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| H | substantif féminin, (Gramm.) c'est la huitieme lettre de notre alphabet. Voyez ALPHABET.
Il n'est pas unanimement avoüé par tous les Grammairiens que ce caractere soit une lettre, & ceux qui en font une lettre ne sont pas même d'accord entr'eux ; les uns prétendant que c'est une consonne, & les autres, qu'elle n'est qu'un signe d'aspiration. Il est certain que le plus essentiel est de convenir de la valeur de ce caractere ; mais il ne sauroit être indifférent à la Grammaire de ne savoir à quelle classe on doit le rapporter. Essayons donc d'approfondir cette question, & cherchons-en la solution dans les idées générales.
Les lettres sont les signes des élémens de la voix, savoir des sons & des articulations. Voy. LETTRES. Le son est une simple émission de la voix, dont les différences essentielles dépendent de la forme du passage que la bouche prête à l'air qui en est la matiere, voyez SON ; & les voyelles sont les lettres destinées à la représentation des sons. Voyez VOYELLES. L'articulation est une modification des sons produite par le mouvement subit & instantané de quelqu'une des parties mobiles de l'organe de la parole ; & les consonnes sont les lettres destinées à la représentation des articulations. Ceci mérite d'être développé.
Dans une thèse soutenue aux écoles de Médecine le 13 Janvier 1757 (an ut caeteris animantibus, ita & homini, sua vox peculiaris ?), M. Savary prétend que l'interception momentanée du son est ce qui constitue l'essence des consonnes, c'est-à-dire en distinguant le signe de la chose signifiée, l'essence des articulations : sans cette interception, la voix ne seroit qu'une cacophonie, dont les variations mêmes seroient sans agrément.
J'avoue que l'interception du son caractérise en quelque sorte toutes les articulations unanimement reconnues, parce qu'elles sont toutes produites par des mouvemens qui embarrassent en effet l'émission de la voix. Si les parties mobiles de l'organe restoient dans l'état où ce mouvement les met d'abord, ou l'on n'entendroit rien, ou l'on n'entendroit qu'un sifflement causé par l'échappement contraint de l'air hors de la bouche : pour s'en assûrer, on n'a qu'à réunir les levres comme pour articuler un p, ou approcher la levre inférieure des dents supérieures, comme pour prononcer un v, & tâcher de produire le son a, sans changer cette position. Dans le premier cas, on n'entendra rien jusqu'à ce que les levres se séparent ; & dans le second cas, on n'aura qu'un sifflement informe.
Voilà donc deux choses à distinguer dans l'articulation ; le mouvement instantané de quelque partie mobile de l'organe, & l'interception momentanée du son : laquelle des deux est représentée par les consonnes ? ce n'est assûrément ni l'une ni l'autre. Le mouvement en soi n'est point du ressort de l'audition ; & l'interception du son, qui est un véritable silence, n'en est pas davantage. Cependant l'oreille distingue très-sensiblement les choses représentées par les consonnes ; autrement quelle différence trouveroit-elle entre les mots vanité, qualité, qui se réduisent également aux trois sons a-i-é, quand on en supprime les consonnes ?
La vérité est que le mouvement des parties mobiles de l'organe est la cause physique de ce qui fait l'essence de l'articulation ; l'interception du son est l'effet immédiat de cette cause physique à l'égard de certaines parties mobiles : mais cet effet n'est encore qu'un moyen pour amener l'articulation même.
L'air est un fluide qui dans la production de la voix s'échappe par le canal de la bouche ; il lui arrive alors, comme à tous les fluides en pareille circonstance, que sous l'impression de la même force, ses efforts pour s'échapper, & sa vîtesse en s'échappant, croissent en raison des obstacles qu'on lui oppose ; & il est très-naturel que l'oreille distingue les différens degrés de la vîtesse & de l'action d'un fluide qui agit sur elle immédiatement. Ces accroissemens d'action instantanés comme la cause qui les produit, c'est ce qu'on appelle explosion. Ainsi les articulations sont les différens degrés d'explosion que reçoivent les sons par le mouvement subit & instantané de quelqu'une des parties mobiles de l'organe.
Cela posé, il est raisonnable de partager les articulations & les consonnes qui les représentent en autant de classes qu'il y a de parties mobiles qui peuvent procurer l'explosion aux sons par leur mouvement : de-là trois classes générales de consonnes, les labiales, les linguales, & les gutturales, qui représentent les articulations produites par le mouvement ou des levres, ou de la langue, ou de la trachée-artere.
L'aspiration n'est autre chose qu'une articulation gutturale, & la lettre h, qui en est le signe, est une consonne gutturale. Ce n'est point par les causes physiques qu'il faut juger de la nature de l'articulation ; c'est par elle-même : l'oreille en discerne toutes les variations, sans autre secours que sa propre sensibilité ; au lieu qu'il faut les lumieres de la Physique & de l'Anatomie pour en connoître les causes. Que l'aspiration n'occasionne aucune interception du son, c'est une vérité incontestable ; mais elle n'en produit pas moins l'explosion, en quoi consiste l'essence de l'articulation ; la différence n'est que dans la cause. Les autres articulations, sous l'impression de la même force expulsive, procurent aux sons des explosions proportionnées aux obstacles qui embarrassent l'émission de la voix : l'articulation gutturale leur donne une explosion proportionnée à l'augmentation même de la force expulsive.
Aussi l'explosion gutturale produit sur les sons le même effet général que toutes les autres, une distinction qui empêche de les confondre, quoique pareils & consécutifs : par exemple, quand on dit la halle ; le second a est distingué du premier aussi sensiblement par l'aspiration h, que par l'articulation b, quand on dit la balle, ou par l'articulation s, quand on dit la salle. Cet effet euphonique est nettement désigné par le nom d'articulation, qui ne veut dire autre chose que distinction des membres ou des parties de la voix.
La lettre h, qui est le signe de l'explosion gutturale, est donc une véritable consonne, & ses rapports analogiques avec les autres consonnes, sont autant de nouvelles preuves de cette décision.
1°. Le nom épellatif de cette lettre, si je puis parler ainsi, c'est-à-dire le plus commode pour la facilité de l'épellation, emprunte nécessairement le secours de l'e muet, parce que h, comme toute autre consonne, ne peut se faire entendre qu'avec une voyelle ; l'explosion du son ne peut exister sans le son. Ce caractere se prête donc, comme les autres consonnes, au système d'épellation proposé dès 1660 par l'auteur de la Grammaire générale, mis dans tout son jour par M. Dumas, & introduit aujourd'hui dans plusieurs écoles depuis l'invention du bureau typographique.
2°. Dans l'épellation on substitue à cet e muet la voyelle nécessaire, comme quand il s'agit de toute autre consonne : de même qu'avec b on dit, ba, bé, bi, bo, bu, &c. ainsi avec h on dit, ha, hé, hi, ho, hu, &c. comme dans hameau, héros, hibou, hoqueton, hupé, &c.
3°. Il est de l'essence de toute articulation de précéder le son qu'elle modifie, parce que le son une fois échappé n'est plus en la disposition de celui qui parle, pour en recevoir quelque modification. L'articulation gutturale se conforme ici aux autres, parce que l'augmentation de la force expulsive doit précéder l'explosion du son, comme la cause précede l'effet. On peut reconnoître par-là la fausseté d'une remarque que l'on trouve dans la Grammaire françoise de M. l'abbé Regnier (Paris, 1706, in-12, p. 31.), & qui est répétée dans la Prosodie françoise de M. l'abbé d'Olivet, page 36. Ces deux auteurs disent que l'h est aspirée à la fin des trois interjections ah, eh, oh. A la vérité l'usage de notre orthographe place ce caractere à la fin de ces mots ; mais la prononciation renverse l'ordre, & nous disons, ha, hé, ho. Il est impossible que l'organe de la parole fasse entendre la voyelle avant l'aspiration.
4°. Les deux lettres f & h ont été employées l'une pour l'autre ; ce qui suppose qu'elles doivent être de même genre. Les Latins ont dit fircum pour hircum, fostem pour hostem, en employant f pour h ; & au contraire ils ont dit heminas pour feminas, en employant h pour f. Les Espagnols ont fait passer ainsi dans leur langue quantité de mots latins, en changeant f en h : par exemple, ils disent, hablar, (parler), de fabulari ; hazer, (faire), de facere ; herir, (blesser), de ferire ; hado, (destin), de fatum ; higo, (figue), de ficus ; hogar, (foyer), de focus, &c.
Les Latins ont aussi employé v ou s pour h, en adoptant des mots grecs : veneti vient de , Vesta de , vestis de , ver de , &c. & de même super vient de , septem de , &c.
L'auteur des grammaires de Port-Royal fait entendre dans sa Méthode espagnole, part. I. chap. iij. que les effets presque semblables de l'aspiration h & du sifflement f ou v ou s, sont le fondement de cette commutabilité, & il insinue dans la Méthode latine, que ces permutations peuvent venir de l'ancienne figure de l'esprit rude des Grecs, qui étoit assez semblable à f, parce que, selon le témoignage de S. Isidore, on divisa perpendiculairement en deux parties égales la lettre H, & l'on prit la premiere moitié pour signe de l'esprit rude, & l'autre moitié pour symbole de l'esprit doux. Je laisse au lecteur à juger du poids de ces opinions, & je me réduis à conclure tout de nouveau que toutes ces analogies de la lettre h avec les autres consonnes, lui en assûrent incontestablement la qualité & le nom.
Ceux qui ne veulent pas en convenir soûtiennent, dit M. du Marsais, que ce signe ne marquant aucun son particulier analogue au son des autres consonnes, il ne doit être considéré que comme un signe d'aspiration. Voyez CONSONNE. Je ne ferai point remarquer ici que le mot son y est employé abusivement, ou du-moins dans un autre sens que celui que je lui ai assigné dès le commencement, & je vais au contraire l'employer de la même maniere, afin de mieux assortir ma réponse à l'objection : je dis donc qu'elle ne prouve rien, parce qu'elle prouveroit trop. On pourroit appliquer ce raisonnement à telle classe de consonne que l'on voudroit, parce qu'en général les consonnes d'une classe ne marquent aucun son particulier analogue au son des consonnes d'une autre classe : ainsi l'on pourroit dire, par exemple, que nos cinq lettres labiales b, p, v, f, m, ne marquant aucuns sons particuliers analogues aux sons des autres consonnes, elles ne doivent être considérées que comme les signes de certains mouvemens des levres. J'ajoûte que ce raisonnement porte sur un principe faux, & qu'en effet la lettre h désigne un objet de l'audition très-analogue à celui des autres consonnes, je veux dire une explosion réelle des sons. Si l'on a cherché l'analogie des consonnes ou des articulations dans quelqu'autre chose, c'est une pure méprise.
Mais, dira-t-on, les Grecs ne l'ont jamais regardée comme telle ; c'est pour cela qu'ils ne l'ont point placée dans leur alphabet, & que dans l'écriture ordinaire ils ne la marquent que comme les accens au-dessus des lettres : & si dans la suite ce caractere a passé dans l'alphabet latin, & de-là dans ceux des langues modernes, cela n'est arrivé que par l'indolence des copistes qui ont suivi le mouvement des doigts & écrit de suite ce signe avec les autres lettres du mot, plûtôt que d'interrompre ce mouvement pour marquer l'aspiration au-dessus de la lettre. C'est encore M. du Marsais (ibid.) qui prête ici son organe à ceux qui ne veulent pas même reconnoître h pour une lettre ; mais leurs raisons demeurent toujours sans force sous la main même qui étoit la plus propre à leur en donner.
Que nous importe en effet que les Grecs ayent regardé ou non ce caractere comme une lettre, & que dans l'écriture ordinaire ils ne l'ayent pas employé comme les autres lettres ? n'avons-nous pas à opposer à l'usage des Grecs celui de toutes les Nations de l'Europe, qui se servent aujourd'hui de l'alphabet latin, qui y placent ce caractere, & qui l'employent dans les mots comme toutes les autres lettres ? Pourquoi l'autorité des modernes le céderoit-elle sur ce point à celle des anciens, ou pourquoi ne l'emporteroit-elle pas, du-moins par la pluralité des suffrages ?
C'est, dit-on, que l'usage moderne ne doit son origine qu'à la négligence de quelques copistes malhabiles, & que celui des Grecs paroît venir d'une institution réfléchie. Cet usage qu'on appelle moderne est pourtant celui de la langue hébraïque, dont le hé , n'est rien autre chose que notre h ; & cet usage paroît tenir de plus près à la premiere institution des lettres, & au seul tems où, selon la judicieuse remarque de M. Duclos (Remarq. sur le v. chap. de la I. part. de la Grammaire générale), l'orthographe ait été parfaite.
Les Grecs eux-mêmes employerent au commencement le caractere H, qu'ils nomment aujourd'hui , à la place de l'esprit rude qu'ils introduisirent plus tard ; d'anciens grammairiens nous apprennent qu'ils écrivoient pour , HEKATON pour , & qu'avant l'institution des consonnes aspirées, ils écrivoient simplement la ténue & H ensuite, pour . Nous avons fidélement copié cet ancien usage des Grecs dans l'orthographe des mots que nous avons empruntés d'eux, comme dans rhétorique, théologie ; & eux-mêmes n'étoient que les imitateurs des Phéniciens à qui ils devoient la connoissance des lettres, comme l'indique encore le nom grec , assez analogue au nom hé ou heth des Phéniciens & des Hébreux.
Ceux donc pour qui l'autorité des Grecs est une raison déterminante, doivent trouver dans cette pratique un témoignage d'autant plus grave en faveur de l'opinion que je défens ici, que c'est le plus ancien usage, &, à tout prendre, le plus universel, puisqu'il n'y a guere que l'usage postérieur des Grecs qui y fasse exception.
Au surplus, il n'est pas tout-à-fait vrai qu'ils n'ayent employé que comme les accens le caractere qu'ils ont substitué à h. Ils n'ont jamais placé les accens que sur des voyelles, parce qu'il n'y a en effet que les sons qui soient susceptibles de l'espece de modulation qu'indiquent les accens, & que cette sorte de modification est très-différente de l'explosion désignée par les consonnes. Mais ce que la grammaire greque nomme esprit se trouve quelquefois sur les voyelles & quelquefois sur des consonnes. Voyez ESPRIT.
Dans le premier cas, il en est de l'esprit sur la voyelle, comme de la consonne qui la précede ; & l'on voit en effet que l'esprit se transforme en une consonne, ou la consonne en un esprit, dans le passage d'une langue à une autre ; le grec devient ver en latin ; le fabulari latin devient hablar en espagnol. On n'a pas d'exemple d'accens transformés en consonnes, ni de consonnes métamorphosées en accens.
Dans le second cas, il est encore bien plus évident que ce qu'indique l'esprit est de même nature que ce dont la consonne est le signe. L'esprit & la consonne ne sont associés que parce que chacun de ces caracteres représente une articulation, & l'union des deux signes est alors le symbole de l'union des deux causes d'explosion sur le même son. Ainsi le son de la premiere syllabe du mot grec est articulé comme le même son e dans la premiere syllabe du mot latin creo : ce son dans les deux langues est précédé d'une double articulation ; ou, si l'on veut, l'explosion de ce son y a deux causes.
Non-seulement les Grecs ont placé l'esprit rude sur des consonnes, ils ont encore introduit dans leur alphabet des caracteres représentatifs de l'union de cet esprit avec une consonne, de même qu'ils en ont admis d'autres qui représentent l'union de deux consonnes : ils donnent aux caracteres de la premiere espece le nom de consonnes aspirées, , ,
, & à ceux de la seconde le nom de consonnes doubles, , , . Comme les premieres sont nommées aspirées, parce que l'aspiration leur est commune & semble modifier la premiere des deux articulations, on pouvoit donner aux dernieres la dénomination de sifflantes, parce que le sifflement leur est commun & y modifie aussi la premiere articulation : mais les unes & les autres sont également doubles & se décomposent effectivement de la même maniere. De même que vaut , que vaut , & que vaut ; ainsi vaut , vaut KH, &
vaut TH.
Il paroît donc qu'attribuer l'introduction de la lettre h dans l'alphabet à la prétendue indolence des copistes, c'est une conjecture hasardée en faveur d'une opinion à laquelle on tient par habitude, ou contre un sentiment dont on n'avoit pas approfondi les preuves, mais dont le fondement se trouve chez les Grecs mêmes à qui l'on prête assez légerement des vûes tout opposées.
Quoi qu'il en soit, la lettre h a dans notre orthographe différens usages qu'il est essentiel d'observer.
I. Lorsqu'elle est seule avant une voyelle dans la même syllabe, elle est aspirée ou muette.
1°. Si elle est aspirée, elle donne au son de la voyelle suivante cette explosion marquée qui vient de l'augmentation de la force expulsive, & alors elle a les mêmes effets que les autres consonnes. Si elle commence le mot, elle empêche l'élision de la voyelle finale du mot précédent, ou elle en rend muette la consonne finale. Ainsi au lieu de dire avec élision funest'hasard en quatre syllabes, comme funest'ardeur, on dit funest-e-hasard en cinq syllabes, comme funest-e-combat ; au contraire, au lieu de dire au pluriel funeste-s hasards comme funeste s ardeurs, on prononce sans s funest'hasards, comme funeste'combats.
2°. Si la lettre h est muette, elle n'indique aucune explosion pour le son de la voyelle suivante, qui reste dans l'état naturel de simple émission de la voix ; dans ce cas, h n'a pas plus d'influence sur la prononciation que si elle n'étoit point écrite : ce n'est alors qu'une lettre purement étymologique, que l'on conserve comme une trace du mot radical où elle se trouvoit, plûtôt que comme le signe d'un élément réel du mot où elle est employée ; & si elle commence le mot, la lettre finale du mot précédent, soit voyelle, soit consonne, est réputée suivie immédiatement d'une voyelle. Ainsi au lieu de dire sans élision titr-e honorable, comme titr-e favorable, on dit titr'honorable, avec élision, comme titr-e onéreux : au contraire, au lieu de dire au pluriel titre'honorables, comme titre'favorables, on dit, en prononçant s, titre-s honorables, comme titre-s onéreux.
Notre distinction de l'h aspirée & de l'h muette répond à celle de l'esprit rude & de l'esprit doux des Grecs ; mais notre maniere est plus gauche que celle des Grecs, puisque leurs deux esprits avoient des signes différens, & que nos deux h sont indiscernables par la figure.
Il semble qu'il auroit été plus raisonnable de supprimer de notre orthographe tout caractere muet ; & celle des Italiens doit par-là même arriver plûtôt que la nôtre à son point de perfection, parce qu'ils ont la liberté de supprimer les h muettes ; uomo, homme ; uomini, hommes ; avere, avoir, &c.
Il seroit du-moins à souhaiter que l'on eût quelques regles générales pour distinguer les mots où l'on aspire h, de ceux où elle est muette : mais celles que quelques-uns de nos grammairiens ont imaginées sont trop incertaines, fondées sur des notions trop éloignées des connoissances vulgaires, & sujettes à trop d'exceptions : il est plus court & plus sûr de s'en rapporter à une liste exacte des mots où l'on aspire. C'est le parti qu'a pris M. l'abbé d'Olivet, dans son excellent Traité de la Prosodie françoise : le lecteur ne sauroit mieux faire que de consulter cet ouvrage, qui d'ailleurs ne peut être trop lû par ceux qui donnent quelque soin à l'étude de la langue françoise.
II. Lorsque la lettre h est précédée d'une consonne dans la même syllabe, elle est ou purement étymologique, ou purement auxiliaire, ou étymologique & auxiliaire tout à-la-fois. Elle est étymologique, si elle entre dans le mot écrit par imitation du mot radical d'où il est dérivé ; elle est auxiliaire, si elle sert à changer la prononciation naturelle de la consonne précédente.
Les consonnes après lesquelles nous l'employons en françois sont c, l, p, r, t.
1°. Après la consonne c, la lettre h est purement auxiliaire, lorsqu'avec cette consonne elle devient le type de l'articulation forte dont nous représentons la foible par j, & qu'elle n'indique aucune aspiration dans le mot radical : telle est la valeur de h dans les mots chapeau, cheval, chameau, chose, chûte, &c. L'orthographe allemande exprime cette articulation par sch, & l'orthographe angloise par sh.
Après c la lettre h est purement étymologique dans plusieurs mots qui nous viennent du grec ou de quelque langue orientale ancienne, parce qu'elle ne sert alors qu'à indiquer que les mots radicaux avoient un k aspiré, & que dans le mot dérivé elle laisse au c la prononciation naturelle du k, comme dans les mots, Achaïe, Chersonese, Chiromancie, Chaldèe, Nabuchodonosor, Achab, que l'on prononce comme s'il y avoit Akaie, Kersonèse, Kiromancie, Kaldée, Nabukodonosor, Akab.
Plusieurs mots de cette classe étant devenus plus communs que les autres parmi le peuple, se sont insensiblement éloignés de leur prononciation originelle, pour prendre celle du ch françois. Les fautes que le peuple commet d'abord par ignorance deviennent enfin usage à force de répétitions, & font loi, même pour les savans. On prononce donc aujourd'hui à la françoise, archevêque, archiépiscopal ; Achéron prédominera enfin, quoique l'opéra paroisse encore tenir pour Akéron. Dans ces mots la lettre h est auxiliaire & étymologique tout à-la-fois.
Dans d'autres mots de même origine, où elle n'étoit qu'étymologique, elle en a été supprimée totalement ; ce qui assûre la durée de la prononciation originelle & de l'orthographe analogique : tels sont les mots caractere, colere, colique, qui s'écrivoient autrefois charactere, cholere, cholique. Puisse l'usage amener insensiblement la suppression de tant d'autres lettres qui ne servent qu'à défigurer notre orthographe ou à l'embarrasser !
2°. Après la consonne l la lettre h est purement auxiliaire dans quelques noms propres, où elle donne à l la prononciation mouillée ; comme dans Milhaud (nom de ville), où la lettre l se prononce comme dans billot.
3°. H est tout à-la-fois auxiliaire & étymologique dans ph ; elle y est étymologique, puisqu'elle indique que le mot vient de l'hébreu ou du grec, & qu'il y a à la racine un p avec aspiration, c'est-à-dire un phé , ou un phi : mais cette lettre est en même tems auxiliaire, puisqu'elle indique un changement dans la prononciation originelle du p, & que ph est pour nous un autre symbole de l'articulation déjà désignée par f. Ainsi nous prononçons, Joseph, philosophe, comme s'il y avoit Josef, filosofe.
Les Italiens employent tout simplement f au lieu de ph ; en cela ils sont encore plus sages que nous, & n'en sont pas moins bons étymologistes.
4°. Après les consonnes r & t, la lettre h est purement étymologique ; elle n'a aucune influence sur la prononciation de la consonne précédente, & elle indique seulement que le mot est tiré d'un mot grec ou hébreu, où cette consonne étoit accompagnée de l'esprit rude, de l'aspiration, comme dans les mots rhapsodie, rhétorique, théologie, Thomas. On a retranché cette h étymologique de quelques mots, & l'on a bien fait : ainsi l'on écrit, trésor, trône, sans h ; & l'orthographe y a gagné un degré de simplification.
Qu'il me soit permis de terminer cet article par une conjecture sur l'origine du nom ache que l'on donne à la lettre h, au lieu de l'appeller simplement he en aspirant l'e muet, comme on devroit appeller be, pe, de, me, &c. les consonnes b, p, d, m, &c.
On distingue dans l'alphabet hébreu quatre lettres gutturales, , , , , aleph, hé, kheth, aïn, & on les nomme ahécha (Grammaire hébraïque par M. l'abbé Ladvocat, page 6.) Ce mot factice est évidemment résulté de la somme des quatre gutturales, dont la premiere est a, la seconde hé, la troisiéme kh ou ch, & la quatriéme a ou ha. Or ch, que nous prononçons quelquefois comme dans Chalcédoine, nous le prononçons aussi quelquefois comme dans chanoine ; & en le prononçant ainsi dans le mot factice des gutturales hébraïques, on peut avoir dit de notre h que c'étoit une lettre gutturale, une lettre ahécha, par contraction une acha, & avec une terminaison françoise, une ache. Combien d'étymologies reçûes qui ne sont pas fondées sur autant de vraisemblance ! (B. E. R. M.)
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| H | (Ecriture) Il y a dans l'Ecriture trois sortes d'h, l'italienne, la coulée, & la ronde : l'italienne se forme de la partie du milieu de l'f, de la premiere partie de l'x pour sa tête, avec la premiere & la septieme partie de l'o : la coulée a les mêmes racines, si l'on en excepte sa tête, qui se tire aussi des sixieme, septieme, huitieme, & premiere parties de l'o : la ronde est un assemblage des huitieme, premiere & seconde parties de l'o ; elle prend son milieu de l'f, & la partie inférieure de l'j consonne rond ; pour son extrémité supérieure, c'est la deuxieme partie de la courbe supérieure de la seconde partie de l'o. Ces trois h se forment toutes du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez nos Planches d'Ecriture.
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| HABACUC | (Théologie) l'un des douze petits prophetes dont les prophéties sont contenues dans le canon de l'ancien testament. Voyez PROPHETE & PROPHETIE.
Ce nom s'écrit en hébreu par hheth, & signifie un lutteur ; les traducteurs grecs l'appellent Ambakoum.
On ne sait point au juste le tems auquel Habacuc a vécu ; mais comme il prédit la ruine des Juifs par les Chaldéens, on en peut conclure qu'il prophétisoit avant le regne de Sédécias ou vers celui de Manassès. Sa prophétie ne consiste qu'en trois chapitres.
S. Jérôme le confond avec un autre Habacuc dont il est fait mention dans le prophete Daniel, & à qui l'on attribue l'histoire de Bel & du dragon contenue dans le livre du même prophete dont il le fait contemporain : mais c'est une erreur que personne n'a suivie. (G)
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| HABAR | S. f. (Géogr.) ancienne ville de Perse aujourd'hui ruinée, sur la route de Sultanie à Kom, dans l'Irac-Agemi ; c'est vraisemblablement la même ville qui est nommée Ebher ou Ebcher dans les cartes de M. Delisle & d'Oléarius. Long. 67. lat. 36. 12. (D.J.)
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| HABASCON | S. m. (Botan.) racine qui croît en Virginie ; elle est de la figure & de la grosseur de nos panais. Les Indiens la mangent. On la dit apéritive. On sent combien cette description est vague.
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| HABASE | S. m. (Hist. mod.) c'est le douzieme mois de l'année éthiopienne ; il a trente jours comme les autres mois : & l'année de cette contrée commençant au 19e d'Août, le premier jour d'Habase est le 18e de notre mois de Juillet.
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| HABATA | (Géog.) province d'Afrique au royaume de Fez, dans la partie occidentale, près du détroit de Gibraltar.
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| HABDALA | S. f. (Hist. mod.) cérémonie en usage chez les Juifs pour finir le jour du sabbat, & qui consiste en ce que chacun étant de retour de la priere, ce qui arrive à l'entrée de la nuit, lorsqu'on a pû découvrir quelques étoiles, on allume un flambeau ou une lampe ; le chef de famille prend du vin, des épiceries odoriférantes, les benit, les flaire, pour commencer sa semaine par une sensation agréable, & souhaite que tout réussisse heureusement dans la nouvelle semaine où l'on vient d'entrer ; ensuite il benit la clarté du feu dont on ne s'est pas encore servi, & songe à commencer à travailler. Le mot habdala signifie distinction, & on l'applique à cette cérémonie, pour marquer que le jour du sabbat est fini, & que celui du travail commence. Les Juifs en se saluant ce soir-là ne se disent pas bon soir, mais Dieu vous donne une bonne semaine. Dictionnaire des Arts. (G)
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| HABE | S. f. (Hist. mod.) vêtement des Arabes. C'est ou une casaque toute d'une venue, d'un gros camelot rayé de blanc ; ou une grande veste blanche d'une étoffe tissue de poil de chevre & de lin, qui leur descend jusqu'aux talons, & dont les manches tombent sur leurs bras, comme celles de nos moines Bernardins & Bénédictins. La habe avec le capuchon est sur-tout à l'usage des Arabes de Barbarie qui demeurent dans les campagnes, où ils vivent sous des tentes, loin des villes dont ils méprisent le séjour & les habitans.
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| HABEAS CORPUS | (Jurisprud. d'Angleterre) loi commune à tous les sujets anglois, & qui donne à un prisonnier la facilité d'être élargi sous caution.
Pour bien entendre cette loi, il faut savoir que lorsqu'un Anglois est arrêté, à-moins que ce ne soit pour crime digne de mort, il envoye une copie du mittimus au chancelier, ou à quelque juge de l'échiquier que ce soit, lequel est obligé, sans déplacer, de lui accorder l'acte nommé habeas corpus. Sur la lecture de cet acte, le geolier ou concierge doit amener le prisonnier, & rendre compte des raisons de sa détention au tribunal auquel l'acte est renvoyé. Alors le juge prononce si le prisonnier est dans le cas de pouvoir donner caution ou non ; s'il n'est pas dans le cas de la donner, il est renvoyé dans la prison ; s'il en a le droit, il est renvoyé sous caution.
C'est un des plus beaux privileges dont une nation libre puisse jouir ; car en conséquence de cet acte, les prisonniers d'état ont le droit de choisir le tribunal où ils veulent être jugés, & d'être élargis sous caution, si on n'allegue point la cause de leur détention, ou qu'on differe de les juger.
Cette loi nécessaire pour prévenir les emprisonnemens arbitraires dont un roi se serviroit pour se rendre absolu, pourroit avoir de fâcheuses suites dans les cas extraordinaires, par exemple dans une conspiration, où l'observation exacte des formalités favoriseroit les mal-intentionnés, & assûreroit aux personnes suspectes la facilité d'exécuter leurs mauvais desseins. Il semble donc que dans des cas de cette nature le bien public demande qu'on suspende la loi pour un certain tems ; & en effet depuis son établissement, elle l'a été quelquefois en Angleterre.
Elle le fut pour un an en 1722, parce qu'il y avoit des bruits d'une conspiration formée contre le roi George I. & contre l'état. Les seigneurs qui opinerent alors dans la chambre haute pour cette suspension, dirent que quand un acte devenoit contraire au bien public par des circonstances rares & imprévûes, il falloit nécessairement le mettre à l'écart pour un certain tems ; que dans la République Romaine composée du pouvoir royal, de celui des nobles, & de celui du peuple représenté par le sénat & les tribuns, les consuls n'avoient qu'un pouvoir assez limité ; mais qu'au premier bruit d'une conspiration, ces magistrats étoient dès-lors revêtus d'une autorité suprème, pour veiller à la conservation de la république. Cependant d'autres seigneurs attaquerent la suspension en général, & plus encore la durée, à laquelle ils s'opposerent par de fortes raisons. Ils soutinrent qu'un tel bill accordoit au roi d'Angleterre un pouvoir aussi grand que l'étoit celui d'un dictateur romain ; qu'il faudroit que personne ne fût arrêté, qu'on ne lui nommât le délateur qui l'auroit rendu suspect, afin qu'il parût que la conspiration ne servoit pas de couverture à d'autres sujets de mécontentement ; que l'acte habeas corpus n'avoit pas encore été suspendu pour plus de six mois ; qu'en le suspendant pour un an, on autoriseroit par ce funeste exemple le souverain à en demander la prorogation pour une seconde année ou davantage : au moyen de quoi l'on anéantiroit insensiblement l'acte qui assûroit mieux que tout autre la liberté de la nation.
" Il est vrai, dit à ce sujet l'auteur de l'Esprit des loix, que si la puissance législative laisse à l'exécutrice le droit d'emprisonner des citoyens qui pourroient donner caution de leur conduite, il n'y a plus de liberté ; mais s'ils ne sont arrêtés que pour répondre sans délai à une accusation que la loi a rendu capitale, alors ils sont réellement libres, puisqu'ils ne sont soumis qu'à la puissance de la loi. Enfin si la puissance législative se croit en danger par quelque conspiration secrette contre l'état, ou quelque intelligence avec les ennemis du dehors, elle peut, pour un tems court & limité, permettre à la puissance exécutrice de faire arrêter les citoyens suspects, qui ne perdront leur liberté pour un tems, que pour la conserver pour toujours ". (D.J.)
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| HABELSCHWERDA | (Géog.) ville de Bohème, au comté de Glatz.
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| HABERWERTH | (Géog.) jolie ville de Bohème, sur la Neiss, au comté de Glatz.
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| HABHAZZIS | S. f. (Hist. nat. Botan.) nom donné par quelques auteurs à une plante d'Afrique qui produit sous terre un fruit en petits globules, qui a le goût d'une amande, & qui est attaché à la racine de la plante par des petites fibres ou filets. Les Africains s'en nourrissent, & les Espagnols les appellent avellana, parce que ce fruit ressemble à des avelines. On dit que la plante qui la produit est le trasi. Voyez Supplém. de Chambers.
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| HABILE | (Gramm.) terme adjectif, qui, comme presque tous les autres, a des acceptions diverses, selon qu'on l'employe : il vient évidemment du latin habilis, & non pas, comme le prétend Pezron, du celte abil : mais il importe plus de savoir la signification des mots que leur source.
En général il signifie plus que capable, plus qu'instruit, soit qu'on parle d'un général, ou d'un savant, ou d'un juge. Un homme peut avoir lû tout ce qu'on a écrit sur la guerre, & même l'avoir vûe, sans être habile à la faire : il peut être capable de commander ; mais pour acquérir le nom d'habile général, il faut qu'il ait commandé plus d'une fois avec succès.
Un juge peut savoir toutes les loix, sans être habile à les appliquer. Le savant peut n'être habile ni à écrire, ni à enseigner. L'habile homme est donc celui qui fait un grand usage de ce qu'il sait. Le capable peut, & l'habile exécute.
Ce mot ne convient point aux arts de pur génie ; on ne dit pas un habile poëte, un habile orateur ; & si on le dit quelquefois d'un orateur, c'est lorsqu'il s'est tiré avec habileté, avec dextérité d'un sujet épineux.
Par exemple, Bossuet ayant à traiter dans l'oraison funebre du grand Condé l'article de ses guerres civiles, dit qu'il y a une pénitence aussi glorieuse que l'innocence même. Il manie ce morceau habilement, & dans le reste il parle avec grandeur.
On dit habile historien, c'est-à-dire historien qui a puisé dans de bonnes sources, qui a comparé les relations, qui en juge sainement, en un mot qui s'est donné beaucoup de peine. S'il a encore le don de narrer avec l'éloquence convenable, il est plus qu'habile, il est grand historien, comme Tite-Live, de Thou.
Le mot d'habile convient aux arts qui tiennent à-la-fois de l'esprit & de la main, comme la Peinture, la Sculpture. On dit un habile peintre, un habile sculpteur, parce que ces arts supposent un long apprentissage ; au lieu qu'on est poëte presque tout d'un coup, comme Virgile, Ovide, &c. & qu'on est même orateur sans avoir beaucoup étudié, ainsi que plus d'un prédicateur.
Pourquoi dit-on pourtant habile prédicateur ? c'est qu'alors on fait plus d'attention à l'art qu'à l'éloquence ; & ce n'est pas un grand éloge. On ne dit pas du sublime Bossuet, c'est un habile faiseur d'oraisons funebres. Un simple joueur d'instrumens est habile ; un compositeur doit être plus qu'habile, il lui faut du génie. Le metteur en oeuvre travaille adroitement ce que l'homme de goût a dessiné habilement.
Dans le style comique, habile peut signifier diligent, empressé. Moliere fait dire à M. Loyal :
.... Que chacun soit habile
A vuider de céans jusqu'au moindre ustensile.
Un habile homme dans les affaires est instruit, prudent, & actif : si l'un de ces trois mérites lui manque, il n'est point habile.
L'habile courtisan emporte un peu plus de blâme que de louange ; il veut dire trop souvent habile flateur, il peut aussi ne signifier qu'un homme adroit, qui n'est ni bas ni méchant. Le renard qui, interrogé par le lion sur l'odeur qui exhale de son palais, lui répond qu'il est enrhûmé, est un courtisan habile. Le renard qui pour se vanger de la calomnie du loup, conseille au vieux lion la peau d'un loup fraîchement écorché, pour réchauffer sa majesté, est plus qu'habile courtisan. C'est en conséquence qu'on dit, un habile fripon, un habile scélérat.
Habile, en Jurisprudence, signifie reconnu capable par la loi ; & alors capable veut dire ayant droit, ou pouvant avoir droit. On est habile à succéder ; les filles sont quelquefois habiles à posséder une pairie ; elles ne sont point habiles à succéder à la couronne.
Les particules a, dans, & en, s'employent avec ce mot. On dit, habile dans un art, habile à manier le ciseau, habile en Mathématiques.
On ne s'étendra point ici sur le moral, sur le danger de vouloir être trop habile, ou de faire l'habile homme ; sur les risques que court ce qu'on appelle une habile femme, quand elle veut gouverner les affaires de sa maison sans conseil.
On craint d'enfler ce Dictionnaire d'inutiles déclamations ; ceux qui président à ce grand & important Ouvrage doivent traiter au long les articles des Arts & des Sciences qui instruisent le public ; & ceux auxquels ils confient de petits articles de littérature doivent avoir le mérite d'être courts.
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| HABILEMENT | adv. a les mêmes acceptions ; il travaille, il joue, il enseigne habilement ; il a surmonté habilement cette difficulté. Ce n'est guere la peine d'en dire davantage sur ces petites choses.
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| HABILETÉ | S. f. (Gramm.) ce mot est à capacité ce qu'habile est à capable ; habileté dans une science, dans un art, dans la conduite.
On exprime une qualité acquise, en disant, il a de l'habileté ; on exprime une action en disant, il a conduit cette affaire avec habileté.
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| HABILITATION | S. f. (Jurisprud.) est l'action de procurer à quelqu'un l'habileté ou capacité de faire quelque chose ; par exemple le consentement du pere de famille habilite le fils de famille à s'obliger ; l'autorisation du mari habilite la femme à contracter ; les lettres de naturalité habilitent les étrangers à posséder en France des offices & bénéfices. Voyez REHABILITATION. (A)
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| HABILLAGE | S. m. voyez HABILLER, (Cuisine, Pelletier, Potier de terre, &c.)
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| HABILLÉ | adj. terme de Blason. Il ne se dit que des figures d'hommes & de femmes couvertes de leurs habits. On dit aussi un navire d'or habillé d'argent, pour dire, qu'il a ses voiles & ses agrès. Dictionnaire de Trévoux.
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| HABILLEMENT | S. m. voyez HABIT.
HABILLEMENT, ÉQUIPEMENT, & ARMEMENT DES TROUPES, (Art milit.) Ces trois dénominations expriment collectivement les divers effets uniformes qui servent à habiller, à équiper, & à armer les cavaliers, hussards, dragons & soldats. Nous donnerons ci-après des devis détaillés de ces effets.
Cette opération doit suivre immédiatement celle des enrollemens dont nous traiterons dans un article particulier ; voyez LEVEE DE TROUPES, & précéder celle des exercices, matiere approfondie au-moins dans les préceptes & dans la théorie. Voyez EXERCICE, ÉVOLUTION. Toutes trois par un concours mutuel tendent à l'amélioration de la police, de l'art, & du méchanisme de la guerre.
Dans notre ancienne institution militaire, presque tous les corps étoient livrés à une routine arbitraire qui se plioit aux caprices des colonels, & perpétuoit les défectuosités & les abus. Un ministre chéri de tout le militaire, animé d'un zele ardent pour la perfection du service, apperçut le desordre, & s'appliqua à y remédier. Occupé des plus grands objets, M. le comte d'Argenson ne dédaigna pas de descendre aux moindres détails : on essaya des changemens, on multiplia les épreuves ; un plan de réforme, fruit des méditations d'illustres guerriers, fut arrêté ; & enfin la qualité, l'espece, la quantité, la forme & les proportions de chaque partie d'habillement, d'équipement & d'armement, furent sous son ministere, successivement déterminées par plusieurs ordonnances & réglemens que nous ne ferons ici que rapprocher & résumer. Les colonels, commandans & majors des corps, ne doivent y permettre aucune altération ni changement, à peine de répondre des contraventions.
Lorsque le roi ordonne la levée d'un régiment, Sa Majesté pourvoit, pour cette premiere fois, par un traitement particulier accordé aux capitaines, à la dépense de l'habillement, de l'équipement, & de l'armement à neuf de chaque troupe.
Et pour assûrer d'une maniere stable & uniforme l'entretien de toutes les parties qui en dépendent, elle a réglé qu'elles ne seroient plus renouvellées en totalité, mais seulement par tiers, par quart, ou suivant la partie jugée nécessaire par les inspecteurs généraux de ses troupes ; disposition nouvelle par laquelle on a judicieusement sacrifié l'agrément du coup d'oeil à l'utilité.
Au moyen du traitement que le roi fait à ses troupes, tant de cavalerie que d'infanterie, soit à titre de solde pour les unes & les autres, soit à titre d'ustensile ou d'écus de campagne pour celles de cavalerie, les cavaliers, hussards & dragons sont obligés de s'entretenir en tout tems de linge, de culottes, bas & souliers ; d'entretenir leurs chevaux de ferrage, de conserver leurs armes nettes, & d'y faire les menues réparations, ensorte qu'elles soient toûjours en bon état ; & les soldats de s'entretenir de linge, de chaussure, & de tenir également leurs armes propres & en bon état.
Outre ce traitement, le roi fait payer tant en paix qu'en guerre, vingt deniers par jour pour chaque sergent, & dix deniers pour chaque brigadier, cavalier, hussard, dragon & soldat, pour composer une masse toûjours complete , sans avoir égard aux hommes qui peuvent manquer dans les compagnies.
Cette masse est spécialement affectée aux dépenses principales & accessoires du renouvellement & de l'entretien de l'habillement, de l'équipement, & de l'armement des troupes. Le fonds en demeure entre les mains des trésoriers militaires, qui en donnent leurs reconnoissances aux majors ou autres officiers chargés du détail des corps, en deux billets comptables ; l'un à titre de grosse masse sur le pié de douze deniers par sergent, & de six deniers par brigadier, cavalier, hussard, dragon & soldat ; l'autre à titre de petite masse pour les huit deniers restans par sergent, & les quatre deniers par chacun des autres. Les fonds de la masse sont remis, sur la main-levée des inspecteurs généraux, aux entrepreneurs des fournitures d'habillement, d'équipement, & d'armement de chaque corps.
A l'égard des régimens d'infanterie étrangere qui sont au service du roi, & qui jouissent de traitemens différens des troupes nationales, il a été réglé une retenue de trois livres par homme sur le pié complet par mois, à titre de masse, sur la paye de paix de chaque compagnie, & de quatre livres dix sols sur la paye de guerre, dont l'emploi est affecté aux habillement, équipement, armement, & à la petite monture de ces régimens. La petite monture n'est autre chose que le linge & la chaussure dont nous avons dit que le soldat est obligé de s'entretenir sur sa solde. Pour prévenir les inconvéniens & le danger de sa négligence sur cet article qui intéresse essentiellement sa santé, on a établi une retenue journaliere sur sa paye, dont le fonds reste entre les mains de l'officier major de chaque corps. Il en fait manuellement la distribution tous les trois mois, après avoir examiné si toutes les parties de l'équipage militaire ou privé du soldat sont complete s & en bon état. Le décompte des cinq écus de campagne de la cavalerie, se fait avec la même attention en cinq payemens égaux, dans les mois de Juin, Juillet, Août, Septembre & Octobre de chaque campagne. La retenue est réglée à un sou par jour sur la solde des cavaliers, hussards & dragons, & à six deniers sur celle du soldat ; dans la pratique elle est pour l'ordinaire de deux sous pour la cavalerie, & d'un sou pour l'infanterie. Mais il ne suffit pas d'envisager ces objets sous un point de vûe général ; passons au détail des parties d'habillement, d'équipement & d'armement. La connexité & la dépendance réciproque de ces trois branches importantes de l'économie militaire, permettent de les associer sous un même article.
Habillement. L'habillement du cavalier est composé d'un justaucorps de drap de Lodeve ou de Berry, doublé de serge ou d'autre étoffe de laine ; d'une veste de peau de bufle, nommée le bufle ; d'un sarrau de toile pour panser les chevaux ; d'une culotte de peau à double ceinture, d'une seconde culotte de panne rouge, d'un chapeau de laine bordé d'un galon d'argent, & d'un manteau de drap fabriqué à deux envers.
Celui du hussard, d'une pelisse, d'une veste & d'une culotte à la hongroise, de drap bleu céleste, la pelisse doublée de peau en laine de mouton blanc ; d'une culotte de peau, d'un bonnet ou schakos de feutre blanc ou rouge, & d'un manteau de drap bleu de roi.
Celui du dragon, d'un justaucorps & d'une veste de drap doublés d'étoffe de laine, d'un sarrau de toile, d'une culotte de peau, d'une seconde culotte de panne, d'un chapeau bordé en argent, & d'un manteau.
Et celui du soldat, d'un justaucorps de drap doublé d'étoffe de laine, d'une veste de tricot ou d'autre étoffe équivalente aussi doublée, d'une culotte de même étoffe sans doublure, d'un caleçon de toile pour tenir lieu de doublure, & d'un chapeau bordé d'or ou d'argent faux. Les chapeaux des milices de terre sont bordés en poil de chevre blanc ; ceux des soldats gardes-côtes en laine blanche, les bords ayant seize à dix-sept lignes de large.
Les justaucorps sont coupés sur des patrons de trois tailles, grande, moyenne & petite. Ceux de la moyenne doivent avoir trois piés quatre pouces six lignes de hauteur par-devant, & trois piés trois pouces six lignes par-derriere ; ceux de la grande taille un pouce & demi de plus ; ceux de la petite un pouce & demi de moins, & les largeurs proportionnées. Les bufles & vestes doivent être plus courtes de huit à neuf pouces que les justaucorps.
Les paremens des manches sont ronds, de six pouces de haut & de dix-huit pouces de tour ; les pattes sans poches, les poches placées dans les plis de l'habit. Celui du cavalier est garni de deux épaulettes ; celui du dragon d'une seule placée sur l'épaule gauche. Les quantités d'étoffes qui doivent entrer dans chaque partie d'habillement, sont déterminées par les ordonnances qu'on peut consulter.
Les brigadiers & carabiniers dans la cavalerie & dans les dragons à cheval, & les sergens, caporaux & anspessades dans les dragons à pié & dans l'infanterie, sont distingués par des galons d'or, d'argent ou de laine, diversement attachés sur les paremens des manches. Ces marques distinctives sont nécessaires dans les divers détails du service, & sur-tout pour l'accord & la régularité dans l'ordonnance des escadrons & des bataillons. Les tambours des régimens royaux sont habillés à la livrée du Roi ; ceux des régimens de gentilshommes à la livrée des colonels.
Les chapeaux doivent être fabriqués de laine d'agneaux, & exactement feutrés ; ceux de la cavalerie du poids de treize, quatorze & quinze onces, petits, moyens & grands ; ceux des dragons de douze, treize & quatorze onces ; & ceux de l'infanterie de dix, onze & douze onces ; tous d'environ quatre pouces de hauteur de forme, à peine de confiscation & d'amende contre les fabriquans & entrepreneurs, en cas de contravention.
Lorsque les cavaliers, hussards, dragons ou soldats d'une compagnie ne se trouvent pas habillés, équipés & armés, suivant le prescrit des ordonnances, l'inspecteur général ou le commissaire des guerres chargé de la police du corps, ordonnent la retenue des appointemens du capitaine, jusqu'à ce que sa troupe ait été mise de tout point en bon état.
Et lorsqu'après six ans de service ils reçoivent leurs congés absolus dans l'ordre de leur ancienneté, ils emportent de droit leur habit, linge & chapeau ; mais le capitaine a l'option de leur laisser l'habit, ou de leur donner à chacun quinze livres comptant, en les renvoyant avec la veste, le linge & le chapeau.
Equipement. L'équipement du cavalier est composé d'une cartouche à douze coups, d'une bandouliere de bufle, d'un ceinturon aussi de bufle à deux pendans, de bottes molles, guêtres & souliers, d'une besace de toile de coutil, de chemises, col noir & bonnet, de gants, cordon de sabre & coquarde.
Celui du hussard, d'une cartouche à vingt coups, d'une bandouliere, d'un ceinturon & de bottes molles à la hongroise, d'une écharpe & d'un sabretache rouges, d'une besace, de chemises, col noir, bonnet, gants & cordon de sabre.
Celui du dragon, d'une demi-giberne à trente coups, d'une bandouliere, d'un ceinturon à un pendant, de bottines, guêtres & souliers, d'une besace, de chemises, col, bonnet, gants, cordon de sabre & coquarde.
Et celui du fantassin, d'une demi-giberne à trente coups, d'une bandouliere, d'un ceinturon en couteau de chasse, d'un havresac de coutil, de chemises, col, bonnet, guêtres, souliers & coquarde. Le grenadier a une giberne & un ceinturon à deux pendans.
Tout ce qui compose l'équipage du soldat, étant d'un usage indispensable & de nécessité physique, on doit avoir grande attention à ce qu'il soit exactement complet : mais on ne doit pas en donner moins à empêcher qu'il ne se charge de nippes & d'effets superflus, qui dans les marches accablent par leur poids les hommes & les chevaux, en même-tems qu'ils amollissent le soldat dans le repos : " on peut savoir que jamais on n'a prétendu rendre la discipline & la vigueur à une armée, qu'en bannissant le luxe relatif ; que les soldats & les subalternes ont leur luxe ainsi que les autres ".
La visite des besaces & havresacs fait partie des devoirs des maréchaux des logis dans la cavalerie, & des sergens dans l'infanterie, sous l'autorité des officiers respectifs. Cet objet pour être moins relevé, n'en est pas moins important, & ne seroit pas indigne de l'attention des officiers supérieurs ; mais loin de s'y abaisser, eux-mêmes ne tombent que trop souvent dans l'excès à cet égard, par la quantité & la vaine somptuosité de leurs équipages de guerre. La nation ne peut se dissimuler le besoin qu'elle a d'exemples d'austérité & de simplicité en ce genre.
Nous ne rappellerons pas ici ce que nous avons dit ailleurs de plusieurs menus effets & ustensiles dont la cartouche, la giberne & la demi-giberne doivent être garnies (voyez GIBERNE), non plus que ce qui a trait à l'équipement des chevaux de la cavalerie. Voyez les institutions militaires de M. de la Porterie.
Armement. L'armement du cavalier est composé d'un mousqueton, de deux pistolets & d'un sabre, avec un plastron & une calotte.
Celui du hussard, d'un mousqueton, de deux pistolets & d'un sabre.
Celui du dragon, d'un fusil avec la bayonnette à douille, d'un pistolet & d'un sabre.
Et celui du fantassin, d'un fusil avec la bayonnette, & d'une épée, excepté le grenadier qui porte un sabre au lieu d'épée. Voyez GRENADIER.
La longueur du mousqueton est de trois piés six pouces six lignes, le canon ayant deux piés quatre pouces.
Celle du fusil, de quatre piés dix pouces, le canon ayant trois piés huit pouces depuis la lumiere jusqu'à l'extrémité.
Celle du pistolet monté, de seize pouces.
