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| I | S. m. c'est la neuvieme lettre de l'alphabet latin. Ce caractere avoit chez les Romains deux valeurs différentes ; il étoit quelquefois voyelle, & d'autres fois consonne.
I. Entre les voyelles, c'étoit la seule sur laquelle on ne mettoit point de ligne horisontale pour la marquer longue, comme le témoigne Scaurus. On allongeoit le corps de la lettre, qui par-là devenoit majuscule, au milieu même ou à la fin des mots PISO, VIVUS, AEDILIS, &c. C'est à cette pratique que, dans l'Aululaire de Plaute, Staphyle fait allusion, lorsque voulant se pendre, il dit : ex me unam faciam litteram longam.
L'usage ordinaire, pour indiquer la longueur d'une voyelle, étoit, dans les commencemens, de la répéter deux fois, & quelquefois même d'insérer h entre les deux voyelles pour en rendre la prononciation plus forte ; de-là ahala ou aala, pour ala, & dans les anciens mehecum pour mecum ; peut-être même que mihi n'est que l'orthographe prosodique ancienne de mi que tout le monde connoit, vehemens de vemens, prehendo de prendo. Nos peres avoient adopté cette pratique, & ils écrivoient aage pour âge, roole pour rôle, sépareement pour séparément, &c.
Un I long, par sa seule longueur, valoit donc deux i i en quantité ; & c'est pour cela que souvent on l'a employé pour deux i i réels, MANUBIS pour MANUBIIS, DIS pour DIIS. De-là l'origine de plusieurs contractions dans la prononciation, qui n'avoient été d'abord que des abréviations dans l'écriture.
Par rapport à la voyelle I, les Latins en marquoient encore la longueur par la diphthongue oculaire e i, dans laquelle il y a grande apparence que l'e étoit absolument muet. Voyez sur cette matiere le traité des lettres de la Méth. lat. de P. R.
II. La lettre I étoit aussi consonne chez les Latins ; & en voici trois preuves, dont la réunion combinée avec les témoignages des Grammairiens anciens, de Quintilien, de Charisius, de Diomede, de Térencien, de Priscien, & autres, doit dissiper tous les doutes, & ruiner entierement les objections des modernes.
1°. Les syllabes terminées par une consonne, qui étoient brèves devant les autres voyelles, sont longues devant les i que l'on regarde comme consonnes, comme on le voit dans djvat, b Jve, &c. Scioppius répond à ceci, que ad & ab ne sont longs que par position, à cause de la diphthongue iu ou io, qui étant forte à prononcer, soutient la premiere syllabe. Mais cette difficulté de prononcer ces prétendues diphthongues, est une imagination sans fondement, & démentie par leur propre briéveté. Cette brièveté même des premieres syllabes de jvat & de Jve prouve que ce ne sont point des diphthongues, puisque les diphthongues sont & doivent être longues de leur nature, comme je l'ai prouvé à l'article HIATUS. D'ailleurs si la longueur d'une syllabe pouvoit venir de la plénitude & de la force de la suivante, pourquoi la premiere syllabe ne seroit-elle pas longue dans dactus, dont la seconde est une diphthongue longue par nature, & par sa position devant deux consonnes ? Dans l'exacte vérité, le principe de Scioppius doit produire un effet tout contraire, s'il influe en quelque chose sur la prononciation de la syllabe précédente ; les efforts de l'organe pour la production de la syllabe pleine & forte, doivent tourner au détriment de celles qui lui sont contiguës soit avant soit après.
2°. Si les i, que l'on regarde comme consonnes, étoient voyelles ; lorsqu'ils sont au commencement du mot, ils causeroient l'élision de la voyelle ou de l'm finale du mot précédent, & cela n'arrive point : Audaces fortuna juvat ; interpres divûm Jove missus ab ipso.
3°. Nous apprenons de Probe & de Térencien, que l'i voyelle se changeoit souvent en consonne ; & c'est par-là qu'ils déterminent la mesure de ces vers : Arietat in portas, parietibusque premunt arctis, où il faut prononcer arjetat & parjetibus. Ce qui est beaucoup plus recevable que l'opinion de Macrobe, selon lequel ces vers commenceroient par un pié de quatre breves : il faudroit que ce sentiment fût appuyé sur d'autres exemples, où l'on ne pût ramener la loi générale, ni par la contraction, ni par la syncrèse, ni par la transformation d'un i ou d'un u en consonne.
Mais quelle étoit la prononciation latine de l'i consonne ? Si les Romains avoient prononcé, comme nous, par l'articulation je, ou par une autre quelconque bien différente du son i ; n'en doutons pas, ils en seroient venus, ou ils auroient cherché à en venir à l'institution d'un caractere propre. L'empereur Claude voulut introduire le digamma F ou à la place de l'u consonne, parce que cet u avoit sensiblement une autre valeur dans uinum, par exemple, que dans unum : & la forme même du digamma indique assez clairement que l'articulation désignée par l'u consonne, approchoit beaucoup de celle que représente la consonne F, & qu'apparemment les Latins prononçoient vinum, comme nous le prononçons nous mêmes, qui ne sentons entre les articulations f & v d'autre différence que celle qu'il y a du fort au foible. Si le digamma de Claude ne fit point fortune, c'est que cet empereur n'avoit pas en main un moyen de communication aussi promt, aussi sûr, & aussi efficace que notre impression : c'est par-là que nous avons connu dans les derniers tems, & que nous avons en quelque maniere été contraints d'adopter les caracteres distincts que les Imprimeurs ont affectés aux voyelles i & u, & aux consonnes j & v.
Il semble donc nécessaire de conclure de tout ceci, que les Romains prononçoient toûjours i de la même maniere, aux différences prosodiques près. Mais si cela étoit, comment ont-ils cru & dit eux-mêmes qu'ils avoient un i consonne ? c'est qu'ils avoient sur cela les mêmes principes, ou, pour mieux dire, les mêmes préjugés que M. Boindin, que les auteurs du dictionnaire de Trévoux, que M. du Marsais lui-même, qui prétendent discerner un i consonne, différent de notre j, par exemple, dans les mots aïeux, foyer, moyen, payeur, voyelle, que nous prononçons a-ïeux, fo-ïer, moi-ïen, pai-ïeur, voi-ïelle : MM. Boindin & du Marsais appellent cette prétendue consonne un mouillé foible. Voyez CONSONNE. Les Italiens & les Allemands n'appellent-ils pas consonne un i réel qu'ils prononcent rapidement devant une autre voyelle, & ceux-ci n'ont-ils pas adopté à peu-près notre i pour le représenter ?
Pour moi, je l'avoue, je n'ai pas l'oreille assez délicate pour appercevoir, dans tous les exemples que l'on en cite, autre chose que le son foible & rapide d'un i ; je ne me doute pas même de la moindre preuve qu'on pourroit me donner qu'il y ait autre chose, & je n'en ai encore trouvé que des assertions sans preuve. Ce seroit un argument bien foible que de prétendre que cet i, par exemple dans payé, est consonne, parce que le son ne peut en être continué par une cadence musicale, comme celui de toute autre voyelle. Ce qui empêche cet i d'être cadencé, c'est qu'il est la voyelle prépositive d'une diphthongue ; qu'il dépend par conséquent d'une situation momentanée des organes, subitement remplacée par une autre situation qui produit la voyelle postpositive ; & que ces situations doivent en effet se succéder rapidement, parce qu'elles ne doivent produire qu'un son, quoique composé. Dans lui, dira-t-on que u soit une consonne, parce qu'on est forcé de passer rapidement sur la prononciation de cet u pour prononcer i dans le même instant ? Non ; ui dans lui est une diphthongue composée des deux voyelles u & i ; ïé dans pai-ïé en est une autre, composée de i & de é.
Je reviens aux Latins : un préjugé pareil suffisoit pour décider chez eux toutes les difficultés de prosodie qui naîtroient d'une assertion contraire ; & les preuves que j'ai données plus haut de l'existence d'un i consonne parmi eux, démontrent plutôt la réalité de leur opinion que celle de la chose : mais il me suffit ici d'avoir établi ce qu'ils ont crû.
Quoi qu'il en soit, nos peres, en adoptant l'alphabet latin, n'y trouverent point de caractere pour notre articulation je : les Latins leur annonçoient un i consonne, & ils ne pouvoient le prononcer que par je : ils en conclurent la nécessité d'employer l'i latin, & pour le son i & pour l'articulation je. Ils eurent donc raison de distinguer l'i voyelle de l'i consonne. Mais comment gardons-nous encore le même langage ? Notre orthographe a changé ; le Bureau typographique nous indique les vrais noms de nos lettres, & nous n'avons pas le courage d'être conséquens & de les adopter.
L'Encyclopédie étoit assûrément l'ouvrage le plus propre à introduire avec succès un changement si raisonnable : mais on a craint de tomber dans une affectation apparente, si l'on alloit si directement contre un usage universel. Qu'il me soit permis du moins de distinguer ici ces deux lettres, & de les coter comme elles doivent l'être, & comme elles le sont en effet dans notre alphabet. Peut-être le public en sera-t-il plus disposé à voir l'exécution entiere de ce système alphabétique, ou dans une seconde édition de cet ouvrage, ou dans quelque autre dictionnaire qui pourroit l'adopter.
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| I | c'est la neuvieme lettre & la troisieme voyelle de l'alphabet françois. La valeur primitive & propre de ce caractere est de représenter le son foible, délié, & peu propre au port de voix que presque tous les peuples de l'Europe font entendre dans les syllabes du mot latin inimici. Nous représentons ce son par un simple trait perpendiculaire, & dans l'écriture courante nous mettons un point audessus, afin d'empêcher qu'on ne le prenne pour le jambage de quelque lettre voisine. Au reste, il est si aisé d'omettre ce point, que l'attention à le mettre est regardée comme le symbole d'une exactitude vetilleuse : c'est pour cela qu'en parlant d'un homme exact dans les plus petites choses, on dit qu'il met les points sur les i.
Les Imprimeurs appellent ï trema, celui sur lequel on met deux points disposés horisontalement : quelques Grammairiens donnent à ces deux points le nom de diérèse ; & j'approuverois assez cette denomination, qui serviroit à bien caractériser un signe orthographique, lequel suppose effectivement une séparation, une division entre deux voyelles ; , divisio, de , divido. Il y a deux cas où il faut mettre la diérèse sur une voyelle. Le premier est, quand il faut la détacher d'une voyelle précédente, avec laquelle elle feroit une diphthongue sans cette marque de séparation : ainsi il faut écrire Laïs, Moïse, avec la diérèse, afin que l'on ne prononce pas comme dans les mots laid, moine.
Le second cas est, quand on veut indiquer que la voyelle précédente n'est point muette comme elle a coûtume de l'être en pareille position, & qu'elle doit se faire entendre avant celle où l'on met les deux points : ainsi il faut écrire aiguïlle, contiguïté, Guïse (ville) avec diérèse, afin qu'on les prononce autrement que les mots anguille, guidé, guise, fantaisie.
Il y a quelques auteurs qui se servent de l'ï tréma dans les mots où l'usage le plus universel a destiné l'y à tenir la place de deux i i : c'est un abus qui peut occasionner une mauvaise prononciation ; car si au lieu d'écrire payer, envoyer, moyen, on écrit païer, envoïer, moïen, un lecteur conséquent peut prononcer pa-ïer, envo-ïer, mo-ïen, de même que l'on prononce pa-ïen, aïeux.
C'est encore un abus de la diérèse que de la mettre sur un i à la suite d'un e accentué, parce que l'accent suffit alors pour faire détacher les deux voyelles ; ainsi il faut écrire, athéisme, réintégration, déifié, & non pas athéïsme, réïntégration, déïfié.
Notre orthographe assujettit encore la lettre i à bien d'autres usages, que la raison même veut que l'on suive, quoiqu'elle les desapprouve comme inconséquens.
1°. Dans la diphthongue oculaire A I, on n'entend le son d'aucune des deux voyelles que l'on y voit.
Quelquefois ai se prononce de même que l'e muet ; comme dans faisant, nous faisons, que l'on prononce fesant, nous fesons : il y a même quelques auteurs qui écrivent ces mots avec l'e muet, de même que je ferai, nous ferions. S'ils s'écartent en cela de l'étymologie latine facere, & de l'analogie des tems qui conservent ai, comme faire, fait, vous faites, &c. ils se rapprochent de l'analogie de ceux où l'on a adopté universellement l'e muet, & de la vraie prononciation.
D'autres fois ai se prononce de même que l'e fermé ; comme dans j'adorai, je commençai, j'adorerai, je commencerai, & les autres tems semblables de nos verbes en er.
Dans d'autres mots, ai tient la place d'un è peu ouvert ; comme dans les mots plaire, faire, affaire, contraire, vainement, & en général par-tout où la voyelle de la syllabe suivante est un e muet.
Ailleurs ai représente un ê fort ouvert ; comme dans les mots dais, faix, mais, paix, palais, portraits, souhaits. Au reste, il est très-difficile, pour ne pas dire impossible, d'établir des regles générales de prononciation, parce que la même diphthongue, dans des cas tout-à-fait semblables, se prononce diversement : on prononce je sais, comme je sés ; & je fais, comme je fés.
Dans le mot douairière, on prononce ai, comme a, douarière.
C'est encore à-peu-près le son de l'e plus ou moins ouvert, que représente la diphthongue oculaire ai, lorsque suivie d'une m ou d'une n, elle doit devenir nasale ; comme dans faim, pain, ainsi, maintenant, &c.
2°. La diphthongue oculaire E I est à-peu-près assujettie aux mêmes usages que A I, si ce n'est qu'elle ne représente jamais l'e muet. Mais elle se prononce quelquefois de même que l'é fermé ; comme dans veiné, peiner, seigneur, & tout autre mot où la syllabe qui suit ei n'a pas pour voyelle un e muet. D'autres fois ei se rend par un è peu ouvert, comme dans veine, peine, enseigne, & tout autre mot où la voyelle de la syllabe suivante est un e muet : il en faut seulement excepter reine, reitre & seize, où ei vaut un ê fort ouvert. Enfin, l'ei nasal se prononce comme ai en pareil cas : plein, sein, éteint, &c.
3°. La voyelle i perd encore sa valeur naturelle dans la diphthongue oi, qui est quelquefois impropre & oculaire, & quelquefois propre & auriculaire.
Si la diphthongue oi n'est qu'oculaire, elle représente quelquefois l'è moins ouvert, comme dans foible, il avoit ; & quelquefois l'ê fort ouvert, comme dans Anglois, j'avois, ils avoient.
Si la diphthongue oi est auriculaire, c'est-à-dire, qu'elle indique deux sons effectifs que l'oreille peut discerner ; ce n'est aucun des deux qui sont représentés naturellement par les deux voyelles o & i : au lieu de o, qu'on y prenne bien garde, on prononce toujours ou ; & au lieu de i, on prononce un e ouvert qui me semble approcher souvent de l'a ; devoir, sournois, lois, moine, poil, poivre, &c.
Enfin, si la diphthongue auriculaire oi, au moyen d'une n, doit devenir nasale, l'i y désigne encore un è ouvert ; loin, foin, témoin, jointure, &c.
C'est donc également un usage contraire à la destination primitive des lettres, & à l'analogie de l'orthographe avec la prononciation, que de représenter le son de l'e ouvert par ai, par ei & par oi ; & les Ecrivains modernes qui ont substitué ai à oi par-tout où cette diphthongue oculaire représente l'e ouvert, comme dans anglais, français, je lisais, il pourrait, connaître, au lieu d'écrire anglois, françois, je lisois, il pourroit, connoître ; ces écrivains, dis-je, ont remplacé un inconvénient par un autre aussi réel. J'avoue que l'on évite par-là l'équivoque de l'oi purement oculaire & de l'oi auriculaire : mais on se charge du risque de choquer les yeux de toute la nation, que l'habitude a assez prémunie contre les embarras de cette équivoque ; & l'on s'expose à une juste censure, en prenant en quelque sorte le ton législatif, dans une matiere où aucun particulier ne peut jamais être législateur, parce que l'autorité souveraine de l'usage est incommunicable.
Non seulement la lettre i est souvent employée à signifier autre chose que le son qu'elle doit primitivement représenter : il arrive encore qu'on joint cette lettre à quelqu'autre pour exprimer simplement ce son primitif. Ainsi les lettres u i ne représentent que le son simple de l'i dans les mots vuide, vuider, & autres dérivés, que l'on prononce vide, vider, &c. & dans les mots guide, guider, &c. quitte, quitter, acquiter, &c. & par-tout où l'une des deux articulations gue ou que précede le son i. De même les lettres i e représentent simplement le son i dans maniement, je prierois, nous remercierons, il liera, qui viennent de manier, prier, remercier, lier, & dans tous les mots pareillement dérivés des verbes en ier. L'u qui précéde l'i dans le premier cas, & l'e qui le suit dans le second, sont des lettres absolument muettes.
La lettre J, chez quelques auteurs, étoit un signe numéral, & signifioit cent, suivant ce vers,
J, C compar erit, & centum significabit.
Dans la numération ordinaire des Romains, & dans celle de nos finances, I signifie un ; & l'on peut en mettre jusqu'à quatre de suite pour exprimer jusqu'à quatre unités. Si la lettre numérale I est placée avant V qui vaut cinq, ou avant X qui vaut dix, cette position indique qu'il faut retrancher un de cinq ou de dix ; ainsi IV signifie cinq moins un ou quatre, IX signifie dix moins un ou neuf : on ne place jamais I avant une lettre de plus grande valeur, comme L cinquante, C cent, D cinq cent, M mille ; ainsi on n'écrit point IL pour quarante-neuf, mais XLIX.
La lettre I est celle qui caractérise la monnoie de Limoges.
J, s. m. c'est la dixieme lettre & la septieme consonne de l'alphabet françois. Les Imprimeurs l'appellent i d'Hollande, parce que les Hollandois l'introduisirent les premiers dans l'impression. Conformément au système de la Grammaire générale de P. R. adoptée par l'auteur du Bureau typographique, le vrai nom de cette lettre est je, comme nous le prononçons dans le pronom de la premiere personne : car la valeur propre de ce caractere est de représenter l'articulation sifflante qui commence les mots Japon, j'ose, & qui est la foible de l'articulation forte qui est à la tête des mots presque semblables, chapon, chose. J est donc une consonne linguale, sifflante, & foible. Voyez au mot CONSONNE, le système de M. du Marsais sur les consonnes, & à l'article H, celui que j'adopte sur le même sujet.
On peut dire que cette lettre est propre à l'alphabet françois, puisque de toutes les langues anciennes que nous connoissons, aucune ne faisoit usage de l'articulation qu'elle représente ; & que parmi les langues modernes, si quelques-unes en font usage, elles la représentent d'une autre maniere. Ainsi les Italiens, pour prononcer jardino, jorno, écrivent giardino, giorno. Voyez le Maître italien de Veneroni, p. 9. édit. de Paris 1709. Les Espagnols ont adopté notre caractere, mais il signifie chez eux autre chose que chez nous ; hijo, fils, Juan, Jean, se prononçant presque comme s'il y avoit ikko, Khouan. Voyez la Méthode espagnole de P. R. p. 5. édit. de Paris, 1660.
Les maîtres d'écriture ne me paroissent pas apporter assez d'attention pour différencier le J capital de l'I : que ne suivent-ils les erremens du caractere courant ? L'i ne descend pas au-dessous du corps des autres caracteres, le j descend : voilà la regle pour les capitales. Article de M. BEAUZEE.
* J, (Ecriture) nous avons aussi dans l'écriture, ainsi que dans l'impression, un j consonne & un i voyelle ; & dans chacun de ces caracteres, un i consonne ou voyelle, coulé ; un aigu, un rond. Après avoir expliqué la formation du g, nous n'avons rien à dire de la formation de l'j consonne, qui n'en est qu'une portion. Pour l'i voyelle coulé, il se forme d'un trait plus droit & d'un angle de plume moins obtus que l'i italien, & celui-ci d'un trait plus droit & d'un angle de plume moins obtus que le rond. On n'emploie à tous que le mouvement simple des doigts mus dans une direction verticale, mais un peu plus ou un peu moins inclinée de droite à gauche. A la partie inférieure de cette lettre, le poignet agit de concert avec les doigts. Voyez nos Planches d'Ecriture.
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| IACCHAGOGUE | S. m. (Antiq.) on nommoit de ce nom ceux qui portoient en procession la statue de Iacchus, c'est-à-dire de Bacchus, à la célébration des fêtes éleusiniennes ; ils avoient leurs têtes couronnées de mirthe. (D.J.)
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| IACCHUS | S. m. (Littér.) c'est le nom, sous lequel Bacchus étoit révéré à Eleusis. Des neuf jours destinés chaque année à la célébration des mysteres de Cérès, le sixieme étoit entierement consacré à Iacchus, c'est-à-dire à Bacchus. Ce jour-là on portoit sa statue en grande cérémonie d'Athènes à Eleusis, & tous les initiés chantoient & dansoient autour depuis le matin jusqu'au soir. Les Grecs ayant une fois admis l'existence des dieux, ils en tirerent parti pour satisfaire leurs goûts & leurs penchans. Ce sont eux qui pourroient dire à Cérès, à Iacchus, à l'Amour, vous n'êtes dieux que pour nos plaisirs. (D.J.)
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| IAGO | IAGO
IAGO de CUBA, Sant, (Géog.) ville de l'Amérique septentrionale, sur la côte méridionale de l'île de Cuba, avec un port au fond d'une baie, & sur la riviere de même nom ; elle fut bâtie par les Espagnols en 1514, mais la Havane a pris le dessus, & tout le commerce de cette ville y a été transféré. (D.J.)
IAGO del ESTERO, Sant, (Géog.) ville de l'Amérique méridionale, sans murs, sans fossés, & sans habitans, car on y trouveroit à peine une centaine de maisons ; c'est néanmoins la résidence de l'inquisiteur ordinaire de la province. Elle est située sur une riviere poissonneuse, dans un pays plat, fertile en froment, en seigle, en orge, en fruits, & en tigres carnassiers ; sa distance du Potosi est à environ 70 lieues. Long. 315. 35. lat. mérid. 28. 25. (D.J.)
IAGO de las VALLES, Sant, (Géog.) petite ville presque deserte de l'Amérique septentrionale, dans l'audience de Mexico ; elle est sur la riviere de Panuco, à 30 lieues de Panuco. Long. 276. 40. lat. 23. (D.J.)
IAGO de la VEGA, Sant, (Géog.) belle ville de l'Amérique, capitale de la Jamaïque, bâtie par les Espagnols, à qui les Anglois l'ont enlevée ; c'est la résidence du gouverneur de la Jamaïque : elle est à présent fort peuplée, sise à 2 lieues de la mer, dans une plaine, sur une riviere, à 5 lieues de Port-Royal. Long. 300. 50. lat. 18. (D.J.)
IAGO, Sant, (Géog.) considérable ville de l'Amérique méridionale, capitale du Chili, avec un beau port, un évêché suffragant de Lima, & une audience royale ; c'est la résidence du gouverneur du Chili, & du tribunal de l'inquisition. Elle fut bâtie par Pierre de Valdivia en 1541, dans une belle & vaste plaine, abondante en tout ce qui est nécessaire à la vie, au pié de la Cordillera de los Andès, sur la petite riviere de Mapécho, qui la traverse de l'E. à l'O. Il y a différens canaux, par le moyen desquels on arrose les jardins, & on rafraîchit les rues.
Elle a éprouvé de fréquens tremblemens de terre, & quelques-uns qui l'ont fort endommagée, entr'autres ceux de 1647 & 1657. Le premier renversa cette ville de fond en comble, & répandit dans l'air des vapeurs si vénéneuses, que tous les habitans, qui sont Espagnols & Indiens, en moururent, à trois ou quatre cent personnes près.
Cependant les chaleurs de ce climat, qui gît sous le 33e. degré de lat. Sud, sont extrêmement modifiées par le voisinage des montagnes de la Cordeliere, dont les cimes élevées jusqu'aux cieux, & couvertes d'une neige éternelle, entretiennent à Sant-Iago, au plus fort de l'été, une heureuse température ; la terre y est d'une fertilité singuliere, & procure toutes sortes d'arbres fruitiers ; le pâturage est excellent, & on y engraisse une grande quantité de bétail ; le boeuf & le mouton s'y vendent pour rien, & sont d'un goût délicieux. Long. 308. lat. mérid. 33. 40. (D.J.)
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| IAHOUA KATT | ou AIOUA, s. m. (Hist. nat.) poisson des mers du Brésil, dont la face ressemble, dit-on, à la tête d'un boeuf ; c'est un poisson de la famille des orbes ; il a la queue fourchue.
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| IALEME | S. m. (Belles-Lettres) sorte de chanson lugubre, en usage parmi les anciens grecs dans le deuil & les funérailles.
Ces pieces étoient ordinairement si languissantes qu'elles avoient donné lieu au proverbe grec, rapporté par Hesychius , plus misérable, ou plus froid qu'un ïalème. Adrianus Junius rapporte aussi, comme un proverbe, ces mots grecs, , digne d'être mis au rang des ïalèmes. Il se fonde sur ce que dit le poëte comique Menandre ; que si vous ôtez la hardiesse à un amant, c'est un homme perdu, qu'il faut que vous mettiez au rang des ïalèmes. Junius ajoûte qu'ïalème étoit le nom d'un homme plein de défauts & de desagrémens, quoique fils de Calliope. On ignore quelle forme de vers entroit dans la composition des ïalèmes.
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| IAMBE | S. m. (Littér.) ïambus, terme de prosodie greque & latine, pié de vers composé d'une breve & d'une longue, comme dans , D, ms. Syllaba longa brevi subjecta vocatur iambus, comme le dit Horace, qui l'appelle aussi un pié vîte, rapide, pes citus.
Ce mot, selon quelques-uns, tire son origine d'Iambe, fils de Pan & de la nymphe Echo, qui inventa ce pié, ou qui n'usa que de paroles choquantes & de sanglantes railleries à l'égard de Cerès affligée de la perte de Proserpine. D'autres aiment mieux tirer ce mot du grec , venenum, venin, ou de , maledico, je médis ; parce que ces vers composés d'ïambes, furent d'abord employés dans la satyre. Dict. de Trévoux.
Il semble qu'Archiloque, selon Horace, en ait été l'inventeur, ou que ce vers ait été particulierement propre à la satyre.
Archilochum proprio rabies armavit ïambo. Art Poët. Voyez IAMBIQUE.
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| IAMBIQUE | adj. (Littér.) espece de vers composé entierement, ou, pour la plus grande partie, d'un pié qu'on appelle ïambe. Voyez IAMBE.
Les vers ïambiques peuvent être considérés ou selon la diversité des piés qu'ils reçoivent, ou selon le nombre de leurs piés. Dans chacun de ce genre, il y a trois especes qui ont des noms différens.
1°. Les purs ïambiques sont ceux qui ne sont composés que d'ïambes, comme la quatrieme piece de Catulle, faite à la louange d'un vaisseau.
Phaselus ille, quem videtis hospites.
La seconde espece sont ceux qu'on appelle simplement ïambes ou ïambiques. Ils n'ont des ïambes qu'aux piés pairs, encore y met-on quelquefois des tribraques, excepté au dernier qui doit toûjours être un ïambe ; & aux impairs des spondées, des anapestes, & même un dactyle au premier. Tel est celui que l'on cite de la Médée de Seneque.
Servare potui, perdere an possim rogas ?
La troisieme espece sont les vers ïambiques libres, qui n'ont par nécessité d'ïambe qu'au dernier pié, comme tous les vers de Phedre.
Amittit meritò proprium, qui alienum appetit.
Dans les comedies, on ne s'est pas plus gêné, & peut-être moins encore, comme on le voit dans Plaute & dans Térence, mais le sixieme pié est toûjours indispensablement un ïambe.
Quant aux variétés qu'apporte le nombre de syllabes, on appelle ïambe ou ïambique dimetre celui qui n'a que quatre piés.
Queruntur in sylvis aves.
Ceux qui en ont six s'appellent trimetres, ce sont les plus beaux, & ceux qu'on emploie pour le théatre, sur-tout pour la tragédie ; ils sont infiniment préférables aux vers de dix ou douze piés en usage dans nos pieces modernes, parce qu'ils approchent plus de la prose, & qu'ils sentent moins l'art & l'affectation.
Dii conjugales, tuque genialis tori
Lucina custos, &c.
Ceux qui en ont huit, se nomment tétrametres, & l'on n'en trouve que dans les comédies.
Pecuniam in loco negligere, maximum
Interdum est lucrum. Terent.
Quelques-uns ajoûtent un ïambe monometre, qui n'a que deux piés.
Virtus beat.
On les appelle monometres, dimetres, trimetres & tétrametres, c'est-à-dire, d'une, de deux, de trois, & quatre mesures, parce qu'une mesure étoit de deux piés, & que les Grecs les mesuroient deux piés à deux piés, ou par épitrices, & en joignant l'ïambe & le spondée ensemble.
Tous ceux dont on a parlé jusqu'ici sont parfaits, ils ont leur nombre de piés complets, sans qu'il y manque rien, ou qu'il y ait rien de trop.
Les imparfaits sont de trois sortes ; les catalectiques auxquels il manque une syllabe.
Musae jovem canebant.
Les brachycatalectiques auxquels il manque un pié entier.
Musae jovis gnatae.
Les hypercatalectiques qui sont ceux qui ont une syllabe ou un pié de trop.
Musae sorores sunt Minervae,
Musae sorores Palladis lugent.
La plûpart des hymnes de l'Eglise sont des ïambiques dimetres, c'est-à-dire de quatre piés. Dict. de Trévoux.
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| IATRALIPTE | S. m. (Gymn. milit. & medic.) un ïatralipte dans sa premiere signification, étoit un officier particulier du gymnase, dont l'emploi se bornoit à oindre les athletes pour les exercices athlétiques ; on le nommoit autrement aliptés, alipte.
Ensuite le mot ïatralipte, désigna un medecin, qui traitoit les maladies par les frictions huileuses, un medecin oignant, , mot composé de , medecin, & , je oins ; cette méthode de traitement s'appella , ïatroliptique. Ce fut, au rapport de Pline, liv. XXIX. ch. j. Prodicus, natif de Sélymbria, & disciple d'Esculape, qui mit ce genre de medecine en usage.
On sait que dans le tems des Romains, l'application des huiles, des onguens, des parfums liquides, dont on se servoit avant & après le bain, occupoit un grand nombre de personnes. Alors ceux qui enseignoient l'art d'administrer ces onguens ou ces huiles aux gens en santé, se firent à leur tour appeller ïatraliptes, & établirent sous eux en hommes & en femmes, des manieurs ou manieuses de jointures pour assouplir les membres, tractatores, & tractatrices ; des dépileurs & des dépileuses, alipilarii & tonstrices ; enfin, des personnes de l'un & de l'autre sexe, pour oindre le corps des différentes huiles, onguens, & parfums nécessaires, unctores, & unctrices ; j'ai déja dit quelque chose de ces divers offices, au mot GYMNASTIQUE (medicinale.) Voyez-le. (D.J.)
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| IATRIQUE | S. f. (Med.) , ïatrice, medica ; c'est une épithete du mot grec , ars, qui est sous-entendu ; ensorte qu'elle est employée comme substantif, pour signifier l'art ou la science de la Medecine.
C'est dans le même sens, que le mot est synonyme de medicus, medecin : ainsi on dit ïater, archiater, poliater, chimiater, philiater, pour medicus, protomedicus, medicus publicus, medicus chimicus, medicinae studiosus, c'est-à-dire, medecin, premier medecin, medecin praticien, medecin chimiste, étudiant en Medecine. Voyez MEDECINE, MEDECIN.
Le terme grec est encore employé quelquefois, pour signifier un médicament, comme le mot françois medecine a aussi deux acceptions : par l'une il signifie l'art de guérir ; par l'autre, une purgation ou un purgatif ; puisqu'on dit prendre une medecine, dans le même sens, que se purger : & même dans quelques provinces le peuple appelle toute sorte de remede une medecine. Voyez PURGATION, PURGATIF, MEDICAMENT, REMEDE.
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| IBA-PARANGA | S. m. (Hist. nat. Bot.) espece de prunier du Brésil ; il a le fruit doux, il renferme un noyau de la grosseur & de la figure d'une amande ; il en renferme trois : il est bon à manger, mais on ne lui attribue aucune vertu, ni à l'arbre qui le produit. Ray.
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| IBAICAVAL | (Géog.) riviere d'Espagne dans la Biscaye, qui va se jetter dans la mer à Bilbao.
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| IBAR | (Géog.) riviere de la Servie en Hongrie, qui se jette dans le Danube près de Semendria.
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| IBÉIXUMA | S. m. (Botan. exot.) arbre du Brésil, décrit par Marggrave. Il porte un fruit sphérique, de la grosseur d'une balle de paume & verd avant que d'être mûr ; il est hérissé de tubercules bruns, & contient une substance visqueuse ; il noircit dans sa maturité, & se partage ensuite en cinq segmens égaux, contenant chacun des semences brunes, rondes & oblongues, de la grosseur de celles de moutarde. L'écorce de cet arbre est gluante, & sert aux mêmes usages que le savon d'Espagne. Marggrave, Hist. Brasil. & Ray. Hist. plant. Voyez aussi SAVONIER. (D.J.)
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| IBÉRIE | (Géog. anc.) ancien nom de deux pays différens, l'un en Asie & l'autre en Europe. L'Ibérie asiatique est une contrée de l'Asie, entre la mer Noire & la mer Caspienne ; Ptolomée dit qu'elle étoit terminée au nord par une partie de la Sarmatie, à l'orient par l'Albanie, au midi par la grande Arménie, & au couchant par la Colchide ; elle est présentement comprise dans la Géorgie.
L'Ibérie européenne est l'ancienne Espagne, nommée Iberia, soit pour sa position occidentale à cause des Ibériens asiatiques qui s'y établirent selon Varron, soit à cause de l'Ebre, en latin berus, qui la séparoit en deux parties, dont l'une appartenoit aux Carthaginois & l'autre aux Romains, avant que ces derniers l'eussent entierement conquise.
L'Ibérie maritime européenne fut découverte par les Celtes, par les Iberes, & ensuite par les Phéniciens, ainsi que depuis les Espagnols ont découvert l'Amérique ; les Tyriens, les Carthaginois, les Romains y trouverent tour-à-tour de quoi les enrichir dans les trésors que la terre produisoit alors.
Les Carthaginois y firent valoir des mines, aussi riches que celles du Méxique & du Pérou, que le tems a épuisées comme il épuisera celles du nouveau monde. Pline rapporte que les Romains en tirerent en neuf ans huit mille marcs d'or, & environ vingtquatre mille d'argent. Il faut avouer que ces prétendus descendans de Gomer profiterent bien mal des présens que leur faisoit la nature, puisqu'ils furent subjugués successivement par tant de peuples. Ils ne profitent guere mieux aujourd'hui des avantages de leur heureux climat, & sont aussi peu curieux des antiquités ibériques, monumens, inscriptions, médailles, qui se trouvent par-tout dans leur royaume, que le seroient les Ibériens asiatiques, habitans de la Géorgie.
On reconnoît encore les Espagnols de nos jours dans le portrait que Justin fait des Ibériens de l'Europe ; corpora hominum ad inediam.... parati ; dura omnibus & adstricta parcimonia. Illis fortior taciturnitatis cura quam vitae. Leurs corps peuvent souffrir la faim ; ils savent vivre de peu, & ils craignent autant de perdre la gravité, que les autres hommes de perdre la vie. (D.J.)
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| IBIBIRABA | S. m. (Hist. nat. Bot.) arbre du Brésil, qui porte des baies, une fleur en rose, & un fruit de la grosseur de la cerise, où l'on trouve plusieurs pepins que l'on mange avec la chair. Ce fruit est doux, & d'un goût un peu résineux ; il irrite la gorge quand on en mange beaucoup. On emploie la feuille de l'ibibiraba avec sa fleur, mêlée au camara, dans les lotions des piés indiquées par le mal de tête : on tire de ses fleurs, cueillies avant le lever du soleil, & de ses feuilles, une eau rafraîchissante & mondificative, dont on use dans les inflammations des yeux. Ray.
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| IBIBOBOCA | subst. masc. (Hist. nat. Zoolog.) serpent d'Amérique que les Portugais nomment cobra de coral. Il a communément deux pieds de long, est gros comme le pouce, & sa queue se termine en une pointe très-mince ; il est entierement d'un blanc luisant sous le ventre, sa tête est couverte d'écailles d'une figure cubique dont quelques-unes sont noires sur les bords. Son corps est moucheté de blanc, de noir & de rouge. Il ne se remue que fort lentement, & est regardé comme très-venimeux. Ray, synops. anim.
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| IBIJARA | subst. mas. (Ophiol. exot.) le même serpent d'Amérique que les Portugais nomment cega cobre vega, ou cobra de las cabeças. Il passe pour être de la classe des amphisbènes, c'est-à-dire, des serpens à deux têtes, ce qui est une grande erreur. Comme sa tête & sa queue sont d'une même forme & épaisseur, & que cet animal frappe également par ces deux parties de son corps, on a supposé qu'elles étoient également dangereuses, seconde erreur à ajouter à la premiere. L'ibijara est un serpent de la plus petite espece ; car il n'a guere que la longueur d'un pied, & la grosseur du doigt ; sa couleur est d'un blanc luisant, tacheté de rayures & d'anneaux d'un jaune de cuivre ou brun ; ses yeux sont si petits qu'ils ne paroissent que comme une tête d'épingle ; il vit en terre de fourmis & autres petits insectes. Les Portugais du Brésil prétendent que sa piquûre est inguérissable. Ray, Syn. anim. p. 289. (D.J.)
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| IBIJAU | S. m. (Ornith. exot.) sorte de chat-huant du Brésil, du genre des tete-chevres, & de la grosseur d'une hirondelle ; sa tête est grosse & applatie ; son bec est extrêmement fin, & laisse appercevoir au-dessus ses deux narines ; sa bouche ouverte est excessivement grande ; sa queue est large, & ses jambes sont basses ; tout son corps est couvert de plumes les unes blanches, les autres jaunes. (D.J.)
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| IBIRACOA | S. m. (Ophiol. exot.) serpent des Indes occidentales, marbré de blanc, de noir, & de rouge ; sa morsure passe pour être extrêmement cruelle par ses effets. (D.J.)
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| IBIS | ibis, s. m. (Ornith.) oiseau d'Egypte : celui qui a été décrit dans les mémoires pour servir à l'Hist. nat. dressée par M. Perrault, III. partie, ressembloit beaucoup à la cigogne. Voyez CIGOGNE. Voyez aussi la Pl. X. fig. 3. Hist. nat. Cependant il étoit un peu plus petit, & il avoit le col & les piés à proportion encore plus petits ; le plumage étoit d'un blanc sale & un peu roussâtre, excepté des taches d'un rouge pourpre & d'un rouge de couleur de chair, qui étoient au-dessous de l'aile, & la couleur des grandes plumes du bout de l'aile qui étoient noires. Le bec avoit un pouce & demi de largeur à son origine ; le bout n'étoit pas pointu ; il avoit un demi-pouce de largeur ; les deux pieces du bec étoient recourbées en-dessous dans toute leur longueur : elles avoient à la base une couleur jaune claire ; & sur l'extrémité une couleur orangée ; toute leur surface étoit polie comme de l'ivoire : lorsque le bec étoit fermé, il paroissoit parfaitement conique au-dehors, & il avoit au-dedans une cavité de même forme qui communiquoit au-dehors par un trou rond placé au bout du bec ; le bas de la jambe & le pié en entier, depuis le talon jusqu'aux doigts, étoient gris ; les côtés des quatre doigts étoient garnis, bordés d'une membrane, excepté le côté interne des deux doigts extérieurs qui n'en avoient point ; les ongles étoient étroits, pointus & noirâtres, de même que l'extrémité des doigts. L'ibis se nourrit de serpens, de lézards, de grenouilles, &c. Voyez OISEAU.
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| IBITIN | S. m. (Hist. naturelle) serpent très-dangereux des îles Philippines ; il est d'une grosseur & d'une longueur prodigieuse ; il se tient suspendu par la queue au tronc d'un arbre, pour attendre sa proie sur laquelle il s'élance. Il attaque de cette maniere les hommes, les cerfs, les sangliers, &c. qu'il dévore tout entiers, après quoi il se serre contre son arbre pour digérer ce qu'il a mangé.
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| IBUM | S. m. (Théologie) les rabbins ont donné ce nom à la cérémonie du frere qui, selon la loi mosaïque rapportée au chap. xxv. du Deutéronome, peut épouser sa belle-soeur, veuve de son frere, mort sans enfans. (D.J.)
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| IBURG | (Géog.) petite ville d'Allemagne au cercle de Westphalie, dans l'évêché d'Osnabruck ; elle est à quatre lieues d'Osnabruck, 12. N. E. de Munster. Long. 25. 46. lat. 52. 20. (D.J.)
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| IBYARA | S. m. (Hist. nat. Zoolog.) serpent du Brésil, dont on nous dit que la morsure produit le même effet que celle de l'hemorrhois. Voyez HEMORRHOIS.
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| ICACO | S. m. (Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de plusieurs pétales disposées en rond ; il s'éleve du fond du calice un pistil qui devient dans la suite un fruit ovale & charnu. Ce fruit renferme un noyau de la même forme, qui est cassant & ridé, & qui contient une amande arrondie. Plumier.
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| ICADES | subst. fem. (Hist. ancienne) fêtes que les philosophes épicuriens célébroient tous les mois en l'honneur d'Epicure, le vingtieme de la lune, qui étoit le jour de la naissance de ce philosophe. C'est du mot vingtaine, qu'ils donnerent à ces fêtes le nom d'Icades. Ils ornoient ce jour-là leurs chambres, portoient en cérémonie le portrait d'Epicure de chambre en chambre dans leurs maisons, & lui faisoient des sacrifices ou des libations.
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| ICANATES | S. m. (Hist. & Art milit.) soldats qui dans l'empire grec gardoient les dehors du palais. Ce corps avoit pour chef un officier qu'on appelloit domestique. Diction. de Trév.
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| ICAQUES | S. m. pl. (Géog.) peuples du golfe d'Honduras, ainsi appellés d'un petit prunier dont les branches sont revêtues en tout tems de petites feuilles longuettes, & deux fois l'an d'une grande quantité de fleurs blanches ou violettes, suivies d'un petit fruit rond de la grosseur d'une prune de damas. Les Icaques qui s'en nourrissent, empêchent leurs voisins de dépouiller cet arbre de son fruit quand il est mûr, par des gardes composés des plus braves d'entr'eux, & armés de fleches & de massues. L'icaque croît aux Antilles en buisson.
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| ICARIENNE | MER. (Géog. anc.) Les anciens ont appellé de ce nom cette partie de l'Archipel qui s'étend entre les isles de Nicaria, de Samos, de Co, & le continent de la Natolie. Le grand nombre de petites isles & de rochers dont elle est remplie, en rend la navigation dangereuse, scopulis surdior Icari, dit Horace. Les Poëtes ont feint qu'Icare, dont tout le monde sait l'avanture, tomba dans cette mer & lui laissa son nom. (D.J.)
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| ICCIUS PORTUS | ou STIUS, & même ITCIUS PORTUS, (Géog. anc.) car on varie sur l'orthographe de ce mot, Strabon écrit , ancien port de la Gaule, sur la Manche. Les uns, comme M. de Thou, Vigenere, Marlieu, &c. pensent que c'étoit le port où l'on a bâti depuis la ville de Calais. Cluvier, Joseph Scaliger, Sanson, & plusieurs autres, prétendent que c'est Boulogne ; ce dernier a composé un traité pour la défense de cette opinion. Enfin d'autres savans (car nous avons quantité de dissertations sur ce port) disent que c'est entre Boulogne & Calais qu'il faut chercher l'Ictius portus : or Wissant ou Wissand est situé au nord de Boulogne, à l'endroit où le détroit qu'on nomme le pas de Calais, est le plus resserré, & d'où le trajet pour passer en Angleterre est le plus court ; son nom signifie originairement sable blanc ; les Romains n'ayant point de double w, l'ont obmis, & avec une terminaison latine en ont fait Itius, Itcius, Iccius. Vissand est présentement un village assis sur le bord de la mer, entre Boulogne & Calais ; mais ce lieu a été de plus grande étendue ; c'étoit un bourg précédemment ; & Froissard lui donnoit de son tems le nom de grosse ville. Trente Historiens rapportent qu'avant que les Anglois se fussent emparé de Calais, c'étoit-là le lieu ordinaire où l'on s'embarquoit pour passer en Angleterre, & pour venir d'Angleterre en France, quoiqu'aujourd'hui il n'en reste aucun vestige. M. Ducange a remarqué en se rendant sur les lieux, que les grands chemins qu'on nomme chaussées de Brunehaut, aboutissent à Wissand aussi bien qu'à Boulogne. (D.J.)
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| ICÈLE | S. m. (Mythol.) fils du sommeil, selon la fable, & frere de Morphée. Il avoit la propriété de se changer en toutes sortes de formes parfaitement ressemblantes, comme son nom le désigne du verbe , je suis semblable. Les dieux, dit Ovide, Métam. liv. XI. v. 639. l'appelloient Icèle, & les hommes Phobetor, c'est-à-dire, celui qui épouvante. Cette fable étoit prise des illusions trompeuses que font les songes dans le sommeil, varias imitantia formas somnia, delusae mentis imago. Voyez SONGE, (D.J.)
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| ICÉNIENS | Iceni, (Géogr. anc.) ancien peuple de l'isle de la Grande-Bretagne ; ils habitoient les bords de l'Ouse, que d'autres appellent Iken ou Yan. Dans ces quartiers-là on trouve encore des lieux qui conservent des traces de leur ancien nom, comme Ikentorp, Ikenworth ; & la petite riviere qui tombe dans le port d'Oxford, s'appelle Ike : mais il y avoit aussi d'autres Icéniens dans l'Hampshire, auprès de la riviere d'Iken, aujourd'hui nommée Iching ; Cambden donne aux Icéniens le pays voisin des Trinobantes, qui fut ensuite appellé Cast Angleae ; il y comprend Suffolck, Norfolck, Cambridge, Huntingtonshire, & il décrit les avantures de ce peuple lors de la conquête des Romains. Quand les Saxons eurent affermi leur heptarchie, le pays des Icéniens devint le royaume des Anglois orientaux, qui, à cause de sa position à l'orient fut appellé East-Angle-Ryk, & eut pour premier roi Uffa. (D.J.)
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| ICH-DIEN | (Hist. mod.) C'est le mot des armes du Prince de Galles, qui signifie en haut-Allemand je sers.
M. Henri Spelman croit que ce mot est saxon ic ien, ic-thien ; le saxon d avec une barre au-travers étant le même que th, & signifiant je sers ou je suis serviteur ; car les ministres des rois saxons s'appelloient thiens.
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| ICHARA-MOULI | S. m. (Hist. nat. Botan.) racine qui croît aux indes orientales, & à laquelle on attache plusieurs propriétés médicinales, mais dont on ne donne aucune description.
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| ICHIE | ou ICHIN, s. m. (Commerce) C'est l'aulne du Japon, à laquelle on mesure les étoffes de soie & les toiles qui s'y fabriquent. L'ichien est à-peu-près de trois aulnes de Hollande. Voyez l'article suivant. (G)
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| ICHIN | S. m. (Commerce) aulne ou mesure des longueurs dont on se sert au Japon. Cette mesure est uniforme dans toutes les îles qui composent ce vaste empire ; non-seulement chaque marchand a des ichins dans sa boutique auxquels il mesure & vend ses marchandises ; mais encore il y a des ichins publics qu'on trouve pendus presqu'à chaque coin de rue, où l'acheteur peut aller vérifier si on ne lui a point fait faux aunage. Cette espece d'aulne a environ six pieds de long divisés en six parties, & chacune de ses divisions en dix autres, ensorte que l'ichin entier a soixante divisions. Un ichin fait à-peu-près trois aulnes de Hollande, & une canne de Provence. Voyez AULNE & CANNE, Dictionnaire de Commerce. (G)
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| ICHNÉ | adj. fém. (Mythologie) surnom de Thémis déesse de la justice, & de Nemesis vangeresse des crimes. Ichnée vient de , trace, vestige. Ces divinités furent ainsi appellées de ce qu'on les supposoit toujours attachées sur les pas des coupables.
