des autres parlemens ; & ce n'est que depuis ce tems qu'il en est fait mention dans les ordonnances de nos rois, comme d'une de leurs chancelleries. La premiere qui en parle est un édit de Charles VIII. du 11 Décembre 1493, portant qu'aux huit maîtres des requêtes de l'hôtel, à cause des prérogatives de leurs offices, appartient en l'absence du chancelier de France, la garde des sceaux ordonnés pour sceller en nos chancelleries de Paris, Toulouse, Bordeaux, Dijon, de l'échiquier de Normandie, Bretagne, parlement de Dauphiné, & autres, quand ils se trouveront ou surviendront en lieux où se tiendront lesdites chancelleries.
La chancellerie de Dauphiné ne fut érigée en titre d'offices formés, que par édit du mois de Juillet 1535. Elle fut d'abord composée d'un garde-scel, un audiencier, un contrôleur, deux référendaires, & un chauffe-cire. En 1553, il fut créé un office de conseiller au parlement de Grenoble, pour être uni à celui de garde-scel de la chancellerie. Au mois de Février 1628, le nombre des officiers fut augmenté de trois audienciers, trois contrôleurs, deux référendaires, un chauffe-cire, & un huissier. Il fut dit que les quatre contrôleurs serviroient par quartier ; & en général que, soit pour les fonctions, soit pour le partage des émolumens, cette chancellerie se régleroit à l'instar de celle de Paris. Le 9 Janvier 1646, il fut fait un réglement au conseil privé, à l'occasion de la chancellerie de Dauphiné, portant défenses de sceller aucunes lettres dans cette chancellerie, ni dans aucune autre, que ce ne soit en plein sceau, aux jours & heures accoûtumés dans la chancellerie.
Il fut encore fait un autre réglement pour cette chancellerie, au conseil le 15 Février 1667, qui fut revêtu de lettres patentes, & par lequel on défendit, entr'autres choses, aux officiers du présidial de Valence & de la chancellerie de ce présidial, à leurs greffiers d'appeaux, aux baillifs, vice-baillifs, sénéchaux, vice-sénéchaux, prevôts, juges royaux & subalternes, d'accorder aucunes lettres de debitis ; rescisions, restitutions, requêtes civiles, lettres d'illico, bénéfice d'âge, d'inventaire, répi, & autres semblables.
Au mois de Mars 1692, il fut créé des offices de greffiers, gardes & conservateurs des minutes, & expéditionnaires des lettres & autres expéditions de la chancellerie établie près le parlement de Grenoble ; & par une déclaration du 7 Juillet 1693, ces offices furent unis à la communauté des procureurs du même parlement, comme ils le sont à Paris.
Enfin par une déclaration du 30 Mars 1706, le roi unit l'office de conseiller au parlement de Grenoble, créé par l'édit du mois de Décembre 1553, avec celui de conseiller garde des sceaux de la chancellerie, créé par édit du mois d'Octobre 1704. Cet édit en avoit créé pour toutes les cours.
Pour savoir les autres réglemens qui peuvent convenir à la chancellerie de Dauphiné, & les priviléges de ses offices, voyez CHANCELLERIES PRES LES PARLEMENS, & aux mots AUDIENCIER, CONTROLEURS, SECRETAIRES DU ROI, &c.
CHANCELLERIE DE DIJON, est de deux sortes ; savoir la chancellerie établie près le parlement de Dijon, comme les chancelleries établies près des autres parlemens ; & l'autre est la chancellerie aux contrats, qui est l'une des chancelleries de cette espece établies dans le duché de Bourgogne. Pour connoître plus amplement ce qui concerne l'une & l'autre, voyez ci-devant CHANCELLERIE DE BOURGOGNE.
CHANCELLERIE DE DOLE, est celle qui est établie près la chambre des comptes, cour des aides, du domaine, finances, & grande voirie de Dole. Elle fut créée par édit du mois de Septembre 1696, & composée de plusieurs officiers, dont le nombre fut augmenté par édit du mois de Novembre 1698. Voyez CHANCELLERIES PRES LES CHAMBRES DES COMPTES & COURS DES AIDES.
CHANCELLERIE DE L'ECHIQUIER DE NORMANDIE ou DE ROUEN, voyez CHANCELLERIE DE ROUEN.
CHANCELLERIE D'EGLISE, est la dignité ou office de chancelier d'une église cathédrale ou collégiale. Ce terme de chancellerie se prend aussi quelquefois pour le lieu où le chancelier d'église demeure, ou bien pour le lieu où il fait ses fonctions, c'est-à-dire où il scelle les actes, supposé qu'il soit dépositaire du sceau de l'église, comme il l'est ordinairement.
Bouchel en sa bibliotheque canonique, au mot chancelier, rapporte un arrêt du 6 Février 1606, qui jugea que la chancellerie de l'église de Meaux étoit, non pas une simple chanoinie, mais dignité & personnat sujette à résidence actuelle, & chargée d'enseigner le chant de l'église à ceux qui font le service ordinaire ; que les fruits échus pendant l'absence du chancelier accroissoient au profit des doyen, chanoines, & chapitre de cette église, à l'exception de ceux qui étoient échus pendant l'absence du chancelier pour le service de l'évêque, lesquels devoient être rendus au chancelier. Cela dépend de l'usage du chapitre, & de la qualité de l'office de chancelier. Voyez ci-devant CHANCELIERS DES EGLISES, & ci-après CHANCELLERIE ROMAINE.
CHANCELLERIES D'ESPAGNE, sont des tribunaux souverains, qui connoissent de certaines affaires dans leur ressort.
Elles doivent leur établissement à dom Henri II. lequel voyant que le conseil royal de Castille étoit surchargé d'affaires, & que les parties se consumoient en frais, sans pouvoir parvenir à les faire finir, proposa aux états généraux qui furent convoqués à Toro, d'établir un tribunal souverain à Medina del campo, sous le nom de chancellerie royale, pour décharger le conseil d'une partie des affaires.
Dom Jean I. lors des états par lui convoqués à Ségovie, fit quelques changemens par rapport à cette chancellerie.
Aux états généraux, tenus à Tolede sous Ferdinand le Catholique & Isabelle son épouse, ils perfectionnerent encore ces établissemens. Enfin aux états qu'ils convoquerent à Medina del campo en 1494, ils reglerent la chancellerie comme elle est aujourd'hui, & fixerent le lieu de la séance à Valladolid, comme plus proche du centre de l'Espagne.
Quelque tems après, considérant qu'il y avoit beaucoup de plaideurs éloignés de ce lieu, ils établirent une seconde chancellerie d'abord à Ciudad Real ; & en 1494, ils la transférerent à Grenade dont le ressort s'étend sur tout ce qui est au-delà du Tage ; celle de Valladolid ayant pour territoire tout ce qui est en-deçà, à la réserve de la Navarre où il y a un conseil souverain.
La chancellerie de Valladolid est composée d'un président qui doit être homme de robe, de seize auditeurs, de trois alcades criminels, & de deux autres pour la conservation des priviléges des gentilshommes ; d'un juge conservateur des priviléges de Biscaie, d'un fiscal, un protecteur, deux avocats, un procureur des pauvres, un alguazil mayor, un receveur des gages, quarante écrivains, & quatre portiers. Elle est divisée en quatre salles, qu'on appelle salles des auditeurs.
Celle de Grenade n'est composée que d'un président, seize auditeurs, deux alcades criminels, deux autres pour la conservation des priviléges des gentilshommes, un fiscal, un avocat, un procureur pour les pauvres, six receveurs de l'audience, un receveur des amendes, six écrivains, un alguazil, & deux portiers.
Le pouvoir de ces deux chancelleries est égal : elles connoissent en premiere instance de tous les procès appellés de coste, ce qu'on appelle en France cas royaux (à moins que le roi n'en ordonne autrement), de tous ceux qui sont à cinq lieues de la ville où réside la chancellerie, & de tous ceux qui concernent les corrégidors, les alcades, & autres officiers de justice qui y ont leurs causes commises, de même que les gentilshommes, lorsqu'il s'agit de leurs priviléges.
Elles connoissent par appel des sentences des juges ordinaires & délégués, à la réserve des redditions de compte ; des lettres exécutoires du conseil sur les matieres qui y ont été jugées, soit interlocutoirement ou définitivement ; des informations & enquêtes faites par ordre du roi ; des sentences des alcades de la cour en matiere criminelle, & des affaires commencées au civil, au conseil royal, supposé que la cour soit résidente à 20 lieues de la demeure des parties.
Les juges y donnent leurs suffrages par écrit ; sur un registre, sur lequel le président doit garder le secret.
Ceux qui voudront voir plus au long la maniere dont on procede dans ces tribunaux, peuvent consulter l'état présent de l'Espagne, par M. L. de Vayrac, tome III. pag. 366. & suiv.
CHANCELLERIE (grande), voyez ci-devant CHANCELLERIE DE FRANCE.
CHANCELLERIE DES GRANDS JOURS, étoit une chancellerie particuliere que le roi établissoit près des grands jours ou assises, qui se tenoient de tems en tems dans les provinces éloignées.
Il fut établi une chancellerie de cette espece aux grands jours de Poitiers, par déclaration du 23 Juillet 1634 ; & une autre près les grands jours de Clermont en Auvergne, par déclaration du 12 Septembre 1665.
Ces chancelleries ne subsistoient que pendant la séance des grands jours. Voyez l'histoire de la chancellerie par Tessereau.
CHANCELLERIE DE GRENOBLE, voyez CHANCELIER & CHANCELLERIE DE DAUPHINE.
CHANCELLERIE (grosse), étoit le nom que l'on donnoit anciennement aux lettres de chancellerie les plus importantes, qui étoient expédiées en cire verte, à la différence des autres lettres qui n'étoient scellées qu'en cire jaune, qu'on appelloit menue chancellerie, parce que l'émolument en étoit moindre que celui des lettres en cire verte. Il est dit dans une piece qui est au registre B de la chambre des comptes, feuillet 124, que ceux de la chambre des comptes avant d'être résidens à Paris, comme ils ont été depuis S. Louis, signoient dans l'occasion, comme notaires, les lettres qui devoient être scellées du grand sceau du roi, & qu'ils partageoient à la grosse & menue chancellerie, jusqu'à ce que Guillaume de Crespy, chancelier, suspendit aux clercs des comptes leur part de la chancellerie, parce qu'ils ne suivoient plus la cour.
Philippe VI. dit de Valois, manda au chancelier par ses lettres-chartes, données le 8 Février 1318, en la grosse chancellerie de cire verte, qu'il fît dorénavant une bourse pour chacun de ses cinq clercs maîtres de sa chambre des comptes, au lieu qu'auparavant il n'y en avoit que trois. Voy. Miraumont, orig. de la chancellerie ; & Tessereau, histoire de la chancellerie.
CHANCELLERIE DES JUIFS, étoit le lieu où on scelloit toutes les obligations passées en France au profit des Juifs ; ils ne pouvoient poursuivre leurs débiteurs en conséquence de leurs promesses, qu'elles ne fussent scellées ; & pour cet effet l'on n'usoit ni du scel royal ni de celui des seigneurs sous lesquels les Juifs contractans demeuroient : ils avoient un sceau particulier destiné à sceller leurs obligations, parce que suivant leur loi ils ne pouvoient se servir des figures d'hommes empreintes, gravées ou peintes.
Dans une ordonnance de Philippe-Auguste, du premier Septembre (année incertaine), il étoit dit qu'il y auroit dans chaque ville deux hommes de probité qui garderoient le sceau des Juifs, & feroient serment sur l'évangile de n'apposer le sceau à aucune promesse, qu'ils n'eussent connoissance par eux-mêmes ou par d'autres, que la somme qu'elle contenoit étoit légitime.
Louis VIII. en 1320, ordonna qu'à l'avenir les Juifs n'auroient plus de sceau pour sceller leurs obligations.
Il paroît néanmoins que l'on distingua encore pendant quelque tems la chancellerie particuliere des Juifs de la grande chancellerie de France.
Philippe V. ordonna au mois de Février 1320, que ces émolumens de la chancellerie des Juifs tourneroient au profit du roi, comme ceux de la chancellerie de France.
Mais l'expulsion que ce prince fit des Juifs l'année suivante, dut faire anéantir en même tems leur chancellerie particuliere.
Le sciendum de la chancellerie, que quelques-uns croyent avoir été rédigé en 1415, ne parle pas nommément de cette chancellerie ; mais il en conserve encore quelques vestiges, en ce que les lettres des Juifs y sont distinguées des lettres de France & de Champagne. Voyez Heineccius, de sigillis, part. I. cap. iij. les ordonnan. de la troisieme race, tome I. Tessereau, histoire de la chancellerie.
CHANCELLERIES DES JUSTICES ROYALES, voyez ci-dev. CHANCELIERS DES JURISDICTIONS ROYALES, CHANCELLERIES PRES LES COURS, CHANCELLERIES PRESIDIALES & PROVINCIALES, & CHANCELLERIE DE ROUERGUE.
CHANCELLERIE DE LANGUEDOC, est celle qui est établie près le parlement de Toulouse. Il y avoit anciennement plusieurs chancelleries particulieres dans le Languedoc. Voyez ci-devant CHANCELIER DES JUSTICES ROYALES, CHANCELIER DE LA MAISON COMMUNE DE TOULOUSE, CHANCELIER DU SOUS-VIGUIER DE NARBONNE. Il y a encore présentement en Languedoc, outre la chancellerie qui est près le parlement, plusieurs autres chancelleries près les cours supérieures, & des chancelleries présidiales.
CHANCELLERIE (menue), c'est le nom que l'on donnoit anciennement aux lettres de chancellerie les moins importantes, que l'on scelloit de cire jaune, à la différence des autres que l'on appelloit grosse chancellerie de cire verte. Voyez Miraumont, origine de la chancellerie ; & ci-dev. CHANCELLERIE (grosse).
CHANCELLERIE DE METZ : Le roi ayant par un édit du mois de Janvier 1633, ordonné l'établissement du parlement de Metz ; par un autre édit du même mois il créa une chancellerie près de ce parlement, composée d'un garde des sceaux qui seroit un des conseillers de ce parlement, deux audienciers, deux contrôleurs, deux référendaires, un chauffe-cire, & deux huissiers. Le parlement de Metz ayant été transféré à Toul en 1636, la chancellerie suivit le parlement. Ce même parlement de retour à Metz, ayant été rendu semestre au mois de Mai 1661, la chancellerie fut augmentée d'un office de garde-scel, de deux audienciers, de deux contrôleurs, deux référendaires, un receveur de l'émolument du sceau, un chauffe-cire, & trois huissiers, aux mêmes fonctions & droits dont joüissoient les autres officiers ; & la totalité a été distribuée en deux semestres comme les officiers du parlement.
Au mois de Mai 1691, le nombre des officiers fut encore augmenté de quatre secrétaires du roi & de quatre huissiers. Pour le surplus des fonctions & droits des officiers de cette chancellerie, voyez AUDIENCIERS, CONTROLEURS, SECRETAIRES DU ROI, CHANCELLERIE PRES LES PARLEMENS.
CHANCELLERIE DE MONTPELLIER, est celle qui est établie près la cour des aides de cette ville. Voyez CHANCELLERIE PRES LES COURS DES AIDES.
Il y a eu encore une autre chancellerie établie à Montpellier en 1576, près la chambre de l'édit ; mais cette chambre ni sa chancellerie ne subsistent plus.
CHANCELLERIE DE NAVARRE, voyez CHANCELIER DE NAVARRE.
CHANCELLERIE DU PALAIS, qu'on appelle aussi la petite chancellerie, pour la distinguer de la grande chancellerie de France, est la chancellerie particuliere établie près le parlement de Paris, pour expédier aux parties toutes les lettres de justice & de grace qui sont scellées du petit sceau, tant pour les affaires pendantes au parlement, que pour toutes les autres cours souveraines & autres jurisdictions royales & seigneuriales qui sont dans l'étendue de son ressort, soit à Paris ou dans les provinces.
Cette petite chancellerie est la premiere & la plus ancienne des chancelleries particulieres établies près les parlemens & autres cours souveraines. On l'a appellée chancellerie du palais, parce qu'elle se tient à Paris dans le palais près le parlement, dans le lieu où l'on tient que S. Louis avoit son logement, & singulierement sa chambre ; car sa grande salle étoit où est présentement la tournelle criminelle.
Il est assez difficile de déterminer en quelle année précisément, & de quelle maniere s'est formée la chancellerie du palais.
On conçoit aisément que jusqu'en 1302, que Philippe-le-Bel rendit le parlement sédentaire à Paris, & lui donna le palais pour tenir ses séances, il n'y avoit point de chancellerie particuliere près le parlement.
On trouve bien que dès 1303 il y avoit en Auvergne des chanceliers ou gardes des sceaux, qui gardoient le scel du tribunal ; & qu'il y avoit aussi dès 1320 trois chancelleries particulieres ; savoir, celle de Champagne, celle de Navarre, & celle des Juifs ; mais cela ne prouve point qu'il eût une chancellerie près le parlement.
Dutillet fait mention d'une ordonnance de Philippe-le-Long du mois de Décembre 1316, contenant l'état de son parlement, dans lequel sont nommés trois maîtres des requêtes qui étoient commis pour répondre les requêtes de la langue françoise, & six autres pour répondre les requêtes de Languedoc : c'étoit sur ces requêtes que l'on délivroit des lettres de justice ; ensorte que l'on peut regarder cette ordonnance comme l'origine de la chancellerie du palais & de celle de Languedoc, qui est présentement près le parlement de Toulouse.
Philippe-le-Long, par une autre ordonnance du mois de Novembre 1318, ordonna qu'il y auroit toûjours auprès de lui deux maîtres des requêtes, un clerc & un laïc, lesquels, quand le parlement ne tiendroit point, délivreroient les requêtes de justice, c'est-à-dire les lettres ; & que quand le parlement tiendroit, ils les renvoyeroient au parlement. Ils devoient aussi examiner toutes les lettres qui devoient être scellées du grand sceau, & ces lettres étoient auparavant scellées du scel secret que portoit le chambellan : mais cette ordonnance ne parle point du petit sceau.
Sous Philippe de Valois, le chancelier étant absent pour des affaires d'état, & ayant avec lui le grand sceau, le roi commit deux conseillers pour visiter les lettres que l'on apporteroit à l'audience, & les faire sceller du petit scel du châtelet, & contre-sceller du signet du parlement.
Pendant l'absence du roi Jean, les lettres furent scellées du sceau du châtelet de Paris. Les chanceliers userent du petit sceau en l'absence du grand, depuis l'an 1318 jusqu'en 1380. Ce petit sceau étoit celui du châtelet, excepté néanmoins que pendant le tems de la régence on se servit du sceau particulier du régent.
Cependant en 1357 le chancelier étant de retour d'Angleterre, & y ayant laissé les sceaux par ordre du roi, on voulut user d'autres sceaux que de celui du châtelet ; mais il ne paroît pas que cela eût alors d'exécution.
Il y avoit près du parlement, dès l'an 1318, un certain nombre de notaires-secrétaires du roi qui étoient commis pour les requêtes. Ils assistoient au siége des requêtes, & écrivoient les lettres suivant l'ordre des maîtres des requêtes ; ils ne devoient point signer les lettres qu'ils avoient eu ordre de rédiger, avant qu'elles eussent été lûes au siége, ou du moins devant celui des maîtres qui les avoit commandées ; & suivant des ordonnances de 1320, on voit que ces notaires du roi faisoient au parlement la même fonction qu'à la grande chancellerie. Il étoit encore d'usage en 1344, qu'après avoir expédié les lettres, ils les signoient de leur signet particulier connu au chancelier, & les lui envoyoient pour être scellées.
Au mois de Novembre 1370, Charles V. à la priere du college de ses clercs-secrétaires & notaires, leur accorda une chambre dans le palais, au coin de la grande salle du côté du grand pont, où les maîtres des requêtes de l'hôtel avoient coûtume de tenir, & tenoient quelquefois les requêtes & placets ; il fut dit qu'ils feroient appareiller cette chambre de fenêtres, vitres, bancs, & autres choses nécessaires ; qu'ils pourroient aller & venir dans cette chambre quand il leur plairoit, écrire & faire leurs lettres & écritures, & s'y assembler & parler de leurs affaires. Il paroît que ce fut-là le premier endroit où se tint la chancellerie du palais : mais depuis l'incendie arrivé au palais en 1618, la chancellerie a été transférée dans l'ancien appartement de S. Louis, où elle est présentement.
Le premier article des statuts arrêtés entre les secrétaires du roi le 24 Mai 1389, porte qu'ils feront bourse commune de tous les droits de collation des lettres qu'ils signeroient ou collationneroient, soit qu'elles fussent octroyées par le roi en personne, ou dans son conseil, par le chancelier, ou par le grand-conseil, ou par le parlement, par les maîtres des requêtes de l'hôtel, par la chambre des comptes, par les trésoriers ; ou qu'elles fussent extraites du registre de l'audience, ou autrement.
En 1399 il fut établi une chancellerie près des grands jours tenus à Troyes.
Le sciendum de la chancellerie, que quelques-uns croyent avoir été rédigé en 1415, ne fait point encore mention de la chancellerie du palais.
La premiere fois qu'il soit parlé de chancellerie au plurier, c'est dans l'édit de Louis XI. du mois de Novembre 1482, par lequel en confirmant les priviléges des notaires-secrétaires du roi, il dit qu'ils étoient institués pour être & assister ès chancelleries, quelque part qu'elles fussent tenues.
Enfin on ne peut douter que la chancellerie du palais ne fût établie en 1490, puisqu'il y en avoit dèslors une à Toulouse. Il n'y eut d'abord que ces deux chancelleries particulieres ; mais en 1493 on en établit de semblables à Bordeaux, à Dijon, en Normandie, Bretagne, Dauphiné.
Depuis ce tems il a été fait divers réglemens, qui sont communs à la chancellerie du palais & aux autres petites chancelleries, & singulierement à celles qui sont établies près des parlemens & autres cours supérieures.
La chancellerie du palais a cependant un avantage sur celles des autres cours ; c'est que le sceau y est toûjours tenu par les maîtres des requêtes, chacun à son tour, pendant un mois, suivant l'ordre de réception, dans chaque quartier où ils sont distribués, excepté le premier mois de chaque quartier, où le sceau est toûjours tenu par le doyen des doyens des maîtres des requêtes, qui est conseiller d'état ; au lieu que dans les chancelleries des autres cours, les maîtres des requêtes ont bien également le droit d'y tenir le sceau, mais ils n'y sont pas ordinairement ; c'est un garde-scel qui tient le sceau en leur absence.
Le procureur général des requêtes de l'hôtel, qui a titre & fonction de procureur général de la grande chancellerie de France, & de toutes les autres chancelleries du royaume, a droit d'assister au sceau de la chancellerie du palais, & a inspection sur les lettres qui s'y expédient & sur les officiers du sceau, pour empêcher les clauses vicieuses & les surprises que l'on pourroit commettre dans les lettres, & faire observer la discipline établie entre les officiers de cette chancellerie.
Il y a encore pour cette chancellerie des officiers particuliers, autres que ceux de la grande chancellerie de France ; savoir, quatre secrétaires du roi audienciers, & quatre secrétaires du roi contrôleurs qui servent par quartier : il n'y a point de secrétaire du roi particulier pour cette chancellerie ; ce sont les secrétaires du roi de la grande chancellerie de France, qui font dans l'une & dans l'autre ce qui est de leur ministere.
Les autres officiers particuliers de la chancellerie du palais sont dix conseillers rapporteurs référendaires, un trésorier qui est le même pour la grande & la petite chancellerie, quatre autres receveurs des émolumens du sceau qui servent par quartier, huit greffiers gardes-minutes des lettres de chancellerie, établis par édit du mois de Mars 1692. & réunis au mois d'Avril suivant à la communauté des procureurs, qui fait pourvoir à ces offices ceux de ses membres qu'elle juge à propos. Il y a aussi plusieurs huissiers pour le service de cette chancellerie. Voyez Tessereau, histoire de la chancellerie.
CHANCELLERIES PRES LES PARLEMENS, sont les chancelleries particulieres établies près de chaque parlement, pour expédier toutes les lettres de justice & de grace qui se donnent au petit sceau.
Il n'y avoit anciennement qu'une seule chancellerie en France.
Peu de tems après que le parlement de Paris eut été rendu sédentaire à Paris, la chancellerie du palais commença à se former : on en établit ensuite une près le parlement de Toulouse ; & l'on a fait la même chose à l'égard des autres parlemens, à mesure qu'ils ont été institués. A Paris c'est un maître des requêtes qui tient le sceau : dans les autres parlemens, les maîtres des requêtes ont bien le même droit ; mais comme ils ne s'y trouvent pas ordinairement, le sceau est tenu en leur absence par un conseiller garde des sceaux. Chaque chancellerie est en outre composée de plusieurs audienciers & contrôleurs, d'un certain nombre de secrétaires du roi, de référendaires, scelleurs, un chauffe-cire, des greffiers gardes-minutes, & des huissiers. Le nombre de ces officiers n'est pas égal dans tous ces parlemens. Voyez CHANCELLERIE DU PALAIS, DE TOULOUSE : DIJON, &c.
CHANCELLERIE, (petite) est celle où l'on scelle des lettres avec le petit sceau, à la différence de la grande chancellerie ou chancellerie de France, dont les lettres sont scellées avec le grand sceau. La grande chancellerie est unique en son espece, au lieu qu'il y a grand nombre de petites chancelleries.
Elles sont de deux sortes ; les unes qui sont établies près les parlemens ou autres cours supérieures dans les villes où il n'y a pas de parlement. Il y a néanmoins à Roüen & à Bordeaux deux chancelleries, une près le parlement, l'autre près la cour des aides de la même ville. Il y a en tout vingt-deux petites chancelleries établies près des parlemens ou autres cours supérieures.
Les autres petites chancelleries qu'on appelle aussi chancelleries présidiales, sont établies près des présidiaux dans les villes où il n'y a pas de parlement, ni autres cours supérieures.
On scelle dans ces petites chancelleries toutes les lettres de justice & de grace qui s'accordent au petit sceau : ces lettres de justice sont les reliefs d'appel simple ou comme d'abus, les anticipations, compulsoires, rescisions, les requêtes civiles, commissions pour assigner, & autres semblables.
Les lettres de grace qui s'y expédient sont les bénéfices d'âge ou émancipation de bénéfice d'inventaires, committimus, terrier, d'attribution de jurisdiction pour criées, de main souveraine, d'assiete & autres.
Il y a dans chacune des ces petites chancelleries un garde des sceaux, des audienciers, des secrétaires du roi, des référendaires, chauffes-cire, & autres officiers. Voyez Miraumont, origine de la chancellerie ; Tessereau, hist. de la chancellerie ; & les articles CHANCELLERIES PRES LES COURS, CHANCELLERIES PRESIDIALES, PETIT SCEAU.
CHANCELLERIES DE POITIERS : la premiere fut établie dans cette ville par des lettres données à Niort le 21 Septembre 1418, par le dauphin Charles régent & lieutenant du roi par tout son royaume. Il commit, de l'autorité du roi dont il usoit en cette partie, un président du parlement, trois maîtres des requêtes de l'hôtel du roi & du régent, & deux conseillers au parlement, lors séant à Poitiers, pour tenir les sceaux de la chancellerie à Poitiers en l'absence du chancelier, pour l'expédition de toutes les lettres, tant de la cour de parlement de Poitiers, qu'autres, excepté celles de dons & provisions d'offices des pays de l'obéissance du régent. Il y avoit néanmoins alors un chancelier de France & du régent. Cette chancellerie subsista jusqu'en 1436, que le parlement fut rétabli à Paris.
Louis XIII. ayant ordonné en 1634 la tenue des grands jours en la ville de Poitiers, & étant nécessaire qu'il y eût une chancellerie près la cour des grands jours, afin que l'exécution des arrêts & autres actes de justice qui en émaneroient fût faite avec moins de fraix, il fit expédier au mois de Juillet 1634 une commission qui fut registrée aux grands jours, & publiée en la chancellerie du même lieu, de l'ordonnance d'un maître des requêtes tenant le sceau ; par laquelle S. M. commit le grand-audiencier de France & plusieurs autres officiers de chancellerie, pour chacun en la fonction de leur charge servir le roi en ladite chancellerie, y expédier & signer toutes lettres de justice, arrêts, & autres expéditions de chancellerie, avec le même pouvoir, force, & vertu que celles qui s'expédient en la chancellerie étant près le parlement de Paris, & aux mêmes droits & émolumens du sceau portés par les arrêts & réglemens. Il ne paroît pas que l'on eût établi de chancellerie à Poitiers lors des grands jours, qui y furent tenus en 1454, 1531, 1541, 1567, & 1579.
Il y avoit dès 1557 une chancellerie présidiale à Poitiers, établie en conséquence de l'édit du mois de Décembre 1557, portant création des premieres chancelleries présidiales. Cette chancellerie y est encore subsistante. Voyez CHANCELLERIE PRESIDIALE.
CHANCELLERIES PRESIDIALES, sont celles établies près de chaque présidial, pour y expédier & sceller toutes les lettres de requêtes civiles, restitutions en entier, reliefs d'appel, desertions, anticipations, acquiescemens, & autres semblables, qui sont nécessaires dans toutes les affaires dont la connoissance est attribuée aux présidiaux, soit au premier ou au second chef de l'édit.
Les premieres chancelleries présidiales ont été créées par édit du mois de Décembre 1557. Il en a été créé dans la suite plusieurs autres, à mesure que le nombre des présidiaux a été augmenté. Il y en a eu aussi quelques-unes de supprimées, notamment dans les villes où il y a quelque cour supérieure ; par exemple on a supprimé celles de l'ancien & du nouveau châtelet de Paris.
Pour l'exercice de ces chancelleries présidiales, le roi leur a attribué à chacune un scel particulier aux armes de France, autour duquel sont gravés ces mots, le scel royal du siége présidial de la ville de, &c. Le sceau y est tenu par un conseiller garde des sceaux. Les maîtres des requêtes ont néanmoins droit de le tenir, lorsqu'il s'en trouve quelqu'un sur le lieu.
Par l'édit de 1557, le roi avoit créé pour chaque chancellerie présidiale un office de conseiller garde des sceaux, & un office de clerc commis à l'audience, pour sceller les expéditions & recevoir les émolumens. Ces offices ayant été supprimés par édit du mois de Février 1561, furent rétablis par un autre édit du mois de Février 1675, qui ordonna en outre que les greffiers d'appeaux signeroient les lettres de ces chancelleries en l'absence des secrétaires du roi. En 1692 on créa les greffiers garde-minutes & expéditionnaires des lettres de chancellerie pour les présidiaux ; & par édit de Novembre 1707, le roi créa dans chaque chancellerie présidiale deux audienciers, deux contrôleurs, deux secrétaires du roi, à l'exception des présidiaux des villes où il y a parlement ; mais les offices créés par cet édit furent supprimés au mois de Décembre 1708. Le nombre des officiers des chancelleries présidiales fut fixé par édit de Juin 1715, à un conseiller garde-scel, deux conseillers-secrétaires-audienciers, deux conseillers-secrétaires-contrôleurs, & deux conseillers-secrétaires.
Enfin tous les offices qui avoient été créés pour les chancelleries présidiales, ont été supprimés par un édit du mois de Décembre 1727, qui ordonne que les fonctions du sceau dans ces chancelleries seront faites à l'avenir ; savoir, pour la garde du sceau, par le doyen des conseillers de chaque présidial, ou par telles autres personnes qu'il plaira au garde des sceaux de France de commettre : & à l'égard des fonctions d'audienciers, contrôleurs, & de secrétaires, qu'elles seront faites par les greffiers des appeaux des présidiaux en l'absence des conseillers-secrétaires du roi établis près les cours, conformément aux édits de Décembre 1557, & de Février 1575.
Il y a un arrêt du conseil d'état du roi du 21 Avril 1670, qui contient un ample réglement pour les chancelleries présidiales : il est rapporté par Tessereau, hist. de la chancellerie.
CHANCELLERIE DE PROVENCE, voyez CHANCELLERIE D'AIX.
CHANCELLERIE PROVINCIALE, est celle qui est établie près d'un conseil provincial.
Telle est la chancellerie provinciale d'Artois, qui a été créée par édit du mois de Février 1693.
Il y en a une semblable près le conseil provincial de Hainaut.
Ces chancelleries sont établies à l'instar des chancelleries présidiales. Voyez CHANCELLERIES PRESIDIALES.
CHANCELLERIE ROMAINE, est le lieu où on expédie les actes de toutes les graces que le pape accorde dans le consistoire, & singulierement les bulles des archevêchés, évêchés, abbayes, & autres bénéfices réputés consistoriaux. Voyez BENEFICE, NSISTOIREOIRE.
L'origine de cet établissement est fort ancien ; car l'office de chancelier de l'église romaine, qui étoit autrefois le premier officier de la chancellerie, étoit connu dès le tems du vj. concile oecuménique, tenu en 680. Voyez ci-devant CHANCELIER DE L'ÉGLISE ROMAINE.
On prétend néanmoins que la chancellerie ne fut établie qu'après le pape Innocent III. c'est-à-dire vers le commencement du xiij. siecle.
L'office de chancelier ayant été supprimé, les uns disent par Boniface VIII. les autres par Honoré III. le vice-chancelier est devenu le premier officier de la chancellerie. C'est toûjours un cardinal qui remplit cette place.
Le premier officier après le vice-chancelier, est le régent de la chancellerie ; c'est un des prélats de majori parco : son pouvoir est grand dans la chancellerie. Il est expliqué fort au long dans la derniere des regles de chancellerie de potestate R. vice-cancellarii & cancellariam regentis. C'est lui qui met la main à toutes les résignations & cessions, comme matieres qui doivent être distribuées aux prélats de majori parco. Il met sa marque à la marge du côté gauche de la signature, au-dessus de l'extension de la date, en cette maniere, N. regens. C'est aussi lui qui corrige les erreurs qui peuvent être dans les bulles expédiées & plombées ; & pour marque qu'elles ont été corrigées, il met de sa main en haut au-dessus des lettres majuscules de la premiere ligne, corrigatur in registro prout jacet, & signe son nom.
Les prélats abréviateurs de la chancellerie sont de deux sortes : les uns surnommés de majori parco, c'est-à-dire du grand parquet, qui est le lieu où ils s'assemblent en la chancellerie ; les autres de minori parco, ou petit parquet.
Ceux de majori parco dressent toutes les bulles qui s'expédient en chancellerie, dont ils sont obligés de suivre les regles ; qui ne souffrent point de narrative conditionnelle, ni aucune clause extraordinaire : c'est pourquoi lorsqu'il est besoin de dispense d'âge ou de quelque autre grace semblable, il faut faire expédier les bulles par la chambre apostolique. Le vice-chancelier ayant dressé en peu de mots une minute de ce qui a été réglé, un des prélats de majori parco dresse la bulle ; on l'envoye à un autre prélat qui la revoit, & qui la met ensuite entre les mains d'un des scripteurs des bulles. Les abréviateurs du grand parquet examinent si les bulles sont expédiées selon les formes prescrites par la chancellerie, & si elles peuvent être envoyées au plomb, c'est-à-dire si elles peuvent être scellées ; car l'usage de la cour de Rome est de sceller toutes les bulles en plomb.
Les prélats de minori parco ont peu de fonction ; ce sont eux qui portent les bulles aux abréviateurs de majori parco.
Le distributeur des signatures, qu'on appelle aussi le secrétaire des prélats de la chancellerie, n'est pas en titre d'office comme les autres officiers dont on vient de parler. Il est dans la dépendance du vice-chancelier : sa fonction consiste à retirer du registre toutes les signatures, pour les distribuer aux prélats de majori parco ou de minori parco, selon qu'elles leur doivent être distribuées ; & à cet effet il marque sur un livre le jour de la distribution, le diocèse, & les matieres, en ces termes, resignatio parisiensis. Il se charge des droits qui sont de minori parco, & consigne ceux qui appartiennent aux abréviateurs de majori entre les mains de chacun d'eux ou à leurs substituts, après qu'il a mis au bas de la signature le nom de celui à qui elle est distribuée. Avant de faire la distribution, il présente les signatures au régent ou à quelqu'autre des prélats de la chancellerie, qui y mettent leur nom immédiatement au-dessus de la grande date.
Il n'y a qu'un seul notaire en la chancellerie qui se qualifie député. C'est lui qui reçoit les actes de consens, & les procurations des résignations, révocations, & autres actes semblables, & qui fait l'extension du consens au dos de la signature qu'il date ab anno incarnationis, laquelle année se compte du mois de Mars ; desorte que si la date de la signature se rencontre depuis le mois de Janvier jusqu'au 25 Mars, il semble que la date du consens soit postérieure à celle de la signature.
Les regles de la chancellerie romaine sont des réglemens que font les papes pour les provisions des bénéfices & autres expéditions de la chancellerie, & pour le jugement des procès en matiere bénéficiale. On tient que Jean XXII. est le premier qui ait fait de ces sortes de réglemens. Ses successeurs en ont ajoûté plusieurs : chaque pape après son couronnement renouvelle celle de ces regles qu'il veut maintenir, & en établit, s'il le juge à-propos, de nouvelles. Ce renouvellement est nécessaire à chaque pontificat, d'autant que chaque pape déclare que les regles qu'il établit ne doivent subsister que pendant le tems de son pontificat. Cependant les regles de chancellerie qui ont été reçûes en France, & qui ont été enregistrées dans les cours de parlement, n'expirent point par la mort des papes ; elles subsistent toûjours, étant devenues par leur vérification une loi perpétuelle du royaume.
Ces regles sont de plusieurs sortes : il y en a qui concernent la disposition des bénéfices ; par exemple, les papes se sont réservé par une regle expresse les églises patriarchales, épiscopales, & autres bénéfices vraiment électifs ; par une autre regle ils se sont reservé les bénéfices de leurs familiers ou domestiques, & des familiers des cardinaux, dont ils prétendent disposer au préjudice des collateurs ordinaires.
En France, toutes les réserves sont abolies par la pragmatique & le concordat ; & la regle par laquelle les papes se sont reservé les églises patriarchales & épiscopales, n'est observée dans aucun état de la Chrétienté. Si le pape donne des provisions, c'est ordinairement à la nomination du souverain, ou du moins à des personnes qui leur sont agréables.
Les papes ont aussi ordonné certaines formes pour l'expédition des provisions ; par exemple, qu'il faudroit des bulles en plomb, & que la simple signature ne suffiroit pas, avec défenses aux juges d'y avoir égard. Ce qui n'est point observé en France, où l'on n'obtient des bulles que pour les bénéfices consistoriaux, comme évêchés, abbayes, prieurés conventuels, & dignités majeures : les autres bénéfices s'obtiennent par simple signature.
Il y a aussi une regle qui ordonne d'exprimer la véritable valeur des bénéfices, à peine de nullité des provisions. En France on n'exprime la véritable valeur que des bénéfices qui sont taxés dans les livres de la chambre apostolique ; à l'égard des autres, on se contente d'exprimer que leur valeur n'excede pas vingt-quatre ducats.
La réserve des mois apostoliques, qui n'a lieu que dans les pays d'obédience, cesse à la mort du pape ; & pendant la vacance du saint-siége, la disposition des bénéfices se regle dans ces pays suivant le droit commun.
Nous n'avons reçû en France que trois regles de chancellerie ; on en compte ordinairement quatre.
La premiere est celle de viginti diebus, seu de infirmis resignantibus, qui veut que si un malade résigne un bénéfice ou le permute, & vient à décéder dans les vingt jours après la résignation admise ; le bénéfice vaque par mort & non par résignation.
La seconde est celle de publicandis resignationibus, qui veut que dans six mois pour les résignations faites en cour de Rome, & dans un mois pour celles qui sont faites entre les mains de l'ordinaire, les résignations soient publiées, & que le résignataire prenne possession : que si passé ce tems le résignant meurt en possession du bénéfice, il soit censé vaquer par mort & non par résignation, & que les provisions données sur la résignation soient nulles.
La troisieme regle est celle de verisimili notitia obitus ; elle veut que toutes les provisions de bénéfice obtenues par mort en cour de Rome, soient nulles, s'il n'y a pas assez de tems entre le décès du bénéficier & l'obtention des provisions, pour que la nouvelle du décès ait pû précéder les provisions. L'objet de cette regle est de prévenir les fraudes & les courses ambitieuses de ceux qui pendant les maladies des bénéficiers, faisoient leurs diligences en cour de Rome, ex voto captandae mortis.
Il y a encore quelques autres regles de chancellerie, qui n'ont pas été reçues en France, & que néanmoins l'on y suit, non pas comme regles de chancellerie romaine, mais parce qu'elles ont paru justes, & qu'elles sont conformes à nos ordonnances ou à la jurisprudence des arrêts. Telle est la regle de annali possessore, qui veut que celui qui a la possession d'an & jour, soit maintenu au possessoire ; la regle de triennali possessore, suivant laquelle celui qui a la possession triennale soûtenue d'un titre coloré, ne peut plus être inquiété, même au pétitoire ; la regle de impetrantibus beneficia viventium, qui veut que les provisions d'un bénéfice demandées du vivant du précédent titulaire, soient nulles, quoiqu'elles n'ayent été obtenues que depuis son décès ; la regle de non tollendo jus alteri quaesitum, qui n'est point une regle particuliere à la chancellerie de Rome, mais une maxime tirée du droit naturel & commun, & reçue par-tout. Il y a encore la regle de idiomate, qui déclare nulles toutes provisions des églises paroissiales qui seroient données à des ecclésiastiques qui n'entendroient pas la langue du pays.
Dumolin, Louet & Vaillant, ont fait de savantes notes sur les trois regles de chancellerie reçûes en France, & sur celle de annali possessore & de impetrantibus beneficia viventium. Rebuffe a aussi expliqué ces mêmes regles & plusieurs autres en sa pratique bénéficiale, part. III.
Sur la chancellerie romaine, voyez les lois ecclésiastiques de M. de Héricourt, part. I. pag. 62. 63. & 107. la pratique de cour de Rome, de Castel, tom. I. jurisprudence canonique de la Combe, au mot regles de chancellerie.
CHANCELLERIE DE ROUEN, est celle qui est établie près le parlement de Normandie séant à Rouen.
L'origine de cette chancellerie est presque aussi ancienne que celle de l'échiquier de Normandie, créée par Rolle, souverain de cette province : quoiqu'elle eut été réunie à la couronne dès l'an 1202, on se servoit toûjours d'un sceau particulier pour les échiquiers de Normandie, suivant ce qui est dit dans des lettres de Charles VI. du 19 Octobre 1406 ; ce qui est d'autant plus remarquable, qu'il n'y avoit point encore de chancelleries particulieres établies près des parlemens & autres cours ; il n'y avoit que la grande chancellerie, celles de Dauphiné, des grands jours, de Champagne, de l'échiquier de Normandie, & quelques autres sceaux établis extraordinairement.
Louis XII. ayant érigé l'échiquier de Normandie en cour souveraine, & l'ayant rendu sédentaire à Rouen, établit par l'édit du mois d'Avril 1499 une chancellerie près de l'échiquier, & l'office de garde des sceaux fut donné au cardinal d'Amboise, auquel le roi en fit expédier des lettres-patentes. Georges d'Amboise II. du nom, cardinal & archevêque de Rouen, comme son oncle, lui succéda en cet office de garde des sceaux en 1510.
François I. ayant ordonné en 1615 que l'échiquier porteroit le nom de cour de parlement, la chancellerie de l'échiquier est devenue celle du parlement.
Au mois d'Octobre 1701, Louis XIV. créa une chancellerie particuliere près la cour des aides de Rouen ; mais elle fut réunie à celle du parlement par un autre édit du mois de Juin 1704. Voyez le recueil des ordonn. de la troisieme race ; Tessereau, hist. de la chancellerie, & le recueil des arrêts du parlement de Normandie, par M. Froland, pag. 73.
CHANCELLERIE DE ROUERGUE : il est parlé de cette chancellerie dans des lettres de Charles V. du mois d'Avril 1370, portant confirmation des priviléges accordés à la ville de Sauveterre en Roüergue. Le terme de chancellerie paroît en cet endroit signifier le sceau du bailliage & sénéchaussée ; senescalloque & receptorii regiis dictae cancellariae, necnon & procuratori regio, &c.
CHANCELLERIE, (Sciendum de la) est un mémoire ou instruction pour les notaires & secrétaires du roi, concernant l'exercice de leurs fonctions en la chancellerie. Il a été ainsi appellé, parce que l'original de ce mémoire, qui est en latin, commence par ces mots, sciendum est. Cette piece est une des plus authentiques de la chancellerie. Quelques-uns veulent qu'elle soit de l'an 1339, d'autres de l'an 1394 ; mais les preuves en sont douteuses : ce qui est certain, c'est qu'elle doit avoir été faite au plus tard entre 1413 & 1415, attendu qu'elle se trouve à la chambre des comptes à la fin d'un ancien volume contenant plusieurs comptes de l'audience de France, c'est-à-dire de la chancellerie, entre lesquels est celui du chancelier de Marle, pour le tems échû depuis le 18 Août 1413, jusqu'au dernier Décembre de la même année, clos au bureau le 8 Janvier 1415 ; ce qui a donné lieu à quelques-uns de croire que le sciendum qui est à la fin de ce volume, est de l'année 1415. Cette piece, quoique sans date, ne laisse pas d'être authentique, n'étant qu'une instruction où la date n'étoit pas nécessaire. Tessereau, en son histoire de la chancellerie, donne l'extrait qui fut fait du sciendum en françois, par ordonnance de la chambre du dernier Décembre 1571, sur la requête des quatre chauffes-cire de France.
Cette instruction contient soixante-dix articles ; le premier porte qu'il faut savoir que les gages de notaire & secrétaire du roi sont de six sous par jour, & de cent sous pour chaque manteau ; qu'à chaque quartier le notaire & secrétaire doit donner au maître & contrôleur de la chambre aux deniers, une cédule en cette forme : Mes gages de six sous parisis par jour me sont dûs du premier jour de tel mois inclusivement, & le manteau de cent sous parisis pour le terme de pentecôte ; pendant lequel tems j'ai servi au parlement, ou aux requêtes de l'hôtel, ou en chancellerie, ou à la suite du roi, en faisant continuellement ma charge, &c.
Les autres principaux articles contiennent en substance que, si un notaire-secrétaire a été absent huit jours ou plus, on doit lui rabattre ses gages à proportion : que l'on ne rabat rien pour quatre ou cinq jours, à moins que cela n'arrivât fréquemment, & que celui qui est malade est réputé présent.
Que le quatrieme jour de chaque mois on fait les bourses ou distributions à chaque notaire & secrétaire, selon l'exigence & le mérite du travail de la personne ; & aux vieux, selon qu'ils ont travaillé dans leur jeunesse, selon les charges qu'il leur a fallu supporter, & les emplois à eux donnés par le roi : que le jour suivant on délivre les bourses avec l'argent aux compagnons (c'est-à-dire aux notaires-secrétaires) en l'audience ; que chaque notaire doit mettre sur le rôle, j'ai reçû, & signer, sans marquer la somme, pour éviter la jalousie entre ses compagnons : que s'il y a erreur dans la distribution, l'audiencier verra le rôle secret, & suppléera à l'instant.
Que les notaires & secrétaires ont aussi du parchemin du roi ce qu'ils en peuvent fidelement employer pour la façon des lettres qui concernent S. M. que le trésorier de la sainte-Chapelle ou son chapelain, fait tous les ans préparer ce parchemin, & le fournit aux secrétaires qui lui en donnent leur cédule ou reconnoissance, laquelle doit aussi être enregistrée en la chambre des comptes, sur le livre appellé de par chemin.
Que les notaires & secrétaires ont aussi un droit appellé de collation, pour les lettres qui leur sont commandées, & qui doivent être en forme de chartes : ces lettres sont celles de rémission, de manumission, bourgeoisie, noblesse, légitimation, priviléges des villes ou confirmation, accords faits au parlement ; & le sciendum distingue les lettres de France de celles qui sont pour Brie & Champagne ; ces dernieres payent plus que les autres.
Que les notaires du criminel ont le sceau des lettres criminelles, qu'ils font & signent même les sceaux des arrêts criminels, des remissions de ban.
Que de quelques lettres que ce soit, de qui que ce soit, en quelque nombre qu'elles soient adressées au notaire, il ne doit rien prendre, mais les expédier gratuitement ; qu'il peut seulement recevoir ce qui se peut manger & consommer en peu de jours, comme des épiceries, des bas de chausses, des gants, & autres choses legeres ; mais qu'il ne peut rien demander, à peine d'infraction de son serment, de suspension ou privation de son office, diffamation, & perte de tout honneur.
Le sciendum contient ensuite une longue instruction sur les droits du sceau, & sur la maniere dont ces émolumens se partagent entre le roi, les notaires & secrétaires, le chauffe-cire, selon la nature des lettres à simple ou double queue : on y distingue les lettres de France de celles de Champagne, des lettres pour les Lombards, pour les Juifs, pour le royaume de Navarre ; le tarif & le partage sont différens pour chaque sorte de lettres.
Il est dit que des lettres pour chasseurs, on n'a point accoûtumé de rien prendre ; mais qu'ils font présent de leur chasse aux audiencier & contrôleur ; que cela est toutefois de civilité.
Que pour les priviléges des villes & villages, le sceau est arbitraire ; néanmoins qu'on s'en rapporte à l'avis d'un homme d'honneur & expert, qui juge en conscience.
Qu'il y a plusieurs personnes qui ne payent rien au sceau ; savoir les reines, les enfans de rois, les chanceliers, les chambellans ordinaires, les quatre premiers clercs & maîtres des requêtes de l'hôtel du roi, qu'on appelle suivans ; les quatre premiers maîtres & clercs de la chambre des comptes ; les maîtres de la chambre aux deniers ; tous les secrétaires & notaires ordinaires, à quelque état qu'ils soient parvenus, & les chauffes-cire.
Que le bouteiller & le grand chambellan ne doivent rien au sceau pour le droit du roi ; mais qu'ils payent le droit des compagnons & celui des chauffes-cire.
Enfin que dans la distribution des bourses des compagnons, qui étoient alors au nombre de soixante-sept, les quatre premiers clercs de la chambre des comptes, & les maîtres de la chambre aux deniers, ne prennent rien, si ce n'est pour les chartes de France.
Les choses sont bien changées depuis cette instruction, soit pour les formalités, soit pour le tarif & émolument du sceau, & pour le partage qui s'en fait entre les officiers de la chancellerie, soit enfin par rapport à différentes exemptions. Voyez ci-devant l'art. CHANCELLERIE, & CHANCELLERIE (bourse de) ; & à l'article de chacun des officiers qui peuvent avoir des priviléges, comme CHANCELIER, MAITRE DES REQUETES, SECRETAIRE DU ROI, &c.
CHANCELLERIE, (style de la) est un recueil des formules usitées pour les lettres de chancellerie qui s'expédient, tant au grand qu'au petit sceau.
CHANCELLERIE DE TOULOUSE, qu'on appelle aussi chancellerie de Languedoc, est la seconde des petites chancelleries : il paroît qu'elle étoit établie dès l'an 1482, suivant l'édit de Louis XI. du mois de Novembre de ladite année, où ce prince parle de ses chancelleries au pluriel ; ce qui fait connoître que l'on avoit distribué des notaires-secrétaires du roi pour faire le service près le parlement de Toulouse, de même qu'il y en avoit déjà depuis long-tems au parlement. Cette chancellerie de Toulouse ne put commencer à prendre forme que depuis 1443, tems auquel le parlement de Toulouse fut enfin fixé dans cette ville.
Le premier réglement que l'on trouve concernant la chancellerie de Toulouse, ce sont les lettres-patentes du 21 Juillet 1409, portant pouvoir aux quatre chauffes-cire de France de commettre telle personne capable que bon leur sembleroit, pour exercer en leur nom l'office de chauffe-cire en la chancellerie qui se tenoit ou se tiendroit à Toulouse, ou ailleurs au pays de Languedoc.
Charles VIII. par son ordonnance de Moulins du mois de Décembre 1490, fit quelques réglemens pour cette chancellerie. L'art. 64. porte que pour donner ordre au fait de la chancellerie de Toulouse.... deux conseillers de ce parlement, ou autres notables personnages, si le parlement n'y pouvoit entendre, seront toûjours assistans à ladite chancellerie avec le grand-scel, par le conseil desquels se dépêcheront les lettres ; & qu'il y aura deux clés au coffre de ce scel, dont les conseillers en garderont une, & que le scel ne sera ouvert qu'en leur présence ; que ces conseillers seront commis par le chancelier. Et dans l'art. 65. il est dit que pour pourvoir aux plaintes de la taxe des sceaux, il a été avisé que les ordonnances anciennes touchant le taux dudit scel, seront publiées & gardées entierement ; que si les secrétaires suivant ladite chancellerie arbitroient injustement les sceaux qui sont arbitraires, en ce cas on aura recours auxdits gardes & assistans audit scel, pour faire la taxation modérée, auxquels par le chancelier sera ainsi ordonné de le faire.
Peu de tems après, il fut établi de semblables chancelleries aux parlemens de Bordeaux, Dijon, & l'échiquier de Normandie, en Bretagne, Dauphiné, & ailleurs.
Les réglemens qui concernent cette chancellerie étant la plûpart communs aux chancelleries des autres parlemens, voyez ci-devant CHANCELLERIES PRES LES PARLEMENS.
CHANCELLERIE DE TOURNAI, fut créée par édit du mois de Décembre 1680, près le conseil souverain qui avoit été établi dans cette ville par Louis XIV. en 1668. Il ordonna que la charge de garde-scel seroit pour toûjours attachée à celle de premier président du conseil souverain. Il y a eu plusieurs réglemens pour cette chancellerie, des 17 Mai & 12 Juin 1681, & 19 Juin 1703 : ce dernier accorde aux officiers le droit de survivance. Voyez Tessereau, hist. de la chancellerie, tome II. (A)
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| CHANCHA | (Géog.) ville considérable d'Afrique en Egypte, près du Caire, à l'entrée d'un desert.
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| CHANCHEU | (Géog.) grande ville d'Asie à la Chine, dans la province de Fokien, sur la riviere de Chanes. Long. 131. 39. lat. 24. 42.
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| CHANCI | S. m. (Salines) c'est ainsi qu'on appelle dans les salines de Franche-Comté, les charbons qui s'éteignent sous les poêles ; & qu'on en tire après la salinaison. Voyez l'art. SALINES.
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| CHANCIR | v. n. (Confis.) c'est commencer à moisir : on dit que la confiture est chancie, lorsqu'elle est couverte d'une pellicule blanchâtre ; on dit qu'elle est moisie, quand il s'éleve de cette pellicule blanchâtre une efflorescence en mousse blanchâtre ou verdâtre. La confiture trop cuite candit ; celle qui ne l'est pas assez ou qui manque de sucre, chancit. Voyez CANDIR & MOISIR.
* CHANCIR, (Oeconom. rustiq.) se dit aussi du fumier, lorsqu'après avoir été fort desséché, la surface en commence à blanchir : il prend alors une odeur particuliere, qui ne laisse aucun doute que ce qu'on appelle chancir dans le fumier, ne soit la même chose que moisir. Le même terme chancir se dit aussi des fruits & de la moisissure qui se forme à leur surface ; on en regarde les filamens comme des commencemens de champignons.
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| CHANCRE | S. m. terme de Chirurgie, est un ulcere malin qui ronge & mange les chairs : il tient de la nature du carcinome. Voyez CARCINOME.
On appelle communément chancres, des petits ulceres qui viennent au-dedans de la bouche ; ils sont simples, scorbutiques, ou vénériens : les simples ne sont point différens des aphtes. Voyez APHTES.
Les chancres scorbutiques attaquent particulierement les gencives qui sont dures, élevées, gorgées d'un sang noir ; les racines des dents sont déchaussées, &c. Voyez SCORBUT.
Les chancres vénériens qui viennent dans la bouche affectent plus particulierement les glandes amygdales & le voile du palais. Il y a souvent carie de l'os propre du palais & de la voûte palatine. Ces chancres sont des symptomes de la vérole. Voyez VEROLE. La guérison de ces chancres exige, après l'exfoliation des os du palais, l'usage d'un instrument qui supplée aux os. Voyez OBTURATEUR.
Il survient des chancres ou ulceres vénériens aux parties naturelles de l'un & l'autre sexe, à la suite d'un commerce impur : le bon ou le mauvais traitement de ces sortes d'ulceres décide souvent du sort du malade. On peut quelquefois les guérir radicalement par un traitement méthodique, sans que la vérole se manifeste. Quelques praticiens prétendent qu'un chancre vénérien est une preuve de vérole confirmée, & que le traitement du vice local & l'administration de quelques anti-vénériens, ne dispensent pas de passer par les grands remedes. Sur tout cela il faut que le chirurgien se guide par les accidens, & que le malade soit guidé par un habile chirurgien. (Y)
CHANCRE, (Jardinage) est une maladie assez ordinaire aux arbres : c'est un défaut dans la séve, qui se porte dans une partie de la tige avec trop d'abondance, & qui y cause une pourriture qui s'étend, & qui dépouille enfin toute l'écorce.
Le vrai moyen de guérir cette maladie, est de couper jusqu'au vif toute la partie atteinte de ce mal, & de remplir la plaie avec de la bouse de vache, qu'on fait tenir avec du linge lié au corps de l'arbre chancreux. (K)
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| CHANDEGRI | (Géog.) ville d'Asie dans l'Inde, en-deçà du Gange, dans le royaume de Narsing, dont elle est la capitale. Quelques-uns croyent que c'est la même chose que Bisnagar.
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| CHANDELEUR | S. f. (Théolog.) fête qu'on célebre dans l'église romaine, le deux de Février, en mémoire de la présentation de Jesus-Christ au temple, & de la purification de la sainte Vierge.
Elle tire son nom des cierges allumés qu'on y benit, & que le clergé & le peuple y portent à la procession, comme des symboles de Jesus-Christ, la véritable lumiere qui venoit éclairer les Gentils, comme il est dit dans le cantique de Siméon, qu'on chante à cette cérémonie.
Les Grecs lui donnoient le nom d', c'est à-dire rencontre, en mémoire de celle que firent le vieillard Siméon & la prophétesse Anne, de Jesus-Christ présenté au temple par sa sainte mere.
Quelques-uns prétendent que cette fête fut instituée par le pape Gelase, qui tenoit le siége de Rome en 492, pour l'opposer aux lupercales des payens ; & qu'en allant processionnellement autour des champs avec des cierges allumés, on y faisoit des exorcismes. Ils se fondent sur ces paroles du vénérable Bede : " L'Eglise a changé heureusement les lustrations des payens, qui se faisoient au mois de Février autour des champs, en des processions où l'on porte des chandelles ardentes, en mémoire de cette divine lumiere dont Jesus-Christ a éclairé le monde, & qui l'a fait nommer par Siméon la lumiere pour la révélation des Gentils ". D'autres en attribuent l'institution au pape Vigile en 536, & veulent qu'elle ait été substituée à la fête de Proserpine, que les payens célébroient avec des torches ardentes au commencement de Février. Mais ces opinions paroissent sans fondement quant à la substitution de la chandeleur à ces cérémonies du paganisme. L'Eglise, en instituant cette fête & d'autres, n'a eu en vûe que d'honorer les mysteres de Jesus-Christ & de la sainte Vierge. (G)
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| CHANDELIER | S. m. (Art. méch.) ustensile qui sert à porter les cierges, bougies, & chandelles destinées à éclairer. Il y a des chandeliers d'église, des chandeliers de ménage, & des chandeliers d'atteliers. Les premiers sont fort grands, ont un pié qui les soûtient, une branche droite qui est solide avec le pié ou qui s'envisse avec lui, une coupe qui forme la partie supérieure du chandelier, & qui est ou envissée ou solide avec la partie supérieure de la branche ou tige ; & au milieu de cette coupe une fiche pointue solide avec la coupe, qui est reçûe dans le trou conique du cierge, & le tient droit & solide. Voyez CIERGE. Ces chandeliers peuvent être tout d'une piece. Les chandeliers de ménage ne different guere de ceux d'église, qu'en ce qu'ils sont moins grands, & qu'au lieu d'être terminés par une coupe & par une fiche, on y a pratiqué une cavité qu'on appelle la bobeche ; c'est dans cette cavité qu'on place la bougie ou la chandelle. L'usage de la coupe dans les chandeliers d'église, c'est de recevoir la cire qui tombe fluide du cierge tandis qu'il brûle. Cette piece est suppléée dans les chandeliers domestiques, qu'on appelle flambeaux, par un instrument appellé binet : le binet n'est autre chose qu'une petite coupe percée dans le milieu, & à l'ouverture de laquelle on a adapté ou soudé en-dessous, ou vers la partie convexe, une douille mince ; cette douille entre dans la bobeche du chandelier ; la bougie ou chandelle dans la douille du binet ; & la cire ou le suif qui tombe fluide de la chandelle ou de la bougie, est reçue dans la partie concave de la coupe du binet. Il y a des chandeliers d'atteliers d'une infinité de façons : la chandelle entiere est renfermée dans quelques-uns ; son extrémité inférieure entre dans un binet caché au fond de la branche du chandelier, & est mobile le long de cette branche, par le moyen d'une queue qui traverse la branche du chandelier, & qui peut glisser de bas en-haut & de haut em-bas, dans une fente pratiquée exprès le long de la branche du chandelier. Celui des Tailleurs, qu'on voit Planche de ces ouvriers, est une branche de bois garnie par un de ses bouts d'une bobeche, & divisée à l'autre bout en quatre entailles, qui reçoivent la croisiere des quatre divisions de la cassette où ils mettent leur fil, & qui lui sert de pié. Les Orfévres, les Fondeurs, les Chauderonniers, les Ferblantiers, & autres ouvriers, font des chandeliers. Il y en a de bois, de terre, de fayence, de verre, de porcelaine, d'étain, de cuivre, d'argent, & d'or. Ceux de métal qui sont de plusieurs pieces qui s'envissent les unes dans les autres, sont de mauvais usage ; la vis & l'écrou s'usent, & l'assemblage cesse d'être solide. La maniere dont on les travaille, soit qu'on les fonde, soit qu'on les construise autrement, n'a rien de particulier. Il n'y a point d'ouvrier en métal, quel qu'il soit, & même en bois, qui ne puisse faire, soit au marteau & à la lime, soit au tour, un chandelier. Les chandeliers des anciens ne différoient en rien des nôtres : on ne sait si nous avons emprunté ceux de nos églises des temples des payens ou des synagogues des Juifs, ce qu'il y a de certain, c'est que dans des tems où le Christianisme récent n'auroit pû avoir sans scandale le moindre ornement commun avec le paganisme, quelques peres de l'Eglise rejetterent l'usage des chandeliers, par la raison seule que les payens s'en servoient.
* CHANDELIER D'OR A SEPT BRANCHES. (Histoire ecclésiast.) Il est fait mention de deux chandeliers de cette espece dans les livres de l'ancien testament ; l'un réel, & l'autre mystérieux : Moyse ordonna le premier pour le tabernacle ; il fut battu d'or ; il pesoit un talent, son pié étoit aussi d'or, & il partoit de sa tige sept branches circulaires, terminées chacune par une lampe à bec. Le Saint, l'autel des parfums, & la table des pains de proposition, n'étoient éclairés que par ces lampes qu'on allumoit le soir & qu'on éteignoit le matin. Le chandelier étoit placé vers le midi : Salomon en fit fondre dix pareils dont on décora le même lieu ; cinq furent placés au midi, & cinq au septentrion. Les pincettes & les mouchettes qui accompagnoient les chandeliers de Moyse & de Salomon étoient d'or. Au retour de la captivité on restitua dans le temple un chandelier d'or, qu'on fit sur le modele du chandelier de Moyse. Le second fut emporté par les Romains avec d'autres richesses qu'ils trouverent dans le temple. Ils le placerent avec la table d'or dans le temple que Vespasien fit élever sous le titre de la paix, & l'on voit encore aujourd'hui sur l'arc de cet empereur, ce chandelier parmi les dépouilles qui ornerent son triomphe.
Le chandelier de la vision du prophete Zacharie étoit aussi à sept branches ; il ne différoit de ceux de Moyse & de Salomon, qu'en ce que l'huile passoit dans les lampes par sept canaux qui sortoient du fond d'une boule élevée à leur hauteur, & qu'elle descendoit dans cette boule par le petit bout de deux conques qui la recevoient latéralement par leurs grandes ouvertures, degouttante des feuilles de deux oliviers placés à chacun de ses côtés.
CHANDELIERS, (LES) Art. milit. dans la guerre des siéges sont composés de deux pieces de bois paralleles, sur lesquelles sont élevées perpendiculairement deux autres pieces ; ensorte qu'ils forment ainsi une espece de coffre qu'on remplit de fascines. Voyez la figure, Pl. XIII. de Fortific.
On se sert quelquefois du chandelier pour se couvrir plus promtement du feu de l'ennemi. Le chevalier de Saint-Julien rapporta dans son livre de la forge de Vulcain, qu'un officier vénitien voyant un sergent qui demandoit des chandeliers pour se couvrir dans un poste avancé, s'écria devant tout le monde : che diavolo vuol ci li far de chandelieri, che fa tanta luce ? " que diable veut-il faire des chandeliers, qu'il fait si clair " ? car c'étoit en plein midi. Ces sottises qui font rire toute une armée, ajoûte cet auteur, font voir aux jeunes officiers qu'ils ne doivent rien négliger pour être instruits des termes de leur profession. (Q)
CHANDELIERS, en terme de Marine, sont des pieces de bois ou de fer faites en forme de fourches, ou percées seulement pour recevoir & soutenir différentes choses : elles varient suivant l'usage auquel on les destine. Voici les divers chandeliers :
Chandeliers de pierriers, ce sont des pieces de bois attachées ensemble & percées en long, sur lesquelles on pose le pivot de fer sur lequel le pierrier tourne.
Chandelier de fer de pierrier ; est une fourche de fer avec deux anneaux qui soûtiennent les deux tourillons du pierrier ; cette fourche de fer tourne sur un pivot dans un chandelier de bois.
Chandeliers de chaloupe, sont deux fourches de fer qui servent à soutenir le mât, lorsqu'on ne s'en sert pas, & que la chaloupe va à la rame.
Chandeliers de petits bâtimens ; ce sont des appuis de bois qu'on voit sur le pont de quelques petits bâtimens, & qui servent à appuyer & soutenir le mât lorsqu'il est amené sur le pont.
Chandeliers d'échelles ; ce sont des chandeliers de fer à têtes rondes, qu'on met des deux côtés de l'échelle ; on y attache des cordes qu'on laisse traîner jusqu'à l'eau, & qui servent à soulager ceux qui montent dans le vaisseau ou qui en descendent.
Chandeliers de fanal, c'est un grand fer avec un pivot sur lequel on pose un fanal à la poupe. (Z)
CHANDELIER, en Hydraulique, differe d'un champignon en ce qu'il ne fait point nappe, & que son eau va former un autre chandelier plus bas. Le jet d'un chandelier est ordinairement plus élevé que celui d'un bouillon, à moins que pour le faire paroître plus gros on ne le noye, & alors l'eau retombe en nappe. Voyez NOYER. (K)
CHANDELIER, (mettre en) Agricult. Jardinage, maniere de tailler les arbres, qu'on prétend être pernicieuse, & qui consiste à n'y laisser que cinq ou six grosses branches nues, & à couper tous les ans les branches nouvelles qui croissent sur les précédentes, sous prétexte qu'elles ôtent de la force à l'arbre, & qu'elles empêchent les fruits d'être gros. Voyez TAILLE.
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| CHANDELLE | S. f. (Art. méchaniq.) petit cylindre de suif, dont une meche de fil de coton occupe le centre d'un bout à l'autre, qu'on allume, & qui sert à éclairer.
On fabrique deux sortes de chandelles ; les unes qu'on appelle chandelles plongées, les autres chandelles moulées. Nous en allons expliquer le travail séparément, après avoir fait précéder les opérations qui leur sont communes.
Quelle que soit la sorte de chandelle qu'on veuille fabriquer, on commence par préparer la quantité de meches dont on a besoin, relativement à la quantité de suif qu'on veut employer. Le chandelier achete le coton en écheveaux ; il le dévide & le met en pelotons sur des tournettes. Voyez l'art. TOURNETTE. Il porte son coton en pelotons dans un panier, appellé panier aux pelotes, vers le couteau à meches ou le banc à couper les meches, car le même instrument a ces deux noms. Il est composé d'un dessus a b, monté sur deux piés c d ; ce dessus est divisé en deux parties dont l'une e porte une broche perpendiculaire de fer f, & se meut à coulisse dans l'entaille g h de l'autre partie, sur le bout de laquelle on a placé verticalement le couteau large, tranchant & arrondi par l'extrémité k. Le chandelier s'assied devant ce banc ; il en prend la coulisse par le bouton qu'on appelle noeud l ; il éloigne la broche f du couteau k, de tel intervalle qu'il le desire ; cet intervalle doit être déterminé par la longueur des chandelles qu'il se propose de fabriquer. Il fixe la coulisse à cette distance du couteau, par le moyen d'une vis placée sous le banc. Cela fait, il prend ensemble les bouts de deux, trois, ou quatre pelotons, selon le nombre des brins dont il veut que ses meches soient formées ; & ce nombre dépend du poids & de la grosseur qu'il veut donner à sa meche & à sa chandelle. La meche ne doit être ni trop menue ni trop grosse : trop menue, la flamme ne consumant pas assez de suif, la meche pour ainsi dire étouffée ne donne pas assez de lumiere ; trop grosse, la flamme consumant le suif qui l'entoure avec trop de vîtesse, bien-tôt la meche n'est plus nourrie, & l'on est mal éclairé. Il est donc important à la qualité de la chandelle de bien proportionner la grosseur de la meche à la grosseur de la chandelle. On tire tous les brins des pelotons en même tems ; les pelotons se dévident ; on passe une des portions de la longueur devidée d'un côté de la broche, & l'autre portion de l'autre côté, ensorte que la broche en soit embrassée ; on porte ces deux portions réunies au couteau ; on coupe celle qui est continue aux pelotes, précisément au ras de l'autre, sans lâcher les brins ; on prend les deux portions qui embrassent la broche par leurs extrémités ; on les place entre les paumes des deux mains, & en glissant ces paumes en sens contraire, on roule les deux portions de la meche l'une sur l'autre, & il se forme à son extrémité une boule qu'on appelle le collet, dans laquelle la broche est comprise. Voilà une meche faite ; on en fait de la même maniere tant que la broche en peut contenir, & elle en contient plus ou moins, selon qu'elles sont plus ou moins grosses : il est évident qu'elles sont toutes de la même grosseur & de la même longueur, puisqu'elles sont toutes du même nombre de brins, & coupées toutes sur la même distance de la broche au couteau. Quand la broche est pleine de meches, on prend une de ces baguettes minces qu'on appelle broches à chandelles, & on les passe de dessus la broche du banc sur la broche à chandelle. Il y a des couteaux à couper les meches sans piés ; on les pose sur les genoux, & on s'en sert comme nous venons de dire : il est clair que par la commodité qu'on a de fixer la piece à coulisse du banc à telle distance du couteau qu'on le souhaite, le même banc peut servir à faire des meches de telle grosseur & longueur qu'on voudra.
Lorsqu'on a des baguettes chargées de meches convenablement, je dis convenablement, car on en met plus ou moins sur une baguette, selon le nombre de chandelles qu'on veut à la livre : il y a sur une baguette seize meches des huit à la livre, dix-huit meches des douze à la livre, & ainsi du reste ; alors on met fondre le suif. Le chandelier reçoit le suif du boucher en gros pains qu'on nomme jatte. (Voyez à l'article SUIF comment le suif se met en jatte.) Il suffit de remarquer ici qu'il y en a de deux sortes, l'un de brebis & de mouton, & l'autre de boeuf & de vache ; qu'il n'est pas permis au chandelier d'en employer d'autres, & que la proportion prescrite par les réglemens & exigée pour la bonne qualité de la chandelle, entre ces deux suifs, est de moitié par moitié. Comme la masse d'une jatte est trop considérable pour fondre facilement, & que le suif en restant trop sur le feu pourroit se noircir & se brûler, la premiere opération du chandelier est de dépecer son suif, ce qu'il exécute sur la table qu'on voit fig. 1. du chandelier ; elle est montée à l'ordinaire sur des piés, 1, 2, 3, 4. Ces piés soûtiennent le dessus 5 ; ce dessus est bordé de tout côté par des planches assemblées entr'elles & avec le dessus, & hautes de sept à huit pouces, 6, 7, 8, 9 ; ces planches servent à contenir les morceaux de suif quand on dépece. La planche ou le rebord de devant est coupé dans le milieu pour la commodité de celui qui travaille. Au fond de la table, sur le dessus, en-dedans, contre le rebord du fond, est cloué un petit linteau de bois 11, 12, sur le milieu duquel il y a un crochet 13 qui s'insere dans un anneau pratiqué à l'extrémité de la branche d'un grand couteau, qu'on appelle couteau à dépecer ou dépeçoir ; l'ouvrier prend ce couteau par son manche & hache le suif en morceaux. Quand il est haché, il le jette dans une grande chaudiere de cuivre posée sur un trepier ; il met le feu sous cette chaudiere ; le suif fond ; il l'écume ; & quand il est fondu, pour le clarifier, il y lâche une petite quantité d'eau qu'on appelle le filet. Il survuide le suif de cette chaudiere à-travers un tamis dans une cuve ; cette cuve a une canelle à trois ou quatre doigts du fond ; le suif peut s'y tenir chaud de lui-même pendant vingt-quatre heures en été, & pendant seize en hyver. Il faut l'entretenir fluide par le moyen du feu, quand on ne peut l'employer tout dans cet intervalle. On l'y laisse reposer trois heures avant que de s'en servir, mais au bout de ce tems on en tire par la canelle dans l'abysme pour les chandelles plongées, dans la burette pour les chandelles moulées.
Travail des chandelles plongées. L'abysme, qu'on appelle aussi moule, est un prisme triangulaire creux, fixé, comme on voit fig. 3. par un de ses côtés, sur une table g h e i, de maniere qu'une des faces de ce prisme est parallele à cette table ; cette face parallele, qui a son couvercle mobile, sert d'ouverture à l'abysme dont le côté a b est d'environ dix pouces, & le côté a f d'environ quinze : il y a à chaque bout une anse. La table sur laquelle l'abysme est fixé a des rebords qui forment tout-autour, excepté au côté g h, une rigole qui reçoit le suif fluide qui découle des chandelles tandis qu'on les fabrique, & le renvoye dans un vaisseau placé sous g h. L'ouvrier peut s'asseoir devant ce vaisseau.
Lorsque l'abysme est presque rempli de suif, l'ouvrier prend entre ses doigts deux baguettes chargées de meches ; il tient l'une entre l'index & le doigt du milieu des deux mains, & l'autre entre l'annulaire & le petit doigt. Il en couche les meches sur le suif deux ou trois fois ; les relevant à chaque fois, & les tenant un instant verticales sur l'abysme pour leur donner le tems de prendre suif & d'égoutter. Cette premiere façon s'appelle plingeure ; & la maniere de la donner, plinger. Il porte les meches plingées sur son établi, qu'on voit fig. 4. Ce n'est autre chose qu'une grande & forte table sans dessus, de dix à douze piés de long, de cinq à six de haut, & de deux à deux & demi de large ; les quatre piliers des coins 1, 2, 3, 4, en sont entaillés à la partie supérieure ; les entailles 1, 2, 3, 4, sont toutes quatre dans la même direction, & selon la longueur de la table : elles sont destinées à recevoir les bouts des deux barres qu'on y voit placées, & qu'elles contiennent. C'est sur ces barres que l'ouvrier pose ses brochées de chandelles pour s'essuyer. Il y a sous cette table une espece d'auge de la grandeur de la table même, mais dont la profondeur est à peine de trois ou quatre pouces ; il reçoit les gouttes de suif qui tombent du bout des chandelles qui viennent d'être plingées. Le chandelier plinge tout de suite toutes ses brochées ; observant à mesure qu'il travaille de rafraîchir son abysme avec du suif tiré de la cuve, de l'entretenir à-peu-près plein, de remuer le fond de son abysme avec un bâton qu'on appelle un mouvoir, & d'enlever de ses bords supérieurs, mais sur-tout de celui de devant où il frotte sans-cesse l'extrémité de ses chandelles à mesure qu'il travaille, le suif qui s'y fige en assez grande quantité ; ce qu'il exécute avec sa truelle.
Lorsque ses brochées sont suffisamment essorées, il les remet ; remettre, c'est donner la seconde façon qui s'appelle remise ; à la remise, les chandelles ne se plongent que deux fois : toutes les autres trempées ou couches suivantes se donnent à trois ; mais il n'y a que les dernieres qui ayent des noms. Lorsqu'on les a multipliées au point que les chandelles ont presque la grosseur qu'on leur desire, & qu'il n'en reste plus que trois à donner, on dit de l'antépénultieme qu'elle les met prêtes, de la pénultieme qu'elle les racheve, & de la derniere qu'elle les collete. Colleter, c'est enfoncer la chandelle dans l'abysme jusqu'à ce que le suif soit monté entre les deux portions de la boucle appellée collet, que la meche forme à l'extrémité de la chandelle, & tiennent ces deux portions séparées en s'y figeant.
Lorsque les chandelles sont colletées & froides, on les coupe. Cette opération se fait sur une plaque de cuivre qu'on tient élevée sur un feu modéré, & contre laquelle on applique, quand elle est chaude, le cul d'un grand nombre de chandelles à la fois. Cette partie se fond, s'applatit, & les chandelles sont coupées. Il ne reste plus après cela qu'à les mettre en livres, si on les veut vendre en détail ; ou en caisse, si on veut les envoyer ou les garder.
Il y a des chandelles plongées de quatre, de six, de huit, de dix, de douze, de seize, de vingt, & même de vingt-quatre à la livre.
Travail des chandelles moulées. Les moules dans lesquels se font ces chandelles sont ou d'étain, ou de plomb, ou de cuivre ou de fer-blanc. Ceux d'étain sont les meilleurs & les moins communs. Ceux de plomb, les plus ordinaires & les plus mauvais. On n'y distingue que trois parties ; a b, le collet, fig. 5 ; b c, la tige ; c d, le culot. On donne le nom de collet à l'extrémité percée du moule : ce n'est point une partie qui en soit séparée ; elle est arrondie en-dehors, & concave en-dedans, & ne forme qu'un tout avec la tige, qu'on peut considérer comme un cylindre creux, dont le diametre est d'autant plus grand que les chandelles qu'on veut jetter en moule sont plus grosses. On en moule depuis les quatre jusqu'aux douze à la livre. Le culot est un véritable entonnoir qui s'ajuste à la partie supérieure de la tige, & dirige le suif dans sa cavité. Il a encore un autre usage ; c'est de tendre & tenir la meche droite par le moyen de son crochet, sur le milieu de la tige. On donne le nom de crochet à la petite piece e f soudée au-dedans du culot, & s'avançant jusqu'au milieu de son ouverture.
La premiere opération du chandelier, c'est de garnir tous les moules de meches : pour cet effet, il prend une longue aiguille qu'on appelle aiguille à meche ; son extrémité est en crochet ; il fait passer ce crochet par l'ouverture du collet, ensorte que l'aiguille traverse toute la tige, & sort de dedans en-dehors par le trou du collet. Il y attache la meche par le moyen d'un fil qu'on appelle fil à meche ; il tire l'aiguille, & la meche suit. Quand elle est arrivée au culot, il ôte le fil à meche du crochet de l'aiguille, & le passe sur le crochet du culot ; il tire un peu la meche par em-bas, afin de la tendre bien dans la longueur de la tige, & place le moule dans la table à moules, qu'on voit fig. 6. Il y faut distinguer trois parties ; 1 2, les semelles qui la soûtiennent ; 2 3, deux grandes planches assemblées à tenons avec les semelles, inclinées l'une vers l'autre en gouttiere, & formant une grande auge ; 4 5, le dessus assemblé pareillement avec les semelles, & percé d'un grand nombre de rangées de trous paralleles : ce dessus est épais de deux à trois pouces, large & long à volonté ; c'est dans ces trous qu'on place les moules le plus verticalement qu'on peut : ils y sont retenus par le cordon qu'on a pratiqué à la tige du moule.
Lorsque la table est garnie d'autant de moules qu'elle en peut contenir, on tire du suif de la cuve dans la burette. La burette est un vaisseau tel que celui qu'on voit fig. 7. il est de fer-blanc : il a une anse par laquelle on le porte ; un goulot qui prend d'embas, & s'éleve obliquement jusqu'à la hauteur de ce vaisseau, par lequel on verse ; & une espece de couvercle qui le ferme à moitié, qui empêche que le suif ne se refroidisse si promtement par l'action de l'air, & ne se renverse par-dessus les bords de ce vaisseau, quand on remplit les moules.
On les remplit donc avec ce vaisseau ; on laisse refroidir les moules : quand ils sont bien froids, on tire le culot, & en même tems la chandelle qui y tient, par le moyen du fil à meche. On panche le culot : & quand le suif est bon, & qu'il n'a été versé ni trop chaud ni trop froid, ce que l'on reconnoît à la facilité avec laquelle les chandelles se tirent, la chandelle se rompt si net au ras du culot, qu'on ne la coupe point comme la chandelle plongée.
Ces chandelles se font fort vîte, & sont beaucoup plus belles en apparence que les plongées. On acheve de les embellir en les blanchissant ; pour cet effet on les expose pendant huit à dix jours, enfilées sur des baguettes & suspendues sur des treteaux, dans des jardins à la rosée & au soleil levant. Il faut avoir le soin, lorsque la chaleur du jour commence à devenir grande, lorsque le tems est mauvais & menace de pluie, quand il fait un vent poudreux, de les tenir couvertes avec des toiles. Puisque c'est la rosée qui donne la blancheur à la chandelle, il s'ensuit que le printems est la saison la plus propre pour en mouler.
On distingue encore les chandelles par quelques noms particuliers. On appelle chandelle de Cordonniers, l'assemblage de deux grosses chandelles des quatre à la livre, qu'on fait prendre selon toute leur longueur en les approchant l'une de l'autre, lorsqu'elles viennent d'être plongées & mises prêtes, & que le suif qui les enduit n'est pas encore figé, & en les replongeant, pour qu'elles tiennent mieux, une fois ou deux, après qu'elles sont prises. On appelle chandelle à carrier, de petites chandelles de vingt ou vingt-quatre à la livre, dont les Carriers se servent dans leurs soûterreins : chandelles des rois, des chandelles cannelées en relief que les Chandeliers travaillent dans des moules cannelés en creux, & dont ils font présent en étrennes à leurs pratiques ; elles sont dites des rois du tems où elles se donnent. Des chandelles de noix, c'est une espece de chandelles qui se font au Mirebalais avec le marc de la noix pressurée. Des chandelles de rousine, c'est une autre espece qui est d'usage en Anjou, & qu'on fabrique avec de mauvais suif & de la poix-résine.
Les chandelles étoient d'usage chez les anciens : la meche en étoit de fil, de papier, ou de jonc ; elle étoit revêtue de poix, de suif, ou de cire. Il n'y avoit que les personnes d'un rang distingué qui brûlassent de ces dernieres. On portoit aux funérailles des gens du peuple de petites chandelles de poix ou de suif.
Des couronnes & des iris des chandelles. Quelques personnes apperçoivent autour de la lumiere des chandelles des iris & des couronnes : on attribue ces phénomenes à des irrégularités constantes du crystallin & de la cornée, dans ceux qui les voyent toûjours ; & dans ceux qui ne les voyent qu'en certain tems, à quelque changement instantané des mêmes parties, comme lorsqu'on s'est comprimé long-tems avec la main la partie supérieure de l'oeil.
Lorsque les superficies des humeurs sont irrégulieres, il arrive qu'à certaine distance les deux foyers font qu'il se peint sur la rétine un cercle lumineux & foible autour du point où il se ramasse plus de rayons ; & c'est ce cercle qui produit l'apparence des couronnes autour des objets lumineux pendant la nuit. Si l'irrégularité des superficies des humeurs n'est pas fort considérable, on appercevra seulement un cercle clair sans couleurs ; mais si elle est fort grande, il y aura une réfraction considérable qui donnera des couleurs.
On confirmera cette explication, en faisant passer un objet noir au-devant de la prunelle & proche de l'oeil. Lorsque la moitié de la prunelle en sera couverte, la moitié du cercle lumineux disparoîtra d'un côté ou de l'autre, suivant la disposition & la nature de l'oeil ; & cet effet arrivera toûjours, si l'on met l'objet noir fort proche de l'oeil, quand le corps lumineux est fort grand. Si le corps lumineux est petit, l'objet noir pourra s'interposer à quelque distance ; mais le cercle paroîtra moins lumineux, quand la lumiere sera petite.
Descartes attribuoit les mêmes apparences à des plis ou rides circulaires sur les surfaces des humeurs ; mais il ne paroît pas qu'on ait jamais rien observé de pareil dans aucun oeil. Cependant Descartes expliquant très-bien les iris & couronnes en conséquence des rides circulaires, il ne seroit pas mal fondé à prétendre que ces rides ne sont pas assez considérables pour être observées.
CHANDELLE ETEINTE, (Jurispr.) Les adjudications à l'extinction de la chandelle, qui se pratiquent en certains cas, sont un usage fort ancien. Il en est parlé dans des priviléges accordés à la ville de Caylus-de-Bonnette en Languedoc par Louis duc d'Anjou, lieutenant général pour le roi en ladite province, au mois de Mars 1368, & confirmés par Charles V. par des lettres du mois d'Avril 1370. Ces lettres donnent aux consuls de cette ville les droits d'encan & de ban, qui n'étoient pas affermés ad extinctum candelae, plus de cent sous tournois par an.
Quelques coûtumes ont adopté cet usage pour les adjudications qui se font en justice. La plus ancienne est celle de Ponthieu, article 169. laquelle fut rédigée en 1495. Il en est aussi parlé dans l'article 15. de l'ancien style de la sénéchaussée de Boulenois, qui est à-peu-près du même tems, & dans plusieurs autres coûtumes du xvj. siecle, qui sont les coûtumes de Mons, chap. xij. Lille, art. 160. 164. Cambrai, tit. xxv. art. 16. & 43. Bretagne, 579. 728. la coûtume locale de Seclin sous Lille, & celle de Lannoy. Il en est aussi fait mention dans plusieurs ordonnances ; savoir dans celle de Louis XII. de l'an 1508. art. 20. dans l'édit de 1516, pour les encheres des ventes de forêts du roi ; dans celle d'Henri II. du mois de Décembre 1553, & autres ; & dans les ordonnances du duc de Bouillon, art. 531.
Cette ancienne forme de faire les adjudications en justice à l'extinction de la chandelle, est encore observée dans l'adjudication des fermes du roi & des choses publiques ; mais elle a été défendue pour les ventes & baux des biens des particuliers. Les adjudications doivent en être faites publiquement à l'audience, les plaids tenant, de vive voix. Il y a un arrêt de réglement rendu aux grands jours de Poitiers le 28 Septembre 1579.
Le motif de ce changement est que l'adjudication à l'extinction de la chandelle est sujette à deux fraudes.
L'une, est que les enchérisseurs affectent de faire languir les encheres jusqu'à ce que la chandelle soit beaucoup diminuée ; au moyen de quoi les héritages ne sont jamais vendus ou affermés leur juste valeur.
L'autre fraude est que quand la chandelle est à l'extrémité, & que la flamme en est chancelante, il se trouve quelquefois des gens qui l'éteignent par une toux affectée.
C'est pour éviter ces inconvéniens, que dans le Cambrésis l'adjudication des héritages ne se fait plus à l'extinction de la chandelle, mais à trois coups de bâton, suivant la remarque de M. Desjaunaux. Voy. Hering, de fide juss. cap. vj. n°. 18. & 19. pag. 97. Le Gloss. de Lauriere, au mot chandelle allumée & chandelle éteinte ; Boucheul sur Poitou, article 444. n°. 16.
A Rome & dans quelques autres endroits, les excommunications se prononcent en éteignant une chandelle ou un cierge. Voyez EXCOMMUNICATION.
CHANDELLES DES ROIS, (Jurispr.) Une sentence de police du 29 Décembre 1745, en ordonnant l'exécution de l'article 9 des statuts des Chandeliers de Paris, a défendu aux maîtres Chandeliers d'en faire ou faire fabriquer à peine de vingt livres d'amende ; & aux garçons & autres de les porter, à peine de prison. Ce réglement fut réaffiché au mois de Janvier 1748. (A)
CHANDELLE, (Pharmacie) voyez OISELET DE CHYPRE.
CHANDELLE, c'est ainsi qu'on appelle, en Charpenterie, un poteau qu'on place debout à-plomb sous une poutre ou sous une autre piece, pour la soûtenir horisontale.
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| CHANÉE | S. f. (Manufact. en soie) cannelure pratiquée à l'ensuple qui sert au métier de l'étoffe de soie. Voyez ENSUPLE.
Cette cannelure de l'ensuple est de trois quarts de pouce environ de large, de deux piés & demi de long, de la profondeur d'un pouce : elle sert à recevoir dans sa cavité le composteur (voyez COMPOSTEUR), & à fixer & arrêter le commencement de l'étoffe ou de la chaîne, quand on la plie sur l'ensuple.
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| CHANGANAR | (Géog.) royaume de l'Inde dans la presqu'île de Malabar, sur les frontieres de l'état du Naïque de Maduré.
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| CHANGANOR | (Géog.) ville considérable d'Asie dans l'Inde, capitale du pays de même nom dans le Malabar.
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| CHANGCHEU | (Géog.) grande ville de la Chine dans la province de Nankin. Il y a encore deux villes de ce nom à la Chine, l'une dans la province de Kiansi, & l'autre dans celle de Fokien.
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| CHANGE | S. m. (Gramm. Synon. & Comm.) action ou convention par laquelle on cede une chose pour une autre : il y a le troc, l'échange, & la permutation. M. l'abbé Girard prétend, dans ses synonymes, que change non-seulement n'exprime pas, mais exclut toute idée de rapport : ce qui ne me paroît pas exact ; car changer est un mot relatif, dont le correlatif est de persister dans la possession. On ne peut entendre le terme change sans avoir l'idée de la chose qu'on a, & celle de la chose pour laquelle on la cede. Il designe l'action de donner & de recevoir. Il y a peu de changes où la bonne-foi soit entiere : il arrive même communément que les deux contractans pensent s'attraper l'un l'autre. S'il y a une inégalité convenue entre les choses qu'on change, la compensation de cette inégalité s'appelle échange. Qu'avez-vous donné en échange ? Echange est cependant aussi synonyme à change ; mais il ne s'applique qu'aux charges, aux terres, & aux personnes : on dit faire un échange d'état, de biens, & de prisonniers. Si le change est de meubles, d'ustensiles, ou d'animaux, il se nomme troc : on troque des bijoux & des chevaux. Quant à la permutation, elle n'a lieu que dans le change des dignités ecclésiastiques : on permute sa cure, son canonicat avec un autre bénéfice. Voyez les synonymes de M. l'abbé Girard.
Le mot change a un grand nombre d'autres acceptions différentes. Il y a celui qu'on appelle menu, ou pur, ou naturel, ou commun : il consiste à prendre des monnoies ou défectueuses, ou étrangeres, ou hors de cours, pour des monnoies du pays & courantes. Cette fonction est exercée dans toutes les villes par des changeurs, moyennant un bénéfice prescrit par le roi. Ce bénéfice s'appelle aussi change. Voyez CHANGEURS. Change se dit de l'intérêt pour trois mois qu'exige un marchand qui prête à un autre : il se dit de l'escompte d'un billet, du profit qu'on retire d'avances faites dans le commerce, de la différence qu'il y a entre l'argent de banque & l'argent courant, du lieu où se fait le commerce du change dans une ville (voyez l'article CHANGE, Architecture), du revenu usuraire qu'on tire d'un argent prété sans aliénation & sans risque du fonds. La suite de cet article, où le mot change est considéré dans son acception la plus importante, la plus étendue, & la plus difficile à examiner, nous a été communiquée par Mr V. D. F.
IL N'Y A que deux especes de changes permis dans le Commerce.
Le premier est l'échange réel, qui se fait sous un certain droit d'une monnoie pour une autre monnoie, chez les changeurs publics. Voyez CHANGEURS.
Le second change est une négociation par laquelle un négociant transporte à un autre les fonds qu'il a dans un pays étranger, à un prix dont ils conviennent.
Il faut distinguer deux objets dans cette négociation ; le transport, & le prix de ce transport.
Le transport se fait par un contrat mercantil appellé lettre de change, qui représente les fonds dont on fait la cession. Voyez LETTRE DE CHANGE.
Le prix de ce transport est une compensation de valeur d'un pays à un autre : on l'appelle prix du change. Il se divise en deux parties : l'une est son pair, l'autre son cours.
L'exacte égalité de la monnoie d'un pays à celle d'un autre pays, est le pair du prix du change.
Lorsque les circonstances du commerce éloignent cette compensation de son pair, les variations qui en résultent sont le cours du prix du change.
Le prix du change peut être défini en général, une compensation momentanée des monnoies de deux pays, en raison des dettes réciproques.
Pour rendre ces définitions plus sensibles, il est à propos de considérer le change sous ses divers aspects, & dans toutes ses parties.
Nous examinerons l'origine du change comme transport qu'un négociant fait à un autre des fonds qu'il a dans un pays étranger quelconque, sa nature, son objet, son effet : nous expliquerons l'origine du prix du change, ou de la compensation des monnoies ; son essence, son pair, son cours, la propriété de ce cours, le commerce qui en résulte.
Le premier commerce entre les hommes se fit par échange : la communication s'accrut, & les besoins réciproques augmenterent avec le nombre des denrées. Bien-tôt une nation se trouva moins de marchandises à échanger, que de besoins ; ou celles qu'elle pouvoit donner, ne convenoient pas à la nation de qui elle en recevoit dans ce moment. Pour payer cette inégalité, l'on eut recours à des signes qui représentassent les marchandises.
Afin que ces signes fussent durables & susceptibles de beaucoup de division sans se détruire, on choisit les métaux, & l'on choisit les plus rares pour en faciliter le transport.
L'or, l'argent & le cuivre, devinrent la mesure des ventes & des achats : leurs portions eurent dans chaque état une valeur proportionnée à la finesse & au poids qu'on leur y donna arbitrairement ; chaque législateur y mit son empreinte, afin que la forme en répondît. Ces portions de métaux d'un certain titre & d'un certain poids furent appellées monnoies. Voyez MONNOIE.
A mesure que le commerce s'étendit, les dettes réciproques se multiplierent, & le transport des métaux représentans la marchandise devint pénible : on chercha des signes des métaux mêmes.
Chaque pays achete des denrées, ainsi qu'il en vend ; & par conséquent se trouve tout-à-la-fois débiteur & créancier. On en conclut que pour payer les dettes réciproques, il suffisoit de se transporter mutuellement les créances réciproques d'un pays à un autre, & même à plusieurs, qui seroient en correspondance entr'eux. Il fut convenu que les métaux seroient représentés par un ordre que le créancier donneroit par écrit à son débiteur, d'en payer le prix au porteur de l'ordre.
La multiplicité des dettes réciproques est donc l'origine du change considéré comme le transport qu'un négociant fait à un autre des fonds qu'il a dans un pays étranger.
Puisqu'il suppose des dettes réciproques, sa nature consiste dans l'échange de ces dettes ou des débiteurs. Si les dettes n'étoient pas réciproques, la négociation du change seroit impossible, le payement de la marchandise se feroit nécessairement par le transport des métaux.
L'objet du change est conséquemment d'épargner le risque & les frais de ce transport.
Son effet est que les contrats qu'il employe ou les lettres de change, représentent tellement les métaux, qu'il n'y a aucune différence quant à l'effet.
Un exemple mettra ces propositions dans un plus grand jour.
Supposons Pierre de Londres débiteur de Paul de Paris, pour des marchandises qu'il lui a demandées ; & qu'en même tems Antoine de Paris en a acheté de Jacques de Londres pour une somme pareille : si les deux créanciers Paul de Paris & Jacques de Londres échangent leurs débiteurs, tout transport de métaux est superflu. Pierre de Londres comptera à Jacques de la même ville, la somme qu'il doit à Paul de Paris ; & pour cette somme, Jacques lui transportera par un ordre écrit, celle qu'il a à Paris entre les mains d'Antoine. Pierre, propriétaire de cet ordre, le transportera à Paul son créancier à Paris ; & Paul, en le représentant à Antoine, en recevra le payement.
Si aucun négociant de Paris n'eût dû à Londres, Pierre eût été obligé de transporter ses métaux à Paris pour acquiter sa dette : ou si Jacques n'avoit vendu à Paris que pour la moitié de la somme que Pierre y devoit, la moitié de la dette de Pierre eût été acquittée par échange, & l'autre moitié par un transport d'especes.
Il est donc évident que le change suppose des dettes réciproques, que sans elles il n'existeroit point, & qu'il consiste dans l'échange des débiteurs.
L'exemple proposé prouve également que l'objet du change est d'épargner le transport des métaux. Supposons les dettes de chacune des deux villes de 10 marcs d'argent, & évaluons le risque avec les fraix du commerce à un demi-marc : on voit que sans l'échange des débiteurs il en eût coûté 10 marcs & demi à chacun d'eux, au lieu de dix marcs.
L'effet du change est aussi parfaitement démontré dans cet exemple, puisque la lettre de change tirée par Jacques de Londres sur Antoine de Paris étoit tellement le signe des métaux, que Paul de Paris, à qui elle a été envoyée, a réellement reçu 10 marcs d'argent en la représentant.
Cette partie du change que nous avons définie, le transport qu'un négociant fait à un autre des fonds qu'il a dans un pays étranger, s'applique à la représentation des métaux : la seconde partie ou le prix du change, s'applique à la chose représentée.
Lorsque l'or, l'argent, & le cuivre, furent introduits dans le Commerce pour y être les signes des marchandises, & qu'ils furent convertis en monnoie d'un certain titre & d'un certain poids, les monnoies prirent leur dénomination du poids qu'on leur donna ; c'est-à-dire qu'une livre pesant d'argent fut appellée une livre.
Les besoins ou la mauvaise foi firent retrancher du poids de chaque piece de monnoie, qui conserva cependant sa dénomination.
Ainsi il y a dans chaque pays une monnoie réelle, & une monnoie idéale.
On a conservé les monnoies idéales dans les comptes pour la commodité : ce sont des noms collectifs, qui comprennent sous eux un certain nombre de monnoies réelles.
Les altérations survenues dans les monnoies, n'ont pas été les mêmes dans tous les pays : le rapport des poids n'est pas égal, non plus que celui du titre ; la dénomination est souvent différente : telle est l'origine de la comparaison qu'il faut faire de ces monnoies pour les échanger l'une contre l'autre, ou les compenser.
Le besoin plus ou moins grand que l'on a de cet échange, sa facilité ou sa difficulté, enfin sa convenance & ses fraix, ont une valeur dans le commerce ; & cette valeur influe sur le prix de la compensation des monnoies.
Ainsi leur compensation ou le prix du change, renferme deux rapports qu'il faut examiner.
Ce sont ces rapports qui font son essence ; car si les monnoies de tous les pays étoient encore réelles, si elles étoient d'un même titre, d'un même poids ; enfin si les convenances particulieres n'étoient point évaluées dans le commerce, il ne pourroit y avoir de différence entre les monnoies ; & dès-lors il n'y auroit point de compensation à faire ; une lettre de change seroit simplement la représentation d'un certain poids d'or ou d'argent.
Une lettre de change sur Londres de 100 livres, représenteroit 100 livres, qui dans cette hypothese seroient réelles & parfaitement égales.
Mais dans l'ordre actuel des choses, la différence entre les monnoies de France & d'Angleterre, & les circonstances du commerce, influeront sur la quantité qu'il faut de l'une de ces monnoies pour payer une quantité de l'autre.
De ces deux rapports, celui qui resulte de la combinaison des monnoies est le plus essentiel, & la base nécessaire de la compensation ou du prix du change.
Pour trouver ce rapport juste de la combinaison des deux monnoies, il faut connoître avec la plus grande précision le poids, le titre, la valeur idéale de chacune, & le rapport des poids dont on se sert dans l'un & l'autre pays pour peser les métaux.
L'argent monnoyé en Angleterre est du même titre que l'argent monnoyé de France ; c'est-à-dire, à 11 deniers de fin, 2 deniers de remede de loi. Voyez REMEDE DE LOI.
La livre sterling est une monnoie idéale, ou un nom collectif qui comprend sous lui plusieurs monnoies réelles, comme les écus ou crowns de 60 sous courans, les demi-crowns, les schelins de 12 s. &c.
Les écus ou crowns pesent chacun une once trois deniers treize grains ; mais l'once de la livre de troy (voyez LIVRE DE TROY) ne pese que 380 grains ; ainsi le crown en pese 565, & il vaut 5 s. ou 60 d. sterling.
En France nous avons deux sortes d'écus ; l'écu de change ou de compte, toûjours estimé trois liv. ou 60 sous tournois, valeurs également idéales.
La seconde espece de nos écus, est celle des pieces réelles d'argent que nous appellons écus : ils sont, comme ceux d'Angleterre, au titre effectif de 10 deniers 22 grains de fin : ils sont à la taille de 16 3/5 au marc ; le marc de huit onces ; l'once de 576 grains : ils passent pour la valeur de 60 s. mais ils n'en valent intrinséquement que 56 1/2, le marc à 46 liv. 18 s.
Cette différence vient du droit de seigneuriage, & des fraix de brassage ou fabrication, évalués à 2 livres 18 sous par marc. Voyez SEIGNEURIAGE & BRASSAGE.
Tout cela posé, pour connoître combien de parties d'un crown ou de 60 deniers sterling acquittera notre écu de la valeur intrinseque de 56 s. 6. den. il faut comparer ensemble les poids & les valeurs ; les titres étant égaux, il n'en résulteroit aucune différence : il est inutile de les comparer.
Le rapport de 29 den. 1/2.
Le nombre trouvé de 29 d. 1/2 sterling, est le rapport juste de la comparaison des deux monnoies, ou le pair du prix du change ; c'est-à-dire que notre écu réel de la valeur intrinseque de 56 s. 6 den. porté à Londres, y vaudra 29 den. 1/2 sterling, ou 29 s. 6 den. courans : or notre écu de compte de 3 liv. ou 60 s. tournois représentant l'écu réel, il s'ensuit que sa valeur est la même.
Si conservant le titre, la France augmentoit sa monnoie du double, c'est-à-dire que le marc d'argent hors d'oeuvre à 46 liv. 18 s. montât à 93 liv. 16 s. nos écus réels qui ont cours pour 3 liv. doubleroient de dénomination ; ils prendroient la place des écus qui ont cours pour 6 liv. & ces derniers auroient cours pour douze : mais leur valeur de poids & de titre n'ayant point augmenté, ils ne vaudroient que le même prix relativement à l'Angleterre ; on substitueroit aux écus de 56 s. 6 den. actuels, d'autres écus qui auroient cours pour 3 liv. de 33 1/5 au marc : ces écus dont le poids seroit diminué de moitié, ne vaudroient à Londres que 14 den. 3/4 sterling, & l'écu de compte représentant toûjours l'écu de 3 liv. réel, la parfaite égalité de la compensation, ou le pair du prix du change, seroit à 14 den. 3/4 sterling.
Si au contraire l'espece diminuoit de moitié, si le marc d'argent hors d'oeuvre baissoit de 46 livres 18 s. à 23 liv. 9 s. le marc, en conservant le titre, nos écus réels qui ont aujourd'hui cours pour 3 liv. ne seroient plus que des pieces de 30 s. valeur numéraire : mais le poids & le titre n'ayant point changé, ces pieces de 30 s. vaudroient toûjours à Londres 29 den. 1/2 sterling ; les écus qui ont aujourd'hui cours pour 6 liv. de la valeur intrinseque de 113 s. & à la taille de 8 3/10 au marc, ne seroient plus que des écus de 3 liv. valeur numéraire, & de 56 s. 6. den. valeur intrinseque : mais le poids de cet écu se trouvant doublé, ils seroient évalués à Londres à 59 den. sterling.
C'est donc le poids & le titre d'une monnoie qui forment évidemment sa valeur relative avec une autre monnoie ; & les valeurs numéraires ne servent qu'à la dénomination de cette valeur relative.
Ce rapport qui indique la quantité précise qu'il faut de l'une pour égaler une quantité de l'autre, est appellé le pair du prix du change : tant qu'il est la mesure de l'échange des monnoies, la compensation est dans une parfaite égalité.
Jusqu'à présent nous n'avons parlé du pair réel du change, que sur la proportion des monnoies d'argent entr'elles ; parce que ce métal étant d'un plus grand usage dans la circulation, c'est lui qu'on a choisi pour faire l'évaluation de l'échange des monnoies. On se tromperoit cependant si l'on jugeoit toûjours sur ce pié-là du bénéfice que fait une nation dans son change avec les étrangers.
On sait qu'outre la proportion générale & uniforme dans tous les pays, entre les degrés de bonté de l'or & de l'argent, il y en a une particuliere dans chaque état entre la valeur de ces métaux : elle est réglée sur la quantité qui circule de l'une & de l'autre, & sur la proportion que gardent les peuples voisins : car si une nation s'en éloignoit trop, elle perdroit bien-tôt la portion de métal dont il y auroit du profit à faire l'extraction.
L'Angleterre nous fournit l'exemple d'un second pair réel du change : on vient de voir que le pair réel de nos écus de la valeur intrinseque de 56 s. 6 den. est 29 1/2 den. sterling ; ainsi les huit valent 236 den. sterling.
La guinée est au même titre que notre loüis d'or à 22 karats : elle pese 2 gros 12 grains, en tout 156 grains, qui valent 21 schelins, ou 252 den. sterling.
Notre loüis d'or pese 2 gros 9 grains, en tout 153 grains, qui valent par conséquent 247 den. 1/5 sterling : ainsi les huit écus qui en argent valent 236 d. sterling, en valent 247 den. 1/5 lorsqu'ils sont représentés par l'or. La différence est de 4 den. 4/5 sterling ; & il est évident qu'étant repartie sur les huit écus représentés par le loüis d'or, le change de chacun est à 30 den. 1/10 sterling, au lieu de 29 den. 1/2.
Le change étant à 30 den. avec l'Angleterre, nous pourrions lui payer une balance considérable, quoique le pair du prix de l'argent indiquât un bénéfice.
Cette différence vient de ce qu'en France on donne 153 grains d'or pour 2216 grains d'argent, poids des huit écus ; ce qui rétablit la proportion entre ces deux métaux, comme de 1 à 14 9/19.
En Angleterre on donne 156 grains d'or pour 21 schelins, qui pesent chacun 113 grains d'argent, & en tout 2373 grains ; ainsi la proportion y est comme de 1 à 15 1/5.
Dès-lors si nous avons à payer en Angleterre en especes, il y a de l'avantage à porter des matieres d'or ; & il y en aura pour l'Angleterre à payer en France avec les monnoies d'argent : car la guinée ne vaut dans nos monnoies que 22 liv. 14 s. 7 den. & les schelins qu'elle représente pesant 2373 grains, y seront payés 24 liv. 2 s. 10 den.
Diverses circonstances éloignent le prix du change de celui du pair réel ; & comme ces accidens se varient à l'infini, l'altération de l'égalité parcourt sans cesse différens degrés : cette altération est appellée le cours du prix du change.
Les causes de l'altération du pair du prix du change, sont l'altération du crédit public, & l'abondance ou la rareté des créances d'un pays sur un autre.
Une variation dans les monnoies est un exemple de l'altération que le discrédit public jette dans le pair du prix du change : quoique l'instant même du changement dans la monnoie donne un nouveau pair réel du prix du change ; la confiance publique disparoissant, à cause de l'incertitude de la propriété, & les especes ne circulant pas, il est nécessaire que le signe qui les représente soit au-dessous de sa valeur.
La seconde cause de l'altération du pair dans le prix du change, est l'abondance ou la rareté des créances d'un pays sur un autre ; & cette abondance ou cette rareté ont elles-mêmes deux sources ordinaires.
L'une est le besoin qui oblige le corps politique d'un état à faire passer de grandes sommes d'argent dans l'étranger, comme la circonstance d'une guerre.
L'autre source est dans la proportion des dettes courantes réciproques entre les particuliers.
Les particuliers de deux nations peuvent contracter entr'eux deux sortes de dettes réciproques.
L'inégalité des ventes réciproques formera une premiere espece de dettes.
Si l'une des deux nations a chez elle beaucoup d'argent, à un intérêt plus foible que l'on n'en paye dans l'autre nation, les particuliers riches de la premiere acheteront les papiers publics de la seconde, qui paye les intérêts de l'argent plus cher : le produit de ces effets qui doit lui être payé tous les ans, forme une seconde espece de dette : elle peut être regardée comme le produit d'un commerce, puisque les fonds publics d'un état se négocient, & que ce placement ne peut être regardé que comme une spéculation : dans ce cas, & dans plusieurs autres, l'argent est marchandise ; ainsi ces deux dettes appartiennent à ce que l'on appelle proprement la balance du commerce ; & elles occasionneront une rareté ou une abondance des créances d'un pays sur un autre. Voyez COMMERCE.
Lorsque deux nations veulent faire la balance de leur commerce, c'est-à-dire payer leurs dettes réciproques, elles ont recours à l'échange des débiteurs : mais si les dettes réciproques ne sont pas égales, l'échange des débiteurs ne payera qu'une partie de ces dettes ; le surplus, qui est ce qu'on appelle la balance du commerce, devra être payé en especes.
L'objet du change est d'épargner le transport des métaux, parce qu'il est coûteux & risquable : par conséquent chaque particulier, avant de s'y déterminer, cherchera des créances sur le pays où il doit.
Ces créances seront cheres à mesure qu'elles seront plus difficiles à acquérir : par conséquent, pour en avoir la préférence, on les payera au-dessus de leur valeur ; si elles sont communes, on les payera au-dessous.
Supposons que les marchands de Paris doivent aux fabriquans de Roüen vingt-mille livres, & que ceux-ci doivent dix mille livres à des banquiers de Paris : pour solder ces dettes, il faudra faire l'échange des dix mille livres de créances réciproques, & voiturer dix mille livres de Paris à Roüen.
Supposons encore les fraix & les risques de ce transport à cinq livres par mille livres.
Chaque marchand de Paris tâchera de s'épargner cette dépense ; il cherchera à acheter une créance de mille livres sur Roüen : mais comme ces créances sont rares & recherchées, il donnera volontiers 1004 liv. pour en avoir la préférence, & il s'épargnera une livre de frais par 1000 liv. ainsi la rareté des lettres de change sur Roüen baissera le prix de ce change au-dessous de son pair de quatre liv. par 1000 livres.
Il est bon d'observer que la hausse ou la baisse du prix du change s'entend toûjours du pays sur lequel on voudroit tirer une lettre de change : le change est bas, quand ce pays paye moins de valeur réelle en acquitant une lettre de change, qu'elle n'en a coûté à l'acquéreur : le change est haut, quand ce pays paye plus de valeur réelle en acquitant une lettre de change, qu'elle n'en a coûté à l'acquéreur.
Le pair du prix du change entre Paris & Londres, étant à 29 den. 1/2 sterling pour un écu de 3 liv. de France ; si le change de Londres baisse à 29 den. Londres payera notre écu au-dessous de sa valeur intrinseque ; si ce change hausse à 30 den. Londres payera notre écu au-dessus de sa valeur réelle.
Pour reprendre l'exemple proposé ci-dessus, on vient de voir qu'à Paris la rareté des créances sur Roüen, fait payer aux acquéreurs des lettres de change 1004 liv. pour recevoir 1000 liv. à Roüen.
Le contraire arrivera dans cette derniere : Paris lui devant beaucoup, les créances sur Paris y seront abondantes : les fabriquans de Roüen qui doivent à Paris, donneront ordre au banquier de tirer sur eux, parce qu'ils savent qu'avec 1000 liv. sur Roüen, ils acquitteront 1004 liv. à Paris ; ou si on leur propose des créances sur Paris, ils les acheteront sous le même bénéfice que les créances sur Roüen sont à Paris ; ce qui haussera ce change au profit de Roüen de quatre liv. par 1000 liv. ainsi d'une lettre de change de 1000 liv. ils ne donneront que 995 liv. Lorsque les dettes réciproques seront acquittées, il faudra que Paris fasse voiturer à Roüen l'excédent en especes. Mais en attendant, il est clair que dans le payement des dettes réciproques, Roüen aura acquité 1000 liv. de dettes avec 996 liv. & que Paris n'a pû acquiter 1000 liv. qu'avec 1004 liv.
Si le change subsiste long-tems sur ce pié entre ces deux villes, il sera évident que Paris doit à Roüen plus que Roüen ne doit à Paris.
D'où l'on peut conclure, que la propriété du cours du prix du change, est d'indiquer de quel côté panche la balance du commerce.
L'on a déjà vû que le pair du prix du change est la compensation des monnoies de deux pays : cette compensation s'éloigne souvent de son égalité, ainsi elle est momentanée ; son cours indique de quel côté panche la balance du commerce, ainsi le prix du change est une compensation momentanée des monnoies de deux pays en raison des dettes réciproques.
La nature des accidens du commerce qui alterent l'égalité de la compensation des monnoies, ou le pair du prix du change, étant de varier sans-cesse, le cours du prix du change doit varier avec ces accidens.
L'instabilité de ce cours a deux effets : l'un de rendre indécise d'un jour à l'autre la quantité de monnoie qu'un état donnera en compensation de telle quantité de monnoie d'un autre état : le second effet de l'instabilité de ce cours est un commerce d'argent par le moyen des représentations d'especes ou des lettres de change.
De ce que la quantité de monnoie qu'un état donnera en compensation d'une telle quantité de monnoie d'un autre état ; est indécise d'une semaine à l'autre, il s'ensuit qu'entre ces deux états, l'un propose un prix certain, & l'autre un prix incertain ; parce que tout rapport suppose une unité qui soit la mesure commune des deux termes de ce rapport, & qui serve à l'évaluer.
Supposons que Londres donne aujourd'hui 30 d. sterling pour un écu à Paris, il est certain que Paris donnera toûjours un écu à Londres, quel que soit le cours du prix du change les jours suivans ; mais il est incertain que Londres continue de donner 30 d. sterling pour la valeur d'un écu : c'est ce qu'en termes de change on appelle donner le certain ou l'incertain.
Si les quantités étoient certaines de part & d'autre, il n'y auroit point de variation dans le pair du prix du change, & par conséquent point de cours.
Cette différence, qui ne tombe que sur l'énoncé du prix du change, s'est introduite dans chaque pays, selon la diversité des monnoies de compte : elle fixe une quantité dont l'évaluation servira de second terme pour évaluer une autre quantité de même espece que la premiere.
Si, par exemple, un écu vaut 30 d. sterling, combien cent écus vaudront-ils de ces deniers ; que l'on réduit ensuite en livres ? Ainsi entre deux places, l'une doit toûjours proposer une quantité certaine de sa monnoie, pour une quantité incertaine que lui donnera l'autre.
Mais tandis qu'une place donne le certain à une autre, elle donne quelquefois l'incertain à une troisieme. Paris donne à Londres le certain, c'est-à-dire un écu, pour avoir de 29 1/2 à 33 den. sterling : mais Paris reçoit de Cadix une piastre, pour une quantité incertaine de sous depuis 75 à 80 par piastres, suivant que les accidens du commerce le déterminent.
Le second effet de l'instabilité du cours dans le prix du change, est un commerce d'argent par le moyen des représentations d'especes ou des lettres de change.
Le négociant ou le banquier veille sans-cesse aux changemens qui surviennent dans le cours du prix du change, entre les diverses places qui ont une correspondance mutuelle : il compare ces changemens entr'eux, & ce qui en résulte ; il en recherche les causes, pour en prévoir les suites : le fruit de cet examen est de faire passer ses créances sur une ville, dans celle qui les payera le plus cher. Mais cet objet seul ne remplit pas les vûes du négociant qui fait ce commerce : avant de vendre ses créances dans un endroit, il doit prévoir le profit ou la perte qu'il y aura à retirer ses fonds de cet endroit ; si le cours du prix du change n'y est pas avantageux avec le lieu de sa résidence, il cherchera des routes écartées : mais plus lucratives ; & ce ne sera qu'après différens circuits que la rentrée de son argent terminera l'opération. La science de ce commerce consiste donc à saisir toutes les inégalités favorables que présentent les prix du change entre deux villes, & entre ces deux villes & les autres : car si cinq places de commerce s'éloignent entr'elles du pair du prix du change dans la même proportion, il n'y aura aucune opération lucrative à faire entr'elles ; l'intérêt de l'argent, & les fraix de commission, tourneroient en pure perte. Cette égalité réciproque entre le cours du prix du change de plusieurs places, s'appelle le pair politique.
Si nous convenons de cette parité,
a = b
b = c
c = a
il est constant que a, b, & c, étant des quantités égales, il n'y aura aucun bénéfice à les échanger l'une contre l'autre ; ce qui répond au pair réel du prix du change. Supposons à présent
a = b
b = c
c = a + d,
la partie sera rompue ; il faudra échanger b contre c, qui lui donnera a + d : or nous avons supposé a = b, ainsi le profit de cet échange sera d. Cette différence répond aux inégalités du cours du prix du change entre deux ou plusieurs places. La parité sera rétablie si ces quantités augmentent entr'elles également :
a + d = b + d
b + d = c + d
e + d = a + d ;
cette partie répond au pair politique du prix du change, ou à l'égalité de son cours entre plusieurs places.
La parité sera de nouveau altérée, si
a + d = b + d
b + d = c + d
e + d = a + d + f ;
dans ce cas l'échange devra se faire comme on vient de le voir ; & le profit de b + d sera f. Si (tout le reste égal) a + d - f = c + d, & que l'on échange ces deux quantités l'une contre l'autre, il est clair que le propriétaire de c + d recevra de moins la quantité f : ainsi pour éviter cette perte, il échangera c + d contre b + d, qui est égal à la quantité a + d.
Il est évident que l'opération du change consiste à échanger des quantités l'une contre l'autre ; que celui qui est forcé d'échanger une quantité contre une autre quantité moindre que la sienne, en cherche une troisieme qui soit égale à la sienne, & qui soit réputée égale à celle qu'il est forcé d'échanger, afin de s'épargner une perte ; que celui qui fait le commerce du change, s'occupe à échanger de moindres quantités contre de plus grandes : par conséquent son profit est l'excédent de la quantité que divers échanges lui ont procuré dans son pays, sur la quantité qu'il a fournie pour le premier.
Ce commerce n'est lucratif, qu'autant qu'il rend un bénéfice plus fort que ne l'eût été l'intérêt de l'argent placé pendant le même tems dans le pays de celui qui fait l'opération : d'où ils s'ensuit que le peuple chez lequel l'argent est à plus bas prix, aura la supériorité dans ce commerce sur celui qui paye l'intérêt de l'argent plus cher ; que si ce peuple qui paye les intérêts de l'argent à plus bas prix, en a abondamment, il nuira beaucoup à l'autre dans la concurrence de ce commerce ; & que ce dernier aura peine à faire entrer chez lui l'argent étranger par cette voie.
Ce commerce n'est pas celui de tous qui augmente le plus la masse d'argent dans un état ; mais il est le plus savant & le plus lié avec les opérations politiques du gouvernement : il résulte des variations continuelles dans le prix du change, à l'occasion de l'inégalité des dettes réciproques entre divers pays, comme le change lui-même doit sa naissance à la multiplicité des dettes réciproques.
De tout ce que nous avons dit sur le change, on peut tirer ces principes généraux.
1°. L'on connoîtra si la balance générale du commerce d'un état pendant un certain espace de tems lui a été avantageuse, par le cours mitoyen de ses changes avec tous les autres états pendant le même espace de tems.
2°. Tout excedent des dettes réciproques de deux nations, ou toute balance du commerce, doit être payée en argent, ou par des créances sur une troisieme nation ; ce qui est toûjours une perte, puisque l'argent qui lui seroit revenu est transporté ailleurs.
3°. Le peuple redevable d'une balance, perd dans l'échange qui se fait des débiteurs une partie du bénéfice qu'il avoit pû faire sur ses ventes, outre l'argent qu'il est obligé de transporter pour l'excédent des dettes réciproques ; & le peuple créancier gagne, outre cet argent, une partie de sa dette réciproque dans l'échange qui se fait des débiteurs.
4°. Dans le cas où une nation doit à une autre, pour quelque raison politique, des sommes capables d'opérer une baisse considérable sur le change, il est plus avantageux de transporter l'argent en nature, que d'augmenter sa perte en la faisant ressentir au commerce.
Les livres françois qui ont le mieux traité du change dans ses principes, sont l'essai politique sur le commerce de M. Melon ; les réflexions politiques de M. Dutot ; l'examen des réflexions politiques.
Pour la pratique, on peut consulter Savary, dans son parfait négociant ; la banque rendue facile, par Pierre Giraudeau de Genève ; la bibliotheque des jeunes négocians par le sieur J. Laure ; la combinaison générale des changes par M. Darius ; le traité des changes étrangers par M. Dernis. Cet article nous a été communiqué par Mr V. D. F.
CHANGE, (Architecture) bâtiment public connu sous différens noms, où les banquiers & négocians d'une capitale s'assemblent certains jours de la semaine pour le commerce & l'escompte des billets & lettres de change. Ces édifices doivent être pourvûs de portiques pour se promener à couvert, de grandes salles, de bureaux, &c. On nomme le change à Paris, place ; à Lyon, loge du change ; à Londres, à Anvers, à Amsterdam, bourse. La place ou change à Paris est situé rue Vivienne, & fait partie de l'hôtel de la compagnie des Indes. Voyez sa distribution dans le troisieme volume de l'Architecture françoise. (P)
CHANGE, (Vénerie & Fauconnerie) Prendre le change, se dit du chien ou de l'oiseau qui abandonne son gibier pour en suivre un autre. Ainsi l'on dit, l'oiseau ou le chien a pris le change.
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| CHANGEANT | S. m. espece de camelot de laine pure, qui se fabrique à Lille, & dont l'aunage est depuis 2/3 jusqu'à 7/16 de large, sur 20 de long. Voyez le dictionn. du Commerce.
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| CHANGÉE | (Géog.) ville de la Chine dans la province de Channsi. Lat. 37. 8.
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| CHANGEING | (Géog.) ville de la Chine dans la province de Xantung. Lat. 36. 56.
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| CHANGEMENT | VARIATION, VARIÉTé, (Gramm. Synon.) termes qui s'appliquent à tout ce qui altere l'identité, soit absolue, soit relative ou des êtres ou des états. Le premier marque le passage d'un état à un autre ; le second, le passage rapide par plusieurs états successifs ; le dernier, l'existence de plusieurs individus d'une même espece, sous des états en partie semblables, en partie différens ; ou d'un même individu, sous plusieurs états différens. Il ne faut qu'avoir passé d'un seul état à un autre, pour avoir changé ; c'est la succession rapide, sous des états différens, qui fait la variation. La variété n'est point dans les actions : elle est dans les êtres ; elle peut être dans un être considéré solitairement ; elle peut être entre plusieurs êtres considérés collectivement. Il n'y a point d'homme si constant dans ses principes, qu'il n'en ait changé quelquefois ; il n'y a point de gouvernement qui n'ait eu ses variations ; il n'y a point d'espece dans la nature qui n'ait une infinité de variétés qui l'approchent ou l'éloignent par des degrés insensibles d'une autre espece. Entre ces êtres, si l'on considere les animaux, quelle que soit l'espece d'animal qu'on prenne, quel que soit l'individu de cette espece qu'on examine, on y remarquera une variété prodigieuse dans leurs parties, leurs fonctions, leur organisation, &c.
CHANGEMENT D'ORDRE, en Arithmétique & en Algebre, est la même chose que permutation. Voyez PERMUTATION.
On demande par exemple combien de changemens d'ordre peuvent avoir six personnes assises à une table : on trouvera 720. Voyez ALTERNATION & COMBINAISON. (O)
CHANGEMENT, se dit quelquefois, en Physique, de l'action de changer, ou quelquefois de l'effet de cette action. Voyez MUTATION.
C'est une des lois de la nature, que le changement qui arrive dans le mouvement, est toûjours proportionnel à la force motrice imprimée. Voyez NATURE, MOUVEMENT, FORCE, CAUSE, &c. (O)
CHANGEMENT D'ETAT DES PERSONNES, (Jurisprud.) voyez ÉTAT DES PERSONNES. (A)
CHANGEMENT, grande machine d'opéra, par le moyen de laquelle toute la décoration change dans le même moment, au coup de sifflet. Cette machine, qui est de l'invention du marquis de Sourdeac, a été adoptée par tous les théatres de Paris. Elle est fort simple, & l'exécution en est aussi sûre que facile. On en trouvera la figure, ainsi que la description des parties qui la composent, dans un des deux volumes de planches gravées. (B)
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| CHANGER | v. act. (Marine). Dans la Marine on applique ce terme à différens usages.
