L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné
des sciences, des arts et des métiers
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Google diderot.alembert.free.fr
DECOUPEUR Diaporama DENTELLE DESSEIN DIAMANTAIRE DOREUR DRAPERIE
 
DS. m. (Ecriture) la quatrieme lettre de notre alphabet. La partie intérieure du D italique se forme de l'O italique entier ; & sa partie supérieure ou sa queue des septieme & huitieme parties du même O. Le d coulé & le d rond n'ont pas une autre formation ; il faut seulement le rapporter à l'o coulé & à l'o rond. Ces trois sortes de d demandent de la part de la main un mouvement mixte des doigts & du poignet, pour la description de leur portion inférieure ; les doigts agissent seuls dans la description de la queue ou de leur partie supérieure.


D(Gramm. &c.) Il nous importe peu de savoir d'où nous vient la figure de cette lettre ; il doit nous suffire d'en bien connoître la valeur & l'usage. Cependant nous pouvons remarquer en passant que les Grammairiens observent que le D majeur des Latins, & par conséquent le nôtre, vient du delta des Grecs arrondi de deux côtés, & que notre d mineur vient aussi de delta mineur. Le nom que les maîtres habiles donnent aujourd'hui à cette lettre, selon la remarque de la grammaire générale de P. R. ce nom, dis-je, est de plûtôt que dé, ce qui facilite la syllabisation aux enfans. Voyez la grammaire raisonnée de P. R. chap. vj. Cette pratique a été adoptée par tous les bons maîtres modernes.

Le d est souvent une lettre euphonique : par exemple, on dit prosum profui, &c. sans interposer aucune lettre entre pro & sum ; mais quand ce verbe commence par une voyelle on ajoûte le d après pro. Ainsi on dit, pro-d-es, pro-d-ero, pro-d-esse : c'est le méchanisme des organes de la parole qui fait ajoûter ces lettres euphoniques, sans quoi il y auroit un bâillement ou hiatus, à cause de la rencontre de la voyelle qui finit le mot, avec celle qui commence le mot suivant. De-là vient que l'on trouve dans les auteurs mederga, qu'on devroit écrire me-d-ergà, c'est-à-dire erga me. C'est ce qui fait croire à Muret que dans ce vers d'Horace.

Omnem crede diem tibi diluxisse supremum.

I. epist. jv. vers. 13.

Horace avoit écrit, tibid iluxisse, d'où on a fait dans la suite diluxisse.

Le d & le t se forment dans la bouche par un mouvement à-peu-près semblable de la langue vers les dents : le d est la foible du t & le t est la forte du d ; ce qui fait que ces lettres se trouvent souvent l'une pour l'autre, & que lorsqu'un mot finit par un d, si le suivant commence par une voyelle, le d se change en t, parce qu'on appuye pour le joindre au mot suivant ; ainsi on prononce gran-t-homme, le froi-t-est rude, ren-t-il, de fon-t-en comble, quoiqu'on écrive grand homme, le froid est rude, rend-il, de fond en comble.

Mais si le mot qui suit le d est féminin, alors le d étant suivi du mouvement foible qui forme l'e muet, & qui est le signe du genre féminin, il arrive que le d est prononcé dans le tems même que l'e muet va se perdre dans la voyelle qui le suit ; ainsi on dit, grand'ardeur, gran-d'ame, &c.

C'est en conséquence du rapport qu'il y a entre le d & le t, que l'on trouve souvent dans les anciens & dans les inscriptions, quit pour quid, at pour ad, set pour sed, haut pour haud, adque pour atque, &c.

Nos peres prononçoient advis, advocat, addition, &c. ainsi ils écrivoient avec raison advis, advocat, addition, &c. Nous prononçons aujourd'hui avis, avocat ; adition ; nous aurions donc tort d'écrire ces mots avec un d. Quand la raison de la loi cesse, disent les jurisconsultes, la loi cesse aussi : cessante ratione legis, cessat lex.


D numéralLe D en chiffre romain signifie cinq cent. Pour entendre cette destination du D, il faut observer que le M étant la premiere lettre du mot mille, les Romains ont pris d'abord cette lettre pour signifier par abréviation le nombre de mille. Or ils avoient une espece de M qu'ils faisoient ainsi C I , en joignant la pointe inférieure de chaque C à la tête de l'I. En Hollande communément les Imprimeurs marquent mille ainsi C I , & cinq cent par I , qui est la moitié de C I . Nos Imprimeurs ont trouvé plus commode de prendre tout d'un coup un D qui est le C rapproché de l'I. Mais quelle que puisse être l'origine de cette pratique, qu'importe, dit un auteur, pourvû que votre calcul soit exact & juste ? non multum refert, modo recte & juste numeres. Martinius.


D abréviationLe D mis seul, quand on parle de seigneurs Espagnols ou de certains religieux, signifie don ou dom.

Le dictionnaire de Trévoux observe que ces deux lettres N. D. signifient Notre-Dame.

On trouve souvent à la tête des inscriptions & des épîtres dédicatoires ces trois lettres D. V. C. elles signifient dicat, vovet, consecrat.

Le D sur nos pieces de monnoie est la marque de la ville de Lyon. (F)


D(Antiquaire) Hist. anc. Dans les inscriptions & les médailles antiques signifie divus ; joint à la lettre M, comme D M, il exprime diis manibus, mais seulement dans les épitaphes romaines : en d'autres occasions, c'est deo magno ou diis manibus ; & joint à N, il signifie dominus noster, nom que les Romains donnerent à leurs empereurs, & sur-tout aux derniers.

Cette lettre a encore beaucoup d'autres sens dans les inscriptions latines. Alde Manuce en rapporte une cinquantaine, quand elle est seule, autant quand elle est doublée, & plus de trente quand elle est triplée, sans parler de beaucoup d'autres qu'elle reçoit, lorsque dans les anciens monumens elle est accompagnée de quelques autres lettres. Voyez l'ouvrage de ce savant littérateur italien ; ouvrage nécessaire à ceux qui veulent étudier avec fruit l'Histoire & les Antiquités. Son titre est, de veterum notarum explanatione quae in antiquis monumentis occurrunt, Aldi Manutii Pauli F. commentarius : in -8°. Venetiis, 1566 ; il est ordinairement accompagné du traité du même auteur, orthographiae ratio in -8°. Venetiis, 1566. (a)


D(Musique) D-la-ré, D-sol-ré, ou simplement D. Caractere ou terme de Musique qui indique la note que nous appellons ré. Voyez GAMME. (S)


D(Comm.) cette lettre est employée dans les journaux ou registres des marchands banquiers & teneurs de livres, pour abréger certains termes qu'il faudroit répéter trop souvent. Ainsi d° se met pour dito ou dit ; den. pour denier ou gros. Souvent on ne met plus qu'un grand D ou un petit pour denier tournois & dit. Dal. ou Dre pour daldre, duc. ou Dd pour ducat. V. ABREVIATION. Dict. du Com. & Chamb. (G)


D'AILLEURSDE PLUS, OUTRE CELA, (Gramm. Synon.) Ces mots désignent en général le surcroît ou l'augmentation. Voici une phrase où l'on verra leurs différens emplois. M. un tel vient d'acquérir par la succession d'un de ses parens dix mille livres de rente de plus qu'il n'avoit ; outre cela, il a encore hérité d'ailleurs d'une fort belle terre. (O)


DABACH(Hist. nat.) animal d'Afrique qu'on dit être semblable à un loup, avec cette différence qu'il a des pattes qui ressemblent aux mains & aux piés des hommes. Il est si carnacier, qu'il déterre même les cadavres. Voilà tout ce qu'on sait de cet animal.


DABOUISS. m. (Comm.) toile de coton de l'espece des taffetas ; on nous l'apporte des Indes orientales. V. les dictionn. du Comm. de Trév. & de Dish.


DABUL(Géog. mod.) grande ville d'Asie au royaume de Visapour, sur la côte de Malabar. Lat. 18. long. 91.


DACA(Géog. mod.) ville d'Asie dans les Indes au royaume de Bengale, sur le Gange. Long. 106. 45. lat. 24.


DACESS. m. pl. (Géog. anc.) peuples qui habitoient les bords du Danube & les environs de la forêt Hercinienne, d'où ils se retirerent sur les côtes de la Norwege. Quelques auteurs les font originaires de Grece, les confondent avec les Getes, & les regardent par conséquent comme Scythes. Trajan fut surnommé le Dacique, de la victoire qu'il remporta sur Décebale le dernier de leurs rois, la septieme année de son tribunat ; & l'on prétend que la colonne Trajane lui fut élevée en mémoire de cette expédition. La Dacie qui comprenoit alors la partie de la haute Hongrie qui est à l'orient de la Teisse, la Transylvanie, la Valaquie & la Moldavie, devint une province Romaine. La colonie de Daces qu'Aurélien établit entre les deux Maesies, s'appella Dacie Aurélienne. Cette Dacie se divisa en Alpestre & en Cis-instrienne ; & celle-ci en Ripense ou Pannodacie, & en Méditerranée ou Gépide.


DACHSTEIN(Géog. mod.) petite ville de la basse Alsace. Long. 25. 20. lat. 48. 35.


DACTYLES. m. (Littérature) sorte de pié dans la poésie greque & latine, composé d'une syllabe longue suivie de deux breves, comme dans ce mot , &c. Ce mot vient, dit-on, de , digitus ; parce que les doigts sont divisés en trois jointures ou phalanges, dont la premiere est plus longue que les deux autres : étymologie puérile.

On ajoûte que ce pié est une invention de Bacchus, qui avant Appollon rendoit des oracles à Delphes en vers de cette mesure. Les Grecs l'appellent . Diom. 3. page 474.

Le dactyle & le spondée sont les deux principaux piés de la poésie ancienne, comme étant la mesure du vers héroïque, dont se sont servis Homere, Virgile, &c. Ces deux piés ont des tems égaux, mais ils ne marchent pas avec la même vîtesse. Le pas du spondée est égal, ferme & soûtenu ; on peut le comparer au trot du cheval : mais le dactyle imite davantage le mouvement rapide du galop. Voyez QUANTITE, MESURE, &c. (G)

Les vers françois les plus nombreux sont ceux où le rithme du dactyle est le plus fréquemment employé. Les poëtes qui composent dans le genre épique où il importe sur-tout de donner aux vers la cadence la plus rapide, doivent avoir l'attention d'y faire entrer le dactyle le plus souvent qu'il est possible. Les anciens nous ont donné l'exemple, puisque dans le vers asclépiade qui répond à notre vers de douze syllabes, ils se sont fait une regle invariable d'employer trois fois le dactyle ; savoir dans le second pié, avant l'émistiche, & dans les deux piés qui terminent le vers. Voyez l'ode d'Horace, Mecenas atavis, &c. Addition de M. MARMONTEL.

Dactyle étoit encore chez les Grecs une sorte de danse que dansoient sur-tout les athletes, comme l'observe Hezichius. Voyez DANSE.

Dactyle est aussi le fruit du palmier ; on l'appelle plus communément datte. Voyez DATTE. (G)

DACTYLES, (Hist. & Mythol.) nom des premiers prêtres de la déesse Cybele. Tout ce que l'on dit des dactyles est assez incertain. On les croit originaires de Phrygie province de l'Asie mineure aujourd'hui la Natolie. On prétend que depuis ils vinrent habiter l'île de Crete, & que là on s'en servit pour cacher à Saturne les cris du jeune Jupiter encore enfant ; parce que ce prétendu dieu avoit promis aux Titans dans le partage qu'il fit avec eux, de n'élever aucun enfant mâle, pour leur laisser en entier l'héritage dont il avoit dépouillé son pere Ourane. Les dactyles pour empêcher que les cris de Jupiter ne vinssent jusqu'à Saturne inventerent une sorte de danse accompagnée d'un bruit harmonieux d'instrumens d'airain, sur lesquels ils frappoient avec mesure ; & cette mesure a retenu le nom de dactyles, & s'est conservée dans la poésie greque & latine. Leurs descendans s'appellerent curetes & corybantes. On les prit pour les prêtres de Cybele ; ils se mettoient comme en fureur par une sorte d'enthousiasme, & par l'agitation qu'ils se donnoient dans leur danse. On leur attribue l'invention du fer, c'est-à-dire la maniere de le tirer des entrailles de la terre, de le fondre, & de le forger. Les uns établirent leurs atteliers sur le mont Ida de Phrygie, d'autres sur le mont Ida de l'île de Crete. Mais le fer avoit été trouvé par Tubalcain le sixieme descendant de Caïn, longtems avant qu'il fût question des curetes. Il se peut faire néanmoins que sur les connoissances qui s'étoient conservées de la fabrique de ce métal, les dactyles en ayent fait l'épreuve en Phrygie & en Crete, où ils pûrent trouver des terres qui leur en suggererent le dessein. (a)


DACTYLIOMANCou DACTYLIOMANCIE, s. f. (Divinat.) sorte de divination qui se fait par le moyen d'un anneau. Voyez DIVINATION, ANNEAU. Ce mot est composé du grec, & vient de , doigt, & de , divination.

La dactyliomancie consistoit essentiellement à tenir un anneau suspendu par un fil délié au-dessus d'une table ronde, sur le bord de laquelle on posoit différentes marques où étoient figurées les vingt-quatre lettres de l'alphabet ; on faisoit sauter l'anneau qui venoit enfin s'arrêter sur quelqu'une des lettres ; & ces lettres assemblées formoient la réponse qu'on demandoit.

Cette opération étoit précedée & accompagnée de plusieurs cérémonies superstitieuses. L'anneau étoit consacré auparavant avec bien des mysteres ; celui qui le tenoit n'étoit vêtu que de toile depuis la tête jusqu'aux piés ; il avoit la tête rasée tout autour, & tenoit en main de la verveine. Avant de procéder à rien, on commençoit par appaiser les dieux en récitant des formules de prieres faites exprès. Ammien Marcellin nous a laissé un ample détail de ces superstitions dans le xxjx. liv. de son histoire. Chambers.

On rapporte à la dactyliomancie tout ce que les anciens disent du fameux anneau de Gygés qui le rendoit invisible, & de ceux dont parle Clément Alexandrin, dans ses stromates, par le moyen desquels un tyran des Phocéens étoit averti des conjonctures favorables à ses desseins, mais qui ne lui découvrirent cependant pas une conspiration de ses sujets qui l'assassinerent. Delrio, disquisit. magicar. lib. jv. cap. ij. quaest. 6. sect. 4. page 547. (G)


DACTYLIQUEadj. (Littérature) se dit de ce qui a rapport aux dactyles.

C'étoit dans l'ancienne musique l'espece de rithme, d'où la mesure se partageoit en deux tems égaux. Voyez RITHME. Il y avoit des flûtes dactyliques, aussi-bien que des flûtes spondaïques. Les flûtes dactyliques avoient des intervalles inégaux, comme le pié appellé dactyle avoit des parties inégales.

Les vers dactyliques sont entre les vers hexametres, ceux qui finissent par un dactyle au lieu d'un spondée, comme les vers spondaïques sont ceux qui ont au 5e un spondée au lieu d'un dactyle.

Ainsi ce vers de Virgile, Aeneid. l. vj. 33. est un vers dactylique :

Bis patriae cecidere manus, quin protinus omnia,

Perlegerent oculis.

Voyez VERS & SPONDAÏQUE ; voyez aussi le dictionn. de Trév. & Chambers. (G)


DACTYLONOMIES. f. (Arith.) ce mot est formé de deux mots grecs, , doigt, & , loi ; l'art de compter par les doigts. Voy. NUMERATION.

En voici tout le secret : on donner au pouce de la main gauche, 2 à l'index, & ainsi de suite jusqu'au pouce de la main droite, qui étant le dixieme, a par conséquent le zéro, 0. Voyez CARACTERE.

Cette façon de compter ne peut être que fort incommode. Comment, en effet, faire commodément les additions & autres opérations de l'Arithmétique par cette méthode ? comment peut-on seulement indiquer commodément un nombre donné, par exemple 279 ? Je sais qu'on l'indiquera en levant les trois doigts de la main qui désignent ces trois nombres, & en baissant les autres ; mais comment distinguera-t-on l'ordre dans lequel les chiffres doivent se trouver placés, ensorte que ce soit 279 & non pas, par exemple 297 ou 729, &c. Ce sera apparemment en ne montrant d'abord que 2 & tenant les autres doigts baissés, puis en montrant 7, puis 9 : mais une maniere encore plus commode d'indiquer ce nombre par signes seroit de lever d'abord deux doigts, puis sept, puis neuf. Au reste tout cela ne seroit bon qu'entre des muets. L'Arithmétique écrite est bien plus commode.

Il y a apparence que ce sont les dix doigts de la main qui ont donné naissance aux dix caracteres de l'Arithmétique ; & ce nombre de caracteres augmenté ou diminué changeroit entierement les calculs. Voyez BINAIRE. On auroit peut-être mieux fait encore de prendre douze caracteres, parce que 12 a plus de diviseurs que 10 ; car 12 a quatre diviseurs 2, 3, 4, 6, & 10 n'en a que deux, 2, 5. Au reste il est à remarquer que les Romains n'employent point l'arithmétique décimale ; ils n'avoient que trois caracteres jusqu'à cent, I, V, X ; C, étoit pour cent, D, pour cinq cent, M, pour mille : mais comment calculoient-ils ? C'est ce que nous ignorons, & qu'il seroit assez curieux de retrouver. (O)


DADÉSS. f. (Mythol.) fête qu'on célebroit à Athenes, & qui prenoit son nom des torches, , qu'on y allumoit durant trois jours : le premier, en mémoire des douleurs de Latone lorsqu'elle accoucha d'Apollon ; le second, pour honorer la naissance des dieux ; & le dernier, en faveur des noces de Podalirnis & d'Olympias mere d'Alexandre. (G)


DADIXmesure usitée en Egypte, qui tient, dit-on, environ douze pintes.


DADUQUou DADOUQUE, s. m. (Hist. anc. & Myth.) c'est le nom que donnoient les Athéniens au grand prêtre d'Hercule. Ces daduques furent aussi les prêtres de Cérès ; c'est pourquoi dans leurs cérémonies religieuses ils se servoient de flambeaux en mémoire de la recherche que cette prétendue déesse fit de sa fille Proserpine, qui lui avoit été enlevée. (a)


DAFAou DOFAR, (Géog. mod.) ville de l'Arabie heureuse, au royaume d'Yemen, Long. 70. lat. 15.


DAGHESTAN(Géog. mod.) province d'Asie, bornée à l'orient, par la mer Caspienne, à l'occident par le Caucase, au septentrion par la Circassie, & au midi par le Chirvan. Tarki en est la capitale. Les habitans sont des Tartares musulmans. Ils sont gouvernés par des chefs, & protégés par la Perse.


DAGHou DAGHOA, (Géog. mod.) île de la mer Baltique, sur la côte de la Livonie, entre le golfe de Finlande & Riga. Long. 40. lat. 59.


DAGNO(Géog. mod.) petite ville d'Albanie, située sur le Drin. Long. 37. 23. lat. 42.


DAGONS. m. (Hist. anc. & Théol.) idole des Philistins, représentée sous la figure d'un homme sans cuisses, dont les jambes se réunissoient aux aînes, & formoient une queue de poisson recourbée en arriere, & couverte d'écailles depuis les reins jusqu'au bas du ventre, à l'exception de la partie correspondante aux jambes. Dagon, signifie poisson en hébreux. Quelques modernes l'ont confondu avec Atergatis. Mais Bochard prétend avec les anciens, que Dagon & Atergatis étoient seulement frere & soeur. Les Philistins s'étant emparés de l'arche d'alliance, la placerent dans le temple de Dagon. L'histoire des Hébreux nous raconte que cette idole fut brisée en piece à sa présence.


DAGUES. f. (Art milit.) gros poignard dont on se servoit autrefois dans les combats singuliers. (Q)

DAGUE DE PREVOT, (Marine) c'est un bout de corde dont le prevôt donne des coups aux matelots pour les châtier, lorsqu'ils y ont été condamnés pour s'être mal comportés. (Z)

DAGUE, (Venerie) c'est le premier bois du cerf pendant sa seconde année ; il forme sa premiere tête ; il a six à sept pouces de longueur.

DAGUE, (Relieur) c'est un demi-espadon emmanché par les deux bouts d'une poignée de bois ; on s'en sert pour racler les veaux, & en enlever tout ce que le tanneur y a laissé d'ordure. On dit une dague à ratisser. Voyez la Pl. I. du Relieur, & la fig. P.


DAGUERverb. neut. (Fauconnerie) on dit que l'oiseau dague, lorsqu'il vole de toute sa force, & travaille diligemment de la pointe des ailes.


DAGUETS. m. (Venerie) jeune cerf à sa seconde année, poussant son premier bois, appellé dague. Voyez DAGUE.


DAILS. m. (Hist. nat.) coquillage du genre des pholades. On en trouve deux especes sur les côtes du Poitou & d'Aunis. Leurs coquilles sont composées de trois pieces, dont deux sont semblables & égales, & situées à-peu-près comme les deux pieces des coquilles bivalves ; la troisieme piece des dails est fort petite en comparaison des deux autres, & posée sur leur sommet. La coquille entiere est de figure oblongue & irréguliere, plus grosse dans le milieu qu'aux extrémités ; la charniere est sur l'un des côtés, plus près de l'une des extrémités que de l'autre ; les deux grandes pieces ne sont pas faites de façon à se joindre exactement par les bords. Ces coquilles sont ordinairement des cannelures qui se croisent & qui sont hérissées de petites pointes.

On trouve ces dails dans une pierre assez molle, que l'on appelle blanche dans le pays ; ils sont logés dans des trous dont la profondeur est du double de la longueur de la coquille ; ils ont une direction un peu oblique à l'horison ; leur cavité est à-peu-près semblable à celle d'un cone tronqué ; ils communiquent au dehors de la pierre par une petite ouverture qui est à leur extrémité la plus étroite. A mesure que le dail prend de l'accroissement, il creuse son trou & descend un peu plus qu'il n'étoit, ce mouvement est très-lent. Il paroit que le dail perce son trou en frottant la pierre avec une partie de son corps qui est près de l'extrémité inférieure de la coquille ; cette partie est faite en forme de losange, & assez grosse à proportion du corps ; quoiqu'elle soit molle, elle peut agir sur la pierre à force de frottement & de tems. On a vû des dails tirés de leurs trous & posés sur la glaise, la creuser assez profondément en peu d'heures, en recourbant & en ouvrant successivement cette partie charnue.

Il y a des dails dans la glaise comme dans la banche ; cette pierre ne forme pas leur loge en entier, le fond en est creusé dans la glaise. Quoique la banche soit une pierre molle, elle est cependant assez dure en comparaison de la glaise, pour qu'on eût lieu de s'étonner que les dails encore jeunes eussent pû la percer ; mais il est à croire que les trous des dails ont été pratiqués d'abord dans la glaise qui s'est pétrifiée dans la suite ; car on ne trouve point de jeunes dails dans la banche, mais seulement dans la glaise ; d'ailleurs la banche, quoique pierre, a beaucoup de rapport avec la glaise. Au reste les dails pourroient peut-être bien percer la pierre : on en a trouvé de forts petits dans des corps assez durs.

La coquille des dails n'occupe que la moitié inférieure de leur trou ; il y a dans l'autre moitié une partie charnue de figure conique, qui s'étend jusqu'à l'orifice du trou, & rarement au-delà : l'extrémité de cette partie est frangée ; le dedans est creux & partagé en deux tuyaux par une cloison ; l'animal attire l'eau par le moyen de ces tuyaux, & la rejette par jet. Mém. de l'acad. roy. des Scienc. année 1712.

Les dails, dactyli Plinii, ont la propriété d'être lumineux dans les ténebres, sans qu'il y ait d'autre lumiere que celle qu'ils répandent, qui est d'autant plus brillante que le coquillage renferme plus de liqueur : cette lumiere paroît jusques dans la bouche de ceux qui mangent des dails pendant la nuit, sur leurs mains, sur leurs habits, & sur la terre dès que la liqueur de ce coquillage se répand, n'y en eût-il qu'une goutte ; ce qui prouve que cette liqueur a la même propriété que le corps de l'animal. Hist. nat. Plin. lib. IX. cap. lxj.

Ces faits ont été vérifiés nouvellement sur les côtes de Poitou, & se sont trouvés vrais dans tous les détails. On n'a vû sur ces côtes aucune autre espece de coquillage, qui fût comme les dails lumineux dans l'obscurité ; il n'y a même aucun poisson ni aucune sorte de chair d'animaux qui ait cette propriété avant d'être pourris, tandis que les dails n'en répandent jamais plus que lorsqu'ils sont plus frais, & ils ne jettent plus aucune lumiere lorsqu'ils sont corrompus à un certain point. L'animal dépouillé de la coquille est lumineux dans toutes les parties de son corps, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ; car si on le coupe, il sort de la lumiere du dedans comme du dehors. Ces coquillages en se desséchant perdent la propriété d'être lumineux. Si on les humecte, il reparoît une nouvelle lumiere, mais elle est beaucoup plus foible que la premiere ; de même celle que jette la liqueur qui sort de ce coquillage s'étend peu-à-peu à mesure que cette liqueur s'évapore. Cependant on peut la faire reparoître par le moyen de l'eau, par exemple, lorsqu'on a vû cette lumiere s'éteindre sur un corps étranger qui avoit été mouillé de la liqueur du coquillage, on fait reparoître la même lumiere en trempant ce corps dans l'eau. Mém. de l'acad. roy. des Scienc. année 1723. (I)


DAILLOTou ANDAILLOTS, s. m. pl. (Marine) ce sont des anneaux avec lesquels on amarre la voile, qu'on met dans le beau tems sur les étais. Ces anneaux font le même effet sur l'étai, que font les garcettes sur la vergue. Dict. de Trév. (Z)


DAIMS. m. (Hist. nat. Zoolog.) dama recentiorum, cervus platyceros ; animal quadrupede, différent de celui que les anciens appelloient dama, & qui étoit une espece de bouc ; il avoit les cornes dirigées en-avant, & la queue s'étendoit jusqu'au jarret.

L'animal auquel nous donnons le nom de daim, ressemble beaucoup au cerf, mais il est plus petit, & il en differe sur-tout en ce que ses cornes sont larges & plates par le bout. On a comparé cette partie à la paume de la main, parce qu'elle est entourée de petits andouillers en forme de doigts, c'est pourquoi on appelle ces cornes cornua palmata. Voyez CERF.

Willughbi a distingué des daims de quatre especes, qui étoient en Angleterre dans une ménagerie : 1°. des daims d'Espagne ; ils étoient aussi grands que des cerfs, mais ils avoient le cou plus mince & une couleur plus brune ; leur queue étoit plus longue que celle des daims ordinaires, & de couleur noirâtre, sans qu'il y eut de blanc en-dessous : 2°. des daims qui avoient différentes couleurs, telles que le blanc, le noir, & une couleur d'arene : 3°. des daims de Virginie, qui étoient plus grands & plus forts que les daims ordinaires ; ils avoient le cou plus grand, & leur couleur approchoit plus de la couleur cendrée que de celle de l'arene ; leurs membres & leurs testicules étoient plus gros que ceux des autres : 4°. enfin il y avoit des daims dont les sabots des piés de derriere étoient marqués d'une tache blanche ; ils avoient les oreilles grandes, la queue longue, les cornes branchues, & l'enfoncement qui se trouvoit entre les yeux peu profond ; on les nourrissoit avec du pain, des pommes, des poires & d'autres fruits. Ray, Synop. anim. quad. (I)

DAIM, (Venerie) lorsque cet animal se sent poursuivi des chiens, il ne fait pas si longue suite que le cerf : il recherche toûjours son pays ; il fuit les voies autant qu'il peut, & prend sur-tout le change des eaux où il se laisse forcer.

Quand on veut quêter un daim, on va volontiers le chercher dans le pays sec où il se met en hardes avec les autres, à la réserve du mois de Mai jusqu'à la fin d'Août ; pendant ce tems il se retire dans des buissons pour se garantir de l'importunité des moucherons qui le piquent dans cette saison.

Il faut quêter le daim comme le cerf ; & à la réserve du limier & de la suite, on pratique la même chose à l'égard du daim.

On remarque seulement que pour y réussir, il suffit de prendre cinq ou six chiens des plus sages pour lui donner en chasse ; & si l'on rencontre par hasard l'endroit où le daim aura fait son viandis le matin, ou bien de relevée, ou celui de nuit, on laissera pour lors faire les chiens, observant seulement qu'ils prennent le droit pié, car autrement ce seroit en vain qu'on chercheroit cet animal. Voyez l'article CERF. On appelle ses petits danneaux.

DAIM, (Art méchaniq. Chamoiseur) le daim fournit dans le commerce les mêmes marchandises que le cerf. Sa peau est assez estimée après qu'elle a été passée en huile chez les Chamoiseurs, ou en mégie chez les Mégissiers. On en fait des gants, des culottes, & autres ouvrages semblables. Voyez l'article CHAMOISEUR.


DAINTIERSS. m. pl. (Venerie) ce sont les testicules du cerf. On dit aussi dintier.


DAIRou DAIRO (LE), s. m. Hist du Jap. c'est aujourd'hui le souverain pontife des Japonois, ou comme Koempfer l'appelle, le monarque héréditaire ecclésiastique du Japon. En effet, l'empire du Japon a présentement deux chefs ; savoir, l'ecclésiastique qu'on nomme dairo, & le séculier qui porte le nom de kubo. Ce dernier est l'empereur du Japon, & le premier l'oracle de la religion du pays.

Les grands prêtres sous le nom de dairi, ont été long-tems les monarques de tout le Japon, tant pour le spirituel que pour le temporel. Ils en usurperent le throne par les intrigues d'un ordre de bonzes venus de la Corée, dont ils étoient les chefs. Ces bonzes faciliterent à leur dairi le moyen de soûmettre toutes les puissances de ce grand empire. Avant cette révolution il n'y avoit que les princes du sang ou les enfans des rois, qui pussent succéder à la monarchie : mais après la mort d'un des empereurs, les bonzes ambitieux éleverent à cette grande dignité un de leurs grands-prêtres, qui étoit dans tout le pays en odeur de sainteté. Les peuples qui le croyoient descendu du soleil, le prirent pour leur souverain. La religion de ces peuples est tout ce qu'on peut imaginer de plus fou & de plus déplorable. Ils rendirent à cet homme des hommages idolâtres : ils se persuaderent que c'étoit résister à Dieu même, que de s'opposer à ses commandemens. Lorsqu'un roi particulier du pays avoit quelque démêlé avec un autre, ce dairi connoissoit leurs différends avec la même autorité que si Dieu l'eût envoyé du ciel pour les décider.

Quand le dairi regnoit au Japon, & qu'il marchoit, dit l'auteur de l'ambassade des Hollandois, il ne devoit point toucher la terre ; il falloit empêcher que les rayons du soleil ou de quelqu'autre lumiere ne le touchassent aussi, c'eut été un crime de lui couper la barbe & les ongles. Toutes les fois qu'il mangeoit, on lui préparoit ses repas dans un nouveau service de cuisine qui n'étoit employé qu'une fois. Il prenoit douze femmes, qu'il épousoit avec une grande solemnité, & ses femmes le suivoient d'ordinaire dans leurs équipages. Il y avoit dans son château deux rangs de maisons, six de chaque côté pour y loger ses femmes. Il avoit de plus un sérail pour ses concubines. On apprêtoit tous les jours un magnifique souper dans chacune de ces douze maisons : il sortoit dans un palanquin magnifique, dont les colonnes d'or massif étoient entourées d'une espece de jalousie, afin qu'il pût voir tout le monde sans être vû de personne. Il étoit porté dans ce palanquin par quatorze gentilshommes des plus qualifiés de sa cour. Il marchoit ainsi précédé de ses soldats, & suivi d'un grand cortége, en particulier d'une voiture tirée par deux chevaux, dont les housses étoient toutes semées de perles & de diamans : deux gentilshommes tenoient les rênes des chevaux, pendant que deux autres marchoient à côté ; l'un d'eux agitoit sans-cesse un éventail pour rafraîchir le pontife, & l'autre lui portoit un parasol. Cette voiture étoit destinée pour la premiere de ses femmes ou de ses concubines, &c.

Nous supprimons d'autres particularités semblables qui peuvent être suspectes dans des relations de voyageurs ; il nous suffit de remarquer que le culte superstitieux que le peuple rendoit au dairo, n'étoit guere différent de celui qu'ils portoient à leurs dieux. Les bonzes dont le nombre est immense, montroient l'exemple, & gouvernoient despotiquement sous leur chef. C'étoit autant de tyrans répandus dans les villes & dans les campagnes : enfin leurs vices & leurs cruautés aliénerent les esprits des peuples & des grands ; un prince qui restoit encore du sang royal forma un si puissant parti, qu'il souleva tout l'empire contr'eux. Une seconde révolution acheva d'enlever aux dairos la souveraineté qu'ils avoient usurpée, & les fit rentrer avec les bonzes dans leur état naturel. Le prince royal remonta sur le throne de ses ancêtres, & prit vers l'an 1600 le titre de kubo qui lui est encore affecté. Ses descendans ont laissé au dairo ses immenses revenus, quelques hommages capables de flatter sa vanité, avec une ombre d'autorité pontificale & religieuse pour le consoler de la véritable qu'il a perdue ; c'est à quoi se bornent les restes de son ancienne splendeur : Méaco est sa demeure ; il y occupe une espece de ville à part avec ses femmes, ses concubines, & une très-nombreuse cour. L'empereur ou le kubo réside à Yedo capitale du Japon, & joüit d'un pouvoir absolu sur tous ses sujets. Voyez KUBO. L'article du dairo qu'on lit dans le dictionnaire de Trévoux a besoin d'être rectifié. Consultez Koempfer & les recueils des voyages de la compagnie des Indes orientales au Japon, t. V. Art. de M. le Ch(D.J.)


DAISS. m. en Architecture, est un morceau d'Architecture & de Sculpture, de bronze, de fer, d'étoffe, ou de bois qui sert à couvrir & couronner un autel, un throne, un tribunal, une chaire de prédicateur, un oeuvre d'église, &c. On lui donne la forme de tente ou pavillon, de couronne fermée, de consoles adossées. Voyez BALDAQUIN.

On appelle haut dais l'exhaussement qui porte un throne couvert d'un dais, qu'on dresse pour le Roi dans une église ou dans une grande salle pour une cérémonie publique. Ce haut dais dans le parterre d'une salle de ballet & de comédie, est un enfoncement fermé d'une balustrade. (P)


DAKONest une pierre bleue semblable à du corail, que les femmes de Guinée portent dans leurs cheveux pour servir d'ornement.


DALES. f. (Architect.) pierre dure comme celle d'Arcueil ou de liais débitée par tranches de peu d'épaisseur, dont on couvre les terrasses, les balcons, & dont on fait du carreau. (P)

DALE DE POMPE, (Marine) c'est un petit canal qu'on met sur le pont d'un vaisseau pour recevoir l'eau. La dale vient jusqu'à la manche, ou jusqu'à la humiere quand il n'y a point de manche.

La dale de la pompe se met ordinairement à six pouces du mât par-derriere. Voyez POMPE.

On donne encore ce nom à une petite auge de bois qui s'emploie dans un brulot, & qui sert à conduire la poudre jusqu'aux matieres combustibles. (Z)

DALE, en terme de Raffineur de sucre, n'est autre chose qu'un tuyau de cuivre rouge qui conduit la matiere que l'on a clarifiée, du bassin à clairée sur le blanchet, à-travers lequel elle passe & tombe dans la chaudiere. Voyez ces mots à leurs articles.


DALÉCARLIE(Géog. mod.) province de Suede située sur la riviere de même nom, proche la Norwege. Elle a environ 70 lieues de longueur, sur 40 de large.


DALECHAMPIAS. f. (Hist. nat. bot.) genre de plante dont le nom a été dérivé de celui de Jacques Dalechamp de Caen. La fleur des plantes de ce genre est monopétale, en forme d'entonnoir, posée sur un calice composé de trois coques. Ce calice devient dans la suite un fruit qui a la même forme, & qui se divise en trois capsules qui renferment chacune une semence ronde. Ajoûtez aux caracteres de ce genre qu'il vient le plus souvent trois fleurs entre deux petites feuilles, dont chacune est découpée en trois parties. Plum. nov. pl. Amer. gen. V. PLANTE. (I)


DALEM(Géog. mod.) petite ville des Provinces-unies, sur la riviere de Bervine. Long. 23. 34. lat. 50. 40.


DALHACou DALACA, (Géog. mod.) île de la mer Rouge vis-à-vis la côte d'Abex. Lat. 14. 20-16. 15. long. 58. 30-59. 1.


DALIE(Géog. mod.) province de Suede dans la partie occidentale de la Gothie. Elle a environ 30 lieues de longueur, sur 13 de largeur.


DALKEITH(Géog. mod.) ville d'Ecosse : elle est dans la Lothiane & sur l'Ehsk. Long. 14. 35. lat. 56. 10.


DALLERDALLER

DALLER, monnoie d'argent de Hollande au titre de huit deniers vingt grains, & valant argent de France trois livres quatre sols deux deniers.

DALLER ORIENTAL, monnoie d'argent qui se fabrique en Hollande, & que la république fait passer chez les Turcs & dans l'Orient pour le commerce. Les Turcs l'appellent aslani, & les Arabes, abukest. Elle varie continuellement de titre, soit par politique, soit par d'autres motifs. Il y a des demi-quarts, des quarts, des quints de daller orient al. On se plaint hautement aux échelles du Levant de cette sorte de monnoie ; elle est même assez souvent refusée. La plus grande partie en est de très-bas aloi, ou totalement fausse.

DALLER S. GAL, monnoie d'argent qui a cours à Bâle & à S. Gal ; elle est du titre de dix deniers huit grains pese comme le daller de Hollande sept gros un denier vingt grains, & vaut argent de France quatre livres six sols quatre deniers.


DALMATESsub. m. pl. (Géog. anc.) peuples originaires de l'Illyrie ; la Dalmatie en étoit la partie orientale : elle étoit anciennement composée de vingt villes, dont les Dalmates révoltés sur le roi Gentius s'emparerent d'abord. Ils étendirent ensuite leurs conquêtes jusqu'à-la mer Adriatique. Ils furent appellés Dalmates de Dalmium la capitale du pays. Les Romains les subjuguerent. Mais ils n'appartinrent pas long-tems à l'empire Romain ; ils secoüerent le joug, prirent aux Lyburniens leur pays, & l'Illyrie aux Romains. La Dalmatie s'étendit encore ; mais les limites en furent resserrées dans la suite, & il s'en faut beaucoup que la Dalmatie nouvelle soit comparable à l'ancienne. Voyez l'article suivant.


DALMATIE(Géog. mod.) province d'Europe bornée au nord par la Bosnie, au midi par le golfe de Venise, à l'orient par la Servie, à l'occident par la Morlaquie. Elle se divise en Vénitienne, Ragusienne, & Turque. Spalatro est la capitale de la partie Vénitienne, Raguse de la partie Ragusienne, & Herzegorma de la partie Turque.


DALMATIQUEsub. f. (Hist. ecclés.) ornement que portent les diacres & les soûdiacres quand ils assistent le prêtre à l'autel, en quelque procession ou autre cérémonie. On peint S. Etienne revêtu d'une dalmatique. Ducange dit que les empereurs & les rois dans leurs sacres & autres grandes cérémonies, étoient revêtus de dalmatiques. Cet ornement étoit autrefois particulier aux diacres de l'Eglise de Rome ; les autres ne le pouvoient prendre que par indult & concession du pape, dans quelque grande solennité. D'autres disent que les soûdiacres prenoient la tunique, les diacres la dalmatique, & les prêtres la chasuble. Le pape Zacharie avoit coûtume de la porter sous sa chasuble, & les évêques en portent encore. Cet ornement sacerdotal a souvent été confondu avec la chasuble qui étoit blanche mouchetée de pourpre. On lit dans Amalatius que ce fut un habit militaire avant que d'être un ornement ecclésiastique. Le pape Sylvestre en introduisit le premier l'usage dans l'église, selon Alcuin. Mais cette chasuble différoit de la nôtre ; elle étoit taillée en forme de croix, avoit du côté droit des manches larges, & du côté gauche de grandes franges : elle étoit, selon Durand, un symbole des soins & des superfluités de cette vie ; si elle n'avoit point de franges du côté droit, c'est que ces vanités sont inconnues dans l'autre. Les chapes des crieurs & des maîtres de confrairies sont faites en dalmatique ou tunique. L'usage en est originaire de la Dalmatie, d'où leur est venu le nom de dalmatique, à ce que disent Isidore & Papias. En Berri & en Touraine elle s'appelle courtibaut. Les paysans de ces provinces portent des casaques longues qu'ils appellent daumais, mot corrompu de dalmatique. Voyez Chambers & Trév. (G)


DALOTS. m. (Marine) DALON, DAILLON, ORGUE, GOUTTIERE : ces mots sont synonymes, & se donnent à une piece de bois placée aux côtés du vaisseau, dans la longueur de laquelle on fait une ouverture d'environ trois pouces de diametre, qui sert pour l'écoulement des eaux de pluie ou des vagues qui tombent sur le pont. Ceux qu'on met sur les ponts d'en-haut, se font ordinairement quarrés & de plusieurs pieces de bois. Voyez BORDAGES d'entre les préceintes.

Les dalots du pont d'en-bas d'un vaisseau de cinquante canons, doivent être faits avec des pieces de bois qui ayent six pouces de large & cinq pouces d'épais, dont les trous ayent trois pouces de diamêtre.

Les dalots du pont d'en-haut ont quatre pouces de large sur quatre pouces d'épais, & les trous deux pouces.

Les dalots sont aussi des tuyaux de bois qu'on met dans un brulot, qui répondent d'un bout aux dalles où il y a des traînées de poudre couvertes de toile goudronnée, & de l'autre bout aux artifices & autres matieres combustibles qui composent le brulot. Quelques-uns confondent quelquefois les dalles avec les dalots, & nomment ces tuyaux conduits des dalots. (Z)


DAMDOMMAGE, PERTE, (Gramm. Synon.) Le premier de ces mots n'est plus en usage que parmi les Théologiens pour désigner la peine que les damnés auront d'être privés de la vûe de Dieu ; ce qu'on appelle la peine du dam : & dommage differe de perte, en ce qu'il désigne une privation qui n'est pas totale. Exemple. La perte de la moitié de mon revenu me causeroit un dommage considérable. (O)

DAM ou DAMM, (Géog. mod.) ville des Pays-bas au comté de Flandres. Elle appartient à la maison d'Autriche. Long. 20. 50. lat. 51. 14.

DAM ou DAMME, (Géog. mod.) petite ville des Provinces-unies dans la seigneurie de Groningue, située sur le Damster. Long. 24. 23. lat. 53. 36.

DAM, (Géog. mod.) ville d'Allemagne à la Poméranie : elle appartient aux Suédois. Elle est située sur l'Oder. Long. 32. 40. lat. 53. 4.


DAMAN(Géog. mod.) ville des Indiens, à l'entrée méridionale du golfe de Cambaye. La riviere de Daman la traverse & la divise en deux parties, dont l'une s'appelle le nouveau Daman, & l'autre le vieux. Elle appartient aux Portugais. Long. 90. 10. latit. 21. 5.


DAMAR(Géog. mod.) ville de l'Arabie heureuse en Asie. Long. 67. lat. 16.


DAMARASS. m. (Comm.) espece d'armoisin : c'est un taffetas des Indes.


DAMASS. m. (Manufact. en soie) Le dictionnaire de Savari définit le damas une étoffe en soie dont les façons sont élevées au-dessus du fond, une espece de satin mohéré, une mohere satinée, où ce qui a le grain par-dessus l'a de mohere par-dessous, dont le véritable endroit est celui où les fleurs sont relevées & satinées, & dont l'autre côté n'est que l'envers, & qui est fabriquée de soie cuite tant en trame qu'en chaîne. On verra bien-tôt par la fabrication de cette étoffe dont nous allons donner le détail, ce qu'il peut y avoir de vrai & de défectueux dans cette définition. Nous nous contenterons d'observer seulement ici, 1°. que la seule définition complete qu'on puisse donner d'une étoffe, & peut-être d'un ouvrage de méchanique en général, c'est d'exposer tout au long la maniere dont il se fait : 2°. que le damas ne fait point gros-de-tours ; car pour faire gros-de-tours ou le grain de cette espece, il faut baisser la moitié de la chaîne, au lieu qu'on n'en leve ou baisse au damas que la cinquieme partie ; le grain du damas seroit plûtôt grain de serge : mais il n'est ni grain de serge ni gros-de-tours. Les damas de Lyon ont tous 11/24 d'aulne de large.

On distingue le damas en damas ordinaires pour robes, en damas pour meubles, en damas liséré, & en damas broché.

Tous les damas en général sont montés sur cinq lisses de satin & cinq de rabat, auxquelles il en faut ajoûter cinq de liage quand ils sont lisérés ou brochés.

Les damas ordinaires pour meubles lisérés & brochés, sont fixés en France par les réglemens à 90 portées. A Turin, ceux pour meubles, à 96 ; & à Gênes, à 100 ; & ils sont plus étroits que les nôtres.

Les armures des satins à cinq lisses sont une prise & deux laissées, comme dans les satins à huit lisses. Voyez l'article SATIN. Il ne s'agit ici que du rabat.

Les cinq lisses de rabat contiennent la même quantité de mailles que les cinq lisses de satin, de maniere que chaque fil de chaîne passé sur une lisse de satin est passé sous une de rabat, afin de baisser après que la tireuse a fait lever la soie.

La distribution des fils doit être telle, que celui qui passe sur la premiere lisse du fond passe aussi sur la premiere lisse du rabat, & ainsi des autres. Voici l'armure du damas ordinaire, tant pour le satin ou le fond, que pour le rabat.

Armure du damas courant.


DAMASONIUMS. m. (Hist. nat. bot.) genre de plante à fleur en rose, composée pour l'ordinaire de trois pétales disposés en rond. Il sort du calice un pistil, qui devient dans la suite un fruit fait en forme d'étoile, qui est composé de plusieurs capsules, & qui renferme des semences ordinairement oblongues. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)


DAMASQUETTESS. f. ce sont des étoffes à fleur d'or & d'argent, ou seulement à fleur de soie. Elles se fabriquent à Venise, & se débitent au Levant. Dict. du Comm. & de Trév.


DAMASQUINS. m. (Comm.) on le nomme plus communément rotte ; c'est un poids dont on se sert dans le Levant, & particulierement à Seyde.

Le damasquin ou rotte est de six cent dragmes, ou de quatre livres onze onces de Marseille. Cent damasquins font trois cent quatre-vingt livres de Paris. Voyez ROTTE. Voyez les dict. du Comm. de Trév. Chamb. & Dish. (G)


DAMASQUINERv. act. (Cisel.) c'est l'art d'enjoliver le fer ou l'acier, &c. en lui donnant une façon qui consiste à le tailler ou graver, puis à remplir les raies qu'on y fait d'un fil d'or ou d'argent. C'est une espece de mosaïque : aussi les Italiens lui donnent-ils le même nom tausia, qu'à la marqueterie. Cette sorte de travail a pris son nom de la ville de Damas, où il s'est fait quantité de beaux ouvrages dans ce genre, aussi-bien qu'en plusieurs autres endroits du Levant. Les anciens s'y sont beaucoup appliqués. C'est un assemblage de filets d'or ou d'argent, dont on fait des ouvrages plats ou des bas reliefs sur du fer. Les ornemens dont on les enrichit sont arabesques, moresques, ou grotesques. Voyez ces mots à leurs articles. Il se trouve encore des anneaux antiques d'acier avec des figures & des feuillages travaillés de cette maniere, & qui sont parfaitement beaux. Mais dans ces derniers tems on a fait des corps de cuirasse, des casques damasquinés, enrichis de moresques & d'arabesques d'or, & même des étriers, des harnois de chevaux, des masses de fer, des poignées, & des gardes d'épées, & une infinité d'autres choses d'un travail très-exquis. Depuis qu'on a commencé à faire en France de ces sortes d'ouvrages (c'est sous le regne d'Henri IV.), on peut dire qu'on a surpassé ceux qui s'en sont mêlés auparavant. Cursinet fourbisseur à Paris, qui est mort il y a environ cent ans, a fait des ouvrages incomparables dans cette sorte de travail, tant pour le dessein que pour la belle maniere d'appliquer son or & de ciseler par-dessus.

Quand on veut damasquiner sur le fer, on le met au feu pour lui donner le passe violet, qui est ce qu'on appelle couleur d'eau ; puis on dessine legerement dessus ce qu'on veut figurer, & on le taille avec un couteau à tailler de petites limes ; ensuite avec un fil d'or ou d'argent fort délié, on suit le dessein, & on remplit de ce fil les endroits qu'on a marqués pour former quelques figures, le faisant entrer dans les hachûres avec un petit outil qu'on nomme ciseau ; & avec un matoir on amatit l'or. Voyez MATOIR.

Si l'on veut donner du relief à quelques figures, on met l'or & l'argent plus épais, & avec des ciselets on forme dessus ce qu'on veut.

Mais quand avec la damasquinure on veut mêler un travail de rapport d'or ou d'argent, alors on grave le fer profondément en-dessous & à queue d'aronde, puis avec le marteau & le ciselet on fait entrer l'or dans la gravure ; après en avoir taillé le fond en forme de lime très-déliée afin que l'or y entre, & y demeure plus fortement attaché.

Cet or s'employe aussi par filets, & on le tourne & manie comme en damasquinant suivant le dessein qu'on a gravé sur le fer.

Il faut avoir attention que les filets d'or soient plus gros que le creux qu'on a gravé, afin qu'ils y entrent par force avec le marteau. Quand l'or ou l'argent est bien appliqué, on forme les figures dessus, soit avec les burins ou ciselets, soit par estampes avec des poinçons gravés de fleurons, ou autres objets qui servent à imprimer ou estamper ce que l'on veut. Voyez CISELURE, & la figure 14. du Ciseleur-Damasquineur, qui représente une plaque de métal sur laquelle est une feuille taillée & damasquinée en partie.

Cet article est tiré du dict. du Com. qui l'a emprunté du dictionnaire des principes de l'Architecture, Peinture, & Sculpture. Nous n'y avons rien changé, parce qu'il nous a paru contenir ce qu'il y avoit d'essentiel à remarquer sur cet art, plus difficile à pratiquer qu'à entendre.


DAMASSÉadj. (Manufact. en fil) il se dit d'une sorte de linge très-fin destiné au service de la table, où l'on remarque un fond & un dessein ; d'où l'on voit qu'il n'a été appellé damassé que parce que le travail en est le même que celui du damas. On lui donne encore le nom de petite Venise. V. DAMAS.


DAMASSERv. act. en termes de Vannier, c'est faire à une piece de lasséré des ornemens en losange, en croix, ou autres figures semblables à celles qu'on voit sur les serviettes damassées.