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| ICHNEUMON | S. m. (Hist. nat.) animal quadrupede. Voyez MANGOUSTE.
ICHNEUMON, (Hist. nat.) insecte ; on a donné ce nom à des mouches voraces qui mangent les araignées ; elles ont deux fortes dents, quatre aîles, & d'assez longues antennes qu'elles agitent continuellement ; c'est pourquoi on a appellé ces insectes vibrantes. Le ventre ne tient à la poitrine que par un filet très-fin. Il y a grand nombre d'especes d'ichneumons, & de grandeur très-différente ; les uns n'ont point de queue apparente ; d'autres en ont une qui est très-longue dans plusieurs especes. Les ichneumons qui n'ont point de queue apparente, déposent leurs oeufs sur des chenilles ; les vers qui en éclosent vivent de la substance de ces chenilles, & forment des coques qui sont rangées régulierement les unes à côté des autres, & attachées à des branches d'arbres, d'arbrisseaux, ou à des tiges de chaume. Des vers un peu plus gros, & qui éclosent aussi sur des chenilles, forment leurs coques sur une feuille ; ces coques sont blanches & dispersées sur la feuille ; de gros ichneumons ne déposent qu'un oeuf ou deux sur chaque chenille : les vers qui en sortent suffisent pour la manger, & deviennent presqu'aussi grands qu'elle. Il y a de ces vers qui après avoir vécu dans le corps d'une chenille, la percent par le côté, & filent une coque qu'ils attachent à la chenille & au terrein sur lequel elle se trouve posée : ces coques sont rondes, blanches, & grosses comme un grain de froment ; elles semblent être les oeufs de la chenille. On trouve de ces coques qui sont sur des feuilles, & qui ont différentes couleurs, du noir, du blanc, du brun, disposées par bandes. On voit dans les forêts de chênes des coques d'ichneumons qui sont attachées à des fils longs de trois ou quatre pouces, & attachées à de petites branches. Ces coques ont une bande blanche sur le milieu. " Lorsqu'on les prend sur la main elles sautent à terre où elles continuent de faire plusieurs sauts à des distances de tems trop éloignées les unes des autres pour que l'on puisse croire que ce sont les bonds d'une balle qui feroit ressort ". En effet les bonds que fait la coque sont causés par le mouvement du ver qu'elle renferme. Les femelles des ichneumons ont à leur partie postérieure une espece d'aiguillon qui pénetre dans les chairs les plus compactes, & même dans des substances beaucoup plus dures ; cet aiguillon est renfermé dans le corps de l'ichneumon, ou sort tout entier en dehors ; il paroît être la queue de l'insecte ; il s'en sert pour enfoncer ses oeufs dans le corps des chenilles. Il y en a qui les déposent seulement sur la chenille, mais le ver sort de l'oeuf par le bout qui pose sur son corps, & y entre en naissant. D'autres ichneumons placent leurs oeufs auprès de ceux d'autres insectes, tels que l'abeille maçonne, avant que le nid soit fermé ; lorsque le ver de l'ichneumon est éclos, il mange les vers qui sortent des autres oeufs. Les ichneumons à longue queue, c'est-à-dire à longue tariere, percent avec cette tariere des matieres dures, telles que le bois, la terre, le mortier, pour introduire leurs oeufs dans des lieux convenables. La tariere des ichneumons est composée de trois filets aussi déliés que des poils. Quelquefois ils sont réunis ensemble, d'autrefois ils sont séparés les uns des autres : celui du milieu est la tige de la tariere, les autres sont les étuis. La tariere est ferme, solide & dentelée par le bout : " l'espece de cannelure qui paroît la partager en deux est le canal par lequel l'insecte fait descendre ses oeufs ". Il fait faire à sa tariere des demi-tours à droite & à gauche en la pressant contre la substance qu'il veut percer. Abregé de l'histoire des Insectes, tom. III. pag. 142. & suiv. Voyez INSECTE.
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| ICHNOGRAPHIE | sub. f. (Mathem.) Ce mot signifie proprement le plan ou la trace que forme sur un terrein la base d'un corps qui y est appuyé.
Ce mot vient du grec , vestigium, trace, & de , scribo, je décris ; l'ichnographie étant véritablement une description de l'empreinte ou de la trace d'un ouvrage.
En perspective, c'est la vûe ou la représentation d'un objet quelconque, coupé à sa base ou à son rez-de-chaussée par un plan parallele à l'horison.
L'ICHNOGRAPHIE, en Architecture, est une section transverse d'un bâtiment, qui représente la circonférence de tout l'édifice, des différentes chambres & appartemens, avec l'épaisseur des murailles, les distributions des pieces, les dimensions des portes, des fenêtres, des cheminées, les saillies des colonnes & des piédroits, en un mot, avec tout ce qui peut être vû dans une pareille section.
En Fortification, le mot ichnographie signifie le plan ou la représentation de la longueur & de la largeur des différentes parties d'une forteresse, soit qu'on trace cette représentation sur le terrein ou sur le papier. Voyez FORTIFICATION. (E)
C'est aussi, dans la même science, le plan ou le dessein d'une forteresse coupée parallelement & un peu au-dessus du rez-de-chaussée. Voyez PLAN.
L'ICHNOGRAPHIE est la même chose que ce que nous appellons plan géométral, ou simplement plan. L'ichnographie est opposée à la stéréographie, qui est la représentation d'un objet sur un plan perpendiculaire à l'horison, & qu'on appelle autrement élévation géométrale. Voyez PLAN.
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| ICHOGLAN | S. m. (Hist. turq.) espece de page du grand-seigneur.
Les ichoglans sont de jeunes gens qu'on éleve dans le serrail, non-seulement pour servir auprès du prince, mais aussi pour remplir dans la suite les principales places de l'empire.
L'éducation qu'on leur donne à ce dessein, est inestimable aux yeux des Turcs. Il n'est pas inutile de la passer en revûe, afin que le lecteur puisse comparer l'esprit & les usages des différens peuples.
On commence par exiger de ces jeunes gens, qui doivent un jour occuper les premieres dignités, une profession de foi musulmane, & en conséquence on les fait circoncire : on les tient dans la soumission la plus servile ; ils sont châtiés séverement pour les moindres fautes par les eunuques qui veillent sur leur conduite ; ils gémissent pendant 14 ans sous ces sortes de précepteurs, & ne sortent jamais du serrail, que leur terme ne soit fini.
On partage les ichoglans en quatre chambres bâties au-delà de la salle du divan : la premiere qu'on appelle la chambre inférieure, est ordinairement de 400 ichoglans, entretenus de tout aux dépens du grand-seigneur, & qui reçoivent chacun quatre ou cinq aspres de paye par jour, c'est-à-dire, la valeur d'environ sept à huit sols de notre monnoie. On leur enseigne sur-tout à garder le silence, à tenir les yeux baissés, & les mains croisées sur l'estomac. Outre les maîtres à lire & à écrire, ils en ont qui prennent soin de les instruire de leur religion, & principalement de leur faire faire les prieres aux heures ordonnées.
Après six ans de cette pratique, ils passent à la seconde chambre avec la même paye, & les mêmes habits qui sont assez communs. Ils y continuent les mêmes exercices, mais ils s'attachent plus particulierement aux langues : ces langues sont la turque, l'arabe, & la persienne. A mesure qu'ils deviennent plus forts, on les fait exercer à bander un arc, à le tirer, à lancer la zagaie, à se servir de la pique, à monter à cheval, & à tout ce qui regarde le manege, comme à darder à cheval, à tirer des fleches en-avant, en arriere, & sur la croupe, à droite & à gauche. Le grand-seigneur s'amuse quelquefois à les voir combattre à cheval, & récompense ceux qui paroissent les plus adroits. Les ichoglans restent quatre ans dans cette classe, avant que d'entrer dans la troisieme.
On leur apprend dans celle-ci pendant quatre ans, de toutes autres choses, que nous n'imaginerions pas, c'est-à-dire, à coudre, à broder, à jouer des instrumens, à raser, à faire les ongles, à plier des vestes & des turbans, à servir dans le bain, à laver le linge du grand-seigneur, à dresser des chiens & des oiseaux ; le tout afin d'être plus propres à servir auprès de sa hautesse.
Pendant ces 14 ans de noviciat, ils ne parlent entr'eux qu'à certaines heures ; & s'ils se visitent quelquefois, c'est toûjours sous les yeux des eunuques, qui les suivent par-tout. Pendant la nuit, non-seulement leurs chambres sont éclairées ; mais les yeux de ces argus, qui ne cessent de faire la ronde, découvrent tout ce qui se passe. De six lits en six lits, il y a un eunuque qui prête l'oreille au moindre bruit.
On tire de la troisieme chambre les pages du trésor, & ceux qui doivent servir dans le laboratoire, où l'on prépare l'opium, le sorbet, le caffé, les cordiaux, & les breuvages délicieux pour le serrail. Ceux qui ne paroissent pas assez propres à être avancés plus près de la personne du sultan, sont renvoyés avec une petite récompense. On les fait entrer ordinairement dans la cavalerie, qui est aussi la retraite de ceux qui n'ont pas le don de persévérance ; car la grande contrainte & les coups de bâton leur font bien souvent passer la vocation. Ainsi la troisieme chambre est réduite à environ 200 ichoglans, au lieu que la premiere étoit de 400.
La quatrieme chambre n'est que de 40 personnes, bien éprouvées dans les trois premieres classes ; leur paye est double, & va jusqu'à neuf ou dix aspres par jour. On les habille de satin, de brocard, ou de toile d'or, & ce sont proprement les gentils-hommes de la chambre. Ils peuvent fréquenter tous les officiers du palais ; mais le sultan est leur idole ; car ils sont dans l'âge propre à soupirer après les honneurs. Il y en a quelques-uns qui ne quittent le prince, que lorsqu'il entre dans l'appartement des dames, comme ceux qui portent son sabre, son manteau, le pot à eau pour boire, & pour faire les ablutions, celui qui porte le sorbet, & celui qui tient l'étrier quand sa hautesse monte à cheval, ou qu'elle en descend.
C'est entre ces quarante ichoglans de la quatrieme chambre, que sont distribuées les premieres dignités de l'empire, qui viennent à vaquer. Les Turcs s'imaginent que Dieu donne tous les talens & toutes les qualités nécessaires à ceux que le sultan honore des grands emplois. Nous croirions nous autres, que des gens qui ont été nourris dans l'esclavage, qui ont été traités à coups de bâton par des eunuques pendant si long-tems, qui ont mis leur étude à faire les ongles, à raser, à parfumer, à servir dans le bain, à laver du linge, à plier des vestes, des turbans, ou à préparer du sorbet, du caffé, & autres boissons, seroient propres à de tous autres emplois qu'à ceux du gouvernement des provinces. On pense différemment à la cour du grand-seigneur ; c'est ces gens-là que l'on en gratifie par choix & par préférence ; mais comme ils n'ont en réalité ni capacité, ni lumieres, ni expérience pour remplir leurs charges, ils s'en reposent sur leurs lieutenans, qui sont d'ordinaire des fripons ou des espions que le grand-visir leur donne, pour lui rendre compte de leur conduite, & les tenir sous sa férule. (D.J.)
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| ICHOREUX | EUSE, adj. (terme de Chirurgie) on appelle ichoreuse, l'humeur séreuse & âcre qui découle de certains ulceres. Les parties exangues, telles que les ligamens, les membranes, les aponévroses, les tendons, ne fournissent jamais une suppuration vraiment purulente ; les ulceres qui affectent ces parties donnent un pus ichoreux, une espece de sanie : ce mot vient du grec , ichor, sanies, sanie, ou sérosité âcre.
On tarit la source de l'humeur ichoreuse dans les plaies des parties membraneuses & aponévrotiques, par l'usage de l'esprit de térébenthine. Ce médicament desseche l'extrémité des vaisseaux qui fournit l'ichor. Lorsque dans la piquûre d'une aponévrose ou d'un ligament, les matieres ichoreuses & âcres seront retenues derriere, elles y produisent des accidens qu'on ne fait cesser ordinairement qu'en faisant une incision pour donner une issue à ces matieres ; l'incision est d'ailleurs indiquée pour arrêter les suites funestes de l'étranglement que l'aponévrose enflammée fait sur les parties qu'elle embrasse. Voyez GANGRENE.
Si le pus est ichoreux par le défaut de ressort des chairs relâchées & spongieuses d'un ulcere, les remedes détersifs corrigent ce vice ; l'indication particuliere peut déterminer à les rendre cathérétiques ou anti-putrides. Voyez DETERSIF. Les chairs mollasses d'un cautere forment quelquefois un bourrelet pâle dont il ne sort qu'un pus ichoreux. On applique ordinairement de l'alun calciné pour détruire les chairs excédentes. Je me suis servi avec succès dans ce cas de la poudre de scammonée & de rhubarbe ; j'en ai même chargé une boule de cire pour mettre à la place du pois. La vertu de ces médicamens ranime les chairs, & produit un dégorgement purulent : ces bons effets montrent la justesse de l'idée des anciens sur la qualité des remedes détersifs qu'ils appelloient les purgatifs des ulceres. (Y)
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| ICHOROIDE | S. f. (Medecine) moiteur, sueur, dite malsaine, & semblable à la sanie que rendent les ulceres.
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| ICHTHYOLOGIE | S. f. (Hist. nat.) la science qui traite des poissons, ces animaux aquatiques qui ont des nageoires, & qui n'ont point de piés.
L'affaire de l'Ichthyologie est premierement de distinguer toutes les parties des poissons, par leurs noms propres ; secondement, d'appliquer à chaque poisson ses noms génériques & spécifiques, c'est-à-dire ceux qui constituent son genre & ses especes ; troisiemement d'exposer quelques-unes des qualités particulieres de l'animal.
Le naturaliste qui s'applique à cette étude, doit d'abord connoître les parties externes & internes du poisson, pour rapporter à sa propre famille tout poisson étranger ou inconnu qui s'offre à ses yeux ; desorte qu'au moyen de ses marques caractéristiques, il puisse découvrir son espece & l'assigner au genre de la famille à laquelle il appartient. Ensuite, par des observations subséquentes, il tâchera de savoir le lieu de l'habitation du poisson dont il s'agit, si c'est l'eau douce, salée, courante ou dormante ; item sa nourriture végétable ou animale, & de quelle sorte ; son tems, sa maniere de multiplier & de faire des petits. Ces dernieres particularités veulent être jointes très-briévement à la description des parties du poisson ; car les discours étendus à cet égard sont plutôt une charge qu'une instruction judicieuse. La vraie méthode des genres & des especes, est la principale fin de l'Histoire naturelle.
On divise communément les poissons en trois classes, les cétacés, les cartilagineux & les épineux. Les cétacés sont ceux dont la queue est parallele à l'horison, quand le poisson est dans sa posture naturelle : les cartilagineux sont ceux dont les nageoires qui servent à nager sont soûtenues par des cartilages à la place des rayons osseux qui soûtiennent les nageoires dans les autres poissons, qui ont par tout le corps des cartilages au lieu d'os. Tels sont les caracteres des deux premieres classes de poissons. Tous les poissons qui ont leurs nageoires soûtenues par des rayons osseux, qui ont leur queue placée perpendiculairement & non horisontalement, & qui ont des os & non des cartilages, se nomment poissons épineux.
Les poissons cétacés sont rangés par les derniers écrivains de l'Histoire naturelle, sous le nom latin de plagiuri. Ils s'accordent en plusieurs choses avec les animaux terrestres ; & on les distingue les uns des autres par les caracteres qui servent à la distinction des quadrupedes, particulierement par les dents. La structure générale de ces poissons, c'est la même dans tous ; leur seule différence consiste dans les dents & le nombre des nageoires. C'est donc des dents & des nageoires seules qu'on tire proprement les caracteres génériques des plagiuri, ou poissons cétacés.
Les poissons cartilagineux different seulement les uns des autres, par la forme de leur corps, & le nombre de trous de leur ouie, le nombre de leurs nageoires, la figure & la position de leurs dents, qui dans les cétacés constituent les caracteres génériques, varient si fort dans les cartilagineux, que cela s'étend jusques sur les diverses especes du même genre : ainsi les distinctions des genres des poissons cartilagineux, ne peuvent être tirés que de leurs figures & du nombre des trous de leurs ouies.
Les caracteres des deux classes des poissons qu'on nomme cétacés & cartilagineux, sont aisés à trouver ; mais les caracteres des épineux demandent plus de soins, & ne s'offrent pas promtement aux yeux. L'étendue de cette classe & la grande ressemblance qui se trouve entre plusieurs genres différens, ne facilitent pas l'entreprise qui consiste à les distinguer les uns des autres. Quoique ce soit une regle générale, que les caracteres génériques des poissons doivent être pris de leurs parties extérieures ; cependant dans les cas où ces parties extérieures different elles-mêmes en nombre, en figure & en proportion, il est nécessaire que les caracteres primitifs du genre soient tirés des parties qui sont les moins variables de toutes, les plus particulieres au genre de poisson dont il s'agit, en même tems qu'elles sont les moins communes aux autres genres. Il faut beaucoup d'attention & de capacité à l'ichthyologiste pour discerner solidement ces caracteres ; & après un mûr examen, il trouve que les parties qui lui sembloient d'abord les plus propres à les établir, sont quelquefois celles qui y conviennent le moins en réalité.
La forme des nageoires & de la queue du poisson peut paroître un des caracteres essentiels pour fonder la distinction générique ; néanmoins une recherche approfondie, démontre que ces deux choses ne sont ici d'aucun service. Presque toutes les especes de cyprini, genre fondé sur des caracteres naturels & invariables, ont les nageoires pointues à l'extrémité, & offrent des queues fourchues. Si on eût fait de ces deux choses les caracteres de ce genre de poisson, on en eût exclus la tenche & autres qui lui appartiennent, quoiqu'elles aient des nageoires obtuses & des queues unies. D'ailleurs il y a plusieurs genres différens de poissons, dans lesquels les nageoires & la queue sont entierement semblables, comme la perche, le maquereau, le congre. On prétendra peut-être que les nageoires & la queue peuvent au-moins passer pour des marques collatérales de distinction ; mais cette idée même n'est pas suffisante, parce que ces marques sont communes à plusieurs genres de poissons.
La forme du dos, du ventre, & de toute la figure du corps considéré en longueur & largeur, semblent encore des caracteres essentiels ; mais ils ne le sont pas davantage pour établir les distinctions des genres. Le dos, dans quelques cyprini, est un peu pointu, comme dans la carpe ordinaire, tandis qu'il est convexe dans presque tous les autres. Ce seul fait écartoit l'idée de la forme du dos, comme propre à constituer un caractere générique.
Le ventre de la plûpart des poissons du même genre est applati dans la partie antérieure, & s'éleve en maniere de sillon entre les nageoires du ventre & l'anus : cependant dans la tenche tout le corps est applati de la tête à la queue. Ajoûtez que la figure générale du corps en grandeur & en largeur, varie singulierement dans les cyprini de différentes especes, dont quelques-uns ont le corps plat, & d'autres rond.
La tête, la bouche, les yeux, les narines & les autres parties de la tête, sont plus fixes, & par conséquent d'une grande importance pour constituer les distinctions des genres entre les poissons. Cependant comme les mêmes figures sont communes à plusieurs especes également, elles servent plutôt à distinguer les ordres, les classes & les familles des poissons, que leurs genres. Ainsi les poissons nommés clupeae, les cotti, les coregoni, les scorpaenae des auteurs, se ressemblent par la figure de la tête, & néanmoins sont de genres très-différens.
Comme la position & la forme des écailles sont assez semblables dans le même genre de poisson, on peut l'admettre en qualité de marque collatérale distinctive ; mais cette forme même d'écailles étant commune à plusieurs genres de poissons, il est impossible d'en tirer avantage pour les caracteres des genres. Disons la même chose d'autres parties extérieures du corps, qui ne donnent pas des indices suffisans, pour former les caracteres distinctifs des genres.
Quant à la position des nageoires, tout le monde convient que les saumons, les clupeae, les coregoni, les cohitides, ou loches, sont autant de divers genres de poissons ; cependant dans tous, leurs nageoires ont la même situation. Celles de la poitrine sont dans tous, les plus proches de la tête, puis la nageoire du dos, ensuite celles du ventre, & derriere toutes, est la nageoire de l'anus. La même observation se peut étendre à d'autres genres de poissons.
La situation des dents est semblable dans plusieurs especes d'un même genre, comme dans plusieurs genres différens. Tous les cyprini ont leurs dents placées avec le même ordre & de la même maniere, savoir dans le gosier à l'orifice de l'estomac. Les saumons & les brochets ont leurs dents en quatre endroits, aux mâchoires, au palais, à la langue, & au gosier. Les perches & les cotti les ont en trois endroits, à la mâchoire, au palais, & au gosier, & n'en ont point sur la langue ; mais parmi les coregoni, il y a une espece, savoir l'albula nobilis de Schoenfeld, qui a les dents à la mâchoire supérieure, au palais, & au gosier. Une autre espece que les Suédois nomment silk-joia, n'en a que sur la langue ; & une autre espece du même genre, le thymallus des auteurs, que les Anglois nomment gréyling, les a dans les deux mâchoires, au palais, & sur la langue. Il est donc certain, qu'aucun caractere générique ne sauroit s'établir par ce moyen.
Le nombre des dents ne peut pas mieux servir à former le caractere des genres, à cause de leur variété dans les individus d'une même espece, comme dans les brochets, & les saumons.
Le nombre des nageoires n'est pas plus favorable à ce dessein, parce qu'il est égal dans plusieurs genres, & quelquefois variable dans diverses especes des mêmes genres. La longue merluche, asellus longus, est évidemment du même genre que les autres aselli ; néanmoins elle n'a que deux nageoires sur le dos, tandis que les autres en ont trois ; elle n'en a qu'une sur le ventre, au lieu que les autres en ont deux. Le maquereau a dix-sept nageoires, & le thon vingt-cinq ou environ ; cependant on n'en fera pas deux genres de poissons, puisqu'ils conviennent ensemble à tous les autres égards.
Le nombre des os qui soutiennent les nageoires des poissons, particulierement celles du dos & de l'anus, varie beaucoup, même dans les diverses especes d'un même genre ; il est vrai toutefois, que l'on doit regarder cette marque comme utile, pour distinguer les especes, mais elle ne l'est pas pour former les genres.
Pour ce qui concerne les autres parties extérieures, il n'y en a aucune qui se trouvant dans tous les poissons épineux, ne differe dans tous les différens genres, excepté les deux petits os qu'on voit de chaque côté de la membrane de la tête qui couvre les ouies. Ces os se rencontrent dans presque tous les poissons épineux, quoique dans quelques genres, l'épaisseur de la membrane les rende moins visibles que dans d'autres. Le nombre de ces os est d'ailleurs beaucoup plus régulier dans les mêmes genres de poissons, que celui des nageoires.
Les quatre genres de maquereaux ou scombri, de perches, de gadi, de syngnathi, c'est-à-dire, de ceux dont les mâchoires sont fermées par les côtés, & dont la bouche ne s'ouvre qu'à l'extrémité du museau, ont le nombre des nageoires très-varié dans les diverses especes de chaque genre ; mais dans tous ces genres, le nombre des os de la membrane qui tapisse les ouies, est régulierement le même dans chaque espece ; tous les gadi ont régulierement sept os de chaque côté ; tous les cyprini en ont trois, les cotti six, les clariae sept, les clupeae huit, les ésoces quatorze, & ainsi des autres.
Il n'y a que deux genres connus de poissons, qui ne s'accordent pas dans toutes leurs especes pour le nombre de ces os ; ce sont les saumons & les coregoni. Parmi les saumons, quelques especes en ont sept, d'autres huit, neuf, dix, onze, & douze. C'est une chose cependant bien digne d'observation, que la nature a mis cette variété du nombre de ces os dans les différentes especes, seulement pour les genres de poissons, chez lesquels toutes les especes se ressemblent si fort par leurs parties extérieures, qu'il ne falloit pas moins que cette ressemblance, pour faire juger qu'ils appartenoient les uns aux autres ; car outre que tous les saumons & les coregoni ont une appendice membraneuse, semblable à une nageoire sur le derriere du dos, les diverses especes de chaque genre se ressemblent tellement, qu'il est difficile de les distinguer en plusieurs occasions.
Par rapport aux nageoires, plusieurs genres de poissons, comme on l'a déja dit, en ont tous le même nombre en général, comme les saumons, les cyprini, les clupeae, les coregoni, les osmeri, les cobitides, les spari, ou ceux qui tremblent de tout leur corps quand ils sont hors de l'eau ; les labri, ou ceux dont les levres sont épaisses & proéminentes ; les gastérostei, ou ceux dont le ventre est soutenu par des bandes osseuses, les ésoces, les pleuronecti, ou ceux qui nagent d'un seul côté ; tous, disje, ont sept nageoires radiées de côtes osseuses. Ce même nombre de sept nageoires est commun à divers autres genres.
Mais tandis que toutes les especes d'un même genre ont constamment même nombre d'os dans la membrane qui couvre les ouies, il est très-rare que les divers genres ayent ce même nombre. Les perches, les maquereaux, les gadi en ont tous sept de chaque côté. Les cyprini & les gasterostei en ont chacun trois, les cotti, les pleuronecti en ont six. Cependant tous ces genres different tellement dans leurs autres caracteres & dans leur face externe, qu'on n'est point en crainte de les confondre ensemble. Concluons que le nombre des os qui soutiennent la membrane des ouies, fournit le premier & le plus essentiel de tous les caracteres pour la distinction des genres des ostéoptérygions ou poissons osseux ; cependant, quoique ce caractere soit essentiel à la détermination des genres, il n'est pas toûjours suffisant.
En effet, pour rapporter solidement les poissons à leurs propres genres, il est non-seulement nécessaire, que tous ceux d'un même genre ayent le même nombre d'os dans les ouies, il faut encore qu'ils ayent dans les genres la même forme externe. Il faut 3°. qu'ils ayent une même position, & le même nombre de nageoires. 4°. La position des dents doit semblablement être la même ; car généralement toutes les especes de poissons ont dans chaque genre le même ordre de dents. 5°. Enfin, on y joindra les écailles qui doivent être semblables en figure & en position. Voilà les considérations nécessaires pour fonder les genres naturels & véritables de poissons. Si toutes ces choses se rencontrent dans toutes les especes ; s'il se trouve de plus une analogie dans la situation, la forme des autres parties externes & internes, particulierement de l'estomac, des appendices, des intestins, de la vessie urinaire, il ne restera plus de doute pour établir les genres en Ichthyologie, sur des fondemens inébranlables.
Cependant, il ne faut pas s'attendre que chacun de ces caracteres se trouve régulierement parfait dans chaque espece du même genre ; quelques-uns le seront plus, d'autres moins ; mais les trois choses essentielles au genre pour la similitude, sont le même nombre d'os dans la membrane branchiostege, la même figure & forme extérieure générale, & la même position de nageoires ; les autres circonstances ne sont qu'additionnelles & confirmatives.
Il résulte de ce détail, qui est un précis du système & des découvertes d'Artedi, quelles sont les vraies marques qui peuvent fonder les caracteres génériques des poissons, & quelles sont les marques équivoques. Nous ne prétendons point qu'Artédiait indubitablement trouvé la vérité à tous égards, nous disons seulement que ses recherches sur cette matiere, sont plus approfondies & plus solides que celles de tous les naturalistes qui l'ont précédé jusqu'à ce jour en cette partie. (D.J.)
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| ICHTHYOLOGISTE | S. m. (Hist. nat.) c'est ainsi qu'on appelle, en termes d'art, un naturaliste qui a donné quelque ouvrage sur les poissons.
Quoique les auteurs, qui ont traité ce sujet, soient en grand nombre, on peut néanmoins les ranger commodément sous les classes particulieres que nous allons parcourir.
Les Ichthyologistes systématiques sont Aristote, Pline, Albert-le-Grand, Gaza, dans son interprétation d'Aristote, Marschall, Wotton, Belon, Rondelet, Salvian, Gesner, Aldrovand, Jonston, Charleton, Ray, Willughby, Artédi.
Les Ichthyologistes, qui ont écrit seulement sur des poissons de pays ou de lieux particuliers, sont Ovide, sur les poissons du Pont-Euxin ; Oppian & Donati, sur ceux de la mer Adriatique ; Ausone & Figulus, sur ceux de la Moselle ; Mangold, sur ceux du lac Podamique ; Paul Jove, sur ceux du lac Larins ; Pierre Gilles, sur ceux de la côte de Marseille ; Salviani, sur ceux de la mer de Toscane ; Schwenckfelt, sur ceux de Silésie ; Schoenveld, sur ceux d'Hambourg ; Pison & Marggrave, sur ceux du Brésil ; Petiver, Ruysch & Valentin, sur ceux d'Amboine. Entre ces auteurs, Ovide, Ausone, Oppian, ont écrit en vers, & les autres en prose.
Les Ichthyologistes, qui ont tiré leurs observations des écrivains qui les ont précédé, sont Pline, Athénée, l'auteur des livres de naturâ rerum, Albert-le-Grand, Marschall, Gesner en grande partie, Aldrovand en grande partie, Jonston, Charleton & autres.
Par rapport à la méthode, il y a des Ichthyologistes qui n'en ont point observé ; d'autres ont mieux aimé en adopter une bonne ou mauvaise ; d'autres enfin se sont contentés de l'ordre alphabétique.
Les Ichthyologistes, qui n'ont point suivi de méthode, sont Ovide, Aelien, Athénée, Ausone, Paul Jove, Figulus, Salviani, dans son Histoire des poissons romains, Parthénius, Ruysch, &c.
Les Ichthyologistes méthodiques sont Aristote, inventeur de la division générale des poissons en cétacés, cartilagineux & épineux ; Wotton & Rondelet sont encore de ce nombre ; mais Willughby & Ray ont ajouté plusieurs choses aux idées d'Aristote, & ont fait un pas en avant, qui a donné naissance à la belle méthode trouvée par Artédi.
Les Ichthyologistes qui, négligeant toute méthode, ont employé l'ordre alphabétique, pour ne se point gêner, sont Marschall, Salviani, dans sa Tabula piscatoria, Gesner, Schoenveld, Jonston, &c.
Il est d'autres écrivains qui n'ont considéré que l'Ichthyologie sacrée, ou l'anatomie particuliere de quelques poissons, comme par exemple, Blasius, Severinus, Tyson ; outre d'autres naturalistes dans les mémoires de l'académie des Sciences & de la société royale ; il faut mettre au rang de ceux qui se sont attachés à éclaircir l'Ecriture-sainte dans cette partie, Bochart, Rudbeck, Franzius, & Dom Calmet.
En général, les plus recommandables Ichthyologistes sont sans-doute Aristote, Belon, Rondelet, Salviani, Willughby, Ray, Klein & Artédi. Il faut aussi leur joindre, pour cette étude, tous ceux qui, dans leurs descriptions de poissons particuliers, ont jetté des lumieres sur cette partie de l'histoire naturelle : tels sont Paul Jove, Pierre Gilles, Schoenveld, Sibbald, Marsigli, Grew, Catesby, &c. Cependant Willughby est avec raison regardé par Artédi, comme étant à tous égards le premier des Ichthyologistes ; mais Artédi lui-même ne mérite guere de moindres éloges.
Indiquons maintenant les ouvrages de tous les auteurs que nous venons de nommer, & leurs meilleures éditions, en faveur des curieux qui voudront se faire une belle bibliotheque ichthyologique.
Aelianus, de animalibus, curâ Gronovii. Amst. 1731. in-4°. 2 vol. edit. opt.
Albertus Magnus, de animalibus, libri xxvi. Venet. 1519 fol. Lugd. 1651 fol. edit. opt.
Aldrovandi (Ullyssis) de piscibus. Bonon. 1613, in-fol. cum fig. edit. opt.
Athenaeus, graeco-latin. è curâ Casauboni. Lugd. 1657. in fol. edit. opt.
Aristoteles, de animalibus, graec. & lat. curâ Scaligeri. Tolosae 1619, fol. ed. opt. item, ex interpretatione Theod. Gaza, Lugd. 1590, fol. edit. opt.
Artedi (Petri) Ichthyologia, ex edit. Caroli Linnaei. Lugd. Batav. 1738, in-8°.
Ausonii (Decii Magni) Opera, curâ Tollii. Ultraj. 1715, in-4°. Son poëme de la Moselle, dont il décrit les poissons, est le meilleur de ses ouvrages.
Belon, (Pierre) Histoire naturelle des étranges poissons marins. Paris 1551, in-4°. Item, la nature & diversité des poissons, chez Charles Etienne 1555, in-8°. obl. Item, Observations de choses mémorables, &c. Paris 1554, in-4°.
Blasii (Gerardi). Anatom. aquatilium, Amstel. 1681. 4°. fig.
Bochart (Samuel). Hierozoicon, Lond. 1663, fol. fig. edit. opt.
Boussueti (Francisci) de universâ aquatilium naturâ, carmen. Lugd. 1558, in-4°.
Catesby (Marc). History of Florida, Carolina, &c. Lond. 1731. fol. fig. edit. prima.
Calmet (Dom), dans son dictionnaire & dans ses commentaires sur la bible.
Charleton (Gualter.) Onomasticon zoicon. Oxon. 1677, fol. edit. secunda opt.
Columna (Fabius). aquatilium nonnullorum Historia. Romae 1616, in-4°. edit. unica.
Donati (Antonii) Trattato de'pesci marini, che nascono nel lito di Venezia, Venet. 1631 in-4°.
Dubravius (Janus,) de piscinis & piscibus, Tiguri 1659. 8°. edit. prima. Norimb. 1623 8°. ed. auctior. Helmst. 1671, in-4°. edit. opt.
Figuli (Caroli) , sive de piscibus Dialogus, Colon. 1540, in-4°.
Franzii (Wolfgangi) Historia animalium, &c. Francof. 1712, 4°. 4 vol.
Gesnerus (Conrad.) de piscibus & aquatilibus, lib. iv. Tiguri 1558. fol. fig.
Gillius (Petrus) de gallicis & latinis nominibus piscium. Lugd. 1535, 4°. edit. prima.
Grew (Nehem.) in musoeo societ. regiae. Lond. 1681. fol. fig.
Jonstonus (Joannes,) de piscibus & cetis, lib. v. Francof. 1649. fol. fig. edit. prima.
Jovius (Paulus,) de piscibus romanis. Romae 1524. fol. edit. prima opt. Basil. 1531, in-8°. edit. secunda.
Klein (Jacob. Theodor.) de piscibus Tractatus. Gedani 1739. in-4°.
Linocier (Geoffroy,) Histoire des plantes, animaux, poissons, serpens. Paris 1584. in-8°.
Mangoldus (Joan. Gaspar.) in operibus editis. Basileae 1710, in-4°.
Marschalcus (Nicolaüs,) de aquatilium & piscium historiâ. Rostochii apud autorem 1520, in-fol.
Marsigli (Aloisius Ferdin. Comes de), dans son histoire physique de la mer, Amst. 1725, fol. fig. & dans son quatrieme tome de son Danube.
Massarius (Franc.) Annotationes & castigationes in nonum Plinii librum, de naturâ piscium. Basileae 1537, in-4°. Lutetiae apud Vascosan 1542, in-4°. edit. opt.
Oppiani A', sive de naturâ & venatione piscium, lib. v. apud Juntas, 1515 in-8°. Lutetiae 1555, in-4°. Lugd. Batav. 1597 in-8°. edit. opt.
Parthenius (Nicolaus) de halieuticâ. Neapoli 1693, in-12.
Petiver (Jacob.) aquatilium amboinae icones & nomina, XX tabulis. Lond. 1713, in-fol. Item, in sui gazophylacii naturae & artis, decadibus X. Lond. 1702, in-fol.
Piso & Marggravius, in historiâ Brasiliae. Lugd. Batav. 1648 & 1651, in-fol.
Plinius (Cajus) in historiâ naturali, curâ Harduini. Lutetiae 1723, in-fol.
Raii (Joannis) synopsis methodica piscium. Lond. 1713, in-8°.
Rondelet (Guillaume) de piscibus marinis. Lugd. 1554, fol. 2 tom. fig. Le même ouvrage en françois plus abregé parut à Lyon en 1558, fol. fig.
Rudbeck (Olai) Ichthyologia Biblica. Upsal. 1705, in-4°.
Rumphii (Georg. Everhard.) thesaurus imaginum piscium testaceorum, &c. Lugd. Batav. 1711. fol. & dans son livre intitulé, Amboinische Rariteit-Kamer, Amst. 1705, fol.
Ruysch (Frederic) Il n'y a de ce célébre Anatomiste, que quelques courtes descriptions de poissons étrangers dans ses ouvrages. Le Trésor latin des animaux, publié sous son nom, à Amsterdam en 1718, in-fol. fig. n'est autre chose qu'une nouvelle édition de Jonston.
Salviani (Hippoliti) aquatilium historia. Romae 1555, 1558, 2 tom. fol. fig. nitid. édition unique, rare & précieuse.
Schoenveld (Stephani) Ichthyologia. Hamb. 1624, in-4°.
Schwencfeldi (Gaspari) Theoriotrophaeum Silesiae. Lignit. 1603, in-4°.
Seba (Alberti) Thesaurus rerum naturalium. Amstel. 1734. 4 vol. fol. Max. ubi nonnulla de piscibus exoticis.
Severinus (Marc. Aurel.) De respiratione piscium, Neapoli 1659, in-fol. Amstel. 1661, fol. edit. opt.
Sibbaldi (Roberti) dans sa scotiâ illustratâ. Edimb. 1684, fol. fig.
Sideta (Marcellus,) de remediis ex piscibus ; Graece cum metricâ versione. Lutet. apud Morellum, 1591, in-8°. rare.
Valentini (Michael Bernardus) Amphitheatrum zootomicum. Francof. 1720, fol. fig.
Vincentii (Bellovacensis) Speculum naturale. Duaci 1604, fol. 4 vol. Ibi quaedam de piscibus.
Willughby (Francisci) Historia piscium. Oxonii 1686, fol. fig. C'est une édition donnée par Ray, qui a revû, corrigé & augmenté ce bel ouvrage.
Wotton (Edward.) de differentiis animalium, lib. X. Lutetiae apud Vascosan, 1552, in-fol. (D.J.)
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| ICHTHYOPHAGES | (Géog. anc.) c'est-à-dire, mangeurs de poissons ; les anciens ont ainsi nommé plusieurs nations, dont ils ignoroient les vrais noms, & savoient seulement qu'elles habitoient au bord de la mer, & qu'elles vivoient principalement de la pêche. Ptolomée trouve des Ichthyophages dans la Chine ; Agatharchide en place vers la Germanie & la Gédrosie ; Pausanias en décrit sur la mer Rouge ; & Pline en peuple plusieurs îles à l'orient de l'Arabie heureuse. C'en est assez pour faire voir que cette dénomination générale, donnée par les anciens à tant de peuples différens, prouve qu'ils ne les connoissoient point. (D.J.)
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| ICHTHYPÉRIE | S. m. (Hist. des Fossiles) le D. Hill a donné le nom d'ichthypéries, ichthypersa, aux palais osseux des poissons, qu'on trouve fréquemment fossiles, à une grande profondeur en terre, & ensevelis d'ordinaire dans des lits pierreux. M. Lhuyd les a nommés siliquastra, à cause de leur ressemblance dans cet état à des siliques, ou gousses de lupins, & autres plantes légumineuses.
C'est cette ressemblance qui a fait croire à plusieurs naturalistes, que c'étoit des fossiles qui provenoient des végétaux dans leur premiere origine ; mais ce sont uniquement des couvertures osseuses des différentes parties de la bouche de poissons cartilagineux, & peut-être d'autres especes, dont la principale nourriture ayant été de coquillages, un palais osseux leur convenoit pour les pouvoir briser ; en effet, les ichthypéries sont pour la plûpart entiérement déchirés ou arrondis.
On les trouve quelquefois dans leur état fossile, en tas joints ensemble, tels qu'ils étoient dans la bouche du poisson ; cependant ils paroissent communément en pieces & en fragmens.
Ils sont tous de la substance des crapaudines, & de cent figures différentes, conformément aux diverses especes de poissons, ou aux différentes parties de la bouche du poisson.
Le plus grand nombre ressemble de figure à une demi-gousse de lupin, à un poids, ou à une feve de marais ; mais courts, larges, les autres longs & éfilés, bosselés, cintrés, applatis, crochus à une extrémité, tortueux, rhomboïdes, triangulaires, en un mot de toutes sortes de formes & de grandeurs. Il y en a depuis un dixieme de pouce jusqu'à deux pouces de long & un pouce de large ; les uns lisses & polis, d'autres striés, cannelés, & d'autres tout couverts de tubercules ; leur couleur n'est pas moins variée, on en voit de bruns, de fauves, de noirâtres, de noirs, de verds, de bleus, de jaunâtres, de blanchâtres, enfin de tachetés de diverses couleurs.
On les trouve enfouis dans différens lits pierreux, en Allemagne, en France, en Italie, dans les îles de l'Archipel, en Syrie, & plus fréquemment en Angleterre que par-tout ailleurs ; car il est peu de carrieres de pierres de ce pays-là qui n'en fournissent plus ou moins. Voyez l'Histoire des fossiles, écrite par M. Hill, en anglois. (D.J.)
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| ICHTYODONTES | S. f. (Hist. nat.) nom donné par quelques auteurs aux dents de poissons que l'on trouve répandues dans l'intérieur de la terre, telles que les glossopetres ou dents de lamies, les crapaudines, &c. (-)
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| ICHTYOLITES | S. f. (Hist. nat. Lythologie) nom générique donné par quelques naturalistes à toutes les pierres dans lesquelles on trouve des empreintes de poissons, ou à toutes les parties de poissons pétrifiées, telles que des têtes, des arêtes, des vertebres, des dents, &c. En un mot, le nom d'ichtyolite peut s'appliquer à toutes les pierres qui renferment des poissons ou quelques-unes de leurs parties. Le mont Bolca, près de Vérone, fournit un grand nombre de pierres chargées des empreintes de poissons ; on en trouve aussi en Allemagne dans le voisinage d'Abensleben, d'Eisleben, de Mansfeld, d'Osterode, ainsi que dans le duché de Deux-Ponts. Voyez PIERRES, EMPREINTES, PETRIFICATIONS, &c. (-)
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| ICHTYOMANTIE | S. f. (Art divinat.) espece de divination qui se tiroit en considérant les entrailles des poissons. On faisoit sur ces animaux à peu près les mêmes observations, que l'on avoit coutume de faire sur les autres victimes. Tirésias & Polydamas y recoururent dans le tems de la guerre de Troye. Pline, livre xxxij, chap. ij, rapporte qu'à Mire en Lycie, on jouoit de la flute à trois reprises, pour faire approcher les poissons de la fontaine d'Apollon, appellée curius ; que ces poissons ne manquoient pas de venir ; que tantôt ils dévoroient la viande qu'on leur jettoit, ce que les consultans prenoient en bonne part ; & que tantôt ils la méprisoient & la repoussoient avec leur queue, ce qu'on regardoit comme un présage funeste. Ichthyomantie est un terme formé de , poisson, & de , divination. (D.J.)
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| ICHTYOPETRES | S. f. (Hist. nat. foss.) pierres qui portent empreinte de poissons. Voyez l'article PIERRE.
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| ICHTYS | (Hist. ecclésiastiq.) fameuse acrostiche de la sibylle Erytrée, dont parlent Eusebe & saint Augustin, dans laquelle les premieres lettres de chaque vers formoient les mots de , c'est-à-dire, Jesus Christ fils de Dieu sauveur, dont les lettres initiales en grec sont , Supplément de Chambers.
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| ICI | adv. de lieu, (Gramm.) il désigne l'endroit où l'on est ; mais il comprend une certaine étendue qui varie. Celui qui entre dans une maison & qui demande du maître s'il est ici, l'adverbe ici comprend l'étendue de la maison. En changeant la question, on concevra par la réponse que l'adverbe ici peut comprendre l'étendue d'une ville ; mais je ne connois aucun cas où il puisse désigner une province, une très-grande contrée ; je ne crois pas qu'un homme qui seroit aux îles, dise d'un autre qu'il est ici. Il répéteroit le mot îles, ou il changeroit sa façon de parler.
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| ICICARIBA | S. m. (Botan. exot.) c'est l'arbre qui fournit la résine élémi d'Amérique ; car l'arbre d'où découle le vrai élémi d'Ethiopie, est l'olivier d'Egypte assez semblable à ceux de la Pouille.
L'icicariba est caractérisé par Ray, arbor Brasiliensis, foliis pinnatis, flosculis verticillatis, fructu olive figurâ & magnitudine, hist. 2. 1546. C'est le prunus javanica, atriplicis foliis commelini, kakousa javanis, Hort. Beaum. 35. Prunifera fago similis, ex insula Barbadensi, Pluken. Almag. 306. Arbor ex surinamâ, myrti laureae foliis, Breyn Prodrom. 2. 19. Kakuria, myrabolanus zeylanica, Herman. Mus. Zeylan. 48, &c.
C'est un grand arbre qui s'éleve & vient comme le hêtre, son tronc cependant n'est pas fort gros ; son écorce est lisse & cendrée ; ses feuilles sont composées de deux & quelquefois de trois paires de petites feuilles, terminées à l'extrémité par une seule, semblable à celle du poirier, longue de trois doigts, finissant en pointe, épaisse comme du parchemin, d'un verd gai & luisant. Elles ont une côte qui les partage dans toute leur longueur, & des nervures qui s'étendent obliquement.
Vers la base des feuilles composées, sortent plusieurs petites fleurs ramassées en grappes ou par anneaux ; elles sont fort petites, à quatre pétales verds, en forme d'étoile, bordées d'une ligne blanche ; le milieu de la fleur est occupé par quelques petites étamines jaunâtres.
Quand les fleurs sont tombées, il leur succede des fruits de la grosseur & de la figure d'une olive, & de la couleur de la grenade. Ils renferment une pulpe qui a la même odeur que la résine de cet arbre ; car si l'on fait le soir une incision à l'écorce, il en découle pendant la nuit une résine très-odorante, ayant l'odeur de l'anis nouvellement écrasé, & que l'on peut recueillir le lendemain. Cette résine a la consistance de la manne, est d'une couleur verte un peu jaunâtre, & se manie aisément. Voyez son article. Si l'on presse un peu fortement l'écorce extérieure de l'icicariba sans l'ouvrir, elle donne par la seule pression une odeur assez vive. (D.J.)
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| ICIDIENS | ou DOMESTIQUES, subst. m. pl. (Mytholog.) il se disoit des dieux lares ou pénates. Servius en fait des freres. Ce mot vient de , dérivé de , maison.
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| ICONDRE | (Géog.) petit pays d'Afrique dans l'île de Madagascar. Il est montueux, fertile en bons plantages & pâturages, par la hauteur de 22. 30. (D.J.)
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| ICONE | (Géog. anc.) ancienne ville de la Cappadoce, dans le département de la Lycaonie, selon Ptolomée : Strabon, contemporain d'Auguste & de Tibere, en parle lib. XII. p. 586, comme d'une petite ville, mais bien bâtie ; elle s'aggrandit sans-doute peu de tems après ; car nous lisons dans les actes des Apôtres, chap. xiv. v. 1. 18. 20. qu'il y avoit à Icone une grande multitude de Juifs & de Grecs. Il est encore question de cette ville dans les mêmes actes des Apôtres, chap. xiij. v. 51. chap. xvj. v. 2. & dans la I. à Timothée, chap. iij. v. 1. Tout cela s'accorde avec le témoignage de Pline, liv. V. chap. xxvij. qui dit que de son tems c'étoit une ville célebre ; elle fut épiscopale de bonne heure. Hieroclès & les autres auteurs des Notices ecclésiastiques, la nomment métropole.
Icone devint la conquête des Turcs avant qu'ils eussent passé en Europe ; ils en formerent le siége d'un grand gouvernement, & défirent devant cette ville l'armée des Croisés d'Allemagne conduits par Conrard ; l'empereur blessé, qui comptoit arriver à Jérusalem en général d'armée victorieux, s'y rendit en pélerin.
Cogni est le nom moderne de l'ancienne Icone ; elle est grande, peuplée, située dans une belle campagne, fertile en blé, en arbres fruitiers, & en toutes sortes de légumes. Elle est la capitale de toute la Caramanie, & le Beglierbeg y fait sa résidence ordinaire. Le sangiac de Cogni a sous lui dix huit ziamets & cinq cent douze timars. Rochefort, dans son voyage de Turquie, en a donné une ample description. (D.J.)
