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| U | Subst. masc. (Gram.) c'est la vingtieme lettre de l'alphabet latin ; elle avoit chez les Romains deux différentes significations, & étoit quelquefois voyelle, & quelquefois consonne.
I. La lettre U étoit voyelle, & alors elle représentoit le son ou, tel que nous le faisons entendre dans fou, loup, nous, vous, qui est un son simple, & qui, dans notre alphabet devroit avoir un caractere propre, plutôt que d'être représenté par la fausse diphtongue ou.
De-là vient que nous avons changé en ou la voyelle u de plusieurs mots que nous avons empruntés des Latins, peignant à la françoise la prononciation latine que nous avons conservée : sourd, de surdus ; court, de curtus ; couteau, de culter ; four, de furnus ; doux, de dulcis ; bouche, de bucca ; sous, & anciennement soub, de sub ; genou, de genu ; bouillir, & anciennement boullir, de bullire, &c.
II. La même lettre étoit encore consonne chez les Latins, & elle représentoit l'articulation sémilabiale foible, dont la forte est F ; le digamma , que l'empereur Claude voulut introduire dans l'alphabet romain, pour être le signe non équivoque de cette articulation, est une preuve de l'analogie qu'il y avoit entre celle-là & celle qui est représentée par F. (Voyez I.) Une autre preuve que cette articulation est en effet de l'ordre des labiales, c'est que l'on trouve quelquefois V pour B ; velli pour belli ; Danuvius, pour Danubius.
En prenant l'alphabet latin, nos peres n'y trouverent que la lettre U pour voyelle & pour consonne ; & cette équivoque a subsisté long-tems dans notre écriture : la révolution qui a amené la distinction entre la voyelle U ou u, & la consonne V ou v, est si peu ancienne, que nos dictionnaires mettent encore ensemble les mots qui commencent par U & par V, ou dont la différence commence par l'une de ces deux lettres ; ainsi l'on trouve de suite dans nos vocabulaires, utilité, vue, uvée, vuide, ou bien augment avant le mot avide ; celui-ci avant aulique, aulique avant le mot avocat, &c. C'est un reste d'abus dont je me suis déja plaint en parlant de la lettre I, & contre lequel je me déclare ici, autant qu'il est possible, en traitant séparément de la voyelle U, & de la consonne V.
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| U | S. m. c'est la vingt-unieme lettre de l'alphabet françois, & la cinquieme voyelle. La valeur propre de ce caractere est de représenter ce son sourd & constant qui exige le rapprochement des lévres & leur projection en-dehors, & que les Grecs appelloient upsilon.
Communément nous ne représentons en françois le son u que par cette voyelle, excepté dans quelques mots, comme j'ai eu, tu eus, que vous eussiez, ils eurent, Eustache : heureux se prononçoit hureux il n'y a pas long-tems, puisque l'abbé Régnier & le pere Buffier le disent expressément dans leurs grammaires françoises ; & le dictionnaire de l'académie françoise l'a indiqué de même dans ses premieres éditions : l'usage présent est de prononcer le même son dans les deux syllabes heu-reux.
Nous employons quelquefois u sans le prononcer après les consonnes c & g, quand nous voulons leur donner une valeur gutturale ; comme dans cueuillir, que plusieurs écrivent cueillir, & que tout le monde prononce keuillir ; figure, prodigue, qui se prononcent bien autrement que fige, prodige, par la seule raison de l'u, qui du reste est absolument muet.
Il est aussi presque toujours muet après la lettre q ; comme dans qualité, querelle, marqué, marquis, quolibet, queue, &c. que l'on prononce kalité, kerelle, marké, markis, kolibet, keue.
Dans quelques mots qui nous viennent du latin, u est le signe du son que nous représentons ailleurs par ou ; comme dans équateur, aquatique, quadrature, quadragésime, que l'on prononce ékouateur, akouatike, kouadrature, kouadragésime, conformément à la prononciation que nous donnons aux mots latins aequator, aqua, quadrum, quadragesimus. Cependant lorsque la voyelle i vient après qu, l'u reprend sa valeur naturelle dans les mots de pareille origine, & nous disons, par exemple, kuinkouagésime pour quinquagésime, de même que nous disons kuinkouagesimus pour quinquagesimus.
La lettre u est encore muette dans vuide & ses composés, où l'on prononce vide : hors ces mots, elle fait diphtongue avec l'i qui suit, comme dans lui, cuit, muid, &c.
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| U | u, u, quant à leur figure, sont deux i sans point liés ensemble, ils se forment du mouvement mixte des doigts & du poignet dans leurs parties inférieures & du simple mouvement des doigts dans leur premieres parties. Voyez le vol. des Pl. à la table de l'Ecriture.
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| UBAYEL L' | (Géog. mod.) petite riviere de France dans la Provence : elle prend sa source près de l'Arche & de l'Argentiere, traverse la vallée de Barcelonnette, & se rend dans la Durance. (D.J.)
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| UBEDA | (Géog. mod.) cité d'Espagne, au royaume de Jaën, dans l'Andalousie, à une lieue au nord-est de Baeça, dans un campagne fertile en vin, en blé & en fruits. Long. 15. 4. latit. 37. 46.
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| UBERLINGEN | (Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la Souabe, sur une partie du lac de Constance, à cinq lieues au nord-ouest de Lindaw. Elle est libre & impériale. Il s'y fait un bon commerce de blé. Long. 28. 50. lat. 47. 35.
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| UBIENS LES | (Géog. anc.) Ubii ; peuples de la Germanie, compris originairement sous le nom général des Staevones. Ils habitoient premierement au-de-là du Rhin. Leur pays étoit d'une grande étendue. Il confinoit du côté du nord au pays des Sicambres, ce qui est prouvé par la premiere expédition de César dans la Germanie transrhénane ; car lorsqu'il fut arrivé aux confins des Ubiens, il entra dans le pays des Sicambres ; & le Segus pouvoit servir de bornes entre ces deux peuples.
Du côté de l'orient, les Ubiens touchoient au pays des Cattes, comme le prouvent encore les expéditions que César, l. IV. c. xvj. & xjx. l. VI. c. jx. & x. fit au-delà du Rhin, & il est à croire que les sources de l'Adrana & de la Longana, étoient aux confins des deux peuples.
Au midi ils étoient limités par le Mein, qui les séparoit des Helvétiens, des Marcomans & des Sédusiens. Enfin on ne peut point douter que les Ubiens du côté du couchant ne fussent bornés par le Rhin ; car aux deux fois que César passa le Rhin, il entra d'abord dans le pays des Ubiens : outre que le pont qu'il fit à la seconde expédition, joignoit le pays de ces peuples à celui des Treviri. Spener, notit. Germ. ant. l. IV. c. j. & l. IV. c. iij.
Les Ubiens vivoient dans une perpétuelle inimitié avec les Cattes, dont ils devinrent même tributaires ; ce qui fit que les Ubiens furent les premiers des peuples au-delà du Rhin qui rechercherent l'alliance & la protection des Romains. Mais ils ne trouverent pas dans cette alliance & dans cette protection tout le secours dont ils avoient besoin pour se défendre contre des peuples à qui cette démarche les rendit odieux ; & ils couroient risque d'être entierement exterminés, si le consul M. Vipsanius Agrippa ne les eût transférés sur la rive gauche du Rhin, où ils prirent le nom du fondateur de leur colonie, qui l'an 716 de Rome, & 35 ans avant Jesus-Christ, leur bâtit une ville qui fut appellée colonia Agrippina, & Tacite donne le nom d'Agrippinenses à toute la nation.
Il ne paroît pas que les Ubiens eussent des chefs, duces, ou des rois pour les commander. Le commerce qu'ils avoient avec les Gaulois leur en avoient fait prendre quelques manieres ; & à l'exemple de ces peuples, ils avoient un sénat qui géroit les affaires générales ; aussi voyons-nous que les ambassadeurs des Tencteres s'adresserent au sénat de la colonie pour exposer la commission dont ils étoient chargés, & non à aucun prince ni chef. Lorsqu'ils eurent passé le Rhin, ils ne changerent point la forme de leur gouvernement, du-moins n'en a-t-on aucune preuve.
Quant aux bornes du pays qu'ils occuperent en-deçà du Rhin, aucun ancien ne les a déterminées. Cluvier prétend qu'ils avoient le Rhin à l'orient ; du côté du nord ils étoient bornés par une ligne tirée depuis l'embouchure du Roer dans la Meuse, jusqu'à l'endroit ou une autre riviere appellée aussi Roer, se jette dans le Rhin, ils confinoient de ce côté-là au pays des Menapii & des Gugerni ; le Roer, qui se jette dans la Meuse, les bornoit au couchant, & les séparoit du pays des Tongres ; & du côté du midi, l'Aar faisoit la borne entre leur pays & celui des Treviri. (D.J.)
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| UBIQUISTES | ou UBIQUITAIRES, s. m. plur. (Hist. ecclés.) secte de Luthériens qui s'éleva & se répandit en Allemagne dans le xvj. siecle, & qu'on nomma ainsi, parce que pour défendre la présence réelle de Jesus-Christ dans l'Eucharistie, sans soutenir la transubstantiation, ils imaginerent que le corps de J.C. est par-tout, ubique, aussi-bien que sa divinité.
On dit que Brentius, un des premiers réformateurs, fit éclorre cette hérésie en 1560, qu'immédiatement après Mélancthon s'éleva contre cette erreur, disant que c'étoit introduire, à l'exemple des Eutychiens, une espece de confusion dans les deux natures en Jesus-Christ ; & en effet il la combattit jusqu'à sa mort.
D'un autre côté, Andrew, Flaccius Illyricus ; Osiander, &c. épouserent la querelle de Brentius, & soutinrent que le corps de J. C. étoit par-tout.
Les universités de Leipsic & de Vittemberg & plusieurs protestans s'opposerent en vain à cette nouvelle doctrine. Le nombre des Ubiquistes augmenta. Six de leurs chefs, savoir Schmidelin, Selneur, Musculus, Chemnitz, Chytraeus & Cornerus s'étant assemblés en 1577 dans le monastere de Berg, ils y composerent une espece de formulaire où l'ubiquité fut établie comme un article de foi.
Cependant tous les Ubiquistes ne sont point d'accord. Les Suédois, par exemple, pensent que le corps de Jesus-Christ pendant le cours de sa vie mortelle étoit présent par-tout ; d'autres soutiennent que ce n'est que depuis son ascension qu'il a cette propriété.
Hornius n'attribue à Brentius que la propagation de l'ubiquisme, & il en rapporte l'invention à Jean de Westphalie, qu'on nomme autrement Westphale, ministre de Hambourg en 1552.
UBIQUISTE, s. m. dans l'université de Paris, signifie un docteur en Théologie, qui n'est attaché à aucune maison particuliere ; c'est-à-dire, qui n'est ni de la maison de Sorbonne, ni de celle de Navarre. On appelle simplement les ubiquistes, docteurs en Théologie, ou docteurs de Sorbonne, au-lieu que les autres se nomment docteurs de la maison & société de Sorbonne, docteurs de la maison & société royale de Navarre. Voyez SORBONNE, DOCTEUR, &c.
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| UBITRE | S. m. (Hist. nat.) poisson qui se trouve dans les mers du Brésil ; il a, dit-on, la queue fort longue, & semblable à celle d'une vache, & il la releve de même.
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| UCCELLO | (Géogr. mod.) montagne des Alpes, l'une des croupes du mont Saint-Gothard. On l'appelle autrement Vogelsberg, c'est-à-dire, la montagne de l'oiseau. Voyez VOGELSBERG.
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| UDENHEIM | (Géogr. mod.) ville d'Allemagne, dans l'évêché de Spire, à la droite du Rhin. Elle a été fortifiée dans le dernier siecle, & a pris depuis ce tems-là le nom de Philipsbourg. V. PHILIPSBOURG.
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| UDESSE | (Géog. mod.) province des Indes, au royaume de Bengale, à l'orient de Daca, sur les frontieres du royaume de Tipra. (D.J.)
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| UDINE | (Géog. mod.) en latin Utina, Utinum, ville d'Italie, dans l'état de Venise, capitale du Frioul, entre le Tajamento & le Lisonzo, à 8 milles au sud-ouest de Cividad di Friuli, & à 20 mille au couchant de Garitz. L'air y est tempéré, & le terroir fertile en grains, en vin & fruits délicieux. Long. 30. 45. lat. 46. 10.
LÉonard de Utino, ainsi nommé parce qu'il étoit né à Udine, entra dans l'ordre de S. Dominique, & fut un des plus célebres prédicateurs de son tems. Ses sermons écrits en latin, ont eu un débit prodigieux dans le xv. siecle ; cependant quelques éloges qu'on en ait fait, ils tenoient beaucoup du caractere de ceux de Barlette, de Maillard & de Menot ; & si l'on n'y trouve pas des turlupinades semblables aux leurs, dumoins y rencontre-t-on des plaisanteries peu dignes de la gravité de la chaire ; telle est celle-ci tirée du sermon xliij.
Foemina corpus, animam, vim, lumina, vocem,
Polluit, annihilat, necat, eripit, orbat, acerbat.
On a publié les sermons de ce dominicain sous le titre de sermones aurei, & Bayle dit qu'ils furent imprimés pour la premiere fois l'an 1446. A la vérité il produit ses garans, mais il devoit au-contraire censurer une semblable erreur, puisque l'Imprimerie n'a point été connue, ni pratiquée dans aucun pays du monde, avant l'an 1450. La premiere édition des sermons d'or du dominicain d'Udine est de l'an 1473. sans nom de ville, ni d'imprimeur, en 2. vol. in-fol.
Amaseus (Romulus), un des savans de Rome qui brillerent le plus sous le pontificat de Jules III. étoit natif d'Udine. Il a fait paroître son intelligence de la langue grecque par la traduction de Pausanias, & par celle de l'ouvrage de Xénophon, qui concerne l'expédition du jeune Cyrus. Il naquit en 1489, & mourut vers l'an 1550.
Robortello (François), autre critique du xvj. siecle, naquit à Udine, & mourut à Padoue en 1567 à 51 ans. On a de lui un traité de l'histoire, des commentaires sur plusieurs des poëtes grecs & latins, & des ouvrages polémiques pleins d'aigreur & de violence, en particulier contre Alciat, Sigonius & Baptiste Egnatius, qui lui répondit finalement l'épée à la main, ce qui termina la dispute. (D.J.)
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| UDINI | (Géog. anc.) ancien peuple de la Scythie. Pline, l. VI. ch. xij. qui en parle, le met à la droite, à l'entrée du détroit, par lequel on croyoit anciennement que la mer Caspienne communiquoit avec la mer Chronienne.
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| UDNON | S. m. (Bot. exot.) nom donné par Théophraste & Dioscoride, à la truffe qu'on mangeoit communément à la table de leur tems. Dioscoride dit qu'elle étoit lisse en-dehors, rougeâtre en-dedans, qu'on la tiroit de terre, où elle étoit enfouie à une légere profondeur, & qu'elle n'avoit ni tige, ni fleurs, ni feuilles. Cette même truffe se trouve encore de nos jours en Italie. Les Grecs connoissoient une autre espece de truffe d'Afrique, & qu'ils nommoient cyrénaïque ; cette derniere truffe étoit blanche en-dehors, d'un excellent goût, & d'une odeur charmante. (D.J.)
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| UDON | (Géog. anc.) fleuve de la Sarmatie asiatique. Son embouchure dans la mer Caspienne, est marquée par Ptolémée, l. V. c. ix. entre les embouchures de l'Alonias & du Rha. (D.J.)
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| UDSTE | ou YSTED, (Géog. mod.) ville de Suede, dans la Scanie, sur la côte méridionale de cette province, à neuf lieues de Lunden, à deux de Malmoe, & à trois de Christianstad. (D.J.)
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| UFENS | (Géog. anc.) fleuve d'Italie, dans le nouveau Latium. Au-lieu d'Ufens, Festus écrit Oufens, & dit qu'il donna le nom à la tribu Oufentina. Il coule à l'Orient des marais Pomptins, & se jette dans la mer, ce que Virgile, Aeneid. l. VII. vers. 802. explique de la sorte.
.... Gelidusque per imas
Quaerit iter valles, atque in mare conditur Ufens.
Les eaux d'un fleuve qui coule dans des marais, ne peuvent pas être bien claires : aussi Silius Italicus, l. VIII. vers. 381. dit-il :
.... Et atro
Liventes caeno per squallida turbidus arva,
Cogit aquas Ufens, atque inficit aequora limo.
Claudien, in probini & olybrii, cons. vers. 257. nous fait entendre que ce fleuve serpente beaucoup.
.... Tardatusque suis erroribus Ufens.
Quelques-uns l'appellent présentement Baldino ou Baudino ; mais on le nomme plus communément Aufente.
2°. Ufens, fleuve d'Italie, dans la Gaule Cispadane, selon Tite-Live, l. V. c. xxxv. Les anciennes éditions, aussi-bien que quelques-unes des modernes, portent Utens, au-lieu de Ufens. Cluvier, ital. ant. l. I. c. xxij. est pour la premiere de ces deux manieres d'écrire. Il ajoute que ce fleuve arrose la ville de Ravenne du côté du nord, & qu'on le nomme aujourd'hui Montone. (D.J.)
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| UGENTO | (Géog. mod.) ville d'Italie, qu'on peut mieux appeller village, au royaume de Naples, dans la terre d'Otrante, à 10 milles au sud-est de Gallipoli, & à 12 au sud-ouest de Castro, avec un évêché suffragant d'Otrante. Long. 35. 52. lat. 40. 10. (D.J.)
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| UGLI | ou UGLITZ, (Géog. mod.) ville de l'empire russien, au duché de Rostow, sur le Volga. Cette ville est renommée par le malheur de Démétrius, fils du czar Jean-Basile. Ce jeune prince, âgé seulement de neuf ans, y fut tué par les ordres de Boris, son beau-frere, dans la confusion d'un incendie qui consuma une partie de la ville. Deux imposteurs, dans la suite, prirent l'un après l'autre le nom de Démétrius, & se dirent fils de Jean-Basile, ce qui causa de grands troubles dans l'état. (D.J.)
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| UGOCZ | (Géog. mod.) ville de la haute Hongrie, dans le comté de même nom, sur une petite riviere qui se jette dans la Teisse. Long. 41. 28. latit. 48. 27. (D.J.)
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| UGOGNA | (Géog. mod.) petite ville d'Italie, au duché de Milan, à 10 milles à l'occident du lac Majeur, sur le Tosa. (D.J.)
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| UGRA | (Géog. mod.) riviere de l'empire russien. Elle prend sa source dans le duché de Smolensko, sépare le duché de Moskow de celui de Sévérie, & se jette enfin dans l'Occa. (D.J.)
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| UHEBEHASON | S. m. (Hist. nat. Botan. exot.) c'est un arbre d'Amérique, nommé, par C. Bauhin, arbor brassicae folio, excelsissima Americana. Il est d'une hauteur & d'une grosseur surprenante, ses branches s'entrelacent les unes dans les autres ; ses feuilles sont semblables à des feuilles de chou. Ses rameaux portent un fruit d'un pié de long. Une infinité d'abeilles trouvent leur nourriture dans ce fruit, & leur logement dans les creux de l'arbre, où elles font leurs rayons & préparent leur miel. (D.J.)
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| UKCOUMA | S. m. (Hist. mod. Culte) c'est le nom sous lequel les Esquimaux, qui habitent les pays voisins de la baie de Hudson, désignent l'être suprême, en qui ils reconnoissent une bonté infinie. Ce nom, en leur langue, veut dire grand chef. Ils le regardent comme l'auteur de tous les biens dont ils jouissent. Ils lui rendent un culte ; ils chantent ses louanges dans des hymnes que M. Ellis trouva graves & majestueuses. Mais leurs opinions sont si confuses sur la nature de cet être, que l'on a bien de la peine à comprendre les idées qu'ils en ont. Ces sauvages reconnoissent encore un autre être qu'ils appellent Ouitikka, qu'ils regardent comme la source de tous leurs maux ; on ne sait s'ils lui rendent des hommages pour l'appaiser.
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| UKER | L 'ou UCKER, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne, dans l'électorat de Brandebourg. Elle sort du petit lac d'Uker, entre dans la Poméranie, & se jette dans le Grosse-Haff. (D.J.)
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| UKERMARC | ou UCKERMARCK, (Géog. mod.) contrée d'Allemagne, dans l'électorat de Brandebourg, dont elle fut une des trois marches. Ce pays est borné au nord & à l'orient par la Poméranie, au midi par la moyenne Marche de Brandebourg, & à l'occident, partie par le Mecklenbourg, partie par le comté de Rappin. Les principaux lieux de l'Ukermarck sont Prenslow, Strasbourg, Templin & New-Angermund. (D.J.)
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| UKERMUND | ou UCKERMUNDE, (Géogr. mod.) ville d'Allemagne, dans la Poméranie, à l'embouchure de l'Uker, à trois lieues d'Anclam, avec un château bâti par Bogislas III. duc de Poméranie. Long. 32. 4. latit. 53. 52. (D.J.)
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| UKRAINE | (Géog. mod.) contrée d'Europe, bornée au nord par la Pologne & la Moscovie, au midi par le pays des tartares d'Oczakou, au levant par la Moscovie, & au couchant par la Moldavie.
Cette vaste contrée s'appelle autrement la petite Russie, la Russie rouge, & mieux encore la province de Kiovie ; elle est traversée par le Dnieper que les Grecs ont appellé Boristhène. La différence de ces deux noms, l'un dur à prononcer, l'autre mélodieux, sert à faire voir, avec cent autres preuves, la rudesse de tous les anciens peuples du Nord, & les graces de la langue grecque.
La capitale Kiou, autrefois Kisovie, fut bâtie par les empereurs de Constantinople, qui en firent une colonie ; on y voit encore des inscriptions grecques de douze cent années : c'est la seule ville qui ait quelque antiquité, dans ces pays où les hommes ont vécu tant de siecles sans bâtir des murailles. Ce fut-là que les grands ducs de Russie firent leur résidence, dans l'onzieme siecle, avant que les Tartares asservissent la Russie.
Les Ukraniens qu'on nomme Cosaques, sont un ramas d'anciens Roxelans, de Sarmates, de Tartares réunis. Cette contrée faisoit partie de l'ancienne Scythie. Il s'en faut beaucoup que Rome & Constantinople qui ont dominé sur tant de nations, soient des pays comparables pour la fertilité à celui de l'Ukraine. La nature s'efforce d'y faire du bien aux hommes ; mais les hommes n'y ont pas secondé la nature, vivant des fruits que produit une terre aussi inculte que féconde, & vivant encore plus de rapine, amoureux à l'excès d'un bien préférable à tout, la liberté ; & cependant ayant servi tour-à-tour la Pologne & la Turquie. Enfin ils se donnerent à la Russie en 1654, sans trop se soumettre, & Pierre les a soumis.
Les autres nations sont distinguées par leurs villes & leurs bourgades. Celle-ci est partagée en dix régimens. A la tête de ces dix régimens étoit un chef élu à la pluralité des voix, nommé Hetman ou Itman. Ce capitaine de la nation n'avoit pas le pouvoir suprême. C'est aujourd'hui un seigneur de la cour que les souverains de Russie leur donnent pour itman ; c'est un véritable gouverneur de province semblable à nos gouverneurs de ces pays d'états qui ont encore quelques privileges.
Il n'y avoit d'abord dans ce pays que des Payens & des Mahométans ; ils ont été baptisés chrétiens de la communion romaine, quand ils ont servi la Pologne, & ils sont aujourd'hui baptisés chrétiens de l'église grecque, depuis qu'ils sont à la Russie. Descript. de Russie. (D.J.)
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| ULA | (Géog. mod.) lac, île & ville de Suede, dans la Bothnie orientale. Le laca treize milles de longueur sur dix de largeur ; il se dégorge dans le golfe de Bothnie, par le moyen d'un émissaire ou de la riviere qui porte son nom. L'île est au milieu du lac. Elle a cinq milles de longueur & trois de largeur. La ville, qui est fort petite, est sur la côte du golfe de Bothnie, près de l'endroit où se décharge le lac. Sa long. 42. 35. latit. 65. 16. (D.J.)
ULA ou OULA, (Géog. mod.) ville d'Asie, dans la Tartarie chinoise, sur la riviere orientale du Songoro. Cette ville étoit autrefois la capitale de tout le pays de Nieucheu, & la résidence du plus puissant des Moungales de l'Est. Long. selon le P. Verbiest, 136. 36. latit. 44. 20. (D.J.)
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| ULACIDE | S. m. (Hist. mod.) courier à cheval chez les Turcs. Ils prennent en chemin les chevaux de tous ceux qu'ils rencontrent, & leur donnent le leur qui est las. Ils ne courent pas autrement.
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| ULBANECTES | (Géog. anc.) peuples de la Gaule belgique, selon Pline, l. IV. c. xvij. qui dit qu'ils étoient libres.
Le pere Hardouin remarque que tous les manuscrits, ainsi que toutes les éditions qui ont précédé celle d'Hermolaüs, portent Ulumanetes, au-lieu d'Ulbanectes. Il ajoute que ce sont les , auxquels le manuscrit de Ptolémée, l. II. c. ix. conservé dans la bibliotheque du college des jésuites à Paris, donne la ville Ratomagus, qu'il place à l'orient de la Seine : ce sont par conséquent les Subanecti des éditions latines, & que dans la suite on a appellé Silvanectenses. (D.J.)
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| ULCAM | ou ULCUMA, (Géog. mod.) royaume d'Afrique, dans l'Ethiopie occidentale, entre Arder & Bénin, vers le nord-est. On en tire des esclaves qu'on vend aux Hollandois & aux Portugais, qui les transportent en Amérique.
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| ULCERATION | S. f. (Chirurgie) c'est une petite ouverture, ou un trou dans la peau, causé par un ulcere. Voyez ULCERE.
Les remedes caustiques produisent quelquefois des ulcérations à la peau. Voyez CAUSTIQUES. L'arsenic ulcere toujours les parties auxquelles il s'attache. Un flux de bouche ulcere la langue & le palais. Voyez ARSENIC & SALIVATION.
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| ULCERE | S. m. terme de Chirurgie, est une solution de continuité, ou une perte de substance dans les parties molles du corps, avec écoulement de pus provenant d'une cause interne, ou d'une plaie qui n'a pas été réunie.
Galien définit l'ulcere une érosion invétérée des parties molles du corps, en conséquence de quoi elles rendent, au-lieu de sang, une espece de pus, ou de sanie ; ce qui empêche la consolidation.
Ettmuller définit l'ulcere une solution de continuité provenant de quelqu'acidité corrosive, qui ronge les parties, & convertit la nourriture propre du corps en une matiere sanieuse. Lorsqu'il arrive une pareille solution de continuité dans une partie osseuse, elle se nomme carie. Voyez CARIE.
Galien pour l'ordinaire emploie indifféremment les mots d'ulcere & de plaie ; mais les Arabes & les modernes après eux, y mettent une distinction. Voyez PLAIE.
On a exclu du nombre des plaies toutes les divisions des parties molles, qui ont pour cause le mouvement insensible des liqueurs renfermées dans le corps même, ou qui sont occasionnées par l'application extérieure de quelques substances corrosives ; & on leur a donné le nom d'ulceres. Toutes les plaies dont les bords enflammés viennent à suppurer, dégénerent en ulceres.
On croit communément que les ulceres spontanés viennent d'une acrimonie, ou d'une disposition corrosive des humeurs du corps, soit qu'elle soit produite par des poisons, par un levain vérolique, ou par d'autres causes.
Les ulceres se divisent en simples & en compliqués. Ils se divisent encore par rapport aux circonstances qui les accompagnent, en putrides ou sordides, dont la chair d'alentour est corrompue & fétide ; en vermineux, dont la matiere étant épaisse ne flue pas, mais engendre des vers, &c. en virulens, qui au-lieu de pus ou de sanie, rendent un pus de mauvaise qualité, &c.
On les distingue encore par rapport à leur figure en sinueux, fistuleux, variqueux, carieux, &c. Voyez SINUS, FISTULE, VARICES, CARIE.
Lorsqu'il survient un ulcere dans un bon tempérament, & qu'il est aisé à guerir, on le nomme simple.
Lorsqu'il est accompagné d'autres symptomes, comme d'une cacochymie qui retarde beaucoup, ou empêche la guérison, on le nomme ulcere compliqué.
Un ulcere simple n'est accompagné que d'érosion. Mais les ulceres compliqués qui surviennent à des personnes sujettes au scorbut, à l'hydropisie, aux écrouelles, peuvent être accompagnés de douleur, de fievre, de convulsions, d'un flux abondant de matiere, qui amaigrit le malade, d'inflammation & d'enflure de la partie, de callosité des bords de l'ulcere, de carie des os, &c.
ULCERE putride ou sordide, est celui dont les bords sont enduits d'une humeur visqueuse & tenace, & qui est aussi accompagné de chaleur, de douleur, d'inflammation, & d'une grande abondance d'humeurs qui se jettent sur la partie. Avec le tems l'ulcere devient plus sordide, change de couleur & se corrompt ; la matiere devient fétide, & quelquefois la partie se gangrene. Les fievres putrides donnent souvent lieu à ces sortes d'ulceres.
ULCERE phagédenique, est un ulcere rongeant, qui détruit les parties voisines tout-à-l'entour, tandis que ses bords demeurent tuméfiés. Lorsque cet ulcere ronge profondément, & se répand beaucoup, sans être accompagné d'enflure, mais se pourrit, & devient sale & fétide, on l'appelle noma. Ces deux sortes d'ulceres phagédeniques, à cause de la difficulté qu'ils ont à se consolider, se nomment aussi dysepulota. Voyez PHAGEDAENA, &c.
ULCERES variqueux, sont accompagnés de la dilatation de quelques veines. Voyez VARICE. Ils sont douloureux, enflammés & tuméfient la partie qu'ils occupent. Quand ils sont nouveaux, & qu'ils sont occasionnés par l'usage des corrosifs, ou proviennent de la rupture d'une varice, ils sont souvent accompagnés d'hémorrhagie.
Les veines voisines de l'ulcere sont alors distendues contre nature ; & on peut quelquefois les sentir entrelacées ensemble en façon de réseau autour de la partie.
Ces sortes d'ulceres surviennent communément aux jambes des artisans obligés par leur état d'être debout. Pour remplir l'indication des veines, il faut avoir recours à un bandage qu'on doit même continuer assez long-tems après la guérison. Le bandage le plus convenable est un bas étroit, qui dans ce cas est d'une utilité particuliere. On se sert avec un grand succès d'un bas de peau de chien qu'on lace, afin qu'il serre plus exactement.
On peut ouvrir une varice pour faire dégorger les vaisseaux tuméfiés. Quand il n'y a qu'une varice, qu'elle est grosse & douloureuse, on peut l'emporter en faisant la ligature de la veine au-dessus & au-dessous de la poche variqueuse, comme on fait dans l'anevrisme vrai.
ULCERES sinueux sont ceux qui de leur orifice s'étendent obliquement ou en ligne courbe. On peut les reconnoître au moyen de la sonde, ou d'une bougie, &c. ou par la quantité de matiere qu'ils rendent à-proportion de leur grandeur apparente.
Ils vont quelquefois profondément, & ont divers contours. On ne les distingue des fistules que parce qu'ils n'ont point de callosités, sinon à leur orifice. Voyez SINUS.
ULCERES fistuleux, sont des ulceres sinueux & calleux, & qui rendent une matiere claire, séreuse & fétide. Voyez FISTULE.
ULCERES vieux, se guérissent rarement sans le secours des remedes internes, qui doivent être propres à absorber & à détruire le vice humoral. Tels sont particulierement les sudorifiques, les décoctions des bois, les antimoniaux, les préparations tirées de la vipere, les volatils ; mais par-dessus tous les vomitifs souvent réitérés.
Dans les ulceres rébelles, la salivation mercurielle est souvent nécessaire. Les vieux ulceres sont souvent incurables, à moins qu'on n'ouvre un cautere à la partie opposée.
La guérison en seroit même fort dangereuse sans cette précaution. Car la matiere dont la nature avoit coutume de se débarrasser par ces ulceres invétérés, séjournant dans la masse du sang, se dépose sur quelque viscere, ou cause une diarrhée colliquative, ou une fievre qui emportent le malade.
Les ulceres simples & superficiels se guérissent ordinairement en appliquant sur le mal un plumasseau chargé de baume d'arcaeus ou de basilicum, & pardessus le plumasseau un emplâtre de diachylum simple, ou de minium, & pansant une fois le jour, ou plus rarement.
La fréquence des pansemens doit se régler sur la quantité & sur la qualité du pus. Un ulcere dont le pus est en quantité modérée, & de qualité louable, doit être pansé plus rarement que celui qui suppure beaucoup, ou dont les matieres acrimonieuses pourroient en séjournant dans la cavité de l'ulcere, occasionner des fusées & autres accidens.
S'il n'y a que l'épiderme de rongé, il suffit d'appliquer un petit onguent, comme le dessicatif rouge ou le diapompholyx, &c. que l'on étend mince sur un linge.
S'il pousse des chairs fongueuses, on peut les ronger avec la pierre infernale, ou avec un cérat dans lequel on a mis un peu de précipité rouge ou d'alun calciné, &c. Lorsqu'il s'agit de guérir les ulceres simples, qui sont produits par l'ouverture des tumeurs ordinaires ; on fait d'abord suppurer l'ulcere avec les digestifs. Voyez DIGESTIFS. Dès que la suppuration commence à diminuer, & que l'on voit paroître dans toute l'étendue de la plaie des grains charnus, rouges & vermeils l'on cesse entierement l'usage des onguens, de peur que la suppuration venant à continuer, ne nuise au malade par la dissipation qu'elle produiroit du suc nourricier ; & pour empêcher en même tems l'excroissance des chairs fongueuses sur les levres de la plaie, on fait usage des détersifs, parmi lesquels les lotions lixivielles sont les plus efficaces ; on passe ensuite à l'usage des remedes dessicatifs & cicatrisans. Voyez DETERSIFS & CICATRISANS.
Les évacuations sont absolument nécessaires dans le traitement des ulceres compliqués, lorsque l'état du malade permet de les employer. Si l'ulcere est fistuleux, sinueux, carcinomateux, &c. & la matiere fétide, séreuse ou sanieuse, il est à propos de joindre le calomelas aux purgatifs, ou de le donner par petites doses entre les purgatifs, afin de ne pas exciter la salivation.
Outre l'usage des purgatifs, il faut ordonner aussi une tisane sudorifique, sur-tout quand on soupçonne que l'ulcere est vénérien. Durant ce tems-là on fera les pansemens convenables.
Lorsque l'ulcere ne cede pas à ce traitement, on propose ordinairement l'usage des antivénériens ; ils ne manquent guere de procurer la guérison, quoique tous les autres remedes aient été inutiles. Si le malade est trop foible pour soutenir la fatigue d'une salivation continue, on peut la modérer, & l'entretenir plus long-tems, à proportion de ses forces.
Les remedes externes pour les ulceres sont des digestifs, des détersifs, des sarcotiques, & des cicatrisans.
Belloste propose un remede, qu'il dit être excellent pour la guérison des ulceres. Ce n'est autre chose qu'une décoction de feuilles de noyer dans de l'eau avec un peu de sucre ; on trempe dans cette décoction un linge, que l'on applique sur l'ulcere, & on réïtere cela de deux en deux, ou de trois en trois jours.
L'auteur trouve que ce remede simple & commun fait suppurer, déterge, cicatrise, empêche la pourriture, &c. mieux qu'aucun autre remede connu.
Un ulcere aux poumons cause la phthisie. Voyez PHTHISIE.
La maladie vénérienne produit beaucoup d'ulceres, sur-tout au prépuce & au gland dans les hommes ; au vagin, &c. dans les femmes ; à la bouche & au palais dans les uns & les autres. Voyez VENERIENNE.
Les ulceres vénériens sont de différentes sortes ; ceux qui deviennent calleux & carcinomateux sont appellés chancres. Voyez CHANCRE.
Le traité des ulceres est un des plus importans de la chirurgie ; on ne peut dans un dictionnaire que donner des notions très-générales sur un genre de maladie, qui pourroit, sous la plume d'un écrivain éclairé & précis, fournir la matiere de deux volumes in-4°. hoc opus, hic labor. (Y)
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| ULCERER | v. act. causer un ulcere. Ce caustique a ulceré la partie à laquelle on l'a appliqué. Il a la jambe ulcerée. On dit aussi au figuré, vous l'avez ulceré. Un coeur ulceré.
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| ULCI | (Géog. anc.) ville d'Italie, dans la Lucanie, selon Ptolémée, l. III. c. j. qui la marque dans les terres. On croit que c'est aujourd'hui Bucino ou Bulcino, sur le Silaro.
Il y a apparence que cette ville se nommoit aussi Vulci, Vulceja, & même Volceja ; car, selon Holsten, p. 290. ses habitans sont nommés Vulcejani & Volcejani, dans quelques inscriptions anciennes. Gruter en effet en rapporte une, où on lit ces mots : VULCEJANAE CIVITATIS ; & on en a déterré une à Burcino, avec ce mot Volcean. Holsten veut encore que les habitans de cette ville soient les Volcentani de Pline, l. III. c. xj. (D.J.)
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| ULDA | (Géog. mod.) riviere de France, dans la Bretagne, selon Grégoire de Tours. C'est aujourd'hui l'Aoust ou l'Oust, qui prend sa source au-dessus de Rohan, coule dans l'évêché de Vannes, & se joint à la Vilaine, près de Rieux.
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| ULEASTER | ou ULIASTER, (Géog. mod.) île des Indes orientales, une des Moluques, au voisinage de celle d'Amboine. Les Hollandois ont une loge dans cette île, & la tiennent par-là sous leur domination. (D.J.)
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| ULEMA | S. m. (Hist. mod.) c'est le nom que les Turcs donnent à leur clergé, à la tête duquel se trouve le mufti, qui a sous lui des scheiks ou prélats. Ce corps, ainsi qu'ailleurs, a sçu souvent se rendre redoutable aux sultans, qui cependant ont plusieurs fois reprimé son insolence, en faisant étrangler ses chefs ; unique voie pour se procurer la sûreté dans un pays où il n'y a d'autre loi que celle de la force, que le clergé turc fait trouver très-légitime au peuple, lorsqu'il n'en est pas lui-même la victime.
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| ULIA | (Géogr. anc.) ville de l'Espagne bétique. Ptolémée, l. II. c. iv. la donne aux Turdules, & la place dans les terres. M. Spanheim rapporte une médaille de cette ville ; & dans une inscription conservée par Gruter, p. 271. n °. 1. on lit ces mots : Ordo Reip. Uliensium. Le nom moderne, selon Morales, est monte Major. (D.J.)
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| ULIARIUS | (Géogr. anc.) ville de la Gaule, dans le golfe Aquitanique, selon Pline, l. IV. c. xjx. Elle fut dans la suite nommée Olarion ; c'est Oléron. (D.J.)
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| ULIE | ou ULIELAND, (Géog. mod.) île de la Hollande septentrionale, à l'embouchure du Zuyderzée, entre l'île du Téxel & celle de Schelling. Ortélius croit que Ulie est l'île Flevo, de Pomponius Méla. (D.J.)
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| ULIL | (Géog. mod.) île du pays des Soudans, ou Negres, dans l'Océan atlantique, à environ trente lieues de l'embouchure du Niger ; c'est par cette embouchure que l'on transporte dans le pays des Negres le sel que l'île d'Ulil produit en abondance.
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| ULLA | L ', (Géog. anc.) riviere d'Espagne, dans la Galice. Elle a sa source près du bourg d'Ulla, & se perd dans la mer par une grande embouchure.
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| ULM | (Géog. mod.) ville d'Allemagne dans la Souabe, sur la gauche du Danube qu'on y passe sur un pont, à quinze lieues au couchant d'Augsbourg, vingt-six nord-est de Munich, & cent quinze ouest de Vienne. Elle est grande, bien peuplée, la premiere des villes impériales de Souabe, & la dépositaire des archives du cercle. Le Danube & le Blaw contribuent à son embellissement, à sa propreté, & sur-tout à son commerce, qui est très-considérable en étoffes, en toiles, en futaines, & sur-tout en quincaillerie. Long. 27. 45. latit. 48. 24.
Ulm a été ainsi nommée à cause de la grande quantité d'ormes qui l'environnoient ; ce n'étoit qu'un petit bourg du tems de Charlemagne, & ce prince en fit donation à l'abbaye de Reichnaw ; l'empereur Lothaire II. ruina ce bourg pendant la guerre qu'il soutint contre Conrard & Frédéric duc de Souabe, qui lui disputoient la couronne : ceux du pays le rebâtirent, l'aggrandirent, & l'entourerent de murailles vers l'an 1200. Ensuite Frédéric II. le gratifia de plusieurs privileges, & Frédéric III. mit Ulm au rang des villes impériales. Son territoire est presque environné du duché de Wirtemberg, & le Danube l'arrose au midi oriental. La disposition de son gouvernement est la même qu'à Augsbourg, la religion luthérienne y regne depuis l'an 1531.
Freinshemius (Jean) naquit dans cette ville en 1608. Il se distingua par sa connoissance des langues mortes, & de presque toutes les langues vivantes de l'Europe. La reine Christine l'appella près d'elle, le fit son bibliothécaire & son historiographe ; mais la froideur du climat qui nuisoit à sa santé, l'obligea de renoncer à tous ces honneurs ; il se retira à Heidelberg, où il mourut cinq ans après en 1660. On a de lui des supplémens de Tacite, de Quinte-Curce, & de Tite-Live, avec des notes sur plusieurs auteurs latins, auxquelles il a joint d'excellentes tables.
Si Freinshemius s'est distingué dans la connoissance de la langue latine & des langues vivantes, Widmanstadius (Jean-Albert), & Hutterus (Elie), tous deux natifs de Ulm, avoient déja dans le seizieme siecle consacré leurs jours à l'étude des langues orientales. Le premier acquit une gloire encore rare dans le monde chrétien, par son édition du nouveau Testament syriaque. Elle parut à Vienne en Autriche en 1555. in-4°. 2. vol. Impensis regiis. On en tira mille exemplaires, dont l'empereur garda cinq cent, & les autres passerent en Orient.
On ne peut rien voir de plus beau (dit M. Simon, Hist. crit. des versions du nouveau Testament, c. xiv.), ni de mieux proportionné que les caracteres de cette édition, qui imitent les manuscrits, en ce qu'on n'y a mis aucune partie des points voyelles qu'on ajoute ordinairement aux mots, pour les lire plus facilement. Les Orientaux négligent pour l'ordinaire le plus souvent dans leurs manuscrits, ces sortes de points, & ceux qui les y ajoutent, n'y mettent que les plus nécessaires. C'est ce que Widmanstadius a aussi observé dans son édition, & il a suivi les manuscrits en plusieurs autres choses, principalement dans une table des leçons que les églises syriennes récitent pendant toute l'année. On trouve de plus dans cette édition, le titre de chaque leçon, marqué dans le corps du livre en des caracteres appellés estranguelo ; & le nombre des sections est indiqué à la marge. Comme ce nouveau Testament syriaque avoit été imprimé à la sollicitation de quelques chrétiens du Levant, & qu'il devoit même servir à leurs usages ; il eût été inutile d'y joindre une interprétation latine.
Hutterus (Elie) doit être né vers l'an 1554, & mérite par ses ouvrages & par son savoir dans les langues orientales, d'être plus connu qu'il ne l'est. Son édition de la bible en hébreu, parut pour la premiere fois à Hambourg en 1587, & lui donna des peines infinies. Elle est intitulée, Via sancta, sive biblia sacra hebraea veteris Testamenti, eleganti & majusculâ caracterum formâ, quâ primo statim intuitu, litterae radicales & serviles, deficientes & quiescentes, è situ & colore discerni possunt. La même bible se trouve sans aucune différence avec la note des années 1588, 1595, & 1603, qui ne sont sans doute que de nouveaux titres mis à l'édition de 1587. A la fin de cette bible on trouve le pseaume 117, en trente langues différentes, pour servir d'essai de la polyglotte que l'auteur se proposoit de publier.
Ce qu'il y a de singulier dans cette bible, & ce qui la distingue de toutes les autres, c'est qu'en faveur de ceux qui apprennent l'hébreu, les lettres radicales sont imprimées en caracteres noirs & pleins, aulieu que les lettres serviles sont d'un caractere creux & blanc ; & les déficientes, ainsi que celles qu'on ne prononce pas (quiescentes), sont au-dessus de la ligne en plus petit caractere.
Quelques savans ont cru que cette méthode étoit fort utile pour les jeunes gens qui apprennent l'hébreu ; mais d'autres personnes éclairées la trouvent plus nuisible qu'avantageuse, en ce qu'elle n'est d'aucun usage, attendu qu'on peut apprendre à lire l'hébreu en quelques jours de tems, sans un pareil secours. A l'égard de l'accentuation, en louant l'exactitude de Hutterus, on lui reproche d'avoir, sur-tout dans les endroits difficiles, consulté son génie plus que les exemplaires, & mis des choses qui ne sont appuyées d'aucune autorité.
Lorsque Hutterus eut achevé sa bible, il entreprit de donner diverses éditions polyglottes des livres de l'ancien & du nouveau Testament, en réunissant avec le texte original, toutes les versions orientales & occidentales : car il entendoit presque toutes ces langues, & il exécuta en partie cette prodigieuse entreprise.
On a de lui deux bibles polyglottes, & diverses parties séparées de l'Ecriture-sainte, en diverses langues. La premiere de ses bibles est en quatre langues, & a paru à Hambourg, in-fol. cinq volum. en 1596. La seconde est en six langues ; M. Bayle ne distingue pas assez nettement cette seconde bible de la premiere ; comme aussi d'un autre côté dom Calmet ne paroît pas avoir connu celle qui est en quatre langues.
La bible en six langues, Biblia hexaglotta quadruplica, parut à Nuremberg en 1599. Hutterus fut aidé par quelques collegues dans son entreprise ; cependant les polyglottes, ainsi que les autres ouvrages de ce genre, qu'il a mis au jour avec le secours de David Woderus, ne lui ont pas fait autant d'honneur qu'il en espéroit. Les savans n'y ont pas trouvé assez de choix pour les versions, & même ils accusent Hutterus d'avoir corrigé trop hardiment le travail des autres. D'ailleurs les polyglottes de Paris & de Londres ont tellement effacé celles d'Allemagne, qu'elles ont trouvé peu d'acheteurs, & moins encore d'admirateurs & de panégyristes : aussi sont-elles extrêmement rares. Hutterus mourut à Nuremberg, peu de tems après l'an 1602. Les inquisiteurs ont trouvé ces ouvrages dignes d'avoir place dans leur catalogue des livres défendus ; mais il y a long-tems que leurs indices expurgatoires servent à illustrer la plûpart des livres qu'ils condamnent. (D.J.)
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| ULMAIRE | S. f. (Hist. nat. Botan.) on connoît l'ulmaire, appellée vulgairement reine des prés, en anglois the meadow-sweet ; il faut donc décrire ici l'ulmaire de Virginie, nommée ulmaria Virginiana, trifolii floribus candidis, amplis, longis, & acutis, par Morisson, part. III. filipendula foliis ternatis, par Linnaeus, hort. Cliff. & Gron. flor. Virg.
Sa racine est dure, fibreuse & noueuse à sa partie supérieure. Elle donne naissance à plusieurs tiges ligneuses, cannelées, d'un rouge foncé, lisses & branchues. Sur ses tiges sont placées, sans ordre, des feuilles oblongues, pointues, ridées, un peu velues par-dessous, au nombre de trois sur la même queue. Elles sont finement dentelées à leurs bords, comme les feuilles de charme, & se terminent en pointe. Ses fleurs sont blanchâtres, panachées de rouge, ayant chacune un pédicule long d'un à deux pouces ; elles sont composées de cinq pétales ou feuilles arrondies, applaties, réfléchies en-dehors, attachées à un calice d'une seule feuille, découpé en cinq quartiers. Le calice donne aussi naissance à plusieurs étamines très-déliées, garnies de sommets, & à cinq embryons qui se terminent en autant de stiles. Les pétales de la fleur étant tombés, le calice devient sec, & renferme cinq graines oblongues, pointues, disposées en rond. L'ulmaire de Virginie est une des plantes auxquelles on a donné mal-à-propos le nom d'ipécacuanha. (D.J.)
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| ULMEN | (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, au duché de Deux-Ponts, dans l'électorat de Mayence, sur la riviere de Lauter, avec un château. Long. 24. 38. latit. 50. 15. (D.J.)
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| ULOMELIA | (Lexic. médic.) , de pour , entier, & , membre ; ce mot signifie dans Hippocrate la nature absolue & essentielle d'une chose ; c'est ainsi que, dans ses épîtres, il désigne la nature universelle du corps, dont il recommande l'étude aux Médecins ; ce mot veut dire encore dans le même auteur la perfection ou l'intégrité de tous les membres, & alors il est synonyme aux mots sain & entier. (D.J.)
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| ULON | (Lexic. médic.) , au plurier , sont les gencives placées autour des dents ; on a donné chez les Grecs ce nom aux gencives, à cause de leur qualité molle & tendre ; car , dans Hésychius, est rendu par délicat & mollet. (D.J.)
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| ULOPHONUS | S. m. (Hist. nat. Bot. anc.) plante véneneuse, connue de Dioscoride, Galien & autres sous le nom de niger chamaeleon, le chaméléon noir ; ils appellent chaméléon blanc qui étoit une plante bonne à manger, ixias chamaeleon, & ont grand soin de distinguer toujours ces deux plantes par les épithetes de blanche ou de noire ; mais Pline a mieux fait, ce me semble, d'employer le mot particulier ulophonus, pour désigner le chaméléon noir, parce qu'il prévenoit toute erreur à venir. (D.J.)
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| ULOTHAW | (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Westphalie, au comté de Ravensberg, sur la rive gauche du Weser, entre Rintelen & Minden. (D.J.)
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| ULOTTE | voyez HULOTE.
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| ULOTTESENTE | S. m. (Marine) espece de gabare pontée dont on se sert à Amsterdam.
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| ULPIANUM | (Géog. anc.) ville de la haute Moësie, dans la Dardanie, selon Ptolémée, l. III. c. ix. L'empereur Justinien l'ayant réparée, la nomma Seconde Justinienne. Il y avoit dans la Dace une autre ville nommée Ulpianum, que Ptolémée, l. III. c. viij. met au nombre des principales de cette province ; cependant on ne s'accorde point sur le nom moderne de cette ville. (D.J.)
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| ULSTER | (Géog. mod.) en latin Ultonia & Ulidia, par les Irlandois Cui-Guilly, c'est-à-dire province de Guilly ; les Gallois disent Ultw, & les Anglois Ulster, province d'Irlande, bornée au nord par l'Océan septentrional ; au midi, par la province de Leinster ; au levant, par le canal de S. George ; & au couchant, par l'Océan occidental ; desorte qu'elle est environnée de trois côtés par la mer. Sa longueur est d'environ 116 milles, sa largeur d'environ 100 milles, & son circuit, en comptant tous les tours & retours, d'environ 460 milles.
Cette province a de grands lacs, d'épaisses forêts, un terroir fertile en grains & en pâturages, & des rivieres profondes & poissonneuses, sur-tout en saumons.
La contrée d'Ulster étoit anciennement partagée entre les Erdini qui occupoient Fermanagh & les environs ; les Venicnii qui avoient une partie du comté de Dunnagal, les Robognii qui possédoient Londonderry, Antrim & partie de Tyrone, les Volentii qui demeuroient autour d'Armagh, les Darni qui habitoient aux environs de Down & les parties occidentales.
Tir-Owen soumit tout ce pays aux Anglois, qui le divisent actuellement en dix comtés : cinq de ces comtés, savoir Louth, Down, Antrim, Londonderry & Dunnagal confinent à la mer ; les cinq autres, savoir Tyrone, Armagh, Fermanagh, Monaghan & Cavan sont dans les terres. Londonderry est regardée pour être la capitale.
Ulster donne le titre de comte au frere ou à un des fils des rois d'Angleterre, qui est d'ailleurs créé duc d'Yorck. Il y a dans cette province un archevêché, six évêchés, dix villes qui ont des marchés publics, quatorze autres de commerce, trente-quatre villes ou bourgs qui députent au parlement d'Irlande, deux cent quarante paroisses, & plusieurs châteaux qui servent à la défense du pays.