DAMASSINS. m. (Manuf. en soie) petit damas moins garni de chaîne & de trame que les damas ordinaires.


DAMATER(Myth.) surnom de Cérès. Les Grecs appelloient Damatrius le dixieme de leur mois, qui répondoit à-peu-près à notre mois de Juillet : c'étoit le tems de leurs moissons, ou de la récolte des dons dont ils rendoient graces à Cérès.


DAMBÉE(Géog. mod.) province d'Abyssinie en Afrique, sur un grand lac de même nom proche le Nil.


DAMES. f. (Hist. nat.) Voyez PIE.

DAME, s. f. (Hist. mod.) titre autrefois très-distingué, très-honorable parmi nous, & qu'on n'accordoit qu'aux personnes du premier rang. Nos rois ne le donnoient dans leurs lettres qu'aux femmes des chevaliers ; celles des écuyers les plus qualifiés étoient simplement nommées mademoiselle : c'est pourquoi Françoise d'Anjou étant demeurée veuve avant que son mari eût été fait chevalier, n'est appellée que mademoiselle. Brantome ne donnoit encore que le titre de mademoiselle à la sénéchale de Poitou sa grand-mere. Il parleroit différemment aujourd'hui que la qualification de madame est devenue si multipliée, qu'elle n'a plus d'éclat, & s'accorde même à de simples femmes de bourgeois. Tous les mots qui désignent des titres, des dignités, des charges, des prééminences, n'ont d'autre valeur que celle des lieux & des tems, & il n'est pas inutile de se le rappeller dans les lectures historiques. Article de M(D.J.)

DAME DU PALAIS, (Hist. de France) titre d'office chez la reine de France avec pension. François I. introduisit les femmes à la cour, & la reine Catherine de Médicis les filles d'honneur, qu'elle employa comme un moyen des plus propres à servir ses desseins, à amuser les grands, & à découvrir leurs secrets. Enfin en 1673 la triste aventure de mademoiselle de *****, une des filles d'honneur de la reine mere Anne d'Autriche, dont le malheur est connu par le sonnet de l'avorton, donna lieu à un nouvel établissement. " Les dangers attachés à l'état de fille dans une cour galante & voluptueuse, dit M. de Voltaire dans ses Anecdotes de Louis XIV. " déterminerent à substituer aux douze filles d'honneur qui embellissoient la cour de la reine, douze dames du palais ; & depuis, la maison des reines de France fut ainsi composée ". Article de M(D.J.)

DAME, en Architecture : on appelle ainsi dans un canal qu'on creuse, les digues du terrein qu'on laisse d'espace en espace pour avoir de l'eau à discrétion, & empêcher qu'elle ne gagne les travailleurs.

On nomme aussi dames de petites langues de terre couvertes de leur gazon, qu'on pratique de distance en distance, pour servir de témoins de la hauteur des terres qu'on a fouillées afin d'en toiser les cubes ; alors on les appelle témoins. (P)

DAME ou DEMOISELLE, (Fortification) est une piece de bois ayant des bras, que l'on tient à deux mains, pour battre & refouler la terre ou le gazon qui se mettent dans le mortier. Voyez MORTIER.

Les paveurs se servent du même instrument pour affermir les pavés des rues & des cours après qu'ils sont placés. Celui-ci est un gros bloc de bois dont l'extrémité est un peu allégie ; sa tête est ceinte d'une bande de fer, & armée en-dessous de gros clous de fer.

Dame est encore une partie de terre qui reste comme isolée entre les fourneaux des mines qui ont joüé. (Q)

DAME JEANNE, s. f. (Marine) Les matelots appellent ainsi une grosse bouteille de verre couverte de nattes, qui sert à mesurer sur les vaisseaux marchans les rations de la boisson de l'équipage ; elle tient ordinairement la douzieme partie d'une barrique, c'est-à-dire dix-sept à dix-huit pintes. (Z)

DAME LOPRE, s. f. (Marine) On donne ce nom en Hollande à une sorte de petit bâtiment dont on se sert dans ce pays pour naviguer sur les canaux & sur les autres eaux internes.

Cette sorte de bâtiment a ordinairement cinquante ou cinquante-cinq piés de long de l'étrave à l'étambord, sur une largeur de onze à douze piés. On lui donne quatre piés de creux depuis les vaigres du fond jusqu'au bordage où les dalots sont percés, & cinq pieds derriere le côté du banc où le mât touche, qui regarde l'arriere.

A l'égard de la queste qu'on donne à ces sortes de bâtimens, le charpentier se regle à la vûe ; cependant le plus qu'on leur en peut donner est le meilleur.

On fait la quille d'une seule piece, d'un pié de large sur quatre à cinq pouces d'épais. (Z)

* DAME, s. f. (grosses forges) c'est une piece d'environ un pié de hauteur, qui ferme la porte du creuset qui donne dans la chambre, à la réserve d'un espace d'environ sept à huit pouces, qu'on appelle la coulée & par lequel passe toute la fonte contenue dans le creuset.

* DAME (Jeu) On donne ce nom à de petites tranches cylindriques de bois ou d'ivoire qui sont peu épaisses, qui ont à-peu-près pour diamètre le côté d'un carreau du damier, & dont on se sert pour joüer aux dames. Il y en a de deux couleurs ; un des joüeurs prend les dames d'une couleur, & l'autre joüeur les dames de l'autre couleur. Voyez DAMES, (Jeu de) & DAMIER.

* DAMES, (Jeu de) Le jeu de dames se joüe avec les dames. Voyez les art. DAME & DAMIER. Il y a deux sortes principales de jeu de dames ; on appelle l'un les dames françoises, & l'autre les dames polonoises. Aux dames françoises, chaque joüeur a douze dames ; aux dames polonoises, vingt. On commence le jeu par placer ses dames.

Aux dames françoises le joüeur A place ses douze dames sur les douze quarreaux ou cases a, b, c, d, &c. & le joüeur B, les douze siennes sur les douze cases 1, 2, 3, 4, 5, &c. fig. 1. Chaque joüeur joüe alternativement. Lorsque le joüeur A a poussé une de ses dames, le joüeur B en pousse une des siennes. Les dames ne font qu'un pas ; elles vont de la case où elles sont, sur les cases vuides de même couleur qui leur sont immédiatement contigues par leurs angles, sur la bande qui est immédiatement au-dessus : d'où l'on voit qu'une dame quelconque ne peut jamais avoir que deux cases au plus à choisir. Au bout d'un certain nombre de coups, il arrive nécessairement à une des dames du joüeur A ou B, d'être immédiatement contigue à une des dames du joüeur B ou A. Si c'est au joüeur A à joüer, & que la dame M soit contigue à la dame N du joüeur B, ensorte que celle-ci ait une case vuide par-derriere elle, la dame M se placera dans la case vuide, & la dame N sera enlevée de dessus le damier. S'il y a plusieurs dames de suite en avançant vers le fond du damier, placées de maniere qu'elles soient toutes séparées par une seule case vuide contigue, la même dame M les enlevera toutes, & se placera sur la derniere case vuide. Ainsi dans le cas qu'on voit ici, fig, 2. la dame M enlevera les dames 9, 7, 5, 3, & s'arrêtera sur la case . Quand une dame est arrivée sur la bande d'en-haut de l'adversaire, on dit qu'elle est arrivée à dame : pour la distinguer des autres on la couvre d'une autre dame, & elle s'appelle dame damée. La dame damée ne fait qu'un pas, non plus que les autres dames, mais les dames, simples ne peuvent point reculer ; elles avancent toûjours ou s'arrêtent, & ne prennent qu'en avant : la dame damée au contraire avance, recule, prend en avant, en arriere, en tout sens, tout autant de dames qu'elle en rencontre séparées par des cases vuides, pourvû qu'elle puisse suivre l'ordre des cases sans interrompre sa marche. Que cet ordre soit ici en avançant, là en reculant, la dame damée prend toûjours ; au lieu que quand elle n'est pas damée, il faut que l'ordre des dames prises soit toûjours en avançant ; elle ne peuvent jamais faire un pas en arriere. Ainsi, fig. 3. la dame damée M prend les dames 1, 2, 3, 4, 5, &c. au lieu que la dame simple ne pourroit prendre que les dames 1, 2. Si on ne prend pas quand on a à prendre, & qu'on ne prenne pas tout ce qu'on avoit à prendre, on perd la dame avec laquelle on devoit prendre, soit simple, soit damée ; cela s'appelle souffler : votre adversaire vous souffle & joue, car souffler n'est pas joüer. Le jeu ne finît que quand l'un des joüeurs n'a plus de dame ; c'est celui à qui il en reste qui a gagné.

Les dames polonoises se joüent comme les dames françoises, mais sur un damier polonois, c'est-à-dire à cent cases, & chaque joüeur a vingt dames. Les dames polonoises simples avancent un pas seulement, comme les dames françoises simples ; mais elles prennent comme les dames damées françoises, & les dames damées polonoises marchent comme les fous aux échecs : elles prennent d'un bout d'une ligne à l'autre, toutes les dames qui se trouvent séparées les unes des autres par une ou plusieurs cases vuides ; passent sans interrompre leur marche, d'un seul & même coup, sur toutes les lignes obliques, tant qu'elles rencontrent des dames à prendre, & ne s'arrêtent que quand elles n'en trouvent plus. On souffle aussi à ce jeu les dames simples & damées ; & on perd ou gagne, comme aux dames françoises, quand on manque de dames ou qu'on en garde le dernier.


DAMERY(Géog. mod.) petite ville de Champagne en France ; elle est située sur la Marne, entre Ay & Châtillon.


DAMGASTEN(Géog. mod.) ville d'Allemagne à la Poméranie, sur la riviere de Recknitz : elle est aux Suédois. Long. 30. 45. lat. 54. 20.


DAMIANISTES. m. (Hist. eccles.) nom de secte. Les Damianistes étoient une branche des Acéphales Séverites ; ils recevoient le quatrieme concile avec les Catholiques, mais ils rejettoient toute différence de personnes en Dieu, n'admettant qu'une seule nature incapable d'aucune distinction. Ils ne laissoient pourtant pas d'appeller Dieu, Pere, Fils, & S. Esprit ; c'est pour cela que les Séverites Pétrites, autre branche des Acéphales, les appelloient Sabellianistes, & quelquefois Tétradites. C'est là à-peu-près ce que nous en apprend Nicéphore Caliste, l. XVIII. c. xlix.

Les Damianistes étoient ainsi appellés d'un évêque nommé Damian qui fut leur chef. Voyez le dictionn. de Trév. (G)


DAMIANO(SAINT) ville d'Italie dans le Montferrat, à trois lieues d'Albe.


DAMIES. f. (Mytholog.) c'est ainsi qu'on appelloit la bonne déesse, ainsi que les sacrifices qu'on lui faisoit. Voyez l'article CYBELE.


DAMIERS. m. (Jeu) surface plane divisée en quarreaux alternativement blancs & noirs. Le damier qui sert pour les dames françoises & pour les échecs, n'a que soixante-quatre quarreaux ou cases. Chaque bande de quarreau & de huit ; & dans chaque bande, si le quarreau d'une bande est noir ; les correspondans dans les bandes immédiatement au-dessus, & au dessous, seront blancs. Ainsi dans une bande quelconque, supposé que les quarreaux soient, en allant de la gauche à la droite, blanc, noir, blanc, noir, &c. dans la bande au-dessous & au dessus de cette bande, les quarreaux seront, en allant pareillement de la gauche à la droite, noir, blanc, noir, blanc, &c..... Le damier qui sert pour les dames polonoises, ne differe de celui-ci que par le nombre de ses cases ou quarreaux ; il en a cent, dix sur chaque bande. V. l'article DAME, JEU, & l'art. ECHEC. V. aussi la Pl. du Jeu.


DAMIETTE(Géogr. mod.) ville d'Afrique en Egypte, sur l'une des bouches orientales du Nil. Long. 50. lat. 31.


DAMITEou DAMITONS, s. m. pl. (Comm.) toiles de coton qui se fabriquent en Cypre, & qui s'y débitent. Dictionn. du Comm. & de Trév.


DAMMARTIN(Géog mod.) petite ville de l'ile de France, à la Goëlle.


DAMNATIONS. f. (Théol.) peine éternelle de l'enfer. Le dogme de la damnation ou des peines éternelles est clairement révelé dans l'Ecriture. Il ne s'agit donc plus de chercher par la raison, s'il est possible ou non qu'un être fini fasse à Dieu une injure infinie ; si l'éternité des peines est ou n'est pas plus contraire à sa bonté que conforme à sa justice ; si parce qu'il lui a plû d'attacher une récompense infinie au bien, il a pû ou non attacher un châtiment infini au mal. Au lieu de s'embarrasser dans une suite de raisonnemens captieux, & propres à ébranler une foi peu affermie, il faut se soûmettre à l'autorité des livres saints & aux décisions de l'Eglise, & opérer son salut en tremblant, considérant sans-cesse que la grandeur de l'offense est en raison directe de la dignité de l'offensé, & inverse de l'offenseur ; & quelle est l'énormité de notre desobéissance, puisque celle du premier homme n'a pû être effacée que par le sang du Fils de Dieu.


DAMOISEAUDAMOISEL, DAMOISELLE, (Hist. mod.) Ce terme a souffert, comme bien d'autres, beaucoup de révolutions. C'étoit anciennement un nom d'espérance ; & qui marquoit quelque sorte de grandeur & de seigneurie : aujourd'hui dans le langage ordinaire il ressent moins le titre d'un guerrier que d'un petit-maître. Sous la seconde race de nos Rois, & même sous la troisieme ; dans l'onzieme & douzieme siecles, le titre de damoiseau étoit propre aux enfans des rois & des grands princes. Les François & les peuples de la Grande-Bretagne, soit Anglois, soit Ecossois, qualifioient ainsi les présomptifs héritiers des couronnes : à leur imitation les Allemands en ont usé de même. On trouve dans l'histoire damoisel Pepin, damoisel Louis le Gros, damoisel Richard prince de Galles ; & un ancien écrivain de notre histoire (c'est Philippe de Monkes) appelle le roi S. Louis damoiseau de Flandres, parce qu'il en étoit seigneur souverain ; ainsi ce terme signifie encore seigneur suzerain. Il est même demeuré par excellence aux seigneurs de Commercy sur la Meuse, entre Toul & Bar-le-Duc, parce que c'est un franc-aleu, qui en quelque sorte imite la souveraineté.

Dans la suite ce nom fut donné aux jeunes personnes nobles de l'un & de l'autre sexe, aux fils & filles de chevaliers & de barons, & enfin aux fils de gentilshommes qui n'avoient pas encore mérité le grade de chevalerie.

Pasquier prétend que damoisel ou damoiseau est le diminutif de dam, comme son féminin, damoiselle, l'est de dame ; & que le mot dam d'où il dérive, signifie seigneur, comme on le voit effectivement dans plusieurs anciens auteurs, qui disent dam Dieu pour seigneur Dieu ; dam chevalier, &c. D'autres le font venir de domicellus ou domnicellus, diminutif de domnus, quasi parvus dominus ; nom auquel répond celui de dominger, qui, comme l'observe Ducange, se prenoit aussi dans ce sens-là.

M. de Marca remarque que la noblesse de Béarn se divise encore aujourd'hui en trois corps ; les barons, les cavers ou chevaliers, & les damoiseaux, domicellos, qu'on appelle encore domingers en langage du pays.

Les fils de rois de Danemark & ceux de Suede ont aussi porté ce titre, comme il paroît par l'histoire de Danemark de Pontanus, l. VII. & VIII. & par celle de Suede d'Henri d'Upsal, liv. III.

Ces noms ne sont plus d'usage aujourd'hui ; mais nous avons celui de demoiselle, qui se dit présentement de toutes les filles qui ne sont point encore mariées, pourvû qu'elles ne soient point de la lie du peuple. Le nouveau Ducange, au mot domicellus, comprend quelques curiosités utiles.

Demoiselle signifie encore un ustensile que l'on met dans le lit pour échauffer les piés d'un vieillard. C'est un fer chaud que l'on renferme dans un cylindre creux que l'on enveloppe dans des linges, & qui entretient long-tems sa chaleur. Quelques-uns l'appellent moine ; & les Anglois, d'un nom qui dans leur langue signifie une none, une religieuse. Voyez MOINE. (G) (a)


DAMOISELLES(Marine) Voyez LISSE DE PORTE-HAUBANS.


DAMVILLIERS(Géog. mod.) ville de France au duché de Luxembourg ; elle est située sur une montagne. Long. 23. 8. lat. 49. 22.


DANAIDESS. m. pl. (Mytholog.) Ce sont dans l'ancienne Mythologie les filles de Danaïs ou Danaüs onzieme roi d'Argos, & frere d'Egyptus.

Elles étoient cinquante, & épouserent les cinquante fils de leur oncle Egyptus.

Danaüs craignant l'accomplissement d'un oracle qui lui avoit prédit qu'il seroit chassé du throne par un gendre, persuada à ses filles de tuer chacune leur mari la premiere nuit de leurs noces ; ce qu'elles firent, excepté Hypermnestre qui épargna son mari Lincée.

En punition de ce crime, les poëtes les ont condamnées dans l'enfer à verser continuellement de l'eau dans un tonneau sans fond ; supplice assez semblable à celui des philosophes qui veulent enseigner aux hommes la justice & la vérité.

On les appelle aussi quelquefois Bélides, parce qu'elles étoient les petites-filles de l'Egyptien Bélus. Hygin nous a conservé les noms de quarante-sept d'entr'elles. Chambers. (G)


DANAQUES. f. (Mythol.) C'est ainsi qu'on appelloit chez les Grecs la piece de monnoie ou l'obole qu'on mettoit dans la bouche des morts, & avec laquelle ils devoient payer à Caron leur passage aux enfers. Ce n'étoit pas un excellent moyen de détromper les hommes de l'appétit qu'ils ont pour la richesse, que d'attribuer à l'argent une valeur jusque dans l'autre monde.


DANCALE(Géog. mod.) royaume d'Afrique situé à l'occident du détroit de Babelmandel, dans l'Abyssinie.


DANCHÉadj. terme de Blason ; il se dit du chef, de la fasce, de la bande & du parti, coupé, tranché, taillé & écartelé, lorsqu'ils se terminent en pointes aigues comme des dents. Cossé en Anjou, de sable à trois fasces danchées par le bas d'or, autrement nommées feuilles de scie. (V)


DANCKS. m. (Comm.) petite monnoie d'argent de Perse ; par corruption on a transformé le mot dank en danck. Voyez DANK.


DANDA(Géog. mod.) ville des Indes au royaume de Scéan. Long. 88. 50. lat. 18. 20.

DANDA, (Géog. mod.) riviere d'Afrique dans le Congo.


DANE-GELT(Hist. mod.) la premiere taxe fonciere établie en Angleterre ; elle signifie argent des Danois ou pour les Danois. En voici l'origine. Les Danois ravageant l'Angleterre en 1001, Ethelred II. prince timide, se soûmit, pour éviter leurs incursions, à leur payer une somme de trente mille livres angloises. Cette somme, qui étoit alors très-considérable, fut levée par imposition annuelle de 12 sols sur chaque hyde de terre, c'est-à-dire sur le labourage d'une charrue, sur l'étendue de terre qu'on peut labourer avec une seule charrue. Après cette imposition les Danois cesserent de piller, & se retirerent dans leur pays. Il y en eut pourtant un grand nombre qui trouvant que l'Angleterre valoit bien le Danemark, prirent le parti de s'y fixer ; mais le dane-gelt continua d'être très-onéreux à la nation, même long-tems après que les Danois eurent quitté le royaume. Avant que cette taxe eût lieu, les rois Saxons n'avoient que des services personnels pour les expéditions militaires, & des subsides en deniers pour les bâtimens, la réparation des villes, châteaux, ponts, &c. c'est pourquoi la levée du dane-gelt a excité de tems à autres de grands soûlevemens : aussi Edouard l'abolit, & Guillaume I. en le renouvellant avec rigueur en 1067, retraça vivement dans le souvenir des Anglois, les maux qu'ils avoient soufferts sous une domination étrangere ; ce qui fit qu'ils ne regarderent plus ce prince que comme un conquérant odieux. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.
DANEBROou DANEBORG, (Histoire mod.) ordre de chevalerie en Danemark, institué le jour de la fête de S. Laurent en 1219 par Waldemar II. roi de Danemark, à l'occasion d'un drapeau qui tomba, dit-on, miraculeusement du ciel, dans une bataille que ce prince donnoit contre les Livoniens, & qui ranima le courage de ses troupes. Ce drapeau, sur lequel on voyoit une croix blanche, fut nommé en langue du pays, danebrog ou danenburg, c'est-à-dire la force ou le sort des Danois. On le portoit à la tête des troupes, comme autrefois l'oriflamme en France ; mais ce drapeau ayant été perdu vers l'an 1500, & l'ordre de chevalerie qu'avoit institué Waldemar, s'étant insensiblement éteint, Christian V. roi de Danemark, le renouvella à la naissance de son premier fils en 1671. Les chevaliers dans les solennités, outre l'habit de l'ordre, portent une chaîne composée des lettres W. & C. entrelacées l'une dans l'autre, dont la premiere désigne le nom de l'instituteur, & la seconde celui du restaurateur de cet ordre. La marque ordinaire qui les distingue, est une croix blanche émaillée & bordée de rouge, garnie d'onze diamans : ils la portent à un ruban blanc bordé de rouge, passé en baudrier de la droite à la gauche ; & sur le côté droit du juste-au-corps les chevaliers portent une étoile à huit rayons brodée en argent, surmontée d'une croix d'argent bordée de rouge & de ces paroles C. V. restitutor. Quoiqu'on ait attention à la naissance dans le choix des chevaliers, il suffit d'avoir rendu des services importans au royaume pour être honoré de l'ordre de danebrog. Chambers. (G)


DANEMARK(Géog. mod.) royaume de l'Europe, borné à l'orient par la mer Baltique, au sud par l'Allemagne, à l'occident & au nord par l'Océan. Il se divise en état de terre-ferme & en état de mer. Le pays est riche, peuplé, & devient florissant par des manufactures & par le commerce aux Indes. La Norwege & l'Islande en sont des dépendances : Copenhague est la capitale : la religion luthérienne est la dominante. Long. 25-30. 30. latit. 54-57. 30. Le roi a la préséance sur celui de Suede, parce que son royaume est réputé le plus ancien des trois royaumes du Nord. La forme du gouvernement est bien différente de ce qu'elle a été jusqu'en 1660 ; la couronne d'élective est devenue héréditaire, & le roi joüit d'un pouvoir absolu. Voyez l'état du Danemark par mylord Molesworth. Art. de M(D.J.)


DANGALou DONGOLA, (Géog. mod.) ville d'Afrique, capitale de la Nubie, située sur le Nil. Long. 52. 10. lat. 15. 6.


DANGER(Jurisp.) en matiere d'eaux & forêts, signifie dixme ou dixieme, droit de dixieme.

Si nous en croyons Beraut dans son traité du tiers & dangers, & quelques autres auteurs qui l'ont suivi, le terme de danger vient du latin indulgere, & signifie le droit que l'on paye au seigneur pour la permission de vendre un fief ou un bois qui releve de lui.

Mais l'ordonnance de la chambre des comptes, de l'an 1344, qui est rapportée par Terrier sur l'ancienne coûtume de Normandie, liv. XIV. ch. 11. n°. 8. dit que quand un bois à tiers & danger est vendu par les très-fonciers, le Roi prend le tiers sur toute la somme, avec la dixme ou danger de 2 sols pour livre ; ce qui fait voir que danger est la même chose que dixme ou dixieme.

M. de Brieux qui étoit natif de Caën, & qui avoit fait pendant quelque tems la profession d'avocat au parlement de Roüen, l'explique de même dans ses anciennes coûtumes ou façons de parler, au mot sergens dangereux. Il dit que ce terme danger vient du latin denarius, deniarius, que quelques-uns ont lû apparemment comme s'il y avoit denjarius, d'où l'on a fait en françois denjer, & par corruption danger.

Ce droit de danger est fort ancien, puisqu'il en est parlé dans la chartre normande de Louis Hutin, de l'an 1315 ; dans une ordonnance de la chambre des comptes, de l'an 1344 ; & dans une ordonnance de Charles V. de l'an 1376.

Il est dû au Roi sur plusieurs forêts du royaume, & particulierement en Normandie : il consiste au dixieme ou danger des bois vendus par le seigneur très-foncier : il se paye en argent ou en essence.

On conjoint souvent les termes de tiers & danger, parce qu'il y a des bois qui sont sujets au droit de tiers & à celui de danger ; mais il y a des bois qui ne sont sujets qu'au droit de tiers sans danger, & d'autres au droit de danger sans tiers.

L'ordonnance de 1669 a pourvû dans le titre 23 à ce qui concerne le droit de danger appartenant au Roi.

Il est dit que dans tous les bois sujets aux droits de grurie, grairie, tiers & danger, la justice & tous les profits qui en procedent, appartiennent au Roi, ensemble la chasse, paisson & glandée, privativement à tous autres, à moins que pour la paisson & glandée il n'y eût titre au contraire.

Le tiers & danger doit être levé & payé selon la coûtume ancienne, qui est de distraire au profit du Roi sur le total de la vente, soit en especes ou en deniers, au choix du Roi, le tiers & le dixieme ; ensorte que si l'adjudication est de trente arpens pour une somme de 300 liv. le Roi en doit avoir dix arpens pour le tiers de trente, & trois pour le dixieme de la même quantité, ou si le Roi le prend en argent, 100 liv. pour le tiers de 300 liv. & 30 liv. pour le dixieme de la même somme de 300 liv.

S'il se trouve quelques bois en Normandie pour lesquels les particuliers ayent titre & possession de ne payer qu'une partie de ce droit, savoir le tiers simplement, ou seulement le danger, qui est le dixieme, l'ordonnance veut qu'il ne soit rien innové à cet égard.

Les possesseurs de bois sujets à tiers & danger, peuvent prendre par leurs mains, pour leur usage, des bois des neuf especes contenues en l'article 9 de la chartre normande de Louis X. de l'an 1315, qui sont saulx, marsaux, épines, puisnes, senis, aulnes, genets, genievres & ronces, & le bois mort en cime & racine, ou gisant.

L'article 6 déclare le droit de tiers & danger dans le bois de la province de Normandie, imprescriptible & inaliénable, comme faisant partie de l'ancien domaine de la couronne.

Tous bois situés en Normandie, hors ceux plantés à la main, & les morts-bois exceptés par la chartre normande, sont sujets à ce droit, si les possesseurs ne sont fondés en titres authentiques & usages contraires.

Enfin l'ordonnance veut que les droits de propriété par indivis avec d'autres seigneurs, & ceux de grurie, grairie, tiers & danger, ne puissent être donnés, vendus ni aliénés en tout ou partie, ni même donnés à ferme pour telle cause ou prétexte que ce soit ; renouvellant en tant que besoin seroit, la prohibition contenue à cet effet au dixieme article de l'ordonnance de Moulins, sans même qu'à l'avenir tels droits puissent être engagés ou affermés ; mais leur produit ordinaire doit être donné en recouvrement aux receveurs des bois ou du domaine, lesquels en doivent compter ainsi que des deniers provenans des ventes des forêts du Roi. Voyez Terrier sur l'ancienne coûtume de Normandie liv. XIV. c. xj. n. 8. &c. xxxvij. le traité du tiers & danger, par Beraut ; celui de M. Greard, donné au public par M. Froland ; la biblioth. de Bouchel, au mot tiers & danger ; Bacquet, des droits de justice, chap. x. n. 5. & l'édit du mois d'Avril 1673.

DANGER (fief de) voyez FIEF. (A)

DANGER, s. m. (Medecine) se dit de l'état d'un malade menacé d'un évenement pernicieux, soit qu'il y ait à craindre que la maladie se termine par la mort, ou par quelqu'autre maladie pire que celle qui existe actuellement ; soit qu'ayant une partie affectée, il y ait à craindre que la suppuration, par exemple, ou la gangrene ne la détruise.

Ainsi l'on dit d'un homme qui essuie une attaque d'apoplexie, qu'il est en danger de mort, ou de devenir paralytique dans quelques parties de son corps. On dit d'une personne qui a les os d'un membre fracassés avec grande contusion des chairs, qu'elle est en danger de le perdre par la mortification ou par l'amputation. On dit d'une maladie qu'elle est dangereuse en général, lorsqu'il y a plus à craindre qu'à espérer pour l'issue qu'elle aura. La vie consiste dans une certaine disposition du corps humain ; la maladie consiste aussi dans une certaine disposition, différente de celle qui constitue la santé ; & qui est plus ou moins contraire à la vie : la fin de la maladie est la mort.

Le medecin juge par les changemens plus ou moins grands que la maladie fait dans le corps, s'il y a à craindre pour les suites, ou non ; il compare les forces de la vie avec les forces de la maladie, & il infere de cette comparaison ; si la vie sera supérieure au mal, ou non. Plus il y a de lésion dans les fonctions, & plus ces fonctions lésées sont essentielles à la vie, ensorte que, plus la cause de la maladie surpasse considérablement la cause de la vie, plus il y a de danger ; & il dure d'autant plus long-tems, que la maladie qui en est accompagnée, parvient plus lentement à son dernier accroissement, que les forces de la vie sont plus diminuées, & que la cause de la maladie est plus difficile à détruire. Le danger est d'autant moindre pour l'intensité & pour la durée, que le contraire de ces propositions a plus lieu.

La science de prédire les évenemens heureux ou malheureux dans les maladies en général, est toute fondée sur ces principes Voyez PROGNOSTIC. (d)

DANGERS. (Marine) se dit des rochers ou des bancs de sable cachés sous l'eau ou même à fleur d'eau, sur lesquels un vaisseau peut se briser ou faire naufrage en donnant dessus.

Lorsqu'il se trouve des dangers à l'entrée de quelque port ou de quelque riviere, on met dessus des balises ou des boués, qui servent de marques pour les éviter. (Z)

Dangers civils, ou autrement de la seigneurie, ou risques de terre, se dit soit des défenses, soit des doüannes ou contributions que certains seigneurs peuvent exiger des marchands ou de ceux qui font naufrage. (Z)


DANGEREUXadj. (Jurisp.) Sergens dangereux sont des sergens particuliers établis pour avoir inspection sur les bois où le Roi a droit de danger. Voyez ci-devant DANGER & SERGENS. (A)


DANIEL(PROPHETIES DE) Hist. eccles. & théol. nom d'un des livres canoniques de l'ancien Testament, ainsi nommé de Daniel prophete du Seigneur, sorti de la race royale de David, & qui prophétisa à Babylone, où il avoit été mené fort jeune en captivité avec un grand nombre d'autres Juifs ses compatriotes, sous le regne de Joakim roi de Juda.

Nous ne traitons ici de ce livre, qu'en tant qu'on a contesté la canonicité de quelques-unes de ses parties ; & nous emprunterons du P. Calmet ce qu'il en a dit dans son dictionnaire de la Bible, tome I. page 499 & suiv.

Parmi les écrits de Daniel, dit ce savant Bénédictin, il y a des pieces qui ont toûjours constamment passé pour canoniques ; d'autres qui ont été contestées fort long-tems. Tout ce qui est écrit en hébreu ou en chaldéen, car il y a quelques morceaux de chaldéen mêlés avec l'hébreu, tout cela est généralement reconnu pour canonique, tant chez les Juifs que chez les Chrétiens ; mais ce qui ne se trouve qu'en grec a souffert de grandes contradictions, & n'a proprement été reçu pour canonique parmi tous les orthodoxes sans exception, que depuis la décision du concile de Trente. Du tems de saint Jerôme les Juifs étoient partagés à cet égard, comme nous l'apprend ce pere dans sa préface sur Daniel, & sur le chap. xiij. du même prophete. Les uns admettoient toute l'histoire de Susanne, d'autres la rejettoient toute entiere ; quelques-uns en recevoient une partie & en rejettoient une autre. Joseph l'historien, par exemple, n'a rien dit de l'histoire de Susanne, ni de celle de Bel & du dragon ; mais Joseph Ben-Gorion auteur juif, qui a écrit en hébreu, rapporte tout au long ce qui regarde Bel & le dragon, & ne dit rien de l'histoire de Susanne.

Les douze premiers chapitres de Daniel sont partie en hébreu, partie en chaldéen : les deux derniers sont en grec. Il parle hébreu lorsqu'il récite simplement ; mais il rapporte en chaldéen les entretiens qu'il a eus en cette langue avec les Mages & les Rois Nabuchodonosor, Balthasar & Darius le Mede. Il rapporte dans la même langue l'édit que Nabuchodonosor donna, après que Daniel eux expliqué le songe que ce prince avoit eu d'une grande statue d'or : ce qui montre l'extrême exactitude de ce prophete, qui rend jusqu'aux propres paroles des personnages qu'il introduit. Le chap. iij. v. 24. & suiv. jusqu'au 9e. sont en grec, aussi bien que les deux derniers chapitres ; & c'est une grande question parmi les critiques, de savoir s'ils ont jamais été écrits en hébreu. La version grecque que nous avons de tout Daniel, est de Théodotion ; celle des Septante est perdue il y a très-longtems.

Les prophéties de Daniel sont si claires, que Porphyre n'a crû pouvoir se délivrer de leur témoignage & de leur autorité, qu'en supposant que Daniel avoit vécu du tems d'Antiochus Epiphanes, qu'il avoit alors décrit les événemens qui se passoient sous ses yeux, & que d'ailleurs il avoit contrefait l'homme inspiré, en assûrant qu'il avoit été contemporain de Nabuchodonosor & de Balthasar ; mais l'absurdité de la supposition de Porphyre est palpable, & l'existance de Daniel au tems des monarques assyriens, est attestée autant qu'aucun fait historique le puisse être. La plûpart des Rabbins le retranchent du nombre des prophetes, & se contentent de mettre ses écrits au rang des hagiographes. Voyez HAGIOGRAPHES. (G)


DANKS. m. (Comm.) petite monnoie d'argent fabriquée en Perse & qui a cours en Arabie, du poids de trois grains, à un titre assez bas. Le dank vaut argent de France environ 10 den. 3/11.


DANNEBERG(Géog. mod.) ville d'Allemagne au cercle de basse Saxe, sur le Tetze, Long. 29. 20. lat. 53. 18.


DANNIWARTACH(Hist. nat.) arbrisseau des Indes dont les feuilles sont semblables à celles du camphrier. Il produit un fruit semblable à une grappe de raisin, & la graine en est blanche & ressemble à du poivre blanc. Les Indiens se servent de cette plante pour battre leurs bestiaux malades, dans l'idée que ce remede les guérit.


DANOIS(IMPOT) Hist. mod. c'étoit une taxe annuelle imposée anciennement sur les Anglois, qui n'étoit d'abord que d'un schelin, & ensuite de deux, pour chaque mesure de 40 arpens de terre par tout le royaume, pour entretenir un nombre de forces que l'on jugeoit suffisantes à nettoyer les mers de pirates Danois, qui auparavant desoloient les côtes d'Angleterre.

Ce subside fut d'abord imposé comme une taxe annuelle sur toute la nation, sous le roi Ethelred, l'an 991 : " Ce prince, dit Cambden, in Britannia, étant réduit à de grandes extrémités par les invasions continuelles des Danois, voulut se procurer la paix, & fut obligé de charger son peuple de ces taxes appellées impôt danois. Il paya d'abord 10000 liv. ensuite 16000 l. après 24000 l. puis 36000 l. & enfin 48000 l. "

Edouard le Confesseur remit cette taxe ; les rois Guillaume I. & II. la continuerent. Sous le regne d'Henri I. on mit cet impôt au nombre des revenus fixes du royaume ; mais le roi Etienne le supprima entierement le jour de son couronnement.

Les biens d'église ne payoient rien de cet impôt ; parce que le peuple d'Angleterre, comme on le voit dans une ancienne loi saxonne, avoit plus de confiance aux prieres de l'Eglise, qu'à la force des armes. Voyez ci-devant DANE-GELT, & le dictionn. de Chambers. (G)


DANSEN, synonymes, (Gram.) ces mots different en ce que le second n'est jamais suivi des articles le, la, & ne se met jamais avec un nom propre de ville ; & que le premier ne se met jamais devant un mot d'où l'article est retranché. On dit, je suis en peine, & je suis dans la peine ; je suis dans Paris, & j'y suis en charge. (O)


DANSES. f. (Art & Hist.) mouvemens reglés du corps, sauts, & pas mesurés, faits au son des instrumens ou de la voix. Les sensations ont été d'abord exprimées par les différens mouvemens du corps & du visage. Le plaisir & la douleur en se faisant sentir à l'ame, ont donné au corps des mouvemens qui peignoient au-dehors ces différentes impressions : c'est ce qu'on a nommé geste. Voyez GESTE.

Le chant si naturel à l'homme, en se développant, a inspiré aux autres hommes qui en ont été frappés, des gestes relatifs aux différens sons dont ce chant étoit composé ; le corps alors s'est agité, les bras se sont ouverts ou fermés, les piés ont formé des pas lents ou rapides, les traits du visage ont participé à ces mouvemens divers, tout le corps a répondu par des positions, des ébranlemens, des attitudes aux sons dont l'oreille étoit affectée : ainsi le chant qui étoit l'expression d'un sentiment (Voyez CHANT) a fait développer une seconde expression qui étoit dans l'homme qu'on a nommée danse. Et voilà ses deux principes primitifs.

On voit par ce peu de mots que la voix & le geste ne sont pas plus naturels à l'espece humaine, que le chant & la danse ; & que l'un & l'autre sont, pour ainsi dire, les instrumens de deux arts auxquels ils ont donné lieu. Dès qu'il y a eu des hommes, il y a eu sans-doute des chants & des danses ; on a chanté & dansé depuis la création jusqu'à nous, & il est vraisemblable que les hommes chanteront & danseront jusqu'à la destruction totale de l'espece.

Le chant & la danse une fois connus, il étoit naturel qu'on les fit d'abord servir à la démonstration d'un sentiment qui semble gravé profondément dans le coeur de tous les hommes. Dans les premiers tems où ils sortoient à peine des mains du Créateur, tous les êtres vivans & inanimés étoient pour leurs yeux des signes éclatans de la toute-puissance de l'Etre suprême, & des motifs touchans de reconnoissance pour leurs coeurs. Les hommes chanterent donc d'abord les louanges & les bienfaits de Dieu, & ils danserent en les chantant, pour exprimer leur respect & leur gratitude. Ainsi la danse sacrée est de toutes les danses la plus ancienne, & la source dans laquelle on a puisé dans la suite toutes les autres. (B)

DANSE SACREE, c'est la danse que le peuple Juif pratiquoit dans les fêtes solemnelles établies par la loi, ou dans des occasions de réjoüissance publique, pour rendre graces à Dieu, l'honorer, & publier ses loüanges.

On donne encore ce nom à toutes les danses que les Egyptiens, les Grecs, & les Romains avoient instituées à l'honneur de leurs faux dieux, & qu'on exécutoit ou dans les temples, comme les danses des sacrifices, des mysteres d'Iris, de Cérès, &c. ou dans les places publiques, comme les bacchanales ; ou dans les bois, comme les danses rustiques, &c.

On qualifie aussi de cette maniere les danses qu'on pratiquoit dans les premiers tems de l'église dans les fêtes solemnelles, & en un mot toutes les danses qui dans les différentes religions faisoient partie du culte reçu.

Après le passage de la mer Rouge, Moyse & sa soeur rassemblerent deux grands choeurs de musique, l'un composé d'hommes, l'autre de femmes, qui chanterent & danserent un ballet solemnel d'actions de graces. Sumpsit ergo Maria prophetissa soror Aaron tympanum in manu sua. Egressaeque sunt omnes mulieres cum tympanis & choris ; quibus precinebat, dicens : cantemus Domino, quoniam gloriose magnificatus est ; equum & ascensorem dejecit in mare, &c.

Ces instrumens de musique rassemblés sur le champ, ces choeurs arrangés avec tant de promtitude, la facilité avec laquelle les chants & la danse furent exécutés, supposent une habitude de ces deux exercices fort antérieure au moment de l'exécution, & prouvent assez l'antiquité reculée de leur origine.

Les Juifs instituerent depuis plusieurs fêtes solemnelles, dont la danse faisoit une partie principale. Les filles de Silo dansoient dans les champs suivant l'usage, quand les jeunes gens de la tribu de Benjamin, à qui on les avoit refusées pour épouses, les enleverent de force sur l'avis des vieillards d'Israel. Lib. Jud. cap. ult.

Lorsque la nation sainte célébroit quelque évenement heureux, où le bras de Dieu s'étoit manifesté d'une maniere éclatante, les LÉvites exécutoient des danses solemnelles qui étoient composées par le sacerdoce. C'est dans une de ces circonstances que le saint roi David se joignit aux ministres des autels, & qu'il dansa en présence de tout le peuple Juif, en accompagnant l'arche depuis la maison d'Obededon jusqu'à la ville de Bethléem.

Cette marche se fit avec sept corps de danseurs, au son des harpes & de tous les autres instrumens de musique en usage chez les Juifs. On en trouve la figure & la description dans le premier tome des commentaires de la bible du P. Calmet.

Dans presque tous les pseaumes on trouve des traces de la danse sacrée des Juifs. Les interprêtes de l'Ecriture sont sur ce point d'un avis unanime. Existimo (dit l'un des plus célebres) in utroque psalmo nomine chori intelligi posse cum certo instrumento homines ad sonum ipsius tripudiantes ; & plus bas : de tripudio seu de multitudine saltantium & concinentium minime dubito. Lorin, in psalm. cxljx. v. 3.

On voit d'ailleurs dans les descriptions qui nous restent des trois temples de Jérusalem, de Garisim, ou de Samarie, & d'Alexandrie, bâti par le grand-prêtre Onias, qu'une des parties de ces temples étoit formée en espece de théatre, auquel les Juifs donnoient le nom de choeur. Cette partie étoit occupée par le chant & la danse, qu'on y exécutoit avec la plus grande pompe dans toutes les fêtes solemnelles.

La danse sacrée telle qu'on vient de l'expliquer, & qu'on la trouve établie chez le peuple Hébreu dans les tems les plus reculés, passa sans-doute avec les notions imparfaites de la divinité chez tous les autres peuples de la terre. Ainsi elle devint parmi les Egyptiens, & successivement chez les Grecs & les Romains, la partie la plus considérable du culte de leurs faux dieux.

Celle que les prêtres d'Egypte inventerent pour exprimer les mouvemens divers des astres, fut la plus magnifique des Egyptiens. Voyez DANSE ASTRONOMIQUE. Et celle qu'on inventa en l'honneur du boeuf Apis fut la plus solemnelle.

C'est à l'imitation de cette derniere, que le peuple de Dieu imagina dans le desert la danse sacrilége autour du veau d'or. S. Grégoire dit que plus cette danse a été nombreuse, pompeuse, & solemnelle, plus elle a été abominable devant Dieu, parce qu'elle étoit une imitation des danses impies des idolatres.

Il est aisé de se convaincre par ce trait d'histoire de l'antiquité des superstitions égyptiennes, puisqu'elles subsistoient long-tems avant la sortie du peuple Juif de l'Egypte. Les prêtres d'Osiris avoient d'abord pris des prêtres du vrai Dieu une partie de leurs cérémonies, qu'ils avoient ensuite déguisées & corrompues. Le peuple de Dieu à son tour entraîné par le penchant de l'imitation si naturel à l'homme, se rappella après sa sortie de l'Egypte les cérémonies du peuple qu'il venoit de quitter, & il les imita.

Les Grecs dûrent aux Egyptiens presque toutes leurs premieres notions. Dans le tems qu'ils étoient encore plongés dans la plus stupide ignorance, Orphée qui avoit parcouru l'Egypte & qui s'étoit fait initier aux mysteres des prêtres d'Isis, porta, à son retour dans sa patrie leurs connoissances & leurs erreurs. Aussi le système des Grecs sur la religion, n'étoit-il qu'une copie de toutes les chimeres des prêtres d'Egypte.

La danse fut donc établie dans la Grece pour honorer les dieux, dont Orphée instituoit le culte ; & comme elle faisoit une des parties principales des cérémonies & des sacrifices, à mesure qu'on élevoit des autels à quelque divinité, on inventoit aussi pour l'honorer des danses nouvelles, & toutes ces danses différentes étoient nommées sacrées.

Il en fut ainsi chez les Romains, qui adopterent les dieux des Grecs. Numa, roi pacifique, crut pouvoir adoucir la rudesse de ses sujets, en jettant dans Rome les fondemens d'une religion ; & c'est à lui que les Romains doivent leurs superstitions, & peut-être leur gloire. Il forma d'abord un collége de prêtres de Mars ; il régla leurs fonctions, leur assigna des revenus, fixa leurs cérémonies, & il imagina la danse qu'ils exécutoient dans leurs marches pendant les sacrifices, & dans les fêtes solemnelles. Voyez DANSE DES SALIENS.

Toutes les autres danses sacrées qui furent en usage à Rome & dans l'Italie, dériverent de cette premiere. Chacun des dieux que Rome adopta dans la suite eut des temples, des autels, & des danses. Telles étoient celles de la bonne déesse, les saturnales, celles du premier jour de Mai, &c. Voyez-les à leurs articles.

Les Gaulois, les Espagnols, les Allemands, les Anglois, eurent leurs danses sacrées. Dans toutes les religions anciennes, les prêtres furent danseurs par état ; parce que la danse a été regardée par tous les peuples de la terre comme une des parties essentielles du culte qu'on devoit rendre à la divinité. Il n'est donc pas étonnant que les Chrétiens, en purifiant par une intention droite une institution aussi ancienne, l'eussent adoptée dans les premiers tems de l'établissement de la foi.

L'Eglise en réunissant les fideles, en leur inspirant un dégoût légitime des vains plaisirs du monde, en les attachant à l'amour seul des biens éternels, cherchoit à les remplir d'une joie pure dans la célébration des fêtes qu'elle avoit établies, pour leur rappeller les bienfaits d'un Dieu sauveur.

Les persécutions troublerent plusieurs fois la sainte paix des Chrétiens. Il se forma alors des congrégations d'hommes & de femmes, qui à l'exemple des Thérapeutes se retirerent dans les deserts : là ils se rassembloient dans les hameaux les dimanches & les fêtes, & ils y dansoient pieusement en chantant les prieres de l'Eglise. Voyez l'histoire des ordres monastiques du P. Heliot.

On bâtit des temples lorsque le calme eut succédé aux orages, & on disposa ces édifices relativement aux différentes cérémonies, qui étoient la partie extérieure du culte reçu. Ainsi dans toutes les églises on pratiqua un terrein élevé, auquel on donna le nom de choeur : c'étoit une espece de théatre séparé de l'autel, tel qu'on le voit encore à Rome aujourd'hui dans les églises de S. Clément & de S. Pancrace.

C'est-là qu'à l'exemple des prêtres & des lévites de l'ancienne loi, le sacerdoce de la loi nouvelle formoit des danses sacrées en l'honneur d'un Dieu mort sur une croix pour le salut de tous les hommes, d'un Dieu ressuscité le troisieme jour pour consommer le mystere de la rédemption, &c. Chaque mystere, chaque fête avoit ses hymnes & ses danses ; les prêtres, les laïcs, tous les fideles dansoient pour honorer Dieu ; si l'on en croit même le témoignage de Scaliger, les évêques ne furent nommés praesules, dans la langue latine à praesiliendo, que parce qu'ils commençoient la danse. Les Chrétiens d'ailleurs les plus zélés s'assembloient la nuit devant la porte des églises la veille des grandes fêtes, & là, pleins d'un zele saint, ils dansoient en chantant les cantiques, les pseaumes, & les hymnes du jour.

La fête des agapes ou festins de charité, instituée dans la primitive église en mémoire de la cene de Jesus-Christ, avoit ses danses comme les autres. Cette fête avoit été établie, afin de cimenter entre les Chrétiens qui avoient abandonné le Judaïsme & le Paganisme une espece d'alliance. L'Eglise s'efforçoit ainsi d'affoiblir d'une maniere insensible l'éloignement qu'ils avoient les uns pour les autres, en les réunissant par des festins solemnels dans un même esprit de paix & de charité. Malgré les abus qui s'étoient déjà glissés dans cette fête du tems de S. Paul, elle subsistoit encore lors du concile de Gangres en l'année 320, où on tâcha de les réformer. Elle fut ensuite totalement abolie au concile de Carthage, sous le pontificat de Grégoire le grand en 397.

Ainsi la danse de l'Eglise, susceptible comme toutes les meilleures institutions, des abus qui naissent toûjours de la foiblesse & de la bisarrerie des hommes, dégénera après les premiers tems de zele en des pratiques dangereuses, qui allarmerent la piété des papes & des évêques : de-là les constitutions & les decrets qui ont frappé d'anathême les danses baladoires, celles des brandons. Voyez ces deux mots à leurs articles. Mais les PP. de l'Eglise, en déclamant avec la plus grande force contre ces exercices scandaleux, parlent toûjours avec une espece de vénération de la danse sacrée. S. Gregoire de Nazianze prétend même que celle de David devant l'arche sainte, est un mystere qui nous enseigne avec quelle joie & quelle promtitude nous devons courir vers les biens spirituels ; & lorsque ce pere reproche à Julien l'abus qu'il faisoit de la danse, il lui dit avec la véhémence d'un orateur & le zele d'un chrétien : Si te ut letae celebritatis & festorum amantem saltare oportet, salta tu quidem, sed non inhonestae illius Herodiadis saltationem quae Baptistae necem attulit, verum Davidis ob arcae requiem.

Quoique la danse sacrée ait été successivement retranchée des cérémonies de l'Eglise, cependant elle en fait encore partie dans quelques pays catholiques. En Portugal, en Espagne, dans le Roussillon, on exécute des danses solemnelles en l'honneur de nos mysteres & de nos plus grands saints. Toutes les veilles des fêtes de la Vierge, les jeunes filles s'assemblent devant la porte des églises qui lui sont consacrées, & passent la nuit à danser en rond & à chanter des hymnes & des cantiques à son honneur. Le cardinal Ximenès rétablit de son tems dans la cathédrale de Tolede, l'ancien usage des messes mosarabes, pendant lesquelles on danse dans le choeur & dans la nef avec autant d'ordre que de dévotion : en France même on voyoit encore vers le milieu du dernier siecle, les prêtres & tout le peuple de Limoges danser en rond dans le choeur de S. Léonard, en chantant : sant Marciau pregas per nous, & nous epingaren per bous. Voyez BRANDON. Et le P. Menetrier Jésuite, qui écrivoit son traité des ballets en 1682, dit dans la préface de cet ouvrage, qu'il avoit vû encore les chanoines de quelques églises qui, le jour de Pâques, prenoient par la main les enfans-de-choeur, & dansoient dans le choeur en chantant des hymnes de réjoüissance.

