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| V | S. m. c'est la vingt-deuxieme lettre, & la dix-septieme consonne de notre alphabet. Elle représente, comme je l'ai déjà dit, l'articulation sémilabiale foible, dont la forte est F ; (voyez F.) & de-là vient qu'elles se prennent aisément l'une pour l'autre : neuf devant un nom qui commence par une voyelle, se prononce neuv, & l'on dit neuv hommes, neuv articles, pour neuf hommes, neuf articles : les adjectifs terminés par f, changent f en ve pour le féminin ; bref, m. breve, f. vif, m. vive, f. veuf, m. veuve, f.
Déjà avertis par la Grammaire générale de P. R. de nommer les consonnes par l'e muet, nos peres n'en ont rien fait à l'égard de celle-ci quand l'usage s'en introduisit ; & on l'appelle plus communément vé, que ve.
Il paroît que c'étoit le principal caractere ancien pour représenter la voyelle & la consonne. Il servoit à la numération romaine, où V. vaut cinq ; IV. vaut cinq moins un, ou quatre ; VI, VII, VIII, valent cinq plus un, plus deux, plus trois, ou six, sept, huit : = 5000.
Celles de nos monnoies qui portent la lettre V simple, ont été frappées à Troyes : celles qui sont marquées du double W, viennent de Lille.
(B. E. R. M.)
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| V | en Musique. Cette lettre majuscule sert à indiquer les parties de violons ; & quand elle est double V V, elle marque que le premier & le second dessus de symphonie sont à l'unisson. (S)
V, dans le commerce. Cette lettre suivie d'un petit ° & ainsi figurée V°. signifie verso. Cette même voyelle ou simple V ou W double barré par le haut, comme dans ces caracteres ou , signifie écu ou écus de soixante sols ou trois livres tournois. Dict. de commerce. Voyez ABREVIATION.
V, v, V, (Ecriture) ces trois V dans leur figure sont composés d'une ligne mixte, & de la 5, 6, 7 & 8 partie d'o. Ils se forment du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le vol. des Pl. à la table de l'Ecriture.
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| VA | S. m. (Jeu) abréviation de vade ; ainsi on dit sept & le va, pour le vade, ou la premiere mise & sept fois autant.
VA HORS DE JOUR, ou VA A DIEU, (Jurisprudence) en Angleterre sont les termes dans lesquels les juges prononcent ce que nous appellons ici un hors de cours. Voyez HORS DE COUR.
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| VA-OUTRE | (Chasse) c'est le terme dont use le valet de limier lorsqu'il est au bois & qu'il allonge le trait à son limier, & le met devant lui pour le faire quêter.
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| VAALI | S. m. (Hist. mod.) ce sont des princes sortis des maisons royales, dont les rois de Perse ont conquis les états. Ils sont demeurés vice-rois, gouverneurs, ou rois tributaires des états de leurs ancêtres.
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| VAATRIMON | S. m. (Hist. nat. Botan.) espece de citron de l'isle de Madagascar, qui vient de la grosseur de la tête d'un enfant & dont l'écorce confite dans le sucre est un manger excellent.
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| VABAR | (Géogr. anc.) ville de la Mauritanie césariense, selon Ptolémée, l. IV. c. ij. Castald dit que c'est aujourd'hui Bismeo. (D.J.)
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| VABRES | (Géog. mod.) en latin du moyen âge, Vabrinum, & vabrense castrum ; elle a dans nos géographes le titre de petite ville de France, dans le Rouergue, à 10 lieues de Rodez, à 11 d'Alby, & au confluent de deux petites rivieres, qui se jettent un peu plus bas dans le Tarn. Elle doit son origine à une abbaye de bénédictins, fondée par Raimond I, comte de Toulouse, & elle fut érigée en 1317, par le pape Jean XXII, en évêché aujourd'hui suffragant d'Alby. Cet évêché vaut environ vingt mille livres de revenu, & n'a que soixante & neuf paroisses ; mais Vabres ne doit qu'au siége épiscopal le nom de ville, car ce n'est qu'un vrai village dépeuplé. Long. 20. 30. latit. 42. 53. (D.J.)
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| VACANCE | S. f. (Gram. & Juris.) est l'état d'une chose qui n'est point remplie ou occupée.
La vacance du siége d'un prélat, ou d'un juge ou d'un office en général, c'est lorsque personne n'est pourvû du bénéfice, office ou autre place.
On entend quelquefois par vacance le cas qui a fait vaquer l'office ou le bénéfice, comme la vacance par mort. Voyez les articles ci-après.
VACANCE par APOSTASIE, Voyez APOSTAT, APOSTASIE, RELIGIEUX.
VACANCE se prend aussi quelquefois pour la cessation de certains exercices, comme dans les colleges, les vacances données aux professeurs & étudians, les vacances que prennent les chanoines selon les statuts de leur chapitre, & les vacances ou vacations des tribunaux. Voyez VACATIONS. (A)
VACANCE PAR DEMISSION. Voyez DEMISSION.
VACANCE PAR DEVOLUT. Voyez DEVOLUT.
VACANCE PAR INCAPACITE. Voyez INCAPACITé.
VACANCE PAR INCOMPATIBILITE. Voyez BENEFICE & INCOMPATIBILITE.
VACANCE PAR INTRUSION. Voyez INTRUSION.
VACANCE PAR IRREGULARITE. Voyez IRREGULARITE.
VACANCE PAR MORT ou per obitum est la vacance d'un office ou d'un bénéfice, par le décès du titulaire.
VACANCE PAR PERMUTATION. Voyez PERMUTATION.
VACANCE PAR RESIGNATION. Voyez RESIGNATION, BENEFICE, OFFICE.
VACANCE PAR SIMONIE. Voyez SIMONIE.
VACANCE in curiâ, on sous - entend romanâ, c'est la vacance d'un bénéfice, dont le titulaire meurt dans le lieu où le pape tient sa cour, ou à deux journées aux environs ; les papes se sont réservé la collation de ces bénéfices. Voyez BENEFICES VACANS in curiâ.
VACANCES, (Jurisprudence.) Voyez VACATIONS.
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| VACANT | adj. (Gram. & Juris.) se dit de ce qui n'est point rempli ou occupé.
Le saint siége est vacant, lorsqu'il n'y a point de pape ; on dit de même que le siége épiscopal ou abbatial est vacant, lorsqu'il n'y a point d'évêque ou d'abbé.
La chancellerie est vacante lorsqu'il n'y a point de chancelier ; en général un office est vacant lorsque personne n'en est pourvû.
Un bien vacant, est celui qui n'est occupé par personne.
Une succession vacante, est celle qui est abandonnée, & pour laquelle il ne se présente point d'héritier. Voyez BIEN, CHANCELLERIE, HERITIER, OFFICE, SIEGE, SUCCESSION. (A)
VACANT le, (Hist. de Malthe) on appelle le vacant dans l'ordre de Malthe, le revenu entier de chaque commanderie après la mort du commandeur, c'est-à-dire l'année qui suit le mortuaire. Le vacant appartient au trésor de l'ordre. Le commandeur nommé à la commanderie, est obligé de l'y faire tenir.
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| VACARME | TUMULTE, s. m. (Synon.) vacarme emporte par sa valeur l'idée d'un plus grand bruit, & tumulte celle d'un plus grand désordre.
Une seule personne fait quelquefois du vacarme ; mais le tumulte suppose toujours qu'il y a un grand nombre de gens.
Les maisons de débauche sont sujettes aux vacarmes. Il arrive souvent du tumulte dans les villes mal policées.
Vacarme ne se dit qu'au propre ; tumulte se dit au figuré du trouble & de l'agitation de l'ame. C'est pour cela qu'on tient mal une résolution qu'on a prise dans le tumulte des passions. (D.J.)
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| VACATION | S. f. (Gram. & Jurisprud.) est lorsqu'une chose vient à vaquer, comme quand il arrive vacation d'un bénéfice, ou office par le décès du titulaire. Voyez VACANCE.
Vacations au plurier se prend pour le tems où une jurisdiction vaque, c'est-à-dire, où la justice n'y est point exercée ; il y a dans le cours de l'année différens jours auxquels les tribunaux vaquent ; mais on n'entend ordinairement par les vacations ou vacances qu'un certain espace de tems qui est donné aux officiers pendant l'automne pour vaquer à leurs affaires rurales ; il y a des tribunaux dont le tems des vacations est réglé autrement ; quelques-uns ont deux différentes vacances dans l'année. Voyez VACANCES.
Vacation dans un sens tout opposé, se prend pour l'action de vaquer à quelque chose, c'est-à-dire, de s'y employer, de s'en occuper.
On appelle premiere, seconde, ou autre vacation d'un inventaire ou d'un procès-verbal les différentes séances où l'on a travaillé à ces actes. Voy. INVENTAIRES, PROCES-VERBAL, SEANCE, JOURNEE.
On entend quelquefois par vacation le droit qui est dû à un officier pour avoir vaqué à quelque chose. Les juges ont des épices & vacations. Les vacations sont pour ceux qui ont vu le procès de grand ou de petit commissaire, au-lieu que les épices sont pour ceux qui ont assisté au jugement.
L'écu de vacation est ce que l'on paie à chaque commissaire pour une vacation. Voyez ÉCU QUART. (A)
VACATION, (Antiq. rom.) suspension des affaires au barreau. Il y avoit de deux sortes de vacations chez les Romains, l'ordinaire & l'extraordinaire. L'ordinaire avoit lieu un certain nombre de jours de l'année, qui étoient connus de tout le monde. L'extraordinaire n'arrivoit que quand, dans des tems de tumulte & de guerres civiles, le sénat statuoit que toutes les affaires cessassent, & qu'on ne rendît point la justice, jusqu'à ce que la tranquillité fût rétablie. C'est ainsi que le sénat l'ordonna, lorsqu'il apprit que César étoit entré avec son armée en Italie. Cette suspension des affaires s'appelloit rerum prolatio ou judiciorum indictio, & c'est ce qu'on ne pratiquoit que dans les grandes extrêmités. (D.J.)
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| VACCA | (Géog. anc.) ville de la Numidie, l'entrepôt des états de Jugurtha ; mais cette ville ne fut heureuse ni dans son zèle pour son prince, puisque ce zèle la fit périr sous Métellus, ni dans son infidélité pour son roi, car ayant voulu se donner à César, dans le tems qu'il faisoit la guerre en Afrique, Juba qui en fut averti s'en rendit maître, & la ruina de fond en comble. (D.J.)
VACCA ou VAGIA, (Géog. anc.) fleuve de la Lusitanie, selon Pline, l. IV. c. xxj. c'est aujourd'hui le Vouga, qui se jette dans l'Océan près d'Aveiro.
VACCA, île, (Géog. mod.) ou île Buccina ; île de la Méditerranée, sur la côte méridionale de la Sardaigne, à deux milles, & vis-à-vis de la pointe Béta, en tirant vers le nord oriental de l'île Toro. (D.J.)
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| VACCAEI | (Géog. anc.) peuple de l'Espagne tarragonoise, que Tite-Live met au nombre de ceux que L. Lucullus & Cl. Marcellus subjuguerent.
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| VACERRES | S. m. pl. (Hist. des Gaulois) nom d'une des classes de druides. Les vacerres étoient les prêtres, comme les eubages étoient les augures, les bardes les poëtes, les chantres les sarronides, les juges les théologiens & professeurs de la religion. (D.J.)
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| VACHE | S. f. (Hist. nat.) vacca, c'est la femelle d'un taureau. Voyez TAUREAU.
VACHE, (Diete & Mat. méd.) il n'y a que les paysans & les gens du peuple qui mangent la chair de la vache au-lieu de celle du boeuf : la premiere est communément plus dure, plus maigre, & par conséquent plus seche ; cependant les bouchers en vendent quelquefois pour du boeuf, même à Paris ; & comme ils ont soin de choisir des vaches jeunes & grasses, peu de personnes s'apperçoivent de la fraude qui dèslors devient indifférente. Voyez BOEUF.
La vache est proprement un objet médicinal en ce qu'elle fournit un aliment médicamenteux qui tient un rang distingué parmi les secours médicinaux ; savoir, son lait qui a aussi mérité à ce titre un article particulier. Voyez LAIT, Chymie, Diete & Mat. méd. Secondement, par un remede assez bizarre qu'on retire de sa fiente en la distillant au bain-marie, & qui est connu sous le nom d'eau de mille fleurs, qui passe dans l'usage intérieur pour un antipleurétique excellent, & pour un bon diurétique, & même lithontriptique, & dans l'usage extérieur pour un excellent cosmétique : au reste, c'est-là un remede fort propre & fort élégant en comparaison du suc même de la fiente de vache récente, que les paysans avalent dans quelques contrées pour se guérir des fievres, & qu'Ettmuller recommande non-seulement pour cet usage, mais même contre la pleurésie, appliquée extérieurement en guise de cataplasme : elle passe pour un très-bon remede contre les brûlures, contre les douleurs des membres, les tumeurs oedémateuses, &c.
L'urine de vache récente & fournie sur-tout par une vache noire, a été aussi un remede interne contre l'hydropisie, la goutte & la paralysie, qui a été connue aussi sous le nom d'eau de mille fleurs ; Jean Boecler observe dans sa continuation de la cynosure d'Herman, que la manie pour ce remede ridicule qu'il avoit vu très en vogue dans son pays, ne dura pas long-tems, parce que ce remede purgeoit jusqu'au sang, & abattoit considérablement les forces, ce que la plûpart des sujets ne pouvoient supporter. (b)
VACHE ROUSSE, (Critiq. sacrée) la vache rousse, ou la genisse rousse, étoit la victime d'expiation pour les impuretés que les Juifs contractoient par la présence ou l'attouchement d'un mort. On prenoit une génisse sans défaut, & qui n'avoit point porté le joug. On la livroit au grand-prêtre, qui l'immoloit hors du camp en présence de tout le peuple. Il trempoit son doigt dans le sang de l'animal, & en faisoit sept fois l'aspersion contre le devant du tabernacle ; ensuite on brûloit la génisse toute entiere. Le grand-prêtre jettoit dans le feu du bois de cedre, de l'hyssope, & de l'écarlate teinte deux fois. Un homme recueilloit les cendres de la génisse, & les portoit dans un lieu pur hors du camp ; ensuite on les mettoit en réserve pour l'assemblée des enfans d'Israël, afin qu'ils en fissent de l'eau d'expiation pour se purifier des impuretés légales : tout cela fut ordonné par Moïse, & est détaillé dans le livre des Nombres, xix. vers. 2. 6. & 9.
Il n'y avoit que le grand-prêtre qui eût droit d'offrir le sacrifice de la vache rousse ; mais tout israëlite, pourvu qu'il fût pur, pouvoit faire les aspersions de la cendre mêlée avec de l'eau, parce qu'il auroit été trop incommode de venir au temple, pour expier une impureté que la mort des proches pouvoit rendre très-fréquente. (D.J.)
VACHE, (Corroyeur) de tous les animaux qui sont sur la terre, il n'y en a guere dont les hommes tirent plus d'utilité que de la vache ; car indépendamment des veaux qu'elle produit, sa chair, son lait, ses cornes, ses os, sa graisse, son poil & sa peau, sont d'usage soit pour la nourriture de l'homme, soit pour le commerce.
Les peaux de vache qu'on appelle cuirs, se vendent en poil, vertes, salées ou seches, & sans poil, tannées, passées en coudrement ou en croutes, corroyées ou apprêtées de diverses façons qu'on trouvera expliquées dans les articles CUIR, PEAU, TANNER & CORROYEUR.
Le long poil de la queue des vaches fournit aux selliers une partie du crin qu'ils emploient, & le poil court dont toute la peau de la vache est couverte, sert à rembourrer les selles des chevaux, les bâts des mulets, &c.
VACHE-DURE, (Corroyerie) c'est une peau de vache où le corroyeur n'a mis du suif que du côté de la fleur, & n'a mis ni suif, ni huile du côté de la chair. (D.J.)
VACHE DE RUSSIE, (Corroyerie) sorte de cuir, ou peau de vache qui vient toute apprêtée de Moscovie, où elle se prépare d'une maniere toute particuliere, qui n'est guere connue que de ceux qui s'en mêlent dans le pays. Savary.
VACHE EN GRAIN, (Tannerie) peau ou cuir de vache, dont la superficie est devenue grenue par les différens apprêts qu'on lui a donnés, & dont on fait les empeignes des souliers. (D.J.)
VACHE DE SEL, (Saline) on appelle vache de sel en Poitou, ces monceaux de plusieurs milliers de muids de sel, qu'on éleve en forme de meule de foin, pour achever de le sécher, en attendant la vente.
VACHES, terme d'Imprimerie ; ce sont les cordes qui tiennent au berceau & au train de derriere d'une presse : elles assurent l'endroit jusqu'où doit aller le coffre sur le derriere, & empêchent qu'il ne recule plus qu'il ne faut. Voyez les Pl. & les fig. de l'Imprimerie.
VACHE ARTIFICIELLE, (Chasse) c'est la toile faite en forme de vache, dont on se sert pour approcher les canards, & dont se servent aussi ceux qui chassent à la tonnelle.
VACHE DE BARBARIE, (Hist. nat. Ichthyolog.) on a donné ce nom dans les mémoires pour servir à l'hist. nat. des anim. dressés par M. Perrault, à un animal à-peu-près de la grandeur d'une vache, & d'un poil roux, un peu plus court que celui des vaches, presqu'aussi gros vers la pointe que vers la racine, & de couleur plus foncée vers la racine que vers la pointe. Cette vache de Barbarie ressemble plus au cerf qu'à la vache par l'habitude du corps, par les jambes & par l'encolure. Les cornes sont de même nature que celles de la vache, mais elles en different par plusieurs caracteres ; elles prennent leur naissance fort près l'une de l'autre ; elles sont longues d'un pié, fort grosses, recourbées en arriere, noires & torses, comme une vis. La queue est courte & terminée par un bouquet de crins longs de trois pouces ; les yeux sont placés si près des cornes, que la tête paroît n'avoir presque point de front. Cet animal n'a que deux mamelons. Les épaules sont fort élevées, & forment une bosse entre l'extrêmité du col & le commencement du dos : il y a une callosité au bas du sternum. On a présumé que cette vache de Barbarie a plus de rapport au bubale des anciens, qu'au petit boeuf d'Afrique. Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des animaux.
VACHE MARINE ou BETE A LA GRAND-DENT, odobenus, animal amphibie qui a beaucoup de rapport au lamantin & au veau-de-mer, sur-tout pour la forme du corps & des piés, &c. Voy. LAMANTIN. La vache-marine a la tête grosse & écrasée sur le devant, le museau entouré de gros poils, & la peau épaisse de près d'un pouce, & couverte d'un poil court, ferme, & de couleur brune-jaunâtre. Les oreilles ne sont apparentes à l'extérieur que par un orifice qui se trouve de chaque côté de la tête. Il y a huit dents molaires à chaque mâchoire, & deux grandes dents canines à la mâchoire supérieure, recourbées en-bas, & longues de deux piés : l'animal s'en sert pour sa défense, & pour traîner différentes choses sur la glace & sur les rivages, car il ne peut pas rester long-tems dans l'eau. La vache-marine est un animal du Nord, elle a jusqu'à seize piés de longueur, & huit piés de circonférence. Voyez Brisson, reg. anim. p. 48.
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| VACHER | S. m. VACHERE, s. f. (Econ. rustiq.) le vacher est un garçon qui garde les vaches ; la vachere est une fille qui a la même occupation.
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| VACHERIE | S. f. (Econ. rust.) partie de la basse-cour dans les grandes fermes ; c'est l'étable où l'on tient les vaches, & le lieu où on les trait.
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| VACILLANT | VACILLATION, VACILLER, (Gram.) termes correlatifs, & opposés de ferme, fixe, stable, assuré, constant. On les prend au simple & au figuré ; on dit le trouble lui rendoit la voix embarrassée & la prononciation vacillante ; c'est un esprit vacillant ; ce juge étoit vacillant. La vacillation d'un vaisseau sur les eaux, des réponses d'un criminel. Cette machine est mal assemblée ; la plûpart des pieces qui devroient être fixes vacillent. Il vacille dans son opinion, dans ses projets, ses résolutions. L'impulsion la plus légere suffit pour jetter un homme incertain & vacillant dans le parti le plus contraire à ses intérêts, & il est rare qu'il ne trouve quelque méchant attentif à lui donner cette impulsion.
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| VACOMAGI | (Géog. anc.) peuples de la grande Bretagne, selon Ptolémée, l. II. c. iij. qui les place au midi des Calédoniens. Il y en a qui croient qu'ils habitoient la province de Sterling en Ecosse. (D.J.)
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| VACORIUM | (Géog. anc.) ville du Norique, au midi du Danube, suivant Ptolémée, l. II. c. xiij. selon les uns, c'est aujourd'hui Villac, dans la Carinthie sur la Drave ; & selon Lazius, c'est Strasburg sur le Gurck. (D.J.)
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| VACOS | (Hist. nat.) c'est ainsi que les habitans de l'île de Ceylan nomment des fourmis blanches. Elles sont d'une grandeur médiocre ; leur corps est blanc, & leur tête est rouge. Ces insectes dévorent tout ce qu'ils rencontrent, sans épargner même le bois des maisons. Ils se forment le long des murs une espece de chemin couvert, en faisant comme une voûte avec de la terre ; lorsqu'elle s'est rompue en quelque endroit, ces animaux ont grand soin de la réparer. Ces fourmis, dans les champs, forment de petits monticules avec une terre très-fine ; ces butes ont cinq ou six piés de hauteur, & sont d'une grande solidité. Lorsque les aîles sont venues à ces fourmis, elles s'envolent en si grand nombre, que le ciel en est quelquefois obscurci ; alors elles s'élevent à perte de vue, & continuent à voler jusqu'à ce qu'elles soient entierement épuisées ; elles finissent par tomber mortes, & servent de nourriture aux oiseaux, & sur-tout aux poules qui en sont très-friandes.
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| VACUAC | (Géog. mod.) nom d'un pays qui confine avec celui qui se nomme Sofalatirh, la campagne & vallée de la poudre d'or. Il y a dans ce pays deux villes, Daduah & Jananah. (D.J.)
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| VACUNE | S. f. vacuna, (Mythologie) divinité des Romains, déesse des vacations ; elle étoit particulierement honorée par les gens de la campagne, & présidoit sur ceux qui étoient, pour ainsi dire, en vacances, & qui se reposoient de leurs travaux. Les Latins formerent son nom du verbe vacare, qui signifie se reposer, être de loisir. Sa fête se célébroit au mois de Décembre. Les laboureurs lui adressoient leurs prieres pendant qu'ils cultivoient leurs terres ; & lorsque la saison de l'hiver venoit à leur donner du repos, ils s'acquittoient de leurs voeux par les sacrifices que leur permettoit leur état. Cet usage n'étoit point encore aboli du tems d'Ovide qui en fait mention dans le VI. liv. de ses fastes.
Nam quoque cùm fiunt antiquae sacra vacunae,
Ante vacunales stantque, sedentque focos.
Aujourd'hui même, dit-il, quand on célebre la fête de l'ancienne vacune, les villageois sont assis devant le foyer de cette déesse.
Le culte de vacuna étoit très-ancien dans l'Italie, & il étoit établi chez les Sabins long-tems avant la fondation de Rome. Elle avoit un temple sur le mont Ficellus, aux confins de Picenum, vers les sources du Nar. Elle en avoit une autre entre Caspérie & Ocricule, avec un bois & une ville du même nom, qui subsiste encore en partie. Pline, liv. III. c. xij. nous parle des bois magnifiques qu'on lui avoit consacrés dans le territoire de Rieti.
Les uns prennent la vacuna des Sabins pour Diane, Vénus ou Cérès, d'autres pour Bellone ou la Victoire. Varron prétend que c'étoit Minerve, parce que l'étude de la sagesse demande un grand loisir ; mais cette idée n'est qu'un jeu d'esprit. (D.J.)
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| VADAVERO | (Géog. anc.) montagne d'Espagne, dans la Celtibérie. Martial, l. I. epigr. 50. ad Licinianum, est le seul des anciens qui en fasse mention :
Sterilemque cannum nivibus, & fractis sacrum
Vadaveronem montibus.
Jérôme Paul de Barcelone, dans son livre des fleurs & des montagnes d'Espagne, dit, en parlant de la montagne de Vadavero, que plusieurs croient avec assez de fondement que c'est une montagne de la Celtibérie ; qu'elle est séparée des autres, dont on diroit qu'elle a été arrachée ; qu'elle forme comme une île, & qu'on la nomme présentement par corruption Vadaricore. (D.J.)
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| VADE | S. f. (Commerce de Mer) ce mot signifie l'intérêt que chacun a dans un vaisseau à proportion de l'argent qu'il y a mis. Je suis pour un sixieme de vade dans l'armement de l'amphitrite, c'est-à-dire, j'ai un sixieme. Il se prend dans le même sens au jeu où la vade est ce qu'on a mis d'abord. Dict. du Comm.
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| VADE-MECU | ou VENI-MECUM, s. m. (Gram.) phrase latine & familiere, pour exprimer une chose que l'on a toujours à la main, & que l'on porte ordinairement sur soi : on l'applique le plus souvent à quelque livre favori ; quelques-uns font leur vademecum de Virgile, d'autres d'Horace, d'Epictete, de Thomas à Kempis, &c. c'est ce que les Grecs appelloient , & que nous appellons autrement manuel. Les Arabes ont une phrase pour dire la même chose, savoir habib al feir, compagnon de voyage.
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| VADI-GAMUS | (Géog. anc.) vallée d'Egypte. C'est une vallée étroite entre deux montagnes, qui sont aussi hautes l'une que l'autre & plates au sommet. Cette vallée ressemble à un bufle, & le mot de vadi-gamus veut dire la vallée du bufle. Elle s'étend vers le sud-est jusqu'à une demi-heure de chemin, puis elle s'éleve peu-à-peu entre les deux montagnes jusqu'à leur sommet.
Il y a à chaque côté de ces deux montagnes qui s'entre-regardent, deux rangs de carrieres, dont quelques-unes sont fort hautes, vastes, & irrégulieres en-dedans ; ce sont ces carrieres que plusieurs voyageurs ont prises pour des grottes. Voyez THEBAÏDE, grottes de la. (D.J.)
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VADIARE DUELLUM | (Hist. mod.) espece de cartel ou de défi pour s'engager dans un combat, qui devoit se donner à jour nommé, c'est-à-dire lorsqu'une personne provoquoit quelqu'un pour décider une dispute par un combat ou duel, & qu'il jettoit à bas son gantelet, ou faisoit quelque signe semblable de défi ; si alors l'autre ramassoit le gantelet ou acceptoit la provocation, on appelloit cette action vadiare duellum, donner & prendre un gage mutuel du combat.
Dans l'affaire des templiers, le grand-maître Jacques de Molai ayant comparu devant l'archevêque de Narbonne & d'autres commissaires ecclésiastiques, leur dit que s'il avoit affaire à des juges laïcs, les choses ne se passeroient pas comme on les traitoit, donnant à entendre qu'il provoqueroit au combat & les accusateurs & les juges, pour soutenir son innocence & celle de ses chevaliers. L'archevêque lui répondit : Nous ne sommes pas gens à recevoir un gage de bataille. Et en effet les ecclésiastiques étoient dispensés de cette sorte d'épreuve. Voyez ÉPREUVE, COMBAT, CHAMPION, &c.
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| VADICASSII | (Géog. anc.) peuples de la Gaule celtique ou lyonnoise, selon Ptolémée, l. II. c. viij. Ce sont les Vadicasses de Pline, l. IV. c. xviij. Le P. Briet, p. 355. sans appuyer son sentiment par aucune preuve, dit que ces peuples faisoient partie des Aedui, & il leur donne pour ville Noviodunum Aeduorum, ou Nivernium, aujourd'hui Nevers. (D.J.)
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| VADIMONIS-LACUS | (Géog. anc.) lac d'Italie, dans l'Hétrurie, au voisinage d'Améria, & près de la maison de plaisance de Calpurnius Fabatus, appellée Amerina-Praedia. Pline le jeune, l. VIII. epist. 20. nous a donné la description de ce lac. Il est, dit-il, dans un fond, & sa figure est celle d'une roue couchée. Il est par-tout égal, sans aucun recoin, sans aucun angle ; tout y est uni, compassé, & comme tiré au cordeau. Sa couleur approche du bleu, mais tire plus sur le blanc & sur le verd. Ses eaux sentent le soufre ; elles ont un goût d'eaux minérales, & sont propres à consolider les fractures.
Ce lac n'est pas fort grand, continue Pline, mais il l'est assez pour être agité de vagues quand les vents soufflent. On n'y trouve point de bateaux, parce qu'il est consacré : mais au-lieu de bateaux, vous y voyez flotter au gré de l'eau plusieurs îlotes chargées d'herbages, couvertes de joncs, & de tout ce qu'on a coutume de trouver dans les meilleurs marais & aux extrêmités d'un lac. Chaque île a sa figure & sa grandeur particuliere ; chacune a ses bords absolument secs & dégarnis, parce que souvent elles se heurtent l'une l'autre, & heurtent le rivage. Elles ont toute une égale légereté, une égale profondeur ; car elles sont taillées par-dessous, à-peu-près comme la quille d'un vaisseau. Quelquefois détachées, elles se montrent également de tous côtés, & sortent autant hors de l'eau qu'elles y entrent. Quelquefois elles se rassemblent, se joignent, & forment une espece de continent. Tantôt le vent les écarte ; tantôt elles flottent séparément dans le lieu où le calme les a surprises ; souvent les plus petites suivent les plus grandes, & s'y attachent comme de petites barques aux vaisseaux de charge. Quelquefois vous diriez que les grandes & les petites luttent ensemble, & se livrent combat. Une autre fois poussées au même rivage, elles se réunissent & s'accroissent : tantôt elles chassent le lac d'un endroit, tantôt elles l'y ramenent, sans lui rien ôter quand elles reviennent au milieu. Il est certain que les bestiaux, suivant le pâturage, entrent dans ces îles comme si elles faisoient partie de la rive, & qu'ils ne s'apperçoivent que le terrein est mouvant que lorsque le rivage s'éloignant d'eux, la frayeur de se voir comme emportés & enlevés dans l'eau qu'ils voient autour d'eux les saisit. Peu après ils abordent où il plaît au vent de les porter, & ne sentent pas plus qu'ils reprennent terre, qu'ils avoient senti qu'ils la quittoient.
Ce même lac, ajoute Pline, se décharge dans un fleuve, qui, après s'être montré quelque tems, se précipite dans un profond abîme. Il continue son cours sous terre, mais avec tant de liberté, que si, avant qu'il y entre, on y jette quelque chose, il la conserve & la rend quand il sort.
Divers autres auteurs ont parlé de ce lac, entr'autres Polybe, l. II. c. xx. qui le nomme . Tite-Live, l. IX. c. xxxix. Florus, l. I. c. xiij. & Pline, l. II. c. xcv. On l'appelle aujourd'hui Lago di Bessanello, selon le P. Hardouin, qui le met dans le patrimoine de S. Pierre environ à 3 milles du Tibre. (D.J.)
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| VADIMONIUM | S. m. (Jurisprud. rom.) ce mot signifie ajournement, obligation de comparoître en justice au jour assigné ; il faut donc savoir que dans les affaires d'injures le demandeur demandoit contre sa partie l'action ou le jugement au préteur, c'est-à-dire, qu'il le prioit de poursuivre sa partie, & le défendeur de son côté demandoit un avocat. Après ces préliminaires, le demandeur exigeoit par une formule prescrite que le défendeur s'engageât sous caution à se représenter en justice un certain jour, qui, pour l'ordinaire, étoit le sur-lendemain ; c'est ce qu'on appelloit de la part du demandeur reum vadari, demander une caution, un répondant ; & de la part du défendeur vadimonium promittere, promettre de comparoître en justice : s'il ne paroissoit pas, on disoit qu'il avoit manqué à l'assignation, qu'il avoit fait défaut, ce qui s'exprimoit par les deux mots latins, vadimonium deserere. Trois jours après, si les parties n'avoient point transigé, le préteur les faisoit appeller, & pour-lors le demandeur ayant proposé son action dans la formule réglée, le préteur lui donnoit un tribunal ou un arbitre. S'il lui donnoit un tribunal, c'étoit celui des commissaires, qu'on appelloit recuperatores, ou celui des centumvirs.
Les mots vadimonium & vadari se trouvent si fréquemment dans Ciceron, Horace, Plaute, & les historiens, qu'on ne sauroit trop les expliquer pour pouvoir entendre leurs écrits, & les allusions qu'ils y font. Ainsi dans Ciceron vadimonia constituta signifient les jours assignés pour comparoître ; actio vadimonii deserti, est le défaut qu'on accordoit pour avoir manqué à l'ajournement ; obire vadimonium, sistere vadimonium, veut dire, se présenter au jour & lieu marqués ; debere vadimonium cuipiam, signifie être tenu par promesse de se trouver à l'assignation prise avec quelqu'un ; differre vadimonium cum aliquo, donner délai à sa partie ; vadimonium promittere pro aliquo, dans Varron, promettre de comparoître en justice pour un autre ; missum facere vadimonium, décharger sa partie de l'ajournement donné.
On ne trouve pas moins souvent le verbe vadari, dans les lectures des auteurs romains. Vadari reum tot vadibus, signifie dans Tite-Live, obliger un accusé à donner un certain nombre de répondans. Vadari quempiam ex aliquo loco ad locum aliquem, c'est tirer quelqu'un de sa jurisdiction pour venir donner caution en un lieu où il ne ressort point. Ce même mot se trouve employé au figuré dans les poëtes comiques ; on lit dans Plaute, qui abire nullo pacto possim, si velim, ita me vadatum & vinctum attines ". Je ne puis m'échapper quand je le voudrois, étant engagé, lié & garroté comme je le suis avec vous ". Horace a dit, sat. IX. l. I. vers. 36. & casu tunc respondere vadato debebat : " & heureusement pour moi, c'étoit le tems où mon homme devoit comparoître en qualité de caution pour un ami ". Horace a jugé à propos de mettre ici vades pour praedes, car vades étoit pour le criminel, & praedes pour le civil. (D.J.)
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| VADO | ou VADI, petit port d'Italie, sur la côte de Gènes, à trois milles de Savonne, du côté de l'occident méridional, & à cinq milles au nord oriental de Noli. (D.J.)
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| VADROUILLE | S. m. (Marine) c'est la même chose que guispont. Voyez GUISPON.
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| VAFERINE LA | ou LA VAUFERAU, (Géog. mod.) riviere qui sépare la Savoye d'avec le pays de Michaille. Elle sort de la vallée Chasirg dans le Bugey, & va se jetter dans le Rhône. (D.J.)
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| VAG | LE, (Géog. mod.) riviere de la haute Hongrie. Elle a sa source dans le mont Rabahora, aux confins de la Pologne, & après avoir traversé les comtés d'Arava, de Tauroez, de Tranczin, de Néitra, & de Comore ; elle tombe dans le Danube, au-dessous de la ville de Comore. (D.J.)
VAG, pays de, (Géog. mod.) nom d'un pays que les géographes orientaux comprennent dans l'Egypte ; c'est cependant une contrée qui en est entierement séparée, & qui s'étend entre l'Egypte & le pays de Barca en Afrique. En un mot, c'est la Pentapolis des anciens, ainsi nommée, parce qu'elle renfermoit cinq villes, savoir Barca, Faran, Caïrouan ou Cyrène, Tripoli de Barbarie, & Afrikiah, ville qui a donné le nom à la province d'Afrique proprement dite, d'où l'Afrique a tiré le sien. (D.J.)
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| VAGA | (Géog. anc.) ville d'Afrique. Ptolémée, l. IV. c. iij. séparant de sa nouvelle Numidie le pays voisin de la ville Cirta, & lui donnant le nom de contrée des Cirtésiens, y met entre autres la ville Vaga, située dans les terres, à l'orient de Cirta. C'est de cette ville dont parle Silius Italicus, l. III. v. 259. dans ce vers :
Tum Vaga, & antiquis dilectus regibus Hippo.
Ptolémée écrit ; & Plutarque, in Mario, , Baga. Ce que ce dernier en dit, fait voir que c'est la même ville que Salluste nomme Vacca, aulieu de Vaga, Pline, l. V. c. iv. dit Vagense oppidum. (D.J.)
VAGA, (Géog. mod.) province de l'empire russien, qui fait aujourd'hui la partie méridionale de celle d'Archangel. Elle est toute couverte de forêts : on lui donne 150 werstes d'étendue du midi au nord, & 120 du levant au couchant. La riviere de Vaga ou Wara, la traverse du midi au nord. (D.J.)
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| VAGABOND | adj. (Gram. & Jurisprud.) qui erre çà & là, & qui n'a aucune demeure fixe. Sous ce nom sont compris, suivant les déclarations du roi, tous ceux qui n'ont ni profession, ni métier, ni domicile certain, ni bien pour subsister, & qui d'ailleurs ne peuvent être avoués ni certifiés de bonne vie & moeurs, par personnes dignes de foi ; comme aussi les mendians valides qui sont pareillement sans aveu ; ces vagabonds doivent être arrêtés & punis suivant les réglemens faits contre les mendians. Voy. MENDIANS & PAUVRES.
On repute aussi vagabond ceux des sujets du roi qui vont en pélérinage à S. Jacques, à notre-dame de Lorette, & autres lieux hors du royaume, sans une permission expresse de sa majesté, signée par un secrétaire d'état, & sur l'approbation de l'évêque diocésain. La déclaration de 1738 enjoint aux magistrats, prevôts des marchands, exempts, maires, syndics des villes, de les arrêter sur les frontieres, & veut qu'ils soient condamnés par les juges des lieux en premiere instance, & par appel aux cours de parlement : savoir les hommes à la peine des galeres à perpétuité, les femmes à telle peine afflictive qui sera estimée convenable par les juges.
L'ordonnance des eaux & forêts enjoint à tous les vagabonds & gens inutiles de se retirer à deux lieues des forêts, & en cas qu'ils reparoissent, les officiers des maîtrises ont droit de les faire arrêter & de prononcer contre eux la peine des galeres. Voyez le tit. 27. de l'ordonnance de 1669. art. 35. & suiv. (A)
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| VAGENI | (Géog. anc.) peuples de la Ligurie, vers la source du Pô. Pline les nomme Vagienni ligures, & les surnomme Montani. Leur capitale s'appelloit augusta vagiennorum. C'est de ce peuple que parle Silius Italicus dans ces vers, l. VIII. v. 607.
Tùnc pernix ligus, & sparsi per saxa Vagenni
In decus Annibalis duros misere nepotes.
Selon Cluvier, Ital. ant. l. I. c. ix. Les Vageni habitoient à la source du Pô, entre la rive droite de ce fleuve, & la riviere Stura. (D.J.)
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| VAGIN | S. m. (Anat. & Chirurg.) le vagin est un canal ample, qui n'est pas fort différent d'un intestin grêle ; il est plus fort, marche entre la vessie & le rectum, & s'étend de l'orifice externe jusqu'à la matrice ; il faut y remarquer :
1°. La longueur qui est de six ou sept doigts.
2°. La capacité, qui est comme celle d'un intestin grêle ; mais qui change en divers cas, comme dans l'accouchement ; son orifice est plus étroit que le reste.
3°. La substance qui est membraneuse, ridée en dedans, couverte de houpes ou mamelons, suivant l'observation de M. Ruysch, de-là vient qu'elle est fort sensible.
4°. Les rides qui ne sont pas circulaires, mais qui se trouvent comme dans le jejunum ; elles sont fort grandes dans les vierges, sur-tout à la partie antérieure ; dans les femmes qui approchent souvent des hommes, elles sont petites & usées, pour ainsi dire, elles s'effaçent presque entierement après plusieurs couches.
5°. Les lacunes qui se trouvent répandues partout au vagin, & au col de la matrice, de même qu'autour de l'urethre ; on peut quelquefois y introduire des soies ; les glandes avec lesquelles communiquent ces lacunes, filtrent une humeur muqueuse.
6°. Le muscle constricteur du vagin, est un assemblage de fibres musculeuses, qui embrassent en partie le vagin, & qui s'y insérent dans le clitoris ; il y a au même endroit un corps celluleux, & un lacis de vaisseaux qui environnent l'orifice du vagin.
Mais il est à propos de passer à la description suivie de ce canal membraneux qui s'étend depuis l'orifice interne de la matrice jusqu'à la vulve.
Il est situé dans le bassin de l'hypogastre, au-dessous des os pubis, entre la vessie & l'intestin droit. Il est si étroitement attaché à cette derniere partie, qu'il semble que leurs membranes soient confondues ; desorte que si l'un d'eux vient à être percé ou déchiré dans un accouchement laborieux, dans l'opération que l'on fait à la fistule de l'anus, ou par l'érosion de quelque ulcere, les excrémens passent facilement du rectum au vagin, & la femme ne peut plus les retenir. C'est dans ce cas qu'il faut se servir d'un pessaire en forme de globe, ovale, percé de deux trous opposés, que l'on introduit dans le vagin, & qui bouche si bien l'ouverture de communication, que l'on remédie par-là, avec assez de succès, à cet inconvénient si désagréable.
La figure du vagin est ronde & longitudinale : il peut se resserrer de toutes parts ; il peut aussi beaucoup s'étendre & se dilater au tems de l'accouchement ; ses parois s'affaissent, & il ressemble à un boyau lâche dans les filles qui vivent chastement.
Dans les femmes qui n'ont pas encore eû d'enfans, ce conduit est à-peu-près de la longueur de six à sept travers de doigt, & de la largeur d'un travers & demi ; mais dans celles qui ont eu des enfans, on ne peut pas trop bien déterminer sa grandeur ; sa longueur & sa largeur varient selon l'âge, selon les sujets & leur tempérament.
Vers le dernier mois de la grossesse, le vagin surchargé du poids du foetus, s'accourcit tellement, qu'en y introduisant le doigt, on peut toucher l'orifice interne de la matrice.
La substance intérieure du vagin paroît être toute nerveuse ; M. Ruysch y a découvert plusieurs papilles qui nous apprennent d'où vient que le vagin est très-sensible. Il est extérieurement revêtu d'une membrane assez épaisse, sous laquelle se trouvent, dans toute sa longueur, des fibres charnues, par le moyen desquelles il s'attache aux autres parties voisines.
La membrane interne du vagin est quelquefois tellement relâchée par des humeurs superflues qui l'abreuvent, qu'elle descend plus bas que le conduit de la pudeur, & qu'elle se montre au-dehors ; c'est-là ce que les anciens ont pris pour une descente de matrice. On peut voir à ce sujet les observations chirurgicales de Roonhuyse, & celle de van-Meckeren, qui ont fait l'amputation de ces excroissances.
L'entrée du vagin est située presqu'au milieu de la vulve, tirant néanmoins un peu plus vers l'anus. Cet orifice, avant l'âge de puberté, est beaucoup plus étroit que le vagin même ; & c'est, selon de Graaf, la marque la plus certaine que l'on puisse avoir de la virginité.
Il y a sur la face intérieure du vagin, des rides circulaires, plus marquées à sa partie antérieure, du côté du canal de l'urine, que vers la partie postérieure ; elles sont assez semblables à celles que l'on voit au palais d'un boeuf, hormis que ces rides n'y sont pas disposées sur une ligne aussi réguliere : aux vierges, à la partie antérieure du vagin, on rencontre quantité de ces rides ; mais dans les femmes qui ont eu plusieurs enfans, ou qui se livrent au libertinage, ces rides s'évanouissent promtement, desorte que la face interne de leur vagin, devient lisse & polie.
Le tissu de la membrane interne du vagin, est parsemé de petites glandes, & les embouchures de leurs conduits excréteurs, s'apperçoivent tout le long de ce canal ; mais elles sont en plus grand nombre près de l'entrée de l'urethre, & à la partie antérieure du vagin. Tous les conduits excréteurs fournissent par leurs embouchures, plus ou moins grandes, une liqueur séreuse qui humecte ce canal ; cette liqueur coule en abondance dans le tems de l'amour. Lorsque cette liqueur s'augmente excessivement, elle cause l'écoulement qu'on nomme fleurs blanches, état très-difficile à guérir. Ettmuller a nommé cet écoulement catharre uterin.
On remarque au vagin un sphincter situé sur le clitoris, qui a trois travers de doigt de largeur, & qui partant de celui de l'anus, monte latéralement autour du vagin, l'embrasse & sert à le fermer, afin d'empêcher l'air extérieur d'y entrer. Jules-César Arantius a fait le premier mention de ce muscle orbiculaire.
La constriction de l'orifice du vagin est aidée par des corps que l'on apperçoit à sa partie inférieure, aux deux côtés de la vulve. Leur substance extérieure est composée d'une membrane très-déliée ; & l'intérieure, que l'abondance du sang coagulé rend noirâtre, est tissue de plusieurs petits vaisseaux, & de fibres entrelassées ; ce qui a porté de Graaf, qui a le premier reconnu ces corps, à les nommer plexus rétiformes : ils servent à retrécir l'entrée du vagin.
On trouve quelquefois à cet orifice, dans les jeunes filles, une espece de membrane, tantôt sémilunaire, tantôt circulaire, nommée par les anatomistes hymen. Voyez HYMEN.
Les caroncules dites myrtiformes, sont des restes de cet hymen déchiré, qui après s'être cicatrisés, forment de petits corps charnus & membraneux ; elles ne sont point la marque du pucelage, elles le seroient plutôt de la défloration. Voyez CARONCULES MYRTIFORMES.
Il y a des femmes qui ont, dès la premiere conformation, l'orifice du vagin plus dilaté que beaucoup d'autres, & plus disposé à se dilater à mesure qu'elles avancent en âge : desorte qu'étant nubiles, elles souffrent moins de l'usage du mariage, que celles qui sont naturellement fort étroites ; sur-tout bientôt après l'écoulement de leurs menstrues, dont la seule acrimonie, dans les filles qui ne jouissent pas d'une bonne santé, peut ronger les fibrilles ou les membranes déliées qui unissent les caroncules ; outre que le flux menstruel, en humectant cet orifice, le rend beaucoup plus susceptible de dilatation.
De Graaf dit qu'il ne connoît point d'autres marques de la virginité, que cette étroitesse de l'orifice du vagin, où l'on observe plus ou moins de rugosités ou caroncules qui se manifestent depuis le premier âge jusqu'à environ vingt ans, dans toutes les femmes qui sont encore vierges : cet auteur ajoute que l'absence de ces caroncules n'est point un signe certain pour convaincre une fille d'impudicité ; d'autant que par une infinité d'accidens qui n'ont donné aucune atteinte à la virginité de la nouvelle épouse, cet orifice peut se trouver assez large pour souffrir la consommation du mariage sans effusion de sang.
L'orifice du vagin est quelquefois si fort retréci par une membrane qui le bouche presque totalement, qu'il n'y reste qu'un petit trou par où les regles s'écoulent ; cet obstacle empêche la consommation du mariage, quand l'orifice est fermé par une membrane ; l'on ne peut remédier à ces deux inconvéniens qu'en incisant & retranchant cette membrane.
Dans le premier cas, il faut avec un bistouri droit, faire quatre petites incisions en forme de la lettre X ; & dans le second, avec une lancette montée, l'on fait une seule ouverture longitudinale à cette membrane, telle que la fit Fabrice d'Aquapendente à une fille qui n'étoit point percée, pour donner issue aux menstrues retenues par cette membrane.
Les ulcérations qui succédent à un accouchement laborieux, sont quelquefois cause qu'il se fait une cohérence entre les parois du vagin ; cet accident arrive aussi quelquefois par la faute du chirurgien, qui néglige dans les pansemens d'interposer quelque chose qui tienne les parois du canal séparés ; desorte que l'on est obligé de séparer de nouveau cette cohérence, & d'en empêcher la réunion par des soins plus attentifs. (D.J.)
VAGIN, (Maladies particulieres du vagin) ce conduit est sujet à des maladies qui lui sont propres, telles sont les hémorrhagies, la chûte ou descente, qui n'est autre chose que la prolongation de la membrane interne du vagin ; les excroissances, qu'on distingue en sarcomes, fungus ou champignons, & la clôture par vice de conformation ou par accident.
I. Les veines du vagin sont sujettes à la dilatation variqueuse, comme les veines du fondement : les femmes grosses, & les filles nubiles, en qui les vaisseaux de la matrice ne se sont pas encore ouverts sont particulierement attaquées de cette maladie, ainsi que les femmes qui ont le corps de la matrice obstrué ; parce que dans toutes ces circonstances, le sang qui doit servir à la menstruation, ne pouvant s'amasser dans les vaisseaux propres à cette fonction, engorge ceux du vagin avec lesquels ils communiquent. Lorsque ces vaisseaux excessivement distendus par la plénitude viennent à se crever, il en résulte un flux hémorrhoïdal, distingué du menstruel, en ce que l'effusion du sang ne se fait pas en tems marqué, mais par intervalle sans regle & sans ordre. La dilatation des veines du vagin est aussi fort souvent une suite des maladies propres de cet organe, telles que les inflammations, rhagades ou excroissances.
Les auteurs qui disent généralement & vaguement que le traitement des hémorrhoïdes du vagin est le même que de celles du siege, n'ont pas assez consulté les différentes causes de ces maladies. Les fomentations faites avec la décoction de graines de lin, des racines d'althéa, de feuilles de bouillon, peuvent bien calmer dans l'un & l'autre cas la tension inflammatoire ; on peut être soulagé par l'usage des linimens prescrits contre le gonflement des hémorrhoïdes, tels que l'onguent populeum, les huiles de pavot, de nénuphar, d'amandes douces battues long-tems en un mortier de plomb, avec l'addition d'un jaune d'oeuf & d'un peu d'opium. Mais on ne parviendra jamais à la guérison radicale du mal secondaire qu'après avoir détruit le primitif : ainsi il faudra, dans le cas d'obstruction de la matrice, obtenir la désopilation de ce viscere, avant que de pouvoir employer efficacement des remedes contre les hémorrhoïdes du vagin qui seroient l'effet de cette obstruction. Nous en disons autant des autres causes.
II. La descente du vagin n'est jamais une chûte ou relaxation de la totalité de ce conduit : la tumeur à laquelle on donne ce nom, est simplement un allongement d'une portion de la tunique intérieure du vagin. Ces prolongations viennent le plus souvent après des accouchemens laborieux, difficiles ou trop fréquens, sur-tout dans les femmes d'une constitution délicate, & sont l'effet de la trop grande distension que le vagin a soufferte. La tunique externe reprend son ressort, & l'interne qui est naturellement ridée ne se rétablit pas si aisément, & s'il y a quelque pli trop allongé, il forme une expansion qui sort de la vulve, comme on voit la tunique intérieure du rectum former la chûte de cet intestin, maladie assez fréquente aux enfans. Voy. CHUTE DU FONDEMENT.
Il n'est pas difficile de distinguer la chûte du vagin de la descente de matrice ; pour peu qu'on connoisse par l'anatomie la disposition naturelle des parties, on ne pourra tomber en aucune méprise sur ce point ; l'introduction du doigt suffira pour s'en assurer. La descente de matrice présente un corps d'un certain volume, ferme, lisse, & où l'on peut aisément reconnoître l'ouverture transversale de son orifice qui s'avance antérieurement, & qui est la partie la plus étroite ; dans la prolongation de la tunique intérieure du vagin, le doigt se porte plus haut que la tumeur, qu'on sait n'être qu'un corps flexible formé par un pli membraneux.
Cette maladie est plus incommode que douloureuse ; elle cause une malpropreté qui exige des soins habituels, faute desquels il résulteroit des inconvéniens ; les malades sont aussi moins capables de remplir les devoirs du mariage. D'ailleurs par la négligence des moyens curatifs, ces allongemens peuvent devenir skirrheux, & former des tumeurs spongieuses, qui donnent lieu à l'engorgement variqueux des vaisseaux, d'où résultent des écoulemens sanguinolens, & quelquefois des pertes de sang.
L'indication curative est de fortifier la partie relâchée par l'usage des astringens, capables par leur effet de la réduire à son état naturel. On se sert avec succès d'une éponge fine, ou d'un pessaire fait avec du linge roulé & trempé dans une décoction de fleurs de sumach, de balaustes, de noix de galle faite avec du gros vin, ou de l'eau de forge de maréchal, ou rendue styptique par l'addition d'un peu d'alun. On peut aussi recevoir avec succès sur une chaise percée, & par le moyen d'un entonnoir, la fumigation des roses de provins seches, d'encens, de mastic, de labdanum en poudre, &c.