Toute la province d'Ulster étant tombée à la couronne sous le regne de Jacques I. par un acte de prescription contre les rebelles, on établit une compagnie à Londres pour former de nouvelles colonies dans cette contrée. La propriété des terres fut divisée en portions médiocres, dont la plus grande ne contenoit pas plus de deux mille acres. On y fit passer des tenanciers d'Angleterre & d'Ecosse. Les Irlandois furent éloignés de tous les lieux capables de défense, & cantonnés dans les pays plats. On leur enseigna l'agriculture & les arts. On pourvut à leur sûreté dans des habitations fixes. On imposa des punitions pour le pillage & le vol. Ainsi de la plus sauvage & la plus désordonnée des provinces de l'Irlande, l'Ulster devint bientôt celle où le regne des loix & d'une heureuse culture parut le mieux établi.
Jacques I. ne souffrit plus dans ce pays-là & dans toute l'étendue de l'île d'autre autorité que celle de la loi, qui garantissoit à l'avenir le peuple du pays de toute tyrannie. La valeur des droits que les nobles exigeoient auparavant de leurs vassaux fut fixée, & toute autre exaction arbitraire défendue sous les plus rigoureuses peines.
Telles furent les mesures par lesquelles Jacques I. introduisit l'humanité & la justice dans une nation qui n'étoit jamais sortie jusqu'alors de la plus profonde barbarie, & de la plus odieuse férocité. Nobles soins ! fort supérieurs à la vaine & criminelle gloire de conquérans, mais qui demandent des siecles d'attention & de persévérance pour conduire de si beaux commencemens à leur pleine maturité. (D.J.)
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| ULTÉRIEUR | adj. en Géographie, est un terme qui s'applique à quelque partie d'un pays, située de l'autre côté d'une riviere, montagne ou autre limite qui partage le pays en deux parties. C'est ainsi que le mont Atlas divise l'Afrique en citérieure & ultérieure, c'est-à-dire en deux parties, dont l'une est en-deçà du mont Atlas par rapport à l'Europe, & dont l'autre est au-delà de cette montagne. Chambers.
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| ULTRAMONDAIN | adj. (Physiq.) au-delà du monde, terme qu'on applique quelquefois à cette partie de l'univers, que l'on suppose être au-delà des limites de notre monde. Voyez UNIVERS, MONDE, &c.
Ce mot est plus usité en latin qu'en françois. Ultramundanum spatium, espace ultramondain.
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| ULTRAMONTAIN | adj. & subst. (Hist. mod.) ce qui est au-delà des monts.
On se sert ordinairement de cette expression relativement à la France & à l'Italie, qui sont séparées l'une de l'autre par des montagnes qu'on appelle les Alpes.
Les opinions des ultramontains, c'est-à-dire des théologiens & des canonistes italiens, tels que Bellarmin, Panorme, & d'autres qui prétendent que le pape est supérieur au concile général, que son jugement est infaillible sans l'acceptation des autres églises, &c. ne sont point reçues en France.
Les Peintres, & sur-tout ceux d'Italie, appellent ultramontains tous ceux qui ne sont point de leur pays. Le Poussin est le seul des peintres ultramontains dont ceux d'Italie paroissent envier le mérite.
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| ULTZEN | (Géog. mod.) ville ou, pour mieux dire, bourg d'Allemagne, dans la basse-Saxe, au duché de Lunebourg, sur la riviere d'Ilmenaw, à sept lieues de Lunebourg. (D.J.)
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| ULUBRAE | (Géog. anc.) chétive bourgade d'Italie, dans le Latium, au voisinage de Velitrae & de Suessa Pometia. Ses habitans sont nommés Ulubrani par Cicéron, l. VII. epist. xij. & Ulubrenses par Pline, l. III. c. v. Quoique Ulubre fût une colonie romaine, selon Frontin, Juvenal, sat. X. vers. 108. nous apprend que c'étoit de son tems un lieu désert ; mais Horace, l. I. epist. 11. 28. a immortalisé le nom de ce méchant village, en écrivant à Bullatius cette pensée si vraie que le bonheur est en nous-mêmes ; & qu'en le cherchant par terre & par mer, c'est vainement se consumer par une laborieuse oisiveté. " Fussiez vous, dit-il, à Ulubre même, vous l'y trouverez ce bonheur, pourvu que vous teniez toujours votre esprit dans une assiette égale & tranquille ".
Quod petis hîc est,
Est Ulubris, animus si te non deficit aequus.
(D.J.)
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| ULVA | S. m. (Hist. nat. Botan. anc.) le mot ulva est fort commun dans les auteurs latins, mais sa signification n'est pas moins disputée. Quelques-uns veulent que ce mot désigne une espece de chien-dent aquatique, d'autres la queue de chat, & d'autres une espece de jonc qui a des masses au sommet. Bauhin imagine que ulva est une mousse marine du genre des algues.
Cette plante, quelle qu'elle soit, est fort célebre dans Virgile, qui en parle, au ij. & au vj. de son Aenéide, comme d'une plante aquatique. Je croirois volontiers que les anciens ont employé le mot ulva, pour un terme générique de toutes les plantes qui croissent sur le bord des eaux courantes ou marécageuses ; c'est pourquoi Pline dit que la sagitta ou fleche d'eau est une des ulva.
Il est vrai que ce terme, dans Caton de re rust. cap. xxxviij. désigne nettement le houblon ; car il dit que la plante ulva s'entortille aux saules, & donne une bonne espece de litiere au bétail ; mais comme ce terme ne se trouve en ce sens que dans ce seul auteur, on peut raisonnablement supposer que c'est une faute de copistes qui ont écrit ulva pour upulus, ancien nom de houblon, car la lettre h initiale qu'on a ajouté, est assez moderne. Pline, par une semblable faute de copiste, appelle le houblon lupus pour upulus. (D.J.)
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| ULYSSE | (Mythol.) roi de deux petites îles de la mer Ionienne, Ithaque & Dulichie, étoit fils de Laerte & d'Anticlie ; c'étoit un prince éloquent, fin, rusé, & qui contribua bien autant par ses artifices à la prise de Troie, qu'Ajax & Diomede par leur valeur ; mais Homere a seul immortalisé ses avantures fictives par son poëme de l'Odyssée, & tous les Mythologues ont tâché d'en expliquer la fable ; cependant sans Homere, Ithaque, Ulysse, & tout ce qui le regarde, nous seroit fort inconnu.
On sait que ce poëte fait aussi partir le jeune Télémaque pour aller trouver son pere ; & qu'après avoir raconté son voyage jusqu'à Sparte, il le laisse là, c'est-à-dire, depuis le quatrieme livre de l'Odyssée jusqu'à l'arrivée d'Ulysse à Ithaque, où il se trouve. C'est cet intervalle qu'a si heureusement rempli l'illustre archevêque de Cambrai dans son Télémaque, un des plus beaux poëmes & le plus sage qui ait jamais été fait.
Ulysse après sa mort reçut les honneurs héroïques, & eut même un oracle dans le pays des Eurithaniens, peuples d'Etolie. Entre les monumens qui nous restent de ce prince, est une médaille de Gorlaeus qui le représente nud, tenant une pique à la main, le pié droit sur une roue : près de lui est une colonne sur laquelle est son casque. (D.J.)
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| ULYSSEA | (Géog. anc.) ville de l'Espagne Bétique ; Strabon, liv. III. p. 149. qui la place au-dessus d'Abdera, dans les montagnes, la donne comme une preuve qu'Ulysse avoit pénétré jusqu'en Espagne, sur le témoignage de Possidonius, d'Artémidore, & d'Asclépiade de Myrlée, qui avoit enseigné la Grammaire dans la Turditanie ; Strabon, l. III. p. 157. ajoute que dans la ville Ulyssea, il y avoit un temple dédié à Minerve, & que l'on voyoit dans ce temple des monumens des voyages d'Ulysse. (D.J.)
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| ULYSSIS-PORTUS | (Géog. anc.) port sur la côte orientale de Sicile, au midi du promontoire appellé aujourd'hui Capo-di-Molini, & dans le lieu où l'on voit présentement une tour nommée Loguina. Les pierres & les cendres que le mont Aetna a jettées depuis, ont tellement comblé ce port, qu'il n'en paroît plus aucun : on ne sauroit dire de quelle grandeur il étoit. Du reste, si on s'en rapporte à Homere, ce ne fut pas dans ce port que relâcha Ulysse ; & si Virgile & Pline mettent le port d'Ulysse près de Catane, ils imitent apparemment en cela quelques anciens commentateurs d'Homere. On voit néanmoins quatre cent ans avant Virgile, qu'Euripide avoit mis le port d'Ulysse dans ce lieu. Cluvier, Sicil. ant. l. I. c. ix. (D.J.)
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| UMA | L ', ou UHMA, (Géog. mod.) riviere de Suede : elle a sa source dans les montagnes de la Laponie suédoise, aux confins de la Norwege, traverse la Bothnie occidentale, & se perd dans le golfe, près de la petite ville ou bourg d'Uma, auquel elle donne son nom. Long. de ce bourg, 37. 35. latit. 63. 50. (D.J.)
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| UMAGO | (Géog. mod.) ville d'Italie, dans l'Istrie, sur la côte occidentale, avec un port ; elle appartient aux Vénitiens, & est presque déserte. Quelques savans la prennent pour la Mingum ou Ningum d'Antonin, qu'il met entre Tergeste & Parentium ; mais Simler prétend que c'est Murgia. (D.J.)
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| UMBARES | S. m. pl. (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne en Ethiopie & en Abissinie aux juges ou magistrats civils qui rendent la justice aux particuliers ; ils jugent les procès partout où ils se trouvent, même sur les grands chemins, où ils s'asseient & écoutent ce que chacune des parties a à alléguer ; après quoi ils prennent l'avis des assistans, & décident la question. Mais on appelle des décisions des Umbares à des tribunaux supérieurs.
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| UMBELLES | S. f. chez les Botanistes, sont des touffes rondes, ou têtes de certaines plantes, serrées les unes contre les autres, & toutes de même hauteur. Les umbelles claires sont celles qui se trouvent éloignées les unes des autres, quoique toutes d'une même hauteur. Voyez UMBELLIFERES.
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| UMBELLIFERES | adj. f. (Botan.) on nomme ainsi les plantes qui ont leurs sommités branchues, & étendues en forme d'umbelles ou parasols, sur chaque petite subdivision desquelles vient une petite fleur. Tel est le fenouil, l'aneth, &c. Voyez PLANTE.
Cette fleur est toujours à cinq pétales ; il lui succede deux semences qui sont à nud & jointes l'une contre l'autre, qui sont le véritable caractere qui distingue ces sortes de plantes des autres.
La famille des plantes umbelliferes est fort étendue ; Ray les distingue en deux classes.
La premiere est de celles qui ont les feuilles très-divisées, & d'une figure triangulaire, & dont les semences sont ou larges ou plates, comme le sphondylium, la pastinaca latifolia, le panax heracleum, le tardylium, l'oreoselinum, le thysselium, l'apium à feuilles de ciguë, le daucus alsaticus carvi folio, l'aneth, le peucedanum, le thapsia, le ferula, &c. ou dont les semences sont plus grosses & moins applaties que les premieres ; comme le cachrys, le laserpitium, la cicutaire ordinaire, le scandix, le cerfeuil, le myrrhis, l'angélique des jardins, le levisticum, le siler montanum, le bulbocastanum, le sisarum, l'oenanthe, le sium, la pimprenelle, l'ache, la ciguë, le visnaga, la saxifrage, le crithmum, le fenouil, le daucus ordinaire, l'anis, le caucalis, la coriandre, le pastinaca marina, &c.
La seconde classe est de celles qui ont les feuilles simples & sans division, ou du-moins seulement un peu découpées ; comme le perfoliata, le buplevrum, l'astrantia nigra, la sanicle, & le séseli d'Ethiopie.
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| UMBELLIFORMES | fleurs umbelliformes. Voyez FLEUR.
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| UMBER | (Géog. anc.) 1°. lac d'Italie dans l'Umbrie, selon Properce.
Et lacus aestivis intepet Umber aquis.
Ce lac est nommé Ombros ou Ombrus, par Etienne le géographe ; Scaliger veut que ce soit le vadimonis lacus de Tite-Live & de Pline ; & par conséquent ce seroit aujourd'hui lago di Bessanello.
2°. Umber, fleuve d'Angleterre, selon Bede, cité par Ortelius. Il conserve son ancien nom ; car on le nomme encore présentement Humber. (D.J.)
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| UMBILIC | ou NOMBRIL, en Anatomie, est le centre de la partie moyenne du bas-ventre ou abdomen ; & c'est par-là que passent les vaisseaux umbilicaux qui vont du foetus au placenta.
Le mot est purement latin ; il est formé d'umbo, qui signifie la petite bosse qu'on voyoit au milieu d'un bouclier ; parce que cette bosse ressembloit au nombril. Voyez UMBILICAUX vaisseaux.
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| UMBILICAL | adj. en Anatomie, est ce qui a rapport à l'umbilic ou nombril. Voyez UMBILIC, &c.
UMBILICALE, région, est la partie de l'abdomen qui est autour de l'umbilic ou nombril. Voyez ABDOMEN & REGION.
UMBILICAUX, vaisseaux, sont un assemblage de vaisseaux propres au foetus, & qui forment ce qu'on nomme le cordon umbilical. Voyez FOETUS, ARRIERE-FAIX, &c.
Ces vaisseaux consistent en deux arteres, une veine, & l'ouraque.
Les arteres umbilicales viennent des iliaques près de leur division en externes & internes, & passant ensuite de chaque côté de la vessie & à-travers le nombril, vont se rendre au placenta.
La veine umbilicale vient du placenta par une infinité de rameaux capillaires qui se réunissent en un seul tronc, lequel va se rendre au foie du foetus, & se distribue en partie dans la veine-porte, & en partie dans la veine-cave.
L'ouraque ne se découvre manifestement que dans les animaux, quoiqu'il n'y ait pas lieu de douter qu'il n'existe aussi dans l'homme. Voyez OURAQUE.
L'usage des vaisseaux umbilicaux est d'entretenir une communication entre la mere & le foetus. Quelques auteurs prétendent que c'est par-là que le foetus reçoit sa nourriture, & qu'il croît comme une plante dont la mere est pour ainsi dire la racine, les vaisseaux umbilicaux la tige, & l'enfant est la tête ou le fruit. Voyez CIRCULATION, NUTRITION, FOETUS, &c.
UMBILICAL, cordon, est une espece de cordon formé par les vaisseaux umbilicaux, lesquels étant enveloppés dans une membrane ou tunique commune, traversent l'arriere-faix, & se rendent d'un côté au placenta de la mere, & de l'autre à l'abdomen du foetus.
Le cordon umbilical est membraneux, tortillé, & inégal ; il vient du milieu de l'abdomen du foetus, & se rend au placenta de la mere : il est ordinairement de la longueur d'une demi-aune, & de la grosseur d'un doigt. Il devoit nécessairement avoir cette longueur, afin que le foetus devenant fort, ne pût pas le rompre en s'étendant & se roulant de tout côté dans la matrice, & afin qu'il pût servir à tirer plus aisément l'arriere-faix après l'accouchement.
La route que tient ce cordon de l'umbilic jusqu'au placenta n'est pas toujours la même. Quelquefois il va du côté droit au cou du foetus, & l'ayant entouré, descend pour gagner le placenta. D'autres fois il va du côté gauche au cou, &c. D'autres fois il ne va point du tout au cou du foetus, mais se porte d'abord un peu vers la poitrine, & tournant ensuite autour du dos, se rend de-là au placenta.
Après l'accouchement, on rompt ou on coupe le cordon près du nombril ; ensorte que ses vaisseaux, savoir les deux arteres, la veine & l'ouraque, deviennent entierement inutiles, & se desséchant, se bouchent & ne servent plus que de ligamens pour suspendre le foie.
Le docteur Boerhaave propose une question difficile ; savoir pourquoi tous les animaux mordent & déchirent le cordon umbilical de leurs foetus, dès qu'ils sont nés, sans qu'aucun périsse d'hémorrhagie, tandis que l'homme perd tout son sang en peu de tems, si on ne fait une ligature au cordon avec soin, quoique le cordon soit plus long & plus entortillé dans l'homme, & que par conséquent il y ait moins à craindre l'hémorrhagie ; à cette question on a donné des solutions diverses. Tauvry accuse le luxe de l'homme & son sang plus dissous ; Chirac la lenteur avec laquelle les bêtes mordent, mâchent, & rompent le cordon.
D'autres ont allégué la grandeur des vaisseaux, qu'ils prétendent beaucoup plus vastes que dans les brutes ; mais Fanton a proposé par conjecture, le peu de nécessité de la ligature, & Schulzius nie que le foetus humain perde son sang quoiqu'on ne lie pas le cordon. Dans ce cas Lamotte, Trew, &c. conviennent qu'il n'y a eu qu'une petite hémorrhagie. On trouve, il est vrai, des expériences contraires chez d'autres observateurs, tels que Mauriceau, Hildanus, Burgmann, Quellmalz, & Cramer, qui le sixieme ou le dixieme jour vit le sang sortir pour avoir bassiné le nombril d'une liqueur chaude. Au-reste, on ne peut mieux prouver combien les observateurs varient, & combien il est difficile d'asseoir un jugement sur leurs faits ; il n'y a qu'à rapporter les expériences de Carpi, qui a vû des foetus de cheval & d'âne périr, après avoir rompu leur cordon.
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| UMBILICUS | (Lang. lat.) ce terme signifie le milieu d'une chose, le nombril. Dans Horace, ad umbilicum opus ducere, veut dire achever un ouvrage, y mettre la derniere main, parce que les Romains écrivant leurs ouvrages en long, sur des membranes ou écorces d'arbres, ils les rouloient après que tout étoit écrit, & les fermoient avec des bossettes de corne ou d'ivoire, en forme de nombril, pour les tenir fixes. (D.J.)
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| UMBILIQUÉE | COQUILLE, (Conchyliolog.) coquille contournée en forme de nombril. Rondelet, ainsi qu'Aldrovandus, ont fait mal-à-propos un genre particulier des coquilles umbiliquées, car elles ne sont autre chose que les especes de limaçons, dont la bouche a dans ses environs une ouverture appellée en latin umbilicus, à-cause de sa ressemblance avec l'umbilic humain. (D.J.)
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| UMBLE | S. m. (Hist. nat. Ichthyolog.) poisson du lac de Lausanne, qui ressemble au saumon par la forme du corps, par le nombre & la position des nageoires, par les visceres ; aussi a-t-on donné à ce poisson le nom de saumon du lac de Lausanne. Voyez SAUMON. Il a la bouche grande, & garnie de dents, non-seulement aux deux mâchoires, mais encore sur la langue ; la tête est de couleur livide ; les couvertures des ouies ont une belle couleur argentée, à l'exception de l'extrêmité qui est d'un jaune doré. Ce poisson est très-bon à manger ; il a la chair seche & dure, sur-tout lorsqu'il est vieux ; il a jusqu'à deux coudées de longueur lorsqu'il a pris tout son accroissement. Rondelet, hist. des poissons des lacs, chap. xij. Voyez POISSON.
UMBLE-CHEVALIER, (Hist. nat. Ichthyolog.) poisson qui se trouve aussi dans le lac de Lausanne ; il ressemble entierement au saumon & à la truite saumonée pour la forme du corps, & par le nombre & la position des nageoires ; il ne differe de l'umble simplement dit, qu'en ce qu'il est plus grand. Le dos a une couleur mêlée de bleu & de noir, & le ventre est d'un jaune doré. La chair de ce poisson est dure & seche ; la tête passe pour la partie la plus délicate, comme dans le saumon. Rondelet, histoire nat. des poissons des lacs, chap. xiij. Voyez POISSON.
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| UMBRE | voyez OMBRE.
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| UMBRIATICO | (Géog. mod.) petite ville d'Italie, au royaume de Naples, dans la Calabre citérieure, sur le Lipuda, à 20 milles au nord de Sancta-Severina, dont son évêché est suffragant. Longit. 34. 52. lat. 39. 27. (D.J.)
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| UMBRIE | Umbria, (Géog. anc.) contrée d'Italie, bornée au nord par le fleuve Rubicon, à l'orient par la mer Supérieure & par le Picenum ; au midi encore par le Picenum & par le Nar ; au couchant, par l'Etrurie, dont elle étoit séparée par le Tibre.
Cette contrée qui étoit partagée en deux par l'Apennin, est appellée par les Grecs , du mot , imber, à cause des pluies qui avoient inondé le pays. Pline, l. III. c. xiv. appuie cette origine : Umbrorum gens antiquissima Italiae existimatur, ut quos Umbrios à graecis putent dictos, quod inundatione terrarum umbribus superfuissent.
Solin dit, que d'autres ont prétendu que les Umbres étoient descendus des anciens Gaulois : c'est ce qui ne seroit pas aisé à prouver. On pourroit dire néanmoins avec fondement, que les Sénonois habiterent la partie maritime de l'Umbrie, depuis la mer jusqu'à l'Apennin, & qu'ils se mêlerent avec les Umbres : mais les Sénonois ne furent pas les premiers des Gaulois qui passerent en Italie.
Quoi qu'il en soit, les auteurs latins ont tous écrit le nom de cette contrée par un u, & non par un o, comme les Grecs. Etienne le géographe en fait la remarque. Après avoir dit, le peuple étoit appellé , Ombrici ; & , Ombri ; il ajoute , dicuntur ab Italis scriptoribus Umbri.
L'Umbrie étoit la patrie de Properce, & il nous l'apprend lui-même au premier livre de ses élégies :
Proxima supposito contingens Umbria campo
Me genuit terris fertilis uberibus.
On dit au pluriel, Umbri, & au singulier, Umber, selon ces vers de Catulle, in Egnatium.
Si urbanus esses, aut Sabinus, aut Tiburs
Aut porcus Umber, aut obesus Hetruscus.
On voit la même chose dans une inscription de Préneste, rapportée par Gruter, p. 72. n. 5.
Quos Umber sulcare solet, quos
Tuscus arator.
L'Umbrie maritime, ou du-moins la plus grande partie de ce quartier, qui avoit été habitée par les Gaulois Sénonois, conserva toujours le nom d'Ager gallicus ou gallicanus, après même que le pays eut été restitué à ses premiers habitans : c'est ce qui fait que Tite-Live, l. XXXIX. c. lxiv. dit coloniae duae Potentia in Picenum, Pisaurum in gallicum agrum deductae sunt. (D.J.)
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| UMBRO | (Géog. anc.) fleuve d'Italie. Pline, liv. III. c. v. dit qu'il est navigable ; ce que Rutilius, liv. I. v. 337. n'a pas oublié :
Tangimus Umbronem : non est ignobile flumen,
Quod tuto trepidas excipit ore rates.
L'itinéraire d'Antonin, dans la route maritime de Rome à Arles, met Umbronis fluvius entre Portus Telamonis & Lacus Aprilis, à 12 milles du premier de ces lieux, & à 18 du second. Ce fleuve se nomme aujourd'hui l'Umbrone ; c'est sans-doute l'Umber de Properce, & l'Ombros d'Etienne le géographe. (D.J.)
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| UMBU | S. m. (Hist. nat. Bot. exot.) espece de prunier du Brésil, nommé par Pison, arbor prunifera Brasiliensis, fructu magno, radicibus tuberosis.
On le prendroit à quelque distance, soit par sa forme, sa grosseur, ou son fruit pour un petit citronnier ; son tronc est court, foible, & divisé en un grand nombre de petites branches tortillées ; ses feuilles sont étroites, unies, d'un beau verd, acides & astringentes au goût ; sa fleur est blanchâtre ; son fruit d'un blanc jaunâtre, semblable à une assez grosse prune, mais dont la pulpe est plus dure, & en plus petite quantité ; il contient un gros noyau, & murit dans les mois pluvieux ; alors il est fort agréable au goût : en tout autre tems, son âcreté est si grande qu'elle agace les dents ; on en fait usage en qualité de rafraîchissant & d'astringent.
Sa racine a quelque chose de particulier, outre qu'elle se répand dans la terre ainsi que celle des autres arbres, elle se met en différens tubercules, compactes & pesans, que vous prendriez à leur forme & à leur couleur extérieure cendrée, pour de grosses patates ; lorsqu'ils sont dépouillés de leur peau, ils sont blancs en-dedans comme de la neige ; leur pulpe est molle, succulente, semblable à celle de la gourde, & se résout dans la bouche en un suc aqueux, froid, doux, & très-agréable.
Ce fruit soulage & rafraîchit dans la fievre, accompagnée de chaleur violente ; il n'est pas inutile aux voyageurs, ainsi que Pison l'a lui-même éprouvé. (D.J.)
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| UN | S. m. (Arithmétique) unité de nombre ; un multiplié par lui-même ne produit jamais qu'un ; une fois un est un, un joint à un autre un, fait deux ; un & un font deux. Un en chiffre arabe s'écrit ainsi (1), en chiffre romain (I) & en chiffre françois, de compte ou finance, ainsi (j). (D.J.)
UN, DEUX, TROIS, (Marine) ces mots sont prononcés par celui qui fait haler la bouline, & au dernier les travailleurs agissent en même tems.
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| UNA | (Géog. anc.) fleuve de la Mauritanie tingitane, selon Ptolémée, liv. IV. ch. j. on croit que c'est la riviere de Sus. (D.J.)
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| UNANIME | adj. (Gram.) qui a été fait par plusieurs, comme s'ils n'avoient eu qu'une même ame. On dit un accord unanime ; un concert unanime ; un mouvement unanime.
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| UNANIMITÉ | S. f. (Gram.) concorde parfaite entre plusieurs personnes. Il regne dans toutes leurs actions la plus grande unanimité. Il y eut dans cette assemblée la plus entiere unanimité.
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| UNCIALES | adj. f. pl. termes d'Antiquaire, les antiquaires donnoient cette épithete à certaines lettres ou grands caracteres dont on se servoit autrefois, pour faire des inscriptions & des épitaphes ; on les nommoit en latin litterae unciales. Ce mot vient d'uncia, qui étoit la douzieme partie d'un tout, & qui en mesure géométrique valoit la douzieme partie d'un pié ou un pouce : & telle étoit la grosseur de ces lettres. (D.J.)
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| UNCTUARIUM | S. m. (Hist. anc.) partie du gymnase des anciens ; c'étoit la piece ou appartement destiné aux onctions qui précédoient ou qui suivoient l'usage des bains, la lutte, le pancrace, &c. Voyez ALYPTERION & GYMNASE.
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| UNCTUS | SICCUS, (Littérat.) les gens aisés qui chez les Romains, ne se mettoient point à table sans s'être auparavant bien parfumés d'essences, sont les uncti d'Horace, que ce poëte oppose aux sicci. Unctus ne désignoit pas seulement un homme parfumé, il indiquoit tout ensemble un homme qui joignoit à l'amour de la parure, le goût pour la chere délicate, unctum obsonium.
Uncta popina, dans Horace est un cabaret bien fourni de tout ce qui peut contribuer à la bonne chere, redolens & optimis cibis plena, comme dit le scholiaste. (D.J.)
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| UNDALUS | (Géog. anc.) ville de la Gaule narbonnoise, dans l'endroit où la riviere Selgae, aujourd'hui la Sorgue, se jette dans le Rhône, selon Strabon, l. IV. pag. 185. qui ajoute que Domitius Aenobarbus défit près de cette ville une grande quantité de Gaulois. Mais Tite-Live, épitom. 50. en parlant de cette victoire du proconsul Cn. Domitius, dit que ce fut sur les Allobroges qu'il la remporta ; & au lieu de nommer la ville Undalum, il la nomme oppidum Vindalium : voici le passage, Cn. Domitius proconsul contrà Allobroges ad oppidum Vindalium feliciter pugnavit.
Il y a apparence que Vindalium oppidum ou Vindalum, sont les vrais noms de cette ville, & que l'Undalus ou Undalum de Strabon, sont corrompus. En effet, Florus, l. III. c. ij. appuie l'orthographe de Tite-Live : car en nommant les quatre fleuves, qui furent témoins de la victoire des Romains, il met du nombre le Vandalicus : c'est ainsi qu'il faut lire, & non Vindalicus, comme portent plusieurs éditions : les Vindéliciens sont trop éloignés, pour qu'aucun fleuve de leur pays puisse être nommé dans cette occasion avec le Var, l'Isere & le Rhône, qui sont les trois autres fleuves dont parle Florus.
Ce fleuve Vandalicus est le Sulgae de Strabon, & avoit peut-être donné son nom à la ville Vandalum, qui étoit à son embouchure. (D.J.)
UNDECIM-VIR, s. m. (Hist. anc.) magistrat à Athènes qui avoit dix collegues tous revêtus de la même charge ou commission.
Leurs fonctions étoient à-peu-près les mêmes que celles de nos prevôts & autres officiers des maréchaussées en France, savoir, d'arrêter, d'emprisonner les criminels, de les mettre entre les mains de la justice, & lorsqu'ils étoient condamnés, de les remettre en prison jusqu'à l'exécution de la sentence.
Les onze tribus d'Athènes élisoient ces magistrats, chacune en nommant un de son corps. Mais après le tems de Clisthenes, ces tribus ayant été réduites au nombre de dix, on élisoit un greffier ou notaire qui complettoit le nombre de onze. C'est pour cela que Cornelius Nepos, dans la vie de Phocion, les appelle , & Julius Pollux les nomme & . Cependant les fonctions des nomophylaces étoient très-différentes. Voyez NOMOPHYLACES.
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| UNDERSEWEN | (Géog. mod.) ou Underseen, petite ville de Suisse, au canton de Berne, dans l'Oberland ou pays d'en-haut, au bord du lac de Thoun, entre ce lac & celui de Brienz. Les Bernois y ont un avoyer. Long. 25. 44. latit. 46. 37. (D.J.)
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| UNDERWALD | (Géog. mod.) canton de Suisse, le sixieme en rang, il est nommé élégamment en latin Subsylvania. Ce canton est borné au nord par celui de Lucerne & par une partie du lac des quatre cantons, au midi par le canton de Berne, dont il est séparé par le mont Brunick, à l'orient par des hautes montagnes qui le séparent du canton d'Uri, & à l'occident par le canton de Lucerne encore.
Il est partagé en deux vallées qu'on peut nommer l'une supérieure, & l'autre inférieure. Ce partage fait par la nature a donné lieu au partage du gouvernement ; car quoique pour les affaires du dehors les deux vallées ne fassent qu'un seul canton, cependant chacune a son gouvernement particulier, son conseil, ses officiers, & même ses terres. La vallée supérieure se divise en six communautés, & la vallée inférieure en quatre. Le terroir des deux vallées est le même, & ne differe presque point de celui des cantons de Lucerne & d'Uri. Quoique les deux vallées aient chacune leur corps & leur conseil à part, elles ont établi pour les affaires du dehors un conseil général, dont les membres se tirent des conseils de chaque communauté.
Le canton d'Underwald est un canton catholique. Il ne possede point de bailliages en propre ; mais il jouit avec d'autres cantons, des bailliages communs du Thurgau, de l'Ober-Freyamter, de Sargans & du Rhein-Thal ; & il nomme encore, comme les onze autres cantons, des baillifs dans les quatre bailliages d'Italie.
Arnold de Melchtal, natif de ce canton, est un des quatre héros de la Suisse, qui le 7 Novembre de l'an 1307 arborerent les premiers l'étendard de la liberté, engagerent leurs compatriotes à secouer le joug de la domination d'Autriche, & à former une république confédérée, qu'ils ont depuis soutenue avec tant de gloire. Melchtal étoit irrité en particulier des horreurs de Grisler, gouverneur du pays, qui avoit fait crever les yeux à son pere. N'ayant point eu de justice de cette violence, il trouva des amis prêts à le venger ; & ils taillerent en pieces un corps de troupes ennemies commandées par le comte de Strasberg. Tell tua Grisler d'un coup de fleche. Enfin le peuple chassa du pays les Autrichiens, & établit pour principe du gouvernement à venir la liberté & l'égalité des conditions. Voyez SUISSE. (D.J.)
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| UNEDO | (Botan. anc.) nom employé par les anciens naturalistes pour désigner un fruit qu'ils estimoient être rafraîchissant & un peu astringent. La plûpart des modernes ont prétendu que ce fruit étoit celui de l'arboisier, parce que Pline le dit lui-même ; mais le naturaliste de Rome contredit dans son opinion tous les anciens écrivains latins, qui ont toujours appellé le fruit de l'arboisier du même nom que l'arbre qui le donne ; je veux dire arbutum ou arbutus. Varron parlant de la cueillette des fruits d'automne, les appelle tous du nom de leurs arbres ; il ne dit point decerpendo unedinem, mais decerpendo arbutum, mora, pomaque. Il est vrai que Servius employa le mot unedo pour le fruit de l'arboisier ; mais c'est l'erreur de Pline qu'il a copiée ; & le fait est si vrai, que d'un côté Galien, & de l'autre Paul Eginete déclarent unanimément que unedo n'est point du-tout le fruit de l'arboisier, mais le fruit de l'épimelis, qui étoit une espèce de neffle appellée sitanienne, ou selon d'autres, une espece de petite pomme sauvage.
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| UNGEN | (Géog. mod.) montagne du Japon, dans l'île de Ximon, entre Nangajaqui & Xima-Bara. Son sommet n'est qu'une masse brûlée, pelée & blanchâtre ; c'est un volcan qui exhale sans cesse une fumée de soufre, dont l'odeur est si forte, qu'à plusieurs milles à la ronde on n'y voit pas un seul oiseau.
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| UNGH L' | (Géog. mod.) riviere de la haute Hongrie. Elle prend sa source aux confins de la Pologne, dans les monts Krapack, donne son nom au comté d'Unghwar qu'elle traverse ; ensuite elle entre dans le comté de Zemblin, où elle se jette dans le Bodrog.
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| UNGHWAR | (Géog. mod.) comté de la haute Hongrie, aux frontieres de la Pologne, dans les monts Krapack. Sa capitale, & seule ville, porte le même nom. (D.J.)
UNGHWAR, (Géogr. mod.) petite ville de la haute Hongrie, capitale du comté du même nom, dans une île formée par la riviere d'Ungh, à douze lieues au levant de Cassovie. Long. 40. 6. latit. 48. 53. (D.J.)
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| UNGUENTARIUS | S. m. (Littér.) les unguentarii étoient les parfumeurs à Rome ; ils avoient leur quartier nommé vicus thurarius, dans la rue Toscane, qui faisoit partie du Vélabre. Elle prit son nom des Toscans qui vinrent s'y établir, après qu'on eut desséché les eaux qui rendoient ce quartier inhabitable : c'est pour cela qu'Horace appelle les parfumeurs, tusci turba impia vici, parce que ces gens-là étoient les ministres de tous les jeunes débauchés de Rome. (D.J.)
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| UNGUIS | en Anatomie, est le nom de deux os du nez, qui sont minces comme des écailles, & ressemblent à un ongle, d'où leur vient ce nom. Voyez NEZ.
Les os unguis sont les plus petits os de la mâchoire supérieure, & sont situés vers le grand angle des yeux. Voyez MACHOIRE.
Quelques auteurs les appellent os lacrymans, mais improprement, n'y ayant point de glande lacrymale dans le grand angle. D'autres les nomment os orbitaires.
Il est articulé par son bord supérieur avec le coronal, par son bord antérieur & son inférieur avec le maxillaire & le cornet inférieur du nez, par son bord postérieur avec l'os ethmoïde. Voyez CORNET, ETHMOÏDE, &c.
UNGUIS, (Jardinage) est la partie blanche au bout des feuilles, environnée d'une zone ou ligne épaisse, dentelée, souvent colorée avec des utricules, des épines, des poils & des barbes à l'extrêmité.
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| UNI | PLAIN, SIMPLE, (Synonym.) ce qui est uni, n'est pas raboteux. Ce qui est plain, n'a ni enfoncemens ni élévations.
Le marbre le plus uni est le plus beau. Un pays où il n'y a ni montagnes ni vallées, est un pays plain.
Uni se prend encore pour simple. On dit qu'un ouvrage est uni, lorsqu'on n'y a exécuté aucune sorte d'ornement. (D.J.)
UNI, (terme d'Agriculture) les laboureurs disent travailler à l'uni, pour dire, relever avec l'oreille de la charrue toutes les raies de terre d'un même côté, de telle maniere qu'il ne paroît aucun sillon, lorsqu'on a achevé de labourer le champ, & qu'au contraire il semble tout uni. L'on observe cette maniere de labourer les champs, sur-tout dans les terres seches & pierreuses, & pour y semer seulement des avoines ou des orges qu'on fauche, au lieu de les scier avec la faucille ; pour mieux réussir dans cette sorte de labour, on se sert d'une charrue à tourne-oreille. (D.J.)
UNI, adj. (terme de Manege) on dit cheval qui est uni, pour désigner un cheval dont les deux trains de devant & de derriere ne font qu'une même action, sans que le cheval change de pié ou galope faux. (D.J.)
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| UNIA | (Géog. mod.) île du golfe de Venise, au midi de celle d'Osoro. Il n'y a qu'un village dans cette île, quoiqu'elle ait environ quinze milles de tour. (D.J.)
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| UNICORNE | voyez NARWAL.
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| UNICORNU | UNICORNU
Il y a une terre de cette espece qu'on appelle magnes carneus ou aimant de chair : c'est une terre bolaire, fort seche, & qui s'attache fortement à la langue.
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| UNIFORME | UNIFORMITé, (Gram.) ce sont les opposés de divers & diversité, d'inégal & d'inégalité, de varié & variété. On dit des coutumes uniformes, une conduite uniforme, une vie uniforme, égale à elle-même, la veille constamment semblable au jour & le jour au lendemain.
UNIFORME, adj. (Méchan.) le mouvement uniforme est celui d'un corps qui parcourt des espaces égaux en tems égaux ; telle est au-moins sensiblement le mouvement d'une aiguille de montre ou de pendule. Voyez MOUVEMENT.
C'est dans le mouvement uniforme que l'on cherche ordinairement la mesure du tems. En voici la raison ; comme le rapport des parties du tems nous est inconnu en lui-même, l'unique moyen que nous puissions employer pour découvrir ce rapport, c'est d'en chercher quelqu'autre plus sensible & mieux connu, auquel nous puissions le comparer ; on aura donc trouvé la mesure du tems la plus simple, si on vient à bout de comparer de la maniere la plus simple qu'il soit possible, le rapport des parties du tems, avec celui de tous les rapports que l'on connoit le mieux. De-là il résulte que le mouvement uniforme est la mesure du tems la plus simple : car d'un côté le rapport des parties d'une ligne droite est celui que nous saisissons le plus facilement ; & de l'autre, il n'y a point de rapports plus aisés à comparer entr'eux, que des rapports égaux. Or dans le mouvement uniforme, le rapport des parties du tems est égal à celui des parties correspondantes de la ligne parcourue. Le mouvement uniforme nous donne donc tout-à-la-fois le moyen, & de comparer le rapport des parties du tems, au rapport qui nous est le plus sensible, & de faire cette comparaison de la maniere la plus simple ; nous trouvons donc dans le mouvement uniforme, la mesure la plus simple du tems.
Je dis, outre cela, que la mesure du tems par le mouvement uniforme, est indépendamment de la simplicité, celle dont il est le plus naturel de penser à se servir. En effet, comme il n'y a point de rapport que nous connoissions plus exactement que celui des parties de l'espace, & qu'en général un mouvement quelconque dont la loi seroit donnée, nous conduiroit à découvrir le rapport des parties du tems, par l'analogie connue de ce rapport avec celui des parties de l'espace parcouru ; il est clair qu'un tel mouvement seroit la mesure du tems la plus exacte, & par conséquent celle qu'on devroit mettre en usage préférablement à toute autre. Donc, s'il y a quelque espece particuliere de mouvement, où l'analogie entre le rapport des parties du tems & celui des parties de l'espace parcouru, soit connue indépendamment de toute hypothèse, & par la nature du mouvement même, & que cette espece de mouvement soit la seule à qui cette propriété appartienne, elle sera nécessairement la mesure du tems la plus naturelle. Or il n'y a que le mouvement uniforme qui réunisse les deux conditions dont nous venons de parler : car le mouvement d'un corps est uniforme par lui-même : il ne devient accéléré ou retardé qu'en vertu d'une cause étrangere, & alors il est susceptible d'une infinité de loix différentes de variation. La loi d'uniformité, c'est-à-dire l'égalité entre le rapport des tems & celui des espaces parcourus, est donc une propriété du mouvement considéré en lui-même ; le mouvement uniforme n'en est par-là que plus analogue à la durée, & par conséquent plus près à en être la mesure, puisque les parties de la durée se succédent aussi constamment & uniformément. Au-contraire, toute loi d'accélération ou de diminution dans le mouvement, est arbitraire, pour ainsi-dire, & dépendante des circonstances extérieures ; le mouvement non uniforme ne peut être par-conséquent la mesure naturelle du tems : car en premier lieu, il n'y auroit pas de raison pourquoi une espece particuliere de mouvement non uniforme, fût la mesure premiere du tems, plutôt qu'un autre : en second lieu, on ne pourroit mesurer le tems par un mouvement non uniforme, sans avoir découvert auparavant par quelque moyen particulier l'analogie entre le rapport des tems & celui des espaces parcourus, qui conviendroit au mouvement proposé. D'ailleurs, comment connoître cette analogie autrement que par l'expérience, & l'expérience ne supposeroit-elle pas qu'on eût déja une mesure du tems fixe & certaine ?
Mais le moyen de s'assurer, dira-t-on, qu'un mouvement soit parfaitement uniforme ? Je réponds d'abord qu'il n'y a non plus aucun mouvement non uniforme dont nous sachions exactement la loi, & qu'ainsi cette difficulté prouve seulement que nous ne pouvons connoître exactement & en toute rigueur le rapport des parties du tems ; mais il ne s'ensuit pas de-là que le mouvement uniforme n'en soit par sa nature seule, la premiere & la plus simple mesure. Aussi ne pouvant avoir de mesure du tems précise & rigoureuse, c'est dans les mouvemens à-peu-près uniformes que nous en cherchons la mesure au-moins approchée. Nous avons deux moyens de juger qu'un mouvement est à-peu-près uniforme, ou quand nous savons que l'effet de la cause accélératrice ou retardatrice ne peut être qu'insensible ; ou quand nous le comparons à d'autres mouvemens, & que nous observons la même loi dans les uns & dans les autres : ainsi si plusieurs corps se meuvent de maniere que les espaces qu'ils parcourent durant un même tems soient toujours entr'eux, ou exactement, ou à-peu-près dans le même rapport, on juge que le mouvement de ces corps est ou exactement, ou à très-peu près uniforme.
UNIFORME, s. m. (Art milit.) on appelle uniforme dans le militaire, l'habillement qui est propre aux officiers & aux soldats de chaque régiment. Les troupes n'ont commencé à avoir des uniformes que du tems de Louis XIV. Comme elles avoient auparavant des armures de fer qui les couvroient entierement, ou presque entierement, l'uniforme n'auroit pu servir à les distinguer comme aujourd'hui. Les officiers françois sont obligés, par une ordonnance de 1737. de porter toujours l'habit uniforme pendant le tems qu'ils sont en campagne ou en garnison, afin qu'ils soient plus aisément connus des soldats. Sa Majesté a aussi depuis obligé ses officiers généraux de porter un uniforme par lequel on distingue les maréchaux de camp des lieutenans généraux. Cet uniforme qui les fait connoître, peut servir utilement pour les faire respecter, & leur faire rendre par toutes les troupes les honneurs dûs à leurs dignités. (Q)
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| UNIGENITUS | UNIGENITUS
Le P. Quesnel, prêtre de l'Oratoire, ami du célebre Arnauld, & qui fut compagnon de sa retraite jusqu'au dernier moment, avoit dès l'an 1671, composé un livre de réflexions pieuses sur le texte du nouveau Testament. Ce livre contient quelques maximes qui pourroient paroître favorables au jansénisme ; mais elles sont confondues dans une si grande foule de maximes saintes & pleines de cette onction qui gagne le coeur, que l'ouvrage fut reçu avec un applaudissement universel. Le bien s'y montre de tous côtés ; & le mal il faut le chercher. Plusieurs évêques lui donnerent les plus grands éloges dans sa naissance, & les confirmerent quand le livre eut reçu par l'auteur sa derniere perfection. L'abbé Renaudot, l'un des plus savans hommes de France, étant à Rome la premiere année du pontificat de Clément XI. allant un jour chez ce pape qui aimoit les savans, & qui l'étoit lui-même, le trouva lisant le livre du pere Quesnel. Voila, lui dit le pape, un livre excellent, nous n'avons personne à Rome qui soit capable d'écrire ainsi ; je voudrois attirer l'auteur auprès de moi. C'est cependant le même pape qui depuis condamna le livre.
Un des prélats qui avoit donné en France l'approbation la plus sincere au livre de Quesnel, étoit le cardinal de Noailles, archevêque de Paris. Il s'en étoit déclaré le protecteur, lorsqu'il étoit évêque de Châlons ; & le livre lui étoit dédié. Ce cardinal plein de vertus & de science, le plus doux des hommes, le plus ami de la paix, protégeoit quelques jansénistes sans l'être, & aimoit peu les jésuites, sans leur nuire & sans les craindre.
Ces peres commençoient à jouir d'un grand crédit depuis que le pere de la Chaise, gouvernant la conscience de Louis XIV. étoit en effet à la tête de l'église gallicane. Le pere Quesnel qui les craignoit, étoit retiré à Bruxelles avec le savant bénédictin Gerberon, un prêtre nommé Brigode, & plusieurs autres du même parti. Il en étoit devenu le chef après la mort du fameux Arnauld, & jouissoit comme lui de cette gloire flatteuse de s'établir un empire secret indépendant des souverains, de régner sur des consciences, & d'être l'ame d'une faction composée d'esprits éclairés.
Les jésuites plus répandus que sa faction, & plus puissans, déterrerent bientôt Quesnel dans sa solitude. Ils le persécuterent auprès de Philippe V. qui étoit encore maître des Pays-bas, comme ils avoient poursuivi Arnauld son maître auprès de Louis XIV. Ils obtinrent un ordre du roi d'Espagne de faire arrêter ces solitaires. Quesnel fut mis dans les prisons de l'archevêché de Malines. Un gentil-homme, qui crut que le parti janséniste feroit sa fortune s'il délivroit le chef, perça les murs, & fit évader Quesnel, qui se retira à Amsterdam, où il est mort en 1719. dans une extrême vieillesse, après avoir contribué à former en Hollande quelques églises de jansénistes ; troupeau foible, qui dépérit tous les jours. Lorsqu'on l'arrêta, on saisit tous ses papiers ; & comme on y trouva tout ce qui caractérise un parti formé, on fit aisément croire à Louis XIV. qu'ils étoient dangereux.
Il n'étoit pas assez instruit pour savoir que de vaines opinions de spéculation tomberoient d'elles-mêmes, si on les abandonnoit à leur inutilité. C'étoit leur donner un poids qu'elles n'avoient point, que d'en faire des matieres d'état. Il ne fut pas difficile de faire regarder le livre du pere Quesnel comme coupable, après que l'auteur eut été traité en séditieux. Les jésuites engagerent le roi lui-même à faire demander à Rome la condamnation du livre. C'étoit en effet faire condamner le cardinal de Noailles qui en avoit été le protecteur le plus zélé. On se flattoit avec raison que le pape Clément XI. mortifieroit l'archevêque de Paris. Il faut savoir que quand Clément XI. étoit le cardinal Albani, il avoit fait imprimer un livre tout moliniste, de son ami le cardinal de Sfondrate, & que M. de Noailles avoit été le dénonciateur de ce livre. Il étoit naturel de penser qu'Albani devenu pape, feroit au-moins contre les approbations données à Quesnel, ce qu'on avoit fait contre les approbations données à Sfondrate.
On ne se trompa pas, le pape Clément XI. donna, vers l'an 1708, un decret contre le livre de Quesnel ; mais alors les affaires temporelles empêcherent que cette affaire spirituelle qu'on avoit sollicitée, ne réussit. La cour étoit mécontente de Clément XI. qui avoit reconnu l'archiduc Charles pour roi d'Espagne, après avoir reconnu Philippe V. On trouva des nullités dans son decret, il ne fut point reçu en France, & les querelles furent assoupies jusqu'à la mort du pere de la Chaise, confesseur du roi, homme doux, avec qui les voies de conciliation étoient toujours ouvertes, & qui ménageoit dans le cardinal de Noailles, l'allié de madame de Maintenon.
Les jésuites étoient en possession de donner un confesseur au roi, comme à presque tous les princes catholiques. Cette prérogative est le fruit de leur institut, par lequel ils renoncent aux dignités ecclésiastiques : ce que leur fondateur établit par humilité, est devenu un principe de grandeur. Plus Louis XIV. vieillissoit, plus la place de confesseur devenoit un ministere considérable. Ce poste fut donné au pere le Tellier, fils d'un procureur de Vire en basse Normandie, homme sombre, ardent, inflexible, cachant ses violences sous un flegme apparent : il fit tout le mal qu'il pouvoit faire dans cette place, où il est trop aisé d'inspirer ce qu'on veut, & de perdre qui l'on hait : il avoit à venger ses injures particulieres. Les jansénistes avoient fait condamner à Rome un de ses livres sur les cérémonies chinoises. Il étoit mal personnellement avec le cardinal de Noailles, & il ne savoit rien ménager. Il remua toute l'église de France ; il dressa en 1711. des lettres & des mandemens, que des évêques devoient signer : il leur envoyoit des accusations contre le cardinal de Noailles, au bas desquelles ils n'avoient plus qu'à mettre leur nom. De telles manoeuvres dans des affaires profanes sont punies ; elles furent découvertes & n'en réussirent pas moins.
La conscience du roi étoit allarmée par son confesseur, autant que son autorité étoit blessée par l'idée d'un parti rebelle. Envain le cardinal de Noailles lui demanda justice de ces mysteres d'iniquité. Le confesseur persuada qu'il s'étoit servi des voies humaines, pour faire réussir les choses divines ; & comme en effet il défendoit l'autorité du pape, & celle de l'unité de l'église, tout le fond de l'affaire lui étoit favorable. Le cardinal s'adressa au dauphin, duc de Bourgogne ; mais il le trouva prévenu par les lettres & les amis de l'archevêque de Cambrai. Le cardinal n'obtint pas davantage du crédit de madame de Maintenon, qui n'avoit guere de sentimens à elle, & qui n'étoit occupée que de se conformer à ceux du roi.
Le cardinal archevêque, opprimé par un jésuite, ôta les pouvoirs de prêcher & de confesser à tous les jésuites, excepté à quelques-uns des plus sages & des plus modérés. Sa place lui donnoit le droit dangereux d'empêcher le Tellier de confesser le roi. Mais il n'osa pas irriter à ce point son souverain ; & il le laissa avec respect entre les mains de son ennemi. " Je crains, écrivit-il à madame de Maintenon, de marquer au roi trop de soumission, en donnant les pouvoirs à celui qui les mérite le moins. Je prie Dieu de lui faire connoître le péril qu'il court, en confiant son ame à un homme de ce caractere ".
Quand les esprits sont aigris, les deux partis ne font plus que des démarches funestes. Des partisans du pere le Tellier, des évêques qui espéroient le chapeau, employerent l'autorité royale pour enflammer ces étincelles qu'on pouvoit éteindre. Au-lieu d'imiter Rome, qui avoit plusieurs fois imposé silence aux deux partis ; au-lieu de réprimer un religieux, & de conduire le cardinal ; au-lieu de défendre ces combats comme les duels, & de réduire tous les prêtres, comme tous les seigneurs, à être utiles sans être dangereux ; au-lieu d'accabler enfin les deux partis sous le poids de la puissance suprême, soutenue par la raison & par tous les magistrats : Louis XIV. crut bien faire de solliciter lui-même la fameuse constitution, qui remplit le reste de sa vie d'amertume.