C'est de la religion des Hébreux, de celle des Chrétiens, & du Paganisme, que Mahomet a tiré les rêveries de la sienne. Il auroit donc été bien extraordinaire que la danse sacrée ne fût pas entrée pour quelque chose dans son plan : aussi l'a-t-il établie dans les mosquées, & cette partie du culte a été reservée au seul sacerdoce. Entre les danses des religieux Turcs, il y en a une surtout parmi eux qui est en grande considération : les dervis l'exécutent en piroüettant avec une extrème rapidité au son de la flute. Voyez MOULINET.

La danse sacrée qui doit sa premiere origine ainsi que nous l'avons vû, aux mouvemens de joie & de reconnoissance qu'inspirerent aux hommes les bienfaits récens du Créateur, donna dans les suites l'idée de celles que l'allégresse publique, les fêtes des particuliers, les mariages des rois, les victoires, &c. firent inventer en tems différens ; & lorsque le génie, en s'échauffant par degrés, parvint enfin jusqu'à la combinaison des spectacles réguliers, la danse fut une des parties principales qui entrerent dans cette grande composition. Voy. DANSE THEATRALE. On croit devoir donner ici une idée de ces danses différentes, avant de parler de celles qui furent consacrées aux théatres des anciens, & de celles qu'on a porté sur nos théatres modernes. Mursius en fait une énumération immense, que nous nous garderons bien de copier. Nous nous contentons de parler ici des plus importantes. (B)

DANSE ARMEE ; c'est la plus ancienne de toutes les danses profanes : elle s'exécutoit avec l'épée, le javelot & le bouclier. On voit assez que c'est la même que les Grecs appelloient memphitique. Ils en attribuoient l'invention à Minerve. Voyez MEMPHITIQUE.

Pyrrhus qui en renouvella l'usage, en est encore tenu pour l'inventeur par quelques anciens auteurs.

La jeunesse greque s'exerçoit à cette danse, pour se distraire des ennuis du siége de Troie. Elle étoit très-propre à former les attitudes du corps ; & pour la bien danser, il falloit des dispositions très-heureuses, & une très grande habitude.

Toutes les différentes évolutions militaires entroient dans la composition de cette danse, & l'on verra dans les articles suivans qu'elle fut le germe de bien d'autres. (B)

DANSE ASTRONOMIQUE. Les Egyptiens en furent les inventeurs ; par des mouvemens variés, des pas assortis, & des figures bien dessinées, ils représentoient sur des airs de caractere l'ordre, le cours des astres, & l'harmonie de leur mouvement. Cette danse sublime passa aux Grecs, qui l'adopterent pour le théatre. Voyez STROPHE, EPODE, &c.

Platon & Lucien parlent de cette danse comme d'une invention divine. L'idée en effet en étoit aussi grande que magnifique : elle suppose une foule d'idées précédentes qui font honneur à la sagacité de l'esprit humain. (B)

DANSES BACCHIQUES ; c'est le nom qu'on donnoit aux danses inventées par Bacchus, & qui étoient exécutées par les Satyres & les Bacchantes de sa suite. Le plaisir & la joie furent les seules armes qu'il employa pour conquérir les Indes, pour soûmettre la Lydie, & pour dompter les Tyrrhéniens. Ces danses étoient au reste de trois especes ; la grave qui répondoit à nos danses terre à terre ; la gaie qui avoit un grand rapport à nos gavottes légeres, à nos passepiés, à nos tambourins ; enfin la grave & la gaie mêlées l'une à l'autre, telles que sont nos chaconnes & nos autres airs de deux ou trois caracteres. On donnoit à ces danses les noms d'emmelie, de cordace, & de cycinnis. Voyez ces trois mots à leurs articles. (B)

DANSES CHAMPETRES ou RUSTIQUES. Pan, qui les inventa, voulut qu'elles fussent exécutées dans la belle saison au milieu des bois. Les Grecs & les Romains avoient grand soin de les rendre très-solemnelles dans la célébration des fêtes du dieu qu'ils en croyoient l'inventeur. Elles étoient d'un caractere vif & gai. Les jeunes filles & les jeunes garçons les exécutoient avec une couronne de chêne sur la tête, & des guirlandes de fleurs qui leur descendoient de l'épaule gauche, & étoient rattachées sur le côté droit. (B)

DANSE DES CURETES & DES CORYBANTES. Selon l'ancienne mythologie, les curetes & les corybantes qui étoient les ministres de la religion sous les premiers Titans, inventerent cette danse : ils l'exécutoient au son des tambours, des fifres, des chalumeaux, & au bruit tumultueux des sonnettes, du cliquetis des lances, des épées, & des boucliers. La fureur divine dont ils paroissoient saisis, leur fit donner le nom de corybantes. On prétend que c'est par le secours de cette danse qu'ils sauverent de la barbarie du vieux Saturne le jeune Jupiter, dont l'éducation leur avoit été confiée. (B)

DANSE DES FESTINS. Bacchus les institua à son retour en Egypte. Après le festin, le son de plusieurs instrumens réunis invitoit les convives à de nouveaux plaisirs ; ils dansoient des danses de divers genres : c'étoient des especes de bals où éclatoient la joie, la magnificence & l'adresse.

Philostrate attribue à Comus l'invention de ces danses ; & Diodore prétend que nous la devons à Terpsicore. Quoi qu'il en soit, voilà l'origine des bals en regle qui se perd dans l'antiquité la plus reculée. Le plaisir a toûjours été l'objet des desirs des hommes ; il s'est modifié de mille manieres différentes, & dans le fond il a toûjours été le même. (B)

DANSE DES FUNERAILLES. " Comme la nature a donné à l'homme des gestes relatifs à toutes ses différentes sensations, il n'est point de situation de l'ame que la danse ne puisse peindre. Aussi les anciens qui suivoient dans les arts les idées primitives, ne se contenterent pas de la faire servir dans les occasions d'allegresse ; ils l'employerent encore dans les circonstances solemnelles de tristesse & de deuil.

Dans les funérailles des rois d'Athenes, une troupe d'élite vêtue de longues robes blanches commençoit la marche ; deux rangs de jeunes garçons précédoient le cercueil, qui étoit entouré par deux rangs de jeunes vierges. Ils portoient tous des couronnes & des branches de cyprès, & formoient des danses graves & majestueuses sur des symphonies lugubres.

Elles étoient jouées par plusieurs musiciens qui étoient distribués entre les deux premieres troupes.

Les prêtres des différentes divinités adorées dans l'Attique, revêtus des marques distinctives de leur caractere, venoient ensuite : ils marchoient lentement & en mesure, en chantant des vers à la loüange du roi mort.

Cette pompe étoit suivie d'un grand nombre de vieilles femmes couvertes de longs manteaux noirs. Elles pleuroient & faisoient les contorsions les plus outrées, en poussant des sanglots & des cris. On les nommoit les pleureuses, & on regloit leur salaire sur les extravagances plus ou moins grandes qu'on leur avoit vû faire.

Les funerailles des particuliers formées sur ce modele, étoient à proportion de la dignité des morts, & de la vanité des survivans : l'orgueil est à-peu-près le même dans tous les hommes ; les nuances qu'on croit y appercevoir sont peut-être moins en eux-mêmes, que dans les moyens divers de le développer que la fortune leur prodigue ou leur refuse ". Traité historique de la danse, tome I. liv. II. chap. vj. (B)

DANSE DES LACEDEMONIENS. Licurgue, par une loi expresse, ordonna que les jeunes Spartiates dès l'âge de sept ans commenceroient à s'exercer à des danses sur le ton phrygien. Elles s'exécutoient avec des javelots, des épées & des boucliers. On voit que la danse armée a été l'idée primitive de cette institution : & le roi Numa prit la danse des Saliens de l'une & de l'autre. Voyez DANSE DES SALIENS.

La gymnopédice fut de l'institution expresse de Licurgue. Cette danse étoit composée de deux choeurs, l'un d'hommes faits, l'autre d'enfans : ils dansoient nuds, en chantant des hymnes en l'honneur d'Apollon. Ceux qui menoient les deux choeurs étoient couronnés de palmes. V. GYMNOPEDICE.

La danse de l'innocence étoit très-ancienne à Lacédémone : les jeunes filles l'exécutoient nues devant l'autel de Diane : avec des attitudes douces & modestes, & des pas lents & graves. Hélene s'exerçoit à cette danse lorsque Thésée la vit, en devint amoureux, & l'enleva. Il y a des auteurs qui prétendent, que Paris encore prit pour elle cette violente passion qui coûta tant de sang à la Grece & à l'Asie, en lui voyant exécuter cette même danse. Licurgue en portant la réforme dans les lois & les moeurs des Lacédémoniens, conserva cette danse, qui cessa dès-lors d'être dangereuse.

Dans cette république extraordinaire, les vieillards avoient des danses particulieres qu'ils exécutoient en l'honneur de Saturne, & en chantant les loüanges des premiers âges.

Dans une espece de branle qu'on nommoit hormus, un jeune homme leste & vigoureux, & d'une contenance fiere, menoit la danse ; une troupe de jeunes garçons le suivoit, se modeloit sur ses attitudes, & répétoit ses pas : une troupe de jeunes filles venoit immédiatement après eux avec des pas lents & un air modeste. Les premiers se retournoient vivement, se mêloient avec la troupe des jeunes filles, & représentoient ainsi l'union & l'harmonie de la tempérance & de la force. Les jeunes garçons doubloient les pas qu'ils faisoient dans cette danse, tandis que les jeunes filles ne les faisoient que simples ; & voilà toute la magie des deux mouvemens différens des uns & des autres en exécutant le même air. Voyez HORMUS. (B)

DANSE DES LAPITHES : elle s'exécutoit au son de la flûte à la fin des festins, pour célébrer quelque grande victoire. On croit qu'elle fut inventée par Pirithoüs. Elle étoit difficile & pénible, parce qu'elle étoit une imitation des combats des Centaures & des Lapithes : les différens mouvemens de ces monstres moitié hommes & moitié chevaux, qu'il étoit nécessaire de rendre, exigeoient beaucoup de force ; c'est par cette raison qu'elle fut abandonnée aux paysans. Lucien nous apprend qu'eux seuls l'exécutoient de son tems. (B)

DANSE DE L'ARCHIMIME, dans les funérailles des Romains. " On adopta successivement à Rome toutes les cérémonies des funérailles des Athéniens ; mais on y ajoûta un usage digne de la sagesse des anciens Egyptiens.

Un homme instruit en l'art de contrefaire l'air, la démarche, les manieres des autres hommes, étoit choisi pour précéder le cercueil ; il prenoit les habits du défunt, & se couvroit le visage d'un masque qui retraçoit tous ses traits : sur les symphonies lugubres qu'on exécutoit pendant la marche, il peignoit dans sa danse les actions les plus marquées du personnage qu'il représentoit.

C'étoit une oraison funebre muette, qui retraçoit aux yeux du public toute la vie du citoyen qui n'étoit plus.

L'archimime, c'est ainsi qu'on nommoit cet orateur funebre, étoit sans partialité ; il ne faisoit grace, ni en faveur des grandes places du mort, ni par la crainte du pouvoir de ses successeurs.

Un citoyen que son courage, sa générosité, l'élevation de son ame, avoient rendu l'objet du respect & de l'amour de la patrie, sembloit reparoître aux yeux de ses concitoyens ; ils joüissoient du souvenir de ses vertus ; il vivoit, il agissoit encore ; sa gloire se gravoit dans tous les esprits ; la jeunesse Romaine frappée de l'exemple, admiroit son modele ; les vieillards vertueux goûtoient déjà le fruit de leurs travaux, dans l'espoir de reparoître à leur tour sous ces traits honorables quand ils auroient cessé de vivre.

Les hommes indignes de ce nom, & nés pour le malheur de l'espece humaine, pouvoient être retenus par la crainte d'être un jour exposés sans ménagement à la haine publique, à la vengeance de leurs contemporains, au mépris de la postérité.

Ces personnages futiles, dont plusieurs vices, l'ébauche de quelques vertus, l'orgueil extrême, & beaucoup de ridicules, composent le caractere, connoissoient d'avance le sort qui les attendoit un jour, par la risée publique à laquelle ils voyoient exposés leurs semblables.

La satyre ou l'éloge des morts devenoit ainsi une leçon utile pour les vivans. La danse des archimimes étoit alors dans la Morale, ce que l'Anatomie est devenue dans la Physique ". Traité historique de la danse, tome I. liv. II. ch. vij. (B)

DANSES LASCIVES. On distinguoit ainsi les différentes danses qui peignoient la volupté. Les Grecs la connoissoient, & ils étoient dignes de la sentir ; mais bientôt par l'habitude ils la confondirent avec la licence. Les Romains moins délicats, & peut-être plus ardens pour le plaisir, commencerent d'abord par où les Grecs avoient fini. V. DANSE NUPTIALE.

C'est aux bacchanales que les danses lascives dûrent leur origine. Les fêtes instituées par les bacchantes pour honorer Bacchus ; dont on venoit de faire un dieu, étoient célebrées dans l'ivresse & pendant les nuits ; de-là toutes les libertés qui s'y introduisirent : les Grecs en firent leurs délices, & les Romains les adopterent avec une espece de fureur, lorsqu'ils eurent pris leurs moeurs, leurs arts, & leurs vices. (B)

DANSE DE L'HYMEN. Une troupe legere de jeunes garçons & de jeunes filles couronnés de fleurs exécutoient cette danse dans les mariages, & ils exprimoient par leurs figures, leurs pas, & leurs gestes, la joie vive d'une noce. C'est une des danses qui étoient gravées ; au rapport d'Homere, sur le bouclier d'Achille. Il ne faut pas la confondre avec les danses nuptiales dont on parlera plus bas ; celle-ci n'avoit que des expressions douces & modestes. Voyez sur cette danse & son origine le I. tome du traité de la danse. (B)

DANSE DES MATASSINS ou DES BOUFFONS. Elle étoit une des plus anciennes danses des Grecs. Les danseurs étoient vêtus de corcelets ; ils avoient la tête armée de morions dorés, des sonnettes aux jambes, & l'épée & le bouclier à la main : ils dansoient ainsi avec des contorsions guerrieres & comiques, sur des airs de ces deux genres. Cette sorte de danse a été fort en usage sur nos anciens théatres : on ne l'y connoît plus maintenant, & les délices des Grecs sont de nos jours reléguées aux marionnettes. Thoinot Arbeau a décrit cette danse dans son Orchesographie. (B)

DANSE MEMPHITIQUE. Elle fut, dit-on, inventée par Minerve, pour célébrer la victoire des dieux & la défaite des Titans. C'étoit une danse grave & guerriere, qu'on exécutoit au son de tous les instrumens militaires. Voyez MEMPHITIQUE. (B)

DANSES MILITAIRES. On donnoit ce nom à toutes les danses anciennes qu'on exécutoit avec des armes, & dont les figures peignoient quelques évolutions militaires. Plusieurs auteurs en attribuent l'invention à Castor & Pollux ; mais c'est une erreur qui est suffisamment prouvée par ce que nous avons déjà dit de la danse armée. Ces deux jeunes héros s'y exercerent sans-doute avec un succès plus grand que les autres héros leurs contemporains ; & c'est la cause de la méprise.

Ces danses furent fort en usage dans toute la Grece, mais à Lacédémone sur-tout, elles faisoient partie de l'éducation de la jeunesse. Les Spartiates alloient toûjours à l'ennemi en dansant. Quelle valeur ne devoit-on pas attendre de cette foule de jeunes guerriers, accoûtumés dès l'enfance à regarder comme un jeu les combats les plus terribles ! (B)

DANSE NUPTIALE. Elle étoit en usage à Rome dans toutes les noces : c'étoit la peinture la plus dissolue de toutes les actions secrettes du mariage. Les danses lascives des Grecs donnerent aux Romains l'idée de celle-ci, & ils surpasserent de beaucoup leurs modeles. La licence de cet exercice fut poussée si loin pendant le regne de Tibere, que le sénat fut forcé de chasser de Rome par un arrêt solemnel tous les danseurs & tous les maîtres de danse.

Le mal étoit trop grand sans-doute lorsqu'on y appliqua le remede extrême ; il ne servit qu'à rendre cet exercice plus piquant ; la jeunesse Romaine prit la place des danseurs à gages qu'on avoit chassés ; le peuple imita la noblesse, & les sénateurs eux-mêmes n'eurent pas honte de se livrer à cet indigne exercice. Il n'y eut plus de distinction sur ce point entre les plus grands noms & la plus vile canaille de Rome. L'empereur Domitien enfin, qui n'étoit rien moins que délicat sur les moeurs, fut forcé d'exclure du sénat, des peres conscripts qui s'étoient avilis jusqu'au point d'exécuter en public ces sortes de danses. (B)

DANSE PYRRHIQUE ; c'est la même que celle que l'on nommoit armée, que Pyrrhus renouvella, & dont quelques auteurs le prétendent l'inventeur. Voyez DANSE ARMEE. (B)

DANSE DU PREMIER JOUR DE MAI. A Rome & dans toute l'Italie, plusieurs troupes de jeunes citoyens des deux sexes sortoient de la ville au point du jour ; elles alloient en dansant au son des instrumens champêtres, cueillir dans la campagne des rameaux verds ; elles les rapportoient de la même maniere dans la ville, & elles en ornoient les portes des maisons de leurs parens, de leurs amis ; & dans les suites, de quelques personnes constituées en dignité. Ceux-ci les attendoient dans les rues, où on avoit eu le soin de tenir des tables servies de toutes sortes de mets. Pendant ce jour tous les travaux cessoient, on ne songeoit qu'au plaisir, Le peuple, les magistrats, la noblesse confondus & réunis par la joie générale, sembloient ne composer qu'une seule famille ; ils étoient tous parés de rameaux naissans : être sans cette marque distinctive de la fête, auroit été une espece d'infamie. Il y avoit une sorte d'émulation à en avoir des premiers ; & de-là cette maniere de parler proverbiale en usage encore de nos jours, on ne me prend point sans verd.

Cette fête commencée dès l'aurore & continuée pendant tout le jour, fut par la succession des tems poussée bien avant dans la nuit. Les danses, qui n'étoient d'abord qu'une expression naïve de la joie que causoit le retour du printems, dégénérerent dans les suites en des danses galantes, & de ce premier pas vers la corruption, elles se précipiterent avec rapidité dans une licence effrénée. Rome, toute l'Italie étoient plongées alors dans une débauche si honteuse, que Tibere lui-même en rougit, & cette fête fut solemnellement abolie. Mais elle avoit fait des impressions trop profondes : on eut beau la défendre ; après les premiers momens de la promulgation de la loi, on la renouvella, & elle se répandit dans presque toute l'Europe. C'est là l'origine de ces grands arbres ornés de fleurs, qu'on plante dès l'aurore du premier jour de Mai dans tant de villes, au-devant des maisons de gens en place. Il y a plusieurs endroits où c'est un droit de charge.

Plusieurs auteurs pensent que c'est de la danse du premier jour de Mai que dériverent ensuite toutes les danses baladoires frondées par les peres de l'Eglise, frappées d'anathème par les papes, abolies par les ordonnances de nos rois, & séverement condamnées par les arrêts des parlemens. Quoi qu'il en soit, il est certain que cette danse réunit à la fin, tous les différens inconvéniens qui devoient réveiller l'attention des empereurs & des magistrats. (B)

DANSE DES SALIENS. Numa Pompilius l'institua en l'honneur du dieu Mars. Ce roi choisit parmi la plus illustre noblesse, douze prêtres qu'il nomma saliens, du sautillage & pétillement du sel qu'on jettoit dans le feu lorsqu'on brûloit les victimes. Ils exécutoient leur danse dans le temple, pendant le sacrifice & dans les marches solemnelles qu'ils faisoient dans les rues de Rome, en chantant des hymnes à la gloire de Mars. Leur habillement d'une riche broderie d'or, étoit couvert d'une espece de cuirasse d'airain : ils portoient le javelot d'une main & le bouclier de l'autre.

De cette danse dériverent toutes celles qui furent instituées dans la suite pour célebrer les fêtes des dieux. (B)

DANSE THEATRALE. On croit devoir donner cette dénomination aux danses différentes que les anciens & les modernes ont portées sur leurs théatres. Les Grecs unirent la danse à la Tragédie & à la Comédie, mais sans lui donner une relation intime avec l'action principale ; elle ne fut chez eux qu'un agrément presqu'étranger. Voyez INTERMEDE.

Les Romains suivirent d'abord l'exemple des Grecs jusqu'au regne d'Auguste ; il parut alors deux hommes extraordinaires qui créerent un nouveau genre, & qui le porterent au plus haut degré de perfection. Il ne fut plus question à Rome que des spectacles de Pilade & de Bayle. Le premier, qui étoit né en Cilicie, imagina de représenter par le seul secours de la danse, des actions fortes & pathétiques. Le second, né à Alexandrie, se chargea de la représentation des actions gaies, vives & badines. La nature avoit donné à ces deux hommes le génie & les qualités extérieures ; l'application, l'étude & l'amour de la gloire, leur avoient développé toutes les ressources de l'art. Malgré ces avantages nous ignorerions peut-être qu'ils eussent existé, & leurs contemporains auroient été privés d'un genre qui fit leurs délices, sans la protection signalée qu'Auguste accorda à leurs théatres & à leurs compositions.

Ces deux hommes rares ne furent point remplacés ; leur art ne fut plus encouragé par le gouvernement, & il tomba dans une dégradation sensible depuis le regne d'Auguste jusqu'à celui de Trajan, où il se perdit tout-à-fait.

La danse ensevelie dans la barbarie avec les autres arts, reparut avec eux en Italie dans le quinzieme siecle ; l'on vit renaître les ballets dans une fête magnifique, qu'un gentilhomme de Lombardie nommé Bergonce de Botta, donna à Tortone pour le mariage de Galéas duc de Milan avec Isabelle d'Aragon. Tout ce que la poësie, la musique, la danse, les machines peuvent fournir de plus brillant, fut épuisé dans ce spectacle superbe ; la description qui en parut étonna l'Europe, & piqua l'émulation de quelques hommes à talens, qui profiterent de ces nouvelles lumieres pour donner de nouveaux plaisirs à leur nation. C'est l'époque de la naissance des grands ballets, voyez BALLET, & de l'opéra, voyez OPERA. (B)

DANSE D'ANIMAUX. Voyez BALLET. (B)

DANSE DE SAINT WEIT, selon les Allemands, ou DE S. GUY, selon les François, chorea sancti Viti. (Medec.) est une espece de maladie convulsive qui a été connue premierement en Allemagne, où elle a reçû le nom sous lequel nous venons de la désigner ; & ensuite en Angleterre, en France. Sennert en fait mention dans son troisieme tome, liv. VI. part. 2. c. jv. il la regarde comme une espece de tarantisme. C'est ce que font aussi Horstius, lib. II. de morb. cap. Bellini, de morb. cap. Messonier, traité des malad. extr. Nicolas Tulpius rapporte une observation de cette maladie dans son recueil, liv. I. Sydenham la décrit très-exactement (ce que ne font pas les autres auteurs cités) dans la partie de ses ouvrages intitulée Schedula monit. de novae febris ingressu. Il en dit encore quelque chose pour la curation dans ses processus integri, &c. L'illustre professeur de Montpellier, M. de Sauvages, dit dans ses nouvelles classes de maladies, l'avoir observée dans une femme de cinquante ans.

Tous ceux qui parlent de cette maladie, conviennent qu'elle est très-rare ; mais ils ne conviennent pas tous des mêmes accidens qui l'accompagnent. On suivra ici la description qu'en donne l'Hippocrate anglois, qui dit avoir vû au moins cinq personnes qui en étoient atteintes, & qui en ont été guéries par ses soins.

Cette maladie attaque les enfans des deux sexes depuis l'âge de dix ans jusqu'à l'age de puberté : elle se fait connoître par les symptomes suivans. Le malade commence à boîter & à ressentir une foiblesse dans une des deux jambes, sur laquelle il a peine à se soûtenir ; ce qui augmente au point qu'il la traîne après soi, comme font les innocens : il ne peut retenir quelques instans de suite dans la même situation, la main du même côté appliquée à sa poitrine, à ses flancs, ou à toute autre chose fixe ; les contorsions convulsives de cette partie l'obligent à la changer sans-cesse de place, quelqu'effort qu'il fasse pour la fixer. Lorsqu'il veut porter un verre à sa bouche, il fait mille gestes & mille contours, ne pouvant l'y porter en droite ligne, sa main étant écartée par la convulsion, jusqu'à ce que se trouvant à la portée de la bouche, il fixe le verre avec ses levres, & il avale tout d'un trait précipité la boisson qui y est contenue ; ce qui fait un spectacle tristement risible, mais qui ne peut pourtant pas être appellé proprement une danse, même avec tous les symptomes réunis, tels qu'ils viennent d'être décrits.

Cette maladie a été vraisemblablement appellée danse de S. Weit, à cause d'une chapelle qui existoit, dit-on, proche d'Ulm en Allemagne, sous le nom de ce saint, que l'on alloit visiter avec grande dévotion, & dont on invoquoit l'intercession pour la guérison de ce mal, parce qu'on prétend qu'il en avoit été attaqué lui-même, & comme ce sont des jeunes gens qui y sont plus sujets que d'autres, il s'en rendoit un grand nombre à cette chapelle pendant le printems, qui mêloient le plaisir de la danse aux exercices de piété, dans une saison qui porte à la joie. Il s'en trouvoit parmi ceux-ci qui avoient la maladie convulsive ; on les appelloit des danseurs par dérision, à cause des secousses qu'ils éprouvoient dans les bras & dans les jambes, qui les faisoient gesticuler involontairement.

On doit conclure de l'exposition des accidens qui accompagnent cette maladie : qu'elle n'est pas une simple convulsion, mais qu'elle est compliquée avec une disposition à la paralysie ; ce que l'on peut assûrer d'autant plus, que la danse de S. Weit a beaucoup de rapport avec le tremblement, & qu'il est connu des medecins qu'il y a deux especes de tremblemens, dont l'un est à demi-convulsif, & l'autre à demi-paralytique.

La maniere dont Cheyne traite cette maladie, semble confirmer ce sentiment. On doit d'autant plus déférer à celui de cet auteur, qu'il a eu plus d'occasions d'observer & de traiter cette affection singuliere, qui est plus commune parmi les Anglois que par-tout ailleurs.

On a attribue mal-à-propos la cause de cette maladie à un venin particulier, à une matiere contagieuse, virulente. On la trouve, cette cause, plus naturellement dans un vice de distribution du fluide nerveux, qui se fait inégalement, sans ordre & sans dépendance de la volonté, dans les muscles du bras, de la jambe, & de toutes les parties du côté affecté. Or cette distribution du fluide nerveux est tantôt plus considérable, mais inégalement faite, dans les muscles antagonistes ; tantôt elle se fait, de même qu'auparavant, dans quelques-uns, pendant qu'elle diminue considérablement dans quelques autres ; tantôt elle se fait moins dans tous les muscles de la partie, mais d'une maniere disproportionnée. De ces différentes combinaisons vicieuses, il résulte une contraction déréglée & sans relâche des muscles du côté attaqué. Le vice topique des parties détermine l'affection plutôt d'un côté que d'un autre ; savoir, la foiblesse des nerfs ou des muscles, ou une tension inégale de ces organes, soit que ces mauvaises dispositions doivent leur origine à un défaut de conformation ou à un vice inné, soit qu'elles viennent d'une cause accidentelle : tout ce qui peut y avoir donné lieu, doit être mis au nombre des causes éloignées de-cette maladie : on peut les réduire à deux genres ; savoir, à tout ce qui peut relâcher ou tendre outre mesure, de maniere cependant que l'une ou l'autre de ces causes fasse son effet irrégulierement & avec inégalité. Ces dispositions étant établies, les mauvais sucs fournis à la masse des humeurs par les premieres voies, suffisent souvent à déterminer la maladie, comme causes occasionnelles.

C'est dans cette idée que Cheyne commençoit toûjours le traitement de cette maladie par un vomitif, & que le bon effet l'engageoit à en répeter l'usage ; pratique analogue à celle qui est usitée dans les maladies convulsives compliquées, avec une disposition à la paralysie.

Les indications curatives doivent donc tendre à évacuer les mauvais sucs des premieres voies ; à corriger l'épaississement de la lymphe, à l'atténuer par des remedes appropriés ; à raffermir les solides des parties affectées, si c'est la disposition paralytique qui domine ; & à les relâcher au contraire, & les assouplir en quelque façon, si c'est la disposition convulsive, qui vient presque toûjours de sécheresse dans les fibres.

Cheyne remplissoit la premiere indication avec les vomitifs, Sydenham employoit pour cet effet les purgatifs, & ils en répetoient chacun l'usage de deux en deux jours au commencement de la maladie. Cette méthode pratiquée par de si célebres medecins, doit être préferée à toute autre : on doit donc ne pas hésiter, d'après ces grands maîtres, à commencer le traitement de la danse de S. Weit par les évacuans vomitifs ou purgatifs, selon que la nature semble demander plus ou moins l'un ou l'autre de ces remedes, ou tous les deux ensemble ; après avoir fait préceder une ou deux saignées, selon que le pouls l'indique, qui doivent être répétées selon l'exigence des cas.

Il faut après cela travailler à remettre les digestions en regle par le moyen des stomachiques chauds, auxquels on pourra associer fort utilement l'écorce du Pérou & la racine d'aunée. On doit aussi faire usage en même tems de légers apéritifs, & sur-tout des antispasmodiques, tels que la racine de pivoine mâle, & celle de valériane sauvage. On doit outre cela s'appliquer à remédier aux causes antécédentes de la maladie, par des délayans & des incisifs ; par des topiques propres à fortifier, comme des embrocations d'eaux minérales chaudes ; ou bien au contraire par des remedes propres à relâcher & détendre la rigidité des fibres.

Tous ces différens moyens de guérison doivent être employés séparément, ou combinés entr'eux, selon la variété des circonstances. On doit enfin observer d'engager les personnes sujettes à cette maladie, à employer dans le tems de l'année suivante, qui répond à celui auquel l'attaque est survenue, des remedes convenables, pour en prévenir une seconde, ainsi de suite : on ne doit pas sur-tout omettre alors la saignée & la purgation. (d)


DANSERv. act. (Boulang.) c'est travailler la pâte à biscuit sur une table au sortir du pétrain, jusqu'à ce qu'elle soit bien ferme & bien ressuyée. Ce travail consiste à tourner, retourner, presser, manier avec les mains, pétrir avec les poings pendant environ un quart-d'heure.


DANSEURDANSEUSE, subst. nom générique qu'on donne à tous ceux qui dansent, & plus particulierement à ceux qui font profession de la danse.

La danse de l'opéra de Paris est actuellement composée de huit danseurs & de six danseuses qui dansent des entrées seuls, & qu'on appelle premiers danseurs. Les corps d'entrée sont composés de douze danseurs & de quatorze danseuses, qu'on nomme figurans : & la danse entiere, de quarante sujets. Voyez FIGURANT.

Dans les lettres patentes d'établissement de l'opéra, le privilege de non-dérogeance n'est exprimé que pour les chanteurs & chanteuses seulement. Voyez CHANTEUR, DANSE, OPERA. (B)

DANSEUR, s. mas. (Maître de danse) celui qui danse ou qui montre à danser, en qualité de maître de la communauté de cet art.

Les statuts de cette communauté sont de l'année 1658, donnés, approuvés, confirmés par lettres patentes de Louis XIV. enregistrées au châtelet le 13 Janvier 1659, & au parlement le 12 Août suivant. Il est bien fait mention dans le vû des lettres, de plusieurs autres statuts & ordonnances, donnés de tems immémorial par les rois de France ; mais comme on n'en rapporte aucune date, on ne peut rien dire de plus ancien sur son établissement dans la capitale & dans les autres villes du royaume.

Le chef qui est à la tête de la communauté, & qui la gouverne avec les maîtres de la confrairie, a le titre & la qualité de roi de tous les violons, maîtres à danser & joueurs d'instrumens, tant hauts que bas, du royaume.

Ce roi de la danse n'entre point dans cette charge par élection, mais par des lettres de provision du Roi, comme étant un des officiers de sa maison.

A l'égard des maîtres de la confrairie, ils sont élus tous les ans à la pluralité des voix, & tiennent lieu dans ce corps, pour leur autorité & fonctions, de ce que sont les jurés dans les autres communautés.

Il y a deux registres où les brevets d'apprentissage & les lettres de maîtrise doivent être enregistrés ; celui du roi des violons, & celui des maîtres de la confrairie.

Les apprentis sont obligés pour quatre ans : on peut néanmoins leur faire grace d'une année. Les aspirans doivent montrer leur expérience devant le roi des violons, qui peut y appeller vingt-quatre maîtres à son choix ; mais seulement dix pour les fils & les maris des filles de maîtres. C'est aussi de ce roi que les uns & les autres prennent leurs lettres.

Les violons de la chambre du Roi sont reçus sur leurs brevets de retenue ; ils payent néanmoins les droits.

Nul, s'il n'est maître, ne peut tenir salle ou école, soit pour la danse, soit pour les instrumens, ni donner sérénades, ni donner concerts d'instrumens aux noces, aux assemblées publiques ; mais il est défendu aux mêmes maîtres de joüer dans les cabarets & les lieux infames, sous les peines & amendes portées par les sentences du châtelet du 2 Mars 1644, & arrêts du parlement du 11 Juillet 1648.

Enfin il est permis au roi des violons de nommer des lieutenans dans chaque ville du royaume, pour faire observer ces statuts, recevoir & agréer les maîtres, donner toutes lettres de provisions sur la présentation dudit roi ; auxquels lieutenans il appartient la moitié des droits dûs au roi pour les réceptions d'apprentis & de maîtres. Réglement des maîtres à danser, & diction. du Comm.

DANSEUR DE CORDE, s. m. (Art) celui qui, avec un contre-poids ou sans contre-poids dans ses mains, marche, danse, voltige sur une corde de différente grosseur, qui quelquefois est attachée à deux poteaux opposés, d'autres fois est tendue en l'air, lâche ou bien bandée.

Les Littérateurs qui recherchent curieusement l'origine des choses, prétendent que l'art de danser sur la corde a été inventé peu de tems après les jeux corniques, où les Grecs dansoient sur des outres de cuir, & qui furent institués en l'honneur de Bacchus vers l'an 1345 avant J. C. Quoiqu'il en soit de cette opinion, il est toûjours vrai qu'on ne peut douter de l'antiquité de l'exercice de la danse sur la corde, dont les Grecs firent un art très-périlleux, & qu'ils porterent au plus haut point de variété & de raffinement : de-là les noms de Neurobates, Oribates, Schaenobates, Acrobates, qu'avoient chez eux les danseurs de corde, suivant la diverse maniere dont ils exécutoient leur art.

Mercurial nous a donné dans sa gymnastique cinq figures de danseurs de corde, gravées d'après des pierres antiques. Les Romains nommoient leurs danseurs de corde funambuli, & Térence en fait mention dans le prologue de son Hecyre ; mais pour abréger, je renvoye sur ce sujet le lecteur à la dissertation d'un savant d'Allemagne, de M. Grodeck. Elle est imprimée à Dantzick (Gedani) en 1702, in -8°. Je me contenterai d'ajoûter que les Cyzicéniens firent frapper en l'honneur de l'empereur Caracalla, une médaille insérée & expliquée par M. Spon dans ses recherches d'antiquités ; & cette seule médaille prouve assez que les danseurs de corde, faisoient dans ce tems-là un des principaux amusemens des grands & du peuple.

Bien des gens ont de la peine à comprendre quel plaisir peut donner un spectacle qui agite l'ame, qui l'importune avec inquiétude, qui l'effraye, & qui n'offre que des craintes & des allarmes ; cependant il est certain, comme le dit M. l'abbé du Bos, que plus les tours qu'un voltigeur téméraire fait sur la corde sont périlleux, plus le commun des spectateurs s'y rend attentif. Quand ce sauteur, ce voltigeur fait un saut entre deux épées prêtes à le percer si, dans la chaleur du mouvement, son corps s'écartoit d'un point de la ligne qu'il doit décrire, il devient un objet digne de toute notre curiosité. Qu'on mette deux bâtons à la place des épées, que le voltigeur fasse tendre sa corde à deux piés de hauteur sur une prairie, il fera vainement les mêmes sauts, les mêmes tours, on ne daignera plus le regarder, l'attention du spectateur cesse avec le danger.

D'où peut donc venir ce plaisir extrème qui accompagne seulement le danger où se trouvent nos semblables ? Est-ce une suite de notre humanité ? Je ne le pense pas, quoique l'inhumanité n'ait malheureusement que des branches trop étendues : mais je crois avec l'auteur des réflexions sur la Poésie & sur la Peinture, que le plaisir dont il s'agit ici, est l'effet de l'attrait de l'émotion qui nous fait courir par instinct, après les objets capables d'exciter nos passions, quoique ces objets fassent sur nous des impressions fâcheuses. Cette émotion qui s'excite machinalement quand nous voyons nos pareils dans le péril, est une passion dont les mouvemens remuent l'ame, la tiennent occupée, & cette passion a des charmes malgré les idées tristes & importunes qui l'environnent. Voilà la véritable explication de ce phénomene, & pour le dire en passant, de beaucoup d'autres qui ne semblent point y avoir de rapport ; comme par exemple de l'attrait des jeux de hasard, qui n'est un attrait que parce que ces sortes de jeux tiennent l'ame dans une émotion continuelle sans contention d'esprit ; en un mot, voilà pourquoi la plûpart des hommes sont assujettis aux goûts & aux inclinations, qui sont pour eux des occasions fréquentes d'être occupés par des sensations vives & satisfaisantes. Vous trouverez ce sujet admirablement éclairci dans l'ouvrage que j'ai cité, & ce n'est pas ici le lieu d'en dire davantage. Voyez COMPASSION. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.
DANTAS. m. (Hist. nat. des quadrup.) nom que donnent les Espagnols du Pérou au plus grand des quadrupedes de l'Amérique méridionale. Les Portugais du Para l'appellent auté. Il est plus petit & moins gros qu'un boeuf, plus épais & moins élancé que le cerf & l'élan ; il n'a point de cornes, & a la queue fort courte ; il est extrêmement fort & leger à la course, & se fait jour au milieu des bois les plus fourrés. Il ne se rencontre au Pérou que dans quelques cantons boisés de la Cordeliere orientale ; mais il n'est pas rare dans les bois de l'Amazone, ni dans ceux de la Guiane. On le nomme vagra dans la langue du Pérou ; tapiira, dans celle du Bresil ; maypouri, dans la langue Galibi sur les côtes de la Guiane. Comme la terre-ferme, voisine de l'île de Cayenne, fait partie du continent que traverse l'Amazone, & est contiguë aux terres arrosées par ce fleuve, on trouve dans l'un & dans l'autre pays la plûpart des mêmes animaux. Voilà tout ce que M. de la Condamine dit du danta dans son voyage de l'Amérique méridionale (Mém. de l'acad. des Sc. 1745. p. 468.), & je m'en tiens à sa simple description, parce que celles des autres voyageurs ne s'accordent point ensemble : Marmol, par exemple assûre que le danta d'Afrique a une corne au milieu de la tête courbée en rond en maniere d'anneau ; ce n'est point-là notre animal qui est sans cornes. LÉry donne au danta d'Amérique pour défenses deux dents tournées en rond comme la corne de Marmol. M. de la Condamine ne parle ni de ces deux défenses, ni d'aucune autre singularité du danta. Il en eût été sans-doute instruit, mais il n'écrivoit pas ses voyages pour transmettre des faits imaginaires. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.
DANTZICK(Géog. mod.) ville libre & anséatique, & capitale de la Prusse royale & de la Pomerelle en Pologne. Elle est située sur les petites rivieres de Rodaune & de Morlaw, proche la Vistule & le golfe d'Angil, sur la mer Baltique. Long. 36. 40. lat. 54. 22. C'est une ville d'un commerce très-étendu.


DANUBES. m. (Géog. mod.) en allemand Douaw, le plus célebre & le plus grand fleuve de l'Europe après le Wolga. Hésiode est le premier auteur qui en ait parlé. (Théog. v. 339.) Les rois de Perse mettoient de l'eau de ce fleuve & du Nil dans Gaza avec leurs autres thrésors, pour donner à connoître la grandeur & l'étendue de leur empire. Le Danube prend sa source au-dessous de Toneschingen village de la principauté de Furstemberg, traverse la Soüabe, la Baviere, l'Autriche, la Hongrie, la Servie, la Bulgarie, &c. & finalement se décharge dans la mer Noire par deux embouchures. L'abbé Regnier Desmarais, dans son voyage de Munich, dit assez plaisamment sur le cours de ce fleuve.

Déjà nous avons vû le Danube inconstant,

Qui tantôt Catholique, & tantôt Protestant,

Sert Rome & Luther de son onde,

Et qui comptant après pour rien

Le Romain, le Luthérien,

Finit sa course vagabonde

Par n'être pas même Chrétien.

Rarement à courir le monde

On devient plus homme de bien.

Le Lecteur curieux de connoître le cours du Danube, l'histoire naturelle & géographique d'un grand nombre de pays qu'il arrose, le moderne & l'antique savamment réunis, trouvera tout cela dans le magnifique ouvrage du comte de Marsigly sur le Danube. Il a paru à la Haie en 1726 en 6 volumes in-folio, décorés d'excellentes tailles-douces. Peu de gens ont eu des vûes aussi étendues que son illustre auteur : il y en a encore moins qui ayent eu assez de fortune pour exécuter comme lui ce qu'il a fait en faveur des Sciences. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.
DAPALIS(Myth.) surnom que les Romains donnoient à Jupiter, comme conservateur des mets & intendant des festins.


DAPHNÉPHORES. m. (Myth.) jeune homme choisi entre les mieux faits, les plus robustes, & les mieux nés, qui pendant les fêtes qu'on célebroit en Grece tous les neuf ans en l'honneur d'Apollon, avoit la fonction de porter la branche de laurier ornée de globes de cuivre, couronné de laurier & de fleurs : ces fêtes s'appelloient daphnéphories ; & le plus remarquable des globes désignoit le Soleil ; les moins considérables étoient des symboles de la Lune & d'autres étoiles ; les couronnes marquoient les jours de l'année.


DAPHNOMANCIES. f. (Divinat.) sorte de divination qui se faisoit par le moyen du laurier, & qu'on nommoit ainsi parce que les Poëtes feignoient que la nymphe Daphné, en se dérobant aux poursuites d'Appollon, avoit été changée en laurier.

On pratiquoit la daphnomancie de deux manieres : 1°. en jettant dans le feu une branche de laurier ; si en brûlant elle pétilloit & faisoit un certain bruit, on en tiroit un heureux présage : c'étoit au contraire mauvais signe quand elle brûloit tout simplement & sans produire aucun son, comme dit Properce.

Si tacet extincto laurus adusta foco.

L'autre maniere étoit de mâcher des feuilles de laurier, qui inspiroit, disoit-on, le don de prophétie : aussi les pythies, les sibylles, & les prêtres d'Apollon n'omettoient-ils jamais cette cérémonie ; ce qui faisoit regarder le laurier comme le symbole caractéristique de la divination. (G)


DAPIFERS. m. (Hist. mod.) nom de dignité & d'office, grand-maître de la maison de l'empereur. Ce mot en latin est composé de dapis, qui signifie un mets, une viande qui doit être servie sur la table ; & de fero, je porte : ainsi il signifie proprement porte-mets, porte-viande, un officier qui porte les mets, qui sert les viandes sur la table.

Ce titre de dapifer étoit un nom de dignité & d'office dans la maison impériale, que l'empereur de Constantinople conféra au czar de Russie comme une marque de faveur. Cet office fut autrefois institué en France par Charlemagne sous le titre de dapiferat & sénéchaussée, qui comprenoient l'intendance sur tous les offices domestiques de la maison royale ; ce que nous nommons aujourd'hui grand-maître de la maison du Roi. Les rois d'Angleterre, quoique souverains, se faisoient honneur de posséder cette charge dans la maison de nos rois ; & c'est en conséquence de cette dignité, dont ils étoient revêtus comme comtes d'Anjou, qu'ils étoient gardiens & défenseurs de l'abbaye de S. Julien de Tours. On lit cette anecdote dans une lettre d'Henri I. roi d'Angleterre, écrite vers les premieres années du xij. siecle, & rapportée au tome IV. des miscellanea de M. Baluze. Cette charge étoit la premiere de la maison de nos rois, & ses possesseurs signoient à toutes les charges. Elle se nommoit en françois sénéchal, & a été remplacée par celle de grand-maître de la maison du Roi. Voyez MAITRES (grands). (a)

La dignité de dapifer fut beaucoup moins éminente en Angleterre, puisque dans plusieurs de nos anciennes chartes, l'officier qui en est revêtu est nommé un des derniers de la maison royale.

La dignité de dapifer subsiste encore aujourd'hui en Allemagne, & l'électeur palatin l'a possédée jusqu'en 1623, que l'électeur de Baviere a pris le titre d'archi-dapifer de l'empire ; son office est au couronnement de l'empereur, de porter à cheval les premiers plats à sa table.

Les différentes fonctions de la charge de dapifer, lui ont fait donner par les auteurs anciens plusieurs noms différens ; comme d', eleator, dipnocletor, convocator, trapezopaeus, architriclinus, progusta, praegustator, domesticus, megadomesticus, oeconomus, majordomus, seneschallus, schalcus, gastaldus, assessor, praefectus ou praepositus mensae, princeps coquorum & magirus. Chambers. (G)


DARBou DERBY, (Géog. mod.) ville d'Angleterre, capitale de Derbyshire. Elle est située sur le Dervant. Long. 16. 10. lat. 52. 54.


DARCEDARCINE, BASSIN, CHAMBRE, PARADIS, (Marine) tous ces noms sont synonymes, & se donnent à la partie d'un port de mer où les bâtimens sont le plus à l'abri & le plus en sûreté. On donne volontiers ce nom de darse à l'endroit où l'on met les galeres, & qui est fermé d'une chaîne. Voyez CHAMBRE & BASSIN. (Z)


DARD(Hist. nat.) Voyez VANDOISE.

DARD, s. m. (Hist. anc.) jaculum, épieu armé par un bout d'une pointe de fer, & propre à se lancer à la main.

DARDS, en Architecture, bouts de fleches, que les anciens ont introduits comme symboles de l'amour, parmi les oves qui ont la forme du coeur.

DARDS DE FER, (Serrurerie) on en voit de placés sur une grille ou porte de fer, pour servir de chardon & de défense.

DARDS A FEU, (Art milit. & Mar.) c'est une sorte d'artifice qu'on jette dans les vaisseaux ennemis.

DARD, terme de Pêche ; voyez FOUANNE ou TRIDENT.

DARD, (Jard.) est le montant ou le petit brin droit & rond, qui s'élance du milieu du calice de certaines fleurs, telles que l'oeillet. (K)


DARDA(Géog. mod.) fort de la basse Hongrie sur la Drawe. Long. 36. 45. lat. 45. 55.


DARDANARIUSsub. m. (Hist. anc.) usurier, monopoleur si l'on pouvoit se servir de ce mot. Ce nom se donnoit autrefois à ceux qui causoient la disette & cherté des denrées, sur-tout du blé, en les achetant en grande quantité, & les serrant ensuite pour en faire hausser la valeur, & les vendre à un prix exorbitant. Ces gens ont toûjours été en horreur dans toutes les nations ; & on les a séverement punis, quand ils ont été reconnus. Voyez MONOPOLE.

Le mot dardanarius vient de Dardanus, qui, dit-on, détruisoit les fruits de la terre par une espece de sorcellerie.

Ces sortes de gens sont aussi appellés aeruscatores, directarii, sitocapeli, annonae flagellatores, & seplatiarii. Chambers. (G)


DARDANELLE(CANAL ou DETROIT DES), Géog. mod. fameux canal qui sépare les deux plus belles parties de la terre, l'Europe & l'Asie. On l'appelle autrement l'Hellespont, le détroit de Gallipoli, le bras de S. Georges, les bouches de Constantinople. Les Turcs le connoissent sous le nom de Boghas ou détroit de la mer Blanche. Il y a beaucoup d'apparence que le nom de Dardanelles vient de Dardane, ancienne ville qui n'en étoit pas éloignée, & dont le nom même seroit peut-être aujourd'hui dans l'oubli, sans la paix qui y fut conclue entre Mithridate & Sylla. Ce canal, qui joint l'Archipel à la Propontide ou mer de Marmara, est bordé à droite & à gauche par de belles collines assez bien cultivées. L'embouchure du canal a près de quatre milles & demi de large, & est défendue par des châteaux dont nous parlerons dans l'article suivant. Les eaux de la Propontide qui passent par ce canal y deviennent plus rapides ; lorsque le vent du nord souffle, il n'est point de vaisseaux qui se puissent présenter pour y entrer, mais on ne s'apperçoit plus du courant avec un vent du sud. Tournefort, voyage du Levant, lettre xj. Article de M(D.J.)

DARDANELLES (châteaux des), Géogr. Il y a deux anciens & forts châteaux de la Turquie nommés châteaux des Dardanelles, l'un dans la Romanie, & l'autre dans la Natolie. Ils sont situés aux deux côtés du canal dont nous avons parlé dans l'article précédent. Ce fut Mahomet II. qui les fit bâtir, & on peut les appeller les clés de Constantinople, dont ils sont éloignés d'environ 65 lieues. Il y a deux autres nouveaux châteaux des Dardanelles à l'embouchure du détroit, bâtis par Mahomet IV. en 1659, pour s'opposer aux insultes des Vénitiens. Ils défendent le passage du canal ; cependant une armée qui voudroit forcer le passage, ne risqueroit pas beaucoup, ces châteaux étant éloignés l'un de l'autre de plus de quatre milles ; l'artillerie turque, quelque monstrueuse qu'elle paroisse, n'incommoderoit pas trop les vaisseaux qui défileroient avec un bon vent ; les embrasures des canons de ces châteaux sont comme des portes cocheres : mais les canons qui sont d'une grosseur demesurée n'ayant ni affût ni reculée, ne sauroient tirer plus d'un coup chacun. Qui seroit l'homme assez hardi pour oser les charger en présence des vaisseaux de guerre, dont les bordées renverseroient en un instant les murailles des châteaux qui ne sont pas terrassées, & qui enseveliroient les canons & les canoniers sous leurs ruines ? Quelques bombes seroient capables de démolir ces forteresses. Ce sont des réflexions de M. de Tournefort, & les gens de l'art les trouvent très-justes. Art. de M(D.J.)


DARDANIES. f. (Géog. anc.) petite province dépendante des Troyens, & située au nord de la Troade. La capitale portoit le même nom ; elle étoit voisine de la source du Simoïs ; elle avoit été bâtie par Dardanus. La Samothrace s'appella aussi Dardanie. Ce fut encore le nom de la Dacie méditerranée. Voyez DACES.