III. Les excroissances ont aussi leur siege dans la tunique interne du vagin ; il y en a de molles, de dures ; les unes sont flasques & spongieuses, les autres pleines de vaisseaux variqueux : les excroissances qui sont sans ulcération sont des especes de sarcomes ; si elles sont produites par une végétation charnue à l'occasion d'un ulcere fongueux, on les nomme champignons. Voyez HYPERSARCOSE.
Parmi les excroissances il y en a à base large, d'autres qui ont une racine ou pédicule grêle ; les unes sont bénignes, c'est-à-dire qu'elles dépendent d'un vice purement local ; les autres sont malignes, & viennent ordinairement du vice vénérien : celles-ci demandent d'abord le traitement qui convient à la cause qui les a produites. La cure locale consiste dans la destruction des excroissances : tous les auteurs ont prescrit avec raison de ne pas irriter par des médicamens âcres & caustiques, les excroissances skirrheuses & douloureuses, de crainte qu'elles ne dégénerent plus promtement en cancer. La ligature, si elle est possible, est préférable, ou l'extirpation par l'usage des ciseaux est le moyen le plus sûr. On arrête facilement le sang avec de la charpie trempée dans de l'eau alumineuse. Ambroise Paré conseilloit l'usage d'une eau cathérétique pour consumer les racines des excroissances du vagin, & empêcher leur reproduction. Elle aura lieu principalement pour les excroissances charnues, suites de l'ulcération. Prenez eau de plantain, six onces ; verd-de-gris & alun de roche de chacun, deux gros ; sel commun, deux onces ; vitriol romain & sublimé, de chacun demi-gros : mêlez le tout pour s'en servir au besoin. On se servira ensuite d'injections avec le vin blanc miellé, & de médicamens déssicatifs. Quelques auteurs prescrivent le jus de pourpier avec un peu de poudre de sabine, comme un remede excellent pour faire tomber les verrues du vagin.
IV. La clôture du vagin se borne ou à la simple imperforation de la vulve, voyez IMPERFORATION, où le vagin est fermé dans une grande étendue, par des brides & cicatrices qui sont des suites des ulceres de cette partie. Le vagin fermé contre l'ordre naturel peut nuire à quatre fonctions ensemble, ou séparément ; ce sont la menstruation, l'usage du mariage, la conception & l'accouchement ; il n'y a de ressource que dans l'opération pour détruire ces obstacles. Paul d'Aegine & Fabrice d'Aquapendente ont conseillé cette opération, que M. Astruc a décrite plus amplement dans son traité des maladies des femmes, tome I. (Y)
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| VAGINALE | VAGINALE
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| VAGISSEMENT | S. m. (Gramm.) mot que nous avons emprunté des Latins, qui avoient vagitus pour désigner le cri des enfans nouveaux-nés, & dont nous avons fait vagissement, qui signifie la même chose. Il ne s'emploie guere que dans les traités de science.
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| VAGNIACAE | (Géog. anc.) lieu de la grande-Bretagne. L'itinéraire d'Antonin le marque sur la route de Vallum à Portus-Riupis, entre Novimagum & Durobrivae, à dix-huit milles du premier de ces lieux, & à huit milles du second. Plusieurs mettent ce lieu à Maidstone, d'autres à Wrotham, & d'autres à Northfleet. (D.J.)
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| VAGORITUM | (Géog. anc.) ville de la Gaule lyonnoise. Ptolémée, liv. II. ch. viij. la donne aux peuples Aruvii ; Ortélius croit que c'est Vaugiron.
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| VAGUE | VAGUE
Il y a plusieurs autres vague-mestres qui sont subordonnés au vague-mestre général, & qui prennent l'ordre de lui. Ils sont choisis dans les brigades de cavalerie & d'infanterie, & ils ont des aides : ils marchent à la tête des colonnes & des brigades. (Q)
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| VAGUER | v. neut. (Brasserie) c'est remuer l'eau & la farine, ou le grain bruisiné.
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| VAGUES | S. f. effet du mouvement imprimé à la surface des eaux, ou sur la mer, ou sur les rivieres. Voyez LAMES.
VAGUES, s. f. pl. (terme de Brasseur) autrement brassoirs ; ce sont des especes de longs rabots de bois assez semblables à ceux avec lesquels les Limousins courroyent leur mortier. Les brasseurs de biere s'en servent pour remuer & brasser leur biere, soit dans les cuves à matiere où ils la préparent, soit dans les chaudieres où ils la font cuire. (D.J.)
VAGUE, adj. (Gramm.) qui n'est pas limité, circonscrit, déterminé. On dit le vague de l'air, le vague d'une idée, d'un discours, d'une proposition, d'un dessein.
VAGUE, en Anatomie, nom de la huitieme paire de nerfs qu'on appelle aussi sympathiques moyens.
On lui a donné ce nom parce qu'elle se distribue à différentes parties du corps.
La huitieme paire de nerfs naît de la partie postérieure de la moëlle allongée, de la protubérance annulaire, & de la partie antérieure des éminences olivaires par plusieurs filets, qui en s'unissant, sortent du crâne par le trou déchiré postérieur ; le nerf accessoire de la huitieme paire, ou nerf spinal s'y unit avant sa sortie. Voyez ACCESSOIRE.
Cette paire de nerfs se divise ensuite en deux parties principales, dont la plus petite se distribue aux muscles voisins de la langue, à ceux du pharynx, &c. & va ensuite se perdre dans la langue en communiquant avec le grand & le petit hypoglosse. Voyez HYPOGLOSSE.
La grande portion de la huitieme paire après avoir communiqué avec la neuvieme paire & le nerf intercostal, paroît former une espece de ganglion, d'où il se détache un filet qui se distribue au larynx, à la glande thyroïde, &c. qui communique avec le nerf récurrent ; elle descend ensuite avec la veine jugulaire interne, l'artere carotide, en leur donnant des rameaux & à l'oesophage ; en entrant dans la poitrine, elle produit le nerf récurrent qui embrasse à droite l'artere souclaviere, & à gauche l'aorte, & envoie des branches à l'oesophage, à la trachée artere & au larynx. Les différents filets que la huitieme paire jette de chaque côté, forment par leur rencontre mutuelle & leur communication avec les filets du nerf intercostal, différens plexus, dont les principaux sont le plexus pulmonaire, & le plexus cardiaque.
Le plexus cardiaque produit quantité de filets qui vont se distribuer au coeur ; le plexus pulmonaire en produit de même qui se distribuent au poumon. Voyez COEUR & POUMON.
La huitieme paire gagne peu-à-peu l'estomac, & jette chemin faisant différens rameaux à l'oesophage, après cela tous les autres filets forment par leur entrelacement le plexus coronaire stomachique, duquel naissent plusieurs filets de nerfs qui se distribuent à l'estomac. Voyez ESTOMAC.
Le plexus coronaire produit dès sa naissance deux cordons particuliers, qui en s'unissant avec le nerf intercostal, forment le plexus hépatique, le plexus splénique, les plexus mésentériques & les plexus renaux qui distribuent des filets au foie, à la rate, au mésentere & aux reins. Voyez FOIE, RATE, &c.
On a remarqué dans l'ouverture d'un cadavre mort paralytique dans l'hôpital de la Charité de Paris, une tumeur ganglio-forme de la grosseur du doigt dans la huitieme paire un peu avant qu'elle produise le nerf récurrent.
VAGUE année, (calend. de Cappadoce) année des Cappadociens un peu plus courte que l'année julienne ; en voici l'histoire, & les raisons peu connues.
Les Cappadociens avoient une année qui leur étoit propre, & qui différoit absolument de l'année solaire des Romains, ainsi que de l'année luni-solaire des Grecs de l'Asie mineure & de la Syrie, soit pour la grandeur, soit pour les noms des mois, pour leur durée, & pour le lieu de l'année solaire auquel ils répondoient.
Cette année cappadocienne étoit composée de 12 mois de trente jours chacun, auxquels on ajoutoit cinq épagomenes ; ainsi c'étoit une année vague, plus courte d'un quart de jour que l'année julienne, dont le nourous ou le premier jour remontoit d'un jour tous les quatre ans dans l'année solaire, & ne revenoit au même jour qu'au bout de 1460 ans.
Nous ne connoissons que deux nations chez lesquelles l'année vague ait été employée dans l'usage civil, les Egyptiens & les Perses. La Cappadoce n'a jamais rien eu à démêler avec les Egyptiens, si ce n'est peut-être au tems de l'expédition de Sésostris ; & d'ailleurs les noms des mois cappadociens n'ont aucun rapport avec ceux des mois égyptiens : mais voici une raison plus forte. L'année fixe ou julienne n'a été établie dans la Cappadoce que quand le nourous ou premier jour de l'année vague répondoit au 12 Décembre ; or le premier jour de l'année vague égyptienne, celui qui suit les épagomenes, a répondu au 12 Décembre depuis l'an 304, jusqu'à l'an 307 avant Jesus-Christ, & long-tems avant que l'on eût pensé à établir l'usage d'une année solaire fixe, qui ajoutoit un 366e jour tous les quatre ans ; car Jules-César en est le premier auteur.
De-plus, les noms cappadociens de la plûpart des mois sont formés sur ceux des Persans, & non sur ceux des Egyptiens. Ce pays a été long-tems soumis aux Medes & aux Perses, qui avoient à-peu-près la même religion, & qui l'avoient portée dans la Cappadoce ; de-là il faut conclure que c'étoit aussi d'eux que les Cappadociens avoient emprunté leur année vague de 365 jours.
Les Arméniens se servent aujourd'hui d'une année composée comme celle des anciens persans, de douze mois de trente jours chacun, & de cinq épagomenes ; cette année est absolument vague, sans aucune intercalation, & elle remonte tous les quatre ans d'un jour dans l'année julienne. Elle sert dans le pays pour les actes & pour la date des lettres ; mais en même tems elle emploie une autre année, qui est proprement l'année ecclésiastique, & qui sert dans la liturgie pour régler la célébration de la pâque & des fêtes, le tems des jeûnes, & tout ce qui a rapport à la religion ; cette année est fixe au moyen d'un sixieme épagomene qu'on ajoute tous les quatre ans. Les noms des mois sont les mêmes que ceux de l'année vague ; mais le nourous, ou premier jour de l'année qui commence avec le mois de navazardi, est fixé depuis long-tems au onzieme du mois d'Août de l'année julienne, & il ne s'en écarte plus.
Le premier du mois navazardi, ou le nourous de l'année vague, répondoit en 1710 au 27 Septembre julien, c'est le 8 Octobre grégorien, & par conséquent il précédoit de 318 jours le nourous de l'année fixe suivante, ou le onzieme d'Août 1711. Ce précès de 318 jours n'a pu se faire qu'en 1278 ans vagues égaux à 1277 juliens & 47 jours ; ôtant ce dernier nombre de 1709 ans complets, plus 270 jours ; il restera 432 ans 223 jours après l'ére chrétienne, ou le onzieme d'Août de l'an 433 de Jesus-Christ. Ce fut sans-doute alors qu'on établit en Arménie l'usage d'une année fixe, semblable à l'année julienne.
Les Arméniens avoient cessé en 428 ou 429 d'avoir des rois, & ils étoient gouvernés par des satrapes persans. Comme les rois de Perse leur défendoient d'avoir aucun commerce avec les grecs, & même d'en garder les livres, & qu'ils n'en avoient aucuns écrits dans leur propre langue, pour laquelle ils n'avoient pas même de caracteres, ils se proposerent d'en inventer un qui en exprimât les sons, & dans lequel ils pussent écrire une traduction de la bible, des sermonaires, &c. Moïse de Khorenne fut employé à cet ouvrage avec d'autres savans, & ce fut alors qu'on pensa à établir une liturgie propre aux églises arméniennes ; mais comme il étoit très-difficile d'avoir un calendrier qui donnât dans l'année vague le jour de Pâques, & la célébration des fêtes aux mêmes jours que les autres églises chrétiennes qui se régloient sur l'année julienne, ce fut sans-doute par cette raison qu'on établit l'usage d'une année liturgique fixe.
Dans la suite, lorsque les Arméniens se réconcilierent avec l'Eglise latine, & qu'une partie d'entre eux reconnut les papes de Rome, dans une espece de concile tenu à Kerna, au xij. siecle, ils admirent la forme de l'année julienne, que le commerce avec les Francs avoit rendue nécessaire depuis les croisades. Les actes du concile des Sis joignent l'an 756 de l'ere arménienne avec l'an 1307 de l'ére vulgaire, & datent dans l'une & l'autre année par le 19 de Mars. Dans le concile d'Adena, tenu en 1316, où il fut question du calendrier, on ne se sert que des mois juliens & de l'ere vulgaire, & encore aujourd'hui lorsque les arméniens traitent avec les occidentaux, ils emploient les mois juliens. Une lettre ou bulle du patriarche arménien de Valarschapad, publiée par Schroder, porte la date du premier Décembre 1153 de l'ére arménienne, c'est l'an 1702.
Le dictionnaire arménien de Riucola donne le nom de plusieurs mois rapportés aux mois juliens ; mais ce rapport est très-différent de celui qui se trouve dans les liturgies & dans les calendriers entre l'année julienne & l'année arménienne fixe. Riucola avoit sans-doute copié des calendriers réglés au xjv. siecle, pour donner le rapport qu'avoit alors l'année vague avec l'année julienne. Mém. de l'acad. des Insc. tome XIX. (D.J.)
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| VAGUM | (Géog. anc.) promontoire de l'île de Corse. Ptolémée, l. III. c. ij. le marque sur la côte orientale de l'île, entre Mariana-civitas & Mantinumcivitas. Cluvier dit, que c'est le promontoire qui est à l'entrée de l'étang de Brigaglia. (D.J.)
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| VAHALAI | S. m. (Hist. nat. Botan.) racine de l'île de Madagascar ; elle vient de la grosseur de la tête d'un homme ; son goût approche de celui d'une poire ; on la mange ou crue, ou cuite. Elle fait la nourriture la plus ordinaire des habitans.
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| VAHALIS | (Géog. anc.) Tacite écrit Vahalis, & César Valis ; fleuve du pays des Bataves. Le Rhin étant arrivé à l'entrée de leur pays, se partagea de tous tems en deux bras, dont le gauche coula vers la Gaule, & le droit après avoir servi de bornes entre les Bataves & les Germains, se rendit dans l'Océan. Le bras gauche fut appellé Vahalis. La Meuse, dit César, l. IV. c. x. prend sa source au mont Vogesus, aux confins des Lingones ; & après avoir reçu une certaine partie du Rhin nommé le Vahal, elle forme l'île des Bataves. On croit que le nom de ce fleuve venoit du mot germanique waalen, qui signifie détourner, & qu'on l'aura appellé waal, parce que cette branche du Rhin se détournoit vers la Gaule.
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| VAHATS | S. m. (Teinture) le vahats est un arbrisseau de l'île de Madagascar, dont la racine est propre pour la teinture. Lorsqu'on veut se servir de cette racine, on enleve l'écorce qui peut seule donner de la couleur ; & après en avoir réduit une partie en cendres, dont on fait une espece de lessive, on met bouillir dans cette lessive avec l'autre partie d'écorce qu'on a reservée, les matieres qu'on veut teindre, auxquelles il faut prendre garde de ne pas donner un feu trop vif. La couleur que produit cette teinture, est un rouge couleur de feu, ou un jaune éclatant, si l'on y ajoute un peu de jus de citron. (D.J.)
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| VAHIA | S. f. (Hist. nat. Botan.) plante de l'île de Madagascar. Elle rampe comme le lierre terrestre, & répand une odeur très-aromatique.
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| VAHON-RANOU | S. m. (Hist. nat. Botan.) plante de l'île de Madagascar ; elle vient d'un gros oignon ; sa racine est très-forte, on en mêle dans les alimens des enfans, afin de chasser les vers. Cette plante croît sur le bord des étangs, sa fleur est fort belle. Ses feuilles broyées & battues avec de l'eau la font écumer comme du savon, aussi s'en sert - on pour se nettoyer le visage.
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| VAIGRER | v. neut. terme de Marine ; c'est poser en place les planches qui font le revêtement intérieur du vaisseau. Voyez VAIGRES.
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| VAIGRE | ou SERRES, s. f. pl. terme de Marine ; ce sont des planches qui font le bordage intérieur du vaisseau, & qui forment le serrage ; c'est-à-dire la liaison. Voyez encore les articles suivans.
Vaigres de fond. Vaigres les plus proches de la quille, elles n'en sont éloignées que de 5 à 6 pouces ; on ne les joint pas entierement à la quille, afin de laisser un espace pour l'écoulement des eaux, jusqu'à l'archipompe ; cet espace est fermé par une planche qui se leve selon le besoin.
Vaigres d'empâture. Ce sont les vaigres qui sont audessus de celles du fond, Voyez VAIGRES DE FOND, & qui forment le commencement de la rondeur des côtes.
Vaigres de pont. Ce sont des vaigres qui font le tour du vaisseau, & sur lesquels sont posés les bouts des baux du second pont.
Vaigres de fleurs. Vaigres qui montent au-dessus de celles d'empâture, & qui achevent la rondeur des côtes. Voyez FLEURS.
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| VAILA | terme de Chasse ; c'est le terme dont un valet de limier doit user, quand il arrête son limier qui est sur les voies d'une bête, pour connoître s'il est dans la voie.
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| VAILLANCE | S. f. (Morale) voyez VALEUR. Il ne faut pas néanmoins renvoyer séchement au mot synonyme, quand on peut faire quelque chose de plus. Je définis donc la vaillance, l'effet d'une force naturelle de l'homme qui ne dépend point de la volonté, mais du méchanisme des organes, lesquels sont extrêmement variables ; ainsi l'on peut dire seulement de l'homme vaillant, qu'il fut brave un tel jour, mais celui qui se le promet comme une chose certaine, ne sait pas ce qu'il sera demain ; & tenant pour sienne une vaillance qui dépend du moment, il lui arrive de la perdre dans ce moment même où il le pensoit le moins. Notre histoire m'en fournit un exemple bien frappant dans la personne de M. Pierre d'Ossun, officier général, dont la vaillance reconnue dans les guerres de Piémont, étoit passée en proverbe ; mais cette vaillance l'abandonna à la bataille de Dreux, donnée en 1562, entre l'armée royale & celle des protestans ; ce brave officier manqua de courage à cette action, & pour la premiere & la seule fois de sa vie, il prit la fuite. Il est vrai qu'il en fut si honteux, si surpris & si affligé, qu'il se laissa mourir de faim, & que toutes les consolations des autres officiers généraux, ses amis, & du duc de Guise en particulier, ne firent aucune impression sur son esprit ; mais ce fait prouve toujours que la vaillance est momentanée, & que la disposition de nos organes corporels la produisent ou l'anéantissent dans un moment. Nous renvoyons les autres réflexions qu'offre ce sujet aux mots COURAGE, FERMETE, INTREPIDITE, BRAVOURE, VALEUR, &c. (D.J.)
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| VAILLANT | adj. qui a de la vaillance. Voyez VAILLANCE.
VAILLANT, terme de Maréchal, cheval vaillant. On appelle ainsi un cheval courageux & vigoureux.
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| VAIN | adj. (Gram.) ce mot a plusieurs acceptions fort différentes. On dit d'un homme qu'il est vain, c'est-à-dire qu'il s'estime lui-même, aux yeux des autres, & plus qu'il n'est permis, de quelque qualité qu'il a ou qu'il croit avoir. Voyez l'article VANITE. On dit d'une science que ses principes sont vains, lorsqu'ils n'ont aucune solidité. On dit de la gloire & des plaisirs de ce monde qu'ils sont vains, parce qu'ils passent : de la plûpart de nos espérances qu'elles sont vaines, parce qu'elles nous trompent. On dit encore de presque toutes les choses qui ne produisent pas l'effet qu'on en attend, qu'elles sont vaines ; des prétentions vaines, une parure vaine, la pompe vaine d'un mausolée, d'un tombeau. Un tems vain est celui d'un jour de chaleur qui accable, étouffe, résout les forces, & rend incapable d'occupation.
VAIN PATURAGE, (Jurisprud.) est celui qui se trouve sur les terres & prés après la dépouille, sur les terres en gueret ou en friche, dans les bruyeres, haies, buissons & bois non défensables. Voyez PRÉS & PATURAGES, PATURE. (A)
VAIN, (Maréchal.) cheval vain, c'est celui qui est foible par trop de chaleur, ou pour avoir pris quelques remedes, ou pour avoir été mis à l'herbe, ensorte qu'il n'est plus guere en état de travailler.
VAINE PATURE, (Jurisprud.) est la même chose que vain pâturage. Voyez ci-devant VAIN PATURAGE & les mots PATURAGE, PATURE & PRES. (A)
VAINES, (Véner.) il se dit des fumées légeres & mal pressées des bêtes fauves.
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| VAINCRE | SURMONTER, (Synon.) vaincre suppose un combat contre un ennemi qu'on attaque & qui se défend. Surmonter suppose seulement des efforts contre quelque obstacle qu'on rencontre, & qui fait de la résistance.
On a vaincu ses ennemis, quand on les a si bien battus, qu'ils sont hors d'état de nuire. On a surmonté ses adversaires quand on est venu à bout de ses desseins, malgré leur opposition.
Il faut du courage & de la valeur pour vaincre, de la patience & de la force pour surmonter.
On se sert du mot de vaincre à l'égard des passions, & de celui de surmonter pour les difficultés.
De toutes les passions l'avarice est la plus difficile à vaincre, parce qu'on ne trouve point de secours contr'elle, ni dans l'âge, ni dans la foiblesse du tempérament, comme on en trouve contre les autres, & que d'ailleurs étant plus resserrée qu'entreprenante, les choses extérieures ne lui opposent aucune difficulté à surmonter. Synonym. de l'abbé Girard.
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| VAINQUEUR | S. m. (Gram.) homme signalé par une victoire. Il se prend au simple & au figuré : il fut moins difficile à Alexandre de vaincre les Perses & les Asiatiques, que ses passions.
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| VAIR | S. m. (terme de Blason) c'est une fourrure faite de plusieurs petites pieces d'argent & d'azur à-peu-près comme un U voyelle, ou comme une cloche de melon. Les vairs ont la pointe d'azur opposée à la pointe d'argent, & la base d'argent à celle d'azur.
On appelle vair affronté, lorsque les vairs ont leurs pointes tendantes au coeur de l'écu, & vair appointé ou vair en pal, quand la pointe d'un vair est opposée à la base de l'autre.
On appelle vair contre vair, lorsque les vairs ont le métal opposé au métal, & la couleur opposée à la couleur : ce qui est contraire à la disposition ordinaire du vair.
Vairé se dit de l'écu, ou des pieces de l'écu chargées de vairs : quand la fourrure est d'un autre émail que d'argent & d'azur, alors on dit vairé de telle couleur ou métal. Senecé porte vairé d'or & de gueules. On appelle aussi des pieces honorables de l'écu vairées, quand elles sont chargées de vair. (D.J.)
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| VAIRON | S. m. (Hist. nat. Ichthyolog.) varius, seu phoxinus levis, poisson de riviere du double plus petit que le goujon ; il a le corps un peu mince & long d'environ trois pouces ; il est couvert de si petites écailles qu'on les distingue à peine, & il n'a point de barbillons. Il y a sur les côtés du corps une ligne de couleur d'or, qui s'étend depuis la tête jusqu'à la queue ; la couleur qui est au-dessous de cette ligne, varie dans différens individus ; car quelques-uns ont le ventre rouge, d'autres blanc ou bleu ; enfin il y en a qui ont sur les côtés du corps du bleu & de la couleur d'or. Ce poisson se plait dans les eaux peu profondes & qui coulent rapidement. On le trouve ordinairement dans les gués couverts de pierres ou de sable. Ray, synop. meth. piscium. Voyez POISSON.
VAIRON, (Maréchal.) se dit de l'oeil du cheval dont la prunelle est entourée d'un cercle blanchâtre, ou qui a un oeil d'une façon, & l'autre d'une autre. Il se dit aussi d'un cheval de plusieurs couleurs, & dont les poils sont tellement mêlés, qu'il est difficile de distinguer les blancs d'avec les noirs, & les roux d'avec les bais. On l'appelloit autrefois vair.
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| VAISON | (Géog. mod.) petite ville, ou bicoque de France, en Provence, au comtat Venaissin, proche la riviere d'Ouvèse, à douze lieues au nord-est d'Avignon, dont son évêché est suffragant. Long 22. 47. latit. 44. 17.
Le nom latin de Vaison est Vasco, ou plutôt Vasio, Vasiorum civitas, Vasio Vocontiorum, autrefois la capitale des Vocontiens, l'une des grandes villes des Gaules, & du nombre de celles qu'on appelloit foederatoe, c'est-à-dire alliées des Romains, comme nous l'apprenons de Pline. Elle étoit dans la plaine, ainsi qu'on le voit par ses ruines. Elle reçut de bonne heure le christianisme ; car un de ses évêques nommé Daphnus, episcopus vasionensis, envoya un député au concile d'Arles tenu l'an 314.
Cette ville fut ruinée sur la fin du sixieme siecle, soit par les Sarrasins, soit par les Lombards d'Italie, qui ayant passé les monts, ravagerent les pays qui sont entre le Rhône & les Alpes. A la place de cette ancienne ville de Vaison, on a bâti sur une montagne la nouvelle ville, qui n'est, à proprement parler, qu'une méchante bicoque dépeuplée, de la dépendance du pape, sans fortifications, & dont l'évêque a moins de revenu que plusieurs curés ordinaires. (D.J.)
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| VAISSEAU | S. m. (Gram.) il se dit en général de tout ustensile propre à contenir quelque chose de fluide ou de solide. La capacité du vaisseau est indéterminée ; il y en a de grands, de petits, de toutes sortes de formes, & pour toutes sortes d'usage ; le tonneau, la caraffe, le verre, la tasse, le calice, &c. sont des vaisseaux.
VAISSEAU SANGUIN, (Physiol.) Les vaisseaux sanguins sont distingués en arteres & en veines. On nomme arteres les vaisseaux qui reçoivent le sang du coeur, pour le distribuer dans toutes les parties du corps. On appelle veines les vaisseaux qui rapportent de toutes les parties au coeur une portion de sang qui avoit éte distribué dans ces mêmes parties par les arteres.
Ces sortes de vaisseaux se distinguent aisément dans le corps vivant ; les premiers, c'est-à-dire les arteres, ayant deux mouvemens que les veines n'ont pas, ou du moins qui ne s'y montrent pas d'une maniere aussi sensible. Dans l'un de ces mouvemens les arteres sont dilatées, & dans l'autre elles se resserrent. On nomme le premier diastole, & le second systole.
Les anatomistes sont partagés sur le nombre des tuniques des arteres ; les uns les ont multipliées, les autres les ont diminuées. D'autres ont disputé sur leur nature. Sans entrer dans cette discussion, nous en reconnoitrons trois avec la plûpart des écrivains. La plus extérieure vasculeuse, la seconde musculeuse, dont les fibres sont annulaires, & la troisieme nerveuse. Ruysch en ajoute une quatrieme qu'il nomme cellulaire.
Toutes les arteres commencent par deux troncs principaux, dont l'un sort du ventricule droit du coeur pour aller se distribuer aux poumons ; on le nomme artere pulmonaire : le second qui est appellé aorte, prend naissance du ventricule gauche, pour aller se distribuer généralement à toutes les parties, sans en excepter même les poumons ni le coeur.
Les veines commencent où les arteres finissent, de sorte qu'on les considere comme des arteres continuées. Elles ne sont dans leur origine que des enduits d'une petitesse indéfinie, & de l'union de plusieurs rameaux les uns avec les autres, il se forme des troncs d'une grosseur plus considérable, laquelle augmente d'autant plus qu'ils s'éloignent de leurs origines, & qu'ils approchent du coeur.
Les veines n'ont point de mouvement apparent ; il se rencontre dans leur cavité des membranes divisées en soupapes ou valvules, qui facilitent le cours du sang vers le coeur, & empêchent son retour vers les extrêmités. Voyez VALVULE.
Les veines ont moins d'épaisseur que les arteres : ce qui a donné lieu aux anciens de croire que les veines n'étoient formées que d'une seule membrane ou tunique, & que les arteres en avoient deux ; mais les modernes ont découvert que les veines sont composées à-peu-près des mêmes tuniques que les arteres, avec cette différence néanmoins qu'elles y sont plus minces, & n'ont point le même arrangement. La premiere de ces tuniques est membraneuse, n'étant faite que de plusieurs filets, qui s'étendent pour la plûpart suivant la longueur de la veine ; la seconde est vasculeuse ; la troisieme glanduleuse, & la quatrieme est faite de plusieurs fibres annulaires, que quelques-uns disent musculeuses ; car il regne la même variété d'avis sur la tunique des veines que sur celle des arteres.
On doit observer en général que toutes les arteres sont accompagnées dans leurs distributions d'autant de veines, & qu'il se trouve le plus souvent deux veines pour une seule artere. Il n'en est pas ainsi des veines ; car on en rencontre plusieurs qui ne sont accompagnées d'aucune artere ; telles sont pour l'ordinaire les veines extérieures des bras & des jambes, &c. On juge de-là que les ramifications des veines sont plus nombreuses que celles des arteres.
On observe aussi que les troncs & les principales branches tant des arteres que des veines, conservent ordinairement la même situation dans tous les sujets, mais qu'il n'en est pas ainsi de leur ramification, principalement à l'égard des veines ; car leur situation varie beaucoup, non-seulement dans plusieurs sujets, mais même à l'égard des membres d'un même sujet ; les jeux de la nature sont très-fréquens sur cet article. Voyez VAISSEAU sanguin, (Angiol.) (D.J.)
VAISSEAU SANGUIN, (Angiolog.) Les vaisseaux sanguins sont de deux sortes, nommés arteres & veines. L'origine, le décours & les ramifications de ces deux genres de vaisseaux, offrent des variétés sans nombre ; nous exposerons seulement les principales.
1°. Jeux de la nature sur les arteres. Chaque ventricule du coeur produit une maîtresse artere ; l'antérieur jette la pulmonaire ; le postérieur donne naissance à l'aorte.
L'artere bronchiale, devenue fameuse par la description de Ruysch, & par les injections de ses ramifications que j'ai vu souvent dans son cabinet, a une naissance fort incertaine ; tantôt elle vient de la crosse de l'aorte, ou des environs de cette courbure ; quelquefois d'une intercostale, & quelquefois quoique plus rarement, d'un tronc commun avec l'oesophagienne. M. Winslow a vu une communication de l'artere bronchiale gauche, avec la veine azygos ; & il l'a vu une autre fois s'anastomoser dans le corps de cette veine.
L'aorte jette comme on sait, les deux coronaires du coeur, les intercostales & les oesophagiennes. Cependant quelquefois les coronaires sont triples ; les intercostales au nombre de dix de chaque côté, aulieu de sept ou huit qui est le nombre ordinaire ; & on ne rencontre quelquefois qu'une artere oesophagienne, au-lieu de deux. De plus, les oesophagiennes naissent très-souvent des intercostales.
La laryngée est assez souvent double.
Les musculaires du cou varient beaucoup en nombre.
La stylo - mastoïdienne vient souvent du trone de l'occipitale.
L'artere orbitaire qui naît de la maxillaire, est le plus ordinairement double.
Les sous-clavieres & les carotides ont quelquefois deux troncs communs.
Les trachéales, les médiastines & la thymique, ont leur nombre & leur origine incertaine, & qui varie dans tous les sujets. Les trachéales viennent tantôt de la thymique, tantôt de la sous-claviere, tantôt de la carotide, &c. Les médiastines & les péricardines viennent de plusieurs endroits ; la thymique, la mammaire interne, les diaphragmatiques, l'aorte & les intercostales les produisent. La thymique est quelquefois double, & naît quelquefois du tronc commun de la sous-claviere & de la carotide. Les médiastines manquent assez souvent.
La mammaire externe donne des rameaux dont le décours & la distribution varient dans divers sujets.
Les arteres cervicales sortent souvent de la partie supérieure de la sous-claviere ; mais souvent les vertébrales & les carotides les produisent : quelquefois elles viennent d'un seul tronc.
L'artere basilaire se divise quelquefois de nouveau vers l'extrêmité de l'apophyse basilaire, en deux branches latérales.
L'artere intercostale supérieure a une origine très-incertaine ; quelquefois elle naît de l'aorte, d'autres fois de la sous-claviere, & d'autres fois de la cervicale.
La mammaire interne est souvent double ; & les thorachiques inférieures naissent souvent d'un seul tronc.
L'artere brachiale se divise quelquefois au milieu du bras, & quelquefois plus haut ; & sa distribution présente divers jeux de la nature en divers sujets.
L'artere cubitale se termine dans la paume de la main, par une arcade qu'on nomme palmaire, qui n'est pas également bien formée dans tous les sujets.
Passons à la distribution de l'aorte dans le bas-ventre.
L'artere coeliaque se divise quelquefois tout-à-coup près de son origine, en trois branches, à-peu-près en maniere de trépié ; ensuite elle offre plusieurs variétés dans les ramifications de ses branches. Elle fournit dans son cours l'artere gastrique ; mais celle-ci sort quelquefois de même que l'hépatique, de la mésentérique supérieure ; & quelquefois elle est double.
L'artere mésentérique supérieure, que produit l'aorte dans le bas-ventre, n'est pas moins considérable que la coeliaque, & a de même ses variétés dans ses anastomoses.
Les arteres rénales ou émulgentes sont quelquefois doubles de chaque côté ; mais leur grosseur est alors proportionnée à leur nombre.
Les capsulaires viennent tantôt du tronc de l'aorte, tantôt des arteres rénales, souvent des diaphragmatiques, & quelquefois de la coeliaque.
Les arteres spermatiques, qui sont les deux plus petites que produise l'aorte, varient beaucoup dans leur origine & leur décours ; quelquefois l'artere droite passe sur la veine-cave, & quelquefois derriere ; variété qui trouble ceux qui dissequent. Les mêmes arteres se divisent avant que d'arriver aux testicules, tantôt en trois, tantôt en quatre, & tantôt en cinq branches : rien n'est moins fixe.
Les arteres lombaires sortent quelquefois par paires, & non pas séparément, d'un petit tronc commun.
Les arteres sacrées sont quelquefois solitaires, quelquefois au nombre de trois & de quatre. Elles naissent tantôt de l'aorte, tantôt des iliaques, plus rarement des lombaires.
L'artere hypogastrique, qui paroît dans le foetus aussi considérable que le tronc de l'iliaque qui la produit, n'en est qu'une branche dans l'adulte ; sa division varie si fort qu'on n'en sauroit donner une description qui puisse convenir à un nombre même médiocre de sujets.
L'artere honteuse interne est beaucoup plus considérable dans le sexe, à cause de la matrice & du vagin qu'elle arrose. Elle est quelquefois double dans l'un & l'autre sexe, mais plus souvent dans les femmes ; c'est peut-être de-là que dépend dans quelques-unes, l'abondance de leurs regles. D'ailleurs l'artere honteuse interne communique tant avec la honteuse externe, qu'avec la moyenne ; & leur réunion porte par conséquent dans les parties de la génération, la force & la chaleur du tempérament.
Voilà les jeux des principales arteres. Un détail poussé plus loin des petits rameaux artériels, n'offriroit que semblables jeux, dont il seroit difficile de tirer quelque usage ; quoique ces variations aient leur utilité particuliere, en offrant au sang de nouvelles routes, lorsque quelques arteres cessent de faire leurs fonctions.
2°. Jeux de la nature sur les veines. Le coeur ne produit que deux arteres ; mais il reçoit plusieurs grosses veines pulmonaires.
La veine bronchiale varie non-seulement dans son origine, mais quelquefois même elle manque, au-lieu qu'ordinairement elle est double.
La veine azygos est très-considérable, & double dans quelques sujets ; quand elle est fort grosse, alors la veine-cave inférieure est très-étroite ; elle se termine par anastomose, tantôt avec la veine émulgente, tantôt avec une veine lombaire, tantôt immédiatement avec le tronc de la veine-cave inférieure, & tantôt autrement ; car il se trouve ici cent jeux de la nature. Elle reçoit communément les intercostales inférieure, supérieure, les oesophagiennes, souvent les lombaires, & les diaphragmatiques. Mais quelquefois les intercostales inférieures naissent de deux petits troncs communs, & quelquefois d'un seul.
Les veines péricardines, droites & gauches, ont semblablement beaucoup de variations dans leur origine.
Les veines jugulaires externes naissent quelquefois de l'axillaire, & quelquefois de l'union de la sous-claviere & de l'axillaire. Elles sont quelquefois en plus grand nombre que deux de chaque côté. Toutes les branches des jugulaires externes communiquent non-seulement ensemble, mais encore avec les branches de la jugulaire interne. De-là vient la difficulté que les Chirurgiens rencontrent souvent dans la saignée du col ; les ligatures ordinaires ne faisant point gonfler les vaisseaux qu'on doit ouvrir, à cause de l'issue que le sang trouve vers la jugulaire interne.
La veine vertébrale est quelquefois double dans sa partie inférieure ; la veine occipitale en vient quelquefois, & d'autres fois de l'axillaire.
La veine gutturale gauche sort quelquefois de la veine axillaire, comme M. Winslow l'a vu.
La veine axillaire jette quelquefois une branche de communication à la basilique.
La veine porte & la splénique reçoivent un grand nombre de vaisseaux qui viennent du ventricule, du duodénum, de la vésicule du fiel, du pancréas, & de l'épiploon ; mais ces veines varient infiniment dans chaque sujet, pour leur nombre & leur distribution.
La naissance des veines lombaires se trouve dans divers sujets, varier de différentes manieres.
La veine sacrée est quelquefois double, & ensuite se réunit en un seul tronc ; elle est encore quelquefois une branche de l'hypogastrique.
Ce court détail des jeux de la nature sur les vaisseaux sanguins de notre machine, doit suffire. Ceux qui examineront ces vaisseaux dans un grand nombre de cadavres, seront peut-être surpris d'y rencontrer des jeux infinis ; chaque sujet présente un arrangement nouveau. Quand on n'a pas eu l'occasion, ou l'habitude des nombreuses dissections, on croit assez souvent faire des découvertes importantes, lorsqu'il arrive d'observer quelques variétés en ce genre, tandis que les grands anatomistes, à qui ces variétés sont familieres, en gardent le silence dans leurs écrits, ou se contentent d'en avertir une fois pour toutes.
3°. Observation générale sur les jeux des vaisseaux sanguins. Comme entre les exemples de ces jeux, on parle principalement de ceux qui concernent l'aorte & les arteres émulgentes, on pourroit peut-être proposer une conjecture, qui serviroit à expliquer pourquoi il se trouve quelquefois plusieurs arteres émulgentes.
Supposons que dans un embryon qui commence à se développer, un seul petit tronc d'artere sorte de l'aorte, & qu'avant d'arriver au rein, il se divise en plusieurs branches, ainsi qu'on le voit dans la plûpart des cadavres. Dans cet embryon, le petit tronc de l'artere émulgente n'est pour ainsi dire qu'un point ; si les branches croissent, tandis que le petit tronc ne croît pas, & si en même tems les petites parties qui sont dans l'angle d'où partent les branches, vont à augmenter, voilà le petit tronc partagé en deux ou trois petits troncs, qui auront chacun leur ouverture particuliere dans l'aorte. Avec le tems ces deux ou trois petits troncs, pourront devenir fort éloignés les uns des autres, parce que l'espace qui est entr'eux, croîtra à proportion que l'accroissement de l'aorte augmentera.
On peut aussi comprendre comment un de ces troncs, ou une branche de l'artere émulgente, n'entre pas dans le rein à l'endroit de la sinuosité, & qu'il perce ailleurs la substance du rein. Il se peut faire que la substance du rein se développe sur le chemin par où cette artere doit entrer ; alors cette artere aura dans le rein une entrée plus haute ou plus basse que de coutume.
Ordinairement l'aorte fournit un tronc commun pour la sous-claviere & la carotide droite ; elle donne ensuite la carotide gauche, & enfin la sousclaviere gauche. Quelquefois la carotide & la sousclaviere du côté droit, ont chacune une origine distinguée.
La conjecture que l'on vient de proposer, peut encore ici être appliquée ; & elle fourniroit la raison de cette variété.
En effet, il est aisé de concevoir que si dans l'embryon, le tronc commun de la carotide & de la sousclaviere droite manque à se développer, tandis que l'une & l'autre de ces arteres prennent leur accroissement, elles paroîtront par la suite partir immédiatement, & chacune séparément, de la courbure de l'aorte. Si la petite portion de l'aorte qui est entre la carotide gauche & le tronc commun de la carotide & de la sous-claviere droite, ne croît pas, il n'y aura qu'un tronc pour la sous-claviere droite & les deux carotides ; c'est ce qu'on trouve aussi quelquefois.
On peut faire l'application du même principe, à l'égard des petits troncs qui sortent de l'artere iliaque interne, dans lesquels on rencontre beaucoup de variétés. On verra facilement qu'il peut y en avoir, car ce sont cinq ou six petits troncs naissans de l'iliaque interne, dans un espace qui dans l'adulte n'a qu'environ un pouce d'étendue ; ainsi ces petits troncs étant placés, pour ainsi dire l'un sur l'autre dans l'embryon, la moindre variété dans le développement, peut produire de la variété dans leur arrangement & leur distribution. Voyez les Mém. de l'acad. des Scienc. ann. 1740. (D.J.)
VAISSEAUX DU CORPS HUMAIN, (Physiologie) l'exilité, la mollesse, & la délicatesse de plusieurs vaisseaux du corps humain, surpasse l'idée que l'imagination s'en forme, & leur derniere division se perd dans la nuit de la nature.
La plus petite artere, rouge ou sanguine, qui est le plus grand de tous les petits vaisseaux, ne paroit pas surpasser en épaisseur un dixieme de fil d'araignée, & c'est une grosse artere comme l'aorte, relativement à une autre pareille artériole de la substance corticale du cerveau. Les vaisseaux de cette partie sont, suivant Leuwenhoeck, cinq cent douze fois plus fins qu'un globule rouge, qu'il prétend n'être pas plus épais qu'un centieme de fil d'araignée ; c'est donc un prodige continuel que des vaisseaux, dont l'exiguité & la finesse sont immenses, puissent résister aux seuls mouvemens, qui sont absolument nécessaires à la vie & à la santé.
Que dis-je ! ils résistent aux fievres les plus terribles ; mais les tuyaux par lesquels commence la filtration des esprits sont infiniment plus fins, jamais l'art de Ruysch n'a pû y pénétrer. Quelle prodigieuse petitesse ! l'imagination se perd dans l'infini que la nature offre par-tout.
Ces mêmes vaisseaux, qui sont l'objet de notre étonnement dans l'adulte, étoient autant de fois plus petits dans le foetus, que l'adulte est plus grand que le foetus, & le nombre en étoit par conséquent autant de fois plus considérable ; car bien-loin qu'un nouveau-né manque d'aucun vaisseau qui se trouve dans les adolescents, il en a d'autant plus, qu'il est plus près de son origine, comme Ruysch l'a remarqué, en injectant de jeunes sujets de différens âges, & comme la raison le démontre ; c'est l'effet de la continuation de la vie de raccourcir, de boucher, d'ossifier, de détruire tous les vaisseaux de notre machine. (D.J.)
VAISSEAUX, (Botan.) il y en a de capillaires ; ce sont les plus petits vaisseaux des plantes ; ils changent & varient les combinaisons des premiers principes auxquels il n'est pas aisé de remonter, malgré l'analyse des Chymistes. Les vaisseaux capillaires sont la partie la plus déliée qui compose le dessus des feuilles ; ils succent & attirent la pluie, la rosée, l'air, & les atômes aëriens dont les plantes ont besoin pour leur conservation.
Des excrétoires ; les canaux qui vuident les sucs qui ne sont pas propres à la nourriture des plantes, & qui ont été filtrés dans leurs visceres, se nomment excrétoires ; les poils même qui couvrent les feuilles des arbres, sont autant de vaisseaux excrétoires qui rejettent le fluide superflu.
Des longitudinaux ; ce sont les canaux perpendiculaires qui montent le long de la tige d'un arbre, & qui portent le suc dans les parties les plus élevées, ensorte que ces deux termes deviennent synonymes, & expriment dans un végétal les tuyaux qui montent le plus droit.
Des latéraux ; ce sont les vaisseaux séveux, qui au sortir des vaisseaux perpendiculaires s'étendent horisontalement dans les branches des végétaux pour les nourrir en partie, le reste étant réservé aux feuilles dont les véhicules & les vaisseaux capillaires imbibent l'humidité de l'air.
VAISSEAUX DE CHYMIE ; ces vaisseaux sont la partie des meubles chymiques, supellectilis chimica, qui servent à contenir certains sujets de l'art ; non pas pour les conserver, pour en approvisionner le chymiste, mais pour qu'il puisse les exposer par leur moyen aux divers agens chymiques, & principalement au feu, ou diriger, ramasser, retenir les produits de diverses opérations ; car les vaisseaux que les Chymistes emploient aux usages les plus communs, savoir à serrer, à conserver diverses matieres, tels que les bouteilles, les pots, les poudriers, les boîtes, &c. ne sont pas proprement des vaisseaux de chymie, & l'attention scrupuleuse que les Chymistes doivent avoir à ce que la matiere du vaisseau dans lequel ils enferment chaque substance ne puisse point être attaquée par cette matiere, n'a rien de particulier lorsqu'ils l'appliquent à cette derniere espece ; on a cette attention à propos de l'usage économique des vaisseaux, & de celui auquel on les emploie dans tous les arts. Il faut convenir cependant que cet objet mérite une circonspection particuliere lorsqu'il s'agit de matieres chymiques destinées à des procédés de chymie philosophique, ou à des préparations pharmaceutiques. Au reste, cette considération regarde de la même maniere les instrumens (voyez INSTRUMENS DE CHYMIE), mais le choix de la matiere des vaisseaux chymiques proprement dits est bien d'une autre conséquence, & n'est point inspiré comme le précédent, par une prudence & par une expérience vulgaire ; car il ne suffit pas que l'artiste connoisse l'énergie d'une seule substance, qu'il a actuellement sous les sens, il faut qu'il prévoye tous les produits & les événemens divers de l'opération qu'il va exécuter, & qu'il emploie des vaisseaux tellement constitués, s'il est permis de s'exprimer ainsi, & tellement appareillés, qu'ils reçoivent & retiennent ces produits, qu'ils supportent & qu'ils moderent même ces événemens de la maniere la plus avantageuse qu'il est possible. Au reste, il y a sur ceci une espece de tradition dans l'art, & même des loix écrites qui laissent rarement l'artiste dans le cas de méditer ou de tenter beaucoup pour imaginer ou pour choisir la meilleure matiere des vaisseaux & le meilleur appareil. Ce n'est que dans les expériences nouvelles où il pourra avoir ce soin, dont il sera exempt encore, moyennant l'habitude des travaux chymiques & un peu de sagacité de talent, par la considération des travaux analogues sur des sujets analogues ; & il n'arrivera point à un chymiste de distiller, comme M. Halles, du vitriol dans un canon de fusil, sur-tout pour estimer l'air qui se dégorgera de ce corps par ce moyen, parce qu'il se souviendra que l'acide vitriolique, qui s'échappe dans cette opération, attaque le fer avec effervescence, c'est-à-dire émission d'air, & par conséquent porte nécessairement de l'erreur dans l'estimation de l'air réputé entierement fourni par la substance distillée. On trouvera dans différens articles de ce Dictionnaire, & nommément dans les articles particuliers destinés aux diverses opérations chymiques, les principales connoissances de détail nécessaires pour diriger convenablement cette partie de la pratique ou du manuel chymique. Il seroit inutile de répéter ici l'énumération de tous ces différens vaisseaux, dont on trouvera d'ailleurs un tableau, une distribution réguliere dans les planches de chymie. Voyez les Planches avec leur explication : on trouvera encore un article particulier pour chaque vaisseau.
Les Chymistes se font des vaisseaux de terre cuite de poterie, comme les creusets, les têts à rôtir, des cornues, des cucurbites, &c. de verre, tels que des cornues, des alembics, toutes les especes de récipiens les plus employés, &c. de fer fondu, savoir des bassines & des cornues de diverses especes ; de cuivre, comme grands alembics les plus ordinaires, des bassines, des réfrigérans, &c. de plomb, qui fournit les tuyaux des serpentins ; d'étain, savoir les cucurbites pour le bain-marie avec leur chapiteau, &c. d'argent, des cucurbites, des bassines, &c. qu'on substitue avec avantage aux vaisseaux de cuivre qui sont beaucoup plus exposés que ceux d'argent à être entamés par divers sujets chymiques qu'on traite dans ces vaisseaux. Il y a telle opération pour laquelle les vaisseaux d'or seroient très-commodes, par exemple, une cloche à retenir l'acide du soufre, un serpentin pour la distillation des acides minéraux, &c. mais j'ai observé déjà dans quelque autre endroit de ce Dictionnaire, que la pauvreté chymique ne permettoit pas qu'on employât au - moins une fois ce précieux métal à un usage déduit de ses propriétés réelles ; enfin les vaisseaux de bois peuvent servir à traiter les sujets chymiques même par l'application du feu ; le tonneau distillatoire représenté dans les tables de chymie, & dont il est fait mention à l'article DISTILLATION, en est l'exemple & la preuve.
Outre la considération principale qui détermine le choix de la matiere des vaisseaux, & dont nous avons parlé plus haut, savoir leur insolubilité par les matieres à l'action desquelles ils sont exposés dans chaque opération ; outre cette considération, dis-je, il y en a deux autres très-générales pour les opérations qui s'exécutent par le moyen du feu, savoir que le vaisseau résiste au feu, qu'il ne s'y fonde ni éclate, ni se fêle, &c. & 2°. qu'il puisse supporter l'alternative du chaud & du froid qu'occasionnent l'abord libre de l'air, ou l'application faite à dessein d'un corps froid ; voyez REFRIGERANT & DISTILLATION. Les vaisseaux de bonne terre sont ceux qui résistent le mieux au feu, & sur-tout lorsqu'ils sont lutés ; voyez LUT. Le célebre M. Pott a donné sur cette partie importante de manuel chymique, une dissertation dont tous les objets de détail sont trop intéressans pour qu'elle soit susceptible d'extrait. Les artistes ne peuvent se dispenser de la connoître toute entiere ; elle se trouve dans le quatrieme volume de la collection françoise de ses dissertations, sous ce titre : Essai sur la maniere de préparer des vaisseaux plus solides qui puissent soutenir le feu le plus violent, & qui soient les plus propres à contenir les corps en fusion.
Les vaisseaux de métal sont éminemment propres à supporter le rafraîchissement. Les vaisseaux de fer fondu supportent quelquefois le plus grand feu. Les vaisseaux de verre ont besoin d'être lutés pour résister au grand feu, & ils doivent être rafraîchis avec beaucoup de circonspection ; enfin il y a encore une considération particuliere déduite de l'effort que des matieres très-expansibles, l'eau & l'air principalement, font quelquefois au-dedans des vaisseaux, qu'elles peuvent briser, faire sauter en éclat. Pour prévenir cet inconvénient on donne issue à cette matiere expansive, comme on le pratique dans les distillations, au moyen du petit trou du ballon ; voyez DISTILLATION. Ou on emploie des vaisseaux capables de résister aux efforts de la vapeur engendrée au-dedans d'eux, comme lorsqu'on emploie un matras vigoureusement cuirassé, à la préparation de l'éther nitreux (voyez ÉTHER NITREUX) ; ou un vaisseau d'un métal fort épais, comme la machine ou digesteur de Papin. Voyez DIGESTEUR. (b)
VAISSEAUX, (Marine) c'est un bâtiment de charpente construit d'une maniere propre à flotter & à être conduit sur l'eau.
On distingue vaisseaux de guerre & vaisseaux marchands ; la force & la grosseur des vaisseaux, & le nombre de canons qu'ils portent, distinguent les vaisseaux de guerre, des vaisseaux marchands.
Pour connoître l'ensemble & les principales parties d'un vaisseau, il faut voir la pl. I. de la Marine ; fig. 1. & fig. 2. qui sont suffisantes pour toutes les parties antérieures, & la Pl. IV. fig. 1. pour les parties intérieures. Voyez aussi les mots CONSTRUCTION & RANG. On ajoutera cependant ici quelques remarques particulieres sur la construction des vaisseaux en général.