Changer de bord, pour dire virer de bord ; c'est mettre un côté du vaisseau au vent, au lieu de l'autre qui y étoit ; ce qui se fait pour changer de route.
Changer les voiles ; c'est mettre au vent le côté de la voile qui étoit auparavant sous le vent.
Changer les voiles de l'avant & les mettre sur le mât ; c'est brasser entierement les voiles du mât de misene du côté du vent ; ce qui se fait afin qu'il donne dessus, & que le vaisseau étant abattu par-là, on puisse le remettre en route.
Changer l'artimon ; c'est faire passer la voile d'artimon avec sa vergue, d'un côté du mât à l'autre.
Changer la barre ; c'est un commandement qu'on fait au timonnier, de mettre la barre du gouvernail au côté opposé à celui où elle étoit.
Changer le quart ; c'est faire entrer une partie de l'équipage en service, à la place de celle qui étoit de garde, & que cette autre partie doit relever. (Z)
CHANGER UN CHEVAL ou CHANGER DE MAIN, en terme de Manége ; c'est tourner & porter la tête d'un cheval d'une main à l'autre, de droite à gauche, ou de gauche à droite. Il ne faut jamais changer un cheval, qu'on ne le chasse en-avant, en faisant le changement de main ; & après qu'on l'a changé, on le pousse droit pour former un arrêt. Pour laisser échapper un cheval de la main, il faut tourner em-bas les ongles du point de la bride. Pour le changer à droite, il faut les tourner en-haut, portant la main à droite. Pour le changer à gauche, il faut les tourner en-bas & à gauche : & pour arrêter le cheval, il faut tourner les ongles en-haut, & lever la main. Quand on apprend à un cheval à changer de main, que ce soit d'abord au pas, & puis au trot & au galop. Changer de pié, voyez DESUNIR (Se), (V)
CHANGER, en terme de Raffineur du sucre ; c'est transporter les pains d'une place à une autre, en les plaçant sur les mêmes pots que l'on a vuidés. On change pour rassembler les sirops que l'on seroit en danger de répandre, eu égard à leur abondance. Voy. RASSEMBLER.
CHANGER, se dit, en Manufact. de soierie, des cordes de semple, de rame, &c. C'est substituer dans ces parties du métier une corde à une autre, lorsque celle-ci se défile & menace de casser. Voyez RAME, SEMPLE, &c.
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| CHANGEURS | S. m. (Commerce) particuliers établis & autorisés par le roi, pour recevoir dans les différentes villes du royaume des monnoies anciennes, défectueuses, étrangeres, hors de cours ; en donner à ceux qui les leur portent une valeur prescrite en especes courantes ; envoyer aux hôtels des monnoies les especes décriées qu'ils ont reçûes ; s'informer s'il n'y a point de particulier qui en retiennent ; les faire saisir chez ces particuliers ; veiller dans les endroits où ils sont établis, à l'état des monnoies circulantes, & envoyer à leurs supérieurs les observations qu'ils ont occasion de faire sur cet objet : d'où l'on voit que l'état de changeur, pour être bien rempli, demande de la probité, de la vigilance, & quelques connoissances des monnoies. Voyez MONNOIES.
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| CHANGTÉ | (Géog.) grande ville de la Chine, capitale d'un pays de même nom, dans la province de Honnang. Il y a une autre ville de même nom à la Chine, dans la province de Huquang.
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| CHANLATTE | S. f. terme d'Architecture, petite piece de bois, semblable à une forte latte, qu'on attache vers les extrémités des chevrons ou coyaux, & qui saillit hors de la corniche supérieure d'un bâtiment. Sa fonction est de soûtenir deux ou trois rangées de tuiles, pratiquées ainsi pour écarter la pluie d'un mur de face. (P)
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| CHANNE | poisson de mer, voyez SERRAN.
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| CHANNS | ou XANSI, (Géog.) province septentrionale de la Chine, qui est très-fertile & très-peuplée. Martini jésuite assûre qu'il y a des puits, qui au lieu d'eau ne contiennent que du feu, & qu'on en tire parti pour cuire le manger. Nous n'obligeons personne à croire ce fait.
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| CHANNTON | (Géog.) province maritime & septentrionale de la Chine, très-peuplée & très-fertile.
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| CHANOINE | S. m. (Jurisprud.) dans la signification la plus étendue, signifie celui qui vit selon la regle particuliere du corps ou chapitre dont il est membre.
Quelques-uns tirent l'étymologie du nom de chanoine, canonicus, à canone, qui signifie regle ; d'autres du même mot canon, qui signifie pension, redevance, ou prestation annuelle ; parce que chaque chanoine a ordinairement sa prébende qui lui est assignée pour sa pension.
Dans l'usage ordinaire, quand on parle d'un chanoine simplement, on entend un ecclésiastique qui possede un canonicat ou prébende dans une église cathédrale ou collégiale. Il y a cependant des chanoines laïques. Voyez ci-après CHANOINES LAÏQUES.
Il y a aussi des communautés de religieux & de religieuses, qui portent le titre de chanoines & de chanoinesses ; mais on les distingue des premiers, en ajoûtant à la qualité de chanoines celle de régulier.
Dans la premiere institution, tous les chanoines étoient réguliers ; ou pour parler plus juste, on ne distinguoit point deux sortes de chanoines : tous les clercs-chanoines observoient la regle & la vie commune sans aucune distinction.
Il ne faut cependant pas confondre les religieux avec ces clercs-chanoines ; car quoique chaque ordre religieux eût sa regle particuliere, ils n'étoient point considérés comme chanoines, ni même réputés ecclésiastiques, & ne furent appellés à la cléricature que par le pape Syrice en 383.
Plusieurs prétendent tirer l'origine des chanoines, des apôtres mêmes. Il se fondent sur ce que la tradition de tous les siecles est que depuis l'ascension de Notre-Seigneur, les apôtres vêcurent dans le célibat, & sur ce que l'on tient communément que les apôtres & les disciples donnerent des regles de la vie commune, & vêcurent entr'eux en communauté, autant que les conjonctures où ils se trouvoient pouvoient le leur permettre. On voit dans les actes des apôtres & dans leurs épîtres, qu'ils se traitoient mutuellement de freres.
Les prêtres & les diacres ordonnés par les apôtres dans les différentes églises qu'ils fonderent, vivoient aussi en commun des oblations & aumônes faites à leur église, sous l'obéissance de leur évêque.
Quoique les noms de clerc & de chanoine ne fussent pas usités dans la naissance de l'Eglise, il paroît que les prêtres diacres de chaque église formoient entr'eux un collége. S. Clément, S. Ignace, & les peres qui les ont suivis dans les trois premiers siecles de l'Eglise, se servent souvent de cette expression.
Les persécutions que les Chrétiens souffrirent dans les trois premiers siecles, empêcherent en beaucoup de lieux les clercs de vivre en commun : mais ils mettoient au-moins leurs biens en communauté, & se contentoient chacun de la postule ou portion qu'ils recevoient de leur église tous les mois, ce qu'on appella divisiones mensurnas. On les appella aussi delà, fratres sportulantes.
La distinction que l'on fit en 324 des églises cathédrales d'avec les églises particulieres, peut cependant être regardée comme le véritable commencement des colléges & communautés de clercs appellés chanoines. On voit dans S. Basile & dans S. Cyrille, que l'on se servoit dejà du nom de chanoines & de chanoinesse dans l'église d'Orient. Ces noms furent usités plus tard en Occident.
Le P. Thomassin, en son traité de la discipline ecclésiastique, soûtient que jusqu'au tems de S. Augustin il n'y avoit point encore eu en Occident de communauté de clercs vivant en commun, & que celles qui furent alors instituées ne subsisterent pas long-tems ; que ce ne fut que du tems de Charlemagne que l'on commença à les rétablir. Cependant Chaponel, hist. des chanoines, prouve qu'il y avoit toûjours eu des communautés de clercs qui ne possédoient rien en propre.
Quoi qu'il en soit, S. Augustin qui fut élû évêque d'Hippone en 391, est considéré comme le premier qui ait rétabli la vie commune des clercs en Occident ; mais il ne les qualifie pas de chanoines. Et depuis S. Augustin jusqu'au second concile de Vaison, tenu en 529, on ne trouve point d'exemple que les clercs vivant en commun ayent été appellés chanoines, comme ils le sont par ce concile, & ensuite par celui d'Orléans.
Clovis ayant fondé à Paris l'église de S. Pierre & S. Paul, y établit des clercs qui vivoient en commun sub canonicâ religione.
Grégoire de Tours, liv. X. de son hist. & ch. jx. de la vie des peres, dit que ce fut un nommé Baudin évêque de cette ville, qui institua le premier la vie commune des chanoines, hic instituit mensam canonicorum : c'étoit du tems de Clotaire I. qui regnoit au commencement du vj. siecle.
On trouve cependant plusieurs exemples antérieurs de clercs qui vivoient en commun : ainsi Baudin ne fit que rétablir la vie commune, dont l'usage étoit déjà plus ancien, mais n'avoit pas toûjours été observé dans toutes les églises ; ce qui n'empêchoit pas que depuis l'institution des cathédrales, l'évêque n'eût un clergé attaché à son église, composé de prêtres & de diacres qui formoient le conseil de l'évêque, & que l'on appelloit son presbytere.
Le concile d'Ephese écrivit en 431 au clergé de Constantinople & d'Alexandrie, ad clerum populumque constantinopolitanum, &c. pour leur apprendre la disposition de Nestorius. Tome III. des conc. pag. 571. & 574.
Le pape Syrice condamna Jovinien & ses erreurs dans une assemblée de ses prêtres & diacres, qu'il appelle son presbytere.
Lorsque le pape Félix déposa Pierre Cnaphée faux évêque d'Antioche, il prononça la sentence tant en son nom que de ceux qui gouvernoient avec lui le siége apostolique, c'est-à-dire ses prêtres & ses diacres.
Les conciles de ces premiers siecles sont tous souscrits par le presbytere de l'évêque. C'est ce que l'on peut voir dans les conciles d'Afrique, tome II. des conciles, pag. 1202. Thomassin, discipl. de l'Eglise, part. I. liv. I. ch. xlij.
Le quatrieme concile de Carthage en 398, défendit aux évêques de décider aucune affaire sans la participation de leur clergé : Ut episcopus nullius causam audiat absque praesentiâ clericorum suorum ; alioquin irrita erit sententia episcopi, nisi clericorum praesentiâ confirmetur.
S. Cyprien communiquoit également à son clergé les affaires les plus importantes, & celles qui étoient les plus legeres.
S. Grégoire le grand, pape, qui siégeoit vers la fin du vj. siecle & au commencement du vij. ordonna le partage des biens de l'église en quatre parts, dont une étoit destinée pour la subsistance du clergé de l'évêque : ce qui fait juger que la vie commune n'étoit pas alors observée parmi les chanoines.
Paul diacre prétend que S. Chrodegand évêque de Metz, qui vivoit vers le milieu du vij. siecle sous le regne de Pepin, fut celui qui donna commencement à la vie commune des chanoines : on a vû néanmoins que l'usage en est beaucoup plus ancien ; saint Chrodegand ne fit donc que la rétablir dans son église.
Ce qui a pû le faire regarder comme l'instituteur de la vie canoniale, est qu'il fit une regle pour les chanoines de son église, qui fut approuvée & reçûe par plusieurs conciles de France, & confirmée par l'autorité même des rois.
Cette regle est la plus ancienne que nous ayons de cette espece : elle est tirée pour la plus grande partie de celle de S. Benoît, que S. Chrodegand accommoda à la vie des clercs.
Dans la préface il déplore le mépris des canons, la négligence des pasteurs, du clergé, & du peuple.
La regle est composée de trente-quatre articles dont les principaux portent en substance : que les chanoines devoient tous loger dans un cloître exactement fermé, & couchoient en différens dortoirs communs, où chacun avoit son lit. L'entrée de ce cloître étoit interdite aux femmes, & aux laïques sans permission. Les domestiques qui y servoient, s'ils étoient laïques, étoient obligés de sortir si-tôt qu'ils avoient rendu leur service. Les chanoines avoient la liberté de sortir le jour, mais ils devoient se rendre tous les soirs à l'église pour y chanter complies, après lesquelles ils gardoient un silence exact jusqu'au lendemain à prime. Ils se levoient à deux heures pour dire matines ; l'intervalle entre matines & laudes étoit employé à apprendre les pseaumes par coeur, où à lire & étudier. Le chapitre se tenoit tous les jours après prime : on y faisoit la lecture de quelque livre édifiant ; après quoi l'évêque ou le supérieur donnoit les ordres & faisoit les corrections. Après le chapitre, chacun s'occupoit à quelque ouvrage des mains, suivant ce qui lui étoit prescrit. Les grands crimes étoient soûmis à la pénitence publique ; les autres à des pratiques plus ou moins rudes, selon les circonstances. La peine des moindres fautes étoit arbitraire ; mais on n'en laissoit aucune impunie. Depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte, ils faisoient deux repas & mangeoient de la viande, excepté le vendredi : depuis la Pentecôte jusqu'à la saint-Jean, l'usage de la viande leur étoit interdit ; & depuis la saint-Jean jusqu'à la saint-Martin, ils faisoient deux repas par jour, avec abstinence de viande le mercredi & le vendredi. Ils jeûnoient jusqu'à none pendant l'avent ; & depuis Noël jusqu'au carême, trois jours de la semaine seulement. En carême ils jeûnoient jusqu'à vêpres, & ne pouvoient manger hors du cloître. Il y avoit sept tables dans le réfectoire : la premiere, pour l'évêque qui mangeoit avec les hôtes & les étrangers ; l'archidiacre, & ceux que l'évêque y admettoit ; la seconde, pour les prêtres ; la troisieme, pour les diacres ; la quatrieme, pour les soûdiacres ; la cinquieme, pour les autres clercs ; la sixieme, pour les abbés & ceux que le supérieur jugeoit à propos d'y admettre ; la septieme, pour les clercs de la ville les jours de fêtes. Tous les chanoines devoient faire la cuisine chacun à leur tour, excepté l'archidiacre & quelques autres officiers occupés plus utilement. La communauté étoit gouvernée par l'évêque, & sous lui par l'archidiacre & le primicier, que l'évêque pouvoit corriger & déposer s'ils manquoient à leur devoir. Il y avoit un célérier, un portier, un infirmier : il y avoit aussi des custodes ou gardiens des principales églises de la ville. On avoit soin des chanoines malades, s'ils n'avoient pas dequoi subvenir à leurs besoins. Ils avoient un logement séparé, & un clerc chargé d'en prendre soin. Ceux qui étoient en voyage avec l'évêque ou autrement, gardoient autant qu'il leur étoit possible la regle de la communauté. On fournissoit aux chanoines leur vêtement uniforme : les jeunes portoient les habits des anciens, quand ils les avoient quittés. On leur donnoit de l'argent pour acheter leur bois. La dépense du vestiaire & du chauffage se prenoit sur les rentes que l'église de Metz levoit à la ville & à la campagne. Les clercs qui avoient des bénéfices devoient s'habiller : on appelloit alors bénéfice, la joüissance d'un certain fonds accordée par l'évêque. La regle n'obligeoit pas les clercs à une pauvreté absolue ; mais il leur étoit prescrit de se défaire en faveur de l'église, de la propriété des fonds qui leur appartenoient, & de se contenter de l'usufruit & de la disposition de leurs effets mobiliers. Ils avoient la libre disposition des aumônes qui leur étoient données pour leurs messes, pour la confession, ou pour l'assistance des malades, à moins que l'aumône ne fût donnée pour la communauté. Les clercs qui n'étoient point de la communauté & qui demeuroient dans la ville hors du cloître, devoient venir les dimanches & fêtes aux nocturnes & aux matines dans la cathédrale ; ils assistoient au chapitre & à la messe, & mangeoient au réfectoire à la septieme table qui leur étoit destinée. Les chanoines pouvoient avoir des clercs pour les servir, avec la permission de l'évêque. Ces clercs étoient soûmis à la correction, & devoient assister aux offices en habit de leur ordre, comme des clercs du dehors ; mais ils n'assistoient point au chapitre, & ne mangeoient point au réfectoire. Enfin il étoit ordonné aux clercs de se confesser deux fois l'année à l'évêque, au commencement du carême & depuis la mi-Août jusqu'au premier de Novembre, sauf à se confesser dans les autres tems autant de fois & à qui ils voudroient. Ils devoient communier tous les dimanches & les grandes fêtes, à moins que leurs péchés ne les en empêchassent.
Telle étoit en substance la regle de S. Chrodegand, que tous les chanoines embrasserent depuis, comme les moines celle de S. Benoît.
Charlemagne, dans un capitulaire de 789, ordonne à tous les chanoines de vivre selon leur regle : c'est pourquoi quelques-uns tiennent que leur établissement précéda de peu de tems l'empire de Charlemagne. Il est certain qu'il cimenta leur établissement. Voyez le discours de Frapaolo, page 65. Pasquier prétend que l'on ne connoissoit point le nom de chanoine avant Charlemagne ; mais il est certain qu'en Orient les colléges & communautés de clercs commencerent dès le quatrieme siecle à porter le nom de chanoines. S. Basile & S. Cyrille de Jérusalem sont les premiers qui se sont servis du terme de chanoines & de chanoinesses. Le concile de Laodicée, que quelques-uns croyent avoir été tenu en 314, d'autres en 319, défend, art. 15. à toutes personnes de chanter dans l'église, à l'exception des chanoines-chantres. Le premier concile de Nicée, tenu en 325, fait souvent mention des clercs-chanoines. Pour ce qui est de l'église d'Occident, le nom de chanoine ne commença guere à être usité que vers le vj. siecle.
Le vj. concile d'Arles, en 813, can. 6. distingue les chanoines des réguliers, qui dans cet endroit s'entendent des moines.
Le concile de Tours, tenu en la même année, distingue trois genres de communauté : les chanoines soûmis à l'évêque, d'autres soûmis à des abbés, & les monasteres de religieux. Il paroît par quelques canons de ce concile, que la profession religieuse commençant à s'abolir dans quelques monasteres, les abbés y vivoient plûtôt en chanoines qu'en religieux ; ce qui fit que peu-à-peu ces monasteres se séculariserent, & que les chapitres de chanoines furent substitués à beaucoup de monasteres.
Au concile d'Aix-la-Chapelle, tenu en 816, on rédigea une regle pour les chanoines, & une pour les religieuses. Henault, année 816. Ce même concile défendit aux chanoines de s'approprier les meubles de l'évêque décédé, comme ils avoient fait jusqu'alors.
Dans le x. siecle, outre les chapitres des églises cathédrales, on en établit d'autres dans les villes où il n'y avoit point d'évêque, & ceux-ci furent appellés collégiales. Par succession de tems, on a multiplié les collégiales, même dans plusieurs villes épiscopales.
Les conciles de Rome, en 1019 & en 1063, ordonnerent aux clercs de reprendre la vie commune que la plûpart avoient abandonnée : elle fut en effet rétablie dans plusieurs cathédrales du royaume ; ce qui dura ainsi pendant l'espace d'un siecle environ. Mais avant l'an 1200, on avoit quitté presque partout la vie commune, & l'on autorisa le partage des prébendes entre les chanoines : & tel est l'état présent de tous les chanoines séculiers des églises cathédrales & collégiales.
Suivant la regle 17 de la chancellerie romaine, à laquelle la jurisprudence de plusieurs tribunaux se trouve conforme, il suffit d'avoir 14 ans accomplis pour être chanoine dans une église cathédrale ; au grand conseil on juge qu'il suffit d'avoir dix ans. Pour être chanoine de Paderborn, il faut avoir 21 ans, avoir étudié dans une université fameuse de France ou d'Italie, pendant un an & six semaines, sans avoir découché. Tabl. de l'emp. germ. p. 94.
Il y a plusieurs chapitres dans lesquels on ne peut être reçû sans avoir fait preuve de noblesse, tel que celui des comtes de Lyon, de Strasbourg, & autres. Dans le chapitre noble de Wirtzbourg, le chanoine élû passe entre les chanoines rangés en haie, & reçoit d'eux des coups de verges sur le dos : on tient que cela a été ainsi établi pour empêcher les barons & les comtes d'avoir entrée dans ce chapitre. Tab. de l'emp. germ. p. 91.
Pour ce qui est de l'ordre ecclésiastique que doivent avoir les chanoines, le concile de Trente, sess. 24. ch. xij. laisse ce point à la disposition des évêques ; il ordonne néanmoins que dans les églises cathédrales il y ait au moins la moitié des chanoines qui soient prêtres, & les autres diacres ou soûdiacres ; il recommande l'exécution des statuts particuliers des églises, qui veulent que le plus grand nombre, & même tous les chanoines soient prêtres.
Les conciles provinciaux qui ont suivi ont fait des réglemens à-peu-près semblables ; tels sont celui de Roüen tenu en 1581, & ceux de Rheims, Bordeaux & Tours en 1583.
Ces réglemens ne sont pas observés par-tout d'une maniere uniforme ; mais on les suit dans plusieurs églises, dont le titre de la fondation ou les statuts particuliers l'ordonnent ainsi ; & les arrêts des cours souveraines ont confirmé ces réglemens toutes les fois que l'on a voulu y déroger.
Les chanoines qui ne sont pas au-moins soûdiacres, n'ont point de voix en chapitre, & ne peuvent donner leur suffrage pour l'élection d'aucun bénéficier, ni nommer aux bénéfices ; mais si la nomination est attachée à la prébende d'un chanoine en particulier, il peut nommer au bénéfice, quoiqu'il ne soit pas dans les ordres sacrés.
Les chanoines des églises cathédrales & collégiales sont obligés de résider dans le lieu de leur canonicat, & d'assister au service dans l'église à laquelle il est attaché.
Ils ne peuvent dans chaque année s'absenter pendant l'espace de plus de trois mois, soit de suite, ou en différens tems de l'année ; & si les statuts du chapitre exigent une résidence plus exacte, ils doivent être observés.
Mais si les statuts permettoient aux chanoines de s'absenter pendant plus de trois mois, ils seroient abusifs, quelqu'anciens qu'ils fussent, quand même ils auroient été autorisés par quelque bulle du pape.
On trouve cependant qu'à Hildesheim en Allemagne, évêché fondé par Louis le débonnaire, où le chapitre est composé de vingt-quatre chanoines capitulans, & de six dignités, le prevôt, le doyen, & quatre chore-évêques, chori episcopi ; lorsqu'un chanoine a fait son stage, qui est de trois mois, il lui est permis de s'absenter pendant six ans, sous trois différens prétextes ; savoir deux ans peregrinandi causâ, deux ans devotionis causâ, & deux ans studiorum gratiâ. Voyez le tableau de l'empire germanique, p. 94.
On fait un conte sur les chanoines d'Elgin, ville maritime de la province de Murrai en Ecosse, que l'on suppose avoir été changés en anguilles ; par où l'on a peut-être voulu feindre que l'on ne pouvoit fixer ces chanoines, & leur faire observer la résidence. Journ. de Verdun, Oct. 1751. p. 249.
Les chanoines qui s'absentent pendant plus de trois mois dans le cours d'une année, sont privés des fruits de leur prébende à proportion du tems qu'ils ont été absens ; c'est la peine que les canons prononcent contre tous les bénéficiers absens en général. Cap. consuetudinem de clericis non residentibus in VI°. & conc. Trid. sess. 24. de reform. cap. xij.
Lorsque les statuts du chapitre obligent les chanoines à une résidence & à une assiduité continuelle, on leur accorde cependant quelque tems pour faire leurs affaires. Un arrêt du 29 Mai 1669 régla ce tems à un mois pour un chanoine de Sens.
Les chanoines, pour être réputés présens dans la journée, & avoir leur part des distributions qui se font pour chaque jour d'assistance, doivent assister au-moins aux trois grandes heures canoniales, qui sont matines, la messe, & vêpres.
Les distributions manuelles qui se font aux autres offices, n'appartiennent qu'à ceux qui s'y trouvent réellement présens.
Les statuts qui réputent présens pendant la journée ceux qui ont assisté à l'une des trois grandes heures canoniales, sont abusifs.
On ne tient pour présent aux grandes heures que ceux qui y ont assisté depuis le commencement jusqu'à la fin ; il y a un chanoine pointeur, c'est-à-dire qui est préposé pour marquer les absens, & ceux qui arrivent lorsque l'office est commencé ; savoir à matines, après le Venite exultemus ; à la messe, après le Kyrie eleison ; & à vêpres, après le premier pseaume. Prag. sanct. tit. xj.
Les chanoines malades sont réputés présens & assistans ; desorte qu'ils ont toujours leur part tant des gros fruits que des distributions manuelles, comme s'ils avoient été au choeur.
Ceux qui étudient dans les universités fameuses, ou qui y enseignent, sont réputés présens à l'effet de gagner les gros fruits, mais non pas les distributions manuelles. Cap. licet extr. de praebend. & dignit.
Il en est de même de tous ceux qui sont absens pour le service de leur église, ou de l'état, ou pour quelque autre cause légitime. Concordat. de collationibus.
CHANOINES ATTENDANS ; voyez CHANOINES EXPECTANS.
CHANOINES CAPITULANS, sont ceux qui ont voix délibérative dans l'assemblée du chapitre. Ceux qui ne sont pas au moins soûdiacres ne sont point capitulans.
CHANOINES-CARDINAUX, seu incardinati, étoient des clercs qui non-seulement observoient la regle & la vie commune, mais qui étoient attachés à une certaine église, de même que les prêtres l'étoient à une paroisse. Léon IX. en créa l'an 1051 à S. Etienne de Besançon, & Alexandre III. dans l'église de Cologne. Il y en a encore qui prennent ce titre dans les églises de Magdebourg, de Compostelle, Benevent, Aquilée, Ravenne, Milan, Pise, Naples ; & quelques autres. Ce titre, dont ils se font honneur à cause qu'il est uni avec le titre de cardinal, n'ajoûte rien cependant à leur qualité de chanoine, puisqu'aujourd'hui tous les canonicats étant érigés en bénéfices, les chanoines sont attachés à leur église de même que tous les autres bénéficiers.
CHANOINES DAMOISEAUX ou DOMICELLAIRES. canonici domicellares, est le nom que l'on donnoit autrefois, dans quelques églises, aux jeunes chanoines qui n'étoient pas encore dans les ordres sacrés.
Il y a dix-huit chanoines domicellaires dans l'église de Mayence, dont le plus ancien, pourvû qu'il soit âgé de 24 ans & dans les ordres sacrés, remplit la place de celui des vingt-quatre capitulans qui vient à vaquer. Un de ces domicellaires peut aussi succéder par résignation. Il n'y a que les capitulans qui ayent droit d'élire l'archevêque de Mayence. Tableau de l'empire germ. p. 84.
Il y a aussi des chanoines domicellaires dans l'église de Strasbourg.
CHANOINES DOMICELLAIRES, voyez ci-devant CHANOINES DAMOISEAUX.
CHANOINE ad effectum, est un dignitaire auquel le pape confere le titre nud de chanoine, sans prébende, à l'effet de pouvoir posséder la dignité dont il est pourvû dans une église cathédrale. L'usage de presque toutes les églises cathédrales & collégiales, est que les dignités ne peuvent être possédées que par des chanoines de la même église, ou s'ils ne sont pas chanoines prébendés, ils doivent se faire pourvoir en cour de Rome d'un canonicat ad effectum. La pragmatique sanction, tit. de collationibus, décide que le pape ne peut créer des chanoines surnuméraires dans les églises où le nombre est fixe ; mais qu'il peut créer des chanoines ad effectum : il s'est réservé ce pouvoir par le concordat : une simple signature de la cour de Rome suffit pour créer un de ces chanoines ; mais il faut que la clause ad effectum soit expresse, & qu'il soit dit aussi nonobstante canonicorum numero. Les chanoines ainsi créés peuvent cependant prendre le titre de chanoines, sans ajoûter que c'est ad effectum. Un tel chanoine ne peut, à raison de son canonicat, prendre de sa propre autorité possession de la dignité vacante, & l'on doute s'il est tenu de payer quelque chose pour droit d'entrée. Il n'est astreint ni à la résidence, ni à aucune assistance aux heures canoniales, ni à la promotion aux ordres ; mais aussi il ne jouit point des priviléges des autres chanoines : il n'a aucune part aux distributions quotidiennes, à moins qu'il n'y ait usage contraire ; il n'a point de voix au chapitre ; il ne peut permuter ; & s'il est pourvû d'une prébende ou dignité dont il se démette dans la suite, le canonicat ad effectum n'est point réputé vacant, à moins qu'il ne s'en soit démis nommément. Il ne peut être juge délégué par le pape ou son légat, comme le peuvent être les autres chanoines prébendés des églises cathédrales séculieres, n'étant créé qu'à l'effet de pouvoir obtenir & posséder une dignité qui exige la qualité de chanoine. Voyez Rebuffe sur le concordat, tit. de conservationibus, au mot in cathedralibus. definit. canon. p. 252. Jovet, au mot chanoinies, n. 49. Albert, au mot évêques, art. xiij. Bibliotheq. canon. tome I. pp. 198 & suiv.
CHANOINES EXPECTANS, ou sub expectatione praebendae, étoient ceux qui en attendant une prébende, avoient le titre & la dignité de chanoines, voix en chapitre, & une forme ou place au choeur. C'est une des libertés de l'église gallicane, que le pape ne peut créer de chanoine dans aucune église cathédrale ou collégiale, sub expectatione futurae praebendae, même du consentement du chapitre, si ce n'est à l'effet seulement de pouvoir y posséder des dignités, personnats, ou offices, ce que l'on appelle chanoines ad effectum. C'est ce que décide la pragmat. sanction, tit. de collationib. §. item censuit. Voyez la bibliotheque de Bouchel, au mot chanoine ; Francis. Marc. tome I. quaest. 1042 & 1171. & tome II. quaest. 255. & au mot CHANOINE ad effectum.
CHANOINES FORAINS, forenses, sont ceux qui ne desservent pas en personne la chanoinie dont ils sont pourvûs. Il y avoit autrefois beaucoup de ces chanoines forains qui avoient des vicaires qui faisoient l'office pour eux. On peut encore mettre dans cette classe certains chapitres qui ont une place de chanoine dans la cathédrale, qu'ils font desservir par un vicaire perpétuel ; tels que ceux de S. Victor, de S. Martin-des-champs, de S. Denis-de-la-chartre, de S. Marcel, qui prennent le titre de hauts vicaires. C'est sans-doute aussi de-là que dans certaines églises il y a une bourse foraine différente de la bourse commune du chapitre.
CHANOINES HEREDITAIRES, sont des laïcs auxquels quelques églises cathédrales ou collégiales ont déféré le titre & les honneurs de chanoine honoraire, ou plutôt de chanoine ad honores.
C'est ainsi que dans le cérémonial romain l'empereur est reçu chanoine de S. Pierre de Rome.
Le Roi, par le droit de sa couronne, est le premier chanoine honoraire héréditaire des églises de S. Hilaire de Poitiers, de S. Julien du Mans, de S. Martin de Tours, d'Angers, de Lyon, & de Châlons. Lorsqu'il y fait son entrée, on lui présente l'aumusse & le surplis.
Quelques seigneurs particuliers ont aussi le titre de chanoine héréditaire dans certaines églises.
Les ducs de Berri sont chanoines honoraires de S. Jean de Lyon.
Just, baron de Tournon, étoit chanoine héréditaire de l'église de S. Just de Lyon.
Le sire de Thoire & de Villars l'étoit de S. Jean de Lyon.
Hervé, baron de Donzy, l'étoit de S. Martin de Tours ; les comtes de Nevers ses enfans & descendans y ont succédé. Voyez le traité de la noblesse, par de la Roque, page 69.
Les comtes de Châtelus prennent aussi le titre de premier chanoine héréditaire de l'église cathédrale d'Auxerre. L'origine de ce droit est de l'an 1423, où Claude de Beauvoir, seigneur de Châtelus, chassa des brigands qui occupoient Cravan ville appartenante au chapitre d'Auxerre : il y soutînt ensuite le siege pendant cinq semaines, fit une sortie, aida à défaire les assiégeans, fit prisonnier le connétable d'Ecosse leur général, & remit la ville au chapitre sans aucun dédommagement : en reconnoissance de quoi le chapitre lui accorda, pour lui & sa postérité, la dignité de premier chanoine héréditaire. Le comte de Châtelus en prit possession : après le serment prêté, il vint à la porte du choeur, pendant tierce, en habit militaire, botté, éperonné, revêtu d'un surplis, ayant un baudrier avec l'épée dessus, ganté des deux mains, l'aumusse sur le bras gauche, sur le poing un faucon, à la main droite un chapeau bordé garni d'une plume blanche ; il fut placé à droite dans les hautes chaires, entre le pénitencier & le soûchantre : 84 ans auparavant, son pere avoit été reçu en la même dignité.
Les seigneurs de Chailly, proche Fontainebleau, ont aussi un droit à-peu-près semblable, qui vient de ce qu'en 1475, Jean seigneur de Chailly donna au chapitre de Notre-Dame de Melun toutes les dixmes qu'il avoit à Chailly ; en reconnoissance de quoi, les chanoines de Melun s'obligerent de donner à ce seigneur, & à ses successeurs seigneurs de Chailly, toutes & quantes fois qu'ils seront en la ville de Melun, la distribution de pain, telle & semblable comme à l'un des chanoines de cette église, à toujours, perpétuellement, &c. Par une suite de cet accord, les seigneurs de Chailly sont en possession de prendre place dans la troisieme chaire haute, à droite du choeur de Notre-Dame de Melun. Ils ont occupé cette place en différentes occasions, & les nouveaux seigneurs y ont été installés la premiere fois par le chapitre ; entr'autres, Georges d'Esquidy, auquel, du consentement du chapitre, le chantre fit le 20 Mai 1718 prendre séance dans cette place, revêtu de l'aumusse, pour, lorsqu'il assisteroit au service divin, lui donner la distribution portée par ses titres ; & le chapitre fit chanter l'antienne sub tuum praesidium, & jouer de l'orgue. Extrait du procès-verbal.
CHANOINES HONORAIRES, sont de plusieurs sortes ; il y en a de laïcs & d'ecclésiastiques ; savoir,
1°. Des laïcs, qui sont chanoines honoraires & héréditaires dans certaines églises : on pourroit plutôt les appeller chanoines ad honores. Voyez ci-devant CHANOINES HEREDITAIRES.
2°. Il y a des ecclésiastiques qui par leur dignité sont chanoines honoraires nés de certaines églises, quoique leur dignité soit étrangere au chapitre. Par exemple, dans l'église noble de Brioude, les évêques du Puy & de Mende, avec leurs abbés, sont comtes nés de Brioude ; ce sont des chanoines honoraires.
3°. On peut en quelque sorte regarder comme chanoines honoraires, certaines églises & monasteres qui ont une place de chanoine dans quelqu'autre église cathédrale ou collégiale, comme les chanoines réguliers de S. Victor de Paris, qui ont droit d'entrée & de fonction dans l'église métropolitaine de Paris, & dans l'église collégiale de S. Cloud, parce qu'une prébende de ces chapitres est unie à leur maison. Voyez ci-devant CHANOINES FORAINS.
4°. Les chanoines ad effectum sont encore une autre sorte de chanoines honoraires. Voyez ci-devant CHANOINES ad effectum.
5°. On voit encore quelquefois des chanoines honoraires d'une autre espece, lorsqu'un chapitre confere ce titre à quelque personne distinguée dans l'église par sa naissance, sa dignité, ou par sa piété, sans que cette personne ait jamais été titulaire d'une prébende : c'est une aggrégation spirituelle que les chapitres ne font que pour de grandes considérations. Le cardinal de Fustemberg, quelques années avant sa mort, fut ainsi nommé chanoine honoraire de S. Martin de Tours.
6°. L'espece la plus commune des chanoines honoraires est celle des vétérans, qui ont servi vingt ans & plus leur église, & qui s'étant démis du titre de leur bénéfice, conservent le titre de chanoine honoraire, avec rang, séance, entrée au choeur, & même quelques droits utiles. C'est une récompense qu'il est juste d'accorder à ceux qui ont long-tems servi l'église, & qui continuent à édifier en assistant encore, autant qu'ils peuvent, au service divin. Lettre de M. Cochet de S. Valier, sur le traité des droits des chapitres. Voyez aussi CHANOINES JUBILAIRES.
CHANOINES JUBILAIRES, ou JUBILES, sont ceux qui desservent leurs prébendes depuis 50 ans : ils sont toujours réputés présens, & joüissent des distributions manuelles. Dans l'église cathédrale de Metz, on est jubilaire au bout de quarante ans.
CHANOINES LAÏCS, sont pour la plûpart des chanoines honoraires & héréditaires, dont on a parlé ci-devant aux mots CHANOINES HEREDITAIRES & CHANOINES HONORAIRES. Il y a cependant quelques exemples singuliers de chanoines titulaires qui sont laïcs, & même mariés. A Tirlemont en Flandre, il y a une église collégiale de chanoines fondés par un comte de Barlemont, qui doivent être mariés : ils portent l'habit ecclésiastique, mais ne sont point engagés dans les ordres : les canonicats valent environ 400 liv. monnoie de France. Le doyen doit être ecclésiastique, & non marié.
CHANOINES MAJEURS, sont ceux qui ont les grandes prébendes d'une église : on les appelle ainsi par opposition à ceux qui ont de moindres prébendes, qu'on appelle chanoines mineurs. Il y en a un exemple dans l'église cathédrale de S. Omer, où l'on distingue les prébendes majeures de quelques prébendes mineures qui sont d'une autre fondation.
CHANOINES MANSIONNAIRES ou RESIDENS, sont ceux qui desservent en personne leur église, à la différence des chanoines forains qui ont une place de chanoine qu'ils font desservir par un vicaire. Voyez ci-devant CHANOINE FORAIN.
CHANOINES MINEURS, ou petits chanoines, sont ceux qui ne possedent que les moindres prébendes, à la différence de ceux qui ont les grandes prébendes, qu'on appelle chanoines majeurs. Il y avoit dans l'église de Londres des chanoines mineurs, qui faisoient les fonctions des grands chanoines.
CHANOINE in minoribus, est celui qui n'est pas encore dans les ordres sacrés, n'a point de voix au chapitre, & ne joüit pas de certains honneurs.
CHANOINES MITRES, sont ceux qui par un privilége particulier qui leur a été accordé par les papes, ont le droit de porter la mitre. Les chanoines de la cathédrale & des quatre collégiales de Lyon, sont tous en possession de ce droit. Il y a aussi à Lucques des chanoines mitrés, auxquels ce droit a été confirmé par Grégoire IX.
CHANOINES-MOINES, étoient les mêmes que les chanoines-réguliers ; il en est parlé dans la vie de Grégoire IV. par Anastase le bibliothécaire, & dans un vieux pontifical de S. Prudence évêque de Troyes. Il y a encore quelques cathédrales dont le chapitre est composé de religieux.
CHANOINE-POINTEUR, est celui d'entre les chanoines qui est préposé pour marquer les absens, & ceux qui arrivent au choeur lorsque l'office est déjà commencé ; savoir, à matines, après le Venite exultemus ; à la messe, après le Kyrie eleison ; & à vêpres, après le premier pseaume. On l'appelle pointeur, parce que sur la liste des chanoines il marque un point à côté du nom des absens, ou de ceux qui arrivent trop tard au choeur. Quelquefois le pointeur, au lieu de faire un point, pique avec une épingle les noms de ceux qui sont dans le cas d'être pointés ou piqués, ce qui est la même chose.
CHANOINES-REGULIERS, sont ceux qui vivent en communautés, & qui, comme les religieux, ont ajoûté par succession de tems à la pratique de plusieurs observances régulieres, la profession solemnelle des voeux.
On les appelle réguliers, pour les distinguer des autres chanoines qui ont abandonné la vie commune, & qui ne font point de voeux.
Les clercs-chanoines qui observoient une regle & la vie commune, subsisterent pendant quelque tems sans aucune distinction entr'eux ; les uns disent jusque dans le sixieme siecle ; d'autres reculent cette époque jusqu'au onzieme siecle.
Ce qui est certain, c'est que par succession de tems quelques colléges de chanoines ayant quitté la regle & la vie commune, on les appella simplement chanoines ; & ceux qui retinrent leur premier état, chanoines réguliers. Voyez ce qui a été dit ci-devant au mot CHANOINE, touchant leur origine.
Les chanoines réguliers suivent presque tous la regle de S. Augustin, qui les assujettit à faire des voeux : il y a néanmoins plusieurs autres regles particulieres.
L'état des chanoines est peu différent de celui des moines ; si ce n'est que les chanoines réguliers sont appellés par état au soin des ames ; & qu'en conséquence ils sont en possession de tenir des bénéfices à charge d'ames ; au lieu que les moines n'ont pour objet que leur propre sanctification.
Les chanoines réguliers & les moines ont cela de commun, qu'ils ne peuvent ni hériter ni tester, & que leur communauté leur succede de droit.
Il y a encore quelques églises cathédrales dont les chapitres sont composés de chanoines réguliers, tels que ceux d'Usès & d'Aleth.
Yves de Chartres est regardé comme l'instituteur de l'état des chanoines réguliers en France.
Sur l'origine & l'état des chanoines réguliers, voyez Gabriel Penotus, Hist. canon. regular. Joannes Malegarus, Instituta & progressus clericalis canonicorum ordin. ; le II. tome de l'hist. des ord. monast. & l'hist. des chanoines par Chaponel.
CHANOINES RESIDENS, voyez ci-devant CHANOINES MANSIONNAIRES.
CHANOINES SECULARISES, sont ceux qui étant autrefois religieux ou chanoines réguliers, ont été mis dans le même état que les chanoines séculiers. Chopin, de sacrâ politiâ, liv. I. parle des chanoines sécularisés.
CHANOINE SECULIER, se dit quelquefois par opposition à chanoine régulier. Voyez ci-devant CHANOINE & CHANOINE REGULIER. Il s'entend aussi quelquefois des chanoines laïcs, honoraires, & héréditaires. Voyez ci-devant CHANOINES LAÏCS, CHANOINES HEREDITAIRES, & CHANOINES HONORAIRES.
CHANOINE SEMI-PREBENDE, est celui qui n'a qu'une demi-prébende.
CHANOINE ad succurrendum, étoit le titre que l'on donnoit à ceux qui se faisoient aggréger en qualité de chanoine à l'article de la mort, pour avoir part aux prieres du chapitre.
CHANOINE SURNUMERAIRE, étoit celui auquel on conféroit le titre de chanoine, sub expectatione futurae praebendae ; ce qui n'est point reçû parmi nous. Voyez ci-devant CHANOINE EXPECTANT ; & Francis. Marc. tome I. quaest. 16. & 1043. 1044. 1045. 1371. & tome II. quaest. 476. Voyez aussi CHANOINE ad effectum, qui est une espece de chanoines surnuméraires.
CHANOINE TERTIAIRE, tertiarius, étoit celui qui ne touchoit que la troisieme partie des fruits d'une prébende, de même que l'on voit encore des sémi-prébendés qui ne touchent que moitié du revenu d'une prébende qui est partagée entre deux chanoines.
CHANOINE DE TREIZE MARCS ; il en est parlé dans un ordinaire manuscrit de l'église de Roüen. Il y a apparence que ce surnom leur fut donné parce que le revenu de leurs canonicats étoit alors de treize marcs d'argent. (A)
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| CHANOINESSE | S. f. est une fille qui possede une prébende affectée à des filles par la fondation, sans qu'elles soient obligées de renoncer à leur bien, ni de faire aucun voeu.
Leur origine est presque aussi ancienne que celle des chanoines ; car sans remonter aux diaconesses de la primitive église, S. Augustin fonda dans le pourpris de son église d'Hippone un couvent de saintes filles, qui vivoient en communauté sous la regle qu'il leur avoit prescrite.
Plusieurs autres personnes en fonderent aussi en différens endroits.
Il en est parlé dans la novelle 59 de Justinien, & dans les constitutions de Charlemagne.
On n'en voit plus guere qu'en Flandre, en Lorraine, & en Allemagne.
Dans l'église de sainte-Marie du capitole à Cologne, il y a des chanoines & des chanoinesses, qui à certains jours de l'année font l'office dans le même choeur, & psalmodient ensemble. Voyage de Cologne par Joly, pag. 242.
Toutes ces chanoinesses peuvent être reçues en très-bas âge : elles doivent faire preuve de noblesse de plusieurs races, tant du côté paternel que du côté maternel ; ce qui fait que dans ces pays les personnes de qualité ne se mesallient pas, pour ne pas faire perdre à leurs filles le droit d'être admises dans ces chapitres nobles.
Elles chantent tous les jours au choeur l'office canonial avec l'aumusse, revêtues d'un habit ecclésiastique qui leur est particulier : elles peuvent porter le reste du jour un habit séculier pour aller en ville : elles logent chacune en des maisons séparées, mais renfermées dans un même enclos : elles ne sont engagées par aucun voeu solemnel, peuvent résigner leurs prébendes & se marier ; à l'exception de l'abbesse & de la doyenne, parce que celles-ci sont bénites.
Le concile d'Aix-la-Chapelle, en 816, fit une regle pour les chanoinesses, comprises en 28 articles ; elle est dans l'édition des conciles du P. Labbé, tome VII. p. 1406. Voyez capit. dilect. de majorit. & obed. & gl. verbo canoniss. & capitul. indemnitatibus, § supra dicta de elect. in VI°. Clément II. de statu monachor. & Clément I. de relig. domib. Barbosa, de canonic. & dignit. cap. j. n. 61. Defin. canon. p. 135. Pinson, de divis, benef. § 26. n. 62. Jacob. de Vitriaco, in hist. occid. cap. xxxj.
CHANOINESSES REGULIERES, sont une espece particuliere de religieuses qui suivent la regle de S. Augustin, & qui portent le titre de chanoinesses régulieres, au lieu de celui de religieuses.
Il y a plusieurs congrégations différentes de ces sortes de chanoinesses ; elles ne different proprement des autres religieuses que par le titre de chanoinesses qu'elles portent, & par la regle particuliere qu'elles observent. (A)
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| CHANOINIE | (Jurispr.) est le titre du bénéfice d'un chanoine. On distingue la chanoinie d'avec la prébende ; celle-ci peut subsister sans la chanoinie, au lieu que la chanoinie ne peut subsister sans la prébende, si l'on en excepte les chanoinies ou canonicats honoraires. C'est à la chanoinie que le droit de suffrage & les autres droits personnels sont annexés ; les droits utiles sont attachés à la prébende : mais on se sert plus communément du terme de canonicat, que de celui de chanoinie. Voyez ci-devant CANONICAT & CHANOINE. (A)
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| CHANONRY | (Géog.) petite ville de l'Ecosse septentrionale, dans la province de Ross, sur le golfe de Murray.
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| CHANQUO | (Hist. nat.) Boece de Boot dit qu'à Bengale les Indiens nomment ainsi une coquille de mer, qui n'est autre chose que la nacre de perle. On s'en sert pour faire des brasselets, & autres ornemens de bijouterie. Le même auteur nous apprend que c'étoit anciennement un usage établi au royaume de Bengale, de corrompre impunément les jeunes filles quand elles n'avoient point de brasselets de chanquo. (-)
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| CHANSON | S. f. (Litt. & Mus.) est une espece de petit poëme fort court auquel on joint un air, pour être chanté dans des occasions familieres, comme à table, avec ses amis, ou seul pour s'égayer & faire diversion aux peines du travail ; objet qui rend les chansons villageoises préférables à nos plus savantes compositions.
L'usage des chansons est fort naturel à l'homme : il n'a fallu, pour les imaginer, que déployer ses organes, & fixer l'expression dont la voix est capable, par des paroles dont le sens annonçât le sentiment qu'on vouloit rendre, ou l'objet qu'on vouloit imiter. Ainsi les anciens n'avoient point encore l'usage des lettres, qu'ils avoient celui des chansons : leurs lois & leurs histoires, les louanges des dieux & des grands hommes, furent chantées avant que d'être écrites ; & de-là vient, selon Aristote, que le même nom grec fut donné aux lois & aux chansons. (S)
Les vers des chansons doivent être aisés, simples, coulans, & naturels. Orphée, Linus, &c. commencerent par faire des chansons : c'étoient des chansons que chantoit Eriphanis en suivant les traces du chasseur Ménalque : c'étoit une chanson que les femmes de Grece chantoient aussi pour rappeller les malheurs de la jeune Calycé, qui mourut d'amour pour l'insensible Evaltus : Thespis barbouillé de lie, & montée sur des treteaux, célébroit la vendange, Silene & Bacchus, par des chansons à boire : toutes les odes d'Anacréon ne sont que des chansons : celles de Pindare en sont encore dans un style plus élevé ; le premier est presque toujours sublime par les images ; le second ne l'est guere souvent que par l'expression : les poésies de Sapho n'étoient que des chansons vives & passionnées ; le feu de l'amour qui la consumoit, animoit son style & ses vers. (B)
En un mot toute la poésie lyrique n'étoit proprement que des chansons : mais nous devons nous borner ici à parler de celles qui portoient plus particulierement ce nom, & qui en avoient mieux le caractere.
Commençons par les airs de table. Dans les premiers tems, dit M. de la Nauze, tous les convives, au rapport de Dicearque, de Plutarque, & d'Artemon, chantoient ensemble & d'une seule voix les louanges de la divinité : ainsi ces chansons étoient de véritables poeans ou cantiques sacrés.
Dans la suite les convives chantoient successivement, chacun à son tour, tenant une branche de myrthe, qui passoit de la main de celui qui venoit de chanter à celui qui chantoit après lui.
Enfin quand la Musique se perfectionna dans la Grece, & qu'on employa la lyre dans les festins, il n'y eut plus, disent les trois écrivains déjà cités, que les habiles gens qui fussent en état de chanter à table, du moins en s'accompagnant de la lyre ; les autres contraints de s'en tenir à la branche de myrthe, donnerent lieu à un proverbe grec, par lequel on disoit qu'un homme chantoit au myrthe, quand on le vouloit taxer d'ignorance.
Ces chansons accompagnées de la lyre, & dont Terpandre fut l'inventeur, s'appellent scolies, mot qui signifie oblique ou tortueux, pour marquer la difficulté de la chanson, selon Plutarque, ou la situation irréguliere de ceux qui chantoient, comme le veut Artemon : car comme il falloit être habile pour chanter ainsi, chacun ne chantoit pas à son rang, mais seulement ceux qui savoient la musique, lesquels se trouvoient dispersés çà-&-là, placés obliquement l'un par rapport à l'autre.
Les sujets des scolies se tiroient non-seulement de l'amour & du vin, comme aujourd'hui, mais encore de l'histoire, de la guerre, & même de la morale. Telle est cette chanson d'Aristote sur la mort d'Hermias son ami & son allié, laquelle fit accuser son auteur d'impiété.
" O vertu, qui malgré les difficultés que vous présentez aux foibles mortels, êtes l'objet charmant de leurs recherches ! vertu pure & aimable ! ce fut toujours aux Grecs un destin digne d'envie, que de mourir pour vous, & de souffrir sans se rebuter les maux les plus affreux. Telles sont les semences d'immortalité que vous répandez dans tous les coeurs ; les fruits en sont plus précieux que l'or, que l'amitié des parens, que le sommeil le plus tranquille : pour vous le divin Hercule & les fils de Léda essuyerent mille travaux, & le succès de leurs exploits annonça votre puissance. C'est par amour pour vous qu'Achille & Ajax allerent dans l'empire de Pluton ; & c'est en vûe de votre aimable beauté que le prince d'Atarne s'est aussi privé de la lumiere du soleil ; prince à jamais célebre par ses actions ! les filles de mémoire chanteront sa gloire toutes les fois qu'elles chanteront le culte de Jupiter hospitalier, ou le prix d'une amitié durable & sincere "
Toutes leurs chansons morales n'étoient pas si graves que celle-là : en voici une d'un goût différent, tirée d'Athénée.
" Le premier de tous les biens est la santé ; le second, la beauté ; le troisieme, les richesses amassées sans fraude ; & le quatrieme, la jeunesse qu'on passe avec ses amis ".
Quant aux scolies qui roulent sur l'amour & le vin, on en peut juger par les soixante & dix odes d'Anacréon qui nous restent : mais dans ces sortes de chansons même, on voyoit encore briller cet amour de la patrie & de la liberté dont les Grecs étoient transportés.
" Du vin & de la santé, dit une de ces chansons, pour ma Clitagora & pour moi, avec le secours des Thessaliens ". C'est qu'outre que Clitagora étoit thessalienne, les Athéniens avoient autrefois reçu du secours des Thessaliens contre la tyrannie des Pisistratides.
Ils avoient aussi des chansons pour les diverses professions : telles étoient les chansons des bergers, dont une espece appellée bucoliasme, étoit le véritable chant de ceux qui conduisoient le bétail ; & l'autre, qui est proprement la pastorale, en étoit l'agréable imitation : la chanson des moissonneurs, appellée le lytierse, du nom d'un fils de Midas qui s'occupoit par goût à faire la moisson : la chanson des meuniers, appellée hymée ou épiaulie, comme celle-ci tirée de Plutarque : Moulez, meule, moulez ; car Pittacus qui regne dans l'auguste Mytilene, aime à moudre ; parce que Pittacus étoit grand mangeur : la chanson des tisserands, qui s'appelloit éline : la chanson jule des ouvriers en laine : celle des nourrices, qui s'appelloit catabaucalese ou nunnie : la chanson des amans, appellée nomion : celle des femmes, appellée calycé, & harpalyce celle des filles ; ces deux dernieres étoient aussi des chansons d'amour.
Pour des occasions particulieres, ils avoient la chanson des noces, qui s'appelloit hyménée, épithalame : la chanson de Datis, pour des occasions joyeuses : les lamentations, l'ialême & le linos, pour des occasions funebres & tristes : ce linos se chantoit aussi chez les Egyptiens, & s'appelloit par eux maneros, du nom d'un de leurs princes. Par un passage d'Euripide cité par Athénée, on voit que le linos pouvoit aussi marquer la joie.
Enfin il y avoit encore des hymnes ou chansons en l'honneur des dieux & des héros : telles étoient les jules de Cérès & de Proserpine, la philélie d'Apollon, les upinges de Diane, &c. (S)
Ce genre passa des Grecs aux Latins ; plusieurs des odes d'Horace sont des chansons galantes ou bacchiques. (B)
Les modernes ont aussi leurs chansons de différentes especes selon le génie & le caractere de chaque nation : mais les François l'emportent sur tous les peuples de l'Europe, pour le sel & la grace de leurs chansons : ils se sont toujours plûs à cet amusement, & y ont toujours excellé ; témoin les anciens Troubadours. Nous avons encore des chansons de Thibaut comte de Champagne. La Provence & le Languedoc n'ont point dégénéré de leur premier talent : on voit toujours régner dans ces provinces un air de gaieté qui les porte au chant & à la danse : un provençal menace son ennemi d'une chanson, comme un italien menaceroit le sien d'un coup de stilet ; chacun a ses armes. Les autres pays ont aussi leurs provinces chansonnieres : en Angleterre, c'est l'Ecosse ; en Italie, c'est Venise.
L'usage établi en France d'un commerce libre entre les femmes & les hommes, cette galanterie aisée qui regne dans les sociétés, le mélange ordinaire des deux sexes dans tous les repas, le caractere même d'esprit des François, ont dû porter rapidement chez eux ce genre à sa perfection. (B)
Nos chansons sont de plusieurs especes ; mais en général elles roulent ou sur l'amour, ou sur le vin, ou sur la satyre : les chansons d'amour sont les airs tendres, qu'on appelle encore airs sérieux : les romances, dont le caractere est d'émouvoir l'ame par le récit tendre & naïf de quelqu'histoire amoureuse & tragique ; les chansons pastorales, dont plusieurs sont faites pour danser, comme les musettes, les gavottes, les branles, &c. (S)
On ne connoît guere les auteurs des paroles de nos chansons françoises : ce sont des morceaux peu réfléchis, sortis de plusieurs mains, & que pour la plûpart le plaisir du moment a fait naître : les musiciens qui en ont fait les airs sont plus connus, parce qu'ils en ont laissé des recueils complets ; tels sont les livres de Lambert, de Dubousset, &c.
Cette sorte d'ouvrage perpétue dans les repas le plaisir à qui il doit sa naissance. On chante indifféremment à table des chansons tendres, bacchiques, &c. Les étrangers conviennent de notre supériorité en ce genre : le françois débarrassé de soins, hors du tourbillon des affaires qui l'a entraîné toute la journée, se délasse le soir dans des soupers aimables de la fatigue & des embarras du jour : la chanson est son égide contre l'ennui, le vaudeville est son arme offensive contre le ridicule : il s'en sert aussi quelquefois comme d'une espece de soulagement des pertes ou des revers qu'il essuie ; il est satisfait de ce dédommagement : dès qu'il a chanté, sa haine ou sa vengeance expirent. (S)
Les chansons à boire sont assez communément des airs de basse, ou des rondes de table. Nous avons encore une espece de chanson qu'on appelle parodie ; ce sont des paroles qu'on ajuste sur des airs de violon ou d'autres instrumens, & que l'on fait rimer tant bien que mal, sans avoir égard à la mesure des vers.
La vogue des parodies ne peut montrer qu'un très-mauvais goût ; car outre qu'il faut que la voix excede & passe de beaucoup sa juste portée pour chanter des airs faits pour les instrumens, la rapidité avec laquelle on fait passer des syllabes dures & chargées de consonnes sur des doubles croches & des intervalles difficiles, choque l'oreille très-desagréablement. Les Italiens, dont la langue est bien plus douce que la nôtre, prodiguent à la vérité les vîtesses dans les roulades ; mais quand la voix a quelques syllabes à articuler, ils ont grand soin de la faire marcher plus posément, & de maniere à rendre les mots aisés à prononcer & à entendre. (S)
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| CHANT | S. m. (Musique) est en général une sorte de modification de la voix, par laquelle on forme des sons variés & appréciables. Il est très-difficile de déterminer en quoi le son qui forme la parole, differe du son qui forme le chant. Cette différence est certaine ; mais on ne voit pas bien précisément en quoi elle consiste. Il ne manque peut-être que la permanence aux sons qui forment la parole, pour former un véritable chant : il paroît aussi que les diverses inflexions qu'on donne à sa voix en parlant, forment des intervalles qui ne sont point harmoniques, qui ne font point partie de nos systèmes de Musique, & qui par conséquent ne peuvent être exprimés en notes.
Chant, appliqué plus particulierement à la Musique, se dit de toute musique vocale ; & dans celle qui est mêlée d'instrumens, on appelle partie de chant toutes celles qui sont destinées pour les voix. Chant se dit aussi de la maniere de conduire la mélodie dans toutes sortes d'airs & de pieces de musique. Les chants agréables frappent d'abord, ils se gravent facilement dans la mémoire ; mais peu de compositeurs y réussissent. Il y a parmi chaque nation des tours de chant usés, dans lesquels la plûpart des compositeurs retombent toûjours. Inventer des chants nouveaux, n'appartient qu'à l'homme de génie ; trouver de beaux chants, appartient à l'homme de goût. (S)
Le chant est l'une des deux premieres expressions du sentiment, données par la nature. Voyez GESTE.
C'est par les différens sons de la voix que les hommes ont dû exprimer d'abord leurs différentes sensations. La nature leur donna les sons de la voix, pour peindre à l'extérieur les sentimens de douleur, de joie, de plaisir dont ils étoient intérieurement affectés, ainsi que les desirs & les besoins dont ils étoient pressés. La formation des mots succéda à ce premier langage. L'un fut l'ouvrage de l'instinct, l'autre fut une suite des opérations de l'esprit. Tels on voit les enfans exprimer par des sons vifs ou tendres, gais ou tristes, les différentes situations de leur ame. Cette espece de langage, qui est de tous les pays, est aussi entendu de tous les hommes, parce qu'il est celui de la nature. Lorsque les enfans viennent à exprimer leurs sensations par des mots, ils ne sont entendus que des gens d'une même langue ; parce que les mots sont de convention, & que chaque société ou peuple a fait sur ce point des conventions particulieres.
Ce chant naturel dont on vient de parler, s'unit dans tous les pays avec les mots : mais il perd alors une partie de sa force ; le mot peignant seul l'affection qu'on veut exprimer, l'inflexion devient par-là moins nécessaire ; & il semble que sur ce point, comme en beaucoup d'autres, la nature se repose, lorsque l'art agit. On appelle ce chant, accent. Il est plus ou moins marqué, selon les climats. Il est presqu'insensible dans les tempérés ; & on pourroit aisément noter comme une chanson, celui des différens pays méridionaux. Il prend toûjours la teinte, si on peut parler ainsi, du tempérament des diverses nations. Voyez ACCENT.
Lorsque les mots furent trouvés, les hommes qui avoient déjà le chant, s'en servirent pour exprimer d'une façon plus marquée le plaisir & la joie. Ces sentimens qui remuent & agitent l'ame d'une maniere vive, dûrent nécessairement se peindre dans le chant avec plus de vivacité que les sensations ordinaires ; de-là cette différence que l'on trouve entre le chant du langage commun, & le chant musical.
Les regles suivirent long-tems après, & on réduisit en art ce qui avoit été d'abord donné par la nature ; car rien n'est plus naturel à l'homme que le chant, même musical : c'est un soulagement qu'une espece d'instinct lui suggere pour adoucir les peines, les ennuis, les travaux de la vie. Le voyageur dans une longue route, le laboureur au milieu des champs, le matelot sur la mer, le berger en gardant ses troupeaux, l'artisan dans son attelier, chantent tous comme machinalement ; & l'ennui, la fatigue, sont suspendus ou disparoissent.
Le chant consacré par la nature pour nous distraire de nos peines ou pour adoucir le sentiment de nos fatigues, & trouvé pour exprimer la joie, servit bien-tôt après pour célébrer les actions de graces que les hommes rendirent à la Divinité ; & une fois établi pour cet usage, il passa rapidement dans les fêtes publiques, dans les triomphes & dans les festins, &c. La reconnoissance l'avoit employé pour rendre hommage à l'Etre suprême ; la flaterie le fit servir à la louange des chefs des nations, & l'amour à l'expression de la tendresse. Voilà les différentes sources de la Musique & de la Poésie. Les noms de Poëte & de Musicien furent long-tems communs à tous ceux qui chanterent & à tous ceux qui firent des vers.
On trouve l'usage du chant dans l'antiquité la plus reculée. Enos commença le premier à chanter les louanges de Dieu, Genese 4. & Laban se plaint à Jacob son gendre, de ce qu'il lui avoit comme enlevé ses filles, sans lui laisser la consolation de les accompagner au son des chansons & des instrumens. Gen. 31.
Il est naturel de croire que le chant des oiseaux, les sons différens de la voix des animaux, les bruits divers excités dans l'air par les vents, l'agitation des feuilles des arbres, le murmure des eaux, servirent de modele pour régler les différens tons de la voix. Les sons étoient dans l'homme : il entendit chanter ; il fut frappé par des bruits ; toutes ses sensations & son instinct le porterent à l'imitation. Les concerts de voix furent donc les premiers. Ceux des instrumens ne vinrent qu'ensuite, & ils furent une seconde imitation : car dans tous les instrumens connus, c'est la voix qu'on a voulu imiter. Nous en devons l'invention à Jubal fils de Lamech : Ipse fuit pater canentium citharâ & organo. Genes. 4. Dès que le premier pas est fait dans les découvertes utiles ou agréables, la route s'élargit & devient aisée. Un instrument trouvé une fois, a dû fournir l'idée de mille autres. Voyez-en les différens noms à chacun de leurs articles.
Parmi les Juifs, le cantique chanté par Moyse & les enfans d'Israël, après le passage de la mer Rouge, est la plus ancienne composition en chant qu'on connoisse.
Dans l'Egypte & dans la Grece, les premiers chants connus furent des vers en l'honneur des dieux, chantés par les poëtes eux-mêmes. Bien-tôt adoptés par les prêtres, ils passerent jusqu'aux peuples, & de-là prirent naissance les concerts & les choeurs de Musique. Voyez CHOEUR & CONCERT.
Les Grecs n'eurent point de poésie qui ne fût chantée ; la lyrique se chantoit avec un accompagnement d'instrumens, ce qui la fit nommer mélique. Le chant de la poésie épique & dramatique étoit moins chargé d'inflexions, mais il n'en étoit pas moins un vrai chant ; & lorsqu'on examine avec attention tout ce qu'ont écrit les anciens sur leurs poésies, on ne peut pas révoquer en doute cette vérité. Voyez OPERA. C'est donc au propre qu'il faut prendre ce qu'Homere, Hésiode, &c. ont dit au commencement de leurs poëmes. L'un invite sa muse à chanter la fureur d'Achille ; l'autre va chanter les Muses elles-mêmes, parce que leurs ouvrages n'étoient faits que pour être chantés. Cette expression n'est devenue figure que chez les Latins, & depuis parmi nous.
En effet, les Latins ne chanterent point leurs poésies ; à la réserve de quelques odes & de leurs tragédies, tout le reste fut récité. César disoit à un poëte de son tems qui lui faisoit la lecture de quelqu'un de ses ouvrages. Vous chantez mal si vous prétendez chanter ; & si vous prétendez lire, vous lisez mal : vous chantez.
Les inflexions de la voix des animaux sont un vrai chant formé de tons divers, d'intervalles, &c. & il est plus ou moins mélodieux, selon le plus ou le moins d'agrément que la nature a donné à leur organe. Au rapport de Juan Christoval Calvete (qui a fait une relation du voyage de Philippe II. roi d'Espagne, de Madrid à Bruxelles, qu'on va traduire ici mot à mot), dans une procession solemnelle qui se fit dans cette capitale des Pays-Bas en l'année 1549, pendant l'octave de l'Ascension, sur les pas de l'archange S. Michel, couvert d'armes brillantes, portant d'une main une épée, & une balance de l'autre, marchoit un chariot sur lequel on voyoit un ours qui touchoit un orgue : il n'étoit point composé de tuyaux comme tous les autres, mais de plusieurs chats enfermés séparément dans des caisses étroites, dans lesquelles ils ne pouvoient se remuer : leurs queues sortoient en-haut, elles étoient liées par des cordons attachés au registre ; ainsi à mesure que l'ours pressoit les touches, il faisoit lever ces cordons, tiroit les queues des chats, & leur faisoit miauler des tailles, des dessus & des basses, selon les airs qu'il vouloit exécuter. L'arrangement étoit fait de maniere qu'il n'y eût point un faux ton dans l'exécution : y hazien consus aullidos altos y baxos una musica ben entonada, che era cosa nueva y mucho de ver. Des singes, des ours, des loups, des cerfs, &c. dansoient sur un théatre porté dans un char au son de cet orgue bizarre : una gratiosa dansa de monos, ossos, lobos, ciervos, y otros animales salvajes dançando delante y detras de una granjaula che en un carro tirava un quartago. Voyez DANSE.
On a entendu de nos jours un coeur très-harmonieux, qui peint le croassement des grenouilles, & une imitation des différens cris des oiseaux à l'aspect de l'oiseau de proie, qui forme dans Platée un morceau de musique du plus grand genre. Voyez BALLET & OPERA.
Le chant naturel variant dans chaque nation selon les divers caracteres des peuples & la température différente des climats, il étoit indispensable que le chant musical, dont on a fait un art long-tems après que les langues ont été trouvées, suivît ces mêmes différences ; d'autant mieux que les mots qui forment ces mêmes langues n'étant que l'expression des sensations, ont dû nécessairement être plus ou moins forts, doux, lourds, legers, &c. selon que les peuples qui les ont formés ont été diversement affectés, & que leurs organes ont été plus ou moins déliés, roides ou flexibles. En partant de ce point, qui paroît incontestable, il est aisé de concilier les différences qu'on trouve dans la musique vocale des diverses nations. Ainsi disputer sur cet article, & prétendre, par exemple, que le chant italien n'est point dans la nature, parce que plusieurs traits de ce chant paroissent étrangers à l'oreille, c'est comme si l'on disoit que la langue italienne n'est point dans la nature, ou qu'un italien a tort de parler sa langue. Voyez CHANTRE, EXECUTION, OPERA.
Les instrumens d'ailleurs n'ayant été inventés que pour imiter les sons de la voix, il s'ensuit aussi que la musique instrumentale des différentes nations doit avoir nécessairement quelque air du pays où elle est composée : mais il en est de cette espece de productions de l'art, comme de toutes les autres de la nature. Une femme vraiment belle, de quelque nation qu'elle soit, le doit paroître dans tous les pays où elle se trouve ; parce que les belles proportions ne sont point arbitraires. Un concerto bien harmonieux d'un excellent maître d'Italie, un air de violon, une ouverture bien dessinée, un grand choeur de M. Rameau, le Venite exultemus de M. Mondonville, doivent de même affecter tous ceux qui les entendent. Le plus ou le moins d'impression que produisent & la belle femme de tous les pays, & la bonne musique de toutes les nations, ne vient jamais que de la conformation heureuse ou malheureuse des organes de ceux qui voyent & de ceux qui entendent. (B)
CHANT AMBROSIEN, CHANT GREGORIEN ; voyez PLEIN-CHANT. (S)
* CHANT, (Littérat.) c'est une des parties dans lesquelles les Italiens & les François divisent le poëme épique. Le mot chant pris en ce sens, est synonyme à livre. On dit le premier livre de l'Iliade, de l'Enéide, du Paradis perdu, &c. & le premier chant de la Jérusalem délivrée, & de la Henriade. Le poëte épique tend à la fin de son ouvrage, en faisant passer son lecteur ou son héros par un enchaînement d'avantures extraordinaires, pathétiques, terribles, touchantes, merveilleuses. Il établit dans le cours du récit général de ces avantures, comme des points de repos pour son lecteur & pour lui. La partie de son poëme comprise entre un de ces points & un autre qui le suit, s'appelle un chant. Il y a dans un poëme épique des chants plus ou moins longs, plus ou moins intéressans, selon la nature des avantures qui y sont récitées. Il y a plus : il en est d'un chant comme d'un poëme entier ; il peut intéresser davantage une nation qu'une autre, dans un tems que dans un autre, une personne qu'une autre. Il y auroit une grande faute dans la machine, ou construction, ou conduite du poëme, si l'on pouvoit prendre la fin d'un chant, quel qu'il fût, excepté le dernier, pour la fin du poëme ; & il y auroit eu un grand art de la part du poëte, & il en fût résulté une grande perfection dans son poëme, s'il avoit sû le couper de maniere que la fin d'un chant laissât une sorte d'impatience de connoître la suite des choses, & d'en commencer un autre. Le Tasse me paroît avoir singulierement excellé dans cette partie. On peut interrompre la lecture d'Homere, de Virgile, & des autres poëtes épiques, à la fin d'un livre ; le Tasse vous entraîne malgré que vous en ayiez, & l'on ne peut plus quitter son ouvrage quand on en a commencé la lecture. Il n'en faut pas inférer de-là que j'accorde au Tasse la prééminence sur les autres poëtes épiques ; je dis seulement que par rapport à nous il l'emporte du côté de la machine sur Homere & Virgile, qui, au jugement des Grecs & des Romains, l'auroient peut-être emporté sur lui, si la colere d'Achille, l'établissement des restes de Troie en Italie, & la prise de Jérusalem par Godefroi de Bouillon, avoient pû être des évenemens chantés en même tems, & occasionner des poëmes jugés par les mêmes juges. Il me semble que les Italiens ont plus de droit que nous d'appeller les parties de leurs poëmes épiques, des chants, ces poëmes étant divisés chez eux par stances qui se chantent. Les Gondoliers de Venise chantent ou plûtôt psalmodient par coeur toute la Jérusalem délivrée, & l'on ne chante point parmi nous la Henriade ou le Lutrin, ni chez les Anglois le Paradis perdu. Il suit de ce qui précede, que les différens chants d'un poëme épique devroient être entr'eux, comme les actes d'un poëme dramatique ; & que, de même que l'intérêt doit croître dans le dramatique de scene en scene, d'acte en acte jusqu'à la catastrophe, il devroit aussi croître dans l'épique d'évenemens en évenemens, de chants en chants, jusqu'à la conclusion. Voyez DRAME, SCENE, ACTE, MACHINE, COUPE, POEME EPIQUE, &c.
* CHANT, (Belles-Lettres) se dit encore dans notre ancienne poésie, de plusieurs sortes de pieces de vers, les unes assujetties à certaines regles, les autres n'en ayant proprement aucune particuliere. Il y a le chant royal, le chant de Mai, le chant nuptial, le chant de joie, le chant pastoral, le chant de folie. Voyez, dans Clément Marot, des exemples de tous ces chants.
Le chant royal suit les mêmes regles que la ballade, la même mesure de vers, le même mélange de rime, & le même nombre de stances, si toutefois il est déterminé dans la ballade ; il a aussi son vers de refrein & son envoi. Il ne differe, dit-on, de la ballade que par le sujet. Le sujet de la ballade est toûjours badin ; celui du chant royal est toûjours sérieux. Cependant il y a dans Marot même un chant royal dont le refrein est, de bander l'arc ne guérit point la plaie, qui fut donné par François I. & dont le sujet est de pure galanterie. Voyez BALLADE. Le chant de Mai est aussi une ballade, mais dont le sujet est donné ; c'est le retour des charmes de la nature, des beaux jours & des plaisirs, avec le retour du mois de Mai. Selon que le poëte traite ce sujet d'une maniere grave ou badine, le chant de Mai est grave ou badin. Il y en a deux dans Marot, & tous les deux dans le genre grave. Le refrein n'est pas exactement le même à toutes les stances du premier ; il est dans une stance en précepte, & dans l'autre en défense : loüez le nom du Créateur ; n'en loüez nulle créature. Cette licence a lieu dans la ballade, sous quelque titre qu'elle soit. Le chant nuptial n'est qu'une épithalame en stances, où quelquefois les stances sont en ballade, dont le refrein est ou varié par quelque opposition agréable, ou le même à chaque stance. Le chant de joie est une ballade ordinaire sur quelque grand sujet d'allégresse, soit publique, soit particuliere. Le chant pastoral, une ballade dont les images & l'allégorie sont champêtres. Le chant de folie n'est qu'une petite piece satyrique en vers de dix syllabes, où l'on chante ironiquement le travers de quelqu'un.
CHANT, (Medecine, Physiologie) voyez VOIX & RESPIRATION ; (Pathologie & Hygiene) voyez EXERCICE.
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| CHANTABOUN | (Géog.) ville maritime d'Asie au royaume de Siam, sur une riviere qui porte son même nom.
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| CHANTEAU | S. m. (Jurispr.) dans quelques coûtumes & anciens auteurs, signifie part ou plûtôt partage : c'est en ce dernier sens qu'il y est dit que le chanteau part le villain. La coûtume de la Marche rédigée en 1521, porte, article 153. qu'entre hommes tenant héritages serfs ou mortaillables, le chanteau part le villain ; c'est-à-dire, continue le même article, que quand deux ou plusieurs desdits hommes, parens, ou autres qui par avant étoient communs, font pain séparé par maniere de déclaration de vouloir partir leurs meubles, ils sont tenus & réputés divis & séparés quant aux meubles, acquêts, conquêts, noms, dettes, & actions.
La coûtume d'Auvergne, chap. xxvij. article 7. porte que par ladite coûtume ne se peut dire ni juger aucun partage, avoir été fait entre le conditionné (c'est l'emphitéote main-mortable) & ses freres au retrait lignager par la seule demeure, séparé dudit conditionné & de ses autres freres ou parens, par quelque laps de tems que ce soit, s'il n'y a partage formel fait entre ledit conditionné & ses freres ou lignagers, ou commencement de partage par le partement du chanteau.
La disposition de cette coûtume fait connoître que le terme de chanteau ne signifie pas toûjours un partage de tous les biens communs, mais que le chanteau, c'est-à-dire une portion de quelque espece de ces biens qui est possédé séparément par un des mortaillables ou autres communiers, fait cesser la communauté qui étoit entr'eux, tant pour ces biens que pour tous les autres qu'ils possedent par indivis.
Le terme de chanteau peut aussi être pris pour pain séparé, car chanteau en général est une portion d'une chose ronde ; & comme les pains sont ordinairement ronds, le vulgaire appelle une piece de pain, chanteau ; & de-là dans le sens figuré, on a dit chanteau pour pain à part ou séparé. En effet, dans plusieurs coûtumes, le feu, le sel, & le pain, partent l'homme de morte-main ; c'est-à-dire, que quand les communiers ont leur feu, leur sel, ou leur pain à part, ils cessent d'être communs, quoiqu'ils n'ayent pas encore partagé les biens communs entr'eux. Voyez la coûtume du duché de Bourgogne, art. 90 ; celle de Comté, article 99 ; celle de Nivernois, tit. viij. art. 13.
Il résulte de ces différentes explications, que cette façon de parler, le chanteau part le villain, signifie que le moindre commencement de partage entre communiers fait cesser la communauté, quoiqu'ils possedent encore d'autres biens par indivis. Voyez la pratique de Masuer, tit. xxxij. art. 20 ; le gloss. de M. de Lauriere, au mot Chanteau. (A)
* CHANTEAU, (Tailleur) c'est ainsi que ces ouvriers appellent les especes de pointes qu'ils sont obligés d'ajoûter sur les côtés d'un manteau ou autre vêtement semblable, entre les deux lés du drap, tant pour lui donner l'ampleur nécessaire que pour l'arrondir.
* CHANTEAU, (Tonnell.) c'est entre les pieces du fond d'un tonneau ou autres vaisseaux ronds, celle du milieu, qui n'a point de semblable, & qui est terminée par deux segmens de cercles égaux.
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| CHANTEL-LE-CHASTEL | (Géog.) petite ville de France dans le Bourbonnois, sur la riviere de Boule. Long. 20. 35. lat. 46. 10.
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| CHANTELAGE | S. m. (Jurispr.) est un droit dû au seigneur pour le vin vendu en gros ou à broche sur les chantiers de la cave ou du cellier, situés dans l'étendue de sa seigneurie. Il en est parlé dans les statuts de la prevôté & échevinage de la ville de Paris, & au livre ancien qui enseigne la maniere de procéder en cour laye, où il est dit que le chantelage est un droit que l'on prend pour les chantiers qui sont assis sur les fonds du seigneur. Voyez Chopin, sur le chap. viij. de la coûtume d'Anjou, à la fin. Le droit de chantelage se payoit aussi anciennement, pour avoir la permission d'ôter le chantel du tonneau & en vuider la lie dans les villes ; c'est ce que l'on voit dans le registre des péages de Paris. Chantelage, dit ce registre, est une coûtume assise anciennement, par laquelle il fut établi qu'il loisoit à tous ceux qui le chantelage payent, d'ôter le chantel de leur tonneau, & vuider la lie ; & parce qu'il sembloit que ceux qui demeurent à Paris n'achetoient du vin que pour le revendre, & quand il étoit vendu ôter le chantel de leur tonneau, & ôter leur lie, pour ce fut mis le chantelage sur les demeurans & bourgeois de Paris. Voyez l'indice de Ragueau ; & Lauriere, ibid. au mot chantelage. Dans des lettres du 9 Août 1359, accordées par Charles régent du royaume, les Arbalêtriers de la ville de Paris sont exemptés, pour leurs denrées, vivres, ou marchandises qu'ils font venir à Paris ou ailleurs, de tous droits de gabelles, travers, chantiées, &c. Ce mot chantiées signifie en cet endroit la même chose que chantelage : car dans des lettres du mois de Février 1615, accordées à ces mêmes Arbalêtriers, le terme de chantelage se trouve substitué à celui de chantiées. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race, tome III. pag. 361 & la note de M. Secousse, ibid. (A)
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| CHANTELLE | S. f. (Jurisprud.) en quelques provinces est une taille personnelle dûe au seigneur par ses mortaillables à cause de leur servitude. Elle paroît avoir été ainsi nommée de chantel, qui signifie la même chose que lieu ou habitation, parce qu'elle se paye au seigneur par les serfs, pour la permission de demeurer dans sa seigneurie, & d'y posséder certains héritages ; par exemple, suivant une charte de l'an 1279, les habitans de Saint-Palais en Berri payent douze deniers à leur seigneur, de foco, loco, & chantello. Quilibet, est-il dit, per se tenens focum certum, & locum, vel chantellum, in dicta villa.... duodecim denarios parisienses solvet tantummodo annuatim.... On voit qu'en cet endroit locum & chantellum sont synonymes.
La coûtume de Bourbonnois, art. 192. & 203. fait mention d'un droit dû au seigneur par certains serfs, appellé les quatre deniers de chantelle. M. de Lauriere, en son glossaire du Droit François, au mot chantelle, estime que ces derniers sont ainsi appellés, parce qu'ils sont dûs par les serfs de la châtellenie de Chantelle. Il agite ensuite si cette châtellenie n'auroit point été ainsi nommée à cause que les serfs qui y demeurent payent au seigneur quatre deniers de foco, loco, & chantello, comme ceux de Saint-Palais en Berri ; mais il n'adopte pas cette opinion. Il ne paroît pas cependant que le droit de chantelle ait été ainsi nommé de la châtellenie de Chantelle, attendu qu'il se perçoit en bien d'autres endroits ainsi que l'annonce la coûtume de Bourbonnois, qui porte qu'il y a plusieurs serfs audit pays, dont aucuns payent quatre deniers à cause de leur servitude, ce qui s'appelle les quatre deniers de chantelle ; & plus loin il est dit, que tous ceux qui doivent quatre deniers de taille, que l'on appelle les quatre deniers de chantelle, & tous leurs descendans, ainsi qu'ils se trouvent écrits au terrier ou papier du prevôt desdits quatre deniers de chantelle, sont tous serfs & de serve condition, de poursuite, & de morte-main. (A)
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| CHANTEPLEURE | terme d'Architecture, barbacane ou ventouse qu'on fait aux murs de clôture, construits près de quelques eaux courantes, afin que dans leur débordement elles puissent entrer dans le clos & en sortir librement, sans endommager les murs.
* CHANTEPLEURE, s. f (Tonnell.) espece d'entonnoir fabriqué par les Tonneliers, & à l'usage des Marchands de vin. Voyez cet instrument, Planche du Tonn. fig. 18. Il a la forme d'un petit cuvier échancré à sa circonférence ; cette échancrure sert à emboîter les vaisseaux dont on se sert pour le remplir, afin que ce remplissage se fasse sans répandre de liqueur. Son fond est percé d'un trou auquel on a adopté une douille, ou queue de fer-blanc, plus ou moins longue, mais criblée de petits trous sur toute sa longueur ; on passe cette douille dans la bonde d'un tonneau ; elle descend jusque dans la liqueur, & transmet celle qu'on a versée dans le cuvier, & qu'on veut transvaser dans le tonneau, sans troubler celle qui y est déjà. Pour arrêter les ordures qui passeroient avec la liqueur, on a bouché l'ouverture de la douille qui est au-dedans du cuvier, d'un morceau de fer-blanc percé de trous, & cloué sur le fond du cuvier.
* CHANTEPLEURE, (Oecon. rustiq.) On donne ce nom à des canelles aussi simples que de peu de valeur, qu'on adapte à la campagne au-bas des vaisseaux remplis de liqueur, comme les cuves à fouler la vendange, les tonneaux à piquette, les cuviers à couler la lessive, les barrils qui contiennent l'huile de noix, ceux où l'on met le vinaigre, &c. Ce n'est autre chose que l'assemblage de deux morceaux de bois, dont l'un est percé dans toute sa longueur, & dont l'autre s'insere dans le morceau de bois percé, comme une cheville qui rempliroit exactement le trou. Celui-ci est mobile ; l'ouverture où on le place est en-dehors du vaisseau ; l'autre est en-dedans. On le tire ou on le pousse, pour tirer ou arrêter la liqueur.
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| CHANTER | c'est faire différentes inflexions de voix agréables à l'oreille, & toûjours correspondantes aux intervalles admis dans la Musique, & aux notes qui les expriment.
La premiere chose qu'on fait en apprenant à chanter, est de parcourir une gamme en montant par les degrés diatoniques jusqu'à l'octave, & ensuite en descendant par les mêmes notes. Après cela on monte & l'on descend par de plus grands intervalles, comme par tierces, par quartes, par quintes ; & l'on passe de cette maniere par toutes les notes, & par tous les différens intervalles. Voyez ECHELLE, GAMME, OCTAVE.
Quelques-uns prétendent qu'on apprendroit plus facilement à chanter, si au lieu de parcourir d'abord les degrés diatoniques, on commençoit par les consonnances, dont les rapports plus simples sont plus aisés à entonner. C'est ainsi, disent-ils, que les intonations les plus aisées de la trompette & du cor sont d'abord les octaves, les quintes, & les autres consonnances, & qu'elles deviennent plus difficiles pour les tons & sémi-tons. L'expérience ne paroît pas s'accorder à ce raisonnement ; car il est constant qu'un commençant entonne plus aisément l'intervalle d'un ton que celui d'un octave, quoique le rapport en soit bien plus composé : c'est que si d'un côté le rapport est plus simple, de l'autre la modification de l'organe est moins grande. Chacun voit que si l'ouverture de la glotte, la longueur ou la tension des cordes gutturales est comme 8, il s'y fait un moindre changement pour les rendre comme 9, que pour les rendre comme 16.
Mais on ne sauroit disconvenir qu'il n'y ait dans les degrés de l'octave, en commençant par ut, une difficulté d'intonation dans les trois tons de suite, qui se trouvent du fa au si, laquelle donne la torture aux éleves, & retarde la formation de leur oreille. Voyez OCTAVE & SOLFIER. Il seroit aisé de prévenir cet inconvénient en commençant par une autre note, comme seroit sol ou la, ou bien en faisant le fa diéze, ou le si bémol. (S)
On a fait un art du chant ; c'est-à-dire que des observations sur des voix sonores qui chantoient le plus agréablement, on a composé des regles pour faciliter & perfectionner l'usage de ce don naturel (Voyez MAITRE A CHANTER) ; mais il paroît par ce qui précede, qu'il y a encore bien des découvertes à faire sur la maniere la plus facile & la plus sûre d'acquérir cet art.
Sans son secours, tous les hommes chantent, bien ou mal ; & il n'y en a point qui en donnant une suite d'inflexions différentes de la voix, ne chante ; parce que quelque mauvais que soit l'organe, ou quelque peu agréable que soit le chant qu'il forme, l'action qui en résulte alors est toûjours un chant.
On chante sans articuler des mots, sans dessein formé, sans idée fixe, dans une distraction, pour dissiper l'ennui, pour adoucir les fatigues ; c'est de toutes les actions de l'homme celle qui lui est la plus familiere, & à laquelle une volonté déterminée a le moins de part.
Un muet donne des sons, & forme par conséquent des chants : ce qui prouve que le chant est une expression distincte de la parole. Les sons que peut former un muet peuvent exprimer les sensations de douleur ou de plaisir. De-là il est évident que le chant a son expression propre, indépendante de celle de l'articulation des paroles. Voyez EXPRESSION.
La voix d'ailleurs est un instrument musical dont tous les hommes peuvent se servir sans le secours de maîtres, de principes ou de regles. Une voix sans agrément & mal conduite distrait autant de son propre ennui la personne qui chante, qu'une voix sonore & brillante, formée par l'art & le goût. Voyez VOIX. Mais il y a des personnes qui par leur état sont obligées à exceller dans la maniere de se servir de cet organe. Sur ce point, comme dans tous les autres arts agréables, la médiocrité, dont les oreilles peu délicates se contentent, est insupportable à celle que l'expérience & le goût ont formées. Tous les chanteurs & chanteuses qui composent l'académie royale de Musique sont dans cette position.
L'opéra est le lieu d'où la médiocrité, dans la maniere de chanter, devroit être bannie ; parce que c'est le lieu où on ne devroit trouver que des modeles dans les différens genres de l'art. Tel est le but de son établissement, & le motif de son érection en académie royale de Musique.
Tous les sujets qui composent cette académie devroient donc exceller dans le chant, & nous ne devrions trouver entr'eux d'autres différences que celles que la nature a pû répandre sur leurs divers organes. Que l'art est cependant loin encore de cette perfection ! Il n'y a à l'opéra que très-peu de sujets qui chantent d'une maniere parfaite ; tous les autres, par le défaut d'adresse, laissent dans leur maniere de chanter une infinité de choses à desirer & à reprendre. Presque jamais les sons ne sont donnés ni avec la justesse, ni avec l'aisance, ni avec les agrémens dont ils sont susceptibles. On voit par-tout l'effort ; & toutes les fois que l'effort se montre, l'agrément disparoît. Voyez CHANT, CHANTEUR, MAITRE A CHANTER, VOIX.
Le poëme entier d'un opéra doit être chanté ; il faut donc que les vers, le fond, la coupe d'un ouvrage de ce genre, soient lyriques. Voyez COUPE, LYRIQUE, OPERA. (B)
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| CHANTERELLA | S. f. (Bot.) M. Tournefort comprend sous cette dénomination tous les champignons qui ont la tête solide, c'est-à-dire qui ne l'ont ni laminée, ni poreuse, ni treillissée ; qui sont sans piquans, & qui ne se tournent point en poussiere en mûrissant. Voyez CHAMPIGNON.
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| CHANTERELLE | S. f. (Luth. & Musiq. inst.) c'est ainsi qu'on appelle la corde la plus aiguë du violon & autres instrumens à corde.
CHANTERELLE, (Chapel.) c'est dans l'arçon des Chapeliers la partie qui sert à faire resonner la corde, dont le son indique à l'ouvrier qu'elle est assez bandée pour battre & voguer. Voyez les articles ARÇON & CHAPEAU.
CHANTERELLE, en terme de Tireur d'or, est une petite bobine sous laquelle passe le battu en sortant des roues du moulin. On la nomme ainsi à cause du bruit qu'elle fait.
* CHANTERELLE, (Chasse) c'est ainsi qu'on appelle les oiseaux qu'on a mis en cage, pour servir d'appeaux à ceux à qui on a tendu quelques piéges. On met la perdrix femelle au bout des sillons où l'on a placé des passées & des lacets, & elle y fait donner les mâles en les appellant par son chant.
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| CHANTEUR | EUSE, s. (Musicien) acteur de l'opéra, qui récite, exécute, joue les rôles, ou qui chante dans les choeurs des tragédies & des ballets mis en musique.
Les chanteurs de l'opéra sont donc divisés en récitans & en choristes, & les uns & les autres sont distingués par la partie qu'ils exécutent ; il y a des chanteurs hautes-contre, tailles, basses-tailles ; des chanteuses premiers & seconds-dessus. Voyez tous ces différents mots, & l'article PARTIES.
Parmi ceux qui exécutent les rôles, il y a encore une très-grande différence entre les premiers chanteurs, & ceux qui en leur absence (par maladie ou défaut de zele) les remplacent, & qu'on nomme doubles.
Les chanteurs qui jouent les premiers rôles sont pour l'ordinaire les favoris du public ; les doubles en sont les objets de déplaisance. On dit communément : cet opéra n'ira pas loin, il est en double.
L'opéra de Paris est composé actuellement de dix-sept chanteurs ou chanteuses récitans, & de plus de cinquante chanteurs & chanteuses pour les choeurs. Voyez CHOEURS. On leur donne communément leur nom d'acteurs & d'actrices de l'opéra ; & ils prennent la qualité d'ordinaires de l'académie royale de Musique. Les exécutans dans l'orchestre & dans les choeurs prennent aussi la même qualité. Voyez OPERA & ORCHESTRE.
Nous jouissons de nos jours d'un chanteur & d'une chanteuse qui ont porté le goût, la précision, l'expression & la légereté du chant, à un point de perfection qu'avant eux on n'avoit prévû ni crû possible. L'art leur est redevable de ses plus grands progrès ; car c'est sans-doute aux possibilités que M. Rameaux a pressenties dans leurs voix flexibles & brillantes, que l'opéra doit ces morceaux saillans, dont cet illustre compositeur a enrichi le chant françois. Les petits musiciens se sont d'abord élevés contre ; plusieurs admirateurs du chant ancien, parce qu'ils n'en connoissoient point d'autre, ont été révoltés, en voyant adapter une partie des traits difficiles & brillans des Italiens, à une langue qu'on n'en croyoit pas susceptible : des gens d'un esprit étroit, que toutes les nouveautés allarment, & qui pensent orgueilleusement que l'étendue très-bornée de leurs connoissances est le nec plus ultrà des efforts de l'art, ont tremblé pour le goût de la nation. Elle a ri de leurs craintes, & dédaigné leurs foibles cris : entraînée par le plaisir, elle a écouté avec transport, & son enthousiasme a partagé ses applaudissemens entre le compositeur & les exécutans. Les talens des Rameau, des Jeliote, & des Fel, sont bien dignes en effet d'être unis ensemble. Il y a apparence que la postérité ne s'entretiendra guere du premier, sans parler des deux autres. Voyez EXECUTION.
En conformité des lettres-patentes du 28 Juin 1669, par lesquelles l'académie royale de Musique a été créée, & des nouvelles lettres données le mois de Mars 1671, les chanteurs & chanteuses de l'opéra ne dérogent point : lorsqu'ils sont d'extraction noble, ils continuent à jouir des priviléges & de tous les droits de la noblesse. Voyez DANSER.
Les chanteurs & les chanteuses qui exécutent les concerts chez le Roi & chez la Reine, sont appellés ordinaires de la Musique de la chambre du Roi. Lorsque Louis XIV. donnoit des fêtes sur l'eau, il disoit, avant qu'on commençât le concert : je permets à mes musiciens de se couvrir, mais seulement à ceux qui chantent.
Il y a à la chapelle du Roi plusieurs castrati qu'on tire de bonne heure des écoles d'Italie, & qui chantent dans les motets les parties de dessus. Louis XIV. avoit des bontés particulieres pour eux ; il leur permettoit la chasse dans ses capitaineries, & leur parloit quelquefois avec humanité. Ce grand roi prenoit plaisir à consoler ces malheureux de la barbarie de leurs peres. Voyez CASTRATI, CHANT, CHANTRE, EXECUTION, OPERA. (B)
CHANTEUR, (oiseau) voyez ROITELET.
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| CHANTIÉES | (Jurisprudence) voyez ci-devant CHANTELAGE.
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| CHANTIER | S. m. Ce mot a plusieurs acceptions, dont quelques-unes n'ont aucun rapport avec les autres.
Les Menuisiers, les Charpentiers, les Constructeurs de vaisseaux, les Marchands de bois, les Constructeurs de trains, les Cordiers, les Tonneliers, &c. ont leurs chantiers.
CHANTIER, terme de Marine, est l'endroit où l'on construit un vaisseau. On dit un chantier de construction ; mettre un vaisseau sur le chantier ; l'ôter du chantier, &c.
Le chantier proprement dit, est l'endroit où l'on pose la quille du vaisseau qu'on veut construire, & les pieces de bois qui la soûtiennent, & qu'on appelle tins. Voyez Pl. VIII. de Marine, un chantier sur lequel il y a un bâtiment M, & les tins K qui soûtiennent sa quille. Voyez TINS.
Pour bien mettre la quille sur le chantier, il faut que les tins soient placés à six piés les uns des autres, & avoir attention que le milieu de la quille porte bien sur le milieu de chaque tin ; il faut prendre garde de tenir la quille plus haute à l'arriere, & que cette hauteur soit convenable pour la facilité la plus grande de lancer le navire à l'eau. Voyez cette position dans la figure citée.
Dans un arsenal, le chantier est dans une forme, bassin, ou chambre. Voyez Pl. VIII. le bassin ou la chambre, & son chantier E F G H. (Z)
CHANTIER, (Menuis. Charpent. & autres ouvr.) c'est le lieu où ces ouvriers ont disposé leurs planches & autres bois, soit en plein air, soit à l'abri sous des hangars, & où ils font une partie de leurs ouvrages.
CHANTIER, (Marchand de bois) est un espace sur les quais ou autres endroits voisins de la riviere, où l'on met en pile le bois à brûler, & où les particuliers vont s'en pourvoir.
CHANTIER, (Marchand de vin) ce sont des pieces de bois sur lesquelles les tonneaux sont élevés dans les caves, à environ un pié de terre, pour que l'humidité n'en attaque pas les cerceaux & les douves.
CHANTIER, (Constructeur de trains) bûches ou perches auxquelles on a pratiqué des hoches, dans lesquelles passent les roüettes qui lient ensemble un certain nombre d'autres bûches contenues entr'elles, qu'on appelle chantiers. Les hoches sont pratiquées sur le bout des chantiers (Voyez ROUETTES), & elles empêchent les roüettes de s'échapper de dessus elles, & les différentes parties du train de se dissoudre. Voyez TRAIN.
CHANTIER, (Charpent.) les Charpentiers donnent ce nom aux pieces de bois sur lesquelles ils ont placé leurs ouvrages, pour les travailler & les mettre de niveau ; d'où ils ont fait le verbe chantier. Voyez CHANTIER.
CHANTIER, (Marchand de blé) pieces de bois sur lesquelles les sacs sont placés sur les ports au blé.
CHANTIER A COMMETTRE, (Corderie) est un bâti de deux grosses pieces de bois d'un pié & demi d'équarrissage, & de dix piés de long, maçonné en terre ; les deux pieces éloignées l'une de l'autre de six piés, supportent une forte traverse de bois percée de quatre à cinq trous, dans lesquels passent les manivelles. Voyez MANIVELLES & CORDERIE.
Ces différentes acceptions de chantier ont donné lieu à une façon de parler commune entre les Artistes ; c'est être sur le chantier, pour dire se travailler actuellement ; & elle a passé des boutiques, des atteliers, &c. dans la société, où elle s'applique à d'autres ouvrages qui n'ont rien de méchanique.
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| CHANTIGNOLE | S. f. (Charpent.) est une piece de bois coupée quarrément par un bout & en angle par l'autre, mise en embrévement sur l'arbalétrier, au-dessous du tasseau qui soûtient les pannes. Voyez la fig. 17. Pl. du Charpent. n°. 22.
CHANTIGNOLE, en Architect. Voyez BRIQUES. (P)
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| CHANTOCÉ | (Géog.) petite ville de France en Anjou, sur la rive droite de la Loire.
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| CHANTOURNER | v. act. terme d'Archit. de Menuis. & autres Artist. c'est couper en-dehors, ou évider en-dedans, une piece de bois, une plaque de métal, ou même une table de marbre, suivant un profil ou dessein donné. Le même terme a lieu en Peinture, & se dit & des objets représentés sur la toile, & des bordures auxquelles on a pratiqué des éminences ou contours qui font rentrer & saillir quelques-unes de leurs parties.
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| CHANTRE | S. m. ecclésiastique ou séculier qui porte alors l'habit ecclésiastique, appointé par les chapitres pour chanter dans les offices, les récits, ou les choeurs de musique, &c. On ne dit jamais chanteur, que lorsqu'il s'agit du chant profane (voyez CHANTEUR) ; & on ne dit jamais chantre, que lorsqu'il s'agit du chant d'église. Les chantres de la musique des chapitres sont soumis au grand-chantre, qui est une dignité ecclésiastique : ils exécutent les motets, & chantent le pleinchant, &c. On donnoit autrefois le nom de chantres aux musiciens de la chapelle du roi : ils s'en offenseroient aujourd'hui ; on les appelle musiciens de la chapelle.
Ceux même des chapitres qui exécutent la musique, ne veulent point qu'on leur donne ce nom ; ils prétendent qu'il ne convient qu'à ceux qui sont pour le pleinchant, & ils se qualifient musiciens de l'église dans laquelle ils servent ; ainsi on dit les musiciens de Notre-Dame, de la sainte Chapelle, &c.
Pendant le séjour de l'empereur Charlemagne à Rome en l'an 789, les chantres de sa chapelle qui le suivoient ayant entendu les chantres romains, trouverent leur façon de chanter risible, parce qu'elle différoit de la leur, & ils s'en moquerent tout haut sans ménagement : ils chanterent à leur tour ; & les chantres romains, aussi adroits qu'eux pour le moins à saisir & à peindre le ridicule, leur rendirent avec usure toutes les plaisanteries qu'ils en avoient reçues.
L'empereur qui voyoit les objets en citoyen du monde, & qui étoit fort loin de croire que tout ce qui étoit bon sur la terre fût à sa cour, les engagea les uns & les autres à une espece de combat de chant, dont il voulut être le juge ; & il prononça en faveur des romains. Le P. Daniel, hist. de Fr. tome I. p. 472.
On voit par-là combien les François datent de loin en fait de préventions & d'erreurs sur certains chapitres : mais un roi tel que Charlemagne n'étoit pas fait pour adopter de pareilles puérilités ; il semble que cette espece de feu divin qui anime les grands hommes, épure aussi leur sentiment, & le rend plus fin, plus délicat, plus sûr que celui des autres hommes. Personne dans le royaume ne l'avoit plus exquis que Louis XIV. le tems a confirmé presque tous les jugemens qu'il a portés en matiere de goût.
On dit chantre, en Poésie, pour dire poëte : ainsi on désigne Orphée sous la qualification de chantre de la Thrace, &c. On ne s'en sert que rarement dans le style figuré, & jamais dans le simple. (B)
CHANTRE, s. m. (Jurispr.) en tant que ce terme signifie un office ou bénéfice, est ordinairement une des premieres dignités d'un chapitre. Le chantre a été ainsi nommé par excellence, parce qu'il est le maître du choeur.
Dans les actes latins il est nommé cantor, praecentor, choraules. Le neuvieme canon du concile de Cologne, tenu en 1620, leur donne le titre de chor-évêques, comme étant proprement les évêques ou intendans du choeur. Voyez tome XI. des conciles, pag. 789. Le concile tenu en la même ville en 1536, canon iij. leur donne le même titre : cantores qui & chorepiscopi, tome XIV. des conciles, p. 510. Dans la plûpart des cathédrales & collégiales, le chantre en dignité est surnommé grand-chantre, pour le distinguer des simples chantres ou choristes à gages.
Le concile de Mexique tenu en 1585, ch. v. regle les fonctions du chantre, & dit qu'il doit faire mettre toutes les semaines dans le choeur un tableau où l'ordre du service divin soit marqué.
Le chantre porte la chape & le bâton cantoral dans les fêtes solemnelles, & donne le ton aux autres en commençant les pseaumes & les antiennes ; tel est l'usage de plusieurs églises ; & Chopin dit que c'est un droit commun, de sacr. polit. lib. I. tit. iij. n. 10.
Il porte dans ses armes un bâton de choeur, pour marque de sa dignité. Dans quelques chapitres où il est le premier dignitaire, on l'appelle en latin primicerius ; & dans quelques autres on lui donne en françois le titre de précenteur, du latin praecentor.
C'étoit lui anciennement qui dirigeoit les diacres & les autres ministres inférieurs, pour le chant & les autres fonctions de leurs emplois.
Dans le chapitre de l'église de Paris, le chantre, qui est la seconde dignité, a une jurisdiction contentieuse sur tous les maîtres & maîtresses d'école de cette ville. Cette jurisdiction est exercée par un juge ; un vicegérent, un promoteur, & autres officiers nécessaires. L'appel des sentences va au parlement. M. le chantre a aussi un jour marqué dans l'année auquel il tient un synode pour tous les maîtres & maîtresses d'école de cette ville.
La jurisdiction contentieuse du chantre de l'église de Paris a été confirmée par plusieurs arrêts, des 4 Mars, 28 Juin 1685, 19 Mai 1628, 10 Juillet 1632, 29 Juillet 1650, 5 Janvier 1665, 31 Mars 1683. Voyez les mém. du clergé, édit. de 1716, tome I. pag. 1049 & suiv.
Les Ursulines ne sont pas soumises à sa jurisdiction. Ibid.
Il y a eu aussi arrêt du 25 Mai 1666 pour les curés de Paris contre M. le chantre, au sujet des écoles de charité. Voyez le recueil de Decombes greffier de l'officialité, part. II. ch. v. p. 805.
Dans quelques églises, le chantre est la premiere dignité ; dans d'autres il n'est que la seconde, troisieme ou quatrieme, &c. cela dépend de l'usage de chaque église. Voyez le traité des mat. bénéfic. de Fuet, liv. II. ch. jv. (A)
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| CHANTRERIE | S. f. (Jurisp.) est la dignité, office ou bénéfice de chantre, dans les églises cathédrales ou collégiales. Voyez ci-devant CHANTRE. (A)
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| CHANVRE | S. m. (Hist. nat.) cannabis, genre de plante à fleurs sans pétales, composée de plusieurs étamines soutenues sur un calice, & stérile, comme l'a observée Caesalpin. Les embryons sont sur les plants qui ne portent point de fleurs ; ils deviennent des capsules qui renferment une semence arrondie. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
On connoît deux sortes de chanvre, le sauvage, & le domestique.
Le sauvage, cannabis erratica, paludosa, sylvestris, Ad. Lobel. est un genre de plante dont les feuilles sont assez semblables à celles du chanvre domestique, hormis qu'elles sont plus petites, plus noires & plus rudes ; du reste cette plante ressemble à la guimauve, quant à ses tiges, sa graine & sa racine.
Le chanvre domestique dont il s'agit ici, est caractérisé par nos Botanistes de la maniere suivante.
Ses feuilles disposées en main ouverte, naissent opposées les unes aux autres : ses fleurs n'ont point de pétales visibles ; la plante est mâle & femelle.
On la distingue donc en deux especes, en mâle & en femelle ; ou en féconde qui porte des fruits, & en stérile qui n'a que des fleurs : l'une & l'autre viennent de la même graine.
Le chanvre à fruit, cannabis fructifera offic. cannabis sativa, Parck. C. B. P. 320. Hist. oxon. 3. 433. Rau, hist. 1. 158. synop. 53. Boerh. Ind. A. 2. 104. Tournef. inst. 535. Buxb. 53. cannabis mas. J. B. 3. P. 2. 447. Ger. emac. 708. cannabina foecunda, Dod. pempt. 535.
Le chanvre à fleurs, cannabis florigera, offic. cannabis erratica, C. B. P. 320. 1. R. H. 535. cannabis foemina, J. B. 32. 447. cannab. sterilis, Dod. pemp. 535.
Sa racine est simple, blanche, ligneuse, fibrée ; sa tige est quadrangulaire, velue, rude au toucher, creuse en-dedans, unique, haute de cinq ou six piés, couverte d'une écorce qui se partage en filets : ses feuilles naissent sur des queues opposées deux à deux, elles sont divisées jusqu'à la queue en quatre, cinq, ou un plus grand nombre de segmens étroits, oblongs, pointus, dentelés, veinés d'un verd foncé, rudes, d'une odeur forte & qui porte à la tête.
Les fleurs & les fruits naissent séparément sur différens piés ; l'espece qui porte les fleurs, s'appelle chanvre à fleurs : quelques-uns la nomment stérile ou femelle, mais improprement ; & l'autre espece qui porte les fruits, est appellée chanvre à fruits, & par quelques-uns, chanvre mâle.
Les fleurs dans le chanvre qu'on nomme improprement stérile, naissent des aisselles des feuilles sur un pédicule chargé de quatre petites grappes placées en sautoir : elles sont sans pétales, composées de cinq étamines, surmontées de sommets jaunâtres, renfermées dans un calice à cinq feuilles purpurines en-dehors, blanchâtres en-dedans.
Les fruits naissent en grand nombre le long des tiges sur l'autre espece, sans aucune fleur qui ait précédé : ils sont composés de pistiles enveloppés dans une capsule membraneuse d'un jaune verdâtre : ces pistiles se changent en une graine arrondie, un peu applatie, lisse, qui contient sous une coque mince, d'un gris brun, luisant, une amande blanche, tendre, douce & huileuse, d'une odeur forte, & qui porte à la tête quand elle est nouvelle : cette amande est renfermée dans une capsule ou pellicule d'une seule piece, qui se termine en pointe. Ces graines produisent l'une & l'autre espece. Article de M(D.J.)
* Le chanvre est une plante annuelle : il ne se plaît pas dans les pays chauds ; les climats tempérés lui conviennent mieux, & il vient fort bien dans les pays assez froids, comme sont le Canada, Riga, &c. qui en fournissent abondamment, & de très-bon ; & tous les ans on employe une assez grande quantité de chanvre de Riga en France, en Angleterre, & sur-tout en Hollande.
Il faut pour le chanvre une terre douce, aisée à labourer, un peu legere, mais bien fertile, bien fumée & amendée. Les terreins secs ne sont pas propres pour le chanvre ; il n'y leve pas bien ; il est toujours bas, & la filasse y est ordinairement trop ligneuse, ce qui la rend dure & élastique ; défauts considérables, même pour les plus gros ouvrages.
Néanmoins dans les années pluvieuses il réussit ordinairement mieux dans les terreins secs dont nous parlons, que dans les terreins humides : mais ces années sont rares ; c'est pourquoi on place ordinairement les chenevieres le long de quelque ruisseau ou de quelque fossé plein d'eau, desorte que l'eau soit très-près, sans jamais produire d'inondation : ces terres s'appellent dans quelques provinces des courties ou courtils, & elles y sont très-recherchées.
Tous les engrais qui rendent la terre legere, sont propres pour les chanvres ; c'est pourquoi le fumier de cheval, de brebis, de pigeon, les curures de poulaillers, la vase qu'on retire des mares des villages, quand elle a mûri du tems, sont préférables au fumier de vache & de boeuf ; & je ne sache pas qu'on y employe la marne.
Pour bien faire il faut fumer tous les ans les chenevieres ; & on le fait avant le labour d'hyver, afin que le fumier ait le tems de se consumer pendant cette saison, & qu'il se mêle plus intimement avec la terre lorsqu'on fait les labours du printems.
Il n'y a que le fumier de pigeon qu'on répand aux derniers labours, pour en tirer plus de profit : cependant quand le printems est sec, il y a à craindre qu'il ne brûle la semence ; ce qui n'arriveroit pas si on l'avoit répandu l'hyver : mais en ce cas il faudroit en mettre davantage, ou en espérer moins de profit.
Le premier & le plus considérable de ces labours se donne dans le mois de Décembre & de Janvier : on le nomme entre-hyver. Il y en a qui le font à la charrue, en labourant par sillons ; d'autres le donnent à la houe ou à la mare, formant aussi des sillons, pour que les gelées d'hyver ameublissent mieux la terre : il y en a aussi qui le font à la bêche ; il est sans contredit meilleur que les autres, mais aussi plus long & plus pénible ; au contraire du labour à la charrue, qui est le plus expéditif, & le moins profitable.
Le printems on prépare la terre à recevoir la semence, par deux ou trois labours qu'on fait à quinze jours ou trois semaines les uns des autres ; les faisant toujours de plus en plus legers, & travaillant la terre à plat.
Il est bon de remarquer que ces labours peuvent, comme celui d'hyver, être faits à la charrue, à la houe, ou à la bêche.
Enfin quand après tous ces labours il reste quelques mottes, on les rompt avec des maillets ; car il faut que toute la cheneviere soit aussi unie & aussi meuble que les planches d'un parterre.
Dans le courant du mois d'Avril on seme le chenevi, les uns quinze jours plutôt que les autres, & tous courent des risques différens : ceux qui sement de bonne heure, ont à craindre les gelées du printems, qui font beaucoup de tort aux chanvres nouvellement levés ; & ceux qui sement trop tard, ont à craindre les sécheresses, qui empêchent quelquefois le chenevi de lever.
Le chenevi doit être semé dru, sans quoi le chanvre deviendroit gros, l'écorce en seroit trop ligneuse, & la filasse trop dure ; ce qui est un grand défaut : cependant quand il est semé trop dru, il reste beaucoup de petits piés qui sont étouffés par les autres, & c'est encore un inconvénient. Il faut donc observer un milieu, qu'on atteint aisément par l'usage ; & ordinairement les chenevieres ne sont trop claires que quand il a péri une partie de la semence, ou par les gelées, ou par la sécheresse, ou par d'autres accidens.
Il est bon de remarquer que le chenevi est une semence huileuse ; car ces sortes de semences rancissent avec le tems, & alors elles ne levent plus ; c'est pourquoi il faut faire ensorte de ne semer que du chenevi de la derniere récolte : quand on en seme qui a deux ans, il y a bien des grains qui ne levent pas ; & de celui qui seroit plus vieux, il en leveroit encore moins.
Lorsque le chenevi est semé, il le faut enterrer ; & cela se fait ou avec une herse, si la terre a été labourée à la charrue ; ou avec un rateau, si elle a été façonnée à bras.
Malgré cette précaution, il faut garder très-soigneusement la cheneviere jusqu'à ce que la semence soit entierement levée, sans quoi quantité d'oiseaux, & sur-tout les pigeons, détruisent tout, sans épargner les semences qui seroient bien enterrées. Il est vrai que les pigeons & les oiseaux qui ne grattent point, ne font aucun tort aux grains de blé qui sont recouverts de terre ; mais la différence qu'il y a entre ces deux semences, c'est que le grain de blé ne sort point de terre avec l'herbe qu'il pousse, au lieu que le chenevi sort tout entier de terre quand il germe ; c'est alors que les pigeons en font un plus grand dégât, parce qu'appercevant le chenevi, ils arrachent la plante & la font périr.
Les chenevieres qui ont coûté beaucoup de peine & de travail jusqu'à ce que le chenevi soit levé, n'en exigent presque plus jusqu'au tems de la récolte ; on se contente ordinairement d'entretenir les fossés, & d'empêcher les bestiaux d'en approcher.
Cependant quand les sécheresses sont grandes, il y a des gens laborieux qui arrosent leurs chenevieres ; mais il faut qu'elles soient petites, & que l'eau en soit à portée ; à moins qu'on ne pût les arroser par immersion, comme on le pratique en quelques endroits.
Nous avons dit qu'il arrivoit quelquefois des accidens au chenevi, qui faisoient que la cheneviere étoit claire, & nous avons remarqué qu'alors le chanvre étoit gros, branchu, & incapable de fournir de belle filasse ; dans ce cas, pour tirer quelque parti de la cheneviere, ne fût-ce que pour le chenevi qui n'en sera que meilleur, il faudra la sarcler, pour empêcher les mauvaises herbes d'étouffer le chanvre.
Vers le commencement d'Août les piés de chanvre qui ne portent point de graine, qu'on appelle mal-à-propos chanvre femelle, & que nous appellerons le mâle, commencent à jaunir à la cime & à blanchir par le pié ; ce qui indique qu'il est en état d'être arraché : alors les femmes entrent dans la cheneviere, & tirent tous les piés mâles dont elles font des poignées qu'elles arrangent au bord du champ, ayant attention de n'endommager le chanvre femelle que le moins qu'il est possible ; car il doit rester encore quelque tems en terre pour achever d'y mûrir sa semence.
Nous avons dit qu'en arrachant le chanvre mâle on en formoit des poignées : on a soin que les brins qui forment une poignée soient à-peu-près d'une égale longueur, & on les arrange de façon que toutes les racines soient égales ; enfin chaque poignée est liée avec un petit brin de chanvre.
On les expose ensuite au soleil pour faire sécher les feuilles & les fleurs ; & quand elles sont bien seches, on les fait tomber en frappant chaque poignée contre un tronc d'arbre ou contré un mur, & on joint plusieurs de ces poignées ensemble, pour former des bottes assez grosses qu'on porte au routoir.
Le lieu qu'on appelle routoir, & où l'on donne au chanvre cette préparation qu'on appelle roüir ou naiser, est une fosse de trois ou quatre toises de longueur, sur deux ou trois toises de largeur, & de trois ou quatre piés de profondeur, remplie d'eau : c'est souvent une source qui remplit ces routoirs ; & quand ils sont pleins, ils se déchargent de superficie par un écoulement qu'on y a ménagé.
Il y a des routoirs qui ne sont qu'un simple fossé fait sur le bord d'une riviere ; quelques-uns même, au mépris des ordonnances, n'ont point d'autres routoirs que le lit même des rivieres : enfin quand on est éloigné des sources & des rivieres, on met roüir le chanvre dans les fossés pleins d'eau & dans les mares. Examinons maintenant ce qu'on se propose en mettant roüir le chanvre.
Pour roüir le chanvre, on l'arrange au fond de l'eau, on le couvre d'un peu de paille, & on l'assujettit sous l'eau en le chargeant avec des morceaux de bois & des pierres, comme on voit Pl. I. premiere division, en q.
On le laisse en cet état jusqu'à ce que l'écorce qui doit fournir la filasse se détache aisément de la chenevotte qui est au milieu, ce qu'on reconnoît en essayant de tems en tems si l'écorce cesse d'être adhérente à la chenevotte ; & quand elle s'en détache sans aucune difficulté, on juge que le chanvre est assez roüi, & on le tire du routoir.
L'opération dont nous parlons fait quelque chose de plus que de disposer la filasse à quitter la chenevotte ; elle affine & attendrit la filasse.
Il est dangereux de tenir trop long-tems le chanvre dans l'eau ; car alors il roüit trop, le chanvre est trop pourri, & en ce cas la filasse n'a plus de force : au contraire, quand le chanvre n'a pas été assez longtems dans l'eau, l'écorce reste adhérente à la chenevotte ; la filasse est dure, élastique, & on ne la peut jamais bien affiner. Il y a donc un milieu à garder ; & ce milieu ne dépend pas seulement du tems qu'on laisse le chanvre dans l'eau, mais encore,
1°. De la qualité de l'eau ; il est plûtôt roüi dans l'eau dormante que dans celle qui coule, dans l'eau qui croupit que dans celle qui est claire.
2°. De la chaleur de l'air ; il se roüit plûtôt quand il fait chaud que quand il fait froid.
3°. De la qualité du chanvre ; celui qui a été élevé dans une terre douce, qui n'a point manqué d'eau, & qu'on a cueilli un peu verd, est plûtôt roüi que celui qui a crû dans une terre forte ou seche, & qu'on a laissé beaucoup mûrir.
En général on croit que quand le chanvre reste peu dans l'eau pour se roüir, la filasse en est meilleure ; c'est pour cela qu'on prétend qu'il ne faut roüir que par les tems chauds : & quand les automnes sont froides, il y en a qui remettent au printems suivant à roüir leur chanvre femelle ; quelques-uns même préférent de roüir leur chanvre dans de l'eau dormante, même dans de l'eau croupissante, plutôt que dans de l'eau vive.
M. Duhamel, auteur du traité de Corderie, d'où nous tirons cet article abregé, mit roüir du chanvre dans différentes eaux, & il lui parut que la filasse du chanvre qui avoit été roüi dans l'eau croupissante, étoit plus douce que celle du chanvre qu'on avoit roüi dans l'eau courante ; mais la filasse contracte dans les eaux qui ne coulent point, une couleur desagréable, qui ne lui cause à la vérité aucun préjudice, car elle n'en blanchit que plus aisément : cependant cette couleur déplaît, & la filasse en est moins marchande ; c'est pourquoi on fait passer, autant qu'on le peut, au travers des routoirs un petit courant d'eau qui renouvelle celle du routoir, & qui empêche qu'elle ne se corrompe.
Il est évident par ce que nous avons dit, qu'on ne peut pas fixer le tems qu'il faut laisser le chanvre dans le routoir, puisque la qualité du chanvre, celle de l'eau & la température de l'air, ralentissent ou précipitent cette opération.
On a coûtume de juger que le chanvre a été suffisamment roüi, en éprouvant si l'écorce se leve aisément & de toute sa longueur de dessus la chenevotte ; outre cela il faut avouer que la grande habitude des paysans qui cultivent le chanvre, les aide beaucoup à ne lui donner que le degré de roüi qui lui convient : cependant ils s'y trompent quelquefois, & il m'a paru qu'il y avoit des provinces où l'on étoit dans l'usage constant de roüir plus que dans d'autres.
Il est bon d'être averti qu'il faut éviter de mettre roüir le chanvre dans certaines eaux où il y a quantité de petites chevrettes ; car ces animaux le coupent, & la filasse est presque perdue.
En parlant de la récolte du chanvre mâle, nous avons dit qu'on laissoit encore quelque tems le chanvre femelle en terre pour lui donner le tems de mûrir sa semence ; mais ce délai fait que le chanvre femelle mûrit trop, son écorce devient trop ligneuse ; & il s'ensuit que la filasse qu'il fournit, est plus grossiere & plus rude que celle du mâle : néanmoins quand on voit que la semence est bien formée, on arrache le chanvre femelle comme on a fait le mâle, & on l'arrange de même par poignées.
Dans certains pays, pour achever la maturité du chenevi, on fait à différens endroits de la cheneviere des fosses rondes de la profondeur d'un pié & de trois à quatre piés de diametre, & on arrange dans le fond de ces fosses les poignées de chanvre bien serrées les unes auprès des autres, de telle sorte que la graine soit em-bas & la racine en-haut ; on les retient ensuite en cette situation avec des liens de paille, & on releve tout autour de cette grosse gerbe la terre qu'on avoit tirée de la fosse, pour que les têtes du chanvre soient bien étouffées.
La tête de ce chanvre s'échauffe à l'aide de l'humidité qui y est contenue, comme s'échauffe un tas de foin verd ou une couche de fumier : cette chaleur acheve de mûrir le chenevi, & le dispose à sortir plus aisément de ses enveloppes.
Quand le chenevi a acquis cette qualité, on retire le chanvre de ces fosses, où il se moisiroit si on l'y laissoit plus long-tems.
Dans d'autres cantons où il y a beaucoup de chanvre, on ne l'enterre point, on se contente de l'arranger par tas tête contre tête ; & quelques jours après on travaille à en retirer le chenevi, comme nous allons l'expliquer.
Ceux qui ne font que de petites récoltes, étendent un drap par terre pour recevoir leur chenevi ; les autres nettoyent & préparent une place bien unie sur laquelle ils étendent leur chanvre, en mettant toutes les têtes du même côté ; ils le battent légerement, ou avec un morceau de bois, ou avec de petits fléaux : cette opération fait tomber la meilleure graine, qu'ils mettent à part pour la semer le printems suivant ; mais il reste encore beaucoup de chenevi dans les têtes. Pour le retirer, ils peignent la tête de leur chanvre sur les dents d'un instrument qu'on appelle un égrugeoir, qu'on voit même Planc. même division, en r ; & par cette opération l'on fait tomber en même-tems & pêle-mêle, les feuilles, les enveloppes des semences, & les semences elles-mêmes : on conserve tout cela en tas pendant quelques jours, puis on l'étend pour le faire sécher ; enfin on le bat, & on nettoye le chenevi en le vannant & en le passant par le crible.
C'est cette seconde graine qui sert à faire l'huile de chenevi & à nourrir les volailles.
A l'égard du chanvre, on le porte au routoir, q, pour y souffrir la même préparation que le chanvre mâle.
Quand on a retiré le chanvre du routoir, on délie les bottes pour les faire sécher ; on les étend au soleil le long d'un mur, ou sur la berge d'un fossé, ou simplement à plat dans un endroit où il n'y ait point d'humidité : on a soin de les retourner de tems en tems ; & quand le chanvre est bien sec, on le remet en bottes pour le porter à la maison, où on le conserve dans un lieu sec jusqu'à ce qu'on veuille le tiller ou le broyer de la maniere suivante.
Il y a des provinces où l'on tille tout le chanvre, & dans d'autres il n'y a que ceux qui en recueillent peu qui le tillent ; les autres le broyent.
La façon de tiller le chanvre est si simple, que les enfans y réussissent aussi-bien que les grandes personnes : elle consiste à prendre les brins de chanvre les uns après les autres, à rompre la chenevotte, & à en détacher la filasse en la faisant couler entre les doigts. On voit même Planche, même division, cette opération, en s.
Ce travail paroît un peu long ; néanmoins comme il s'exécute dans des momens perdus & par les enfans qui gardent les bestiaux, il n'est pas fort à charge aux familles nombreuses : mais il feroit perdre beaucoup de tems aux petites familles, qui ont bien plutôt fait de le broyer.
Avant que de broyer le chanvre, il le faut bien dessécher, ou, comme disent les paysans, le bien hâler ; pour cet effet, on a à une certaine distance de la maison un hâloir, qu'on voit même Planche, même division, en t : car il n'y a rien de si dangereux pour les incendies que de hâler dans les cheminées des maisons, comme quelques paysans le pratiquent : il y en a aussi qui mettent leur chanvre sécher dans leur four ; dans ce cas on n'a rien à craindre pour la maison, mais souvent le feu prend à leur chanvre, & on ne peut pas par ce moyen en dessécher une grande quantité. Le hâloir n'est autre chose qu'une caverne qui a ordinairement six à sept piés de hauteur, cinq à six de largeur, & neuf à dix de profondeur ou de creux ; le dessous d'une roche fait souvent un très-bon hâloir. Il y en a de voûtés à pierres seches ; d'autres qui sont recouverts de grandes pierres plates, ou simplement de morceaux de bois chargés de terre : chacun les fait à sa fantaisie. Mais tout le monde essaye de placer le hâloir à l'abri de la bise & au soleil de midi ; parce que le tems pour broyer est ordinairement par de belles gelées, quand on ne peut pas travailler à la terre.