Le pere le Tellier & son parti envoyerent à Rome cent trois propositions à condamner. Le saint office en proscrivit cent & une. La bulle fut donnée au mois de Septembre 1713. Elle vint & souleva contr'elle presque toute la France. Le roi l'avoit demandée pour prévenir un schisme ; & elle fut prête d'en causer un. La clameur fut générale, parce que parmi ces cent & une propositions il y en avoit, qui paroissoient à tout le monde contenir le sens le plus innocent, & la plus pure morale. Une nombreuse assemblée d'évêques fut convoquée à Paris. Quarante accepterent la bulle pour le bien de la paix ; mais ils en donnerent en même tems des explications, pour calmer les scrupules du public.
L'acceptation pure & simple fut envoyée au pape ; & les modifications furent pour les peuples. Ils prétendoient par-là satisfaire à-la-fois le pontife, le roi, & la multitude. Mais le cardinal de Noailles, & sept autres évêques de l'assemblée qui se joignirent à lui, ne voulurent ni de la bulle, ni de ses correctifs. Ils écrivirent au pape, pour demander des correctifs même à sa sainteté. C'étoit un affront qu'ils lui faisoient respectueusement. Le roi ne le souffrit pas : il empêcha que la lettre ne parût, renvoya les évêques dans leurs diocèses, & défendit au cardinal de paroître à la cour.
La persécution donna à cet archevêque une nouvelle considération dans le public. C'étoit une véritable division dans l'épiscopat, dans tout le clergé, dans les ordres religieux. Tout le monde avouoit, qu'il ne s'agissoit pas des points fondamentaux de la religion ; cependant il y avoit une guerre civile dans les esprits, comme s'il eût été question du renversement du christianisme ; & on fit agir des deux côtés tous les ressorts de la politique, comme dans l'affaire la plus profane.
Ces ressorts furent employés pour faire accepter la constitution par la Sorbonne. La pluralité des suffrages ne fut pas pour elle ; & cependant elle y fut enregistrée. Le ministere avoit peine à suffire aux lettres de cachet, qui envoyoient en prison ou en exil les opposans.
Cette bulle avoit été enregistrée au parlement, avec la reserve des droits ordinaires de la couronne, des libertés de l'église gallicane, du pouvoir & de la jurisdiction des évêques ; mais le cri public perçoit toujours à-travers l'obéissance. Le cardinal de Bissi, l'un des plus ardens défenseurs de la bulle, avoua dans une de ses lettres, qu'elle n'auroit pas été reçue avec plus d'indignité à Genève qu'à Paris.
Les esprits étoient sur-tout revoltés contre le jésuite le Tellier. Rien ne nous irrite plus qu'un religieux devenu puissant. Son pouvoir nous paroît une violation de ses voeux ; mais s'il abuse de ce pouvoir, il est en horreur. Le Tellier osa présumer de son crédit jusqu'à proposer de faire déposer le cardinal de Noailles, dans un concile national. Ainsi un religieux faisoit servir à sa vengeance son roi, son pénitent & sa religion ; & avec tout cela, j'ai de très-fortes raisons de croire, qu'il étoit dans la bonne foi : tant les hommes s'aveuglent dans leurs sentimens & dans leur zèle !
Pour préparer ce concile, dans lequel il s'agissoit de déposer un homme devenu l'idole de Paris & de la France, par la pureté de ses moeurs, par la douceur de son caractere, & plus encore par la persécution ; on détermina Louis XIV. à faire enregistrer au parlement une déclaration, par laquelle tout évêque, qui n'auroit pas reçu la bulle purement & simplement, seroit tenu d'y souscrire, ou qu'il seroit poursuivi à la requête du procureur-général, comme rebelle.
Le chancelier Voisin, secrétaire d'état de la guerre, dur & despotique, avoit dressé cet édit. Le procureur-général d'Aguesseau, plus versé que le chancelier Voisin dans les loix du royaume, & ayant alors ce courage d'esprit que donne la jeunesse, refusa absolument de se charger d'une telle piece. Le premier président de Mesme en remontra au roi les conséquences. On traîna l'affaire en longueur. Le roi étoit mourant. Ces malheureuses disputes troublerent ses derniers momens. Son impitoyable confesseur fatiguoit sa foiblesse par des exhortations continuelles à consommer un ouvrage, qui ne devoit pas faire chérir sa mémoire. Les domestiques du roi indignés lui refuserent deux fois l'entrée de la chambre ; & enfin ils le conjurerent de ne point parler au roi de la constitution. Ce prince mourut, & tout changea.
Le duc d'Orléans, régent du royaume, ayant renversé d'abord toute la forme du gouvernement de Louis XIV. & ayant substitué des conseils aux bureaux des secrétaires d'état, composa un conseil de conscience, dont le cardinal de Noailles fut le président. On exila le pere le Tellier, chargé de la haine publique & peu aimé de ses confreres.
Les évêques opposés à la bulle, appellerent à un futur concile, dût-il ne se tenir jamais. La Sorbonne, les curés du diocèse de Paris, des corps entiers de religieux, firent le même appel ; & enfin le cardinal de Noailles fit le sien en 1717, mais il ne voulut pas d'abord le rendre public. On l'imprima malgré lui. L'Eglise de France resta divisée en deux factions, les acceptans & les refusans. Les acceptans étoient les cent évêques qui avoient adhéré sous Louis XIV. avec les jésuites & les capucins. Les refusans étoient quinze évêques & toute la nation. Les acceptans se prévaloient de Rome ; les autres des universités, des parlemens, & du peuple. On imprimoit volume sur volume, lettres sur lettres ; on se traitoit réciproquement de schismatique, & d'hérétique.
Un archevêque de Rheims du nom de Mailly, grand & heureux partisan de Rome, avoit mis son nom au bas de deux écrits que le parlement fit brûler par le bourreau. L'archevêque l'ayant sû, fit chanter un te Deum, pour remercier Dieu d'avoir été outragé par des schismatiques. Dieu le récompensa ; il fut cardinal. Un évêque de Soissons ayant essuyé le même traitement du parlement, & ayant signifié à ce corps que ce n'étoit pas à lui à le juger, même pour un crime de lése-majesté, il fut condamné à dix mille livres d'amende ; mais le régent ne voulut pas qu'il les payât, de peur, dit-il, qu'il ne devînt cardinal aussi.
Rome éclatoit en reproches : ou se consumoit en négociations ; on appelloit, on réappelloit ; & tout cela pour quelques passages aujourd'hui oubliés du livre d'un prêtre octogénaire, qui vivoit d'aumônes à Amsterdam.
La folie du systême des finances contribua, plus qu'on ne croit, à rendre la paix à l'Eglise. Le public se jetta avec tant de fureur dans le commerce des actions ; la cupidité des hommes, excitée par cette amorce, fut si générale, que ceux qui parlerent encore de jansénisme & de bulle, ne trouverent personne qui les écoutât. Paris n'y pensoit pas plus qu'à la guerre, qui se faisoit sur les frontieres d'Espagne. Les fortunes rapides & incroyables qu'on faisoit alors, le luxe, & la volupté portés aux derniers excès, imposerent silence aux disputes ecclésiastiques ; & le plaisir fit ce que Louis XIV. n'avoit pu faire.
Le duc d'Orléans saisit ces conjonctures, pour réunir l'église de France. Sa politique y étoit intéressée. Il craignoit des tems où il auroit eu contre lui Rome, l'Espagne, & cent évêques.
Il falloit engager le cardinal de Noailles non-seulement à recevoir cette constitution, qu'il regardoit comme scandaleuse, mais à rétracter son appel, qu'il regardoit comme légitime. Il falloit obtenir de lui plus que Louis XIV. son bienfaiteur ne lui avoit en vain demandé. Le duc d'Orléans devoit trouver les plus grandes oppositions dans le parlement, qu'il avoit exilé à Pontoise ; cependant il vint à bout de tout. On composa un corps de doctrine, qui contenta presque les deux partis. On tira parole du cardinal qu'enfin il accepteroit. Le duc d'Orléans alla lui-même au grand-conseil, avec les princes & les pairs, faire enregistrer un édit, qui ordonnoit l'acceptation de la bulle, la suppression des appels, l'unanimité & la paix.
Le parlement qu'on avoit mortifié en portant au grand-conseil des déclarations qu'il étoit en possession de recevoir, menacé d'ailleurs d'être transféré de Pontoise à Blois, enregistra ce que le grand-conseil avoit enregistré ; mais toujours avec les réserves d'usage, c'est-à-dire, le maintien des libertés de l'église gallicane, & des loix du royaume.
Le cardinal archevêque, qui avoit promis de se retracter quand le parlement obéiroit, se vit enfin obligé de tenir parole ; & on afficha son mandement de retractation le 20 Août 1720.
Depuis ce tems, tout ce qu'on appelloit en France jansénisme, quietisme, bulles, querelles théologiques, baissa sensiblement. Quelques évêques appellans resterent seuls opiniâtrément attachés à leurs sentimens.
Sous le ministere du cardinal de Fleury, on voulut extirper les restes du parti, en déposant un des prélats des plus obstinés. On choisit, pour faire un exemple, le vieux Soanen, évêque de la petite ville de Sénès, homme également pieux & inflexible, d'ailleurs sans parens, sans crédit.
Il fut condamné par le concile provincial d'Ambrun en 1728, suspendu de ses fonctions d'évêque & de prêtre, & exilé par la cour en Auvergne à l'âge de plus de 80 ans. Cette rigueur excita quelques vaines plaintes.
Un reste de fanatisme subsista seulement dans une petite partie du peuple de Paris, sur le tombeau du diacre Paris, & les jésuites eux-mêmes semblerent entraînés dans la chûte du jansénisme. Leurs armes émoussées n'ayant plus d'adversaires à combattre, ils perdirent à la cour le crédit dont le Tellier avoit abusé. Les évêques sur lesquels ils avoient dominé, les confondirent avec les autres religieux ; & ceux-ci ayant été abaissés par eux, les rabaisserent à leur tour. Les parlemens leur firent sentir plus d'une fois ce qu'ils pensoient d'eux, en condamnant quelques-uns de leurs écrits qu'on auroit pu oublier. L'université qui commençoit alors à faire de bonnes études dans la littérature, & à donner une excellente éducation, leur enleva une grande partie de la jeunesse ; & ils attendirent pour reprendre leur ascendant, que le tems leur fournit des hommes de génie, & des conjonctures favorables.
Il seroit très-utile à ceux qui sont entêtés de toutes ces disputes, de jetter les yeux sur l'histoire générale du monde ; car en observant tant de nations, tant de moeurs, tant de religions différentes, on voit le peu de figure que font sur la terre un moliniste & un janséniste. On rougit alors de sa frénésie pour un parti qui se perd dans la foule & dans l'immensité des choses. (D.J.)
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| UNION | JONCTION, (Synonyme) l'union regarde particulierement deux différentes choses, qui se trouvent bien ensemble. La jonction regarde proprement deux choses éloignées, qui se rapprochent l'une de l'autre.
Le mot d'union renferme une idée d'accord ou de convenance. Celui de jonction semble supposer une marque ou quelque mouvement.
On dit l'union des couleurs, & la jonction des armées ; l'union de deux voisins, & la jonction de deux rivieres.
Ce qui n'est pas uni est divisé, ce qui n'est pas joint est séparé.
On s'unit pour former des corps de société. On se joint pour se rassembler, & n'être pas seuls.
Union s'emploie souvent au figuré en vers & en prose ; mais on ne se sert de jonction que dans le sens littéral.
L'union soutient les familles, & fait la puissance des états. La jonction des ruisseaux forme les grands fleuves. Girard, synon. françois. (D.J.)
UNION CHRETIENNE, (Hist. ecclésiastique) communauté de veuves & de filles, projettée par madame de Polaillon, institutrice des filles de la providence, & exécutée par M. le Vachet, prêtre, de Romans en Dauphiné, secondé d'une soeur Renée de Tordes, qui avoit fait l'établissement des filles de la propagation de la foi à Metz, & d'une soeur Anne de Croze, qui avoit une maison à Charonne, où la communauté de l'union chrétienne commença, en 1661. Le but singulier de cette association étoit de travailler à la conversion des filles & femmes hérétiques, à retirer des femmes pauvres, qui ne pourroient être reçues ailleurs, & à élever de jeunes filles. Le séminaire de Charonne fut transféré à Paris en 1685 ; elles eurent des constitutions en 1662 : ces constitutions furent approuvées en 1668. Ces filles n'ont de pénitence que celles de l'église ; seulement elles jeûnent le vendredi. Elles tiennent de petites écoles. Après deux ans d'épreuves, elles s'engagent par les trois voeux ordinaires & par un voeu particulier d'union.
Elles ont un vêtement qui leur est propre.
La petite union est un autre établissement fait par le même M. le Vachet, mademoiselle de Lamoignon, & une mademoiselle Mallet. Il s'agissoit de retirer des filles qui viennent à Paris pour servir, & de fonder un lieu où les femmes pussent trouver des femmes-de-chambre & des servantes de bonnes moeurs. Ce projet s'exécuta en 1679.
UNION, (Gram. & Jurisp.) signifie en général la jonction d'une chose à une autre, pour ne faire ensemble qu'un tout.
En matiere bénéficiale on entend par union la jonction de plusieurs bénéfices ensemble.
On distingue plusieurs sortes d'unions.
La premiere se fait quand les deux églises restent dans le même état qu'elles étoient, sans aucune dépendance l'une de l'autre, quoique possédées par le même titulaire.
La seconde, lorsque les deux bénéfices demeurent aussi dans le même état, & que les fruits sont perçus par le même titulaire, mais que le moins considérable est rendu dépendant de l'autre ; auquel cas le titulaire doit desservir en personne le principal bénéfice, & commettre pour l'autre un vicaire, s'il est chargé de quelque service personnel ou de la conduite des ames.
La troisieme est lorsque les deux titres sont tellement unis, qu'il n'y en a plus qu'un, soit au moyen de l'extinction d'un des titres, & réunion des revenus à l'autre, soit par l'incorporation des deux titres.
Les unions personnelles ou à vie ou à tems, ne sont pas admises en France, n'ayant pour but que l'utilité de l'impétrant, & non celle de l'église.
Les papes ont prétendu être en droit de procéder seuls à l'union des archevêchés & évêchés.
De leur côté les empereurs grecs prétendoient avoir seuls droit d'unir ou diviser les archevêchés ou évêchés, en divisant les provinces d'Orient.
L'église gallicane a pris là dessus un sage tempérament, ayant toujours reconnu depuis l'établissement de la monarchie que l'union de plusieurs archevêchés ou évêchés ne peut être faite que par le pape ; mais que ce ne peut être que du consentement du roi.
Le légat même à latere ne la peut faire, à moins qu'il n'en ait reçu le pouvoir par ses facultés duement enregistrées.
L'union des autres bénéfices peut être faite par l'évêque diocésain, en se conformant aux canons & aux ordonnances.
Mais si l'union se faisoit à la manse épiscopale, il faudroit s'adresser au pape, qui nommeroit des commissaires sur lieux, l'évêque ne pouvant être juge dans sa propre cause.
Aucun autre supérieur ecclésiastique ne peut unir des bénéfices, quand il en seroit le collateur, & qu'il auroit jurisdiction sur un certain territoire.
C'est un usage immémorial que les bénéfices de collation royale peuvent être unis par le roi seul en vertu de lettres patentes registrées en parlement.
Toute union en général ne peut être faite sans nécessité ou utilité évidente pour l'église.
Il faut aussi y appeller tous ceux qui y ont intérêt, tels que les collateurs, patrons ecclésiastiques & laïcs, les titulaires, & les habitans, s'il s'agit de l'union d'une cure.
Si le collateur est chef d'un chapitre, comme un évêque ou un abbé ; il faut aussi le consentement du chapitre.
Quand les collateurs ou patrons refusent de consentir à l'union, il faut obtenir un jugement qui l'ordonne avec eux : à l'égard du titulaire & des habitans, il n'est pas besoin de jugement ; les canons & les ordonnances ne requerant pas leur consentement ; on ne les appelle que pour entendre ce qu'ils auroient à proposer contre l'union, & l'on y a tel égard que de raison.
On ne peut cependant unir un bénéfice vacant, n'y ayant alors personne pour en soutenir les droits.
Pour vérifier s'il y a nécessité ou utilité, on fait une information de commodo & incommodo, ce qui est du ressort de la jurisdiction volontaire ; mais s'il survient des contestations qui ne puissent s'instruire sommairement, on renvoie ces incidens devant l'official.
Le consentement du roi est nécessaire pour l'union de tous les bénéfices consistoriaux, des bénéfices qui tombent en régale, & pour l'union des bénéfices aux communautés séculieres ou régulieres, même pour ceux qui dépendent des abbayes auxquelles on veut les unir.
On obtient aussi quelquefois des lettres-patentes pour l'union des autres bénéfices lorsqu'ils sont considérables, afin de rendre l'union plus authentique.
Avant d'enregistrer les lettres-patentes qui concernent l'union, le parlement ordonne une nouvelle information par le juge royal.
On permet quelquefois d'unir à des cures & prébendes séculieres, dont le revenu est trop modique, ou à des séminaires, des bénéfices réguliers, pourvu que ce soient des bénéfices simples, & non des offices claustraux, qui obligent les titulaires à la résidence.
On unit même quelquefois à un séminaire toutes les prébendes d'une collégiale.
Mais les cures ne doivent point être unies à des monasteres, ni aux dignités & prébendes des églises cathédrales ou collégiales, encore moins à des bénéfices simples.
L'union des bénéfices en patronage laïc doit être faite de maniere que le patron ne soit point lézé.
On unit quelquefois des bénéfices simples de différens diocèses, mais deux cures dans ce cas ne peuvent être unies, à cause de la confusion qui en résulteroit.
Quand l'union a été faite sans cause légitime, ou sans y observer les formalités nécessaires, elle est abusive, & la possession même de plusieurs siecles n'en couvre point le défaut.
Celui qui prétend que l'union est nulle, obtient des provisions du bénéfice uni ; & s'il y est troublé, il appelle comme d'abus du decret d'union.
Si l'union est ancienne, l'énonciation des formalités fait présumer qu'elles ont été observées.
Enfin, quand le motif qui a donné lieu à l'union cesse, on peut rétablir les choses dans leur premier état. Voyez le concile de Trente, M. de Fleury, d'Héricourt, de la Combe, les mém. du clergé, & le mot BENEFICE. (A)
UNION de créanciers, est lorsque plusieurs créanciers d'un même débiteur obéré de dettes, se joignent ensemble pour agir de concert, & par le ministere des mêmes avocats & procureurs, à l'effet de parvenir au recouvrement de leur dû, & d'empêcher que les biens de leur débiteur ne soient consommés en frais, par la multiplicité & la contrariété des procédures de chaque créancier.
Cette union de créanciers se fait par un contrat devant notaire, par lequel ils déclarent qu'ils s'unissent pour ne former qu'un même corps, & pour agir par le ministere d'un même procureur, à l'effet de quoi ils nomment un, ou plusieurs d'entr'eux pour syndics, à la requête desquels seront faites les poursuites.
Lorsque le débiteur fait un abandonnement de biens à ses créanciers, ceux-ci nomment des directeurs pour gérer ces biens, les faire vendre, recouvrer ceux qui sont en main tierce, & pour faire l'ordre à l'amiable entre les créanciers. Voyez ABANDONNEMENT, CESSION DE BIENS, CREANCIER, DIRECTEUR, DIRECTION. (A)
UNION, (Gouver. polit.) la vraie union dans un corps politique, dit un de nos beaux génies, est une union d'harmonie, qui fait que toutes les parties quelqu'opposées qu'elles nous paroissent, concourent au bien général de la société ; comme des dissonnances dans la musique, concourent à l'accord total. Il peut y avoir de l'union dans un état, où l'on ne croit voir que du trouble, c'est-à-dire qu'il peut y avoir une harmonie, d'où résulte le bonheur qui seul est la vraie paix ; une harmonie qui seule produit la force & le maintien de l'état. Il en est comme des parties de cet univers éternellement liées par l'action des unes, & la réaction des autres.
Dans l'accord du despotisme asiatique, c'est-à-dire de tout gouvernement qui n'est pas modéré, il n'y a point d'union ; mais au contraire, il y a toujours une division sourde & réelle. Le laboureur, l'homme de guerre, le négociant, le magistrat, le noble, ne sont joints que parce que les uns oppriment les autres sans résistance ; & si l'on y voit de l'union, ce ne sont pas des citoyens qui sont unis, mais des corps morts ensévelis les uns auprès des autres. L'union d'un état consiste dans un gouvernement libre, où le plus fort ne peut pas opprimer le plus foible. (D.J.)
UNION de l'Ecosse avec l'Angleterre, (Hist. mod.) traité fameux par lequel ces deux royaumes sont réunis en un seul, & compris sous le nom de royaume de la grande - Bretagne.
Depuis que la famille royale d'Ecosse étoit montée sur le trône d'Angleterre, par l'avénement de Jacques I. à la couronne, après la mort d'Elisabeth ; les rois d'Angleterre n'avoient rien négligé pour procurer cette union salutaire ; mais ni ce prince, ni son successeur Charles I. ni les rois qui vinrent ensuite, jusqu'à la reine Anne, n'ont eu cette satisfaction ; des intérêts politiques d'une part, de l'autre des querelles de religion y ayant mis de grands obstacles. La nation écossoise jalouse de sa liberté, accoutumée à se gouverner par ses loix, à tenir son parlement, comme la nation angloise a le sien, craignoit de se trouver moins unie que confondue avec celle-ci ; & peut-être encore davantage d'en devenir sujette. La forme du gouvernement ecclésiastique établi en Angleterre par les loix, étoit encore moins du goût des Ecossois chez qui le presbytérianisme étoit la religion dominante.
Cependant cette union si salutaire, souvent projettée & toujours manquée, réussit en 1707, du consentement unanime de la reine Anne, & des états des deux royaumes.
Le traité de cette union contient ving-cinq articles, qui furent examinés, approuvés & signés le 3 Août 1706, par onze commissaires anglois, & par un pareil nombre de commissaires écossois.
Le parlement d'Ecosse ratifia ce traité le 4 Février 1707, & le parlement d'Angleterre le 9 Mars de la même année. Le 17 du même mois, la reine se rendit au parlement, où elle ratifia l'union. Depuis ce tems-là il n'y a qu'un seul conseil privé, & un seul parlement pour les deux royaumes. Le parlement d'Ecosse a été supprimé, ou pour mieux dire réuni à celui d'Angleterre ; desorte que les deux n'en font qu'un, sous le titre de parlement de la grande Bretagne.
Les membres du parlement que les Ecossois peuvent envoyer à la chambre des communes, suivant les articles de l'union, sont au nombre de quarante-cinq, & ils représentent les communes d'Ecosse ; & les pairs qu'ils y envoient, pour représenter les pairs d'Ecosse, sont au nombre de seize. Voyez PARLEMENT.
Avant l'union, les grands officiers de la couronne d'Ecosse étoient le grand chancelier, le grand trésorier, le garde du sceau privé, & le lord greffier ou secrétaire d'état. Les officiers subalternes de l'état étoient le lord greffier, le lord avocat, le lord trésorier député, & le lord juge clerc.
Les quatre premieres charges ont été supprimées par l'union, & l'on a créé de nouveaux officiers qui servent pour les deux royaumes, sous les titres de lord grand chancelier de la grande-Bretagne, &c. & aux deux secrétaires d'état qu'il y avoit auparavant en Angleterre, on en a ajouté un troisieme, à cause de l'augmentation de travail que procurent les affaires d'Ecosse.
Les quatre dernieres charges subsistent encore aujourd'hui. Voyez AVOCAT, GREFFIER, TRESORIER, DEPUTE, &c.
UNION, (Chymie) il est dit à l'article CHYMIE, p. 417. col. 1. que la Chymie s'occupe des séparations & des unions des principes constituans des corps ; que les deux grands changemens effectués par les opérations chymiques, sont des séparations & des unions ; que les deux effets généraux primitifs & immédiats de toutes les opérations chymiques, sont la séparation & l'union des principes ; que l'union chymique est encore connue dans l'art sous le nom de mixtion, de génération, de synthese, de syncrese, ou pour mieux dire, de syncrise, de combinaison, de coagulation, &c. que de ces mots les plus usités en françois, sont ceux d'union, de combinaison & de mixtion. Voy. sur - tout MIXTION.
Quoique les affections des corps aggrégés n'appartiennent pas proprement à la Chymie ; & qu'ainsi strictement parlant, elle ne s'occupe que de l'union mixtive, cependant comme plusieurs de ses opérations ont pour objet, au moins secondaire, préparatoire, intermédiaire, &c. l'union aggrégative ; la division méthodique des opérations chymiques qui appartiennent à l'union, doit se faire en celles qui effectuent des unions mixtives, & celles qui effectuent des unions aggrégatives : aussi avons-nous admis cette division. Voyez l'article OPERATION CHYMIQUE.
On voit par cette derniere considération, que le mot union est plus général que celui de mixtion ou de combinaison ; aussi dans le langage chymique exact, doit-on ajouter l'épithete de chymique ou de mixtive au mot union, lorsqu'on l'employe dans le sens rigoureux. On ne l'employe sans épithete que lorsqu'on le prend dans un sens vague, ou qui se détermine suffisamment de lui-même.
Le principe de l'union chymique est exposé aux articles MIXTION, MISCIBILITE, RAPPORT ; celui de l'union aggrégative n'est presque que l'attraction de cohésion, ou la cohésibilité des physiciens modernes. Voyez COHÉSION. (b)
UNION, s. f. (Archit.) on appelle ainsi l'harmonie des couleurs dans les matériaux, laquelle contribue avec le bon goût du dessein, à la décoration des édifices. (D.J.)
UNION de couleurs, on dit qu'il y a une belle union de couleurs dans un tableau, lorsqu'il n'y en a point de trop criantes, c'est-à-dire qui font des crudités, mais qu'elles concourent toutes ensemble à l'effet total du tableau.
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| UNIQUE | SEUL, (Synonyme) une chose est unique, lorsqu'il n'y en a point d'autre de la même espece ; elle est seule, lorsqu'elle n'est pas accompagnée.
Un enfant qui n'a ni freres, ni soeurs, est unique.
Un homme abandonné de tout le monde, reste seul.
Rien n'est plus rare que ce qui est unique ; rien n'est plus ennuyant que d'être toujours seul. Voilà ce que dit l'abbé Girard. J'ajoute seulement qu'il y a des occasions où le mot unique se peut joindre à un pluriel. Moliere dans sa comédie des Fâcheux, fait dire plaisamment à un joueur :
Je croyois bien du moins faire deux points uniques. (D.J.)
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| UNIR | v. act. (Gramm.) c'est applanir, rendre égal. Voyez UNI.
UNIR un cheval, (Maréchal.) c'est le remettre lorsqu'il est désuni au galop. Voyez DESUNI.
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| UNISSANT | terme de Chirurgie, ce qui sert à rapprocher & à réunir les parties divisées. Voyez BANDAGE UNISSANT au mot INCARNATIF.
Les sutures sont les moyens que la Chirurgie recommande pour la réunion des parties dont la continuité est détruite récemment, par cause externe. On a fort abusé de ce secours. Voyez SUTURE & PLAIE. (Y)
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| UNISSON | S. m. en Musique, c'est l'union de deux sons qui sont au même degré, dont l'un n'est ni plus grave ni plus aigu que l'autre, & dont le rapport est un rapport d'égalité.
Si deux cordes sont de même matiere, égales en longueur, en grosseur, & également tendues, elles seront à l'unisson ; mais il est faux de dire que deux sons à l'unisson aient une telle identité & se confondent si parfaitement, que l'oreille ne puisse les distinguer : car ils peuvent différer beaucoup quant au timbre & au degré de force. Une cloche peut être à l'unisson d'une guittare, une vielle à l'unisson d'une flûte, & l'on n'en confondra point le son.
Le zéro n'est pas un nombre, ni l'unisson un intervalle ; mais l'unisson est à la série des intervalles, ce que le zéro est à la série des nombres ; c'est le point de leur commencement ; c'est le terme d'où ils partent.
Ce qui constitue l'unisson, c'est l'égalité du nombre des vibrations faites en tems égaux par deux corps sonores. Dès qu'il y a inégalité entre les nombres de ces vibrations, il y a intervalle entre les sons qu'elles produisent. Voyez CORDE, VIBRATION.
On s'est beaucoup tourmenté pour savoir si l'unisson étoit une consonnance. Aristote prétend que non ; Jean de Mur assure que si ; & le pere Mersenne se range à ce dernier avis. Comme cela dépend de la définition du mot consonnance, je ne vois pas quelle dispute il peut y avoir là-dessus.
Une question plus importante est de savoir quel est le plus agréable à l'oreille de l'unisson, ou d'un intervalle consonnant, tel, par exemple, que l'octave ou la quinte. A suivre le systême de nos philosophes, il ne doit pas y avoir le moindre doute sur cela ; & l'unisson étant en rapport plus simple, sera sans contredit le plus agréable. Malheureusement, l'expérience ne confirme point cette hypothèse ; nos oreilles se plaisent plus à entendre une octave, une quinte, & même une tierce bien juste, que le plus parfait unisson. Il est vrai que plusieurs quintes de suite ne nous plairoient pas comme plusieurs unissons ; mais cela tient évidemment aux loix de l'harmonie & de la modulation, & non à la nature de l'accord. Cette expérience fournit donc un nouvel argument contre l'opinion reçue. Il est certain que les sens se plaisent à la diversité ; ce ne sont point toujours les rapports les plus simples qui les flattent le plus ; & j'ai peur qu'on ne trouve à la fin que ce qui rend l'accord de deux sons agréable ou choquant à l'oreille, dépend d'une toute autre cause que celle qu'on lui a assignée jusqu'ici. Voyez CONSONNANCE.
C'est une observation célebre en musique que celle du frémissement & de la résonnance d'une corde au son d'une autre qui sera montée à son unisson, ou même à son octave, ou à l'octave de sa quinte, &c.
Voici comment nos philosophes expliquent ce phénomene.
Le son d'une corde A met l'air en mouvement ; si une autre corde B se trouve dans la sphere du mouvement de cet air, il agira sur elle. Chaque corde n'est susceptible que d'un certain nombre déterminé de vibrations en un tems donné. Si les vibrations dont la corde B est susceptible sont égales en nombre à celles de la corde A dans le même tems ; l'air agissant sur elle, & la trouvant disposée à un mouvement semblable à celui qu'il lui communique, il l'aura bien-tôt ébranlée. Les deux cordes marchant, pour ainsi dire de pas égal, toutes les impulsions que l'air reçoit de la corde A, & qu'il communique à la corde B, seront coincidentes avec les vibrations de cette corde, & par conséquent augmenteront sans-cesse son mouvement au-lieu de le retarder. Ce mouvement ainsi augmenté, ira bientôt jusqu'à un frémissement sensible ; alors la corde rendra du son, & ce son sera nécessairement à l'unisson de celui de la corde A.
Par la même raison l'octave frémira & résonnera aussi, mais moins sensiblement que l'unisson ; parce que la coincidence des vibrations, & par conséquent l'impulsion de l'air, y est moins fréquente de la moitié. Elle l'est encore moins dans la douzieme ou quinte redoublée, & moins dans la dix-septieme ou tierce majeure triplée, qui est la derniere des consonnances qui frémisse & résonne sensiblement & directement.
On ne sauroit douter que toutes les fois que les nombres des vibrations dont deux cordes sont susceptibles en tems égal, sont commensurables ; le son de l'une ne communique à l'autre quelque ébranlement ; mais cet ébranlement n'étant plus sensible audelà des quatre accords précédens, il est compté pour rien dans tout le reste. Voyez CONSONNANCE. (S)
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| UNITAIRES | (Théol. & Métaph.) secte très-fameuse qui eut pour fondateur Fauste Socin, & qui fleurit long-tems dans la Pologne & dans la Transylvanie.
Les dogmes théologiques & philosophiques de ces sectaires ont été pendant long-tems l'objet de la haine, de l'anathème & des persécutions de toutes les communions protestantes. A l'égard des autres sectaires, s'ils ont également eu en horreur les Sociniens, il ne paroît pas que ce soit sur une connoissance profonde & réfléchie de leur doctrine, qu'ils ne se sont jamais donné la peine d'étudier, vraisemblablement à cause de son peu d'importance : en effet, en rassemblant tout ce qu'ils ont dit du socinianisme dans leurs ouvrages polémiques, on voit qu'ils en ont toujours parlé sans avoir une intelligence droite des principes qui y servent de base, & par conséquent avec plus de partialité que de modération & de charité.
Au reste, soit que le mépris universel & juste dans lequel est tombée parmi les protestans cette science vaine, puérile & contentieuse, que l'on nomme controverse, ait facilité leurs progrès dans la recherche de la vérité, en tournant leurs idées vers des objets plus importans, & en leur faisant appercevoir dans les sciences intellectuelles une étendue ultérieure : soit que le flambeau de leur raison se soit allumé aux étincelles qu'ils ont cru voir briller dans la doctrine socinienne ; soit enfin que trompés par quelques lueurs vives en apparence, & par des faisceaux de rayons lumineux qu'ils ont vu réfléchir de tous les points de cette doctrine, ils aient cru trouver des preuves solides & démonstratives de ces théories philosophiques, fortes & hardies qui caractérisent le socinianisme ; il est certain que les plus sages, les plus savans & les plus éclairés d'entr'eux, se sont depuis quelque tems considérablement rapprochés des dogmes des antitrinitaires. Ajoutez à cela le tolérantisme, qui, heureusement pour l'humanité, semble avoir gagné l'esprit général de toutes les communions tant catholiques que protestantes, & vous aurez la vraie cause des progrès rapides que le socinianisme a fait de nos jours, des racines profondes qu'il a jettées dans la plûpart des esprits ; racines dont les ramifications se développant & s'étendant continuellement, ne peuvent pas manquer de faire bientôt du protestantisme en général, un socinianisme parfait qui absorbera peu-à-peu tous les différens systêmes de ces errans, & qui sera comme un centre commun de correspondance, où toutes leurs hypothèses jusqu'alors isolées & incohérentes, viendront se réunir, & perdre, si j'ose m'exprimer ainsi, comme les élémens primitifs des corps dans le systême universel de la nature, le sentiment particulier du soi, pour former par leur copulation universelle la conscience du tout.
Après avoir lu & médité avec l'attention la plus exacte, tout ce qu'on a écrit de plus fort contre les sociniens, il m'a semblé que ceux qui ont combattu leur opinion ne leur ont porté que des coups très-foibles, & qu'ils devoient nécessairement s'embarrasser fort peu de parer. On a toujours regardé les Unitaires comme des théologiens chrétiens qui n'avoient fait que briser & arracher quelques branches de l'arbre, mais qui tenoient toujours au tronc ; tandis qu'il falloit les considérer comme une secte de philosophes, qui, pour ne point choquer trop directement le culte & les opinions vraies ou fausses reçues alors, ne vouloient point afficher ouvertement le déisme pur, ni rejetter formellement & sans détours toute espece de révélation ; mais qui faisoient continuellement à l'égard de l'ancien & du nouveau Testament, ce qu'Epicure faisoit à l'égard des dieux qu'il admettoit verbalement, & qu'il détruisoit réellement. En effet, les Unitaires ne recevoient des Ecritures, que ce qu'ils trouvoient conforme aux lumieres naturelles de la raison, & ce qui pouvoit servir à étayer, & à confirmer les systêmes qu'ils avoient embrassés. Comme ils ne regardoient ces ouvrages que comme des livres purement humains, qu'un concours bizarre & imprévu de circonstances indifférentes, & qui pouvoient fort bien ne jamais arriver, avoit rendu l'objet de la foi & de la vénération de certains hommes dans une certaine partie du monde, ils n'y attribuoient pas plus d'autorité qu'aux livres de Platon & d'Aristote, & ils les traitoient en conséquence, sans paroître néanmoins cesser de les respecter, au-moins publiquement.
Les sociniens étoient donc une secte de déistes cachés, comme il y en a dans tous les pays chrétiens, qui, pour philosopher tranquillement & librement sans avoir à craindre la poursuite des loix & le glaive des magistrats, employoient toute leur sagacité, leur dialectique & leur subtilité à concilier avec plus ou moins de science, d'habileté & de vraisemblance, les hypothèses théologiques & métaphysiques exposées dans les Ecritures avec celles qu'ils avoient choisies.
Voilà, si je ne me trompe, le point de vue sous lequel il faut envisager le socinianisme, & c'est, faute d'avoir fait ces observations, qu'on l'a combattu jusqu'à présent avec si peu d'avantage ; que peut-on gagner en effet, en opposant perpétuellement aux Unitaires la révélation ? N'est-il pas évident qu'ils la rejettoient, quoiqu'ils ne se soient jamais expliqués formellement sur cet article ? S'ils l'eussent admise, auroient-ils parlé avec tant d'irrévérence de tous les mysteres que les théologiens ont découverts dans le nouveau Testament ? Auroient-ils fait voir avec toute la force de raisonnement dont ils ont été capables, l'opposition perpétuelle qu'il y a entre les premiers principes de la raison, & certains dogmes de l'Evangile ? En un mot l'auroient-ils exposée si souvent aux railleries des profanes par le ridicule dont ils prenoient plaisir à en charger la plûpart des dogmes & des principes moraux, conformément à ce précepte d'Horace.
Ridiculum acri
Fortius & melius magnas plerumque secat res.
Telles sont les réflexions que j'ai cru devoir faire avant d'entrer en matiere ; faisons connoître présentement les sentimens des Unitaires ; & pour le faire avec plus d'ordre, de précision, d'impartialité, & de clarté, présentons aux lecteurs par voie d'analyse un plan général de leur systême extrait de leurs propres écrits. Cela est d'autant plus équitable, qu'il y a eu parmi eux, comme parmi tous les hérétiques, des transfuges qui, soit par esprit de vengeance, soit pour des raisons d'intérêt, ce mobile si puissant & si universel, soit par ces causes réunies, & par quelques autres motifs secrets aussi pervers, ont noirci, décrié & calomnié la secte pour tâcher de la rendre odieuse, & d'attirer sur elle les persécutions, l'anathême & les proscriptions. Afin donc d'éviter les pieges que ces esprits prévenus & aveuglés par la haine, pourroient tendre à notre bonne foi, quelques efforts que nous fissions d'ailleurs pour découvrir la vérité, & pour ne rien imputer aux sociniens qu'ils n'aient expressément enseigné, soit comme principes, soit comme conséquences, nous nous bornerons à faire ici un extrait analytique des ouvrages de Socin, de Crellius, de Volkelius, & des autres savans unitaires, tant anciens que modernes ; & pour mieux développer leur systême, dont l'enchaînure est difficile à saisir, nous rassemblerons avec autant de choix que d'exactitude tout ce qu'ils ont écrit de plus intéressant & de plus profond en matiere de religion ; de toutes ces parties inactives & éparses dans différens écrits fort diffus, & fort abstraits, nous tâcherons de former une chaîne non interrompue de propositions tantôt distinctes, & tantôt dépendantes, qui toutes seront comme autant de portions élémentaires & essentielles d'un tout. Mais pour réussir dans cette entreprise aussi pénible que délicate, au gré des lecteurs philosophes, les seuls hommes sur la terre desquels le sage doive être jaloux de mériter le suffrage & les éloges, nous aurons soin de bannir de notre exposé toutes ces discussions de controverse qui n'ont jamais fait découvrir une vérité, & qui d'ailleurs sentent l'école, & décélent le pédant : pour cet effet, sans nous attacher à réfuter pié-à-pié tous les paradoxes & toutes les impiétés que les auteurs que nous allons analyser pourront débiter dans les paragraphes suivans ; nous nous contenterons de renvoyer exactement aux articles de ce Dictionnaire, où l'on a répondu aux difficultés des Unitaires d'une maniere à satis faire tout esprit non prévenu, & où l'on trouvera sur les points contestés les véritables principes de l'orthodoxie actuelle posés de la maniere la plus solide.
Toutes les hérésies des Unitaires découlent d'une même source : ce sont autant de conséquences nécessaires des principes sur lesquels Socin bâtit toute sa théologie. Ces principes ; qui sont aussi ceux des calvinistes, desquels il les emprunta, établissent 1°. que la divinité des Ecritures ne peut être prouvée que par la raison.
2°. Que chacun a droit, & qu'il lui est même expédient de suivre son esprit particulier dans l'interprétation de ces mêmes Ecritures, sans s'arrêter ni à l'autorité de l'Eglise, ni à celle de la tradition.
3°. Que tous les jugemens de l'antiquité, le consentement de tous les peres, les décisions des anciens conciles, ne font aucune preuve de la vérité d'une opinion ; d'où il suit qu'on ne doit pas se mettre en peine, si celles qu'on propose en matiere de religion, ont eu ou non des sectateurs dans l'antiquité.
Pour peu qu'on veuille réfléchir sur l'énoncé de ces propositions, & sur la nature de l'esprit humain, on reconnoîtra sans peine que des principes semblables sont capables de mener bien loin un esprit malheureusement conséquent, & que ce premier pas une fois fait, on ne peut plus savoir où l'on s'arrêtera. C'est aussi ce qui est arrivé aux Unitaires, comme la suite de cet article le prouvera invinciblement : on y verra l'usage & l'application qu'ils ont fait de ces principes dans leurs disputes polémiques avec les protestans, & jusqu'où ces principes les ont conduits. Ce sera, je pense, un spectacle assez intéressant pour les lecteurs qui se plaisent à ces sortes de matieres, de voir avec quelle subtilité ces sectaires expliquent en leur faveur les divers passages de l'Ecriture que les catholiques & les protestans leur opposent : avec quel art ils échappent à ceux dont on les presse ; avec quelle force ils attaquent à leur tour ; avec quelle adresse ils savent, à l'aide d'une dialectique très-fine, compliquer une question simple en apparence, multiplier les difficultés qui l'environnent, découvrir le foible des argumens de leurs adversaires, en retorquer une partie contre eux, & faire évanouir ainsi les distances immenses qui les séparent des orthodoxes : en un mot, comment en rejettant peu-à-peu les dogmes qui s'opposent à la raison, & en ne retenant que ceux qui s'accordent avec elle, & avec leurs hypothèses, ils sont parvenus à se faire insensiblement une religion à leur mode, qui n'est au fond, comme je l'ai déjà insinué, qu'un pur déisme assez artificieusement déguisé.
On peut rapporter à sept principaux chefs les opinions théologiques des Unitaires : 1°. sur l'Eglise : 2°. sur le péché originel, la grace, & la prédestination : 3°. sur l'homme & les sacremens : 4°. sur l'éternité des peines & la résurrection : 5°. sur le mystere de la trinité : 6°. sur celui de l'incarnation, ou la personne de Jesus-Christ : 7°. sur la discipline ecclésiastique, la politique, & la morale. Ce sont autant de tiges dont chacune embrasse une infinité de branches & de rejettons de principes hétérodoxes.
I. Sur l'Eglise. Les Unitaires disent :
Que celle qu'on nomme église visible, n'a pas toujours subsisté, & qu'elle ne subsistera pas toujours.
Qu'il n'y a pas de marques distinctes & certaines qui puissent nous désigner la véritable église.
Qu'on ne doit pas attendre de l'Eglise la doctrine de la vérité divine, & que personne n'est obligé de chercher & d'examiner quelle est cette église véritable.
Que l'Eglise est entierement tombée, mais qu'on peut la rétablir par les écrits des apôtres.
Que ce n'est point le caractere de la véritable Eglise, de condamner tous ceux qui ne sont point de son sentiment, ou d'assurer que hors d'elle il n'y a point de salut.
Que l'Eglise apostolique est celle qui n'erre en rien quant aux choses nécessaires au salut, quoiqu'elle puisse errer dans les autres points de la doctrine.
Qu'il n'y a que la parole de Dieu interprêtée par la saine raison, qui puisse nous déterminer les points fondamentaux du salut.
Que l'Antechrist a commencé à régner dès que les pontifes romains ont commencé leur regne, & que c'est alors que les loix de Christ ont commencé à déchoir.
Que quand Jesus-Christ a dit à S. Pierre, vous êtes Pierre, & sur cette pierre je bâtirai mon église : il n'a rien promis & donné à S. Pierre, que ce qu'il a promis & donné aux autres apôtres.
Qu'il est inutile & ridicule de vouloir assurer fur ces paroles de Jesus-Christ, que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle ; qu'elle ne peut être séduite & renversée par les artifices du démon.
Que le sens de cette promesse est que l'enfer, ou la puissance de l'enfer ne prévaudra jamais sur ceux qui sont véritablement chrétiens, c'est-à-dire qu'ils ne demeureront pas dans la condition des morts.
Que les clés que Jesus-Christ a données à S. Pierre, ne sont autre chose qu'un pouvoir qu'il lui a laissé de déclarer & de prononcer qui sont ceux qui appartiennent au royaume des cieux, & ceux qui n'y appartiennent pas, c'est-à-dire qui sont ceux qui appartiennent à la condition des chrétiens, & chez qui Dieu veut demeurer en cette vie par sa grace, & dans l'autre par sa gloire éternelle, dont il les comblera. " C'est donc en vain, ajoutent-ils, que les docteurs de la communion romaine s'appuient sur ce passage, pour prouver que S. Pierre a été établi chef de l'église catholique. En effet, quand ils auroient prouvé clairement cette thèse, ils n'auroient encore rien fait, s'ils ne montroient que les promesses faites à S. Pierre, regardent aussi ses successeurs ; au-lieu que la plûpart des peres ont cru que c'étoient des privileges personnels, comme Tertullien dans son livre de la chasteté, (chap. xxj.) qui parle ainsi au pape Zéphirin : si parce que le Seigneur a dit à Pierre, sur cette pierre je bâtirai mon église, & je te donnerai les clés du royaume du ciel, & tout ce que tu lieras ou délieras sur la terre, sera lié ou délié dans le ciel : si, dis je, à cause de cela, vous vous imaginez que la puissance de délier ou de lier est passée à vous, c'est-à-dire à toutes les églises fondées par Pierre : qui êtes-vous, qui renversez & changez l'intention claire du Seigneur, qui a conféré cela personnellement à Pierre ? sur toi, dit-il, j'édifierai mon Eglise, & je te donnerai les clés, & non à l'Eglise, & tout ce que tu délieras, & non ce qu 'ils délieront.
Après avoir montré que ces privileges ne sont pas personnels, il faudroit prouver :
1°. Qu'ils ne regardent que les évêques de Rome, à l'exclusion de ceux d'Antioche.
2°. Qu'ils les regardent tous sans exception & sans condition, c'est-à-dire que tous & un chacun des papes sont infaillibles, tant dans le fait que dans le droit, contre l'expérience & le sentiment de la plûpart des théologiens catholiques romains.
3°. Il faudroit définir ce que c'est que l'église catholique, & montrer par des passages formels, que ces termes marquent le corps des pasteurs, qu'on appelle l'église représentative, ce qui est impossible, au-lieu qu'il est très-facile de faire voir que l'Eglise ne signifie jamais dans l'Ecriture que le peuple & les simples fideles, par opposition aux pasteurs : & dans ce sens il n'est rien de plus absurde que tout ce qu'on dit du pouvoir de l'église & de ses privileges, puisqu'elle n'est que le corps des sujets du pape & du clergé romain, & que des sujets bien loin de faire des décisions n'ont que la soumission & l'obéissance en partage.
4°. Après tout cela il faudroit encore prouver que les privileges donnés à S. Pierre & aux évêques de Rome ses successeurs, n'emportent pas simplement une primauté d'ordre, & quelque autorité dans les choses qui regardent la discipline & le gouvernement de l'église ; ce que les Protestans pourroient accorder sans faire préjudice à leur cause ; mais qu'ils marquent de plus une primauté de jurisdiction, de souveraineté & d'infaillibilité dans les matieres de foi, ce qui est impossible à prouver par l'Ecriture, & par tous les monumens qui nous restent de l'antiquité ; ce qui est même contradictoire, puisque la créance d'un fait ou d'un dogme se persuade & ne se force pas. A quoi pensent donc les Catholiques romains d'accuser les Protestans d'opiniâtreté, sur ce qu'ils refusent d'embrasser une hypothèse qui suppose tant de principes douteux, dont la plûpart sont contestés même entre les théologiens de Rome ; & de leur demander qu'ils obéissent à l'église, sans leur dire distinctement qui est cette église, ni en quoi consiste la soumission qu'on leur demande, ni jusqu'où il la faut étendre. (a) ? "
C'est par ces argumens & d'autres semblables, que les Sociniens anéantissent la visibilité, l'indéfectibilité, l'infaillibilité, & les autres caracteres ou prérogatives de l'église, la primauté du pape, &c. Tel est le premier pas qu'ils ont fait dans l'erreur ; mais ce qui est plus triste pour eux, c'est que ce premier pas a décidé dans la suite de leur foi : aussi nous ne croirons pas rendre un service peu important à la religion chrétienne en général, & au catholicisme en particulier, en faisant voir au lecteur attentif, & sur-tout à ceux qui sont foibles & chancelans dans leur foi, où l'on va se perdre insensiblement lorsqu'on s'écarte une fois de la créance pure & inaltérable de l'Eglise, & qu'on refuse de reconnoître un juge souverain & infaillible des controverses
(a) Voyez le livre d'Episcopius contre Guillaume Bom, prêtre catholique romain.
& du vrai sens de l'Ecriture. Voyez EGLISE, PAPE, & INFAILLIBILITE.
II. Sur le péché originel, la grace, & la prédestination. Le second pas de nos sectaires n'a pas été un acte de rébellion moins éclatant ; ne voulant point par un aveuglement qu'on ne peut trop déplorer, s'en tenir aux sages décisions de l'église, ils ont osé examiner ce qu'elle avoit prononcé sur le péché originel, la grace, & la prédestination, & porter un oeil curieux sur ces mysteres inaccessibles à la raison. On peut bien croire qu'ils se sont débattus long-tems dans ces ténebres, sans avoir pu les dissiper ; mais pour eux ils prétendent avoir trouvé dans le pélagianisme, & le sémi-pélagianisme le plus outré, le point le plus près de la vérité ; & renouvellant hautement ces anciennes hérésies, ils disent :
Que la doctrine du péché originel imputé & inhérent, est évidemment impie.
Que Moïse n'a jamais enseigné ce dogme, qui fait Dieu injuste & cruel, & qu'on le cherche en vain dans ses livres.
Que c'est à S. Augustin que l'on doit cette doctrine qu'ils traitent de désolante & de préjudiciable à la religion.
Que c'est lui qui l'a introduite dans le monde où elle avoit été inconnue pendant l'espace de 4400 ans ; mais que son autorité ne doit pas être préférée à celle de l'Ecriture, qui ne dit pas un mot de cette prétendue corruption originelle ni de ses suites.
Que d'ailleurs quand on pourroit trouver dans la bible quelques passages obscurs qui favorisassent ce systême, ce qui, selon eux, est certainement impossible, quelque violence que l'on fasse au texte sacré, il faudroit nécessairement croire que ces passages ont été corrompus, interpolés, ou mal traduits : " car, disent-ils, il ne peut rien y avoir dans les Ecritures que ce qui s'accorde avec la raison : toute interprétation, tout dogme qui ne lui est pas conforme, ne sauroit dès-lors avoir place dans la théologie, puisqu'on n'est pas obligé de croire ce que la raison assure être faux ".
Ils concluent de là :
Qu'il n'y a point de corruption morale, ni d'inclinations perverses, dont nous héritions de nos ancêtres.
Que l'homme est naturellement bon.
Que dire comme quelques théologiens, qu'il est incapable de faire le bien sans une grace particuliere du S. Esprit, c'est briser les liens les plus forts qui l'attachent à la vertu, & lui arracher, pour ainsi-dire, cette estime & cet amour de soi ; deux principes également utiles, qui ont leur source dans la nature de l'homme, & qu'il ne faut que bien diriger pour en voir naître dans tous les tems, & chez tous les peuples, une multitude d'actions sublimes, éclatantes & qui exigent le plus grand sacrifice de soi-même.
Qu'en un mot c'est avancer une maxime fausse, dangereuse, & avec laquelle on ne fera jamais de bonne morale.
Ils demandent pourquoi les Chrétiens auroient besoin de ce secours surnaturel pour ordonner leur conduite selon la droite raison, puisque les Payens par leurs propres forces, & sans autre regle que la voix de la nature qui se fait entendre à tous les hommes, ont pu être justes, honnêtes, vertueux, & s'avancer dans le chemin du ciel ?