Méthode générale des constructeurs. L'expérience est la base de toutes les regles des constructeurs. Cette expérience consiste à comparer la bonté de différens bâtimens de divers gabarits, & à choisir une moyenne forme qui réunisse les diverses qualités de ces bâtimens. Ils se reglent encore sur les poissons, & ils s'imaginent que de tous les poissons, celui qui va le mieux, doit avoir la forme convenable à un parfait vaisseau. Ce poisson est selon eux le maquereau : ce sont les portions de cet animal que l'on doit suivre. Ainsi l'a du-moins fait un des plus fameux constructeurs françois : c'est M. Hendrick ; & tel est son raisonnement. Le maquereau est cinq fois plus long que large, & sa partie la plus grosse est aux deux premieres parties de sa longueur, & les trois autres vont en diminuant jusqu'à la queue, d'où il conclud que les vaisseaux ayant cette proportion, doivent avoir la même légereté. Comme ce poisson est rond & assez épais, il veut qu'on n'épargne pas les façons aux vaisseaux ; qu'on tienne son estime ronde, & qu'on lui donne beaucoup de hauteur. L'avantage qu'on retire de-là, selon lui, est que le sillage en est plus grand, parce que l'eau passe au-dessous des façons, & ne les choque pas. Outre cela, le plat & la rondeur des étains empêche un grand tangage ou roulis ; ce qui est une qualité essentielle à la bonté d'un bâtiment. Ceux qui font les façons de derriere en poire, n'ont point, dit encore ce constructeur, ces précieux avantages.
D'après ces principes, M. Hendrick a établi ces proportions pour trouver la hauteur de l'étrave ; partagez la quille en cinq parties égales ; prenez-en une ; joignez-la à la hauteur de la quille ; ce sera la hauteur de l'étrave.
Pour déterminer sa quête, il faut partager la quille en douze parties égales, & en prendre une pour la quête.
Pour déterminer la hauteur de l'étambord, partagez la quille en neuf parties égales ; deux de ces parties donneront cette hauteur sur la quille, en y comprenant celle de la mortaise faite sur cette quille, pour ce même étambord. La quête de cette partie du vaisseau doit être la huitieme partie de sa propre hauteur.
On trouve la largeur du maître couple de dehors en-dehors, en partageant la longueur du vaisseau de dedans en-dedans, par le haut en sept parties égales, dont deux donneront la largeur du maître couple, de dehors en-dehors.
Pour avoir la hauteur du fond de cale, partagez le maître couple, de dehors en-dehors, en cinq parties égales.
Deux de ces parties donneront cette hauteur depuis la quille jusqu'au - dessus des baux, en ligne droite.
La hauteur du fond de cale, à prendre dessous la quille, donne la hauteur des façons.
Enfin, pour avoir la longueur de la lisse de hourdi, partagez le maître couple, de dehors en-dehors en trois parties égales, & prenez deux de ces parties.
L'auteur de ces regles a aussi prescrit les dimensions des principales pieces d'un vaisseau ; savoir la quille, l'étambord, l'étrave, les varangues de fond, & les baux du premier pont.
La quille aura autant de pouces en largeur, qu'elle aura de fois sept piés & demi dans sa longueur ; & sa hauteur en-avant sera égale à une fois & demie sa largeur. A l'égard de sa hauteur en-arriere, on la détermine en partageant sa hauteur en-avant en quatre parties égales, & on en prend trois.
L'épaisseur de l'étrave est égale à la largeur de la quille ; sa largeur a deux fois son épaisseur, & on augmente le haut d'un 1/4 de sa largeur d'en-bas.
On donnera à l'épaisseur de l'étambord la largeur de la quille à son ordinaire ; sa largeur d'en-bas aura trois fois son épaisseur, & sa largeur d'en-haut sera la moitié de celle d'en-bas.
La varangue de fond aura autant de largeur & d'épaisseur que la quille.
Et les baux du premier pont auront autant de quarré, que la varangue du fond a d'épaisseur.
Voici un exemple pour rendre sensible l'application de ces regles ; je suppose qu'on veut bâtir un vaisseau de soixante pieces de canon.
La quille sera de 125 piés portant sur terre ; sa largeur sera de 16 pouces 1/2, & sa hauteur de 24 pouces 3/4 en-avant, & de 18 1/2 en-arriere.
L'étrave aura 25 piés 3 pouces de hauteur, & 18 piés 1/2 de quête.
L'étambord aura 27 piés trois pouces de hauteur, & 3 piés 3 pouces de quête.
La longueur de l'étrave à l'étambord par haut de-dedans en-dedans sera de 133 piés.
La largeur du maître couple de-dehors en-dehors, sera de 38 piés 4 pouces.
La longueur de la lisse de hourdi sera de 25 piés & quelques lignes.
Quinze piés quatre pouces sont la hauteur du fond de cale.
La varangue de fond aura de hauteur 16 pouces 1/2 2 piés 8 pouces d'acculement, jusqu'à la premiere lisse, & 12 pouces & quelques lignes d'épaisseur.
Et le ban du premier pont sera de 16 pouces 1/2 en quarré.
Comme tout l'art de la construction proprement dite consiste à bien placer la premiere lisse, M. Hendrick donne une regle particuliere à cet égard ; c'est de partager la longueur de l'étrave en - dedans en trois parties égales, dont il prend la premiere, où il cloue la lisse qu'il conduit jusqu'au bout de la maîtresse varangue, & qu'il fait suivre jusqu'au bas de l'estive.
Ce constructeur ne manque pas de raisons pour appuyer ces regles ; il prétend que les vaisseaux ainsi proportionnés, portent bien la voile ; qu'ils fillent bien ; qu'ils ont un grand fond de cale, capable de contenir beaucoup de vivres, & par-là propres aux voyages de long cours ; que les batteries étant fort élevées au-dessus de l'eau, rendent le tangage plus doux, enfin qu'ils ne craignent point tant l'échouement que les autres vaisseaux.
Ces qualités sont sans-doute excellentes ; mais pour savoir si elles sont réunies par les regles ci-dessus prescrites, il faut lire les articles CONSTRUCTION & TANGAGE.
Mais quelle est la grandeur que doit avoir un vaisseau ? C'est sur quoi M. Hendrick n'a pas jugé à-propos de s'expliquer.
La proportion que j'ai suivie dans cet ouvrage, est celle que les constructeurs ont adoptée d'après l'expérience qui est la moins susceptible des fautes qu'on peut faire dans la construction. Un grand bâtiment a pourtant des avantages dont ne jouit pas un vaisseau médiocre. Premierement, il porte une grande charge, & ce qu'on y met est plus assûré que ce qu'on embarque dans un vaisseau médiocre. En second lieu, il résiste mieux à la tempête ; & par ces deux raisons, il est très-utile pour les voyages de long cours. Enfin, dans un combat il peut, & par son équipage, & par son artillerie, qui sont nombreux, écarter aisément l'ennemi. Ainsi il est en état de se défendre quand un gros tems l'a séparé des autres vaisseaux, avec lesquels il formoit une flotte.
Voilà son beau côté : ses inconvéniens sont, 1°. d'être difficile à loger, parce qu'il y a peu de havre où il puisse entrer & y demeurer à l'abri des vents, & hors de l'insulte & des ennemis ; 2°. d'être plus sensible à une mauvaise construction, les fautes augmentant à proportion de la grandeur du bâtiment ; 3°. de tirer une grande quantité d'eau ; de sorte qu'il est dangereux de siller la nuit près des côtes ou dans des lieux inconnus. Aussi les Anglois, les Hollandois, &c. qui estiment les grands vaisseaux, ne les ramenent jamais chez eux qu'en été, tems où les nuits sont courtes, & où l'on peut par conséquent reconnoître de loin les terres. A tout prendre, je ne serois pas partisan des grands vaisseaux : quelques avantages qu'ils ayent, l'architecture navale est encore trop imparfaite, pour s'exposer aux périls d'une mauvaise construction, qui est inévitable, comme on l'a éprouvé dans l'usage qu'on a fait de ces vaisseaux.
Des rangs des vaisseaux. On distingue les vaisseaux suivant leur grandeur, le nombre de leurs ponts, leur port, & la quantité de canons dont ils sont montés, & on les divise par rangs. Il y en a cinq en France : par deux ordonnances du roi de 1670 & de 1688, ces vaisseaux sont caractérisés de la maniere suivante.
Vaisseaux du premier rang. Ils ont depuis 130 jusqu'à 163 piés de long, 44 piés de large, & 20 piés 4 pouces de creux. Ils ont trois ponts entiers, dont le troisieme est coupé, avec deux chambres l'une sur l'autre ; savoir celle des volontaires ou du conseil, & celle du capitaine, outre la sainte-barbe & la dunette. Leur port est de 1500 tonneaux, & ils sont montés depuis 70 jusqu'à 120 pieces de canon.
Vaisseaux du second rang. Ces vaisseaux ont depuis 110 jusqu'à 120 piés de quille, trois ponts entiers, dont le troisieme est quelquefois coupé, avec deux chambres dans leur château de poupe, outre la sainte-barbe & la dunette. Leur port est de 11 à 1200 tonneaux, & ils sont montés depuis 50 jusqu'à 70 pieces de canon.
Vaisseaux du troisieme rang. Ils ont 110 piés de quille, deux ponts, & n'ont dans leur château de poupe que la sainte-barbe, la chambre du capitaine & la dunette ; mais ils ont un château sur l'avant du second pont, sous lequel sont les cuisines. Leur port est de 8 à 900 tonneaux, & ils sont montés de 40 à 50 pieces de canon.
Vaisseaux du quatrieme rang. La longueur de la quille de ces vaisseaux est de 100 piés ; ils ont deux ponts courant devant arriere, avec leurs châteaux de proue & de poupe, comme les vaisseaux du troisieme rang. Leur port est de 5 à 600 tonneaux, & ils sont montés de 30 à 40 canons.
Vaisseaux du cinquieme rang. Ces vaisseaux ont 80 piés de quille & même moins, & deux ponts courant devant arriere, sans aucun château sur l'avant. Les cuisines sont entre deux ponts dans le lieu le plus commode ; le port est de 300 tonneaux, & ils sont montés de 18 à 20 pieces de canon.
On appelle ces vaisseaux, vaisseaux de ligne, parce que quoique plus petits que les autres, ils sont encore assez forts pour servir dans un corps d'armée.
VAISSEAUX des anciens, (Archit. navale des anc.) tous les vaisseaux armés en guerre chez les anciens, alloient à la voile & à la rame ; mais dans les combats, on abattoit le mât, on plioit les voiles, & on ne se servoit que des rames : les vaisseaux guerroyoient alors comme les oiseaux avec leur bec ; leurs rames leur tenoient lieu d'aîles, & ils tâchoient réciproquement de briser les aîles du vaisseau ennemi ; c'étoit donc dans la rame que consistoit toute la force d'un navire, aussi tiroit-il sa dénomination du nombre des rames.
Les vaisseaux de charge n'alloient qu'à la voile, sans rames, pour épargner les frais de transport. La largeur des vaisseaux de charge étoit ordinairement le quart de la longueur, c'est pour cela qu'on les appelloit , rotundae naves ; les vaisseaux de guerre au contraire se nommoient , longae naves, ils étoient au moins huit fois plus longs que larges. Hiéron, roi de Sicile, fit construire des vaisseaux de transport d'une grandeur extraordinaire, dont le plus considérable pouvoit porter 2000 tonneaux, chaque tonneau pesant 4000 livres.
Au reste, on doit à M. Witsen (Nicolas) un des plus célebres magistrats d'Amsterdam, dans le dernier siecle, un traité curieux de l'architecture navale des anciens, & c'est sans contredit ce que nous avons de meilleur en ce genre ; le lecteur y trouvera les lumieres d'un homme de l'art sur les vaisseaux de guerre des anciens, tant à la voile qu'à la rame, leurs vaisseaux de charge, & leurs vaisseaux de transport ; mais les modernes ont bien renchéri dans cette tactique ; César seroit bien surpris s'il revenoit à Londres, qu'il vît l'architecture navale des Anglois, & les bateaux de Civita-Vecchia. (D.J.)
Lilio Giraldi a donné d'après Maxime de Tyr, la description d'un vaisseau d'un roi phénicien, qui s'en servit pour faire un voyage à Troye ; c'étoit un palais flottant, divisé en plusieurs appartemens richement meublés. Il renfermoit des vergers assez spacieux, remplis d'orangers, de poiriers, de pommiers, de vignes & d'autres arbres fruitiers. Le corps du bâtiment étoit peint de diverses couleurs, & l'or & l'argent y brilloient de toutes parts.
Les vaisseaux de Caligula étoient encore plus magnifiques que celui-ci. L'or & les pierreries enrichissoient leurs pouppes. Des cordes de soie de différentes couleurs en formoient les cordages ; & la grandeur de ces bâtimens étoit telle, qu'elle renfermoit des salles & des jardins remplis de fleurs, des vergers & des arbres. Caligula montoit quelquefois ces vaisseaux ; & au son d'une symphonie formée de toutes sortes d'instrumens, il parcouroit les côtes de l'Italie. Suétone, in Calig.
Cet empereur a encore fait construire des bâtimens qui ont été célebres dans l'antiquité par leur énorme grandeur ; tel a été celui dont il se servit pour faire venir d'Egypte l'obélisque qui fut posé dans le cirque du vatican, & que Suétone appelle le grand obélisque ; c'a été le plus grand vaisseau qu'on ait vû sur mer jusqu'au tems de Pline. On dit que quatre hommes pouvoient à peine embrasser le sapin qui lui servoit de mât. Depuis ce naturaliste, on a essayé de construire de pareils bâtimens ; & ceux qu'on compte sont le grand yave, qui parut au siege de Diu, lequel avoit son château de poupe plus haut que la hune des meilleurs vaisseaux de Portugal ; le caraquon de François I ; le grand jacques & le souverain d'Angleterre, du port de 1637 tonneaux, & dont la quille ne pouvoit être tirée que par vingt-huit boeufs & quatre chevaux ; la fortune de Danemarck & la nonpareille de Suéde, portant deux cent pieces de canon ; enfin, la cordeliere & la couronne. La longueur de ce dernier étoit de 200 piés ; sa largeur de 46 ; sa hauteur de 75 ; & toute la mâture de son grand mât, en y comprenant le bâton de pavillon, étoit de 216 pieces. On peut voir la description de ces deux derniers vaisseaux dans l'hydrographie du P. Fournier, pag. 45. & suiv.
VAISSEAUX CHINOIS, (Marine de la Chine) les vaisseaux chinois pour naviger sur mer, & qui different de leurs bateaux & de leurs barques, sont appellés soma ou sommes par les Portugais.
Ces vaisseaux ne peuvent pas se comparer aux nôtres ; les plus gros ne sont que de 250 à 300 tonneaux de port ; ce ne sont, à proprement parler, que des barques plates à deux mâts ; ils n'ont guere que 80 à 90 piés de longueur. La proue coupée & sans éperon, est relevée en-haut de deux especes d'aîlerons en forme de corne, qui font une figure assez bizarre ; la poupe est ouverte en-dehors par le milieu, afin que le gouvernail y soit à couvert des coups de mer. Ce gouvernail qui est large de cinq à six piés, peut s'élever & s'abaisser par le moyen d'un cable qui le soutient sur la poupe.
Ces vaisseaux n'ont ni artimon, ni beaupré, ni mât de hune. Toute leur mâture consiste dans le grand mât & mât de misaine, auxquels ils ajoutent quelquefois un fort petit mât de perroquet, qui n'est pas d'un grand secours. Le grand mât est placé assez près du mât de misaine, qui est fort sur l'avant. La proportion de l'une à l'autre est communément comme 2 à 3, & celle du grand mât au vaisseau ne va jamais au-dessous, étant ordinairement plus des deux tiers de toute la longueur du vaisseau.
Leurs voiles sont faites de nattes de bambou, ou d'une espece de cannes communes à la Chine, lesquelles se divisent par feuilles en forme de tablettes, arrêtées dans chaque jointure par des perches qui sont aussi de bambou. En-haut & en-bas sont deux pieces de bois : celle d'en-haut sert de vergue : celle d'en-bas faite en forme de planche, & large d'un pié & davantage, sur cinq à six pouces d'épaisseur, retient la voile lorsqu'on veut la hisser, ou qu'on veut la ramasser.
Ces sortes de bâtimens ne sont nullement bons voiliers ; ils tiennent cependant mieux le vent que les nôtres : ce qui vient de la roideur de leurs voiles qui ne cedent point au vent ; mais aussi comme la construction n'en est pas avantageuse, ils perdent à la dérive l'avantage qu'ils ont sur nous en ce point.
Ils ne calfatent point leurs vaisseaux avec du gaudron, comme on fait en Europe. Leur calfas est fait d'une espece de gomme particuliere, & il est si bon qu'un seul puits ou deux à fond de cale du vaisseau suffit pour le tenir sec. Jusqu'ici ils n'ont eu aucune connoissance de la pompe.
Leurs ancres ne sont point de fer comme les nôtres ; elles sont d'un bois dur & pesant, qu'ils appellent bois de fer. Ils prétendent que ces ancres valent beaucoup mieux que celles de fer, parce que, disent-ils, celles-ci sont sujettes à se fausser ; ce qui n'arrive pas à celles de bois qu'ils emploient ; cependant pour l'ordinaire elles sont armées de fer aux deux extrêmités.
Les Chinois n'ont sur leur bord ni pilote, ni maître de manoeuvre ; ce sont les seuls timoniers qui conduisent le vaisseau, & qui commandent la manoeuvre ; ils sont néanmoins assez bons manoeuvriers, mais très-mauvais pilotes en haute mer. Ils mettent le cap sur le rumb qu'ils croyent devoir faire, & sans se mettre en peine des élans du vaisseau, ils courent ainsi comme ils le jugent à-propos. Cette négligence vient en partie de ce qu'ils ne font pas de voyages de long cours.
Mais le lecteur sera bien aise de trouver ici la description détaillée d'un grand vaisseau chinois, faite par cinq missionnaires jésuites pendant leur traverse de Siam à Canton en 1687.
Sa mâture. Cette somme qu'ils monterent, suivant la maniere de compter qui a cours parmi les portugais des Indes, étoit du port de 1900 pics : ce qui à raison de 100 catis ou 125 livres par pic, revient à près de 120 tonneaux ; la pesanteur d'un tonneau est évaluée à deux mille livres. Le gabarit en étoit assez beau, à la reserve de la proue qui étoit coupée, plate & sans éperon. Sa mâture étoit différente de celle de nos vaisseaux, par la disposition, par le nombre & par la force des mâts ; son grand mât étoit placé, ou peu s'en falloit, au lieu où nous plaçons notre mât de misaine, desorte que ces deux mâts étoient assez proche l'un de l'autre. Ils avoient pour étai & pour haubans un simple cordage, qui se transportoit de bas-bord à tribord, pour être toujours amarré audessus du vent. Elle avoit un beaupré & un artimon qui étoient rangés à bas-bord. Au reste ces trois derniers mâts étoient fort petits, & méritoient à peine ce nom. Mais en récompense le grand mât étoit extrêmement gros par rapport à la somme, & pour le fortifier encore davantage, il étoit saisi par deux jumelles qui le prenoient depuis la carlingue jusqu'audessus du second pont. Deux pieces de bois plates fortement chevillées à la tête du grand mât, & dont les extrêmités alloient se réunir sept ou huit piés audessus de cette tête, tenoient lieu de mât de hune.
Sa voilure. Pour ce qui est de la voilure, elle consistoit en deux voiles quarrées faites de nattes, savoir la grande voile & la misaine. La premiere avoit plus de 45 piés de hauteur sur 28 ou 30 de largeur ; la seconde étoit proportionnée au mât qui la portoit. Elles étoient garnies des deux côtés de plusieurs rangs de bambous, couchés sur la largeur de la voile, à un pié près les uns des autres en-dehors, & beaucoup moins serrés du côté des mâts, dans lesquels elles étoient enfilées par le moyen de plusieurs chapelets, qui prenoient environ le quart de la largeur de la voile, en commençant au côté qui étoit sans écoute, desorte que les mâts les coupoient en deux parties fort inégales, laissant plus des trois quarts de la voile du côté de l'écoute, ce qui lui donnoit le moyen de tourner sur son mât comme sur un pivot, sur lequel elle pouvoit parcourir sans obstacle du côté de la poupe au moins 26 rumbs, quand il falloit revirer de bord, portant ainsi tantôt sur le mât, & tantôt y étant seulement attachée par les chapelets. Les vergues y servoient de ralingue par le haut ; un gros rouleau de bois égal en grosseur à la vergue, faisoit le même office par le bas ; ce rouleau servoit à tenir la voile tendue ; & afin qu'il ne la déchirât pas, il étoit soutenu en deux endroits par deux ais, qui étoient suspendus chacun par deux amarres, lesquels descendoient du haut du mât à cet effet. Chacune de ces voiles n'avoit qu'une écoute, un couet, & ce que les Portugais nomment aragnée, qui est une longue suite de petites manoeuvres qui prennent le bord de la voile depuis le haut jusqu'au bas, à un ou deux piés de distance les unes des autres, & dont toutes les extrêmités s'amarroient sur l'écoute, où elles faisoient un gros noeud.
Sa manoeuvre. Ces sortes de voiles se plient & se déplient comme nos paravents. Quand on vouloit hisser la grande voile, on se servoit de deux virevaux & de trois drisses, qui passoient sur trois rouets de poulies enchâssées dans la tête du grand mât. Quand il est question de l'amener, ils y enfonçoient deux crocs de fer, & après avoir largué les drisses, ils en serroient les différens pans à diverses reprises, en halant avec force sur les crocs.
Inconvénient de cette manoeuvre. Ces manoeuvres sont rudes, & emportent beaucoup de tems. Aussi les Chinois, pour s'en épargner la peine, laissoient battre leur voile durant le calme. Il est aisé de voir que le poids énorme de cette voile joint à celui du vent qui agissoit sur le mât, comme sur un levier, eût dû faire plonger dans la mer toute la proue, si les Chinois n'avoient prévenu dans l'arrimage cet inconvénient en chargeant beaucoup plus l'arriere que l'avant, pour contrebalancer la force du vent. De-là vient que quand on étoit à l'ancre, la proue étoit toute hors de l'eau, tandis que la poupe y paroissoit fort enfoncée. Ils tirent cet avantage de la grandeur de cette voile & de la situation sur l'avant, qu'ils font un grand chemin de vent arriere ; mais en échange, de vent largue & de bouline, ils ne peuvent tenir, & ne font que dériver, sans parler du danger où ils sont de virer, quand ils se laissent surprendre d'un coup de vent.
Dans le beau tems, on portoit outre une civadiere, un hunier, un grand coutelas qui se mettoit au côté de la voile, laquelle étoit sans écoute, des bonnettes & une voile quarrée à l'artimon. Toutes ces voiles étoient de toiles de coton.
Disposition de la poupe. La poupe étoit fendue par le milieu, pour faire place au gouvernail dans une espece de chambre qui le mettoit à couvert des coups de mer dans le gros tems. Cette chambre étoit formée par les deux côtés de la poupe, qui laissant une large ouverture en-dehors, se rapprochoient peu-à-peu en-dedans, où ils faisoient un angle rentrant dont la pointe étoit coupée, pour donner au jeu du gouvernail toute la liberté.
Du gouvernail. Ce gouvernail étoit suspendu par deux cables, dont les extrêmités étoient roulées sur un vireveau placé sur la dunete, afin de le baisser & de le lever à-propos. Deux autres cables, qui après avoir passé par-dessous le vaisseau, venoient remonter par la proue à l'avant, où on les bandoit à l'aide d'un virevau, quand ils étoient relâchés, tenoient la place des gonds qui attachent les nôtres à l'estambord. Il y avoit une barre de sept à huit piés de long sans manivelle & sans poulie, pour augmenter la force du timonier. Quatre manoeuvres attachées deux à chaque bord du vaisseau, & dont une de chaque côté faisoit quelques tours sur le bout de la barre, servoient au timonnier à le tenir en état.
Inconvénient de ce gouvernail. Un gouvernail de cette maniere ne se peut faire sentir que foiblement à un vaisseau, non-seulement parce que les cables, par le moyen desquels il lui communique son mouvement, prêtent beaucoup & s'allongent aisément, mais principalement à cause des élans continuels qu'ils lui donnent par le trémoussement où il est sans-cesse ; d'où naît un autre inconvénient, qui est qu'on a toutes les peines du monde à tenir constamment le même rumb dans cette agitation continuelle.
De la boussole. Le pilote ne se servoit point de compas de marine ; il régloit sa route avec de simples boussoles, dont le limbe extérieur de la boîte étoit partagé en vingt-quatre parties égales, qui marquoient les rumbs de vent ; elles étoient placées sur une couche de sable, qui servoit bien moins à les asseoir mollement & à les garantir des secousses du vaisseau (dont l'agitation ne laissoit pas de faire perdre à tout moment l'équilibre aux aiguilles), qu'à porter les bâtons des pastilles dont on les parfumoit sans-cesse. Ce n'étoit pas le seul régal que la superstition chinoise faisoit à ces boussoles, qu'ils regardoient comme les guides assûrés de leur voyage, ils en venoient jusqu'à ce point d'aveuglement, que de leur offrir des viandes en sacrifice.
Le pilote avoit grand soin sur-tout de bien garnir son habitacle de clous : ce qui fait connoître combien cette nation est peu entendue en fait de marine. Les Chinois, dit-on, ont été les premiers inventeurs de la boussole ; mais si cela est, comme on l'assure, il faut qu'ils aient bien peu profité de leur invention. Ils mettoient le cap au rumb où ils vouloient porter, par le moyen d'un filet de soie, qui coupoit la surface extérieure de la boussole en deux parties égales du nord au sud : ce qu'ils pratiquoient en deux manieres différentes ; par exemple pour porter au nord-est, ils mettoient ce rumb parallele à la quille du vaisseau, & détournoient ensuite le vaisseau jusqu'à ce que l'aiguille fût parallele au filet, ou bien, ce qui revient au même, mettant le filet parallele à la quille, ils faisoient porter l'aiguille sur le nord-ouest. L'aiguille de la plus grande de ces boussoles n'avoit pas plus de trois pouces de longueur. Elles avoient toutes été faites à Nangazaqui : un bout étoit terminé par une espece de fleur de lys, & l'autre par un trident.
Du fond de cale. Le fond de cale étoit partagé en cinq ou six grandes soutes séparées les unes des autres par de fortes cloisons de bois. Pour toute pompe, il y avoit un puits au pié du grand mât, d'où sans autre artifice, on tiroit l'eau avec des seaux. Quoique les mers fussent extrêmement hautes & la somme excessivement chargée, cependant par la force de ses membrures & la bonté de son calfat, elle ne fit presque point d'eau.
Composition du calfat. Ce calfat est une espece de composition de chaux, d'une espece de résine qui découle d'un arbre nommé tong-yeon, & de filasse de bambous. La chaux en est la base ; & quand tout est sec, on diroit que ce n'est que de la chaux pure & sans aucun mêlange. Outre que le bâtiment en est beaucoup plus propre, on ne sent point, comme dans nos vaisseaux, cette odeur de gaudron insupportable à quiconque n'y est point accoutumé ; mais il y a encore en cela un avantage plus considérable, c'est que par-là ils se garantissent des accidens du feu, auquel notre brai de gaudron expose nos vaisseaux. Descript. de la Chine par le P. du Halde. (D.J.)
VAISSEAUX JAPONOIS, (Marine du Japon) tous les vaisseaux japonois qu'on voit sur mer, sont faits de bois de sapin ou de cedre, qu'on trouve en abondance dans le pays. Ils sont construits différemment, suivant le but qu'on se propose, & les lieux pour lesquels on les destine.
Les bateaux de plaisir, qui font une espece à part, & dont on se sert seulement pour remonter & descendre les rivieres, ou pour traverser de petites baies, different encore beaucoup dans leur structure, selon la fantaisie de ceux à qui ils appartiennent. Ordinairement ils sont faits pour aller à la rame ; le premier pont est plus bas ; sur celui-là on en construit un autre, qui a des fenêtres ouvertes, & qu'on peut avec des paravents, diviser comme l'on veut, en plusieurs petites chambres ou loges. Le dessus & plusieurs autres parties de ces bateaux sont artistement ornées de diverses banderolles, & d'autres embellissemens.
Les plus grands bâtimens que l'on ait au Japon, sont les vaisseaux marchands, qui s'exposent aux dangers de la mer (quoiqu'ils ne s'éloignent jamais beaucoup des côtes), & qui servent à transporter d'une île ou d'une province à l'autre. Ils méritent une description particuliere, puisque c'est par leur moyen que le commerce s'étend dans toutes les parties de l'empire.
Ils ont pour l'ordinaire quatorze toises de longueur sur quatre de largeur, & ils sont faits pour aller à voiles & à rame. Ils vont en pointe depuis le milieu jusqu'à l'éperon ; les deux bouts de la quille s'élevent considérablement au-dessus de l'eau ; le corps du vaisseau n'est pas convexe, comme celui de nos vaisseaux européens ; mais la partie qui est sous l'eau s'étend presque en droite ligne du côté de la quille. La poupe est large & plate, ayant une grande ouverture dans le milieu, qui va presque jusqu'à fond de cale, & laisse voir tout l'intérieur du bâtiment. On avoit d'abord inventé cette ouverture, pour conduire plus aisément le gouvernail : depuis que l'empereur a fermé l'entrée de ses états à tous les étrangers, il a ordonné expressément qu'on ne bâtit point de vaisseau sans y faire une pareille ouverture ; & cela pour empêcher ses sujets d'aller en haute-mer à quelque dessein que ce soit.
Le tillac s'éleve un peu vers la poupe ; il est plus large sur les côtés, & dans cet endroit il est plat & uni : il est fait seulement de planches de sapin, qui ne sont point fermes, ni attachées ensemble ; il est fort peu au-dessus de la surface de l'eau, quand le vaisseau a toute sa charge. Une espece de cabane de la hauteur d'un homme la couvre presque tout-à-fait : il y a seulement un petit espace vers l'éperon qu'on laisse vuide, pour y serrer les ancres & les cordages ; cette cabane avance hors du vaisseau environ deux piés de chaque côté, & tout-autour il y a des fenêtres qui se brisent, & qu'on peut ouvrir ou fermer comme l'on veut.
Dans le fond il y a de petites chambres pour les passagers, séparées les unes des autres par des paravens & des portes, & dont les planchers font couverts de nattes artistement travaillées ; la plus reculée de ces chambres passe toujours pour la meilleure, & par cette raison elle est destinée au plus apparent des passagers.
Le dessus ou le pont le plus élevé est un peu plat, & fait de planches fort propres & parfaitement bien jointes : quand il pleut on amene le mât, & on le met sur ce pont, & par-dessus on étend la voile, afin que les matelots puissent y être à couvert, & y passer la nuit.
Quelquefois pour le garantir encore mieux de la pluie, on le couvre de nattes de paille, qu'on a toutes prêtes pour cet usage.
Le vaisseau n'a qu'une voile faite de chanvre, & fort ample, & n'a qu'un mât placé environ une toise plus avant que le milieu, du côté de la poupe. On éleve ce mât, qui est aussi long que le vaisseau, avec des poulies, & on l'amene de même sur le pont quand on vient à mouiller.
Les ancres sont de fer, & les cables de paille cordonnée sont plus forts qu'on ne s'imagineroit.
Ces vaisseaux ont communément 30 ou 50 rameurs pour tirer à la rame, lorsque le vent tombe : ces rameurs s'asseient sur des bancs qui sont placés du côté de la poupe ; ils rament en cadence sur l'air d'une chanson, ou sur le ton de quelques paroles, ou sur un son qui sert en même tems à regler leur manoeuvre, & à les animer.
Ils n'étendent pas leurs rames à la maniere des Européens, droit en avant, & fendant justement la surface de l'eau ; mais ils les laissent tomber presque perpendiculairement, & puis ils les relevent : cette maniere de ramer a non-seulement tous les avantages de la nôtre, mais elle donne moins de peine, & paroît beaucoup meilleure, si on considere que les vaisseaux n'ont quelquefois que très-peu d'espace, comme lorsqu'ils passent par des détroits, ou à côté les uns des autres ; & que les bancs des rameurs sont fort élevés au-dessus de l'eau : d'ailleurs leurs rames sont faites précisément pour cet usage, car elles ne sont pas toutes droites comme les nôtres, mais un peu recourbées, avec un joint mobile dans le milieu, lequel cédant à la violente pression de l'eau, fait qu'on peut les relever plus aisément.
Les diverses pieces de la charpente de ces bâtimens, & les planches sont attachées ensemble dans les joints & dans les extrêmités avec des crampons & des bandes de cuivre. L'éperon est orné d'un noeud de franges fait de petits cordons noirs & longs. Les personnes de qualité, dans leurs voyages, font tendre leurs cabanes de drap, auquel leurs armes sont cousues ; & ils mettent leur pique, qui est une marque de leur autorité sur l'arriere du vaisseau, à l'un des côtés du gouvernail ; de l'autre côté il y a une girouette pour l'usage du pilote.
Dans les petits bâtimens, aussi-tôt qu'on a jetté l'ancre, on ôte le gouvernail, & on le met à terre ; ensorte qu'on peut passer au-travers de l'ouverture de la poupe, comme par une porte de derriere, & marchant sur le gouvernail, comme sur un pont, aller à terre. Kaempfer, hist. du Japon. (D.J.)
VAISSEAU SACRE, (Antiq. grecq.) on appelloit ainsi le vaisseau que les Athéniens envoyoient tous les ans à Délos, pour faire des sacrifices à Apollon, & l'on prétend que c'étoit le même sur lequel Thésée avoit mené en Crete les quatorze jeunes enfans que les Athéniens payoient de tribut à Minos. Voyez NAVIRE sacré. (D.J.)
Voici l'explication de quelques façons de parler à l'égard des vaisseaux.
Vaisseau à la bande ; c'est un vaisseau qui cargue, & qui se couche sur le côté, lorsqu'il est sous les voiles, & qu'il fait beaucoup de vent. Voyez encore BANDE.
Vaisseau à l'ancre ; c'est un vaisseau qui a jetté l'ancre à la mer.
Vaisseau à son poste ; c'est un vaisseau qui se tient au lieu qui lui est marqué par son commandant.
Vaisseau beau de combat, ou qui est de beau combat ; vaisseau qui a sa premiere batterie haute, & ses ponts assez élevés, ce qui est un avantage pour bien manier le canon.
Vaisseau corsaire ; voyez CORSAIRE.
Vaisseau démarré ; c'est un vaisseau qui a levé exprès les amarres qui le tenoient, ou dont les amarres ont rompu.
Vaisseau gondolé ; vaisseau qui est ensellé, ou qui est relevé de l'avant & de l'arriere ; ensorte que ses préceintes paroissent plus arquées que celles d'un autre vaisseau.
Vaisseau qui a le côté droit comme un mur ; cela veut dire que le côté du vaisseau n'est pas assez renflé, ou qu'il n'y a pas assez de rondeur dans son fort.
Vaisseau qui a le côté foible ; c'est un vaisseau dont le côté est droit, & qui n'est pas bien garni de bois.
Vaisseau qui a le côté fort ; vaisseau dont le côté a de la rondeur.
Vaisseau qui cargue ; vaisseau qui se couche lorsqu'il est sous les voiles.
Vaisseau qui charge à fret ; vaisseau qui est à louage. Voyez FRET.
Vaisseau qui se manie bien ; c'est un vaisseau qui gouverne bien.
Vaisseau qui se porte bien à la mer ; vaisseau qui a les qualités nécessaires pour bien siller, & pour être doux au tangage.
Vaisseau rallongé ; c'est un vaisseau qui avoit été construit trop court, & qu'on a rallongé pour remédier à ce défaut.
Vaisseaux de bas bord ; ce sont des bâtimens qui vont à voiles & à rames, tels que les galeres, les brigantins, &c. ils ne sont presqu'en usage que sur la Méditerranée.
Vaisseaux de haut bord ; vaisseaux qui ne vont qu'à voiles, & qui peuvent courir toutes les mers.
VAISSEAUX, (Mytholog.) l'usage très-ancien de donner aux vaisseaux le nom des animaux qui étoient représentés sur la proue, a enrichi la mythologie. Elle ne dit point que Persée voyageoit sur un vaisseau, mais qu'il étoit monté sur un cheval aîlé. Dédale s'enfuit de Crete sur un vaisseau à voiles, qui alloit plus vîte que le vaisseau à rames qui le poursuivoit : voilà les aîles avec lesquelles il s'envola. Minerve en construisant le vaisseau des Argonautes avoit employé au gouvernail un des chênes de la forêt de Dodone qui rendoit des oracles ; & cette fable n'est fondée que sur un mot phénicien qui est équivoque, & qui signifie également la parole ou un gouvernail. Virgile n'a garde de dire grossierement que Turnus brûla la flotte de son héros dans le port. Il transforme les vaisseaux d'Enée en des déesses immortelles ; on voyoit déjà, nous dit-il, voler les tisons ardens & les torches enflammées de Turnus ; déjà une épaisse fumée s'élevoit jusqu'aux astres, lorsqu'une voix redoutable se fit entendre : Troyens, dit-elle, ne vous armez point pour la défense de mes vaisseaux ; Turnus embrasera plutôt les mers, que cette flotte sacrée : galeres, nagez & devenez déesses de l'Océan, c'est la mere des dieux qui l'ordonne. Aussitôt chaque galere brise ses cables, & comme des dauphins se plongeant dans le sein de l'onde, elles reparoissent à l'instant, & offrent aux yeux autant d'océanides. Ces nouvelles déesses se souvenant des dangers qu'elles avoient couru, prêtent depuis lors une main secourable à tous les vaisseaux menacés du naufrage, excepté aux vaisseaux des Grecs.... Que d'idées ingénieuses & brillantes dans ce seul endroit de l'Enéide. (D.J.)
VAISSEAUX A FOULER, instrument de Manufacture, autrement piles ou pots, ce sont, pour l'ordinaire, particulierement du côté d'Amiens, de gros troncs d'arbres que l'on a creusés en façon d'auges ou mangeoires d'écuries, où l'on a eu soin de laisser des séparations de distance en distance. C'est dans ces vaisseaux que l'on met les étoffes que l'on veut fouler ou dégorger, ce que l'on appelle reviquer dans les manufactures d'Amiens.
A chaque vaisseau il y a deux pilons ou maillets qui battent alternativement sur les étoffes, & par le moyen desquels elles se tournent comme d'elles-mêmes dans les piles quand on les foule ou qu'on les revique. Comme les pilons ont leur mouvement par le moyen d'un moulin à eau, ceux qui conduisent ces moulins se nomment meuniers-foulons. (D.J.)
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| VAISSELLE | S. f. (Gram.) terme collectif ; on comprend sous ce nom tous les vaisseaux destinés au service de la table, pots, plats, assiettes, salieres, &c. en argent, en or, en terre, en fayance, en porcelaine. Pour désigner les assiettes & les plats, on ajoute le mot de plate.
VAISSELLE d'argent d'Amérique, (Orfévrerie d'Amérique) il se fabrique dans l'Amérique espagnole quantité de vaisselle d'argent, qui fait une partie du commerce de contrebande, que les vaisseaux des autres nations de l'Europe ont coutume de faire, soit sur les côtes de la mer du nord, soit sur celles de la mer du sud. Les profits sur cette marchandise sont très-grands ; mais pour n'y être pas trompé, il faut être instruit de la différence qu'il y a entre la vaisselle qui est fabriquée au Pérou, & celle qu'on fait au Mexique.
En général il n'y a rien de fixe ni de positif sur le titre de cette vaisselle, le prix n'en étant pas reglé, & les orfévres travaillant comme il leur plaît. Celle du Mexique est la meilleure, quoique pourtant elle differe de quatre à cinq pour cent du titre des piastres, suivant qu'il y a plus ou moins de soudure.
La vaisselle qui vient du Pérou est encore plus sujette aux alliages forts, car il y en a qui ne rend pas neuf deniers & demi de fin, quoique ce soit de la vaisselle plate ; ensorte qu'il n'en faut acheter qu'à un bas prix. Elle ne vaut ordinairement que 7 piastres & demi le marc. Savary. (D.J.)
VAISSELLE d'étain, (Potier d'étain) c'est ce qui est compris sous les noms d'assiettes, plats, jattes ou bassins, écuelles, &c. ce qui n'est composé que d'une seule piece jettée dans un seul moule ; chacun sait que la forme en est ordinairement ronde ; les parties sont le fond, les côtés du fond, qu'on nomme le bouge, & le bord à l'extrémité duquel est une moulure qu'on appelle filet, & le dessous du filet, plate-bande. Anciennement le bord de la vaisselle étoit tout plat sans filet, & le fond très-petit. On a donné à la mode d'à présent le nom de marly, parce qu'on en présenta le premier service au roi Louis le Grand à Marly, environ l'an 1690 ou 92.
On a inventé depuis d'autres modes de vaisselle, dont les bords sont octogones, avec des gaudrons sur la moulure, & enfin la vaisselle à contour, qui est la derniere mode, & de la même façon que la vaisselle d'argent, & qui se plane de même. Voyez FORGER l'étain.
Il faut pour faire la vaisselle la jetter en moule, épiller, revercher, paillonner ; si c'est de l'étain fin, tourner, & forger ou planer. Voyez ces mots.
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| VAISSELLÉE | S. f. (Manufacture de lainage) ce mot se dit de la quantité d'étoffes de laine, qui est contenue dans chaque vaisseau d'un moulin à foulon ; quelques-uns disent aussi pilée. Trévoux. (D.J.)
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| VAIVODE | S. m. (Hist. mod.) est proprement un titre qu'on donne aux gouverneurs des principales places de l'empire de Russie.
Les palatins ou gouverneurs des provinces de Pologne prennent aussi la qualité de vaivodes. Voyez PALATINS.
Les Polonois ont aussi donné le nom de vaivodes aux princes de Valaquie & de Moldavie, parce qu'ils ne les regardent que comme des gouverneurs, prétendant que la Valaquie & la Moldavie sont des provinces que leurs gouverneurs ont soustraites à l'obéissance de la république de Pologne, à qui elles étoient autrefois soumises ; partout ailleurs on appelle ces princes hospodar. Voyez HOSPODAR.
Ducange prétend que le nom de vaivode ne signifie autre chose dans la Dalmatie, la Croatie & la Hongrie, qu'un général d'armée. Leunclavius dans son livre intitulé pandectes des Turcs, dit que ce nom signifie communément un capitaine ou commandant. M. l'abbé Fourmont dans la relation de son voyage de Grece, en 1730, appelle woivode l'officier turc qui commandoit dans Athènes, & qui étoit le gouverneur de la ville, qu'il distingue expressément du disdar ou gouverneur de la forteresse. Voyez VAYVODES.
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| VAIVR | ou VOIVRE, (Géog. mod.) petit pays de France, au duché de Bar, entre la Meuse & la Moselle. Le principal lieu est le bourg nommé Haton le châtel. (D.J.)
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| VAJAROU | (Géog. mod.) riviere des Indes ; elle a sa source au royaume de Maduré, & tombe dans la Marava. Les gens du pays la saignent tant qu'ils peuvent, pour la culture de leur riz, qui veut toujours avoir le pié dans l'eau, jusqu'à ce qu'il ait acquis sa parfaite maturité. (D.J.)
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| VAKEBARO | (Géog. mod.) vallée du royaume d'Espagne dans l'Asturie. C'est une des cinq vallées qui composent la petite province de Liebana. Elle est fertile en froment, en vin, en bétail, & elle est misérable avec tous ces avantages.
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| VAKHSCHAR | LE, (Géog. mod.) riviere de la province de Transoxane, qui donne son nom à la ville de Vakhschah qu'elle traverse. (D.J.)
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| VAKIÉ | S. m. (Comm.) poids qui revient à une once, poids de marc. Voyez BATMAN, Diction. du commerce.
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| VAL | (Gram.) espace ou terrein bas, renfermé entre des montagnes, ce que nous entendons aujourd'hui par vallée ; car val n'est plus d'usage.
VAL, s. m. (Poids étranger) petits poids, dont on se sert dans les Indes orientales pour peser les piastres ou réales de huit. Chaque réale doit être du poids de 73 vals ; autrement celui qui les vend, doit en suppléer le prix. (D.J.)
VAL-AVERSA, (Géog. mod.) jurisdiction du pays des Grisons, dans la ligue de la Maison-Dieu, & l'une des dépendances de la communauté de Stallen. Cette vallée est située au pié du mont Septimer, dans un lieu rude & sauvage. On y compte sept paroisses. Les habitans ont eu des seigneurs particuliers, vassaux de l'évêque de Coire ; mais ils ont acheté leur liberté depuis long-tems ; & c'est une acquisition qu'on ne peut trop payer.
VAL - GNA, ou VAL - BREUNA, (Géog. mod.) bailliage d'Italie, dans la dépendance des petits cantons de la Suisse ; ce bailliage n'est qu'une vallée qui contient un petit nombre de villages & quelques mines de cuivre & de plomb. Le nom de Val-Breuna, en allemand Breuner Thal, lui vient des Breunes, ancien peuple dont Pline fait mention entre les Alpes ; ce nom vient de la riviere Breuna qui arrose la vallée. (D.J.)
VAL DE GRACE, (Hist. ecclés.) abbaye de bénédictines, au fauxbourg S. Jacques, fondée au viij. siecle, réformée en 1618, & transférée en 1621 de la paroisse de Biron-le-châtel, située à trois lieues de Paris, dans la capitale par Anne d'Autriche. L'église qui est belle est de Gabriel Leduc ; elle est remarquable par son dôme & par le baldaquin élégant du maître autel. Mignard a peint le dôme ; Moliere a chanté ce morceau de peinture. Le morceau de peinture & le poëme sont des ouvrages médiocres, l'un d'un grand poëte, l'autre d'un peintre ordinaire.
VAL-DES-CHOUX, (Théol.) prieuré dans le diocèse de Langres, à 4 lieues de Chatillon, situé dans une affreuse solitude. C'est un chef-d'ordre, mais peu considérable, & qui n'est qu'une branche de celui de S. Benoît. On dit dans le pays qu'il doit son origine à un certain frere Wiard ou Viard, convers de la chartreuse de Lugny, qui ne trouvant pas l'ordre des chartreux assez austere, se retira dans cette solitude, & y assembla des disciples. Ce qui peut confirmer cette tradition, c'est que les religieux du Val-des-choux avoient l'habit des chartreux dans le commencement de leur institut, & qu'ils portent encore aujourd'hui l'habit blanc : mais ils y ont changé quelque chose. Ils prennent un chaperon, au-lieu du capuchon, qui tenoit autrefois à la cucule ou scapulaire.
L'auteur du supplément de Morery, de qui nous empruntons cet article, remarque que cette tradition est insoutenable, & il le prouve entr'autres raisons : 1°. parce que Jacques de Vitri, auteur contemporain, dit que les moines du Val-des-choux suivoient les usages des cîteaux & non ceux des chartreux : 2°. parce que le premier prieur du Val-des-choux ne fut point le frere Wiard, mais un nommé Gui, qui eut pour successeur Humbert, ainsi que le porte cette inscription de leur tombeau qu'on voit encore dans l'église de ce monastere.
Hic duo sunt fratres, caput ordinis, & prothopatres,
Guido & Humbertus : sit Christus utrisque misertus.
3°. parce qu'une autre inscription qu'on lit dans la même église, montre que le frere Wiard ne se retira au Val-des-choux qu'environ 100 ans après la fondation du monastere l'an 1293, anno Domini M. CC. XCIII. quarto nonas Novembris intravit frater Wiardus in chorum Vallis-caulium. On convient cependant que le premier prieur du Val-des-choux est venu de la chartreuse de Lugny : les constitutions le disent positivement. Voyez le supplément au diction. de Morery.
VAL-DES-ECOLIERS, (Théol.) abbaye dans le diocèse de Langres, & autrefois chef-d'ordre d'une congrégation de chanoines réguliers sous la regle de S. Augustin vers l'an 1212. Guillaume Richard & quelques autres docteurs de Paris, persuadés de la vanité des choses du monde, se retirerent dans cette solitude avec permission de l'évêque diocésain, ils y furent bientôt suivis de grand nombre d'écoliers de la même université ; & c'est de-là que leur solitude prit le nom de Val-des-écoliers. Leur établissement s'augmenta avec tant de succès, que, suivant la chronique d'Alberic, en moins de vingt ans, ils eurent seize maisons. Saint Louis fonda celle de Ste Catherine à Paris, & en établit d'autres en France & dans les Pays-bas. Clément Cornuot, prieur général de cette congrégation, obtint du pape Paul III. la dignité d'abbé pour lui & pour ses successeurs. Depuis l'an 1653, cet institut a été uni à la congrégation des chanoines réguliers de Ste Génevieve de France. Albéric, in chron. Ste Marthe, t. IV. Gall. Christ. Du Molinet, description des habits des chanoines réguliers.
Le continuateur de Morery dit que le premier endroit que les fondateurs du Val-des-écoliers choisirent pour leur demeure, étoit si inaccessible par les bois & les rochers qui l'environnoient, qu'on fut obligé, trente ans après, de transporter l'habitation à une demi-lieue du premier monastere, dans un lieu encore fort solitaire, mais moins desagréable. On y transféra les ossemens de ceux qui étoient déja morts, & sur-tout des quatre fondateurs, qui sont sous une belle tombe au milieu du choeur, sur laquelle on lit ces quatre vers :
Gallia nos genuit, docuit Sorbona, recepit
Hospitio praesul, pavit eremus inops.
Justa pius solvit Christo, quem ereximus ordo,
Ossa que jam Vallis nostra scholaris habet.
Les PP. DD. Martenne & Durand, bénédictins, ont fait imprimer les premieres constitutions de ce monastere, qui sont également instructives & édifiantes, dans leur voyage littéraire, tome I. part. I. & supplém. de Morery.
VAL-MADIA ou VAL-MAGIA, (Géog. mod.) par les Allemands Mayn - Thal ; petit bailliage d'Italie, dans la dépendance des douze anciens cantons suisses. Ce bailliage n'est qu'une longue vallée étroite, serrée entre de hautes montagnes, & arrosée dans sa longueur par une riviere de même nom, & qui de-là coule à Locarno. (D.J.)
VAL-OMBROSA, (Géog. mod.) monastere, chef d'ordre d'Italie, dans la Toscane, aux montagnes de l'Apennin, fondée dans le xj. siecle par S. Gualbert. (D.J.)
VAL-TELLINE, (Géog. mod.) les écrivains latins du moyen âge l'appellent Vallis-Telina, & nomment les habitans Voltureni. Les Allemands ont corrompu le nom de Vallis-Telina en celui de Veltlyn.
Seigneurie des Grisons, à l'entrée de l'Italie, au pié des Alpes, près du comté de Bormio. La vallée qui compose cette seigneurie est fort longue, mais d'une largeur très-inégale. L'Adda la traverse & la partage en deux parties. Elle est divisée en trois tiers, qui forment cinq petits bailliages. Le premier tiers a Tirano pour capitale ; le second tiers a Sondrio ; & le troisieme qui est partagé en deux gouvernemens, a Trahona & Morbegno. Le territoire de Teglio fait un gouvernement à part.
Les cinq gouvernemens de cette vallée ont chacun leur conseil & leurs chefs, qui sont élus par toute la communauté. Ils ont aussi leurs officiers militaires, leurs syndics qui veillent à l'observation des loix, & leurs consuls de justice qui ont soin des orphelins. On fait des assemblées générales pour les affaires qui regardent tous les habitans ; ces assemblées se tiennent à Sondrio.
Plusieurs puissances ont tenté tour-à-tour de s'emparer de cette petite province au commencement du dernier siecle, lorsqu'elle appartenoit aux ligues Grises réformées. On vit en 1620 éclorre le projet de massacrer tous les protestans du pays. On en égorgea environ cinq cent, & ce fut le fruit des intrigues de la maison d'Autriche. Elle s'empara des comtés de Bormio & de Chiavenne, d'où elle chassa les protestans. Les Espagnols vouloient joindre la Val-Telline au Milanez. Le pape Urbain VIII. avoit obtenu qu'on la séquestrât entre ses mains, & ne desespéroit pas de la garder. La France jalouse affranchit ce pays de l'invasion autrichienne ; mais les ministres autrichiens engagerent finalement les Grisons à s'allier avec l'empereur sous des conditions favorables. La capitulation fut conclue à Milan en 1639, & la religion protestante a été bannie du pays.