Le calibre des mousquetons, fusils & pistolets, est reglé à une balle de dix-huit à la livre.
La bayonnette à dix-huit pouces de longueur, la douille comprise.
Le sabre est la principale arme de la cavalerie, comme l'est pour l'infanterie le fusil armé de sa bayonnette.
Le sabre de la cavalerie & des dragons est monté à poignée de cuivre à double branche, la lame à dos, de trente-trois pouces de longueur.
Celui des hussards courbé, à monture de cuivre, la poignée couverte de cuir bouilli crenelé, la lame à dos, de trente-cinq pouces de longueur, & de quatorze lignes de large.
Celui du grenadier aussi courbé, à poignée & monture de cuivre, la lame à dos, de trente-un pouces de long.
L'épée à monture de cuivre, la lame à dos, de vingt-six pouces de longueur.
Le sentiment de plusieurs bons officiers de nos jours, étoit qu'on supprimât l'épée du fantassin, comme superflue au moyen de la bayonnette, & incommode dans une action. Pour bonnes considérations sans-doute, on a adopté le parti contraire ; mais en même tems on a dépouillé cette arme de ce qui la rendoit embarrassante. La monture est unie, à demi-coquille, & la lame courte & forte : c'étoit ainsi que la portoient les Romains, nos modeles & nos maîtres dans la science des armes.
Chaque chambrée doit être pourvûe, paix ou guerre, d'une tente, d'une marmite, d'une gamelle & d'un barril ou bidon ; & chaque compagnie de cavalerie & de dragons, en guerre, de sacs à fourrages & de hachoirs.
Les dragons à cheval portent au lieu du second pistolet, une hache, une pelle, ou autre outil propre à remuer la terre & à ouvrir des passages.
Dans chaque compagnie de dragons à pié de soixante hommes, il y a vingt outils, dont huit grosses haches, quatre pelles, quatre pioches, & quatre serpes.
Il doit y en avoir dix dans chaque compagnie d'infanterie de quarante hommes, dont trois pelles, trois pioches, deux haches & deux serpes.
Dans les compagnies des grenadiers, dix grenadiers portent de grosses haches, tous les autres des haches à marteaux, avec des pelles & pioches.
Les outils sont enfermés dans des étuis de cuir ; il seroit à desirer que l'on fournît aussi des sacs de toile pour les marmites & gamelles.
Milices. Il n'y a point de masse établie pour l'habillement & l'armement des milices. Le Roi y pourvoit directement, en faisant verser de ses magasins & arsenaux & répartir dans les provinces, les parties nécessaires à chaque bataillon.
L'équipement des soldats de milice est fourni par les paroisses pour lesquelles ils servent, & composé pour chacun d'une veste & d'une culotte, d'un chapeau, d'une paire de guêtres & d'une paire de souliers, de deux chemises, un col noir & un havresac.
Officiers. L'habillement des officiers doit être en tout semblable à celui du soldat, excepté que les étoffes sont d'une qualité supérieure. Leurs manteaux ou redingotes doivent être aussi des couleurs affectées à chaque régiment. Il est expressément défendu aux officiers de porter, étant à leurs corps, d'autre habit que l'uniforme, comme le plus décent & le plus convenable pour les faire reconnoître & respecter du soldat ; comme aussi d'y faire des changemens, ni d'y ajoûter aucuns ornemens superflus, sous peine d'interdiction.
L'armement des officiers est composé pour la cavalerie de deux pistolets, d'une épée à monture de cuivre doré, la lame à dos de trente-un pouces de long, & d'une cuirasse.
Pour les hussards, de deux pistolets & d'un sabre courbé, la monture de cuivre doré, la lame pareille à celle des hussards.
Pour les dragons, d'un fusil avec la bayonnette, de deux pistolets, & d'une épée semblable à celles de la cavalerie, avec une gibeciere garnie de six cartouches.
Et pour l'infanterie, d'un esponton & d'une épée.
Les officiers & les sergens de grenadiers sont armés de fusils & bayonnettes avec la gibeciere ; les sergens des compagnies de fusiliers, de halebardes & d'épées.
Le haussecol n'est ni arme, ni armure : il est seulement la marque du service actuel des officiers d'infanterie, ainsi que le sont les bottes & les bottines, du service actuel des officiers de cavalerie & de dragons.
On a souvent proposé de faire armer tous les officiers & sergens d'infanterie, comme le soldat : c'étoit bien aussi le sentiment de M. le maréchal de Puysegur, qui doit être d'un grand poids dans cette matiere. Ce qui forme un puissant préjugé en faveur de cette méthode, c'est qu'encore qu'elle soit proscrite par les ordonnances, la pratique ordinaire des officiers dans une action, est d'abandonner l'esponton, & de saisir un fusil armé de sa bayonnette. Voici une nouvelle autorité : " Le fusil avec sa bayonnette, dit un auteur accrédité, étant tout-à-la-fois arme à feu & halebarde, pourquoi les sergens & officiers n'en portent-ils pas ? Pourquoi se prive-t-on ainsi de cinq armes par compagnie, qui seroient portées par ce qu'il y a de meilleur " ?
Nous avons dit que le soldat doit entretenir son armure, & y faire les menues réparations dont elle a besoin : il faut l'obliger aussi à la tenir dans la plus grande propreté. " Les Romains avoient fort à coeur cette propreté dans leurs soldats ; ils les forçoient à nettoyer & à fourbir souvent leurs cuirasses, leurs casques & leurs lances, persuadés que l'éclat des armes imposoit beaucoup à l'ennemi ".
Nous ne parlerons pas ici des uniformes des officiers généraux, de ceux des états-majors des armées, des aides-de-camp, des commissaires des guerres, des chirurgiens militaires, & d'autres établis par divers réglemens auxquels nous renvoyons. On s'étonne qu'il n'en ait pas encore été déterminé un pour les officiers des états-majors des places de guerre, qui puisse en toute occasion les faire reconnoître dans les fonctions importantes & purement militaires dont ils sont chargés.
Il est défendu à tous sujets, autres que les militaires, de porter aucun habit uniforme des troupes ; à tous marchands d'en acheter & exposer en vente, même d'en garder dans leurs magasins, à peine de confiscation & de deux cent livres d'amende ; & à tous cavaliers, hussards, dragons & soldats, de vendre leurs habits, armes ou autres effets uniformes, sous peine des galeres perpétuelles.
Les officiers même ne peuvent vendre les armes de leurs compagnies, à peine de cassation ; ni les armuriers ou autres, les acheter, à peine de confiscation & de cinq cent livres d'amende. Les armes de réforme sont déposées dans les arsenaux du Roi, & Sa Majesté, sur l'estimation qui en est faite, pourvoit au dédommagement des capitaines.
Ils doivent faire retirer des hôpitaux les habillemens, armemens, effets & argent des soldats décédés, dans l'an & jour de la date du décès ; ce tems passé, ils demeurent au profit des entrepreneurs des hôpitaux.
Aucun officier ne doit habiller ses valets de l'uniforme du soldat, à peine contre l'officier de cassation, & contre les valets, d'être punis comme passe-volans.
M. le maréchal de Saxe, dont la mémoire est à jamais consacrée dans nos fastes militaires, avoit suggéré plusieurs changemens avantageux dans l'habillement de nos troupes ; mais ses idées sur cet article, toutes lumineuses & salutaires qu'elles sont, paroissent à beaucoup d'égards trop éloignées de nos moeurs, & peut-être de nos préjugés. Nos yeux seroient blessés de l'aspect d'un bataillon chaussé de sandales semelées de bois, & de soldats en vestes, couverts de manteaux à la turque, avec des capuchons & des perruques de peau d'agneau. D'ailleurs seroit-il bien aisé de soumettre à cet accoutrement sauvage, l'esprit vain du soldat françois jaloux de parure, & qui pour l'ordinaire a autant d'amour propre que de bravoure ?
Nous pensons qu'on peut se fixer à ce qui est établi par rapport à l'habillement de nos troupes, surtout si les commandans des corps portent leur attention comme ils le doivent, à empêcher toute manoeuvre contraire au bien du service dans cette partie, soit de la part des entrepreneurs toûjours avides, soit de celle des officiers députés des corps, qui ne sont pas tous également inaccessibles à la seduction. Cet habillement, dans sa bisarrerie même, est approprié aux usages & au caractere de la nation ; & cette conformité est une raison de préférence, parce qu'en matiere de goût & d'opinion, la volonté générale doit être consultée.
Les proportions reglées à trois hauteurs & largeurs, fournissent à toutes les tailles des justaucorps & des vestes amples & aisés. Nous voudrions que les culottes fussent plus hautes & plus profondes, afin de laisser plus de liberté aux mouvemens du soldat dans les exercices qui appartiennent à la gymnastique ; même qu'elles fussent garnies de ceintures très-larges, capables de garantir les reins contre l'humidité, lorsque le soldat est couché. Rien ne doit être négligé de ce qui tend à perfectionner les formes pour la plus grande commodité du service, & à conserver des hommes d'une espece si précieuse, sur-tout dans ce siecle belliqueux, & dans le déclin malheureusement trop sensible de notre population. Peut-être seroit-il plus avantageux encore de fournir au soldat des culottes de peau au lieu d'étoffe.
Il doit avoir deux paires de guêtres de toile, l'une blanche pour les revûes & les parades, l'autre noire pour les marches & le service ordinaire.
On a proposé de substituer aux havresacs de toile, ceux de peaux de chien ou de chevre garnies de poil, tels qu'ils sont en usage dans les troupes étrangeres ; ils ont la propriété de garantir les effets du soldat contre la pluie & l'humidité ; & cet avantage est sans-doute bien désirable. On souhaiteroit aussi des outres de peau de bouc au lieu de barrils, pour mettre la boisson du soldat.
Les besaces des cavaliers, hussards & dragons, sont faites en forme de porte-manteau, longues de l'épaisseur d'un cheval, & d'une grandeur déterminée sur la quantité de nippes, d'effets, ustensiles & denrées qu'elles doivent renfermer.
La chaussure & la coëffure des troupes sont deux points dignes de la plus grande attention, parce que la santé du soldat, conséquemment le complet des régimens & la force des armées, en dépendent essentiellement.
Les sandales ou galoches à semelles de cuir fort garnies de clous, ne sont point une nouveauté dans nos troupes. Beaucoup de vieux soldats éclairés par une longue expérience, en font leur chaussure ordinaire dans les mauvais tems. On a imaginé depuis peu pour nos troupes employées en Canada, des souliers ferrés à doubles semelles fortes, garnis de clous rivés entre deux cuirs, qui résistent long-tems aux plus rudes épreuves, & préservent le pié de toute humidité ; il seroit à desirer que l'usage en fût rendu général pendant l'hiver & dans les marches difficiles ; mais la vanité françoise révoltée ne manquera pas de proscrire encore cette salutaire invention.
Le maréchal de Saxe releve avec raison l'incommodité & le danger de la coëffure de nos soldats. " Je voudrois, dit-il, au lieu de chapeaux, des casques à la romaine ; ils ne pesent pas plus, ne sont point du tout incommodes, garantissent du coup de sabre, & font un très-bel ornement ". Il ajoûte plus bas : " Les casques sont un si bel ornement, qu'il n'y en a point qui lui soit comparable ".
Le régiment de hullans que ce général commandoit en France, étoit ainsi & très-bien coëffé : en effet, le casque donne au soldat un air de guerre que le chapeau ne pourra jamais lui prêter, quelque effort que l'on fasse pour lui donner de la grace par la maniere de le retaper.
Nous avons observé que les habits sont coupés sur des patrons de trois hauteurs & largeurs. Lorsque le tems & les lieux le permettent, la coupe se fait sur la taille des cavaliers, dragons & soldats ; ce qui est toûjours plus expédient. Si l'on n'en a pas l'aisance, la distribution partielle des justaucorps, vestes & culottes se fait d'un tiers de la grande taille, & de deux tiers de la moyenne pour la cavalerie, les dragons & les compagnies de grenadiers où les hommes sont ordinairement de haute stature & bien traversés ; & pour l'infanterie, de moitié de la moyenne taille, d'un quart de la grande, & d'un quart de la petite.
Le Roi, comme nous l'avons dit, fournit de ses magasins & arsenaux, l'habillement & l'armement aux bataillons de milice ; c'est l'usage, voici l'abus. L'officier qui n'attache pas plus de gloire qu'il n'a d'intérêt à la conservation de ces effets, n'y donne qu'une médiocre attention. Les armes dépérissent, l'habit s'use, & le soldal mal armé reste mal propre & mal vétu. Un inspecteur arrive, on exagere encore à ses yeux les besoins de la troupe ; il ordonne des radoubs aux armes, des réparations à l'habillement, & la dépense toûjours enflée tombe à la charge du Roi, qui bien-tôt après, est obligé de faire remplacer le tout à neuf.
Les visites des commissaires des guerres ne sont que des palliatifs contre le mal. Le spécifique seroit de charger les capitaines de milice, de l'entretien de l'habillement, de l'équipement & de l'armement de leurs compagnies, en leur accordant un traitement particulier affecté à cet objet, ou un fonds de masse sur le pié de celui des troupes reglées, pour les tems d'assemblée des bataillons de milice : le bien du service exige, l'humanité même sollicite ce changement ; & nous l'espérons du zele des ministres, malgré le jeu intéressé des ressorts secrets qui s'y opposent.
Il suffit d'avoir expliqué les réglemens généraux sur l'habillement, l'équipement & l'armement des troupes. Les bornes que nous nous prescrivons dans cet article ne nous permettent pas de parler des cas d'exception résultans soit de l'institution primitive, soit de la nature du service de quelques corps. Le détail des différences d'uniformes des régimens n'entre pas non plus dans notre plan ; on les distingue soit par la diversité des couleurs de l'habillement ou de quelques-unes de ses parties ; soit par la forme des pattes de poches, par le nombre, la couleur, le mélange ou l'arrangement des boutons ; soit enfin par la couleur des galons de paremens & des bords de chapeaux.
En général, la cavalerie est habillée de drap bleu, rouge, ou gris piqué de bleu, avec paremens & revers jusqu'à la taille en demi-écarlate.
Les dragons de drap bleu, rouge-garence ou en vermillon.
L'infanterie de drap gris-blanc, bleu, ou rouge.
Toutes les milices, soit de terre, soit garde-côtes, en drap gris-blanc.
Il seroit sans-doute bien utile que chaque arme fût distinguée par sa couleur exclusive ; la cavalerie par le bleu, les dragons par le rouge, & l'infanterie par le gris-blanc, sans mélange de couleurs de l'un des corps à l'autre. L'attachement de quelques régimens aux anciens usages, ou à quelques antiques prérogatives, ne doit pas balancer les avantages sensibles qui résulteroient d'un tel réglement, ni empêcher l'établissement invariable de l'uniformité respective, si essentiellement nécessaire dans toutes les parties du genre militaire. (Article de M. DURIVAL le cadet.)
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| HABILLER | v. act. & pas. (Gramm.) on dit habiller quelqu'un, habiller un régiment, & s'habiller. Le velours habille bien. Ce peintre sait habiller élégamment sa figure. Habiller un auteur étranger à la françoise. Habiller a dans les Arts des acceptions fort différentes. Habiller un animal en Cuisine, c'est le dépouiller de sa peau, si c'est un quadrupede ; le plumer, évuider, piquer, si c'est un oiseau ; le laver, le vuider, le préparer à être cuit, si c'est un poisson. Chez les Cardeurs, habiller une carde, c'est la monter ou la faire : pour cet effet, on a un instrument appellé le panteur, sur lequel est accroché la peau à des pointes renversées & placées de distance en distance. Voyez l'article PANTEUR. Les deux bouts de la peau sont tirés chacun par une corde qui va s'entortiller à la branche du maîtrebrin du panteur. Cette peau ainsi disposée est percée de trous. C'est dans cette derniere opération que consiste tout l'art du faiseur de cardes. Voyez l'article CARDE. On ne se sert ni de regle ni de compas ; l'oeil seul dirige la main qui pique d'une vîtesse incroyable, laissant entre les trous des intervalles toujours égaux, & faisant les rangées de trous exactement droites & paralleles. L'instrument à percer s'appelle la fourchette ; il fait deux trous à-la-fois : ensuite on fiche les pointes ; on les habille tantôt en passant la pierre sur les pointes & la tirant de gauche à droite & de droite à gauche, afin de les renverser toutes également & du même côté, tantôt en poussant la pierre droit devant soi, & la retirant dans la même direction, pour abattre le tranchant des pointes, tantôt en les redressant avec l'instrument appellé le dresseur, les refendant, &c. ces manoeuvres se réiterent jusqu'à ce que la carde soit distribuée en allées bien compassées, les pointes également renversées, & le tranchant parfaitement usé. Pour en venir à l'habillage, tout étant préparé, c'est-à-dire la matiere des pointes coupée & pliée au premier doublet, mise en petits paquets ou tas contigus sur le plateau, & pliée au second doublet arrêté sur le milieu du plateau par un support de bois élevé d'environ un pouce ; le plateau est fixé sur un bloc ; l'habilleur est devant un autre bloc couvert d'un patron de la longueur du feuillet qui sert de contrepoids, quand on passe la pierre. On finit par monter le feuillet sur un bois ou fust à manche & à rebord du même côté. C'est la derniere main de la carde.
HABILLER, en Jardinage, c'est avant que de planter les jeunes arbres, les couper de huit ou neuf piés de haut, & visiter leurs racines pour les raccourcir modérément ; il faut ôter toutes celles qui sont brisées, & couper les autres en pié de biche par-dessous, eû égard à la situation où doit être planté l'arbre. N'habillez pas si court, ou n'étronçonnez point, & n'ôtez point le chevelu à-moins qu'il ne soit rompu. C'est une erreur de croire qu'il soit inutile ; il sert beaucoup à la reprise des jeunes plants.
On laissera aux arbres sauvages une tige de six à sept pieds hors de terre. Les arbres fruitiers de haute tige seront rafraîchis dans leur tête, à laquelle on laissera trois ou quatre branches chacune de la longueur de dix à douze pouces ; ce qui forme sa rondeur dès la premiére année.
Les buissons ou nains seront coupés à sept à huit pouces au-dessus de la greffe qu'il faut laisser découverte, c'est-à-dire sans y mettre de terre, mais qu'on enduira de cire ou de mastic.
On prétend qu'il ne faut laisser qu'un seul étage de racines à un arbre, & choisir toujours les plus jeunes & les plus rougeâtres ; les autres étant inutiles. Voyez RACINES.
Les arbres levés en motte sont exemts d'être ravalés ; ils conservent leur tête & une partie de leur ramage. Voyez LEVER.
HABILLER UNE PEAU, terme de Marchand Pelletier, c'est la préparer à être employée aux différens ouvrages de Pelletterie. Voyez PELLETIER.
HABILLER UN CUIR, terme de Tannerie, c'est lui donner la premiere préparation pour le mettre au tan. Voyez TANNER.
Celui qui habille les peaux s'appelle l'habilleur. Ce terme est fort en usage chez les Pelletiers ; en général il signifie dans les atteliers la personne qui prépare les différentes matieres, denrées, ou marchandises où le terme habiller peut avoir lieu.
HABILLER, en terme de Potier, c'est l'action d'ajoûter une oreille, un manche, un pié, au corps d'une piece ; ce qui se fait en déchiquetant la piece de plusieurs coups, pour y insérer l'une des parties que nous venons de nommer.
On habille encore du chanvre, en le passant par le seran. Voyez l'article CHANVRE.
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| HABILLOT | S. m. (Commerce de bois) espece de morceau de bois qui sert sur les trains à accoupler les coupons ; il fait le même effet que le garrot. Voyez l'article TRAIN.
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| HABIT | S. m. (Modes) j'entends ici par habit tout ce qui sert à couvrir le corps.
Il n'est pas possible de donner au lecteur la connoissance de tant d'habits différens dont les hommes ont fait usage, pour couvrir leur nudité & pour se mettre à l'abri de la rigueur des hivers : notre curiosité seroit même peu satisfaite, si nous pouvions pénétrer dans les tems reculés des premiers siecles ; nous y verrions sans-doute les hommes tout nuds, ou couverts les uns de feuillages, d'écorce d'arbres, & les autres de la peau de quelques bêtes féroces.
Je voudrois seulement connoître la forme des habits des Grecs, lorsqu'ils étoient les peuples les plus polis de la terre ; mais à-peine savons-nous les noms de quelques-uns. Nous sommes beaucoup mieux instruits des habits des Romains ; & comme tout ce qui concerne ce peuple nous intéresse, nous en ferons un article séparé. Ceux des hommes qui ont été consacrés par la religion méritent aussi par ce motif quelques-uns de nos regards, outre qu'ils ont moins changé de mode : c'est pourquoi nous en dirons un mot. Ainsi voyez HABIT ECCLESIASTIQUE, & HABIT RELIGIEUX.
Pour ce qui concerne les vêtemens de ce grand nombre de peuples qui changerent la face du monde, en chassant les Romains des pays dont ils s'étoient rendus maîtres, nous n'en avons aucune idée, & nous ne devons pas le regretter.
Quant à ce qui nous regarde en particulier, l'inconstance naturelle à notre nation a produit tant de variété dans la forme de ses habits, qu'il seroit impossible d'en suivre le fil. Nous remarquerons seulement en général, que l'habit long étoit autrefois celui des nobles, & qu'ils ne portoient l'habit court qu'à l'armée & à la campagne : l'ornement principal de l'un & de l'autre consistoit à être bordé de martre zibeline, d'hermine, ou de vair. On s'avisa sous Charles V. d'armoirier les habits, je veux dire de les chamarrer depuis le haut jusqu'en bas de toutes les pieces de son écu ; cette mascarade dura cent ans. Louis XI. bannit l'habit long ; Louis XII. le reprit ; on le quitta sous François I. Un des goûts de ce prince fut de taillader son pourpoint, & tous les gentilshommes suivirent son exemple. Henri II. portoit un jupon pour haut-de-chausses, & un petit manteau qui n'alloit qu'à la ceinture. Les fils s'habillerent comme le pere. Enfin depuis Henri IV. nos habits ont si souvent changé de face, qu'il seroit ridicule d'entrer dans ce détail ennuyeux. Mais on ne pensera pas de même des réflexions qu'a fait sur cette matiere l'illustre écrivain de l'Histoire naturelle de l'homme, & je me flate qu'on sera bien aise de les retrouver ici.
" La variété dans la maniere de se vêtir, dit M. de Buffon, est aussi grande que la diversité des nations ; & ce qu'il y a de singulier, c'est que de toutes les especes de vêtemens nous avons choisi l'une des plus incommodes, & que notre maniere, quoique généralement imitée par tous les peuples de l'Europe, est en même tems de toutes les manieres de se vêtir, celle qui demande le plus de tems, & celle qui paroît être le moins assortie à la nature.
Quoique les modes semblent n'avoir d'autre origine que le caprice & la fantaisie, les caprices adoptés & les fantaisies générales méritent d'être examinées. Les hommes ont toujours fait & feront toujours cas de ce qui peut fixer les yeux des autres hommes, & leur donner en même tems des idées avantageuses de richesses, de puissance, de grandeur, &c.
La valeur de ces pierres brillantes qui ont toûjours été regardées comme des ornemens précieux, n'est fondée que sur leur rareté & sur leur éclat ébloüissant ; il en est de même de ces métaux éclatans, dont le poids nous paroît si léger, lorsqu'il est reparti sur tous les plis de nos vêtemens pour en faire la parure. Ces pierres, ces métaux sont moins des ornemens pour nous, que des signes pour les autres, auxquels ils doivent nous remarquer & reconnoître nos richesses. Nous tâchons de leur en donner une plus grande idée, en aggrandissant la surface de ces métaux ; nous voulons fixer leurs yeux, ou plutôt les ébloüir. Combien peu y en a-t-il en effet qui soient capables de séparer la personne de son vêtement, & de juger sans mélange l'homme & le métal !
Tout ce qui est rare & brillant sera donc toûjours de mode, tant que les hommes tireront plus d'avantage de l'opulence que de la vertu, tant que les moyens de paroître considérables seront différens de ce qui mérite d'être seul considéré. L'éclat extérieur dépend beaucoup de la maniere de se vêtir. Cette maniere prend des formes différentes, selon les différens points de vûe sous lesquels nous voulons être regardés. L'homme glorieux ne néglige rien de ce qui peut étayer son orgueil ou flater sa vanité ; on le reconnoît à la richesse ou à la recherche de ses ajustemens.
Un autre point de vûe que les hommes ont assez généralement, est de rendre leur corps plus grand, plus étendu ; peu contens du petit espace dans lequel est circonscrit notre être, nous voulons tenir plus de place en ce monde, que la nature ne peut nous en donner ; nous cherchons à aggrandir notre figure par des chaussures élevées, par des vêtemens renflés ; quelqu'amples qu'ils puissent être, la vanité qu'ils couvrent n'est-elle pas encore plus grande " ?
Mais laissons l'homme vain faire parade de son mérite emprunté, & considérons l'industrie de l'étoffe qu'il porte, dont il est redevable au génie du fabriquant.
C'est un beau coup-d'oeil, si j'ose parler ainsi, que la contemplation de tout ce que l'art a déployé successivement de beautés & de magnificence, à l'aide de moyens simples dont le hasard a presque toûjours présenté l'usage. La laine, le lin, la soie, le coton, ou le mélange de ces choses les unes avec les autres, ont constitué la maniere & le fond de toutes les étoffes & toiles fines ; le travail & les couleurs en font le prix & la différence. Ainsi d'un côté, la dépouille des animaux, les productions de la terre, l'ouvrage des vers ; & de l'autre des coquillages, des insectes, la graine des arbres, le suc des plantes, & quelques drogues, servent à la composition de tous les vêtemens.
Les Phrygiens trouverent l'art de broder avec l'aiguille ; leur ouvrage étoit relevé en bosse, eminebat ac asperior reddebatur : les Babyloniens au contraire ne formoient qu'un tissu qui n'étoit chargé que de la différence des couleurs, tegmen unitè pictum de coloribus variis ; & après cela ils employoient l'aiguille sur ce tissu : ces deux peuples rendoient également les figures. De nouveaux ouvriers s'éleverent à Alexandrie, qui, avec la seule navette & des fils de couleurs différentes, étendirent plus loin l'industrie. Voilà ce que nous savons des anciens.
Je ne parlerai pas de la perfection où l'on a porté dans nos tems modernes la variété, le goût, la richesse, la solidité, la durée, en un mot les fabriques admirables des principales étoffes qui servent aux vêtemens, à la parure, & aux ameublemens. C'est assez de dire que les anciens n'ont rien connu de pareil. On donne dans cet Ouvrage les principales manoeuvres des Arts & Métiers par lesquels on exécute tant de beaux ou d'utiles ouvrages ; le discours en décrit les opérations à chaque article ; la gravûre les représente à l'oeil : l'un & l'autre réunis en dévoilent le secret à la postérité ; & c'est ce qui n'avoit point encore été fait jusqu'à ce jour. (D.J.)
HABITS des Romains, (Hist. anc.) habits particuliers à ce peuple célebre.
Il importe beaucoup de les connoître, tant pour l'intelligence des auteurs sacrés & prophanes, que pour celle des loix & des monumens antiques ; on le prouveroit par plusieurs recherches d'érudition. Lisez sur ce point Octav. Ferrarius, de re vestiariâ Romanorum, libri VII. Patav. 1670, in-4°.
Les habits des Romains, dans les anciens tems, n'étoient formés que de diverses peaux de bêtes, auxquelles ils firent succéder de grosses étoffes de laine, qu'on perfectionna & qu'on rendit plus fines dans la suite ; mais le genre de vie des premiers Romains étoit si grossier, qu'il approchoit de celui des sauvages. Pendant plusieurs siecles, ils eurent si peu d'attention à l'extérieur de leur personne pour la propreté & la parure, qu'ils laissoient croître leurs cheveux & leur barbe, sans en prendre aucun soin.
Les habits annexés aux charges éminentes de la république, se ressentoient de ce goût si peu recherché, & ne différoient des autres que par quelques ornemens de pourpre ; ils pensoient que les dignités par elles-mêmes & par la maniere de les remplir, devoient suffire pour imprimer tout le respect qui leur étoit dû, sans emprunter l'éclat d'une magnificence qui ne frappe que les yeux du vulgaire, & qui d'ailleurs ne convenoit point à l'esprit républicain dont ils étoient épris.
Quand les étoffes de laine furent introduites, ils se firent des tuniques amples avec des manches larges & si courtes, qu'à peine elles descendoient jusqu'au coude : cette mode même dura long-tems ; car il paroît que ce ne fut que vers le siecle de Constantin qu'ils prolongerent les manches presque jusqu'au poignet. C'étoit sur cette ample tunique qu'on mettoit une ceinture, & par-dessus une robe sans manches, comme une espece de manteau large ouvert par-devant ; qu'on appelloit toge : on en faisoit passer un des bouts par-dessus l'épaule gauche, afin d'avoir le bras droit plus libre ; & lorsqu'on vouloit agir avec cet habillement, on le retroussoit en le tournant autour du corps.
Sous la république, la maniere ordinaire, en allant par les rues, étoit de le laisser descendre presque sur les talons ; Auguste amena la mode de le relever plus haut ; ensorte que par-devant on le laissoit tomber un peu au-dessous du genou, & par-derriere jusqu'à mi-jambe.
Lorsque les Romains devinrent plus riches, on fit la toge d'une étoffe de laine fine & blanche pour l'ordinaire : c'étoit dans son origine un habit d'honneur défendu au petit peuple, qui n'alloit par la ville qu'avec la simple tunique ; il étoit pareillement défendu à ceux qu'on envoyoit en exil : cependant on quittoit ordinairement la toge en campagne, où l'on se servoit d'un habit plus court & moins embarrassant. A l'égard de la ville, la bienséance vouloit qu'on n'y parût qu'avec cet habillement : ensuite quand il devint commun à presque tout le monde, il n'y eut plus que la finesse de l'étoffe & la plus grande ampleur de cette robe qui distinguât les personnes riches. La toge fut commune aux deux sexes, jusqu'à ce que, vers le déclin de la république, quelques femmes de qualité prirent l'usage de la robe nommée stole : alors la toge ne fut plus que l'apanage des hommes, des femmes du menu peuple, & des libertines. Voyez STOLE.
La robe qu'on appelloit prétexte avoit beaucoup de ressemblance avec la toge ; c'étoit celle qu'on faisoit porter aux enfans de qualité : dès qu'ils avoient atteint l'âge de douze ans, ils quittoient l'habit d'enfance, qui étoit une veste à mouches, qu'on appelloit alicata chlamis, pour porter la prétexte, à cause qu'elle étoit bordée de pourpre : les magistrats, les prêtres & les augures s'en servoient dans de certaines cérémonies.
Les sénateurs avoient sous cette robe une tunique qu'on nommoit laticlave, & qu'on a long-tems pris à la lettre pour un habillement garni de larges têtes de cloux de pourpre, mais qu'on a reconnu depuis ne signifier qu'une étoffe à larges bandes ou raies de pourpre, de même que celle qu'on nommoit angusti-clave, qui étoit propre aux chevaliers pour les distinguer des sénateurs, & qui n'étoit pareillement qu'une étoffe à bandes de pourpre plus étroites. Voyez LATICLAVE.
Les enfans des sénateurs & des magistrats curules ne portoient la tunique laticlave qu'après avoir pris la robe virile ; jusqu'à ce tems-là, ils n'avoient point d'autres marques de distinction, outre la robe prétexte, que ce qu'on appelloit bulla, qui étoit un petit coeur qui leur pendoit sur la poitrine : ils avoient encore le droit de porter la robe qu'on nommoit trabaea ; cette robe étoit assez semblable à la toge, seulement un peu plus courte, & rayée de blanc, d'or & de pourpre : on assûre qu'elle avoit été affectée aux rois de Rome.
Ce qu'on appelloit lacerne étoit un manteau pour le mauvais tems, & qui se mettoit par-dessus la toge. Dans les commencemens, on ne s'en servoit qu'à la guerre ; la lacerne s'attachoit par-devant avec une boucle ; on y joignoit un capuchon, cucullus, qu'on ôtoit quand on vouloit : de-là le passage d'Horace, odoratum caput obscurante lacernâ. Sat. vij. l. II. v. 55. On avoit des lacernes pour l'hiver, qui étoient d'une grosse étoffe ; & pour l'été d'une étoffe plus fine, mais toujours de laine. Il est vrai que jusqu'au tems de Cicéron, ces sortes de manteaux ne furent presque qu'à l'usage du peuple ; mais comme on les trouva commodes, tout le monde s'en servit d'abord pour la campagne, ensuite pour la ville. Les dames quand elles sortoient le soir, les personnes de qualité, & les empereurs mêmes mettoient ce manteau par-dessus la toge, lorsqu'ils alloient sur la place & au cirque. Ceux du peuple étoient d'une couleur brune ou blanche ; ceux des sénateurs, de pourpre ; & ceux des empereurs, d'écarlate. On observoit cependant quand on paroissoit devant l'empereur, de quitter ce manteau par respect. Voyez LACERNE.
La synthèse étoit une autre espece de manteau fort large, que les Romains mettoient pour manger, comme un habillement plus commode pour être à table couchés sur les lits. Martial nous apprend que de son tems il y avoit des particuliers qui par un air de luxe en changeoient souvent pendant le repas. La couleur en étoit ordinairement blanche & jamais noire, pas même dans les repas qu'on donnoit aux funérailles.
La pullata vestis désigne un habit qui se portoit pour le deuil, & dont usoit ordinairement le petit peuple ; la couleur en étoit noire, minime, ou brune, & la forme assez semblable à celle de la lacerne ; car elle avoit de même un capuchon.
L'habit militaire étoit une tunique juste sur le corps, qui descendoit jusqu'à la moitié des cuisses, & par-dessus laquelle s'endossoit la cuirasse. C'étoit avec cet habit que les Romains dans leurs exercices, ou en montant à cheval, mettoient certaines petites chausses nommées campestres, qui leur tenoient lieu de culottes ; car ordinairement ils ne les portoient point avec les habits longs.
Le paludamentum nous présente le manteau de guerre des officiers ; il ressembloit à celui que les Grecs nommoient clamyde, se mettoit aussi pardessus la cuirasse, & s'attachoit avec une boucle sur l'épaule droite, ensorte que ce côté étoit tout découvert ; afin que le mouvement du bras fût libre, comme on le voit dans les statues antiques.
Au lieu de paludamentum, les soldats portoient à l'armée sur leur cuirasse une espece de casaque ou saye, qu'ils appelloient sagum.
Outre ces différens habillemens, il y en avoit de particuliers attachés à certaines dignités ou à de certaines cérémonies, comme la robe triomphale, toga triumphalis. Voyez ROBE TRIOMPHALE.
Nous ne parcourons pas leurs autres habits, parce que nous n'en connoissons que les noms ; mais on comprend sans peine que les guerres, le luxe & le commerce avec les nations étrangeres, introduisirent dans l'empire plusieurs vêtemens dont il n'est pas possible de marquer les caracteres & les différentes modes.
Sous les uns ou les autres des habits que nous venons de décrire en peu de mots, les Romains hommes & femmes portoient ordinairement deux tuniques ; la plus fine qu'on mettoit sur la peau, tenoit lieu de chemise ; celle des hommes étoit très-juste, sans manches, & ne descendoit qu'à mi-jambe ; celle des femmes étoit plus longue, plus ample, & avoit des manches qui venoient jusqu'au coude : c'étoit s'écarter de la modestie, & prendre un air trop libre, que de ne pas donner à cette chemise la longueur ordinaire ; elle prenoit juste au coû des femmes, & ne laissoit voir que leur visage, dans les premiers tems de la fondation de Rome.
L'autre tunique qui étoit fort large, se mettoit immédiatement sous la robe ; mais lorsque le luxe eut amené l'usage de l'or & des pierreries, on commença impunément à ouvrir les tuniques & à montrer la gorge. La vanité gagna du terrein, & les tuniques s'échancrerent ; souvent même les manches, au rapport d'Elien, ne furent plus cousues ; & du haut de l'épaule jusqu'au poignet, on les attachoit avec des agraffes d'or & d'argent ; de telle sorte cependant qu'un côté de la tunique posant à demeure sur l'épaule gauche, l'autre côté tomboit négligemment sur la partie supérieure du bras droit.
Les femmes mettoient une ceinture, zona, sur la grande tunique, soit qu'elles s'en servissent pour la relever, soit qu'en se serrant davantage elles trouvassent moyen de tenir en respect le nombre & l'arrangement de ses plis. Il y avoit de la grace & de la noblesse de relever en marchant, à la hauteur de la main, le lais de la tunique qui tomboit au côté droit, & tout le bas de la jambe droite se trouvoit alors découvert. Quelques dames faisoient peu d'usage de leur ceinture, & laissoient traîner leur tunique ; mais on le regardoit comme un air de négligence trop marqué : de-là ces expressions latines, altè cincti, ou discincti, pour peindre le caractere d'un homme courageux, ou efféminé.
Le nombre des tuniques s'augmenta insensiblement ; Auguste en avoit jusqu'à quatre, sans compter une espece de camisole qu'il mettoit sur la peau avec un pourpoint, le reste du corps extrêmement garni, & une bonne robe fourrée par-dessus le tout. Ce même prince n'étoit pas moins sensible au chaud ; il couchoit pendant l'été presque nud, les portes de sa chambre ouvertes, le plus souvent au milieu d'un péristyle, au bruit d'une fontaine dont il respiroit la fraîcheur, pendant qu'un officier de sa chambre, un éventail à la main, agitoit l'air autour de son lit. Voilà l'homme à qui d'heureux hasards ouvrirent le chemin de l'empire du monde ! Mais ce n'est pas ici le lieu de réfléchir sur les jeux de la fortune ; il ne s'agit que de parler des vêtemens romains.
Les femmes suivirent en cela l'exemple des hommes ; leurs tuniques se multiplierent : la mode vint d'en porter trois ; le goût en forma la différence.
La premiere étoit une simple chemise ; la seconde, une espece de rochet ; & la troisieme, c'est-à-dire celle qui se trouvoit la supérieure, ayant reçu davantage de plis, & s'étant augmentée de volume, forma, à l'aide des ornemens dont elle se trouva susceptible, la stole que j'ai nommée plus haut, en remarquant qu'elle fit tomber la toge, ou du-moins n'en laissa l'usage qu'aux hommes & aux courtisannes.
Le luxe fit bientôt ajoûter par-dessus la stole un manteau ou mante à longue queue traînante, qu'on appelloit symare : on l'attachoit avec une agraffe plus ou moins riche sur l'épaule droite, afin de laisser plus de liberté au bras que les dames tenoient découvert comme les hommes. Cette symare portant en plein sur l'autre épaule, formoit en descendant un grand nombre de plis qui donnoient beaucoup de grace à cet habillement. Aussi les actrices s'en servoient sur le théatre. Voyez SYMARE.
La couleur blanche étoit la couleur générale des habits des Romains, comme aussi la plus honorable, indépendamment des dignités qui étoient marquées par la pourpre. Les citoyens dans les réjoüissances publiques paroissoient ordinairement vêtus de blanc : Plutarque nous instruit qu'ils en usoient de même dans les réjoüissances particulieres, & sur-tout dans celles du jour de leur naissance, qu'ils célébroient tous les ans.
On distinguoit les personnes de quelque rang ou qualité par la finesse, la propreté & la blancheur éclatante de l'habit. Aussi dit-on dans les auteurs, qu'on envoyoit souvent les robes au foulon pour les détacher & les blanchir ; le menu peuple hors d'état de faire cette dépense, portoit généralement des habits bruns.
Il faut pourtant remarquer que sur la fin de la république, la distinction dans les habits ne s'observoit déjà plus à Rome ; les affranchis étoient confondus avec les autres citoyens ; l'esclave s'habilloit comme son maître ; & si l'on excepte le seul habit du sénateur, l'usage de tous les autres se prenoit indifféremment : le moindre tribun des légions portoit le laticlave.
Mais, au milieu de cette confusion, les habits de tout le monde étoient encore tissus de laine pure : son emploi dans les étoffes a été le plus ancien & le plus durable de tous les usages. Pline, en nous disant que de son tems le luxe se joüoit de la nature même, & qu'il a vû des toisons de béliers vivans teintes en pourpre & en écarlate, ne connoissoit encore que la laine pour matiere de toutes sortes d'étoffes, qui ne recevoit de différence que de la diversité des couleurs & de l'apprêt. De-là ce fréquent usage des bains, que la propreté rendoit si nécessaire.
Ce ne fut que sous le regne des Césars, que l'on commença à porter des tuniques de lin ; Vopiscus prétend que la mode en vint d'Egypte ; & l'empereur Alexandre Sévere trouvoit avec raison qu'on en avoit corrompu la bonté, depuis qu'on s'étoit avisé de mêler dans le tissu des raies ou des bandes de pourpre. Si le lin est doux sur la peau, disoit-il, pourquoi ces ornemens étrangers qui ne servent qu'à rendre la tunique plus rude ?
L'usage de la soie dans les habits d'homme s'étant introduit sous Tibere, il fit rendre un decret par le sénat conçu en ces termes remarquables : Decretum, ne vestis serica viros foedaret. Ce fut Jules-César qui inspira ce nouveau goût de recherches, en faisant couvrir dans quelques spectacles qu'il donna tout le théatre de voiles de soie. Caligula parut le premier en public en robe de soie. Il est vrai que sous Néron les femmes commencerent à en porter ; mais il y a lieu de croire que leurs étoffes étoient mêlées de lin & de soie, & que jusqu'à Eliogabale le luxe n'a point fourni d'exemple d'une robe toute de soie, Eliogabalus primus Romanorum, holosericâ veste usus, fertur.
Aurélien n'avoit pas une seule robe holosérique dans toute sa garderobe ; aussi refusa-t-il à l'impératrice sa femme le manteau de soie qu'elle lui demandoit, en lui donnant pour raison de son refus, qu'il n'avoit garde d'acheter des fils au poids de l'or. La livre de soie valoit une livre d'or.
Nous ne devons pas nous étonner de cette valeur de la soie dans ces tems-là, si nous nous rappellons que Henri II. fut le premier en France qui porta une paire de bas de soie aux noces de sa soeur, & que la femme de Lopez de Padilla crut faire un présent magnifique à Philippe II. en lui envoyant de Tolede en Flandres une paire de bas semblables. Cependant, malgré le prix de ce genre de luxe, les habits de soie devinrent si communs à Rome, que l'empereur Tacite qui se glorifioit d'être parent de l'historien de ce nom, & qui fut le successeur d'Aurélien même, se contenta de ne défendre qu'aux hommes la robe holosérique, dont Eliogabale s'étoit le premier vêtu soixante ans auparavant.
Terminons cet article par considérer la gradation du luxe des Romains dans leur parure.
Sous la république, il n'y avoit que les courtisannes qui se montrassent dans la ville en habits de couleur. Sous les empereurs, les dames assortirent les couleurs de leurs habits à leur teint, ou au goût de mode qui régnoit alors. " La même couleur, dit Ovide, ne va pas à tout le monde : choisissez celle qui vous pare davantage ; le noir sied bien aux blanches, & le blanc aux brunes. Vous aimiez le blanc, filles de Cephée, & vous en étiez vêtues, quand l'île de Seriphe fut pressée de vos pas... "
Le même poëte ne réduit point à la seule couleur pourpre tout l'honneur de la teinture. Il nous parle d'un bleu qui ressemble au ciel, quand il n'est point couvert de nuages ; d'une autre couleur semblable à celle du bélier qui porta Phryxus & sa soeur Hellé, & les déroba aux supercheries d'Ino. Il y a, selon lui, un beau verd-de-mer dont il croit que les Nymphes sont habillées : il parle de la couleur qui teint les habits de l'Aurore, de celle qui imite les myrthes de Paphos, & d'une infinité d'autres, dont il compare le nombre à celui des fleurs du printems.
Sous la république, les femmes portoient des habits pour les couvrir ; sous les empereurs, c'étoit dans un autre dessein. " Voyez-vous, dit Séneque, ces habits transparens, si toutefois l'on peut les appeller habits ? Qu'y découvrez-vous qui puisse défendre le corps ou la pudeur ? Celle qui les met osera-t-elle jurer qu'elle ne soit pas une ? On fait venir de pareilles étoffes d'un pays où le Commerce n'a jamais été ouvert, pour avoir droit de montrer en public ce que les femmes dans le particulier n'osent montrer à leurs amans qu'avec quelque reserve : ut matronae, ne adulteris quidem plus suis, in cubiculo quàm in publico, ostendant ". Voyez GASE DE COS.
Sous la république, les dames ne sortoient point sans avoir la tête couverte d'un voile ; sous les empereurs, cet usage disparut ; on se tourna du côté de la galanterie. Cette célebre romaine qui possédoit tous les avantages de son sexe, hors la chasteté ; Poppée, dis-je, portoit en public un voile artistement rangé, qui lui couvroit à-demi le visage, ou parce qu'il lui séyoit mieux de la sorte, dit Tacite, ou pour donner plus d'envie de voir le reste.
Sous la république, les dames sortoient toujours décemment habillées & accompagnées de leurs femmes ; sous les empereurs, elles leur substituerent des eunuques, & ne garderent plus de décence dans leurs ajustemens.
Sous la république, les femmes & les hommes avoient des habits qui les distinguoient ; sous Tibere, les deux sexes avoient déjà revêtu les habits l'un de l'autre. Les femmes commencerent au sortir de leur lit & de leur bain à prendre un habillement qu'elles avoient en commun avec les hommes ; la galanterie ne laissoit point sans dessein & sans goût une robe faite pour se montrer négligemment à ses amis particuliers & aux personnes les plus cheres.
Sous la république, les dames n'avoient des pierreries que pour ressource dans les malheurs, & elles ne les portoient sur elles que dans les fêtes sacrées ; sous les empereurs, elles les prodiguoient sur leurs habits. Dans ces tems-là, les femmes les plus modestes n'osoient non plus aller sans diamans, dit Pline, qu'un consul sans les marques de sa dignité. J'ai vû, ajoûte le même auteur, Lollia Paulina se charger tellement de pierreries, même après sa répudiation, pour faire de simples visites, qu'elle n'avoit aucune partie de son corps, depuis la racine des cheveux jusque sur sa chaussure, qui ne fût ébloüissante. L'état qu'elle affectoit d'en étaler elle-même, se montoit à un million d'or, sans qu'on pût dire que ce fussent des présens du prince ou les pierreries de l'empire ; ce n'étoit que celles de sa maison, & l'un des effets de la succession de Marcus Lollius son oncle.
Ainsi la toge, le voile, le capuchon de grosse laine se changerent en chemises de fin lin, en robes transparentes, en habits de soie d'un prix immense, & en pierreries sans nombre. C'est-là l'histoire de Rome à cet égard, & c'est celle de tous les peuples corrompus ; car ils sont tous les mêmes dans l'origine de leur luxe, & dans ses progrès. (D.J.)
HABIT ECCLESIASTIQUE, habitus religionis, (Hist. ecclésiastiq.) On ne peut pas douter que dans les premiers siecles de l'Eglise, les clercs n'ayent porté les mêmes habits dont les laïcs étoient vêtus ; ils avoient trop de raison de se cacher, pour se déclarer par un habit qui les fît connoître. Il n'est donc pas aisé de découvrir l'époque de la prohibition que l'on fit aux ecclésiastiques de s'habiller comme les laïcs ; mais selon les apparences, cette époque ne remonte pas avant le cinquieme siecle. On trouve seulement dans le canon XX. du concile d'Agde, tenu en 506, que les peres de ce concile défendirent aux clercs de porter des habits qui ne convenoient point à leur état, c'est-à-dire qu'ils commençoient dès-lors à s'écarter des regles de la modestie & de la bienséance.
Le mal empira, & la licence devint si grande dans le même siecle, que le concile de Narbonne tenu en 589, fut obligé de leur défendre de porter des habits rouges ; mais comme de simples défenses n'arrêtoient pas le luxe & la vanité des ecclésiastiques, les conciles suivans introduisirent une peine contre les infracteurs. On ordonna en Occident que ceux qui contreviendroient à la défense, seroient mis en prison au pain & à l'eau pendant trente jours. Un concile tenu à Constantinople ordonna la suspension pendant une semaine contre ceux des ecclésiastiques qui imiteroient les laïcs dans leurs vêtemens. Enfin la punition devint encore plus sévere dans la suite ; car nous apprenons de Socrate, qu'Eustate évêque de Sebaste en Arménie fut réellement déposé, parce qu'il avoit porté un habit peu convenable à un prêtre. Le concile de Trente, sess. xjv. chap. vj. se conformant aux anciens conciles, s'est expliqué suffisamment sur ce sujet, sans qu'il soit besoin d'entrer dans de plus grands détails.
Les conciles particuliers & les synodes qui ont été tenus depuis celui de Trente, ont confirmé l'obligation imposée aux ecclésiastiques de porter l'habit clérical ; mais aucun concile n'a jamais rien déterminé sur la couleur & sur la forme de cet habit. M. de Sainte-Beuve consulté, si un clerc pouvoit porter le deuil de la maniere dont les laïcs le portent, répond qu'il n'y avoit aucun canon qui le défendît aux ecclésiastiques.
Socrate raconte dans son histoire de l'Eglise, liv. VI. c. xxij. que quelqu'un ayant démandé à Sisinnius pourquoi il portoit des habits blancs, quoiqu'il fût évêque, celui-ci lui répondit qu'il seroit bien-aise d'apprendre en quel endroit il étoit écrit, que les prêtres doivent être vêtus de noir, puisque l'on voit au contraire dans l'Ecriture que Salomon recommande aux prêtres d'avoir des habits blancs. C'est en effet celui que S. Clément d'Alexandrie & S. Jérôme leur conseillent par préférence.
Le cardinal Baronius prétend que le brun & le violet ont été les premieres couleurs dont les ecclésiastiques se sont servis pour se distinguer des laïcs. Je n'entrerai point dans cette recherche ; c'est assez de dire qu'à-présent le noir est la seule couleur que l'on souffre aux ecclésiastiques ; & quant à la forme de leur habit, il suffit qu'il soit long & descende sur les souliers.
Quelques-uns se contentent d'une demi-soutane ; mais c'est une tolérance de l'évêque qui pourroit défendre ce retranchement de l'habit ecclésiastique, que les canons appellent vestis talaris. Enfin, quoiqu'un docteur de Sorbonne ait tâché de prouver par un traité imprimé à Amsterdam en 1704, sous le titre de re vestiariâ hominis sacri, que l'habit ecclésiastique consiste plutôt dans la simplicité que dans la longueur & dans la largeur, il faut convenir que l'habit long a plus de majesté que celui qui ne l'est pas, & qu'en même tems l'abbé Boileau a raison dans le principe qu'il établit. (D.J.)
HABITS SACRES, (Hist. ecclésiastiq.) nom qu'on a donné parmi les Chrétiens aux habits ou ornemens que portent les ecclésiastiques pendant le service divin, & sur-tout durant la célébration de la Liturgie.