Ils disent que s'il n'y a point dans l'entendement, des ténebres si épaisses que l'éducation, l'étude & l'application ne puissent dissiper, point de penchans vicieux ni de mauvaises habitudes que l'on ne puisse rectifier avec le tems, la volonté & la sanction des loix, il s'ensuit que tout homme peut sans une grace interne atteindre dès ici-bas une sainteté parfaite.
Qu'un tel secours détruiroit le mérite animal de ses oeuvres, & anéantiroit non pas sa liberté, car ils prétendent que cette liberté est une chimere, mais la spontanéïté de ses actions.
Que bien loin donc que cet homme sage puisse raisonnablement s'attendre à une telle grace, il doit travailler lui-même à se rendre bon, s'appuyer sur ses propres forces, vaincre les difficultés & les tentations par ses efforts continuels vers le bien, dompter ses passions par sa raison, & arrêter leurs emportemens par l'étude ; mais que s'il s'attend à un secours surnaturel, il périra dans sa sécurité.
Qu'il est certain que Dieu n'intervient point dans les volontés des hommes par un concours secret qui les fasse agir.
Qu'ils n'ont pas plus besoin de son secours ad hoc que de son concours pour se mouvoir, & de ses inspirations pour se déterminer.
Que leurs actions sont les résultats nécessaires des différentes impressions que les objets extérieurs font sur leurs organes & de l'assemblage fortuit d'une suite infinie de causes, &c. Voyez PECHE ORIGINEL, GRACE, &c.
A l'égard de la prédestination, ils prétendent :
Qu'il n'y a point en Dieu de décret par lequel il ait prédestiné de toute éternité ceux qui seront sauvés & ceux qui ne le seront pas.
Qu'un tel décret, s'il existoit, seroit digne du mauvais principe des Manichéens.
Ils ne peuvent concevoir qu'un dogme, selon eux, si barbare, si injurieux à la divinité, si révoltant pour la raison, de quelque maniere qu'on l'explique, soit admis dans presque toutes les communions chrétiennes, & qu'on y traite hardiment d'impies ceux qui le rejettent, & qui s'en tiennent fermement à ce que la raison & l'Ecriture sainement interprêtée leur enseignent à cet égard. Voyez PREDESTINATION & DECRET, où l'on examine ce que S. Paul enseigne sur cette matiere obscure & difficile.
III. Touchant l'homme & les sacremens. En voyant les Unitaires rejetter aussi hardiment les dogmes ineffables du péché originel, de la grace & de la prédestination, on peut bien penser qu'ils n'ont pas eu plus de respect pour ce que l'Eglise & les saints conciles ont très-sagement déterminé touchant l'homme & les sacremens. L'opinion de nos sectaires à cet égard peut être regardée comme le troisieme pas qu'ils ont fait dans la voie de l'égarement ; mais ils n'ont fait en cela que suivre le sentiment de Socin qui leur a servi de guide. Je fais cette remarque, parce qu'ils n'ont pas adopté sans exception les sentimens de leur chef, nulle secte ne poussant plus loin la liberté de penser, & l'indépendance de toute autorité. Socin dit donc :
Que c'est une erreur grossiere de s'imaginer que Dieu ait fait le premier homme revêtu de tous ces grands avantages que les Catholiques, ainsi que le gros des Réformés, lui attribuent dans son état d'innocence, comme sont la justice originelle, l'immortalité, la droiture dans la volonté, la lumiere dans l'entendement, &c. & de penser que la mort naturelle & la mortalité sont entrées dans le monde par la voie du péché.
Que non-seulement l'homme avant sa chûte n'étoit pas plus immortel qu'il ne l'est aujourd'hui, mais qu'il n'étoit pas même véritablement juste, puisqu'il n'étoit pas impeccable.
Que s'il n'avoit pas encore péché, c'est qu'il n'en avoit pas eu d'occasion.
Qu'on ne peut donc pas affirmer qu'il fût juste, puisqu'on ne sauroit prouver qu'il se seroit abstenu de pécher, s'il en eût eu l'occasion, &c.
Pour ce qui regarde les sacremens, il prétend :
Qu'il est évident pour quiconque veut raisonner sans préjugés, qu'ils ne sont ni des marques de conférer la grace, ni des sceaux de l'alliance qui la confirment, mais de simples marques de profession.
Que le baptême n'est nécessaire ni de nécessité de précepte, ni de nécessité de moyen.
Qu'il n'a pas été institué par Jesus-Christ, & que le chrétien peut s'en passer sans qu'il puisse en résulter pour lui aucun inconvénient.
Qu'on ne doit donc pas baptiser les enfans, ni les adultes, ni en général aucun homme.
Que le baptême pouvoit être d'usage dans la naissance du christianisme à ceux qui sortoient du paganisme, pour rendre publique leur profession de foi, & en être la marque authentique ; mais qu'à présent il est absolument inutile, & tout-à-fait indifférent. Voyez BAPTEME & SACREMENS.
Quant à l'usage de la cene, on doit croire, selon lui, si l'on ne veut donner dans les visions les plus ridicules :
Que le pain & le vin qu'on y prend, n'est autre chose que manger du pain & boire du vin, soit qu'on fasse cette cérémonie avec foi ou non, spirituellement ou corporellement.
Que Dieu ne verse aucune vertu sur le pain ni sur le vin de l'Eucharistie, qui restent toujours les mêmes en nature, quoi qu'en puissent dire les Transsubstantiateurs. Voyez TRANSUBSTANTIATION.
Que l'usage de faire cette manducation orale seul au nom de tous, ou avec les fideles assemblés qui y participent, n'est institué que pour l'action de grace, qui se peut très-bien faire sans cette formule ; en un mot, que la cene n'est point un sacrement.
Qu'elle n'a point d'autre fin que de nous rappeller la mémoire de la mort de Jesus-Christ, & que c'est une absurdité de penser qu'elle nous procure quelques nouvelles graces, ou qu'elle nous conserve dans celles que nous avons. Voyez EUCHARISTIE & CENE.
Qu'il en est de même des autres cérémonies auxquelles on a donné le nom de sacremens.
Qu'on peut, sans craindre de s'écarter de la vérité, en rejetter la pratique & l'efficace.
Que pour le mariage, il ne devroit être chez tous les peuples de la terre qu'un contrat purement civil.
Que ce n'est même qu'en l'instituant comme tel, par un petit nombre de loix sages & invariables, mais toujours relatives à la constitution politique, au climat & à l'esprit général de la nation à laquelle elles seront destinées, qu'on pourra par la suite réparer les maux infinis en tout genre que ce lien considéré comme sacré & indissoluble, a causé dans tous les états où le christianisme est établi. Voyez MARIAGE & POPULATION.
IV. Quatrieme pas : sur l'éternité des peines & la résurrection. Nous venons de voir Socin faire des efforts aussi scandaleux qu'inutiles & impies, pour détruire l'efficace, la nécessité, la validité & la sainteté des sacremens. Nous allons voir dans ce paragraphe ses sectateurs téméraires marcher aveuglément sur ses dangereuses traces, & passer rapidement de la réjection des sacremens à celle de l'éternité des peines & de la résurrection, dogmes non moins sacrés que les précédens, & sur lesquels la plûpart des Unitaires admettent sans détour le sentiment des Origénistes & des Saducéens, condamné il y a longtems par l'Eglise. Pour montrer à quel point cette secte héterodoxe pousse la liberté de penser, & la fureur d'innover en matiere de religion, je vais traduire ici trois ou quatre morceaux de leurs ouvrages sur le sujet en question. Ce sera une nouvelle confirmation de ce que j'ai dit ci-dessus de la nécessité d'un juge dépositaire infaillible de la foi, & en même tems une terrible leçon pour ceux qui ne voudront pas captiver leur entendement sous l'obéissance de la foi, captivantes intellectum ad obsequium fidei, pour me servir des propres termes de S. Paul. Mais écoutons nos hérétiques réfractaires.
" Il est certain, disent-ils, que de toutes les idées creuses, de tous les dogmes absurdes & souvent impies que les théologiens catholiques & protestans ont avancés comme autant d'oracles célestes, il n'y en a peut-être point, excepté la Trinité & l'Incarnation, contre lesquels la raison fournisse de plus fortes & de plus solides objections que contre ceux de la résurrection des corps & l'éternité des peines. La premiere de ces opinions n'est à la vérité qu'une rêverie extravagante, qui ne séduira jamais un bon esprit, quand il n'auroit d'ailleurs aucune teinture de physique expérimentale ; mais la seconde est un blasphême dont tout bon chrétien doit avoir horreur. Juste ciel ! quelle idée faudroit il avoir de Dieu, si cette hypothèse étoit seulement vraisemblable ? Comment ces ames de pierre, qui osent déterminer le degré & la durée des tourmens que l'être suprême infligera, selon eux, aux pécheurs impénitens, peuvent-ils, sans trembler, annoncer ce terrible arrêt ? de quel droit & à quel titre se donnent-ils ainsi l'exclusion, & s'exemptent-ils des peines dont ils menacent si inhumainement leurs freres ? Qui leur a dit à ces hommes de sang qu'ils ne prononçoient pas eux mêmes leur propre condamnation, & qu'ils ne seroient pas un jour obligés d'implorer la clémence & la miséricorde infinies de cet être souverainement bon qu'ils représentent aujourd'hui comme un pere cruel & implacable, qui ne peut être heureux que par le malheur & le supplice éternels de ses enfans ? Je ne débattrai point à toujours, & je ne serai point indigné à jamais, dit Dieu dans Isaïe. Après un texte aussi formel, & tant d'autres aussi décisifs que nous pourrions rapporter, quels sont les théologiens assez insensés pour se déclarer encore en faveur d'une opinion qui donne si directement atteinte aux attributs les plus essentiels de la divinité, & par conséquent à son existence ? Comment peut-on croire qu'elle punisse éternellement des péchés qui ne sont point éternels & infinis, & qu'elle exerce une vengeance continuelle sur des êtres qui ne peuvent jamais l'offenser, quelque chose qu'ils fassent ? Mais en supposant même que l'homme puisse réellement offenser Dieu, proposition qui nous paroît aussi absurde qu'impie, quelle énorme disproportion n'y auroit-il pas entre des fautes passageres, un désordre momentané, & une punition éternelle ? Un juge équitable ne voudroit pas faire souffrir des peines éternelles à un coupable pour des péchés temporels & qui n'ont duré qu'un tems. Pourquoi donc veut-on que Dieu soit moins juste & plus cruel que lui ? D'ailleurs, comme le dit très-bien un (a) auteur célebre, un tourment qui ne doit avoir aucune fin ni aucun relâche, ne peut être d'aucune utilité à celui qui le souffre, ni à celui qui l'inflige ; il ne peut être utile à l'homme, s'il n'est pas pour lui un état d'amélioration, & il ne peut l'être, s'il ne reste aucun lieu à la repentance, s'il n'a ni le tems de respirer, ni celui de réfléchir sur sa condition. L'éternité des peines est donc de tout point incompatible avec la sagesse de Dieu, puisque dans cette hypothèse il seroit méchant uniquement pour le plaisir de l'être. " Voyez la collect. des freres Polonois.
(a) Le hazard m'a fait découvrir que c'est de Thomas Burnet dont il est ici question ; car en lisant un de ses ouvrages, j'y ai trouvé le passage cité ici par les Sociniens. Neque Deo, neque homini prodesse potest cruciatus indesiniens & sine exitu ; non utique homini si nullus locus sit resipiscentiae, meliorescere possit punitus, si nulla intermissio, aut levamen ad respirandum paulisper, & deliberandum de animo & sorte mutandis. Thom. Burnet de stat. mortuor. & resurg. cap. xi. p. 240.
" Disons plus : si ce qu'on appelle juste & injuste, vertu & vice, étoit tel par sa nature, & ne dépendoit pas des institutions arbitraires des hommes, il pourroit y avoir un bien & un mal moral proprement dits, fondés sur des rapports immuables & éternels d'équité & de bonté antérieurs aux loix politiques, & par conséquent des êtres bons & méchans moralement : de tels êtres seroient alors de droit sous la jurisdiction de Dieu, & pouvant mériter ou démeriter vis-à-vis de lui, il pourroit les punir ou les récompenser dans sa cité particuliere. Mais comme les termes de juste & d'injuste, de vertu & de vice, sont des mots abstraits & métaphysiques, absolument inintelligibles, si on ne les applique à des êtres physiques, sensibles, unis ensemble par un acte exprès ou tacite d'association, il s'ensuit que tout ce qui est utile ou nuisible au bien général & particulier d'une société ; tout ce qui est ordonné ou défendu par les loix positives de cette société, est pour elle la vraie & unique mesure du juste & de l'injuste, de la vertu & du vice, & par conséquent qu'il n'y a réellement de bons & de méchans, de vertueux & de vicieux, que ceux qui font le bien ou le mal des corps politiques dont ils sont membres, & qui en enfreignent ou qui en observent les loix. Il n'y a donc, à parler exactement, aucune moralité dans les actions humaines ; ce n'est donc point à Dieu à punir, ni à récompenser, mais aux loix civiles : car que diroit-on d'un souverain qui s'arrogeroit le droit de faire torturer dans ses états les infracteurs des loix établies dans ceux de ses voisins ? D'ailleurs pourquoi Dieu puniroit-il les méchans ? Pourquoi même les haïroit - il ? Qu'est ce que le méchant, sinon une machine organisée qui agit par l'effort irrésistible de certains ressorts qui la meuvent dans telle & telle direction, & qui la déterminent nécessairement au mal ? Mais si une montre est mal réglée, l'horloger qui l'a faite est-il en droit de se plaindre de l'irrégularité de ses mouvemens ? & n'y auroit-il pas de l'injustice ou plutôt de la folie à lui d'exiger qu'il y eût plus de perfection dans l'effet qu'il n'y en a eu dans la cause ? Ici l'horloger est Dieu, ou la nature, dont tous les hommes, bons ou méchans, sont l'ouvrage. Il est vrai que saint Paul ne veut pas que le vase dise au potier, pourquoi m'as-tu ainsi fait ? Mais, comme le remarque judicieusement un (c) philosophe illustre, cela est fort bien, si le potier n'exige du vase que des services qu'il l'a mis en état de lui rendre ; mais s'il s'en prenoit au vase de n'être pas propre à un usage pour lequel il ne l'auroit pas fait, le vase auroit-il tort de lui dire, pourquoi m'as-tu fait ainsi ?
Pour nous nous croyons fermement que s'il y a une vie à venir, tous les hommes, sans exception, y jouiront de la suprême béatitude, selon ces paroles expresses de l'apôtre : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Si, par impossible, il y en avoit un seul de malheureux, l'objection contre l'existence de Dieu seroit aussi forte pour ce seul être, que pour tout le genre humain. Comment ces théologiens impitoyables qui tordent avec tant de mauvaise foi les écritures pour y trouver des preuves de l'éternité des peines, & par conséquent de l'injustice de Dieu, ne voient-ils pas que tout ce que Jesus-Christ & ses apôtres ont dit des tourmens de l'enfer, n'est qu'allégorique & semblable à ce qu'ont écrit les (d) poëtes d'Ixion, de Sysiphe, de Tantale, &c. & qu'en parlant de la sorte, Jesus-Christ & ses disciples s'accommodoient aux opinions reçues de leur tems parmi le peuple à qui la crainte de l'enfer peut quelquefois servir de frein au défaut d'une bonne législation " ? Voyez la collect. des freres Polon.
On peut voir sous le mot ENFER ce qu'on oppose à ces idées des Sociniens. Disons seulement ici que ce qui rend leur conversion impossible, c'est qu'ils combattent nos dogmes par des raisonnemens philosophiques, lorsqu'ils ne devroient faire que se soumettre humblement, & imposer silence à leur raison, puisqu'enfin nous cheminons par foi & non point par vue, comme le dit très-bien S. Paul.
Quoi qu'il en soit, voyons ce qu'ils ont pensé de la résurrection. Ils disent donc,
Qu'il est aisé de voir, pour peu qu'on y réfléchisse attentivement, qu'il est métaphysiquement impossible que les particules d'un corps humain, que la mort & le tems ont dispersées en mille endroits de l'univers, puissent jamais être rassemblées même par l'efficace de la puissance divine.
Qu'un auteur anglois, aussi profond théologien que bon physicien, & auquel on n'a jamais reproché de favoriser en rien leurs sentimens, paroît avoir été frappé du poids & de l'importance de cette objection ; & qu'il n'a rien négligé pour la mettre dans toute sa force. Ils citent ensuite le passage de cet auteur, dont voici la traduction.
" On sçait & on voit tous les jours de ses propres yeux que les cendres & les particules des cadavres sont en mille manieres dispersées par mer & par terre ; & non-seulement par toute la terre, mais qu'étant élevées dans la région de l'air, par la chaleur & l'attraction du soleil, elles sont jettées & dissipées en mille différens climats ; & elles ne sont pas seulement dispersées, mais elles sont aussi comme insérées dans les corps des animaux, des arbres & autres choses d'où elles ne peuvent être retirées facilement. Enfin dans la transmigration de ces corpuscules dans d'autres corps, ces parties ou particules prennent de nouvelles formes & figures, & ne retiennent pas les mêmes qualités & la même nature.
Cette difficulté se faisant sentir vivement à ceux qui sont capables de réflexion & à ceux qui ne donnent pas tête baissée dans les erreurs populaires, on demande si ce miracle dont nous venons de parler, si cette récollection de toutes ces cendres, de toutes ces particules dispersées en un million de lieux, & métamorphosées en mille sortes de différens corps, est dans l'ordre des choses possibles.
Il y a plusieurs personnes qui en doutent, & qui, pour appuyer leur incrédulité sur ce sujet, alleguent la voracité de certaines nations, de certains antropophages qui se mangent les uns les autres, & qui se nourrissent de la chair humaine : cela supposé, voici comme ils raisonnent : c'est qu'en ce cas il sera impossible que cette même chair qui a contribué à faire de la chair à tant de différens corps alternativement puisse être rendue numériquement & spécifiquement à divers corps en même tems.
Mais pourquoi nous retrancher sur ce petit nombre d'antropophages ? Nous le sommes tous, & tous tant que nous sommes nous nous repaissons des dépouilles & des cadavres des autres hommes, non pas immédiatement, mais après quelques transmutations en herbes, & dans ces animaux nous mangeons nos ancêtres ou quelques-unes de leurs parties. Si les cendres de chaque homme avoient été serrées & conservées dans des urnes depuis la création du monde, ou plutôt si les cadavres de tous les hommes avoient été convertis en momies, & qu'ils fussent restés entiers ou presqu'entiers,
(c) Je ne sai point quel est l'auteur que les Sociniens ont ici en vue.
(d) C'est ce que les Sociniens disent expressément dans les actes de la conférence de Racovie.
il y auroit quelqu'espérance de rassembler toutes les parties du corps, n'ayant pas été confondues ni mêlangées dans d'autres corps : mais puisque les cadavres sont presque tous dissous & dissipés, que leurs parties sont mêlangées dans d'autres corps, qu'elles s'exhalent en l'air, qu'elles retombent en pluie & en rosée, qu'elles sont imbibées par les racines, qu'elles concourent à la production des graines, des blés & des fruits, d'où par une circulation continuelle elles rentrent dans des corps humains, & redeviennent corps humains ; il se peut faire que par ce circuit presqu'infini la même matiere aura subi plus de différentes métamorphoses, & aura habité plus de corps que ne le fit l'ame de Pythagore. Or elle ne peut être rendue à chacun de ces corps dans la résurrection ; car si elle est rendue aux premiers hommes qui ont existé, comme il paroît juste que cela soit, il n'y en aura plus pour ceux qui sont venus après eux ; & si on la rend à ces derniers, ce sera alors au préjudice de leurs ancêtres. Supposons, par exemple, que les premiers descendans d'Adam ou les hommes des premiers siecles redemandent leurs corps, & qu'ensuite les peuples de chaque siecle successif recherchent aussi les leurs, il arrivera que les neveux d'Adam les plus reculés ou les derniers habitans de la terre auront à peine assez de matiere pour faire des demi-corps (e) ". Voyez RESURRECTION.
V. Cinquieme pas. Nous voici arrivés au mystere incompréhensible, mais divin, de la Trinité, cet éternel sujet de scandale des Sociniens, cette cause de leur division d'avec les Protestans, ce dogme enfin qu'ils ont attaqué avec tant d'acharnement qu'ils en ont mérité le surnom d'antitrinitaires.
Ils commencerent par renouveller les anciennes hérésies de Paul de Samosate & d'Arius, mais bientôt prétendant que les Ariens avoient trop donné à Jésus-Christ, ils se déclarerent nettement Photiniens & sur-tout Sabelliens ; mais ils donnerent aux objections de ces hérésiarques une toute autre force, & en ajouterent même de nouvelles qui leur sont particulieres : enfin ils n'omirent aucune des raisons qu'ils crurent propres à déraciner du coeur des fideles un dogme aussi nécessaire au salut, & aussi essentiel à la foi & aux bonnes moeurs.
Pour faire connoître leurs sentimens sur ce dogme, il suffit de dire qu'ils soutiennent que rien n'est plus contraire à la droite raison que ce que l'on enseigne parmi les Chrétiens touchant la Trinité des personnes dans une seule essence divine, dont la seconde est engendrée par la premiere, & la troisieme procede des deux autres.
Que cette doctrine inintelligible ne se trouve dans aucun endroit de l'Ecriture.
Qu'on ne peut produire un seul passage qui l'autorise, & auquel on ne puisse, sans s'écarter en aucune façon de l'esprit du texte, donner un sens plus clair, plus naturel, plus conforme aux notions communes, & aux vérités primitives & immuables.
Que soutenir, comme font leurs adversaires, qu'il y a plusieurs personnes distinctes dans l'essence divine, & que ce n'est pas l'éternel qui est le seul vrai Dieu, mais qu'il y faut joindre le Fils & le S. Esprit, c'est introduire dans l'église de J. C. l'erreur la plus grossiere & la plus dangereuse ; puisque c'est favoriser ouvertement le Polythéisme.
Qu'il implique contradiction de dire qu'il n'y a qu'un Dieu, & que néanmoins il y a trois personnes, chacune desquelles est véritablement Dieu.
Que cette distinction, un en essence, & trois en personnes, n'a jamais été dans l'Ecriture.
Qu'elle est manifestement fausse, puisqu'il est certain qu'il n'y a pas moins d'essences que de personnes, & de personnes que d'essences.
Que les trois personnes de la Trinité sont ou trois substances différentes, ou des accidens de l'essence divine, ou cette essence même sans distinction.
Que dans le premier cas on fait trois dieux.
Que dans le second on fait Dieu composé d'accidens, on adore des accidens, & on métamorphose des accidens en des personnes.
Que dans le troisieme, c'est inutilement & sans fondement qu'on divise un sujet indivisible, & qu'on distingue en trois ce qui n'est point distingué en soi.
Que si on dit que les trois personnalités ne sont ni des substances différentes dans l'essence divine, ni des accidens de cette essence, on aura de la peine à se persuader qu'elles soient quelque chose.
Qu'il ne faut pas croire que les trinitaires les plus rigides & les plus décidés, aient eux-mêmes quelque idée claire de la maniere dont les trois hypostases subsistent en Dieu, sans diviser sa substance, & par conséquent sans la multiplier.
Que S. Augustin lui-même, après avoir avancé sur ce sujet mille raisonnemens aussi faux que ténébreux, a été forcé d'avouer qu'on ne pouvoit rien dire sur cela d'intelligible.
Ils rapportent ensuite le passage de ce pere, qui en effet est très-singulier. " Quand on demande, dit-il, ce que c'est que les trois, le langage des hommes se trouve court, & l'on manque de termes pour les exprimer : on a pourtant dit trois personnes, non pas pour dire quelque chose, mais parce qu'il faut parler, & ne pas demeurer muet " Dictum est tamen tres personae, non ut aliquid diceretur, sed ne taceretur. De Trinit. l. V. c. ix.
Que les théologiens modernes n'ont pas mieux éclairci cette matiere.
Que quand on leur demande ce qu'ils entendent par ce mot de personne, ils ne l'expliquent qu'en disant que c'est une certaine distinction incompréhensible, qui fait que l'on distingue dans une nature unique en nombre, un Pere, un Fils & un S. Esprit.
Que l'explication qu'ils donnent des termes d'engendrer & de procéder, n'est pas plus satisfaisante ; puisqu'elle se réduit à dire que ces termes marquent certaines relations incompréhensibles qui sont entre les trois personnes de la trinité.
Que l'on peut recueillir de là que l'état de la question entre les orthodoxes & eux, consiste à savoir s'il y a en Dieu trois distinctions dont on n'a aucune idée, & entre lesquelles il y a certaines relations dont on n'a point d'idée non-plus.
De tout cela ils concluent qu'il seroit plus sage de s'en tenir à l'autorité des apôtres, qui n'ont jamais parlé de la trinité, & de bannir à jamais de la religion tous les termes qui ne sont pas dans l'Ecriture, comme ceux de trinité, de personne, d'essence, d'hypostase, d'union hypostatique & personnelle, d'incarnation, de génération, de procession, & tant d'autres semblables, qui étant absolument vuides de sens puisqu'ils n'ont dans la nature aucun être réel représentatif, ne peuvent exciter dans l'entendement que des notions fausses, vagues, obscures & incompletes, &c.
Voyez le mot TRINITE, où ces argumens sont examinés & réduits à leur juste valeur, & où le mystere en lui-même est très-bien exposé. Voyez aussi dans les Nouvelles de la république des lettres de Bayle, ann. 1685, le parallele de la Trinité avec les trois dimensions de la matiere.
VI. Sixieme pas. Sur l'incarnation & la personne de J. C. les Unitaires ne se sont pas moins écartés de la foi pure & sainte de l'Eglise : comme ils avoient détruit le mystere de la trinité, il falloit par une conséquence
(e) Voyez Thomas Burnet, docteur en Théologie, & maître de la chartreuse de Londres, dans son traité de statu mortuorum & resurgentium, cap. 9. p. 168. & seq.
nécessaire, attaquer jusque dans ses fondemens celui de l'incarnation ; car ces deux mysteres ineffables exigeant pour être crus le même sacrifice de la raison à l'autorité, ils ne se seroient pas suivis s'ils eussent admis l'un & rejetté l'autre. Mais malheureusement ils n'ont été que trop conséquens, ainsi qu'on l'a pu voir par tout ce qui précede : quoi qu'il en soit ils prétendent,
Que l'opinion de ceux qui disent que le verbe, ou la seconde personne de la trinité a été unie hypostatiquement à l'humanité de J. C. & qu'en vertu de cette union personnelle de la nature divine avec l'humaine, il est Dieu & homme tout ensemble, est fausse & contradictoire.
Que ce Dieu incarné n'a jamais existé que dans le cerveau creux de ces mystiques, qui ont fait d'une vertu, ou d'une manifestation divine externe, une hypostase distincte, contre le sens naturel des termes dont S. Jean s'est servi.
Que lorsqu'il dit, que la parole a été faite chair, cela ne signifie autre chose, sinon que la chair de J. C. a été le nuage glorieux où Dieu s'est rendu visible dans ces derniers tems, & d'où il a fait entendre ses volontés.
Que ce seroit se faire illusion, & donner à ces paroles claires en elles-mêmes, l'interprétation la plus forcée que de les entendre comme si elles signifioient qu'un Dieu s'est véritablement incarné, tandis qu'elles ne désignent qu'une simple présence d'assistance & d'opération.
Que si on lit avec autant d'attention que d'impartialité, les premiers versets de l'évangile selon S. Jean, & qu'on n'y cherche pas plus de mystere qu'il n'y en a réellement, on sera convaincu que l'auteur n'a jamais pensé ni à la préexistence d'un verbe distinct de Dieu, & Dieu lui-même, ni à l'incarnation.
Non contens d'accommoder l'Ecriture à leurs hypothèses, ils soutiennent
Que l'incarnation étoit inutile, & qu'avec la foi la plus vive, il est impossible d'en voir le cui bono.
Ils appliquent à l'envoi que Dieu a fait de son fils pour le salut des hommes, le fameux passage d'Horace.
Nec Deus intersit, nisi dignus vindice nodus
Inciderit.
Si on leur répond qu'il ne falloit pas moins que le sang d'un Dieu-homme pour expier nos péchés & pour nous racheter, ils demandent pourquoi Dieu a eu besoin de cette incarnation, & pourquoi au-lieu d'abandonner aux douleurs, à l'ignominie & à la mort son fils Dieu, égal & consubstantiel à lui, il n'a pas au contraire changé le coeur de tous les hommes, ou plutôt pourquoi il n'a pas opéré de toute éternité leur sanctification par une seule volition.
Ils disent que cette derniere économie s'accorde mieux avec les idées que nous avons de la puissance, de la sagesse & de la bonté infinies de Dieu.
Que l'hypothèse de l'incarnation confond & obscurcit toutes ces idées, & multiplie les difficultés au-lieu de les résoudre.
Les Catholiques & les Protestans leur opposent avec raison tous les textes de l'Ecriture ; mais les Unitaires soutiennent au contraire, que si on se fût arrêté au seul nouveau Testament, on n'auroit point fait de J. C. un Dieu. Pour confirmer cette opinion, ils citent un passage très-singulier d'Eusebe, Hist. ecclés. l. I. c. ij. où ce pere dit, " qu'il est absurde & contre toute raison, que la nature non engendrée & immuable du Dieu tout-puissant, prenne la forme d'un homme, & que l'Ecriture forge de pareilles faussetés ".
A ce passage ils en joignent deux autres non moins étranges ; l'un de Justin martyr, & l'autre de Tertullien, qui disent la même chose. (f)
Si on objecte aux Sociniens que J. C. est appellé Dieu dans les saintes lettres, ils répondent que ce n'est que par métaphore, & à raison de la grande puissance dont le Pere l'a revêtu.
Que ce mot Dieu se prend dans l'Ecriture en deux manieres ; la premiere pour le grand & unique Dieu, & la seconde pour celui qui a reçu de cet être suprême une autorité ou une vertu extraordinaire, ou qui participe en quelque maniere aux perfections de la divinité.
Que c'est dans ces derniers sens qu'on dit quelquefois dans l'Ecriture que J. C. est Dieu, quoi qu'il ne soit réellement qu'un simple homme qui n'a point existé avant sa naissance, qui a été conçu à la maniere des autres hommes, & non par l'opération du S. Esprit, qui n'est pas une personne divine, mais seulement la vertu & l'efficacité de Dieu, &c.
Socin anéantit ensuite la rédemption de J. C. & réduit ce qu'il a fait pour les hommes à leur avoir donné des exemples de vertus héroïques ; mais ce qui prouve sur-tout le peu de respect qu'il avoit pour le nouveau Testament, c'est ce qu'il dit sur la satisfaction de J. C. dans un de ses ouvrages adressé à un théologien. " Quand l'opinion de nos adversaires, dit-il, se trouveroit écrite, non pas une seule fois, mais souvent dans les écrits sacrés, je ne croirois pourtant pas que la chose va comme vous pensez ; car comme cela est impossible, j'interprêterois les passages en leur donnant un sens commode, comme je fais avec les autres en plusieurs autres passages de l'Ecriture ".
Voyez ce que les Catholiques opposent aux argumens de ces hérétiques, sous les mots INCARNATION, REDEMPTION & SATISFACTION.
VII. Septieme pas. Sur la discipline ecclésiastique, la politique & la morale, les Unitaires ont avancé des opinions qui ne sont ni moins singulieres, ni moins hétérodoxes, & qui jointes à ce qui précede, acheveront de faire voir (on ne peut trop le répéter), qu'en partant comme eux de la réjection d'une autorité infaillible en matiere de foi, & en soumettant toutes les doctrines religieuses au tribunal de la raison, on marche dès ce moment à grands pas vers le déisme ; mais ce qui est plus triste encore, c'est que le déisme n'est lui-même, quoi qu'en puissent dire ses apologistes, qu'une religion inconséquente, & que vouloir s'y arrêter, c'est errer inconséquemment, & jetter l'ancre dans des sables mouvans : c'est ce qu'il me seroit très-facile de démontrer si c'en étoit ici le lieu, mais il vaut mieux suivre nos sectaires, & achever le tableau de leurs erreurs théologiques, en exposant leurs sentimens sur les points qui font le sujet de cet article.
Ils disent qu'il y a dans tous les états chrétiens, un vice politique qui a été jusqu'à présent pour eux une source intarissable de maux & de désordres de toute espece.
Que les funestes effets en deviennent de jour en jour plus sensibles ; & que tôt ou tard il entraînera infailliblement la ruine de ces empires, si les souverains ne se hâtent de le détruire.
Que ce vice est le pouvoir usurpé & par conséquent injuste des ecclésiastiques, qui faisant dans chaque état un corps à part qui a ses loix, ses privileges, sa police, & quelquefois son chef particulier, rompent par cela même cette union de toutes les forces & de toutes les volontés qui doit être le caractere distinctif de toute société politique bien constituée, & introduisent réellement deux maîtres au lieu d'un.
Qu'il est facile de voir combien un pareil gouvernement
(f) Voyez Justin martyr. dial. cum Tryphon. & Tertullien, adv. Prax. cap. 16.
est vicieux, & contraire même au pacte fondamental d'une association légitime.
Que plus le mal qui en résulte est sensible, plus on a lieu de s'étonner, que les souverains qui sont encore plus intéressés que leurs sujets à en arrêter les progrès rapides, n'aient pas secoué il y a longtems le joug de cette puissance sacerdotale qui tend sans cesse à tout envahir.
Que pour eux, sans cesse animés de l'amour de la vérité & du bien public, malgré les persécutions cruelles dont cet amour les a rendus si souvent les victimes, ils oseront établir sur cette matiere si importante pour tous les hommes en général, un petit nombre de principes, qui en affermissant les droits & le pouvoir trop long-tems divisés, & par conséquent affoiblis des souverains, de quelque maniere qu'ils soient représentés, serviront en même tems à donner aux différens corps politiques un fondement plus solide & plus durable. Après ce préambule singulier, nos sectaires entrent aussi-tôt en matiere, posent pour principe, qu'une regle sûre, invariable, & dont ceux qui, dans un gouvernement quelconque, sont revêtus légitimement de la souveraineté, ne doivent jamais s'écarter, sous quelque prétexte que ce soit ; c'est celle que tous les philosophes législateurs ont regardée avec raison, comme la loi fondamentale de toute bonne politique, & que Cicéron a exprimée en ces termes : Salus populi suprema lex est, le salut du peuple est la suprême loi.
Que de cette maxime incontestable, & sans l'observation de laquelle tout gouvernement est injuste, tyrannique, & par cela même, sujet à des révolutions ; il résulte :
1°. Qu'il n'y a de doctrine religieuse véritablement divine & obligatoire, & de morale réellement bonnes, que celles qui sont utiles à la société politique à laquelle on les destine ; & par conséquent que toute religion & toute morale qui tendent chacune, suivant son esprit & sa nature, d'une maniere aussi directe qu'efficace, au but principal que doivent avoir tous les gouvernemens civils, légitimes, sont bonnes & revélées en ce sens, quels qu'en soient d'ailleurs les principes.
2°. Que ce qu'on appelle dans certains états la parole de Dieu, ne doit jamais être que la parole de la loi, ou si l'on veut l'expression formelle de la volonté générale statuant sur un objet quelconque.
3°. Qu'une religion qui prétend être la seule vraie, est par cela même, mauvaise pour tous les gouvernemens, puisqu'elle est nécessairement intolérante par principe.
4°. Que les disputes frivoles des Théologiens n'étant si souvent funestes aux états où elles s'élevent, que parce qu'on y attache trop d'importance, & qu'on s'imagine faussement que la cause de Dieu y est intéressée ; il est de la prudence & de la sagesse du corps législatif, de ne pas faire la moindre attention à ces querelles, & de laisser aux ecclésiastiques, ainsi qu'à tous les sujets, la liberté de servir Dieu, selon les lumieres de leur conscience.
De croire & d'écrire ce qu'ils voudront sur la religion, la politique & la morale.
D'attaquer même les opinions les plus anciennes.
De proposer au souverain l'abrogation d'une loi qui leur paroîtra injuste ou préjudiciable en quelque sorte au bien de la communauté.
De l'éclairer sur les moyens de perfectionner la législation, & de prévenir les usurpations du gouvernement.
De déterminer exactement la nature & les limites des droits & des devoirs réciproques du prince & des sujets.
De se plaindre hautement des malversations & de la tyrannie des magistrats, & d'en demander la déposition ou la punition, selon l'exigence des cas.
En un mot, qu'il est de l'équité du souverain de ne géner en rien la liberté des citoyens qui ne doivent être soumis qu'aux loix, & non au caprice aveugle d'une puissance exécutrice & tyrannique.
5°. Que pour ôter aux prêtres l'autorité qu'ils ont usurpée, & arracher pour jamais de leurs mains le glaive encore sanglant de la superstition & du fanatisme, le moyen le plus efficace est de bien persuader au peuple.
Qu'il n'y a aucune religion bonne exclusivement.
Que le culte le plus agréable à Dieu, si toutefois Dieu en peut exiger des hommes, est l'obéissance aux loix de l'état.
Que les véritables saints sont les bons citoyens, & que les gens sensés n'en reconnoîtront jamais d'autres.
Qu'il n'y a d'impies envers les dieux, que les infracteurs du contrat social.
En un mot, qu'il ne doit regarder, respecter & aimer la religion quelle qu'elle soit, que comme une pure institution de police relative, que le souverain peut modifier, changer, & même abolir d'un instant à l'autre, sans que le prétendu salut spirituel des sujets soit pour cela en danger. C'est bien ici qu'on doit dire que la fin est plus excellente que les moyens : mais suivons.
6°. Que les privileges & les immunités des ecclésiastiques étant un des abus les plus pernicieux qui puissent s'introduire dans un état ; il est de l'intérêt du souverain, d'ôter sans aucune restriction ni limitation ces distinctions choquantes, & ces exemptions accordées par la superstition dans des siecles de ténébres, & qui tendent directement à la division de l'empire. Voyez les lettres ne repugnate vestro bono.
7°. Enfin, que le célibat des prêtres, des moines, & des autres ministres de la religion, ayant causé depuis plusieurs siecles, & causant tous les jours des maux effroyables aux états, où il est regardé comme d'institution divine, & en tant que tel ordonné par le prince ; on ne peut trop se hâter d'abolir cette loi barbare & destructrice de toute société civile, visiblement contraire au but de la nature, puisqu'elle l'est à la propagation de l'espece, & qui prive injustement des êtres sensibles, du plaisir le plus doux de la vie, & dont tous leurs sens les avertissent à chaque instant qu'ils ont le droit, la force & le desir de jouir. Voyez CELIBAT & POPULATION.
Que les avantages de ce plan de législation sont évidens pour ceux dont les vûes politiques, vastes & profondes, ne se bornent pas à suivre servilement celles de ceux qui les gouvernent.
Qu'il seroit à souhaiter pour le bien de l'humanité, que les souverains s'empressassent de le suivre, & de prévenir par ce nouveau systême d'administration les malheurs sans nombre & les crimes de toute espece, dont le pouvoir tyrannique des prêtres & les disputes de religion ont été si souvent la cause, principalement depuis l'établissement du christianisme, &c.
D'autres unitaires moins hardis à la tête desquels est Socin, ont sur la discipline & la morale des idées fort différentes : ceux-ci se contentent de dire avec leur chef :
Qu'il n'est pas permis à un chrétien de faire la guerre, ni même d'y aller sous l'autorité & le commandement d'un prince, ni d'employer l'assistance du magistrat pour tirer vengeance d'une injure qu'on a reçue.
Que faire la guerre, c'est toujours mal faire, & agir contre le précepte formel de J. C.
Que J. C. a défendu les sermens qui se font en particulier, quand même ce seroit pour assurer des choses certaines : Socin ajoute pour modifier son opinion, que si les choses étoient de conséquence, on pourroit jurer.
Qu'un chrétien ne peut exercer l'office de magistrat, si dans cet emploi il faut user de violence.
Que les chrétiens ne peuvent donner cet office à qui que ce soit.
Qu'il n'est pas permis aux Chrétiens de défendre leur vie, ni celle des autres par la force même contre les voleurs & les autres ennemis, s'ils peuvent la défendre autrement ; parce qu'il est impossible que Dieu permette qu'un homme véritablement pieux, & qui se confie à lui avec sincérité, se trouve dans ces fâcheuses rencontres où il veuille se conserver aux dépens de la vie du prochain.
Que le meurtre que l'on fait de son aggresseur est un plus grand crime que celui qu'on commet en se vengeant ; car dans la vengeance on ne rend que la pareille ; mais ici, c'est-à-dire, en prévenant son voleur ou son ennemi, on tue un homme qui n'avoit que la volonté de faire peur, afin de voler plus aisément.
Que les ministres, les prédicateurs, les docteurs, & autres, n'ont pas besoin de mission ni de vocation.
Que ces paroles de S. Paul, comment pourront-ils prêcher si on ne les envoye, ne s'entendent pas de toutes sortes de prédications, mais seulement de la prédication d'une nouvelle doctrine, telle qu'étoit celle des apôtres par rapport aux Gentils.
Les Sociniens agissent en conséquence ; car dans leurs assemblées de religion, tous les assistans ont la liberté de parler. Un d'entr'eux commence un chapitre de l'Ecriture, & quand il a lu quelques versets qui forment un sens complet, celui qui lit & ceux qui écoutent, disent leur sentiment s'ils le jugent àpropos sur ce qui a été lu ; c'est à quoi se réduit tout leur culte extérieur.
Je finis ici l'exposé des opinions théologiques des Unitaires : je n'ai pas le courage de les suivre dans tous les détails où ils sont entrés sur la maniere dont le canon des livres sacrés a été formé ; sur les auteurs qui les ont recueillis ; sur la question s'ils sont véritablement de ceux dont ils portent les noms ; sur la nature des livres apocryphes, & sur le préjudice qu'ils causent à la religion chrétienne ; sur la pauvreté & les équivoques de la langue hébraïque ; sur l'antiquité, l'utilité, & la certitude de la masore ; sur l'infidélité & l'inexactitude de la plûpart des versions de l'Ecriture ; sur les variétés de lecture qui s'y trouvent ; sur la fréquence des hébraïsmes que l'on rencontre dans le nouveau Testament ; sur le style des apôtres ; sur la précaution avec laquelle il faut lire les interprêtes & les commentateurs de la Bible ; sur la nécessité de recourir aux originaux pour ne pas leur donner un sens contraire au sujet des écrivains sacrés ; en un mot, sur plusieurs points de critique & de controverse, essentiels à la vérité, mais dont la discussion nous meneroit trop loin. Il me suffit d'avoir donné sur les objets les plus importans de la Théologie, une idée générale de la doctrine des Sociniens extraite de leurs propres écrits. Rien n'est plus capable, ce me semble, que cette lecture, d'intimider desormais ceux qui se sont éloignés de la communion romaine, & qui refusent de reconnoître un juge infaillible de la foi ; je ne dis pas dans le pape, car ce seroit se déclarer contre les libertés de l'église gallicane, mais dans les conciles généraux présidés par le pape.
Après avoir prouvé par l'exemple des Unitaires la nécessité de recourir à un pareil juge pour décider les matieres de foi, il ne me reste plus pour exécuter le plan que je me suis proposé, qu'à donner un abrégé succint de la philosophie des Sociniens ; on y trouvera de nouvelles preuves des écarts dans lesquels on donne, lorsqu'on veut faire usage de sa raison, & l'on verra que cette maniere de philosopher n'est au fond que l'art de décroire, si l'on peut se servir de ce terme. Entrons présentement en matiere ; & pour exprimer plus nettement les pensées de nos hérétiques, suivons encore la même méthode dont nous avons fait usage dans l'exposé précédent.
Socin & ses sectateurs reconnoissent unanimement un Dieu, c'est-à-dire, un être existant par lui-même, unique, nécessaire, éternel, universel, infini, & qui renferme nécessairement une infinité d'attributs & de propriétés ; mais ils nient en même tems que cette idée nous soit naturelle & innée (g). Ils prétendent,
Que ce n'est qu'en prenant le mot Dieu dans ce sens étendu, ou pour parler plus clairement, en établissant un systême de forces & de propriétés, comme une idée précise & représentative de sa substance, qu'on peut assurer sans crainte de se tromper, que cette proposition il y a un Dieu, a toute l'évidence des premiers principes ;
Que mieux on connoît toute la force des objections métaphysiques & physiques, toutes plus insolubles les unes que les autres, que l'homme abandonné à ses propres réflexions peut faire contre l'existence de Dieu considéré en tant que distinct du monde, & contre la Providence, plus on est convaincu qu'il est absolument impossible que les lumieres naturelles de la raison puissent jamais conduire aucun homme à une ferme & entiere persuasion de ces deux dogmes. Voyez DIEU.
Qu'il semble au contraire qu'elles le conduiroient plutôt à n'admettre d'autre Dieu que la nature universelle, &c.
Qu'il n'est pas moins impossible à quiconque veut raisonner profondément, de s'élever à la connoissance de l'Etre suprême par la contemplation de ses ouvrages.
Que le spectacle de la nature ne prouve rien, puisqu'il n'est à parler avec précision ni beau ni laid.
Qu'il n'y a point dans l'univers un ordre, une harmonie, ni un desordre, & une dissonnance absolus, mais seulement relatifs, & déterminés par la nature de notre existence pure & simple.
Que s'appliquer à la recherche des causes finales des choses naturelles, c'est le fait d'un homme qui établit sa foible intelligence pour la véritable mesure du beau & du bon, de la perfection & de l'imperfection. Voyez CAUSES FINALES.
Que les Physiciens qui ont voulu démontrer l'existence & les attributs de Dieu par les oeuvres de la création, n'ont jamais fait faire un pas à la science, & n'ont fait au fond que préconiser sans s'en appercevoir leur propre sagesse & leurs petites vûes.
Que ceux qui ont reculé les bornes de l'esprit humain, & perfectionné la philosophie rationnelle, sont ceux qui, appliquant sans cesse le raisonnement à l'expérience, n'ont point fait servir à l'explication de quelques phénomenes l'existence d'un être dont ils n'auroient su que faire un moment après.
Qu'une des plus hautes & des plus profondes idées qui soient jamais entrées dans l'esprit humain, c'est celle de Descartes, qui ne demandoit pour faire un monde comme le nôtre que de la matiere & du mouvement. Voyez CARTESIANISME.
Que pour bien raisonner sur l'origine du monde, & sur le commencement de sa formation, il ne faut recourir à Dieu que lorsqu'on a épuisé toute la série des causes méchaniques & matérielles.
(g) Voyez Socin, praelectionum theologicarum, cap. ij. p. 537. col. 2. tom. I. & alibi. Voyez aussi Crellius, de Deo & attributis, & sur - tout les Sociniens modernes.
Que ces causes satisfont à tout, & n'ont point les inconvéniens de l'autre systême ; puisqu'alors on raisonne sur des faits, & non sur des conjectures & des hypothèses.
Que la matiere est éternelle & nécessaire, & renferme nécessairement une infinité d'attributs, tant connus qu'inconnus. Voyez MATIERE & SPINOSISME.
Que l'homogénéité de ses molécules est une supposition absurde & insoutenable, par laquelle le systême de l'univers devient une énigme inexplicable ; ce qui n'arrive pas si, en suivant l'expérience, on considere la matiere comme un aggrégat d'élémens hétérogènes, & par conséquent doués de propriétés différentes.
Que c'est une assertion téméraire de dire avec quelques métaphysiciens que la matiere n'a ni ne peut avoir certaines propriétés, comme si on ne lui en découvroit pas tous les jours de nouvelles qu'on ne lui auroit jamais soupçonnées. Voyez AME, PENSEE, SENSATION, SENSIBILITE, &c.
Que la création du néant est une chose impossible & contradictoire. Voyez CREATION.
Que le cahos n'a jamais existé ; à-moins qu'on n'entende par ce mot l'état des molécules de la matiere au moment de leur coordination.
Que rigoureusement parlant, il n'y a point de repos absolu ; mais seulement cessation apparente de mouvement ; puisque la tendance, ou si l'on veut, le nisus, n'est lui-même qu'un mouvement arrêté.
Que dans l'univers la quantité de mouvement reste toujours la même ; ce qui est évident si on prend la somme totale des tendances & des forces vives.
Que l'accélération ou la retardation du mouvement dépend du plus ou moins de résistance des masses, & conséquemment de la nature des corps dans lesquels il est distribué ou communiqué.
Qu'on ne peut rendre raison de l'existence des corps mous, des corps élastiques, & des corps durs, qu'en supposant l'hétérogénéité des particules qui les composent. Voyez DURETE & ÉLASTICITE.
Que rien n'est mort dans la nature, mais que tout a une vie qui lui est propre & inhérente.
Que cette vérité si importante par elle-même, & par les conséquences qui en découlent, se trouve démontrée par les expériences que les Physiciens ont faites sur la génération, la composition, & la décomposition des corps organisés, & sur les infusions des plantes.
Que la plus petite partie d'un fluide quelconque, est peuplée de ces corps.
Qu'il en est vraisemblablement de même de tous les végétaux.
Que la découverte du polype, du puceron hermaphrodite, & tant d'autres de cette espece, sont aux yeux de l'observateur autant de clés de la nature, dont il se sert avec plus ou moins d'avantage, selon l'étendue ou la petitesse de ses vues.
Que la division que l'on fait ordinairement de la matiere en matiere vivante, & en matiere morte, est de l'homme & non de la nature.
Qu'il en faut dire autant de celle que l'on fait des animaux en genres, en especes, & en individus.
Qu'il n'y a que des individus.
Que le systême universel des êtres ne représente que les différentes affections ou modes d'une matiere hétérogene, éternelle, & nécessaire.
Que toutes ces affections ou coordinations quelconques, sont successives & transitoires.
Que toutes les especes sont dans une vicissitude continuelle, & qu'il n'est pas plus possible de savoir ce qu'elles seront dans deux cent millions d'années, que ce qu'elles étoient il y a un million de siecles.
Que c'est une opinion aussi fausse que peu philosophique, d'admettre sur l'autorité de certaines relations l'extemporanéité de la formation de l'univers, de l'organisation & de l'animation de l'homme, & des autres animaux sensibles & pensans, des plantes, &c.
Que ce monde, ainsi que tous les êtres qui en font partie, ont peut-être été précédés par une infinité d'autres mondes & d'autres êtres qui n'avoient rien de commun avec notre univers & avec nous que la matiere dont les uns & les autres étoient formés ; matiere qui ne périt point, quoiqu'elle change toujours de forme, & qu'elle soit susceptible de toutes les combinaisons possibles.
Que l'univers & tous les êtres qui coéxistent passeront, sans que qui que ce soit puisse conjecturer ce que deviendront tous ces aggrégats, & quelle sera leur organisation.
Que ce qu'il y a de sûr, c'est que, quelle que soit alors la coordination universelle, elle sera toujours belle, & que comme il n'y a personne qui puisse accuser celle qui est passée, il est de même impossible qu'il y ait quelqu'être qui accuse celle qui aura lieu dans la succession de la durée, &c. &c.
Si on demande aux Unitaires quelle idée ils ont de la nature de Dieu, ils ne font nulle difficulté de dire qu'il est corporel & étendu.
Que tout ce qui n'est point corps est un pur néant. Voyez MATERIALISME.
Que la spiritualité des substances est une idée qui ne mérite pas d'être réfutée sérieusement.
Que les plus savans peres de l'Eglise ne l'ont jamais connue.
Qu'ils ont tous donné un corps à Dieu, aux anges & aux ames humaines, mais un corps subtil, délié & aérien.
Que l'Ecriture favorise en mille endroits cette opinion.
Que le terme d'incorporel ne se trouve pas même dans toute la bible, ainsi que l'a remarqué Origene.
Que l'idée d'un Dieu corporel est si naturelle à l'homme, qu'il lui est impossible de s'en défaire tant qu'il veut raisonner sans préjugés, & ne pas croire sur parole ce qu'il ne comprend pas, & ce qui confond les idées les plus claires qui soient dans son esprit.
Qu'une substance incorporelle est un être contradictoire.
Que l'immensité & la spiritualité de Dieu sont deux idées qui s'entre-détruisent. Voyez DIEU.
Que l'immatérialisme est un athéisme indirect, & qu'on a fait de Dieu un être spirituel pour n'en rien faire du tout, puisqu'un esprit est un pur être de raison. Voyez ESPRIT.