François I. roi de France, s'étant mis en possession du duché de Milan en 1516, céda aux Grisons la conquête qu'ils avoient faite de la Val-Telline, & des comtés de Chiavenne & de Bormio ; cependant quoique ce pays soit beaucoup meilleur que celui qu'ils habitent, ils n'ont point voulu s'y établir. Ils préferent le séjour de leur premiere patrie aux beautés d'une terre étrangere, & l'amour de la liberté les porte à croire qu'ils sont plus en sûreté dans leurs montagnes, dont aucune puissance ne tentera jamais de les débusquer. (D.J.)
VAL-VERD, (Hist. ecclésiast.) monastere de chanoines réguliers. Ce ne fut d'abord qu'un hermitage, où Jean de Bosco, descendu des anciens ducs de Brabant, se retira au commencement du xiv. siecle. L'hermitage fut successivement habité par deux ou trois hermites, & continua d'être pauvre jusqu'à ce qu'il eut une chapelle, une maison, des revenus, un habit, une regle, & devint chef de maison. Alors il s'unit avec d'autres, & perdit son nom.
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| VAL-DE-PEGNAS | (Géogr. mod.) village d'Espagne, dans le diocèse de Tolede. Il a donné la naissance en 1560 à Balbuena (Bernardo de), l'un des meilleurs poëtes espagnols, qui devint évêque de Puerto-Rico en Amérique. On a de lui 1°. des bucoliques intitulées, le siecle d'or dans les bois d'Eriphile ; 2°. un poëme héroïque sous le titre de el Bernardo ; 3°. la grandeur du Mexique. Il mourut en 1627. (D.J.)
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| VALABLE | adj. (Gram.) qu'on peut faire valoir devant les tribunaux, au jugement des hommes ; ainsi on dit, ce titre est valable ; ce testament est valable ; c'est un contrat très- valable ; c'est une excuse valable. On dit aussi en deniers comptans & valables. Alors il s'oppose à de mauvais aloi, manquant de cours, &c.
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| VALACHI | ou VALAQUIE, (Géog. mod.) principauté de l'Europe, possédée pour la meilleure partie par le Turc, & pour le reste par l'empereur. Elle a environ 80 lieues du levant au couchant, & 40 du midi au septentrion. Elle est bornée au nord partie par la Moldavie, partie par la Transylvanie ; au midi, par le Danube ; au levant, par ce même fleuve ; & au couchant, par la Transylvanie. La partie de cette province qui dépend de l'empire turc, est gouvernée par un hospodar ou vaïvode.
Cette province fut anciennement nommée Flaccie, du nom de Flaccus, que Trajan y envoya avec une colonie de trente mille hommes pour cultiver le pays, qui fournit à l'armée romaine une bonne partie des vivres pendant la guerre contre les Scythes & les Sarmates. La Valachie & la Moldavie ne composoient autrefois qu'une seule province des Daces, nommée simplement Valachie ; mais ayant ensuite été divisée en haute & basse, à cause de la riviere qui la partageoit, la derniere a toujours retenu le nom de Valachie, & l'autre a pris celui de Moldavie. Elle avoit autrefois ses princes particuliers, dépendans & tributaires des rois d'Hongrie ; mais tout a changé depuis que Selim II. s'est emparé de cette province en 1574.
Elle est divisée en treize comtés, qui sont habités indifféremment par les Saxons, par les Hongrois & par les naturels du pays. L'hospodar qui la gouverne tire une grosse somme de la dixme de la cire & du miel, dont les peuples font leur principal trafic, ainsi que du blé & du vin qu'on porte en Russie. L'hospodar paye de son côté un argent considérable à la Porte, pour être maintenu dans son gouvernement.
Il n'y a que trois villes dans la Valachie, savoir Tergovitz, où demeure l'hospodar, Briël & Treffort. Le terroir seroit fertile, si les habitans le cultivoient ; mais la plus grande partie est en friche, & les terres sont au premier qui veut les labourer & ensemencer. Cette province est en quelques endroits traversée d'épaisses forêts, & dans d'autres elle manque totalement de bois. On en tire des chevaux, des boeufs & des bêtes à laine. Les maisons des habitans ne sont bâties qu'en terre grasse, & couvertes de roseaux. La langue du pays a un grand rapport avec la latine ; mais dans les cérémonies de la religion qui est celle des Grecs, on se sert de la langue franque. (D.J.)
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| VALANEINE | (Marine) voyez BALANEINE.
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| VALANTIA | S. f. (Hist. nat. Botan.) genre de plante dont les fleurs sont des bassins partagés ordinairement en quatre parties, quelquefois en trois. Le calice devient un fruit membraneux, semblable en quelque maniere au pié d'un oiseau qui tient dans ses serres une graine de la forme d'un petit rein. Tournefort, Mém. de l'acad. roy. des Sciences, an. 1706. Voyez PLANTE.
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| VALCUM | (Géog. anc.) lieu de la basse Pannonie, entre Silacensis & Mogetiana, à 28 milles de l'un, & à 30 milles de l'autre. Ce lieu n'est pas Wolcowar sur le Danube, comme le pensoit Lazius ; ce seroit plutôt Veltz, bourgade de Hongrie, dans l'Esclavonie. (D.J.)
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| VALDANUS | (Géogr. anc.) fleuve de la Pannonie, selon Pline, l. III. c. xxv. qui met son embouchure dans le Danube, au - dessus de la Save : on l'appelle présentement Valpo ou Walpo. Cette riviere a sa source dans l'Esclavonie ; & après avoir arrosé la ville de Valpo, elle se rend à Wolkowar où elle se jette dans le Danube un peu au-dessous de l'embouchure de la Drave. (D.J.)
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| VALDELVANGE | (Géog. mod.) en allemand Valderfringen ; les François craignant de s'écorcher la langue, écrivent & prononcent Vaudevrange ; ville ruinée de France, en Lorraine dans le bailliage allemand, sur la rive gauche de la Saare. Louis XIV. a détruit cette ville, & a fait construire au-dessus une forteresse qu'on a nommée Saar-Louis, & qui est de ce côté-là le boulevard de la France. (D.J.)
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| VALDERAS | (Géog. mod.) vallée de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, sur la côte de la mer du sud, au fond d'une profonde baie. Cette vallée a autour de trois lieues de largeur. On y trouve des guaves, des orangers, des limons en abondance ; les pacages gras sont pleins de boeufs & de vaches ; ce sont-là les seuls habitans de ce beau vallon où personne ne s'est encore établi.
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| VALDIC | S. f. (Hist. nat. Botan.) valdia ; genre de plante à fleur monopétale en forme d'entonnoir, & découpée le plus souvent en trois parties ; cette fleur a deux calices, elle est enveloppée par l'un de ces calices & soutenue par l'autre ; celui-ci devient dans la suite un fruit rond & mou, qui contient pour l'ordinaire deux semences oblongues. Plumier, nova plant. amer. genera. Voyez PLANTE.
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| VALDIVIA | ou BALDIVIA, (Géog. mod.) petite ville de l'Amérique méridionale, au Chili, sur la côte de la mer du sud, avec un port de même nom, lequel port est le plus beau & le plus fort de toute la côte de la mer du Sud.
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| VALENA | (Géog. anc.) ville de la haute Pannonie. Ptolémée, liv. II. ch. xv. la met au nombre des villes qui étoient éloignées du Danube. Cependant Villeneuve & Mollet veulent que ce soit aujourd'hui la ville de Gran, & selon Lazius c'est Valbach.
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| VALENÇA | (Géog. mod.) par les François Valence, petite ville d'Italie, dans le Milanez, capitale de la Laumeline, sur la rive droite du Pô, près de sa jonction avec le Tanaro. Long. 26. 17. lat. 44. 55. (D.J.)
VALENÇA D'ALCANTARA, (Géog. mod.) ville d'Espagne, dans l'Estramadure, sur les frontieres de Portugal, à 7 lieues au sud-ouest d'Alcantara. Elle est bâtie sur un roc avec un vieux château. Long. 11. 30. lat. 39. 10.
VALENÇA DO MINHO, (Géog. mod.) ville de Portugal, dans la province d'entre Duero-e-Minho, sur les frontieres de la Galice, au bord du Minho, vis-à-vis de Tuy. Long. 8. 56. lat. 41. 54. (D.J.)
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| VALENCE | (Géog. mod.) province d'Espagne, avec titre de royaume. Elle est bornée au nord par l'Aragon & la Catalogne ; au midi & au levant par la mer Méditerranée ; au couchant par la nouvelle Castille, & par le royaume de Murcie. Elle tire son nom de sa capitale, & s'étend du nord au sud de la longueur d'environ 66 lieues sur 25 dans sa plus grande largeur.
Elle est arrosée d'un grand nombre de rivieres, dont les principales sont la Segura, le Xucar, le Guadalaviar, le Morviedro & le Millas ou Millares.
Cette province est une des plus peuplées de l'Espagne. On y compte 7 cités, 64 villes ou bourgs, & 4 ports de mer, entre lesquels est Alicante. Valence est aussi l'un des plus agréables pays de la monarchie. On y jouit d'un printems presque continuel. Les côteaux abondent en excellens vins ; les vallées & les plaines sont couvertes d'arbres fruitiers chargés de fruits ou parés de fleurs dans toutes les saisons de l'année ; on y recueille du riz, du lin précieux, du chanvre, de la soie, de l'huile, du miel & du sucre. La mer y fournit abondamment de poissons, particulierement des aloses & du thon ; les montagnes, quoique rudes & stériles pour la plûpart, y cachent dans leurs entrailles des mines fécondes en alun & en fer, ainsi que des carrieres d'albâtre, de chaux, de plâtre & de calamine.
C'est le pays qu'habitoient anciennement les Celtibériens, les Contestains & les Lusons. Il fut érigé en royaume l'an 788 par Abdalla qui en étoit le gouverneur. Dans le x. siecle, sous le regne de Ferdinand, fils de Sanche roi de Navarre & d'Aragon, le cid don Rodrigue, à la tête de sa chevalerie, subjugua le royaume de Valence. Sans être roi, & sans en prendre le titre, soit qu'il lui préférât celui de cid, soit que l'esprit de chevalerie le rendît fidele au roi Alphonse son maître, il gouverna néanmoins le royaume de Valence avec l'autorité d'un souverain, recevant des ambassadeurs, & se faisant respecter de toutes les nations. Corneille a trouvé l'art de nous intéresser pour lui, & il est vrai qu'il épousa depuis Chimene dont il avoit tué le pere.
Après sa mort arrivée l'an 1096, les Maures reprirent le royaume de Valence, & l'Espagne se trouva toujours partagée entre plusieurs dominations ; mais Jacques, le premier des rois d'Aragon à qui les états ayent prêté le serment de fidélité, reprit sur les Maures en 1238, le beau royaume de Valence. Ils se soumirent à lui, & continuerent de le rendre florissant. C'étoit encore dans ce pays favorisé de la nature qu'habitoit la plus grande partie des Maures qui furent chassés de l'Espagne pour toujours en 1610. Leurs descendans qu'on appelle Maurisques, sont bons laboureurs, robustes, sobres & laborieux.
Le royaume de Valence avoit ci-devant de grands privileges, dont Philippe V. le dépouilla en 1705, pour avoir embrassé le parti de l'archiduc, & en même tems il réunit ce royaume à celui de Castille, pour en être desormais une province. (D.J.)
VALENCE, (Géog. mod.) ville d'Espagne, capitale de la province de même nom, à 65 lieues au sud-ouest de Barcelone, à 45 de Murcie, & à 67 de Madrid.
Cette ville est située à 3 milles de la mer, au bord du Guadalaviar, dans une campagne admirable, où la nature semble avoir répandu tous ses dons à pleines mains, pour servir aux besoins & aux délices de la vie. Indépendamment de la beauté du lieu, des agrémens de sa situation, de la douceur de l'air, de la fertilité du terroir, la mer y forme dans le voisinage un lac de trois lieues d'étendue & d'une lieue de largeur ; c'est ce lac que les Romains nommoient amoenum stagnum, & qui produit divers poissons des plus délicats.
La ville est grande, & contient environ douze mille feux dans son enceinte ; les habitans y sont égayés par la température de l'air, & les femmes y passent pour être les plus belles du royaume. Entre les édifices publics se distingue par sa beauté l'église cathédrale, dont le trésor est très-riche ; le grand-autel de cette église est tout couvert d'argent, & éclairé de quatorze candélabres de même métal, suspendus au-devant. On vante aussi en fait de bâtimens profanes les palais du vice-roi, de la ciuta & de la députation, l'arsenal, la bourse & l'hôtel-de-ville.
On compte à Valence douze portes, dix mille puits ou fontaines d'eau vive, & cinq ponts sur le Guadalaviar ; ils ont quinze pas de largeur, & environ trois cent de longueur. L'incommodité de cette ville est de n'être point pavée, ce qui la rend fort sale en hiver, & remplie de poussiere en été.
Elle est le siege d'une université & d'un archevêché, qui y fut fondé en 1492 par le pape Innocent VIII. L'archevêque jouit de trente à quarante mille ducats de rente, & revêt l'habit de cardinal dans les cérémonies de l'église. Les canonicats de la cathédrale valent chacun trois mille écus de revenu.
Cette ville est habitée par une grande partie de la noblesse du royaume, ainsi que par un grand nombre de négocians, qui profitent de la quantité de mûriers du territoire pour y fabriquer toutes sortes de soieries, & en faire fleurir le commerce. Il y a dans Valence un gouverneur qui se nomme corregidor. La noblesse fait un corps à part, & a une chambre particuliere qu'on nomme la casa de la deputation. Long. suivant Cassini, 16. 46. 15. lat. 39. 30.
Je ne dois pas oublier de dire, à la gloire de Valence, qu'on y trouve divers monumens d'antiquité, parce que c'est en effet une ancienne ville. Elle fut donnée l'an de Rome 616, près de deux cent quarante ans avant Jesus-Christ, à de vieux soldats qui avoient servi sous le fameux Viriatus, de-là vient que les habitans prenoient le nom de veteres, ou de veterani, comme il paroît par l'inscription suivante qu'on a trouvée : C. Valenti hostiliano. Mestio. Quinctio. nobilissimo. Caes. principi juventutis Valentini. vetera. &. veteres. Pompée détruisit cette ville dans le tems de la guerre de Sertorius ; mais elle fut rétablie dans la suite. Les Maures qui s'en étoient saisis, la perdirent dans le xj. siecle, par la valeur de Rodrigue Dias de Bivar, surnommé le cid. Ils la reprirent après sa mort, arrivée l'an 1096, & s'y maintinrent jusqu'en 1238, que Jacques I. roi d'Aragon, la leur enleva pour toujours.
C'est dans cette ville que naquit le pape Alexandre VI. mort à Rome en 1503, à l'âge de 72 ans, laissant en Europe, dit M. de Voltaire, une mémoire plus odieuse que celle des Nérons & des Caligula, parce que la sainteté de son ministere le rendoit plus coupable. Cependant c'est à lui que Rome dut sa grandeur temporelle, & ce fut lui qui mit ses successeurs en état de tenir quelquefois la balance de l'Italie.
Furius, (Fridéric) surnommé Seriolanus, à cause qu'il étoit né à Valence, dont les habitans étoient appellés vulgairement Sériols, mourut à Valladolid l'an 1592. Son traité du conseiller, del concejo y consejero, a été fort estimé, il y en a une traduction latine imprimée à Bâle, in -8°. en 1563, & ensuite à Strasbourg, in -12. On lui fit des affaires pour avoir mis au jour en latin un fort bon traité intitulé Bononia, dans lequel il soutenoit qu'il falloit traduire l'Ecriture-sainte en langue vulgaire. Il ne fallut pas moins que la protection de Charles-quint pour préserver l'auteur de l'orage qu'on éleva contre lui, mais la lecture de son livre a été défendue par l'index du concile de Trente.
Miniana, (Joseph - Emmanuel) naquit à Valence en 1572, entra dans l'ordre des religieux de la rédemption des captifs, & mourut en 1630. Il est auteur de la continuation de l'histoire d'Espagne de Mariana, & il y travailla douze ans. Quoiqu'il promette dans sa préface la plus grande impartialité, personne n'a espéré de la trouver dans une histoire écrite par un religieux espagnol, qui doit raconter tant de choses concernant des troubles de religion arrivés sous Charles-quint & sous Philippe II. aussi n'a-t-il puisé tout ce qu'il dit sur cette matiere, que dans des auteurs remplis des mêmes préjugés que lui ; & pour ce qui regarde les troubles des Pays-bas, il n'a fait qu'abreger le jésuite Strada. En parlant de la mort tragique du prince d'Orange Guillaume I. il loue extrêmement, liv. VIII. ch. xiij. p. 341. col. 1. la constance avec laquelle l'assassin Balthazar Gérard souffrit la mort ; & loin d'insinuer que ce parricide la méritoit, il remarque que la tête de Gérard exposée au bout d'une pique, parut beaucoup plus belle qu'elle n'étoit quand il vivoit. Il traite en même tems de monstres & d'hommes détestables, des gens illustres qui n'ont eu d'autres défauts que de ne pas penser comme l'Eglise romaine. Le pere Miniana auroit dû se souvenir de la disposition où il dit lui-même que doit être un bon historien : " de se regarder comme citoyen du monde, de tout peser à la balance de Thémis avec la derniere exactitude, & sur-tout avec un amour dominant de la vérité ". Au reste, son style n'est point aussi net & aussi dégagé que celui de son modele. Il s'est proposé mal-à-propos d'imiter Plaute, & quelquefois ses phrases par leur concision sont obscures & embarrassées.
Vives (Jean-Louis) naquit à Valence en 1492, & mourut à Bruges en 1540, à 48 ans. Il a beaucoup écrit, & avec peu d'utilité pour le public ; cependant ses ouvrages recueillis & imprimés à Bâle en 1555 en deux vol. in-fol. ont été recherchés dans le xvj. siecle.
N'oublions pas Ferrier (Vincent) dominicain, qui fleurissoit vers le milieu du xjv. siecle. Benoît XIII. le choisit pour son confesseur ; & comme il avoit un talent peu commun pour la prédication, il se rendit bien-tôt fameux. Il fit aussi des miracles en nombre, & fut canonisé. Ce saint thaumaturge, dit le pere d'Orléans, n'avoit pourtant rien de farouche & d'embarrassé lorsque son ministere le mettoit dans le commerce du monde & à la cour des princes. On tâcha de l'attirer dans l'assemblée du concile de Constance, par deux raisons, l'une pour qu'il aidât par son crédit à terminer les affaires épineuses qui occupoient les peres, & l'autre pour l'empêcher d'autoriser les Flagellans, dont la secte avoit fait de grands progrès malgré les édits des empereurs & les bulles des papes.
Vincent Ferrier les favorisoit extrêmement par ses manieres & par ses actions qui ressentoient beaucoup le fanatisme : il marchoit souvent à la tête d'une foule prodigieuse de pénitens, qui se fouettoient jusqu'au sang, & qui couroient par-tout après lui pour l'entendre prêcher. On peut juger que le saint voyoit sans chagrin les fruits de sa prédication, & que si les Flagellans aimoient à l'entendre, il n'étoit pas fâché d'en être suivi. Le concile de Constance eut beau s'y prendre avec dextérité pour ramener le dominicain ; il ne voulut point se rendre à l'assemblée, malgré les sollicitations empressées du roi d'Aragon même. Il mourut à Vannes en Bretagne le 5 d'Avril 1419, jour auquel on célebre sa fête dans l'Eglise romaine depuis sa canonisation. On a de lui quelques ouvrages dont on ne fait aucun cas, ou plutôt qu'on méprise beaucoup aujourd'hui. (D.J.)
VALENCE, (Géog. mod.) ville de France dans le Dauphiné, capitale du Valentinois, sur la rive gauche du Rhône, à 7 lieues au nord-ouest de Die, à 9 lieues de Viviers, à 12 au midi de Vienne, & à 120 de Paris.
Les maisons de Valence sont fort vilaines ; mais le palais épiscopal est bien bâti. L'évêché établi dès le iij. siecle est suffragant de Vienne. Cet évêché vaut environ 16000 liv. de revenu, & a dans son diocèse une centaine de paroisses, deux abbayes d'hommes, & deux de filles.
L'université avoit d'abord été fondée à Grenoble par le Dauphin Humbert II. & fut transférée à Valence par Louis XI. l'an 1454. Elle est composée de trois facultés, & n'a pas soutenu sa premiere réputation. Long. 22. 28. latit. 44. 55.
Valence est une des plus anciennes villes des Gaules ; car elle étoit déjà colonie romaine du tems de Pline le naturaliste. Après l'institution des nouvelles provinces, elle demeura sous la premiere viennoise ; & après la ruine de l'empire romain, elle fut soumise aux Bourguignons, & ensuite aux François Mérovingiens ; sous les Carlovingiens elle fut du royaume de Bourgogne & d'Arles, & reconnut ceux qui n'étant pas de la race de Charlemagne, jouirent de ce royaume.
Baro (Balthazar) né à Valence en 1600, & reçu à l'académie françoise en 1633, fut gentilhomme de mademoiselle Anne-Marie-Louise d'Orléans, fille de Gaston. Il mourut en 1650. L'ouvrage qui lui a fait le plus d'honneur, est le cinquieme tome d'Astrée, qui en formoit la conclusion, & qui ne fut guere moins bien reçu que les quatre autres volumes donnés par M. d'Urfé, dont Baro avoit été secrétaire. Le grand succès de ce roman produisit ceux de Gomberville, de la Calprenede, de des-Marais, & de Scudery. Que de différence entre les romans de ce tems-là, & ceux de Richardson ! Baro fit aussi neuf pieces de théatre imprimées, dont la moins mauvaise est Parthénie tragédie.
Joubert (Laurent), médecin ordinaire du roi, naquit à Valence en 1530, & se rendit célebre par ses leçons. On étoit si prévenu de ses lumieres, qu'Henri III. souhaitant avec passion d'avoir des enfans, le fit venir à Paris, dans l'espérance que l'habileté de ce médecin leveroit tous les obstacles qui rendoient son mariage stérile ; mais son espérance fut trompée. Joubert avoit cependant traité cette matiere dans ses erreurs populaires, & même il l'avoit fait avec une indécence inexcusable ; cet ouvrage devoit contenir six parties, divisées chacune en cinq livres ; mais le public n'en a vu que la premiere, & quelque chose de la seconde ; les ouvrages latins forment deux volumes in-fol. dans les éditions de Francfort, 1582, 1599, & 1645. Il mourut à Lombez en 1582, à 52 ans.
Sautel (Pierre-Juste), jésuite, né en 1613, à Valence, s'est distingué par ses petites pieces en vers latins, lesquelles sont délicates & ingénieuses. On estime son élégie sur une mouche tombée dans une terrine de lait ; son essain d'abeilles distillant du miel dans le carquois de l'Amour ; sa querelle des mouches ; son oiseau mis en cage ; son perroquet qui parle, &c. Il mourut à Tournon, en 1662, âgé de 50 ans. (D.J.)
VALENCE, (Géograph. mod.) petite ville, disons mieux, bourg de France dans l'Agénois, sur la rive droite de la Garonne, vis-à-vis d'Aurignac. (D.J.)
VALENCE, (Géogr. mod.) nos géographes disent petite ville de France dans l'Armagnac, à six lieues au nord d'Auch, sur la Blaise ; cette place ne vaut pas un bourg. (D.J.)
VALENCE, (Géog. mod.) petite ville de France, dans le haut Languedoc, au diocèse d'Alby, & l'une des douze principales préfectures de ce diocèse.
VALENCE, golfe de, (Géog. mod.) golfe formé par la partie de la mer Méditerranée qui baigne les côtes du royaume de Valence. Il s'étend depuis l'embouchure de l'Ebre, jusqu'au cap nommé la punta del Emperador. (D.J.)
VALENCE, douanne de, (Finance) la douanne de Valence est un droit local destructif du commerce, & qui fatigue à la fois six ou sept provinces, dont il anéantit les communications.
Cette douanne fut établie en 1625. par bail, pour la somme de quatre cent mille livres, à des traitans, pendant trois ans ; son étendue, quant à la perception des droits, est excessive ; la maniere de les percevoir n'est pas moins onéreuse, son effet est de détruire le commerce des bestiaux, autrefois si considérable en Dauphiné. d'occasionner des tours & détours aux marchandises des provinces limitrophes, de diminuer les consommations intérieures & extérieures. La forme du tarif de cette douanne est contre toute bonne politique, en ce qu'elle est susceptible d'une infinité de surprises ; enfin elle a acquis entre les mains industrieuses des régisseurs, une propriété singuliere, c'est celle de pouvoir être perçue deux fois sur la même marchandise. Consid. sur les finances. (D.J.)
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| VALENC | ou VALENCEY, (Géog. mod.) petite ville de France, dans le Berry, sur la rive gauche du Nahon, au midi de Selles, avec un château qui n'est point achevé, & qui cependant a autrefois mérité d'être regardé comme une des belles maisons de France. Long. 19. 16. latit. 47. 7. (D.J.)
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| VALENCIENNES | (Géog. mod.) ville de France, dans le Hainaut, sur le bord de l'Escaut, entre Condé & Bouchain, à huit lieues au nord-est de Cambrai, à six au sud-ouest de Mons, & à cinquante de Paris.
Les rois de France avoient un palais à Valenciennes, sous Clovis III. qui y tint une assemblée des grands du royaume, valentinianis in palatio nostro, dit la patente de ce prince ; cependant Valenciennes n'étoit encore qu'une bourgade ; mais sa situation avantageuse la rendit avec le tems une bonne ville. L'Escaut qui la coupe par le milieu, & où il y a de belles écluses, y porte bateau. Comme cette riviere la divise en deux, la ville est aussi de deux dioceses, de Cambrai & d'Arras ; c'est ce qui fait qu'elle a été attribuée par divers auteurs au Hainaut, & par d'autres à la Flandre. Les empereurs de qui Cambrai & le Hainaut relevoient, prétendoient avoir la souveraineté de toute la ville ; mais cette prétention leur étoit disputée par les comtes de Flandre, & par les rois de France de qui ces comtes relevoient. Louis XIV. prit Valenciennes en 1677. & elle lui fut cédée l'année suivante par le traité de Nimegue.
Cette ville, dont Henri Oultreman a donné l'histoire, imprimée à Anvers en 1590. in -4°. contient à-peu-près quatre mille maisons, & environ vingt mille habitans ; les rues sont étroites, mal percées, & toutes tortues ; ses fortifications & la citadelle ont été réparées, & construites en partie par le maréchal de Vauban ; la citadelle est une des plus irrégulieres qu'on puisse voir, mais les redoutes sont belles & bien revêtues.
Il y a dans cette ville un gouverneur, un lieutenant de roi, & bonne garnison ; la citadelle a son gouverneur particulier ; les membres de la magistrature sont nommés tous les ans par le gouverneur de la ville, & par l'intendant de la province. La justice royale qu'on appelle la prévôté-le-comte, s'étend sur les vingt-quatre villages de la prévôté, & connoît des cas royaux dans la ville ; l'appel des jugemens est porté au parlement de Douay. Le commerce de Valenciennes consiste en camelots, bouracans, toiles fines appellées batistes, & belles dentelles. Long. 21. 45. latit. 50. 22.
Froissard, Jean), prêtre, historien & poëte, naquit à Valenciennes vers l'an 1337. & montra dès sa jeunesse un fond de dissipation naturelle, qui exerça souvent la patience de ses maîtres. Il aimoit la chasse, les assemblées, les danses, la bonne chere, le vin, & les femmes. Tout cela paroît par un morceau de ses poésies, où il se dépeint ainsi lui-même :
Et si destoupe mes oreilles,
Quand j'oi vin verser de bouteilles,
Car au boire prens grant plaisir,
Aussi fais en beaus draps vestir,
En viande fresche & nouvelle.
Violettes en leur saisons,
Et roses blanches & vermeilles
Voi volontiers, car c'est raisons,
Et chambres plaines de candeilles,
Jus & dances, & longes veilles,
Et beaus lis pour li rafreschir,
Et au couchier pour mieulx dormir
Especes, (épices) clairet, & rocelle :
En toutes ces choses veir
Mon esperit se renouvelle.
Le goût pour l'histoire remplit un peu le vuide que l'amour des plaisirs laissoit dans son esprit & dans son coeur. Il avoit à peine vingt ans lorsqu'il entreprit d'écrire l'histoire des guerres de son tems, particulierement de celles qui suivirent la bataille de Poitiers. Quatre ans après, en 1356, étant allé en Angleterre, il en présenta une partie à la reine Philippe de Haynaut, femme d'Edouard III. Quelque jeune qu'il fût alors, il avoit déja parcouru toutes les provinces de la France.
L'objet de son voyage en Angleterre étoit de s'arracher au trouble d'une passion qui le tourmentoit depuis long-tems ; mais malgré les amusemens qu'on lui procura, & les caresses dont on l'accabla, rien ne put charmer l'ennui qui le dévoroit ; il résolut de se rapprocher ; cependant ses assiduités & ses soins auprès de sa maîtresse ayant été encore sans succès, il s'éloigna d'elle une seconde fois ; il retourna en Angleterre, & fut nommé clerc, c'est-à-dire secretaire ou écrivain de la chambre de la reine. Elle prenoit souvent plaisir à lui faire composer des poésies amoureuses ; mais ce n'étoit là qu'un amusement qui ne préjudicioit point à des travaux plus sérieux, puisqu'il fit aux frais de cette princesse, pendant les cinq années qu'il passa à son service, plusieurs voyages dont l'objet paroît avoir été de rechercher tout ce qui devoit servir à enrichir son ouvrage.
Après la mort de cette reine, qui l'avoit comblé de biens, il s'attacha à Venceslas de Luxembourg, duc de Brabant, ensuite à Gui, comte de Blois. Ce dernier prince lui donna des lettres de recommandation pour Gaston Phoebus, comte de Béarn, ce qui lui procura le moyen de s'instruire à fonds des provinces du royaume les plus éloignées, où il savoit qu'un grand nombre de guerriers se signaloient tous les jours par de merveilleux faits d'armes. En 1395, il fit une course en Angleterre, où il n'avoit pas été depuis vingt ans ; le roi le gracieusa beaucoup, & le gratifia à son départ de cent nobles dans un gobelet d'argent doré, pesant deux marcs. Il mourut six ans après, âgé d'environ 64 ans.
Son histoire est un ouvrage précieux. Elle comprend tout ce qui s'est passé en France, en Espagne, & en Angleterre, depuis 1326, jusqu'en 1400. Enguerrand de Monstrelet continua cette besogne jusqu'en 1467. On a plusieurs éditions de la chronique de Froissard ; les premieres sont à Paris, chez Jean Petit, & chez Antoine Vérard, en caracteres gothiques. Denys Saulvage la réimprima à Lyon en 1559. la quatrieme édition parut à Paris en 1574 ; mais comme les François accusent Froissard de partialité pour la nation angloise, ils ont par-ci par-là, tronqué son histoire dans toutes leurs éditions.
On dit qu'on garde dans la Bibliotheque de Breslaw, un manuscrit complet de la chronique de Froissard ; c'est sur ce manuscrit qu'elle mériteroit d'être réimprimée. Il faudroit y joindre dans ce cas le mémoire sur la vie de l'historien, par M. de Sainte Palaye, inséré dans le recueil de l'académie des Inscriptions, tom. X. in-4°. p. 564. (D.J.)
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| VALENGIN | (Géog. mod.) comté joint à celui de Neuf-Châtel, & compris parmi les alliés de la Suisse, dont ces deux comtés occupent une partie des quartiers occidentaux. Le comté de Valengin a eu divers seigneurs. Il tire son nom d'une bourgade contenant à peine vingt maisons, & dans laquelle étoit autrefois un château bâti sur un rocher. Les états de Neuf-Châtel investirent en 1707, le roi de Prusse de leur comté & de celui de Valengin ; cette possession lui fut confirmée par le traité d'Utrecht. (D.J.)
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| VALENTIA | (Géogr. anc.) 1°. contrée de la grande-Bretagne, selon Ammien Marcellin, qui en fait le détail suivant.
Les Pictes, dit-il, les Scots, & quelques autres peuples du pays, s'étant jettés sur la province romaine, sous l'empire de Valentinien I. ce prince envoya contre eux Théodose l'ancien, qui repoussa ces peuples, s'empara d'une partie de leurs terres, & fit construire deux forts sur l'isthme qui sépare les deux mers, afin de les tenir plus éloignés. Par-là, les terres des Romains se trouverent augmentées d'un grand pays, dont Théodose fit une cinquieme province, à laquelle il donna le nom de Valentia, pour faire honneur à Valentinien.
Ce pays faisoit partie du royaume des Pictes, qui par ce moyen se trouva considérablement diminué. Cette province comprenoit la meilleure partie de l'Ecosse ; aussi cette invasion nouvelle irrita tellement les Calédoniens, que jamais ils ne cesserent depuis de harceler les Romains & les Bretons leurs sujets. Tant que l'empire romain eut assez de force pour se soutenir, leurs efforts furent inutiles ; mais d'abord qu'il vint à chanceler, c'est-à-dire dès le commencement du cinquieme siecle, les Calédoniens revenant à la charge avec une nouvelle fureur, franchirent toutes les barrieres qu'on leur avoit opposées, & firent de grands ravages dans la province des Romains : ceux-ci les repousserent quelquefois, mais ayant assez à faire chez eux, ils se retirerent de la province de Valentia, & bâtirent de grosses pierres la muraille que l'empereur Sévere avoit élevée deux cent trente ans auparavant, entre l'embouchure de la Tyne & celle de l'Eden.
2°. Valentia, ville & colonie de la Gaule narbonnoise. Ptolémée, l. II. c. x. la donne aux peuples Segalauni. L'itinéraire d'Antonin marque cette ville sur la route de Milan à Lyon, entre Augusta & Ursolae ; c'est aujourd'hui la ville de Valence.
3°. Valentia, ville de l'Espagne tarragonoise. Pline, l. III. c. iij. la met dans le pays des Edétains, à trois milles de la mer, & lui donne le titre de colonie. C'est aujourd'hui Valence, capitale d'un royaume de même nom.
4°. Valentia, autre ville d'Espagne. Le consul Junius donna cette ville avec des terres, aux soldats qui avoient combattu sous Viriatus. Cette ville, selon Mariana, étoit sur le Minho, & son nom s'est conservé jusqu'à présent. C'est aujourd'hui Valença, bourg de Portugal, dans la province de Tra-los-montes, sur la rive gauche du Minho, vis-à-vis de Tuy.
5°. Valentia, ville d'Italie dans la Messapie ou la Calabre ; c'est apparemment le Valetium de Pomponius Méla, l. II. c. iv. qui étoit à l'embouchure du fleuve Pactius.
6e. Valentia, ville de l'île de Sardaigne, dont les habitans sont nommés Valentini par Pline, liv. III. e. vij. (D.J.)
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| VALENTIANAE | (Géog. du moyen âge) nom de la ville de Valenciennes, dans le Hainaut, sur le bord de l'Escaut. Eginhard, ad annum 771, dit que le roi Charles tint une assemblée générale in villa Valentianâ. M. de Longuerue prétend que le fondateur de Valenciennes fut Valentinien I. ou son plus jeune fils ; & que le nom de Valentianae est corrompu de Valentinianae : mais Cellarius regarde l'origine de Valenciennes comme fort incertaine, & pense qu'elle a pris le nom Valentianae de son fondateur nommé Valens. (D.J.)
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| VALENTIN | (Géog. mod.) maison de plaisance du roi de Sardaigne, dans le Piémont, sur le bord du Pô, au-dessus de Turin. Elle est enrichie de belles peintures, & ornée de beaux jardins. (D.J.)
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| VALENTINE | (Géog. mod.) petite ville de France, dans le haut Languedoc, au diocèse de Comminges, proche la rive droite de la Garonne, vis-à-vis Saint-Gaudens ; on attribue la fondation de cette place, entierement dépeuplée, à Philippe-le-Bel ; c'est un grand passage pour entrer en Catalogne & en Aragon. (D.J.)
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| VALENTINIENS | S. m. pl. (Hist. ecclés.) ancienne & fameuse secte de Gnostiques, ainsi appellés de l'hérésiarque Valentin leur chef, qui vivoit dans le onzieme siecle. Voyez GNOSTIQUES.
Le fonds du système des Valentiniens étoit de vouloir expliquer l'Evangile par les principes du platonisme ; c'est pourquoi ils avoient imaginé une généalogie d'éons ou d'éones au nombre de trente, mâles & femelles qui composoient le pléroma ou la divinité. Voyez l'exposition de ce système sous le mot EONS.
Outre cela Valentin & ses sectateurs disoient que les Catholiques, qu'ils appelloient Psychiques, étant incapables d'arriver à la science parfaite, ne pouvoient se sauver que par la foi simple & les oeuvres ; que c'étoit à eux que convenoit la continence & le martyre, mais que les spirituels (c'est le nom que se donnoient les Valentiniens), n'avoient pas besoin de bonnes oeuvres, parce qu'ils étoient bons par nature & propriétaires de la grace qui ne pouvoit leur être ôtée. Ils se comparoient à l'or qui ne se gâte point dans la boue ; c'est pourquoi ils mangeoient indifféremment des viandes immolées aux idoles, & prenoient part aux fêtes des payens & aux spectacles mêmes des gladiateurs. Quelques-uns s'abandonnoient sans mesures aux plaisirs les plus infâmes, disant qu'il falloit rendre à la chair ce qui appartient à la chair, & à l'esprit ce qui appartient à l'esprit. Ils se moquoient des Catholiques qui craignoient les péchés de parole & même de pensée, les traitant de simples & d'ignorans, sur-tout ils condamnoient le martyre, & disoient que c'étoit une folie de mourir pour Dieu.
Pour initier à leurs mysteres il y en avoit qui préparoient une chambre nuptiale, & avec de certaines paroles célébroient un mariage spirituel, à l'imitation de l'union des éones ; d'autres amenoient leurs disciples à l'eau & les baptisoient au nom de l'inconnu pere de tout, en la vérité mere de tout, & en celui qui est descendu, en Jesus, en l'union, la rédemption, & la communauté des puissances ; d'autres disoient que le baptême d'eau étoit superflu, & se contentoient de jetter sur la tête de l'huile & de l'eau mêlée & d'oindre de baume ; d'autres rejettoient toutes les cérémonies extérieures, disant que le mystere de la vertu invisible & ineffable ne pouvoit s'accomplir par des créatures sensibles & corruptibles ; que la rédemption étoit toute spirituelle, & s'accomplissoit intérieurement par la connoissance parfaite. Les Valentiniens se diviserent en plusieurs branches connues sous les noms de Caïnites, d'Ophites, & de Sethiens. Voyez CAÏNITES, OPHITES, & SETHIENS. Fleury, Hist. ecclés. tom. I. l. III. n°. 29. & 30.
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| VALENTINOIS | (Géog. mod.) pays de France, dans le Dauphiné. Il est borné au nord par le Viennois, au midi par le Tricastinois, au levant par le Diois, & au couchant par le Rhône, qui le sépare du Languedoc, comme l'Isere le sépare du Viennois.
Les peuples du Valentinois sont nommés par Pline Segovellauni, par Ptolémée Segalauni, & dans la notice de l'empire Segaulauni.
On ignore les noms des premiers comtes de Valentinois ; on sait seulement que vers la fin du xij. siecle, Raymond, comte de Toulouse, donna le Diois & le Valentinois à Aymar de Poitiers. En 1446, ces deux comtés furent incorporés au Dauphiné. Louis XII. en fit un duché en 1498. Henri II. gratifia Diane de Poitiers, sa maîtresse, de l'usufruit de ce duché. Louis XIII. l'érigea en duché-pairie, dont il fit la donation à Honoré de Grimaldi, prince de Monaco, qui avoit reçu dans sa ville garnison françoise, Valence est la capitale de ce duché. (D.J.)
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| VALERIA | (Géog. anc.) 1°. contrée de la Germanie, & qui comprenoit une portion de la Pannonie. Elle est appellée en conséquence Valeria Pannoniae, par Ammien Marcellin. Selon cet auteur, Galere Maximien ayant abattu des forêts immenses & fait écouler le lac Peizon dans le Danube, donna à cette province le nom de sa femme Valérie, fille de l'Empereur Dioclétien. La Valérie de Pannonie étoit renfermée entre le Danube & la Drave.
2°. Valeria, province d'Italie, selon Paul Diacre, qui dit que la Nurcie lui étoit annexée, & qu'elle étoit entre l'Ombrie, la Campanie, & le Picenum.
3°. Valeria, ville d'Italie, selon Strabon qui, l. V. p. 238. la place dans le Latium, sur la voie Valérienne.
4°. Valeria, ville de l'Espagne tarragonoise ; c'étoit, selon Ptolémée, l. II. c. vj. une des villes des Celtibères. Ses habitans sont nommés Valerienses par Pline, l. III. c. iij. qui les met au nombre des colonies. Cette ville étoit bâtie sur une colline ; les Maures la ruinerent, & selon Vaseus, Cuença sur le Xucar dans la nouvelle Castille, s'est élevée des débris de Valeria. (D.J.)
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| VALÉRIANE | S. f. (Hist. nat. Bot.) valeriana, genre de plante à fleur monopétale, en forme d'entonnoir, profondément découpée & soutenue par un calice qui devient dans la suite une semence, le plus souvent oblongue, presque plate, & garnie d'une aigrette. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.
VALERIANE, (Bot.) dans le système de Linnaeus, le calice de ce genre de plante n'est qu'une espece de bordure feuillée qui entoure le germe ; la fleur est d'un seul pétale en tuyau, contenant un suc mielleux, & se divisant dans les bords en cinq segmens obtus ; les étamines sont des filets droits, pointus, de la même longueur que la fleur ; leurs bossettes sont arrondies ; le pistil a son germe au-dessous du réceptacle ; le stile fin comme un cheveu est aussi long que les étamines ; le fruit est une capsule qui s'ouvre & tombe ; les graines sont oblongues ; les especes de ce genre de plante offrent de grandes variétés, & presque toutes, cultivées, sauvages, aquatiques, sont employés en maladies.
La grande valériane des jardins, valeriana hortensis, I. R. H. 132, a la racine grosse comme le pouce, ridée, située transversalement & à fleur de terre, fibreuse en dessous, de couleur jaunâtre ou brune en dessus, d'une odeur à-peu-près comme celle de la racine du cabaret, sur-tout quand elle est seche, & d'un goût aromatique.
Elle pousse des tiges hautes d'environ trois piés, grêles, rondes, lisses, creuses, rameuses, garnies d'espace en espace de deux feuilles opposées, lisses, les unes entieres, les autres découpées profondément de chaque côté, comme celles de la scabieuse.
Ses fleurs naissent en ombelles aux sommités des tiges & des rameaux, formant une espece de girandole, petites, de couleur blanche, tirant sur le purpurin, d'une odeur suave, qui approche un peu de celle du jasmin. Chacune de ces fleurs est un tuyau évasé en rosette, taillée en cinq parties avec quelques étamines à sommets arrondis. Quand la fleur est passée, il lui succede une semence applatie, oblongue, couronnée d'une aigrette.
Cette plante se multiplie aisément ; elle fleurit en Mai & Juin.
VALERIANE, (Mat. médic.) grande valériane, & petite ou valériane sauvage, c'est la racine de ces plantes qui est d'usage en Médecine.
La grande valériane & la valériane sauvage différent beaucoup entr'elles quant au degré d'activité. La derniere est beaucoup plus efficace que la premiere, quoique plusieurs médecins aient recommandé l'une ou l'autre presque indistinctement ; ce n'est presque plus que la valériane sauvage qui est usuelle aujourd'hui. La racine de cette plante a, lorsqu'elle est seche (état dans lequel on a coutume de l'employer), une odeur forte, pénétrante, désagréable, & une saveur amere, acerbe, dégoûtante. Elle tient un rang distingué, peut-être le premier rang parmi les remedes anti-épileptiques tirés du regne végétal. Plusieurs auteurs dont le témoignage est très-grave, rapportent des observations d'épilepsie guérie par l'usage de cette racine, à plus forte raison est-elle recommandée & employée avec succès contre les autres maladies convulsives, & principalement dans l'asthme convulsif & la passion hystérique. Cette racine est aussi un emmenagogue éprouvé ; on l'ordonne en substance à la dose d'un gros jusqu'à deux dans une liqueur appropriée, & à celle de demi-once jusqu'à une once en décoction.
Ce remede donné à baute dose, & continué pendant quelques jours, a coutume de produire des sueurs abondantes ; on pourroit par conséquent l'employer avec succès toutes les fois que cette évacuation est indiquée, & sur-tout dans les maladies chroniques, telles que le rhumatisme, certaines maladies de la peau, l'asthme humide, &c.
La racine de la grande valériane entre dans la thériaque, le mithridate, l'orviétan, & les trochisques hedichroï ; & celle de la petite valériane dans l'eau thériacale, l'eau épileptique, l'orvietanum praestantius, la poudre anti-spasmodique & les trochisques de myrthe de la pharmacopée de Paris, l'onguent martiatum, &c. La racine & les feuilles entrent dans l'emplâtre diabotanum, l'extrait dans la thériaque céleste. (b)
VALERIANE GRECQUE, polemonium, genre de plante décrit sous le nom de polemonium. Voyez POLEMONIUM.
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| VALERIANELLE | S. f. (Hist. nat. Bot.) Tournefort compte dix especes de valérianelle, du nombre desquelles la principale a été décrite sous le nom vulgaire de mâche qu'on lui donne en françois. Voyez MACHE. (D.J.)
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| VALERIANELLOIDE | S. f. (Hist. nat. Botan. exot.) genre de plante dont voici les caracteres : sa racine est fibreuse, vivace, & le produit d'une semence de couleur cendrée oblongue, pointue, petite, semblable à celle du petit cumin. Sa tige est rameuse, cendrée, couverte d'un petit duvet, & fertile. Ses feuilles sont conjuguées, arrondies, inégales, dentelées, soutenues par un pédicule long & sillonné. Il sort d'entre leurs aisselles, d'autres feuilles conjuguées, semblables aux précédentes, & au nombre de quatre. Les sommets des tiges & des branches sont terminés par un épi long & mince, entouré de calices d'une seule piece, découpés en cinq parties, & fortement attachés aux côtés de l'épi. Ces calices soutiennent une fleur d'une seule piece, faite en forme d'entonnoir, divisée en cinq quartiers, & d'un bleu pâle, du dedans du pistil de laquelle s'élevent deux étamines. L'ovaire est au centre du calice, & contient une semence cylindrique, d'où sort un tuyau qui soutient un sommet demi-sphérique. Boërhaave. (D.J.)
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| VALERY | SAINT, (Géog. mod.) ville de France en Picardie, dans le Vimeux, à l'embouchure de la Somme, à 4 lieues d'Abbeville. Elle est divisée en haute & basse ; il y a une abbaye de bénédictins & un port. Les habitans sont presque tous commerçans. Long. 19. 30. lat. 50. 9. (D.J.)
VALERY EN CAUX, SAINT, (Géog. mod.) petite ville de France, en Normandie, au pays de Caux, à 7 lieues de Dieppe, & à 15 de Rouen, avec un petit port. Long. 19. 20. lat. 49. 48.
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| VALESIENS | S. m. pl. (Hist. ecclésiast.) ancienne secte d'hérétiques, ainsi nommés d'un certain Valesius leur chef, inconnu à S. Epiphane, qui faisant mention de cette secte, hérés. 58. avoue que l'on en savoit peu de particularités, si ce n'est que ces hérétiques n'admettoient dans leur société que des eunuques ; ou s'ils recevoient quelqu'un qui ne le fût pas, ils l'empêchoient de manger de la viande, jusqu'à ce qu'il se fût conformé à leur volonté, & alors ils lui en permettoient l'usage, parce qu'il n'étoit plus, disoient-ils, sujet aux mouvemens déréglés de la chair. S. Epiphane place cette hérésie entre celle des Noctiens & celle des Novatiens, ce qui fait conjecturer qu'elle est du troisieme siecle. On ajoute que les Valesiens étoient dans les principes des Gnostiques touchant les anges, & qu'ils rejettoient la loi & les prophetes. Baronius, ad ann. chr. 249. Dupin, bibliot. des aut. ecclés. des trois prem. siecles.
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| VALET | S. m. (Lang. franç.) le terme de valet a été autrefois un titre honorable. Les fils des empereurs étoient appellés varlets ou valets ; Villehardouin s'en sert en plusieurs endroits de son histoire de Constantinople. Fauchet & Pasquier nous apprennent, que les écuyers tranchans étoient appellés varlets. Duchesne dans l'histoire de la maison de Richelieu, rapporte un titre de l'an 1201. dans lequel Guillaume Duplessis se qualifie de valet, qui signifie, dit l'historien, écuyer ou damoisel ; & il ajoute cette particularité, que les nobles qui s'intituloient valets, donnoient à connoître par-là, qu'étant issus de chevaliers, ils prétendoient à l'ordre de chevalerie obtenu par leurs peres. Il cite ensuite plusieurs titres anciens, où un particulier qualifié valet, se dit fils d'un chevalier. Gasse, ancien poëte, parlant du jeune Richard, duc de Normandie, dit :
Ni ere mie chevalier, encor ere valeton,
N'avoir encor envis ne barbe, ne guernon, &c.
Le valet au jeu de cartes, signifie le fils du roi & de la reine. Voyez M. du Cange sur Villehardouin, pag. 162. (D.J.)
VALET, LAQUAIS, (Synon.) le mot de valet a un sens général, qu'on applique à tous ceux qui servent. Celui de laquais a un sens particulier, qui ne convient qu'à une sorte de domestiques. Le premier désigne proprement une personne de service ; & le second un homme de suite. L'un emporte une idée d'utilité, l'autre une idée d'ostentation. Voilà pourquoi il est plus honorable d'avoir un laquais que d'avoir un valet, & qu'on dit que le laquais ne déroge point à sa noblesse, au lieu que le valet-de-chambre y déroge, quoique la qualité & l'office de celui-ci soient au-dessus de l'autre.
Les princes & les gens de basse condition n'ont point de laquais ; mais les premiers ont des valets de pié, qui en font la fonction & qui en portoient même autrefois le nom ; & les seconds ont des valets de labeur.
Le mot laquais est moderne, & veut dire un homme servant à pié ; le mot valet est ancien, & se donna d'abord à des officiers honorables, comme valets tranchans, valets échansons : les écuyers portoient ce nom. Voyez-en l'article. (D.J.)
VALETS D'ARTILLERIE, (Art milit.) ce sont des garçons qui servent les canonniers, chargent le canon, y mettent le feu, le nettoyent, & apportent aux canonniers tout ce qui leur est nécessaire.
VALET, s. m. terme de Marine, peloton fait de fil de carret sur le calibre des canons, pour bourrer la poudre quand on les charge. (D.J.)
VALET, terme de Maréchal, voyez POINÇON. Valet d'écurie, est celui qui a soin de panser, de nourrir & d'accommoder les chevaux.
VALETS DE CHIENS, terme de Venerie, ce sont ceux qui ont soin des chiens.
Valets de limiers, ce sont ceux qui vont au bois pour détourner les bêtes avec leurs limiers, & qui doivent en avoir soin & les dresser.
Valets de levriers, ce sont ceux qui ont le soin des levriers, qui les tiennent & les lâchent à la course.
VALET ou VARLET, s. m. (Outil d'ouvriers) il y a plusieurs ouvriers qui se servent d'outils & d'instrumens qui ont ce nom, quoiqu'ils ne se ressemblent point. Ils sont tous néanmoins appellés de cette sorte, parce qu'ils tiennent lieu de valets ou serviteurs, pour tenir les ouvrages fermes, & dans la situation qui convient pour y travailler. (D.J.)
VALET, s. m. terme d'Artificier ; c'est un cylindre de bois solide, chargé de poudre & percé en plusieurs endroits, où l'on met des pétards. (D.J.)
VALET, terme de Corroyeur ; c'est ainsi qu'on appelle un instrument de fer avec lequel on attache le cuir sur la table, quand on veut l'étirer ou lui donner quelqu'autre façon. Voyez CORROYER, & la fig. Planche du Corroyeur.
VALET, en terme de Doreur, est un morceau de fer courbé à un bout presqu'en maniere d'S, dont on se sert pour contenir l'ouvrage sur l'établi. Voyez ÉTABLI ; voyez la figure & ces outils en particulier, Pl. du Menuisier.