Dès les premiers tems de l'Eglise, dit M. Fleury, l'évêque étoit revêtu d'une robe éclatante, aussi-bien que les prêtres & les autres ministres : car dèslors on avoit des habits particuliers pour l'office. Ce n'est pas, ajoûte le même auteur, que ces habits fussent d'une figure extraordinaire. La chasuble étoit l'habit vulgaire du tems de saint Augustin. La dalmatique étoit en usage dès le tems de l'empereur Valérien. L'étole étoit un manteau commun même aux femmes. Enfin le manipule, en latin mappula, n'étoit qu'une serviette que les ministres de l'autel portoient sur le bras pour servir à la sainte table. L'aube même, c'est-à-dire la robe blanche de laine ou de lin, n'étoit pas du commencement un habit particulier aux clercs, puisque l'empereur Aurélien fit au peuple romain des largesses de ces sortes de tuniques. Vopisc. in Aurelian.
Mais depuis que les clercs se furent accoûtumés à porter l'aube continuellement, on recommanda aux prêtres d'en avoir qui ne servissent qu'à l'autel, afin qu'elles fussent plus blanches. Ainsi il est à croire que du tems qu'ils portoient toûjours la chasuble & la dalmatique, ils en avoient de particulieres pour l'autel de même figure que les communes, mais d'étoffes plus riches & de couleurs plus éclatantes. Moeurs des Chrét. tit. xlj.
Saint Jérôme n'a pas voulu signifier autre chose, lorsqu'il a dit : Religio divina alterum habitum habet in ministerio, alterum in usu vitâque communi. Car toute l'antiquité atteste que ces habits étoient les mêmes pour la forme ; mais elle a bien changé depuis, & celle qu'on leur a donnée est plus pour l'ornement que pour l'utilité. On les ornoit souvent d'or, de broderie & de pierres précieuses, pour frapper le peuple par un appareil majestueux.
Plusieurs auteurs ont donné des explications mystiques de la forme & de la couleur des habits sacrés. Saint Grégoire de Nazianze nous représente le clergé vêtu de blanc, imitant les anges par son éclat. Saint Chrysostôme compare l'étole de linge fin que les diacres portoient sur l'épaule gauche, & dont ils se servoient pendant les saints mysteres, aux aîles des anges. Saint Germain patriarche de Constantinople est celui qui s'est le plus étendu sur ces explications. L'étole représente, selon lui, l'humanité de Jesus-Christ teinte de son propre sang. La tunique blanche marque l'éclat & l'innocence de la vie des Ecclésiastiques ; les cordons de la tunique figurent les liens dont Jesus-Christ fut chargé. La chasuble représente la robe de pourpre dont il fut revêtu dans sa passion. Le pallium qui est fait de laine, & que le prélat porte sur son cou, signifie la brebis égarée que le pasteur doit conduire au bercail, & ainsi des autres. Thomassin, discipl. ecclésiast. part. I. liv. I. chap. xxxiij. part. II. liv. II. chap. xxxiij. & part. III. liv. I. chap. xxiij.
On peut compter parmi les habits sacrés le rochet, le surplis, l'aumusse, la mitre, le pallium, &c. qu'on trouvera dans ce Dictionnaire sous leurs titres respectifs.
Bingham dans ses antiquités, s'échauffe beaucoup & d'une maniere assez peu digne d'un savant de son mérite, pour prononcer que dans la primitive Eglise les évêques & les prêtres n'avoient pas d'autres habits, pour célébrer l'office divin, que leurs habits ordinaires. Nous convenons volontiers que pour la forme ils n'étoient pas différens des longues robes, des manteaux, des tuniques : c'étoient les habits que portoit tout le monde ; & parce que les Goths, les Vandales, & les autres nations barbares qui se répandirent dans l'empire romain, y apporterent des habillemens tout différens, falloit-il pour cela que le clergé adoptât leurs modes, & qu'il en changeât ainsi que de vainqueurs & de maîtres ? Cet auteur convient lui-même que dès le quatrieme siecle les clercs avoient déjà des habits particulierement destinés aux fonctions de leur ministere. Il y avoit donc déjà à cet égard des regles & des usages établis ; & quand il n'y en auroit pas eu, a-t-on jamais contesté à quelque religion que ce fût le droit de régler l'extérieur & la décence de ses ministres dans les cérémonies publiques ? Mais quel inconvénient y auroit-il, que dans des siecles plus reculés les évêques & les prêtres eussent eu dans les églises des habits pareils à ceux qu'ils portoient en public, mais seulement plus riches & plus ornés ? Après tout, cet Ouvrage n'est pas un livre de controverse ; & au lieu d'ennuyer ici le lecteur par une dispute frivole, il vaut mieux l'amuser par les recherches curieuses que l'auteur anglois a faites sur la forme des anciens habits que portoient les ecclésiastiques. Il en nomme plusieurs : savoir, le birrum ou la tunique commune, le pallium ou manteau, le colobium, espece de chemisette, la dalmatique, la casaque gauloise, l'hemiphorium, espece de tunique courte, & la robe ou chemise de lin, linea.
Le birrum ou tunique commune étoit l'habit des séculiers, & les ecclésiastiques le portoient également. Saint Augustin semble dire qu'un évêque ou un prêtre ne doit point porter un vêtement de cette sorte qui soit précieux, qu'il doit le vendre pour soulager les pauvres ; mais ne sait-on pas que pour cette cause il est permis de vendre même les vases sacrés, & que plusieurs saints évêques en ont usé ainsi ? S'ensuit-il de-là qu'on n'en devroit point avoir du-tout ?
Le pallium ou manteau étoit une ample piece d'étoffe que les anciens portoient par-dessus la robe, & qu'ils retroussoient sous le bras gauche ; les clercs, les ascetes même le portoient aussi-bien que les gens du monde. Le manteau long de nos ecclésiastiques d'aujourd'hui est d'une forme différente & d'un usage moins universel ; mais il faut être étrangement prévenu pour le trouver indécent.
Le colobium étoit une tunique courte avec des manches aussi courtes & serrées ; c'étoit l'habit de dessous des anciens romains, & les clercs en faisoient le même usage. La dalmatique étoit une tunique plus ample, traînante jusqu'aux talons avec des manches fort larges. Bingham lui-même prouve qu'elle étoit connue du tems de Cicéron ; mais quand l'usage n'en auroit pas été extrêmement commun alors, il pouvoit l'être du tems de S. Cyprien, dans la passion duquel on lit, cùm se dalmaticâ expoliasset ; leçon que condamne vivement Bingham, après le docteur Fell, comme une altération impardonnable. Nous avons raccourci la dalmatique, & d'un habit commun nous en avons fait un ornement majestueux.
La casaque gauloise, caracalla, étoit un habit propre aux laïcs ; mais il ne paroît par aucun monument que les ecclésiastiques l'ayent adopté.
L'hemiphorium étoit, selon le pere Petau, une courte tunique de dessous ou un demi-manteau que les clercs portoient sans-doute comme les laïcs, mais qu'il ne faut pas confondre avec l'omophorium, ornement particulier aux evêques, & dont parle S. Germain de Constantinople.
Enfin linea, la chemise de lin n'est aux yeux de Bingham qu'une chemise ordinaire, sur-tout dans la relation du martyre de S. Cyprien ; nous ne nous opiniâtrerons pas à soûtenir avec Baronius que c'étoit un rochet épiscopal. Mais n'a-t-on pas une foule de monumens qui prouvent que dès-lors dans le ministere des autels l'évêque & les prêtres étoient vêtus de longues robes blanches ? & ces robes ne pouvoient-elles pas être de lin si commun chez les anciens ? Voyez au mot AUBE ce que nous avons dit sur cette matiere ; voyez aussi Bingham, orig. eccles. tome II. lib. VI. c. jv. §. 18, 19 & 20. (G)
HABIT RELIGIEUX, (Hist. ecclésiastiq.) vêtement uniforme que portent les religieux & religieuses, & qui marque l'ordre dans lequel ils ont fait profession.
Les fondateurs des ordres monastiques ayant d'abord habité les deserts, n'ont donné à leurs religieux que le vêtement qu'ils portoient eux-mêmes ; & l'on conçoit bien qu'ils n'ont pas voulu les mieux traiter. Saint Athanase parlant des habits de saint Antoine, dit qu'ils consistoient dans un cilice de peau de brebis & dans un simple manteau. S. Jérôme écrit que saint Hilarion n'avoit qu'un cilice, une saye de paysan, & un manteau de peau ; mais comme cet habit là étoit alors en Orient & en Occident l'habit commun des bergers & des montagnards, il n'avoit garde d'en prendre un qui fût moins grossier.
Les religieux ou les communautés qui se sont établis pour vivre dans les villes, ont reçu l'habit que portoient les instituteurs de leurs ordres ; & sans cela peut-être on n'eût jamais parlé d'eux.
Ainsi S. Dominique eut soin de donner à ses disciples l'habit qu'il avoit porté lui-même. Les Jésuites, les Barnabites, les Théatins, les Oratoriens, &c. n'ont pas manqué de prendre l'habit de leurs fondateurs. S'ils paroissent d'abord extraordinaires, c'est que les ordres religieux n'ont pu changer comme les laïcs, ni suivre les modes que le tems a fait naître ; mais ils n'y ont rien perdu : on les distingue tous par leurs habits, ce qui est un très-grand avantage pour les ordres accrédités ; & chaque ordre se flate tôt ou tard de la préférence. (D.J.)
HABIT DE BORD, (Marine) se dit du vêtement que les Matelots portent à la mer. (Q)
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| HABITABLE | adj. masc. & fém. (Gram.) qui peut être habité : il se dit de la portion du globe terrestre occupée par des hommes ; sur toute la terre habitable, il n'y a rien de plus grand : d'un climat ; l'extrême chaleur de la zone torride, & le froid severe de la zone glaciale n'empêchent point qu'elles ne soient habitables : d'une maison ; les réparations qu'on y a faites l'ont rendue habitable.
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| HABITACLE | S. m. (Marine) c'est une espece d'armoire ou retranchement placé vers le mât d'artimon, devant le poste du timonnier, où l'on place les compas ou boussoles, les horloges, & la lumiere qui sert à éclairer le timonnier. Voyez sa situation, Planche IV. Marine, fig. 1. l'habitacle coté 136. Les planches de cette armoire sont assemblées par des chevilles de bois, sans qu'il y ait aucune ferrure, de-peur que le fer ne dérange la direction de l'aiguille aimantée du compas de route qui y est enfermé. Les vaisseaux du premier rang ont deux habitacles, l'un pour le pilote, & l'autre pour le timonnier. La largeur ordinaire qu'on donne à l'habitacle est de la sixieme partie de la largeur du vaisseau : à l'égard de sa hauteur, on la fait d'une sixieme partie moindre que sa largeur. (Z)
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| HABITANT | S. m. (Gramm.) qui est domicilié dans un endroit, soit qu'il soit venu s'y établir d'ailleurs, soit qu'il y ait demeuré de tout tems. Dans le premier cas on diroit en latin accola, & dans l'autre incola. En françois on dit habitant de quiconque demeure dans un endroit habituellement, & qui n'y est pas seulement en passant. Voyez HABITATION.
HABITANT, (Commerce) celui qui possede dans une colonie un certain espace de terre que le roi par ses lettres patentes, ou les directeurs d'une compagnie par leurs concessions, abandonnent en propre pour la planter & cultiver à son profit, moyennant certaine redevance convenue. On les appelle aussi en France colons & concessionnaires. Les Anglois les nomment Planteurs. Voyez COLON, CONCESSIONNAIRE, PLANTEUR. Dictionn. de Commerce. (G)
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| HABITATION | S. f. (Gramm.) lieu qu'on habite quand on veut. J'ai hérité d'une habitation aux champs ; c'est-là que je me dérobe au tumulte, & que je suis avec moi. On a une maison dans un endroit qu'on n'habite pas ; un séjour dans un endroit qu'on n'habite que par intervalle ; un domicile dans un endroit qu'on fixe aux autres comme le lieu de sa demeure ; une demeure par-tout où l'on se propose d'être long-tems. Après le séjour assez court & assez troublé que nous faisons sur la terre, un tombeau est notre derniere demeure.
HABITATION, (Commerce) c'est un établissement que des particuliers entreprennent dans des terres nouvellement découvertes, après en avoir obtenu des lettres du roi ou des intéressés à la colonie, qui contiennent la quantité de terres qu'on leur accorde pour défricher, & la redevance ou droit de cens qu'ils en doivent payer tous les ans au roi ou à la compagnie.
C'est dans ces sortes d'habitations que suivant la qualité du sol, après avoir essarté les terres on cultive des cannes à sucre, du coton, du tabac, de l'indigo, & autres semblables marchandises qui y croissent aisément, & sont d'un très-bon débit en Europe. La culture de la terre & les autres ouvrages qui en dépendent, comme la conduite des moulins à sucre, la préparation du tabac & de l'indigo, &c. sont confiés à des engagés qu'on appelle des trente-six mois, parce que leur engagement doit durer trois ans, ou à des negres esclaves pour toute leur vie. Voyez NEGRES & TRENTE-SIX MOIS. Dictionnaire de Commerce. (G)
HABITATION, signifie aussi quelquefois un établissement passager, que des habitans des colonies déjà bien établies, comme de celle de Québec, vont faire chez les nations amies des François pour le commerce des Pelleteries. Quand le séjour n'est pas long chez ces sauvages, on donne simplement au voyage le nom de course ; mais on l'appelle habitation, quand on y demeure plusieurs années de suite. Dictionnaire de Commerce. (G)
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| HABITER | v. act. voyez HABITATION. Il se dit aussi quelquefois du commerce de l'homme & de la femme. S'ils sont époux, on dit simplement, qu'ils ont habité ; s'ils ne le sont pas, on joint à l'habitation l'épithete de charnelle.
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| HABITUDE | S. f. (Morale) c'est un penchant acquis par l'exercice des mêmes sentimens, ou par la répétition fréquente des mêmes actions. L'habitude instruit la nature, elle la change ; elle donne de l'énergie aux sens, de la facilité & de la force aux mouvemens du corps & aux facultés de l'esprit ; elle émousse le tranchant de la douleur. Par elle, l'absynthe le plus amer ne paroît plus qu'insipide. Elle ravit une partie de leurs charmes aux objets que l'imagination avoit embellis : elle donne leur juste prix aux biens dont nos desirs avoient exagéré le mérite ; elle ne dégoûte que parce qu'elle détrompe. L'habitude rend la joüissance insipide, & rend la privation cruelle.
Quand nos coeurs sont attachés à des êtres dignes de notre estime, quand nous nous sommes livrés à des occupations qui nous sauvent de l'ennui & nous honorent, l'habitude fortifie en nous le besoin des mêmes objets, des mêmes travaux ; ils deviennent un mode essentiel de notre ame, une partie de notre être. Alors nous ne les séparons plus de notre chimere de bonheur. Il est sur-tout un plaisir que n'usent ni le tems ni l'habitude, parce que la réflexion l'augmente ; celui de faire le bien.
On distingue les habitudes en habitudes du corps & en habitudes de l'ame, quoiqu'elles paroissent avoir toutes leur origine dans la disposition naturelle ou contractée des organes du corps ; les unes dans la disposition des organes extérieurs, comme les yeux, la tête, les bras, les jambes ; les autres dans la disposition des organes intérieurs, comme le coeur, l'estomac, les intestins, les fibres du cerveau. C'est à celles-ci qu'il est sur-tout difficile de remedier ; c'est un mouvement qui s'excite involontairement ; c'est une idée qui se réveille, qui nous agite, nous tourmente & nous entraîne avec impétuosité vers des objets dont la raison, l'âge, la santé, les bienséances, & une infinité d'autres considérations nous interdisent l'usage. C'est ainsi que nous recherchons dans la vieillesse avec des mains desséchées, tremblantes & goutteuses & des doigts recourbés, des objets qui demandent la chaleur & la vivacité des sens de la jeunesse. Le goût reste, la chose nous échappe, & la tristesse nous saisit.
Si l'on considere jusqu'où les enfans ressemblent quelquefois à leurs parens, on ne doutera guere qu'il n'y ait des penchans héréditaires. Ces penchans nous portent-ils à des choses honnêtes & loüables, on est heureusement né ; à des choses deshonnêtes & honteuses, on est malheureusement né.
Les habitudes prennent le nom de vertus ou de vices, selon la nature des actions. Faites contracter à vos enfans l'habitude du bien. Accoutumez de petites machines à dire la vérité, à étendre la main pour soulager le malheureux, & bien-tôt elles feront par goût, avec facilité & plaisir, ce qu'elles auront fait en automates. Leurs coeurs innocens & tendres ne peuvent s'émouvoir de trop bonne heure aux accens de la loüange.
La force des habitudes est si grande, & leur influence s'étend si loin, que si nous pouvions avoir une histoire assez fidele de toute notre vie, & une connoissance assez exacte de notre organisation, nous y découvririons l'origine d'une infinité de bons & de faux goûts, d'inclinations raisonnables & de folies qui durent souvent autant que notre vie. Qui est-ce qui connoît bien toute la force d'une idée, d'une terreur jettée de bonne heure dans une ame toute nouvelle ?
On prend l'habitude de respirer un certain air, & de vivre de certains alimens ; on se fait à une sorte de boisson, à des mouvemens, des remedes, des venins, &c.
Un changement subit de ce qui nous est devenu familier à des choses nouvelles est toûjours pénible, & quelquefois dangereux, même en passant de ce qui est regardé comme contraire à la santé, à ce que l'expérience nous a fait regarder comme salutaire.
Une soeur de l'Hôtel-Dieu alloit chaque année voir sa famille à Saint-Germain-en-Laye ; elle y tomboit toûjours malade, & elle ne guérissoit qu'en revenant respirer l'air de cet hôpital.
En seroit-il ainsi des habitudes morales ? & un homme parviendroit-il à contracter une telle habitude du vice, qu'il ne pourroit plus être que malheureux par l'exercice de la vertu ?
Si les organes ont pris l'habitude de s'émouvoir à la présence de certains objets, ils s'émouvront malgré tous les efforts de la raison. Pourquoi Hobbes ne pouvoit-il passer dans les ténebres sans trembler & sans voir des revenans ? C'est que ses organes prénoient alors involontairement les oscillations de la crainte, auxquelles les contes de sa nourrice les avoient accoutumés.
Le mot habitude a plusieurs acceptions différentes ; il se prend en Medecine pour l'état général de la machine ; l'habitude du corps est mauvaise. Voyez HABITUDE, (Medecine). Il est synonyme à connoissance ; & l'on dit, il ne faut pas s'absenter long-tems de la Cour, pour perdre les habitudes qu'on y avoit. Il se dit aussi d'une sorte de timidité naturelle qui donne de l'aversion pour les objets nouveaux ; c'est un homme d'habitude ; je suis femme d'habitude, je n'aime point les nouveaux visages ; il y en a peu de celles-là. On l'employe quelquefois pour désigner une passion qui dure depuis long-tems, & que l'usage fait sinon respecter, du-moins excuser ; c'est une habitude de vingt ans. Habitude a dans les Philosophes quelquefois le même sens que rapport ; mais alors ils parlent latin en françois.
HABITUDE, , habitudo, habitus, (Medecine) ce terme est employé dans les ouvrages qui traitent de l'économie animale, & particulierement dans ceux de Medecine, pour signifier la disposition du corps de l'animal ou de l'homme vivant ; relativement à ses qualités extérieures, c'est-à-dire à celles de sa surface, qui tombent sous les sens & qui sont susceptibles de différences par rapport aux différens individus, tant dans l'état de santé, que dans celui de maladie.
Ainsi ceux qui ont la peau douce, souple, sans poil, ou au-moins très-peu velue, assez épaisse, avec une sorte de fermeté, à raison de sa tension, ont l'habitude qui accompagne l'embonpoint : ceux au contraire qui ont la peau rude, mince, fort velue, peu flexible, avec sécheresse & disposition aux rides, ont l'habitude qui se trouve ordinairement jointe à la maigreur de tempérament.
L'habitude qui réunit le plus de bonnes qualités, c'est-à-dire de celles qui accompagnent l'état de santé (voyez SANTE), est appellée des Grecs , evexia ; & celle qui n'est composée que de mauvaises qualités est nommée , cachexia.
L'habitude, comme le tempérament en général, dépend de la disposition physique des parties consistantes principalement, qui entrent dans la composition des organes, & de celle des humeurs qui s'y distribuent : en quoi l'habitude differe de la constitution ou complexion, qui dépend de la disposition des parties méchaniques, de la conformation, de la faculté propres à chacun des organes & des qualités des humeurs qu'il reçoit. L'habitude differe du tempérament en ce qu'il renferme les qualités communes à toutes les parties du corps, tant externes qu'internes, au lieu qu'elle ne regarde que l'extérieur du corps. Voyez TEMPERAMENT.
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| HABITUÉ | adj. pris subst. c'est un ecclésiastique qui s'est attaché volontairement au service d'une paroisse.
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| HABITUEL | adj. (Gramm.) qui est tourné en habitude. Ainsi on dit une maladie habituelle, la grace habituelle. La grace habituelle se reçoit par le baptême & s'accroît par les autres sacremens. Il faut avoir la grace actuelle pour bien faire, & l'habituelle pour être sauvé.
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| HABOUTS | S. m. plur. (Jurisprud.) terme usité dans quelques coûtumes, pour exprimer les tenans & aboutissans d'un héritage. (A)
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| HABSAL | (Géog.) ville de Livonie dans le comté d'Esthonie, près de la mer Baltique.
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| HABSBOURG | S. m. (Géog.) ancien château de Suisse au canton de Berne, dans le bailliage de Lentzbourg. Je n'en parle que parce qu'il a donné son nom à Rodolphe, comte d'Habsbourg, seigneur Suisse, fondateur d'une maison long-tems la plus florissante de l'Europe, & qui a été quelquefois sur le point d'avoir dans l'Empire la même puissance que Charlemagne. Rodolphe d'Habsbourg, avant que d'être élu empereur en 1273, " avoit été champion de l'abbé de Saint-galll contre l'évêque de Basle, dans une petite guerre pour quelques tonneaux de vin. Sa fortune étoit alors si peu proportionnée à son courage, qu'il fut quelque tems grand-maître-d'hôtel d'Ottocare, roi de Bohème, qui depuis pressé de lui rendre hommage, repondit qu'il ne lui devoit rien, qu'il lui avoit payé ses gages ". Voltaire, hist. génér. tome II. (D.J.)
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| HACACHAN | (Géogr.) royaume d'Asie dans la peninsule de l'Inde, dépendant du Grand-Mogol.
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| HACHA | (Géogr.) province du continent de l'Amérique méridionale, arrosée par une riviere de même nom, de la domination espagnole ; elle est riche en or, en pierres précieuses, & en fontaines salantes.
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| HACHE | S. f. (Tailland.) terme qui désigne tout gros outil de fer aciéré qui sert à couper, & dont le nom change suivant l'emploi & la forme ou la partie tranchante dans cet outil. Ainsi dans le marteau à tailler la pierre, la partie tranchante qui n'est ni bretée ni dentée, se nomme la hache ; l'autre partie, la bretture, & le haut, marteau.
Il y a un grand nombre de haches ; celle du Tourneur ressemble à une doloire, voyez DOLOIRE ; mais elle est plus petite ; sa planche & sa douille sont soudées ensemble par leur extrémité, comme aux cognées à douille ou en épaule des Charrons.
La hache du tireur de bois, ou l'instrument dont ils se servent pour couper les liens des perches qui forment les trains de bois, voyez TRAINS, a son tranchant à deux biseaux large de quatre à cinq pouces, parallelement à l'outil & au manche. Au côté opposé relativement à l'outil est un picot d'environ six pouces, qui sert à tirer les buches de l'eau. Cet outil est aciéré comme les autres.
La hache du bucheron n'a point de picot ; elle est plus grosse que celle du tireur de bois ; elle s'appelle cognée. Voyez COGNETTE.
Celle du marinier est une espece de marteau qui au lieu de la panne a un tranchant parallele au manche, large de trois à quatre pouces.
Il y a d'autres instrumens qui portent le même nom. Voyez les articles suivans, nos Planches & leurs explications.
* HACHE A MAIN, (Formier & autres ouvriers en bois grossiers) instrument tranchant large de fer & court de manche, dont on se sert pour diviser les pieces de bois qui sont trop grosses. Voyez la Planche du Formier.
HACHE D'ARMES, (Art milit. & hist.) espece de hache dont on se servoit autrefois dans les combats pour rompre les armes défensives des hommes d'armes. Elle ne sert plus guere aujourd'hui que dans la Marine, c'est-à-dire dans les combats sur mer. Le manche de la hache d'armes est souvent tout de fer : elle étoit taillée d'un côté en forme de hache ou cognée, & de l'autre en marteau ou en pointe. (Q)
* HACHE, (Myth.) symbole de Jupiter Labradeus chez les Cariens. Au lieu de tenir la foudre ou le sceptre, il étoit armé de la hache.
* HACHE, (ordre de la) (Hist. mod.) Raymond Berenger devenu comte de Barcelone, l'institua en mémoire de la victoire qu'il remporta sur ses ennemis, & de la belle défense que les femmes de Tortose armées de haches firent au siége de cette ville.
HACHE, (Arpentage) Nicod a dit que hache en fait d'arpentage, " est une certaine forme de champs, & conséquemment tenans ou aboutissans de flanc ou front courbe, & faisant tournailler, & non de droite ou pleine ligne " ; ainsi l'on dit piece de terre assise en tel lieu, appartenante à Louis Grivon, contenant dix arpens en hache, tenant d'une part à Jean Floquart, & d'autre part à Pierre Amy. (D.J.)
HACHE, (COUP-DE) Manege, Maréchallerie, voyez ENCOLURE.
HACHE, EN HACHE, ou HACHEE, (Imprimerie). On se sert de cette expression, lorsque dans un ouvrage il y a des gloses, qui trop abondantes pour contenir à la marge où elles commencent, sont continuées en retournant sous le texte, dont pour cet effet on retranche à la page à proportion que la glose en a besoin. On dit encore d'une addition, qu'elle est hachée, quand après avoir rempli toute la colonne qui lui est destinée elle passe sous la matiere, & forme des lignes qui deviennent de la largeur de la matiere & de l'addition. Cela arrive toutes les fois que le discours de l'addition est trop abondant, & que pour eviter la confusion, on évite d'en rejetter une partie à la page suivante. Plusieurs des anciens ouvrages de Droit sont imprimés en cette maniere : telle est la bible hébraïque de Bomberg, & le talmud du même.
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| HACHÉE | S. f. (Hist. mod.) punition qu'on imposoit autrefois aux gens de guerre & même aux seigneurs ; elle consistoit à porter une selle ou un chien pendant un espace de chemin désigné ; elle deshonoroit. On indiquoit une procession solemnelle, toutes les fois qu'un coupable la subissoit. Les mots du latin de ces tems, harmiscari, harmiscare, signifient la hachée, être puni de la hachée.
HACHEES, (Chasse) les pluviers cherchent les hachées ou les vers cachés sous les feuilles dont ils se nourrissent.
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| HACHEMENS | S. m. pl. en termes de Blason, se dit des liens des panaches à divers noeuds & lacets, & à longs bouts voltigeans en l'air. Les Allemands en lient leurs lambrequins, qui doivent être de mêmes émaux. On dit aussi hanchemens, & on y met un h par corruption : car achemens étoient autrefois synonymes à ornemens ; & l'on entendoit par ce mot des lambrequins ou chaperons d'étoffe découpés qui enveloppent le casque & l'écu, & qui sont ordinairement des mêmes émaux que les armoiries. Voyez CASQUE, FEU, & LAMBREQUINS.
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| HACHENBOURG | (Géogr.) ville, château, & bailliage d'Allemagne, au comté de Sayn, près de Coblentz, sur le Rhin.
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| HACHER | v. act. (Gramm.) couper en morceaux ; ce mot vient de l'instrument tranchant hache ; il se prend au simple & au figuré : on dit de la viande hachée, & un style haché. Il a plusieurs acceptions dans les Arts. Voyez les articles suivans.
HACHER, en Grav. & en Dess. est l'art de disposer des lignes à l'aide du burin ou du crayon, pour donner l'effet aux différens objets que l'on veut ombrer, soit en Gravure, soit en Dessein. Pour hacher, on se sert de lignes droites, courbes, ou ondées ; quelquefois on les employe seules, quelquefois aussi on les employe ensemble en les croisant en forme de losange, plus ou moins obliquement. Le sens dans lequel il convient de disposer ces lignes ou traits pour former les ombres, n'est pas tout-à-fait arbitraire, comme bien des graveurs & dessinateurs le pensent ; il faut que leur direction participe de la nature ou de la perspective de l'objet que l'on veut ombrer. Si l'objet est rond, le sens des hachures doit être circulaire ; s'il est uni, les hachures doivent être unies ; s'il est inégal, les hachures doivent participer de ces inégalités. Enfin pour parvenir à donner l'effet convenable, soit à une gravure, soit à un dessein, le grand art est de les varier, de maniere cependant qu'elles indiquent toûjours l'inflexion ou la forme générale des différens objets qu'elles couvrent. S'il y a plusieurs hachures les unes sur les autres, ainsi qu'il arrive le plus souvent, qui se croisent en maniere de losange ; il faut toûjours affecter que celle qui peut exprimer la forme générale ou particuliere de différens objets ombrés, soit la dominante ; ensorte que toutes les autres lignes ne servent que pour la glacer, l'unir, & en augmenter l'effet.
HACHER, (Jouaillier, Bijoutier, Fourbisseur, Argenteur, Damasquineur, Emailleur) c'est taillader une piece pour donner sur elle plus de prise à la matiere qu'on y veut attacher, soit émail, soit or, soit argent. Pour cet effet, on se sert d'un instrument appellé couteau à hacher.
* HACHER, (Lapidaire) c'est la manoeuvre par laquelle ces ouvriers pratiquent des traits à leur roue, soit avec la lame d'un couteau, soit à la lime, soit autrement. La poudre du diamant s'engage dans ces traits, & forme une espece de lime qui prend dans le mouvement rapide de la roue, sur la pierre qu'on y applique, chargée d'un poids, l'use & lui donne du poli ; sur-tout lorsqu'en appuyant la main sur la tenaille qui tient la pierre appliquée, on la presse contre la roue, en la faisant vaciller en sens contraires à celui de la roue : il arrive par ce vacillement leger, que les traits de la roue coupent les premiers traits qu'elle a faits sur la pierre, & les empêche de paroître. Sans ce petit tour de main, vous userez, mais vous ne polirez pas.
HACHER, en Maçonnerie, ou dans la Coupe des Pierres ; c'est avec la hache du marteau à deux têtes, unir le parement d'une pierre pour la rustiquer & la layer ensuite.
Lorsqu'une pierre ou un moilon a été haché, on peut le couvrir de plâtre ; & ce recouvrement s'appelle enduit ou crépi. Voy. HACHETTE, CREPI, & ENDUIT.
HACHER, (Tapissier, & autre Manufacturier en laine) c'est réduire en poudre la tonture des draps ou des autres étoffes en laine ; ou même pratiquer la même chose sur de la laine neuve.
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| HACHETTE | S. f. (Arts méchaniq.) instrument à l'usage d'un grand nombre d'ouvriers ; c'est ainsi que le diminutif le désigne une petite hache. Les Charpentiers en ont une à marteau, dont ils se servent pour ajuster des pieces de bois. Les Tonneliers, les Charpentiers, les Couvreurs, les Maçons ont aussi leur hachette. Les Maçons se servent d'un des bouts pour équarrier, & de l'autre pour placer le moilon ou la pierre. A la hachette du Maçon, au lieu de panne, il y a un tranchant large de deux pouces & demi : cet outil s'aciére comme le marteau. Voyez ACIERER. Voyez les Planches & leurs explications.
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| HACHI | S. m. (Cuisine) mets préparé de viandes ou poissons hachés menu & assaisonnés.
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| HACHOIR | ou HACHE-PAILLE, s. m. (Man. & Maréchall.) instrument appellé par quelques auteurs coupe-paille, & dont les Espagnols, ainsi que les Allemands, font un fréquent usage : il n'est pas généralement employé parmi nous : quelques écuyers seulement & quelques amateurs des chevaux en sont pourvûs & s'en servent très-utilement. Il est composé de trois planches formant entr'elles une sorte de gouttiere sans inclinaison, qui diminue de largeur & de hauteur, en approchant de l'extrémité où se réunit toute la méchanique de la machine ; sa longueur est d'environ trois pieds & demi ; sa plus grande largeur intérieure d'un pied ; la plus petite, de sept ou huit pouces. La paroi du fond a neuf lignes d'épaisseur ; les parois latérales faites chacune de deux pieces dans leur longueur, en ont autant dans quelques parties, & n'en ont que six dans d'autres ; leur plus grande hauteur est d'environ dix pouces & la plus petite de huit ; leur extrémité la plus étroite est entr'ouverte par une mortaise qui la traverse de part en part parallelement à sa rive perpendiculaire, & à trois pouces de cette rive. Cette mortaise qui a environ six pouces de hauteur sur huit ou neuf lignes de largeur, est armée d'une platine de fer qui en garnit tout le contour, & qui est arrêtée par des cloux. Ces deux mêmes parois sont maintenues dans leur position perpendiculaire sur celle du fond, par une piece de fer figurée comme l'embrasure d'une porte quarrée & cintrée par le haut ; le cintre excédant leur hauteur d'environ trois pouces ; & cette piece, dans ce qui forme les montans & la traverse inférieure, est arasée avec l'intérieur de la paroi du fond & des parois latérales auxquelles elle est réunie par deux cloux à vis qui les traversent dans leurs angles. On doit observer que dans celle des deux parties des parois qui est la plus grande, la plus longue & la plus mince, les fils du bois sont couchés ; dans l'autre, qui est à-peu-près quarrée, les fils du bois sont debout : celle-ci, d'un tiers environ plus épaisse, est fortifiée par trois petites bandes de fer ; deux d'entr'elles sont attachées à une de leurs extrémités, par la même vis qui attache & qui tient les montans de l'embrasure de fer, & suivant parallelement au fond & à la rive supérieure toute la largeur de la portion à-peu-près quarrée, elles vont de l'autre part se terminer sur celle qui a le plus de longueur ; la troisieme bande garnit l'épaisseur de ces portions ; & sur cette même épaisseur sont fixés deux goujons, l'un à l'extrémité postérieure, & l'autre à un tiers de longueur à compter de cette même extrémité, lesquels servent à maintenir chacun un liteau ou une traverse qui repose sur la rive supérieure de chaque paroi : quant aux bandes, elles sont clouées d'espace en espace, & elles affermissent tous les assemblages. Ces assemblages sont deux tenons avec languette entre-deux, pour la partie de la paroi latérale qui porte la mortaise, & de simples languettes : pour ce qui concerne l'autre partie, qui est unie non-seulement à la premiere, mais au fond & à une emboîture qui termine l'extrémité la plus large des parois des côtés. Cette emboîture est légerement cintrée en-dehors ; elle est assemblée par tenon avec la paroi du fond. Une petite bande de fer clouée sur l'épaisseur & supérieurement, en rend impossible la séparation d'avec les parois latérales, qui dans une partie de leur longueur, se ressentent du trait-d'arc ou du cintre leger dont j'ai parlé.
Cette gouttiere ainsi comparée est élevée d'environ un pied & demi à chaque extrémité, sur deux piés assemblés à-peu-près comme ceux des treteaux ordinaires ; ceux de l'extrémité antérieure sont assez larges pour être refendus dans une portion de leur longueur, par une mortaise d'environ neuf lignes, parallele à leurs rives antérieures, & qui en est distante d'environ autant de lignes. L'un de ces piés n'est entr'ouvert que pour recevoir l'extrémité d'une lame de bois, dont l'autre extrémité doit joüer & mouvoir de haut en bas dans la mortaise du pié qui répond au premier. Celle-ci peut parcourir ainsi un arc d'environ quarante-cinq degrés ; cette même lame est jumelée, & sa jumelle joue extérieurement : elles sont l'une & l'autre assemblées, d'une part par un boulon à vis & écrous à oreilles qui les traversent, ainsi que le pié, & qui devient le centre de leurs mouvemens ; & de l'autre, c'est-à-dire à leur extrémité mobile, par un autre boulon semblable qui les traverse encore & qui passe en même tems dans l'oeil du grand couteau à-peu-près pareil à ceux dont se servent les Boulangers pour couper le pain. Le manche de ce couteau dont la lame a environ deux piés de longueur, n'offre rien de différent, si ce n'est qu'il est un peu plus incliné en contre-bas. Je remarque au surplus que les jumelles excedent la machine d'environ sept ou huit pouces, à compter du boulon qui tient le couteau ; que les boulons sont distans de l'un à l'autre d'environ un pied huit pouces ; & que le centre du mouvement des jumelles est éloigné d'environ un pié deux pouces de la paroi inférieure de la gouttiere.
Derriere les deux piés antérieurs est placée une pédale ; elle est assemblée mobilement par l'une de ses extrémités, dans la partie inférieure du pié opposé au côté, sur lequel se présente le manche du couteau ; son autre extrémité déborde de six pouces environ l'à-plomb de la machine. De cette pédale & dans le lieu qui répond à l'à-plomb du milieu, s'éleve une chaînette terminée par une lame percée de plusieurs trous, laquelle traverse un palonier qui y est fixé par le moyen d'une goupille que l'on peut mettre, selon le besoin, dans les uns ou dans les autres de ces mêmes trous, tandis que de chaque extrémité du palonier part une tringle qui s'y assemble à crochet, & qui percée par son bout supérieur, reçoit un boulon à écrou, qui passe dans les mortaises des parois latérales, & qui traverse en même tems une piece de bois qui remplit exactement la largeur de la gouttiere : en cet endroit cette piece de bois a environ huit pouces de longueur ; elle est traversée dans son épaisseur, qui est d'environ un pouce & demi, non dans sa moitié, car sa partie antérieure se trouve un pouce & demi de moins que sa partie postérieure. Sa portion inférieure doit présenter antérieurement un plan parallele à la paroi du fond de la gouttiere, & postérieurement un plan recourbé en contre-haut, tel à-peu-près que celui qu'offre à nos yeux la proue d'un bateau. Enfin sur l'épaisseur des parois latérales, à environ trois pouces de l'extrémité antérieure, sont fermement & inébranlablement attachés par anneaux deux chaînes de fer d'environ un pié de longueur, lesquelles sont reçûes par leur autre extrémité, dans deux autres anneaux fixement arrêtés à la traverse d'un rateau de fer ; les dents de ce rateau, au nombre de cinq, ont environ six pouces de longueur : sa traverse est moins longue d'environ un pouce & demi que la gouttiere n'est large ; elle porte un manche d'environ neuf à dix pouces de longueur dans la direction des dents.
Les noms que nous avons donnés à cet instrument en indiquent l'usage.
Placez dans la gouttiere une certaine quantité de paille de froment que vous y coucherez dans sa longueur, & qui ne débordera antérieurement que d'environ deux lignes ; engagez-en une extrémité du côté qui doit déborder sous la piece de bois, qui est mobile au moyen du boulon qui la perce & qui passe dans les mortaises des parois latérales ; appuyez fortement le pié gauche sur la pédale qui répond de chaque côté à ce boulon, à l'effet d'abaisser cette même piece, & de comprimer vivement la paille engagée ; saisissez en même tems le manche du couteau avec votre main droite ; tirez-le à vous, & pressez médiocrement en contre-bas ; il en résultera un mouvement composé dans la lame : les jumelles qui la portent seront en effet d'une part sollicitées à s'élever & à la laisser courir suivant sa longueur, tandis que l'impression & l'appui de la main lui donneront la facilité & la puissance de couper la paille offerte à son tranchant ; puissance néanmoins qu'elle ne peut avoir, qu'autant qu'elle rasera exactement dans son chemin la rive extérieure de l'embrasure de fer, qui n'est polie avec soin que pour que cette même lame ne soit point offensée à chaque coup de main de l'ouvrier ; chacun de ces coups étant donnés, ce même ouvrier dont la main gauche sera saisie du manche du rateau, & qui aura eu l'attention d'en tenir les dents légerement en arriere, renversera ce manche en cessant toute compression sur la pédale, & portera dès-lors la paille en-avant, proportionnément à la saillie qu'elle doit avoir en-dehors pour être coupée ; il appuyera ensuite de nouveau sur la pédale, & usera du couteau, comme il l'a fait auparavant. C'est ainsi que l'on prépare à l'animal une nourriture très-saine, pourvû que la paille ne soit point noire, grossiere, & telle qu'elle croît dans certaines provinces & dans certains cantons de ce royaume. On la mêle avec l'avoine ; on en donne le double ainsi mêlée. Il est même quelques pays où elle sert d'unique ou de principal aliment au cheval, & dans lesquels les hachoirs ou hache-paille sont armés de plusieurs couteaux par le moyen desquels on hache une plus grande quantité de paille ensemble. Nous n'avons point sous nos yeux cet instrument ; & la mémoire ne nous fournissant à cet égard rien de précis, nous n'en hasarderons pas ici la description.
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| HACHURE | S. f. en Grav. & Dessein, se dit des lignes ou traits dont on se sert pour exprimer les ombres, soit dans les gravures, soit dans les desseins, à l'aide du burin ou du crayon : Il y a des hachures simples & des doubles ; les simples sont formées par une seule ligne, soit droite, soit courbe ; les doubles sont formées par plusieurs lignes, soit droites, soit courbes, qui se croisent en maniere de losange : pour leur opération, V. HACHER, en Grav. & en Dessein.
HACHURES EMPATEES, en Gravure ; on se sert de ce terme pour exprimer le dégât que l'eau-forte a fait en enlevant le vernis & confondant les hachures ensemble. Voyez GRAVURE A L'EAU FORTE.
Les hachures sont de grand usage dans le Blason, pour faire distinguer les différens émaux des écussons, sans qu'ils soient enluminés. Voyez EMAIL & COULEUR. Presque toutes les figures ombrées de ce livre sont gravées en hachures. Voyez les Planches de Blason, & leur explication.
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| HACUB | (Hist. nat. Bot.) nom que les Indiens donnent à une plante qui ressemble au chardon, mais qui est plus grande & plus élevée que lui. Au printems elle pousse de grands rejettons comme ceux de l'asperge, que les Indiens font bouillir pour les manger. Lorsqu'on les laisse croître sans les couper, ils portent des boutons armés de pointes, au bout desquels sont des fleurs rouges. La racine de cette plante est grosse & longue ; elle purge légerement, & excite le vomissement, lorsqu'on l'a fait infuser dans de l'eau chaude.
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| HACZAG | Sarmisia vallis, (Géog.) petit pays de Transylvanie, sur les confins de la Walaquie, avec titre de comté ; c'est dans ce district que sont les ruines de l'ancienne Ulpia Trajana, desquelles il est vraisemblable que s'est formée à quelque distance la ville dont le pays porte le nom. (D.J.)
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| HADAMAR | Hademarium, (Géog.) ville d'Allemagne au cercle du Haut-Rhin, dans la Wétéravie, résidence ordinaire d'une branche de la maison de Nassau, avec un château près de la riviere de Lohne, à neuf lieues N. O. de Mayence, six E. de Coblents. Long. 25. 41. latit. 50. 21. (D.J.)
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| HADDINGLAWN | (Géog.) ville d'Ecosse, dans la province de Lothian, sur la Tyne, à six milles d'Edimbourg.
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| HADDINGTON | ou plutôt HADDINGTOWN, en latin Hadina, (Géog.) ville ou bourg de l'Ecosse méridionale, capitale d'un bailliage ou sherifsdom de même nom dans la Lothiane, à cinq lieues E. d'Edimbourg. Long. 15. 6. lat. 56. 10.
C'est la patrie de Jean Major, fameux théologien scholastique, mort en Ecosse en 1648, âgé de 42 ans. Il avoit étudié & enseigné à Paris ; mais tous ses ouvrages sont tombés dans l'oubli, jusqu'à son histoire latine de la Grande-Bretagne. (D.J.)
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| HADELAND | (Géog.) petite ville de Norwege, dans la province d'Aggerhus, à trois lieues de Christiania.
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| HADELER-TAND | (Géogr.) petit pays d'Allemagne situé à l'embouchure de l'Elbe, & appartenant au roi d'Angleterre, comme électeur de Brunswick-Lunebourg.
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| HADELLAND | Hadella, (Géog.) petit pays d'Allemagne, au nord du pays de Brême, assez près de l'Elbe. Je crois que l'empereur en joüit aujourd'hui. (D.J.)
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| HADEMAR | (Géog.) petite ville d'Allemagne, dans le Westerwald, qui a donné son nom à une branche de la maison de Nassau, éteinte en 1711.
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| HADÉQUIS | (Géog.) petite ville d'Afrique située dans une plaine, au royaume de Maroc, dans la province d'Héa, à trois lieues de Técule. Les Portugais la prirent d'assaut en 1514, & emmenerent pour esclaves les plus belles femmes. Long. 8. 30. lat. 30. 44. (D.J.)
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| HADERSLÉBEN | Haderslebia, (Géog.) ville du Danemark au Duché de Sleswig, capitale d'une préfecture considérable de même nom, avec une bonne citadelle ; elle est proche la mer Baltique, à cinq milles d'Allemagne S. E. de Ripen, 11. N. de Sleswig. Les géographes du pays lui donnent 55 d. 15'. 30''. de latit. sur 42 d. 53'. 30''. de long. M. Delisle la fait plus septentrionale d'un degré au-moins ; mais la longitude est excessive de plus de 12 degrés, à la prendre de l'île de Fer ; & quand même on la prendroit aux îles Açores, le méridien du quarantieme degré passeroit à l'orient de toute la presqu'île de Sleswig & de Jutland, sans y toucher. (D.J.)
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| HADÈS | (Mythol.) c'est de ce nom que les Grecs appellent Pluton.
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| HADHRAMOUT | (Géog.) ville & contrée d'Asie dans l'Arabie heureuse : M. d'Herbelot, qui parle fort au long de cette contrée dans sa bibliotheque orientale, dit que les anciens l'ont connue sous le nom d'Hadramithena. Il y a dans ce pays une montagne nommée Schibum, d'où l'on tire les plus belles onyces & agathes de tout l'orient. La ville d'Hadhramont est à quarante-six lieues O. de Carésen. Long. 67. 8. lat. 14. 40. (D.J.)
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| HADRAS | (Hist. mod.) nom donné par les Arabes errans & vagabonds à ceux de leur nation qui habitent les villes, qui contractent des mariages avec les autres, qu'ils haïssent mortellement.
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| HADRIANALES | S. m. pl. (Hist. anc.) jeux accompagnés de tous les assortimens de la déification ; Antonin les établit à Pouzolles avec un temple en l'honneur d'Hadrien, dont après la mort il obtint du sénat l'apothéose.
Il y avoit dans ce temple un flamine du nom d'Hadrien, avec un college de prêtres destinés au service du nouveau dieu ; mais Hadrien n'avoit pas attendu jusqu'à ce tems-là à goûter les honneurs divins ; il s'étoit emparé lui-même pendant sa vie de la couronne céleste ; il se consacra un autel dans Athènes, au temple de Jupiter Olympien ; & à mesure qu'il passoit par les villes d'Asie, il multiplioit les temples qu'il se bâtissoit, les appelloit Hadrianées ; & selon toute apparence, il ne se proposoit pas de les consacrer à Jesus-Christ. Lampridius est le seul qui nous ait fait ce conte fabuleux. (D.J.)
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| HADRIANÉE | Hadrianeum, s. m. (Hist. anc.) c'est ainsi qu'Hadrien desira qu'on nommât les temples qu'il faisoit bâtir lui-même en plusieurs villes, à sa propre gloire ; & ce nom leur resta comme un monument de sa vanité. V. HADRIANALES. (D.J.)
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| HADRIANISTES | S. m. pl. (Hist. ecclés.) ce furent des hérétiques des premiers siecles de l'Eglise ; Théodoret qui en a fait mention les met au nombre des disciples de Simon le magicien. Apparemment que leur chef s'appelloit Hadrien, & que c'est de ce nom qu'ils furent appellés Hadrianistes ; comme aujourd'hui on dit de Jansénius, Jansénistes ; de Molina, Molinistes.
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| HAEMALOPIE | Voyez HEMALOPIE.
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| HAEMALOPS | (Medecine) Voyez HEMALOPIE.
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| HAEMANTUS | (Botan.) Voyez HEMANTUS.
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| HAEMATIT | ou SANGUINE, (Hist. nat. Lith.) Voyez HEMATITE.
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| HAEMATOCELE | (Medecine) Voyez HEMATOCELE.
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| HAEMATOSE | (Medecine) Voyez HEMATOSE.
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| HAEMIMONTUS | (Géograph. anc.) Voyez HEMIMONTUS.
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| HAEMIS | (Mythol.) Voyez HEMIS.
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| HAEMON | (Géogr. anc.) Voyez HEMON.
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| HAEMONIE | (Géog. anc.) Voyez HEMONIE.
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| HAEMOPHOBE | (Med.) Voyez HEMOPHOBE.
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| HAEMOPHTYSIE | (Medecine) Voyez HEMOPHTYSIE.
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| HAEMOROSCOPIE | (Medecine) Voyez HEMOROSCOPIE.
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| HAEMORRHAGIE | (Medecine) Voyez HEMORRHAGIE.
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| HAEMORRHOIDES | (Medecine) Voyez HEMORRHOIDES.
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| HAEMORRHOIS | Voyez HEMORRHOIS.
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| HAEMORTASIE | Voyez HEMOSTASIE.
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| HAERMIX | (Botan.) Voyez HERMIA.
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| HAESBROUK | (Géog.) petite ville de Flandre, à deux lieues d'Aire. Longit. 20. 4. latit. 50. 40. (D.J.)
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| HAFIZI | ou HAFIZAN, ou HAFIZLER, s. m. (Hist. mod.) ce sont en Turquie ceux qui apprennent tout l'alcoran par coeur ; le peuple les regarde comme des personnes sacrées à qui Dieu a confié sa loi, & qu'il en fait dépositaires. Il ne faut qu'une mémoire heureuse pour parvenir à ce titre sublime. Ce nom est dérivé de l'arabe hafizi, qui signifie en général celui qui garde quelque chose. Ricaut, de l'empire ottoman. (G)
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| HAGADA | S. f. (Hist. mod.) sorte d'oraison que les Juifs récitent le soir de la veille de leur pâque, au retour de la priere ; ils se mettent à une table, sur laquelle il doit y avoir quelque morceau d'agneau tout préparé, avec des azymes, des herbes ameres, comme de la chicorée, des laitues, &c. & tenant des tasses de vin, ils prononcent cette hagada, qui n'est qu'un narré des miseres que leurs peres endurerent en Egypte, & des merveilles que Dieu opéra pour les en délivrer. Dict. des Arts. (G)
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| HAGARD | adj. (Gramm.) épithete relative au regard. On dit de celui qui a dans la vûe quelque chose d'incertain, de farouche & de trouble, qu'il a les yeux hagards.
HAGARD, (Fauconnerie) est le contraire de sor. Le faucon hagard est celui qui n'a pas été pris au nid, & qui est difficile à apprivoiser.
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| HAGELAND | (Géogr.) petit pays des Pays-bas autrichiens, qui se trouve entre Louvain & le pays de Liége.
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| HAGENOW | (Géogr.) petite ville d'Allemagne, dans le comté de Schwerin, au duché de Meklenbourg.