DARDILLERDARDILLE, (Jardin) on dit, pour faire entendre qu'un oeillet pousse son dard, cet oeillet dardille. (K)


DAREL-HAMARA(Géog. mod.) ville d'Afrique, au royaume de Fez ; elle est située sur une montagne. Long. 9. lat. 34. 20.


DARHou DRAR, (Géog. mod.) province d'Afrique, sur la riviere du même nom, dans les états du roi de Maroc.


DARIABADESS. m. (Commerce) toile de coton, blanche, qui vient de Surate. Voyez les diction. du Comm. & de Trév.


DARIDAou TAFFETAS D'HERBE, (Comm.) espece d'étoffe qui se fabrique aux Indes avec les filamens d'une plante. Voyez les dict. de Comm. & de Trév.


DARIEN(Géog.) l'isthme de Darien ou de Panama joint l'Amérique septentrionale avec la méridionale : il y a proche de cet isthme une riviere & un golfe de même nom.


DARINSS. m. pl. (Manufact. en fil) toiles ordinaires qui se fabriquent en Champagne. Dictionn. de Comm. & de Trév.


DARIOLES. f. (Pâtisserie) c'est une piece de pâtisserie qu'on emplit d'un appareil de lait, de beurre, & autres ingrédiens. Voyez PATISSERIE.


DARIQUES. m. (Littérat.) piece d'or frappée au nom de Darius Medus, que l'Ecriture appelle Cyaxare II. roi des Medes.

Ce fut vers l'an 538 avant J. C. que furent frappés les dariques, qui pour leur beauté & leur titre, ont été préférés pendant plusieurs siecles à toutes les autres monnoies de l'Asie. Lorsque Cyrus étoit occupé à son expédition de Syrie, d'Egypte, & des pays circonvoisins, Darius le Mede fit battre ces fameuses pieces d'or, de l'immense quantité de ce métal accumulée dans son thrésor, du butin qu'il avoit fait avec Cyrus pendant le cours de la longue guerre où ils s'engagerent. On les frappa pour la premiere fois à Babylone, d'où elles se répandirent dans tout l'Orient & jusques dans la Grece.

Suivant le docteur Bernard, de ponder. & mensur. antiq. le darique pesoit deux grains plus qu'une guinée ; mais comme il étoit de pur or, n'ayant point ou presque point d'alliage, cette monnoie, selon la proportion qui se trouve aujourd'hui entre l'or & l'argent, pouvoit valoir environ 25 schelins d'Angleterre.

Il est fait mention des dariques dans le I. liv. des chron. xxjx. 7. comme aussi dans Esdras, viij. 27. sous le nom d'adarkonim, & dans le Talmud sous celui de darkonoth ; voy. Buxtorf, lexic. Rabbinnic. Ces deux mots paroissent venir l'un & l'autre du grec , dariques ; voyez encore Suidas au mot . Au reste toutes les pieces d'or du même poids & à-peu-près du même titre, qui furent frappées sous les successeurs de Darius Medus, tant Perses que Macédoniens d'origine, porterent le nom de dariques, & c'est pour cela que cette monnoie a eu si longtems cours dans le monde. Il y avoit des dariques & des demi-dariques, comme nous avons des loüis & des demi-loüis. Je tire tout ce détail de M. Prideaux, & je ne pouvois mieux puiser que dans un ouvrage si plein de vérité, d'exactitude & d'érudition. Presque tous nos écrivains n'ont fait que des erreurs dans leur maniere d'évaluer le darique. De-là vient que M. Rollin en fixe la valeur à une pistole ; M. le Pelletier de Rouen à 11 liv. 11 s. 9 d. 1/4 ; d'autres à 19 liv. 3 s. 1 d. 1/2, chacun conformément à la méthode fautive qu'il a suivie pour regle.

Les dariques, dit le dictionnaire de Trévoux, étoient marqués d'un archer ou tireur d'arc ; car Plutarque dans les apophtegmes ou bons mots d'Agésilas, rapporte que ce Grec se plaignoit d'avoir été chassé d'Asie par trente mille archers du roi de Perse, entendant par-là des dariques marqués d'un archer. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.
DARMOUTou DERMOUTZ, (Géog. mod.) ville d'Angleterre, dans le Devonshire. Long. 14. 2. lat. 50. 16.


DARMSTADT(Géog. mod.) ville d'Allemagne au cercle du haut-Rhin ; c'est la capitale du landgraviat de Hesse Darmstadt ; elle est située sur la riviere de même nom. Long. 26. 15. lat. 49. 50.


DARNAMAFsub. m. (Commerce) coton qui vient de Smyrne ; c'est la meilleure espece : il est ainsi appellé de la plaine où on le cultive & recueille. Voyez les dict. du Comm. & de Trév.


DAROGou DARUGA, s. m. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on appelle en Perse un juge criminel : il y en a un dans chaque ville.

C'est encore le nom d'une cour souveraine, où l'on juge les officiers employés au recouvrement des deniers publics, lorsqu'ils sont accusés de malversation.


DARTOSsub. m. (Anatomie) Presque tous les anatomistes, même les plus grands, ceux à qui rien ne paroît avoir échappé, soutiennent que le dartos est une membrane charnue qu'on doit regarder comme un véritable muscle cutané, dont le scrotum est intérieurement revêtu ; cette membrane charnue, ajoûtent-ils, se trouve attachée par une espece d'expansion aponévrotique, à la branche inférieure des os pubis, & fournit suivant Rau une enveloppe particuliere à chaque testicule, de sorte que de l'adossement ou de l'union de ces deux enveloppes charnues, se forme une cloison attachée d'une part à l'urethre, & de l'autre à la portion du scrotum qui est vis-à-vis le raphé.

Mais est-il bien vrai que le dartos soit musculeux ? & n'a-t-on pas autant de raison de prétendre qu'il est formé par la membrane cellulaire du scrotum qui est presque toûjours dépourvûe de graisse, & qui a plus de solidité que celle qu'on rencontre ailleurs ? C'est le sentiment de Ruysch adopté par MM. Lieutaud & Monro, & il est difficile de ne pas l'embrasser, en disant avec eux que le dartos n'est autre chose que la membrane cellulaire du scrotum. En effet, le tissu cellulaire dont le dartos est composé, & qui a aux environs des testicules une épaisseur considérable, n'est point différent de celui qu'on trouve sous la peau de la verge. Les Anatomistes ont cru voir ici une membrane charnue, trompés apparemment par la couleur rougeâtre que les vaisseaux sanguins qui y sont en grand nombre, donnent à cette partie. Ce tissu cellulaire, entrelacé de quelques fibres charnues, est capable de relâchement & de contraction, car il forme les rides & le resserrement des bourses, qui arrivent principalement quand on s'expose au froid ou que l'on sort du bain ; & c'est peut-être cet état de relâchement & de contraction qui a encore déterminé les Anatomistes à décider que cette partie étoit toute musculeuse. Quoiqu'il en soit, leur décision n'est ni sans appel, ni même faite nemine contradicente. Si la révision d'arrêt en matiere civile n'a plus lieu parmi nous, c'est par de très-bonnes raisons législatives : mais il n'en est pas de même en Physique & en Anatomie ; tout y est sujet à la révision, parce que rien n'est si bien décidé qu'on puisse être privé du droit de revoir, & c'est une prérogative dont on ne sauroit trop joüir dans les matieres de ce genre. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.
DARTRES. f. (Medecine) est une maladie de la peau, appellée en grec , d'où on lui donne aussi quelquefois en françois le nom d'herpe, en latin serpigo à serpendo, ramper ou se répandre.

Les dartres sont formées de pustules érésypelateuses qui affectent les tégumens ; elles prennent différens noms, selon les différences sous lesquelles elles paroissent. Voyez ERESIPELE.

Si les dartres sont séparées les unes des autres, comme il arrive souvent à celles qui ont leur siége sur le visage, on les appelle discrettes ; elles s'élevent en pointe avec une base enflammée, dont la rougeur & la douleur disparoissent après qu'elles ont jetté la petite quantité de matiere qu'elles contenoient, & elles se sechent d'elles-mêmes.

Si les pustules sont réunies plusieurs ensemble, ordinairement en forme circulaire ou ovale, elles forment les dartres confluentes ; celles-ci sont malignes, corrosives, accompagnées de grandes demangeaisons, qui se changent quelquefois en douleurs très-vives : on ne doit cependant pas leur donner le nom de feu sacré, ignis sacer, d'après Celse, qui convient mieux à l'érésypele.

Lorsque les pustules sont petites, ramassées, accompagnées communément d'inflammation tout-autour, & quelquefois d'une petite fievre, & que leurs pointes se remplissent d'une matiere blanchâtre, à quoi succede une petite croûte ronde, ce qui fait une ressemblance avec un grain de millet, la dartre ainsi formée prend le nom de miliaire.

Lorsque l'humeur des pustules dartreuses est si acre & si corrosive qu'elle pénetre dans la substance de la peau & la détruit, elle est appellée dartre rongeante, en grec , excedens, depascens ; c'est la plus maligne espece, qui forme des ulceres profonds & de mauvais caractere, qui sont proprement du ressort de la Chirurgie.

Toutes ces différentes especes de dartres sont toutes causées par une lymphe saline, acre, rongeante avec plus ou moins d'activité, arrêtée dans les vaisseaux & dans les glandes de la peau, jointe à la sécheresse & à la tension des fibres : ce vice topique est souvent une suite d'un vice dominant dans les humeurs, héréditaire ou accidentel ; il est souvent compliqué avec différens virus, comme le vérolique, le scorbutique, le cancereux, &c. il en est souvent l'effet immédiat ; il doit aussi quelquefois être attribué au défaut d'éruptions cutanées de différente espece, qui ne sont pas bien faites, & qui n'ont pas parfaitement dépuré le sang, ou dont on a imprudemment arrêté les progrès ; à la suppression de l'insensible transpiration, des évacuations périodiques, des fleurs blanches, &c.

Les dartres qui se manifestent sur le visage par quelques pustules simples ont peu besoin du secours de l'art ; car quoiqu'elles causent un sentiment de cuisson, de brûlure, ou de demangeaison pendant deux ou trois jours, elles viennent d'elles-mêmes à suppuration, se desséchent ensuite sous forme de farine, & disparoissent bien-tôt ; elles ne proviennent que d'un vice topique qui se corrige aisément.

La seconde espece de dartre ne vient jamais à maturité, mais il en sort seulement une humeur claire quand on se gratte ; elle est très-difficile à guérir ; car lorsqu'elle paroit tout-à-fait éteinte, elle renaît de nouveau en différentes saisons, défigurant les parties qu'elle attaque, & résistant à tous les remedes : le peuple a coûtume de se servir d'encre pour la guérir : mais dans une maladie si opiniâtre il faut avant toutes choses employer les remedes généraux, & y joindre les mercuriels, sur-tout s'il y a le moindre soupçon de virus vérolique. Les eaux minérales purgatives font de très-bons effets dans cette maladie : on peut ensuite employer extérieurement des linimens, des lotions, détersifs, mondificatifs, légerement astringens. Galien recommande les sucs de plantain, de morelle, mêlés avec l'oxicrat. La salive d'une personne saine à jeun, l'urine, peuvent aussi satisfaire aux indications selon Barbette ; parmi les remedes simples utiles dans ce cas, il loue aussi avec plusieurs praticiens ; la litharge, entr'autres, le mastic, la tuthie, la céruse, le plomb calciné, le soufre, le mercure ; Turner y ajoûte le vitriol & le nitre : les compositions qu'ils conseillent sont les onguens égyptiac, de pompholix, de minium, &c. & l'onguent gris. Dans certains cas d'une virulence extraordinaire & phagédénique, on a hasardé de toucher légerement les dartres avec l'eau forte ou huile de vitriol, qui en ont à la vérité ralenti les progrès, tandis que des remedes moins actifs n'opéroient rien ; mais on ne peut en venir à cette extrémité qu'avec la plus grande précaution ; & tandis qu'on se sert de médicamens ainsi piquans & desséchans, il en faut appliquer de tems en tems d'autres adoucissans pour entretenir la souplesse de la peau, & consolider les excoriations : tel est en abregé le traitement proposé pour le serpigo.

Celui des dartres miliaires est le même à l'égard des remedes internes que pour l'érésypele ; voyez ERESYPELE ; les externes doivent être un peu différens des précédens, parce que l'espece de dartre dont il s'agit, ne peut pas supporter les applications piquantes & dessicatives. On doit aussi, avant d'employer des topiques, travailler avec plus de soin à corriger le vice dominant des humeurs, à en tempérer l'acrimonie, & à empêcher qu'il ne se fasse de dépôt sur des parties importantes ; dans cette vûe on ne peut trop se tenir sur ses gardes contre l'administration imprudente des répercussifs, par rapport à l'humeur qui est déjà fixée à l'extérieur. On peut aider à la sortie de la matiere des pustules quand elle paroît être parvenue à sa maturité, en ouvrant la pointe avec des ciseaux. On essuie & on déterge ces petits ulceres autant qu'il est possible : on y applique ensuite des linges enduits de cérat ordinaire. On se sert, sur le déclin, des onguens de pompholix, de minium, de chaux, de la pommade faite avec le précipité blanc ; ce dernier remede passe pour assûré. Extrait de Turner, maladies de la peau.

Pour ce qui est de la curation de la dartre rongeante qui forme des ulceres phagédéniques, voyez ULCERE & PHAGEDENIQUE. (d)

DARTRE, (Maréchallerie) ulcere large à-peu-près comme la main, qui vient ordinairement à la croupe, quelquefois à la tête, & quelquefois à l'encolure des chevaux, & qui leur cause une demangeaison si violente, qu'on ne peut les empêcher de se gratter, & d'augmenter par conséquent ces sortes d'ulceres. (V)


DARUGAVoyez DAROGA.


DASSEN-EYLANDou ISLE DES DAIMS, (Géog. mod.) l'une des trois petites îles situées au nord du cap de Bonne-Esperance. Elle est abondante en daims & en brebis, dont on dit, peut-être faussement, que la queue pese jusqu'à 19 livres.


DASSERIS. m. (Hist. mod.) le chef de la religion auprès du roi de Cagonti s'appelle gourou, & ses disciples dasseris.


DATAIRES. m. (Jurispr.) est le premier & le plus important des officiers de la daterie de Rome, où il a toute autorité. Quand cette commission est remplie par un cardinal, comme elle est au-dessous de sa dignité, on l'appelle prodataire, c'est-à-dire qui est au lieu du dataire.

Cet officier représente la personne du pape pour la distribution de toutes les graces bénéficiales & de tout ce qui y a rapport, comme les dispenses & autres actes semblables.

Ce n'est pas lui qui accorde les graces de son chef ; tout ce qu'il fait relativement à son office, est réputé fait par le pape.

C'est lui pareillement qui examine les suppliques & les graces avant de les porter au pape.

Son pouvoir dans ces matieres est beaucoup plus grand que celui des reviseurs ; car il peut ajoûter ou diminuer ce que bon lui semble dans les suppliques, même les déchirer, s'il ne les trouve pas convenables.

C'est lui qui fait la distinction des matieres contenues dans les suppliques qui lui sont présentées ; c'est lui qui les renvoye où il appartient, c'est-à-dire à la signature de justice ou ailleurs, s'il juge que le pape ne doive pas en connoître directement.

Le dataire ou le soûdataire, ou tous deux conjointement, portent les suppliques au pape pour les signer. Le dataire fait ensuite l'extension de toutes les dates des suppliques qui sont signées par le pape.

Il ne se mêle point des bénéfices consistoriaux, tels que les abbayes consistoriales, à moins qu'on ne les expédie par daterie & par chambre ; ni des évêchés, auxquels le pape pourvoit de vive voix en plein consistoire.

Le soûdataire, qui n'est aussi que par commission, n'est point un officier dépendant du dataire ; c'est un prélat de la cour romaine choisi & député par le pape.

Il est établi pour assister ordinairement le dataire, lorsque celui-ci porte les suppliques au pape pour les signer.

Sa principale fonction est d'extraire les sommaires du contenu aux suppliques importantes, qui sont quelquefois écrites de la main de cet officier ou de son substitut ; mais ce sommaire au bas de la supplique est presque toûjours écrit de la main du banquier ou de son commis, & signé du soûdataire qui enregistre le sommaire, sur-tout quand la supplique contient quelqu'absolution, dispense ou autres graces qu'il faut obtenir du pape.

Le soûdataire marque au bas de la supplique les difficultés que le pape y a trouvées ; par exemple, quand il met cum sanctissimo, cela signifie qu'il en faut conférer avec sa sainteté.

Lorsqu'il s'agit de quelque matiere qui est de nature à être renvoyée à quelque congrégation, comme à celle des réguliers, des rites, des évêques & autres, que le pape n'a point coûtume d'accorder sans leur approbation, le soûdataire met ces mots, ad congregationem regularium, ou autres, selon la matiere.

Quand l'affaire a été examinée dans la congrégation établie à cet effet, le billet contenant la réponse & la supplique, sont rapportés au soûdataire pour les faire signer au pape.

Si le pape refuse d'accorder la grace qui étoit demandée, le soûdataire répond au bas de la supplique, nihil, ou bien non placet sanctissimo.

La fonction du soûdataire ne s'étend pas sur les vacances par mort des pays d'obédience, lesquelles appartiennent au dataire per obitum dont on va parler. (A)

DATAIRE ou REVISEUR PER OBITUM, est un officier de la daterie, & dépendant du dataire général ou préfet des dates. Ce dataire per obitum a la charge de toutes les vacances per obitum dans les pays d'obédience, tels qu'est en France la Bretagne, où le pape ne donne point les bénéfices au premier impétrant, mais à celui que bon lui semble.

C'est à cet officier que l'on porte toutes les suppliques des vacances par mort en pays d'obédience, pour lesquelles on ne prend point de date à cause des réserves du pape.

Il est aussi chargé de l'examen des suppliques par démission, privation & autres en pays d'obédience, & des pensions imposées sur les bénéfices vacans, en faveur des ministres & autres prélats courtisans du palais apostolique. (A)

DATAIRE ou REVISEUR DES MATRIMONIALES ; est aussi un officier de la daterie de Rome, & dépendant du dataire général. La fonction de ce dataire particulier est de revoir les suppliques des dispenses matrimoniales, avant & après qu'elles ont été signées ; d'en examiner les clauses, & d'y ajoûter les augmentations & restrictions qu'il juge à propos. C'est lui qui fait signer au pape ces dispenses, & qui y fait mettre la date par le dataire général, lorsque les suppliques sont conformes au style de la daterie. (A)

DATAIRE, (pro) voyez ci-devant DATAIRE.

Sur les dataires en général, voyez le traité de l'usage & pratique de cour de Rome, par Castel, tome I. au commencement. (A)


DATES. f. (Chronol.) indication du tems précis dans lequel un évenement s'est passé, à l'aide de laquelle on peut lui assigner dans la narration historique & successive, & dans l'ordre chronologique des choses, la place qui lui convient. On trouve à la tête de l'ouvrage qui a pour titre, l'art de vérifier les dates, dont nous avons parlé à l'article CHRONOLOGIE & ailleurs, une très-bonne dissertation sur les dates des anciennes chartes & chroniques, & sur les difficultés auxquelles ces dates peuvent donner occasion. Une des sources de ces difficultés vient des divers tems auxquels on a commencé l'année, & du peu d'uniformité des anciens auteurs là-dessus. Les uns la commençoient avec le mois de Mars, les autres avec le mois de Janvier ; quelques-uns sept jours plûtôt, le 25 Décembre ; d'autres le 25 Mars, d'autres le jour de Pâques. Voyez sur ce sujet un détail très-curieux & très-instructif dans l'ouvrage cité. Voyez aussi les articles AN, CYCLE, ÉPACTE, ERE, INDICTION, &c. (O)

DATE, (Jurispr.) est nécessaire dans certains actes pour leur validité ; tels sont tous les actes judiciaires & extrajudiciaires, les actes passés devant notaires & autres officiers publics.

Dans les actes sous seing privé la date est utile, pour connoître dans quelles circonstances l'acte a été fait ; mais il n'est pas nul faute d'être daté.

Avant l'ordonnance de 1735, l'obmission de la date dans un testament olographe, ne le rendoit pas nul ; mais suivant l'article 20 de cette ordonnance, les testamens olographes doivent être entierement écrits de la main du testateur, & datés.

Dans les actes faits par des officiers publics, on marque toûjours l'année, le mois & le jour : on ne marque pas ordinairement si c'est devant ou après midi ; l'ordonnance de Blois, article 167, enjoint cependant aux notaires & autres officiers de justice, de déclarer dans les actes qu'ils font, si c'est devant ou après midi ; mais cela n'est pas observé, excepté dans certains exploits de rigueur, tels que les saisies & exécutions, conformément à l'art. 4 du titre xxxiij. de l'ordonnance de 1667, qui l'ordonne expressément pour ces sortes de saisies.

Il seroit même à propos dans tous les actes, de marquer non-seulement s'ils ont été passés avant ou après midi, mais même l'heure à laquelle ils ont été faits : cette attention serviroit souvent à éclaircir certains faits & à prévenir bien des difficultés, & dans les actes authentiques cela serviroit beaucoup pour l'ordre des hypotheques : car entre créanciers du même jour il y a concurrence, au lieu que celui dont le titre marque qu'il a été fait avant midi, passe avant le créancier dont le titre est seulement daté du jour ; & celui dont le titre est daté de onze heures du matin, passe devant celui dont le titre marque seulement qu'il a été fait avant midi.

Il est d'usage assez commun dans la plûpart des exploits & dans beaucoup d'autres actes, d'y mettre la date au commencement ; il seroit cependant plus convenable de la mettre à la fin, ou au moins de la répeter, afin de mieux constater que tout l'acte a été fait dans le tems marqué : autrement il peut arriver qu'un acte commencé sous sa date, n'ait été achevé qu'un ou plusieurs jours après ; auquel cas, pour procéder régulierement, on doit faire mention des différentes dates.

Les actes authentiques ont une date certaine du jour qu'ils sont passés, à la différence des actes sous signature privée, qui n'acquierent de date certaine que du jour du décès de celui ou ceux dont ils sont écrits & signés, ou du jour qu'ils sont contrôlés ou reconnus en justice. (A)

DATE EN MATIERE BENEFICIALE, suivant l'usage de cour de Rome, s'entend des dates sur lesquelles on expédie les provisions des bénéfices que l'on impetre en cour de Rome.

Elles sont de deux sortes, savoir, les dates en abregé, ou petites dates ; & celles qui s'apposent au bas des bulles & des signatures.

Dates en abregé ou petites dates, sont celles que les correspondans des banquiers de France retiennent à la daterie de Rome à l'arrivée du courier, pour constater les diligences de l'impétrant.

Les François ont le privilége en cour de Rome, que toutes provisions destinées pour eux, sont expédiées sur petites dates ou dates en abregé.

On les appelle petites, parce qu'elles sont en abregé, & pour les distinguer de celles qui s'apposent au bas des bulles & des signatures.

La raison pour laquelle on use de ces petites dates, est que les correspondans des banquiers de France ne pouvant dresser leurs suppliques, les faire signer & revoir par les officiers de la daterie à l'instant de l'arrivée du courier, ils retiennent seulement de petites dates, c'est-à-dire en abregé, afin d'assûrer le droit de l'impétrant.

Ceux qui requierent un bénéfice de cour de Rome, retiennent ordinairement plusieurs dates à différens jours : on a vû des ecclésiastiques qui en avoient retenu jusqu'à quinze cent, pour tâcher de rencontrer un jour où ils fussent seuls requérans le bénéfice ; parce que tant qu'il y a plusieurs requérans du même jour, on ne donne point de provisions : concursu mutuo sese impediunt partes.

Ces dates sont toûjours secrettes jusqu'à ce qu'elles ayent été levées, c'est pourquoi jusques-là on n'en donne point de certificat.

Il est d'usage, par rapport aux bénéfices de France, que ces dates ne durent qu'un an, passé lequel on ne peut plus les faire expédier. Voyez ci-après DATERIE.

Il y a un officier pour les petites dates, qu'on appelle le préfet des dates ; il n'est pas en titre, mais choisi par le dataire, comme étant l'un de ses principaux substituts en l'office de la daterie. C'est chez lui que les banquiers de Rome, dès que le courier est arrivé, portent les mémoires des bénéfices sur lesquels ils ont ordre de prendre date ; & les provisions qu'on en expédie ensuite, sont datées de ce jour-là, pourvû qu'on porte les mémoires avant minuit ; car si on les porte après minuit, la date n'est que du lendemain, & non du jour précedent que le courier est arrivé.

L'officier des petites dates a un substitut dont la fonction est de la soulager en la recherche, réponse & expédition des matieres pour lesquelles on fait des perquiratur ; & de mettre au bas des suppliques la petite date avant qu'elle soit vérifiée par cet officier ou préfet des petites dates, & ensuite étendue par le dataire ou soûdataire.

Dans les vacances par mort & par dévolut, celui qui veut empêcher le concours retient plusieurs dates, afin que ses provisions ne soient pas inutiles, comme il arrive lorsque plusieurs impétrans obtiennent des provisions de même date sur le même genre de vacance : on retient en ce cas plusieurs dates, dans l'espérance qu'il s'en trouvera enfin quelqu'une sans concours.

Pour savoir si un des impétrans a fait retenir des dates du vivant du bénéficier, ce qui s'appelle une course ambitieuse, prohibée par la regle de non impetrando beneficia viventium, on peut compulser le registre du banquier expéditionnaire.

On ne retient point de date quand le saint siége est vacant ; en ce cas les provisions de cour de Rome sont présumées datées du jour de l'élection du pape, & non du jour de son couronnement.

Il s'étoit autrefois introduit à cet égard un grand abus, en ce que les impétrans retenoient ces dates sans envoyer la procuration pour résigner ; c'est ce qu'explique la préface & l'art. 2. de l'édit de 1550, appellé communément l'édit des petites dates. Un titulaire qui vouloit assûrer à quelqu'un son bénéfice après sa mort seulement, & sans en être dépossédé de son vivant, passoit une procuration pour résigner en faveur ; mais il la gardoit en sa possession, & sur cette résignation feinte il faisoit retenir à Rome une date tous les six mois.

Si le résignant décedoit dans les six mois, alors on envoyoit à Rome la procuration pour résigner, sur laquelle on obtenoit des provisions sous la date retenue ; & le résignataire ayant la faculté de prendre possession, soit avant ou après le décès du résignant, parvenoit ainsi à s'assûrer le bénéfice.

Si le résignant ne décédoit qu'au bout d'une ou plusieurs années, en ce cas le résignataire abandonnoit les premieres dates & se servoit de la derniere, & par ce moyen se trouvoit toûjours dans les six mois.

Pour arrêter cet abus, Henri II. donna en 1550 son édit appellé communément l'édit des petites dates, c'est-à-dire contre les petites dates, par lequel il ordonna que les banquiers ne pourroient écrire à Rome pour y faire expédier des provisions sur résignations, à moins que par le même courier ils n'envoyassent les procurations pour résigner. Il ordonna aussi que les provisions expédiées sur procurations surannées, seroient nulles.

Cet édit ne remédia pourtant pas encore entierement au mal ; car en multipliant les procurations & en envoyant à Rome tous les six mois, on se servoit de la derniere lorsque le résignant venoit à décéder.

Urbain III. pour faire cesser totalement ce désordre, fit en 1634 une regle de chancellerie, par laquelle il déclara qu'en cas que les procurations pour résigner n'eussent pas été accomplies & exécutées dans les vingt jours, & mises dans les mains du notaire de la chambre ou chancellerie, pour apposer le consens au dos des provisions de résignation ou pension, les signatures ou provisions ne seroient datées que du jour qu'elles seroient expédiées. Il ordonna aussi qu'à la fin de toutes les signatures sur résignations on apposeroit le decret : & dummodo super resignatione talis beneficii antea data capta, & consensus extensus non fuerit ; aliàs praesens gratia nulla sit eo ipso.

Cette regle ayant pourvû aux inconvéniens qui n'avoient pas été prévûs par l'édit des petites dates, Louis XIV. par son édit de 1646, a ordonné qu'elle seroit reçue & observée dans le royaume, de même que les regles de publicandis resign. & de infirmis resign. au moyen de quoi l'on ne peut plus retenir de petites dates sur une résignation, mais seulement pour les autres vacances par mort ou par dévolut. Voyez le traité des petites dates, de Dumolin ; la pratique de cour de Rome, de Castel ; le traité des bénéfices, de Drapier, tome II. (A)


DATERIE(Jurisprud.) est un lieu à Rome près du pape, où s'assemblent le dataire, le soûdataire, & autres officiers de la daterie, pour exercer leur office & jurisdiction, qui consistent à faire au nom du pape la distribution des graces bénéficiales & de tout ce qui y a rapport, comme les dispenses des qualités & capacités nécessaires, & autres actes semblables. On y accorde aussi les dispenses de mariage.

La daterie est composée de plusieurs officiers, savoir le dataire, les référendaires, le préfet de la signature de grace, celui de la signature de justice, le soûdataire, l'officier ou préfet des petites dates, le substitut de cet officier, deux reviseurs, les clercs du registre, les registrateurs, le maître du registre, le dépositaire ou thrésorier des componendes, le dataire appellé per obitum, le dataire ou reviseur des matrimoniales : il y a aussi l'officier appellé de missis. La fonction de chacun de ces officiers sera expliquée pour chacun en son lieu.

C'est à la daterie que l'on donne les petites dates à l'arrivée du courier, & que l'on donne ensuite date aux provisions & autres actes quand les suppliques ont été signées.

Il y a stile particulier pour la daterie, c'est-à-dire pour la forme des actes qui s'y font, dont Théodore Amidonius avocat consistorial a fait un traité exprès. Ce stile a force de loi, & ne change jamais ; ou si par succession de tems il s'y trouve quelque différence, elle est peu considérable.

Le cardinal de Luca, dans sa relation de la cour forense de Rome, assûre que les usages de la daterie sont fort modernes.

Les François ont des priviléges particuliers dans la daterie, tels que celui des petites dates, qu'on leur accorde du jour de l'arrivée du courier à Rome, & que les bénéfices non consistoriaux s'expédient pour eux par simple signature, & non par bulles scellées en plomb.

Rebuffe, dans sa pratique bénéficiale, rapporte un ancien decret de la daterie, qui s'observe encore aujourd'hui touchant les dates de France ; savoir le decret de Paul III. de l'an 1544, qui défend d'étendre les dates de France après l'année expirée.

Il y a deux registres à la daterie, l'un public, l'autre secret, où sont enregistrées toutes les supplications apostoliques, tant celles qui sont signées par fiat, que celles qui sont signées per concessum. Il y a aussi un registre dans lequel sont enregistrées les bulles qui s'expédient en chancellerie, & un quatrieme où sont enregistrés les brefs & les bulles qu'on expédie par la chambre apostolique. Chacun de ces registres est gardé par un officier appellé custos registri.

On permettoit autrefois à la daterie de lever juridiquement des extraits des registres, partie présente ou dûement appellée ; mais présentement les officiers de la daterie ne souffrent plus cette procédure, ils accordent seulement des extraits ou sumptum en papiers extraits du registre, & collationnés par un des maîtres du registre des suppliques apostoliques.

Lorsqu'on fait des perquisitions à la daterie pour savoir si personne ne s'est fait pourvoir d'un bénéfice, les officiers, au cas que les dates n'ayent point été levées, répondent, nihil fuit expeditum per dictum tempus ; ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a point de dates retenues, mais seulement qu'il n'y en a point eu de levées : & en effet il arrive quelquefois ensuite que nonobstant cette réponse il se trouve quelqu'un pourvû du même tems, au moyen de ce que les dates ont été levées depuis la réponse des officiers de la daterie. Voyez la pratique de cour de Rome de Castel, tome I. dans la préface & au commencement de l'ouvrage. Voyez aussi DATAIRE & DATE. (A)


DATIFS. m. (Grammaire) Le datif est le troisieme cas des noms dans les langues qui ont des déclinaisons, & par conséquent des cas ; telles sont la langue grecque & la langue latine. Dans ces langues les différentes sortes de vûes de l'esprit sous lesquelles un nom est considéré dans chaque proposition, ces vûes, dis-je, sont marquées par des terminaisons ou désinances particulieres : or celle de ces terminaisons qui fait connoître la personne à qui, ou la chose à quoi l'on donne, l'on attribue ou l'on destine quelque chose, est appellée datif. Le datif est donc communément le cas de l'attribution ou de la destination. Les dénominations se tirent de l'usage le plus fréquent ; ce qui n'exclut pas les autres usages. En effet le datif marque également le rapport d'ôter, de ravir ; Eripere agnum lupo, Plaut. enlever l'agneau au loup, lui faire quitter prise ; annos eripuere mihi Musae, dit Claudien, les Muses m'ont ravi des années, l'étude a abregé mes jours. Ainsi le datif marque non seulement l'utilité, mais encore le dommage, ou simplement par rapport à ou à l'égard de. Si l'on dit utilis reipublicae, on dit aussi perniciosus ecclesiae ; visum est mihi, cela a paru à moi, à mon égard, par rapport à moi ; ejus vitae timeo, Ter. Ann. 1. 4. 5. je crains pour sa vie ; tibi soli peccavi, j'ai péché à votre égard, par rapport à vous. Le datif sert aussi à marquer la destination, le rapport de fin, le pourquoi, finis cui : do tibi pecuniam fenori, à usure, à intérêt, pour en tirer du profit ; tibi soli amas, vous n'aimez que pour vous.

Observez qu'en ce dernier exemple le verbe ame est construit avec le datif ; ce qui fait voir le peu d'exactitude de la regle commune, qui dit que ce verbe gouverne l'accusatif. Les verbes ne gouvernent rien ; il n'y a que la vûe de l'esprit, qui soit la cause des différentes inflexions que l'on donne aux noms qui ont rapport aux verbes. Voyez CAS, CONCORDANCE, CONSTRUCTION, REGIME.

Les Latins se sont souvent servis du datif au lieu de l'ablatif, avec la préposition à ; on en trouve un grand nombre d'exemples dans les meilleurs auteurs.

Paenè mihi puero cognite paenè puer :

Perque tot annorum seriem, quot habemus uterque,

Non mihi, quàm fratri frater, amate minus.

Ovid. de Ponto, lib. IV. ep. xij. v. 20. ad Tutic. O vous que depuis mon enfance j'ai aimé comme mon propre frere.

Il est évident que cognite est au vocatif, & que mihi puero est pour à me puero. Dans l'autre vers fratri est aussi au datif, pour à fratre. O Tuticane amate mihi, id est, à me non minus quam frater amatur fratri, id est à fratre.

Dolabella qui étoit fort attaché au parti de César, conseille à Cicéron dont il avoit épousé la fille, d'abandonner le parti de Pompée, de prendre les intérêts de César, ou de demeurer neutre. Soit que vous approuviez ou que vous rejettiez l'avis que je vous donne, ajoûte-t-il, du moins soyez bien persuadé que ce n'est que l'amitié & le zele que j'ai pour vous qui m'en ont inspiré la pensée, & qui me portent à vous l'écrire. Tu autem, mi Cicero, si haec accipies, ut sive probabuntur tibi, sive non probabuntur, ab optimo certe animo ac deditissimo tibi, & cogitata, & scripta esse judices (Cic. epist. lib. IX. ep. jx.), où vous voyez que dans probabuntur tibi, ce tibi n'est pas moins un véritable datif, quoiqu'il soit pour à te.

Comme dans la langue françoise, dans l'italienne, &c. la terminaison des noms ne varie point, ces langues n'ont ni cas, ni déclinaisons, ni par conséquent de datif ; mais ce que les Grecs & les Latins font connoître par une terminaison particuliere du nom, nous le marquons avec le secours d'une préposition, à, pour, par, par rapport à, à l'égard de ; rendez à César ce qui est à César, & à Dieu ce qui est à Dieu.

Voici encore quelques exemples pour le latin ; itineri paratus & praelio, prêt à la marche & au combat, prêt à marcher & à combattre.

Causa fuit pater his, Horat. Nous disons cause de ; mon pere en a été la cause ; j'en ai l'obligation à mon pere. Instare operi ; rixari non convenit convivio ; mihi molestus ; paululum supplicii satis est patri ; nulli impar ; suppar Abrahamo, contemporain à Abraham ; gravis senectus sibi-met, la vieillesse est à charge à elle-même.

On doit, encore un coup, bien observer que le régime des mots se tire du tour d'imagination sous lequel le mot est considéré ; ensuite l'usage & l'analogie de chaque langue destinent des signes particuliers pour chacun de ces tours.

Les Latins disent amare Deum ; nous disons aimer Dieu, craindre les hommes. Les Espagnols ont un autre tour ; ils disent amar à Dios, temer à los hombres ; ensorte que ces verbes marquent alors une sorte de disposition intérieure, ou un sentiment par rapport à Dieu ou par rapport aux hommes.

Ces différens tours d'imagination ne se conservent pas toûjours les mêmes de génération en génération, & de siecle en siecle ; le tems y apporte des changemens, aussi-bien qu'aux mots & aux phrases. Les enfans s'écartent insensiblement du tour d'imagination & de la maniere de penser de leurs peres, sur-tout dans les mots qui reviennent souvent dans le discours. Il n'y a pas cent ans que tous nos auteurs disoient servir au public, servir à ses amis (Utopie de Th. Morus traduite par Sorbiere p. 12. Amst. Blaeu, 1643) ; nous disons aujourd'hui servir l'état, servir ses amis.

C'est par ce principe qu'on explique le datif de succurrere alicui, secourir quelqu'un ; favere alicui, favoriser quelqu'un ; studere optimis disciplinis, s'appliquer aux beaux arts.

Il est évident que succurrere vient de currere & de sub ; ainsi selon le tour d'esprit des latins, succurrere alicui, c'étoit courir vers quelqu'un pour lui donner du secours. Quidquid succurrit ad te scribo, dit Cicéron à Atticus, je vous écris ce qui me vient dans l'esprit. Ainsi alicui est là au datif par le rapport de fin ; le pourquoi, c'est accourir pour aider.

Favere alicui, c'est être favorable à quelqu'un, c'est être disposé favorablement pour lui, c'est lui vouloir du bien. Favere, dit Festus, est bona fari ; ainsi favent benevoli qui bona fantur ac precantur, dit Vossius. C'est dans ce sens qu'Ovide a dit :

Prospera lux oritur, linguis animisque favete ;

Nunc dicenda bono, sunt bona verba die.

Ovid. fast. j. v. 71.

Martinius fait venir faveo de , luceo & dico parce que, dit-il, favere est quasi lucidum vultum, bene affecti animi indicem ostendere. Dans les sacrifices on disoit au peuple favete linguis ; linguis est là à l'ablatif, favete à linguis : soyez-nous favorables de la langue, soit en gardant le silence, soit en ne disant que des paroles qui puissent nous attirer la bienveillance des dieux.

Studere, c'est s'attacher, s'appliquer constamment à quelque chose : studium, dit Martinius, est ardens & stabilis volitio in re aliquâ tractandâ. Il ajoûte que ce mot vient peut-être du grec , studium, festinatio, diligentia ; mais qu'il aime mieux le tirer de , stabilis, parce qu'en effet l'étude demande de la persévérance.

Dans cette phrase françoise, épouser quelqu'un, on diroit, selon le langage des Grammairiens, que quelqu'un est à l'accusatif ; mais lorsqu'en parlant d'une fille on dit nubere alicui, ce dernier mot est au datif, parce que dans le sens propre, nubere, qui vient de nubes, signifie voiler, couvrir, & l'on sousentend vultum ou se ; nubere vultum alicui. Le mari alloit prendre la fille dans la maison du pere & la conduisoit dans la sienne ; de-là ducere uxorem domum ; & la fille se voiloit le visage pour aller dans la maison de son mari ; nubebat se marito, elle se voiloit pour, à cause de ; c'est le rapport de fin. Cet usage se conserve encore aujourd'hui dans le pays des Basques en France, aux piés des monts Pyrénées.

En un mot cultiver les lettres ou s'appliquer aux lettres, mener une fille dans sa maison pour en faire sa femme, ou se voiler pour aller dans une maison où l'on doit être l'épouse légitime, ce sont là autant de tours différens d'imagination, ce sont autant de manieres différentes d'analyser le même fonds de pensée, & l'on doit se conformer en chaque langue à ce que l'analogie demande à l'égard de chaque maniere particuliere d'énoncer sa pensée.

S'il y a des occasions où le datif grec doive être appellé ablatif, comme le prétend la méthode de P. R. En grec le datif, aussi-bien que le génitif, se mettent après certaines prépositions, & souvent ces prépositions répondent à celles des Latins, qui ne se construisent qu'avec l'ablatif. Or comme lorsque le génitif détermine une de ces prépositions grecques, on ne dit pas pour cela qu'alors le génitif devienne un ablatif, il ne faut pas dire non plus qu'en ces occasions le datif grec devient un ablatif : les Grecs n'ont point d'ablatif, comme je l'ai dit dans le premier Tome au mot ABLATIF ; ce mot n'est pas même connu dans leur langue. Cependant quelques personnes m'ont opposé le chapitre ij. du liv. VIII. de la méthode greque de P. R. dans lequel on prétend que les Grecs ont un véritable ablatif.

Pour éclaircir cette question, il faut commencer par déterminer ce qu'on entend par ablatif ; & pour cela il faut observer que les noms latins ont une terminaison particuliere appellée ablatif ; musâ, â long, patre, fructu, die.

L'étymologie de ce mot est toute latine ; ablatif, d'ablatus. Les anciens Grammairiens nous apprennent que ce cas est particulier aux Latins, & que cette terminaison est destinée à former un sens à la suite de certaines prépositions ; clam patre, ex fructu, de die, &c.

Ces prépositions, clam, ex, de, & quelques autres, ne forment jamais de sens avec les autres terminaisons du nom ; la seule terminaison de l'ablatif leur est affectée.

Il est évident que ce sens particulier énoncé ainsi en Latin avec une préposition, est rendu dans les autres langues, & souvent même en latin, par des équivalens, qui à la vérité expriment toute la force de l'ablatif latin joint à une préposition, mais on ne dit pas pour cela de ces équivalens que ce soient des ablatifs ; ce qui fait voir que par ce mot ablatif, on entend une terminaison particuliere du nom, affectée, non à toutes sortes de prépositions, mais seulement à quelques-unes : cum prudentiâ, avec prudence ; prudentiâ est un ablatif : l'a final de l'ablatif étoit prononcé d'une maniere particuliere qui le distinguoit de l'a du nominatif ; on sait que l'a est long à l'ablatif. Mais prudenter rend à la vérité le même sens que cum prudentiâ ; cependant on ne s'est jamais avisé de dire que prudenter fut un ablatif : de même rend aussi en grec le même sens que prudemment, avec prudence, ou en homme prudent ; cependant on ne dira pas que soit un ablatif ; c'est le génitif de , prudens, & ce génitif est le cas de la préposition , qui ne se construit qu'avec le génitif.

Le sens énoncé en latin par une préposition & un nom à l'ablatif, est ordinairement rendu en grec par une préposition ; & un nom au génitif, , prae gaudio, de joie, gaudio est à l'ablatif latin ; mais , est un génitif grec, selon la méthode même de P. R.

Ainsi quand on demande si les Grecs ont un ablatif, il est évident qu'on veut savoir si, dans les déclinaisons des noms grecs, il y a une terminaison particuliere destinée uniquement à marquer le cas qui en latin est appellé ablatif.

On ne peut donner à cette demande aucun autre sens raisonnable ; car on sait bien qu'il doit y avoir en grec, & dans toutes les langues, des équivalens qui répondent au sens que les latins rendent par la préposition & l'ablatif. Ainsi quand on demande s'il y a un ablatif en grec, on n'est pas censé demander si les Grecs ont de ces équivalens ; mais on demande s'ils ont des ablatifs proprement dits : or aucun des mots exprimés dans les équivalens dont nous parlons, ne perd ni la valeur ni la dénomination qu'il a dans sa langue originale. C'est ainsi que lorsque pour rendre coram patre, nous disons en présence de son pere, ces mots de son pere ne sont pas à l'ablatif en françois, quoiqu'ils répondent à l'ablatif latin patre.

La question ainsi exposée, je répete ce que j'ai dit dans l'Encyclopédie, les Grecs n'ont point de terminaison particuliere pour marquer l'ablatif.

Cette proposition est très-exacte, & elle est généralement reconnue, même par la méthode de P. R. p. 49, édit. de 1696, Paris. Mais l'auteur de cette méthode prétend que quoique l'ablatif grec soit toûjours semblable au datif par la terminaison, tant au singulier qu'au plurier, il en est distingué par le régime, parce qu'il est toûjours gouverné d'une préposition expresse ou sousentendue : mais cette prétendue distinction du même mot est une chimere ; le verbe ni la préposition ne changent rien à la dénomination déjà donnée à chacune des désinances des noms, dans les langues qui ont des cas. Ainsi puisque l'on convient que les Grecs n'ont point de terminaison particuliere pour marquer l'ablatif, je conclus avec tous les anciens Grammairiens que les Grecs n'ont point d'ablatif.

Pour confirmer cette conclusion, il faut observer qu'anciennement les Grecs & les Latins n'avoient également que cinq cas, nominatif, génitif, datif, accusatif, & vocatif.

Les Grecs n'ont rien changé à ce nombre ; ils n'ont que cinq cas : ainsi le génitif est toujours demeuré génitif, le datif toûjours datif, en un mot chaque cas a gardé la dénomination de sa terminaison.

Mais il est arrivé en latin que le datif a eu avec le tems deux terminaisons différentes ; on disoit au datif morti & morte,

Postquam est morte datus Plautus, comoedia luget.

Gell. noct. attic. 1. 24.

où morte est au datif pour morti.

Enfin les Latins ont distingué ces deux terminaisons ; ils ont laissé à l'une le nom ancien de datif, & ils ont donné à l'autre le nom nouveau d'ablatif. Ils ont destiné cet ablatif à une douzaine de prépositions, & lui ont assigné la derniere place dans les paradigmes des rudimens, ensorte qu'ils l'ont placé le dernier & après le vocatif. C'est ce que nous apprenons de Priscien dans son cinquieme livre, au chapitre de casu. Igitur ablativus proprius est Romanorum, & quia novus videtur a Latinis inventus, vetustati reliquorum casuum concessit. C'est-à-dire qu'on l'a placé après tous les autres.

Il n'est rien arrivé de pareil chez les Grecs ; ensorte que leur datif n'ayant point doublé sa terminaison, cette terminaison doit toûjours être appellée datif : il n'y a aucune raison légitime qui puisse nous autoriser à lui donner une autre dénomination en quelque occasion que ce puisse être.

Mais, nous dit-on, avec la méthode de P. R. quand la terminaison du datif sert à déterminer une préposition, alors on doit l'appeller ablatif, parce que l'ablatif est le cas de la préposition, casus praepositionis ; ce qui met, disent-ils, une merveilleuse analogie entre la langue grecque & la latine.

Si ce raisonnement est bon à l'égard du datif, pourquoi ne l'est-il pas à l'égard du génitif, quand le génitif est précédé de quelqu'une des prépositions qui se construisent avec le génitif, ce qui est fort ordinaire en grec ?

Il est même à observer, que la maniere la plus commune de rendre en grec un ablatif, c'est de se servir d'une préposition & d'un génitif.

L'accusatif grec sert aussi fort souvent à déterminer des prépositions : pourquoi P. R. reconnoit-il en ces occasions le génitif pour génitif, & l'accusatif pour accusatif, quoique précédé d'une préposition ? & pourquoi ces messieurs veulent-ils que lorsque le datif se trouve précisément dans la même position, il soit le seul qui soit métamorphosé en ablatif ? Par ratio paria jura desiderat.

Il y a par-tout dans l'esprit des hommes certaines vûes particulieres, ou perceptions de rapports, dont les unes sont exprimées par certaines combinaisons de mots, d'autres par des terminaisons, d'autres enfin par des prépositions, c'est-à-dire par des mots destinés à marquer quelques-unes de ces vûes ; mais sans en faire par eux-mêmes d'application individuelle. Cette application ou détermination se fait par le nom qui suit la préposition ; par exemple, si je dis de quelqu'un qu'il demeure dans, ce mot dans énonce une espece ou maniere particuliere de demeurer, différente de demeurer avec, ou de demeurer sur ou sous, ou auprès, &c.

Mais cette énonciation est indéterminée : celui à qui je parle en attend l'application individuelle. J'ajoûte, il demeure dans la maison de son pere : l'esprit est satisfait. Il en est de même des autres prépositions, avec, sur, à, de, &c.

Dans les langues où les noms n'ont point de cas, on met simplement le nom après la préposition.

Dans les langues qui ont des cas, l'usage a affecté certains cas à certaines prépositions. Il falloit nécessairement qu'après la préposition le nom parût pour la déterminer : or le nom ne pouvoit être énoncé qu'avec quelqu'une de ses terminaisons. La distribution de ces terminaisons entre les prépositions, a été faite en chaque langue au gré de l'usage.

Or il est arrivé en latin seulement, que l'usage a affecté aux prépositions à, de, ex, pro, &c. une terminaison particuliere du nom ; ensorte que cette terminaison ne paroit qu'après quelqu'une de ces prépositions exprimées ou sousentendues : c'est cette terminaison du nom qui est appellée ablatif dans les rudimens latins. Sanctius & quelques autres grammairiens l'appellent casus praepositionis, c'est-à-dire cas affecté uniquement, non à toutes sortes de prépositions, mais seulement à une douzaine ; de sorte qu'en latin ces prépositions ont toûjours un ablatif pour complement, c'est-à-dire un mot avec lequel elles font un sens déterminé ou individuel, & de son côté l'ablatif ne forme jamais de sens avec quelqu'une de ces prépositions.

Il y en a d'autres qui ont toûjours un accusatif, & d'autres qui sont suivies tantôt d'un accusatif & tantôt d'un ablatif ; ensorte qu'on ne peut pas dire que l'ablatif soit tellement le cas de la préposition, qu'il n'y ait jamais de préposition sans un ablatif : on veut dire seulement qu'en latin l'ablatif suppose toûjours quelqu'une des prépositions auxquelles il est affecté.

Or dans les déclinaisons grecques, il n'y a point de terminaison qui soit affectée spécialement & exclusivement à certaines prépositions, ensorte que cette terminaison n'ait aucun autre usage.

Tout ce qui suit de-là, c'est que les noms grecs ont une terminaison de moins que les noms latins.

Au contraire les verbes grecs ont un plus grand nombre de terminaisons que n'en ont les verbes latins. Les Grecs ont deux aoristes, deux futurs, un paulo post futur. Les Latins ne connoissent point ces tems-là. D'un autre côté, les Grecs ne connoissent point l'ablatif. C'est une terminaison particuliere aux noms latins, affectée à certaines prépositions.