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ICONIQUE STATUE | (Antiq. greq.) on nommoit ainsi dans la Grece les statues que l'on élevoit en l'honneur de ceux qui avoient été trois fois vainqueurs aux jeux sacrés. On mesuroit exactement ces statues sur leur taille & sur leurs membres, & l'on les appella statues iconiques, parce qu'elles étoient censées devoir représenter plus parfaitement qu'aucune autre, la ressemblance de ceux pour qui elles étoient faites. Voyez STATUE. (D.J.)
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| ICONIUM | (Géog. anc.) Voyez-en l'article sous le nom françois ICONE.
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| ICONOCLASTES | S. m. (Théologie) briseurs d'images. Nom qu'on donna dans le vij. siecle à une secte d'hérétiques qui s'éleva contre le culte religieux que les Catholiques rendoient aux images. Voyez IMAGES.
Ce mot est grec formé de , image, & , rumpere, rompre, parce que les Iconoclastes brisoient les images.
On a depuis donné ce nom à tous ceux qui se sont déclarés avec la même fureur contre le culte des images. C'est dans ce sens qu'on appelle Iconoclastes non-seulement les réformés, mais encore quelques-unes des églises d'orient, & qu'on les regarde comme hérétiques, parce qu'ils s'opposent au culte des images de Dieu & des saints, & qu'ils en brisent toutes les figures & représentations dans les églises. Voyez LATRIE, culte, &c.
Les anciens Iconoclastes soutenus d'abord par les califes sarrasins, ensuite par quelques empereurs grecs, tels que Leon l'Isaurien & Constantin Copronyme, remplirent l'orient de carnage & d'horreurs. Sous Constantin & Irene le culte des images fut rétabli, & l'on tint un concile à Nicée, où les Iconoclastes furent condamnés. Mais leur parti se releva sous Nicephore, Leon l'Arménien, Michel le Begue & Theophile, qui les favoriserent & tolérerent, & commirent eux-mêmes contre les Catholiques des cruautés inouies, dont on peut voir le détail dans l'histoire que M. Maimbourg a donnée de cette hérésie.
Parmi les nouveaux Iconoclastes, on peut compter les Pétrobrusiens, les Albigeois & les Vaudois, les Wiclefites, les Hussites, les Zuingliens & les Calvinistes, qui dans nos guerres de religion, se sont portés aux mêmes excès contre les images que les anciens Iconoclastes. (G)
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| ICONOGRAPHIE | S. f. iconographia, (Antiq.) description des images ou statues antiques de marbre & de bronze, des bustes, des demi-bustes, des dieux pénates, des peintures à fresque, des mosaïques & des miniatures anciennes. Voyez ANTIQUE, STATUE, &c.
Ce mot est grec, , & vient d', image, & , je décris.
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| ICONOLATRE | S. m. (Théologie) qui adore les images, est le nom que les Iconoclastes donnent aux Catholiques qu'ils accusent faussement d'adorer les images, & de leur rendre le culte qui n'est dû qu'à Dieu.
Ce mot vient du grec , image, & , j'adore. Voyez IMAGE, IDOLATRIE, &c. (G)
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| ICONOLOGIE | S. f. (Antiq.) science qui regarde les figures & les représentations, tant des hommes que des dieux.
Elle assigne à chacun les attributs qui leur sont propres, & qui servent à les différencier. Ainsi elle représente Saturne en vieillard avec une faux ; Jupiter armé d'un foudre avec un aigle à ses côtés ; Neptune avec un trident, monté sur un char tiré par des chevaux marins ; Pluton avec une fourche à deux dents, & traîné sur un char attelé de quatre chevaux noirs ; Cupidon ou l'Amour avec des fleches, un carquois, un flambeau, & quelquefois un bandeau sur les yeux ; Apollon, tantôt avec un arc & des fleches, & tantôt avec une lyre ; Mercure, un caducée en main, coeffé d'un chapeau aîlé, avec des talonnieres de même ; Mars armé de toutes pieces, avec un coq qui lui étoit consacré ; Bacchus couronné de lierre, armé d'un tirse & couvert d'une peau de tigre, avec des tigres à son char, qui est suivi de bacchantes ; Hercule revêtu d'une peau de lion, & tenant en main une massue ; Junon portée sur des nuages avec un paon à ses côtés ; Vénus sur un char tiré par des cignes, ou par des pigeons ; Pallas le casque en tête, appuyée sur son bouclier, qui étoit appellé égide, & à ses côtés une chouette qui lui étoit consacrée ; Diane habillée en chasseresse, l'arc & les fleches en main ; Cérès, une gerbe & une faucille en main. Comme les Payens avoient multiplié leurs divinités à l'infini, les Poëtes & les Peintres après eux se sont exercés à revêtir d'une figure apparente des êtres purement chimériques, ou à donner une espece de corps aux attributs divins, aux saisons, aux fleuves, aux provinces, aux sciences, aux arts, aux vertus, aux vices, aux passions, aux maladies, &c. Ainsi la Force est représentée par une femme d'un air guerrier appuyée sur un cube ; on voit un lion à ses piés. On donne à la Prudence un miroir entortillé d'un serpent, symbole de cette vertu ; à la Justice une épée & une balance ; à la Fortune un bandeau & une roue ; à l'Occasion un toupet de cheveux sur le devant de sa tête chauve par-derriere ; des couronnes de roseaux & des urnes à tous les fleuves ; à l'Europe une couronne fermée, un sceptre & un cheval ; à l'Asie un encensoir, &c.
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| ICONOMAQUE | adj. (Gramm.) qui attaque le culte des images. L'empereur Leon Isaurien fut appellé iconomaque après qu'il eut rendu l'édit qui ordonnoit d'abattre les images. Iconomaque est synonyme à Iconoclaste. Voyez ICONOCLASTE.
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| ICOSAEDRE | S. m. terme de Géometrie, c'est un corps ou solide régulier terminé par vingt triangles équilatéraux & égaux entr'eux.
On peut considérer l'icosaëdre comme composé de vingt pyramides triangulaires, dont les sommets se rencontrent au centre d'une sphere, & qui ont par conséquent leurs hauteurs & leurs bases égales ; d'où il suit qu'on aura la solidité de l'icosaëdre, en multipliant la solidité d'une de ces pyramides par 20, qui est le nombre des bases. Harris & Chambers. (E)
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| ICOSAPROTE | S. m. (Hist. mod.) dignité chez les Grecs modernes. On disoit un icosaprote ou un vingt-princier, comme nous disons un cent suisse.
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| ICREPOMONGA | S. m. (Hist. nat.) serpent marin des mers du Brésil, qui se tient communément immobile sous les eaux ; on lui attribue la propriété d'engourdir comme la torpille ; on assure que tous les animaux qui s'en approchent y demeurent si fortement attachés, qu'ils ne peuvent s'en débarrasser, & le serpent en fait sa proie. Il s'avance quelquefois sur le rivage, où il s'arrange de maniere à occuper un très-petit espace ; les mains des hommes qui voudroient le saisir demeurent attachées à son corps, & il les entraîne dans la mer pour les dévorer.
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| ICTERE | (Medecine) Voyez JAUNISSE.
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ICTERIUS LAPIS | (Hist. nat.) nom que les anciens ont donné à une pierre fameuse par la vertu de guérir la jaunisse qu'on lui attribuoit. Pline en décrit quatre especes ; la premiere étoit d'un jaune foncé ; la seconde d'un jaune plus pâle & plus transparente ; la troisieme se trouvoit en morceaux applatis, & étoit d'une couleur verdâtre avec des veines foncées ; la quatrieme espece enfin étoit verdâtre, avec des veines noires. Sur une description aussi seche, il est très-difficile de deviner de quelle nature étoit cette pierre si vantée. Voyez Pline, hist. nat. (-)
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| ICTIAR | S. m. (Hist. d'Asie) officier qui a passé par tous les grades de son corps, & qui par cette raison a acquis le droit d'être membre du divan. Pococ. aegypt. pag. 166. (D.J.)
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| IDA | S. m. (Géog. anc.) il y a deux montagnes de ce nom également célebres dans les écrits des anciens, l'une dans la Troade, & l'autre dans l'île de Crete.
Le mont Ida en Troade, pris dans toute son étendue, peut être regardé comme un de ces grands réservoirs d'eau, que la nature a formés pour fournir & entretenir les rivieres ; de celles-là, quelques-unes tombent dans la Propontide, comme l'Aesepe & le Granique ; d'autres dans l'Hellespont, comme les deux entre lesquelles la ville d'Abidos étoit située ; j'entends le Ximois, & le Xante qui se joint avec l'Andrius : d'autres enfin vont se perdre au midi dans le Golphe d'Adramyte, entre le Satnioeis & le Cilée. Ainsi Horace, liv. III. ode 20, a eu raison d'appeller l'Ida de la Troade, aquatique, lorsqu'il dit de Ganymede,
Raptus ab aquosâ Idâ.
Diodore de Sicile ajoute que cette montagne est la plus haute de tout l'Hellespont, & qu'elle a au milieu d'elle un antre qui semble fait exprès pour y recevoir des divinités ; c'est là où l'on prétend que Paris jugea les trois déesses, qui disputoient le prix de la beauté. On croit encore que dans ce même endroit, étoient nés les Dactyles d'Ida, qui furent les premiers à forger le fer, ce secret si utile aux hommes, & qu'ils tenoient de la mere des dieux ; ce qui est plus sûr, c'est que le mont Ida s'avance par plusieurs branches vers la mer, & de là vient qu'Homere se sert souvent de cette expression, les montagnes d'Ida. Virgile, Aeneid. liv. III. v. 5. parle de même.
Classemque sub ipsâ
Antandro & Phrygiâ molimur montibus Ida.
En un mot, Homere, Virgile, Strabon, Diodore de Sicile, ne s'expriment guere autrement. En effet le mont Ida qui, comme on sait, est dans cette partie de la Natolie occidentale nommée Aidinzic, ou la petite Aidine, pousse plusieurs branches, dont les unes aboutissent au golphe d'Aidine ou de Booa dans la mer de Marmora ; les autres s'étendent vers l'Archipel à l'ouest, & quelques-unes s'avancent au sud, jusques au golphe de Gueresto, vis-à-vis de l'île de Mételin ; l'ancienne Troade étoit entre ces trois mers.
Parlons à présent du mont Ida de Crete, situé au milieu de cette île. Virgile, Aeneid. liv. III. v. 104. l'appelle mons Idaeus.
Creta Jovis magni medio jacet insula ponto,
Mons Idaeus ubì, & gentis cunabula nostrae.
L'Ida de Crete étoit fameux, non-seulement par les belles villes qui l'environnoient, mais sur-tout parce que selon la tradition populaire, le souverain maître des dieux & des hommes, Jupiter lui-même, y avoit pris naissance. Aussi l'appelle-t-on encore aujourd'hui Monte-Giove, ou Psiloriti.
Cependant cet Ida de Crete n'a rien de beau que son illustre nom ; cette montagne si célebre dans la Poésie, ne présente aux yeux qu'un vilain dos d'âne tout pelé ; on n'y voit ni paysage ni solitude agréable, ni fontaine, ni ruisseau ; à peine s'y trouve-t-il un méchant puits, dont il faut tirer l'eau à force de bras, pour empêcher les moutons & les chevaux du lieu d'y mourir de soif. On n'y nourrit que des haridelles, quelques brebis & de méchantes chevres, que la faim oblige de brouter jusques à la Tragacantha, si hérissée de piquans, que les Grecs l'ont appellée épine de bouc. Ceux donc qui ont avancé que les hauteurs du mont Ida de Candie étoient toutes chauves, & que les plantes n'y pouvoient pas vivre parmi la neige & les glaces, ont eu raison de ne nous point tromper, & de nous en donner un récit très-fidele.
Au reste le nom Ida dérive du grec , qui vient lui-même d', qui signifie voir, parce que de dessus ces montagnes, qui sont très-élevées, la vue s'étend fort loin, tant de dessus le mont Ida de la Troade, que de dessus le mont Ida de Crete. (D.J.)
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| IDALIUM | (Géog. anc.) ville de l'île de Chypre consacrée à la déesse Venus, & qui ne subsistoit plus déja du tems de Pline. Lucain nomme la Troade, Idalis Tellus ; Idalis veut dire le pays du mont Ida. J'ai déja parlé de cette montagne. (D.J.)
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| IDANHA NUEVA | (Géog.) petite ville de Portugal dans la province de Béira, à deux lieues S. O. de la vieille Idanha. Longit. 11. 23. latit. 39. 42. (D.J.)
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| IDANHA-VELHA | (Géog.) c'est-à-dire Idanha la vieille, ville de Portugal dans la province de Béira, elle fut prise d'assaut par les Irlandois en 1704 ; elle est sur le Ponsul, à dix lieues N. E. de Castel-Branco, huit N. O. d'Alcantara. Long. 11. 32. lat. 39. 46. (D.J.)
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| IDÉAL | adj. (Gramm.) qui est d'idée. On demande d'un tableau si le sujet en est historique ou idéal ; d'où l'on voit qu'idéal s'oppose à réel. On dit c'est un homme idéal, pour désigner le caractere chimérique de son esprit ; c'est un personnage idéal, pour marquer que c'est une fiction, & non un être qui ait existé ; sa philosophie est toute idéale, par opposition à la philosophie d'observations & d'expérience.
IDEAL, (Docimast.) poids idéal ou fictif. Voyez POIDS FICTIF.
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| IDÉE | S. f. (Philos. Log.) nous trouvons en nous la faculté de recevoir des idées, d'appercevoir les choses, de se les représenter. L'idée ou la perception est le sentiment qu'a l'ame de l'état où elle se trouve.
Cet article, un des plus importans de la Philosophie, pourroit comprendre toute cette science que nous connoissons sous le nom de Logique. Les idées sont les premiers degrés de nos connoissances, toutes nos facultés en dépendent. Nos jugemens, nos raisonnemens, la méthode que nous présente la Logique, n'ont proprement pour objet que nos idées. Il seroit aisé de s'étendre sur un sujet aussi vaste, mais il est plus à propos ici de se resserrer dans de justes bornes ; & en indiquant seulement ce qui est essentiel, renvoyer aux traités & aux livres de Logique, aux essais sur l'entendement humain, aux recherches de la vérité, à tant d'ouvrages de Philosophie qui se sont multipliés de nos jours, & qui se trouvent entre les mains de tout le monde.
Nous nous représentons, ou ce qui se passe en nous mêmes, ou ce qui est hors de nous, soit qu'il soit présent ou absent ; nous pouvons aussi nous représenter nos perceptions elles-mêmes.
La perception d'un objet à l'occasion de l'impression qu'il a fait sur nos organes, se nomme sensation.
Celle d'un objet absent qui se représente sous une image corporelle, porte le nom d'imagination.
Et la perception d'une chose qui ne tombe pas sous les sens, ou même d'un objet sensible, quand on ne se le représente pas sous une image corporelle, s'appelle idée intellectuelle.
Voilà les différentes perceptions qui s'allient & se combinent d'une infinité de manieres ; il n'est pas besoin de dire que nous prenons le mot d'idée ou de perception dans le sens le plus étendu, comme comprenant & la sensation & l'idée proprement dite.
Réduisons à trois chefs ce que nous avons à dire sur les idées ; 1°. par rapport à leur origine, 2°. par rapport aux objets qu'elles représentent, 3°. par rapport à la maniere dont elles représentent ces objets.
1°. Il se présente d'abord une grande question sur la maniere dont les qualités des objets produisent en nous des idées ou des sensations ; & c'est sur celles-ci principalement que tombe la difficulté. Car pour les idées que l'ame apperçoit en elle-même, la cause en est l'intelligence, ou la faculté de penser, ou si l'on veut encore, sa maniere d'exister ; & quant à celles que nous acquérons en comparant d'autres idées, elles ont pour causes les idées elles-mêmes, & la comparaison que l'ame en fait. Restent donc les idées que nous acquérons par le moyen des sens ; sur quoi l'on demande comment les objets produisant seulement un mouvement dans les nerfs, peuvent imprimer des idées dans notre ame ? Pour résoudre cette question, il faudroit connoître à fond la nature de l'ame & du corps, ne pas s'en tenir seulement à ce que nous présentent leurs facultés & leurs propriétés, mais pénétrer dans ce mystere inexplicable, qui fait l'union merveilleuse de ces deux substances.
Remonter à la premiere cause, en disant que la faculté de penser a été accordée à l'homme par le Créateur, ou avancer simplement que toutes nos idées viennent des sens ; ce n'est pas assez, & c'est même ne rien dire sur la question : outre qu'il s'en faut de beaucoup que nos idées soient dans nos sens, telles qu'elles sont dans notre esprit, & c'est là la question. Comment à l'occasion d'une impression de l'objet sur l'organe, la perception se forme-t-elle dans l'ame ?
Admettre une influence réciproque d'une des substances sur l'autre, c'est encore ne rien expliquer.
Prétendre que l'ame forme elle-même ses idées, indépendamment du mouvement ou de l'impression de l'objet, & qu'elle se représente les objets desquels par le seul moyen des idées elle acquiert la connoissance, c'est une chose plus difficile encore à concevoir, & c'est ôter toute relation entre la cause & l'effet.
Recourir aux idées innées, ou avancer que notre ame a été créée avec toutes ses idées, c'est se servir de termes vagues qui ne signifient rien ; c'est anéantir en quelque sorte toutes nos sensations, ce qui est bien contraire à l'expérience ; c'est confondre ce qui peut être vrai à certains égards, des principes, avec ce qui ne l'est pas des idées dont il est ici question ; & c'est renouveller des disputes qui ont été amplement discutées dans l'excellent ouvrage sur l'entendement humain.
Assurer que l'ame a toujours des idées, qu'il ne faut point chercher d'autre cause que sa maniere d'être, qu'elle pense lors même qu'elle ne s'en apperçoit pas, c'est dire qu'elle pense sans penser, assertion dont, par cela même qu'on n'en a ni le sentiment ni le souvenir, l'on ne peut donner de preuve.
Pourroit-on supposer avec Malebranche, qu'il ne sauroit y avoir aucune autre preuve de nos idées, que les idées mêmes dans l'être souverainement intelligent, & conclure que nous acquérons nos idées dans l'instant que notre ame les apperçoit en Dieu ? Ce roman métaphysique ne semble-t-il pas dégrader l'intelligence suprème ? La fausseté des autres systèmes suffit-elle pour le rendre vraisemblable ? & n'est-ce pas jetter une nouvelle obscurité sur une question déja très-obscure par elle-même ?
A la suite de tant d'opinions différentes sur l'origine des idées, l'on ne peut se dispenser d'indiquer celle de Leibnitz, qui se lie en quelque sorte avec les idées innées ; ce qui semble déjà former un préjugé contre ce système. De la simplicité de l'ame humaine il en conclut, qu'aucune chose créée ne peut agir sur elle ; que tous les changemens qu'elle éprouve dépendent d'un principe interne ; que ce principe est la constitution même de l'ame, qui est formée de maniere, qu'elle a en elle différentes perceptions, les unes distinctes, plusieurs confuses, & un très-grand nombre de si obscures, qu'à peine l'ame les apperçoit-elle. Que toutes ces idées ensemble forment le tableau de l'univers ; que suivant la différente relation de chaque ame avec cet univers, ou avec certaines parties de l'univers, elle a le sentiment des idées distinctes, plus ou moins, suivant le plus ou moins de relation. Tout d'ailleurs étant lié dans l'univers, chaque partie étant une suite des autres parties ; de même l'idée représentative a une liaison si nécessaire avec la représentation du tout, qu'elle ne sauroit en être séparée. D'où il suit que, comme les choses qui arrivent dans l'univers se succedent suivant certaines lois, de même dans l'ame, les idées deviennent successivement distinctes, suivant d'autres lois adaptées à la nature de l'intelligence. Ainsi ce n'est ni le mouvement, ni l'impression sur l'organe, qui excite des sensations ou des perceptions dans l'ame ; je vois la lumiere, j'entends un son, dans le même instant les perceptions représentatives de la lumiere & du son s'excitent dans mon ame par sa constitution, & par une harmonie nécessaire, d'un côté entre toutes les parties de l'univers, de l'autre entre les idées de mon ame, qui d'obscures qu'elles étoient, deviennent successivement distinctes.
Telle est l'exposition la plus simple de la partie du système de Leibnitz, qui regarde l'origine des idées. Tout y dépend d'une connexion nécessaire entre une idée distincte que nous avons, & toutes les idées obscures qui peuvent avoir quelque rapport avec elle, qui se trouvent nécessairement dans notre ame. Or, l'on n'apperçoit point, & l'expérience semble être contraire à cette liaison entre les idées qui se succedent ; mais ce n'est pas là la seule difficulté que l'on pourroit élever contre ce système, & contre tous ceux qui vont à expliquer une chose qui vraisemblablement nous sera toujours inconnue.
Que notre ame ait des perceptions dont elle ne prend jamais connoissance, dont elle n'a pas la conscience (pour me servir du terme introduit par M. Locke) ou que l'ame n'ait point d'autres idées que celles qu'elle apperçoit, ensorte que la perception soit le sentiment même, ou la conscience qui avertit l'ame de ce qui se passe en elle ; l'un ou l'autre système, auxquels se réduisent proprement tous ceux que nous avons indiqués, n'explique point la maniere dont le corps agit sur l'ame, & celle-ci réciproquement. Ce sont deux substances trop différentes ; nous ne connoissons l'ame que par ses facultés, & ces facultés que par leurs effets : ces effets se manifestent à nous par l'intervention du corps. Nous voyons par-là l'influence de l'ame sur le corps, & réciproquement celle du corps sur l'ame ; mais nous ne pouvons pénétrer au-delà. Le voile restant sur la nature de l'ame, nous ne pouvons savoir ce qu'est une idée considérée dans l'ame, ni comment elle s'y produit ; c'est un fait, le comment est encore dans l'obscurité, & sera sans-doute toujours livré aux conjectures.
2°. Passons aux objets de nos idées. Ou ce sont des être réels, & qui existent hors de nous & dans nous, soit que nous y pensions, soit que nous n'y pensions pas ; tels sont les corps, les esprits, l'être suprème. Ou ce sont des êtres qui n'existent que dans nos idées, des productions de notre esprit qui joint diverses idées. Alors ces êtres ou ces objets de nos idées, n'ont qu'une existence idéale ; ce sont ou des êtres de raison, des manieres de penser qui nous servent à imaginer, à composer, à retenir, à expliquer plus facilement ce que nous concevons ; telles sont les relations, les privations, les signes, les idées universelles, &c. Ou ce sont des fictions distinguées des êtres de raison, en ce qu'elles sont formées par la réunion ou la séparation de plusieurs idées simples, & sont plutôt un effet de ce pouvoir ou de cette faculté que nous avons d'agir sur nos idées, & qui, pour l'ordinaire est désignée par le mot d'imagination. Voyez IMAGINATION. Tel est un palais de diamant, une montagne d'or, & cent autres chimères, que nous ne prenons que trop souvent pour des réalités. Enfin, nous avons, pour objet de nos idées, des êtres qui n'ont ni existence réelle, ni idéale, qui n'existent que dans nos discours, & pour cela on leur donne simplement une existence verbale. Tel est un cercle quarré, le plus grand de tous les nombres, & si l'on vouloit en donner d'autres exemples, on les trouveroit aisément dans les idées contradictoires, que les hommes & même les philosophes joignent ensemble, sans avoir produit autre chose que des mots dénués de sens & de réalité. Ce seroit trop entreprendre que de parcourir dans quelque détail, les idées que nous avons sur ces différens objets ; disons seulement un mot sur la maniere dont les êtres extérieurs & réels se présentent à nous au moyen des idées ; & c'est une observation générale qui se lie à la question de l'origine des idées. Ne confondons pas ici la perception qui est dans l'esprit avec les qualités du corps qui produisent cette perception. Ne nous figurons pas que nos idées soient des images ou des ressemblances parfaites de ce qu'il y a dans le sujet qui les produit ; entre la plûpart de nos sensations & leurs causes, il n'y a pas plus de ressemblance, qu'entre ces mêmes idées & leurs noms ; mais pour éclaircir ceci, faisons une distinction.
Les qualités des objets, ou tout ce qui est dans un objet, se trouve propre à exciter en nous une idée. Ces qualités sont premieres & essentielles, c'est-à-dire, indépendantes de toutes rélations de cet objet avec les autres êtres, & telles qu'il les conserveroit, quand même il existeroit seul. Ou elles sont des qualités secondes, qui ne consistent que dans les relations que l'objet a avec d'autres, dans la puissance qu'il a d'agir sur d'autres, d'en changer l'état, ou de changer lui-même d'état, étant appliqué à un autre objet ; si c'est sur nous qu'il agit, nous appellons ces qualités sensibles ; si c'est sur d'autres, nous les appellons puissances ou facultés. Ainsi la propriété qu'a le feu de nous échauffer, de nous éclairer, sont des qualités sensibles, qui ne seroient rien s'il n'y avoit des êtres sensibles, chez lesquels ce corps peut exciter ces idées ou sensations ; de même la puissance qu'il a de fondre le plomb par exemple, lorsqu'il lui est appliqué, est une qualité seconde du feu, qui excite chez nous de nouvelles idées, qui nous auroient été absolument inconnues, si l'on n'avoit jamais fait l'essai de cette puissance du feu sur le plomb.
Disons que les idées des qualités premieres des objets représentent parfaitement leurs objets ; que les originaux de ces idées existent réellement ; qu'ainsi l'idée que vous vous formez de l'étendue, est véritablement conforme à l'étendue qui existe. Je pense qu'il en est de même des puissances du corps, ou du pouvoir qu'il a en vertu de ses qualités premieres & originales de changer l'état d'un autre, ou d'en être changé. Quand le feu consume le bois, je crois que la plûpart des hommes conçoivent le feu, comme un amas de particules en mouvement, ou comme autant de petits coins qui coupent, séparent les parties solides du bois, qui laissent échapper les plus subtiles & les plus légeres pour s'élever en fumée, tandis que les plus grossieres tombent en forme de cendre.
Mais, pour ce qui est des qualités sensibles, le commun des hommes s'y trompe beaucoup. Ces qualités ne sont point réelles, elles ne sont point semblables aux idées que l'on s'en forme ; ce qui influe pour l'ordinaire, sur le jugement qu'on porte des puissances & des qualités premieres. Cela peut venir de ce que l'on n'apperçoit pas par les sens, les qualités originales dans les élemens dont les corps sont composés ; de ce que les idées des qualités sensibles, qui sont effectivement toutes spirituelles, ne nous paroissent tenir rien de la grosseur, de la figure, ou des autres qualités corporelles ; & enfin de ce que nous ne pouvons pas concevoir, comment ces qualités peuvent produire les idées & les sensations des couleurs, des odeurs, & des autres qualités sensibles, suite du mystere inexplicable qui regne, comme nous l'avons dit, sur la liaison de l'ame & du corps. Mais, pour cela, le fait n'en est pas moins vrai ; & si nous en cherchons les raisons, nous verrons que l'on en a plus d'attribuer au feu, par exemple, de la chaleur, ou de croire que cette qualité du feu que nous appellons la chaleur, nous est fidelement représentée par la sensation à laquelle nous donnons ce nom, que l'on en a de donner à une aiguille qui me pique, la douleur qu'elle me cause ; si ce n'est que nous voyons distinctement l'impression que l'aiguille produit chez moi, en s'insinuant dans ma chair, au lieu que nous n'appercevons pas la même chose à l'égard du feu ; mais cette différence, fondée uniquement sur la portée de nos sens, n'a rien d'essentiel. Autre preuve encore du peu de réalité des qualités sensibles, & de leur conformité à nos idées, ou sensations ; c'est que la même qualité nous est représentée par des sensations très-différentes, de douleur ou de plaisir suivant les tems & les circonstances. L'expérience montre d'ailleurs en plusieurs cas, que ces qualités que les sens nous font appercevoir dans les objets, ne s'y trouvent réellement pas. D'où nous nous croyons fondés à conclure que les qualités originelles des corps sont des qualités réelles, qui existent réellement dans les corps, soit que nous y pensions, soit que nous n'y pensions pas, & que les perceptions que nous en avons, peuvent être conformes à leurs objets ; mais que les qualités sensibles n'y sont pas plus réellement que la douleur dans une aiguille ; qu'il y a dans les corps quelques qualités premieres, qui sont les sources & les principes des qualités secondes, ou sensibles, lesquelles n'ont rien de semblable avec celles-ci qui en dérivent, & que nous prêtons aux corps.
Faites que vos yeux ne voyent ni lumiere ni couleur, que vos oreilles ne soient frappées d'aucun son, que votre nez ne sente aucune odeur ; dès-lors toutes ces couleurs, ces sons, & ces odeurs s'évanouiront & cesseront d'exister. Elles rentreront dans les causes qui les ont produites, & ne seront plus ce qu'elles sont réellement, une figure, un mouvement, une situation de partie : aussi un aveugle n'a-t-il aucune perception de la lumiere, des couleurs.
Cette distinction bien établie pourroit nous mener à la question de l'essence & des qualités essentielles des êtres, à faire voir le peu d'exactitude des idées que nous nous formons des êtres extérieurs ; à ce que nous connoissons des substances, & à ce qui nous en restera toujours inconnu, aux modes ou aux manieres d'être, & à ce qui en fait le principe ; mais outre que cela nous meneroit trop loin, on trouvera ces sujets traités dans les articles relatifs. Contentons-nous d'avoir indiqué cette distinction sur la maniere de connoître les qualités premieres, & les qualités sensibles d'un objet, & passons aux êtres qui n'ont qu'une existence idéale. Pour les faire connoître, nous choisissons, comme ayant un rapport distinct à nos perceptions, ceux que notre esprit considere d'une maniere générale, & dont il se forme ce que l'on appelle idées universelles.
Si je me représente un être réel, & que je pense en même tems à toutes les qualités qui lui sont particulieres, alors l'idée que je me fais de cet individu, est une idée singuliere ; mais, si écartant toutes ces idées particulieres, je m'arrête seulement à quelques qualités de cet être, qui soient communes à tous ceux de la même espece, je forme par-là une idée universelle, générale.
Nos premiéres idées sont visiblement singulieres. Je me fais d'abord une idée particuliere de mon pere, de ma nourrice ; j'observe ensuite d'autres êtres qui ressemblent à ce pere, à cette femme, par la forme, par le langage, par d'autres qualités. Je remarque cette ressemblance, j'y donne mon attention, je la détourne des qualités par lesquelles mon pere, ma nourrice, sont distingués de ces êtres ; ainsi je me forme une idée à laquelle tous ces êtres participent également ; je juge ensuite par ce que j'entends dire, que cette idée se trouve chez ceux qui m'environnent, & qu'elle est désignée par le mot d'hommes. Je me fais donc une idée générale, c'est-à-dire, j'écarte de plusieurs idées singulieres, ce qu'il y a de particulier à chacune, & je ne retiens que ce qu'il y a de commun à toutes : c'est donc à l'abstraction que ces sortes d'idées doivent leur naissance. Voyez ABSTRACTION.
Nous avons raison de les ranger dans la classe des êtres de raison, puisqu'elles ne sont que des manieres de penser, & que leurs objets qui sont des êtres universels, n'ont qu'une existence idéale, qui néanmoins a son fondement dans la nature des choses, ou dans la ressemblance des individus ; d'où il suit qu'en observant cette ressemblance des idées singulieres, on se forme des idées générales ; qu'en retenant la ressemblance des idées générales, on vient à s'en former de plus générales encore ; ainsi l'on construit une sorte d'échelle ou de pyramide qui monte par dégrés, depuis les individus jusqu'à l'idée de toutes, la plus générale, qui est celle de l'être.
Chaque degré de cette pyramide, à l'exception du plus haut & du plus bas, sont en même tems espece & genre ; espece, relativement au dégré supérieur ; genre, par rapport à l'inferieur. La ressemblance entre plusieurs personnages de différentes nations, leur fait donner le nom d'hommes. Certains rapports entre les hommes & les bêtes, les fait ranger sous une même classe, désignée sous le nom d'animaux. Les animaux ont plusieurs qualités communes avec les plantes, on les renferme sous le nom d'êtres vivans ; l'on peut aisément ajoûter des degrés à cette échelle. Si on la borne là, elle présente l'être vivant, pour le genre, ayant sous lui deux especes, les animaux & les plantes, qui, relativement à des dégrés inférieurs, deviennent à leur tour des genres.
Sur cette exposition des idées universelles, qui ne sont telles, que parce qu'elles ont moins de parties, moins d'idées particulieres, il semble qu'elles devroient être d'autant plus à la portée de notre esprit. Cependant l'expérience fait voir que plus les idées sont abstraites, & plus on a de peine à les saisir & à les retenir, à moins qu'on ne les fixe dans son esprit par un nom particulier, & dans sa mémoire, par un emploi fréquent de ce nom ; c'est que ces idées abstraites ne tombent ni sous les sens, ni sous l'imagination, qui sont les deux facultés de notre ame, dont nous aimons le plus à faire usage. Que pour produire ces idées universelles ou abstraites, il faut entrer dans le détail de toutes les qualités des êtres, observer & retenir celles qui sont communes, écarter celles qui sont propres à chaque individu ; ce qui ne se fait pas sans un travail d'esprit, pénible pour le commun des hommes & qui devient difficile, si l'on n'appelle les sens & l'imagination au secours de l'esprit, en fixant ces idées par des noms ; mais, ainsi déterminées, elles deviennent les plus familieres & les plus communes. L'étude & l'usage des langues nous apprennent que presque tous les mots, qui sont des signes de nos idées, sont des termes généraux, d'où l'on peut conclure, que presque toutes les idées des hommes sont des idées générales, & qu'il est beaucoup plus aisé & plus commode de penser ainsi d'une maniere universelle. Qui pourroit en effet imaginer & retenir des noms propres pour tous les êtres que nous connoissons ? A quoi aboutiroit cette multitude de noms singuliers ? Nos connoissances, il est vrai, sont fondées sur les existences particulieres, mais elles ne deviennent utiles que par des conceptions générales des choses, rangées pour cela sous certaines especes, & appellées d'un même nom.
Ce que nous venons de dire sur les idées universelles, peut s'étendre à tous les objets de nos perceptions, dont l'existence n'est qu'idéale : passons à la maniere dont elles nous peignent ces objets.
3°. A cet égard on distingue les idées, en idées claires ou obscures, appliquant par analogie à la vûe de l'esprit, les mêmes termes dont on se sert pour le sens de la vûe. C'est ainsi que nous disons qu'une idée est claire, quand elle est telle, qu'elle suffit pour nous faire connoître ce qu'elle représente, dès que l'objet vient à s'offrir à nous. Celle qui ne produit pas cet effet, est obscure. Nous avons une idée claire de la couleur rouge, lorsque, sans hésiter, nous la discernons de toute autre couleur ; mais bien des gens n'ont que des idées obscures des diverses nuances de cette couleur, & les confondent les unes avec les autres, prenant, par exemple, le couleur de cerise pour le couleur de rose. Celui-là a une idée claire de la vertu, qui sait distinguer sûrement une action vertueuse d'une qui ne l'est pas ; mais c'est en avoir une idée obscure, que de prendre des vices à la mode pour des vertus.
La clarté & l'obscurité des idées peuvent avoir divers degrés, suivant que ces idées portent avec elles plus ou moins de marques propres à les discerner de toute autre. L'idée d'une même chose peut être plus claire chez les uns, moins claire chez les autres ; obscure pour ceux-ci, très-obscure à ceux-là ; de même elles peuvent être obscures dans un tems, & devenir très-claires dans un autre. Ainsi une idée claire peut être subdivisée en idée distincte & confuse. Distincte, quand nous pouvons detailler ce que nous avons observé dans cette idée, indiquer les marques qui nous les font reconnoître, rendre compte des différences qui distinguent cette idée d'autres à peu-près semblables ; mais on doit appeller une idée confuse, lorsqu'étant claire, c'est-à-dire distinguée de toute autre, on n'est pas en état d'entrer dans le détail de ses parties.
Il en est encore ici comme du sens de la vûe. Tout objet vû clairement ne l'est pas toujours distinctement. Quel objet se présente avec plus de clarté que le soleil, & qui pourroit le voir distinctement à moins que d'affoiblir son éclat ? des exemples diront mieux que les définitions. L'idée de la couleur rouge est une idée claire, car l'on ne confondra jamais le rouge avec une autre couleur ; mais si l'on demande à quelqu'un, à quoi donc il reconnoît la couleur rouge, il ne saura que repondre. Cette idée claire est donc confuse pour lui, & je crois qu'on peut dire la même chose de toutes les perceptions simples. Combien de gens qui ont une idée claire de la beauté d'un tableau, qui guidés par un goût juste & sûr, n'hésiteront pas à le distinguer sur dix autres tableaux médiocres. demandez-leur ce qui les détermine à trouver cette peinture bonne, & ce qui en fait la beauté, ils ne sauront pas rendre raison de leur jugement, parce qu'ils n'ont pas une idée distincte de la beauté. Et voilà une différence sensible entre une idée simplement claire, & une idée distincte ; c'est que celui qui n'a qu'une idée claire d'une chose, ne sauroit la communiquer à un autre. Si vous vous adressez à un homme qui n'a qu'une idée claire, mais confuse de la beauté d'un poëme, il vous dira que c'est l'Iliade, l'Enéide, ou il ajoûtera quelques synonymes ; c'est un poëme qui est sublime, noble, harmonieux, qui ravit, qui enchante ; des mots tant que vous voudrez, mais des idées, n'en attendez pas de lui.
Ce ne sont aussi que les idées distinctes qui sont propres à étendre nos connoissances, & qui par-là sont préférables de beaucoup aux idées simplement claires, qui nous séduisent par leur éclat, & nous jettent cependant dans l'erreur ; ce qui mérite que l'on s'y arrête pour faire voir que, quoique distinctes, elles sont encore susceptibles de perfection. Pour cela une idée distincte doit être complete , c'est-à-dire qu'elle doit renfermer les marques propres à faire reconnoître son objet en tout tems & en toutes circonstances. Un fou, dit-on, est un homme qui allie des idées incompatibles ; voilà peut-être une idée distincte, mais fournit-elle des marques pour distinguer en tout tems un fou d'un homme sage ?
Outre cela les idées distinctes doivent être ce qu'on appelle dans l'école adéquates. On donne ce nom à une idée distincte des marques même qui distinguent cette idée ; un exemple viendra au secours de cette définition. On a une idée distincte de la vertu, quand on sait que c'est l'habitude de conformer ses actions libres à la loi naturelle. Cette idée n'est ni complete ment distincte, ni adéquate, quand on ne sait que d'une maniere confuse ce que c'est que l'habitude de conformer ses actions à une loi, ce que c'est qu'une action libre. Mais elle devient complete & adéquate, quand on se dit qu'une habitude est une facilité d'agir, qui s'acquiert par un fréquent exercice ; que conformer ses actions à une loi, c'est choisir entre plusieurs manieres d'agir également possibles, celle qui suit la loi ; que la loi naturelle est la volonté du LÉgislateur suprême qu'il a fait connoître aux hommes par la raison & par la conscience ; qu'enfin les actions libres sont celles qui dépendent du seul acte de notre volonté.
Ainsi l'idée de vertu emporte tout ceci, une facilité acquise par un fréquent exercice, de choisir entre plusieurs manieres d'agir, que nous pouvons exécuter par le seul acte de notre volonté, celle qui s'accommode le mieux à ce que la raison & la conscience nous représentent, comme conformes à la volonté de Dieu ; & cette idée de la vertu est non-seulement distincte, mais adéquate au premier degré. Pour la rendre plus distincte encore, on pourroit pousser cette analyse plus loin, & en cherchant les idées distinctes de tout ce qui entre dans l'idée de vertu, on seroit surpris combien ce mot embrasse de choses, auxquelles la plûpart de ceux qui l'emploient, ne pensent gueres. Il convient même de s'arrêter quand on est parvenu à des idées claires, mais confuses que l'on ne peut plus résoudre ; aller au-de-là ce seroit manquer son but, qui ne peut être que de former un raisonnement pour s'éclairer soi-même, ou pour communiquer aux autres ce que nous avons dans l'esprit. Dans le second cas nous remplissons nos vûes, lorsque nous nous faisons entendre de celui à qui nous parlons : au premier il suffit d'être parvenu à des principes assez certains, pour que nous puissions y donner notre assentiment.
De-là on peut conclure l'importance de ne pas se contenter d'idées confuses dans les cas où l'on peut s'en procurer de distinctes ; c'est ce qui donne cette netteté d'esprit qui en fait toute la justice. Pour cela il faut s'exercer de bonne heure & assidument sur les objets les plus simples, les plus familiers, en les considérant avec attention sous toutes leurs faces, & sous toutes les relations qu'ils peuvent avoir en les comparant ensemble, en ayant égard aux moindres différences, & en observant l'ordre & la liaison qu'elles ont entr'elles.
Passant ensuite à des objets plus composés, on les observera avec la même exactitude, & l'on se fera par-là une habitude d'avoir presque sans travail & sans peine des idées distinctes, & même de discerner toutes les idées particulieres qui entrent dans la composition de l'idée principale. C'est ainsi qu'en analysant les idées de plusieurs objets, l'on parviendra à acquérir cette qualité d'esprit qu'on désigne par le mot profondeur. Au contraire en négligeant cette attention, l'on n'aura jamais qu'un esprit superficiel qui se contente des idées claires, & qui n'aspire point à s'en former de distinctes ; qui donne beaucoup à l'imagination, peu au jugement, qui ne saisit les choses que par ce qu'elles ont de sensible, ne voulant ou ne pouvant avoir d'idées de ce quelles ont d'abstrait & de spirituel ; esprit qui peut se faire écouter, mais qui pour l'ordinaire est un fort mauvais guide.
C'est sur-tout le manque d'attention à examiner les objets de nos idées, à nous les rendre familiers, qui fait que nous n'en avons que des idées obscures ; & comme nous ne pouvons pas toujours conserver présens les objets dont nous avons acquis même des idées distinctes, la mémoire vient à notre secours pour nous les retracer ; mais, si alors nous ne donnons pas la même attention à cette faculté de notre ame, l'expérience fait voir que les idées s'effaçent autant, & par les mêmes degrés par lesquels elles ont été acquises & se sont gravées dans l'ame, ensorte que nous ne pouvons plus nous représenter l'objet quand il est absent, ni le reconnoître quand il est présent : des idées légérement saisies, imparfaitement digérées, quoique distinctes, ne seront bientôt plus que claires, ensuite confuses, puis obscures, & deviendront si obscures qu'elles se réduisent à rien. L'exemple de la maniere dont un jeune homme transporté en pays étranger, vient à oublier sa langue maternelle apprise par routine, en seroit une preuve, si l'on n'en avoit une infinité d'autres.
La maniere de voir, d'envisager un objet, de le considérer avec attention sous toutes ses faces, de l'étudier, de ranger dans son esprit sous un certain ordre les idées particulieres qui en dépendent, de s'appliquer à se rendre familiers les premiers principes & les propositions générales, de se les rappeller souvent, de ne pas s'occuper de trop d'objets à la fois, ni d'objets qui ayant trop de rapports peuvent se confondre ; de ne point passer d'un objet à l'autre qu'on ne s'en soit fait une idée distincte s'il est possible. Tout cela forme une méthode de se représenter les objets, de connoître, d'étudier, sur laquelle on ne peut prescrire ici toutes les regles, que l'on trouvera dans un traité de logique bien fait.
Convenons cependant qu'il est des choses, dont avec toute l'attention & la disposition possible, on ne peut parvenir à se faire des idées distinctes, soit parce que l'objet est trop composé, soit parce que les parties de cet objet different trop peu entr'elles pour que nous puissions les demêler & en saisir les différences, soit qu'elles nous échappent par leur peu de proportion avec nos organes, ou par leur éloignement, soit que l'essentiel d'une idée, ce qui la distingue de toute autre, se trouve enveloppé de plusieurs circonstances étrangeres qui les dérobent à notre pénétration. Toute machine trop composée, le corps humain, par exemple, est tellement combiné dans toutes ses parties, que la sagacité des plus habiles n'y peut voir la millieme partie de ce qu'il y auroit à connoître, pour s'en former une idée complete ment distincte. Le microscope, le télescope nous ont donné à la vérité des idées plus distinctes sur des objets, qui avant ces découvertes, étoient dans le second cas, c'est-à-dire très-obscures par la petitesse ou l'éloignement de ces objets, & encore combien sommes-nous éloignés d'en avoir des idées nettes ! La plûpart des hommes n'ont qu'une idée assez obscure de ce qu'ils entendent par le mot de cause, parce que dans la production d'un effet la cause se trouve ordinairement enveloppée, & tellement jointe à diverses choses, qu'il leur est difficile de discerner en quoi elle consiste.
Cet exemple même nous indique un obstacle à nous procurer des idées distinctes, c'est l'imperfection & l'abus des mots comme signes représentatifs, mais signes arbitraires de nos idées. Voyez MOTS, SYNTAXE. Il n'est que trop fréquent, & l'expérience nous montre tous les jours que l'on est dans l'habitude d'employer des mots sans y joindre d'idées précises, ou même aucune idée, de les employer tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, ou de les lier à d'autres, qui en rendent la signification indéterminée, & de supposer toujours comme on le fait, que les mots excitent chez les autres les mêmes idées que nous y avons attachées. Comment se faire des idées distinctes avec des signes aussi équivoques ? Le meilleur conseil que l'on puisse donner contre cet abus, c'est qu'après s'être appliqué à n'avoir que des idées bien nettes & bien terminées, nous n'employons jamais, ou du moins le plus rarement qu'il nous sera possible, de mots qui ne nous donnent du moins une idée claire, que nous tâchions de fixer la signification de ces mots ; qu'en cela nous suivions autant qu'on le pourra, l'usage commun, & qu'enfin nous évitions de prendre le même mot en deux sens différens. Si cette regle générale dictée par le bon sens, étoit suivie & observée dans tous ses détails avec quelque soin, les mots bien loin d'être un obstacle, deviendroient un aide, un secours infini à la recherche de la vérité, par le moyen des idées distinctes, dont ils doivent être les signes. C'est à l'article des définitions & à tant d'autres, sur la partie philosophique de la Grammaire que nous renvoyons.
Quelque étendue que l'on ait donné à cet article, il y auroit encore bien des choses à dire sur nos idées, considérées relativement aux facultés de notre ame, sur leurs usages, comme étant les sources de nos jugemens, & les principes de nos connoissances. Mais tout cela a été dit, & se trouve dans un si grand nombre de bons ouvrages sur l'art de penser & de communiquer nos pensées, qu'il seroit superflu de s'y arrêter davantage. Quiconque voudra méditer sur ce qui se passe en lui, lorsqu'il s'applique à la recherche de quelque vérité, s'instruira mieux par lui-même de la nature des idées, de leurs objets, & de leur utilité.
IDEE, s. f. (Antiq. grecq. & rom.) Idaea, surnom de Cybele, qu'on adoroit particulierement sur le mont Ida ; par la même raison ses ministres les dactyles, ou les corybantes, étoient appellés Idéens, mais ils ne tenoient cette qualification que de l'honneur qu'ils avoient de servir la mere des dieux ; on la nommoit par excellence Idaea magna mater, & c'est elle que regardent les inscriptions avec ces trois lettres I. M. M. Idaeae magnae matri. On célébroit solemnellement dans toute la Phrygie la fête sacrée de la mere Idéenne, par des sacrifices & des jeux, & on promenoit sa statue au son de la flûte & du tympanon.
Les Romains lui sacrifierent à leur tour, & instituerent des jeux à sa gloire, avec les cérémonies romaines ; mais ils y employerent des Phrygiens & des Phrygiennes, qui portoient par la ville la statue de Cybele, en sautant, dansant, battant de leurs tambours, & jouant de leurs crotales. Denys d'Halycarnasse remarque qu'il n'y avoit aucun citoyen de Rome qui se mêlât avec ces Phrygiens, & qui fût initié dans les mysteres de la déesse. (D.J.)