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| HAGENSTELZEN | célibataires. (Hist. mod.) nom que l'on donne en Allemagne, dans le bas Palatinat, aux garçons qui ont laissé passer l'âge de vingt-cinq ans sans se marier ; après leur mort, leurs biens sont confisqués au profit du prince, s'ils ne laissent ni peres ni meres, ni freres ni soeurs. Il y a aussi en quelques endroits un droit que les vieux garçons sont obligés de payer au souverain, lorsqu'ils se marient. Ce droit se nomme en allemand hagenstolzenrecht. Voyez Hubner, dictionn. geograph.
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| HAG | ou HAJI, (Hist. mod.) Les Mahométans nomment haj le pelerinage qu'ils font à la Meque, Médine & Jérusalem ; celui qui s'est acquité de ce pelerinage se nomme haji ou hagi. Chaque musulman est obligé à remplir ce devoir une fois en sa vie ; il doit suivant la loi choisir le tems où ses moyens lui permettent d'employer la moitié de son bien à la dépense du pelerinage ; l'autre moitié doit rester en arriere, afin de la pouvoir retrouver à son retour. Ceux qui ont fait plusieurs fois ce pelerinage sont très-estimés par leurs concitoyens. Le voyage se fait par caravanes très-nombreuses ; & comme on passe par des deserts arides, le sultan envoye des ordres au bacha de Damas de faire accompagner les caravanes de porteurs d'eau, & d'une escorte qui doit être forte au-moins de 14000 hommes, pour garantir les pelerins des brigandages des Arabes du desert. Voyez hist. othomane du prince Cantimir.
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| HAGIA | ou HIGIAZ, (Géogr.) province d'Asie dans l'Arabie, bornée O. par la mer Rouge, N. par l'Arabie Petrée, E. par la Théama. Sa capitale est Hagiaz, autrement dite Hagr. (D.J.)
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| HAGIBESTAGE | (Géogr.) c'étoit autrefois une grande ville ; c'est à-présent un village de la Natolie, fameux par les pelerinages des Turcs & par l'hébergement magnifique, ou plutôt le palais destiné pour les voyageurs. Tous les allans & venans y sont parfaitement bien reçus, logés & traités. Paul Lucas en fait la description dans son second voyage de Grece. (D.J.)
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| HAGIOGRAPHES | S. m. pl. (Théolog.) nom que l'on a donné à une partie de l'Ecriture sainte, que les Juifs appellent chetuvim. Voyez BIBLE, &c. Ce mot est composé d', saint, & de , j'écris. Ce nom est fort ancien. Saint Jérôme fait souvent mention de ces livres, & saint Epiphane les appelle simplement .
Les Juifs divisent les saintes Ecritures en trois classes : la loi qui comprend les cinq livres de Moyse ; les prophetes qu'ils appellent neviim, & les chetuvim que les Grecs appellent hagiographa, & qui contiennent les livres des pseaumes, des proverbes, de Job, de Daniel, d'Esdras, des chroniques, du cantique des cantiques, de Ruth, des lamentations, de l'Ecclésiaste & d'Esther.
Les Juifs donnent aussi quelquefois à ces livres le nom d'écrits par excellence, comme ayant été composés d'après l'interprétation immédiate du Saint-Esprit. C'est ainsi qu'en parlent Kimchi dans sa préface sur les pseaumes ; Maimonides, in more Nevoch & Elias Levite, dans son thisbi. Cependant ils distinguent les hagiographes des prophetes, parce que les premiers n'ont point reçu la matiere de leurs livres par la voie qu'ils appellent prophetia, laquelle consiste en songes, visions, souffles, paroles entendues, extases, &c. mais purement & simplement par l'inspiration & la direction du Saint-Esprit. Voyez INSPIRATION.
On appelle encore hagiographe en général, tout auteur qui a travaillé sur la vie & les actions des saints. Ainsi en ce sens les Bollandistes sont les plus savans & les plus volumineux hagiographes que nous ayons. (G)
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| HAGIOSIDERE | S. m. (Théolog.) Les Grecs qui sont sous la domination des Turcs, ne pouvanr point avoir de cloches, se servent d'un fer au bruit duquel les fideles s'assemblent à l'église ; & ce fer s'appelle hagiosideron, mot composé d', saint, & de , fer.
Magius donne la description d'un hagiosidere qu'il a vû, & il dit que c'est une lame large de quatre doigts & longue de seize, attachée par le milieu à une corde qui la tient suspendue à la porte de l'église ; on frappe dessus avec un marteau.
Lorsqu'on porte le viatique aux malades, celui qui marche devant le prêtre porte un hagiosidere sur lequel il frappe trois fois de tems-en-tems, comme on sonne ici une clochette pour avertir les passans d'adorer. Dictionn. de Trév. (G)
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| HAGR | ou HAGIAR, ou HAGIAZ, (Géogr.) ville de l'Arabie Heureuse en Asie dans la province d'Hagias, à 35 lieues N. de Médine. Cette ville paroît être celle que Ptolomée & Strabon appellent Petra deserti ; elle fournit son nom à l'Arabie Petrée ; les sultans de Syrie & d'Egypte l'ont possédée long-tems. Voyez PETRA. Nassireddin lui donne 83d. 30'. de long. & 25 d. 15'. de latitude septentrionale. (D.J.)
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| HAGUENAU | Hagonoja, (Géogr.) petite ville de France en Alsace, capitale d'un bailliage ou préfecture de même nom, autrefois impériale. Les François la prirent en 1673, & les Impériaux en 1702 ; les François la reprirent en 1703, & les Impériaux en 1705, après que le prince Louis de Bade eut forcé les lignes des François, qui néanmoins s'en rendirent encore maîtres en 1706. Elle est sur la Motter qui la divise en deux parties, à 5 lieues N. de Strasbourg, 6 O. de Bade, 10 S. O. de Landau, 102 E. de Paris. Long. 25 d. 27'. 55''. latit. 48 d. 48'. 45''.
Haguenau a donné le jour à Capiton (Wolfgang Fabrice), qui se fit recevoir docteur en Medecine, en Droit & en Théologie ; mais il se distingua seulement dans cette derniere science : il devint un des plus habiles théologiens de son tems dans le parti d'Oecolampade, dont il épousa la veuve. Il mourut de la peste en 1542, âgé de 63 ans. (D.J.)
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| HAHELAND | (Géogr.) district dans la Prusse polonoise, où est située la ville d'Elbingen.
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| HAI | S. m. il se dit en jargon de Riviere, d'un endroit dangereux où l'eau tournoye, comme il arrive ordinairement à la culée d'une pile de pont, du côté d'aval.
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| HAIÇONS | S. m. pl. (terme de Pêche) c'est ainsi qu'on appelle dans l'amirauté de Bayonne une sorte de petits bateaux peu différens de ceux qu'on y appelle des tillolles.
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| HAICTITES | S. m. pl. (Hist. mod.) secte de la religion des Turcs. Ceux qui y sont attachés croyent comme les Chrétiens que Jesus-Christ a pris un corps réel, & qu'il s'est incarné dans le tems, quoiqu'il fût éternel. Ils ont même inseré dans leur profession de foi, que le Christ viendra juger le monde au dernier jour, parce qu'il est écrit dans l'alcoran : ô Mahomet, tu verras ton Seigneur qui viendra dans les nues. Or ce mot de Seigneur, ils l'appliquent au Messie, & ils avouent que ce Messie est Jesus-Christ, qui, disent-ils, reviendra au monde avec le même corps dont il étoit revétu sur la terre, pour y régner quarante ans, & détruire l'empire de l'antechrist, après quoi la fin du monde arrivera. Cette derniere opinion, selon Pocok, n'est pas particuliere à la secte des Haictites, mais généralement répandue parmi tous les Turcs. Ricaut, de l'empire ottoman. (G)
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| HAIDENSCHAFFT | (Géog.) ville d'Allemagne, au duché de Carinthie, sur la riviere de Kobel.
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| HAIDINGSFELD | (Géog.) petite ville d'Allemagne, en Franconie, dans l'évêché de Wurtzbourg.
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| HAIE | ou HAYE, s. f. (Agriculture) c'est une longueur de plants servant de clôture à un jardin ou à un champ, laquelle est plantée d'épines blanches, de charmes, d'ormes, de ronces & de brossailles.
On dit une haie vive, une haie morte, une haie d'appui ; la haie d'appui a pris ce nom de sa hauteur, la haie vive, de sa nature qui est de plantes ayant racines & vivaces ; la haie morte, des échalats, fagots, ou branches seches dont elle est faite.
HAIE, ou plutôt HAYE, (Droit franç. coutumier) les haies sont quelquefois un sujet de disputes, que les Lois ont de la peine à prévenir, ou à régler. Suivant le Droit coutumier de France, ceux qui plantent une haie, doivent laisser un espace entre la haie & le fond voisin : si elle est vive, la distance doit être d'un pié & demi : si elle est de bois mort, on peut l'établir sur l'extrémité du fonds, sans laisser aucun vuide ; parce que semblable clôture ne sauroit préjudicier au fonds voisin. Ce n'est donc qu'à l'égard de la haie vive, qu'il survient des contestations de propriété ; par exemple, lorsque deux voisins reclament chacun la haie, & que le juge ignore à qui elle doit appartenir ; en ce cas, le sentiment de Coquille, dans ses quest. chap. cxlviij. est que s'il y a un fossé du côté de la haie, elle doit appartenir au propriétaire du fonds qui est au-delà du fossé & de la haie : dans le doute, ajoûte-t-il, on doit juger de la propriété de la haie par la qualité & par la nature des héritages qui sont aux deux côtés ; car si elle est entre une terre que l'on seme & une vigne, la présomption sera qu'elle appartient au propriétaire de la vigne, à qui la clôture est plus nécessaire qu'à la terre. Il en est de même d'une haie plantée entre une terre & un pré, le pré étant exposé à la pâture du bétail, s'il n'est pas clos. Loisel, dans ses Institutions coutumieres, liv. II. tit. iij. art. 8. a décidé de même que Coquille. Aubert, addit. à Richelet. (D.J.)
HAIE, c'est dans l'Art militaire une disposition de soldats sur une ligne droite ou sur un seul rang ; ensorte que mettre des soldats en haie, c'est les mettre sur un seul rang. Voyez EVOLUTIONS. (Q)
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| HAI | (LA) (Géog.) lieu charmant des Provinces-Unies dans la province d'Hollande, autrefois résidence des comtes de Hollande, d'où lui vient son nom flamand de S'Gravenhagen, que l'on exprime en latin par Haga Comitum.
C'est aujourd'hui le centre du gouvernement de la république, la demeure des membres des Etats-généraux, des ambassadeurs & ministres étrangers. Quoique la Haie n'ait point encore de rang marqué parmi les villes de la Hollande, elle a par son étendue, par le nombre & la beauté de ses palais, par la dignité de ses habitans, par les prérogatives de ses magistrats, & par la magnificence de ses promenades, de quoi tenir rang entre les plus belles villes de l'Europe.
C'est d'une petite maison de chasse dans un bois où les comtes de Hollande venoient quelquefois, que s'est formé ce beau lieu ; mais l'éclat où nous le voyons aujourd'hui n'existoit pas encore au treizieme siecle ; il arriva seulement qu'alors Guillaume II. comte de Hollande, élu & couronné empereur en 1248, transporta de tems en tems son séjour à la Haie, où il commença le palais qui est aujourd'hui la cour. En 1291 la Haie devint le chef-lieu d'un bailliage ; avec le tems il prit le nom de village, & même en 1557, il ne passoit point encore pour être une ville. Voyez Altingius & Boxhornius sur tous les autres détails.
La Haie est située à une petite lieue de la mer, à environ autant de Delft, au N. O. à trois lieues S. O. de Leyde, quatre N. O. de Rotterdam, & douze S. O. d'Amsterdam. Long. 21. 45. lat. 52. 4. 10.
Puisque la Hollande est si féconde en gens de lettres du premier ordre, il ne faut pas s'étonner que la Haie participe à cette gloire ; mais entre un grand nombre de savans dont elle est la patrie, je me contenterai de citer ici Golius,, Huyghens, Meursius, Ruysch, Sallengre, & Second.
Golius, (Jacques) fut un des plus habiles hommes de son siecle dans les langues orientales ; nous lui devons deux excellens dictionnaires, l'un arabe & l'autre persan ; l'histoire des Sarrasins par Elmacin, & les élémens astronomiques d'Alsergan avec des commentaires : il voyagea tant en Asie qu'en Afrique, & mourut à Leyde en 1667 à l'âge de 71 ans.
Huyghens (Chrétien), en latin Hugenius, se montra l'un des plus grands mathématiciens & des meilleurs astronomes du dix-septieme siecle. Il apperçut le premier un anneau & un troisieme satellite dans Saturne ; il trouva le secret de donner de la justesse aux horloges, en y appliquant un pendule, & en rendant toutes les vibrations égales par la cycloïde ; il perfectionna les télescopes, & fit un grand nombre de découvertes utiles. Il mourut dans sa patrie en 1695 à 66 ans : on peut voir son éloge dans le journal de M. de Beauval, Août 1695 ; mais il faut le lire dans l'hist. de l'Acad. des Sciences, dont il étoit associé étranger. Ses ouvrages ont été recueillis, & forment trois volumes in-4 °.
Meursius (Jean) l'un des plus érudits & des plus laborieux écrivains du siecle passé, méritoit bien son emploi de professeur en histoire & en langue greque à Leyde. Il a tellement développé l'état de l'ancienne Grece par ses divers ouvrages, insérés ensuite dans le trésor de Graevius, qu'il n'a rien laissé à glaner après lui ; voyez-en la liste étonnante dans Morery, ou dans le P. Niceron, tome XII. page 181. Il mourut de la pierre à Sora en 1639, à 60 ans ; son fils Jean (car il se nommoit comme son pere) qui marchoit sur ses traces, mourut à la fleur de son âge, ayant déjà publié quelques écrits très-estimés.
Ruysch (Fréderic) paroît encore un homme plus rare en son genre. Les gens de l'art savent avant moi, qu'il n'y a personne au monde à qui la fine Anatomie soit plus redevable, qu'au talent supérieur de ses injections. Ses ouvrages si curieux sont entre les mains de tous ceux qui cultivent la Medecine & l'Anatomie. Il mourut à Amsterdam en 1731, comblé de gloire pour ses admirables découvertes, âgé presque de 93 ans. Le docteur Schreiber a donné sa vie, en medecin vraiment éclairé ; M. de Fontenelle a fait son éloge dans l'hist. de l'académie des Sciences, dont il étoit membre.
M. de Sallengre (Albert-Henri) n'avoit que 30 ans, quand la petite vérole trancha ses jours en 1723 ; cependant il avoit déjà publié des ouvrages pleins d'érudition. On connoît son grand recueil latin d'antiquités romaines, en 3 vol. in-fol. & ses mémoires de littérature en 2 vol. in -12.
Second, (Jean) SECUNDUS, a donné des poésies latines où regnent la fécondité & l'agrément ; ses élégies & ses pieces funebres sont touchantes ; ses sylves sont bucoliques ; ses poésies intitulées Basia, réunissent la délicatesse & la galanterie trop licencieuse. Il les auroit condamné lui-même dans un âge mûr, mais il n'y parvint pas ; il mourut tout jeune, à 25 ans, en 1536.
Je ne sais si je dois nommer à la suite des savans qu'a produit la Haie, ce monarque célebre du dernier siecle, qu'on appelloit le stathouder des Anglois, & le roi des Hollandois. Il fut, dit M. de Voltaire, simple & modeste dans ses moeurs, méprisa toutes les superstitions humaines, ne persécuta personne pour la Religion, eut les ressources d'un général & la valeur d'un soldat, devint l'ame & le chef de la moitié de l'Europe, gouverna souverainement la Hollande sans la subjuguer, acquit un royaume contre les droits de la nature, & s'y maintint sans être aimé. Il termina sa carriere en 1702, à l'âge do 52 ans. (D.J.)
HAIE (LA) Haga, Héog. petite ville de France en Touraine sur la Creuse, aux frontieres du Poitou, à deux lieues de Guierche, quatre de Châtelleraut, dix de Tours, 45 S. O. de Paris ; long. 18. 20. latit. 47. 2.
Cette petite ville peut se glorifier d'avoir donné le jour à Descartes, un des plus beaux génies du siecle passé, & le plus grand mathématicien de son tems ; il résolvoit des problèmes au milieu des siéges ; car il embrassa dans sa jeunesse le parti des armes, & servit avec beaucoup d'honneur en Allemagne & en Hongrie ; mais l'envie de philosopher tranquillement en liberté, lui fit chercher le repos dont il avoit besoin dans la solitude de la Hollande, & qu'il auroit dû y trouver sans mélange. Ce fut au village d'Egmont sur mer, Egmont-op-zee, qu'il ouvrit la carriere d'étudier la nature, & qu'il s'y égara ; cependant ses Méditations & son discours sur la méthode, sont toûjours estimés, tandis que sa physique n'a plus de sectateurs, parce qu'elle n'est pas fondée sur l'expérience. Il passa presque toute sa vie hors du royaume ; & ce ne fut qu'après bien des sollicitations, qu'il vint à Paris en 1647. Le cardinal Mazarin lui obtint du roi une pension de trois mille livres, dont il paya le brevet sans en rien toucher ; ce qui lui fit dire en riant, que jamais parchemin ne lui avoit tant coûté. La reine Christine le prioit avec instance depuis plusieurs années de se rendre auprès d'elle, il obéit ; mais il mourut à Stockholm peu de tems après, en 1650, âgé seulement de 54 ans. Lisez dans le discours préliminaire de l'Encyclopédie, pages 25 & 26 le jugement qu'on y porte du mérite de cet homme rare. Baillet a écrit sa vie, & M. Perrault ne pouvoit pas oublier son éloge dans les hommes illustres du xvij. siecle. (D.J.)
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| HAIGERLOCH | (Géogr.) petite ville d'Allemagne, en Soüabe, dans la principauté de Hohenzollern.
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| HAILBRON | ou HEILBRON, (Géog.) selon Zeiler, Alisum, ville libre, impériale, fortifiée, & frontiere d'Allemagne dans la Soüabe ; son nom qui signifie sources salutaires, lui vient des eaux médicinales qu'elle possede dans son territoire. Il est vraisemblable que l'an 1240, sous Fréderic II, elle acquit le nom de ville, fut entourée de murailles, & déclarée ville impériale ; elle suit la confession d'Augsbourg. Les Suédois la prirent en 1631, les Impériaux en 1634, & les François en 1688. Elle est dans une situation avantageuse sur le Necker, à 10 lieues N. E. de Stutgard, 12 S. E. d'Heidelberg, 12 E. de Philisbourg, 28 N. E. de Strasbourg. Long. 26. 58. lat. 49. 10.
Faber, (Jean) théologien de l'ordre de S. Dominique, naquit à Hailbron sur la fin du seizieme siecle ; il prêcha & écrivit quantité d'ouvrages contre les Luthériens & les Calvinistes. On en a fait une édition en trois gros volumes qu'on ne lit plus aujourd'hui ; un de ses livres est intitulé le marteau des Hérétiques, malleus Haereticorum. Dans un autre de ses ouvrages, il s'attache à prouver que la foi peut être sans la charité ; mais c'est ce dont personne ne doute. Il mourut en 1541. (D.J.)
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| HAILLON | S. m. l'h s'aspire & les ll se mouillent, terme proscrit du style noble, & qui dans ses différentes acceptions, exprime des choses basses. Au simple on entend par ce mot, un vêtement usé, déchiré ; un vieux morceau d'étoffe ; un lambeau de drap ou de toile souillé, mal-propre. Au figuré, il signifie un enfant couvert de guenilles, sale, dégoûtant ; il est aussi en certaines provinces, le cri de la populace dans le tems des vendanges.
Un gouvernement sage & éclairé sait mettre à profit les choses qui paroissent les moins propres à l'utilité générale.
Ces haillons, ces vieux lambeaux de toile tant méprisés, relégués dans les greniers ou jettés dans les rues, connus vulgairement sous les noms de drapeaux, chiffons, peilles, drilles, pates, fournissent une occupation utile à plusieurs milliers de sujets ; ils sont l'aliment de plusieurs manufactures considérables, la matiere premiere de tous nos papiers, & forment, par l'industrie des ouvriers, une branche de Commerce. Voyez l'article PAPETERIE.
Depuis long-tems l'exportation de ces matieres étoit prohibée ; l'objet en a paru assez intéressant pour déterminer dans ces derniers tems le ministere à en défendre même les amas à quatre lieues près des côtes maritimes & des frontieres du royaume, à peine de confiscation & d'amende. L'arrêt du conseil qui porte ces dernieres défenses, est du 18 Mars 1755. Article de M. DURIVAL le cadet.
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| HAIMBOURG | ou HAMBOURG, Hamburgum Austriae. (Géog.) Quelques auteurs prétendent qu'elle est le Comagenum, que les anciens mettoient en Pannonie. C'est une ancienne petite ville d'Allemagne dans la basse-Autriche, prise par Matthias Corvin roi de Hongrie, en 1482. Elle est située sur le Danube, à six milles S. O. de Presbourg, & à huit E. de Vienne. Long. 35. 10. lat. 48. 20. (D.J.)
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| HAIN | ou AIN, s. m. (Pêche) c'est la même chose que hameçon. C'est une espece de crochet de fer plus ou moins grand, dont l'extrémité qui soûtient l'appât est formée en dard, de maniere que s'il arrive au poisson goulu d'avaler l'hain avec l'appât qu'on lui présente, les efforts qu'il fait ensuite pour le rejetter & le coup de poignet que donne le pêcheur, ne servent qu'à l'engager dans les chairs. L'autre extrémité de l'hain est plate, & s'attache à une ficelle ou fil qui pend de la longue perche qu'on appelle la ligne. Voyez l'article PECHE, & les Planches de Pêcherie.
Il y a le gros hain, il est garni d'un bouchon de paille que l'on enfonce dans le sable ; le gros hain à cablieres ; l'hain à cosrerons ; l'hain à rougets, merlans, &c. l'hain à limandes, carrelets, & autres poissons plats ; l'hain à soles ; l'hain à corde & plomb du libouret à maquereaux ; l'hain à pelle roulante, &c.
Tous ces instrumens se ressemblent, à la force près, qui est proportionnée à la grandeur de l'appât & du poisson.
Les pêcheurs à la ligne veillent à ce que leurs lignes soient propres, & leurs hains non rouillés : pour cet effet, ils font leurs lignes de crin & couvrent leurs hains d'étamage.
Les pêcheurs de l'amirauté de Poitou, ou des sables d'Olone, montent les hains qu'ils exposent aux oiseaux & aux poissons sur des piquets, après les avoir amorcés de pain ou de chevrettes. Leurs piquets sont dispersés sur des plages qui ne sont pas d'une grande profondeur ; cette pêche est semblable à celle des lignes montées.
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| HAINAN | (Géog.) île considérable d'Asie, au N. du golfe de la Cochinchine, au S. de la province de Quanton, dont elle est séparée par un bras de mer d'environ huit lieues ; elle abonde en tout ce qui est nécessaire à la vie ; on pêche des baleines & des perles sur ses côtes que les Chinois possedent ; mais l'intérieur du pays est habité par une nation indépendante. On trouve dans cette île des plantes maritimes & des madrépores de toute espece, quelques arbres qui donnent le sang-de-dragon, & d'autres qui distillent une espece de larme résineuse, laquelle étant jettée dans une cassolette, répand une odeur non moins agréable que celle de l'encens. On y voit aussi de fort jolis oiseaux, des merles d'un bleu foncé, des corbeaux à cravate blanche, de petites fauvettes d'un rouge admirable, & d'autres dont le plumage est d'un jaune doré plein d'éclat. Kiuncheu est la capitale de l'île. Long. 125. 30. 128. lat. 18. 20. (D.J.)
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| HAINAU | (LE), Géog. province des Pays-Bas catholiques, entre la Flandre, la Picardie, le Cambrésis, le comté de Namur, & le Brabant ; on le divise en Hainaut autrichien, dont la capitale est Mons ; & en Hainaut françois, dont la capitale est Valenciennes.
Dans les annales de S. Bertin, vers l'an 870, de même que dans les capitulaires de Charles le Chauve, le Hainaut est appellé Hainoum ; & ce n'est que depuis environ quatre cent ans que l'on a changé Hainoum en Hannonia. Il a été nommé Hainaut, de la petite riviere de Haine qui le coupe par le milieu.
Ce pays contient la plus grande partie du territoire des Nerviens, dont la capitale étoit Bagacum, marquée par Ptolomée comme la principale ville de ces peuples si célebres dans l'Histoire. Plusieurs grands chemins romains s'y rencontroient ; on en voit encore des restes, aussi-bien que de plusieurs monumens de l'antiquité.
Le Hainaut fut possédé par les rois d'Austrasie ; le comte Reinier, sous Charles le Simple roi de France, en fut le premier comte héréditaire. Les ducs de Bourgogne devinrent comtes du Hainaut en 1436. Cette province entra dans la maison d'Autriche par le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien, dont les descendans ont joüi du Hainaut, jusqu'aux regnes de Philippe IV. & de Charles II. rois d'Espagne, qui céderent une partie du pays à la France, par les traités des Pyrénées & de Nimegue ; & la portion appartenante à l'Espagne a été donnée à l'empereur par les traités de Bade & de Radstat, confirmés par le traité de Vienne.
Le Hainaut peut avoir vingt lieues de long sur dixhuit de large : Lessoboeus en a donné l'ancienne description. (D.J.)
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| HAINE | S. f. (Morale) sentiment de tristesse & de peine qu'un objet absent ou présent excite au fond de notre coeur. La haine des choses inanimées est fondée sur le mal que nous éprouvons, & elle dure quoique la chose soit détruite par l'usage même. La haine qui se porte vers les êtres capables de bonheur ou de malheur, est un déplaisir qui naît en nous plus ou moins fortement, qui nous agite & nous tourmente avec plus ou moins de violence, & dont la durée est plus ou moins longue, selon le tort que nous croyons en avoir reçû : en ce sens, la haine de l'homme injuste est quelquefois un grand éloge. Un homme mortel ne doit point nourrir de haines immortelles. Le sentiment des bienfaits pénetre mon coeur, l'empreint, & le teint, s'il m'est permis de parler ainsi, d'une couleur qui ne s'efface jamais ; celui des injures le trouve fermé ; c'est de l'eau qui glisse sur un marbre sans s'y attacher. Hommes malheureusement nés, en qui les haines sont vivantes, que je vous plains, même dans votre sommeil ! vous portez en vous une furie qui ne dort jamais. Si toutes les passions étoient aussi cruelles que la haine, le méchant seroit assez puni dans ce monde. Si on consulte les faits, on trouvera l'homme plus violent encore & plus terrible dans ses haines, que dans aucune de ses passions. La haine n'est pas plus ingénieuse à nuire que l'amitié ne l'est à servir : on l'a dit ; & c'est peut-être une prudence de la nature. O amour, ô haine, elle a voulu que vous fussiez redoutables, parce que son but le plus grand & le plus universel est la production des êtres & leur conservation. Si on examine les passions de l'homme, on trouvera leur énergie proportionnée à l'intérêt de la nature.
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| HAINGEN | (Géog.) petite ville d'Allemagne, en Soüabe, dans la principauté de Furstemberg.
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| HAIR | v. act. avoir en haine. Voyez l'art. HAINE.
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| HAIRE | S. f. petit vêtement tissu de crin, à l'usage des personnes pénitentes qui le portent sur leur chair, & qui en sont affectées d'une maniere perpétuellement incommode, sinon douloureuse. Heureux ceux qui peuvent conserver la tranquillité de l'ame, la sérénité, l'affabilité, la douceur, la patience, & toutes les vertus qui nous rendent agréables dans la société, & cela sous une sensation toûjours importune ! Il y a quelquefois plus à perdre pour la bonté à un moment d'humeur déplacée, qu'à gagner par dix ans de haire, de discipline, & de cilice.
* HAIRE, (Brasserie) l'espece d'étoffe connue sous ce nom est à l'usage des Brasseurs. Voyez l'art. BRASSERIE. On s'en sert aussi dans les forges. Voyez l'article FORGES. On appelle drap de laine en haire, celui qui n'a reçû aucun apprêt, & qui est tel encore qu'au sortir du métier : si on le tond pour la premiere fois, ce qu'on appelle en premiere voie, en premiere façon, en premiere coupe, en premiere eau, on dit dans les manufactures de Sedan, tondre en hairement.
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| HAIRETITES | S. m. pl. (Hist. mod.) secte de Mahométans, dont le nom vient de hairet, en turc étonnement, incertitude, parce que, à l'exemple des Pyrrhoniens, ils doutent de tout, & n'affirment jamais rien dans la dispute. Ils disent que le mensonge peut être si bien paré par l'esprit humain, qu'il est impossible de le distinguer de la vérité ; comme aussi qu'on peut obscurcir la vérité par tant de sophismes, qu'elle en devient méconnoissable. Sur ce principe, ils concluent que toutes les questions sont probables & nullement démonstratives ; & surtout ce qu'on leur propose, ils se contentent de répondre, cela nous est inconnu, mais Dieu le sait. Cette maniere de penser, qui sembleroit devoir les exclure des dignités de la religion, qui demande ordinairement des hommes décidés, ne les empêche pourtant pas de parvenir à celle de muphti ; & alors comme ils sont obligés de répondre aux consultations, ils mettent au bas leur fefta ou sentence, qui contient à la vérité une décision bien articulée ; mais ils ont soin d'y ajoûter cette formule : Dieu sait bien ce qui est meilleur.
Quoiqu'exacts observateurs des pratiques de la religion & des loix civiles, les Hairetites n'affichent point une morale sévere ; ils boivent du vin en compagnie, pour ne point paroître de mauvaise humeur ; mais entr'eux ils usent de liqueurs dans lesquelles il entre de l'opium ; & l'on prétend que cette drogue contribue beaucoup à les entretenir dans un état d'engourdissement qui s'accorde très-bien avec leur pyrrhonisme absolu, qu'on peut regarder comme une yvresse d'esprit. Ricaut, de l'empire ottom. (G)
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| HAITERBACH | (Géog.) petite ville d'Allemagne, au duché de Wirtemberg, dans la forêt Noire, sur la riviere de Haiter.
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| HAKIMBACHI | S. m. (Hist. mod.) c'est le nom qu'on donne en Perse au premier medecin du roi, de qui dépendent tous les autres medecins du royaume, il est chargé de les examiner, & de juger s'ils ont la capacité requise pour exercer la Medecine dans toute l'étendue de la monarchie.
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| HAKZAK | (Géog.) petit pays aux confins de la Transylvanie, avec une ville de même nom.
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| HALA | (Géog.) petite ville d'Afrique au royaume de Fez, sur les bords du Cébu, à trois lieues de Fez. Long. 31. 40. lat. 33. 30. (D.J.)
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| HALABAS | (Géog.) ville d'Asie dans l'Indoustan, capitale d'une province de même nom ; elle est sur le Gange, sujette au Mogol, à cinquante lieues S. E. d'Agra. Thevenot en parle au long dans son voyage des Indes, chap. xxxviij. & prétend que c'est la Chrysobacra de Pline. Le grand mogol Akébar s'en rendit maître, après avoir subjugué le royaume de Bengale, & y fit bâtir une forte citadelle. Long. 100. 35. lat. 26. 30. (D.J.)
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| HALAGE | S. m. terme de Marine & de Riviere ; il désigne l'action de remonter & tirer un vaisseau ou un bâteau ; c'est aussi le chemin destiné à la même opération. Ce chemin pratiqué sur le bord des rivieres devroit toûjours être tenu libre, conformément aux ordonnances. Cependant il arrive souvent que le halage est interrompu & coupé de larges fossés, sans aucuns ponts praticables. Des riverains ont même planté des arbres ; d'autres ont élevé des barrieres, ou bâti des murailles jusque sur les bords des rivieres ; & le halage devient si difficile, qu'à quatre piés d'eau des équipages de bâtimens ont été obligés de haler leur navire au cou. Ceux qui ont des fossés dont l'eau se décharge dans les rivieres, loin de pratiquer des passages commodes, se contentent de jetter un petit soliveau large de quatre à cinq pouces, que la marée n'a pas plutôt couvert de vase, que les gens sont exposés au danger de tomber dans les fossés. Si cet accident arrive à un homme de pié, il entraîne nécessairement les autres, toutes les bricoles des haleurs étant frappées sur un même cordage. Le risque s'accroît encore, si on hale de nuit ; si une riviere est très-vaseuse, le passage en est plus glissant.
Cet embarras du halage sur les rivieres commerçantes fait un tort considérable aux navigateurs, jette leurs équipages dans un travail excessif, empêche de profiter des marées favorables, & fait échoüer ou amortir les bâtimens ; ensorte que dans les tems de foire, les négocians qui attendent leurs marchandises, sont consommés en frais de transport & de décharge.
Tout ce qui concerne les chemins qui servent au halage des bâtimens venans de la mer, est sous la jurisdiction de l'amirauté.
HALAGE se dit aussi du droit que le roi ou les seigneurs particuliers levent sur les marchandises exposées aux foires ou marchés : c'est encore le privilége particulier à quelques communautés d'arts & métiers de la ville de Paris, d'étaler & vendre dans les halles qui leur sont indiquées par leurs statuts. Voyez HALLAGE.
Enfin c'est sur la riviere de Loire le prix dont un maître convient avec les compagnons de rivieres, qu'on appelle gobeurs, pour remonter son bateau.
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| HALBERSTADT | Halberstadium, (Géog.) ville d'Allemagne dans le cercle de basse-Saxe, capitale d'un évêché sécularisé, & réduit en principauté par le traité de Westphalie, dont joüit la maison de Brandebourg. La ville est agréablement située sur la petite riviere de Hotheim, à treize de nos lieues S. E. de Brunswich, onze S. O. de Magdebourg, douze N. O. de Mansfeld. La principauté de Halberstadt est enfermée dans le duché de Brunswick, le duché de Magdebourg, & la principauté d'Anhalt. Long. 33. 8. lat. 52. 6.
Halberstadt est la patrie d'Arnisaeus (Henningus), philosophe & medecin estimé au commencement du dix-septieme siecle. On fait en général beaucoup de cas de ses ouvrages de politique ; il établit dans la plûpart un dogme directement opposé à celui d'Althusius, savoir que l'autorité des princes ne doit jamais être violée par le peuple ; il mourut en 1635. (D.J.)
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| HALDE | (Géog.) ville de Norwége, au gouvernement d'Aggerhus, sur la côte de l'Océan & du golfe d'Iddesfiord, aux frontieres de la Suede, au couchant & à cinq milles de Frédericstadt. Long. 28. 15. lat. 59. 45. (D.J.)
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| HALDENSLEBEN | (Géog.) ville d'Allemagne, au duché de Magdebourg, près de Helmstadt.
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| HALDENSTEIN | (Géog.) petite baronie de Suisse, libre & indépendante, avec un château, près de Coire, bâti en 1547 par Jean Jacques de Châtillon, ambassadeur de France ; il appartient aujourd'hui, ainsi que la baronie, à MM. de Schavestein, les plus riches seigneurs des Grisons, qui y ont introduit le calvinisme. (D.J.)
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| HALE | S. m. (Physiq.) qualité de l'athmosphere, dont l'effet est de sécher le linge & les plantes, & de noircir la peau de ceux qui y sont exposés. Le hale est l'effet de trois causes combinées, le vent, la chaleur, & la sécheresse.
* HALE A BORD, (Marine) corde qui approche une chaloupe du vaisseau, quand elle est amarrée à l'arriere.
HALE, (Géog. anc.) ville de Thessalie sur le fleuve Amphryse, & près du mont Othrys, entre Pharsale & Thebes de Phtiotide. Cette ville est écrite Alos dans le dictionnaire de la Martiniere. Philippe s'en empara, la remit aux Pharsaliens, & emmena les habitans esclaves ; elle s'appelloit constamment , & les habitans . (D.J.)
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| HALEBARDE | S. f. (Art milit. & Hist.) arme offensive composée d'un long fust ou bâton d'environ cinq piés, qui a un crochet ou un fer plat échancré en forme de croissant, & au bout une grande lame forte & aiguë.
La halebarde étoit autrefois une arme fort commune dans les armées, où il y avoit des compagnies d'halebardiers : les sergens d'infanterie sont encore armés de halebardes.
On l'appelloit hache danoise, parce que les Danois s'en servoient & la portoient sur l'épaule gauche ; des Danois elle a passé aux Ecossois, des Ecossois aux Anglois, & de ceux-ci aux François. Chambers. (Q)
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| HALEBAS | S. f. (Marine) c'est une corde ou manoeuvre qui aide à amener la vergue quand elle ne descend pas avec assez de facilité ; elle tient au racage. Voyez CALEBAS. (Z)
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| HALEBRAN | voyez HALLEBRAN.
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| HALECRET | S. m. ancienne arme défensive qui consistoit en un corselet de fer battu composé de deux pieces, dont l'une couvroit la poitrine, & l'autre les épaules. Le halecret étoit plus leger que la cuirasse. La cavalerie françoise, qu'on appelloit sous Louis XI. les hommes d'armes, portoit le halecret.
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| HALÉEN | (JEUX), Antiquit. greq. jeux célébrés par les Tégéates en l'honneur de Minerve : nous n'avons point de connoissance de la nature de ces jeux. (D.J.)
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| HALEINE | S. f. (Gramm.) l'air que l'on expire par la bouche ; ce mot a un grand nombre d'acceptions différentes, tant simples que figurées.
HALEINE, (Manége & Maréchall.) La force ou la durée de l'haleine dépend de la conformation du thorax, du volume des poûmons, & de leur dilatabilité.
Des chevaux plats, c'est-à-dire des chevaux dont les côtes sont serrées, ont rarement beaucoup d'haleine ; des chevaux poussifs, soit à raison de la viscosité des humeurs qui remplissent en eux les tuyaux bronchiques, soit à raison du desséchement de ces canaux aériens & des vésicules pulmonaires, ont l'haleine courte & toûjours laborieuse. Voyez POUSSE. Des chevaux dont la glotte, la trachée-artere, les naseaux, &c. pechent par trop d'étroitesse, sont communément gros d'haleine. Voyez GROS D'HALEINE.
L'accélération de la circulation, la surabondance du sang dans les poûmons, l'irritation des nerfs de ce viscere & des nerfs moteurs des muscles du thorax, la tension de tous les organes qui concourent à la respiration, la violence des mouvemens du coeur sont-elles portées à un tel point que l'animal par ses inspirations & ses expirations fréquentes & redoublées ne peut vaincre les obstacles qui s'opposent en lui à l'introduction de l'air, il est incontestablement hors d'haleine.
Travailler un cheval modérément, & augmenter insensiblement & chaque jour son exercice, c'est lui procurer les moyens de fournir sans peine aux airs qui exigent les plus grands efforts de sa part, ou de résister à de longues & vives courses, en habituant par degrés toutes ses parties aux mouvemens auxquels elles sont naturellement disposées, & en sollicitant les vaisseaux, tant aériens que sanguins de ses poûmons, à des dilatations dont ils sont susceptibles, & qui deviennent toûjours plus aisées & moins pénibles : c'est ainsi que l'on met l'animal en haleine.
On donne, on fait reprendre haleine au cheval, si l'on ralentit ou si l'on suspend son action ; on le tient en haleine, si on l'exerce constamment. Les raisons du recouvrement de la liberté de sa respiration, dans le premier cas, & de la facilité de son haleine, dans le second, se présentent d'abord à quiconque réfléchit sur les causes qui peuvent troubler & déranger cette fonction, & ce mouvement alternatif sans lequel l'animal ne sauroit subsister.
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| HALEN | (Géog.) petite ville des Pays-Bas, dans le Brabant autrichien, sur la Géete, à cinq lieues de Louvain. Long. 22. 24. lat. 50. 58. (D.J.)
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| HALENTE | (Géog.) petite riviere d'Italie au royaume de Naples, dans la principauté citérieure ; elle se perd dans la mer de Toscane. Haletes est son ancien nom latin ; Cicéron l'appelle nobilem amnem, & c'est la même riviere que le Halet ou l'Elées de Strabon, & l'Elea d'Etienne. (D.J.)
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| HALER | v. act. (Marine) c'est tirer un cable, un cordage, une manoeuvre, & faire force dessus, pour le bander ou roidir. Pour haler sur une manoeuvre, les matelots donnent tous en même tems la secousse, afin d'imprimer plus de force ; & pour concerter le moment de cette secousse, le contre-maître ou quelqu'autre dit à haute voix ce mot, hale. Quand il faut haler sur une bouline, le contre-maître dit, pour les faire tenir prêts, un, deux, trois ; & au mot de trois ils donnent tous d'un commun accord la secousse à la bouline. Quand on manoeuvre les coüets on crie trois fois, amure ; & pour l'écoute on dit trois fois, borde ; & au troisieme cri on hale sur la manoeuvre.
Haler se dit aussi pour tirer quelque chose vers l'endroit que l'on veut, ou le changer de situation. On dit, hale ce bateau à bord, c'est le tirer à terre au moyen d'une corde. On nomme hale à bord la corde qui sert à la chaloupe, pour s'approcher du bord, lorsqu'elle est amarrée à l'arriere du vaisseau.
Haler à la cordelle, tirer une corde pour faire avancer un bâtiment dans une riviere. (Z)
HALER le chanvre, (Corderie) c'est le dessécher, pour le disposer à être broyé. Voyez l'article CHANVRE.
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| HALEUR | S. m. (Marine) c'est le batelier qui tire un bateau avec une corde passée autour de son corps ou de ses épaules. (Z)
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| HALF-PENNY | S. m. (Commerce) c'est une monnoie de cuivre courante en Angleterre, & qui vaut la moitié d'un sou du pays, c'est-à-dire environ un sou argent de France.
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| HALI | S. m. (Commerce) poids dont on se sert à Queda, ville considérable du détroit de Malaca, dans les Indes orientales. Un hali contient seize gantas, & un gantas quatre guppas, & quinze hali font un bahar, pesant quatre cent cinquante livres poids de marc. Voyez BAHAR. Il y en a qui disent nali au lieu de hali. Dictionn. de Commerce. (G)
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| HALIARTE | (Géog. anc.) ancienne ville de Grece, dans la Béotie ; Strabon, liv. IX. dit qu'elle ne subsistoit plus de son tems ; qu'elle fut détruite par les Romains dans la guerre contre Persée ; & qu'elle étoit située près d'un lac ou d'un étang marécageux qui portoit les plus beaux roseaux du monde, pour faire des flûtes & des chalumeaux. Plutarque en parle comme Strabon dans la vie de Sylla ; il nomme ce lac Céphisside, à cause du fleuve Céphise qui y mêloit ses eaux. Les poëtes dans leurs ouvrages ne manquent guere de joindre Coronée & Haliarte, non-seulement à cause de leur proximité, mais parce que deux freres, Corone & Haliarte, avoient fondé ces deux villes. (D.J.)
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| HALIBRAN | jeune canard. Voyez l'art. CANARD, & HALLEBRANS.
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| HALICARNASSE | (Géog. anc.) ancienne ville d'Asie dans la Carie, dont elle étoit la capitale ; on en rapporte la fondation à des Grecs venus d'Argos. Elle possédoit un port magnifique, de bonnes fortifications, & de grandes richesses : elle avoit été la résidence des rois de Carie, & particulierement de Mausole, dont le fameux tombeau servit à lui donner un nouveau lustre. On peut voir dans Arrien la difficulté qu'Alexandre trouva lorsqu'il en fit le siége. Une médaille frappée sous Geta prouve par sa légende, que sous les Romains cette ville se gouverna par ses propres loix, & joüit de sa liberté. Elle a donné naissance à deux fameux historiens qui seuls l'auroient immortalisé, Hérodote & Denis.
Hérodote, le pere de l'histoire profane, naquit l'an 404 avant J. C. il mit tous ses soins à tâcher d'apprendre dans ses voyages l'histoire des nations, & en composa les neuf livres qui nous restent de lui. Les Grecs en firent tant de cas, lorsqu'il les récita dans l'assemblée des jeux olympiques, qu'ils leur donnerent le nom des neuf muses. L'histoire d'Hérodote est écrite en dialecte ionique. Son style est plein de charmes, de douceur, & de délicatesse. Malgré les critiques qu'on a faites d'Hérodote, il est toûjours constant que son ouvrage renferme ce que nous connoissons de plus certain sur l'histoire ancienne des différens peuples.
Denis, surnommé d'Halicarnasse, du nom de sa patrie, est en même tems un des plus célébres historiens & des plus judicieux critiques de l'antiquité ; il vint à Rome après la bataille d'Actium, trente ans avant J. C. & y demeura vingt-deux ans sous le regne d'Auguste. Il composa en grec l'histoire des antiquités romaines, & les distribua en vingt livres, dont il ne nous reste que les onze premiers ; c'est un ouvrage que nous ne nous lassons point de lire & de consulter : on connoît la traduction françoise du P. le Jay, & de M. Belanger docteur de Sorbonne. Nous avons encore d'autres oeuvres de Denis d'Halicarnasse ; M. Hudson en a procuré la meilleure édition en grec & en latin, à Oxford, 1704, in-fol. (D.J.)
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| HALIES | S. f. pl. (Antiquit.) fêtes qui se célébroient à Rhodes en l'honneur du soleil, le 24 du mois Gorpiaeus ; les hommes & les jeunes garçons y combattoient, & celui qui sortoit victorieux étoit récompensé d'une couronne de peuplier. Athénée a fait mention des halies dans son treizieme livre. Ce mot est dérivé de , qui dans le dialecte dorique s'écrit pour , soleil.
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| HALIME | S. m. (Jardinage) petit arbrisseau que l'on appelle en françois pourpier de mer ; il pousse des rameaux assez longs, rampans & de couleur bleue, garnis de feuilles oblongues semblables au pourpier, mais un peu plus blanches. Les fleurs tirent sur le purpurin, & sont suivies de beaucoup de semences rondes qui en multiplient l'espece.
Cet arbrisseau croît dans les lieux maritimes & sablonneux ; il résiste au plus grand froid. (Z)
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| HALINATRUM | ou HALINATRON, (Hist. nat. Minéral.) quelques naturalistes nomment ainsi un sel alkali fixe qui se trouve dans les anciennes murailles & voûtes à la surface desquelles on le voit paroître sous la forme d'une poudre, & sans prendre de figure réguliere ou crystallisée ; il effleurit aussi en quelques endroits à la surface de la terre. Voyez la Minéralogie de Wallerius, tome I. p. 325.
Il ne faut point confondre le sel alkali dont il est ici question, avec celui qu'Agricola & quelques autres naturalistes nomment halinitrum. Ce dernier n'est autre chose que du nitre ou du salpetre. (-)
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| HALITZ | Halicia, (Géog.) petite ville de Pologne, capitale d'un petit pays de même nom, dans la Russie rouge, sur le Niester, à quinze milles S. E. de Lembourg, vingt N. O. de Kaminieck. Long. 43. 35. lat. 49. 20. (D.J.)
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| HALLAGE | S. m. (Jurispr.) est un droit seigneurial qui est dû au roi ou autre seigneur du lieu, par les marchands, pour la permission de vendre sous les halles, à l'entretien desquelles le produit de ce droit est ordinairement destiné.
Il est parlé de ce droit dans les anciennes ordonnances. Voyez le Recueil de celles de la troisieme race, tome II. pp. 398. & 581. il en est aussi fait mention dans le livre de l'Echevinage de Paris. Voyez le Gloss. de M. de Lauriere, au mot hallage.
Le hallage est différent du tonlieu ou placage, qui se paye pour toute sorte de place que les marchands occupent dans la foire ou marché, ou pour la vente & achat des marchandises. Voyez TONLIEU. (A)
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| HALLALI | S. m. (Chasse) cri qui marque que le cerf est sur ses fins.
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| HALLAND | Hallandia, (Géog.) contrée de Suede dans le Schone, le long de la mer de Danemark, appartenante à la Suede depuis 1645. Elle peut avoir de côtes vingt-sept lieues marines. (D.J.)
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| HALLE | S. f. (Commerce) place publique destinée dans les villes & bourgs un peu considérables, à tenir les marchés de toutes sortes de marchandises & denrées, particulierement de celles qui servent à la vie, comme grains, farines, légumes, &c.
On confond quelquefois le mot de halle avec celui de marché, en les prenant l'un & l'autre pour la place dans laquelle les marchands forains viennent à certains jours marqués, qu'on nomme jours de marché, étaler & vendre leur marchandise. Il y a cependant quelque différence ; le nom de marché appartenant à toute la place en général où se font ces assemblées de vendeurs & d'acheteurs, & celui de halle ne signifiant que cette portion particuliere de la place qui est couverte d'un appenti, & quelquefois enfermée de murs pour la sûreté des marchandises, & pour les garantir de la pluie & autres intempéries de l'air.
Halle se disoit aussi autrefois de ces grands édifices de charpente couverts de tuiles, entourés de murs & fermés de portes, où se tiennent plusieurs des principales foires de France.
C'est ainsi entr'autres que la foire Saint-Germain qui se tient à Paris, & la franche de Caën, si célebre en basse Normandie, sont appellées dans les titres de leur établissement ; & c'est pareillement de deux de ces sortes de bâtimens destinés aux anciennes foires de Paris, que les principaux marchés de cette ville ont pris le nom de halles.
C'est à Philippe-Auguste que cette capitale doit l'établissement de ses halles dans le lieu où elles sont présentement. Ce prince y transféra les foires qui se tenoient dans les fauxbourgs Saint-Martin & Saint-Denis ; elles furent ensuite converties en marchés par la suppression des foires ; & en 1550 Henri II. ordonna qu'elles seroient rebâties. Il n'est point arrivé depuis de changement considérable aux halles de Paris ; & elles se trouvent présentement à-peu-près de même qu'elles furent rebâties dans le milieu du seizieme siecle.
Toutes les halles de Paris, à l'exception de la halle aux vins, sont renfermées dans celui des vingt quartiers de cette capitale, que l'on appelle le quartier des halles, qui est borné à l'orient par la rue Saint-Denis ; au nord par la rue Mauconseil, à l'occident par les rues Comtesse-d'Artois & de la Tonnellerie, & au midi par celles de la Ferronnerie, de Saint-Honoré, & de la Chausseterie.
Les halles sont ou couvertes ou découvertes : les halles couvertes sont la halle aux draps, la halle aux toiles, la halle aux cuirs, la halle à la saline, autrement le fief d'Alby, la halle à la marée fraîche, le parquet à la marée, & la halle au vin, dont nous dirons un mot ci-dessous.
Les halles découvertes sont la grande halle qui contient la halle ou marché au blé & autres grains qui s'y vendent tous les mercredis & samedis ; la halle à la farine qui ouvre tous les jours, la halle au beurre qui se tient tous les jeudis après dîner ; la halle à la chandelle, où les Chandeliers privilégiés apportent celle qu'ils fabriquent ; elle ne tient que tous les samedis ; la halle aux chanvres, filasses, & cordes à puits, où cette marchandise se débite tous les jours ; la halle aux pots de grais & à la boisseterie, ouverte également tous les jours : enfin la halle à la chair de porc frais & salé, qui se tient les mercredis & samedis.