VALET ou SAUTOIR, terme d'Horlogerie ; c'est une petite piece d'acier, qui dans la quadrature d'une montre ou pendule à répétition, contient l'étoile & par conséquent le limaçon des heures dans une situation fixe. Cette piece est mobile sur une tige qui entre dans un canon, situé vers son extrêmité E. Elle porte deux talus formant entr'eux un angle que le petit ressort pousse toujours entre les rayons de l'étoile. Voyez E t a, fig. & Pl. de l'Horlogerie.
Effet du valet. Lorsque par l'action du rouage le bouton S de la surprise qui fait son tour en une heure, rencontre un des rayons de l'étoile, il la fait tourner, & la pointe S bande le petit ressort k, au moyen du talus t. Cette pointe en tournant toujours, parvient enfin au-delà de l'angle formé par les deux talus ; pour lors le valet agissant avec toute la force qui lui est communiquée par le ressort, pousse la pointe par l'autre talus u, jusqu'à ce que les rayons 5 & 6 de l'étoile, se trouvent dans la situation où étoient avant les rayons 6 & 7 ; il en est de même des autres rayons de l'étoile. Voyez ETOILE, QUADRATURE, REPETITION, &c.
VALET, s. m. terme de Manege, bâton qui à l'un de ses bouts a une pointe de fer émoussée ; on s'en sert pour aider & pincer un cheval sauteur. (D.J.)
VALET, (Outil de Menuisier) c'est une forte piece de fer, ronde, de plus d'un pouce de diametre, & en tout à-peu-près de trois piés de longueur. Cette piece est pliée par un bout en forme d'équerre, non pas à angles droits, mais un peu aigus. (D.J.)
VALET, les Miroitiers appellent ainsi ce morceau de bois qui est attaché derriere un miroir de toilette, & qui sert à le soutenir quand on le pose sur la table.
VALET, (Serrur.) barre de fer qui sert à appuyer le battant d'une porte. Quand une porte a deux battans, il faut que l'un d'eux soit assuré par un valet, si l'on veut qu'elle ferme bien. (D.J.)
VALET, (Soierie) espece de liteau, garni d'une cheville pour arrêter le battant en arriere quand on broche, & faciliter le passage des espolins. Il y a encore le valet de l'arbalete du battant ; c'est un morceau de bois servant à tordre la corde qui forme l'arbalete ; & le valet de derriere qui sert à soutenir le poids, ou la bascule qui tient la chaîne tendue.
VALET A PATIN, (Instrument de Chirurgie) pincettes dont le bec allongé ressemble à celui d'une cane, qui servoient aux anciens pour faire la ligature des vaisseaux après l'amputation.
Cet instrument est composé principalement de deux branches ; l'une mâle & l'autre femelle. On peut diviser chaque branche en trois parties, qui sont le corps, l'extrêmité antérieure & la postérieure.
Le corps de la branche mâle a en-dedans une avance plate, arrondie dans son contour, de quatre lignes de saillie, large d'un demi-pouce, & épaisse d'une ligne & demie. Cette éminence est percée dans son milieu, & on remarque à chaque côté de sa base, une échancrure sémi-lunaire ou ceintrée, creusée sur le ventre de la branche.
Le corps de la branche femelle porte intérieurement deux avances, dont les dimensions sont les mêmes que celles de la branche mâle ; elles sont percées dans leur milieu ; elles font sur les côtés & laissent entr'elles une cavité ou mortaise, qui reçoit l'avance de la branche mâle, pour composer une charniere. La jonction des deux pieces est fixée par un clou rivé sur les éminences de la branche femelle.
L'extrêmité antérieure de l'instrument, est la continuation des branches ; elles se jettent légérement en-dehors de la longueur d'un pouce quatre lignes, puis formant un coude très-mousse, elles diminuent considérablement d'épaisseur pour former le bec, qui a près d'un pouce de long, & qui est garni intérieurement de petites rainures & éminences transversales, qui se reçoivent mutuellement. V. la fig. 4. Pl. XVII.
L'extrêmité postérieure est la continuation des branches qui se jettent beaucoup en-dehors ; ces branches diminuent d'épaisseur & augmentent en largeur, depuis le corps jusqu'à l'extrêmité, afin de présenter une surface plus étendue, & d'être empoignée avec plus d'aisance : l'extrêmité est un peu recourbée en-dedans.
Enfin il y a un double ressort, formé par un morceau d'acier plié en deux, dont la base est arrêtée par une vis sur la branche femelle, tout auprès de la charniere, & dont l'usage est d'écarter avec force les branches postérieures de l'instrument, pour que le bec pince sans risque de manquer prise.
On recommandoit de saisir avec le valet à patin, l'extrêmité du vaisseau qu'on vouloit lier ; de laisser ensuite pendre l'instrument, & de faire la ligature avec le fil & l'aiguille, comme nous l'avons dit à l'article AMPUTATION. Voyez aussi LIGATURE.
On ne se sert plus de cet instrument, du moins pour le cas en question. J'en ai donné la description, parce que je crois que cette espece de pince n'est point inutile en Chirurgie. L'avantage qu'elle a sur toutes nos pincettes, c'est qu'au moyen de son ressort, on est dispensé du soin de serrer, & que l'on peut être assuré que ce qui a été bien saisi avec le valet à patin, n'échappera pas. (Y)
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| VALETTE | la cité de la, (Géog. mod.) c'est la plus grande des trois parties, qu'on entend communément sous le nom général de ville de Malthe.
Les Italiens l'appellent Terra-nuova, & les François Villeneuve. Elle tient son nom de son fondateur Jean de la Valette, grand-maître de l'ordre de Malthe.
La cité de la Valette est située sur une péninsule, battue des flots de la mer par trois endroits ; c'est une forte place, entourée de fossés taillés dans le roc, & défendue par de bons bastions, & autres ouvrages à la moderne. Le dedans est orné de rues longues & droites.
Il y a sept églises, & sept palais qu'on nomme auberges, & où peuvent manger tous les religieux, soit chevaliers ou freres servans, tant les profès que les novices des sept langues. Les commandeurs qu'on suppose assez riches pour subsister des revenus de leurs commanderies, ne s'y présentent guere ; chaque chef ou pilier de l'auberge, y occupe un appartement. Le trésor de l'ordre lui fournit une somme, soit en argent, soit en grains, ou en huile, pour les alimens des religieux de son auberge. Sa table particuliere est servie avec abondance, qui se répand sur les tables voisines ; mais avec tout cela, les religieux feroient souvent mauvaise chere, si le pilier de l'auberge ne suppléoit de ses propres fonds à ce qu'il tire du trésor. Comme ceux qui tiennent l'auberge ont droit à la premiere dignité vacante dans leur langue, chacun cherche dans ses épargnes, ou dans la bourse de ses amis, de quoi soutenir avec honneur cette dépense.
L'arsenal n'est pas éloigné du palais du grand-maître, & est sous l'inspection d'un des chevaliers de l'ordre. Le château S. Elme est bâti sur la pointe de la cité de la Valette, dont il n'est séparé que par un fossé taillé dans le roc. Entre ce château & la cité il y a des magasins à blé, qui sont aussi taillés dans le roc.
VALETTE, LA, (Géog. mod.) anciennement Villebois ; petite ville de France dans l'Angoumois, à quatre lieues au midi d'Angoulème, érigée en duché-pairie en 1622. Long. 17. 46. lat. 45. 41. (D.J.)
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| VALÉTUDINAIRE | S. m. (Médecine) ce terme est plus en usage parmi les gens qui ne font pas profession de médecine, que parmi les Médecins même ; cependant il a rapport à la Médecine, & est employé pour signifier une personne dont la santé est ou chancelante, ou délicate, ou souvent altérée par différentes maladies qui lui arrivent par intervalles.
En général les femmes, les enfans, les vieillards, & parmi les adultes les pléthoriques, les mélancoliques, les hypocondriaques, & enfin les phthisiques sont généralement valétudinaires ; desorte que valétudinaire peut s'appliquer à tous ceux qui ont quelque maladie chronique, ou qui sont fort sujets aux maladies chroniques.
Le régime des valétudinaires doit être fort différent de celui que l'on prescrit, ou que l'on permet aux gens qui jouissent d'une santé égale & constante ; on doit employer toutes les précautions imaginables pour soutenir leur délicatesse & leur foiblesse contre toutes les maladies qui les menacent.
1°. Les alimens doivent être eupeptiques, aisés à digérer, pris en petite quantité, suivis d'un exercice modéré ; la boisson sera différente selon les circonstances : mais on évitera l'usage des liqueurs, & encore plus leur abus.
2°. Les passions seront tranquilles & calmes ; le chagrin & les autres excès de l'ame seront défendus.
3°. Le sommeil sera prolongé, & on défendra l'usage de tout ce qui pourra le troubler.
Les remedes seront appropriés, mais on se gardera d'en faire une habitude & une coutume ; & comme les remedes demandent un régime convenable, on aura soin de régler le régime pendant leur usage.
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| VALEUR | PRIX, (Synonym.) le mérite des choses en elles-mêmes en fait la valeur, & l'estimation en fait le prix.
La valeur est la regle du prix, mais une regle assez incertaine, & qu'on ne suit pas toujours.
De deux choses celle qui est d'une plus grande valeur, vaut mieux, & celle qui est d'un plus grand prix, vaut plus.
Il semble que le mot de prix suppose quelque rapport à l'achat ou à la vente : ce qui ne se trouve pas dans le mot de valeur. Ainsi l'on dit que ce n'est pas être connoisseur que de ne juger de la valeur des choses que par le prix qu'elles coûtent. Girard. (D.J.)
VALEUR DES NOTES, en Musique, outre la position des notes qui en marque le ton, elles ont toutes quelque figure déterminée qui en marque la durée ou le tems, c'est-à-dire qui détermine la valeur de la note.
C'est à Jean de Muris qu'on attribue l'invention de ces diverses figures, vers l'an 1330. Cependant le pere Mersenne, qui avoit lu les ouvrages de cet auteur, assure n'y avoir rien vu qui pût appuyer cette opinion. De plus, l'examen des manuscrits de musique du quatorzieme siecle qui sont à la bibliotheque du roi, ne portent point à juger que les diverses figures de notes qu'on y voit, fussent de si nouvelle invention. Enfin c'est une chose qui me paroît difficile à croire que durant trois cent ans & plus qui se sont écoulés entre Gui Aretin & Jean de Muris, la musique ait été entierement privée du rythme & de la mesure, qui en font l'ame & le principal agrément.
Quoi qu'il en soit, il est certain que les différentes valeurs des notes sont de fort ancienne invention. J'en trouve dès les premiers tems de cinq sortes de figures, sans compter la ligature & le point. Ces cinq sont la maxime, la longue, la breve, la semi-breve & la minime. Toutes ces différentes notes sont noires dans les manuscrits de Guillaume de Machaut ; ce n'est que depuis l'invention de l'imprimerie qu'on s'est avisé de les faire blanches, & ajoutant de nouvelles notes, de distinguer les valeurs par la couleur, aussi bien que par la figure.
Les notes, quoique figurées de même, n'avoient pas toujours une même valeur. Quelquefois la maxime valoit deux longues, ou la longue deux breves ; quelquefois elle en valoit trois, cela dépendoit du mode. Voyez MODE. Il en étoit de même de la breve par rapport à la semi-breve, & cela dépendoit du tems. Voyez TEMS ; & de même enfin de la semi-breve par rapport à la minime, & cela dépendoit de la prolation. Voyez PROLATION.
Il y avoit encore beaucoup d'autres manieres de modifier les différentes valeurs de ces notes par le point, par la ligature & par la position de la queue. Voyez LIGATURE, POINT, QUEUE.
Les figures qu'on ajouta dans la suite à ces cinq premieres, furent la noire, la croche, la double-croche, la triple & même la quadruple croche ; ce qui feroit dix figures en tout : mais dès qu'on eut pris la coutume de séparer les mesures par des barres, on abandonna toutes les figures de notes qui valoient plusieurs mesures, comme la maxime qui en valoit huit, la longue qui en valoit quatre, & la breve ou quarrée qui en valoit deux ; la semi-breve ou ronde, qui valoit une mesure entiere, fut la plus longue valeur de note qui demeura en usage, & sur laquelle on détermina les valeurs de toutes les autres notes ; & comme la mesure binaire qui avoit passé long-tems pour moins parfaite que la mesure à trois tems, prit enfin le dessus, & servit de base à toutes les autres mesures, de même la division soûdouble l'emporta sur la division soûtriple qui avoit aussi passé pour la plus parfaite ; la ronde ne valut plus que quelquefois trois blanches, mais toujours deux seulement ; la blanche deux noires, la noire deux croches, & ainsi toujours dans la même proportion jusqu'à la quadruple croche, si ce n'est dans quelques cas d'exception où la division soûtriple fut conservée & indiquée par le chiffre 3 placé au-dessus ou au-dessous des notes. Voyez Planches & fig. les figures & les valeurs de toutes ces différentes especes de notes.
Les ligatures furent en même tems abolies, dumoins quant aux changemens qu'elles produisoient dans les valeurs des notes. Les queues, de quelque maniere qu'elles fussent placées, n'eurent plus qu'un sens fixe & toujours le même ; & enfin la signification du point fut aussi bornée à valoir exactement la moitié de la note qui est immédiatement avant lui. Tel est l'état où les figures des notes ont été mises par rapport à la valeur, & où elles sont actuellement.
L'auteur de la dissertation sur la musique moderne trouve tout cela fort mal imaginé ; nous avons exposé au mot NOTE quelques-unes de ses raisons. (S)
VALEUR, s. f. (terme de lettre-de-change) ce mot signifie proprement la nature de la chose, comme deniers comptans, marchandises, lettres-de-change, dettes, &c. qui est donnée, pour ainsi dire, en échange de la somme portée par la lettre dont on a besoin. Ricard. (D.J.)
VALEUR INTRINSEQUE, (Monnoie) ce mot se dit des monnoies qui peuvent bien augmenter ou baisser suivant la volonté du prince, mais dont la véritable valeur ne dépend que de leur poids & du titre du métal. C'est toujours sur cette valeur intrinseque des especes qu'elles sont reçues dans les pays étrangers, bien que dans les lieux où elles ont été fabriquées, & où l'autorité souveraine leur donne cours, elles soient portées dans le commerce sur un pié bien plus fort ; mais c'est un mal de plus dans l'état. (D.J.)
VALEUR, s. f. (Hydr.) la valeur des eaux est l'estimation de ce qu'elles peuvent produire en un certain tems. L'expérience y est plus nécessaire que la démonstration ; c'est elle qui a fait connoître ce que fournit par minute un ruisseau, une riviere, un pouce d'eau, une ligne ; c'est par son moyen qu'on sait qu'un muid d'eau contient 288 pintes mesure de Paris, & qu'on peut l'évaluer à 8 piés cubes valant chacun 36 pintes 8e de 288. (K)
VALEUR, (Morale) la valeur est ce sentiment que l'enthousiasme de la gloire & la soif de la renommée enfantent, qui non content de faire affronter le danger sans le craindre, le fait même chérir & chercher.
C'est ce délire de l'héroïsme qui dans les derniers siecles forma ces preux chevaliers, héros chers à l'humanité, qui sembloient s'être approprié la cause de tous les foibles de l'univers.
C'est cette délicatesse généreuse que l'ombre d'un outrage enflamme, & dont rien ne peut désarmer la vengeance que l'idée d'une vengeance trop facile.
Bien différente de cette susceptibilité pointilleuse, trouvant l'insulte dans un mot à double sens, quand la peur ou la foiblesse le prononce, mais dont un regard fixe abaisse en terre la vue arrogante, semblable à l'épervier qui déchire la colombe, & que l'aigle fait fuir.
La valeur n'est pas cette intrépidité aveugle & momentanée que produit le desespoir de la passion, valeur qu'un poltron peut avoir, & qui par conséquent n'en est pas une ; tels sont ces corps infirmes à qui le transport de la fievre donne seul de la vivacité, & qui n'ont jamais de force sans convulsions.
La valeur n'est pas ce flegme inaltérable, cette espece d'insensibilité, d'oubli courageux de son existence, à qui la douleur la plus aigue & la plus soudaine ne peut arracher un cri, ni causer une émotion sensible : triomphe rare & sublime que l'habitude la plus longue, la plus réfléchie & la mieux secondée par une ame vigoureuse, remporte difficilement sur la nature.
La valeur est encore moins cette force extraordinaire que donne la vue d'un danger inévitable, dernier effort d'un être qui défend sa vie ; sentiment inséparable de l'existence, commun, comme elle, à la foiblesse, à la force, à la femme, à l'enfant, seul courage vraiment naturel à l'homme né timide. A votre aspect, que fait le sauvage votre frere ? il fuit. Osez le poursuivre & l'attaquer dans sa grotte, vous apprendrez ce que fait faire l'amour de la vie.
Sans spectateurs pour l'applaudir, ou au-moins sans espoir d'être applaudi un jour, il n'y a point de valeur. De toutes les vertus factices c'est sans-doute la plus noble & la plus brillante qu'ait jamais pu créer l'amour propre ; mais enfin c'est une vertu factice.
C'est un germe heureux que la nature met en nous, mais qui ne peut éclorre, si l'éducation & les moeurs du pays ne le fécondent.
Voulez-vous rendre une nation valeureuse, que toute action de valeur y soit récompensée. Mais quelle doit être cette récompense ? L'éloge & la célébrité. Faites construire des chars de triomphe pour ceux qui auront triomphé, un grand cirque pour que les spectateurs, les rivaux & les applaudissemens soient nombreux ; gardez-vous sur-tout de payer avec de l'or ce que l'honneur seul peut & doit acquiter. Celui qui songe à être riche, n'est ni ne sera jamais valeureux. Qu'avez-vous besoin d'or ? Un laurier récompense un héros.
Il s'agissoit au siege de *** de reconnoître un point d'attaque ; le péril étoit presque inévitable ; cent louis étoient assurés à celui qui pourroit en revenir ; plusieurs braves y étoient déjà restés ; un jeune homme se présente ; on le voit partir à regret ; il reste long-tems ; on le croit tué ; mais il revient, & fait également admirer l'exactitude & le sang froid de son récit. Les cent louis lui sont offerts ; vous vous mocquez de moi, mon général, répond-il alors, va-t-on là pour de l'argent ? Le bel exemple !
Que l'on parcoure dans les fastes de l'histoire, les siecles de l'ancienne chevalerie, où tout jusqu'aux jeux de l'amour avoit un air martial ; où les couleurs & les chiffres de la maîtresse ornoient toujours le bouclier de l'amant ; où la barriere des tournois ouvroit un nouveau chemin à la gloire ; où le vainqueur aux yeux de la nation entiere recevoit la couronne des mains de la beauté ; qu'à ces jours d'honneur l'on compare ces tems d'apathie & d'indolence, où nos guerriers ne soulèvement pas les lances que manioient leurs peres, on verra à quel point les moeurs & l'éducation influent sur la valeur.
La valeur aime autant la gloire qu'elle déteste le carnage ; cede-t-on à ses armes, ses armes cessent de frapper ; ce n'est point du sang qu'elle demande, c'est de l'honneur ; & toujours son vaincu lui devient cher, sur-tout s'il a été difficile à vaincre.
Du tems du paganisme elle fit les dieux, depuis elle créa les premiers nobles.
C'est à elle seule que semblera appartenir la pompe fastueuse des armoiries, ces casques panachés qui les couronnent, ces faisceaux d'armes qui servent de support aux écussons, ces livrées qui distinguoient les chefs dans la mêlée, & toutes ces décorations guerrieres qu'elle seule ne dépare pas.
Ces superbes priviléges, aujourd'hui si prisés & si confondus, ne sont pas le seul apanage de la valeur ; elle possede un droit plus doux & plus flatteur encore, le droit de plaire. Le valeureux fut toujours le héros de l'amour ; c'est à lui que la nature a particulierement accordé des forces pour la défense de ce sexe adoré, qui trouve les siennes dans sa foiblesse ; c'est lui que ce sexe charmant aime sur-tout à couronner comme son vainqueur.
Non contente d'annoblir toutes les idées & tous les penchans, la valeur étend également ses bienfaits sur le moral & sur le physique de ses héros ; c'est d'elle sur-tout que l'on tient cette démarche imposante & facile ; cette aisance qui pare la beauté ou prête à la disgrace un charme qui la fait oublier ; cette sécurité qui peint l'assurance intérieure ; ce regard ferme sans rudesse que rien n'abaisse que ce qu'il est honnête de redouter ; & la grandeur d'ame, & la sensibilité que toujours elle annonce, est encore un attrait de plus dont toute autre ame sensible peut malaisément se défendre.
Il seroit impossible de définir tous les caracteres de la valeur selon ceux des êtres divers que peut échauffer cette vertu ; mais de même que l'on peut donner un sens définitif au mot physionomie, malgré la variété des physionomies, de même peut-on fixer le sens du mot valeur, malgré toutes ces modifications.
Pour y parvenir encore mieux, l'on va comparer les mots bravoure, courage, & valeur, que l'on a toujours tort de confondre.
Le mot vaillance paroît d'abord devoir être compris dans ce parallele ; mais dans le fait c'est un mot qui a vieilli, & que valeur a remplacé ; son harmonie & son nombre le fait cependant employer encore dans la poésie.
Le courage est dans tous les événemens de la vie ; la bravoure n'est qu'à la guerre ; la valeur par-tout où il y a un péril à affronter, & de la gloire à acquérir.
Après avoir monté vingt fois le premier à l'assaut, le brave peut trembler dans une forêt battue de l'orage, fuir à la vue d'un phosphore enflammé, ou craindre les esprits ; le courage ne croit point à ces rêves de la superstition & de l'ignorance ; la valeur peut croire aux revenans, mais alors elle se bat contre le phantome.
La bravoure se contente de vaincre l'obstacle qui lui est offert ; le courage raisonne les moyens de le détruire ; la valeur le cherche, & son élan le brise, s'il est possible.
La bravoure veut être guidée ; le courage sait commander, & même obéir ; la valeur sait combattre.
Le brave blessé s'énorgueillit de l'être ; le courageux rassemble les forces que lui laisse encore sa blessure pour servir sa patrie ; le valeureux songe moins à la vie qu'il va perdre, qu'à la gloire qui lui échappe.
La bravoure victorieuse fait retentir l'arène de ses cris guerriers ; le courage triomphant oublie son succès, pour profiter de ses avantages ; la valeur couronnée soupire après un nouveau combat.
Une défaite peut ébranler la bravoure ; le courage sait vaincre & être vaincu sans être défait ; un échec desole la valeur sans la décourager.
L'exemple influe sur la bravoure ; (plus d'un soldat n'est devenu brave qu'en prenant le nom de grenadier ; l'exemple ne rend point valeureux quand on ne l'est pas) mais les témoins doublent la valeur ; le courage n'a besoin ni de témoins ni d'exemples.
L'amour de la patrie & la santé rendent braves ; les réflexions, les connoissances, la Philosophie, le malheur, & plus encore la voix d'une conscience pure, rendent courageux ; la vanité noble, & l'espoir de la gloire, produisent la valeur.
Les trois cent Lacédémoniens des Thermopyles, (celui qui échappa même) furent braves : Socrate buvant la ciguë, Regulus retournant à Carthage, Titus s'arrachant des bras de Bérénice en pleurs, ou pardonnant à Sextus, furent courageux : Hercule terrassant les monstres ; Persée délivrant Andromede ; Achille courant aux remparts de Troie sûr d'y périr, étonnerent les siecles passés par leur valeur.
De nos jours, que l'on parcoure les fastes trop mal conservés, & cent fois trop peu publiés de nos régimens, l'on trouvera de dignes rivaux des braves de Lacédémone ; Turenne & Catinat furent courageux ; Condé fut valeureux & l'est encore.
Le parallele de la bravoure avec le courage & la valeur, doit finir en quittant le champ de bataille. Comparons à présent le courage & la valeur dans d'autres circonstances de la vie.
Le valeureux peut manquer de courage ; le courageux est toujours maître d'avoir de la valeur.
La valeur sert au guerrier qui va combattre ; le courage à tous les êtres qui jouissant de l'existence, sont sujets à toutes les calamités qui l'accompagnent.
Que vous serviroit la valeur, amant que l'on a trahi ; pere éploré que le sort prive d'un fils ; pere plus à plaindre, dont le fils n'est pas vertueux ? ô fils désolé qui allez être sans pere & sans mere ; ami dont l'ami craint la vérité ; ô vieillards qui allez mourir, infortunés, c'est du courage que vous avez besoin !
Contre les passions que peut la valeur sans courage ? Elle est leur esclave, & le courage est leur maître.
La valeur outragée se vange avec éclat, tandis que le courage pardonne en silence.
Près d'une maîtresse perfide le courage combat l'amour, tandis que la valeur combat le rival.
La valeur brave les horreurs de la mort ; le courage plus grand brave la mort & la vie.
Enfin, l'on peut conclure que la bravoure est le devoir du soldat ; le courage, la vertu du sage & du héros ; la valeur, celle du vrai chevalier. Article de M. DE PEZAY, capitaine au régiment de Chabot, dragons.
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| VALHALLA | S. m. (Mythologie) c'est le nom que la Mythologie des anciens Celtes, Scandinaves ou Goths, donne à un séjour de délices, destiné pour ceux qui périssoient dans les combats ; valhalla étoit le palais du dieu Odin ; les plaisirs dont on y jouissoit étoient conformes aux idées guerrieres de ces peuples avides de combats. Ils supposoient donc que ceux qui étoient admis dans le valhalla, avoient tous les jours le plaisir de s'armer, de passer en revue, de se ranger en ordre de bataille, & de se tailler en pieces les uns les autres ; mais dès que l'heure du festin étoit venue, les héros retournoient dans la salle d'Odin, parfaitement guéris de leurs blessures ; là ils se mettoient à boire & à manger ; leur boisson étoit de la biere & de l'hydromel, qu'ils buvoient dans les crânes des ennemis qu'ils avoient tués, & qui leur étoit versée par des nymphes appellées valkyries. On voit combien une pareille doctrine étoit propre à inspirer le courage & le desir d'une mort glorieuse dans les combats, à ces peuples qui ont conquis la plus grande partie de l'Europe.
L'entrée du valhalla n'étoit promise qu'à ceux qui périssoient dans les combats, toute autre mort étoit regardée comme ignominieuse ; & ceux qui mouroient de maladie ou de vieillesse, alloient dans le niflheim ou dans l'enfer destiné aux lâches & aux scélérats. Voyez l'Introduction à l'histoire de Danemarck, par M. Mallet, & voyez NIFLHEIM.
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| VALI | S. m. (Hist. mod.) c'est le titre que l'on donnoit en Perse avant les dernieres révolutions, à des vice-rois ou gouverneurs établis par la cour d'Ispahan, pour gouverner en son nom des pays dont leurs ancêtres étoient les souverains avant que d'être soumis aux Persans. La Géorgie étoit dans ce cas, ainsi qu'une partie de l'Arabie ; les vice-rois de ces pays s'appelloient vali de Géorgie, vali d'Arabie, &c.
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| VALIDATION | S. f. (Gram. & Jurisprud.) est l'action de faire valoir quelque chose qui sans cela ne seroit pas valable.
Validation de criées ; ce sont des lettres accordées en chancellerie, pour confirmer les criées, lorsqu'il y manque quelque défaut de formalité. Dans les coutumes de Vitry, Château-Thierry, & quelques autres, les Praticiens sont dans l'usage lorsqu'il est question de certifier des criées, d'observer si toutes les significations ont été faites parlant à la partie saisie ; cette formalité y est tellement de rigueur, que pour en couvrir le défaut, on a recours à des lettres de validation de criées ; l'adresse de ces lettres se fait au juge devant lequel les criées sont pendantes. Voyez le style des lettres de chancellerie, par M. de Pimont.
Validation de mariage ; on trouve dans le style de la chancellerie de Dusault, la formule de lettres de validation de mariage pour des gens de la religion prétendue réformée, qui s'étoient mariés, quoique il y eût parenté au degré de l'ordonnance, entre la premiere femme & la seconde, à l'effet d'assurer l'état des conjoints & celui de leurs enfans nés & à naître.
Validation de payement ; sont des lettres que le roi accorde à un comptable pour qu'on lui alloue à la chambre des comptes un payement sur lequel elle pourroit faire quelque difficulté. Voyez le style de chancellerie de Dusault, page 79.
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| VALIDE | adj. (Gram. & Jurisprud.) signifie ce qui est valable selon les loix ; un acte est valide en la forme, lorsqu'il est revêtu de toutes les formalités nécessaires, & il est valide au fond lorsque les dispositions qu'il renferme n'ont rien de prohibé. Voyez ACTE, FORMALITE, FORME, VALABLE, VALIDITE. (A)
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| VALIDÉ | (Hist. mod.) nom que l'on donne chez les Turcs à la sultane mere de l'empereur qui est sur le trône. La sultane validé est toujours très-respectée par son fils, & prend part aux affaires de l'état, suivant le plus ou le moins d'ascendant qu'elle sait prendre sur son esprit. Elle jouit d'une liberté beaucoup plus grande que les autres sultanes qui sont dans le serrail, & peuvent y changer & y introduire ce que la fantaisie leur suggere. La loi veut que le sultan obtienne le consentement de sa mere pour coucher avec quelqu'une des femmes qui y sont renfermées ; ainsi la validé lui amene une fille choisie pour attirer ses regards ; elle trouveroit très-mauvais & se croiroit deshonorée, si son fils ne s'en rapportoit à son choix. Son médecin nommé hekisis effendi, lorsqu'elle tombe malade, est introduit dans son appartement, mais il ne lui parle qu'au-travers d'un voile dont son lit est environné, & ne lui tâte le pouls qu'au-travers d'un linge fin, qu'on met sur le bras de la sultane validé. Elle a un revenu particulier, que l'on nomme Paschmalyk ; il est de mille bourses ou d'environ quinze cent mille francs, dont elle dispose à sa volonté.
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| VALISE | S. f. (terme de Coffretier) ustensile de cuir uni ou à poil, servant à mettre des hardes & autres choses, pour porter en voyage sur la croupe d'un cheval, ou autrement. (D.J.)
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| VALKYRIES | S. f. pl. (Mythologie) C'est le nom que les anciens Scandinaves ou Goths donnoient à des Nymphes, qui habitoient le valhalla, c'est-à-dire paradis des héros, ou la demeure d'Odin ; ce dieu les emploie pour choisir ceux qui doivent être tués dans les combats. Une de leurs fonctions étoit de verser à boire aux héros qui avoient été admis dans le palais d'Odin ; c'étoient aussi elles qui présentoient à ce dieu ceux qui mouroient dans les batailles. Voyez l'EDDA des Irlandois.
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| VALLADOLID | (Géog. mod.) en latin Pincium, ville d'Espagne dans la vieille Castille, sur la riviere de Pisuerga, près de son embouchure dans le Duero, à 20 lieues au sud-ouest de Burgos, à 25 au nord-est de Salamanque, & à 35 au nord de Madrid.
Valladolid est une des plus grandes villes d'Espagne. Elle contient soixante & dix couvens de l'un & de l'autre sexe, & des églises à proportion ; d'ailleurs l'étendue de ses places publiques y est très-considérable. On donne sept cent pas de circuit à la seule place du marché nommée el campo ; les maisons de cette place sont égales, & à quatre étages. L'université n'est composée que de quelques colleges. On a fondé dans cette ville en 1752, une académie des sciences & des arts ; mais cette académie ne se presse pas de répandre ses lumieres, car elle n'a point encore publié d'ouvrages. L'évêché de cette cité est suffragant de Tolede, & a été sondé en 1595. Son revenu est évalué à quinze mille ducats. Cette ville a été la résidence des rois de Castille jusqu'à Charles-Quint. Les dehors en sont très-agréables ; c'est une belle plaine couverte de jardins, de vergers, de prés & de champs. Long. 13. 35. lat. 41. 43.
Valladolid est la patrie de quatre ou cinq jésuites, dont les noms ne sont connus qu'en Espagne ; mais il n'en est pas de même de Mercado (Louis de) en latin Mercatus, un des savans médecins du xvj. siecle ; toutes ses oeuvres ont été recueillies & imprimées Francofurti 1654, cinq vol. in-fol. Il mourut en 1593, à 53 ans.
Nunnez (Ferdinand), surnommé Pincianus, du nom latin de sa patrie, a eu la gloire d'apporter le premier l'usage de la langue grecque en Espagne. La noblesse de son extraction lui procura l'honneur d'être fait chevalier de S. Jacques ; mais quoiqu'il fût en même tems intendant des finances de Ferdinand le catholique, il n'employa sa fortune qu'à devenir le propagateur des belles-lettres dans sa patrie ; sourd aux promesses les plus magnifiques, & insensible aux espérances de la cour les plus flatteuses, il consacra son loisir studieux à communiquer aux autres les lumieres qu'il possédoit. Il fit pour la plus grande partie la version latine des septante, imprimée dans la polyglotte du cardinal Ximenès. Emule d'Hermolaüs Barbaro, il publia des commentaires sur Pline, Pomponius Méla & Séneque, tous trois ses compatriotes ; enfin, il mérita les éloges des plus savans hommes, de Juste-Lipse, d'Isaac Vossius & d'autres critiques. Il mourut en 1553, âgé de plus de 80 ans. (D.J.)
VALLADOLID, (Géog. mod.) ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Quito, entre Loxa au nord, & Loyola au midi, sur la riviere de Chinchipé. Cette ville autrefois opulente, n'est plus qu'un petit hameau habité par quelques indiens ou métifs. Long. 301. 40. lat. mérid. 4. 31. (D.J.)
VALLADOLID ou VALLISOLETO, (Géog. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement de Méchoacan, proche d'un grand lac, avec un évêché suffragant de Mexico. Latit. 11. 19. (D.J.)
VALLADOLID, (Géogr. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle-Espagne, au Yucatan, environ à 30 lieues au midi oriental de Mérida, près de la côte du golfe de Honduras. Latit. 19.
VALLADOLID, (Géogr. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans le gouvernement de Honduras, sur les confins de l'audience de Nicaragua, dans une belle plaine. Il y a des peres de la Merci, & un évêché.
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| VALLAGE | LE, (Géogr. mod.) petit pays de France, qui fait partie du gouvernement de Champagne. Il est borné au nord par le Châlonnois & le Pertois, au midi par le Bassigni, au levant par le Barrois, & au couchant par la Champagne propre. Il est arrosé par l'Aube & la Marne. Vaussy est la capitale ; ses autres villes sont Joinville & Bar-sur-Aube. (D.J.)
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| VALLAIRE | adj. (Hist. nat.) nom que donnoient les Romains à la couronne que l'état ou le général décernoit à tout officier ou soldat qui dans l'attaque d'un camp avoit le premier franchi les palissades & pénétré dans les lignes ou retranchemens des ennemis. Ce mot est dérivé de vallum, pieu garni de quelques branches qu'on plantoit sur la crête du retranchement, pour former l'enceinte du camp que les anciens nommoient lorica. Ils donnoient aussi à cette couronne le nom de castrensis, du mot castra, camp.
Aulugelle assure que cette couronne étoit d'or, & néanmoins, au rapport de Pline, l. XXII. c. iij. elle n'étoit pas tant estimée que la couronne obsidionale qui n'étoit que d'herbe ou de gazon. Les Romains pensoient & avec raison qu'il étoit plus glorieux & plus utile à l'état de délivrer & de conserver des citoyens, que de vaincre des ennemis. Voyez COURONNE.
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| VALLAIS | LE, (Géog. mod.) en allemand Waliserland ; pays voisin & allié des Suisses. Il est borné au nord par le canton de Berne, au midi par le val d'Aoste, au levant par le canton d'Uri, & au couchant par le lac Leman ou de la république de Genève ; de ce dernier côté, il fait face à la Savoye. Ce pays est une vallée étroite, dont la longueur est d'environ 34 lieues ; sa largeur est fort inégale. Le Rhône traverse le Vallais dans toute sa longueur, du levant au couchant. On le divise en haut & bas Vallais, qui sont l'un & l'autre très-peuplés. Le haut Vallais est partagé en sept communautés, départemens ou jurisdictions, que l'on nomme dixaines en françois, & zehenden en allemand. Le bas Vallais est divisé en six gouvernemens ou bannieres.
Il n'y a peut-être point dans la Suisse de contrée si bien entourée de montagnes que le Vallais, ni si bien fortifiée par la nature ; mais quoique ce pays soit une vallée environnée de hautes montagnes couvertes de neiges, c'est cependant le quartier le plus chaud de la Suisse. Il produit de très-bons vins, dont les vignes sont sur des rochers ; le terroir rapporte aussi suffisamment de blé, de seigle & d'orge pour la nourriture des habitans : ils sont accoutumés à la fatigue, endurcis au travail ; & comme ils vivent frugalement, & respirent un air pur, ils parviennent sans maladies à une vieillesse vigoureuse ; ils paroissent n'être exposés qu'à la difformité du goître, qui peut venir de la mauvaise qualité des eaux ; mais ce mal même n'est pas universel ; tout le pays est cultivé & planté d'arbres fruitiers.
Le haut Vallais, où est la source du Rhône, étoit autrefois occupé par les Seduni qui ont laissé leur nom à la ville de Sion, appellée en latin Seduni, & le bas Vallais par les Veragri, dont la situation a été exactement marquée par César dans le liv. III. de ses commentaires, où il nomme par ordre les Nantuates, les Veragri, & les Seduni, qui occupoient le pays depuis les Allobroges, le lac LÉman & le Rhône jusqu'aux hautes Alpes, usque ad summas Alpes, où est la source du Rhône.
Le Vallais fit partie du royaume de Bourgogne sous les Mérovingiens & les Carlovingiens. Les successeurs de Rodolphe, élu l'an 888 roi de la Bourgogne transjurane & septentrionale, jouirent paisiblement de ce même pays jusqu'à Rodolphe III. sous lequel les officiers nommés comtes, s'érigerent en princes, & les évêques aussi, ce qu'ils avoient commencé à faire dès le tems du roi Conrad le Pacifique, pere & prédécesseur de Rodolphe, nommé le lâche, parce qu'il souffrit & autorisa ces usurpations. Les empereurs allemands, qui succéderent à Rodolphe, mirent le gouvernement de la Bourgogne transjurane entre les mains des ducs de Zéringue, qui attaquerent les Vallaisans, mais avec divers succès, & ils furent obligés enfin de les laisser vivre dans leurs montagnes en liberté.
La plus ancienne alliance que les Vallaisans aient faite avec quelques cantons de la Suisse, est celle qu'ils contracterent pour dix ans avec les Bernois l'an 1250, qu'ils renouvellerent en 1448, & qu'ils déclarerent stable & éternelle en 1475. Ils avoient fait une pareille alliance en 1473 avec les cantons de Lucerne, d'Ury & d'Underwald ; & en 1529, ils furent admis par tous les cantons dans l'alliance helvétique. Il fut cependant ajouté dans l'acte une clause, qui portoit que cette alliance seroit renouvellée tous les 25 ans.
Enfin en 1533, l'évêque & la république de Vallais renouvellerent leur alliance avec les trois cantons catholiques, Lucerne, Ury & Underwald ; & les quatres autres, savoir, Schwitz, Zug, Fribourg & Soleurre y acquiescerent.
Ce renouvellement fut en quelque maniere une nouvelle alliance ; car du côté des Suisses tous les cantons catholiques y stipulerent, & du côté des Vallaisans, qui sont fort attachés à l'église romaine, tout l'état y entra pareillement.
Les Vallaisans voulant conserver leur liberté intérieure, pratiquent depuis long-tems un usage singulier pour réprimer les grands qui tenteroient de la leur ravir par leur crédit & leur puissance. C'est ce qu'ils appellent la masse, en allemand matzen, & qui tient quelque chose de l'ostracisme des Athéniens. Le peuple prend un tronc d'arbre ou de vigne, sur lequel il pose une figure de tête d'homme, semblable à une tête de Méduse ; chaque mécontent fiche un clou à cette masse ; & quand elle est chargée de clous, on porte la masse dans l'assemblée des jurisdictions avec le nom de l'homme qu'on redoute, & l'on demande son bannissement. Cette maniere extraordinaire d'obtenir justice dans ce pays-là, y produit beaucoup de bien & peu de mal. (D.J.)
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| VALLATUM | (Géog. anc.) lieu de la Vindélicie. L'itinéraire d'Antonin le place entre Abasina & Summemtorium. On croit communément que le nom moderne est Willenbach. (D.J.)
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| VALLÉE | (Géog. mod.) petite ville d'Italie, dans l'Istrie, à 7 milles de la mer, & à 14 au nord de Pola ; elle est ceinte de murailles, & soumise aux Vénitiens.
VALLEE, VALLON, (Synonyme) vallée semble signifier une espace plus étendu ; vallon semble en marquer un plus resserré.
Les poëtes ont rendu le mot de vallon plus usité ; parce qu'ils ont ajouté à la force de ce mot une idée de quelque chose d'agréable ou de champêtre, tandis que celui de vallée n'a retenu que l'idée d'un lieu bas, & situé entre d'autres lieux plus élevés.
On dit la vallée de Josaphat, où le vulgaire pense que se doit faire le jugement universel ; & l'on dit souvent en poésie le sacré vallon, où la fable établit une demeure des muses. A entendre nos aimables décider d'un ton léger du mérite des poëtes anciens & modernes,
On diroit qu'ils ont seuls l'oreille d'Apollon,
Qu'ils disposent de tout dans le sacré vallon.
(D.J.)
VALLEE, (Géog. sacrée) il est parlé dans l'Ecriture de plusieurs vallées de la Judée ; nous n'en citerons ici que quelques-unes, dont les noms se lisent le plus souvent : telles sont la vallée des artisans, sur les confins des tribus de Juda & de Benjamin ; la vallée des bois, dans laquelle étoient bâties Sodome & Gomorrhe ; la vallée de Save ou Royale, ainsi dite parce que Melchisédech y rencontra Abraham ; la vallée de bénédiction, près de Jérusalem, ainsi nommée, parce que les Juifs y remercierent Dieu de la victoire qu'il avoit accordée à Josaphat, II. Paral. xx. 26. la vallée de Gad, située au-delà du Jourdain, le long de l'Arnon, II. Rois, xxiv. 5. la vallée de vision, signifie Jérusalem dans le style prophétique, & par antiphrase, parce qu'elle est située sur une montagne ; la vallée grasse, étoit aux environs de Samarie qui la dominoit ; sa fertilité lui fit donner ce nom ; la vallée des passans marque le grand chemin qui étoit au pié du mont Carmel, pour aller du levant vers la mer. Ezech. xxxix. 11. la vallée des montagnes, désigne les vallées qui étoient autour de Jérusalem, où les habitans de cette ville se sauverent, lorsqu'elle fut assiégée par les Romains ; la vallée du carnage fut ainsi nommée, parce que Josaphat y défit un grand nombre d'ennemis ; c'est la même que la vallée de Josaphat ou du jugement, dont parle Joël, iij. 14. (D.J.)
VALLEE, (Géogr. mod.) mot françois qui signifie la descente d'une montagne rude, escarpée, roide ; il signifie aussi un espace de terre ou de pays, situé au pié de quelque montagne ou côte. On disoit autrefois val ; mais il n'est plus en usage que dans les noms propres : le val de Galice, le val des Choux, le val Suzon. L'un & l'autre mot est formé du latin vallis, dont les Italiens ont fait leur mot val ou valle, & les Espagnols leur mot valle.
On entend ordinairement par une vallée une espece de plaine, le plus souvent traversée par une riviere, bornée à ses côtés par des collines ou des montagnes, & qui a une longueur plus ou moins grande, sans largeur considérable. Il y a des pays fort vastes nommés vallées, comme dans la Sicile, qui est divisée en trois vallées, valle di Mazara, valle di Demona, & valle di Noto. Comme, selon le proverbe, il n'y a point de montagnes sans vallées, le mot de vallée est commun dans les montagnes, par exemple, dans la Suisse, chez les Grisons, dans une partie de la Lombardie & dans les Pyrénées. (D.J.)
VALLEE DE VISION, la, (Critique sacrée) la vallée de vision dans le style figuré, signifie Jérusalem. Elle est nommée vallée par antiphrase, parce qu'elle est située sur une montagne ; & on lui donne le surnom de vision, parce qu'elle est le sujet de la prophétie d'Isaïe, ou parce que le temple de Jérusalem fut bâti sur le mont Morija, qui est la montagne de vision.
VALLEE DE CLUYD, (Géog. mod.) vallée d'Angleterre, dans le comté de Denbig. Elle s'étend du sud-est au nord-ouest jusqu'à l'Océan, de la longueur de 17 milles, sur 5 de largeur. Elle est de toutes parts environnée de hautes montagnes, excepté le long des côtes, où elle est toute ouverte. La riviere de la Cluyd la traverse par le milieu, depuis sa source jusqu'à son embouchure.
VALLEES, pays des quatre, (Géog. mod.) pays de France, dans la Gascogne, sur la gauche de la Garonne, partie dans le diocèse d'Auch, & partie dans celui de Comminge. Il renferme les vallées de la Barthe ou Nestes, Aure, Magnoac & Barousse. (D.J.)
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| VALLI | (Botan. exot.) arbrisseau des Indes que M. Commelin nomme frutex siliquosa, indica, flore papilionaceo, siliquis planis, brevibus, duo aut tria semina isthmia continentibus. Hort. Malab.
Cet arbrisseau s'attache à toutes les plantes de son voisinage. Ses feuilles ressemblent à celles du frêne, & ont quelque acrimonie. Ses fleurs son papilonacées & sans odeur. Ses gousses ont un pouce de long, sur un pouce de circonférence ; elles sont plates, & contiennent deux ou trois semences séparées par une cloison étroite ; ses feves sont d'un goût extrêmement désagréable. Cette plante fleurit au mois d'Août, & son fruit est mûr dans ceux de Décembre & de Janvier. (D.J.)
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| VALLUM | AGGER, VINEAE, TURRES, (Art milit. des Romains) vallum étoit un retranchement que l'on faisoit avec des pieux, une palissade. Agger, élevation pour dominer la ville, que l'on faisoit avec des poutres & des branches d'arbres qu'on couvroit de terre. Vineae, machines qui couvroient ceux qui travailloient à la sappe du mur. Turres, les tours, étoient de bois, & l'on y mettoit des machines pour lancer des pierres, des feux d'artifices, &c. (D.J.)
VALLUM ADRIANI, (Géog. anc.) dans la 124e. année de J.C. l'empereur Adrien passa dans la grande-Bretagne pour y appaiser un soulevement, & après avoir battu les rebelles, il fit tirer pour la premiere fois, dit Spartian in Hadriani vitâ, c. xj. une muraille de 80 milles de longueur, pour empêcher les peuples sauvages du nord, de se jetter sur les sujets des Romains.
Cette muraille, ou ce retranchement, tenoit toute la largeur de l'île, depuis une mer jusqu'à l'autre ; c'est-à-dire, depuis le bord de la Tyne, au voisinage de New-Castle, jusqu'au bord de l'Eden, près de Carlisle, dans le Cumberland, & de Carlisle jusqu'à la mer.
L'auteur des délices de la grande-Bretagne, page 1140, dit : " L'historien qui nous apprend cette circonstance, ne marque pas en quel endroit étoit cette muraille : mais les Ecossois ne doutent nullement, que ce ne fut entre les golfes de Glotta & de Bodotria, dans les mêmes endroits ou Agricola avoit mis des garnisons 40 ans auparavant ; & ils sont persuadés que c'est la même muraille dont il reste des vestiges assez considérables, entre les golfes dont il vient d'être parlé, qui sont ceux de la Cluyd & du Forth. "
Mais il paroîtroit plutôt que c'est le Vallum de Sévere, dont nous ferons l'article, qui doit être placé entre ces deux golfes, & non celui d'Hadrien : car Spartian, in Hadriani vitâ, c. xj. dit positivement que le Vallum de Sévere fut bâti bien loin au-delà de celui d'Hadrien. D'ailleurs, si le mur de ce dernier avoit été entre les golfes de Cluyd & de Forth, il n'auroit pas eu 80 mille pas de longueur, mais seulement 32 mille pas, mesure qu'Aurelius Victor, Epitom. hist. Augustae, & Eutrope, in Severo, l. VII. c. xix. donnent au Vallum de Sévere.
Quoi qu'il en soit, les restes de ce grand & merveilleux ouvrage font voir qu'il étoit digne de la puissance des Romains. D'abord Hadrien ne le fit faire que de gason ; mais dans la suite on l'a bâti de gros quartiers de pierre. Cette muraille étoit haute de 15 piés, & en quelques endroits large de 9, comme on le peut encore voir par les débris qui en restent. Elle comprenoit un espace d'environ cent milles de longueur à-travers des plaines, des vallées, des montagnes & des forêts : de-sorte qu'elle devoit avoir coûté des peines & des dépenses infinies. Elle étoit flanquée de tours, à la distance de mille pas les unes des autres : & tout du long, on avoit bâti une infinité de bourgs & de châteaux. Les Anglois l'appellent the Picts wall, c'est-à-dire, la muraille des Pictes ; parce que les incursions des Pictes furent la cause qui fit que les Romains penserent à un ouvrage de cette nature.
A Walvich, que l'on croit être l'ancienne Gallana, on voit des vestiges d'anciennes fortifications, & particulierement les ruines d'une grande forteresse. Près de cet endroit, la Tyne coupe la muraille, passant par une voute qu'on eut soin d'y construire ; & à quelque distance de la muraille, les deux Tynes se joignent, pour ne faire plus qu'une seule riviere. (D.J.)
VALLUM ANTONII PII, (Géog. anc.) retranchement ou muraille élevée par l'empereur Antonin Pie, dans la grande-Bretagne, pour arrêter les incursions des Calédoniens. On n'est pas d'accord sur l'endroit où fut fait ce retranchement. Cambden prétend qu'il passoit par la ville de Brumeria, aujourd'hui Brampton ; & selon la carte du pere Briet, il commençoit auprès de Berwick, à l'embouchure de la Twede, & entroit dans les terres vers le sud-ouest, en suivant à-peu-près les mêmes limites qui séparoient l'Ecosse de l'Angleterre. (D.J.)
VALLUM SEVERI, (Géog. anc.) l'empereur Sévere étant passé dans la grande Bretagne avec ses deux fils, environ l'an 207 de Jesus-Christ, repoussa les Calédoniens ; & pour les empêcher de revenir dans la province des Romains, il fit élever une muraille qui tenoit toute la largeur de l'île d'une mer à l'autre, entre les golfes de Glotta & de Bodotria, aujourd'hui les golfes de Cluyd & de Forth.
Cette muraille, ou plutôt ce retranchement, puisque Spartien & les autres auteurs anciens lui donnent le nom de vallum, fut apparemment forcé par les Calédoniens : car, sous l'empire de Dioclétien, Carausius, qui dans la suite eut la présomption de prendre la pourpre impériale, dépouilla les Calédoniens de leurs terres, & alla rétablir les bornes de l'empire romain entre les golfes de la Cluyd & du Forth : & soixante ans après ou environ, Théodose, pere de l'empereur Théodose le grand, marchant sur les brisées de Carausius, réduisit en forme de province tout le pays qui est entre l'Angleterre & les deux golfes en question. Il l'appella Valentia, du nom de l'empereur ; & pour en assûrer la possession aux Romains, il rétablit la muraille de Sévere entre les mêmes golfes. Voyez VALENTIA, Géog. anc. (D.J.)
VALLUM STILICONIS ou MURUS STILICONIS, (Géog. anc.) nom d'une muraille ou d'un retranchement, qu'on croit que Stilicon fit tirer dans la grande Bretagne le long du rivage, dans un espace d'environ quatre milles, depuis l'embouchure du Darwent jusqu'à celle de l'Elne, afin de défendre ces côtes contre l'irruption des Scoti, qui sortoient de l'Irlande pour se jetter sur ce pays-là. (D.J.)
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| VALNA | (Géog. mod.) petite méchante ville ou bicoque d'Espagne, dans l'Andalousie, sur une montagne, au midi du Guadalquivir.
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| VALOGN | ou VALOGNES, (Géog. mod.) en latin moderne Valoniae ; ville de France, dans la basse Normandie, au diocèse de Coutances, sur un petit ruisseau, à 3 lieues de la mer. Il y a un bailliage, une sénéchaussée, une maîtrise des eaux & forêts, une collégiale, & quelques couvens. Long. 16. 15. latit. 49. 27.
C'est au village de Valdésie, près de Valogne, qu'est né, au commencement du dernier siecle, Jean de Launoi, en latin Launoius, prêtre & célebre docteur en Théologie dans l'université de Paris, savant d'un ordre supérieur, infatigable dans le travail, & critique intrépide. Homme d'un desintéressement à toute épreuve, insensible à toute ambition, il refusa tous les bénéfices qu'on lui offrit, content de ses livres & de sa fortune qui étoit très-médiocre. Sa vie fut simple, & son ame toujours bienfaisante.