Environ à quatre piés au-dessus du foyer du hâloir, & à deux piés de son entrée, on place trois barreaux de bois qui ont au plus un pouce de grosseur ; ils traversent le hâloir d'un mur à l'autre, & y sont assujettis : c'est sur ces morceaux de bois qu'on pose le chanvre qu'on veut hâler, environ de l'épaisseur d'un demi-pié.
Tout étant ainsi disposé, une femme attentive entretient dessous un petit feu de chenevottes ; je dis une femme attentive, parce qu'il faut continuellement fournir des chenevottes, qui sont bien-tôt consumées, entretenir le feu dans toutes les parties de l'âtre, & prendre garde que la flamme ne s'éleve & ne mette le feu au chanvre, qui est bien combustible, sur-tout quand il y a quelque tems qu'il est dans le hâloir.
La même femme a encore soin de retourner le chanvre de tems en tems, pour que tout se desseche également ; enfin elle en remet de nouveau à mesure que l'on ôte celui qui est assez sec pour être porté à la broye, qu'on voit même Pl. même division, en u.
La broye ressemble à un banc qui seroit fait d'un soliveau de cinq à six pouces d'équarrissage sur sept à huit piés de longueur, on creuse ce soliveau dans toute sa longueur, de deux grandes mortoises d'un bon pouce de largeur, qui le traversent de toute son épaisseur, & on taille en couteau les trois languettes qui ont été formées par les deux entailles ou grandes mortoises dont je viens de parler.
Sur cette piece de bois on en ajuste une autre qui lui est assemblée à charniere par un bout, qui forme une poignée à l'autre bout, & qui porte dans sa longueur deux couteaux qui entrent dans les rainures de la piece inférieure.
L'homme qui broye, prend de sa main gauche une grosse poignée de chanvre, & de l'autre la poignée de la mâchoire supérieure de la broye ; il engage le chanvre entre les deux mâchoires ; & en élevant & en baissant à plusieurs reprises & fortement la mâchoire, il brise les chenevottes : en tirant le chanvre entre les deux mâchoires, il oblige les chenevottes à quitter la filasse ; & quand la poignée est ainsi broyée jusqu'à la moitié, il la prend par le bout broyé pour donner la même préparation à celui qu'il tenoit dans sa main.
Enfin quand il y a environ deux livres de filasse bien broyée, on la plie en deux, on tord grossierement les deux bouts l'un sur l'autre ; & c'est ce qu'on appelle des queues de chanvre, ou de la filasse brute.
Les deux pratiques, savoir celle de tiller le chanvre, & celle de le broyer, ont chacune des avantages & des défauts particuliers.
On a coûtume de dire qu'il faut plus roüir le chanvre qu'on destine à faire des toiles fines, que celui qu'on ne veut employer qu'à de grosses toiles ; que celui qu'on destine à faire des cordages, doit être le moins roüi.
Nous avons dit que le chanvre qui n'étoit pas assez roüi, étoit dur, grossier, élastique, & restoit chargé de chenevottes : on verra dans la suite que ce sont-là de grands défauts pour faire de bons cordages. Voyez l'article CORDERIE.
Nous conviendrons néanmoins qu'on peut roüir un peu plus les chanvres qu'on destine à des ouvrages fins ; mais il ne faut pas espérer par ce moyen d'affiner beaucoup une filasse qui seroit naturellement grossiere, on la feroit plûtôt pourrir : car il faut pour avoir de la filasse fine, que bien des choses concourent.
1°. Le terrein ; car, comme nous l'avons déjà remarqué, les terres trop fortes ou trop seches ne donnent jamais une filasse bien douce ; elle est trop ligneuse, & par conséquent dure & cassante : au contraire si le terrein de la cheneviere est trop aquatique, l'écorce du chanvre qu'on y aura recueilli, sera herbacée, tendre, & aisée à rompre, ce qui la fait tomber en étoupes. Ce sont donc les terreins doux, substantiels & médiocrement humides, qui donnent de la filasse douce, flexible & forte, qui sont les meilleures qualités qu'on puisse desirer.
2°. L'année ; car quand les années sont hâleuses, la filasse est dure ; au contraire elle est souple & quelquefois tendre, quand les années sont fraîches & humides.
3°. La maturité ; car si le chanvre a trop resté sur pié, les fibres longitudinales de l'écorce sont trop adhérentes les unes aux autres, la filasse brute forme de larges rubans qu'on a bien de la peine à refendre, sur-tout vers le pié ; & c'est ce qu'on exprime en disant qu'une queue de chanvre a beaucoup de pattes : c'est le défaut de tous les chanvres femelles qu'on a été obligé de laisser trop long-tems sur pié pour y mûrir leurs semences ; au contraire si l'on arrache le chanvre trop verd, l'écorce étant encore herbacée, il y a beaucoup de déchet, & la filasse n'a point de force.
4°. La façon dont il a été semé ; car celui qui a été semé trop clair a l'écorce épaisse, dure, noüeuse & ligneuse : au lieu que celui qui a été semé assez dru, a l'écorce fine.
5°. Enfin les préparations qu'on lui donne, qui consistent à le broyer, à l'espader, à le piler, à le ferrer & à le peigner, comme nous le rapporterons dans la suite.
Dans tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, le chanvre a été le fruit de l'industrie des paysans, & il a fait une partie du travail de l'homme des champs ; c'est dans cet état où on l'appelle filasse en brin, ou filasse brute ; & dans les corderies, du chanvre simplement dit.
On apporte les chanvres par gros ballots, on les délie pour voir s'ils ne sont pas mouillés ou fourrés de mauvaises marchandises.
Il est important qu'ils ne soient pas mouillés, 1°. parce qu'ils en peseroient davantage ; & comme on reçoit le chanvre au poids, on trouveroit un déchet considérable quand il seroit sec : 2°. si on l'entassoit humide dans les magasins, il s'échaufferoit & pourriroit. Il faut donc faire étendre & sécher les ballots qui sont humides, & ne les recevoir que quand ils seront secs.
Outre cela il est à-propos d'examiner si ces ballots ne sont pas fourrés : car il y a souvent dans le milieu des ballots de chanvre, des liasses d'étoupes, des bouts de corde, des morceaux de bois, des pierres & des feuilles ; tout cela augmente le poids, & ce sont des matieres inutiles.
Ainsi quand on trouve des ballots fourrés, il faut ôter soigneusement toutes les matieres étrangeres.
Nous avons parlé de ce qu'on appelle queue de chanvre, mais il importe ici de savoir comment ces queues sont faites, puisque leur forme aide à faire mieux connoître si le chanvre est bon, ou s'il ne l'est pas.
Il faut pour cela distinguer deux bouts dans un brin de chanvre ; l'un fort délié qui aboutissoit au haut de la tige de la plante, & l'autre assez épais qui se terminoit à la racine : on appelle ce bout la patte du chanvre.
Lorsqu'on forme une queue de chanvre, on met toutes les pattes d'un côté ; & cette extrémité s'appelle la tête ; l'autre extrémité, qu'on appelle le petit bout ou la pointe, n'étant composée que de brins déliés, ne peut être aussi grosse que la tête.
Or il faut pour qu'une queue de chanvre soit bien conditionnée, qu'elle aille en diminuant uniformément de la tête à la pointe, & qu'elle soit encore bien garnie aux trois quarts de sa longueur ; car quand le chanvre est bien nourri, quand la plante qui l'a fourni, étoit vigoureuse, il diminue insensiblement & uniformément depuis la racine jusqu'au petit bout : au contraire quand la plante a pâti, le chanvre perd tout-d'un-coup sa grosseur un peu au-dessus des racines ; & alors les pattes qu'on sera obligé de retrancher, sont grosses ; & le reste, qui est la partie utile, est maigre. Outre cela, quand les paysans ont beaucoup de chanvre court, au lieu d'en faire des queues séparées, ils mêlent ce chanvre court avec le long ; & alors les queues ne suivent pas non plus une diminution uniforme depuis la tête jusqu'à la pointe : mais il faut sur-tout être en garde contre une autre supercherie des paysans, qui, pour faire croire que leurs queues de chanvre sont bien fournies dans toute leur longueur, ont soin de les fourrer vers le milieu avec de l'étoupe. On reconnoîtra néanmoins cette fourberie, en prenant les queues de chanvre par la tête & en les secoüant, pour voir si tous les brins se plongent dans toute la longueur de la queue.
J'ai déjà fait remarquer que comme les pattes sont inutiles, & qu'elles doivent être retranchées par les peigneurs, il est très-avantageux que les queues de chanvre n'ayent point trop de pattes ; ce qui est le défaut principal de toutes les queues de chanvre qui ne suivent pas une diminution uniforme dans toute leur longueur.
D'ailleurs, tous les brins de chanvre que les paysans mettent pour nourrir les queues, restent sur le peigne, & ne fournissent que du second brin ou de l'étoupe.
Il faut de plus remarquer que quand les pattes sont très-grosses, relativement aux brins de chanvre qui y répondent, ces brins foibles se rompent sur le peigne à cause de la trop grande résistance des pattes ; & alors ils fournissent beaucoup de brin court ou de second brin, ou d'étoupe, & fort peu de brin long ou de premier brin. On verra dans la suite combien il est avantageux d'avoir beaucoup de premier brin, qui est presque la seule partie utile.
Il est aisé de conclure que quand le chanvre a ainsi beaucoup de pattes, ou quand les queues se trouvent fourrées ou nourries de chanvre court, il faudra augmenter la tare de sept, huit, ou dix livres par quintal, en un mot proportionnellement au déchet que ces circonstances doivent produire. Cependant quand ces défauts sont communs à tous les chanvres d'une année, il seroit injuste de s'en prendre au fournisseur, puisqu'il lui auroit été impossible d'en trouver de meilleur.
Nous avons expliqué comment on broyoit & comment on tilloit le chanvre ; mais nous avons remis à expliquer les avantages & les desavantages de ces différentes pratiques.
Le chanvre broyé est plus doux & plus affiné que le tillé ; il a aussi moins de pattes ; & une partie des pointes les plus tendres, & qui n'auroient pas manqué de fournir des étoupes, sont restées dans la broye : ainsi il paroîtroit que ce chanvre devroit moins fournir de déchet que le chanvre tillé ; cependant il en fournit ordinairement davantage, non-seulement parce qu'il n'est jamais si net de chenevottes, mais principalement parce que les brins étant mêlés les uns dans les autres, il s'en rompt un plus grand nombre quand on les passe sur le peigne ; d'où il suit nécessairement que ce chanvre au sortir du peigne est plus doux & plus affiné que le chanvre tillé. Néanmoins l'inconvénient du déchet & celui d'avoir un peu plus de chenevottes que n'en a le chanvre tillé, a déterminé à contraindre les fournisseurs à ne fournir que du chanvre tillé. M. Duhamel croit cependant que les chanvres fort durs en vaudroient mieux s'ils étoient broyés ; car, dit-il, quand nous parlerons dans la suite des préparations qu'on donne au chanvre, on connoîtra que la broye est bien capable de l'affiner & de l'adoucir.
On s'attache quelquefois trop dans les recettes à la couleur du chanvre ; celui qui est de couleur argentine & comme gris-de-perle, est estimé le meilleur ; celui qui tire sur le verd est encore réputé bon ; on fait moins de cas de celui qui est jaunâtre, mais on rebute celui qui est brun.
Nous avons fait voir que la couleur des chanvres dépend principalement des eaux où on les fait roüir ; & que celui qui l'a été dans une eau dormante, est d'une autre couleur que celui qui l'auroit été dans une eau courante, sans que pour cela la qualité du chanvre en soit différente : ainsi nous croyons qu'il ne faut pas beaucoup s'attacher à la couleur des chanvres ; pourvû qu'ils ne soient pas noirs, ils sont recevables : mais la couleur noire ou fort brune indique, ou que les chanvres auroient été trop roüis, ou qu'ils auroient été mouillés étant en balles, & qu'ils se seroient échauffés.
On doit sur-tout examiner si les queues de chanvre sont de différente couleur ; car si elles étoient marquées de taches brunes, ce seroit un indice certain qu'elles auroient été mouillées en balles ; & dans ce cas les endroits plus bruns sont ordinairement pourris.
Il vaut mieux s'attacher à l'odeur du chanvre qu'à sa couleur ; car il faut rebuter séverement celui qui sent le pourri, le moisi, ou simplement l'échauffé, & choisir par préférence celui qui a une odeur forte, parce que cette odeur indique qu'il est de la derniere récolte ; condition que l'on regarde comme importante dans les corderies, parce que le chanvre nouveau produit moins de déchet que le vieux. Il est vrai aussi qu'il ne s'affine pas si parfaitement ; & si l'on y réfléchissoit bien, peut-être mépriseroit-on un peu de déchet pour avoir un chanvre plus affiné.
Il y a des queues de chanvre dont tous les brins depuis la racine jusqu'à la pointe, sont plats comme des rubans, & d'autres ont ces brins ronds comme des cordons. Il est certain que les premiers sont plus aisés à affiner, parce qu'ils se refendent plus aisément sur le peigne, & c'est la seule raison de préférence qu'on y trouve ; aussi ne rebutera-t-on jamais une queue de chanvre, par la seule raison que les brins qui la composent sont ronds.
Il y a des chanvres beaucoup plus longs les uns que les autres, & on donne toûjours la préférence aux chanvres qui sont les plus longs : nous croyons cependant que si les chanvres trop courts font de mauvaises cordes, ceux qui sont trop longs occasionnent un déchet inutile, & qu'ils sont ordinairement plus rudes que les chanvres courts ; & c'est encore un défaut.
Quand le chanvre est fin, moëlleux, souple, doux au toucher, peu élastique, & en même tems difficile à rompre, il est certain qu'il doit être regardé comme le meilleur ; mais si le chanvre est rude, dur, & élastique, on peut être certain qu'il donnera toûjours des cordes foibles.
Il est très-avantageux que les matieres qu'on employe pour faire des cordes, soient souples ; & il n'est pas douteux que c'est la roideur de l'écorce du tilleul & du jonc, qui fait principalement la foiblesse des cordes qui sont faites avec ces matieres.
On verra ailleurs, qu'on peut procurer au chanvre cette souplesse si avantageuse, par l'espade, par le peigne, &c.
Nous avons fait remarquer que les chanvres très-roüis étoient les plus souples : nous avons prouvé aussi que l'opération de roüir étoit un commencement de pourriture, & que si on laissoit trop longtems le chanvre dans les routoirs, il se pourriroit entierement ; d'où on peut conclure que les chanvres qui n'ont acquis leur souplesse qu'à force de roüir, doivent pourrir plûtôt par le service, que ceux qui sont plus durs.
Nous observerons que le chanvre cueilli un peu verd, & dont les fibres de l'écorce n'étoient pas encore devenues très-ligneuses, sont plus souples que les autres ; mais ces chanvres doux, pour être trop herbacés, sont aussi plus aisés à pourrir que les chanvres rudes & très-ligneux. On convient assez généralement de cette proposition dans les corderies : celui de Riga, par exemple, passe pour pourrir plus promtement que les chanvres de Bretagne.
Nous avons dit qu'on mettoit roüir le chanvre principalement pour séparer l'écorce de la chenevotte, à laquelle elle est fort adhérente avant cette opération. Quand donc le chanvre n'est pas assez roüi, l'écorce reste trop adhérente à la chenevotte, on a de la peine à l'en séparer, & il en reste toûjours d'attachée au chanvre, sur-tout quand il a été broyé.
Ce défaut est considérable, parce que les chenevottes rendent le fil d'inégale grosseur, & qu'elles l'affoiblissent dans les endroits où elles se rencontrent ; mais quand les chanvres ont été trop roüis, l'eau qui a agi plus puissamment sur la pointe qui est tendre, l'a souvent entierement pourrie.
Ainsi quand les chanvres sont bien nets de chenevottes, ou qu'on remarque que les chenevottes qui restent sont peu adhérentes à la filasse, il faut examiner si les pointes ont encore de la force ; & cela sur-tout aux chanvres tillés ; car les pointes des chanvres trop roüis restent ordinairement dans la broye ou macque, & ne se trouvent point dans les queues, qui en sont seulement plus courtes ; ce qui n'est pas un défaut, si le chanvre a encore assez de longueur.
Nous observerons que le chanvre femelle qu'on a laissé sur pié pour y mûrir son chenevi, étoit devenu par ce délai plus ligneux, plus dur & plus élastique que le chanvre mâle qu'on avoit arraché plus de trois semaines plûtôt. Nous venons de dire que le chanvre le plus fin & le plus souple est le meilleur ; d'où il faut conclure que le chanvre mâle est de meilleure qualité que le chanvre femelle : les paysans qui le savent bien, essayent de le vendre un peu plus cher, & cela est juste. Une fourniture est réputée bonne quand elle contient autant de chanvre mâle que de femelle ; ce qui sera aisé à distinguer par la dureté & la roideur du chanvre femelle, qui est ordinairement plus brun que le chanvre mâle, qui a une couleur plus brillante & plus argentine.
On verra ailleurs, que le premier brin est presque la seule partie utile dans le chanvre ; d'un autre côté on sait, après ce qui vient d'être dit, que tous les chanvres ne fournissent pas également du premier brin : il est donc nécessaire, quand on fait une recette un peu considérable de chanvre, de s'assûrer de la quantité du premier & second brin, d'étoupes & de déchet que pourra produire le chanvre que présente le fournisseur. Or cela se connoît en faisant espader & peigner, en un mot préparer comme on a coûtume de le faire, un quintal. On pese ensuite le premier, le second & le troisieme brin qu'on a retirés de ce quintal ; & le manque marque le déchet : d'ailleurs le chanvre qu'on reçoit étant destiné à faire des cordes, celui qui fera les cordes les plus fortes, sera meilleur. Il résulte donc de-là une maniere de l'éprouver. Voyez le détail de cette épreuve, dans l'ouvrage de M. Duhamel.
A mesure qu'on fait la recette, on porte les balles de chanvre dans les magasins, où elles doivent rester jusqu'à ce qu'on les délivre aux espadeurs ; & comme les consommations ne sont pas toûjours proportionnelles aux recettes, on est obligé de les laisser quelquefois assez long-tems dans les magasins, où il est important de les conserver avec beaucoup d'attention, sans quoi on couroit risque d'en perdre beaucoup ; il est donc avantageux de rapporter en quoi consistent ces précautions.
1°. Les magasins où l'on conserve le chanvre doivent être des greniers fort élevés & spacieux, plafonnés, percés de fenêtres ou de grandes lucarnes de côté & d'autre ; & ces fenêtres doivent fermer avec de bons contrevents, qu'on tiendra ouverts quand le tems sera frais & sec, & qu'on fermera soigneusement quand l'air sera humide, & du côté du soleil quand il sera fort chaud ; car la chaleur durcit, roidit le chanvre, & le fait à la longue tomber en poussiere : quand au contraire il est humide, il court risque de s'échauffer. Il est important pour la même raison qu'il ne pleuve point sur le chanvre, ainsi il faudra entretenir les couvertures avec tout le soin possible.
2°. Si le chanvre qu'on reçoit est tant-soit-peu humide, on l'étendra, & on ne le mettra en meulons que quand il sera fort sec, sans quoi il s'échaufferoit & seroit bientôt pourri.
3°. Pour que l'air entre dans les meulons de tous côtés, on ne les fera que de quinze à dix-huit milliers, & on ne les élevera pas jusqu'au toît. Comme dans les recettes il se trouve presque toûjours du chanvre de différente qualité, on aura l'attention, autant que faire se pourra, que tout le chanvre d'un même meulon soit de la même qualité, afin qu'on puisse employer aux manoeuvres les plus importantes les chanvres les plus parfaits ; c'est une attention qu'on n'a pas ordinairement, mais qui est des plus essentielles.
4°. On fourrera de tems en tems les bras dans les meulons, pour connoître s'ils ne s'échauffent pas ; & s'il y avoit de la chaleur dans quelques-uns, on les déferoit, leur laisseroit prendre l'air, & les transporteroit dans d'autres endroits.
5°. Une ou deux fois l'année on changera les meulons de place, pour mieux connoître en quel état ils sont intérieurement ; d'ailleurs, par cette opération l'on expose le chanvre à l'air, ce qui lui est toûjours avantageux.
6°. Quelquefois les rats & les souris endommagent beaucoup le chanvre, qu'ils rongent & qu'ils bouchonnent pour y faire leur nid ; c'est à un homme attentif à leur faire la guerre.
Cependant, malgré toutes ces précautions, le chanvre diminue toûjours à mesure qu'on le garde ; & quand on vient à le préparer, on y trouve plus de déchet que quand il est nouveau : il est vrai que le chanvre gardé s'affine mieux, mais il est difficile que cet avantage puisse compenser le déchet.
Il s'agit maintenant de continuer la préparation du chanvre.
Le premier soin de ceux qui occupent l'attelier où nous entrons, celui des espadeurs, est de le débarrasser des petites parcelles de chenevottes qui y restent, ou des corps étrangers, feuilles, herbes, poussiere, &c. & de séparer du principal brin l'étoupe la plus grossiere, c'est-à-dire les brins de chanvre qui ont été rompus en petites parties, ou très-bouchonnés.
Le second avantage qu'on doit avoir en vûe, est de séparer les unes des autres les fibres longitudinales, qui par leur union forment des especes de rubans.
La force des fibres du chanvre, selon leur longueur, est sans contredit fort supérieure à celle des petites fibres qui unissent entr'elles les fibres longitudinales, c'est-à-dire qu'il faut infiniment plus de force pour rompre deux fibres que pour les séparer l'une de l'autre : ainsi en frottant le chanvre, en le pilant, en le fatiguant beaucoup, on contraindra les fibres longitudinales à se séparer les unes des autres, & c'est cette séparation plus ou moins grande qui fait que le chanvre est plus ou moins fin, plus ou moins élastique, & plus ou moins doux au toucher.
Rien n'est si propre à détacher les chenevottes du chanvre, à en ôter la terre, à en séparer les corps étrangers, que de le secouer & le battre comme nous venons de le dire.
Pour donner au chanvre les préparations dont nous venons de parler, il y a différentes pratiques.
Tous les ouvriers qui préparent le chanvre destiné à faire du fil pour de la toile, & la plûpart des cordiers de l'intérieur du royaume pilent leur chanvre, c'est-à-dire qu'ils le mettent dans des especes de mortiers de bois, & qu'il le battent avec de gros maillets : on pourroit abréger cette opération en employant des moulins à-peu-près semblables à ceux des papeteries ou des poudrieres ; cette pratique, quoique très-bonne, n'est point en usage dans les corderies de la marine, peut-être a-t-on appréhendé qu'elle n'occasionnât trop de déchet ; car dans quelques épreuves que M. Duhamel en a faites, il lui a paru effectivement que le déchet étoit considérable.
La seule pratique qui soit en usage dans les ports, encore ne l'est-elle pas par-tout, c'est celle qu'on appelle espader, & que nous allons décrire, en commençant par donner une idée de l'attelier des espadeurs, & des instrumens dont ils se servent.
L'attelier des espadeurs, qu'on voit Pl. I. seconde division, est une salle plus ou moins grande, suivant le nombre des ouvriers qu'on y veut mettre ; mais il est essentiel que le plancher en soit élevé, & que les fenêtres en soient grandes, pour que la poussiere qui sort du chanvre, & qui fatigue beaucoup la poitrine des ouvriers, se puisse dissiper.
Tout-autour de cette salle il y a des chevalets simples X, & quelquefois dans le milieu il y en a une rangée de doubles Y ; nous allons expliquer quelle est la forme de ces chevalets, & quelle différence il y a entre les chevalets simples & les doubles.
Pour cela il faut se représenter une piece de bois de quinze à dix-huit pouces de largeur, & de huit à neuf d'épaisseur ; si le chevalet doit être simple, on ne donne à cette piece que trois piés & demi ou quatre piés de longueur ; mais si le chevalet est double, elle doit avoir quatre piés & demi à cinq piés : à un de ses bouts, si le chevalet est simple, ou à chacun de ses bouts, s'il est double, on doit assembler ou clouer solidement une planche qui aura douze à quatorze lignes d'épaisseur, dix à douze pouces de largeur, & trois piés & demi de hauteur ; ces planches doivent être dans une situation verticale, & assemblées perpendiculairement à la piece de bois qui sert de pié ; enfin elles doivent avoir en-haut une entaille demi-circulaire Y, de quatre à cinq pouces d'ouverture, & de trois & demi à quatre pouces de profondeur.
Un chevalet simple ne peut servir qu'à un seul ouvrier, & deux peuvent travailler ensemble sur un chevalet double.
L'attelier des espadeurs n'est pas embarrassé de beaucoup d'instrumens ; avec les chevalets dont nous venons de parler, il faut seulement des espades, ou espadons, Z, qui ne sont autre chose que des palettes de deux piés de longueur, de quatre ou cinq pouces de largeur, & de six à sept lignes d'épaisseur, qui forment des couteaux à deux tranchans mousses, & qui ont à un de leurs bouts une poignée pour les tenir commodément.
L'espadeur prend de sa main gauche, & vers le milieu de sa longueur, une poignée de chanvre pesant environ une demi-livre, il serre fortement la main ; & ayant appuyé le milieu de cette poignée de chanvre sur l'entaille de la planche perpendiculaire du chevalet, il frappe du tranchant de l'espade sur la portion du chanvre qui pend le long de cette planche M. Quand il a frappé plusieurs coups, il secoue sa poignée de chanvre N, il la retourne sur l'entaille, & il continue de frapper jusqu'à ce que son chanvre soit bien net, & que les brins paroissent bien droits ; alors il change de chanvre bout pour bout, & il travaille la pointe comme il a fait les pattes ; car on commence toûjours à espader le côté des pattes le premier : mais on ne sauroit trop recommander aux espadeurs de donner toute leur attention à ce que le milieu du chanvre soit bien espadé, sans se contenter d'espader les deux extrémités, ce qui est un grand défaut où ils tombent communément.
Quand une poignée est bien espadée dans toute sa longueur, l'ouvrier la pose de travers sur la piece de bois qui forme le pié de son chevalet O, & il en prend une autre à laquelle il donne la même préparation ; enfin quand il y en a une trentaine de livres d'espadées, on en fait des ballots qu'on porte aux peigneurs. Voyez ces ballots en P.
Il faut observer que si le chanvre n'étoit pas bien arrangé dans la main des espadeurs, il s'en détacheroit beaucoup de brins qui se bouchonneroient ; c'est pourquoi les ouvriers attentifs ont soin de bien arranger le chanvre avant que de l'espader ; malgré cela il ne laisse pas de s'en détacher plusieurs brins qui tombent à terre, mais ils ne sont pas perdus pour cela ; car quand il y en a une certaine quantité, les espadeurs les ramassent, les arrangent le mieux qu'ils peuvent en poignées, & les espadent à part ; en prenant cette précaution, il ne reste plus qu'une mauvaise étoupe dont on faisoit autrefois des matelats pour les équipages ; mais les ayant trouvé trop mauvais, on n'employe plus à présent ces grosses étoupes qu'à faire des flambeaux, des tampons pour les mines, des torchons pour l'étuve, &c.
Le chanvre est plus ou moins long à espader, selon qu'il est plus ou moins net, sur-tout de chenevottes, & le déchet que cette préparation occasionne dépend aussi des mêmes circonstances ; cependant un bon espadeur peut préparer soixante à quatre-vingt-livres de chanvre dans sa journée, & le déchet se peut évaluer à cinq, six ou sept livres par quintal.
M. Duhamel regarde cette préparation comme importante, & croit qu'il faut espader tous les chanvres avec le plus grand soin ; si nous n'appréhendions pas, dit-il, d'occasionner trop de déchet, nous voudrions quand les chanvres sont rudes, qu'on les fit passer sous des maillets avant que de les espader.
Le chanvre a commencé à être un peu nettoyé, démêlé, & affiné dans l'attelier des espadeurs ; les coups de maillet ou d'espade qu'il y a reçus, en ont fait sortir beaucoup de poussiere, de petites chenevottes, & en ont séparé quantité de mauvais brins de chanvre : de plus, les fibres longitudinales ont commencé à se desunir ; mais elles ne sont pas entierement séparées, la plûpart tiennent encore les unes aux autres, ce sont les dents des peignes qui doivent achever cette séparation ; elles doivent, comme l'on dit, refendre le chanvre ; mais elles feront plus, elles détacheront encore beaucoup de petites chenevottes qui y sont restées, elles acheveront de séparer tous les corps étrangers qui seront mêlés avec le chanvre, & les brins trop courts ou bouchonnés qui ne peuvent donner que de l'étoupe ; enfin elles arracheront presque toutes les pattes, qui sont toûjours épaisses, dures, & ligneuses. Ainsi les peigneurs doivent perfectionner ce que les espadeurs ont ébauché. Parcourons donc leur attelier ; connoissons les instrumens dont ils se servent ; voyons travailler les peigneurs ; examinons les différens états du chanvre à mesure qu'on le peigne.
L'attelier des peigneurs, qu'on voit Pl. I. troisieme division, est une grande salle dont le plancher doit être élevé, & qui doit, ainsi que celui des espadeurs, être percé de plusieurs grandes fenêtres, afin que la poussiere qui sort du chanvre fatigue moins la poitrine des ouvriers ; car elle est presqu'aussi abondante dans cet attelier que dans celui des espadeurs ; mais les fenêtres doivent être garnies de bons contrevents, pour mettre les ouvriers à l'abri du vent & de la pluie, & même du soleil quand il est trop ardent.
Le tour de cette salle doit être garni de fortes tables R, solidement attachées sur de bons treteaux de deux piés & demi de hauteur, qui doivent être scellés par un bout dans le mur, & soûtenus à l'autre bout par des montans bien solides.
Les peignes sont les seuls outils qu'on trouve dans l'attelier dont nous parlons ; on les appelle dans quelques endroits des serans.
Ils sont composés de six ou sept rangs de dents de fer, à-peu-près semblables à celles d'un rateau ; ces dents sont fortement enfoncées dans une épaisse planche de chêne : il y a des corderies où on ne se sert que de peignes de deux grosseurs ; dans d'autres il y en a de trois, & dans quelques-unes de quatre.
Les dents des plus grands S ont 12 à 13 pouces de longueur ; elles sont quarrées, grosses par le bas de six à sept lignes, & écartées les unes des autres par la pointe, ou en comptant du milieu d'une des dents au milieu d'une autre, de deux pouces.
Ces peignes ne sont pas destinés à peigner le chanvre pour l'affiner, ils ne servent qu'à former les peignons ou ceintures ; c'est-à-dire à réunir ensemble ce qu'il faut de chanvre peigné & affiné pour faire un paquet suffisamment gros, pour que les fileurs puissent le mettre autour d'eux sans en être incommodés, & qu'il y en ait assez pour faire un fil de la longueur de la corderie ; nous appellerons ce grand peigne le peigne pour les peignons.
Le peigne de la seconde grandeur T, que nous appellerons le peigne à dégrossir, doit avoir les dents de sept à huit pouces de longueur, de six lignes de grosseur par le bas, & elles doivent être écartées les unes des autres de quinze lignes, en prenant toûjours du milieu d'une dent au milieu d'une autre, ou en mesurant d'une pointe à l'autre.
C'est sur ce peigne qu'on passe d'abord le chanvre pour ôter la plus grosse étoupe ; & dans quelques corderies on s'en tient à cette seule préparation pour tout le chanvre qu'on prépare, tant pour les cables que pour toutes les manoeuvres courantes : dans d'autres on n'employe ce chanvre dégrossi que pour les cables.
Le peigne de la troisieme grandeur V, que nous appellerons peigne à affiner, a les dents de quatre à cinq pouces de longueur, cinq lignes de grosseur par les bas, & éloignées les unes des autres de dix à douze lignes.
C'est sur ce peigne qu'on passe dans quelques corderies le chanvre qu'on destine à faire les haubans & les autres manoeuvres tant dormantes que courantes.
Enfin il y a des peignes X, qui ont les dents encore plus courtes, plus menues & plus serrées que les précédens ; nous les appellerons des peignes fins.
C'est avec ces peignes qu'on prépare le chanvre le plus fin, qui est destiné à faire de petits ouvrages, comme le fil de voile, les lignes de loc, lignes à tambours, &c. Il est bon d'observer :
1°. Que les dents doivent être rangées en échiquier ou en quinconce, ce qui fait un meilleur effet que si elles étoient rangées quarrément, & vis-à-vis les unes des autres, quand même elles seroient plus serrées. Il y a à la vérité beaucoup de peignes où les dents sont rangées de cette façon : mais il y en a aussi où elles le sont sur une même ligne ; & c'est un grand défaut, puisque plusieurs dents ne font que l'effet d'une seule.
2°. Que les dents doivent être taillées en losange, & posées de façon que la ligne qui passeroit par les deux angles aigus, coupât perpendiculairement le peigne suivant sa longueur : d'où il résulte deux avantages ; savoir, que les dents résistent mieux aux efforts qu'elles ont à souffrir, & qu'elles refendent mieux le chanvre ; c'est pour cette seconde raison qu'il faut avoir grand soin de rafraîchir de tems en tems les angles & les pointes des dents, qui s'émoussent assez vîte, & s'arrondissent enfin en travaillant.
Quand on a espadé une certaine quantité de chanvre, on le porte à l'attelier des peigneurs.
Alors un homme fort & vigoureux prend de sa main droite une poignée de chanvre, vers le milieu de sa longueur : il fait faire au petit bout de cette poignée un tour ou deux autour de cette main, desorte que les pattes & un tiers de la longueur du chanvre pendent em-bas ; alors il serre fortement la main, & faisant décrire aux pattes du chanvre une ligne circulaire, il les fait tomber avec force sur les dents du peigne à dégrossir, & il tire à lui, ce qu'il répete en engageant toûjours de plus en plus le chanvre dans les dents du peigne, jusqu'à ce que ses mains soient prêtes à toucher aux dents.
Par cette opération le chanvre se nettoye des chenevottes & de la poussiere ; il se démêle, se refend, s'affine ; & celui qui étoit bouchonné ou rompu, reste dans le peigne, de même qu'une partie des pattes ; je dis une partie, car il en resteroit encore beaucoup si l'on n'avoit pas soin de le moucher. Voici comment cela se fait :
Le peigneur tenant toûjours le chanvre dans la même situation de la main droite, prend avec sa main gauche quelques-unes des pattes qui restent au bout de sa poignée, il les tortille à l'extrémité d'une des dents du peigne ; & tirant fortement de la main droite, il rompt le chanvre au-dessus des pattes qui restent ainsi dans les dents du peigne, & il réitere cette manoeuvre jusqu'à ce qu'il ne voye plus de pattes au bout de la poignée qu'il prépare ; alors il la repasse deux fois sur le peigne, & cette partie de son chanvre est peignée.
Il s'agit ensuite de donner à la pointe qu'il tenoit dans sa main une préparation pareille à celle qu'il a donnée à la tête ; mais comme ce travail est le même, à la réserve qu'au lieu de la moucher on ne fait que rompre quelques brins qui excedent un peu la longueur des autres, nous ne répeterons point ce que nous venons de dire en parlant de la préparation de la tête, nous nous contenterons de faire les remarques suivantes.
On commence à peigner le gros bout le premier ; parce que les pattes qui s'engagent dans les dents du peigne, ou qu'on tortille autour quand on veut moucher, exigent qu'on fasse un effort auquel ne résisteroit pas le chanvre qui auroit été peigné & affiné auparavant : c'est aussi pour cette raison que les bons peigneurs tiennent leur chanvre assez près des pattes, parce que les brins de chanvre diminuant toûjours de grosseur, deviennent de plus en plus foibles.
Il est important que les peigneurs commencent par n'engager qu'une petite partie de leur chanvre dans le peigne, & qu'à différentes reprises ils en engagent toûjours de plus en plus jusqu'à la partie qui entre dans leur main, en prenant les mêmes précautions qu'on prendroit pour peigner des cheveux. En effet, on peigne le chanvre pour l'affiner & pour le démêler ; cela étant, on conçoit qui si d'abord on engageoit une grande longueur de chanvre dans le peigne, il se feroit des noeuds qui résisteroient aux efforts des peigneurs, jusqu'à ce que les brins qui forment ces noeuds fussent rompus.
On ne démêleroit donc pas le chanvre, on le romproit, & on feroit tomber le premier brin en étoupe, ou on l'accourciroit au point de n'en faire que du second brin, ce qui diminueroit la partie utile, en augmentant celle qui ne l'est pas tant : on prévient cet inconvénient en n'engageant que peu-à-peu le chanvre dans le peigne, & en proportionnant l'effort à la force du brin ; c'est-là où un peigneur habile se peut distinguer, en faisant beaucoup plus de premier brin qu'un mal-adroit.
Il faut que les peigneurs soient forts ; car s'ils ne serroient pas bien la main, ils laisseroient couler le premier brin, qui se bouchonneroit & se convertiroit en étoupe ; d'ailleurs un homme foible ne peut jamais bien engager son chanvre dans les dents du peigne, ni donner en-arriere un coup de foüet, qui est très-avantageux pour détacher les chenevottes : enfin quoique le métier de peigneur paroisse bien simple, il ne laisse pas d'exiger de l'adresse, & une certaine intelligence, qui fait que les bons peigneurs tirent d'un même chanvre beaucoup plus de premier brin que ne font les apprentis.
Le chanvre est quelquefois si long qu'on est obligé de le rompre ; car si on le coupoit, les brins coupés se termineroient par un gros bout qui ne se joindroit pas si bien aux autres brins, quand on en feroit du fil, que quand l'extrémité du chanvre se termine en pointe : il faut donc rompre les chanvres qui sont trop longs, mais il le faut faire avec certaines précautions que nous allons rapporter.
Si l'on pouvoit prolonger dans le fil les brins de chanvre suivant toute leur longueur, assûrément ils ne pourroient jamais être trop longs ; ils se joindroient mieux les uns aux autres, & on seroit dispensé de les tordre beaucoup pour les empêcher de se séparer ; mais quand le chanvre est long de six à sept piés, les fileurs ne peuvent l'étendre dans le fil de toute sa longueur, ils sont obligés de le replier, ce qui nuit beaucoup à la perfection du fil ; d'ailleurs, comme nous le dirons à l'article CORDERIE, il suffit que le premier brin ait trois piés de long.
Quand donc on est obligé de rompre le chanvre, les peigneurs prennent de la main gauche une petite partie de la poignée, ils la tortillent autour d'une des dents du peigne à dégrossir ; & tirant fortement de la main droite, ils rompent le chanvre, en s'y prenant de la même façon que quand ils le mouchent : cette portion étant rompue, ils en prennent une autre qu'ils rompent de même, & ainsi successivement jusqu'à ce que toute la poignée soit rompue.
A l'occasion de cette pratique, on peut remarquer deux choses ; la premiere, qu'il seroit bon, tant pour moucher que pour rompre le chanvre, d'avoir à côté des peignes une espece de rateau qui eût les dents plus fortes que celles des peignes ; ces dents seroient taillées en losange, & ne serviroient qu'à cet usage ; car nous avons remarqué que par ces opérations on force ordinairement les dents des peignes, & on les dérange, ce qui fait qu'ils ne sont plus si bons pour peigner, ou qu'on est obligé de les réparer fréquemment.
En second lieu, si le chanvre n'est pas excessivement long, il faut défendre très-expressément aux peigneurs de le rompre ; il vaut mieux que les fileurs ayent plus de peine à l'employer, que de laisser rogner un pié ou un pié & demi de chanvre qui tomberoit en second brin ou en étoupe.
Mais quelquefois le chanvre est si excessivement long qu'il faut absolument le rompre ; toute l'attention qu'il faut avoir, c'est que les peigneurs le rompent par le milieu : car il est beaucoup plus avantageux de n'avoir qu'un premier brin un peu court, que de convertir en second brin ce qui peut fournir du premier.
A mesure que les peigneurs ont rompu une pincée de chanvre, ils l'engagent dans les dents du peigne, pour la joindre ensuite au chanvre qu'ils tiennent dans leur main, ayant attention que les bouts rompus répondent à la tête de la queue ; & ensuite ils peignent le tout ensemble, afin d'en tirer tout ce qui a assez de longueur pour fournir du premier brin.
Nous avons dit qu'on peignoit le chanvre pour le débarrasser de ses chenevottes, de sa poussiere, & de son étoupe ; pour le démêler, le refendre, & l'affiner ; mais il y a des peigneurs paresseux, timides ou mal-adroits, qui, de crainte de se piquer les doigts, n'approchent jamais la main du peigne ; alors ils ne préparent que les bouts, & le milieu des poignées reste presque brut, ce qui est un grand défaut : ainsi il faut obliger les peigneurs à faire passer sur le peigne toute la longueur du chanvre, & s'attacher à examiner le milieu des poignées.
Malgré cette attention, quelqu'habile que soit un peigneur, jamais le milieu des poignées ne sera aussi-bien affiné que les extrémités, parce qu'il n'est pas possible que le milieu passe aussi fréquemment & aussi parfaitement sur le peigne.
C'est pour remédier à cet inconvénient que M. Duhamel voudroit qu'il y eût dans tous les atteliers des peigneurs quelques fers ou quelques frottoirs.
Nous allons décrire ces instrumens le plus en abregé qu'il nous sera possible, en indiquant la maniere de s'en servir, & leurs avantages.
Le fer A est un morceau de fer plat, large de trois à quatre pouces, épais de deux lignes, long de deux piés & demi, qui est solidement attaché, dans une situation verticale, à un poteau par deux bons barreaux de fer qui sont soudés à ses extrémités ; enfin le bord intérieur du fer plat forme un tranchant mousse.
Le peigneur B tient sa poignée de chanvre comme s'il la vouloit passer sur le peigne, excepté qu'il prend dans sa main le gros bout, & qu'il laisse prendre le plus de chanvre qu'il lui est possible, afin de faire passer le milieu sur le tranchant du fer ; tenant donc la poignée de chanvre comme nous venons de le dire, il la passe dans le fer, & retenant le petit bout de la main gauche, il appuie le chanvre sur le tranchant mousse du fer ; & tirant fortement la main droite, le chanvre frotte sur le tranchant ; ce qui étant répété plusieurs fois (ayant attention que les différentes parties de la poignée portent sur le fer), le chanvre a reçu la préparation qu'on vouloit lui donner, & on l'acheve en le passant legerement sur le peigne à finir.
Le frottoir ; c'est une planche d'un pouce & demi d'épaisseur, solidement attachée sur la même table où sont les peignes. Cette planche est percée dans le milieu, d'un trou qui a trois ou quatre pouces de diametre ; & sa face supérieure est tellement travaillée, qu'elle semble couverte d'éminences taillées en pointe de diamant. Lorsqu'on veut se servir de cet instrument, on passe la poignée de chanvre par le trou qui est au milieu ; on retient avec la main gauche le gros bout de la poignée qui est sous la planche, pendant qu'avec la main droite on frotte le milieu sur les crénelures de la planche, ce qui affine le chanvre plus que le fer dont nous venons de parler ; mais cette opération le mêle davantage & occasionne plus de déchet.
Ces méthodes sont expéditives ; elles n'occasionnent pas un déchet considérable, & elles affinent mieux le chanvre que l'on ne pourroit faire en le peignant beaucoup. Il ne faut pas trop peigner les chanvres doux ; mais un chanvre grossier, dur, rude & ligneux, doit être beaucoup plus peigné & tourmenté pour lui procurer la souplesse & la douceur qu'on desire, qu'un chanvre fin & tendre.
Les peigneurs passent le chanvre brut d'abord sur le peigne a dégrossir, & ensuite sur le peigne à finir ; ce qui reste dans leur main est le chanvre le plus long, le plus beau, & le plus propre à faire de bonnes cordes, & c'est celui-là qu'on appelle premier brin : mais un peigneur mal-habile ne tire jamais une aussi grande quantité de premier brin, & ce brin n'est jamais si beau que celui qui sort d'une bonne main.
Les bons peigneurs peuvent tirer d'un même chanvre une plus grande ou moindre quantité de premier brin, soit en le peignant plus ou moins, soit en le passant sur deux peignes, ou en ne le passant que sur le peigne à dégrossir, ou enfin en tenant leur chanvre plus près ou plus loin de l'extrémité qu'ils passent sur le peigne ; c'est-là ce qu'on appelle tirer plus ou moins au premier brin.
Ce qui reste dans les peignes qui ont servi à préparer le premier brin, contient le second brin & l'étoupe : moins on a retiré du premier brin, meilleur il est, parce qu'il se trouve plus déchargé du second brin ; & en même-tems ce qui reste dans le peigne est aussi meilleur, parce qu'il est plus chargé de second brin, dont une partie est formée aux dépens du premier.
C'est ce qui avoit fait imaginer de recommander aux peigneurs de tirer peu de premier brin, dans la vûe de retirer du chanvre qui resteroit dans le peigne trois especes de brins.
C'est encore une question de savoir s'il convient de suivre cette méthode : mais expliquons comment on prépare le second brin.
Quand il s'est amassé suffisamment de chanvre dans le peigne, le peigneur l'en retire & le met à côté de lui ; un autre ouvrier le prend & le passe sur d'autres peignes, pour en retirer le chanvre le plus long : c'est ce chanvre qu'on appelle le second brin.
Il n'est pas besoin de faire remarquer que le second brin est beaucoup plus court que le premier, n'ayant au plus qu'un pié & demi ou deux piés de longueur : outre cela le second brin n'est véritablement que les épluchures du premier, les pattes, les brins mal tillés, les filamens bouchonnés, &c. d'où l'on doit conclure que le second brin ne peut être aussi parfait que le premier, & qu'il est nécessairement plus court, plus dur, plus gros, plus élastique, plus chargé de pattes & de chenevottes ; c'est pourquoi on est obligé de le filer plus gros, & de le tordre davantage : le fil qu'on en fait est raboteux, inégal, & il se charge d'une plus grande quantité de goudron quand on le destine à faire du cordage noir.
Ce sont autant de défauts essentiels : on ne doit pas compter que la force d'un cordage qui seroit fait du second brin, aille beaucoup au-delà de la moitié de celle d'un cordage qui seroit fait du premier brin, selon les expériences que nous avons faites.
Voilà une différence de force bien considérable néanmoins il nous a paru que cette différence étoit encore plus grande entre le premier & le second brin du chanvre du royaume, qu'entre le premier & le second brin de celui de Riga.
Les cordages qui sont faits avec du second brin, ont encore un défaut qui mérite une attention particuliere. Si l'on coupe en plusieurs bouts un même cordage, il est rare que ces différens bouts ayent une force pareille : cette observation a engagé M. Duhamel à faire rompre, pour ses expériences, six bouts de cordages, afin que le fort compensant le foible, on pût compter sur un résultat moyen ; mais cette différence entre la force de plusieurs cordages de même nature, est plus considérable dans les cordages qui sont faits du second brin, que dans ceux qui le sont du premier.
On voit combien il seroit dangereux de se fier à des cordages qui seroient faits avec du second brin, & quelle imprudence il y auroit à les employer pour la garniture des vaisseaux : la bonne économie exige qu'on les employe à des usages de moindre conséquence.
Comme on ne fait point de cordages avec de l'étoupe, M. Duhamel ne peut marquer quelle en seroit la force en comparaison des cordages qui sont faits avec le second brin ; mais certainement elle seroit beaucoup moindre : on se sert ordinairement des étoupes pour faire des liens, pour amarrer les pieces de cordages quand elles sont roues ; on en fait quelques livardes, & on en porte à l'étuve pour y servir de torchons : peut-être qu'en les passant sur des peignes fins, on pourroit en retirer encore un petit brin qui seroit assez fin pour faire de petits cordages, foibles à la vérité, mais qui ne laisseroient pas d'être employés utilement. Il reste à examiner si la main-d'oeuvre n'excéderoit pas la valeur de la matiere.
Maintenant qu'on sait par des expériences, 1° que le second brin ne peut faire que des cordes très-foibles ; 2°. que quand on laisse le second brin joint au premier, il affoiblit tellement les cordes qu'elles ne sont presque pas plus fortes que si on avoit retranché tout le second brin, & tenu les cordages plus legers de cette quantité : on est en état de juger si l'on doit tendre à tirer beaucoup de premier brin : ainsi nous nous contenterons de faire remarquer que tirer beaucoup de premier brin, affiner peu le chanvre, ou laisser avec le premier brin presque tout le second, ce n'est qu'une même chose.
Mais d'un autre côté, comme le second brin est de peu de valeur en comparaison du premier ; si l'on tire peu en premier brin, on augmentera la qualité & la quantité du second, en occasionnant un déchet considérable qui tombera sur la matiere utile, sans que ce que le premier brin gagnera en qualité, puisse entrer en compensation avec ce qu'on perdra sur la quantité : tout cela a été bien établi ci-dessus, & nous ne le rappellons ici que pour indiquer quelle pratique il faut suivre pour tenir un juste milieu entre ces inconvéniens.
M. Duhamel pense qu'il faut peigner le chanvre à fond, sans songer du-tout à ménager le premier brin ; & que pour éviter la consommation, il faut ensuite retirer le chanvre le plus beau, le plus fin, & le plus long, qui sera resté dans les peignes confondu avec le second brin & l'étoupe ; & après avoir passé ce chanvre sur le peigne à affiner, on le mêlera avec le premier brin.
Cette pratique est bien différente de celle qui est en usage ; car pour retirer beaucoup de premier brin, on peigne peu le chanvre, sur-tout le milieu des poignées, & on ne le travaille que sur le peigne à dégrossir ; c'est pourquoi ce chanvre demeure très-grossier, dur, élastique, & plein de chenevottes, ou de pattes ; au lieu que celui qui aura été peigné comme nous venons de le dire, deviendra doux, fin, & très-net.
Pour terminer ce qui regarde l'attelier des peigneurs, il ne reste plus qu'à parler de la façon de faire ce qu'on appelle les ceintures ou peignons dont on a déjà parlé fort en abregé.
A mesure que les peigneurs ont préparé des poignées de premier ou de second brin, ils les mettent à côté d'eux sur la table qui supporte les peignes, ou quelquefois par terre ; d'autres ouvriers les prennent, & peu-à-peu les engagent dans les dents du grand peigne qui est destiné à faire les peignons : ils ont soin de confondre les différentes qualités de chanvre, de mêler le court avec le long, & d'en rassembler suffisamment pour faire un paquet qui puisse fournir assez de chanvre pour faire un fil de toute la longueur de la filerie, qui a ordinairement 180 à 190 brasses ; c'est ce paquet de chanvre qu'on appelle des ceintures ou des peignons. On sait par expérience que chaque peignon doit peser à-peu-près une livre & demie ou deux livres, si c'est du premier brin ; & deux livres & demie ou trois livres, si c'est du second. Cette différence vient de ce que le fil qu'on fait avec le second brin, est toûjours plus gros que celui qu'on fait avec le premier ; & outre cela, parce qu'il n'y a presque pas de déchet quand on file le premier brin, au lieu qu'il y en a lorsqu'on file le second.
Quand celui qui fait les peignons juge que son grand peigne est assez chargé de chanvre, il l'ôte du peigne sans le déranger ; & si c'est du premier brin, il plie son peignon en deux pour réunir ensemble la tête & la pointe, qu'il tord un peu pour y faire un noeud ; si c'est du second brin, qui étant plus court se sépareroit en deux, il ne le plie pas, mais il tord un peu les extrémités, & il fait un noeud à chaque bout ; alors ce chanvre a reçu toutes les préparations qui sont du ressort des peigneurs.
Un peigneur peut préparer jusqu'à 80 livres de chanvre par jour ; mais il est beaucoup plus important d'examiner s'il prépare bien son chanvre, que de savoir s'il en prépare beaucoup.
Il ne faut peigner le chanvre qu'à mesure qu'on en a besoin pour faire du fil ; car si on le gardoit, il s'empliroit de poussiere, & on seroit obligé de le peigner de nouveau : c'est aussi pour garantir le brin de la poussiere, qui est toûjours très-abondante dans la peignerie, qu'on employe des enfans à transporter les peignons à mesure qu'on les fait, de l'attelier des peigneurs à celui des fileurs. C'est dans cet attelier que commence l'art de Corderie. Voyez CORDERIE, & l'ouvrage de M. Duhamel déjà cité.
CHANVRE, (Mat. médic.) La semence de cette plante est seule usitée en Médecine, & encore l'employe-t-on bien rarement : elle est émulsive. Quelques auteurs ont cru que l'émulsion qu'on en préparoit étoit bonne contre la toux, & préférable en ce cas aux émulsions ordinaires : ils l'ont donnée aussi pour spécifique contre la gonorrhée, sur-tout lorsqu'elle est accompagnée d'érections fréquentes & douloureuses. Voyez GONORRHEE.
La semence & les feuilles écrasées & appliquées en forme de cataplasme sur les tumeurs douloureuses, passent pour puissamment résolutives & stupéfiantes. Cette derniere vertu se manifeste par une odeur forte & inébriante qui s'éleve du chanvre qu'on fait sécher. L'eau dans laquelle on a fait roüir le chanvre, passe pour plus dangereuse encore ; & on prétend que si quelqu'un en bûvoit, il succomberoit sur le champ à son venin, contre lequel tous les antidotes connus ne seroient que des secours le plus souvent insuffisans.
L'huile qu'on retire de ses semences, connue sous le nom d'huile de chenevis, est employée extérieurement comme résolutive ; mais cette vertu lui est commune avec les autres huiles par expression ; elle ne participe pas dans l'usage intérieur de la qualité dangereuse de la plante ; tout comme on n'en doit rien attendre de particulier dans l'usage extérieur à titre de stupéfiante, parce qu'on a reconnu cette qualité dans la plante entiere ou dans ses feuilles.
On trouve dans plusieurs autres différentes émulsions composées, décrites sous le nom d'emulsio cannabina ; telles sont l'emulsio cannabina ad gonorrheam de Doleus, d'Etmuller, de Michaelis, de Minsicht, &c. (b)
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| CHAO | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Junnan. Lat. 25. 46. Il y en a encore une de ce nom dans la province de Pekeli.
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| CHAOCHEU | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Quanton. Lat. 23. 30.
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| CHAOCHING | (Géog.) grande ville de la Chine, dans la province de Channton, sur une riviere de même nom. Lat. 36. 44. Il y en a une autre de même nom dans la province de Channsi.
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| CHAOGAN | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Fokien. Lat. 24.
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| CHAOHOA | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Soutchouen. Lat. 32d. 10'.
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| CHAOKING | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Quanton, sur le Ta. Lat. 23. 30.
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| CHAOLOGIE | S. f. histoire ou description du chaos. Voyez CHAOS. On dit qu'Orphée avoit marqué dans sa chaologie les différentes altérations, secrétions, & formes par où la terre a passé avant de devenir habitable ; ce qui revient à ce qu'on appelle autrement cosmogonie. Le docteur Burnet a donné aussi une chaologie dans sa théorie de la terre : il représente d'abord le chaos comme non-divisé & absolument brut & informe ; il montre ensuite ou prétend montrer, comment il s'est divisé en ses régions respectives, comment les matieres homogenes se sont rassemblées & séparées de toutes les parties d'une nature différente ; & enfin comment la terre s'est durcie, & est devenue un corps solide & habitable. Voy. CHAOS, ELEMENT, TERRE, &c. Chamb.
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| CHAONIE | (Géog. anc. & mod.) contrée de l'Epire, bornée au nord par les monts Acrocérauniens, & connue aujourd'hui sous le nom de Caneria. Il y avoit dans la Comagene une ville de même nom.
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| CHAONIES | (Myth.) fêtes qui se célébroient dans la Chaonie. Nous n'en savons aucune particularité.
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| CHAOPING | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Quansi. Lat. 24. 47.
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| CHAOS | S. m. (Philos. & Myth.) Le chaos en Mythologie, est pere de l'Erebe & de la Nuit mere des dieux. Les anciens philosophes ont entendu par ce mot, un mélange confus de particules de toute espece, sans forme ni régularité, auquel ils supposent le mouvement essentiel, lui attribuant en conséquence la formation de l'Univers. Ce système est chez eux un corollaire d'un axiome excellent en lui-même, mais qu'ils généralisent un peu trop ; savoir, que rien ne se fait de rien, ex nihilo nihil fit ; au lieu de restreindre ce principe aux effets, ils l'étendent jusqu'à la cause efficiente, & regardent la création comme une idée chimérique & contradictoire. Voyez CREATION.
Anciennement les Sophistes, les Sages du Paganisme, les Naturalistes, les Théologiens, & les Poëtes, ont embrassé la même opinion. Le chaos est pour eux le plus ancien des êtres, l'Etre éternel, le premier des principes & le berceau de l'Univers. Les Barbares, les Phéniciens, les Egyptiens, les Perses, &c. ont rapporté l'origine du monde à une masse informe & confuse de matieres entassées pêle-mêle, & mûes en tout sens les unes sur les autres. Aristophane, Euripide, &c. les Philosophes ioniques & platoniciens, &c. les Stoïciens même, partent du chaos, & regardent ses périodes & ses révolutions comme des passages successifs d'un chaos dans un autre, jusqu'à ce qu'enfin les lois du mouvement & les différentes combinaisons ayent amené l'ordre des choses qui constituent cet Univers.
Chez les Latins, Ennius, Varron, Ovide, Lucrece, Stace, &c. n'ont point eu d'autre sentiment. L'opinion de l'éternité & de la fécondité du chaos a commencé chez les Barbares, d'où elle a passé aux Grecs, & des Grecs aux Romains & aux autres nations, ensorte qu'il est incertain si elle a été plus ancienne que générale.
Le docteur Burnet assûre avec raison, que si l'on en excepte Aristote & les Pythagoriciens, personne n'a jamais soûtenu que notre monde ait eu de toute éternité la même forme que nous lui voyons ; mais que suivant l'opinion constante des sages de tous les tems, ce que nous appellons maintenant le globe terrestre, n'étoit dans son origine qu'une masse informe, contenant les principes & les matériaux du monde, tel que nous le voyons. Voyez MONDE. Le même auteur conjecture que les théologiens payens qui ont écrit de la Théogonie, ont imité dans leur système celui des Philosophes, en déduisant l'origine des dieux du principe universel d'où les Philosophes déduisoient tous les êtres.
Quoiqu'on puisse assûrer que la premiere idée du chaos ait été très-générale & très-ancienne, il n'est cependant pas impossible de déterminer quel est le premier à qui il faut l'attribuer. Moyse, le plus ancien des écrivains, réprésente au commencement de son histoire, le monde comme n'ayant été d'abord qu'une masse informe, où les élémens étoient sans ordre & confondus ; & c'est vraisemblablement de-là que les Philosophes grecs & barbares ont emprunté la premiere notion de leur chaos. En effet, selon Moyse, cette masse étoit couverte d'eau ; & plusieurs d'entre les philosophes anciens ont prétendu que le chaos n'étoit qu'une masse d'eau ; ce qu'il ne faut entendre ni de l'Océan, ni d'une eau élémentaire & pure, mais d'une espece de bourbier dont la fermentation devoit produire cet Univers dans le tems.
Cudworth, Grotius, Schmid, Dickinson, & d'autres, achevent de confirmer cette prétention, en insistant sur l'analogie qu'il y a entre l'esprit de Dieu que Moyse nous représente porté sur les eaux, & l'amour que les Mythologistes ont occupé à débrouiller le chaos. Ils ajoûtent encore qu'un sentiment très-ancien, soit en Philosophie, soit en Mythologie, c'est qu'il y a un esprit dans les eaux, aqua per spiritum movetur ; d'où ils concluent que les anciens philosophes ont tiré des ouvrages de Moyse & ce sentiment & la notion de chaos, qu'ils ont ensuite altérée comme il leur a plû.
Quoi qu'il en soit du chaos des anciens & de son origine, il est constant que celui de Moyse renfermoit dans son sein toutes les natures déjà déterminées, & que leur assortiment ménagé par la main du Tout-puissant, enfanta bien-tôt cette variété de créatures qui embellissent l'Univers. S'imaginer, à l'exemple de quelques systématiques, que Dieu ne produisit d'abord qu'une matiere vague & indéterminée, d'où le mouvement fit éclorre peu-à-peu par des fermentations intestines, des affaissemens, des attractions, un soleil, une terre, & toute la décoration du monde : prétendre avec Whiston que l'ancien chaos a été l'atmosphere d'une comete ; qu'il y a entre la terre & les cometes des rapports qui démontrent que toute planete n'est autre chose qu'une comete qui a pris une constitution réguliere & durable, qui s'est placée à une distance convenable du soleil, & qui tourne autour de lui dans un orbe presque circulaire ; & qu'une comete n'est qu'une planete qui commence à se détruire ou à se réformer, c'est-à-dire un chaos qui dans son état primordial se meut dans un orbe très-excentrique ; soûtenir toutes ces choses, & beaucoup d'autres dont l'énumération nous meneroit trop loin, c'est abandonner l'histoire pour se repaître de songes ; substituer des opinions sans vraisemblance, aux vérités éternelles que Dieu attestoit par la bouche de Moyse. Selon cet historien, l'eau étoit déjà faite, puisqu'il nous dit que l'esprit de Dieu étoit porté sur les eaux : les spheres célestes, ainsi que notre globe, étoient déjà faites, puisque le ciel qu'elles composent étoit créé.
Cette physique de Moyse qui nous représente la sagesse éternelle, réglant la nature & la fonction de chaque chose par autant de volontés & de commandemens exprès ; cette physique, qui n'a recours à des lois générales, constantes, & uniformes, que pour entretenir le monde dans son premier état, & non pour le former, vaut bien sans doute les imaginations systématiques, soit des matérialistes anciens, qui font naître l'Univers du mouvement fortuit des atomes, soit des physiciens modernes, qui tirent tous les êtres d'une matiere homogene agitée en tout sens. Ces derniers ne font pas attention, qu'attribuer au choc impétueux d'un mouvement aveugle la formation de tous les êtres particuliers, & cette harmonie si parfaite qui les tient dépendans les uns des autres dans leurs fonctions, c'est dérober à Dieu la plus grande gloire qui puisse lui revenir de la fabrique de l'Univers, pour en favoriser une cause, qui sans se connoître & sans avoir idée de ce qu'elle fait, produit néanmoins les ouvrages les plus beaux & les plus réguliers : c'est retomber en quelque façon dans les absurdités d'un Straton & d'un Spinosa. Voyez STRATONISME & SPINOSISME.
On ne peut s'empêcher de remarquer ici combien la Philosophie est peu sûre dans ses principes, & peu constante dans ses démarches ; elle a prétendu autrefois que le mouvement & la matiere étoient les seuls êtres nécessaires ; si elle a persisté dans la suite à soûtenir que la matiere étoit incréée, du moins elle l'a soûmise à un être intelligent pour lui faire prendre mille formes différentes, & pour disposer ses parties dans cet ordre de convenance d'où résulte le monde. Aujourd'hui elle consent que la matiere soit créée, & que Dieu lui imprime le mouvement ; mais elle veut que ce mouvement émané de la main de Dieu, puisse, abandonné à lui-même, opérer tous les phénomènes de ce monde visible. Un philosophe qui ose entreprendre d'expliquer par les seules lois du mouvement, la méchanique & même la premiere formation des choses, & qui dit, donnez-moi de la matiere & du mouvement, & je ferai un monde, doit démontrer auparavant (ce qui est facile) que l'existence & le mouvement ne sont point essentiels à la matiere ; car sans cela, ce philosophe croyant mal-à-propos ne rien voir dans les merveilles de cet Univers que le mouvement seul ait pû produire, est menacé de tomber dans l'athéisme.
Ouvrons donc les yeux sur l'enthousiasme dangereux du système ; & croyons, avec Moyse, que quand Dieu créa la matiere, on ne peut douter que dans cette premiere action par laquelle il tira du néant le ciel & la terre, il n'ait déterminé par autant de volontés particulieres tous les divers matériaux, qui dans le cours des opérations suivantes servirent à la formation du monde. Dans les cinq derniers jours de la création, Dieu ne fit que placer chaque être au lieu qu'il lui avoit destiné pour former le tableau de l'univers ; tout jusqu'à ce tems étoit demeuré muet, stupide, engourdi dans la nature : la scene du monde ne se développa qu'à mesure que la voix toute-puissante du Créateur rangea les êtres dans cet ordre merveilleux qui en fait aujourd'hui la beauté. Voyez les articles COSMOLOGIE, MOUVEMENT, & MATIERE.
Loin d'imaginer que l'idée du chaos ait été particuliere à Moyse, concluons encore de ce qui a été dit ci-dessus, que tous les peuples, soit barbares, soit lettrés, paroissent avoir conservé le souvenir d'un état de ténébres & de confusion antérieur à l'arrangement du monde ; que cette tradition s'est à la vérité fort défigurée par l'ignorance des peuples & les imaginations des poëtes, mais qu'il y a toute apparence que la source où ils l'ont puisée leur est commune avec nous.
A ces corollaires ajoûtons ceux qui suivent : 1°. Qu'il ne faut dans aucun système de Physique contredire les vérités primordiales de la religion que la Genese nous enseigne. 2°. Qu'il ne doit être permis aux Philosophes de faire des hypothèses, que dans les choses sur lesquelles la Genese ne s'explique pas clairement. 3°. Que par conséquent on auroit tort d'accuser d'impiété, comme l'ont fait quelques zélés de nos jours, un physicien qui soûtiendroit que la terre a été couverte autrefois par des eaux différentes de celles du déluge. Il ne faut que lire le premier chapitre de la Genese, pour voir combien cette hypothèse est soûtenable. Moyse semble supposer dans les deux premiers versets de ce livre, que Dieu avoit créé le chaos avant que d'en séparer les diverses parties : il dit qu'alors la terre étoit informe, que les ténébres étoient sur la surface de l'abysme, & que l'esprit de Dieu étoit porté sur les eaux ; d'où il s'ensuit que la masse terrestre a été couverte anciennement d'eaux, qui n'étoient point celles du déluge ; supposition que nos Physiciens font avec lui. Il ajoûte que Dieu sépara les eaux supérieures des inférieures, & qu'il ordonna à celles-ci de s'écouler & de se rassembler pour laisser paroître la terre ; & appareat arida, & factum est ita. Plus on lira ce chapitre, plus on se convaincra que le systême dont nous parlons ne doit point blesser les oreilles pieuses & timorées. 4°. Que les saintes Ecritures ayant été faites, non pour nous instruire des sciences profanes & de la Physique, mais des vérités de foi que nous devons croire, & des vertus que nous devons pratiquer, il n'y a aucun danger à se montrer indulgent sur le reste, sur-tout lorsqu'on ne contredit point la révélation. Exemple. On lit dans le chapitre même dont il s'agit, que Dieu créa la lumiere le premier jour, & le soleil après ; cependant accusera-t-on le cartésien d'impiété, s'il lui arrive de prétendre que la lumiere n'est rien sans le soleil ? Ne suffit-il pas pour mettre ce philosophe à couvert de tout reproche, que Dieu ait créé, selon lui, le premier jour, les globules du second élément, dont la pression devroit ensuite se faire par l'action du soleil ? Les Newtoniens, qui font venir du soleil la lumiere en ligne directe, n'auront pas à la vérité la même réponse à donner ; mais ils n'en sont pas plus impies pour cela : des commentateurs respectables par leurs lumieres & par leur foi, expliquent ce passage : selon ces auteurs, cette lumiere que Dieu créa le premier jour, ce sont les anges ; explication dont on auroit grand tort de n'être pas satisfait, puisque l'Eglise ne l'a jamais desapprouvée, & qu'elle concilie les Ecritures avec la bonne Physique. 5°. Que si quelques savans ont cru & croyent encore, qu'au lieu de creavit dans le premier verset de la Genese, il faut lire, suivant l'hébreu, formavit, disposuit ; cette idée n'a rien d'hétérodoxe, quand même on feroit exister le chaos long-tems avant la formation de l'univers, bien entendu qu'on le regardera toûjours comme créé, & qu'on ne s'avisera pas de conclure du formavit, disposuit de l'hébreu, que Moyse a cru la matiere nécessaire : ce seroit lui faire dire une absurdité, dont il étoit bien éloigné, lui qui ne cesse de nous répéter que Dieu a fait de rien toutes choses : ce seroit supposer que l'Ecriture inspirée toute entiere par l'Esprit-saint, quoiqu'écrite par différentes mains, a contredit grossierement dès le premier verset, ce qu'elle nous enseigne en mille autres endroits avec autant d'élévation que de vérité, qu'il n'y a que Dieu qui soit. 6°. Qu'en prenant les précautions précédentes, on peut dire du chaos tout ce qu'on voudra.
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| CHAOSIEN | (Géog.) île d'Asie près du Japon, dépendante de la Chine.
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| CHAOURE | (Géog.) petite ville de France en Champagne à la source de la riviere d'Armance. Long. 21. 40. lat. 48. 6.
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| CHAOURY | S. m. (Commerce) monnoie d'argent fabriquée à Teslis, capitale de Géorgie. Quatre chaoury valent un abaasi. Le chaoury vaut quatre sous sept deniers argent de France.
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| CHAOYANG | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Quanton. Lat. 23. 20.
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| CHAOYUEN | (Géog.) ville de la Chine, dans la province de Channton. Lat. 36. 6.
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| CHAP | S. m. (Jurisp.) est un droit qui s'impose en la ville de Mande en Gevaudan au cadastre ou terrier, sur toutes sortes de personnes, même nobles, outre l'imposition que ces personnes doivent pour leurs biens ruraux. Voyez Galland, franc alleu de Languedoc ; Lauriere, glossaire au mot Chap. En Berri, un chap signifie un espace ou travée. Voyez la rente de seris par M. Caterinot. En Forès, un chapit signifie un bâtiment en appentis, c'est-à-dire dont le toict est appuyé contre quelque muraille, & n'a qu'un seul écoulement. (A)
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| CHAPANGI | (Géog.) ville d'Asie dans la Natolie, sur un lac appellé Chapangipul.
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| CHAPE | S. f. (Hist. eccl.) ornement d'église que portent les choristes ou chantres, & même le célébrant, dans certaines parties de l'office.
La chape est un vêtement d'étoffe de soie, ou d'or & d'argent, avec des franges & des galons, de couleur convenable à la fête ou à l'office que l'on fait ; elle couvre les épaules, s'attache sur la poitrine, & descend jusqu'aux piés. Elle est ainsi principalement nommée d'un chaperon qui servoit autrefois à couvrir la tête, mais qui n'est plus aujourd'hui qu'un morceau d'étoffe hémisphérique, souvent plus riche & plus orné que le fond de la chape. Anciennement on appelloit celle-ci pluvial ; & on la trouve ainsi nommée dans les pontificaux & rituels, parce que c'étoit une espece de manteau avec sa capote que mettoient les ecclésiastiques, lorsque par la pluie ils sortoient en corps pour aller dire la messe à quelque station. Voyez PLUVIAL & STATION.
Quelques-uns ont cru que nos rois de la premiere race faisoient porter en guerre la chape de S. Martin, & qu'elle leur servoit de banniere ou de principal étendart. Pour juger de ce qu'on doit penser de cette opinion, voyez ETENDART, ENSEIGNES MILITAIRES. (G)
* CHAPE, en Architecture ; c'est un enduis sur l'extrados d'une voûte, fait de mortier & quelquefois de ciment.
* CHAPE, (Ceinturier) ces ouvriers appellent ainsi les morceaux de cuir qui soutiennent dans un baudrier les boucles de devant, & celles du remontant. Voyez BAUDRIER.
* CHAPE, (Cuisine) couvercle d'argent ou de fer-blanc dont on couvre les plats, pour les transporter des cuisines chaudement & proprement.
* CHAPE, terme de Fondeur en statues équestres, en canon, en cloche, &c. est une composition de terre, de fiente de cheval & de bourre, dont on couvre les cires de moules dans ces ouvrages de Fonderie : c'est la chape qui prend en creux la force des cires, & qui la donne en relief au métal fondu. Voyez les articles BRONZE, CANON, CLOCHE, &c.
* CHAPE, (Fonderie) c'est cette partie faite en T dans certaines boucles, & percée à jour, & armée de pointes dans d'autres, qui se meut sur la goupille qui traverse en même tems l'ardillon, & dans l'ouverture de laquelle on passe d'un côté une courroie qui arrête la boucle dont l'ardillon entre dans une autre courroie, ou dans le bout opposé de la même. Il y a quatre parties dans une boucle ; le tour qui retient le nom de boucle ; l'ardillon, la goupille, & la chape : la goupille traverse le tour, l'ardillon, & la chape ; les pointes de l'ardillon portent sur le tour supérieur de la boucle ; & le tour inférieur de la boucle porte sur la partie inférieure de la chape.
* CHAPE, en terme de Fourbisseur, c'est un morceau de cuivre arrondi sur le fourreau qui en borde l'extrémité supérieure. Voyez les figures 12 & 13. qui représentent, la premiere le mandrin des chapes pour les lames à trois quarts ; & la seconde, le mandrin pour les autres lames.
* CHAPE, en Méchanique, se dit des bandes de fer recourbées en demi-cercle, entre lesquelles sont suspendues & tournent des poulies sur un pivot ou une goupille qui les traverse & leur sert d'axe, & va se placer & rouler dans deux trous pratiqués, l'un à une des aîles de la chape, & l'autre à l'autre aîle : tout cet assemblage de la chape & de la poulie est suspendu par un crochet, soit à une barre de fer, soit à quelqu'autre objet solide qui soûtient le tout. On voit de ces poulies encastrées dans des chapes, au-dessus des puits. Voyez POULIE.
* CHAPE, (à la Monnoie) est le dessous des fourneaux où l'on met les métaux en bain. Il est des chapes en massif & en vuide. Voyez FOURNEAU DE MONNOYAGE.
CHAPE, dans l'Orgue, est la table a, b, c, d, (fig. 9. & 10.) de bois d'Hollande & de Vauge, dans les trous de laquelle les tuyaux sont placés. Voyez l'article SOMMIER de grand orgue.
Chape de plein jeu, représentée figure 13. Pl. Org. est une planche A, B, C, D, de bois d'Hollande, de deux pouces ou environ d'épaisseur, sur le champ de laquelle on perce des trous I, II, III, &c. qui tiennent lieu de gravure : ces trous ne doivent point traverser la planche dans toute sa largeur B C ; on doit laisser environ un demi-pouce de bois. Si cependant on aime mieux percer les trous de part en part, on sera obligé de les reboucher ; ce qui se fera avec une bande de parchemin que l'on collera sur le champ de la chape, après que les trous ou gravures que l'on perce avec une tariere, & que l'on brûle avec des broches de fer ardentes de grosseur convenable, ont été percés. On perce autant de trous, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, sur le plat de la chape, qu'il doit y avoir de tuyaux sur chaque touche ; ces trous doivent déboucher dans les gravures : on les brûle aussi & on les évase par le haut, afin qu'ils puissent recevoir le pié des tuyaux d, e, que l'on fait tenir debout sur la chape par le moyen d'un faux-sommier. Voyez FAUX-SOMMIER.
Lorsque ces pieces sont ainsi achevées & placées en leur lieu, on met des porte-vents de plomb, qui sont des tuyaux cylindriques de grosseur convenable ; ces porte-vents prennent d'un bout dans un trou de la chape du sommier du grand orgue, & vont aboutir de l'autre bout à une des gravures de la chape du plein jeu : ce qui établit la communication. Les porte-vents sont arrêtés dans les trous où ils entrent, par le moyen de la filasse ensuite de la colle-forte dont on entoure leurs extrémités. Il suit de cette construction, que le registre du sommier du grand orgue qui passe sous les trous où les porte-vents prennent, étant ouvert, que si l'on ouvre une soupape, le vent contenu dans la laye entrera dans la gravure ; d'où il passera par les trous de la table du sommier & ceux du registre & de la chape, dans le porte-vent de plomb, qui le conduira dans la gravure correspondante de la chape du plein jeu ; ce qui fera parler tous les tuyaux d, e, qui seront sur cette gravure.
CHAPE, c'est le nom que les Potiers d'étain donnent aux pieces de leurs moules qui enveloppent les noyaux de ces mêmes moules : ainsi, à un moule de vaisselle, la chape qui est creuse, est ce qui forme le dessous qui devient convexe ; il y a une ouverture à cette chape par où on introduit l'étain dans le moule, qu'on appelle le jet. A l'égard des chapes de moules de pots, il y en a deux à chaque moule qui forment le dehors du pot, & les deux noyaux le dedans. Le jet est aussi aux chapes, & le côté opposé s'appelle contre-jet. Elles se joignent aux noyaux par le moyen d'un cran pratiqué à la portée des noyaux. Il faut deux chapes & deux noyaux pour faire un moule de la moitié d'un pot. Voy. FONDRE L'ETAIN, & la premiere figure des Planches du Potier-d'étain.
CHAPE ; on donne ce nom dans les Manufactures de poudre, aux doubles barrils dont on revêtit ceux qu'on remplit de poudre. On employe ces doubles barrils pour empêcher l'humidité de pénétrer au-dedans de celui qui contient la poudre, & de l'éventer. On enchape aussi les vins. Il y a vins emballés, vins enchapés. La chape des vins empêche aussi le vin de s'éventer ; mais elle a encore une autre utilité, c'est d'empêcher le voiturier de voler le vin.
CHAPE, adj. terme de Blason ; il se dit de l'écu, qui s'ouvre en chape ou en pavillon depuis le milieu du chef jusqu'au milieu des flancs. Telles sont les armoiries des Freres-Prêcheurs & des Carmes ; & c'est l'image de leurs habits, de leurs robes, & de leurs chapes.
Brunecost en Suisse, & au comté de Bourgogne, d'argent chapé de gueules. (V)
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| CHAPEAU | S. m. (Art. Méchan.) ce terme a deux acceptions ; il signifie ou une étoffe particuliere, serrée, compacte, qui tient sa consistance de la foule seule, sans le secours de l'ourdissage ; ou la partie de notre vêtement, qui se fait ordinairement avec cette étoffe, & qui sert à nous couvrir la tête. On dit, selon la premiere acception, cette étoffe est du chapeau ; & selon la seconde, mettez votre chapeau.
Les ouvriers qui font le chapeau, s'appellent Chapeliers. Voyez l'article CHAPELIER. Nous allons expliquer en même tems la maniere dont on fabrique l'étoffe & le vêtement, appellé chapeau.
On se sert pour faire le chapeau de poil de castor, de lievre & de lapin, &c. de la laine vigogne & commune. Voyez les articles LAINE & CASTOR. Notre castor vient du Canada en peaux : il nous en vient aussi de Moscovie. La vigogne la plus belle vient d'Espagne, en balle.
On distingue communément deux poils à la peau du castor, le gros & le fin. On commence par enlever de la peau le gros poil ; le fin y reste attaché. Ce travail se fait par une ouvriere appellée arracheuse, & l'on procede à l'arrachement sans aucune préparation de la peau, à moins qu'elle ne soit trop seche ou trop dure ; dans ce cas, on la mouille un peu du côté de la chair : mais les maîtres n'approuvent point cette manoeuvre qui diminue, à ce qu'ils prétendent, la qualité du poil, & ne sert qu'à faciliter le travail de l'arracheuse.
Pour arracher, on pose la peau sur un chevalet tel, à-peu-près, que celui des Chamoiseurs & des Mégissiers ; à cela près, que si l'on travaille debout, le chevalet est en plan incliné ; & qu'au contraire, si l'on travaille assis, comme c'est la coûtume des femmes, les quatre piés du chevalet sont de la même hauteur, & qu'il est horisontal. Voyez les articles CHEVALET, CHAMOISEUR, & MEGISSIER. La surface supérieure de ce chevalet est arrondie. Pour arrêter la peau dessus, on a une corde terminée par deux especes d'étriers, on met les piés dans ces étriers, & la corde serre la peau sur le chevalet ; on appelle cette corde, tire-pié : mais il y a des ouvrieres qui travaillent sans se servir de tire-pié, & qui arrêtent la peau avec les genoux contre les bords supérieurs du chevalet.
Quand la peau est sur le chevalet, on prend un instrument appellé plane : la plane des Chapeliers ne differe pas de la plane ordinaire. Voyez l'article PLANE. C'est un couteau à deux manches, d'environ trois piés de long sur quatre à cinq doigts de large, fort tranchant des deux côtés ; on passe ce couteau sur la peau : mais il y a de l'art à cette manoeuvre ; si on appliquoit la plane fortement & très-perpendiculairement à la peau, & qu'on la conduisît dans cette situation du haut em-bas du chevalet, on enleveroit sûrement & le gros poil & le fin. Pour ne détacher que le premier, l'ouvrier n'appuie son couteau sur la peau que mollement, le meut un peu sur lui-même, & ne le descend du haut em-bas de la peau qu'à plusieurs reprises, observant de faire le petit mouvement circulaire de plane, à chaque reprise. Cette opération se fait à rebrousse poil ; ainsi la queue de la peau est au haut du chevalet, & la tête est au bas. Mais comme la queue est plus difficile à arracher que le reste, on place un peu de biais la peau sur le chevalet, quand on travaille cette partie ; ensorte que l'action de la plane est oblique à la direction, selon laquelle le poil de la queue est naturellement couché.
On achete les peaux de castors par ballots ; le ballot pese cent-vingt livres : on donne un ballot à l'arracheuse, qui le divise en quatre parties ; chaque partie s'appelle une pesée. La pesée varie beaucoup quant au nombre des peaux ; cependant elle en contient ordinairement dix-huit à dix-neuf grandes. Il y a des pesées qui vont jusqu'à trente-cinq.
Quand la peau est planée, ou l'arracheur continue l'ouvrage lui-même, ou il a une ouvriere par qui il le fait continuer : cette ouvriere s'appelle une repasseuse. Pour cet effet, la repasseuse se place contre quelque objet solide, comme un mur ; elle prend un petit couteau à repasser, qu'on voit fig. 20. des Planches du Chapelier, long d'un pié, rond par le bout, tranchant seulement d'un côté ; elle fixe la peau entre son genou & l'objet solide, & exécute à rebrousse poil avec le couteau à repasser, aux extrémités & aux bords de la peau, ce que le planeur n'a pû faire avec la plane. Pour cela, elle saisit le poil entre son pouce & le tranchant du couteau, & d'une secousse elle arrache le gros, sans le couper. L'arracheur & la repasseuse, s'ils sont habiles, pourront donner ces deux façons à deux pesées par jour. La repasseuse étant obligée d'appuyer souvent le pouce de la main dont elle tient le couteau contre son tranchant, elle couvre ce doigt d'un bout de gant qui l'empêche de se couper ; ce bout de gant s'appelle un poucier.
Le gros poil qu'on vient d'arracher tant à la plane qu'au couteau, n'est bon à rien ; on le vend quelquefois aux selliers, à qui l'usage en est défendu. Ce poil ne s'arrache pas si parfaitement, qu'il ne soit mêlé d'un peu de fin : or ce dernier étant sujet aux vers, les ouvrages que les Selliers en rembourrent, en sont promtement piqués.
Les peaux planées & repassées sont livrées à des ouvrieres qu'on appelle coupeuses. Celles-ci commencent par les battre avec des baguettes, pour en faire sortir la poussiere, & même le gravier ; car il ne s'agit dans tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, que des peaux de castor. Après avoir été battues, elles sont données à un ouvrier, qui les rougit. Rougir les peaux, c'est les frotter du côté du poil, avec une brosse rude qu'on a trempée dans de l'eau-forte, coupée à-peu-près moitié par moitié avec de l'eau. Le rapport de la quantité d'eau à la quantité d'eau-forte, dépend de la qualité de celle-ci. Au reste quelque foible qu'elle soit, il y a toujours bien un tiers d'eau. On dit que cette préparation fortifie le poil, & le rend en même tems plus liant ; de maniere que quand il est employé en chapeau, le chapeau n'est pas sujet à se fendre.
Quand les peaux sont rougies, on les porte dans des étuves, où on les pend à des crochets, deux à deux, poil contre poil ; on les y laisse sécher ; plus l'étuve est chaude & bien conduite, mieux les peaux se sechent, & sont bien rougies. Au sortir de l'étuve, elles reviennent entre les mains des coupeuses. Ces ouvrieres commencent par les humecter un peu du côté de la chair, avec un morceau de linge mouillé. Cette manoeuvre se fait la veille de celle qui doit suivre, afin qu'elles ayent le tems de s'amollir. Les maîtres ne l'approuvent pas : mais elles n'en a pas moins lieu pour cela : car elle facilite l'ouvrage en ce que le poil s'en coupe plus aisément, & augmente le gain en ce que l'eau ayant rendu le poil plus pesant, l'ouvriere que le maître paye à la livre, reçoit davantage pour une même quantité de poil coupé. La coupeuse est droite ou assise ; le mieux est d'être debout devant un établi : elle a devant elle un ais ou planche de sapin d'environ trois piés de long, & large d'un pié & demi ; elle étend sa peau sur cette planche, elle prend l'instrument qu'on voit fig. 17. & qu'on appelle un carrelet : c'est une espece de carde quarrée, très-fine ; elle passe cette carde sur la peau pour en démêler le poil, ce qui s'appelle décatir ; car la peau ayant été mouillée quand on l'a rougie, les extrémités des poils sont souvent collés ensemble, ce qui s'appelle être catis. Quand elle a carrelé sa peau, elle se dispose à la couper : pour cet effet, elle a un poids d'environ quatre livres, qu'elle pose sur la peau étendue sur la planche ou ais, à l'endroit où elle va commencer à couper ; ce poids fixe la peau, & l'empêche de lever & de suivre ses doigts, pendant qu'elle travaille ; elle couche le poil sous sa main gauche, selon la direction naturelle, & non à rebrousse poil ; elle tient de la droite le couteau à couper qu'on voit figure 21. large, très-tranchant, emmanché, & ayant le tranchant circulaire ; elle pose verticalement le tranchant de ce couteau sur le poil, elle l'appuie & le meut en oscillant, de maniere que tous les points de l'arc circulaire du tranchant sont appliqués successivement sur le poil, de droite à gauche & de gauche à droite. C'est ainsi que le poil se coupe, le couteau avance à mesure que la main gauche se retire ; le plat du couteau est parallele à l'extrémité des doigts de cette main. Le poil est coupé ras à la peau ; c'est du moins une des attentions que doit avoir une bonne coupeuse, afin qu'il n'y en ait point de perdu : l'autre, c'est de ne point enlever de pieces de la peau ; ces pieces s'appellent chiquettes : ce sont des ordures qui gâtent dans la suite l'ouvrage ; & les défauts qu'elles y occasionnent font des duretés sensibles aux doigts auxquelles on a conservé le même nom de chiquettes. Il faut que la coupe se fasse très-vîte, car les habiles peuvent couper une pesée en deux jours ou deux jours & demi. A mesure que les coupeuses travaillent, elles enlevent le poil coupé & le mettent proprement dans un panier.
On distingue le poil en gros & en fin, avant que la peau soit arrachée ; & quand on la coupe, on distingue le fin en trois sortes, le blanc, le beau noir, & l'anglois. Le blanc est celui de dessous le ventre, qui se trouve placé sur les deux extrémités de la peau, lorsque l'animal en est dépouillé ; car pour le dépouiller, on ouvre l'animal sous le ventre, & on fend sa peau de la tête à la queue. Le beau noir est le poil placé sur le milieu de la peau, & qui couvre le dos de l'animal : & l'anglois est celui qui est entre le blanc & le noir, & qui revêt proprement les flancs du castor. On s'en tient communément à deux divisions, le blanc & le noir : mais la coupeuse aura l'attention de séparer ces trois sortes de poils, si on le lui demande. Le blanc se fabriquera en chapeaux blancs, quoiqu'on en puisse pourtant faire des chapeaux noirs. Quant au noir, on n'en peut faire que des chapeaux noirs ; non plus que de l'anglois dont on se sert pour les chapeaux les plus beaux, parce que ce poil est le plus long, ou qu'on le vend quelquefois aux Faiseurs de bas au métier, qui font filer & en fabriquent des bas moitié soie & moitié castor. Il sert encore pour les chapeaux qu'on appelle à plumet ; on en fait le plumet ou ce poil qui en tient lieu, en s'élevant d'un bon doigt au-dessus des bords du chapeau.
Il y a deux especes de peau de castor, l'une qu'on appelle castor gras, & l'autre castor sec. Le gras est celui qui a servi d'habit, & qu'on a porté sur la peau ; plus il a été porté, meilleur il est pour le Chapelier ; il a reçu de la transpiration une qualité particuliere. On mêle le poil du castor gras avec le poil du castor sec ; le premier donne du liant & du corps au second : on met ordinairement une cinquieme partie de gras sur quatre parties de sec ; aussi ne donne-t-on aux ventes du castor qu'un ballot de gras sur cinq ballots de sec. Mais, dira-t-on, comment fabriquer le poil de castor au défaut de gras ? le voici. On prend le poil le plus court & le plus mauvais du sec, on en remplit un sac ; on met ce sac de poil bouillir à gros bouillons dans de l'eau pendant 12 heures, observant d'entretenir dans le vaisseau toujours assez d'eau, pour que le poil & le sac ne soient point brûlés. Au bout de ce tems, on tire le sac de la chaudiere, on prend le poil, on le tord, & on l'égoutte en le pressant avec les mains ; on l'étend sur une claie, on l'expose à l'air, ou on le fait sécher dans une étuve. On employe ce poil ainsi préparé, quand on manque de gras ; on en met plus qu'on n'auroit mis de gras : ce qui ne supplée pourtant pas à la qualité.
Les peaux de castor sec coupées se vendent aux Boisseliers qui en font des cribles communs, & aux marchands de colle-forte, ou aux Bourreliers-Bâtiers, qui en couvrent des bâts communs pour les chevaux. Celles de castors gras servent aux Bahutiers, qui en revêtent des coffres.
Voilà tout ce qui concerne la préparation du poil de castor. Quant à la vigogne, on l'épluche. L'éplucher, c'est en ôter les poils grossiers, les noeuds, les ordures, &c. ce qui se fait à la main. On distingue deux sortes de vigogne, la fine qu'on appelle carmeline, & la commune.
Ce sont les mêmes ouvriers & ouvrieres qui préparent le poil de lievre. Elles ont un couteau ordinaire à repasser ; elles dressent le poil en passant le couteau sur la peau à rebrousse poil ; puis avec des ciseaux, elles coupent l'extrémité du long poil & l'égalisent au fin : quand elles ont égalisé tout le gros ou long poil d'une peau, elles en font autant à une autre, & ainsi de suite, jusqu'à ce qu'elles en ayent préparé une certaine quantité ; alors, ou d'autres ou les mêmes ouvrieres les reprennent ; & avec le couteau à repasser, elles saisissent entre leur pouce & le tranchant du couteau le poil gros & fin, & arrachent seulement ce dernier : le gros reste attaché à la peau. C'est un fait assez singulier, que quoiqu'on tire également l'un & l'autre, ce soit le fin qui soit arraché. Cet arrachement se fait à rebrousse poil ; la queue de la peau est tournée du côté de l'arracheuse, & la tête est étendue sur ses genoux.
On distingue aussi deux poils de lievre, l'arrête & le roux. L'arrête, c'est le dos ; le roux, ce sont les flancs. Il est à propos d'observer qu'il en est des peaux de lievre, comme de celles de castor ; après avoir égalisé les poils, on secrette les peaux, c'est-à-dire qu'avant que d'arracher, on les frotte avec le carrelet de la même eau-forte coupée, & qu'on les fait aussi sécher à l'étuve. On sépare dans l'arrachement qui suit ces deux opérations, l'arrête & le roux.
Les peaux de lapin se préparent par les repasseuses. Elles commencent par les ouvrir par le ventre, ainsi que les peaux de lievre ; elles les étendent ensuite, & les mouillent un peu du côté de la chair, ce qu'elles font aussi au lievre. Ces peaux étant beaucoup plus minces que celles du castor ; il ne faut pas les laisser reposer long-tems, pour qu'elles s'amollissent ; elles se mettent ensuite à les arracher, c'est-à-dire à enlever le gros poil avec le couteau à repasser. Quand le gros poil est arraché, on les secrette, on les seche ; ensuite les coupeuses coupent le fin avec le couteau à couper, précisément comme aux peaux de castor.
Il y a des maîtres qui achetent le poil tout coupé chez des maîtresses coupeuses ; il y en a d'autres qui le font couper chez eux. Celles qui le coupent chez les maîtresses, sont obligées de parer le poil de la peau ; pour cet effet, elles coupent la peau entiere à trois reprises ; à chaque reprise elles ramassent le poil d'une bande avec leur couteau, & le posent sur une planche, & ainsi des deux autres bandes. Quand elles ont placé les trois bandes de poil sur la planche, comme elles étoient sur la peau, elles transportent le poil des extrémités & autres endroits où il est moins bon, en d'autres endroits ; elles en forment un mélange qui est à-peu-près uniforme, & qui est très-propre à surprendre par l'apparence ; elles entourent le tout des bordages de la peau : on appelle de ce nom le poil des extrémités ou bords de la peau. On enleve ce poil avec des ciseaux ; pour cet effet, on plie la peau comme s'il s'agissoit de l'ourler du côté du poil, & avec les ciseaux on enleve la surface convexe de l'ourlet, & en même tems le poil qui la couvre : il est évident que ce poil doit être mêlé de chiquettes ; elles séparent ensuite ces chiquettes du poil, elles placent ce poil sous celui des bandes tout-autour, elles mettent le poil d'une peau entiere sous le poil d'une autre, comme par lits, & elles en remplissent des paniers. Il n'y a point d'autre distinction dans le poil de lapin que l'arrête & les bordages ; encore n'est-ce qu'une distinction de nom, car dans l'usage on employe également tout le poil.
L'année se partage, relativement aux peaux, en deux saisons, l'hyver & l'été. Les peaux d'été ne donnent point d'aussi bonne marchandise que celles d'hyver. Il y a deux conditions de peaux de lievre & de lapin ; celles qui sont blondes sur le dos, grandes & bien fournies, se choisissent entre les autres comme les meilleures, & s'appellent peaux de recette ; les autres s'appellent communes.
Quand on se propose de faire des chapeaux avec du poil seul de lapin, il y a une préparation particuliere à donner aux peaux, au lieu de celle du secret. Cette préparation n'est pas généralement connue, elle a été achetée par quelques maîtres. C'est, ou une distillation d'eau-forte toute simple, ou de quelque ingrédient mêlé à cette eau ; ils appellent ce qui vient de cette distillation, l'eau de composition. L'effet de cette eau est de donner au poil de lapin la facilité de se lier, de donner un tour résistant à la foule, de prendre un corps qui ne se casse point, & ne se résout point à la chaudiere. Cependant, malgré l'eau de composition, les chapeaux de poil de lapin seroient très-mauvais, si on ne mêloit pas ce poil d'un peu de laine & d'autres poils. Les chapeaux de poil de lapin sont d'un verd blanchâtre quand on les porte à la teinture, couleur qu'ils tiennent peut-être de l'eau de composition.
On secrette pareillement les peaux de lievre avec l'eau de composition, quand on se propose de faire des chapeaux de ce poil sans mélange. Mais cette eau ne fait que donner plus de qualité à l'ouvrage & plus de facilité à l'ouvrier dans son travail ; car il n'est pas impossible d'employer le poil de lievre sans cette eau. Les chapeaux faits de ce poil & secrétés avec l'eau de composition, sont, avant que d'être teints, de couleur de feuille morte, tantôt plus, tantôt moins foncée. Il y reste un petit oeil verd jaunâtre.
Quand tous les poils sont préparés, on les met dans des tonneaux ; s'ils y restoient long-tems, ils seroient mangés des vers. Ce sont les différens mélanges de ces poils & des laines qui constituent les différentes qualités de chapeaux. Il y a des castors super-fins, des castors, des demi-castors, des fins, des communs, des laines. Les super-fins sont de poils choisis du castor ; les castors ordinaires, de castor, de vigogne, & de lievre ; les demi-castors, de vigogne commune, de lievre, & de lapin, avec une once de castor, qui sert de dorure ou d'enveloppe aux autres matieres, précisément comme quand une grosse feuille de papier gris est couverte de chaque côté d'une feuille de beau papier blanc. Il y a deux dorures, elles s'appellent les deux pointus, ou les petites capades ; elles se mettent à l'endroit du chapeau. Quant à l'envers ou dedans, ce sont deux travers, ou manchettes, ou bandes, qui occupent la surface des aîles du chapeau ; car il est inutile que le fond soit doré. On appelle ces demi-castors, demi-castors dorés ; mais on fabrique des castors & demi-castors où les différentes matieres de l'étoffe sont mêlées, & où il n'y a point de dorures. Ce détail s'entendra beaucoup mieux par ce qui doit suivre. Il n'y a point de dorure aux fins ; ceux-ci ne different des demi-castors qu'en ce que la matiere principale y est un peu plus ménagée. Les communs sont du plus mauvais poil du lapin & du lievre, avec de la vigogne commune, ou de la petite laine. Les laines sont entierement de laine commune.
Nous ne donnerons point ici la maniere de fabriquer chacun de ces chapeaux séparément, nous tomberions dans une infinité de redites. Nous choisirons seulement celui dont la fabrication demande le plus d'apprêt, & est regardée comme la plus difficile & la plus composée, & dont les autres ne sont que des abrégés : c'est celle du chapeau à plumet. Soit donc proposé de faire un chapeau a plumet. Voilà le problème que nous devons mettre notre lecteur, sinon en état de résoudre, du moins en état de bien entendre la solution que nous allons en donner.
Pour fabriquer ce chapeau, on choisit le plus beau poil de castor tant gras que sec ; sur quatre parties de sec, on en met une cinquieme de gras ; parmi les quatre parties de secs, il n'y en a que les deux tiers de secrété, l'autre tiers ne l'est pas. Le gras ne se secrette point du tout ; on partage le poil non secrété en deux moitiés ; l'une pour le fond, l'autre pour la dorure : on laisse cette derniere moitié à l'écart. Quant à l'autre moitié, & au reste de la matiere qui doit entrer dans la fabrique du fond, on les donne au cardeur. Le cardeur de poil mêle le tout ensemble le plus exactement qu'il peut, avec des baguettes, & carde ensuite. Ses cardes sont extrèmement fines ; sa manoeuvre a deux parties ; l'une s'appelle passer ou carder en premier ; l'autre, repasser en second. Pour cet effet, il prend du poil, le met sur sa carde, & le carde à l'ordinaire ; après quoi il retourne la cardée d'un côté, & continue de carder ; puis il retourne la cardée de l'autre côté, & continue de carder, observant de réïterer toute cette manoeuvre une seconde fois. Après avoir donné cette façon à tout son poil, ou à mesure qu'il la lui donne, un autre ouvrier repasse en second. Le repassage en second ne differe point du passage en premier, & se réïtere pareillement ; on y apporte seulement plus de soin & de précaution.
Le poil se donne & se reprend au poids. On accorde au cardeur six onces de déchet par paquet de 15 à 16 livres ; mais ce déchet est assez ordinairement suppléé par le poids d'huile commune dont les cardeurs arrosent le paquet, quand ils en mêlent les différens poils avec leurs baguettes. Cette aspersion d'huile ménage les cardes & facilite le travail.
Le paquet cardé est rendu au maître, qui le distribue aux compagnons au poids, selon la force des chapeaux qu'il commande. Il y a des chapeaux depuis quinze onces jusqu'à trois ; & le salaire du compagnon est le même depuis trois onces jusqu'à neuf & demie ; depuis neuf & demie jusqu'à onze il a cinq sous de plus ; passé onze onces, les chapeaux étant extraordinaires, ont des prix particuliers.
La matiere distribuée par le maître aux compagnons, au sortir des mains du cardeur, s'appelle l'étoffe. On pese deux chapeaux à un compagnon, c'est sa journée ; on lui donne une once de dorure, depuis quatre onces d'étoffe jusqu'à huit & davantage ; on lui en pese par conséquent deux onces. Le compagnon met cette dorure à l'écart ; quant à l'étoffe de ces deux chapeaux, il la sépare moitié par moitié à la balance ; il met à part une de ces moitiés ; il sépare l'autre en quatre à la balance ; puis il arçonne séparément chacune de ces quatre parties. Voyez les articles ARÇON & ARÇONNER.
L'arçon est une espece de grand archet, tel qu'on le voit fig. 6. il est composé de plusieurs parties. A B est un bâton rond de 7 à 8 piés de longueur, qu'on appelle perche ; près de l'extrémité B est fixée à tenons & mortaise une petite planche de bois chantournée, comme on le voit dans la figure, qu'on appelle bec de corbin. Elle a sur son épaisseur en C une rainure où se loge la corde de boyau c C, qui après avoir passé dans une fente pratiquée à l'extrémité B de la perche, va se rouler & se fixer sur des chevilles de bois, qui sont au côté de la perche, opposées diamétralement au bec de corbin. A l'extrémité A de la perche est aussi fixée à tenons & mortaise une autre planche de bois D, qu'on appelle panneau ; cette planche est évidée, pour être plus legere, & elle est dans le même plan que le bec de corbin C ; elle est aussi plus forte par ses extrémités que dans son milieu ; sa force du côté de la perche fait qu'elle s'y applique plus fermement ; l'épaisseur qu'on lui a réservée de l'autre côté sert à recevoir le cuiret C C, ou un morceau de peau de castor qu'on tend sur l'extrémité E du panneau, au moyen des cordes de boyau, C 2, C 2, attachées à ces extrémités. Ces cordes font le tour de la perche, & sont bandées par les petits tarauts a, a, qui les tordent & les bandent comme les Menuisiers la lame d'une scie. La corde à boyau se fixe par un noeud coulant à l'extrémité 4 de la perche ; de-là elle se rend sur le cuiret ; on la conduit dans la rainure du bec de corbin, d'où on la fait passer par la fente pratiquée à l'extrémité B, de la perche aux chevilles, i, i, i, où elle doit être fixée & suffisamment tendue. On met ensuite une petite piece de bois b d'une ligne ou environ d'épaisseur, qu'on appelle chanterelle, pour éloigner le cuiret du panneau, & y laisser un vuide qui permet à la corde de resonner. Sur le milieu de la perche en O, il y a une courroie de cuir qui sert de poignée, & qui entoure en-dessus la main gauche de l'arçonneur.
On voit, fig. 1. Pl. du Chapel. un ouvrier occupé à arçonner. L L, L L, sont deux treteaux qui portent une claie d'osier W, qui est assemblée avec deux autres H K, H K, placées à ses extrémités, & concave en-dedans, qu'on appelle dossiers ; elles servent à retenir les matieres qu'on arçonne ; deux pieces de peau M, M qui ferment les angles de la claie & des dossiers ont le même usage. L'arçonneur A tient de la main gauche & le bras étendu, la perche de l'arçon qui est suspendue horisontalement par la corde D E qui tient au plancher ; de la main droite, il prend la coche F, représentée séparément, fig. 10. c'est une espece de fuseau tronqué & terminé à chaque bout par un bouton plat & arrondi ; il accroche la corde de l'arçon avec le bouton de la coche ; la corde glisse sur la rondeur du bouton, & va frapper l'étoffe qui lui est exposée en G, ce qui la divise, & la fait aller de la gauche à la droite de l'arçonneur.
L'arçonneur commence par exposer à l'action de la corde, sur la claie, la quatrieme partie de l'étoffe ; & il en forme en arçonnant, comme nous l'expliquerons tout-à-l'heure, une capade ; puis il en forme une seconde, une troisieme, & une quatrieme. Un bon ouvrier arçonne ses quatre capades, avec l'étoupage & les dorures, c'est-à-dire les travers & les pointus, à-peu-près en une heure. On entend par l'étoupage, de petites portions d'étoffes qu'on détache en égale quantité de ce qui doit faire les capades, pour fortifier les endroits foibles du chapeau, quand on le bastit au bassin & à la foule. On verra plus bas ce que c'est que bastir. Ces endroits foibles qu'on étoupe, s'appellent des molieres.
Dans la manoeuvre de l'arçon, après qu'on a placé l'étoffe sur la claie, on commence par la bien battre. Pour cet effet, on place la perche dans l'étoffe ; on y chasse la corde de maniere qu'elle y entre & en ressorte ; on continue jusqu'à ce que l'étoffe soit bien ouverte, & que les cardées soient aussi bien effacées ; pendant cette premiere manoeuvre, l'ouvrier fait tourner un peu la perche de l'arçon sur elle-même, par un mouvement du poignet de la main gauche, ensorte que la corde frappe bas & haut, & que l'étoffe soit éparpillée en tout sens, tant devant que derriere l'arçon. Alors il prend l'outil qu'on voit fig. 7. & qu'on appelle le clayon ; c'est un quarré d'osier dont le côté a un peu plus d'un pié, & qui a deux poignées ; il s'en sert pour ramasser dans le milieu de la claie l'étoffe éparse. Quand elle y est, il la rebat encore un peu, & tâche en ne décochant que des coups modérés, de ne l'éparpiller que le moins qu'il peut. C'est ainsi qu'il la dispose à être voguée. Elle est prête à être voguée, lorsque ce n'est plus qu'un amas de poils si rompus & si fins que le souffle les feroit voler de tous côtés. Pour voguer, il place sa perche à-peu-près dans le milieu de l'étoffe, mais de maniere qu'il y en ait toutefois plus derriere que devant, sans que la corde soit dans l'étoffe ; alors il tire la corde avec la coche dru & doux, & forme l'aîle de la capade, en donnant à l'étoffe la figure d'une pointe peu épaisse & peu large, telle qu'on la voit en a, bout de l'aîle, fig. 23. A mesure qu'il vogue, il rend les coups d'arçon plus forts, & l'étoffe en s'avançant d'a vers b, augmente en largeur & en épaisseur jusque sur la ligne c d ; alors l'ouvrier arçonne moins fort, & diminuant de force depuis la ligne c d jusqu'au point b, dans la même proportion qu'il l'avoit augmentée depuis le point a jusqu'à la ligne c d, la capade diminue de largeur & de force, de maniere que la portion c a d est tout-à-fait semblable à la portion c b d. Il ne faut pas imaginer pour cela qu'elle soit de même épaisseur sur sa largeur entiere ; son épaisseur va en diminuant depuis e jusqu'à c, & depuis e jusqu'à d ; mais sa diminution en épaisseur est beaucoup moindre depuis e jusqu'à d, que depuis e jusqu'à c. Tout l'espace A B C D e est d'ailleurs assez épais pour qu'on ne voye point le jour à-travers, au lieu qu'on voit tout le jour dans tout l'espace a b c d A B C D. a, b s'appellent les aîles de la capade, c la tête, d l'arrête, A B C D le lien, a b c d A B C D le clair.
On travaille ainsi à l'arçon les capades ; c'est avec le clayon qu'on leur donne la forme précise qu'on voit fig. 23. car elles ne la prennent pas exactement à l'arçon : pour cet effet, on approche le clayon de l'étoffe, on en presse legerement les bords, on l'applique aussi doucement dessus ; on l'affaisse, observant de laisser toûjours le fort dans le milieu, & de réduire l'épaisseur d'un demi-pié qu'elle a prise à la vogue, à celle de deux doigts dans le milieu, au centre du lien : c'est alors que les parties commencent à s'unir un peu. Cela fait, on prend la peau de parchemin qu'on voit fig. 8. & qu'on appelle la carte ; on la place sur la capade déjà abaissée par le clayon ; on applique ses deux mains sur la carte, & on marche la capade. Marcher, c'est presser par petites secousses d'une main, de l'autre, parcourant ainsi en pressant des deux mains alternativement & legerement toute la surface de la carte, qu'on tient toûjours en respect avec les mains qu'on ne leve point ; mais qu'on ne fait que glisser par-tout, en donnant les petites secousses, afin d'approcher les parties sans s'exposer à aucun accident. On marche ou sur une des faces de la capade seulement, ou sur les deux ; quand on a marché, on ôte la carte, on plie la capade en deux, ensorte que le bout d'une aîle tombe juste sur le bout de l'autre aîle, puis on l'arrondit. L'arrondir, c'est enlever avec les doigts ce qui déborde d'une des moitiés sur l'autre moitié, tant du côté de la tête que du côté de l'arrête. Ce qui provient d'étoffe dans cette opération, joint à ce qui en reste de la capade sur la claie, servira à l'étoupage. Ce que je viens de dire sur une des capades, se fait de même sur toutes les trois autres.
Quand les capades sont finies, on prend l'once de dorure, & on l'arçonne, c'est-à-dire qu'on la bat, rebat, & vogue ; après quoi on la partage à la balance en deux parties égales, de chacune desquelles on fait deux petites capades. Ces petites capades ont la forme des grandes ; quant à leur consistance, elle est à-peu-près uniforme. On laisse de l'étoffe de chaque petite capade une portion legere qui servira à faire les travers, ou manchettes, ou bandes. Les capades & les travers sont figurés sous l'arçon & au clayon, & marchés comme les grandes ; quand les travers ont été marchés, ils ont la forme d'un parallélogramme : alors on en prend un ; on le plie sur sa longueur par plis égaux ; puis on le plie en deux seulement sur sa hauteur, & on le rompt suivant cette derniere dimension, dans le pli ; ce qui donne deux autres parallélogrammes de même longueur que le premier, & de la moitié de sa hauteur ; ce sont les deux travers ; on les a pliés pour pouvoir les diviser en deux parties égales, sans les déchirer.
Cela fait, on marche les capades au bassin ; pour cet effet, on a une feutriere. La feutriere qu'on voit fig. 9. est un morceau de bonne toile de ménage, d'environ cinq piés de long, sur trois & demi à quatre de large : on la mouille uniment avec un goupillon, après l'avoir étendue sur le bassin, afin de la rendre molle & douce ; mais il ne faut pas qu'elle soit trop humectée, sans quoi l'étoffe des capades prendroit à la feutriere, & seroit déchirée : on pose la capade sur la feutriere, la tête vers le bord supérieur ; on la couvre exactement d'un papier un peu humecté & non ferme ; on met une autre capade sur ce papier qui la sépare de la premiere ; ces deux capades sont tête sur tête, arrête sur arrête. On ramene ensuite le bas de la feutriere sur les deux capades ; on la plie en trois plis égaux selon sa hauteur ; on la plie encore en trois plis égaux selon sa largeur, & l'on marche les capades renfermées dans la feutriere ainsi pliées ; c'est-à-dire qu'on applique les mains dessus, & qu'on les presse par-tout par petites secousses : après quoi, des trois derniers plis, on met en-dehors celui qui étoit en-dedans, & en-dedans celui qui étoit en-dehors ; on acheve de replier, & on remarche. Toutes ces opérations tendent à augmenter peu-à-peu la consistance ; ce marcher des capades est le commencement de ce qu'on appelle le bastissage. Le bassin sur lequel cela se fait est une grande table de bois qu'on voit fig. 2. autrefois concave dans le milieu, maintenant tout-à-fait plane ; cette cavité étoit enduite de plâtre, on y mettoit du feu, on la couvroit d'une plaque de fer, & l'on marchoit sur la plaque ; mais on ne marche plus guere à feu. Ce que nous venons de dire des deux capades se pratique exactement sur les deux autres ; on les enferme de même dans la feutriere séparées par un papier, & on les marche de même.
Après que les capades ont été marchées deux à deux, comme nous venons de le prescrire, on ouvre la feutriere, on enleve une des capades avec le papier qui la séparoit de l'autre qu'on laisse sur la feutriere, & qu'on couvre d'un papier gris qui a à-peu-près la forme d'une hyperbole qui n'auroit pas tout-à-fait tant d'amplitude que la capade sur la même hauteur. On pose sur le sommet de ce papier hyperbolique, qu'on appelle un lambeau, à deux bons doigts de la tête de la capade qui est sur la feutriere ; on mouille un peu le sommet du lambeau & la tête de la capade, & on couche sur le lambeau l'excédent de la tête de la capade sur le sommet de ce papier ; on couche pareillement l'excédent des deux aîles de la capade sur les côtés du lambeau ; d'où il s'ensuit évidemment qu'il s'est formé deux plis au moins à la capade en quelqu'endroit, l'un à droite & l'autre à gauche du sommet du lambeau. Il faut effacer ces plis, & faire ensorte que le lambeau soit embrassé exactement sur toute sa circonférence, par l'excédent de la capade sur lui, sans qu'il y ait de plis nulle part : pour cet effet, on pose le dessous des doigts de la main gauche sur le bord gauche de la capade, en appuyant un peu, pour tenir tout en respect, & l'on détire doucement le pli de ce côté, avec les doigts de la droite, jusqu'à ce qu'on l'ait fait évanouir ; on en fait autant au pli du côté droit, en tenant tout en respect avec le dessous du bout des doigts de la droite, & détirant l'étoffe qui prete, avec les doigts de la gauche. Quand ces plis sont bien effacés, on prend l'autre capade, que j'appellerai b, & on la pose sur le lambeau que la premiere, que j'appellerai a, tient embrassé ; on retourne tout cet appareil ; on couche les bords excédens de la capade b sur la capade a, ensorte que cette capade a soit embrassée par-tout par la capade b, comme la capade b embrasse le lambeau qui les sépare. On efface les plis de cette capade b, comme on a effacé ceux de la capade a ; mais le lambeau n'ayant pas à beaucoup près autant d'amplitude que les capades qui le renferment, il reste ordinairement à droite & à gauche, au-bas des capades, au bord de leurs arêtes ; deux petites places que le lambeau ne couvre point, & où les capades se toucheroient & se prendroient, si on n'y inséroit deux petits morceaux de papier qui servent, pour ainsi dire, de supplément au lambeau ; aussi a-t-on cette attention. Il faut bien se ressouvenir que tout cet appareil est placé sur la feutriere, la tête des capades étant à une petite distance de son bord supérieur.
Cela bien observé, on prend la feutriere par son bord supérieur, & on en couche sur la tête des capades la partie dont elle les excede, & qui est à-peu-près de quatre doigts ; on prend ensuite le bord inférieur de la feutriere, & on le ramene jusqu'en haut de cet appareil, ensorte que l'appareil des capades & du lambeau soit entierement renfermé dans cette grande toile, & que le tout ait à-peu-près la forme quarrée de la fig. 24, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Après quoi prenez l'angle 1, portez le point 1 au point 10, & formez le pli 9, 2. Prenez l'angle 4 ; portez le point 4 au point 11, & formez le pli 5, 3. Prenez l'angle 6, portez le point 6 au point 15, & formez le pli 7, 16, qui prolongé passeroit par l'angle 4. Prenez l'angle 15 ; portez-le au point 14, & formez le pli 13, 12 parallele au pli 9, 2.
Il est évident qu'après ces opérations tout votre appareil aura la figure extérieure 2, 9, 8, 7, 16, 3, 2. Faites trois plis égaux entr'eux & paralleles au pli 7, 16, ensorte que le bord du premier pli tombe sur le pli 9, 2, & que la ligne 17, 14, si on la tiroit, fût partagée en quatre parties égales par le moyen des plis qui la couperoient perpendiculairement en trois endroits. Voilà ce qu'on appelle former ses croisées.
Ces croisées formées, posez vos deux mains dessus & marchez. Cela fait, dépliez & formez les mêmes croisées, mais en commençant par l'angle 4, ensorte que toutes les croisées soient toutes jettées du côté de cet angle, comme on les voit jettées dans la fig. du côté de l'angle 1. Posez vos mains sur ces nouvelles croisées, & marchez ; cela s'appelle marcher sur les côtés.
Dépliez & ne laissez que les deux plis 9, 2 ; & 3, 5. Prenez le bord 8, 7, 6, & formez, les uns sur les autres trois plis paralleles à 8, 7, 6, ensorte que le dernier de ces trois plis tombe sur 2, 3, & que tout l'espace 8, 9, 2, 3, 5, 6, 7, 8, soit partagé en quatre bandes paralleles & de même hauteur. Appliquez vos mains, & marchez. Cela s'appelle marcher sur l'arrête.
Dépliez & ne laissez que les deux plis 9, 2 ; & 3, 5. Prenez le bord 2, 3, & formez les uns sur les autres trois plis paralleles à 2, 3, ensorte que le dernier tombe sur 8, 7, 6, & que tout l'espace 2, 3, 5, 6, 7, 8, 9, 2, soit partagé en quatre bandes paralleles & de même hauteur. Appliquez vos mains & marchez. Cela s'appelle marcher sur la tête ; & l'opération entiere, suivre ses croisées.
Quand on a suivi ses croisées, on déplie premierement les trois grands plis paralleles, puis les deux angles 192, 345 ; on abaisse la feutriere ; on ouvre les capades ; on ôte le lambeau d'entr'elles, avec deux papiers des côtés, on les décroise. Pour entendre ce que signifie ce mot décroiser, dont nous nous servirons souvent, il faut se rappeller que l'assemblage des deux capades a à-peu-près la forme d'un cone, sur les deux côtés duquel ces capades commencent à se plier par des portions dont elles sont repliées l'une sur l'autre : or décroiser, c'est déplier ce cone, & le plier ensuite de maniere que ce qui occupoit les côtés occupe le milieu, & que ce qui occupoit le milieu occupe les côtés, sans séparer la liaison qui commence à se faire. Ainsi soient (fig. 24.) les capades représentées avant le décroisement par b a d : après le décroisement elles doivent avoir la même figure, avec cette seule différence que a d soit en a c, a c en a b, & ainsi de suite. Le rendouble des capades l'une sur l'autre se trouvera donc en a c : on donne aussi à ce rendouble le nom de croisée ; on en efface doucement les petits plis, en détirant un peu, & en passant legerement dessus le dos des doigts. On retourne tout l'assemblage des capades, & on en fait autant au redouble qui se trouve sur le milieu de l'autre côté.
Cela fait, on prend les deux autres capades (car il faut se ressouvenir qu'on en a arçonné quatre, & on les pose sur les deux premieres qu'on vient d'assembler, une dessus, l'autre dessous ; il est évident que ces deux secondes capades doivent déborder sur celles qui sont déjà liées) : on couche cet excédent des nouvelles capades sur les deux premieres, comme on avoit couché l'excédent de l'une de celles-ci sur le lambeau, & l'excédent de l'autre sur cette une ; on efface le pli de la tête & des côtés, comme nous l'avons prescrit ; on remet les lambeaux & les papiers des côtés à leur place, c'est-à-dire entre les deux premieres capades, & on a un nouvel appareil ou assemblage de quatre capades, dans lequel, en conséquence du décroisement, le fort répond au foible, & le foible au fort ; c'est-à-dire, que les rendoubles ou croisées des deux premieres répondent au milieu des deux secondes, & les rendoubles ou croisées des deux secondes, au milieu des deux premieres qu'elles enveloppent ; après quoi on plie la feutriere comme quand elle ne renfermoit que deux capades, & l'on suit sur elle toutes les croisées de la fig. 22. marchant d'un côté, de l'autre, de tête & d'arrête.
Quand on a suivi ces croisées, on déplie la feutriere, on ôte les lambeaux, & l'on décroise les quatre capades, de maniere que les deux rendoubles ou plis des deux dernieres capades qui sont sur les côtés en-dehors, se trouvent sur le milieu en-dehors, & que les deux rendoubles ou plis des deux premieres qui sont sur le milieu en-dedans, se trouvent sur les côtés en-dedans de l'appareil ; puis on efface les plis des rendoubles des deux dernieres capades, on arrondit tout l'appareil du côté de l'arrête, arrachant legerement toutes les portions de l'étoffe qui excedent d'une des moitiés de l'arrête sur l'autre, & qui empêchent que l'arrête entiere ne soit bien ronde.
Tout cet appareil des quatre capades s'appelle alors un chapeau bâti au bassin. On le laisse sur la feutriere, on l'ouvre, & on regarde en-dedans au jour les endroits qui paroissent foibles, afin de les étouper. Etouper, c'est placer aux endroits foibles des morceaux d'étoffe qui leur donnent l'épaisseur du reste. On retourne sens-dessus-dessous son chapeau en tout sens, afin d'étouper par-tout, tant en tête qu'en bords. L'étoupage se forme à l'arçon, se bat & vogue comme les capades ; à cela près qu'on ne lui donne aucune figure, & qu'il ne se marche qu'à la carte non plus que la dorure. Quand le chapeau est étoupé d'un côté, on remet le lambeau dedans ; puis on retourne le tout sens-dessus-dessous, & on étoupe l'autre côté : quant à la maniere de placer l'étoupage, la voici. Lorsqu'en regardant au-travers du cone creux des capades on a apperçu un endroit clair, on rompt un morceau d'étoupage de la grandeur convenable, & on le place en-dehors à l'endroit correspondant à celui qu'on a vû foible en regardant en-dedans. Il faut un peu mouiller avec de la salive l'endroit où l'on met l'étoupage, afin de le disposer à prendre : cela fait, on replie la feutriere comme auparavant, & on suit toutes les croisées de la fig. 23. marchant d'un côté, de l'autre ; de tête & d'arrête.
Après quoi on déplie la feutriere, on retire le lambeau, on décroise, plaçant ce qui étoit sur les côtés de l'appareil au milieu, & ce qui étoit au milieu sur les côtés : on examine encore s'il n'y a point d'endroits à étouper ; s'il y en a, on les étoupe ; on remet le lambeau ; on referme la feutriere ; on donne toutes les croisées de la fig. 23. marchant d'un côté, de l'autre, de tête & d'arrête : on déplie, on retire le lambeau, & on décroise encore : puis retournant l'appareil sur la feutriere, de maniere que la tête soit où étoit l'arrête ; on plie la feutriere comme auparavant, & on marche, mais d'une maniere particuliere ; au lieu de presser avec la main par petites secousses, on roule un peu le tout sous les mains contre le bassin, ce qui s'appelle cimousser : cette opération arrondit & égalise l'arrête : cela fait, on déplie la feutriere, on décroise, & on plie le chapeau pour le porter à la foule ; c'est-à-dire qu'on porte le bout de la tête sur le bord de l'arrête, & les deux côtés l'un sur l'autre. Cet appareil s'appelle un bastissage, & l'endroit où il s'exécute, le bastissage.
Nous voici arrivés à la foule : on y porte les bastissages avec les dorures. Voyez la foule, fig. 3. 4. & 5. La fig. 3. est la foule même ; la fig. 4. est la moitié de son plan ; & la fig. 5. en est le profil selon sa longueur, A, fig. 1. la porte de l'étuve. B les ventouses. C la porte du fourneau. E dessous de la chaudiere où l'on fait le feu. F, F, F, grille ou chenets sur lesquels on place le bois. H, H, H, tuyau de la cheminée. I, I, I, chaudiere de cuivre. K, K, K, K, K, K, bancs de foule. L le bureau. M baquet à bourre. N boutons ou de fer ou de bois destinés à arrêter les roulets : remarquez que les bancs sont en pente. O écumoire. P balai.