Conséquemment à ces principes impies, ils soutiennent que l'homme est un.
Que le supposer composé de deux substances distinctes, c'est multiplier les êtres sans nécessité, puisque c'est employer à la production d'un effet quelconque le concours de plusieurs causes, lorsqu'une seule suffit. Voyez AME.
Qu'il n'y a aucune différence spécifique entre l'homme & la bête.
Que l'organisation est la seule chose qui les différencie.
Que l'un & l'autre agissent & se meuvent par les mêmes loix.
Qu'après la mort leur sort est égal ; c'est-à-dire, que les élémens de matiere qui les composent se désunissent, se dispersent, & vont se rejoindre à la masse totale pour servir ensuite à la nourriture & à l'organisation d'autres corps. Voyez IMMORTALITE, ANIMAL, ANIMALITE, &c.
Que s'il n'y a rien dans les mouvemens & les actions des bêtes qu'on ne puisse expliquer par les loix de la méchanique, il n'y a de même rien dans les oscillations, les déterminations & les actes de l'homme dont on ne puisse rendre raison par les mêmes loix.
Qu'ainsi ceux qui, à l'exemple de Descartes, ont prétendu que les animaux étoient de pures machines, & qui ont fait tous leurs efforts pour le prouver, ont démontré en même tems que l'homme n'étoit rien autre chose. Voyez INSTINCT.
Que c'est la conséquence qu'ils laissent tirer à leurs lecteurs, soit qu'ils l'aient fait à dessein, soit qu'ils n'aient pas connu les dépendances inévitables du systême qu'ils vouloient établir.
Que la perfectibilité n'est pas même une faculté que nous ayons de plus que les bêtes, puisqu'on voit que leur instinct, leur adresse, & leurs ruses augmentent toujours à-proportion de celles qu'on emploie pour les détruire ou pour les perfectionner.
Que réduire tout ce qui se passe dans l'homme à la seule sensibilité physique, ou à la simple perception, c'est tout un pour les conséquences. Voyez SENSIBILITE.
Que ces opinions sont toutes deux vraies, & ne different que dans les mots qui les expriment, dont le premier touche de très-près au corps, & le second appartient plus à l'ame. Voyez PERCEPTION, SENSATION, IDEE.
Que point de sens, point d'idées.
Que point de mémoire, point d'idées.
Que la liberté considérée comme le pouvoir de faire ou de ne faire pas est une chimere.
Qu'à la vérité on peut ce qu'on veut, mais qu'on est déterminé invinciblement à vouloir. Voyez VOLONTE.
En un mot, qu'il n'y a point d'actions libres, proprement dites, mais seulement spontanées. Voyez LIBERTE.
Si on leur objecte que nous sommes libres d'une liberté d'indifférence, & que le christianisme enseigne que nous avons cette liberté, ils répondent par ce raisonnement emprunté des stoïciens : " La liberté, disent ces philosophes, n'existe pas. Faute de connoître les motifs, de rassembler les circonstances qui nous déterminent à agir d'une certaine maniere, nous nous croyons libres. Peut-on penser que l'homme ait véritablement le pouvoir de se déterminer ? Ne sont-ce pas plutôt les objets extérieurs, combinés de mille façons différentes, qui le poussent & le déterminent ? Sa volonté est-elle une faculté vague & indépendante, qui agisse sans choix & par caprice ? Elle agit, soit en conséquence d'un jugement, d'un acte de l'entendement, qui lui représente que telle chose est plus avantageuse à ses intérêts que toute autre, soit qu'indépendamment de cet acte les circonstances où un homme se trouve, l'inclinent, le forcent à se tourner d'un certain côté : & il se flatte alors qu'il s'y est tourné librement, quoiqu'il n'ait pu vouloir se tourner d'un autre ". &c.
Après avoir ainsi établi une suite de principes aussi singuliers qu'hétérodoxes ; les Unitaires tâchent de prouver qu'ils s'accordent avec les phénomenes, & qu'ils ont de plus l'avantage de donner la solution des problêmes les plus obscurs & les plus compliqués de la métaphysique & de la théologie ; ils passent de-là à la discussion des objections qu'on pourroit leur faire, & après y avoir répondu de leur mieux, ils examinent de nouveau les deux principes qui servent de base à leur systême. Ces deux principes sont, comme on l'a pu voir ci - dessus, la corporéité de Dieu, & l'existence éternelle & nécessaire de la matiere, & de ses propriétés infinies : nos sectaires s'attachent à faire voir, que ces deux propositions une fois admises, toutes les difficultés disparoissent.
Que l'origine du mal physique & mal moral, ce phénomene si difficile à concilier avec les attributs moraux de la divinité, à moins de recourir à l'hypothèse de Manès, cesse dès ce moment d'être une question embarrassante, puisqu'alors l'homme n'a plus personne à accuser, il n'y a ni mal, ni bien absolus, & tout est comme il devoit nécessairement être.
Qu'on sait de même à quoi s'en tenir sur les questions tant de fois agitées, de l'imputation prétendue du péché d'Adam à toute sa postérité ; de la providence & de la prescience de Dieu ; de la nature & de l'immortalité de l'ame ; d'un état futur de récompenses & de peines, &c. &c. &c.
Que l'homme n'a plus à se plaindre de son existence.
Qu'il sait qu'elle est le résultat déterminé & infaillible d'un méchanisme secret & universel.
Qu'à l'égard de la liberté & des événemens heureux ou malheureux qu'on éprouve pendant la vie, il voit que tout étant lié dans la nature, il n'y a rien de contingent dans les déterminations de nos volontés ; mais que toutes les actions des êtres sensibles, ainsi que tout ce qui arrive dans les deux ordres, a son principe dans un enchaînement immuable, & une coordination fatale de causes & d'effets nécessaires.
En un mot, qu'il y a peu de vérités importantes, soit en philosophie, soit en physique ou en morale, qu'on ne puisse déduire du principe de l'éternité de la matiere & de son coefficient.
" Il est vrai, ajoutent-ils, que pour appliquer cette théorie aux phénomenes du monde matériel & intelligent, & trouver avec cette donnée les inconnues de ces problèmes, il faut joindre à un esprit libre & sans préjugés, une sagacité & une pénétration peu communes : car il s'agit non-seulement de rejetter les erreurs reçues, mais d'appercevoir d'un coup d'oeil les rapports & la liaison de la proposition fondamentale avec les conséquences prochaines ou éloignées qui en émanent, & de suppléer ensuite par une espece d'analyse géométrique les idées intermédiaires qui séparent cette même proposition de ses résultats, & qui en font sentir en même tems la connexion ".
Ce qu'on vient de lire suffiroit pour donner une idée générale de la philosophie des Sociniens, si la doctrine de ces sectaires étoit constante & uniforme : mais ils ont cela de commun avec toutes les autres sectes chrétiennes, qu'ils ont varié dans leur croyance & dans leur culte. Ce n'est donc pas-là le systême philosophique reçu & adopté unanimement par ces hérétiques, mais seulement l'opinion particuliere de plusieurs savans unitaires anciens & modernes.
Observons cependant que ceux de cette secte qui se sont le plus éloignés des principes exposés ci-dessus, n'ont fait seulement que les restreindre, les modifier, & rejetter quelques conséquences qui en découloient immédiatement, soit qu'elles leur parussent trop hardies & trop hétérodoxes, soit qu'ils ne les crussent pas nécessairement inhérentes aux principes qu'ils admettoient : mais s'il m'est permis de dire mon sentiment sur cette matiere délicate, il me semble que le systême de ces derniers est bien moins lié, & qu'il est sujet à des difficultés très-fâcheuses.
En effet que gagnent-ils à ne donner à Dieu qu'une étendue bornée ? N'est-ce pas supposer que la substance divine est divisible ? C'est donc errer inconséquemment. Ils ne peuvent pas dire qu'une étendue finie soit un être essentiellement simple, & exempt de composition, sous prétexte que ses parties n'étant point actuellement divisées, elles ne sont point véritablement distinctes les unes des autres. Car dès qu'elles n'occupent pas toutes le même lieu, elles ont des relations locales à d'autres corps qui les différencient ; elles sont donc aussi réellement distinctes, indépendantes & désunies, quoiqu'elles ne soient séparées qu'intelligiblement, que si leurs parties étoient à des distances infinies les unes des autres, puisque l'on peut affirmer que l'une n'est pas l'autre, & ne la pénetre pas.
A l'égard de l'origine du mal, que leur sert-il d'ôter à Dieu la prévision des futurs contingens, & de dire qu'il ne connoît l'avenir dans les agens libres que par des conjectures qui peuvent quelquefois le tromper ? Croyent-ils par cette hypothèse justifier la providence, & se disculper de l'accusation de faire Dieu auteur du péché ? C'est en vain qu'ils s'en flatteroient, car si Dieu n'a pas prévu certainement les événemens qui dépendoient de la liberté de l'homme, il a pu au-moins, comme le remarque un fameux théologien, les deviner par conjecture. " Il a bien soupçonné que les créatures libres se pourroient dérégler par le mauvais usage de leur liberté. Il a dû prendre des sûretés pour empêcher les désordres. Au-moins il a pu savoir les choses quand il les a vues arrivées. Il n'a pu ignorer quand il a vu Adam tomber & pécher, qu'il alloit faire une race d'hommes méchans. Il a dû employer toutes sortes de moyens pour mettre des digues à cette malice, & pour l'empêcher de se multiplier autant qu'elle a fait. Au-lieu de cela on voit un Dieu qui laisse courir pendant 4000 ans tous les hommes dans leurs voies, qui ne leur envoie ni conducteurs, ni prophêtes, & qui les abandonne entierement à l'ignorance, à l'erreur & à l'idolâtrie ; n'exceptant de cela que deux ou trois millions d'ames cachées dans un petit coin de la terre. Les Sociniens pourroient - ils bien répondre à cela & satisfaire parfaitement les incrédules ? "
Je sais bien que les Unitaires dont nous parlons, objectent que la prescience divine détruiroit la liberté de la créature ; voici à-peu-près comment ils raisonnent sur ce sujet. " Si une chose, disent-ils, est contingente en elle-même, & peut aussi-bien n'arriver pas, comme arriver, comment la prévoir avec certitude ? Pour connoître une chose parfaitement, il la faut connoître telle qu'elle est en elle-même ; & si elle est indéterminée par sa propre nature, comment la peut-on regarder comme déterminée, & comme devant arriver ? Ne seroit-ce pas en avoir une fausse idée ? & c'est ce qu'il semble qu'on attribue à Dieu, lorsqu'on dit qu'il prévoit nécessairement une chose, qui en elle-même n'est pas plus déterminée à arriver, qu'à n'arriver pas ".
Ils concluent de là qu'il est impossible que Dieu puisse prévoir les événemens qui dépendent des causes libres, parce que s'il les prévoit, ils arriveront nécessairement & infailliblement ; & s'il est infaillible qu'ils arriveront, il n'y a plus de contingence, & par conséquent plus de liberté. Ils poussent les objections sur cette matiere beaucoup plus loin, & prétendent réfuter solidement la réponse de quelques théologiens, qui disent que les choses n'arrivent pas parce que Dieu les a prévues, mais que Dieu les a prévues parce qu'elles arrivent. Voyez PRESCIENCE, CONTINGENT, LIBERTE, FATALITE, &c.
Leur sentiment sur la providence va nous fournir une autre preuve de l'incohérence de leurs principes. Ne pouvant concilier ce dogme avec notre liberté, & avec la haine infinie que Dieu a pour le péché, ils refusent à cet être suprême la providence qui regle & gouverne les choses en détail. Mais il est aisé de voir, pour peu qu'on y réfléchisse, que c'est soumettre toutes les choses humaines aux loix d'un destin nécessitant & irrésistible, & par conséquent introduire le fatalisme. Ainsi s'ils veulent se suivre, ils ne doivent rendre aucune espece de culte à la divinité : leur hypothèse rend absolument inutiles les voeux, les prieres, les sacrifices, en un mot, tous les actes intérieurs & extérieurs de religion. Elle détruit même invinciblement la doctrine de l'immortalité de l'ame, &, ce qui en est une suite, celle des peines & des récompenses après la mort ; hypothèses qui ne sont fondées que sur celle d'une providence particuliere & immédiate, & qui s'écroulent avec elle.
Leurs défenseurs répondent à cela, qu'il est impossible d'admettre le dogme d'une providence universelle, sans donner atteinte à l'idée de l'être infiniment parfait. " Concevez-vous, disent-ils, que sous l'empire d'un Dieu tout-puissant, aussi bienfaisant que juste, il puisse y avoir des vases à honneur, & des vases à deshonneur ? Cela ne répugne-t-il pas aux idées que nous avons de l'ordre & de la sagesse ? le bonheur continuel des êtres intelligens ne doit-il pas être le premier des soins de la providence, & l'objet principal de sa bonté infinie ? Pourquoi donc souffrons-nous, & pourquoi y a-t-il des méchans ? Examinez tous les systêmes que les théologiens de toutes les communions ont inventé pour répondre aux objections sur l'origine du mal physique & du mal moral, & vous n'en trouverez aucun qui vous satisfasse même à quelques égards. Il en résulte toujours pour quiconque sait juger des choses, que Dieu pouvant empêcher très-facilement que l'homme ne fût criminel ni malheureux, l'a néanmoins laissé tomber dans le crime & dans la misere. Concluons donc qu'il faut nécessairement faire Dieu auteur du péché, ou être fataliste. Or puisqu'il n'y a que ce seul moyen de disculper pleinement la divinité, & d'expliquer les phénomènes, il s'ensuit qu'il n'y a pas à balancer entre ces deux solutions ".
Telles sont en partie, les raisons dont les fauteurs du Socinianisme se servent pour justifier l'opinion de nos unitaires sur la providence : raisons qu'ils fortifient du dilemme d'Epicure, & de toutes les objections que l'on peut faire contre le systême orthodoxe. Mais nous n'avons pas prétendu nier que ce systême n'eût aussi ses difficultés ; tout ce que nous avons voulu prouver, c'est premierement que ces sectaires n'ont point connu les dépendances inévitables du principe sur lequel ils ont bâti toute leur philosophie, puisque l'idée d'une providence quelle qu'elle soit, est incompatible avec la supposition d'une matiere éternelle & nécessaire.
Secondement, qu'en excluant la providence divine de ce qui se passe ici-bas, & en restreignant ses opérations seulement aux grandes choses, ces Sociniens ne sont pas moins hétérodoxes que ceux dont ils ont mutilé le systême, soit en en altérant les principes, soit en y intercalant plusieurs opinions tout à fait discordantes. J'en ai donné, ce me semble, des preuves sensibles, auxquelles on peut ajouter ce qu'ils disent de l'ame des bêtes.
Ils remarquent d'abord (h) que l'homme est le seul de tous les animaux auquel on puisse attribuer une raison, & une volonté proprement dites, & dont les actions sont réellement susceptibles de mérite & de démérite, de punition & de récompense. Mais s'ils ne donnent point aux bêtes une volonté, ni un franc-arbitre proprement dits ; s'ils ne les font pas capables de la vertu & du vice, ni des peines & des récompenses proprement parlant, ils ne laissent pas de dire que la raison, la liberté & la vertu se trouvent en elles imparfaitement & analogiquement, & qu'elles se rendent dignes de peines & de récompenses
(h) Voyez Crellius, Ethicae christianae, lib. II. cap. j. pag. 65. 66.
en quelque façon. Ce qu'ils prouvent par des passages de (i) la Genèse, de l'Exode & du LÉvitique, où Dieu ordonne des peines contre les bêtes.
Quelque hardie que soit cette pensée, elle ne tient point au fond de l'hérésie socinienne. En raisonnant conséquemment, les Unitaires dont nous ne sommes que les historiens, devoient dire avec Salomon : " Les hommes meurent comme les bêtes, & leur sort est égal ; comme l'homme meurt, les bêtes meurent aussi. Les uns & les autres respirent de même, & l'homme n'a rien de plus que la bête, tout est soumis à la vanité. Ils s'en vont tous au même lieu, & comme ils ont tous été formés de la terre, ils s'en retournent tous également en terre. Qui sait si l'ame des enfans d'Adam monte en-haut, & si l'ame des bêtes descend en-bas " ? Eclésiast. c. iij. 19. & suiv. Cet aveu devoit leur coûter d'autant moins qu'ils soutiennent la mortalité des ames, ou leur dormir jusqu'au jour du jugement, & l'anéantissement de celles des méchans, &c.
Voilà ce que j'ai trouvé de plus curieux & de plus digne de l'attention des philosophes, dans les écrits des Unitaires. J'ai tâché de donner à cet extrait analytique toute la clarté dont les matieres qui y sont traitées sont susceptibles ; & je n'ai pas craint de mettre la doctrine de ces sectaires à la portée de tous mes lecteurs ; elle est si impie & si infectée d'hérésie, qu'elle porte sûrement avec elle son antidote & sa réfutation. D'ailleurs j'ai eu soin pour mieux terrasser l'erreur, de renvoyer aux articles de ce Dictionnaire, où toutes les hétérodoxies des Unitaires doivent avoir été solidement réfutées, & où les vérités de la religion, & les dogmes de la véritable église ont pu être éclaircis & mis par nos théologiens dans un si haut degré d'évidence & de certitude, qu'il faudroit se faire illusion pour n'en être pas frappé, & pour n'en pas augurer l'entiere destruction de l'incrédulité. Par le moyen de ces renvois, des esprits foibles, ou qui ne s'étant pas appliqués à sonder les profondeurs de la métaphysique, pourroient se laisser éblouir par des argumens captieux, seront à l'abri des séductions, & auront une regle sûre & infaillible pour juger du vrai & du faux.
Je finirai cet article par une réflexion dont la vérité se fera sentir à tout lecteur intelligent.
La religion catholique, apostolique & romaine est incontestablement la seule bonne, la seule sûre, & la seule vraie ; mais cette religion exige en même tems de ceux qui l'embrassent, la soumission la plus entiere de la raison. Lorsqu'il se trouve dans cette communion un homme d'un esprit inquiet, remuant, & difficile à contenter, il commence d'abord par s'établir juge de la vérité des dogmes qu'on lui propose à croire, & ne trouvant point dans ces objets de sa foi un degré d'évidence que leur nature ne comporte pas, il se fait protestant ; s'appercevant bientôt de l'incohérence des principes qui caractérisent le protestantisme, il cherche dans le socinianisme une solution à ses doutes & à ses difficultés, & il devient socinien : du socinianisme au déïsme il n'y a qu'une nuance très-imperceptible, & un pas à faire, il le fait : mais comme le deïsme n'est lui-même, ainsi que nous l'avons déja dit, qu'une religion inconséquente, il se précipite insensiblement dans le pyrrhonisme, état violent & aussi humiliant pour l'amour propre, qu'incompatible avec la nature de l'esprit humain : enfin il finit par tomber dans l'athéïsme, état vraiment cruel, & qui assure à l'homme une malheureuse tranquillité à laquelle on ne peut guere espérer de le voir renoncer.
Au reste quoique le but de l'Encyclopédie ne soit pas de donner l'histoire des hérétiques, mais celle de leurs opinions, nous rapporterons cependant quelques anecdotes historiques sur ce qui concerne la personne & les avantures des principaux chefs des Unitaires. Ces sectaires ont fait trop de bruit dans le monde, & s'y sont rendus trop célebres par la hardiesse de leurs sentimens, pour ne pas faire en leur faveur une exception.
LÉlie Socin naquit à Sienne en 1525, & s'étant laissé infecter du poison des nouvelles erreurs que Luther & Calvin répandoient alors comme à l'envi, il quitta sa patrie en 1547, voyagea pendant quatre ans tant en France & en Angleterre que dans les Pays-bas & en Pologne ; s'étant enfin fixé à Zurich, il commença à y répandre les semences de l'hérésie arienne & photinienne, qu'il vouloit introduire ; & mourut en cette ville à l'âge de 37 ans, l'an 1562, laissant ses écrits à Fauste Socin son neveu.
Celui-ci né à Sienne en 1539, & déja séduit par les lettres de son oncle, sortit de l'Italie pour éviter les poursuites de l'Inquisition, & se hâta de se mettre en possession des écrits de LÉlius, qu'il négligea pourtant après les avoir recueillis, étant repassé en Italie, où il demeura douze ans à la cour du duc de Florence ; mais l'ayant quitté tout-à-coup, il se retira à Bâle où il s'appliqua à l'étude, revit les ouvrages de son oncle, & y composa en 1578, son livre de Jesu Christo servatore, qui ne fut pourtant imprimé qu'en 1595. De Suisse il fut appellé par George Blandrata, autre anti-trinitaire, en Transylvanie, où il eut des disputes fort vives avec François David, hérésiarque encore plus décidé que Socin & Blandrata, contre la divinité de Jésus-Christ. De-là il passa en Pologne, où les nouveaux ariens étoient en grand nombre, & souhaita d'entrer dans la communion des Unitaires ; mais comme il différoit d'eux sur quelques points, & qu'il ne vouloit pas garder le silence, on le rejetta assez durement : il ne laissa pas d'écrire en leur faveur contre ceux qui les attaquoient, & vit enfin ses sentimens approuvés par plusieurs ministres ; mais il éprouva de la part des catholiques des persécutions fort cruelles ; pour s'en délivrer il se retira à un petit village éloigné d'environ neuf milles de Cracovie. Ce fut là que suivi d'un assez petit nombre de disciples, & protégé par quelques grands seigneurs, il employa vingt-cinq ans à composer un grand nombre de petits traités, d'opuscules, de remarques, de relations de ses différentes disputes, &c. imprimés en différens tems, soit de son vivant, soit après sa mort, & qu'on trouve recueillis en deux tomes in-fol. à la tête de la bibliotheque des freres Polonois.
Ce patriarche des Unitaires mourut en 1604. " Sa secte, comme le dit très-bien Bayle, bien-loin de mourir avec lui, se multiplia dans la suite considérablement ; mais depuis qu'elle fut chassée de Pologne, l'an 1658, elle est fort déchue & fort diminuée quant à son état visible : car d'ailleurs, il n'y a guere de gens qui ne soient persuadés qu'elle s'est multipliée invisiblement, & qu'elle devient plus nombreuse de jour en jour : & l'on croit qu'en l'état où sont les choses, l'Europe s'étonneroit de se trouver socinienne dans peu de tems, si de puissans princes embrassoient publiquement cette hérésie, ou si seulement ils donnoient ordre que la profession en fût déchargée de tous les désavantages temporels qui l'accompagnent ". Voyez notre introduction à la tête de cet article.
Ce qu'il y a de sûr c'est que les Unitaires étoient autrefois fort répandus en Pologne ; mais en ayant été chassés par un arrêt public de la diete générale
(i) Voyez la Genèse ch. ix. v. 5. Exod. xij. v. 18. Levitique xx. v. 15. 16. & notez ces paroles de Franzius. Quaeri autem posset an non ponenda sit rationalis anima in brutis.... cum, Genes. 9. 5. Deus ipse velit vindicare sanguinem hominis in brutis siquando effuderunt sanguinem humanum, hist. animal. sacra, part. I. cap. ij. p. 16.
du royaume, ils se réfugierent en Prusse, & dans la marche de Brandebourg, quelques-uns passerent en Angleterre, & d'autres en Hollande, où ils sont tolérés, & où l'on débite publiquement leurs livres, quoi qu'en dise Bayle.
Outre les deux Socins, leurs principaux écrivains sont Crellius, Smalcius, Volkélius, Schlichtingius, le chevalier Lubinietzki, &c. On soupçonne aussi avec beaucoup de raison, Episcopius, Limborch, de Courcelles, Grotius, Jean le Clerc, Locke, Clarke & plusieurs autres modernes, d'avoir adopté leurs principes sur la divinité du Verbe, l'incarnation, la satisfaction de Jesus Christ, &c. & sur quelques autres points de théologie & de philosophie. Voy. la bibliotheque des anti-trinitaires ; Crellius, de uno Deo patre, de Deo & attributis, &c. Volkelius, de verâ religione ; Micraelii, hist. eccles. Natalis Alexander, hist. eccles. ad sec. xvj. Hoornbeeck, in apparatu ad controvers. socinianas ; le catéchisme de Racovie, & les ouvrages des Unitaires modernes, d'où cet article a été tiré en partie. Article de M. NAIGEON.
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| UNITÉ | S. f. (Matth.) c'est ce qui exprime une seule chose ou une partie individuelle d'une quantité quelconque. Quand on dit individuelle, ce n'est pas que l'unité soit indivisible, mais c'est qu'on la considere comme n'étant pas divisée, & comme faisant partie d'un tout divisible. Voyez NOMBRE.
Quand un nombre a quatre ou cinq chiffres, celui qui est le plus à la droite, c'est-à-dire le premier en allant de droite à gauche, exprime ou occupe la place des unités. Voyez NUMERATION. Et selon Euclide, on ne doit pas mettre au rang des nombres l'unité ; il dit que le nombre est une collection d'unités ; mais c'est là une question de mots.
UNITE en Théologie, est un des caracteres distinctifs de la véritable Eglise de Jesus Christ.
Par unité, les Théologiens catholiques entendent le lieu qui unit les fideles par la profession d'une même doctrine, par la participation aux mêmes Sacremens, & par la soumission au même chef visible. La multitude des églises particulieres qui sont répandues dans les différentes parties du monde ne préjudicie en rien à cette unité ; toutes ces églises réunies ensemble ne formant qu'un seul & même tout moral, qu'un seul & même corps ; en un mot, qu'une seule & même société, qui professe la même foi, qui participe aux mêmes sacremens, qui obéit aux mêmes pasteurs & au même chef. Or cette unité, selon les catholiques, est restrainte à une seule société, de laquelle sont exclus les hérétiques qui professent une foi différente, les excommuniés qui ne participent plus aux sacremens, les schismatiques qui refusent de se soumettre à l'autorité des pasteurs légitimes. Or, cette société c'est l'Eglise romaine, comme l'ont prouvé nos controversistes dont on peut consulter les écrits.
Les protestans conviennent que l'église doit être une, mais ils prétendent que cette unité peut subsister, sans que ses membres soient réunis sous un chef visible, & qu'il suffit que tous les chrétiens soient unis par les liens d'une charité mutuelle, & qu'ils soient d'accord sur les points fondamentaux de la religion. On sait que cette derniere condition est de l'invention du ministre Jurieu, & qu'elle jette les protestans dans l'impossibilité de décider, de combien ou de quelles sectes l'Eglise pourra être composée, parce que chacun voulant ou prétendant déterminer à son gré, quels sont ces points fondamentaux ; les uns ouvrent la porte à toutes les sectes, tandis que d'autres la leur ferment. D'ailleurs, ces caracteres d'unité qu'assignent les protestans sont, ou intérieurs & invisibles, ou équivoques. Et pour discerner l'unité de l'Eglise, il faut des caracteres visibles, extérieurs, & de nature à frapper vivement les plus simples, & à leur montrer quelle est la société à laquelle ils doivent s'attacher.
UNITE, (Belles Lettres) dans un ouvrage d'éloquence ou de poésie. Qualité qui fait qu'un ouvrage est par-tout égal & soutenu. Horace, dans son art poétique, veut que l'ouvrage soit un :
Denique sit quod vis simplex duntaxat & unum.
Et Despréaux a rendu ce précepte par celui - ci :
Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu
Que le début, la fin répondent au milieu.
Art poét. ch. j.
Il n'y a point d'ouvrage d'esprit, de quelqu'étendue qu'on le suppose, qui ne soit sujet à cette regle. L'auteur d'une ode n'est pas moins obligé de se soutenir, que celui d'une tragédie ou d'un poëme épique, & souvent même on excuse moins aisément ce défaut dans un petit ouvrage que dans un grand. Cette unité consiste à distribuer un ordre général dans la matiere qu'on traite, & à établir un point fixe auquel tout puisse se rapporter. C'est l'art d'assortir les diverses parties d'un ouvrage, de ne choisir que le nécessaire, de rejetter le superflu, de savoir à propos sacrifier quelques beautés pour en placer d'autres qui seront plus en jour, d'éclaircir les vérités les unes par les autres, & de s'avancer insensiblement de degrés en degrés vers le but qu'on se propose. Enfin, l'unité est dans les arts d'imitation, ce que sont l'ordre & la méthode dans les hautes sciences ; telles que la Philosophie, les Mathématiques, &c. La science, l'érudition, les pensées les plus nobles, l'élocution la plus fleurie, sont des matériaux propres à produire de grands effets ; cependant si la raison n'en regle l'ordre & la distribution, si elle ne marque à chacune de ces choses le rang qu'elle doit tenir, si elle ne les enchaîne avec justesse, il ne résulte de leur amas qu'un cahos, dont chaque partie prise en soi peut être excellente, quoique l'assortiment en soit monstrueux. Cette unité nécessaire dans les ouvrages d'esprit, loin d'être incompatible avec la variété, sert au contraire à la produire par le choix, la distribution sensée des ornemens. Tout le commencement de l'art poétique d'Horace est consacré à prescrire cette unité, que les modernes ont encore mieux connue & mieux observée que les anciens.
Unité, dans la poésie dramatique, est une regle qu'ont établie les critiques, par laquelle on doit observer dans tout drame une unité d'action, une unité de tems, & une unité de lieu ; c'est ce que M. Despréaux a exprimé par ces deux vers :
Qu'en un lieu, qu'en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli.
Art poét. ch. iij.
C'est ce qu'on appelle la regle des trois unités, sur lesquelles Corneille a fait un excellent discours, dont nous emprunterons en partie ce que nous en allons dire pour en donner au lecteur une idée suffisante.
Ces trois unités sont communes à la tragédie & à la comédie ; mais dans le poëme épique, la grande & presque la seule unité est celle d'action. A la vérité, on doit y avoir quelqu'égard à l'unité des tems, mais il n'y est pas question de l'unité de lieu. L'unité de caractere n'est pas du nombre des unités dont nous parlons ici. Voyez CARACTERE.
1°. L'unité d'action consiste, à ce que la tragédie ne roule que sur une action principale & simple, autant qu'il se peut : nous ajoutons cette exception, car il n'est pas toujours d'une nécessité absolue que cela soit ainsi, & pour mieux entendre ceci, il est à propos de distinguer avec les anciens deux sortes de sujets propres à la tragédie ; savoir le sujet simple, & le sujet mixte ou composé : le premier est celui, qui étant un & continué, s'acheve sans un manifeste changement au contraire de ce qu'on attendoit, & sans aucune reconnoissance. Le sujet mixte ou composé est celui qui s'achemine à sa fin avec quelque changement opposé à ce qu'on attendoit, ou quelque reconnoissance, ou tous deux ensemble. Telles sont les définitions qu'en donne Corneille, d'après Aristote. Quoique le sujet simple puisse admettre un incident considérable qu'on nomme épisode, pourvû que cet incident ait un rapport direct & nécessaire avec l'action principale, & que le sujet mixte qui par lui-même est assez intrigué, n'ait pas besoin de ce secours pour se soutenir ; cependant dans l'un & dans l'autre l'action doit être une & continue, parce qu'en la divisant, on diviseroit & l'on affoibliroit nécessairement l'intérêt & les impressions que la tragédie se propose d'exciter. L'art consiste donc à n'avoir en vûe qu'une seule & même action, soit que le sujet soit simple, soit qu'il soit composé, à ne la pas surcharger d'incidens, à n'y ajouter aucun épisode qui ne soit naturellement lié avec l'action ; rien n'étant si contraire à la vraisemblance, que de vouloir réunir & rapporter à une même action un grand nombre d'incidens, qui pourroient à peine arriver en plusieurs semaines. " C'est par la beauté des sentimens, par la violence des passions, par l'élégance des expressions, dit M. Racine dans sa préface de Bérénice, que l'on doit soutenir la simplicité d'une action, plutôt que par cette multiplicité d'incidens, par cette foule de reconnoissances amenées comme par force, refuge ordinaire des poëtes stériles qui se jettent dans l'extraordinaire en s'écartant du naturel ". Cette simplicité d'action qui contribue infiniment à son unité, est admirable dans les poëtes grecs ; les Anglois, & entr'autres Shakespear, n'ont point connu cette regle ; ses tragédies d'Henri IV. de Richard III. de Macbeth, sont des histoires qui comprennent les événemens d'un regne tout entier. Nos auteurs dramatiques, quoiqu'ils aient pris moins de licence, se sont pourtant donnés quelquefois celle, ou d'embrasser trop d'objets, comme on le peut voir dans quelques tragédies modernes, ou de joindre à l'action principale des épisodes qui par leur inutilité ont refroidi l'intérêt, ou par leur longueur l'ont tellement partagé, qu'il en a résulté deux actions au lieu d'une. Corneille & Racine n'ont pas entierement évité cet écueil. Le premier, par son épisode de l'amour de Dircé pour Thésée, a défiguré sa tragédie d'Oedipe : lui même a reconnu que dans Horace, l'action est double, parce que son héros court deux périls différens, dont l'un ne l'engage pas nécessairement dans l'autre ; puisque d'un péril public qui intéresse tout l'état, il tombe dans un péril particulier où il n'y va que de sa vie. La piece auroit donc pû finir au quatrieme acte, le cinquieme formant pour ainsi dire une nouvelle tragédie. Aussi l'unité d'action dans le poëme dramatique dépend-elle beaucoup de l'unité de péril pour la tragédie, & de l'unité d'intrigue pour la comédie. Ce qui a lieu non-seulement dans le plan de la fable, mais aussi dans la fable étendue & remplie d'épisodes. Voyez ACTION & FABLE.
Les épisodes y doivent entrer sans en corrompre l'unité, ou sans former une double action : il faut que les différens membres soient si bien unis & liés ensemble, qu'ils n'interrompent point cette unité d'action si nécessaire au corps du poëme, & si conforme au précepte d'Horace, qui veut que tout se réduise à la simplicité & à l'unité de l'action. Sit quod vis simplex duntaxat & unum. Voyez EPISODE.
C'est sur ce fondement, qu'on a reproché à Racine, qu'il y avoit duplicité d'action dans Andromaque & dans Phedre ; & à considérer ces pieces sans prévention, on ne peut pas dire que l'action principale y soit entierement une & dégagée, sur-tout dans la derniere, où l'épisode d'Aricie n'influe que foiblement sur le dénouement de la piece même, en admettant la raison que le poëte allegue dans la préface pour justifier l'invention de ce personnage. Une des principales causes pour laquelle nos tragédies en général ne sont pas si simples que celles des anciens ; c'est que nous y avons introduit la passion de l'amour qu'ils en avoient exclue. Or, cette passion étant naturellement vive & violente, elle partage l'intérêt & nuit par conséquent très-souvent à l'unité d'action. Principes pour la lect. des poëtes, tom. II. p. 52. & suiv. Corn. discours des trois unités.
A l'égard du poëme épique, M. Dacier observe que l'unité d'action ne consiste pas dans l'unité du héros, ou dans l'uniformité de son caractere ; quoique ce soit une faute que de lui donner dans la même piece des moeurs différentes. L'unité d'action exige qu'il n'y ait qu'une seule action principale, dont toutes les autres ne soient que des accidens & des dépendances. Voyez HEROS, CARACTERES, MOEURS, ACTION.
Pour bien remplir cette regle, le pere le Bossu demande trois choses ; 1°. que l'on ne fasse entrer dans le poëme aucun épisode qui ne soit pris dans le plan, ou qui ne soit fondé sur l'action, & qu'on ne puisse regarder comme un membre naturel du corps du poëme ; 2°. que ces épisodes ou membres s'accordent & soient liés étroitement les uns aux autres ; 3°. que l'on ne finisse aucun épisode au point qu'il puisse ressembler à une action entiere & séparée ou détachée ; mais que chaque épisode ne soit jamais qu'une partie d'un tout, & même une partie qui ne fasse point un tout elle-même.
Le critique examinant sur ces regles l'Enéide, l'Iliade, & l'Odyssée, trouve qu'elles y ont été observées à la derniere rigueur. En effet, ce n'est que de la conduite de ces poëmes qu'il a tiré les regles qu'il prescrit ; & pour donner un exemple d'un poëme où elles ont été négligées, il cite la Thébaïde de Stace. Voyez THEBAÏDE & ACTION.
2°. L'unité de tems est établie par Aristote dans sa poétique, où il dit expressément que la durée de l'action ne doit point excéder le tems que le soleil employe à faire sa révolution, c'est-à-dire, l'espace d'un jour naturel. Quelques critiques veulent que l'action dramatique soit renfermée dans un jour artificiel, ou l'espace de douze heures. Mais le plus grand nombre pense que l'action qui fait le sujet d'une piece de théâtre, doit être bornée à l'espace de vingt-quatre heures, ou, comme on dit communément, que sa durée commence & finisse entre deux soleils ; car on suppose qu'on présente aux spectateurs un sujet de fable ou d'histoire, ou tiré de la vie commune pour les instruire ou les amuser ; & comme on n'y parvient qu'en excitant les passions, si on leur laisse le tems de se refroidir, il est impossible de produire l'effet qu'on se proposoit. Or en mettant sur la scène une action qui vraisemblablement, ou même nécessairement n'auroit pu se passer qu'en plusieurs années, la vivacité des mouvemens se ralentit ; ou si l'étendue de l'action vient à excéder de beaucoup celle du tems, il en résulte nécessairement de la confusion ; parce que le spectateur ne peut se faire illusion jusqu'à penser que les événemens en si grand nombre se seroient terminés dans un si court espace de tems. L'art consiste donc à proportionner tellement l'action & sa durée, que l'une paroisse être réciproquement la mesure de l'autre ; ce qui dépend sur-tout de la simplicité de l'action. Car si l'on en réunit plusieurs sous prétexte de varier & d'augmenter le plaisir, il est évident qu'elles sortiront des bornes du tems prescrit, & de celles de la vraisemblance. Dans le Cid, par exemple, Corneille fait donner dans un même jour trois combats singuliers & une bataille, & termine la journée par l'espérance du mariage de Chimene avec Rodrigue, encore tout fumant du sang du comte de Gormas, pere de cette même Chimene, sans parler des autres incidens, qui naturellement ne pouvoient arriver en aussi peu de tems, & que l'histoire met effectivement à deux ou trois ans les uns des autres. Guillen de Castro auteur espagnol, dont Corneille avoit emprunté le sujet du Cid, l'avoit traité à la maniere de son tems & de son pays, qui permettant qu'on fît paroître sur la scène un héros qu'on voyoit, comme dit M. Despréaux,
Enfant au premier acte, & barbon au dernier.
n'assujettissoit point les auteurs dramatiques à la regle des vingt-quatre heures ; & Corneille pour vouloir y ajuster un événement trop vaste, a péché contre la vraisemblance. Les anciens n'ont pas toujours respecté cette regle ; mais nos premiers dramatiques françois & les Anglois l'ont violée ouvertement. Parmi ces derniers, sur-tout Shakespear semble ne l'avoir pas seulement connue ; & on lit à la tête de quelques-unes de ces pieces, que la durée de l'action est de trois, dix, seize années, & quelquefois de davantage. Ce n'est pas qu'en général on doive condamner les auteurs qui pour plier un événement aux regles du théâtre, négligent la vérité historique, en rapprochant comme en un même point des circonstances éparses qui sont arrivées en différens tems, pourvû que cela se fasse avec jugement & en matieres peu connues ou peu importantes. " Car le poëte, disent messieurs de l'académie françoise dans leurs sentimens sur le Cid, ne considere dans l'histoire que la vraisemblance des événemens, sans se rendre esclave des circonstances qui en accompagnent la vérité ; de maniere que pourvu qu'il soit vraisemblable que plusieurs actions se soient aussibien pu faire conjointement que séparément, il est libre au poëte de les rapprocher, si par ce moyen, il peut rendre son ouvrage plus merveilleux ". Mais la liberté à cet égard ne doit point dégénérer en licence, & le droit qu'ont les Poëtes de rapprocher les objets éloignés, n'emporte pas avec soi celui de les entasser & de les multiplier de maniere que le tems prescrit ne suffise pas pour les développer tous ; puisqu'il en résulteroit une confusion égale à celle qui regneroit dans un tableau où le peintre auroit voulu réunir un plus grand nombre de personnages que sa toile ne pouvoit naturellement en contenir. Car, de même qu'ici les yeux ne pourroient rien distinguer ni démêler avec netteté, là l'esprit du spectateur & sa mémoire ne pourroient ni concevoir clairement, ni suivre aisément une foule d'événemens pour l'intelligence & l'exécution desquels la mesure du tems, qui n'est que de vingt-quatre heures au plus, se trouveroit trop courte. Le poëte est même à cet égard beaucoup moins gêné que le peintre ; celui-ci ne pouvant saisir qu'un coup d'oeil, un instant marqué de la durée de l'action ; mais un instant subit & presque indivisible. Principes pour la lecture des Poëtes, tome II. page 48. & suivantes.
Dans le poëme épique, l'unité de tems prise dans cette rigueur, n'est nullement nécessaire ; puisqu'on ne sauroit guere y fixer la durée de l'action : plus celle ci est vive & chaude, & plus il en faut précipiter la durée. C'est pourquoi l'Iliade ne fait durer la colere d'Achille que quarante-sept jours tout au plus ; au lieu que, selon le pere le Bossu, l'action de l'Odyssée occupe l'espace de huit ans & demi, & celle de l'Enéïde près de sept ans ; mais ce sentiment est faux, comme nous l'avons démontré au mot action. Voyez ACTION.
Pour ce qui est de la longueur du poëme épique, Aristote veut qu'il puisse être lû tout entier dans l'espace d'un jour ; & il ajoute que lorsqu'un ouvrage en ce genre s'étend au delà de ces bornes, la vûe s'égare ; desorte qu'on ne sauroit parvenir à la fin sans avoir perdu l'idée du commencement.
3°. L'unité de lieu est une regle dont on ne trouve nulle trace dans Aristote, & dans Horace ; mais qui n'en est pas moins fondée dans la nature. Rien ne demande une si exacte vraisemblance que le poëme dramatique : comme il consiste dans l'imitation d'une action complete & bornée, il est d'une égale nécessité de borner encore cette action à un seul & même lieu afin d'éviter la confusion, & d'observer encore la vraisemblance en soutenant le spectateur dans une illusion qui cesse bien-tôt dès qu'on veut lui persuader que les personnages qu'il vient de voir agir dans un lieu, vont agir à dix ou vingt lieues de ce même endroit, & toujours sous ses regards, quoiqu'il soit bien sûr que lui-même n'a pas changé de place. Que le lieu de la scène soit fixe & marqué, dit M. Despréaux ; voilà la loi. En effet, si les scènes ne sont préparées, amenées, & enchaînées les unes aux autres, de maniere que tous les personnages puissent se rencontrer successivement & avec bienséance dans un endroit commun ; si les divers incidens d'une piece exigent nécessairement une trop grande étendue de terrein ; si enfin le théâtre représente plusieurs lieux différens les uns après les autres, le spectateur trouve toujours ces changemens incroyables, & ne se prête point à l'imagination du poëte qui choque à cet égard les idées ordinaires, & pour parler plus nettement, le bon sens. Pour connoître combien cette unité de lieu est indispensable dans la tragédie, il ne faut que comparer quelques pieces où elle est absolument négligée, avec d'autres où elle est observée exactement ; & sur le plaisir qui résulte de celles-ci, & l'embarras ou la confusion qui naissent des autres, il est aisé de prononcer que jamais regle n'a été plus judicieusement établie ; avant Corneille, elle étoit comme inconnue sur notre théâtre ; la lecture des auteurs italiens & espagnols qui la violoient impunément, ayant à cet égard comme à beaucoup d'autres, gâté nos poëtes. Hardy, Rotrou, Mairet, & les autres qui ont précédé Corneille, transportent à tout moment la scène d'un lieu dans un autre. Ce défaut est encore plus sensible dans Shakespear, le pere des tragiques anglois : dans une même piece la scène est tantôt à Londres, tantôt à Yorck, & court, pour ainsi dire, d'un bout à l'autre de l'Angleterre. Dans une autre elle est au centre de l'Ecosse dans un acte, & dans le suivant elle est sur la frontiere. Corneille connut mieux les regles, mais il ne les respecta pas toujours ; & lui-même en convient dans l'examen du Cid, où il reconnoît que quoique l'action se passe dans Séville, cependant cette détermination est trop générale ; & qu'en effet, le lieu particulier change de scène en scène. Tantôt c'est le palais du roi, tantôt l'appartement de l'infante, tantôt la maison de Chimene, & tantôt une rue ou une place publique. Or non-seulement le lieu général, mais encore le lieu particulier doit être déterminé ; comme un palais, un vestibule, un temple ; & ce que Corneille ajoute, qu'il faut quelquefois aider au théâtre & suppléer favorablement à ce qui ne peut s'y représenter, n'autorise point à porter, comme il l'a fait en cette matiere, l'incertitude & la confusion dans l'esprit des spectateurs. La duplicité de lieu si marquée dans Cinna, puisque la moitié de la piece se passe dans l'appartement d'Emilie, & l'autre dans le cabinet d'Auguste, est inexcusable ; à-moins qu'on n'admette un lieu vague, indéterminé, comme un quartier de Rome, ou même toute cette ville, pour le lieu de la scène. N'étoit-il pas plus simple d'imaginer un grand vestibule commun à tous les appartemens du palais, comme dans Polyeucte & dans la mort de Pompée ? Le secret qu'exigeoit la conspiration n'eût point été un obstacle ; puisque Cinna, Maxime, & Emilie, auroient pû là, comme ailleurs, s'en entretenir en les supposant sans témoin ; circonstance qui n'eût point choqué la vraisemblance, & qui auroit peut-être augmenté la surprise. Dans l'Andromaque de Racine, Oreste dans le palais même de Pyrrhus, forme le dessein d'assassiner ce prince, & s'en explique assez hautement avec Hermione, sans que le spectateur en soit choqué. Toutes les autres tragédies du même poëte sont remarquables par cette unité de lieu, qui sans effort & sans contrainte, est par-tout exactement observée, & particulierement dans Britannicus, dans Phedre, & dans Iphigénie. S'il semble s'en être écarté dans Esther, on sait assez que c'est parce que cette piece demandoit du spectacle ; au reste toute l'action est renfermée dans l'enceinte du palais d'Assuérus. Celle d'Athalie se passe aussi toute entiere dans un vestibule extérieur du temple, proche de l'appartement du grand prêtre ; & le changement de décoration qui arrive à la cinquieme scene du dernier acte, n'est qu'une extension de lieu absolument nécessaire, & qui présente un spectacle majestueux.
Quant au poëme épique, on sent que l'étendue de l'action principale, & la variété des épisodes, supposent nécessairement des voyages par mer & par terre, des combats, & mille autres positions incompatibles avec l'unité de lieu. Principes pour la lecture des Poëtes, tome II. page 42. & suiv. Corneille, discours des trois unités. Examen du Cid & de Cinna.
UNITE, (Peint.) on exige en peinture l'unité d'objets, c'est-à dire, que s'il y a plusieurs grouppes de clair-obscur dans un tableau, il faut qu'il y en ait un qui domine sur les autres ; de même dans la composition, il doit y avoir unité de sujets. On observe encore dans un tableau l'unité du tems, ensorte que ce qui y est représenté, ne paroisse pas excéder le moment de l'action qu'on a eu dessein de rendre. Enfin tous les objets doivent être embrassés d'une seule vue, & paroître compris dans l'espace que le tableau est supposé renfermer. Dictionnaire des beaux arts. (D.J.)
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| UNIVALVE | (Conchyliolog.) ce terme se dit d'une coquille qui n'a qu'une seule piece ; quand elle en a deux on l'appelle bivalve, & multivalve quand elle en a plusieurs.
La classe des univalves marins forme, selon M. d'Argenville, quinze familles ; savoir, le lépas, l'oreille de mer, les tuyaux & vermisseaux de mer, les nautiles, les limaçons à bouche ronde, ceux à bouche demi-ronde, & ceux qui ont la bouche applatie, les buccins, les vis, les cornets, les rouleaux ou olives, ceux à bouche demi-ronde, les murex, les pourpres, les tonnes & les porcelaines.
La classe des univalves fluviatiles, consiste en sept familles ; savoir, le lépas, les limaçons à bouche ronde, les vis, les buccins, les tonnes, & le planorbis.
Les coquillages terrestres sont tous univalves, & se divisent en général en animaux vivans, & en animaux morts. Les animaux vivans se partagent en ceux qui sont couverts de coquilles, & en ceux qui en sont privés. Les premiers sont les limaçons à bouche ronde, ceux à bouche demi-ronde, ceux à bouche plate, les buccins, & les vis. Les seconds n'offrent que les limaces, dont il y a plusieurs especes. Les coquillages terrestres morts, sont toutes les coquilles qui se divisent en univalves, bivalves & multivalves, & en autant de familles (à l'exception de trois ou quatre), que les coquillages marins.
Comme les coquilles univalves font sortir plus de parties de leur corps que les bivalves, il est plus aisé de découvrir leur tête, leurs cornes, leurs conches, leurs opercules. Les petits points noirs qui représentent leurs yeux ont un nerf optique, une humeur crystalline, & une humeur vitrée. Quelquefois ils sont placés à l'orifice des cornes, souvent à leurs extrêmités, les uns en - dedans, les autres en - dehors. Leur opercule suit ordinairement le bout de leur pié, ou de leur plaque ; quelquefois il est au milieu de cette plaque, ou au sommet de leur tête ; cependant cet opercule tient au corps, & n'a jamais fait partie de la coquille : il est même d'une matiere toute différente. Ce n'est souvent qu'une peau mince & baveuse : quelquefois c'est une espece de corne qui ferme exactement les coquilles, dont la bouche est ronde ; & dans les oblongues, il n'en couvre qu'une partie.
Tous ces animaux au reste sont différens dans leur jeunesse pour la figure, les couleurs, & l'épaisseur de leurs coquilles : les jeunes pénetrent jusqu'à l'extrêmité pointue de leurs demeures ; elles ont moins de tours, de stries, leurs couleurs sont plus vives : les vieilles au contraire qui ont eu besoin d'aggrandir leurs couvertures, à mesure qu'elles avançoient en âge, ont par conséquent plus de tours, plus de stries, la teinte de leurs couleurs plus terne ; & elles ne vont point à l'extrêmité de leurs coquilles, dont elles rompent souvent une partie du sommet extérieur ; c'est une vérité qui est cependant contestée par F. Columna.
Pour dessiner vivans les coquillages univalves & autres, il faut user de ruse, sans quoi on ne peut contraindre ces animaux renfermés dans leurs coquilles à faire sortir quelques parties de leurs corps. Ainsi donc au sortir de la mer on mettra ces animaux tout vivans dans un bocal de crystal, ou dans de grands plats de fayance un peu creux, & remplis d'eau de la mer ; alors on les verra marcher & s'étendre en cherchant un point d'appui, pour assurer leur marche, & prendre leur nourriture.
Si le coquillage univalve ne veut rien faire paroître, on se servira d'une pince, pour enlever un peu du dessus de sa valve supérieure, en prenant garde néanmoins de le blesser, & de couper le nerf ou tendon qui l'attache à sa coquille, ce qui le feroit bientôt mourir, comme il arrive aux huitres & aux moules.
Les bivalves & les multivalves ne demandent pas tant de soin, elles s'ouvrent d'elles-mêmes. Il faut avoir soin de changer l'eau de la mer tous les jours, & de laisser un peu à sec les coquillages ; car quand il a été privé d'eau pendant quelques heures, & qu'il en retrouve, il sort de sa coquille & s'épanouit peu-à-peu.
Comme la lumiere leur est très-contraire, & qu'ils se retirent à son éclat, c'est la nuit qui est le tems le plus favorable pour les examiner : une petite-lampe sourde réussit à merveille pour les suivre ; on les rafraîchit le soir avec de l'eau nouvelle, & l'on change deux fois par jour le varech dans lequel ils doivent être enveloppés ; on les trouve souvent qui rampent la nuit sur cette herbe, & y cherchent les insectes qu'elle peut contenir. Dargenville, Conchyl. (D.J.)
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| UNIVERS | S. m. (Phys.) nom collectif, qui signifie le monde entier, ou l'assemblage du ciel & de la terre avec tout ce qui s'y trouve renfermé. Les Grecs l'ont appellé , le tout, & les Latins mundus. Voyez MONDE, CIEL, TERRE, SYSTEME, &c.