La préface de son testament est remarquable. Après les paroles ordinaires, au nom du Pere, &c. il y avoit : " J'aurai bientôt fait, car je n'ai pas beaucoup de biens, ayant détourné mon esprit de leur recherche par de plus nobles soins, & m'étant convaincu de bonne heure qu'un chrétien a beaucoup plus de peine à faire un bon usage des richesses qu'à s'en passer ". On peut dire qu'il est mort la plume à la main : car non-seulement il avoit un livre sous la presse (défense des intérêts du roi), pendant sa derniere maladie, mais même il en corrigea les épreuves un jour avant son décès.
Il mourut à l'hôtel d'Etrée l'an 1678, âgé de plus de 77 ans. Le cardinal d'Etrée n'étant encore qu'évêque de Laon, s'étoit en quelque maniere approprié M. de Launoi. " Et certes ayant un tel personnage auprès de lui, il ne le pouvoit conserver ni chérir avec trop de soins ", dit M. de Marolles. Il fut enterré aux minimes, comme il l'avoit ordonné par son testament ; mais on n'eut pas la liberté de mettre sur son tombeau l'épitaphe qu'on lui avoit préparée, parce que cette épitaphe attribuoit au défunt la louange d'avoir soutenu l'orthodoxie ; & quelque tems après, les minimes déclarerent que les deux puissances, la royale & l'ecclésiastique, leur avoient enjoint de ne souffrir aucune inscription à la gloire de M. de Launoi.
Ses oeuvres ont été recueillies par l'abbé Granet, & imprimées à Genève en 1731, en dix volumes infolio. Ses lettres, qui en font la partie principale, avoient déja paru à Cambridge en 1689, in-fol. Tous les ouvrages de ce savant sont remplis de lecture & de science ecclésiastique. Il y défend avec force les droits du roi, les libertés de l'église gallicane, & la juste autorité des évêques. Son style n'est pas assez orné, & ses raisonnemens ne sont peut-être pas toujours justes ; mais on est amplement dédommagé en le lisant, par la variété des sujets qu'il traite, l'étendue de son érudition, & quantité de traits ingénieux.
Le public lui a certainement de grandes obligations. Quand il n'auroit publié que le livre de autoritate negantis argumenti, il auroit rendu service à la république des lettres ; car il a donné, par cet ouvrage, de belles ouvertures, pour discerner le vrai & le faux dans les matieres historiques.
Il attaqua, dans ses écrits, plusieurs fausses traditions, entr'autres l'arrivée de Lazare & de Magdeleine en Provence ; l'apostolat des Gaules de Denys l'aréopagite ; la cause de la retraite de S. Bruno, fondateur des chartreux ; la vision de Simon Stoch ; les privileges de la bulle sabbatine, &c. Il crut aussi devoir démontrer la fausseté des prétendus privileges des moines, en vertu desquels ils ne vouloient pas reconnoître la jurisdiction des évêques ; & il réfuta les raisons qu'ils alléguoient pour s'attribuer l'administration du sacrement de pénitence. " Ceux qui aiment la vérité, dit M. de Marolles, lui surent autant de gré de ses belles recherches, que les gens qui sont incapables d'honorer la raison, crurent avoir de sujet de se plaindre de ce savant pour avoir fait de telles conquêtes ; & si la superstition s'en afflige, l'Eglise pure doit s'en glorifier ".
M. de Launoi étendit encore sa critique sur le trop grand nombre de saints canonisés dans le calendrier, & les abus qui en résultent. Vigneul Marville rapporte que le curé de S. Eustache de Paris disoit : " Quand je rencontre le docteur de Launoi, je le salue jusqu'à terre, & ne lui parle que le chapeau à la main, & avec bien de l'humilité, tant j'ai peur qu'il ne m'ôte mon S. Eustache qui ne tient à rien ". Il avoit raison, dit M. de Valois, car la vie de S. Eustache est un tissu de fables entassées les unes sur les autres ; & je suis fort surpris, continue-t-il, que la plus grosse paroisse de Paris ait quitté le nom d'une des plus célebres & illustres martyres que nous ayons pour prendre celui d'un saint inconnu & fort suspect.
Godefroi l'historiographe étant sorti de son logis de grand matin le premier jour de l'an, rencontra dans la rue de la Harpe M. de Launoi qui s'en alloit en Sorbonne. Il l'aborda, & lui dit en l'embrassant : " Bon jour & bon an, monsieur ; quel saint dénicherez-vous du ciel cette année " ? M. de Launoi, surpris de la demande, lui répondit : " Je ne déniche point du ciel les véritables saints que Dieu & leur mérite y ont placés, mais bien ceux que l'ignorance & la superstition des peuples y ont fait glisser sans qu'ils le méritassent, & sans l'aveu de Dieu & des savans ".
C'est là-dessus que Ménage fit une bonne épigramme grecque, dans laquelle il compare M. de Launoi au Jupiter d'Homere, qui chassa du ciel toute la racaille des faux dieux qui s'y étoit glissée parmi les véritables, & qui leur donnant du pié au cul, les fit tomber du haut de son trône & des étoiles en terre.
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| VALOIR | v. act. (Gram.) avoir une valeur, un certain prix, soit intrinseque, soit arbitraire : une marchandise doit valoir moins quand elle est commune, que quand elle est rare. Voyez VALEUR.
On dit aussi dans le commerce faire valoir son argent, pour dire en tirer du profit, le mettre à intérêt. Voyez INTERET.
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| VALOIS | (Géog. mod.) pays de France, dans le gouvernement de l'île de France. Il est borné au nord par le Soissonnois ; au midi, par la Brie ; au levant, par la Champagne ; & au couchant, par le Beauvoisis. Il prend son nom d'un vieux chapitre appellé Vadum en latin, & Vé en françois. Ce n'étoit autrefois qu'un comté, que Philippe-Auguste réunit à la couronne ; c'est à-présent un duché qui fut donné en apanage au frere de Louis XIV. & que la maison d'Orléans possede. C'est un pays de plaine abondant en blé. Crépi est la capitale. (D.J.)
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| VALON | (Géog. anc.) fleuve de la Mauritanie tingitane. Ptolémée, l. III. c.j. place son embouchure entre les villes Tingis & Exilissa, c'est-à-dire environ au milieu de la côte du détroit de Gibraltar. (D.J.)
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| VALONE | (Géog. mod.) ville de l'empire turc, dans l'Albanie, sur le bord de la mer, près des montagnes de la Chimere, à 70 milles d'Otrante, avec un port & un archevêché grec. Les Vénitiens la prirent en 1690, & l'abandonnerent quelque tems après, en ayant ruiné les fortifications.
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| VALOUVERS | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que l'on nomme les idolâtres de l'Indostan, les prêtres de la derniere des tribus, appellée parreas ou poulias, qui est l'objet du mépris du peuple. Il y a parmi une famille sacerdotale, appellée des valouvers, qui prétendent avoir occupé anciennement dans les Indes un rang aussi distingué que les bramines ou prêtres actuels. Les valouvers s'appliquent à l'Astronomie & l'Astrologie ; ils ont des livres qui contiennent des préceptes de morale très-estimés. On dit qu'ils portent un filet de pêcheur autour du col lorsqu'ils font leurs sacrifices.
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| VALPARAIS | ou VALPARISSO, (Géog. mod.) bourgade de l'Amérique méridionale, au Chili, sur la côte de la mer du sud, dans un vallon, avec un port défendu par une citadelle. Cette bourgade est composée d'une centaine de pauvres maisons, dont la plus grande partie n'est habitée que de noirs, de mulâtres & de métifs, qui sont des matelots & gens de cet ordre ; cependant cette bourgade a pour sa défense deux forteresses ; l'une commande l'entrée du port avec des batteries rasantes ; l'autre a une batterie de vingt pieces de canon de bronze. Quoique Valparaiso soit le principal port du Chili, il n'y entre guere néanmoins que vingt-cinq bâtimens par an. C'est dans ce port que François Drake enleva en 1579 un gros navire espagnol chargé de marchandises précieuses, & entr'autres de douze mille cinq cent livres d'or de Baldivia, le plus pur des Indes occidentales. Long. suivant le P. Feuillée, 305. 19. 30. latit. 33. 2. (D.J.)
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| VALREAS | (Géog. mod.) petite ville de France, dans le comtat Venaissin, & l'une des dépendances du pape ; cette petite ville toute dépeuplée est la plus considérable partie du comtat qui confine avec le Dauphiné ; jugez par-là du reste. (D.J.)
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| VALROMEY | (Géog. mod.) petit pays de France, dans le Bugey, entre les mandemens de Seyssel & de Michaille. C'est un de ceux qui furent cédés à la France en échange de Saluces, par le traité de Lyon de l'an 1601. Il n'a pas vingt paroisses, dont Châteauneuf est la principale. Louis XIII. érigea l'an 1612 la seigneurie de Valromey en marquisat en faveur d'Honoré d'Urfé. (D.J.)
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| VALS | EAUX DE, (Hist. nat. des eaux minérales) eaux minérales de France en Languedoc. On les va prendre dans les mois de Juin, de Juillet & d'Août, & la mode capricieuse est aujourd'hui venue de les prescrire fréquemment, & d'en transporter à Paris & ailleurs.
Le petit bourg qui donne son nom à ces eaux minérales est dans le Vivarais, à 5 lieues du Rhône, & près du torrent de la Volane, au fond d'un vallon. Ce bourg est environné de côteaux fertiles en blé & en vignes.
Les fontaines minérales sont à deux portées de mousquet du bourg près du torrent. L'une de ces sources, appellée la Marie, est du côté du bourg. Les autres, appellées la Marquise, la S. Jean, la Camuse & la Dominique, sont de l'autre côté du ruisseau.
L'eau de la Marie est froide, limpide, aigrelette & diurétique. Elle donne une teinture orangée à la noix-de-galle, & une couleur de vin rouge à la teinture de tournesol. Le sel qu'on en retire par évaporation à la quantité d'environ une drachme sur douze onces d'eau, est nitreux & fermente avec les acides.
L'eau de la Marquise est plutôt salée qu'aigrelette. La teinture qu'elle fournit à la noix-de-galle, approche assez de celle que lui donne la Marie, mais elle donne la teinture de vin plus paillet à l'eau colorée par le tournesol. Le résidu est de même nature que celui de la Marie, seulement en plus grande quantité. La source de cette eau sort entre des fentes de rocher, & est peu considérable.
L'eau de la fontaine S. Jean ne differe de la précédente que par un goût un peu plus stiptique.
La source Camuse, découverte par un médecin nommé le Camus, semble avoir encore moins d'acidité & plus de salure. La rouille qui est dans son canal d'écoulement est aussi plus rougeâtre, du reste elle fait les mêmes changemens avec la noix-de-galle & la teinture de tournesol.
Les sels de ces quatre fontaines, soit le naturel qui se trouve sur les rochers, soit l'artificiel qui se tire par l'évaporation, étant dissous dans un peu d'eau, font une grande effervescence avec l'esprit de vitriol. Ils ne pétillent point sur les charbons allumés, & ne changent point de couleur ; mais ces sels jettés dans le syrop violat, le rendent aussi verd que fait le sel de tartre.
La source Dominique, ainsi nommée d'un jacobin qui l'a découverte, est la moins abondante de toutes. Elle est âpre, vitriolique & désagréable à l'estomac. Le résidu qu'on en tire est en petite quantité ; une livre d'eau ne produisant que huit ou dix grains d'un sel grisâtre, & qui semble un vitriol légerement calciné. La noix-de-galle procure à cette eau une couleur bien différente de celle que lui donnent les eaux des autres fontaines, savoir une couleur bleuâtre & fort peu foncée. Elle rougit aussi la teinture de tournesol d'un rouge beaucoup plus opaque, & le sel de tartre a de la peine à faire revenir cette teinture dans sa couleur de pourpre. Cette eau opere par les vomissemens. (D.J.)
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| VALSALVA | MUSCLE DE, (Anatom.) Valsalva d'Immola, docteur en médecine & en philosophie, professa l'anatomie dans l'université de Boulogne, & fut chirurgien de l'hôpital des Incurables. Il nous a laissé un traité sur l'oreille qui renferme plusieurs choses neuves. Il y a un muscle de l'oreille qui porte son nom, qu'on appelle aussi le muscle antérieur.
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| VALTELINE | (Géog. mod.) Voyez après le mot VAL, l'article VAL-TELLINE.
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| VALUE | S. f. (Gramm. & Jurisprud.) est la même chose que valeur ; mais ce terme n'est usité que quand on dit plus value, la moins value ; la plus value est ce que la chose vaut de plus que ce qu'elle a été estimée ou vendue ; la moins value est ce qu'elle vaut de moins. La crue a été introduite pour tenir lieu de la plus value des meubles. Voyez CRUE, ESTIMATION, PRISEE, VENTE. (A)
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| VALVAE | (Archit. anc.) valvae, genit. valvarum, s. f. pl. indique, dans Vitruve, une porte simple, & qui n'a qu'un battant, puisque dans les auteurs elle est opposée à celle qui a deux battans, que les Romains appelloient bifores. Quoique valvae désigne communément les deux battans d'une porte, il est sûr que ce mot n'a cette signification qu'à cause qu'il est au pluriel ; & encore n'a-t-il pas semblé à Ovide que le pluriel fût suffisant pour cela quand il dit, argenti bifores radiabant lumine valvae, car il a jugé que valvae sans bifores n'auroit pû signifier une porte à deux battans. (D.J.)
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| VALVE | (Conchyl.) en latin valva, c'est l'écaille ou l'une des pieces de la coquille.
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| VALVERDE | (Géog. mod.) ville de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Lima, dont elle est à 35 lieues. Ses habitans qui sont espagnols, sont riches ; son port qui en est à 6 lieues, se nomme Puerto quemado. Lat. mérid. 14. (D.J.)
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| VALVULE | S. f. (Méchan.) est la même chose que soupape. Voyez SOUPAPE. Ce mot vient du mot latin valvae, porte à deux battans, parce que les valvules s'ouvrent & se ferment à-peu-près comme ces sortes de portes.
VALVULE, (Physiologie) petite membrane attachée à la paroi intérieure des veines, pour faciliter le cours du sang vers le coeur, & empêcher son retour vers les extrêmités.
La structure des valvules est une méchanique fort considérable entre les organes qui servent à la distribution des humeurs. Exposons cette méchanique.
Les valvules font le même office à l'égard des humeurs contenues dans le corps des animaux, que font dans les machines hydrauliques, les soupapes, ou les autres machines équipollentes à des soupapes, que l'on emploie pour laisser couler l'eau d'un sens, & lui fermer le passage, en l'empêchant de retourner d'où elle est venue. Or comme on se sert de trois sortes de soupapes, il y a aussi de trois sortes de valvules qui empêchent que les humeurs qu'elles ont laissé passer dans les canaux ne puissent retourner.
Les trois especes de soupapes sont la soupape à clapet, la soupape en cône & la soupape en maniere de porte à deux battans. La soupape à clapet est une lame plate & quarrée, qui étant attachée par un de ses côtés, peut, étant abattue & appliquée sur un trou, le boucher ou le déboucher lorsqu'elle est levée.
L'espece de valvule qui a rapport à ce clapet, est la moins ordinaire ; on en trouve à l'embouchure des ureteres dans la vessie, où la tunique interne de la vessie couvre le trou par où l'uretere, après s'être coulé entre les deux membranes dont la vessie est composée, fait passer l'urine dans la capacité de la vessie ; car cette membrane que l'urine leve pour entrer, est rabattue par la même urine, qui la colle contre les bords du trou après qu'elle est passée.
On a trouvé une pareille valvule dans la vésicule du foie d'un boeuf au milieu de la partie de son fond, où elle est attachée au foie. Cette valvule étoit une membrane qui couvroit un trou faisant l'embouchure d'un rameau de la bile, qui ayant plusieurs racines répandues dans tout le foie, apportoit cette humeur dans la vésicule.
La seconde espece de soupape qui est en cône, agit d'une autre maniere ; car la partie faite en cône laisse passer l'eau qui vient du côté de la pointe du cône, parce qu'elle est poussée par l'eau & levée, en sorte qu'elle ouvre en partie le trou rond du cercle, qu'elle fermoit entierement lorsqu'elle étoit abaissée ; mais elle empêche que l'eau ne retourne, parce que venant vers la base du cône, sa pesanteur fait rentrer le cône dans le trou du cercle qu'elle bouche fort exactement, n'y ayant rien qui bouche si bien un trou, qu'un cône ou foret.
L'espece de valvule qui répond à cette sorte de soupape est appellée sigmoïde, parce que le bord de la membrane qui la compose représente un C, qui est un sigma des anciens caracteres grecs. Cette membrane, qui est comme un sac ou capuchon, fait un cône, lorsqu'étant remplie elle est dilatée ; car la moitié du bord de cette membrane étant attachée à la tunique de la veine, il arrive nécessairement que lorsque le sang monte dans la veine, il pousse la partie détachée, & la collant contre la tunique de la veine, il se fait passage ; au contraire, lorsque le sang vient à descendre, il sépare la partie détachée d'avec la tunique de la veine contre laquelle elle étoit collée, & emplissant le sac, l'arrondit, & lui donne la figure conique dont la base emplit toute la rondeur du conduit de la veine, de même que la base du cône de la soupape remplit la rondeur du cercle qui la soutient.
Il se trouve dans quelques poissons, comme dans la raie, que ces valvules, au-lieu d'être des sacs composés de membranes, sont des chairs solides qui doivent apparemment en se gonflant & en se rétrécissant, faire l'effet que la valvule sigmoïde fait en s'emplissant & en se vuidant de sang. Et il faut supposer que ces chairs ont des pores ouverts vers le côté où le sang doit couler, & qu'ils sont fermés vers celui d'où il vient ; en sorte que lorsque le sang fait effort pour passer, il comprime ces chairs, & en exprime le sang ; & lorsqu'il fait effort pour retourner, il les remplit, & les faisant gonfler, il bouche le passage, y ayant apparence que ces valvules charnues ne sont effectivement autre chose qu'un amas d'une infinité de petits sacs remplis de sang.
Ces valvules sigmoïdes se trouvent presque dans tous les vaisseaux ; il y en a dans les veines & dans les canaux lymphatiques, pour empêcher le retour des humeurs que ces vaisseaux contiennent, & pour aider au cours qu'elles doivent avoir : car les humeurs ne pouvant retourner lorsqu'elles ont passé audessus des valvules, la moindre compression que les veines ou vaisseaux lymphatiques souffrent par le mouvement de la respiration & des muscles de tout le corps, leur fait pousser le sang & la lymphe vers les endroits où les valvules leur donnent le passage libre.
Cela se fait par la même raison qui fait monter un épi de blé le long du bras, quand il est mis entre le bras & la manche de la chemise la queue en haut, & les barbes de l'épi en en-bas, quoique la structure de cette machine soit différente de celle des valvules ; car l'épi monte lorsqu'on remue le bras, parce qu'il ne peut aller en en-bas, & qu'il va aisément en en-haut, attendu que rien ne l'en empêche, & que le mouvement du bras agissant sur l'épi, l'oblige à ne pas demeurer en une place.
Il y a aussi de ces valvules dans le coeur ; savoir trois qui ferment l'aorte à la sortie du ventricule gauche, & empêchent que le sang n'y rentre ; & trois qui de la même maniere ferment la veine artérieuse, & qui empêchent que le sang, qui pour passer dans le poumon est sorti du coeur, n'y rentre. Les gros rameaux de veines ont ordinairement deux valvules vis-à-vis l'une de l'autre, & les petits n'en ont qu'une : quand les valvules doubles sont enflées par le sang qui les emplit, elles ont la figure d'un demi-cône, & celle du tiers d'un cône quand elles sont triples.
La troisieme espece de soupape n'a point encore de nom, mais M. Perrault a cru qu'il lui en étoit dû un à cause qu'elle agit de même que les soupapes. Ces soupapes de la troisieme espece sont ordinairement sans comparaison plus grandes que les autres, qui ne passent guere quatre ou cinq pouces de diametre, aulieu que celles là ont jusqu'à deux ou trois toises ; on s'en sert pour les écluses. Ce sont deux battans de porte que l'eau ferme en les poussant & en les faisant approcher l'un de l'autre ; & elles demeurent en cet état, tant à cause qu'elles sont retenues par des chaînes, que parce qu'elles se soutiennent d'elles-mêmes, étant appuyées l'une contre l'autre, & faisant un angle opposé au cours de l'eau.
Il y a dans le coeur des valvules qui agissent par une même raison : on les appelle tricuspides ou tricuspidales, parce qu'elles ont trois pointes étant de forme triangulaire : car quoique ces petites portes du coeur ne soient pas quarrées, elles font néanmoins le même effet que les portes des écluses qui le sont, en ce que s'approchant & se joignant par leurs côtés elles ferment le passage au sang, & l'empêchent de sortir des ventricules du coeur, quand il y est entré par la veine cave ou par l'artere veineuse. Et de même que les valvules tricuspides se touchent par deux côtés étant attachées au coeur par le troisieme, les portes des écluses se touchent aussi par un côté, & touchent au fond de l'écluse par un autre, le troisieme étant attaché à la muraille.
Or parce que ces valvules ne sont pas d'une matiere ferme, comme les portes qui résistent à l'impulsion de l'eau lorsqu'elles sont jointes l'une contre l'autre, la nature leur a donné un autre moyen de résister à l'impulsion du sang, & cela se fait par un grand nombre de ligamens, qui sont comme autant de petites cordes attachées aux deux bords de chaque valvule, de même que les portes des écluses sont retenues par des chaînes : car ces ligamens empêchent que lorsque le sang a fait approcher les membranes qui font le corps de la valvule, elles ne soient pas poussées plus avant ; si cela arrivoit, elles ne pourroient empêcher le sang de passer & de retourner d'où il est venu.
Il y a de cette espece de valvules dans le coeur à l'extrêmité des vaisseaux qui apportent le sang dans chaque ventricule, savoir la veine cave, qui le rapporte de tout le corps dans le ventricule droit, & l'artere veineuse qui est proprement une veine qui rapporte dans le ventricule gauche le sang que la veine artérieuse a répandu dans le poumon. La veine cave a trois de ces valvules ; mais l'artere veineuse n'en a que deux, parce qu'elle ne rapporte pas tant de sang dans le ventricule gauche, que la veine cave en rapporte dans le droit ; une partie du sang que la veine cave rapporte dans le coeur, & que la veine artérieuse distribue dans le poumon, étant consumée pour nourriture de cette partie, qui en dissipe beaucoup.
Toutes ces valvules, tant les sigmoïdes, que les tricuspidales, se trouvent dans le coeur de presque tous les animaux terrestres qui sont un peu grands : dans les oiseaux elles sont autrement, & les anfractuosités des ventricules sont aussi différentes ; les ventricules même ne sont pas en même nombre ; ceux d'entre les poissons qui ne respirent point, n'ont qu'un ventricule dans le coeur ; mais ce ventricule a deux sacs, qui sont comme ses oreilles : dans l'un de ses sacs, que j'appelle l'oreille droite, la veine cave porte le sang par deux troncs : de l'autre sac, qui est comme l'oreille gauche, l'aorte sort faisant un seul tronc. Les valvules sont dans le coeur à l'entrée de chaque sac ; elles sont sigmoïdes, deux à chaque entrée. Celles qui empêchent que le sang ne retourne dans la veine cave sont mieux fermées, & doivent avoir plus de force pour le retenir, que celles qui l'empêchent de retourner de l'aorte dans le coeur.
Jacques Sylvius, le grand admirateur de Galien, & l'ennemi juré de Vesale, a le premier découvert les valvules qui sont à l'orifice de la veine azygos, de la jugulaire, de la brachiale, de la crurale, & du tronc de la veine cave qui part du foie. Il les nomma épiphyses membraneuses ; Fabricius ab Aquapendente revendique à tort l'honneur de cette découverte ; il n'a que celui d'en avoir donné une plus exacte description, & de leur avoir imposé le nom de valvules, qu'elles retiennent encore aujourd'hui ; nom qui leur convient en effet, tant par rapport à leurs usages, qu'à l'égard de leur structure. Eustachius apperçut le premier la valvule placée à l'orifice de la veine coronaire dans le coeur. Il prétend encore avoir découvert la valvule que quelques auteurs appellent valvula nobilis, placée dans la veine cave, tout proche de l'oreillette droite du coeur. Cependant Jacques Sylvius paroît avoir remarqué cette valvule avant Eustachi ; mais ce dernier l'a bien mieux décrite. (D.J.)
VALVULES du coeur, (Anatom.) especes de soupapes qui sont aux orifices des ventricules du coeur.
Ces valvules ou soupapes sont de deux sortes ; les unes permettent au sang d'entrer dans le coeur, & l'empêchent d'en sortir par le même chemin ; les autres le laissent sortir du coeur, & s'opposent à son retour. Celles de la premiere espece terminent les oreillettes, & celles de la seconde occupent les embouchures des grosses arteres. On a donné à celles-ci le nom de valvules semi-lunaires ou valvules sigmoïdes, & aux autres celui de triglochines ou tricuspides ou mitrales.
Les valvules triglochines ou tricuspides du ventricule droit sont attachées à l'orifice auriculaire du ventricule, & s'avancent dans la même cavité de ce ventricule. Elles sont comme trois languettes fort polies du côté qui regarde l'embouchure de l'oreillette, garnies de plusieurs expansions membraneuses & tendineuses du côté de la cavité ou surface interne du ventricule, & elles sont comme découpées ou dentelées par leurs bords. Les valvules de l'orifice auriculaire du ventricule gauche sont de même forme & structure ; mais il n'y en a que deux, & on les a nommées valvules mitrales à cause de quelque ressemblance à une mitre qu'elles représentent assez grossierement.
Ces cinq valvules sont très-minces, & elles sont attachées par plusieurs cordes tendineuses aux colonnes charnues des ventricules. Les cordages de chaque valvule sont attachées à deux colonnes. Il y a entre ces valvules d'autres petites de la même figure. On peut aussi appeller toutes ces valvules tricuspides en général valvules auriculaires ou valvules veineuses du coeur.
Les valvules semi-lunaires ou valvules sigmoïdes sont au nombre de six, trois à chaque ventricule, & à l'embouchure des grosses arteres. Le nom de valvules artérielles leur convient assez. Elles sont faites à-peu-près comme des paniers de pigeon. Leurs concavités regardent la paroi ou concavité de l'artere, & leurs convexités s'approchent mutuellement. En examinant ces valvules avec le microscope, on trouve des fibres charnues dans la duplicature des membranes dont elles sont composées.
Elles sont vraiment semi-lunaires, c'est-à-dire en forme de croissant, par les attaches de leurs fonds ; mais elles ne le sont pas par leurs bords flottans ; car ces bords représentent chacun deux petits croissans, dont deux extrêmités se rencontrent au milieu du bord, & y forment une espece de petit mamelon. Winslow. (D.J.)
VALVULES des intestins ; " dans le jejunum & l'ileum, la tunique interne ayant plus d'étendue que l'externe, est fort ridée. On a cru que les plis tachés qu'elle forme, faisoient en quelque maniere la fonction des valvules ; c'est pourquoi ils ont été nommés valvules conniventes, en latin valvulae conniventes. "
VALVULES des vaisseaux lactés ; " les vaisseaux lactés qui s'ouvrent dans les intestins, reçoivent la partie du chyle qui est préparée & fluide, & paroissent par intervalles comme s'ils étoient liés & serrés. Quand on les comprime, ils ne laissent pas refluer la liqueur vers les intestins, quoiqu'elle soit aisément poussée vers les glandes : ce qui montre qu'il y a des valvules dans les vaisseaux lactés, mais qui sont trop petites pour être visibles. " Id. ibid. p. 56.
VALVULE du colon, le colon a une grande valvule pour empêcher les excrémens de rentrer dans l'iléon ; il a aussi plusieurs autres valvules pour retarder la descente des matieres. Voyez COLON & EXCREMENT.
Constantin Varole, boulonnois, médecin du pape Grégoire XIII. & qui mourut en 1570, fut le premier qui observa les valvules du colon. Bart. Eustachi, natif de San-Severino en Italie, découvrit vers ce même tems la valvule qui est à l'orifice de la veine coronaire, & cette valvule remarquable qui est à l'orifice du tronc inférieur de la veine cave, près de l'oreillette droite du coeur. Il est vrai qu'il ne la prit pas pour une valvule, mais seulement pour une membrane.
Lancisi, médecin du pape Clément XI. & qui a publié le premier les Tables Anatomiques d'Eustachi, croit que l'usage de cette valvule est d'empêcher le sang de la veine cave supérieure de frapper avec trop de violence contre celui de l'inférieure. M. Winslow qui a examiné cela avec beaucoup de soin, est à-peu-près de même sentiment. Mém. de l'acad. des Sciences.
Mais comme cette valvule diminue peu-à-peu dans les enfans, de même que le trou ovale, & qu'à la fin elle disparoit entierement dans les adultes, il semble qu'elle a quelque autre usage qui regarde principalement la circulation du sang dans le foetus.
En effet, par le moyen de cette valvule, M. Winslow concilie les deux systèmes opposés de la circulation du sang dans le foetus, qui sont expliqués dans l'article CIRCULATION. Voyez CIRCULATION du sang, & FOETUS.
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| VAMPIRE | S. m. (Hist. des superstit.) c'est le nom qu'on a donné à de prétendus démons qui tirent pendant la nuit le sang des corps vivans, & le portent dans ces cadavres dont l'on voit sortir le sang par la bouche, le nez & les oreilles. Le P. Calmet a fait sur ce sujet un ouvrage absurde dont on ne l'auroit pas cru capable, mais qui sert à prouver combien l'esprit humain est porté à la superstition. (D.J.)
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| VAN | S. m. (Littérat.) on connoit cet instrument à deux anses, courbé en rond par-derriere, & dont le creux diminue insensiblement sur le devant : ce qui lui donne la forme d'une coquille ; voilà la conque célebre des Egyptiens, des Grecs & des Romains ; nous allons dire pourquoi.
L'enfant chéri d'Osiris & d'Isis, & le serpent qu'on y joignoit, passerent d'Egypte à Athènes, qui étoit une colonie venue de Saïs, & de-là furent portés bien loin ailleurs. Telle est visiblement l'origine de l'usage qu'avoient les Athéniens de placer les enfans dans un van aussitôt après la naissance, & de les y coucher sur un serpent d'or. Cette pratique étoit fondée sur la tradition, que la nourrice de Jupiter l'avoit fait pour le dieu ; & Minerve pour Ericthonius.
De si grands exemples ne pouvoient qu'accréditer dans la Grece l'usage de mettre sur un van les enfans nouvellement nés. C'est pourquoi Callimaque nous dit que Némésis attentive à toutes les bonnes pratiques, posa le petit Jupiter sur un van d'or ; c'étoit en même tems une cérémonie fort ordinaire chez les Athéniens, sur-tout dans les familles distinguées, d'étendre les petits enfans sur des serpens d'or.
Tout le monde sait encore que le van étoit consacré au dieu du vin ; & mystica vannus Iacchi, dit Virgile. Les commentateurs apportent deux raisons de cette consécration du van mystérieux voué à Bacchus, qui sont toutes deux plausibles : l'une, parce qu'Isis avoit ramassé dans un van les membres épars d'Osiris, qui est le même que Bacchus, & que Tiphon avoit mis en pieces. L'autre raison est prise de ce que les vignerons offroient à Bacchus dans un van les prémices de la vendange. (D.J.)
VAN, s. m. (terme de Vanniers) instrument d'osier à deux anses, courbé en rond par-derriere qu'il a un peu relevé, dont le creux diminue insensiblement jusque sur le devant. Les vans servent à vanner les grains pour en séparer la menue paille & la poussiere. Ils sont le principal objet du métier des vanniers-clôturiers. (D.J.)
VAN, (Géog. mod.) ville & château de la grande-Arménie, vers les sources de l'Euphrate, sur les confins des deux empires turc & persan, à 70 lieues au sud-ouest d'Erzeron. Van est aujourd'hui sous la domination du grand-seigneur, & a son château ou sa forteresse sur une montagne voisine ; les habitans sont pour la plûpart arméniens. Tout près de la ville, est un lac du même nom, l'un des plus grands de l'Asie, & qui peut avoir 50 lieues de circuit. C'est le Mantiana palus de Strabon, l. XI. p. 529. Ce lac de Van est aussi nommé lac d'Actamar ; on n'y trouve qu'une sorte de poisson qui est un peu plus gros que nos sardines, & dont il se fait tous les ans un grand débit en Perse & en Arménie. (D.J.)
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| VAN-RHEEDE | S. m. (Hist. nat. Botan.) vanrheedia, genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposées en rond : le pistil sort du milieu de cette fleur & devient dans la suite un fruit qui a la forme d'un citron ; ce fruit est membraneux ou charnu, & il renferme deux ou trois semences ovoïdes & charnues. Plumier, nov. plant. amer. genera. Voyez PLANTE.
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| VANANTE | adj. (terme de Papeterie) la pâte de moyenne qualité, ou celle qui est faite avec des vieux chiffons & drapeaux de toile de chanvre ou de lin, qui ne sont pas de la plus belle qualité, se nomme pâte vanante. C'est avec cette pâte qu'on fabrique le papier de la seconde sorte. Voyez PAPIER.
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| VANAS | (Commerce) terme corrompu du latin, que quelques teneurs de livres mettent d'espace en espace à la marge de leurs écritures, pour marquer qu'ils annullent les articles qui sont vis-à-vis de ce mot, & qu'ils ont mal portés, soit dans le journal, soit dans le grand livre. Voy. ANNULLER. Dictionn. de Commerce.
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| VANCOHO | S. m. (Hist. nat.) espece de scorpion fort dangereux qui se trouve dans l'île de Madagascar ; il ressemble à quelques égards à une araignée. Il a le corps ou le ventre noir, rond & fort gros ; sa piquure est extrêmement dangereuse ; elle cause un évanouissement soudain qui dure quelquefois deux jours, pendant lesquels on a tout le corps froid comme de la glace. On donne dans ce cas au malade les mêmes remedes que contre les poisons, & on le tient le plus chaudement qu'il est possible.
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| VAND'OEUVRE | (Géog. mod.) petite ville de France, dans la Champagne, sur la riviere de Barse, à six lieues au levant de Troyes. Longit. 22. 4. latit. 48. 12.
Cette petite ville est la patrie de Nicolas Bourbon, poëte latin qui vivoit sous le regne de François I. Marguerite de Valois le donna pour précepteur à Jeanne d'Albret de Navarre sa fille, & mere d'Henri IV. Il mourut à Condé, vers l'an 1550. Il a laissé huit livres d'épigrammes, sous le titre de nugae, bagatelles, au sujet duquel du Bellai fit ces deux jolis vers :
Paule, tuum inscribis, Nugarum nomine Librum,
In toto libro nil melius titulo.
C'est un bon mot, mais qui ne doit point détruire le mérite de l'ouvrage même, dont Erasme faisoit grand cas. Bourbon étoit fils d'un riche maître des forges, ce qui lui donna lieu de publier son poëme de la forge en latin ferraria. Il décrit dans cet ouvrage tout le travail de la forge, & de l'occupation des ouvriers qui coupoient le bois, qui faisoient le charbon, qui fouilloient la mine, qui la nettoyoient, qui la voituroient au fourneau pour le fondeur, & pour les forgerons ; il les met tous en action, & il ne laisse à son pere que le soin de les payer & de veiller sur le produit.
Il eut un petit neveu, nommé comme lui Nicolas Bourbon, & comme lui très - bon poëte latin. Ce neveu fut de l'académie françoise, & mourut comblé de pensions en 1644. âgé d'environ 70 ans. Ses poésies parurent à Paris l'an 1630. in-12. On fait grand cas dans ce recueil de la piece intitulée : imprécation contre le parricide d'Henri IV. Les deux beaux vers en l'honneur de ce prince, qui sont à la porte de l'arsenal de Paris, sont encore du même poëte ; les voici, quoique tout le monde les sache par coeur, ou si vous voulez, par cette même raison :
Ethna haec Henrico vulcania tela ministrat,
Tela gigantaeos debellatura furores.
(D.J.)
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| VANDABANDA | (Géog. anc.) contrée de la Sogdiane. Elle est placée par Ptolémée, l. VI. c. xij. entre le mont Caucase & le mont Imaüs. (D.J.)
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| VANDALES | S. m. pl. (Hist. ancienne) nation barbare faisant partie de celle des Goths, & qui, comme cette derniere, étoit venue de Scandinavie. Le nom des Vandales vient, dit-on, du mot gothique vandelen qui signifie encore aujourd'hui en allemand errer, parce que ce peuple changea très - souvent de demeure. Au sortir du nord les Vandales s'établirent dans les pays connus aujourd'hui sous le nom du Brandebourg & du duché de Mecklenbourg. Sous l'empire d'Auguste, une partie de ces barbares vinrent s'établir sur les bords du Rhin ; chassés par Tibere ils allerent s'établir vers l'Orient entre le bosphore cimmérien & le Tanaïs, d'où ils chasserent les Sclaves, dont ils prirent le pays & le nom ; une partie alla s'établir sur les bords du Danube, & occuperent les pays connus aujourd'hui sous le nom de Transylvanie, de Moldavie & de Valachie ; ils se rendirent maîtres de la Pannonie, d'où ils furent chassés par l'empereur Marc-Aurele en 170. Ils firent en 271 de nouvelles irruptions sur les terres de l'empire romain, & furent défaits par Aurélien, par Probus. L'an 409, les Vandales accompagnés des Sueves & des Alains se rendirent maîtres d'une partie de l'Espagne qu'ils partagerent avec ces barbares ; de-là sous la conduite de leur roi Genseric, ils passerent en Afrique en 428. Après plusieurs victoires remportées sur les Romains, ils les forcerent à leur céder la plus grande partie des provinces que l'empire possédoit dans cette partie du monde. En 455, Genseric vint en Italie où il prit & pilla la ville de Rome ; il infesta les côtes de Sicile & de Grece, & continua à harasser les Romains jusqu'à-ce qu'il força l'empereur Zénon à lui céder tous ses droits sur l'Afrique, qui resta aux Vandales jusqu'au regne de Justinien, qui réunit de nouveau à son empire les provinces dont ces barbares s'étoient emparés.
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| VANDALICI | VANDALICI
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| VANDALIE | (Géog. mod.) plusieurs géographes ont donné ce nom à une partie de la Poméranie ducale & du duché de Mecklenbourg en basse-Saxe.
La Vandalie prise pour une contrée de la Poméranie ducale, est bornée par la mer Baltique au nord, le desert de Waldow au midi, les seigneuries de Butow & de Louwenborck au levant, & par la Cassubie au couchant. On lui donne environ quatorze lieues de longueur & autant de largeur. Sa capitale est Stolpe.
La Vandalie regardée comme une contrée du duché de Mecklenbourg en basse-Saxe, est entre l'évêché & le duché de Swerin, la seigneurie de Rostock & celle de Stutgard, la Poméranie royale & le marquisat de Brandebourg. Ce pays peut avoir environ trente lieues du couchant au levant, & dix du nord au sud. On y voit plusieurs petits lacs. Sa capitale est Gustrow. (D.J.)
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| VANDOISE | S. m. (Hist. nat. Ichthyolog.) poisson de riviere, qui est une espece de muge que l'on nomme suiffe à Lyon, & dard en Saintonge & en Poitou, parce qu'il s'élance avec une vîtesse semblable à celle d'un dard ; il a le corps moins large que le gardon, & le museau plus pointu ; il est couvert d'écailles de moyenne grandeur, & il a plusieurs petites lignes longitudinales sur la partie supérieure des côtés du corps ; sa couleur est mêlée de brun, de verd, & de jaune ; ce poisson devient fort gras, il a la chair molle & d'un assez bon goût. Rondelet, hist. des poissons de riviere, chap. xiv.
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| VANG | S. m. (Hist. mod.) ce mot signifie petit roi ou roitelet : l'empereur de la Chine le confere aux chefs ou kans des Tartares monguls qui sont soumis à son obéissance, & à qui il ne permet point de prendre le titre de kan, qu'il se réserve ; ces vangs ont sous eux des peït-se & des kong, dont les titres répondent à ceux de ducs & de comtes parmi nous.
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| VANGERON | S. m. (Hist. nat. Ichth.) poisson qui se trouve dans le lac de Lausanne ; il ressemble aux muges par le museau, & à la carpe par la forme du corps & par la qualité de la chair ; il a deux nageoires de couleur d'or près des ouies, deux jaunes sous le ventre, une au-delà de l'anus, & une sur le dos ; la queue est fourchue & revêtue à son origine, par des écailles peu adhérentes. Rondelet, hist. des poissons des lacs, chap. ix. Voyez POISSON.
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| VANGIONS | LES, (Géog. anc.) Vangiones ; peuples de la Gaule belgique, & originaires de la Germanie. César, dans ses commentaires, bel. Gall. l. I. dit qu'ils étoient dans l'armée d'Arioviste, avec les Triboci & les Nemetes ; & Pline, l. IV. c. xvj. nous apprend qu'ils s'emparerent de la partie du pays des Médiomatrices, le long du rivage du Rhin.
Cluvier, Germ. ant. l. II. c. x. croit que ces peuples étoient établis dans les Gaules avant la guerre d'Arioviste, parce que les Marcomans, les Sédusiens, les Harudes, & les Sueves, que ce prince avoit amenés avec lui, ou qui l'avoient joint depuis son arrivée, furent tous chassés de la Gaule, après que César les eut battus : au-lieu que les Németes, les Vangions, & les Triboci demeurerent toujours dans leurs terres, sur la rive gauche du Rhin.
Il paroît que ces trois nations n'étoient point soumises à Arioviste, puisqu'elles demeuroient dans la Gaule belgique. Elles pouvoient être seulement en alliance avec lui, ou peut-être même sous sa protection ; ce qui les engagea à lui donner du secours contre les Romains.
On ne sait point en quel tems les Vangions passerent le Rhin pour s'établir dans les Gaules. Ils occuperent une partie des terres de Mayence & du Palatinat. Borbetomagus, ou Borgetomagus, aujourd'hui Worms, étoit leur ville capitale. (D.J.)
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| VANILLE | S. m. (Hist. nat. Bot.) vanilla, genre de plante à fleur polypétale, anomale & composée de six pétales, dont cinq sont semblables & disposés presqu'en rond ; le sixieme occupe le milieu de la fleur, & il est roulé en forme d'aiguiere ; le calice devient dans la suite un fruit en forme de corne molle & charnue, qui renferme de très-petites semences. Plumier, nova plant. amer. gen. Voyez PLANTE.
VANILLE, s. f. (Botan. exot.) gousse américaine qui donne la force, l'odeur, & le goût au chocolat ; cette boisson dont les Espagnols font leurs délices, & qu'ils n'aiment pas moins que l'oisiveté. Quoiqu'ils tirent ce fruit depuis près de deux siecles, des pays qu'ils ont si cruellement ravagés, ils ne savent pas même aussi-bien que nous, ce qui concerne les especes, la culture, la multiplication, & les propriétés de la vanille. Nous ne leur devons point le peu de lumieres que nous en avons, & sur tout le reste, ils nous ont bien dégagés de la reconnoissance.
La vanille est du nombre de ces drogues dont on use beaucoup, & que l'on ne connoît qu'imparfaitement. On ne peut pas douter que ce ne soit une gousse, ou silique, qui renferme la graine d'une plante, & delà lui vient le nom espagnol de vaynilla, qui signifie petite guaîne ; mais on ne connoit ni le nombre des especes, ni quelles sont les especes les plus estimables de ce genre de plante, en quel terroir elles viennent le mieux, comment on les cultive, de quelle maniere on les multiplie, &c. on n'a sur tout cela que des détails peu sûrs & peu exacts. Messieurs les académiciens qui ont été au Pérou, ne nous ont point fourni les instructions qui nous manquent sur cette plante.
Les Américains sont seuls en possession de la vanille, qu'ils vendent aux Espagnols, & ils conservent soigneusement ce trésor qui leur est du moins resté, apparemment parce que leurs maîtres n'ont pas su le leur ôter. On dit qu'ils ont fait serment entr'eux de ne révéler jamais rien aux Espagnols, fût-ce la plus grande de toutes les bagatelles ; c'est en ce cas une convention tacite dont ils ne rendroient que de trop bonnes raisons ; & souvent ils ont souffert les plus cruels tourmens, plutôt que d'y manquer.
D'un autre côté, les Espagnols contens des richesses qu'ils leur ont enlevées, de plus accoutumés à une vie paresseuse, & à une douce ignorance, méprisent les curiosités d'histoire naturelle, & ceux qui les étudient ; en un mot, si l'on en excepte les seuls Hernandez, & le pere Ignacio, espagnols, c'est aux curieux des autres nations, aux voyageurs, aux négocians, & aux consuls établis à Cadix, que nous sommes redevables du petit nombre de particularités que nous avons sur cette drogue précieuse, & qui formeront cet article.
Noms & descriptions de la vanille. Elle est nommée des Indiens mécasubil, & par nos botanistes vanilla, vaniglia, vayniglia, vanillias, piperis arbori jamaïcensis innascens, Pluk. almag. 301.
C'est une petite gousse presque ronde, un peu applatie, longue d'environ six pouces, large de quatre lignes, ridée, roussâtre, mollasse, huileuse, grasse, cependant cassante, & comme coriace à l'extérieur. La pulpe qui est en dedans, est roussâtre, remplie d'une infinité de petits grains, noirs, luisans ; elle est un peu âcre, grasse, aromatique, ayant l'odeur agréable du baume du Pérou : on nous l'apporte du Pérou & du Méxique ; elle vient dans les pays les plus chauds de l'Amérique, & principalement dans la nouvelle Espagne ; on la prend sur des montagnes accessibles aux seuls Indiens, dans les lieux où il se trouve quelque humidité.
Ses especes. On distingue trois sortes principales de vanilles ; la premiere est appellée par les Espagnols, pompona ou bova, c'est-à-dire enflée ou bouffie ; celle de leq, la marchande ou de bon aloi ; la simarona ou bâtarde ; les gousses de la pompona sont grosses & courtes ; celles de la vanille de leq, sont plus déliées & plus longues ; celles de la simarona sont les petites en toute façon.
La seule vanille de leq est la bonne ; elle doit être d'un rouge brun foncé, ni trop noire, ni trop rousse, ni trop gluante, ni trop desséchée ; il faut que ses gousses quoique ridées, paroissent pleines, & qu'un paquet de cinquante pese plus de cinq onces ; celle qui en pese huit est la sobrebuena, l'excellente. L'odeur en doit être pénétrante & agréable ; quand on ouvre une de ces gousses bien conditionnée & fraîche, on la trouve remplie d'une liqueur noire, huileuse & balsamique, où nagent une infinité de petits grains noirs, presque absolument imperceptibles, & il en sort une odeur si vive, qu'elle assoupit, & cause une sorte d'ivresse. La pompona a l'odeur plus forte, mais moins agréable ; elle donne des maux de tête, des vapeurs, & des suffocations. La liqueur de la pompona est plus fluide, & ses grains plus gros, ils égalent presque ceux de la moutarde. La simarona a peu d'odeur, de liqueur & de grains.
On ne vend point la pompona, & encore moins la simarona, si ce n'est que les Indiens en glissent adroitement quelques gousses parmi la vanille de leq. On doute si les trois sortes de vanilles en question, sont trois especes, ou si ce n'en est qu'une seule, qui varie selon le terroir, sa culture & la saison où elle a été cueillie.
Dans toute la nouvelle Espagne, on ne met point de vanille au chocolat ; elle le rendroit mal sain, & même insupportable ; ce n'est plus la même chose quand elle a été transportée en Europe. On a envoyé à nos curieux des échantillons d'une vanille de Caraca & de Maracaybo, villes de l'Amérique méridionale ; elle est plus courte que celle de leq, moins grosse que la pompona, & paroît de bonne qualité ; c'est apparemment une espece différente : on parle aussi d'une vanille du Pérou, dont les gousses sechées sont larges de deux doigts, & longues de plus d'un pié ; mais dont l'odeur n'approche pas de celle des autres, & qui ne se conserve point.
Lorsque les vanilles sont mûres, les Méxicains les cueillent, les lient par les bouts, & les mettent à l'ombre pour les faire sécher ; lorsqu'elles sont séches & en état d'être gardées, ils les oignent extérieurement avec un peu d'huile pour les rendre souples, les mieux conserver, empêcher qu'elles ne se séchent trop, & qu'elles ne se brisent. Ensuite ils les mettent par paquets de cinquante, de cent, ou de cent cinquante, pour nous les envoyer.
Prix & choix de la vanille. Le paquet de vanille composé de cinquante gousses, se vend à Amsterdam depuis dix jusqu'à vingt florins, c'est-à-dire depuis vingt & une jusqu'à quarante-deux livres de notre monnoie, suivant la rareté, la qualité, ou la bonté : on donne un pour cent de déduction pour le promt payement. On choisit les vanilles bien nourries, grosses, longues, nouvelles, odorantes, pesantes, un peu molles, non trop ridées ni trop huileuses à l'extérieur ; il ne faut pas qu'elles ayent été mises dans un lieu humide, car alors elles tendroient à se moisir, ou le seroient déjà ; elles doivent non-seulement être exemptes du moisi, mais être d'une agréable odeur, grasses & souples. Il faut encore prendre garde qu'elles soient égales, parce que souvent le milieu des paquets n'est rempli que de petites vanilles seches & de nulle odeur ; la graine du dedans qui est extrêmement petite, doit être noire & luisante : on ne doit pas rejetter la vanille qui se trouve couverte d'une fleur saline, ou de pointes salines très-fines, entierement semblables aux fleurs de benjoin : cette fleur n'est autre chose qu'un sel essentiel dont ce fruit est rempli, qui sort au-dehors quand on l'apporte dans un tems trop chaud.
Quand on laisse la vanille mure trop long-tems sur la plante sans la cueillir, elle creve, & il en distille une petite quantité de liqueur balsamique, noire & odorante, qui se condense en baume : on a soin de la ramasser dans de petits vases de terre, qu'on place sous les gousses : nous ne voyons point en Europe de ce baume, soit parce qu'il ne se conserve pas dans le transport, soit parce que les gens du pays le retiennent pour eux, soit parce que les Espagnols se le réservent.
Falsification de la vanille. Dès qu'il n'en sort plus de liqueur balsamique, il y a des Méxicains qui connoissant le prix qu'on donne en Europe à la vanille, ont soin, après avoir cueilli ces sortes de gousses, de les remplir de paillettes & d'autres petits corps étrangers, & d'en boucher les ouvertures avec un peu de colle, ou de les coudre adroitement ; ensuite ils les font sécher, & les entremêlent avec la bonne vanille. Les gousses ainsi falsifiées, n'ont ni bonté ni vertu, & nous ne manquons pas d'en rencontrer quelquefois de telles, avec les autres bonnes siliques.
Noms botaniques de la plante à vanille. Cette plante a les noms suivans dans les livres de botanique.
Volubilis, siliquosa, mexicana, foliis plantaginis, Raii, hist. 1330.
Aracus aromaticus... Tlixochitl, seu flos niger, mexicanis dictus, Hernand 38.
Lathyrus mexicanus, siliquis longissimis, moschatis, nigris, Amman. char. plant. 436.
Lobus oblongus, aromaticus. Cat. jam. 70.
Lobus aromaticus, subfuscus, terebinthi corniculis similis. C. B. P. 404.
Lobus oblongus, aromaticus, odore ferè belzuini, J. B. I. 428.
Descriptions de cette plante. Nous n'avons point encore de description exacte de la plante qui fournit la vanille du Mexique, de ses caracteres, & de ses especes.
Les uns la rangent parmi les lierres ; selon eux, sa tige a trois ou quatre lignes de diametre, & n'est pas tout-à-fait ronde. Elle est assez dure, sans être pour cela moins liante & moins souple ; l'écorce qui la couvre est fort mince, fort adhérente, & fort verte ; la tige est partagée par des noeuds éloignés les uns des autres de six à sept pouces ; c'est de ces noeuds que sortent les feuilles toujours couplées ; elles ressemblent beaucoup pour la figure à celles du laurier, mais elles sont bien plus longues, plus larges, plus épaisses, & plus charnues ; leur longueur ordinaire est de cinq à six pouces, sur deux & demi de large ; elles sont fortes & pliantes comme un cuir, d'un beau verd vif, & comme vernissées par-dessus, & un peu plus pâles par-dessous.