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| IDÉEN | DACTYLE, (Littérat.) prêtre de Jupiter, sur le mont Ida en Phrygie, ou dans l'île de Crete. On n'est d'accord ni sur l'origine des dactyles idéens, ni sur leur nombre, ni sur leurs fonctions. On les confond avec les curetes, les corybantes, les telchines, & les cabires ; on peut consulter sur cet article, parmi les anciens, Diodore de Sicile, lib. V. & XVII. Strabon, lib. X. p. 473. le Scholiaste d'Apollonius de Rhodes, lib. I. Eustathe sur Homere, Iliad. 2. p. 353. & Pausanias, lib. V. cap. xvij.
Ce furent les dactyles idéens de Crete qui les premiers fondirent la mine de fer, après avoir appris dans l'incendie des forêts du mont Ida que cette mine étoit fusible. La chronique de Paros (Epoch. 11. Marm. oxon. p. 163.) met cette découverte dans l'année de cette chronique 1168, sous le regne de Pandion à Athenes, & l'attribue aux deux dactyles idéens, nommés Celmis & Damnacé ; voyez les mémoires de l'acad. des Inscr. tom. XIV. & le mot DACTYLE.
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| IDENTIFIER | v. act. & neut. (Gram.) de deux ou plusieurs choses différentes n'en faire qu'une ; on dit aussi s'identifier.
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| IDENTIQUE | adj. Voyez son substantif IDENTITE.
IDENTIQUE, (Alg.) on appelle équation identique celle dont les deux membres sont les mêmes, ou contiennent les mêmes quantités, sous la même ou sous différentes formes ; par exemple, a = a, ou aa - xx = (a + x) x (a - x), sont des équations identiques. Dans ces équations, si on passe tous les termes d'un même côté, on trouve qu'ils se détruisent mutuellement, & que tout se réduit à o = o, ce qui n'apprend rien. Ces sortes d'équations ne servent à rien pour la solution des problêmes, & il faut prendre garde dans la solution de certains problèmes compliqués de tomber dans des équations identiques ; car on croiroit être parvenu à la solution, & l'on se tromperoit : c'est ce qui arrive quelquefois ; par exemple, on veut transformer une courbe en une autre, on croit avoir résolu le problème, parce qu'on est parvenu à une équation qui en apparence differe de la proposée, & on n'a fait quelquefois que transformer les axes. (O)
IDENTITE, s. f. (Métaphysiq.) l'identité d'une chose est ce qui fait dire qu'elle est la même & non une autre ; il paroît ainsi qu'identité & unité ne different point, sinon par certain regard de tems & de lieu. Une chose considérée en divers lieux, ou en divers tems, se retrouvant ce qu'elle étoit, est alors dite la même chose. Si vous la considériez sans nulle différence de tems ni de lieu, vous la diriez simplement une chose ; car par rapport au même tems & au même lieu, on dit voilà une chose, & non voilà la même chose.
Nous concevons différemment l'identité en différens êtres ; nous trouvons une substance intelligente, toûjours précisément la même, à raison de son unité ou indivisibilité, quelques modifications qu'il y survienne, telles que ses pensées ou ses sentimens. Une même ame n'en est pas moins précisément la même, pour éprouver des changemens d'augmentation ou de diminution de pensées ou de sentimens ; au lieu que dans les êtres corporels, une portion de matiere n'est plus dite précisément la même, quand elle reçoit continuellement augmentation ou altération dans ses modifications, telles que sa figure & son mouvement.
Observons que l'usage admet une identité de ressemblance, qui se confond souvent avec la vraie identité ; par exemple, en versant d'une bouteille de vin en deux verres, on dit que dans l'un & l'autre verre c'est le même vin ; & en faisant deux habits d'une même piece de drap, on dit que les deux habits sont de même drap. Cette identité n'est que dans la ressemblance, & non dans la substance, puisque la substance de l'un peut se trouver détruite, sans que la substance de l'autre se trouve altérée en rien. Par la ressemblance deux choses sont dites aussi la même, quand l'une succede à l'autre dans un changement imperceptible, bien que très-réel, ensorte que ce sont deux substances toutes différentes ; ainsi la substance de la riviere de Seine change tous les jours imperceptiblement, & par-là on dit que c'est toûjours la même riviere, bien que la substance de l'eau qui forme cette riviere change & s'écoule à chaque instant ; ainsi le vaisseau de Thesée étoit dit toûjours le même vaisseau de Thesée, bien qu'à force d'être radoubé il ne restât plus un seul morceau du bois dont il avoit été formé d'abord ; ainsi le même corps d'un homme à cinquante ans n'a-t-il plus rien peut-être de la substance qui composoit le même corps quand cet homme n'avoit que six mois, c'est-à-dire qu'il n'y a souvent dans les choses materielles qu'une identité de ressemblance, que l'équivoque du mot fait prendre communément pour une identité de substance. Quelque mince que paroisse cette observation, on en peut voir l'importance par une réflexion de M. Bayle, dans son Dictionnaire critique, au mot Spinosa, lettre L. Il montre que cette équivoque pitoyable est le fondement de tout le fameux système de Spinosa.
Séneque fait un raisonnement sophistique, en le composant des différentes significations du terme d'identité. Pour consoler un homme de la perte de ses amis, il lui représente qu'on peut en acquérir d'autres ; mais ils ne seront pas les mêmes ? ni vous non plus, dit-il, vous n'êtes pas le même, vous changez toujours. Quand on se plaint que de nouveaux amis ne remplacent pas ceux qu'on a perdus, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas de la même humeur, du même âge, &c. ce sont là des changemens par où nous passons ; mais nous ne devenons pas nous-mêmes d'autres individus, comme les amis nouveaux sont des individus différens des anciens.
M. Locke me paroît définir juste l'identité d'une plante, en disant que l'organisation qui lui a fait commencer d'être plante subsiste : il applique la même idée au corps humain.
IDENTITE, (Gramm.) terme introduit récemment dans la Grammaire, pour exprimer le rapport qui sert de fondement à la concordance. Voyez CONCORDANCE.
Un simple coup d'oeil jetté sur les différentes especes de mots, & sur l'unanimité des usages de toutes les langues à cet égard, conduit naturellement à les partager en deux classes générales, caractérisées par des différences purement matérielles. La premiere classe comprend toutes les especes de mots déclinables, je veux dire les noms, les pronoms, les adjectifs & les verbes, qui, dans la plûpart des langues, reçoivent à leurs terminaisons des changemens qui désignent des idées accessoires de relation, ajoutées à l'idée principale de leur signification. La seconde classe renferme les especes de mots indéclinables, c'est-à-dire les adverbes, les prépositions, les conjonctions & les interjections, qui gardent dans le discours une forme immuable, parce qu'ils expriment constamment une seule & même idée principale.
Entre les inflexions accidentelles des mots de la premiere classe, les unes sont communes à toutes les especes qui y sont comprises, & les autres sont propres à quelqu'une de ces especes. Les inflexions communes sont les nombres, les cas, les genres & les personnes ; les tems & les modes sont des inflexions propres au verbe.
C'est entre les inflexions communes aux mots qui ont quelque correlation, qu'il y a, & qu'il doit y avoir concordance dans toutes les langues qui admettent ces inflexions. Mais pour établir cette concordance, il faut d'abord déterminer l'inflexion de l'un des mots corrélatifs, & ce sont les besoins réels de l'énonciation, d'après ce qui existe dans l'esprit de celui qui parle, qui reglent cette premiere détermination, conformément aux usages de chaque langue : les autres mots correlatifs se revêtent ensuite des inflexions correspondantes, par imitation, & pour être en concordance avec leur correlatif, qui leur sert comme d'original : celui-ci est dominant, les autres sont subordonnés. C'est ordinairement un nom ou un pronom qui est le correlatif dominant ; les adjectifs & les verbes sont subordonnés : c'est à eux à s'accorder, & la concordance de leurs inflexions avec celles du nom ou du pronom, est comme une livrée qui atteste leur dépendance.
Cette dépendance est fondée sur un rapport, qui est selon les meilleurs Grammairiens modernes, un rapport d'identité. On voit en effet que le nom & l'adjectif qui l'accompagne par opposition, ne font qu'un, n'expriment ensemble qu'une seule & même chose indivisible ; la loi naturelle, la loi politique, la loi évangélique, sont trois objets différens, mais il n'y en a que trois ; la loi naturelle est un objet aussi unique que la loi en général. C'est la même chose du verbe avec son sujet ; le soleil luit, est une expression qui ne présente à l'esprit qu'une seule idée indivisible.
Cependant l'adjectif & le verbe expriment très-distinctement une idée attributive, fort différente du sujet exprimé par le nom ou par le pronom : comment peut-il y avoir identité entre des idées si disparates ?
C'est que les noms & les pronoms présentent à l'esprit des êtres déterminés, voyez NOM & PRONOM, & que les adjectifs & les verbes présentent à l'esprit des sujets quelconques sous une idée précise, applicable à tout sujet déterminé qui en est susceptible ; voyez VERBE. Or il en est, dans le discours, de cette idée vague de sujet quelconque, comme de la signification générale & indéfinie des symboles algébriques dans le calcul : de part & d'autre, la généralisation des idées n'a été instituée que pour éviter l'embarras des cas particuliers trop multipliés ; mais de part & d'autre, c'est à la charge de ramener la précision dans chaque occurrence par des applications particulieres ou individuelles.
C'est la concordance des inflexions de l'adjectif ou du verbe avec celles du nom ou du pronom, qui désigne l'application du sens vague de l'un au sens précis de l'autre, & l'identification du sujet vague présenté par la premiere espece, avec le sujet déterminé énoncé par la seconde.
Pour prévenir une erreur dans laquelle bien des gens pourroient tomber, puisque M. l'abbé Fromant y a donné lui-même, qu'il me soit permis d'insister un peu sur la véritable idée que l'on doit prendre de l'identité, qui sert de fondement à la concordance. J'ose avancer que ce grammairien n'en a pas une idée exacte ; il la suppose entre le sujet d'un mode & ce mode : en voici la preuve dans son supplément, aux ch. ij. iij. & iv. de la II. partie de la gramm. gén. pag. 62. Il rapporte d'abord un passage de M. du Marsais, extrait de l'article adjectif, dans lequel il assure que la concordance n'est fondée que sur l'identité physique de l'adjectif avec le substantif ; puis il discute ainsi l'opinion du grammairien philosophe.
" S'il y a des adjectifs qui marquent l'appartenance sans marquer l'identité physique, il s'ensuit que la concordance n'est pas fondée uniquement sur cette identité, comme le prétend M. du Marsais. Or dans ces expressions meus liber, Evandrius ensis, meus marque l'appartenance du livre à moi, Evandrius marque l'appartenance de l'épée à Evandre ; ces deux mots meus liber, & ces deux autres Evandrius ensis, présentent à l'esprit deux objets divers, dont l'un n'est pas l'autre ; & bien loin de désigner l'identité physique, ils indiquent au contraire une vraie diversité physique. Meus liber équivaut à liber mei, , le livre de moi ; Evandrius ensis équivaut à ensis Evandri, l'épée d'Evandre ; par conséquent le sentiment qui fonde la concordance sur l'identité physique n'est pas exact, & M. du Marsais n'a point tant à se glorifier d'en être l'auteur ; encore s'il eût dit que la concordance est fondée sur l'identité physique ou métaphysique, il auroit rendu ce sentiment probable : ce n'est pas moi qui suis une même chose avec mon livre, c'est la qualité d'être à moi, c'est la propriété de m'appartenir qui est une même chose avec mon livre ; de même ce n'est pas Evandre qui est une même chose avec son épée, mais c'est la qualité d'être à Evandre. On peut soutenir qu'il y a rapport d'identité métaphysique entre la qualité d'appartenir & la chose appartenante ; mais on ne prouvera jamais, ce me semble, qu'il puisse s'y trouver un rapport d'identité physique, puisque l'appartenance n'est qu'une qualité métaphysique ".
La doctrine de M. Fromant sur l'identité n'est point équivoque, mais elle confond positivement la nature des choses. L'identité ne suppose pas deux choses différentes, il n'y auroit plus d'identité ; elle suppose seulement deux aspects d'un même objet : or une substance & un mode sont des choses si différentes, que nous en avons nécessairement des idées toutes différentes, & conséquemment il ne peut jamais y avoir d'identité, sous quelque dénomination que ce soit, entre une substance & un mode.
L'identité qui fonde la concordance est donc l'identité du sujet, présenté d'une maniere vague & indéfinie dans les adjectifs & dans les verbes, & d'une maniere précise & déterminée dans les noms & dans les pronoms. Ces deux mots, pour me servir du même exemple, meus liber, ne présentent pas à l'esprit deux objets divers ; meus exprime un être quelconque qualifié par la propriété de m'appartenir, & liber exprime un être déterminé qui a cette propriété : la concordance de meus avec liber, indique que le sujet actuel de la qualification exprimée par l'adjectif meus, est l'être particulier déterminé par le nom liber : meus, par lui-même, exprime un sujet quelconque ainsi qualifié ; mais dans le cas présent, il est appliqué au sujet particulier liber ; & dans un autre, il pourroit être appliqué à un autre sujet, en vertu même de son indétermination. La concordance indique donc l'application du sens vague d'une espece au sens précis de l'autre ; & l'identité, si j'ose le dire, très-physique du sujet énoncé par les deux especes de mots, sous des aspects différens.
Peut-être y a-t-il en effet peu d'exactitude à dire, l'identité physique de l'adjectif avec le substantif, comme a fait M. du Marsais, parce que l'adjectif & le substantif sont des mots absolument différens, & qui ne peuvent jamais être un même & unique mot : l'identité n'appartient pas aux différens signes d'un même objet, mais à l'objet désigné par différens signes. Il me semble pourtant que l'on pourroit regarder l'expression de M. du Marsais comme un abrégé de celle que la justesse métaphysique paroît exiger ; mais quand cela ne seroit point, ne faut-il donc avoir aucune indulgence pour la premiere exposition d'un principe véritablement utile & lumineux ? Et un petit défaut d'exactitude peut-il empêcher que M. du Marsais n'ait à se glorifier beaucoup d'être l'auteur de ce principe ? M. Fromant lui-même ne doit guere se glorifier d'en avoir fait une censure si peu mesurée & si peu juste ; je dis, si peu juste, car il est évident que c'est pour avoir mal compris le vrai sens du principe de l'identité, qu'il est tombé dans l'inconséquence qui a été remarquée en un autre lieu. Voyez GENRE. Art. de M. BEAUZEE.
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| IDES | LES, s. f. plur. (Calendrier romain) idus, uum, ce terme étoit d'usage chez les Romains pour compter & distinguer certains jours du mois ; on se sert encore de cette méthode dans la chancellerie romaine, & dans le calendrier du breviaire.
Les ides venoient le treizieme jour de chaque mois, excepté dans les mois de Mars, de Mai, de Juillet & d'Octobre, où elles tomboient le quinzieme, parce que ces quatre mois avoient six jours devant les nones, & les autres en avoient seulement quatre.
On donnoit huit jours aux ides ; ainsi le huitieme dans les mois de Mars, Mai, Juillet & Octobre, & le sixieme dans les huit autres, on comptoit le huitieme avant les ides, & de même en diminuant jusqu'au douze ou au quatorze, qu'on appelloit la veille des ides, parce que les ides venoient le treize ou le quinze, selon les différens mois.
Ceux qui veulent employer cette maniere de dater, doivent encore savoir que les ides commencent le lendemain du jour des nones, & se ressouvenir qu'elles durent huit jours : or les nones de Janvier étant le cinquieme dudit mois, on datera le sixieme de Janvier, octavo idus Januarii, huit jours avant les ides de Janvier ; l'onzieme Janvier se datera tertio idus, le troisieme jour avant les ides ; & le treizieme idibus Januarii, le jour des ides de Janvier ; si c'est dans les mois de Mars, de Mai, de Juillet & d'Octobre, où le jour des nones n'est que le sept, on ne commence à compter avant les ides que le huitieme jour de ces quatre mois, à cause que celui des ides n'est que le quinze.
Pour trouver aisément le jour qui marque les dates des ides dont se sert la chancellerie romaine, comme nous l'avons dit ci-dessus, il faut compter combien il y a de jours depuis la date jusqu'au treize, ou au quinze du mois que tombent les ides, selon le nom du mois, en y ajoutant une unité, & l'on aura le jour de la date. Par exemple, si la lettre est datée quinto idus Januarii, c'est-à-dire le cinquieme jour avant les ides de Janvier, joignez une unité au treize, qui est le jour des ides de ce mois, vous aurez quatorze, ôtez-en cinq, il restera neuf ; ainsi le cinquieme avant les ides est le neuf de Janvier. Si la lettre est datée quinto idus Julii, qui est un mois où le jour des ides tombe le quinze, joignez une unité à quinze, vous aurez seize ; ôtez-en cinq, il reste onze ; ainsi le cinquieme avant les ides de Juillet, c'est le onzieme dudit mois.
On observera la même méthode quand on voudra employer cette sorte de date ; par exemple, si j'écris le neuf Juillet, depuis le neuf jusqu'à seize il y a sept jours ; ainsi je date septimo idus Julii, le septieme jour avant les ides de Juillet. Voyez Antoine Aubriot, Principes de compter les kalendes, ides & nones.
Le mot ides vient du latin idus, que plusieurs dérivent de l'ancien toscan iduare, qui signifioit diviser, parce que les ides partageoient les mois en deux parties presqu'égales. D'autres tirent ce mot d'idulium, qui étoit le nom de la victime qu'on offroit à Jupiter le jour des ides ; mais peut-être aussi qu'on a donné à la victime le nom du jour qu'elle étoit immolée. Quoi qu'il en soit, la raison pour laquelle chaque mois à huit ides, c'est que le sacrifice se faisoit toûjours neuf jours après les nones, le jour des nones étant compris dans le nombre de neuf.
Enfin, pour obmettre peu de chose en littérature sur ce sujet, nous ajouterons que les ides de Mai étoient consacrées à Mercure ; les ides de Mars passerent pour un jour malheureux, dans l'idée des partisans de la tyrannie, depuis que César eut été tué ce jour-là ; le tems d'après les ides de Juin étoit réputé favorable aux noces. Les ides d'Août étoient consacrées à Diane, & les esclaves les chommoient aussi comme une fête. Aux ides de Septembre on prenoit les augures pour faire les magistrats, qui entroient en charge autrefois aux ides de Mai, & puis aux ides de Mars, qui furent transportées finalement aux ides de Septembre. (D.J.)
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| IDIOCRASE | S. f. (Méd.) on entend par ce mot la nature, l'espece, le caractere, la disposition, le tempérament propre d'une chose, d'une substance animale, minérale ou végétale.
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| IDIOME | S. f. (Gram.) variétés d'une langue propres à quelques contrées ; d'où l'on voit qu'idiome est synonyme à dialecte ; ainsi nous avons l'idiome gascon, l'idiome provençal, l'idiome champenois : on lui donne quelquefois la même étendue qu'à langue. Servez-vous de l'idiome que vous aimerez le mieux, je vous répondrai.
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| IDIOMELE | S. m. (Théolog.) certains versets qui ne sont point tirés de l'Ecriture-sainte, & qu'on chante sur un ton particulier dans l'office divin suivant le rit grec. Le mot idiomele vient de , propre, particulier, & de , chant.
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| IDIOPATHIE | S. f. (Méd.) , proprius affectus : c'est un terme de Pathologie, employé pour distinguer la maladie qui affecte une partie quelconque, qui ne dépend pas du vice d'une autre partie, parce que la cause physique de cette affection a son siége là où se manifeste la lésion des fonctions.
Ainsi l'apoplexie est idiopathique lorsqu'elle dépend d'une hémorrhagie, d'un épanchement de sang qui se forme dans les ventricules du cerveau.
La pleurésie est une maladie idiopathique, lorsqu'elle a commencé par un engorgement inflammatoire dans la plevre même.
On entend ordinairement par idiopathie la même chose que par protopathie, primarius affectus, & on attache à ces deux termes un sens opposé à ceux de sympathie & de deutéropathie. Voyez MALADIE, SYMPATHIE.
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| IDIOPATHIQUE | (Patholog.) , mot dérivé du grec ; il est formé de , qui signifie propre, & , passion, affection, maladie ; c'est comme si on disoit maladie propre ; son sens est parfaitement conforme à son étymologie ; on l'ajoute comme épithete aux maladies dont la cause est propre à la partie où l'on observe le principal symptome. Il ne faut qu'un exemple pour éclaircir ceci ; on appelle une phrénésie idiopathique lorsque la cause, le dérangement qui excite la phrénésie, est dans le cerveau ; ces maladies sont par-là opposées à celles qu'on nomme sympathiques, qui sont entraînées par une espece de sympathie de rapport qu'il y a entre les différentes parties ; ainsi un délire phrénétique occasionné par la douleur vive d'un panaris, par l'inflammation du diaphragme, est censé sympathique ; l'affection se communique dans ce dernier cas par les nerfs ; on voit par-là qu'idiopathique ne doit point être confondu avec essentiel, & qu'il n'est point opposé à symptomatique, la même maladie pouvant être en même-tems symptomatique & idiopathique. Article de M. MENURET.
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| IDIOSYNCRASE | S. f. (Médec.) particularité de tempérament ; , mot composé de , propre, , avec, & , mêlange.
Comme il paroît que chaque homme a sa santé propre, & que tous les corps different entr'eux, tant dans les solides que dans les fluides, quoiqu'ils soient sains chacun ; on a nommé cette constitution de chaque corps, qui le fait différer des autres corps aussi sains, idiosyncrase, & les vices qui en dépendent passoient quelquefois pour incurables, parce qu'on pensoit qu'ils existoient dès les premiers instans de la formation de ce corps ; mais nous ne pouvons point attribuer toûjours à une disposition innée, ces maladies des vaisseaux & des visceres trop débiles.
Une fille de qualité élevée dans le luxe, la mollesse & le repos, a le corps foible & languissant ; une paysanne en venant au monde, semblable à cette fille de condition, s'accoutume au travail dès sa plus tendre jeunesse, devient forte & vigoureuse ; la débilité de la premiere, & les maladies qui en résultent, sont donc prises mal-à-propos pour des maladies innées, car on ne sauroit croire quels changemens on peut produire dès l'enfance dans ce qu'on appelle d'ordinaire tempérament particulier ; cependant quand cette idiosyncrase existe, il faut y avoir un grand égard dans l'usage des remedes, sans quoi l'on risque de mettre la vie du malade en danger. Hippocrate en a fait l'observation, confirmée par l'expérience de tous les tems & de tous les lieux. (D.J.)
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| IDIOT | adj. (Gramm.) il se dit de celui en qui un défaut naturel dans les organes qui servent aux opérations de l'entendement est si grand, qu'il est incapable de combiner aucune idée, ensorte que sa condition paroît à cet égard plus bornée que celle de la bête. La différence de l'idiot & de l'imbécille consiste, ce me semble, en ce qu'on naît idiot, & qu'on devient imbécille. Le mot idiot vient de , qui signifie homme particulier, qui s'est renfermé dans une vie retirée, loin des affaires du gouvernement ; c'est-à-dire celui que nous appellerions aujourd'hui un sage. Il y a eu un célebre mystique qui prit par modestie la qualité d'idiot, qui lui convenoit beaucoup plus qu'il ne pensoit.
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| IDIOTISME | subst. masc. (Gramm.) c'est une façon de parler éloignée des usages ordinaires, ou des lois générales du langage, adaptée au génie propre d'une langue particuliere. R. , peculiaris, propre, particulier. C'est un terme général dont on peut faire usage à l'égard de toutes les langues ; un idiotisme grec, latin, françois, &c. C'est le seul terme que l'on puisse employer dans bien des occasions ; nous ne pouvons dire qu'idiotisme espagnol, portugais, turc, &c. Mais à l'égard de plusieurs langues, nous avons des mots spécifiques subordonnés à celui d'idiotisme, & nous disons anglicisme, arabisme, celticisme, gallicisme, germanisme, hébraïsme, hellénisme, latinisme, &c.
Quand je dis qu'un idiotisme est une façon de parler adaptée au génie propre d'une langue particuliere, c'est pour faire comprendre que c'est plutôt un effet marqué du génie caractéristique de cette langue, qu'une locution incommunicable à tout autre idiome, comme on a coutume de le faire entendre. Les richesses d'une langue peuvent passer aisément dans une autre qui a avec elle quelque affinité ; & toutes les langues en ont plus ou moins, selon les différens degrés de liaison qu'il y a ou qu'il y a eu entre les peuples qui les parlent ou qui les ont parlées. Si l'italien, l'espagnol & le françois sont entés sur une même langue originelle, ces trois langues auront apparemment chacune à part leurs idiotismes particuliers, parce que ce sont des langues différentes ; mais il est difficile qu'elles n'aient adopté toutes trois quelques idiotismes de la langue qui sera leur source commune, & il ne seroit pas étonnant de trouver dans toutes trois des celticismes. Il ne seroit pas plus merveilleux de trouver des idiotismes de l'une des trois dans l'autre, à cause des liaisons de voisinage, d'intérêts politiques, de commerce, de religion, qui subsistent depuis long-tems entre les peuples qui les parlent ; comme on n'est pas surpris de rencontrer des arabismes dans l'espagnol, quand on sait l'histoire de la longue domination des Arabes en Espagne. Personne n'ignore que les meilleurs auteurs de la latinité sont pleins d'hellénismes : & si tous les littérateurs conviennent qu'il est plus facile de traduire du grec que du latin en françois, c'est que le génie de notre langue approche plus de celui de la langue greque que de celui de la langue latine, & que notre langage est presque un hellénisme continuel.
Mais une preuve remarquable de la communicabilité des langues qui paroissent avoir entr'elles le moins d'affinité, c'est qu'en françois même nous hébraïsons. C'est un hébraïsme connu que la répétition d'un adjectif ou d'un adverbe, que l'on veut élever au sens que l'on nomme communément superlatif. Voyez AMEN & SUPERLATIF. Et le superlatif le plus énergique se marquoit en hébreu par la triple répétition du mot : de là le triple kirie eleison que nous chantons dans nos églises, pour donner plus de force à notre invocation ; & le triple sanctus pour mieux peindre la profonde adoration des esprits célestes. Or il est vraisemblable que notre très, formé du latin tres, n'a été introduit dans notre langue, que comme le symbole de cette triple répétition, très-saint, ter sanctus, ou sanctus, sanctus, sanctus : & notre usage de lier très au mot positif par un tiret, est fondé sans-doute sur l'intention de faire sentir que cette addition est purement matérielle, qu'elle n'empêche pas l'unité du mot, mais qu'il doit être répété trois fois, ou du-moins qu'il faut y attacher le sens qu'il auroit s'il étoit répété trois fois ; & en effet les adverbes bien & fort qui expriment par eux-mêmes le sens superlatif dont il s'agit, ne sont jamais liés de même au mot positif auquel on les joint pour le lui communiquer. On rencontre dans le langage populaire des hébraïsmes d'une autre espece : un homme de Dieu, du vin de Dieu, une moisson de Dieu, pour dire un très-honnête homme, du vin très-bon, une moisson très-abondante ; ou, en rendant par-tout le même sens par le même tour, un homme parfait, du vin parfait, une moisson parfaite : les Hébreux indiquant la perfection par le nom de Dieu, qui est le modele & la source de toute perfection. C'est cette espece d'hébraïsme qui se trouve au Ps. 35. v. 7. justitia tua sicut montes Dei, pour sicut montes altissimi ; & au Ps. 64. v. 10. flumen Dei, pour flumen maximum.
Malgré les hellénismes reconnus dans le latin, on a cru assez légérement que les idiotismes étoient des locutions propres & incommunicables, & en conséquence on a pris & donné des idées fausses ou louches ; & bien des gens croient encore qu'on ne désigne par ce nom général, ou par quelqu'un des noms spécifiques qui y sont analogues, que des locutions vicieuses imitées mal-adroitement de quelqu'autre langue. Voyez GALLICISME. C'est une erreur que je crois suffisamment détruite par les observations que je viens de mettre sous les yeux du lecteur : je passe à une autre qui est encore plus universelle, & qui n'est pas moins contraire à la véritable notion des idiotismes.
On donne communément à entendre que ce sont des manieres de parler contraires aux lois de la Grammaire générale. Il y a en effet des idiotismes qui sont dans ce cas ; & comme ils sont par-là même les plus frappans & les plus aisés à distinguer, on a cru aisément que cette opposition aux lois immuables de la Grammaire, faisoit la nature commune de tous. Mais il y a encore une autre espece d'idiotismes qui sont des façons de parler éloignées seulement des usages ordinaires, mais qui ont avec les principes fondamentaux de la Grammaire générale toute la conformité exigible. On peut donner à ceux-ci le nom d'idiotismes réguliers, parce que les regles immuables de la parole y sont suivies, & qu'il n'y a de violé que les institutions arbitraires & usuelles : les autres au contraire prendront la dénomination d'idiotismes irréguliers, parce que les regles immuables de la parole y sont violées. Ces deux especes sont comprises dans la définition que j'ai donnée d'abord ; & je vais bientôt les rendre sensibles par des exemples ; mais en y appliquant les principes qu'il convient de suivre pour en pénétrer le sens, & pour y découvrir, s'il est possible, les caracteres du génie propre de la langue qui les a introduits.
I. Les idiotismes réguliers n'ont besoin d'aucune autre attention, que d'être expliqués littéralement pour être ramenés ensuite au tour de la langue naturelle que l'on parle.
Je trouve par exemple que les Allemands disent, diese gelehrten männer, comme en latin, hi docti viri, ou en françois, ces savans hommes ; & l'adjectif gelehrten s'accorde en toutes manieres avec le nom männer, comme l'adjectif latin docti avec le nom viri, ou l'adjectif françois savans avec le nom hommes ; ainsi les Allemands observent en cela, & les lois générales & les usages communs. Mais ils disent, diese männer sind gelehrt ; & pour le rendre littéralement en latin, il faut dire hi viri sunt doctè, & en françois, ces hommes sont savamment, ce qui veut dire indubitablement ces hommes sont savans : gelehrt est donc un adverbe, & l'on doit reconnoître ici que les Allemands s'écartent des usages communs, qui donnent la préférence à l'adjectif en pareil cas. On voit donc en quoi consiste le germanisme lorsqu'il s'agit d'exprimer un attribut ; mais quelle peut être la cause de cet idiotisme ? le verbe exprime l'existence d'un sujet sous un attribut. Voyez VERBE. L'attribut n'est qu'une maniere particuliere d'être ; & c'est aux adverbes à exprimer simplement les manieres d'être, & conséquemment les attributs : voilà le génie allemand. Mais comment pourra-t-on concilier ce raisonnement avec l'usage presque universel, d'exprimer l'attribut par un adjectif mis en concordance avec le sujet du verbe ? Je réponds qu'il n'y a peut-être entre la maniere commune & la maniere allemande d'autre différence que celle qu'il y auroit entre deux tableaux, où l'on auroit saisi deux momens différens d'une même action : le germanisme saisit l'instant qui précede immédiatement l'acte de juger, où l'esprit considere encore l'attribut d'une maniere vague & sans application au sujet : la phrase commune présente le sujet tel qu'il paroît à l'esprit après le jugement, & lorsqu'il n'y a plus d'abstraction. L'Allemand doit donc exprimer l'attribut avec les apparences de l'indépendance ; & c'est ce qu'il fait par l'adverbe qui n'a aucune terminaison dont la concordance puisse en désigner l'application à quelque sujet déterminé. Les autres langues doivent exprimer l'attribut avec les caracteres de l'application ; ce qui est rempli par la concordance de l'adjectif attributif avec le sujet. Mais peut-être faut-il sous-entendre alors le nom avant l'adjectif, & dire que hi viri sunt docti, c'est la même chose que hi viri sunt viri docti ; & que ego sum miser, c'est la même chose que ego sum homo miser : en effet la concordance de l'adjectif avec le nom, & l'identité du sujet exprimé par les deux especes, ne s'entendent clairement & d'une maniere satisfaisante, que dans le cas de l'apposition ; & l'apposition ne peut avoir lieu ici qu'au moyen de l'ellipse. Je tirerois de tout ceci une conclusion surprenante : la phrase allemande est donc un idiotisme régulier, & la phrase commune un idiotisme irrégulier.
Voici un latinisme régulier dont le développement peut encore amener des vues utiles : neminem reperire est id qui velit. Il y a là quatre mots qui n'ont rien d'embarrassant : qui velit id (qui veuille cela) est une proposition incidente déterminative de l'antécédent neminem ; neminem (ne personne) est le complément ou le régime objectif grammatical du verbe reperire ; neminem qui velit id (ne trouver personne qui veuille cela) ; c'est une construction exacte & réguliere. Mais que faire du mot est ? il est à la troisieme personne du singulier ; quel en est le sujet ? comment pourra-t-on lier à ce mot l'infinitif reperire avec ses dépendances ? Consultons d'autres phrases plus claires dont la solution puisse nous diriger.
On trouve dans Horace (III. Od. 2.) dulce & decorum est pro patriâ mori ; & encore (IV. Od. 12.) dulce est desipere in loco. Or la construction est facile : mori pro patriâ est dulce & decorum ; desipere in loco est dulce : les infinitifs mori & desipere y sont traités comme des noms, & l'on peut les considérer comme tels : j'en trouve une preuve encore plus forte dans Perse, Sat. 1. scire tuum nihil est ; l'adjectif tuum mis en concordance avec scire, désigne bien que scire est considéré comme nom. Voilà la difficulté levée dans notre premiere phrase : le verbe reperire est ce que l'on appelle communément le nominatif du verbe est ; ou en termes plus justes, c'en est le sujet grammatical, qui seroit au nominatif, s'il étoit déclinable : reperire neminem qui velit id, en est donc le sujet logique. Ainsi il faut construire, reperire neminem qui velit id, est ; ce qui signifie littéralement, ne trouver personne qui le veuille, est ou existe ; ou en transposant la négation, trouver quelqu'un qui le veuille, n'est pas ou n'existe pas ; ou enfin, en ramenant la même pensée à notre maniere de l'énoncer, on ne trouve personne qui le veuille.
C'est la même syntaxe & la même construction par-tout où l'on trouve un infinitif employé comme sujet du verbe sum, lorsque ce verbe a le sens adjectif, c'est-à-dire lorsqu'il n'est pas simplement verbe substantif, mais qu'il renferme encore l'idée de l'existence réelle comme attribut, & conséquemment qu'il est équivalent à existo. Ce n'est que dans ce cas qu'il y a latinisme ; car il n'y a rien de si commun dans la plûpart des langues, que de voir l'infinitif sujet du verbe substantif, quand on exprime ensuite un attribut déterminé : ainsi dit-on en latin turpe est mentiri, & en françois, mentir est une chose honteuse. Mais nous ne pouvons pas dire voir est pour on voit, voir étoit pour on voyoit, voir sera, pour on verra, comme les Latins disent videre est, videre erat, videre erit. L'infinitif considéré comme nom, sert aussi à expliquer une autre espece de latinisme qu'il me semble qu'on n'a pas encore entendu comme il faut, & à l'explication duquel les rudimens ont substitué les difficultés ridicules & insolubles du redoutable que retranché. Voyez INFINITIF.
II. Pour ce qui regarde les idiotismes irréguliers, il faut, pour en pénétrer le sens, discerner avec soin l'espece d'écart qui les détermine, & remonter, s'il est possible, jusqu'à la cause qui a occasionné ou pû occasionner cet écart : c'est même le seul moyen qu'il y ait de reconnoître les caracteres précis du génie propre d'une langue, puisque ce génie ne consiste que dans la réunion des vues qu'il s'est proposées, & des moyens qu'il a autorisés.
Pour discerner exactement l'espece d'écart qui détermine un idiotisme irrégulier, il faut se rappeller ce que l'on a dit au mot GRAMMAIRE, que toutes les regles fondamentales de cette science se réduisent à deux chefs principaux, qui sont la Lexicologie & la Syntaxe. La Lexicologie a pour objet tout ce qui concerne la connoissance des mots considérés en soi & hors de l'élocution : ainsi dans chaque langue, le vocabulaire est comme l'inventaire des sujets de son domaine ; & son principal office est de bien fixer le sens propre de chacun des mots autorisés dans cet idiome. La Syntaxe a pour objet tout ce qui concerne le concours des mots réunis dans l'ensemble de l'élocution ; & ses décisions se rapportent dans toutes les langues à trois points généraux, qui sont la concordance, le régime & la construction.
Si l'usage particulier d'une langue autorise l'altération du sens propre de quelques mots, & la substitution d'un sens étranger, c'est alors une figure de mots que l'on appelle trope. Voyez ce mot.
Si l'usage autorise une locution contraire aux lois générales de la Syntaxe, c'est alors une figure que l'on nomme ordinairement figure de construction, mais que j'aimerois mieux que l'on designât par la dénomination plus générale de figure de Syntaxe, en réservant le nom de figure de construction aux seules locutions qui s'écartent des regles de la construction proprement dite. Voyez FIGURE & CONSTRUCTION. Voilà deux especes d'écart que l'on peut observer dans les idiotismes irréguliers.
1°. Lorsqu'un trope est tellement dans le génie d'une langue, qu'il ne peut être rendu littéralement dans une autre, ou qu'y étant rendu littéralement il y exprime un tout autre sens, c'est un idiotisme de la langue originale qui l'a adopté ; & cet idiotisme est irrégulier, parce que le sens propre des mots y est abandonné ; ce qui est contraire à la premiere institution des mots. Ainsi le superstitieux euphémisme, qui dans la langue latine a donné le sens de sacrifier au verbe mactare, quoique ce mot signifie dans son étymologie augmenter davantage (magis auctare) ; cet euphémisme, dis-je, est tellement propre au génie de cette langue, que la traduction littérale que l'on en feroit dans une autre, ne pourroit jamais y faire naître l'idée de sacrifice. Voyez EUPHEMISME.
C'est pareillement un trope qui a introduit dans notre langue ces idiotismes déjà remarqués au mot GALLICISME, dans lesquels on emploie les deux verbes venir & aller, pour exprimer par l'un des prétérits prochains, & par l'autre des futurs prochains (voyez TEMS) ; comme quand on dit, je viens de lire, je venois de lire, pour j'ai ou j'avois lû depuis peu de tems ; je vais lire, j'allois lire, pour je dois, ou je devois lire dans peu de tems. Les deux verbes auxiliaires venir & aller perdent alors leur signification originelle, & ne marquent plus le transport d'un lieu en un autre ; ils ne servent plus qu'à marquer la proximité de l'antériorité ou de la postériorité ; & nos phrases rendues littéralement dans quelqu'autre langue, ou n'y signifieroient rien, ou y signifieroient autre chose que parmi nous. C'est une catachrese introduite par la nécessité (voyez CATACHRESE), & fondée néanmoins sur quelque analogie entre le sens propre & le sens figuré. Le verbe venir, par exemple, suppose une existence antérieure dans le lieu d'où l'on vient ; & dans le moment qu'on en vient, il n'y a pas long-tems qu'on y étoit : voilà précisément la raison du choix de ce verbe, pour servir à l'expression des prétérits prochains. Pareillement le verbe aller indique la postériorité d'existence dans le lieu où l'on va ; & dans le tems qu'on y va, on est dans l'intention d'y être bientôt : voilà encore la justification de la préférence donnée à ce verbe, pour désigner les futurs prochains. Mais il n'en demeure pas moins vrai que ces verbes, devenus auxiliaires, perdent réellement leur signification primitive & fondamentale, & qu'ils n'en retiennent que des idées accessoires & éloignées.
2°. Ce que l'on vient de dire des tropes, est également vrai des figures de Syntaxe : telle figure est un idiotisme irrégulier, parce qu'elle ne peut être rendue littéralement dans une autre langue, ou que la version littérale qui en seroit faite, y auroit un autre sens. Ainsi l'usage où nous sommes, dans la langue françoise, d'employer l'adjectif possessif masculin, mon, ton, son, avant un nom féminin qui commence par une voyelle ou par une h muette, est un idiotisme irrégulier de notre langue, un gallicisme ; parce que l'imitation littérale de cette figure dans une autre langue n'y seroit qu'un solécisme. Nous disons mon ame, & l'on ne diroit pas meus anima ; ton opinion, & l'on ne peut pas dire tuus opinio : c'est que les Latins avoient pour éviter l'hiatus occasionné par le concours des voyelles, des moyens qui nous sont interdits par la constitution de notre langue, & dont il étoit plus raisonnable de faire usage ; que de violer une loi aussi essentielle que celle de la concordance que nous transgressons : ils pouvoient dire anima mea, opinio tua ; & nous ne pouvons pas imiter ce tour, & dire ame ma, opinion ta. Notre langue sacrifie donc ici un principe raisonnable aux agrémens de l'euphonie (voyez EUPHONIE), conformément à la remarque sensée de Cicéron, Orat. n. 47 : impetratum est à consuetudine ut peccare, suavitatis causâ, liceret.
Voici une ellipse qui est devenue une locution propre à notre langue, un gallicisme, parce que l'usage en a prévalu au point qu'il n'est plus permis de suivre en pareil cas la Syntaxe pleine : il ne laisse pas d'agir, notre langue ne laisse pas de se prêter à tous les genres d'écrire, on ne laisse pas d'abandonner la vertu en la louant, c'est-à-dire il ne laisse pas le soin d'agir, notre langue ne laisse pas la faculté de se prêter à tous les genres d'écrire, on ne laisse pas la foiblesse d'abandonner la vertu en la louant. Nous préférons dans ces phrases le mérite de la briéveté à une locution pleine, qui sans avoir plus de clarté, auroit le désagrément inséparable des longueurs superflues.
S'il est facile de ramener à un nombre fixe de chefs principaux les écarts qui déterminent les différens idiotismes, il n'en est pas de même de vues particulieres qui peuvent y influer : la variété de ces causes est trop grande, l'influence en est trop délicate, la complication en est quelquefois trop embarrassante pour pouvoir établir à ce sujet quelque chose de bien certain. Mais il n'en est pas moins constant qu'elles tiennent toutes, plus ou moins, au génie des diverses langues, qu'elles en sont des émanations, & qu'elles peuvent en devenir des indices. " Il en est des peuples entiers comme d'un homme particulier, dit du Tremblay, traité des langues, chap. 22 ; leur langage est la vive expression de leurs moeurs, de leur génie & de leurs inclinations ; & il ne faudroit que bien examiner ce langage pour pénétrer toutes les pensées de leur ame & tous les mouvemens de leur coeur. Chaque langue doit donc nécessairement tenir des perfections & des défauts du peuple qui la parle. Elles auront chacune en particulier, disoit-il un peu plus haut, quelque perfection qui ne se trouvera pas dans les autres, parce qu'elles tiennent toutes des moeurs & du génie des peuples qui les parlent : elles auront chacune des termes & des façons de parler qui leur seront propres, & qui seront comme le caractere de ce génie ". On reconnoît en effet le flegme oriental dans la répétition de l'adjectif ou de l'adverbe ; amen, amen ; sanctus, sanctus, sanctus : la vivacité françoise n'a pû s'en accommoder, & très-saint est bien plus à son gré que saint, saint, saint.
Mais si l'on veut démêler dans les idiotismes réguliers ou irréguliers, ce que le génie particulier de la langue peut y avoir contribué, la premiere chose essentielle qu'il y ait à faire, c'est de s'assurer d'une bonne interprétation littérale. Elle suppose deux choses ; la traduction rigoureuse de chaque mot par sa signification propre, & la réduction de toute la phrase à la plénitude de la construction analytique, qui seule peut remplir les vuides de l'ellipse, corriger les rédondances du pléonasme, redresser les écarts de l'inversion, & faire rentrer tout dans le système invariable de la Grammaire générale.
" Je sais bien, dit M. du Marsais, Meth. pour apprendre la langue latine, pag. 14, que cette traduction littérale fait d'abord de la peine à ceux qui n'en connoissent point le motif ; ils ne voyent pas que le but que l'on se propose dans cette maniere de traduire, n'est que de montrer comment on parloit latin ; ce qui ne peut se faire qu'en expliquant chaque mot latin par le mot françois qui lui répond.
Dans les premieres années de notre enfance, nous lions certaines idées à certaines impressions ; l'habitude confirme cette liaison. Les esprits animaux prennent une route déterminée pour chaque idée particuliere ; de sorte que lorsqu'on veut dans la suite exciter la même idée d'une maniere différente, on cause dans le cerveau un mouvement contraire à celui auquel il est accoutumé, & ce mouvement excite ou de la surprise ou de la risée, & quelquefois même de la douleur : c'est pourquoi chaque peuple différent trouve extraordinaire l'habillement ou le langage d'un autre peuple. On rit à Florence de la maniere dont un François prononce le latin ou l'italien, & l'on se moque à Paris de la prononciation du Florentin. De même la plûpart de ceux qui entendent traduire pater ejus, le pere de lui, au lieu de son pere, sont d'abord portés à se moquer de la traduction.
Cependant comme la maniere la plus courte pour faire entendre la façon de s'habiller des étrangers, c'est de faire voir leurs habits tels qu'ils sont, & non pas d'habiller un étranger à la françoise ; de même la meilleure méthode pour apprendre les langues étrangeres, c'est de s'instruire du tour original, ce qu'on ne peut faire que par la traduction littérale.
Au reste il n'y a pas lieu de craindre que cette façon d'expliquer apprenne à mal parler françois.
1°. Plus on a l'esprit juste & net, mieux on écrit & mieux on parle : or il n'y a rien qui soit plus propre à donner aux jeunes gens de la netteté & de la justesse d'esprit, que de les exercer à la traduction littérale, parce qu'elle oblige à la précision, à la propriété des termes, & à une certaine exactitude qui empêche l'esprit de s'égarer à des idées étrangeres. "
2°. La traduction littérale fait sentir la différence des deux langues. Plus le tour latin est éloigné du tour françois, moins on doit craindre qu'on l'imite dans le discours. Elle fait connoître le génie de la langue latine ; ensuite l'usage, mieux que le maître, apprend le tour de la langue françoise. Article de M. de Beauzée.
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| IDOLATRIE | S. f. (Philos. & Théolog.) l'idolâtrie proprement dite differe de l'adoration légitime dans son objet. C'est un acte de l'esprit qui met finalement toute sa confiance dans un faux dieu, quel que soit au-dehors le signe toujours équivoque de cette vénération intérieure. L'idolâtrie peut en effet se rencontrer avec un vrai culte extérieur, au lieu que la superstition renferme tout faux culte qui se rend au vrai Dieu directement ou indirectement. L'une se méprend dans son objet, & l'autre dans la maniere du culte.
L'idée que les hommes se font de Dieu est plus ou moins conforme à son original ; elle est différente dans ceux-là mêmes qu'on ne sauroit appeller idolâtres. Enfin elle peut tellement changer & se défigurer peu-à-peu, que la divinité ne voudra plus s'y reconnoître, ou bien, ce qui est la même chose, l'objet du culte ne sera plus le vrai Dieu. Jusqu'à quel point faut-il donc avoir une assez juste idée de l'être suprême, pour n'être pas idolâtre, & pour être encore son adorateur ? C'est ainsi que par degrés insensibles, comme par des nuances qui vont imperceptiblement du blanc au noir, on seroit réduit à ne pouvoir dire précisément où commence le faux dieu.
La difficulté vient en partie du nom, qui voudroit limiter la chose. Faux dieu, dans le langage ordinaire, est un terme qui tranche, qui réveille l'idée, quoique confuse, d'un être à part & distingué de tout autre. A parler philosophiquement, ce ne seroit qu'une idée plus ou moins difforme de la divinité elle-même, qu'aucun adorateur ne peut se vanter de connoître parfaitement. L'idée qu'ils en ont tous, quelque différente qu'elle soit, n'est au fond que plus ou moins défectueuse ; & plus elle approche de la ressemblance ou de la perfection, plus son objet s'attire de vénération & de solide confiance. L'idolâtre seroit donc un adorateur plus ou moins imparfait, selon le degré d'imperfection dans l'idée qu'il se forme de la divinité. Il ne s'agiroit plus, pour assigner à chacun sa place, que d'estimer ce degré d'imperfection à mesure qu'il affoiblit la vénération ou la confiance, & de le qualifier, si l'on veut, d'un nom particulier, sans recourir aux deux classes générales ou cathégories d'adorateurs & d'idolâtres, qui souvent mettent trop de différence entre les personnes. D'ailleurs ces termes ont acquis une force qu'ils n'avoient pas d'abord. Aujourd'hui c'est une flétrissure que d'avoir le nom d'idolâtre, & une espece d'absolution pour celui qui ne l'a pas.