Pour fouler, on commence par remplir la chaudiere d'eau de riviere ou de puits, il n'importe ; on jette du gros bois sur les chenets, on y met le feu : quand l'eau est prête, on a de la lie de vin ; cette lie a déja servi au vinaigrier, le fluide en est ôté, ce n'est proprement que le marc de la lie ; plus la lie est rougeâtre, meilleure elle est ; il en faut un sceau & demi ordinaire sur une chaudiere à huit ; à mesure que l'eau chauffe, on délaye la lie avec un balai : quand l'eau bout, l'écume ou crasse de la lie paroît à la surface de l'eau ; on l'écume, puis on se met à travailler. On prend un bastissage, on le met sur l'eau, & on l'y tient enfoncé avec un roulet. Voyez fig. 11. Le roulet, c'est une espece de fuseau de bois fort long, assez fort dans le milieu, rond, & allant en diminuant de diametre du milieu vers ses deux extrêmités. Quand le bastissage est trempé, s'il arrive qu'il soit trop chaud, on le plonge dans l'eau froide ; on le déplie seulement par le bout d'un des côtés, on le roule, & on en fait sortir l'eau contre le banc de la foule ; on le roule par l'autre bout, & on en fait pareillement sortir l'eau en le serrant entre ses mains, & le pressant contre le banc de la foule ; ensuite on le déplie, on l'étend sur le banc, l'arrête du côté de l'ouvrier, la tête du côté de la chaudiere ; on la décroise délicatement sur le côté, comme on voit fig. 24. en faisant passer la partie a b en a c : on prend une brosse à poil un peu long, mais serrée ; on la trempe dans la chaudiere, & on frappe avec cette brosse legerement sur la croisée a c, pour en effacer le pli ; on écarte avec le dos de la même brosse la bourre & la crasse qui se forment à la surface de la chaudiere ; on en plonge le poil dans l'eau ; on s'en sert pour asperger le chapeau : quand il est aspergé, on prend le bout de la tête a, on le porte en d (fig. 24.), & l'on forme le pli ou la croisée b c ; on roule le reste à-peu-près dans la direction du pli b c ; on le serre avec les mains, & on le presse en cet état contre le banc ; on le déroule ; on l'asperge : on prend la tête a (fig. 16.) on la porte en d, on roule le reste à-peu-près dans la direction du pli ou de la croisée d c ; on serre avec les mains ce rouleau, & on le presse bien contre le banc : on le déroule ; on asperge : on prend la tête a (fig. 27.), on la porte en d, & l'on forme le pli ou la croisée b c ; puis on roule, en commençant le roulement par le bout de l'aîle : on serre le rouleau entre les mains & contre le banc ; on le déroule, on l'asperge, & l'on forme le pli c d (fig. 28.) en portant le bout de l'aîle ou le point a en b : on roule le reste dans la direction de ce pli ou croisée ; on serre le rouleau entre ses mains & contre le banc ; on déroule, on asperge : on forme le pli d c (fig. 29.) en portant le point a en b ; on roule le reste dans la direction de ce pli ou croisée ; on serre le rouleau entre ses mains & contre le banc. Il faut observer dans toute cette premiere manoeuvre de la foule, qu'on asperge avec la brosse à chaque pli de croisée, qu'on roule bien clos, & qu'on foule mollement, en allongeant les bras, en faisant faire au rouleau ou chapeau roulé beaucoup de chemin sur le banc, en tournant sur lui-même, & en le pressant peu sur chaque point de ce chemin : il n'est pas encore assez compacte pour supporter de grands efforts ; mais la liaison croîtra par des degrés insensibles. On déroule ; on asperge : on prend le point a (fig. 30.), on le porte en d ; on forme le pli b c ; on roule le reste à-peu-près dans la direction de ce pli, bien clos, & l'on foule mollement ; on déroule ; on asperge : on prend le point a (fig. 31.), on le porte en d ; on forme le pli de croisée b c ; on roule le reste bien clos dans la direction de ce pli, & on foule mollement : on déroule, on asperge ; on prend le point A (fig. 32.), on le porte en B, & l'on forme le pli C D ; on prend le point a, on le porte en b, & l'on forme le pli c d : on prend le point e de l'arrête, & on le porte en f, & l'on forme le pli a A : on roule le reste bien clos dans la direction du pli A a, & l'on foule. Voilà toute la suite des croisées de la foule ; on les réitere toutes trois fois consécutives, à commencer par le décroisement de la fig. 24. Ainsi on décroise trois fois, comme on voit dans cette fig. 24. On plie & foule trois fois sur un côté, comme on voit fig. 25. On plie & foule trois fois sur l'autre côté, comme on voit fig. 26. On plie & foule trois fois sur la tête, comme on voit fig. 27. On plie & foule trois fois sur un coin, comme on voit fig. 28. On plie & foule trois fois sur l'autre coin, comme on voit fig. 29. On plie & foule trois fois sur un des bords de l'arrête, comme on voit fig. 30. On plie & foule trois fois sur l'autre bord de l'arrête, comme on voit fig. 31. On plie & foule trois fois sur les bords de l'arrête & sur l'arrête entiere en même tems, comme on voit fig. 32. Quand je dis qu'on plie & foule trois fois sur chacune de ses parties, cela ne signifie pas que ces trois fois se fassent tout de suite & consécutivement sur cette partie : cela signifie que comme on suit trois fois toutes les croisées, & qu'à chaque fois qu'on les suit chacune des parties dont je viens de parler est pliée & foulée une fois ; après qu'on a suivi trois fois toutes les croisées, toutes les parties précédentes ont été aspergées, pliées, foulées trois fois ; je dis aspergées, car on ne plie jamais, ni on ne foule un pli de croisée, sans avoir aspergé auparavant.
Quand on a suivi ses croisées pour la troisieme fois, on étend le chapeau sur le banc, & l'on en frotte circulairement la surface avec la paume de la main, pour en faire sortir le jarre : on appelle jarre, le gros poil qui s'est trouvé mêlé avec le fin quand on a coupé la peau ; cela fait, on retrousse le bord supérieur de l'arrête, on ouvre le chapeau, & l'on tâche, en tâtonnant avec les doigts, de découvrir les endroits foibles ; quand on en trouve, on les marque en traçant un trait avec le bout du doigt ; on prend ensuite des morceaux d'étoupages, on les humecte, & on les met en-dehors aux endroits correspondans aux endroits foibles, qu'on reconnoît aisément à la marque du doigt : pour affermir ces étoupages, on les frappe ou tape un peu avec la brosse mouillée ; on referme le chapeau, on le retourne sans-dessus-dessous, on le r'ouvre, & on cherche les endroits foibles de l'autre moitié, auxquels on remédie comme nous venons de dire.
Après avoir étoupé, on ouvre tout-à-fait le chapeau de la main gauche ; de la droite on en frappe la pointe ou tête d'un petit coup, on la fait rentrer en-dedans ; on lâche le bord qu'on tenoit ; on insere en-dedans les deux mains ; on prend la tête, on l'attire à soi doucement, de peur de déranger l'étoupage ; on repousse les bords, & le chapeau est retourné. Alors on prend des morceaux de tamis de crin simple, on insere ces tamis dans le chapeau en autant d'endroits qu'on a mis de l'étoupage, de peur que cet étoupage ne vînt à se lier avec les parties auxquelles il correspondroit : cela fait, on asperge un peu, on fait un pli sur le côté de la tête, tel que celui de la fig. 25. mais plus petit ; on roule dans la direction de ce pli, mais bien clos ; on foule doucement ; on déroule, on asperge ; on fait un autre petit pli sur l'autre côté de la tête ; en un mot on suit sa croisée toute entiere, à commencer à la fig. 25. & à finir à la fig. 32. inclusivement, exécutant tous les plis indiqués par ces figures, aspergeant, roulant, & foulant à chacun, comme il a été prescrit plus haut.
Cela fait, on déploye le chapeau, dont, pour le dire ici en passant, on a toûjours vis-à-vis de soi, quand on foule, le côté opposé à celui sur lequel on a commencé à rouler le reste : ainsi dans la derniere manoeuvre de la fig. 32. on a vis-à-vis de soi la tête. On retourne donc le chapeau, pour être en face de l'arrête ; on l'ouvre, on décroise, on examine encore s'il n'y a point d'inégalités dans l'épaisseur ; s'il y en a, on étoupe derechef ; on retourne le chapeau sens-dessus-dessous, comme nous avons dit ; on place des tamis aux endroits étoupés, & l'on suit une croisée entiere, à commencer à la fig. 25. jusqu'à la fig. 32. inclusivement.
Voici le moment de placer une des petites capades, que nous avons appellées plus haut pointus : on place un de ces pointus, ou une de ces parties de dorure qui doivent faire l'endroit du chapeau, sur la tête, qu'elle couvre jusqu'à deux doigts de l'arrête ; on prend de l'eau avec la brosse, observant de bien écarter la bourre, on asperge le pointu, & on le tape assez fortement avec le côté des crins : s'il arrive au pointu d'être plus ample que la tête, & de déborder de tous côtés, on ouvre le chapeau, on insere la main jusqu'au fond, on releve la tête, & on abat les excédens du pointu, & on les tape ensuite tant-soit-peu avec la brosse : quant aux excédens des côtés, on décroise un peu, on abat d'un & d'autre côté les excédens à la faveur des décroisemens, on les tape aussi : quand le pointu est ainsi ajusté, on examine s'il n'y a point d'endroits à étouper ; s'il y en a, on les étoupe. On pose sur l'autre côté de la tête le second pointu, précisément avec les mêmes précautions que le premier, se garantissant bien sur-tout de la bourre : on retourne alors le tout de dedans en-dehors, le plus délicatement que l'on peut, de peur de détacher les pointus, qui ne tiennent qu'autant qu'il le faut pour supporter juste cette manoeuvre ; on met entre les pointus, & aux endroits étoupés, des tamis, puis on foule une croisée entiere, à commencer à la fig. 27. Lorsqu'on a exécuté les croisées prescrites par la fig. 32. on remet l'arrête du chapeau de son côté, on le déploye, on l'ouvre, on ôte le tamis, on décroise de côté, comme il est marqué fig. 24. on examine si les pointus sont bien pris ; s'ils ne le sont pas, on asperge, on tape sur leurs bords ou croisées avec la brosse ; on remet les tamis, & on foule une seconde croisée toute entiere, à commencer à la fig. 25.
Lorsque les pointus sont bien pris, on retourne de dedans en-dehors les pointus, on les frotte en rond avec la paume de la main, pour en ôter la bourre ou la jarre qui peut s'y trouver ; on examine s'il n'y a plus d'endroits à étouper ; s'il y en a, on étoupe ; puis on prend un travers qu'on place à un doigt du bord de l'arrête, & qui monte de là à la hauteur de huit doigts, ne laissant à découvert que le bout de la tête, ou la portion qui fera le dedans de la forme quand le chapeau sera achevé : on asperge ce travers, on le tape ; on décroise sur les côtés l'un après l'autre ; on abat l'excédent du travers avec la brosse, & on tape cette espece de rebord ; on retourne le tout sans-dessus-dessous ; on met l'autre travers comme on a mis le premier ; on retourne ensuite le chapeau de dedans en-dehors, de sorte que les pointus soient en-dehors, & les travers en-dedans, & on foule une croisée complete depuis la fig. 25. jusqu'à la fig. 32. inclusivement : on examine ensuite si les rebords ou croisées des travers sont bien pris ; s'ils ne le sont pas, on les tape avec la brosse, & l'on tient des tamis aux endroits non pris, puis on arrose le chapeau avec la jatte, & on foule une croisée complete : si tout est bien pris, alors le chapeau est dit basti à la foule ; sinon on foulera encore une croisée complete .
Lorsque le chapeau est basti à la foule, alors on prend la manique, pour fouler plus chaud & plus clos. Cet instrument qu'on voit fig. 12. est une semelle de cuir doublée de l'empeigne : cette semelle s'attache sur le poignet par une courroie ou une boucle, & elle est terminée à l'extrémité par un anneau de cuir qui reçoit le doigt du milieu, & qu'on appelle doigtier : on a une manique à chaque main ; si l'eau paroît claire, on y remet un peu de lie qu'on délaye : on prend le chapeau, s'il est grand, on le plie des deux côtés ; on a l'arrête de son côté, on le trempe par la tête dans l'eau bouillante de la chaudiere, puis on y fait un pli sur la tête, comme il est fig. 25. seulement plus petit : c'est même une observation générale pour toutes les croisées qui vont suivre, de faire successivement les plis marqués par les figures d'autant plus petits, que le chapeau deviendra plus ferme, & se rapetissera davantage, & de fouler plus fortement : on foule une croisée complete , observant à chaque pli (ou pour parler le jargon que nous nous sommes faits dans cet article afin de nous rendre intelligibles, à chaque figure, car nous avons représenté les plis par des figures) de tremper le chapeau dans la chaudiere avant de le plier ; & dans le cours de la foule, de chaque pli de le tremper deux ou trois fois tout roulé, & de le tenir roulé bien ferme & bien clos.
Le nombre des croisées complete s qu'on est obligé de donner successivement, est plus ou moins grand, selon la nature de l'étoffe, ou la difficulté qu'elle a à rentrer : on en donne au moins quatre ou cinq, bien chaud & bien clos. Les maniques servent dans ces croisées à garantir les mains de l'action de l'eau bouillante, & à pouvoir fouler avec plus de hardiesse & de force. Après ces croisées, on brosse son chapeau avec la brosse qu'on trempe dans l'eau, & on le porte sur une table dans un endroit clair, pour voir s'il n'y a point d'ordure ; si on en apperçoit, on prend des pinces aiguës & courbes, & on arrache les ordures, ce qui s'appelle épinceter à l'endroit. Quand le chapeau est épinceté à l'endroit, on le retourne, on lui donne deux ou trois ou quatre croisées complete s, chaud & clos, comme les précédentes, c'est-à-dire trempant plusieurs fois dans l'eau dans le cours de la foule de chaque pli ; puis on épincette à l'envers ; après quoi on retourne le chapeau, & on le foule chaud & clos, autant de croisées complete s qu'il en faut pour le finir. Ces croisées se foulent au roulet & à la manique, qu'on ne quitte point que le chapeau ne soit fini. On pose le roulet sur le chapeau, on roule le chapeau dessus, & on foule : quand à la maniere de poser le roulet, on suit la direction des différens plis de croisées. Le roulet est de bois de frêne. On ne foule au roulet que deux bonnes heures & demie, quand l'étoffe rentre bien, & que l'ouvrier est habile.
Quand on a conduit le chapeau à ce point, on le décroise en tout sens, pour s'assûrer s'il est à-peu-près rond, s'il n'y a point de lipes. Les lipes, ce sont les excédens des plus longs bords sur les plus petits : quand il y en a, on trempe la lippe dans l'eau bouillante, on met le roulet sur cet endroit excédent de l'arrête, & on le foule jusqu'à ce qu'à force de rentrer, la lippe ait disparu ; cela s'appelle arranger le chapeau : en l'arrangeant, on tâche de l'égoutter d'eau & de lie ; pour cet effet on le foule à sec, une demi-croisée sur l'arrête ; alors les croisées ont cessé d'être réglées ; on suit les plis qu'on croit nécessaires. Quand le chapeau est bien égoutté, on examine si les plis des croisées n'y sont point marqués ; si on les aperçoit, on les efface en frappant un peu dessus avec le roulet.
C'est alors qu'on torque le chapeau, ou qu'on le met en coquille : il est au-moins diminué des trois quarts de la grandeur qu'il avoit quand il a été basti. Pour le torquer, on l'ouvre bien ; on enfonce la tête jusqu'à l'arrête & fort au-delà, puis on la repousse en sens contraire, & ainsi de suite, jusqu'à ce que toute la hauteur du chapeau ait été employée à former dans un même plan des plis en ondes & concentriques à l'arrête, dont la pointe de la tête occupe le centre.
Quand le chapeau est en coquilles ou torqué, on le trempe dans la chaudiere, puis sur le banc de la foule on affaisse, on détire avec le pouce de la main droite, & on fait disparoître, en poussant & élargissant en tout sens, la pointe de la tête, ce qui s'appelle pousser. Lorsque la pointe est étendue, on détorque un pli qu'on pousse, qu'on étend, & qu'on élargit comme la pointe. On continue à détorquer, à pousser, à élargir & à étendre, jusqu'à ce qu'il y ait assez d'espace étendu pour pouvoir travailler du poignet en entier ; alors on se l'enveloppe d'un mauvais bas de laine qu'on appelle un poussoir : ce bas garantit la main de l'eau bouillante dans laquelle on trempe le chapeau durant tout le cours de cette manoeuvre ; & on pousse le chapeau, étendant, élargissant & approfondissant jusqu'à ce qu'on ait pratiqué un espace capable de recevoir la forme fig. 14.
Quand le chapeau est poussé, on le dresse : dresser, c'est mettre sur la forme ; alors il ressemble parfaitement à un bonnet de laine retroussé ; alors les ailes sont presque appliquées contre la forme ; les pointus sont en-dessus, les travers sont devant, & se présentent tout-autour à la surface du chapeau opposée à celle des pointus ; sans quoi le chapeau ne paroîtroit pas doré par-tout.
Quand le chapeau est sur la forme, on prend le choc, fig. 19. c'est une feuille de cuivre de l'épaisseur de deux lignes, recourbée par un bout pour en faire le manche, & ceintrée de l'autre : la partie ceintrée est mousse, & sa courbure est la même que celle de la forme, dont elle peut embrasser une partie assez considérable. L'opération dans laquelle on se sert de cet instrument s'appelle choquer : elle consiste à passer legerement la courbure du choc de haut em-bas sur toute la surface de la tête du chapeau, afin de lui faire prendre exactement la forme, en effaçant les plis & godes. Quand on a choqué, on lie la ficelle sur le chapeau ; elle fait deux tours sur le milieu de la forme ; on l'abaisse jusqu'au bord inférieur de la forme avec le choc : pour cet effet on trempe le chapeau bien chaud. Quant à la partie supérieure de la tête, qui en est la plate-forme, on en efface les plis & godes, & on empêche qu'elle ne fasse le cul avec la piece, figure 18. C'est aussi une feuille de cuivre de la même épaisseur que le choc, mais non ceintrée : on l'applique sur le haut de la tête, & en la faisant aller & venir sur cet endroit, on l'applanit.
On abat ensuite le chapeau : pour cet effet on porte le chapeau en forme sur le banc de la foule, on le trempe ; on pose la forme à plat sur le bord extérieur du banc ; de la main gauche on fixe le bord du chapeau de maniere que le pouce embrasse le bord du banc, & serre le bord du chapeau ; de la main droite on empoigne une partie du bord qui est étendu sur le banc, on la tient bien serrée, on la tire, & on tâche de l'étendre : on fait cette opération tout-au-tour du chapeau, dont on fait tourner la forme sur elle-même. Lorsque le bord du chapeau est à-peu-près plat, on piece : pour cet effet on le trempe, & avec la piece qu'on appuie de son plat sur les bords du chapeau, on la presse d'une main, tandis qu'on fait tourner la forme de l'autre : c'est ainsi qu'on efface les plis fait en abattant ; ces plis s'appellent tirasses. Cette opération ne rend cependant pas encore les aîles tout-à-fait plates ; pour les achever, on les détire une seconde fois, précisément comme la premiere, puis on prend la jatte, on les arrose à la tête de deux jattées d'eau de la chaudiere ; ensuite on passe la piece sur la tête pour l'unir & l'égoutter, & on en conduit le côté, de dessus la tête, tout-autour de la forme : alors on quitte cet instrument, on prend le choc avec lequel on acheve d'abaisser entierement la ficelle ; après quoi avec la piece dont on applique le plat sur les bords du chapeau, & qu'on conduit tout-autour, le côté tranchant du côté de la chaudiere, comme pour y diriger l'eau qui sort du chapeau, on l'unit & on l'égoutte. Quand le chapeau est bien égoutté, on le frotte par-tout legerement avec les mains ; & prenant entre le pouce en-dessus, & l'index en-dessous, l'extrémité de l'arrête, on la releve un peu, & on l'arrondit en gouttiere dont la concavité regarde la tête.
Voilà le chapeau sorti de la foule, & prêt à entrer dans l'étuve pour y être séché. On le laisse sur la forme : elle est percée en-dessous de deux trous ; les murs de l'étuve sont parsemés de clous qui y sont fichés : on place un de ces clous dans un des trous de la forme, & elle y reste suspendue : on laisse passer la nuit au chapeau dans l'étuve ; les compagnons en s'en allant, quand il n'y a plus de bois sous la chaudiere, ni par conséquent de fumée à craindre, ferment la tuile, dont on voit l'ouverture en 1, 2, fig. 3.
Lorsque le chapeau est sec, on le tire des étuves ; mais chaque ouvrier marque son ouvrage pour le reconnoître, l'un avec du blanc, l'autre avec le doigt. Le chapeau étant mouillé, le doigt couche le poil selon une certaine direction qu'il garde, & la trace se reconnoît. Au sortir de l'étuve, on délie la ficelle, on chasse la forme en la pressant par le bout, puis on ponce : pour cet effet on remet la petite gouttiere qu'on avoit formée à l'arrête de dessus en-dessous ; on a une petite ponce legere ; on pose l'aîle du chapeau sur le banc de la foule, la concavité de la forme en-haut ; & on passe la ponce sur l'aîle, jusqu'à ce que toute cette surface soit bien unie, & que tout le poil en soit bien égalisé. Le poil étoit auparavant fort grossier ; la ponce ou le détache, ou le coupe, ou l'affine ; on la mene & on la ramene fermement du bord concave de la tête au bord de l'arrête ; on en fait autant à l'autre surface, observant auparavant de remettre la gouttiere dans son premier sens. On remet ensuite le chapeau en forme, & on acheve de le poncer : on l'a remis en forme, afin que ce solide soûtînt l'action de la ponce, & que la tête du chapeau ne fût pas enfoncée. Après avoir poncé, on prend une brosse seche qu'on passe par-tout, tant pour enlever ce que la brosse a détaché, que pour faire sortir le peu de lie qui reste, & adoucir l'ouvrage. On a ensuite un peloton en quarré oblong, rembourré de gros poil de castor, & couvert d'un côté de drap, de l'autre de panne ; on passe ce peloton par-tout. Le peloton & le frottoir ne sont pas la même chose : le frottoir est une piece de bois unie, d'un doigt d'épaisseur, ou à-peu-près, sur environ six pouces en quarré, qu'on passe sur le chapeau quand on le décroise à la foule, qu'il est chaud, & qu'il faut l'éjarrer. L'ouvrier, au lieu du frottoir, se sert aussi de sa main, comme nous l'avons dit.
Lorsque le chapeau est pelotonné, on marque avec de la craie son poids, & s'il est doré ou non. On se sert de chiffres pour le poids, de lettres pour le reste. L'ouvrier a aussi sa marque, qu'il fait avec des ciseaux au bord de l'arrête ; c'est une hache, un croissant, ou une autre figure : puis il rend son chapeau au maître, qui l'examine avant que de l'envoyer à la teinture, où nous le suivrions sans interruption, si nous n'avions à reprendre de plus haut l'opération que nous venons de décrire, & que nous avons poussée jusqu'ici, pour ne pas couper le fil de la manoeuvre principale par l'explication d'une opération accidentelle, je veux dire celle du plumet. Nous allons maintenant dire comment on fait au chapeau un plumet, quand on y en veut un.
Quand on a foulé au roulet & à la main, au point que le chapeau n'a plus qu'un pouce à rentrer, alors on l'égoutte au roulet comme s'il étoit achevé, & on le flambe du côté du plumet ou à l'endroit : pour cet effet, on a un morceau de bois sec, ou un peu de paille allumée, au-dessus de laquelle on passe la partie qu'on veut flamber ; cette flamme brûle un peu le poil.
Pour former le plumet on choisit de l'anglois non secrété, le plus long qu'on peut trouver ; on l'arçonne comme le reste ; on en fait à l'arçon les uns huit pieces, les autres douze. Ces pieces ont la même hauteur que les travers, & se placent au côté opposé, comme il est évident, mais elles n'ont pas la même forme ; ce sont des ovales formées de deux portions d'un cercle qui excéderoit d'un bon pouce la circonférence du chapeau, & elles sont chacune la huitieme ou la douzieme partie de cette circonférence. Il est à observer qu'elles sont toutes plus minces à la partie qui doit toucher la tête, qu'à celle qui doit déborder l'arrête ; on voit le jour à-travers de l'une, & non à travers de l'autre. En effet, il importe beaucoup davantage que le plumet soit fourni au bord du chapeau, qu'au fond vers la tête ; elles sont aussi plus fortes au centre qu'au bout des aîles : on en verra la raison plus bas. Voyez, figure 32. une piece de plumet ; elle est plus forte en c qu'en i & k, & plus forte en b qu'en h.
Les pieces se marchent seulement à la carte ; pour les faire prendre au chapeau préparé comme nous venons de dire, on a un grand chapeau de vigogne commun, qui n'a été que basti à la foule, ou un sac de toile neuve fait à-peu-près en cone, mais beaucoup plus grand que le chapeau qu'on travaille : que le dedans de ce sac soit garni de tamis de crin ; on place le chapeau dans cette chausse ou dans le vigogne ; on prend la brosse, on l'asperge ; on a une des pieces qu'on place sur le chapeau, de maniere que l'arrête en soit débordée d'un bon pouce ; on tape cette piece avec la brosse : si on se sert d'une chausse, il ne faut point de tamis : si on se sert d'un vigogne, on place des tamis sur la piece pour la séparer du vigogne ; on retourne cet appareil sens-dessus-dessous ; on ouvre le chapeau ; on place en-dedans des tamis, de peur que les bords inférieurs de la piece mise ne prennent avec les bords inférieurs de celle qu'on va mettre ; on ferme le chapeau ; on place une seconde piece ; on sépare cette seconde piece par des tamis du vigogne, si c'est d'un vigogne que l'on se sert ; on fait un pli à la tête, tel que celui de la figure 25. on continue de plier le reste en trois autres plis, dans la direction du premier pli 25 ; on prend les maniques, mais non le roulet ; on arrose avec la jatte, & on foule. Il faut dans ce travail que l'eau de la chaudiere soit moins chargée de lie ; on foule chaud & clos sur la tête & sur les côtés ; on examine ensuite si les deux pieces ont bien pris avec le reste de l'étoffe, ce dont on s'appercevra à une espece de grippure ou grenure qui se formera à la surface des pieces. Quand cela est, on ôte du dedans du chapeau les tamis qui empêchoient les bords des pieces de prendre ; puis on décroise, de maniere que ce qui étoit sur les côtés du cone soit dans le milieu, & que ce qui étoit dans le milieu soit sur les côtés ; & que les côtés du cone après le décroisement, partagent chacun chaque piece en deux parties égales, dont une qui est une des aîles d'une piece soit dessus, & l'autre partie ou aîle dessous ; & dont une qui est une des aîles de l'autre piece, soit pareillement dessus, & l'autre partie ou aîle dessous. On place alors deux autres pieces, comme on a placé les précédentes, les faisant déborder l'arrête du chapeau de la même quantité, leurs aîles sur les aîles des deux premieres ; d'où l'on voit combien il étoit raisonnable de faire à l'arçon ces aîles moins épaisses que le centre, puisque le chapeau doit être égal par-tout d'épaisseur, & que dans la fabrique, une aîle de piece se devoit cependant trouver placée sur l'aîle d'une autre piece ; ce qui ne pouvoit donner la même épaisseur, à moins que le centre de la piece ne fût à-peu-près deux fois plus épais que l'extrémité de son aîle. On met des tamis à ces deux pieces, & on les fait prendre comme les deux autres faisant un pli sur la tête & sur les côtés, foulant à la manique & sans roulet, mais chaud & clos, & arrosant avec la jatte.
Quand on s'est apperçu que ces deux secondes pieces sont prises, on ôte délicatement les tamis pour ne pas offenser les pieces, on décroise sur les points d'intersection des aîles des pieces, c'est-à-dire qu'on amene ces points dans le milieu ; & on en pose deux autres, l'une en-dessus & l'autre en-dessous, de maniere que leur petit axe passe chacun par les deux points d'intersection de deux aîles appliquées l'une sur l'autre ; on met les tamis, on foule fortement, on fait prendre ces deux nouvelles pieces ; & quand elles sont prises, on en place deux autres, après avoir décroisé de maniere que les deux dernieres prises soient amenées sur les côtés du cone, & divisées en deux parties égales par ces côtés, & que les deux qu'on va placer ayent les bouts de leurs aîles sur les bouts des aîles des deux dernieres placées. On suit cet ordre & cette manoeuvre jusqu'à ce qu'on en ait placé douze, deux à deux.
Quand toutes les pieces sont placées & prises, on leur donne encore dans la chausse ou le vigogne une couple de croisées réglées ; puis on retourne le chapeau, & l'on met en-dedans les pieces qui forment le plumet ; on foule chaud avec les maniques, mais sans roulet ; en tête & sur les côtés, mais non sur l'arrête, ce qui gâteroit le plumet, on continue des croisées jusqu'à ce que le cordon du plumet se dénoüe, c'est-à-dire jusqu'à ce que ce pouce excédent des pieces, ne prenant point de nourriture, se casse & vienne à se séparer du feutre. Quand le cordon est séparé, on examine si la séparation s'en est bien faite ; s'il en reste quelque parcelle, on l'arrache doucement avec des pincettes de foule. Puis on retourne le chapeau ; l'on remet le plumet en-dehors, & on le foule bien chaud & bien clos, à la manique & sans roulet. Quand à force de fouler & de travailler il ne reste plus rien du tout de l'excédent des pieces, on suppose que le chapeau est assez foulé ; on le retourne, on l'égoutte avec le roulet, mais doucement ; on le met en coquille, comme s'il étoit sans plumet ; on le pousse, on le met sur la forme, on le dresse, on le ficelle, on exécute tout ce qui suit l'opération, comme s'il étoit sans plumet, avec cette différence seule, qu'ensuite on le déficelle & qu'on le dresse deux fois. Après le second dressage, on le reficelle, on l'unit à la piece, on abat la ficelle, on acheve de l'unir, on l'arrose d'une jattée, on l'égoutte avec la piece, on prend un carrelet, & on peigne le plumet pour le démêler ; ce qui s'exécute singulierement : on tient le carrelet, on le pose sur le plumet en frappant, puis on n'en releve que la partie qui correspond au bas de la paume de la main : le bout du carrelet reste appliqué sur le plumet vers la tête, ses dents dans cette opération sont tournées du côté du talon de la main, & sa longueur est dans une ligne qui partiroit du centre de la forme pour aller au bord de l'arrête ; on tourne la forme sur elle-même à mesure qu'on peigne, & l'action du peigne est de démêler & dresser les poils du plumet : cela fait, on le porte à l'étuve, il y passe la nuit ; le lendemain on le ponce, sans toucher au plumet ; on l'arrondit : pour cet effet, on repousse avec la main legerement le plumet du côté de la tête, puis on rogne l'arrête tout-autour avec des ciseaux, le moins qu'on peut ; on repeigne le plumet sec, précisément comme la premiere fois quand il étoit mouillé ; on éleve à la hauteur de l'oeil, on regarde entre les poils du plumet s'il n'y en a point de noüés ; on sépare à la pincette ceux qui le sont, après quoi on le rend au maître, qui en marque à feu, avec un fer, le poids & la qualité, avec les premieres lettres de son nom, qui de relief sur le fer, viennent en creux sur le chapeau.
Les chapeaux vont maintenant passer dans l'attelier des Teinturiers ; mais avant que de les teindre, on les robe : rober un chapeau, c'est le frotter avec un morceau de peau de chien de mer qu'on tient entre les doigts, & qu'on appuie avec la paume de la main : pour rober la tête, on met le chapeau sur une forme plus haute, puis on le frotte sur les côtés de la tête, & ensuite sur le plat.
Quand les chapeaux sont robés, les Teinturiers s'en emparent & les assortissent. Assortir, c'est chercher entre les formes celle qui convient à chaque chapeau. Quand ils en ont assorti une certaine quantité, ils amassent & les chapeaux & les formes à côté d'une petite foule toute semblable à celle du Chapelier, qu'on appelle dégorgeage. Voyez Planche III. de Chapellerie, fig. 1. la foule de dégorgeage ; 1, 2, 3, 4, poteaux, dont on verra l'usage ; 5, entrée du dessous de la chaudiere ; 6, 7, bancs ; 8, cheminée. Elle est petite, à quatre seulement, & les bancs en sont plus plats. La chaudiere est pleine d'eau claire, on met le feu dessous ; quand elle est sur le point de bouillir, ils prennent les chapeaux par les aîles, & en trempent la tête avec la forme dans la chaudiere ; les retournent sur le banc de la foule, abattent les plis avec la main, font entrer la forme de leur mieux, mettent la ficelle à moitié de la forme, & abaissent cette ficelle avec l'avaloire, ou l'instrument de cuivre qu'on voit fig. 13. avec un manche de bois, & la tête terminée par deux rainures. La ficelle se loge dans ces rainures ; on ne se sert plus du grand côté ; les aîles de la rainure ne sont pas égales, l'une est un peu plus haute que l'autre ; c'est la haute qu'on applique contre la forme, & qu'on insere entre la ficelle & le chapeau. On n'avale pas la ficelle tout-à-fait jusqu'au bas de la forme ; il y a au côté de la foule de dégorgeage 4 billots, 1, 2, 3, 4, sur un desquels on frappe auparavant le plat de la forme, pour faire prêter le feutre & entrer la forme. On acheve d'avaler la ficelle ; on prend le chapeau par le bord, on le trempe dans la chaudiere ; on le piece, on en abat les bords à plat, on l'égoutte avec la piece, on le tire au carrelet en-dessus & en-dessous sans le sortir de dessus la forme : cette opération le rend velu ; alors il est prêt à entrer en teinture.
Voici maintenant la maniere dont on teint : au reste les maîtres varient entr'eux & sur la quantité relative des ingrédiens, & même sur les ingrédiens ; il ne faut donc pas s'imaginer que ce que nous allons dire soit d'un usage aussi général & aussi uniforme que ce que nous avons dit.
On teint un plus grand ou un plus petit nombre de chapeaux, suivant la capacité de la chaudiere ; on teint jusqu'à 240 chapeaux à-la-fois. On les prend au sortir de la foule de dégorgeage : on commence par remplir d'eau claire la chaudiere à teindre, qu'on voit fig. 2. Planc. III. de Chapellerie ; elle tient communément cinq demi-muids. Avant que de la faire chauffer, on y met toutes les drogues suivantes : 1°. cent livres de bois d'inde haché par petits copeaux ; 2°. douze livres ou environ de gomme du pays ; 3°. six livres de noix de galle : on fait bouillir le tout pendant la nuit, environ deux à trois heures ; après quoi on ajoute 4°. six livres ou environ de verdet ou verd-de-gris concassé ; 5°. dix livres de couperose : quand on met ces deux derniers ingrédiens, la chaudiere ne bout plus, elle est seulement chaude & sur son bouillon.
Immédiatement après l'addition, on prend des chapeaux, on en met cinquante à fond de la chaudiere rangés sur tête ; sur ceux ci, on place les autres forme contre forme par rangées, cinq rangées sur le devant, quatre sur le derriere ; le nombre tant de ceux du fond que des rangées, est de 120. On a des perches qu'on étend en-travers sur les formes ; on met des planches sur les extrémités de ces perches, & sur ces planches des billots, qu'on voit fig. 2. Planc. III. en a, b, dont le poids tient les chapeaux enfoncés dans la chaudiere ; on les y laisse une heure & demie sans les remuer ; au bout de ce tems on les releve, & on les disperse sur des planches où ils prennent leur évent. Pendant que ces 120 chapeaux prennent leur évent, on place dans la chaudiere les 120 autres, on les y arrange comme les premiers, on les y laisse le même tems, & on les releve. Avant que d'y faire rentrer ceux qui ont pris leur évent, on rafraîchit la chaudiere de quatre seaux de bois d'inde en copeaux. Remarquez qu'avant de lever les chapeaux, il faut jetter sur la chaudiere trois ou quatre seaux d'eau froide de riviere, pour écarter l'écume qui s'est amassée à la surface : on ajoûte aux quatre seaux de bois d'inde environ trois livres de verd-de-gris, & six livres de couperose ; après quoi on remet dans la chaudiere les 120 premiers chapeaux, pour une heure & demie. Au bout de ce tems, on jette sur la chaudiere trois ou quatre autres seaux d'eau ; on les releve ; on leur donne l'évent sur les planches, & on continue ainsi jusqu'à la quatrieme chaude, qu'on rafraîchit encore la cuve, mais les deux seaux seulement de bois d'inde & de quatre livres de couperose. On donne seize chaudes en tout, c'est huit chaudes & huit évents pour chaque 120 chapeaux.
Quand le teint est fait, on porte les 240 chapeaux au puits, & on les lave dans deux tonneaux d'eau claire, en les prenant l'un après l'autre, les humectant & les brossant ; après quoi on les relave. Quand ils sont relavés, on a une petite chaudiere qu'on appelle chaudiere à retirer ; on la remplit d'eau de riviere qu'on entretient bouillante ; on y met les chapeaux par trente, puis on les retire : les retirer, c'est les prendre par les bords, les manier, & les détirer fortement pour les abattre & les rendre plats. A mesure qu'on en tire une douzaine de la chaudiere à retirer, on en va prendre au puits douze autres qu'on y remet ; & ainsi de suite jusqu'à la fin.
Au sortir de la chaudiere à retirer, on les porte sur une table où on les retire encore, mais c'est pour les rendre velus ; & ce retirage se fait avec le carrelet, & fortement, & en-dessus & en-dessous. Le premier retirage s'appelle retirage à l'eau ; celui-ci s'appelle retirage à poil. Il ne faut guere que six heures pour retirer en cette sorte toute la teinture, tant à l'eau qu'à poil.
Quand les chapeaux ont été retirés à poil, on les porte aux étuves : il y a dans ces étuves un grand bassin rond scellé dans le sol, où l'on allume un brasier ; on y porte les 240 chapeaux par portion, on les y laisse quatre heures ; & à chaque fois qu'on sort & qu'on retire des chapeaux de l'étuve, on jette environ six boisseaux de charbon dans le bassin. Quand ils sont secs, on les met en tas hors des étuves, tête sur tête ; on les brosse à sec avec une brosse rude : cela s'appelle brosser la teinture. Quand ils sont brossés, on les lustre avec de l'eau claire ; puis on les remet aux étuves où ils passent la nuit ; le lendemain on les déforme, & on les rend au maître.
Le maître les remet aux apprêteurs ou approprieurs. L'apprêt est une espece de colle qui se compose de la maniere suivante : au reste, il en est encore de ceci comme de la teinture, chacun a sa composition dont il fait un secret même à son confrere. On prend de gomme du pays quatre à cinq livres, de colle de Flandres trois à quatre livres, de gomme arabique une demi-livre : on fait cuire le tout ensemble à grands bouillons pendant trois à quatre heures. Quand ce mélange est cuit, on le passe au tamis, & l'on s'en sert ensuite pour apprêter. Il y en a qui l'éclaircissent, à ce qu'on dit, avec l'amer de boeuf ; on lui donne la consistance de la bouillie avec l'eau chaude. Voyez fig. 3, 4, 5, 6, 7, l'attelier de l'apprêteur.
L'apprêteur est assis sur une chaise ; il a devant lui un bloc de bois, fig. 5. monté sur quatre piés, & percé dans le milieu d'un trou capable de recevoir la tête, & à côté de lui une pile de chapeaux à apprêter. Il en prend un, met la forme dans le trou 5 du bloc, prend dans sa chaudiere de l'apprêt avec un pinceau à longs poils, tâte son chapeau par-tout, donne un coup de pinceau aux endroits qui lui paroissent foibles, & passe ensuite son pinceau sur tout le reste de la surface du bord, observant de fortifier d'apprêt les endroits qu'il a marqués d'abord comme foibles, Comme l'apprêt ne laisse pas que d'être fluide, il en coule un peu dans la tête du chapeau : l'apprêteur a un pinceau sec avec lequel il ramasse & étend cet apprêt.
Le chapeau dans cet état passe dans les mains d'un autre ouvrier qui tient les bassins ; ces bassins ne sont autre chose que deux fourneaux 3, 3, qui ne different de ceux de cuisine qu'en ce que le foyer en est conique ; la grille est à l'extrémité du cone, & le cendrier est sous la grille. On allume du feu dans le cone ; on a une plaque de cuivre plus grande que la base du cone, qui sert d'entrée au fourneau ; on couvre cette entrée avec cette plaque qu'on tient élevée sur un cerceau qui borde l'ouverture, ou sur quatre morceaux de brique ; on étend sur cette plaque plusieurs doubles de grosse toile d'emballage ; on arrose cette toile d'eau avec un goupillon ; on prend son chapeau dont le bord est apprêté ; on trempe une brosse 6 dans de l'eau ; on frotte avec cette brosse à longs poils la circonférence du chapeau ; on lui fait faire un peu le chapiteau ; & on le pose sur la toile, le côté apprêté tourné vers elle. On le laisse un instant. Pendant cet instant, il y a un autre chapeau sur l'autre bassin ; on va de l'un à l'autre, les retournant à mesure que la vapeur s'éleve de la toile mouillée & les pénetre : cette buée transpire à-travers l'étoffe, emporte avec elle l'apprêt, & le répand uniformément dans le corps de l'étoffe, excepté peut-être aux endroits foibles où l'apprêt est un peu plus fort.
Ceux qui menent les bassins, ont aussi des blocs 4 dans le voisinage de leurs fourneaux ; à mesure qu'un chapeau a reçu assez de buée, & que l'apprêt a suffisamment transpiré, ils en mettent la forme dans le trou de ce bloc, & frottent rapidement avec un torchon le bord qui est encore tout chaud. Pour s'assûrer si l'apprêt est bien rentré, ils passent leur ongle sur la surface qui a été apprêtée ; si ce qu'ils enlevent est humide & aqueux, l'apprêt est bien rentré ; il ne l'est pas assez, si ce qu'ils enlevent est épais & gluant : alors ils le remettent aux bassins & le font suer une seconde fois. Les apprêts sont plus ou moins ingrats, & donnent plus ou moins de peine à l'ouvrier. Quand la buée a été trop forte, l'apprêt a été emporté à-travers l'étoffe avec tant de violence, qu'il paroît quelquefois plus du côté où il n'a pas été donné, que de celui où on l'a mis avec le pinceau. Nous observerons en passant que cette méchanique est assez délicate, & que ce n'étoit pas-là une des conditions les moins embarrassantes du problème que nous nous étions proposé.
Lorsque le chapeau est apprêté des bords : un autre ouvrier apprête le dedans de la tête, en l'enduisant d'apprêt avec un pinceau ; mais on ne le porte plus au bassin ; ce fond étant couvert, il n'est pas nécessaire de faire rentrer l'apprêt.
Quand ils sont entierement apprêtés, on les porte dans les étuves où on les fait sécher. Quand ils sont secs, on les abat avec un fer à repasser, qu'on voit Planc. III. fig. 8. qui a environ deux pouces d'épaisseur, cinq de largeur, & huit de longueur, avec une poignée, comme celui des blanchisseuses. On fait chauffer ce fer sur un fourneau, fig. 9. le dessus de ce fourneau est traversé de verges de fer qui soûtiennent le fer : on a devant soi un établi, on met le chapeau en forme, on prend la brosse à lustrer, on la mouille d'eau froide, on la passe sur un endroit du bord, & sur le champ on repasse cet endroit avec le fer, & ainsi de suite sur toute la surface du bord ; ce qui forme une nouvelle buée qui acheve d'adoucir l'étoffe. Après avoir repassé, on détire, on abat, & on continue la buée, le repassage, le détirage, & l'abatage sur les bords jusqu'à ce qu'ils soient tout-à-fait plats.
Cela fait, on met la tête du chapeau dans un bloc, on arrose la face du bord qui se présente avec la brosse, & on la repasse comme l'autre ; on applique le fer très-fortement, on y employe toute la force du bras, & même le poids du corps. Quand le chapeau est abattu du bord, on abat la tête pour cet effet, on en humecte legerement le dessus avec la lustre, & on y applique fortement le fer qu'on fait glisser par-tout ; on acheve la tête sur ses côtés de la même maniere. On prend ensuite le peloton, ou avec le talon de la main on appuie sur la tête ; on fait tourner la forme, & on couche circulairement tous les poils. Toute cette manoeuvre s'appelle passer en premier.
Le chapeau passé en premier est donné à une ouvriere qu'on appelle une éjarreuse : elle a une petite pince (fig. 10. Pl. III.) courbe, & large par le bout à-peu-près d'un pouce ; elle s'en sert pour arracher tous les poils qu'on appelle jarre. On éjarre quelquefois toute la surface du chapeau, plus ordinairement on n'éjarre que les côtés. Quand ils sont éjarrés, on les donne à garnir, c'est-à-dire à y mettre la coëffe, c'est une toile gommée ; elle est de deux parties, le tour & le fond ; le tour est le développement du cylindre de la forme, le fond est un morceau quarré ; on commence par bâtir ces deux morceaux ensemble, puis on l'ajuste dans le fond du chapeau ; on commence par ourler les bords de la coëffe, & les coudre aux bords de la tête du chapeau, de maniere que le point ne traverse pas l'étoffe du chapeau, mais soit pris dedans son épaisseur, puis on arrête le fond au fond de la tête par un bâti de fil. Quand il est garni, on finit de le repasser au fer : pour cet effet, on le mouille legerement avec la lustre ; on passe le fer chaud sur le bord ; on le brosse ensuite fortement ; on le repasse au fer ; on lui donne un coup de peloton. Il faut seulement observer qu'on ne mouille pas le dessus de l'aîle, l'humidité que le fer a fait transpirer du dessous est suffisante. C'est alors qu'on y met les portes, les agraffes, le bouton & la gance. Après quoi on le repasse en second avec la brosse rude, le fer & le peloton. On le met pour cela sur une forme haute ; on le brosse : on le presse avec le fer ; on le lustre avec la lustre, & on y trace des façons avec le peloton mouillé. On l'ôte de dessus la forme ; on le brosse encore avec la lustre mouillée tout-autour ; on y pratique des façons avec le peloton, & on le pend au plancher où l'on a attaché de petites planches traversées de chevilles, qui peuvent par conséquent soûtenir des chapeaux de l'un & de l'autre côté.
Voilà comment on acheve un chapeau ordinaire après la teinture : il y a quelque différence s'il est à plumet. On le lustre au sortir de la teinture, & on le traite comme les chapeaux communs, excepté qu'on prend la brosse seche, & qu'on la conduit de la forme à l'arrête, ce qui commence à démêler le poil ; puis on le porte aux étuves. Au sortir des étuves, on l'apprête comme les autres, on observe seulement de tenir le bloc très-propre. Quand il est sec, on le passe au fer en-dessous & en tête ; puis avec un carrelet qu'on tire de la tête à l'arrête, on acheve de démêler le plumet. Quand le plumet est bien démêlé, on le finit comme nous l'avons dit plus haut pour ceux qui n'ont point de plumet.
Voilà la maniere dont on fait l'étoffe appellée chapeau, & celle dont on fabrique un chapeau superfin à plumet. C'est la solution du problème que nous nous étions proposé. Si l'on se rappelle la multitude prodigieuse de petites précautions qu'il a fallu prendre pour arracher les poils, les couper, les arçonner, les préparer, pour les lier ensemble lorsque le souffle auroit pû les disperser, & leur donner plus de circonstance par le seul contact, que l'ourdissage n'en donne aux meilleures étoffes : si l'on se rappelle ce qui concerne l'arçonnage, les croisées, la foule, l'assemblage des grandes & petites capades, les travers, la teinture, l'apprêt, &c. on conviendra que ce problème méchanique n'étoit pas facile à résoudre. Aussi n'est-ce pas un seul homme qui l'a résolu ; ce sont les expériences d'une infinité d'hommes. Il y avoit, selon toute apparence, longtems qu'on faisoit des chapeaux & du chapeau, lorsqu'on imagina d'en faire des dorés. L'expression dorés est très-juste ; car en chapellerie comme en Dorure, elle marque l'art de couvrir une matiere commune d'une matiere précieuse.
Les castors dorés qui viennent après les superfins, se travaillent comme les superfins, à l'exclusion de ce qui concerne le plumet.
Les castors non dorés se travaillent comme les précédens, à l'exclusion de ce qui concerne les dorures.
Les demi-castors dorés se fabriquent comme les castors dorés ; la différence n'est ici que dans la matiere & le succès du travail. Voyez plus haut ce qui concerne la matiere. Quant au succès, outre qu'il fatigue quelquefois davantage, parce qu'il est plus ingrat à la rentrée, ce qui multiplie les croisées & la foule, on s'en tire encore avec moins de satisfaction, parce que quand on le bastit trop court, il est sujet à la grigne, défaut, qu'on reconnoît à l'étoffe, quand en passant le doigt dessus, & regardant, on y sent & voit comme un grain qui l'empêche d'être lisse ; & que quand il est basti trop grand & qu'il ne rentre pas assez, il peut être fatigué de croisées & de foule, & s'écailler. Les écailles sont des plaques larges qu'on apperçoit comme séparées les unes des autres ; dans la grigne l'étoffe n'est pas assez fondue, elle est brute ; dans l'écaille elle l'est trop, & commence à dégénérer.
Les demi-castors sans dorure, ou fins, n'ont rien de particulier dans leur travail.
Les croix se travaillent avec moins de précautions que les fins ; cependant ils demandent quelquefois plus de tems, donnent plus de fatigue, & sont moins payés. La différence des matieres occasionne seule ces inconvéniens. Les communs se fabriquent comme les précédens.
Les laines se font à deux capades, & un travers qu'on met sur le défaut des capades ; quant à l'étoupage, il se fait en-dedans & en-dehors : au reste, quelqu'épaisseur qu'on donne à la laine arçonnée & bastie, on voit néanmoins le jour au-travers, le chapeau fût-il de douze à quatorze onces. Ce sont ces jours plus ou moins grands qui dirigent en étoupant ; il faut qu'ils soient les mêmes sur toute une circonférence, & qu'ils augmentent par des degrés insensibles depuis le lien jusqu'à l'arrête. On donne le nom de lien à l'endroit où le travers est uni à la tête ; & on étoupe par-tout où les jours ne paroissent pas suivre l'augmentation réglée par la distance au lien, mais aller trop en croissant. Pour étouper, on a deux fourches ou brins de balais, qui tiennent les bords relevés pendant cette manoeuvre. Au lieu de tamis, on se sert de morceaux de toile ; le lambeau est aussi de toile ; le bastissage s'en fait à feu. Une autre précaution qui a même lieu pour tout autre chapeau, c'est de ne pas trop mouiller la feutriere ; cela pourroit faire bourser l'ouvrage. Bourser se dit des capades, lorsqu'étant placées les unes sur les autres, elles ne prennent pas par-tout. En effet, les endroits non pris forment des especes de bourses. Les plumets sont particulierement sujets à ce défaut, surtout quand le travail des premieres pieces est vicieux. Les laines ne se bastissent pas à la foule, mais au bassin ; & avant que de fouler on fait des paquets de bastis qu'on met bouillir dans de l'urine ou de l'eau chaude, cela les dispose à rentrer. Au sortir de ce bouillon, on les foule à la manique très-rudement & sans précaution. Au lieu du roulet de bois qu'on prend sur la fin de la foule, on se sert d'un roulet de fer à quatre ou six pans ; on les dresse comme les autres, mais on ne les ponce point : le reste du travail est à l'ordinaire.
Les superfins à plumet se payent 5 liv. de façon ; les superfins dorés de dix onces, mais sans carder, 2 liv. 15 s. les superfins dorés & cardés de dix onces, 2 liv. 10 s. au-dessous de dix onces, 2 liv. 5 s. les superfins sans dorure 2 liv. les castors ordinaires dorés 1 liv. 15 s. les mêmes non dorés 1 liv. 10 s. les demi-castors dorés 1 liv. 5 s. les demi-castors sans dorure 1 liv. les autres 1 liv.
Il ne nous reste plus qu'un mot à dire des chapeaux blancs ; ils demandent à être épincetés plus exactement, jusqu'à la teinture exclusivement on les travaille comme les autres. Il est à-propos d'avoir pour eux une foule de dégorgeage à part ; la raison en est évidente ; au défaut de cette foule on se sert de celle de compagnons. On les dégorge bien à l'eau claire ; quand ils sont dégorgés, on les porte dans une étuve particuliere qu'on appelle l'étuve au blanc ; on les apprête avec la gomme la plus legere & la plus blanche ; c'est un mélange de gomme arabique & de colle foible. Cet apprêt se fait à part, après quoi on les abat au fer ; quelques maîtres les passent auparavant à l'eau de savon, avec une brosse à lustrer ; cette eau doit être chaude. On les fait égoutter & sécher ; on les passe au fer en premier ; puis au son sec, dont on les frotte par-tout ; le reste s'acheve à l'ordinaire.
On repasse les vieux chapeaux ; ce repassage consiste à les remettre à la teinture & à l'apprêt, & à leur donner les mêmes façons qu'on donne aux chapeaux neufs après l'apprêt.
On ne teint jamais sur le vieux que des laines, de vieux chapeaux, ou des chapeaux de troupes. Le bois d'Inde se brûle au sortir de la chaudiere, & le noir se vend aux teinturiers en bas.
Les chapeaux dont nous venons de donner la fabrique ne sont pas les seuls d'usage ; on en fait de crin, de paille, de canne, de jonc, &c. Les aîles en sont très grandes, & ils ne se portent guere qu'à la campagne dans les tems chauds. Ceux de paille & de canne se nattent. Voyez NATTES. Ceux de crin s'ourdissent ; ils sont rares. Voyez CRIN.
Voici maintenant les principaux réglemens sur la fabrique des chapeaux, tels qu'on les trouve p. 339. du recueil des réglemens gen. & part. pour les manuf. & fabriq. du royaume, vol. I.
Le roi avoit ordonné d'abord qu'il ne fût fait que de deux sortes de chapeaux, ou castor pur, ou laine pure ; mais cette ordonnance ayant eu des suites préjudiciables, elle fut modifiée, & il fut permis de fabriquer des chapeaux de différentes qualités. Il fut enjoint 1°. que les castors seroient effectivement purs castors : 2°. que les demi-castors seroient de laine de vigogne seulement & de castor : 3°. qu'on pourroit employer les poils de lapin, de chameau, & autres, mêlés avec le vigogne ; mais non le poil de lievre, que les réglemens proscrivirent dans la fabrique de quelque chapeau que ce fût : 4°. qu'on pourroit mêler le vigogne & les poils susdits avec le castor, en telle quantité qu'on voudroit : 5°. qu'à cet effet le castor & les autres matieres seroient mêlés & cardés ensemble, ensorte qu'il n'y eût aucune dorure de castor : 6°. que la qualité du chapeau seroit marquée sur le cordon, d'un C pour le castor, d'un C D pour le demi-castor, d'une M pour les mélangés, & d'une L pour les laines : 7°. que les ouvriers ayant fabriqué, & les maîtres ayant fait fabriquer des chapeaux dorés, seroient punis, ainsi que les cardeurs, coupeurs, & arracheurs, chez qui on trouveroit peau ou poil de lievre : 8°. que pour l'exécution de ces nouveaux réglemens, il seroit fait dans les boutiques & ouvroirs de Chapellerie, des visites par ceux à qui le lieutenant de police en commettroit le soin.
On voit, par ce que nous avons dit ci-dessus de la fabrique des chapeaux, & par l'extrait que nous venons de donner des réglemens, qu'il s'en manque beaucoup que ces réglemens soient en vigueur.
On pense que les chapeaux ne sont en usage que depuis le quinzieme siecle. Le chapeau avec lequel le roi Charles VII. fit son entrée publique à Roüen l'année 1449, est un des premiers chapeaux dont il soit fait mention dans l'histoire. Ce fut sous le regne de ce prince que les chapeaux succéderent aux chaperons & aux capuchons ; & ils firent dans leur tems presqu'autant de bruit que les paniers & les robes sans ceinture en ont fait dans le nôtre. Ils furent défendus aux ecclésiastiques sous des peines très-grieves. Mais lorsqu'on proscrivoit, pour ainsi dire, en France les têtes ecclésiastiques qui osoient se couvrir d'un chapeau, il y avoit deux cent ans qu'on en portoit impunément en Angleterre. Le pere Lobineau dit qu'un évêque de Dole, plein de zele pour le bon ordre & contre les chapeaux, n'en permit l'usage qu'aux chanoines, & voulut que l'office divin fût suspendu à la premiere tête coëffée d'un chapeau qui paroîtroit dans l'église. Il semble cependant que ces chapeaux si scandaleux n'étoient que des especes de bonnets dont les bonnets quarrés de nos ecclésiastiques sont descendus en ligne directe.
La forme du chapeau vêtement, la partie qu'il couvre, sa fonction, &c. ont fait employer par métaphore le nom de chapeau en un grand nombre d'occasions différentes, dont on va donner les principales ci-dessous.
CHAPEAU, terme d'Architecture, c'est la derniere piece qui termine un pan de bois, & qui porte un chamfrain pour le couronner & recevoir une corniche de plâtre. (P)
CHAPEAU de lucarne ; c'est une piece de bois qui fait la fermeture supérieure d'une lucarne, & est assemblée sur les poteaux montans. (P)
CHAPEAU d'étaie, piece de bois horisontale, qu'on met en-haut d'une ou plusieurs étaies. (P)
* CHAPEAU. On donne ce nom dans certains bâtis de charpente à un assemblage de trois pieces de bois, dont deux posées verticalement & emmortoisées avec une troisieme sur ses extrémités, tiennent cette troisieme horisontale. Voyez un pareil assemblage, Planche II. des ardoises, premiere vignette dans l'engin en M M L L. Voyez à l'article ARDOISE la description de cet engin.
CHAPEAU, (Hydraulique) est une piece de bois attachée avec des chevilles de fer sur les couronnes d'un fil de pieux, soit dans un bâtardeau, ou dans une chaussée. (K)
CHAPEAU, (Tireur d'or) est une espece de bobine sur laquelle les Tireurs d'or roulent l'or avant que d'être dégrossi. On l'appelle ainsi parce qu'elle a effectivement beaucoup de ressemblance avec un chapeau dont les bords seroient abattus.
CHAPEAU A SAUTERELLE, (Pêche) voyez GRENADIERE.
CHAPEAU, (Commerce) mesure de dix tonnes (voyez TONNE) sur laquelle on évalue en Hollande les droits d'entrée & de sortie du tan ; mesure de quinze viertels d'Anvers (voyez VIERTELS), sur laquelle on mesure les grains à Delft.
CHAPEAU, se dit du marc qui reste au fond des alembics, après certaines distillations de végétaux, telle que celle des roses.
CHAPEAU ; c'est un présent, ou plus souvent une espece d'exaction qui a lieu dans certains commerces, au-delà des conventions. Ainsi un maître de navire demande tant pour le fret, & tant pour son chapeau.
CHAPEAU ou CHAPEL DE ROSES, (Jurisprud.) est un leger don que le pere fait à sa fille en la mariant, pour lui tenir lieu de ce qui lui reviendroit pour sa part & portion. On a voulu par ce nom faire allusion à cette guirlande ou petite couronne de fleurs, qu'on appelle aussi le chapeau de roses, que les filles portent sur la tête lorsqu'elles vont à l'église pour y recevoir la bénédiction nuptiale. Anciennement ces guirlandes ou guarlandes étoient quelquefois d'or & quelquefois d'argent, comme on le peut voir dans certaines coûtumes locales d'Auvergne, entr'autres dans celles d'Yssat & de la Torrecte, où il est dit que la femme survivante gagne une guarlande d'argent, &c. La coûtume locale de la châtellenie de Proussat dit que la femme survivante recouvre ses lit, robes & joyaux, ensemble une guarlande ou chapel à l'estimation du lit nuptial. Les coûtumes d'Anjou, de Tours, Lodunois & Maine, parlent du chapeau de roses comme d'un leger don de mariage fait à la fille en la mariant. Dupineau, dans ses observations sur la coûtume d'Anjou, p. 22. col. j. remarque que dans les anciens coûtumiers d'Anjou & du Maine, au lieu de chapel de roses, il y a une noix. Dans l'ancienne coûtume de Normandie, les filles n'avoient aussi pour toute légitime qu'un chapeau de roses ; mais par la nouvelle coûtume elles peuvent demander mariage avenant, c'est-à-dire le tiers de tous les biens des successions de leurs pere & mere. Voyez MARIAGE AVENANT.
Dans quelques coûtumes, telles que celles de Tours & d'Auvergne, la fille mariée par ses pere & mere, ne fût-ce qu'avec un chapeau de roses, ne peut plus venir à leur succession.
La même chose a lieu entre nobles dans les coûtumes de Touraine, Anjou & Maine.
On peut cependant rappeller à la succession par forme de legs la fille ainsi mariée. Voyez la coûtume de Normandie, art. 258 & 259. Renusson, tr. des propres, ch. ij. sect. 8. n. 19. & 20.
Sur le chapeau de roses, voyez Bald. lib. 6. consil. cap. v. in princip. Mos. Majemon, de jejunio, cap. v. n. 13. Ducange, gloss. verbo corona, & in graeco, verbo . (A)
CHAPEAU, (Musique) c'est le nom que plusieurs donnent à ce trait circulaire dont on couvre deux ou plusieurs notes, & qu'on appelle plus communément liaison. Voyez LIAISON. (S)
CHAPEAU, (Blason) se prend quelquefois pour le bonnet ou pour la couronne armée d'hermine que portent les ducs, &c.
Le cimier se porte sur le chapeau, & le chapeau sépare le cimier de l'écu, parce que dans le blason c'est une regle que le cimier ne touche jamais immédiatement l'écu. Voyez CIMIER, &c.
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| CHAPELAIN | (Jurisprud.) est celui qui est pourvû d'une chapelle ou chapellenie formant un titre de bénéfice. On appelle aussi chapelain celui qui dessert une chapelle particuliere, soit domestique soit dans quelque église. Enfin il y a dans plusieurs églises cathédrales & collégiales des chapelains ou clercs, qui sont destinés à aider au service divin : ces chapelains sont ordinairement en titre de bénéfice.
Les chapelains des cathédrales & collégiales doivent porter honneur & respect aux chanoines : ordinairement ils n'ont point d'entrée ni de voix au chapitre, & ne peuvent prétendre à tous les honneurs qui sont déférés aux chanoines. Les distinctions qui s'observent entr'eux dépendent de l'usage de chaque église, de même que les distributions auxquelles les chapelains doivent participer. Les chanoines doivent aussi les traiter avec douceur, comme des aides qui leur sont donnés pour le service divin, & non comme des serviteurs. Sur les chapelains, voyez Pinson, de divisione benefic. § 27. Lucius, liv. I. tit. v. art. 4. Biblioth. canon. tome I. p. 220. & 676.
Les chapelains du roi joüissent de plusieurs priviléges ; entr'autres ils sont dispensés de la résidence, & perçoivent les fruits de leurs prébendes pendant le tems de leur service. Mém. du clergé, édit. de 1716. tome II. p. 1007. & suiv. Voyez aussi sur ces chapelains la déclaration du 10 Décemb. 1549. L'édit du mois d'Av. 1554. Les lett. pat. du mois de Janv. 1567 registrées le 15 Mars suiv. La déclaration du 10 Août 1570. celle du 6 Mars 1577. Voyez aussi Vinci Turtureti Madriti, bibliot. La bibliot. canon. p. 219. Dutillet, des grands de France. Bibliot. du droit franç. par Bouchel, lett. C, au mot chapelain, & l'article CHANTRE. L'hist. ecclés. de la chapelle des rois de France, par l'abbé Archon. Tournet, lett. T, arrêt 5. Chopin, de doman. lib. III. tit. xiij. n. 11. (A)
Il y a huit chapelains du roi servant par quartier. Le Roi, la Reine, madame la Dauphine, les princes & princesses du sang, ont aussi leurs chapelains. Ce titre est en usage chez tous les princes & seigneurs catholiques qui ne connoissent pas ce que nous appellons en France aumônier ; ils ne connoissent que les chapelains, soit qu'ils résident à la cour, soit qu'ils suivent les armées. Il est même en usage parmi les protestans : le roi d'Angleterre a ses chapelains, comme on le verra plus bas, & son archichapelain, qui tient lieu de ce que nous appellons en France grand-aumônier.
L'ordre de Malte a aussi ses chapelains, mais qui different de ceux à qui nous donnons communément ce nom.
Les chapelains à Malte sont les ecclésiastiques reçus dans cet ordre. Il y en a de deux sortes, les uns sont in sacris, & les autres non, & se nomment chapelains diacots : ils n'entrent point au conseil de l'ordre, à moins qu'ils ne soient évêques ou prieurs de l'église, décorés de la grand-croix.
En général les chapelains ont toûjours le pas après les chevaliers simplement laïcs ; ils ont néanmoins des commanderies qui leur sont affectées, chacun dans leur langue.
On appelle aussi chapelain un prêtre qui vient dire ordinairement la messe dans les maisons des princes & des particuliers. (a)
Le roi d'Angleterre a quarante-huit chapelains, dont quatre servent & prêchent chaque mois dans la chapelle, & font le service pour la maison du roi, & pour le roi dans son oratoire privé : ils disent aussi les graces dans l'absence du clerc du cabinet.
Lorsqu'ils sont de service, ils ont une table, mais sans appointemens.
Les premiers chapelains n'ont été, à ce que l'on prétend, que ceux que nos rois avoient institués pour garder la chape & les autres reliques de S. Martin, qu'ils conservoient précieusement dans leur palais, & qu'ils portoient avec eux à l'armée : mais cette origine est fort incertaine, & je la donne comme telle.
Le titre de chapelain a été porté postérieurement par les notaires, secrétaires, & chanceliers ; on a même appellé la chancellerie chapelle royale. On croit que le premier chapelain qu'il y ait eu a été Guillaume Demême, chapelain de S. Louis.
CHAPELAIN. Si quelqu'un a des chapelains, on doit croire que c'est le pape ; mais ils ont une autre origine que les précédens : ils étoient ainsi nommés parce qu'ils assistoient le pape dans les audiences qu'il donnoit dans sa chapelle, ou qu'il étoit consulté pour donner sa décision sur les doutes & difficultés qui étoient portés à Rome.
Le pape y appelloit pour assesseurs les plus savans légistes du tems, qui pour cela étoient appellés ses chapelains.
C'est des decrets qu'ils ont donnés autrefois qu'est composé le corps des decrétales : ils ont été réduits au nombre de douze par Sixte IV. Voyez DECRETALES & DROIT CANONIQUE.
Cependant le pape ne laisse pas d'avoir, comme les autres princes, des chapelains, dont la fonction est de faire l'office, c'est-à-dire de dire la messe devant le pape ; & pour cela le saint-pere a quatre chapelains secrets, & huit chapelains ordinaires. Ce sont des charges à vie, mais qui ne laissent pas de s'acheter.
On doit croire aussi que nos rois, comme princes très-religieux, ont aussi leurs chapelains, dont la fonction est de dire la messe devant le roi. Il y a pour Sa Majesté un chapelain ordinaire, & huit chapelains servant deux par quartier. Le chapelain ordinaire est de tous les quartiers, mais il ne fait sa fonction que par l'absence ou incommodité du chapelain de quartier. Anciennement on les appelloit chapelains de l'oratoire, parce qu'ordinairement nos rois entendoient la messe dans leur oratoire particulier : mais depuis Louis XIII. ils entendent la messe publiquement dans la chapelle de leur château. Dans les jours solemnels il y a des chapelains de la chapelle-musique qui la célebrent. La reine a pareillement ses chapelains, mais en moindre nombre, aussi-bien que madame la Dauphine & Mesdames. (a)
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| CHAPELER | v. act. (Boulang.) c'est enlever avec un couteau la surface de la croûte du pain ; ce qui se fait sur une table & avec un couteau, semblable à la table & au couteau à dépecer le suif des Chandeliers. Voyez l'article CHANDELLE. On chapelle le pain, afin que quand on le trempe dans quelque liquide, comme le caffé, il s'en imbibe plus facilement. La partie de croûte enlevée s'appelle chapelure. Le Boulanger la vend au litron aux particuliers, qui en mettent dans leurs potages, & aux Cuisiniers, qui se servent de la plus menue pour épaissir leurs sauces, & sur-tout pour donner de la couleur à celles qu'ils appellent roux. Voyez ROUX.
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| CHAPELET | S. m. (Hist. ecclés.) on donne parmi les chrétiens ce nom à plusieurs grains enfilés qui servent à compter le nombre des Pater & des Ave que l'on dit en l'honneur de Dieu & de la sainte Vierge. On les appelle aussi patenôtres (Voyez PATENOTRES), & patenôtriers les ouvriers qui les font.
Il y a des chapelets de corail, d'ambre, de coco, & d'autres matieres plus précieuses.
Ménage fait venir ce mot chapelet de chapeau, à cause de la ressemblance qu'il trouve entre le chapelet & un chapeau de roses ; ressemblance qui ne frappera certainement pas tout le monde comme elle avoit frappé Ménage. Dans la basse latinité on l'appelle capellina, & les Italiens le nomment encore corona. On lui donna aussi le nom de rosaire : mais le rosaire proprement dit est un chapelet de quinze dixaines de grains ; nombre qu'on a diminué dans les chapelets ordinaires.
Cet usage de réciter le chapelet n'est pas fort ancien : Larrey & le ministre Viret en rapportent l'origine à Pierre l'Hermite, personnage fameux dans l'histoire des croisades, & qui vivoit sur la fin du onzieme siecle. On sait que S. Dominique a été l'instituteur du rosaire. Voyez ROSAIRE.
Il y a aussi un chapelet du Sauveur, qui consiste en trente-trois grains, en l'honneur des trente-trois ans que Notre Seigneur a vécu sur la terre. Il a été imaginé par le pere Michel, de l'ordre des Camaldules.
Les Orientaux ont aussi des especes de chapelets qu'ils appellent chaînes, sur lesquels ils récitent les noms des perfections de Dieu. Le grand-mogol, dit-on, porte jusqu'à dix-huit de ces chaînes, les unes de gros diamans, les autres de perles, de rubis, & autres pierres précieuses. (G)
CHAPELET DES TURCS, (Hist. mod.) Il ne faut pas croire que les Catholiques soient les seuls qui se servent du chapelet dans quelques-unes de leurs prieres particulieres ; les Turcs en ont pareillement, mais différens de ceux des Chrétiens. Le chevalier de la Magdelaine, qui a été long-tems leur esclave, marque que ce chapelet, qu'ils ont toûjours ou le plus souvent, est composé de quatre-vingt-dix-neuf grains, sur lequel ils disent : Alla bismilla, ethemdail illa : Alla hecher ; ce qui veut dire, le nom de Dieu soit loüé à jamais ; Dieu est tout-puissant. Voyez le miroir de l'Empire ottoman, imprimé à Bâle en 1677. Je sais que le pere Dandini jésuite, dans son voyage du Levant, rapporte les paroles un peu différemment ; mais le sens en est le même que de celles qui viennent d'être marquées. Ce pere dit même qu'aux quatre-vingt-dix-neuf grains les Turcs en ont ajoûté un centieme ; mais un grain de plus ou de moins dans un chapelet turc, ne doit point être un sujet de dispute. Je ne puis m'empêcher, au sujet de ce chapelet, de marquer deux singularités : le Titien, dans son admirable tableau des pelerins d'Emmaüs, s'est avisé de mettre un chapelet à la ceinture de l'un d'eux ; & Raphaël, dans un tableau de S. Jean qui prêche au desert, donne un chapelet au saint précurseur : je ne crois pas néanmoins que ç'ait été ni que ce soit l'usage des Juifs de se servir de chapelet pour les faire souvenir de prier Dieu. (a)
CHAPELET, (Jurispr.) est un signe particulier de justice, que les seigneurs des comtés & baronies ont droit de faire mettre aux fourches patibulaires de leur seigneurie. La coûtume d'Angoumois, ch. j. art. 4. dit que le seigneur châtelain peut avoir fourches patibulaires à quatre piliers ; mais qu'en ces fourches il ne peut avoir chapelet, ce que toutefois peut avoir le baron. Voyez Vigier, sur l'article 1. de cette coûtume. (A)
CHAPELET, (Architect.) genre d'ornement en forme de patenôtres sphériques ou elliptiques rallongées que l'on taille ordinairement sur les baguettes des architraves (Voyez ARCHITRAVE), lorsque les entablemens ont leurs moulures enrichies d'ornemens, ainsi que se voyent celles de la cour du vieux Louvre, des Tuileries, &c. (P)
CHAPELET, en terme de Fonderie, est un morceau de fer rond & plat armé de trois tenons, que l'on met à l'extrémité de l'ame d'une piece de canon, lorsqu'on en fait le moule pour assembler la piece avec la masse. Voyez FONDERIE.
CHAPELET, (Hydr.) se dit d'une pompe qui va par le moyen d'une chaîne sans fin garnie de godets ou de clapets qui trempent dans l'eau d'un puits & se remplissent, avant que d'entrer dans un tuyau creux d'où ils sortent par l'autre bout, & se vuident dans le reservoir. Comme il est nécessaire que ces clapets ou godets entrent un peu juste dans le tuyau montant, il se fait plus de frottement dans ces pompes que dans toutes les autres. Cette chaîne doit être écartée dans son chemin, & pour entrer perpendiculairement dans le tuyau montant, & pour se vuider dans le reservoir. Il faut qu'elle tourne & s'accroche sur deux hérissons ou roüets à crocs placés à ses extrémités : son mouvement doit être plus accéléré qu'aux autres pompes, pour ne pas donner le tems à l'eau de descendre.
Cette pompe, ainsi que la vis d'Archimede, n'est propre qu'à dessécher des marais, ou des lieux destinés à bâtir ; rarement s'en sert-on dans les eaux jaillissantes. On verra plusieurs de ces machines exécutées dans nos Planches. (K)
CHAPELET, terme de Manege ; paire d'étrivieres garnies de leurs étriers, & ajustés au point du cavalier qui les attache au pommeau de la selle par une espece de boucle de cuir qui les joint en-haut, & qu'on appelle la tête du chapelet : cela le dispense de les rallonger ou de les raccourcir quand il veut changer de cheval. (V)
CHAPELET, (Jardin.) est une continuité de plusieurs desseins qui s'enfilent l'un l'autre, telles que sont plusieurs salles dans un bosquet.
On le dit encore dans un parterre, lorsque plusieurs petits ronds appellés puits se suivent, & quoique détachés, forment une espece de palmette ou de chaîne imitant les olives, les grelots, ou les grains d'un chapelet. (K)
CHAPELET, machine d'opéra ; on appelle ainsi plusieurs petits chassis de formes différentes, peints en nuages, & enfilés à des cordes les uns après les autres, qu'on descend ou remonte par le moyen du contrepoids. Cette machine est fort simple, & fait illusion.
Le moment où elle remonte, & où elle est prête à se perdre dans les plafonds, est celui où elle paroît le plus agréable. Lorsque la nuit fait place à l'aurore naissante dans le prologue de Zaïs, la machine qui s'éleve insensiblement & qui remonte, est composée de quatre chapelets de nuages.
Cette machine pourroit être fort utile à l'opéra, si elle y étoit employée avec soin, & qu'on eût surtout attention à la façon de peindre les différens petits chassis dont elle est composée. Voyez CHAR. (B)
CHAPELET, fiche à chapelet, (Serrurerie) Voyez FICHE.
CHAPELET, (Distillat.) petit cercle de mousse qui paroît à la surface de l'eau-de-vie quand on la verse, diminue à mesure que l'eau-de-vie séjourne dans le verre, disparoît assez promtement, & marque l'excellence de cette liqueur.
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| CHAPELIER | S. m. (Art méchan.) ce terme a deux acceptions : 1°. il se dit de celui qui a le droit de faire fabriquer, de fabriquer & de vendre des chapeaux, en qualité de membre de la communauté des Chapeliers. Cette communauté date son origine de 1578. Elle est gouvernée par quatre jurés, dont le premier a été pris dans le nombre des anciens jurés, & s'appelle grand-garde, & les trois autres, entre les maîtres de dix ans de réception. Ils n'ont chacun que deux ans d'exercice. Pour être admis à la maîtrise, il faut avoir fait cinq ans d'apprentissage, quatre ans de compagnonage, & chef-d'oeuvre. Il n'y a que les fils de maîtres qui soient exempts de ces épreuves. Ce corps est divisé en marchands & en fabriquans ; les marchands, en marchands en neuf, & marchands en vieux ; & les fabriquans, en Chapeliers proprement dits, & en teinturiers. Les arracheurs, les coupeurs, les apprêteurs, & autres dont il est fait mention à l'article CHAPEAU, sont des ouvriers attachés à la fabrique des chapeaux, & soûmis aux visites des jurés Chapeliers. Voyez à l'article CHAPEAU, sur la fin, l'abregé des réglemens. Chapelier se dit 2°. d'un ouvrier, même compagnon, qui fabrique le chapeau.
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| CHAPELLE | sub. f. terme d'Architect. on entend sous ce nom la partie d'une église consacrée à quelque dévotion particuliere, telles que sont dans nos paroisses les chapelles de la Vierge, &c. décorées avec magnificence, comme celle de S. Sulpice à Paris ; ou dans un palais, un lieu avec un autel où l'on dit la messe ; ou enfin dans un hôtel, une piece destinée à cet usage. Il faut tâcher, autant qu'il est possible, de l'éloigner des appartemens de société, des enfilades principales, & des pieces destinées aux domestiques.
L'on voit en France de ces dernieres placées avec trop de négligence, contre toute idée de bienséance. Dans le nombre de celles qui méritent quelque considération, & qui font partie de la magnificence de nos palais, celles du château de Fresne, de Choisi, & de Sceaux, tiennent le premier rang après celles de Versailles & de Fontainebleau, &c.
Il faut éviter de placer ces chapelles dans des lieux trop écartés ; mais aussi il convient de ne pas faire parade dans l'extérieur, de l'usage intérieur de ces sortes de pieces, comme au Luxembourg à Paris ; du moins il faut se garder, comme on a fait dans ce palais, de le désigner par des symboles relatifs au Christianisme, qui se trouvant confondus avec des ornemens profanes, présentent un ensemble contraire à l'ordonnance qui doit régner dans un édifice de cette espece. (P)
CHAPELLE, (Jurispr.) ce terme a différentes significations, même en matiere ecclésiastique.
Il signifie quelquefois une église particuliere, qui n'est ni cathédrale, ni collégiale, ni paroisse, ni abbaye, ni prieuré : ces sortes de chapelles sont celles que les canonistes appellent sub dio, c'est-à-dire qui sont détachées & séparées de toute autre église.
On appelle aussi chapelle, une partie d'une grande église, soit cathédrale ou collégiale, ou autre, dans laquelle il y a un autel, & où l'on dit la messe. Les canonistes appellent celles-ci des chapelles sub tecto, c'est-à-dire renfermées sous le toit d'une plus grande église. En françois on les appelle ordinairement chapellenies, pour les distinguer des chapelles proprement dites, qui forment seules une église particuliere.
Il y a aussi des chapelles domestiques dans l'intérieur des monasteres, hôpitaux, communautés, dans les palais des princes, châteaux, & autres maisons particulieres ; celles-ci ne sont proprement que des oratoires privés, même celles pour lesquelles on a obtenu permission d'y faire dire la messe. Le canon 21. du concile d'Agde, tenu en 506, permet aux particuliers d'avoir des chapelles dans leurs maisons, avec défenses aux clercs d'y célébrer sans la permission de l'évêque.
Le terme de chapelle se prend encore pour le bénéfice fondé ou attaché à la chapelle : on donne cependant aussi à un tel bénéfice le nom de chapellenie.
Pour posséder une chapelle ou chapellenie formant un titre de bénéfice, il suffit, suivant le droit commun, d'avoir sept ans, & d'avoir la tonsure, à moins que la chapelle ne soit sacerdotale à fundatione, auquel cas il faut avoir vingt-cinq ans commencés, & les autres qualités requises : mais il faut observer que l'obligation de faire célébrer des messes ne rend pas seule une chapelle sacerdotale, parce que le chapelain les peut faire acquiter par un autre. Voyez BENEFICE.
Une chapelle n'est point régulierement réputée bénéfice, si on ne rapporte le titre d'érection faite par l'évêque. Fevret, liv. III. ch. j. n. 2. & Cabassut, liv. II. tit. j. n. 2. Néanmoins comme un titre ancien d'érection peut être perdu, il suffit, suivant Guypape, décis. 187. que la chapelle ait été conférée trois fois par l'évêque en titre de bénéfice. Ferrérius, sur Guypape, prétend même qu'une seule collation suffit ; ce qui paroît avoir été adopté par un arrêt du parlement de Mets, du 4 Mars 1694. Augeard, tome I. ch. xxxiij.
Une chapelle ou chapellenie en titre est différente d'une simple prestimonie, ou commission qui est donnée à un prêtre pour acquiter habituellement des messes dans une chapelle. Voyez PRESTIMONIE.
Une chapelle étant en patronage mixte, ne peut être résignée sans le consentement des patrons mixtes. Arrêt du 27 Mai 1671. Journ. des aud.
Deux chapelles sub eodem tecto, ne peuvent être tenues par une même personne, quelque moderne qu'en soit le revenu. Arrêt du 3 Août 1658. Desmaisons, au mot chapelle, p. 59.
Sur les chapelles des religieux, voyez les décrétales, liv III. tit. xxxvij. Et in sexto, liv. III. tit. xviij. Sur les autres chapelles domestiques, voyez la novel. 58. Les novelles 4. & 15. de Léon Pinson, tit. de fundatione ecclesiarum. Francis. Marc. tome I. qu. 1007. & 1001. La bibliot. canon. tome I. p. 218. & tome II. p. 397. Tournet, lett. C. quest. 25. Praxis beneficior. cap. xx. n. 27. Journ. des aud. tome I. liv. I. ch. xlviij. & lxxj. Bardet, tome I. liv. II. ch. lx.
On appelle saintes chapelles celles qui sont établies dans les palais des rois, comme la sainte chapelle de Paris, celles de Dijon, de Bourges, & autres semblables. Sur les priviléges de ces saintes chapelles, voyez les réglemens indiqués dans le diction. des arrêts, au mot chapelle, n. 13. (A)
CHAPELLE, (droit de) Jurispr. est une rétribution en argent que les magistrats, avocats, procureurs, & autres officiers payent lors de leur réception, pour l'entretien de la chapelle commune qui est dans l'enceinte du tribunal. (A)
CHAPELLE, faire chapelle, (Marine) " c'est un revirement inopiné du vaisseau. Faire chapelle, est virer malgré soi ; ce qui arrive lorsque par le mauvais gouvernement du timonier, le vaisseau est venu trop au vent, ou que le vent saute tout d'un coup & se range de l'avant. Les courans font encore faire chapelle. Quand on a fait chapelle, il faut reprendre le vent, & remettre le vaisseau en route. Supposé que la route soit nord & le vent nord-est, & qu'ayant trop serré le vent & mis le cap au nord quart de nord-est, on ait fait chapelle & viré malgré soi ; alors on cargue l'artimon, on largue un demi-pié du bras du grand hunier sous le vent, & on hale tant-soit-peu sur le bras qui est au vent : ce qui remet le vaisseau & fait porter à route ".
CHAPELLE, (la) est le coffre dans lequel sont gardés les ornemens qui servent pour dire la messe dans les vaisseaux. L'aumônier est chargé du soin de la chapelle.
CHAPELLE DE COMPAS, est un petit cone concave de laiton, qui est placé au milieu de la rose, dans lequel entre un pivot qui supporte la rose de la boussole. Voyez BOUSSOLE. (Z)
CHAPELLE, (Chimie) vaisseau distillatoire, appellé aussi par quelques chimistes, rosaire ; parce qu'ils ne s'en servoient communément qu'à la distillation des roses : c'est une espece d'alembic dont la cucurbite est basse, cylindrique, & à fond exactement plat ou plan, & le chapiteau conique & très-élevé. On chauffe ordinairement cet alembic en le posant sur des cendres chaudes.
CHAPELLE, (Boulang.) c'est ainsi que les Boulangers appellent la voûte de leur four. Il est tems d'enfourner quand la chapelle est blanche. Voyez l'article PAIN.
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| CHAPELLENIE | S. f. (Jurispr.) selon Rebuffe & quelques autres canonistes, signifie une chapelle sub tecto, érigée en titre de bénéfice. Panorme est d'avis contraire ; c'est-à-dire que chapellenie, selon lui, signifie une chapelle sub dio. Quelques autres, comme M. Chastelain, disent que chapellenie est le titre du bénéfice, & chapelle, l'autel où il est desservi. Le sens le plus ordinaire dans lequel on employe ce terme, est pour exprimer le titre d'un bénéfice desservi à l'autel d'une chapelle sub tecto. Voyez ci-devant CHAPELLE. (A)
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| CHAPELLERIE | S. f. (Comm. & Art méchan.) ce terme a deux acceptions : il se dit du négoce de chapeaux ; il se mêle de la chapellerie : il se dit aussi de l'art de les fabriquer ; il apprend la chapellerie. Voyez CHAPEAU & CHAPELIER.
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| CHAPERON | S. m. (Hist. mod.) ancienne coëffure ordinaire en France, qui a duré jusqu'aux regnes de Charles V. VI. & VII. sous lesquels on portoit des chaperons à queue, que les docteurs & bacheliers ont retenu pour marque de leurs degrés, & les ont fait descendre de la tête sur les épaules.
Le chaperon fut, selon Pasquier ; " un affeublement ordinaire de tête à nos anciens ; chose que l'on peut aisément recueillir par le mot chaperonner, dont nous usons ordinairement encore aujourd'hui pour bonneter, &c. Or, que les anciens usassent de chaperons au lieu de bonnets, nous l'apprenons mêmement de nos annales ; quand Charles V. pendant la prison du roi Jean son pere, étant régent sur la France, à peine put se garantir de la fureur des Parisiens pour un décri des monnoies qu'il fit lors faire ; & eût été en très-grand danger de sa personne, sans un chaperon mi-parti de pers & rouge que Marcel, lors prevôt des marchands, lui mit sur la tête ; & afin que l'on ne fasse point accroire qu'il n'y eût que les grands & puissans qui portassent le chaperon, Me Alain Chartier en donne avertissement en l'histoire de Charles VII. traitant de l'an 1449 ; où il est dit que le roi, après avoir repris la ville de Roüen, fit crier que tous hommes grands & petits portassent la croix blanche sur la robe ou le chaperon. Il finit en disant : depuis petit-à-petit s'abolit cette usance ; premierement entre ceux du menu peuple, & successivement entre les plus grands, lesquels par une forme de mieux séance commencerent de charger petits bonnets ronds, portant lors le chaperon sur les épaules, pour le reprendre toutes & tant de fois que bon leur sembleroit, &c. Et comme toutes choses par traites & successions de tems tombent en non-chaloir, ainsi s'est du tout laissé la coûtume de ce chaperon, & est seulement demeurée par devers les gens du palais & maîtres-ès-arts, qui encore portent leur chaperon sur les épaules, & leurs bonnets ronds sur leurs têtes ". Voilà un passage assez instructif sur les chaperons d'autrefois, pour éviter au lecteur la peine de plus amples recherches. Cet article est de M(D.J.)
On s'en est servi en France jusqu'au regne de Charles VI. où l'on voit que les factions des Armagnacs & des Bourguignons étoient distinguées par le chaperon, & obligeoient même ce foible prince à porter le leur, selon qu'elles prédominoient.
Ce chaperon ancien est resté dans l'ordre monastique ; mais dans la suite des tems on lui a fait changer de forme, & il est resté aux docteurs dans quelque faculté que ce soit, & même aux licentiés : cependant avec quelque différence de ceux des licentiés. On l'a fourré ou doublé d'hermine, pour montrer la dignité du doctorat.
Ce nom a passé de-là à de certains petits écussons & autres ornemens funebres, qu'on met sur le devant de la tête des chevaux qui tirent le cercueil dans les pompes funebres : ceux même qui dans ces sortes de cérémonies représentent les hérauts, ou font d'autres fonctions, ont encore cette sorte de chaperon, mais sans hermine. (a)
CHAPERONS, (Hist. mod.) nom de factieux. Il y a eu deux factions en France, dont les partisans ont été appellés Chaperons, à cause, dit-on, des chaperons qu'ils portoient. Mais comme c'étoit la mode & même une mode qui a subsisté jusqu'à Charles VII. lequel fit un commandement à tout homme de porter une croix sur sa robe ou sur son chaperon, il faut que ce mot ait une autre origine qui est inconnue. Quoi qu'il en soit, les premiers factieux de ce nom se formerent sous le regne du roi Jean en 1358 ; ils portoient un chaperon mi-parti de rouge & de bleu. Les seconds parurent en 1413 sous Charles VI : ceux-ci avoient un chaperon blanc, qu'ils offrirent au duc de Guienne. Jean de Troyes, chirurgien de profession & chef de cette sédition, osa même présenter le chaperon blanc au roi lorsqu'il alloit à Notre-Dame. Voyez Mezeray.
Il s'éleva en Flandres sous le comte Louis, dit de Malle, en 1566, une troisieme faction de chaperons blancs, à cause des impositions excessives qu'on voulut mettre dans le pays, pour rétablir les finances épuisées par les libéralités sans bornes qu'on avoit indistinctement prodiguées. Cet article est de M(D.J.)
CHAPERON, en Architecture ; c'est la couverture d'un mur qui a deux égoûts ou larmiers, lorsqu'il est de clôture ou mitoyen, & qu'il appartient à deux propriétaires ; mais qui n'a qu'un égoût dont la chûte est du côté de la propriété, quand il appartient à un seul propriétaire. On appelle chaperon en bahut, celui dont le contour est bombé : ces sortes de chaperons sont quelquefois faits de dalles de pierre, ou recouverts de plomb, d'ardoise, ou de tuile. On dit chaperonner, pour faire un chaperon. (P)
CHAPERON, outil de Cartier, c'est une espece de boîte de bois qui n'a point de couvercle, & à qui il manque un de ses côtés. Cette boîte est posée sur l'établi des coupeurs, & sert à mettre les cartes à mesure que l'ouvrier les a coupées. Voyez la figure de cette boîte sur l'établi de la figure 4. Pl. du Cartier, qui représente le coupeur.
CHAPERON, (éperonn.) on appelle ainsi le fond qui termine l'embouchure à écache, & toutes les autres qui ne sont pas à canon, & qui assemblent l'embouchure avec la branche du côté du banquet. Le chaperon est rond aux embouchures à écache, & ovale aux autres. Ce qui s'appelle chaperon dans ces sortes d'embouchures, est appellé fonceau dans celles à canon. Voyez FONCEAU, CANON, &c.
Chaperon est aussi le cuir qui couvre les fourreaux des pistolets, pour les garantir de la pluie.
CHAPERON, parmi les Horlogers, signifie en général une plaque ronde qui a un canon, & qui se monte ordinairement sur l'extrémité du pivot d'une roue.
Ils appellent plus particulierement chaperon, ou roue de compte, dans les pendules sonnantes, une plaque ronde, fig. 13. Pl. III. de l'Horlogerie, divisée en onze parties inégales ou dents, 2, 3, 4, &c. qui reçoit dans ses entailles l'extrémité de la détente ; son usage est de faire sonner à la pendule un nombre de coups déterminés. Voyez l'article SONNERIE, où l'on explique comment cela se fait, & comment on divise cette roue.
Cette piece est tantôt portée par l'extrémité du pivot de la seconde roue qui déborde cette platine, & sur laquelle elle entre à quarré ; & tantôt sur une tige ou un pivot fixé sur cette platine : dans le premier cas, elle tourne avec la seconde roue ; dans le second, un pignon porté sur cette même seconde roue, & qui engraine dans une autre roue adaptée & rivée avec cette piece, la fait tourner. (T)
CHAPERON, terme usité dans l'Imprimerie ; c'est un nombre de feuilles ou de mains de papier que l'on ajoûte au nombre que l'on souhaite faire imprimer : elles servent pour les épreuves, la marge, la tierce, & pour remplacer les feuilles défectueuses, celles qui se trouvent de moins sur les rames, & celles qui se gâtent dans le travail de l'impression.
CHAPERON, (Fauconn.) morceau de cuir dont on couvre la tête des oiseaux de leurre, pour les affaiter. Voyez AFFAISSER, & lisez AFFAITER ; c'est une faute d'impression. Il y a différens chaperons pour différens oiseaux : on les distingue par des points, depuis le numéro un jusqu'au numéro quatre. Le premier, d'un point, est pour le tiercelet de faucon. L'oiseau qui souffre sans peine le chaperon, s'appelle bon chaperonnier.
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| CHAPERONNÉ | adj. en terme de Blason, se dit des éperviers. Voyez CHAPERON, article précédens.
Mangot, d'azur à trois éperviers d'or, chaperonnés & grilletés, avec leurs louges de même.
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| CHAPITEAU | S. m. terme d'Architecture, du latin capitellum, est le sommet de quelque chose que ce soit. Il en est de cinq especes comme des colonnes, quoiqu'on en puisse composer à l'infini, selon la diversité des occasions qu'on a d'employer le talent de l'architecte dans les pompes funebres, dans les fêtes publiques, & dans les décorations théatrales. Mais sans nous arrêter à ces dernieres, dont la composition par leurs différens symboles semble appartenir plutôt à la sculpture qu'à l'Architecture, nous traiterons en particulier des chapiteaux toscan, dorique, ionique, corinthien, & composite selon les Grecs, comme ceux qui ont été imités le plus universellement par les plus excellens architectes, après avoir observé en général que le chapiteau est une des trois parties essentielles de la colonne (voyez COLONNE), & qu'il sert ordinairement à porter l'entablement. Voyez ENTABLEMENT.
Le chapiteau toscan est composé de trois parties principales, non compris l'astragale ; savoir, le gorgerin, la cimaise, & le tailloir. Voyez ces mots. Toutes ses parties sont circulaires, à l'exception du tailloir qui est quarré, & peu chargées de moulures, à cause de la rusticité de l'ordre. Voyez ORDRE.
Le chapiteau dorique est semblable au toscan, à l'exception de quelques moulures que le fust de la colonne moins rustique semble exiger : il a de hauteur, ainsi que le précédent, un module, non compris l'astragale.
Le chapiteau ionique se fait de trois manieres : la premiere qu'on nomme antique, dont la forme principale consiste dans un tailloir quadrangulaire, au-dessous duquel sont deux volutes (voyez VOLUTE) entre lesquelles regne un membre d'Architecture nommé échigne ou quart de rond. Voyez ÉCHIGNE. Ce chapiteau qui a été imité par les plus célebres architectes françois, au château de Maisons, aux Tuileries, & dernierement à la fontaine de Grenelle, ne laisse pas cependant d'apporter quelques défauts de symmétrie lorsqu'il est vû sur l'angle, ses côtés étant dissemblables, c'est-à-dire le retour de ses faces étant orné d'un coussinet (voyez COUSSINET) ou balustre ; considération qui a porté nos architectes françois à imaginer le second chapiteau ionique nommé moderne, qui differe du précédent en ce que chacune de ses quatre faces sont ornées de deux volutes autorisées par les concavités de son tailloir, semblable en cela aux chapiteaux corinthien & composite.
Le troisieme chapiteau ionique differe des précédens en ce que au-dessous des volutes plusieurs architectes, à l'imitation de Michel-Ange, ont ajouté une astragale (voyez ASTRAGALE), qui en donnant plus de hauteur à ce chapiteau, raccourcit le fust de la colonne & la rend plus propre, quoique d'un genre moyen, à faire partie de la décoration d'un monument, où un ordre viril seroit hors de convenance, & où cependant un ordre ionique régulier ne pourroit convenir.
Le chapiteau corinthien est composé de deux rangs de feuilles distribuées au nombre de seize autour de son tambour (voyez TAMBOUR), & de seize volutes ou hélices, dont huit angulaires portent les carnes du tailloir, & les huit autres le bourrelet du tambour. Ces volutes ou hélices prennent naissance dans des culots soutenus par des tigettes. Voyez CULOTS & TIGETTES. Ce chapiteau, selon Vitruve, ne doit avoir que deux modules de hauteur. Voyez MODULE. Mais les architectes modernes ayant reconnu que ce chapiteau réduit à deux modules, devenoit trop écrasé, lui ont donné deux modules & un tiers : mais comme ce chapiteau pris aux dépens de la hauteur du fust le raccourcit considérablement, plusieurs d'entr'eux, tel que Perraut, ont donné à leur colonne corinthienne vingt-un modules de hauteur au lieu de vingt, ainsi qu'on peut le remarquer au péristile du Louvre. Ordinairement l'on met au chapiteau corinthien des feuilles d'olive, quelquefois l'on y préfere celles d'acanthe ou de persil ; mais comme ces dernieres sont d'un travail plus recherché, il n'en faut faire usage que lorsque le fust des colonnes est orné de cannelures à doubles listeaux, & enrichi de rudentures, d'ornemens, &c.
Vitruve donne à Callimachus, sculpteur grec, l'invention de ce chapiteau ; Villapande au contraire prétend qu'il avoit été exécuté bien avant Callimachus, au temple de Salomon. La seule différence qu'il nous rapporte, c'est que les feuilles étoient de palmier ; desorte qu'il se pourroit bien que ces deux auteurs ayent raison, c'est-à-dire que le chapiteau corinthien ait pris son origine au temple de Salomon, & que Callimachus soit celui qui l'ait perfectionné : ce qui est certain, c'est que ce dernier a été si universellement approuvé, qu'aucun de nos architectes de réputation n'a crû devoir lui apporter aucune altération, si ce n'est dans sa hauteur, ainsi que nous venons de l'observer. Voyez ce que Vitruve dit au sujet du chapiteau corinthien de Callimachus.
Le chapiteau composite a été inventé par les Romains d'après l'imitation des chapiteaux ionique & corinthien ; c'est-à-dire que les deux rangs de feuilles sont distribués autour de son tambour au nombre de seize, comme au précédent, & que son extrémité supérieure est terminée par les volutes & le tailloir du chapiteau ionique moderne, ce qui rend en général ce chapiteau moins leger que le corinthien ; aussi l'ordre composite ne devroit-il jamais être placé sur le corinthien, contre le système néanmoins & l'opinion de la plûpart de nos architectes françois. Ce chapiteau composite est suivi avec moins de sévérité dans l'Architecture que le corinthien, & est quelquefois susceptible d'attributs ou d'allégories relatives aux usages des bâtimens où il est employé : cependant il ne le faut pas confondre avec le chapiteau composé, ce dernier devenant arbitraire, pourvû toutefois qu'on ne tombe pas dans l'abus que la plûpart des architectes romains en ont fait, & singulierement les architectes gothiques ; qui non contens d'en avoir altéré les proportions, l'ont enrichi d'ornemens chimériques, peu convenables à l'Architecture réguliere, & susceptibles d'imitation.
Les cinq chapiteaux dont nous venons de parler, sont également applicables aux colonnes comme aux pilastres, ne différant que dans la forme de leur plan. Voyez PILASTRES ; voyez aussi les cinq desseins de ces chapiteaux dans les Planches d'Architecture. (P)
CHAPITEAU, on appelle ainsi, dans l'Artillerie, deux petites planches de huit ou dix pouces de longueur sur cinq ou six de largeur, qui forment ensemble une espece de petit comble ou de dos d'âne ; on s'en sert pour couvrir la lumiere des pieces, & empêcher que le vent n'emporte l'amorce, ou qu'elle ne soit mouillée par la pluie. Voyez la figure du chapiteau, Pl. VI. de Fortification, fig. 6. (Q)
CHAPITEAU D'ARTIFICE, c'est une espece de cornet ou de couvercle conique qu'on met sur le pot au sommet d'une fusée volante, non-seulement pour le couvrir, mais aussi pour percer plus aisément l'air en s'élevant en pointe.
CHAPITEAU, (Chimie) le chapiteau est la piece supérieure de l'alembic des chimistes modernes, qui est composé d'une cucurbite (voyez CUCURBITE) & de son chapiteau. Ce dernier instrument est un vaisseau le plus ordinairement de verre ou d'étain, dont la meilleure forme est conique, ouvert par sa base & muni intérieurement d'une gouttiere circulaire, tournée vers le sommet du cone environ un ou deux pouces, selon la grandeur du vaisseau, au-dessus de la base du chapiteau. La gouttiere du chapiteau est le plus ordinairement continuée par un tuyau qui perce le paroi de ce vaisseau, & qui est destiné à verser au-dehors une liqueur ramassée dans cette gouttiere.
Le chapiteau pourvû de ce tuyau nommé bec du chapiteau, sert aux distillations proprement dites, ou distillations humides. Voyez DISTILLATION.
Le chapiteau qui n'a point de bec, ou dont le bec est scellé hermétiquement, ou seulement exactement bouché, s'appelle chapiteau aveugle ou borgne ; celui-ci est employé dans les sublimations ou distillations seches. Voyez SUBLIMATION.
Les Chimistes se servent dans plusieurs cas d'un chapiteau d'étain, enfermé dans un vaisseau destiné à contenir une masse considérable d'eau froide, par l'application de laquelle ils cherchent à rafraîchir ce chapiteau. Voyez REFRIGERENT & DISTILLATION.
On a long-tems employé le cuivre étamé à la construction de ces chapiteaux à réfrigérent, mais on ne les fait plus que de l'étain le plus pur, parce qu'on s'est apperçu que plusieurs des matieres qui s'élevoient dans les distillations faites dans cet appareil, se chargeoient de quelques particules de cuivre ; ce qui ne nuisoit pas moins à l'élégance de ces produits qu'à leur salubrité. Voyez CUIVRE.
Le chapiteau de verre muni d'un réfrigérent, est un vaisseau de pur apparat : le meilleur verre ne tient pas long-tems aux fréquentes alternatives de caléfaction & de refroidissement qu'il doit essuyer dans ce genre de distillation, où on employe le chapiteau à réfrigérent.
La tête de more est une espece de chapiteau presque rond & le plus souvent sans gouttiere, muni d'un bec à sa partie latérale, ou quelquefois même à son sommet. Ce vaisseau qui a le défaut essentiel de laisser retomber la plus grande partie des vapeurs qui se sont condensées contre sa voûte, n'est plus en usage que chez les distillateurs d'eau-de-vie : mais comme ces ouvriers ne rafraîchissent pas leur chapiteau, & que cette liqueur passe presque entierement sous la forme d'un torrent de vapeurs qui enfile le bec de la tête de more sans se condenser contre ses parois, dès qu'une fois elles sont échauffées, le manque de gouttiere n'est presque d'aucune importance dans cette opération.
La distillation à l'alembic recouvert d'un chapiteau sans gouttiere, répond exactement à la distillation par la cornue. Voyez CORNUE. (b)
CHAPITEAU, (Papet.) couvercle de cylindres du moulin à papier à cylindres. Voyez-en la description & l'usage à l'art. MOULIN A PAPIER A CYLINDRES, & la fig. Pl. II. de Papeterie.
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| CHAPITRE | S. m. terme d'Architecture, du latin capitulum ; c'est une grande piece dans une communauté, où s'assemblent les chefs, pour y traiter des affaires particulieres de la maison, pourvû de stalles, ou de siéges de Menuiserie, d'une grande table, &c. Ces pieces sont ordinairement voûtées & ornées de tableaux. (P)
CHAPITRE, (Jurisprud.) en matiere ecclésiastique a trois significations différentes : dans la plus étendue, il se prend pour une communauté d'ecclésiastiques qui desservent une église cathédrale ou une collégiale, ou pour une communauté de religieux qui forment une abbaye, prieuré ou autre maison conventuelle.
On appelle aussi chapitre l'assemblée que tiennent ces ecclésiastiques ou religieux, pour délibérer de leurs affaires communes. Les chevaliers des ordres réguliers, hospitaliers & militaires tiennent aussi chapitre, tels que les chevaliers de Malthe, de S. Lazare, du S. Esprit, & le résultat de ces assemblées s'appelle aussi chapitre.
Enfin on appelle chapitre dans les églises cathédrales & collégiales, & dans les monasteres, le lieu où s'assemble le clergé ou communauté ; & dans les monasteres, le chapitre fait partie des lieux réguliers.
Le titre de chapitre pris pour un corps ecclésiastique n'a commencé à être en usage que vers le tems de Charlemagne, comme le prouve Marcel Ancyran, dans le traité qu'il a fait sur la decrétale d'Honoré III. super specula de magistris.
Un chapitre de chanoines est ordinairement composé de plusieurs dignités, telles que celles du doyen ou du prévôt, du chantre, de l'archidiacre, & d'un certain nombre de chanoines. Dans quelques églises, le chantre est la premiere dignité du chapitre, cela dépend des titres & de la possession.
On dit communément que tres faciunt capitulum ; on ne connoît cependant point de chapitre où il n'y ait que trois chanoines : mais cela signifie que trois chanoines peuvent tenir le chapitre.
Dans les églises cathédrales, le chapitre jouit de certains droits & priviléges, & exemptions, pendant la vacance du siége épiscopal, & même pendant que le siége est rempli.
Le premier des priviléges dont les chapitres des cathédrales jouissent pendant que le siége est rempli, est qu'ils sont considérés comme le conseil de l'évêque.
Dans la primitive église, les évêques ne faisoient rien sans l'avis de leur clergé, qu'on appelle presbyterium ; le jv. concile de Carthage leur ordonne d'en user ainsi, à peine de nullité.
Lorsqu'on eut séparé la manse de l'évêque de celle de son clergé, celui-ci prit le titre de chapitre, & les intérêts devinrent différens. Le clergé de l'évêque participoit cependant toujours au gouvernement du diocèse, comme ne formant qu'un même corps avec l'évêque.
Les députés des chapitres des églises cathédrales ont toujours assisté aux conciles provinciaux, & les ont souscrits.
Selon l'usage présent du royaume, les chapitres des cathédrales n'ont plus de part dans le gouvernement du diocèse ; les évêques sont en possession d'exercer seuls & sans la participation de leur chapitre, la plûpart des fonctions appellées ordinis, & celles qui sont de la jurisdiction volontaire & contentieuse, comme de faire des statuts & réglemens pour la discipline de leurs diocèses : ils ne sont obligés de requérir le consentement de leur chapitre que pour ce qui concerne l'intérêt commun ou particulier du chapitre, comme lorsqu'il s'agit d'en aliéner le temporel, d'unir ou supprimer quelque dignité ou bénéfice dans la cathédrale, d'y changer l'ordre de l'office divin, de réformer le breviaire, d'instituer ou supprimer des fêtes, & autres choses semblables, qui intéressent singulierement le chapitre en corps ou chaque chanoine en particulier. Il est d'usage dans ces cas que l'évêque concerte ses mandemens avec le chapitre, & qu'il y fasse mention que c'est après en avoir conféré avec ses vénérables freres, les doyen, chanoines & chapitre.
Tant que l'évêque est en place, le chapitre ne peut point s'immiscer dans le gouvernement du diocèse. Si l'évêque tombe en démence, ce sont les vicaires généraux par lui établis qui suppléent à son défaut. Canon. pontifices & gloss. ibid. Voyez deux consultations qui sont dans Duperray, sur l'édit de 1695. tome II. art. 45.
En France, pendant plusieurs siecles, lorsque le siége épiscopal étoit vacant, le métropolitain commettoit l'évêque le plus prochain pour en prendre soin, ou en prenoit soin lui-même ; ce n'est que vers le xij. siecle que les chapitres des cathédrales se sont mis en possession de gouverner le diocèse pendant la vacance. Glos. ad capitul. de concessione. Clement. de rerum permut.
La jurisdiction du chapitre, sede vacante, est la même que celle de l'évêque ; mais il ne peut l'exercer en corps ; il doit nommer à cet effet des grands vicaires & un official, pour exercer la jurisdiction volontaire & contentieuse. Voyez les arrêts rapportés à ce sujet dans la Jurisprud. canon. au mot chapitre.
S'il y a des officiaux & grands-vicaires nommés par l'évêque décédé, le chapitre peut les continuer en leur donnant de nouvelles provisions ; il peut aussi les destituer & en nommer d'autres.
Les grands-vicaires & officiaux nommés par le chapitre, sede vacante, n'ont pas plus de droit que l'évêque : ils ne peuvent par conséquent exercer leur jurisdiction sur ceux qui sont exempts de celle de l'évêque ; du reste ils peuvent faire tout ce que feroient ceux de l'évêque ; mais n'étant que des administrateurs à tems, ils ne peuvent faire aucune innovation considérable dans la discipline du diocèse.
Après l'année de la vacance expirée, ils peuvent donner des dimissoires pour recevoir les ordres, & aussi pour la tonsure & les quatre mineurs ; & ces dimissoires sont valables à-moins que le nouvel évêque ne les révoque, les choses étant encore entieres. Concil. Trid. sess. 7. cap. x. & sess. 23. Rebuff. prax. benef. part. j. p. 10.
Le chapitre ne représente l'évêque décédé que pour la jurisdiction & non pour l'ordre ; ainsi il ne peut, ni ses grands-vicaires, exercer aucune fonction du caractere épiscopal, comme donner la confirmation, les ordres, des indulgences, &c. Thomass. discipl. ecclésiast. part. I. liv. III. ch. x. n. 10.
La disposition des bénéfices qui viennent à vaquer tandis que le siége épiscopal est vacant, n'appartient point au chapitre ; elle est reservée à l'évêque qui doit succéder.
Si l'évêque a droit de nommer conjointement avec le chapitre, le roi nomme un commissaire qui représente l'évêque dans l'assemblée du chapitre. Edit de Janv. 1682 pour la régale.
Si la nomination appartient à l'évêque seul, le bénéfice vacant tombe en régale. Edit du mois de Févr. 1673. édit de Janv. 1682. & déclar. du 30 Août 1735.
A l'égard des bénéfices cures, qui sont à la collation de l'évêque, & qui viennent à vaquer, sede vacante, le chapitre en a la disposition, sans préjudice néanmoins du droit des gradués, qui peuvent le requérir à l'ordinaire. Arrêt du 6 Sept. 1642. journ. des aud.
Le chapitre a encore droit, pendant la vacance du siége épiscopal, de nommer aux bénéfices dépendans d'une prébende qui est en litige. Journ. des aud. arrêt du 8 Août 1687.
Le droit canonique attribue au chapitre, sede vacante, l'administration du temporel ; mais parmi nous le Roi, en vertu du droit de régale, fait administrer ce temporel par des économes.
Quelques chapitres ont prétendu être exempts de la jurisdiction de l'évêque ; mais par la derniere jurisprudence, la plûpart de ces exemptions ont été déclarées abusives. On confirme seulement celles qui sont fondées sur des motifs légitimes, & autorisées par le consentement de l'évêque & l'autorité du Roi. La possession immémoriale ne suffit pas en cette matiere pour tenir lieu de titre ; mais elle sert à fortifier le titre lorsqu'il est légitime.
Les arrêts ont maintenu les chapitres qui étoient fondés dans la jurisdiction correctionnelle, sur les dignités, chanoines, & officiers de leur église, mais à la charge de l'appel devant l'official de l'évêque, lequel a le droit de prévention, si celui du chapitre n'a pas informé dans les trois jours. Arrêts des 2 Septembre 1670. & 4 Septembre 1684. Journ. des aud.
Lorsque le chapitre a seulement droit de correction, & non la jurisdiction contentieuse, il ne peut excommunier ni emprisonner ses bénéficiers, ni les priver de leurs bénéfices ; cela n'appartient qu'à l'évêque.
Le droit que quelques chapitres prétendent avoir de donner aux clercs de leur corps des dimissoires pour les ordres, dépend des titres & de la possession.
Les chanoines exempts, qui acceptent de l'évêque quelque office, comme de grand-vicaire, official, promoteur, &c. deviennent à cet égard justiciables de l'évêque.
Plusieurs chapitres, soit de cathédrales, ou de collégiales, ont des statuts particuliers qui tiennent lieu de loi entr'eux, lorsqu'ils sont autorisés par les supérieurs ecclésiastiques & homologués au parlement. Ces statuts ont ordinairement pour objet l'affectation des prébendes à certaines personnes, l'assistance aux offices, la résidence & les distributions manuelles, le rang & la séance au choeur, l'option des prébendes & des maisons canoniales, & autres objets semblables.
Les droits particuliers dont joüissent certains chapitres, comme droits d'annate, de dépôt, &c. dépendent des titres & de la possession.
Les chapitres de réguliers ne peuvent être sécularisés que par des bulles revêtues de lettres patentes dûment enregistrées ; ils doivent observer les conditions portées dans ces bulles & lettres patentes. V. SECULARISATION. Voyez les articles ABBE, ABBAYE, CHANOINE, & ci-après COUVENT, MONASTERE, PRIEURE.
Les ordres religieux tiennent trois sortes de chapitres ou assemblées ; savoir le chapitre particulier de chaque maison ou communauté ; le chapitre provincial composé des députés de toutes les maisons de l'ordre qui sont dans la même province ; & le chapitre général composé des députés de tout l'ordre & de toutes les maisons des différentes provinces.
Le chapitre général d'un ordre régulier se tient dans la maison qu'on appelle chef d'ordre. Voyez CHEF D'ORDRE.
Les ordres de chevalerie réguliers ou hospitaliers, tiennent aussi de tems en tems chapitre. Dans l'ordre de Malthe on tient des chapitres particuliers dans chaque province ; il y a aussi le chapitre général de l'ordre qui se tient à Malthe.
Sur les droits des chapitres, voyez Jean Bordenave, tr. de l'état des causes ecclésiast. le dictionn. des cas de conscience de Pontas, au mot chapitre ; le tr. des mat. bénéf. de Fuet, liv. II. ch. ij. le traité des droits des chapitres par Ducasse ; mém. du clergé, édition de 1716. tome II. p. 922. & suiv. & p. 1585. & 1603. bibliotheque de Bouchel, au mot chanoines ; add. à la biblioth. de Bouchel, tome I. p. 14. Biblioth. can. tome I. p. 221. & 516. col. j. De Selve, II. part. tract. quaest. 2. Franc. Marc, tome I. quest. 92. & suiv. & quaest. 139. & 1334. Leprêtre, centur. 2. chap. xv. Henris, tome I. liv. I. ch. j. & ch. iij. quest. 2. recueil de de la Ville, au mot bénéfice ; Pinson, de mod. acquir. benef. §. 16. n. 19. de fin. can. p. 126. Filleau, part. I. tit. j. ch. xliij. Chenu, 2. cent. quest. 80. Corbin, suite de patronage, ch. 190. Dolive, liv. I. ch. viij. Boniface, tome I. liv. II. tit. ij. ch. j. tit. v. & ch. v. Peleus, actions forenses. liv. II. act. 39. Tournet, let. c. n. 54. Ferret, liv. IV. ch. iij. n. 38.
Pour ce qui est particulier aux différens chapitres des églises cathédrales & collégiales, voyez les réglemens & autres actes indiqués dans le dictionn. des arrêts, au mot chapitre. (A)
CHAPITRES, (trois) hist. ecclés. termes célebres dans l'histoire ecclésiastique du vj. siecle.
On donna alors le nom de trois chapitres, à trois écrits fameux qui étoient les écrits de Théodore de Mopsueste, un écrit de Théodoret contre les douze anathèmes de S. Cyrille, & la lettre d'Ibas évêque d'Edesse, à Maris hérétique persan.
Ces trois chapitres avoient leurs défenseurs, qui étoient partagés en différentes classes. La premiere étoit celle des Nestoriens, qui les défendoient parce qu'ils croyoient que ces écrits avoient été approuvés dans le concile général de Chalcédoine, & qu'ils contenoient ou favorisoient ouvertement leur doctrine. La seconde étoit celle des Catholiques, qui les défendoient, en soûtenant contre les Nestoriens que leur doctrine impie ne s'y trouvoit pas. La troisieme étoit celle de ceux qui ne vouloient pas les condamner, parce que, selon eux, il n'étoit pas permis de faire le procès aux morts. A quoi il faut ajoûter que par une erreur de fait, plusieurs catholiques croyoient que le concile de Chalcédoine avoit approuvé les trois chapitres. Il est vrai que ce concile avoit admis Théodoret à la communion, après qu'il eut dit anathème à Nestorius, & déclaré Ibas orthodoxe, même après lecture faite de sa lettre à Maris ; mais il n'avoit rien prononcé sur cette lettre, ni pour ni contre les écrits ou la personne de Théodore de Mopsueste ; & par conséquent on ne pouvoit pas dire qu'il les eût approuvés.
Justinien condamna d'abord les trois chapitres par une loi publiée en 546, qu'on obligea tous les évêques de souscrire ; mais plusieurs le refuserent, & entr'autres les évêques d'Afrique. Le pape Vigile les condamna aussi, mais sans préjudice du concile de Chalcédoine, par un décret intitulé judicatum, adressé à Menas patriarche de Constantinople, & rendu en 548. Les troubles continuant, on assembla en 553 le second concile général de Constantinople, qui est le cinquieme oecuménique, dans lequel les trois chapitres furent anathématisés ; & quoique le pape Vigile parût d'abord n'en pas approuver les décisions, parce qu'il avoit retracté son premier decret par un autre qu'on nommoit constitutum, il se rendit enfin à l'avis du concile par un second constitutum, qu'on trouve dans les nouvelles collections de M. Baluze, de l'année 554, qu'il avoit fait précéder dès la fin de 553 par une lettre d'accession, adressée à Eutychius successeur de Menas dans le siége de Constantinople.
La condamnation des trois chapitres causa en Occident un schisme, toûjours fondé sur ce qu'on croyoit que le concile de Chalcédoine les avoit approuvés, & qui ne finit que plus de 70 ans après sous le pape Honorius. Mais la division dura plus long-tems en Orient, où les Nestoriens étoient fort puissans, & soûtenus d'un grand nombre de défenseurs. (G)
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| CHAPON | S. m. (Econom. rust.) poulet mâle à qui on a ôté les testicules. Cette méthode d'avoir des volailles grasses & délicates est très-ancienne : il est parlé dans le Deuteronome de poulets chaponnés par le frottement, par le feu, ou par l'extraction totale ou partielle des testicules. On pratiqua la même opération à Rome sur les poules ; on les engraissoit délicatement, & il y en eut qui pesoient jusqu'à seize livres. Il fut défendu de châtrer les poules ; & ce fut pour éluder cette loi qu'on chaponna de jeunes coqs. Columelle dit qu'outre la maniere ordinaire de chaponner, on y réussit également en coupant jusqu'au vif les ergots avec un fer chaud, & les frottant ensuite avec de la terre à potier.
On chaponne les poulets à trois mois, au mois de Juin, tems où il ne fait ni trop chaud ni trop froid : on leur ouvre le corps à l'endroit où sont les testicules, on les tire dehors avec l'index, on recoud la blessure, on la frotte ensuite avec du beurre ou du baume, & l'opération est faite. L'animal semble sentir pendant quelques jours l'importance de la perte qu'il a faite, car il est triste. Les chapons sont excellens à six & huit mois.
On en tire un service singulier : on les employe à conduire & élever les poussins, quand on ne veut pas laisser perdre de tems aux poules. On choisit un chapon vigoureux ; on lui plume le ventre ; on lui pique la partie plumée avec des orties ; on l'enyvre avec du pain trempé dans du vin ; & l'on réitere cette cérémonie deux ou trois jours de suite, le tenant bien enfermé : le quatrieme on le met sous une cage, & on lui associe deux ou trois poulets un peu grands ; ces poulets, en lui passant sous le ventre, adoucissent la cuisson de ses piquûres : ce soulagement l'habitue à les recevoir ; bientôt il s'y attache, il les aime, il les appelle ; & on lui en donne un plus grand nombre qu'il reçoit & couvre de ses ailes, qu'il conduit, qu'il éleve, & qu'il garde plus longtems que la mere n'auroit fait.
CHAPON, (Diete, Mat. med.) La chair de chapon, soit bouillie, soit rôtie, est très-nourrissante & de facile digestion ; c'est pourquoi elle est très convenable aux convalescens auxquels on commence à accorder un peu d'alimens solides. On prépare aussi avec le chapon, pour le même usage, des consommés qui conviennent non-seulement dans les cas de convalescence, mais encore dans les maladies chroniques, où l'on est obligé de soûtenir le malade par des alimens qui contiennent beaucoup de parties nutritives sous une petite masse, & qui peuvent être digérés sans réveiller que le moins qu'il est possible l'action de l'estomac, comme dans les ulceres internes, sur-tout ceux du poumon.
On trouve dans la plûpart des vieux dispensateurs, des eaux distillées de chapon, soit simples, soit composées, toûjours vantées comme des analeptiques ou des restaurans admirables : mais nous sommes trop instruits aujourd'hui sur la nature des parties alimenteuses, pour pouvoir les regarder comme mobiles, ou capables de s'élever dans la distillation. Zwelfer avoit observé avant Boerhaave, que l'eau distillée de chapon ne participoit point de la vertu restaurante de la viande dont elle étoit tirée. Voyez DISTILLATION & EAU DISTILLEE.
La graisse de chapon récente est adoucissante & relâchante ; mais cette propriété lui est commune avec toutes les matieres de la même espece, c'est-à-dire avec toutes les matieres huileuses, douces, & non rencies, comme le beurre frais, la bonne huile d'olive, &c. (b)
CHAPON, (vol du) Jurispr. voyez VOL DU CHAPON. (A)
* CHAPON, subst. m. (Agric.) sarmens de l'année qu'on détache pour servir de plant, observant d'y laisser un peu de bois de la taille précédente, & de les mettre tremper dans l'eau pendant huit jours, afin que leurs fibres se dilatent & se disposent à la végétation. Voyez l'article VIGNE.
CHAPON, (Serrurerie) patte de chapon, voyez PATTE.
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| CHAPPARS | S. m. (Hist. mod.) couriers persans chargés des dépêches de la cour pour les provinces. S'ils rencontrent un cavalier mieux monté qu'eux, ils ont le droit de s'emparer de son cheval ; le refus exposeroit à perdre la vie : le plus sûr est de céder sa monture, & de courir après comme on peut. Tavernier, qui parle des chappars dans son voyage de Perse, ajoûte qu'il y avoit aussi de ces couriers incommodes en Turquie, mais que le sultan Amurat les supprima, & y établit des postes à son usage, afin que les malédictions dont ses chappars étoient chargés par ceux qu'ils démontoient, ne retombassent point sur sa tête.
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| CHAPTANG | riviere de l'Amérique septentrionale, au Maryland.
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| CHAPTEL | (Jurispr.) voyez CHEPTEL. (A)
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| CHAPUT | S. m. espece de billot cylindrique qui a peu de hauteur, de la surface supérieure duquel on a enlevé une portion ; c'est selon la figure de cette portion enlevée, que l'ouvrier peut donner telle figure qu'il veut à son ardoise ; la section verticale de la tête du chaput dirige le mouvement du doleau, ou de l'instrument tranchant avec lequel on travaille les fendis ou ardoises brutes. Voyez l'art. ARDOISE ; & voyez Pl. I. de la fabrique des ardoises, le chaput, en O O P P Q R.
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| CHAR | S. m. (Hist. anc. & mod.) On donnoit anciennement ce nom à presque toutes les voitures d'usage, soit à la ville, soit à la campagne, soit dans les batailles, soit dans les triomphes, &c. nous l'avons restreint à celles qui sont traînées avec magnificence dans les carrousels, les courses de prix, & autres fêtes publiques. Voyez CARROUSEL.
Les chars anciens étoient à deux ou quatre roues ; il y en a de ces deux sortes dans les bas-reliefs, & médailles, les arcs de triomphe, & autres monumens qui nous restent de l'antiquité ; on y voit attelés, tantôt des chevaux, tantôt des lions, des tigres, des éléphans : mais la diversité de ces attelages ne signifie rien par elle-même ; il faut, ainsi que le pere Jobert jésuite l'a remarqué dans son introduction à la science des médailles, des inscriptions ou d'autres caracteres concomitans des précédens, pour désigner ou le triomphe, ou l'apothéose, &c.
On attribue l'invention des chars, les uns à Erichtonius roi d'Athenes, que ses jambes torses empêchoient d'aller à pié ; d'autres à Tlepoleme ou à Trochilus : quelques-uns en font honneur à Pallas ; mais il paroît par le ch. xlj. vers. 40. de la Genes. que l'usage des chars étoit antérieur à tous ces personnages.
Des étymologistes dérivent le mot currus ou carrus, de carr, terme celtique dont il est fait mention dans les commentaires de César. Cette date est ancienne. Le mot carr se dit encore aujourd'hui dans le même sens & avec la même prononciation, dans la langue wallonne.
Les principaux chars des anciens sont les chars pour la course, chez les Grecs, currus chez les Latins ; les chars couverts, currus arcuati ; les chars armés de faux, currus falcati ; les chars de triomphe, currus triumphales.
Les chars de course, , servoient aussi dans d'autres fêtes publiques : c'étoit une espece de coquille montée sur deux roues, plus haute par-devant que par-derriere, & ornée de peintures & de sculptures : on étoit assis dans cette voiture : la différence spécifique qui les distinguoit entr'elles, se tiroit uniquement de la diversité des attelages ; & ces attelages, ou de deux chevaux ou de quatre, ou de jeunes chevaux, ou de chevaux faits, ou de poulains, ou de mules, formoient différentes sortes de courses, différentes sortes de combats.