Ablativus latinis proprius, undè & latinus Varroni appellatur : ejus enim vim graecorum genitivus sustinet qui eâ de causâ & apud latinos haud rarò ablativi vicem obit. Gloss. lat. graec. voc. ablat. Ablativus proprius est romanorum. Priscianus, lib. V. de casu p. 50. verso.

Ablativi formâ graeci carent, non vi. Caninii Hellenismi, page 87.

Il est vrai que les Grecs rendent la valeur de l'ablatif latin par la maniere établie dans leur langue, formâ carent non vi ; & cette maniere est une préposition suivie d'un nom qui est, ou au genitif, ou au datif, ou à l'accusatif, suivant l'usage arbitraire de cette langue, dont les noms ont cinq cas, & pas davantage, nominatif, génitif, datif, accusatif, & vocatif.

Lorsqu'au renouvellement des lettres les Grammairiens Grecs apporterent en Occident des connoissances plus détaillées de la langue grecque & de la grammaire de cette langue, ils ne firent aucune mention de l'ablatif ; & telle est la pratique qui a été généralement suivie par tous les auteurs de rudimens grecs.

Les Grecs ont destiné trois cas pour déterminer les prépositions : le génitif, le datif, & l'accusatif. Les Latins n'en ont consacré que deux à cet usage ; savoir l'accusatif & l'ablatif.

Je ne dis rien de tenus qui se construit souvent avec un génitif plurier en vertu d'une ellipse : tout cela est purement arbitraire. " Les langues, dit un philosophe, ont été formées d'une maniere artificielle, à la vérité ; mais l'art n'a pas été conduit par un esprit philosophique " : Loquela artificiosè, non tamen accuratè & philosophicè fabricata. (Guillel. Occhami, Logicae praefat.) Nous ne pouvons que les prendre telles qu'elles sont.

S'il avoit plû à l'usage de donner aux noms grecs & aux noms latins un plus grand nombre de terminaisons différentes, on diroit avec raison que ces langues ont un plus grand nombre de cas : la langue arménienne en a jusqu'à dix, selon le témoignage du P. Galanus Théatin, qui a demeuré plusieurs années en Arménie. (Les ouvrages du P. Galanus ont été imprimés à Rome en 1650 ; ils l'ont été depuis en Hollande).

Ces terminaisons pourroient être encore en plus grand nombre ; car elles n'ont été inventées que pour aider à marquer les diverses vûes sous lesquelles l'esprit considere les objets les uns par rapport aux autres.

Chaque vûe de l'esprit qui est exprimée par une préposition & un nom, pourroit être énoncée simplement par une terminaison particuliere du nom. C'est ainsi qu'une simple terminaison d'un verbe passif latin équivaut à plusieurs mots françois : amamur, nous sommes aimés ; elle marque le mode, la personne, le nombre, le tems, & cette terminaison pourroit être telle, qu'elle marqueroit encore le genre, le lieu, & quelqu'autre circonstance de l'action ou de la passion.

Ces vûes particulieres dans les noms peuvent être multipliées presque à l'infini, aussi-bien que les manieres de signifier des verbes, selon la remarque de la méthode même de P. R. dans la dissertation dont il s'agit. Ainsi il n'a pas été possible que chaque vue particuliere de l'esprit fût exprimée par une terminaison particuliere & unique, ensorte qu'un même mot eût autant de terminaisons particulieres, qu'il y a de vûes ou de circonstances différentes sous lesquelles il peut être considéré.

Je tire quelques conséquences de cette observation.

I°. les différentes dénominations des terminaisons des noms grecs ou latins, ont été données à ces terminaisons à cause de quelqu'un de leurs usages, mais non exclusivement : je veux dire que la même terminaison peut servir également à d'autres usages qu'à celui qui lui a fait donner sa dénomination, sans qu'on change pour cela cette dénomination. Par exemple en latin, dare aliquid alicui, donner quelque chose à quelqu'un, alicui est au datif ; ce qui n'empêche pas que lorsqu'on dit en latin, rem alicui demere, adimere, eripere, detrahere, ôter, ravir, enlever quelque chose à quelqu'un, alicui ne soit pas également au datif ; de même soit qu'on dise, accusare aliquem, accuser quelqu'un, ou aliquem culpâ liberare ou de re aliquâ purgare, justifier quelqu'un, aliquem est dit également être à l'accusatif.

Ainsi les noms que l'on a donnés à chacun des cas distinguent plûtôt la différence de la terminaison, qu'ils n'en marquent le service : ce service est déterminé plus particulierement par l'ensemble des mots qui forment la proposition.

II°. la dissertation de la méthode de P. R. p. 475, dit que ces différences d'offices, c'est-à-dire les expressions de ces différentes vûes de l'esprit peuvent être réduites à six en toutes les langues : mais cette observation n'est pas exacte, & l'on sent bien que l'auteur de la méthode de P. R. ne s'exprime ainsi que par préjugé ; je veux dire qu'accoûtumé dans l'enfance aux six cas de la langue latine, il a cru que les autres langues n'en devoient avoir ni plus ni moins que six.

Il est vrai que les six différentes terminaisons des mots latins, combinées avec des verbes ou avec des prépositions, en un mot ajustées de la maniere qu'il plait à l'usage & à l'analogie de la langue latine, suffisent pour exprimer les différentes vues de l'esprit de celui qui sait énoncer en latin ; mais je dis que celui qui sait assez bien le grec pour parler ou pour écrire en grec, n'a besoin que des cinq terminaisons des noms grecs, disposées selon la syntaxe de la langue grecque ; car ce n'est que la disposition ou combinaison des mots entr'eux, selon l'usage d'une langue, qui fait que celui qui parle, excite dans l'esprit de celui qui l'écoute, la pensée qu'il a dessein d'y faire naître.

Dans telle langue les mots ont plus ou moins de terminaisons que dans telle autre ; l'usage de chaque langue ajuste tout cela, & y regle le service & l'emploi de chaque terminaison, & de chaque signe de rapport entre un mot & un autre mot.

Celui qui veut parler ou écrire en arménien a besoin des dix terminaisons des noms arméniens, & trouve que les expressions des différentes vûes de l'esprit peuvent être réduites à dix.

Un Chinois doit connoître la valeur des inflexions des mots de sa langue, & savoir autant qu'il lui est possible le nombre & l'usage de ces inflexions, aussi bien que les autres signes de sa langue.

Enfin ceux qui parlent une langue telle que la nôtre, où les noms ne changent point leur derniere syllabe, n'ont besoin que d'étudier les combinaisons en vertu desquelles les mots forment des sons particuliers dans ces langues, sans se mettre en peine des six différences d'office à quoi la méthode de P. R. dit vainement qu'on peut réduire les expressions des différentes vûes de l'esprit dans toutes les langues.

Dans les verbes hébreux il y a à observer, comme dans les noms, les trois genres, le masculin, le féminin, & le genre commun : ensorte que l'on connoît par la terminaison du verbe, si c'est d'un nom masculin ou d'un féminin que l'on parle.

Verborum hebraicorum tria sunt genera, ut in nominibus, masculinum, femininum, & commune ; variè enim pro ratione ac genere personarum verba terminantur. Unde per verba facile est cognoscere nominum, à quibus reguntur, genus. Francisci Masclef, gram. heb. cap. iij. art. 2. pag. 74.

Ne seroit-il pas déraisonnable d'imaginer une sorte d'analogie pour trouver quelque chose de pareil dans les verbes des autres langues ?

Il me paroit que l'on tombe dans la même faute, lorsque pour trouver je ne sai quelle analogie entre la langue grecque & la langue latine, on croit voir un ablatif en grec.

Qu'il me soit permis d'ajoûter encore ici quelques réflexions, qui éclairciront notre question.

En latin l'accusatif peut être construit de trois manieres différentes, qui font trois différences spéciales dans le nom, suivant trois sortes de rapports que les choses ont les unes avec les autres. Meth. greq. ibid. pag. 474.

1°. L'accusatif peut être construit avec un verbe actif : vidi Regem, j'ai vû le Roi.

2°. Il peut être construit avec un infinitif, avec lequel il forme un sens total équivalent à un nom. Hominem esse solum non est bonum : Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Regem victoriam retulisse, mihi dictum fuit : le Roi avoir remporté la victoire, a été dit à moi : on m'a dit que le roi avoit remporté la victoire.

3°. Enfin un nom se met à l'accusatif, quand il est le complement d'une des trente prépositions qui ne se construisent qu'avec l'accusatif.

Or que l'accusatif marque le terme de l'action que le verbe signifie, ou qu'il fasse un sens total avec un infinitif, ou enfin qu'il soit le complément d'une préposition, en est-il moins appellé accusatif ?

Il en est de même en grec du génitif, le nom au génitif détermine un autre nom ; mais s'il est après une préposition, ce qui est fort ordinaire en grec, il devient le complement de cette préposition. La préposition grecque suivie d'un nom grec au génitif, forme un sens total, un ensemble qui est équivalent au sens d'une préposition latine suivie de son complément à l'ablatif : dirons-nous pour cela qu'alors, le génitif grec soit un ablatif ? La méthode grecque de P. R. ne le dit pas, & reconnoît toûjours le génitif après les prépositions qui sont suivies de ces cas. Il y a en grec quatre prépositions qui n'en ont jamais d'autres : , n'ont que le génitif ; c'est le premier vers de la regle VI. c. ij. l. VII. de la méthode de P. R.

N'est-il pas tout simple de tenir le même langage à l'égard du datif grec ? Ce datif a d'abord, comme en latin, un premier usage : il marque la personne à qui l'on donne, à qui l'on parle, ou par rapport à qui l'action se fait ; ou bien il marque la chose qui est le but, la fin, le pourquoi d'un action. (supple , sunt) toutes choses sont faciles à Dieu, est au datif, selon la méthode de P. R. mais si je dis , apud Deum, sera à l'ablatif, selon la méthode de P. R. & ce qui fait cette différence de dénomination selon P. R. c'est uniquement la préposition devant le datis : car si la même préposition étoit suivie d'un génitif ou d'un accusatif, tout Port-Royal reconnoîtroit alors ce génitif pour génitif. , devant les Dieux & devant les hommes, ce sont là des génitifs selon P. R. malgré la préposition . Il en est de même de l'accusatif , aux piés des apôtres est à l'accusatif, quoique ce soit le complément de la préposition . Ainsi je persiste à croire, avec Priscien, que ce mot ablatif, dont l'étymologie est toute latine, est le nom d'un cas particulier aux Latins, proprius est Romanorum, & qu'il est aussi étranger à la grammaire grecque, que le mot d'aoriste le seroit à la grammaire latine.

Que penseroit-on en effet d'un grammairien latin qui, pour trouver de l'analogie entre la langue grecque & la langue latine, nous diroit que lorsqu'un prétérit latin répond à un prétérit parfait grec, ce prétérit latin est au prétérit : si honoravi répond à , honoravi est au prétérit ; mais si honoravi répond à qui est un aoriste premier, alors honoravi sera en latin à l'aoriste premier.

Enfin si honoravi répond à , qui est l'aoriste second, honoravi sera l'aoriste second en latin.

Le datif grec ne devient pas plus ablatif grec par l'autorité de P. R. que le prétérit latin ne deviendroit aoriste par l'idée de ce grammairien.

Car enfin un nom à la suite d'une préposition, n'a d'autre office que de déterminer la préposition selon la valeur qu'il a, c'est-à-dire selon ce qu'il signifie ; ensorte que la préposition ne doit point changer la dénomination de la terminaison du nom qui suit cette préposition ; génitif, datif, ou accusatif, selon la destination arbitraire que l'usage fait alors de la terminaison du nom, dans les langues qui ont des cas, car dans celles qui n'en ont point ; on ne fait qu'ajoûter le nom à la préposition, dans la ville, à l'armée ; & l'on ne doit point dire alors que le nom est à un tel cas, parce que ces langues n'ont point de cas ; elles ont chacune leur maniere particuliere de marquer les vûes de l'esprit : mais ces manieres ne consistant point dans la désinance ou terminaison des noms, ne doivent point être regardées comme on regarde les cas des Grecs & ceux des Latins ; c'est aux Grammairiens qui traitent de ces langues à expliquer les différentes manieres en vertu desquelles les mots combinés font des sens particuliers dans ces langues.

Il est vrai, comme la méthode grecque l'a remarqué, que dans les langues vulgaires même, les Grammairiens disent qu'un nom est au nominatif ou au génitif, ou à quelqu'autre cas : mais ils ne parlent ainsi, que parce qu'ils ont l'imagination accoûtumée dès l'enfance à la pratique de la langue latine ; ainsi comme lorsqu'on dit en latin pietas Reginae, on a appris que Reginae étoit au génitif ; on croit par imitation & par habitude, que lorsqu'en françois on dit la piété de la Reine, de la Reine est aussi au génitif.

Mais c'est abuser de l'analogie & n'en pas connoître le véritable usage, que de tirer de pareilles inductions : c'est ce qui a séduit nos Grammairiens & leur a fait donner six cas & cinq déclinaisons à notre langue, qui n'a ni cas ni déclinaisons. De ce que Pierre a une maison, s'ensuit-il que Paul en ait une aussi ? Je dois considérer à part le bien de Pierre, & à part celui de Paul.

Ainsi le grammairien philosophe doit raisonner de la langue particuliere dont il traite, rélativement à ce que cette langue est en elle-même, & non par rapport à une autre langue. Il n'y a que certaines analogies générales qui conviennent à toutes les langues, comme il n'y a que certaines propriétés de l'humanité qui conviennent également à Pierre, à Paul, & à tous les autres hommes.

Encore un coup, en chaque langue particuliere les différentes vues de l'esprit sont désignées de la maniere qu'il plaît à l'usage de chaque langue de les désigner.

En françois si nous voulons faire connoître qu'un nom est le terme ou l'objet de l'action ou du sentiment que le verbe actif signifie, nous plaçons simplement ce nom après le verbe, aimer Dieu, craindre les hommes, j'ai vu le roi & la reine.

Les Espagnols, comme on l'a déjà observé, mettent en ces occasions la préposition à entre le verbe & le nom, amar à Dios, temer à los hombres ; hè visto al rey y à la reyna.

Dans les langues qui ont des cas, on donne alors au nom une terminaison particuliere qu'on appelle accusatif, pour la distinguer des autres terminaisons. Amare patrem, pourquoi dit-on que patrem est à l'accusatif ? c'est parce qu'il a la terminaison qu'on appelle accusatif dans les rudimens latins.

Mais si selon l'usage de la langue latine nous mettons ce mot patrem après certaines prépositions, propter patrem, adversùs patrem, &c. ce mot patrem sera-t-il également à l'accusatif ? oui sans-doute, puisqu'il conserve la même terminaison. Quoi, il ne deviendra pas alors un ablatif ? nullement. Il est cependant le cas d'une préposition ? j'en conviens ; mais ce n'est pas de la position du nom après la préposition ou après le verbe, que se tirent les dénominations des cas.

Quand on demande en quel cas faut-il mettre un nom après un tel verbe ou une telle préposition, on veut dire seulement, de toutes les terminaisons d'un tel nom, quelle est celle qu'il faut lui donner après ce verbe ou après cette préposition, suivant l'usage de la langue dans laquelle on parle ?

Si nous disons pro patre, alors patre sera à l'ablatif, c'est-à-dire que ce mot aura la terminaison particuliere que les rudimens latins nomment ablatif.

Pourquoi ne pas raisonner de la même maniere à l'égard du grec ? pourquoi imaginer dans cette langue un plus grand nombre de cas qu'elle n'a de terminaisons différentes dans ses noms, selon les paradigmes de ses rudimens ?

L'ablatif, comme nous l'avons déjà remarqué, est un cas particulier à la langue latine, pourquoi en transporter le nom au datif de la langue greque, quand ce datif est précédé d'une préposition, ou pourquoi ne pas donner également le nom d'ablatif au génitif ou à l'accusatif grec, quand ils sont également à la suite d'une préposition, qu'ils déterminent de la même maniere que le datif détermine celle qui le précéde.

Transportons-nous en esprit au milieu d'Athenes dans le tems que la langue greque, qui n'est plus aujourd'hui que dans les livres, étoit encore une langue vivante. Un Athénien qui ignore la langue & la grammaire latine, conversant avec nous, commence un discours par ces mots , c'est-à-dire dans les guerres civiles.

Nous interrompons l'Athénien, & nous lui demandons en quel cas sont ces trois mots, . Ils sont au datif, nous répond-il : Au datif ! vous vous trompez, répliquons-nous, vous n'avez donc pas lu la belle dissertation de la méthode de P. R. ils sont à l'ablatif à cause de la préposition , ce qui rend votre langue plus analogue à la langue latine.

L'Athénien nous réplique qu'il sait sa langue ; que la préposition se joint à trois cas, au génitif, au datif, ou enfin à l'accusatif ; qu'il n'en veut pas savoir davantage ; qu'il ne connoît pas notre ablatif, & qu'il se met fort peu en peine que sa langue ait de l'analogie avec la langue latine : c'est plûtôt aux Latins, ajoûte-t-il, à chercher à faire honneur à leur langue, en découvrant dans le latin quelques façons de parler imitées du grec.

En un mot, dans les langues qui ont des cas, ce n'est que par rapport à la terminaison que l'on dit d'un nom qu'il est à un tel cas plûtôt qu'à un autre. Il est indifférent que ce cas soit précédé d'un verbe, d'une préposition, ou de quelqu'autre mot. Le cas conserve toûjours la même dénomination, tant qu'il garde la même terminaison.

Nous avons observé plus haut qu'il y a un grand nombre d'exemples en latin, où le datif est mis pour l'ablatif, sans que pour cela ce datif soit moins un datif, ni qu'on dise qu'alors il devienne ablatif ; frater amate mihi pour à me.

Nous avons en françois dans les verbes deux prétérits qui répondent à un même prétérit latin : j'ai lû ou je lûs, legi ; j'ai écrit ou j'écrivis, scripsi.

Supposons pour un moment que la langue françoise fût la langue ancienne, & que la langue latine fût la moderne, l'auteur de la méthode de P. R. nous diroit-il que quoique legi quand il signifie je lûs, ait la même terminaison qu'il a lorsqu'il signifie j'ai lû, ce n'est pourtant pas le même tems, ce sont deux tems qu'il faut bien distinguer ; & qu'en admettant une distinction entre ce même mot, on fait voir un rapport merveilleux entre la langue françoise & la langue latine.

Mais de pareilles analogies, d'une langue à une autre, ne sont pas justes : chaque langue a sa maniere particuliere ; qu'il ne faut point transporter de l'une à l'autre.

La méthode de P. R. oppose qu'en latin l'ablatif de la seconde déclinaison est toûjours semblable au datif, que cependant on donne le nom d'ablatif à cette terminaison, lorsqu'elle est précédée d'une préposition. Elle ajoûte qu'en parlant d'un nom indéclinable qui se trouve dans quelque phrase, on dit qu'il est ou au génitif ou au datif, &c. Je répons que voilà l'occasion de raisonner par analogie, parce qu'il s'agit de la même langue ; qu'ainsi puisqu'on dit en latin à l'ablatif à patre, pro patre, &c. & qu'alors patre, fructu, die, &c. sont à l'ablatif, domino étant considéré sous le même point de vûe, dans la même langue, doit être regardé par analogie comme étant un ablatif.

A l'égard des noms indéclinables, il est évident que ce n'est encore que par analogie que l'on dit qu'ils sont à un tel cas, ce qui ne veut dire autre chose, si ce n'est que si ce nom n'étoit pas indéclinable, on lui donneroit telle ou telle terminaison, parce que les mots déclinables ont cette terminaison dans cette langue ; au lieu qu'on ne sauroit parler ainsi dans une langue où cette terminaison n'est pas connue, & où il n'y a aucun nom particulier pour la désigner.

Pour ce qui est des passages de Cicéron où cet auteur après une préposition latine met, à la vérité, le nom grec avec la terminaison du datif, il ne pouvoit pas faire autrement ; mais il donne la terminaison de l'ablatif latin à l'adjectif latin qu'il joint à ce nom grec ; ce qui seroit un solécisme, dit la méthode de P. R. si le nom grec n'étoit pas aussi à l'ablatif.

Je répons que Cicéron a parlé selon l'analogie de sa langue, ce qui ne peut pas donner un ablatif à la langue greque. Quand on employe dans sa propre langue quelque mot d'une langue étrangere, chacun le construit selon l'analogie de la langue qu'il parle, sans qu'on en puisse raisonnablement rien inférer par rapport à l'état de ce nom dans la langue d'où il est tiré. C'est ainsi que nous dirions qu'Annibal défia vainement Fabius au combat ; ou que Sylla contraignit Marius de prendre la fuite, sans qu'on en pût conclure que Fabius, ni que Marius fussent à l'accusatif en latin, ou que nous eussions fait un solécisme pour n'avoir pas dit Fabium après défia, ni Marium après contraignit.

Enfin, à l'égard de ce que prétend la méthode de P. R. que les Grecs, dans des tems dont il ne reste aucun monument, ont eu un ablatif, & que c'est delà qu'est venu l'ablatif latin ; le docte Perizonius soûtient que cette supposition est sans fondement, & que les deux ou trois mots que la méthode de P. R. allegue pour la prouver sont de véritables adverbes, bien loin d'être des noms à l'ablatif. Enfin ce savant grammairien compare l'idée de ceux qui croient voir un ablatif dans la langue greque, à l'imagination de certains grammairiens anciens, qui admettoient un septieme & même un huitieme cas dans les déclinaisons latines.

Eadem est ineptia horum grammaticorum fingentium inter graecos sexti casûs vim quandam, quae aliorum in latio, nobis obtrudentium septimum & octavum. Illa sunt adverbia, locum undè quid venit aut proficiscitur, denotantia, quibus aliquandò per pleonasmum, praepositio quae idem fermè notat à poëtis, praemittitur. (Jacobus Perizonius, not â quart â in cap. vj. libri primi Miner. Sanctii, édit. 1714.)

Mais n'ai-je pas lieu de craindre qu'on ne trouve que je me suis trop étendu sur un point qui au fond n'intéresse qu'un petit nombre de personnes ?

C'est l'autorité que la méthode de P. R. s'est acquise, & qu'on m'a opposée, qui m'a porté à traiter cette question avec quelque étendue, & il me semble que les raisons que j'ai alléguées doivent l'emporter sur cette autorité ; d'ailleurs je me flatte que je trouverai grace auprès des personnes qui connoissent le prix de l'exactitude dans le langage de la Grammaire, & de quelle importance il est d'accoûtumer de bonne heure, à cette justesse, les jeunes gens auxquels on enseigne les premiers élémens des lettres.

Je persiste donc à croire qu'on ne doit point reconnoître d'ablatif dans la langue greque, & je me réduis à observer que la préposition ne change point la dénomination du cas qui la détermine, & qu'en grec le nom qui suit une préposition est mis ou au génitif ou au datif, ou enfin à l'accusatif, sans que pour cela il y ait rien à changer dans la dénomination de ces cas.

Enfin, j'oppose Port Royal à Port Royal, & je dis des cas, ce qu'ils disent des modes des verbes. En grec, dit la grammaire générale, chap. xvj. il y a des infléxions particulieres qui ont donné lieu aux Grammairiens de les ranger sous un mode particulier, qu'ils appellent optatif ; mais en latin comme les mêmes inflexions servent pour le subjonctif & pour l'optatif, on a fort bien fait de retrancher l'optatif des conjugaisons latines : puisque ce n'est pas seulement la maniere de signifier, mais les différentes inflexions qui doivent faire les modes des verbes. J'en dis autant des cas des noms, ce n'est pas la différente maniere de signifier qui fait les cas, c'est la différence des terminaisons. (F)

DATIF, (Jurisprud.) se dit de ce qui est donné par justice, à la différence de ce qui est déféré par la loi ou par le testament, comme la tutele & la curatelle datives, qui sont opposées aux tuteles & curatelles légitimes & testamentaires : on dit dans le même sens un tuteur ou curateur datif. En France toutes les tuteles & curatelles comptables sont datives, & doivent être déférées par le juge sur l'avis des parens. Arrêtés de M. de Lamoignon. (A)


DATION(Jurisprud.) est l'acte par lequel on donne quelque chose. La donation est une libéralité, au lieu que la dation consiste à donner quelque chose sans qu'il y ait aucune libéralité ; il y a, par exemple, la dation en payement, la dation de tuteur.

Dation en payement, appellée chez les Romains datio in solutum, est l'acte de donner quelque chose en payement. La dation en payement en général est un contrat qui équipole à une véritable vente, suivant la loi 4. au code de evictionibus ; c'est pourquoi elle produit les mêmes droits seigneuriaux qu'une vente, du moins quand elle est faite entre étrangers.

Si le débiteur donne son héritage, & que le créancier fasse remise de sa créance, c'est une vente déguisée sous la forme d'une donation.

L'abandonnement de biens qu'un débiteur fait à ses créanciers, ne fait cependant pas ouverture aux droits seigneuriaux ; les créanciers en ce cas ne sont que les mandataires du débiteur pour vendre, & le débiteur demeure propriétaire jusqu'à la vente, & en payant avant la vente il peut toûjours rentrer en possession.

Si on donne à la femme en payement de ses remplois des propres du mari, comme elle est étrangere à ces biens, c'est une vente dont elle doit les droits seigneuriaux : mais si on lui donne des conquêts, comme elle y avoit un droit habituel elle n'en doit point de droits, quand même elle auroit renoncé à la communauté.

Le propre du mari donné à la femme pour son doüaire préfix, est une vente à son égard.

Mais si c'est aux enfans qu'on le donne, soit pour le doüaire, soit en payement de la dot qui leur a été promise, ou d'un reliquat de compte de tutele, ils ne doivent point de droits, parce que tôt ou tard ils auroient eu ces biens par succession, s'ils ne les avoient pas pris à autre titre ; cependant si le Pere faisoit une véritable vente à son fils, il seroit dû des droits. Voyez DROITS SEIGNEURIAUX, VENTE, LODS ET VENTES, QUINT, MUTATIONS.

Dation, ad medium plantum, étoit un bail de quelque fonds stérile & inculte que le preneur s'oblige de cultiver, à la charge d'en rendre la moitié au bailleur au bout de cinq ou six années, l'autre moitié demeurant incommutablement acquise au preneur, sauf la préférence au bailleur & à ses successeurs en cas de vente. Voyez Salvaing, de l'usage des fiefs ch. lxxxxvij. p. 492.

Dation de tuteur & curateur, est l'acte par lequel le juge nomme un tuteur ou un curateur. V. TUTELE & CURATELLE, TUTEUR & CURATEUR, & ci-dev. DATIF. (A)


DATISMES. m. (Littérature) maniere de parler ennuyeuse dans laquelle on entasse plusieurs synonymes pour exprimer une même chose. On prétend que c'étoit chez les Grecs un proverbe auquel avoit donné lieu Datis, satrape de Darius fils d'Hystaspes & gouverneur d'Ionie, qui affectant de parler grec remplissoit son discours de synonymes pour le rendre, selon lui, plus énergique. Ainsi il disoit, , delector, gaudeo, laetor : je suis bien-aise, je me réjoüis, je suis ravi. Encore joignoit-il à la répétition ennuyeuse le barbarisme au lieu de ; ce qui fit que les Grecs appellerent datisme la sotte imitation du langage de Datis. Aristophane en fait mention dans sa comédie de la Paix, & appelle ce jargon la musique de Datis, . (G)


DATIVE(Jurisprud.) Voyez DATIF.


DATTES. f. (Botan.) fruit du palmier-dattier, sur lequel je trouve dans Kempfer des détails dont le précis doit avoir place ici, avec d'autant plus de raison, que cet habile voyageur a bien vû ce dont il a parlé.

Les dattes qu'on devroit écrire dactes, & qu'on appelle en latin dactyli, sont des fruits cylindriques, communément de la grosseur du pouce, de la longueur du doigt, de la figure d'un gland, revêtus d'une pellicule mince de différente couleur, d'ordinaire roussâtre, dont la pulpe ou la chair, bonne à manger, est grasse, ferme, d'un goût vineux, doux, elle environne un gros noyau cylindrique, dur, & creusé d'un sillon dans sa longueur.

Lorsque les dattes sont mûres, on en distingue trois classes, selon leurs trois degrés de maturité. La premiere est de celles qui sont prêtes à mûrir, ou qui sont mûres à leur extrémité ; la seconde contient celles qui sont à moitié mûres ; la troisieme renferme celles qui sont entierement mûres.

On cueille ces trois classes en même tems, de peur qu'elles ne se meurtrissent en tombant d'elles-mêmes : on ne peut pas différer de cueillir celles qui sont entierement mûres ; à l'égard de celles qui approchent de leur maturité, elles tomberoient en peu de jours, si on n'avoit soin d'en faire la récolte en même tems. Les paysans montent donc au haut des palmiers, cueillent avec la main les dattes qui sont parvenues à l'un de ces trois degrés de maturité, & ils laissent seulement sur l'arbre celles qui sont encore vertes, pour les cueillir une autre fois. Quelques-uns secouent les grappes, & font tomber les dattes dans un filet qui est au-dessous ; cette maniere s'observe pour les palmiers qui sont les moins hauts. On fait la récolte des dattes l'automne en deux ou trois reprises, jusqu'à ce qu'on les ait toutes cueillies, ce qui prend deux à trois mois.

On fait trois classes de ces fruits selon le degré de leur maturité, & on les expose au soleil sur des nattes de feuilles de palmier, pour achever de les sécher. De cette maniere elles deviennent d'abord molles, & se changent en pulpe : bien-tôt après elles s'épaississent de plus en plus, jusqu'à ce qu'elles ne soient plus sujettes à se pourrir. Leur humidité abondante se dissipe, sans quoi on ne pourroit les conserver facilement, au contraire elles se moisiroient & deviendroient aigres.

Dès que les dattes sont seches, on les met au pressoir pour en tirer le suc mielleux, & on les renferme dans des outres de peaux de chevre, de veau, de mouton, ou dans de longs paniers faits de feuilles de palmiers sauvages en forme de sacs. Ces sortes de dattes servent de nourriture au peuple, ou bien après en avoir tiré le suc, on les arrose encore avec ce même suc avant que de les renfermer ; ou enfin on ne les presse point, & on les renferme dans des cruches avec une grande quantité de syrop ; ce sont celles-là qui tiennent lieu de nourriture commune aux riches.

Tous ces différens fruits s'appellent par les Arabes tamar, par les Medecins latins caryotae, & par les Grecs , mots qui signifient simplement dattes. On les distingue par ces expressions, des dattes qui sont seches & ridées, que l'on apporte de Syrie & d'Egypte en Europe. Celles-ci ont été séchées sur l'arbre même, ou cueillies lorsqu'elles étoient prêtes à mûrir, & ensuite percées, enfilées & suspendues pour les faire sécher.

Après avoir fait la récolte de ces dattes, & les avoir séchées de la maniere que nous venons de le dire, on en tire par l'expression un syrop gras & doux, qui tient lieu de beurre, & qui sert de sauce & d'assaisonnement dans les nourritures.

On tire ce syrop de plusieurs façons. Les uns mettent une claie d'osier sur une table de pierre ou de bois inclinée, & font un creux au plancher pour y placer un vase de terre propre à recevoir le syrop : ensuite ils chargent ces claies d'autant de dattes seches qu'elles en peuvent contenir. Ces dattes pressées par leur propre poids, & macérées pendant quelques jours par la chaleur, laissent échapper beaucoup de liqueur qui coule dans le vase de terre. Ceux qui veulent avoir une plus grande quantité de syrop, serrent de tems en tems les claies avec des cordes, & mettent dessus de grosses pierres. Ces dattes étant ainsi dépouillées entierement de la plus grande partie de leur miel, sont renfermées dans des instrumens propres à les conserver. On réitere cette opération, qui se fait en plein air, jusqu'à ce qu'on ait exprimé le suc de toutes les dattes.

Les Basréens & les autres Arabes, qui ont une plus grande quantité de palmiers, ont bien plûtôt fait ; car à la place de pressoirs ils se servent de chambres ouvertes par le haut, planchées ou couvertes de plâtre battu, dont les murailles sont enduites de mortier, qu'ils recouvrent de rameaux pour éviter la malpropreté : ils y portent les dattes, & ils en tirent le syrop, qui tombe dans des bassins qu'ils ont pratiqués au-dessous. Si la quantité de syrop ne répond pas à leurs desirs, ils versent de l'eau bouillante sur ces dattes, afin de rendre plus fluide le suc mielleux & épais qu'elles contiennent.

Ceux qui habitent les montagnes & qui n'ont pas de palmiers, tirent le syrop d'une autre maniere. Ils pilent les dattes, que les habitans du pays des palmiers ont déjà fait passer au pressoir ; ils les font bouillir dans une grande quantité d'eau, jusqu'à ce qu'elles soient réduites en pulpe, dont ils ôtent les ordures, & qu'ils font bouillir jusqu'à la consistance de syrop ; mais ce syrop n'est pas comparable pour la bonté à celui que l'on retire par le moyen des claies.

Les dattes fournissent aux habitans des pays chauds, soit sans apprêt, soit par les différentes manieres de les confire, une nourriture salutaire & très-variée. Les anciens, selon le témoignage de Strabon, jettoient de l'eau sur les dattes pour en tirer du vin, ce que l'on pratique encore dans la Natolie, rarement à la vérité & en cachette, parce que cela est séverement défendu par la religion de Mahomet. Mais on en distille plus souvent un esprit ; & quoiqu'il soit aussi défendu, on le fait passer sous le nom de remede pour soulager les crudités & les coliques d'estomac : & afin de mieux guérir ces maux, les gens riches ajoûtent avant la distillation, de la squine, de l'ambre & des aromates ; mais le commun du peuple y met de la racine de réglisse & de l'absynthe, ou de la petite racine du vrai jonc odorant, ou de la sémentine de Turquie. Voilà l'usage principal que l'on tire des dattes pour la nourriture & le luxe, dans tous les pays chauds où les dattiers prosperent, c'est-à-dire dans l'Asie, dans l'Afrique, & dans les Indes.

La principale vertu medicinale de ce fruit consiste dans sa légere astriction. L'expérience a appris que c'est par cette qualité que les dattes rendent la force à l'estomac, arrêtent le flux de ventre qui vient du relâchement des fibres, & fortifient les intestins : c'est par leur douceur mêlangée d'astriction, qu'elles secourent assez efficacement dans la toux, en adoucissant les organes du poumon. C'est encore à cette même vertu que l'on doit rapporter les bons effets qu'elles produisent, appliquées extérieurement. Enfin c'est par ces qualités qu'elles sont quelquefois utiles dans les maladies des reins & de la vessie. Prosper Alpin détaille tout cela. Dioscoride parmi les anciens, est un de ceux qui s'est le plus étendu à exalter les vertus medicinales des dattes ; & les modernes en le copiant, suivant leur coûtume, ont encore renchéri sur ses éloges : c'est pourquoi on a fait entrer les dattes dans le looch de santé, le syrop résomptif, les especes appellées diathamaron Nicolai, l'électuaire diaphénic, le diaphénic solide, & autres préparations barbares, plus propres à donner du ridicule à la Medecine qu'à soulager un malade. Rejettons toutes ces compositions grotesques ; & puisque nous ne vivons point dans le pays des dattes thébéennes & égyptiennes, contentons-nous d'employer celles qui nous viennent de Tunis, ou extérieurement en cataplasme pour amollir, ou intérieurement avec les figues, les jujubes, les raisins secs, dans les décoctions pectorales : alors choisissons pour ces décoctions les dattes qui ne seront point percées, vermoulues, cariées ; car celles de Salé, par exemple, de Provence & d'Italie, sont presque toûjours gâtées, & celles d'Espagne sont rarement cueillies mûres. Article de M. le Chevalier DE JAUCOURT.
DATURou STRAMONIUM, (Jardin) Voyez STRAMONIUM.


DAUBES. f. en terme de Cuisine, est le nom qu'on donne à une maniere d'apprêter une piece de volaille ou autre viande. On la fait cuire à moitié dans du bouillon, de fines herbes & des épices ; on la retire ensuite de ce bouillon pour la passer dans le sain doux, puis on acheve de la faire cuire dans son premier bouillon. Les volailles à la daube sont ordinairement piquées de lard, & farcies.


DAUCUSS. m. (Botan.) Voyez CAROTTE.

DAUCUS DE CANDIE, daucus Creticus, (Pharm. & matiere medic.) Il n'y a que la semence du daucus de Candie ou de Crete qui soit en usage dans la Pharmacie. Elle entre dans beaucoup de compositions officinales ; savoir, dans la thériaque, le mithridate, le diaphoenix, le philonium romanum, l'électuaire de baies de laurier, le syrop d'armoise, l'eau hystérique, &c. Cette semence est une des quatre petites semences chaudes. Voyez SEMENCES CHAUDES.

La semence de daucus est recommandée pour les douleurs & les maladies de la matrice, dans la toux chronique, le hoquet & la colique venteuse. Geoffroy, mat. med.

Il y a une autre espece de daucus connue sous le nom de daucus vulgaris, en françois chyrouis, carotte sauvage. On substitue souvent la semence de celui-ci à celle du daucus de Candie.


DAUGREBOT(Mar.) Voyez DOGRE-BOT.


DAULIESadj. pris subst. (Myth.) fêtes qu'on célebroit dans Argos en l'honneur de Jupiter-Protée, & de la séduction de Danaé ; action bien digne qu'on en conservât la mémoire.


DAUMA(Géog. mod.) royaume & ville d'Afrique, à la Négritie. Long. 94. 10. lat. 8.


DAUNE(Géogr. mod.) ville de l'électorat de Treves sur le Lezer, à quatre lieues de Mont-royal.


DAUPHINdelphinus, s. m. (Hist. nat. Ichthiol.) poisson cétacée ; on l'a aussi appellé bec d'oie, parce qu'il a les mâchoires allongées & ressemblantes en quelque façon à celles de l'oie. On donne à ce poisson différens noms, dont la plûpart signifient en diverses langues ou jargons, porc de mer ou poisson-porc, parce que le dauphin a de la graisse & du lard comme le cochon, & qu'il ressemble, dit-on, à cet animal par la conformation des parties intérieures, c'est-à-dire qu'il ressemble à cet égard, comme les autres cétacées, aux quadrupedes en général.

La peau de ce poisson est dure & lisse, le corps allongé, le dos voûté, le museau long, la bouche grande, les dents petites & pointues, la langue charnue, mobile, & découpée par les bords ; les yeux grands & recouverts par la peau, de façon qu'on n'en voit que la prunelle ; ils sont placés près de la commissure des levres : l'ouverture de l'oreille est derriere l'oeil, mais si petite qu'on la voit à peine : il y a au-dessus du museau un orifice fait en forme de croissant, qui communique à un double conduit par lequel le dauphin respire l'air & rejette l'eau. Ce poisson a deux fortes nageoires qui tiennent à la poitrine, & en a une autre posée verticalement, en partie osseuse & en partie cartilagineuse, sans arêtes ni aiguillons. La queue est composée de deux nageoires qui sortent des côtés, & qui forment un demi-cercle. On voit sous le bas-ventre l'ombilic, les parties de la génération, & l'anus. Le dos est noir & le ventre blanc, la peau épaisse & ferme ; cependant elle cede sous la main, parce qu'il y a de la graisse dessous, comme dans les cochons. La chair du dauphin est noirâtre, & ne differe pas beaucoup de celle du cochon & du boeuf : en Languedoc on n'en mange que par nécessité, car elle a une mauvaise odeur. Ce poisson a des os, comme les quadrupedes, & leur ressemble par les parties intérieures du corps, comme les autres poissons cétacées : il n'a point de vesicule du fiel. Le mâle & la femelle ont les parties de la génération semblables à celles des animaux quadrupedes ; ils s'accouplent en s'approchant l'un de l'autre par le ventre, & en s'embrassant avec leurs nageoires. La femelle n'a ordinairement qu'un foetus à la fois, ou deux au plus ; son terme est à six mois : elle alaite ses petits, & les porte lorsqu'ils ne peuvent pas nager, & les accompagne pendant long-tems. Ces animaux prennent tout leur accroissement en dix années : on croit qu'ils vivent vingt-cinq ou trente ans. On dit qu'ils dorment en tenant le museau au-dessus de l'eau pour respirer, & en remuant doucement les nageoires pour se soûtenir : on prétend aussi qu'ils ronflent. Ils peuvent vivre plus long-tems hors de l'eau que dedans ; ils y meurent suffoqués, si on les y retient : Gesner en a vû un qui a vécu trois jours hors de l'eau. Lorsqu'ils sont pris, ils se plaignent & ils répandent des larmes ; ces animaux rendent quelques sons, & ont une sorte de voix. Belon dit qu'ils vont dans la mer aussi vîte qu'un oiseau dans l'air ; cependant leurs nageoires sont petites, & il y a lieu de croire que la rapidité & la continuité du mouvement de ces animaux, vient de l'agilité & de la force de leur corps. Lorsqu'on les voit s'agiter à la surface de l'eau, & pour ainsi dire se joüer sur la mer, on en tire l'augure d'une tempête. Ils vont par troupes ou seulement deux à deux, le mâle avec la femelle ; mais jamais seuls, au rapport de Belon. Cet auteur a appris des Grecs de la Propontide, que les dauphins font des migrations ; ils vont de la mer Méditerranée vers le septentrion, dans les mers de l'Hellespont & de la Propontide ; ils restent quelque tems au Pont-Euxin, & ensuite ils reviennent d'où ils sont partis : ils se battent par troupe contre les bonitons. Le dauphin differe du marsoüin par la bouche, voyez MARSOUIN. On sait assez que la vraie figure du dauphin a peu de rapport à celles qui entrent dans le Blason, & à celles que font les sculpteurs & les peintres sous le nom de cet animal. Il ne sera pas question de l'amour qu'il a, dit-on, pour les enfans, & de son goût prétendu pour la musique, ni de l'attention qu'on a crû remarquer en ce poisson, lorsqu'on l'appelle du nom de Simon ; ce qui a été rapporté à ce sujet par différens auteurs, tant anciens que modernes, paroît si fabuleux, qu'un Naturaliste ne pourroit guere être tenté d'en faire l'objet de ses observations. Rond. de pisc. Willughby, hist. pisc. Voyez POISSON. (I)

DAUPHIN, (Astronom.) est le nom que les Astronomes ont donné à une constellation de l'hémisphere boréal. Les étoiles de cette constellation sont au nombre de dix, selon Ptolomée & selon Tycho, & au nombre de dix-huit selon Flamsteed. Voy. CONSTELLATION. (O)

DAUPHIN, s. m. (Hist. anc.) arme offensive ou machine de guerre chez les anciens ; ils s'en servoient pour percer & couler à fond les galeres. C'étoit une masse de plomb ou de fer qui produisoit cet effet par l'impétuosité avec laquelle elle étoit lancée. Peut-être étoit-ce la même chose que ce qu'on nomma depuis corbeau. Voyez CORBEAU. Il est fait mention de ces dauphins dans la bataille navale que les Athéniens commandés par Nicias perdirent contre les Syracusains. (G)

* DAUPHIN, (Hist. anc.) ornement des cirques anciens. On les y voyoit sur de petites colonnes à l'endroit appellé la spina circi. Voyez CIRQUE. On prétend qu'on élevoit un dauphin à chaque course, & qu'on pouvoit compter le nombre des courses par celui des dauphins. D'autres ajoûtent qu'ils étoient placés sur des globes, comme on voit quelquefois les coqs au haut des clochers.

DAUPHIN ou DAUFIN ; (Hist. mod.) est le nom que l'on a donné depuis le milieu du douzieme siecle au prince qui possédoit la province viennoise. L'origine de ce nom est assez incertaine : les uns le font venir d'un dauphin que Boson fit peindre dans son écu, pour marquer la douceur de son regne ; mais cette étymologie est fausse, puisque Boson vivoit au milieu du neuvieme siecle, & que les dauphins ne prirent ce titre que plus de trois cent ans après, c'est-à-dire au milieu du douzieme siecle : d'autres du château Dauphin, bourg dans le Briançonnois, que ces princes avoient fait bâtir. Mais son origine la plus vraisemblable est que Guy V. dit le vieux prit le titre de dauphin pour faire honneur à Albon comte de Vienne surnommé dauphin, dont il avoit épousé la fille aînée. D'abord les seigneurs de cette province porterent le titre de comtes d'Albon & de Grenoble, ou de Gresivaudan. Quatre princes du nom de Guy ou de Guignes eurent le même titre. Mais Bertholde IV. duc de Zeringhen céda le comté de Vienne à Guigne V. & ce fut lui qui le premier fut surnommé dauphin au milieu du douzieme siecle. Il fut le dernier mâle de sa maison, & Béatrix sa fille & son héritiere porta le Dauphiné dans la maison des anciens ducs de Bourgogne. Elle mourut en 1228, & son fils Guigne VI. ou André fut le chef de la seconde race des dauphins. Cette seconde race ne subsista pas long-tems, & finit par la mort de Jean I. l'an 1282. Sa soeur Anne porta cette principauté dans la maison de la Tour-Dupin, en épousant Humbert I. Trois autres dauphins lui succéderent, dont le dernier fut Humbert II. qui donna sa principauté en 1349 à Charles de France petit-fils de Philippe de Valois, & l'en revêtit la même année en lui remettant l'ancienne épée du Dauphiné, la banniere de S. George, avec le sceptre & un anneau. L'amour qu'il avoit pour ses sujets continuellement tourmentés par les comtes de Savoie, l'engagea à les donner à un prince puissant, capable de les protéger & les défendre contre une puissance étrangere. Depuis cet heureux moment il y a eu vingt-trois dauphins du sang des rois de France, & ce titre ne s'accorde qu'au fils aîné du Roi, & ne passe à un cadet qu'en cas de mort de l'aîné. (a)

DAUPHIN. On dit, dans le Blason, dauphins vifs & dauphins pâmés : le dauphin vif a la gueule close, & un oeil, des dents, & les barbes, crêtes & oreilles, d'émail différent. Le dauphin pâmé a la gueule béante, comme évanoüi ou expirant, & il est d'un seul émail. On dit que les dauphins sont couchés, lorsqu'ils ont la queue & la tête tournées vers la pointe de l'écu. Trév. & le P. Ménetr. (V)

DAUPHIN, (Artificier) On appelle ainsi vulgairement cet artifice d'eau que les gens de l'art appellent genouillere, parce qu'on le voit entrer & sortir de l'eau à-peu-près comme les dauphins. Dictionn. de Trév.


DAUPHINES. f. (Manufact. en soie & en laine) petit droguet de laine non croisé, légerement jaspé de diverses couleurs, & fabriqué au métier à deux marches.

Il s'en est fait aussi en soie, mais il ne s'en fabrique plus.

La jaspure naît du mêlange de laines ou de soies teintes de différentes couleurs.


DAUPHINÉ(Géog. mod.) province de France bornée à l'occident par le Rhône, au septentrion par le Rhône & la Savoie, au midi par la Provence, & à l'orient par les Alpes. Elle est arrosée par le Rhône, la Durance, l'Isere, & la Drome. Elle est fertile en blé, vin, olives, pastel, couperose, soie, crystal, fer, cuivre, sapins, &c. Elle se divise en haut & bas. Le haut comprend le Gresivaudan, le Briançonnois, l'Embrunois, le Gapançois, le Royannez, & les Baronies. Le bas contient le Valentinois, le Diois, & le Tricassinois. ç'a été autrefois un pays d'états. Grenoble en est la capitale. Long. 26-29. lat. 43-46.


DAUPHINS(Litt.) on nomme ainsi les commentateurs sur les anciens auteurs latins employés à ce travail par ordre du roi Louis XIV. pour l'usage de Monseigneur, sur le conseil de M. de Montausier son gouverneur, & sous la direction de MM. Bossuet & Huet ses précepteurs. On en compte trente-neuf, dont voici le détail par ordre alphabétique.

Apuleius, per Julian. Floridum. Paris. Leonard, 1688, 2 vol. in-4°.

Ausonius, per Julianum Floridum, ex edit. & cum animadversionibus Joann. Bapt. Souchay. Paris. Jac. Guerin, 1730, in-4°.

Boetius, per Pet. Callyum, Paris. Leonard. 1695, in-4°.

Jul. Caesar, per J. Goduinum. Paris. le Petit, 1678, in-4°.

Catullus, Tibullus & Propertius, per Phil. Silvium. Paris. Leonard, 1685, 2 vol. in-4°.

Ciceronis operum philosophicorum tom. I. complectens tusculanas questiones, de natura deorum, academicas questiones, de finibus bonorum & malorum, & de officiis, per Franc. l'Honoré. Paris. vidua Thiboust, 1689, in-4°.

Ejusdem Ciceronis libri oratorii, per Jac. Proust, Paris. vidua Thiboust, 1687, 2 vol. in-4°.

Ejusdem Ciceronis orationes, per Car. de Merouville. Paris. Thierry, 1684, 3 vol. in-4°.

Ejusdem Ciceronis epistolae ad familiares, per Philib. Quartier. Paris. Thierry, 1685, in-4°.

Claudianus, per Guill. Pyrrhonem. Paris. Leonard, 1677, in-4°.

Q. Curtius cum supplementis J. Freinshemii, per Mic. le Tellier. Paris. Leonard, 1678, in-4°.

Dictys Cretensis & Dares Phrygius, per Annam Fabri filiam Andreae Dacerii conjugem, editio nova auctior ; cui accessit Jos. Iscanus de bello Trojano, cum notis Sam. Dresemii, & numismatibus Lud. Smids, & dissert. Jac. Perizonii de Dictie Cretensi. Amst. Galet, 1702, in-4°.

Eutropius, per eandem Annam Fabram. Paris, vidua Cellier, 1683, in-4°.

Pomp. Festus & Marcus Verrius Flaccus, per Andr. Dacerium, nova editio auctior notis Josephi Justi Scaligeri, Fulvii Ursini & Ant. August. Amst. Huguetan, 1699, in-4°.

Florus, per Annam Fabram. Paris. Leonard, 1674, in-4°.

Aul. Gellius, per Jac. Proust. Paris. Benard, 1681, in-4°.

Horatius, per Lud. des Prez. Paris. Leonard, 1691, 2 vol in-4°.

Justinus, per Petrum Jos. Cantel. Paris. Leonard, 1677, in-4°.

Juvenalis & Persius, per Lud. Prateum. Paris. Leonard, 1684, in-4°.

T. Livius, cum supplementis Joannis Freinshemii, per Joan. Doujatium. Paris. Leonard, 1679, 6 vol. in-4°.

Lucretius, per Mic. Fayum. Paris. Leonard, 1680, in-4°.

Manilius, per eundem Fayum, cum notis Petri Dan. Huetii. Paris. Leonard, 1679, in-4°.

Val. Martialis, per Vinc. Collessonem. Paris. Cellier, 1680, 4°.

Val. Maximus, per Pet. Jos. Cantelium. Paris. Thiboust, 1679, in-4°.