Mais si l'usage le veut ainsi, il faudroit du-moins être fort réservé dans l'accusation d'idolâtrie, & ne prononcer qu'avec l'Ecriture, dont la doctrine bien entendue semble revenir à ceci. Quand l'idée est corrompue à ce point, que l'honneur de l'être suprême & ses relations essentielles avec les hommes ne lui permettent plus de s'y reconnoître, ni d'accepter par conséquent l'hommage rendu sous cette même idée, elle prend dès-lors le nom de faux dieu, & son adorateur celui d'idolâtre.
A faire sur ce pié-là une courte revue des cas proposés, on seroit idolâtre, quand même on croiroit un seul Dieu créateur, mais cruel & méchant, caractere incompatible avec notre estime & notre confiance ; tel étoit à-peu-près le Moloc, à qui l'on sacrifioit des victimes humaines, & avec lequel le Jehova ne veut rien avoir de commun ; ainsi qu'un honnête homme à qui l'on feroit un présent dans la vue de le gagner, comme un esprit dangereux, & qui diroit aussi-tôt : vous me prenez pour un autre.
Au contraire, l'on ne seroit pas idolâtre, si l'on croyoit un être très-bon & très-parfait, mais d'une puissance que l'on ne concevroit pas aller jusqu'à celle de créer. Il seroit toujours un digne objet de la plus profonde vénération, & il auroit encore assez de pouvoir pour s'attirer notre confiance, même dans la supposition d'un monde éternel.
L'antropomorphite chrétien conçoit sous une figure humaine toutes les perfections divines ; il lui rend les vrais hommages de l'esprit & du coeur. L'antropomorphite payen la revêt au contraire de toutes les passions humaines qui diminuent la vénération & la vraie confiance d'autant de degrés qu'il y a de vices ou d'imperfections dans son Jupiter, en si grand nombre & à tel point, que la divinité ne sauroit s'y reconnoître ; mais elle daigneroit agréer l'hommage du chrétien, dont l'erreur laisse subsister tous les sentimens d'une parfaite vénération.
Encore moins une simple erreur de lieu, qui ne changeroit point l'idée en fixant son objet quelque part, pourroit-elle constituer l'idolâtrie ; mais le culte pourroit dégénérer en superstition, à-moins qu'il ne fût d'ordonnance ou de droit positif, comme d'adorer la divinité dans un buisson ardent ou bien à la présence de l'arche, pour ne rien dire d'un cas à-peu-près semblable, où l'on dispute seulement s'il est ordonné.
S'il étoit donc vrai que les Perses eussent adoré l'être tout parfait, ils ne seroient que superstitieux, pour l'avoir adoré sous l'emblême du soleil ou du feu. Et si l'on suppose encore avec l'écrit dont il s'agit, que tout faux culte qui se termine au vrai Dieu directement ou indirectement, est du ressort de la superstition, on mettroit encore au même rang cette espece de platoniciens qui rendoient à l'être tout parfait les hommages de l'esprit & du coeur, comme les seuls dignes de lui, & destinoient à des génies subalternes les génuflexions, les encensemens & tout le culte extérieur.
Il est plus aisé de juger des lettrés Chinois, des Spinosistes, & même des Stoïciens, en prenant leur opinion à toute rigueur, & la conséquence pour avouée. Ce qui n'est que pur méchanisme ou fatale nécessité, ne sauroit être & ne fut jamais un objet de vénération, ni par conséquent d'idolâtrie dans l'esprit de ceux dont je parle, qui vont tout-droit à la classe des athées. En sont-ils pires ou meilleurs ? On a fort disputé là-dessus. L'idolâtrie, pour le dire en passant, fait plus de tort à la divinité, & l'athéisme fait plus de mal à la société.
En général pour n'être point athée, il faut reconnoître à tout le moins une suprême intelligence de qui l'on dépende. Pour n'être point idolâtre, ou bien pour que la divinité se reconnoisse elle-même dans l'idée que l'on s'en fait, malgré certains traits peu ressemblans qu'elle y désavoue, il suffit que rien n'y blesse l'honneur, l'estime & la confiance qu'on lui doit. Enfin pour n'être point superstitieux, il faut que le culte extérieur soit conforme, autant qu'il se peut, à la vraie idée de Dieu & à la nature de l'homme.
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| IDOLE | IDOLATRE, IDOLATRIE ; idole vient du grec , figure, , représentation d'une figure, , servir, révérer, adorer. Ce mot adorer est latin, & a beaucoup d'acceptions différentes ; il signifie porter la main à la bouche en parlant avec respect ; se courber, se mettre à genoux, saluer, & enfin communément rendre un culte suprême.
Il est utile de remarquer ici que le dictionnaire de Trévoux commence cet article par dire que tous les Payens étoient idolâtres, & que les Indiens sont encore des peuples idolâtres : premierement, on n'appella personne payen avant Théodose le jeune ; ce nom fut donné alors aux habitans des bourgs d'Italie, pagorum incolae pagani, qui conserverent leur ancienne religion : secondement, l'Indostan est mahométan, & les Mahométans sont les implacables ennemis des images & de l'idolatrie : troisiémement, on ne doit point appeller idolâtres beaucoup de peuples de l'Inde qui sont de l'ancienne religion des Perses, ni certaines côtes qui n'ont point d'idoles.
S'il y a jamais eu un gouvernement idolâtre. Il paroît que jamais il n'y a eu aucun peuple sur la terre qui ait pris le nom d'idolâtre. Ce mot est une injure que les Gentils, les Politéistes sembloient mériter ; mais il est bien certain que si on avoit demandé au sénat de Rome, à l'aréopage d'Athènes, à la cour des rois de Perse, êtes-vous idolâtres ? ils auroient à peine entendu cette question. Nul n'auroit répondu, nous adorons des images, des idoles. On ne trouve ce mot idolâtre, idolatrie, ni dans Homere, ni dans Hésiode, ni dans Hérodote, ni dans aucun auteur de la religion des Gentils. Il n'y a jamais eu aucun édit, aucune loi qui ordonnât qu'on adorât des idoles, qu'on les servît en dieux, qu'on les crût des dieux.
Quand les capitaines romains & carthaginois faisoient un traité, ils attestoient toutes les divinités ; c'est en leur présence, disoient-ils, que nous jurons la paix : or les statues de tous ces dieux, dont le dénombrement étoit très-long, n'étoit pas dans la tente des généraux ; ils regardoient les dieux comme présens aux actions des hommes, comme témoins, comme juges, & ce n'étoit pas assurément le simulacre qui constituoit la divinité.
De quel oeil voyoient-ils donc les statues de leurs fausses divinités dans les temples ? du même oeil, s'il étoit permis de s'exprimer ainsi, que nous voyons les images des vrais objets de notre vénération. L'erreur n'étoit pas d'adorer un morceau de bois ou de marbre, mais d'adorer une fausse divinité représentée par ce bois & par ce marbre. La différence entre eux & nous n'est pas qu'ils eussent des images, & que nous n'en ayons point ; qu'ils aient fait des prieres devant des images, & que nous n'en faisions point : la différence est que leurs images figuroient des êtres fantastiques dans une religion fausse, & que les nôtres figurent des êtres réels dans une religion véritable.
Quand le consul Pline adresse ses prieres aux dieux immortels, dans l'exorde du panégyrique de Trajan, ce n'est pas à des images qu'il les adresse ; ces images n'étoient pas immortelles.
Ni les derniers tems du paganisme, ni les plus reculés, n'offrent pas un seul fait qui puisse faire conclure qu'on adorât réellement une idole. Homere ne parle que des dieux qui habitent le haut olympe : le palladium, quoique tombé du ciel, n'étoit qu'un gage sacré de la protection de Pallas ; c'étoit elle qu'on adoroit dans le palladium.
Mais les Romains & les Grecs se mettoient à genoux devant des statues, leur donnoient des couronnes, de l'encens, des fleurs, les promenoient en triomphe dans les places publiques : nous avons sanctifié ces coutumes, & nous ne sommes point idolâtres.
Les femmes en tems de sécheresse portoient les statues des faux dieux après avoir jeûné. Elles marchoient piés nuds, les cheveux épars, & aussi-tôt il pleuvoit à sceaux, comme dit ironiquement Pétrone, & statim urceatim pluebat. Nous avons consacré cet usage illégitime chez les Gentils, & légitime parmi nous. Dans combien de villes ne porte-t-on pas nuds piés les châsses des saints pour obtenir les bontés de l'Etre suprême par leur intercession ?
Si un turc, un lettré chinois étoit témoin de ces cérémonies, il pourroit par ignorance nous accuser d'abord de mettre notre confiance dans les simulacres que nous promenons ainsi en procession ; mais il suffiroit d'un mot pour le détromper.
On est surpris du nombre prodigieux de déclamations débitées contre l'idolâtrie des Romains & des Grecs ; & ensuite on est plus surpris encore quand on voit qu'en effet ils n'étoient point idolâtres ; que leur loi ne leur ordonnoit point du tout de rapporter leur culte à des simulacres.
Il y avoit des temples plus privilégiés que les autres ; la grande Diane d'Ephèse avoit plus de réputation qu'une Diane de village, que dans un autre de ses temples. La statue de Jupiter Olympien attiroit plus d'offrandes que celle de Jupiter Paphlagonien. Mais puisqu'il faut toûjours opposer ici les coutumes d'une religion vraie à celles d'une religion fausse, n'avons nous pas eu depuis plusieurs siecles, plus de dévotion à certains autels qu'à d'autres ? Ne seroit-il pas ridicule de saisir ce prétexte pour nous accuser d'idolâtrie ?
On n'avoit imaginé qu'une seule Diane, un seul Apollon, & un seul Esculape ; non pas autant d'Apollons, de Dianes, & d'Esculapes, qu'ils avoient de temples & de statues ; il est donc prouvé autant qu'un point d'histoire peut l'être, que les anciens ne croyoient pas qu'une statue fût une divinité, que le culte ne pouvoit être rapporté à cette statue, à cette idole, & que par conséquent les anciens n'étoient point idolâtres.
Une populace grossiere & superstitieuse qui ne raisonnoit point, qui ne savoit ni douter, ni nier, ni croire, qui couroit aux temples par oisiveté, & parce que les petits y sont égaux aux grands ; qui portoit son offrande par coutume, qui parloit continuellement de miracles sans en avoir examiné aucun, & qui n'étoit guere au-dessus des victimes qu'elle amenoit ; cette populace, dis-je, pouvoit bien à la vûe de la grande Diane, & de Jupiter tonnant, être frappé d'une horreur religieuse, & adorer sans le savoir la statue même. C'est ce qui est arrivé quelquefois dans nos temples à nos paysans grossiers ; & on n'a pas manqué de les instruire que c'est aux bienheureux, aux immortels reçus dans le ciel, qu'ils doivent demander leur intercession, & non à des figures de bois & de pierre, & qu'ils ne doivent adorer que Dieu seul.
Les Grecs & les Romains augmenterent le nombre de leurs dieux par des apotheoses ; les Grecs divinisoient les conquérans, comme Bacchus, Hercule, Persée. Rome dressa des autels à ses empereurs. Nos apothéoses sont d'un genre bien plus sublime ; nous n'avons égard ni au rang, ni aux conquêtes. Nous avons élevé des temples à des hommes simplement vertueux qui seroient la plûpart ignorés sur la terre, s'ils n'étoient placés dans le ciel. Les apothéoses des anciens sont faites par la flatterie ; les nôtres par le respect pour la vertu. Mais ces anciennes apothéoses sont encore une preuve convaincante que les Grecs & les Romains n'étoient point idolâtres. Il est clair qu'ils n'admettoient pas plus une vertu divine dans la statue d'Auguste & de Claudius, que dans leurs médailles. Cicéron dans ses ouvrages philosophiques ne laisse pas soupçonner seulement qu'on puisse se méprendre aux statues des dieux, & les confondre avec les dieux mêmes. Ses interlocuteurs foudroient la religion établie ; mais aucun d'eux n'imagine d'accuser les Romains de prendre du marbre & de l'airain pour des divinités.
Lucrece ne reproche cette sottise à personne, lui qui reproche tout aux superstitieux : donc encore une fois, cette opinion n'existoit pas, & l'erreur du politéïsme n'étoit pas erreur d'idolâtrie.
Horace fait parler une statue de Priape : il lui fait dire : j'étois autrefois un tronc de figuier ; un charpentier ne sachant s'il feroit de moi un dieu ou un banc, se détermina enfin à me faire dieu, &c. Que conclure de cette plaisanterie ? Priape étoit de ces petites divinités subalternes, abandonnées aux railleurs ; & cette plaisanterie même est la preuve la plus forte que cette figure de Priape qu'on mettoit dans les potagers pour effrayer les oiseaux, n'étoit pas fort révérée.
Dacier, en digne commentateur, n'a pas manqué d'observer que Baruc avoit prédit cette avanture, en disant, ils ne seront que ce que voudront les ouvriers ; mais il pouvoit observer aussi qu'on en peut dire autant de toutes les statues : on peut d'un bloc de marbre tirer tout aussi-bien une cuvette, qu'une figure d'Alexandre ou de Jupiter, ou de quelque chose de plus respectable. La matiere dont étoient formés les chérubins du saint des saints, auroit pû servir également aux fonctions les plus viles. Un tronc, un autel en sont-ils moins révérés, parce que l'ouvrier en pouvoit faire une table de cuisine ?
Dacier au lieu de conclure que les Romains adoroient la statue de Priape, & que Baruc l'avoit prédit, devoit donc conclure que les Romains s'en mocquoient. Consultez tous les auteurs qui parlent des statues de leurs dieux, vous n'en trouverez aucun qui parle d'idolâtrie ; ils disent expressément le contraire : vous voyez dans Martial.
Qui finxit sacros auro vel marmore vultus,
Non facit ille deos.
Dans Ovide. Colitur pro Jove forma Jovis.
Dans Stace. Nulla autem effigies nulli commissa metallo.
Forma Dei montes habitare ac numina gaudet.
Dans Lucain. Est-ne Dei nisi terra & pontus, & aer ?
On feroit un volume de tous les passages qui déposent que des images n'étoient que des images.
Il n'y a que le cas où les statues rendoient des oracles, qui ait pu faire penser que ces statues avoient en elles quelque chose de divin ; mais certainement l'opinion regnante étoit que les dieux avoient choisi certains autels, certains simulacres, pour y venir résider quelquefois, pour y donner audience aux hommes, pour leur répondre. On ne voit dans Homère, & dans les choeurs des tragédies greques, que des prieres à Apollon, qui rend ses oracles sur les montagnes, en tel temple, en telle ville ; il n'y a pas dans toute l'antiquité la moindre trace d'une priere adressée à une statue.
Ceux qui professoient la magie, qui la croyoient une science, ou qui feignoient de le croire, prétendoient avoir le secret de faire descendre les dieux dans les statues, non pas les grands dieux, mais les dieux secondaires, les génies. C'est ce que Mercure Trismégiste appelloit faire des dieux ; & c'est ce que S. Augustin réfute dans sa cité de Dieu ; mais cela même montre évidemment qu'on ne croyoit pas que les simulacres eussent rien en eux de divin, puisqu'il falloit qu'un magicien les animât ; & il me semble qu'il arrivoit bien rarement qu'un magicien fût assez habile pour donner une ame à une statue pour la faire parler.
En un mot, les images des dieux n'étoient point des dieux ; Jupiter & non pas son image lançoit le tonnerre. Ce n'étoit pas la statue de Neptune qui soulevoit les mers, ni celle d'Apollon qui donnoit la lumiere ; les Grecs & les Romains étoient des gentils, des polithéistes, & n'étoient point des idolâtres.
Si les Perses, les Sabéens, les Egyptiens, les Tartares, les Turcs ont été idolâtres, & de quelle antiquité est l'origine des simulacres appellés idoles ; histoire abrégée de leur culte. C'est un abus des termes d'appeller idolâtres les peuples qui rendirent un culte au soleil & aux étoiles. Ces nations n'eurent long-tems ni simulacres, ni temples ; si elles se tromperent, c'est en rendant aux astres ce qu'elles devoient au créateur des astres : encore les dogmes de Zoroastre, ou Zardust, recueillis dans le Sadder, enseignent-ils un être suprême vangeur & rémunérateur ; & cela est bien loin de l'idolâtrie. Le gouvernement de la Chine n'a jamais eu aucune idole ; il a toûjours conservé le culte simple du maître du ciel Kingtien, en tolérant les pagodes du peuple. Gengis-Kan chez les Tartares n'étoit point idolâtre, & n'avoit aucun simulacre ; les Musulmans qui remplissent la Grece, l'Asie mineure, la Syrie, la Perse, l'Inde, & l'Afrique, appellent les Chrétiens idolâtres, giaour, parce qu'ils croyent que les Chrétiens rendent un culte aux images. Ils briserent toutes les statues qu'ils trouverent à Constantinople dans sainte Sophie, dans l'église des saints Apôtres, & dans d'autres qu'ils convertirent en mosquées. L'apparence les trompa comme elle trompe toûjours les hommes ; elle leur fit croire que des temples dédiés à des saints qui avoient été hommes autrefois, des images de ces saints révérées à genoux, des miracles opérés dans ces temples, étoient des preuves invincibles de l'idolâtrie la plus complete ; cependant il n'en est rien. Les Chrétiens n'adorent en effet qu'un seul Dieu, & ne réverent dans les bienheureux que la vertu même de Dieu qui agit dans ses saints. Les Iconoclastes, & les Protestans ont fait le même reproche d'idolâtrie à l'Eglise ; & on leur a fait la même réponse.
Comme les hommes ont eu très-rarement des idées précises, & ont encore moins exprimé leurs idées par des mots précis, & sans équivoque, nous appellâmes du nom d'idolâtres les Gentils, & sur-tout les Polithéïstes. On a écrit des volumes immenses ; on a débité des sentimens différens sur l'origine de ce culte rendu à Dieu, ou à plusieurs dieux, sous des figures sensibles : cette multitude de livres & d'opinions ne prouve que l'ignorance.
On ne sait pas qui inventa les habits & les chaussures, & on veut savoir qui le premier inventa les idoles ! Qu'importe un passage de Sanchoniaton qui vivoit avant la guerre de Troie ? Que nous apprend-il, quand il dit que le cahos, l'esprit, c'est-à-dire le souffle, amoureux de ses principes, en tira le limon, qu'il rendit l'air lumineux, que le vent Colp, & sa femme Baü engendrerent Eon, & qu'Eon engendra Jenos ? que Cronos leur descendant avoit deux yeux par-derriere, comme par-devant, qu'il devint dieu, & qu'il donna l'Egypte à son fils Thaut ; voilà un des plus respectables monumens de l'antiquité.
Orphée, antérieur à Sanchoniaton, ne nous en apprendra pas davantage dans sa théogonie, que Damascius nous a conservée ; il représente le principe du monde sous la figure d'un dragon à deux têtes, l'une de taureau, l'autre de lion, un visage au milieu qu'il appelle visage-dieu, & des aîles dorées aux épaules.
Mais vous pouvez de ces idées bisarres tirer deux grandes vérités ; l'une que les images sensibles & les hiéroglyphes sont de l'antiquité la plus haute ; l'autre que tous les anciens philosophes ont reconnu un premier principe.
Quant au polithéïsme, le bon sens vous dira que dès qu'il y a eu des hommes, c'est-à-dire des animaux foibles, capables de raison, sujets à tous les accidens, à la maladie & à la mort, ces hommes ont senti leur foiblesse & leur dépendance ; ils ont reconnu aisément qu'il est quelque chose de plus puissant qu'eux. Ils ont senti une force dans la terre qui produit leurs alimens ; une dans l'air qui souvent les détruit ; une dans le feu qui consume, & dans l'eau qui submerge. Quoi de plus naturel dans des hommes ignorans, que d'imaginer des êtres qui président à ces élémens ! Quoi de plus naturel que de révérer la force invisible qui faisoit luire aux yeux le soleil & les étoiles ? Et dès qu'on voulut se former une idée de ces puissances supérieures à l'homme, quoi de plus naturel encore que de les figurer d'une maniere sensible ? La religion juive qui précéda la nôtre, & qui fut donnée par Dieu même, étoit toute remplie de ces images sous lesquelles Dieu est représenté. Il daigne parler dans un buisson le langage humain ; il paroît sur une montagne. Les esprits célestes qu'il envoie, viennent tous avec une forme humaine ; enfin, le sanctuaire est rempli de chérubins, qui sont des corps d'hommes avec des aîles & des têtes d'animaux ; c'est ce qui a donné lieu à l'erreur grossiere de Plutarque, de Tacite, d'Appion, & de tant d'autres, de reprocher aux Juifs d'adorer une tête d'âne. Dieu, malgré sa défense de peindre & de sculpter aucune figure, a donc daigné se proportionner à la foiblesse humaine, qui demandoit qu'on parlât aux sens par des images.
Isaïe dans le chap. VI. voit le Seigneur assis sur un trône, & le bas de sa robe qui remplit le temple. Le Seigneur étend sa main & touche la bouche de Jérémie au chap. I. de ce prophete. Ezéchiel au chap. III. voit un trône de saphir, & Dieu lui paroît comme un homme assis sur ce trône. Ces images n'alterent point la pureté de la religion juive, qui jamais n'employa les tableaux, les statues, les idoles, pour représenter Dieu aux yeux du peuple.
Les lettrés Chinois, les Perses, les anciens Egyptiens n'eurent point d'idoles ; mais bien-tôt Isis & Osiris furent figurés : bien-tôt Bel à Babylone fut un gros colosse ; Brama fut un monstre bizarre dans la presqu'île de l'Inde. Les Grecs sur-tout multiplierent les noms des dieux, les statues & les temples ; mais en attribuant toûjours la suprême puissance à leur Zeus, nommé par les Latins Jupiter, maître des dieux & des hommes. Les Romains imiterent les Grecs : ces peuples placerent toûjours tous les dieux dans le ciel sans savoir ce qu'ils entendoient par le ciel & par leur olympe. Il n'y avoit pas d'apparence que ces êtres supérieurs habitassent dans les nuées qui ne sont que de l'eau. On en avoit placé d'abord sept dans les sept planetes, parmi lesquelles on comptoit le soleil ; mais depuis, la demeure ordinaire de tous les dieux fut l'étendue du ciel.
Les Romains eurent leurs douze grands dieux, six mâles & six femelles, qu'ils nommerent dii majorum gentium ; Jupiter, Neptune, Apollon, Vulcain, Mars, Mercure, Junon, Vesta, Minerve, Cérès, Vénus, Diane. Pluton fut alors oublié ; Vesta prit sa place.
Ensuite venoient les dieux minorum gentium, les dieux indigetes, les héros, comme Bacchus, Hercule, Esculape ; les dieux infernaux, Pluton, Proserpine ; ceux de la mer, comme Thétis, Amphitrite, les Néréïdes, Glaucus ; puis les Driades, les Naïades, les dieux des jardins, ceux des bergers. Il y en avoit pour chaque profession, pour chaque action de la vie, pour les enfans, pour les filles nubiles, pour les mariées, pour les accouchées ; on eut le dieu Pet. On divinisa enfin les empereurs : ni ces empereurs, ni le dieu Pet, ni la déesse Pertunda, ni Priape, ni Rumilia la déesse des tétons, ni Stercutius le dieu de la garde-robe, ne furent à la vérité regardés comme les maîtres du ciel & de la terre. Les empereurs eurent quelquefois des temples ; les petits dieux Pénates n'en eurent point ; mais tous eurent leur figure, leur idole.
C'étoient de petits magots dont on ornoit son cabinet ; c'étoient les amusemens des vieilles femmes & des enfans, qui n'étoient autorisés par aucun culte public. On laissoit agir à son gré la superstition de chaque particulier : on retrouve encore ces petites idoles dans les ruines des anciennes villes.
Si personne ne sait quand les hommes commencerent à se faire des idoles, on sait qu'elles sont de l'antiquité la plus haute ; Tharé pere d'Abraham en faisoit à Ur en Chaldée : Rachel déroba & emporta les idoles de son beau-pere Laban ; on ne peut remonter plus haut.
Mais quelle notion précise avoient les anciennes nations de tous ces simulacres ? Quelle vertu, quelle puissance leur attribuoit-on ? Croira-t-on que les dieux descendoient du ciel pour venir se cacher dans ces statues ? ou qu'ils leur communiquoient une partie de l'esprit divin ? ou qu'ils ne leur communiquoient rien du tout ? C'est encore sur quoi on a très-inutilement écrit ; il est clair que chaque homme en jugeoit selon le degré de sa raison, ou de sa crédulité, ou de son fanatisme. Il est évident que les prêtres attachoient le plus de divinité qu'ils pouvoient à leurs statues, pour s'attirer plus d'offrandes ; on sait que les Philosophes détestoient ces superstitions ; que les guerriers s'en mocquoient ; que les magistrats les toléroient, & que le peuple toûjours absurde ne savoit ce qu'il faisoit : c'est en peu de mots l'histoire de toutes les nations à qui Dieu ne s'est pas fait connoître.
On peut se faire la même idée du culte que toute l'Egypte rendit à un boeuf, & que plusieurs villes rendirent à un chien, à un singe, à un chat, à des oignons. Il y a grande apparence que ce furent d'abord des emblèmes : ensuite un certain boeuf Apis, un certain chien nommé Anubis, furent adorés. On mangea toûjours du boeuf & des oignons ; mais il est difficile de savoir ce que pensoient les vieilles femmes d'Egypte, des oignons sacrés & des boeufs.
Les idoles parloient assez souvent : on faisoit commémoration à Rome le jour de la fête de Cybèle, des belles paroles que la statue avoit prononcées lorsqu'on en fit la translation du palais du roi Attale :
Ipsa peti volui, ne sit mora, mitte volentem,
Dignus Roma locus quo deus omnis eat.
" J'ai voulu qu'on m'enlevât, emmenez moi vîte ; Rome est digne que tout dieu s'y établisse ".
La statue de la fortune avoit parlé ; les Scipions, les Cicérons, les Césars à la vérité n'en croyoient rien ; mais la vieille à qui Encolpe donna un écu pour acheter des oies & des dieux, pouvoit fort bien le croire.
Les idoles rendoient aussi des oracles, & les prêtres cachés dans le creux des statues parloient au nom de la divinité.
Comment, au milieu de tant de dieux, & de tant de théogonies différentes & de cultes particuliers, n'y eût-il jamais de guerre de religion chez les peuples nommés idolâtres ? Cette paix fut un bien qui naquit d'un mal de l'erreur même : car chaque nation reconnoissant plusieurs dieux inférieurs, trouvoit bon que ses voisins eussent aussi les leurs. Si vous exceptez Cambise, à qui on reproche d'avoir tué le boeuf Apis, on ne voit dans l'histoire profane aucun conquérant qui ait maltraité les dieux d'un peuple vaincu. Les Gentils n'avoient aucune religion exclusive ; & les prêtres ne songerent qu'à multiplier les offrandes & les sacrifices.
Les premieres offrandes furent des fruits ; bientôt après il fallut des animaux pour la table des prêtres ; ils les égorgeoient eux-mêmes ; ils devinrent bouchers & cruels : enfin, ils introduisirent l'usage horrible de sacrifier des victimes humaines, & surtout des enfans & des jeunes filles. Jamais les Chinois, ni les Perses, ni les Indiens, ne furent coupables de ces abominations ; mais à Héliopolis en Egypte, au rapport de Porphire, on immola des hommes. Dans la Tauride on sacrifioit les étrangers : heureusement les prêtres de la Tauride ne devoient pas avoir beaucoup de pratiques. Les premiers Grecs, les Cipriots, les Phoeniciens, les Tyriens, les Carthaginois, eurent cette superstition abominable. Les Romains eux-mêmes tomberent dans ce crime de religion ; & Plutarque rapporte qu'ils immolerent deux Grecs & deux Gaulois, pour expier les galanteries de trois vestales. Procope, contemporain du roi des Francs Théodebert, dit que les Francs immolerent des hommes quand ils entrerent en Italie avec ce prince : les Gaulois, les Germains, faisoient communément de ces affreux sacrifices.
On ne peut guere lire l'histoire, sans concevoir de l'horreur pour le genre humain. Il est vrai que chez les Juifs Jephté sacrifia sa fille, & que Saül fut prêt d'immoler son fils. Il est vrai que ceux qui étoient voués au Seigneur par anathème, ne pouvoient être rachetés, ainsi qu'on rachetoit les bêtes, & qu'il falloit qu'ils périssent : mais Dieu qui a créé les hommes, peut leur ôter la vie quand il veut, & comme il le veut : & ce n'est pas aux hommes à se mettre à la place du maître de la vie & de la mort, & à usurper les droits de l'Etre suprème.
Pour consoler le genre humain de l'horrible tableau de ces pieux sacriléges, il est important de savoir que chez presque toutes les nations nommées idolâtres, il y avoit la Théologie sacrée, & l'erreur populaire ; le culte secret, & les cérémonies publiques ; la religion des sages, & celle du vulgaire. On n'enseignoit qu'un seul Dieu aux initiés dans les mysteres ; il n'y a qu'à jetter les yeux sur l'hymne attribué à Orphée, qu'on chantoit dans les mysteres de Cérès Eleusine, si célebres en Europe & en Asie.
" Contemple la nature divine, illumine ton esprit, gouverne ton coeur, marche dans la voie de la justice ; que le Dieu du ciel & de la terre soit toûjours présent à tes yeux. Il est unique, il existe seul par lui-même ; tous les êtres tiennent de lui leur existence ; il les soûtient tous ; il n'a jamais été vu des yeux mortels, & il voit toutes choses ".
Qu'on lise encore ce passage du philosophe Maxime de Madaure, dans sa lettre à saint Augustin. " Quel homme est assez grossier, assez stupide, pour douter qu'il soit un Dieu suprême, éternel, infini, qui n'a rien engendré de semblable à lui-même, qui est le pere commun de toutes choses " ? Il y a mille témoignages que les sages abhorroient nonseulement l'idolâtrie, mais encore le polithéïsme.
Epictete, ce modele de résignation & de patience, cet homme si grand dans une condition si basse, ne parle jamais que d'un seul Dieu : voici une de ses maximes. " Dieu m'a créé, Dieu est au-dedans de moi ; je le porte par-tout ; pourrois-je le souiller par des pensées obscènes, par des actions injustes, par d'infâmes desirs ? Mon devoir est de remercier Dieu de tout, de le louer de tout, & de ne cesser de le benir qu'en cessant de vivre ". Toutes les idées d'Epictete roulent sur ce principe.
Marc-Aurele, aussi grand peut-être sur le trône de l'empire romain qu'Epictete dans l'esclavage, parle souvent à la vérité des dieux, soit pour se conformer au langage reçu, soit pour exprimer des êtres mitoyens entre l'Etre suprême & les hommes. Mais en combien d'endroits ne fait-il pas voir qu'il ne reconnoît qu'un Dieu éternel, infini ? Notre ame, dit-il, est une émanation de la divinité ; mes enfans, mon corps, mes esprits viennent de Dieu.
Les Stoïciens, les Platoniciens admettoient une nature divine & universelle ; les Epicuriens la nioient ; les pontifes ne parloient que d'un seul Dieu dans les mysteres ; où étoient donc les idolâtres ?
Au reste, c'est une des grandes erreurs du Dictionnaire de Moréri, de dire que du tems de Théodose le jeune, il ne resta plus d'idolâtres que dans les pays reculés de l'Asie & de l'Afrique. Il y avoit dans l'Italie beaucoup de peuples encore gentils, même au septieme siecle : le nord de l'Allemagne depuis le Vezer n'étoit pas chrétien du tems de Charlemagne ; la Pologne & tout le Septentrion resterent long-tems après lui dans ce qu'on appelle idolâtrie : la moitié de l'Afrique, tous les royaumes au de-là du Gange, le Japon, la populace de la Chine, cent hordes de Tartares ont conservé leur ancien culte. Il n'y a plus en Europe que quelques lapons, quelques samoïedes, quelques tartares, qui ayent persévéré dans la religion de leurs ancêtres. Article de M. DE VOLTAIRE. Voyez ORACLES, RELIGION, SUPERSTITION, SACRIFICES, TEMPLES.
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| IDOLOTHYTES | S. m. (Théolog.) c'est le nom que S. Paul donne aux viandes offertes aux idoles, & que l'on présentoit ensuite avec cérémonie, tant aux prêtres qu'aux assistans, qui les mangeoient couronnés. Il y eut entre les premiers chrétiens difficulté au sujet de la manducation de ces idolothytes, & dans le concile de Jérusalem il leur fut ordonné de s'en abstenir ; cependant comme les viandes qui étoient offertes aux idoles, étoient quelquefois vendues au marché, & présentées ensuite aux repas des chrétiens, les plus scrupuleux n'en vouloient pas, quoiqu'alors ce ne fut plus un acte de religion. S. Paul consulté sur cette question, répondit aux Corinthiens que l'on en pouvoit manger, sans s'informer si cette viande avoit été offerte aux idoles ou non, pourvû que cela ne causât point de scandale aux foibles. Cependant l'usage de ne point manger des idolothytes a subsisté parmi les chrétiens, & dans l'apocalypse ceux de Pergame sont repris de ce qu'il y avoit parmi eux des gens qui faisoient manger des viandes qui avoient été offertes aux idoles. Dans la primitive église il est défendu aux chrétiens, par plusieurs canons des conciles, de manger des idolothytes. Actor. j. 15. I. Corinth. j. 8. Apocalyps. 2.
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| IDON-MOULLY | S. m. (Botan. exot.) c'est le nom malabare d'une espece de prunier des Indes orientales, que les Botanistes appellent prunus indica, fructu umbilicato, pyriformi, spinosa, racemosa, ce qui suffit pour le distinguer des autres pruniers ; ajoutez qu'il s'éleve jusqu'à la hauteur de soixante & dix piés ; il est décrit dans l'Hort. malab. part. IV. tab. 18. p. 41. (D.J.)
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| IDRA | (Géog.) ville de Suede, capitale de la Dalécarlie, sur la riviere d'Elsinam : presque tous les habitans travaillent aux mines & aux forges.
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| IDRIA | (Géog.) ville d'Italie dans le Frioul, au comté de Goritz, avec un château. Cette ville, célebre par sa mine de vif-argent, appartient à la maison d'Autriche ; elle est de tous côtés entourée de montagnes, à 7 lieues N. E. de Goritz, 10 N. de Trieste. Long. 31. 35. lat. 46. 16.
La riche mine de vif-argent que cette ville possede dans son propre sein, est une chose bien curieuse. L'entrée de cette mine n'est point sur une montagne, mais dans la ville même ; elle n'a pas plus de 120 ou 130 brasses de profondeur. On en tire du vif-argent vierge & du simple vif-argent, & c'étoit certainement autrefois une des plus riches mines du monde en ce genre ; car il s'y trouvoit d'ordinaire moitié pour moitié, c'est-à-dire de deux livres une, & quelquefois même lorsqu'on en tiroit un morceau qui pesoit trois livres, on en trouvoit encore deux après qu'il étoit raffiné. Le détail que Brown en a fait comme témoin oculaire, en 1669, mérite d'être lû.
Etant descendu dans cette mine par une échelle qui avoit 89 brasses de long, il vit dans un endroit où l'on travailloit à la purification du vif-argent par le feu seize mille barres de fer, qu'on avoit achetées dans la Carinthie ; on employoit aussi quelquefois au même usage 800 barres de fer tout-à-la-fois, pour purifier le vif-argent dans seize fournaises ; on en mettoit 50 dans chaque fournaise, 25 de chaque côté, 12 dessus & 13 au-dessous ; le produit étoit tel, que M. Brown vit emporter un jour 40 sacs de vif-argent purifié pour les pays étrangers, objet de 40 mille ducats. On en envoyoit jusqu'à Chremnitz, en Hongrie, pour s'en servir dans cette mine d'or ; chaque sac pesoit 315 livres. Il y avoit encore alors dans le château trois mille sacs de vif-argent purifié en réserve ; enfin, à force d'exploitations précipitées, on a presque épuisé la mine & le bois nécessaire pour le travail. (D.J.)
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| IDSTEIN | (Géog.) bourg ou petite ville d'Allemagne, dans la Wétéravie, résidence d'une branche de la maison de Nassau, à qui elle appartient ; elle est à 5 lieues N. E. de Mayence. Long. 25. 33. lat. 50. 9. (D.J.)
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| IDULIE | S. f. (Belles-lettres) c'est ainsi qu'on appelloit la victime qu'on offroit à Jupiter le jour des ides, d'où peut-être elle a pris son nom. (D.J.)
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| IDUMÉE | S. f. (Géog. anc.) pays d'Asie, aux confins de la Palestine & de l'Arabie : l'Idumée tire son nom d'Edom ou Esaü, qui y fixa sa demeure. Il s'établit d'abord dans les montagnes de Seïr, à l'orient & au midi de la mer Morte ; ensuite ses descendans, comme nous le verrons tout-à-l'heure, se répandirent dans l'Arabie Pétrée, dans le pays qui est au midi de la Palestine, & finalement dans la Judée méridionale, lorsque ce pays devint comme desert durant la captivité de Babylone ; ainsi quand on parle de l'étendue de l'Idumée, il faut distinguer les tems. Sous les rois de Juda les Iduméens étoient resserrés à l'orient & au sud de la mer Morte, au pays de Seïr ; mais dans la suite l'Idumée s'étendit beaucoup davantage au midi de Juda. La ville capitale de l'Idumée orientale étoit Bosra, & la capitale de l'Idumée méridionale étoit Pétra ou Jectaël.
L'Idumée dont Strabon, Josephe, Pline, Ptolomée, & autres auteurs font mention, n'étoit pas le pays d'Edom, ou cette Idumée qui a donné le nom à la mer Rouge, mais une autre ancienne Idumée, d'une beaucoup plus grande étendue, car elle comprenoit toute cette région qui fut appellée Arabie Pétrée de Pétra sa capitale. Tout ce pays ayant été habité par les descendans d'Edom ou d'Esaü, fut delà nommé le pays d'Edom.
Dans la suite des tems une sédition, à ce que prétend Strabon, s'étant élevée parmi eux, une partie se sépara du reste, & vint s'établir dans les contrées méridionales de la Judée, qui se trouvoit alors comme deserte, par l'absence de ses habitans captifs à Babylone ; ceux-ci conserverent le nom d'Iduméens, & le pays qu'ils occuperent prit celui d'Idumée.
Les Iduméens qui ne suivirent pas les autres, se joignirent aux Ismaélites, & furent appellés comme eux Nabathéens, de Nébajoth ou Nabath fils d'Ismael, & le pays qu'ils posséderent Nabathée ; c'est sous ce nom qu'il en est souvent parlé dans les auteurs, tant grecs que latins.
Les Iduméens furent premierement gouvernés par des chefs ou princes, & puis par des rois ; Nabuchodonosor, cinq ans après la prise de Jérusalem, subjugua toutes les puissances voisines de la Judée, & en particulier les Iduméens ; Judas Macchabée leur fit la guerre, & les battit en plus d'une rencontre : enfin, Hircan les dompta & les obligea de recevoir la circoncision ; dès-lors ils demeurerent assujettis aux derniers rois de la Judée, jusqu'à la ruine de Jérusalem par les Romains. (D.J.)
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| IDYLLE | terme de Poésie, petit poëme champêtre qui contient des descriptions ou narrations de quelques aventures agréables. Voy. EGLOGUE. Ce mot vient du grec , diminutif d', figure, représentation, parce que le propre de cette poésie est de représenter naturellement les choses.
Théocrite est le premier auteur qui ait fait des idylles ; les Italiens l'ont imité, & en ont ramené l'usage. Voyez PASTORAL.
Les idylles de Théocrite, sous une simplicité toute naïve & toute champêtre, renferment des agrémens inexprimables ; elles paroissent puisées dans le sein de la nature, & dictées par les graces elles-mêmes.
C'est une poésie qui peint naturellement les objets qu'elle décrit ; au lieu que le poëme épique les raconte, & le dramatique les met en action. On ne s'en tient plus dans les idylles à la simplicité originale de Théocrite : notre siecle ne souffriroit pas une fiction amoureuse qui ressembleroit aux galanteries grossieres de nos paysans. Boileau remarque que les idylles les plus simples sont ordinairement les meilleures.
Ce poëte en a tracé le caractere dans ce peu de vers, par une image empruntée elle-même des sujets sur lesquels roule ordinairement l'idylle.
Telle qu'une bergere au plus beau jour de fête
De superbes rubis ne charge point sa tête ;
Et sans mêler à l'or l'éclat des diamans,
Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornemens.
Telle aimable en son air, mais humble dans son style,
Doit éclater sans pompe une élégante idylle ;
Son tour simple & naïf n'a rien de fastueux,
Et n'aime point l'orgueil d'un vers présomptueux.
Art poëtique, chant II.
S'il y a quelque différence entre les idylles & les églogues, elle est fort légere ; les auteurs les confondent souvent. Cependant il semble que l'usage veut plus d'action, de mouvement dans l'églogue, & que dans l'idylle on se contente d'y trouver des images, des récits, ou des sentimens seulement. Cours de belles-lettres, tom. I.
Un autre auteur moderne y trouve cette différence, qui n'est pourtant pas absolument générale. Dans l'églogue, dit-il, ce sont des bergers qu'on fait dialoguer entr'eux, qui racontent leurs propres aventures, leurs peines & leurs plaisirs, qui comparent la douceur de la vie qu'ils menent avec les passions & les soins dont la nôtre est traversée. Dans l'idylle, au contraire, c'est nous qui comparons le trouble & les travaux de notre vie avec la tranquillité de celle des bergers, & la tyrannie de nos passions ou de nos usages, avec la simplicité de leurs moeurs & de leurs sentimens. Celle-ci même peut rouler toute entiere sur une allégorie soutenue, tirée de l'instinct des animaux ou de la nature des choses inanimées ; tel est le ton de quelques idylles de madame Deshoulieres : d'où il est aisé de conclure que l'idylle pourroit admettre un peu plus de force & d'élévation que l'églogue, puisque sous ce rapport elle suppose un homme qui vit au milieu du monde, dont il reconnoît les dangers & les abus : son esprit peut donc être plus orné, plus vif, moins simple & moins uni que ne seroit celui des bergers, principalement occupés d'idées relatives à leur condition. Princip. pour la lect. des poët. tom. I.
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| IÉDO | (Géog.) ville d'Asie, capitale du Japon, dans l'île de Niphon, avec un superbe palais fortifié, où l'empereur fait sa résidence.
Iédo est une des cinq grandes villes de commerce qui appartiennent au domaine de l'empereur, ou aux terres de la couronne ; mais elle est comptée comme la premiere, la plus considérable & la plus vaste de tout l'empire. Kempfer la regarde comme une des plus grandes villes du monde connu ; il mit un jour entier pour aller d'un bout à l'autre dans sa longueur : le nombre de ses habitans est prodigieux. La riviere de Tonkaw la traverse, & se jette dans la mer par cinq embouchures. On a construit sur cette riviere un pont de 42 brasses de longueur. Les maisons des particuliers sont petites, basses, & bâties de bois, ce qui occasionne souvent des incendies ; mais il y a quantité de palais bâtis de pierre, & des temples superbes consacrés aux dieux de toutes les sectes & religions établies au Japon. Le château destiné pour l'empereur & sa cour, a environ 5 lieues du pays de circuit ; celui que l'empereur habite en particulier, est fortifié de toutes parts ; la structure des appartemens qui le composent, & qui sont immenses pour la grandeur, est d'une beauté exquise selon l'architecture du pays, qui n'est pas la nôtre, & qui ne connoît ni regle, ni dessein, ni proportion ; les plafonds, les solives, & les piliers, sont de cedre, de camphre, de bois de jeseri, dont les veines forment naturellement des fleurs & d'autres figures. Le lecteur trouvera la description complete d'Iédo dans Kempfer. Long. 157. lat. 35. 32. (D.J.)
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| IÉRONYMITES | S. m. (Théol.) est le nom que l'on donne à divers ordres ou congrégations de religieux, autrement appellés hermites de saint Jérôme. Voyez HERMITES.
Les premiers, que l'on appelle hermites de Saint Jérôme d'Espagne, doivent leur naissance au tiers-ordre de saint François, dont les premiers Jéronimites étoient membres. Grégoire XI. approuva cet ordre en 1373, ou 1374, sous le nom de saint Jérôme, qu'ils avoient choisi pour leur protecteur & leur modele, & leur donna les constitutions du couvent de sainte Marie du Sépulchre, avec la regle de saint Augustin ; & pour habit une tunique de drap blanc, un scapulaire de couleur tannée, un petit capuce & un manteau de même couleur ; le tout de couleur naturelle, sans teinture & d'un vil prix.
Les Jéronimites sont en possession du couvent de saint Laurent de l'Escurial, où les rois d'Espagne ont leur sépulture ; de ceux de saint Isidore de Seville, & de saint Just, où Charles V se retira après avoir abdiqué la couronne impériale & celle d'Espagne. Il y a aussi en Espagne des religieux Jéronimites, qui furent fondés vers la fin du XV siecle. Sixte IV. les mit sous la jurisdiction des Jéronimites, & leur donna les constitutions du monastere de Sainte Marthe de Cordoue, mais Léon X leur ordonna de prendre celle de l'ordre de saint Jérôme. Voyez le Dictionnaire de Trévoux.
Les hermites de saint Jérôme de l'Observance, ou de Lombardie, ont pour fondateur Loup d'Olmedo, qui les établit en 1424 dans les montagnes de Cazalla, au diocese de Séville, & leur donna une regle composée des sentimens de Saint Jérôme, approuvée par le pape Martin V. qui dispensa pour lors les Jéronimites de garder celle de saint Augustin.
Pierre Gambacorti fonda la troisieme congrégation des Jéronimites vers l'an 1377. Ils ne firent que des voeux simples jusqu'en 1568, que Pie V. leur ordonna d'en faire des solemnels ; ils ont des maisons en Italie, dans le Tirol & dans la Baviere.
La quatrieme congrégation des Jéronimites, dite des hermites de S. Jérôme de Fiesoli, commença l'an 1360, que Charles de Montegranelli, de la famille des comtes de Montegranelli, se retira dans la solitude, & s'établit d'abord à Vérone. Elle fut approuvée par Innocent VII. sous la regle & les constitutions de Saint Jérôme ; mais Eugene IV. leur donna en 1441 la regle de saint Augustin. Comme le fondateur étoit du tiers-ordre de saint François, il en garda l'habit ; mais en 1460, Pie II permit de le quitter à ceux qui voudroient, ce qui occasionna une division parmi eux. Clément IX. supprima tout-à-fait cet ordre en 1668.
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| IEROPHILAX | S. m. (Hist.) garde des choses sacrées ; titre que désigne assez la fonction de celui qui le portoit dans l'Eglise grecque : il revient à notre sacristain.
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| IEROPHORE | S. m. (Hist. anc.) celui qui porte les choses sacrées. Ce titre s'étendoit chez les Grecs à un grand nombre de fonctions ; mais on appelloit sur-tout ïérophores, ceux qui, dans les cérémonies, portoient les statues des dieux.
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| IEROSCOPIE | S. f. (Divinat.) inspection des choses sacrées, & prédiction par ce moyen. Voyez ARUSPICES & ARUSPICINES.
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| IF | S. m. taxus, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur composée de sommets, qui, pour la plûpart, ont la forme d'un champignon ; cette fleur est stérile, l'embryon devient dans la suite une baie concave faite en forme de cloche & pleine de suc ; elle renferme une semence. Il y a de ces fruits qui ressemblent à un gland, car ils ont une calotte qui embrasse la semence. Tournefort, Instit. rei herb. Voyez PLANTE.
IF, taxus, arbre toûjours verd, qui vient naturellement dans quelques contrées méridionales de l'Europe ; mais par l'usage que l'on en fait, & la contrainte où on l'assujettit, il ne paroît nulle part que sous la forme d'un arbrisseau. Si cependant on le laisse croître de lui-même, il prend une tige droite, qui s'éleve, grossit, & devient un moyen arbre. Son écorce est mince, rougeâtre, & sans gersures à tout âge ; ses feuilles sont petites, étroites, assez ressemblantes à celles du sapin, mais d'un verd obscur & triste. L'arbre donne au printems, aux extrémités de ses jeunes rameaux, des fleurs mâles ou chatons écailleux qui servent à féconder ses fruits ; ce sont des baies molles, visqueuses, & d'un rouge vif, dont chacune contient une semence.