Un char attelé de deux chevaux, s'appelloit en grec , en latin bigae. L'on prétend que l'un de ces chevaux étoit blanc, l'autre noir, dans les biges des pompes funebres. La course des chars à deux chevaux d'un âge fait, fut introduite aux jeux olympiques en la xciij. olympiade ; & par chevaux d'un âge fait, on entendoit des chevaux de cinq ans. Il n'est point question chez les Grecs de chars à trois chevaux ; les Latins en ont eu qu'ils appelloient trigae ; mais il ne paroît pas qu'ils fussent d'usage dans les fêtes ; ou si l'on s'en servoit dans les pompes, c'étoit seulement dans les pompes funebres ; car on imagina, dit-on, d'atteler trois chevaux de front, parce qu'il y avoit des hommes de trois âges qui descendoient aux enfers. Les chars attelés de quatre chevaux, se nommoient en grec , de , quatre, & de , cheval, & en latin quadrigae, qu'on a rendu par quadriges, terme autorisé seulement en style de lapidaire, & dans la science numismatique. La course à quatre chevaux étoit la plus magnifique & la plus noble de toutes : elle fut instituée ou renouvellée dans les jeux olympiques, dès la xxv. olympiade ; ainsi elle précéda la course à deux chevaux de plus de 278 ans. Le timon des chars étoit fort court, & l'on y atteloit les chevaux de front, à la différence de nos attelages, où quatre & six chevaux rangés sur deux lignes se gênent & s'embarrassent, au lieu que de front ils déployoient leurs mouvemens avec beaucoup plus d'ardeur & de liberté. Les deux du milieu, , jugales, étoient les moins vifs ; les deux autres, , funales ou lorarii, les plus vigoureux & les mieux dressés, étoient l'un à droite & l'autre à gauche ; comme il falloit prendre à gauche pour aller gagner la borne, c'étoit le cheval qui tiroit de ce côté qui dirigeoit les autres. Lorsqu'il falloit tourner autour de cette borne fatale où tant de chars se brisoient, le cocher animant son cheval de la droite, lui lâchoit les renes & les raccourcissoit à celui de la gauche, qui devenoit par ce moyen le centre du mouvement des trois autres, & doubloit la borne de si près, que le moyeu de la roue la rasoit. Avant que de partir, tous les chars s'assembloient à la barriere. On tiroit au sort les places & les rangs ; on se plaçoit ; & le signal donné, tous partoient. Voyez dans Homere les courses célébrées aux funérailles de Patrocle. C'étoit à qui devanceroit son concurrent ; plusieurs étoient renversés en chemin : celui qui ayant doublé le premier la borne, atteignoit le premier la barriere, avoit le premier prix. Il y avoit aussi quelquefois des prix pour le second & pour le troisieme. Les princes & les rois même, étoient jaloux de cette distinction. Le race des chevaux qui avoient vaincu souvent dans ces combats d'honneur, étoit illustrée : leur généalogie étoit connue ; on n'en faisoit des présens que dans les occasions les plus importantes ; c'est des richesses qu'Agamemnon fait proposer à Achille pour appaiser sa colere, une des plus précieuses. A Rome, dans le grand cirque, on donnoit en un jour le spectacle de cent quadriges, & l'on en faisoit partir de la barriere jusqu'à vingt-cinq à la fois. Le départ étoit appellé en grec, , en latin emissio, missus. On ignore combien il s'assembloit de quadriges à la barriere d'Olympie ; il est seulement certain qu'on en lâchoit dans la lice ou dans l'hippodrome plusieurs à la fois. Mém. de l'Académ. des Inscriptions, tomes VIII. & IX. Voyez HIPPODROME, JEUX OLYMPIQUES, CIRQUE, COURSE. On prétend que les attelages de quatre chevaux de front se faisoient en l'honneur du soleil, & marquoient les quatre saisons de l'année. Les Latins avoient des sefiges ou chars à six chevaux de front ; on en voit un au faîte du grand arc de Sévere, Il y a dans Gruter une inscription de Dioclès, où il est parlé de septiges. Néron attela quelquefois au même char jusqu'à sept, & même jusqu'à dix chevaux. Ceux qui conduisoient les chars s'appelloient en général agitateurs, agitatores : si c'étoit une bige, bigarrii ; un quadrige, quadrigarii : on ne rencontre point le nom de trigarii, ce qui prouve que les triges n'étoient qu'emblématiques, ou du moins qu'il n'y avoit point de trige pour la course.
Le char couvert ne différoit des autres qu'en ce qu'il avoit un dome en ceintre : il étoit à l'usage des flamen, prêtres romains. Voyez FLAMEN.
Le char armé de faulx étoit armé ainsi que son nom le désigne : des chevaux vigoureux le traînoient ; il étoit destiné à percer les bataillons, & à trancher tout ce qui se présentoit à sa rencontre. Les uns en attribuent l'invention aux Macédoniens, d'autres à Cyrus ; mais l'origine en est plus ancienne, & il paroît que Ninus en avoit fait courir de pareils contre les Bactriens, & les Chananéens contre les Israélites. Ces chars n'avoient que deux grandes roues, auxquelles les faulx étoient appliquées. Cyrus les perfectionna seulement en fortifiant les roues, & allongeant les essieux, à l'extrémité desquels il adapta encore d'autres faulx de trois piés de long qui coupoient horisontalement, tandis que d'autres tranchant verticalement, mettoient en pieces tout ce qu'elles ramassoient à terre. Dans la suite on ajoûta à l'extrémité du timon deux longues pointes, & l'on garnit le derriere du char de couteaux qui empêchoient qu'on n'y montât. Cette machine terrible en apparence, devenoit inutile lorsqu'on tuoit un des chevaux, ou qu'on parvenoit à en saisir la bride. Plutarque dit qu'à la bataille de Cheronée sous Sylla, les Romains en firent si peu de cas, qu'après avoir dispersé ou renversé ceux qui se présenterent, ils se mirent à crier, comme ils avoient coûtume dans les jeux du cirque, qu'on en fît paroître d'autres.
L'usage des chars dans la guerre est très-ancien : les guerriers, avant l'usage de la cavalerie, étoient tous montés sur des chars : ils y étoient deux ; l'un chargé de conduire les chevaux, l'autre de combattre. C'est ainsi qu'on voit presque tous les héros d'Homere ; ils mettent souvent pié à terre, & Diomede ne combat guere sur son char.
Le char de triomphe étoit attelé de quatre chevaux. On prétend que Romulus entra dans Rome sur un pareil char ; d'autres n'en font remonter l'origine qu'à Tarquin le vieux, & même à Valérius Publicola. On lit dans Plutarque que Camille étant entré triomphant dans Rome sur un char traîné par quatre chevaux blancs, cette magnificence fut regardée comme une innovation blâmable. Le char de triomphe étoit rond, & n'avoit que deux roues ; le triomphateur s'y tenoit debout, & gouvernoit lui-même les chevaux : il n'étoit que doré sous les consuls ; on en fit d'or & d'ivoire sous les empereurs. On lui donnoit un air martial en l'arrosant de sang. On y attela quelquefois des éléphans & des lions. Quand le triomphateur montoit, le cri étoit : Dii, quorum nutu & imperio nata & aucta est res romana, eamdem placati propitiique servate ! Voy. TRIOMPHE.
Nos chars de triomphe sont décorés de peintures, de sculptures, & de pavillons de différentes couleurs : ils ont lieu dans quelques villes du royaume : à Lille en Flandre, dans les processions publiques où l'on porte le saint Sacrement, on fait marcher à la tête, des chars sur lesquels on a placé de jeunes filles : ces chars sont précédés du fou de la ville, qui a le titre de fou, & la fonction de faire mille extravagances, par charge. Cette cérémonie superstitieuse doit être regardée avec plus d'indulgence que de sévérité : ce n'est point une dérision ; les habitans de Lille sont de très-bons chrétiens.
Les payens avoient aussi des processions & des chars de triomphe pour certaines occasions. Il est fait mention dans la pompe de Ptolemée Philadelphe, d'un char à quatre roues de quatorze coudées de long sur huit de large ; il étoit tiré par cent quatre-vingt hommes, il portoit un Bacchus haut de dix coudées, environné de prêtres, de prêtresses, & de tout l'attirail des fêtes de Bacchus. Voyez FETES, PROCESSIONS. Antiq. expl. & heder. lex.
CHAR, machine d'Opéra, espece de trône qui sert pour la descente des dieux, des magiciens, des génies, &c. Il est composé d'un chassis de forme élégante sur le devant, d'un plancher sur lequel est un siége, & d'un chassis plus grand qui sert de dossier. Ces chassis sont couverts de toile peinte en nuages, plus ou moins éclairés selon les occasions. On peint sur la partie du devant, ou un aigle, si c'est le char de Jupiter ; ou des colombes, si c'est celui de Vénus, &c. Ce char est suspendu à quatre cordes qu'on teint en noir, & il descend ou remonte par le moyen du contre-poids.
C'est la machine la plus ordinaire à l'opéra, & par cette raison sans-doute la moins soignée. Pendant le tems qu'on exécute une ritournelle majestueuse, on voit descendre une divinité, l'illusion commence : mais à peine le char a-t-il percé le plafond, que les cordes se montrent, & l'illusion se dissipe.
Il y a plusieurs moyens très-simples de dérober aux yeux du spectateur ces vilaines cordes, qui seules changent en spectacle ridicule le plus agréable merveilleux. Les chapelets de nuages placés avec art, seroient seuls suffisans, & on ne conçoit point pourquoi on ne les y employe pas. Cette partie trop négligée jusqu'ici, suivra sans-doute le sort de toutes les autres, par la sage administration de la ville de Paris, chargée desormais de ce magnifique spectacle. Voyez OPERA & CHAPELET.
Les Grecs se servoient des chars pour introduire leurs divinités sur le théatre ; ils étoient d'un usage très-fréquent dans les grands ballets & dans les carrousels. Voyez MACHINE, DECORATION, BALLET.
On exécute plusieurs vols avec les chars : mais il manque presque toûjours quelque partie essentielle à ces sortes de machines. Voyez VOL. (B)
CHAR, (Géog. mod.) petite riviere de France en Saintonge ; elle a sa source vers Paillé, & se perd dans la Boutonne à S. Jean-d'Angeli.
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| CHARA | (Astronomie) une des constellations informes, figurée sur les globes par un chien, & placée sous la queue de la grande ourse.
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| CHARACENE | S. f. (Géog. anc.) c'étoit le territoire de la ville de Charax. Voyez CHARAX.
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| CHARACINE | S. f. (Géog. anc.) petite contrée de la Cilicie, dont Flaviopolis étoit le chef-lieu.
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| CHARACITANIENS | S. m. plur. (Géog. anc.) peuples d'Espagne tarragonoise : ils habitoient des cavernes dans des montagnes au-delà du Tage ; c'est de-là qu'ils faisoient des excursions dans les contrées circonvoisines.
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| CHARADE | (Hist. mod.) voyez SOUDRAS.
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| CHARADRA | (Géog. anc.) il y a eu plusieurs villes de ce nom dans la Grece ; l'une dans la Phocide ; une autre dans l'Epire, proche le golfe d'Ambracie ; une troisieme dans la Messynie.
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| CHARADRUS | S. m. (Géog. anc.) Il y a eu trois rivieres de ce nom ; l'une dans la Phocide, qui couloit proche de Charadra & se jettoit dans la Céphise ; une autre dans la Messynie ; une troisieme dans l'Achaïe. Il y avoit encore un torrent de même nom dans la contrée d'Argos.
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| CHARA | ou CHARAH, s. m. (Hist. mod.) c'est le tribut que le grand-seigneur fait lever sur les enfans mâles des Juifs, qui payent chaque année un sequin ou ducat, ce qui produit environ onze mille trois cent sequins. Il y a cependant trois cent hébreux exempts de ce tribut. Outre ce droit, les Juifs payent encore trois mille sequins par an, pour conserver le privilége qui leur est accordé de tenir des synagogues : & tous les ans en payant ce droit, ils en font renouveller la confirmation, avec le pouvoir de prendre le titre de rabbin, qui chez eux est leur docteur & le chef de la synagogue : ils sont encore taxés à douze cent sequins, pour avoir la permission d'ensevelir leurs morts.
Les chrétiens grecs qui sont sous la domination du grand-seigneur, dans Constantinople ou Pera, payent tous le charag, qui est d'un sequin par tête de chaque enfant mâle : & ce tribut produit chaque année environ trente-huit mille sequins. Ils payent de plus vingt-cinq mille sequins pour la conservation de leurs églises, & pour le droit d'être gouvernés par un patriarche.
Les chrétiens latins qui sont habitués à Constantinople ou à Pera, mariés ou non mariés, payent pour le charag un sequin par tête, & rien au-delà : mais la plûpart s'en exemptent en se faisant inscrire au nombre des officiers de quelques ambassadeurs des têtes couronnées.
Les voyageurs ou négocians chrétiens, payent le charag en entrant dans la premiere ville soumise à l'Empire ottoman, selon Ricaut, dans son état de cet Empire. Les esclaves qui ont acquis la liberté, soit par grace, soit par rachat, ne payent aucun charag, quoique mariés ; ils sont même exempts de toutes les taxes sur les choses nécessaires à la vie. Les chrétiens ragusiens & les albanois sont aussi exempts de tout tribut. Le chevalier de la Magdelaine, dans son miroir de l'Empire ottoman, ne porte pas le charag aussi haut que nous le mettons ici. (a)
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| CHARAMEIS | S. m. (Hist. nat. bot.) arbre exotique dont il est fait mention dans Lémeri. Il en distingue de deux especes, qu'on trouve, dit-il, sur les montagnes & dans les forêts du Canada & du Décan, loin de la mer. Les habitans du pays prennent la décoction de leurs feuilles en fébrifuge. Ces arbres sont de la hauteur du néflier ; l'un a la feuille du poirier, l'autre la racine laiteuse, & la feuille plus petite que le pommier. Cette feuille est d'un verd clair. Leur fruit qui croît en grappe, est une aveline jaune, anguleuse, & d'un goût stiptique, acide & agréable. Le chamareïs à feuille de poirier, a l'aveline plus grosse que le chamareïs à racine laiteuse. Les Indiens mangent l'aveline de celui-là mûre & verte, mais confite au sel ; & ils font de l'écorce de celui-ci broyée avec la moutarde, un purgatif pour l'asthme. Il y a dans la distinction de ces deux plantes, dans leur description, dans le détail de leurs propriétés, bien des choses vagues. Voyez Lémeri.
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| CHARAN | (Géog. anc.) Haran, selon la vulgate ; ville de Mésopotamie, le premier séjour d'Abraham au sortir d'Ur, & le lieu de la mort de son pere.
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| CHARANTE | S. f. (Jurispr.) terme usité aux environs de la Rochelle, pour exprimer une chaussée ; ce terme vient sans-doute de charroi, & de ce que les chaussées sont faites principalement pour faciliter le passage des charrois & autres voitures. (A)
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| CHARAPETI | S. m. (Botan.) arbrisseau des Indes occidentales. Sa racine est grosse & longue, par-dedans d'une couleur entre le blanc & le jaune, tirant sur le rouge ; ses feuilles sont semblables à celles de l'oranger, mais plus grandes ; ses fleurs sont jaunes & étoilées : il n'a ni odeur ni saveur considérable. On se sert de son bois, de même que du gayac, contre la vérole, la gale, & autres maux opiniâtres de cette espece. Tel est le rapport également inexact & inutile que divers voyageurs nous font du charapeti, suivant leur coûtume ; c'est-à-dire en ajoûtant aux faits qu'ils n'ont pas vûs, ceux qu'ils ont imaginés. Cet article est de M(D.J.)
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| CHARAX | (Géog. anc.) il y avoit une charax dans la Chersonese taurique, sur la côte méridionale de la mer ; un port de ce nom dans l'Afrique ; une charax dans la Carie en Asie ; une autre en Arménie ; une troisieme dans la Parthie ; une quatrieme en Bythinie ; une cinquieme dans la Pontique ; une sixieme en Crete ; une septieme en Asie, dans la Phrygie ; une huitieme en Asie, au fond du golfe Persique.
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| CHARBON | S. m. (Art. méch. & Hist. nat.) Il y a deux sortes de charbon, le naturel & l'artificiel ; ces deux substances n'ont presque rien de commun que la couleur de l'emploi. Nous allons parler de l'une & de l'autre. 1°. Du charbon artificiel. Le charbon artificiel, à le définir par ses qualités extérieures, est un corps noir, friable, assez leger, provenu de la combustion des végétaux, des animaux, & même de quelques substances minérales ; combustion ménagée, de maniere que ses progrès ne puissent pas s'étendre jusqu'à la destruction de ces substances une fois allumées. On prévient cette destruction, soit en disposant les matieres dès le commencement de l'opération, de sorte qu'elles ne soient pas exposées à l'abord libre de l'air, comme dans la distillation & dans la préparation en grand du charbon de bois ordinaire ; soit en supprimant ce concours de l'air quand le charbon commence à paroître, comme lorsque nous étouffons la braise formée dans nos cheminées ; soit en retirant simplement du foyer un charbon qui n'a pas en soi assez de chaleur pour en être détruit, quoique exposé à l'air libre ; ou enfin en détruisant tout-d'un-coup cette chaleur par l'application d'une masse considérable, d'un corps froid, tel qu'un liquide, & sur-tout un liquide non inflammable, qui puisse s'appliquer immédiatement au charbon embrasé, & l'entourer exactement : car la destruction du charbon dépend nécessairement de deux causes, l'action du feu & celle de l'air libre & humide, ou de la vapeur aqueuse répandue dans l'atmosphere. Voyez FLAMME. C'est parce que la seconde de ces deux causes manque, que le charbon est indestructible dans les vaisseaux fermés, quelque violent & quelque long que soit le feu qu'on lui fait éprouver dans ces vaisseaux. (b)
* CHARBON DE BOIS : ce charbon se fait de plusieurs manieres, qui toutes réussissent également. Voici comment on s'y prend à Aussois, à Pontquarré en Brie, &c. pour construire & conduire les fourneaux à charbon.
Les principaux instrumens nécessaires aux Charbonniers, sont 1°. une serpe grosse & forte pour emmancher leurs haches, pelles, &c. & faire des chevilles : 2°. un hoyau ou une pioche pour applanir leurs aires : 3°. une pelle de fer arrondie par le bout, un peu recourbée vers le milieu, pour que la terre y soit mieux retenue & puisse être lancée facilement & loin : 4°. une herque ou un rateau de fer, pour perfectionner l'aire : 5°. une forte hache à couper du gros bois, pour monter les chaumieres ou loges des Bucherons : 6°. une faulx pour couper l'herbe, dont on a besoin pour couvrir les fourneaux : 7°. un rabot de bois pour unir la terre qui couvre le fourneau, & lui donner de l'air, &c. 8°. une tariere : 9°. un crochet pour ouvrir le fourneau quand il est cuit : 10°. une seconde herque, ou un autre rateau : 11°. des paniers.
Les Charbonniers ne sont point obligés de couper leur bois ; ils le trouvent tout prêt, coupé de longueur & de sorte, & rangé par tas, comme on le voit Planc. I. des Forges en a & b. Ces tas sont contenus par deux gros pieux qu'on enfonce en terre, l'un à une de leurs extrémités, & l'autre à l'autre. Il est distribué par cordes, afin que l'ouvrier sache ce qu'il fait entrer de bois dans la construction de son fourneau. Un fourneau ordinaire en contient jusqu'à 7, 8, 9 cordes. On conduit presque toujours deux fourneaux, ou plutôt deux feux à la fois ; car les Charbonniers entendent par un fourneau, le bois arrangé comme il convient pour être réduit en charbon ; & par un feu, le fourneau quand il est allumé. Deux fourneaux donnent la voiture de charbon.
On se sert pour faire le charbon, de jeune bois, depuis un 1/2 pouce jusqu'à un pouce, un pouce 1/2, deux pouces, deux pouces & demi, &c. de diametre, sur deux piés, deux piés quatre à six pouces de longueur. Les bois blancs ne donnent point de bon charbon. Les chênes, les hêtres, qu'on appelle fouteaux, les charmes, sont propres à cet usage. Il faudroit rejetter le bouleau & le peuplier commun : ce qui ne se fait pas souvent. Il y a cependant quelques honnêtes charbonniers qui séparent le bouleau comme un mauvais bois, & ne s'en servent que pour les planchers du fourneau, regardant le bois employé aux planchers, comme un bois perdu qui ne donne que des fumerons.
Quand on débite le bois, il faut avoir l'attention de le couper le plus égal de grosseur & de longueur, & le plus droit qu'il est possible ; il sera très-bien de séparer le gros du menu, & le droit du tortu : ces précautions ne seront pas inutiles, soit dans la construction du fourneau, soit dans la conduite du feu. Si le bois est pêle-mêle, le charbonnier le prenant & l'employant comme il le trouve, chargera trop ou trop peu un côté de son fourneau, ou de gros bois, ou de petit, ou de bois tortu ; d'où il arrivera qu'un endroit commencera à peine à s'allumer, qu'un autre sera presque consumé : inconvénient qui sera toujours accompagné de quelque perte. Le plus petit bois peut être employé ; c'est une oeconomie qui n'est pas à négliger, comme on verra lorsque nous parlerons de la construction du fourneau.
Il faut que les tas de bois ne soient ni trop près des fourneaux, de peur que dans les grands vents le feu n'y soit porté, ni trop loin, ce qui fatigueroit les Charbonniers à l'aller chercher. C'est aussi pour éviter un incendie, qu'il faut bien nettoyer les environs des fourneaux de tout branchage, & autres menus bois.
Lorsque le bois est prêt, il faut travailler à faire la charbonniere. On entend par une charbonniere, l'endroit où l'on doit construire des fourneaux à charbon. Pour cet effet, on choisira un lieu égal de sa nature, on achevera ensuite de l'applanir avec la pioche ou le hoyau & le rateau ; l'espace circulaire qu'on aura ainsi applani, s'appelle l'aire du fourneau. L'aire d'un fourneau peut avoir 13, 14 à 15 piés de diametre. On prendra une forte bûche, on la fendra en croix par un de ses bouts ; on l'aiguisera par l'autre ; on la plantera par le bout aiguisé au centre de l'aire ; on ajustera dans les fentes de l'autre bout, deux bûches qui formeront quatre angles droits : ces angles serviront à recevoir & à contenir quatre bûches qui porteront d'un bout contre l'aire, & qui seront prises chacune par l'autre bout dans un des angles dont nous venons de parler ; ces quatre premieres bûches seront un peu inclinées sur celles du milieu.
Cela fait, on prendra du bois blanc assez gros & assez droit ; on le couchera par terre, ensorte que les bûches forment un plancher dont chacune soit comme le rayon d'un cercle qui auroit le même centre que l'air ; on répandra sur ce plancher de petites bûches ou plutôt des bâtons de bois de chemise. Les Charbonniers entendent par bois de chemise, du bois très-menu, qui ne feroit tout au plus que du charbon de chauffrette. Lorsqu'on aura couvert la surface des grosses bûches qui forment le plancher & rempli les vuides qu'elles laissent entr'elles avec ce petit bois, on aura achevé ce qu'on appelle un plancher.
Pour contenir les bûches de ce plancher dans l'ordre selon lequel on les aura rangées, on plantera des chevilles à leurs extrémités, sur la circonférence de ce plancher, laissant un pié plus ou moins de distance entre chaque cheville ; car il n'est pas nécessaire que toutes les bûches soient ainsi arrêtées : comme elles sont les plus serrées qu'il est possible les unes contre les autres, il suffit d'en contenir quelques-unes, pour que le plancher soit solide & ne se dérange pas.
Alors l'ouvrier prendra sa broüette, qu'on voit Pl. I. des Forges en II, KK, LL, MM, O, I, I, sont les bras ; O, la roue ; KL, KL, LM. LM, des morceaux de bois courbés un peu en S, assemblés sur les bras, formant un grand V dans l'ouverture duquel les bûches seront placées & retenues : elles poseront en même-tems sur la civiere de la broüette. Il ira au chantier, & chargera sa broüette de bûches. Il pourra apporter une corde de bois en quatre voyages. Il fera entrer la broüette dans l'aire, prendra son bois à brassée, & le dressera sur le plancher contre les bûches droites ou un peu inclinées qui en occupent déjà le centre, & qu'on a mises dans les angles droits de la premiere bûche fichée en terre verticalement ; ces premieres bûches étant un peu inclinées, celles qu'on appuiera d'un bout sur le plancher, & qui porteront selon toute la longueur contre les bûches qu'on avoit déjà dressées au centre de l'aire, seront aussi un peu inclinées. Ce bois ainsi rangé, aura la forme à-peu-près d'un cone tronqué dont la base seroit sur l'aire ; l'ouvrier continuera de dresser du bois jusqu'à ce que ce bois dressé couvre à-peu-près la moitié de la surface de son premier plancher.
Cela fait, il prendra une bûche du plus gros bois dont il se sert dans son fourneau, il l'aiguisera par un bout, & la fichera droite au centre de son cone de bûches ; s'il n'a pas achevé de couvrir tout son premier plancher de bûches dressées, c'est qu'il auroit eu de la peine d'atteindre jusqu'au centre de ces bûches dressées, & d'en dresser d'autres sur elles autour de la bûche pointue qu'il vient de ficher, & qu'il a fixée droite par du petit bois qu'il a mis autour.
Quand il aura fiché cette bûche, il ira chercher du bois qu'il dressera autour de cette bûche, ensorte que ces nouvelles bûches dressées portent d'un bout contre la bûche fichée, & de l'autre sur les premieres bûches dressées sur le premier plancher : ces bûches nouvelles seront aussi un peu inclinées ; & l'étage qu'elles formeront étant, pour ainsi dire, une continuation du premier étage, prolongera le cone tronqué.
Quand on aura formé le second étage, on achevera de couvrir le premier plancher ; ce plancher couvert, on reprendra des bûches de bois blanc, on arrachera les chevilles qui contiennent les bûches du premier plancher ; on formera un second plancher avec ces bûches de bois blanc, concentrique au premier ; on répandra du bois de chemise sur ce nouveau plancher, on en contiendra les bûches avec des chevilles ; on ira chercher du bois, & on le dressera sur ce second plancher, contre le bois dressé qui couvre entierement le premier.
On opérera sur ce nouveau plancher comme sur le premier ; je veux dire que quand il sera à moitié couvert, on continuera de former le second étage de bûches posées verticalement ou un peu inclinées sur le bout des bûches qui couvrent le premier plancher. Quand on aura étendu ce second étage autant qu'il se pourra, on formera autour du second plancher un troisieme plancher concentrique de bois blanc, comme on avoit formé les deux premiers ; on dressera sur ce troisieme des bûches jusqu'à ce qu'il soit à moitié couvert, & alors on continuera à former le second étage, comme nous avons dit. Quand ce second étage aura pris toute l'étendue ou tout le pourtour qu'il convenoit de lui donner, on achevera de couvrir le troisieme plancher & de former le second étage, & l'on s'en tiendra à ces trois planchers ; ensorte qu'on aura 1°. trois planchers, dont le troisieme enferme le second, le second le premier, & le premier la bûche plantée en terre verticalement, fendue par son autre bout en quatre, & armée par ce bout de deux bûches formant quatre angles droits, & ces angles contenant chacun une bûche inclinée ; 2°. sur ces planchers un second étage de bûches pareillement inclinées, ensorte que ce second étage moins étendu que le premier, continue la figure conique que le premier affectoit par l'inclinaison de ses bûches.
Lorsque le fourneau aura été conduit jusque-là, on ôtera les chevilles qui contiennent les bûches du troisieme plancher, pour servir dans la construction d'un autre fourneau, & on jettera tout autour de ce plancher du petit bois de chemise à deux mains, on prendra une échelle un peu convexe, on l'appliquera contre les étages, & on montera au-dessus du second ; on donnera quelques coups à la bûche pointue, placée au centre du second étage, afin de l'ébranler ; on la tirera un peu, on couvrira toute la surface supérieure & plane de ce second étage de bois de chemise, ensorte que cet amas de bois de chemise remplisse bien exactement tous les interstices que les bûches laissent entr'elles, & achevent de former le cone.
Alors le fourneau sera fini, quant à l'arrangement du bois ; & le bûcheron amassera de l'herbe & en jonchera l'extrémité supérieure de son fourneau d'abord, & ensuite la plus grande partie de sa surface. Il tracera un chemin autour, il en bêchera la terre, il ramassera cette terre par tas, il la brisera & divisera le plus qu'il pourra ; cela lui servira de frasin, car il n'en a pas encore, puisque nous supposons qu'il établit une charbonniere nouvelle. Le frasin n'est autre chose que de la poussiere de charbon mêlée avec quelque menue braise & de la terre. Les Charbonniers ramassent cette matiere autour de leurs fourneaux, & ils s'en servent pour leur donner la derniere façon ou le dernier enduit. Comme elle est assez menue, elle remplit exactement les interstices que les bois laissent entr'eux avant qu'on mette le feu, & les crevasses qui se font devant, après, & pendant la cuisson. Ils trouvent le frasin sur l'aire, quand ils en ont tiré le charbon ; & c'est la poussiere même qui couvroit le fourneau, qui s'est augmentée pendant la cuisson, & qui a servi à étouffer le charbon. Au défaut du frasin, ils font usage de la terre tirée du chemin avec la bêche, comme nous venons de le dire.
Quand la terre sera préparée, on prendra une pelle & on en couvrira le fourneau, à l'exception d'un demi-pié par em-bas, sur-tout le pourtour : c'est par-là que l'air se portera au centre quand on y mettra le feu, & le poussera. La couche ou l'enduit de frasin ou de terre (quand on manque de frasin) qui habillera le fourneau, n'aura pas plus d'un pouce & demi d'épaisseur.
Quand le fourneau sera couvert, le charbonnier montera en haut, enlevera la bûche qu'il avoit placée au centre du second étage, & jettera dans le vuide que laissera cette bûche, & qu'on appelle la cheminée, quelques petits bois secs & très-combustibles, & par-dessus, une pelletée de feu ; alors le fourneau s'allumera, & ne s'appellera plus fourneau, mais feu. La fumée sortira très-épaisse par le demi-pié d'em-bas, qu'on aura laissé découvert tout-autour du fourneau ; il en sortira aussi par la cheminée. On laissera les choses en cet état, jusqu'à ce qu'on voye la flamme s'élever au-dessus de la cheminée ; alors le charbonnier prendra une piece de gason, & bouchera la cheminée, mais non si exactement qu'il n'en sorte encore beaucoup de fumée ; il descendra ensuite de dessus son fourneau, & s'il fait un peu de vent, il apportera des claies, les dressera, & empêchera le vent de hâter le feu.
Le charbonnier ne pourra quitter son fourneau de deux heures, quand il y aura mis le feu. Il faudra qu'il veille à ce qui se passe, & qu'il soit attentif à jetter du frasin ou de la terre dans les endroits où la fumée lui paroîtra sortir trop épaisse. S'il arrive que l'air qui s'échappe du bois, mêlé avec la fumée, ne trouve pas une issue facile, cet air se mettra à circuler intérieurement, en faisant un bruit sourd & assez violent ; ce bruit finira ordinairement par un éclat, & par une ouverture qu'on appelle aussi cheminée, mais mieux vent : le charbonnier bouchera cette ouverture avec de la terre ou du frasin. Au bruit qui se fera intérieurement, & à l'éclat qui le suivra, ceux qui n'auront jamais vû faire de charbon, croiront volontiers que le fourneau s'est entr'ouvert & est dispersé ; cependant cela n'arrive jamais. Tout l'effet se réduira à un petit passage où l'on remarquera un cours de fumée considérable, que l'ouvrier arrêtera avec une légere pelletée de terre ou de frasin.
L'ouvrier aura encore une autre attention, ce sera de couvrir peu-à-peu le bas de son fourneau, & de retrécir cet espace que nous avons dit qu'il avoit laissé découvert. Quand il aura fait cet ouvrage, il pourra quitter son feu, & s'en aller travailler à la construction d'un autre fourneau. Il suffira que d'heure en heure, ou de demi-heure en demi-heure, il vienne modérer les torrens de fumée, & qu'il accoure quand il sera averti & appellé par les bruits des vents, ce qui arrivera de tems en tems. Il faudra, pour que le feu brûle également, que la fumée s'exhale également de tout côté, excepté au sommet vers la cheminée, où l'on contiendra le cours de la fumée plus fort qu'ailleurs.
Il arrivera quelquefois dès le premier jour, sur le soir, que le feu ait été plus vite dans un endroit que dans un autre, ce que l'on appercevra par les inégalités qui se feront à la surface du côté où le fourneau aura brûlé trop vîte ; alors le charbonnier prendra le rabot : le rabot est un morceau de bois plat, taillé comme un segment de cercle, & emmanché dans le milieu de la surface d'un long morceau de bois ; les deux angles du segment servent à ouvrir le fourneau ; & le côté rectiligne, à étendre la terre ou le frasin sur le fourneau, & à l'unir. Le charbonnier, avec la corne de cet instrument, découvrira le côté élevé du fourneau, & lui donnera de l'air, jusqu'à ce qu'il paroisse une espece de flamme legere ; si la flamme étoit vive & forte, le bois se consumeroit, & l'on auroit des cendres au lieu de charbon.
La premiere nuit, l'ouvrier ira visiter son feu deux à trois fois, examinera le vent, placera les claies comme il convient, donnera de l'air aux endroits qui en auront besoin, & le supprimera dans ceux où il paroîtra en avoir trop. Le feu n'ira bien, & le fourneau ne sera bien conduit, que quand, par l'attention du charbonnier à étouffer & à donner de l'air à tems & aux endroits convenables, l'affaissement du fourneau se fera à-peu-près uniformément partout.
Le second jour, le travail du charbonnier ne sera pas considérable ; mais à l'approche de la nuit du deuxieme jour, il ne pourra plus le quitter. La cuisson du charbon s'avancera, & le grand feu ne tardera pas à paroître. On appelle l'apparition du grand feu, le moment où toute la chemise se montre rouge & en feu ; ce sera alors le moment de polir le fourneau ; on regardera le charbon comme cuit ; on prendra le rabot & la pelle ; on rechargera le fourneau de terre & de frasin avec la pelle, & on l'unira avec le côté rectiligne du rabot, en tirant le frasin ou la terre de haut-en-bas, ce qui achevera de fermer la partie du contour inférieur qui pourroit être restée découverte. Cette opération étouffera le feu, bouchera toutes les petites ouvertures ou crevasses, & empêchera le charbon de se consumer.
Quand le fourneau sera poli, il ne se fera presque plus de fumée, & le travail se suspendra jusqu'au moment de le rafraîchir. Cette opération se fera dans la journée ; pour rafraîchir, on tournera le rabot du côté circulaire ; on l'appuiera un peu sur la surface du fourneau, & l'on tirera de haut-en-bas le plus de terre ou de frasin qu'on pourra ; après quoi on reprendra cette terre ou ce frasin avec la pelle, & on le répandra par-tout sur le fourneau, y en ajoûtant même un peu de nouveau ; par ce renouvellement d'enduit ou de chemise, on achevera d'interrompre toute communication à l'air extérieur avec l'intérieur du fourneau, & à étouffer entierement le charbon. On rafraîchira jusqu'à deux à trois fois ; mais une fois suffira, quand on aura bien fait.
Le quatrieme jour, le charbon sera censé fait & prêt à être tiré. Il suit de ce qui précede, 1°. qu'en supposant que le bûcheron mette le feu à son fourneau au point du jour, ce feu durera deux jours & deux nuits toûjours en augmentant ; que le troisieme jour, lorsque le grand feu aura paru, le feu étouffé par l'opération qu'ils appellent polir & rafraîchir, commencera à diminuer, & que le quatrieme jour de grand matin on pourra ouvrir le fourneau ; ce qui s'exécutera avec l'instrument appellé crochet. On n'ouvrira le fourneau que d'un côté ; si le charbon n'est que chaud, on le tirera ; s'il paroît embrasé, on le recouvrira bien avec la terre ou le frasin, & l'on remettra l'ouverture du fourneau au soir du même jour, ou au matin du lendemain.
2°. Qu'on pourra faire du charbon en tout tems & en toute saison ; mais que le tems calme sera le plus propre ; que les grands vents seront nuisibles ; qu'il en sera de même des pluies d'orage ; mais qu'il n'en sera pas ainsi du brouillard ou d'une petite pluie ; que l'humidité legere achevera la cuisson ; que cette cause réduira quelquefois les planchers en charbon ; ce qui n'arrivera jamais dans les tems orageux.
3°. Que le feu s'étendant du centre à la circonférence, il sera à-propos, quand on construira les planchers & les étages, de placer le plus gros bois vers le centre de l'aire, des planchers & des étages, & le menu bois à la circonférence.
Le charbon se fait en Bourgogne un peu diversement ; après avoir préparé l'aire à la bêche & au rateau, comme on le voit faire au bûcheron de la Planche I. des Forges, figure 1. on plante au centre de l'aire a b une longue perche c e ; on arrange au pié de cette perche quelques bûches c d d, de maniere qu'il y ait un peu d'intervalle entre la perche & les bûches ; on remplit une partie de cet intervalle que forment les bûches c d d par leur inclinaison, de bois sec & de menu branchage ; on continue d'incliner des bûches sur les bûches c d d ; on forme en grande partie l'étage f, fig. 2. on ménage à-travers les bûches de cet étage, un passage k qui va de la circonférence de cet étage jusqu'au centre, & on le tient ouvert par le moyen de la perche k. On va chercher du bois ; on forme l'étage g en grande partie ; on acheve l'étage f, dont l'extrémité des bûches est contenue par les rebords de l'aire ; on acheve l'étage g ; on forme l'étage h en entier ; on éleve sur cet étage l'étage i ; on termine le fourneau par de menu bois, & on le met en état d'être couvert de sa chemise. C'est ce qu'exécute le bucheron de la fig. 3. avec sa pelle ; il commence par remplir les premiers interstices extérieurs avec de l'herbe ; puis avec de la terre tirée d'un chemin qu'il pratiquera autour de son fourneau, s'il manque de frasin, ou avec le frasin qu'il aura recueilli sur l'aire d'un fourneau ; quand il en aura tiré le charbon, il formera à son fourneau la chemise m, l. Pour cet effet, il prendra avec la partie concave de sa pelle le frasin, & le jettera sur le bois, & avec la partie convexe il l'unira. Lorsqu'en conduisant son travail sur toute la surface du fourneau, il l'aura entierement couverte, il y mettra le feu, non par en-haut, comme dans la premiere maniere de faire le fourneau ; mais par em-bas. On voit, fig. 5. le fourneau en feu ; on laisse la couche de frasin legere en P P, pour que la fumée puisse s'échapper. On voit, fig. 5. un fourneau tout percé de vent ; fig. 6. un bûcheron qui découvre un endroit élevé du fourneau, & lui donne de l'air, afin qu'il aille plus vîte. Les autres bûcherons polissent & rafraîchissent.
Nous n'entrons dans aucun détail sur la maniere de conduire le feu de ces fourneaux ; la maniere différente dont ils sont construits n'influe en rien sur celle d'en mettre le bois en charbon, ce sont les mêmes principes & les mêmes précautions. On voit, fig. 9. un ouvrier qui prépare du bois ou une perche ; fig. 10. le bois coupé & en tas ; en Q N O, la voiture à charbon ; en R S T V X X Y Y, son développement ; en K K L L M M I I, la broüette ; en G, le crochet ; en F, la pelle ; en C D, le rateau. Le crochet est de fer.
On construit encore ailleurs les fourneaux de la maniere suivante : on fait au milieu de l'aire un plancher quarré de gros bâtons de bois blanc ; on répand sur ce plancher du bois de chemise ; sur ce plancher on en forme un second, de maniere que les bûches de ce second traversent & fassent grille sur celles du premier ; on jonche ce second plancher de bois de chemise ; on en forme un troisieme, un quatrieme, un cinquieme, &c. les uns sur les autres, & de la même maniere. On pratique au centre de ces planchers une ouverture d'un demi-pié en quarré ; on en fortifie la construction par quatre perches qu'on plante à chaque angle. On incline ensuite des bûches debout contre cet édifice ; on forme un premier étage de ces bûches ; sur cet étage, on en forme un second, un troisieme, &c. Ces étages vont toûjours en diminuant, ensorte que le fourneau entier a l'air d'une pyramide à quatre faces ; on observe de placer les plus gros bois au centre de chaque étage. On couvre cette pyramide de gason, de terre, ou de frasin ; on y met le feu, soit par en-haut, soit par en-bas, & on conduit le feu comme nous avons dit plus haut. Ce feu se répand fort vîte, parce qu'à mesure qu'on élevoit la pyramide, on remplissoit de matieres faciles à enflammer, le trou quarré des planchers faits les uns sur les autres au centre de cette pyramide, & selon toute sa hauteur, & les interstices des bois qui formoient les planchers.
Le bois neuf est le meilleur pour le charbon ; celui de vieux bois n'a point de corps & ne donne point de chaleur. On en fait avec toutes sortes de bois ; mais il n'est pas également bon à toutes sortes d'usages. On dit que celui de chêne, de saule, de chataigner, d'érable, de frêne & de charme, est excellent pour les ouvriers en fer ou en acier ; celui de hêtre, pour les Poudriers ; celui de bois blanc, pour les Orfévres ; celui de bouleau, pour les Fondeurs ; celui de saule & de troene, pour les Salpétriers : en un mot, il est évident que le charbon doit avoir différentes qualités, selon les bois dont on l'a fait ; & que ses qualités ne sont pas indifférentes aux Artistes, selon qu'ils se proposent, ou d'avoir de l'éclat, ou d'avoir de la chaleur, ou d'avoir du moëlleux & de la douceur. On employera les premiers dans les artifices ; les seconds dans les cuisines, forges, & autres atteliers semblables ; & on polira avec les derniers.
On appelle tue-vents ou brise-vents, les claies dont on entoure les fourneaux dans les tems venteux.
Nous avons dit que le charbon de bois étoit trois jours entiers à se faire ; c'est que nous avons supposé le fourneau construit de bois vert : il ne faut que deux jours & demi au bois sec.
Il est de la derniere importance de bien établir les courans de fumée avant & pendant la cuisson (ce qui s'exécute avec la pointe d'un fourgon, ou avec la corne du rabot), & de bien polir & rafraîchir après la cuisson.
Le charbon de bois se mesure & se vend au boisseau comble. On appelle charbon en banne, celui qui vient par charroi ; & banne, la charrette dans laquelle on le voiture. Voyez l'article BANNE.
Il est aisé d'être trompé à la qualité du charbon. Il est bon d'y faire attention quand on l'achete, & l'acheter plutôt au boisseau qu'en sacs.
Il est défendu de faire du charbon hors les forêts ; il n'est pas permis d'en faire chez soi, quand même on demeureroit dans les forêts.
On n'établit pas de charbonnieres par-tout où l'on veut ; c'est aux officiers des eaux & forêts d'en marquer les places, qu'ils choisissent les plus vuides & les plus éloignées des arbres. Ils en fixent communément le nombre à une par chaque arpent de bois à couper ; & ils peuvent obliger à repeupler les places ravagées par les charbonnieres.
Lorsque le fourneau est découvert, si le propriétaire ne l'enleve pas, mais le laisse sur l'aire, on dit qu'il reste en meule.
CHARBON, (Chimie). Le charbon en général est formé par la combinaison d'une terre & du principe inflammable, ou du feu ; le mixte qui résulte de cette union est mêlé dans la plûpart des charbons avec quelques parties salines, soit alkalines, soit neutres, qu'il enveloppe ou masque d'une façon singuliere ; car les menstrues naturels de ces sels ne les attaquent pas dans ce mélange : au moins la prétention de Borrichius, qui assure en avoir retiré une substance saline par une très-longue décoction avec l'eau distillée, la prétention de ce célebre chimiste, dis-je, n'est pas encore confirmée. L'huile de charbon est aujourd'hui un être dont l'existence est aussi peu soutenable que celle de l'acide du feu, du soufre, des métaux, du nitre aërien, &c. C'est parce que l'ivoire brûlé des boutiques n'est porté que jusqu'à l'état charbonneux, que l'eau-forte ne l'attaque point, & non pas parce qu'un certain gluten particulier empêche l'action de ce menstrue, raison qu'en donne le célebre M. Pott, dans le premier ch. de sa Lithogeognosie. (Trad. franç. p. 15.) ni " parce que ses parties calcaires sont pour ainsi dire enduites d'une terre charbonneuse. " Nouvelle explication du même auteur. (cont. de la Lithogeognosie, p. 236.) Il est essentiel d'observer pour l'exactitude logique, dont l'exposition la plus nue des expériences ne peut même se passer, que cette insolubilité de l'ivoire calciné ordinaire ne peut pas être regardée comme distinguant spécifiquement cette substance des autres matieres alkalines ; car de la comparaison d'un charbon à des chaux ou à des cendres animales, on ne peut rien inférer pour l'analogie ou la différence des matieres comparées. Ce que M. Pott avance du noir ou du charbon d'ivoire, est également vrai de toutes les terres animales combinées avec le phlogistique sous la forme du charbon ; & au contraire, l'ivoire calciné au blanc ou réduit en vraie chaux, est dissous assez promtement par l'acide, selon M. Pott lui-même, dans le dernier endroit cité. Nous observerons sur la derniere explication, qu'un Chimiste ne se représente que fort difficilement des parties calcaires enduites d'une terre charbonneuse ; qu'il ne connoît même pas assez ce dernier être, une terre charbonneuse ; & que la bonne doctrine des combinaisons le conduit au contraire très-naturellement à considérer tout charbon comme un vrai mixte formé par l'union (& non pas par l'enduit) du phlogistique (& non pas d'une terre charbonneuse) à la terre même du corps changé en charbon, ou à celle du débris de ses principes salins ou huileux. M. Pott rapporte, à l'endroit déja cité, de la cont. de sa Lithogeognosie, un fait très-remarquable, & qui a un rapport intime avec la considération qui vient de nous occuper. " Il y a plusieurs substances pierreuses & calcaires, dit ce chimiste, qui après avoir été calcinées, surtout dans un creuset fermé, ne font plus une effervescence aussi marquée, qu'elles faisoient avant la calcination ". Entr'autres causes qui peuvent concourir à ce phénomene, ne peut-on pas très-raisonnablement soupçonner que la principale consiste en ce que la terre calcaire de ces substances, simplement confondue avant la calcination avec quelques matieres inflammables, subit en tout ou en partie, avec le phlogistique de ces matieres, une combinaison charbonneuse ou presque charbonneuse ?
Il est très-vraisemblable que l'air entre aussi dans la mixtion charbonneuse ; mais comme on n'a trouvé jusqu'à présent d'autres moyens de détruire cette mixtion dans les vaisseaux fermés, que celui que fournit sa détonation avec le nitre, il seroit fort difficile de vérifier ce soupçon par tous les procédés connus : il ne paroît pourtant pas impossible de les retourner de façon à pouvoir satisfaire à cet égard la curiosité des Physiciens.
Le charbon parfait brûle sans donner de flamme sensible, à moins qu'on ne l'excite par le vent d'un soufflet, ou qu'il ne soit exposé à un courant rapide d'air dans nos fourneaux à grille. Le sel marin jetté sur des charbons à demi-éteints, les ranime. Voyez FLAMME & CALCINATION.
Le charbon détruit par la combustion à l'air libre, ou par la flamme, fournit la cendre dans laquelle on retrouve la plus grande partie de ses principes fixes, sa terre & ses parties salines. Voyez CENDRES.
C'est par ces principes fixes, ou par la nature de leurs cendres respectives, que les charbons des trois regnes sont spécifiés ; l'autre principe de la mixtion charbonneuse, le phlogistique, est exactement le même dans les trois regnes.
Le charbon est le corps le plus durable de la nature, le seul sur lequel un seul agent ait prise, savoir le feu ; & encore ce destructeur unique a-t-il besoin d'être secondé par l'eau de l'atmosphere, comme nous l'avons déjà remarqué. Les menstrues aqueux, salins, huileux, simples, ou composés, ne peuvent rien sur ce mixte ; cette incorruptibilité absolue a été observée il y a long-tems. C'est sans doute d'après cette observation que les architectes qui bâtirent le fameux temple d'Ephese, en poserent les fondemens sur une couche de charbon de bois, fait historique que les Chimistes n'ont pas manqué de noter ; & qu'au rapport de Maillet, les pauvres égyptiens qui n'étoient pas en état de faire embaumer leurs corps, de la durée desquels ils étoient si jaloux, les faisoient enterrer dans une couche de charbon. Voyez EMBAUMEMENT.
Les usages chimiques du charbon sont très-étendus ; d'abord il fournit au Chimiste l'aliment le plus ordinaire & le plus commode du feu qu'il employe dans la plûpart de ses opérations. Ce charbon doit être choisi dur, compact, sonnant & sec ; il doit être aussi tout charbon parfait, ou, ce qui est la même chose, n'être pas mêlé de fumerons : ce choix importe principalement à la commodité de l'artiste.
Secondement, comme mixte inflammable fixe, il fournit au Chimiste le principe du feu, ou le phlogistique : c'est dans ce mixte qu'il prend ce principe le plus ordinairement, lorsqu'il veut le faire passer dans une combinaison nouvelle ; car il est toujours forcé à enlever ce principe à un corps auquel il étoit déjà uni, lorsqu'il veut le fixer par des liens nouveaux ; le feu libre & en masse ne sauroit être forcé à subir ces mixtions, du moins par les opérations connues & vulgaires ; nous n'opérons donc jamais en Chimie que sur le feu lié ou fixé que nous appellons aujourd'hui phlogistique avec Sthal ; mais nous ne sommes pas en droit de prononcer pour cela, comme quelques chimistes, que ce feu fixe, ce phlogistique, differe essentiellement du feu fluide, de celui qui se meut librement dans tous les corps ; les regles de la bonne induction ne permettent pas même de soupçonner cette différence essentielle. Voyez FEU.
C'est comme fournissant le principe inflammable que le charbon est employé dans les réductions, soit en grand, soit en petit (Voyez REDUCTION & FONTE A TRAVERS LES CHARBONS), dans la composition des phosphores, de plusieurs pyrophores, du soufre artificiel, dans la fixation du nitre, &c.
Les funestes effets de la vapeur du charbon, stagnante dans un lieu fermé ou peu aëré, ne sont connus que par trop d'accidens. La nature de cette vapeur n'est point du tout déterminée ; elle ne s'éleve que du charbon brûlant à l'air libre, ou se détruisant actuellement ; le charbon embrasé dans les vaisseaux fermés ne la laisse point échapper. La considération de cette circonstance ne doit pas être négligée. Les vertus médicinales du charbon (car on lui en a donné, comme à l'éponge brûlée dans les écroüelles commençantes, au charbon de tilleul dans les convulsions, au spode des modernes ou ivoire calciné des boutiques, au spode des Arabes ou charbon de roseaux, &c.) ces vertus médicinales, dis-je, ne sont pas confirmées par l'observation ; & la Médecine rationnelle, qu'on peut écouter lorsque l'observation ne lui est pas contraire, n'est pas plus favorable à ces prétendues vertus. (b)
CHARBON MINERAL, (Hist. nat. Minéral.) c'est une substance inflammable composée d'un mélange de terre, de pierre, de bitume & de soufre : elle est d'un noir foncé, formée par un assemblage de feuillets ou de lames minces étroitement unies les unes aux autres, dont la consistance, les propriétés, les effets, & les accidens, varient suivant les différens endroits d'où elle est tirée. Quand cette matiere est allumée, elle conserve le feu plus long-tems, & produit une chaleur plus vive qu'aucune autre substance inflammable : l'action du feu la réduit ou en cendres, ou en une masse poreuse & spongieuse qui ressemble à des scories ou à de la pierre ponce.
On distingue ordinairement deux especes de charbon minéral : la premiere est grasse, dure & compacte ; sa couleur est d'un noir luisant, comme celle du jayet : il est vrai qu'elle ne s'enflamme pas trop aisément ; mais quand elle est une fois allumée, elle donne une flamme claire & brillante, accompagnée d'une fumée fort épaisse : c'est la meilleure espece.
Les charbons de la seconde espece sont tendres, friables, & sujets à se décomposer à l'air ; ils s'allument assez aisément, mais ils ne donnent qu'une flamme passagere & de peu de durée ; ils sont inférieurs à ceux de la premiere espece : c'est la différence qui se trouve entre ces deux especes de charbons fossiles, qui semble avoir donné lieu à la distinction que quelques auteurs font du charbon de terre & du charbon de pierre. Les charbons fossiles de la premiere espece se trouvent profondément en terre, & ils contiennent une portion de bitume plus considérable que ceux de la seconde : en effet ces derniers se trouvent plus près de la surface de la terre ; ils sont mêlés & confondus avec elle & avec beaucoup de matieres étrangeres, & leur situation est vraisemblablement cause qu'ils ont perdu la partie la plus subtile du bitume qui entre dans leur composition.
Les sentimens des Naturalistes sont partagés sur la formation & sur la nature du charbon minéral, aussi-bien que sur celle du succin & du jayet : il y en a qui croyent que Dieu les a créés dès le commencement, comme toutes les autres substances minérales ; d'autres veulent qu'ils n'ayent pris la forme que nous y remarquons que par la suite des tems, & sur-tout en conséquence du déluge universel : ils croyent que le charbon minéral n'est autre chose que du bois décomposé & changé en limon, qui a été imprégné de parties vitrioliques & sulphureuses.
Scheuchzer, sans avoir recours au déluge universel pour expliquer la formation du charbon de terre, ne le regarde que comme un assemblage de limon, de bitume, de pétrole, de soufre, de vitriol, & de bois, qui après s'être mêlés, se sont durcis avec le tems, & n'ont plus formé qu'une seule & même masse.
Il y a d'autres naturalistes qui regardent cette substance comme du bitume mêlé avec de la terre, qui a été cuit & durci par l'action du feu soûterrain.
Le sentiment de M. Wallerius, savant minéralogiste suédois, est que les charbons fossiles sont produits par une huile de pétrole ou par du naphte, qui après s'être joints avec de la marne ou du limon, se sont durcis par la suite des tems, & ont formé des couches de charbon, après qu'une vapeur sulphureuse passagere est venue à s'y joindre.
Quoi qu'il en soit de tous ces sentimens, il paroît très-probable qu'on doit attribuer au charbon minéral, ainsi qu'aux différens bitumes, au jayet & au succin, une origine végétale ; & il semble qu'en rapprochant toutes les circonstances, on ne trouvera rien de plus plausible que ce sentiment. Les veines & couches de charbon minéral sont ordinairement couvertes d'une espece de pierres feuilletées & écailleuses, semblables à l'ardoise, sur lesquelles on trouve très-souvent des empreintes de plantes des forêts, & sur-tout de fougere & de capillaire, dont les analogues ne sont point de notre continent : c'est ce qu'on peut voir dans l'excellent mémoire que M. de Jussieu a donné sur les empreintes qui se trouvent dans certaines pierres des environs de S. Chaumont en Lyonnois. Voyez les mém. de l'académ. royale des Sciences de Paris, année 1718. Il arrive très-souvent qu'on remarque une texture parfaitement semblable à celle des couches ligneuses, dans les feuilles ou lames dont le charbon minéral est composé ; & Stedler rapporte qu'on a trouvé en Franconie, près de Grunsbourg, une espece de charbon de terre qui étoit composé de fibres ou de filamens paralleles les uns aux autres, comme ceux du bois : le même auteur ajoute que quand on cassoit ce charbon, l'endroit de la fracture étoit luisant comme de la poix. Un autre auteur dit qu'au duché de Wirtemberg, près du couvent de Lorch, dans des lits d'argille vitriolique & grise, on a trouvé du charbon fossile, qui par l'arrangement de ses fibres prouve qu'il doit son origine à du bois de hêtre. Voyez selecta physico-oeconomica, vol. I. p. 442.
Mais ce qui prouve encore d'une maniere plus convaincante que c'est à du bois que le charbon de terre doit son origine, c'est le bois fossile qui a été trouvé depuis quelques années en Allemagne, dans le comté de Nassau : il est arrangé dans la terre, & y forme une couche qui a la même direction que celle du charbon minéral, c'est-à-dire qui est inclinée à l'horison. A la surface de la terre on rencontre un vrai bois résineux, assez semblable à celui du gayac, & qui n'est certainement point de notre continent : plus on enfonce en terre, plus on trouve ce bois décomposé, c'est-à-dire friable, feuilleté, & d'une consistance terreuse ; enfin en fouillant plus bas encore, on trouve un vrai charbon minéral.
Il y a donc tout lieu de croire que par des révolutions arrivées à notre globe dans les tems les plus reculés, des forêts entieres de bois résineux ont été englouties & ensevelies dans le sein de la terre, où peu-à-peu & au bout de plusieurs siecles, le bois, après avoir souffert une décomposition, s'est ou changé en un limon, ou en une pierre, qui ont été pénétrés par la matiere résineuse que le bois lui-même contenoit avant sa décomposition.
On trouve du charbon minéral dans presque toutes les parties de l'Europe, & sur-tout en Angleterre : ceux qui se tirent aux environs de Newcastle sont les plus estimés ; aussi font-ils une branche très-considérable du commerce de la grande Bretagne. Il y en a des mines très-abondantes en Ecosse, où l'on en trouve entr'autres une espece qui a assez de consistance pour prendre le poli à un certain point. Les Anglois le nomment cannel coal : on en fait des boîtes, des tabatieres, des boutons, &c. La Suede & l'Allemagne n'en manquent point, non plus que la France, où il s'en trouve une très-grande quantité de la meilleure espece. Il y en a des mines en Auvergne, en Normandie, en Hainaut, en Lorraine, dans le Forès, & dans le Lyonnois.
Les mines de charbon se rencontrent ordinairement dans des pays montueux & inégaux : on a pour les reconnoître des signes qui leur sont communs avec les autres especes de mines métalliques. Voyez l'art. MINES. Mais ce qui les caractérise plus particulierement, c'est qu'on trouve dans le voisinage des mines de charbon, des pierres chargées d'empreintes de plantes, telles que sont les fougeres, les capillaires, &c. L'air est souvent rempli de vapeurs & d'exhalaisons sulphureuses & bitumineuses, sur-tout pendant les fortes chaleurs de l'été. Les racines des végétaux qui croissent dans la terre qui couvre une pareille mine, sont imprégnées de bitume, comme on peut remarquer à l'odeur forte qu'elles répandent lorsqu'on les brûle ; odeur qui est précisément la même que celle du charbon de terre. Les endroits d'où l'on tire de la terre alumineuse, & de l'alun qu'on nomme alun feuilleté, alumen fissile, indiquent aussi le voisinage d'une mine de charbon. M. Triewald, qui a fourni à l'académie des Sciences de Stockolm des mémoires très-détaillés sur les mines de charbon de terre, donne deux manieres de s'assûrer de leur présence : la premiere consiste à faire l'examen des eaux qui sortent des montagnes, & des endroits où l'on soupçonne qu'il peut y avoir du charbon ; si cette eau est fort chargée d'ochre jaune, qui après avoir été séchée & calcinée, ne soit presque point attirable par l'aimant, on aura raison de fouiller dans ces endroits : la seconde maniere, que les mineurs anglois regardent comme la plus certaine, & dont ils font un très-grand mystere, est fondée sur ce qu'en Angleterre il se trouve très-souvent de la mine de fer mêlée avec le charbon de terre : on prend donc une ou plusieurs pintes de l'eau qui est chargée d'ochre jaune, on la met dans un vaisseau de terre neuf vernissé, & on la fait évaporer peu-à-peu à un feu très-modéré ; si le sédiment qui reste au fond du vaisseau après l'évaporation est d'une couleur noire, il y aura toute apparence, suivant M. Triewald, que l'eau vient d'un endroit où il y a une mine de charbon. Outre les différentes manieres que nous venons de dire, on se sert encore de la sonde ou tariere ; c'est vraisemblablement la méthode la plus sûre : on la trouvera représentée dans la Pl. I. du charbon minéral, & l'on en donnera la description ou l'explication à l'article SONDE DES MINES.
Le charbon minéral se trouve ou par couches ou par veines dans le sein de la terre : ces couches varient dans leur épaisseur, qui n'est quelquefois que de deux ou trois pouces ; pour lors elles ne valent point la peine d'être exploitées : d'autres au contraire ont une épaisseur très-considérable. On dit qu'en Scanie, près de Helsingbourg, il y a des couches de charbon de terre qui ont jusqu'à 45 piés d'épaisseur. Ces couches ou ces filons suivent toujours une direction parallele aux différens lits des pierres ou des différentes especes de terre qui les accompagnent : cette direction est toûjours inclinée à l'horison ; mais cette inclinaison varie au point de ne pouvoir être déterminée : cependant pour s'en former une idée, le lecteur pourra consulter parmi les Planches de Minéralogie, celles du charbon minéral.
On verra aux figures 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, les différentes inclinaisons & directions que l'on a remarquées dans les mines de charbons de terre. La partie qui est plus proche de la surface, se nomme en anglois the cropping of the coal ; le charbon qui s'y trouve est d'une consistance tendre, friable, & se confond avec la terre : au lieu que plus la mine s'enfonce profondément en terre, plus elle est riche & épaisse ; & le charbon qu'on en tire est gras, inflammable, & propre à faire de bon chauffage : aussi arrive-t-il ordinairement qu'on est forcé d'abandonner les mines de charbon lorsqu'elles sont les plus abondantes ; parce que quand on est parvenu à une certaine profondeur, les eaux viennent avec tant de force & en si grande quantité, qu'il est impossible de continuer le travail.
Le charbon fossile se rencontre entre plusieurs lits de terre & de pierres de différentes especes ; telles que l'ardoise, le grais, des pierres plus dures, que les Anglois nomment whin ; des pierres à aiguiser, des pierres à chaux, entre-mêlées d'argile, de marne, de sable, &c. Ces différens lits ont différentes épaisseurs que l'on ne peut point déterminer, parce que cela varie dans tous les pays : ces lits ont la même direction ou la même inclinaison que les couches ou filons de charbon ; à moins que quelque obstacle, que les Anglois nomment trouble, embarras, ou dikes, digues, ne vienne à interrompre leur direction ou leur parallélisme ; ces obstacles ou digues sont des roches formées après-coup, qui viennent couper à angles droits, ou obliquement ou en tout sens, non-seulement les couches de charbon de terre, mais encore tous les lits de terre & de pierre qui sont au-dessus ou en-dessous. On peut voir dans la Planche citée, fig. 8. & 10. les différentes directions que ces digues ou roches font prendre aux couches ou filons ; c'est donc un des plus grands obstacles qui s'oppose à l'exploitation des mines de charbon ; ces roches ne suivent aucun cours déterminé, & sont souvent si dures qu'elles résistent aux outils des ouvriers, qui sont obligés de renoncer à vouloir les percer : le plus court est de chercher de l'autre côté de la digue ce que le filon & la couche de charbon peuvent être devenus, souvent on ne les retrouve qu'à cinq cent pas au-delà : cette recherche demande beaucoup d'habitude & d'expérience. Quelquefois la digue, sans couper la couche de charbon, lui fait prendre la forme d'un chevron. Voyez la figure 10.
M. Triewald nous apprend qu'on connoît la proximité d'une pareille digue ou roche sauvage, lorsque le charbon est d'une couleur de gorge de pigeon, ou orné des différentes couleurs de l'ar-en-ciel.
Par ce qui précede on voit que rien n'est plus avantageux pour les propriétaires d'une mine de charbon de terre, que lorsqu'elle suit une pente douce, & n'est que peu inclinée par rapport à l'horison ; c'est ce que les Anglois nomment flat broad coal : pour lors on n'est point obligé de faire des puits si profonds, ces mines ne sont point si exposées aux eaux, & on peut les travailler pendant beaucoup plus long-tems : celle qui est marquée Pl. II. fig. 1. est de cette espece. Lorsque la couche de charbon de terre descend presque perpendiculairement à l'horison, les Anglois la nomment hanging coal. Les mines de cette espece fournissent un charbon plus gras, plus dur & plus compact que les autres ; mais on ne peut pas les travailler pendant fort long-tems, parce qu'il est très-difficile de se garantir des eaux lorsqu'on est parvenu à une certaine profondeur. La fig. 3. Planc. I. représente une mine de cette espece. Souvent il arrive qu'il y a plusieurs couches de charbon les unes sur les autres ; cependant elles sont séparées par des lits de terre & de pierre intermédiaires : c'est ordinairement la principale couche qui est la plus enfoncée en terre ; on néglige celles qui sont au-dessus, parce qu'elles n'ont quelquefois que cinq ou six pouces d'épaisseur, attendu qu'elles ne dédommageroient point des fraix, & l'on continue à descendre jusqu'à ce que l'on soit parvenu à la couche principale, comme on peut voir dans la fig. 2 de la Planche I. & Planche II. fig. 1.
Quand on s'est assûré de la présence d'une mine de charbon ; pour la travailler, on commence par faire à la surface de la terre une ouverture que l'on nomme puits ou bure ; on fait passer ce puits perpendiculairement au-travers de tous les lits de terre ou de pierre qui couvrent le charbon de terre : il est ordinairement entre deux couches de roc ou de pierre, dont celle qui est en-dessus s'appelle le toict de la mine, & celle qui est en-dessous le sol ; la roche supérieure est feuilletée comme de l'ardoise & d'une couleur claire, l'inférieure est d'une couleur plus foncée. La profondeur des bures varie à proportion du plus ou du moins d'inclinaison de la mine : ordinairement on en perce deux, l'une sert à enlever les eaux, & l'autre le charbon ; elles servent aussi à donner de l'air aux ouvriers, & à fournir une issue aux vapeurs & exhalaisons dangereuses qui ont coûtume d'infecter ces sortes de mines. La bure qui sert à tirer le charbon se nomme bure à charbon, l'autre se nomme bure à pompe : cette derniere est ordinairement étayée depuis le haut jusqu'en bas de poutres ou de madriers qui empêchent les terres de s'ébouler : on peut quelquefois suppléer à cette derniere espece de bure d'une façon moins coûteuse & beaucoup plus avantageuse ; c'est en conduisant une galerie soûterreine qui aille en pente depuis l'endroit le plus bas de la couche de charbon, c'est ce qu'on appelle un percement ; on lui donne pour lors une issue au pié de la montagne où l'on a creusé. Cette galerie est garnie en maçonnerie, c'est par-là que les eaux ont la facilité de s'écouler ; cela épargne les pompes, le travail des hommes, beaucoup de machines ; l'on peut en voir un exemple dans la figure ; mais souvent les circonstances rendent la chose impraticable, & alors on est obligé d'avoir recours aux pompes dont les tuyaux doivent être de plomb, ou ce qui vaut encore mieux de bois d'aune, que l'on a soin de bien goudronner ou d'enduire avec de l'huile cuite, sans quoi les eaux qui sont très-corrosives & très-vitrioliques, les détruiroient en très-peu de tems.
Le principal inconvénient auquel les mines de charbon sont sujettes, est celui qui est causé par des vapeurs & exhalaisons pernicieuses & suffocantes qui y regnent très-fréquemment, sur-tout pendant les grandes chaleurs de l'été ; elles sont pour lors si abondantes, qu'elles obligent quelquefois les ouvriers de cesser entierement leurs travaux. Ces vapeurs sont de deux especes ; la premiere, que les Anglois nomment bad air, mauvais air, & qui en françois s'appelle pousse ou moufette, ressemble à un brouillard épais ; elle a la propriété d'éteindre peu-à-peu les lampes & les charbons ardens que l'on y expose, de la même maniere qu'il arrive dans le récipient de la machine pneumatique lorsqu'on a pompé l'air : c'est par ces effets que les mineurs reconnoissent la présence de cette vapeur ; aussi c'est une maxime parmi eux qu'il faut avoir l'oeil autant à sa lumiere qu'à son ouvrage. Lorsqu'ils s'apperçoivent que la lumiere de leurs lampes s'affoiblit, le parti le plus sûr pour eux est de se faire tirer promtement hors des soûterreins, quand ils peuvent en avoir le tems. La façon d'agir de cette vapeur est d'appesantir & d'endormir ; mais cet effet est quelquefois si promt, que des ouvriers qui en ont été atteints sont tombés de l'échelle en descendant dans la mine, sans avoir le tems de crier à l'aide : quand on les secourt à tems, ils peuvent en rechapper, si on les porte au grand air ; au commencement on ne leur voit donner aucun signe de vie. Mais le remede le plus efficace, c'est d'enlever avec une bêche un morceau de gason : on couche le malade sur le ventre, de façon que sa bouche porte sur le trou qu'on a fait en terre, & l'on pose sur sa tête le morceau de gason qu'on en a enlevé ; par-là il revient peu-à-peu, & se réveille comme d'un sommeil doux & tranquille, pourvû cependant qu'il n'ait pas été trop long-tems exposé à la vapeur dangereuse. C'est, suivant M. Triewald, le remede le plus certain ; il dit en avoir fait l'expérience avec succès : cependant il reste souvent pendant plusieurs jours des pesanteurs de tête au malade. Voyez les mémoires de l'acad. roy. de Stockolm, année 1740. Il y a encore une maniere de secourir ceux qui ont eu le malheur d'être frappés de cette exhalaison dangereuse ; c'est de leur faire avaler promtement de l'eau tiede mêlée avec de l'esprit-de-vin : ce mélange leur procure un vomissement très-abondant de matieres noires. Mais ce remede ne guérit point toûjours radicalement ; il reste souvent aux malades une toux convulsive pour le reste de leurs jours.
M. Triewald conjecture que les funestes effets de cette vapeur, viennent des particules acides sulphureuses dont elle est composée, qui détruisent l'élasticité de l'air, qui d'ailleurs est dans un état de stagnation au fond des mines, faute d'une circulation suffisante : aussi remarque-t-on que ces vapeurs s'y amassent en plus grande abondance, lorsqu'on a été quelques jours sans y travailler ; pour lors les ouvriers ne se hasardent point d'y entrer sans avoir fait descendre par une des bures une chandelle allumée jusqu'au fond du puits ; si elle demeure allumée, ils vont se mettre au travail sans crainte ; si elle s'éteint, il y auroit de la témérité à s'y exposer : ils sont donc obligés d'attendre que cette vapeur soit dissipée.
Outre la vapeur que nous venons de décrire, il y en a encore une autre qui présente des effets aussi terribles, & des phénomenes encore plus singuliers que la précédente. Les Anglois la nomment wild fire, feu sauvage ; peut-être à cause qu'elle ressemble à ce qu'on appelle feux follets. Dans les mines qui sont entre Mons, Namur, & Charleroi, on la nomme terou, & feu brisou dans quelques autres provinces. Cette vapeur sort avec bruit & avec une espece de sifflement par les fentes des soûterreins où l'on travaille, elle se rend même sensible, & se montre sous la forme de toiles d'araignées ou de ces fils blancs qu'on voit voltiger vers la fin de l'été, & que vulgairement on appelle cheveux de la Vierge. Lorsque l'air circule librement dans les soûterreins & qu'il a assez de jeu, on n'y fait point beaucoup d'attention ; mais lorsque cette vapeur ou matiere n'est point assez divisée par l'air, elle s'allume aux lampes des ouvriers, & produits des effets semblables à ceux du tonnerre ou de la poudre à canon. Quand les mines de charbon sont sujettes à des vapeurs de cette espece, il est très-dangereux pour les ouvriers d'y entrer, sur-tout le lendemain d'un dimanche ou d'une fête, parce que la matiere a eu le tems de s'amasser pendant qu'il n'y avoit aucune commotion dans l'air : c'est pour cela qu'avant que d'entrer dans la mine, ils y font descendre un homme vêtu de toile cirée ou de linge mouillé ; il tient une longue perche fendue à l'extrémité, à laquelle est attachée une chandelle allumée ; cet homme se met ventre à terre, & dans cette posture il s'avance & approche sa lumiere de l'endroit d'où part la vapeur ; elle s'enflamme sur le champ avec un bruit effroyable qui ressemble à celui d'une forte décharge d'artillerie ou d'un violent coup de tonnerre, & va sortir par un des puits. Cette opération purifie l'air, & l'on peut ensuite descendre sans crainte dans la mine : il est très-rare qu'il arrive malheur à l'ouvrier qui a allumé la vapeur, pourvû qu'il se tienne étroitement collé contre terre ; parce que toute la violence de l'action de ce tonnerre soûterrain se déploye contre le toît de la mine, ou la partie supérieure des galeries. Voilà, suivant M. Triewald, comment en Angleterre & en Ecosse on se garantit de cette vapeur surprenante. Dans d'autres endroits, les ouvriers en préviennent les effets dangereux d'une autre maniere : ils ont l'oeil à ces fils blancs qu'ils entendent & qu'ils voyent sortir des fentes, ils les saisissent avant qu'ils puissent s'allumer à leurs lampes, & les écrasent entre leurs mains ; lorsqu'ils sont en trop grande quantité, ils éteignent la lumiere qui les éclaire, se jettent ventre à terre, & par leurs cris avertissent leurs camarades d'en faire autant : alors la matiere enflammée passe par-dessus leur dos, & ne fait de mal qu'à ceux qui n'ont pas eu la même précaution ; ceux-là sont exposés à être ou tués ou brûlés. On entend cette matiere sortir avec bruit, & mugir dans les morceaux de charbon même à l'air libre, & après qu'ils ont été tirés hors de la mine : mais alors on n'en doit plus rien craindre.
Les transactions philosophiques, n°. 318. nous fournissent un exemple des effets terribles, causés en 1708 par une vapeur inflammable de la nature de celle dont nous parlons. Un homme appartenant aux mines de charbon, s'étant imprudemment approché avec sa lumiere de l'ouverture d'un des puits pendant que cette vapeur en sortoit, elle s'enflamma sur le champ ; il se fit par trois ouvertures différentes une irruption de feu, accompagnée d'un bruit effroyable : il périt soixante-neuf personnes dans cette occasion. Deux hommes & une femme qui étoient au fond d'un puits de cinquante-sept brasses de profondeur, furent poussés dehors & jettés à une distance considérable ; & la secousse de la terre fut si violente, que l'on trouva un grand nombre de poissons morts qui flottoient à la surface des eaux d'un petit ruisseau qui étoit à quelque distance de l'ouverture de la mine.
Nous trouvons encore dans les mêmes transactions, n°. 429. la relation de plusieurs phénomenes singuliers, opérés par une vapeur inflammable sortie d'une mine de charbon. Le chevalier J. Lowther fit ouvrir un puits pour parvenir à une veine de charbon minéral : quand on eut creusé jusqu'à quarante-deux brasses de profondeur, on arriva sur un lit de pierre noire qui avoit un demi-pié d'épaisseur, & qui étoit rempli de petites crevasses dont les bords étoient garnis de soufre. Quand les ouvriers commencerent à percer ce lit de pierre, il en sortit beaucoup moins d'eau qu'on n'avoit lieu de s'y attendre ; mais il s'échappa une grande quantité d'air infect & corrompu, qui passa en bouillonnant au-travers de l'eau qui s'étoit amassée au fond du puits qu'on creusoit : cet air fit un bruit & un sifflement qui surprit les ouvriers ; ils y présenterent une lumiere qui alluma sur le champ la vapeur, & produisit une flamme très-considérable qui brûla pendant long-tems à la surface de l'eau. On éteignit la flamme, & le chevalier Lowther fit remplir une vessie de boeuf de la vapeur, qu'il envoya à la société royale : on adapta un petit tuyau de pipe à l'ouverture de la vessie ; & en la pressant doucement pour faire passer la vapeur au-travers de la flamme d'une bougie, elle s'enflamma sur le champ comme auroit fait l'esprit-de-vin, & continua à brûler tant qu'il resta de l'air dans la vessie. Cette expérience réussit, quoique la vapeur eût déjà séjourné pendant un mois dans la vessie. M. Maud, de la société royale de Londres, produisit par art une vapeur parfaitement semblable à la précédente, & qui présenta les mêmes phénomenes. Il mêla deux dragmes d'huile de vitriol avec huit dragmes d'eau commune ; il mit ce mélange dans un matras à long cou, & y jetta deux dragmes de limaille de fer : il se fit sur le champ une effervescence très-considérable ; & le mélange répandit des vapeurs très-abondantes qui furent reçûes dans une vessie, dont elles remplirent très-promtement la capacité. Cette vapeur s'enflamma, comme la précédente, à la flamme d'une bougie. Cette expérience est, suivant le mémoire dont nous l'avons tirée, très-propre à nous faire connoître les causes des tremblemens de terre, des volcans, & autres embrasemens soûterrains. Voyez les transactions philosophiques, n°. 442. pag. 282.
Par tout ce qui vient d'être dit, ou voit de quelle importance il est de faire ensorte que l'air soit renouvellé, & puisse avoir un libre cours dans les soûterrains des mines de charbon de terre. De tous les moyens qu'on a imaginés pour produire cet effet, il n'y en a point dont on se soit mieux trouvé que du ventilateur ou de la machine de M. Sutton : on en verra la description à l'article MACHINE A FEU. On vient tout nouvellement, en 1752, d'en faire usage avec le plus grand succès dans les mines de charbon de Balleroi en Normandie.
Ce que nous avons dit de la vapeur inflammable qui sort des mines de charbon, est très-propre à faire connoître pourquoi il arrive quelquefois qu'elles s'embrasent au point qu'il est très-difficile & même impossible de les éteindre : c'est ce qu'on peut voir en plusieurs endroits d'Angleterre, où il y a des mines de charbon qui brûlent depuis un très-grand nombre d'années. L'Allemagne en fournit encore un exemple très-remarquable, dans une mine qui est aux environs de Zwickau en Misnie ; elle prit feu au commencement du siecle passé, & depuis ce tems elle n'a point cessé de brûler : on remarquera cependant que ces embrasemens ne sont point toûjours causés par l'approche d'une flamme, ou par les lampes des ouvriers qui travaillent dans les mines. En effet, il y a des charbons de terre qui s'enflamment au bout d'un certain tems, lorsqu'on les a humectés. Urbanus Hioerne, savant chimiste suédois, parle d'un incendie arrivé à Stokholm ; il fut occasionné par des charbons de terre, qui, après avoir été mouillés dans le vaisseau qui les avoit apportés, furent entassés dans un grenier, & penserent brûler la maison où on les avoit placés.
Si on se rappelle que nous avons dit dans le cours de cet article, qu'il se trouve toûjours de l'alun dans le voisinage du charbon minéral, on devinera aisément la raison de cette inflammation spontanée, à quoi nous joindrons ce que Henckel dit dans sa Pyrithologie. Ce savant naturaliste dit que " la mine d'alun, sur-tout celle qui doit son origine à du bois, & qui est mêlée à des matieres bitumineuses, telle que celle de Commodau en Bohème, s'allume à l'air lorsqu'elle y a été entassée & exposée pendant quelque tems ; & pour lors non-seulement il en part de la fumée, mais elle produit une véritable flamme ". Il n'est pas surprenant que cette flamme venant à rencontrer une matiere aussi inflammable que le charbon de terre, ne l'allume très-aisément. Peut-être, en rapprochant ces circonstances, trouvera-t-on une explication très-naturelle de la formation des volcans, & de la cause de certains tremblemens de terre.
L'analyse chimique du charbon minéral donne, suivant Hoffman 1°. un flegme ; 2°. un esprit acide sulphureux ; 3°. une huile tenue, parfaitement semblable au naphte ; 4°. une huile plus grossiere & plus pesante que la précédente ; 5°. en poussant le feu, il s'attache au cou de la cornue un sel acide, de la nature de celui qu'on tire du succin ; 6°. enfin, il reste après la distillation une terre noire qui n'est plus inflammable, & qui ne donne plus de fumée.
Le charbon de terre est d'une grande utilité dans les usages de la vie. Dans les pays où le bois n'est pas commun, comme en Angleterre & en Ecosse, on s'en sert pour le chauffage & pour cuire les alimens ; & même bien des gens prétendent que les viandes rôties à un pareil feu, sont meilleures ; il est certain qu'elles sont plus succulentes, parce que le jus y est plus concentré. Les habitans du pays de Liége & du comté de Namur donnent le nom de houille au charbon minéral. Pour le ménager, les pauvres gens le réduisent en une poudre grossiere qu'ils mêlent avec de la terre glaise ; ils travaillent ce mélange comme on feroit du mortier ; ils en forment ensuite des boules ou des especes de gâteaux, qu'on fait sécher au soleil pendant l'été. On brûle ces boules avec du charbon de terre ordinaire ; & quand elles sont rougies, elles donnent pendant fort long-tems une chaleur douce & moins âpre que celle du charbon de terre tout seul.
Plusieurs arts & métiers font, outre cela, un très-grand usage du charbon de terre. Les Maréchaux & Serruriers, & tous ceux qui travaillent en fer, lui donnent la préférence sur le charbon de bois ; parce qu'il échauffe plus vivement que ce dernier, & conserve la chaleur plus long-tems. En Angleterre, on s'en sert dans les Verreries de verre ordinaire, & même de crystal ; on en vante sur-tout l'usage pour cuire les briques & les tuiles ; & dans beaucoup d'endroits on s'en sert avec succès pour chauffer les fours à chaux. Les sentimens des Métallurgistes sont partagés sur la question, si l'on peut se servir avec succès du charbon de terre pour la fusion des minerais. M. Henckel en rejette l'usage, & prétend qu'il est plus propre à retarder qu'à faciliter la fusion des métaux ; parce que, suivant le principe de Becher, l'acide du soufre est un obstacle à la fusibilité. Cette autorité doit être sans-doute d'un très-grand poids : cependant, qu'il nous soit permis de distinguer & de faire remarquer que cette raison ne sauroit toûjours avoir lieu, attendu que quelquefois on a à traiter des minérais dont, pour tirer le métal, il est nécessaire de détruire la partie ferrugineuse qui y est souvent jointe ; & dans ce cas l'acide du soufre est très-propre à produire cet effet.
Bien des gens ont regardé la fumée du charbon minéral comme très-pernicieuse à la santé, & se sont imaginé que la consomption n'étoit si commune en Angleterre, qu'à cause que l'air y est continuellement chargé de cette fumée. M. Hoffman n'est point de ce sentiment : au contraire il pense que la fumée des charbons fossiles est très propre à purifier l'air & à lui donner plus de ressort, sur-tout lorsque cet air est humide & épais. Il prouve son sentiment par l'exemple de la ville de Hall en Saxe, où le scorbut, les fievres pourprées & malignes, la phthisie, étoient des maladies très-communes avant qu'on fît usage du charbon de terre dans les salines de cette ville, qui en consomment une très-grande quantité. Cet auteur a remarqué que depuis ce tems, ces maladies ont presque entierement disparu, ou du-moins y sont très-peu fréquentes. Voyez F. Hoffman, observationes physico-chimicae, pag. 207. & ss.
M. Wallerius est aussi du même avis ; il s'appuie sur ce que les habitans de Falun en Suede sont continuellement exposés à la fumée du charbon de terre, sans être plus sujets à la phthisie que ceux des autres pays. Quoi qu'il en soit, il est certain que la fumée du charbon est très-contraire à certaines gens ; & M. Hoffman avoue lui-même que la trop grande abondance en peut nuire : & c'est-là précisément le cas de la ville de Londres, où la grande quantité de charbon qu'on brûle donne une fumée si épaisse, que la ville paroît toûjours comme couverte de nuages ou d'un brouillard épais : ajoûtons encore, qu'il peut se trouver dans les charbons de terre de quelques pays des matieres étrangeres pernicieuses à la santé, qui ne se trouvent point dans d'autres.
Quelques auteurs prétendent que l'huile tenue, tirée par la distillation du charbon minéral, appliquée extérieurement, est un fort bon remede contre les tumeurs, les ulceres invétérés, & les douleurs de la goutte. Il y a toute apparence que cette huile tenue doit avoir les mêmes vertus que l'huile de succin, puisque l'une & l'autre sont composées de mêmes principes, ont la même origine, & ne sont qu'une résine végétale différemment modifiée dans le sein de la terre. Voyez l'article SUCCIN. (-)
CHARBON VEGETAL & FOSSILE. (Hist. natur.) Un auteur allemand, nommé M. Schultz, rapporte dans sa vingt-neuvieme expérience un fait qui mérite d'être connu des Naturalistes ; il dit que près de la ville d'Altorf en Franconie, au pié d'une montagne qui est couverte de pins & de sapins, on voit une fente ou ouverture qui a environ mille pas de profondeur ; ce qui forme une espece d'abysme qui présente un spectacle très-propre à inspirer de l'horreur ; aussi nomme-t-on cet endroit teuffels-kirch, le temple du diable. Dans ce lieu on trouva répandus dans une espece de grais fort dur de grands charbons semblables à du bois d'ébene ; à cette occasion on s'apperçut qu'anciennement on avoit travaillé dans ce même endroit ; car on y remarqua des galeries soûterraines qu'on avoit percées dans le roc, vraisemblablement parce qu'on avoit espéré de trouver, en fouillant plus avant, des couches continues du charbon que l'on n'avoit rencontré qu'épars çà & là ; dans l'espace d'une demi-lieue on vit toûjours des traces de ces charbons, qui étoient tantôt renfermés dans une roche très-dure, tantôt répandus dans de la terre argilleuse. On fit des expériences sur ce charbon, pour voir quelle pourroit être l'utilité qu'on en retireroit, & voici les principaux phénomenes qu'on y remarqua. 1°. Ces charbons étoient disposés horisontalement. 2°. Les morceaux les plus gros qu'on pût détacher étoient des cylindres comprimés, c'est-à-dire présentoient une figure ovale dans leur diametre. 3°. Il y avoit une grande quantité de pyrites sulphureuses auprès de ces charbons. 4°. Il y en avoit plusieurs qui étoient entierement pénétrés de la substance pyriteuse ; ceux-ci se décomposoient & tomboient en efflorescence à l'air, après y avoir été quelque tems exposés, & quand on en faisoit la lixiviation avec de l'eau qu'on faisoit ensuite évaporer, on obtenoit du vitriol de Mars. 5°. Il s'est trouvé dans cet endroit des morceaux de charbon qui avoient un pié & plus de large, 7 à 8 pouces de diametre, & plusieurs aunes de longueur. 6°. Ces charbons étoient très-pesans, très-compactes & très-solides. 7°. On essaya avec succès de s'en servir pour forger du fer, & ils chauffoient très-fortement. 8°. Le feu les réduisoit entierement en une cendre blanche & legere, dont il étoit aisé de tirer du sel alkali fixe, comme des cendres ordinaires. 9°. Ces charbons, après avoir été quelque tems exposés à l'air, se fendoient aisément suivant leur longueur, & pour lors ils ressembloient à du bois fendu. 10°. Il s'est trouvé quelques morceaux qui n'étoient pas entierement réduits en charbon, l'autre moitié n'étoit que du bois pourri.
Voilà les différens phénomenes que l'on a remarqués dans ces charbons ; ils ont paru assez singuliers, tant par eux-mêmes que par leur situation dans une pierre très dure, pour qu'on ait cru devoir proposer aux Naturalistes le problème de leur formation. (-)
CHARBON, terme de Chirurgie, tumeur brûlante qui survient dans différentes parties du corps, accompagnée tout-autour de pustules brûlantes, corrosives, & extrèmement douloureuses. Un des signes pathognomoniques du charbon, est qu'il ne suppure jamais, mais s'étend toûjours & ronge la peau, où il produit une espece d'escare, comme celle qui seroit faite par un caustique, dont la chûte laisse un ulcere profond.
Le charbon est ordinairement un symptome de la peste & des fievres pestilentielles.
Les remedes intérieurs qui doivent combattre le vice des humeurs que produit le charbon, sont les mêmes que ceux qui conviennent aux fievres pestilentielles. Voyez PESTE.
Les secours chirurgicaux consistent dans l'application des remedes les plus capables de résister à la pourriture, & de procurer la chûte de l'escare. Si le charbon résiste à ces remedes, on employe le cautere actuel pour en borner le progrès ; après avoir brûlé jusqu'au vif, il faut scarifier profondément l'escare, & même l'emporter avec l'instrument tranchant, pour peu qu'il soit considérable. On tâche ensuite de déterminer la suppuration par des digestifs animés. L'onguent égyptiac est fort recommandé pour déterger les ulceres avec pourriture qui succedent à la chûte de l'escare du charbon. Charbon est la même chose qu'anthrax. (Y)
CHARBON, s. m. (Maréchall.) On appelle ainsi une petite marque noire qui reste d'une plus grande dans les creux des coins du cheval, pendant environ sept ou huit ans. Lorsque ce creux se remplit, & que la dent devient unie & égale, le cheval s'appelle rasé. (V)
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| CHARBONIERE | (LA) Géog. ville forte d'Italie dans le duché de Savoie, à un mille d'Aiguebelle.
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| CHARBONNÉ | adj. (Peinture) il se dit d'un dessein dont les traits ne sont pas nets & distincts, quelle que soit la sorte de crayon qu'on ait employée, quoique ce mot vienne originairement du crayon noir, selon toute apparence. Il est en ce sens synonyme à barbouillé, & ne se prend jamais qu'en mauvaise part.
* CHARBONNE ou NOIR, (Agricult.) épithete qu'on donne à un blé qui s'écrase facilement, qui ne germe pas, & qui répand sa poudre noire sur le bon grain, qui a à son extrémité une petite houppe qui la retient facilement. Ainsi il y a deux sortes de grains charbonnés, celui dont la substance est vraiment corrompue, & celui qui n'est taché qu'à la superficie ; on dit de ce dernier qu'il a le bout. Le blé qui a le bout, employé par le Boulanger, donne au pain un oeil violet ; mais employé par le Laboureur, il donne de bon grain : ce qui n'est pas tout-à-fait l'avis de M. de Tull, auteur anglois, qui a écrit de l'Agriculture, & qui a été traduit en notre langue par M. Duhamel. Il prétend que le blé charbonné par le bout donne du grain noir, à moins que la grande chaleur de la saison ne dissipe ce vice. On ne sait pas encore ce qui charbonne le grain ; on a seulement remarqué qu'il y en a beaucoup lorsqu'il s'est fait des pluies froides pendant la fleur & pendant la formation de l'épi ; ce qui s'accorde fort bien avec le sentiment & l'expérience de M. de Tull, qui, ayant pris quelques piés de blé, les ayant plantés dans un vase plein d'eau, & en ayant trouvé tous les grains noirs, crut conséquemment que cette mauvaise qualité naissoit de l'humidité de la terre. Cependant il faut avoüer que les lieux bas ne donnent pas plus de grains charbonnés, que les lieux hauts. C'est une autre expérience que M. Duhamel de l'académie des Sciences, oppose à celle de M. de Tull ; & il faut convenir que celle de notre académicien est plus générale, & par conséquent plus décisive que celle de l'auteur anglois. Pour prévenir le charbonnage du grain, les uns arrosent leur blé de semence avec une forte saumure de sel marin ; les autres ajoûtent à cette précaution, celle de le saupoudrer ensuite au tamis avec de la chaux vive pulvérisée, arrosant de saumure, remuant, saupoudrant ainsi à plusieurs reprises. Ici on se contente de tremper le grain dans de l'eau de chaux (Voyez les articles SEMAILLE, LABOUR), ou de changer les semences & de les couper, comme on fait les races aux animaux dont on veut avoir de belles especes. Ce dernier expédient est pour ainsi dire général.
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| CHARBONNÉE | S. f. (Cuisine) endroits maigres du boeuf, du porc, du veau, coupés par tranches minces, & grillés sur le feu. On donne aussi le même nom à une côte séparée de l'aloyau.
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| CHARBONNIER | S. m. ce terme a plusieurs acceptions différentes. 1°. On appelle ainsi à Paris celui qui porte le charbon du bateau dans les maisons, & qui dans les ordonnances s'appelle plumet. Voyez PLUMET. 2°. On entend par ce mot les ouvriers occupés dans les forêts à construire & conduire les fours à charbon. Voyez l'article CHARBON DE BOIS. C'est un travail dur & qui demande des hommes vigoureux. 3°. On désigne ainsi le lieu destiné dans les maisons à placer le charbon, quand on en fait provision.
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| CHARBONNIERE | S. f. (Economie rustique & Commerce) On donne ce nom, 1° aux endroits d'une forêt où l'on a établi des fours à charbon de bois ; 2° à des femmes qui revendent le charbon de bois à petites mesures.
CHARBONNIERE, s. f. (Jurisprud.) prison à l'hôtel-de-ville, où l'on enferme ceux qui ont commis quelques délits sur les rivieres, ports & quais, dont la jurisdiction appartient aux prevôt des marchands & échevins.
CHARBONNIERES, (Vénerie) terres rouges où les cerfs vont frapper leurs têtes après avoir touché aux bois ; ce qu'on appelle brunir. Elles en prennent la couleur. Voyez CERF.
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| CHARCANAS | S. m. (Commerce) étoffes & toiles soie & coton, qui viennent des Indes orientales. Voyez les dictionn. du Comm. & de Trév.
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| CHARCAS | (LOS) Géog. province de l'Amérique méridionale au Pérou, sur la mer du Sud, dont la Plata est la capitale. C'est la plus féconde en mines de toute l'Amérique.
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| CHARCUTIER | voyez CHAIRCUITIER.
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| CHARDON | carduus, s. m. (Hist. nat.) genre de plante dont la fleur est un bouquet à fleurons découpés, portés chacun par un embryon, & soûtenus par le calice hérissé d'écailles & de piquans. Les embryons deviennent dans la suite des semences garnies d'aigrettes. Tournefort, inst. rei herb. Voy. PLANTE. (I)
CHARDON-BENIT, (Hist. nat.) plante qui doit être rapportée au genre appellé cnicus. V. CNICUS. (I)
CHARDON-BENIT, (Matiere médicale & Pharmacie) De toutes plantes que la Médecine moderne employe, il n'en est pas une qui ait été tant exaltée que le chardon-benit ; il n'est presque pas un auteur célebre qui ne lui ait attribué un grand nombre de propriétés médicinales, depuis qu'on a parlé pour la premiere fois de ses vertus, il y a environ 300 ans, selon une tradition rapportée par Pontedera, qui paroît fort persuadé que les anciens n'avoient pas connu l'usage médicinal de cette plante, puisqu'ils n'avoient pas vanté son utilité dans un grand nombre de maladies, eux qui donnoient si facilement des éloges pompeux à tant de remedes inutiles.
En rapprochant toutes les propriétés que différens auteurs attribuent au chardon-benit, on trouve qu'il est à la lettre un remede polycreste, une médecine universelle ; en effet on l'a loüé comme vomitif, purgatif, diurétique, sudorifique, expectorant, emménagogue, alexitaire, cordial, stomachique, hépatique, anti-apoplectique, anti-épileptique, anti-pleurétique, fébrifuge, vermifuge, & même vulnéraire, employé tant extérieurement qu'intérieurement.
C'est le suc, la décoction, & l'extrait de ses feuilles qu'on a principalement employé : sa semence a passé pour avoir des vertus à-peu-près analogues à celles des feuilles ; & enfin quelques auteurs les ont attribuées aussi, ces vertus, à son eau distillée, à son sel essentiel, & même à son sel lixiviel.
On peut raisonnablement conjecturer que cette grande célébrité du chardon-benit, dont nous venons de parler, ne lui a pas été acquise sans quelque fondement ; son amertume, par exemple, annonce assez bien une vertu fébrifuge, stomachique, apéritive, peut-être même legerement emménagogue. La quantité de sel essentiel (apparemment nitreux) qu'elle contient, & qu'on en retire par le procédé ordinaire (Voyez SEL ESSENTIEL), peut la faire regarder encore comme un bon diurétique, & comme propre dans les maladies inflammatoires de la poitrine ; ce sont aussi ces vertus que confirme l'usage de son extrait, qui est presque la seule préparation utile employée parmi nous. L'expérience n'est pas si favorable à l'usage de son eau distillée, que l'on prépare encore communément dans nos boutiques, & que quelques médecins ordonnent comme cordiale & sudorifique.
L'eau distillée du chardon-benit des Parisiens, cnicus attractilis, que la plûpart des Apoticaires de Paris préparent à la place de celle-ci, lui est infiniment préférable sans-doute, puisque cette derniere plante contient une assez grande quantité de parties mobiles & actives qui s'élevent dans la distillation avec son eau, & qui lui donnent des vertus qu'on chercheroit envain dans l'eau distillée du chardon-benit ordinaire, qui est absolument insipide & sans odeur.
Les feuilles de chardon-benit entrent dans la composition de l'orviétan, dans celle de l'eau de lait alexitaire, dans l'huile de scorpion composée ; les sommités de cette plante sont un des ingrédiens du decoctum amarum de la pharmacopée de Paris ; sa semence entre dans la poudre arthritique purgative de la même pharmacopée, dans l'opiate de Salomon, dans la confection hyacinthe ; son extrait entre dans la thériaque céleste, dans les pilules balsamiques de Stahl, & dans celles de Becher. (b)
CHARDON A BONNETIER, dipsacus, genre de plante dont les fleurs naissent dans des têtes, semblables en quelque maniere à des rayons de miel. Les têtes sont composées de plusieurs feuilles pliées ordinairement en gouttiere, posées par écailles, & attachées à un pivot. Il sort des aisselles de ces feuilles des fleurons découpés & engagés par le bas dans la couronne des embryons, qui deviennent dans la suite des semences ordinairement cannelées. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
* Ce chardon est d'une grande utilité aux manufactures d'étoffes en laine. Voyez sur-tout l'article DRAPIER. Il est défendu par les réglemens généraux & particuliers, d'en sortir du royaume.
CHARDON ETOILE, ou CHAUSSE-TRAPE, (Hist. nat. bot.) plante qui doit être rapportée au genre appellé simplement chardon. Voyez CHARDON. (I)
CHARDON-ROLAND, s. m. (Hist. nat. bot.) panicaut, eryngium, genre de plante à fleurs en rose, disposées en ombelle, & composées de plusieurs pétales, rangées en rond, recourbées pour l'ordinaire vers le centre de la fleur, & soûtenues par le calice qui devient un fruit composé de deux semences garnies de feuilles ; dans quelques especes, plates, & ovales dans d'autres ; quelquefois elles quittent leur enveloppe, & elles ressemblent à des grains de froment. Ajoûtez au caractere de ce genre, qu'il y a une couronne de feuilles placées à la base du bouquet de fleurs. Tournef. inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
CHARDON-ROLAND, (Matiere médicale & Pharmacie) La racine de chardon-roland, qui est une des cinq racines apéritives mineures, est la partie de cette plante employée en Médecine ; elle est apéritive & diurétique, incisive, tonique, & emménagogue ; elle passe aussi pour legerement aphrodisiaque. On l'employe fraîche dans les bouillons, les aposemes, & les tisanes apéritives.
La préparation de cette racine consiste à la nettoyer & à la monder de sa corde, ou de la partie ligneuse qui se trouve dans son milieu, & à en faire ensuite un condit ou une conserve. C'est sous l'une de ces deux formes qu'on la garde dans les boutiques ; parce qu'étant séchée elle se gâte très-facilement, & perd ainsi toute sa vertu. Voyez CONDIT & DESSICATION.
Cette racine entre dans le sirop de guimauve composé, le decoctum rubrum de la pharmacopée de Paris ; dans les électuaires de satyrium de plusieurs auteurs, & dans presque toutes les préparations officinales propres à réveiller l'appétit vénérien, qui se trouvent décrites dans les différens dispensaires. (b)
CHARDON, (Architecture & Serrurerie) ce sont des pointes de fer en forme de dards, qu'on met sur le haut d'une grille, ou sur le chaperon d'un mur, pour empêcher de le franchir. (P)
CHARDON, ou NOTRE-DAME DE CHARDON, (Hist. mod.) ordre militaire, institué en 1369 par Louis II. dit le Bon, troisieme duc de Bourbon. Il étoit composé de vingt-six chevaliers sans reproche, renommés en noblesse & en valeur, dont le prince & ses successeurs devoient être chefs, pour la défense du pays. Mais il n'est parlé de cet ordre qui s'est anéanti, que dans quelques-unes de nos histoires : c'est sur quoi on doit voir Favin dans son théatre d'honneur & de chevalerie, aussi-bien que la Colombiere dans un grand ouvrage sous le même titre. (a)
CHARDON, ou SAINT-ANDRE DU CHARDON, ordre de chevalerie en Ecosse, qui a ces mots pour devise : Nemo me impunè lacesset, personne ne m'attaquera impunément. On l'attribue à un roi d'Ecosse nommé Anchaius, qui vivoit sur la fin du huitieme siecle. Mais l'origine de ces sortes d'ordres est apocryphe, dès qu'on la fait remonter à ces anciens tems. Il vaut bien mieux la rapporter au regne de Jacques I. roi d'Ecosse, qui commença l'an 1423. Mais si on en fait honneur à Jacques IV. en suivant l'opinion de quelques auteurs, elle sera de la fin du quinzieme siecle ; car Jacques IV. ne commença son regne qu'en 1488. L'infortuné Jacques VII. d'Ecosse, ou II. d'Angleterre, le voulut remettre en vigueur ; mais son éclat dura peu, & il subsiste foiblement. Ce qu'il en reste de plus considérable, est la dévotion des Ecossois catholiques qui sont en petit nombre, pour l'apôtre saint André, qui est peu fêté par les prétendus Réformés, dont la religion est la dominante d'Ecosse, qui de royaume est devenue province d'Angleterre en 1707. (a)
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| CHARDONNE | ou LAINER, (Manuf.) c'est tirer l'étoffe au chardon. Cette opération n'a lieu qu'aux ouvrages en laine. Voyez en quoi elle consiste à l'article DRAP.
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| CHARDONNERET | S. m. carduelis, (Hist. nat. Ornithol.) oiseau plus petit que le moineau domestique ; il pese une once & demie ; il a environ cinq pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue ; l'envergeure est d'environ neuf pouces ; la tête est assez grosse à proportion du reste du corps. Le cou est court, le bec est blanchâtre, à l'exception de la pointe qui est noire dans quelques oiseaux de ce genre. Il est court, il n'a guere qu'un demi-pouce de longueur ; il est épais à sa racine & terminé en pointe, & fait en forme de cone. La langue est pointue, l'iris des yeux est de couleur de noisette ; la base du bec est entourée d'une belle couleur d'écarlate, à l'exception d'une marque noire qui s'étend de chaque côté depuis l'oeil jusqu'au bec. Les côtés de la tête sont blancs, le dessus est noir, & le derriere est blanc ; il y a une large bande noire qui descend de chaque côté, depuis le sommet de la tête jusqu'au cou, & qui se trouve entre le blanc du derriere de la tête & celui des côtés. Le cou & le dos sont d'une couleur rousse-cendrée ; le croupion, la poitrine, & les côtés sont d'une couleur rousse moins foncée. Le ventre est blanc. Il y a dans chaque aîle dix-huit grandes plumes qui sont noires, & qui ont toutes la pointe blanchâtre, à l'exception de la premiere qui est entierement noire. L'aîle est traversée par une bande d'une belle couleur jaune : cette bande est formée par les barbes extérieures de chaque plume, qui sont d'un beau jaune depuis la base jusqu'à leur milieu, à l'exception de la premiere plume que nous avons dit être entierement noire, & des deux dernieres, dont les bords extérieurs sont noirs comme les bords intérieurs. Toutes les petites plumes de l'aîle qui recouvrent les grandes, sont noires, à l'exception des dernieres du premier rang qui sont jaunes. La queue est composée de douze plumes noires avec des taches blanches. Les deux plumes extérieures de chaque côté ont une large marque blanche un peu au-dessous de la pointe au côté intérieur ; les autres ont seulement la pointe blanche. Les pattes de cet oiseau sont courtes ; le doigt de derriere est fort & garni d'un ongle plus long que ceux des autres doigts. L'extérieur tient à celui du milieu à sa naissance. On distingue la femelle par sa voix, qui est moins forte que celle du mâle, par son chant qui ne dure pas si long-tems, & par les plumes qui couvrent la côte de l'aîle, qui sont cendrées ou brunes ; au lieu que ces mêmes plumes sont d'un beau noir dans le mâle. Aldrovande donne cette marque comme la plus sûre & la plus constante pour distinguer le sexe de cet oiseau.
Les chardonnerets vont en troupe, & vivent plusieurs ensemble. On en fait cas pour la beauté des couleurs de leurs plumes ; & surtout pour leur chant qui est fort agréable. Cet oiseau n'est point farouche. Au moment qu'il vient de perdre sa liberté, il mange & il boit tranquillement. Il ne fait point de vains efforts comme la plûpart des autres oiseaux, pour sortir de sa cage ; au contraire il y en a qui ne veulent plus en sortir, lorsqu'ils y ont été long-tems. Cet oiseau se nourrit pendant l'hyver de semences de chardon ; c'est de-là qu'est venu son nom. Il mange aussi les graines du chardon à Bonnetier, du chanvre, de la bardane, du pavot, de la rue, &c. Il niche dans les épines & sur les arbres. La femelle fait, selon Gesner, sept oeufs ; & selon Belon, huit. Aldrovande fait mention des variations qui se trouvent quelquefois dans les couleurs de cet oiseau, & qui viennent de l'âge ou du sexe, ou qui sont causées par d'autres accidens. Les jeunes chardonnerets n'ont point de rouge sur la tête. Il y en a qui ont les cils blancs. On en a vû qui étoient blancs, & qui avoient la tête rouge ; & d'autres qui étoient blanchâtres, & qui avoient un peu de rouge sur le devant de la tête & à l'endroit du menton. Willughby, Ornith. Voyez OISEAU. (I)
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| CHARENÇON | S. m. curculio, (Hist. nat.) petit insecte auquel on a aussi donné les noms de calendre & de chatepeleuse. M. Linnaeus le met dans la classe des insectes qui ont de fausses ailes, & dont la bouche est formée par des mâchoires : c'est un scarabé qui vient d'un ver ; il a la bouche & le gosier fort grands ; c'est pourquoi on l'a nommé curculio ou gurgulio, & lorsqu'il est sous la forme d'un ver, & lorsqu'il est parvenu à celle de scarabé ; il ronge le froment & les feves. Voyez INSECTE. (I)
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| CHARENTE | (LA) Géog. riviere de France qui prend sa source dans le Limosin, & se jette dans l'Océan vis-à-vis l'île d'Oleron.
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| CHARGÉ | CHARGé
Se charger d'épaules, de ganache, de chair, se dit d'un cheval auquel les épaules & la ganache deviennent trop grosses, & de celui qui engraisse trop.
CHARGE, en termes de Blason, se dit de toutes sortes de pieces sur lesquelles il y en a d'autres. Ainsi le chef, la face, le pal, la bande, les chevrons, les croix, les lions, &c. peuvent être chargés de coquilles, de croissans, de roses, &c.
Francheville en Bretagne, d'argent au chevron d'azur, chargé de six billettes d'or dans le sens des jambes du chevron. (V)
* CHARGE (Jeu) se dit des dez dont on a rendu une des faces plus pesante que les autres ; c'est une friponnerie dont le but est d'amener le point foible ou fort à discrétion. On charge le dez en remplissant les points mêmes de quelque matiere plus lourde en pareil volume que la quantité d'ivoire qu'on en a ôtée pour les marquer. On les charge d'une maniere plus fine ; c'est en transposant le centre de gravité hors du centre de masse ; ce qui se peut, ce qui est même très-souvent, contre l'intention du Tabletier & des joüeurs, lorsque la matiere des dez n'est pas d'une consistance uniforme. Alors il est naturel que le dez s'arrête plus souvent sur la face dont le centre de gravité est le moins éloigné. Exemple : Si un dez a été coupé dans une dent, de maniere qu'une de ses faces soit faite de l'ivoire qui touchoit immédiatement à la concavité de la dent, & que la face opposée ait par conséquent été prise dans l'extrémité solide de la dent ; il est clair que cet endroit sera plus compact que l'endroit opposé, & que le dez sera chargé tout naturellement : on peut donc sans fourberie étudier les dez au trictrac, & à tout autre jeu de dez. La petite différence qui se trouve entre l'égalité de pesanteur en tout sens, ou, pour parler plus exactement, entre le sens de pesanteur & celui de masse, se fait sentir à la longue, & donne un avantage certain à celui qui la connoît : or le plus petit avantage certain pour un des joüeurs à l'exclusion des autres, dans un jeu de hasard, est presque le seul qui reste, quand le jeu dure long-tems.
CHARGE, (Monnoie) se dit d'une piece d'or ou d'argent qu'on a affoibli de son métal propre, & dont on a rétabli le poids par une application de métal étranger.
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| CHARGE | FARDEAU, POIDS, FAIX, synon. (Gram.) termes qui sont tous relatifs à l'impression des corps sur nous, & à l'action opposée de nos forces sur eux, soit pour soûtenir, soit pour vaincre leur pesanteur. S'il y a une compensation bien faite entre la pesanteur de la charge & la force du corps, on n'est ni trop ni trop peu chargé : si la charge est grande, & qu'elle employe toutes les forces du corps ; si l'on y fait encore entrer l'idée effrayante du volume, on aura celle du fardeau : si le fardeau excede les forces & qu'on y succombe, on rendra cette circonstance par faix. Le poids a moins de rapport à l'emploi des forces, qu'à la comparaison des corps entr'eux & à l'évaluation que nous faisons ou que nous avons faite de leur pesanteur par plusieurs applications de nos forces à d'autres corps. On dira donc : il en a sa charge : son fardeau est gros & lourd : il sera accablé sous le faix : il ne faut pas estimer cette marchandise au poids.
Le mot charge a été transporté de tout ce qui donnoit lieu à l'exercice des forces du corps, à tout ce qui donne lieu à l'exercice des facultés de l'ame. Voyez dans la suite de cet article différentes acceptions de ce terme, tant au simple qu'au figuré. Le mot charge dans l'un & l'autre cas, emporte presque toûjours avec lui l'idée de contrainte.
CHARGE, s. f. (Jurisprud.) ce terme a dans cette matiere plusieurs acceptions différentes ; il signifie en général tout ce qui est dû sur une chose mobiliaire ou immobiliaire, ou sur une masse de biens ; quelquefois il signifie condition, servitude, dommage, ou incommodité : c'est en ce dernier sens qu'on dit communément, qu'il faut prendre le bénéfice avec les charges : quem sequuntur commoda, debent sequi & incommoda. Charge se prend aussi quelquefois pour une fonction publique & pour un titre d'office. (A)
* Avant que de passer aux différens articles qui naissent de ces distinctions, nous allons exposer en peu de mots le sentiment de l'auteur de l'esprit des lois, sur la vénalité des charges, prises dans le dernier sens de la division qui précede. L'illustre auteur que nous venons de citer, observe d'abord que Platon ne peut souffrir cette vénalité dans sa république : " c'est, dit ce sage de l'antiquité, comme si dans un vaisseau on faisoit quelqu'un pilote pour son argent : seroit-il possible que la regle fût mauvaise dans quelque emploi que ce fût de la vie, & bonne seulement pour conduire une république " ? 2°. Il prétend que les charges ne doivent point être vénales dans un état despotique : il semble qu'il faudroit distinguer entre un état où l'on se propose d'établir le despotisme, & un état où le despotisme est tout établi. Il est évident que la vénalité des charges seroit contraire aux vûes d'un souverain qui tendroit à la tyrannie ; mais qu'importeroit cette vénalité à un tyran ? sous un gouvernement pareil est-on plus maître d'une charge qu'on a payée à prix d'argent, que de sa vie ? & y a-t-il plus de danger pour un souverain absolu tel que celui de l'empire ottoman, à révoquer un homme en place qui lui déplait, qu'à lui envoyer des muets & un lacet ? Les sujets ne peuvent causer quelque embarras par la propriété des charges qu'ils ont acquises, que quand la tyrannie est commençante & foible, qu'elle ne s'est point annoncée par de grandes injustices, qu'elle ne s'est point fortifiée par des forfaits accumulés, que les lois ne sont point devenues versatiles comme le caprice de celui qui gouverne, qu'il reste dans la langue le mot liberté, que les usages n'ont pas encore été foulés aux piés, & que les peuples n'ont pas tout-à-fait adopté le nom d'esclaves. Mais quand ils sont descendus à cet état de dégradation & d'avilissement, on peut tout impunément avec eux ; il est même utile au tyran de commettre des actes de violence. Le despotisme absolu ne souffre point d'intermission ; c'est un état si contraire à la nature, que pour le faire durer, il ne faut jamais cesser de le faire sentir. L'esprit de la tyrannie est de tenir les hommes dans une oppression continuelle, afin qu'ils s'en fassent un état, & que sous ce poids leur ame perde à la longue toute énergie. 3°. Mais cette vénalité est bonne dans les états monarchiques ; parce que l'on fait comme un métier de famille ce qu'on ne feroit point par d'autres motifs ; qu'elle destine chacun à son devoir, & qu'elle rend les ordres de l'état plus permanens.
CHARGES ANNUELLES, sont celles qui consistent dans l'acquittement de cens, rentes, pensions & autres prestations qui se réiterent tous les ans.
Ces sortes de charges sont ou perpétuelles, ou viageres.
CHARGES DE LA COMMUNAUTE DE BIENS ENTRE CONJOINTS, sont les dépenses & dettes qui doivent être acquittées aux dépens de la communauté, & ne peuvent être prises sur les propres des conjoints.
Du nombre de ces charges sont la dépense du ménage, l'entretien des conjoints, les réparations qui sont à faire tant aux biens de la communauté qu'aux propres des conjoints, l'entretien & l'éducation des enfans.
Les dettes mobiliaires créées avant le mariage, seroient aussi une charge de la communauté ; mais on a soin ordinairement de les en exclure par une clause précise.
Pour ce qui est des dettes mobiliaires ou immobiliaires créées pendant le mariage, elles sont de droit une charge de la communauté.
Les dettes mobiliaires des successions échûes à chacun des conjoints pendant le mariage, sont aussi une charge de communauté.
On peut voir à ce sujet le traité de la communauté par Lebrun, liv. II. ch. iij. où la matiere des charges de la communauté est traitée fort amplement.
CHARGES DES COMPTES ou SUR LES COMPTES, en style de la chambre des comptes, sont les indécisions qui interviennent sur la recette des comptes, les souffrances & supercessions qui interviennent sur la dépense des comptes, & les débats formés par les états finaux des comptes. Au journal 2. B. fol. 146. du 22 Octobre 1537, les auditeurs, après la clôture de leurs comptes, sont tenus de donner un état des charges d'iceux au procureur général pour en faire poursuite ; mais depuis, cette poursuite a passé au solliciteur des restes, & ensuite au contrôleur général des restes. Voyez CONTROLEUR GENERAL DES RESTES, & SOLLICITEUR.
CHARGES FONCIERES, sont les redevances principales des héritages, imposées lors de l'aliénation qui en a été faite, pour être payées & supportées par le détenteur de ces héritages : tels sont le cens & surcens ; les rentes seigneuriales, soit en argent ou en grain, ou autres denrées ; les rentes secondes non seigneuriales, les servitudes & autres prestations dûes sur l'héritage, ou par celui qui en est détenteur.
Quoique le cens soit de sa nature une rente fonciere, néanmoins dans l'usage quand on parle simplement de rentes foncieres sans autre qualification, on n'entend par-là ordinairement que les redevances imposées après le cens.
Toutes charges foncieres, même le cens, ne peuvent être créées que lors de la tradition du fonds, soit par donation, legs, vente, échange, ou autre aliénation. Il en faut seulement excepter les servitudes, lesquelles peuvent être établies par simple convention, même hors la tradition du fonds ; ce qui a été ainsi introduit à cause de la nécessité fréquente que l'on a d'imposer des servitudes sur un héritage en faveur d'un autre. Les servitudes différent encore en un point des autres charges foncieres, savoir que celui qui a droit de servitude, perçoit son droit directement sur la chose ; au lieu que les autres charges foncieres doivent être acquittées par le détenteur. Du reste les servitudes sont de même nature & sujettes aux mêmes regles.
Les charges foncieres une fois établies sont si fortes, qu'elles suivent toûjours la chose en quelques mains qu'elle passe.
L'action que l'on a pour l'acquittement de ces charges, est principalement réelle & considérée comme une espece de vendication sur la chose. Elles produisent néanmoins aussi une action personnelle contre le détenteur de l'héritage, tant pour le payement des arrérages échus de son tems, que pour la réparation de ce qui a été fait au préjudice des clauses de la concession de l'héritage.
Les charges foncieres différent des dettes & obligations personnelles en ce que celles-ci, quoique contractées à l'occasion d'un héritage, ne sont pas cependant une dette de l'héritage, & ne suivent pas le détenteur ; elles sont personnelles à l'obligé & à ses héritiers : au lieu que les charges foncieres suivent l'héritage & le détenteur actuel, mais ne passent point à son héritier, sinon en tant qu'il succéderoit à l'héritage.
Il y a aussi une différence entre les charges foncieres & les simples hypotheques ; en ce que l'hypotheque n'est qu'une obligation accessoire & subsidiaire de la chose, pour plus grande sûreté de l'obligation personnelle qui est la principale : au lieu que la charge fonciere est dûe principalement par l'héritage, & que le détenteur n'en est tenu qu'à cause de l'héritage.
Loyseau dans son traité de déguerpissement, remarque douze différences entre les charges ou rentes foncieres ; & les rentes constituées : ce qui seroit ici trop long à détailler. Voyez CHARGES PERSONNELLES. CHARGES REELLES, RENTES FONCIERES, TIERS DETENTEUR.
CHARGES ET INFORMATIONS, (Jurisprud.) on joint ordinairement ces termes ensemble comme s'ils étoient synonymes ; ils ont cependant chacun une signification différente. Les charges en général sont toutes les pieces secrettes du procès qui tendent à charger l'accusé du crime qu'on lui impute ; telles que les dénonciations, plaintes, procès-verbaux, interrogatoires, déclarations, comme aussi les informations, recollemens & confrontations : au lieu que les informations en particulier ne sont autre chose que le procès-verbal d'audition des témoins en matiere criminelle. Cependant on prend souvent le terme de charges pour les dépositions des témoins entendus en information. On dit : faire lecture des charges, faire apporter les charges & informations à l'avocat général, c'est-à-dire lui faire remettre en communication les informations & autres pieces secrettes du procès. Sous le terme de charges proprement dites en matiere criminelle, on ne devroit entendre que les dépositions qui tendent réellement à charger l'accusé du crime dont il est prévenu ; cependant on comprend quelquefois sous ce terme de charges, les informations en général, soit qu'elles tendent à charge ou à décharge. On dit d'une cause de petit criminel, qu'elle dépend des charges, c'est-à-dire, de ce qui sera prouvé par les informations. Voyez INFORMATIONS.
CHARGES DU MARIAGE, (Jurisp.) sont les choses qui doivent être acquittées pendant que le mariage subsiste, comme l'entretien du ménage, la nourriture & l'éducation des enfans qui en proviennent, l'entretien & les réparations des bâtimens & héritages de chacun des conjoints. C'est au mari, soit comme maître de la communauté, soit comme chef du ménage, à acquiter les charges du mariage ; mais la femme doit y contribuer de sa part. Tous les fruits & revenus des biens dotaux de la femme appartiennent au mari, pour fournir aux charges du mariage : s'il y a communauté entre les conjoints, les charges du mariage se prennent sur la communauté ; si la femme est non commune & séparée de biens d'avec son mari, on stipule ordinairement qu'elle lui payera une certaine pension pour lui aider à supporter les charges du mariage ; & quand cela seroit omis dans le contrat, le mari peut y obliger sa femme.
CHARGES MUNICIPALES, sont celles qui obligent à remplir pendant un tems certaines fonctions publiques, comme à l'administration des affaires de la communauté, à la levée des deniers publics ou communs, & autres choses semblables.
Elles ont été surnommées municipales, du latin munia, qui signifie des ouvrages dûs par la loi, & des fonctions publiques ; ou plûtôt de municipium, qui signifioit chez les Romains une ville qui avoit droit de se gouverner elle-même suivant ses lois, & de nommer ses magistrats & autres officiers.
Ainsi dans l'origine on n'appelloit charges municipales, que celles des villes auxquelles convenoit le nom de municipium.
Mais depuis que les droits de ces villes municipales ont été abolis, & que l'on a donné indifféremment à toutes sortes de villes le titre de municipium, on a aussi appellé municipales toutes les charges & fonctions publiques des villes, bourgs & communautés d'habitans qui ont conservé le droit de nommer leurs officiers.
On comprend dans le nombre des charges municipales, les places de prevôt des marchands, qu'on appelle ailleurs maire, celle d'échevins, qu'on appelle à Toulouse capitouls, à Bordeaux jurats, & dans plusieurs villes de Languedoc, bayles & consuls.
La fonction de ces charges consiste à administrer les affaires de la communauté ; en quelques endroits on y a attaché une certaine jurisdiction plus ou moins étendue.
Il y a encore d'autres charges que l'on peut appeller municipales, telles que celles de syndic d'une communauté d'habitans, & de collecteur des tailles ; celles-ci ne consistent qu'en une simple fonction publique, sans aucune dignité ni jurisdiction.
L'élection pour les places municipales qui sont vacantes, doit se faire suivant les usages & réglemens de chaque pays, & à la pluralité des voix.
Ceux qui sont ainsi élus peuvent être contraints de remplir leurs fonctions, à moins qu'ils n'ayent quelqu'exemption ou excuse légitime.
Il y a des exemptions générales, & d'autres particulieres à certaines personnes & à certaines charges ; par exemple, les gentilshommes sont exempts de la collecte & levée des deniers publics : il y a aussi des offices qui exemptent de ces charges municipales.
Outre les exemptions, il y a plusieurs causes ou excuses pour lesquelles on est dispensé de remplir les charges municipales ; telles sont la minorité & l'âge de soixante-dix ans, les maladies habituelles, le nombre d'enfans prescrit par les lois, le service militaire, une extrème pauvreté, & autres cas extraordinaires qui mettroient un homme hors d'état de remplir la charge à laquelle il seroit nommé.
Les indignes & personnes notées d'infamie, sont exclus des charges municipales, sur-tout de celles auxquelles il y a quelque marque d'honneur attachée. Loyseau, traité des charges municipales sous le titre d'offices des villes, voyez liv. V. ch. vij. A son imitation nous en parlerons aussi au mot OFFICES MUNICIPAUX. Voyez les lois civiles, tr. du droit public, liv. I. tit. xvj. sect. 4.
CHARGES & OFFICES. Ces mots qui dans l'usage vulgaire paroissent synonymes, ne le sont cependant pas à parler exactement ; l'étymologie du mot charge pris pour office, vient de ce que chez les Romains toutes les fonctions publiques étoient appellées d'un nom commun munera publica ; mais il n'y avoit point alors d'offices en titre, toutes ces fonctions n'étoient que par commission, & ces commissions étoient annales. Entre les commissions on distinguoit celles qui attribuoient quelque portion de la puissance publique ou quelque dignité, de celles qui n'attribuoient qu'une simple fonction, sans aucune puissance ni honneur : c'est à ces dernieres que l'on appliquoit singulierement le titre de munera publica, quasi onera ; & c'est en ce sens que nous avons appellé charges en notre langue, toutes les fonctions publiques & privées qui ont paru onéreuses, comme la tutele, les charges de police, les charges municipales. On a aussi donné aux offices le nom de charges, mais improprement : & Loyseau, en son savant traité des offices, n'adopte point cette dénomination. Quelques-uns prétendent que l'on doit distinguer entre les charges & offices ; que les charges sont les places ou commissions vénales, & les offices celles qui ne le sont pas : mais dans l'usage présent on confond presque toûjours ces termes charges & offices, quoique le terme d'office soit le seul propre pour exprimer ce que nous entendons par un état érigé en titre d'office, soit vénal ou non vénal. Voyez ci-après OFFICE.
CHARGES DE POLICE, sont certaines fonctions que chacun est obligé de remplir pour le bon ordre & la police des villes & bourgs, comme de faire balayer & arroser les rues au-devant de sa maison, faire allumer les lanternes, &c. On stipule ordinairement par les baux, que les principaux locataires seront tenus d'acquiter ces sortes de charges.
CHARGES PUBLIQUES : on comprend sous ce terme quatre sortes de charges ; savoir, 1°. les impositions qui sont établies pour les besoins de l'état, & qui se payent par tous les sujets du Roi : ces sortes de charges sont la plûpart annuelles, telles que la taille, la capitation, &c. quelques-unes sont extraordinaires, & seulement pour un tems, telles que le dixieme, vingtieme, cinquantieme : on peut aussi mettre dans cette classe l'obligation de servir au ban ou arriere-ban, ou dans la milice ; le devoir de guet & de garde, &c. 2°. certaines charges locales communes aux habitans d'un certain pays seulement, telles que les réparations d'un pont, d'une chaussée, d'un chemin, de la nef d'une église paroissiale, d'un presbytere, le curage d'une riviere, d'un fossé ou vuidange, nécessaire pour l'écoulement des eaux de tout un canton : 3°. les charges de police, telles que l'obligation de faire balayer les rues, chacun au-devant de sa maison, ou de les arroser dans les chaleurs, d'allumer les lanternes, la fonction de collecteur, celle de commissaire des pauvres, de marguillier, le devoir de guet & de garde, le logement des gens de guerre : on pourroit aussi comprendre dans cette classe la fonction de prevôt des marchands, celle d'échevin, & autres semblables, mais que l'on connoît mieux sous le titre de charges municipales : 4°. on appelle aussi charges publiques, certains engagemens que chacun est obligé de remplir dans sa famille, comme l'acceptation de la tutele ou curatelle de ses parens, voisins, & amis.
Chacun peut être contraint par exécution de ses biens d'acquiter toutes ces différentes charges, lorsqu'il y a lieu, sous peine même d'amende pécuniaire pour certaines charges de police, telles que celles de faire balayer ou arroser les rues, allumer les lanternes.
CHARGES REELLES ou FONCIERES, sont celles qui sont imposées en la tradition d'un fonds, & qui suivent la chose en quelques mains qu'elle passe. Voyez ci-devant CHARGES FONCIERES ; & Loyseau, tr. du déguerpissement.