Au milieu de la grande halle est établi le poids-le-roi, pour toutes les diverses sortes de marchandises qui se vendent dans ces différentes halles, & dont les pesées sont trop fortes pour être faites dans des balances communes. On voit aussi au milieu du quartier des halles, le pilori, espece de tour où l'on expose plusieurs sortes de malfaiteurs, & entr'autres les banqueroutiers frauduleux. Voyez PILORI & POIDS-LE-ROI.
Outre toutes les halles comprises dans l'enceinte de la grande halle, il y a encore la halle du poisson d'eau-douce le long de la rue de la Cossonnerie ; la vente de cette marchandise commence à trois heures du matin, & finit à sept. La halle du pilori où se trouvent la halle au beurre en petites mottes, & la halle aux oeufs que les coquetiers y apportent de Normandie & de Brie. Enfin on met au nombre des halles découvertes la halle aux poirées & la rue aux fers, où les Jardiniers & les marchandes Bouquetieres, les Herbieres & les Herboristes, exposent leurs denrées.
Des sept halles couvertes de Paris, les deux plus considérables sont la halle aux draps & la halle aux toiles. La halle aux draps est un grand bâtiment destiné à recevoir tous les draps & autres étoffes de la Mercerie qui sont apportés à Paris, pour y être visités, aunés & marqués par les maîtres & gardes des deux corps de la Draperie & de la Mercerie & par les auneurs par eux commis à cet effet. La halle aux toiles se tient dans le même bâtiment ; avec cette différence, que tous les appartemens hauts & une partie de ceux d'en-bas, sont destinés pour la Draperie, & qu'il n'y a que quelques travées du bas reservées pour la Toilerie.
La halle au vin est établie hors de la ville, assez proche de la porte Saint-Bernard. Elle consiste en de grands celliers & en plusieurs caves qui servent d'étape aux vins venans à Paris par la riviere. Au-dessus des celliers sont de vastes greniers où l'on peut conserver une grande quantité de grains pour servir en cas de nécessité publique. Il s'observe dans toutes ces halles & pour les différentes marchandises, une police très-réguliere conforme à divers reglemens, dont on peut voir le détail dans le Dictionnaire de Commerce de M. Savary, aussi bien que ce qui regarde les halles de la ville d'Amiens, sous le mot HALLE. Voyez le Dictionn. du Comm.
HALLE, Hala Magdeburgica, (Géog.) ville d'Allemagne dans la haute-Saxe, au duché de Magdebourg, avec une fameuse université fondée en 1694. Son nom lui vient des salines que les Hermandures y trouverent, & qui subsistent toûjours ; elle appartient par le traité de Westphalie à l'électeur de Brandebourg ; elle est dans une grande plaine agréable sur la Saale, à 5 milles N. O. de Leipsick, 8 S. O. de Wittemberg, 11 S. E. de Magdebourg. Long. 30. 8. lat. 51. 36.
C'est la patrie de Balthasar Bruner, & de Paul Herman : le premier voyagea beaucoup, cultiva la Medecine & la Chimie, & mourut en 1604 âgé de 71 ans ; le dernier est un des célebres botanistes du dix-septieme siecle. Il fut reçû professeur dans cette science à Leyde, après avoir exercé la Medecine à Ceylan, & mourut en 1695. On a publié la vie de plusieurs autres savans nés à Halle, ou qui en ont été professeurs ; j'y renvoye les curieux en Biographie. (D.J.)
HALLE, (Géog.) ville libre & impériale d'Allemagne dans la Souabe, avec des salines sur la riviere de Koher, entre des rochers & des montagnes. Elle est située aux confins du Palatinat, de la Franconie, & du Duché de Wirtemberg, à neuf de nos lieues, E. d'Heilbron, quinze N. E. de Stutgard. Elle doit sa fondation aux sources salées. Long. 27. 30. lat. 49. 6. (D.J.)
HALLE, (Géog.) petite ville démantelée des Pays-Bas Autrichiens dans le Hainaut, & sur les confins du Brabant. Ce lieu prend son nom de l'église de Notre-Dame, qui en est la tutélaire, & qu'on appelle vulgairement Notre-Dame-de-Halle, ou de-Hau. Juste Lipse qui a écrit l'histoire des présens que l'ancienne dévotion a valu à cette église, pendit pour son offrande une plume d'argent devant l'autel. Halle fut pillée par les François en 1691 ; elle est sur la Zinne, à dix lieues N. E. de Mons, trois S. O. de Bruxelles. Long. 21. 50. lat. 50. 44. (D.J.)
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| HALLE-CRUES | ou ERÈS, s. f. (Manuf.) sorte de toiles qui se fabriquent en Bretagne, & qu'on envoye aux isles Canaries.
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| HALLEBRANS | (Vénerie) sont les petits des canards sauvages : pour prendre des hallebrans quand on a quelque étang dans les islots duquel les cannes sauvages ont coûtume de couver, on va battre les grandes herbes de ces islots pour en faire sortir toute la peuplade qui se met à la nage ; on la suit dans un bachot avec un large filet qui traverse l'étang ; on fait ainsi marcher les canetons devant soi pour les acculer, & on les prend : ces sortes de chasses sont souvent très-copieuses.
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| HALLEIN | (Géog.) Haliola, petite ville d'Allemagne au cercle de Baviere, dans l'évêché de Saltzbourg. Elle est sur la Saltza, entre des montagnes, dans lesquelles il y a des mines de sel fort curieuses, qui font la richesse de la ville & du pays ; Zeyler dans sa Topographie de la Baviere, les a décrites avec soin. Cette ville est à quatre de nos lieues S. de Saltzbourg. Long. 30. 50. lat. 47. 33. (D.J.)
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| HALLENBERG | (Géog.) petite ville d'Allemagne, en Westphalie, appartenante à l'électeur de Cologne.
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| HALLER | (Géog.) riviere d'Allemagne, dans la principauté de Calemberg, au pays de Lunebourg ; elle va se jetter dans la Leine.
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| HALLERMUNDE | (Géogr.) comté de l'empire d'Allemagne, dans la principauté de Calemberg, entre la Leine & le Deister.
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| HALLERSDORFF | (Géogr.) petite ville d'Allemagne, en Franconie, près de Forchheim.
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| HALLERSPRUNG | (Géogr.) ville & bailliage de la principauté de Calemberg, à trois lieues de Hanovre.
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| HALLIER | S. m. (Commerce) marchand qui étale aux halles. Voyez HALLE.
Il se dit aussi du garde d'une halle, ou de celui qui a soin de la fermer, & d'y garder les marchandises qu'on y laisse. Par les réglemens les marchands forains de toiles sont tenus de les venir décharger à la halle & de les laisser en garde au hallier, jusqu'à ce qu'elles soient vendues sans pouvoir les en retirer pour les emporter. Dictionn. de Comm. (G)
HALLIER, (Chasse) sorte de filet qu'on tend en maniere de haie dans un champ. Hallier se dit aussi d'un buisson, d'un arbrisseau ; on dit, ce lievre s'est sauvé parmi les halliers.
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| HALLIFAX | Olicana, (Géog.) ville considérable d'Angleterre en Yorckshire, remarquable par ses manufactures de laine ; elle est à 50 lieues N. O. de Londres. Long. 15. 50. lat. 53. 38.
Savile (le chevalier Henri), naquit à Hallifax en 1549 ; il se fit un nom par son habileté dans les Mathématiques, & la langue grecque qu'il eut l'honneur d'enseigner à la reine Elisabeth. Il a publié un traité sur Euclide en 1620, une belle édition de S. Chrysostome en grec, Etonae, 1613, en 8 vol. in-fol. un commentaire en anglois sur la milice des Romains, & quelques autres ouvrages estimés : mais l'université d'Oxford n'oubliera jamais les deux chaires, l'une de Géométrie, & l'autre d'Astronomie, qu'il y a fondées de son propre bien en 1619. Il mourut comblé d'estime & de regrets en 1622, âgé de 73 ans. (D.J.)
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| HALLINGDAL | (Géog.) district de Norwége, dans la province d'Aggerhus.
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| HALLOE | (Géog.) petite ville de la province de Stormarie, au duché de Holstein, dans le bailliage de Segeberg.
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| HALMSTADT | (Géog.) ville de Suede, dans la province de Halland, dans la Gothie méridionale ; elle est fortifiée, & a un port sur la mer Baltique.
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| HALMYRAGA | (Hist. nat.) les anciens entendoient par-là une espece de natrum très-pur. Pline dit qu'on en distinguoit deux especes ; le plus pur s'appelloit halmyraga, & celui qui étoit mêlé de terre s'appelloit agrium ; le premier venoit de Médie, & le second de Thrace. Voyez NATRUM. Lorsqu'on le trouvoit à la surface de la terre sous une forme concrete, ce sel se nommoit aussi halmyrax.
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| HALO | S. m. (Physiq.) météore qui paroît en forme d'anneau ou de cercle lumineux & de diverses couleurs, autour du soleil, de la lune, & des étoiles. Voyez METEORE.
Ce mot est formé du grec ou , area, aire, surface.
Les Physiciens regardent le halo comme un effet de la réfraction des rayons de lumiere qui passent par les vésicules fines & rares d'une petite nue ou vapeur, laquelle se trouve dans notre athmosphere. Ces rayons arrivent à l'oeil du spectateur, après avoir souffert sans réflexion dans les gouttes de la nue deux réfractions, l'une à l'entrée, l'autre à leur sortie ; & la différente réfrangibilité des rayons produit les différentes couleurs du halo. Voyez REFRANGIBILITE, REFRACTION, & COULEUR.
On confirme cette explication en ajoûtant qu'une certaine quantité d'eau étant lancée vers le soleil, on la voit, dans le moment qu'elle se brise & se disperse en gouttes, former une espece d'halo ou d'arc-en-ciel représentant les mêmes couleurs que le véritable ; avec cette différence que dans l'arc-en-ciel ordinaire il y a réflexion avec réfraction, & que dans le halo il n'y a que réfraction. Voyez ARC-EN-CIEL.
Ces sortes de couronnes sont quelquefois blanches, & d'autres fois elles ont les mêmes couleurs que l'arc-en-ciel ; tantôt on n'en voit qu'une, & tantôt on en voit plusieurs qui sont concentriques : Snellius dit qu'il en a vû six autour du soleil. Le diametre de celles qu'on a observées autour de Sirius & de Jupiter, n'a jamais été de plus de cinq degrés ; celles de la lune vont depuis deux degrés jusqu'à quatre-vingt-dix de largeur. Le diametre de ces couronnes varie pendant le tems qu'on observe le phénomene.
On peut produire artificiellement de semblables couronnes, en mettant, lorsqu'il fait froid, entre l'oeil & une bougie allumée un pot plein d'eau chaude, dont la vapeur monte en haut : c'est pour cela que l'on apperçoit souvent ces anneaux dans les bains autour de la bougie.
Une autre maniere de représenter ce phénomene, c'est de pomper l'air d'une cloche de verre, & regardant à-travers cette cloche la flamme d'une chandelle placée derriere la cloche : car aussi-tôt que l'air se sera raréfié jusqu'à un certain point, on ne manquera pas d'appercevoir un anneau autour de la flamme. On peut voir la même chose, en faisant rentrer dans un récipient l'air qui en avoit été pompé ; car dès que cet air se trouvera avoir la même densité, on verra paroître cet anneau avec diverses couleurs. De même, lorsqu'on met deux verres objectifs de grands télescopes l'un sur l'autre, la lumiere qui tombe dessus passe à-travers en quelques endroits, & se réfléchit des endroits voisins ; ce qui fait paroître divers anneaux colorés : c'est ce qu'on remarque encore, lorsqu'on fait de petites bulles d'air avec l'eau de savon ; car on voit dessus & à-travers ces bulles de semblables anneaux colorés. Musschenbr. Essai de Physique.
Voici les principales raisons par lesquelles M. Musschenbroeck prouve que la cause des halos est dans notre athmosphere. S'il y a une athmosphere autour des astres précédens, il paroît impossible qu'elle soit de l'étendue qu'on observe dans les halos. Ces couronnes ne peuvent être apperçûes que de peu de personnes à-la-fois, & rarement à une plus grande distance que deux ou trois lieues ; elles disparoissent aussi-tôt que le vent vient à souffler, quoiqu'elles continuent quelquefois lorsqu'il ne fait qu'un petit vent frais ; mais dès qu'il augmente, elles se dissipent. Personne ne les a jamais observées dans un tems tout-à-fait serein. Si le nuage flotte dans l'air, la couronne commence à disparoître du côté où l'air devient plus net.
Les couronnes des halos sont plus foibles que celles de l'arc-en-ciel. Dans les couronnes de halo que M. Newton vit en 1692, les couleurs se suivoient du centre vers la circonférence, de la maniere suivante. La couleur de l'anneau interne étoit bleue en-dedans, blanche au milieu, & rouge en-dehors ; la couleur interne du second anneau étoit pourpre, ensuite bleue, puis verte, jaune, & d'un rouge pâle ; la couleur interne du troisieme anneau étoit d'un bleu pâle, & l'externe d'un rouge pâle. M. Huyghens a observé dans le contour extérieur un bleu pâle, & dans l'intérieur une couleur rouge. M. Musschenbroeck a vû plusieurs couronnes dont la couleur interne étoit rouge ; & d'autres observateurs ont encore indiqué diverses variétés.
Ce phénomene n'arrive pas tous les jours ; la raison principale est qu'il faut que les particules soient assez raréfiées pour donner passage aux rayons : car autrement elles forment des nuages épais qui ne transmettent pas la lumiere. Cependant les halos sont plus fréquens qu'on ne le croit ; on n'y fait pas attention, parce que l'on envisage rarement le soleil pendant le jour. Mais les observateurs attentifs assûrent que ce phénomene est fréquent. Depuis le premier de Janvier jusqu'au premier de Juin 1735, M. Musschenbroeck a vû à Utrecht ces couronnes environ vingt fois autour du soleil ; & un autre physicien a observé le même phénomene plus de soixante fois en un an.
M. Fritsch vit le 11 Avril 1729 autour du soleil un cercle qui avoit trois couleurs, dont l'externe étoit rouge, celle du milieu jaune, & l'interne blanche ; & il se trouvoit éloigné du soleil de deux diametres de cet astre. On y remarquoit outre cela un cercle blanc parallele à l'horison, qui passoit par le soleil : il y avoit encore deux autres demi-cercles blancs plus petits qui commençoient de chaque côté dans le soleil, & qui étoient placés au-dedans du grand cercle.
On a tort de croire que les halos annoncent la pluie ou l'orage ; souvent le lendemain & quelques autres jours après il fait un tems fort serein & fort calme. Ceux qui veulent approfondir davantage ce sujet, peuvent recourir au traité posthume de M. Huyghens, de coronis ; à l'Optique de Newton, liv. II. ch. jv. & à l'Essai de Physique de Musschenbroeck, d'où cet article est tiré par extrait. (O)
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| HALOA | S. f. (Hist. anc.) fêtes qui se célébroient dans Athenes, au mois Posideonis, à l'honneur de Cerés Haloade : c'étoit le tems où l'on battoit le blé de la récolte.
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| HALOIR | S. m. (Corderie) est une caverne de six ou sept piés de hauteur, cinq à six de largeur, & neuf à dix de profondeur, ou bien quelque chose d'équivalent ; on expose autant qu'on peut le haloir au soleil du midi & à l'abri de la bise.
A quatre piés au-dessus du foyer du haloir, on place des barreaux de bois qui traversent le haloir d'un mur à l'autre, & qui y sont assujettis : c'est sur ces morceaux de bois qu'on étend le chanvre qu'on veut hâler, c'est-à-dire faire sécher, jusqu'à ce qu'il soit en état d'aller à la broye.
Tout étant ainsi disposé, une femme attentive a soin d'entretenir perpétuellement sous le chanvre un petit feu de chenevottes ; de le retourner de tems en tems, pour qu'il se desseche par-tout également ; & d'en remettre de nouveau à-mesure qu'on ôte celui qui est assez sec pour être porté à la broye. Voyez les Planches de Corderie.
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| HALONÈS | (LA), Géog. anc. petite île de la mer Egée, au couchant de Lemnos, & à l'orient de l'embouchure du golfe Therméen ; il en est beaucoup question dans les harangues d'Eschine & de Démosthène : elle est accompagnée de deux autres petites îles, dont l'une est nommée Piperi, anciennement Peparrhete, & l'autre Jura. La Halonèse s'appelle aujourd'hui Lanis ou Pelagisi. Pline & Etienne le géographe parlent de deux autres petites îles du même nom, mais différentes de la nôtre. (D.J.)
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| HALOS ANTHOS | S. m. (Hist. nat.) nom donné par les anciens naturalistes à une substance saline, tenace, visqueuse, grasse & bitumineuse, que l'on trouvoit nageante à la surface des eaux de quelques fontaines & rivieres. On dit qu'elle est ou jaunâtre, ou noirâtre, ou verdâtre, ou tirant sur le bleu. Dioscoride raconte que cette substance se trouvoit à la surface des eaux du Nil & de quelques lacs ; qu'elle étoit jaune, d'un goût très-piquant, grasse, & d'une odeur fétide : il ajoûte qu'elle étoit soluble dans l'huile ; ce qui prouve que c'étoit un bitume mêlé de particules salines. Voyez Hill, Hist. nat. des fossiles. Quelques auteurs ont crû que le halos anthos étoit la même chose que le sperma ceti, ou blanc de baleine. (-)
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| HALOSACHNE | S. m. (Hist. nat.) nom donné par les anciens naturalistes à une espece de sel marin formé par l'évaporation de l'eau de la mer qui avoit été portée par la violence des flots dans les creux des rochers, où la chaleur du soleil lui faisoit prendre de la consistance : il est, dit on, sous la forme d'une poudre, & quelquefois il s'attache sur des corps marins, sous une forme plus solide. Ce sel ne differe aucunement du sel marin ordinaire. Voyez SEL MARIN. Les anciens ont aussi nommé ce sel, paraetonium & spuma maris. (-)
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| HALOT | S. m. (Chasse) trou dans les garennes, où le gibier se retire, & où les lapins font leurs petits : c'est de-là que vient le mot halotiere. L'ordonnance veut que ceux qui auront détruit les halots soient punis comme voleurs.
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| HALOTECHNIE | S. f. (Chim.) on donne ce nom à une branche de la Chimie, qui s'occupe de la nature, de la préparation, ou de la composition des différens sels ; on la nomme aussi Halurgie : ce mot vient du grec , sel. Voyez SEL, NITRE, VITRIOL, &c.
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| HALP | ou HALAPO, (Géog.) ville de l'Amérique dans la Nouvelle Espagne, dans la province de Tabasco, & sur la riviere de ce nom, à 3 lieues audessus d'Estapo ; elle est passablement riche & habitée par des Indiens. Long. 273. 40. latit. 17. 48. (D.J.)
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| HALQUE | S. m. (Botaniq.) grand arbre épineux qui a la feuille du genievre, & qui porte une gomme si semblable au mastic, qu'on s'en sert pour l'adultérer : il croît en Lybie, en Numidie, & au quartier des Negres. Celui de Numidie est rayé de blanc, comme l'olivier sauvage ; celui de Lybie, d'azur ; & celui du pays des Negres, de noir. On nomme celui-ci sangu : on en fait des instrumens de Musique & des ouvrages de Menuiserie. On transporte dans toute l'Afrique le halque de Lybie, où on l'employe contre les maladies vénériennes. Marmol, liv. VII. ch. j.
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| HALSTER | S. m. (Commerce) mesure dont on se sert pour les grains à Louvain, à Gand, & en quelques autres endroits des Pays-Bas. Huit halsters font le mudde, & vingt-sept muddes le last. A Gand, le last de blé est de cinquante-six halsters, & celui d'avoine, de trente-huit. Douze halsters font le mudde, ou six sacs ; chaque sac est de deux halsters. Dict. de Commerce. (G)
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| HALTE | S. f. en terme de Guerre, signifie une pause que fait un corps de troupes dans la marche.
Quelques-uns dérivent ce mot du latin halitus, haleine ; comme si on faisoit halte pour prendre haleine : d'autres le font venir de alto, parce que dans les haltes on dresse les piques, &c.
Dans les lieux coupés & pleins de défilés, on est obligé de faire plusieurs haltes ; & l'on dit, par exemple, qu'une armée a fait halte pour se reposer. Chambers.
Lorsqu'une troupe a fait une longue marche, & qu'on veut la faire paroître en ordre, on lui commande de faire halte, pour se remettre plus exactement en bataille, c'est-à-dire pour redresser ses rangs & ses files. On lui fait faire aussi halte pour se reposer dans les longues marches.
Lorsque l'armée fait le campement, le général lui fait faire halte pendant qu'on trace ou qu'on marque le camp. (Q)
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| HALTEREN | (Géog.) petite ville d'Allemagne en Westphalie, dans l'évêché de Munster, sur la Lippe. Long. 24. 42. lat. 51 42. (D.J.)
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| HALTERES | S. f. pl. (Gymn. médic.) les halteres chez les Grecs étoient des masses pesantes de pierre, de plomb, ou d'autre métal, dont les anciens se servoient dans leurs exercices.
Il paroît qu'il y avoit deux sortes d'halteres ; les unes étoient des masses de plomb que les sauteurs prenoient dans leurs mains pour s'assûrer le corps & être plus fermes en sautant ; les autres étoient une espece de palet que l'on s'exerçoit à jetter.
Les halteres, selon Galien, se posoient à terre, à environ trois piés & demi de distance les unes des autres ; la personne qui vouloit s'exercer se plaçoit entre deux de ces masses, prenoit de la main droite celle qui étoit à sa gauche, & de la gauche celle qui étoit à sa droite, & les remettoit plusieurs fois de suite à leur place, sans bouger les piés de l'endroit où elle les avoit d'abord posés. On employoit cet exercice pour la cure de plusieurs maladies. Mercurial en parle dans son Art gymnastique ; j'y renvoye le lecteur. (D.J.)
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| HALUNTIUM | ou ALUNTIUM, (Géog. anc.) ville de Sicile : Cicéron nous dit qu'elle étoit située sur une hauteur, dont l'accès étoit difficile : Ptolomée la met près de l'embouchure du Chydas, au bord de la mer. M. Delisle croit qu'elle étoit à-peu-près au même lieu où est aujourd'hui San-Marcon. Fazel estime que ses ruines sont à cinq cent pas du bourg de Philadelphe, & que le Chydas est à-présent nommé Rosmarino. (D.J.)
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| HALY | (Géog.) ville d'Afrique dans l'Arabie heureuse, sur les confins de l'Yémen, du côté de Hégias. Long. 60. lat. 19. 40. (D.J.)
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| HALYS | (Géog. anc.) grande riviere de l'Asie mineure. M. de Tournefort a remarqué que nos géographes font venir ce fleuve du côté du midi, au lieu qu'il coule du levant ; ils ne sont excusables que sur ce qu'Hérodote a commis la même faute, liv. I. ch. lxxij. cependant il y a long-tems qu'Arrien l'a relevée, lui qui avoit été sur les lieux par l'ordre de l'empereur Hadrien. Strabon, qui étoit de ce pays-là, décrit parfaitement le cours de l'Halys, liv. XII. p. 646. Ses sources, dit-il, sont dans la grande Cappadoce, près de la Pontique, d'où il porte ses eaux vers le couchant, & tire ensuite vers le nord, par la Galatie & par la Paphlagonie. Il a reçû son nom des terres salées au-travers desquelles il passe ; car tous ces quartiers-là sont pleins de sel fossile ; on en trouve jusques sur les grands chemins & dans les terres labourables. La salure de l'Halys tire sur l'amertume. Paul Lucas, qui a parcouru quelques lieues le long de ce fleuve, ajoûte qu'il est grossi dans son cours par la riviere de Chechenur, après quoi il arrose Osmangioux & Castamone, qui est presque à son embouchure dans la mer Noire. On croit que c'est sur ce fleuve que se donna entre Alliates & Cyanarée la bataille que fit finir la fameuse éclipse de soleil annoncée par Thalès, & la premiere qui ait été prédite par des Grecs, selon Pline, liv. II. chap. xij. son nom moderne est Aytozu. (D.J.)
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| HAM | ou HAMM, en latin Hammona, (Géog.) petite ville d'Allemagne en Westphalie, capitale du comté de la Marck, sur la Lippe, sujette au roi de Prusse, à trois milles de Soëst, à six lieues S. E. de Munster, dix-huit N. E. de Cologne. Long. 25. 28. lat. 51. 42. (D.J.)
HAM, en latin Hammus, (Géog.) petite ville de France en Picardie, à quatre lieues de Noyon, sur la Somme ; les Espagnols la prirent après la bataille de Saint-Laurent, en 1557. Elle retourna à la France en 1559, par le traité de Château-Cambrésis. Voyez Piganiol de la Force & l'abbé de Longuerue. Elle est à vingt-neuf lieues N. E. de Paris. Long. 20. 44. 16. lat. 49. 44. 58. (D.J.)
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| HAMA | S. m. (Hist. anc.) instrumens dont on se servoit à Rome dans les incendies, pour éteindre le feu ; ils étoient déposés chez les gardes préposés à cet effet, comme les seaux chez nos commissaires : mais on ne sait si les hama étoient ou des crochets ou des seaux ; le dernier est le plus vraisemblable.
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| HAMAC | S. m. lit suspendu, dont les Caraïbes, ainsi que plusieurs autres nations sauvages de l'Amérique équinoxiale, font usage. Quoique la forme des hamacs soit à-peu-près la même, il s'en voit cependant de plusieurs sortes, qui different soit par la matiere dont ils sont faits, soit par la variété du travail, ou par les ornemens dont ils sont susceptibles.
Les hamacs caraïbes sont estimés les meilleurs & les plus commodes ; ils sont composés d'un grand morceau d'étoffe de coton, épaisse comme du drap, d'un tissu très-égal & fort serré, ayant la figure d'un quarré long portant environ huit à neuf piés de longueur sur cinq à six de largeur : il faut observer que cette largeur se trouve toûjours disposée suivant la longueur du hamac. Tous les fils de l'étoffe sur les bords des deux longs côtés excedent la lisiere d'environ sept à huit pouces, & sont disposés par écheveaux formant des especes de boucles, dans lesquelles sont passées de petites cordes de quatorze à dix-huit pouces de longs, qu'on nomme filet, servant à faciliter l'extension & le développement du hamac. Toutes ces petites cordes sont réunies ensemble par l'une de leurs extrémités, & forment une grosse boucle à chaque bout du hamac : c'est dans ces boucles qu'on passe les rabans ou grosses cordes qui servent à suspendre la machine au haut de la case ou aux branches d'un arbre. Les plus grands hamacs sont nommés par les Caraïbes hamacs de mariage ; deux personnes de différent sexe pouvant y coucher aisément. Les plus petits étant moins embarassans, se portent à la guerre & dans les voyages. Quelques sauvages des bords de la riviere d'Orinoco font des hamacs d'écorce d'arbre, travaillés en réseau comme des filets de pêcheur.
Les créoles blancs & les Européens habitans l'Amérique, préferent les hamacs aux meilleurs lits ; ils y sont plus au frais, ne craignant point la vermine, & n'ont besoin ni de matelats ni d'oreillers, non plus que de couvertures, les bords du hamac se re-croisant l'un sur l'autre.
Dans les isles françoises il est fort ordinaire de voir au milieu des salles de compagnie un bel hamac de coton blanc ou chamarré de diverses couleurs, orné de réseaux, de franges & de glands. Là nonchalamment couchée & proprement vêtue, une très-jolie femme passe les journées entieres, & reçoit ses visites sans autre émotion que celle que peut occasionner un léger balancement qu'une jeune négresse entretient d'une main, étant occupée de l'autre à chasser les mouches qui pourroient incommoder sa maîtresse.
Les femmes de distinction, allant par la ville, se font ordinairement porter dans des hamacs suspendus par les bouts à un long bambou ou roseau creux & léger que deux negres portent sur leurs épaules ; mais dans les voyages, au lieu d'un seul bambou, on fait usage d'un brancard porté par quatre forts esclaves.
Les Portugais du Bresil ajoûtent au-dessus du hamac une petite impériale, avec des rideaux qui les garantissent de la pluie & des ardeurs du soleil.
Sur les vaisseaux les matelots couchent dans des hamacs de grosse toile, communément nommés branles, qui different des précédens en ce qu'ils sont moins grands & garnis à leurs extrémités de morceaux de bois un peu courbes, percés de plusieurs trous, au-travers desquels passent les filets de façon qu'ils sont un peu écartés les uns des autres, & par conséquent le hamac reste toûjours suffisamment ouvert pour y recevoir une espece de matelas.
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| HAMACHATES | (Hist. nat. Litholog.) nom donné par les anciens naturalistes à une agathe dans laquelle se trouvent des taches ou des veines rouges & de couleur de sang : quelques auteurs ont aussi donné ce nom au jaspe rouge. (-)
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| HAMADE | Voyez SAMEIDE.
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| HAMADRIADE | S. f. (Mythol.) nymphe de la fable ; les hamadryades étoient des nymphes dont le destin dépendoit de certains arbres avec lesquels elles naissoient & mouroient ; ce qui les distingue des dryades, dont la vie n'étoit point attachée aux arbres. C'étoient principalement avec les chênes que les hamadryades avoient cette union, comme l'indique leur nom, composé de , ensemble, & , un chêne.
Quoique ces nymphes ne pussent survivre à leurs arbres, elles n'en étoient pas cependant absolument inséparables ; puisque, selon Homere, elles alloient par échappées sacrifier à Vénus dans les cavernes avec les satyres ; &, selon Séneque, elles quittoient leurs arbres pour venir entendre le chant d'Orphée. On dit qu'elles témoignerent quelquefois une extrème reconnoissance à ceux qui les garantirent de la mort ; & que ceux qui n'eurent aucun égard aux humbles prieres qu'elles leur firent d'épargner les arbres dont elles dépendoient, en furent sévérement punis : Péribée l'éprouva bien, au rapport d'Apollonius de Rhodes.
Mais il vaut mieux lire la maniere dont Ovide dépeint les complaintes & l'infortune de l'hamadryade que l'impie Erysichton fit périr ; elle vivoit dans un vieux chêne respectable, qui, dit-il, surpassoit autant tous les autres arbres que ceux-ci surpassent l'herbe & les roseaux. A peine Erysichton lui eut-il porté un premier coup de hache, qu'on l'entendit pousser des gémissemens, & qu'on en vit couler du sang ; le coup étant redoublé, l'hamadryade éleva fortement sa voix : " Je suis, dit-elle, une nymphe chérie de Cérès ; tu m'arraches la vie, mais j'aurai au moins en mourant la consolation de t'apprendre que je serai bien-tôt vangée " :
Editus e medio sonus est cum robore talis :
Nympha sub hoc ego sum, Cereri gratissima, ligno,
Quae tibi factorum poenas instare tuorum
Vaticinor moriens, nostri solatia lethi.
Métam. lib. viij. v. 763.
Les hamadryades ne doivent donc pas être censées immortelles, puisqu'elles mouroient avec leurs arbres. Je sais bien qu'Hésiode donne à leur vie une durée prodigieuse dans un fragment cité par Plutarque, selon lequel, en prenant la supputation la plus modérée des Mythologistes, la carriere des hamadryades s'étendoit jusqu'à 9720 ans ; mais ce calcul fabuleux ne s'accorde guere avec la durée des arbres, de ceux-là même à qui Pline, lib. XVI. c. xliv. donne la plus longue vie.
Cependant il n'a pas été difficile aux payens d'imaginer l'existence de ces sortes de nymphes ; car ils convenoient des sentimens de vénération & de religion pour les arbres, qu'ils croyoient être fort vieux, & dont la grandeur extraordinaire leur paroissoit un signe de longue durée. Il étoit simple de passer de-là jusqu'à croire que de tels arbres étoient la demeure d'une divinité. Alors on en fit une idole naturelle ; je veux dire, qu'on se persuada que sans le secours des consécrations, qui faisoient descendre dans les statues la divinité à laquelle on les dédioit, une nymphe, une divinité, s'étoit concentrée dans ces arbres. Le chêne qu'Erysichton coupa étoit vénéré pour sa grandeur & pour sa vieillesse. On l'ornoit comme un lieu sacré ; on y appendoit les témoignages du bon succès de sa dévotion, & les monumens d'un voeu exaucé ; Ovide nous apprend tout cela :
Stabat in his ingens annoso robore quercus
Una, nemus : vitae mediam memoresque tabellae
Certaque cingebant, voti argumenta potentis.
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| HAMAH | (Géogr.) ville de Syrie, à laquelle le géographe Abulfeda donne 60d 45' de longit. & 34d 45' de latit. Elle fut renversée par un horrible tremblement de terre en 1157, & a été depuis rétablie. C'est la même que l'Apamée de Strabon sur l'Oronte, fondée par Seleucus Nicanor, qui faisoit nourrir 500 éléphans dans son territoire fertile. C'est ici que se donna sous Aurélien la fameuse bataille entre les Romains & Zénobie reine de Palmyre ; on sait qu'elle la perdit, & qu'elle fut menée prisonniere à Rome avec son fils. Ce qui reste aujourd'hui de cette ville mérite encore quelques regards des curieux, au rapport de M. de la Roque, dans son Voyage de Syrie. Un Bacha a le gouvernement de tout le canton. (D.J.)
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| HAMAMET | (Géogr.) ville d'Afrique en Barbarie, sur le golfe de même nom, à dix-sept lieues de Tunis par terre. C'est une ville nouvelle, bâtie il y a environ 350 ans par un peuple Mahométan, & les habitans en sont fort pauvres. Longit. 28. 50. Latit. 36. 35. (D.J.)
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| HAMANS | S. m. (Manufact.) toiles de coton, fines, blanches & serrées, dont la fabrique revient à celle des toiles de Hollande. On les apporte des Indes orientales. Les meilleures sont de Bengale. La piece porte sur une aune & un sixieme de large, neuf aunes & demie de longueur.
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| HAMAXITUS | (Géogr. anc.) ville de la Troade, dont parlent Xénophon, Thucydide, Pline, & Strabon. Il y avoit près de cette ville une saline, où durant un certain tems de l'année le sel se formoit de lui-même. Hamaxitus fut le premier établissement des Teucriens (Teucri), peuple amené de Crete par Callinus, poëte élégiaque. (D.J.)
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| HAMAXOBIENS | S. m. pl. (Hist. anc.) peuples qui n'avoient point de maisons, & qui vivoient dans des chariots. Ce mot est formé du grec , chariot, & , vie.
Les Hamaxobiens, qu'on appelloit aussi Hamaxobites, étoient un ancien peuple de la Sarmatie européenne, qui habitoient les parties méridionales de la Moscovie, & qui se servoient d'une espece de tentes de cuir dressées sur des chariots, au lieu de maison, pour être toûjours en état de changer de demeure, & de se mettre en voyage.
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| HAMBACH | (Géog.) petite ville d'Allemagne dans le haut Palatinat, sur le Fils, à deux lieues d'Amberg.
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| HAMBELIENS | S. m. pl. (Hist. mod.) une des quatre sectes anciennes du mahométisme. Hambel ou Hambeli, dont elle a pris son nom, en a été le chef. Mais les opinions des hommes ont leur période, court ordinairement, à moins que la persécution ne se charge de le prolonger. Il ne reste à la secte hambelienne que quelques Arabes entêtés, dont le nombre ne tarderoit pas à s'accroître, si par quelque travers d'esprit un muphti déterminoit le grand-seigneur à proscrire l'hambélianisme sous peine de la vie.
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| HAMBOURG | (Géog.) Hamburgum, grande & très-riche ville d'Allemagne, au cercle de basse-Saxe, dans le duché de Holstein, dont elle est indépendante. Elle fut fondée par Charlemagne : vous trouverez toute son histoire dans quantité d'écrivains, Lambecius, Zeyler, Hubner, & autres.
Il y a aujourd'hui dans cette ville un sénat composé de quatre bourguemestres & de vingt conseillers, dont dix sont gens lettrés, & dix négocians, de trois syndics, & un secrétaire. La ville & le chapitre sont de la confession d'Augsbourg ; la magistrature de Hambourg a le libre gouvernement dans les affaires temporelles & spirituelles ; les rois de Danemarck ont fait tous leurs efforts pour s'emparer de cette ville, mais la protection des puissances voisines la garantit de l'esclavage.
Elle a autrefois tenu la premiere place entre les villes hanséatiques ; elle tient aujourd'hui le premier rang pour le commerce du nord, & sa banque y a le plus haut crédit. Sa situation sur l'Elbe, qui y fait remonter de grands vaisseaux, lui est très-avantageuse pour le trafic. Elle est à 14 lieues N. O. de Lunebourg, 15 S. O. de Lubeck, 24 S. de Sleswig, 22 N. E. de Brême, 170 N. O. de Vienne. Longit. suivant Cassini, 27. 35. 30. lat. 52. 42.
Voici plusieurs savans qu'Hambourg a produits, & qu'il faut connoître.
Gronovius (Jean Fréderic) habile critique, naquit dans cette ville en 1611, & devint professeur en Belles-Lettres à Leyde, où il mourut en 1672. Il a donné quelques éditions d'anciens auteurs, des observations en trois livres, & un excellent traité des Sesterces ; mais son fils Jacques Gronovius a effacé, ou, si l'on aime mieux, a encore augmenté sa gloire.
Holstenius, (Luc), garde de la bibliotheque du Vatican, étoit éclairé dans l'antiquité ecclésiastique & prophane ; il en a donné des preuves par des dissertations exactes & judicieuses ; il a publié la vie de Pythagore par Porphyre, & celle de Porphyre. Il est mort à Rome en 1661, âgé de 65 ans.
Krantzius (Albert), historien célebre pour son siecle ; car il mourut en 1517, à l'âge d'environ 70 ans, après avoir composé de bons ouvrages latins sur l'histoire, imprimés plusieurs fois depuis sa mort ; savoir 1°. une chronique de Danemarck, de Suede, & de Norwege ; 2°. une histoire de Saxe en treize livres ; 3°. une histoire des Vandales ; 4°. un ouvrage intitulé Metropolis, qui contient en 14 livres l'histoire ecclésiastique de Saxe, de Westphalie, & de Jutland. Il est vrai que la réputation de Krantz a été fort maltraitée par quelques censeurs, & qu'on ne peut pas trop le justifier de grands plagiats.
Lambecius (Pierre) passe sans aucune accusation de ce genre, pour un des savans historiographes d'Allemagne, comme le prouvent ses ouvrages ; j'entends les suivans : 1°. les origines Hamburgenses, en 2 vol. imprimés à Hambourg in-4 °. en 1652 & 1661 ; 2°. ses lucubrationes Gellianae, Paris 1647, in-4 °. 3°. animadversiones ad codini origines Constantinopolitanas, Paris, 1665, in-fol. elles sont pleines d'érudition ; 4°. le catalogue latin de la bibliotheque impériale en 8 vol. in-fol. Ce catalogue est par-tout accompagné d'un commentaire historique curieux, mais trop diffus ; Lambecius mourut à Vienne en 1680, à 52 ans.
Placcius (Vincent) mourut d'apoplexie en 1699 à 57 ans, a publié quantité d'écrits, dont vous trouverez la liste dans Morery & dans le P. Niceron, tome I. Le principal de ses ouvrages latins est son recueil des anonymes & des pseudonymes, Hamb. 1674. in-4°. premiere édition, & qui a ensuite été réimprimé plus complet par Matthias Dreyer en 1708, in-fol.
Rolfinck (Guerner), en latin Rolfincius, élevé par Schelhammer son oncle, fut un médecin de réputation ; mais entre beaucoup d'ouvrages qu'il a faits, & dont Lippenius ou Manget ont donné la liste, les seuls qu'on achete encore, sont ses dissertationes anatomicae, Noribergae, 1656 in-4 °. Il mourut à Jéne en 1673, agé de 74 ans, & laissa plusieurs écrits sur la Médecine qui ont vû le jour.
Wower (Jean) est auteur d'un ouvrage plein d'érudition, intitulé de polymathia tractatio, à Basle, 1603, in-4 °. Il a aussi publié avec des notes, Pétrone, Apulée, Sidonius Apollinaris, & Minutius Felix. Il mourut gouverneur de Gottorp en 1612, âgé de 38 ans ; il faut le distinguer de Jean Wower, son parent, ami de Lipse, qui mourut à Anvers en 1635 à 69 ans. (D.J.)
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| HAMBU | (hist. nat. botan.) arbre du Japon, de la grandeur du palmier, dont les feuilles sont vertes toute l'année, les fleurs jaunes sans odeur, & rayées à l'intérieur de bandes purpurines ; la graine d'un jaune tirant sur le gris & velue, & les rameaux cendrés. Les chevres & les brebis mangent les feuilles avec avidité ; le bois n'est bon qu'à brûler. Ephemerides naturae curiosor. dec. II. ann. X. observ. xxxvj. page 78.
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| HAMEAU | (Géog.) assemblage de quelques maisons sans église ni jurisdiction locale ; le hameau dépend à ces deux égards d'un village ou d'un bourg ; il vient de hamellus, terme dont se sont servi les auteurs de la basse latinité, & qui est un diminutif de ham. Ce mot de ham, qui signifie maison, habitation, se trouve en forme de terminaison dans un grand nombre de noms propres géographiques, surtout en Angleterre, où l'on voit Buckingham, Nottingham, Grandham, &c. & quoique plusieurs de ces noms appartiennent aujourd'hui à des bourgs, à des villes, à des provinces, cela n'empêche pas que leur premiere origine n'ait été un hameau ; de même en Allemagne, cette syllabe est changée ordinairement en heim, comme dans Manheim, Germersheim, Hildesheim, &c. & quelquefois en hain. Ce nom ham est reconnoissable non-seulement dans le mot françois hameau, mais encore dans plusieurs noms, comme Estreham vient d'Oistréham pour Westerham, qui veut dire demeure occidentale ; nom qui marque la situation de ce lieu, qui est au couchant de l'embouchure de l'Orne : en Normandie on change communément la syllabe ham en hom ; comme le Hommet, Robehomme, Brethomme ; ces deux derniers s'appellent en latin Roberti villa, Britonica villa ; tel lieu qui n'étoit qu'un simple hameau, est devenu bourg ou ville, sans changer de nom. Enfin, tous les grands empires ont commencé par des hameaux, & les puissances maritimes par des barques de pêcheurs. (D.J.)
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| HAMEÇON | S. m. (Pêche) voyez HAIN.
* HAMEÇON, (Tour.) c'est l'instrument plus connu sous le nom d'arilser.
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| HAMEDES | S. f. (Manuf.) toile de coton blanche, claire & fine, de seize aunes de long, sur trois quarts à cinq sixiemes de large. Elle vient de Bengale.
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| HAMÉE | S. f. (Art milit.) c'est le manche du griffon ou de l'écouvillon. Voyez HAMPE.
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| HAMEIDE | S. f. terme de Blason, fasce de trois pieces alaisées qui ne touchent point les bords de l'eau. Hameides, selon le pere Menétrier, sont trois chantiers ou longues pieces de bois en forme de fasces alaisées qui se mettent sous les tonneaux qu'on nomme hames aux pays-bas ; ce qui a fait le mot d'hameides ; une famille de Flandres qui porte ces chantiers pour armoiries par allusion à son nom, en ayant introduit l'usage dans le Blason. Il ajoûte qu'hameide est encore une barriere dans ce pays-là, où les maisons de bois traversées se nomment hames, d'où vient le nom de hameau, à cause des maisons de village bâties de cette sorte, & des barrieres dont les chemins sont fermés en Suisse & en Allemagne sur les avenues de ces hameaux. D'autres croyent qu'hameide vient de la maison de ce nom en Angleterre, qui porte pour armes une étoffe découpée en trois pieces en forme de fasce, qui en laisse voir une autre par ses ouvertures, qui est d'une couleur différente & mise au-dessous. On dit aussi hamade & hamaide. Dictionn. de Trévoux.
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| HAMELBOURG | Hamelburgum, (Géog.) ville d'Allemagne en Franconie, dans l'état de l'abbé de Fulde, sur la Saale, à dix lieues S. E. de Fulde, & à trois milles de Schweinfurt ; on y suit la Religion catholique. Long. 27. 36. lat. 50. 10.
Hamelbourg est la patrie de Jean Froben, qui s'établit à Basle, où il se fit une grande réputation par la beauté & l'exactitude de ses éditions. Nous en parlerons au mot IMPRIMEUR. (D.J.)
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| HAMELN | (Géog.) ville forte d'Allemagne, dans la basse-Saxe, au duché de Calemberg, à l'extrémité du duché de Brunswick, dont elle est une clef. Elle est agréablement située au confluent de la riviere de Hamel avec le Weser, à neuf lieues S. O. d'Hanover, seize N. E. de Paderborn, dix-sept S. O. de Brunswick. En 1542 elle embrassa la confession d'Augsbourg ; c'est à un mille de cette ville que sont les eaux de Pyrmont. Long. 27. 10. latit. 52. 13. (D.J.)
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| HAMER | Hammaria, (Géog.) petite ville de Norwege, au gouvernement d'Aggerhus. Elle étoit autrefois épiscopale sous la métropole de Drontheim, mais son évêché a été uni à celui d'Anslo ; elle est à 24 lieues N. E. d'Anslo. Long. 28. 40. latit. 60. 30. (D.J.)
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| HAMILTON | (Géog.) ville de l'Ecosse méridionale, l'une des plus considérables de la province de Chydsdal, avec titre de duché, palais & parc. Elle est à trois lieues S. O. de Glascow, douze O. d'Edimbourg, cent-vingt N. O. de Londres. Longit. 13. 45. latit. 55. 12. (D.J.)
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| HAMIZ-MÉTAGARA | (Géog.) ville d'Afrique dans la Barbarie, au royaume de Fez, remarquable par ses jardins où l'on nourrit des vers à soie. Long. 13. 48. lat. 33. 36. (D.J.)
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| HAMLÉ | S. m. (hist. d'Ethiopie) nom de l'onzieme mois des Ethiopiens ; il a 30 jours comme tous les autres ; car l'année éthiopienne est la même que l'égyptienne, composée de douze mois, qui font 360 jours, & de cinq épagomenes ou jours, qui s'ajoûtent après les douze mois dans les années communes, & dans les bissextiles, on en ajoûte six ; le mois hamlé commence le 14 de Juin. (D.J.)
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| HAMM | (Géog.) ville d'Allemagne en Westphalie, dans le comté de la Marck, sur la Lippe.
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| HAMMA | (Géog.) riviere d'Allemagne ; elle a sa source dans la basse-Saxe, au duché de Lunebourg, dans les bruyeres de Soltow ; elle arrose une lisiere de la principauté de Ferden, quelques endroits du duché de Bremen ; & après s'être grossie de divers ruisseaux, elle se décharge dans le Weser. (D.J.)
HAMMA, (Géog.) ville d'Afrique au royaume de Tunis en Barbarie.
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| HAMMELBOURG | (Géog.) ville d'Allemagne Voyez HAMELBOURG.
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| HAMMITE | (Hist. nat.) pierre, voyez AMMITE ou AMMONITE.
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| HAMMON | (Belles-Lettres) surnom donné à Jupiter, qui sous ce titre étoit principalement adoré en Lybie, où il avoit un temple magnifique. Voici ce que Quinte-Curce au livre quatrieme de son histoire, nous apprend de la figure sous laquelle Jupiter y étoit représenté. " Le dieu qu'on adore dans ce temple, dit-il, est fait d'émeraudes & d'autres pierres précieuses ; & depuis la tête jusqu'au nombril, il ressemble à un bélier. Quand on veut le consulter, il est porté par quatre-vingt prêtres dans une espece de gondole d'or, d'où pendent des coupes d'argent ; il est suivi d'un grand nombre de femmes & de filles qui chantent des hymnes en langue du pays ; & le dieu porté par ses prêtres les conduit en leur marquant par quelques mouvemens où il veut aller ". Strabon dit qu'il rendoit ainsi ses réponses par des signes, c'est-à-dire par quelques mouvemens que les prêtres faisoient faire à sa statue ; mais ces prêtres expliquoient aussi verbalement la volonté du dieu, comme il arriva lorsqu'Alexandre alla lui-même le consulter. " Car ce prince s'étant avancé dans le temple, dit son historien, le plus ancien des sacrificateurs l'appella son fils, en l'assûrant que Jupiter son pere lui donnoit ce nom, & qu'il lui promettoit l'empire du monde ". C'étoit bien de quoi flatter la vanité & l'ambition de ce conquérant ; mais il pensa gâter tout le mystere par une étourderie ; car oubliant tout-à-coup sa divine origine, il s'avisa de demander à l'oracle, si les meurtriers de son pere avoient été punis ; le prêtre se tira habilement de cet embarras. Ces sacrificateurs avoient été pour lors corrompus par les largesses d'Alexandre pour ajuster leurs réponses à ses desirs ; mais ils avoient témoigné plus d'intégrité dans une autre occasion où ils étoient venus se plaindre à Sparte contre Lysandre, qui à force de présens avoit voulu tirer d'eux des réponses favorables au dessein qu'il méditoit de changer l'ordre de la succession royale ; & sans-doute ce dernier trait n'avoit pas peu contribué à accréditer leur oracle. Voyez ORACLES.
On n'est pas d'accord sur l'étymologie du nom d'Ammon ; quelques-uns le font venir du grec , sable, parce que le temple de Jupiter Hammon, étoit situé dans les sables brûlans de la Lybie. D'autres le dérivent de l'égyptien anam, bélier ; & d'autres veulent qu'Hammon signifie le soleil, & que les rayons de cet astre soient figurés par les cornes avec lesquelles on représentoit Jupiter. Car dans quelques médailles on trouve des têtes de Jupiter, c'est-à-dire un visage humain avec deux cornes de bélier au-dessous des oreilles.
Corne d'Hammon, terme d'histoire naturelle. Voyez CORNE. (G)
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| HAMONT | (Géog.) petite ville d'Allemagne en Westphalie, dans l'évêché de Liége, à douze lieues N. O. de Mastricht. Longit. 23. 16. latit. 51. 17. (D.J.)
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| HAMPE | S. f. dans l'Artillerie, est un long bâton qui sert à emmancher quelque chose, comme le refouloir, la lanterne, l'écouvillon, &c. Ce bâton est ordinairement de frêne, de hêtre, & de ce qu'on appelle bois de Biscaye ; il a environ un pouce & demi de diametre : sa longueur dépend des usages auxquels il est destiné. (Q)
HAMPE, (Peinture) hampe de pinceau, c'est le manche du pinceau : on écrit & prononce hante du pinceau.
L'on peut faire des hampes ou des hantes de toutes sortes de bois : ceux dont on se sert le plus ordinairement sont l'yvoire, le fusin, l'ébene, &c.
HAMPE, (Chasse) c'est la poitrine du cerf.
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| HAMPTON-COURT | Hamptoni curia, (Géog.) maison royale embellie par Guillaume III. & bâtie par le cardinal Wolsey, sous le regne de Henri VIII. le paysage, le parterre, l'avenue, & les parcs sont d'une beauté admirable. Ce palais est dans le Middlesex, sur la Tamise, à quatre lieues S. E. de Londres. On y voit les célebres cartons de Raphaël ; ce grand peintre les fit à la requisition de François I. pour sa manufacture des Gobelins. Long. 17. 15. lat. 51. 26. (D.J.)