Plusieurs philosophes ont prétendu que l'univers étoit infini. La raison qu'ils en donnoient, c'est qu'il implique contradiction de supposer l'univers fini ou limité, puisqu'il est impossible de ne pas concevoir un espace au-delà de quelques limites qu'on puisse lui assigner. Voyez ESPACE.
D'autres pour prouver que l'univers est fini, leur opposent ces deux réflexions.
La premiere, que tout ce qui est composé de parties, ne peut jamais être infini, puisque les parties qui le composent sont nécessairement finies, soit en nombre, soit en grandeur ; or si ces parties sont finies, il faut que ce qu'elles composent soit de même nature.
Seconde réflexion : si l'on veut que les parties soient infinies en nombre ou en grandeur, on tombe dans une contradiction, en supposant un nombre infini : & supposer des parties infiniment grandes, c'est supposer plusieurs infinis, dont les uns sont plus grands que les autres : c'est ce que l'on peut passer aux mathématiciens, qui ne raisonnent sur les infinis que par supposition ; mais on ne peut pas passer la même chose aux philosophes dans une question de la nature de celle-ci. Chambers.
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| UNIVERSALISTES | S. m. pl. (Hist. ecclésiastique) nom qu'on a donné parmi les protestans à ceux d'entre leurs théologiens qui soutiennent qu'il y a une grace universelle & suffisante, offerte à tous les hommes pour opérer leur salut. De ce nombre sont surtout les Arminiens, qui à leur tour ont donné le nom de particularistes à leurs adversaires. Voyez ARMINIENS & PARTICULARISTES.
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| UNIVERSAUX | S. m. pl. (Hist. mod. politique) c'est ainsi que l'on nomme en Pologne les lettres que le roi adresse aux seigneurs & aux états du royaume pour la convocation de la diete, ou pour les inviter à quelqu'assemblée relative aux intérêts de la république.
Lorsque le trône est vacant, le primat de Pologne a aussi le droit d'adresser des universaux ou lettres de convocation aux différens palatinats, pour assembler la diete qui doit procéder à l'élection d'un nouveau roi.
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| UNIVERSEL | adj. (Logique) l'universel en Logique, est une chose qui a rapport à plusieurs, unum versus multa, seu unum respiciens multa. On en distingue principalement de deux sortes ; savoir l'universel in essendo, & l'universel in praedicando.
L'universel in essendo est incréé ou créé. L'incréé est une nature propre à se trouver dans plusieurs, dans un sens univoque, & d'une maniere indivisible. Telle est la nature qui se multiplie dans le Pere, le Fils & le S. Esprit, sans se diviser, ni se partager.
L'universel in essendo créé, est une nature propre à se trouver dans plusieurs, dans un sens univoque & d'une maniere divisible. Telle est la nature humaine qui, à mesure qu'elle se multiplie dans tous les hommes, se divise.
L'universel in praedicando est pareillement de deux sortes, ou incréé, ou créé. L'incréé est un attribut propre à être dit dans un sens univoque de plusieurs, & cela sans se diviser ; tels sont tous les attributs de Dieu. Le créé est un attribut qui se divise, à mesure qu'il se dit de plusieurs, & cela dans un sens univoque ; tels sont ces mots homme, cercle, triangle.
Ce qui distingue l'universel in essendo d'avec l'universel in praedicando, c'est que le premier s'exprime par un nom abstrait, & le second par un nom concret.
Ce double universel se divise en cinq autres universaux, qui sont le genre, l'espece, la différence, le propre & l'accident.
Le genre se définit une chose propre à se trouver dans plusieurs, ou à être dit de plusieurs comme la partie la plus commune de l'essence.
Il se divise d'abord en genre éloigné, & en genre prochain. Le genre éloigné est celui qui est séparé de l'espece par un autre genre, qui est interposé entre eux deux. Telle seroit, par exemple, la substance par rapport à Dieu, laquelle ne se dit de cet être suprême, que moyennant l'esprit qui en est le genre prochain.
On en distingue encore de trois sortes ; savoir le genre suprême, le genre subalterne & le genre infime. Le genre suprême, qu'on appelle aussi transcendental, ne reconnoît aucun genre au-dessus de lui ; tel est l'être. Le genre subalterne se trouve placé entre des genres dont les uns sont au-dessus de lui & les autres au-dessous ; & le genre infime, est celui qui n'en a point sous lui : il est le même que le genre prochain.
Ce qui est genre par rapport à un autre genre moins universel, n'est plus qu'une espece par rapport à celui qui est plus étendu que lui. Ainsi la substance qui est genre par rapport à l'esprit & au corps, n'est qu'une espece de l'être en général.
Tout ce qui se trouve dans le genre, à son universalité près, se trouve aussi dans tous ses inférieurs ; mais cela n'est pas réciproque de la part des inférieurs par rapport à leur genre. On peut bien dire de l'esprit qu'il est substance ; mais on ne dira pas de la substance en général, qu'elle est esprit.
La différence se définit dans les écoles, une chose propre à se trouver dans plusieurs, ou à être dite de plusieurs comme la partie la plus stricte ; je veux dire la plus propre, la moins étendue de l'essence. Voici les trois fonctions qu'on lui donne ; 1°. de diviser le genre, c'est-à-dire de le multiplier ; 2°. de constituer l'espece ; 3°. de la distinguer de toute autre : essentielle à l'espece qu'elle constitue, elle est contingente au genre qu'elle multiplie.
On en distingue de plusieurs sortes ; savoir la différence générique, la différence spécifique, & la différence numérique.
La différence générique est un attribut, par exemple, qui étant commun à des êtres même de différente espece, sert néanmoins à les distinguer d'autres êtres dont l'espece est plus éloignée. Ainsi l'intelligence convenant à Dieu, aux anges & aux hommes, qui sont tous de différente espece, sert à les distinguer des corps qui n'en sont pas susceptibles.
La différence spécifique est le degré qui constitue l'espece infime, & qui la distingue de toutes les autres especes. Cette différence renferme deux propriétés ; la premiere est de distinguer une chose d'avec toutes celles qui ne sont pas de la même espece ; & la seconde d'être la source & l'origine de toutes les propriétés qui constituent un être.
La différence numérique consiste en ce qu'un individu n'est pas un autre individu. Ceux qui voient par-tout dans les genres, dans les especes, dans les essences & dans les différences, autant d'êtres qui vont se placer dans chaque substance, pour la déterminer à être ce qu'elle est, verront aussi dans la différence numérique je ne sais quel degré, enté, pour ainsi dire, sur l'espece infime, & qui la détermine à être tel individu. Ce degré d'individuation sera, par exemple, dans Pierre la pétréité, dans Lentulus la lentuléité, &c.
L'espece se définit dans les écoles, une chose propre à se trouver dans plusieurs, ou à être dite de plusieurs comme toute l'essence commune. Ainsi l'espece résulte du genre & de la différence.
Il y a deux sortes d'especes, l'une subalterne & l'autre infime ; la subalterne est genre par rapport aux especes inférieures, & espece par rapport à ce qui est plus étendu & plus universel qu'elle ; l'espece infime ne reconnoît sous elle que des individus.
Le propre se définit dans les écoles, une chose propre à se trouver dans plusieurs, ou à être dite de plusieurs comme une propriété qui découle de leur nature ; ce qui le distingue de l'accident, qui ne se trouve dans plusieurs & n'est dit de plusieurs, qu'à titre de contingence.
Les Philosophes ont quelquefois étendu plus loin ce nom de propre, & en ont fait quatre especes. La premiere est celle-ci, quod convenit omni, soli & semper ; ainsi c'est le propre de tout cercle, & du seul cercle, & cela dans tous les tems, que les lignes tirées du centre à la circonférence soient égales. La seconde, quod convenit omni, sed non soli ; comme on dit qu'il est propre à l'étendue d'être divisible, parce que toute étendue peut être divisée, quoique la durée, le nombre & la force le puissent être aussi. La troisieme est, quod convenit soli, sed non omni ; comme il ne convient qu'à l'homme d'être médecin ou philosophe, quoique tous les hommes ne le soient pas. La quatrieme, quod convenit omni & soli, sed non semper ; comme, par exemple, d'avoir de la raison.
Il y a des contestations fort vives & fort animées entre les Thomistes & les Scotistes, pour savoir si l'universel existe à parte rei, ou seulement dans l'esprit ; les Scotistes soutiennent le premier, & les Thomistes le second. Ce qui cause tous les débats où ils sont les uns avec les autres, c'est la difficulté de concilier l'unité avec la multiplicité, deux choses qui ne doivent point être séparées quand il est question des universaux.
Les Thomistes disent des Scotistes qu'ils donnent trop à la multiplicité, & pas assez à l'unité ; & les Scotistes à leur tour leur reprochent de sacrifier la multiplicité à l'unité. Mais pour bien entendre le sujet de leur dispute, il faut observer qu'il y a deux sortes d'unités : l'une d'indistinction, autrement numérique, & une unité d'indiversité ou de ressemblance. Les Thomistes soutiennent que l'unité de similitude ou de ressemblance n'est pas une vraie unité, & qu'elle ne peut par conséquent constituer l'universel. Voici comment ils conçoivent la chose. Tous les hommes ont une nature parfaitement ressemblante ; or ce fond de ressemblance qui se trouve dans tous les hommes, fournit à l'esprit une raison légitime pour se représenter, d'une maniere abstraite, dans tous les hommes une nature qui soit la même d'une unité numérique, laquelle unité, selon eux, peut s'allier avec l'universel. Or la chose étant ainsi exposée, il est évident que l'universel n'existe pas à parte rei, mais seulement dans l'esprit, puisque la même nature numérique ne se trouve pas dans deux hommes. Les Scotistes au contraire prétendent que l'unité de similitude ou de ressemblance est une vraie unité, & qu'elle est la seule qui puisse s'associer avec la multiplicité. Dans la persuasion où ils sont que tous les êtres sont du-moins possibles de la maniere dont ils les conçoivent, ils tournent en ridicule les Thomistes pour admettre dans l'unité numérique une multiplicité qui y est formellement opposée. Les Thomistes à leur tour leur rendent bien la pareille, en se moquant de toutes ces idées réalisées de genres, d'especes, de différences, qui vont comme autant d'êtres se placer dans les substances pour les déterminer à être ce qu'elles sont. Qui croiroit, par exemple, que la nature humaine en Pierre fût distinguée positivement de lui ? Or c'est cependant ce que reconnoissent, & ce que doivent reconnoître dans leurs principes les Scotistes. La nature de Pierre, qui d'elle même est universelle, se trouve contractée & déterminée à être telle qu'elle est, par je ne sais quel degré d'être qui lui survient, & qu'ils appellent pétréité. Oh ! pour cela ce sont d'admirables gens que ces Scotistes. Il se dévoile à leurs yeux une infinité d'êtres qui sont cachés au reste des hommes ; ils voient encore où les autres ne voient plus.
Par la maniere dont je viens d'exposer cette fameuse dispute, qui fait tant de bruit dans les écoles, il est aisé de juger combien toute cette question des universaux est frivole & ridicule. Cependant quelque mépris qu'on en fasse dans le monde, elle se maintient toujours fierement dans les écoles. Voici le jugement qu'en porte la logique de Port-Royal. " Personne, Dieu merci, ne prend intérêt à l'universel à parte rei, à l'être de raison, ni aux secondes intentions ; ainsi on n'a pas lieu d'appréhender que quelqu'un se choque de ce qu'on n'en parle point, outre que ces matieres sont si peu propres à être mises en françois, qu'elles auroient été plus capables de décrier la philosophie que de la faire estimer ". Dagoumer a beau se récrier contre cette décision, logique pour logique, nous en croirons plutôt celle de Port-Royal que la sienne, parce que les vaines subtilités de l'une ne peuvent balancer dans notre esprit le choix judicieux des questions qu'on y traite avec toute la force & la solidité du raisonnement. Ce n'est pourtant pas qu'il ne s'y trouve certaines questions dignes des écoles ; mais il faut bien donner quelque chose au préjugé & au torrent de la coutume.
UNIVERSEL, (Théolog.) les catholiques romains ne conviennent pas entr'eux sur le titre d'évêque universel, que les papes se sont arrogés ; quoique quelques-uns d'eux n'aient pas voulu l'accepter. Baronius soutient que ce titre appartient au pape de droit divin ; & néanmoins S. Grégoire, à l'occasion de cette même qualité donnée par un concile en 586, à Jean, patriarche de Constantinople, assuroit expressément qu'elle n'appartenoit à aucun évêque, & que les évêques de Rome ne pouvoient ni ne devoient le prendre ; c'est pourquoi S. LÉon refusa d'accepter ce titre, lorsqu'il lui fut offert par le concile de Chalcédoine, de peur qu'en donnant quelque qualité particuliere à un évêque, on ne diminuât celle de tous les autres, puisque l'on ne pourroit pas admettre d'évêque universel sans diminuer l'autorité de tous les autres. Voy. EVEQUE, OECUMENIQUE, PAPE, &c.
Nous avons expliqué sous le mot OECUMENIQUE, les divers sens dans lesquels on peut prendre ce terme qui est synonyme à universel, quel est celui dans lequel on doit dire que le pape est pasteur universel, & quel est le sens abusif dans lequel ce titre ne lui convient pas, selon la doctrine de l'église gallicane. Voyez OECUMENIQUE.
UNIVERSEL, adj. (Physiq.) ce qui est commun à plusieurs choses, ce qui appartient à plusieurs choses, ou même à toutes choses en général. Voyez GENERAL.
Il y a des instrumens universels pour mesurer toutes sortes de distances, de hauteurs, de longueurs, &c. que l'on appelle pantometres & holometres ; mais pour l'ordinaire ces instrumens, à force d'être universels, ne sont d'usage dans aucun cas particulier. Chambers.
UNIVERSEL, adj. (Gnomon.) cadran solaire universel est celui par lequel on peut trouver l'heure en quelque endroit de la terre que ce soit, ou sous quelque élévation de pole que ce puisse être. Voyez CADRAN.
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| UNIVERSITÉ | (Belles-Lettres) terme collectif qu'on applique à un assemblage de plusieurs colleges établis dans une ville, où il y a des professeurs en différentes sciences, appointés pour les enseigner aux étudians, & où l'on prend des degrés ou des certificats d'études dans les diverses facultés.
Dans chaque université on enseigne ordinairement quatre sciences, savoir la théologie, le droit, la médecine, & les humanités ou les arts, ce qui comprend aussi la philosophie. Il y a cependant en France quelques universités où l'on ne prend des degrés que dans certaines facultés, par exemple à Orléans & à Valence pour le droit, à Montpellier pour la médecine. Voyez THEOLOGIE, &c.
On les appelle universités, ou écoles universelles, parce qu'on suppose que les quatre facultés font l'université des études, ou comprennent toutes celles que l'on peut faire. Voyez FACULTE.
Les universités ont commencé à se former dans le douzieme & treizieme siecles. Celles de Paris & de Boulogne en Italie, prétendent être les premieres qui aient été établies en Europe ; mais elles n'étoient point alors sur le pié que sont les universités de notre tems. Voyez SEMINAIRE & ECOLE.
On commençoit ordinairement par étudier les arts pour servir d'introduction aux sciences, & ces arts étoient la grammaire, la dialectique, & tout ce que nous appellons humanités & philosophie. De-là on montoit aux facultés supérieures, qui étoient la physique ou médecine, les loix ou le droit civil, les canons, c'est-à-dire le décret de Gratien, & ensuite les décrétales, la théologie qui consistoit alors dans le maître des sentences, & ensuite dans la somme de S. Thomas. Les papes exempterent ces corps de docteurs & d'écoliers de la jurisdiction de l'ordinaire, & leur donnerent autorité sur tous les membres de leur corps, de quelque diocèse & de quelque nation qu'ils fussent ; & à ceux qu'ils auroient éprouvés & faits docteurs, pouvoir d'enseigner par toute la chrétienté. Les rois les prirent aussi sous leur protection ; & outre que comme clercs, les membres de ces universités étoient exempts de la jurisdiction laïque, ils leur donnerent encore droit de committimus, & exemption des charges publiques ; enfin la portion des bénéfices qui fut affectée aux gradués, contribua à peupler les universités, & à en faire instituer de nouvelles dans toutes les parties de l'Europe.
On dit que l'université de Paris prit naissance sous Charlemagne, & qu'elle doit son origine à quatre Anglois, disciples du vénérable Bede ; que ces Anglois ayant formé le dessein d'aller à Paris pour se faire connoître, ils y donnerent leurs premieres leçons dans les places qui leur furent assignées par Charlemagne. Telle est l'opinion de Gaguin, de Gilles de Beauvais, &c. mais les auteurs contemporains, comme Eginart, Almon, Reginon, Sigebert, &c. ne font pas la moindre mention de ce fait. Au contraire Pasquier, du Tillet, &c. assurent expressément, que les fondemens de cette université ne furent jettés que sous les regnes de Louis le jeune, & de Philippe Auguste, dans le douzieme siecle. Celui qui en a parlé le premier est Rigord, contemporain de Pierre Lombard, le maître des sentences, & le principal ornement de l'université de Paris, en mémoire duquel les bacheliers en licence sont obligés d'assister tous les ans, le jour de saint Pierre, à un service dans l'église de S. Marcel, lieu de sa sépulture.
Il est certain que l'université de Paris ne fut point établie d'abord sur le pié qu'elle est aujourd'hui, & il paroît que ce n'étoit au commencement qu'une école publique, tenue dans la cathédrale de Paris : que cette université ne se forma en corps régulier que par degrés, & sous la protection continuée des rois de France.
Du Boulay qui a écrit une histoire très-ample de l'université de Paris, a adopté les vieilles traditions incertaines, pour ne pas dire fabuleuses, qui en font remonter l'origine jusqu'au tems de Charlemagne. Il est vrai que ce prince rétablit les écoles monastiques & épiscopales, & qu'il en fonda même une dans son palais ; mais on n'a point de monumens certains qu'il ait institué une université dans Paris. Ce ne fut que sur la fin de l'onzieme siecle que Géoffroi de Boulogne, chancelier de France & évêque de Paris, forma des écoles séculieres où Guillaume de Champeaux, & après lui Abailard, enseignerent la rhétorique, la dialectique, & la théologie. Ils eurent des successeurs, & l'émulation qui se mit tant entre les maîtres qu'entre les disciples, ayant rendu l'école de Paris florissante pendant le douzieme siecle, elle s'attira au commencement du treizieme les regards & les bienfaits de nos rois & des souverains pontifes. Ses premiers statuts furent dressés par Robert de Corcéon, légat du saint siege, en 1215. mais alors elle n'étoit encore composée que d'artistes qui enseignoient les arts & la philosophie, & de théologiens qui donnoient des commentaires sur le livre des sentences de Pierre Lombard, & expliquoient l'Ecriture. Il y avoit pourtant dès-lors à Paris des maîtres en droit civil & en médecine. Ils furent peu de tems après unis aux deux autres facultés : car Grégoire IX. par sa bulle de l'an 1231, fait mention des maîtres en théologie, en droit, des physiciens (c'est ainsi qu'on appelloit alors les médecins), & des artistes : cette forme a toujours subsisté depuis, & subsiste encore aujourd'hui ; & la division de la faculté des arts en quatre nations, s'introduisit vers l'an 1250. Le recteur qui dans l'origine étoit à la tête de cette faculté, devint le chef de toute l'université. Il est appellé dans un édit de saint Louis, capital parisiensium scholarium, & ne peut être choisi que dans la faculté des arts. Il est électif & peut être changé à chaque trimestre. Mais l'université a d'autres officiers perpétuels, savoir les deux chanceliers, le syndic, le greffier ; elle a onze colleges de plein exercice, sans parler des écoles de théologie, de droit, & de médecine ; ses suppôts jouissent de plusieurs privileges, aussi-bien que ses étudians, auxquels le roi a procuré l'instruction gratuite, en assignant aux professeurs des honoraires réglés. Les services importans que ce corps a rendus & rend encore tous les jours à l'état & à la religion, doivent le rendre également cher à l'un & à l'autre.
Les universités d'Oxford & de Cambridge peuvent disputer le mérite de l'ancienneté à toutes les universités du monde.
Les colleges de l'université de Baliol & de Merton, à Oxford, & le college de saint Pierre à Cambridge, ont tous été fondés dans le treizieme siecle, & on peut dire qu'il n'y a point en ce genre de plus anciens établissemens en Europe.
Quoique le college de l'université à Cambridge ait été une place fréquentée par les étudians depuis l'année 872, cependant ce n'étoit point un college en forme, non plus que plusieurs autres colleges anciens au-delà des mers de la Grande-Bretagne ; ils ressembloient à l'université de Leyden, où les étudians ne sont point distingués par des habits particuliers, ne logent que dans les maisons bourgeoises où ils sont en pension, & ne font que se trouver à certains rendez-vous, qui sont des écoles où l'on dispute & où l'on prend les leçons.
Dans la suite des tems on bâtit des maisons, afin que les étudians pussent y vivre en société, desorte cependant que chacun y faisoit sa propre dépense, & la payoit comme à l'auberge, & comme font encore aujourd'hui ceux qui étudient dans les colleges de droit à Londres. Ces bâtimens s'appelloient autrefois hôtelleries ou auberges, mais on leur donne aujourd'hui le nom de halles. Voyez AUBERGE, HALLE.
Enfin on attacha des revenus solides à la plûpart de ces halles, à condition que les administrateurs fourniroient à un certain nombre d'étudians la nourriture, le vêtement, & autres besoins de la vie : ce qui fit changer le nom de halle en celui de college. Voyez COLLEGE.
La même chose eut lieu dans l'université de Paris, où les colleges sont encore autant de petites communautés composées d'un certain nombre de bourses ou places pour de pauvres étudians, sous la direction d'un maître ou principal. Les premiers furent des hospices pour les religieux qui venoient étudier à l'université, afin qu'ils pussent vivre ensemble séparés des séculiers. On en fonda plusieurs ensuite pour les pauvres étudians qui n'avoient pas dequoi subsister hors de leur pays, & la plûpart sont affectés à certains diocèses. Les écoliers de chaque college vivoient en commun, sous la conduite d'un proviseur ou principal, qui avoit soin de leurs études & de leurs moeurs, & ils alloient prendre les leçons aux écoles publiques ; & c'est ce qui se pratique encore dans la plûpart de ces petits colleges qui ne sont point de plein exercice.
Les universités d'Oxford & de Cambridge sont gouvernées sous l'autorité immédiate du roi, par un chancelier qui préside à l'administration de toute l'université, & qui a soin d'en maintenir les privileges & immunités. Voyez CHANCELIER.
Ce chancelier a sous lui un grand maître d'hôtel, qui aide le chancelier & les autres suppôts de l'université à faire leurs fonctions lorsqu'il en est requis, & à juger les affaires capitales conformément aux loix du royaume & aux privileges de l'université.
Le troisieme office est celui de vice-chancelier, qui fait les fonctions du chancelier en l'absence de ce chef.
Il y a aussi deux procureurs qui aident à gouverner l'université, sur-tout dans ce qui regarde les exercices scholastiques, la prise des degrés, la punition de ceux qui violent les statuts, &c. Voyez PROCUREUR.
Enfin il y a un orateur public, un garde des archives, un greffier, des bedeaux, & des porte-verges.
A l'égard des degrés que l'on prend dans chaque faculté, & des exercices que l'on fait pour y parvenir, voyez les articles DEGRE, DOCTEUR, BACHELIER, &c.
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| UNNA | (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la Westphalie, au comté de la Marck, à quatre lieues au levant de Dortmund. Elle a été anséatique, & appartient aujourd'hui au roi de Prusse. Longit. 25. 18. latit. 51. 39. (D.J.)
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| UNNI | S. m. (Hist. nat. Bot. exot.) cet arbre croît au Chili, & porte un fruit en grappes, à peu-près de la grosseur d'un pois, douçâtre, & cependant un peu âcre. Les naturels en tirent une liqueur limpide qui ressemble au vin, & dont ils sont une espece de vinaigre. (D.J.)
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| UNOVISTES | S. m. pl. (Anat. & Physiolog.) branche des physiciens ovistes, qui ne different des infinitovistes qu'en ce qu'ils veulent que chaque oeuf soit un petit hermitage habité par un solitaire inanimé, soit mâle ou femelle, & formé peu après la naissance de celle qui le porte. Tout ce systême est fondé sur ce que quelques observateurs prétendent avoir à l'aide du microscope, découvert l'embrion formé dans l'oeuf avant qu'il ait été rendu fécond par le mâle ; mais ces faits prétendus & difficiles à constater, continue l'auteur de l'art de faire des garçons, sont détruits par d'autres faits incontestables, & par des raisons aussi convaincantes que les faits. Voyez la premiere partie de ce livre, ch. vj.
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| UNST | (Géog. mod.) île de la mer d'Ecosse, l'une de celles qu'on nomme îles de Schetland, & la plus agréable de toutes. Elle a trois églises, trois havres, & huit milles de longueur. (D.J.)
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| UNSTRUTT | (Géog. mod.) riviere d'Allemagne dans le cercle de la haute Saxe, au landgraviat de Thuringe. Elle prend sa source à quelques lieues au-dessus de Mulhausen, & tombe dans la Saale, vis-à-vis de la ville de Naumburg. (D.J.)
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| UNTERTHANEN | S. m. (Hist. d'Allemagne) c'est ainsi qu'on appelle en Allemagne les hommes de condition servile ; ces hommes, par rapport à leur personne, sont libres, & peuvent contracter & disposer de leurs actions & de leurs biens ; mais eux & leurs enfans sont attachés à certaines terres de leurs seigneurs qu'ils sont tenus de cultiver, & qu'ils ne peuvent abandonner sans leur consentement ; c'est pour cela que leurs filles mêmes ne peuvent se marier hors des terres dans lesquelles elles sont obligées de demeurer & de servir.
Un seigneur acquiert ce droit injuste de propriété 1°. par la naissance, car, selon ses prétentions, les enfans qui naissent de ses serfs doivent être de condition servile, comme leurs peres & meres ; & 2°. par voie de convention, lorsqu'un homme libre & misérable se donne volontairement à un seigneur en qualité de serf. C'est par ces raisons qu'un seigneur s'attribue un droit réel sur ses sujets de condition servile, & il en peut intenter la revendication contre tout possesseur du serf qui lui appartient.
Un long usage a introduit en Allemagne & dans quelques autres pays cette sorte de servitude, qui, sans changer l'état de la personne, affecte cependant d'une maniere essentielle la personne & sa condition. Ces malheureux hommes sont ce qu'on appelle en allemand eigenbehorige ou unterthanen, en latin homines propriae glebae adscripti, & c'est à-peu-près ce que les François appellent des mort - taillables. Voyez MORT-TAILLABLE, GLEBE, SERVITUDE.
Il est honteux que cette espece d'esclavage subsiste encore en Europe, & qu'il faille prouver qu'un tel est de condition servile, comme s'il pouvoit l'être effectivement, comme si la nature, la raison & la religion le permettoient. (D.J.)
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| UNZAINE | S. f. (Charpent.) sorte de bateau qui sert à voiturer les sels en Bretagne sur la riviere de Loire. Il y a de grandes & de petites unzaines ; les grandes peuvent tenir six muids ou environ, mesure nantoise, & les petites seulement quatre. (D.J.)
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| UPLANDE | (Géog. mod.) province de Suede. Elle est bornée au nord & au levant par la mer Baltique, au midi en partie par la mer, & en partie par la Sudermanie, & au couchant par la Westmanie. Sa longueur est d'environ 28 lieues, sur 18 de largeur. On y trouve plusieurs mines de fer & de plomb. Elle produit de très-beau froment. Ubbon, roi de Suede résidoit en cette province, & l'on croit qu'elle a pris de-là le nom d'Uplande, comme qui diroit pays d'Ubbon. Ses principales villes sont Stockholm, capitale, Upsal, Oregrand, Enekoping, Telge, &c. (D.J.)
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| UPPINGHAM | (Géog. mod.) ville d'Angleterre, dans Rutlandshire, à la source d'une riviere qui se jette dans le Weland. Elle est bâtie sur le penchant d'un côteau, & sa situation a occasionné son nom. Cette petite ville est considérable par son commerce, & par son college fondé par R. Thomson, ministre de l'église anglicane. Les noms des hommes utiles à leur patrie, doivent passer à la postérité. (D.J.)
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| UPSAL | (Géog. mod.) ville de Suede, dans l'Uplande, sur la riviere de Sala, à 12 lieues au nord-ouest de Stockholm.
Ubbon qui regna sur les Suédois, fonda la ville d'Upsal, & lui donna son nom ; elle donna ensuite le sien aux rois de Suede, qui se qualifierent rois d'Upsal ; elle devint ainsi la capitale du royaume, & c'est encore le lieu où l'on couronne les rois. Cette ville, dit un historien du pays, ne fut pas seulement dès ses commencemens, la demeure des hommes, des princes & des rois, mais encore celle des grands-prêtres des Goths, & celle de leurs dieux à qui elle fut consacrée.
Elle n'a d'autres fortifications qu'un château bâti sur un rocher. La Sala qui la partage en deux, s'y gele presque toujours assez fortement pour porter une grande quantité d'hommes, de bétail & de marchandises dans le tems de la foire qui s'y tient tous les ans sur la glace au mois de Février.
La cathédrale d'Upsal est la plus belle église du royaume. Le bâtiment tout couvert de cuivre est orné de plusieurs tours, & renferme les tombeaux de plusieurs rois, d'archevêques, d'évêques & de seigneurs.
S. Suffrid, archevêque d'Yorck, que Eldre, roi d'Angleterre, envoya en Suede pour y prêcher l'évangile, le fit avec succès, & sacra Suerin, quatrieme évêque d'Upsal. L'église fut érigée en archevêché par le pape Alexandre III. & Etienne qui mourut en 1185, en fut le premier archevêque. Les prélats de cette église n'ont aujourd'hui ni les richesses ni la pompe de ceux qui les ont précédés quand le pays étoit catholique ; mais les archevêques luthériens d'Upsal ne laissent pas que de jouir d'un revenu honnête, d'avoir séance & voix dans le sénat & dans les dietes, de prendre le pas sur tous les autres ecclésiastiques, & ce qui vaut mieux encore d'être fort honorés dans le royaume.
Le college d'Upsal fondé pour quatre professeurs, par l'archevêque Jerler, du tems du roi Eric-le-Begue, donna naissance à l'université que le pape Sixte IV. honora en 1476 des mêmes immunités & privileges, dont jouit l'université de Boulogne. Charles IX. Gustave Adolphe, & la reine Christine, prirent soin de rendre cette université florissante, elle l'est encore. Long. suivant Cassini, 37. 25. latit. 59. 34. & suivant Celsius, 59. 50. 20.
" C'est à Upsal que fut inhumé Gustave Ericson, roi de Suede, mort à Stockholm dans la 70e année de son âge. Il mérita d'être adoré de ses sujets, soit que l'on considere la situation dont il les tira, ou celle dans laquelle il eut la gloire de les laisser. Sa fermeté fut admirable contre les malheurs. Il suivit toujours ses desseins en dépit des élémens, des lieux & des hommes les plus cruels & les plus puissans ; ses soldats étoient des volontaires sans solde, & qui n'avoient d'autre subordination que celle que leur dictoit leur vénération pour leur chef.
Gustave établit la religion luthérienne dans ses états, il mit par-là des bornes au pouvoir & aux richesses immenses du clergé, & se fit un fonds suffisant pour les dépenses publiques, autre que celui des taxes qui ruinoient le peuple, en le privant du fruit de son labeur ; ennemi de toute esprit de persécution, il toléra les préjugés de ses sujets, & il aima mieux persuader leur raison, que de forcer leur conscience.
Ses moeurs répondirent à ses sentimens, & les graces de sa personne inspirerent l'amour & le respect. Il étoit éloquent, insinuant, affable, & son exemple adoucit la férocité de ses sujets. Il les enrichit en étendant beaucoup leur commerce. Il récompensa les savans, fonda les magasins publics pour secourir les pauvres, & des hôpitaux pour les malades. Toutes ces choses ont éternisé la mémoire de ce prince. " (Le chev(D.J.))
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| UPTON | (Géog. mod.) bourg d'Angleterre, dans la province de Worcester, près de la montagne de Malvernes, au bord de la Saverne, au-milieu d'une grande & belle prairie. Ce bourg qui est considérable, doit être un ancien lieu, car on y a trouvé quelquefois des médailles romaines. (D.J.)
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| UR | (Géog. sacrée) ville de Chaldée, patrie de Tharé & d'Abraham. Quoiqu'il en soit beaucoup parlé dans l'Ecriture, on ignore sa situation. Quelques-uns croient que c'est Ura dans la Syrie, sur l'Euphrate, & d'autres, comme Bochart & Grotius, pensent que c'est Ura dans la Mésopotamie, à deux journées de Nisibe. On a remarqué que la Chaldée & la Mésopotamie sont souvent confondues. On prétend aussi que le nom d'Ur qui signifie le feu, fut donné à la ville d'Ur, à cause qu'on y entretenoit un feu sacré, en l'honneur du soleil, dans plusieurs temples qui n'étoient point couverts, mais fermés de toutes parts. (D.J.)
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| URA | (Hist. nat.) espece d'écrevisse de mer qui se trouve dans les mers du Brésil, & qui se tient dans la vase ; c'est la nourriture la plus ordinaire des Indiens & des Negres. Sa chair est fort saine & d'un bon goût.
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| URABA | (Géog. mod.) province de l'Amérique, dans la Terre-ferme, audience de Santa-Fé, & gouvernement de Carthagène, au levant de celle de Darien. Les forêts y sont remplies de gibier, & les rivieres, ainsi que la mer voisine, abondent en poisson.
Les montagnes Cordilleras ne sont pas éloignées de cette province. (D.J.)
URABA, golphe, (Géog. mod.) autrement & plus communément le golphe de Darien ; c'est un golphe célebre de l'Amérique, à l'extrémité orientale de l'isthme de Panama, sur la mer du nord. Son entrée a six lieues de large, & plusieurs rivieres se déchargent dans ce golphe. (D.J.)
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| URAMÉA | (Géog. mod.) petite riviere d'Espagne, dans le Guipuscoa. Elle sort des montagnes qui séparent le Guipuscoa de la Navarre, & se perd dans la mer de Basque, à S. Sébastien. (D.J.)
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| URANA | (Géog. mod.) nom commun à une petite ville de Dalmatie, à un village de Livadie, & à une riviere de l'empire turc en Europe. La ville Urana est sur un petit lac qui porte son nom, entre Zara & Sebennico. Le village est environ huit milles de Cophissa, dans la plaine de Marathon. On ne prendroit plus ce lieu, qui n'a qu'une dixaine de maisons d'Albinois, pour l'ancienne ville de Brauron, célebre par son temple de Diane Brauronienne. La riviere court dans la Macédoine, & se perd dans la mer Noire. (D.J.)
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| URANIBOURG | (Géog. mod.) château de Suede, & autrefois du Danemarck, dans la petite île d'Huen ou de Ween, au milieu du détroit du Sund. Long. 30. 22. latit. 55. 54. 5.
Quoique ce château soit ruiné depuis long-tems, le nom en est toujours célebre, à cause de Tycho-Brahé qui le fit bâtir. Le roi de Danemarck Frédéric II. avoit donné à cet illustre & savant gentilhomme l'île de Weene pour en jouir durant sa vie, avec une pension de deux mille écus d'or, un fief considérable en Norwege, & un bon canonicat dans l'église de Roschild.
Cette île convenoit parfaitement aux desseins & aux études de Tycho-Brahé ; c'est proprement une montagne qui s'éleve au milieu de la mer, & dont le sommet plat & uni de tous côtés domine la côte de Scanie & tous les pays d'alentour : ce qui donne un très-bel horison, outre que le ciel y est ordinairement serein, & que l'on y voit rarement des brouillards.
Ticho-Brahé riche de lui-même, & rendu très-opulent par les libéralités de Frédéric, éleva au milieu de l'île son fameux château qu'il nomma Uranibourg, c'est-à-dire, ville du ciel, & l'acheva en quatre années. Il bâtit aussi dans la même île une autre grande maison nommée Stellbourg, pour y loger une foule de disciples & de domestiques ; enfin il y dépensa cent mille écus de son propre bien.
La disposition & la commodité des appartemens d'Uranibourg, les machines & les instrumens qu'il contenoit, le faisoient regarder comme un édifice unique en son genre. Aux environs de ces deux châteaux, on trouvoit des ouvriers de toute espece, une imprimerie, un moulin à papier, des laboratoires pour les observations chymiques, des logemens pour tout le monde, des fermes & des métairies ; tout étoit entretenu aux dépens du maître ; rien n'y manquoit pour l'agrément & pour les besoins de la vie ; des jardins, des étangs, des viviers & des fontaines rendoient le séjour de cette île délicieux. Ressenius en a donné un ample tableau dans ses Inscriptiones Uraniburgicae, &c.
Ce fut là que Tycho-Brahé imagina le systême du monde, qui porte son nom, & qui fut alors reçu avec d'autant plus d'applaudissemens, que la supposition de l'immobilité de la terre contentoit la plûpart des astronomes & des théologiens du xvj. siecle. On n'adopte pas aujourd'hui ce systême d'astronomie, qui n'est qu'une espece de conciliation de ceux de Ptolemée & de Copernic ; mais il sera toujours une preuve des profondes connoissances de son auteur. Tycho-Brahé avoit la foiblesse commune d'être persuadé de l'astrologie judiciaire ; mais il n'en étoit ni moins bon astronome, ni moins habile méchanicien.
Non-seulement il vivoit en grand seigneur dans son île, mais il y recevoit des visites des princes mêmes, admirateurs de son savoir. Jacques VI. roi d'Ecosse, & premier du nom en Angleterre, lui fit cet honneur dans le tems qu'il passa en Danemarck pour y épouser la princesse Anne, fille de Frédéric II.
La destinée de Tycho-Brahé fut celle des grands hommes ; il ne put se garantir de la jalousie de ses compatriotes, qui auroient dû être les premiers à l'admirer ; il en fut au contraire cruellement persécuté après la mort du roi son protecteur. Dès l'an 1596, ils eurent le crédit de le dépouiller de son fief de Norwege & de son canonicat de Roschild. Ils firent raser ses châteaux d'Uranibourg & de Stellbourg, dont il ne reste plus rien que dans les livres de ceux qui ont pris le soin de nous en laisser la description.
Obligé de quitter l'île de Ween en 1597, il vint à Copenhague pour y cultiver l'astronomie dans une tour destinée à cet usage. On lui envia cette derniere ressource. Les ministres de Christiern IV. qui ne se lassoient point de le persécuter, lui firent défendre par le magistrat de se servir de la tour publique pour faire ses observations.
Privé de tous les moyens de suivre ses plus cheres études en Danemarck, il se rendit à Rostock avec sa famille & plusieurs de ses éleves qui ne voulurent jamais l'abandonner ; ils eurent raison, car bientôt après l'empereur Rodolphe se déclara le protecteur de Tycho-Brahé, & le dédommagea de toutes les injustices de ses concitoyens. Il lui donna une de ses maisons royales en Bohème, aux environs de Prague, & y joignit une pension de trois mille ducats. Tycho-Brahé plein de reconnoissance, s'établit avec sa famille & ses disciples dans ce nouveau palais, & y goûta jusqu'à la fin de ses jours, le repos que son pays lui avoit envié.
Il étoit né en 1546, & mourut en 1601, d'une rétention d'urine que lui avoit causé son respect pour l'empereur, étant avec lui dans son carrosse, qu'il n'avoit osé prier qu'on arrêtât un moment. (D.J.)
Tycho, sur la fin de sa vie, fit transporter de Danemarck à Prague, où il alla s'établir avec toute sa famille, les machines & les instrumens dont il s'étoit servi pour faire un grand nombre d'observations célestes très-importantes. De Prague, il les fit transporter au château de Benach ; & de-là il les fit ramener à Prague dans le palais de l'empereur, d'où on les fit passer dans l'hôtel de Curtz. Après la mort de Tycho, l'empereur Rodolphe, à qui les enfans de cet astronome avoient dédié un de ses ouvrages posthumes, craignant qu'on ne fît quelque aliénation de ces instrumens, ou quelque mauvais usage, voulut en avoir la propriété pour le prix de vingt-deux mille écus d'or, qu'il paya aux héritiers de Tycho ; & il y commit une garde à gage, qui tint ce grand trésor si bien renfermé dans l'hôtel de Curtz, qu'il ne fut plus possible à personne de le voir, pas même à Kepler, quoique disciple de Tycho, & favorisé de l'empereur. Ces machines demeurerent ensevelies de la sorte jusqu'aux troubles de Bohème en 1619 ; l'armée de l'électeur Palatin croyant mettre la main sur un bien qui étoit propre à la maison d'Autriche, les pilla comme des dépouilles ennemies, en prisa une partie, & en convertit une autre à des usages tout différens. Le reste fut tellement distrait, qu'on n'a pas pu savoir depuis ce que sont devenus tant de précieux monumens. On vint cependant à bout de sauver le grand globe céleste, qui étoit d'airain : il fut retiré de Prague, & emporté sur l'heure à Neiss en Silésie, où on le mit en dépôt chez les jésuites. Il fut enlevé treize ans après par Udalric, fils de Christiern, roi de Danemarck, conduit à Copenhague & placé dans l'académie royale.
M. de Fontenelle dit, dans l'éloge du czar Pierre, que ce prince ayant vu à Copenhague un globe céleste fait sur les desseins de Tycho, & autour duquel douze personnes pouvoient s'asseoir, en faisant des observations, demanda ce globe au roi de Danemarck, & fit venir exprès de Petersbourg une frégate qui l'y apporta. C'est apparemment ce même globe dont nous parlons.
M. Picart ayant été faire un voyage à Uranibourg, il trouva que le méridien tracé dans ce lieu par Tycho, s'éloignoit du méridien véritable. D'un autre côté cependant M. de Chazelles ayant été en Egypte, & ayant mesuré les pyramides & examiné leur position, il trouva que leurs faces se tournoient exactement vers les poles du monde. Or comme cette position singuliere doit avoir été recherchée vraisemblablement par les constructeurs de ces pyramides, il paroîtroit s'ensuivre de-là que les méridiens n'ont point changé. Seroit-il possible que les anciens astronomes égyptiens eussent bien tracé leur méridienne, & que Tycho, si habile & si exact, eût mal décrit la sienne ? C'est sur quoi il ne paroît pas aisé de prononcer. Voyez MERIDIEN. (O)
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| URANIE | (Mytholog.) muse qui préside à l'astronomie ; on la représente vétue d'une robe couleur d'azur, couronnée d'étoiles, soutenant un globe, & environnée de plusieurs instrumens de mathématiques, quelquefois seulement elle a près d'elle un globe posé sur un trépié. (D.J.)
URANIE, (Littérature) , jeu des enfans en Grece & en Italie. On jettoit dans ce jeu une balle en l'air, & celui qui l'attrapoit le plus souvent avant qu'elle touchât la terre, étoit le roi du jeu. Horace y fait allusion, quand il dit avec une critique sensible & délicate :
Si quadringentis sex septem millia desunt,
Est animus tibi, sunt mores, & lingua, fidesque,
Plebs eris. At pueri ludentes, rex eris, aiunt,
Si recte feceris.
Epist. j. l. I.
" Vous avez des sentimens, des moeurs, de l'éloquence, de la bonne foi, on le sait ; mais si avec tout cela vous n'avez pas un fond de cinquante mille livres, vous ne parviendrez à rien. Les enfans, au milieu de leurs jeux, raisonnent d'une maniere bien plus sensée : faites bien, disent-ils à leur camarade, & vous serez roi. " (D.J.)
URANIES, (Mythologie) les Poëtes nous disent que c'étoient les nymphes célestes qui gouvernoient les spheres du ciel. Vénus uranie ou la Vénus céleste méritoit bien d'avoir des nymphes qui, sous ses ordres, présidassent au maintien de toute la nature. (D.J.)
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| URANOPOLIS | (Géog. anc.) 1°. ville de l'Asie mineure, dans la Pamphilie & dans la contrée appellée Carbalie, selon Ptolomée, l. V. c. v.
2°. Ville de la Macédoine, dans la Chalcidie, sur le mont Athos, selon Pline, l. IV. c. x. Son fondateur, au rapport d'Athénée, l. III. fut Alexarque, frere de Cassandre, roi de Macédoine. (D.J.)
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| URANUS | (Mythologie) l'histoire dit que ce fut le premier roi des Atlantides, peuple qui habitoit cette partie de l'Afrique, qui est au pié du mont Atlas, du côté de l'Europe.
Ce prince obligea ses sujets, alors errans & vagabonds, à vivre en société, à cultiver la terre, & à jouir des biens qu'elle leur présentoit.
Appliqué à l'astronomie, Uranus régla l'année sur le cours du soleil, les mois sur celui de la lune, & fit, par rapport au cours des astres, des prédictions, dont l'accomplissement frappa tellement ses sujets, qu'ils crurent qu'il y avoit quelque chose de divin dans le prince qui les gouvernoit, ensorte qu'après sa mort ils le mirent au rang des dieux, & l'appellerent roi éternel de toutes choses. Titée sa femme étant morte, reçut aussi les honneurs divins, & son nom fut donné à la terre, comme celui de son mari avoit été donné au ciel.
On peut lire dans Diodore de Sicile, l. III. c. iv. les autres détails de la théogonie des Atlantides, qui est assez semblable à celle des Grecs, sans qu'on sache s'ils l'ont reçue de ces peuples d'Afrique, ou si les Atlantides l'ont tirée d'eux ; ce que l'on voit clairement, c'est que le culte du soleil & de la lune a été la plus ancienne religion des Atlantes, ainsi que de tous les autres peuples du monde. (D.J.)
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| URAQUE | S. f. terme de riviere, charrette garnie de claies, dans laquelle arrive le charbon que l'on mesure ensuite à la voie.
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| URBANEA | (Géogr. mod.) petite ville d'Italie, dans l'Etat de l'Eglise, au duché d'Urbin ; sur le Métro ou Météoro, à 6 milles au sud-ouest d'Urbin. dont son évêque est suffragant. Le pape Urbain VIII. l'embellit, & lui donna son nom. C'est l'Urbinum Metaurense des anciens.
Maccio (Sébastien), né à Urbanea au commencement du xvij. siecle, écrivit avec assez de politesse sur l'histoire romaine. On a de lui deux livres, dont l'un est intitulé, de bello Asdrubalis, & l'autre de historiâ Livianâ. Il mourut à 37 ans. (D.J.)
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| URBANITÉ | URBANITÉ
Il paroît d'abord étrange que le mot urbanité ait eu tant de peine à s'établir dans notre langue ; car quoique d'excellens écrivains s'en soient servi, & que le dictionnaire de l'académie françoise l'autorise, on ne peut pas dire qu'il soit fort en usage, même aujourd'hui. En examinant qu'elle en pourroit être la raison, il est vraisemblable que les François qui examinent rarement les choses à fond, n'ont pas jugé ce mot fort nécessaire ; ils ont cru que leurs termes politesse & galanterie renfermoient tout ce que l'on entend par urbanité ; en quoi ils se sont fort trompés, le terme d'urbanité désignant non-seulement beaucoup plus, mais quelquefois toute autre chose. D'ailleurs urbanitas chez les Romains étoit un mot propre, qui signifioit, comme nous l'avons dit, cette politesse d'esprit, de langage & de manieres, attachée spécialement à la ville de Rome ; & parmi nous, la politesse n'est le privilege d'aucune ville en particulier, pas même de la capitale, mais uniquement de la cour. Enfin l'idée que le mot urbanité présente à l'esprit, n'étant pas bien nette, c'est une raison de son peu d'usage.
Cicéron faisoit consister l'urbanité romaine dans la pureté du langage, jointe à la douceur & à l'agrément de prononciation ; Domitius Marsus donne à l'urbanité beaucoup plus d'étendue, & lui assigne pour objet non-seulement les mots comme fait Cicéron, mais encore les personnes & les choses. Quintilien & Horace en donnent l'idée juste, lorsqu'ils la définissent un goût délicat pris dans le commerce des gens de lettres, & qui n'a rien dans le geste, dans la prononciation, dans les termes de choquant, d'affecté, de bas & de provincial. Ainsi le mot urbanité qui d'abord n'étoit affecté qu'au langage poli, a passé au caractere de politesse qui se fait remarquer dans l'esprit, dans l'air, & dans toutes les manieres d'une personne, & il a répondu à ce que les Grecs appelloient , mores.
Homere, Pindare, Euripide & Sophocle, ont mis tant de graces & de moeurs dans leurs ouvrages, que l'on peut dire que l'urbanité leur étoit naturelle ; on peut sur-tout donner cette louange au poëte Anacréon. Nous ne la refuserons certainement pas à Isocrate, encore moins à Démosthene, après le témoignage que Quintilien lui rend, Demosthenem urbanum fuisse dicunt, dicacem negant ; mais il faut avouer que cette qualité se fait particulierement remarquer dans Platon. Jamais homme n'a si-bien manié l'ironie, qui n'a rien d'aimable, jusques-là qu'au sentiment de Cicéron, il s'est immortalisé pour avoir transmis à la postérité le caractere de Socrate, qui en cachant la vertu la plus constante sous les apparences d'une vie commune, & un esprit orné de toutes sortes de connoissances sous les dehors de la plus grande simplicité, a joué en effet un rôle singulier & digne d'admiration.
Les auteurs latins étant plus connus, il ne seroit presque pas besoin d'en parler : car qui ne sait, par exemple, que Térence est si rempli d'urbanité, que de son tems ses pieces étoient attribuées à Scipion & à Lelius, les deux plus honnêtes hommes & les plus polis qu'il y eût à Rome ? & qui ne sent que la beauté des poésies de Virgile, la finesse d'esprit & d'expression d'Horace, la tendresse de Tibulle, la merveilleuse éloquence de Cicéron, la douce abondance de Tite-Live, l'heureuse briéveté de Salluste, l'élégante simplicité de Phedre, le prodigieux savoir de Pline le naturaliste, le grand sens de Quintilien, la profonde politique de Tacite : qui ne sent, dis-je, que ces qualités qui sont répandues dans ces différens auteurs, & qui font le caractere particulier de chacun d'eux, sont toutes assaisonnées de l'urbanité romaine ?
Il en est de cette urbanité comme de toutes les autres qualités ; pour être éminentes, elles veulent du naturel & de l'acquis. Cette qualité prise dans le sens de politesse & de moeurs, d'esprit & de manieres, ne peut, de même que celle du langage, être inspirée que par une bonne éducation, & dans le soin qui y succede. Horace la reçut cette éducation ; il la cultiva par l'étude & par les voyages. Enhardi par d'heureux talens, il fréquenta les grands & sut leur plaire. D'un côté, admis à la familiarité de Pollion, de Messala, de Lollius, de Mécénas, d'Auguste même : de l'autre, lié d'amitié avec Virgile, avec Varius, avec Tibulle, avec Plotius, avec Valgius, en un mot, avec tout ce que Rome avoit d'esprits fins & délicats ; il n'est pas étonnant qu'il eût pris dans le commerce de ces hommes aimables, cette politesse, ce goût fin & délicat qui se fait sentir dans ses écrits. Voilà ce qu'on peut appeller une culture suivie, & telle qu'il la faut pour acquérir le caractere d'urbanité. Quelque bonne éducation que l'on ait eue, pour peu que l'on cesse de cultiver son esprit & ses moeurs par des réflexions & par le commerce des honnêtes gens de la ville & de la cour, on retombe bientôt dans la grossiereté.
Il y a une espece d'urbanité qui est affectée à la raillerie ; elle n'est guere susceptible de préceptes : c'est un talent qui naît avec nous, & il faut y être formé par la nature même. Parmi les romains on ne cite qu'un Crassus, qui avec un talent singulier pour la fine plaisanterie, ait su garder toutes les bienséances qui doivent l'accompagner.
L'urbanité, outre les perfections dont on a parlé, demande encore un fond d'honnêteté qui ne se trouve que dans les personnes heureusement nées. Entre les défauts qui lui sont opposés, le principal est une envie marquée de faire paroître ce caractere d'urbanité, parce que cette affectation même la détruit.