CHARGES D'UNE SUCCESSION, DONATION ou TESTAMENT, (Jurisp.) sont les obligations imposées à l'héritier, donataire, ou légataire, les sommes ou autres choses dûes sur les biens, & qu'il doit acquiter, comme de payer les dettes, acquiter les fondations faites par le donateur ou testateur, faire délivrance des legs universels ou particuliers ; comme aussi l'obligation de supporter ou acquiter un doüaire, don mutuel, ou autre usufruit, de payer une rente viagere, souffrir une servitude en faveur d'une tierce personne, & autres engagemens de différente nature, plus ou moins étendus, selon les conditions imposées par le donateur ou testateur, ou les droits & actions qui se trouvent à prendre sur les biens de la succession, donation, ou testament. Comme il y a des charges pour la succession en général, il y en a aussi de communes à l'héritier, & au légataire ou donataire universel, telles que les dettes, auxquelles chacun d'eux contribue à proportion de l'émolument. Il y a aussi des charges propres au donataire & légataire particulier ; ce qui dépend des droits qui se trouvent affectés sur les biens donnés ou légués, & des conditions imposées par le donateur ou testateur.
CHARGES UNIVERSELLES, sont celles qui affectent toute une masse de biens, & non pas une certaine chose en particulier ; telles sont les dettes d'une succession, qui affectent toute la masse des biens, de maniere qu'il n'est point censé y avoir aucun bien dans la succession que toutes ces charges ne soient déduites. Loyseau, tr. du déguerpissement, liv. I. ch. xj. & liv. IV. & VI. traite au long de la nature de ces charges universelles, & explique en quoi elles different des rentes foncieres. (A)
* CHARGE, (Arts méchan. Comm. &c.) On donne ce nom à différentes fonctions honorables auxquelles on éleve certains particuliers dans les corps & communautés de marchands & d'artisans. Voyez aux articles GRAND-JUGE, JURE, SYNDIC, DOYEN, CONSUL, &c. les prérogatives de ces charges.
CHARGE, terme d'Architecture ; c'est une maçonnerie d'une épaisseur réglée, qu'on met sur les solives & ais d'entrevous, ou sur le hourdi d'un plancher, pour recevoir l'aire de plâtre ou le carreau. Voyez AIRE. (P)
CHARGE, terme d'Architecture ; c'est, selon la coûtume de Paris, art. 197. l'obligation de payer de la part de celui qui bâtit sur & contre un mur mitoyen pour sa convenance, de six toises une, lorsqu'il éleve le mur de dix piés au-dessus du rez-de-chaussée, & qu'il approfondit les fondations au-dessous de quatre piés du sol. (P)
CHARGE, en terme d'Artillerie, est ordinairement la quantité de poudre que l'on introduit dans un canon, un fusil ou un mortier ; &c. pour en chasser le boulet, la balle ou la bombe. Voyez CANON, MORTIER & FUSIL.
On charge le canon en introduisant d'abord au fond de l'ame de la piece une quantité de poudre du poids du tiers ou de la moitié de la pesanteur du boulet : elle se met avec un instrument appellé lanterne. Voyez LANTERNE. C'est une espece de cuillere de cuivre rouge, montée sur un long bâton, qu'on nomme hampe. On met sur la poudre un bouchon de foin qu'on presse ou refoule fortement avec le refouloir. Sur ce foin on pose immédiatement le boulet ; & pour qu'il y soit arrêté fixement, on le couvre d'un autre bouchon de foin bien bourré, ou refoulé avec le refouloir. On remplit ensuite de poudre la lumiere de la piece, & on en met une petite traînée sur sa partie supérieure, qu'on fait communiquer avec celle de la lumiere. L'objet de cette traînée est d'empêcher que l'effort de la poudre & de la lumiere, en agissant immédiatement sur l'instrument avec lequel on met le feu à la piece, ne le fasse sauter des mains de celui qui est chargé de cette opération : inconvénient que l'on évite en mettant le feu à l'extrémité de la traînée. Dans les nouvelles pieces, pour empêcher que le vent ne chasse ou enleve cette traînée, on pratique une espece de rigole ou petit canal d'une ligne de profondeur & de six de largeur ; il s'étend depuis la lumiere de la piece jusqu'à l'écu des armes du Roi. On prétend que M. du Brocard, tué à la bataille de Fontenoy où il commandoit l'artillerie, est l'auteur de cette petite addition au canon.
Le canon étant dirigé vers l'endroit où on veut faire porter le boulet, on met le feu à la traînée de poudre ; elle le communique à celle de la lumiere, & celle-ci à la poudre dont le canon est chargé : cette poudre, en s'enflammant, fait effort en se raréfiant pour s'échapper ou sortir de la piece ; & comme le boulet lui oppose une moindre résistance que les parois de l'ame du canon, elle le pousse devant elle avec toute la force dont elle est capable, & elle lui donne ainsi ce mouvement violent & promt dont tout le monde connoît les effets.
Nos anciens artilleurs pensoient qu'en chargeant beaucoup les pieces, on faisoit aller le boulet plus loin ; & leur usage étoit de les charger du poids des deux tiers, & même de celui du boulet entier, pour lui donner le mouvement le plus violent.
Mais on a reconnu depuis, du moins en France, que la moitié ou le tiers de la pesanteur du boulet étoit la charge de poudre la plus convenable pour le canon.
Si toute la poudre dont le canon est chargé pouvoit prendre feu dans le même instant, il est clair que plus il y en auroit, & plus elle imprimeroit de force au boulet : mais quoique le tems de son inflammation soit fort court, on peut le concevoir partagé en plusieurs instans : dès le premier la poudre commence à se dilater, & à pousser le boulet devant elle ; & si elle a assez de force pour le chasser du canon avant qu'elle soit entierement enflammée, ce qui s'enflamme ou se brûle ensuite ne produit absolument aucun effet sur le boulet. Ainsi une charge d'une force extraordinaire n'augmente point le mouvement du boulet, & le canon doit seulement être chargé de la quantité de poudre qui peut s'enflammer pendant que le boulet parcourt la longueur de l'ame du canon. On ne peut déterminer cette quantité que par l'expérience ; encore ne peut-elle même la donner avec une exacte précision, à cause de la variation de la force de la poudre, dont les effets, quoique produits avec des quantités égales de la même poudre, ont souvent des différences assez sensibles : c'est pourquoi on ne doit regarder les expériences faites à cette occasion, que comme des moyens de connoître à-peu-près la quantité de poudre qu'on veut fixer. Suivant les expériences des écoles de la Fere, faites au mois d'Octobre 1739, les pieces de vingt-quatre, de seize, de douze, & de huit, doivent seulement être chargées du tiers de la pesanteur du boulet, pour qu'il fasse le plus grand effet dont il est capable ; ou bien des pieces de vingt-quatre, de neuf livres de poudre ; celles de seize, de six livres ; celles de douze, de cinq livres ; & celles de huit, de trois livres ; de plus fortes charges n'ont point augmenté l'étendue des portées. A l'égard de la piece de quatre, sa véritable charge a été trouvée de deux livres, c'est-à-dire la moitié du poids de son boulet. Tr. d'Artill. par M. Leblond.
Pour charger une piece de canon, il faut deux canonniers, dont l'un soit à la droite de la piece, & l'autre à la gauche : il faut de plus six soldats.
Le canonnier porté à la droite de la piece doit avoir un fourniment toûjours rempli de poudre, avec deux dégorgeoirs : c'est à lui d'amorcer la piece, & d'introduire la poudre dans l'ame du canon pour le charger. Celui de la gauche a soin d'avoir de la poudre dans un sac de cuir, qu'il met dans la lanterne que tient son camarade, après quoi il met le sac à l'abri du feu : il a soin que son boutefeu soit toûjours en état de mettre le feu à la piece au premier commandement.
Les six soldats sont aussi partagés à la droite & à la gauche de la piece, c'est-à-dire qu'il y en a trois de chaque côté, dont les deux premiers ont soin de refouler & écouvillonner la piece : le refouloir & l'écouvillon doivent être mis à gauche, & la lanterne à droite. Après avoir refoulé huit ou dix coups sur le fourrage de la poudre, & quatre sur celui du boulet, ils prennent chacun un levier pour passer dans les rais du devant de la roue, les bouts desquels passent sous la tête de l'affut pour faire tourner les roues, en pesant à l'autre bout du levier du côté de l'embrasure.
Le second soldat de la droite doit avoir soin de faire provision de fourrage, & d'en mettre des bouchons sur la poudre & sur le boulet : son camarade de la gauche doit faire provision de boulets, & chaque fois qu'on veut charger la piece, en apporter un dans le tems qu'on refoule la poudre de la charge : ensuite ils prennent ensemble chacun un levier, qu'ils passent sous le derriere de la roue pour la pousser en batterie.
Les deux autres soldats avec leurs leviers doivent être au côté du bout de l'affut, pour le détourner à droite ou à gauche, suivant l'ordre de l'officier pointeur ; & dans cet état ils doivent la pousser tous ensemble en batterie. Le dernier soldat de la gauche doit encore avoir soin de boucher la lumiere avec le doigt pendant qu'on charge la piece.
Le canonnier de la droite doit avoir un levier prêt pour arrêter la piece au bout de son recul, en la traversant sous le devant des roues, pour empêcher qu'elle ne retourne en batterie avant que d'être rechargée.
RECAPITULATION des différentes fonctions des Canonniers & soldats servant une piece de 24.
Mémoires d'Artillerie de Saint-Remy, troisieme édition.
Pour mettre le canon, après qu'il est chargé, dans la situation convenable, afin que le boulet porte dans l'endroit désigné, voyez POINTER. (Q)
* CHARGE, (Forges) c'est la quantité de mines, de charbon & de fondans qu'on jette à chaque fois dans le fourneau. Voyez l'article FORGE.
CHARGE, se dit, en Hydraulique, de l'action entiere d'un volume d'eau considéré eu égard à sa base & à sa hauteur, & renfermé dans un reservoir ou dans un canal, sous une conduite d'eau. Voyez JET-D'EAU. (K)
CHARGE d'un appui, voyez APPUI & LEVIER.
CHARGE, en termes de Maréchallerie, est un cataplasme, appareil, ou onguent fait de miel, de graisse, & de térébenthine ; on l'appelle alors emmiellure : quand on y ajoûte la lie de vin & autres drogues, on l'appelle remolade. Ces deux especes de cataplasmes servent à guérir les foulures, les enflûres, & les autres maladies des chevaux qui proviennent de quelque travail considérable, ou de quelque effort violent. On applique ces cataplasmes sur les parties offensées, ou on les en frotte. Les Maréchaux confondent les noms de charge, d'emmiellure & de remolade, & les prennent l'un pour l'autre.
* CHARGE, (Peinture & Belles-Lettr.) c'est la représentation sur la toile ou le papier, par le moyen des couleurs, d'une personne, d'une action, ou plus généralement d'un sujet, dans laquelle la vérité & la ressemblance exactes ne sont altérées que par l'excès du ridicule. L'art consiste à démêler le vice réel ou d'opinion qui étoit déjà dans quelque partie, & à le porter par l'expression jusqu'à ce point d'exagération où l'on reconnoît encore la chose, & au-delà duquel on ne la reconnoîtroit plus ; alors la charge est la plus forte qu'il soit possible. Depuis Léonard de Vinci jusqu'aujourd'hui, les Peintres se sont livrés à cette espece de peinture satyrique & burlesque ; mais il y en a peu qui y ayent montré plus de talent que le chevalier Guichi, peintre romain, encore aujourd'hui dans sa vigueur.
La Prose & la Poésie ont leurs charges, comme la Peinture ; & il n'est pas moins important dans un écrit que dans un tableau, qu'il soit évident qu'on s'est proposé de faire une charge, & que la charge ne rende pas toutefois l'objet méconnoissable. Il n'est pas nécessaire de justifier la seconde de ces conditions : quant à la premiere, si vous chargez, & qu'il ne soit pas évident que vous en avez eu le dessein, l'être auquel on compare votre description n'étant plus celui que vous avez pris pour modele, votre ouvrage reste sans effet. Le plus court seroit de ne jamais charger, soit en peinture, soit en Littérature. Un objet peint & décrit frappera toûjours assez, si l'on sait le montrer tel qu'il est, & faire sortir tout ce que la nature y a mis.
Je ne sais même si une charge n'est pas plus propre à consoler l'amour propre, qu'à le mortifier. Si vous exagérez mon défaut, vous m'inclinez à croire qu'il faudroit qu'il fût porté en moi jusqu'au point où vous l'avez représenté, soit dans votre écrit, soit dans votre tableau, pour être vraiment repréhensible ; ou je ne me reconnois point aux traits que vous avez employés, ou l'excès que j'y remarque m'excuse à mes yeux. Tel a ri d'une charge dont il étoit le sujet, à qui une peinture de lui-même plus voisine de la nature eût fait détourner la vûe, ou peut-être verser des larmes. Voyez CARICATURE & COMEDIE.
CHARGE, (Rubann.) se dit des pierres qui s'attachent aux cordes des contre-poids. Voyez CONTRE-POIDS.
* CHARGE, (Véner.) c'est la quantité de poudre & de plomb que le chasseur employe pour un coup. Cette quantité doit être proportionnée à la force de l'arme, l'espece de gibier, & à la distance à laquelle on est quelquefois contraint de tirer.
CHARGE, en terme de Blason, se dit de tout ce que l'on rapporte sur l'écusson ; animaux, végétaux ou autre objet. Voyez ÉCUSSON, &c.
Un trop grand nombre de charges n'est pas réputé si honorable qu'un plus petit.
Les charges qui sont propres à l'art du Blason, comme la croix, le chef, la face en pal, s'appellent charges propres, & souvent pieces ordinaires.
Quelques auteurs restraignent le terme de charges aux additions ou récompenses d'honneur ; telles que les cantons, les quartiers, les girons, les flasques, &c.
CHARGE, (Commerce) mesure pour les grains usitée dans la Provence & en Candie. La charge de Marseille, d'Arles & de Candie, qui pese 300 liv. poids de Marseille, d'Arles & de Candie, & 243 liv. poids de marc, est composée de quatre émines qui se divisent en huit sivadieres ; l'émine pese 75. liv. poids du lieu, ou 60 liv. un peu plus, poids du marc ; la sivadiere pese 9 liv. un peu plus, poids de Marseille, ou 7 liv. un peu plus, poids de marc. La charge ou mesure de Toulon fait trois septiers de ce lieu, le septier une mine & demie, & trois de ces mines font le septier de Paris. (A)
CHARGE, mesure d'épiceries à Venise, pese 400 livres du pays, & revient à 240 de Paris, & à 298 liv. & un peu plus de huit onces de Marseille.
CHARGE, mesure des galles, cotons, &c. pese 300 liv. du pays.
Il y a encore des charges mesures de différens poids & de différentes matieres. Exemple : celle d'Anvers est de 242. liv. de Paris ; celle de Nantes, de 300 liv. nantoises, &c. Voyez le dictionn. du Comm. La charge de plomb est de 36 saumons. Voyez SAUMONS & PLOMB.
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| CHARGEMENT | S. m. est synonyme tantôt à charge, tantôt à cargaison, & s'applique indistinctement dans le commerce de mer, soit à tout ce qui est contenu dans un bâtiment, soit aux seules marchandises. Voyez CARGAISON. (Z)
CHARGEMENT, police de chargement, voyez POLICE.
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| CHARGEOIR | S. m. (Manufact. de salpet.) espece de selle à trois piés d'usage dans les atteliers de Salpétrier, sur laquelle on place la hotte quand il s'agit de charger. Voyez les art. CHARGER & SALPETRE. Cette hotte à charger s'appelle bachou ; elle est faite de douves de bois assemblées comme aux tonneaux, plus large par en-haut que par em-bas, arrondie d'un côté, plate de l'autre ; c'est au côté plat que sont les brassieres qui servent à porter cette hotte.
CHARGEOIR, terme de Canonnier. Voyez CHARGE, Art. milit. & CHARGER.
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| CHARGER | v. act. (Gramm.) c'est donner un poids à soûtenir ; & comme les termes poids, charge, &c. se prennent au simple & au figuré, il en est de même du verbe charger. Il a donc une infinité d'acceptions différentes dans les Sciences, les Arts & les Métiers. En voici des exemples dans les articles suivans.
CHARGER, (Jurisp.) en matiere criminelle signifie accuser quelqu'un, ou déposer contre celui qui est déjà accusé. On dit, par exemple, en parlant de l'accusé, qu'il y a plusieurs témoins qui le chargent, c'est-à-dire qui déposent contre lui dans les informations : c'est de-là que les informations sont aussi appellées charges. Voyez CHARGES ET INFORMATIONS. (A)
CHARGER, (Marine) se dit d'un vaisseau ; c'est le remplir d'autant de marchandises qu'il en peut porter. Si ces marchandises sont recueillies de différens marchands, on dit charger à cueillette sur l'Océan, & au quintal sur la Méditerranée ; & sur l'une & l'autre mer, au tonneau. Si les marchandises sont jettées en tas à fond de cale, on dit charger en grenier.
CHARGER A LA COTE, (Marine) vaisseau chargé à la côte, vent qui charge à la côte, se dit d'un vaisseau que le vent ou le gros tems pousse vers la côte, de laquelle il ne peut pas s'éloigner, quoiqu'il fasse ses efforts pour s'élever, c'est-à-dire gagner la pleine mer. (Z)
CHARGER a encore d'autres acceptions dans le Commerce. Se charger de marchandises, c'est en prendre beaucoup dans les magasins ; charger ses livres, c'est y porter la recette & la dépense ; charger d'une affaire, d'un achat, d'une commission, &c. s'entendent assez.
CHARGER un canon ou une autre arme à feu, c'est y mettre la poudre, le boulet ou la cartouche, &c. pour la tirer. Voyez CHARGE. (Q)
CHARGER, en termes d'Argenteur, c'est poser l'argent sur la piece, & l'y appuyer au linge avant de le brunir.
CHARGER, en termes de Blondier, c'est l'action de dévider la soie apprêtée de dessus les bobines sur les fuseaux. Voyez FUSEAU.
CHARGER LA TOURAILLE, chez les Brasseurs, c'est porter le grain germé sur la touraille pour sécher. Voyez BRASSERIE.
CHARGER LES BROCHES, chez les Chandeliers, c'est arranger sur les baguettes à chandelle la quantité de meches nécessaires. Voyez l'article CHANDELIER.
* CHARGER, chez les Mégissiers, les Corroyeurs, &c. c'est appliquer quelques ingrédiens aux cuirs, peaux, dans le cours de leur préparation ; & comme l'ouvrage est ordinairement d'autant meilleur qu'il a pris ou qu'on lui a donné une plus forte dose de l'ingrédient, on dit charger. Ainsi les Corroyeurs chargent de suif ou graisse. Voyez à DOREUR, à TEINTURE, &c. les autres acceptions de ce terme, qu'on n'employe guere quand l'ingrédient dont on charge veut être ménagé pour la meilleure façon de l'ouvrage.
* CHARGER, a deux acceptions chez les Doreurs, soit en bois, soit sur métaux : c'est ou appliquer de l'or aux endroits d'une piece qui en exigent, & où il n'y en a point encore ; ou fortifier celui qu'on y a déjà appliqué, mais qui y est trop foible. Voyez DORER.
* CHARGER, v. act. c'est, dans les grosses forges, jetter à-la-fois dans le fourneau une certaine quantité de mine, de charbon, & de fondans. V. FORGES.
CHARGER, (Jardinage) se dit d'un arbre, lorsqu'il rapporte beaucoup de fruit ; ce qui vient sans-doute de ce que cette production, quand elle est très-abondante, pese sur ses branches au point de les rompre. On dit encore qu'un arbre charge tous les ans, quand il donne du fruit toutes les années. (K)
* CHARGER LA GLACE ; c'est, chez les Miroitiers, placer des poids sur la surface d'une glace nouvellement mise au teint, pour en faire écouler le vif-argent superflu, & occasionner par-tout un contact de parties, soit de la petite couche de vif-argent contre la glace soit de la feuille mince d'étain contre cette couche, en conséquence duquel tout y demeure appliqué. Voyez l'article GLACE.
* CHARGER (Salpetr.) se dit, dans les atteliers de salpetre, de l'action de mettre dans les cuviers le salpetre, la cendre & l'eau, comme il convient, pour la préparation du salpetre.
CHARGER, terme de Serrurier & de Taillandier, c'est, lorsque le fer est trop menu, appliquer dessus des mises d'autre fer, pour le rendre plus fort.
* CHARGER LE MOULIN, (Soierie) c'est disposer la soie sur les fuseaux de cette machine, pour y recevoir les différens apprêts qu'elle est propre à lui donner. Voyez SOIE.
* CHARGER, en Teinture, se dit d'une cuve & d'une couleur ; d'une cuve, c'est y mettre de l'eau & les autres ingrédiens nécessaires à l'art ; d'une couleur, la trouver chargée, c'est l'accuser d'être trop brune, trop foncée, & de manquer d'éclat. Voyez TEINTURE.
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| CHARGEUR | S. m. (Commerce) est celui à qui appartiennent les marchandises dont un vaisseau est chargé. (G)
* CHARGEUR, (Commerce de bois) c'est l'officier de ville qui veille sur les chantiers, à ce que le bois soit mesuré, soit dans la membrure, soit à la chaîne, selon la qualité, & qu'il y soit bien mesuré.
CHARGEUR (Artillerie) Voyez CHARGE.
* CHARGEUR, (Architecture, Econom. rust. & art méchan.) c'est un ouvrier dont la fonction est de distribuer à d'autres des charges ou fardeaux.
* CHARGEUR ; c'est le nom qu'on donne dans les grosses forges aux ouvriers dont la fonction est d'entretenir le fourneau toûjours en fonte, en y jettant, dans des tems marqués, les quantités convenables de mine, de charbon, & de fondans. Voyez GROSSES FORGES.
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| CHARGEURE | S. f. terme de Blason. On s'en sert pour exprimer des pieces qui sont placées sur d'autres. (V)
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| CHARIAGE | S. m. (Commerce) a deux acceptions ; il se dit 1°. de l'action de transporter des marchandises sur un chariot ; ce chariage est long : 2°. du salaire du voiturier ; son chariage lui a valu 50 écus.
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| CHARIDOTES | S. m. (Mythologie) surnom sous lequel Mercure étoit adoré dans l'île de Samos. Voici une anecdote singuliere de son culte. Le jour de sa fête, tandis qu'on étoit occupé à lui faire des sacrifices, les Samiens voloient impunément tout ce qu'ils rencontroient ; & cela en mémoire de ce que leurs ancêtres, vaincus & dispersés par des ennemis, avoient été réduit à ne vivre pendant dix ans que de rapines & de brigandages ; ou plûtôt à l'exemple du dieu, qui passoit pour le patron des voleurs. Ce trait seul suffiroit, si l'antiquité ne nous en offroit pas une infinité d'autres, pour prouver combien il est essentiel que les hommes ayent des idées justes de la divinité. Si la superstition éleve sur des autels un Jupiter vindicatif, jaloux, sophiste, colere, aimant la supercherie, & encourageant les hommes au vol, au parjure, à la trahison, &c. je ne doute point qu'à l'aide des imposteurs & des poëtes, le peuple n'admire bientôt toutes ces imperfections, & n'y prenne du penchant ; car il est aisé de métamorphoser les vices en vertus, quand on croit les reconnoître dans un être sur lequel on ne leve les yeux qu'avec vénération. Tel fut aussi l'effet des histoires scandaleuses que la théologie payenne attribuoit à ses dieux. Dans Térence, un jeune libertin s'excuse d'une action infâme par l'exemple de Jupiter. " Quoi, se dit-il à lui-même, un dieu n'a pas dédaigné de se changer en homme, & de se glisser le long des tuiles dans la chambre d'une jeune fille ? & quel dieu encore ? celui qui ébranle le ciel de son tonnerre ; & moi, mortel chétif, j'aurois des scrupules ? je craindrois d'en faire autant ? ego vero illud feci, & lubens ". Pétrone reproche au sénat qu'en tenant la justice des dieux par des présens, il sembloit annoncer au peuple qu'il n'y avoit rien qu'il ne pût faire pour ce métal précieux. Ipse senatus recti bonique praeceptor, mille pondo auri capitolio promittere solet, ne quis dubitet pecuniam concupiscere, Jovem peculio exorat.
Platon chassoit les poëtes de sa république ; sans-doute parce que l'art de feindre dont ils faisoient profession, ne respectant ni les dieux, ni les hommes, ni la nature, il n'y avoit point d'auteurs plus propres à en imposer aux peuples sur les choses dont la connoissance ne pouvoit être fausse, sans que les moeurs n'en fussent altérées.
C'est le Christianisme qui a banni tous ces faux dieux & tous ces mauvais exemples, pour en présenter un autre aux hommes, qui les rendra d'autant plus saints, qu'ils en seront de plus parfaits imitateurs.
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| CHARILES | S. f. plur. (Mythologie) fêtes instituées en l'honneur d'une jeune delphienne qui se pendit de desespoir d'avoir été séduite par un roi de Delphes. Elle s'appelloit Charile, & les fêtes prirent le même nom ; le roi de Delphes y assistoit, présidoit à toute la cérémonie, dont une des principales consistoit à enterrer la statue de Charile au même endroit où elle avoit été inhumée. Les Thyades, prêtresses de Bacchus, étoient chargées de cette derniere fonction.
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| CHARIOT | S. m. (Hist. mod.) est une sorte de voiture très-connue, & dont l'usage est ordinaire. Voy. CHAR, TIRAGE, TRAINEAU, &c.
Il y a plusieurs sortes de chariots, suivant les usages différens auxquels on les destine.
Plus les roues du chariot sont grandes & ont de circonférence, plus le mouvement en est doux ; & plus elles sont petites & pesantes, plus il est rude & donne des secousses. En effet, on peut regarder la roue d'un chariot comme une espece de levier, dont le point d'appui est sur le terrein. Le moyeu ou centre de la roue décrit à chaque instant un petit arc de cercle autour de ce point d'appui : or ce petit arc, toutes choses d'ailleurs égales, est d'autant plus courbe que le rayon en est plus petit ; donc le chemin du chariot sera d'autant plus courbe & plus inégal que le rayon de la roue sera plus petit. Il y a donc de l'avantage à donner aux roues un grand rayon, lorsqu'on veut que les chariots soient doux & ne cahotent point ; mais d'un autre côté, plus un chariot est élevé, plus il est sujet à verser, parce que le centre de gravité a un espace moins courbe à décrire pour sortir de la base. Voyez CENTRE DE GRAVITE. Delà il résulte qu'il faut donner aux roues des chariots une grandeur moyenne, pour éviter le plus qu'il est possible ces deux inconvéniens. C'est à l'expérience à déterminer cette grandeur.
M. Couplet nous a donné, dans les mém. de l'académie de 1733, des réflexions sur les charrois, les traîneaux, & le tirage des chevaux. Voyez ce mémoire & TIRAGE. Voici, ce me semble, un principe assez simple pour déterminer en général l'effort de la puissance. On peut regarder la roue comme un levier dont le point d'appui est l'extrémité inférieure qui appuie sur le terrein. Le centre ou moyeu de ce levier peut se mouvoir horisontalement en décrivant à chaque instant autour du point d'appui un petit arc circulaire qu'on peut prendre pour une ligne droite. Le chariot participe à ce mouvement progressif, & il a de plus, ou du moins il peut avoir un mouvement de rotation autour de l'axe qui passe par le centre ou moyeu de la roue. La question se réduit donc à celle-ci : soit (fig. 3. Méchan. n°. 4.) un levier ABC, fixe en A, & brisé en B, ensorte que la partie CB puisse tourner autour de C. Il est visible que A B représentera le rayon de la roue, B le moyeu, & B C le chariot : il s'agit de savoir quel mouvement la puissance P, agissant suivant P O, communiquera au corps ABC.
Soit A B = a, B C = b, B O = c, x le mouvement de rotation du point B autour de A, y le mouvement de rotation du point C autour de B : on aura pour la force totale ou quantité de mouvement du chariot BC, (abstraction faite de la quantité de mouvement de la roue, que nous négligeons ici) C B X x + C B X y/2 & cette quantité doit être = à P. De plus, la somme des momens de tous les points du chariot B C, par rapport au point A, doit être égale au moment de la puissance P, par rapport au même point. (Voyez DYNAMIQUE, LEVIER, ÉQUILIBRE, CENTRE DE GRAVITE.) Or, un point quelconque du chariot, dont la distance au point C seroit z, auroit pour quantité de mouvement (x + y z/b) d z ; & pour moment (x + y z/b) d z X (z + a), dont l'intégrale est x b b/2 + x a b + y b3/3 b + y a b2/2 b : faisant donc cette quantité égale au moment P x (B O + BA), on aura les deux équations :
P = b x + b y/2,
P c + P a = b b x/2 + x a b + y b3/3 b + y a b2/2 b
par le moyen desquelles on trouvera facilement les inconnues x & y (O)
* CHARIOT. (Hist. anc.) Les chariots sont d'un tems fort reculé ; les histoires les plus anciennes font mention de cette voiture ; les Romains en avoient un grand nombre de différentes sortes : le chariot à deux roues, appelé birotum ou birota : ceux sur lesquels on promenoit les images des dieux, thensae : le carpentum à l'usage des matrones & des impératrices ; il étoit à deux roues, & étoit tiré par des mules : la carruque, le pilentum, la rheda, le clavulare, le covinus, la benna, le ploxenum, la sirpea stercoraria, le plaustrum, l'essedum, &c. qu'on trouvera à leurs articles, quand on saura sur ces voitures quelque chose de plus que le nom.
La plûpart, telles que les essedes & les petorrita, étoient construites avec magnificence. Pline parlant du point où le luxe avoit été porté de ce côté, dit, On blanchit le cuivre au feu ; on le fait devenir si brillant qu'on a peine à le distinguer de l'argent ; on l'émaille & on en orne les chariots. Voyez CHAR.
CHARIOT, en Astronomie. Le grand chariot est une constellation qu'on appelle aussi la grande ourse. Voy. GRANDE OURSE. (O)
CHARIOT, (PETIT) en Astronomie. Ce sont sept étoiles dans la constellation de la petite ourse. Voyez PETITE OURSE. (O)
CHARIOT, en bâtiment, est une espece de petite charrette, sans aridelles ou élévations aux côtés, montée sur de très-petites roues, avec un timon fort long dans lequel, de distance en distance, sont passés des petits bâtons en maniere d'échelons, pour attacher des bretelles, & tirer à plusieurs hommes les pierres taillées, pour les transporter du chantier au bâtiment. (P)
CHARIOT A CANON, c'est un chariot qui sert uniquement à porter le corps d'une piece de canon. Il consiste en une fleche, deux brancards, deux essieux, quatre roues et deux limonieres. (Q)
CHARIOT ou CARROSSE, (Corderie) assemblage de charpente qui sert à supporter & à conduire le toupin. Il y a des chariots qui ont des roues, & d'autres qui sont en traîneaux. Voyez l'article CORDERIE.
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| CHARISIES | S. f. pl. (Mythologie) fêtes instituées en l'honneur des Graces que les Grecs nommoient Charites. Une des particularités de ces fêtes, c'étoit de danser pendant toute la nuit ; celui qui résistoit le plus long-tems à cette fatigue & au sommeil, obtenoit pour prix un gâteau de miel & d'autres friandises que l'on nommoit charisia.
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| CHARISTERIES | S. m. pl. (Hist. anc. & Mytholog.) c'étoit des fêtes qui se célébroient à Athenes le 12 du mois de Boëdromion, en mémoire de la liberté que Thrasibule avoit rendue aux Athéniens, en chassant les trente tyrans. On nommoit en Grece ces fêtes, , charisteria libertatis.
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| CHARISTICAIRE | S. m. (Hist. ecclés.) commendataires ou donataires, à qui on avoit accordé par une formule particuliere que Jean d'Antioche a conservée, la joüissance des revenus des hôpitaux & monasteres, tant d'hommes que de femmes. Ces concessions injustes se sont faites indistinctement à des ecclésiastiques, à des laïcs, & même à des personnes mariées : on les a quelquefois assûrées sur deux têtes. On en transporte l'origine jusqu'au tems de Constantin Copronyme. Il paroît que les empereurs & les patriarches de l'église greque, dans l'intention de réparer & de conserver les monasteres, continuerent une dignité que la haine de Copronyme avoit instituée dans le dessein de les détruire, mais que les successeurs des premiers charisticaires, mieux autorisés dans la perception des revenus monastiques, n'en furent pas toûjours plus équitables dans leur administration. Il est singulier qu'on ait crû que le même moyen pourroit servir à deux fins entierement opposées, & que les revenus des moines seroient mieux entre les mains des étrangers qu'entre les leurs. Voyez Bingh. antiq. Hist. eccles. Eccles. graec. monum. cont.
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| CHARISTIES | S. f. pl. (Mythologie) fêtes que les Romains célébroient le 19 Février en l'honneur de la déesse Concorde. On se visitoit pendant ces fêtes ; on se donnoit des repas ; on se faisoit des présens ; les amis divisés se reconcilioient : une particularité de ces repas, c'est qu'on n'y admettoit aucun étranger. Il semble qu'il se soit conservé quelques vestiges des charisties dans nos repas & festins de familles, qui ne sont jamais si fréquens qu'à-peu-près dans le même tems où ces fêtes étoient célébrées par les Romains.
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| CHARITATIF | adj. (Jurispr.) ce terme de droit canonique, ne se dit point seul, mais est ordinairement joint avec le terme de don ou de subside. Il signifie une contribution modérée que les canons permettent à l'évêque de lever sur ses diocésains en cas d'urgente nécessité ; par exemple si ses revenus ne lui fournissent pas de quoi faire la dépense nécessaire pour assister à un concile auquel il est appellé. (A)
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| CHARITÉ | S. f. (Théologie) on la définit une vertu théologale, par laquelle nous aimons Dieu de tout notre coeur, & notre prochain comme nous-mêmes. Ainsi la charité a deux objets matériels, Dieu & le prochain. Voyez OBJET & MATERIEL.
La question de la charité ou de l'amour de Dieu, a excité bien des disputes dans les écoles. Les uns ont prétendu qu'il n'y avoit de véritable amour de Dieu que la charité ; & que toute action qui n'est pas faite par ce motif, est un péché.
D'autres plus catholiques, qui n'admettent pareillement d'amour de Dieu que celui de charité, mais qui ne taxent point de péchés les actions faites par d'autres motifs, demandent si cette charité suppose, ou ne suppose point de retour vers soi. Alors ils se partagent, les uns admettent ce retour, les autres le rejettent.
Ceux qui l'admettent distinguent la charité en parfaite & en imparfaite. La parfaite, selon eux, ne differe de l'imparfaite que par l'intensité des degrés, & non par la diversité des motifs, comme le pensent leurs adversaires. Ils citent en faveur de leurs sentimens ce passage de saint Paul, cupio dissolvi & esse cum Christo, où le desir de la possession est joint à la charité la plus vive.
Les uns & les autres traitent d'erreur le rigorisme de ceux dont nous avons parlé d'abord, qui sont des péchés de toute action qui n'a pas le motif de charité ; & ils enseignent dans l'église, que les actions faites par le motif de la foi, de l'espérance ou de la crainte de Dieu, loin d'être des péchés, sont des oeuvres méritoires : ils vont plus loin ; celles qui n'ont même pour principe que la vertu morale, sont bonnes & loüables selon eux, quoique non méritoires pour le salut. Voyez GRACE, VERTU MORALE, CONTRITION, &c.
Il y a deux excès à éviter également dans cette matiere ; & ce qu'il y a de singulier, c'est que, quoiqu'ils soient directement opposés dans leurs principes, ils-se réunissent dans leurs conséquences. Il y en a qui aiment Dieu en pensant tellement à eux, que Dieu ne tient que le second rang dans leur affection. Cet amour mercenaire ressemble à celui qu'on porte aux personnes, non pour les bonnes qualités qu'elles ont, mais seulement pour le bien qu'on en espere ; c'est celui des faux amis, qui nous abandonnent aussi-tôt que nous cessons de leur être utiles. La créature qui aime ainsi, nourrit dans son coeur une espece d'athéisme : elle est son dieu à elle-même. Cet amour n'est point la charité ; on y trouveroit en le sondant, plus de crainte du diable que d'amour de Dieu.
Il y en a qui ont en horreur tout motif d'intérêt ; ils regardent comme un attentat énorme cet autel qu'on semble élever dans son coeur à soi-même, & où Dieu n'est, pour ainsi dire, que le pontife de l'idole. L'amour de ceux-ci paroît très-pur ; il exclut tout autre bien que le plaisir d'aimer ; ce plaisir leur suffit ; ils n'attendent, ils n'esperent rien au-delà : tout se réduit pour eux à aimer un objet qui leur paroît infiniment aimable ; un regard échappé sur une qualité relative à leur bonheur, souilleroit leur affection ; ils sont prêts à sacrifier même ce sentiment si angélique, en ce qu'il a de sensible & de réfléchi, si les épreuves qui servent à le purifier exigent ce sacrifice. Cette charité n'est qu'un amour chimérique. Ces faux spéculatifs ne s'apperçoivent pas que Dieu n'est plus pour eux le bien essentiel & souverain. Plaçant le sublime de la charité à se détacher de toute espérance, ils se rendent indépendans, & se précipitent à leur tour dans une espece d'athéisme, mais par un chemin opposé.
Le champ est vaste entre ces deux extrèmes. Les Théologiens sont assez d'accord à tempérer & l'amour pur & l'amour mercenaire ; mais les uns prétendent que pour atteindre la vérité, il faut réduire l'amour pur à ses justes bornes ; les autres au contraire, qu'il faut corriger l'amour mercenaire. Ces derniers partent d'un principe incontestable ; savoir que nous cherchons tout naturellement à nous rendre heureux. C'est, selon saint Augustin, la vérité la mieux entendue, la plus constante & la plus éclaircie. Omnes homines beati esse volunt, idquè unum ardentissimo amore appetunt ; & propter hoc caetera quaecumque appetunt. C'est le cri de l'humanité ; c'est la pente de la nature ; & suivant l'observation du savant évêque de Meaux, saint Augustin ne parle pas d'un instinct aveugle ; car on ne peut desirer ce qu'on ne sait point, & on ne peut ignorer ce qu'on sait qu'on veut. L'illustre archevêque de Cambrai écrivant sur cet endroit de saint Augustin, croyoit que ce pere n'avoit en vûe que la béatitude naturelle. Mais qu'importe, lui répliquoit M. Bossuet ? puisqu'il demeure toûjours pour incontestable, selon le principe de saint Augustin, qu'on ne peut se desintéresser au point de perdre dans un seul acte, quel qu'il soit, la volonté d'être heureux, par laquelle on veut toute chose. La distinction de M. de Fenelon doit surprendre. Il est évident que ce principe, l'homme cherche en tout à se rendre heureux, une fois avoüé, il a la même ardeur pour la béatitude surnaturelle que pour la béatitude naturelle : il suffit que la premiere lui soit connue & démontrée. Qu'on interroge en effet son propre coeur, car notre coeur peut ici nous représenter celui de tous les hommes : qu'on écoute le sentiment intérieur, & l'on verra que la vûe du bonheur accompagne les hommes dans les occasions les plus contraires au bonheur même. Le farouche anglois qui se défait, veut être heureux ; le bramine qui se macère, veut être heureux ; le courtisan qui se rend esclave, veut être heureux, la multitude, la diversité & la bisarrerie des voies, ne démontre que mieux l'unité du but.
En effet, comment se détacheroit-on du seul bien qu'on veuille nécessairement ? En y renonçant formellement ? cela est impossible. En en faisant abstraction ? cette abstraction fermera les yeux un moment sur la fin, mais cette fin n'en sera pas moins réelle. L'artiste qui travaille, n'a pas toûjours son but présent, quoique toute sa manoeuvre y soit dirigée. Mais je dis plus, & je prétends que celui qui produit un acte d'amour de Dieu, n'en sauroit séparer le desir de la joüissance : en effet, ce sont les deux objets les plus étroitement unis. La religion ne les sépare jamais ; elle les rassemble dans toutes ses prieres. L'abstraction momentanée sera, si l'on veut, dans l'esprit ; mais elle ne sera jamais dans le coeur. Le coeur ne fait point d'abstraction, & il s'agit ici d'un mouvement du coeur & non d'une opération de l'esprit. S. Thomas qui s'est distingué par son grand sens dans un siecle où ses rivaux, qui ne le sont plus depuis long-tems, avoient mis à la mode des subtilités puériles, disoit : si Dieu n'étoit pas tout le bien de l'homme, il ne lui seroit pas l'unique raison d'aimer. Et ailleurs : il est toute la raison d'aimer, parce qu'il est tout le bien de l'homme. L'amour présent & le bonheur futur sont, comme on voit, toûjours unis chez ce docteur de l'école.
Mais, dira-t-on peut-être, quand nous ignorerions que Dieu peut & veut nous rendre heureux, ne pourrions-nous pas nous élever à son amour par la contemplation seule de ses perfections infinies ? je réponds qu'il est impossible d'aimer un Dieu sans le voir comme un Etre infiniment parfait ; & qu'il est impossible de le voir comme un Etre infiniment parfait, sans être convaincu qu'il peut & veut notre bonheur. N'est-ce pas, dit M. Bossuet, une partie de sa perfection d'être libéral, bienfaisant, miséricordieux, auteur de tout bien ? y a-t-il quelqu'un qui puisse exclure par abstraction ces attributs de l'idée de l'Etre parfait ? Non sans-doute : cependant accordons-le ; convenons qu'on puisse choisir entre les perfections de Dieu pour l'objet de sa contemplation, son immensité, son éternité, sa prescience, &c. celles en un mot qui n'ont rien de commun avec la liaison du Créateur & de la créature ; & se rendre, pour ainsi dire, sous ce point de vûe, l'Etre suprème, étranger à soi-même. Que s'ensuit-il de-là ? de l'admiration, de l'étonnement, mais non de l'amour. L'esprit sera confondu, mais le coeur ne sera point touché. Aussi ce Dieu mutilé par des abstractions n'est-il que la créature de l'imagination, & non le Créateur de l'Univers.
D'où il s'ensuit que Dieu devient l'objet de notre amour ou de notre admiration, selon la nature des attributs infinis dont nous faisons l'objet de notre méditation ; qu'entre ces attributs, il n'y a proprement que ceux qui constituent la liaison du Créateur à la créature, qui excitent en nous des sentimens d'amour. Que ces sentimens sont tellement inséparables de la vûe du bonheur, & la charité tellement unie avec le penchant à la joüissance, qu'on ne peut éloigner ces choses que par des hypotheses chimériques hors de la nature, fausses dans la spéculation, dangereuses dans la pratique. Que le sentiment d'amour peut occasionner en nous de bons desirs, & nous porter à des actions excellentes ; influer en partie & même en tout sur notre conduite ; animer notre vie, sans que nous en ayons sans-cesse une perception distincte & présente ; & cela par une infinité de raisons, dont je me contenterai de rapporter celle-ci, qui est d'expérience : c'est que ne pouvant par la foiblesse de notre nature partager notre entendement, & être à différentes choses à-la-fois, nous perdons nécessairement les motifs de vûe, quand nous sommes un peu fortement occupés des circonstances de l'action. Qu'entre les motifs loüables de nos actions, il y en a de naturels & de surnaturels ; & entre les surnaturels, d'autres que la charité proprement dite. Que les motifs naturels loüables, tels que la commisération, l'amour de la patrie, le courage, l'honneur, &c. consistant dans un légitime exercice des facultés que Dieu a mises en nous, & dont nous faisons alors un bon usage ; ces motifs rendent les actions du payen dignes de récompense dans ce monde, parce qu'il est de la justice de Dieu de ne laisser aucun bien sans récompense, & que le payen ne peut être récompensé dans l'autre monde. Que penser que les actions du chrétien qui n'auront qu'un motif naturel loüable, lui seront méritoires dans l'autre monde, par un privilége particulier à sa condition de chrétien, & que c'est-là un des avantages qui lui reviennent de sa participation aux mérites de J. C. ce seroit s'approcher beaucoup du Sémi-Pélagianisme ; qu'il y aura sûrement des chrétiens qui n'ayant pour eux que de bonnes actions naturelles, telles qu'elles auroient été faites par un honnête payen, ne seront récompensés que dans ce monde, comme s'ils avoient vécu sous le joug du Paganisme. Que les motifs naturels & surnaturels ne s'excluent point ; que nous ne pouvons cependant avoir en même tems la perception nette & claire de plusieurs motifs à-la-fois ; qu'il ne dépend nullement de nous d'établir une priorité d'ordre entre les perceptions de ces motifs ; que, malgré que nous en ayons, tantôt un motif naturel précédera ou sera précédé d'un motif surnaturel, tantôt l'humanité agira la premiere, tantôt ce sera la charité. Que, quoiqu'on ne puisse établir entre les motifs d'une action l'ordre de perception qu'on désireroit, le chrétien peut toûjours passer d'un de ces motifs à un autre, se les rappeller successivement, & les sanctifier. Que c'est cette espece d'exercice intérieur qui constitue l'homme tendre & l'homme religieux ; qu'il ajoûte, quand il est libre & possible, un haut degré de perfection aux actions : mais qu'il y a des occasions où l'action suit si promtement la présence du motif, que cet exercice ne devient presque pas possible. Qu'alors l'action est très-bonne, quel que soit celui d'entre les motifs loüables, naturels, ou surnaturels qu'on ait présent à l'esprit. Que le passage, que l'impulsion de la charité suggere au Chrétien, de la perception d'un motif naturel, présent à l'esprit dans l'instant de l'action, à un motif surnaturel subséquent, ne rend pas, à parler exactement, l'action bonne, mais la rend avantageuse pour l'avenir. Que dans les occasions où l'action est de nature à suivre immédiatement la présence du motif, & dans ceux où il n'y a pas même de motif bien présent, parce que l'urgence du cas ne permet point de réflexion, ou n'en permet qu'une ; savoir qu'il faut sur le champ éviter ou faire : ce qui se passe si rapidement dans notre ame, que le tems en étant, pour ainsi dire, un point indivisible, il n'y a proprement qu'un mouvement qu'on appelle premier : l'action ne devient cependant méritoire, pour le Chrétien même, que par un acte d'amour implicite ou explicite qui la rapporte à Dieu ; cette action fût-elle une de celles qui nous émeuvent si fortement, ou qui nous laissent si occupés ou si abattus, qu'il nous est très-difficile de nous replier sur nous-mêmes, & de la sanctifier par un autre motif. Que pour s'assûrer tout l'avantage de ses bonnes actions, & leur donner tout le mérite possible, il y a des précautions que le Chrétien ne négligera point ; comme de perfectionner par des actes d'amour anticipés, ses pensées subséquentes, & de demander à Dieu par la priere de suppléer ce qui manquera à ses actions, dans les occasions où le motif naturel pourra prévenir le motif surnaturel, & où celui-ci pourra même ne pas succéder ; qu'il suffit à la perfection d'une action, qu'elle ait été faite par une habitude d'amour virtuel, telle que l'habitude d'amour que nous portons à nos parens, quand ils nous sont chers, quoique la nature de ces habitudes soit fort différente. Que cette habitude supplée sans-cesse aux actes d'amour particuliers ; qu'elle est, pour ainsi dire, un acte d'amour continuel par lequel les actions sont rapportées à Dieu implicitement. Que la vie dans cette habitude est une vie d'amour & de charité. Que cette habitude n'a pas la même force & la même énergie dans tous les bons Chrétiens, ni en tout tems dans un même Chrétien ; qu'il faut s'occuper sans-cesse à la fortifier par les bonnes oeuvres, la fréquentation des sacremens, & les actes d'amour explicites ; que nous mourrons certainement pour la plûpart, & peut-être tous, sans qu'elle ait été aussi grande qu'il étoit possible, l'homme le plus juste ayant toûjours quelque reproche à se faire. Que Dieu ne devant remplir toutes nos facultés que quand il se sera communiqué intimement à elles, nous n'aurons le bonheur de l'aimer selon toute la plénitude & l'étendue de nos facultés, que dans la seconde vie ; & que ce sera dans le sein de Dieu que se fera la consommation de la charité du Chrétien, & du bonheur de l'homme.
Charité se prend encore, 1°. pour l'amour que Dieu a porté de tout tems à l'homme ; 2°. pour l'effet d'une commisération, soit chrétienne, soit morale, par laquelle nous secourons notre prochain de notre bien, de nos conseils, &c. La charité des conseils est la plus commune, il faut un peu s'en méfier ; elle ne coûte rien, & ce peut être aisément un des masques de l'amour propre. Hors de la Théologie, notre terme charité n'a presque point d'idées communes avec le charitas des Latins, qui signifie la tendresse qui doit unir les peres & les enfans.
CHARITE, (Hist. ecclés.) est aussi le nom de quelques ordres religieux. Le plus connu & le plus répandu est celui des freres de la Charité, institué par S. Jean-de-Dieu pour le service des malades. Léon X. l'approuva comme une simple société en 1520. Pie V. lui accorda quelques priviléges ; & Paul IV. le confirma en 1617 en qualité d'ordre religieux : dans lequel, outre les voeux d'obéissance, de pauvreté & de chasteté, on fait celui de s'employer au service des pauvres malades. Ces religieux si utiles ne font point d'études, & n'entrent point dans les ordres sacrés. S'il se trouve parmi eux quelque prêtre, il ne peut jamais parvenir à aucune dignité de l'ordre. Le bienheureux Jean-de-Dieu leur fondateur, alloit tous les jours à la quête pour les malades, criant à haute voix : faites bien, mes freres, pour l'amour de Dieu ; c'est pourquoi le nom de fate ben fratelli est demeuré à ces religieux dans l'Italie. (G)
CHARITE de la sainte Vierge, ordre religieux établi dans le diocèse de Châlons-sur-Marne par Gui seigneur de Joinville, sur la fin du xiij. siecle. Cet institut fut approuvé sous la regle de S. Augustin par les papes Boniface VIII. & Clément VI. (G)
CHARITE, (soeurs de la) communauté de filles instituée par S. Vincent-de-Paul, pour assister les malades dans les hôpitaux, visiter les prisonniers, tenir les petites écoles pour les pauvres filles. Elles ne font que des voeux simples, & peuvent quitter la congrégation quand elles le jugent à-propos. (G)
CHARITE, (dames de la) nom qu'on donne dans les paroisses de Paris à des assemblées de dames pieuses qui s'intéressent au soulagement des pauvres, & leur distribuent avec prudence des aumônes qu'elles font elles-mêmes, ou qu'elles recueillent. (G)
CHARITE, (écoles de) en Angleterre : ce sont, dit M. Chambers, des écoles qui ont été formées & qui se soûtiennent dans chaque paroisse par des contributions volontaires des paroissiens, & où l'on montre aux enfans des pauvres à lire, à écrire, les premiers principes de la religion, &c.
Dans la plûpart de ces écoles de charité, les aumônes ou fondations servent encore à habiller un certain nombre d'enfans, à leur faire apprendre des métiers, &c.
Ces écoles ne sont pas fort anciennes ; elles ont commencé à Londres, & se sont ensuite répandues dans la plûpart des grandes villes d'Angleterre & de la principauté de Galles. Voici l'état des écoles de charité dans Londres & aux environs de cette capitale, tel qu'il étoit en 1710.
Remarquez que sur le total il y a eu 967 garçons & 407 filles qu'on a mis en apprentissage.
Il y a eu semblablement à Londres une association charitable pour le soulagement des pauvres industrieux, qui fut instituée sous la reine Anne pour donner moyen à de pauvres manufacturiers ou à de pauvres commerçans, de trouver de l'argent à un intérêt modique & autorisé par les lois. On fit pour cet effet un fonds de 30000 livres sterling.
Nous avons en France dans plusieurs villes, & sur-tout à Paris, grand nombre d'établissemens de la premiere espece ; car outre les écoles pour les enfans des pauvres, conduites par les freres des écoles chrétiennes, combien de maisons, telles que l'hôpital général, la pitié, les enfans-rouges, &c. où l'on éleve des enfans pauvres ou orphelins, auxquels, quand ils sont en âge, on fait apprendre des métiers ? (G)
CHARITE CHRETIENNE, (Hist. ecclés.) Henri III. roi de France & de Pologne, institua pour les soldats hors d'état de le servir dans ses armées, un ordre sous le titre de charité chrétienne. Le manoir de cet ordre étoit en une maison du fauxbourg saint Marceau ; & pour leur subsistance il assigna des fonds sur les hôpitaux & maladreries de France : mais ce ne fut qu'un projet qui n'eut point son exécution. La mort funeste de ce prince fit échoüer cet établissement. Il étoit réservé à Louis XIV. de l'exécuter avec autant de grandeur qu'il l'a fait, par la fondation de l'hôtel royal des Invalides. Favin, liv. III. (G)
CHARITE, (la) Géog. ville de France dans le Nivernois, sur la Loire. Long. 20. 40. lat. 47. 8.
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| CHARITÉ | CHARITé
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| CHARITES | (Myth.) voyez GRACES.
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| CHARIVARI | S. m. (Jurisprud.) bruit de dérision qu'on fait la nuit avec des poêles, des bassins, des chauderons, &c. aux portes des personnes qui convolent en secondes, en troisiemes nôces, & même de celles qui épousent des personnes d'un âge fort inégal au leur.
Cet abus s'étoit autrefois étendu si loin, que les reines mêmes qui se remarioient n'étoient pas épargnées. Voyez Sauval, antiq. de Paris. Ces sortes d'insultes ont été prohibées par différens réglemens. Un concile de Tours les défendit sous peine d'excommunication. Il y en a aussi une défense dans les statuts de Provence, p. 309. & 310. La Roche-Flavin, liv. VI. tit. xjx. art. 1. Brodeau, sur Paris, t. I. p. 174. & Brillon, en son dictionn. des arrêts, au mot charivari, rapportent plusieurs arrêts intervenus à ce sujet. Les juges de Beaune ayant condamné de nouveaux remariés à payer au peuple les fraix d'un charivari, leur sentence fut infirmée. Bayle, dict. tome II. au mot Bouchain. A Lyon ce desordre est encore toléré ; on continue le charivari jusqu'à ce que les nouveaux remariés ayent donné un bal aux voisins, & du vin au peuple. Il y a environ trente ans qu'on n'en souffre plus à Paris. Plusieurs particuliers étant contrevenus aux réglemens faits à ce sujet, furent condamnés par sentence de Police du 13 Mai 1735. (A)
CHARIVARI, terme de jeu, se dit à l'hombre à trois, d'un hasard qui consiste à porter les quatre dames. On reçoit pour ce jeu de chacun une fiche, si l'on gagne ; on la paye à chaque joüeur, si l'on perd.
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| CHARLATAN | S. m. (Médecine.) Voyez à l'article CHARLATANERIE, la définition générale de ce mot. Nous en allons traiter ici selon l'acception particuliere à la Médecine.
L'usage confond aujourd'hui dans notre langue, de même que dans la langue angloise, l'empyrique & le charlatan.
C'est cette espece d'hommes, qui sans avoir d'études & de principes, & sans avoir pris de degrés dans aucune université, exercent la Médecine & la Chirurgie, sous prétexte de secrets qu'ils possedent, & qu'ils appliquent à tout.
Il faut bien distinguer ces gens-là des Médecins dont l'empyrisme est éclairé. La Médecine fondée sur de vraies expériences, est très-respectable ; celle du charlatan n'est digne que de mépris.
Les faux empyriques sont des protées qui prennent mille formes différentes. La plûpart grossiers & mal-habiles, n'attrapent que la populace ; d'autres plus fins, s'attachent aux grands & les séduisent.
Depuis que les hommes vivent en société, il y a eu des charlatans & des dupes.
Nous croyons facilement ce que nous souhaitons. Le desir de vivre est une passion si naturelle & si forte, qu'il ne faut pas s'étonner que ceux qui dans la santé n'ont que peu ou point de foi dans l'habileté d'un empyrique à secrets, s'adressent cependant à ce faux médecin dans les maladies graves & sérieuses, de même que ceux qui se noyent s'accrochent à la moindre petite branche. Ils se flattent d'en recevoir du secours, toutes les fois que les hommes habiles n'ont pas eu l'effronterie de leur en promettre un certain.
Hippocrate ne guérissoit pas toûjours, ni sûrement : il se trompoit même quelquefois ; & l'aveu ingénu qu'il a fait de ses fautes, rend son nom aussi respectable que ses succès. Ceux au contraire qui ont hérité de leurs peres la médecine pratique, & à qui l'expérience est échûe par succession, assûrent toûjours & avec serment qu'ils guériront le malade, Vous les reconnoîtrez à ce propos de Plaute :
perfacile id quidem est,
Sanum futurum ; meâ ego id promitto fide.
" Rien de plus aisé que de le tirer d'affaire, il guérira ; c'est moi qui vous en donne ma parole d'honneur ".
Quoique l'impudence & le babil soient d'une ressource infinie, il faut encore à la charlatanerie quelque disposition intérieure du malade qui en prépare le succès : mais l'espérance d'une promte santé d'un côté, celle d'une bonne somme d'argent de l'autre, forment une liaison & une correspondance assûrée.
Aussi la charlatanerie est-elle très-ancienne. Parcourez l'histoire médicinale des Egyptiens & des Hébreux, & vous n'y verrez que des imposteurs, qui profitant de la foiblesse & de la crédulité, se vantoient de guérir les maladies les plus invétérées par leurs amuletes, leurs charmes, leurs divinations & leurs spécifiques.
Les Grecs & les Romains furent à leur tour inondés de charlatans en tout genre. Aristophane a célébré un certain Eudamus qui vendoit des anneaux contre la morsure des bêtes venimeuses.
On appelloit , ou simplement agyrtae, du mot , assembler, ceux qui par leurs discours assembloient le peuple autour d'eux ; circulatores, circuitores, circumforanei, ceux qui couroient le monde, & qui montoient sur le théatre pour se procurer la vente de leurs remedes ; cellularii medici, ceux qui se tenoient assis dans leurs boutiques en attendant la chalandise. C'étoit le métier d'un Chariton, de qui Galien a tiré quelques descriptions de médicamens : c'étoit celui d'un Clodius d'Ancone, qui étoit encore empoisonneur, & que Cicéron appelle pharmacopola circumforaneus. Quoique le mot pharmacopola s'appliquât chez les anciens à tous ceux en général qui vendoient des médicamens sans les avoir préparés, on le donnoit néanmoins en particulier à ceux que nous désignons aujourd'hui par le titre de bateleur.
Nos bateleurs, nos Eudamus, nos Charitons, nos Clodius, ne différent point des anciens pour le caractere ; c'est le même génie qui les gouverne, le même esprit qui les domine, le même but auquel ils tendent ; celui de gagner de l'argent & de tromper le public, & toûjours avec des sachets, des peaux divines, des calottes contre l'apoplexie, l'hémiplégie, l'épilepsie, &c.
Voici quelques traits des charlatans qui ont eu le plus de vogue en France sur la fin du dernier siecle.
Nous sommes redevables à M. Dionis de nous les avoir conservés ; la connoissance n'en est pas aussi indifférente à l'humanité qu'on pourroit l'imaginer du premier abord.
Le marquis Caretto, un de ces avanturiers hardis, d'un caractere libre & familier, qui se produisant eux-mêmes, protestent qu'ils ont dans leur art toute l'habileté qui manque aux autres, & qui sont crûs sur leur parole, perça la foule, parvint jusqu'à l'oreille du prince, & en obtint la faveur & des pensions. Il avoit un spécifique qu'il vendoit deux louis la goutte ; le moyen qu'un remede si cher ne fût pas excellent ? Cet homme entreprit M. le maréchal de Luxembourg, l'empêcha d'être saigné dans une fausse pleurésie dont il mourut. Cet accident décria le charlatan, mais le grand capitaine étoit mort.
Deux capucins succéderent à l'avanturier d'Italie ; ils firent publier qu'ils apportoient des pays étrangers des secrets inconnus aux autres hommes. Ils furent logés au Louvre ; on leur donna 1500 liv. par an. Tout Paris accourut vers eux, ils distribuerent beaucoup de remedes qui ne guérirent personne ; on les abandonna, & ils se jetterent dans l'ordre de Clugni. L'un, qui se fit appeller l'abbé Rousseau, fut martyr de la charlatanerie, & aima mieux mourir que de se laisser saigner. L'autre, qui fut connu sous le nom de l'abbé Aignan, ne se réserva qu'un remede contre la petite vérole, mais ce remede étoit infaillible. Deux personnes de la premiere qualité s'en servirent : l'un étoit M. le duc de Roquelaure, qui en réchappa, parce que sa petite vérole se trouva d'une bonne qualité : l'autre, M. le prince d'Epinoi, qui en mourut.
En voici un pour les urines ; on l'appelloit le médecin des boeufs. Il étoit établi à Seignelai, bourg du comté d'Auxerre : il prétendoit connoître toutes sortes de maladies par l'inspection des urines ; charlatanerie facile, usée, & de tout pays. Il passa pendant quelque tems pour un oracle ; mais on l'instruisit mal, il se trompa tant de fois que les urines oublierent le chemin de Seignelai.
Le pere Guiton, cordelier, ayant lû dans un livre de Chimie la préparation de quelques médicamens, obtint de ses supérieurs la liberté de les vendre, & d'en garder le profit, à condition d'en fournir gratis à ceux du couvent qui en auroient besoin. M. le prince d'Isenghien & plusieurs autres personnes éprouverent ses remedes, mais avec un si mauvais succès, que le nouveau chimiste en perdit son crédit.
Un apoticaire du comtat d'Avignon se mit sur les rangs avec une pastille, telle qu'il n'étoit point de maladie qui ne dût céder à sa vertu. Ce remede merveilleux, qui n'étoit qu'un peu de sucre incorporé avec de l'arsenic, produisit les effets les plus funestes. Ce charlatan étoit si stupide, que prenant pour mille pastilles mille grains d'arsenic qu'il mêloit sans aucune précaution avec autant de sucre qu'il en falloit pour former les mille pastilles, la distribution de l'arsenic n'étoit point exacte ; ensorte qu'il y avoit telle pastille chargée de très-peu d'arsenic, & telle autre de deux grains & plus de ce minéral.
Le frere Ange, capucin du couvent du faubourg S. Jacques, avoit été garçon apoticaire ; toute sa science consistoit dans la composition d'un sel végétal, & d'un syrop qu'il appelloit mésentérique, & qu'il donnoit à tout le monde, attribuant à ce syrop la propriété de purger avec choix les humeurs qu'il falloit évacuer. C'étoit, dit-on, un bon homme, qui le croyoit de bonne foi. Madame la Dauphine, qui étoit indisposée, usa de son sel & de son syrop pendant quinze jours ; & n'en recevant aucun soulagement, le frere Ange fut congédié.
L'abbé de Belzé lui succéda à Versailles. C'étoit un prêtre normand qui s'avisa de se dire médecin ; il purgea madame la Dauphine vingt-deux fois en deux mois, & dans le-tems où il est imprudent de faire des remedes aux femmes : la princesse s'en trouva fort mal, & mesdemoiselles Besola & Patrocle, deux de ses femmes-de-chambre, qui avoient aussi fait usage de la médecine de l'abbé, en contracterent un dévoyement continuel, dont elles moururent l'une après l'autre.
Le sieur du Cerf vint ensuite avec une huile de gayac qui rendoit les gens immortels. Un des aumôniers de madame la Dauphine, au lieu de se mêler de son ministere, s'avisa de proposer le sieur du Cerf ; le charlatan vit la princesse, assûra qu'il en avoit guéri de plus malades qu'elle ; courut préparer son remede ; revint, & trouva la princesse morte : & cet homme, qui avoit le secret de l'immortalité, mourut trois mois après.
Qui est-ce qui a fait autant de bruit, qui est-ce qui a été plus à la mode que le médecin de Chaudrais ? Chaudrais est un petit hameau composé de cinq ou six maisons, auprès de Mantes ; là il se trouva un paysan d'assez bon sens, qui conseilloit aux autres de se servir tantôt d'une herbe, tantôt d'une racine ; ils l'honorerent du titre de médecin. Sa réputation se répandit dans sa province, & vola jusqu'à Paris, d'où les malades accoururent en foule à Chaudrais. On fut obligé d'y faire bâtir des maisons pour les y loger ; ceux qui n'avoient que des maladies legeres, guérissoient par l'usage de ses plantes pulvérisées ou racines desséchées : les autres s'en revenoient comme ils y étoient allés. Le torrent de malades dura cependant trois à quatre années.
C'est un phénomene singulier que l'attrait que la cour a pour les charlatans ; c'est-là qu'ils tendent tous. Le sieur Bouret y débarqua avec des pilules merveilleuses dans les coliques inflammatoires ; mais, malheureusement pour la fortune de celui-ci, il fut attaqué lui-même, tout en débarquant, de cette maladie, que son remede augmenta tellement qu'il en mourut en quatre jours.
Voilà l'abrégé historique des plus fameux charlatans. Ce furent, comme on voit, un marquis étranger, des moines, des prêtres, des abbés, des paysans, tous gens d'autant plus assurés du succès, que leur condition étoit plus étrangere à la Médecine.
La charlatanerie médicinale n'est ni moins commune ni moins accréditée en Angleterre ; il est vrai qu'elle ne se montre guere que sur les places publiques, où elle sait bien étaler à son avantage la manie du patriotisme. Tout charlatan est le premier patriote de la nation, & le premier médecin du monde Il guérit toutes les maladies, quelles qu'elles soient, avec ces spécifiques, & la bénédiction de Dieu ; c'est toujours une des conditions de l'affiche.
Je me souviens, dit M. Addisson, d'avoir vû à Hammersmith un de ces patriotes, qui disoit un jour à son auditoire : " Je dois ma naissance & mon éducation à cet endroit, je l'aime tendrement ; & en reconnoissance des bienfaits que j'y ai reçûs, je fais présent d'un écu à tous ceux qui voudront l'accepter ". Chacun s'attendoit, la bouche béante, à recevoir la piece de cinq schelins ; M. le docteur met la main dans un long sac, en tire une poignée de petits paquets, & dit à l'assemblée : Messieurs, " je les vends d'ordinaire cinq schelins six sous, mais en faveur des habitans de cet endroit, que j'aime tendrement, j'en rabattrai cinq schelins ". On accepte son offre généreuse ; ses paquets sont enlevés, les assistans ayant répondu les uns pour les autres qu'il n'y avoit point d'étrangers parmi eux, & qu'ils étoient tous ou natifs, ou du moins habitans d'Hammersmith.
Comme rien n'est plus propre pour en imposer au vulgaire, que d'étonner son imagination & entretenir sa surprise, les charlatans des îles britanniques se font annoncer sous le titre de docteurs nouvellement arrivés de leurs voyages, dans lesquels ils ont exercé la Médecine & la Chirurgie par terre & par mer, en Europe & en Amérique, où ils ont appris des secrets surprenans, & d'où ils apportent des drogues d'une valeur inestimable pour toutes les maladies qui peuvent se présenter.
Les uns suspendent à leurs portes des monstres marins farcis de paille, des os monstrueux d'animaux, &c. ceux-ci instruisent le public qu'ils ont eu des accidens extraordinaires à leur naissance, & qu'il leur est arrivé des desastres surprenans pendant leur vie ; ceux-là donnent avis qu'ils guérissent la cataracte mieux que personne, ayant eu le malheur de perdre un oeil dans telle bataille, au service de la patrie.
Chaque nation a ses charlatans ; & il paroît que par-tout ces hommes mettent autant de soin à étudier le foible des autres hommes, que les véritables Médecins à connoître la nature des remedes & des maladies. Et en quelque lieu du monde qu'on soit, il n'y en a presque pas un qu'on ne puisse reconnoître au passage de Plaute que nous avons cité plus haut, & congédier avec la recette suivante. Elle est d'un seigneur Anglois ; il étoit dans son lit cruellement tourmenté de la goutte, lorsqu'on lui annonça un charlatan qui avoit un remede sûr contre ce mal. Le lord demanda si le docteur étoit venu en carrosse, ou à pié : à pié, lui répondit le domestique. " Eh bien, répliqua le malade, va dire à ce fripon de s'en retourner : car s'il avoit le remede dont il se vante, il rouleroit en carrosse à six chevaux ; & je le serois allé chercher, moi, & lui offrir la moitié de mon bien pour être délivré de mon mal ".
Cet article est l'extrait d'un excellent mémoire de M. le Chevalier DE JAUCOURT, que les bornes de cet ouvrage nous forcent à regret d'abréger.
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| CHARLATANERIE | S. f. c'est le titre dont on a décoré ces gens qui élevent des treteaux sur les places publiques, & qui distribuent au petit peuple des remedes auxquels ils attribuent toutes sortes de propriétés. Voyez CHARLATAN. Ce titre s'est généralisé depuis, & l'on a remarqué que tout état avoit ses charlatans ; ensorte que dans cette acception générale la charlatanerie est le vice de celui qui travaille à se faire valoir, ou lui-même, ou les choses qui lui appartiennent, par des qualités simulées. C'est proprement une hypocrisie de talens ou d'état. La différence qu'il y a entre le pédant & le charlatan, c'est que le charlatan connoît le peu de valeur de ce qu'il surfait, au lieu que le pédant surfait des bagatelles qu'il prend sincerement pour des choses admirables. D'où l'on voit que celui-ci est assez souvent un sot, & que l'autre est toujours un fourbe.
Le pédant est dupe des choses & de lui-même ; les autres sont au contraire les dupes du charlatan.
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| CHARLEMONT | (Géog.) ville forte d'Irlande, dans la province d'Ulster, sur la riviere de Blaekwater. Long. 10. 40. lat. 54. 20.
CHARLEMONT, (Géog.) ville forte des Pays-bas, au comté de Namur, sur la Meuse. Long. 22. 24. lat. 50. 5.
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| CHARLEROI | (Géog.) ville forte des Pays-bas autrichiens, au comté de Namur, sur la Sambre. Long. 24. 14. lat. 50. 20.
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| CHARLESFORT | (Géog.) ville & colonie des Anglois, dans l'Amérique septentrionale, à la baye de Hudson.
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| CHARLESTOWN | (Géog.) il y a deux villes de ce nom dans l'Amérique septentrionale ; l'une dans la Caroline, & l'autre dans l'île de la Barbade. La premiere est sur la riviere d'Ashley. Long. 297. 55. lat. 32. 50.
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| CHARLEVILLE | (Géog.) ville de France en Champagne, dans le Rhetelois, sur la Meuse. Long. 22. 10. lat. 49. 50.
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| CHARLIEU | (Géog.) petite ville de France dans le Mâconnois, sur les confins du Beaujolois & de la Bourgogne, près de la Loire. Long. 21. 40. lat. 46. 15.
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| CHARME | voyez APPAS.
* CHARME, ENCHANTEMENT, SORT, (Synonymes, Gram.) termes qui marquent tous trois l'effet d'une opération magique que la religion condamne, & que l'ignorance des peuples suppose souvent où elle ne se trouve pas. Si cette opération est appliquée à des êtres insensibles, elle s'appellera charme : on dit qu'un fusil est charmé ; si elle est appliquée à un être intelligent : il sera enchanté, si l'enchantement est long, opiniâtre ; & cruel, on sera ensorcelé.
* CHARME, s. m. (Divinat.) pouvoir, ou caractere magique, avec lequel on suppose que les sorciers font, par le secours du démon, des choses merveilleuses, & fort au-dessus des forces de la nature. Voyez MAGIE & MAGIQUE.
Ce mot vient du latin carmen, vers, poésie ; parce que, dit-on, les conjurations & les formules des magiciens étoient conçûes en vers. C'est en ce sens qu'on a dit :
Carmina vel coelo possunt deducere lunam.
On comprend parmi les charmes, les philacteres, les ligatures, les maléfices, & tout ce que le peuple appelle sorts. Voyez PHILACTERE, LIGATURE, &c.
La crédulité sur cet article a été de tous les tems, ou du moins il y a eu de tout tems une persuasion universellement répandue, que des hommes pervers, en vertu d'un pacte fait avec le démon, pouvoient causer du mal, & la mort même à d'autres hommes, sans employer immédiatement la violence, le fer ou le poison ; mais par certaines compositions accompagnées de paroles, & c'est ce qu'on appelle proprement charme.
Tel étoit, si l'on en croit Ovide, le tison fatal à la durée duquel étoit attachée celle des jours de Méléagre. Tels étoient encore les secrets de Medée, au rapport du même auteur :
Devovet absentes, simulacraque cerea fingit ;
Et miserum tenues in jecur urget acus.
Horace, dans la description des conjurations magiques de Sagane & de Canidie, fait aussi mention des deux figures ; l'une de cire, & l'autre de laine, dont celle-ci, qui représentoit la sorciere, devoit persécuter & faire périr la figure de cire.
Lanea & effigies erat, altera cerea, major
Lanea quae poenis compesceret inferiorem.
Cerea simpliciter stabat, servilibus, utque
Jam peritura, modis.
Tacite, en parlant de la mort de Germanicus, qu'on attribuoit aux maléfices de Pison, dit qu'on trouva sous terre & dans les murs divers charmes : Reperiebantur solo & parietibus eructae humanorum corporum reliquiae, carmina & devotiones, & nomen Germanici plumbeis tabulis insculptum, semi-usti cineres, & tabo obliti, aliaque maleficia, queis creditur animas numinibus infernis sacrari. On sait que du tems de la ligue, les furieux de ce parti, & même des prêtres, avoient poussé la superstition jusqu'à faire faire de petites images de cire qui représentoient Henri III. & le roi de Navarre ; qu'ils les mettoient sur l'autel, & les perçoient pendant la messe quarante jours consécutifs, & le quarantieme jour les perçoient au coeur, imaginant que par-là ils procureroient la mort à ces princes. Nous ne citons que ces exemples, & dans cette seule espece, entre une infinité d'autres de toutes les sortes qu'on rencontre dans les historiens & dans les auteurs qui ont traité de la magie. On peut sur-tout consulter à cet égard Delrio, disquisit. magicar. lib. III. part. j. quaest. iv. sect. 5. en observant toutefois que Delrio adopte tous les faits sur cette matiere avec aussi peu de précaution que Jean Wyer, protestant, médecin du duc de Cleves, qui a beaucoup écrit sur le même sujet, en apporte à les rejetter, ou à les attribuer à des causes naturelles. Ce qui n'empêche pas que Bodin, dans sa démonomanie, ne regarde Wyer comme un insigne magicien. Croire tout ou ne rien croire du tout, sont des extrèmes également dangereux sur cette matiere délicate, que nous nous contentons d'indiquer, & qui demanderoit, pour être approfondie, un tems & des recherches que la nature de cet ouvrage ne comporte pas.
Pour donner un exemple des charmes magiques, nous en rapporterons un par lequel on prétend qu'il s'est exécuté des choses fort singulieres en fait d'empoisonnement de bestiaux, de maladies aiguës, & de douleurs causées à différentes personnes. Le voici tel qu'il a été décrit par un fameux sorcier nommé Bras-de-fer, au moment qu'il alloit subir son supplice en France. Il fut, dit-on, exécuté à Provins il y a 50 ans : ce que nous n'obligeons personne à croire.
On prend une terrine neuve vernissée, qu'il faut n'avoir ni achetée ni marchandée ; on y met du sang de mouton, de la laine, du poil de différens animaux, & des herbes venimeuses, qu'on mêle ensemble, en faisant plusieurs grimaces & cérémonies superstitieuses, en proférant certaines paroles, & en invoquant les démons. On met ce charme caché dans un endroit voisin de celui auquel on veut nuire, & on l'arrose de vinaigre, suivant l'effet qu'il doit produire. Ce charme dure un certain tems, & ne peut être emporté que par celui qui l'a mis, ou quelque puissance supérieure. Voyez SORCIER. (G)
CHARME, (Médec.) voyez MEDECINE MAGIQUE.
CHARME, voyez ENCHANTEMENT.
CHARME, s. f. (Hist. nat.) carpinus, genre d'arbre qui porte des chatons composés de plusieurs petites feuilles qui sont attachées en forme d'écailles à un axe, & qui couvrent chacune plusieurs étamines. Les embryons naissent sur le même arbre séparément des fleurs, & se trouvent entre les petites feuilles d'un épi qui devient dans la suite plus grand & plus beau. Alors au lieu d'embryon il y a des fruits osseux, marqués pour l'ordinaire d'un ombilic applati & cannelé. Ils renferment une semence arrondie & terminée en pointe. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Ce grand arbre est fort commun dans les forêts, mais on en fait peu de cas : dans son état naturel il n'a nulle beauté ; il paroît vieux & chenu dès qu'il a la moitié de son âge, & il devient rarement d'une bonne grosseur. Son tronc court, mal proportionné, est remarquable sur-tout par des especes de cordes qui partent des principales racines, s'étendent le long du tronc, & en interrompent la rondeur. Son écorce blanchâtre & assez unie, est ordinairement chargée d'une mousse brune qui la dépare. La tête de cet arbre, trop grosse pour le tronc, n'est qu'un amas de branches foibles & confuses, parmi lesquelles la principale tige se trouve confondue ; & sa feuille, quoique d'un beau verd, étant petite, ne répond nullement à la grandeur de l'arbre : ensorte que si à cette apparence ingrate on ajoute sa qualité de résister aux expositions les plus froides, de réussir dans les plus mauvais terreins, & d'être d'un bois rebours & des plus durs ; ne pourroit-on pas considérer le charme entre les arbres, comme on regarde un lapon parmi les hommes ? Cependant en ramenant cet arbre à un état mitoyen, & en le soûmettant à l'art du jardinier, on a trouvé moyen d'en tirer le plus grand parti pour la variété, l'embellissement, & la décoration des jardins. Mais avant que d'entrer dans le détail de ce qui dépend de l'art, suivons le charme dans la simple nature.
Terrein, exposition. On met cet arbre au nombre de ceux qui par leur utilité tiennent le second rang parmi les arbres fruitiers. En effet, il ne laisse pas d'avoir quelques qualités avantageuses ; il remplit dans les bois des places où presque tous les autres arbres se refusent, & il s'accommode de tous les terreins : on le voit dans les lieux froids, montagneux, & stériles ; il vient fort bien dans les terreins pierreux, graveleux, & sur-tout dans la craie, qui paroît être même son terrein naturel ; il se plaît souvent dans les terres dures, glaiseuses, humides ; enfin se trouve-t-il dans une bonne terre où les autres arbres le gagnent de vîtesse, il vient dessous, & souffre leur ombrage. Quelque part que soit placé cet arbre, son bois est toujours de mauvaise essence, son accroissement trop lent, & son branchage menu & court : cela peut être néanmoins compensé par la bonne garniture qu'il fait dans un taillis, où il vient épais & plus serré qu'aucune autre espece d'arbre ; & par son tempérament robuste, qui le fait résister aux plus grands froids & aux gelées de printems, même lorsqu'il est en jeune rejetton sur taillis. C'est en cette nature de bois qu'on peut tirer le meilleur parti de cet arbre, qui croît trop lentement & se couronne trop tôt, pour profiter en futaie. On prétend qu'il faut le couper à quinze ans pour le plus grand profit.
Usage du bois. Le bois du charme est blanc, compacte, intraitable à la fente, & le plus dur de tous les bois après le bouis, l'if, le cormier, &c. cependant de tous les bois durs, le charme est celui qui croît le moins lentement. On débite son bois pour le charronnage, & principalement en bois à brûler ; mais on ne l'employe jamais en menuiserie qu'au défaut de tout autre bois, moins parce qu'il est difficile à travailler, qu'à cause de son peu de durée, que la vermoulure interrompt bien-tôt. On s'en sert pour faire des essieux, & quelques autres pieces de charronnage, dans les endroits où l'orme est rare. On en fait des vis de pressoir, des formes & des sabots, des manches d'outils champêtres, des jougs de boeufs, des rouleaux pour les teinturiers : on l'employe aussi pour faire les menues garnitures des moulins, &c. Du reste ce bois n'est nullement propre à être employé à l'air ; il y pourrit en six ans : mais il est excellent à brûler, & il donne beaucoup de chaleur, qu'on dit être saine. C'est aussi l'un des meilleurs bois pour le charbon, qui conserve long-tems un feu vif & brillant, comme celui du charbon de terre ; ce qui le fait rechercher pour les fourneaux de verrerie.
Usages de l'arbre. Des arbres que l'on connoît, le charme est le plus propre de tous à former des palissades, des haies, des portiques, des colonnades, & toutes ces décorations de verdure qui font le premier & le plus grand embellissement d'un jardin bien ordonné. Toutes les formes qu'on donne à cet arbre lui deviennent si propres, qu'il se prête à tout ce qui y a rapport : on peut le transplanter à cet effet, petit ou grand ; il souffre la tonsure en été comme en hyver ; & la souplesse de ses jeunes rameaux favorise la forme qu'on en exige, & qui est complettée par leur multiplicité. Pour faire ces plantations, on tire la charmille des pépinieres, ou même des forêts, si l'on se trouve à portée : la premiere se reconnoît aisément à son écorce claire, & à ce qu'elle est bien fournie de racines ; celle au contraire qui a été prise au bois, est étiolée, crochue & mal enracinée.
Multiplication. Le charme peut se multiplier de graine qu'on recueille ordinairement au mois d'Octobre, & qu'il faut semer aussi-tôt dans un terrein frais & à l'ombre, où il en pourra lever une petite partie au printems suivant ; mais le reste ne levera souvent qu'à l'autre printems. Quand ils ont deux ans on les transplante sans les étêter en pépiniere, où on les laisse au moins trois années pour se fortifier & faire du petit plan de charmille, & jusqu'à six ou sept ans pour être propres à planter les grandes palissades de toute hauteur. Mais l'accroissement de cet arbre étant si lent quand on l'éleve de graine, on a trouvé qu'il étoit plus court & plus facile de le multiplier de branches couchées : si on fait cette opération de bonne heure, en automne elles feront suffisamment racine pour être transplantées au bout d'un an ; & dès-lors on pourra les employer en petit plan, sinon on les met en pépinieres, & on les conduit comme les plants venus de graine. Les uns & les autres n'exigent aucune culture particuliere, si ce n'est qu'on ne les élague jamais, & qu'on accourcit seulement leurs branches latérales, selon les différentes figures auxquelles on les destine.
Plantation des grandes charmilles. Les palissades de charmille, lorsqu'elles se trouveront dans une terre franche & fraîche, s'éleveront à une grande hauteur : elles réussiront même dans un terrein sec & leger, & exposé aux vents froids & impétueux ; mais on ne pourra les amener qu'à une hauteur moyenne dans ces sortes de terreins. La transplantation des charmilles devroit se faire en automne, suivant le principe reçû en Agriculture, s'il n'arrivoit pas souvent que leur tige se trouve desséchée au printems jusqu'à fleur de terre, par les frimats & les vicissitudes de la gelée & du dégel. Pour éviter cet inconvénient, on pourra ne les planter dans ces sortes de places qu'au printems, mais de bonne heure, & dès la fin de Février ; cela exigera seulement quelques arrosemens pendant le premier été, dans les sécheresses. Le mois de Mars sera le tems le plus convenable pour la transplantation des charmilles dans les lieux frais & dans les bonnes terres. Il n'y a pas long-tems que les Jardiniers avoient encore la mauvaise pratique de ne planter aucunes charmilles sans les recéper un peu au-dessus de terre ; ce qui jettoit dans un grand retard pour l'accroissement, & dans l'inconvénient que les branches qui ont peu de disposition à se dresser, se chiffonnent, & contrarient continuellement le redressement de la palissade, & le peu d'épaisseur qu'on cherche à lui laisser autant qu'il est possible. Mais pour arriver bien plus promtement à une grande hauteur, qui est l'objet desiré, & avoir en trois ans ce qu'on n'obtenoit pas en dix, on plante tout de suite les charmilles d'une bonne hauteur, par exemple, de huit à dix piés dans les mauvais terreins, & de douze ou quinze dans les bonnes terres. On a la facilité dans les campagnes de tirer des bois du plant, que l'on peut même, dans quelques terreins, faire enlever avec de petites mottes de terre. Ceux d'un pouce de diametre sont les meilleurs : on leur coupe toutes les branches latérales, en laissant toujours des chicots pour les amener à la garniture, & on réduit toutes les têtes à la hauteur qu'on se propose de donner à la palissade : on fait un fossé profond d'environ un pié & demi, & large d'autant ; on y range à droite ligne les plants, à la distance de douze à quinze pouces, avec de petits plants qu'on réduit à un pié de hauteur, & qu'on place alternativement entre les grands : on les recouvre d'une terre meuble, & on entretient l'alignement de sa palissade avec des perches transversales, & quelques piquets où il en est besoin. Comme les plants pris au bois sont moins bien enracinés & plus difficiles à la reprise que ceux de pépiniere, il faudra avoir la précaution d'en planter à part une provision, qui servira à faire les remplacemens nécessaires pendant les deux ou trois premieres années, qui suffisent pour jouïr des palissades : on les retient alors, si on les trouve au point où on les veut, ou bien on les laisse aller à toute la hauteur qu'elles peuvent atteindre, & qui dépend toujours de la qualité du terrein.
Petites charmilles. Ce même arbre que l'on fait parvenir à une grande hauteur pour certains compartimens de jardin, peut aussi pour d'autres arrangemens être réduit dans un état à rester sous la main : on en fait des haies à hauteur d'appui, qui servent à border des allées, à séparer différens compartimens, & à enclorre un terrein : pour ce dernier cas, on réunit une ligne de plan d'aubepin, qui défend des atteintes du dehors, à une premiere ligne de charmille qui embellit le dedans, sans se nuire l'une à l'autre.
Entretien & culture des charmilles. Le principal entretien des palissades de charmille, est de les tondre régulierement : cette opération se fait après la premiere séve, & ordinairement au commencement de Juillet : la plus grande attention qu'on doit y donner est de les tondre de droit alignement, & de les tenir étroites ; ce qui contribue en même tems à leur durée, & à les faire garnir. Elles n'exigent pour leur culture, que ce qui se pratique à l'ordinaire pour les autres arbres ; c'est sur-tout de ne souffrir ni mauvaises herbes, ni gason au-dessus de leurs racines.
On ne trouve qu'une chose à redire à cet arbre ; c'est qu'il retient pendant l'hyver ses feuilles mortes, qui font dans cette saison un coup-d'oeil desagréable, & une malpropreté continuelle dans un jardin bien tenu. On pourroit répondre que cela peut même avoir son utilité, pour empêcher les vûes qu'on veut éviter, & sur-tout pour défendre un terrein des vents, à la violence desquels le charme résiste mieux qu'aucun autre arbre. Mais ce défaut ne balancera jamais l'agrément que les charmilles donnent dans la belle saison par leur verdure claire & tendre, & par leur figure réguliere & uniforme, dont le noble aspect est connu de tout le monde.
Autres especes. Outre le charme commun, qui est celui dont on vient de parler, il y en a encore sept especes, dont les Botanistes font mention, & qu'on ne trouve guere que dans leurs catalogues. Il y a tout lieu de croire que ces arbres seroient moins rares, s'ils avoient plus d'utilité ou d'agrément que l'espece commune.
Le charme à feuille panachée. C'est une variété de l'espece commune, qui n'a pas grande beauté, & qu'on peut multiplier par la greffe.
Le charme à feuille plus longue & plus étroite. C'est une autre variété qui n'a nul mérite.
Le charme de Virginie à larges feuilles. Ce n'est peut-être aussi qu'une variété de l'espece commune : mais quand la feuille de cet arbre seroit en effet plus grande, cela ne décideroit pas qu'on dût lui donner la préférence, attendu que la feuille du charme commun, quoique plus étroite, est plus convenable pour l'usage qu'on fait de cet arbre dans les jardins. On peut le multiplier de branches couchées.
Le charme à fleur de Virginie. Cet arbre est encore peu connu, & très-rare en France. Quelques auteurs anglois font mention seulement qu'il est aussi robuste que l'espece commune, & qu'on peut le multiplier de branches couchées : mais ils ne rapportent rien des qualités de sa fleur ; ce qui n'en fait rien augurer de beau.
Le charme d'Orient. Il paroît que cet arbre n'est qu'un diminutif de l'espece commune : sa graine & sa feuille sont plus petites ; l'arbre même ne s'éleve pas si haut à beaucoup près : il y a cependant entr'eux quelques différences, qui sont à l'avantage du charme d'Orient ; c'est que ses feuilles sont moins plissées, plus lisses, & qu'elles tombent de l'arbre avant l'hyver : cela fait croire que cet arbre conviendroit mieux que le charme ordinaire pour les petites palissades. On peut le multiplier de graine & de branches couchées.
Le charme à fruit de houblon. Il a la même apparence que l'espece commune ; ses feuilles sont cependant moins plissées ; mais comme il les quitte entierement avant l'hyver, il ne seroit pas dans les jardins au printems, de la malpropreté qu'on reproche au charme ordinaire. C'est aussi, je crois, tout ce qu'il y a d'avantageux dans cet arbre, qui est d'ailleurs plus petit que l'espece commune. Il se trouve fréquemment dans les bois d'Allemagne, où il croît indifféremment avec le charme ordinaire : on peut juger par-là de son tempérament. Il se multiplie de même, & il se tond tout aussi-bien.
Le charme de Virginie à fruit de houblon. Cet arbre qui est très-rare, paroît n'être, sur ce qu'on en sait encore, qu'une variété du précédent, auquel il ressemble parfaitement par ses chatons & sa graine ; mais ses feuilles, quoique flétries, ne tombent qu'aux approches du printems ; circonstance desavantageuse, qui ne fera pas rechercher cet arbre. Il a cependant le mérite de croître sous les autres arbres, dont l'ombrage & le dégouttement ne lui sont point nuisibles. On peut le multiplier de graines, qui ne leveront que la seconde année. Il est très-robuste, mais il ne fait jamais qu'un petit arbre. (c)
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| CHARMES | (Géog.) petite ville de France en Lorraine, sur la Moselle. Long. 24. lat. 48. 18.
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| CHARMÉS | adj. (Jurispr.) en matiere d'Eaux & Forêts, on appelle arbres charmés, ceux auxquels on a fait à mauvais dessein quelque chose pour les faire tomber ou pour les faire mourir. Ce terme paroît tirer son origine d'un tems de simplicité où l'on croyoit que ces sortes de changemens pouvoient s'opérer par des charmes, sorts, ou un pouvoir surnaturel : mais présentement on est convaincu que ces maléfices se font par des secrets naturels, comme en cernant les arbres, ou en les creusant pour y mettre de l'eau-forte ou du vif-argent, &c. Voyez Chauffour, dans son instruction sur le fait des Eaux & Forêts, ch. xv. p. 82. Le glossaire de Lauriere, au mot charmés. (A)
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| CHARMILLE | S. f. (Jardins) c'est proprement le nom que l'on donne aux jeunes charmes que l'on tire des pépinieres ou des bois taillis, à dessein de planter des palissades, des portiques, des haies, &c. pour l'ornement ou la clôture des jardins. Mais on appelle aussi du nom de charmille, les palissades même & les haies qui sont plantées de charme. Cet arbre est en effet le plus propre de tous à recevoir & conserver les formes qu'on veut lui donner, & dont on a sû tirer un si grand parti pour l'embellissement & la décoration des jardins de propreté. Sur la plantation & la culture des charmilles. Voyez CHARME. (c)
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| CHARMOIE | S. f. (Agricult.) c'est ainsi qu'on appelle un lieu planté de charmes. Voyez CHARME.
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| CHARMON | adj. m. (Myth.) surnom sous lequel Jupiter avoit un culte établi, & étoit adoré chez les Arcadiens.
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| CHARMOSINE | (Myth.) jour de fête & de joie dans Athenes, dont il ne nous est resté que le nom.
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| CHARNAGE | S. m. se dit 1°. du tems où l'on fait gras, par opposition au tems de carême où l'on fait maigre ; 2°. des animaux même, par opposition & aux choses appartenantes aux animaux, & aux autres substances naturelles sur lesquelles les dixmes peuvent s'étendre : il a dixme de lainage & charnage.
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| CHARNAIGRES | S. m. (Chasse) voy. les articl. CHIEN & LEVRIER.
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| CHARNEL | adj. (Gramm.) terme de consanguinité ; frere charnel, ou du même pere & de la même mere, de la même chair, voyez l'art. suivant : terme de Théologie, juif charnel, ou attaché aux choses de ce monde, c'est l'opposé de spirituel. Voyez SPIRITUEL.
CHARNEL, adject. (Jurisprud.) ami charnel dans les anciens actes, signifie parent. Dans des lettres manuscrites de Louis cardinal-duc de Bar, seigneur de Cassel, administrateur perpétuel de l'évêché & comté de Verdun, du 27 Avril 1420, il est parlé des oncles & amis charnels de Jean seigneur de Watronville. Ce terme d'ami charnel paroît venir du latin amita, qui signifie tante paternelle, & amitinus, amitina, cousin & cousine, enfans du frere & de la soeur. (A)
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| CHARNELLEMENT | adv. (Jurisp.) en style du barreau ; on dit avoir affaire charnellement avec une personne du sexe, pour dire avoir commerce avec elle. (A)
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| CHARNIER | S. m. terme d'Architecture, du latin carnarium. On entend sous ce nom des portiques couverts & percés à jour, qui entourent une grande place destinée à la sépulture des habitans, tel que le cimetiere des saints Innocens à Paris ; on donne aussi ce nom à une galerie fermée de croisées, & située au rez-de-chaussée d'une église paroissiale, où l'on enterre les morts, & où dans les jours solemnels on donne la communion, tels qu'aux paroisses saint Eustache, saint Paul, &c. (P)
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| CHARNIERE | S. f. en terme d'Orfévre & de Bijoutier ; c'est la portion d'un bijou en forme de boîte ; par laquelle le dessous & le dessus sont assemblés, de maniere que le dessus peut s'ouvrir & se fermer sans se séparer du dessous. Elle est composée de plusieurs charnons placés à des distances égales, & s'insérant les uns entre les autres ; ceux de la partie de la charniere qui tient au-dessous, dans les vuides de la partie de la charniere du dessus ; & ceux de la partie de la charniere qui tient au-dessus, dans les vuides de la partie de la charniere qui tient au-dessous ; & ils sont contenus dans cet état par une verge de fer, d'acier, ou même d'argent, un peu aisée dans ces trous, mais bien rivée à chaque extrémité. Voyez à l'article TABATIERE, la maniere de faire une charniere dans tout son détail. Voyez aussi CHARNON.
CHARNIERE, en terme de Graveur en pierre, se dit d'une sorte de boule qui se termine en une espece de petit cylindre creux & long, qui entre dans les pierres qu'on veut percer. Voyez la fig. 5. Planche III. de la Gravûre.
CHARNIERE petite, nom que les Horlogers donnent à celle du mouvement d'une montre. Pour qu'elle soit bien faite, il faut, 1° que le mouvement en soit doux, quoique ferme ; 2° qu'elle ne bride pas, afin qu'elle ne jette pas le mouvement à droite, ou à gauche de l'ouverture de la boîte ; 3° que les charnons appartenans à la partie qui tient au mouvement, soient petits & distans l'un de l'autre de l'épaisseur au moins de trois de ces charnons. Par ce dernier moyen, celui du milieu de la boîte devient plus long, & on diminue les inconvéniens qui naîtroient des yeux. Voyez BOITE, BATE, &c. Voyez aussi une CHARNIERE de boîte de montre, représentée Planche XII. d'Horlogerie. (T)
* CHARNIERE. Les faiseurs d'instrumens de Mathématique donnent assez proprement ce nom à l'endroit par lequel les jambes d'un compas, les parties d'une équerre, &c. sont assemblées, soit que l'assemblage soit à une fente, soit qu'il soit à deux fentes ; cependant il ne convient guere qu'au dernier cas : alors deux lames de la tête d'une des jambes de l'instrument s'insérant entre deux lames de la tête de l'autre jambe de l'instrument, & le clou les traversant toutes quatre, les lames sont ici ce que les charnons sont aux charnieres proprement dites, & le clou fait la fonction de la goupille.
CHARNIERE, (Serrurerie) c'est en général une fermeture de fer, dont les branches sont plus longues & plus étroites que celles des couplets, relativement à la longueur. On s'en sert aux portes brisées & fermetures de boutiques en plusieurs feuillets. Il faut autant de charnieres, moins une, qu'il y a de feuillets. Il y a des charnieres simples & des charnieres doubles. Voyez COUPLETS.
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| CHARNON | S. m. en terme de Bijoutier ; c'est une espece d'anneau soudé, ou au-dessus, ou au-dessous d'un bijou en forme de boîte. C'est l'ensemble des charnons qui forme la charniere ; ils sont au-dessus en même nombre qu'au-dessous, du moins pour l'ordinaire. Ils sont soudés de maniere qu'il s'en puisse insérer un du dessus entre deux du dessous, & remplir l'interstice si exactement, que les trois pieces n'en paroissent faire qu'une. Le grand art du Bijoutier, après ce qui dépend du goût, consiste à bien faire une charniere. Voyez l'article CHARNIERE, & à l'article TABATIERE, la maniere de faire le charnon & la charniere.
Le charnon, en Serrurerie, ne se fait pas ainsi qu'en Bijouterie ; il est forgé avec la piece ; on le tient ouvert par le moyen d'une verge de fer, sur laquelle on recourbe la partie de la piece qui doit le former ; & l'on soude l'excédent de cette partie sur le corps de la piece. Mais cette maniere n'est pas la seule.
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| CHARNU | adj. se dit du jarret du cheval. Voyez JARRET. (V)
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| CHAROLLES | (Géog.) petite ville de France en Bourgogne, capitale du Charolois, sur la Réconce. Long. 21. 42. lat. 46. 25.
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| CHAROLOIS | (LE) Géog. pays de France en Bourgogne, avec titre de comté.
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| CHARON | S. m. (Myth.) ce terme vient, à ce qu'on prétend, par antiphrase de , gaudeo, je me réjouis ; parce qu'il n'y a rien de moins réjouissant que d'aller trouver Charon. Il étoit fils de l'Erebe & de la Nuit, & par conséquent frere du Chaos. Voyez CHAOS. On en a fait un dieu, quoique ce ne fût qu'un batelier chargé de passer les morts sur l'Achéron. Voyez ACHERON. On lui avoit assigné une obole pour droit de péage ; cette piece qu'on mettoit dans la bouche des morts, s'appelloit naulé, & ce tribut dinaqué. Les généraux athéniens curieux d'être reconnus jusque sur le Styx pour des hommes de distinction, ordonnoient qu'on leur mît dans la bouche une piece plus considérable que l'obole. Les habitans d'Hermioné voisins de l'entrée des enfers, se prétendoient exemts de ce tribut. Il étoit défendu à Charon de prendre sur sa barque aucun vivant. Ulisse, énée, Orphée, Thésée, Pirithoüs & Hercule furent cependant exceptés de cette loi : mais on dit que Charon fut enchaîné pendant un an & séverement puni pour avoir descendu ce dernier aux enfers, de son autorité privée. Il n'admettoit pas indistinctement tous les morts sur son bord ; il falloit avoir reçû les honneurs de la sépulture ; sans cet avantage on erroit cent ans sur les rives de l'Achéron. Charon écartoit les ames empressées de passer, à grands coups d'aviron. Le vieillard inflexible & sévere laissoit tomber ses coups sur le pauvre & sur le riche, sur le sujet & sur le monarque, sans aucune acception ; il ne reconnoissoit personne : en effet, un homme comme un autre est un prince tout nud. Il paroît aux mumies qu'on tire des sables d'égypte, que les habitans de ce pays étoient très-religieux observateurs de la coûtume de mettre une piece dans la bouche des morts ; c'est aussi à un usage établi dans la même contrée qu'on attribue toute la fable de Charon. On dit que les morts de Memphis étoient transportés autrefois au-delà du Nil dans un petit bateau appellé baris, & par un batelier dont le nom étoit Charon, à qui l'on payoit le passage.
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| CHAROPS | adj. m. (Mythologie) surnom sous lequel Hercule avoit une statue & étoit adoré en Béotie, près de l'endroit où ce héros avoit vaincu Cerbere.
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| CHAROST | (Géog.) petite ville de France en Berry, avec titre de duché-pairie. Long. 19. 45. lat. 46. 56.
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| CHAROTTE | S. f. (Chasse) espece de panier en façon de hotte, dont on se sert pour porter les instrumens servans à la chasse aux pluviers, & rapporter ces oiseaux quand on en prend.
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| CHAROUX | (Géog.) petite ville de France dans le Bourbonnois, sur la riviere de Sioulle. Long. 20. 45. lat. 46. 10. Il y a une autre ville de même nom en France dans le Poitou, près de la Charente.
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| CHARPENT | ou CHARPENTERIE, s. f. (Art méchan.) on appelle ainsi l'art d'assemble différentes pieces de bois pour la construction des bâtimens élevés dans les lieux où la pierre est peu commune : nous expliquerons succinctement son origine, son application dans l'art de bâtir, & ses défauts.
De toutes les différentes constructions des édifices, celles de charpente sont les plus anciennes, puisque l'origine en remonte jusqu'à celle du monde ; les premiers hommes ignorant les trésors que la terre renfermoit dans son sein, & ne connoissant que ses productions extérieures, couperent des bois dans les forêts pour bâtir leurs premieres cabanes ; ensuite ils en érigerent des bâtimens plus considérables. L'Architecture doit encore aujourd'hui à la Charpenterie dans la maniere de fuseler les colonnes, une des plus belles parties de l'ordonnance des ordres, s'il est vrai qu'elle soit imitée dans la diminution des arbres. La cité de cette capitale montre encore, dans ce siecle, des restes de l'habitude ancienne d'employer le bois de préférence à la pierre ; & l'on peut ajoûter en faveur de cet art, l'usage où l'on est de bâtir ainsi dans les pays du Nord, &c.
L'application de la charpente dans l'art de bâtir, est infiniment utile, principalement en France où l'on n'est presque point en usage de voûter les pieces des appartemens, à la place desquels on construit des planchers de charpente. L'on en fait aussi les combles de nos bâtimens, sans en excepter ceux de nos édifices sacrés & de nos monumens publics ; quelquefois même on fait des pans de bois ou murs de face de charpenterie, dans l'intention de ménager le terrein assez borné des maisons élevées dans les capitales ou principales villes de nos provinces : on en pratique les escaliers de dégagement dans nos grands édifices, & nos principaux dans nos bâtimens à loyer. C'est enfin par son secours que l'on construit des machines capables d'élever les plus grands fardeaux, que l'on éleve des ponts, des digues, des jettées, &c.
Ses défauts consistent dans la nécessité où on se trouve d'éviter ce genre de construction dans les édifices de quelque importance, à cause des incendies auxquels cette matiere est sujette ; & si quelque raison d'économie porte à préférer le bois à la pierre, ce ne doit être que dans des parties de bâtiment dont l'usage particulier paroît exempt des accidens du feu ; car dans toute autre circonstance on devroit essentiellement éviter cet inconvénient dans les édifices érigés dans les villes, bourgs & bourgades. Au reste il faut convenir que l'art de la Charpenterie a fait de très-grands progrès en France, depuis que la plûpart des entrepreneurs & les ouvriers ont sû s'instruire de la partie des Mathématiques qui leur étoit nécessaire ; néanmoins il seroit à desirer que quelques-uns de ces habiles maîtres écrivissent sur cette matiere d'une maniere satisfaisante. Mathurin Jousse, Lemuet, Tiercelet, Daviler & Blanchard, sont les seuls jusqu'à présent qui en ayent dit quelque chose relativement à la pratique. Mais il reste beaucoup à desirer sur l'oeconomie dans cet art, ou sur la méthode d'éviter cette énorme complication de pieces dans les assemblages, qui ôtent aux bois une partie de leur force par la charge mutuelle qu'on leur impose ; sur la maniere d'assembler, de couper le bois, de le placer ; sur la connoissance de la nature des bois, de leur durée, de leurs autres qualités physiques, &c. Il seroit à souhaiter que l'expérience, la Méchanique & la Physique, se réunissent pour s'occuper ensemble de cette matiere importante. Nous avons déjà dans les mémoires de M. de Buffon, dont nous avons donné des extraits à l'article BOIS, d'excellens matériaux. Voyez l'article BOIS. (P)
* CHARPENTE, (bois de) on donne ce nom au bois selon la grosseur dont il est, & la maniere dont on le débite. Il faut qu'il soit équarri ou scié, & qu'il ait plus de six pouces d'équarrissage. On scie les petites solives, les chevrons, les poteaux, &c. on équarrit les sablieres, les grosses solives, les poutres. Voy. SOLIVES, CHEVRONS, POTEAUX, &C. SABLIERES, POUTRES, &c.
Il faut que le bois de charpente soit coupé long-tems avant que d'être employé. S'il est verd, il sera sujet à se gerser & à se fendre. Voyez l'article BOIS. Il ne le faut prendre ni flacheux, ni plein d'aubier, ni roulé : préférez le chêne, soit que vous bâtissiez sur terre, soit que vous bâtissiez dans l'eau ; le châtaignier n'aime pas l'humidité ; le sapin fera de bonnes solives. Prenez garde, quand vous employerez des ouvriers, qu'ils ne mêlent du bois vieux à du bois neuf ; si vous faites marché au cent, ils pourront en employer plus qu'il ne faut ; en bloc, ils tâcheront de gagner sur la grosseur & sur la quantité ; à la toise, ils profiteront de la connoissance des avantages de cette mesure, pour y réduire les bois & s'emparer du surplus. On entend par un cent de bois, cent pieces de bois dont chaque piece a douze piés de long sur six pouces d'équarrissage, ou trois piés-cubiques.
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| CHARPENTIER | terme de Tabletier Cornetier, voyez DOLER.
* CHARPENTIER, s. m. ouvrier qui a le droit par lui-même de faire ou de faire exécuter tous les ouvrages en gros bois qui entrent dans la construction des édifices ; les machines, telles que les grues & autres, &c. en qualité de membre de la communauté des Charpentiers. Il y a deux sortes de maîtres ; les jurés du roi, & les maîtres simples : les uns ne sont distingués des autres, qu'en ce que les premiers ont cinq ans de réception. L'ancien de ceux-ci est doyen de la communauté ; & c'est toujours un d'eux qui est syndic. Ils sont aussi chargés, exclusivement aux autres, de la visite des bois travaillés ou non travaillés, & de leurs toises. Les quatre jurés sont pris de leur nombre ; deux entrent en charge, & deux en sortent tous les ans. Leurs réglemens ne sont pas à beaucoup près aussi étendus qu'on s'y attendroit, l'art de la Charpenterie n'étant pas apparemment porté aussi loin qu'il seroit à souhaiter qu'il le fût. Les expériences sur lesquelles les statuts concernant un art sont toujours formés, ayant manqué ici, les statuts se sont réduits à de petites observations relatives aux intérêts de la communauté, entre lesquelles on en trouve à peine une qui ait du rapport au bien public. On distinguoit autrefois les Charpentiers des Menuisiers, par les noms de charpentiers à la grande coignée, qu'on donnoit aux premiers ; & de charpentiers à la petite coignée, qu'on donnoit aux seconds. Voyez CHARPENTE, IS DE CHARPENTEENTE.
CHARPENTIER, (Marine) on nomme charpentier de navire ou maître charpentier, celui qui travaille à la construction des vaisseaux, soit qu'il conduise l'ouvrage, ou qu'il travaille sous les ordres d'un constructeur.
Il y a dans les ports du Roi des maîtres charpentiers, des contre-maîtres & des charpentiers entretenus. Les fonctions de chacun d'eux sont réglées par l'ordonnance de Louis XIV. pour les armées navales & arsenaux de marine, du 15 Avril 1689, liv. XII. tit. jx. " Les maîtres Charpentiers qui auront la conduite des constructions des vaisseaux & autres bâtimens, seront appellés à tous les devis qui s'en feront, lesquels étant arrêtés dans le conseil des constructions, ils en feront des gabarits, plans & modeles, pour s'y conformer & les faire exécuter ".
" Ils distribueront les charpentiers & autres ouvriers au travail, & où ils les jugeront les plus propres ; & soit qu'ils travaillent à la journée du Roi, ou pour l'entrepreneur, ils les choisiront de concert avec le commissaire des constructions, veilleront sur leur travail, les exciteront à n'y apporter aucun retardement, & observeront de n'y employer que le nombre nécessaire.
Ils ménageront avec soin & oeconomie tous les bois, en faisant servir utilement ceux qui auront été apportés dans l'arsenal, & faisant employer les premiers reçus & ceux qui seront le moins en état de se conserver ; ils auront soin que les chevilles & les clous soient de grosseur convenable, & qu'il n'en soit pas employé inutilement.
Un de ces maîtres assistera toujours à la visite en recette des bois, pour donner son avis sur la bonne ou mauvaise qualité, & pour voir si les pieces seront des échantillons ordonnés & propres pour les constructions & radoubs ; tiendra la main qu'elles soient rangées avec ordre ; que les especes en soient séparées ; que les charpentiers ne rompent point l'ordre établi, & ne prennent aucune piece qu'il n'en soit averti, afin d'empêcher qu'ils n'en fassent un mauvais usage.
Le maître préposé aux radoubs, assistera aux visites & devis des vaisseaux à radouber, & aura pour l'exécution la même application & fonction que les maîtres préposés aux constructions, n'épargnant rien pour le rétablissement de ce qui se trouvera gâté ; ayant soin que les liaisons soient bien faites, que rien ne soit rompu mal-à-propos, & qu'on ne s'engage pas à des dépenses superflues.
Il aura une très-grande application dans les carenes, que les vaisseaux soient bien calfatés, faisant parcourir les coutures & changer les étoupes, les chevilles & les clous, lorsqu'il sera jugé nécessaire : les radoubs & carenes étant finis, il signera le procès-verbal qui en sera fait.
Pour recevoir un maître charpentier, il faut qu'il ait travaillé dans les ports, & qu'il fasse chef-d'oeuvre. Il consiste d'ordinaire à dresser une planche de 25 piés de long, sans la présenter, & la poser & la coudre ; à calfater une couture neuve, & à faire un gouvernail dont la ferrure soit de cinq gonds & rotes, ou un cabestan à cinq trous ". (Z)
CHARPENTIER, s. m. (Hist. nat.) herbe à charpentier, plante naturelle aux isles Antilles ; elle pousse plusieurs branches qui s'étendent & rampent sur la terre à-peu-près comme le chiendent. Ses feuilles sont pointues, flexibles, d'une forme approchante de celle d'un fer de pique, d'un verd foncé, & d'une odeur agréable, quoiqu'un peu forte.
La plante porte des fleurs en gueule d'une extrème petitesse & d'une couleur de gris de lin pâle, auxquelles succede la semence.
L'herbe à charpentier est vulnéraire, son suc employé seul guérit les blessures très-promtement ; les feuilles séchées & prises en infusion comme du thé, sont souveraines pour les maladies de la poitrine : on fait un grand usage de cette herbe aux Isles françoises. Article communiqué par M. de S. ROMAIN.
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| CHARPI | ou CHARPI, s. f. (Chir.) amas de plusieurs filamens que l'on a tirés de quelques morceaux de linge à demi-usé, qui ne doit être ni gros ni fin.
La charpie se nomme brute, lorsqu'on l'employe sans forme. On préfere avec raison la charpie brute pour les premiers pansemens, à la suite des opérations, telles que l'amputation d'un bras, d'une mammelle, &c. les opérations de fistule à l'anus, ouverture de tumeurs, &c. parce qu'elle se moule mieux aux différentes inégalités des playes, que si on lui eût donné quelque arrangement qui en formât des plumaceaux, des bourdonnets, des tentes, &c. Voyez PLUMACEAU, BOURDONNET, TENTE. (Y)
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| CHARPY | emplâtre de (Pharmacie). on trouve dans presque toutes les pharmacopées un emplâtre agglutinant & résolutif, décrit sous le nom d'emplâtre de charpy : en voici la composition tirée de la pharmacopée de Charas. Prenez du vieux charpy coupé menu, huit onces ; de l'huile commune & de l'eau de fontaine, de chacun huit livres : cuisez-les ensemble sur un feu modéré jusqu'à consomption d'un tiers : coulez-les ensuite & les exprimez fortement : puis cuisez l'expression avec deux livres de céruse bien pulvérisée, en consistance d'emplâtre : fondez-y après cela de la cire jaune, une livre ; & quand la matiere sera à-demi refroidie, vous y mêlerez les poudres suivantes ; savoir de la myrrhe, du mastich, de l'oliban, de chacun trois onces ; de l'aloës, deux onces ; & l'emplâtre sera fait. Cet emplâtre est dans le cas d'un grand nombre de compositions pharmaceutiques, qui tirent leur nom de leur ingrédient le plus inutile. (b)
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| CHARRÉE | S. f. phrygamum, Bel. (Hist. nat. ins.) insecte aquatique qui se fait une enveloppe autour du corps avec de petits brins d'herbe & de bois ; il les lie & les colle les uns aux autres au moyen d'un fil qui sort de sa bouche, & qui est semblable au fil des araignées. Cet insecte a six pattes de chaque côté, avec lesquels il marche dans l'eau : il est mince & allongé, & il ressemble à une petite chenille : lorsqu'il grossit, il se fait une enveloppe plus grande. On trouve quantité de ces insectes dans les eaux courantes. Les truites en sont fort avides. Après qu'on les a tirés de leur enveloppe, ils servent d'appât pour attirer les petits poissons. Aldrovande, lib. VII. de insectis, cap. j. Voyez INSECTE. (I)
CHARREE, (Verrerie & Jardinage) ce sont des cendres qui ont servi à la lessive, & dont l'expérience a fait connoître l'utilité ; elles ont perdu le feu qu'elles conservoient en sortant du bois : les plantes desséchées par des cendres ordinaires, ont instruit les Jardiniers que l'emploi en étoit nuisible. Celles qui restent sur le cuvier, après que la lessive est coulée, sont excellentes.
La charrée échauffe doucement la terre, fait mourir les mauvaises herbes, & avancer les végétaux. On appelle lessieu, l'eau qui sort de la lessive. Voyez LESSIEU. (K)
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| CHARRETÉE | S. f. (Econ. rust. & Comm.) est la quantité que peut contenir une charrette considérée comme mesure. Je dis considérée comme mesure, parce que nous n'avons point de mesure qui s'appelle & qui soit en charrette. Cependant la capacité de la charrette ou charretée rapportée à la mesure du bois, n'est que la moitié de la corde, ou ne contient que la voie de Paris. Voyez CORDE & VOIE.
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| CHARRETTE | S. f. terme de Charron ; c'est une voiture montée sur deux roues, qui sert à transporter des meubles, &c. Elle est composée de deux limons de 14 ou 18 piés de long, de deux ridelles, de deux ranches avec leurs cornes, de deux roues de 5 à 6 piés de diametre, &c. Voyez la fig. 2. Pl. du Charron. Quand on veut la faire servir à transporter des personnes, on la couvre d'une toile portée sur des cerceaux.
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| CHARRIER | v. act. (Comm.) c'est transporter sur une charrette.
CHARRIER, v. n. (Fauc.) il a deux acceptions ; il se dit 1° d'un oiseau qui emporte la proie qu'il a prise, & qui ne revient qu'après qu'on l'a reclamé ; 2° de l'oiseau qui se laisse emporter lui-même dans la poursuite de la proie. (V)
CHARRIER, (Hydrauliq.) entraîner avec soi : les eaux tant de riviere que de fontaine charrient naturellement du sable, du gravier. (K)
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| CHARROIS | S. m. (Jurispr.) conduites de voitures à roue en général ; se prennent quelquefois pour des corvées ou autres prestations de charrois & voitures qui sont dûs par les sujets de chaque pays, pour les réparations des villes & chemins, pour le transport des munitions de guerre. Chez les Romains, ces sortes de charrois étoient comptés au nombre des charges publiques. Les corvéables en doivent aussi à leur seigneur, & le fermier au propriétaire, lorsqu'il y en a une clause particuliere dans le bail. Dans la coûtume de Bourbonnois, & dans celle de la Marche, le droit de charroi se peut bailler en assiette. Voy. Salvaing, de l'usage des fiefs. Bibliot. de Bouchel, au mot charroyer. Papon, livre XIII. tit. vj. n°. 2. Henrys, tom. I. liv. III. ch. iij. quest. 33. Guyot, des fiefs, tr. des corvées, pag. 252. & 315. Voyez l'article CORVEES. (A)
CHARROI, (Mar.) on donne ce nom à une grande chaloupe dont on se sert pour porter la morue après la pêche ; cette chaloupe est relevée de deux farges de toile, pour soûtenir une plus grande charge. (Z)
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| CHARRON | S. m. ouvrier autorisé à faire, vendre & faire exécuter tout l'ouvrage en bois qui entre dans les grosses voitures, & leur attirail, en qualité de maître de la communauté des Charrons. Cette communauté ne date ses premiers réglemens que de 1498. Elle a quatre jurés ; deux entrent en charge, & deux en sortent tous les ans. Il faut avoir été quatre ans apprenti & quatre ans compagnon, avant que de se présenter à la maîtrise. Les jurés ont droit de visite dans les atteliers & sur les lieux où se déchargent les bois de charronnage. Les maîtres sont obligés de marquer de leur marque les bois qu'ils ont employés. Il en est encore de ces réglemens, ainsi que de ceux des Charpentiers ; beaucoup de formalités relatives à la conduite de la communauté, presque aucune regle pour le bien du service public.
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| CHARRONNAGE | S. m. se dit de la profession, du bois, & de l'ouvrage du Charron. Voyez l'article CHARRON, quant à la profession & à l'ouvrage. Quant au bois, le Charron employe particulierement le frêne, le charme, l'érable & l'orme. Voyez aux articles ROUE, CARROSSE, MOYEU, JAVELES, CHARRETTES, l'emploi de chacun de ces bois. On les prend ou sciés ou en grume. Voyez GRUME & BOIS.
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| CHARRUAGES | S. m. pl. (Jurispr.) carrucagia ; c'est ainsi qu'en certains pays on appelle les terres labourables. La coûtume de Vitri en fait mention, art. 56. 60. & 61. Ces articles ont été tirés d'une ordonnance de Thibaut comte de Champagne, de l'an 1220, qui est au cartulaire de Champagne. Elle est rapportée par M. de Lauriere en son glossaire, au mot charruage : on y trouve ces mots, carrucagia, prata, & vineas, &c. pour exprimer les terres labourables, prés, & vignes.
Le charruage étoit aussi un droit que les seigneurs levoient en Champagne sur leurs hommes ou sujets, à raison des charrues. Voyez Computum bladorum terrae Campaniae, an 1348. des charrues de Sainte-Menehould ; c'est à savoir de chacun bourgeois de ladite ville qui laboure de sa propre bête, un septier d'avoine à la mesure de Troyes, au jour de la saint Remi. Lauriere, ibid. (A)
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| CHARRUE | S. f. (Agricult.) machine dont on se sert pour labourer les terres. On conçoit qu'il n'y a guere eu de machine plus ancienne. Celle des Grecs & des Romains étoit extrèmement simple. Voyez-en la figure dans l'Hésiode de le Clerc. La nôtre est composée de deux roues & de l'essieu, sur lequel est dressé le chevalet ou la sellette, & où sont assemblés le timon, le soc, le coutre, les oreilles, & le manche de la charrue. Il faut conserver le même soc, quand on en est content. Il doit être placé de maniere que le laboureur n'en soit point incommodé, & que les sillons soient tracés droits. Il y a un certain angle à donner au coutre, selon lequel il éprouvera de la part du sol la moindre résistance possible : l'expérience le fera connoître. Il faut que le manche ou la queue soit de longueur proportionnée au train & au harnois, & que l'oreille soit disposée de maniere à renverser la terre commodément ; que le coutre soit de gros fer, bon, & non cassant, ni trop étroit, ni trop large. Il y a des charrues de plusieurs façons ; il est bon d'en avoir de toutes, & deux au moins de celles dont on fait le plus d'usage. Les charrues sans roues, où le train de derriere est monté sur une perche, ne sont bonnes que pour les terres très-legeres. Celles à bras servent à labourer les petits jardins : ce n'est autre chose que trois morceaux de bois assemblés en quarré ; le fer tranchant qui a deux piés & demi de long sur quatre à cinq pouces de large, se pose de biais & forme le quarré : il est posé de biais, afin qu'il morde la terre plus facilement. La charrue s'appelle à bras, parce qu'on ne la fait agir qu'à force de bras. Voyez Plan. d'Agriculture, fig. 1. la charrue à labourer les champs ; a, a, les roues ; b, la fleche ; c, le coutre ; d, le soc ; e, l'oreille ; f, f, le manche ou la queue.
L'objet qu'on se propose en labourant les terres (Voy. LABOUR), est de détruire les mauvaises herbes, & de réduire la terre en molécules. La bêche rempliroit à merveille ces deux conditions ; mais le travail à la bêche est long, pénible, & coûteux. On ne bêche que les jardins. La charrue plus expéditive est pour les champs. M. de Tull, dont M. Duhamel a mis l'ouvrage utile en notre langue, ayant remarqué que la charrue ordinaire ne remuoit pas la terre à une assez grande profondeur, & brisoit mal les mottes, le coutre coupant le gason, le soc qui suit l'ouvrant, & l'oreille ou le versoir le renversant tout d'une piece, a songé à perfectionner cette machine, en y adaptant quatre coutres, placés de maniere qu'ils coupent la terre qui doit être ouverte par le soc, en bandes de deux pouces de largeur ; d'où il s'ensuit que le soc ouvrant un sillon de sept à huit pouces de largeur, le versoir retourne une terre bien divisée, & que la terre est meuble dès le second labour. M. de Tull prétend encore qu'il peut avec sa charrue sillonner jusqu'à 10, 12, & 14 pouces de profondeur. Pour qu'on en puisse juger, nous allons donner la description de la charrue commune, & de la charrue de M. de Tull. Voyez les Planc. d'Agriculture.
On voit dans la figure 2. une charrue ordinaire à deux roues, pour toutes terres labourables, excepté les glaises & les bourbeuses ; encore dans ces deux cas, peut-on l'employer en entourant les cercles de fer & les raies des roues, de cordes de paille d'un pouce d'épaisseur : ces cordes pressées par les roues contre la terre, s'applatissent & écartent des roues la glaise & la boue. La charrue est divisée en deux parties, la tête & la queue.
On voit à la tête les deux roues A, B ; leur essieu de fer qui passe le long de la traverse fixe C, dans laquelle il tourne & dans les roues ; les deux montans D, D, assemblés perpendiculairement sur la traverse C, & percés chacun d'un rang de trous, à l'aide desquels & de deux chevilles on peut hausser & baisser la traverse mobile E, & partant la fleche N, selon qu'on veut faire des sillons plus ou moins profonds ; la traverse d'assemblage F ; le chassis G, avec ses anneaux ou crochets, par lesquels la charrue est tirée ; la chaine H qui assemble la queue de la charrue à la tête, par le collier s d'un bout, de l'autre par un anneau qui passe par une ouverture de la traverse C, & qui est arrêté par la tringle K, & de l'autre bout par l'autre extrémité m de la même tringle : on conçoit que ce collier ne peut se déranger, arrêté par un boulon qui traverse la fleche. La tringle K est retenue par un cercle d'osier passé comme on voit.
La queue est composée de la fleche N, du coutre O, du soc P, de la planche Q, de l'étanson R, qui traverse la fleche ; du manche court S attaché par une cheville au haut de l'étanson, & par un autre au haut de la planche ; du montant T qui appartient au côté droit de la queue de la charrue, & auquel la piece d'em-bas V est attachée, comme l'est aussi la planche du dessous ; du long manche X assemblé avec le montant, & dont on voit la partie antérieure en Y ; & du double tenon Z qui supporte la planche en-haut, & est porté à vis & écrous par la fleche.
Dans la charrue de M. de Tull, qu'on voit fig. 3. la fleche est de dix piés quatre pouces ; elle n'est que de huit piés dans l'autre. La figure de cette fleche est aussi différente ; elle n'est droite dans celle de M. de Tull que de a à b ; au lieu qu'elle est droite dans toute la longueur, à la charrue ordinaire. La courbure de la fleche de la charrue de M. de Tull lui fait éviter la trop grande longueur des coutres antérieurs : or un peu de méchanique expérimentale indiquera bien tous les inconvéniens de cette longueur, en considérant ces coutres comme des leviers. L'angle c de la planche ne doit pas avoir plus de 42 à 43 degrés. Les quatre coutres 1, 2, 3, 4, doivent être placés de maniere que les plans tracés dans l'air par leur tranchant, quand la charrue marche, soient tous paralleles. Ils sont chacun à la distance de deux pouces & demi plus à la droite les uns que les autres ; distance comptée du milieu d'une mortaise au milieu de l'autre. La pointe du premier coutre 1 doit incliner à gauche d'environ deux pouces & demi plus que la pointe du soc : l'inspection de la figure suggérera aisément à ceux qui ont quelque habitude des machines, la construction du reste de cette charrue, & la raison de cette construction. Au reste, voyez pour un plus grand détail, l'ouvrage de M. de Tull, traduit par M. Duhamel, & l'explication de nos Planches d'Agriculture ; voyez aussi les articles AGRICULTURE, COUTRE, SOC, &c. LABOUR, TERRE.