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| HAN | S. m. (Comm.) espece de caravanserai que l'on trouve en quelques endroits du levant, où les voyageurs & les marchands peuvent se retirer avec leurs équipages.
En conséquence des capitulations entre la France & la porte ottomane, les François ont à Seyde, Alep, Alexandrie, & dans quelques autres échelles de cette côte, des hans qui leur appartiennent, & où ils sont logés séparément des autres nations.
La différence du han & du caravanserai ne consiste guere que dans la grandeur : ce dernier étant un vaste bâtiment, & l'autre n'ayant que quelques petits appartemens qui sont tous rassemblés dans une espece de grange. Voyez CARAVANSERAI.
Les hans de Constantinople sont de grands bâtimens qui ressemblent assez aux cloîtres de nos monasteres ; ils sont bâtis de pierre pour prévenir les accidens du feu assez ordinaires dans cette grande ville, dont la plûpart des maisons ne sont que de bois. En-dedans est une espece de cour quarrée avec une fontaine au milieu environnée d'un bassin. Autour de cette cour sont quantité d'arcades partagées en divers appartemens, toutes construites de même. Au-dessus des arcades régnent des galeries ou corridors où aboutissent des chambres qui ont chacune leur cheminée. Les appartemens du rez-de-chaussée servent de magasins. Les marchands prennent leurs logemens dans ceux d'en-haut, où ils sont néanmoins obligés de se fournir de meubles & d'ustensiles de cuisine ; car on n'y trouve que les quatre murailles. On donne au portier qui en a les clés la moitié ou le quart d'une piastre, pour l'ouverture de chaque chambre, & outre cela un aspre ou deux par jour pour le loyer. On loue de la même maniere les magasins pour les marchandises. Tous les soirs ces hans sont fermés d'une porte de fer. Dictionnaire de Commerce. (G)
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| HANAP | S. m. (Commerce) mot dont on se sert dans les anciennes ordonnances, pour signifier une tasse. Il se dit en général de toutes sortes de vases. Les huissiers, quand ils goûtent les vins, doivent avoir le beau pot doré en une main, & le hanap en l'autre. Page 124 de l'ancienne ordonnance.
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| HANAU | Hanovia, (Géog.) ville d'Allemagne au cercle du Haut-Rhin, dans la Wétéravie, capitale d'un comté de même nom, appartenant au Landgrave de Hesse-Cassel, avec un château ; on la divise en vieille & en nouvelle. Il y a eu autrefois dans cette ville une imprimerie célebre. Le comté de Hanau est borné par le comté d'Isembourg & par l'abbaye de Fulde au nord, par le comté de Reineck à l'est, par l'archevêché de Mayence au sud, & par la Wétéravie à l'oüest. La capitale est dans une vaste plaine, sur la riviere de Kuenh, à deux milles E. de Francfort, trois N. E. de Darmstadt. Long. 26. 35. latit. 49. 58. (D.J.)
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| HANBALITE | S. m. (Hist. mod.) nom d'une des quatre sectes reconnues pour orthodoxes dans le Musulmanisme ; Ahmed Ebn Anbal qui naquit à Badget l'an 164 de l'égire & 785 de la naissance de J. C. & qui y mourut l'an 241 de l'égire ou 862 de la naissance de J. C. en a été le chef : il prétendoit que le grand prophete monteroit un jour sur le trône de Dieu. Je ne crois pas que la vénération ait jamais été portée plus loin dans aucun système de religion : voilà Dieu déplacé. Le reste des Musulmans se récria contre cette idée, & la regarda comme une impiété. On ne sera pas surpris que cette hérésie ait fait grand bruit. Il ne paroît pas que cette secte soit la même que celle des Hambeliens, malgré la ressemblance des noms. Voyez HAMBELIENS.
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| HANCHE | S. f. (Anatomie) partie du corps qui est entre les dernieres côtes & les cuisses.
Les hanches consistent en trois os joints ensemble, qui, à-mesure que l'homme avance en âge, deviennent secs, durs, & osseux ; de sorte que dans les adultes ces trois os semblent n'en faire qu'un seul.
Les deux os des hanches & anciennement os innominés, sont unis ensemble antérieurement, par une espece de symphise cartilagineuse, & postérieurement aux deux côtés de l'os sacrum ; de façon qu'ils représentent un bassin. Voyez BASSIN.
Chacun d'eux n'est qu'une seule piece dans l'âge parfait, quoique dans les jeunes sujets il soit composé de trois, l'ilium, l'ischion, & le pubis. Voyez ILIUM, &c.
Les parties formées par ces trois pieces sont la cavité cotyloïde formée par les trois, le trou ovale formé par l'ischion & le pubis, la grande échancrure ischiatique formée par l'os ilium & l'ischion, une éminence ou protubérance oblique au-dessus de la cavité cotyloïde faite par l'os ilium & l'os pubis, une échancrure sur le bord de la cavité vers le trou ovale, taillée dans l'os pubis & l'os ischion. Voyez COTYLOÏDE. (L)
HANCHES, (Manége & Maréchall.) parties de l'arriere-main du cheval, dont, soit eu égard au traitement, soit eu égard au maniment de l'animal, il paroît que l'on n'a pas eu des notions exactes.
Les hanches résultent proprement des os des iles ; on a donc eu tort d'en fixer l'étendue depuis le haut ou le sommet des flancs jusqu'au grasset ; car dès-lors on a pris deux parties pour une seule ; & l'on a confondu celles dont il s'agit avec la cuisse qui est incontestablement formée par le fémur. Cette erreur en a produit une autre non moins grossiere, puisque l'on a donné le nom de cuisse à la portion qui devoit porter celui de jambe, & que le tibia compose. Voyez EFFORTS.
L'extrémité supérieure de l'arriere-main ainsi faussement envisagée, on a pensé que dès qu'il y avoit trop ou trop peu de distance des reins à l'origine de la queue, ou à l'endroit qui termine la croupe, les hanches n'étoient pas proportionnées au corps, & qu'elles étoient trop longues ou trop courtes. Quoique l'oeil éclairé qui compare cette distance avec l'étendue des parties qui précedent cette même extrémité, puisse en reconnoître aisément les défauts, quelques auteurs se sont persuadés de pouvoir en juger par la position du jarret ; dans le cas où la distance est trop considérable, ils ont prétendu que la saillie en doit être trop en-arriere ; & dans celui où elle est trop raccourcie, ils nous ont donné pour maxime qu'il doit tomber trop à plomb. Comment admettre une semblable regle, & y déférer, lorsque l'on fait attention que le port & la situation de cette portion de l'extrémité postérieure varie conséquemment à la multitude innombrable des attitudes différentes du cheval, qui tantôt se campe d'une façon & tantôt d'une autre, & qui dans sa marche peut être plus ou moins assis, plus ou moins ensemble ? Il est néanmoins vrai que de la forme peu mesurée du fémur, du tibia, & même du cavon, dépend la position plus ou moins perpendiculaire ou plus ou moins oblique du jarret ; mais les hanches proprement dites ne sauroient y donner lieu. S'il s'agissoit de fixer les proportions que doit avoir l'espace qu'on leur a très-mal-à-propos assigné, nous établirions comme un principe sûr, que deux lignes tirées dans un cheval vû de profil, l'une depuis la portion la plus éminente de la croupe jusqu'au grasset, l'autre depuis la sommité de l'os des hanches ou de l'os iléon jusqu'à la pointe de la fesse, doivent être égales en longueur à deux lignes qui seroient tirées du grasset au-dessous de la partie saillante & latérale externe du jarret, & de cette partie saillante perpendiculairement à terre.
Dès que les hanches sont réellement un composé de plusieurs os unis par symphise, c'est en ignorer & en méconnoître totalement la disposition mécanique, que de leur attribuer la faculté d'être mûe. Le jeu, les ressorts de l'arriere-main dérivent essentiellement de la flexibilité & de la mobilité des vertebres lombaires, qui tiennent toute la liberté de la propre configuration. En partant de cette vérité constante & dont on est pleinement convaincu par la seule inspection du mouvement progressif de l'animal, puisqu'au moment où ses piés de derriere avancent sous lui & répondent à la ligne de direction de son centre de gravité, la flexion & la courbure de ses reins sont très-apparentes, il est facile de concevoir que dans la circonstance de la distance trop longue des parties qui limitent antérieurement & postérieurement l'extrémité supérieure dont nous avons parlé, ces mêmes piés, lors du pli des vertebres & des articulations des colonnes, outre-passeront nécessairement dans leurs portées la piste de ceux de devant, & constitueront à chaque pas l'animal dans un degré véritable d'instabilité, & conséquemment de foiblesse. Cette considération a sans-doute engagé Soleysel à regarder des chevaux ainsi conformés comme des chevaux excellens dans les montagnes. L'élévation du terrein s'oppose en effet au port de leurs piés trop en avant ; & la facilité naturelle qu'ils ont à s'asseoir assûrant celle de la percussion, le devant est chassé & relevé avec véhémence : mais aussi dans la descente, il faut convenir qu'ils souffrent infiniment, non par la peine qu'ils ont à plier les jarrets, ainsi que l'a soûtenu cet auteur, mais parce qu'ils sont à chaque instant prêts à s'acculer.
Du défaut opposé naît l'impossibilité de baisser le derriere, dont la roideur se montre constamment ; la courbure des vertebres n'opérant en quelque sorte qu'un mouvement obscur, & la situation perpendiculaire des colonnes dans leur appui haussant & relevant toûjours la croupe.
Le cheval est réputé avoir les hanches hautes, lorsque les iléons paroissent à l'extérieur ; il est appellé cornu, lorsque la graisse & son embonpoint ne peuvent en dérober l'extrème saillie : il est dit éhanché ou épointé, dans le cas où ces os n'atteignent pas une hauteur égale. Voyez ÉHANCHE, éPOINTE. Si le cheval se berce en marchant, ce qui provient de la foiblesse de ses reins, nous disons encore qu'il a des hanches flottantes. Après un effort dans les reins, le derriere est à-peine susceptible de mouvemens ; l'action progressive est d'une lenteur extrème, & n'a lieu que par l'action des colonnes ; les hanches sont traînantes ; le tride, l'agilité, la vivacité des hanches, qualités communes au cheval d'Espagne, dépendent de la juste proportion des parties, de la vigueur de l'animal, de la force de ses reins, ainsi que de celles des agens qui meuvent le derriere.
Assouplir, assûrer, affermir, baisser, faire plier, travailler, assujettir les hanches, &c. ces expressions usitées dans les manéges, prises dans le véritable sens & dans leur signification propre, ne doivent donc présenter à l'esprit que l'idée que lui offriroit l'emploi de ces mêmes verbes régissant & précédant ces mots, le derriere, l'arriere-main, ou la croupe.
Cette extrémité dans l'animal chargée des principaux efforts qui peuvent opérer le transport de la masse en-avant, & soûtenir celui de cette même masse en-arriere, a nécessairement besoin d'être sollicitée insensiblement & par degré, comme toutes les autres parties mobiles de la machine, aux mouvemens dont la répétition & l'habitude doivent lui faciliter les actions qui lui sont permises : tout cheval qui n'en a pas acquis la liberté & l'aisance, est totalement incapable de la distribution proportionnée de ses forces, du rejet mesuré, du contre-balancement exact du poids de son corps sur les parties postérieures, & d'une union qui seule peut le rendre agréable à la main, alléger son devant, assûrer sa marche, & maintenir le derriere dans une situation où toutes percussions s'effectuent, pour ainsi dire, sans travail & sans peine. Voyez UNION.
Observer les hanches, faire observer les hanches, voyez FUIR LES TALONS, ÉLARGIR.
HANCHE, (Marine) c'est la partie du vaisseau qui paroît en-dehors depuis le grand cabestan jusqu'à l'arcasse ; ou bien c'est la partie du bordage qui approche de l'arcasse, au-dessous des banseilles ou galeries qui sont sous les flancs. Voyez Pl. I. Marine, un vaisseau vû par le côté. (Z)
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| HANCHON | S. m. (Hist. nat.) oiseau de proie du Brésil, qui par son plumage, sa grandeur & sa figure, ressemble beaucoup au busard, excepté qu'il a une bande noire à l'endroit où le cou se joint à la tête. Les Portugais & les Indiens du Brésil regardent la ratissure des ongles & du bec de cet oiseau comme un des plus excellens contre-poisons, & ils prétendent que ses plumes, sa chair, & ses os guérissent beaucoup de maladies. Voyez Redi, Observ. sur diverses choses naturelles.
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| HANGARD | HANGARS, s. m. (Gramm.) ce sont de longs appentis avec des toîts inclinés, que l'on établit dans les arsenaux & atteliers de construction, sous lesquels on met à couvert & on range les bois de construction, les affûts de canon, &c.
Les hangards servent encore de remise pour les équipages ; à certains artistes, d'atteliers amovibles ; & à une infinité d'autres usages.
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| HANIFITT | S. m. & f. (Hist. mod.) nom d'une secte mahométane ; les Turcs s'en servent pour désigner l'orthodoxie.
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| HANLU | S. m. (Hist. mod.) nom du dix-septieme mois des Chinois ; il répond à notre mois de Novembre. Le mot hanlu signifie froide rosée : c'en est la saison.
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| HANNEBANE | (Mat. med.) Voy. JUSQUIAME.
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| HANNETON | S. m. (Hist. nat. Insectol.) insecte de la classe des scarabés, scarabeus arboreus vulgaris, Mouff. Rai. C'est un des grands scarabés ; il a la tête, la poitrine & les enveloppes des aîles de couleur brune roussâtre ; la poitrine est velue ; chacune des enveloppes des aîles a quatre stries ; l'anus est pointu & recourbé en bas ; le ventre a une couleur brune avec des taches blanches sur les côtés ; la levre supérieure est obtuse. Linnaei fauna suaecica.
M. Raesel, dans son Amusement physique sur les insectes, distingue deux sortes de hannetons par la couleur d'une plaque qu'ils ont sur le cou, & qui est rouge sur les unes & noire sur les autres, & par la pointe de la partie posterieure de leur corps, qui est mince & courte dans les hannetons à plaque rouge, & plus longue & plus grosse dans les autres. On reconnoît aisément le sexe de ces insectes ; ils ont une houppe feuilletée à l'extrémité des antennes, qui est plus longue dans les mâles que dans les femelles, ils déplient tous cette houppe, lorsqu'ils prennent leur essor. Les antennes sont repliées sur les yeux qui sont noirs. Il y a au bas de la bouche deux autres antennes petites & pointues ; ils ont sur les côtés du ventre des taches blanches triangulaires, qui les distinguent des autres especes de hannetons. Les deux jambes de devant sont les plus courtes ; la partie moyenne est large, forte, tranchante, & garnie de deux ou trois pointes : cette partie leur sert à creuser dans la terre, quelque dure qu'elle puisse être. Les six jambes sont terminées par deux crochets qui soûtiennent cet insecte contre les surfaces verticales.
L'accouplement des hannetons dure long-tems ; dès que la femelle est fécondée, elle creuse un trou en terre, & s'y enfonce à la profondeur d'un demi-pié ; elle y dépose des oeufs oblongs, de couleur jaune claire, qui sont placés les uns à côté des autres : après la ponte, la femelle sort de son trou & se nourrit pendant quelque tems de feuilles d'arbres. M. Raesel présume qu'il n'y a qu'une ponte ; il enferma dans de grands vases couverts de crepe & à moitié remplis de gason, un grand nombre de hannetons qui venoient de s'accoupler ; après quinze jours il trouva plusieurs centaines d'oeufs dans quelques-uns des vases ; il mit les autres dans une cave sans les ouvrir.
A la fin de l'été l'un des vases fut ouvert, & il s'y trouva de petits vers au lieu d'oeufs ; on mit du gason frais dans le vase, & on le tint exposé à l'air. Ces vers prirent beaucoup d'accroissement pendant l'automne ; au commencement de l'hiver on les remit à la cave, on les en retira au mois de Mai ; ils étoient alors si forts, qu'il falloit leur donner souvent du gason frais, & bien-tôt on fut obligé de les mettre sur des pots où on avoit fait lever des pois, des lentilles, & de la laitue, pour ne les pas laisser manquer de nourriture : malgré toutes ces précautions, il en périt beaucoup pendant la seconde & la 3° année.
A trois ans, ces vers ont au-moins un pouce & demi de longueur, lorsqu'ils s'étendent ; ordinairement ils sont un peu recoquillés ; ils ont une couleur blanche jaunâtre ; le dessous du corps est uni, & le dessus est rond & voûté. Chacun de ces vers a douze segmens, sans compter la tête ; le dernier, qui est le plus grand, a une couleur grise violette, qui vient de celle des excrémens qu'il renferme, & que l'on voit à-travers de chaque côté du corps. Par-dessus tous les segmens s'étend une espece de languette ou de bourrelet, dans lequel on apperçoit neuf pointes à miroir, qui sont autant de trous par lesquels le ver respire ; il a six jambes d'une couleur rougeâtre, trois de chaque côté, sous les trois premiers segmens. La tête est grande, applatie, arrondie, & d'une couleur brune jaunâtre & luisante ; elle a en-devant une pince brune, obtuse & dentelée à ses extrémités, & une levre entre les deux pieces de la pince ; il n'arrive guere que ce ver sorte de la terre ; lorsqu'on l'en tire en la fouillant il y rentre aussi-tôt, soit pour fuir les oiseaux dont il deviendroit la proie, soit pour éviter les rayons du soleil.
Ce ver change de peau au-moins une fois l'an ; lorsqu'elle devient trop étroite, il fait une petite loge de terre dans laquelle il se dépouille ; on a donné à cette loge le nom de pilule, parce qu'elle est ronde & dure, & on a appellé scarabés pillulaires plusieurs especes de scarabés dont les vers forment de pareilles loges ; celui-ci, après avoir quitté sa peau, sort de sa loge pour chercher sa nourriture près de la surface de la terre ; mais dès qu'il gele, il descend plus bas pour se mettre à l'abri du froid.
Ce n'est qu'à la fin de la quatrieme année que ce ver se métamorphose ; dans l'automne il s'enfonce en terre quelquefois à plus d'une brasse de profondeur, & il se fait une loge qu'il rend lisse & unie ; ensuite il se raccourcit & se gonfle : avant la fin de l'automne, il quitte sa derniere peau de ver, pour prendre la forme de chrysalide ; elle commence par être de couleur jaunâtre, ensuite elle est jaune & devient rouge : on y reconnoît le hanneton qui en doit sortir.
A la fin de Janvier ou au commencement de Février, cette chrysalide devient un hanneton qui est d'abord de couleur blanche ou jaunâtre ; il ne prend toute sa consistance & sa vraie couleur qu'au bout de dix ou douze jours : mais il reste encore en terre pendant deux ou trois mois. Il ne la quitte que dans le mois de Mai, plûtôt ou plûtard, selon la température de l'air ; alors on voit les hannetons sortir de terre, principalement les soirs, ou au-moins on apperçoit leurs trous dans les sentiers qui sont durcis par la sécheresse.
Le froid fait mourir en terre les jeunes hannetons ; ainsi lorsque le mois de Mai ne leur est pas favorable, le plus grand nombre périt, & il n'en reste que peu ; ils ne mettent en terre qu'un petit nombre d'oeufs ; & par conséquent il n'y a rien encore qu'un petit nombre de hannetons quatre ans après, lorsque le produit de ces oeufs sort de terre. Au contraire, le mois de Mai étant chaud, les hannetons sont en grand nombre, & concourent tous à la production d'une nombreuse postérité, qui paroît au bout de quatre ans. M. Raesel assûre que les deux sortes de hannetons dont il a fait mention dominent successivement l'une sur l'autre pour le nombre d'une année à l'autre, & que les observations dont nous venons de donner le précis, l'ont mis en état de prédire qu'elle sorte de hanneton dominera, & si ces insectes seront en grand ou en petit nombre. Extrait de l'amusement physique sur les insectes, par Auguste Jean Raesel, peintre en miniature, in-4°. à Nuremberg. (I)
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| HANNUYE | (Géogr.) petite ville des Pays-bas Autrichiens, dans le Brabant, sur la Chête, à quatre lieues de Tillemont, huit S. E. de Louvain. Longit. 22. 45. Latit. 50. 40. (D.J.)
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| HANOE | (Géog.) île de Suede dans la mer Baltique, à quatre lieues de Carlscron.
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| HANOVER | LE PAYS DE (Géogr.) Il ne comprenoit d'abord que le comté de Lawenrode ; il contient encore aujourd'hui les duchés de Zell, de Saxe-Lawenbourg, de Brême, de Lunebourg, les principautés de Ferden, de Grubenhagen, d'Obherwalde, &c. Georges-Louis de Brunswick unit en sa personne tous ces états, & devint ensuite roi d'Angleterre. Les François conquirent en 1757 la plus grande partie des pays qu'on vient de nommer ; mais l'histoire ne parle de semblables événemens passagers que comme elle parle des ravages causés par le débordement d'un fleuve qui sort de son lit. (D.J.)
HANOVER, ou HANOVRE, Hanovera, (Géogr.) ville d'Allemagne au cercle de basse Saxe, capitale de l'électorat de Brunswick, appellé aussi l'électorat d'Hanover ; elle est dans une plaine sablonneuse, sur la Leyne, à six lieues S. E. de Neustatt, dix S. O. de Zell, six N. O. de Brunswig. Ce fut en 1178 qu'elle obtint le privilége des villes, car jusqu'alors elle n'avoit été qu'un village. Long. 27. 40. Lat. 52. 25. (D.J.)
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| HANSCRIT | S. m. (Hist. mod.) langue savante chez les Indiens, où elle n'est entendue que des pendets & autres lettrés. On l'apprend dans l'Indostan, comme nous apprenons le latin & l'hébreu en Europe. Le P. Kircher en a donné l'alphabet. On est dans l'opinion que ce fut en hanscrit que Brama reçut de Dieu ses préceptes ; & c'est là ce qui la fait regarder comme la langue par excellence, la langue sainte. Dict. de Trév.
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| HANSE | S. f. (Commerce) société de villes unies par un intérêt commun pour la protection de leur commerce. Hanse, dans la langue allemande, signifie ligue, société. Cette association se fit d'abord entre les villes de Hambourg & de Lubeck en 1241, par un traité dont les conditions étoient, 1°. Que Hambourg nettoyeroit de voleurs & de brigands le pays d'entre la Thrave, riviere qui coule à Lubeck & à Hambourg, & qu'elle empêcheroit depuis cette derniere ville jusqu'à l'Océan, les pirates voisins de faire des courses sur l'Elbe. 2°. Que Lubeck payeroit la moitié des frais de cette entreprise. 3°. Que ce qui regarderoit le bien particulier de ces deux villes, seroit concerté en commun, & qu'elles uniroient leurs forces pour maintenir leur liberté & leurs priviléges.
Dès qu'on vit Hambourg & Lubeck s'accroître par le commerce, que cette union rendoit plus sûr & plus facile ; les villes voisines, savoir celles de la Saxe & de la Vandalie, attirées par une prospérité si promte, demanderent à être admises dans l'alliance, & l'obtinrent. Bien-tôt, par les mêmes raisons, cette association de commerce s'étendit au loin ; & cette compagnie de villes liées d'intérêts, établit des étapes en divers royaumes, savoir Bruges en Flandres, Londres en Angleterre, Bergen en Norwege, Novogorod en Russie. C'étoient-là autant de comptoirs généraux, où se portoient les marchandises des contrées voisines pour passer plus commodément par-tout où les intéressés en auroient besoin.
Les princes, qui n'y considéroient d'abord qu'une société lucrative, furent les premiers à souhaiter que leurs villes y entrassent, & en effet il ne s'agissoit que de cela. La protection mutuelle des libertés de chaque ville n'étoit pas un engagement général qu'eût pris toute la hanse ; & si on trouve que quelques villes en ont protégé d'autres associées, il se trouve aussi grand nombre d'occasions, où la hanse n'a rien fait pour les villes de l'association qui étoient opprimées.
Les souverains de divers pays desirant d'attirer chez eux par les sollicitations de leurs sujets, le commerce de la hanse, lui accorderent plusieurs priviléges. On a des lettres patentes des rois de France en faveur des Osterlins, c'est ainsi qu'on nommoit les négocians des villes hanséatiques, du mot ost, qui veut dire l'orient, d'où vient ostsée, qui signifie la mer Baltique. Ces lettres sont entr'autres de Louis XI. en 1464, & en 1483, peu avant sa mort, & de Charles VIII. en 1489.
Le fort de la hanse étoit en Allemagne, où elle a commencé, & où elle conserve encore une ombre de son ancien gouvernement. Les quatre métropoles étoient Lubeck, Cologne, Brunswick & Dantzig. Bruges ne fut pas la seule dans les Pays-bas ; Dunkerque, Anvers, Ostende, Dordrecht, Rotterdam, Amsterdam, se voyent sur d'anciennes listes comme villes hanséatiques, aussi-bien que Calais, Rouen, Saint-Malo, Bordeaux, Bayonne & Marseille en France ; Barcelone, Séville & Cadix en Espagne ; Lisbonne en Portugal ; Livourne, Messine & Naples en Italie ; Londres en Angleterre, &c.
Cependant plusieurs choses concoururent à affoiblir cette société. La boussole ouvrit le spectacle des Indes orientales & occidentales : alors quelques princes trouverent mieux leur compte à favoriser le commerce particulier de leurs sujets. Il se forma dans leurs états des compagnies qui firent non seulement le commerce ordinaire de l'Europe, mais des découvertes, des acquisitions, des établissemens en Afrique, aux Indes orientales & en Amérique ; ainsi l'on vit se détacher de gros chaînons de la hanse. D'un autre côté, Charles-quint, ennemi de toute société qui ne servoit pas directement à ses vûes ambitieuses, réduisit lui-même celle-ci à très-peu de chose dans ses états. Des souverains d'Allemagne, moins sages encore, au lieu de conserver les priviléges que leurs ancêtres avoient accordés aux villes pour l'encouragement du commerce, & qui les avoient enrichis, ne songerent qu'à subjuguer ces villes, sous prétexte de leur orgueil & de leurs mutineries. Enfin, quelques autres perdant de leur éclat par les vicissitudes des choses humaines, & n'étant plus en état de payer leur part des contributions, se retirerent d'elles-mêmes d'une société qui leur étoit onéreuse : ainsi la hanse qui avoit vû jusqu'à quatre-vingt villes sur sa liste, commença à décheoir au commencement du xvj. siecle, & finit comme le Rhin, qui n'est plus qu'un ruisseau lorsqu'il se perd dans l'Océan.
Envain parla-t-on de rétablir la hanse en 1560 ; envain fit-on des projets pour y parvenir en 1571 ; envain proposa-t-on des formules de son renouvellement en 1579 ; envain imagina-t-on un nouveau plan à ce sujet en 1604 ; son regne étoit passé, & peu de villes souscrivirent aux plans proposés. Louis XIV. faisoit des traités avec la hanse, lorsqu'il n'y avoit plus de villes hanséatiques dans son royaume, & que les villes d'Allemagne, qui seules conservoient une ombre de l'ancienne hanse, voyoient resserrée leur association de trafic dans la partie septentrionale de l'empire ; encore depuis ce tems-là quelques villes en ont été démembrées. La Suede ayant acquis Riga en Livonie, & Wismar en basse Saxe ; ces deux villes, qui étoient hanséatiques, sont devenues de simples villes de guerre, quoique le port de Riga ait toûjours servi au commerce. En un mot, l'ancien gouvernement hanséatique ne subsiste plus qu'à Lubeck, à Hambourg & à Brème : ce sont les seules trois villes qui conservent encore ce titre, avec une espece de liaison & des usages dont nous ne donnerons point ici l'exposé, mais qu'on trouvera dans l'Histoire de l'Empire par M. Heiss. (D.J.)
* HANSE, (Commerce) se dit de quelques impositions assises en différens endroits sur des marchandises à péages ; les bateaux payent un droit de hanse la premiere fois qu'ils arrivent à Paris, & autres lieux où il y a droit de péage. La hanse est aussi la quittance en parchemin d'un droit que tout négociant par eau paye au port S. Nicolas, & ce droit fait partie du domaine de la ville.
* HANSE. Les Epingliers appellent ainsi les branches de l'épingle empointée, lorsqu'elle n'a plus besoin pour être ferrée que d'être entêtée. Voyez ENTETES, EMPOINTES, EPINGLE.
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| HANSEATIQU | (Géogr.) ville. Voyez HANSE.
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| HANSGRAVE | S. m. (Hist. mod.) nom que l'on donne à Ratisbonne à un magistrat qui juge des différends qui peuvent s'élever entre les marchands, & les affaires relatives aux foires.
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| HANSIER | ou AUSSIERE, s. f. (Marine) C'est un gros cordage qui sert à touer un vaisseau ou à le remorquer ; il sert aussi aux chaloupes ou bâtimens qui veulent venir à-bord d'un autre. La hansiere sert à la plus petite ancre, nommée ancre de touci. Ce cordage est composé de deux ou de trois torons une fois commis, & on en fait de plusieurs grosseurs. Il y en a depuis un pouce de circonférence jusqu'à plus de douze, & leur longueur ordinaire est de 120 brasses. Ils sont d'un grand usage dans la Marine. Si l'on veut un plus grand détail sur cette sorte de cordage & sa fabrique, on peut voir le chap. viij. de l'art. de la Corderie, par M. Duhamel, Paris 1757. & l'article CORDERIE.
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| HANTSHIRE | autrement HAMPSHIRE, (Géog.) ou province de Southampton, province maritime d'Angleterre sur la Manche. Elle a 34 lieues de tour, & 1312 mille 500 arpens, 250 paroisses, & 20 villes à marché. C'est un pays agréable, & abondant en bled, laine, bois, fer, & miel. On y trouve la nouvelle forêt, New-forêt, que Guillaume le Conquérant prit soin d'aggrandir. L'isle de Wight fait partie de cette province, mais le port de Portsmouth en fait la gloire. Winchester en est la capitale.
Hantshire peut se vanter d'avoir produit entr'autres gens de lettres, que je passe sous silence, le célebre Jean Greaves, en latin Graevius, savant universel, & en particulier consommé dans la connoissance des Langues orientales, & de la Géographie des Arabes. Cette science lui doit la traduction de l'Astronomie du Persan Shah-Colgé, imprimé à Londres en 1652, in-4 °. & les tables de la longitude & de la latitude des Etoiles fixes d'Ulug-beig, qui ont été publiées par M. Hyde en 1665. Il a laissé en M. S. une version des cartes géographiques d'Abulfeda, & la description des montagnes de la terre du même auteur ; outre plusieurs morceaux sur les géographes Arabes, sur leurs poids, leurs mesures, & les mumies.
Aussi profond que curieux, il voyagea par toute l'Europe, en France, en Italie, au Levant, à Constantinople, à Rhodes, & finalement en Egypte & à Alexandrie. Il mesura sur les lieux les pyramides, dont il a donné la description en anglois en 1646, in -8°. Il fit dans ses voyages, qui durerent dix ans, & qu'il n'entreprit qu'à l'âge de trente, une collection également considérable & importante de manuscrits grecs, arabes & persans ; de médailles, de monnoies anciennes, de pierres gravées, & d'autres antiquités.
A son retour, il publia les livres qu'il avoit projettés dans ses voyages & dans ses études ; savoir, sa Pyramidographie dont je viens de parler, un traité en anglois du Pied romain & du Denier, imprimé à Londres en 1647. in-8°. De Signis Arabum & Persarum astronomicis, Londini 1649. in-4°. Elementa Linguae persicae, in-8°. Epochae celebriores ex traditione Ulug-beigi, en persan & en latin, Lond. 1650. in-4°. Lemmata Archimedis desiderata, Lond. 1654. La maniere de faire éclorre les poulets dans les fours, selon la méthode des Egyptiens, sous ce titre : De modo pullos ex ovis, in fornacibus lento & moderato igne calescentibus, apud Kabirenses excludendi. Ce petit écrit est dans les Transact. Philos. 1677. Lettre sur la latitude de Constantinople & de Rhodes, en anglois, in-8 °. On l'a insérée dans les mêmes Trans. Décemb. 1685.
Cet homme, unique en son genre, qui a mis au jour tant d'ouvrages, & qui en a laissé un si grand nombre de prêts pour l'impression, n'avoit que cinquante ans quand il mourut à Londres en 1652. M. Thomas Smith a publié sa vie. (D.J.)
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| HAOAXO | (Géogr.) riviere d'Ethiopie en Afrique. Elle a sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, traverse le royaume d'Adel, baigne sa capitale, & se décharge dans le détroit de Babelmandel. C'est une des plus considerables de l'Ethiopie. Elle se déborde comme le Nil.
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| HAPHTAN | S. f. (Hist. mod.) leçon que font les Juifs au jour du sabbat, d'un endroit des prophetes, après celle d'un morceau de la loi ou du Pentateuque. Ils appellent celle-ci barasese & l'autre haphtan ; elles finissent l'office. Cet usage est ancien, & subsiste encore aujourd'hui. Ce fut la défense ridicule qu'Antiochus fit aux Juifs de lire publiquement la loi, qui y donna lieu, & il continua après que les Juifs eurent recouvré le libre exercice de leur religion.
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| HAPPE | S. f. (Arts & Métiers) c'est un nom commun à plusieurs parties de machines, ou des machines mêmes, dont l'usage est de fixer, assujettir, en embrassant & serrant. Le demi-cercle adapté au bout de l'aissieu d'un carrosse, dont il prévient l'usure, s'appelle happe. Le morceau de fer ou la cheville qui dans la charrue est mise au timon pour arrêter par un anneau la chaîne qui attache la charrue aux roues, s'appelle happe. Si un crampon lie deux pieces de bois, on l'appelle happe ; on lui donne le même nom, si ce sont des pierres, comme il se pratique aux ponts, aux murs des maisons. A la Monnoie, chez les Luthiers & ailleurs, ce sont des especes de tenailles ou pinces. Celles de la Monnoie servent dans l'attelier où l'on fond, à tirer les creusets du feu ; il y en a de plates & de rondes. La partie qu'on nomme la machoire, est recourbée pour la commodité du service.
* HAPPE, (Salines) ce sont des anneaux de fer dont les poêles sont garnies en dessus. Ces anneaux servent à recevoir les crocs. Ils ont quatre à cinq pouces de diametre, où passent des crocs de fer de deux pieds & demi de longueur.
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| HAPSAL | Hapsalia, (Géogr.) petite ville maritime de Livonie, dans l'Estonie, au quartier de Wickeland, autrefois épiscopale. Elle appartient à l'empire russien, & est sur la mer Baltique, à 16 lieues S. O. de Revel. Long. 41. 10. Latit. 59. 10. (D.J.)
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| HAQUêME | S. m. (Hist. mod.) nom d'un juge chez les Maures de Barbarie, où il connoît du civil & du criminel, mais du criminel sans appel ; il siége les jeudis. Il est assisté à son tribunal d'un lieutenant, appellé l'almocade. Haquême vient de ghacham, savant, lettré. C'est ainsi qu'autrefois nos magistrats & nos juges étoient appellés clercs.
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| HAQUET | S. m. (Commerce) espece de charrette sans ridelle, qui fait la bascule quand on veut, sur le devant de laquelle est un moulinet, qui sert par le moyen d'un cable à tirer les gros fardeaux de marchandises pour les charger plus commodément.
Il y a deux sortes de haquets ; l'un à timon, qui est tiré par des chevaux, & l'autre à tête au timon, qui l'est par des hommes. On se sert ordinairement du haquet dans les villes & lieux de commerce, dont le terrein est uni pour voiturer des tonneaux de vin & d'autres liqueurs, du fer, du plomb, &c. des balles, ballots & caisses de toutes sortes de marchandises. Voyez les Planc. de Charron, & leur explication.
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| HAR | S. m. (Hist. mod.) c'est, chez les Indiens, le nom de la seconde personne divine à sa dixieme & derniere incarnation : elle s'est incarnée plusieurs fois, & chaque incarnation a son nom ; elle n'en est pas encore à la derniere. Quand une idée superstitieuse a commencé chez les hommes, on ne sait plus où elle s'arrêtera. Au dernier avénement, tous les sectateurs de la loi de Mahomet seront détruits. Har est le nom de cette incarnation finale, à laquelle la seconde personne de la trinité indienne paroîtra sous la forme d'un paon, ensuite sous celle d'un cheval aîlé. Voyez le Dict. de Trév. & les Cérémon. religieuses.
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| HARACH | (Hist. mod.) nom de la capitation imposée sur les Juifs & les Chrétiens en Egypte ; le produit en appartenoit autrefois aux Janissaires : mais depuis plus de cent ans, cet impôt se perçoit par un officier exprès qu'on envoye de Constantinople sur les lieux, & qu'on appelle pour cette raison harrach aga. Les Chrétiens ci-devant ne payoient que deux dollars & trois quarts, par une espece de traité fait avec Sélim ; présentement ils doivent payer de capitation, depuis l'âge de seize ans, les uns cinq dollars & demi, & les autres onze, suivant leur bien. Le dollar vaut trois livres de notre monnoie, ou deux shellings six sols d'Angleterre. (D.J.)
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| HARAI | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Turcs nomment un tribut reglé que doivent payer au grand Seigneur tous ceux qui ne sont point mahométans ; cet impôt est fondé sur l'alcoran, qui veut que chaque personne parvenue à l'âge de maturité paye chaque année treize drachmes d'argent pur, si en demeurant sous la domination mahométane elle veut conserver sa religion. Mais les sultans & les visirs, sans avoir égard au texte de l'alcoran, ont souvent haussé cette capitation ; elle est affermée, & celui qui est préposé à la recette de ce tribut se nomme haraj-bachi.
Pour s'assûrer si un homme est parvenu à l'âge où l'on doit payer le haraj, on lui mesure le tour du cou avec un fil, qu'on lui porte ensuite sur le visage ; si le fil ne couvre pas l'espace qui est entre le bout du menton & le sommet de la tête, c'est un signe que la personne n'a point l'âge requis, & elle est exempte du tribut pour cette année ; sans quoi elle est obligée de payer. Voyez Cantemir, hist. ottomane.
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| HARAM | S. m. (Hist. mod.) à la cour du roi de Perse, c'est la maison où sont renfermées ses femmes & concubines ; comme en Turquie l'on nomme serrail le palais ou les appartemens qu'occupent les sultanes.
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| HARAME | S. m. (Bot.) nom que les habitans de Madagascar donnent à l'arbre qui produit la gomme tacamahaca.
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| HARANGUE | S. f. (Belles-Lettres) discours qu'un orateur prononce en public, ou qu'un écrivain, tel qu'un historien ou un poëte, met dans la bouche de ses personnages.
Ménage dérive ce mot de l'italien arenga, qui signifie la même chose ; Ferrari le fait venir d'arringo, joûte, ou place de joûte ; d'autres le tirent du latin ara, parce que les Rhéteurs prononçoient quelquefois leurs harangues devant certains autels, comme Caligula en avoit établi la coûtume à Lyon.
Aut Lugdunensem rhetor dicturus ad aram. Juven.
Ce mot se prend quelquefois dans un mauvais sens, pour un discours diffus ou trop pompeux, & qui n'est qu'une pure déclamation ; & en ce sens un harangueur est un orateur ennuyeux.
Les héros d'Homere haranguent ordinairement avant que de combattre ; & les criminels en Angleterre haranguent sur l'échafaud avant que de mourir : bien des gens trouvent l'un aussi déplacé que l'autre.
L'usage des harangues dans les historiens a de tout tems eu des partisans & des censeurs ; selon ceux-ci elles sont peu vraisemblables, elles rompent le fil de la narration : comment a-t-on pû en avoir des copies fideles ? c'est une imagination des historiens, qui sans égard à la différence des tems, ont prêté à tous leurs personnages le même langage & le même style ; comme si Romulus, par exemple, avoit pû & dû parler aussi poliment que Scipion. Voilà les objections qu'on fait contre les harangues, & sur-tout contre les harangues directes.
Leurs défenseurs prétendent au contraire qu'elles répandent de la variété dans l'histoire, & que quelquefois on ne peut les en retrancher, sans lui dérober une partie considérable des faits : " Car, dit à ce sujet M. l'abbé de Vertot, il faut qu'un historien remonte, autant qu'il se peut, jusqu'aux causes les plus cachées des évenemens ; qu'il découvre les desseins des ennemis ; qu'il rapporte les délibérations, & qu'il fasse voir les différentes actions des hommes, leurs vûes les plus secrettes & leurs intérêts les plus cachés. Or c'est à quoi servent les harangues, sur-tout dans l'histoire d'un état républicain. On sait que dans la république romaine, par exemple, les résolutions publiques dépendoient de la pluralité des voix, & qu'elles étoient communément précédées des discours de ceux qui avoient droit de suffrage, & que ceux-ci apportoient presque toûjours dans l'assemblée des harangues préparées ". De même les généraux rendoient compte au sénat assemblé du détail de leurs exploits & des harangues qu'ils avoient faites ; les historiens ne pouvoient-ils pas avoir communication des unes & des autres ?
Quoi qu'il en soit, l'usage des harangues militaires sur-tout paroît attesté par toute l'antiquité : " mais pour juger sainement, dit M. Rollin, de cette coûtume de haranguer les troupes généralement employée chez les anciens, il faut se transporter dans les siecles où ils vivoient, & faire une attention particuliere à leurs moeurs & à leurs usages ".
" Les armées, continue-t-il, chez les Grecs & chez les Romains étoient composées des mêmes citoyens à qui dans la ville & en tems de paix on avoit coûtume de communiquer toutes les affaires ; le général ne faisoit dans le camp ou sur le champ de bataille, que ce qu'il auroit été obligé de faire dans la tribune aux harangues ; il honoroit ses troupes, attiroit leur confiance, intéressoit le soldat, réveilloit ou augmentoit son courage, le rassûroit dans les entreprises périlleuses, le consoloit ou ranimoit sa valeur après un échec, le flattoit même en lui faisant confidence de ses desseins, de ses craintes, de ses espérances. On a des exemples des effets merveilleux que produisoit cette éloquence militaire ". Mais la difficulté est de comprendre comment un général pouvoit se faire entendre des troupes. Outre que chez les anciens les armées n'étoient pas toujours fort nombreuses, toute l'armée étoit instruite du discours du général, à peu-près comme dans la place publique à Rome & à Athenes le peuple étoit instruit des discours des orateurs. Il suffisoit que les plus anciens, les principaux des manipules & des chambrées se trouvassent à la harangue dont ensuite ils rendoient compte aux autres ; les soldats sans armes debout & pressés occupoient peu de place ; & d'ailleurs les anciens s'exerçoient dès la jeunesse à parler d'une voix forte & distincte, pour se faire entendre de la multitude dans les délibérations publiques.
Quand les armées étoient plus nombreuses, & que rangées en ordre de bataille & prêtes à en venir aux mains elles occupoient plus de terrein, le général monté à cheval ou sur un char parcouroit les rangs & disoit quelques mots aux différens corps pour les animer, & son discours passoit de main en main. Quand les armées étoient composées de troupes de différentes nations, le prince ou le général se contentoit de parler sa langue naturelle aux corps qui l'entendoient, & faisoit annoncer aux autres ses vûes & ses desseins par des truchemens ; ou le général assembloit les officiers, & après leur avoir exposé ce qu'il souhaitoit qu'on dît aux troupes de sa part, il les renvoyoit chacun dans leur corps ou dans leurs compagnies, pour leur faire le rapport de ce qu'ils avoient entendu, & pour les animer au combat.
Au reste, cette coûtume de haranguer les troupes a duré long-tems chez les Romains, comme le prouvent les allocutions militaires représentées sur les médailles. Voyez ALLOCUTIONS. On en trouve aussi quelques exemples parmi les modernes, & l'on n'oubliera jamais celle que Henri IV. fit à ses troupes avant la bataille d'Ivry : " Vous êtes François ; voilà l'ennemi ; je suis votre roi : ralliez-vous à mon panache blanc, vous le verrez toûjours au chemin de l'honneur & de la gloire ".
Mais il est bon d'observer que dans les harangues directes que les historiens ont supposées prononcées en de pareilles occasions, la plûpart semblent plutôt avoir cherché l'occasion de montrer leur esprit & leur éloquence, que de nous transmettre ce qui y avoit été dit réellement. (G)
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| HARANNES | (Hist. mod.) espece de milice hongroise dont une partie sert à pié & l'autre à cheval.
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| HARAS | S. m. (Maréchall.) Nous avons deux sortes de haras, le haras du roi, & les haras du royaume. Le haras du roi est un nombre de jumens poulinieres & une certaine quantité de chevaux entiers, pour faire des étalons. Ces animaux sont rassemblés dans un endroit de la Normandie, aux environs de Melleraux, contrée où les pâturages sont abondans, succulens, propres à nourrir & à élever une certaine quantité de poulains. Ce dépôt de chevaux & jumens appartient en propre à Sa Majesté, pour être employé à multiplier l'espece.
Sous le nom de haras du royaume, on entend une grande quantité d'étalons dispersés dans les provinces & distribués chez différens particuliers, qu'on nomme garde-étalons. Ces animaux appartiennent en partie au Roi ; ils ne sont employés qu'à couvrir les jumens des habitans de la province, & dans la saison convenable à la copulation. Il est enjoint aux garde-étalons de ne pas leur donner d'autre exercice qu'une promenade propre à entretenir la santé & la vigueur de l'animal.
Nous ne nous arrêtons point à décrire la forme ni la constitution qu'ont les haras aujourd'hui, ni les divers moyens que l'on employe pour leur entretien ; ce seroit répéter ce que semblent avoir épuisé beaucoup d'auteurs ; tels sont MM. de Neucastle, de Garsault, de Soleysel, &c. Ainsi nous nous bornerons à quelques réflexions, 1°. sur les especes de chevaux qu'il faut de nécessité dans un état militaire & commerçant, tel que la France ; 2°. sur l'obligation d'avoir recours aux étrangers pour suppléer à nos besoins ; 3°. sur la facilité que l'on auroit à se passer d'eux, si on vouloit cultiver cette branche de commerce ; enfin sur les fautes que l'on commet au préjudice de la propagation de la bonne espece, soit par le mauvais choix que l'on fait des mâles & des femelles qu'on employe à cet usage, soit par leur accouplement disparate, soit enfin par la conduite que l'on tient à l'égard de ces animaux, laquelle est directement opposée à l'objet de leur destination.
Les especes de chevaux dont la France a besoin peuvent se réduire à trois classes ; savoir, chevaux de monture, chevaux de tirage, & chevaux de somme.
La premiere classe renferme les chevaux de selle en général, les chevaux de manége, les chevaux d'élite pour la chasse & pour la guerre, & les chevaux de monture d'une valeur plus commune & d'un usage plus général ; de sorte que dans le nombre de ces chevaux il n'y a qu'un choix judicieux & raisonné à faire pour les distribuer & les employer à leur usage ; & c'est quelquefois de ce choix & de cet emploi que dépend le bon ou le mauvais service que l'on tire des chevaux.
On tire de la seconde classe les chevaux de labour si utiles à l'Agriculture ; ceux qu'on employe à voiturer les fourgons d'armée, l'artillerie, les vivres ; ceux dont on se sert pour les coches, les rouliers, & pour les voitures à brancart : les plus distingués de cette classe qui sont beaux, bien faits, qui ont le corps bien tourné, en un mot les qualités & la taille propres pour le carrosse, sont destinés à traîner ces voitures.
La troisieme classe est composée en partie des chevaux de selle les plus grossiers & les plus mal faits, & en partie des chevaux de labour trop foibles pour cet exercice & trop défectueux pour le carrosse.
Quoique nous ayons chez nous tout ce qu'il nous faut pour élever & nourrir une quantité suffisante de chevaux propres à remplir tous ces objets, nous n'en sommes pas moins dans la nécessité d'avoir recours aux étrangers, pour en obtenir à grands frais des secours qu'il ne tient qu'à nous de trouver dans le sein de notre patrie : l'Angleterre, par exemple, nous vend fort cher une bonne partie de nos chevaux de chasse, qui pour la plûpart ne valent rien ; la Hollande nous fournit presque tous les chevaux de carrosse ; l'Allemagne remonte une grande partie de notre cavalerie & de nos troupes légeres ; la Suisse attelle nos charrues, notre artillerie, & nos vivres ; l'Espagne orne nos manéges, peuple en partie nos haras, monte la plûpart de nos grands seigneurs à l'armée ; en un mot, la Turquie, la Barbarie & l'Italie empoisonnent, par le mauvais choix des chevaux qu'on en tire, les provinces qui devroient nous mettre en état de nous passer des secours de ces contrées éloignées.
En supposant qu'on voulût adopter nos idées, qui paroîtront peut-être un peu dispendieuses, il faudroit commencer par réformer tous les mauvais étalons & toutes les jumens poulinieres défectueuses ; être fort circonspect sur l'achat de ceux de Turquie, de Barbarie ; & bannir pour jamais ceux d'Italie de nos haras. On tireroit de bons étalons d'Arabie, quelques-uns de Turquie & de Barbarie, & les plus beaux d'Andalousie, pour les mettre dans nos provinces méridionales & dans le Morvant. Ces provinces, par la quantité & la bonté de leurs herbages, & la qualité de leur climat, nous offrent des secours plus que suffisans pour élever & nourrir des poulains qui seroient l'élite des chevaux de la premiere classe : & avant d'être admis, les étalons seroient scrupuleusement examinés, pour voir s'ils n'ont point de vices de conformation, d'accidens, ou de maladies. L'énumération en seroit inutile ; ces vices sont connus de tous les bons écuyers.
Le second examen se feroit sur les vices de caractere, pour voir par exemple si l'animal n'est pas rétif, ombrageux, & indocile à monter, s'il ne mord point, ou s'il ne rue pas trop dangereusement.
Le troisieme examen regarderoit les vices de constitution, de tempérament, ou de force : pour cela on le monteroit deux bonnes heures, plus ou moins, au pas, au trot ou au galop ; on répéteroit cet exercice de deux jours l'un ; & lorsqu'on jugeroit le cheval en haleine, on augmenteroit la promenade par degrés jusqu'à la concurrence de dix ou douze lieues. Le lendemain de chaque exercice, on le feroit troter pour voir s'il n'est point boiteux. On observeroit s'il ne se dégoûte point, ou s'il n'est pas incommodé de ses travaux. L'épreuve seroit continuée de deux jours l'un, l'espace de cinq à six mois, plus ou moins, & sur toutes sortes de terreins. Par-là l'on verroit s'il a de la force, de l'haleine, des jambes, des jarrets, une bouche, & des yeux convenables à un bon étalon.