Pour me recueillir en peu de paroles, je crois que la bonne éducation perfectionnée par l'usage du grand monde, un goût fin, une érudition fleurie, le commerce des savans, l'étude des lettres, la pureté du langage, une prononciation délicate, un raisonnement exact, des manieres nobles, un air honnête, & un geste propre, constituoient tous les caracteres de l'urbanité romaine. (D.J.)
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| URBANUS | (Littérat.) ce mot, outre le sens propre, signifie quelquefois un plaisant de profession ; mais il désigne communément un homme du bel air, un homme qui se pique d'esprit, de beau langage & de belles manieres. Cicéron s'en est servi en ce sens dans plusieurs passages de ses écrits ; voyez URBANITE. (D.J.)
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| URBIGENUS-PAGUS | (Géog. anc.) canton de la Gaule-belgique, dans l'Helvétie, dont parle César, l. I. c. xxvij. de ses commentaires. Sa capitale se nommoit Urba ; c'est aujourd'hui Orbe. (D.J.)
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| URBIN | duché d ', (Géog. mod.) pays d'Italie, borné au nord par le golfe de Venise, au midi par l'Ombrie, au levant par la Marche d'Ancone, au couchant par la Toscane & la Romagne. Sa plus grande étendue du septentrion au midi, est d'environ cinquante-cinq milles, & de soixante-six d'orient en occident. La Foglia, la Césena, & la Rigola, sont les principales rivieres de cette province, qui peut se diviser en sept parties ; savoir, le duché d'Urbin propre, le comté de Mont-Feltro, le comté de Cita-di-Castello, le comté de Gubio, le vicariat de Sinigaglia, la seigneurie de Pesaro, la république de Saint-Marin.
Le duché d'Urbin, proprement dit, occupe le milieu de la province, & s'étend jusqu'à la mer, la Marche d'Ancone, la Romagne & la Toscane. C'est un pays mal-sain & peu fertile, dont la capitale porte son nom.
Ce duché a été possédé par la maison de Monte-Feltro, & par celle de la Rovere. François-Marie de la Rovere II. du nom, ne se voyant aucun enfant mâle, réunit le duché d'Urbin au saint siege en 1626, & mourut peu de tems après. (D.J.)
URBIN, ou URBAIN, (Géog. mod.) anciennement Urbinum, petite ville d'Italie dans l'état de l'église, capitale du duché du même nom, sur une montagne entre les rivieres de Métro & la Foglia. Son évêché fut érigé en archevêché en 1551 ; & Clément X. y fonda une université. Le palais des ducs d'Urbin fut bâti par le duc Frédéric I. duc d'Urbin, qui embellit ce palais de statues, de peintures, & d'une bibliotheque de livres précieux. On peut consulter au sujet de cette ville un ouvrage intitulé, Memorie concernenti la citta di Urbino, Romae 1724, in-fol. fig. Long. suivant Cassini & Bianchini, 30, 21. lat. 43, 48'. 30.
Urbin se vante avec raison d'avoir produit des hommes célebres dans les sciences. Il est certain que Virgile, ou plutôt Vergile (Polydore) né dans cette ville au xv. siecle, ne manquoit ni d'esprit ni d'érudition. Il fut envoyé en Angleterre au commencement du siecle suivant pour y lever le tribut que l'on nommoit denier de saint Pierre ; mais il se rendit si recommandable dans son ministere, & il se plut de telle sorte dans ce pays, qu'il résolut d'y passer sa vie ; il renonça donc à la charge d'exacteur de ce tribut, & obtint la dignité d'archidiacre de l'église de Wells. Il ne se dégoûta point du royaume lorsque les affaires de la religion changerent sous Henri VIII. & sous Edouard ; ce ne fut qu'en 1550 qu'il en sortit, à cause que sa vieillesse demandoit un climat plus chaud ; & le roi lui accorda la jouissance de ses bénéfices dans les pays étrangers. On croit qu'il mourut à Urbin l'an 1556.
Son premier livre fut un recueil de proverbes qu'il publia en 1498. Son second ouvrage fut celui de rerum inventoribus, dont il s'est fait plusieurs éditions. Son traité des prodiges parut l'an 1526 ; c'est un ouvrage bien différent de celui de Julius-Obsequens, augmenté par Lycosthènes ; car Polydore y combat fortement les divinations. Il dédia à Henri VIII. en 1533 son histoire d'Angleterre, dont les savans critiques anglois ne font aucun cas. Voici ce qu'en dit Henri Savil : Polydorus in rebus nostris hospes, & (quod caput est) neque in republicâ versatus, nec vir magni ingenii ; pauca ex multis delibans, & falsa plerùmque pro veris amplexus, historiam nobis reliquit, cùm caetera mendosam, tùm exiliter sanè & jejunè conscriptam.
Le comte Bonarelli (Gui Ubaldo) naquit à Urbin en 1563, & mourut à Fano en 1608, à 45 ans. Il est auteur de la Philis de Scyro, Filli di Sciro, pastorale pleine de graces & d'esprit, dont j'ai déja parlé au mot SCYROS.
Commandin (Fréderic) naquit à Urbin, en 1509, & mourut en 1575, âgé de 66 ans. Il étudia d'abord la médecine, mais trouvant trop d'incertitude dans les principes de cette science, & trop de dangers dans ses expériences, il s'appliqua tout entier à l'étude des mathématiques, & y gagna beaucoup de gloire. Le public lui est redevable de plusieurs ouvrages des mathématiciens grecs qu'il a traduits & commentés ; par exemple, d'Archimede, d'Apollonius, de Pappus, de Ptolemée, d'Euclide. On lui doit encore Aristarchus de magnitudinibus ac distantiis solis & lunae, à Pésaro 1572, in-4°. Hero de spiritalibus, à Urbin, 1575, in-4°. Machometes Bagdedinus de superficierum divisionibus, à Pésaro 1570, in-fol. Le style de Commandin est pur, & il a mis dans ses ouvrages tous les ornemens dont les mathématiques sont susceptibles. Baldus (Bernardin) a fait sa vie, & nous assure que s'il n'avoit pas trop aimé les femmes, Momus n'auroit rien pu trouver à reprendre dans cet habile géometre. Commandin mérite sans doute d'être loué ; mais ce n'est pas la plus petite de ses louanges, que d'avoir eu le même Baldus pour disciple.
En effet, Baldus se montra un des plus savans hommes de son tems. Il naquit à Urbin l'an 1553, fut fait abbé de Guastalla, l'an 1586, & mourut l'an 1617, à 64 ans. Il passa sa vie dans l'étude, sans ambition, sans vaine gloire, plein de bonté dans le caractere, excusant toujours les fautes d'autrui, & cependant fort dévot, non-seulement pour un mathématicien, mais même pour un homme d'église, car il jeûnoit deux fois la semaine, & communioit tous les jours de fêtes.
Son premier ouvrage est un livre des machines de guerre, de tormentis bellicis, & eorum inventoribus. Les commentaires qu'il publia l'an 1582 sur les méchaniques d'Aristote, prouverent sa capacité en cette sorte de connoissances. Il mit au jour quelque tems après, le livre de verborum vitruvianorum significatione. Il publia, l'an 1595, cinq livres de novâ gnomonice.
Comme il possédoit les langues orientales, il traduisit sur l'hébreu le livre de Job, & les lamentations de Jérémie. Il fit aussi un dictionnaire de la langue arabe. Ce n'est pas tout, il traduisit Heronem de automaticis & balistis, les paralipomenes de Quintus Calaber, & le poëme de Musée. Enfin il donna dans le cours de ses voyages, quelques poëmes, les uns en latin, les autres en italien ; & c'est dans cette derniere langue qu'est écrit celui de l'art de naviger. Il aimoit tellement le travail, qu'il se levoit à minuit pour étudier, & qu'il lisoit même en mangeant. Fabricius Scharloncinus a écrit sa vie que les curieux peuvent consulter.
Un des plus savans antiquaires du dernier siecle, Fabretti (Raphael), naquit à Urbin, l'an 1619. Il voyagea dans toute l'Italie, en France & en Espagne, où il demeura 13 ans, avec un emploi considérable que lui procura le cardinal Imperiali ; mais l'amour qu'il avoit pour les antiquités, lui fit desirer de revenir à Rome, où les papes Alexandre VIII. & Innocent XII. le comblerent de bienfaits. Fabretti en profita, pour se donner entierement à son étude favorite. Plusieurs excellens ouvrages en ont été les fruits. En voici le catalogue.
1°. De aquis & aquae-ductibus veteris Romae dissertationes tres. Romae 1680, in-4°. Il y avoit dans l'ancienne Rome environ vingt sortes de ruisseaux que l'on avoit fait venir de lieux assez éloignés par le moyen des aqueducs, & qui y produisoient un grand nombre de fontaines. Ces aqueducs tenoient leur rang parmi les principaux édifices publics, non-seulement par leur utilité, mais encore par la magnificence, la solidité & la hardiesse de leur structure. Fabretti tâche dans cet ouvrage d'expliquer tout ce qui regarde ces sortes d'antiquités ; & son livre peut beaucoup servir à entendre Frontin, qui a traité des aqueducs de Rome, tels qu'ils étoient de son tems, c'est-à-dire, sous l'empire de Trajan. Les dissertations de Fabretti contiennent quantité d'observations utiles, au jugement de Kuster. Elles ont été insérées dans le quatrieme volume des antiquités romaines de Graevius, avec des figures. Utrecht, 1697, in-fol.
2°. De columna Trajana, syntagma. Accesserunt veteris tabellae anagliphae Homeri iliadem, atque ex Stesichoro, Archino, Lesche, Ilii excidium continentis & emissarii lacus Fucini descriptio. Romae, 1683, infol. Ce livre est rempli de recherches d'antiquités fort curieuses.
3°. Inscriptionum antiquarum, quae in aedibus paternis asservantur, explicatio. Romae 1699, in-fol. Cet ouvrage est divisé en huit chapitres. Le premier traite de titulis & columbariis. Pour l'intelligence de ces termes, il faut savoir que les anciens, & principalement les personnes de distinction, avoient de fort grands tombeaux qui servoient pour toutes les personnes de la même famille. Ces tombeaux étoient partagés en différentes niches, semblables à celles d'un colombier, ce qui leur a fait donner le nom de columbaria par les Latins.
Dans chaque niche il y avoit une urne où étoient les cendres d'une personne, dont le nom étoit marqué dessus ; ces inscriptions s'appelloient tituli. Fabretti prouve qu'il n'y a jamais eu de loi chez les Romains de brûler les morts ; & que depuis le tems de Sylla le dictateur, qui est le premier dont on a brûlé le corps, l'ancien usage d'enterrer les morts n'a jamais entierement cessé. Les urnes où l'on recueilloit les cendres s'appelloient ollae, & avant que les cendres y fussent mises, virgines. L'auteur établit dans ce même chapitre, que par les mots livia Augusti dans les inscriptions, les anciens désignoient la femme d'Auguste, & non sa fille ; & que tous les gladiateurs n'étoient pas de condition servile, mais qu'il y en avoit de l'ordre des chevaliers. Dans le chapitre second il justifie que le nom de genii se donnoit tantôt aux dii manes, tantôt aux ames humaines, tantôt à ces puissances qui tenoient le milieu entre les dieux & les hommes.
Il prouve aussi que la ville de Parme s'appelloit anciennement Julia Chrysopolis. Il observe dans le troisieme chapitre, que les anciens mettoient un point à la fin de chaque mot dans leurs inscriptions, mais toujours à la fin de chaque ligne, & quelquefois à la fin de chaque syllabe. Il recherche la signication du mot ascia dans les anciennes inscriptions ; terme, dit-il, qu'il ne trouve guere que dans les inscriptions des Gaules. Il remarque dans le quatrieme chapitre, que le mot d'alumnus, ne se prend jamais dans les bons auteurs dans un sens actif, mais dans un sens passif. Il montre dans le septieme, que les poids des anciens étoient plus grands que ceux des modernes. Il soutient dans le huitieme, que les vaisseaux de verre que l'on trouve auprès des tombeaux des anciens chrétiens, sont des preuves de leur martyre, & que les taches rouges qu'on y apperçoit, sont des restes du sang que les fideles y ont mis, ce qui n'est nullement vraisemblable, & est peu physique.
A la fin de ce recueil, il rend compte des corrections qu'il a faites dans les inscriptions recueillies par Gruter en deux volumes ; outre un grand nombre d'autres corrections sur divers autres compilateurs d'inscriptions, qui sont répandues dans l'ouvrage même.
M. Fabretti avoit une capacité merveilleuse pour déchiffrer les inscriptions qui paroissent toutes défigurées, & dont les lettres sont tellement effacées, qu'elles ne sont presque plus reconnoissables. Il nettoyoit la surface de la pierre, sans toucher aux endroits où les lettres avoient été creusées ; ensuite il mettoit dessus un carton bien mouillé, & le pressoit avec une éponge, ou un rouleau entouré d'un linge ; ce qui faisoit entrer le carton dans le creux des lettres pour en prendre la poussiere qui s'y attachoit, & dont la trace faisoit connoître les lettres qu'on y avoit autrefois gravées.
M. Baudelot dans son livre de l'utilité des voyages, indique un secret à-peu-près semblable, pour lire sur les médailles les lettres qu'on a de la peine à déchiffrer. (D.J.)
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| URBINUM | (Géog. anc.) ville d'Italie, dans l'Umbrie, près de la voie Flaminienne du côté du couchant, entre le Metaurus & le Pisaurus, à-peu-près à égale distance de ces deux fleuves, selon Tacite, Procope & Paul diacre. Elle conserve encore son ancien nom ; car on l'appelle Urbino.
Pline, l. III. c. xiv. nomme ses habitans Urbinates : mais il distingue deux sortes d'Urbinates, les uns surnommés Metaurenses, & les autres Hortenses ; & comme il est sans contredit, que les premiers demeuroient sur le bord du Metaurus, où étoit la ville Urbinum Metaurense, aujourd'hui Castel-Durante, il s'ensuit que les Urbanites Hortenses habitoient la ville d'Urbinum, devenue depuis la capitale du duché d'Urbin.
Procope dit qu'il y avoit dans Urbinus une fontaine, où tous les habitans puisoient de l'eau. Cette fontaine, selon Cluvier, Ital. ant. l. II. c. vj. est aujourd'hui hors de la ville, au pié de la citadelle. C'étoit un municipe considérable, comme le prouvent plusieurs inscriptions qu'on y voit encore présentement. (D.J.)
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| URB | ou URBIS, (Géog. anc.) fleuve d'Italie, dans la Ligurie, selon Claudien, de Bel. get. v. 554. qui en parle ainsi :
........ Ligurum regione supremâ
Pervenit ad fluvium miri cognominis Urbem.
Ce fleuve se nomme encore aujourd'hui Urba ou Orba : il mouille la ville d'Ast.
URBS-SALVIA, (Géog. anc.) aujourd'hui Urbi-Saglia, ville d'Italie dans le Picenum, en-deçà de l'Apennin. La table de Peutinger, écrit Urbe-Salvia, & la marque à douze milles de Ricina. (D.J.)
URBS-VETUS, (Géog. anc.) ville d'Italie, dans l'Etrurie, selon Paul-Diacre, Longobard, liv. IV. c. xxxiij. Procope la met sur le Clanis aujourd'hui la Chiana, & la nomme Urbiventus. On croit que cette ville est Orviete.
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| URE | S. m. (Hist. nat. des quadrupedes) en latin urus, & je ne peux mieux rendre ce mot qu'en le francisant ; car le mot de boeuf sauvage ne répond pas aussi bien au terme latin. L'ure est un quadrupede, dont les anciens ont beaucoup parlé ; cet animal a la corne large, le poil noir & court, le corps gros, la peau dure, & la tête fort petite proportionnellement à la grosseur du corps. Virgile appelle avec raison ces animaux sylvestres, Georg. l. II. v. 374.
Sylvestres uri assiduè capraeque sequaces
Illudunt.
" Les ures & les chevreuils qui se suivent de près, feroient de grands dégats dans votre vigne ". Servius remarque que les ures de Virgile naissent dans les Pyrénées, & qu'ils sont ainsi nommés du mot grec , montagne.
César est le premier romain qui les ait décrits, l. VI. de bell. gallico. Il dit que les ures sont un peu moins grands que les éléphans ; qu'ils ressemblent à un taureau, & qu'ils en ont la couleur & la figure ; qu'ils sont d'une force & d'une vîtesse merveilleuse ; qu'ils se jettent sur tout ce qu'ils apperçoivent, homme ou bête, qu'on les prend dans des fosses ou trapes, & qu'on les met à mort ; il ajoute que les jeunes gaulois s'exerçoient à leur chasse, qu'ils rapportoient les cornes de ces animaux pour témoignage de leur valeur ; que ceux qui en tuoient le plus acquéroient le plus de gloire, que les ures ne pouvoient s'apprivoiser, pas même quand on les prenoit tout petits ; que l'ouverture & la forme de leurs cornes étoit fort différente de celles de nos boeufs ; que les Gaulois les recherchoient avec soin ; qu'ils en revêtoient les bords d'un cercle d'argent, & s'en servoient au-lieu de coupes dans les festins solemnels.
Solin met les ures en Germanie. Pline prétend que les forêts des Indes en sont pleines ; nous savons aussi que l'Afrique en a quantité ; mais les ures de l'Europe different beaucoup des ures de l'Afrique & de l'Asie ; nous en avons parlé avec quelqu'étendue au mot TAUREAU sauvage. (D.J.)
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| UREDELÉE | S. f. terme de Pêche, sorte de rets qui est une espece de picot, à la côte & à pié. Ce rets a environ 15 à 20 brasses de longueur, une brasse de chûte par les bouts, & il augmente à mesure qu'il avance dans le milieu, où il a alors au moins 3 à 4 brasses de chûte.
Il faut ordinairement dix à douze hommes pour faire la pêche avec ce filet, & un seul accon pour porter le rets à l'eau. Il y a aux deux bouts un bâton, comme aux seines & aux colerets, avec cette différence que les rets ne traîne jamais ; qu'il n'est chargé ni de plomb, ni de pierres par le bas, & qu'il n'a que la corde du pié, & les bouts frappés sur le bâton qui fait couler bas le pié du rets. Deux hommes, un à chaque bout, tiennent le filet un peu en cercle, l'ouverture du côté de terre, & le fond exposé à la mer. La pêche s'en fait de marée montante, une heure au plus avant le plein de l'eau. Le haut du rets est garni de flottes de liege enfilées, pour le soutenir à fleur-d'eau. Il faut commencer la pêche avant le jussant, parce que les poissons qui ont monté à la côte avec le flux, s'en retournent à l'instant que le reflux se fait sentir. Quand le rets est exposé le long de la côte, cinq à six hommes se mettent à l'eau jusqu'au cou, & battent l'eau avec des perches, allant du bord de la côte vers le filet dans lequel ils chassent les muges ou mulets, qui sont les seuls poissons qu'on prenne à ces côtes de cette maniere.
Pour relever le rets, lorsque le trait ou le land est fini, les deux hommes qui tiennent le bâton ou le canon du rets, le relevent, & joignant en même tems ensemble les deux lignes de la tête & du pié, ils en ramassent tout le poisson qu'ils viennent jetter dans l'accon, pour recommencer encore un nouveau trait, si la marée le permet.
Cette pêche dure à cette côte pendant trois mois, de la S. Jean à la S. Michel, parce que plus les eaux sont chaudes, & plus volontiers les muges ou mulets rangent la côte. Les vents d'est & d'est-sud-est, sont les plus favorables ; ceux d'aval font fuir le poisson de la côte.
Cette pêche ne se fait jamais que de jour ; elle ne peut causer aucun préjudice au général de la pêche, parce qu'elle se fait sur des fonds de vases & de bourbes, où le frai, comme on l'a remarqué, ne se forme point, si on excepte celui des anguilles.
Les mailles de ces uredelées sont de trois especes ; les plus larges ont seulement 12 lignes en quarré, les autres dix ; & les plus serrées, qui sont au fond pour arrêter ce qui entre dans le filet, n'ont que 6 lignes aussi en quarré, en quoi il y auroit de l'abus ; mais avec des mailles de 15 lignes en quarré, permises pour faire la pêche du grand haneau, par la déclaration du 18 Mars 1727, ces pêcheurs pourront, sans abus, faire une bonne pêche avec succès.
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| UREDO | (Maladies) est un mot latin, qui signifie la nielle ou brouïne des arbres ou des herbes. Voyez NIELLE, BROUÏNE, MALADIES des plantes, &c.
Les Médecins emploient aussi quelquefois ce terme pour marquer une démangeaison de la peau. Voyez GRATELLE.
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| URENA | S. f. (Hist. nat. Bot.) nom donné par Dillenius à un genre de plante, dont voici les caracteres selon Linnaeus. Le calice est une double enveloppe ; l'extérieure est formée d'une seule feuille, légérement découpée en cinq larges segmens ; l'intérieure est composée de cinq feuilles étroites & angulaires. La fleur est à cinq pétales oblongs qui naissent ensemble, s'élargissent vers le sommet, & finissent en une pointe obtuse ; les étamines sont des filets nombreux, qui vers leur base croissent en cylindre, mais qui se dégagent à leur sommité. Le germe du pistil est arrondi ; le stile est simple, de la longueur des étamines, & est couronné de dix stygma, chevelus & recourbés. Le fruit est une capsule arrondie, formant cinq angles, & contenant cinq loges. Les graines sont uniques, rondelettes, mais en quelque maniere applaties à leur pointe. Linnaei, gen. plant. page 329. Dillen. hort. eltham. page 319.
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| URETAC | S. m. (Marine) c'est une manoeuvre qu'on passe dans une poulie, qui est tenue par une herse dans l'éperon, au-dessus de la saisine de beaupré, & qui sert à renfoncer l'amure de misaine, quand il est nécessaire qu'elle le soit.
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| URETERE | S. m. (Anatom.) les uréteres sont deux canaux longs, ronds & membraneux, de la grosseur d'une plume à écrire. Ils sortent de chaque côté de la partie cave des reins, & descendant le long des muscles psoas, en forme d'S capitale, enfermés dans la duplicature du péritoine, ils vont se terminer postérieurement vers le col de la vessie.
Ils sont composés de trois tuniques, dont la prémiere est charnue, la seconde est nerveuse, & la troisieme veloutée ; cette derniere empêche que l'âcreté de l'urine n'irrite les fibres nerveuses.
Ils reçoivent des rameaux d'arteres & de veines des parties voisines, & des nerfs de l'intercostal, & des vertebres des lombes, qui donnent à ces canaux un sentiment très-vif, & font souffrir d'extrêmes douleurs à ceux qui sont attaqués de la gravelle, ou de la néphrétique.
Mais pour mieux développer l'origine & la structure des uréteres, il faut savoir qu'il part de la circonférence des papilles rénales 11 à 12 canaux membraneux, qui les reçoivent avec l'humeur qui en découle, & qui forment trois rameaux dont l'union ne produit qu'un large bassinet, lequel se termine en un seul tuyau membraneux, épais, fort, garni d'arteres, de veines, de nerfs, de petits vaisseaux lymphatiques, de fibres motrices & de lacunes mucilagineuses, propres à adoucir ses parois. Ce canal (l'urétere) va d'abord droit en-bas, se courbe aussitôt, couvert par la lame du péritoine d'une largeur inégale en différens endroits.
Il va s'insérer à la partie postérieure de la vessie, presqu'à deux doigts de distance de la partie inférieure de son col, & de l'autre urétere. Après avoir percé la tunique extérieure, & parcouru obliquement l'espace du petit doigt entr'elle & la tunique interne, il s'insinue dans la cavité de la vessie. Il y forme, par la production de ses fibres, un corps rond, long, déterminé en-bas, qui empêche l'urine de remonter dans l'urétere, lorsque la vessie est pleine ; car alors l'expansion de la vessie fait que ce corps tire nécessairement l'urétere en-bas & le bouche. Ce canal est donc tellement situé & construit, qu'il peut sûrement porter l'urine des reins dans la vessie, sans qu'elle puisse jamais remonter dans ce canal, quelque comprimée qu'elle soit.
Il résulte de ce détail, que les plaies de uréteres sont suivies de violentes douleurs aux flancs, le blessé rend des urines sanglantes ; & lorsque ces conduits sont totalement coupés, il souffre une suppression d'urine, qui s'épanchant dans la cavité du ventre, se corrompt bientôt faute d'issue, & cause la mort au malade.
Parlons maintenant des jeux que la nature exerce sur cette partie. D'abord M. Ruysch dit avoir observé que les uréteres descendent quelquefois des reins vers la vessie en ligne spirale ; mais Riolan a vu des choses bien plus singulieres dans le corps d'un vérolé, qui venoit de finir ses jours au bois d'une potence. Ce fut en 1611 qu'il fit la dissection du cadavre ; il trouva premierement deux uréteres à chaque rein, où ils avoient chacun leur cavité particuliere, séparée par une membrane mitoyenne. L'insertion de chaque urétere se faisoit en divers endroits de la vessie ; l'un y entroit joignant le col, & l'autre par le milieu du fond. Ils étoient tous deux creux, & égaux en grosseur : ce n'est pas tout. Riolan trouva trois émulgentes au rein droit, & une seule au rein gauche, qui jettoit une double branche. Pour comble de singularités en ce genre, les spermatiques sortoient des émulgentes à droite & à gauche.
Il arrive encore d'autres jeux de la nature sur les uréteres. Le bassinet du rein, qui n'est autre chose qu'une dilatation de l'extrémité supérieure de l'urétere, se divise quelquefois avant que d'être reçu dans la profonde scissure, qui augmente la concavité du rein ; & dans le cas particulier de cette division, l'on trouve deux bassinets, qui sont néanmoins d'ordinaire plus petits de moitié que le seul qu'on rencontre presque toujours.
Nous avons vu que la premiere observation de Riolan, dans le cadavre de son malheureux vérolé, étoit deux uréteres à chaque rein au lieu d'un seul ; mais comme ce jeu de la nature est fort commun, on a tenté d'en chercher la raison en Physiologie, & je trouve les conjectures de M. Hunauld trop plausibles pour les supprimer.
Un urétere se divise ordinairement dans le rein en deux ou trois branches ; chacune de ces branches va ensuite former des especes d'entonnoirs, qui embrassent les mamelons du rein. Si dans les premiers tems du développement de l'embryon, & lorsque les reins & la vessie se touchent pour ainsi dire, l'accroissement se fait dans l'urétere & ses branches, comme il se fait le plus ordinairement ; les branches se réuniront dans la sinuosité du rein, & un seul urétere ira du rein à la vessie. Si ces branches croissent plus à proportion que l'urétere, elles se réuniront au-dessous du rein, à une distance plus ou moins grande ; & c'est ce qu'on rencontre assez souvent. Si enfin deux ou trois de ces branches prennent beaucoup d'accroissement, tandis que l'urétere n'en prend point, alors il y aura deux ou trois uréteres qui s'étendront depuis le rein jusqu'à la vessie. Jettez les yeux sur la premiere figure de la troisieme planche d'Eustache, vous verrez sensiblement que ces trois uréteres ne sont que les branches qui se réunissent pour l'ordinaire dans la sinuosité du rein, & vous reconnoîtrez dans la branche inférieure, les calices qui en partent pour embrasser les mamelons du rein. (D.J.)
URETERES, maladies des, (Médec.) les deux canaux membraneux, situés de chaque côté des deux reins, se nomment uréteres. Ils sont doués d'une grande sensibilité, & enduits intérieurement d'une humeur onctueuse ; après avoir fait une courbure, ils vont se rendre dans la vessie, & y déposent l'urine dont ils sont chargés.
Quand ce canal à l'entrée de la vessie est obstrué par le calcul, du pus, de la mucosité trop épaisse ou trop abondante, il acquiert une grande capacité, & de-là résulte la suppression de l'urine ; si le calcul se trouve adhérent à l'extrémité de ce canal, il est impossible de l'atteindre avec le cathéter, mais on vient à bout de le tirer en faisant une ouverture au périnée. Si la trop grande acrimonie de la mucosité ou le calcul, qui souvent s'arrête au milieu des uréteres, vient à passer par ces canaux pendant qu'il descend, le malade éprouve un sentiment cruel de douleur depuis les lombes jusqu'aux aînes & au pubis. La rupture ou la blessure des uréteres fait couler dans la cavité du bas-ventre, ou dans son tissu cellulaire, l'urine qu'ils charrient. (D.J.)
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| URETHRE | URETHRE
1°. La situation dans un sillon formé par l'interstice, que les deux corps caverneux laissent entr'eux inférieurement.
2°. Le cours qui ne suit pas une ligne droite, il y a une courbure particuliere.
3°. La longueur qui est de douze ou treize pouces.
4°. La grosseur qui approche de celle d'une plume à écrire.
5°. La substance qui est composée de deux membranes fortes, l'une est interne & l'autre externe ; il y a dans l'entre-deux une substance caverneuse, où quelques auteurs ont remarqué qu'il y a des glandes.
6°. Le bulbe ou la protubérance de l'urethre est la partie postérieure, qui est plus épaisse que le reste, située auprès des prostates, large d'un pouce, & semblable en quelque maniere à un oignon.
7°. La surface interne, qui est percée de divers trous ; les uns sont ronds, & les autres oblongs, il en sort une liqueur visqueuse.
8°. Les trois glandes décrites par Cowper. Il y en a une à chaque côté de l'urethre, entre les muscles accélérateurs & le bulbe de l'urethre ; elles ont une figure ovoïde, elles sont un peu applaties, leur grandeur est comme celle d'une petite feve ; il y a pour chacune un tuyau particulier de la longueur de deux doigts, qui perce la double tunique de l'urethre ; c'est par ce canal qu'elles envoient dans la cavité de l'urethre une liqueur transparente, visqueuse ou muqueuse. Il y a une troisieme glande, qui est dans l'angle formé par la courbure de l'urethre sous les os pubis ; elle est, à ce qu'on prétend, dans le tissu spongieux ou caverneux de l'urethre. Cowper l'a représenté comme ayant la figure d'une lentille.
9°. La petite glande de M. Littre, qui est entre les deux membranes de l'urethre presque au-dessous des prostates ; elle est d'une couleur rouge foncée, large d'un pouce, de l'épaisseur de deux lignes ; elle environne la membrane interne de l'urethre comme une ceinture, & la perce de plusieurs petits trous qui donnent passage à une liqueur mucilagineuse destinée à humecter l'urethre.
Il faut encore remarquer les vaisseaux & les nerfs de l'urethre. Les vaisseaux sanguins viennent des vaisseaux hypogastriques. Les vaisseaux lymphatiques sont parfaitement représentés dans les planches de Cowper & de Drake. Les nerfs viennent des derniers nerfs de l'os sacrum. Voilà ce qu'on doit remarquer en général dans l'urethre ; voici maintenant l'exposition de la structure détaillée de cette partie, faite pour les gens de l'art.
L'urethre de l'homme est un canal rond, recourbé du côté du ventre depuis le col de la vessie où elle commence, jusqu'à la partie inférieure des os pubis, & pendant depuis les os pubis jusqu'à l'extrémité du gland où il finit. Ce canal est long de douze à treize pouces ; il est placé sous les deux corps caverneux, depuis l'endroit de leur union jusqu'au bout de la verge ; il est couvert de la même peau que les corps caverneux, & forme trois tumeurs, dont l'une est située en son commencement, & se nomme la glande prostate, la seconde est un pouce en-deçà de la premiere, & s'appelle le bulbe de l'urethre ; on donne le nom de gland à la troisieme, qui termine ce canal.
L'urethre est composé de membranes, de glandes, de substance spongieuse, de muscles & de vaisseaux.
L'urethre a deux membranes, qui sont minces & d'un tissu fort serré. La membrane extérieure couvre le dehors de l'urethre, & le dedans du prépuce ; & l'intérieure tapisse seulement le dedans de ce canal. Ces deux membranes laissent entr'elles une espace qui est rempli de glandes, & d'une substance spongieuse.
La premiere glande renfermée entre les membranes de l'urethre du côté de la vessie est la glande prostate. Cette glande n'est pas double comme on dit, puisqu'elle est continue en toutes ses parties. Elle est placée à la racine de l'urethre ; sa figure est conique, & ressemble à un petit coeur ; elle est longue d'un pouce trois lignes, & enveloppe ce canal dans toute sa longueur, & elle est épaisse de sept lignes ; sa base qui est du côté de la vessie est large d'un pouce quatre lignes, & sa pointe, qui est du côté du gland, a neuf lignes de largeur ; elle est enveloppée de fibres musculeuses, & composée d'environ douze petits sacs, qui n'ont entr'eux aucune communication par leur cavité, & qui se terminent dans le canal de l'urethre autour du verumontanum par autant de tuyaux, gros comme des soies de porc.
Il y a dans chacun de ces sacs quantité de petits grains glanduleux, dont les conduits excrétoires (qui ont chacun un sphincter à leur extrémité) s'ouvrent dans la cavité de ces sacs, & y déposent la liqueur qu'ils filtrent, comme dans autant de réservoirs. Cette liqueur est peut-être de quelque usage pour la génération, en se mêlant avec la semence dans le bassin de l'urethre pendant le coït ; elle peut sur-tout servir à enduire la superficie intérieure du canal de l'urethre, pour rendre à l'urine ce passage plus coulant & plus aisé, & le garantir de l'acrimonie de cette liqueur.
La deuxieme glande, placée entre les deux membranes de l'urethre immédiatement après la glande prostate du côté du gland, est une glande qu'on appelle la glande de Littre. Cette glande est d'une couleur rouge-foncée ; elle forme autour de l'urethre une espece de bande unie large d'un pouce, épaisse de deux lignes, & perce la membrane intérieure de l'urethre dans toute sa circonférence par un grand nombre de conduits excrétoires, qui versent dans ce canal la liqueur que la glande filtre. Cette liqueur est un peu mucilagineuse, & par conséquent propre à enduire le canal de l'urethre.
L'espace qui reste entre les deux membranes de l'urethre, depuis la derniere glande, dont je viens de parler, jusqu'à la fin de ce canal, est occupé par une substance spongieuse, composée d'un très-grand nombre de fibres musculaires. Ces fibres s'entrecroisent en différentes manieres, & laissent entr'elles quantité de petites cellules, dans lesquelles une grande partie des arteres capillaires se terminent, & d'où naît un pareil nombre de veines. Cette substance spongieuse en son commencement s'éleve en-dehors, principalement par la partie inférieure ; elle forme une tumeur ou bulbe longue d'environ un pouce, de figure conique, dont la base, qui est du côté de la vessie, a huit lignes d'épaisseur, & la pointe, qui est du côté du gland, en a quatre ; depuis cette tumeur jusqu'au gland, elle est épaisse d'une ligne & demie dans les deux côtés & au-dessous, & d'une demi-ligne seulement le long de la partie supérieure.
Enfin la substance spongieuse contenue entre les deux membranes de l'urethre a dans le gland cinq lignes d'épaisseur à l'endroit de sa base, qu'on appelle couronne, & deux lignes dans le bout opposé.
La substance spongieuse de l'urethre, de même que celle des corps caverneux, en se remplissant de sang & d'esprits animaux, donne à la verge toute la roideur & toute la tension dont elle a besoin pour être propre à la génération.
La membrane qui couvre le dehors du gland, est extrêmement fine, apparemment parce qu'elle se sépare au commencement du gland en deux parties, dont l'extérieure tapisse le dedans du prépuce. Le frein qui attache fortement le gland au prépuce par sa partie inférieure, n'est autre chose que la membrane extérieure du gland qui est double en cet endroit. La partie de l'urethre qui fait portion du gland, est retroussée par sa partie postérieure sur l'extrémité antérieure des deux corps caverneux, & les couvre exactement de tous côtés.
On remarque autour de la couronne des corps gros comme une soie fine de porc, longs d'une demi-ligne, de figure presque cylindrique, posés parallelement sur cette couronne, selon la direction du gland, & éloignés les uns des autres d'un tiers de ligne. On entrevoit à l'extrémité postérieure de chacun de ces corps un petit trou, d'où l'on peut faire sortir quelquefois une matiere blanche & épaisse, qui en sortant se forme en filets, comme celle qu'on exprime des glandes des paupieres.
Ce méchanisme semble prouver que les petits corps de la couronne du gland sont des glandes aussibien que celles des paupieres, & non pas les mamelons de la peau gonflée, puisqu'il ne sort aucune matiere par les mamelons de la peau. D'ailleurs ils sont quatre fois plus épais que la membrane qui couvre le dehors du gland, & ils sont toujours fort sensibles dans tous les glands de l'homme autour de la couronne, jamais autre part & toujours & à-peu-près dans le même nombre. D'où on peut conclure que ces petits corps sont dans l'homme la véritable source de la matiere blanche & onctueuse, qu'on remarque entre la couronne du gland & la racine du prépuce ; d'autant plus qu'avec le microscope même, on n'apperçoit dans le prépuce rien qui ait la moindre apparence de glande. D'ailleurs toutes les filtrations connues se faisant par des glandes, il faut absolument qu'il y en ait dans le prépuce ou dans le gland pour filtrer la matiere blanche & onctueuse, dont on vient de parler, laquelle en huilant le gland & le prépuce empêche que ces deux parties ne se dessechent & ne se collent l'une à l'autre.
La superficie intérieure du canal de l'urethre est lisse & uniforme par-tout, hormis vers sa racine où l'on trouve une petite éminence & deux petites cannelures.
La petite éminence est située verticalement au milieu de la partie inférieure de la racine de ce canal, à six lignes du cou de la vessie ; elle ressemble à une petite crête de coq, & on l'appelle communément le verumontanum. On remarque à chacun des deux côtés de cette éminence un trou, de figure un peu ovale & large d'environ une ligne. Ces trous ne sont autre chose que l'embouchure des deux conduits excrétoires communs des vésicules séminales, lesquels, après avoir traversé la partie supérieure de la glande prostate, se terminent dans la cavité de l'urethre pour y verser la semence dans le tems du coït.
Les deux cannelures de l'urethre sont aussi placées à la partie inférieure de ce canal, desorte que le commencement de chacune répond à un des trous du verumontanum ; elles sont séparées l'une de l'autre par une simple ligne formée par l'allongement du verumontanum ; leur profondeur est superficielle ; elles ont huit lignes de longueur sur une de largeur, & se portent du côté du gland en diminuant peu-à-peu de leur largeur & de leur profondeur.
Le canal de l'urethre forme en son commencement une espece de bassin, qui a environ un pouce de longueur sur cinq lignes de largeur. Le pouce suivant de la cavité de ce canal n'est large que de deux lignes, & le reste l'est de près de trois.
Entre la membrane extérieure de l'urethre & les muscles accélérateurs de la verge, on trouve deux glandes, une de chaque côté, que M. Cowper a décrites. Ces glandes ont chacune un conduit excrétoire commun, long de deux pouces, & gros d'une demi-ligne ; ces conduits dès leur naissance percent la membrane extérieure de l'urethre ; ensuite ils rampent dans son tissu spongieux, & percent enfin la membrane intérieure de ce canal par sa partie inférieure un pouce huit lignes en-deçà du verumontanum, & environ une ligne à côté l'un de l'autre. Il suit de-là que la liqueur que ces glandes filtrent ne coule pas dans la cavité de l'urethre, dans le tems de l'érection de la verge ; parce que leurs conduits contenus dans le tissu spongieux de l'urethre sont affaissés par le sans & les esprits animaux, dont alors ce tissu est beaucoup plus rempli que hors du tems de l'érection. Par conséquent la liqueur filtrée par ces glandes n'est pas destinée pour la génération, mais pour humecter & enduire le canal de l'urethre. On trouvera dans le livre de M. Cowper la description d'une troisieme glande qui appartient aussi à l'urethre.
L'urethre est dilatée par trois muscles, & resserrée par deux. L'un des muscles dilatateurs de l'urethre naît de la partie inférieure & antérieure du rectum, & s'attache par son autre extrémité à la partie inférieure & postérieure de l'urethre. Les deux autres muscles dilatateurs naissent chacun de la partie intérieure de la tubérosité d'un des os ischium, & s'inserent chacun de son côté à la partie latérale & postérieure de l'urethre.
L'urethre est resserrée par les deux muscles accélérateurs, dont une partie naît du sphincter de l'anus, & l'autre, qui est beaucoup plus considérable, naît de la partie inférieure & postérieure de l'urethre ; ils s'inserent chacun à la partie latérale inférieure du corps caverneux de son côté vers la racine de la verge.
On a remarqué dans plusieurs cadavres qu'il se détache de la partie antérieure de chaque muscle accélérateur quelques fibres charnues, qui, après avoir rampé sur les côtés de la verge, se terminent au prépuce. Ainsi dans le coït & lorsqu'on urine, ces fibres se mettant en contraction, tirent le prépuce du côté de la racine de la verge & découvrent le trou de l'urethre, pendant que le reste de ces muscles en se contractant aussi en même tems, pousse l'urine ou la semence pour les chasser hors de ce canal.
L'urethre reçoit ses nerfs des dernieres paires sacrées ; ses arteres viennent des hypogastriques, & les veines vont se rendre dans les hypogastriques. Les tuniques des veines de l'urethre & celles des veines des corps caverneux dans leur tissu spongieux sont percées de quantité de petits trous, de même que les tuniques des veines de la rate, principalement de veau, vraisemblablement pour faciliter le retour du sang dans le tems de l'érection, parce qu'alors il est difficile à cause de l'extrême tension de la verge.
L'urethre n'est pas exempte des jeux de la nature. Palfyn a vu en 1707 un enfant âgé d'environ trois mois, dont l'urethre se terminoit à la partie antérieure & supérieure du scrotum, & toute la verge au-delà du scrotum en étoit destituée par un vice singulier de conformation, qui a dû rendre dans la suite cet enfant inhabile à la génération, & lui causer beaucoup d'incommodité pour évacuer son urine.
Fabrice de Hildan rapporte avoir vu un enfant âgé de douze ans qui avoit un double urethre par où l'urine sortoit sans aucune difficulté ; ils étoient situés l'un au-dessus de l'autre dans leur lieu ordinaire, & séparés par une membrane fort mince, mais l'intérieur étoit un peu courbé, de maniere que l'urine ne sortoit pas en droite ligne, mais vers le bas.
Quelquefois l'extrémité de l'urethre est fermée dans les enfans nouveaux-nés, ou n'est point ouverte dans l'endroit ordinaire. (D.J.)
URETHRE de la femme, (Anat. & Chirurg.) conduit de l'urine ; il faut remarquer plusieurs choses dans l'urethre de la femme, ou le conduit de leur urine ; savoir,
1°. La situation au-dessous du clitoris ; il y a une petite éminence qui la découvre.
2°. La longueur, qui est de deux travers de doigt.
3°. La capacité, qui est plus considérable que dans les hommes ; ce canal peut se dilater beaucoup, comme il paroît quand on tire la pierre de la vessie.
4°. Les conduits qui y portent, de même que dans l'homme, une liqueur muqueuse qui vient des glandes.
5°. Les lacunes de Graaf, ou les petites fosses qui paroissent autour de l'urethre ; elles sont les orifices des conduits qui versent une liqueur pour humecter le vagin ; ces conduits viennent de petites glandes.
Cabrol rapporte un cas bien rare d'une jeune fille de 18 ans, qui eut l'urethre tellement bouché par une membrane qui s'y forma, que l'urine vint à sortir par le nombril, lequel pendoit de la longueur de trois pouces, comme la crête d'un coq-d'inde, & jettoit une odeur insupportable.
Pour remédier à cette incommodité, il fit une incision à cette membrane, & introduisit une cannule de plomb jusqu'à la vessie pour entretenir le passage de l'urine ouvert. Il fit le lendemain une ligature à la partie saillante du nombril, par où l'urine avoit pris son cours jusqu'alors, & il l'extirpa au-dessous de la ligature ; enfin, il traita l'ulcere, le cicatrisa avec des dessicatifs, & la cure fut achevée au bout de 12 jours. (D.J.)
URETHRE, Maladies de l '(Médec.) 1°. Ce canal membraneux très-sensible, & intérieurement lubréfié par une humeur mucilagineuse, est sujet à différentes maladies ; on sait que ce canal prend son origine au col de la vessie, que dans les deux sexes il est destiné à l'évacuation de l'urine, & de plus dans les hommes à celle de la semence.
2°. Lorsqu'une mucosité trop épaisse obstrue ce canal, on doit tâcher de l'ouvrir par des injections détersives ; ensuite dès qu'il est débarrassé des corps étrangers, il convient d'y laisser une sonde, pour obvier à la suppression de l'urine ; mais il est nécessaire de recourir à l'art pour tirer la pierre qui s'y trouveroit. Lorsqu'une caroncule, un tubercule, ou un ulcere arrête l'écoulement de l'urine, ou y porte obstacle, il faut introduire une tente balsamique dans cette partie pour diminuer l'accident, & le traiter ensuite suivant les regles. Le défaut de mucosité, ou sa trop grande acrimonie, demande l'usage des injections balsamiques & mucilagineuses. La paralysie qui produit la suppression d'urine, ou qui est cause qu'elle ne vient que goutte-à-goutte, requiert l'application des corroborans sur le périnée. Ces mêmes remedes sont encore nécessaires, quand les femmes, après l'extraction du calcul, sont attaquées d'une incontinence d'urine, par la trop grande dilatation du conduit urinaire ; mais s'il arrive une hémorrhagie, c'est le cas de recourir aux astringens.
3°. Quand l'urethre est affecté dans les hommes, par sympathie l'intestin droit l'est aussi ; & dans les femmes l'indisposition du canal urinaire produit celle du vagin. Suivant les différentes maladies de cette partie, il en résulte un pissement de sang, la dysurie, la strangurie, le diabète & quelques autres accidens dont on a parlé sous leurs articles respectifs. (D.J.)
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| URGEL | (Géog. mod.) ville d'Espagne dans la Catalogne, sur la rive droite de la Segre, à 6 lieues au sud-ouest de Puicerda, & à 35 au nord-est de Tarragone, dont son évêque, qui jouit de 9 mille ducats de revenu, est suffragant. Long. 19. 10. latit. 42. 25. (D.J.)
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| URGENCE | ou URGENS, (Géog. mod.) ville d'Asie nommée autrefois Korkang, à 20 lieues d'Allemagne de la côte orientale de la mer Caspienne, sur la gauche de l'ancien lit du Gihum : ses maisons sont de briques cuites au soleil. Long. 76. 30. latit. 42. 18. (D.J.)
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| URGENT | adj. (Gram.) qui presse, qui ne souffre point de délai. Il ne se dit guere que des choses ; les besoins urgens de l'état, la nécessité urgente.
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| URGENUM | (Géog. anc.) ville de la Gaule narbonnoise, selon Strabon, l. IV. p. 178. qui semble la mettre sur la route de Nîmes à Aix ; il dit que de Nîmes à Aix, en passant par Urgenum & par Tarrascon, le chemin est de 53 milles. C'est l'Ernaginum de Ptolomée : ce pourroit être aussi l'Ugernum de Grégoire de Tours ; car, comme le remarque Casaubon, les manuscrits de Strabon portent Ugernum & non Urgenum ; & de plus, Strabon un peu plus bas appelle cette ville Gernum. (D.J.)
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| URGI | (Géog. anc.) peuples de la Sarmatie. Strabon, l. VII. pag. 306. les place avec d'autres peuples, entre le Borystène & le Danube. (D.J.)
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| URGIA | (Géog. anc.) ville de l'Espagne. Pline, l. III. c. j. la met au nombre des villes qui formoient l'assemblée générale de Gades. Il dit de plus, qu'elle jouissoit du droit de Latium, qu'on la surnommoit Castrum Julium, & qu'elle avoit encore un autre surnom ; savoir, celui de Caesaris salutariensis. (D.J.)
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| URGO | (Géog. anc.) petite isle de la mer Ligustique, dans le golfe de Pise, au nord oriental de la pointe septentrionale de l'isle de Corse. Pline en parle, l. III. c. vj. ainsi que Pomponius Mela, l. II. c. vij. Cette isle s'appelle aujourd'hui Gorgona, ou Gorgone. (D.J.)
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| URI | (Géog. mod.) canton de Suisse le plus méridional, le quatrieme entre les treize, & le premier entre les petits qui vicatim habitant ; c'est-à-dire, qui n'ont que des villages & des bourgades pour habitation. Il est borné au midi par les bailliages d'Italie, au levant par les Grisons & le canton de Glaris ; au couchant par le canton d'Underwald, & une partie du canton de Berne. Le pays d'Uri est proprement une longue vallée d'environ 25 mille pas, entourée de trois côtés des hautes montagnes des Alpes, & arrosée par la Reuss, qui prend sa source au mont Saint-Gothard.
Ce canton peut être regardé comme le séjour ancien & moderne de la valeur Helvétique. Les peuples qui l'habitent sont les descendans des Taurisques, Taurisci, & n'ont point dégénéré du mérite de leurs ancêtres. Uri a pris pour armes une tête de taureau sauvage, en champ de sinople.
Ce canton n'a qu'un seul bailliage en propre ; mais les bailliages d'Italie lui appartiennent en commun avec les autres petits cantons. Quoique situé plus avant dans les Alpes que ses voisins, cependant il est plus fertile qu'eux, & les fruits y sont plus tôt mûrs, à cause de la réverbération des rayons du soleil qui se trouvent concentrés dans des vallons étroits ; & les montagnes fournissent des pâturages pour une grande quantité de bétail.
Le gouvernement est à-peu-près le même que dans les autres petits cantons qui n'habitent que des villages ; savoir, Schwitz, Underwald, Glaris & Appenzel. L'autorité souveraine est entre les mains de tout le peuple, & dès qu'un homme a atteint l'âge de seize ans, il a entrée & voix dans l'assemblée générale. Ces assemblées se tiennent ordinairement en rase campagne ; on y renouvelle les charges, on y fait les élections, & le président de l'assemblée est au milieu du cercle avec ses officiers à ses côtés, debout & appuyé sur son sabre. On forme aussi ces assemblées extraordinairement quand il s'agit d'affaires importantes, comme de traiter de la guerre & de la paix, de faire des loix, des alliances, &c.
Les peuples de ce canton vivent frugalement ; leurs manieres sont simples, & leurs moeurs sont honnêtes. Leur chef s'appelle amman ou land-amman, & est en place pendant deux ans. A cet amman ils joignent une régence pour régler les affaires ordinaires, & celles des particuliers. La régence d'Uri se tient ordinairement à Altorf, qui est le lieu le plus considérable du pays. Ce canton est catholique : il a été d'abord soumis à l'abbaye de Vettingen, mais il racheta cette soumission par de l'argent, & il dépend aujourd'hui, pour les affaires ecclésiastiques, de l'évêque de Constance ; cependant on y décide quelquefois des causes matrimoniales dans les assemblées générales du pays. (D.J.)
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| URI-NOSE | (Géog. mod.) c'est-à-dire, nez de travers ; montagne d'Angleterre qui regne dans le Cumberland, le Westmorland & le Lancashire. C'est une des plus hautes du pays. (D.J.)
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| URIA | (Géog. anc.) 1°. ville de la Pouille Daunienne, selon Pline, l. III. c. ij. qui la met entre le fleuve Arbalus, & la ville Sipantum.
2°. Ville d'Italie dans la Messapie ou la Calabre, sur la voie Appienne, entre Tarente & Brindes, selon Strabon, l. VI. p. 283. (D.J.)
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| URIBACO | (Icthyolog. exot.) nom d'un poisson de mer du Brésil, qui est excellent à manger ; il tient un peu de la figure de la perche, & a dans sa grandeur dix à douze pouces de long. Ses dents sont petites & pointues ; les nageoires de ses ouïes finissent en pointe triangulaire ; celles du ventre sont soutenues par une côte roide & forte ; il n'a qu'une seule nageoire sur le dos, qui est par-tout d'une même largeur, s'étend presque jusqu'à la queue, & est soutenue par des rayons roides & piquans ; sa queue est fourchue très-profondément, ses écailles sont d'un blanc argenté, avec une légere teinture d'un rouge pâle. Voyez de plus grands détails dans Marggravii, hist. Brasil. (D.J.)
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| URICONIUM | (Géog. anc.) ville de la grande Bretagne. L'itinéraire d'Antonin la marque sur la route du retranchement, à portus Rutupis, entre Rutunium & Uxacona, à onze milles de chacun de ces lieux. C'est la ville Viroconium de Ptolémée.