Hernandez, dont le témoignage paroît être ici d'un grand poids, prétend que cette herbe est une sorte de liseron, qui grimpe le long des arbres, & qui les embrasse ; ses feuilles ont, suivant lui, onze pouces de longueur ou de largeur, sont de la figure des feuilles de plantin, mais plus grosses, plus longues, & d'un verd plus foncé ; elles naissent de chaque côté de la ligne alternativement ; ses fleurs sont noirâtres.
Plusieurs autres botanistes soutiennent que la plante de la vanille ressemble plus à la vigne qu'à aucune autre ; du moins, c'est ce qui a été certifié par le pere Fray Ignacio de santa Teresa de Jesus, carme déchaussé, qui ayant long-tems résidé dans la nouvelle Espagne, arriva à Cadix en 1721, pour passer à Rome ; ce religieux plus éclairé & plus curieux en physique que ses compatriotes, se fit apporter par quelques valets indiens un grand sep de la plante où croit la vanille.
Comme il avoit déjà quelques connoissances sur cette plante, il appliqua son sep à un grand arbre, & entrelaça dans les branches de cet arbre tous les rejettons ou pampres du sep. Il en avoit laissé le bout inférieur élevé de 4 ou 5 doigts de terre, & l'avoit couvert d'un petit paquet de mousse seche pour le défendre de l'air. En peu de tems la seve de l'arbre pénétra le sep, & le fit reverdir ; au bout d'environ deux mois il sortit à travers le paquet de mousse, 5 ou 6 filamens qui se jetterent en terre : c'étoient des racines qui devinrent grosses comme des tuyaux de plumes au plus. Au bout de deux ans le sep produisit des fleurs, & puis des vanilles qui mûrirent.
Les feuilles sont longues d'un demi-pié, larges de trois doigts, obtuses, d'un verd assez obscur ; les fleurs sont simples, blanches, marquetées de rouge & de jaune.
Quand elles tombent, les petites gousses ou vanilles, commencent à pousser ; elles sont vertes d'abord, & quand elles jaunissent on les cueille. Il faut que la plante ait trois ou quatre ans pour produire du fruit.
Les sarmens de la plante rampent sur la terre comme ceux de la vigne, s'accrochent de même, s'entortillent aux arbres qu'ils rencontrent, & s'élevent par leurs secours. Le tronc avec le tems devient aussi dur que celui de la vigne ; les racines s'étendent & tracent au loin dans la terre ; elles poussent des rejettons qu'on transplante de bouture au pié de quelque arbre, & dans un lieu convenable : cette plantation se fait à la fin de l'hiver, & au commencement du printems.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que, comme on a déjà vu que le pratiqua le P. Ignacio, on ne met pas le bout du sarment en terre, il s'y pourriroit. La plante reçoit assez de nourriture de l'arbre auquel elle est attachée, & n'a pas besoin des sucs que la terre fourniroit. La seve des arbres dans ces pays chauds de l'Amérique, est si forte & si abondante, qu'une branche rompue par le vent & jettée sur un arbre d'espece toute différente, s'y collera & s'y enterra elle-même comme si elle l'avoit été par tout l'art de nos jardiniers ; ce phénomène y est commun.
C'en est un autre commun aussi, que de gros arbres qui de leurs plus hautes branches, jettent de longs filamens jusqu'à terre, se multiplient par le moyen de ces nouvelles racines, & font autour d'eux une petite forêt, où le premier arbre, pere ou aïeul de tous les autres, ne se reconnoît plus ; ces sortes de générations répétées, rendent souvent les bois impraticables aux chasseurs.
Description de la plante de vanille de S. Domingue. Cependant la plante de la vanille qui croît dans l'île de S. Domingue, que le R. P. Plumier décrit dans sa Botanique M. S. C. d'Amérique, n'est pas différente de celle dont Hernandez fait la description ; mais celle du botaniste françois est aussi bien détaillée que l'autre l'est mal.
Ce pere l'appelle vanilla flore viridi & albo, fructu nigrescente, Plum. nov. plant. amer. 25. Les racines de cette plante sont presque de la grosseur du petit doigt, longues d'environ deux piés, plongées dans la terre au loin & au large ; d'un roux-pâle ; tendres & succulentes ; jettant le plus souvent une seule tige menue, qui comme la clématite, monte fort haut sur les grands arbres, & s'étend même audessus. Cette tige est de la grosseur du doigt, cylindrique, verte, & remplie intérieurement d'une humeur visqueuse ; elle est noueuse, & chacun de ses noeuds donne naissance à une feuille.
Ces feuilles sont molles, un peu âcres, disposées alternativement, & pointues en forme de lance ; longues de neuf ou dix pouces, larges de trois, lisses, d'un verd-gai, creusées en gouttiere dans leur milieu, & garnies de nervures courbées en arc. Lorsque cette plante est déjà fort avancée, des aisselles des feuilles supérieures il sort de longs rameaux garnis de feuilles alternes ; lesquels rameaux donnent naissance à d'autres feuilles beaucoup plus petites.
De chaque aisselle des feuilles qui sont vers l'extrêmité, il sort un petit rameau différemment genouillé ; & à chaque genouillure se trouve une très-belle fleur, polypétale, irréguliere ; composée de six feuilles, dont cinq sont semblables & disposées presqu'en rose. Ces feuilles de la fleur sont oblongues, étroites, tortillées, blanches en-dedans, verdâtres en-dehors. La sixieme feuille, ou le nectarium, qui occupe le centre, est roulée en maniere d'aiguiere, & portée sur un embryon charnu, un peu tors, semblable à une trompe. Les autres feuilles de la fleur sont aussi posées sur le même embryon, qui est long, verd, cylindrique, charnu. Il se change ensuite en fruit, ou espece de petite corne molle, charnue, presque de la grosseur du petit doigt ; d'un peu plus d'un demi - pié de longueur ; noirâtre lorsqu'il est mûr, & enfin rempli d'une infinité de très-petites graines noires. Les fleurs & les fruits de cette plante sont sans odeur.
On la trouve dans plusieurs endroits de l'île de S. Domingue : elle fleurit au mois de Mai. Cette vanille de S. Domingue ne paroît différer de celle du Mexique, dont Hernandez a fait la description, que par la couleur des fleurs, & par l'odeur des gousses : car la fleur de celle - là est blanche & un peu verte, & la gousse est sans odeur ; mais la fleur de celle du Mexique, suivant la description d'Hernandez, est noire, & la gousse d'une odeur agréable.
Description de la plante de vanille de la Martinique. Le P. Labat assure dans ses voyages d'Amérique, qu'il a trouvé à la Martinique une autre espece de vanille, qu'il décrit ainsi. La fleur qu'elle produit est presque jaune, partagée en cinq feuilles, plus longues que larges, ondées & un peu découpées dans leur milieu. Il s'éleve du centre un petit pistil rond & assez pointu, qui s'allonge & se change en fruit. Cette fleur est à peu-près de la grandeur & de la consistance de celle des pois ; elle dure tout au plus cinq ou six jours, après lesquels elle se fanne, se seche, tombe & laisse le pistil tout nud, qui devient peu-à-peu une silique de cinq, six & sept pouces de long, plus plate que ronde, d'environ cinq lignes de large, & deux lignes d'épaisseur, de la figure à-peu-près de nos cosses d'haricots.
Cette silique est au commencement d'un beau verd, elle jaunit à mesure qu'elle mûrit, & devient tout-à-fait brune lorsqu'elle est seche ; le dedans est rempli de petites graines rondes, presque imperceptibles & impalpables, qui sont rouges avant d'être mûres, & toutes noires dans leur maturité. Avant ce tems-là elles n'ont aucune odeur fort sensible, que celle de sentir le verd ; mais quand elles sont mûres & qu'on les froisse entre les mains, elles rendent une petite odeur aromatique fort agréable.
Le même fait a été mandé à l'académie des Sciences en 1724, par un des correspondans de cette académie demeurant à la Martinique, qui ajoute qu'il en avoit trois piés venus de bouture, qu'il avoit tirés de la nouvelle Espagne, & qui réussissoient parfaitement.
Lieux où croît la bonne vanille. Malgré ces sortes d'attestations, la vanille de la Martinique n'a point pris faveur sur les lieux, ni dans le commerce ; on continue toujours de la tirer de la nouvelle Espagne & du Pérou.
Les endroits où l'on trouve la vanille en plus grande quantité, sont la côte de Caraque & de Carthagène, l'isthme de Darien, & toute l'étendue qui est depuis cet isthme & le golfe de S. Michel, jusqu'à Panama, le Jucatan & les Honduras. On en trouve aussi en quelques autres lieux, mais elle n'est ni si bonne, ni en si grande quantité qu'au Mexique. On dit encore qu'il y en a beaucoup & de belle, dans la terre ferme de Cayenne. Comme cette plante aime les endroits frais & ombragés, on ne la rencontre guere qu'auprès des rivieres, & dans les lieux où la hauteur & l'épaisseur des bois la mettent à couvert des trop vives ardeurs du soleil.
Sa récolte, sa culture & ses vertus. La récolte commence vers la fin de Septembre ; elle est dans sa force à la Toussaint, & dure jusqu'à la fin de Décembre. On ignore si les Indiens cultivent cette plante, & comment ils la cultivent ; mais l'on croit que toute la cérémonie qu'ils font pour la préparation du fruit, ne consiste qu'à le cueillir à tems ; qu'ensuite ils le mettent sécher 15 à 20 jours pour en dissiper l'humidité superflue, ou plutôt dangereuse, car elle le feroit pourrir ; qu'ils aident même à cette évaporation, en pressant la vanille entre les mains, & l'applatissant doucement, après quoi ils finissent par la frotter d'huile de coco ou de calba, & la mettent en paquets qu'ils couvrent de feuilles de balisier ou de cachibou.
La vanille contient une certaine humeur huileuse, résineuse, subtile & odorante, que l'on extrait facilement par le moyen de l'esprit de vin. Après avoir tiré la teinture, la gousse reste sans odeur & sans suc. Dans l'analyse chymique elle donne beaucoup d'huile essentielle, aromatique, une assez grande portion de liqueur acide, & peu de liqueur urineuse & de sel fixe.
Hernandez lui attribue des vertus admirables, mais Hernandez est un mauvais juge ; cependant les auteurs de matiere médicale n'ont presque fait que le copier. Ils prétendent qu'elle fortifie l'estomac, qu'elle aide la digestion, qu'elle dissipe les vents, qu'elle cuit les humeurs crues, qu'elle est utile pour les maladies froides du cerveau, & pour les catharres ; ils ajoutent qu'elle provoque les regles, qu'elle facilite l'accouchement, qu'elle chasse l'arriere-faix : tout cela est exagéré. La vanille peut par son aromate chaud, être un bon stomachique dans les occasions où il s'agit de ranimer les fibres de l'estomac affoibli ; elle deviendra quelquefois par la même raison emménagogue & apéritive ; son huile balsamique, subtile & odorante, la rend souvent recommandable dans les maladies nerveuses, hystériques & hypochondriaques ; c'est pourquoi quelques anglois l'ont regardée avec trop de précipitation, comme un spécifique dans ce genre de maladies.
On la donne en substance jusqu'à une drachme ; & en infusion dans du vin, de l'eau, ou quelqu'autre liqueur convenable, jusqu'à deux drachmes. Il faut considérer qu'elle échauffe beaucoup quand on en prend une trop grande dose, ou qu'on en fait un usage immodéré ; & cette considération doit servir pour indiquer les cas où il ne faut point la mettre en usage. Nos médecins françois l'emploient rarement, la laissent seulement en valeur dans la composition du chocolat dont elle fait l'agrément principal. On s'en servoit autrefois pour parfumer le tabac ; mais les parfums ont passé de mode, ils ne causent à-présent que des vapeurs. Je ne connois aucun traité particulier sur la vanille. (D.J.)
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| VANITÉ | S. f. (Morale) le terme de vanité est consacré par l'usage, à représenter également la disposition d'un homme qui s'attribue des qualités qu'il a, & celle d'un homme qui tâche de se faire honneur par de faux avantages : mais ici nous le restraignons à cette derniere signification, qui est celle qui a le plus de rapport avec l'origine de l'expression.
Il semble que l'homme soit devenu vain, depuis qu'il a perdu les sources de sa véritable gloire, en perdant cet état de sainteté & de bonheur où Dieu l'avoit placé. Car ne pouvant renoncer au desir de se faire estimer, & ne trouvant rien d'estimable en lui depuis le péché ; ou plutôt n'osant plus jetter une vue fixe & des regards assurés sur lui-même, depuis qu'il se trouve coupable de tant de crimes, & l'objet de la vengeance de Dieu ; il faut bien qu'il se répande au-dehors, & qu'il cherche à se faire honneur en se revêtant des choses extérieures : & en cela les hommes conviennent d'autant plus volontiers qu'ils se trouvent naturellement aussi nuds & aussi pauvres les uns que les autres.
C'est ce qui nous paroîtra, si nous considérons que les sources de la gloire parmi les hommes se réduisent, ou à des choses indifférentes à cet égard, ou si vous voulez, qui ne sont susceptibles ni de blâme, ni de louange ; ou à des choses ridicules, & qui bien loin de nous faire véritablement honneur, sont très-propres à marquer notre abaissement ; ou à des choses criminelles, & qui par conséquent ne peuvent être que honteuses en elles-mêmes ; ou enfin à des choses qui tirent toute leur perfection & leur gloire du rapport qu'elles ont avec nos foiblesses & nos défauts.
Je mets au premier rang les richesses, quoiqu'elles n'aient rien de méprisable, elles n'ont aussi rien de glorieux en elles-mêmes. Notre cupidité avide & intéressée ne s'informe jamais de la source, ni de l'usage des richesses qu'elle voit entre les mains des autres, il lui suffit qu'ils sont riches pour avoir ses premiers hommages. Mais, s'il plaisoit à notre coeur de passer de l'idée distincte à l'idée confuse, il seroit surpris assez souvent de l'extravagance de ces sentimens ; car comme il n'est point essentiel à un homme d'être riche, il trouveroit souvent qu'il estime un homme, parce que son pere a été un scélérat, ou parce qu'il a été lui-même un fripon ; & que lorsqu'il rend ses hommages extérieurs à la richesse, il salue le larcin, ou encense l'infidélité & l'injustice.
Il est vrai, que ce n'est point-là son intention, il suit sa cupidité plutôt que sa raison : mais un homme à qui vous faites la cour est-il obligé de corriger par toutes ces distinctions la bassesse de votre procédé ? Non, il reçoit vos respects extérieurs comme un tribut que vous rendez à son excellence. Comme votre avidité vous a trompé, son orgueil aussi ne manque point de lui faire illusion ; si ses richesses n'augmentent point son mérite, elles augmentent l'opinion qu'il en a, en augmentant votre complaisance. Il prend tout au pié de la lettre, & ne manque point de s'aggrandir intérieurement de ce que vous lui donnez, pendant que vous ne vous enrichissez guere de ce qu'il vous donne.
J'ai dit en second lieu, que l'homme se fait fort souvent valoir, par des endroits qui le rendent ridicule. En effet, qu'y a-t-il, par exemple, de plus ridicule que la vanité qui a pour objet le luxe des habits ? Et n'est-ce pas quelque chose de plus ridicule que tout ce qui fait rire les hommes, que la dorure & la broderie entrent dans la raison formelle de l'estime, qu'un homme bien vêtu soit moins contre, dit qu'un autre ; qu'une ame immortelle donne son estime & la considération à des chevaux, à des équipages, &c. Je sai que ce ridicule ne paroît point, parce qu'il est trop général ; les hommes ne rient jamais d'eux-mêmes, & par conséquent ils sont peu frappés de ce ridicule universel, qu'on peut reprocher à tous, ou du moins au plus grand nombre ; mais leur préjugé ne change point la nature des choses, & le mauvais assortiment de leurs actions avec leur dignité naturelle, pour être caché à leur imagination, n'en est pas moins véritable.
Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que les hommes ne se font pas seulement valoir par des endroits qui les rendroient ridicules, s'ils pouvoient les considérer comme il faut, mais qu'ils cherchent à se faire estimer par des crimes. On a attaché de l'opprobre aux crimes malheureux, & de l'estime aux crimes qui réussissent. On méprise dans un particulier le larcin & le brigandage qui le conduisent à la potence ; mais on aime dans un potentat les grands larcins & les injustices éclatantes qui le conduisent à l'empire du monde.
La vieille Rome est un exemple fameux de cette vérité. Elle fut dans sa naissance une colonie de voleurs, qui y chercherent l'impunité de leurs crimes. Elle fut dans la suite une république de brigands, qui étendirent leurs injustices par toute la terre. Tandis que ces voleurs ne font que détrousser les passans, bannir d'un petit coin de la terre la paix & la sureté publique, & s'enrichir aux dépens de quelques personnes ; on ne leur donne point des noms fort honnêtes, & ils ne prétendent pas même à la gloire, mais seulement à l'impunité. Mais aussi-tôt qu'à la faveur d'une prospérité éclatante, ils se voient en état de dépouiller des nations entieres, & d'illustrer leurs injustices & leur fureur, en traînant à leur char des princes & des souverains ; il n'est plus question d'impunité, ils prétendent à la gloire, ils osent non-seulement justifier leurs fameux larcins, mais ils les consacrent. Ils assemblent, pour ainsi dire, l'univers dans la pompe de leurs triomphes pour étaler le succès de leurs crimes ; & ils ouvrent leurs temples, comme s'ils vouloient rendre le ciel complice de leurs brigandages & de leur fureur.
Il y a d'ailleurs un nombre infini de choses que les hommes n'estiment, que par le rapport qu'elles ont avec quelqu'une de leurs foiblesses. La volupté leur fait quelquefois trouver de l'honneur dans la débauche : les riches sont redevables à la cupidité des pauvres, de la considération qu'ils trouvent dans le monde. La puissance tire son prix en partie d'un certain pouvoir de faire ce qu'on veut, qui est le plus dangereux présent qui puisse jamais être fait aux hommes. Les honneurs & les dignités tirent leur principal éclat de notre ambition ; ainsi on peut dire à coup sûr que la plûpart des choses ne sont glorieuses, que parce que nous sommes déreglés.
VANITE, VAIN, (Critiq. sacrée) ces mots dans l'Ecriture signifient ce qui n'a rien de solide, Ecclés. j. 2. la fausse gloire, 2. Pier. ij. 18. le mensonge, Ps. xxxvij. 13. les idoles, Jérém. viij. 19. (D.J.)
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| VANNE | S. f. (Hydr.) ce sont de gros ventaux de bois de chêne, que l'on hausse ou que l'on baisse dans des coulisses, pour lâcher ou retenir les eaux d'une écluse, d'un étang, d'un canal ; on appelle encore vannes les deux cloisons d'ais, soutenus d'un fil de pieux dans un batardeau. (K)
VANNES, terme de Rivieres ; ce sont encore les dosses dont on se sert pour arrêter les terres à un batardeau, derriere la culée d'un pont de bois.
VANNES, en Fauconnerie, ce sont les grandes plumes des aîles des oiseaux de proie.
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| VANNEAU | S. m. (Hist. nat.) c'est un oiseau gros à-peu-près comme un pigeon ; il a sur la tête une espece de crête, oblongue & noire, le col verd & le reste du corps de différentes couleurs, où on remarque du verd, du bleu & du blanc ; son cri a quelque rapport à celui d'une chevre, il se jette sur les mouches en l'air, il est presque toujours en mouvement, vole rapidement, on diroit que son cri exprime dixhuit. Il habite ordinairement les lieux marécageux ; on le chasse depuis la Toussaint jusqu'à la sainte Catherine ; ils vont seuls l'été, & par bande l'hiver ; on en prend jusqu'à soixante d'un coup de filet ; lorsqu'on tire aux vanneaux & aux étourneaux, il est bon d'avoir deux fusils chargés, car si l'on en tue quelqu'un du premier coup & que les autres le voient, ils y volent tous & tout-autour de la tête du chasseur, ce qui fait qu'on y a ordinairement bonne chasse, surtout en les tirant en l'air, plutôt qu'à terre. On mange les vanneaux sans les vuider, comme la grive, la bécasse, le pluvier & l'alouette.
VANNEAU, (Diete) tout le monde connoit ce proverbe populaire, qui n'a pas mangé d'un vanneau n'a pas mangé d'un bon morceau : mais ce proverbe n'est vrai que du vanneau gras, car les vanneaux sont ordinairement maigres, secs, durs, & par conséquent fort mauvais, ce qui n'empêche point que lorsqu'on en rencontre de gras ils ne soient tendres, succulens, & d'un goût que beaucoup de personnes trouvent exquis. Cependant on peut observer de cet oiseau comme de la bécasse, de la bécassine, du pluvier, &c. qu'il faut que leur suc alimenteux ne soit pas très-accommodé à notre nature, car beaucoup de personnes, & sur-tout celles qui n'y sont point accoutumées, ont un certain dégoût pour cette viande, à laquelle ils trouvent une saveur sauvage & tendante à la corruption, à l'état que Boerhaave appelle alkalescence. Si cette observation est vraie, savoir que les animaux carnivores ne se nourrissent point naturellement des chairs d'autres animaux qui vivent eux-mêmes de matieres animales, on trouveroit dans ce principe la raison du fait que nous avons avancé ; car le vanneau se nourrit de vers & de différentes autres especes d'insectes. Il faut avouer cependant, que les vers & les insectes sont de toutes les substances animales les moins animalisées, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Voy. SUBSTANCE ANIMALE, Chym. Mais aussi on n'a pas naturellement tant de dégoût pour un vanneau ou pour un pluvier que pour la chair d'un animal véritablement carnivore. Voyez VIANDE, Diete. (b)
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| VANNER | v. act. (Gram.) c'est en général agiter dans un van la graine pour la nettoyer. Voyez VAN.
VANNER LES AIGUILLES, (Aiguillier) c'est les faire ressuyer dans du son chaud un peu mouillé, après qu'elles ont été lessivées ou lavées dans de l'eau avec du savon : voici comme on vanne les aiguilles. On les enferme avec du son dans une boîte ronde de bois qui est suspendue en l'air avec une corde, & on agite cette boîte jusqu'à-ce que le son soit entierement sec, & les aiguilles sans aucune humidité. Voyez AIGUILLE, & la machine à vanner les aiguilles, fig. & Pl. de l'Aiguillier.
VANNER, en terme d'Epinglier, c'est séparer le son d'avec les épingles en les remuant sur un plat de bois, comme on remue le froment dans un van, excepté que l'un se fait aux genoux, & l'autre avec les mains seulement.
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| VANNERIE | S. f. (Art méchan.) l'art de faire des vans, des paniers, des hottes à jour ou pleins, en clôture, mandrerie ou faisserie, de toutes grandeurs & à toutes sortes d'ouvrages.
Cet art est fort ancien & fort utile. Les peres du désert & les pieux solitaires l'exerçoient dans leurs retraites, & en tiroient la plus grande partie de leur subsistance ; il fournissoit autrefois des ouvrages très-fins pour servir sur la table des grands où l'on n'en voit plus guere, les vases de crystal ayant pris leur place.
La vannerie se divise en trois sortes d'ouvrages principaux ; la mandrerie, la closerie ou clôture, & la faisserie ; on verra ces termes à leur article. Voyez VANNIER.
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| VANNES | (Géog. mod.) ville de France dans la Bretagne, à deux lieues de la mer, avec laquelle elle communique par le canal de Morbihan, à 20 lieues de Nantes, à 22 de Quimper, à 23 de Rennes, & à une centaine de Paris.
Cette ville est arrosée par deux petites rivieres qui rendent son port capable de contenir plusieurs vaisseaux. Le fauxbourg de Vannes surpasse la ville en étendue ; il en est séparé par des murailles & par un large fossé ; il a ses paroisses, ses couvens, ses places, & un hôpital.
Saint Paterne est le premier évêque de Vannes qui nous soit connu ; cet évêché vaut environ 25000 livres de revenu, & l'évêque est en partie seigneur de Vannes. On ne compte dans son diocese que 168 paroisses.
Le principal commerce de Vannes est en blé & en seigle pour l'Espagne. On y trafique aussi en sardines & en congres. Les marchands achetent les sardines au bord de la mer, les salent & les arrangent dans des barriques, où on les presse pour en tirer l'huile, qui sans cela les feroit corrompre. Long. suivant Cassini, 14. 35. lat. 47. 40.
Vannes, aujourd'hui le chef-lieu d'une recette, d'un présidial, & d'une jurisdiction de juges-consuls, tire son nom des anciens peuples Veneti, qui étoient des plus célebres des Gaules du tems de Jules-César. Ptolémée la nomme civitas Dariorigum.
Lorsque les Bretons s'établirent dans l'Armorique, ils n'occuperent pas cette ville qui demeura à ses anciens habitans romains ou gaulois. Elle vint ensuite au pouvoir des Francs, lorsqu'ils se rendirent les maîtres de cette partie des Gaules. L'an 577 Varor, prince des Bretons, s'en empara sur Gontran, l'un des rois françois. Pepin s'en rendit maître l'an 553 ; mais Numénoïus, prince des Bretons, la reprit ensuite ; enfin elle a passé à la couronne avec le reste de la Bretagne. Cette ville avoit été érigée en comté par ses anciens souverains, & réunie à leur domaine par Alain surnommé le Grand. (D.J.)
VANNES, LA, (Géog. mod.) petite riviere de France dans le Sénonois. Elle prend sa source à trois lieues de Troyes, & se jette dans l'Yonne au fauxbourg de Sens. (D.J.)
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| VANNETS | S. m. pl. (Pêche) ce sont des rets qu'on tend en différentes manieres sur la grève que le flux de la mer couvre ; ils doivent avoir leurs mailles de la grandeur marquée par les ordonnances de 1681 & 1684.
VANNETS, (Blason) on appelle ainsi en termes de Blason, les coquilles dont on voit le creux, à cause qu'elles ressemblent à un van à vanner.
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| VANNETTE | S. f. en Vannerie, est une espece de corbeille ronde & à bord, faite de clôture ; on s'en sert sur-tout pour épouster l'avoine qu'on donne aux chevaux.
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| VANNIA | (Géog. anc.) ville d'Italie. Ptolémée, liv. III. ch. j. la donne aux Bechuni ; quelques-uns croyent que c'est aujourd'hui Franna, bourg de l'état de Venise ; d'autres prétendent que c'est Lovino, & le pere Briet dit que c'est Civedo ou Cividado. (D.J.)
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| VANNIANUM | VANNIANUM
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| VANNIER | S. m. (Corps de Jurande) celui qui fait ou qui vend des vans, ou tous autres ouvrages d'osier, comme paniers, hottes, clayes, cages, corbeilles, charrieres, verrieres, &c. pelles, boisseaux, soufflets, sabots, échelles, &c.
Il y a à Paris une communauté de maîtres vanniers quincalliers, dont les statuts sont de 1467, confirmés par lettres-patentes de Louis XI. & réformés sous le regne de Charles IX. par arrêt du conseil du mois de Septembre 1561, enregistrés au parlement la même année.
Les différens ouvrages qui distinguent les vanniers, sont ceux de la mandrerie, de la clôture ou closerie, & de la faisserie. La mandrerie dont les maîtres sont appellés vanniers-mandriers, comprend tous les ouvrages d'osier blanc & d'osier verd qui ne sont point à claire-voie, à la réserve des vans à vanner les grains, & des hottes à vin qui sont réservés à la clôture, dont les maîtres se nomment vanniers-cloturiers.
A l'égard de la faisserie, qui est la vannerie proprement dite, son partage consiste dans tout ce qui se fait d'ouvrages à jour de quelque sorte d'osier que ce soit. Cette partie du métier des vanniers donne à ceux qui s'y occupent le nom de vanniers-faissiers. Malgré cette espece de distinction d'ouvrages & de métier, les maîtres vanniers ne s'y assujettissent pourtant pas tellement, qu'il ne s'en trouve qui travaillent tout-à-la fois aux uns & aux autres.
Comme les ouvrages de clôture sont les plus difficiles & demandent les plus habiles ouvriers, & qu'il faut d'ailleurs des outils à part, les clôturiers s'occupent rarement à la mandrerie & à la faisserie ; mais au-contraire les mandriers & les faissiers, convenant en quantité de choses, & se servant des mêmes outils, il est rare que ceux qui exercent la faisserie, ne travaillent pas aussi à la mandrerie.
Les outils & instrumens communs aux trois sortes de vanniers, sont la scie montée & la scie à main, le couteau à travailler, divers vilebrequins, entre autres le vilebrequin à hottriau, l'épluchoir, le poinçon de fer, les fers à clorre, le maillet, le chevalet, l'établi, la sellette, les moules, & le faudoir. Outre ces outils, les clôturiers ont encore la batte de fer, le vilebrequin à Menuisier, la bécasse, le crochet, & la trétoire. (D.J.)
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| VANS | (Géog. mod.) petite ville, ou plutôt bourg de France, dans le bas Languedoc, diocèse d'Usez.
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| VANTAIL | S. m. (Menuiserie) manteau ou battant d'une porte qui s'ouvre des deux côtés. Il y a aussi des vantaux de fenêtres, ou des volets qui ferment une fenêtre du haut en bas ; on appelloit autrefois de ce nom la partie de l'habillement de tête par laquelle le chevalier respiroit.
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| VANTER | LOUER, (Synonymes) on vante une personne pour lui procurer l'estime des autres, ou pour lui donner de la réputation ; on la loue pour témoigner l'estime qu'on fait d'elle, ou pour lui applaudir.
Vanter, c'est dire beaucoup de bien des gens, & leur attribuer de grandes qualités, soit qu'ils les ayent ou qu'ils ne les ayent pas ; louer, c'est approuver avec une sorte d'admiration ce qu'ils ont dit ou ce qu'ils ont fait, soit que cela le mérite ou ne le mérite point.
On vante les forces d'un homme, on loue sa conduite. Le mot de vanter suppose que la personne dont on parle, est différente de celle à qui la parole s'adresse, ce que le mot de louer ne suppose point.
Les charlatans ne manquent jamais de se vanter ; ils promettent toujours plus qu'ils ne peuvent tenir, ou se font honneur d'une estime qui ne leur a pas été accordée. Les personnes pleines d'amour propre se donnent souvent des louanges ; elles sont ordinairement très-contentes d'elles-mêmes.
Il est plus difficile, selon mon sens, de se louer soi-même que de se vanter, car on se vante par un grand desir d'être estimé, c'est une vanité qu'on par donne, mais on se loue par une grande estime qu'on a de soi, c'est un orgueil dont on se moque. Girard. (D.J.)
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| VANTILLER | v. act. (Charpent.) c'est mettre des dosses ou bonnes planches de deux pouces d'épaisseur pour retenir l'eau. Diction. de Charpent. (D.J.)
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| VAPEURS | S. f. (Physiq.) c'est l'assemblage d'une infinité de petites bulles d'eau ou d'autre matiere liquide, remplies d'air raréfié par la chaleur & élevés par leur légéreté jusqu'à une certaine hauteur dans l'athmosphere ; après quoi elles retombent, soit en pluie, soit en rosée, soit en neige, &c.
Les masses formées de cet assemblage, qui flottent dans l'air, sont ce qu'on appelle nuages. Voyez NUAGE.
Quelques personnes se servent indifféremment du mot de vapeur pour exprimer les fumées qu'envoyent les corps humides & les corps secs, comme le soufre, &c. mais M. Newton avec plusieurs autres auteurs, appellent ces dernieres exhalaisons & non vapeurs.
Sur la maniere dont les vapeurs sont élevées & ensuite précipitées vers la terre, voyez EVAPORATION, ROSEE, PLUIE, &c.
Sur la formation des sources par le moyen des vapeurs, voyez FONTAINE, &c.
La quantité de vapeurs que le soleil fait élever de dessus la surface de la mer, est inconcevable. M. Halley a fait une tentative pour la déterminer. Par une expérience faite dans cette vue & décrite dans les Transactions philosophiques, il a trouvé que de l'eau dont la chaleur est égale à celle de l'air en été, perdoit en vapeurs dans l'espace de deux heures la quantité que demande un abaissement dans la surface de la cinquante-troisieme partie d'un pouce ; d'où on peut conclure que dans un jour où le soleil échauffe la mer pendant douze heures, l'eau qui s'évapore, monte à un dixieme de pouce sur toute la surface de la mer.
Dans cette supposition, dix pouces quarrés en surface donnent d'évaporation environ un pouce cubique d'eau par jour, & chaque pié quarré par conséquent environ une demi-pinte ; chaque espace de quatre piés quarrés donnera deux pintes ; chaque mille quarré 6914 tonneaux ; chaque degré quarré supposé de 69 milles d'Angleterre, donne 33 millions de tonneaux. Or si on suppose la Méditerranée d'environ 40 degrés de long & de 4 de large, en prenant un milieu entre les endroits où elle est le plus large, & ceux où elle l'est le moins, ce qui donne 160 degrés pour l'espace qu'occupe cette mer, on trouvera par le calcul qu'elle peut fournir en évaporations dans un jour d'été 5280 millions de tonneaux.
Mais cette quantité de vapeurs quoique très-grande, n'est qu'une partie de ce que produit une autre cause bien plus éloignée de pouvoir être calculée, qui est celle de l'évaporation produite par le vent, & que tous ceux qui ont examiné la promtitude avec laquelle les vents dessechent, savent être extrêmement considérable. Chambers.
De plus, la partie solide de la terre est presque par-tout couverte de plantes, & les plantes envoyent une grande quantité de vapeurs ; car suivant les observations de M. Halles, dans la statique des végétaux, un tournesol haut de 3 piés 1/2 transpire du-moins de 1 livre 1/4 dans l'espace de 12 heures, ce qui est presque autant que ce qui s'évapore en un jour d'un bac d'eau exposé au soleil, & qui auroit trois piés quarrés de diametre. Par conséquent si on supposoit que toutes les plantes transpirassent également, il ne s'éleveroit pas moins de vapeurs des parties solides de la terre qu'il s'en éleve de la mer.
D'ailleurs il sort aussi du corps des hommes & des animaux une grande quantité de vapeurs, & suivant les observations de M. Halles, ce qui s'évapore du corps d'un homme, est à ce qui s'évapore du tournesol comme 141 à 100 ; si nous joignons à cela les exhalaisons des plantes qui se sechent ou qui se pourrissent, celles qui proviennent de la fumée de toutes les matieres qu'on brûle, enfin les exhalaisons qui s'élevent du sein de la terre même, nous conclurons que l'air est rempli d'une prodigieuse quantité de vapeurs, & que sa substance doit en être comme pénétrée.
A l'égard du méchanisme de l'élévation des vapeurs, ceux qui desireront un plus grand détail sur ce sujet, peuvent avoir recours aux articles cités ci-dessus, & à l'essai de physique de M. Musschenbroeck, article des météores, d'où nous avons tiré en partie ce qui précede.
VAPEUR, VAPOREUX, se dit en Peinture, lorsque la perspective aërienne est bien entendue dans un tableau, & qu'il y regne un très-léger brouillard qui rend les objets tendres & flous. On dit, il regne une belle vapeur dans ce tableau : ces objets sont tendres & vaporeux. Vouvermans & Claude Lorrain excelloient en cette partie.
VAPEURS, en Médecine, est une maladie appellée autrement mal hypochondriaque & mal de rate. Elle est commune aux deux sexes, & reconnoit deux différentes causes.
On croit qu'elle provient d'une vapeur subtile qui s'éleve des parties inférieures de l'abdomen, surtout des hypocondres, & de la matrice au cerveau, qu'elle trouble & qu'elle remplit d'idées étranges & extravagantes, mais ordinairement désagréables. Cette maladie se nomme dans les hommes affection hypocondriaque. Voyez AFFECTION HYPOCONDRIAQUE.
Les vapeurs des femmes que l'on croit venir de la matrice, sont ce qu'on appelle autrement affection ou suffocation hystérique ou mal de mere.
Cette maladie provient également des hypocondres, comme de la matrice. L'idée du public ou du vulgaire sur la fumée qui s'éleve du bas-ventre au cerveau, paroît d'abord vraisemblable, mais elle est fausse & combattue par la théorie & l'anatomie. Cette prétendue fumée n'est rien autre chose que l'irritation des fibres nerveuses des visceres contenus dans le bas-ventre, tels que le foie, la rate, l'estomac & la matrice, qui affecte sympathiquement le cerveau par la communication de la huitieme paire de nerfs avec le grand nerf intercostal ; cette communication qui est étendue dans toutes les cavités, est la cause prochaine & unique de ces maladies & des étranges & bisarres symptomes qui l'accompagnent ; une preuve de ceci est que les remedes qui peuvent détourner les esprits animaux ailleurs, ou causer une irritation différente, en produisant une sensation desagréable, sont excellens dans ces maladies ; or d'où peut provenir un tel prodige, sinon que les esprits sont déterminés ailleurs ? Mais on doit remarquer que les vapeurs attaquent sur-tout les gens oisifs de corps, qui fatiguent peu par le travail manuel, mais qui pensent & rêvent beaucoup : les gens ambitieux qui ont l'esprit vif, entreprenans, & fort amateurs des biens & des aises de la vie, les gens de lettres, les personnes de qualité, les ecclésiastiques, les dévots, les gens épuisés par la débauche ou le trop d'application, les femmes oisives & qui mangent beaucoup, sont autant de personnes sujettes aux vapeurs, parce qu'il y a peu de ces gens en qui l'exercice & un travail pénible du corps empêche le suc nerveux d'être maléficié. Bien des gens pensent que cette maladie attaque l'esprit plutôt que le corps, & que le mal gît dans l'imagination. Il faut avouer en effet que sa premiere cause est l'ennui & une folle passion, mais qui à force de tourmenter l'esprit oblige le corps à se mettre de la partie ; soit imagination, soit réalité, le corps en est réellement affligé. Ce mal est plus commun aujourd'hui qu'il ne fut jamais, parce que l'éducation vicieuse du sexe y dispose beaucoup, & que les jeunes gens se livrent ou à la passion de l'étude, ou à toute autre avec une égale fureur, sans mesure & sans discernement ; l'esprit s'affoiblit avant d'être formé, & à peine est-il né, qu'il devient languissant. La gourmandise, la vie oisive, les plaisirs habituels entretiennent cette malheureuse passion de passer pour bel esprit ; & les vapeurs attaquent le corps, le ruinent & le font tomber en consomption. Voici les remedes les plus efficaces pour ce mal qui devient contagieux, & qui est l'opprobre de la médecine.
1°. Un régime exact, ne manger qu'avec faim & manger peu, éviter les alimens de haut goût, les liqueurs, les passions violentes, les veilles, les jeux & les pertes que l'on y fait, la débauche de toute espece ; desirer peu, ou des choses justes & possibles, travailler beaucoup & plus qu'on ne mange, sont des moyens plus sûrs que toutes les potions cordiales.
2°. Se former une idée véritable de son peu de savoir & de son petit mérite, se croire toujours favorisé, soit de la fortune, soit du prince, soit de la nature, au-delà de ses talens, écouter la raison & se faire de bonnes moeurs, sont des préservatifs contre les vapeurs.
Cependant comme ces remedes ne plairont pas à ceux qui flattés de leurs faux talens, se croiront réellement malades, & avoir besoin de la médecine qui ne peut guere les soulager, nous les renvoyons aux articles du spasme, des convulsions, de la tension, de l'épilepsie, du vertige, de la fureur utérine, de l'affection hypocondriaque & hystérique, & nous leur enjoignons d'user des remedes purgatifs, des amers, des apéritifs combinés avec les toniques : la teinture de castor, le syrop de karabé, les pilules de cachou, de Wildegansius & la liqueur minérale d'Hoffman sont leur ressource.
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| VAPINCU | ou VAPINGUM, (Géogr. anc.) ville de la Gaule narbonnoise, sur la route de Mediolanum à Arles, entre Caturigae & Alabonte, selon l'itinéraire d'Antonin. C'est la ville de Gap. (D.J.)
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| VAQUER | v. neut. (Gram.) être vuide, non occupé. Cet appartement est vacant ; il vaque dans cette maison un corps-de-logis en entier ; si ce bénéfice vient à vaquer, tâchez de l'obtenir. Mais voici une acception de ce verbe très-différente de la précédente : il vaque à la prédication ; il vaque à la conversion des hérétiques ; il vaque à deux ou trois fonctions à la fois ; il signifie alors satisfaire, remplir, exercer. Vaquer se prend aussi pour cesser ses fonctions : le parlement vaque certains jours ; les colleges vaquent lorsqu'il y a procession du recteur.
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| VAQUETTES | S. f. pl. (Commerce) peaux de petites vaches, dont il se fait un assez grand commerce à Smirne. Savary. (D.J.)
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| VAR | LE, (Géog. mod.) en latin Varus ; riviere qui fait la séparation entre l'Italie & la France. Elle est aussi marquée par tous les anciens géographes, pour une des limites qui séparent la Gaule narbonnoise de l'Italie. Cette riviere prend sa source dans le mont Cema ou Acema, qui fait partie des Alpes maritimes près du château de S. Etienne. Cette montagne s'appelle aussi Cémélion ; c'étoit le nom d'une ancienne ville bâtie au-dessus, dont il ne reste aujourd'hui que des masures, & qui étoit de la Gaule narbonnoise. Du mont Cema, le Var vient arroser le territoire de Glandeve & celui de Nice, où il se décharge dans la mer Méditerranée, à une demi-lieue à l'occident de Nice. Ce n'est point cependant la riviere du Var toute entiere qui formoit la séparation de la Gaule d'avec l'Italie, c'en est seulement la source placée dans les Alpes maritimes ; le comté de Nice qu'elle traverse, faisoit partie de la Gaule narbonnoise, comme il le fit ensuite de la Provence. (D.J.)
VAR, voyez LOUP MARIN.
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| VARA | (Géogr. des Arabes) ce mot est arabe, & signifie dans cette langue derriere & au-delà. Ainsi Vara-Gihoun, dans la géographie des Arabes, désigne la Transoxane (en arabe Maouaralnahar), qui est au-delà du fleuve, car ils qualifient du nom de fleuve par excellence le Gihon, que les Persans nomment en leur langue Roud. Vara-Sihoun, c'est-à-dire ce qui est au-delà de Sihon ou Jaxartes. C'est le Turquestan, appellé aussi des Arabes par la même raison Vara-Khogend, à cause qu'il s'étend au-delà de la ville de Khogend, qui est bâtie sur le fleuve Sihon. (D.J.)
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| VARAHANGA | S. f. (Hist. nat.) résine qui se trouve dans l'île de Madagascar, & qui a l'odeur de l'encens.
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| VARAIGNE | S. f. (Saline) on appelle varaigne dans les marais salins l'ouverture par laquelle on introduit l'eau de la mer dans le premier réservoir de ces marais, qui s'appelle jas. La varaigne s'ouvre & se ferme à-peu-près comme on fait avec la bonde des étangs : on ouvre la varaigne dans les grandes marées de Mars, puis on la referme quand la mer vient à baisser, afin de tenir les jas pleins d'eau.
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| VARALLO | (Géog. mod.) petite ville d'Italie, au duché de Milan, dans le val de Sessia, sur la riviere qui donne son nom à cette vallée. A demi-lieue de cette ville, sur une montagne délicieuse, qu'on nomme la montagne de Varallo, est un lieu d'une grande & ridicule dévotion, appellé la nouvelle Jérusalem. (D.J.)
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| VARAMBON | (Géog. mod.) voyez VAREMBON.
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| VARAMUS | (Géog. anc.) fleuve d'Italie chez les Vénetes. Pline dit, l. III. c. xviij. qu'il se jettoit dans l'Arassus. LÉander prétend que son nom moderne est le Caloro. (D.J.)
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| VARANGUAIS | S. f. (Marine) c'est ainsi qu'on appelle les marticles dans le levant. Voyez MARTICLES.
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| VARANGUES | S. f. (Marine) ce sont des chevrons de bois, entés & rangés de distance en distance, à angles droits & de travers, entre la quille & la carlingue, afin de former le fond du vaisseau. Voyez CONSTRUCTION.
On appelle maîtresse varangue la varangue qui se pose sous le maître ban. On lui donne aussi le nom de premier gabarit. Les maîtresses varangues de l'avant & de l'arriere sont celles qui font partie des deux grands gabarits. Voyez GABARIT, voyez Pl. I. fig. 1. les varangues, n°. 13. 14. & 15.
Varangues acculées. Varangues rondes en-dedans, qui se posent en allant vers les extrêmités de la quille, proche les fourçats, & au-devant & au derriere des varangues plates. Voyez CONSTRUCTION, voyez Pl. IV. fig. 1. les varangues acculées cotées 14.
Varangues demi-acculées. Varangues qui ont moins de concavité que les varangues acculées, & qui se posent vers les varangues plates, de sorte que les varangues plates sont au milieu ; les varangues demi-acculées viennent ensuite, & les varangues acculées sont les bouts. Voyez Pl. IV. fig. 1. n°. 15.
Varangues plates ou varangues de fond. Ce sont les varangues qui sont placées vers le milieu de la quille, & qui ont moins de rondeur que les varangues acculées. Voyez CONSTRUCTION.
On dit qu'un vaisseau est à plates varangues, lorsqu'il a beaucoup de varangues qui ont peu de rondeur dans le milieu, & par conséquent qu'il a le fond plat. Voyez Pl. IV. fig. 1. les varangues de fond, cotées 13.
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| VARANO | LAC, (Géog. mod.) lac d'Italie, au royaume de Naples, dans la Capitanate, près de la côte septentrionale. Son circuit est de cinq lieues, & il se décharge par un petit canal dans le golfe de Rodia, à deux lieues à l'occident de la petite ville Rodia.
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| VARAR | (Géog. anc.) golfe de la grande Bretagne. Ptolémée, l. II. c. iij. le marque sur la côte orientale, entre l'embouchure du fleuve Loxa & le golfe Tuaesis. Au-lieu de Varar, le grec porte Vara. C'est aujourd'hui le golfe de Murray en Ecosse, Murray Furth. Buchanan croit que la province de Murray, qui est baignée par ce golfe, a été aussi autrefois appellée Varar, nom que la riviere de Farray, qui se jette dans ce golfe, a en quelque sorte retenu. (D.J.)
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| VARASAYN | (Géog. mod.) ville ou, pour mieux dire, bourg du royaume de Navarre, à peu de distance de Pampelune.
C'est dans ce bourg qu'est né en 1491 Aspilcuéta (Martin), que l'on appelle communément le docteur Navarre, Navarrus, grand sectateur de Pierre Lombard, nommé le maître des sentences. Il enseigna seize ans à Conimbre, & reçut beaucoup d'honneur à la cour de Rome, lorsqu'il s'y rendit, à l'âge de 80 ans, pour défendre Caranza son ami, archevêque de Tolede, accusé d'hérésie devant le tribunal de l'inquisition ; la cause fut plaidée & le procès perdu. Il n'auroit pas été difficile à Aspilcuéta d'obtenir les plus hautes dignités, tant civiles qu'ecclésiastiques, mais il leur préféra l'étude & le repos. Il mourut en 1586, âgé de 94 ans & 6 mois. Sa vie a éte faite par plusieurs écrivains, mais la meilleure à été donnée par son neveu, à la tête des oeuvres de son oncle, imprimées à Rome en 1590, en trois volumes in-fol. Lyon 1591, & Venise 1602 ; on ne lit plus aujourd'hui les ouvrages de ce fameux casuiste, excepté peut-être en Espagne. (D.J.)
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| VARAUCOCO | S. m. (Hist. nat. Botan.) arbrisseau qui s'attache aux grands arbres. Il produit un fruit violet, de la grosseur d'une pêche, & qui renferme quatre noyaux ; sa chair est pâteuse, mais douce & agréable. L'écorce de l'arbrisseau fournit une matiere résineuse rouge ; la seconde peau brûlée à une chandelle se fond comme la gomme-laque, dont elle a l'odeur.
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| VARCIA | (Géog. anc.) ville de la gaule belgique. L'itinéraire d'Antonin la marque sur la route d'Andrematunum à Cambate. Alting croit que c'est Varcar, village sur la Saône. (D.J.)
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| VARDARI | LE, (Géog. mod.) riviere de l'empire turc, dans la Macédoine. Elle a sa source dans les montagnes qui sont aux confins de la Servie, de la Bulgarie & de la Macédoine, & finit par se jetter dans le golfe de Salonique. Le Vardari est l'Axius des anciens. (D.J.)
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| VARDING | (Commerce) petite monnoie, ayant cours en Livonie, dont il faut 60 pour faire un écu d'Allemagne, c'est-à-dire 3 liv. 15 sols de France, ainsi le varding vaut environ cinq liards de notre monnoie.
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| VARDULES | LES, Varduli, (Géog. anc.) peuples de l'Espagne tarragonoise, sur l'Océan cantabrique. Ptolémée, l. II. c. vj. leur donne une ville nommée Menosca. Pomponius Méla, l. III. c. j. & Pline, l. II. c. iij. parlent aussi de ces peuples. Ce dernier, l. IV. c. xx. nomme leurs villes Morosgi, Menosca, Vesperies & Amanus-Portus, où étoit Flaviobriga colonia. On convient que le pays des Vardules est aujourd'hui le Guipuscoa. (D.J.)
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| VARECH | S. m. (Botan.) plante maritime, nommée par Tournefort, fucus maritimus vesiculas habens, I. R. H. Cette herbe se nomme en Bretagne gouémon ; sur les côtes du pays d'Aunis, sar ; & sur les côtes de Normandie, varech, nom qui s'étend même sur tout ce que la mer jette sur ses bords ; d'où vient le droit de varech que dans cette province les seigneurs de fiefs voisins de la mer prétendent avoir sur les effets qu'elle jette sur le rivage ; il est vraisemblable que ce mot dérive de l'anglois wrack ou wreck, qui signifie naufrage, vieux mot normand que ce peuple a porté en Angleterre.
Quoiqu'il en soit, le varech est une espece de fucus des botanistes ; c'est une plante maritime qui pousse plusieurs petites tiges plates, étroites, mais qui s'élargissent peu-à-peu en croissant, & qui se divisent en petits rameaux, portant des feuilles larges, oblongues, ayant quelque ressemblance à celles du chêne, cependant plus petites, attachées avec leurs tiges par une substance tenace, pliante, membraneuse, ordinairement lisses, quelquefois velues ou couvertes d'un poil blanc ; c'est peut-être la fleur de la plante qui est suivie de graines rondes ; il s'y éleve aussi des tubercules vuides, en forme de vessies, tantôt oblongues, tantôt rondes, tantôt plus grosses, tantôt plus petites. Cette plante est souvent basse, & quelquefois elle croît jusqu'à la hauteur d'un pié & demi : pendant qu'elle est récemment cueillie, elle a une vilaine couleur jaune-verdâtre ; mais si on la fait sécher, elle devient noire, principalement celle qu'on a tirée des rivages sablonneux de la mer.
On se servoit autrefois en Crete de cette plante au rapport de Pline, l. XXVI. c. x. pour teindre en pourpre. Horace, ode V. l. III. le confirme, en disant :
Neque amissos colores
Lana refert medicata fuco.
" La laine une fois teinte de pourpre, ne reprend jamais sa premiere couleur ". Nous avons perdu ce secret, & nous ne connoissons point d'espece de fucus qu'on emploie à aucune teinture. Son seul usage en quelques endroits est à fumer les terres ; & en Normandie, à brûler, pour faire cette sorte de soude, qu'on nomme soude de varech, qui se consume en quantité à Cherbourg pour fondre le verre, soit en table, soit en plat.
Lorsque les pêcheurs ou les riverains qui n'ont pas de bateaux ou gabares, trouvent à la basse eau une grande quantité de gouémon, ou qu'ils en font la récolte dans le tems permis & réglé par l'ordonnance, ils ramassent les herbes marines, en font de gros tas ou meulons, qu'ils lient comme ils peuvent avec de mauvais cordages souvent seulement avec du chanvre retors & mal fabriqué ; plusieurs personnes se mettent sur ce gouémon avec des perches, & attendent que le flot souleve leur meulon pour le conduire à la côte au-dessus du plain, & pouvoir ensuite plus aisément l'emporter en haut sur les terres ; si la marée est tranquille & la mer étalle, ils y abordent aisément ; mais pour peu qu'il fasse de moture, & que le vent soit contraire, ils ont peine à gagner le bord ; & si les vagues s'augmentent, comme il arrive souvent sur le coup de la pleine mer, & qu'elles entament tant-soit-peu ces meulons, ils se dissipent & s'éboulent aussitôt ; & pour lors, les hommes & les femmes qui s'y sont exposés, tombent à la mer, & sont souvent noyés, sans qu'on puisse leur donner aucun secours, & il n'est que trop ordinaire dans les paroisses où ces sortes de meulons sont en usage, de voir périr quantité de personnes, & même des familles entieres ; c'est le sujet des remontrances des recteurs des paroisses riveraines, le motif que le seigneur évêque diocésain a eu d'en faire un cas réservé ; ainsi ces meulons doivent être défendus, à peine de punition corporelle ; & les syndics ou gardes jurés des pêcheurs doivent être chargés, lorsqu'ils seront établis le long des côtes de cette province, d'y tenir la main, & de dénoncer aux Officiers du ressort les riverains qui auront contrevenu à la défense.