Cornel. Nepos, per Nic. Courtin. Paris. Leonard, 1675, in-4°.

Ovidius, per Dan. Crispinum. Lugd. Rigaud, 1686, 4 vol. in-4°.

Panegyrici veteres, per Jac. de la Baune. Paris. Benard, 1676, in-4°.

Vel. Paterculus, per Rob. Riguez. Paris. Leonard, 1675, in-4°.

Phaedrus, per Petrum Danetium, Paris. Leonard, 1675, in-4°.

Plautus, per Jac. Operarium. Paris. Leonard, 1679, 2 vol. in-4°.

Plinii Secundi historia naturalis, per Joan. Harduinum. Paris. Muguet, 1685, 5 vol. 4°.

Prudentius, per Steph. Chamillard. Paris. Thiboust, 1687, 4°.

Sallustius, per Dan. Crispinum. Paris. Leonard, 1674, in-4°.

Statius, per Claud. Beraldum. Paris. Roulland, 1685, 2 vol. in-4°.

Suetonius, per Aug. Babelonium. Paris. Leonard, 1684, in-4°.

Tacitus, per Julianum Pichon. Paris. Thiboust, 1682, 4 vol. in-4°.

Terentius, per Nic. Camus. Paris. Leonard, 1675, in-4°.

Aurel. Victor, per Annam Fabram. Paris. Thierry, 1681, in-4°.

Virgilius, per Car. Ruaeum, secunda editio. Paris. Benard, 1682, in-4°.


DAURADou DAURADILLE, voyez DORADE.


DAURÉEvoyez POISSON DE S. PIERRE.


DAVID(SAINT-) Géog. mod. ville d'Angleterre au pays de Galles, dans le comté de Pembrock, non loin de la mer. Long. 12. 22. lat. 52. 5.

DAVID, (Saint-) Géog. mod. fort des Indes orientales sur la côte de Coromandel, au midi du fort Saint-Georges : il appartient à la compagnie des Indes orientales d'Angleterre. Longit. 97. 30. lat. 11. 30.


DAVIDIQUESDavidies, s. m. (Hist. ecclésiast.) sorte d'hérétiques sectateurs de David George vitrier, ou, selon d'autres, peintre de Gand, qui en 1525 commença à prêcher une nouvelle doctrine. Il publioit qu'il étoit le vrai Messie envoyé pour remplir le ciel, qui demeuroit vuide faute de gens qui méritassent d'y entrer.

Il rejettoit le mariage avec les Adamites ; il nioit la résurrection, comme les Saducéens ; il soûtenoit avec Manès, que l'ame n'étoit point souillée par le péché, & il se mocquoit de l'abnégation de soi-même, tant recommandée par J. C. C'étoient-là ses principales erreurs.

Il se sauva de Gand, & se retira d'abord en Frise, puis à Bâle, où il changea de nom, prenant celui de Jean Bruch. Il mourut en 1556.

Il laissa quelques disciples, auxquels il avoit promis de ressusciter trois ans après sa mort. Il ne fut pas tout-à-fait faux prophete en ce point ; car les magistrats de Bâle ayant été informés au bout de trois ans de ce qu'il avoit enseigné, le firent déterrer, & brûler avec ses écrits par la main du bourreau. Il y a encore des restes de cette secte ridicule dans le Holstein, sur-tout à Friederikstadt, où ils sont mêlés avec les Arminiens. Voyez ADAMITES, ARMINIENS, MANICHEENS, &c. Dictionn. de Trév. & Chambers. (G)


DAVIERS. m. instrument de Chirurgie qui sert à l'extraction des dents ; c'est une espece de pincette dont le corps à jonction passée, divise l'instrument en extrémités antérieure & postérieure.

L'extrémité antérieure qui fait le bec de la pincette, ressemble à un bec de perroquet. Il y a deux mâchoires ; la supérieure, qui est la continuité de la branche femelle, est plus grande & beaucoup plus courbée que l'inférieure, puisque l'arc qu'elle forme fait plus du demi-cercle, & qu'à peine l'inférieure forme un segment de cercle. Pour concevoir la courbure de cette mâchoire, il faut supposer une corde qui aille d'une des cornes du cercle à l'autre ; elle aura dans un instrument bien construit neuf lignes de longueur, & le rayon qui viendra du centre du cercle à celui de la corde, aura cinq lignes.

Comme cet instrument doit être très-fort, la largeur de la mâchoire supérieure près de la jonction, est de quatre lignes sur trois lignes d'épais ; elle va ensuite en diminuant un peu de largeur & d'épaisseur, pour se terminer par une extrémité qui est divisée en deux dents, ce qui lui donne plus de prise sur la rondeur de la dent.

La mâchoire inférieure est moins grande que la supérieure ; elle a huit lignes de long, la même largeur & épaisseur, diminuant en tous sens à mesure qu'elle approche de son extrémité, où elle est, de même que la précedente, divisée en deux dents : sa courbure est fort petite, & à peine le rayon de son arc a-t-il une ligne.

Il faut que les mâchoires dont nous venons de parler soient d'une trempe très-dure, afin de résister à l'effort qu'elles font sur les dents.

L'extrémité postérieure, ou le manche de l'instrument, est composée de deux branches qui sont plus ou moins contournées, pour rendre la prise plus commode. La branche supérieure, ou branche mâle, a une courbure qui regarde le dedans, & est si légere qu'à peine s'éloigne-t-elle de l'axe de cinq lignes. La branche femelle a une courbure beaucoup plus grande qui l'éloigne de l'autre, pour donner de la prise & de la force à l'instrument.

La longueur de ces extrémités postérieures est au moins de trois pouces sept lignes ; & celle de tout l'instrument n'a pas plus de cinq pouces deux lignes. Chaque branche est plate & va en augmentant, ayant à sa fin sept lignes de largeur. Voyez Pl. XXV. de Chirurgie, fig. 10 & 11.

Cet instrument qui forme une pincette des plus fortes, parce que la résistance est fort proche du point fixe, & que la puissance en est éloignée, sert à pincer & à embrasser exactement une dent qu'on veut arracher. Il faut, pour y réussir, la tirer tant-soit peu obliquement, observant que les deux mâchoires de l'instrument tirent également ; car si la supérieure agit sur l'inférieure, on cassera immanquablement la dent, & les racines resteront dans l'alvéole.

Les Dentistes ont différentes sortes de pincettes, qu'ils appellent daviers, dont les jonctions & les courbures sont en différens sens pour arracher les dents du devant, ou pour l'extraction des autres, à des personnes qui ne peuvent point ouvrir commodément la bouche ; mais il faut que la dent soit ébranlée, parce que ces daviers n'ont pas la force de celui dont on vient de donner une description, extraite du traité d'instrumens de M. de Garengeot.

La figure 10 montre une autre espece de davier qui convient très-fort pour les personnes qui ne peuvent pas ouvrir la bouche, & principalement pour l'extraction des dents incisives & canines. (Y)

DAVIER. (Imprimerie) Les Imprimeurs donnent ce nom à une petite patte de fer ou de bois qui, placée entre les deux couplets, sert, au moyen d'une vis qui traverse le grand tympan, à maintenir par en bas le petit tympan dans l'enchassure du grand. Voyez TYMPAN, & les Planches d'Imprimerie.


DAVI(DETROIT DE) Géogr. mod. bras de mer entre l'île de Jacques & la côte occidentale du Groenland, ainsi nommé de Jean Davis Anglois, qui le découvrit. On dit que les Sauvages qui habitent les environs de ce détroit, sont robustes, & vivent communément plus de cent ans ; & que les femmes se font des coupures au visage & les remplissent d'une couleur noire, pour s'embellir. Ils vivent de leur chasse & de leur pêche : ils sont errans : ils campent sous des tentes : le sang des animaux est une boisson qui leur est agréable. Lat. 64. 10.


DAVOou TAFEAS, (Géog. mod.) communauté des Grisons, la premiere de la troisieme ligue ; il n'y a qu'une paroisse, appellée saint Jean de Davos.


DAou ACQS, (Géog. mod.) ville de France en Gascogne. C'est la capitale des Landes. Elle est située sur l'Adour. Long. 16. 36. 5. lat. 43. 42. 23.


DEprép. voyez ARTICLE. (Gramm.)


(Jeu de) s. m. Littér. sorte de jeu de hasard fort en vogue chez les Grecs & chez les Romains. L'origine en est très-ancienne, si l'on en croit Sophocle, Pausanias, & Suidas, qui en attribuent l'invention à Palamede. Hérodote la rapporte aux Lydiens, qu'il fait auteurs de tous les jeux de hasard.

Les dés antiques étoient des cubes de même que les nôtres ; c'est pourquoi les Grecs les appelloient : ils avoient par conséquent six faces, comme l'épigramme xvij. du liv. XIV. de Martial le prouve.

Hic mihi bis seno numeratur tessera puncto.

Ce qui s'entend des deux dés avec lesquels on joüoit quelquefois. Le jeu le plus ordinaire étoit à trois dés, suivant le proverbe, ; trois six ou trois as, tout ou rien.

Je ne parcourerai point les diverses manieres de joüer aux dés qui étoient en usage parmi les anciens, il me suffira d'indiquer les deux principales : je renvoye pour les autres aux ouvrages des érudits, qui les ont rassemblés dans des livres exprès.

La premiere maniere de joüer aux dés, & qui fut toûjours à la mode, étoit la rafle, que nous avons adoptée. Celui qui amenoit le plus de points emportoit ce qu'il y avoit sur le jeu. Le plus beau coup étoit, comme parmi nous, rafle de six, mot dérivé de . On le nommoit venus, qui désignoit dans les jeux de hasard le coup le plus favorable. Les Grecs avoient donné les premiers les noms des dieux, des héros, des hommes illustres, & même des courtisannes fameuses, à tous les coups différens des dés. Le plus mauvais coup étoit trois as. C'est sur cela qu'Epicharme a dit, que dans le mariage comme dans le jeu de dés, on amene quelquefois trois six & quelquefois trois as. Outre ce qu'il y avoit sur le jeu, les perdans payoient encore pour chaque coup malheureux : ce n'étoit pas un moyen qu'ils eussent imaginé pour doubler le jeu ; c'étoit une suite de leurs principes sur les gens malheureux, qu'ils méritoient des peines par cela même qu'ils étoient malheureux. Au reste comme les dés ont six faces, cela faisoit cinquante-six combinaisons de coups, savoir six rafles, trente coups où il y a deux dés semblables, & vingt où les trois dés sont différens.

La seconde maniere de joüer aux dés généralement pratiquée chez les Grecs & chez les Romains, étoit celle-ci : celui qui tenoit les dés nommoit avant que de joüer le coup qu'il souhaitoit ; quand il l'amenait, il gagnoit le jeu : ou bien il laissoit le choix à son adversaire de nommer ce coup ; & si pour lors il arrivoit, il subissoit la loi à laquelle il s'étoit soûmis. C'est de cette seconde maniere de joüer aux dés que parle Ovide dans son art d'aimer, quand il dit,

Et modò tres jactet numeros, modò cogitet aptè,

Quam subeat partem callida, quamque vocet.

Voyez les mém. des Inscript. & Belles-lett. tome I. & les dictionn. des antiq. greq. & rom.

Comme le jeu s'accrut à Rome avec la décadence de la république, celui de dés prit d'autant plus faveur, que les empereurs en donnerent l'exemple. Quand les Romains virent Néron risquer jusqu'à quatre mille sesterces dans un coup de dés, ils mirent bien-tôt une partie de leurs biens à la merci des dés. Les hommes en général goûtent volontiers tous les jeux où les coups sont décisifs, où chaque évenement fait perdre ou gagner quelque chose : de plus, ces sortes de jeux remuent l'ame sans exiger une attention sérieuse dont nous sommes rarement capables ; enfin on s'y jette par un motif d'avarice, dans l'espérance d'augmenter promtement sa fortune ; & les hommes enrichis par ce moyen sont rares dans le monde, mais les passions ne raisonnent ni ne calculent jamais.

Ceux qui tirent avec Ducange l'étymologie du mot jet de dé, du vieux Gaulois jus de dé, auront beaucoup de personnes de leur avis ; car nous savons que jus autrefois signifioit jugement, que nos anciens poëtes ont dit Dé pour Dieu ; & personne n'ignore que la superstition n'a fait que trop souvent intervenir la divinité, dans les évenemens qui dépendent entierement du hasard. Art. de M(D.J.)

DE (Anal. des hasards). Il est visible qu'avec deux dés on peut amener trente-six coups différens ; car chacune des six faces du dé peut se combiner six fois avec chacune des six faces de l'autre. De même avec trois dés on peut amener 36 x 6, ou 216 coups différens : car chacune des 36 combinaisons des deux dés peut se combiner six fois avec les six faces du troisieme dé, donc en géneral avec un nombre de dés = n, le nombre des coups possibles est 6 n.

Donc il y a 35 contre 1 à parier qu'on ne fera pas rafle de 1, de 2, de 3, de 4, de 5, de 6, avec deux dés. Voyez RAFLE. Mais on trouveroit qu'il y a deux manieres de faire 3, 3 de faire 4, 4 de faire 5, 5 de faire 6, & 6 de faire 7, 5 de faire 8, 4 de faire 9, 3 de faire 10, 2 de faire 11, 1 de faire 12 ; ce qui est évident par la table suivante qui exprime toutes les 36 combinaisons.

Dans la premiere colonne verticale de cette table, je suppose qu'un des dés tombe successivement sur toutes ses faces, l'autre dé amenant toûjours 1 ; dans la seconde colonne, que l'un des dés amene toûjours 2, l'autre amenant ses six faces, &c. les nombres pareils se trouvent sur la même diagonale. On voit donc que 7 est le nombre qu'il est le plus avantageux de parier qu'on amenera avec deux dés, & que 2 & 12 sont ceux qui donnent moins d'avantage. Si on prend la peine de former ainsi la table des combinaisons pour trois dés, on aura six tables de 36 nombres chacune, dont la premiere aura 3 à gauche en haut, 13 à droite en bas, & la derniere aura 8 à gauche en haut, & 18 à droite en bas ; & l'on verra par le moyen des diagonales, que le nombre de fois que le nombre 8 peut arriver est égal à 6 + 5 + 4 + 3 + 2 + 1, c'est-à-dire 21 ; qu'ainsi il y a 21 cas sur 216 pour que ce nombre arrive, qu'il y a 15 cas pour amener 7, 10 pour 6, 6 pour 5, 3 pour 4, 1 pour 3 ; que pour amener 9 il y a un nombre de combinaisons = 5 + 6 + 5 + 4 + 3 + 2 = 25 ; que pour amener 10 il y a 4 + 5 + 6 + 5 + 4 + 3 = 27 ; que pour amener 11 il y a 3 + 4 + 5 + 6 + 5 + 4 = 27 ; que pour amener 12 il y a 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 5 = 25 ; que pour amener 13 il y a 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 = 21 ; que pour amener 14 il y a 15 ; que pour amener 15 il y a 10 ; que pour amener 16 il y a 6 ; que pour amener 17 il y a 3 ; & pour amener 18, une seule combinaison. Ainsi 10 & 11 sont les deux nombres qu'il est le plus avantageux de parier qu'on amenera avec trois dés, il y a à parier 27 sur 216, c'est-à-dire 1 contre 8, qu'on les amenera ; ensuite c'est neuf ou douze, ensuite c'est huit ou treize, &c.

On peut déterminer par une méthode semblable quels sont les nombres qu'il y a le plus à parier qu'on amenera avec un nombre donné de dés ; ce qu'il est bon de savoir dans plusieurs jeux. Voyez BARAÏCUS, TRICTRAC, &c. (O)

DE, en terme d'Architecture ; c'est le tronc du pié-d'estal, ou la partie qui est entre sa base & sa corniche.

Les Italiens l'appellent dado, & Vitruve le nomme tronc. Voyez PIE-D'ESTAL.

Dé se dit aussi, & des pierres qui se mettent sous des poteaux de bois qui portent un engard, pour les élever de terre crainte qu'ils ne pourrissent, & des petits quarrés de pierre avec une moulure sur l'arrête de dessus, qui servent à porter des vases dans un jardin. (P)

DE, petit cylindre d'or, d'argent, de cuivre ou de fer, creusé en dedans, & grené tout-au-tour avec symmétrie, qui sert aux ouvrieres & tailleurs à appuyer la tête de leur aiguille, afin de la pousser plus facilement & sans se piquer les doigts à-travers les étoffes ou autres matieres qu'ils veulent coudre ensemble. Le dé se met ordinairement au doigt du milieu de la main qui tient l'aiguille.

Il y a deux sortes de dés ; les uns sont fermés par le bout avec la même matiere du dé ; les autres sont ouverts par le bout : c'est ordinairement de ceux-ci que se servent les Tailleurs, Tapissiers, &c.

Les dés qui se font à Blois sont extrèmement recherchés.

Les dés de cuivre & de fer font partie du négoce des Merciers, & des maîtres Aiguilliers & Epingliers qui les fabriquent. Voyez la Planche du Tailleur.

DE A EMBOUTIR, est un cube de cuivre à six faces, sur chacune desquelles sont pratiqués des trous de forme & grandeurs différentes, dans lesquels s'emboutissent les fonds des chatons en frappant dessus avec des morceaux de fer appellés bouterolles. Voyez BOUTEROLLE.

Chez les Grossiers, ce n'est qu'un morceau de bois avec des trous de diverses grandeurs, dans lesquels ils enfoncent au marteau les pieces d'argent qu'il faut retraindre. Voyez RETRAINTE. Voyez aussi les figures du Metteur en oeuvre & du Joüaillier.


DEDE


DEDE


DÉALDERsub. m. (Comm.) monnoie d'argent qui se fabrique, a cours en Hollande au titre de dix deniers cinq grains, est du poids de quatre gros deux deniers, & vaut en France trois livres trois sous quatre deniers.


DÉARTICULATIONen Anatomie, voy. DIARTHROSE.


DÉBACLES. f. DÉBACLAGE, s. m. terme de Marine & de Riviere ; c'est un mot dont on se sert pour désigner l'action de débarrasser les ports. Faire la débacle, c'est retirer les vaisseaux vuides qui sont dans le port, pour faire approcher des quais ou du rivage ceux qui sont chargés. (Z)

DEBACLE, terme de Riviere ; c'est la rupture des glaces qui arrive tout-à-coup après qu'une riviere a été prise pendant quelque tems. Voyez DEGEL. (Z)

DEBACLE, terme de Riviere, se dit encore du bois qui reste d'un train dans la riviere, après que le bois à brûler en a été tiré.


DÉBACLERv. act. terme de Marine & de Riviere ; c'est débarrasser un port. Voyez DEBACLE.

DEBACLER, v. n. terme de Riviere, se dit de la riviere quand les glaces partent & s'en vont tout-d'un coup.

DEBACLER la riviere, c'est la débarrasser des bois qui y forment un arrêt. (Z)


DÉBACLEURS. m. terme de Riviere ; c'est un petit officier de ville qui donne ses ordres sur le port quand il faut faire retirer les vaisseaux vuides pour faire approcher ceux qui sont chargés. Ces officiers furent supprimés en 1720, & des commis substitués en leur place avec même soin de débaclage, mais avec attribution de moindres droits pour leur salaire.

Six articles du quatrieme chapitre de l'ordonnance de la ville de Paris de 1672, à commencer au dixieme inclusivement, traitent des fonctions des débacleurs. (Z)


DÉBAILS. m. (Jurispr.) en quelques coûtumes, signifie l'état d'une femme qui devient libre par la mort de son mari. Bail signifie garde & gardien. On dit bail de mariage, pour exprimer la puissance que le mari a sur sa femme. On dit aussi que le mari est bail de sa femme, c'est-à-dire gardien. Débail est opposé à bail. Il y a bail quand la femme est en la puissance de son mari, & débail quand elle en sort. Voyez BAIL DE MARIAGE. (A)


DEBALLEou DESEMBALLER, v. act. (Com.) faire l'ouverture d'une balle ou en défaire l'emballage. Voyez BALLE & EMBALLAGE.

On déballe les marchandises aux bureaux des douannes & aux foires, pour être visitées par les commis, inspecteurs des manufactures, gardes, jurés-visiteurs, & autres préposés à leur examen, pour juger si elles sont conformes aux réglemens.

Déballer se dit aussi dans une signification contraire, des marchands qui quittent une foire & remettent leurs marchandises dans des balles. Il faut déballer, c'est-à-dire, en cette occasion, remballer ses marchandises. Voyez les dictionn. de Comm. & de Trév. (G)


DEBANQUERv. act. (Jeu) c'est au pharaon ou à la bassette épuiser le banquier, & lui gagner tout ce qu'il avoit d'argent, ce qui le force de quitter la partie.


DÉBARCADOURS. m. (Marine) c'est un lieu établi pour débarquer ce qui est dans un vaisseau, ou pour transporter les marchandises avec plus de facilité du vaisseau à terre. (Z)


DÉBARDAGES. m. terme de Riviere ; il se dit de la sortie des marchandises hors du bateau lorsqu'on le décharge. Ce mot s'employe plus particulierement pour le bois à brûler qu'on décharge sur le port. (Z)


DÉBARDER(Oeconom. rustiq.) On dit débarder le bois quand on le sort du taillis, afin d'empêcher les voitures d'y entrer, ce qui pourroit endommager les nouvelles pousses du jeune bois.

Les bois doivent être entierement débardés à la S. Martin ou au plus tard à Noël, suivant les réglemens des eaux & forêts. (K)

DEBARDER, v. act. terme de Riviere ; c'est décharger un bateau lorsqu'il est au port. (Z)


DÉBARDEURS. m. terme de Riviere ; c'est celui qui aide à décharger un bateau & en mettre les marchandises à terre. Il y a sur les ports de la ville de Paris des gens dépendans de la jurisdiction du prevôt des marchands & échevins, à qui il appartient seuls de faire le débardage des bois & autres marchandises qui arrivent par riviere. (Z)


DÉBARQUEMENTS. m. (Marine) c'est la sortie des marchandises hors du vaisseau pour les mettre à terre. Il se dit aussi des équipages ou troupes qu'on met à terre & qu'on débarque, soit pour quelqu'expédition, soit pour rester dans le pays où on les transporte.

Le débarquement des marchandises étant fait sur les quais, les propriétaires sont obligés de les faire enlever à leurs frais & dépens dans l'espace de trois jours, passé lequel tems ils peuvent être condamnés à l'amende ; & les maîtres des quais sont obligés d'y veiller & de faire les diligences nécessaires, suivant l'ordonnance de la Marine de 1685. art. 7. du tit. j. du liv. IV. (Z)


DÉBARQUERv. act. & n. (Mar.) c'est ôter du vaisseau les marchandises pour les mettre à terre, ou mettre du monde à terre. C'est aussi quitter le navire après la traversée. (Z)


DEBARRERv. act. Au simple, c'est ôter les barres qui fermoient une porte & qui l'empêchoient de s'ouvrir. Au figuré, c'est décider entre plusieurs personnes dont les avis étoient également partagés. Au palais, lorsqu'une chambre se trouve dans ce cas, l'affaire est portée à une autre chambre, qui par son avis débarre la premiere.


DEBATS. m. (Jurispr.) signifie en général une contestation que l'on a avec quelqu'un, ou la discussion par écrit de quelque point contesté. (A)

DEBATS DE COMPTE, sont les contestations que forme l'oyant sur les articles du compte, soit en la recette, dépense ou reprise, qu'il veut faire rayer ou réformer.

On entend aussi par le terme de débats de compte, des écritures intitulées débats, qui contiennent les observations & moyens tendans à débattre le compte : ces sortes d'écritures peuvent être faites par les avocats ou par les procureurs concurremment, suivant le réglement du 17 Juillet 1693.

Les réponses aux débats sont appellées soûtenemens. Voyez SOUTENEMENS & COMPTE (A)

DEBAT DE TENURE, est la contestation qui se meut entre deux seigneurs pour la mouvance d'un héritage soit en fief ou en censive.

On entend aussi quelquefois par débats de tenure, un mandement donné au vassal ou censitaire par le juge royal à l'effet d'assigner les deux seigneurs qui contestent sur la mouvance pour s'accorder entr'eux. (A)


DEBENTURS. m. (Jurisprud.) terme latin qui étoit usité à la chambre des comptes pour exprimer le certificat que chaque officier des cours souveraines donnoit au payeur des gages de la compagnie pour toucher les gages qui lui étoient dûs. On l'appelle ainsi parce que dans le tems qu'on rédigeoit les actes en latin, ce certificat commençoit par ces mots, debentur mihi, &c. Le contrôleur du thrésor vérifioit ces debentur. Ils n'ont plus lieu depuis que l'on a fait des états des gages des officiers. (A)


DÉBETS. m. (Jurispr.) est ce qui reste dû entre les mains d'un comptable. On dit le debet d'un compte. Les payeurs des rentes sur la ville & autres payeurs publics appellent débets, les anciens arrérages de rentes qui sont dûs outre le payement courant. Voyez COMPTABLE, COMPTE, & RENTE.

DEBET DE CLAIR à la chambre des comptes, signifie un débet liquide.

DEBET DE QUITTANCE, aussi en stile de la chambre des comptes, est lorsqu'un comptable doit rapporter une quittance. Ces sortes de parties doivent être mises en souffrance. (A)


DEBILITÉS. f. (Physiol.) se dit en général des fibres dont le corps humain est composé, qui sont affoiblies par le relâchement de leur tissu, par la trop grande diminution ou le défaut de leur ressort, &c. voyez FIBRE. Le même terme s'employe encore parmi les medecins, pour exprimer les mêmes vices dans les vaisseaux, les visceres & autres parties organiques.

Ainsi, comme il faut que la fibre, pour avoir une solidité proportionnée à l'état naturel, puisse soûtenir les mouvemens, les efforts nécessaires pour l'exercice des fonctions dans la santé, sans qu'elle souffre aucune solution de continuité ; de même les vaisseaux & toutes les parties vasculeuses qui sont composées de fibres, doivent avoir les mêmes qualités qu'elles, & participent par conséquent aux mêmes dépravations ; ainsi ce qui doit être dit des fibres, sera appliquable à tout ce qui en dérive comme de son principe.

Il est démontré par les injections anatomiques, que tous les visceres sont un assemblage de vaisseaux innombrables différemment disposés, selon la différence des organes qu'ils composent. Il est certain aussi que c'est de l'action de ces vaisseaux que dépend l'action du viscere entier, attendu que c'est par leur moyen que les humeurs y sont apportées & diversement préparées. Si ces vaisseaux n'ont pas le degré de force nécessaire pour que ces fonctions se fassent conformément à ce que requiert l'oeconomie animale saine, ils agiront moins sur les fluides qu'ils contiennent ; ils ne pourront pas leur faire subir les changemens nécessaires, ou au point qu'il faut.

Ainsi les poumons qui pechent par foiblesse, ne peuvent pas travailler suffisamment le chyle pour le convertir en sang : si le foie est trop relâché, le sang circulera dans les vaisseaux de ce viscere, sans qu'il puisse fournir la matiere de la secrétion de la bile, qui n'est pas assez élaborée pour pénétrer dans ses couloirs ; de-là peut suivre l'hydropisie. Lorsque l'estomac est trop languissant, tout l'ouvrage de la chylification reste imparfait.

D'où on peut conclure aisément que la débilité en général peut produire bien des maladies, telles que la dilatation trop facile des vaisseaux, conséquemment leur engorgement par les humeurs qu'ils contiennent ; les tumeurs, la compression de leurs parois par la moindre cause, attendu le défaut de résistance ; l'oblitération de leurs cavités, l'obstacle au cours des liquides, la trop grande résistance que trouve le coeur à les mouvoir ; leur corruption, parce qu'elles croupissent : d'où toutes les fonctions naturelles, vitales & animales sont lésées dans leur exercice : d'où s'ensuivent une infinité de maux qui naissent les uns des autres, & qui sont très-difficiles à guérir, sur-tout la cachexie, la cacochymie, qui en sont presque toûjours les suites inévitables.

La débilité générale qui produit de si mauvais effets, est elle-même causée par celle des fibres, des petits vaisseaux ; par l'inertie des fluides dans les grands vaisseaux, où ils ne sont pas en suffisante quantité après de trop grandes évacuations ; qui ont trop de fluidité, parce qu'ils sont trop aqueux ; qui ne sont pas assez mis en mouvement par l'action musculaire ; par le trop grand nombre de petits vaisseaux, qui tendent trop à se convertir en fibres solides, &c.

La débilité est un vice dominant qu'il faut observer soigneusement, pour bien connoître les maladies qui en dépendent, & bien juger de leurs évenemens, & pour discerner les remedes qu'il convient d'employer pour en obtenir sûrement guérison.

On doit sur toute chose avoir attention, de ne pas se hâter de produire des changemens dans l'état de débilité, parce qu'il n'est point de cas dans lesquels il soit si dangereux d'en procurer de promts : il convient donc de procéder lentement & avec prudence, & d'avancer par degrés dans l'administration & l'usage des secours convenables, proportionnément toûjours au degré de force des vaisseaux.

Les principaux remedes que l'on peut employer contre la débilité, sont principalement le bon régime, les alimens, les médicamens propres à fortifier, l'exercice reglé : on les trouvera indiqués plus particulierement dans la partie de l'article FIBRE, où il est question de la curation des fibres débiles ; celui-ci est extrait de Boerhaave & de Wanswieten. Voyez aussi CACHEXIE, CACOCHYMIE. (d)

DEBILITE, (Maladie) foiblesse du corps en général, défaut de forces, symptomes de maladie, & surtout de fievre. C'est l'impuissance d'exercer les mouvemens musculaires, qui dépendent de la volonté ; comme lorsqu'un malade alité par la fievre, peut à peine remuer & lever les membres, quoiqu'il en ait le dessein, & qu'il fasse ses efforts pour l'exécuter, sans cependant qu'aucune douleur l'en empêche.

Car on n'appelle pas foiblesse la cause qui empêche quelqu'un de se mouvoir, qui souffre des douleurs violentes de rhumatisme ou de goutte. On distingue aussi la débilité de la paralysie, en ce que dans celle-ci il y a impuissance totale & invincible ; au lieu que dans la premiere, quelque grande qu'elle soit, on peut par un grand effort de la volonté parvenir à remuer quelques parties du corps, quoique très difficilement & pour peu de tems. D'ailleurs la paralysie ne supprime pas en même tems le mouvement de tous les muscles sans exception, & dans la débilité ils sont tous également affectés & il y a autant de difficulté à mettre en mouvement les uns que les autres, à proportion des forces qui doivent être employées pour chacun d'eux : ainsi un homme très-foible peut encore remuer les levres, la langue, les yeux, les doigts sans beaucoup de peine, qui ne peut pas étendre le bras, se lever ni se tourner, parce qu'il faut, pour ces effets, mettre en jeu un grand nombre de muscles considérables en même tems.

Comme l'Anatomie n'a pas laissé de doute sur la structure du cerveau, & qu'il est bien établi qu'il est composé de vaisseaux qui, quoique très-déliés, ne laissent pas d'avoir une cavité, & de contenir un fluide très-subtil ; il y a donc lieu de penser que la débilité dont il s'agit ici, est un effet des obstacles que trouve le fluide nerveux à être distribué par la détermination de la volonté dans les nerfs, qui doivent le porter aux muscles qui lui sont soûmis, ou du défaut de ce même fluide.

Les causes de ces empêchemens du mouvement musculaire, sont principalement les suivantes ; savoir,

1°. Le défaut des fluides dans les vaisseaux en général, à la suite de quelque grande évacuation. Ceux-ci n'étant pas pleins, les liquides qu'ils contiennent n'offrent point de résistance aux mouvemens de contraction du coeur ; ils ne sont par conséquent pas dilatés : ils ne se contractent pas non plus. Le sang ne reçoit pas son mouvement progressif vers les extrémités des vaisseaux ; il n'en est pas distribué suffisamment au cerveau, pour fournir la matiere du fluide nerveux qui manquera pour être distribué aux muscles ; d'où suivra nécessairement la débilité : ce qui est prouvé journellement par ce qui arrive aux hommes ou aux animaux les plus robustes, qui après une grande perte de sang qui diminue considérablement la plénitude des vaisseaux, tombent dans la langueur & dans la foiblesse.

2°. L'imméabilité des fluides & l'obstruction des conduits. De-là vient que dans les maladies inflammatoires, lorsque le sang privé de son véhicule, passe difficilement par les extrémités de ses vaisseaux, il arrive souvent une si grande foiblesse, sur-tout si l'effort de la maladie se porte vers la tête, & que les vaisseaux du cerveau soient plus particulierement engorgés. C'est aussi ce qui arrive dans les corps cacochymes, froids, remplis d'humeurs lentes, visqueuses, qui ne peuvent pas pénétrer dans les vaisseaux du cerveau, & qui s'y arrêtent : il en résulte un engourdissement, une stupidité, & une impuissance à l'exercice des mouvemens musculaires.

3°. La compression des nerfs, sur-tout vers son origine, dans le cerveau. C'est souvent la cause d'une grande foiblesse dans les hommes pléthoriques, dont les humeurs ne pechent que par l'abondance du bon sang, qui venant à remplir les vaisseaux dans l'intérieur du crâne, qui ne peut pas céder, se porte à comprimer toute la substance pulpeuse du cerveau ; ce qui empêche le libre cours du fluide contenu dans les nerfs. Ces personnes pléthoriques sont souvent guéries de cette débilité par une saignée, qui fait cesser la compression en diminuant le volume du sang qui la causoit. La raréfaction du sang qu'excite la chaleur de la fievre, peut produire les mêmes effets, qui peuvent aussi cesser par le même remede. L'épanchement d'humeurs quelconques, qui pesent sur le cerveau, empêche aussi le cours des esprits d'une maniere plus constante & presqu'incurable.

4°. La foiblesse du coeur, dont les fibres se trouvent distendues, relâchées, qui ne peuvent plus vaincre la résistance des fluides, qui souffrent toujours par leurs propres efforts de plus grandes distractions, & s'affoiblissent toûjours davantage, jusqu'à se rompre, comme il conste par plusieurs observations. Mais comme c'est de l'impulsion du coeur que dépend l'abord du sang au cerveau, pour y fournir à la secrétion du fluide nerveux ; si ce muscle, le plus essentiel de tous, n'agit que foiblement, les nerfs seront mal servis, & la foiblesse de tout le corps s'en suivra.

5°. Elle est aussi quelquefois occasionnée par une espece de matiere venéneuse qui se ramasse autour du coeur, comme on croit le sentir, c'est-à-dire dans l'épigastre ; de maniere que l'abattement des forces, qui survient en conséquence, sans qu'il paroisse d'autres symptômes fâcheux, & aucun qui affecte le cerveau, peut cependant quelquefois cesser tout de suite, par l'effet d'un vomissement qui emporte cette humeur d'un caractere si pernicieux. Wepffer observe aussi que certains poisons produisent un grand accablement. On ne peut expliquer ces effets que par la communication des nerfs ; mais comme cela ne satisfait guere, il faut se borner à savoir le fait sûr, & à y chercher des remedes.

La premiere cause mentionnée de la débilité, est prouvée par les symptomes passés ou présens des grandes évacuations, comme sont la durée de la maladie ; les hémorrhagies, effets de la maladie ou de l'art ; les sueurs, les urines abondantes, la salivation, la diarrhée, le défaut de nourriture par quelque cause que ce soit, la pâleur, la maigreur, la petitesse du pouls, l'affoiblissement des vaisseaux, l'élasticité des muscles. L'imméabilité des liquides gluans, visqueux ou inflammatoires, se manifeste par les signes qui lui sont propres, selon ses différentes qualités. Il en est de même de l'obstruction, dont on peut voir le diagnostic en son lieu. La compression du cerveau & du cervelet, comme cause de foiblesse, se fait connoître, s'il y a en même tems des autres symptomes relatifs, comme le délire & l'assoupissement, le tremblement, le vertige, &c. Pour ce qui est de la débilité des fibres du coeur, qui peut produire la foiblesse générale de tout le corps, on ne peut en juger que par les signes du mouvement circulaire ralenti. On a lieu de soupçonner que la foiblesse est l'effet de quelqu'humeur venéneuse, ou de quelque poison dans l'estomac, lorsque rien n'indique aucune des causes précedentes, & que le malade éprouve certain sentiment qui lui fait croire que le siége du mal est dans la région épigastrique, qu'il désigne en disant qu'il est autour du coeur.

La curation de la foiblesse doit être différente, selon ses différentes causes : celle qui provient d'un épuisement à la suite de quelque grande évacuation, doit être traitée avec des alimens liquides, de bons sucs de facile digestion, qui se changent aisément en sang ; des gelées douces tirées des animaux & des végétaux, rendues un peu actives par le vin & les aromats mêlés avec art, dont on fera user souvent & à petite dose. On employera les frictions extérieures modérées, qui servent à distribuer le suc nourricier. On aura attention de choisir une nourriture qui soit de nature à servir de correctif au vice dominant.

La foiblesse qui est causée par l'imméabilité des fluides, doit être traitée selon la nature de celle-ci ; si elle est froide & visqueuse, les legers incisifs, les délayans pénétrans, les cordiaux, conviennent ; si elle est inflammatoire, on doit employer les remedes contre l'inflammation qui vient d'obstruction. Voyez INFLAMMATION, OBSTRUCTION.

Ces derniers sont également indiqués dans les cas où il y a compression du cerveau ; on peut y joindre utilement les moyens propres à détourner ailleurs l'humeur qui se jette sur cette partie, en faisant des applications émollientes autour de la tête, en humectant les narines, la face, la bouche par des fomentations ; en appliquant aux piés des épispastiques.

On ne peut guere corriger le vice du coeur débile, sur-tout lorsque c'est son propre tissu qui est relâché : alors il est très-difficile de connoître ce mal ; & quand on le connoîtroit, il ne se présenteroit guere d'indications à remplir pour y remédier. Le repos seroit utile dans ce cas ; mais cet organe doit être dans un mouvement continuel, ce qui augmente toûjours plus le vice de ses fibres, qui sont continuellement tiraillées.

Le vomissement, comme on l'a dit ci-dessus, guérit ordinairement la foiblesse qui provient d'un embarras de nature maligne dans l'épigastre.

Il suit de tout ce qui vient d'être dit, que les cordiaux ne sont pas toûjours le remede convenable contre la foiblesse ; qu'ils doivent être employés avec beaucoup de ménagement dans les cas où ils conviennent, & qu'il est bien rare qu'ils puissent être employés avec sûreté dans les maladies aigues. Il résulte encore de-là, que la foiblesse dans les fievres est souvent un symptome très-difficile à guérir. Extrait de Boerhaave & de Wanswieten. Voyez FIEVRE. (d)


DÉBILLARDERv. act. est, dans la coupe des bois, enlever une partie en forme de prisme triangulaire ou approchant, qui empêche que l'une des faces de la piece de bois ne soit perpendiculaire à celle qui lui est contigue. (D)


DÉBILLERv. n. terme de Riviere, détacher les chevaux qui tirent les bateaux sur les rivieres. On est obligé de débiller quand on trouve un pont.


DÉBITS. m. (Musique) maniere rapide de rendre un rôle de chant. Le débit ne doit jamais prendre sur l'articulation ; il est une grande partie du chant françois : sans le débit, la scene la mieux faite languit & paroît insipide.

La lenteur est un des grands défauts du chant françois de scene, qu'on nomme aussi déclamation. Il faut cinq minutes pour débiter en expression trente vers, voyez RECITATIF. On parle ici pour les chanteurs qui possedent le mieux le débit. Voilà le principe de l'ennui que cause une trop grande quantité de récitatif. Quelque bien modulé qu'on le suppose, s'il a quelquefois en sa faveur l'expression, il a aussi contre lui une sorte de monotonie dont il ne sauroit se défaire, parce que les traits de chant qui le composent sont peu variés. Le plaisir & l'ennui ont toûjours des causes physiques : dans les arts agréables, le moyen sûr de procurer l'un & d'éviter l'autre, est de rechercher ces causes avec soin, & de se régler en conséquence lorsqu'on les a trouvées.

Le débit diminue la langueur du chant, & jette du feu dans l'expression ; mais il faut prendre soin d'y mettre beaucoup de variété. Le débit sans nuances est pire que la lenteur qu'on auroit l'art de nuancer. Mademoiselle Lemaure n'avoit point de débit, la lenteur de son chant étoit excessive ; mais l'éclat, le timbre, la beauté de son organe, la netteté de son articulation, la vérité, le pathétique, les graces de son expression, dédommageoient de cette lenteur. Voyez RECITATIF. (B)

DEBIT, terme de Teneur de livres, il se dit de la page à main gauche du grand titre ou livre d'extrait ou de raison, qui est intitulé doit, où l'on porte toutes les parties ou articles que l'on a fournis ou payés pour un compte, ou tout ce qui est à la charge de ce compte ; ainsi l'on dit : Je vous ai débité, je vous ai donné débit, j'ai passé à votre débit une telle somme que j'ai payée pour vous. Voyez les dictionn. de Comm. & de Trév. & Chambers. (G)

DEBIT, (Comm.) se dit aussi de la vente promte & facile des marchandises : quelquefois leur bonne qualité, & quelquefois aussi le bon marché, en facilite le débit. Id. ibid. (G)

* DEBIT DU BOIS, (Oeconom. rust.) c'est l'art de connoître sa destination, & de le couper, fendre, tailler, façonner en conséquence. On débite le bois ou pour la charpente, ou pour le sciage, ou pour le charronnage, ou pour le foyer, ou pour le four à charbons. Le taillis peut donner la falourde, le fagot, du charbon, du coteret, de la bourrée ; rarement des pieces de fente, de sciage ou de charpente : c'est des futayes qu'on les tire. Le tronc des arbres de haute-futaye se débite en bois de fente, de sciage & de charpente ; sa tige en falourdes, bois de corde, bois de coteret, bois de charbon, bourrées ; & les grosses branches quelquefois en bois d'équarrissage, de sciage, de fente, &c. Il y a des échantillons auxquels il faut s'assujettir, de quelque maniere qu'on débite le bois ; sans cette attention il ne seroit pas de vente. Il faut aussi consulter la consommation ; c'est cette connoissance qui déterminera en tel endroit & en telle circonstance à débiter son bois d'une maniere ; & dans un autre endroit & dans une autre circonstance, à le débiter autrement.


DEBITANTS. m. (Comm.) terme en usage dans l'exploitation de la ferme du tabac. On entend par ce mot ceux qui font en détail le débit du tabac, qu'ils vont chercher en gros dans les bureaux généraux du tabac. On fait aux débitans une remise de quelqu'once ou demi-once par livre de tabac, suivant la qualité de cette marchandise, à cause du déchet que produit le trait, quand on la pese par petite partie.

Les débitans de Paris ont ordinairement un compte ouvert avec le receveur du bureau. On ne peut être débitant sans permission du fermier, sous peine d'amende & de confiscation. Dict. de Comm. de Trév. & Chambers. (G)


DEBITERverbe act. (Musique) terme d'opera ; rendre avec vivacité, nuances & précision un rôle de déclamation.

Le débit est le contraire de la lenteur ; ainsi débiter est chanter un rôle avec rapidité, en observant les tems, en répandant sur le chant l'expression, les nuances nécessaires, en faisant sentir les choses de sentiment, de force, de tendresse, de vivacité, de noblesse, & tout cela sans manquer à la justesse & à l'articulation, & en donnant les plus beaux sons possibles de sa voix. Voyez DEBIT, TEMS, DECLAMATION.

La scene d'opera languit, si elle n'est pas débitée ; l'acteur qui ne sait point débiter, quelque bien qu'il chante, en affoiblit l'intérêt & y répand l'ennui.

Il faut bien cependant se garder de croire que rendre un rôle avec rapidité, sans le nuancer, sans y mettre des tems, &c. soit la même chose que le débiter. Une actrice qui n'est plus, & dont on peut maintenant parler sans scrupule, parce que la vérité, qui ne sauroit plus nuire à personne, peut servir au progrès de l'art, chantoit très-rapidement ses rôles, faisoit faire à ses bras de très-grands mouvemens, & malgré tout cela ne débitoit point, parce qu'elle ne nuançoit point son chant, & qu'elle manquoit de justesse.

Elle a fait pendant long-tems sur ce point illusion au gros du public ; on la loüoit sur cette partie qu'elle n'avoit point, parce qu'elle chantoit avec beaucoup de rapidité, mais sans aucun agrément & sans nulle sorte de variété. Si Thevenard débitoit, comme on ne sauroit le disputer ; que ceux qui ont vû l'acteur & l'actrice, & qui doivent être maintenant de sang-froid sur ces points, jugent s'il est possible qu'elle débitât.

Mais comme l'actrice dont on parle étoit supposée débiter, en conséquence de cette prévention on la donnoit pour modele. Tel est le pouvoir de l'habitude, que sa figure mal dessinée, colossale & sans graces, passoit pour théatrale : on prenoit pour de la noblesse, une morgue insupportable ; pour gestes d'expression, des mouvemens convulsifs qui n'étoient jamais d'accord avec les choses qu'elle devoit exprimer ; & pour une voix propre à la déclamation, des sons durs, presque toûjours forcés, & souvent faux. De toutes ces erreurs, que d'inconvéniens n'ont pas dû naître !

On s'accoûtume par degrés aux disgraces des acteurs que l'on voit tous les jours ; on les juge souvent corrigés des mêmes défauts qui avoient d'abord choqué, qu'ils ont encore, & dont ils ne se déferont jamais, parce que les spectateurs ont eu la bonté de s'y faire. Les étrangers cependant arrivent de sang-froid, nous leur parlons de notre opera, & ils y courent ; mais ils ouvrent en vain les yeux & les oreilles, ils n'y voyent & n'y entendent rien de ce que nous croyons y voir & y entendre : ils se parlent, nous examinent, nous jugent, & prennent pour défaut d'esprit & pour prévention, quelquefois même pour orgueil, ce qui n'est réellement l'effet que de l'habitude, de l'indifférence pour le progrès de l'art, ou peut-être d'un fond de bonté naturelle pour les personnes qui se dévoüent à nos plaisirs.

Débiter est donc à l'opera une partie essentielle à l'acteur ; & débiter est rendre un rôle de chant avec rapidité, justesse, expression, grace & variété. Prodiguons des éloges & des applaudissemens aux acteurs qui, par leur travail, auront acquis cette partie très-rare. Par cette conduite nous verrons infailliblement l'art s'accroître, & nos plaisirs devenir plus piquans. Voyez CHANTEUR, DEBIT, DECLAMATION, RECITATIF. (B)

DEBITER, terme d'Architecture, c'est scier de la pierre pour faire des dalles ou du carreau. (P)

DEBITER LE CABLE, (Marine) c'est détacher un tour que le cable fait sur la bitte. (Z)

DEBITER une partie, un article, sur un livre, dans un compte, (Commerce) c'est la porter à la page à main gauche du livre, qu'on appelle le côté du débit. Voyez DEBIT. (G)

DEBITER, se dit aussi des marchandises que l'on vend facilement & avec promtitude. C'est un grand talent dans un marchand, que de savoir bien débiter sa marchandise. Dictionn. de Comm. & Trév. (G)

DEBITER, (Oecon. rustiq.) se dit dans une forêt de l'exploitation des bois en planches, en cerceaux, en échalas, en merrein, lattes, chevrons, poteaux, solives, poutres, gouttieres, & autres. (K)

DEBITER du bois, (Menuiserie) c'est, après qu'il est tracé, le couper à la scie suivant les longueurs & largeurs convenables aux ouvrages qu'on en veut faire.

DEBITER, (à la Monnoie) c'est l'action de couper les flancs de lames de métal avec l'instrument appellé coupoir ; les monnoyeurs au lieu de dire couper une lame en flancs, se servent du terme débiter. Voy. l'article COUPOIR.


DEBITEURS. m. (Jurisprud.) est celui qui est tenu de payer quelque chose en argent, grain, liqueur, ou autre espece, soit en vertu d'un jugement ou d'un contrat écrit ou non, d'un quasi-contrat, délit ou quasi-délit.

Le débiteur est appellé dans les loix romaines debitor ou reus debendi, reus promittendi, & quelquefois reus simplement ; mais il faut prendre garde que ce mot reus quand il est seul, signifie quelquefois le coupable ou l'accusé. L'Ecriture défend au créancier de vexer son débiteur, & de l'opprimer par des usures. Exod. xxij. v. 25.

Ce précepte a cependant été bien mal pratiqué chez plusieurs nations ; chez les Juifs, par exemple, le créancier pouvoit, faute de payement, faire emprisonner son débiteur, même le faire vendre, lui, sa femme, & ses enfans : le débiteur devenoit en ce cas l'esclave de son créancier.

La loi des douze tables étoit encore plus severe, car elle permettoit de déchirer en pieces le débiteur, & d'en distribuer les membres aux créanciers, par forme de contribution au sol la livre. Cette loi leur donnoit aussi l'option d'envoyer vendre leur débiteur comme esclaves hors du pays, & d'en partager le prix ; s'il n'y avoit qu'un créancier, il ne pouvoit ôter la vie à son débiteur, ni même la liberté qui lui étoit plus chere que la vie. On ne trouve même pas d'exemple que des créanciers ayent été assez inhumains pour mettre en pieces leur débiteur, il se trouvoit toûjours quelqu'un des créanciers qui aimoit mieux que le débiteur fût vendu que tué, pour en tirer de l'argent ; desorte qu'il arrivoit ordinairement que les créanciers se faisoient adjuger leurs débiteurs comme esclaves. Cet usage continua jusqu'à ce que le tribun Petilius fît réformer cette loi rigoureuse, & ordonner que le débiteur ne pourroit être adjugé comme esclave au créancier, ce qui fut renouvellé & amplifié 700 ans après par l'empereur Dioclétian, lequel prohiba totalement cette maniere de servitude temporelle appellée nexus, dont il est parlé dans la loi ob oes alienum, codice de obligat. les créanciers avoient seulement toûjours le pouvoir de retenir leurs débiteurs dans une prison publique jusqu'à ce qu'ils eussent payé. Enfin Jules César touché de commisération pour les débiteurs malheureux, leur accorda le bénéfice de cession, afin qu'ils pûssent se tirer de captivité en abandonnant tous leurs biens ; & afin qu'ils ne perdissent pas toute espérance de se rétablir à l'avenir, il ordonna que les biens qu'ils acquéreroient depuis la cession, ne pourroient leur être ôtés, qu'au cas qu'ils eussent au-delà de leur nécessaire.

Ainsi la peine de mort & la servitude étant abolies, il ne resta plus contre le débiteur que la contrainte par corps, dans les cas où l'on pouvoit en user ; & le débiteur eut la triste ressource de faire cession, qui étoit toûjours accompagnée d'une sorte d'ignominie, & suivie de la proclamation générale des biens du débiteur.