Nous n'employons la charrue qu'au labour des terres ; les anciens s'en servoient encore en l'atelant d'un boeuf & d'une vache, à tracer l'enceinte des villes qu'ils bâtissoient. Ils levoient la charrue aux endroits destinés pour les portes : du verbe porto, qui désignoit cette action, on a fait le nom porta. Quand ils détruisoient une ville, ils faisoient aussi passer la charrue sur ses ruines ; & ils répandoient quelquefois du sel dans les sillons, pour empêcher la fertilité.
CHARRUE, (Jurispr.) ne peut être saisie, même pour deniers royaux ou publics. Ce privilége introduit en faveur du labourage, avoit déjà lieu chez les Romains, suivant la loi executores, & la loi pignorum, & l'authentique agricultores, au code quae res pignori obligari possunt. Il a pareillement été adopté dans notre Droit françois, & confirmé par différentes ordonnances ; entr'autres par une ordonnance de Charles VIII. par celle de François I. en 1540, art. 29. par l'édit de Charles IX. du 8 Octobre 1571 ; l'ordonnance d'Henri IV. du 16 Mars 1595, qui est générale, & accorde le privilége même contre les deniers royaux ; au lieu que l'ordonnance de 1571 n'étoit que pour un an, & exceptoit du privilége des laboureurs les deniers royaux. L'ordonnance de 1667, tit. xxxiij. art. 16. a fixé la jurisprudence sur ce point, & défend de saisir les charrues, charrettes, & ustensiles servant à labourer, même pour deniers royaux, à peine de nullité.
En 1358, le seigneur de Mantor, proche Abbeville, comptoit au nombre de ses droits celui de prendre les socs, coutres, & ferremens des charrues, faute de prestation de ses cens & corvées : mais il étoit défendu de donner en gage aux Juifs ces mêmes ustensiles, comme il est dit dans une ordonnance de 1360. Voyez les ordonn. de la troisieme race, tom. III. pp. 294. & 477.
Une charrue, en matiere de privilége & d'exemption de tailles, signifie la quantité de terres que chaque charrue peut labourer.
Par l'édit du mois de Mars 1667, il fut ordonné que les ecclésiastiques, gentilshommes, chevaliers de Malte, officiers, privilégiés, & bourgeois de Paris, ne pourroient tenir qu'une ferme par leurs mains dans une même paroisse, & sans fraude ; savoir les ecclésiastiques, gentilshommes, & chevaliers de Malte, le labour de quatre charrues ; & les officiers, privilégiés, & bourgeois de Paris, deux charrues chacun, sans qu'ils puissent joüir de ce privilége que dans une seule paroisse.
L'art. 15. du réglement de 1673, porte qu'un bourgeois de Paris peut tenir une ferme par ses mains, ou la faire exploiter par ses valets & domestiques, pourvû qu'elle soit située dans l'étendue de l'élection de Paris, & qu'elle ne contienne que la quantité de terre qu'une charrue peut labourer.
Les réglemens ne fixent point le nombre d'arpens de terre dont une charrue doit être composée, par rapport à l'exemption de tailles. Cela dépend de l'usage & de la mesure des terres dans chaque généralité. Dans celle de Paris, on fixe ordinairement chaque charrue à 120 arpens, c'est-à-dire à quarante arpens par solle ; on ne distingue point si c'est à la grande ou à la petite mesure : cela fait pourtant une différence considérable.
Dans l'Orléanois, une charrue n'est communément que de 28 à 30 arpens par solle, & on la fixe à 90 arpens, c'est-à-dire à 30 arpens par solle, par rapport au privilége.
La déclaration du Roi du 22 Janvier 1752, concernant la noblesse militaire, porte, article 1. que ceux qui seront actuellement au service du Roi, & n'auront point encore rempli les conditions prescrites par l'édit de Novembre 1750, pour acquérir l'exemption de taille, n'auront pas le droit qu'ont les nobles ni même les privilégiés, de faire valoir aucune charrue.
L'article 2. dit, que ceux qui auront rempli les conditions portées par l'édit pour acquérir l'exemption de taille, soit qu'ils soient encore au service du Roi, ou qu'ils s'en soient retirés, pourront faire valoir deux charrues seulement. (A)
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| CHARTE | S. f. (Jurispr.) du latin carta, ou charta, qui dans le sens littéral signifie le papier ou parchemin, & dans le sens figuré, se prend pour ce qui est écrit sur le papier ou parchemin ; en matiere d'histoire & de jurisprudence, se prend aussi pour lettres ou ancien titre & enseignement. Le terme de charte est employé dans ce sens dans les coûtumes de Meaux, art. 176. Vitry, art. 119. Nivernois, tit. j. art. 7. en l'ancienne coûtume d'Auxerre, art. 76. Hainaut, ch. ij. lxxxjv. & dern. Normandie, ancienne, ch. vj. x. xv. xviij. liij. lxxxjx. cjx. Mais on dit communément chartre, qui n'est cependant venu que par corruption de charte. Sous les deux premieres races de nos rois, & au commencement de la troisieme, jusqu'au tems du roi Jean, on appelloit chartes ou chartres la plûpart des titres, & principalement les coûtumes, priviléges & concessions, & autres actes innommés. Blanchard, en son recueil chronologique, indique plusieurs chartes depuis Hugues Capet jusqu'en 1232 ; & la derniere charte dont Dutillet fait mention, est du roi Jean, pour le sieur de Baigneux, du 23 Décembre 1354, part. I. p. 87. Depuis ce tems on ne s'est plus servi du terme de charte ou chartre pris dans ce sens, que pour désigner les anciens titres antérieurs à-peu-près à l'époque dont on vient de parler, c'est-à-dire au milieu du xjv. siecle. On se sert encore de ce terme dans les chancelleries, pour désigner certaines lettres qui s'y expédient ; mais on dit aussi chartres & non pas chartes. Voyez CHARTRE. (A)
CHARTE-PARTIE, s. f. (Comm.) c'est un contrat mercantil pour le loüage d'un vaisseau.
Ce mot, dans l'ordonnance de la Marine, a deux synonymes, affrettement & nolissement ; le premier est d'usage dans l'Océan ; le second, dans la Méditerranée : mais il sembleroit que la charte-partie est plûtôt le nom de l'acte par lequel on affrette ou l'on nolise, que l'affrettement ou le nolissement même, dont il n'est pas une partie essentielle, puisque tous les jours on affrette un vaisseau, c'est-à-dire que l'on y charge des marchandises à un prix convenu, sans charte-partie, ou sans convention préliminaire par écrit entre les chargeurs & les propriétaires du bâtiment.
La charte-partie n'est guere d'usage que dans le cas d'un affrettement entier, ou assez considérable pour occasionner l'armement d'un vaisseau. On s'en sert encore pour s'assûrer un affrettement dans un pays éloigné, lors du retour d'un vaisseau qu'on y expédie. Un négociant de Bordeaux retient, par exemple, cent milliers de fret sur le retour d'un navire qui part pour Léogane, afin d'être sûr du prix du fret qu'il aura à payer, du tems & de la saison du chargement à-peu-près, du vaisseau, du capitaine, enfin des convenances.
Il est réciproquement avantageux aux propriétaires du bâtiment, d'être certains qu'il sera rempli. Dans les cas d'un chargement fortuit, ou d'une petite partie, l'affrettement est la police du chargement même, ou le connoissement. Voyez CONNOISSEMENT.
Lorsqu'un vaisseau a plusieurs propriétaires ou intéressés, ils conviennent ordinairement de donner pouvoir à l'un d'eux pour prendre soin de l'armement ou des préparatifs du voyage. Cet intéressé, appellé l'armateur, est chargé de tous les comptes & des conventions qui regardent le vaisseau : c'est à lui que s'adressent ceux qui veulent l'affretter ou le loüer. Dans l'absence des propriétaires, le capitaine ou le maître les représente, & son fait est celui des propriétaires. Voyez MAITRE.
Le contrat qui se passe à l'occasion du loüage d'un bâtiment, s'appelle charte-partie. Les propriétaires s'engagent à tenir un vaisseau d'une grandeur spécifiée, en état de naviger dans un tems limité : on a coûtume d'y insérer le nombre des matelots, la qualité des agrès, apparaux, & munitions qui paroissent nécessaires pour conduire sûrement le navire au lieu désigné : on y spécifie toutes les conditions de convenance, réciproques pour les fraix & les secours, tant au chargement qu'au déchargement des marchandises, l'espace de tems dans lequel l'un & l'autre doivent être faits ; & ce terme limité est appellé jours de planche. Si le terme est d'un mois, on dit qu'il est accordé trente jours de planche. Voyez JOURS DE PLANCHE.
Si ce terme expire avant le chargement, il sera dû des dédommagemens par la partie qui a manqué à la convention, & l'on en convient d'avance.
La charte-partie explique si l'affrettement du vaisseau se fait en partie ou en entier ; pour la moitié d'un voyage, c'est-à-dire, pour aller ou pour revenir seulement ; si c'est pour le voyage entier ; si c'est au mois ; enfin si le voyage doit être fait à la droiture dans un lieu désigné, ou s'il doit passer dans plusieurs ; ce qui s'appelle faire escale. Voyez ESCALE.
Le chargeur s'engage par le même acte à payer le fret ou le loüage à un prix fixé, soit par tonneau, soit pour une somme, soit à tant par mois. Voyez FRET.
Les commissionnaires du chargeur le représentent dans son absence, & leur fait est le sien : ils sont dénommés, ou bien le porteur de la charte-partie est reconnu pour le commissionnaire.
Cet acte peut être passé sous signature privée ou devant notaire ; il a la même force sous l'une & l'autre forme.
Il est clair par ce que l'on vient de dire, que cette convention n'est point une police de chargement, comme l'avance le dictionnaire du Commerce, mais une convention préparatoire à la police du chargement, appellée en style de Commerce, connoissement.
Toutes les clauses d'une charte-partie doivent être expliquées avec la derniere précision, pour éviter les discussions.
L'ordonnance de la Marine, & les us & coûtumes de la mer, ont pourvû à presque tous les cas ; nous en rapporterons quelques-uns pour faire connoître l'esprit de cette loi.
Une charte-partie, quoique sous signature privée, a, comme tous les autres contrats du commerce, la même force que les actes publics les plus autentiques : l'on ne peut donc les altérer sans blesser la foi publique : cette foi publique est l'ame du commerce ; ce seroit le détruire dans ses fondemens les plus respectables. Il est d'ailleurs évident que si des circonstances particulieres rendent les clauses de ce contrat onéreuses à l'une des parties, ces clauses dans leur principe ont été réciproques ; car si elles ne l'avoient pas été, le contrat n'eût pas été parfait. C'est donc altérer cette égalité de condition entre les contractans, que d'en soulager un par préférence, & dèslors c'est une extrème injustice : l'effet qui en résulteroit nécessairement, seroit d'arrêter les entreprises du commerce, ou d'introduire dans ses conventions des formalités nouvelles, qui font un art de la bonne-foi. Le commerce est fait pour les simples : il n'est pas sûr, s'il faut être subtil pour y réussir.
L'art. 7. tit. j. liv. III. de l'ordonnance, déclare qu'une charte-partie sera résiliée, si la guerre ou autre interdiction de commerce avec le pays auquel elle est destinée, survient avant le départ du vaisseau, & que le chargeur sera tenu de payer les fraix du chargement & du déchargement de ses marchandises. Ces frais sont peu de chose en comparaison de ceux de l'armement ; mais enfin toutes choses sont compensées dans ce malheur commun, il y a impossibilité d'exécuter la convention.
Le même article ordonne que la charte-partie subsistera malgré la déclaration de guerre, si c'est avec un autre pays que celui pour lequel le vaisseau est destiné : c'est qu'il n'y a point d'impossibilité à exécuter la convention, que les opérations du commerce ne doivent jamais être suspendues, & que le bien général assujettit les motifs particuliers.
Il y a cependant une grande différence entre la position de l'armateur & celle du chargeur : celui-ci augmentera le prix de ses marchandises du risque qu'elles auront couru, au lieu que l'armateur ne peut augmenter le prix de son fret avec les risques de son vaisseau ; l'assûrance qu'il peut faire de son bâtiment, en peut même absorber le capital.
Si la loi n'a rien statué en faveur de l'armateur, elle lui laisse l'espoir d'un dédommagement, lorsqu'une paix inopinée survient. Les chartes-parties faites pendant la guerre subsisteront lorsque ses risques seront passés.
Ce seroit donc une injustice de les résilier dans ce dernier cas, si on ne l'a pas fait dans le premier. Il peut arriver que la marchandise chargée ne suffise pas pour payer le fret ; mais c'est la position où s'est trouvé l'armateur, lorsque son fret n'a pû payer la moitié de ses risques.
La raison d'état égale à celle de la nécessité, mais si souvent mal interpretée, n'a point lieu ici ; & si elle pouvoit être appliquée, ce seroit en faveur de la navigation.
Enfin l'on n'a jamais résilié un contrat de constitution, parce que le prêt qui y a donné lieu, a été employé à l'achat d'une maison que le feu a consumée dès le lendemain. Si une loi actuelle a des inconvéniens particuliers, il est aussi sage que facile de la changer ; mais elle doit conserver son caractere de loi, & maintenir l'égalité entre les contractans.
Une charte-partie ne laisse pas de subsister, quoique le vaisseau soit arrêté dans un port par force majeure, parce que le voyage n'a été entrepris qu'à cause du chargement : la perte est réciproque ; & la circonstance étant imprévûe, doit retomber sur tous les deux.
Si l'affrettement est au mois, il ne sera point dû de fret pendant la détention ; mais les gages & la nourriture de l'équipage pendant ce tems seront réputés avaries, grosses ou communes. Si le navire est loüé au voyage, il ne sera dû par le chargeur, ni avaries, ni augmentation de fret, parce que l'affrettement pour un voyage entier est une entreprise à forfait de la part de l'armateur, qui comprend tous les risques. Le chargeur même a droit de décharger sa marchandise à ses fraix, ou de la vendre, mais en indemnisant l'armateur.
Si l'affrettement d'un navire a été fait pour un voyage entier, & qu'il périsse au retour, il n'est dû aucune partie du fret, parce que le contrat n'est pas rempli : tout est compensé ; l'un perd sa marchandise, l'autre son bâtiment.
La loi ordonne encore qu'en cas de pillage d'une partie du chargement par les ennemis ou par des pirates, la charte-partie sera résiliée respectivement à la portion enlevée, parce que le contrat n'est pas rempli quant à cette portion.
Ces deux pertes sont cependant involontaires, & il semble par les lois civiles que l'acte de Dieu, non plus que celui d'un ennemi, ne peuvent être reprochés dans une action particuliere : mais les lois de la mer ont été obligées de punir ces fautes involontaires, pour prévenir celles qui ne le seroient pas, & à cause de la difficulté qu'il y auroit à les distinguer. Ce n'est pas une injustice pour cela, puisque la perte est partagée entre le vaisseau & la marchandise ; c'en seroit une au contraire, si un risque qui doit être commun, puisqu'il est forcé, retomboit sur une seule partie.
En cas de rachat, la charte-partie a son plein effet, mais le prix du rachat se supporte par la marchandise & par le vaisseau au prorata, comme avarie commune pour le salut de tous. Voyez RACHAT.
C'est dans le même esprit d'égalité que la loi ordonne, que si un vaisseau déjà en route apprend l'interdiction de commerce avec le pays où il va, & qu'il soit obligé de revenir dans le port d'où il est parti, il ne lui sera dû que la moitié du voyage, quand même l'affrettement seroit fait pour le voyage entier.
Si les propriétaires, après s'être obligés par une charte-partie de faire route en droiture à l'endroit designé, donnent ordre au maître de faire une relâche, ou si le maître de lui-même en fait une sans nécessité ; les propriétaires du vaisseau, outre les dédommagemens du retard qu'ils doivent aux chargeurs, leur seront garants de tous les évenemens de la mer. Les accidens du Commerce sont si variables, qu'un espace de tems, même très-court, en change toute la face : le retard n'eût-il porté aucun préjudice, il ne seroit pas moins juste d'en imputer un ; parce qu'une loi doit être générale, & que toute lésion de contrat doit être punie. La même raison applique cette maxime aux risques de la mer.
Réciproquement un chargeur qui fait changer de route au vaisseau, ou qui le retient, est garant sur la simple opposition du capitaine, de tous fraix, risques, dommages & intérêts. Tous contractans y sont assujettis dans le droit & dans le fait ; le souverain même, lorsqu'il fait des conventions avec ses sujets : s'il s'en dispensoit, il se priveroit de ses ressources dans un besoin urgent ; & il perdroit bien-tôt par l'excès des prix que l'on exigeroit de lui, le médiocre profit d'une économie mal entendue. Telle est presque par-tout l'origine du surhaussement du prix des affrettemens pour l'état ; & si malgré ce surhaussement il manque encore à sa convention, le prix augmente avec le discrédit.
Si le maître est obligé en route de faire radouber son vaisseau, & qu'il soit prouvé qu'il étoit hors d'état de naviger avant le départ, les propriétaires sont tenus des risques, dommages & intérêts.
Une charte-partie subsiste, quant au payement, quoique le chargeur n'ait pas rempli la capacité qu'il avoit retenu dans le navire, soit qu'il n'ait pas eu assez de marchandises, soit qu'il ait laissé expirer les jours de planche.
Par nos lois, le maître peut en ce cas prendre les marchandises d'un autre, avec le consentement du chargeur. Par les lois angloises, il peut s'en charger de plein droit, & cette loi est plus favorable au Commerce.
Par les lois rhodiennes, le chargeur étoit obligé, outre le fret en entier, de payer dix jours de la nourriture & des gages de l'équipage.
Lorsqu'une charte-partie porte que le vaisseau partira au premier bon vent ; quoique cela ne s'exécute pas, si le vaisseau arrive à bon port, le fret est dû, parce que l'acte du départ donne au maître un titre pour le fret : mais il est tenu aux évenemens de la mer. Si le retard est trop considérable, il est tenu à des dédommagemens ; & même le chargeur en pourra prendre un autre.
Une charte-partie n'est pas rompue par la saisie de marchandises prohibées que l'on destinoit au chargement : l'armateur n'a point entendu prêter son vaisseau pour contrevenir aux lois, & il l'a armé de bonne foi pour faire son commerce.
Les propriétaires d'un vaisseau doivent un dédommagement au chargeur, si leur navire est déclaré dans la charte-partie de plus d'un quarantieme au-dessus de son port véritable.
Enfin le navire, ses agrès & apparaux, le fret & les marchandises chargées, sont respectivement affectés aux conventions de la charte-partie.
On trouvera au mot FRET ce qui le regarde comme prix du loyer d'un vaisseau. On peut consulter sur les chartes-parties l'ordonn. de la Mar. les lois d'Oleron ; les lois Rhodiennes & leurs commentat. comme Vinnius, Balduinus, Peckius, Straccha, de navibus, Joannes Loccenius, de jure maritimo ; enfin le droit maritime de toutes les nations. Cet article nous a été communiqué par M. V. D. F.
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| CHARTIL | S. m. (Econom. rust. & Charron) on appelle ainsi dans une ferme ou maison de campagne, un endroit destiné à mettre les charrettes à couvert des injures du tems. Il signifie aussi le corps de la charrette.
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| CHARTOPHILAX | S. m. (Hist. anc.) c'étoit un officier de la ville & même de l'église de Constantinople ; il étoit le gardien des archives. Voyez ARCHIVES.
Ce mot vient de , & de , custodio ; & il signifie garde-chartre ou gardien des titres originaux, soit de la couronne, soit de la ville, soit de l'église. Il étoit, selon Codin historien de la Byzantine, le juge des grandes causes, & le bras droit du patriarche ; il étoit de son grand-conseil. Outre la garde des titres dont il étoit dépositaire, de ceux même qui regardoient les droits ecclésiastiques, il présidoit à la décision des causes matrimoniales, & il étoit juge des clercs. Il rédigeoit les sentences & les décisions du patriarche, les signoit, & y apposoit le sceau. C'étoit comme le greffier en chef des cours supérieures, & par conséquent un officier très-distingué. Il avoit séance avant les évêques, quoiqu'il ne fût que diacre ; il avoit sous lui douze notaires ; il assistoit aux consécrations des évêques ; il tenoit registre de leur élection & consécration, & c'étoit lui qui présentoit le prélat élû aux évêques consécrateurs.
Il y avoit à Constantinople deux officiers de ce nom ; l'un pour la cour, & l'autre pour le patriarche : le premier s'appelloit registrator, & l'autre scriniarius. Cependant, eu égard à leurs fonctions, ils étoient souvent confondus. Il ne faut pas, comme a fait Leuclavius écrivain allemand du xvj. siecle, le prendre pour le chartulaire des Romains, qui exerçoit, à peu de chose près, la même fonction. L'Angleterre a pareillement un chartophilax ; c'est lui qui est le gardien des titres de la couronne, qui sont déposés à la tour de Londres, où on les communique fort aisément, en donnant tant pour chaque titre ; c'est ce qu'on appelle garde des rolles, parce que le terme de rolle signifie ce que nous appellons en François chartes, titres, ou même archives. Outre ce garde des rolles de la tour, il y a encore un garde des archives de la chancellerie ; & les églises en Angleterre ont aussi leur garde des rolles, aussi-bien que les comtés & les villes principales. En France, le chartophilax ou garde des titres de la couronne, est le procureur général du parlement. On ne peut obtenir des copies de ces titres qu'en vertu d'un ordre du Roi. Nous en avons un inventaire manuscrit qui indique exactement les titres, à l'exception de ceux qui sont en minute dans des registres particuliers. Ces titres, qui ne commencent parmi nous qu'après Philippe Auguste, ne s'étendent que jusqu'au milieu du xvj. siecle ; depuis ce tems, chaque secrétaire d'état a ses archives ou son dépôt. (G) (a)
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| CHARTRAIN | (LE PAYS) Géog. contrée de France dans la Beauce, dont Chartres est la capitale.
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| CHARTRE | (Jurisprud.) se dit par corruption pour charte, & néanmoins l'usage a prévalu. Ce terme signifie ordinairement des titres fort anciens, comme du x. xj. xij. & xiij. siecle, ou au moins antérieurs au xv. siecle. Voyez ci-devant CHARTE. (A)
A la tête de l'excellent ouvrage qui a pour titre, l'art de vérifier les dates, par des religieux bénédictins de la congrégation de S. Maur, on trouve une dissertation très-utile sur la difficulté de fixer les dates des chartes & des chroniques. Les difficultés viennent de plusieurs causes ; 1°. de la maniere de compter les années, qui a fort varié, ainsi que les divers jours où l'on a fait commencer l'année ; 2°. de l'ere d'Espagne, qui commence 38 ans avant notre ere chrétienne, & dont on s'est servi long-tems dans plusieurs royaumes ; 3°. des différentes sortes d'indictions ; 4°. des différens cycles dont on a fait usage, & de plusieurs autres causes. Nous renvoyons nos lecteurs à ces différens mots, & nous les exhortons fort à lire la dissertation dont nous parlons. Elle a été composée, ainsi que tout le reste de l'ouvrage, dans la vûe de remédier à ces inconvéniens. Voyez CHRONOLOGIE, CALENDRIER, &c. (O)
CHARTRE DE CHAMPAGNE ou CHAMPENOISE, est le nom que l'on donnoit autrefois en chancellerie aux lettres en forme de chartre, c'est-à-dire données ad perpetuam rei memoriam, & qui devoient avoir leur exécution dans la province de Champagne. L'origine de cette distinction des chartres de Champagne d'avec les chartres de France, c'est-à-dire des autres lettres données pour les autres provinces du royaume, vient de ce que les comtes de Champagne avoient leur chancellerie particuliere, qui avoit son style & ses droits & taxe qui lui étoient propres. Lorsque la Champagne fut réunie à la couronne, on conserva encore quelque tems la chancellerie particuliere de Champagne, dont l'émolument tournoit au profit du roi, comme celui de la chancellerie de France. Dans la suite la chancellerie particuliere de Champagne fut supprimée ; on continua cependant encore long-tems en la chancellerie de France de distinguer ces chartres ou lettres qui étoient pour la Champagne. On suivoit pour ces lettres l'ancien style & le tarif de la chancellerie de Champagne. Il en est parlé dans le sciendum de la chancellerie. Voyez ci-devant CHANCELLERIE DE CHAMPAGNE, & CHANCELLERIE (sciendum).
CHARTRES, (COMMISSAIRE AUX) est le titre que l'on donne à ceux qui sont commis par le Roi, pour travailler à l'arrangement des chartres ou anciens titres de la couronne, sous l'inspection du trésorier ou garde du trésor des chartres. Voyez TRESOR DES CHARTRES.
CHARTRE DE COMMUNE, charta communis, communionis ou communitatis. On appelle ainsi les lettres par lesquelles le roi, ou quelqu'autre seigneur, érigeoit les habitans d'une ville ou bourg en corps & communauté. Ces lettres furent une suite de l'affranchissement que quelques-uns des premiers rois de la troisieme race commencerent à accorder aux serfs & mortaillables, car les serfs ne formoient point entr'eux de communauté. Les habitans auxquels ces chartres de commune étoient accordées, étoient liés réciproquement par la religion du serment, & par de certaines lois. Ces chartres de commune furent beaucoup multipliées par Louis VII. & furent confirmées par Louis VIII. Philippe Auguste & leurs successeurs. Les évêques & autres seigneurs en établirent aussi avec la permission du roi. Le principal objet de l'établissement des communes, fut d'obliger les habitans des villes & bourgs érigés en commune, de fournir du secours au roi en tems de guerre, soit directement, soit médiatement, en le fournissant à leur seigneur, qui étoit vassal du roi, & qui étoit lui-même obligé de servir le roi. Chaque curé des villes & bourgs érigés en commune venoit avec sa banniere à la tête de ses paroissiens. La commune étoit aussi instituée pour la conservation des droits respectifs du seigneur & des sujets. Les principaux droits de commune sont, celui de mairie & échevinage, de collége, c'est-à-dire de former un corps qui a droit de s'assembler ; le droit de sceau, de cloche, beffroi & jurisdiction. Les chartres de commune expliquoient aussi les peines que doivent subir les délinquans, & les redevances que les habitans devoient payer au roi ou autre leur seigneur. Voyez le glossaire latin de Ducange, au mot commune. M. Caterinot, en sa dissertation, que les coûtumes ne sont point de droit étroit, dit que ces chartres de commune sont des ébauches des coûtumes. En effet, ces chartres sont la plûpart du xij. & xiij. siecles, qui est à-peu-près le tems où nos coûtumes ont pris naissance ; les plus anciennes n'ayant été rédigées par écrit que dans le xiij. & le xjv. siecle, on ne trouve point que la ville de Paris ait jamais obtenu de chartre de commune, ce qui provient sans-doute de ce qu'on a supposé qu'elle n'en avoit pas besoin, à cause de la dignité de ville capitale du royaume.
CHARTRE (DEMI). Dans les anciens styles de la chancellerie, & dans quelques édits, tels que celui du mois d'Avril 1664 ; il est parlé d'offices taxés demi-chartre, c'est-à-dire pour les provisions desquels on ne paye que la moitié du droit dû au sceau pour les lettres expédiées en forme de chartre. Voyez ci-après CHARTRES (LETTRES DE).
CHARTRES FRANÇOISES, dans le sciendum & autres anciens styles de la chancellerie, sont toutes lettres de chartres, ou expédiées en forme de chartres, qui sont pour les villes & provinces du royaume, autres néanmoins que la Champagne & la Navarre, dont les lettres étoient distinguées des autres, & qu'on appelloit chartres champenoises & chartres de Navarre. Voyez ci-devant CHARTRES DE CHAMPAGNE, & ci-après CHARTRES DE NAVARRE.
CHARTRES (GREFFIERS DES). Par édit du mois de Mars 1645, le roi créa quatre greffiers des chartres & expéditions de la chancellerie. Ces offices ont depuis été supprimés.
CHARTRES EN JAUNE, en style de chancellerie, sont les lettres de déclaration, de naturalité, & de notaire d'Avignon. On entend aussi quelquefois par-là les arrêts des cours souveraines, portant réglement entre des officiers ou communautés, ou quand ils ordonnent la réunion à perpétuité de quelque bénéfice.
CHARTRES (INTENDANS DES). Par édit du mois de Mars 1655, le roi créa huit offices de secrétaires du roi de la grande chancellerie, auxquels il attribua la qualité d'intendans des chartres, c'est-à-dire des lettres de la chancellerie. Ces offices furent supprimés par édit du mois de Janvier 1660 ; il en est encore parlé dans l'édit du mois d'Avril 1664, dans lequel est rappellé celui de 1660.
CHARTRE DE JUIFS ou MARANS, en France avant l'expulsion des Juifs hors du royaume, pouvoit s'entendre des lettres expédiées pour les Juifs dans leur chancellerie particuliere : mais depuis qu'ils eurent été chassés du royaume, on entendoit par chartre des Juifs, dans l'ancien style de la chancellerie, la permission donnée à un juif de s'établir en France. Voyez le sciendum de la chancellerie, & ci-devant CHANCELLERIE DES JUIFS.
CHARTRES, (LETTRES DE) ou lettres expédiés en forme de chartre. On appelle communément ainsi toutes lettres expédiées en la grande chancellerie, qui attribuent un droit perpétuel, telles que les ordonnances & édits, les lettres de grace, rémission ou abolition, qui procedent de la pleine grace du Roi ; toutes lesquelles lettres contiennent cette adresse, à tous présens & à venir, & n'ont point de date de jour, mais seulement de l'année & du mois, & sont scellées de cire verte sur des lacs de soie rouge & verte (voyez Charondas, en ses pandectes, liv. I. ch. xjx.) ; à la différence des autres lettres de chancellerie, telles que les déclarations & lettres patentes qui contiennent cette adresse, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, renferment la date du jour, du mois & de l'année, & sont scellées en cire jaune sur une double queue de parchemin.
CHARTRES DE NAVARRE. On appelloit ainsi autrefois en chancellerie les lettres destinées pour la Navarre françoise. L'origine de cette distinction vient de ce qu'avant la réunion de la Navarre au royaume de France, la Navarre avoit sa chancellerie particuliere, qui fut ensuite supprimée & réunie à la grande chancellerie de France. On conserva seulement le même tarif pour les lettres qui s'expédioient pour la Navarre. Voyez le sciendum de la chancellerie.
CHARTRE AUX NORMANDS, ou CHARTRE NORMANDE, est la seconde des deux chartres que Louis X. dit Hutin, donna à la Normandie pour la confirmation de ses priviléges. La premiere, qui étoit de l'an 1314, ne contenoit que quatorze articles ; la seconde, qui est du 15 Juillet 1315, contient vingt-quatre articles. C'est celle-ci à laquelle on a attribué singulierement le nom de chartre aux Normands ou chartre Normande ; elle fut confirmée par Philippe de Valois en 1339, par Charles VI. en 1380, par Charles VII. en 1458, par Louis XI. en 1461, par Charles VIII. en 1485, & par Henri III. en 1579.
La plûpart des articles de cette chartre sont présentement abolis ou extrèmement altérés.
Il y en a seulement un auquel on n'a point dérogé ; c'est celui qui porte que la possession quadragénaire vaut titre, sinon en matiere de patronage, ce qui a été confirmé par l'article 521 de la nouvelle coûtume.
Il y a encore deux autres articles qui sont un peu en vigueur : l'un porte que les procès du duché devant être terminés suivant la coûtume & les usages du pays, on ne pourra les traduire ailleurs ; l'autre veut que sous prétexte de donation, échange ou aliénation faite ou à faire par le roi ou par ses successeurs, de quelque partie de leur domaine, les habitans de la province ne puissent être traduits en des jurisdictions étrangeres, & ne seront tenus d'y comparoir ni d'y répondre.
Mais ces deux articles ont reçû & reçoivent encore tous les jours diverses atteintes, par le privilége accordé à l'université de Paris, dont les causes sont attribuées au prevôt de Paris, par le droit de committimus, les évocations générales & les attributions particulieres, le privilége du scel du châtelet, qui est attributif de jurisdiction, & autres priviléges semblables.
Cependant l'autorité de cette chartre est si grande, que lorsqu'il s'agit de faire quelque réglement qui peut intéresser la province de Normandie, & que l'on veut déroger à cette chartre, on ne manque point d'y insérer la clause, nonobstant clameur de haro, chartre normande, &c. Voyez le recueil d'arrêts de M. Froland, part. I. ch. viij.
CHARTRE DE PAIX, en latin charta pacis, sont des lettres en forme de transaction entre Philippe-Auguste, l'évêque & le chapitre de Paris, données à Melun en 1222. Elles reglent la compétence des officiers du roi, & de ceux de l'évêque & du chapitre dans l'étendue de la ville de Paris. Voyez le tr. de la police, tome I. liv. I. tit. x. p. 156.
CHARTRE ou PRISON. Ces termes étoient autrefois synonymes. La prison étoit ainsi appellée chartre, du latin carcer ; c'est de-là que saint Denis en la cité, près le pont Notre-Dame, a été surnommé de la chartre, parce que l'on croit que saint Denis apôtre de la France, fut autrefois enfermé dans ce lieu dans un cachot obscur. L'ancienne coûtume de Normandie, ch. xxiij. se serviroit de ce terme chartre pour exprimer la prison.
CHARTRE PRIVEE signifie un lieu autre que la prison publique, où quelqu'un est détenu par force, & sans que ce soit de l'autorité de la justice. Il est défendu à toutes personnes, même aux officiers de justice, de tenir personne en chartre privée. L'ordonnance de 1670, tit. ij. art. 10. défend aux prevôts des maréchaux de faire chartre privée dans leurs maisons, ni ailleurs, à peine de privation de leurs charges ; & veut qu'à l'instant de la capture l'accusé soit conduit dans les prisons du lieu, s'il y en a, sinon aux plus prochaines, dans vingt-quatre heures au plus tard.
CHARTRE AU ROI PHILIPPE fut donnée par Philippe-Auguste vers la fin de l'an 1208, ou au commencement de l'an 1209, pour régler les formalités nouvelles que l'on devoit observer en Normandie dans les contestations qui survenoient pour raison des patronages d'église, entre des patrons laïques & des patrons ecclésiastiques. Cette chartre se trouve employée dans l'ancien coûtumier de Normandie, après le titre de patronage d'église ; & lorsqu'on relut en 1585 le cahier de la nouvelle coûtume, il fut ordonné qu'à la fin de ce cahier l'on inséreroit la chartre au roi Philippe & la chartre normande. Quelques-uns ont attribué la premiere de ces deux chartres à Philippe III. dit le Hardi ; mais il est de Philippe-Auguste, ainsi que l'a prouvé M. de Lauriere au I. volume des ordonnances de la troisieme race, page 26. Voyez aussi à ce sujet le recueil d'arrêts de M. Froland, partie I. chap. vij.
CHARTRE, TAXE CHARTRE, c'est-à-dire le droit que l'on paye pour certaines lettres de chancellerie qui sont taxées comme chartres ou lettres expédiées en forme de chartres : par exemple, les assiettes à perpétuité se taxent chartres. Voyez le style de chancellerie de Dusault dans la taxe qui est à la fin, pag. 15. & ci-devant CHARTRES (LETTRES DE).
CHARTRES (TRESOR DES). Voyez l'article TRESOR DES CHARTRES.
CHARTRES A DEUX VISAGES. M. de la Roque, en son traité de la noblesse, chap. xxj. dit que Jean Dubois sieur de Martainville, obtint du roi Henri IV. une chartre à deux visages, par laquelle il fut maintenu & confirmé en la possession de noblesse, parce que sa maison avoit été saccagée ; que cette chartre, donnée à Paris au mois de Novembre l'an 1597, fut enregistrée en la chambre des comptes le 10 Mars 1598, & à la cour des aides de Normandie le 26 Février 1603, pour jouïr du privilége de noblesse, comme de nouvelle concession.
L'auteur ne dit rien de plus de cette chartre, & n'explique point ce que l'on doit entendre par la qualification qu'il lui donne de chartre à deux visages. (A)
CHARTRE, (LA GRANDE) magna charta, (Hist. mod.) en Angleterre est une ancienne patente contenant les priviléges de la nation, accordée par le roi Henri III. la neuvieme année de son regne, & confirmée par Edouard I.
La raison pour laquelle on l'appelle magna, grande, est parce qu'elle contient des franchises & des prérogatives grandes & précieuses pour la nation ; ou parce qu'elle est d'une plus grande étendue qu'une autre chartre qui fut expédiée dans le même tems, que les Anglois appellent chartre de forêt (voyez l'hist. du Parlement d'Angleterre) ; ou parce qu'elle contient plus d'articles qu'aucune autre chartre ; ou à cause des guerres & des troubles qu'elle a causés, & du sang qu'elle a fait verser ; ou enfin à cause de la grande & remarquable solennité qui se pratiqua lors de l'excommunication des infracteurs & violateurs de cette chartre.
Les Anglois font remonter l'origine de leur grande chartre à leur roi Edouard le confesseur, qui par une chartre expresse accorda à la nation plusieurs priviléges & franchises, tant civiles qu'ecclésiastiques. Le roi Henri I. accorda les mêmes priviléges, & confirma la chartre de saint Edouard par une semblable qui n'existe plus. Ces mêmes priviléges furent confirmés & renouvellés par ses successeurs Etienne, Henri II. & Jean. Mais celui-ci par la suite l'enfraignant lui-même, les barons du royaume prirent les armes contre lui les dernieres années de son regne.
Henri III. qui lui succéda, après s'être fait informer par des commissaires nommés au nombre de douze pour chaque province, des libertés des Anglois du tems d'Henri I. fit une nouvelle chartre, qui est celle qu'on appelle aujourd'hui la grande chartre, magna charta, qu'il confirma plusieurs fois, & qu'il enfraignit autant de fois, jusqu'à la trente-septieme année de son regne, qu'il vint au palais de Westminster ; où en présence de la noblesse & des évêques, qui tenoient chacun une bougie allumée à la main, il sit lire la grande chartre, ayant, pendant qu'on la lisoit, la main sur la poitrine ; après quoi il jura solennellement d'en observer le contenu avec une fidélité inviolable, en qualité d'homme, de chrétien, de soldat, & de roi. Alors les évêques éteignirent leurs bougies, & les jetterent à terre, en criant, qu'ainsi soit éteint & confondu dans les enfers quiconque violera cette chartre.
La grande chartre est la base du droit & des libertés du peuple anglois. Voyez DROIT & STATUT.
On la jugea si avantageuse aux sujets, & remplie de dispositions si justes & si équitables, en comparaison de toutes celles qui avoient été accordées jusqu'alors, que la nation consentit, pour l'obtenir, d'accorder au roi le quinzieme denier de tous ses biens meubles. Chambers. (G)
CHARTRE, (Médecine) on dit qu'un enfant est en chartre, lorsqu'il est sec, hectique, & tellement exténué, qu'il n'a que la peau collée sur les os ; maladie à laquelle les Médecins ont donné le nom de marasme. Voyez MARASME. Peut-être l'expression, ces enfans sont en chartre, vient-elle de ce qu'on les voüe aux saints, dont les châsses sont appellées chartres par nos vieux auteurs. Du Verney, traité des maladies des os.
Quelques-uns ont écrit qu'on nomme en France le rachitis, chartre ; mais ils ont confondu deux maladies qui sont très-différentes. Id. ibid.
CHARTRES, (Géog.) ville de France, capitale du pays chartrain & de la Beauce, avec titre de duché, sur l'Eure. Long. 18. 50. 5. lat. 48. 26. 29.
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| CHARTRÉES | VILLES CHARTREES, c'est-à-dire qui ont des anciens titres de leurs priviléges & franchises. Voyez ci-après VILLES. (A)
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| CHARTREUSE | subst. f. (Hist. mod.) monastere célebre ainsi nommé d'une montagne escarpée de Dauphiné sur laquelle il est bâti, dans un desert affreux, à cinq lieues de Grenoble, & qui a donné son nom à tout l'ordre des Chartreux qu'y fonda saint Bruno, en s'y retirant avec sept compagnons l'an 1086.
Ce nom a passé depuis à tous les monasteres de Chartreux ; on distingue seulement celui de Grenoble par le titre de grande chartreuse.
La chartreuse de Londres qu'on a appellée par corruption carther-house, c'est-à-dire maison des chartres, est maintenant changée en un collége qu'on nomme l'hôpital de Sutton, du nom de son fondateur qui le dota d'abord de 4000 liv. sterling de rente ; & ce revenu s'est depuis augmenté jusqu'à six mille. Ce collége doit être composé d'honnêtes gens, soit militaires, soit commerçans infirmes, & dont les affaires ont mal tourné. Ils sont au nombre de quatre-vingt qui vivent en commun selon l'usage des colléges, & qui sont logés, vêtus, nourris, & soignés dans leurs maladies aux dépens de la maison. Il y a aussi place pour quarante-quatre jeunes gens ou écoliers qui y sont entretenus & instruits : ceux d'entr'eux qui ont de l'aptitude pour les Lettres, sont envoyés aux universités avec une pension de vingt livres sterling pendant huit ans ; on met les autres dans le Commerce. La surintendance de cet hôpital est confiée à seize gouverneurs, qui sont ordinairement des personnes de la premiere qualité. Lorsque la place d'un d'entr'eux vient à vaquer, elle est remplie par l'élection d'un nouveau membre faite par les autres gouverneurs. Les officiers de ce collége sont un maître, un prédicateur, un économe, un trésorier, un maître d'école, &c. Chambers. (G)
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| CHARTREUX | S. m. (Hist. ecclés.) ordre de religieux institué par S. Bruno en 1086, & remarquable par l'austérité de la regle. Elle oblige les religieux à une solitude perpétuelle, & l'abstinence totale de viande, même en cas de maladie dangereuse & en danger de mort, & au silence absolu, excepté en certains tems marqués. Voyez MONASTIQUE, MOINE.
Leurs maisons sont ordinairement bâties dans des deserts, quoiqu'il s'en trouve à la proximité des villes, ou dans les villes mêmes. La ferveur & la piété monastique se sont toujours mieux conservées dans cet ordre que dans les autres. M. l'abbé de la Trape (Rancé) a cependant tâché de prouver que les Chartreux s'étoient relâchés de cette extrème austérité qui leur étoit prescrite par les constitutions de Guigues I. leur cinquieme général. Mais dom Innocent Masson, élû général en 1675, dans une réponse à M. l'abbé de Rancé, a montré que ce que celui-ci appelle statuts ou constitutions de Guigues, n'étoit que des coutumes compilées par le P. Guigues, & qui ne devinrent lois que long-tems après. En effet, S. Bruno ne laissa aucunes regles écrites à son ordre. Guigues élu en 1110, en mit les coûtumes & les statuts par écrit ; & ce fut Basile leur huitieme général, élu en 1151, qui dressa leurs constitutions telles qu'elles furent approuvées par le saint siége. Les Chartreux ont donné à l'Eglise plusieurs saints prélats, & grand nombre de sujets illustres par leur doctrine & par leur piété. Leur général ne prend que le titre de prieur de la Chartreuse. (G)
CHARTREUX, (Hist. nat.) sorte de chat dont le poil est d'un gris cendré tirant sur le bleu. C'est une des peaux dont les Pelletiers font négoce, & qu'ils employent dans les fourrures. Voyez CHAT.
CHARTREUX, (pelle de) Comm. espece de laine très-fine, que nos manufacturiers en draps & autres étoffes tirent d'Espagne. Voyez le Dictionn. de Comm.
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| CHARTRIER | S. m. (Jurispr.) signifie ordinairement le lieu où sont renfermés les chartes & anciens titres des abbayes, monasteres, & des grandes seigneuries. On appelloit autrefois chartrier du roi ou de France, ce que l'on appelle aujourd'hui trésor des chartes : mais ce chartrier étoit moins un lieu où l'on renfermoit les chartes de la couronne, que le recueil & la collection de ces chartes que l'on portoit alors par-tout à la suite du roi. Richard roi d'Angleterre, ayant défait l'armée de Philippe-Auguste entre Châteaudun & Vendôme, en 1194, enleva tout son bagage, & notamment le chartrier de France. Cette perte fut cause que l'on établit à Paris un dépôt des chartes de la couronne, que l'on appella le trésor des chartes. Voyez TRESOR DES CHARTES.
CHARTRIER, (Jurispr.) signifioit aussi en quelques endroits prisonnier ; ce qui vient du mot charte, qui se disoit anciennement pour prison. Voyez l'ancienne chronique de Flandre, ch. lxvj. & le glossaire de M. de Lauriere, au mot charte. (A)
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| CHARTULAIRE | S. m. (Hist. ecclés.) on prétend que le chartulaire étoit dans l'église latine, ce que le chartophylax étoit dans l'église greque. Voyez l'article CHARTOPHYLAX. Quoi qu'il en soit des prérogatives de ces dignités, il est évident que leurs noms venoient de la garde des chartes & titres, confiés particulierement à ceux qui les possédoient.
CHARTULAIRE, se dit encore du volume où l'on a transcrit les chartes principales d'une abbaye ou d'une seigneurie.
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| CHARYBDE | S. f. (Myth.) femme qui habitoit & voloit le long des côtes de la Sicile ; elle fut frappée de la foudre & métamorphosée en monstre marin, pour avoir détourné les boeufs d'Hercule. Ce monstre attendoit près d'un écueil de Sicile, les passans pour les dévorer : là les eaux tournoyoient, entraînant les vaisseaux dans les gouffres, & les renvoyant du fond à la surface trois fois, à ce que dit Homere, avant que de les absorber : on entendoit de grands bruits, & l'on ne franchissoit le passage qu'avec frayeur. C'est aujourd'hui le capo di faro : ce lieu semble avoir perdu tout ce qu'il avoit d'effrayant, en perdant son ancien nom ; & cette Charybde, la terreur des navigateurs de l'antiquité, ne mérite presque pas l'attention de nos pilotes : ce qui semble prouver, ou qu'en effet ce passage n'est plus aussi dangereux qu'il l'étoit, ou que ce qui étoit du tems d'Homere un grand danger pour les matelots, n'en est pas un pour les nôtres.
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| CHAS | S. m. (Art méchan.) ce terme a plusieurs acceptions très-différentes : c'est chez les Amydonniers, une expression du grain amolli dans l'eau sous la forme d'une colle ; chez les Aiguilliers, c'est la partie ouverte de l'aiguille ; & chez les Tisserands, c'est l'expression de grain des Amydonniers mise en colle, & employée à coller les fils de la chaîne, afin de leur donner un peu moins de flexibilité. Voyez à l'article AIGUILLE DE BONNETIER, la description de la machine, à l'aide de laquelle on pratique en très-peu de tems le chas ou la châsse à un grand nombre d'aiguilles.
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| CHAS-ODA | S. f. (Hist. mod.) l'on donne ce nom à Constantinople à un des appartemens intérieurs du serrail du grand-seigneur, où se tiennent les pages & les officiers du serrail. Celui qui les commande est le grand-chambellan, ou un eunuque qu'on appelle chas-oda-bachi.
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| CHAS-ODA-BACHI | S. m. (Hist. mod.) nom d'un officier du grand-seigneur. C'est le grand-chambellan qui commande tous les officiers de la chambre où couche le sultan. Son nom vient de chas-oda, qui signifie en turc chambre particuliere ; & bachi, qui veut dire chef. Ricaut, de l'Empire ottoman. (G)
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| CHASNADAR AGASI | S. m. (Hist. mod.) eunuque qui garde le trésor de la validé ou sultane mere du grand-seigneur, & qui commande aux domestiques de sa chambre. Ricaut. Et comme les trésors ne sont pas moins recherchés en Turquie que dans les autres cours, celui qui en est le dépositaire est en grande faveur auprès de la sultane mere, & peut beaucoup par son moyen, soit pour son avancement, soit pour l'avancement de ceux qu'il protege. (G) (a)
CHASNADAR BACHI, ou comme d'autres l'écrivent HASNADAR BACHI, (Hist. mod.) c'est en Turquie le grand trésorier du serrail, qui commande aux pages du trésor. Azena ou hasna signifie trésor, & baschi, chef. Il est différent du testerdar ou grand trésorier, qui a le maniement des deniers publics & du trésor de l'état, & n'est chargé que du trésor particulier du grand-seigneur, qu'on garde dans divers appartemens du serrail, sur la porte de chacun desquels est écrit le nom du sultan qui l'a amassé par son économie. Ce sont des fonds particuliers, tels que ceux qu'on appelle en France la cassette. Ricaut, de l'Emp. ottoman.
La chambre du trésor est la seconde du serrail du grand-seigneur. La premiere qui se nomme la grand-chambre, est celle des favoris de sa hautesse. La chambre du trésor, à la tête de laquelle est le chasnadar bachi, est composée de deux cent soixante officiers, qui sont gouvernés par un eunuque blanc qui est nommé oda baschi, chef ou lieutenant de la chambre. Ils sont formés dans tous les exercices d'usage à la porte ottomane, & peuvent arriver à la grand-chambre quand il se trouve quelque place vacante, ou on leur donne d'autres emplois conformes à la faveur de ceux qui les conduisent. Le chevalier de la Magdelaine, miroir de l'Empire ottoman, pag. 144. (G) (a)
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| CHASSAKI | S. (Hist. mod.) nom qu'on donne à une odalisque, à qui le grand-seigneur a jetté le mouchoir. Chassach ou chassech en arabe signifie les personnes de la premiere distinction, & sur-tout celles qui approchent le plus près du prince, & qui sont logées dans son palais comme ses principaux officiers & ses concubines. Ki, en persan & en turc, signifie roi : ainsi, selon Ricaut, cassaki, en parlant d'un homme, désigne le principal officier du prince ; & quand on se sert de ce terme pour une femme, il signifie une sultane ou concubine favorite. C'est peut-être ce que d'autres auteurs nomment aseki. Voyez ASEKI. On lit dans quelques auteurs, que le titre de chassaki ne se donne qu'à celles des femmes du sultan qui ont mis au monde un garçon. (G)
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| CHASSE | S. f. (Econ. rust.) ce terme pris généralement pourroit s'étendre à la Vénerie, à la Fauconnerie & à la Pêche, & désigner toutes les sortes de guerres que nous faisons aux animaux, aux oiseaux dans l'air, aux quadrupedes sur la terre, & aux poissons dans l'eau ; mais son acception se restraint à la poursuite de toutes sortes d'animaux sauvages, soit bêtes féroces & mordantes, comme lions, tigres, ours, loups, renards, &c. soit bêtes noires, par lesquelles on entend les cerfs, biches, daims, chevreuils ; soit enfin le menu gibier, tant quadrupedes que volatiles, tels que les lievres, lapins, perdrix, bécasses, &c. La chasse aux poissons s'appelle pêche.
On peut encore distribuer la chasse relativement aux animaux avec lesquels elle se fait, sans aucun égard à la nature de ceux à qui on la fait ; si elle se fait avec des chiens, elle s'appelle vénerie ; voyez VENERIE : si elle se fait avec des oiseaux, elle s'appelle fauconnerie ; voyez FAUCONNERIE.
Les instrumens dont on se sert pour atteindre les animaux chassés, fourniroient une troisieme division de la chasse, la chasse aux chiens, aux oiseaux, aux armes offensives, & aux piéges. Celle aux chiens se sousdiviseroit selon les chiens qu'on employeroit, comme au limier, au chien courant, au chien couchant, &c. Celle aux armes offensives, selon les armes qu'on employe, comme le couteau de chasse, le fusil, &c. Celle aux piéges contiendroit toutes les ruses dont on se sert pour attraper les animaux, au nombre desquelles on mettroit les filets.
La chasse prend quelquefois différens noms, selon les animaux chassés. On va à la passée de la bécasse. Selon le tems ; si c'est de grand matin, elle s'appelle rentrée ; voyez RENTREE : si c'est sur le soir, elle s'appelle affut ; voyez AFFUT. Selon les moyens qu'on employe ; si l'on contrefait la chouette par quelque appeau, c'est la pipée. Voyez PIPEE, &c.
Nous nous bornerons dans cet article à parler de la chasse en général : on en trouvera les détails aux différens articles ; les différentes chasses, comme du cerf, du daim, du chevreuil, du loup, &c. aux articles de ces animaux ; les instrumens, aux articles FUSIL, CHIENS, CHIEN COUCHANT, CHIEN COURANT, LIMIER, LEVRIER, COUTEAU DE CHASSE, FILET, PIEGE, CORS ou TROMPE, &c. les filets, aux articles des différentes sortes de filets ; les piéges, aux différentes sortes de piéges ; les détails de la fauconnerie aux oiseaux, & autres animaux qu'on poursuit à cette chasse, à ceux avec lesquels on la fait ; & ses généralités, à l'article FAUCONNERIE. Voyez aussi sur la grande chasse ou chasse à cors & à cri (car on distribue aussi la chasse en grande & haute, qui comprend celle des bêtes fauves & de quelques autres animaux ; en basse ou petite, qui s'étend au reste des animaux) Voyez dis-je, les articles VENERIE, BETES, BETES NOIRES, FAUVES, &c.
La chasse est un des plus anciens exercices. Les fables des Poëtes qui nous peignent l'homme en troupeau avant que de nous le représenter en société, lui mettent les armes à la main, & ne lui supposent d'occupation journaliere que la chasse. L'Ecriture-sainte qui nous transmet l'histoire réelle du genre humain, s'accorde avec la fable pour nous constater l'ancienneté de la chasse : elle dit que Nemrod fut un grand chasseur aux yeux du Seigneur, qui le rejetta. C'est une occupation proscrite dans le livre de Moyse ; c'est une occupation divinisée dans la théologie payenne. Diane étoit la patrone des chasseurs ; on l'invoquoit en partant pour la chasse ; on lui sacrifioit au retour l'arc, les fleches, & le carquois. Apollon partageoit avec elle l'encens des chasseurs. On leur attribuoit à l'un & à l'autre l'art de dresser des chiens, qu'ils communiquerent à Chiron, pour honorer sa justice. Chiron eut pour éleves, tant dans cette discipline qu'en d'autres, la plûpart des héros de l'antiquité.
Voilà ce que la Mythologie & l'Histoire sainte, c'est-à-dire le mensonge & la vérité, nous racontent de l'ancienneté de la chasse. Voici ce que le bon sens suggere sur son origine. Il fallut garantir le troupeaux des loups & autres animaux carnaciers ; il fallut empêcher tous les animaux sauvages de ravager les moissons : on trouva dans la chair de quelques-uns des alimens sains ; dans les peaux de presque tous une ressource très promte pour les vêtemens : on fut intéressé de plus d'une maniere à la destruction des bêtes malfaisantes : on n'examina guere quel droit on avoit sur les autres ; & on les tua toutes indistinctement, excepté celles dont on espéra de grands services en les conservant.
L'homme devint donc un animal très-redoutable pour tous les autres animaux. Les especes se dévorerent les unes les autres, après que le péché d'Adam eut répandu entr'elles les semences de la dissention. L'homme les dévora toutes. Il étudia leur maniere de vivre, pour les surprendre plus facilement ; il varia ses embûches selon la variété de leur caractere & de leurs allures ; il instruisit le chien, il monta sur le cheval, il s'arma du dard, il aiguisa la fleche ; & bien-tôt il fit tomber sous ses coups le lion, le tigre, l'ours, le léopard : il perça de sa main depuis l'animal terrible qui rugit dans les forêts, jusqu'à celui qui fait retentir les airs de ses chants innocens ; & l'art de les détruire fut un art très-étendu, très-exercé, très-utile, & par conséquent fort honoré.
Nous ne suivrons pas les progrès de cet art depuis les premiers tems jusqu'aux nôtres, les mémoires nous manquent ; & ce qu'ils nous apprendroient, quand nous en aurions, ne feroit pas assez d'honneur au genre humain pour le regretter. On voit en général que l'exercice de la chasse a été dans tous les siecles & chez toutes les nations d'autant plus commun, qu'elles étoient moins civilisées. Nos peres beaucoup plus ignorans que nous, étoient beaucoup plus grands chasseurs.
Les anciens ont eu la chasse aux quadrupedes & la chasse aux oiseaux ; ils ont fait l'une & l'autre avec l'arme, le chien, & le faucon. Ils surprenoient des animaux dans les embûches, ils en forçoient à la course, ils en tuoient avec la fleche & le dard ; ils alloient au fond des forêts chercher les plus farouches, ils en enfermoient dans des parcs, & ils en poursuivoient dans les campagnes & les plaines. On voit dans les antiques, des empereurs même le venabulum à la main. Le venabulum étoit une espece de pique. Ils dressoient des chiens avec soin ; ils en faisoient venir de toutes les contrées, qu'ils appliquoient à différentes chasses, selon leurs différentes aptitudes naturelles. L'ardeur de la proie établit entre les chiens, l'homme, le cheval, & le vautour, une espece de société qui a commencé de très-bonne heure, qui n'a jamais cessé, & qui durera toûjours.
Nous ne chassons plus guere que des animaux innocens, si l'on en excepte l'ours, le sanglier & le loup. On chassoit autrefois le lion, le tigre, la panthere, &c. Cet exercice ne pouvoit être que très-dangereux. Voyez aux différens articles de ces animaux, la maniere dont on s'y prenoit. Observons seulement ici, 1°. qu'en recueillant avec exactitude tout ce que les anciens & les modernes ont dit pour ou contre la chasse, & la trouvant presqu'aussi souvent loüée que blâmée, ou en concluroit que c'est une chose assez indifférente. 2°. Que le même peuple ne l'a pas également loüée ou blâmée en tout tems. Sous Salluste, la chasse étoit tombée dans un souverain mépris ; & les Romains, ces peuples guerriers, loin de croire que cet exercice fût une image de la guerre, capable d'entretenir l'humeur martiale, & de produire tous les grands effets en conséquence desquels on le croit justement réservé à la noblesse & aux grands, les Romains, dis-je, n'y employoient plus que des esclaves. 3°. Qu'il n'y a aucun peuple chez qui l'on n'ait été contraint de réprimer la fureur de cet exercice par des lois : or la nécessité de faire des lois est toûjours une chose fâcheuse ; elle suppose des actions ou mauvaises en elles-mêmes, ou regardées comme telles, & donne lieu à une infinité d'infractions & de châtimens. 4°. Qu'il est venu des tems où l'on en a fait un apanage si particulier à la noblesse, qu'ayant négligé toute autre étude, elle ne s'est plus connue qu'en chevaux, qu'en chiens & en oiseaux. 5°. Que ce droit a été la source d'une infinité de jalousies & de dissentions, même entre les nobles ; & d'une infinité de lésions envers leurs vassaux, dont les champs ont été abandonnés au ravage des animaux reservés pour la chasse. L'agriculteur a vû ses moissons consommées par des cerfs, des sangliers, des daims, des oiseaux de toute espece ; le fruit de ses travaux perdu, sans qu'il lui fût permis d'y obvier, & sans qu'on lui accordât de dédommagement. 6°. Que l'injustice a été portée dans certains pays au point de forcer le paysan à chasser, & à acheter ensuite de son argent le gibier qu'il avoit pris. C'est dans la même contrée qu'un homme fut condamné à être attaché vif sur un cerf, pour avoir chassé un de ces animaux. Si c'est quelque chose de si précieux que la vie d'un cerf, pourquoi en tuer ? si ce n'est rien, si la vie d'un homme vaut mieux que celle de tous les cerfs, pourquoi punir un homme de mort pour avoir attenté à la vie d'un cerf ? 7°. Que le goût pour la chasse dégénere presque toûjours en passion ; qu'alors il absorbe un tems précieux, nuit à la santé, & occasionne des dépenses qui dérangent la fortune des grands, & qui ruinent les particuliers. 8°. Enfin que les lois qu'on a été obligé de faire pour en restraindre les abus, se sont multipliées au point qu'elles ont formé un code très-étendu : ce qui n'a pas été le moindre de ses inconvéniens. Voyez dans l'article suivant la satyre de la chasse, continuée dans l'exposition des points principaux de ce code.
CHASSE, (Jurisprud.) suivant le droit naturel, la chasse étoit libre à tous les hommes. C'est un des plus anciens moyens d'acquérir suivant le droit naturel. L'usage de la chasse étoit encore libre à tous les hommes, suivant le droit des gens.
Le droit civil de chaque nation apporta quelques restrictions à cette liberté indéfinie.
Solon voyant que le peuple d'Athenes négligeoit les arts méchaniques pour s'adonner à la chasse, la défendit au peuple, défense qui fut depuis méprisée.
Chez les Romains, chacun pouvoit chasser, soit dans son fonds, soit dans celui d'autrui ; mais il étoit libre au propriétaire de chaque héritage d'empêcher qu'un autre particulier n'entrât dans son fonds, soit pour chasser, ou autrement. Instit. lib. II. tit. 1. §. xij.
En France, dans le commencement de la monarchie, la chasse étoit libre de même que chez les Romains.
La loi salique contenoit cependant plusieurs réglemens pour la chasse ; elle défendoit de voler ou de tuer un cerf élevé & dressé pour la chasse, comme cela se pratiquoit alors ; elle ordonnoit que si ce cerf avoit déjà été chassé, & que son maître pût prouver d'avoir tué par son moyen deux ou trois bêtes, le délit seroit puni de quarante sols d'amende ; que si le cerf n'avoit point encore servi à la chasse, l'amende ne seroit que de trente-cinq sols.
Cette même loi prononçoit aussi des peines contre ceux qui tueroient un cerf ou un sanglier qu'un autre chasseur poursuivoit, ou qui voleroient le gibier des autres, ou les chiens & oiseaux qu'ils auroient élevé pour la chasse.
Mais on ne trouve aucune loi qui restraignît alors la liberté naturelle de la chasse. La loi salique semble plûtôt supposer qu'elle étoit encore permise à toutes sortes de personnes indistinctement.
On ne voit pas précisément, en quel tems la liberté de la chasse commença à être restrainte à certaines personnes & à certaines formes. Il paroît seulement que dès le commencement de la monarchie de nos rois, les princes & la noblesse en faisoient leur amusement, lorsqu'ils n'étoient pas occupés à la guerre ; que nos rois donnoient dès-lors une attention particuliere à la conservation de la chasse ; que pour cet effet, ils établirent un maître veneur (appellé depuis grand-veneur), qui étoit l'un des quatre grands officiers de leur maison ; & que sous ce premier officier, ils établirent des forestiers pour la conservation de leurs forêts, des bêtes fauves, & du gibier.
Dès le tems de la premiere race de nos rois, le fait de la chasse dans les forêts du roi étoit un crime capital, témoin ce chambellan que Gontran roi de Bourgogne fit lapider pour avoir tué un bufle dans la forêt de Vassac, autrement de Vangenne.
Sous la seconde race, les forêts étoient défensables ; Charlemagne enjoint aux forestiers de les bien garder ; les capitulaires de Charles-le-Chauve désignent les forêts où ses commensaux ni même son fils ne pourroient pas chasser ; mais ces défenses ne concernoient que les forêts, & non pas la chasse en général.
Un concile de Tours convoqué sous l'autorité de Charlemagne en 813, défend aux ecclésiastiques d'aller à la chasse, de même que d'aller au bal & à la comédie. Cette défense particuliere aux ecclésiastiques, sembleroit prouver que la chasse étoit encore permise aux autres particuliers, du moins hors les forêts du roi.
Vers la fin de la seconde race & au commencement de la troisieme, les gouverneurs des provinces & villes qui n'étoient que de simples officiers, s'étant attribué la propriété de leur gouvernement à la charge de l'hommage, il y a apparence que ces nouveaux seigneurs & autres auxquels ils sous-inféoderent quelque portion de leur territoire, continuerent de tenir les forêts & autres terres de leur seigneurie en défense par rapport à la chasse, comme elles l'étoient lorsqu'elles appartenoient au roi.
Il étoit défendu alors aux roturiers, sous peine d'amende, de chasser dans les garennes du seigneur : c'est ainsi que s'expliquent les établissemens de S. Loüis, faits en 1270. On appelloit garenne toute terre en défense : il y avoit alors des garennes de lievres aussi bien que de lapins, & des garennes d'eau.
Les anciennes coûtumes de Beauvaisis, rédigées en 1283, portent que ceux qui dérobent des lapins, ou autres grosses bêtes sauvages, dans la garenne d'autrui, s'ils sont pris de nuit, seront pendus ; & si c'est de jour, ils seront punis par amende d'argent, savoir, si c'est un gentilhomme, 60 liv. & si c'est un homme de poste, 60 sols.
Les priviléges que Charles V. accorda en 1371. aux habitans de Mailly-le-Château, portent que celui qui seroit accusé d'avoir chassé en plaine dans la garenne du seigneur, sera crû sur son serment, s'il jure qu'il n'a point chassé ; que s'il ne veut pas faire ce serment, il payera l'amende. Il est singulier que l'on s'en rapportât ainsi à la bonne-foi de l'accusé ; car s'il n'y avoit point alors la formalité des rapports, on auroit pû recourir à la preuve par témoins.
Il étoit donc défendu dès-lors, soit aux nobles ou roturiers, de chasser dans les forêts du roi & sur les terres d'autrui en général ; mais on ne voit pas qu'il fût encore défendu, soit aux nobles ou roturiers de chasser sur leurs propres terres.
Il paroît même que la chasse étoit permise aux nobles, du moins dans certaines provinces, comme en Dauphiné, où ils joüissent encore de ce droit, suivant des lettres de Charles V. de 1367.
A l'égard des roturiers, on voit que les habitans de certaines villes & provinces obtinrent aussi la permission de chasse.
On en trouve un exemple dans des lettres de 1357, suivant lesquelles les habitans du bailliage de Revel & la sénéchaussée de Toulouse, étant incommodés des bêtes sauvages, obtinrent du maître général des eaux & forêts, la permission d'aller à la chasse jour & nuit avec des chiens & des domestiques, etiam cum ramerio seu rameriis. Ce qui paroît signifier les branches d'arbres dont on se servoit pour faire des battues. On leur permit de chasser aux sangliers, chevreuils, loups, renards, lievres & lapins, & autres bêtes, soit dans les bois qui leur appartenoient, soit dans la forêt de Vaur, à condition que quand ils chasseroient dans les forêts du roi, ils seroient accompagnés d'un ou deux forestiers, à moins que ceux-ci ne refusassent d'y venir ; que si en chassant, leurs chiens entroient dans les forêts royales, autres que celles de Vaur, ils ne seroient point condamnés en l'amende, à moins qu'ils n'eussent suivis leurs chiens ; qu'en allant visiter leurs terres, & étant sur les chemins pour d'autres raisons, ils pourroient chasser lorsque l'occasion s'en présenteroit, sans appeller les forestiers. On sent aisément combien il étoit facile d'abuser de cette derniere faculté ; ils s'obligerent de donner au roi pour cette permission cent cinquante florins d'or une fois payés, & au maître des eaux & forêts de Toulouse, la tête avec trois doigts au-dessus du cou, au-dessous des oreilles, de tous les sangliers qu'ils prendroient, & la moitié du quartier de derriere avec le pié des cerfs & des chevreuils ; & par les lettres de 1357, le roi Jean confirma cette permission.
Charles V. en 1369 confirma des lettres de deux comtes de Joigny, de 1324 & 1368, portant permission aux habitans de cette ville, de chasser dans l'étendue de leur justice.
Dans les priviléges qu'il accorda en 1370 à la ville de Saint-Antonin en Roüergue, il déclara que quoique par les anciennes ordonnances il fût défendu à quelque personne que ce fût, de chasser sans la permission du roi, aux bêtes sauvages (lesquelles néanmoins, dit-il, gâtent les blés & vignes) ; que les habitans de Saint-Antonin pourroient chasser à ces bêtes hors les forêts du roi.
Les priviléges qu'il accorda en la même année aux habitans de Montauban, leur donnent pareillement la permission, en tant que cela regarde le roi, d'aller à la chasse des sangliers & autres bêtes sauvages.
Dans des lettres qu'il accorda en 1374 aux habitans de Tonnay en Nivernois, il dit que, suivant l'ancien usage, toutes personnes pourront chasser à toutes bêtes & oiseaux, dans l'étendue de la jurisdiction en laquelle les seigneurs ne pourront avoir de garenne.
On trouve encore plusieurs autres permissions semblables, accordées aux habitans de certaines provinces, à condition de donner au roi quelque partie des animaux qu'ils auroient tués à la chasse ; & Charles VI. par des lettres de 1397, accorde aux habitans de Beauvoir en Béarnois, permission de chasse, & se retient entr'autres choses tous les nids des oiseaux nobles : c'étoient apparemment les oiseaux de proie propres à la chasse.
Outre ces permissions générales que nos rois accordoient aux habitans de certaines villes & provinces, ils en accordoient aussi à certains particuliers pour chasser aux bêtes fauves & noires dans les forêts royales.
Philippe de Valois ordonna en 1346, que ceux qui auroient de telles permissions ne les pourroient céder à d'autres, & ne pourroient faire chasser qu'en leur présence & pour eux.
Charles VI. ayant accordé beaucoup de ces sortes de permissions, & voyant que ses forêts étoient dépeuplées, ordonna que dorénavant aucune permission ne seroit valable si elle n'étoit signée du duc de Bourgogne.
En 1396, il défendit expressément aux non nobles qui n'auroient point de privilége pour la chasse, ou qui n'en auroient pas obtenu la permission de personnes en état de la leur donner, de chasser à aucunes bêtes grosses ou menues, ni à oiseaux, en garenne ni dehors. Il permit cependant la chasse à ceux des gens d'église auxquels ce droit pouvoit appartenir par lignage ou à quelque autre titre, & aux bourgeois qui vivoient de leurs héritages ou rentes. A l'égard des gens de labour, il leur permit seulement d'avoir des chiens pour chasser de dessus leurs terres les porcs & autres bêtes sauvages, à condition que s'ils prenoient quelque bête, ils la porteroient au seigneur ou au juge, sinon qu'ils en payeroient la valeur.
Ce réglement de 1396 qui avoit défendu la chasse aux roturiers, fut suivi de plusieurs autres à-peu-près semblables en 1515, en 1533, 1578, 1601 & 1607.
L'ordonnance des eaux & forêts du mois d'Août 1669, contient un titre des chasses qui forme présentement la principale loi sur cette matiere.
Il résulte de tous ces différens réglemens, que parmi nous le Roi a présentement seul le droit primitif de chasse ; que tous les autres le tiennent de lui soit par inféodation, soit par concession ou par privilége, & qu'il est le maître de restraindre ce droit comme bon lui semble. Les souverains d'Espagne & d'Allemagne ont aussi le même droit dans leurs états par rapport à la chasse.
Tous seigneurs de fief, soit nobles ou roturiers, ont droit de chasser dans l'étendue de leur fief ; le seigneur haut-justicier a droit de chasser en personne dans tous les fiefs qui sont de sa justice, quoique le fief ne lui appartienne pas ; mais les seigneurs ne peuvent chasser à force de chiens & oiseaux, qu'à une lieue des plaisirs du Roi ; & pour les chevreuils & bêtes noires, dans la distance de trois lieues.
Les nobles qui n'ont ni fief ni justice ne peuvent chasser sur les terres d'autrui, ni même sur leurs propres héritages tenus en roture, excepté dans quelques provinces, comme en Dauphiné, où par un privilége spécial ils peuvent chasser, tant sur leurs terres que sur celles de leurs voisins, soit qu'ils ayent fief ou justice, ou qu'ils n'en possedent point.
Les roturiers qui n'ont ni fief ni justice ne peuvent chasser, à moins que ce ne soit en vertu de quelque charge ou privilége qui leur attribue ce droit sur les terres du Roi.
Quant aux ecclésiastiques, les canons leur défendent la chasse, même aux prélats. La déclaration du 27 Juillet 1701 enjoint aux seigneurs ecclésiastiques de commettre une personne pour chasser sur leurs terres, à condition que celui qui sera commis fera enregistrer sa commission en la maîtrise. Les arrêts ont depuis étendu cet usage aux femmes, & autres qui par leur état ne peuvent chasser en personne.
L'ordonnance de 1669 regle les diverses peines que doivent supporter ceux qui ont commis quelque fait de chasse, selon la nature du délit, & défend de condamner à mort pour fait de chasse, en quoi elle déroge à celle de 1601.
Il est aussi défendu à tous seigneurs, & autres ayant droit de chasse, de chasser à pié ou à cheval, avec chiens ou oiseaux, sur les terres ensemencées, depuis que le blé sera en tuyau ; & dans les vignes, depuis le premier Mai jusqu'après la dépouille, à peine de privation de leur droit, de 500 livres d'amende, & de tous dommages & intérêts.
Nul ne peut établir garenne, s'il n'en a le droit par ses aveux & dénombremens, possession, ou autres titres suffisans.
La connoissance de toutes les contestations, au sujet de la chasse, appartient aux officiers des eaux & forêts, & aux juges gruyers, chacun dans leur ressort, excepté pour les faits de la chasse arrivés dans les capitaineries royales.
Nos rois ayant pris goût de plus en plus pour la chasse, ont mis en réserve certains cantons qu'ils ont érigés en capitaineries ; ce qui n'a commencé que sous François I. vers l'an 1538. Le nombre de ces capitaineries a été augmenté & réduit en divers tems, tant par ce prince que par ses successeurs. La connoissance des faits de chasse leur a été attribuée à chacun dans leur ressort, par différens édits, & l'appel des jugemens émanés de ces capitaineries est porté au conseil privé du Roi.
Il est défendu à toutes personnes, même aux seigneurs hauts-justiciers, de chasser à l'arquebuse ou avec chiens dans les capitaineries royales ; & toutes les permissions accordées par le passé ont été révoquées par l'ordonnance de 1669, sauf à en accorder de nouvelles.
Ceux qui ont dans les capitaineries royales des enclos fermés de murailles, ne peuvent y faire aucun trou pour donner entrée au gibier, mais seulement ce qui est nécessaire pour l'écoulement des eaux. Ils ne peuvent aussi sans permission faire aucune nouvelle enceinte de murailles, à moins que ce ne soit joignant leurs maisons situées dans les bourgs, villages, & hameaux.
La chasse des loups est si importante pour la conservation des personnes & des bestiaux, qu'elle a mérité de nos rois une attention particuliere. Il y avoit autrefois tant de loups dans ce royaume, que l'on fut obligé de lever une espece de taille pour cette chasse. Charles V. en 1377 exempta de ces impositions les habitans de Fontenai près le bois de Vincennes. On fut obligé d'établir en chaque province des louvetiers, que François I. créa en titre d'office ; & il établit au-dessus d'eux le grand louvetier de France. L'ordonnance d'Henri III. du mois de Janvier 1583, enjoint aux officiers des eaux & forêts de faire assembler trois fois l'année un homme par feu de chaque paroisse de leur ressort, avec armes & chiens, pour faire la chasse aux loups. Les ordonnances de 1597, 1600, & 1601, attribuent aux sergens louvetiers deux deniers par loup, & quatre deniers par louve, sur chaque feu des paroisses à deux lieues des endroits où ces animaux auroient été pris. Au moyen de ces sages précautions, il reste présentement si peu de loups, que lorsqu'il en paroît quelqu'un il est facile de s'en délivrer.
Sur le droit de chasse, on peut voir au code II. tit. xljv. & au code théodosien, liv. XV. tit. xj. les capitulaires & le recueil des ordonnances de la troisieme race ; ceux de Fontanon, Joly, & Néron ; la Bibliotheque du Droit franç. de Bouchel, au mot chasse. Salvaing, de l'usage des fiefs. Lebret, traité de la souveraineté, liv. III. ch. jv. l'ordonnance des eaux & forêts, tit. xxx. & la conférence sur ce titre ; le traité de la police, tome II. liv. V. tit. xxiij. ch. iij. §. ij. le traité du droit de chasse, par de Launay ; la Jurisprudence sur le fait des chasses, in -12. 2. vol. le code des chasses, & ci-après aux mots FAUCONNERIE, GARENNE, LOUVETERIE, LOUVETIER, VENERIE, VOL. (A)
* CHASSE AMPHITHEATRALE, (Hist. anc.) Les Romains l'appelloient venatio ludiaria ou amphitheatralis. Elle se faisoit dans les cirques. au milieu des amphithéatres, &c. On lâchoit toutes sortes d'animaux sauvages qu'on faisoit attaquer par des hommes, appellés de cet exercice bestiarii, voyez BESTIAIRES ; ou ils étoient tués à coups de fleches par le peuple même, amusement qui l'accoûtumoit au sang & l'exerçoit au carnage. L'an de Rome 502, on y conduisit cent quarante-deux éléphans qui avoient été pris en Sicile sur les Carthaginois ; ils furent exposés & défaits dans le cirque. Auguste donna au peuple, dans une seule chasse amphithéatrale, trois mille cinq cent bêtes. Scaurus donna une autre fois un cheval marin & cinq crocodiles ; l'empereur Probus, mille autruches, mille cerfs, mille sangliers, mille daims, mille biches, & mille béliers sauvages. Pour un autre spectacle, le même prince avoit fait rassembler cent lions de Lybie, cent léopards, cent lions de Syrie, cent lionnes, & trois cent ours. Sylla avoit donné avant lui cent lions ; Pompée, trois cent quinze ; & César, quatre cens. Si tous ces récits ne sont pas outrés, quelle étoit la richesse de ces particuliers ? quelle n'étoit pas celle du peuple ? C'étoient les dictateurs, les consuls, les questeurs, les préteurs, & les édiles qui faisoient la dépense énorme de ces jeux, quand il s'agissoit de gagner la faveur du peuple pour s'élever à quelque dignité plus importante.
CHASSE DE MEUNIER, (Jurisprud.) On appelle chasse ou quête des meûniers, la recherche qu'ils font, par eux ou par leurs serviteurs, des blés & autres grains que l'on veut faire moudre ; allant ou envoyant pour cet effet dans les villes, bourgs & villages. Comme le fruit de cette quête n'est pas toûjours heureux, elle a été comparée à la chasse, & en a retenu le nom.
Ce droit d'empêcher les meûniers de chasser ou quêter les blés est fort ancien, & dérive du droit de la banalité. Il en est parlé dans deux titres de Thibaut, comte de champagne, des années 1183 & 1184, pour le prieur de S. Ayoul, auquel ce prince accorde ce droit de chasse pour les meûniers de son prieuré, dans toute l'étendue de la ville & châtellenie de Provins où il est situé.
Un arrêt du Parlement, de la Toussaint 1270, confirme aux seigneurs, ayant des moulins dans la châtellenie d'Etampes, le droit de saisir & confisquer les chevaux des meûniers d'autres moulins, qui viendroient chasser sur leurs terres des blés pour en avoir la moute, quaerentes ibi moltam ; c'est le terme dont on se servoit alors. Chop. sur Anjou, liv. I. ch. xiv. n. 2. & ch. xv. n. 5.
Il y a, sur cette matiere, dans notre Droit coûtumier, trois différentes maximes confirmées par la jurisprudence des arrêts.
La premiere, que les meûniers ne peuvent chasser sur les terres des seigneurs qui ont droit de banalité. Coût. de Montdidier, art. xjv. & xvj.
La seconde, qu'en certaines coûtumes ils ne le peuvent même sur les terres des seigneurs hauts-justiciers, & qui ont droit de voirie. Coûtume d'Amboise, art. j. Buzançois, art. jv. Saint-Ciran, art. iij. Maizieres en Touraine, art. v. & vj.
La troisieme, qu'en d'autres coûtumes ils ont cette liberté dans tous les lieux où il n'y a point de banalité. Paris, art. lxxij. & Orleans, art. x.
Par un arrêt du 23 Mai 1561, confirmatif d'une sentence du gouverneur de Montdidier, les meûniers sont maintenus dans la liberté d'aller chasser & quêter des blés sur les terres des seigneurs qui n'ont point de moulins bannaux. Il est remarquable, en ce qu'il est rendu au profit du vassal contre son seigneur suzerain. Levest, art. lxx. Papon, liv. XIII. titr. viij. n. 1. Carondas, liv. II. rep. 12. & liv. IV. rep. 65.
La même chose a été jugée dans la coûtume de Paris, par arrêt du 28 Juin 1597, en faveur du seigneur de Rennemoulin, contre le cardinal de Gondi, seigneur de Villepreux, qui vouloit empêcher les meûniers de la terre de Rennemoulin, relevante de lui, de venir chasser dans l'étendue de celle de Villepreux. Voyez Leprêtre, arrêts de la Ve. Voyez le traité de la police, tome II. liv. V. ch. iij. §. 7. & le recueil des factums & mémoires imprimés à Lyon en 1710. tome II. p. 467. (A)
CHASSE, en terme de Marine, se dit d'un vaisseau qui en poursuit un autre ; alors on dit donner chasse. On l'applique également au vaisseau qui fuit, & en ce cas c'est prendre chasse, c'est-à-dire prendre la fuite. Il arrive souvent que le navire qui prend chasse continue de tirer sur celui qui le poursuit, ce qu'il ne peut faire que des pieces de canon qui sont à l'arriere ; ce qui s'appelle soûtenir chasse. Cette manoeuvre est assez avantageuse, parce que la poussée du canon qu'on tire à l'arriere, favorise plus le sillage qu'elle ne le retarde. Il n'en est pas de même des pieces de chasse de l'avant, dont on se sert en poursuivant un navire, la poussée de chaque coup retarde la course du vaisseau.
CHASSE DE PROUE, ou PIECES DE CHASSE DE L'AVANT, se dit des pieces de canon qui sont à l'avant, & dont on se sert pour tirer sur un vaisseau qui fuit & qu'on poursuit. (Z)
CHASSE. On appelle ainsi, en terme d'Artificiers, toute charge de poudre grossierement écrasée qu'on met au fond d'un cartouche, pour chasser & faire partir les artifices dont il est rempli.
CHASSE d'une balance, est la partie perpendiculaire au fléau, & par laquelle on tient la balance lorsqu'on veut s'en servir. Voyez BALANCE & FLEAU. (O)
CHASSE, outil de Charron ; c'est une espece de marteau dont un côté est quarré & l'autre rond, dont l'oeil est percé plus du côté quarré que du rond, qui sert aux Charrons pour chasser & enfoncer les cercles de fer qui se mettent autour des moyeux des roues, afin d'empêcher qu'ils ne se fendent. Ces cercles s'appellent cordons & frettes. Voyez FRETTES. Voyez la fig. 27. Pl. du Charron.
Les Batteurs d'or ont aussi un marteau qu'ils appellent chasse. Voyez l'article BATTEUR D'OR.
CHASSE, (Coutel.) Ces ouvriers employent ce terme en deux sens ; c'est ainsi qu'ils appellent, 1° le manche d'écaille, de baleine, ou de corne, composé ordinairement de deux parties assemblées par le Tabletier, dans lesquelles la lame du rasoir est reçûe ; ou le manche d'écaille fait aussi par le Tabletier, mais seulement assemblé en un seul endroit, & par un seul clou qui traverse le fer de la lancette & les deux parties du manche où cet instrument de Chirurgie est renfermé. 2° La portion de l'instrument qui sert dans la forge des lames de table, à mitre surtout, qui ne sont plus guere en usage, à recevoir la queue de la lame, tandis que la lame est reçûe dans un tas fendu à sa partie supérieure & presque sur toute sa longueur. On frappe sur la chasse ; la chasse appuie sur l'endroit fort qu'on a ménagé avec le marteau, ou morceau d'acier ou d'étoffe qui doit faire la lame ; cet endroit fort se trouve comprimé entre la chasse & le tas, & forcé de s'étendre en partie, & de prendre la forme en relief & de la mitre qu'on a ménagée en creux dans le tas, & de cette ovale qui sépare la lame de la queue, & qui s'applique sur le bout du manche, quand la lame est montée.
CHASSE, (Lunettier) Les lunettiers appellent ainsi la monture d'une lunette dans laquelle les verres sont enchassés. Cette chasse est de corne, d'écaille, &c. ou de quelque métal élastique, c'est-à-dire bien écrouï ; elle a la forme de la lettre minuscule. Voyez la fig. 5. Pl. du Lunettier.
Il y en a de brisées en C, c'est-à-dire à charniere, ensorte que les deux verres ou yeux A B, qui tiennent à rainure dans les anneaux de la chasse, peuvent se rapprocher & se placer l'un sur l'autre, pour entrer dans un étui commun ; au lieu que pour celles qui ne ployent point, il faut un étui à deux cercles pour y placer les deux verres. La chasse se place sur le nez, comme tout le monde sait, ensorte que les verres A B soient devant les yeux, auxquels ils doivent être exactement paralleles, pour que l'on puisse voir les objets au-travers avec le plus d'avantage qu'il est possible. Ces verres sont plus ou moins convexes ou concaves, selon que le besoin de la personne qui s'en sert l'exige.
CHASSE, cheval de chasse, est un cheval d'une taille legere, qui a de la vîtesse, & dont on se sert pour chasser avec des chiens courans. Les chevaux anglois sont en réputation pour cet usage. Un cheval étroit de boyau peut être bon pour la chasse, mais il ne vaut rien pour le carrosse. (V)
* CHASSE, s. f. terme très-usité en Méchanique, & appliqué à un grand nombre de machines, dans lesquelles il signifie presque toûjours un espace libre qu'il faut accorder soit à la machine entiere, soit à quelqu'une de ses parties, pour en augmenter ou du moins faciliter l'action. Trop ou trop peu de chasse nuit à l'action : c'est à l'expérience à déterminer la juste quantité. Voici un exemple simple de ce qu'on entend par chasse. La chasse, dans la scie à scier du marbre, est la quantité précise dont cette scie doit être plus longue que le marbre à scier, pour que toute l'action du scieur soit employée sans lui donner un poids de scie superflu qu'il tireroit, & qui ne seroit point appliqué si la chasse étoit trop longue : il est évident que dans ce cas la longueur des bras de l'ouvrier permettra plus de chasse. La chasse ordinaire est depuis un pié jusqu'à dix-huit pouces.
CHASSE, s. f. (Jeu) c'est au jeu de paume la distance qu'il y a entre le mur du côté où l'on sert, & l'endroit où tombe la balle du second bond. Cette distance se mesure par les carreaux : quand la chasse est petite, on dit une chasse à deux, à trois carreaux & demi, &c. C'est au garçon à examiner, annoncer & marquer fidelement les chasses. Ce garçon en est appellé le marqueur. Voyez l'article PAUME.
CHASSE, en terme d'Orfévre, c'est la partie de la boucle où est le bouton.
CHASSE DE PARCS, terme de Pêche ; c'est une grande tenture de filets montée sur piquets, qui sert à conduire le poisson dans le parc, d'où il ne peut plus ressortir. Voyez PARCS, dont la chasse fait partie.
CHASSE QUARREE, c'est proprement une espece de marteau à deux têtes quarrées, dont l'une est acerée, & l'autre ne l'est point.
L'usage de la chasse n'est pas de forger, mais de former, après que le forgeron a enlevé un tenon ou autre piece où il y a épaulement, l'angle de l'épaulement : pour cet effet on pose la chasse bien d'aplomb sur le tenon ou la piece, à l'endroit de l'épaulement commencé au marteau, & l'on frappe sur la tête non acerée de la chasse avec un autre marteau ; ce qui donne lieu à la tête acerée de rendre l'angle de l'épaulement plus vif, & épargne à l'ouvrier bien des coups de lime.
CHASSE A BISEAU, c'est le même outil & de la même forme, à cela près que la tête acerée est en pente ; cette pente continuée rencontreroit le manche. Son usage est de refouler fortement les épaulemens, sur-tout dans les occasions où les angles de l'épaulement sont aigus.
CHASSE des Raffineurs de sucre ; c'est le même outil que le chassoire des Tonneliers, & ils l'employent sur leurs formes au même usage que ces ouvriers sur les cuviers, tonneaux, & autres vaisseaux qu'ils relient. Voyez CHASSOIRE. Il n'y a de différence entre la chasse des Raffineurs & le chassoire des Tonneliers, que le chassoire des Tonneliers est à-peu-près de même grosseur par-tout, & qu'il sert sur l'un & l'autre bout indistinctement ; au lieu que celui des Raffineurs ne sert à chasser que par un bout qui s'applique sur le cercle ; l'autre est formé en une tête ronde sur laquelle on frappe avec le marteau : ainsi celui-ci est beaucoup plus long que l'autre.
CHASSE, s. f. chez les Tisserands, les Drapiers, & autres, est une partie du métier du Tisserand, qui est suspendue par en-haut à une barre appellée le porte-chasse, qui est appuyée sur les deux traverses latérales du haut du métier, & au bas de laquelle est attaché le rot ou peigne dans lequel sont passés les fils de la chaîne. C'est avec la chasse que le Tisserand frappe les fils de la trame pour les serrer, chaque fois qu'il a passé la navette entre les fils de la chaîne.
La chasse est composée de trois parties ou pieces de bois dont deux sont perpendiculaires, & sont appellées les épées de la chasse ; la troisieme est horisontale, & composée de deux barres de bois écartées l'une de l'autre de la hauteur du rot, & garnies chacune d'une rainure dans laquelle on arrête le rot : ces deux barres sont percées par les deux bouts, & les épées entrent dans ces ouvertures. La barre qui est la plus basse, & qui soûtient le rot, s'appelle le sommier ; l'autre qui appuie sur le rot, s'appelle le chapeau de la chasse : cette barre est arrondie par le haut, & est garnie dans son milieu d'une main ou poignée de bois : c'est avec cette poignée que l'ouvrier tire la chasse pour frapper sa trame. Voyez les art. DRAPIER, TISSERAND, &c. & l'article BATTANT.
* CHASSE, (Verr.) legere maçonnerie attachée d'un côté au corps du four, & dont une autre partie est soûtenue en l'air par une barre de fer circulaire, éloignée d'environ deux pouces du grand ouvreau, & destinée à garantir l'ouvrier de la trop grande ardeur du feu.
CHASSE-AVANT, s. m. (Art méch.) on donne ce nom généralement à tous ceux qui sont commis à la conduite des grands ouvrages, & qui tiennent registre des heures de travail employées & perdues par les ouvriers. Il y en a dans les grands atteliers de Serrurerie, dans les endroits où l'on construit de grands édifices, dans les manufactures très-nombreuses ; mais ils prennent alors différens noms.
CHASSE-FLEUREE, s. f. (Teint.) planche de bois quarrée, oblongue, & percée dans le milieu d'un trou où l'on a passé une corde ; cette planche sert à écarter de dessus la cuve l'écume ou fleurée, afin que les étoffes auxquelles elle s'attacheroit sans cette précaution, n'en soient ni atteintes ni tachées. Voyez les explicat. de nos Planc. & Pl. II. de Teint. la chasse-fleurée ; a b la chasse-fleurée ; c d la corde ; e la main à l'aide de laquelle on peut la suspendre ou arrêter quand elle est en repos, & la mouvoir quand il en est besoin.
CHASSE-MAREE, s. m. (Comm.) marchand qui apporte en diligence à Paris, & dans les lieux circonvoisins, le poisson pêché sur les côtes les moins éloignées. Les nouveaux impôts dont on a chargé le poisson, ont extrèmement ralenti l'ardeur de ces marchands : le poisson en est devenu plus cher dans la capitale, & à meilleur marché dans les bourgs & villages voisins, où ils ont apparemment plus d'intérêt à le débiter.
CHASSE-POIGNEE, s. f. outil de Fourbisseur, ainsi nommé de son usage. C'est un morceau de bois rond, d'un pouce & demi de diametre, long de cinq ou six, foré dans toute sa longueur, qui sert à chasser & pousser la poignée d'une épée sur la soie de la lame, jusqu'à ce qu'elle soit bien jointe avec le corps de la garde.
CHASSE-POMMEAU, qu'on nomme aussi boule ; c'est encore un outil de fourbisseur qui sert à pousser le pommeau de l'épée sur la soie de la lame, pour la joindre à la poignée : il est fait d'une boule de bouis pareille à celles avec lesquelles on joue au mail : cette boule a un trou dans le milieu, dont l'embouchure est plus large que le fond, afin que le haut du pommeau y puisse entrer ; ce qui reste du trou qui est plus étroit suffisant pour donner passage à la pointe de la soie, lorsque le pommeau est entierement chassé. Voyez POMMEAU, & la fig. 17. Planche du Fourbisseur.
CHASSE-POINTE, s. f. outil à l'usage d'un grand nombre d'ouvriers en fer, en cuivre, en métaux, en bois, qui s'en servent, ainsi que le nom l'indique assez, à chasser les pointes ou goupilles placées dans leurs ouvrages, sans gâter les formes de ces ouvrages. C'est un morceau d'acier trempé, fort aigu, tel qu'on le voit fig. 36. du Doreur. On applique l'extrémité aiguë de l'outil sur la pointe ou goupille à chasser ; on frappe un coup leger sur la tête ; la goupille sort par le côté opposé : on la saisit avec les pinces, & on acheve de l'arracher. Il y a la chasse-pointe à main, sur laquelle on ne frappe point ; on la prend seulement à la main, on appuie le petit bout sur la goupille à chasser, & on presse contre cette goupille le petit bout de la chasse-pointe, le plus fortement & le plus dans la direction de la goupille qu'on peut. Cette derniere chasse-pointe est à préférer dans les cas tels que celui où il s'agiroit de chasser une pointe hors de la bordure d'une glace : il vaut mieux faire sortir la pointe en la poussant, que de frapper sur la tête de l'outil un coup qui pourroit ébranler la glace, faire tomber son teint, ou, qui pis est, la fendre, selon la commotion qu'elle recevroit du coup relativement à sa position.
CHASSE-RIVET, s. m. en terme de Chauderonnier, & autres ouvriers, est un morceau de fer à tête large, percé à son autre extrémité d'un trou peu profond, dans lequel s'insere & se rive le clou de cuivre que l'on frappe avec un marteau. Voyez la fig. 17. Pl. II. du Chauderonnier.
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| CHASSÉ | S. m. (Danse) c'est un pas qui est ordinairement précédé d'un coupé, ou d'un autre pas qui conduit à la deuxieme position d'où il se prend. Il se fait en allant de côté, soit à droite, soit à gauche.
Si l'on veut, par exemple, faire ce pas du côté gauche, il faut plier sur les deux jambes, & se relever en sautant à demi : en prenant ce mouvement sur les deux piés, la jambe droite s'approche de la gauche pour retomber à sa place, & la chasse par conséquent, en l'obligeant de se porter plus loin à la deuxieme position. Cela doit s'exécuter très-vîte, parce que l'on retombe sur le droit, & que la jambe gauche se pose incontinent à la deuxieme position. Comme on en fait deux de suite, au premier saut l'on retombe & l'on plie, & du même tems on ressaute en portant le corps sur le droit ou sur le gauche, selon que le pas qui suit le demande.
Mais lorsqu'on en a plusieurs de suite, comme dans l'allemande, on fait les sauts de suite, sans se relever sur un seul pié, comme il se pratique quand il n'y en a que deux.
Ce pas se fait de même en arriere, en chargeant seulement les positions : étant à la quatrieme position, la jambe droite devant, on plie & on se releve en sautant & en reculant, & la jambe droite s'approche de la gauche en retombant à sa place, ce qui la chasse en arriere à la quatrieme position : mais comme on tombe plié au second saut qui se fait de suite, on se releve soit sur le droit soit sur le gauche, selon le pas qui suit, en observant toûjours au premier saut que ce soit la jambe qui est devant qui chasse l'autre, & se pose la premiere en retombant. Dict. de Trév. & Rameau. Traité de la Chorégraphie.
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| CHASSELAS | voyez VIGNES.
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| CHASSELAY | (Géog.) petite ville de France dans le Lyonnois, près la Saone, vis-à-vis de Trévoux.
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| CHASSELET | (Géog.) petite ville des Pays-bas autrichiens, au comté de Namur.
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| CHASSER | (Jurispr.) voyez CHASSE, & CHASSE DE MEUNIER.
CHASSER, en Architecture ; ce mot se dit parmi les ouvriers pour pousser en frappant, comme lorsqu'on frappe avec coins & maillets pour joindre les assemblages de menuiserie ; ou dans d'autres ouvrages de maçonnerie, comme de chasser du tuilot ou éclat de pierre entre deux joints dans l'intérieur d'un mur. (P)
CHASSER, (Arts méch.) pousser avec force : on dit chasser à force une rondelle, une frette, une virole de fer, lorsqu'on équipe un balancier, un mouton, un tuyau de bois, une piece d'une machine hydraulique, ou autre. (K)
CHASSER, (Marine) se dit d'un vaisseau mouillé dans une rade, & qui par la force du vent ou des courans, entraîne son ancre, qui n'a pas assez mordu dans le fond pour arrêter le vaisseau. On dit chasser sur ses ancres. Voyez ANCRE.
Lorsqu'on mouille sur un fond de mauvaise tenue, on court risque de chasser. (Z)
CHASSER un vaisseau, (Marine) c'est le poursuivre.
Chasser sur un vaisseau, c'est courir sur lui pour le joindre. (Z)
CHASSER un cheval en avant, ou le porter en avant, c'est l'aider du gras de jambes ou du pincer pour le faire avancer.
CHASSER, terme de Pêche, c'est envoyer ; ainsi chasser de la marrée à Paris, c'est envoyer du poisson frais en cette ville : de-là le nom de chasse-marée que l'on donne à ceux qui la conduisent, & même à la voiture qui la transporte.
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| CHASSERANDERIE | S. f. (Jurispr.) est un droit que les meuniers payent en Poitou au seigneur qui a droit de moulin banal, pour avoir la permission de chasser dans l'étendue de sa terre, c'est-à-dire d'y venir chercher les grains pour moudre. Voyez le gloss. de Lauriere, hoc verbo. (A)
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| CHASSEUR | S. m. celui qui s'est fait un métier, ou du moins un exercice habituel de la chasse. Il est bon de chasser quelquefois ; mais il est mal d'être un chasseur, quand on a un autre état dans la société.
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| CHASSI | ou LIPPITUDE, s. f. (Médecine) en latin lippitudo, Cic. cependant Celse se sert de ce terme pour désigner l'ophthalmie ou l'inflammation de l'oeil : mais dans notre langue nous ne confondons point ces deux choses ; & quoique l'ophthalmie soit souvent accompagnée de lippitude, & celle-ci de larmes, nous les distinguons l'une de l'autre par des expressions différentes, & nous nommons chassie une maladie particuliere des paupieres, qui est plus ou moins considérable suivant sa nature, ses degrés, ses symptomes, & ses causes.
On apperçoit le long du bord intérieur des paupieres, de certains points qui sont les orifices des vaisseaux excréteurs, de petites glandes dont la grosseur n'excede pas celle de la graine de pavot, & qui sont situées de suite intérieurement sur une même ligne au bord des paupieres.
On les nomme glandes sebacées de Meibomius : elles sont longuettes, logées dans des sillons, cannelures ou rainures de la face interne des tarses : elles ont une couleur blanchâtre ; & étant examinées avec le microscope simple, elles paroissent comme de petites grappes de plusieurs grains qui communiquent ensemble : quand on les presse entre deux ongles, il en sort par les points ciliaires une matiere sebacée ou suifeuse, & comme une espece de cire molle.
Ces petites glandes ciliaires séparent de la masse du sang une liqueur qui par une fine onctuosité enduit le bord des paupieres, & empêche que leur battement continuel l'une contre l'autre ne donne atteinte à la membrane délicate qui revêt le petit cartilage, & ne l'excorie. Lorsque cette humeur s'épaissit, devient gluante ; elle produit ce qu'on appelle la chassie.
Or cela n'arrive que par l'altération des petites glandes que nous venons de décrire, par leur ulcération, ou celle des membranes de l'oeil ; de la partie intérieure des paupieres, ou de leurs bords.
En effet la chassie est proprement ou une matiere purulente qui découle de petits ulceres de l'oeil & qui est abreuvée de larmes, ou le suc nourricier délayé par des larmes, mais vicié dans sa nature, qui s'écoule des glandes ciliaires altérées & ulcérées par quelque cause que ce soit.
La chassie est ou simple, produite par une ulcération legere de quelques-unes des glandes sebacées ; ou elle est considérable, compliquée avec d'autres maladies de l'oeil dont elle émane.
Dans l'ophthalmie, par exemple, & dans les ulcérations de la cornée & de la conjonctive, il découle beaucoup de larmes, & peu de chassie, à cause que la matiere de la chassie étant délayée dans une grande quantité d'eau, est peu sensible, sur-tout quand ces maladies sont dans leur vigueur : mais quand elles commencent à décliner, les larmes diminuent ; elles deviennent alors gluantes, & se convertissent en matiere chassieuse.
Dans la fistule lacrymale ouverte du côté de l'oeil, dans toutes les ulcérations de la partie intérieure des paupieres & de leurs bords, & dans quelques autres maladies de cette nature, il se forme beaucoup de chassie, parce que toutes les glandes ciliaires sont alors attaquées, & que la quantité de matiere purulente est détrempée dans peu de larmes.
Enfin dans l'ulcération des glandes des yeux ou des paupieres, qui naissent de fluxions qui s'y sont formées, il découle une assez grande quantité de chassie, parce que dans les cas de cette espece, les orifices des glandes ciliaires étant ou dilatés par l'abondance de l'humeur, ou rongés & rompus par l'acrimonie de cette humeur, le suc nourricier trouvant ces voies ouvertes, s'écoule facilement avec les larmes, & se condense en chassie.
La chassie est souvent mêlée de larmes acres & salées, qui causent au bord des paupieres une demangeaison incommode, accompagnée de chaleur & de rougeur ; c'est ce que les Grecs ont appellé en un seul mot, plorophthalmie. Quelquefois la chassie est seche, dure, fermement adhérente aux paupieres, & sans démangeaison ; alors ils la nomment sclérophthalmie. Mais quand en même tems le bord des paupieres est enflé, rouge, & douloureux, les Grecs désignoient cette troisieme variété par le nom de xérophthalmie. C'est ainsi qu'ils ont rendu leur langue également riche & énergique ; pourquoi n'osons-nous les imiter ? pourquoi ne francisons-nous pas leurs expressions, au lieu d'user des périphrases de galle de paupieres, gratelle dure des paupieres, gratelle seche des paupieres, qui sont même des termes assez équivoques ? Mais laissons-là les réflexions sur les mots, & continuons l'examen de la chose.
De tout ce que nous avons dit il résulte que la chassie est souvent un effet de diverses maladies du globe de l'oeil, & en particulier un mal des glandes ciliaires des paupieres, qui en rougit les bords, & les colle l'un contre l'autre ; que cette humeur chassieuse est tantôt plus tantôt moins abondante ; quelquefois dure & seche, & quelquefois accompagnée de démangeaison. Lorsqu'on examine ce mal de près, on connoît que c'est une traînée de petits ulceres superficiels, presque imperceptibles, rangés le long du bord ou d'une paupiere ou de toutes les deux, tant en-dedans qu'en-dehors.
Puis donc que la chassie se rencontre dans plusieurs maladies des yeux, il faut la distinguer de l'ophthalmie & autres maladies de l'oeil, quoiqu'elles soient souvent accompagnées de chassie, & d'autant plus que la chassie arrive fréquemment sans elle : elle naît souvent dans l'enfance, & continue toute la vie, quand elle est causée par un vice particulier des glandes ciliaires, par la petite vérole, par quelques ulceres fistuleux, ou autres accidens ; au lieu que lorsqu'elle est une suite de l'ophthalmie, elle ne subsiste qu'autant que l'ophthalmie dont elle émane.
On ne doit pas non plus confondre par la même raison la lippitude avec les larmes, puisque leur origine & leur consistance est différente, & que d'ailleurs les larmes coulent souvent sans être mêlées de chassie.
Mais d'où vient que pendant la nuit la chassie s'amasse plus abondamment autour des paupieres que pendant le jour ? c'est parce qu'alors les paupieres étant fermées, l'air extérieur ne desseche & ne resserre pas la superficie des ulceres qui la produisent : ainsi nous voyons que les plaies & les ulceres qui sont exposés à l'air, ne suppurent pas autant que lorsqu'on empêche l'air de les toucher.
La chassie étant donc aux ulceres des yeux & des paupieres, ce que le pus est aux autres ulceres, sa nature & ses différentes consistances doivent faire connoître les différens états des maladies qui la produisent. Ainsi quand la chassie est en petite quantité, & fort délayée de larmes, c'est une marque que l'ophthalmie est dans son commencement : quand la chassie est plus abondante, & qu'elle a un peu plus de consistance, c'est une indication que le mal est dans son progrès : quand la chassie est plus gluante, plus blanche, plus égale, alors le mal est dans son état ; & quand ensuite la chassie diminue avec peu de larmes, c'est un signe qu'elle tend vers sa fin.
Mais si la chassie est granuleuse, écailleuse, fibreuse, ou filamenteuse, inégale, de diverses couleurs ; si elle cesse de couler sans que la maladie soit diminuée, on a lieu de présumer que les ulceres dont elle découle sont virulens, corrosifs, putrides, tendant à le devenir, ou à s'enflammer de nouveau : en un mot, les prognostics sont ici les mêmes que dans tout autre ulcere.
La théorie indique, que vû la nature & la position des petits ulceres qui produisent la chassie, la structure des glandes des paupieres, leur mouvement perpétuel, les humeurs qui les abreuvent, &c. ces petits ulceres doivent être très-difficiles à guérir ; & c'est aussi ce que l'expérience confirme. Comme la délicatesse des paupieres ne permet pas l'usage de remedes assez puissans pour détruire leurs ulceres, il arrive qu'à la longue ils deviennent calleux & fistuleux. On est donc presque réduit aux seuls palliatifs.
Ceux qui conviennent dans la chassie simple, consistent à se bassiner les paupieres avec des eaux distillées de frai de grenouilles & de lis, parties égales, dans lesquelles on fait infuser des semences de lin & de psyllium, pour les rendre mucilagineuses ; y ajoûtant, après les avoir passées, pareille quantité de sel de saturne, pour pareille quantité de ces eaux.
On peut aussi quelquefois laver les paupieres dans la journée avec un collyre tiede, composé de myrrhe, d'aloès, & de thutie préparée, ana un scrupule ; du camphre & du safran, ana six grains, qu'on dissout dans quatre onces d'eau distillée de fenouil & de miel. On laissera de même pendant la nuit sur les paupieres un linge imbibé de ces collyres.
Pour ce qui regarde les ulceres prurigineux, la galle & gratelle des paupieres, voyez leurs articles, & le mot PAUPIERE. Voyez aussi M. Leclerc, sur la méthode de Celse pour guérir la chassie, hist. de la Méd. p. 546. Il en attribuoit la cause à la pituite : c'est par cette raison qu'il appelle cette maladie pituita oculorum, lib. VII. cap. vij. sect. 15.
Horace se sert du même terme, epist. liv. v. 108.
Praecipuè sanus nisi quum pituita molesta est.
Il faut traduire ainsi ce vers : " Enfin le sage se porte toûjours bien, si ce n'est qu'il soit chassieux "
M. Dacier n'a point entendu ce passage ; mais le P. Sanadon l'a fort bien compris : il a remarqué qu'il faut distinguer deux sortes d'ophthalmie ; l'une seche & l'autre humide. Celse appelle la premiere lippitudo, & la seconde, pituita oculorum. Horace étoit sujet à ces deux incommodités : il parle de la premiere au trentieme vers de la satyre egressum magnâ ; & il parle de la derniere dans le vers qu'on vient de traduire. Cet article a été communiqué par M(D.J.)
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| CHASSIPOLERIE | S. f. (Jurispr.) est un droit singulier usité en Bresse, que les hommes ou sujets du seigneur lui payent pour avoir droit en tems de guerre de se retirer avec leurs biens dans son château. Chassipol en Bresse signifie consierge ; & de-là on a fait chassipolerie. Voyez Revel, en ses observations sur les statuts de Bresse, pag. 311. & Lauriere, en son glossaire, au mot chassipolerie. (A)
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| CHASSIS | S. m. se dit, en Méchanique & dans les Arts, généralement de tout assemblage de fer ou de bois assez ordinairement quarré, destiné à environner un corps & à le contenir. Le chassis prend souvent un autre nom, selon le corps qu'il contient, selon la machine dont il fait partie, & relativement à un infinité d'autres circonstances. Il y a peu d'arts & même assez peu de machines considérables, où il ne se rencontre des chassis ou des parties qui en font la fonction sous un autre nom. Il ne faut donc pas s'attendre ici à trouver une énumération complete des chassis : nous ne ferons mention que des assemblages les plus connus sous ce nom. Nous aurions pû même à la rigueur nous en tenir à la définition générale, & renvoyer pour les différentes acceptions de ce terme, à d'autres articles.
CHASSIS, en Architecture, est une dale de pierre percée en rond ou quarrément, pour recevoir une autre dale en feuillure qui sert aux aqueducs, regards, cloaques & pierrées, pour y travailler ; & aux fosses d'aisance, pour les vuider. (P)
CHASSIS, du latin cancelli, terme d'Architecture ; c'est la partie mobile de la croisée qui reçoit le verre ou les glaces, aussi-bien que la ferrure qui sert à le fermer. Voyez CROISEE. (P)
CHASSIS d'une maison, est synonyme à carcasse de charpente ; & c'est ainsi qu'on appelle tous les bois de la construction.
CHASSIS, en termes de Cirier ; c'est un petit coffre plus long que large, percé sur sa superficie pour recevoir la bassine sous laquelle on met le fourneau plein de feu. Voyez Pl. du Cirier, fig. 1.
CHASSIS dont se servent les Graveurs, est un assemblage de bois (fig. 16. Pl. B de la Grav.) sur lequel il y a des ficelles tendues ; & sur les bords du chassis & des ficelles, il y a des feuilles de papier collé & huilé. On met le chassis à la fenêtre, & incliné comme on le peut voir à la fig. 3. de la premiere Planche. Son effet est d'empêcher qu'on ne voye le brillant du cuivre, qui lorsqu'il est bien bruni, réfléchit la lumiere comme une glace, ce qui fatigueroit extrèmement la vûe.
CHASSIS, (Hydr.) est un assemblage de bois ou de fer qui se place au bas d'une pompe, pour pouvoir par le moyen de deux coulisses pratiquées dans un dormant de bois, laver au besoin, & visiter les corps de pompe. (K)
CHASSIS DE VERRE, (Jardinage) est un bâti de planches de la longueur ordinairement de dix-huit piés, qui est celle des plus longues planches ; on les emboîte par des rainures les unes sur les autres, pour ne former qu'un seul corps, & les lier avec des écrous. Ce chassis se met au-dessus d'une couche préparée, & se couvre par des chassis de verre de quatre piés en quarré, entretenus par des équerres de fer entaillées dans le bois : ils se soûtiennent par des traverses, & se posent un peu en pente, pour avoir plus de soleil & pour l'écoulement des eaux de pluie ; ou y met aussi des gouttieres de fer-blanc qui jettent l'eau dehors. On peut mastiquer les joints des chassis de verre, afin de les garantir de la pluie, de la neige, & des vents. On y éleve des ananas, des plantes étrangeres, & tout ce qu'on veut avancer. Quand on veut donner de l'air aux plantes, il y a des chassis de verre qu'on peut lever par le moyen des rainures, & qu'on remet le soir en place. Il faut peindre ces chassis en-dehors & les goudronner en-dedans, pour leur donner plus de durée.
CHASSIS, ustensile d'Imprimerie, est un assemblage de quatre tringles de fer plat, d'environ quatre à cinq lignes d'épaisseur sur huit à dix lignes de large, & dont la longueur détermine la grandeur du chassis. Ces quatre tringles, dont deux sont un peu plus longues que les deux autres, sont rivées à angle droit l'une à l'autre à leurs extrémités, & forment à-peu-près un quarré, partagé dans son milieu par une autre tringle de fer de la même épaisseur, & moins large que les autres. Quand cette tringle traverse le chassis dans sa largeur ou de haut-en-bas, c'est un chassis pour le format in-folio, l'in-quarto, l'in-octavo, & tous les autres formats imaginables. Quand cette même tringle traverse le chassis dans sa longueur ou de gauche à droite, on l'appelle chassis in-douze. Voyez les Planches de l'Imprimerie, & l'explication que nous en donnerons.
CHASSIS de clavier, des épinettes, & du clavecin, (Lutherie) est la partie de ces instrumens sur laquelle les touches sont montées. Il est composé de trois barres de bois, a b, C D, E F, & de deux traverses, a E, b F, assemblées les unes avec les autres. La barre C D qui est entre les deux autres, est couverte d'autant de pointes disposées sur deux rangées, qu'il doit y avoir de touches. Voyez CLAVIER. Les pointes b, b, b, &c. qui sont sur le devant, servent pour les touches diatoniques ; & les autres c, c, c, c, servent pour les chromatiques ou feintes : ces pointes entrent dans des trous qui sont à chaque touche.
Sur la barre a b qui est le fond du chassis, on calle une autre barre A B appellée diapason, divisée par autant de traits de scie e, e, e, perpendiculaires, qu'il y a de touches : ces traits de scie reçoivent les pointes qui sont aux extrémités des touches, ce qui les guide dans leurs mouvemens. Sur la partie de barre a b, qui n'est point recouverte par le diapason A B, on attache plusieurs bandes de lisiere d'étoffe de laine, a, b, pour que les touches en retombant ne fassent point de bruit : ce qui ne manqueroit pas d'arriver, si la barre de bois a b n'étoit point recouverte. Pour la même raison, on enfile sur les pointes de la barre C D, sur laquelle les touches font bascule, de petits morceaux de drap, sur lesquels les touches vont appuyer. Quant à la barre E F, c'est une regle de bois très-mince, dont l'usage est de contenir les deux côtés A E, B F du chassis. Les touches ne doivent point toucher à cette derniere barre. Voyez les Planches de Lutherie, fig. du clavecin.
Les chassis des clavecins qui ont deux claviers, sont à-peu-près semblables à celui des épinettes. Il n'y a que le second qui en différe, en ce que au lieu d'un diapason pour guider les touches, il a une barre E F garnie de pointes de fer, entre lesquelles les touches se meuvent. Voyez CLAVIER D'ORGUE & les Planches de Lutherie, fig. du clavecin.
CHASSIS DE LIT, est un ouvrage de menuiserie, sur lequel le serrurier monte les tringles qui portent les rideaux du lit, & le tapissier l'étoffe qui le garnit.
CHASSIS, (à la Monnoie) on en a deux pour faire un moule ; on les emplit séparément de sable humide, que l'on bat bien avec des battes sur les planches gravées en lames ; ensuite on les réunit, & on les serre avec la presse à moule & le coin. Voyez l'article FONDERIE EN CUIVRE.
CHASSIS : on appelle de ce nom à l'opéra, tout ouvrage de menuiserie, composé de quatre regles de bois assemblées, quarré, rond, ovale, ou de telle autre forme que l'usage qu'on en veut faire le demande ; qu'on couvre de toile, & qu'on peint ensuite pour remplir l'objet auquel on le destine. La ferme est un grand chassis. Voyez FERME. On dit le premier, le second, & le troisieme chassis : ce mot & celui de coulisse en ce sens, sont synonymes. Voyez COULISSE.
Les deux premiers chassis de chacun des côtés du théatre, ont pour l'ordinaire vingt-un piés de hauteur ; les cinq autres à proportion, selon la pente du théatre ou les gradations qu'on veut leur donner pour la perspective : ces gradations pour l'ordinaire sont de neuf pouces par chassis. Voyez PERSPECTIVE, DECORATION, PEINTURE, &c. (B)
CHASSIS, (faux) Voyez FAUX-CHASSIS. (B)
CHASSIS, (Dessein & Peinture) espece de quarré composé de quatre tringles de bois assemblées, dont l'espace intermédiaire est divisé par des fils en plusieurs petits quarrés semblables aux mailles d'un filet. Il sert à réduire les figures du petit au grand, & du grand au petit. Voyez REDUIRE.
L'on appelle encore chassis, les morceaux de bois sur lesquels l'on tend de la toile pour peindre. On en fait de toutes sortes de formes.
CHASSIS, terme de Plombier ; c'est ainsi que ces ouvriers appellent la bordure d'une table à couler le plomb. Cette bordure enferme le sable sur lequel on verse le plomb, & regle la largeur & la longueur qu'on veut donner à la piece qu'on coule. Les deux longues pieces du chassis se nomment les éponges : elles soûtiennent le rable à la hauteur convenable pour l'épaisseur qu'on veut donner à la table. Voyez EPONGES, & Pl. I. du Plombier.
CHASSIS, (Ruban.) ce sont quatre barres de bois assemblées à mortaises & tenons, qui s'emmortoisent dans les quatre piliers montans du métier, pour en faire le couronnement : c'est sur ce chassis que portent le battant, chatelet, porte-lisse, &c.
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| CHASSO | (Hist. nat. Ichth.) Voyez CHABOT.
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| CHASSOIRE | S. m. terme de Tonnelier ; c'est un morceau de bois de chêne d'un demi pouce d'épaisseur, de sept ou huit pouces de longueur, & d'environ six pouces de largeur. Le tonnelier le pose par un bout sur les cerceaux qu'il veut chasser, & frappe sur l'autre avec un maillet pour faire avancer le cerceau, afin qu'il embrasse étroitement la futaille. Voyez TONNELIER ; voyez aussi nos figures.
CHASSOIRE, baguette des autoursiers. Voyez AUTOURSIERS.
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| CHASTAIL | S. m. ou CAPITAL, en fait de commande, (Jurispr.) est la somme à laquelle le bétail a été évalué entre le bailleur & le preneur, par le contrat. Cette estimation est ordinairement au-dessous du juste prix. Voyez Revel, sur les statuts de Bugey, pag. 202. & les mots COMMANDE & CHEPTEL. (A)
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| CHASTEL | S. m. (Jurispr.) dans plusieurs coûtumes signifie château. Dans celle de Chartres, art. 67, 71, & 78, il signifie le prix de la chose vendue. Ce mot vient d'acapitare qui veut dire acheter. Voyez Caseneuve, tr. du franc-aleu, pag. 256. & au mot CASTELET. (A)
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| CHASTETÉ | est une vertu morale par laquelle nous modérons les desirs déréglés de la chair. Parmi les appétits que nous avons reçus de la nature, un des plus violens est celui qui porte un sexe vers l'autre : appétit qui nous est commun avec les animaux, de quelque espece qu'ils soient ; car la nature n'a pas moins veillé à la conservation des animaux, qu'à celle de l'homme ; & à la conservation des animaux mal-faisans, qu'à celle des animaux que nous appellons bienfaisans. Mais il est arrivé parmi les hommes, cet animal par excellence, ce qu'on n'a jamais remarqué parmi les autres animaux ; c'est de tromper la nature, en joüissant du plaisir qu'elle a attaché à la propagation de l'espece humaine, & en négligeant le but de cet attrait ; c'est-là précisément ce qui constitue l'essence de l'impureté : & par conséquent l'essence de la vertu opposée consistera à mettre sagement à profit ce qu'on aura reçu de la nature, & à ne jamais séparer la fin des moyens. La chasteté aura donc lieu hors le mariage & dans le mariage : dans le mariage, en satisfaisant à tout ce que la nature exige de nous, & que la religion & les lois de l'état ont autorisé ; dans le célibat, en résistant à l'impulsion de la nature qui nous pressant sans égard pour les tems, les lieux, les circonstances, les usages, le culte, les coûtumes, les lois, nous entraîneroit à des actions proscrites.
Il ne faut pas confondre la chasteté avec la continence. Tel est chaste qui n'est pas continent ; & réciproquement, tel est continent qui n'est pas chaste. La chasteté est de tous les tems, de tous les âges, & de tous les états : la continence n'est que du célibat ; & il s'en manque beaucoup que le célibat soit un état d'obligation. Voyez CELIBAT. L'âge rend les vieillards nécessairement continens ; il est rare qu'il les rende chastes.
Voilà tout ce que la philosophie semble nous dicter sur la chasteté. Mais les lois de la religion chrétienne sont beaucoup plus étroites ; un mot, un regard, une parole, un geste, mal intentionnés, flétrissent la chasteté chrétienne : le chrétien n'est parvenu à la vraie chasteté, que quand il a su se conserver dans un état de pureté angélique, malgré les suggestions perpétuelles du démon de la chair. Tout ce qui peut favoriser les efforts de cet ennemi de notre innocence, passe dans son esprit pour autant d'obstacles à la chasteté : tels que les excès dans le boire & le manger, la fréquentation de personnes déréglées, ou même d'un autre sexe, la vûe d'un objet indécent, un discours équivoque, une lecture deshonnête, une pensée libre, &c. Voyez à CELIBAT, MARIAGE, & aux autres articles de cet Ouvrage, où l'on traite des devoirs de l'homme envers lui-même, ce qu'il faut penser de la chasteté.
CHASTETE, (Médecine) Voyez MARIAGE, Médecine ; & VIRGINITE, Médecine.
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| CHASTOIS | S. m. (Jurisprud.) Dans la coûtume de Lorraine, tit. jv. art. 8. chastois corporel signifie punition corporelle. Ce mot paroît venir de châtier, châtiment. (A)
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| CHASUBLE | S. f. (Hist. ecclésiast.) habillement ecclésiastique que le prêtre porte sur l'aube, quand il célebre la messe. Voyez AUBE. La chasuble des anciens différoit de la nôtre, en ce qu'elle étoit fermée de tous côtés, & que la nôtre a deux ouvertures pour passer les bras. Toute la portion de la chasuble ancienne, comprise depuis le bas jusqu'à la hauteur des bras, se retroussoit en plis sur les bras, à droite & à gauche. La chasuble a succédé à la chape, parce que la chape étoit incommode ; cependant les Orientaux continuoient de donner la préférence à la chasuble, quand ils célébroient dans nos églises. Quant aux chapes, elles descendoient originairement des manteaux ou robes des anciens ; voyez CHAPE : car les anciens n'usoient ni de chapes ni de chasubles. Il paroît que nos ornemens d'églises sont pour la plûpart les vêtemens mêmes ordinaires des premiers chrétiens, qu'on a conservés par respect, mais que les tems & la mode ont à la vérité fort défigurés ; car les anciens célebroient les mysteres avec leurs habits ordinaires ; c'est du moins le sentiment de plusieurs auteurs. Fleury, moeurs des Chrétiens.
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| CHAT | S. m. felis, catus, (Hist. nat.) animal quadrupede domestique, dont on a donné le nom à un genre de quadrupedes, felinum genus, qui comprend avec le chat des animaux très-sauvages & très-féroces. Celui-ci a sans-doute été préféré dans la dénomination, parce qu'y étant le mieux connu, il étoit le plus propre à servir d'objet de comparaison pour donner quelques idées du lion, du tigre, du léopard, de l'ours, &c. à ceux qui n'en auroient jamais vû. Il y a des chats sauvages ; on les appelle, en terme de chasse, chats-harests ; & il y a lieu de croire qu'ils le seroient tous, si on n'en avoit apprivoisé. Les sauvages sont plus grands que les autres ; leur poil est plus gros & plus long ; ils sont de couleur brune ou grise. Gesner en a décrit un qui avoit été pris en Allemagne à la fin de Septembre ; sa longueur depuis le front jusqu'à l'extrémité de la queue étoit de trois piés ; il avoit une bande noire le long du dos, & d'autres bandes de la même couleur sur les piés & sur d'autres parties du corps. Il y avoit une tache blanche assez grande entre la poitrine & le col ; le reste du corps étoit brun. Cette couleur étoit plus pâle, & approchoit du cendré sur les côtés du corps. Les fesses étoient rousses ; la plante des piés & le poil qui étoit à l'entour étoient noirs ; la queue étoit plus grosse que celle du chat domestique : elle avoit trois palmes de longueur, & deux ou trois bandes circulaires de couleur noire.
Les chats domestiques different beaucoup les uns des autres pour la couleur & pour la grandeur : la pupille de ces animaux est oblongue ; ils n'ont que vingt-huit dents, savoir douze incisives, six à la mâchoire supérieure & six à l'inférieure ; quatre canines, deux en-haut & deux em-bas, elles sont plus longues que les autres ; & dix molaires, quatre en-dessus & six en-dessous. Les mammelles sont au nombre de huit, quatre sur la poitrine & quatre sur le ventre. Il y a cinq doigts aux piés de devant, & seulement quatre à ceux de derriere.
En Europe, les chats entrent ordinairement en chaleur au mois de Janvier & de Février, & ils y sont presque toute l'année dans les Indes. La femelle jette de grands cris durant les approches du mâle, soit que sa semence la brûle, soit qu'il la blesse avec ses griffes. On prétend que les femelles sont plus ardentes que les mâles, puisqu'elles les préviennent & qu'elles les attaquent. M. Boyle rapporte qu'un gros rat s'accoupla à Londres avec une chatte ; qu'il vint de ce mélange des petits qui tenoient du chat & du rat, & qu'on les éleva dans la ménagerie du roi d'Angleterre. Les chattes portent leurs petits pendant cinquante-six jours, & chaque portée est pour l'ordinaire de cinq ou six petits, selon Aristote ; cependant il arrive souvent dans ce pays-ci qu'elles en font moins. La femelle en a grand soin ; mais quelquefois le mâle les tue. Pline dit que les chats vivent six ans ; Aldrovande prétend qu'ils vont jusqu'à dix, & que ceux qui ont été coupés vivent plus long-tems. On a quantité d'exemples de chats & de chattes qui sans être coupés ont vécu bien plus de dix ans.