Les laboureurs emploient le gouémon de différentes manieres ; les uns le répandent sur les terres lorsqu'ils l'ont recueilli à la côte, ou qu'il a été nouvellement coupé ; mais la plûpart en font des fumiers qu'ils nomment mains, qu'ils composent de gouémon, des fumiers de bestiaux & de terres franches, qu'ils laissent consommer ensemble, & qu'ils répandent ensuite sur leurs terres ; un laboureur est estimé d'autant plus à son aise, qu'il a nombre ou quantité de ces mains.
Il y a le long de ces côtes grand nombre de gabares gouémonnieres qui font pendant tout le cours de l'année uniquement le commerce du gouémon, qu'ils ne discontinuent que durant la saison de la pêche du maquereau, où elles sont alors destinées, & dont les équipages sont composés de ces riverains hommes & femmes.
Le grand nombre d'îles désertes & de rochers qui sont couverts de gouémon, facilite aux maîtres de ces gabares le commerce qu'ils en font ; mais ils chargent souvent leurs gabares avec tant d'imprudence, que plusieurs y périssent ; d'autres qui n'ont point de gabares pour aller en mer, s'attroupent à la côte lors des motures & des tempêtes qui rejettent ordinairement grande quantité de gouémon au bord des greves qu'ils ramassent de basse-mer, & dont ils font des meulons liés avec de mauvaises cordes, & sur lesquels ils se risquent de marée montante pour conduire leur gouémon au haut de la pleine mer, la violence des vagues éboule souvent ces meulons, & fait périr ceux qui ont été assez téméraires de s'y exposer ; d'autres enfin se mettent à l'eau avec de longues perches, pour attirer à terre le gouémon qui flotte, & sont quelquefois emportés par le ressac de la lame.
L'ordonnance n'ayant pas pourvu à une pareille témérité, sa majesté intéressée à la conservation de ses sujets, n'a pas mis une police pour contenir ces malheureux riverains : les évêques avertis des malheurs qui arrivent à cette occasion par les recteurs qui les en ont informés, ont fait un cas réservé de cette récolte à eux seuls, pour contenir ceux qui s'exposeroient à périr en se mettant sur ces meulons, c'est tout ce que le juge ecclésiastique a pu de sa part.
VARECH, de la fabrique de la soude. Pour faire la soude, les pêcheurs ramassent tout le varech de flot & de rapport qui vient à la côte ; quand ils ont amassé une quantité de ces herbes, ils les sechent & les brûlent ensuite dans des trous ou especes de fourneaux qu'ils font au pié des falaises.
Voici la maniere de brûler le varech, telle qu'elle se pratique dans le ressort de l'amirauté de Cherbourg.
On construit une fosse longue de 7 à 8 piés, large de 3 à 4, & profonde au-dessus de l'atre de 18 à 20 pouces ; on sépare cette fosse en trois ou quatre au moyen de deux pierres plates, qui en traversent la largeur ; au fond sont des pierres brutes & plates, comme des gros carreaux, & que les riverains trouvent aisément le long de cette côte. Quand les fosses sont faites, on les remplit de varech sec ; on y met le feu, & l'on fournit des plantes toujours jusqu'à-ce que les cendres aient rempli une partie des fosses dont on casse la soude qui s'y est formée pour l'en retirer : ce petit commerce est de conséquence pour les riverains de cette amirauté.
On ne doit brûler les varechs que lorsque le vent chasse à la mer, à cause que la fumée de ces herbes fait du tort aux arbres. Voyez la figure 2. Pl. XVII. de Pêche.
Le commerce de la soude est très-avantageux aux marchands ; car les pêcheurs la leur vendent 30 livres le cent, & ils la revendent au-moins le double.
Le varech sert aussi à fumer les terres.
Dans certains lieux on halle le varech au haut de la côte, par le moyen d'un cheval qui tire une corde passée sur une poulie.
VARECH, (Jurisprudence) l'ancienne coutume de Normandie dit que tout ce que l'eau de la mer aura jetté à terre est varech : la nouvelle coutume comprend sous ce terme tout ce que l'eau jette à terre par la tourmente & fortune de mer, ou qui arrive si près de terre, qu'un homme à cheval y puisse toucher avec sa lance.
Le droit que certains seigneurs prétendent sur les effets que la mer a jettés à bord, s'appelle droit de varech.
La garde du varech appartient au seigneur dans le fief duquel il est trouvé.
S'il y a des choses périssables, elles doivent être vendues par autorité de justice.
Si le propriétaire reclame les effets dans l'an & jour, ils lui sont rendus ; mais après l'an & jour, ils appartiennent au seigneur féodal & au roi.
L'article 602 de la coutume de Normandie adjuge au roi l'or & l'argent, lorsqu'il vaut plus de 20 liv. les chevaux de service, francs-chiens, oiseaux, ivoire, corail, pierres, écarlate, le vair, le gris, les peaux zibelines non encore appropriées à usage d'homme, les pieces de draps & de soie, le poisson royal. Tous les autres effets appartiennent au seigneur.
Ce droit est confirmé en faveur des seigneurs de Normandie par l'ordonnance de la marine, l. IV. tit. ix. art. 3. & suiv.
Elle leur défend seulement de faire transporter les choses échouées dans leurs maisons, avant qu'elles aient été visitées par les officiers de l'amirauté.
Elle leur défend aussi d'empêcher les maîtres de se servir de leur équipage pour alléger leurs bâtimens échoués, & les remettre à flot, ni de les forcer de se servir de leurs valets & vassaux, sous peine de 1500 liv. d'amende, & de perte de leur droit.
L'ordonnance ne veut pas non-plus, que sous prétexte du droit de varech, les riverains prennent aucune part aux effets trouvés sur les flots, ou pêchés en pleine mer, & amenés sur les greves en l'endroit de leurs seigneuries, ni sur les poissons gras, & autres qui y sont conduits & chassés par l'industrie des pêcheurs.
Enfin, elle ordonne de punir de mort les seigneurs de fiefs voisins de la mer, & tous autres qui auroient forcé les pilotes ou locmans de faire échouer les navires aux côtes qui joignent leurs terres pour en profiter, sous prétexte du droit de varech ou autre.
Le titre suivant de la même ordonnance traite de la coupe du varech. Voyez les commentateurs de la coutume de Normandie, tit. de varech, & le commentaire de M. Valin, sur le tit. 9. de l'ordonnance de la marine. (A)
VARECH, (Marine) nom qu'on donne à un vaisseau qui est au fond de l'eau, & hors de service.
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| VAREMBON | ou VARAMBON, (Géog. mod.) petite ville de France, dans la Bresse, près la riviere d'Ain. Elle est de l'élection de Bourg, & députe aux assemblées de la Bresse. Elle a un hôpital, & une église collégiale, soumise immédiatement au saint siége. Au milieu de cette église est le tombeau de son fondateur, le cardinal la Palue, mort l'an 1451. (D.J.)
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| VARENNE | S. f. (Gram.) fond plat & marécageux, entre des côteaux ; terrein considérable qui ne se fauche, ni se cultive. Il y a des varennes où le pâturage est bon, & où les paysans menent leurs troupeaux. On appelle jurisdiction de la varenne un tribunal établi au louvre, pour la conservation de la chasse dans les plaines situées à six lieues à la ronde de Paris.
VARENNE, (Commerce) mesure des grains dont on se sert en quelques endroits de la Savoye, particulierement à la Roche ; la varenne pese trente-une livres poids de Genève. Diction. de Comm.
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| VARENNES | (Géog. mod.) autrefois petite ville de France, en Bourbonnois, élection de Moulins, près de l'Allier, aux frontieres de la basse Auvergne.
Cette place ne forme plus à présent qu'un village qui n'a pas cent habitans. (D.J.)
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| VARESSE | S. f. (Hist. nat.) animal quadrupede, carnassier, de l'île de Madagascar. Il est de la taille d'un renard ; il a la queue longue & très-fournie, son poil ressemble à celui d'un loup.
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| VARGIONES | (Géog. anc.) peuple de la Germanie, selon Ptolémée, l. II. c. xj. on croit qu'ils habitoient vers les sources du Danube, dans le comté de Barr, en allemand bar-landgrafschaft. (D.J.)
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| VARI | S. m. (Commerce) petit poids en usage parmi les anciens habitans de Madagascar, ou île Dauphine, comme l'appellent les François.
Le vari pese environ un demi-gros poids de marc. Il y a au-dessus le sompi, qui est le poids le plus fort dont ces barbares aient connoissance, & au-dessous le facare, puis le nanqui, & enfin le nanque : le vari, non plus que ces autres poids, ne servent qu'à peser l'or & l'argent. Voyez SOMPI, Dictionn. de Commerce.
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| VARIA | (Géog. anc.) ville de l'Espagne tarragonoise, selon Strabon, l. III. p. 162. & Ptolémée, l. II. c. vj. Ce dernier la donne aux Berones. Pline, l. III. c. iij. dit qu'elle étoit sur le bord de l'Ebre, dans l'endroit où ce fleuve commence à être navigable. On croit que la ville de Logrono s'est élevée de ses ruines. (D.J.)
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| VARIABLE | adj. (Alg. & Géom.) on appelle quantités variables en Géométrie, les quantités qui varient suivant une loi quelconque. Telles sont les abscisses & les ordonnées des courbes, leurs rayons osculateurs, &c.
On les appelle ainsi par opposition aux quantités constantes, qui sont celles qui ne changent point, comme le diametre d'un cercle, le parametre d'une parabole, &c.
On exprime communément les variables par les dernieres lettres de l'alphabet x, y, z.
Quelques auteurs au-lieu de se servir de l'expression de quantités variables, disent des fluentes. Voyez FLUENTE & FLUXION.
La quantité infiniment petite, dont une variable quelconque augmente ou diminue continuellement, est appellée par les uns sa différence ou différencielle, & par les autres, sa fluxion. Le calcul de ces sortes de quantités est ce qu'on appelle le calcul différentiel ou le calcul des fluxions. Voyez DIFFERENTIEL & FLUXION. Chambers. (O)
VARIABLE, vent variable, est le nom qu'on donne aux vents qui ne paroissent point réglés, mais qui soufflent tantôt dans un tems, tantôt dans un autre, sans paroître observer aucune loi dans leur cours. Tels sont la plûpart des vents qui soufflent sur le continent, sur-tout dans nos climats, & dans les lieux éloignés de la mer. Voyez VENT.
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| VARIANA | (Géog. anc.) ville de la basse-Moesie. L'itinéraire d'Antonin la marque sur la route de Veminaceum à Nicomédie. L'empereur Justinien releva cette ville qui étoit tombée en ruine. Son nom moderne, selon Lazius, est Varaden.
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| VARIANAE | (Géogr. anc.) ville de la Pannonie, selon l'itinéraire d'Antonin, qui la marque sur la route de Hemona à Sirmium, entre Sescia & Memneianae, à 24 milles du premier de ces lieux, & à 20 milles du second. Le nom moderne, selon Ortélius, est Wara sur la Drave. (D.J.)
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| VARIATION | S. f. (en Algebre) est la même chose que permutation, ou en général combinaison. Voyez PERMUTATION & COMBINAISON.
VARIATION, en terme d'Astronomie. La variation de la lune, que Bouillaud appelle reflexio luminis, est la troisieme inégalité du mouvement de la lune, celle par laquelle le vrai lieu de cette planete, excepté dans les quadratures, differe de celui qu'on a trouvé par les deux premieres équations. Voyez LIEU, EQUATION, &c.
M. Newton fait dépendre la variation en partie de la forme de l'orbite lunaire qu'il suppose elliptique, & en partie de l'inégalité des espaces ou aires que la lune décrit en tems égaux dans la supposition que ces espaces ou aires soient terminés par des rayons tirés à la terre. Voyez LUNE.
Pour avoir la plus grande variation de la lune, il faut observer cet astre dans ses octants, & calculer le lieu de la lune pour cet instant. La différence entre le lieu vrai trouvé par l'observation, & celui que donne le calcul, est la plus grande variation. Tycho fait la plus grande variation de 40'30''; Kepler, de 51'49''. M. Newton suppose cette plus grande variation à la moyenne distance entre le soleil & la terre de 35'9''. Pour les autres distances, la plus grande variation est en raison composée de la raison doublée directe des tems de la révolution synodique de la lune, & de la raison triplée inverse des distances du soleil à la terre. Phil. nat. princ. mat. prop. xxix. lib. III. Ce grand philosophe est le premier qui ait expliqué la vraie cause de la variation de la lune. Il a démontré par le calcul qu'elle venoit de l'action du soleil sur cette planete ; que cette action, en dérangeant le mouvement de la lune dans son orbite, devoit tantôt accélérer le mouvement, tantôt le retarder, de maniere que la lune ne peut décrire autour de la terre des secteurs elliptiques exactement proportionnels aux tems correspondans, comme elle feroit suivant les loix de la gravitation, si elle étoit simplement attirée vers la terre. Voyez LUNE. Chambers.
VARIATION, en termes de Navigation, se dit de la déviation de l'aiguille aimantée par rapport à la vraie direction au nord, soit que cette déviation se fasse vers l'ouest, soit qu'elle se fasse vers l'est. On l'appelle aussi déclinaison, voyez DECLINAISON.
La variation ou la déclinaison de l'aiguille est proprement l'angle que l'aiguille magnétique suspendue librement fait avec la ligne méridienne dans le plan de l'horison ; ou ce qui revient au même, c'est un arc de l'horison compris entre le vrai méridien & le méridien magnétique. Voyez AIGUILLE.
Tous les corps magnétiques se rangent d'eux-mêmes à-peu près dans le méridien ; mais il est rare qu'ils s'y placent exactement. Dans un lieu ils déclineront du nord à l'est & du sud à l'ouest ; dans un autre ce sera du nord à l'ouest & du sud à l'est, & cette variation sera aussi différente en différens tems. Voyez MAGNETISME.
On a imaginé différentes hypothèses pour expliquer ce phénomene si extraordinaire ; nous n'en rapporterons que quelques-unes.
La premiere est celle de Gilbert, qui a été suivie par Cabeus, &c.
Ces auteurs pensoient que les terres attiroient l'aiguille, & la détournoient de sa vraie situation méridienne, & ils prétendoient que l'aiguille avoit une déviation plus ou moins grande, suivant qu'elle étoit plus ou moins éloignée de quelque grand continent ; en sorte que si on étoit sur mer, dans un lieu également distant de toutes les terres, l'aiguille n'auroit aucune déclinaison.
Suivant ce système, dans les îles Açores, qui sont également distantes de l'Afrique à l'est, & de l'Amérique à l'ouest, l'aiguille ne doit point avoir de déclinaison. Si de ces îles on va vers l'Afrique, l'aiguille doit commencer à décliner du nord à l'est, & cela d'autant plus qu'on approche plus de la côte. Et continuant ensuite d'aller vers l'est, en s'avançant par terre dans le coeur de l'Afrique, ou en allant vers le cap de Bonne-Espérance, la déclinaison doit diminuer continuellement, à cause que les parties occidentale & orientale de l'Afrique attirent l'aiguille en sens contraires, & diminuent par ce moyen l'action l'une de l'autre. Et enfin si l'on arrive à un lieu où les espaces de terre des deux côtés soient les mêmes, la déclinaison doit encore devenir nulle comme auparavant.
Les observations faites pendant les voyages des Indes orientales sembloient confirmer ce système, car aux Açores la déclinaison étoit en effet nulle, ensuite allant vers le cap de Bonne-Espérance, la variation étoit toujours à l'est ; mais lorsqu'on étoit au cap des Aiguilles qui sépare l'Afrique en deux parties égales, on ne trouvoit aucune variation, jusqu'à-ce qu'en avançant après pour laisser les côtes de l'Afrique à l'ouest, la déclinaison devenoit occidentale.
Mais cette loi n'a point lieu généralement, & le grand nombre d'observations faites de tous les côtés, & rassemblées par le docteur Halley, renversent entierement cette théorie.
D'autres physiciens ont recours à la contexture de l'intérieur de la terre, qui étant pleine de mines, rochers, &c. placés en plus grand nombre vers les poles qu'ailleurs, mais rarement dans la direction du méridien, obligent l'aiguille à tendre en général vers les poles, mais avec des variations.
Quelques-uns veulent que les différentes parties de la terre ayent différens degrés de vertu magnétique, à raison de ce que ces parties contiennent plus ou moins de matiere hétérogene, & propre à diminuer l'effet de celles qui ont la vertu magnétique.
Plusieurs attribuent toute la déclinaison aux mines d'aimant & de fer, qui ayant plus de vertu magnétique que le reste de la terre, attirent l'aiguille avec plus de force.
Enfin il y a des physiciens qui ont imaginé que les tremblemens de terre, ou les grandes marées ont pu déranger plusieurs parties considérables de la terre, & en changer l'axe magnétique qui étoit originairement le même que l'axe de la terre.
Mais toutes ces hypothèses sont détruites par la variation de la variation, c'est-à-dire par le changement continuel de la déclinaison dans le même lieu, phénomene si singulier & cependant démontré par toutes les observations modernes.
C'est ce qui a engagé M. Halley à donner un nouveau système qui est le résultat d'une infinité d'observations, & de plusieurs grands voyages ordonnés à ce sujet par la nation angloise. Cette théorie demande donc un détail plus ample. Les observations sur lesquelles elle est fondée, se trouvent dans les Transactions philosophiques de la maniere suivante.
Observations des variations de l'aiguille, faites en divers lieux & en divers tems.
De toutes ces observations notre savant auteur conclut 1°. que par toute l'Europe la variation pour le présent est occidentale, & qu'elle l'est davantage dans les lieux orientaux que dans les occidentaux, son augmentation se faisant du côté de l'orient.
2°. Que sur les côtes de l'Amérique la variation est occidentale & augmente à mesure que l'on va au nord le long des côtes.
Dans la Terre-neuve à environ 30 degrés du détroit d'Hudson, cette variation est de plus de 20 degrés, & n'est pas moindre que 57 dans la baie de Baffins ; mais lorsque l'on cingle à l'est de cette côte, la variation diminue. D'où il s'ensuit, suivant lui, qu'entre l'Europe & le nord de l'Amérique, il doit y avoir une variation à l'est, ou au-moins une variation nulle.
3°. Que sur la côte du Brésil la variation est à l'est, en augmentant à mesure qu'on va vers le sud ; au cap Frio elle est d'environ 12 degrés. De 20 1/2 degrés à l'embouchure de la riviere de la Plata ; de-là en cinglant au sud-ouest, vers le détroit de Magellan, elle n'est plus que de 17 degrés à son entrée orientale, & de 14 à son entrée occidentale.
4°. Qu'à l'est du Brésil cette variation à l'est diminue, ensorte qu'elle est très-peu de chose à l'île Sainte-Helene, & à celle de l'Ascension, & qu'elle est tout-à-fait nulle à environ 18 degrés de longitude du cap de Bonne-Espérance.
5°. Qu'à l'est de ces mêmes lieux commence la variation à l'ouest, qui s'étend dans toute la mer des Indes ; cette variation est d'environ 18 degrés sous l'équateur, dans le méridien de la partie septentrionale de Madagascar, & de 27 1/2 degrés au 29 degré de latitude méridionale proche le même méridien ; & elle va ensuite en décroissant en allant vers l'est, en sorte qu'elle n'est plus que d'environ 8 degrés au cap Comorin, d'environ 3 degrés à la côte de Java, & entierement nulle vers les îles Moluques, aussi-bien qu'un peu à l'ouest de la terre de Van Diemen.
6°. Qu'à l'est des îles Moluques & de la terre de Van Diemen par des latitudes méridionales, commence une autre variation orientale qui ne paroît pas si forte que la premiere, & qui ne semble pas non plus s'étendre si loin ; car celle qu'on observe à l'île de Rotterdam, est sensiblement moindre que celle qui est à la côte orientale de la nouvelle Guinée ; & en la regardant comme décroissante, on peut bien supposer qu'à environ 20 degrés plus à l'est, c'est-à-dire à 225 degrés de Londres, & à 20 degrés de latitude au sud, commence alors la variation occidentale.
7°. Que la variation observée à Baldivia & à l'entrée occidentale du détroit de Magellan, fait voir que la variation orientale remarquée dans la troisieme observation, décroît très-promtement, & qu'elle ne s'étend guere qu'à quelques degrés dans la mer du Sud en s'éloignant des côtes du Pérou & du Chili, étant suivie d'une petite variation occidentale dans cette plage inconnue, qui est entre le Chili & la nouvelle Zélande, entre l'île de Hound & le Pérou.
8°. Qu'en allant au nord-ouest de Sainte-Helene jusqu'à l'équateur, la variation continue toujours à l'est, & très-petite, étant, pour ainsi dire, presque toujours la même ; en sorte que dans cette partie du monde, la ligne qui est sans variation n'est point du-tout un méridien, mais plutôt une ligne nord-ouest.
9°. Qu'à l'entrée du détroit d'Hudson & à l'embouchure de la riviere de la Plata qui sont à peu-près sous le même méridien, l'aiguille varie dans l'un des lieux de 29 1/2 degrés à l'ouest, & à l'autre 20 1/2 degrés à l'est.
Théorie de la variation de l'aiguille aimantée donnée par M. Halley. Par le moyen de toutes les circonstances que nous venons de rapporter, M. Halley a imaginé cette hypothèse, que tout le globe entier de la terre est un grand aimant, ayant quatre poles magnétiques ou points d'attractions, deux voisins du pole arctique du monde, deux voisins du pole antarctique, & que l'aiguille en quelque lieu qu'elle soit, éprouve l'action de chacun de ces quatre poles, mais toujours une action plus forte du pole dont elle est voisine que des autres.
M. Halley conjecture que le pole magnétique le plus voisin de nous, est placé sur le méridien qui passe par Landsend, & est à environ 7 degrés de distance du pole arctique. C'est ce pole principalement qui régit toute la variation en Europe & en Tartarie, & dans la mer du Nord, quoiqu'à la vérité son action doive être combinée avec celle de l'autre pole septentrional, qui est dans le méridien du milieu de la Californie, & à environ 15 degrés du pole arctique ; cet autre pole régit à son tour la plus grande partie de la variation dans le nord de l'Amérique, les deux Océans qui l'environnent depuis les Açores à l'ouest jusqu'au Japon, & par-delà.
Les deux poles du sud, dans la même hypothese, sont un peu plus distans du pole antarctique, que les deux du nord ne le sont du pole arctique. Le premier de ces deux poles est à environ 16 degrés du pole antarctique dans le méridien qui passe à 20 degrés à l'ouest du détroit de Magellan, c'est-à-dire à 95 degrés à l'ouest de Londres ; & la puissance de ce pole s'étend dans toute l'Amérique méridionale, dans la mer Pacifique & dans la plus grande partie de la mer d'Ethiopie ; l'autre pole méridional semble être le plus puissant de tous, & il est en même tems le plus éloigné du pole antarctique, étant à environ 20 degrés de ce pole dans le méridien qui passe par la nouvelle Hollande à l'île de Celebes, à environ 120 degrés à l'est de Londres. La puissance de ce pole s'étend sur toute la partie méridionale de l'Afrique, sur l'Arabie, la mer Rouge, la Perse, les Indes & toutes leurs îles, toute la mer des Indes depuis le cap de Bonne-Espérance en allant à l'est jusqu'au milieu de la grande mer du Sud qui sépare l'Asie de l'Amérique.
Tel paroît l'état actuel des forces magnétiques sur la terre. Il reste à faire voir comment cette hypothese explique toutes les variations qui ont été observées, & comment elle répond aux différentes remarques faites sur la table de ces observations.
1°. Il est clair que notre pole magnétique d'Europe étant dans le méridien qui passe par Landsend, tous les lieux qui sont plus orientaux que ce méridien, doivent l'avoir à l'ouest de leur méridien, & que par conséquent l'aiguille attirée par ce pole aura alors une déclinaison occidentale, qui augmentera à mesure qu'on ira plus à l'est, jusqu'à-ce qu'ayant passé le méridien où cette déclinaison est dans son maximum, elle aille ensuite en décroissant ; aussi trouve-t-on, conformément à ce principe, qu'à Brest la variation est de 1 3/4, à Londres 4 1/2 degrés, à Dantzick de 7 degrés à l'ouest (en 1683).
Plus à l'ouest du méridien qui passe par ce même pole magnétique, l'aiguille devroit avoir, en vertu de l'attraction de ce pole, une variation orientale ; mais à cause qu'on approche alors du pole de l'Amérique, qui est à l'ouest du premier, & paroît avoir une force plus considérable, l'aiguille est attirée par ce pole à l'ouest assez sensiblement pour contrebalancer la tendance à l'est causée par le premier pole, & pour en causer même une petite à l'orient dans le méridien de ce premier pole. Cependant à l'île de Tercere on suppose que le pole d'Europe l'emporte assez sur l'autre pour donner à l'aiguille une variation à l'est, quoiqu'à la vérité pendant un très-petit espace, le contrebalancement des deux poles ne permettant pas une variation considérable dans toute la partie orientale de l'Océan atlantique, ni sur les côtes occidentales de l'Angleterre, de l'Irlande, de la France, de l'Espagne & de la Barbarie. Mais à l'ouest des Açores, où la puissance du pole de l'Amérique surpasse celle du pole d'Europe, l'aiguille est plus soumise pour la plus grande partie par le pole de l'Amérique, & se dirige de plus en plus vers ce pole à mesure qu'on en approche ; en sorte que lorsqu'on est à la côte de la Virginie, de la nouvelle Angleterre & du détroit d'Hudson, la variation est à l'ouest, & augmente à-mesure qu'on s'éloigne d'Europe, c'est-à-dire qu'elle est moindre dans la Virginie & dans la nouvelle Angleterre, que dans la Terre neuve & dans le détroit d'Hudson.
2°. Cette variation occidentale décroît ensuite à mesure qu'on va dans le nord de l'Amérique ; vers le méridien du milieu de la Californie l'aiguille est dirigée exactement au nord, & en allant plus à l'ouest, comme à Yeço & au Japon, la variation redevient orientale. Vers le milieu du trajet, qui est entre l'Amérique & l'Asie, cette déclinaison n'est guere moindre que de 15 degrés. Cette variation orientale s'étend sur le Japon, la terre de Yeço, une partie de la Chine, la Tartarie orientale, enfin jusqu'au point où la variation redevient occidentale par l'approche du pole d'Europe.
3°. Dans le sud les effets sont entierement les mêmes, à cela près que c'est le bout méridional de l'aiguille qui est attiré par les poles méridionaux ; ensorte que la variation sur les côtes du Brésil, à la riviere de la Plata & au détroit de Magellan, sera orientale, si on suppose un pole magnétique à environ 20 degrés plus à l'ouest que le détroit de Magellan. Et cette variation orientale s'étendra sur la plus grande partie de la mer d'Ethiopie, jusqu'à-ce qu'elle se trouve contrebalancée par la puissance de l'autre pole du sud, c'est-à-dire jusqu'à la moitié du trajet qui est entre le cap de Bonne-Espérance & les îles de Tristan d'Acunha.
4°. De-là vers l'est, le pole méridional d'Asie reprend le dessus, & attirant le bout méridional de l'aiguille, il arrive une variation occidentale qui est très-considérable, & qui s'étend fort loin à cause de la grande distance entre ce pole & le pole antarctique du monde. C'est ce qui fait que vers la mer des Indes, aux environs de la nouvelle Hollande & plus loin, il y a constamment une variation occidentale sous l'équateur même ; elle ne va pas moins qu'à 18 degrés dans les endroits où elle est la plus forte. De plus, vers le méridien de l'île de Celebes, en vertu du pole qui y est supposé, la variation occidentale cesse, & il en naît une orientale qui s'étend jusqu'au milieu de la mer du Sud, entre le milieu de la nouvelle Zélande & du Chili, & laisse ensuite une plage où il se trouve une petite variation occidentale dépendante du pole méridional de l'Amérique.
5°. De tout cela il suit que la direction de l'aiguille dans les zones froides & dans les zones tempérées, dépend principalement du contrebalancement des forces des deux poles magnétiques du même hémisphere, forces qui peuvent aller jusqu'à produire dans le méridien une variation occidentale de 29 1/2 degrés en un endroit, & une variation orientale de 20 1/2 dans un autre.
6°. Dans la zone torride, & particulierement sous l'équateur, il faut avoir égard aux quatre poles à-la-fois, & à leur position par rapport au lieu où l'on est, sans quoi l'on ne pourroit pas déterminer aisément la quantité dont la variation doit être ; parce que le pole le plus proche, quoique le plus fort, ne l'est pas toujours assez pour contrebalancer l'effet des deux poles les plus éloignés concourant ensemble. Par exemple, en cinglant de Sainte-Helene à l'équateur dans une course au nord-ouest, la variation est tant-soit-peu orientale, & toujours de même dans tout ce trajet, parce que le pole méridional de l'Amérique, qui est considérablement le plus proche de ces lieux-là, & qui demanderoit une grande variation à l'est, est contrebalancée par les actions réunies du pole du nord de l'Amérique & du pole méridional de l'Asie, & que dans la route nord-ouest la distance au pole méridional de l'Amérique variant très-peu, ce que l'on perd en s'éloignant du pole méridional de l'Asie, on le gagne en s'approchant du pole septentrional de l'Amérique.
On trouveroit de la même maniere la variation dans les autres lieux voisins de l'équateur, & l'on trouveroit toujours que ce système s'accorde avec les variations observées. Voyez plus bas VARIATION DE VARIATION.
Maniere d'observer la variation ou déclinaison de l'aiguille aimantée. Tirez une méridienne par la méthode enseignée à l'article qui en traite, plaçant ensuite votre boussole, ensorte que le pivot de l'aiguille soit au milieu de la méridienne, l'angle que fera l'aiguille avec cette même méridienne, sera la déclinaison cherchée. Voyez BOUSSOLE.
Comme cette méthode ne sauroit être pratiquée sur mer, on a imaginé différentes manieres d'y suppléer : voici la principale. Suspendez un fil à plomb au-dessus de la boussole, ensorte que l'ombre passe par le centre de cette boussole ; observez le rumb ou le point de la boussole lorsque l'ombre est la plus courte, & vous aurez aussi-tôt la déclinaison cherchée, puisque l'ombre est dans ce cas la méridienne.
On peut s'y prendre aussi de cette maniere. Observez le rumb où le soleil se couche & se leve, ou bien celui du lever & du coucher de quelque étoile, divisez en deux l'axe compris entre ces deux points, ce qui donnera le méridien, & par conséquent la déclinaison. On la trouveroit de même en prenant deux hauteurs égales de la même étoile, soit pendant le jour, soit pendant la nuit.
On y pourroit encore parvenir ainsi. Observez le rumb où le soleil ou quelque étoile se couche ou se leve ; par le moyen de la latitude & de la déclinaison trouvez l'amplitude orientale ou occidentale, cela fait la différence entre l'amplitude ; & la distance du rumb observé au point d'est de la boussole, sera la variation cherchée.
Ou bien encore. Observez la hauteur S I du soleil ou de quelque étoile (Pl. navigat. fig. 20.) dont la déclinaison est connue, & marquez le rumb de la boussole lequel répond à l'astre observé dans cette hauteur. Ayant alors dans le triangle Z P S les trois côtés, P Z complément de la latitude P R, S P complément de la déclinaison D S, & Z S complément de la hauteur S I ; vous aurez l'angle P Z S par la trigonométrie sphérique (voyez TRIANGLE) ; & par conséquent aussi l'angle A Z S qui mesure l'azimuth H I ; cela fait, la distance entre l'azimuth & la distance du rumb observé au point du sud, sera la variation cherchée.
Remarquez que pour avoir l'amplitude orientale ou occidentale avec exactitude il faut avoir égard à la réfraction, dont les loix sont expliquées à l'article REFRACTION.
Afin d'observer plus commodément dans quel rumb on voit un astre, il est bon de se servir d'un instrument garni d'alidades ou de pinnules, ou de quelque chose d'équivalent, au moyen de quoi on déterminera avec plus de précision la position du vertical dans lequel l'astre est placé. Voyez COMPAS AZIMUTHAL.
VARIATION DE LA VARIATION, Variation de variation, c'est le changement qu'on observe dans la déclinaison de l'aiguille dans un même lieu. Cette variation a été premierement remarquée par Gassendi. Suivant M. Halley elle dépend du mouvement des parties intérieures du globe.
Théorie de la variation de la variation. De toutes les observations ci-dessus rapportées sous l'article VARIATION, il semble suivre que tous les poles magnétiques ont un mouvement vers l'ouest, mais un mouvement qui ne sauroit se faire autour de l'axe de la terre ; car alors la variation continueroit d'être la même dans tous les lieux placés sous le même parallele, & les poles magnétiques seroient toujours à la même distance des poles du monde. L'expérience prouve le contraire, puisqu'il n'y a aucun lieu entre l'Amérique & l'Angleterre à la latitude de 51 1/2 degrés où la variation soit de 11 degrés à l'est comme elle a été à Londres : il semble donc que le pole d'Europe s'est plus approché du pole arctique qu'il n'étoit, ou qu'il a perdu une partie de sa force.
Mais ce mouvement des poles magnétiques est-il commun à tous les quatre à-la-fois, ou sont-ce des mouvemens séparés ? ces mouvemens sont-ils uniformes ou inégaux ? la révolution est-elle en aire ou est-ce simplement une vibration autour duquel centre se fait ce mouvement ? ou de quelle maniere se fait cette vibration ? c'est ce qui est entierement inconnu.
Et toute cette théorie semble avoir quelque chose d'obscur & de défectueux ; car de supposer quatre poles à un même globe magnétique afin d'expliquer la variation, c'est déjà une hypothèse qui n'est pas fort naturelle ; mais de vouloir de plus que ces poles se meuvent de maniere à donner la variation de la variation, c'est une supposition véritablement étrange ; en effet, donner une telle solution, ce seroit laisser le problème tout aussi embarrassé qu'auparavant.
Le savant auteur de cette théorie a senti cet inconvénient & y a remédié de la maniere suivante.
Il regarde l'extérieur de la terre comme une croute laquelle renferme au-dedans un globe qui en fait le noyau, & il suppose un fluide qui remplit l'espace compris entre ces deux corps ; il suppose de plus que ce globe intérieur a le même centre que la croute extérieure, & qu'il tourne aussi autour de son axe en vingt-quatre heures, à une très-petite différence près, laquelle étant répétée par un grand nombre de révolutions, devient assez forte pour empêcher les parties du noyau de répondre aux mêmes parties de la croute, & pour donner à ce noyau à l'égard de la croute un mouvement ou à l'est ou à l'ouest.
Or par le moyen de cette sphere intérieure & de son mouvement particulier, on peut résoudre aisément les deux grandes difficultés faites contre la premiere hypothese ; car si la croute extérieure de la terre est un aimant dont les poles soient à une certaine distance de ceux du monde, & que le noyau soit de même un autre aimant ayant les poles placés aussi à une certaine distance de ceux du monde, & différemment des poles de la croute ; par le mouvement de ce globe la distance entre ses poles & ceux de l'extérieur variera, & l'on aura facilement l'explication des phénomènes ci-dessus rapportés. Comme la période de ce mouvement doit être d'une très-longue durée, & que les observations sur lesquelles on peut compter donnent à peine un intervalle de cent ans, il paroît jusqu'à présent presque impossible de fonder aucun calcul sur cette hypothèse, & surtout depuis qu'on a remarqué que quoique les variations croissent ou décroissent régulierement dans le même lieu, elles ont cependant des différences sensibles dans des lieux voisins, qu'on ne sauroit réduire à aucun système régulier & qui semblent dépendre de quelque matiere distribuée irrégulierement dans la croute extérieure de la terre, laquelle matiere en agissant sur l'aiguille, la détourne de la déclinaison qu'elle auroit en vertu du magnétisme général du système entier de la terre. Les variations observées à Londres & à Paris donnent un exemple bien sensible de ces exceptions, car l'aiguille a été constamment de 1 1/2 degrés plus oriental à Paris qu'à Londres, quoiqu'il dût résulter des effets généraux, que cette différence de déclinaison eût dû arriver dans un sens contraire, cependant les variations dans les deux lieux suivent la même marche.
Les deux poles fixes, comme nous l'avons déjà dit, sont supposés ceux du globe extérieur ou croute, & les deux mobiles ceux du globe intérieur ou noyau. Le mouvement de ces poles se fait à l'ouest, ou ce qui revient au même, le mouvement du noyau n'est pas absolument le même que celui de la croute, mais il en differe si peu, qu'en 365 révolutions la différence est à peine sensible. La différence de ces deux révolutions viendra vraisemblablement de ce que la premiere impulsion du mouvement de la terre aura été donnée à la croute, & qu'en se communiquant de-là à l'intérieur, elle n'aura pas donné exactement le même mouvement au noyau.
Quant à la durée de la période, on n'a pas un nombre suffisant d'observations pour les déterminer, quoique M. Halley conjecture avec quelque vraisemblance que le pole de l'Amérique a fait 96 degrés en quarante ans, & qu'il emploie environ sept cent ans à sa révolution entiere.
M. Whiston dans son traité intitulé, New laws of magnetism, nouvelles loix du magnétisme, a fait plusieurs objections contre la théorie de M. Halley qu'on vient d'exposer. En effet, on ne sauroit disconvenir qu'il n'y ait encore du vague & de l'obscur dans toute cette théorie, & nous croyons avec M. Musschenbroeck, qu'on n'est point encore parvenu à une explication suffisante & bien démontrée de ce phénomène singulier, le plus extraordinaire peut-être de tous ceux que la nature nous offre en si grande abondance. Chambers.
De-là & de quelques autres observations de même nature, il paroît clair que les deux poles du globe extérieur sont fixés à la terre, & que si l'aiguille n'étoit soumise qu'à ces poles, les variations seroient toujours les mêmes, à certaines irrégularités près, qui seroient de la même espece que celles dont nous venons de parler. Mais la sphere intérieure ayant un mouvement qui change graduellement la situation de ses poles à l'égard des premiers, elle doit agir aussi sur l'aiguille, & produire une déclinaison différente de la premiere, qui dépende de la révolution intérieure, & qui ne se rétablisse qu'après que les deux corps se retrouvent dans la même position l'un à l'égard de l'autre. Si par la suite les observations apprennent qu'il en est autrement, on en pourra conclure qu'il y a plus d'une sphere intérieure & plus de quatre poles ; ce qui jusqu'à présent ne sauroit être déterminé par les observations dont on a un trop petit nombre, sur-tout dans cette vaste mer du Sud qui occupe la plus grande partie de la terre.
Dans la supposition de quatre poles, dont deux sont fixes & deux variables, on peut aisément reconnoître quels sont ceux qui doivent être fixes. M. Halley pense qu'il est suffisamment prouvé que notre pole d'Europe est celui des deux poles du nord qui se meut, & que c'est-là principalement la cause des changemens qu'éprouve la déclinaison de l'aiguille dans nos contrées ; car dans la baie d'Hudson, qui est sous la direction du pole d'Amérique, le changement de variation, suivant qu'on l'a observé, ne va pas, à beaucoup prés, aussi loin que dans les parties de l'Europe où nous sommes, quoique ce pole de l'Amérique soit beaucoup plus éloigné de l'axe. Quant aux poles du sud, M. Halley regarde celui d'Asie comme fixe, & conséquemment celui d'Amérique comme mobile.
VARIATION, (Marine) c'est un mouvement inconstant de l'aiguille, qui la dérange de sa direction au nord. Voyez DECLINAISON.
On dit que la variation vaut la route, lorsque la variation & le vent sont du même côté ; desorte que l'un corrige la perte que l'autre cause.
VARIATIONS, en Musique, sont différentes manieres de jouer ou de chanter un même air, en y ajoutant plusieurs notes pour orner ou figurer le chant. De quelque maniere qu'on puisse charger les variations, il faut toujours qu'au-travers de toutes ces broderies on reconnoisse le fond de l'air, qu'on appelle le simple ; & il faut en même tems, que le caractere de chaque couplet soit marqué par des différences qui soutiennent l'attention, & préviennent l'ennui.
Les divers couplets des folies d'Espagne sont autant de variations ; il y en a souvent dans les chaconnes ; l'on en trouve plusieurs sur des arie italiennes ; & tout Paris est allé admirer au concert spirituel les variations des sieurs Guignon & Mondonville, & plus récemment des sieurs Guignon & Gavinité sur des airs du Pont-neuf, qui n'avoient guere d'autre mérite, que d'être ainsi variés par les plus habiles violons de France. (S)
VARIATION, CHANGEMENT, (Synonym.) la variation consiste à être tantôt d'une façon & tantôt d'une autre ; le changement consiste seulement à cesser d'être le même.
C'est varier dans ses sentimens, que de les abandonner & les reprendre successivement. C'est changer d'opinion, que de rejetter celle qu'on avoit embrassée pour en suivre une nouvelle.
Les variations sont ordinaires aux personnes qui n'ont point de volonté déterminée ; le changement est le propre des inconstans.
Qui n'a point de principes certains est sujet à varier ; qui est plus attaché à la vérité, n'a pas de peine à changer de doctrine. Girard. (D.J.)
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| VARICE | S. f. (Chirurgie) varix ; les Médecins donnent le nom de varice, à ces tubercules inégaux, noueux, & noirâtres des veines, qui ont coutume de se former en différentes parties de l'habitude du corps, mais le plus souvent autour des chevilles, & quelquefois plus haut, comme aux jambes, aux cuisses, au scrotum, & même à la tête & au bas-ventre, ainsi que Celse l'observe, lib. VII. cap. xxxj.
Cette maladie affecte ordinairement les femmes grosses, aussi-bien que les personnes qui ont le sang épais, ou qui sont affligées de douleurs dans les hypocondres, d'une obstruction au foie, ou d'un skirrhe.
Plus les varices augmentent, plus elles deviennent douloureuses & incommodes, par la tension que les membranes souffrent ; elles s'ouvrent même quelquefois, & rendent beaucoup de sang, ou bien elles dégénerent en des ulceres extrêmement malins. Les petites varices sont rarement incommodes ; aussi n'employe-t-on guere les secours de la Chirurgie pour y remédier.
Pour empêcher cependant qu'un mal aussi peu considérable en apparence n'augmente, & ne nuise à la fin au malade, il convient de lui ouvrir la veine sans délai, de lui tirer une bonne quantité de sang, & de lui prescrire ensuite un régime convenable. Cela fait, on assurera le pié malade, le mieux qu'il sera possible, avec un bandage expulsif, en le resserrant à mesure qu'il se lâchera, & se donnant bien de garde de l'ôter, tant qu'on aura lieu de craindre que la maladie augmente.
Celse nous apprend que les anciens délivroient leurs malades des varices dont ils étoient affligés, par le cautere ou l'incision : mais les modernes se servent d'une méthode beaucoup moins cruelle. Lorsque les varices sont devenues d'une grosseur considérable, on se sert du bandage, dont on vient de parler, pour comprimer & fortifier les veines qui sont dilatées au-delà de leur juste mesure ; on a pris soin de tremper auparavant le bandage dans du vin rouge chaud, dans une décoction astringente, ou dans du vinaigre & de l'alun, & l'on applique par-dessus une plaque de plomb fort mince, en l'assurant de façon qu'elle ne puisse point tomber.
Dionis assure qu'il ne connoît point de meilleur moyen pour comprimer les varices, qu'une bottine de peau de chien, ou d'autre peau semblable, que l'on taille & proportionne à la grosseur de la jambe, en y pratiquant des oeillets pour la laçer en-dehors, à l'aide d'un cordon, & la serrer autant que le malade peut le souffrir ; au moyen de quoi la jambe éprouve une compression égale, sans qu'on soit obligé de l'ôter la nuit : on peut faire aussi ces sortes de bottines avec du gros linge.
Le remede le plus efficace contre les varices, si l'on en croit Harris, Dissert. chirurg. viij. est de frotter la partie affectée le plus souvent qu'on peut, avec de la teinture de myrrhe, & de la couvrir ensuite avec l'emplâtre de soufre de Rulland. Ce remede produit beaucoup plus d'effet, lorsqu'on a soin de comprimer la partie avec un bandage, ou avec les bottines dont on vient de parler.
Les chirurgiens de l'antiquité guérissoient les varices par le cautere ou l'excision ; cette derniere opération consistoit à couper la peau qui couvre la varice, à saisir la partie viciée de la veine avec un crochet, à la retrancher entierement, & à panser ensuite la plaie avec une emplâtre. Gouey dans sa chirurgie, prétend que la maniere la plus promte, & en même tems la plus sûre de guérir les varices, est de passer une aiguille courbe enfilée de deux fils cirés au-dessous du vaisseau variqueux, de les couper près de l'aiguille, & d'en couler un au-dessus de la varice ; de lier ces deux fils à un bon pouce l'un de l'autre ; de couper la veine entre deux, & de laisser sortir une quantité suffisante de sang ; après quoi l'on panse la plaie avec quelque digestif, & l'on fait garder le lit au malade jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-fait consolidée ; mais cette méthode n'a point eu de partisans, & avec raison.
L'opération des anciens par le cautere, consistoit à couper la peau, à découvrir la veine, & à la cautériser avec un fer rouge, en écartant les lévres de la plaie avec des crochets pour ne point les brûler ; cela fait, on pansoit la plaie avec des remedes propres pour les brûlures. Harris regarde ces méthodes comme insensées & cruelles : il faut avouer cependant que les varices causent quelquefois des douleurs si violentes, qu'il est à craindre qu'il n'en résulte quelque rupture durant la nuit, avec danger de mort ; pour lors l'on est obligé d'avoir recours au bistouri, & à l'aiguille.
De quelque façon que l'on remédie aux varices, il faut pour empêcher qu'elles ne reviennent, s'abstenir de tout aliment grossier, manger peu, & n'user que de liqueurs légeres ; telles que l'eau, le gruau à l'angloise, & autres infusions faites avec des plantes convenables. On doit aussi faire beaucoup d'exercice, se frotter tous les jours les piés, & se faire saigner deux fois par an, dans le printems, & dans l'automne.
Ces précautions sont également nécessaires à ceux dont les varices ne font que commencer, & qui veulent se mettre à couvert des accidens qui demandent le fer & le feu. Muys parle d'une varice compliquée, dont il tiroit tous les ans une livre de sang, à dessein de prévenir l'éruption des ulceres. Heister. (D.J.)
VARICE, (Maréchall.) on appelle ainsi dans le cheval une grosseur au-dedans du jarret près de l'endroit où est située la courbe. C'est la veine crurale qui se dégorge en cet endroit, & y fait une tumeur molle & indolente.
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| VARICOCELE | S. m. (Maladie chirurgicale) tumeur contre nature des testicules ou du cordon spermatique, occasionnée par l'engorgement des veines de ces parties : les causes de cette maladie sont les mêmes que celles des varices. Voyez VARICES.
Dans cette maladie on sent le testicule ou le corps pampiniforme composé de gros noeuds : si l'on n'y remédie pas d'abord, la dilatation occasionnée par le sang engorgé, sera suivie de douleur & de gonflement à l'épidydime & au testicule ; elle pourra aussi donner lieu par la suite à une hydrocele. Voyez HYDROCELE.
La situation horisontale du corps est très-avantageuse dans cette maladie, parce que dans cette position le retour du sang devient plus libre.
Quand le malade est debout, il faut qu'il porte un suspensoir, afin de prévenir le tiraillement & la douleur que pourroit causer le poids du scrotum, en laissant les bourses libres & pendantes. Ce bandage doit être par cette raison d'un usage constant dans toutes les tumeurs de cette partie. Voyez SUSPENSOIR.
Si le varicocele a fait beaucoup de progrès, & que les vaisseaux se trouvent généralement engorgés, il faut avoir recours aux saignées & aux autres évacuations générales, pour tâcher de les vuider un peu ; & on employera les topiques astringens pour en rétablir le ressort.
Si la douleur étoit considérable, & si la tumeur menaçoit de quelque autre fâcheux accident, il faudroit inciser les tégumens, découvrir les veines variqueuses, les inciser pour en procurer le dégorgement, & en faire ensuite la ligature ; on observera de ne pas comprendre toutes les ramifications dans la ligature, afin d'en conserver pour le retour du sang.
On trouvera des observations très-intéressantes sur cette maladie, & sur l'opération dont nous venons de parler, dans le traité d'opérations que feu M. Petit avoit promis, & dont les héritiers de ce grand chirurgien ne doivent pas priver le public. (Y)
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| VARICOMPHALE | S. m. terme de Chirurgie, tumeur du nombril formée par des vaisseaux veineux dilatés. Elle est bleuâtre ou d'un brun livide, avec ou sans douleur, suivant le degré de plénitude des vaisseaux engorgés, & la disposition inflammatoire accidentelle. La tumeur variqueuse est quelquefois une complication de la hernie intestinale ou épiploïque. Voyez EXOMPHALE. La cure des varices de l'ombilic doit être tentée par l'usage des remedes généraux & l'application locale des remedes astringens aidés d'une compression méthodique. Si ces secours sont sans effet, il faut en venir à l'opération, qui consiste à vuider le sang au moyen d'une incision par la lancette ; lorsque le dégorgement est fait, on applique des plumaceaux & des compresses trempées dans une eau astringente & dessicative que l'on continue jusqu'à la guérison, s'il est possible de l'obtenir. (Y)
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| VARIÉ | adj. (Méch.) on appelle en général mouvement varié celui qui n'est pas uniforme, suivant quelque loi que se fasse d'ailleurs ce mouvement. Voyez MOUVEMENT & UNIFORME.
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| VARIÉTÉ | S. f. (Gram.) c'est la multitude de choses diverses. On dit la variété des objets rend le spectacle de la nature toujours intéressant ; il amuse par la variété des idées ; la variété des opinions étonne ; pour plaire long-tems, il faut savoir introduire de la variété dans ses ouvrages ; la variété, sur-tout dans les grandes productions, est un des principaux caracteres de la beauté.
VARIETE, (Botan.) les botanistes appellent variétés des différences entre des plantes de même nom, mais des différences inconstantes, passageres, qui tantôt paroissent, & tantôt ne paroissent pas, qui ne se perpétuent point, & semblent ne venir que de quelques accidens. Ainsi les tulipes ont beaucoup de variétés ; car toutes les plantes n'y sont point également sujettes. Ce n'est pas là ce qui fait les différentes especes de fruits ; il faut des différences stables & durables, telles qu'il s'en trouve entre des prunes & des cérises de différens noms. Comme il paroît qu'un grand nombre de ces variétés sont uniquement dûes à la culture, il faudroit trouver par où précisément la culture les produit, & on l'ignore ; on sait seulement en général qu'un terroir plus ou moins convenable à l'arbre, une exposition plus ou moins favorable, & une infinité de petits soins du jardinage font naître des variétés ; mais pour les especes, il semble que la greffe y doive être plus propre que tout autre moyen. (D.J.)
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| VARINI | (Géog. anc.) peuples de la Germanie, qui, selon Pline, l. IV. c. xiv. faisoient partie des Vandales. Spener, not. germ. ant. l. V. c. iv. remarque que ces peuples sont appellés Varni par quelques-uns, Varri par d'autres, Viruni par Ptolémée. Il n'y a point de difficulté à croire qu'ils avoient pris leur nom de la riviere Varna, sur les bords de laquelle ils avoient leur demeure ; & il est probable que ce sont ces mêmes peuples qu'on trouve nommés avec les Anglii dans une ancienne loi des Germains.
Peut-être, dit Spener, qu'une partie de ces peuples vint s'établir en-deçà de l'Elbe, & entra dans l'alliance des Thuringiens ; car dans la loi dont il vient d'être parlé, ils sont nommés immédiatement avant les Thuringiens. Il se pourroit faire aussi que le nouveau nom de Werini auroit été occasionné par celui de la riviere, sur le bord de laque | |