La contrainte par corps avoit lieu chez les Romains contre le débiteur, lorsqu'il s'y étoit soûmis ou qu'il y étoit condamné pour cause de stellionat : mais les lois veulent que le créancier ne soit point trop dur pour son débiteur ; qu'il ne poursuive point un homme moribond ; qu'il n'affecte rien pour faire outrage à son débiteur : elles veulent aussi que le débiteur ne soit pas trop délicat sur les poursuites que l'on fait contre lui ; elles regardent comme une injure faite à quelqu'un de l'avoir traité de débiteur lorsqu'il ne l'étoit pas ; ce qui ne doit néanmoins avoir lieu que quand la demande paroît avoir été formée à dessein de faire injure, & qu'elle peut avoir fait tort au défendeur, par exemple, si c'est une personne constituée en dignité, ou un marchand auquel on ait voulu faire perdre son crédit.

Chez les Gaulois, les gens du peuple qui ne pouvoient pas payer leurs dettes, se donnoient en servitude aux nobles qui étoient leurs créanciers, lesquels acquéroient par-là sur eux les mêmes droits que les maîtres avoient sur leurs esclaves ; c'est ce que les Latins appelloient addicti homines.

En France nous ne suivons pas sur cette matiere tous les principes du Droit romain.

Le débiteur ne peut pas s'obliger ni être condamné par corps, que dans les cas où cela est autorisé par les ordonnances. Voyez CONTRAINTE PAR CORPS.

Il falloit chez les Romains discuter les meubles du débiteur avant d'en venir à ses immeubles, & ensuite à ses dettes actives, au lieu que parmi nous la discussion préalable des meubles & effets mobiliers n'est nécessaire qu'à l'égard des mineurs ; du reste on peut cumuler contre le débiteur toutes sortes de poursuites, saisie & arrêt, saisie & exécution, & la saisie réelle pourvû qu'il s'agisse au moins de 200 livres, & la contrainte par corps, si c'est un cas où elle ait lieu.

Le principal débiteur doit être discuté avant ses cautions, à moins qu'ils ne soient tous solidaires. V. DISCUSSION.

Le débiteur peut se libérer en plusieurs manieres ; savoir par un payement effectif, ou par des offres réelles suivies de consignation ; ce qui peut se faire en tout tems, à moins qu'il n'y ait clause au contraire : pour ce qui est de l'imputation des payemens, voyez au mot IMPUTATION : il peut aussi se libérer par compensation, laquelle équivaut à un payement ; par la perte de la chose qui étoit dûe si c'est un corps certain & qu'il n'y ait point eu de la faute du débiteur ; par la prescription & par la cession de biens, &c.

Celui qui est en état d'opposer quelque exception peremptoire, telle que la compensation ou la prescription, n'est pas véritablement débiteur. V. COMPENSATION, OBLIGATION NATURELLE, & PRESCRIPTION.

Quand le créancier n'a point de titre, on défere ordinairement l'affirmation au débiteur ; cela souffre néanmoins quelques exceptions. Voyez au mot SERMENT.

La cession de biens ne libere pas absolument le débiteur ; car il peut être poursuivi sur les biens qui lui sont advenus depuis la cession.

Le débiteur qui se trouve hors d'état de payer pouvoit, chez les Romains, obtenir terme & délai de deux ans, même jusqu'à cinq années. En France, suivant l'ordonnance de 1669, les juges, même souverains, ne peuvent donner répi ni délai de payer, si ce n'est en vertu de lettres du grand sceau appellées lettres de répi ; mais ces sortes de lettres ne sont plus guere usitées : les juges accordent quelquefois un délai de trois mois ou six mois & plus, pour payer en deux ou trois termes ; il n'y a point de regle certaine là-dessus, cela dépend de la prudence du juge & des circonstances.

Il n'est pas permis au débiteur de renoncer en fraude de ses créanciers, aux droits qui lui sont acquis ; il lui étoit cependant libre, chez les Romains, de renoncer à une succession déjà ouverte, afin qu'il ne fût pas exposé malgré lui aux dettes ; mais cela n'est pas observé parmi nous ; les créanciers peuvent à leurs risques exercer tous les droits acquis à leur débiteur ; il lui est seulement libre de ne pas user des droits qui ne consistent qu'en une simple faculté, comme d'intenter un retrait.

La réunion des qualités de créancier & débiteur dans une même personne, opere une confusion d'actions. Voyez ci-devant CONFUSION. Voyez les textes de droit indiqués par Brederode au mot Débiteur, & ci-après au mot DETTES. (A)


DEBITISS. m. pl. (Jurisprud.) on appelloit anciennement lettres ou mandement de debitis, des lettres à-peu-près semblables à celles que nous appellons aujourd'hui lettres de committimus. C'étoit un mandement général, qui étoit fait au premier huissier ou sergent sur ce requis, de faire payer à l'impétrant toutes les sommes qui lui étoient dûes par ses débiteurs ; & c'est de-là que ces lettres étoient appellées lettres de debitis. On obtenoit ordinairement ces sortes de lettres, quand on vouloit agir en vertu de quelque titre qui n'avoit pas son exécution parée, tel qu'un acte passé devant un notaire ou greffier autre que de cour-laye, comme il est dit en l'art. 360, de la coûtume d'Orléans. Au commencement on avoit le choix d'obtenir les debitis en chancellerie ou du juge royal ; & l'archevêque de Reims en qualité de premier pair de France, fut maintenu par arrêt du 6 Avril 1418, dans le droit de faire expédier des debitis généraux d'autorité royale ; mais en 1540 il fut jugé que le roi auroit seul pouvoir d'accorder des lettres de debitis.

Quand il y avoit appel des debitis, il ressortissoit au parlement & non devant le juge royal.

Présentement ces sortes de lettres ne sont plus en usage. Voyez l'ordonn. de Louis XII. de l'an 1512, art. 6 la pratique de Masnet, tit. viij. xxx. Dumolin, sur l'art. 52 de l'ancienne coûtume, & le 74 de la nouvelle, n. 109 & 110. M. de Lauriere au mot Debitis. (A)


DEBLAEou DEBLAVER, v. n. (Jurisprud.) c'est couper les blés pendans par les racines, faire la récolte des blés. Coûtume d'Auxerre, art. 117. Ce terme est opposé à emblaver, qui signifie mettre les blés en terre, les semer. Voyez ci-après DEBLEE & DEBLEURE. (A)


DEBLAIS. m. terme d'Architecture ; c'est le transport de terre provenant des fouilles qu'on a fait pour la construction d'un bâtiment. (P)


DEBLÉES. f. (Jurisprud.) dans quelques coûtumes signifie les emblaves, c'est-à-dire les blés pendans par les racines. (A)


DEBLEURou EMBLEURE, s. f. (Jurisprud.) est la même chose que deblée, ce sont les blés pendans par les racines ; debleure ou deblée se prend souvent pour la levée ou récolte que l'on fait des blés. Voyez Auxerre, art. 22. (A)


DEBLOQUERv. act. ce terme est d'usage dans l'Imprimerie ; c'est remettre dans une forme les lettres, qui ayant manqué dans la casse, ont été bloquées, c'est-à-dire dont les places ont été remplies par d'autres lettres de la même force, mais que l'on a renversées. Voyez BLOQUER.


DEBOITERv. act. (Hydrauliq.) est séparer des tuyaux de bois ou de grès endommagés, pour en remettre de neufs. (K)


DEBONDERv. act. (Oecon. rustiq.) c'est ouvrir la bonde d'un tonneau, d'un étang, soit pour les vuider quand ils sont pleins, soit pour les remplir quand ils sont vuides.


DEBORD(à la Monnoie) c'est la partie de la circonférence d'une monnoie, ou cette espece d'élevation qui borde une piece, placée entre la tranche & le greneti. Voyez TRANCHE & GRENETI.


DEBORDEMENTS. m. terme de Riviere ; il se dit de l'élevation des eaux d'une riviere, d'un lac, d'un fleuve, au-dessus des bords de son lit. Inondation, au contraire, est relatif au terrein situé au-delà des bords, & que les eaux ont couvert en s'étendant.

DEBORDEMENT, grande & belle machine de la seconde entrée du ballet des fêtes de l'Hymen & de l'Amour, dont on trouvera la figure & la description dans un des volumes de planches gravées. Voy. MERVEILLEUX. (B)


DEBORDERv. n. (Marine) on dit d'un vaisseau qu'il se déborde, lorsqu'il se dégage du grapin & des amarres qu'un vaisseau ennemi lui avoit jettées pour l'aborder, ou lorsqu'il se débarrasse d'un brûlot qu'on lui avoit accroché. (Z)

DEBORDER, v. n. (Marine) se dit d'un petit bâtiment qui s'éloigne d'un plus grand, à bord duquel il étoit. Lorsque la chaloupe ou le canot quittent le vaisseau, c'est déborder. La chaloupe ne doit point déborder du vaisseau que le capitaine n'en soit informé, & l'officier de garde doit en faire la visite auparavant. Du mot de déborder, est venu celui de deborde, terme de commandement, pour dire à une chaloupe de s'éloigner du vaisseau. (Z)

DEBORDER, en Ganterie, c'est tirer la peau par le bord avec le doigt ou un couteau, afin que les extrémités soient aussi unies & aussi égales que le reste du gant.

DEBORDER, terme qui signifie en général ôter les bords de quelque chose. Ainsi les Plombiers appellent déborder les tables, l'action par laquelle ils rognent les bords des tables de plomb avec une plane ou un débordoir rond, pour les unir des deux côtés.

Les maîtres plombiers ne doivent, suivant leurs statuts, vendre aucune table de plomb sans l'avoir bien débordée auparavant. Voyez PLOMBIER.


DEBORDOIR
ROND
outil à l'usage des Plombiers, c'est un instrument de fer tranchant, qui a une poignée de bois à chaque bout, qui sert à déborder les tables de plomb. Il est fait comme une plane, à l'exception que le fer en est recourbé en demi-cercle ; c'est pourquoi on le nomme débordoir rond. Voyez la fig. 6. Pl. I. du Plombier.


DEBOSSERDEBOSSER


DEBOTTER(Manége) ôter les bottes à quelqu'un. Se debotter, tirer ses bottes avec un tire-botte. (V)


DEBOUCHÉS. m. (Comm.) se dit dans le Commerce de la facilité de se défaire de ses marchandises ou autres effets. On dit, par exemple : j'ai trouvé un débouché pour mes toiles, je voudrois trouver un débouché pour mes actions. (G)


DEBOUCHEMENTS. m. (Comm. & Finance) se prend encore dans le même sens que débouché. Le Roi accorda en 1722 plusieurs débouchemens pour se défaire des billets de banque. Diction. de Comm. & de Trév. (G)


DEBOUCHOIRS. m. en terme de Lapidaire, est un morceau de fer sur lequel est creusée la forme de la coquille & de sa queue, qu'on repousse avec un poinçon hors de cette coquille lorsqu'elle est cassée. Voyez COQUILLE, & P, Planc. I. du diamantaire, fig. 7.


DEBOUCLERv. act. (Manége) c'est ôter les boucles qu'on avoit mises à la nature d'une jument pour l'empêcher d'être saillie. Voyez BOUCLE, SAILLIR. (V)


DEBOUILLIsub. m. (Teint.) c'est la partie de l'art de la Teinture qui consiste à s'assûrer par différentes expériences de la qualité du teint qu'on a donné aux étoffes, aux soies, aux laines, &c. Nous en traiterons au long à l'article TEINTURE. Voyez cet article.


DEBOUQUEMENTS. m. (Marine) Ce mot est en usage dans l'Amérique pour désigner un passage formé par plusieurs îles entre lesquelles les vaisseaux sont obligés de passer. On le distingue de détroit & de canal, quoique ce soit au fond la même chose. Le terme de débouquement s'applique particulierement aux Antilles & aux îles qui sont au nord de l'île de Saint-Domingue, dont les principaux débouquemens sont ceux de Krooked, de Mogane, des Cayques, des îles Turques, &c. (Z)


DEBOUQUERc'est sortir d'un débouquement. Voyez DEBOUQUEMENT.


DEBOURRERDEBOURRER

Débourrer les épaules d'un cheval, c'est pour ainsi dire les dégeler lorsqu'elles n'ont pas assez de mouvement. (V)


DEBOURSÉS. m. (Comm.) ce qu'il en coute d'argent comptant pour l'expédition d'une affaire, pour l'envoi ou la réception des marchandises. Il ne se dit ordinairement que des petites sommes qu'on avance pour un autre. Par exemple, je vous rendrai vos déboursés. (G)


DEBOURSEMENTS. m. (Comm.) payement que l'on fait des deniers que l'on tire de sa bourse. (G)


DEBOURSERv. act. tirer de l'argent de sa bourse ou de sa caisse pour faire quelque payement ou quelqu'achat. Voyez les Dictionn. de Comm. de Trév. & Chambers. (G)


DEBOUTadv. (Physiolog.) être debout, se tenir debout, stare, se dit de l'homme qui est dans cette attitude où le corps est droit sur les piés.

Pour que l'homme se soûtienne sur ses piés, de quelque maniere que le corps soit dressé, panché, courbé, plié, il suffit que la ligne que l'on conçoit tirée du centre de gravité, lequel est, selon Borelli, dans son incomparable ouvrage de motu animalium, lib. I. prop. cxxxiij. entre les os pubis & les fesses, tombe dans l'espace quadrangulaire qui comprend le sol occupé par les deux plantes des piés & celui qui peut être laissé entr'elles ; ou que cette ligne tombe seulement sur celui qu'occupe une des plantes du pié dans le cas où on se tient sur un seul.

Mais pour que l'homme se tienne debout, il faut que le corps soit dans une situation perpendiculaire à l'horison de la tête aux piés ; ce qui se fait par la contraction de tous les muscles extenseurs des tarses, des tibia, des fémurs, de la colonne des vertebres & de la tête. Cette action est très-compliquée, parce qu'elle s'opere par le concours des forces d'un nombre très-considérable de muscles, c'est pourquoi rien n'est plus pénible que de bien représenter des hommes changés en statues, comme l'éprouvent les acteurs d'opéra, par exemple, dans certains enchantemens, leur rôle exige alors nécessairement qu'ils restent long-tems debout immobiles, sans paroître bouger d'aucune partie du corps : ils ressentent une si grande lassitude par l'effet de cette situation forcée, qu'ils ne peuvent s'empêcher à la fin de chanceler.

On n'a pas jusqu'à présent exactement déterminé, quelles sont les puissances qui sont mises en oeuvre pour tenir le corps ferme dans la situation droite ; l'art même ne peut pas en représenter l'effet dans les squeletes humains, ni aucun quadrupede ne peut affecter exactement cette attitude ? car les animaux qui marchent à deux piés ne peuvent le faire que pendant très-peu de tems, & ne soûtiennent cette situation qu'avec beaucoup de peine, parce qu'ils n'ont pas les os des îles qui forment le bassin aussi larges, ni les cavités cotyloïdes qui reçoivent les fémurs aussi éloignées entr'elles, ni la surface des piés sur lesquels ils se portent aussi étendue que l'homme. Haller.

Le corps humain ainsi supposé peut être comparé à un édifice soûtenu par des colonnes ; si on en considere la charpente dans le squelete, on voit que les pieces qui servent à porter le tronc sont comme deux piliers divisés, dont les parties sont liées entr'elles par des joints arrondis, polis, susceptibles de se mouvoir aisément les uns sur les autres ; cette structure fait que ces piliers ne peuvent pas être placés dans une situation droite, sans y être retenus & mis, pour ainsi dire, en équilibre par le moyen des puissances ambiantes. La raison de cette difficulté se présente aisément, si l'on fait attention aux bases des pieces dont ces piliers sont construits ; on voit que ces pieces ne portent les unes sur les autres que par de très-petites surfaces, attendu la rondeur de leur extrémité, bien différentes des pierres dont sont construites des colonnes : celles-là sont posées les unes sur les autres de la maniere la plus stable, c'est-à-dire par des surfaces planes étendues selon toute leur largeur, susceptibles d'une contiguité proportionnée.

Il suit de-là que les os des extrémités du corps humain font non-seulement fonction de colonnes ou piliers, mais encore de leviers ; ils soûtiennent par leur fermeté le poids de tout le corps dans une situation droite ; & lorsque les pieces osseuses sont inclinées les unes sur les autres, & que leur propre poids & celui des parties qu'elles supportent, les retiennent dans cet état, elles sont pliées de plus en plus, à moins que l'homme n'employe la force qui lui est naturelle pour les arrêter dans leur chûte, par la contraction des muscles qui tirent les cordes tendineuses par lesquelles ils ont leur attache fixe aux os.

Cela posé, lorsque l'homme est debout, les colonnes osseuses composées des os des piés, de ceux des jambes, des cuisses & de l'épine du dos, sont dressées de façon qu'elles portent les unes sur les autres, à condition cependant que la ligne d'inclinaison du centre de gravité qu'a toute la masse, tombe perpendiculairement entre les deux plantes des piés ou sur une des deux ; autrement le corps ne pourroit pas rester dans cette situation droite, il tomberoit du côté vers lequel la ligne du centre de gravité pancheroit sur le plan horisontal.

Voici donc par quel méchanisme l'homme se tient droit sur ses piés ou sur un seul. L'exposition qui suit est extraite du traité des muscles du célebre Winslow : on ne peut rien dire, & on ne trouve dans aucun auteur rien d'aussi exact & d'aussi complet sur ce sujet.

" Dans la station la plus naturelle, la plante de chaque pié est posée horisontalement comme la base commune de tout le corps : pour soûtenir les jambes sur cette base comme des colonnes sans branler, il faut une coopération proportionnée des muscles qui les environnent, & qui y sont attachés. Les principaux moteurs sont les grands jumeaux & le soléaire ; les modérateurs sont le jambier antérieur, le moyen & le petit péronier ; les directeurs sont le jambier postérieur, & le grand péronier ou péronier postérieur.

Les jambes étant soûtenues verticalement par la coopération de tous ces muscles, comme par autant de cordages proportionnément tendus, elles portent les os des cuisses qui sont affermis dans leur attitude par l'action des vastes & du crural ; le grêle antérieur ne contribue rien à cette attitude par rapport à l'os fémur. Les vastes & le crural sont les principaux moteurs, & ils agissent sans modérateurs ; car ces os étant courbés en-arriere, la pente & le poids tiennent lieu non-seulement de modérateurs, mais d'antagonistes très-forts ; il n'y a point ici de directeurs.

Les cuisses ainsi fermement dressées sur les jambes soûtiennent le bassin : c'est ici que les principaux moteurs, les modérateurs & les directeurs sont tous employés pour affermir le bassin dans cette attitude. Mais ces différens offices changent selon qu'on se tient plus ou moins droit pour la station : c'est pourquoi dans la station bien droite on peut regarder comme presqu'uniforme, & comme une espece de mouvement tonique, la coopération de tous les muscles, qui dans cette attitude peuvent mouvoir le bassin sur les cuisses, principalement celle des fessiers, des triceps, des grêles antérieurs, des couturiers, & même des demi-nerveux, des demi-membraneux, & des biceps, surtout quand on panche tant soit peu la tête en-avant.

L'épine du dos avec le thorax est soûtenue dans la station par la coopération des muscles vertébraux & des longs dorsaux, qui sont ici les principaux moteurs, par celle des sacrolombaires, qui sont en partie principaux moteurs & en partie directeurs ; enfin par celle des quarrés des lombes, qui font ici la fonction de directeurs. Dans cette attitude de l'épine, le poids de la poitrine & de la tête, dont la pente naturelle est en devant, contrebalance les vertébraux, les longs dorsaux & les sacrolombaires, & par conséquent y coopere à la place des modérateurs.

Dans cette même attitude de station, la tête avec le cou est soûtenue droite par la coopération proportionnée de tous les muscles qui servent à la mouvoir, soit en particulier, soit conjointement avec le cou. Il n'y a que les obliques postérieurs inférieurs, appellés communément les grands obliques, que l'on pourroit croire être en inaction, pendant qu'on tient simplement la tête droite sans la mouvoir & sans mouvoir le cou.

Ce sont les splenius & les complexus qui sont ici les principaux acteurs, avec les épineux & les demi-épineux du cou ; les vertébraux antérieurs du cou sont alors plûtôt de vrais coadjuteurs, que des modérateurs, par rapport à l'attitude de la tête ; mais par rapport au cou ils sont des antagonistes parfaits, sans lesquels le cou plieroit en-devant, & la tête tomberoit en-arriere.

Les sterno-mastoïdiens n'agissent pas dans cette attitude comme fléchisseurs, ni comme modérateurs de l'action uniforme des splenius, des complexus, & des vertébraux postérieurs ; c'est le poids & la pente de la tête qui contrebalancent cette action. Cependant le sterno-mastoïdien d'un côté, conjointement avec le splenius voisin, & le sterno-mastoïdien du côté opposé avec l'autre splenius qui lui est voisin, sont réciproquement acteurs & modérateurs latéraux, aidés par les transversaires & les scalenes.

Ce n'est pas seulement la coopération des muscles qui paroit évidemment par tout ce que je viens de dire de la station, c'est aussi la variété de leur usage & la fausseté de leur dénomination vulgaire. Les grands jumeaux, le soléaire & le jambier postérieur, sont ici extenseurs de la jambe & non pas du pié ; les vastes & le crural étendent ici la cuisse & non pas la jambe ; les grêles antérieurs ne servent point ici à étendre les jambes, ni les couturiers à les fléchir ; ils sont tous quatre employés à arrêter le bassin sur les cuisses.

La progression ou l'action de marcher démontre encore d'une maniere plus palpable tout à la fois la coopération des muscles & la variété de leurs fonctions ; alors on est alternativement appuyé sur une des extrémités inférieures, pendant qu'on tient l'autre extrémité comme suspendue en l'air. Etre appuyé sur une seule extrémité, c'est une espece de station incomplete , dans laquelle la coopération musculaire est à-peu-près semblable à celle qui se rencontre dans la station complete , par rapport au pié, à la jambe, à la cuisse ; mais par rapport au bassin il y a une différence considérable.

Pour se tenir droit debout sur les deux extrémités, il suffit d'empêcher le bassin de tomber en-arriere, & même quelquefois en-avant ; mais quand on se tient debout sur une seule extrémité, sans aucun appui étranger, l'autre extrémité étant levée & suspendue, il faut non-seulement arrêter le bassin sur la cuisse, de maniere qu'il ne tombe du côté de l'extrémité soûlevée qui l'entraîne, mais encore empêcher l'épine du dos d'y pencher.

Le bassin est dans ce cas-ci soûtenu contre la pente latérale par une coopération très-forte du moyen & du petit fessier, comme des principaux acteurs, & par celle du grand fessier & du muscle de la bande large, comme des coadjuteurs. L'épine du dos est en même tems arrêtée & soûtenue par le sacro-lombaire, par le grand dorsal, & par le lombaire du même côté.

Dans la session, la tête & le tronc restent comme debout sur le bassin, qui est appuyé sur les deux tubérosités des os ischion, & par conséquent ne peut tomber d'un côté ni d'autre, mais il doit être affermi contre la pente ou la chûte en-arriere & en-avant. C'est à quoi sert la coopération des grêles antérieurs, des couturiers, des demi-membraneux, des demi-tendineux, & de la portion longue de l'un & de l'autre biceps. Les iliaques, les psoas ordinaires, & même les psoas extraordinaires, quand ils se trouvent, y peuvent aussi coopérer ".

On peut se convaincre aisément de l'action de tous ces muscles dans l'exercice de la fonction dont il s'agit, par la dureté que l'on y sent en les touchant ; si quelqu'un de ces muscles vient à se rompre ou à être coupé, le tendon d'Achille, par exemple, ou celui de la rotule, on ne pourra plus se tenir debout.

Les hommes ne peuvent pas rester droits sur un seul talon la pointe du pié étant élevée, ou sur cette même pointe du pié seule, ils se soûtiennent difficilement sur une seule plante du pié, & ils se tiennent très-aisément sur les deux piés : ces trois propositions sont prouvées de la maniere qui suit.

1°. Si quelqu'un ayant le pié fléchi & la plante du pié élevée, ne porte sur le pavé que par le talon, comme cette partie est arrondie, il s'ensuit qu'elle ne peut toucher le sol presque que par un point, que tout le poids du corps porte sur ce point : mais pour que l'homme puisse se tenir debout dans cette situation, il faut que la ligne de direction du centre de gravité tombe constamment sur ce point, c'est-à-dire qu'elle soit perpendiculaire au même plan horisontal. Cette attitude ne peut pas être conservée ; il est impossible qu'elle subsiste un certain tems, parce que jamais le corps humain ne peut rester en repos, à cause du mouvement continuel de ses parties solides & fluides, des organes de la respiration, & de mille autres causes externes qui l'agitent & l'ébranlent sans relâche. L'homme ne peut donc sans chanceler continuellement, s'appuyer sur la pointe d'un pié, sur un caillou ou sur un pieu.

2°. Si toute la plante du pié porte à terre, il sera encore assez difficile de se tenir debout dans cette attitude appuyé sur un pié. On pourra cependant s'y tenir, parce que l'homme au moyen de la force musculaire peut se tourner, se plier, & se dresser pour ramener le centre de gravité, qui parcourt tout l'espace du terrein occupé par la plante du pié : cette ligne d'inclinaison peut toûjours être renfermée dans cet espace, & sans cesser d'être perpendiculaire au plan de l'horison ; de cette maniere l'homme pourra rester sur un pié.

3°. Enfin si le corps porte sur les deux plantes des piés, il se tient debout très-aisément, parce que le centre de gravité peut être enfermé dans l'espace quadrangulaire occupé par les deux plantes des piés : la ligne de propension peut conserver aisément sa situation perpendiculaire sur le plan horisontal, sans être portée hors de la surface étendue du sol mentionné ; & par conséquent, quoique l'homme chancelle, il peut conserver sa situation droite sans faire aucune chûte. L'état chancelant d'un homme debout sur les deux plantes des piés, peut être aisément corrigé par l'action musculaire, en tenant les cuisses perpendiculaires à l'horison, & en contractant très-peu, plus ou moins, les extenseurs & les fléchisseurs des piés.

Mais lorsqu'il arrive que la ligne de direction du centre de gravité tombe hors du sol qu'occupe une des plantes du pié, ou hors du parallélogramme formé par les deux plantes du pié, il n'y a point d'effort musculaire qui puisse garantir l'homme de la chûte, à moins que le poids de son corps ne soit contrebalancé par des secours méchaniques, tels que les suivans.

Si la chûte du corps obliquement penché sur le terrein ne se fait que par un mouvement lent & avec peu d'effort, ou peut l'empêcher, si on se hâte de tourner le corps de maniere à ramener la tête & le cou vers le côté opposé au penchant, jusqu'à ce que la ligne de direction du centre de gravité du corps rentre dans l'espace occupé par les piés ; par ce moyen on évite sa chûte : le poids de la tête ou de la poitrine compense aisément dans ce cas celui du reste du corps, dont la quantité qui l'emportoit hors de sa base, n'avoit pas encore beaucoup d'inclinaison.

L'effet est plus sensible encore, lorsqu'on étend le bras ou la jambe vers le côté opposé à celui de la chute commençante ; car alors le membre allongé fait fonction de levier, dont la longueur compense, dans le bras sur-tout, le défaut de poids, parce qu'elle ramene aisément & promtement la ligne de gravité au lieu d'où elle étoit sortie.

On se garantit souvent aussi de tomber, en s'appuyant pour ainsi dire, & en frappant l'air ambiant, dont la résistance repousse le corps vers le centre de gravité dont il s'étoit écarté : c'est ainsi que les oiseaux en frappant l'air de l'aile droite, sont portés vers le côté gauche. On observe aussi la même chose dans les danseurs de corde, qui non-seulement se mettent en équilibre au moyen d'une longue perche qu'ils tiennent entre les mains, de maniere à pouvoir l'allonger à droite & à gauche toûjours du côté opposé à celui vers lequel ils penchent, mais encore dans le cas où ils sont le plus menacés de tomber, ils frappent fortement l'air avec la perche du côté vers lequel ils penchent, ce qui les remet en équilibre dans une situation droite.

Tous ces mouvemens méchaniques qui paroissent si bien reglés, se font cependant par une sorte d'habitude contractée dès l'enfance, & par cette raison s'exercent sans que nous nous en appercevions avec une promtitude qui précéde toute réflexion.

Un homme qui se plie par la flexion des articulations des cuisses, des jambes, & des piés, peut cependant se garantir de tomber, pourvû qu'il retienne la ligne du centre de gravité entre les deux plantes du pié, ou sur l'espace du terrein occupé par le pié sur lequel il se porte : cela arrive toûjours, de quelque maniere qu'il se tienne replié, tant en repos qu'en mouvement, s'il a attention de porter autant en arriere le levier formé par les fesses, que celui qui est formé par la tête & la poitrine est porté en-avant, pour conserver toûjours le centre de gravité dans l'espace mentionné.

C'est une chose admirable que cette loi de nature qui tend à conserver l'équilibre entre toutes les parties du corps, s'observe dans la course, la danse, & le trépignement ; & que la chûte ait lieu toutes les fois que cette loi est négligée, ou qu'on affecte de ne pas s'y conformer.

C'est toujours par cette raison que l'on ne peut pas s'appliquer à un mur tout le long du corps de la tête aux piés, sans tomber, attendu que la ligne de gravité sort alors en avant de l'espace occupé par les piés : c'est encore pourquoi ceux qui sont assis sur un siege ne peuvent pas se lever, parce que le centre de gravité porte en-arriere loin des piés, à moins qu'ils n'inclinent en-avant la tête & la poitrine, ou qu'ils ne reculent les piés, ou qu'ils ne les accrochent à quelque chose de ferme ; parce qu'alors le centre de gravité est changé respectivement à la premiere attitude, ou bien parce que les fesses & la poitrine peuvent être suspendues & courbées en-avant par une forte action des muscles, pour le dernier cas.

L'expérience apprend que l'on se fatigue moins, quand on est obligé de rester debout sans quitter la même place, de se tenir tantôt sur un pié tantôt sur l'autre, que de rester toûjours sur les deux piés, parce que la principale cause de lassitude est l'action constante des mêmes muscles ; au lieu que par une action suspendue par intervalles, on soûtient avec moins de peine les plus grands fardeaux, les fibres musculaires n'étant pas dans un état de distractilité continuelle qui tend à les déchirer. C'est aussi pour cela que l'on est plûtôt las de se tenir debout sans bouger, que de faire dans le même tems donné une douce promenade ; de même quand on est assis, on porte volontiers une jambe sur le genou de l'autre, alternativement, pour relâcher les muscles ; quoiqu'elles se supportent entierement tour-à-tour, ce changement fait une situation plus commode & moins fatigante.

C'est d'après tous les principes établis dans cet article, & d'après plusieurs autres qui ne peuvent pas trouver place ici, que Borelli dans son ouvrage cité, explique & démontre en détail toute la merveilleuse méchanique des différentes attitudes des hommes & des animaux de toute espece : on peut le consulter. Voyez MARCHER, PIE. (d)

DEBOUT, terme de Marine, qu'on applique différemment.

DEBOUT AU VENT ; un vaisseau va debout au vent quand il va directement contre le lit du vent, ce qui ne peut arriver que quand il se trouve dans un courant directement contraire au vent, & plus fort que le vent, alors le vaisseau peut avancer contre le vent. Dans le canal de Bahama les courans y sont si forts, que les vaisseaux peuvent en sortir debout au vent, c'est-à-dire quoiqu'ils ayent le vent directement opposé.

DEBOUT A TERRE ; donner debout à terre, c'est-à-dire courir droit à terre.

DEBOUT A LA LAME ; naviguer debout à la lame, croiser la lame, c'est quand la lame prend le vaisseau par l'avant, & qu'il la coupe en croix pour avancer.

DEBOUT AU CORPS ; aborder un vaisseau debout au corps, c'est mettre l'éperon du navire dans le flanc de celui qu'on veut aborder. (Z)

DEBOUT, en termes de Blason, se dit des animaux qu'on représente tout droits, & posés sur les deux piés de derriere. (V)


DEBOUTÉadj. (Jurisp.) signifie déchû. Debouter quelqu'un d'une demande ou prétention, c'est déclarer qu'il en est déchû.

Du tems que les jugemens se rendoient en latin, on disoit en latin barbare debotare pour debouter, ce qui donna lieu à une plaisanterie d'un gentilhomme, qui étant interrogé par François I. du succès d'un procès pour lequel il étoit venu en poste à Paris, répondit qu'aussi-tôt son arrivée la cour l'avoit débotté, faisant allusion au dispositif de l'arrêt, qui portoit dicta curia dictum actorem debotavit & debotat ; le roi surpris d'un langage si bizarre, ordonna peu de tems après que les contrats, testamens, & actes judiciaires seroient rédigés en françois. (A)

DEBOUTE DE DEFENSES, étoit un jugement qui se rendoit autrefois contre le défendeur, lorsque ayant comparu sur l'assignation, il n'avoit pas fourni de défenses dans le tems de l'ordonnance ; ces deboutés de défenses ont été abrogés par l'ordonnance de 1667, tit. v. art. 2. (A)

DEBOUTE FATAL, est un jugement par défaut qui deboute quelqu'un d'une demande ou d'une opposition, & qui n'est pas susceptible d'opposition. Dans la plûpart des tribunaux le premier debouté d'opposition est fatal ; dans quelques autres, comme aux requêtes du palais, il n'y a que le second debouté d'opposition qui produise cet effet. (A)

Dernier debouté, est la même chose que debouté fatal ; mais cette dénomination ne convient véritablement qu'au second debouté d'opposition. (A)

DEBOUTE D'OPPOSITION, en général est un jugement qui déclare quelqu'un déchu de l'opposition par lui formée à un précédent jugement, ou à quelqu'autre acte judiciaire ou extrajudiciaire. Voyez OPPOSITION. (A)

Premier debouté, est le jugement qui deboute de la premiere opposition. (A)

Second debouté, est le jugement qui deboute de la seconde opposition. (A)


DEBREDOUILLERv. act. (Jeu) il se dit au trictrac dans le sens qui suit : il faut prendre un certain nombre de points (douze) pour gagner un trou, & un certain nombre de trous (douze) pour gagner la partie ; si l'on prend, ou tous les points qui donnent le trou, ou tous les trous qui donnent la partie, sans que l'adversaire vous interrompe, soit en gagnant quelques points, soit en gagnant un trou ; on gagne ou le trou bredouille ou la partie bredouille. Le trou & la partie simples ne valent qu'un trou, qu'une partie ; le trou bredouille & la partie bredouille valent deux trous, deux parties. On marque qu'on a la bredouille, c'est-à-dire qu'on a pris ce qu'on a de points sans interruption, avec un jetton qu'on prend ou qu'on ôte, selon qu'il convient. V. TRICTRAC.


DEBRIDERterme de Carrier, c'est détacher le cable de dessus la pierre, lorsqu'elle est arrivée au haut de la carriere. Il se dit aussi de l'action de disposer mieux ce cable sur la pierre au fond de la carriere, lorsqu'on s'apperçoit dans les premiers mouvemens de la roue qui doit l'enlever, ou que le cable se dérange ou qu'il a été mal disposé. La paresse de debrider a quelquefois coûté cher aux ouvriers ; ils ont perdu la vie pour avoir voulu ménager un quart-d'heure de tems.

DEBRIDER, v. act. (Manege) c'est ôter la bride. Voyez BRIDE.


DEBRIGUERDEBRIGUER


DEBRISDECOMBRES, RUINES, (Gramm. Syn.) ces trois mots signifient en général les restes dispersés d'une chose détruite, avec cette différence que les deux derniers ne s'appliquent qu'aux édifices, & que le troisieme suppose même que l'édifice ou les édifices détruits soient considérables. On dit les debris d'un vaisseau, les décombres d'un bâtiment, les ruines d'un palais ou d'une ville. Décombres ne se dit jamais qu'au propre ; debris & ruine se disent souvent au figuré ; mais ruine, en ce cas, s'employe plus souvent au singulier qu'au plurier ; ainsi on dit les debris d'une fortune brillante, la ruine d'un particulier, de l'état, de la religion, du commerce : on dit aussi quelquefois, en parlant de la vieillesse d'une femme qui a été belle, que son visage offre encore des belles ruines. (O)

DEBRIS, s. m. plur. (Marine) ce sont les pieces d'un vaisseau qui a fait naufrage, celles d'un vieux bâtiment qu'on a dépecé.

Il signifie aussi les effets naufragés que la mer jette sur le rivage, ou qu'on trouve en pleine mer.

En terme de marine on dit ordinairement bris, & ce mot est employé dans l'ordonnance touchant la Marine de 1681, au livre IV. tit. jx. des naufrages, bris & échouemens. Ce titre renferme quarante-cinq articles, dans lesquels sont reglés tout ce qui concerne les naufrages & les suites qui en peuvent résulter, soit pour les secours à donner, soit pour retirer les marchandises, les conserver aux propriétaires, &c. On croit inutile de transcrire ici tout cet article de l'ordonnance, auquel on aura recours en cas de besoin. (Z)


DEBRUTIou DEBROUTIR, en termes de Miroitier, c'est commencer à dégrossir les glaces de miroirs. Voyez GLACE.


DEBRUTISSEMENTS. m. signifie l'art d'adoucir ou de polir jusqu'à un certain point la surface d'un corps solide, & sur-tout les glaces, miroirs, &c. Voyez MIROIR.

Suivant la nouvelle méthode de faire de grandes glaces en les jettant, pour ainsi dire, en moule, à-peu-près de la même maniere que l'on jette le plomb & d'autres métaux, comme il sera dit à l'article VERRERIE, leur surface demeurant inégale & raboteuse, elles ont besoin d'être debrutées & polies.

Pour cet effet, la piece de glace se met horisontalement sur une pierre en forme de table, & on la scelle en plâtre ou en mastic afin de l'assûrer davantage, & qu'elle ne branle & ne se déplace point par l'effort de l'ouvrier, ou de la machine dont il se sert pour la débrutir. On met autour une forte bordure de bois qui soûtient la glace, & qui est d'un pouce ou deux plus haut qu'elle. Le fond ou la base de la machine avec laquelle on débrutit, est une autre glace brute qui a environ la moitié des dimensions de l'autre : on y attache une planche avec du ciment : on charge cette planche d'un poids nécessaire pour faciliter le frottement, & on lui donne du mouvement par le moyen d'une roüe ; cette roüe qui a au moins 5 ou 6 pouces de diamêtre, est faite d'un bois fort dur & fort leger : elle est maniée par deux ouvriers qui sont placés l'un vis-à-vis de l'autre, & qui la poussent & la tirent alternativement, desorte cependant qu'ils la font tourner quelquefois en rond suivant que l'opération le demande : par ces moyens il y a une attrition constante & réciproque entre les deux glaces, laquelle est facilitée encore par l'eau & le sable que l'on y employe. A mesure que l'ouvrage s'avance on se sert de sable plus menu, & enfin on prend de la poudre d'émeri.

Il n'est pas nécessaire d'ajouter que la petite glace supérieure venant à se polir à mesure par l'attrition, il faut en prendre de tems en tems une autre plus brute : mais il faut observer que l'on ne debrutit ainsi par le moulin que les plus grandes pieces de glace ; car pour ce qui est des pieces de la moyenne & de la petite espece, on les travaille à la main, & pour cet effet on attache aux coins de la planche qui couvre la glace supérieure, quatre ances de bois que les ouvriers empoignent pour lui donner les mouvemens nécessaires.

Ce qui reste à faire pour donner la derniere perfection aux glaces, est rapporté sous l'article polissure. Voyez Chambers.


DEBUCHERv. n. (Venerie) On dit débucher le cerf, c'est le faire sortir du buisson, de son fort.


DEBUTS. m. il se dit en général ou d'une action que l'on fait pour la premiere fois, ou du commencement d'une action : ainsi on dit d'une actrice, elle debutera dans cette piece ; d'un orateur, beau debut ! il ne prévient pas par son debut, &c.


DECADES. f. (Arithm. & Hist.) Quelques anciens auteurs d'Arithmétique se sont servis de ce mot pour désigner ce que nous appellons aujourd'hui dixaine ; il est formé du mot latin decas, dérivé lui-même d'un mot grec qui signifie la même chose. On ne se sert plus de ce mot que pour désigner les dixaines de livres dans lesquelles on a partagé l'histoire romaine de Tite Live. Il ne nous reste plus de cet ouvrage, qui contenoit quatorze décades, que trois décades & demi. La seconde décade, qui contenoit entr'autres l'histoire de la premiere guerre Punique, est perdue ; de sorte que la décade appellée aujourd'hui la seconde, est réellement la troisieme. On a avancé sans aucun fondement, que cette décade perdue existoit dans la bibliotheque des empereurs de Constantinople. Dans ce qui nous reste de Tite Live, le style paroît se ressentir des différens âges où il peut avoir composé. La premiere décade, qu'il a écrite étant plus jeune, est d'un stile plus orné & plus fleuri ; la seconde est d'un style plus ferme & plus mâle ; le style de la troisieme est plus foible. On regarde cet historien comme le premier des historiens latins ; cependant il n'est pas douteux que Tacite ne lui soit fort supérieur, dans le grand art de démêler & de peindre les hommes, qui est sans contredit la premiere qualité de l'historien : & pour ce qui concerne le style, il paroit que la narration de Salluste, sans être trop coupée, est encore plus énergique & plus vive. A l'égard de la véracité, on lui a reproché d'être trop partial en faveur des Romains ; on peut en voir un exemple dans l'excellente dissertation de M. Melot sur la prise de Rome par les Gaulois, imprimée dans le recueil de l'académie des Belles-Lettres. On lui a reproché aussi l'espece de puérilité avec laquelle il rapporte tant de prodiges ; puérilité qui paroît supposer en lui une crédulité bien peu philosophique : il n'y a peut-être que Plutarque qui puisse le lui disputer sur ce point. Néanmoins Tite Live peut avoir été digne en effet de la place qu'on lui a donnée, par l'excellence, la pureté, & les autres qualités de son stile : mais c'est de quoi aucun moderne ne peut juger. Voyez LATINITE. (O)


DECADENCERUINE, (Syn. Gramm.) Ces deux mots different en ce que le premier prépare le second, qui en est ordinairement l'effet. Exemple. La décadence de l'empire romain depuis Théodose, annonçoit sa ruine totale. On dit aussi des Arts qu'ils tombent en décadence, & d'une maison qu'elle tombe en ruine. (O)


DECAGONES. m. (Géom.) nom qu'on donne en Géométrie à une figure plane qui a dix côtés & dix angles. Voyez FIGURE.

Si tous les côtés & les angles du décagone sont égaux, il est appellé pour-lors décagone régulier, & peut être inscrit dans un cercle.

Les côtés du décagone régulier sont égaux en grandeur & en puissance au plus grand segment d'un exagone inscrit dans le même cercle, & coupé en moyenne & extrême raison. En voici la démonstration.

Soit A B (fig. 54 Géom.) le côté du décagone, C le centre, l'angle A C B est de 36d. par conséquent les angles A & B sont chacun de 72 : car les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits. Voyez TRIANGLE.

Si on divise l'angle A en deux également par la ligne A D, l'angle B A D sera de 36d. & les angles B & D chacun de 72 : donc le triangle B A D sera semblable au triangle A B C. De plus, l'angle D A C & l'angle C étant chacun de 36d. on aura C D = A B : donc on aura A C est à A B, ou A D, ou C D : : A D ou C D est à D B : or le rayon A C est le côté de l'exagone. Voyez EXAGONE, &c. donc, &c. Voyez MOYENNE ET EXTREME RAISON.

Un ouvrage de fortification composé de dix bastions, s'appelle quelquefois un décagone. (O)


DECAISSERv. act. (Comm.) c'est tirer hors de la caisse des marchandises qui y sont renfermées. Il ne se dit que de la premiere ouverture qu'on fait d'une caisse. L'Auteur du dictionnaire de Commerce prétend qu'il faudroit dire desencaisser ; mais l'usage est pour décaisser. (G)

DECAISSER, (Jardin.) c'est ôter de leur caisse des arbres de fleurs, ou des figuiers, pour les remettre dans de meilleures caisses, & plus grandes. (K)


DECALITRONS. m. (Histoire anc.) monnoies d'Egine, de Corinthe & de Syracuse, toutes les trois de même poids ; elles valoient 16 2/3 d'obole d'Athenes.


DECALOGUES. m. (Théol. Morale) nom que l'on donne aux dix commandemens de Dieu gravés sur deux tables de pierre, & donnés à Moyse sur le mont Sinaï.

Ce mot est composé du grec , dix, & de , discours ou parole, comme si l'on disoit les dix paroles ; c'est pourquoi les Juifs les appellent de tems immémorial les dix paroles.

Le nombre des dix préceptes est certain ; mais les commentateurs ne conviennent pas de leur distinction : car quelques-uns comptent dix préceptes qui regardent Dieu, en distinguant la défense de faire des figures taillées, du précepte qui ordonne de n'avoir point de dieux étrangers. Les autres n'en comptent que trois qui regardent le Seigneur, & sept qui concernent le prochain, en séparant ce précepte, Vous ne desirerez point la maison de votre prochain, d'avec celui-ci, ni sa femme, &c. Ces préceptes ont été conservés dans la loi évangelique, à l'exception de l'observation du sabbat, qui est changée en celle du dimanche, & ils obligent les Chrétiens comme les Juifs. Voyez DIMANCHE.

Les Samaritains, dans le texte & dans les versions qu'ils ont du Pentateuque, ajoûtent après le dix-septieme verset du vingtieme chapitre de l'Exode, & après le XXIe. verset du Ve. chapitre du Deuteronome, un XIe. commandement ; savoir, de bâtir un autel sur le mont Garizim. C'est une interpolation qu'ils ont faite dans le texte, pour s'autoriser à avoir un temple & un autel sur cette montagne, afin de justifier leur schisme, & de décréditer, s'il leur étoit possible, le temple de Jérusalem, & la maniere dont on y adoroit Dieu. Cette interpolation paroît même être de beaucoup antérieure à Jesus-Christ, à qui la femme samaritaine dit dans saint Jean, c. jv. v. 20. patres nostri in monte hoc adoraverunt. Le mot patres marque une tradition ancienne, immémoriale ; & en effet cette opinion pouvoit être née avec le schisme de Jéroboam.

Les Talmudistes, & après eux Postel dans son traité de Phenicum litteris, disent que le Décalogue ou les dix commandemens étoient entiérement gravés sur les tables que Dieu donna à Moyse ; mais que cependant le milieu du mem final & du samech demeuroient miraculeusement suspendus, sans être attachés à rien. Voyez la dissertation sur les médailles samaritaines, imprimée à Paris en 1715. Les mêmes auteurs ajoûtent que le Décalogue étoit écrit en lettres de lumiere, c'est-à-dire en caracteres brillans & éclatans.

Tous les préceptes du Décalogue se peuvent déduire de la justice & de la bienveillance universelle que la loi naturelle ordonne, & c'est un beau système que nous allons développer.

La premiere table du Décalogue prescrit nos devoirs envers Dieu ; l'autre envers les hommes, & toutes deux se réduisent à l'amour de Dieu & des hommes. Or il est clair que l'une & l'autre est renfermée dans le précepte de la bienveillance universelle, qui résulte nécessairement de la considération de la nature, en tant qu'elle a Dieu pour objet, comme le chef du systême intellectuel, & les hommes comme soûmis à son empire.

La premiere table du Décalogue se rapporte particulierement à cette partie de la loi de la justice universelle, qui nous enseigne qu'il est nécessaire pour le bien commun, & par conséquent pour le bonheur de chacun de nous en particulier, de rendre à Dieu ce qui lui appartient, c'est-à-dire de reconnoître que Dieu est le souverain maître de tout & de toutes choses. Pour ce qui est du droit ou de la nécessité de lui attribuer un tel empire, on le déduit de ce que Dieu, infiniment bon, peut & veut obtenir cette fin de la maniere la plus parfaite, étant doüé d'une bonté & d'une sagesse infinie, par laquelle il découvre pleinement toutes les parties de cette grande fin, & tous les moyens les plus propres pour y parvenir ; ayant une volonté qui toûjours embrasse la meilleure fin, & choisit les moyens les plus convenables, parce qu'elle est essentiellement d'accord avec sa sagesse & sa bonté ; étant enfin revêtu d'une puissance qui ne manque jamais d'exécuter ce à quoi sa volonté souverainement sage s'est déterminée.

Dès que l'on a découvert les perfections de l'Etre souverain, & la nécessité de l'empire de cet Etre souverain par rapport au bien commun, qui est le plus grand de tous, on est suffisamment averti de ne rendre à aucun autre que ce soit, un culte égal à celui que l'on rend à Dieu ; ce qui est défendu dans le premier précepte du Décalogue : de ne se représenter jamais Dieu comme semblable aux hommes, moins encore à d'autres animaux, ou comme ayant une forme corporelle dans laquelle il soit renfermé ; ce qui est défendu dans le second précepte : de ne s'attirer point le courroux & la vengeance de Dieu par quelque parjure ; ce qui fait la matiere du troisieme précepte : de destiner au culte divin une portion convenable de notre tems ; ce que le quatrieme & dernier précepte de la premiere table insinue par l'exemple du sabbat, dont il recommande l'observation.

La seconde table peut être de même déduite de cette partie de la justice universelle, par laquelle la loi naturelle ordonne, comme une chose nécessaire pour le bien commun, d'établir & de maintenir inviolablement entre les hommes des domaines distincts, certains droits de propriété sur les choses, sur les personnes & sur les actions de celles-ci, c'est-à-dire qu'il s'en fasse une distribution sagement accommodée à la plus excellente fin, & que l'on garde celle que l'on trouve ainsi établie ; de sorte que chacun ait en propre du moins ce qui lui est nécessaire pour se conserver & pour être utile aux autres ; deux effets qui l'un & l'autre contribuent au bonheur public.

Si nous cherchons plus distinctement ce qu'il faut de toute nécessité regarder comme appartenant en propre à chacun, pour le bien de tous, nous trouverons que tout se réduit aux chefs suivans.

1°. Le droit que chacun a de conserver sa vie & ses membres en leur entier, pourvû qu'il ne commette rien de contraire à quelqu'utilité publique, qui soit plus considérable que la vie d'un seul homme. C'est à un tel droit que le sixieme précepte du Décalogue défend de donner aucune atteinte ; & par-là il permet non-seulement, mais encore il ordonne un amour de soi-même restraint dans certaines bornes. De plus, chacun a droit d'exiger la bonne foi & la fidélité dans les conventions qui n'ont rien de contraire au bien public. Entre ces conventions, une des plus utiles au genre humain, c'est celle du mariage, d'où dépend toute l'espérance de laisser des successeurs de famille, & d'avoir des aides dans la vieillesse ; c'est pourquoi le septieme précepte ordonne à chacun de respecter inviolablement la fidélité des engagemens de ce contrat ; c'est le moyen d'être plus assûré que le mari de la mere est le vrai pere ; & en même tems ce précepte fraye le chemin à cette tendresse toute particuliere que chacun a pour ses enfans.