Cet arbre est très-robuste ; & quoiqu'il habite les pays tempérés, on le trouve plus volontiers sur le sommet des montagnes les plus froides, dans les gorges serrées & exposées au nord, dans des côteaux à l'ombre, dans les lieux secs & pierreux, dans les terres légeres & stériles. Il peut venir sous les autres arbres, & il est si traitable, qu'on le voit réussir dans tous les terreins où on l'emploie pour la décoration des jardins, & où il n'y a que l'humidité qui puisse le faire échouer.
L'if se multiplie aisément de semences, de boutures ou de branches couchées. Le premier moyen est le plus lent, mais le meilleur qu'on puisse employer pour avoir des arbres forts & bien enracinés. Les deux autres méthodes seroient préférables par leur célérité, si elles n'avoient l'inconvénient de donner des plants défectueux, soit parce qu'ils sont courbes, ou qu'ils n'ont point de tige déterminée. La graine de l'if est mûre au mois de Septembre, elle reste ordinairement sur les arbres jusqu'en Décembre ; mais comme les oiseaux en sont fort avides, on court risque de n'en plus trouver en différant plus long-tems de la faire cueillir : il vaut donc mieux faire cette récolte dans le mois d'Octobre. On peut la semer sur-le-champ, ou attendre le printems, ou bien l'automne suivante, ou même différer jusqu'à l'autre printems. En prenant le premier parti, il en pourra lever quelques-unes au printems suivant ; mais le plus grand nombre ne levera qu'au second printems, & il en sera de même des graines que l'on aura semées dans les trois autres tems ; ensorte qu'il faut que cette graine soit surannée pour être assuré de la voir lever au bout de six semaines. Comme il n'y a presque rien à gagner en la semant immédiatement après qu'elle a été recueillie, il vaut encore mieux la garder pendant la premiere année, dans de la terre ou du sable, en un lieu sec ; on épargnera l'occupation du terrein, & la peine de le tenir en culture. Si cependant on avoit intérêt d'accélérer, il y a différens moyens d'en venir à bout que l'on pourra employer ; il faudra où laisser suer les graines, ou les mettre en fermentation : voyez ce qui a été dit à ce sujet à l'article HOUX.
Il faut semer la graine d'if dans un terrein frais & léger, contre un mur exposé au nord. Bien des gens la sement en plein champ ; mais il vaut mieux la mettre en rayons, que l'on recouvrira d'un demi pouce de terreau fort léger ; cela donnera plus de facilité pour la culture. La premiere année les plants s'éleveront à un pouce ; la seconde, à environ trois ou quatre pouces ; & la troisieme année, ils auront communément un pié ; c'est alors qu'ils seront en état d'être mis en pepiniere. Mais comme les racines de cet arbre sont courtes, menues, en petite quantité, & à fleur de terre, il faut avoir la précaution de transplanter les jeunes plants tous les deux ans, afin de les empêcher d'étendre leurs racines, & les disposer à pouvoir être enlevés avec la motte lorsqu'on voudra les placer à demeure : pendant le séjour qu'ils font à la pepiniere on les taille tous les ans, pour les faire brancher & épaissir, & on les prépare ainsi à prendre les figures auxquelles on les destine.
Si on veut multiplier l'if de branches couchées, on doit faire cette opération au printems ; on se sert pour cela des branches qui se trouvent au pié des vieux arbres, & pour en assurer le succès il faut marcotter les branches en les couchant ; elles auront de bonnes racines au bout de deux ans, & alors on pourra les mettre en pepiniere. Si on prend le parti de propager cet arbre de boutures, il faut les faire au mois d'Avril, par un tems humide, dans un terrein frais & bien meuble, contre un mur, à l'exposition du nord. Les plus jeunes branches sont les meilleures pour cet oeuvre ; le plus grand nombre de ces boutures poussera la premiere année, & annoncera du succès ; mais la plûpart malgré cela n'ayant point encore fait racine, ou n'en ayant que de bien foibles, on les verra se dessécher & périr par le hâle du printems suivant, si on n'a grand soin de les couvrir & de les arroser : il ne faut s'attendre à les trouver bien enracinés qu'après la troisieme année, qui sera le tems de les transplanter en pepiniere.
Par les précautions que l'on a conseillé de prendre pour l'éducation de ces arbres durant le tems qu'ils sont en pepiniere, on doit juger qu'il ne faut pas moins d'attention pour les transplanter à demeure, & c'est sur-tout au choix de la saison qu'il faut s'attacher. Le fort de l'hiver & le grand été n'y sont nullement propres ; tous autres tems sont convenables, à l'exception toutes-fois des commencemens du printems, & particulierement de ce tems sec, vif & brûlant, que l'on nomme le hâle de Mars. Ce hâle est le fléau des arbres toûjours verds ; c'est l'intempérie la plus à craindre pour les plants de ces arbres, qui sont jeunes ou languissans, ou nouvellement plantés. Les mois que l'on doit préférer pour la transplantation de l'if sont ceux d'Avril & de Septembre, encore faut-il profiter pour cela d'un tems doux, nébuleux & humide ; garantir les plants du soleil en les couvrant de paille, & les arroser souvent, mais modérément. Si cependant les ifs que l'on prend le parti de transplanter sont trop forts, il sera bien difficile de les faire reprendre avec toutes les précautions possibles, & les plants jeunes ou moyens que l'on sera dans le cas d'envoyer au loin, doivent être enlevés avec la motte de terre, & mis en manequin pour en assurer le succès. L'if est un arbre agreste, sauvage, robuste ; dès qu'il est repris, il n'exige plus aucune culture.
Le bois de l'if est rougeâtre, veineux & fléxible, très-dur, très-fort, & presque incorruptible ; sa solidité le rend propre à différens ouvrages de Menuiserie, il prend un beau poli, & les racines s'emploient par les Tourneurs & les ébénistes.
On ne plante presque jamais cet arbre, pour le laisser croître naturellement ; on ne l'emploie au contraire que pour l'assujettir à différentes formes, qui demandent des soins, & encore plus de goût. L'if n'a nulle beauté, il est toûjours verd, & puis c'est tout ; mais sa verdure est si obscure, si triste, que tout l'agrément de cet arbre vient de la figure que l'art lui impose. Autrefois les ifs envahissoient les jardins par la quantité de plants de cet arbre qu'on y admettoit, & plus encore par les formes volumineuses & surchargées qu'on leur laissoit prendre. Aujourd'hui, quoique le goût soit dominant pour les arbrisseaux, on n'emploie l'if qu'avec ménagement, & on le retient à deux ou trois piés de haut ; on le met dans les plates-bandes des grands jardins pour en interrompre l'uniformité, & marquer à l'oeil des intervalles symmétriques ; on le place aussi entre les arbres des allées, autour des bosquets d'arbres toûjours verds, dans les salles de verdure, & autres pieces de décoration ; mais le meilleur usage que l'on puisse faire de cet arbre, c'est d'en former des banquettes, des haies de clôture ou de séparation, & sur-tout de hautes palissades ; il est très-propre à remplir ces objets, par la régularité dont il est susceptible. Ces haies & ces palissades sont d'une force impénétrable, par l'épaisseur qu'on peut leur faire prendre.
L'if est peut-être de tous les arbres celui qui souffre la taille avec le moins d'inconvénient, & qui conserve le mieux la forme qu'on veut lui donner. On lui voit prendre sous les ciseaux du jardinier des figures rondes, coniques, spirales, en pyramide, en vase, &c. le mois de Juillet est le tems le plus propre pour la taille de cet arbre.
Si l'on en croit la plûpart des anciens auteurs d'agriculture, & quelques-uns des modernes, cet arbre a des propriétés très-nuisibles ; le bois, l'écorce, le feuillage, la fleur & le fruit, son ombre même, tout en est venimeux, à ce qu'ils assurent ; il peut causer la mort à l'homme, à plusieurs animaux quadrupedes, & aux oiseaux : ils citent même quantité de faits à ce sujet. Mais il paroît que cette malignité si excessive doit être sur-tout attribuée à une autre espece d'if, qui ne se trouve que dans les contrées méridionales de l'Europe, & qui a les feuilles plus larges & plus luisantes que celles de l'espece que nous cultivons. M. Evelyn, dans son Traité des forêts, rapporte avoir vû à Pise en Italie, de ces ifs à larges feuilles, qui rendoient une odeur si forte & si active, que les Jardiniers ne pouvoient les tailler pendant plus d'une demi-heure, sans ressentir un grand mal de tête. Il est très-certain que le fruit de notre if, ne cause aucun mal ; on a vû souvent des enfans & des animaux en manger sans aucun inconvénient ; bien des gens se sont trouvés dans le cas de se reposer, & même de dormir sous son ombre, sans en avoir ressenti aucun mal ; mais à l'égard des rameaux, qui peuvent comprendre en même tems le bois, la feuille & la fleur, il y a lieu de soupçonner qu'il est très-dangereux d'en manger : il y a sur cela un exemple assez récent. Un particulier de Montbard, en Bourgogne, ayant conduit sur un âne des plantes au jardin du Roi à Paris, au mois de Septembre 1751, il attacha son âne dans une arriere cour du château, où il y avoit une palissade d'if ; pendant que le conducteur s'occupa à transporter dans les serres les plantes qu'il avoit amenées, l'animal, qui étoit pressé de la faim, brouta des rameaux d'if qui étoient à sa portée, & lorsque le conducteur revint pour prendre son âne & le conduire à l'écurie, il le vit tomber par terre, & mourir subitement, malgré les secours d'un maréchal qui fut appellé sur-le-champ, & qui reconnut par l'enflure qui étoit survenue à l'animal, & par d'autres indices, qu'il falloit qu'il eut mangé quelque chose de venimeux. Jean Bauhin dans son histoire des Plantes cite pareil fait d'un âne mort subitement, au village d'Oberentzingen, pour avoir mangé de l'if.
On ne connoît encore que deux variétés de cet arbre ; l'une, dont les feuilles sont plus larges & plus luisantes ; l'autre, dont les feuilles sont rayées de jaune : celle-ci a si peu d'agrément qu'on ne s'est point encore avisé de la tirer d'Angleterre, où la curiosité pour les plantes panachées trouve plus de partisans qu'en France. Les auteurs Anglois conviennent que cette sorte d'if panaché n'a presque nulle beauté ; que pendant l'été, qui est le tems où cet arbre pousse vigoureusement, à peine apperçoit-on la bigarrure, & qu'elle présente plutôt une défectuosité qu'un agrément ; qu'il est vrai qu'elle est plus apparente en hiver, mais qu'il faut beaucoup de soin pour empêcher l'arbre de reprendre son état naturel.
IF, (Médecine) Dioscoride, Galien, Pline, presque tous les anciens naturalistes, & quelques modernes, mettent cet arbre au rang des poisons ; nonseulement ses fruits, l'infusion ou la décoction de ses feuilles & de son bois, ont, selon ces auteurs, une qualité assoupissante & véritablement venimeuse, mais encore il est dangereux de dormir à son ombre, & de s'occuper pendant un certain tems continu à le tailler. Les naturalistes modernes s'accordent au contraire assez à absoudre cet arbre de ces qualités pernicieuses. Or, comme les anciens ont été beaucoup moins circonspects que les modernes sur les assertions de ce genre ; qu'ils ont moins reconnu que ceux-ci les droits de l'expérience, il paroît raisonnable de pancher vers le sentiment des derniers. (b)
IF, l'île d', Hypaea, (Géog.) île de France en Provence, la plus orientale des trois qui sont devant le port de Marseille. Le fort qui la défend passe pour un des meilleurs de la mer Méditerranée ; ce n'étoit auparavant qu'une place d'ifs, dont elle a gardé le nom. (D.J.)
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| IFRAN | (Géog.) ou UFARAN selon Dapper, & OFIN selon d'autres, canton d'Afrique sur la côte de l'Océan, au sud-ouest du royaume de Maroc, dans le pays des Lucayes. Il y a dans ce canton quatre villes murées, bâties par les Numides, à une lieue l'une de l'autre ; le terroir donne beaucoup de dattes, & renferme quelques mines de cuivre. Les habitans sont tous Mahométans, & n'admettent point de supplices par leurs lois ; quelque crime qu'on ait commis, la punition la plus sévere se borne au bannissement, & cette peine suffit pour contenir dans le devoir. (D.J.)
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| IGBUCAMI | S. m. (Hist. nat. Bot.) arbre du Brésil, dont le fruit est semblable à la pomme, mais plein de petits grains, qu'on ordonne dans la dyssenterie. L'Igbucami est commun dans le gouvernement de S. Vincent.
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| IGCIGA | S. m. (Hist. nat. Bot.) arbre du Brésil qui produit un mastic odorant, & dont l'écorce pilée rend une liqueur blanche qui s'épaissit & sert d'encens. On fait un emplâtre de cette liqueur, qu'on applique sur les parties affectées d'humeurs froides.
Il y a un autre arbre de la même classe, qu'on appelle igraigeica ou mastic dur ; sa résine est transparente comme le verre. Les sauvages s'en servent pour blanchir leurs vaisseaux de terre. Dict. de Trévoux.
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| IGHUCAMICI | (Hist. nat. Botan.) arbre du Brésil, dont le fruit ressemble assez au coing, mais qui est rempli de pepins. On dit que c'est un remede puissant contre le flux de sang & les diarrhées.
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| IGLAW | (Géog.) ville d'Allemagne, en Moravie, sur l'Igla, à 16 lieues O. de Brinn, 17 N. de Krem, 30 S. E. de Prague. Elle a été plusieurs fois prise & reprise, pendant les guerres civiles de Boheme. Long. 33. 40. lat. 49. 10. (D.J.)
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| IGLÉSIAS | (Géog.) ville de la partie méridionale de l'île de Sardaigne, avec un évêché suffragant de Cagliari. Elle est située à l'ouest, & au fond du golphe, auquel elle a donné son nom. Long. 26. 28. lat. 30. 30. (D.J.)
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| IGLO | (Géog.) en allemand Neudorf, ville de Hongrie, dans le comté de Zips.
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| IGMANUS | (Géog. anc.) ou SIGMANUS, selon les diverses éditions de Ptolomée, liv. II. c. vij. riviere de la gaule d'Aquitaine ; elle doit être entre l'Adour & la Garonne, & avoir son embouchure dans la mer. On conjecture que c'est l'Eyre ; mais ce seroit plutôt le Boucaut de Mémisan, où se portent quelques petites rivieres, qui en font une grande à leur embouchure commune. (D.J.)
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| IGNAMA-CONA | (Hist. nat. Botan.) fruit des Indes orientales, dont la chair est fort blanche ; il croît en terre comme les pommes de terre, son poids ordinaire est de plusieurs livres ; il n'a aucun rapport, ni par la forme, ni par le goût, avec l'igname d'Afrique & d'Amérique, & qui se trouve aussi dans les Indes orientales ; celui-ci conserve toûjours le goût d'une châtaigne.
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| IGNAME | S. m. (Hist. nat. Bot.) plante d'Amérique ; c'est une espece de patate ou de couleuvrée. Elle vient de bouture ; ses tiges sont quarrées & rampantes, elles s'attachent à la terre & aux haies ; les feuilles en sont plus grandes & plus fortes qu'à la patate, d'un verd plus brun & plus luisant, & la forme en coeur ; elles viennent deux à deux sur des pédicules quarrés, & laissent entr'elles une grande distance. Les fleurs sont jaunâtres, & ramassées en épi ; les racines grosses, longues, couvertes d'une petite peau cendrée, obscure & très-fibreuse, & d'une chair blanche, succulente, farineuse, & même vineuse ; on les mange cuites, elles tiennent lieu de pain. L'igname croît aussi en Afrique, en Guinée, &c. On a fait d'igniame & d'igname deux articles dans le dictionnaire de Trévoux, quoiqu'il soit évident que ce sont deux noms de la même plante, qui peut-être en a encore un troisieme. Cette imperfection de la nomenclature en histoire naturelle, multiplie les êtres à l'infini, & jette beaucoup de confusion & de difficulté dans l'étude de la science.
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| IGNARE | S. m. (Gram.) qui n'a point de lettres. Voyez IGNORANCE. Les élus ont été qualifiés en quelques édits de gens ignares & non lettrés. Voyez le Dict. de Trév. Il vient du latin ignarus.
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| IGNÉE | adj. masc. & fém. (Phyl.) qui appartient au feu. On appelle la matiere du feu, matiere ignée. Voyez FEU & CHALEUR.
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| IGNICOLE | S. m. (Gram.) adorateur du feu. Voyez l'article GUEBRE.
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| IGNITION | S. f. (Chimie) état d'un corps quelconque, échauffé par un degré de chaleur qui le rend éclatant & brûlant, c'est-à-dire capable de porter l'incendie dans plusieurs matieres combustibles.
On emploie quelquefois aussi le mot d'ignition, pour désigner l'action de porter un corps à l'état que nous venons de décrire.
Le mot latin candefactio exprime assez bien le degré extrème d'ignition, car la plûpart des corps qui sont échauffés par le plus grand degré de chaleur qu'on puisse leur communiquer sont véritablement éblouissans, jettent une lumiere très-vive & très-abondante, & par conséquent paroissent blancs. Le degré moyen d'ignition qui fait paroître les corps rouges, pourroit s'appeller en françois rougissement.
L'usage ordinaire du mot d'ignition exclut la flamme de l'idée du phénomene qu'il exprime. Cette acception est assez arbitraire ; le mot ignition pourroit très-bien exprimer l'état générique de tout corps en feu, ensorte qu'il est une ignition avec flamme, & une ignition sans flamme ; mais c'est toûjours la derniere espece que cette expression désigne, & la premiere est toûjours nommée inflammation.
L'ignition proprement ou communément dite peut résider ou dans un corps combustible, ou dans un corps incombustible ; dans le premier cas elle s'appelle aussi embrasement, & elle ne subsiste dans l'air libre qu'aux dépens du corps même dans lequel elle existe, elle y consume un des principes de ce corps, sa matiere combustible ; le même degré de chaleur peut y être entretenu long-tems par le dégagement & l'ignition successive de cette substance, qui fournit, ce qu'on appelle dans le langage vulgaire des écoles, un aliment au feu ; & selon la théorie de ce phénomene, que j'ai proposée à l'art. Calcination, (Voyez CALCINATION) la matiere d'une flamme sensible ou insensible. L'ignition des corps combustibles n'a pas besoin par conséquent, pour être excitée, de l'application d'un feu extérieur aussi fort que celui qui la constitue elle-même, & encore moins de l'application continuelle d'une chaleur extérieure quelconque. L'ignition des corps incombustibles peut subsister au contraire très-long-tems, même à l'air libre, sans altération du corps qu'elle échauffe, & demande nécessairement pour être excitée & entretenue dans ces corps, l'application antécédente & continuelle d'une chaleur extérieure, au moins égale à celle du corps mis en ignition, que l'usage ne permet pas encore d'appeller igné.
Ces deux phénomenes sont si réellement distincts, & cependant si généralement confondus par les plus grands Physiciens, par Newton lui-même, (voyez son idée sur l'ignition ou sur le feu, rapportée & réfutée, art. CHIMIE, p. 419, col. ij.) qu'il me paroît nécessaire de les désigner par deux noms différens ; de consacrer le mot d'ignition pour les corps incombustibles, & de n'employer que celui d'embrasement pour les combustibles.
La consommation ou consomption de l'aliment du feu, ou du principe combustible par l'ignition, demande le concours de l'air, du moins n'a point lieu lorsque ces matieres sont à l'abri de l'abord libre de l'air de l'atmosphere. Voyez CALCINATION & CHARBON. L'espece de soufre formé par l'union de l'acide nitreux & du phlogistique, paroît seul excepté de cette loi. Voyez NITRE. Les matieres combustibles mises en ignition dans les vaisseaux fermés, sont donc exactement alors dans le cas des corps incombustibles. Toutes ces notions qui sont vraiment fondamentales dans la théorie du feu combiné, ou du phlogistique, seront ultérieurement développées à l'art. PHLOGISTIQUE. Il faut encore consulter les articles déja cités, CHIMIE, CHARBON & CALCINATION, & les articles CHAUX METALLIQUE, CENDRES, CHIMIE, COMBUSTION, FEU, FLAMME, INCOMBUSTIBLE. (b)
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| IGNOBLE | adj. (Gram.) il se dit de l'air, des manieres, des sentimens, du discours & du style. L'air est ignoble, lorsqu'au premier aspect d'un homme qui se présente à nous, nous nous méprenons sur son état, & nous sommes tentés de le reléguer dans quelque condition abjecte de la société. Ce jugement naît apparemment de la conformation accidentelle & connue que les arts méchaniques donnent aux membres, ou de quelques rapports déliés que nous attachons involontairement entre les passions de l'ame & l'habitude extérieure du corps. Si l'homme s'estime, a de la confiance en lui-même, ne se fait aucun reproche secret, & n'en craint point des autres, sent ses avantages naturels ou acquis, est résigné aux évenemens, & ne fait des dangers & de la perte de la vie, qu'un compte médiocre, il annoncera communément ce caractere par ses traits, sa démarche, ses regards & son maintien, & il nous laissera dans l'esprit une image qui nous servira de modele. Si la noblesse de l'air se trouve jointe à la beauté, à la jeunesse & à la modestie, qui est-ce qui lui résistera ?
Les manieres sont ignobles, lorsqu'elles décelent un intérêt sordide ; les sentimens, lorsqu'on y remarque la vérité, la justice & la vertu blessées par la préférence qu'on accorde sur elles à tout autre objet ; le ton dans la conversation, & le style dans les écrits, lorsque les expressions, les comparaisons, les idées sont empruntées d'objets vils & populaires ; mais il n'y en a guere que le génie & le goût ne puissent annoblir.
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| IGNOMINIE | S. f. (Gram. & Morale) dégradation du caractere public d'un homme ; on y est conduit ou par l'action ou par le châtiment. L'innocence reconnue efface l'ignominie du châtiment. L'ignominie de l'action est une tache qui ne s'efface jamais ; il vaut mieux mourir avec honneur que vivre avec ignominie. L'homme qui est tombé dans l'ignominie est condamné à marcher sur la terre la tête baissée ; il n'a de ressource que dans l'impudence ou la mort. Lorsque l'équité des siecles absout un homme de l'ignominie, elle retombe sur le peuple qui l'a flétri. Un législateur éclairé n'attachera de peines ignominieuses qu'aux actions, dont la méchanceté sera avouée dans tous les tems & chez toutes les nations.
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| IGNORANCE | S. f. (Métaphysique) l'ignorance consiste proprement dans la privation de l'idée d'une chose, ou de ce qui sert à former un jugement sur cette chose. Il y en a qui la définissent privation ou négation de science ; mais comme le terme de science, dans son sens précis & philosophique, emporte une connoissance certaine & démontrée, ce seroit donner une définition incomplete de l'ignorance, que de la restraindre au défaut des connoissances certaines. On n'ignore point une infinité de choses qu'on ne sauroit démontrer. La définition que nous donnons dans cet article, d'après M. Wolf, est donc plus exacte. Nous ignorons, ou ce dont nous n'avons point absolument d'idée, ou les choses sur lesquelles nous n'avons pas ce qui est nécessaire pour former un jugement, quoique nous en ayons déja quelque idée. Celui qui n'a jamais vû d'huître, par exemple, est dans l'ignorance du sujet même qui porte ce nom ; mais celui à la vûe duquel une huître se présente en acquiert l'idée, mais il ignore quel jugement il en doit porter, & n'oseroit affirmer que ce soit un mets mangeable, beaucoup moins que ce soit un mets délicieux. Sa propre expérience, ni celle d'autrui, dans la supposition que personne ne l'ait instruit là-dessus, ne lui fournissent point matiere à prononcer. Il peut bien s'imaginer, à la vérité, que l'huître est bonne à manger, mais c'est un soupçon, un jugement hasardé ; rien ne l'assure encore de la possibilité de la chose.
Les causes de notre ignorance procedent donc 1°. du manque de nos idées ; 2°. de ce que nous ne pouvons pas découvrir la connexion qui est entre les idées que nous avons ; 3°. de ce que nous ne réfléchissons pas assez sur nos idées : car si nous considérons en premier lieu que les notions que nous avons par nos facultés n'ont aucune proportion avec les choses mêmes, puisque nous n'avons pas une idée claire & distincte de la substance même qui est le fondement de tout le reste, nous reconnoîtrons aisément combien peu nous pouvons avoir de notions certaines ; & sans parler des corps qui échappent à notre connoissance, à cause de leur éloignement, il y en a une infinité qui nous sont inconnus à cause de leur petitesse. Or, comme ces parties subtiles qui nous sont insensibles, sont parties actives de la matiere, & les premiers matériaux dont elle se sert, & desquels dépendent les secondes qualités & la plûpart des opérations naturelles, nous sommes obligés, par le défaut de leur notion, de rester dans une ignorance invincible de ce que nous voudrions connoître à leur sujet, nous étant impossible de former aucun jugement certain, n'ayant de ces premiers corpuscules aucune idée précise & distincte.
S'il nous étoit possible de connoître par nos sens ces parties déliées & subtiles, qui sont les parties actives de la matiere, nous distinguerions leurs opérations méchaniques avec autant de facilité qu'en a un horloger pour connoître la raison pour laquelle une montre va ou s'arrête. Nous ne serions point embarassés d'expliquer pourquoi l'argent se dissout dans l'eau-forte, & non point dans l'eau régale ; au contraire de l'or, qui se dissout dans l'eau régale, & non pas dans l'eau-forte. Si nos sens pouvoient être assez aigus pour appercevoir les parties actives de la matiere, nous verrions travailler les parties de l'eau-forte sur celles de l'argent, & cette méchanique nous seroit aussi facile à découvrir, qu'il l'est à l'horloger de savoir comment, & par quel ressort, se fait le mouvement d'une pendule ; mais le défaut de nos sens ne nous laisse que des conjectures, fondées sur des idées qui sont peut-être fausses, & nous ne pouvons être assurés d'aucune chose sur leur sujet, que de ce que nous pouvons en apprendre par un petit nombre d'expériences qui ne réussissent pas toûjours, & dont chacun explique les opérations secrettes à sa fantaisie.
La difficulté que nous avons de trouver la connéxion de nos idées, est la seconde cause de notre ignorance. Il nous est impossible de déduire en aucune maniere les idées des qualités sensibles que nous avons des corps ; il nous est encore impossible de concevoir que la pensée puisse produire le mouvement dans un corps, & que le corps puisse à son tour produire la pensée dans l'esprit. Nous ne pouvons pénétrer comment l'esprit agit sur la matiere, & la matiere sur l'esprit ; la foiblesse de notre entendement ne sauroit trouver la connéxion de ces idées, & le seul secours que nous ayons, est de recourir à un agent tout-puissant & tout sage, qui opere par des moyens que notre foiblesse ne peut pénétrer.
Enfin notre paresse, notre négligence, & notre peu d'attention à réfléchir, sont aussi des causes de notre ignorance. Nous avons souvent des idées complete s, desquelles nous pouvons aisément découvrir la connéxion ; mais faute de suivre ces idées, & de découvrir des idées moyennes qui puissent nous apprendre quelle espece de convenance ou de disconvenance elles ont entr'elles, nous restons dans notre ignorance. Cette derniere ignorance est blâmable, & non pas celle qui commence où finissent nos idées. Elle ne doit avoir rien d'affligeant pour nous, parce que nous devons nous prendre tels que nous sommes, & non pas tels qu'il semble à l'imagination que nous pourrions être. Pourquoi regretterions-nous des connoissances que nous n'avons pû nous procurer, & qui sans-doute ne nous sont pas fort nécessaires, puisque nous en sommes privés. J'aimerois autant, a dit un des premiers génies de notre siecle, m'affliger sérieusement de n'avoir pas quatre yeux, quatre piés, & deux aîles.
IGNORANCE, (Morale) L'ignorance, en morale, est distinguée de l'erreur. L'ignorance n'est qu'une privation d'idées ou de connoissance ; mais l'erreur est la non-conformité ou l'opposition de nos idées avec la nature & l'état des choses. Ainsi l'erreur étant le renversement de la vérité, elle lui est beaucoup plus contraire que l'ignorance, qui est comme un milieu entre la vérité & l'erreur. Il faut remarquer que nous ne parlons pas ici de l'ignorance & de l'erreur, simplement pour connoître ce qu'elles sont en elles-mêmes ; notre principal but est de les envisager comme principes de nos actions. Sur ce pié-là, l'ignorance & l'erreur, quoique naturellement distinctes l'une de l'autre, se trouvent pour l'ordinaire mêlées ensemble & comme confondues, ensorte que ce que l'on dit de l'une, doit également s'appliquer à l'autre. L'ignorance est souvent la cause de l'erreur ; mais jointes ou non, elles suivent les mêmes regles, & produisent le même effet par l'influence qu'elles ont sur nos actions ou nos omissions. Peut-être même que dans l'exacte précision, il n'y a proprement que l'erreur qui puisse être le principe de quelque action, & non la simple ignorance, qui n'étant en elle-même qu'une privation d'idées, ne sauroit rien produire.
L'ignorance & l'erreur sont de plusieurs sortes, & il est nécessaire d'en marquer ici les différences. 1°. L'erreur considérée par rapport à son objet est ou de droit ou de fait. 2°. Par rapport à son origine, l'ignorance est ou volontaire ou involontaire ; l'erreur est vincible ou invincible. 3°. Eu égard à l'influence de l'erreur sur l'action ou sur l'affaire dont il s'agit, elle est essentielle ou accidentelle.
L'erreur est de droit ou de fait, suivant que l'on se trompe, ou sur la disposition d'une loi, ou sur un fait qui n'est pas bien connu. Ce seroit, par exemple, une erreur de droit, si un prince jugeoit que de cela seul qu'un état voisin augmente insensiblement en force & en puissance, il peut légitimement lui déclarer la guerre. Au contraire, l'idée qu'avoit Abimelec de Sara, femme d'Abraham, en la prenant pour une personne libre, étoit une erreur de fait.
L'ignorance dans laquelle on se trouve par sa faute, ou l'erreur contractée par négligence, & dont on se seroit garanti, si l'on eût pris tous les soins dont on étoit capable, est une ignorance volontaire, ou bien c'est une erreur vincible. Ainsi le polithéïsme des Payens étoit une erreur vincible ; car il ne tenoit qu'à eux de faire usage de leur raison pour comprendre qu'il n'y avoit nulle nécessité de supposer plusieurs dieux. Mais l'ignorance est involontaire, & l'erreur est invincible, si elles sont telles que l'on n'ait pû ni s'en garantir, ni s'en relever, même avec tous les soins moralement possibles. C'est ainsi que l'ignorance où étoient les Américains de la religion chrétienne avant qu'ils eussent aucun commerce avec les Européens, étoit une ignorance involontaire & invincible.
Enfin, l'on entend par une erreur essentielle, celle qui a pour objet quelque circonstance nécessaire dans l'affaire dont il s'agit, & qui par cela même a une influence directe sur l'action faite en conséquence, ensorte que sans cette erreur, l'action n'auroit point été faite. C'étoit, par exemple, une erreur essentielle que celle des Troyens, qui, à la prise de leur ville, lançoient des traits sur leurs propres gens, les prenant pour des ennemis, parce qu'ils étoient armés à la greque.
Au contraire, l'erreur accidentelle est celle qui n'a par elle-même nulle liaison nécessaire avec l'affaire dont il s'agit, & qui par conséquent ne sauroit être considérée comme la vraie cause de l'action.
A l'égard des choses faites par erreur ou par ignorance, on peut dire en général que l'on n'est point responsable de ce que l'on fait par une ignorance invincible, quand d'ailleurs elle est involontaire dans son origine & dans sa cause. Si un prince traverse ses états, travesti & incognito, ses sujets ne sont point blâmables de ce qu'ils ne lui rendent pas les honneurs qui lui sont dûs. Mais on imputeroit avec raison une sentence injuste à un juge qui par sa négligence à s'instruire du fait ou du droit, auroit manqué des connoissances nécessaires pour juger avec équité. Au reste, la possibilité de s'instruire, & les soins que l'on doit prendre pour cela, ne s'estiment pas à toute rigueur dans le train ordinaire de la vie ; on considere ce qui se peut ou ne se peut pas moralement, & avec de justes égards à l'état actuel de l'humanité.
L'ignorance ou l'erreur en matiere de lois & de devoirs, passe en général pour volontaire, & n'empêche point l'imputation des actions ou des omissions qui en sont les suites. Mais il peut y avoir des cas particuliers, dans lesquels la nature de la chose qui se trouve par elle-même d'une discussion difficile, jointe au caractere & à l'état de la personne, dont les facultés naturellement bornées ont encore manqué de culture par un défaut d'éducation, rendent l'erreur insurmontable, & par conséquent digne d'excuse. C'est à la prudence du législateur à peser ces circonstances, & à modifier l'imputation sur ce pié-là.
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| IGUALADA | (Géogr.) petite ville d'Espagne, dans la Catalogne, sur la riviere de Noa.
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| IGUANA | S. m. (Zoolog.) sorte de lézard amphibie, très-commun aux Indes occidentales. Sa couleur est dans quelques-uns mi-partie brune & mi-partie grise ; dans quelques autres elle est d'un beau verd, marqueté de taches noires & blanches. Du col à la queue regne une chaîne d'écailles vertes, applaties & dentelées dans les bords. Le cabinet du sieur Seba donne la description & la figure des plus beaux iguana. (D.J.)
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| IGUARUCU | S. m. (Hist. nat. Zoologie) animal du Brésil ; c'est un amphibie. Il vit sous l'eau comme les poissons ; il marche sur la terre comme les quadrupedes ; il grimpe aux arbres comme quelques serpens. Il se retire dans les brossailles. Il a la forme du crocodile ; il est de la grosseur du boeuf ; sa peau est noire ; il n'a point d'écailles dures comme le crocodile ; son corps est uni, mais tacheté. Son dos est hérissé d'arêtes en forme de peigne, depuis la tête jusqu'à la queue. L'ouverture de sa gueule est grande ; ses dents d'une force médiocre, & plutôt menues que grosses. Ses ongles, semblables aux serres des oiseaux, mais foibles & innocens ; il pond des oeufs en grande quantité, & on les mange, Il souffre long-tems la soif & la faim. Sa chair est un mets délicat ; les Espagnols s'y sont faits, & l'exemple des Américains leur a ôté la répugnance qu'ils en avoient d'abord.
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| IHNA | (Géogr.) riviere d'Allemagne, dans la nouvelle Marche de Brandebourg. Elle prend sa source à Reetz ; & après avoir traversé la Poméranie, se jette dans la mer Baltique.
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| IHOR | (Géog.) ville d'un petit royaume de même nom en Asie, dans le continent de Malaca. Les habitans sont mahométans, & trafiquent le long des côtes dans leurs petites barques, qu'ils appellent procs, & que les Européens nomment demi-lunes, à cause de leur figure. Le roi de Siam se fait payer tous les ans par ce petit état un tribut de trois cent livres de notre monnoie actuelle. Long. 121. 30. lat. 1. 58. (D.J.)
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| IKAZINA | (Géogr.) ville du grand-duché de Lithuanie, dans le palatinat de Wilna. Elle est bâtie en bois.
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| IKEGUO | S. m. (Hist. mod.) c'est ainsi que les Ethiopiens & les Abyssins nomment les généraux de leurs ordres monastiques, dont il n'y en a que deux dans l'empire. L'ikeguo est élu par les abbés & supérieurs des différens monasteres, qui comme chez nos moines sont eux-mêmes élus à la pluralité des voix.
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| IKENDI | S. m. (Hist. mod.) c'est le second mois des Tartares orientaux, & de ceux qui font partie de l'empire des Chinois. Il répond à notre Janvier. On l'appelle aussi aicundi. Voyez le dictionn. de Trévoux.
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| IKENDIN | S. m. (Hist. mod.) le midi des Turcs.
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| IL | IL
Il vaudroit mieux sans-doute substituer à ces énormes toiles que l'érudition a si laborieusement tissues, quelque système philosophique où l'on vît l'art sortir comme d'un germe, s'accroître & prendre toute sa grandeur. Il est au moins certain que si ce système ne nous rapprochoit pas davantage de la vérité, il nous épargneroit des recherches dont l'utilité ne frappe pas tous les yeux. Il est cependant une sorte de curiosité qui peut se faire un amusement philosophique des recherches de l'érudition la plus frivole, du sérieux & de l'intérêt qu'on y a mis ; & ce sera dans cette vûe, autant qu'il nous sera possible d'y entrer, que nous allons exposer aux autres & nous représenter à nous-mêmes le labyrinthe des antiquités chimiques.
Nos antiquaires chimistes ne se sont pas contentés de fouiller dans tous les recoins de l'histoire sainte & de l'histoire prophane ; ils se sont emparés des fables anciennes ; & c'est une chose curieuse que les efforts prodigieux & les succès singuliers avec lesquels ils en ont quelquefois détourné le sens vers leur objet. Leurs explications sont-elles plus ridicules, plus forcées, plus arbitraires, que celles des Platoniciens modernes, de Vossius, de Noel le Comte, de Bochart, de Kircher, de Marsham, de Lavaur, de Fourmont, & autres interpretes de la Mythologie, qui ont vû dans ces fables la théologie des anciens, leur astronomie, leur physique, leur agriculture, notre histoire sainte défigurée ? Philon de Biblos, Eusebe, & d'après ceux-ci quelques modernes, ont-ils eu plus ou moins de raison que les premiers auteurs de prétendre que ce n'étoient que des faits historiques déguisés, & de reprocher aux Grecs leur goût pour l'allégorie ? Qui sont les plus fous ou de ceux qui discernent dans des contes surannés la vraie Théologie, la Physique, & une infinité d'autres belles choses ; ou de ceux qui croyent que pour y retrouver des procédés chimiques admirables, il ne s'agit que de les développer & que de les dégager de l'alliage poétique ? Sans rien décider là-dessus, je crois qu'on peut assûrer qu'en ceci, comme en beaucoup d'autres cas, nous avons fait aux anciens plus d'honneur qu'ils n'en méritoient : comme lorsque nous avons attaché à leurs lois, à leurs usages, à leurs institutions superstitieuses, des vûes politiques qu'apparemment ils n'ont guere eues. A tout moment nous leur prêtons notre finesse, & nous nous félicitons ensuite de l'avoir devinée. On trouvera dans les anciennes tout ce qu'on y cherchera. Qu'y devoient chercher des Chimistes ? des procédés ; & ils y en ont découvert.
Qu'étoit-ce, à leur avis, que cette toison d'or qui occasionna le voyage des Argonautes ? Un livre écrit sur des peaux, qui enseignoit la maniere de faire de l'or par le moyen de la Chimie. Suidas l'a dit ; mais cette explication est plus ancienne que Suidas : on la rencontre dans le commentaire d'Eusthate sur Denis de Periegete ; celui-ci la rapporte d'après un Charax, cité plusieurs fois dans un traité d'Hermolaüs de Bisance, dédié à l'empereur Justinien ; & Jean François de la Mirandole prétend que le scholiaste d'Apollonius de Rhode, & Apollonius lui-même, y ont fait allusion ; l'un dans cet endroit du second livre de ses Argonautiques ; l'autre dans son commentaire,
. Hermès la fit d'or.
Le scholiaste dit sur ce passage, : on dit qu'Hermès la changea en or en la touchant. Conringius incrédule en antiquités chimiques, ose avancer qu'il n'est pas clair dans ces passages qu'il soit question de l'art de faire de l'or.
Si l'on a vû l'art de faire de l'or dans la fable des Argonautes, que ne pouvoit-on voir dans celles du serpent tué par Cadmus, dont les dents semées par le conseil de Pallas, produisent des hommes qui s'entre-tuent ; du sacrifice à Hecate, dont parle Orphée ; de Saturne qui coupe les testicules au Ciel son pere, & les jette dans la mer, dont l'écume mêlée avec le sang de ces testicules coupés, donna naissance à Vénus ; du même qui dévore ses enfans à mesure qu'ils naissent, excepté le roi & la reine, Jupiter & Junon ; d'Esculape qui revivifie les morts ; de Jupiter transmué en pluie d'or ; du combat d'Hercule & d'Anthée ; des prodiges de la lyre d'Orphée ; de Pirrha & de Deucalion ; de Gorgone qui lapidifie tout ce qui la voit ; de Midas, à qui Bacchus accorda le don fatal de convertir en or tout ce qu'il touchoit ; de Jupiter qui emporte Ganimede au ciel, sous la forme d'une aigle ; de Dedale & d'Icare ; du nuage sous lequel Jupiter enveloppé joüit d'Io, & la dérobe à la colere de Junon ; du Phenix qui renaît de sa cendre ; du rajeunissement d'Aeson, &c. Aussi Robert Duval, R. Vallensis, prétend-il dans un traité intitulé de veritate & antiquitate artis Chimiae, imprimé en 1602, qu'il n'y a aucune de ces allégories dont on ne trouve la véritable clé dans les procédés de la Chimie.
En effet, quel est le vrai chimiste, le chimiste un peu jaloux de ce qui appartient à son art, qui pût se dessaisir sans violence de la fable des travaux d'Hercule ; de l'enlevement des pommes du jardin des Hespérides, après la défaite du dragon qui les gardoit ; de la destruction du lion de la forêt de Nemié ; de la biche aux piés d'airain, tuée sur le mont Menale, &c. Oh si les Chimistes avoient été plus érudits, ou plûtôt les érudits (Kircher par exemple) plus chimistes, quelle moisson d'interprétations à faire n'auroient-ils pas trouvée dans les sentences de Zoroastre, les hymnes d'Orphée, les symboles de Pythagore, les emblèmes, les hiéroglyphes, les tables mystiques, les énigmes, les gryphes, les paroemies, & tous les autres instrumens de l'art de voiler la vérité, dont on se servoit dans les tems où elle étoit autant respectée qu'elle mérite de l'être, où le peuple bien apprécié étoit jugé indigne de la connoître, où l'on croyoit que c'étoit la prostituer que de l'exposer toute nue aux yeux du vulgaire, & où le philosophe jaloux d'élever une barriere entre lui & le reste des hommes, étoit moins à blâmer de la manie qu'il avoit de la cacher, que de celle de faire croire qu'il la cachoit ; car on peut regarder la premiere comme infiniment meilleure que cette indiscrétion qui l'a divulguée depuis par tant de colléges, tant de facultés, tant d'académies plantées, comme disoit le moine Bacon,in omni castro & in omni burgo. Les douze classes ou chefs d'explications dans lesquels Kircher a divisé son gymnasium hieroglyphicum, se seroient réduites par quelques connoissances de la Chimie, à la dixieme seule, où il auroit encore été infiniment moins court & plus hardi. Si M. Jablonski avoit été chimiste, il se seroit bien gardé de voir dans la fameuse table d'Isis, si heureusement sauvée par le célebre cardinal Pietro Bembo, du sac de Rome par le connétable de Bourbon, la suite des fêtes célébrées en Egypte durant toute l'année (voy. Miscell. Berolin. tom. VI.) ; mais bien au lieu d'un almanach de cabinet égyptien, un tableau du procédé divin de la transmutation hermétique. Au reste, ceux qui seront curieux de savoir comment les Chimistes l'emportent sur les simples érudits, comme interpretes de l'histoire & de la fable, peuvent consulter principalement Majeri arcana arcanorum omnium arcanissima, & plusieurs ouvrages de P. J. Fabre de Castelnaudari (Faber Castrinovidariensis), médecin de Montpellier, sur-tout son Panchimicum, son Hercules Piochimicus, & son Alchimista christianus.
Au lieu de ce détail, voici une de ces explications qui pourra recréer quelques lecteurs : elle est du célebre Blaise Vigenere. Cet auteur prétend qu'il faut entendre, par la fable de Promethée puni pour avoir dérobé le feu du ciel, que " les dieux envierent le feu aux hommes, pour ce que par le moyen d'icelui ils sont venus à pénétrer dans les plus profonds & cachés secrets de la nature, de laquelle on ne peut bonnement découvrir & connoître les manieres de procéder, tant elle opere ratierement, sinon que par son contre-pié, que les Grecs appellent , la résolution & séparation des parties élémentaires qui se fait par le feu, dont procede l'exécution de tous les artifices presque que l'esprit de l'homme s'est inventé. Si que les premiers n'avoient autre instrument & outil que le feu, comme on a pû voir modernement ès découvertes des Indes occidentales ; Homere, en l'hymne de Vulcain, met qu'icelui assisté de Minerve, enseignerent aux humains leurs artifices & beaux ouvrages, ayant auparavant accoûtumé d'habiter en des cavernes & rochers creux à guise des bêtes sauvages. Voulant inférer par Minerve la déesse des Arts & Sciences, l'entendement & industrie, & le feu par Vulcain qui les met à exécution. Par quoi les Egyptiens avoient coûtume de marier ces deux déités ensemble (mariage respectable), ne voulant par-là dénoter autre chose, sinon que de l'entendement procede l'invention de tous les Arts & Métiers ; que le feu pais après effectue, & met de puissance en action ; nam agens in toto hoc mundo, dit Johancius, non est aliud quam ignis & calor,
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| ILA | (Géogr.) île d'Ecosse entre les Hébrides, d'environ sept lieues de long sur cinq de large. Elle abonde en bétail ou bêtes fauves, en poisson, & en pierre à chaux. C'est ici que Magdonal, roi des Hébrides, tenoit autrefois sa cour, & l'on voit encore les ruines de son palais. (D.J.)
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| ILAMBA | (Geog.) vaste province d'Afrique au royaume d'Angola. Elle est divisée en plusieurs seigneuries fort peuplées, dont chacune a son sova, qui commande au village de son ressort. On ne trouve dans toute cette province, qui a peut-être cent lieues d'étendue, ni forêts, ni citadelles pour fermer le passage à l'ennemi, mais nous n'en savons aucun autre détail. (D.J.)
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| ILANTZ | (Géog.) ville des Grisons, capitale de la quatrieme communauté de la ligue grise ; elle a à son tour les assemblées des trois ligues du pays. Elle est sur le Rhin, à 7 lieues S. O. de Coire. Long. 26. 45. lat. 46. 38. (D.J.)
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| ILAPINASTE | S. m. (Myth.) surnom que l'on donnoit à Jupiter dans l'île de Chypre. Il vient de , célébrer par des festins. Ainsi Jupiter Ilapinaste, c'est la même chose que Jupiter honoré par des festins.
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| ILCHESTER | (Géog.) ancienne ville à marché d'Angleterre en Sommersetshire. Elle envoye deux députés au Parlement, & est sur l'Ill, à 30 lieues O. de Londres.
Mais elle doit se vanter d'avoir donné naissance à Roger Bacon,religieux de l'ordre de S. François, dans le treizieme siecle. Il fut surnommé le docteur admirable, & il l'est par ses découvertes dans l'Astronomie, dans l'Optique, dans les Méchaniques & dans la Chimie. Depuis Archimede, la nature ne forma point de génie plus pénétrant ; il eut la premiere idée de la réformation du calendrier Julien, & à peu-près sur le plan qu'on a suivi sous Grégoire XIII. Il a décrit les lunettes, la chambre obscure, les télescopes & les miroirs ardens. S'il n'introduisit pas la Chimie en Europe, il est du moins un des premiers qui l'y ayent cultivé. Il a inventé, ou connu certainement, la poudre à canon, comme on en peut juger par la maniere précise dont il parle des effets de sa composition. Voici ses propres termes, ils sont bien curieux : Modica materia adaptata (scilicet ad quantitatem unius pollicis) sonum facit horribilem, & coruscationem ostendit violentam, & hoc fit multis modis, quibus civitas aut exercitus destruatur. Il mourut à Oxford en 1392, âgé de 78 ans. (D.J.)
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| ILCUSSIIA | (Géogr.) ville du royaume de Pologne, du Palatinat de Cracovie, dans la petite Pologne, fameuse par ses mines de plomb & d'argent.
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| ILDEFONS | (SAINT), Géog. magnifique maison royale d'Espagne dans la nouvelle Castille, au territoire de Ségovie. C'est le Versailles d'Espagne, & qui a commencé de même par être une maison de chasse. Philippe V. l'a bâti en 1720, & l'a depuis ce tems-là beaucoup embelli. (D.J.)
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| ILEO-COLIQUE | adj. en Anatomie, nom d'une branche de l'artere mésentérique supérieure, qui se distribue à l'intestin iléon & au colon. Haller, icon. anat.
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| ILE | ou ILLER, (Géog.) riviere d'Allemagne, qui prend sa source dans les montagnes du Tyrol, & qui va se jetter dans le Danube près d'Ulme.