Si on lui trouvoit toutes ces qualités, & qu'il fut exempt, autant qu'il est possible, des vices de conformation, de caractere, & de tempérament, alors on lui destineroit des jumens qui auroient subi les mêmes épreuves ; ces jumens seroient de la même taille, de la même figure, & de la même bonté que l'étalon, & du pays le plus convenable, quoiqu'en général les bonnes jumens de nos contrées soient très-propres à donner à toutes especes d'étalons une belle progéniture. Elles seroient couvertes depuis l'âge de cinq ans accomplis jusqu'à quatorze ou quinze : l'étalon seroit employé à la propagation depuis six ou sept ans jusqu'à quinze ou seize. L'on donneroit à chaque étalon douze jumens à servir tous les ans pendant le tems de la monte, qui est ordinairement depuis le commencement d'Avril jusqu'à la fin de Juin. On sent bien que ces précautions exigent de la part des officiers des haras, 1°. une connoissance du cheval aussi parfaite qu'il est possible de l'acquérir ; 2°. les talens de le monter, pour être en état de juger de ses qualités bonnes ou mauvaises : enfin du zele pour le bien de la chose, sans quoi tout le reste n'est rien.
Ainsi le Morvant, le Limousin, l'Auvergne, la Navarre, & en général toutes nos provinces méridionales étant en état de fournir au royaume assez de chevaux de selle de l'espece la plus précieuse, le Poitou, la Bretagne, l'Anjou, la Normandie, nous fourniroient nos chevaux de carrosse & les chevaux de selle communs. Pour cet effet on mettroit dans ces provinces des étalons d'Allemagne, de Danemark, d'Hanovre, de Brandebourg, de Frise, & quelques-uns d'Angleterre, les uns de cinq piés un ou deux pouces pour la plus grande taille, de structure & de conformation propres à aller au carrosse. On choisiroit des jumens pareilles à ces étalons ; ils subiroient les uns & les autres le même examen que nous avons prescrit pour les étalons & jumens de la premiere classe ; avec cette différence, qu'ils seroient exercés & éprouvés au chariot ou au carrosse par un sage & bon cocher. Cet exercice seroit continué pendant cinq ou six mois, en l'augmentant par degré jusqu'à ce qui s'appelle un travail pénible ; & quand on seroit assûré de leur bonté à tous égards, ce ne seroit qu'après un mois ou plus de repos, qu'on les employeroit à la propagation dans la saison usitée.
Les étalons de quatre piés dix pouces & au-dessous seroient employés à produire les chevaux de selle pour la cavalerie, les dragons, & pour le commun des gens à cheval, & on en tireroit des bidets pour le carrosse ; on leur destineroit aussi des jumens de la même taille, & les épreuves seroient les mêmes.
Pour se procurer assez de chevaux pour monter nos dragons & nos troupes legeres, l'on mettroit dans les Ardennes, dans l'Alsace, & dans une partie de la Lorraine & de la Champagne, des étalons tartares, hongrois, & des transilvains, avec des jumens du même pays. Ces étalons & ces jumens seroient de la même taille de quatre piés six à sept pouces ou environ, subiroient le même examen & les mêmes épreuves, pour s'assûrer de leur bonté.
Avec les mêmes précautions, la Beauce, le Perche, le Maine & ses environs produiroient suffisamment de chevaux pour monter les postes, sans y mettre ni jumens ni étalons étrangers.
La Flandre, le pays d'Artois, la Picardie, la Franche-Comté & la Brie nous fourniroient les chevaux de labour & de charroi. En général, il ne s'agiroit que de choisir dans ces provinces & dans la Suisse des étalons & des jumens bien assortis, après avoir bien examiné si les uns & les autres sont propres à l'usage auquel ils sont destinés.
Il est à présumer qu'avec ces précautions, & la réforme qu'il y auroit à faire dans la conduite que l'on tient à l'égard des étalons, des jumens & des poulains pendant & après la copulation, nous aurions assez de bons chevaux de toutes les especes pour remplir les trois classes qui nous sont nécessaires, & que nous pourrions par-là nous passer des chevaux étrangers.
Mais pour cela il ne faudroit pas énerver les étalons soit par le coït trop fréquent, & continué jusqu'à l'âge où ces animaux n'ont plus ni force ni vigueur ; soit par un travail journalier & quelquefois forcé, qu'on leur fait faire en certains endroits, & contre les ordonnances ; soit en les laissant languir trop long-tems dans l'écurie, où ils s'ennuient, s'engourdissent, ou s'épuisent à force de se tourmenter ; soit enfin en les faisant saigner, comme l'on fait après la monte. Cette pratique répugne au bon sens & à la raison. Le coït est un épuisement que l'animal éprouve pendant le tems de la monte ; la partie la plus pure & la plus spiritueuse des liqueurs s'évacue dans cet acte. L'étalon qui l'aura fréquemment soûtenu pendant les trois mois du printems, a besoin alors d'être rétabli & reconforté par des alimens restaurans & une bonne nourriture, pour réparer la déperdition de ses forces ; au contraire on lui donne du son, nourriture peu succulente ; ensuite on le saigne pour achever de l'épuiser. Nous sommes d'accord là-dessus avec M. de Bourgelat. Il résulte de cette pratique que l'étalon trop vieux, ou épuisé pour quelque cause que ce puisse être, ne peut produire que des poulains fluets & d'une mauvaise constitution.
Si l'on fait des fautes contre la propagation de l'espece à l'égard de l'étalon, l'on en fait de plus grossieres encore à l'égard de la mere, & ces fautes n'influent pas peu sur les poulains. M. de Buffon, qui les a bien senties, ne les a pas assez combattues. L'on a la pernicieuse habitude de faire couvrir les jumens tous les ans, quelques jours après qu'elles ont pouliné, pour tirer, dit-on, plus de profit. Voyons quel est le résultat de cette économie. Le partage de la nourriture que la jument pleine est obligée de donner à son poulain nouveau-né & à celui qu'elle porte, influe beaucoup sur son tempérament, ainsi que sur celui des deux nourrissons ; desorte qu'étant obligée de fournir doublement le plus pur & le plus substantiel de sa nourriture, il ne lui en reste pas suffisamment pour elle : ensorte qu'après un certain nombre de nourritures, cette jument a les organes tellement affoiblis, qu'elle ne produit plus que des poulains d'une complexion débile & délicate, d'une structure mince, peu propres à résister au travail.
Or cette jument qui auroit en huit ans produit à son propriétaire quatre bons poulains qu'il auroit vendus fort cher, lui auroit été plus utile qu'en lui en donnant un chaque année dont il ne se défait qu'à vil prix. Aux maux qui résultent de cette épargne mal entendue pour les poulains qui ont été engendrés par une jument nourrice, & nourris ensuite par une jument pleine, il s'en joint de plus graves encore.
La jument, quoique pleine, a pendant les premiers mois la même attache & la même amitié pour son nourrisson, qu'au moment qu'elle lui donna le jour. Ce petit par des mouvemens de gaieté s'écarte çà & là de sa mere, cabriolant & bondissant à son aise : cette mere qui craint de le perdre, court après lui ; elle hennit avec fureur, s'agite avec violence, ce qui peut nuire au poulain qu'elle porte : le nouveau-né revient avec précipitation sur sa mere, en lui détachant des coups de pié sur le ventre, souvent même des coups de tête en voulant prendre ses mamelles. Cette mere est elle couchée, elle a l'attention de ne pas nuire à son nourrisson ; tandis que celui-ci fait tout ce qu'il faut pour la blesser, en se couchant & s'agitant sur elle. Est-il couché auprès de sa mere, elle a la complaisance de se mettre dans une situation desavantageuse à son état, de peur d'incommoder son poulain.
Que le poulain échappe aux dangers qu'il court dans le ventre de sa mere, c'est peu de trouver épuisées les mamelles qui doivent le nourrir ; pour comble de maux il y suce un lait corrompu : car le plus pur & le plus spiritueux du sang de la mere est employé à la formation & à la nutrition du foetus ; ainsi étant obligée de donner à teter dans cet état, son lait ne peut être que grossier & dépravé, en comparaison de celui qu'elle fourniroit si elle n'étoit point pleine. Son lait peche non-seulement par la quantité, mais encore par la qualité. Le foetus enleve les parties butyreuses & onctueuses ; il ne reste à ce suc que les parties caséeuses & séreuses : ce lait est très-propre à produire chez le poulain des levains qui par la suite forment différens genres de maladies dont on ignore souvent la cause, & que l'on croit avoir expliquées quand on a dit que c'est un reste de gourme ou fausse gourme.
Le poulain ôté d'auprès de sa mere avec les infirmités qu'il a reçûes d'elle & de l'étalon, soit vices de conformation, de constitution, ou vices de caractere, ne peut rendre qu'un très-mauvais service ; quelquefois même il se trouve absolument hors d'état de servir. Tels sont aujourd'hui la plûpart des chevaux qui sortent de nos haras.
Il importe donc de se procurer de bons étalons & de bonnes jumens de taille & de figure égale, pour en tirer une race propre à réparer le dépérissement de l'espece.
L'accouplement disparate, c'est-à-dire d'un grand étalon & d'une petite jument, ou d'une grande jument avec un petit étalon, l'un bas du devant, & l'autre bien relevé, font souvent des poulains qui ne sont propres ni à la selle ni au carrosse.
L'on pourroit nous objecter 1°. que notre système seroit trop dispendieux & trop difficile à mettre en pratique : 2°. qu'il ne faut pas un si long tems ni un si long exercice pour s'assûrer de la bonté d'un étalon & d'une jument que l'on destine à la propagation. Mais nous croyons pouvoir répondre 1°. que la dépense qu'exigeroit notre système seroit bientôt remplie par les sommes immenses que l'on épargneroit, en trouvant dans des haras ainsi menés des poulains propres non-seulement à remplir tous nos objets, mais encore à faire des étalons excellens & des jumens parfaites : 2°. qu'un cheval est comme un ami, qu'on ne peut connoître qu'aux services que nous en exigeons ; ainsi tel cheval nous paroît bon pendant plusieurs mois, qui se trouve mauvais dans la suite ; au contraire il en est d'autres qui nous paroissent ne rien valoir, & qui se bonifient par l'usage.
Un homme, quelque connoisseur qu'il se dise, peut-il faire un choix judicieux d'étalons & de jumens d'un coup-d'oeil qu'il leur donne à peine en passant ? Il est d'expérience que nos célebres Ecuyers, dans le nombre prodigieux de chevaux étrangers qu'on leur amene, en trouvent à peine quelques-uns qui puissent leur convenir pour l'emploi auquel ils sont destinés : on devroit encore être bien plus circonspect dans le choix des étalons & des jumens pour peupler un haras ; puisque c'est de ce choix réfléchi & judicieux que dépendent la beauté & la bonté des poulains qui en résultent.
Nota. M. de Puismarets, Gentilhomme du Limousin, a observé, & a appris de divers Gentilshommes versés comme lui depuis très-long-tems de pere en fils dans l'éducation des chevaux, qu'une jument poussive engendre des poulains qui deviennent poussifs ou lunatiques, si l'on peut nommer ainsi avec le vulgaire cette maladie des yeux. Artic. de M. GENSON.
HARAS ; c'est par rapport à l'Architecture, un grand lieu à la campagne composé de logemens, écuries, cour, préau, où l'on tient des jumens poulinieres avec des étalons pour peupler.
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| HARAUX | (DONNER LE) Art milit. C'est, selon M. le maréchal de Saxe, une maniere d'enlever les chevaux de la cavalerie à la pâture ou au fourrage : voici en quoi elle consiste.
" On se mêle déguisé, à cheval, parmi les fourrageurs ou pâtureurs, du côté que l'on veut fuir. On commence à tirer quelques coups : ceux qui doivent serrer la queue y répondent à l'autre extrémité de la pâture ou du fourrage ; puis on se met à courir vers l'endroit où l'on veut amener les chevaux, en criant & en tirant. Tous les chevaux se mettent à fuir de ce côté-là, couplés ou non couplés, arrachant les piquets, jettant à bas leurs cavaliers & les trousses ; & fussent-ils cent mille, on les amene ainsi plusieurs lieues en courant. On entre dans un endroit entouré de haies ou de fossés, où l'on s'arrête sans faire de bruit ; puis les chevaux se laissent prendre tranquillement. C'est un tour qui desole l'ennemi : je l'ai vû joüer une fois ; mais comme toutes les bonnes choses s'oublient, je pense que l'on n'y songe plus à-présent. " Réveries ou mémoires sur la guerre, par M. le maréchal de Saxe.
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| HARBERT | Salamboria, (Géog.) ville d'Asie dans le Diarbek, proche d'Amid, sous la domination du turc, avec un archevêque arménien & un archevêque syrien. Long. 54. 21. lat. 40. 55. (D.J.)
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| HARBOROUGH | (Géog.) ville d'Angleterre dans la province de Leicester.
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| HARBOU CHIENS | (cri de Chasse). Le piqueur doit se servir de ce terme pour faire chasser les chiens courans pour le loup.
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| HARBOURG | Harburgum, (Géogr.) ville d'Allemagne dans le cercle de la basse-Saxe, au duché de Lunebourg, dans l'électorat d'Hanovre avec un fort château pour sa défense. Elle est sur l'Elbe, à 6 lieues S. O. de Hambourg, 15 N. O. de Lunebourg. Long. 27. 16. latit. 53. 34. (D.J.)
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| HARCOURT | (Géog.) bourg de France en Normandie, au diocèse de Bayeux, appellé auparavant Thury, & érigé en duché par Louis XIV. en 1700. Son nom latin est Harcontis, selon M. de Valois. Il y a un autre bourg de ce nom en Normandie, au diocèse d'Evreux, avec titre de comté ; ce dernier est à 10 lieues de Rouen. (D.J.)
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| HARD | S. m. (Gantier) nom que les Gantiers & les Peaussiers donnent à une grosse cheville de fer tournée en cercle, sur laquelle ils passent leurs peaux pour les amollir.
Harder une peau, c'est la passer sur le hard.
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| HARDE | S. f. (Venerie) Il se dit des bêtes fauves ou noires, lorsqu'elles sont en troupe ; une harde de cerf. Le cerf se met en harde au mois de Novembre. Le froid rassemble des animaux que la disette de la nourriture sembleroit devoir disperser. Au lieu de harde, on dit aussi herde. Le même mot a lieu en Fauconnerie, où on l'applique aux oiseaux qui vont par bande.
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| HARDER | HARDER
Harder, c'est encore tenir cinq ou six chiens courans couplés avec une longue laisse de crin, pour donner à un relais. On harde les nouveaux chiens avec les vieux pour les dresser.
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| HARDERIE | S. m. (Peinture sur le verre) espece de préparation métallique qu'on fait avec de la limaille & du soufre stratifié dans un creuset couvert, qu'il faut renverser après l'avoir tenu au feu pendant cinq à six heures. Ainsi l'harderie n'est autre chose qu'une chaux de mars obtenue par le soufre : on l'appelle aussi ferret d'Espagne. On s'en sert dans la Verrerie, dans la Peinture en émail, &c.
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| HARDERWIK | Harderwicum, (Géog.) ville des Provinces-Unies dans la Gueldres, au quartier d'Arnheim, avec une université. Elle est sur le Zuiderzée, à 8 lieues N. O. d'Arnheim, 7 N. E. d'Amersfort, 12 N. O. de Nimegue, 13 E. d'Amsterdam. Les annales de Gueldres en mettent la fondation à l'an 1230, & c'est tout au plus tard. L'université a été érigée le 12 Avril 1648. Long. 23. 12. lat. 52. 24. (D.J.)
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| HARDESSEN | (Géog.) ville d'Allemagne dans la principauté de Calemberg, dépendante du duché de Hanovre.
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| HARDI | adj. (Gram.) épithete qui marque une confiance de l'ame, qui nous présente comme faciles des entreprises qui étonnent les hommes ordinaires & les arrêtent. La différence de la témérité & de la hardiesse consiste dans le rapport qu'il y a entre la difficulté de la chose & les ressources de celui qui la tente. D'où il s'ensuit que tel homme ne se montre que hardi dans une conjoncture où un autre mériteroit le nom de téméraire. Mais on ne juge malheureusement & de la tentative & de l'homme que par l'évenement ; & souvent l'on blâme où il faudroit loüer, & on loüe où il faudroit blâmer. Combien d'entreprises dont le bon ou le mauvais succès n'a dépendu que d'une circonstance qu'il étoit impossible de prévoir ! Voyez l'article HARDIESSE.
Le mot hardi a un grand nombre d'acceptions différentes tant au simple qu'au figuré : on dit un discours hardi, une action hardie, un bâtiment hardi. Un bâtiment est hardi, lorsque la délicatesse & la solidité de sa construction ne nous paroît pas proportionnée à sa hauteur & à son étendue : un dessinateur, un peintre, un artiste est hardi, lorsqu'il n'a pas redouté les difficultés de son art, & qu'il paroît les avoir surmontées sans effort.
HARDI, s. m. (Monnoie) On donna d'abord ce nom en Guienne à une monnoie des princes anglois derniers ducs d'Aquitaine, & prédécesseurs de Charles de France, qui y étoient représentés tenant une épée nue. Ce nom qui se communiqua depuis aux petites especes de cuivre & de billon, a peut-être formé celui de liard dont nous nous servons, comme qui diroit li-hardi. Quoi qu'il en soit, le liard de Louis XI. n'étoit qu'une petite monnoie de billon : elle valoit trois deniers, & par conséquent faisoit la quatrieme partie d'un sou ; mais à l'exception de la Guienne qui lui donna le nom de hardi, toutes les autres provinces en-deçà de la Loire lui conserverent celui de liard, qui lui demeura. Voyez LIARD. (D.J.)
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| HARDIESSE | S. f. (Morale) Locke la définit une puissance de faire ce qu'on veut devant les autres, sans craindre ou se décontenancer. La confiance qui consiste dans la partie du discours, avoit un nom particulier chez les Grecs ; ils l'appelloient .
Le mot de hardiesse, dans notre langue, désigne communément une résolution courageuse, par laquelle l'homme méprise les dangers & entreprend des choses extraordinaires. Si nous envisageons simplement la hardiesse comme une passion irascible, elle n'est en cette qualité ni vice ni vertu, & ne mérite ni blâme ni loüange. Si nous n'avons égard qu'à l'éclat qui paroît briller dans certaines actions, sans considérer que toute affection violente peut également les produire, nous regarderons souvent pour vertu ce qui n'en est qu'une fausse image, & les fruits de la bile passeront dans notre esprit pour les fruits d'une hardiesse admirable.
En effet, je trouve cinq sortes de hardiesse, qui ont une fausse ressemblance avec la vraie & la légitime. La hardiesse militaire n'a souvent d'autre appui que l'exemple & la coûtume : celle des ivrognes est fondée sur les fumées du vin : celle des enfans sur l'ignorance : celle des amans & de tous ceux qui se laissent aller à des passions tumultueuses, sur le desordre qu'elles causent dans leur ame : enfin la hardiesse que les Philosophes moraux nomment civile, reconnoît pour mobile la crainte de la honte. Telle étoit celle d'Hector quand il n'osa rentrer avec les autres Troïens dans Ilium, de peur que Polydamas ne lui reprochât le mépris du conseil qu'il lui avoit donné.
Il est rare de voir dans le monde une hardiesse assez pure, pour ne pouvoir pas être rapportée à l'une des cinq sortes dont nous venons de parler, qui n'ont toutefois que l'apparence trompeuse des qualités qu'elles représentent. De plus elles ne produisent rien qu'un peu d'opium ne fasse exécuter à un turc, un verre d'eau-de-vie à un moscovite, une razade d'arrak à un anglois, une bouteille de Champagne à un françois.
Mais quand la hardiesse est le fruit du jugement, qu'elle émane d'un grand motif, qu'elle mesure ses forces, ne tente point l'impossible, & poursuit ensuite avec une fermeté héroïque l'entreprise des belles actions qu'elle a conçues, quelque péril qui s'y rencontre ; c'est alors que devenant l'effet d'un courage raisonné, nous lui devons tous les éloges que mérite une vertu qui ne voit rien au-dessus d'elle.
Cette sorte de hardiesse, dit Montagne, se présente aussi magnifiquement en pourpoint qu'en armes, en un cabinet qu'en un champ, le bras pendant que le bras levé. Scipion nous en fournit un exemple remarquable, lorsqu'il forma le projet d'attirer Syphax dans les intérêts des Romains. Pénétré de l'avantage qu'en recevroit la république, il quitte son armée, passe en Afrique sur un petit vaisseau, vient se commettre à la puissance d'un roi barbare, à une foi inconnue, sous la seule sûreté de la grandeur de son courage, de son bonheur, de sa haute espérance, surtout du service qu'il rendoit à sa patrie. Cette noble & généreuse hardiesse ne peut se trouver naïve & bien entiere, que dans ceux qui sont animés par des vûes semblables, & à qui la crainte de la mort, & du pis qui peut en arriver, ne sauroit donner aucun effroi. (D.J.)
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| HARDILLIERS | subst. m. pl. (Tapissier) terme de Haute-Lissier. Ce sont des fiches ou morceaux de fer qui ont un crochet à un des bouts : ils servent à soûtenir cette partie du métier des Haute-Lissiers, qu'on appelle la perche de lisse, c'est-à-dire cette longue piece de bois avec laquelle les ouvriers bandent ou lâchent les lisses qui font la croisure de leur tapisserie. Voyez HAUTELISSE. Dictionn. du Commerce & de Trév.
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| HARDOIS | S. m. pl. terme de Venerie. C'est ainsi qu'on appelle de petits liens de bois où le cerf touche de sa tête, lorsqu'il veut séparer cette peau velue qui la couvre : on les trouve écorchés.
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| HARENG | S. m. (Hist. nat. Litholog.) harengus rond. gem. ald. poisson de mer connu dans toute l'Europe. Il a neuf pouces ou un pié de longueur, & deux ou trois pouces de largeur ; la tête & tout le corps sont applatis sur les côtés. Ce poisson a les écailles grandes, arrondies, peu adhérentes, & le dos de couleur bleue-noirâtre ; le ventre a une couleur blanche argentée ; il est très-menu & n'a qu'une file d'écailles dentelées qui s'étend depuis la tête jusqu'à la queue sur le tranchant que forme le ventre. La mâchoire du dessous est plus saillante en-avant que celle du dessus, & a des petites dents ; il s'en trouve aussi de pareilles sur la langue & sur le palais : le hareng meurt dès qu'il est hors de l'eau. Rai, synop. piscium, pag. 103.
M. Anderson prétend que les harengs des golphes de l'Islande sont gras & meilleurs que par-tout ailleurs ; que l'on y en trouve qui ont près de deux piés de longueur & trois doigts de largeur ; & que c'est peut-être ceux que les Pêcheurs appellent rois des harengs, & qu'ils regardent comme les conducteurs de leurs troupes. On sait que les harengs vivent de petits crabes & d'oeufs de poissons, parce que l'on en a trouvé dans leur estomac. Ils font chaque année de longues migrations en troupes innombrables ; ils viennent tous du côté du nord. M. Anderson présume qu'ils restent sous les glaces où ils ne sont pas exposés à la voracité des gros poissons qui ne peuvent pas y respirer.
Les harengs sortent du nord au commencement de l'année, & se divisent en deux colomnes, dont l'une se porte vers l'occident, & arrive au mois de Mars à l'île d'Islande. La quantité des harengs qui forment cette colomne est prodigieuse ; tous les golfes, tous les détroits & toutes les baies en sont remplis ; il y a aussi un grand nombre de gros poissons & d'oiseaux qui les attendent & qui les suivent pour s'en nourrir. Cette colomne fait paroître noire l'eau de la mer & l'agite ; on voit des harengs s'élever jusqu'à la surface de l'eau, & s'élancer même en l'air pour éviter l'ennemi qui les poursuit ; ils sont si près les uns des autres, qu'il suffit de puiser avec une pelle creuse pour en prendre beaucoup à-la-fois. M. Anderson soupçonne qu'une partie de cette colomne peut aller aux bancs de Terre-neuve, & il ne sait quelle route prend la partie qui défile le long de la côte occidentale de l'Islande.
" La colomne qui au sortir du nord va du côté de l'orient & descend la mer du nord, étant continuellement poursuivie par les marsouins, les cabeliaux, &c. se divise à une certaine hauteur, & son aîle orientale continue sa course vers le cap du nord, en descendant de-là le long de toute la côte de la Norvege ; ensorte cependant qu'une division de cette derniere colomne cotoye la Norvege en droiture, jusqu'à ce qu'elle tombe par le détroit du Sund dans la mer Baltique, pendant que l'autre division étant arrivée à la pointe du nord du Jutland, se divise encore en deux colomnes, dont l'une défilant le long de la côte orientale de Jutland, se réunit promtement par les Belts avec celle de la mer Baltique, pendant que l'autre descendant à l'occident de ce même pays, & cotoyant ensuite le Sleswick, le Holstein, l'évêché de Brème & la Frise, où cependant on n'en fait point de commerce, se jette par le Texel & le Vlie dans le Zuyder-Zée, & l'ayant parcouru s'en retourne dans la mer du Nord pour achever sa grande route. La seconde grande division qui se détourne vers l'occident, & qui est aujourd'hui la plus forte, s'en va toujours accompagnée des marsouins, des requins, des cabeliaux, &c. droit aux îles de Hittland & aux Orcades, où les pêcheurs de Hollande ne manquent pas de les attendre au tems nommé, & de-là vers l'Ecosse où elle se divise de nouveau en deux colomnes, dont l'une après être descendue le long de la côte orientale de l'Ecosse, fait le tour de l'Angleterre, en détachant néanmoins en chemin des troupes considérables aux portes des Frisons, des Hollandois, des Zéelandois, des Brabançons, des Flamands & des François. L'autre colomne tombe en partage aux Ecossois du côté de l'occident, & aux Irlandois, dont l'île est alors environnée de tous côtés de harengs, quoique ces deux nations n'en fassent d'autre usage que de le manger frais, & de profiter par leur moyen autant qu'ils peuvent des gros poissons qui leur donnent la chasse. Toutes ces divisions mentionnées dans la deuxieme grande colomne s'étant à-la-fin réunies dans la Manche, le reste de harengs échappés aux filets des Pêcheurs & à la gourmandise des poissons & des oiseaux de proie, forme encore une colomne prodigieuse, se jette dans l'Océan atlantique, & comme on prétend communément, s'y perd, ou pour mieux dire, ne se montre plus sur les côtes, en fuyant, selon toute apparence, les climats chauds, & en regagnant promtement le nord qui est son domicile chéri & son lieu natal ". Voyez l'hist. nat. de l'Islande & du Groenland, par M. Anderson.
Lorsque les harengs arrivent dans toutes ces mers. ils sont si remplis d'oeufs, que l'on peut dire que chaque poisson en amene dix mille avec lui ; ils jettent leurs oeufs sur les côtes ; car long-tems avant de les quitter ils n'ont plus d'oeufs. Le banc de hareng qui vient vers les côtes d'Angleterre à-peu-près au commencement de Juin, en comprend un nombre si prodigieux, qu'il surpasse tous les nombres connus ; ce banc occupe pour le moins autant d'espace en largeur que toute la longueur de la Grande-Bretagne & de l'Irlande. " Quoique les Pêcheurs prennent une très-grande quantité de harengs, on a calculé que la proportion du nombre des harengs pris par tous les Pêcheurs dans leur route, est au nombre de toute la troupe lorsqu'elle arrive du Nord, comme un est à un million ; & il y a lieu de croire que les gros poissons tels que les marsouins, les chiens de mer, &c. en prennent plus que tous les Pêcheurs ensemble ". Lorsque les harengs commencent à jetter leur frai, on cesse de les pêcher ; on ne les poursuit plus, & on les perd même de vûe, puisqu'ils se plongent dans les abysmes de la mer, sans que l'on ait pû découvrir ce qu'ils deviennent. Voyez l'Atlas de mer & de Commerce, imprimé à Londres en anglois, en 1728.
Il me paroît que les harengs quittent le Nord pour aller dans un climat tempéré où leurs oeufs puissent éclorre : comme ils font leur route en très-grand nombre, ils occupent un grand espace dans la mer, & dès qu'ils rencontrent la terre, les uns se portent à droite, & les autres à gauche ; ils forment ainsi plusieurs colomnes ; elles se divisent encore à mesure qu'il se trouve de nouveaux obstacles qui les empêchent d'aller tous ensemble. Enfin, lorsque les petits sont éclos & en état de suivre les grands, ils retournent tous dans les mers d'où ils sont venus. (I)
HARENG pêche du, (pêche marine.) La pêche du hareng, dit M. de Voltaire, & l'art de le saler, ne paroissent pas un objet bien important dans l'histoire du monde ; c'est-là cependant, ajoûte-t-il, le fondement de la grandeur d'Amsterdam en particulier ; & pour dire quelque chose de plus, ce qui a fait d'un pays autrefois méprisé & stérile, une puissance riche & respectable.
Ce sont sans-doute les Hollandois, les Ecossois, les Danois, les Norvégiens, qui ont les premiers été en possession de l'art de pêcher le hareng, puisqu'on trouve ce poisson principalement dans les mers du Nord, que son passage est régulier, en troupe immense, par éclairs ; & qu'enfin le tems dans lequel on ne le pêche point, est appellé des gens de mer, morte-saison.
On prétend que cette pêche a commencé en 1163 ; on la faisoit alors dans le détroit du Sund, entre les îles de Schoonen & de Séeland ; mais faute de pouvoir remonter à ces siecles reculés, j'avois cherché du-moins plus près de nous, quelque monument historique qui parlât de cette pêche, & je desesperois du succès, lorsqu'enfin j'ai trouvé pour la consolation de mes peines, dans le XVI. tome de l'Académie des Inscript. page 225, un passage fort curieux sur cet article. Il est tiré du songe du vieux pélerin, ouvrage, comme on sait, de Philippe de Maizieres, qui l'écrivit en 1389, sous notre roi Charles VI, dont il avoit été gouverneur. Il fait faire dans ce livre, que le Cardinal du Perron estimoit tant, des voyages à la reine Vérité ; & en même tems il y joint quelquefois ce qu'il avoit vû lui-même dans les siens. Là il raconte entr'autres choses, qu'allant en Prusse par mer, il fut témoin de la pêche des harengs, dont il poursuit ainsi la description, chapitre xjx.
" Entre le royaume de Norvege & de Danemark, il y a un bras de la grande mer qui départ l'île & royaume de Norvegue de la terre-ferme, & du royaume de Danemarck, lequel bras de mer par-tout étoit étroit dure quinze lieues, & n'a ledit bras de largeur qu'une lieue ou deux ; & comme Dieu l'a ordonné, son ancelle nature ouvrant deux mois de l'an & non plus, c'est-à-savoir en Septembre & Octobre, le hareng fait son passage de l'une mer en l'autre parmi l'étroit, en si grant quantité, que c'est une grant merveille, & tant y en passe en ces deux mois, que en plusieurs lieux en ce bras de quinze lieues de long, on les pourroit tailler à l'épée ; or vient l'autre merveille, car de ancienne coûtume chacun an, les nefs & basteaux de toute l'Allemagne & de la Prusse, s'assemblent à grant ost audit destroit de mer dessusdit, ès-deux mois dessusdits, pour prendre le hérent ; & est commune renommée là, qu'ils sont quarante mille basteaux qui ne font autre chose, ès-deux mois que pescher le hérent ; & en chacun basteau du-moins y a six personnes, & en plusieurs sept, huit, ou dix ; & en outre les quarante mille basteaux, y a cinq cent grosses & moyennes nefs, qui ne font autre chose que recueillir & saller en casques de hareng, les harengs que les quarante mille basteaux prendent, & ont en coûtume que les hommes de tous ces navires, ès-deux mois se logent sur la rive de mer, en loges & cabars, qu'ils font de bois & de rainsseaux, au long de quinze lieues, par-devers le royaume de Norvegue.
Ils emplissent les grosses nefs de hérens quaques ; & au chief des deux mois, huit jours ou environ après, en y trouveroit plus une barque, ne héreng en tout l'étroit ; si a jéhan (apparemment grant) bataille de gent pour prendre ce petit poisson : car qui bien les veut nombrer, en y trouvera plus de trois cent mille hommes, qui ne font autre chose en deux mois, que prendre le hérent. Et parce que je, pelerin vieil & usé, jadis allant en Prusse par mer en une grosse nave, passai du long du bras de mer susdit, par beau tems, & en la saison susdit, que le hérent se prent, & vits lesdites barques ou basteaux, & nefs grosses : ai mangé du hérent en allant, que les Pescheurs nous donnerent, lesquels & autres gens du pays me certifierent merveille, pour deux causes ; l'une pour reconnoître la grace que Dieu a fait à la Chrétienté ; c'est-à-savoir de l'abondance du héren, par lequel toute Allemaigne, France, Angleterre, & plusieurs autres pays sont repus en Caresme ".
Voilà donc une époque sûre de grande pêche reglée du harang que l'on faisoit dans la mer du Nord avant 1389 ; mais bien-tôt les Hollandois connurent l'art de l'apprêter, de le vuider de ses breuilles ou entrailles, de le trier, de l'arranger dans les barrils ou de l'encaquer, de le saler, & de le sorer, non-seulement plus savamment qu'on ne le faisoit en Allemagne lors du passage de Philippe de Maizieres, mais mieux encore que les autres nations ne l'ont fait depuis.
La maniere industrieuse de les encaquer & de les saler pour le goût, la durée, & la perfection, fut trouvée en 1397, par Guillaume Buckelsz, natif de Biervliet dans la Flandre hollandoise. Sa mémoire s'est à jamais rendue recommandable par cette utile invention ; on en parloit encore tant sous le regne de Charles V, que cet empereur voyageant dans les pays-bas, se rendit à Biervliet avec la reine de Hongrie sa soeur, pour honorer de leur présence le tombeau de l'illustre encaqueur de harengs.
Maniere d'apprêter & saler le hareng. Aussi-tôt que le hareng est hors de la mer, le caqueur lui coupe la gorge, en tire les entrailles, laisse les laites & les oeufs, les lave en eau-douce, & lui donne la sausse, ou le met dans une cuve pleine d'une forte saumure d'eau douce & de sel marin, où il demeure douze à quinze heures. Au sortir de la sausse, on le varaude ; suffisamment varaudé, on le caque bien couvert au fond & dessus d'une couche de sel.
Voilà ce qu'on appelle le hareng-blanc ; on laisse celui qui doit être sors, le double de tems dans la sausse ; au sortir de la sausse, on le brochette ou enfile par la tête à de menues broches de bois qu'on appelle aîne ; on le pend dans des especes de cheminées faites exprès, qu'on nomme roussables ; on fait dessous un petit feu de menu bois qu'on ménage de maniere qu'il donne beaucoup de fumée & peu de flamme. Il reste dans le roussable jusqu'à ce qu'il soit suffisamment sors & fumé, ce qui se fait ordinairement en vingt-quatre heures : on en peut sorer jusqu'à dix milliers à-la-fois.
La pêche de ce poisson se fait aujourd'hui ordinairement en deux saisons ; l'une au printems le long des côtes d'Ecosse, & l'autre en automne le long des côtes d'Angleterre au nord de la Tamise. Il se pêche aussi d'excellens harengs dans le Zuyder-Zée, entre le Texel & Amsterdam, mais il y en a peu ; néanmoins pendant la guerre que les Hollandois soûtinrent contre l'Angleterre sous Charles II, la pêche du Nord ayant cessé, il vint tant de harengs dans le Zuyder-Zée, que quelques pêcheurs en prirent dans l'espace d'un mois, jusqu'à huit cent lasts, qui font environ quatre-vingt fois cent milliers. Ce poisson si fécond meurt aussi-tôt qu'il est hors de l'eau, desorte qu'il est rare d'en voir de vivans.
On employe pour cette pêche de petits bâtimens, que l'on appelle en France barques ou bateaux, & qu'en Hollande on nomme buches ou flibots.
Les buches dont les Hollandois se servent à ce sujet, sont communément du port de quarante-huit à soixante tonneaux ; leur équipage consiste pour chaque buche en quatre petits canons pesans ensemble quatre mille livres, avec quatre pierriers, huit boëtes, six fusils, huit piques longues, & huit courtes.
Il n'est pas permis de faire sortir des ports de Hollande aucune buche pour la pêche du hareng, qu'elle ne soit escortée d'un convoi, ou du-moins qu'il n'y en ait un nombre suffisant pour composer ensemble dix-huit ou vingt pieces de petits canons, & douze pierriers. Alors elles doivent aller de conserve, c'est-à-dire de flotte & de compagnie, sans pourtant qu'elles puissent prendre sous leur escorte aucun bâtiment non armé.
Les conventions verbales qui se font pour la conserve, ont autant de force, que si elles avoient été faites par écrit. Il faut encore observer, que chaque bâtiment de la conserve, doit avoir des munitions suffisantes de poudre, de balles, & de mitrailles, pour tirer au-moins seize coups.
Lorsque le tems se trouve beau, & que quelque buche veut faire la pêche, il faut que le pilote hisse son artimon ; & les buches qui ne pêchent point ne doivent pas se mêler avec celles qui pêchent, il faut qu'elles se tiennent à la voile.
Il y a plusieurs autres réglemens de l'amirauté de Hollande, pour la pêche du hareng, qu'ont imité les diverses nations qui font ce commerce, avec les changemens & augmentations qui leur convenoient. Nous n'entrerons point dans ce détail, qui nous meneroit trop loin ; il vaut mieux parler du profit que les Hollandois en particulier retirent de cette pêche.
Dès l'an 1610, le chevalier Walter Raleigh donna un compte qui n'a pas été démenti par le grand pensionnaire de Wit, du commerce que la Hollande faisoit en Russie, en Allemagne, en Flandres, & en France, des harengs pêchés sur les côtes d'Angleterre, d'Ecosse, & d'Irlande. Ce compte monte pour une année à 2 659, 000 livres sterlings, (61 157 000 livres tournois). Ce seul article leur occupoit dès ce tems-là, trois mille vaisseaux ou buches à la pêche, & cinquante mille pêcheurs, sans compter neuf mille autres vaisseaux ou bateaux, & cent cinquante mille hommes sur terre & sur mer, employés au commerce de poisson, & aux autres commerces que sa pêche occasionne.
Depuis cette époque, la marine hollandoise a fait une très-belle figure : même aujourd'hui, que sa puissance a reçû de si grands échecs, cette branche de son commerce est de toutes celle qui a le moins souffert.
Un état de leur pêche du hareng en 1748, portoit mille vaisseaux évalués à quatre-vingt-cinq tonneaux l'un dans l'autre ; le total de leur pêche estimé à quatre-vingt-cinq mille lasts, le last à vingt livres sterling, font un million sept cent mille livres sterling ; ensorte qu'en déduisant pour la mise hors & construction de mille buches, les frais de la pêche & hasards, huit cent cinquante mille livres sterling ; elle a dû profiter net par an de huit cent cinquante mille livres sterling ; à quoi, si l'on ajoûte pour le profit de la pêche de la morue, qui se fait entre deux, cent cinquante mille livres sterling, on aura un million de livres sterling de gain.
Le tems n'a point encore décidé quel sera l'issue des tentatives que font les Anglois pour partager, ou pour enlever ce commerce à la Hollande ; mais l'on peut dire que s'ils y réussissoient jamais, ils se feroient autant de tort qu'à la nation Hollandoise, à laquelle ils ôteroient cette branche de commerce qui fait leur principal revenu. (D.J.)
HARENG, (Diete). Les harengs frais se mangent grillés, avec une sauce piquante faite avec du beurre & de la moutarde.
Les harengs-pecs, ainsi nommés par corruption, sont des harengs salés ; cette dénomination vient des Hollandois, qui appellent ces sortes de harengs peekle haring ; ils en font grand cas & en sont très-friands, sur-tout dans la nouveauté, au point que les premiers harengs-pecs qui ont été salés en mer se payent chez eux jusqu'à deux ou trois florins la piece, lorsqu'ils arrivent par les premiers vaisseaux qui reviennent de la pêche. Dans de certaines villes des Pays-Bas, on ne fait pas moins de cas de ces harengs dans la primeur, & l'on accorde un prix ou une récompense aux voituriers qui en apportent les premiers. Cela est, dit-on, fondé sur l'opinion où l'on est que toutes les fievres disparoissent aussi-tôt que l'on peut manger du hareng nouveau. Le hareng salé ou hareng-pec se mange tout crud avec de l'huile & un soupçon de vinaigre ; les Flamands y joignent quelquefois de la pomme & de l'oignon hachés : il est d'un goût beaucoup plus agréable quand il a été fraîchement salé, que quand il a long-tems séjourné dans le sel ou dans la saûmure.
Le hareng fumé, appellé craquelin par le peuple en France, est du hareng qui a été fumé & salé légerement ; les Hollandois l'appellent bockum, & en font cas lorsqu'il a été fumé récemment ; alors ils le mangent avec des tartines de beurre.
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| HARENGADES | S. f. (Hist. nat. Icthiolog.) petits poissons semblables à de petites aloses ; on leur donne aussi les noms de cailliques & de lasches. On les prend en grand nombre près d'Agde. Rondelet, histoire des poissons. (I)
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| HARENGAISON | S. f. (Comm. & Pêche) saison de la pêche des harengs, ou le tems de leur éclair.
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| HARENGUIERE | S. f. (Pêche) rets à petites mailles, usité dans le ressort de l'amirauté de Carentan & d'Isigni ; on peut rapporter cette sorte de pêche à celle des parcs. Les mailles des hauts parcs, des étaliers & des haranguieres, ont depuis onze jusqu'à quatorze lignes en quarré. Ces filets se tendent conformément à l'ordonnance & aux déclarations du 18 Mars 1727, c'est-à-dire bout à terre & bout à mer. Les pêcheurs des côtes de Caux & de Picardie y adaptent des perches de douze à quinze piés de hauteur ; ce qui leur a fait donner le nom de hauts-parcs. Les pêcheurs des autres côtes ne les tendent pas plus haut que leurs tentes ordinaires : si leurs perches étoient plus élevées, la rapidité du flot ou de l'ebb les enleveroit.
Il est assez ordinaire de placer les haranguieres au bas des tentes, le plus avant à la mer qu'il est possible ; quelques-uns pratiquent au bout une espece de circuit qui retient le poisson plus long-tems ; ils garnissent ce même côté d'un rets tramaillé : la hauteur du ret entier n'excede pas quatre à cinq piés de hauteur.
La pêche du hareng avec les hauts-parcs ne se pratique que depuis la S. Michel jusqu'à la Ste Catherine, c'est-à-dire l'espace de deux mois ; celle du petit maquereau ou sansonnet au même rets, commence communément au 15 Avril & finit au 15 Juillet.
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| HARFLEUR | Hareflotum, Harflevium, &c. (Géog.) ancienne ville de France en Normandie, au pays de Caux ; ses fortifications ont été rasées & son port s'est comblé. Les Anglois la prirent d'assaut en 1415. Voyez la descript. historique & géographique de la haute Normandie, où vous trouverez des détails sur cette ville. Elle est près de la mer, sur la Lezarde, à une lieue de Montivilliers, deux du Havre, six S. O. de Fécamp, quarante-quatre N. O. de Paris, seize O. de Roüen. Long. 21. 51. 27. latit. 49. 30. 23. (D.J.)
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| HARI | HARRI, s. m. (Vénerie) c'est le cri dont use le piqueur pour donner de la crainte aux chiens, lorsque la bête qu'ils chassent s'est accompagnée, afin de les obliger d'en garder le change.
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| HARICOT | S. m. phaseolus, (Hist. nat. Botaniq.) genre de plante à fleur papilionacée ; il sort du calice un pistil qui devient dans la suite une silique longue ; cette silique renferme des semences qui ont la forme d'un rein ou d'un oeuf. Les plantes de ce genre ont trois feuilles sur un pédicule. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE. (I)
Boerhaave compte 25 especes de phaséoles mangeables, & Bradley plus de 50 ; mais leurs variétés augmentent tous les jours : cependant nous ne décrirons ici que la commune, le phaseolus vulgaris des Botanistes, que Rai nomme smilax hortensis.
Sa racine est grêle, fibreuse ; elle pousse une tige longue, ronde, rameuse, qui grimpe sur des échalats comme le liseron, & s'attache aux corps voisins qu'elle rencontre, jusqu'à former des berceaux dans les jardins. Ses feuilles sortent par intervalles trois à trois, à la maniere des treffles, assez larges, pointues par le bout, charnues, presque semblables à celles du lierre, lisses, & soûtenues par de longues queues vertes.
Des aisselles des feuilles naissent des fleurs légumineuses, blanches, ou purpurines ; quand ces fleurs sont passées, il leur succede des gousses longues d'un demi-pié, qui finissent en pointes étroites, applaties, à deux cosses d'abord charnues, vertes, ensuite jaunâtres & membraneuses en se séchant. Leur figure est celle d'une nacelle d'où cette plante tire son nom latin. Les semences qu'elle contient sont assez grosses, semblables à un rein, très-polies, blanches, quelquefois pâle-jaunâtres, rougeâtres, grises, violettes, noirâtres, quelquefois veinées & semées de différentes lignes ou taches de toutes sortes de couleurs agréables à la vûe.
On seme cette plante au printems dans les champs & dans les jardins ; elle est annuelle, fleurit l'été, & mûrit l'automne ; on la mange en gousse quand elle est encore verte & tendre ; on mange aussi sa semence dépouillée des cosses : nous les appellons alors féverolles. On peut conserver les haricots avec leurs gousses pendant toute l'année, en les confisant au vinaigre avec une saûmure de sel.
L'haricot d'Egypte, phaseolus aegyptiacus nigro semine, est un arbre sarmenteux qui pousse ses branches & ses feuilles comme la vigne, & porte des fleurs deux fois par an. Prosper Alpin vous en donnera la figure & la description ; vous trouverez dans Kempfer celle du phaseolus des Japonois, dont ils font des mets liquides & solides. (D.J.)
HARICOT, (Diete & Mat. méd.) Personne n'ignore l'usage de ce légume dans la cuisine, & que sa semence fournit un aliment utile & commode ; elle nourrit beaucoup, elle convient en tout tems à ceux qui ont l'estomac bon, & qui sont jeunes & robustes, ou qui font beaucoup d'exercice ; mais les personnes délicates, les gens d'étude & ceux qui menent une vie sédentaire doivent s'en abstenir, parce qu'elle est venteuse, qu'elle charge l'estomac, & se digere difficilement. Geoffroy, Mat. méd. & Lemery, Traité des alimens.
Ceci n'est vrai que des semences d'haricot mûres & seches ; car les haricots verds mangés avec leur gousse, lorsqu'ils sont tendres & dans leur primeur, fournissent un aliment aqueux, très-peu abondant, & qui se digere presque aussi facilement que la plûpart des herbes que nous préparons pour l'usage de nos tables.
Les haricots passent pour apéritifs, résolutifs & diurétiques, & pour exciter les mois & les vuidanges.
On fait entrer leur farine dans les cataplasmes émolliens & résolutifs, & elle vaut tout autant pour cet usage que les quatre farines appellées résolutives. Voyez FARINES RESOLUTIVES.
On a attribué à la lessive de la cendre des tiges & des gousses d'haricot une vertu particuliere pour faire sortir les eaux des hydropiques : mais comme nous l'observons dans plusieurs articles, à-propos de pareilles prétentions, la plûpart des sels lixiviels n'ont presque que des propriétés communes. Voyez SEL LIXIVIEL. (b)
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| HARLE | S. m. merganser, Aldr. (Hist. nat. Ornitholog.) oiseau aquatique qui pese quatre livres ; il a deux piés quatre pouces de longueur depuis la pointe du bec jusqu'à l'extrémité de la queue ou des piés, & trois piés quatre pouces d'envergure. Le dos est large & plat ; la partie supérieure du cou & de la tête a une couleur verte noirâtre & brillante ; la face supérieure du corps est mêlée de blanc & de noir. La queue a une couleur cendrée ; la face inférieure du corps est grise, à l'exception des aîles qui sont blanchâtres en-dessous. Le bec est étroit, dentelé, crochu, en partie noir & en partie roux, & long d'environ trois pouces. Les piés ont une belle couleur de rouge, & il y a une membrane entre les doigts. Les plumes du sommet de la tête sont hérissées & font paroître la tête plus grosse qu'elle ne l'est en effet. Cet oiseau se nourrit de poisson. Rai, synop. avium, part. CXXXIV.
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| HARLEBECK | (Géog.) petite place de la Flandre autrichienne, sur la Lys, à une lieue de Courtrai, sept S. O. de Gand. Long. 21. 1. latit. 50. 52. (D.J.)
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| HARLECH | (Géog.) petite ville d'Angleterre, capitale du Mérionetshire, dans la province de Galles, à 168 milles de Londres. Long. 13. 20. lat. 52. 55. (D.J.)
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| HARLEM | ou HAARLEM, (Géog.) ville des Provinces-Unies dans la Hollande ; l'ancien nom est Haralhem. On ne sait ni quand, ni par qui cette ville fut commencée ; mais du tems de Thierry VI. en 1155, elle étoit déjà peuplée & assez fortifiée : en 1217, les bourgeois de Harlem accompagnerent Guillaume I. qui partoit pour la Terre-sainte.
Harlem est dans le territoire des Marsatiens, ancien peuple dont le pays de Kennemerland a pris son nom ; elle a été la capitale de ce pays, qui est partagé entre plusieurs villes ; & sa partie occidentale est toûjours de la jurisdiction de Harlem. Autrefois la ville étoit seulement au bord méridional de la Spare, riviere qui se jette dans l'Ye à Sparendam : mais en 1400, on aggrandit la ville, & on l'étendit au-delà de cette riviere, qui la traverse à-présent. En 1310, les chevaliers de l'Hôpital de S. Jean de Jérusalem furent reçus à Harlem : aussi possede-t-elle dans ses archives bien des choses curieuses sur l'ordre des chevaliers de Malte, dont il auroit été à souhaiter que M. l'abbé de Vertot eût eu connoissance.
Cette ville a été incendiée plusieurs fois dans la suite des tems ; savoir en 1347, en 1351, & en 1587. En 1571, les Harlemois se soûmirent au prince d'Orange, ou plutôt s'y donnerent. En 1573, elle fut obligée, après une défense admirable, de se rendre aux Espagnols à discrétion : ceux-ci firent pendre les magistrats, les pasteurs, & plus de quinze cent citoyens ; ils traiterent & cette ville & les Pays-Bas comme ils avoient traité le Nouveau-monde. La plume tombe des mains quand on lit les horreurs qu'ils exercerent : on en conserve encore les planches gravées en bois dans le pays.
Paul IV. avoit érigé Harlem en évêché ; mais elle n'a eu que deux évêques ; elle se glorifie de l'invention de l'Imprimerie : c'est ce qu'on examinera au mot IMPRIMERIE.
Harlem est située à trois lieues O. d'Amsterdam, six N. E. de Leyde, & sept S. E. d'Alckmar. Long. 22. 5. lat. 52. 23. 58.
Entre les gens de lettres dont Harlem est la patrie, je me contenterai pour abréger, de nommer Hoornbeck, Scriverius & Trigland, qui ont acquis de la célébrité dans les Sciences qu'ils ont cultivées. J'ai parlé ailleurs des artistes.
Hoornbeck (Jean) a été un des fameux théologiens calvinistes du dix-septieme siecle ; il fut consécutivement professeur en Théologie à Utrecht & à Leyde. Il publia un grand nombre de livres didactiques, polémiques, pratiques, & historiques, tant en flamand qu'en latin. Il mourut fort considéré en 1666, n'ayant encore qu'environ quarante-neuf ans. On trouvera son article dans Bayle.