La Saverne, après avoir mouillé Shrewsbury, reçoit la riviere de Terne. C'est au confluent de ces deux rivieres que les Romains avoient bâti la ville de Uriconium, afin de pouvoir passer & repasser la Saverne, qui depuis sa jonction avec la Terne, n'est plus guéable.
Cette ville ne subsiste plus : on voit seulement quelques pans de murailles, & un petit village qui a retenu le nom de la ville ; car on le nomme Wrockcester, & par corruption Wroxeter. Dans le lieu où étoit la ville, la terre est plus noire qu'ailleurs, & rapporte de fort bon orge. A l'une des extrémités on trouve des remparts, des pans de murailles faits en voûte par dedans ; & on peut juger que c'étoit la citadelle de la ville : on a déterré quelques médailles romaines parmi ces ruines. (D.J.)
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| URIEZ | détroit d '(Géog. mod.) détroit de l'Asie au nord du Japon, par les 45 degrés de latitude septentrionale, & les 170 degrés de longitude. Ce détroit peut avoir quatorze lieues d'étendue. (D.J.)
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URIM & THUMMIM | (Critiq. sacrée) mots hébreux que les septante traduisent par , évidence & vérité. On est toujours curieux de demander aux plus savans critiques, ces deux choses ; l'une, ce que c'étoit que urim & thummim, & l'autre quel étoit son usage.
A l'égard du premier point, l'Ecriture se contente de nous dire que c'étoit quelque chose que Moïse mit dans le pectoral ou rational du souverain sacrificateur. Exod. xxviij. 30. LÉvit. viij. 8.
Ce pectoral, comme je l'ai dit ailleurs, étoit une espece d'étoffe pliée en double, d'environ dix pouces en quarré, chargée de quatre rangs de pierres précieuses, sur chacune desquelles étoit gravé le nom d'une des douze tribus d'Israël. Or c'est dans ce pectoral porté par le souverain sacrificateur aux occasions solemnelles, que furent mis urim & thummim.
Christophorus à Castro, & Spencer qui a fait une grande dissertation sur cette matiere, prétendent que urim & thummim, étoient deux statues cachées dans la capacité du pectoral, & qui rendoient des oracles par des sons articulés ; mais on regarde ce sentiment comme plus convenable au paganisme qu'à l'esprit de la loi divine.
Plusieurs rabbins croient que urim & thummim étoient le tétragrammaton, ou le nom ineffable de Dieu gravé d'une maniere mystérieuse dans le pectoral ; & que c'étoit de-là qu'il possédoit la faculté de rendre des oracles. On sait que la plûpart des rabbins se sont fait une très-haute idée de la vertu miraculeuse du tétragrammaton.
Cependant il est d'autres habiles Juifs, tels que R. David Kimchi, R. Abraham Séba, Aben-ezra, &c. qui abandonnant l'idée commune de leurs confreres, se contentent de penser que c'étoient en général des choses d'une nature mystérieuse enfermées dans la doublure du pectoral ; & que ces choses donnoient au souverain prêtre le pouvoir de prononcer des oracles, quand il étoit revêtu du pectoral.
Comme toutes ces conjectures ne présentent que des idées de sortiléges & d'exorcismes, je me persuade qu'il vaut mieux n'entendre par urim & thummim, que le pouvoir divin attaché au pectoral, lorsqu'il fut consacré, d'obtenir quelquefois de Dieu des oracles ; ensorte que les noms d'urim & thummim lui furent donnés seulement pour marquer la clarté & la plénitude des réponses ; car urim signifie en hébreu lumiere, & thummim perfection.
Quant à l'usage de l'urim & thummim, on s'en servoit seulement pour consulter Dieu dans les cas difficiles & importans qui regardoient l'intérêt public de la nation, soit dans l'état, soit dans l'église. Alors le souverain sacrificateur revêtu de ses habits pontificaux & du pectoral par-dessus, se présentoit à Dieu devant l'arche d'alliance, non pas au-dedans du voile dans le saint des saints, où il n'entroit que le seul jour des expiations, mais hors du voile dans le lieu saint. C'est delà que se tenant debout, le visage tourné vers l'arche & le propitiatoire où reposoit le shékina, il proposoit le sujet sur lequel l'Eternel étoit consulté. Derriere lui, sur la même ligne, mais à quelque distance hors du lieu saint, peut-être à la porte (car il n'étoit pas permis à un laïc d'approcher de plus près), se tenoit avec humilité & respect la personne qui desiroit d'avoir l'oracle divin, soit que ce fût le roi ou tout autre.
Mais de quelle maniere la réponse de Dieu étoit-elle rendue ? Rabbi LÉvi Ben Gerson, Abarbanel, R. Azarias, R. Abraham Séba, Maimonides, & autres, nous disent que le souverain sacrificateur lisoit la réponse de Dieu par l'éclat & l'enflure des lettres gravées sur les pierres précieuses du pectoral. Cette idée n'est pas nouvelle, on la trouve dans Josephe, antiq. liv. III. c. ix. ainsi que dans Philon juif, de monarchiâ, lib. II. Et c'est sur la foi de ces deux écrivains, que plusieurs des anciens peres de l'église, entr'autres S. Chrysostôme & S. Augustin, ont expliqué la chose de la même maniere.
Cependant ce sentiment est insoutenable, pour ne pas dire absurde. On le détruit par une seule remarque ; c'est que toutes les lettres de l'alphabet hébreu ne se trouvent point dans les douze noms ; chet, theth, zaddt & koph y manquent. Ainsi les autres lettres ne suffisoient pas pour les réponses à toutes les choses sur lesquelles on pouvoit consulter Dieu. De plus, il y a dans l'Ecriture des réponses si longues ; par exemple, II. Samuel, v. 24. que toutes les lettres du pectoral, & celles qui y manquent, & celles qu'on y ajoute encore gratuitement, ne sont pas suffisantes pour les exprimer. Enfin il falloit nécessairement au sacrificateur le don de prophétie, pour combiner les lettres qui s'élevoient au-dessus des autres, & indiquer la vraie réponse de l'oracle.
Ne nous arrêtons pas davantage à des fantômes de l'imagination ; & disons que la conjecture la plus vraisemblable & la seule fondée sur l'Ecriture, c'est que quand le souverain sacrificateur se rendoit devant le voile pour consulter Dieu, la réponse lui parvenoit par une voix articulée qui émanoit du propitiatoire, lequel étoit en-dedans au-delà du voile. Nous voyons que dans presque tous les endroits de l'Ecriture où Dieu se trouve consulté, la réponse porte, l'Eternel dit : lorsque les Israélites firent la paix avec les Gabaonites, ils furent blâmés de n'avoir point consulté la bouche de l'Eternel (Josué, ix. 4.) ces expressions l'Eternel dit & la bouche de l'Eternel, semblent marquer une réponse vocale. C'est aussi pour cette raison que le saint des saints où étoit placé l'arche & le propitiatoire d'où les réponses sortoient, est si souvent appellé l'oracle, Ps. xxxviij. 2. 1. Rois, ch. vj. v. 5. 16. 19. 20. 23. 31. ch. vij. 49. ch. viij. v. 6. 8. 2. Chron. chap. iij. 16. ch. iv. 20. ch. v. vers. 7. 9.
Une autre question, car on ne cesse d'en faire, c'est sur la maniere dont on consultoit Dieu dans le camp. En effet, il paroît par l'Ecriture, que le souverain sacrificateur, ou quelque autre en sa place, accompagnoit toujours les armées d'Israël dans leurs guerres, & portoit avec eux l'éphod & le pectoral, pour consulter Dieu par urim & thummim, sur tous les cas difficiles qui pouvoient arriver. On mettoit l'éphod & le pectoral dans l'arche ou le coffre que le sacrificateur qui étoit envoyé à la guerre, portoit toujours avec lui.
Ce sacrificateur, pour être autorisé à agir en la place du souverain pontife, lorsque l'occasion de consulter Dieu par urim & thummim se présentoit, étoit consacré à cet office par l'onction de l'huile sainte, de la même maniere que le grand-prêtre l'étoit ; c'est pour cela qu'il s'appelloit l'oint pour la guerre ; mais la difficulté est de savoir comment il recevoit la réponse. Car dans le camp il n'y avoit point de propitiatoire devant lequel il pût se présenter, & d'où il pût recevoir la réponse comme dans le tabernacle : cependant il paroît, par plusieurs exemples rapportés dans l'Ecriture, que des oracles de cette espece étoient rendus dans le camp. David seul consulta Dieu par l'éphod & le pectoral jusqu'à trois fois, dans le cas de Kehila, I. Sam. xxiij. & deux fois à Ziglad, I. Sam. xxx. 8. & II. Sam. ij. 1. Et dans chacune de ces occasions, il reçut réponse, quoiqu'il soit certain qu'il n'avoit point avec lui l'arche de l'alliance. Je trouve donc fort apparent que puisque Dieu permettoit qu'on le consultât dans le camp sans l'arche, aussi-bien que dans le tabernacle où l'arche étoit, la réponse parvenoit de la même maniere par une voix articulée.
Au reste l'usage de consulter Dieu par urim & thummim fut souvent pratiqué, tant que le tabernacle subsista, & selon les apparences il continua dans la suite jusqu'à la destruction du temple par les Chaldéens. Nous n'en avons cependant aucun exemple dans l'Ecriture, pendant toute la durée du premier temple ; & il est très-certain que cet usage cessa dans le second. Esdras, ij. 63. & Néhémie, vij. 65. l'insinuent assez clairement. De-là vient cette maxime des Juifs : " que le S. Esprit a parlé aux enfans d'Israël sous le tabernacle, par urim & thummim, sous le premier temple par les prophetes, & sous le second par bath-kol ". Les Juifs entendent par bath-kol une voix qui sortoit d'une nuée, voix semblable à celle qui partit d'une nuée au sujet de Jesus-Christ. Matt. ch. iij. 7. chap. xvij. v. 5. II. Pierre, j. 17. (D.J.)
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| URINAIRE | CONDUIT URINAIRE, (Anatom.) est la même chose que l'urethre, & il est ainsi nommé parce qu'il sert à conduire l'urine. V. URETHRE.
Meat urinaire, Voyez MEAT.
Vessie urinaire, Voyez VESSIE.
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| URINAL | S. m. (Gram.) vaisseau d'étain, ou de porcelaine, ou de fayance, ou de verre, dont le manche est un canal ouvert, par lequel les urines descendent dans sa capacité. Il est à l'usage des malades.
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| URINAUX | (Chymie) vaisseaux distillatoires, employés par les chymistes pour distiller les mixtes, dont les parties étant aisées à mettre en mouvement par leur volatilité, ont besoin d'être retenues aux parois & au fond du vaisseau, pour ne pas s'échapper. Les anciens alchymistes, comme Raimond Lulle, ont nommé ces sortes de vaisseaux urinaux ; les Allemands & les Hollandois les ont appellés kolven, & les François cucurbites à long col. On donne à ces vaisseaux une figure conique, ou bien une figure sphérique, diminuant insensiblement de grosseur, & se terminant par un long tube.
On conçoit facilement que les parties élevées par l'action du feu, heurtent contre les parois inclinées de ces vaisseaux, en sont arrêtées & repoussées, & retombent vers le fond : ainsi celles qui se meuvent avec le plus de difficulté, montent rarement tout-à-fait au haut, & par conséquent ne s'échappent pas avec les autres. A l'égard de ces vaisseaux, il faut encore observer que plus leur fond est large, & l'ouverture supérieure par où les parties sont arrêtées & repoussées, & plus la séparation des parties les plus volatiles d'avec celles qui le sont moins, s'operera facilement. En troisieme lieu, il faut aussi faire attention à la hauteur de ces vaisseaux, plus ils seront hauts, plus les parties les moins volatiles auront de peine à se sublimer. (D.J.)
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| URINE | urina, est un excrément liquide, qui est séparé du sang dans les reins, & qui étant porté delà dans la vessie, est évacué par l'urethre. Voyez EXCREMENT. Ce mot est formé du grec , qui signifie la même chose.
Les organes du corps animal destinés à la secrétion des liqueurs, sont ceux dont il est plus difficile de découvrir la structure & le jeu ; ce sont aussi ceux dont les anciens anatomistes nous ont donné des descriptions les plus imparfaites ; selon eux, la veine émulgente ayant apporté le sang dans le rein, s'abouchoit avec l'uretere, & le résidu de ce sang qui ne servoit point à la secrétion de l'urine, formoit la substance propre du rein, qu'ils nommoient en conséquence parenchyme ou suc épaissi : ce qui ne donnoit qu'une idée très-fausse de la structure admirable de cette partie.
Des travaux plus suivis ont conduit les anatomistes modernes à des notions plus claires. Carpi observa le premier que l'eau injectée par la veine émulgente, sortoit par une incision peu profonde, faite à la convexité d'un rein, & par la cavité du bassinet ; il en conclut avec raison, qu'il y avoit une communication établie entre la veine émulgente & toutes les parties du rein, & que par conséquent il s'en falloit beaucoup que la substance de cette partie fût un parenchyme, comme on l'avoit pensé jusque là.
Cette découverte l'anima à la recherche de la structure du rein ; il découvrit que les vaisseaux du rein se distribuoient par des ramifications presque infinies, dans toute la substance de ce viscere, & que de plusieurs de ces ramifications, partoient des tuyaux urinaires qui alloient porter l'urine dans le bassin.
On croiroit peut-être qu'une découverte aussi intéressante auroit été adoptée de tous les anatomistes, cependant un petit nombre furent pendant un tems considérable, les seuls dépositaires de la découverte de Carpi, pendant que tous les autres s'occupoient des idées de cribles & de réseaux, qu'ils supposoient placés dans la substance du rein.
Pour entendre plus facilement ce que les anatomistes ont dit de cet organe, voyez son article particulier au mot REIN.
Ruysch & Vieussens ont cru pouvoir conclure de cette structure, que tout le rein étoit vasculeux, en prenant cette expression dans le sens le plus étroit ; c'est-à-dire qu'il se faisoit un abouchement des vaisseaux sanguins, avec les tuyaux urinaires, & que l'urine se filtroit dans les reins, sans le ministere d'aucune glande.
Malpighi au-contraire a pensé que des especes de grains, continus aux vaisseaux, formoient la substance corticale, & que ces grains étoient autant de glandes dont les tuyaux urinaires étoient les canaux excrétoires.
Ces deux systêmes se contredisent formellement ; Malpighi prétendant que la secrétion de l'urine se fait par des glandes ; & Ruysch & Vieussens au-contraire, qu'elle se fait sans ce secours ; cependant Boerhaave les admet tous deux, & il pense qu'une partie de l'urine est séparée du sang par des glandes, & qu'une autre partie en sort par le moyen des abouchemens des vaisseaux sanguins avec les tuyaux urinaires.
M. Bertin ayant entrepris de s'éclaircir sur un point aussi intéressant, a employé tout ce que l'anatomie la plus délicate, aidée du secours des injections & du microscope, a pu lui fournir. Il a vu distinctement les vaisseaux sanguins qui forment la substance tubuleuse, s'aboucher avec les tuyaux urinaires qui se rendent aux papilles, appareil merveilleux qui mérite bien l'attention d'un philosophe ; mais il a vu de plus d'autres fibres qui lui paroissoient être des tuyaux urinaires, se rendant de même aux papilles, & qui partoient des prolongemens de la substance corticale. Il falloit donc de nécessité que celle-ci fût glanduleuse, & que ces tuyaux fussent les canaux excrétoires de ses glandes ; mais ni la dissection, ni l'injection, ne donnoient aucune lumiere sur ce point ; & rien n'est sûr en physique que ce qui est appuyé sur le témoignage de l'expérience. Enfin, M. Bertin s'est avisé de déchirer la substance du rein au-lieu de la couper ; alors les glandes ont paru à découvert, & même sans l'aide de la loupe ou du microscope. Elles sont en si grand nombre, qu'elles forment en entier la substance corticale, & la multitude des tuyaux urinaires qui en sortent, peut aisément suppléer à leur extrême petitesse : aussi n'hésite-t-il pas à avancer qu'elles sont un des organes principaux de la filtration de l'urine.
Il se fait donc réellement dans le rein deux sortes de filtrations ; l'urine la plus grossiere est séparée du sang par la substance tubuleuse ; aussi M. Bertin a-t-il vu distinctement de l'urine chargée des parties terreuses reconnoissables passer au-travers des papilles en les pressant ; mais l'urine la plus claire & la plus subtile est, selon lui, filtrée par les glandes qui composent la substance corticale, & apportée aux papilles par le nombre prodigieux de tuyaux qu'elles y envoyent. Il est vrai que l'injection ne peut pénétrer dans ces tuyaux ; mais les Anatomistes savent qu'il y a une infinité de canaux excrétoires, de glandes crevassées & de petits tuyaux, qui refusent constamment le passage à l'injection faite par les arteres qui portent le sang à ces glandes.
Ce qu'il y a de singulier, c'est que Boerhaave dont le sentiment se trouve être le seul vrai, ne paroît l'appuyer sur aucune expérience, & qu'il semble au contraire ne l'avoir adopté que pour concilier ceux de Malpighi & de Ruysch, qu'il n'osoit soupçonner de s'être trompés, tant il est vrai que, même en matiere de philosophie, l'esprit de déférence pour ceux que nous devons regarder comme nos maîtres, mene souvent à la vérité d'une maniere plus sûre que l'esprit de dispute. Hist. de l'acad. royale des Sciences 1744. Voyez les mémoires de la même année.
L'urine ne se sépare point par attraction, par fermentation, par émulsion, ni par précipitation ; mais le sang poussé dans les arteres émulgentes dilate les ramifications qui se répandent dans la substance des reins ; & comme les canaux qui filtrent l'urine sont plus étroits que les extrémités des arteres sanguines, ils ne peuvent recevoir la partie rouge ni la lymphe grossiere. La partie aqueuse y entrera donc, & la partie huileuse atténuée sortira par ces tuyaux, & par conséquent l'urine sera une liqueur jaunâtre ; car la chaleur qui atténue l'huile, lui donne en même tems cette couleur ; & comme les matieres terrestres & salines passent par les couloirs des reins, il y a tout lieu de présumer que leurs tuyaux secrétoires sont plus gros que ceux des autres organes.
Si le sang est poussé impétueusement dans les couloirs des reins par la force du coeur & des arteres, il forcera les tuyaux qui ne recevoient auparavant que la matiere aqueuse, & l'huile atténuée ; ainsi on pissera du sang ; c'est ce qui arrive dans la petite vérole, dans ceux qui ont quelques pierres aux reins, dans ceux qui ont les couloirs des reins fort ouverts ou fort lâches ; mais s'il arrivoit que les arteres fussent fort gonflées par le sang, alors il arriveroit une suppression d'urine ; car les arteres enflées comprimeroient les tuyaux secrétoires, & fermeroient ainsi le passage à la liqueur qui s'y filtre ; cette suppression est assez fréquente, & mérite de l'attention. Pour que l'urine coule, il faut donc que les arteres ne soient pas extrêmement dilatées ; car par ce moyen les tuyaux secrétoires ne peuvent se remplir ; de-là vient que l'opium arrête l'urine ; mais si le sang en gonflant les arteres empêche la secrétion de l'urine, ses tuyaux peuvent encore y porter un obstacle en se rétrécissant ; de-là vient que dans l'affection hystérique, les urines sont comme de l'eau ; car les nerfs qui causent les convulsions, rétrécissent les couloirs de l'urine ; la même chose arrive dans les maladies inflammatoires ; c'est pour cela que dans les suppressions qui viennent du resserrement des reins, on n'a qu'à relâcher par des délayans ou par des bains qui augmentent toujours la secrétion de l'urine, & ce symptome cessera.
S'il coule dans les reins un sang trop épais, ou que plusieurs parties terrestres soient pressées les unes contre les autres dans les mamelons, on voit qu'il pourra se former des concrétions dans les tuyaux qui filtrent l'urine ; il suffit qu'il s'y arrête quelque matiere, pour que la substance huileuse s'y attache par couches ; car supposons qu'un grumeau de sang ou des parties terrestres unies s'arrêtent dans un mamelon, la matiere visqueuse s'arrêtera avec ces concrétions ; la chaleur qui surviendra fera évaporer la partie fluide, ou bien le battement des arteres & la pression des muscles de l'abdomen l'exprimeront ; ainsi la matiere desséchée ne formera qu'une masse avec ces corps qu'elle a rencontrés.
Les reins sont les égoûts du corps humain ; il ne paroît pas qu'il y ait aucune autre partie qui reçoive la matiere de l'urine ; si on lie les arteres émulgentes, il ne se ramasse rien dans les uretheres, ni dans la vessie ; il y a cependant des anatomistes qui prétendent qu'il y a d'autres voies. La ligature des arteres émulgentes ne leur paroît pas une preuve convaincante contr'eux ; parce qu'alors les convulsions & les dérangemens qui surviennent, ferment les couloirs qui sont ouverts lorsque tout est tranquille. Voici les raisons qui font douter s'il n'y a pas d'autres conduits qui se déchargent dans la vessie ; 1°. les eaux minérales passent dans la vessie, presque dans le même instant qu'on les avale ; la même chose arrive dans ceux qui boivent beaucoup de vin ; 2°. les eaux des hydropiques répandues dans l'abdomen se vuident par les urines, de même que les abscès de la poitrine ; 3°. les lavemens, selon eux, sortent quelquefois par la vessie un instant après qu'ils sont dans le corps. Voyez M. Senac, Essais physiques.
Dans les Transactions philosophiques, on trouve un exemple rapporté par M. Roung, d'un enfant de six ans qui rendoit presque toute son urine par le nombril.
Dans les mêmes Transactions, M. Richardson rapporte l'histoire d'un garçon de North-Bierly, dans le comté d'Yorck, qui vécut dix-sept ans sans jamais uriner, & qui néanmoins étoit en parfaite santé. Il avoit une diarrhée continuelle, mais qui ne l'incommodoit pas beaucoup : il falloit, suivant la remarque de cet auteur, que les reins fussent bouchés ; car il n'avoit jamais envie de lâcher de l'eau.
Les urines sont de différentes sortes, & ont différentes propriétés. Après qu'on a bu abondamment quelque liqueur aqueuse, l'urine est crue, insipide, sans odeur, & facile à retenir. Celle que fournit le chyle bien préparé, est plus âcre, plus saline, moins abondante, un peu fétide, & plus irritante. Celle qui vient du chyle déja converti en sérosité, est plus rouge, plus piquante, plus salée, plus fétide, & plus irritante. Celle que fournissent après une longue abstinence des humeurs bien digérées, & ses parties solides exténuées, est la moins abondante, la plus salée, la plus âcre, la plus rouge, très-fétide, presque pourrie, & la plus difficile à retenir. Ainsi l'urine contient la partie aqueuse du sang, son sel le plus âcre, le plus fin, le plus volatil, & le plus approchant de la nature alkaline ; son huile la plus âcre, la plus fine, la plus volatile, & la plus approchante de la putréfaction, & sa terre la plus fine & la plus volatile. Voyez SANG.
Le sel ammoniac des anciens se préparoit avec l'urine des chameaux. Voyez AMMONIAC. Le phosphore qui est en usage parmi les Anglois, se prépare avec l'urine humaine. Voyez PHOSPHORE. Le salpêtre se prépare aussi avec l'urine, & les autres excrémens des animaux. Voyez SALPETRE.
Les Indiens ne se servent guere d'autre remede que de l'urine de vache. Les Espagnols font grand usage de l'urine pour se nettoyer les dents. Les anciens Celtibériens faisoient la même chose.
L'urine s'employe aussi dans la teinture, pour échauffer le pastel, & le faire fermenter. L'urine teint l'argent d'une belle couleur d'or. Voyez TEINTURE. Les maladies que cause l'urine, sont de différentes sortes. Voyez STRANGURIE, RETENTION, DIABETE, PIERRE, NUBECULE, &c.
URINE, en Médecine, l'urine fournit un des principaux signes par où les médecins jugent de l'état du malade & du train que prendra la maladie. Voyez SIGNE, SYMPTOME, MALADIE, &c.
Dans l'examen de l'urine on considere sa quantité, sa couleur, son odeur, son goût, sa fluidité & les matieres qui y nagent.
Une urine abondante marque un relâchement des conduits des reins, une diminution de la transpiration, de la sueur, de la salive, un sang imparfaitement mélangé, d'où il arrive que les parties aqueuses se séparent aisément du reste, une foiblesse de nerfs, une boisson copieuse de quelque liquide aqueux, ou qu'on a pris quelque diurétique.
Cette sorte d'urine présage un épaississement & une acrimonie des autres liqueurs du corps, une soif, une anxiété, des obstructions & leurs effets, une consomption accompagnée de chaleur, de sécheresse & de soif.
L'état contraire de l'urine indique des choses contraires, & présage la pléthore, l'assoupissement, la pesanteur, des tremblemens convulsifs, &c.
Une urine claire, limpide, insipide, sans couleur ni goût, dénote un grande contraction des vaisseaux des reins, & en même tems un grand mouvement des humeurs, une forte cohésion de l'huile, du sel & de la terre dans le sang, & un mêlange imparfait de la partie aqueuse avec les autres, une indisposition d'esprit, un accès hypocondriaque ou hystérique, une foiblesse des visceres, un crudité, une pituite, des embarras dans les vaisseaux, & dans les maladies aiguës, un défaut de coction & de crise. Cette sorte d'urine pronostique à-peu-près la même chose qu'une urine trop abondante, & dans les maladies aiguës & inflammatoires, elle annonce un mauvais état des visceres, le délire, la phrénésie, les convulsions, la mort.
L'urine fort rouge, sans sédiment, dans les maladies aiguës, indique un mouvement & un froissement violent des parties qui constituent les humeurs, & une action violente des vaisseaux & des liquides les uns sur les autres, un mêlange exact & intime de l'huile, du sel, de la terre, & de l'eau dans les humeurs, & par-là une grande crudité de la maladie, une longue durée & un grand danger. Une telle urine présage des embarras gangréneux dans les plus petits vaisseaux, sur-tout dans ceux du cerveau & du cervelet, & par conséquent la mort. Elle annonce une coction difficile, une crise lente & douteuse, & tout cela à un plus haut degré, suivant que l'urine est plus rouge & plus exempte de sédiment. S'il y a un sédiment pesant & copieux, il dénote un violent froissement qu'ont souffert auparavant les parties des humeurs, un relâchement des vaisseaux, un sang âcre, salin, dissous, incapable de nourrir, des fievres intermittentes & le scorbut.
Cela présage la durée de la maladie, une atténuation des vaisseaux, la foiblesse, des sueurs colliquatives, un flux abondant de salive, l'atrophie, l'hydropisie. Si le sédiment d'une telle urine est sulfureux, écailleux, membraneux, &c. il présage les mêmes choses, & encore pires.
Une urine jaune avec un sédiment, comme le précédent, dénote la jaunisse, & les symptomes de cette maladie à la peau, dans les selles, les hypocondres, &c.
Une urine verte, avec un sédiment épais, dénote un tempérament atrabilaire, & que la bile s'est répandue dans le sang & s'évacue par les reins ; elle annonce par conséquent des anxiétés de poitrine, des selles dérangées, des tranchées & des coliques.
Une urine noire indique les mêmes que la verte, mais à un plus haut degré de malignité.
Le sang, le pus, les caroncules, les filamens, les poils, les grumeaux, le sable, les graviers, la mucosité, au fond de l'urine, dénotent quelque mauvaise disposition dans les reins, les ureteres, la vessie, les testicules, les vésicules séminales, les prostates & l'urethre.
Une urine grasse donne ordinairement lieu à de petits sables, qui sont adhérens à une matiere visqueuse, & de cette maniere produit une espece de membrane ou pellicule huileuse, qui dénote dans le sang une abondance de terre & un sel pesant, & annonce le scorbut, la pierre, &c.
Une urine puante montre que les huiles & les sels sont atténués, dissous, & presque putréfiés : ce qui est très-dangereux, soit dans les maladies aiguës, soit dans les chroniques.
L'urine, qui étant agitée demeure long-tems écumeuse, dénote la viscosité des humeurs, & conséquemment la difficulté de la crise. Elle dénote aussi des maladies du poumon, & des fluxions à la tête.
Mais on consulte principalement l'urine dans les fievres aiguës, où elle est un signe très-certain ; car 1°. l'urine qui a un sédiment blanc, léger, égal, sans odeur, & figuré en cône, depuis le commencement de la maladie jusqu'à la crise, est d'un très-bon augure. 2°. L'urine abondante, blanche, qui a beaucoup de sédiment blanc, & que l'on rend dans le tems de la crise, dissipe & guérit les abscès. 3°. L'urine ténue, fort rouge & sans sédiment, l'urine blanche, ténue & aqueuse, l'urine ténue, uniforme & jaune, l'urine trouble & sans sédiment, dénote dans les maladies fort aiguës une grande crudité, une difficulté de crise, une maladie longue & dangereuse.
URINE, en Agriculture, est excellente pour engraisser la terre. Voyez ENGRAISSER.
Ceux qui se connoissent en agriculture & en jardinage, préferent pour les terres, les arbres, &c. l'urine au fumier, d'autant qu'elle pénétre mieux jusqu'aux racines, & empêche différentes maladies des plantes.
On se plaint beaucoup en Angleterre de ce qu'il ne reste presque plus de ces anciennes pommes reinettes du comté de Kent ; & M. Mortimer observe que la race en seroit totalement perdue, si quelques personnes ne s'étoient remises à l'ancienne maniere de les cultiver, qui, comme savent les anciens jardiniers & engraisseurs de bétail, consistoit à arroser deux ou trois fois dans le mois de Mars, les pommiers moussus, mangés de vers, chancreux & malsains, avec de l'urine de boeuf, &c. ramassée dans des vaisseaux de terre, que l'on mettoit sous les planches des étables où on les engraissoit.
En Hollande & en plusieurs autres endroits, on conserve l'urine du bétail, &c. avec autant de soin que le fumier. M. Hartlib, le chancelier Plot, M. Mortimer, &c. se plaignent conjointement de ce qu'un moyen si excellent d'engraisser & de fertiliser la terre, est si fort négligé parmi les Anglois.
URINE, (Médec. séméiotique) cette partie de la séméiotique qui est fondée sur l'examen des urines, est extrêmement étendue, & fournit des lumieres assez sûres pour connoître dans bien des cas l'état actuel d'une maladie, ou juger des événemens futurs. Etablie & perfectionnée en même tems par un seul homme, par l'immortel Hippocrate, cultivée, ou du-moins soigneusement recommandée par Galien & la foule innombrable de médecins qui ont reçu aveuglément tous ses dogmes, elle est devenue un des principaux objets de leurs recherches, de leurs discussions & de leurs commentaires ; mais elle n'a reçu aucun avantage réel, elle n'a pas été enrichie d'un seul signe nouveau par cette quantité d'écrits qui se sont si fort multipliés jusqu'à cette grande révolution qui a vu finir le regne de l'observation, en même tems que celui du galénisme, par les efforts réunis des chymistes & des méchaniciens ; tous ces ouvrages n'étoient que des commentaires serviles, plus ou moins mal faits des différens livres d'Hippocrate, & d'un traité particulier qu'on attribue assez communément à Galien, & qui paroît lui appartenir, quoiqu'il n'en fasse pas mention dans le catalogue qu'il a laissé de ses écrits. Ainsi il est très-douteux si ces médecins tiroient de l'examen des urines tous les avantages, tous les signes qu'ils décrivoient après Hippocrate, du-moins il ne nous reste d'eux aucune observation qui le constate ; & il paroît très-vraisemblable qu'accoutumés à jurer sur les paroles de leurs maîtres, ils ne croyoient pas avoir besoin de vérifier ce qu'ils avoient avancé, & qu'ils se contentoient d'en chercher dans leurs cabinets les causes & les explications. C'est aussi là tout ce que présentent leurs livres, des dissertations à perte de vue sur les divers sens qu'on peut attacher au texte d'Hippocrate ou de Galien, & des recherches théoriques plus ou moins absurdes sur les causes des faits qu'ils venoient d'expliquer. On n'a pour s'en convaincre qu'à parcourir les ouvrages d'Actuarius, de Theophyllus, d'Avicenne même, de Montanus, de Donatus ab Altomari, de Vassaeus, de Christophe Avega, de Gentilis, de Willichius & de son commentateur Reusnerus, &c. &c. &c. On ne doit à Bellini que quelques expériences assez heureuses sur la cause des variations de l'urine ; il n'a rien ajouté à la partie séméiotique de l'urine, la plus intéressante ; il s'est borné à transcrire quelques axiomes d'Hippocrate. Prosper Alpin en a fait un extrait plus étendu, & cependant encore très-incomplet, mais trop raisonné ; parmi les signes les plus certains, il méle les explications & les aitiologies de Galien le plus souvent fausses & toujours déplacées. Nous nous contenterons à son exemple d'extraire d'Hippocrate les matériaux de cet article, mais plus circonspects que lui, nous en bannirons tout raisonnement inutile. La séméiotique est une science de faits fondée uniquement sur l'observation ; c'est ainsi qu'Hippocrate l'a traitée, & qu'il convient de l'exposer.
On peut dans les urines considérer différentes choses qui sont les sources d'un très-grand nombre de signes, savoir 1°. la quantité trop grande ou trop petite : 2°. la consistance épaisse ou ténue, trouble ou limpide : 3°. l'odeur trop forte ou trop foible, ou différente de la naturelle : 4°. suivant quelques auteurs trop minucieux, & Bellini entr'autres, le son que fait l'urine en tombant dans le pot-de-chambre, plus ou moins éloigné de celui que feroit l'eau pure : 5°. la couleur dont les variations sont très-nombreuses : 6°. les choses contenues dans l'urine, qui, de même que la couleur, sont susceptibles de beaucoup de changemens, & servent à établir la plus grande partie des signes : 7°. enfin la maniere dont se fait l'excrétion de cette humeur. Il n'y a presque point de couleur & de nuances qu'on n'ait quelquefois observées dans l'urine. Au-dessous de la citrine naturelle, on compte l'urine blanche, aqueuse, crystalline, laiteuse, bleuâtre ou imitant la corne transparente, celle qui ressemble à une légere teinture de poix, subspicea & spicea, à l'osier, straminea, à des poils blanchâtres de chameau, ou suivant l'interprétation de Galien, à des yeux de lion, charopa, &c. Lorsque la couleur naturelle se renfonce, est plus saturée, l'urine devient jaune, dorée, safranée, verte, brune, livide, noire ou rougeâtre, ardente, vineuse, pourpre, violette, &c. Les choses contenues dans l'urine sont ou naturelles ou accidentelles ; dans la premiere classe sont compris le sédiment, l'énéoreme & les nuages. Voyez ces mots & URINE, Physiolog. La seconde renferme tous les corps étrangers qui ne s'observent que rarement, & dans l'urine des malades, savoir des bulles, de l'écume, la couronne ou le cercle qui environne la surface de l'urine, du sable, des filamens, des parties rameuses du sang, du pus, de la mucosité, des graviers, de la graisse, de l'huile, des écailles, des matieres furfuracées, de la semence, &c. L'excrétion de l'urine peut être ou facile ou difficile, volontaire ou non, douloureuse ou sans douleur, continue ou interrompue, &c. Tous ces changemens qui éloignent l'urine des malades de son état naturel, sont les effets de quelque dérangement dans l'harmonie des fonctions des différens visceres, ou seulement des reins & des voies urinaires, par conséquent ces mêmes symptomes peuvent en devenir les signes aux yeux de l'observateur éclairé, qui a souvent apperçu cette correspondance constante des causes & des effets ; dans l'exposition de ces signes nous ne suivrons point pas-à-pas chaque vice de l'urine, parce qu'outre que ce détail seroit extrêmement long, il nous feroit tomber dans des répétitions fréquentes, plusieurs vices différens signifiant souvent la même chose. Pour éviter cet inconvénient, nous mettrons sous le même point de vue 1°. les divers états de l'urine qui sont d'un bon augure, 2°. ceux qui annoncent quelque évacuation critique, 3°. ceux qui sont mauvais, 4°. ceux qui indiquent quelque accident déterminé, & 5°. ceux enfin qui sont les avant-coureurs de la mort.
I. Il faut, dit Hippocrate, examiner avec attention les urines, & considérer si elles sont semblables à celles des personnes qui jouissent d'une bonne santé ; parce qu'elles indiquent d'autant plus sûrement une maladie & la dénotent d'autant plus grave, qu'elles s'éloignent plus de cet état. Aphor. lxvj. liv. VII. Cette assertion d'Hippocrate assez généralement vraie, a fait dire à Galien & à tous les Médecins sans exception qui sont venus après lui, que les urines les plus favorables dans les maladies étoient celles qui ressembloient le plus aux urines des personnes bien portantes ; ce qui est le plus communément faux. Lorsque Hippocrate a proposé l'aphorisme précédent, il parloit des urines en général, abstraction faite de l'état de santé & de maladie ; & il n'a prétendu dire autre chose sinon que si on lui présentoit différentes urines, il jugeroit que ceux qui auroient rendu celles qui étoient naturelles, saines, se portoient bien ; & que ceux à qui les urines plus ou moins éloignées de cet état appartenoient, étoient plus ou moins malades. Il s'est bien gardé d'avancer que ces urines fussent un signe funeste, dangereux ; il s'est contenté d'assurer qu'elles étoient un signe plus certain de maladie, &, si l'on peut parler ainsi, plus maladives, . Nous ne dissimulerons cependant pas que cet axiome d'Hippocrate réduit à son vrai sens, ne se vérifie point toujours exactement ; car dans les fievres malignes les plus dangereuses les urines sont tout-à-fait naturelles, ne différant en rien de celles que l'on rend en santé. Mais l'erreur de Galien & de ses adhérens qui ont mal entendu ce passage, est encore bien plus grande, puisque nonseulement l'urine différente de celle des personnes saines, n'est pas toujours mauvaise dans les maladies ; mais encore le plus souvent elle lui est préférable, parce que c'est elle seule qui peut être critique & salutaire, & que l'urine naturelle n'annonce jamais ni coction, ni crise, & quelquefois même est pernicieuse. Les urines noires, huileuses, ne sont-elles pas, comme nous le verrons ensuite, favorables dans certaines maladies ? La strangurie n'est-elle pas aussi quelquefois avantageuse ? Et n'est-il pas nécessaire pour prevenir un abscès, que l'urine soit épaisse, blanche & abondante ? Or dans tous ces cas l'urine s'éloigne plus ou moins de l'état naturel. D'ailleurs on pourroit reprocher aux uns & aux autres que cet état naturel de l'urine n'est rien moins que déterminé ; qu'il differe suivant les âges, les sexes, les tempéramens, l'idiosyncrasie, même les saisons, & suivant les boissons plus ou moins abondantes & de différente nature ; suivant les alimens, les remedes, &c. & par conséquent que cette mesure fautive peut encore induire en erreur lorsqu'il s'agit d'évaluer les divers états de l'urine. On a cependant décidé en général que l'urine naturelle étoit d'une couleur citrine un peu foncée, d'une consistance moyenne entre l'eau & l'urine des jumens, que sa quantité répondoit à celle de la boisson, & qu'elle contenoit un sédiment blanchâtre, égal & poli : & on a prétendu assez vaguement que l'urine des vieillards étoit blanche, ternie, presque sans sédiment ; celle des jeunes-gens plus colorée, mais moins épaisse & moins chargée de sédiment que celle des enfans ; que l'urine des femmes étoit plus bourbeuse, plus épaisse & moins colorée que celle des hommes ; que les tempéramens chauds rendoient des urines plus colorées que les tempéramens froids ; que dans ceux qui vivoient mollement, dans l'oisiveté & dans la crapule, les urines étoient remplies de sédiment, & au contraire ténues, sans sédiment, & d'une couleur animée dans ceux qui faisoient beaucoup d'exercice, qui essuyoient des longues abstinences & des veilles opiniâtres ; qu'au printems elles étoient blanches ou légerement citrinées, subspiceae, abondantes ; & qu'elles contenoient beaucoup de sédiment épais & crud ; qu'en avançant vers l'été elles devenoient plus colorées, presque saffranées, moins épaisses ; que le sédiment étoit moins abondant, mais plus blanc, plus poli & plus égal ; que dans la vigueur de l'été, la quantité en diminuoit de même que le sédiment, & qu'elles devenoient plus foncées ; que dans l'automne la couleur étoit citrine, la quantité très-médiocre, le sédiment peu abondant, assez blanc, égal & poli, & que du reste elles étoient tenues & limpides ; & qu'enfin en hiver elles étoient blanchâtres, plus abondantes ; qu'elles varioient en consistance & contenoient beaucoup de sédiment crud. Tous ces changemens ne sont ni aussi certains ni aussi constans que ceux que produit la trop grande quantité de boissons aqueuses & quelques remedes. On sait sûrement que les urines deviennent limpides, ténues & très-peu colorées, quand on a bu beaucoup d'eau, noirâtres après l'usage de la casse, de la rhubarbe, & des martiaux ; rouges à la suite des bouillons d'oseille, de racines de fraisier & de garence ; que l'usage de la térébenthine leur donne l'odeur agréable de la violette ; & les asperges les rendent extrêmement fétides : c'est pourquoi avant de porter son jugement sur l'urine, il est nécessaire de savoir si le malade n'a usé d'aucun de ces remedes. On peut aussi pour plus grande sureté s'informer de son âge, du sexe, du tempérament, de sa façon de vivre ; il faut aussi être instruit du tems de la maladie & du tems de la journée où l'urine a été rendue ; on préfere celle du matin comme ayant eu le tems de subir les différentes élaborations. Il faut aussi avoir attention que l'urine ne soit pas trop vieille, qu'il n'y ait pas plus de douze heures qu'on l'ait rendue, & qu'elle ne soit pas non plus trop récente, pour que les différentes parties aient eu le tems de se séparer. Le vaisseau dans lequel on examine l'urine doit être très-propre & transparent, pour qu'on puisse bien en discerner toutes les qualités : on recommande encore d'observer que la chambre ne soit ni trop obscure, ni trop éclairée ; enfin les auteurs uromantes exigent encore beaucoup d'autres petites précautions qui nous paroissent très-frivoles & bonnes pour un charlatan qui cherche à donner un air de mystere aux opérations les plus simples. Nous ne prétendons pas même garantir l'utilité de toutes celles que nous avons exposées, nous laissons ce jugement au lecteur éclairé, nous hâtant de passer au détail des signes qu'on tire de l'urine sans qu'il soit besoin d'en avoir toujours devant les yeux de saine & de naturelle, pour servir de point de comparaison.
La meilleure urine est, suivant Hippocrate, celle qui pendant tout le cours de la maladie, jusqu'à ce que la crise soit finie, renferme un sédiment blanc, égal & poli. Elle contribue beaucoup à rendre la maladie courte & exempte de danger ; si l'urine est alternativement pure, limpide, & telle qu'elle vient d'être décrite, la maladie sera longue & sa terminaison est douteuse ; l'urine rougeâtre avec un sédiment égal & poli annonce une maladie plus longue, mais n'est pas moins salutaire que la premiere : les nuages blancs dans l'urine, sont aussi d'un bon augure (Prognost. l. II. n°. xxij. xxvj.) Lorsque les urines ont été pendant le cours d'une fievre en petite quantité, épaisses & grumelées, & qu'elles viennent ensuite abondantes & ténues, le malade en est soulagé : ces urines paroissent ordinairement de cette façon lorsque dès le commencement elles ont renfermé un sédiment plus ou moins copieux (Aphor. lxjx. l. IV.) dans les fievres ardentes, accompagnées de stupidité & d'affection soporeuse dans lesquelles les hypochondres changent souvent d'état, le ventre est gonflé, les alimens ne peuvent passer, les sueurs sont abondantes.... les urines chargées d'écume sont avantageuses. (Prorrhet. l. I. sect. II. n°. xljx.) Les malades qui ayant eu des hémorragies copieuses & fréquentes, rendent par les selles des matieres noirâtres, éprouvent de nouveau ces hémorragies lorsque le ventre se resserre ; les urines dans ces circonstances sont bonnes lorsqu'elles sont troubles & qu'elles renferment un sédiment assez semblable à la semence ; mais le plus souvent elles sont aqueuses. (Prorrhet. l. I. sect. III. n°. xlviij.) Les urines noires sont quelquefois bonnes sur-tout dans les personnes mélancoliques, spléniques, après la suppression des regles & accompagnées de cette excrétion ou d'une abondante hémorragie du nez. Galien dit avoir connu une femme qui avoit été très-soulagée par l'évacuation de semblables urines. (Comment. in épid. l. III. n°. lxxiv. Le même auteur assure que les urines huileuses, c'est-à-dire qui en ont la couleur & la consistance, sans être grasses, sont souvent salutaires lorsqu'elles viennent après que la coction est faite. Hippocrate rapporte que dans une constitution épidémique, la strangurie, ou difficulté d'uriner, fut un des signes les plus assurés & les plus constans de guérison : plusieurs malades dans qui il l'observa, échapperent à un danger pressant ; aucun de ceux dans qui il s'est rencontré, n'est mort. La strangurie dura long-tems & fut même fâcheuse ; les urines étoient d'abord copieuses, changeantes, rouges, épaisses, & sur la fin douloureuses & purulentes. Epidem. l. I. stat. II. n°. x. Pythion, le premier malade dont il est parlé, Epidem. l. III. sect. I. eut le quarantieme jour de sa maladie, après que la crise fut faite, un abscès au fondement qui se termina heureusement par cette difficulté d'uriner.
II. Les urines peuvent être regardées comme un signe de crise prochaine ou comme une excrétion critique qui annonce & détermine la solution de la maladie. L'urine est un signe de crise, quand elle renferme un sédiment constant, blanc & poli ; elle l'annonce d'autant plus prochaine que le sédiment a paru plus tôt. Il en est de même si après avoir été trouble & comme grasse, elle devient aqueuse : l'urine rougeâtre, & qui contient un sédiment de la même couleur, dénote la crise pour le septieme jour ; ou si elle paroît telle avant le tems ; mais si elle ne vient ainsi qu'après, c'est un signe que la crise se fera plus tard & très-lentement. L'urine qui renferme au quatrieme jour des nuages rouges, dénote, si les autres signes concourent, que la solution aura lieu le septieme. On doit s'attendre à une crise certaine dans les pleurésies, lorsque l'urine est rouge, & que le sédiment est poli ; elle sera prompte si le sédiment est blanc & l'urine verdâtre, fleurie, florida, . Si l'urine est rougeâtre & fleurie, mais avec un sédiment verd, poli & bien cuit, la maladie sera longue, orageuse, peut-être changera en une autre, mais ne sera pas mortelle. L'urine aqueuse ou troublée par de petits corpuscules inégaux & friables, indique un dévoiement prochain. Ne peut-on pas espérer une sueur, lorsque l'urine après avoir été ténue, devient épaisse ? Si la sueur a lieu, l'urine se charge d'écume. La même excrétion est annoncée par l'urine inégalement dense. coac. praenot. cap. XXVII. n. j. ij.-lxjv. Lorsqu'au commencement d'une fievre aiguë l'hémorragie du nez est excitée par l'éternuement, & qu'au quatrieme jour l'urine renferme un sédiment, la maladie sera terminée heureusement le septieme. Ibid. cap. III. n°. lxv. L'urine qui paroît après les premiers jours de maladie avec des nuages, ou un sédiment convenable, est appellée cuite ; on la regarde avec raison comme un des signes assurés de coction ; mais les praticiens n'y font pas assez d'attention ; les uns parce qu'ils regardent les coctions & les crises comme des futilités de la doctrine d'Hippocrate qu'ils méprisent & qu'ils ne connoissent assurément pas ; les autres parce qu'ils croient trouver dans d'autres signes des lumieres suffisantes. Les urines sont elles-mêmes la matiere de l'excrétion critique, & en conséquence un signe très-avantageux dans les maladies aiguës, lorsqu'elles viennent les jours critiques en grande quantité, quoique ténues, plus encore si elles sont épaisses, vitrées, purulentes ; si elles renferment beaucoup de sédiment, (coac. praenot. cap. iij. n °. 46 & 48.) les abscès aux oreilles qui surviennent aux fievres ardentes, & qui n'apportent aucun soulagement, sont mortels, à-moins qu'il ne se fasse une hémorragie par le nez, ou que les urines coulant abondamment ne soient remplies d'un sédiment très-épais. (ibid. cap. v. n °. 19.) Les urines sur-tout accompagnées de dévoiement sont aussi critiques dans les boursouflemens assez ordinaires des hypochondres. (ibid. cap. xj. n °. 3.) Les convulsions, soit fixes, soit avec extinction de voix, sont terminées par un flux abondant & subit d'urines vitrées (ibid. cap. xiv. n °. 12 & 13.) Les urines extrêmement épaisses, & contenant beaucoup de sédiment, préviennent les abscès qui ont coutume de se former à la suite des fluxions de poitrine, soit aux oreilles, soit aux parties inférieures ; & si l'abscès se forme, & que l'évacuation des urines n'ait pas lieu, il est à craindre que le malade ne devienne boiteux, ou ne soit considérablement incommodé. (ibid. cap. xvj. n °. 19 & 20.) Les dépôts qu'on a sujet de craindre dans l'articulation, sont empêchés par une excrétion abondante d'urine épaisse & blanchâtre, telle qu'elle se fait ordinairement le quatrieme jour dans les fievres avec lassitude. (aphor. 74. lib. IV.) Archigene, dont il est fait mention, epidem. lib. VI. comment. IV. n °. 2. fut délivré d'un abscès par cette excrétion. Il conste par plusieurs observations que des abscès dans la poitrine, dans le foie, des empyemes, des vomiques, se sont entierement vuidés par des urines bourbeuses & purulentes ; les voyes par lesquelles la nature ménage cette évacuation, sont absolument inconnues ; mais le fait est bien avéré : personne n'ignore de quelle utilité est dans l'hydropisie, la leucophlegmatie, l'anasarque, un flux abondant d'urines. Les urines sont la principale & la plus salutaire crise dans les maladies du foie, leur excrétion se ressent aussi très-promptement des dérangemens dans l'action de ce viscere ; les maladies des reins & des voies urinaires ont aussi leur crise prompte, facile & naturelle par les urines ; l'inflammation de la vessie si dangereuse se termine très-bien par l'excrétion d'urines blanchâtres, purulentes, & qui contiennent un sédiment poli. (prognostic. lib. II. n °. 81.) Le pissement de sang qui arrive rarement sans fievre & sans douleur, n'annonce rien de mauvais, il prouve au contraire la solution des lassitudes. (prorrhet. lib. II.)
Pour porter un jugement plus assuré sur l'état critique des urines, & sur les avantages qu'on doit en attendre, il faut examiner si la coction est faite, si le tems de la crise est arrivé, & si les signes critiques paroissent, sur-tout ceux qui annoncent qu'elle aura lieu par les voies urinaires. Tels sont la pesanteur des hypochondres, la constipation, un sentiment de gonflement vers la vessie, des envies fréquentes d'uriner, des ardeurs en urinant, sur-tout à l'extrémité de l'urethre, l'absence des signes qui indiquent les autres excrétions, l'hiver de l'âge & de l'année, le tissu de la peau serré, concourent aussi à faciliter, & par conséquent à dénoter cette évacuation. Mais de tous les signes, le plus lumineux & le plus sûr est celui qu'on tire de l'état du pouls, tel qu'il a été déterminé par M. Bordeu. Voyez POULS. A l'approche d'urines critiques, le pouls devient, suivant cet exact observateur, inégal, mais avec régularité, plusieurs pulsations moindres les unes que les autres, vont en diminuant se perdre pour ainsi dire sous le doigt, & c'est dans ce même ordre qu'elles reviennent de tems en tems ; les pulsations qui se font sentir dans ces intervalles, sont plus développées, assez égales, & un peu sautillantes ; on peut voir dans les recherches sur le pouls, & dans un recueil d'observations de M. Michel, plusieurs exemples d'excrétions critiques d'urines, précédées & annoncées par le pouls ; il n'est pas rare de le voir compliqué avec celui qui est l'avant-coureur & le signe du dévoiement ; aussi est-il très-ordinaire de voir ces deux excrétions se rencontrer, se suppléer ou se succéder mutuellement ; il n'arrive presque jamais que le flux d'urines soit seul suffisant pour terminer les maladies.
III. On peut s'appercevoir aisément par le détail que nous venons de donner des qualités salutaires de l'urine, quelles sont celles qui doivent servir à établir un pronostic fâcheux ; | |