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| ILERCAONS | (Géogr. anc.) Ilercaonae, Ilercaones, Ilercaonensium regio, ancien peuple de l'Espagne tarragonoise, vers l'embouchure de l'Ebre. Ce peuple occupoit une partie de la côte de Catalogne jusqu'à celle de Valence. (D.J.)
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| ILERGETES | S. m. pl. (Géogr. anc.) Ilergetae, ancien peuple de l'Espagne tarragonoise sur la Segre. Ils étoient bornés au nord par les Pyrénées, par les Ilercaons au sud, & par les Vascons à l'ouest & au nord-ouest. (D.J.)
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| ILES | S. f. en Anatomie, l'os des îles, l'os ileum ou l'os des hanches, & a été ainsi nommé par les anciens, parce qu'il soutient les flancs. Voyez FLANC.
C'est la plus grande des trois pieces dont les os innominés sont composés dans les jeunes sujets.
Il est situé à la partie supérieure du bassin : on le divise en crête, en base, en bord antérieur, en bord postérieur, en deux faces ; l'une latérale externe, l'autre latérale interne.
La crête est la partie supérieure arrondie en forme d'arcade, dont la portion postérieure, qui est la plus épaisse, est appellée tubérosité ; on distingue dans son épaisseur deux levres & deux interstices.
Le bord antérieur a deux interstices, appellées l'une épine antérieure supérieure, & l'autre épine antérieure inférieure. Ces deux éminences sont séparées par une échancrure ; on en remarque de même deux au bord postérieur, mais elles sont plus près l'une de l'autre.
La base ou partie inférieure est la plus épaisse de toutes ; elle forme antérieurement la portion supérieure de la cavité cotyloïde, & postérieurement presque toute la grande échancrure sciatique.
La face latérale externe est convexe antérieurement & concave postérieurement.
La face latérale interne est inégalement concave ; elle a en-arriere plusieurs inégalités, parmi lesquelles il y a une grande facette cartilagineuse de la figure d'une S qui sert à la symphise cartilagineuse de cet os avec l'os sacrum.
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| ILEUSUGAGUEN | (Géog.) ville forte d'Afrique au royaume de Maroc, dans la province d'Héa, sur une montagne à trois lieues de Hadequis. Long. 8. 28. lat. 30. 40. (D.J.)
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| ILHEOS | (Géog.) ville maritime de l'Amérique méridionale, capitale de la capitainerie de Rio dos Ilhéos au Brésil. Elle appartient aux Portugais, & est dans un pays fertile. Long. 340. 10. lat. mérid. 15. 40. (D.J.)
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| ILIADE | S. m. (Littérat.) nom d'un poëme épique, le premier & le plus parfait de tous ceux qu'Homere a composés. Voyez EPIQUE.
Ce mot vient du grec , ilium, nom de cette fameuse ville que les Grecs tinrent assiégée pendant dix ans, & qu'ils ruinerent à la fin, à cause de l'enlévement d'Helene, & qui fait l'occasion de l'ouvrage dont le véritable sujet est la colere d'Achille.
Le dessein d'Homere dans l'iliade a été de faire concevoir aux Grecs divisés en plusieurs petits états, combien il leur importoit d'être unis & de conserver entr'eux une bonne intelligence. Pour cet effet, il leur remet devant les yeux les maux que causa à leurs ancêtres la colere d'Achille, & sa mésintelligence avec Agamemnon ; & les avantages qu'ils retirerent de leur union. Voyez FABLE, ACTION.
L'iliade est divisée en vingt-quatre livres, que l'on désigne par les lettres de l'alphabet. Pline parle d'une iliade écrite sur une membrane si petite & si déliée, qu'elle pouvoit tenir dans une coque de noix.
Pour la conduite de l'iliade, voyez le P. le Bossu, Madame Dacier & M. de la Motte.
Les critiques soutiennent que l'iliade est le premier & le meilleur poëme qui ait paru au monde. Aristote en a presqu'entiérement tiré les regles de sa poétique ; & il n'a eu autre chose à faire que d'établir des regles sur la pratique d'Homere. Quelques auteurs disent qu'Homere a non-seulement inventé la Poésie, mais encore les Arts & les Sciences, & qu'il donne dans son poëme des marques visibles qu'il les possédoit toutes à un degré éminent. Voyez POESIE.
M. Barus de Cambridge va mettre un ouvrage sous presse, dans lequel il prouve que Salomon est l'auteur de l'iliade.
L'iliade, dit M. de Voltaire dans son essai sur la poésie épique, est pleine de dieux & de combats. Ces sujets plaisent naturellement aux hommes ; ils aiment ce qui leur paroît terrible. Ils sont comme les enfans qui écoutent avidement ces contes de sorciers qui les effraient. Il y a des fables pour tout âge, & il n'y a point eu de nation qui n'ait eu les siennes.
De ces deux sujets qui remplissent l'iliade, naissent deux grands reproches que l'on fait à Homere. On lui impute l'extravagance de ses dieux & la grossiéreté de ses héros. C'est reprocher à un peintre d'avoir donné à ses figures les habillemens de leur tems. Homere a peint les dieux tels qu'on les croyoit, & les hommes tels qu'ils étoient. Ce n'est pas un grand mérite de trouver de l'absurdité dans la théologie payenne, mais il faudroit être bien dépourvû de goût, pour ne pas aimer certaines fables d'Homere. Si l'idée des trois graces qui doivent toujours accompagner la déesse de la Beauté, si la ceinture de Venus sont de son invention, quelles louanges ne lui doit-on pas pour avoir ainsi orné cette religion que nous lui reprochons ? & si ces fables étoient déja reçûes avant lui, peut-on mépriser un siecle qui avoit trouvé des allégories si justes & si charmantes ?
Quant à ce qu'on appelle grossiéreté des héros d'Homere, on peut rire tant qu'on voudra de voir Patrocle au neuvieme livre de l'iliade, mettre trois gigots de mouton dans une marmite, allumer & souffler le feu, & préparer le dîner avec Achille. Achille & Patrocle n'en sont pas moins éclatans. Charles XII. roi de Suede, a fait six mois sa cuisine à Demir-Tocca, sans rien perdre de son héroïsme ; & la plûpart de nos généraux qui portent dans un camp tout le luxe d'une cour efféminée, auront bien de la peine à égaler ces héros.
Que si on reproche à Homere d'avoir tant loué la force de ses héros, c'est qu'avant l'invention de la poudre, la force du corps décidoit de tout dans les batailles. Les anciens se faisoient une gloire d'être robustes, leurs plaisirs étoient des exercices violens. Ils ne passoient point leurs jours à se faire traîner dans des chars à couvert des influences de l'air, pour aller porter languissamment d'une maison à l'autre, leur ennui & leur inutilité. En un mot, Homere avoit à représenter un Ajax & un Hector, & non un courtisan de Versailles ou de Saint-James. Essai sur la poésie épique.
On peut également excuser les défauts de style ou de détail qui se trouvent dans l'iliade ; ses censeurs n'y trouvent nulle beauté, ses adorateurs n'y avouent nulle imperfection. Le critique impartial convient de bonne foi qu'on y rencontre des endroits foibles, défectueux, traînans, quelques harangues trop longues, des descriptions quelquefois trop détaillées, des répétitions qui rebutent, des épithetes trop communes, des comparaisons qui reviennent trop souvent, & ne paroissent pas toujours assez nobles. Mais aussi ces défauts sont couverts par une foule infinie de graces & de beautés inimitables, qui frappent, qui enlevent, qui ravissent, & qui sollicitent pour les taches légeres dont nous venons de parler, l'indulgence de tout lecteur équitable & non prévenu.
Madame Dacier a traduit l'iliade en prose, M. de la Mothe l'a imitée en vers. L'une de ces traductions n'atteint pas la force de l'original, l'autre affecte en quelque sorte de le défigurer.
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| ILIAQUE | adj. en Anatomie, se dit des parties relatives à l'ileon. Voyez ILEON.
L'artere iliaque est une des branches de la division de l'aorte inférieure. Voyez AORTE.
L'artere iliaque se porte obliquement vers la partie latérale & supérieure de l'os sacrum, là elle se divise en deux branches, l'une qu'on appelle artere iliaque interne, ou artere hypogastrique, qui se jette dans le bassin ; & l'autre artere iliaque externe, qui rampe le long des parties latérales & supérieures du bassin, sans jetter de branches considérables, & vient passer sous le ligament de Fallope, où elle fournit plusieurs branches, & prend le nom d'artere crurale. Voyez HYPOGASTRIQUE & CRURALE.
Le muscle iliaque vient de la face interne de l'os des îles de la crête, de ses épines antérieures, de leur intervalle ; en descendant sur la partie inférieure de ce même os, se joint au grand psoas, & s'insere avec lui au petit trochanter.
ILIAQUE passion, (Medecine) ileus, ; ce nom est dérivé du mot grec , qui signifie être replié, contourné ; circumvolvi, contorqueri, auxquels répondent les noms latins qu'on donne à cette maladie, de volvulus, passio volvulosa ; elle est décrite dans Caelius Aurelianus sous le nom de tormentum ; quelques auteurs grecs l'appellent aussi , pensant que les intestins sont alors tendus comme des cordes ; son nom vulgaire francisé est miserere, nom tiré sans-doute de la compassion qu'arrache l'état affreux des personnes qui en sont attaquées. Le symptome qui caractérise cette maladie est un vomissement presque continuel avec constipation ; on vomit d'abord les matieres contenues dans l'estomac, peu après on rejette la bile, des matieres chileuses, même des excrémens ; quelquefois aussi les malades ont rendu par la bouche les lavemens, les suppositoires, s'il en faut croire quelques medecins observateurs : en même tems ils ressentent des douleurs aiguës dans le bas-ventre ; la soif est immodérée, la chaleur excessive, la foiblesse extrême, le pouls est dur, vibratil, serré, vîte, la respiration est difficile ; à ces accidens surviennent quelquefois, lorsque la maladie est à son dernier période, le hoquet, convulsion, délire, sueurs froides, défaillances, refroidissement des extrémités, &c. Cette maladie est quelquefois contagieuse, comme l'a observé Schenckius, lib. III. observ. Amatus Lusitanus (Observ. cap. viij.) assure l'avoir vûe épidémique ; les malades qui en étoient attaqués rendoient beaucoup de vers par la bouche. Cette maladie est au rapport de Bartholin (Epistol. cap. iv. pag. 529.) endémique dans la Jamaïque, île d'Amérique. On lit dans Forestus une observation singuliere de Dodonée, touchant une passion iliaque périodique, dont les paroxysmes revenoient tous les trois jours. Lib. XXI. observ. 19.
Les causes de cette maladie sont extérieures ou internes ; on ne peut connoître celles-ci que par l'ouverture du cadavre, l'observation nous découvre les autres ; c'est par elle que nous savons que la passion iliaque est souvent excitée par les poisons, les champignons, les émétiques, les violens purgatifs. Un nommé Guilandius, au rapport de Prosper Alpin (Method. medend.), fut attaqué d'une passion iliaque mortelle, pour avoir pris des pilules & demi-once d'hiera picra ; un accès de colere, un exercice violent ont quelquefois produit le même effet ; Zacutus Lusitanus a observé une passion iliaque déterminée par un arrêt subit de la sueur & de la transpiration dans un jeune seigneur qui venoit de jouer à la paume ; l'abus & l'usage déplacé des astringens, a quelquefois occasionné cette maladie. Fernel raconte qu'une fille en fut atteinte pour avoir mangé trop abondamment des coings, & qu'on les trouva ramassés dans le coecum, qui en avoit été resserré & retréci. On en a vu survenir à la suite d'une blessure dans le bas-ventre ; mais les causes les plus fréquentes sont les hernies. L'ouverture des cadavres nous fait souvent appercevoir les causes internes, c'est-à-dire les vices, les dérangemens qui produisent plus immédiatement cette maladie. Dans tous les cadavres de personnes mortes de passion iliaque, on voit le conduit intestinal fermé dans quelques endroits, tantôt par des excrémens durs, des vers, des tumeurs, des ulceres, par des concrétions pierreuses, crétacées, plâtreuses, &c. tantôt par des inflammations considérables, très-souvent par l'étranglement des intestins descendus dans le scrotum dans les hernies ; quelquefois par des entrelacemens, des noeuds, des replis, des déplacemens de quelque portion d'intestin. Quelques auteurs ont refusé de croire que cette cause eût lieu, par la singuliere & cependant très-ordinaire raison, qu'ils ne comprenoient pas comment les intestins attachés au mesentere, pouvoient ainsi se déranger ; mais ce raisonnement, quelque plausible qu'il puisse être, doit céder à une foule d'observations qui constatent ce fait : ces replis sont même quelquefois très-multipliés. Riviere en a observé trois dans l'intestin ileon ; Henri de Keers en a trouvé cinq, & Barbette dit en avoir vû jusqu'à sept. On peut ajouter à cela les observations de Platter, de Panarole, d'Hyppolitus Boscus, & de plusieurs autres. Le vice le plus fréquent qu'on apperçoit dans les intestins des personnes qui sont mortes de cette maladie, est l'intussusception ou invagination d'une portion d'intestin dans un autre ; on a vû quelquefois tout le coecum rentré & caché dans l'ileum. Cette cause est attestée par beaucoup d'observations de Columbus, de Sylvius de le Boë, de Plempius, de Frédéric Ruysch ; c'est celle qui produit le plus ordinairement l'ileus endémique de la Jamaïque. Voyez Bartholin. Peyer a observé jusqu'à trois semblables invaginations dans le même sujet ; Patin traite aussi ce redoublement de chimérique, parce qu'il ne l'a jamais vû. Quelquefois ces duplicatures se rencontrent sans qu'il y ait passion iliaque, comme je l'ai observé dans un homme qui mourut subitement après avoir pris l'émétique, au premier effort qu'il fit pour vomir. Il n'est pas rare de trouver aussi dans les cadavres les intestins retrécis & étranglés dans certains endroits, comme s'ils fussent serrés par une corde. Le skirrhe du mésentere ou des parties environnantes est une des causes découvertes par les inspections anatomiques. Le pancreas grossi & obstrué en comprimant l'intestin, en a occasionné l'inflammation, l'ulcere & la passion iliaque, Kerkringius, observ. anatom. 42. On trouve souvent l'épiploon & les intestins gangrenés & sphacelés ; la corruption est quelquefois si grande, qu'elle empêche d'enlever les visceres & de pouvoir examiner la cause du mal. Baillou, liv. II. épidem. Hilden, de gangren. cap. iv. Il paroît pourtant par toutes ces observations, qu'il ne suffit pas que le conduit intestinal soit bouché, il faut encore qu'il y ait une irritation qui fasse sur les intestins le même effet que les émétiques font sur l'estomac. Ces causes peuvent agir dans les intestins greles ou dans les gros, ce qui produit quelque léger changement dans les symptomes ; lorsque les greles sont affectés, les douleurs sont plus vives, les vomissemens plus fréquens ; les matieres qu'on rend par le vomissement sont chimeuses ou chyleuses. Lorsque les gros intestins sont attaqués, les vomissemens sont plus lents, les douleurs moins aiguës ; elles se font sentir principalement aux hypochondres & aux reins, le malade vomit les excrémens, &c.
Le diagnostic de cette maladie n'est pas difficile, elle est très-bien caractérisée par le vomissement joint à la constipation totale ; mais il est très-important d'en bien distinguer les causes, sur-tout de reconnoître l'inflammation lorsqu'elle est présente ; alors les douleurs sont vives, la fievre est plus violente, l'altération & l'agitation du corps plus grandes, le pouls est dur & fréquent. La connoissance de ce qui a précédé peut aussi fournir des éclaircissemens ; on peut s'appercevoir facilement en examinant le malade si la maladie doit être attribuée à quelque hernie ; les autres causes sont trop cachées pour qu'on puisse même les soupçonner, on est obligé d'agir en aveugle, & ce n'est pas le seul cas où l'on soit réduit au tatonnement & à la divination souvent funestes, mais indispensables.
Prognostic. La passion iliaque est une maladie très-dangereuse, fort aiguë, qui est bientôt terminée plutôt en mal qu'en bien : lorsqu'elle dépend de l'inflammation, ou qu'elle en est accompagnée, il est rare qu'on en réchappe ; il y a plus à espérer si elle est la suite d'une hernie, parce qu'on peut rentrer l'intestin, ou du moins on a toujours le pis-aller de l'opération ; elle se guérit assez facilement lorsqu'elle est la suite d'une constipation opiniâtre, d'un rentrement d'intestin, &c. La guérison est prochaine lorsque le malade prend les lavemens & qu'il les rend facilement, que les douleurs ne sont point fixes ni continues ; il n'y a plus de danger lorsque les remedes laxatifs qu'on prend par la bouche, operent par les selles ; mais le péril est pressant, & il ne reste plus d'espérance, lorsque les douleurs qui étoient extrêmement aiguës, viennent à cesser tout-à-coup sans que les autres symptomes diminuent, alors l'abatement des forces est plus sensible, l'haleine est puante, la foiblesse & la vîtesse du pouls augmentent, les syncopes sont fréquens, la gangrene est formée, & la mort est prochaine ; le hoquet, la convulsion, le délire survenans à la passion iliaque sont des signes d'un très-mauvais augure. Hippocr. aphor. 10. lib. VII.
Curation. Cette maladie est une de celles où la nature n'opere rien pour sa guérison ; elle exige les secours de l'art les plus promts & les plus appropriés ; ils doivent être variés suivant les différentes causes : lorsqu'il y a inflammation ou qu'elle est à craindre, il est à propos de faire une ou deux saignées, de donner des lavemens émolliens, anodins, d'appliquer sur le bas-ventre des fomentations de la même nature ; intérieurement on doit avoir recours aux remedes rafraîchissans, tempérans, anti-orgastiques, calmans ; tels sont les eaux de poulet, tisanes émulsionées, le nitre, la liqueur minérale anodine d'Hoffman ; si les douleurs sont trop vives, il faut donner les narcotiques, mais à petite dose ; on peut essayer quelques légers purgatifs en les associant aux calmans même narcotiques. S'il y a hernie, il faut en tenter la réduction, ou en venir de bonne heure à l'opération. Voyez HERNIE. Lorsqu'on n'a à craindre ni l'inflammation ni l'hernie, on peut donner des lavemens plus actifs, plus stimulans ; la fumée du tabac injectée dans l'anus par l'instrument de Dekkers, est très-convenable ; Hippocrate conseille d'enfler les boyaux avec de l'air ; il y a des soufflets propres à cette opération : Celse recommande avec raison les ventouses. Les Chinois guérissent cette maladie par le cautere actuel. On a vû quelquefois de bons effets de l'application des animaux tout chauds sur le ventre ; il ne faut pas trop perdre du tems à employer ces remedes ; pour peu qu'ils tardent à produire de bons effets, il faut recourir au remede de van Helmont, aux balles de plomb, d'argent ou d'or ; avec ce remede, dit-il, neminem volvulo perire sivi ; ou ce qui est encore mieux, au mercure, dont il faut faire avaler une ou deux livres, & agiter, promener en voiture, s'il est possible, le malade ; mille observations constatent l'efficacité de ce remede. Ne seroit-il pas à propos de faire marcher ces malades piés nuds sur un terrein froid & mouillé ? Les personnes saines à qui il arrive de faire pareille chose, sont punies de cette imprudence par la diarrhée. Enfin tous ces secours inutilement employés, quelques auteurs proposent d'ouvrir le ventre, de dénouer & raccommoder les intestins ; cette opération est cruelle, elle peut être inutile, dangereuse ; mais c'est une derniere ressource dans des cas absolument désespérés. Article de M. MENURET.
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| ILIBOBOCA | S. m. (Ophiolog. exot.) serpent du Brésil nommé par les Portugais, cobra de coral. Il est de la longueur de deux piés & de la grosseur du pouce, qui s'amenuise encore davantage vers la queue, & se termine en pointe ; son ventre est tout blanc, mais d'un blanc argentin & lustré ; sa tête est couverte d'écailles blanches de forme cubique, bordées de quelques autres écailles noires ; son corps est tacheté de blanc, de noir & de rouge. Il rampe avec lenteur, & passe pour très-dangereux. Ray, syn. anim. pag. 327. (D.J.)
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| ILIMSK | (Géog.) province & ville de Sibérie, située sur la riviere d'Ylim qui se jette dans celle de Tungus, qui elle-même se perd dans le fleuve de Jenisci. Elle est habitée par des Tartares Tunguses & par des Russes, & releve du woinde ou gouverneur d'Irkusk.
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| ILION | (Géog. anc. & Littér.) voilà le nom qui nous est si cher dans l'ancienne ville de Troie, dans l'Asie mineure.
Ilion, ton nom seul a des charmes pour moi !
Ne verrai je jamais rien de toi, ni la place
De ces murs élevés & détruits par les dieux,
Ni ces champs où couroient la fureur & l'audace,
Ni des tems fabuleux enfin la moindre trace
Qui pût me présenter l'image de ces lieux !
Non, on ne verra rien de tous ces précieux restes de l'antiquité ! L'Ilion dont il s'agit, fut détruite 850 ans avant l'arrivée d'Alexandre en Troade ; il ne trouva qu'un village qui portoit son nom, bâti à trente stades au-delà. Ce prince fit de riches présens à ce pauvre village, lui donna le titre de ville, & laissa des ordres pour l'aggrandir.
Après la mort d'Alexandre, Lysimaque amplifia le nouvel Ilion, & l'environna d'un mur de quarante stades ; mais cette ville n'avoit plus de murailles, quand les Gaulois y passerent, l'an 477 de Rome ; & la premiere fois que les Romains entrerent en Asie, c'est-à-dire l'an de Rome 564, Ilion avoit plutôt l'air d'un bourg que d'une ville ; Fimbria, lieutenant de Sylla, acheva de la ruiner en 668, dans la guerre contre Mithridate.
Cependant Sylla consola les habitans de leur perte, & leur fit du bien. Jules-César qui se regardoit comme un des descendans d'Enée, s'affectionna entiérement à cette petite ville, & la réédifia. Il donna non-seulement de nouvelles terres à ses habitans, mais la liberté & l'exemption des travaux publics. En un mot, il étendit si loin ses bienfaits sur Ilion, qu'au rapport de Suétone, on le soupçonna d'avoir voulu quitter Rome pour s'y établir, & y transporter les richesses de l'empire.
On eut encore la même frayeur sous Auguste, qui en qualité d'héritier de Jules-César, auroit pû exécuter ce grand projet. L'un & l'autre montrerent en plusieurs occasions, un penchant très-marqué pour la ville d'Ilion. Nous venons de voir ce que le premier fit pour elle ; le second y établit une colonie avec de nouveaux privileges, & rendit aux Troyens la belle statue d'Ajax, qu'Antoine avoit fait transporter en Egypte.
Enfin, M. le Fevre, Dacier, & le P. Sanadon, sont persuadés que ce fut pour détourner adroitement Auguste du dessein qu'il pourroit avoir de relever l'éclat de l'ancienne Troie, qu'Horace composa cette ode admirable, chef-d'oeuvre de la poésie lyrique, qui commence par justum & tenacem propositi virum, dans laquelle ode il fait tenir à Junon ce discours.
Ilion, Ilion !
Fatalis incestusque judex,
Et mulier peregrina vertit
In pulverem.
Ilion, la détestable Ilion ! c'est par cette répétition qu'il tâche d'imprimer des sentimens d'aversion pour cette ville ; par mépris encore, il ne daigne faire nommer à Junon, ni Paris, ni Hélene ; l'une est une femme étrangere, l'autre un juge fatal à sa patrie, un violateur de l'hospitalité ; Laomédon & les Troyens sont des perfides, des parjures, livrés depuis long-tems à la colere des dieux. Voilà le sujet de cette piece lyrique découvert ; & vraisemblablement Horace la fit de concert & par les conseils de Mécene & d'Agrippa : jamais le poëte n'eut un sujet plus délicat à manier, & jamais il ne s'en tira avec tant d'art.
Ilion subsista encore sous les empereurs. On a des médailles frappées au nom de ses habitans. Il y en a une de Marc Aurele, qui représente Hector sur un char à deux chevaux, avec cette légende . Il y en a d'autres de Commode & d'Antonin fils de Sévere, sur lesquelles la légende est la même ; mais le char est à quatre chevaux. On en a aussi à deux chevaux frappées sous Sévere & sous Gordien.
C'est de l'Ilion dont il est ici question, que les voyageurs disent avoir vû les ruines, & non pas de l'ancienne Troie, qu'Hector ne put défendre, & que les Grecs brulerent impitoyablement dans une seule nuit. Voyez TROIE. (D.J.)
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| ILISSIDES | adj. fem. pl. (Mythol.) Ilissides, ou Ilissiades est un surnom des Muses, pris du fleuve Ilissus dans l'Attique, lequel fleuve rouloit des eaux sacrées. Voyez ILISSUS, Géog. (D.J.)
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| ILISSUS | (Géog. anc.) ville & riviere de Grece dans l'Attique ; du tems de Pline on ne voyoit déja plus que les ruines de la ville, c'est pourquoi il dit, locus Ilissos ; les Athéniens avoient sur le bord de la riviere un autel consacré aux Muses Ilissiades ; c'étoit aussi sur les bords de l'Ilissus que se faisoit la lustration dans les petits mysteres ; ses eaux étoient réputées sacrées par un statut de religion, sacro instituto, dit Maxime de Tyr. Les Turcs ont aujourd'hui détourné les eaux de l'Ilissus, pour arroser leurs jardins, & on n'en voit presque plus que le lit. (D.J.)
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| ILITHYE | S. f. (Littérat. & Myth.) divinité de la Fable ; Ilithye fille de Junon & soeur d'Hébé, présidoit comme sa mere aux accouchemens ; les femmes dans les douleurs de l'enfantement, lui promettoient des sacrifices, si elles venoient à être heureusement délivrées. Cette déesse avoit à Rome un temple, dans lequel on étoit obligé de porter une piece de petite monnoie, savoir à la naissance & à la mort de chaque personne. Servius Tullius établit cet usage, pour avoir toutes les années un dénombrement exact des naissances & des morts des habitans de Rome. On trouve la déesse Ilithye sur les médailles & dans les inscriptions antiques, sous le titre de Juno Lucina, ou simplement de Lucina. Cependant les anciens ont fait mention de plusieurs Ilithyes & de plusieurs Lucines, parce qu'il y avoit plusieurs déesses qui présidoient aux enfantemens. Post haec Ilithyas placato puerperas hostiis, dit l'oracle de la Sybille. On les appelloit indifféremment Lucinas, Ilithyas, Genetyllidas, trois noms qui signifient la même fonction. Le premier est latin & vient de lux, le jour. Les deux autres sont grecs : Ilithya vient de , oriri ; & génétyllis de , nativité. (D.J.)
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| ILIVILIHU | S. m. (Ornithol. exot.) nom que les habitans des îles Philippines donnent à un oiseau fort commun dans ce pays-là, & qui a toute l'encolure de nos cailles, d'où vient que quelques écrivains l'appellent coturnix parvula montana, petite caille de montagne, parce qu'elle vit dans les lieux élevés, & qu'elle n'est pas plus grosse qu'un moineau ; elle est remarquable par le joli mélange de la couleur de son pennage. (D.J.)
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| ILKUSCH | Ilcussum, (Géog.) ville royale de Pologne au palatinat de Cracovie, remarquable par ses mines d'argent, mêlées avec du plomb ; il est bon d'observer ici, que les mines ne sont point entiérement du droit royal en Pologne ; elles appartiennent au seigneur sur la terre duquel elles se rencontrent, & ce seigneur en fait quelque reconnoissance au roi ; mais les mines qui sont sur les terres de la couronne, comme par exemple, celle d'Ilkusch se partagent entre le roi, le palatin & l'évêque ; cette ville est dans un pays ingrat, au pié de plusieurs montagnes, à six lieues N. O. de Cracovie. Long. 37. 35. lat. 50. 26. (D.J.)
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| ILL L' | (Géograph.) riviere de France en Alsace, qu'elle traverse presque dans toute sa longueur ; elle a sa source à l'extrémité du Santgaw, & se jette dans le Rhin à deux lieues au-dessous du pont de Strasbourg. L'Ill arrose plusieurs villes, & reçoit dans son cours quelques rivieres considérables ; ses débordemens ne sont guere moins nuisibles que ceux du Rhin. (D.J.)
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| ILLAPS | S. m. (Théolog.) espece d'extase contemplative où l'on tombe par des degrés insensibles, où les sens extérieurs s'alienent, & où les organes intérieurs s'échauffent, s'agitent, & mettent dans un état fort tendre & fort doux, peu différent de celui qui succede à la possession d'une femme bien aimée & bien estimée.
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| ILLATION | S. f. (Logiq. Théolog. Hist.) ce terme est de l'école ; il vient du latin inferre, conclure ; ainsi connoître par illation, c'est la même chose que connoître par voie de conséquence.
L'illation est dans la messe mozarabique ce que nous appellons dans la nôtre la préface. L'illation & la préface avoient encore pour synonymes les mots contestation & immolation.
Illation se dit aussi pour retour ; ainsi l'illation de saint Benoît, c'est la fête du retour de ses reliques de l'église de saint Agnan d'Orleans à Fleure.
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| ILLE | (Géog.) petite ville de France dans le Roussillon, à quatre lieues de Perpignan ; elle est jolie & bien bâtie, dit Piganiol de la Force, tom. VI. p. 449. Long. 21. 20. lat. 42. 25. (D.J.)
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| ILLÉGITIME | adj. (Jurisprud.) se dit de ce qui est contre la loi, & opposé à quelque chose de légitime, comme une conjonction illégitime, un enfant illégitime. Voyez BATARD, LEGITIME. (A)
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| ILLESCAS | (Géog.) petite ville d'Espagne, dans la nouvelle Castille, à six lieues au sud de Madrid.
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| ILLIBÉRAL | adv. (Gram.) services bas, méchaniques. Voyez LIBERAL.
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| ILLICITE | adj. (Gram. & Morale) qui est défendu par la loi. Une chose illicite n'est pas toujours mauvaise en soi ; le défaut de presque toutes les législations, c'est d'avoir multiplié le nombre des actions illicites par la bisarrerie des défenses. On rend les hommes méchans en les exposant à devenir infracteurs ; & comment ne deviendront-ils pas infracteurs, quand la loi leur défendra une chose vers laquelle l'impulsion constante & invincible de la nature les emporte sans-cesse ? Mais quand ils auront foulé aux piés les lois de la société, comment respecteront-ils celles de la nature ; sur-tout s'il arrive que l'ordre des devoirs moraux soit renversé, & que le préjugé leur fasse regarder comme des crimes atroces, des actions presqu'indifférentes ? Par quel motif celui qui se regardera comme un sacrilege, balancera-t-il à se rendre menteur, voleur, calomniateur ? Le concubinage est illicite chez les chrétiens ; le trafic des armes est illicite en pays étrangers ; il ne faut pas se défendre par des voies illicites. Heureux celui qui sortiroit de ce monde sans avoir rien fait d'illicite ! plus heureux encore celui qui en sort sans avoir rien fait de mal ! Est-il, ou n'est-il pas illicite de parler contre une superstition consacrée par les lois ? Lorsque Ciceron écrivit ses livres sur la divination, fit-il une action illicite ? Hobbes ne sera pas embarrassé de ma question ; mais osera-t-on avouer les principes d'Hobbes, sur-tout dans les contrées où la puissance temporelle est distinguée de la puissance spirituelle ?
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| ILLIFONSO | ILLIFONSO
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| ILLIMITÉ | adj. (Gram.) qui n'a point de limite. Il est relatif au tems & à l'espace. On dit un tems illimité, un espace illimité : il l'est aussi à la puissance. Il n'y a point de puissance légitime & illimitée sur la terre ; il y a même un sens très-raisonnable dans lequel on peut dire que celle de Dieu ne l'est pas ; elle est bornée par l'essence des choses. Les notions que nous avons de sa justice sont immuables : où en serions-nous, s'il en étoit autrement ? Cependant on ne peut être trop circonspect lorsqu'il s'agit d'élever ses idées jusqu'à un être d'une nature aussi différente de la nôtre ; il ne faut pas s'attendre dans ces comparaisons, à une conformité bien rigoureuse. Mais, voulons-nous vivre & mourir en paix, faisons descendre notre justice jusqu'à la fourmi, afin que celui qui nous jugera, rabaisse la sienne jusqu'à nous.
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| ILLINOIS | S. m. pl. (Géog.) peuples sauvages de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle France, le long d'une grande riviere du même nom. Cette riviere des Illinois, qui vient du nord-est, ou est-nord-est, n'est navigable qu'au printems ; elle a plus de cent lieues de cours, qui va au sud-quart-sud-est, & se décharge dans le Mississipi, vers le 39 deg. de latitude.
Le pays des Illinois est encore arrosé par d'autres grandes rivieres ; on lui donne cent lieues de largeur, & beaucoup plus de longueur, car on l'étend bien loin le long du Mississipi. Il est par-tout couvert de vastes forêts, de prairies & de collines. La campagne & les prairies abondent en bysons, vaches, cerfs, & autres bêtes fauves, de même qu'en toute sorte de gibier, particulierement en cygnes, grues, outardes & canards.
Les arbres fruitiers peu nombreux, consistent principalement en des especes de néfliers, des pommiers, & des pruniers sauvages, qu'on pourroit bonifier en les greffant ; mais les Illinois ignorent cet art, ils ne se donnent pas même la peine de cueillir le fruit aux arbres, ils abattent les arbres pour en prendre le fruit.
Dans un si grand pays, on ne connoît que trois villages, dont l'un peuplé de huit ou neuf cent Illinois, est à plus de 50 lieues du second.
Les Illinois vont tout nuds depuis la ceinture ; toute sorte de figures bisarres, qu'ils se gravent sur le corps, leur tiennent lieu de vêtement. Ils ornent leur tête de plumes d'oiseaux, se barbouillent le visage de rouge, & portent des colliers de petites pierres du pays de diverses couleurs. Ils ont des tems de festins & de danses, les unes en signe de réjouissance, les autres de deüil ; ils n'enterrent point leurs morts, ils les couvrent de peaux, & les attachent à des branches d'arbres.
Les hommes sont communément grands, & tous très-lestes à la course. La chasse fait leur occupation, pour pourvoir à leur nourriture, à laquelle ils joignent le blé d'inde ; & quand ils en ont fait la récolte, ils l'enferment dans des creux sous terre, pour le conserver pendant l'été. Le reste du travail regarde les femmes & les filles ; ce sont elles qui pilent le blé, qui préparent les viandes boucannées, qui construisent les cabanes, & qui, dans les courses nécessaires, les portent sur leurs épaules.
Elles fabriquent ces cabanes en forme de longs berceaux, & les couvrent avec des nattes de jonc plat, qu'elles ont l'adresse de coudre ensemble très-artistement, & à l'épreuve de la pluie. Elles s'occupent encore à mettre en oeuvre le poil des bysons ou boeufs sauvages, à en faire des sacs & des ceintures. Ces boeufs sont bien différens de ceux d'Europe ; outre qu'ils ont une grosse bosse sur le dos vers les épaules, ils sont encore tout couverts d'une laine fine, qui tient lieu aux Illinois de celle qu'ils tireroient des moutons, s'ils en avoient dans leur pays.
Leur religion consiste à honorer une espece de génie qu'ils nomment Manitou, & qui, selon eux, est maître de la vie & de la mort. Voyez MANITOU.
Je ne conseille pas au lecteur qui sera curieux d'autres détails, de les prendre dans le P. Hennepin, ni dans la relation de l'Amérique du chevalier Tonti, ouvrage supposé ; mais il y a quelque chose de mieux sur les Illinois ; c'est une lettre du P. Gabriel Marest, Jésuite missionnaire, qui est insérée dans le Recueil des lettres édifiantes, tom. XI. (D.J.)
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| ILLOCK | (Géog.) petite ville de la basse-Hongrie dans l'Esclavonie. Elle est sur le Danube, à 2 lieues de Peterwaradin, 8 S. E. d'Issek, 30 N. O. de Belgrade. Long. 37. 45. lat. 45. 30. (D.J.)
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| ILLUMINATION | S. f. (Gram.) c'est l'action d'un corps lumineux qui éclaire, ou la passion d'un corps opaque qui est éclairé ; il se dit au simple & au figuré. Au simple, de la maniere dont nos temples sont éclairés à certains jours solemnels ; des lumieres que le peuple est obligé d'entretenir la nuit sur ses fenêtres, lorsque quelque événement important & heureux l'exige ; & de celles dont les faces des grandes maisons sont décorées, dans les mêmes circonstances, ou dans quelques fêtes particulieres. Nos artistes se sont souvent distingués par le goût dans ce genre d'artifice, qui consiste à imiter des morceaux d'architecture & autres objets, par un grand nombre de lumieres symmétriquement distribuées. Au figuré, on appelloit autrefois le sacrement de baptême l'illumination, & nous nous servons de la même expression, pour désigner ces inspirations d'enhaut, que quelques personnes privilégiées ont éprouvées. La foi est un don & une illumination de l'Esprit-saint.
ILLUMINATIONS, se dit en Peinture de figures, ou autres objets peints sur des corps transparens, comme le verre, la gase, le papier, la toile, &c. derriere lesquels on met des lumieres qu'on ne voit point, & qui font appercevoir les objets représentés. On s'en sert dans les décorations de théâtre, dans celles des fêtes publiques, & on en fait de toutes couleurs.
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| ILLUMINÉ | adj. pris subst. (Théolog.) c'est le nom que l'on donnoit anciennement dans l'église à ceux qui avoient reçu le baptême. Voyez BAPTEME.
Ce nom leur venoit d'une cérémonie du baptême, qui consistoit à mettre dans la main du néophite qui venoit d'être baptisé, un cierge allumé, symbole de la foi & de la grace qu'il avoit reçu par ce sacrement. Voyez CATHECUMENE. Dictionnaire de Trévoux.
ILLUMINE, nom d'une secte d'hérétiques qui s'éleverent en Espagne, vers l'an 1575, que les Espagnols appelloient Alambrados.
Leurs chefs étoient Jean de Dillapando, originaire de l'île de Ténérif, & une carmélite appellée Catherine de Jésus. Ils avoient beaucoup de compagnons & de disciples, dont la plûpart furent pris par l'Inquisition, & punis de mort à Cordoue ; les autres abjurerent leurs erreurs.
Les principales erreurs de ces illuminés étoient que, par le moyen de l'oraison sublime à laquelle ils parvenoient, ils entroient dans un état si parfait, qu'ils n'avoient plus besoin ni de l'usage des sacremens, ni des bonnes oeuvres ; & qu'ils pouvoient même se laisser aller aux actions les plus infames sans pécher. Voyez le Dictionnaire de Trévoux.
La secte des illuminés fut renouvellée en France, en 1634, & les Guerinets, disciples de Pierre Guérin, s'étant joints à eux, ne firent qu'une seule secte, sous le nom d'illuminés ; mais Louis XIII. les fit poursuivre si vivement, qu'ils furent détruits en peu de tems.
Les principales erreurs de ces illuminés étoient, que Dieu avoit révélé à l'un d'eux, nommé Frere Antoine Bocquet, une pratique de foi & de vie suréminente, inconnue & inusitée dans toute la chrétienté. Qu'avec cette méthode on pouvoit parvenir en peu de tems au même degré de perfection que les SS. & la bienheureuse Vierge, qui, selon eux, n'avoient eu qu'une vertu commune. Ils ajoûtoient, que par cette voie, on arrivoit à une telle union avec Dieu, que toutes les actions des hommes en étoient déifiées ; qu'étant parvenus à cette union, il falloit laisser agir Dieu seul en nous, sans produire aucun acte. Que tous les docteurs de l'Eglise n'avoient jamais su ce que c'étoit que dévotion ; que saint Pierre étoit un homme simple, qui n'avoit rien entendu à la spiritualité, non plus que saint Paul ; que toute l'Eglise étoit dans les ténebres & dans l'ignorance sur la vraie pratique du Credo ; qu'il étoit libre de faire tout ce que dictoit la conscience ; que Dieu n'aimoit rien que lui-même ; qu'il falloit que dans dix ans leur doctrine fût reçue de tout le monde, & qu'alors on n'auroit plus besoin de prêtres, de religieux, de curés, d'évêques, ni autres supérieurs ecclésiastiques. Sponde. Vittorio Siri.
Les Freres de la Rose-Croix ont aussi été appellés illuminés. Voyez ROSE-CROIX.
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| ILLUSION | S. f. (Gram. & Littérat.) c'est le mensonge des apparences, & faire illusion, c'est en général tromper par les apparences. Nos sens nous font illusion, lorsqu'ils nous montrent des objets où il n'y en a point ; ou lorsqu'il y en a, & qu'ils nous les montrent autrement qu'ils ne sont. Les verres de l'Optique nous font illusion de cent manieres différentes, en altérant la grandeur, la forme, la couleur & la distance. Nos passions nous font illusion lorsqu'elles nous dérobent l'injustice des actions ou des sentimens qu'elles nous inspirent. Alors l'on croit parce que l'on craint, ou parce que l'on desire : l'illusion augmente en proportion de la force du sentiment, & de la foiblesse de la raison ; elle flétrit ou embellit toutes les jouissances ; elle pare ou ternit toutes les vertus : au moment où on perd les illusions agréables, on tombe dans l'inertie & le dégoût. Y-a-t-il de l'enthousiasme sans illusion ? Tout ce qui nous en impose par son éclat, son antiquité, sa fausse importance, nous fait illusion. En ce sens, ce monde est un monde d'illusions. Il y a des illusions douces & consolantes, qu'il seroit cruel d'ôter aux hommes. L'amour-propre est le pere des illusions ; la nature a les siennes. Une des plus fortes est celle du plaisir momentané, qui expose la femme à perdre sa vie pour la donner ; & celle qui arrête la main de l'homme malheureux, & qui le détermine à vivre. C'est le charme de l'illusion qui nous aveugle en une infinité de circonstances, sur la valeur du sacrifice qu'on exige de nous, & sur la frivolité de la récompense qu'on y attache. Portez mon illusion à l'extrême, & vous engendrerez en moi l'admiration, le transport, l'enthousiasme, la fureur & le fanatisme. L'orateur conduit la persuasion ; l'illusion marche à côté du poëte. L'orateur & le poëte sont deux grands magiciens, qui sont quelquefois les premieres dupes de leurs prestiges. Je dirai au poëte dramatique : voulez-vous me faire illusion, que votre sujet soit simple, & que vos incidens ne soient point trop éloignés du cours naturel des choses ; ne les multipliez point ; qu'ils s'enchaînent & s'attirent ; méfiez-vous des circonstances fortuites, & songez sur-tout au peu de tems & d'espace que le genre vous accorde.
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| ILLUSOIRE | adj. m. & f. (Jurisprud.) se dit de quelque convention ou disposition, qui est conçue de maniere que l'on peut s'en jouer, c'est-à-dire l'éluder, & faire qu'elle demeure sans effet, comme si on stipuloit qu'un homme, notoirement insolvable, payera après sa mort. (A)
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| ILLUSTRATI | S. m. pl. (Hist. littér.) nom d'une académie ou société littéraire, établie à Casal en Italie. Elle a pris pour emblème le soleil & la lune, avec l'inscription, lux indeficiens : on ignore cependant ce que cette lumiere a produit.
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| ILLUSTRE | adj. (Littérat.) en latin illustris, titre autrefois des plus honorables.
Il y avoit dans la décadence de l'empire trois titres d'honneurs différens, qu'on accordoit aux personnes qui se distinguoient sur les autres par leur naissance, ou par leurs charges. Le premier étoit illustris, le second, clarissimus, & le troisieme spectabilis ; mais illustris marquoit une prééminence essentielle, desorte qu'il se donnoit seulement aux consuls, & aux grands officiers de l'empire.
Nos rois même dans la premiere & seconde race, se trouvoient honorés du titre d'illustris, ou illuster. Parmi ce grand nombre d'actes anciens que Doublet a recueillis dans son histoire de l'Abbaye de saint Denis, il y en a plusieurs, où Dagobert joint à la qualité de roi de France, celle de vir illuster. Chilpéric, Pépin & Charles I. ont cru ajoûter un nouvel éclat à celui de roi, par l'épithete d'homme illustre. Les maires du palais, après avoir usurpé peu à peu l'autorité souveraine, s'arrogerent aussi la même qualification. Mais Charlemagne devenu empereur, ayant dédaigné ce titre, il passa tout de suite aux comtes, & aux grands seigneurs du royaume, dans les lettres que ses successeurs leur adressoient. On en décoroit semblablement les évêques & les abbés de haute considération ; enfin il est tombé de mode, & s'est changé en superlatif dans le seul usage de la cour de Rome, qui donne le titre de seigneurie illustrissime aux nonces, aux archevêques, évêques, & principaux prélats romains. (D.J.)
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| ILLUTATION | S. f. (Médec.) c'est l'action d'enduire quelque partie du corps de boue. On se sert pour cet effet de la boue des eaux thermales, que l'on a soin de renouveller lorsqu'elle est seche, à dessein d'échauffer, de dessécher, & de discuter, dans le cas de rhumatisme, de douleur sciatique, &c.
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| ILLYRIE L | (Géog. anc.) en latin Illyricum dans Pline, & il sousentend le mot solum, en grec Illyris dans Ptolomée, & Illyria dans Etienne le Géographe ; contrée de l'Europe qui, selon les divers tems, a été différemment bornée par les anciens Géographes ; & c'est à quoi on doit faire attention.
Il y avoit l'Illyrie en général, nom commun à plusieurs pays, au nombre desquels on comprenoit la Liburnie, la Dalmatie & l'Illyrie propre, qui faisoit elle-même partie de la grande Illyrie, étoit entre le Narenta & le Drin ; c'est dit le P. Briet, le pays situé sur la mer Adriatique, & que l'on divise en Liburnie & en Dalmatie : Ptolomée livre ij, chap. xvij. borne l'Illyrie au nord par les deux Pannonies, au couchant par l'Istrie, au levant par la haute Mysie, au midi par la Macédoine.
On voit par d'anciens monumens, & entr'autres par une inscription rapportée dans le recueil de Gruter, que du tems d'Auguste on divisoit l'Illyrie en haute & basse, apparemment par rapport aux montagnes & aux cours des rivieres ; les Japydes qui occupoient les montagnes, étoient de la haute-Illyrie ; le nom de mer d'Illyrie, dans Horace, est commun à tout le golfe de Venise.
Les Romains eurent de la peine à subjuguer les Illyriens ; mais Auguste les soumit entierement après la défaite d'Antoine ; la notice de l'Empire sous Hadrien met dans l'Illyrie dix-sept provinces ; & celle de l'Empire, depuis Constantin jusqu'à Arcadius & Honorius, partage toute l'Illyrie en trois diocèses, celui de la Macédoine, celui de la Dacie, & celui de l'Illyrie propre.
Arcadius retint pour lui tout ce qui étoit soumis au préfet du prétoire d'Italie ; savoir la Macédoine & la Dacie, ce qui formoit deux diocèses ; l'empire d'Occident eut pour sa part le diocèse de l'Illyrie propre, qui comprenoit les deux Pannonies, la Dacie, la Dalmatie, la Norique Méditerranée, & la Norique Ripense.
Chacun de ces trois diocèses avoit son métropolitain ; celui de l'Illyrie propre ou occidentale étoit l'évêque de Sirmich ; le second diocèse, ou la Dacie, qui comprenoit les pays situés entre la Macédoine & le Danube, avoit pour métropole Sardique ; le troisieme diocèse, qui portoit le nom de Macédoine, comprenoit toute la Grece, & avoit pour métropolitain l'évêque de Thessalonique.
La connoissance de l'Illyrie, prise dans toute son étendue, est très-nécessaire pour l'intelligence de l'Histoire ecclésiastique, car sans cela on ne concevroit point quel rapport il y avoit de la Thessalie, de l'Achaïe & de l'Isle de Crete, avec l'Illyrie, si on se figuroit seulement, sous le nom d'Illyrie, un petit canton, tel que Ptolomée le représente dans un coin du golphe Adriatique. (D.J.)
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| ILM | (Géog.) riviere d'Allemagne, qui prend sa source dans le comté de Henneberg, & qui se jette dans la Sala au-dessus de Naumbourg.
Il y a une autre riviere appellée Ilm ou Ilme, qui arrose le duché de Brunswick, & qui se jette dans la Leine.