2°. Chacun a besoin absolument de quelque portion des choses extérieures & du service des autres hommes, pour conserver sa vie & pour entretenir sa famille ; comme aussi pour être en état de se rendre utile aux autres. Ainsi le bien public demande que dans le premier partage qu'on doit faire, on assigne à chacun de tels biens, & que chacun conserve la propriété de ceux qui lui sont échus ; ensorte que personne ne le trouble dans la joüissance de son droit : c'est ce que prescrit le huitieme précepte.

3°. Il est bon encore pour l'utilité publique, que chacun, à l'égard de tous les droits dont nous venons de parler, comme lui étant acquis, soit à l'abri non-seulement des attentats réels, mais encore des atteintes que les autres pourroient y donner par des paroles nuisibles ou par des paroles illégitimes. Tout cela est défendu dans le neuvieme & dixieme précepte du Décalogue. Au reste, de l'obéissance rendue à tous ces préceptes négatifs, il résulte ce que l'on appelle innocence.

Il ne suffit pourtant pas de s'abstenir de faire du mal à qui que ce soit ; le bien commun demande encore manifestement que l'on soit disposé par des sentimens d'affection à rendre service aux autres, & qu'on le fasse dans l'occasion, par des paroles & par des actions, en tout ce que les préceptes du Décalogue indiqués ci-dessus, insinuent être nécessaire pour la fin que l'on doit se proposer. De plus, la bienveillance universelle acquiert de nouvelles forces par les secours de la reconnoissance, ou même par la seule vûe de ceux qu'elle en peut tirer. Cette vertu est prescrite dans le cinquieme précepte du Décalogue, dont j'ai renvoyé exprès à parler dans cet endroit ; & quoique dans ce cinquieme précepte il ne soit fait mention expresse que de la reconnoissance envers nos parens, qui sont nos premiers bienfaiteurs après Dieu, le pere commun de tous, c'est un exemple d'où nous pouvons apprendre, à cause de la parité de raison, qu'il faut montrer les effets de ce sentiment à tous ceux qui nous ont fait du bien, de quelque maniere que ce soit.

On ne peut étendre plus loin l'idée de l'humanité, car on travaille suffisamment au bien public, en éloignant d'un côté les obstacles qui s'y opposent, & prenant d'autre côté des sentimens de bienveillance qui se répandent sur toutes les parties du système des êtres raisonnables, & procurent à chacun, autant qu'il dépend de nous, ce qui lui est nécessaire.

Enfin, comme les hommes ont en partage une raison qui leur enseigne l'existence d'un être souverain, auteur de tous les biens dont ils joüissent, cet être souverain veut par conséquent qu'ils lui rendent l'honneur qu'ils lui doivent, non parce qu'il en a besoin pour lui-même, mais parce qu'il ne peut point se contredire, ni autoriser rien de contraire à ce qui suit nécessairement de la relation qu'il y a entre le Créateur & les créatures : toutes les lois qu'il leur a prescrites tendent à les rendre heureuses ; or pourroient-elles observer ces lois, si elles n'en vénéroient pas l'auteur ? notre propre avantage ne demande-t-il pas encore que nous observions avant toutes choses ce premier devoir, puisqu'il est le fondement des autres, & que sans l'observation de ceux-là, on ne sauroit pratiquer ceux-ci comme il faut ? Ces idées sont donc très-conformes à l'ordre des deux grands préceptes du Décalogue, qui font le sommaire de toute la loi, d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, & notre prochain comme nous-mêmes ; c'est-à-dire de reconnoitre le Créateur comme notre souverain seigneur tout-puissant, tout bon, tout sage, tout parfait, & de procurer à nos semblables leur bonheur, autant que cela dépend de nous.

Voilà un commentaire également judicieux & philosophique du Décalogue ; je l'ai extrait du beau traité des lois naturelles du docteur Cumberland, & je n'ai rien vû de si bon dans aucun ouvrage de Morale ou de Théologie sur cette matiere. Je n'ajoûterai qu'une seule remarque.

Quoiqu'il soit vrai que les préceptes du Décalogue se rapportent par eux-mêmes au droit naturel, ainsi que le démontre l'illustre évêque de Péterborough, il me paroît néanmoins qu'en tant qu'on considere ces préceptes comme gravés sur deux tables & donnés aux Israëlites par Moyse, on peut les appeller les loix civiles de ce peuple, ou plûtôt les principaux chefs de son droit civil, auxquels le législateur ajoûte ensuite divers commandemens particuliers, accompagnés d'une détermination précise des peines dont il menaçoit les contrevenans. En effet, le Décalogue ne parle point de tous les crimes, pas même de tous ceux qui étoient punissables devant le tribunal civil ; il ne parle que des plus énormes de chaque espece. Il n'y est point fait mention, par exemple, des coups que l'on porte sans aller au-delà d'une blessure, mais seulement de l'homicide, ni de tout profit illicite qui tourne au détriment d'autrui ; mais seulement du larcin ; ni de toute perfidie, mais du seul faux témoignage. Le Décalogue ne contient donc que les principaux chefs, ou les fondemens du gouvernement politique des Juifs ; mais néanmoins ces fondemens (mettant à part ce qui regardoit en particulier la nation judaïque) renferment des lois qui sont naturellement imposées à tous les hommes, & à l'observation desquelles ils sont tenus dans l'indépendance de l'état de la nature, comme dans toute société civile. Art. de M(D.J.)


DÉCALQUERvoyez CALQUER.


DÉCAMÉRIDES. f. est, en Musique, le nom des élémens système de M. Sauveur, qu'on peut voir dans les Mémoires de l'académie des Sciences, année 1701.

Pour former un système général qui fournisse le meilleur tempérament, & qui se puisse accommoder à tous les systèmes ; cet auteur, après avoir divisé l'octave en 43 parties qu'il appelle mérides, & subdivisé chaque méride en 7 parties qu'il appelle eptamérides, divise encore chaque eptaméride en 10 autres parties, auxquelles il donne le nom de décamérides. L'octave se trouve ainsi divisée en 3010 parties aliquotes, par lesquelles on peut exprimer sans erreur sensible les rapports de tous les intervalles de la Musique. Ce mot est formé de , dix, & de , partie. (S)


DÉCAMERONS. m. (Littérat.) ouvrage contenant des actions qui sont passées, ou des conversations tenues pendant l'espace de dix jours. Le décaméron de Boccace est composé de cent nouvelles, qu'on suppose racontées en dix journées. Ce mot est composé des deux termes grecs, , dix, & , jour. (G)


DÉCAMPERv. n. c'est, dans l'Art milit. quitter un camp pour en aller occuper un autre. Ainsi lorsqu'une armée quitte son camp ou qu'elle leve le siége d'une place, on dit qu'elle décampe. On se servoit autrefois du terme de déloger pour dire décamper.

Il est dangereux de décamper devant l'ennemi, parce qu'il peut tomber sur l'arriere-garde, & la mettre en desordre. Lorsqu'on est obligé de le faire, on met toutes les troupes en bataille, & l'on fait marcher la premiere ligne par les intervalles de la seconde : on fait ensorte de lui faire passer diligemment les défilés & les ponts, & de la mettre en situation de protéger & de soûtenir la marche de la seconde ligne qui passe par les intervalles de la premiere. Comme il est difficile d'exécuter sûrement cette manoeuvre lorsqu'on est à portée de l'ennemi, & qu'il en est instruit, on décampe ordinairement la nuit & sans bruit, pour lui en dérober la connoissance.

Quand on veut décamper de jour & dérober ce mouvement aux ennemis, on envoye sur leur camp un gros corps de cavalerie avec les étendards, comme si l'on avoit dessein d'en attaquer quelque partie ; & pendant le tems que l'armée ennemie employe à se préparer pour s'opposer aux attaques de ce corps, & qu'elle cherche à pénétrer son dessein, l'armée qui décampe fait son mouvement tranquillement en arriere ; elle fait occuper les différens postes qui se trouvent sur sa route les plus propres à arrêter l'ennemi. Lorsqu'il y a des défilés, on en fait garder l'entrée par des corps de troupes, capables de soûtenir l'arriere-garde en cas qu'elle soit poursuivie par l'ennemi.

M. le marquis de Feuquieres prétend que la bataille de Senef ne fut occasionnée que par l'oubli de cette attention de la part du prince d'Orange. " Il voulut, dit ce célebre officier, décamper de Senef & marcher à Binche, en prétant le flanc à l'armée du Roi dans le commencement de sa marche. Il avoit à passer 2 ou 3 petits défilés, séparés les uns des autres par de petites plaines, capables pourtant de contenir un corps assez puissant pour recevoir son arriere-garde, en cas qu'elle fût chargée & renversée. Si ce Prince avoit eu la précaution de laisser des troupes dans la premiere petite plaine, pour y recevoir son arriere-garde qui étoit dedans & derriere le village de Senef, il est certain que M. le prince de Condé n'auroit pû entreprendre que sur cette arriere-garde, dans le tems qu'elle se seroit mise en mouvement pour quitter ce village & la petite plaine qui étoit derriere, & qu'il n'auroit pû pousser les troupes que jusqu'au premier défilé. Mais l'ennemi présomptueux, dit toûjours M. de Feuquieres, à qui M. le prince, à la faveur d'une petite hauteur qui étoit au-dessus du village de Senef, cachoit toute sa disposition pour l'attaquer, méprisant les attentions particulieres & judicieuses sur cette constitution de pays, continua sa marche comme si la colonne n'avoit pas été occupée par ces défilés, & qu'elle n'eût pas à craindre un ennemi voisin de qui on ne pouvoit pas voir les mouvemens : faute dont M. le prince profita sur le champ par le succès que tout le monde a sû qu'avoit eu la bataille de Senef ". Mém. du marq. de Feuquieres.

M. le maréchal de Puysegur prétend, dans son livre de l'Art de la guerre, que c'est une opinion vulgaire de croire que toute armée qui se retire étant campée très-proche d'une autre, soit toûjours en risque d'être attaquée dans sa retraite avec desavantage pour elle, & qu'il y a fort peu d'occasions où l'on se trouve exposé au danger lorsqu'on a étudié cette matiere, & qu'on s'y est formé sur le terrein. Voyez MARCHE & RETRAITE. (Q)


DÉCAMYRONS. m. (Pharm.) c'est le nom d'un cataplasme dont il est parlé dans Oribase, à qui on a donné ce nom, parce qu'il est composé de différens aromats. Chambers & James.


DÉCAN(Géog. mod.) royaume des Indes dans la presque île en deçà du Gange, au midi du Mogol dont il est une province considérable. Hamenadagor en est la capitale.


DÉCANATS. m. (Jurisp. & Hist.) est la qualité & la fonction de doyen d'une compagnie ; dans un chapitre on dit le doyenné ; dans les compagnies laïques on dit le décanat. Dans les chapitres, le doyenné est ordinairement une dignité ; dans les compagnies laïques, le décanat n'est communément attaché qu'à la qualité de plus ancien. On parvient à son tour au décanat ; & quoiqu'il n'y ait point d'autre mérite à être plus ancien que les autres, & qu'en ce sens la qualité de doyen ne soit point du tout flatteuse ni honorable, si ce n'est parce qu'elle peut faire présumer plus d'expérience que dans ceux qui sont moins anciens, cependant comme l'homme tire vanité de tout, celui qui est le plus ancien d'une compagnie ne manque point de prendre la qualité de doyen. Voyez ci-après DOYEN & DOYENNE. (A)


DÉCANISERv. n. (Jurispr.) signifie remplir la place de doyen, en faire les fonctions. Il n'y a que le doyen d'une compagnie qui ait droit de décaniser ; mais en son absence le sous-doyen, ou à défaut de celui-ci, le plus ancien suivant l'ordre du tableau, décanise. Voyez DECANAT & DOYEN, DOYENNE. (A)


DÉCANTERv. act. & DÉCANTATION, s. f. (Chimie & Pharmacie) on se sert de ce terme pour exprimer l'action de verser doucement & sans troubler, une liqueur qui s'est clarifiée d'elle-même par le dépôt qui s'est formé au fond du vase où elle est contenue ; c'est ce qu'on nomme aussi verser par inclination.

La décantation est employée, soit pour séparer une liqueur dont on a besoin de dessus des feces que l'on veut rejetter ; soit qu'on ait le dépôt en vûe, & que la liqueur surnageante soit inutile ; soit enfin que l'on se propose de séparer deux matieres que l'on veut ensuite traiter chacune à part.

La décantation est mise en oeuvre dans toutes les défécations pour la premiere vûe (Voyez DEFECATION) : au contraire dans la pulvérisation, par le moyen de l'eau, c'est la poudre subtile déposée par le repos que l'on se propose de retenir, & c'est l'eau que l'on doit rejetter. Dans les édulcorations des précipités vrais, l'eau éclaircie par le repos & séparée par décantation, est ordinairement inutile.

Le lavage des mines est une décantation continuelle de cette seconde espece. Voyez LAVAGE. Dans le lavage de la chaux d'or départie par l'eau-forte, & dans la décantation de la dissolution de l'argent de dessus cette chaux, la liqueur & le dépôt sont fort précieux, & l'artiste doit les ménager également.


DECANUSS. m. (Hist. anc.) étoit chez les Romains un officier qui avoit sous lui dix autres officiers ou personnes subalternes ; de-là est venu notre mot doyen, qui s'exprime en latin par le mot decanus. Il a été approprié à bien des offices. On l'attribue au chef d'un chapitre de chanoines ; dans la regle il doit y avoir dix chanoines sous sa direction. Et comme le doyen se prenoit ordinairement parmi les plus anciens chanoines, le titre de doyen a été attribué au plus ancien de chaque compagnie, soit ecclésiastique, soit séculiere. Le doyen de la faculté de Théologie, le doyen du conseil, le doyen de chaque chambre du parlement. Voyez ci-apr. au mot DOYEN quelques autres significations. (a)


DÉCAPERv. act. (Chimie) c'est enlever le verd-de-gris avec de l'eau-forte.


DECAPITÉadj. (Jurisprud.) terme de Blason. Voyez l'article suivant.


DECAPITERv. act. (Jurispr.) en France c'est la peine des nobles que l'on condamne à mort, lorsque le crime n'est pas assez atroce pour les dégrader de noblesse. Ce supplice ne déroge point ; mais il ne fait pas une preuve suffisante de noblesse pour attribuer la noblesse aux descendans de celui qui a été décapité. Voyez la Roque, tr. de la noblesse. (A)


DECAPOLIS(Géog. anc.) petite province de Caelésyrie, appellée Décapolis des dix villes principales qui la composoient. Les savans ne sont point d'accord sur ces villes. On prétend que le pays de Décapolis étoit situé à l'orient du Jourdain, & s'étendoit du nord au midi, depuis l'Antiliban jusqu'à la mer de Galilée.


DECAPROTou DECEMPRIMI, s. m. plur. (Hist. anc.) étoient chez les anciens des officiers qui recevoient les tributs ou recueilloient les taxes.

Ce mot vient de , dix, & , premier, vraisemblablement parce que les personnes qui faisoient ces levées étoient prises parmi les dix premieres personnes de chaque communauté.

Les decaproti étoient obligés de payer pour les morts, ou de répondre à l'empereur sur leurs propres biens pour la quote-part de ceux qui étoient morts. Cicéron, dans son oraison pour Roscius, les appelle decemprimi.

Et même, sans avoir égard à la finance, c'étoient les dix principaux magistrats d'une ville, ou les dix principaux seigneurs d'une province. Chambers. (G)


DECARGYRES. m. (Hist. anc.) monnoie qu'on appelle aussi majorina. Elle valoit dix argentei, ce qu'on évalue à environ 11 liv. 5. s. de notre monnoie actuelle.


DÉCASTYLES. m. signifioit dans l'ancienne Architecture, un bâtiment dont le front étoit orné de dix colonnes. Le temple de Jupiter olympien étoit décastyle. Ce temple a été bâti à Athenes par Cossutius, architecte romain, & s'appelloit Hypoethre, c'est-à dire découvert & exposé aux injures du ciel, & étoit pycnostyle, c'est-à-dire à colonnes serrées. Voyez HYPOETHRE & PYCNOSTYLE.

Le mot décastyle est formé de , dix, & , colonne. (P)


DECASYLLABIQUEadj. (Belles-Lett.) de dix syllabes : c'est certainement le nom qu'il faudroit donner à nos vers de dix syllabes, & non celui de dissyllabique, qui signifie de deux syllabes. Il me semble cependant que l'usage a prévalu contre la raison, & qu'on les appelle toûjours vers dissyllabiques. Ceux qui sont pour cet usage devroient au moins écrire & prononcer dixsyllabe & dixsyllabique ; alors ce terme seroit un composé de deux mots françois. La prononciation en seroit un peu dure, mais il signifieroit ce qu'on lui fait signifier.


DECEINTRERv. act. terme d'Architecture, c'est démonter un ceintre de charpente après qu'une voûte ou un arc est bandé, & que les joints en sont bien fichés. Voyez CEINTRE. (P)


DÉCEINTROIRS. m. (Maçonnerie) espece de marteau à deux taillans tournés diversement, dont les Maçons se servent soit pour équarriser les trous commencés avec le têtu, soit pour écarter les joints des pierres dans les démolitions.


DECELERDECOUVRIR, MANIFESTER, REVELER, synonymes. (Gramm.) ces mots désignent en général l'action de faire connoitre ce qui est caché. Voici les nuances qui les distinguent. On découvre son secret, on révele celui des autres, on manifeste ses vertus, on décele ses vices. (O)


DECEMBRES. m. (Chron.) c'étoit le dixieme mois de l'année romaine, comme son nom le désigne assez : & c'est le douzieme de la nôtre, depuis que nous commençons l'année en Janvier, c'est-à dire depuis l'édit de Charles IX. en 1564.

A la fin de ce mois le soleil entre au signe du Capricorne, ou plûtôt la terre entre réellement au signe du Cancer, opposé au Capricorne ; ou, pour parler encore plus juste, la terre entre dans la constellation des Gemeaux, & le Soleil dans celle du Sagittaire, qui à cause de la précession des équinoxes (voyez ce mot) occupent aujourd'hui les places que paroissoient occuper autrefois le Cancer & le Capricorne. Voyez ZODIAQUE. (O)


DECEMPEDAS. m. (Hist. anc.) verge de dix piés, étoit un instrument dont les anciens se servoient pour mesurer. Voyez MESURE & VERGE.

Le decempeda étoit une verge ou regle divisée en 10 piés, c'est de là que lui est venu son nom qui est dérivé de decem, dix, & pes, pedis, pié. Le pié étoit subdivisé en 12 pouces, & chaque pouce en dix doigts. Voyez PIE.

On se servoit de cet instrument pour la mesure des terres, comme on se sert aujourd'hui de la chaîne, de la toise, ou de la verge. Les Architectes s'en servoient aussi pour donner à leurs bâtimens les proportions & les dimensions convenables aux regles de l'art.

Horace, liv. II. od. 15. se plaignant de la magnificence & de la délicatesse excessive des bâtimens de son tems, dit qu'ils n'étoient pas ainsi du tems de Romulus & de Caton ; qu'on ne voyoit point alors dans les maisons des particuliers, des portiques mesurés avec le decempeda, & tournés au nord pour y prendre le frais. Chambers. (G)


DECEMVIRS. m. (Hist. rom.) magistrat des Romains qui fut créé avec autorité souveraine pour faire des lois dans l'état. On le nomma décemvir, parce que ce grand pouvoir ne fut attribué qu'à dix personnes ensemble, & seulement pendant le cours d'une année. Mais à peine eurent-ils joüi de cet état de souveraineté, qu'ils convinrent par serment de ne rien négliger pour le retenir toute leur vie. Rappellons au lecteur les principaux faits de cette époque de l'histoire romaine, & disons d'abord à quelle occasion les décemvirs furent institués.

Dans le feu des disputes entre les praticiens & les plébéïens, ceux-ci demanderent qu'on établit des lois fixes & écrites, afin que les jugemens ne fussent plus l'effet d'une volonté capricieuse ou d'un pouvoir arbitraire. Après bien des résistances, le sénat y acquiesça. Alors pour composer ces lois on nomma les décemvirs, l'an 301 de Rome. On crut qu'on devoit leur accorder un grand pouvoir, parce qu'ils avoient à donner des lois à des partis qui étoient presqu'incompatibles. On suspendit la fonction de tous les magistrats, & dans les comices ils furent élus seuls administrateurs de la république. Ils se trouverent revêtus de la puissance consulaire & de la puissance tribunitienne ; l'une donnoit le droit d'assembler le sénat, l'autre celui d'assembler le peuple. Mais ils ne convoquerent ni le sénat ni le peuple, & s'attribuerent à eux seuls toute la puissance des jugemens : Rome se vit ainsi soûmise à leur empire absolu. Quand Tarquin exerçoit ses vexations, Rome étoit indignée du pouvoir qu'il avoit usurpé ; quand les décemvirs exerçoient les leurs, Rome fut étonnée du pouvoir qu'elle avoit donné, dit l'auteur de la grandeur des Romains.

Ces nouveaux magistrats entrerent en exercice de leur dignité aux ides de Mai ; & pour inspirer d'abord de la crainte & du respect au peuple, ils parurent en public chacun avec douze licteurs, auxquels ils avoient fait prendre des haches avec les faisceaux, comme en portoient ceux qui marchoient devant les anciens rois de Rome. La place publique fut remplie de cent vingt licteurs, qui écartoient la multitude avec un faste & un orgueil insupportable, dans une ville où régnoit auparavant la modestie & l'égalité. Outre leurs licteurs, ils étoient en tout tems environnés d'une troupe de gens sans nom & sans aveu, la plûpart chargés de crimes & accablés de dettes, & qui ne pouvoient trouver de sûreté que dans les troubles de l'état : mais ce qui étoit encore plus déplorable, c'est qu'on vit bien-tôt à la suite de ces nouveaux magistrats, une foule de jeunes patriciens qui, préférant la licence à la liberté, s'attacherent servilement aux dispensateurs des graces ; & même pour satisfaire leurs passions & fournir à leurs plaisirs, ils n'eurent point de honte d'être les ministres & les complices de ceux des décemvirs.

Cette jeunesse effrénée à l'ombre du pouvoir souverain, enlevoit impunément les filles du sein de leurs meres ; d'autres sous de foibles prétextes, s'emparoient du bien de leurs voisins qui se trouvoit à leur bienséance : en vain on en portoit des plaintes au tribunal des décemvirs ; les malheureux étoient rejettés avec mépris, & la faveur seule ou des vûes d'intérêt tenoient lieu de droit & de justice.

On ne sauroit s'imaginer à quel point tomba la république pendant une semblable administration ; il sembloit que le peuple romain eût perdu ce courage qui auparavant le faisoit craindre & respecter par ses voisins. La plûpart des sénateurs se retirerent ; plusieurs autres citoyens suivirent leur exemple, & se bannirent eux-mêmes de leur patrie, & quelques-uns chercherent des asiles chez les étrangers. Les latins & ceux qui se trouvoient assujettis à l'autorité de la république, mépriserent les ordres qu'on leur envoyoit, comme s'ils n'eussent pû souffrir que l'empire demeurât dans une ville où il n'y avoit plus de liberté ; & les Eques & les Sabins vinrent faire impunément des courses jusqu'aux portes de Rome.

Quand tous ces faits ne seroient pas connus, on jugeroit aisément à quel excès les décemvirs porterent le système de la tyrannie, par le caractere de celui qu'ils nommerent constamment pour leur chef, par cet Appius Claudius Crassinus, dont les crimes furent plus grands que ceux du fils de Tarquin. On sait, par exemple, qu'il fit assassiner Lucius Siccius Dentatus, ce brave homme qui s'étoit trouvé à six vingt batailles, & qui avoit rendu pendant quarante ans les plus grands services à l'état. Mais on sait encore mieux le jugement infâme qu'Appius porta contre la vertueuse Virginie ; Denis d'Halycarnasse, Tite-Live, Florus, Cicéron, ont immortalisé cet évenement ; il arriva l'an de Rome 304 : & pour lors le spectacle de la mort de cette fille immolée par son pere à la pudeur & à la liberté, fit tomber d'un seul coup la puissance exorbitante de cet Appius & celle de ses collegues.

Cet évenement excita la juste indignation de tous les ordres de l'état : hommes & femmes, à la ville & à l'armée, tout le monde se soûleva : toutes les troupes marcherent à Rome pour délivrer leurs citoyens de l'oppression ; & elles se rendirent au mont Aventin, sans vouloir se séparer qu'elles n'eussent obtenu la destitution & la punition des décemvirs.

Tite-Live rapporte qu'Appius, pour éviter l'infamie d'un supplice public, se donna la mort en prison. Sp. Oppius son collegue eut le même sort ; les huit autres décemvirs chercherent leur salut dans la fuite, ou se bannirent eux-mêmes. Leurs biens furent confisqués ; on les vendit publiquement, & le prix en fut porté par les questeurs dans le thrésor public. Marcus Claudius, l'instrument dont Appius s'étoit servi pour se rendre maître de la personne de Virginie, fut condamné à mort, & auroit été exécuté sans ses amis, qui obtinrent de Virginius qu'il se contentât de son exil. C'est ainsi que fut vengé le sang innocent de l'infortunée Virginie, dont la mort, comme celle de Lucrece, tira pour la seconde fois les Romains d'esclavage. Alors chacun se trouva libre, parce que chacun avoit été offensé ; tout le monde devint citoyen, parce que tout le monde se trouva pere : le senat & le peuple rentrerent dans tous leurs droits.

Le seul avantage qui revint à la république de l'administration des décemvirs, fut le corps de droit romain connu sous le nom de lois décemvirales, & plus encore sous celui de lois des douze tables. Les décemvirs travaillerent avec beaucoup de zele pendant la premiere année de leur magistrature, à cette compilation de lois, qu'ils tirerent en partie de celles de Grece, & en partie des anciennes ordonnances des rois de Rome. Voyez TABLES.

Je ne doute point du mérite de plusieurs de ces lois, dont il ne nous reste cependant que des fragmens ; mais malgré les éloges qu'on en fait, il me semble que la vûe de quelques-unes suffit pour dévoiler le but principal qui anima les décemvirs lors de leur rédaction ; & cette remarque n'a pas échappé à l'illustre auteur de l'esprit des lois.

Le génie de la république, dit-il, ne demandoit pas que les décemvirs missent dans leurs douze tables les lois royales, si séveres, & faites pour un peuple composé de fugitifs, d'esclaves, & de brigands : mais des gens qui aspiroient à la tyrannie n'avoient garde de suivre l'esprit de la république ; la peine capitale qu'ils prononcerent contre les auteurs des libelles & contre les poëtes, n'étoit certainement pas de l'esprit d'une république, où le peuple aime à voir les grands humiliés : mais des gens qui vouloient renverser la liberté, craignoient des écrits qui pouvoient rappeller la liberté ; & Cicéron qui ne desapprouve pas cette loi, en a bien peu prévû les dangereuses conséquences. Enfin la loi qui découvre le mieux les projets qu'avoient les décemvirs de mettre la division entre les nobles & le peuple, & de rendre par cet artifice leur magistrature perpétuelle, & celle qui défendoit les mariages entre les nobles & le peuple. Heureusement après l'expulsion des décemvirs cette derniere loi fut cassée, l'an 308 de Rome, & presque toutes celles qui avoient fixé les peines s'évanoüirent : à la vérité on ne les abrogea pas expressement ; mais la loi Porcia ayant défendu de mettre à mort un citoyen romain, elles n'eurent plus d'application. Art. de M(D.J.)


DECENCES. f. (Morale) c'est la conformité des actions extérieures avec les loix, les coûtumes, les usages, l'esprit, les moeurs, la religion, le point d'honneur, & les préjugés de la société dont on est membre : d'où l'on voit que la décence varie d'un siecle à un autre chez le même peuple, & d'un lieu de la terre à un autre lieu, chez différens peuples ; & qu'elle est par conséquent très-différente de la vertu & de l'honnêteté, dont les idées doivent être éternelles, invariables, & universelles. Il y a bien de l'apparence qu'on n'auroit pû dire d'une femme de Sparte, qui se seroit donné la mort parce que quelque malheur ou quelqu'injure lui auroit rendu la vie méprisable, ce qu'Ovide a si bien dit de Lucrece :

Tunc quoque jam moriens ne non procumbat honeste,

Respicit ; haec etiam cura cadentis erat.

Qu'on pense de la décence tout ce qu'on voudra, il est certain que cette derniere attention de Lucrece expirante répand sur sa vertu un caractere particulier, qu'on ne peut s'empêcher de respecter.


DECENNou DECURIE, (Hist. anc.) étoit autrefois en Angleterre un nombre ou une compagnie de dix hommes avec leurs familles, formant ensemble une espece de société, & qui tous étoient obligés de répondre au roi de la conduite tranquille les uns des autres.

Il y avoit dans chacune de ces compagnies un principal chef qui étoit appellé dixenier, du nom de son office ; & encore à présent dans quelques contrées ce mot est en usage, quoique cet officier ne soit maintenant autre chose qu'un commissaire, & que l'ancienne coûtume des décuries soit tombée depuis longtems. Chambers. (G)

Ces sortes de dixeniers se sont conservés dans la police de la ville de Paris & de plusieurs autres villes de ce royaume, où l'on trouve des quarteniers pour chaque quartier, puis des cinquanteniers, quatre par chaque quartier, & des dixeniers qui sont ou doivent être seize dans chaque quartier. Autrefois ils avoient droit les uns & les autres d'assembler les bourgeois de leurs départemens ; mais depuis l'établissement d'un lieutenant général de police, ces offices de ville sont des titres sans fonctions. (a)


DECENNALESadj. pr. sub. (Hist. anc. & mod.) étoit le nom d'une fête que les empereurs romains célébroient la dixieme année de leur regne, & pendant laquelle ils offroient des sacrifices, donnoient au peuple des jeux, lui faisoient des largesses, &c.

Auguste fut le premier auteur de cette coûtume, & ses successeurs l'imiterent.

Pendant la même fête on faisoit des voeux pour l'empereur & pour la durée de son empire. On appelloit ces voeux vota decennalia. Voyez VOEU.

Depuis le tems d'Antonin le pieux, nous trouvons ces fêtes marquées sur les médailles ; primi decennales, secundi decennales ; vota sol. decenn. ij. vota suscept. decenn. iij. ce qui même sert de preuves pour la chronologie.

Il paroît que ces voeux se faisoient au commencement de chaque dixaine d'années, & non à la fin ; car sur des médailles de Pertinax, qui à peine regna quatre mois, nous lisons, vota decennalia & votis decennalibus.

On prétend que ces voeux pour la prospérité des empereurs, furent substitués à ceux que le censeur faisoit dans les tems de la république pour le salut & la conservation de l'état. En effet ces voeux avoient pour objet, non seulement le bien du prince, mais encore celui de l'empire, comme on peut le remarquer dans Dion, liv. VIII. & dans Pline le jeune, liv. 10. ép. 101.

L'intention d'Auguste en établissant les decennalia, étoit de conserver l'empire & le souverain pouvoir, sans offenser ni gêner le peuple. Car durant le tems qu'on célebroit cette fête, ce prince avoit coûtume de remettre son autorité entre les mains du peuple, qui rempli de joie & charmé de la bonté d'Auguste, lui redonnoit à l'instant cette même autorité dont il s'étoit dépouillé en apparence. Voyez le dictionn. de Trév. & Chambers. (G)


DECEPTIONS. f. (Jurisp.) signifie surprise. Déception d'outre moitié du juste prix, c'est lorsque quelqu'un a été induit par erreur à donner quelque chose pour moins de la moitié de sa valeur. Voy. ERREUR & LEZION. (A)


DECERNERv. act. (Jurisp.) signifie ordonner, prononcer.

Décerner un decret contre quelqu'un, c'est le decréter, prononcer contre lui un decret, soit de prise de corps, ou d'ajournement personnel, ou d'assigné pour être oüi. Un commissaire décerne aussi son ordonnance. Les receveurs des consignations, les commissaires aux saisies réelles, les fermiers généraux & leurs soûfermiers, décernent des contraintes contre les redevables, pour les obliger de payer. Voy. CONTRAINTE (A)


DECESMORT, TREPAS, (Gramm. Synon.) M. l'abbé Girard remarque, avec raison, que décès est du style du palais, trépas du style poétique, & mort du style ordinaire : nous ajoûterons 1°. que mort s'employe au style simple & au style figuré, & que décès & trépas ne s'employent qu'au style simple ; 2°. que trépas qui est noble dans le style poëtique, a fait trépassé, qui ne s'employe point dans le style noble. Ce n'est pas la seule bisarrerie de notre langue. (O)

DECES, s. m. (Jurisprud.) se prouve par les registres mortuaires des paroisses, monasteres, hôpitaux, & autres lieux où celui dont il s'agit est décédé ; ou en cas de perte des registres mortuaires, par des actes équipollens. Ordonn. de 1667, tit. xx. art. 7. & suiv.

Le décès d'un juge, d'une partie ou de son procureur, apporte divers changemens dans la procédure. Voyez ARBITRE, JUGE, CRIMINEL, EVOCATION, PROCUREUR. (A)


DECHALASSEROeconom. rustiq.) c'est ôter les échalats des vignes après qu'on a fait la vendange. On dit dans l'Orléanois décharneler.


DECHANTS. m. (Musiq.) terme ancien par lequel on désignoit ce que nous entendons par le contrepoint. Voyez l'article CONTREPOINT.


DECHAPERONNERv. act. (Fauconnerie) c'est ôter le chaperon d'un oiseau quand on veut le lâcher. On dit déchaperonnez cet oiseau.


DECHARGES. f. (Jurispr.) en genéral, est un acte par lequel on tient quitte quelqu'un d'une chose.

Donner une décharge à quelqu'un d'un billet ou obligation, c'est lui donner une reconnoissance comme il a payé, ou le tenir quitte du payement.

On donne aussi une décharge à un procureur ou à un homme d'affaire, par laquelle on reconnoît qu'il a remis les deniers & papiers dont il étoit chargé.

Obtenir sa décharge, c'est obtenir un jugement qui libere de quelque dette ou de quelque charge réelle, comme d'une rente fonciere, d'une servitude, ou de quelque charge personnelle, telle qu'une tutele ou curatelle.

Décharge de la contrainte par corps ; c'est lorsque le débiteur, sans être quitte de la dette, est affranchi de la contrainte par corps. Voyez le tit. xxxjv. de l'ordonnance de 1667, de la décharge des contraintes par corps, qui traite des cas où la contrainte par corps n'a plus lieu.

Décharge d'un accusé, c'est le jugement qui le déclare pleinement absous du crime qu'on lui imputoit. Quand on met seulement hors de cour sur l'accusation, cela n'emporte pas la décharge de l'accusé, il n'est pas pleinement justifié. La décharge d'un accusé n'emporte pas toûjours une condamnation de dépens contre l'accusateur. Voyez ACCUSATEUR & ACCUSE, & ci-après DEPENS. (A)

DECHARGE, terme d'Architecture, piece servant à déposer près d'une cuisine, d'un office, ou dans une basse-cour, les ustensiles qui ne sont pas d'un service continuel. Ces sortes de pieces doivent avoir leur dégagement près des lieux auxquels ils servent de dépôt.

Sous le nom de décharge on entend aussi celui de bouge, petit lieu obscur placé près des antichambres, pour contenir le bois destiné pour les foyers d'un appartement, les houssoirs, balais, brosses, & autres ustensiles à l'usage des valets pour l'intérieur de la maison.

Décharge se dit aussi d'un arc de voûte placé au-dessus d'une plate-bande de porte ou de croisée, pour empêcher que la muraille qui est au-dessus de la croisée ne s'affaisse.

Les anciens avoient deux sortes de decharge ; la premiere étoit celle dont nous venons de parler ; l'autre se faisoit par deux poteaux qui étant posés sur le linteau au droit de chaque pié droit, se joignoient en pointe comme deux chevrons pour soûtenir la charge du mur, qui par ce moyen étoit déchargé d'une partie de son faix.

Décharge se dit encore de la servitude qui oblige un propriétaire à souffrir la décharge des eaux de son voisin par un égoût ou par une gouttiere. (P)

DECHARGE, (Hydraulique) se dit de tout tuyau qui conduit l'eau superflue d'un bassin dans un autre, ou dans un puisart. Il y en a de deux sortes ; celle du fond, & celle de superficie.

La décharge du fond a plusieurs usages : elle sert, 1°. à vuider entierement un bassin, quand on le veut nettoyer : 2°. à faire joüer des bassins plus bas, & alors le bassin où est cette décharge se peut appeller le reservoir de celui qu'il fournit.

La décharge de superficie est un tuyau qui se met sur le bord d'un bassin ou d'un reservoir, & sert à écouler l'eau à mesure qu'elle vient, de maniere que le bassin reste toûjours plein. Cette superficie se met quelquefois à un pié plus bas que le fond, afin qu'elle se trouve un peu chargée, pour faire monter le jet qu'elle fournit. (K)

DECHARGE LE PETIT HUNIER, (Mar.) terme de commandement qui se fait lorsqu'on donne vent devant, pour ôter le vent de dessus le hunier de misene, & le tenir au plus près du vent. (Z)

DECHARGE, en Brasserie. Voyez l'article BRASSERIE.

DECHARGE, (Charp.) est une piece de bois qui se met dans les cloisons qui portent sur les poutres ou sablieres en diagonale, & sert à soulager la poutre, &c. & à empêcher qu'elle ne reçoive tout le fardeau des cloisons ou pans de bois. Voyez Pl. du Charpentier, fig. 17. n°. 30.

DECHARGE, (Orfévr.) est un poinçon qui s'applique sur les ouvrages d'Orfévrerie, lorsqu'ils sont finis, qui marque qu'ils ont payé les droits imposés par le Roi sur lesdits ouvrages, & leur en sert de quittance. Lorsque l'ouvrage est encore brut, l'Orfévre fait sa soûmission au fermier, de la quantité des pieces qu'il a à faire ; le fermier y fait apposer un poinçon, qu'on appelle le poinçon de charge, en ce qu'il charge l'Orfévre envers le fermier, & le rend comptable envers lui de toutes les pieces empreintes de ce poinçon, jusqu'à ce qu'après avoir acquité les droits, on y ait apposé celui de décharge.

DECHARGE, (Serrur.) c'est, dans un ouvrage en fer, toute piece posée ou horisontalement ou obliquement, comme une traverse, & destinée à supporter l'effort des autres, & à les contenir dans leur situation.


DECHARGÉDECHARGÉ


DECHARGEMENTS. m. (Mar.) c'est l'action de décharger un vaisseau. (Z)


DECHARGEOIRS. m. (Hydraul.) dans une écluse il sert à écouler l'eau de superficie ou superflue, que le courant d'une riviere ou ruisseau fournit continuellement, & qui vient, par le moyen d'une buse ou d'un contre-fossé, se joindre à l'eau qui est en-bas, & dont on peut faire encore d'autres usages. On ouvre souvent la conduite du déchargeoir, par le moyen d'un moulinet ou d'une bonde placée sur la superficie de la terre. (K)

DECHARGEOIR, terme de Tisserand ; est un cylindre de bois autour duquel l'ouvrier roule la toile qu'il a faite, & qu'on ôte de dessus la poitriniere. Voyez METIER DE TISSERAND.

Le déchargeoir est attaché par les deux bouts à une corde qui le tient suspendu aux traverses d'en-bas, de la longueur du métier.


DECHARGERDECHARGER

DECHARGER les voiles, (Mar.) c'est ôter le vent de dessus pour le mettre dedans. (Z)

DECHARGER, terme qui dans le Commerce a divers sens : il signifie en général donner à quelqu'un un écrit qui le déclare quitte de quelqu'obligation, dette, ou autre engagement semblable.

Décharger la feuille d'un messager, c'est la quittancer, y mettre son récépissé des marchandises, hardes, ou autres choses qu'on a reçûes du facteur ou commis de la messagerie.

Décharger son livre, c'est, parmi les marchands, négocians & banquiers, rayer de dessus le livre-journal ou autre registre équivalent, les articles des marchandises vendues à crédit, à mesure qu'on en reçoit le payement. Outre la rature des articles, il est du bon ordre de les apostiller, & d'y marquer le jour qu'ils ont été payés, tant pour l'intérêt des débiteurs, qui sans cela pourroient en quelques occasions courir risque de payer deux fois, que pour celui des marchands, à qui un défaut de mémoire pourroit donner une réputation de mauvaise foi, en répetant une somme qu'ils auroient déjà reçûe.

Décharger signifie aussi ôter ou tirer de dessus une voiture des marchandises, pour les mettre en magasin ou dans une boutique. Voyez les diction. de Comm. de Trév. & de Chambers. (G)

DECHARGER, v. pas. se dit en Peinture des couleurs, lorsqu'elles perdent de leur vivacité. Toutes les couleurs se déchargent, excepté les brunes, qui noircissent toûjours en vieillissant. Les couleurs qui sont faites avec des terres, se déchargent moins que celles que la Chimie nous donne, & qui sont composées. On dit : J'ai fait cette partie de couleur trop vive ; mais elle viendra au ton qui convient, lorsqu'elle se sera déchargée. (R)


DECHARGEURS. m. terme de Riviere, officier de ville qui est commis sur les ports pour décharger les bateaux qui y arrivent.

DECHARGEURS DE VINS, (Arts & Mét.) qualité que prennent les maîtres Tonneliers de la ville de Paris, & qui leur est donnée par leurs statuts.

Les maîtres de cette communauté, à qui seuls il appartient présentement de décharger & labourer les vins, cidres & autres breuvages qui arrivent à Paris ; soit par terre, soit par eau, ont été troublés pendant long-tems dans ces fonctions ; mais après plusieurs sentences, arrêts & lettres patentes qui les y ont maintenus, ils en sont restés en possession, en conséquence d'une transaction du 21 Novembre 1649, passée entr'eux & les autres déchargeurs.


DECHAUMERv. act. (Oeconom. rustiq.) c'est ouvrir, soit à la beche, soit à la charrue, une terre qui n'a point encore été cultivée.


DECHAUSSER(Jardinage) Pour connoître la cause de la langueur d'un arbre, il faut le déchausser d'un côté ; ce qui n'est autre chose que de pratiquer un petit cerne à son pié, en tirer la terre & visiter les racines. Cet examen ne peut être fait que hors le tems des deux seves. (K)


DECHAUSSÉSvoyez TRINITAIRES & CARMES.

DECHAUSSE, adj. m. terme d'Architecture. On dit qu'un bâtiment est déchaussé, lorsque les premieres assises du sol & le sommet des fondations sont dégradés. (P)


DECHAUSSIERESS. f. pl. (Ven.) c'est le lieu où le loup a gratté, où il s'est déchaussé.


DECHAUSSOIRS. m. petit instrument de Chirurgie qui sert à séparer les gencives d'autour des dents qu'on veut arracher.

C'est une tige d'acier dont l'extrémité est une petite lame recourbée, pointue, tranchante dans la cavité, arrondie dans sa convexité. L'autre extrémité est terminée ordinairement par une sonde, une lime, ou autre petit instrument semblable.

Il faut observer que le tranchant soit fait à la lime, afin qu'il ne coupe presque pas, du moins finement.

La fig. 12. Planche XXV. représente un double déchaussoir, ou deux de figure différente, séparés par un manche taillé à pans. Celui de l'extrémité inférieure peut servir à ratisser un os carié, ou à déchausser les chairs qui recouvrent une esquille qu'on veut enlever. (Y)


DECHÉANCES. f. (Jurispr.) signifie exclusion. Le juge prononce la déchéance d'une action ou d'une demande, d'une opposition ou appel, lorsqu'il déboute le demandeur, opposant ou appellant de son opposition.

Emporter la déchéance d'une action ou d'un droit, c'est opérer une fin de non-recevoir qui empêche de l'exercer ; ainsi le défaut d'offres à chaque journée de la cause, emporte la déchéance du retrait ; la péremption d'instance emporte la déchéance de la demande. (A)


DECHEOIRv. n. (Gramm.) c'est en général se détériorer dans son état ; ainsi on dit d'un homme qui vieillit, il commence à décheoir ; d'un auteur qui se néglige, il est déchû, &c.

DECHEOIR, v. n. (Mar.) c'est dériver, s'abattre, & ne pas faire sa route bien directe. Voy. DERIVE. (Z)

DECHEOIR, perdre son crédit. Ce banquier est bien déchû, c'est-à-dire qu'il n'a plus le même crédit qu'autrefois. Dictionnaire de Commerce, de Trév. & Chambers. (G)

DECHEOIR, (Jardin) se dit des arbres, quand ils ne rapportent pas la moitié de la récolte ordinaire. Ces arbres, dit-on, sont déchûs. (K)


DECHETS. m. (Gramm.) se dit en général de la perte ou diminution qui se fait sur la totalité d'une substance, quelle qu'elle soit, par des causes physiques.

DECHET, terme de Marine ; appliqué à la route que l'on fait, il signifie la même chose que dérive. (Z)

DECHETS, se dit de la perte qui se fait dans la consommation des vivres, soit biscuit, soit vin. Voyez COULAGE. (Z)

DECHET, en termes de Commerce, est 1°. une déduction que l'on fait pour le dégât ou pour la poussiere qui se trouve mêlée avec certaines marchandises : 2°. une perte, une diminution de prix, de valeur ou de quantité, arrivée par quelque révolution que ce soit : 3°. une diminution des marchandises sujettes à couler, comme les huiles ; ou de celles dont la mode n'a pas coûtume de durer, comme de certaines étoffes, & les ouvrages de pure curiosité. (G)

DECHET, (Hydraul.) est la diminution des eaux d'une source ; c'est aussi ce qui manque d'eau à un jet, par rapport à ce qu'il devroit fournir ou dépenser. Voyez DEPENSE DES EAUX. (K)

DECHET, (Orfév.) se dit proprement des pertes indispensables que fait l'Orfévre en élaborant les matieres d'or & d'argent, causées par la fonte, la menue limaille, le poliment, & toutes les opérations successives par lesquelles il est obligé de les faire passer pour les tirer de leur premier état & les conduire à perfection. De quelqu'attention & proprété que l'ouvrier soit capable, il ne lui est jamais possible d'éviter cette perte ; & c'est une des causes qui enchérit les façons des ouvrages, & sur-tout des ouvrages d'or, les plus petits objets sur cette matiere étant toûjours de grande valeur.

DECHET, (Ruban.) c'est la perte qui se fait sur la soie par différentes causes ; comme lorsque l'humidité dans laquelle elle a été achetée, cessant, & la soie devenant ainsi plus légere, le déchet est tout pour l'acheteur. On appelle encore déchet, toute dissipation volontaire ou involontaire qui se fait dans cette marchandise, par la négligence ou peut-être par la friponnerie de ceux entre les mains de qui elle passe.


DECHIFFRERv. act. (Analyse & art des combinais.) c'est l'art d'expliquer un chiffre, c'est-à-dire de deviner le sens d'un discours écrit en caracteres différens des caracteres ordinaires. Voy. CHIFFRE. Il y a apparence que cette dénomination vient de ce que ceux qui ont cherché les premiers, du moins parmi nous, à écrire en chiffres, se sont servis des chiffres de l'Arithmétique ; & de ce que ces chiffres sont ordinairement employés pour cela, étant d'un côté des caracteres très-connus, & de l'autre étant très-différens des caracteres ordinaires de l'alphabet. Les Grecs, dont les chiffres arithmétiques n'étoient autre chose que les lettres de leur alphabet, n'auroient pas pû se servir commodément de cette méthode : aussi en avoient-ils d'autres ; par exemple, les scytales des Lacédémoniens, dont il est parlé à l'article CHIFFRE. Voyez Plutarque dans la vie de Lysander. J'observerai seulement que cette espece de chiffre ne devoit pas être fort difficile à deviner : car 1°. il étoit aisé de voir, en tâtonnant un peu, quelle étoit la ligne qui devoit se joindre par le sens à la ligne d'en-bas du papier : 2°. cette seconde ligne connue, tout le reste étoit aisé à trouver ; car supposons que cette seconde ligne, suite immédiate de la premiere dans le sens, fût, par exemple, la cinquieme, il n'y avoit qu'à aller de-là à la neuvieme, à la treizieme, à la dix-septieme, &c. & ainsi de suite jusqu'au haut du papier, & on trouvoit toute la premiere ligne du rouleau. 3°. Ensuite on n'avoit qu'à reprendre la seconde ligne d'en-bas, puis la sixieme, la dixieme, la quatorzieme, &c. & ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une ligne écrite sur le rouleau, devoit être formée par des lignes partielles également distantes les unes des autres.

Plusieurs auteurs ont écrit sur l'art de déchiffrer : nous n'entrerons point ici dans ce détail immense, qui nous meneroit trop loin ; mais pour l'utilité de nos lecteurs, nous allons donner l'extrait raisonné d'un petit ouvrage de M. S'gravesande sur ce sujet, qui se trouve dans le chap. xxxv. de la seconde partie de son Introductio ad Philosophiam, c'est-à-dire de la Logique ; Leyde, 1737, seconde édition.

M. S'gravesande, après avoir donné les regles générales de la méthode analytique, & de la maniere de faire usage des hypotheses, applique avec beaucoup de clarté ces regles à l'art de déchiffrer, dans lequel elles sont en effet d'un grand usage.

La premiere regle qu'il prescrit, est de faire un catalogue des caracteres qui composent le chiffre, & de marquer combien chacun est répeté de fois. Il avoue que cela n'est pas toûjours utile ; mais il suffit que cela puisse l'être. En effet, si, par exemple, chaque lettre étoit exprimée par un seul chiffre, & que le discours fût en françois, ce catalogue serviroit à trouver 1°. les e par le chiffre qui se trouveroit le plus souvent ; car l'e est la lettre la plus fréquente en françois : 2°. les voyelles par les autres chiffres les plus fréquens : 3°. les t & les q, à cause de la fréquence des & des qui, que, sur-tout dans un discours un peu long : 4°. les s, à cause de la terminaison de tous les pluriers par cette lettre, &c. & ainsi de suite. Voyez à l'art. CARACTERE, pag. 658. du tome II. les proportions approchées du nombre des lettres dans le françois, trouvées par l'expérience.

Pour pouvoir déchiffrer, il faut d'abord connoître la langue : Viete, il est vrai, a prétendu pouvoir s'en passer ; mais cela paroît bien difficile, pour ne pas dire impossible.

Il faut que la plûpart des caracteres se trouvent plus d'une fois dans le chiffre, au moins si l'écrit est un peu long, & si une même lettre est désignée par des caracteres différens.

Exemple d'un chiffre en latin A B C___

a b c d e f g h i k f : l m k g n e k d g e i h e k f : b c e e f i c l a

D E F G H I K L___

h f c g f g i n e b h f b h i c e i k f : f m f p i m f h i a b c q i b c b i e