Scriverius (Pierre) a rendu service à la littérature par les éditions qu'il a données de Végece, de Frontin, & d'autres auteurs sur l'Art militaire ; il publia le premier les Fables d'Hygin : mais l'histoire de Hollande lui a des obligations plus particulieres par deux grands ouvrages, dont l'un s'appelle Batavia illustrata, & l'autre, Bataviae comitumque omnium historia. Il mourut en 1653 âgé de soixante-trois ans, selon Hoffman.
Trigland (Jacques) fut professeur à Leyde en Théologie & en antiquités ecclésiastiques ; il a mis au jour divers petits traités sur des sujets curieux & choisis, comme de Dodone, de Kaeraeis, de corpore Mosis, de origine rituum Mosaïcorum, &c. Il mourut en 1705, à cinquante-quatre ans. (D.J.)
HARLEM (mer de), en flamand Harlem-maer, (Géog.) c'est ainsi qu'on appelle une inondation entre la ville de Harlem dont elle porte le nom, & celles d'Amsterdam & de Leyde : elle se forme du concours de plusieurs ruisseaux avec la mer qui y entre par l'Ye, auquel elle communique au moyen d'une écluse ; ce qui fait que ses eaux participent à la salure de la mer. Cette écluse de maçonnerie, qui est je crois la plus belle du monde, cause une interruption nécessaire aux barques, par lesquelles on va de Harlem à Amsterdam, ou d'Amsterdam à Harlem. Comme le terrein est très-précieux en Hollande, & que cette mer en occupe beaucoup, on a souvent parlé de la dessécher, & l'entreprise n'en est point d'une difficulté insurmontable ; les Juifs eux-mêmes ont offert d'en faire les frais, si on vouloit leur abandonner la propriété de ce terrein : mais des intérêts opposés & des raisons plus fortes encore tirées du risque que couroit Amsterdam d'être à son tour inondé, en ont empêché l'exécution. Il est vrai cependant qu'il y a plus de trois siecles que cette mer étoit un pays cultivé où l'on trouvoit plusieurs bons villages. (D.J.)
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| HARLINGEN | Harlinga, (Géog.) ville forte & maritime des Provinces-Unies, dans la Frise, dont elle est, après Leuwarde, la plus grande, la plus peuplée, & la plus riche ; elle est gouvernée par un sénat de huit bourguemestres, & a un port qui la rend commerçante. Sa position est à une lieue O. de Franeker, quatre S. O. de Leuwarden, six N. de Straveren. Long. 23. lat. 53. 12. (D.J.)
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| HARMATAN | S. m. (Hist. nat.) vent qui regne particulierement sur la côte de Guinée ; il se fait sentir régulierement tous les ans depuis la fin du mois de Décembre jusques vers le commencement de Février, & continue pendant deux ou trois jours ; il est si froid & si perçant, qu'il fait ouvrir les jointures du plancher des maisons & des bordages des navires. Quand ce vent est passé, ces ouvertures se rejoignent comme auparavant. Les habitans ne peuvent sortir de chez eux tant que ce vent regne, & ils tiennent leurs maisons bien fermées ; ils enferment aussi leurs bestiaux, qui sans cela couroient risque de périr en quatre ou cinq heures de tems par la malignité de cet air suffocant. Ce vent souffle entre l'est & le nord-est ; il n'est accompagné ni de pluie, ni de nuages, ni de tonnerre, & est toûjours également frais. Voyez l'histoire génér. des voyages, tome XI.
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| HARMONIE | S. f. (Gram.) il se dit de l'ordre général qui regne entre les diverses parties d'un tout, ordre en conséquence duquel elles concourent le plus parfaitement qu'il est possible, soit à l'effet du tout, soit au but que l'artiste s'est proposé. D'où il suit que pour prononcer qu'il regne une harmonie parfaite dans un tout, il faut connoître le tout, ses parties, le rapport de ses parties entr'elles, l'effet du tout, & le but que l'artiste s'est proposé : plus on connoît de ces choses, plus on est convaincu qu'il y a de l'harmonie, plus on y est sensible ; moins on en connoît, moins on est en état de sentir & de prononcer sur l'harmonie. Si la premiere montre qui se fit fût tombée entre les mains d'un paysan, il l'auroit considérée, il auroit apperçû quelque arrangement entre ses parties ; il en auroit conclu qu'elle avoit son usage ; mais cet usage lui étant inconnu, il ne seroit point allé au-delà, ou il auroit eu tort. Faisons passer la même machine entre les mains d'un homme plus instruit ou plus intelligent, qui découvre au mouvement uniforme de l'aiguille & aux directions égales du cadran, qu'elle pourroit bien être destinée à mesurer le tems ; son admiration croîtra. L'admiration eût été beaucoup plus grande encore, si l'observateur méchanicien eût été en état de se rendre raison de la disposition des parties relatives à l'effet qui lui étoit connu, & ainsi des autres à qui l'on présentera le même instrument à examiner. Plus une machine sera compliquée, moins nous serons en état d'en juger. S'il arrive dans cette machine compliquée des phénomènes qui nous paroissent contraires à son harmonie, moins le tout & sa destination nous sont connus, plus nous devons être reservés à prononcer sur ces phénomènes ; il pourroit arriver que nous prenant pour le terme de l'ouvrage, nous prononçassions bien ce qui seroit mal, ou mal ce qui seroit bien, ou mal ou bien ce qui ne seroit ni l'un ni l'autre. On a transporté le mot d'harmonie à l'art de gouverner, & l'on dit, il regne une grande harmonie dans cet état ; à la société des hommes, ils vivent dans l'harmonie la plus parfaite ; aux arts & à leurs productions, mais sur-tout aux arts qui ont pour objet l'usage des sons ou des couleurs (voyez HARMONIE, Musique, HARMONIE, Peinture) ; au style (voyez HARMONIE, Belles-Lettres). On dit aussi, l'harmonie générale des choses, l'harmonie de l'univers. Voyez MONDE, NATURE, OPTIMISME, &c.
HARMONIE, (Musique) est, selon le sens que lui ont donné les anciens, la partie qui a pour objet la succession agréable des sons, entant qu'ils sont graves ou aigus, par opposition aux autres parties de la Musique appellées rythmica & metrica, cadence, tems, mesure. Le mot d'harmonie vient, selon quelques-uns, du nom d'une musicienne du roi de Phénicie, laquelle vint en Grece avec Cadmus & y apporta les premieres connoissances de l'art qui porte son nom.
Les Grecs ne nous ont laissé aucune explication satisfaisante de toutes les parties de leur musique, celle de l'harmonie qui est la moins défectueuse, n'a été faite encore qu'en termes généraux & théoriques.
M. Burette & M. Malcolm ont fait des recherches savantes & ingénieuses sur les principes de l'harmonie des Grecs. Ces deux auteurs, à l'imitation des anciens, ont distribué en sept parties toute leur doctrine sur la Musique ; savoir, les sons, les intervalles, les systèmes, les genres, les tons ou modes, les nuances ou changemens, & la mélopée ou modulation. Voyez tous ces articles à leurs mots.
Harmonie, selon les modernes, est proprement l'effet de plusieurs tons entendus à-la-fois, quand il en résulte un tout agréable ; de sorte qu'en ce sens harmonie & accord signifient la même chose. Mais ce mot s'entend plus communément d'une succession réguliere de plusieurs accords. Nous avons parlé du choix des sons qui doivent entrer dans un accord pour le rendre harmonieux. Voyez ACCORD, CONSONNANCE. Il ne nous reste donc qu'à expliquer ici en quoi consiste la succession harmonique.
Le principe physique qui nous apprend à former des accords parfaits, ne nous montre pas de même à en établir la succession, une succession réguliere & pourtant nécessaire. Un dictionnaire de mots élégans n'est pas une harangue, ni un recueil d'accords harmonieux une piece de musique. Il faut un sens, il faut de la liaison dans la Musique, comme dans le langage ; mais où prendra-t-on tout cela, si ce n'est dans les idées mêmes que le sujet doit fournir ?
Toutes les idées que peut produire l'accord parfait se réduisent à celle des sons qui le composent & des intervalles qu'ils forment entr'eux : ce n'est donc que par l'analogie des intervalles & par le rapport des sons qu'on peut établir la liaison dont il s'agit ; & c'est-là le vrai & l'unique principe d'où découlent toutes les loix de l'harmonie, de la modulation, & même de la mélodie.
Pour ne parler ici que de la phrase harmonique, nous développerons les trois regles suivantes sur lesquelles est fondée sa construction, & qui ne sont que des conséquences prochaines du principe que nous venons d'exposer.
1°. La basse fondamentale ne doit marcher que par intervalles consonnans, car l'accord parfait n'en produit que de tels : l'analogie est manifeste.
Ces intervalles doivent être relatifs au mode : ainsi après avoir fait l'accord parfait mineur, on sent bien que la basse ne doit pas monter sur la tierce majeure.
Toûjours par la même analogie, on doit préférer les intervalles qui sont les premiers engendrés, c'est-à-dire ceux dont les rapports sont les plus simples. Ainsi la quinte étant la plus parfaite des consonnances, la progression par quintes est aussi la plus parfaite des progressions.
On doit observer que la marche diatonique prescrite aux parties supérieures n'est qu'une suite de cette regle.
2°. Tant que dure la phrase, on y doit observer la liaison harmonique, c'est-à-dire qu'il faut tellement diriger la succession de l'harmonie, qu'au-moins un son de chaque accord soit prolongé dans l'accord suivant. Plus il y a de sons communs aux deux accords, plus la liaison est parfaite.
C'est-là une des principales regles de la composition, & l'on ne peut la négliger sans faire une mauvaise harmonie : elle a pourtant quelques exceptions dont nous avons parlé au mot CADENCE.
3°. Une suite d'accords parfaits, même bien liés, ne suffit pas encore pour constituer une phrase harmonique ; car si la liaison suffit pour faire admettre sans répugnance un accord à la suite d'un autre, elle ne l'annonce point, elle ne le fait point desirer, & n'oblige point l'oreille pleinement satisfaite à chacun des accords, de prolonger son attention sur celui qui le suit. Il faut nécessairement quelque chose qui unisse tous ces accords, & qui annonce chacun d'eux comme partie d'un plus grand tout que l'oreille puisse saisir, & qu'elle desire d'entendre en son entier. Il faut un sens, il faut de la liaison dans la Musique, comme dans le langage ; c'est l'effet de la dissonnance ; c'est par elle que l'oreille entend le discours harmonique, & qu'elle distingue ses phrases, ses repos, son commencement & sa fin.
Chaque phrase harmonique est terminée par un repos qu'on appelle cadence, & ce repos est plus ou moins parfait selon le sens qu'on lui donne. Toute l'harmonie n'est précisément qu'une suite de cadences, mais dont, au moyen de la dissonnance, on élude le repos autant qu'on le veut, avertissant ainsi l'oreille de prolonger son attention jusqu'à la fin de la phrase.
La dissonnance est donc un son étranger qui s'ajoûte à ceux d'un accord pour lier cet accord à d'autres.
Cette dissonnance doit donc par préférence former la liaison, c'est-à-dire qu'elle doit toûjours être prise dans le prolongement de quelqu'un des sons de l'accord précédent ; ce qui la rend aussi moins dure à l'oreille : cela s'appelle préparer la dissonnance.
Dès que cette dissonnance a été entendue, la basse fondamentale a un progrès déterminé selon lequel la dissonnance a aussi le sien pour aller se résoudre sur quelqu'une des consonnances de l'accord suivant : cela s'appelle sauver la dissonnance. Voyez DISSONNANCE, CONSONNANCE, PREPARER, SAUVER.
La dissonnance est encore nécessaire pour introduire la variété dans l'harmonie ; & cette variété est un point auquel l'harmoniste ne peut trop s'appliquer ; mais c'est dans l'ordonnance générale qu'il la faut chercher, & non pas, comme font les petits génies, dans le détail de chaque note ou de chaque accord : autrement à peine évitera-t-on dans ses productions le sort d'un grand nombre de nos musiques modernes, qui toutes noires de triples croches, toutes hérissées de dissonnances, ne peuvent, même par la bisarrerie de leurs chants ni par la dureté de leur harmonie, éloigner la monotonie & l'ennui.
Telles sont les loix générales de l'harmonie ; car nous n'embrassons point ici celles de la modulation, que nous donnerons en leur lieu. Il y a outre cela plusieurs regles particulieres qui regardent proprement la composition, & dont nous parlerons ailleurs. Voyez COMPOSITION, MODULATION, ACCORDS.
Harmonie se prend quelquefois pour la force & la beauté du son ; ainsi l'on dit qu'une voix est harmonieuse, qu'un instrument a de l'harmonie, &c.
Enfin en sens figuré on donne le nom d'harmonie au juste rapport des parties & à leur concours pour la perfection du tout : telle est l'harmonie de l'état, la bonne harmonie, c'est-à-dire la concorde qui regne entre des cours, entre des ministres, &c. (S)
HARMONIE. On voit par un passage de Nicomaque, que les anciens approprioient quelquefois ce nom à la consonnance de l'octave. Voyez OCTAVE (S)
HARMONIE FIGUREE. Figurer en général, c'est faire plusieurs notes pour une. Or on ne peut figurer l'harmonie que de deux manieres, par degrés conjoints, ou par degrés disjoints. Lorsqu'on figure par degrés conjoints, on employe nécessairement d'autres notes que celles qui forment l'accord, des notes qui sont comptées pour rien dans l'harmonie ; ces notes s'appellent par supposition (Voyez SUPPOSITION), parce qu'elles supposent l'accord qui suit ; elles ne doivent jamais se montrer au commencement d'un tems, principalement du tems fort, si ce n'est dans quelques cas rares où l'on fait la premiere note du tems breve, pour appuyer sur la seconde : mais quand on figure par degrés disjoints, on ne peut absolument employer que les notes qui forment l'accord, soit consonnant, soit dissonnant. (S)
HARMONIE. Ce terme, en Peinture, a plusieurs acceptions ; on s'en sert presque indifféremment pour exprimer les effets de lumiere & de couleur ; & quelquefois il signifie ce qu'on appelle le tout ensemble d'un tableau.
L'harmonie de couleur n'existe point sans celle de lumiere, & celle de lumiere est indépendante de celle de couleur. On dit d'un tableau de grisaille, d'un dessein, d'une estampe, le dessus considéré par rapport aux effets de lumiere, & non comme proportion & précision du contour ; il regne dans ce tableau, ce dessein, cette estampe, une belle harmonie. Il sembleroit suivre de-là qu'harmonie conviendroit par préférence à la lumiere. Cependant lorsqu'on n'entend parler que de ses effets, on se sert plus volontiers de ces expressions, belle distribution, belle oeconomie, belle intelligence de lumiere, beaux, grands effets de lumiere. Pour réussir à produire ces effets, il faut qu'il y ait dans le tableau une lumiere principale à laquelle toutes les autres soient subordonnées, non par leur espace, mais par leur vivacité ; & que les unes & les autres soient réunies par masse, & non éparses çà & là, par petites parties, formant comme une espece d'échiquier irrégulier ; c'est ce qu'on appelle papilloter, des lumieres qui papillotent.
A l'égard de la couleur, on dit quelquefois, ce tableau fait un bel effet, un grand effet de couleur ; mais l'on dit plus ordinairement, il y a dans ce tableau un bel accord, une belle harmonie de couleur, la couleur en est harmonieuse. Il est peut-être impossible de donner des préceptes pour réussir en cette partie ; l'on dit bien qu'il ne faut faire voisiner que les couleurs amies, mais les grands peintres ne connoissent point de couleurs qui ne le soient.
L'effet ou harmonie de lumiere & de couleur peuvent subsister dans un tableau, indépendamment de l'imperfection des objets qui y sont représentés : il pouvoit même n'y en point avoir ; c'est-à-dire, qu'il n'y eût qu'un amas confus, un cahos de nuages, de vapeurs, enfin une sorte de jeu de lumiere & de couleur. Si l'on refusoit à cette production le nom de tableau, au moins crois-je qu'on pourroit lui accorder celui d'effet, d'air, d'instrument oculaire, qui ne concouroit pas peu à donner des idées nettes de ce que c'est que l'harmonie en peinture, produite seulement par les effets de lumiere & de couleur.
Quoiqu'il soit impossible de suivre avec la derniere exactitude la forme de ces derniers, en y plaçant des objets ; cependant j'ai vû de jeunes peintres y en répandre, les suivre jusqu'à un certain point, & leur production devenir moins mal, quant à l'harmonie de lumiere & de couleur que lorsqu'ils ne se servoient pas de ce moyen.
Lorsqu'on entend par harmonie l'effet total, le tout ensemble d'un tableau ; l'on ne dit point de toutes les parties concourantes à cet effet, cette partie est harmonieuse, a une belle harmonie. L'on s'exprime alors plus généralement. Exemple : cette figure, ce vase, sont bien placés-là ; outre qu'ils y sont convenablement amenés, ils interrompent ce vuide, font communiquer ce grouppe avec cet autre, y forment l'harmonie ; ce ciel lumineux derriere cette draperie fait un bel effet, une belle harmonie ; cette branche d'arbre éclairée réunissant ces deux lumieres, elles font une belle harmonie ; il résulte de cet effet une harmonie charmante ; tout concourt, tout s'accorde dans la composition de ce tableau à caractériser le sujet, & rendre l'harmonie complete ; tout y est si convenablement d'accord que le plus léger changement y feroit une dissonance.
HARMONIE. (Accord de sons) L'harmonie a lieu, soit dans la prose, soit dans la poésie. Elle est à la vérité plus marquée dans les vers que dans la prose ; mais elle n'en existe pas moins dans celle-ci, & n'y est pas moins nécessaire. Nous parlerons d'abord de celle-ci, & ensuite de l'harmonie poétique.
L'harmonie de la prose étoit appellée par les Grecs rythmes, & par les Latins nombre oratoire, numerus. Voyez NOMBRE & RYTHMES.
On ne peut disconvenir que l'arrangement des mots ne contribue beaucoup à la beauté, quelquefois même à la force du discours. Il y a dans l'homme un goût naturel qui le rend sensible au nombre & à la cadence ; & pour introduire dans les langues cette espece de concert, cette harmonie, il n'a fallu que consulter la nature, qu'étudier le génie de ces langues, que sonder & interroger pour ainsi dire les oreilles, que Ciceron appelle avec raison un juge fier & dédaigneux. En effet, quelque belle que soit une pensée en elle-même, si les mots qui l'expriment sont mal arrangés, la délicatesse de l'oreille en est choquée ; une composition dure & rude la blesse, au lieu qu'elle est agréablement flatée de celle qui est douce & coulante. Si le nombre est mal soutenu, & que la chûte en soit trop promte, elle sent qu'il y manque quelque chose, & n'est point satisfaite. Si au contraire il y a quelque chose de traînant & de superflu, elle le rejette, & ne peut le souffrir. En un mot, il n'y a qu'un discours plein & nombreux qui puisse la contenter.
Par la différente structure que l'orateur donne à ses phrases, le discours tantôt marche avec une gravité majestueuse, ou coule avec une promte & légere rapidité, tantôt charme & enleve l'auditeur par une douce harmonie, ou le pénetre d'horreur & de saisissement par une cadence dure & âpre ; mais comme la qualité & la mesure des mots ne dépendent point de l'orateur, & qu'il les trouve pour ainsi dire tout taillés, son habileté consiste à les mettre dans un tel ordre que leur concours & leur union, sans laisser aucun vuide ni causer aucune rudesse, rendent le discours doux, coulant, agréable ; & il n'est point de mots, quelque durs qu'ils paroissent par eux-mêmes, qui placés à propos par une main habile, ne puissent contribuer à l'harmonie du discours, comme dans un bâtiment les pierres les plus brutes & les plus irrégulieres y trouvent leur place. Isocrate, à proprement parler, fut le premier chez les Grecs qui les rendit attentifs à cette grace du nombre & de la cadence, & Ciceron rendit le même service à la langue de son pays.
Quoique le nombre doive être répandu dans tout le corps & le tissu des périodes dont un discours est composé, & que ce soit de cette union & de ce concert de toutes les parties que résulte l'harmonie, cependant on convient que c'est sur-tout à la fin des périodes qu'il paroît & se fait sentir. Le commencement des périodes ne demande pas un soin moins particulier, parce que l'oreille y donnant une attention toute nouvelle, en remarque aisément les défauts.
Il y a un arrangement plus marqué & plus étudié qui peut convenir aux discours d'appareil & de cérémonie, tels que sont ceux du genre démonstratif, où l'auditeur, loin d'être choqué des cadences mesurées & nombreuses observées, pour ainsi dire, avec scrupule, sait gré à l'orateur de lui procurer par-là un plaisir doux & innocent. Il n'en est pas ainsi, quand il s'agit de matieres graves & sérieuses, où l'on ne cherche qu'à instruire & qu'à toucher ; la cadence pour lors doit avoir quelque chose de grave & de sérieux. Il faut que cette amorce du plaisir qu'on prépare aux auditeurs soit comme cachée & enveloppée sous la solidité des choses & sous la beauté des expressions, dont ils soient tellement occupés qu'ils paroissent ne pas faire d'attention à l'harmonie.
Ces principes que nous tirons de M. Rollin, qui les a lui-même puisés dans Ciceron & Quintilien, sont applicables à toutes les langues. On a long-tems cru que la nôtre n'étoit pas susceptible d'harmonie, ou du moins on l'avoit totalement négligée jusqu'au dernier siecle. Balzac fut le premier qui prescrivit des bornes à la période, & qui lui donna un tour plein & nombreux. L'harmonie de ce nouveau style enchanta tout le monde ; mais il n'étoit pas lui-même exempt de défauts, les bons auteurs qui sont venus depuis les ont connus & évités.
L'harmonie de la prose contient, 1°. les sons qui sont doux ou rudes, graves ou aigus ; 2°. la durée des sons brefs ou longs ; 3°. les repos qui varient selon que le sens l'exige ; 4°. les chûtes des phrases qui sont plus ou moins douces ou rudes, serrées ou négligées, séches ou arrondies. Dans la prose nombreuse, chaque phrase fait une sorte de vers qui a sa marche. L'esprit & l'oreille s'ajustent & s'alignent, dès que la phrase commence, pour faire quadrer ensemble la pensée & l'expression, & les mener de concert l'une avec l'autre jusqu'à une chûte commune qui les termine d'une façon convenable, après quoi c'est une autre phrase. Mais comme la pensée sera différente, soit par la qualité de son objet, soit par le plus ou le moins d'étendue, ce sera un vers d'une autre espece & aussi d'une autre étendue, & qui sera autrement terminé ; tellement que la prose nombreuse, quoique liée par une sorte d'harmonie, reste cependant toûjours libre au milieu de ses chaînes. Il n'en est pas de même dans les vers, tout y est prescrit par des lois fixes, & dont rien n'affranchit : la mesure est dressée, il faut la remplir avec précision, ni plus ni moins, la pensée finie ou non ; la regle est formelle & de rigueur. Cours de Belles-lettr. tome I.
Mais parce que ce qui constituoit l'harmonie dans la poésie greque & latine, étoit fort différent de ce qui la produit dans les langues modernes, les unes & les autres n'ont pas à cet égard des principes communs.
Le premier fondement de l'harmonie, dans les vers grecs & latins, c'est la regle des syllabes, soit pour la quantité qui les rend breves ou longues, soit pour le nombre qui fait qu'il y en a plus ou moins, soit pour le nombre & la quantité en même tems. 2°. Les inversions & les transpositions beaucoup plus fréquentes & plus hardies que dans les langues vivantes. 3°. Une cadence simple, ordinaire, qui se soûtient par-tout. 4°. Certaines cadences particulieres plus marquées, plus frappantes, & qui se rencontrant de tems à autre, sauvent l'uniformité des cadences uniformes. Voyez CADENCE.
Il n'en est pas de même de notre langue : par exemple, quoiqu'on convienne aujourd'hui qu'elle a des breves & des longues, ce n'est pas à cette distinction que les inventeurs de notre poésie se sont attachés pour en fonder l'harmonie, mais simplement au nombre des mesures & à l'assonance des finales de deux en deux vers. Ils ont aussi admis quelques inversions, mais légeres & rares ; ensorte qu'on ne peut bien décider si nous sommes plus ou moins riches à cet égard que les anciens, parce que l'harmonie de nos vers ne depend pas des mêmes causes que celle de leur poésie.
L'harmonie des vers répond exactement à la mélodie du chant. L'une & l'autre sont une succession naturelle & sensible des sons. Or comme dans la seconde un air filé sur les mêmes tons endormiroit, & qu'un mauvais coup d'archet cause une dissonnance physique qui choque la délicatesse des organes ; de même dans la premiere, le retour trop fréquent des mêmes rimes ou des mêmes expressions, le concours ou le choc de certaines lettres, l'union de certains mots, produisent ou la monotonie ou des dissonances. Les sentimens sont partagés sur nos vers alexandrins, que quelques auteurs trouvent trop uniformes dans leurs chûtes, tandis qu'ils paroissent à d'autres très-harmonieux. Le mélange des vers & l'entrelacement des rimes contribuent aussi beaucoup à l'harmonie, pourvû que d'espace en espace on change de rimes, car souvent rien n'est plus ennuyeux que les rimes trop souvent redoublées. Voyez RIME. (G)
HARMONIE EVANGELIQUE, (Théol.) titre que différens interpretes ou commentateurs ont donné à des livres composés pour faire connoître l'uniformité & la concordance qui regnent dans les quatre évangélistes. Voyez EVANGELISTES & CONCORDANCE.
Le premier essai de ces sortes d'ouvrages est attribué à Tatien, qui l'intitula Diatessaron, ou à Théophile d'Antioche qui vivoit dans le second siecle. Leur exemple a été suivi par d'autres écrivains ; savoir, par Ammonius d'Alexandrie, Eusebe de Césarée, Jansenius évêque d'Ypres, M. Thoinard, M. Whiston, le P. Lamy de l'Oratoire, &c. (G)
HARMONIE PREETABLIE, (Métaphysique). On appelle harmonie préétablie, l'hypothese destinée à expliquer le commerce qui regne entre l'ame & le corps. C'est M. LÉibnitz qui l'a mise dans tout son jour ; car bien des philosophes ont pensé avant lui que le corps n'agit pas sur l'ame, ni l'ame sur le corps. On peut lire là-dessus tout le ij. chap. de la XI. partie du VI. livre de la Recherche de la Vérité. Spinosa dit dans son Ethique, part. III. prop. 2. Nec corpus mentem ad cogitandum, nec mens corpus ad motum, neque ad quietem, neque ad aliud determinare valet. Ce pas une fois fait, & la communication coupée, si je puis ainsi dire, entre les deux substances, il n'étoit pas bien difficile d'imaginer l'harmonie préétablie. Il y a sur-tout un passage dans Geulincs (Ethic. tract. 1. sect. 11. n°. 7.), qui dérobe à Leibnitz presque toute la gloire de l'invention ; si tant est que ce soit une gloire d'avoir inventé un système en bute à autant de difficultés que l'est celui-là. Voici en peu de mots en quoi consiste ce système : L'ame n'influe point sur le corps, ni le corps sur l'ame. Dieu n'excite point non plus les sensations dans l'ame, ni ne produit les mouvemens dans le corps. L'ame a une force intrinseque & essentielle de représenter l'univers, suivant la position de son corps. C'est en quoi consiste son essence. Le corps est une machine faite de telle façon que ses mouvemens suivent toûjours les représentations de l'ame. Chacune de ces deux substances a le principe & la source de ses mutations en soi-même. Chacune agit pour soi & de soi. Mais Dieu ayant prévû ce que l'ame penseroit dans ce monde, & ce qu'elle voudroit librement suivant la position du corps, a tellement accommodé le corps à l'ame, qu'il y a une harmonie exacte & constante entre les sensations de l'ame & les mouvemens du corps. Ainsi l'ame de Virgile produisoit l'Enéide, & sa main écrivoit l'Enéide sans que cette main obéit en aucune façon à l'intention de l'auteur ; mais Dieu avoit réglé de tout tems que l'ame de Virgile feroit des vers, & qu'une main attachée au corps de Virgile les mettroit par écrit. En un mot, M. LÉibnitz regarde l'ame & le corps comme deux automates qui sont montés de façon qu'ils se rencontrent exactement dans leurs mouvemens. Figurez-vous un vaisseau qui, sans avoir aucun sentiment ni aucune connoissance, & sans être dirigé par aucun être créé ou incréé, ait la vertu de se mouvoir de lui-même si à propos qu'il ait toûjours le vent favorable, qu'il évite les courans & les écueils, qu'il jette l'ancre où il le faut, qu'il se retire dans un havre précisément lorsque cela est nécessaire. Supposez qu'un tel vaisseau vogue de cette façon plusieurs années de suite, toûjours tourné & situé comme il le faut être, eu égard aux changemens de l'air & aux différentes situations des mers & des terres, vous conviendrez que l'infinité de Dieu n'est pas trop grande pour communiquer à un vaisseau une telle faculté. Ce que M. LÉibnitz suppose de la machine du corps humain est plus admirable encore. Appliquons à la personne de César son système. Il faudra dire que le corps de César exerça de telle sorte sa vertu motrice, que depuis sa naissance jusqu'à sa mort il suivit un progrès continuel de changemens, qui répondoient dans la derniere exactitude aux changemens perpétuels d'une certaine ame qui ne faisoit aucune impression sur lui. Il faut dire que la regle selon laquelle cette faculté du corps de César devoit produire ses actes, étoit telle qu'il seroit allé au sénat un tel jour, à une telle heure, qu'il y auroit prononcé telles & telles paroles, quand même il auroit plû à Dieu d'anéantir l'ame de César le lendemain qu'elle fut créée. Il faut dire que cette vertu motrice se changeoit & se modifioit ponctuellement selon la volubilité des pensées de cet esprit ambitieux. Une force aveugle se peut-elle modifier si à propos en conséquence d'une impression communiquée trente ou quarante ans auparavant, qui n'a jamais été renouvellée depuis, & qui est abandonnée à elle-même, sans qu'elle ait jamais connoissance de sa leçon ?
Ce qui augmente la difficulté est qu'une machine humaine contient un nombre presque infini d'organes, & qu'elle est continuellement exposée au choc des corps qui l'environnent, & qui par une diversité innombrable d'ébranlemens excitent en elle mille sortes de modifications. Le moyen de comprendre qu'il n'arrive jamais de changement dans cette harmonie préétablie, & qu'elle aille toûjours son train pendant la plus longue vie des hommes, nonobstant les variétés infinies de l'action réciproque de tant d'organes les uns sur les autres, environnés de toutes parts d'une infinité de corpuscules, tantôt froids, tantôt chauds, tantôt secs, tantôt humides, toûjours actifs, toûjours picotant les nerfs. J'accorderai que la multiplicité des organes & des agens extérieurs soit un instrument nécessaire de la variété presque infinie des changemens du corps humain ; mais cette variété pourra-t-elle avoir la justesse dont on a besoin ici ? ne troublera-t-elle jamais la correspondance de ces changemens & de ceux de l'ame ? C'est ce qui paroît impossible.
Comparons maintenant l'ame de César, avec un atome d'Epicure ; j'entends un atome entouré de vuide de toutes parts, & qui ne rencontreroit jamais aucun autre atome. La comparaison est très-juste ; car d'un côté cet atome a une vertu naturelle de se mouvoir, & il l'exécute sans être aidé de quoique ce soit, & sans être traversé par aucune chose ; & de l'autre côté l'ame de César est un esprit qui a reçû une faculté de se donner des pensées, & qui l'exécute sans l'influence d'aucun autre esprit, ni d'aucun corps ; rien ne l'assiste, rien ne la traverse. Si vous consultez les notions communes & les idées de l'ordre, vous trouverez que cet atome ne doit jamais s'arrêter, & que s'étant mû dans le moment précédent, il doit se mouvoir dans ce moment-ci, & dans tous ceux qui suivront, & que la matiere de son mouvement doit être toûjours la même. C'est la suite d'un axiome approuvé par M. Leibnitz : Nous concluons, dit-il, non-seulement qu'un corps qui est en repos, sera toûjours en repos, mais aussi qu'un corps qui est en mouvement, gardera toûjours ce mouvement ou ce changement, c'est-à-dire la même vîtesse & la même direction, si rien ne survient qui l'empêche. Voyez Mémoire inseré dans l'histoire des ouvrages des Savans, Juillet 1694. On se moqua d'Epicure lorsqu'il inventa le mouvement de déclinaison : il le supposa gratuitement pour tâcher de se tirer du labyrinthe de la fatale nécessité de toutes choses. On conçoit clairement qu'afin qu'un atome qui aura décrit une ligne droite pendant deux jours, se détourne de son chemin au commencement du troisieme jour ; il faut ou qu'il rencontre quelque obstacle, ou qu'il lui prenne quelqu'envie de s'écarter de sa route, ou qu'il renferme quelque ressort qui commence à joüer dans ce moment-là : la premiere de ces raisons n'a point lieu dans l'espace vuide ; la seconde est impossible, puisqu'un atome n'a point la vertu de penser ; la troisieme est aussi impossible dans un corpuscule absolument un. Appliquons ceci à notre exemple.
L'ame de César est un être à qui l'unité convient au sens de rigueur ; la faculté de se donner des pensées est, selon M. Leibnitz, une propriété de sa nature : elle l'a reçûe de Dieu, quant à la possession & quant à l'exécution. Si la premiere pensée qu'elle se donne est un sentiment de plaisir, on ne voit pas pourquoi la seconde ne sera pas aussi un sentiment de plaisir ; car lorsque la cause totale d'un effet demeure la même, l'effet ne peut pas changer. Or cette ame au second moment de son existence ne reçoit pas une nouvelle faculté de penser ; elle ne fait que retenir la faculté qu'elle avoit au premier moment, & elle est aussi indépendante du concours de toute autre cause au second moment qu'au premier ; elle doit donc reproduire au second moment la même pensée qu'elle venoit de produire. Si je suppose que dans certain instant l'ame de César voit un arbre qui a des fleurs & des feuilles, je puis concevoir que tout aussi-tôt elle souhaite d'en voir un qui n'ait que des feuilles, & puis un qui n'ait que des fleurs ; & qu'ainsi elle se fera successivement plusieurs images qui naîtront les unes des autres ; mais on ne sauroit se représenter comme possibles les changemens bisarres du blanc au noir & du oui au non, ni ces sauts tumultueux de la terre au ciel, qui sont ordinaires à la pensée d'un homme. Par quel ressort une ame seroit-elle déterminée à interrompre ses plaisirs, & à se donner tout-d'un-coup un sentiment de douleur, sans que rien l'eût avertie de se préparer au changement, ni qu'il se fût rien passé de nouveau dans sa substance ? Si vous parcourez la vie de César, vous trouverez à chaque pas la matiere d'une objection.
M. Leibnitz proposa son système pour la premiere fois dans le Journal des Savans de Paris, 1695. M. Bayle proposa ses doutes sur cette hypothèse dans l'article Rorarius de son dictionnaire. La replique de M. Leibnitz parut dans le mois de Juillet de l'histoire des ouvrages des Savans, ann. 1698. Ce système fut attaqué successivement par le pere Lami, dans son traité de la connoissance de soi-même ; par le pere Tournemine ; Newton, Clark, Stahl, parurent sur les rangs en différens tems.
Le principal défenseur de cette hypothèse fut M. Wolf dans sa Métaphysique allemande & latine ; c'est cette hypothèse qui servit à ses ennemis de principal chef d'accusation contre lui. Après bien des peines inutiles qu'ils s'étoient données pour le faire passer pour athée & spinosiste, M. Lang zélé théologien s'avisa de l'attaquer de ce côté-là. Il fit voir à Fréderic feu roi de Prusse, que par le moyen de l'harmonie préétablie, tous les déserteurs étoient mis à couvert du châtiment ; les corps des soldats n'étant que des machines sur lesquelles l'ame n'a point de pouvoir, ils désertoient nécessairement. Ce raisonnement malin frappa de telle sorte l'esprit du roi, qu'il donna ordre que M. Wolf fût banni de tous ses états dans l'espace de trois jours.
HARMONIE, (Ostéologie) articulation immobile des os par une connexion serrée ; selon la doctrine des anciens, c'est cette union serrée des os, au moyen de laquelle les inégalités sont cachées, de maniere qu'ils semblent n'être unis que par une seule ligne. Telle est l'articulation qui se rencontre aux os de la face ; mais on pourroit retrancher l'harmonie du nombre des articulations établies par les anciens, parce qu'elle ne differe point de la suture, lorsqu'on examine avec un peu d'attention les pieces détachées. (D.J.)
HARMONIE, en terme d'Architecture, signifie un rapport agréable qui se trouve entre les différentes parties d'un bâtiment. Voyez EURYTHMIE.
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| HARMONIQUE | adjectif, (Musique) est ce qui appartient à l'harmonie. Proportion harmonique, est celle dont le premier terme est au troisieme, comme la différence du premier au second, est à la différence du second au troisieme. Voyez PROPORTION.
Harmonique, pris substantivement & au féminin, se dit des sons qui en accompagnent un autre & forment avec lui l'accord parfait : mais il se dit sur-tout des sons concomitans qui naturellement accompagnent toûjours un son quelconque, & le rendent appréciable. Voyez SON. (S)
L'exacte vérité dont nous faisons profession, nous oblige de dire ici que M. Tartini n'est point le premier auteur de la découverte des sons harmoniques graves, comme nous l'avions annoncé au mot FONDAMENTAL. M. Romieu, de la société royale des Sciences de Montpellier, nous a appris que dès l'année 1751, il avoit fait part de cette découverte à sa compagnie dans un mémoire imprimé depuis en 1752, & dont l'existence ne nous étoit pas connue.
Nous ignorons si M. Tartini a eu connoissance de ce mémoire ; mais quoi qu'il en soit, on ne peut refuser à M. Romieu la priorité d'invention. Voici l'extrait de son mémoire.
" Ayant voulu accorder un petit tuyau d'orgue sur l'instrument appellé ton, que quelques-uns appellent diapazon ; & les ayant embouchés tous deux pour les faire résonner ensemble, je fus surpris d'entendre indépendamment de leurs deux sons particuliers, un troisieme son grave & fort sensible ; je haussai d'abord le ton du petit tuyau, & il en résulta un son moins grave : ce son, lorsqu'il est trop bas, paroît maigre & un peu bourdonnant ; mais il devient plus net & plus moëlleux, à mesure qu'il est plus élevé.
Par plusieurs expériences réitérées long-tems après l'observation de ce son grave, faite il y a environ huit ou neuf ans, & que j'ai communiquées à la compagnie le 29 Avril 1751 ; je trouvai qu'il étoit toûjours l'harmonique commun & renversé des deux sons qui le produisoient ; ensorte qu'il avoit pour le nombre de ses vibrations le plus grand commun diviseur des termes de leur rapport. J'observai qu'il disparoissoit, lorsque ces deux sons formoient un intervalle harmonique ; ce qui ne peut arriver autrement, puisque l'harmonique commun se trouvant alors à l'unisson du son le plus grave de l'accord, il n'en devoit résulter rien de nouveau dans l'harmonie, qu'un peu plus d'intensité.
L'intensité ou sensibilité des sons harmoniques graves varie extrêmement, ainsi que je m'en suis assûré par un grand nombre d'expériences ; on ne les entend point sur le clavessin ; le violon & le violoncelle les donnent assez foibles ; ils se font beaucoup mieux sentir dans un duo de voix de dessus ; les instrumens à vent, les flûtes & les tuyaux à anche de l'orgue, les rendent bien distinctement à la plus haute octave du clavier, & presque point aux octaves moyennes & basses ; ils réussissent encore mieux, si l'on prend les sons de l'accord dans un plus grand degré d'aigu. C'est ce que j'ai observé avec deux petits flageolets, qui sonnoient à la quintuple octave de l'ut moyen du clavessin & même au-delà ; les sons harmoniques graves y ont paru avec tant de force, qu'ils couvroient presque entierement les deux sons de l'accord.
Toutes ces différences viennent sans-doute de l'intensité particuliere des sons de chaque instrument, & de chaque degré d'élévation, soit du son harmonique grave, soit des sons de l'accord : le clavessin a un son foible, & qui se perd à une petite distance ; aussi est-il en défaut pour notre expérience. Au contraire les instrumens à vent, dans leurs sons aigus, se font entendre de fort loin ; faut-il donc être surpris qu'ils y soient si propres ? Si leurs sons moyens ou graves ne le sont pas, c'est que leurs harmoniques graves tombent dans un trop grand degré de grave, ou que d'eux-mêmes ils n'ont pas beaucoup d'intensité. Pourquoi enfin les sons de l'accord très-aigus sont-ils absorbés par l'harmonique grave lui-même ? Ne seroit-ce pas que leur perception est confuse, à raison de leur trop grande élévation, tandis que l'harmonique grave se trouve dans un état moyen qui n'a pas cet inconvénient.
La découverte des sons harmoniques graves, nous conduit à des conséquences très-essentielles sur l'harmonie, où ils doivent produire plusieurs effets. Je vais les exposer aussi brievement qu'il me sera possible, pour ne pas abuser plus longtems de l'attention de cette assemblée.
Il suit de la nature des harmoniques graves, qui nous est à présent connue, 1°. que dans tout accord à plusieurs sons, il en naît autant d'harmoniques graves, qu'on peut combiner deux à deux les sons de l'accord, & que toutes les fois que l'harmonique grave n'est point à une octave quelconque du plus bas des deux sons, mais à une douzieme, dix-septieme, dix-neuvieme, &c. il résulte par l'addition de cet harmonique, un nouvel accord. C'est ainsi que l'accord parfait mineur donne dans le grave un son portant l'accord de tierce & septieme majeures, accompagné de la quinte, & que l'accord de tierce & septieme mineures, aussi accompagné de la quinte, donne dans le grave un son portant l'accord de septieme & neuvieme, tandis que d'un autre côté l'accord parfait majeur, quand même on le rendroit dissonnant en y ajoûtant la septieme majeure, ne donne jamais par son harmonique grave, aucune nouvelle harmonie.
2°. Si l'accord est formé de consonnances qui ne soient point harmoniques, ou de dissonnances même les plus dures ; elles se resolvent en leur fondement, & font entendre dans l'harmonique grave, un son qui fait toûjours avec ceux de l'accord un intervalle harmonique, dont l'agrément est, comme l'on sait, supérieur à tout ce que l'harmonie peut nous faire goûter. La seconde & la septieme majeure donnent, par exemple, ce son à la triple octave du-moins aigu ; nous avons l'emploi d'une pareille harmonie dans les airs de tambourin, ou le dessus d'un flageolet fort élevé, forme souvent avec la basse un accord doux & agréable, quoique composé de ces deux dissonnances, qui seroient presque insupportables, si elles étoient rapprochées, c'est-à-dire, réduites dans la même octave que la basse.
3°. Deux ou plusieurs sons qui, chacun en particulier n'ébranloient dans l'air que les particules harmoniques à l'aigu, & qui ne causoient tout-au-plus qu'un leger frémissement aux particules harmoniques au grave, deviennent capables par leur réunion dans les accords, de mettre ces derniers dans un mouvement assez grand pour produire un son sensible, comme il conste par la présence du son harmonique grave.
4°. Si les sons d'un accord quelconque sont éloignés entr'eux d'un intervalle harmonique, quoiqu'il n'en naisse aucune nouvelle harmonie ; cependant les vibrations du plus grave en sont beaucoup renforcées, & leur résonnance totale n'en acquiert qu'une plus grande intensité. Il y a longtems qu'on s'est appercû que les sons les plus graves du jeu appellé bourdon dans l'orgue, & qui sont foibles, reçoivent une augmentation notable, lorsqu'ils font accord avec les sons aigus du même jeu ou d'un autre ".
Il paroît qu'en général, suivant les expériences de M. Romieu, l'harmonique grave est plus bas que suivant celles de M. Tartini. Par exemple, on vient de voir que selon M. Romieu, la seconde majeure, ou ton majeur, donne l'harmonique grave à la triple octave du son le moins aigu ; selon M. Tartini, ce n'est qu'à la double octave ; & ainsi du reste. A cette différence près, qui n'est pas fort essentielle, eu égard à l'identité des octaves, ces deux auteurs sont d'accord.
M. Romieu ajoûte dans une lettre qu'il nous a fait l'honneur de nous écrire, que la fausse quinte donna pour l'harmonique grave la quintuple octave du son le plus aigu des deux ; question que M. Tartini n'avoit pas résolue, & que nous avions proposée au mot FONDAMENTAL. Il prétend aussi que la distance où l'on doit être des instrumens n'est point limitée, comme M. Tartini le prétend, sur-tout si on fait l'expérience avec des tuyaux d'orgue. Enfin il est faux, selon M. Romieu, que les harmoniques graves soient toûjours la basse fondamentale des deux dessus, ainsi que le prétend M. Tartini. Pour le prouver, M. Romieu nous a envoyé un duo de Lulli, où il a noté la basse des harmoniques & la fondamentale. Ce duo est du quatrieme acte de Roland : Quand on vient dans ce bocage, &c. Les deux basses different en plusieurs endroits, & les harmoniques introduisent souvent dans la basse, selon M. Romieu, un fondement inusité & contraire à toutes les regles, quoique ce duo par sa simplicité & son chant diatonique soit le plus propre à faire paroître la basse fondamentale. Et ce seroit bien autre chose, ajoûte M. Romieu, si on choisissoit un duo où le genre chromatique dominât. Ce dernier point nous paroît mériter beaucoup d'attention. La question n'est pas absolument de savoir si la basse des harmoniques graves donne une basse fondamentale contraire ou non aux regles reçûes ; mais de savoir si cette basse des harmoniques graves produit une basse plus ou moins agréable que la basse fondamentale faite suivant les regles ordinaires. Dans le premier cas, il faudroit renoncer aux regles, & suivre la basse des harmoniques donnée par la nature. Dans le second cas, il resteroit à expliquer comment une basse donnée immédiatement par la nature, ne seroit pas la plus agréable de toutes les basses possibles. (O)
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| HARMOSTE | ou HARMOSTERES, s. m. (Hist. anc.) nom d'un magistrat de Lacédémone ; il y avoit plusieurs harmostes, & leur office étoit de faire bâtir des citadelles, & de faire réparer les fortifications des villes. Dictionnaire de Trévoux. (G)
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| HARMOSYNIENS | S. m. pl. (Hist. anc.) , officiers de la police de Lacédémone ; ces officiers furent établis à Sparte pour la raison que nous allons exposer.
Lycurgue avoit eû grand soin d'ordonner tout ce qui pouvoit rendre les hommes vigoureux, capables de supporter avec beaucoup de patience & de courage les plus grands travaux ; mais à l'égard des femmes mariées, il ne leur avoit imposé d'autre loi, que celle de porter un voile quand elles iroient dans les rues, pour les distinguer des filles, qui avoient la liberté d'aller à visage découvert.
Quelque facile à observer que fût cette loi, il y eut des femmes qui ne la garderent que fort imparfaitement après la mort du législateur ; ensorte qu'il fallut alors commettre des magistrats pour l'observation de son ordonnance, & on les appella harmosynoi. On voit ces officiers déjà nommés dans des inscriptions, soixante ou quatre-vingt ans après Lycurgue ; il ne faut pas les confondre avec les harmosteres. Voyez HARMOSTERE. (D.J.)
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| HARNDAL | (Géog.) petite province de Suede, sur les frontieres de la Norwege, près des monts Darnfield.
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| HARNLAND | ou HARRIEN, (Géog.) petite province de Livonie, près du golfe de Finlande.
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| HARNOIS | S. m. (Art. milit.) armure complete , ou tout l'équipage d'un homme armé de pié en cap, d'un casque, d'une cuirasse, &c. Voyez ARMURE, CASQUE, CUIRASSE, &c.
HARNOIS, (Bourrelier) terme générique qui comprend les selles, brides, croupieres, traits, & autres équipages semblables dont on harnache les chevaux de monture & de tirage.
Le harnois des chevaux de carrosse est composé d'un poitrail, des montans, des chaînettes, de la bricole ou coussinet, du surdos & de ses bandes, de la croupiere, de l'avaloir d'en-bas, des reculemens ou bandes de côtés, des guides & rênes. Voyez chacun de ces mots à leurs articles particuliers.
Le harnois des chevaux de chaise est composé de la selle, du poitrail, du surdos, de l'avaloir, de la croupiere, de la dossiere, & des traits. Voyez tous ces mots à leurs articles, & les figures Planche du Bourrelier.
La plûpart des différentes pieces qui composent les harnois des chevaux de carrosse sont garnies de plaques, de fleurons, & de boucles de cuivre doré. Les plaques & les fleurons ne servent que pour l'ornement, elles ont pour l'ordinaire des cloux ou queues de cuivre que l'on fait entrer dans les bandes de cuir, & que l'on rive par-dessous.
HARNOIS, (Gasier, Rubanier, &c.) s'entend de l'assemblage des hautes lisses suspendues à leur place : ainsi on dit, un bon harnois, un mauvais harnois.
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| HARO | ou CLAMEUR DE HARO, (Jurispr.) Voyez au mot CLAMEUR.
HARO, (Géog.) ville d'Espagne dans la vieille Castille, au bord de l'Ebre, chef-lieu d'un comté érigé par le roi Jean II. en faveur de dom Pedro Fernandez de Velasco, tige des connétables de Castille ; elle doit sa premiere fondation en 900 à Fernand Laynez : elle est à trois lieues de Nagera. Long. 15. 12. lat. 42. 35. (D.J.)
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| HAROUALY | S. m. (Vénerie) le valet de limier doit user de ce cri en parlant à son limier, lorsqu'il laisse courre une bête.
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| HARPALYCE | S. f. (Littér.) nom d'une chanson amoureuse célebre dans la Grece, & qu'on avoit faite sur la mort d'une jeune fille nommée Harpalice. Aristoxène nous apprend que méprisée par Iphiclus, un des argonautes, qu'elle aimoit à la folie, elle sécha de douleur, mourut ; & qu'à l'occasion de cet évenement on institua des jeux où les jeunes filles chantoient la chanson nommée harpalice. Parthenius parle aussi de cette chanson & de l'évenement qui y donna lieu. Il y avoit une autre chanson dans le même goût, appellée calycé, dont Stésichore étoit auteur : cette Calycé rebutée par son amant se précipita dans la mer. (D.J.)
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| HARPASTON | S. m. (Gymnast.) sorte de jeu de balle fort en vogue chez les anciens ; ce mot est dérivé d', j'arrache, parce que dans ce jeu on s'arrachoit la balle les uns des autres. Cet exercice recevoit plusieurs autres noms grecs qu'il est inutile d'étaler ici ; il suffit de dire qu'il étoit très-fatiguant & très-propre à fortifier tout le corps. Athénée lui donnoit la préférence sur tous les autres jeux qui sont du ressort de la sphéristique.
Pour y joüer, dit M. Burette, on se divisoit en deux troupes qui s'éloignoient également d'une ligne nommée , que l'on traçoit au milieu du terrein, & sur laquelle on posoit une balle. On tiroit derriere chaque troupe une autre ligne qui marquoit de part & d'autre les limites du jeu : ensuite les joüeurs de chaque côté couroient vers la ligne du milieu, & chacun | |