Tout le monde sait que les chats donnent la chasse aux rats & aux oiseaux ; car ils grimpent sur les arbres, ils sautent avec une très-grande agilité, & ils rusent avec beaucoup de dextérité. On dit qu'ils aiment beaucoup le poisson ; ils prennent des lézards ; ils mangent des crapauds ; ils tuent les serpens, mais on prétend qu'ils n'en mangent jamais. Les chats prennent aussi les petits lievres, & ils n'épargnent pas même leur propre espece, puisqu'ils mangent quelquefois leurs petits.
Les chats sont fort caressans lorsqu'on les a bien apprivoisés ; cependant on les soupçonne toujours de tenir de la férocité naturelle à leur espece : ce qu'il y auroit de plus à craindre, lorsqu'on vit trop familierement avec des chats, seroit l'haleine de ces animaux, s'il étoit vrai, comme l'a dit Mathiole, que leur haleine pût causer la phthisie à ceux qui la respireroient. Cet auteur en rapporte plusieurs exemples. Quoi qu'il en soit, il est bon d'en avertir les gens qui aiment les chats au point de les baiser, & de leur permettre de frotter leur museau contre leur visage.
On a dit qu'il y avoit dans les Indes des chats sauvages qui voloient, au moyen d'une membrane qui s'étend depuis les piés de devant jusqu'à ceux de derriere, & qu'on avoit vû en Europe des peaux de ces animaux qui y avoient été apportées. Mais n'étoit-ce pas plutôt des peaux d'écureuil volant ou de grosse chauve-souris, que l'on prenoit pour des peaux de chats sauvages, de même que l'on a souvent donné l'opossum pour un chat ? Voyez Ald. de quad. digit. lib. III. cap. x. & xj. Voyez QUADRUPEDE. (I)
Les chats ont l'ouverture de la prunelle fendue verticalement ; & leurs paupieres traversant cette figure oblongue, peuvent fermer la prunelle si exactement qu'elle n'admet, pour ainsi dire, qu'un seul rayon de lumiere, & l'ouvrir si entierement, que les rayons les plus foibles suffisent à la vûe de ces animaux, par la grande quantité qu'elle en admet ; ce qui leur fournit une facilité merveilleuse de guetter leur proie. De cette maniere, cet animal voit la nuit, parce que sa prunelle est susceptible d'une extrème dilatation, par laquelle son oeil rassemble une grande quantité de cette foible lumiere, & cette grande quantité supplée à sa force.
Il paroît que l'éclat, le brillant, la splendeur qu'on remarque dans les yeux du chat, vient d'une espece de velours qui tapisse le fond de l'oeil, ou du brillant de la rétine, à l'endroit où elle entoure le nerf optique.
Mais ce qui arrive à l'oeil du chat plongé dans l'eau est d'une explication plus difficile, & a été autrefois dans l'académie des Sciences, le sujet d'une grande dispute. Voici le fait.
Personne n'ignore que l'iris est cette membrane de l'oeil qui lui donne les différentes couleurs qu'il a en différens sujets ; c'est une espece d'anneau circulaire dont le milieu, qui est vuide, est la prunelle, par où les rayons entrent dans l'oeil. Quand l'oeil est exposé à une grande lumiere, la prunelle se retrécit sensiblement, c'est-à-dire que l'iris s'élargit & s'étend : au contraire, dans l'obscurité, la prunelle se dilate, ou ce qui est la même chose, l'iris se resserre.
Or, on a découvert que si on plonge un chat dans l'eau, & que l'on tourne alors sa tête, desorte que ses yeux soient directement exposés à une grande lumiere, il arrive, 1°. que malgré la grande lumiere la prunelle de l'animal ne se retrécit point, & qu'au contraire elle se dilate ; & dès qu'on retire de l'eau l'animal vivant, sa prunelle se resserre ; 2°. que l'on apperçoit distinctement dans l'eau le fond des yeux de cet animal, qu'il est bien certain qu'on ne peut voir à l'air.
Pour expliquer le premier phénomene, M. Meri prétendit que le mouvement arrêté des esprits animaux, empêchoit le resserrement de la prunelle du chat dans l'eau ; & que le second phénomene arrivoit par la quantité de rayons, plus grande que reçoit un oeil, parce que sa cornée est applanie.
L'ouverture de la prunelle est plus grande dans l'eau, selon M. Meri ; parce que les fibres de l'iris sont moins remplies d'esprits animaux. L'oeil dans l'eau est plus éclairé ; parce que la cornée étant applanie & humectée par ce liquide, elle est pénétrable à la lumiere dans toutes ses parties.
M. de la Hire explique les deux phénomenes d'une façon toute différente.
1°. Il prétend au contraire, que le retrécissement de la prunelle est produit par le ressort des fibres de l'iris qui les allonge, & que sa dilatation est causée par le raccourcissement de ces mêmes fibres. 2°. Qu'il n'entre pas plus de lumiere dans les yeux, quand ils sont dans l'eau, que lorsqu'ils sont dans l'air exposés à ses rayons ; & que par conséquent ils ne doivent pas causer de retrécissement à l'iris. 3°. Que le chat plongé dans l'eau, étant fort inquiet & fort attentif à tout ce qui se passe autour de lui, cette attention & cette crainte tiennent sa prunelle plus ouverte ; car M. de la Hire suppose que le mouvement de l'iris, qui est presque toujours nécessaire, & n'a rapport qu'au plus ou moins de clarté, est en partie volontaire dans certaines occasions. 4°. M. de la Hire tâche de démontrer ensuite, que les réfractions qui se font dans l'eau élevent le fond de l'oeil du chat, & rapprochent cet objet des yeux du spectateur. 5°. Que la prunelle de l'animal étant plus ouverte, & par conséquent le fond de son oeil plus éclairé, il n'est pas étonnant qu'on l'apperçoive. 6°. Qu'un objet est d'autant mieux vû, que dans le tems qu'on le regarde il vient à l'oeil moins de lumiere étrangere : or quand on regarde dans l'eau la surface de l'oeil, on voit beaucoup moins de rayons étrangers que quand on le regarde à l'air, & par conséquent le fond de l'oeil du chat en peut être mieux apperçû.
On vient de voir en peu de mots les raisons de MM. Meri & de la Hire, dans leur contestation sur le chat plongé dans l'eau ; contestation qui partagea les académiciens, & qui a fourni de part & d'autre plusieurs mémoires également instructifs & curieux, qu'on peut lire dans le recueil de l'académie, années 1704, 1709, 1710, & 1712.
La structure des ongles des chats & des tigres, espece de chats sauvages, est d'un artifice trop particulier pour la passer sous silence. Les ongles longs & pointus de ces animaux se cachent & se serrent si proprement dans leurs pattes, qu'ils n'en touchent point la terre, & qu'ils marchent sans les user & sans les émousser, ne les faisant sortir que quand ils s'en veulent servir pour frapper & pour déchirer. Ces ongles ont un ligament qui par son ressort les fait sortir, quand le muscle qui est en-dedans ne tire point ; cet ongle est caché dans les entre-deux du bout des doigts, & ne sort dehors pour agriffer, que lorsque le muscle, qui sert d'antagoniste au ligament, agit : le muscle extenseur des doigts sert aussi à tenir l'ongle redressé, & le ligament fortifie son action. Les chats font agir leurs ongles ; pour attaquer ou se défendre, & ne marchent dessus que quand ils en ont un besoin particulier pour s'empêcher de glisser.
Leur talon, comme celui des singes, des lions, des chiens, n'étant pas éloigné du reste du pié, ils peuvent s'asseoir aisément, ou plutôt s'accroupir.
On demande pourquoi les chats, & plusieurs animaux du même genre, comme les foüines, putois, renards, tigres, &c. quand ils tombent d'un lieu élevé, tombent ordinairement sur leurs pattes, quoiqu'ils les eussent d'abord eu en-haut, & qu'ils dûssent par conséquent tomber sur la tête.
Il est bien sûr qu'ils ne pourroient pas par eux-mêmes se renverser ainsi en l'air, où ils n'ont aucun point fixe pour s'appuyer ; mais la crainte dont ils sont saisis leur fait courber l'épine du dos, de maniere que leurs entrailles sont poussées en en-haut ; ils allongent en même-tems la tête & les jambes vers le lieu d'où ils sont tombés, comme pour le retrouver ; ce qui donne à ces parties une plus grande action de levier. Ainsi leur centre de gravité vient à être différent du centre de figure, & placé au-dessus ; d'où il s'ensuit, par la démonstration de M. Parent, que ces animaux doivent faire un demi-tour en l'air, & retourner leurs pattes em-bas, ce qui leur sauve presque toujours la vie.
La plus fine connoissance de la méchanique ne feroit pas mieux en cette occasion, dit l'historien de l'académie, que ce que fait un sentiment de peur, confus, & aveugle. Hist. de l'acad. 1700.
Autre question de Physique : d'où vient qu'on voit luire le dos d'un chat, lorsqu'on le frotte à contre-poil ? C'est que les corps composés ou remplis de parties sulphureuses, luisent, quand ces parties sulphureuses sont agitées par le mouvement vital, le frottement, le choc, ou quelqu'autre cause mouvante. Au reste, ce phénomene n'est pas particulier au chat ; il en est de même du dos d'une vache, d'un veau, du cou du cheval, &c. & cela paroît sur-tout quand on les frotte dans le tems de la gelée. Voyez ELECTRICITE.
On sait que les chats sont de différentes couleurs ; les uns blancs, les autres noirs, les autres gris, &c. de deux couleurs, comme blancs & noirs, blancs & gris, noirs & roux : même de trois couleurs, noirs, roux, & blancs, que l'on nomme par cette raison tricolors. J'ai oüi dire qu'il n'y avoit aucun chat mâle de trois couleurs. Il s'en trouve encore quelques-uns qui tirent sur le bleu, & qu'on appelle vulgairement chats des chartreux ; peut-être, parce que ce sont les religieux de ce nom qui en ont eu des premiers de la race. Article communiqué par M(D.J.)
CHAT, (Matiere médicale). La plûpart des auteurs de matiere médicale rapportent diverses propriétés, que plusieurs médecins ont accordées aux différentes parties du chat, tant domestique que sauvage. La graisse de ces animaux, leur sang, leur fiente, leur tête, leur foie, leur fiel, leur urine distillée, leur peau, leur arriere-faix même porté en amulete, ont été célébrés comme des remedes admirables ; mais pas un de ces auteurs n'ayant confirmé ces vertus par sa propre expérience, on ne sauroit compter sur l'espece de tradition qui nous a transmis ces prétentions de livre en livre : au moins faut-il attendre, avant de préférer dans quelques cas ces remedes à tous les autres de la même classe, que leurs vertus particulieres soient confirmées par l'observation. Les voici pourtant ces prétendues vertus.
La graisse de chat sauvage amollit, échauffe, & discute ; elle est bonne dans les maladies des jointures ; son sang guérit l'herpe ou la gratelle. La tête de chat noir réduite en cendre, est bonne pour les maladies des yeux, comme pour l'onglet, la taie, l'albugo, &c. La fiente guérit l'alopécie, & calme les douleurs de la goutte.
On met sa peau sur l'estomac & sur les jointures, pour les tenir chaudement ; on porte au cou l'arriere-faix, pour préserver les yeux de maladie. L'énumération de ces vertus est tirée du dictionnaire de médecine de James, qui l'a prise de la pharmacologie de Dale, qui l'a copiée lui-même de Schroder, lequel cite à son tour Schwenckfelt & Misaldus, &c.
La continuation de la matiere médicale d'Herman recommande, d'après Hildesheim & Schmuck, d'avoir grand soin de choisir un chat mâle ou femelle, selon qu'on a un homme ou une femme à traiter. La graisse du mâle est un excellent remede contre l'épilepsie, la colique, & l'amaigrissement des parties d'un homme ; & celle de la femelle n'est pas moins admirable pour une femme dans le même cas. Le célebre Ettmuller semble avoir assez de confiance en ces remedes, dont il recommande l'usage, avec la circonstance de ce rapport de sexe. Voyez PHARMACOLOGISTE. (b)
CHAT, (Art méch.) Les Pelletiers apprêtent les peaux de chats, & en font plusieurs sortes de fourrure, mais principalement des manchons.
* CHAT, (Myth.) cet animal étoit un dieu très-révéré des Egyptiens : on l'adoroit sous sa forme naturelle, ou sous la figure d'un homme à tête de chat. Celui qui tuoit un chat, soit par inadvertance, soit de propos délibéré, étoit séverement puni. S'il en mouroit un de sa belle mort, toute la maison se mettoit en deuil, on se rasoit les sourcils, & l'animal étoit embaumé, enseveli, & porté à Bubaste dans une maison sacrée, où on l'inhumoit avec tous les honneurs de la sépulture ou de l'apothéose. Telle étoit la superstition de ces peuples, qu'il est à présumer qu'un chat en danger eût été mieux secouru qu'un pere ou qu'un ami, & que le regret de sa perte n'eût été ni moins réel ni moins grand. Les principes moraux peuvent donc être détruits jusque-là dans le coeur de l'homme : l'homme descend au-dessous du rang des bêtes, quand il met la bête au rang des dieux. Hérodote raconte que quand il arrivoit quelque incendie en Egypte, les chats des maisons étoient agités d'un mouvement divin ; que les propriétaires oublioient le danger où leurs personnes & leurs biens étoient exposés, pour considérer ce que les chats faisoient ; & que si malgré le soin qu'ils prenoient dans ces occasions de la conservation de ces animaux, il s'en élançoit quelques-uns dans les flammes, ils en menoient un grand deuil.
CHAT-POISSON, (Hist. natur.) Voyez ROUSSETTE.
CHAT-VOLANT, (Hist. natur.) Voyez CHAT & CHAUVE-SOURIS.
CHAT, (pierre de) Hist. nat. foss. c'est le nom qu'on donne en Allemagne à une espece de pierre du genre des calcaires, qui se trouve dans le comté de Stolberg : on s'en sert dans les forges pour purifier le fer, ou pour absorber la surabondance de soufre dont il est mêlé. Le nom allemand de cette pierre est katzenstein. (-)
* CHAT, s. m. (Ardois.) c'est le nom que ceux qui taillent l'ardoise donnent à celle qu'ils trouvent si dure & si fragile, à l'ouverture de l'ardoisiere, qu'elle ne peut être employée. Voyez l'article ARDOISE. Ils donnent aussi le même nom aux parties plus dures, qui se trouvent quelquefois dispersées dans l'ardoise, & qui empêchent la division. Ils appellent ces parties, de petits chats.
CHAT, s. m. (Marine) on donne ce nom à un bâtiment qui pour l'ordinaire n'a qu'un pont, & qui est rond par l'arriere, dont on se sert dans le Nord, & qui est d'une fabrique grossiere & sans aucun ornement ; mais d'une assez grande capacité, étant large de l'avant & de l'arriere. Ces bâtimens sont à plate varangue, & ne tirent pour l'ordinaire que quatre à cinq piés d'eau. On leur donne peu de quête à l'étrave & à l'étambord : les mâts sont petits & legers ; ils n'ont ni hune ni barre de hune, quoiqu'ils ayent des mâts de hune, & l'on amene les voiles sur le pont, au lieu de les ferler. La plûpart des voiles sont quarrées ; ils ont peu d'accastillage à l'arriere. La chambre du capitaine est suspendue, s'élevant en partie au-dehors, & l'autre partie tombe sous le pont, comme dans les galiotes. La barre du gouvernail passe sous la dunette ou chambre du capitaine ; mais elle n'a point de manivelle : elle sert seule à gouverner. Quelquefois on met à la barre du gouvernail une corde, avec laquelle on gouverne. En général le chat est un assez mauvais bâtiment & qui navige mal ; mais il contient beaucoup d'espace, & porte grande cargaison. La grandeur la plus commune du chat est d'environ cent vingt piés de longueur de l'étrave à l'étambord, vingt-trois à vingt-quatre piés de large, & douze piés de creux ; alors la quille doit avoir seize pouces de large, & quatorze pouces au moins d'épaisseur. On la fait le plus souvent de bois de chêne, & quelquefois de sapin. (Z)
CHAT, (Artill.) est un instrument dont on se sert dans l'Artillerie, pour examiner si les pieces de canon n'ont point de chambre ou de défaut. C'est un morceau de fer portant une, deux ou trois griffes fort aiguës, & disposées en triangle ; il est monté sur une hampe de bois. Les Fondeurs l'appellent le diable. Voyez EPREUVE. (Q)
CHAT d'un plomb, est une piece de cuivre ou de fer, ronde ou quarrée, au milieu de laquelle est un trou de la grosseur du cordeau du plomb : il doit être de la même largeur que la base du plomb, puisqu'il sert à connoître si une piece de bois est à-plomb ou non. Voyez la fig. 12. Planche des outils du Charpentier.
CHAT, à la Monnoie, est la matiere qui coule d'un creuset par accident ou par cassure.
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| CHAT-PARD | S. m. catus pardus, animal quadrupede dont le nom & la figure ont fait croire qu'il étoit engendré par le mélange d'un léopard & d'une chatte, ou d'un chat & d'une panthere. Cette opinion a été soûtenue par les anciens, quoiqu'il y ait une grande différence entre ces deux sortes d'animaux pour leur grosseur & pour la durée du tems de leur portée. On a décrit dans les Mém. de l'acad. roy. des Sciences, un chat-pard qui n'avoit que deux piés & demi de longueur depuis le bout du museau jusqu'au commencement de la queue ; sa hauteur n'étoit que d'un pié & demi depuis le bout des pattes de devant jusqu'au haut du dos : la queue n'avoit que huit pouces de longueur. Il étoit à l'extérieur fort ressemblant au chat, excepté que sa queue étoit un peu moins longue, & que le cou paroissoit plus court, peut-être parce qu'il étoit extraordinairement gras. Le poil étoit un peu plus court que celui du chat, mais aussi gros à proportion de la longueur. Tout le corps de cet animal étoit roux, à l'exception du ventre & du dedans des jambes qui étoient de couleur isabelle, & du dessous de la gorge & de la mâchoire inférieure qui étoit blanc. Il y avoit sur la peau des taches noires de différentes figures ; elles étoient longues sur le dos, & rondes sur le ventre & sur les pattes, à l'extremité desquelles ces taches étoient fort petites, & placées près les unes des autres. Il y avoit des bandes fort noires qui traversoient les oreilles, qui étoient au reste très-semblables à celles du chat : elles avoient même la membrane double, qui forme une sinuosité au côté du dehors. Les poils de la barbe étoient plus courts que ceux du chat, & il n'y en avoit point de longs aux sourcils & aux joues. Ce chat-pard étoit mâle ; on trouva un défaut d'organes dans les parties de la génération, & on le regarda comme un vice de conformation particulier à ce sujet. On dit que cet animal n'est pas trop féroce, & qu'on l'apprivoise aisément. Mém. de l'acad. roy. des Sc. tom. III. part. I. Synop. anim. quad. Ray. Voyez QUADRUPEDES ; voyez aussi CHAT. (I)
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| CHATAIGNE | sub. fém. fruit. Voyez CHATAIGNER.
CHATAIGNE DE MER, (Hist. nat.) Voyez OURSIN.
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| CHATAIGNER | S. m. (Hist. nat.) castanea, genre d'arbre qui porte des chatons composés de plusieurs étamines qui sortent d'un calice à cinq feuilles, & attachées à un axe fort mince. Les fruits qui sont en forme de hérisson, naissent séparément des fleurs sur le même arbre ; ils sont arrondis & s'ouvrent en quatre parties, & renferment des chataignes. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Le chataigner (Jard.) est un grand arbre dont on fait beaucoup de cas ; bien plus cependant pour l'utilité qu'on en retire à plusieurs égards, que pour l'agrément qu'il procure. Il croît naturellement dans les climats tempérés de l'Europe occidentale, où il étoit autrefois plus commun qu'à présent. Il devient fort gros, & prend de la hauteur à proportion ; souvent même il égale les plus grands chênes. Sa tige est ordinairement très-droite, fort longue jusqu'aux branchages, & bien proportionnée ; les rameaux qui forment la tête de l'arbre ont l'écorce lice, brune, & marquetée de taches grises ; ils sont bien garnis de feuilles oblongues, assez grandes, dentelées en façon de scie, d'une verdure agréable, & qui donnent beaucoup d'ombrage. Il porte au mois de Mai des chatons qui sont de la longueur du doigt, & d'un verd jaunâtre. Les fruits viennent ordinairement trois ensemble, & séparément des chatons, dans une bourse hérissée de pointes, qui s'ouvre d'elle-même sur la fin de Septembre, tems de la maturité des chataignes.
Cet arbre par sa stature & son utilité, a mérité d'être mis au nombre de ceux qui tiennent le premier rang parmi les arbres forestiers ; & on est généralement d'accord que ce n'est qu'au chêne seul qu'il doit céder. Quoiqu'à quelques égards il ait des qualités qui manquent au chêne, l'accroissement du chataigner est du double plus promt ; il jette plus en bois ; il réussit à des expositions & dans des terreins moins bons, & il est moins sujet aux insectes.
Le bois du chataigner est de si bonne qualité qu'il fait regretter de ne trouver que rarement à-présent des forêts de cet arbre, qui étoit autrefois si commun. Nous voyons que les charpentes de la plûpart des anciens bâtimens sont faites de ce bois, sur-tout des poutres d'une si grande portée, qu'elles font juger qu'il auroit été extrèmement dispendieux & difficile de les faire venir de loin, & qu'on les a tirées des forêts voisines. Cependant on ne trouve plus cet arbre dans les forêts de plusieurs provinces, où il y a quantité d'anciennes charpentes de chataigner. Mais à quoi peut-on attribuer la perte de ces arbres, si ce n'est à l'intempérie des saisons, à des hyvers longs & rigoureux, ou à des chaleurs excessives accompagnées de grande sécheresse ? Ce dernier incident paroît plus probablement avoir été la cause de la perte des chataigners dans plusieurs contrées. Cet arbre se plaît sur les croupes des montagnes exposées au nord, dans les terreins sablonneux, & sur-tout dans les plants propres à retenir ou à recevoir l'humidité : ces trois circonstances indiquent évidemment que de longues sécheresses & de grandes chaleurs sont tout ce qu'il y a de plus contraire aux forêts de chataigner. Si l'on objectoit à cela qu'il se trouve encore à-présent une assez grande quantité de ces arbres dans des pays plus méridionaux que ceux où l'on présume que les chataigners ont été détruits, par la quantité qu'on y voit des charpentes du bois de cet arbre, & que par conséquent ce ne doit être ni la chaleur ni la sécheresse qui les ayent fait périr : on pourroit répondre que ces pays plus près du midi où il se trouve à-présent des chataigners, tels que les montagnes de Galice & les Pyrenées en Espagne, les Cévennes, le Limosin, le Vivarès, & le Dauphiné en France, & les côteaux de l'Appennin en Italie, sont plus à portée de recevoir de la fraîcheur & de l'humidité, que le climat de Paris par exemple, quoique beaucoup plus septentrional ; par la raison, que les neiges étant plus abondantes, & séjournant plus long-tems sur les montagnes des pays que nous venons de nommer, que par-tout ailleurs, entretiennent jusque bien avant dans l'été l'humidité qui est si nécessaire aux chataigners. Mais, dira-t-on, si ces arbres avoient été détruits par telles influences ou intempéries que ce puisse être, pourquoi ne se seroient-ils pas repeuplés par succession de tems, & dans des révolutions de saisons plus favorables, comme nous voyons qu'il arrive aux autres arbres de ce climat, qui s'y multiplient de proche en proche par des voies toutes simples ? Les vents, les oiseaux, & quelques animaux, chassent, transportent, & dispersent les semences aîlées, les baies, les glands, &c. & concourent plus efficacement que la main d'homme à étendre la propagation des végétaux. Mais je crois qu'on peut encore rendre raison de ce que la nature semble se refuser en effet au repeuplement du chataigner. Il faut à cet arbre une exposition & un terrein très-convenable, sans quoi il s'y refuse absolument ; ce qui arrive beaucoup moins aux autres arbres de ce climat, qui viennent presque dans tous les terreins indifféremment, avec cette différence seulement qu'ils font peu de progrès dans ceux qui leur conviennent moins ; au lieu que le chataigner en pareil cas dépérit sensiblement, même malgré les secours de la culture. A quoi on peut ajoûter que les végétaux ont, comme l'on sait, une sorte de migration qui les fait passer d'un pays à un autre, à mesure qu'ils se trouvent contrariés par les influences de l'air, par l'intempérie des saisons, par l'altération des terreins, ou par les changemens qui arrivent à la surface de la terre : en effet, c'est peut-être sur-tout par les grands défrichemens qui ont été faits, qu'en supprimant quantité de forêts, les vapeurs & les rosées n'ayant plus été ni si fréquentes, ni si abondantes, il en a résulté apparemment quelque déchet dans l'humidité qui est si favorable à la réussite & au progrès des chataigners. On voit cependant que dans quelques provinces septentrionales de ce royaume, la main d'homme est venue à-bout d'élever plusieurs cantons de chataigners, qui ont déjà réussi, ou qui promettent du progrès. Cet arbre mérite la préférence sur tant d'autres, qu'il faut espérer qu'on s'efforcera de le rétablir dans tous les terreins qui pourront lui convenir.
Exposition, terrein. La principale attention qu'on doive donner aux plantations de chataigners, est de les placer à une exposition & dans un terrein qui leur soient propres ; car si ce point manque, rien ne pourra y suppléer. Cet arbre aime les lieux frais, noirs, & ombrageux, les croupes des montagnes tournées au nord ou à la bise ; il se plaît dans les terres douces & noirâtres ; dans celles qui, quoique fines & legeres, ont un fond de glaise ; & mieux encore dans les terreins dont le limon est mêlé de sable ou de pierrailles. Il se contente aussi des terreins sablonneux, pourvû qu'ils soient humides, ou tout au moins qu'ils ayent de la profondeur : mais il craint les terres rouges, celles qui sont trop dures, & les marécages. Enfin il se refuse à la glaise & à l'argile, & il ne peut souffrir les terres jaunâtres & salées.
Lorsque ces arbres se trouvent dans un sol convenable, ils forment les plus belles futaies ; ils deviennent très-grands, très-droits, & extrèmement gros ; ils souffrent d'être plus serrés entr'eux que les chênes, & ils croissent du double plus promtement. Le chataigner est aussi très-bon à faire du bois taillis ; il donne de belles perches, & au bout de vingt ans il forme déjà de joli bois de service.
Semence des chataignes. On peut les mettre en terre dans deux tems de l'année ; en automne, aussi-tôt qu'elles sont en maturité ; ou au printems, dès qu'on peut cultiver la terre. Ces deux saisons cependant ont chacune leur inconvénient ; si on seme les chataignes en automne, qui seroit bien le tems le plus convenable, elles sont exposées à servir de nourriture aux rats, aux mulots, aux taupes, &c. qui en sont très-friands, & qui les détruisent presque entierement, sur-tout lorsqu'elles ont été semées en sillon, ce qui est néanmoins la meilleure pratique. Ces animaux suivent toutes les traces de la terre fraîchement remuée, & n'y laissent rien de ce qui peut les nourrir ; c'est ce qui détermine souvent à ne semer les chataignes qu'au printems ; & dans ce cas il faut des précautions pour les conserver jusqu'à cette saison. Si on n'en veut garder qu'une médiocre quantité, on les étend d'abord sur un grenier, où on les laisse pendant quinze jours suer & dissiper leur humidité superflue ; on les met ensuite entre des lits de sable alternativement dans des caisses ou manequins, qu'il faut resserrer dans un lieu sec & à couvert des gelées, d'où on ne les retirera que pour les semer aussitôt que la saison le permettra, dans le mois de Février ou au commencement de Mars : en différant davantage, les germes des chataignes deviendroient trop longs, tortus, & seroient sujets à se rompre en les tirant des manequins ou en les plantant. Mais si l'on veut en garder une quantité suffisante pour de grandes plantations, comme il seroit embarrassant en ce cas de les resserrer dans des manequins, on pourra les faire passer l'hyver dans un conservatoire en plein air : on les étendra d'abord pour cet effet dans un grenier, comme nous l'avons déjà dit, à mesure qu'on les rassemblera, pendant trois semaines ou un mois : pour se débarrasser après cela de celles qui sont infécondes, bien des gens veulent qu'il faille les éprouver en les mettant dans un baquet d'eau, où toutes celles qui surnageront seront rejettables, quoiqu'il soit bien avéré par l'expérience qui en a été faite, que de celles-là même il en a réussi le plus grand nombre. On fera rapporter sur un terrein sec un lit de terre meuble de deux ou trois pouces d'épaisseur, & d'une étendue proportionnée à la quantité des semences ; on y mettra ensuite un lit de chataignes de même épaisseur, & ainsi alternativement un lit de terre & un lit de chataignes, sur lesquelles il doit y avoir enfin une épaisseur de terre de six pouces au moins, pour empêcher la gelée, dont on se garantira encore plus sûrement en répandant de la grande paille par-dessus.
Plantations en grand. Sur la façon de faire ces plantations, nous rapporterons ce que Miller en a écrit. " Après avoir fait, dit-il, deux ou trois labours à la charrue pour détruire les mauvaises herbes, vous ferez des sillons à environ six piés de distance les uns des autres, dans lesquels vous mettrez les chataignes à dix pouces d'intervalle, & vous les recouvrirez d'environ trois pouces de terre : quand les chataignes auront levé, vous aurez grand soin de les nettoyer des mauvaises herbes ; & après trois ou quatre ans, si elles ont bien réussi, vous en enleverez plusieurs au printems, & ne laisserez que les plants qui se trouveront à environ trois piés de distance dans les rangées. Cet intervalle leur suffira pendant trois ou quatre ans encore, après lesquels vous pourrez ôter un arbre alternativement pour laisser de l'espace aux autres, qui se trouveront par ce moyen à six piés de distance. Ils pourront rester dans cet état jusqu'à ce qu'ils ayent huit ou dix ans, & qu'ils soient assez gros pour faire des cerceaux, des perches de houblonniere, &c. à quoi on doit l'employer préférablement à tous autres arbres. Alors vous couperez encore jusqu'auprès de terre une moitié de vos plants, en choisissant alternativement les plus foibles ; & tous les dix ans on pourra y faire une nouvelle coupe qui payera l'intérêt du terrein & les autres charges accessoires, sans compter qu'avec cela il restera une bonne quantité d'arbres destinés à venir en futaie, qui continueront de prendre de l'accroissement, & enfin assez de volume pour que l'espace de douze piés en quarré ne leur suffise plus : ainsi lorsque ces arbres seront de grosseur à en pouvoir faire de petites planches, vous porterez la distance à vingt-quatre piés quarrés, en abattant alternativement un arbre ; ce qui leur suffira alors pour les laisser croître, & pour donner de l'air au taillis, qui par ce moyen profitera considérablement ; & les coupes qu'on en fera payeront avec usure les dépenses faites pour la plantation, l'intérêt du terrein, & tous autres fraix ; desorte que tous les grands arbres qui resteront seront en pur profit. Je laisse à penser à tout le monde quel grand bien cela deviendroit pour un héritier au bout de quatre-vingt ans, qui est le tems où ces arbres auront pris leur entier accroissement ".
Il y a encore une façon de faire de grandes plantations de chataigners, que l'on pratique à-présent assez ordinairement, & dont on se trouve mieux que de semer les chataignes dans des sillons. On fait des trous moyens à des distances à-peu-près uniformes, & qui se reglent selon la qualité du terrein ; on plante ensuite trois ou quatre chataignes sur le bord de chaque trou, dans la terre meuble qui en est sortie : deux ou trois ans après, on peut faire arracher les plants foibles & superflus, & en hasarder la transplantation dans les places vuides, où il faudra les couper ensuite à un pouce au-dessus de terre. La raison qui a fait imaginer & préférer cette méthode, est sensible. Les plantations de chataigner se font ordinairement dans des terreins sablonneux, comme les plus convenables en effet, & ceux en même tems qui ont le plus besoin qu'on y ménage l'humidité possible ; les chataignes d'ailleurs veulent trouver quelque facilité la premiere année pour lever & faire racine. Les trous dont on vient de parler, réunissent ces avantages ; la terre meuble qui est autour fait mieux lever les chataignes ; & le petit creux qui se trouve à leur portée, favorise le progrès des racines qui cherchent toûjours à pivoter, & leur procurer de la fraîcheur en rassemblant & en conservant l'humidité.
Semence des chataignes en pepiniere, transplantation. Quand on n'a que de petites plantations à faire, qui peuvent alors être mieux soignées, on seme les chataignes en rayon dans de la terre meuble, préparée à l'ordinaire & disposée en planches ; on laisse six pouces de distance entre les rayons, & on y met les chataignes à quatre pouces les unes des autres, & à trois de profondeur. En leur supposant ensuite les soins usités de la culture, on pourra au bout de deux ans les mettre en pepiniere, en rangées de deux à trois piés de distance, & les plants au moins à un pié l'un de l'autre. Le mois d'Octobre sera le tems le plus propre à cette opération dans les terreins secs & legers ; & la fin de Février, pour les terres plus fortes & un peu humides. Les dispositions qui doivent précéder, seront d'arracher les plants avec précaution, d'étêter ceux qui se trouveront foibles ou courbes, & de retrancher le pivot à ceux qui en auront un. La culture que ces plants exigeront ensuite pendant leur séjour dans la pépiniere, sera de leur donner un leger labour au printems, de les sarcler au besoin dans l'été, de leur retrancher peu-à-peu les branches latérales, & de receper à trois pouces au-dessus de terre ceux qui seront rafaux ou languissans, pour les faire repousser vigoureusement. Après trois ou quatre ans, on pourra les employer à former des avenues, à faire du couvert, ou à garnir des bosquets. Ces arbres, ainsi que le chêne & le noyer, ne gagnent jamais à la transplantation, qu'il faut éviter au contraire si l'on se propose de les laisser croître en futaie ; parce que le chataigner a le pivot plus gros & plus long qu'aucun autre arbre ; & comme il craint de plus le retranchement des branches un peu grosses, on doit se dispenser autant qu'il se peut de les étêter en les transplantant.
Greffe. Si l'on veut cultiver le chataigner pour en avoir de meilleur fruit, il faut le greffer ; & alors on l'appelle marronnier. La façon la plus en usage d'y procéder, a été pendant long-tems la greffe en flûte ; parce qu'en effet cette greffe réussit mieux sur le chataigner que sur aucun autre arbre : mais comme l'exécution en est difficile & souvent hasardée, la greffe en écusson est à-présent la plus usitée pour cet arbre, sur lequel elle réussit mieux à la pousse qu'à oeil dormant. On peut aussi y employer la greffe en fente, qui profite très-bien quand elle reprend ; mais cela arrive rarement.
Le chataigner peut encore se multiplier de branches couchées ; cependant on ne se sert guere de ce moyen, que pour se procurer des plants d'arbres étrangers de son espece.
Usages du bois. C'est un excellent bois de charpente & le meilleur de tous après le chêne, dont il approche néanmoins de fort près pour la masse, le volume, & la qualité du bois, quoique blanc & d'une dureté médiocre ; on y distingue tout de même le coeur & l'aubier. Pour bien des usages, il est aussi bon que le meilleur chêne ; & pour quelques cas, il est même meilleur, comme pour des vaisseaux à contenir toutes sortes de liqueurs : car quand une fois il est bien saisonné, il a la propriété de se maintenir au même point sans se gonfler ni se gerser, comme font presque tous les autres bois. Celui du chataigner est d'un très-bon usage pour toutes sortes de gros & menus ouvrages ; on l'employe à la menuiserie, on en fait de bon mairrein, des palissades, des treillages, & des échalas pour les vignes, qui étant mis en oeuvre même avec leur écorce, durent sept ans, au lieu que tout autre bois ne s'y soûtient que la moitié de ce tems : on en fait aussi des cercles pour les cuves & les tonneaux ; on s'en sert pour la sculpture ; enfin on peut l'employer à faire des canaux pour la conduite des eaux : il y résiste plus long-tems que l'orme & que bien d'autres arbres. Mais ce bois n'est pas comparable à celui du chêne pour le chauffage, pour la qualité du charbon, & encore moins pour celle des cendres. Le bois du chataigner petille au feu & rend peu de chaleur ; son charbon s'éteint promtement, ce qui a néanmoins son utilité pour les ouvriers qui se servent des forges ; & si on employe ses cendres à la lessive, le linge en est taché sans remede.
Chataignes. Le fruit de cet arbre est d'une très-grande utilité ; le climat contribue beaucoup à lui donner de la qualité, & sur-tout de la grosseur. Les chataignes de Portugal sont plus grosses que les nôtres, & celles d'Angleterre sont les plus petites. On prétend que pour qu'elles se conservent longtems, il faut les abattre de l'arbre avant qu'elles tombent d'elles-mêmes. La récolte n'en est pas égale chaque année ; ces arbres ne produisent abondamment du fruit que de deux années l'une : on le conserve en le mettant par lits dans du sable bien sec, dans des cendres, dans de la fougere, ou en le laissant dans son brou. Les montagnards vivent tout l'hyver de ce fruit, qu'ils font sécher sur des claies, & qu'ils font moudre après l'avoir pelé pour en faire du pain, qui est nourrissant, mais fort lourd & indigeste. Voyez ci-après CHATAIGNES.
Feuilles. Une belle qualité de cet arbre, c'est qu'il n'est nullement sujet aux insectes, qui ne touchent point à ses feuilles tant qu'ils trouvent à vivre sur celles des autres arbres ; apparemment parce que la feuille du chataigner est dure & seche, ou moins de leur goût. Les pauvres gens des campagnes s'en servent pour garnir les lits au lieu de plume ; & quand on les ramasse aussitôt qu'elles sont tombées de l'arbre & avant qu'elles soient mouillées, on en fait de bonne litiere pour le bétail.
On connoît encore d'autres especes de cet arbre, & quelques variétés.
Le marronnier n'est qu'une variété occasionnée par la greffe, qui perfectionne le fruit en lui donnant plus de grosseur & plus de goût : du reste l'arbre ressemble au chataigner. Les marronniers ne réussissent bien en France que dans les montagnes de la partie méridionale, comme dans les Cévennes, le Vivarès, & le Dauphiné, d'où on les porte à Lyon ; c'est ce qui les fait nommer marrons de Lyon. Voyez MARRON.
Le marronnier à feuilles panachées ; c'est un fort bel arbre dans ce genre, pour ceux qui aiment cette sorte de variété, qui n'est occasionnée que par une espece de maladie de l'arbre ; aussi ne s'éleve-t-il dans cet état jamais autant que les autres marronniers. On peut le multiplier par la greffe en écusson, & encore mieux en approche sur le chataigner ordinaire. Il lui faut un terrein sec & leger pour faire durer la bigarrure de ses feuilles, qui fait tout son mérite : car dans un meilleur terrein, l'arbre reprend sa vigueur, & le panaché disparoît peu-à-peu.
Le petit chataigner à grappes : on croit que ce n'est qu'une variété accidentelle du chataigner ordinaire, & non pas une espece distincte & constante. Miller dit qu'il ne vaut pas la peine d'être cultivé ; & au rapport de Ray, sa chataigne qui n'est pas plus grosse qu'une noisette, est de mauvais goût.
Le chataigner de Virginie ou le chinkapin. Le chinkapin, quoique très-commun en Amérique, est encore fort rare, même en Angleterre, où cependant on est si curieux de faire des collections d'arbres étrangers : aussi je n'en parlerai que d'après Catesby & Miller ; ce n'est pas que cet arbrisseau soit délicat ou absolument difficile à élever : mais sa rareté vient du défaut de précaution dans l'envoi des graines qu'on néglige de mettre dans du sable, pour les conserver pendant le transport. Le chinkapin s'éleve rarement en Amérique à plus de seize piés, & pour l'ordinaire il n'en a que huit ou dix ; il prend par proportion plus de grosseur que d'élévation : on en voit souvent qui ont deux piés de tour. Il croît d'une façon fort irréguliere ; son écorce est raboteuse & écaillée ; ses feuilles d'un verd foncé en-dessus & blanchâtres en-dessous, sont dentelées & placées alternativement : elles ressemblent d'ailleurs à celles de notre chataigner, si ce n'est qu'elles sont beaucoup plus petites. Il porte au printems des chatons assez semblables à ceux du chataigner ordinaire. Il produit une très-grande quantité de chataignes d'une figure conique, de la grosseur des noisettes, & de la même couleur & consistance que les autres chataignes ; l'arbrisseau les porte par bouquets de cinq ou six qui pendent ensemble, & qui ont chacune leur enveloppe particuliere : elles mûrissent au mois de Septembre, elles sont douces & de meilleur goût que nos chataignes ; les Indiens qui en font grand usage, les ramassent pour leur provision pendant l'hyver. Le chinkapin est si robuste, qu'il résiste en Angleterre aux plus grands hyvers en pleine terre ; il craint au contraire les grandes chaleurs qui le font périr, sur-tout s'il se trouve dans un terrein fort sec ; il se plaît dans celui qui est médiocrement humide ; car si l'eau y séjournoit long-tems pendant l'hyver, cela pourroit le faire périr. Il n'est guere possible de le multiplier autrement que de semences qu'il faut mettre en terre aussitôt qu'elles sont arrivées ; & si l'hyver qui suivra étoit rigoureux, il sera à-propos de couvrir la terre avec des feuilles, du tan, ou du chaume de pois, pour empêcher la gelée d'y pénétrer au point de gâter les semences. On a essayé de le greffer en approche sur le chataigner ordinaire ; mais il réussit rarement par ce moyen.
Le chataigner d'Amérique à larges feuilles & à gros fruit. La découverte de cet arbre est dûe au P. Plumier, qui l'a trouvé dans les établissemens françois de l'Amérique. Cet arbre n'est point encore commun en France, & il est extrèmement rare en Angleterre : on peut s'en rapporter à Miller, qui n'a parlé de cet arbre que dans la sixieme édition de son dictionnaire, qui a paru en 1752, où il dit qu'il n'a encore vû que trois ou quatre jeunes plants de cet arbre qui n'avoient fait qu'un très-petit progrès ; qu'on peut faire venir de la Caroline, où il croît en abondance, des chataignes, qu'il faudra semer comme celles de chinkapin, & soigner de même, & qu'elles pourront réussir en plein air dans une situation abritée : qu'au surplus, cet arbre ne differe du chataigner ordinaire, que parce qu'il y a quatre chataignes renfermées dans chaque bourse ; au lieu que l'espece commune n'en a que trois : que la bourse ou enveloppe extérieure qui renferme les quatre chataignes, est en effet très-grosse & si épineuse, qu'elle est aussi incommode à manier que la peau d'un hérisson ; & que ces chataignes sont très-douces & fort saines, mais pas si grosses que les nôtres. (c)
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| CHATAIGNERAYE | S. f. (Jardin.) est un lieu planté de chataigners. Voyez CHATAIGNERS. (K)
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| CHATAIGNES | S. f. (Diete, Mat. méd.) Les chataignes sont la richesse de plusieurs peuples parmi nous ; elles les aident à vivre. On les fait cuire tout entieres dans de l'eau, ou bien on les rôtit dans une poële de fer ou de terre percée à la flamme du feu, ou on les met sous les charbons ou dans la cendre chaude ; mais avant que de les faire rôtir sous les charbons ou dans les cendres chaudes, on les coupe legerement avec un couteau. Quelques-uns préferent cette derniere maniere de les rôtir : car dans la poële elles ne se rôtissent qu'à demi, ou elles contractent une odeur de fumée & une saveur empyreumatique. On sert dans les meilleures tables, au dessert, les marrons rôtis sous la cendre ; on les pele ensuite, & on les enduit de suc d'orange, ou de limon avec un peu de sucre. Les marrons de Lyon sont fort estimés en France à cause de leur grosseur & de leur bon goût : ce ne sont pas seulement ceux qui naissent aux environs de Lyon, mais encore ceux qui viennent du Dauphiné, où il en croît une grande abondance. Les marchands les portent dans cette ville, d'où on les transporte dans les autres provinces.
Les chataignes tiennent lieu de pain à plusieurs peuples, sur-tout à ceux du Périgord, du Limosin, & des montagnes des Cévennes.
De quelque maniere qu'on prépare les chataignes, elles causent des vents, & sont difficiles à digérer : elles fournissent à la vérité une abondante nourriture, mais grossiere, & elles ne conviennent qu'à des gens robustes & accoûtumés à des travaux durs & pénibles. Il ne faut donc pas s'en rassasier ; car elles nuisent fort à la santé, si on n'en use avec modération, & sur-tout à ceux qui sont sujets au calcul des reins, aux coliques, & à l'engorgement des visceres. Elles sont astringentes, sur-tout lorsqu'elles sont crues, aussi-bien que la membrane roussâtre qui couvre immédiatement la substance de la chataigne ; elles arrêtent les fluxions de l'estomac & du bas-ventre, & elles sont utiles à ceux qui crachent le sang.
On fait un électuaire utile pour la toux & le crachement de sang, avec la farine crue de la substance de la chataigne cuite avec du miel, & pétrie avec du soufre. Les chataignes bouillies, ou leur écorce seche & en poudre, sont utiles pour la diarrhée. On recommande la membrane intérieure rougeâtre, pour les flux de ventre & les hémorrhagies ; bouillie dans de l'eau ou du vin, à la dose de deux gros, mêlée avec un poids égal de rapure d'ivoire, elle arrête les fleurs-blanches. On fait avec les chataignes & les graines de pavot blanc, une émulsion avec la décoction de réglisse, qui est utile dans les ardeurs d'urine.
On fait un cataplasme avec la substance de la chataigne, la farine d'orge, & le vinaigre, que l'on applique sur les mammelles pour en résoudre les duretés, & dissoudre le lait qui est coagulé. Geoffroi, Mat. méd.
Ajoûtons, d'après l'observation, que les chataignes sont très-propres à rétablir les convalescens des maladies d'automne, & sur-tout les enfans qui après ces maladies restent bouffis, pâles, maigres, avec un gros ventre, peu d'appétit, &c. à peu-près comme les raisins ramenent la santé dans les mêmes cas après les maladies d'été. Car dans les pays où le peuple mange beaucoup de chataignes, sans cependant qu'elles y fassent leur principal aliment, il est ordinaire de voir les malades dont nous avons parlé, se rétablir parfaitement à la fin de l'automne ; apparemment en partie par l'influence de la saison, mais évidemment aussi par l'usage des chataignes : car plusieurs médecins les ont ordonnées dans cette vûe avec succès.
J'ai vû plusieurs fois ordonner, comme un béchique adoucissant très-salutaire, les chataignes préparées en forme de chocolat ; mais on ne voit pas quel avantage cette préparation pourroit avoir sur les chataignes bouillies, bien mâchées & délayées dans l'estomac par une suffisante quantité de boisson, sinon qu'elle ressemble plus à un médicament, que les malades veulent être drogués, & que quelques médecins croyent avoir métamorphosé des alimens en remedes, lorsqu'ils les ont prescrits sous une forme particuliere ; ou même sans y chercher tant de finesse, lorsqu'ils les ont ordonnés comme curatifs dans une maladie. Ceci est sur-tout très-vrai des prétendus incrassans, parmi lesquels les chataignes tiennent un rang distingué. Voyez INCRASSANT.
Les marrons bouillis sont beaucoup plus faciles à digérer que les rôtis, & par conséquent ils sont plus sains : ce n'est qu'apprêtés de la premiere façon, qu'on peut les ordonner aux malades ou aux convalescens.
Les chataignes séchées, connues sous le nom de chataignes blanches, ou de castagnous en langage du pays dans les provinces méridionales du royaume, où elles sont fort communes, se préparent dans les Cévennes & dans quelques pays voisins. Une circonstance remarquable de cette préparation, qui d'ailleurs n'a rien de particulier, c'est qu'on fait prendre aux chataignes avant que de les exposer au feu, un leger mouvement de fermentation ou de germination, qui leur donne une douceur très-agréable : dans cet état, elles different des chataignes fraîches exactement, comme le grain germé ou le malt differe du même grain mûr & inaltéré ; aussi y a-t-il tout lieu de conjecturer qu'elles seroient très-propres à fournir une bonne biere. Les habitans des pays montagneux qui n'ont ni raisin ni grain, mais beaucoup de chataignes, & qui ne sont pas à portée, comme les Cévennes, le Rouergue, &c. de tirer du vin à peu de fraix des provinces voisines, pourroient tirer parti de cette propriété de leurs chataignes. (b)
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| CHATAIN | adj. nuance du poil bai, tirant sur la couleur des chataignes. Voyez BAI.
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| CHATE-LEVANT | CHATE-PRENANT, (Jurisprud.) c'étoit une clause qui se mettoit anciennement dans les contrats au pays Messin, par laquelle on donnoit pouvoir à ceux qui prenoient des fonds à gagiere ou à mort-gage, d'en prendre & percevoir tous les fruits. Voyez M. Ancillon, dans son traité des gagieres, p. 10. (A)
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| CHATEAU | S. m. terme d'Architecture, est un bâtiment royal ou seigneurial situé à la campagne, & anciennement fortifié de fossés, pont-levis, &c. Aujourd'hui on n'y en admet que lorsque le terrein en semble exiger, qu'on a de l'eau abondamment qui tourne tout-autour, comme à celui de Chantilli, ou seulement pour la décoration, comme à celui de Maisons : ce qui donne occasion de pratiquer les cuisines & offices au-dessous du rez-de-chaussée ; cependant la plûpart de ceux où se fait la résidence de nos rois en France n'en ont point, & conservent ce nom sur-tout lorsque ces demeures sont à la campagne & non dans les capitales ; car on dit communément, le château de Versailles, de Trianon, de Marly, de Meudon, &c. au lieu qu'on dit, palais du Luxembourg, palais des Tuileries, pour désigner une maison royale.
CHATEAU D'EAU, est un bâtiment ou pavillon qui differe du regard, en ce qu'il contient un réservoir & qu'il peut être décoré extérieurement, comme est celui du palais royal à Paris, ceux de Versailles & de Marly. Il seroit assez important que ces sortes d'édifices, lorsqu'ils font partie de la décoration d'une capitale, fussent susceptibles de quelque ordonnance relative à leurs usages, & enrichis de nappes d'eau, de cascades, qui tout ensemble décoreroient la ville, & serviroient de décharge au réservoir.
On appelle aussi château d'eau, un bâtiment qui dans un parc est situé dans un lieu éminent, décoré avec magnificence, & dans lequel sont pratiquées plusieurs pieces pour prendre le frais : il sert aussi à conduire de l'eau, qui après s'être élevée en l'air & avoir formé spectacle, se distribue dans un lieu moins élevé, & forme des cascades, des jets, des bouillons & des nappes ; tel qu'on peut le remarquer dans le dessein de nos Planches d'Architecture, dont la dépense ne peut avoir lieu que dans une maison royale. On voit dans cette Planche le plan du château d'eau & de la cascade. (P)
CHATEAU, dans le sens des modernes, est un lieu fortifié par nature ou par art, dans une ville ou dans un pays, pour tenir le peuple dans son devoir, ou résister à l'ennemi. Voyez FORTERESSE & PLACE FORTIFIEE.
Un château est une petite citadelle. Voyez CITADELLE. (Q)
CHATEAU (Jurisprudence) en matiere féodale, est le principal manoir du fief. Ce titre ne convient néanmoins exactement qu'aux maisons des seigneurs châtelains, c'est-à-dire de ceux qui ont justice avec titre de châtellenie, ou au moins à ceux qui ont droit de justice, ou qui ont une maison forte, revêtue de fossés & de tours.
En succession de fief, le château appartient par préciput à l'aîné mâle. Telle est le droit commun du pays coûtumier.
Il y a des seigneurs qui peuvent obliger leurs vassaux & sujets de faire le guet & monter la garde pour la défense du château, en tems de guerre, & de contribuer aux fortifications, ce qui dépend des titres & de la possession. Voyez Despeisses, tr. des droits seigneuriaux, tome III. tit. vj. sect. 4 & 5.
Il n'y avoit anciennement que les grands vassaux de la couronne qui eussent droit de bâtir des châteaux ou maisons fortes ; ils communiquerent ensuite ce droit à leurs vassaux, & ceux-ci à leurs arriere-vassaux.
Suivant la disposition des coûtumes & la jurisprudence des arrêts, personne ne peut bâtir château ou maison forte dans la seigneurie d'un seigneur châtelain, sans sa permission ; & il faut de plus aujourd'hui la permission du Roi. Voyez ci-après CHATELAIN, & le gloss. de Lauriere, au mot châtelain. (A)
CHATEAU, (Marine) On nomme ainsi l'élevation qui est au-dessus du pont, soit à l'avant ou à l'arriere du vaisseau.
Château d'avant, c'est l'élévation ou l'exhaussement qui est au-dessus du dernier pont, à l'avant du vaisseau, qu'on nomme aussi château de proue & gaillard d'avant. Voyez Planche I. Marine, fig. 1. La lettre L indique le château d'avant.
Le château d'arriere, ou château de poupe, c'est toute la partie de l'arriere du vaisseau où sont la sainte-barbe, le timon, le gaillard, la chambre du conseil, celle du capitaine, &c. & la dunette. Voyez la fig. citée ci-dessus, où le château de poupe est marqué par la lettre H. On peut encore voir la coupe des châteaux d'arriere & d'avant. Planche IV. figure 1. (Z)
CHATEAU, (Géog.) petite ville de France en Anjou. Long. 17. 58. lat. 47. 40.
CHATEAU-BRIANT, (Géog.) petite ville de France dans la province de Bretagne, sur les frontieres de l'Anjou. Long. 16. 15. lat. 47. 40.
CHATEAU-CHINON, (Géog.) petite ville de France dans le Nivernois, capitale du Morvant. Long. 21. 23. lat. 47. 2.
CHATEAU-DAUPHIN, (Géog.) forteresse considérable d'Italie en Piémont. Long. 24. 50. latit. 44. 35.
CHATEAU-D'OLERON, (Géog.) ville de France, capitale de l'île d'Oleron, dans la mer de Guienne.
CHATEAU-DU-LOIR, (Géog.) petite ville de France dans le Maine, sur le Loir. Long. 18. latit. 47. 40.
CHATEAU-DUN, (Géog.) ville de France dans l'Orléanois, capitale du Dunois, près du Loir. Long. 19d. 0'. 2". lat. 48d. 4'. 12".
CHATEAU-GONTIER, (Géog.) ville de France en Anjou, sur la Mayenne. Long. 16. 54. lat. 47. 47.
CHATEAU-LANDON, (Géog.) petite ville de France au Gâtinois, près du ruisseau de Fusin.
CHATEAU-MEILLANT, (Géog.) petite ville ou bourg de France en Berri, près d'Yssoudun.
CHATEAU-NEUF, (Géog.) Il y a plusieurs villes de ce nom en France ; la 1ere dans le Perche ; la 2e dans l'Angoumois ; la 3e. dans le Berri ; la 4e. près d'Angers, sur la Sarte ; la 5e dans le Lyonnois, qui est la capitale du Valromey.
CHATEAU-PORTIEN, (Géog.) petite ville de France en Champagne, dans une partie du Rethelois appellé Portien, sur l'Aine. Long. 21. 58. lat. 49. 35.
CHATEAU-RENARD, (Géog.) petite ville de France dans le Gâtinois. Long. 20. 18. lat. 48.
CHATEAU-RENAUD, (Géog.) ville de France en Touraine. Long. 18. 26. lat. 47. 22.
CHATEAU-ROUX, (Géog.) ville de France en Berri, avec titre de duché-pairie, sur l'Indre. Long. 19d. 22'. 10". lat. 46d. 48'. 45".
CHATEAU-SALINS, (Géog.) petite ville de France en Lorraine, remarquable par ses salines.
CHATEAU-THIERRI, (Géog.) ville de France en Champagne, avec titre de duché-pairie, sur la Marne. Long. 21. 8. lat. 49. 12.
CHATEAU-TROMPETTE, (Géog.) forteresse de France en Guienne, qui commande le port de la ville de Bordeaux.
CHATEAU-VILAIN, (Géog.) petite ville de France en Champagne, avec titre du duché-pairie, sur la riviere d'Anjou. Long. 22. 34. lat. 48.
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| CHATE | ou CHATé, (Géog.) petite ville de Lorraine, dans le pays des Vôges, sur la Moselle.
CHATEL-AILLON, (Géog.) ancienne ville maritime de France dans la Saintonge, près de la Rochelle.
CHATEL-CHALON, (Géog.) petite ville de France en Franche-Comté.
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| CHATELAIN | S. m. (Jurisp.) On appelle seigneur châtelain celui qui a droit d'avoir un château & maison forte, revêtue de tours & de fossés, & qui a justice avec titre de châtellenie. On appelle aussi châtelain le juge de cette justice. Châtelain royal est celui qui releve immédiatement du roi, à la différence de plusieurs châtelains qui relevent d'autres châtelains, ou d'une baronie, ou autre seigneurie titrée. Voyez ci-devant CHATEAU.
L'origine des châtelains vient de ce que les ducs & comtes, ayant le gouvernement d'un territoire fort étendu, préposerent sous eux, dans les principales bourgades de leur département, des officiers qu'on appella castellani, parce que ces bourgades étoient autant de forteresses appellées en latin castella.
La plûpart de ces châtelains n'étoient dans l'origine que des concierges auxquels nos rois, pour récompense de leur fidélité, donnerent en fief les châteaux dont ils n'avoient auparavant que la garde. Ces châtelains abusant de leur autorité, furent tous destitués par Philippe-le-Bel & Philippe-le-Long en 1310, 1316, suivant des lettres rapportées dans le gloss. de M. de Lauriere, au mot châtelain.
La fonction de ces châtelains étoit non-seulement de maintenir leurs sujets dans l'obéissance, mais aussi de leur rendre la justice, qui alors étoit un accessoire du gouvernement militaire. Ainsi, dans l'origine, ces châtelains n'étoient que de simples officiers.
Faber, sur le tit. de vulg. substit. aux inst. les appelle judices foranei. Ils n'avoient ordinairement que la basse-justice ; & dans le pays de Forès, il y a encore des juges châtelains qui n'ont justice que jusqu'à 60 sols, comme on voit dans les arrêts de Papon, tit. de la jurisdiction des châtelains de Forès. Il en est de même des châtelains de Dauphiné, suivant le chap. j. des statuts, tit. de potest. castellan, & Guypape, decis. 285 & 626. Les coûtumes d'Anjou, Maine, & Blois, disent aussi que les juges de la justice primitive des seigneurs châtelains, n'ont que basse-justice.
On donna aussi en quelques provinces le nom de châtelains aux juges des villes, soit parce qu'ils étoient capitaines des châteaux, ou parce qu'ils rendoient la justice à la porte ou dans la basse-cour du château. Ces châtelains étoient les juges ordinaires de ces villes, & avoient la moyenne justice, comme les vicomtes, prevôts, ou viguiers des autres villes ; & même en plusieurs grandes villes ils avoient la haute-justice.
Les châtelains des villages ayant le commandement des armes, & se trouvant loin de leurs supérieurs, usurperent dans des tems de trouble la propriété de leur charge, & la seigneurie de leur département ; desorte qu'à présent le nom de châtelain est un titre de seigneurie, & non pas un simple office, excepté en Auvergne, Poitou, Dauphiné, & Forès, où les châtelains sont encore de simples officiers.
Les seigneurs châtelains sont en droit d'empêcher que personne ne construise château ou maison forte dans leur seigneurie, sans leur permission. Voyez ci-devant CHATEAU.
Ces seigneurs châtelains sont inférieurs aux barons, tellement qu'il y en a qui relevent des barons & qu'en quelques pays les barons sont appellés grands châtelains, comme l'observe Balde, sur le ch. j. qui feuda dare possunt, & sur le ch. uno delegatorum, extr. de suppl. neglig. praelat.
Aussi les barons ont-ils deux prérogatives sur les châtelains ; l'une, que leurs juges ont par état droit de haute justice, au lieu que les châtelains ne devroient avoir que la basse, suivant leur premiere institution ; l'autre, que les barons ont droit de ville close, & de garder les clés, au lieu que les châtelains ont seulement droit de château ou maison forte. Voyez Loiseau, des seigneuries, ch. vij. le gloss. de M. de Lauriere, au mot châtelain, & ci-après CHATELLENIE. (A)
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| CHATELÉ | adj. en terme de Blason, se dit d'une bordure, & d'un lambel chargé de huit ou neuf châteaux. La bordure de Portugal est châtelée.
Artois, semé de France au lambel de gueules, châtelé de neuf pieces d'or, trois sur chaque pendant, en pal l'un sur l'autre. (V)
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| CHATELET | (Jurisprud.) C'est ainsi qu'on appelloit anciennement de petits châteaux ou forteresses dans lesquels commandoit un officier appellé châtelain. Le nom de l'un & de l'autre vient de castelletum, diminutif de castellum. Les châtelains s'étant attribué l'administration de la justice avec plus ou moins d'étendue, selon le pouvoir qu'ils avoient, leur justice & leur auditoire furent appellés châtelets ou châtellenies. Le premier de ces titres est demeuré propre à certaines justices royales qui se rendoient dans des châteaux, comme Paris, Orléans, Montpellier, Melun, & autres ; & le titre de châtellenie ne s'applique communément qu'à des justices seigneuriales. Voyez ci-devant CHATELAIN, & ci-après CHATELLENIE. Il y a aussi quelques châtelets qui servent de prisons royales, comme à Paris. Voyez CHATELET DE PARIS. (A)
CHATELET DE PARIS, (Jurisprud.) est la justice royale ordinaire de la capitale du royaume. On lui a donné le titre de châtelet, parce que l'auditoire de cette jurisdiction est établi dans l'endroit où subsiste encore partie d'une ancienne forteresse appellée le grand châtelet, que Jules César fit construire lorsqu'il eut fait la conquête des Gaules. Il établit à Paris le conseil souverain des Gaules, qui devoit s'assembler tous les ans ; & l'on tient que le proconsul, gouverneur général des Gaules, qui présidoit à ce conseil, demeuroit à Paris.
L'antiquité de la grosse tour du châtelet ; le nom de chambre de César, qui est demeuré par tradition jusqu'à présent à l'une des chambres de cette tour ; l'ancien écriteau qui se voyoit encore en 1636, sur une pierre de marbre, au-dessus de l'ouverture d'un bureau sous l'arcade de cette forteresse, contenant ces mots, tributum Caesaris, où l'on dit que se faisoit la recette des tributs de tout le pays, confirment que cette forteresse fut bâtie par ordre de Jules César, & qu'il y avoit demeuré. On trouve au livre noir neuf du châtelet, un arrêt du conseil de 1586, qui fait mention des droits domaniaux accoûtumés être payés au treillis du châtelet, qui étoit probablement le même bureau où se payoit le tribut de César.
Julien, surnommé depuis l'apostat, étant nommé proconsul des Gaules, vint s'établir à Paris en 358.
Ce proconsul avoit sous lui des préfets dans les villes pour y rendre la justice.
Sous l'empire d'Aurélien, le premier magistrat de Paris étoit appellé praefectus urbis ; il portoit encore ce titre sous le regne de Chilpéric en 588, & sous Clotaire III. en 665 ; l'année suivante il prit le titre de comte de Paris.
En 884, le comté de Paris fut inféodé par Charles le Simple à Hugues le Grand. Il fut réuni à la couronne en 987, par Hugues Capet, lors de son avénement au throne de France ; ce comté fut de nouveau inféodé par Hugues Capet à Odon son frere, à la charge de réversion par le défaut d'hoirs mâles ; ce qui arriva en 1032.
Les comtes de Paris avoient sous eux un prevôt pour rendre la justice ; ils sousinféoderent une partie de leur comté à d'autres seigneurs, qu'on appella vicomtes, & leur abandonnerent le ressort sur les justices enclavées dans la vicomté, & qui ressortissoient auparavant à la prevôté. Les vicomtes avoient aussi leur prevôt pour rendre la justice dans la vicomté ; mais dans la suite la vicomté fut réunie à la prevôté.
Le châtelet fut la demeure des comtes, & ensuite des prevôts de paris ; c'est encore le principal manoir d'où relevent les fiefs de la prevôté & vicomté.
Plusieurs de nos rois y alloient rendre la justice en personne, & entr'autres S. Louis ; c'est de-là qu'il y a toujours un dais subsistant, prérogative qui n'appartient qu'à ce tribunal.
Vers le commencement du xiij. siecle, tous les offices du châtelet se donnoient à ferme, comme cela se pratiquoit aussi dans les provinces, ce qui causoit un grand desordre, lequel ne dura à Paris qu'environ 30 années. Vers l'an 1254, S. Louis commença la réformation de cet abus par le châtelet, & institua un prevôt de Paris en titre. Alors on vit la jurisdiction du châtelet changer totalement de face.
Le prevôt de Paris avoit dès-lors des conseillers, du nombre desquels il y en avoit deux qu'on appella auditeurs ; il nommoit lui-même ces conseillers. Il commit aussi des enquêteurs-examinateurs, des lieutenans, & divers autres officiers ; tels que les greffiers, huissiers, sergens, procureurs, notaires, &c. Voyez ce qui concerne chacun de ces officiers, à sa lettre.
La prevôté des marchands qui avoit été démembrée de celle de Paris, y fut réunie depuis 1382 jusqu'en 1388, qu'on desunit ces deux prevôtés. Voyez ci-après réunions dans ce même article.
Le bailliage de Paris, ou conservation, fut créé en 1522, pour la conservation des priviléges royaux de l'université, & réunie à la prevôté en 1526. Voyez ci-après réunions dans ce même article.
La partie du grand châtelet du côté du pont fut rebâtie par les soins de Jacques Aubriot, prevôt de Paris sous Charles V. & le corps du bâtiment qui borde le quai fut rebâti en 1660.
Le châtelet fut érigé en présidial en 1551.
En 1674, le roi supprima le bailliage du palais, à l'exception de l'enclos, & la plûpart des justices seigneuriales qui étoient dans Paris, & réunit le tout au châtelet, qu'il divisa en deux siéges, qu'on appella l'ancien & le nouveau châtelet. Il créa pour le nouveau châtelet le même nombre d'officiers qu'il y avoit pour l'ancien.
Au mois de Septembre 1684, le nouveau châtelet fut réuni à l'ancien.
Ainsi le châtelet comprend présentement plusieurs jurisdictions qui y sont réunies ; savoir, la prevôté & la vicomté, le bailliage ou conservation, & le présidial.
Assesseurs. Les lieutenans particuliers au châtelet ont le titre d'assesseurs civils, de police, & criminels. Voyez lieutenans particuliers dans ce même article.
Il y a aussi deux offices d'assesseurs ; l'un du prevôt de l'île, & l'autre du lieutenant criminel de robe-courte. Ces deux offices sont vacans depuis long-tems sans être supprimés ; c'est un des conseillers au châtelet qui dans l'occasion en fait les fonctions.
Attributions particulieres du châtelet. Il y en a quatre principales attachées à la prevôté de Paris, qui ont leur effet dans toute l'étendue du royaume, à l'exclusion même des baillifs & sénéchaux, & de tous autres juges ; savoir, 1°. le privilége du sceau du châtelet, qui est attributif de jurisdiction ; 2°. le droit de suite ; 3°. la conservation des priviléges de l'université ; 4°. le droit d'arrêt, que les bourgeois de Paris ont sur leurs débiteurs forains. Voyez ci-après CONSERVATION, SCEAU & SUITE.
Audiences du châtelet. Les chambres d'audience sont le parc civil, le présidial, la chambre civile, la chambre de police, la chambre criminelle, la chambre du juge auditeur. Il y a aussi l'audience des criées qui se tient deux fois la semaine dans le parc civil, les mercredi & samedi, par un des lieutenans particuliers, après l'audience du parc civil. Il y a aussi l'audience de l'ordinaire, qui se tient dans le parc civil tous les jours plaidoyables, excepté le jeudi, par un des conseillers de la colonne du parc civil. Les jours d'audience & criées, c'est le lieutenant particulier qui tient d'abord l'audience à l'ordinaire, & ensuite celle des criées : les procureurs portent à cette audience de l'ordinaire toutes les petites causes concernant les reconnoissances d'écritures privées, communications de pieces, exceptions, remises de procès, & autres causes legeres. Les affirmations ordonnées par sentence d'audience se font à celle de l'ordinaire.
Audienciers du châtelet, voyez HUISSIERS.
Auditeur du châtelet, voyez l'article JUGE-AUDITEUR.
Avis ou jugemens du procureur du Roi, voyez PROCUREUR DU ROI.
Avocats du châtelet. Il y a eu de tems immémorial des avocats attachés au châtelet ; le prevôt de Paris prenoit conseil d'eux : il en est parlé dans une ordonnan ce de Charles IV. de 1325 ; & dans une ordonnance de Philippe de Valois, du mois de Février 1327, il est parlé de ceux qui étoient avocats commis, c'est-à-dire qui étoient commis à cette fonction par le prevôt de Paris ; il y est dit qu'ils ne pourront être en même tems procureurs ; que nul ne sera reçû à plaider, s'il n'est juré suffisamment ou son nom écrit au rôle des avocats : il est aussi parlé de différens sermens que les avocats devoient faire sur ce qu'ils mettoient en avant ; c'est sans-doute là l'origine du serment que les avocats du châtelet prêtoient autrefois à chaque rentrée du châtelet. La même ordonnance défend que personne ne se mette au banc des avocats, si ce n'est par permission du prevôt ou de son lieutenant, suivant les lettres de Charles VI. du 19 Novembre 1393 : toute personne pouvoit exercer l'office de procureur au châtelet, pourvû que trois ou quatre avocats certifiassent sa capacité. Il y a eu pendant long-tems au châtelet des avocats qui n'avoient été reçûs que dans ce siége. Les avocats au parlement avoient cependant toujours la liberté d'y aller. On voit dans le procès-verbal de l'ancienne coûtume de Paris, rédigée en 1510, qu'il y comparut huit avocats au châtelet, du nombre desquels étoit Jean Dumoulin, pere du célebre Charles Dumoulin. Mais on voit dans la vie de ce dernier que son pere étoit aussi avocat au parlement, & qu'il prenoit l'une & l'autre qualité d'avocat au parlement & au châtelet de Paris. Dans le procès-verbal de réformation de la coûtume de Paris en 1580, comparurent plusieurs avocats au châtelet, dont il y en a d'abord neuf de nommés de suite, & six autres qui sont nommés dans la suite du procès-verbal. Présentement tous les avocats exerçans ordinairement au châtelet sont avocats au parlement, & ne prêtent plus de serment au châtelet depuis 1725. L'université qui a ses causes commises au châtelet, a deux avocats qu'on appelle avocats de l'université jurés au châtelet : ces avocats ont un rang dans les cérémonies de l'université ; ils ont aussi le droit de garde-gardienne, comme membres de l'université.
Avocats du Roi du châtelet. Leur établissement est presque aussi ancien que celui de la prevôté de Paris. Les plus anciens réglemens que l'on trouve avoir été faits sur les Arts & Métiers, qui sont ceux des Mégissiers en 1323, font mention que c'est après avoir oüi les avocats & procureurs du roi qui en avoient eu communication. La même chose se trouve énoncée dans un grand nombre d'autres statuts & réglemens postérieurs. Il y avoit deux avocats du roi dès avant 1366.
Le nombre en fut augmenté jusqu'à quatre par édit de Février 1674, qui sépara le chatelet en deux tribunaux ; & ce même nombre a été conservé par l'édit de réunion du mois de Septembre 1684.
L'édit du mois de Janvier 1685, portant réglement pour l'administration de la justice au châtelet, porte que le plus ancien en réception des quatre avocats du roi, tiendra toujours la premiere place en l'audience de la prevôté, & assistera aux audiences de la chambre civile & de la grande police ; que les trois autres, à commencer par le plus ancien d'entr'eux, assisteront successivement, chacun durant un mois, à l'audience de la prevôté, en la seconde place ; que les deux qui ne seront point de service à l'audience de la prevôté, assisteront à celle du présidial ; que celui qui servira dans la seconde place à l'audience de la prevôté, servira durant le même tems aux audiences de la petite police ; & que celui qui servira dans la seconde place en l'audience présidiale, assistera à celles qui se tiendront pour les matieres criminelles.
Ce même réglement porte que le plus ancien des avocats du roi résoudra, en l'absence ou autre empêchement du procureur du roi, toutes les conclusions préparatoires & définitives sur les informations & procès criminels, & sur les procès civils qui ont accoûtumé d'être communiqués au procureur du roi, & qu'elles seront signées par le plus ancien de ses substituts, ou autre qui sera par lui commis, en la maniere accoûtumée, sans que ce substitut puisse délibérer.
Les avocats du roi du châtelet portent la robe rouge dans les cérémonies. Le jour de la fête du S. Sacrement ils font chacun de leur côté une visite dans les rues de Paris, pour voir si l'on ne contrevient point aux réglemens de police ; & en cas de contravention, ils condamnent en l'amende payable sans déport. Voyez le traité de la police, tome I. liv. I. tit. xj.
Bailliage de Paris ou conservation, fut érigé au mois de Février 1522 par François I. pour la conservation des priviléges royaux de l'université, qui fut alors distraite de la prevôté de Paris. Ce tribunal fut composé d'un bailli, un lieutenant général, un avocat & un procureur du roi ; & on y unit douze offices de conseillers qui avoient été créés dès 1519 pour la prevôté. Au mois d'Octobre 1523 on y créa un office de lieutenant particulier ; il fut d'abord placé à l'hôtel de Nesle, puis transféré au petit châtelet au mois d'Août 1523 : depuis par un édit du mois de Mai 1526, l'office de bailli fut supprimé ; les autres offices furent réunis à la prevôté de Paris. On fit la même chose en 1547, pour les offices d'avocat & de procureur du roi ; & en Juillet 1564, l'office de lieutenant général fut uni à celui de la prevôté. Voyez Brodeau sur Paris, tome I. pag. 16.
Bannieres du châtelet ou registre des bannieres, voyez BANNIERES, & l'article GARDE DES BANNIERES.
Cérémonial du châtelet. De tems immémorial le châtelet a assisté aux cérémonies & assemblées publiques auxquelles les cours assistent d'ordinaire, & y a eu rang après les cours supérieures, & avant toutes les autres compagnies.
Entrées des rois & reines à Paris. A l'entrée de Charles VII. le 12 Novembre 1437, le châtelet marchoit après la ville & avant le parlement : on sait que dans ces sortes de marches le dernier rang est le plus honorable.
En 1460, à l'entrée que fit la reine Marguerite, femme d'Henri VI. roi d'Angleterre, le roi envoya au-devant d'elle le parlement, le châtelet, le corps de ville, l'université, l'évêque de Paris.
Le 31 Août 1461, à l'entrée de Louis XI. furent le parlement, la chambre des comptes, le châtelet, le corps de ville, l'université, & l'évêque de Paris.
Le 28 Novembre 1476, à l'entrée du roi de Portugal, surent au-devant de lui le parlement, le châtelet, & le corps de ville.
A celle de Charles VIII. le 5 Juillet 1484, le parlement, la chambre des comptes, le châtelet, le corps de ville, & l'évêque de Paris avec aucuns de son clergé.
En 1491, à la premiere entrée de la reine Anne de Bretagne, femme de Charles VIII. allerent le parlement, la chambre des comptes, les généraux de la justice sur le fait des aides, le prevôt de Paris, les gens du châtelet, & les prevôt des marchands & échevins.
Le 2 Juillet 1498, à celle de Louis XII. le parlement, la chambre des comptes, les généraux de la justice & des monnoies, le châtelet, le corps de ville, l'université, & le clergé.
Philippe archiduc d'Autriche, & Jeanne de Castille sa femme, passant à Paris pour aller en Espagne, le parlement n'alla point au-devant d'eux ; il n'y eut que le châtelet & le corps de ville : le châtelet marchoit après le corps de ville, & immédiatement avant les cours, le 25 Novembre 1501.
A la seconde entrée d'Anne de Bretagne, femme de Louis XII. le 20 Novembre 1504, le châtelet marchoit dans le même ordre.
Il assista dans le même rang à celle de Marie d'Angleterre, femme de Louis XII. le 6 Novembre 1514.
A la premiere entrée de François I. en 1515.
A celle de la reine Claude, premiere femme de ce prince, le 12 Mai 1517.
A la seconde entrée de François I. le 14 Avril 1526.
A l'entrée du cardinal Salviati légat à latere, le 31 Octobre 1526.
A celle de la reine Eléonore d'Autriche, seconde femme de François I. le 6 Juin 1530 ; il y eut le soir un festin royal en la grand-salle du palais, où la reine & les princes, les cours, le châtelet, & la ville assisterent ; les officiers du châtelet étoient à la même table que les cours.
A l'entrée du chancelier Duprat légat à latere, le 20 Décembre 1530.
A celle de l'empereur Charles-quint, le premier Janvier 1539.
A celle d'Henri II. le 16 Juin 1549.
A celle de Catherine de Médicis, femme d'Henri II. le 18 Juin 1549.
Un édit d'Henri II. d'Avril 1557, registré au parlement le 11 Mai suivant, qui regle le rang des cours en tous actes & assemblées publiques, fixe celui du châtelet après la chambre des monnoies, & avant la ville.
Il assista dans ce même rang à l'entrée de Charles IX. le 6 Mars 1571, & au souper royal qui se fit le soir en la grand-salle du palais.
A l'entrée de la reine Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX. le 29 Mars 1571, & au souper royal en la grand-salle du palais.
A l'entrée du roi de Pologne, frere de Charles IX. le 14 Septembre 1573.
Il étoit aussi mandé pour l'entrée de Marie de Médicis, qui devoit se faire le 16 Mai 1610.
Il assista le 15 Mai 1625 à celle du cardinal Barberin, neveu & légat à latere du pape Urbain VIII. & le 21 du même mois il alla dans le même rang complimenter le légat.
Le 26 Août 1660, à l'entrée de Louis XIV. & de Marie-Therese d'Autriche.
Et le 9 Août 1664 il alla complimenter le cardinal Chigi, neveu & légat du pape Alexandre VII. & assista à son entrée toujours dans le même rang.
Complimens. Le 18 Mai 1616, deux jours après l'entrée de Louis XIII. les cours, le châtelet, & la ville allerent le complimenter sur son retour de Guienne.
Le 17 Novembre 1630 il fut à Saint-Germain par ordre du roi, le complimenter sur sa convalescence.
Le 5 Novembre 1644 il fut à la suite des cours complimenter la reine Henriette Marie fille d'Henri IV. & femme de Charles I. roi d'Angleterre, réfugiée à Paris.
Le 5 Novembre 1645 il alla complimenter la princesse Louise Marie sur son mariage avec le roi de Pologne.
Le 10 Septembre 1656 il alla saluer la reine de Suede Christine.
Le 4 Août 1660 il alla complimenter le roi, la reine, & la reine mere, à l'occasion du mariage du roi ; il fut même aussi le 21 complimenter le cardinal Mazarin, le roi l'ayant ainsi ordonné.
Le 31 Juillet 1667 le châtelet fut par ordre du roi le complimenter sur la paix.
Le 6 Septembre 1679 les officiers de l'ancien & du nouveau châtelet s'étant mêlés sans distinction, furent par ordre du roi saluer la reine d'Espagne, Marie Louise d'Orléans, mariée nouvellement.
Pompes funebres. Le châtelet a aussi assisté à ces sortes de cérémonies après les cours, & avant toutes les autres compagnies : savoir,
Aux obseques de Charles VIII. décédé à Amboise le 6 Avril 1498.
Le 21 Février 1504, au renvoi du duc d'Orléans pere de Louis XII. qui se fit de Blois à Paris.
Aux obseques d'Anne de Bretagne femme de Charles VIII. & de Louis XII. morte le 9 Janvier 1514.
A celles de Louise de Savoie duchesse d'Angoulême, mere de François I. décédée le 29 Septembre 1531.
A celles de François I. mort à Rambouillet le 31 Mars 1547.
A celles d'Henri II. mort le 10 Juillet 1559.
Au service à N. D. pour la reine douairiere d'Ecosse Marie Stuard, le 12 Août 1560.
Aux obseques de François duc d'Anjou, frere unique d'Henri III. décédé à Château-Thierry le 20 Juin 1584.
Le 17 Septembre 1607, au convoi & enterrement du chancelier Pompone de Bellievre.
Le 27 Juin 1610 il alla jetter de l'eau-benite au-devant du corps d'Henri IV. Le 29 il assista au convoi à N. D. le 30 au service qui se fit à N. D. & l'après-midi au convoi à S. Denis ; le premier Juillet à l'inhumation, après laquelle il fut traité, comme les cours, dans le grand réfectoire de S. Denis.
Le 21 Mars 1616, il assista à N. D. au service du cardinal de Gondy évêque de Paris.
Et le 7 Octobre 1622, dans la même église, au service du cardinal de Rets, aussi évêque de Paris.
Le 22 Juin 1653, au service & inhumation de Louis XIII. à S. Denis.
Le 2 Juin 1654, au service de Jean de Gondy archevêque de Paris, à Notre-Dame.
Le 12 Février 1666, au service & inhumation d'Anne d'Autriche veuve de Louis XIII.
Le 20 Novembre 1669, au service & inhumation de la reine d'Angleterre à S. Denis.
Le 11 Mai 1672, au service & inhumation de la duchesse douairiere d'Orléans à S. Denis.
Le premier Septembre 1683, à celui de Marie Therese d'Autriche femme de Louis XIV.
Le 5 Juin 1690, à celui de Victoire de Baviere dauphine de France.
Le 7 Mai 1693, à celui de Marie Louise d'Orléans duchesse de Montpensier, fille de Gaston duc d'Orléans, & premier pair de France.
Le 23 Juillet 1701, à celui de Monsieur, Philippe fils de France, frere unique de Louis XIV.
Le 18 Juin 1711, à celui de Louis dauphin de France.
Le 18 Avril 1712, à celui de Louis dauphin duc de Bourgogne, & de Marie Adelaïde de Savoie dauphine de France, duchesse de Bourgogne.
Le 16 Juillet 1714, à celui de Charles de Berri, petit-fils de France.
Le 23 Octobre 1715, à celui de Louis XIV.
Le 2 Septembre 1719, à celui de Marie Louise Elisabeth d'Orléans duchesse de Berri.
Le 5 Février 1723, à celui d'Elisabeth Charlotte Palatine de Baviere, veuve de Monsieur, frere unique de Louis XIV.
Le 4 Février 1724, à celui de Philippe duc d'Orléans régent, à S. Denis.
Le 5 Septembre 1746, à celui de Marie Therese infante d'Espagne, dauphine de France.
Et le 24 Mars 1752, à celui d'Anne Henriette fille de France.
Te Deum. Le châtelet assista à celui qui fut chanté à N. D. le 23 Décembre 1587, en présence d'Henri III. à cause de la défaite de l'armée des Reitres.
Et le 12 Juin 1598, à celui qui fut chanté à N. D. pour la paix faite avec l'Espagne & la Savoie.
Publication de paix. Le châtelet y tient le premier rang, comme cela s'est observé aux différentes publications faites le 27 Août 1527, le 18 Août 1529, 20 Septembre 1544, 16 Février 1555, 12 Juin 1598, 20 Mai 1629, 14 Février 1660, 13 Septembre 1667, 15 Mai 1668, 29 Septembre 1678, 26 Avril 1679, 5 Octobre 1684, 10 Septembre 1696, 23 Octobre & 4 Novembre 1697, 24 Août & 21 Décembre 1712, 22 Mai 1713, 19 Avril & 8 Novembre 1714, le premier Juin 1739, & le 12 Février 1749.
Prises de possession d'évêques de Paris. Le châtelet y a assisté plusieurs fois avec les cours & autres compagnies dans son rang ordinaire ; savoir, le 21 Mai 1503, à la prise de possession d'Etienne Poncher ; le 25 Novembre 1532, à celle de Jean du Bellai ; le premier Avril 1598, à celle d'Henri de Gondy, nommé coadjuteur.
Processions générales. Le 3 Mai 1423, le châtelet assista à celle de Paris à S. Denis par ordre du roi, pour la conservation de la famille royale & l'abondance des biens de la terre.
Le 21 Janvier 1534, à celle qui se fit par ordre du roi depuis S. Germain l'Auxerrois jusqu'à N. D. en l'honneur du saint Sacrement, & pour l'extinction de l'hérésie.
Le 4 Juillet 1549, à celle qui se fit par ordre du roi depuis S. Paul jusqu'à N. D. pour la religion.
Le 18 Novembre 1551, à celle qui se fit par ordre du roi depuis la sainte-Chapelle jusqu'à N. D. pour la conservation de la religion catholique apostolique, & le bien de la paix.
Le 8 Janvier 1553, à une pareille procession, en action de graces de la levée du siége de Metz par l'empereur.
Le 16 Janvier 1557, à une pareille procession, pour la prise de Calais sur les Anglois.
Aux processions de la châsse de sainte Genevieve qui se firent le 29 Septembre 1568, le 10 Septembre 1570, le 5 Août 1599, le premier Juin 1603, le 12 Juin 1611.
Le 29 Octobre 1714, à celle qui se fit de l'église des Augustins à N. D. pour l'ouverture des états généraux qui se tenoient au Louvre.
Aux processions de sainte Genevieve faites le 26 Juillet 1625, 19 Juillet 1675, 27 Mai 1694, 16 Mai 1709, & 5 Juillet 1725.
Assemblées de notables. A celle qui se fit à Roüen le 4 Novembre 1596, le roi présent, assista le lieutenant civil pour le châtelet.
Il assista de même à une autre assemblée à Roüen, le 4 Décembre 1617.
A celle qui se fit au Louvre le 2 Décembre 1626.
A l'assemblée des trois états de la prevôté & vicomté de Paris en la salle de l'archevêché, le 24 Septembre 1651, pour envoyer des députés aux états généraux qui devoient se tenir à Tours.
Assemblée générale de Police. Les officiers du châtelet y ont assisté par députés le 14 Avril 1366, 15 & 26 Novembre 1418, 21 Décembre 1432, 16 Février 1436, 7 Novembre 1499, 10 Mai 1512, 8 Novembre 1522.
Ils devoient aussi assister à l'assemblée générale qui devoit se tenir deux fois la semaine, suivant l'édit de Janvier 1572 : ce bureau a été supprimé le 10 Septembre 1573.
Ils ont encore assisté à celles des 11 Mars 1580, 6 Mai 1583, 3 & 7 Août 1596, 17 Août 1602, 13 Décembre 1630, 12 & 21 Avril 1662, Octobre 1666, & 10 Novembre 1692.
Rédaction de la coûtume. A la rédaction de l'ancienne & de la nouvelle coûtume de Paris, les officiers du châtelet ont assisté & eu une séance honorable & particuliere ; les gens du roi du châtelet y firent fonction de partie publique.
Certificateurs des criées, sont deux officiers préposés pour certifier les criées de tous les biens saisis réellement en la prevôté & vicomté de Paris, en quelques jurisdictions qu'elles se poursuivent. On ne peut les faire certifier ailleurs qu'au châtelet, à peine de nullité.
Ces deux officiers servent alternativement ; on porte à celui qui est de service toute la procédure de la saisie réelle & le procès-verbal des criées pour les examiner : après quoi il en fait son rapport à l'audience, les certifie bien faites, & délivre la sentence de certification de criées. Voyez ci-après CRIEES.
Chambres du châtelet, sont celles de la prevôté au parc civil, qu'on appelle communément le parc civil ; le présidial, la chambre du conseil, la chambre civile, celle de police, la chambre criminelle, celle du juge-auditeur, le parquet des gens du roi, & la chambre particuliere du procureur du roi, celle des commissaires, celle des notaires. Voyez ci-devant aux mots CHAMBRES CIVILE, DU CONSEIL, CRIMINELLE DE POLICE ; &c. & ci-après, COMMISSAIRES, JUGE-AUDITEUR, NOTAIRES, PARC CIVIL, PARQUET, PRESIDIAL, PROCUREUR DU ROI.
Chancellerie présidiale au châtelet, voyez CHANCELLERIE DU CHATELET.
Chatellenies royales ressortissantes au châtelet : il y en a plusieurs que l'on appelloit autrefois indifféremment prevôtés ou chatellenies ; mais on ne les qualifie plus présentement que prevôtés. Voyez PREVOTES.
Chevalier du guet du châtelet, voyez ci-après Chevalier, & GUET.
Chevalier d'honneur : il y en a un au châtelet qui y a été établi de même que dans les autres présidiaux, en conséquence de l'édit du mois de Mars 1691.
Chirurgiens du châtelet destinés à faire les rapports en chirurgie des cadavres trouvés dans les rues & places publiques, & autres rapports ordonnés par justice : il y en a quatre, deux de l'ancien & deux du nouveau châtelet. Voyez Joly, tome II. p. 1915.
Colonnes du châtelet, du parc civil, de la chambre du conseil, du présidial, du criminel. Voyez COLONNES.
Commissaires au châtelet, voyez COMMISSAIRES.
Commissaires aux saisies réelles, voyez COMMISSAIRES.
Compagnies du guet, du prevôt de l'Ile, de robe courte ; voyez GUET, PREVOT DE L'ILE, & LIEUTENANT CRIMINEL DE ROBE COURTE.
Comtes de Paris, voyez COMTES.
Comtes du palais, voyez COMTES.
Conseillers au châtelet, voyez CONSEILLERS.
Concierge des prisons, voyez GEOLIERS.
Conservation des priviléges royaux de l'université, voyez ci-après CONSERVATION, & ci-devant BAILLIAGE, sous ce même titre du châtelet.
Consignations, voyez dans cet article ce qui concerne les officiers du châtelet, & les articles CONSIGNATIONS & RECEVEUR.
Criées du châtelet, voyez ci-devant CERTIFICATEUR, & au mot CRIEES.
Droits des officiers du châtelet, consistent au droit de committimus, au petit sceau, lettre de garde-gardienne, droit de gants, droit de torches, bougies, &c. droit de papier, de franc-salé, &c.
Droit de suite, voyez SUITE.
Enquêteurs du châtelet, voyez ENQUETEURS.
Examinateurs du châtelet, voyez EXAMINATEURS.
Expéditionnaires de cour de Rome prêtent serment au châtelet, voyez EXPEDITIONNAIRES.
Experts jurés, voyez EXPERTS.
Garde des bannieres, voyez GARDE.
Garde des decrets, voyez GARDE.
Garde des immatricules, voyez GARDE.
Gardes-notes,
Garde-scel, voyez NOTAIRES & SCELLEURS.
Gazette des criées, voyez CRIEES.
Geoliers du châtelet : il y a trois geoliers ou concierges des prisons des grand & petit châtelet & du fort l'évêque. Voyez GEOLIERS.
Greffiers du chatelet, voyez GREFFIERS.
Guet, voyez GUET.
Hocquetons du prévôt de Paris, voyez HUISSIERS & SERGENS.
Huissiers audienciers : il y en a vingt, dont deux appellés premiers, & dix-huit ordinaires.
Ita est, voyez GARDE DES DECRETS ET IMMATRICULES, & ITA EST.
Juge-auditeur, voyez à la lettre J.
Juré-crieur, voyez à la lettre J.
Matrones ou sages-femmes du châtelet : il y en a quatre pour faire les visites ordonnées par justice.
Médecins du châtelet : il y a deux medecins de la faculté de Paris qui sont ordinaires du roi au châtelet, l'un de l'ancien, l'autre du nouveau, destinés à faire les visites & rapports de leur ministere qui sont ordonnés par justice.
Montre du châtelet ou du prevôt de Paris, voyez MONTRE.
Notaires au châtelet, voyez NOTAIRES.
Officiers du châtelet. Voici l'ordre dans lequel ils sont employés sur les états du châtelet, qui sont entre les mains du payeur des gages, & qui m'ont été communiqués par M. Dupuy actuellement pourvû de cette charge, qui a bien voulu aussi me faire part de beaucoup d'autres choses curieuses concernant le châtelet.
M. le procureur général du parlement de Paris : il est employé sur ces états sans-doute comme garde de la prevôté, le siége vacant.
Le prevôt de Paris.
Le lieutenant civil.
Le lieutenant de police.
Le lieutenant criminel.
Les deux lieutenans particuliers.
Cinquante-six conseillers.
Quatre avocats du roi.
Le procureur du roi.
Huit substituts.
Le juge auditeur.
Le payeur des gages, dont l'office ancien a été créé en 1555, l'office alternatif en 1580, & le triennal en 1597. Avant l'établissement du présidial en 1551, c'étoit le receveur du domaine qui payoit les gages des officiers du châtelet à gages.
Un greffier en chef, dont l'office est divisé en trois.
Quatre offices de greffiers de l'audience, deux de l'ancien & deux du nouveau châtelet : ces quatre offices sont possédés par deux officiers.
Deux greffiers des défauts aux ordonnances ; un de l'ancien, l'autre du nouveau châtelet.
Quatre greffiers des dépôts ou de la chambre du conseil ; deux de l'ancien, & deux du nouveau châtelet.
Deux offices de greffiers ; un de l'ancien, un du nouveau châtelet : ces deux offices sont possédés par un seul officier.
Huit greffiers de chambre civile, police & jurandes, dont quatre de l'ancien & quatre du nouveau châtelet : il y en a un qui a deux offices.
Quatre greffiers de la chambre criminelle, dont deux de l'ancien & deux du nouveau châtelet.
Six greffiers pour l'expédition des sentences sur productions, dont trois de l'ancien & trois du nouveau châtelet : il y en a deux qui ont deux offices.
Trente greffiers pour l'expédition des sentences d'audiences, dits greffiers à la peau, dont quinze de l'ancien & quinze du nouveau châtelet : quelques-uns d'eux réunissent deux offices, un de l'ancien, l'autre du nouveau châtelet.
Deux certificateurs de criées.
Un garde des decrets & immatricules, & ita est.
Un scelleur des sentences & decrets.
Un commissaire aux saisies réelles, qui l'est aussi du parlement & autres jurisdictions.
Un receveur des consignations, qui l'est aussi du parlement & autres jurisdictions, à l'exception des requêtes du palais qui en ont un particulier.
Un receveur des amendes.
Deux médecins ; l'un de l'ancien, l'autre du nouveau châtelet.
Quatre chirurgiens, deux de l'ancien & deux du nouveau châtelet.
Quatre matrones ou sages-femmes.
Un concierge-bûvetier-garde-clés.
Trois geoliers ou concierges des prisons du grand & petit châtelet, & du fort-l'évêque.
Trois greffiers de ces prisons.
Un greffier du juge-auditeur.
Un greffier des insinuations.
Cent treize notaires gardes-notes & gardes-scel.
Quarante-huit commissaires enquêteurs-examinateurs.
Deux cent trente-six procureurs.
Vingt huissiers-audienciers, dont deux appellés premiers, & dix-huit ordinaires.
Cent vingt huissiers-commissaires-priseurs-vendeurs de biens-meubles, dont six sont appellés huissiers fieffés, & douze sont appellés de la douzaine, servant de garde à M. le prevôt de Paris, & sont pourvûs par le Roi sur sa nomination. Arrêt du 7 Juin 1740.
Un grand nombre d'huissiers à cheval, résidant à Paris & dans tout le royaume : on prétend que c'étoit anciennement la garde à cheval de S. Louis, lorsqu'il étoit à Paris.
Un grand nombre d'huissiers à verge, résidant à Paris & dans tout le royaume : on prétend que c'étoit la garde à pié de saint Louis, quand il étoit à Paris.
Un juré-crieur pour les annonces & cris publics, & quatre trompettes.
Outre ces officiers, il y en a d'autres que l'on peut regarder comme officiers du châtelet, parce qu'ils prêtent serment devant le lieutenant civil ; tels sont :
Les vingt avocats au parlement, banquiers-expéditionnaires en cour de Rome, & des légations.
Les quarante agens de change, banque & finances.
Les soixante experts, dont trente bourgeois & trente entrepreneurs.
Les seize greffiers des bâtimens, autrement dits greffiers de l'écritoire.
Enfin il y a les quatre compagnies du prévôt de l'Ile, du lieutenant criminel de robe-courte, du guet à cheval & du guet à pié : ces deux dernieres n'en font qu'une, qui est commandée par le même officier.
Il y a eu anciennement un office de receveur des épices, qui a été supprimé.
Il y a eu aussi en 1691 un office de chevalier d'honneur, créé par édit du mois de Mars de ladite année : cet office subsiste.
Anciennement il y avoit un office de garde des registres des bannieres du châtelet, qui fut créé par édit de Janvier 1707, & supprimé par autre édit du mois d'Août 1716.
Il y a eu aussi un greffier des insinuations laïques, supprimé par édit du mois d'Octobre 1704. Voyez Joly, tome II. pages 1399. 1423. & 1909.
Il y a eu anciennement quatre secrétaires gardes-minutes du châtelet, créés par édit du 21 Mars 1690, & supprimés par autre édit de Janvier 1716 ; deux conseillers-rapporteurs-vérificateurs des défauts aux ordonnances ; & un greffier-garde-conservateur des registres des baptêmes, mariages & sépultures, lequel fut créé par édit du mois d'Octobre 1691, & supprimé par autre édit du mois de Janvier 1707.
Ordinaire ou audience de l'ordinaire, voyez ci-devant Audience, où il en est parlé.
Parc civil, voyez PARC CIVIL.
Payeur des épices, voyez Receveur des épices.
Payeur des gages du châtelet : l'office ancien a été créé en 1555 l'office alternatif en 1580, & le triennal en 1597. Avant l'établissement du présidial, en 1551, c'étoit le receveur du domaine qui payoit les gages des officiers du châtelet. Le payeur des gages reçoit aussi la capitation des officiers du châtelet.
Police, voyez CHAMBRES, LIEUTENANT DE POLICE & POLICE.
Président au présidial : cet office créé en 1557, fut uni à celui de lieutenant civil en 1558. Voyez LIEUTENANT CIVIL.
Présidial du châtelet, voyez PRESIDIAL.
Prevôt de l'Ile, voyez PREVOT.
Prevôt de Paris, voyez à la lettre P.
Prevôté : on appelle siége de la prevôté, celui qui se tient au parc civil. Voyez PREVOT DE PARIS, ATELETELET.
Prevôtés royales ressortissantes par appel au présidial du châtelet, sont présentement au nombre de huit ; savoir Montlhéry, Saint-Germain-en-Laye, Corbeil, Gonesse, la Ferté-Alais, Brie-Comte-Robert, Tournan & Chaillot. On les qualifioit aussi autrefois de chatellenies. Il y en avoit encore d'autres qui ont été distraites du châtelet par des érections en pairies ou autrement.
Procureur du Roi au châtelet, voyez PROCUREUR DU ROI.
Receveur des amendes : il y en a un pour le châtelet.
Receveur des consignations du châtelet, voyez CONSIGNATIONS.
Receveur & payeur des épices : il y en a un au châtelet.
Receveur-payeur des gages, voyez ci-dev. Payeur.
Registre des bannieres, voyez GRADE DES BANNIERES & REGISTRES.
Ressort du châtelet, voyez ci-dessus Prevôtés royales.
Réunions faites au siége du châtelet. En 987 la justice de la vicomté fut réunie à celle de la prevôté, lorsque le comté de Paris fut réuni à la couronne ; peu de tems après la prevôté & la vicomté furent desunies, & en 1032 elles furent encore réunies par la nouvelle réunion du comté de Paris à la couronne ; & depuis ce tems elles n'ont plus été séparées.
Par des lettres du 27 Janvier 1382, Charles VI. abolit la prevôté des marchands qui avoit été anciennement démembrée de la prévôté de Paris, & la réunit à cette prevôté. En 1388, ces deux prevôtés furent desunies.
Le bailliage de Paris ou conservation établie en 1522 pour la conservation des priviléges royaux de l'université, fut supprimé, & réuni à la prevôté de Paris en 1526.
En 1674, le roi supprima la plûpart des justices seigneuriales qui étoient dans l'étendue de la ville, fauxbourgs & banlieue de Paris, & les réunit aux deux châtelets qui furent créés dans le même tems. On avoit déjà tenté d'y réunir toutes les justices de la ville, fauxbourgs & banlieue de Paris, par deux édits des 16 Février 1539 & Février 1643 ; mais ces édits ne furent pas vérifiés au parlement, & n'eurent pas d'exécution.
Le présidial établi à Paris en 1551, fut uni à la prevôté.
Par édit de Septembre 1684, le nouveau châtelet fut supprimé & réuni à l'ancien.
Sages-femmes du châtelet ; il y en a quatre, voyez ci-devant Matrones.
Séances au châtelet, voyez SEANCE.
Sceau ou scel du châtelet, voyez SCEAU.
Scelleur, voyez SCELLEUR.
Service du châtelet, voyez COLONNES.
Substituts du procureur du Roi, sont au nombre de huit, voyez PROCUREUR DU ROI & SUBSTITUTS.
Suite, ou droit de suite des officiers du châtelet, voyez SUITE.
Translations du siége du châtelet. Charles VIII. le transféra au Louvre, à cause qu'il étoit en péril imminent de tomber ; il y demeura jusqu'à la fin de 1506. Il y eut des lettres patentes du 13 Décembre de ladite année, portant que les amendes du parlement seroient employées à la réparation & accroissement de l'édifice du châtelet.
Le bailliage ou conservation des priviléges royaux de l'université fut établi par édit du 17 Avril 1523, au lieu appellé hôtel de Nesle ; & par édit du mois d'Août suivant, il fut transféré au petit châtelet.
Par arrêt du 26 Septembre 1560, le parlement permit aux officiers du châtelet d'aller tenir & exercer la justice pour le civil, en l'abbaye de S. Magloire, rue Saint-Denis, jusqu'à ce que les réparations qui étoient à faire au châtelet fussent faites.
Il y eut un autre arrêt du parlement le 10 Septembre 1562, qui permit au lieutenant civil de se retirer pour quelque tems à la campagne, à cause du danger de peste dont son logis étoit assailli ; en laissant deux conseillers du châtelet pour l'exercice de la justice en son absence, & de transférer l'exercice de la justice à S. Magloire, la peste s'étant introduite dans les prisons du châtelet.
Les troubles de la ligue donnerent aussi lieu à deux autres translations du châtelet.
L'une fut faite par déclaration du 8 Février 1591, portant translation du siége de la prevôté & vicomté de Paris dans la ville de Mantes. Cette même déclaration porte révocation des précédentes translations ordonnées de la prevôté de Paris dans les villes de Saint-Denis, Poissi & Corbeil ; mais on ignore si ces translations, qui ne sont point datées, ont eu lieu.
L'autre, par déclaration du premier Juin 1592, portant translation du même siége dans la ville de Saint-Denis, & révocation de celle du 8 Février 1591.
On proposa en 1636 d'abattre l'édifice du grand châtelet, & de construire, au lieu où est la monnoie, un magnifique édifice pour y placer le siége du châtelet. Il y eut même arrêt du conseil, du 18 Janvier de ladite année, qui ordonna une information de commodo & incommodo ; mais ce projet n'a pas eu d'exécution.
Il y eut, le 15 Juin 1657, arrêt du parlement, lequel après avoir oüi les officiers du châtelet en la grand'chambre, ordonna que le châtelet seroit transféré aux Augustins, attendu, le péril imminent. Les Augustins firent difficulté de fournir les lieux nécessaires, ce qui donna lieu à plusieurs autres arrêts pour l'exécution du premier ; mais le roi ayant ordonné aux officiers du châtelet de chercher un autre logement, par arrêt du 2 Mars 1658, le châtelet fut transféré en la rue des Barres, en l'hôtel de M. de Charni, conseiller de la grand'chambre.
Vicomtes de Paris, voyez VICOMTES.
Vicomté de Paris, voyez VICOMTE.
Unions faites au siége du châtelet, voyez ci-devant réunions.
Avant de finir cet article, je dois observer que je suis redevable de la plus grande partie des éclaircissemens que j'ai eus sur cette matiere, à M. Quillet, conseiller au châtelet, qui a bien voulu me communiquer un grand nombre de mémoires très-curieux, & de notes qu'il a tirées des registres du châtelet ; & autres recueils publics & particuliers. J'aurois souhaité pouvoir expliquer dès-à-présent, sous ce titre du châtelet, tout ce qui concerne ses différens officiers ; mais comme j'espere trouver encore de nouveaux éclaircissemens, c'est ce qui m'a engagé à renvoyer, comme j'ai fait, plusieurs de ces articles à la lettre qui leur est propre. Voyez le recueil des ordonnances de la troisieme race ; ceux de Joly, Fontanon, Neron ; le traité de la police de Lamarre, Brodeau, sur Paris ; au commencement, & ci-après aux différens noms des officiers du châtelet. (A)
CHATELET, en Rubanerie, petit assemblage de bois, qui sur deux broches ou boulons de fer soutient 48 poulies, qui font mouvoir les hautes lisses. Voyez Planche du Rubanier.
CHATELET (LE) Géog. petite ville de France, dans l'île de France, dans la généralité de Paris.
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| CHATELLENAGE | (Jurisprud.) Le fief appellé châtellenage consistoit en la garde & gouvernement d'un château, pour le comte laïc ou ecclésiastique propriétaire de ce château, avec un domaine considérable qui y étoit attaché ; la seigneurie & toute justice dans ce domaine, & encore la suzeraineté sur plusieurs vassaux. Ce droit de châtellenage existoit dès le milieu du xij. siecle. Voyez Brussel, des fiefs, p. 712. & 714. (A)
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| CHATELLENIE | (Jurisprud.) signifie tout-à-la-fois la seigneurie d'un seigneur châtelain, l'étendue de sa seigneurie & de sa justice. Le terme de châtellenie vient de château ou châtelet, & de châtelain, parce que les châtelains étoient préposés à la garde des châteaux, comme les comtes à la garde des villes.
Anciennement les châtellenies n'étoient que des offices, ou plutôt des commissions révocables à volonté ; les comtes commettoient sous eux des châtelains dans les bourgades les plus éloignées, pour y commander & y rendre la justice, & le ressort de ces châtelains fut appellé châtellenie. Dans la suite, les châtelains prirent en fief leur châtellenie, ou s'en attribuerent la propriété à la faveur des troubles. Il y a néanmoins encore plusieurs provinces où les châtellenies ne sont que de simples offices, comme en Auvergne, Poitou, Dauphiné.
On se sert indifféremment du titre de prevôté ou de celui de châtellenie pour exprimer une seigneurie & justice qui ne releve pas directement de la couronne. Ces châtellenies n'avoient anciennement que la basse justice ; c'est pourquoi quelques coûtumes, comme Anjou, Maine, & Blois, portent que les châtelains n'ont que basse justice ; mais présentement la plûpart des châtellenies sont en possession de la haute justice, tellement que dans quelques anciens praticiens, châtellenie se prend pour toute haute-justice, même relevant directement du Roi ; & l'on voit d'anciens contrats qui commencent par ces mots, en la cour de châtellenie de Blois, de Tours, de Chartres, &c. Il y a donc deux sortes de châtellenies ; les unes royales, les autres seigneuriales. Voyez Loyseau, des seigneuries, ch. vij. & ci-devant CHATELAINS. (A)
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| CHATELLERAUT | (Géog.) ville de France en Poitou, avec titre de duché-pairie, sur la Vienne. Long. 19. 13. 4. lat. 46. 33. 36.
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| CHATEPELEUSE | voyez CHARENÇON.
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| CHATHAM | (Géog.) ville d'Angleterre dans la province de Kent, sur la Tamise, près de Londres, fameuse par le grand nombre de vaisseaux qu'on y construit.
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| CHATIB | S. m. (Hist. mod.) c'est un ministre qui a dans la religion mahométane à peu-près le même état & les mêmes fonctions qu'un curé de ville, ou qu'un aumônier de cour, dans la religion chrétienne. Les imans ne sont que des curés de campagne, ou des desservans de mosquées peu considérables.
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| CHATIÉ | adj. se dit en Littérature, d'un style où l'on ne s'est permis aucune licence, aucune répétition de mots trop voisine, ni sur-tout aucune faute legere de langue. Il est synonyme en Peinture à sage & correct.
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| CHATIER | CHATIER
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| CHATIERE | S. f. (Econom. domestiq.) c'est une ouverture quarrée pratiquée aux portes des caves, des greniers, & de tous les endroits d'une maison où l'on renferme des choses qui peuvent être attaquées par les souris & par les rats, & où il faut donner accès aux chats pour qu'ils détruisent ces animaux. Chatiere se prend encore dans un autre sens, voyez l'article suivant.
CHATIERE, s. f. (Hydraulique) differe de la pierrée, en ce qu'elle est moins grande, & bâtie seulement de pierres seches posées de champ des deux côtés, & recouverte de pierres plates appellées couvertures, ensorte qu'elles forment un espace vuide d'environ 9 à 10 pouces en quarré, pour faire écouler l'eau superflue d'un bassin, ou d'une très-petite source. Ces chatieres bâties ainsi legerement sont fort sujettes à s'engorger. (K)
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| CHATIGAN | (Géog.) ville riche & considérable d'Asie, dans les Indes, au royaume de Bengale, sur le Gange.
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| CHATILLON | poisson, (Hist. nat.) voyez LAMPRILLON. (I)
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| CHATILLON-SUR-CHALARONNE | (Géog.) ville de France dans la Bresse, sur la riviere de Chalaronne.
CHATILLON-SUR-LOING, (Géog.) petite ville de France dans le Gâtinois.
CHATILLON-SUR-LOIRE, (Géog.) petite ville de France en Berri, sur les confins de la Puisaye, sur la Loire.
CHATILLON-SUR-MARNE, (Géog.) ville de France en Champagne.
CHATILLON-SUR-SAONE, (Géog.) petite ville de France en Lorraine, au duché de Bar, sur les frontieres de Champagne.
CHATILLON-SUR-SEINE, (Géog.) ville de France en Bourgogne, sur la Seine.
CHATILLON-SUR-INDRE, (Géog.) ville de France en Touraine, sur les confins du Berri.
CHATILLON DE MICHAILLE, (Géog.) petite ville de France dans le Bugei, près du Rhône.
CHATILLON DE PESCAIRE, (Géog.) ville d'Italie en Toscane, dans le territoire de Sienne.
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| CHATIMENT | S. m. terme qui comprend généralement tous les moyens de sévérité, permis aux chefs des petites sociétés, qui n'ont pas le droit de vie & de mort ; & employés, soit pour expier les fautes commises par les membres de ces sociétés, soit pour les ramener à leur devoir & les y contenir. La fin du châtiment est toujours ou l'amendement du châtié, ou la satisfaction de l'offensé. Il n'en est pas de même de la peine, voyez PEINE. Sa fin n'est pas toujours la réformation du coupable, puisqu'il y a un grand nombre de cas où l'espérance d'amendement vient à manquer, & où la peine peut être étendue jusqu'au dernier supplice. Quant à l'autorité des chefs des petites sociétés, voyez PERES, MAITRES, SUPERIEURS, &c. c'est le souverain qui inflige la peine ; c'est un supérieur qui ordonne le châtiment. Les lois du gouvernement ont désigné les peines ; les constitutions des sociétés ont marqué les châtimens. Le bien public est le but des unes & des autres. Les peines & les châtimens sont sujets à pécher par excès ou par défaut. Comme il n'y a aucun rapport entre la douleur du châtiment & de la peine, & la malice de l'action, il est évident que la distribution des peines & des châtimens, relative à l'énormité plus ou moins grande des fautes, a quelque chose d'arbitraire, & que, dans le fond, il est tout aussi incertain si l'on s'acquite d'un service par une bourse de loüis, que si l'on fait expier une insulte par des coups de bâton ou de verges ; mais heureusement, que la compensation soit un peu trop forte ou trop foible, c'est une chose assez indifférente, du moins par rapport aux peines en général, & par rapport aux châtimens désignés par les regles des petites sociétés. On a connu ces regles, en se faisant membre de ces sociétés ; on en a même connu les inconvéniens ; on s'y est soumis librement ; il n'est plus question de reclamer contre la rigueur. Il ne peut y avoir d'injustices que dans les cas où l'autorité est au-dessus des lois, soit que l'autorité soit civile, soit qu'elle soit domestique. Les supérieurs doivent alors avoir présente à l'esprit la maxime, summum jus, summa injuria ; peser bien les circonstances de l'action ; comparer ces circonstances avec celles d'une autre action, où la loi a prescrit la peine ou le châtiment, & mettre tout en proportion ; se ressouvenir qu'en prononçant contre autrui, on prononce aussi contre soi-même, & que si l'équité est quelquefois severe, l'humanité est toujours indulgente ; voir les hommes plutôt comme foibles que comme méchans ; penser qu'on fait souvent le rolle de juge & de partie ; en un mot se bien dire à soi-même que la nature n'a rien institué de commun entre des choses dont on prétend compenser les unes par les autres, & qu'à l'exception des cas où la peine du talion peut avoir lieu, dans tous les autres on est presque abandonné au caprice & à l'exemple.
CHATIMENS MILITAIRES, sont les peines qu'on impose à ceux qui suivent la profession des armes, lorsqu'ils ont manqué à leur devoir.
Les Romains ont porté ces châtimens jusqu'à la plus grande rigueur. Il y a eu des peres qui ont fait mourir leurs enfans ; entr'autres le dictateur Posthumius qui fit exécuter à mort son propre fils, après un combat où il avoit défait les ennemis, parce qu'il avoit quitté son poste sans attendre ses ordres. Lorsqu'il arrivoit qu'un corps entier, par exemple une cohorte, avoit abandonné son poste, c'étoit, selon Polybe, un châtiment assez ordinaire de la décimer par le sort, & de faire donner la bastonnade à ceux sur qui le malheur étoit tombé. Le reste étoit puni d'une autre maniere ; car au lieu de blé, on ne leur donnoit que de l'orge, & on les obligeoit de loger hors du camp exposés aux insultes des ennemis.
Les François, lors de l'origine ou du commencement de leur monarchie, userent aussi d'une grande sévérité pour le maintien de la police militaire ; mais cette sévérité s'est insensiblement adoucie. On se contente de punir les officiers que la crainte ou la lâcheté ont fait abandonner de bons postes, par la dégradation des armes & de la noblesse.
Le capitaine Franget ayant été assiégé dans Fontarabie, sous François I. en 1523, & s'étant rendu au bout d'un mois, quoique rien ne lui manquât pour soutenir un plus long siége ; après la prise de la place il fut conduit à Lyon, & mis au conseil de guerre ; il y fut déclaré roturier, lui & tous ses descendans, avec les cérémonies les plus infamantes.
M. du Pas ayant en 1673 rendu Naerden au prince d'Orange, après un siége de huit jours, qu'on prétendit qu'il pouvoit prolonger beaucoup plus de tems, fut aussi mis au conseil de guerre après la prise de la place, & dégradé de noblesse & des armes, pour s'être rendu trop-tôt. Il obtint l'année d'ensuite de servir à la défense de Grave, où il fut tué, après avoir fait de belles actions qui rétablirent sa réputation. Ces sortes d'exemples sont beaucoup plus communs en Allemagne qu'en France. M. le comte Darco, ayant rendu Brisack en 1703, après 13 jours de tranchée ouverte, fut condamné à avoir la tête tranchée, ce qui fut exécuté.
Le maréchal de Crequi étant assiégé dans Treves après la perte de la bataille de Consarbick, & quelques officiers de la garnison ayant traité avec l'ennemi pour lui remettre la ville, ce qu'ils exécuterent malgré ce maréchal : la garnison ayant été conduite à Metz, les officiers les plus coupables furent condamnés à avoir la tête tranchée ; les autres furent dégradés de noblesse, & l'on décima aussi les soldats, parce que M. de Crequi s'étant adressé à eux, ils avoient refusé de lui obéir.
La desertion se punit en France par la peine de mort. On fait passer les soldats par les armes ; mais s'il y en a plus de trois pris ensemble, on les fait tirer au sort. Voyez DESERTEUR.
Il y a des crimes pour lesquels on condamne les soldats au foüet ; il y en a d'autres plus legers pour lesquels on les met sur le cheval de bois. C'est ainsi qu'on appelle deux planches mises en dos d'âne, terminées par la figure d'une tête de cheval, élevées sur deux treteaux dans une place publique, où le soldat est comme à cheval avec beaucoup d'incommodité, exposé à la vûe & à la dérision du peuple. On lui pend quelquefois des fusils aux jambes, pour l'incommoder encore davantage par ce poids.
C'est encore un châtiment usité que celui des baguettes. Le soldat a les épaules nues, & on le fait passer entre deux haies de soldats qui le frappent avec des baguettes. Ce châtiment est infamant, & l'on n'y condamne les soldats que pour de vilaines actions. On les casse & on les chasse quelquefois de la compagnie après ce supplice. (Q)
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| CHATOIER | verb. neut. (Lithol.) expression tirée de l'oeil du chat, & transportée dans la connoissance des pierres. C'est montrer dans une certaine exposition à la lumiere, un ou plusieurs rayons brillans, colorés ou non colorés, au-dedans ou à la surface, partant d'un point comme centre, s'étendant vers les bords de la pierre, & disparoissant à une autre exposition à la lumiere.
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| CHATON | S. m. flos amentaceus, julus, terme de Botanique, par lequel on désigne les fleurs stériles. Il y en a qui ne sont composées que d'étamines ou de sommets, d'autres qui ont aussi de petites feuilles : ces parties sont attachées à un axe en forme de poinçon ou de queue de chat, d'où vient le mot de chaton. Cette fleur est toujours séparée du fruit, soit qu'elle se trouve sur un individu différent de celui qui porte le fruit, soit que la même plante produise la fleur & le fruit. Voyez PLANTE. (I)
* CHATON, (Bijout.) c'est la partie d'une monture de pierreries d'une bague, &c. qui contient le diamant, qui l'environne en-dessous, & dont les bords sont sertis sur la pierre.
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| CHATOUILLEMENT | S. m. (Physiolog.) espece de sensation hermaphrodite qui tient du plaisir quand elle commence, & de la douleur quand elle est extrême. Le chatouillement occasionne le rire ; il devient insupportable, si vous le poussez loin ; il peut même être mortel, si l'on en croit plusieurs histoires.
Il faut donc que cette sensation consiste dans un ébranlement de l'organe du toucher qui soit leger, comme l'ébranlement qui fait toutes les sensations voluptueuses, mais qui soit cependant encore plus vif, & même assez vif pour jetter l'ame & les nerfs dans des agitations, dans des mouvemens plus violens, que ceux qui accompagnent d'ordinaire le plaisir : & par-là cet ébranlement approche des secousses qui excitent la douleur.
L'ébranlement vif qui produit le chatouillement, vient 1° de l'impression que fait l'objet, comme lorsqu'on passe legerement une plume sur les levres : 2° de la disposition de l'organe extrèmement sensible, c'est-à-dire des papilles nerveuses de la peau, très-nombreuses, très-susceptibles d'ébranlement, & fournies de beaucoup d'esprits ; c'est pourquoi il n'y a de chatouilleux que les tempéramens très-sensibles, très-animés, & que les endroits du corps qui sont les plus fournis de nerfs.
L'organe peut être encore rendu sensible, comme il faut qu'il soit pour le chatouillement, par une disposition legerement inflammatoire : c'est à cette cause qu'il faut rapporter les démangeaisons sur lesquelles une legere friction fait un si grand plaisir ; mais ce plaisir, comme le chatouillement, est bien voisin de la douleur.
Outre ces dispositions de l'objet & de l'organe, il entre encore dans le chatouillement beaucoup d'imagination, aussi bien que dans toutes les autres sensations.
Si l'on nous touche aux endroits les moins sensibles avec un air marqué de nous chatouiller, nous ne pouvons le supporter ; si au contraire on approche la main de notre peau sans aucune façon, nous n'en sentirons pas une grande impression : aux endroits même les plus chatouilleux, nous nous y toucherons nous-mêmes avec la plus grande tranquillité. La surprise ou la défiance est donc une circonstance nécessaire aux dispositions des organes & de l'objet pour le chatouillement.
Ce sentiment de l'ame porte une plus grande quantité d'esprits dans ces organes, & dans tous les muscles qui y ont rapport ; elle les y met en action, & par-là elle rend & l'organe plus tendu, plus sensible, & les muscles prêts à se contracter à la moindre impression. C'est une espece de terreur dans l'organe du toucher. Voyez les articles SENSATIONS, PLAISIR, DOULEUR, NERF, SYMPATHIE, TACT. Cet article est de M(D.J.)
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| CHATOUILLER | CHATOUILLER
CHATOUILLER le remede, (à la Monnoie) se dit dans le cas où le directeur approchant de très-près le remede de loi, la différence en est infiniment petite. Voyez REMEDE DE LOI.
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| CHATOUILLEUX | adj. terme de Manege : on appelle cheval chatouilleux, celui qui pour être trop sensible à l'éperon & trop fin, ne le fait pas franchement, & n'y obéit pas d'abord, mais y résiste en quelque maniere, se jettant dessus lorsqu'on approche les éperons pour le pincer. Les chevaux chatouilleux ont quelque chose des ramingues, excepté que le ramingue recule, saute, & rue pour ne pas obéir aux éperons ; au lieu que le chatouilleux y résiste quelque tems, mais obéit ensuite, & va beaucoup mieux par la peur d'un jarret vigoureux, lorsqu'il sent le cavalier étendre la jambe, qu'il ne va par le coup même. Voyez RAMINGUE.
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| CHATRE | (LA) Géog. petite ville de France en Berri sur l'Indre. Long. 19. 36. lat. 46. 35.
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| CHATRÉ | (Méd.) voyez EUNUQUE.
CHATRE. (Médecine, Diete) Les animaux chatrés adultes fournissent à nos tables une viande plus tendre, plus délicate, & plus succulente que celles des animaux de la même espece qui n'ont pas essuyé la castration. Cette opération perpétue pour ainsi dire, l'enfance de ces animaux (voyez EUNUQUE) ; & c'est aussi dans cette vûe qu'on la pratique sur les seuls animaux domestiques, destinés à être mangés dans un âge un peu avancé, ou lorsqu'ils auront leur accroissement parfait, comme le boeuf, le mouton, le cochon, le chapon, &c. Elle est inutile pour ceux que nous mangeons avant leur adolescence, comme le pigeonneau, le canneton, &c.
Au reste, la pratique de chatrer les animaux destinés à la nourriture des hommes est très-ancienne parmi eux, du-moins chez les nations civilisées : car les Cannibales ne se sont pas avisés encore de chatrer les prisonniers qu'ils engraissent pour leurs festins. Voyez CASTRATION & CHATRER. (b)
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| CHATRER | v. act. en général, c'est priver un animal de ses testicules. Voy. CASTRATION. On se sert du même verbe quelquefois au figuré, & l'on dit aussi-bien chatrer un arbre qu'un cheval.
CHATRER un cheval, c'est lui ôter les testicules. On châtre de deux façons, ou avec le feu, ou avec le caustic. Voici comme on s'y prend avec le feu. L'opérateur fait mettre à sa portée deux seaux pleins d'eau, un pot à l'eau, deux couteaux de feu quarrés par le bout sur le feu du rechaut, du sucre en poudre, & plusieurs morceaux de résine, son bistouri, & ses morailles.
Après avoir abattu le cheval, on lui leve le pié de derriere jusqu'à l'épaule, & on l'arrête par le moyen d'une corde qui entoure le cou, & revient se noüer au pié.
Le chatreur se mettant à genoux derriere la croupe, prend le membre, le tire autant qu'il peut, le lave & le décrasse, aussi-bien que le fourreau & les testicules ; après quoi il empoigne & serre au-dessus d'un testicule, & tendant par ce moyen la peau de la bourse, il la fend en long sous le testicule, puis il fait sortir celui-ci par l'ouverture ; & comme le testicule tient par un de ses bouts du côté du fondement à des membranes qui viennent avec lui, il coupe ces membranes avec le bistouri : puis il prend sa moraille, & serre au-dessus du testicule sans prendre la peau, en arrêtant l'anneau de la moraille dans la cremaillere : on voit alors le testicule en-dehors & le parastan, qui est une petite grosseur du côté du ventre au-dessus. C'est au-dessous de cette grosseur, ou plûtôt entr'elle & le testicule, qu'il coupe avec le couteau de feu ; le testicule tombe : il continue à brûler toutes les extrémités des vaisseaux sanguins, en mettant sur ces vaisseaux des morceaux de résine qu'on fait fondre sur la partie avec le couteau de feu à plat : on finit par saupoudrer & brûler du sucre pardessus la résine ; ensuite abaissant la peau, on recommence la même opération à l'autre testicule. Il y a des chatreurs qui ont des morailles doubles, avec lesquelles ils serrent & brûlent tout de suite les deux testicules. On fait ensuite jetter de l'eau dans la peau des bourses ; & après que le cheval est relevé, on lui jette à plusieurs reprises l'autre seau d'eau sur le dos & sur le ventre.
La chatrure avec le causti | | |