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| ILMEN LAC D' | (Géog.) lac de l'Empire Russien, dans le duché de la grande Novogorod ; il a près de soixante werstes ou lieues Russiennes dans sa longueur du sud au nord, & environ quarante dans sa largeur, qui est en général assez égale. (D.J.)
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| ILMENT | (Géog.) grand fleuve d'Asie, au royaume de Perse, qui se jette dans l'Océan.
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| ILOIRES | (Marine.) Voyez HILOIRES.
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| ILOTES | S. m. pl. (Hist. anc.) nom des esclaves chez les Lacédémoniens. Quand ceux-ci commencerent à s'emparer du Péloponese, ils trouverent beaucoup de résistance de la part des naturels du pays, mais sur-tout des habitans d'Elos qui, après s'être soumise, se révolta contr'eux. Les Spartiates assiégerent cette place, la prirent à discrétion, & pour faire un exemple de sévérité, en réduisirent en esclavage les habitans, eux & tous leurs descendans à perpétuité. Les Ilotes, ou comme d'autres les appellent, les Helotes étoient donc à Lacédémone des esclaves publics, employés aux ministeres les plus vils & les plus pénibles, & traités avec une extrême rigueur ; mais les magistrats les accordoient quelquefois aux particuliers, à condition de les rendre à la ville quand elle les redemanderoit. On les employoit à la culture des terres & aux autres travaux de la campagne. Dans des besoins pressans on s'en servoit à la guerre, & plusieurs y ont mérité leur liberté par leurs services. Dans les commencemens on avoit fixé leur nombre, de peur qu'en se multipliant ils ne fussent tentés de se révolter ; & par cette raison l'on exposoit les enfans qui naissoient d'eux au-delà du nombre fixé ; mais cette loi inhumaine dura peu ; du reste on en usoit très-rigoureusement avec les Ilotes ; on les fustigeoit cruellement & sans raison en certains tems de l'année seulement, pour leur faire sentir le poids de la servitude ; on alloit même jusqu'à les tuer quand ils devenoient trop gras, & on mettoit leurs maîtres à l'amende, comme les ayant trop bien nourris, & trop peu surchargés de travaux. Par une autre bisarrerie aussi condamnable, on les obligeoit à s'enyvrer à certains jours de fêtes, afin que les enfans fussent par ce spectacle détournés du vice de l'yvrognerie. Quelques-uns de ces Ilotes étoient pourtant employés à des occupations plus honnêtes, comme à conduire les enfans aux écoles publiques ou aux gymnases, & à les ramener. Ceux-ci étoient des especes d'affranchis, qui ne jouissoient pas néanmoins de tous les privileges des personnes libres, quoique par leur bonne conduite ils pussent arriver à ce dégré de liberté, puisque Lysandre, Callicratidas, Gylippe étoient ilotes de naissance, & qu'en considération de leur valeur on leur avoit accordé la liberté. Voyez aussi HELOTES.
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| ILS | (Géog.) riviere d'Allemagne, au couchant de la Baviere ; elle a sa source dans un lac des montagnes qui séparent la Baviere de la Bohème, & tombe dans le Danube à Ilstadt, vis-à-vis Passaw ; elle produit des perles très-rondes & assez grosses, au rapport de Wagenseil. (D.J.)
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| ILSNA | (Géog.) riviere de Lithuanie, dans le Palatinat de Bressici, qui se jette dans le Bug.
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| ILST | ELZA, (Géog.) petite ville des Provinces-Unies, dans la Frise, au Westergoo, à deux lieues du Zuidersée, à quatre lieues de Leuwarden. Long. 23. 8. lat. 53. 3.
Quatre freres nommés Popma Ausone, Sixte, Tite & Cyprien, tous quatre nés à Ilst, ont tous quatre cultivé le même goût pour les Belles-Lettres, ce qui est très-rare dans une famille, & ont tous quatre été auteurs ; mais l'aîné Ausone Popma paroît s'être le plus distingué par son érudition, en qualité de grammairien ; voyez, sur ses ouvrages, Valere André, Suffridus Petri, Scioppius & Baillet. (D.J.)
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| ILSTADT | Ilstadium, (Géog.) ville d'Allemagne en Baviere, au confluent du Danube & de l'Ils, vis-à-vis de Passaw. Long. 31. 15. lat. 48. 28. (D.J.)
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| ILUANATERRA | (Hist. nat.) nom donné par quelques auteurs à une terre ferrugineuse que l'on prétend être bonne contre le scorbut. Wallerius donne ce nom à une espece de marne, ou à une terre argilleuse, blanche, de la même nature que la terre cimolée. On ne sait d'où lui vient ce nom.
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| ILURO | (Géog. anc.) ancienne ville de l'Espagne Tarragonoise selon Pline, livre ix. & c'étoit une ville de citoyens Romains ; c'est présentement Mataro, au jugement de M. de Marca ; Iluro ayant été détruite par les Maures, fut depuis rebatie au même lieu ; on y trouva des débris d'anciennes pierres avec des inscriptions ; & on a tiré de ses ruines quantité de médailles d'or & d'argent au nom de Vespasien & de Titus. (D.J.)
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| IMAGE | S. f. en Optique, est la peinture naturelle & très-ressemblante qui se fait des objets, quand ils sont opposés à une surface bien polie. Voyez MIROIR.
Image signifie plus généralement le spectre ou la représentation d'un objet que l'on voit, soit par réflexion, soit par réfraction. Voyez VISION.
C'est un des problêmes des plus difficiles de l'Optique, que de déterminer le lieu apparent de l'image d'un objet que l'on voit dans un miroir, ou à-travers un verre. Voyez ce que nous avons dit sur ce sujet aux articles APPARENT, MIROIR, DIOPTRIQUE, &c.
IMAGE, (Hist. anc. & mod.) se dit des représentations artificielles que font les hommes, soit en peinture ou sculpture ; le mot d'image dans un sens est consacré aux choses saintes ou regardées comme telles. L'usage & l'adoration des images ont essuyé beaucoup de contradictions dans le monde. L'hérésie des Iconoclastes ou Iconomaques, c'est-à-dire, brise-images, qui commença sous Leon l'Isaurien en 724, remplit l'empire grec de massacres & de cruautés, tant sous ce prince, que sous son fils Constantin Copronyme ; cependant l'église grecque n'abandonna point le culte des images, & l'église d'Occident ne le condamna pas non plus. Le concile tenu à Nicée sous Constantin & Irene, rétablit toutes choses dans leur premier état ; & celui de Francfort n'en condamna les décisions que pour une erreur de fait & sur une fausse version. Cependant depuis l'an 815 jusqu'à l'année 855, la fureur des Iconoclastes se ralluma en Orient, & alors leur hérésie fut totalement éteinte : mais diverses sectes, à commencer par les Petrobrusiens & les Henriciens l'ont renouvellée en Occident depuis le douzieme siecle. A examiner tout ce qui s'est passé à cet égard, & à juger sainement des choses, on voit que ces sectaires & leurs successeurs ont fait une infinité de fausses imputations à l'église Romaine, dont la doctrine a toujours été de ne déférer aux images qu'un culte relatif & subordonné très-distinct du culte de latrie, comme on le peut voir dans l'exposition de la foi de M. Bossuet. Ainsi tant de livres, de déclamations, de satyres violentes des ministres de la Religion Prétendue Réformée, pour prouver que les Catholiques romains idolatroient & violoient le premier commandement du décalogue, ne sont autre chose que le sophisme que les Dialecticiens appellent ignoratio elenchi. Ces artifices sont bons pour séduire des ignorans ; mais il est étonnant que l'esprit de parti ait aveuglé des gens habiles d'ailleurs, jusqu'à leur faire hasarder de pareils écrits, & à les empêcher de discerner les abus qui pourroient se rencontrer dans le culte des images, d'avec ce que l'Eglise en avoit toujours cru, & d'avec le fond de sa doctrine sur cet article.
Les Luthériens blâment les Calvinistes d'avoir brisé les images dans les églises des Catholiques, & regardent cette action comme une espece de sacrilége, quoiqu'ils traitent les Catholiques romains d'idolâtres, pour en avoir conservé le culte. Les Grecs ont poussé ce culte si loin, que quelques-uns d'entr'eux ont reproché aux Latins de ne point porter de respect aux images ; cependant l'église d'Orient & celle d'Occident n'ont jamais disputé que sur des termes ; elles étoient d'accord pour le fond.
Les Juifs condamnent absolument les images, & ne souffrent aucunes statues ni figures dans leurs maisons, & encore moins dans leurs synagogues & dans les autres lieux consacrés à leurs dévotions. Les Mahométans ne les peuvent souffrir non plus, & c'est en partie pour cela qu'ils ont détruit la plûpart des beaux monumens d'antiquité sacrée & profane, qui étoient à Constantinople.
Les Romains conservoient avec beaucoup de soin les images de leurs ancêtres, & les faisoient porter dans leurs pompes funebres & dans leurs triomphes. Elles étoient pour l'ordinaire de cire & de bois, quoiqu'il y en eût quelquefois de marbre ou d'airain. Ils les plaçoient dans les vestibules de leurs maisons, & elles y demeuroient toujours, quoique la maison changeât de maître, parce qu'on regardoit comme une impiété de les déplacer.
Appius Claudius fut le premier qui les introduisit dans les temples l'an de Rome 259, & qui y ajouta des inscriptions, pour marquer l'origine de ceux qu'elles représentoient, aussi bien que les actions par lesquelles ils s'étoient distingués.
Il n'étoit pas permis à tout le monde de faire porter les images de ses ancêtres dans les pompes funebres. On n'accordoit cet honneur qu'à ceux qui s'étoient acquités glorieusement de leurs emplois. Quant à ceux qui s'étoient rendus coupables de quelques crimes, on brisoit leurs images.
IMAGE, (Belles-Lettres) se dit aussi des descriptions qui se font par le discours. Voyez DESCRIPTION.
Les images, suivant la définition qu'en donne Longin, sont des pensées propres à fournir des expressions, & qui présentent une espece de tableau à l'esprit.
Il donne, dans un autre endroit, à ce mot un sens beaucoup moins étendu, lorsqu'il dit que les images sont des discours que nous prononçons, lorsque par une espece d'enthousiasme, ou émotion extraordinaire de l'ame, nous croyons voir les choses dont nous parlons, & que nous tâchons de les peindre aux yeux de ceux qui nous écoutent.
Les images, dans la Rhétorique, ont un tout autre usage que parmi les Poëtes. Le but qu'on se propose dans la Poësie, c'est l'étonnement & la surprise ; au lieu que dans la prose, c'est de bien peindre les choses, & de les faire voir clairement. Elles ont pourtant cela de commun, qu'elles tendent à émouvoir dans l'un & l'autre genre. Voyez POESIE.
Ces images ou ces peintures sont d'un grand secours pour donner du poids, de la magnificence & de la force au discours. Elles l'échauffent & l'animent, & quand elles sont menagées avec art, dit Longin, elles domptent, pour ainsi dire, & soumettent l'auditeur.
On appelle généralement images, tant en éloquence qu'en poésie, toute description courte & vive, qui présente les objets aux yeux autant qu'à l'esprit. Telle est dans Virgile cette peinture de la consternation de la mere d'Euryale, en apprenant la mort de son fils :
Miserae calor ossa reliquit,
Excussi manibus radii, revolutaque pensa.
Aeneid. IX.
ou cette autre de Verrès par Ciceron : Stetit soleatus praetor populi romani, cum pallio purpureo, tunicaque talari, mulierculâ nixus in littore ; ou cette image de Racine dans Athalie :
De princes égorgés la chambre étoit remplie,
Un poignard à la main l'implacable Athalie
Au carnage animoit ses barbares soldats, &c.
Voyez HYPOTIPOSE.
IMAGE, (Gravure) il se dit aussi de certaines estampes pieuses, ou autres, grossierement gravées. C'est de-là que vient le substantif imager, ou marchand d'images. On dit de ceux qui sont curieux de livres embellis d'estampes, qu'ils aiment les images.
On fait des images & médailles avec la colle de poisson. Pour cet effet, prenez de la colle de poisson bien nette & bien claire ; brisez-la avec un marteau ; lavez-la d'abord en eau claire & fraiche, ensuite en eau tiede ; ayez un pot neuf ; mettez-la dans ce pot à tremper dans de l'eau pendant une nuit ; faites-la bouillir doucement une heure jusqu'à ce qu'elle prenne corps ; elle en aura suffisamment, si elle fait la goutte sur l'ongle. Cela fait, ayez vos moules prêts ; serrez-les à l'entour d'une corde, ou avec du coton, ou d'une meche de lampe, qui serve à retenir la colle ; frottez-les de miel ; versez dessus la colle jusqu'à ce que tout le moule en soit couvert ; exposez-les au soleil ; la colle s'égalisera & se séchera ; quand elle sera seche, l'image se détachera du creux, d'elle-même, sera mince comme le papier, ou de l'épaisseur d'une médaille, selon la quantité de colle dont on aura couvert le moule. Les traits les plus déliés seront rendus, & l'image sera lustrée. Si on l'eût voulu colorer, on eût teint l'eau dans laquelle on a fait bouillir la colle, soit avec le bois de Brésil, de Fernambouc, soit avec la graine d'Avignon, le bois d'Inde, &c. Il faut que l'eau n'ait qu'une teinte légere, & que la colle ne soit pas trop épaisse ; l'image en viendra d'autant plus belle.
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| IMAGINAIRE | adj. (Gram.) qui n'est que dans l'imagination ; ainsi l'on dit en ce sens un bonheur imaginaire, une peine imaginaire. Sous ce point de vûe, imaginaire ne s'oppose point à réel ; car un bonheur imaginaire est un bonheur réel, une peine imaginaire est une peine réelle. Que la chose soit ou ne soit pas comme je l'imagine, je souffre ou je suis heureux ; ainsi l'imaginaire peut être dans le motif, dans l'objet ; mais la réalité est toûjours dans la sensation. Le malade imaginaire est vraiment malade, d'esprit au moins, sinon de corps. Nous serions trop malheureux, si nous n'avions beaucoup de biens imaginaires.
IMAGINAIRE, adj. on appelle ainsi en Algebre les racines paires de quantités négatives. La raison de cette dénomination est, que toute puissance paire d'une quantité quelconque, positive ou négative, a nécessairement le signe +, parce que + par +, ou - par -, donnent également + ; Voyez QUARRE, PUISSANCE, NEGATIF & MULTIPLICATION. D'où il s'ensuit que toute puissance paire, tout quarré, par exemple, qui a le signe -, n'a point de racine possible (voyez RACINE), & qu'ainsi la racine d'une telle puissance est impossible ou imaginaire. Les quantités imaginaires sont opposées aux quantités réelles. Voyez REEL & ÉQUATION.
Non-seulement toute racine paire d'une quantité négative, comme , est imaginaire ; mais encore si on y joint une quantité réelle b, le tout devient imaginaire ; ainsi b + est imaginaire, ce qui est évident ; car si b + étoit égal à une quantité réelle c, on auroit = c - b, ce qui est impossible.
Les quantités composées de réel & d'imaginaire, s'appellent mixtes imaginaires, & les autres imaginaires simples.
J'ai démontré le premier dans les mémoires de l'académie de Berlin, pour l'année 1746, & même dans un ouvrage antérieur, envoyé à l'académie de Berlin au commencement de 1746, que toute quantité imaginaire donnée à volonté, & de telle forme qu'on voudra, peut toûjours se réduire à e+f, e & f étant des quantités réelles. M. Euler a démontré depuis cette même proposition, dans les mémoires de l'académie de Berlin 1749, mais il est aisé de voir que sa démonstration ne differe en aucune façon de la mienne. Pour s'en convaincre, on peut comparer la page 273 des mémoires de Berlin de 1749, avec l'article 79 de ma dissertation sur les vents.
J'ai démontré de plus, dans les mêmes mémoires de 1746, que toute racine imaginaire d'une équation quelconque pouvoit toûjours se reduire à e+f, e & f étant des quantités réelles. M. Euler a donné de son côté, dans les mémoires de 1749, une démonstration de cette proposition, qui differe entierement de la mienne, & qui ne me paroît pas aussi simple. On peut voir les démonstrations des deux propositions dont je viens de parler, dans le traité de M. de Bougainville le jeune, sur le calcul intégral.
Un corollaire de cette proposition, qui est démontré fort simplement dans les mémoires de Berlin 1746, c'est que si e+f est une des racines d'une équation, e-f en sera une autre ; & voilà pourquoi les racines imaginaires des équations vont toûjours en nombre pair. Voyez RACINE.
Deux quantités imaginaires jointes ensemble peuvent former une quantité réelle ; p. ex. + est une quantité réelle. Voyez CAS IRREDUCTIBLE. (O)
IMAGINAIRE, (Docimastique) poids imaginaire ou fictif. Voyez POIDS FICTIF.
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| IMAGINATION | IMAGINER, (Logique, Métaphys. Litterat. & Beaux-Arts) c'est le pouvoir que chaque être sensible éprouve en soi de se représenter dans son esprit les choses sensibles ; cette faculté dépend de la mémoire. On voit des hommes, des animaux, des jardins ; ces perceptions entrent par les sens, la mémoire les retient, l'imagination les compose ; voilà pourquoi les anciens Grecs appellerent les Muses filles de Mémoire.
Il est très-essentiel de remarquer que ces facultés de recevoir des idées, de les retenir, de les composer, sont au rang des choses dont nous ne pouvons rendre aucune raison ; ces ressorts invisibles de notre être sont dans la main de l'Etre suprême qui nous a faits, & non dans la nôtre.
Peut-être ce don de Dieu, l'imagination, est-il le seul instrument avec lequel nous composions des idées, & même les plus métaphysiques.
Vous prononcez le mot de triangle, mais vous ne prononcez qu'un son si vous ne vous représentez pas l'image d'un triangle quelconque ; vous n'avez certainement eu l'idée d'un triangle que parce que vous en avez vû si vous avez des yeux, ou touché si vous êtes aveugle. Vous ne pouvez penser au triangle en général si votre imagination ne se figure, au moins confusément, quelque triangle particulier. Vous calculez ; mais il faut que vous vous représentiez des unités redoublées, sans quoi il n'y a que votre main qui opere.
Vous prononcez les termes abstraits, grandeur, vérité, justice, fini, infini ; mais ce mot grandeur est-il autre chose qu'un mouvement de votre langue qui frappe l'air, si vous n'avez pas l'image de quelque grandeur ? Que veulent dire ces mots vérité, mensonge, si vous n'avez pas apperçu par vos sens que telle chose qu'on vous avoit dit existoit en effet, & que telle autre n'existoit pas ? & de cette expérience ne composez-vous pas l'idée générale de vérité & de mensonge ? & quand on vous demande ce que vous entendez par ces mots, pouvez-vous vous empêcher de vous figurer quelque image sensible, qui vous fait souvenir qu'on vous a dit quelquefois ce qui étoit, & fort souvent ce qui n'étoit pas ?
Avez-vous la notion de juste & d'injuste autrement que par des actions qui vous ont paru telles ? Vous avez commencé dans votre enfance par apprendre à lire sous un maître ; vous aviez envie de bien épeller, & vous avez mal épellé. Votre maître vous a battu, cela vous a paru très-injuste ; vous avez vû le salaire refusé à un ouvrier, & cent autres choses pareilles. L'idée abstraite du juste & de l'injuste est-elle autre chose que ces faits confusément mêlés dans votre imagination ?
Le fini est-il dans votre esprit autre chose que l'image de quelque mesure bornée ? L'infini est-il autre chose que l'image de cette même mesure que vous prolongez sans fin ?
Toutes ces opérations ne se font-elles pas dans vous à-peu-près de la même maniere que vous lisez un livre ? vous y lisez les choses, & vous ne vous occupez pas des caracteres de l'alphabet, sans lesquels pourtant vous n'auriez aucune notion de ces choses. Faites-y un moment d'attention, & alors vous appercevrez ces caracteres sur lesquels glissoit votre vûe ; ainsi tous vos raisonnemens, toutes vos connoissances sont fondées sur des images tracées dans votre cerveau : vous ne vous en appercevez pas ; mais arrêtez-vous un moment pour y songer, & alors vous voyez que ces images sont la base de toutes vos notions ; c'est au lecteur à peser cette idée, à l'étendre, à la rectifier.
Le célebre Adisson dans ses onze essais sur l'imagination, dont il a enrichi les feuilles du spectateur, dit d'abord que le sens de la vûe est celui qui fournit seul les idées à l'imagination ; cependant, il faut avouer que les autres sens y contribuent aussi. Un aveugle né entend dans son imagination l'harmonie qui ne frappe plus son oreille ; il est à table en songe ; les objets qui ont résisté ou cédé à ses mains, font encore le même effet dans sa tête : il est vrai que le sens de la vûe fournit seul les images ; & comme c'est une espece de toucher qui s'étend jusqu'aux étoiles, son immense étendue enrichit plus l'imagination que tous les autres sens ensemble.
Il y a deux sortes d'imagination, l'une qui consiste à retenir une simple impression des objets ; l'autre qui arrange ces images reçues, & les combine en mille manieres. La premiere a été appellée imagination passive, la seconde active ; la passive ne va pas beaucoup au-delà de la mémoire, elle est commune aux hommes & aux animaux ; de-là vient que le chasseur & son chien poursuivent également des bêtes dans leurs rêves, qu'ils entendent également le bruit des cors ; que l'un crie, & que l'autre jappe en dormant. Les hommes & les bêtes font alors plus que se ressouvenir, car les songes ne sont jamais des images fideles ; cette espece d'imagination compose les objets, mais ce n'est point en elle l'entendement qui agit, c'est la mémoire qui se méprend.
Cette imagination passive n'a pas certainement besoin du secours de notre volonté, ni dans le sommeil, ni dans la veille ; elle se peint malgré nous ce que nos yeux ont vû, elle entend ce que nous avons entendu, & touche ce que nous avons touché ; elle y ajoûte, elle en diminue : c'est un sens intérieur qui agit avec empire ; aussi rien n'est-il plus commun que d'entendre dire, on n'est pas le maître de son imagination.
C'est ici qu'on doit s'étonner & se convaincre de son peu de pouvoir. D'où vient qu'on fait quelquefois en songe des discours suivis & éloquens, des vers meilleurs qu'on n'en feroit sur le même sujet étant éveillé ? que l'on résoud même des problèmes de mathématiques ? voilà certainement des idées très-combinées, qui ne dépendent de nous en aucune maniere. Or, s'il est incontestable que des idées suivies se forment en nous, malgré nous, pendant notre sommeil, qui nous assurera qu'elles ne sont pas produites de même dans la veille ? est-il un homme qui prévoie l'idée qu'il aura dans une minute ? ne paroît-il pas qu'elles nous sont données comme les mouvemens de nos membres ? & si le pere Malebranche s'en étoit tenu à dire que toutes les idées sont données de Dieu, auroit-on pû le combattre ?
Cette faculté passive, indépendante de la réflexion, est la source de nos passions & de nos erreurs. Loin de dépendre de la volonté, elle la détermine, elle nous pousse vers les objets qu'elle peint, ou nous en détourne, selon la maniere dont elle les représente. L'image d'un danger inspire la crainte ; celle d'un bien donne des desirs violens : elle seule produit l'enthousiasme de gloire, de parti, de fanatisme ; c'est elle qui répandit tant de maladies de l'esprit, en faisant imaginer à des cervelles foibles fortement frappées, que leurs corps étoient changés en d'autres corps ; c'est elle qui persuada à tant d'hommes qu'ils étoient obsédés ou ensorcelés, & qu'ils alloient effectivement au sabat, parce qu'on leur disoit qu'ils y alloient. Cette espece d'imagination servile, partage ordinaire du peuple ignorant, a été l'instrument dont l'imagination forte de certains hommes s'est servie pour dominer. C'est encore cette imagination passive des cerveaux aisés à ébranler, qui fait quelquefois passer dans les enfans les marques évidentes d'une impression qu'une mere a reçue ; les exemples en sont innombrables, & celui qui écrit cet article en a vû de si frappans, qu'il démentiroit ses yeux s'il en doutoit ; cet effet d'imagination n'est guere explicable, mais aucun autre effet ne l'est davantage. On ne conçoit pas mieux comment nous avons des perceptions, comment nous les retenons, comment nous les arrangeons. Il y a l'infini entre nous & les premiers ressorts de notre être.
L'imagination active est celle qui joint la réflexion, la combinaison à la mémoire ; elle rapproche plusieurs objets distans, elle sépare ceux qui se mêlent, les compose & les change ; elle semble créer quand elle ne fait qu'arranger, car il n'est pas donné à l'homme de se faire des idées, il ne peut que les modifier.
Cette imagination active est donc au fond une faculté aussi indépendante de nous que l'imagination passive ; & une preuve qu'elle ne dépend pas de nous, c'est que si vous proposez à cent personnes également ignorantes d'imaginer telle machine nouvelle, il y en aura quatre-vingt-dix-neuf qui n'imagineront rien malgré leurs efforts. Si la centieme imagine quelque chose, n'est-il pas évident que c'est un don particulier qu'elle a reçu ? c'est ce don que l'on appelle génie ; c'est-là qu'on a reconnu quelque chose d'inspiré & de divin.
Ce don de la nature est imagination d'invention dans les arts, dans l'ordonnance d'un tableau, dans celle d'un poëme. Elle ne peut exister sans la mémoire ; mais elle s'en sert comme d'un instrument avec lequel elle fait tous ses ouvrages.
Après avoir vû qu'on soulevoit une grosse pierre que la main ne pouvoit remuer, l'imagination active inventa les leviers, & ensuite les forces mouvantes composées, qui ne sont que des leviers déguisés. Il faut se peindre d'abord dans l'esprit les machines & leurs effets pour les exécuter.
Ce n'est pas cette sorte d'imagination que le vulgaire appelle, ainsi que la mémoire, l'ennemie du jugement ; au contraire, elle ne peut agir qu'avec un jugement profond. Elle combine sans-cesse ses tableaux, elle corrige ses erreurs, elle éleve tous ses édifices avec ordre. Il y a une imagination étonnante dans la mathématique pratique, & Archimede avoit au moins autant d'imagination qu'Homere. C'est par elle qu'un poëte crée ses personnages, leur donne des caracteres, des passions ; invente sa fable, en présente l'exposition, en redouble le noeud, en prépare le dénouement ; travail qui demande encore le jugement le plus profond, & en même tems le plus fin.
Il faut un très-grand art dans toutes ces imaginations d'invention, & même dans les romans ; ceux qui en manquent sont méprisés des esprits bien faits. Un jugement toûjours sain regne dans les fables d'Esope ; elles seront toûjours les délices des nations. Il y a plus d'imagination dans les contes des fées ; mais ces imaginations fantastiques, toûjours dépourvues d'ordre & de bon sens, ne peuvent être estimées ; on les lit par foiblesse, & on les condamne par raison.
La seconde partie de l'imagination active est celle de détail, & c'est elle qu'on appelle communément imagination dans le monde. C'est elle qui fait le charme de la conversation ; car elle présente sans-cesse à l'esprit ce que les hommes aiment le mieux, des objets nouveaux ; elle peint vivement ce que les esprits froids dessinent à peine, elle emploie les circonstances les plus frappantes, elle allegue des exemples, & quand ce talent se montre avec la sobriété qui convient à tous les talens, il se concilie l'empire de la société. L'homme est tellement machine, que le vin donne quelquefois cette imagination, que l'oisiveté anéantit ; il y a là de quoi s'humilier, mais de quoi admirer. Comme se peut-il faire qu'un peu d'une certaine liqueur qui empêchera de faire un calcul, donnera des idées brillantes ?
C'est sur-tout dans la Poésie que cette imagination de détail & d'expression doit régner ; elle est ailleurs agréable, mais là elle est nécessaire ; presque tout est image dans Homere, dans Virgile, dans Horace, sans même qu'on s'en apperçoive. La tragédie demande moins d'images, moins d'expressions pittoresques, de grandes métaphores, d'allégories, que le poëme épique ou l'ode ; mais la plûpart de ces beautés bien ménagées font dans la tragédie un effet admirable. Un homme qui sans être poëte ose donner une tragédie, fait dire à Hyppolite,
Depuis que je vous vois j'abandonne la chasse.
Mais Hyppolite, que le vrai poëte fait parler, dit ;
Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune.
Ces imaginations ne doivent jamais être forcées, empoulées, gigantesques. Ptolomée parlant dans un conseil d'une bataille qu'il n'a pas vûe, & qui s'est donnée loin de chez lui, ne doit point peindre
Des montagnes de morts privés d'honneurs suprèmes,
Que la nature force à se vanger eux-mêmes,
Et dont les troncs pourris exhalent dans les vents,
De quoi faire la guerre au reste des vivans.
Une princesse ne doit point dire à un empereur,
La vapeur de mon sang ira grossir la foudre,
Que Dieu tient déjà prête à te réduire en poudre.
On sent assez que la vraie douleur ne s'amuse point à une métaphore si recherchée & si fausse.
Il n'y a que trop d'exemples de ce défaut. On les pardonne aux grands poëtes ; ils servent à rendre les autres ridicules.
L'imagination active qui fait les poëtes leur donne l'enthousiasme, c'est-à-dire, selon le mot grec, cette émotion interne qui agite en effet l'esprit, & qui transforme l'auteur dans le personnage qu'il fait parler ; car c'est-là l'enthousiasme, il consiste dans l'émotion & dans les images : alors l'auteur dit précisément les mêmes choses que diroit la personne qu'il introduit.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vûe,
Un trouble s'éleva dans mon ame éperdue ;
Mes yeux ne voyoient plus, je ne pouvois parler.
L'imagination alors ardente & sage, n'entasse point de figures incohérentes ; elle ne dit point, par exemple, pour exprimer un homme épais de corps & d'esprit.
Qu'il est flanqué de chair, gabionné de lard,
Et que la nature
En maçonnant les remparts de son ame,
Songea plûtôt au fourreau qu'à la lame.
Il y a de l'imagination dans ces vers ; mais elle est grossiere, elle est déréglée, elle est fausse ; l'image de rempart ne peut s'allier avec celle de fourreau : c'est comme si on disoit qu'un vaisseau est entré dans le port à bride abattue.
On permet moins l'imagination dans l'éloquence que dans la poésie ; la raison en est sensible. Le discours ordinaire doit moins s'écarter des idées communes ; l'orateur parle la langue de tout le monde ; le poëte parle une langue extraordinaire & plus relevée : le poëte a pour base de son ouvrage la fiction ; ainsi l'imagination est l'essence de son art ; elle n'est que l'accessoire dans l'orateur.
Certains traits d'imagination ont ajouté, dit-on, de grandes beautés à la Peinture. On cite sur-tout cet artifice avec lequel un peintre mit un voile sur la tête d'Agamemnon dans le sacrifice d'Iphigénie ; artifice cependant bien moins beau que si le peintre avoit eu le secret de faire voir sur le visage d'Agamemnon le combat de la douleur d'un pere, de l'autorité d'un monarque, & du respect pour ses dieux ; comme Rubens a eu l'art de peindre dans les regards & dans l'attitude de Marie de Médicis, la douleur de l'enfantement, la joie d'avoir un fils, & la complaisance dont elle envisage cet enfant.
En général les imaginations des Peintres, quand elles ne sont qu'ingénieuses, font plus d'honneur à l'esprit de l'artiste qu'elles ne contribuent aux beautés de l'art ; toutes les compositions allégoriques ne valent pas la belle exécution de la main qui fait le prix des tableaux.
Dans tous les arts la belle imagination est toûjours naturelle ; la fausse est celle qui assemble des objets incompatibles ; la bizarre peint des objets qui n'ont ni analogie, ni allégorie, ni vraisemblance ; comme des esprits qui se jettent à la tête dans leurs combats, des montagnes chargées d'arbres, qui tirent du canon dans le ciel, qui font une chaussée dans le cahos. Lucifer qui se transforme en crapaud ; un ange coupé en deux par un coup de canon, & dont les deux parties se rejoignent incontinent, &c..... L'imagination forte approfondit les objets, la foible les effleure, la douce se repose dans des peintures agréables, l'ardente entasse images sur images, la sage est celle qui emploie avec choix tous ces différens caracteres, mais qui admet très-rarement le bizarre, & rejette toûjours le faux.
Si la mémoire nourrie & exercée est la source de toute imagination, cette même mémoire surchargée la fait périr ; ainsi celui qui s'est rempli la tête de noms & de dates, n'a pas le magasin qu'il faut pour composer des images. Les hommes occupés de calculs ou d'affaires épineuses, ont d'ordinaire l'imagination stérile.
Quand elle est trop ardente, trop tumultueuse, elle peut dégénérer en démence ; mais on a remarqué que cette maladie des organes du cerveau est bien plus souvent le partage de ces imaginations passives, bornée à recevoir la profonde empreinte des objets, que de ces imaginations actives & laborieuses qui assemblent & combinent des idées, car cette imagination active a toûjours besoin du jugement ; l'autre en est indépendante.
Il n'est peut-être pas inutile d'ajoûter à cet article, que par ces mots perception, mémoire, imagination, jugement, on n'entend point des organes distincts, dont l'un a le don de sentir, l'autre se ressouvient, un troisieme imagine, un quatrieme juge. Les hommes sont plus portés qu'on ne pense à croire que ce sont des facultés différentes & séparées ; c'est cependant le même être qui fait toutes ces opérations, que nous ne connoissons que par leurs effets, sans pouvoir rien connoître de cet être. Cet article est de M. DE VOLTAIRE.
IMAGINATION des femmes enceintes sur le foetus, pouvoir de l'. Quoique le foetus ne tienne pas immédiatement à la matrice ; qu'il n'y soit attaché que par de petits mamelons extérieurs à ses enveloppes ; qu'il n'y ait aucune communication du cerveau de la mere avec le sien : on a prétendu que tout ce qui affectoit la mere, affectoit aussi le foetus ; que les impressions de l'une portoient leurs effets sur le cerveau de l'autre ; & on a attribué à cette influence les ressemblances, les monstruosités, soit par addition, soit par retranchement, ou par conformation contre nature, que l'on observe souvent dans différentes parties du corps des enfans nouveaux-nés, & sur-tout par les taches qu'on voit sur leur peau, tous effets, qui, s'ils dépendent de l'imagination, doivent bien plus raisonnablement être attribués à celle des personnes qui croyent les appercevoir, qu'à celle de la mere, qui n'a réellement, ni n'est susceptible d'avoir aucun pouvoir de cette espece.
On a cependant poussé, sur ce sujet, le merveilleux aussi loin qu'il pouvoit aller. Non-seulement on a voulu que le foetus pût porter les représentations réelles des appétits de sa mere, mais on a encore prétendu, que par une sympathie singuliere, les taches, les excroissances, auxquelles on trouve quelque ressemblance, avec des fruits, par exemple des fraises, des cerises, des mûres, que la mere peut avoir desiré de manger, changent de couleur, que leur couleur devient plus foncée dans la saison où les fruits entrent en maturité, & que le volume de ces représentations paroît croître avec eux : mais avec un peu plus d'attention, & moins de prévention, l'on pourroit voir cette couleur, ou le volume des excroissances de la peau, changer bien plus souvent. Ces changemens doivent arriver toutes les fois que le mouvement du sang est accéléré ; & cet effet est tout simple. Dans le tems où la chaleur fait mûrir les fruits, ces élévations cutanées sont toujours ou rouges, ou pâles, ou livides, parce que le sang donne ces différentes teintes à la peau, selon qu'il pénetre dans ses vaisseaux, en plus ou moins grande quantité, & que ces mêmes vaisseaux sont plus ou moins condensés, ou relâchés, qu'ils sont plus ou moins grands & nombreux ; selon la différente température de l'air, qui affecte la surface du corps, & que le tissu de la peau qui recouvre la tache ou l'excroissance, se trouve plus ou moins compact ou délicat.
Si ces taches ou envies, comme on les appelle, ont pour cause l'appétit de la mere, qui se représente tels ou tels objets, pourquoi, dit M. de Buffon, (Hist. nat. tom. IV chap. xj.) n'ont-elles pas des formes & des couleurs aussi variées que les objets de ces appétits ? Que de figures singulieres ne verroit-on pas, si les vains desirs de la mere étoient écrits sur la peau de l'enfant !
Comme nos sensations ne ressemblent point aux objets qui les causent, il est impossible que les fantaisies, les craintes, l'aversion, la frayeur, qu'aucune passion en un mot, aucune émotion intérieure puissent produire aucune représentation réelle de ces mêmes objets ; encore moins créer en conséquence de ces représentations, ou retrancher des parties organisées ; faculté, qui pouvant s'étendre au tout, seroit malheureusement presqu'aussi souvent employée pour détruire l'individu dans le sein de la mere, pour en faire un sacrifice à l'honneur, c'est-à-dire au préjugé, que pour empêcher toutes conformations défectueuses qu'il pourroit avoir, ou pour lui en procurer de parfaites. D'ailleurs, il ne se feroit presque que des enfans mâles ; toutes les femmes, pour la plûpart, sont affectées des idées, des desirs, des objets qui ont rapport à ce sexe.
Mais l'expérience prouvant que l'enfant dans la matrice, est à cet égard aussi indépendant de la mere qui le porte, que l'oeuf l'est de la poule qui le couve, on peut croire tout aussi volontiers, ou tout aussi peu, que l'imagination d'une poule qui voit tordre le cou à un coq, produira dans les oeufs qu'elle ne fait qu'échauffer, des poulets qui auront le cou tordu ; que l'on peut croire la force de l'imagination de cette femme, qui ayant vu rompre les membres à un criminel, mit au monde un enfant, dont par hazard les membres se trouverent conformés de maniere qu'ils paroissoient rompus.
Cet exemple qui en a tant imposé au P. Malebranche, prouve très-peu en faveur du pouvoir de l'imagination, dans le cas dont il s'agit ; 1°. parce que le fait est équivoque ; 2°. parce qu'on ne peut comprendre raisonnablement qu'il y ait aucune maniere, dont le principe prétendu ait pu produire un pareil phénomène. Soit qu'on veuille l'attribuer à des influences physiques, soit qu'on ait recours à des moyens méchaniques ; il est impossible de s'en rendre raison d'une maniere satisfaisante.
Puisque le cours des esprits dans le cerveau de la mere, n'a point de communication immédiate qui puisse en conserver la modification jusqu'au cerveau de l'enfant ; & quand même on conviendroit de cette communication, pourroit on bien expliquer comment elle seroit propre à produire sur les membres du foetus les effets dont il s'agit ? L'action des muscles de la mere mis en convulsion par la frayeur, l'horreur, ou toute autre cause, peut-elle aussi jamais produire sur le corps de l'enfant renfermé dans la matrice, des effets assez déterminés, pour opérer des solutions de continuité, plus précisément dans certaines parties des os que dans d'autres, & dans des os qui sont de nature alors à plier, à se courber, plûtôt qu'à se rompre ? Peut-on concevoir que de pareils effets méchaniques, qui portent sur le foetus, puissent produire aucune autre sorte d'altération qui puisse changer la structure de certains organes, préférablement à tous autres ?
On ne peut donc donner quelque fondement à l'explication du phénomène de l'enfant rompu ; explication d'ailleurs, qu'il est toujours téméraire d'entreprendre à l'égard d'un fait extraordinaire, incertain, ou au moins dont on ne connoît pas bien les circonstances, qu'en supposant quelque vice de conformation, qui auroit subsisté indépendamment du spectacle de la roue, avec lequel il a seulement concouru, en donnant lieu de dire très-mal-à-propos, post hoc, ergo propter hoc. L'enfant rachitique, dont on voit le squelete au cabinet d'histoire naturelle du jardin du Roi, a les os des bras & des jambes marqués par des calus, dans le milieu de leur longueur, à l'inspection desquels on ne peut guere douter que cet enfant n'ait eu les os des quatre membres rompus, pendant qu'il étoit dans le sein de sa mere, sans qu'il soit fait mention qu'elle ait été spectatrice du supplice de la roue, qu'ils se sont réunis ensuite, & ont formé calus.
Les choses les plus extraordinaires, & qui arrivent rarement, dit M. de Buffon, loco citato, arrivent cependant aussi nécessairement que les choses ordinaires, & qui arrivent très-souvent. Dans le nombre infini de combinaisons que peut prendre la matiere, les arrangemens les plus singuliers doivent se trouver, & se trouvent en effet, mais beaucoup plus rarement que les autres ; dès-lors on peut parier que sur un million d'enfans, par exemple, qui viennent au monde, il en naîtra un avec deux têtes, ou avec quatre jambes, ou avec des membres qui paroîtront rompus ; ou avec telle autre difformité ou monstruosité particuliere, qu'on voudra supposer. Il se peut donc naturellement, & sans qu'on doive l'attribuer à l'imagination de la mere, qu'il soit né un enfant avec les apparences de membres rompus, qu'il en soit né plusieurs ainsi, sans que les meres eussent assisté au spectacle de la roue ; tout comme il a pu arriver naturellement qu'une mere, dont l'enfant étoit formé avec cette défectuosité, l'ait mis au monde après avoir vu ce spectacle dans le cours de sa grossesse ; ensorte que cette défectuosité n'ait jamais été remarquée comme une chose singuliere, que dans le cas du concours des deux événemens.
C'est ainsi qu'il arrive journellement qu'il naît des enfans avec des difformités sur la peau, ou dans d'autres parties, que l'on ne fait observer qu'autant qu'elles ont ou que l'on croit y voir quelque rapport avec quelque vive affection qu'a éprouvée la mere pendant qu'elle portoit l'enfant dans son sein. Mais il arrive plus souvent encore que les femmes qui croyent devoir mettre au monde des enfans marqués, conséquemment aux idées, aux envies, dont leur imagination a été frappée pendant leur grossesse, les mettent au monde sans aucune marque, qui ait rapport aux objets de ces affections, ce qui reste sous silence mille fois pour une ; ou le concours se trouve entre le souvenir de quelque fantaisie qui a précédé, & quelque défectuosité qui a, ou pour mieux dire, en qui on trouve quelque rapport avec l'idée dont la mere a été frappée. Ce n'est point une imagination agissante qui a produit les variétés que l'on voit dans les pierres figurées, les agathes, les dendrites ; elles ont été formées par l'épanchement d'un suc hétérogène, qui s'est insinué dans les diverses parties de la pierre : selon qu'il a trouvé plus de facilité à couler vers une partie, que vers une autre ; vers quelques points de cette partie, plutôt que vers quelques autres, sa trace a formé différentes figures. Or, cette distribution dépendant de l'arrangement des parties de la pierre, arrangement qu'aucune cause libre n'a pu diriger, & qui a pu varier ; la route de l'épanchement de ce suc, & l'effet qui en a résulté, sont donc un pur effet du hasard. Voyez HASARD.
Si un pareil principe peut occasionner dans ces corps des ressemblances assez parfaites avec des objets connus, qui n'ont cependant aucun rapport avec eux, il n'y a aucun inconvénient à attribuer à cette cause aveugle, les figures extraordinaires que l'on voit sur les corps des enfans. Il est prouvé que l'imagination ne peut rien y tracer ; par conséquent que les figures défectueuses ou monstrueuses qui s'y rencontrent, dépendent de l'effort des parties fluides, & des résistances ou des relâchemens particuliers dans les solides. Ces circonstances n'ayant pas plus de disposition à être déterminées par une cause libre, que celles qui produisent des irrégularités, des défectuosités, des monstruosités dans les bêtes, dans les plantes, les arbres ; elles ont pu varier à l'infini, & conséquemment faire varier les figures qui en sont la suite. Si elles semblent représenter une groseille plûtôt qu'un oeillet, ce n'est donc que l'effet du hasard. Un événement qui dépend du hasard, ne peut être prévu, ni prédit ; & la rencontre d'un pareil événement avec la prédiction (ce qui est aussi rare, qu'il est commun d'être trompé à cet égard), quelque parfaite qu'on puisse la supposer, ne pourra jamais être regardée que comme un second effet du hasard.
Mais, c'est assez s'arrêter sur les effets, dont la seule crédulité a fait des sujets d'étonnement. On peut prédire, d'après l'illustre auteur de l'histoire naturelle, que malgré les progrès de la Philosophie, & souvent même en dépit du bon sens, les faits dont il s'agit, ainsi que beaucoup d'autres, resteront vrais pour bien des gens, quant aux conséquences que l'on en tire. Les préjugés, sur-tout ceux qui sont fondés sur le merveilleux, triompheront toujours des lumieres de la raison ; & l'on seroit bien peu philosophe, si l'on en étoit surpris.
Comme il est souvent question dans le monde des marques des enfans, & que dans le monde les raisons générales & philosophiques font moins d'effet qu'une historiette ; il ne faut pas compter qu'on puisse jamais persuader aux femmes, que les marques de leurs enfans n'ont aucun rapport avec les idées, les fantaisies dont elles ont été frappées, les envies qu'elles n'ont pû satisfaire. Cependant ne pourroit-on pas leur demander, avant la naissance de l'enfant, quels ont été les objets de ces idées, de ces fantaisies, de ces envies souvent aussi respectées qu'elles sont impérieuses, & que l'on les croit importantes, & quelles devront être par conséquent les marques que leur enfant doit avoir. Quand il est arrivé quelquefois de faire cette question, on a fâché les gens sans les avoir convaincus.
Mais cependant, comme le préjugé à cet égard, est très-préjudiciable au repos & à la santé des femmes enceintes, quelques savans ont cru devoir entreprendre de le détruire. On a une dissertation du docteur Blondel, en forme de lettres, à Paris, chez Guérin, 1745, traduite de l'anglois en notre langue, qui renferme des choses intéressantes sur ce sujet. Mais cet auteur nie presque tous les faits qui semblent favorables à l'opinion qu'il combat. Il peut bien être prouvé, qu'ils ne dépendent pas du pouvoir de l'imagination ; mais la plûpart sont des faits certains. Ils serviront toujours à fortifier la façon de penser reçue, jusqu'à ce que l'on ait fait connoître, que l'on ait pour ainsi dire démontré qu'ils ne doivent pas être attribués à cette cause.
Les mémoires de l'académie des Sciences renferment plusieurs dissertations sur le même sujet, qui sont dignes sans-doute de leurs savans auteurs, & du corps illustre qui les a publiées ; mais, comme on y suppose toujours certains principes connus des seuls physiciens, elles paroissent peu faites pour ceux qui ignorent ces principes. Les ouvrages philosophiques destinés à l'instruction du vulgaire, & des dames surtout, doivent être traités différemment d'une dissertation, & tels que legat ipsa Lycoris. C'est à quoi paroît avoir eu égard l'auteur des lettres, qui viennent d'être citées, dans lesquelles la matiere paroît être très-bien discutée, & d'une maniere qui la met à la portée de tout le monde ; ce qui est d'autant plus louable, qu'il n'est personne effectivement qui ne soit intéressé à acquérir des lumieres sur ce sujet, que l'on trouve aussi très-bien traité dans les commentaires sur les institutions de Boerhaave, § 694. & dans les notes de Haller, ibid. où se trouvent cités tous les auteurs qui ont écrit & rapporté des observations sur les effets attribués à l'imagination des femmes enceintes. Voyez ENVIE, MONSTRE.
IMAGINATION, maladies de l', voyez PASSION DE L'AME, MELANCHOLIE, DELIRE.
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| IMAL | S. m. (Comm.) mesure des grains dont on se sert à Nancy. La carte fait deux imaux, & quatre cartes le réal, qui contient quinze boisseaux mesure de Paris ; ce qui s'entend de l'avoine. Voyez BOISSEAU. Dict. de comm.
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| IMA | ou IMAN, s. m. (Hist. mod.) ministres de la religion mahométane, qui répond à un curé parmi nous.
Ce mot signifie proprement ce que nous appellons prélats, antistes ; mais les Musulmans le disent en particulier de celui qui a le soin, l'intendance d'une mosquée, qui s'y trouve toujours le premier, & qui fait la priere au peuple, qui la répete après lui.
Iman, se dit aussi absolument par excellence des chefs, des instituteurs ou des fondateurs des quatre principales sectes de la religion mahométane, qui sont permises. Voyez MAHOMETISME. Ali est l'iman des Perses, ou de la secte des Schiaites ; Abu-beker, l'iman des Sunniens, qui est la secte que suivent les Turcs ; Saphii ou Safi-y, l'iman d'une autre secte.
Les Mahométans ne sont point d'accord entr'eux sur l'imanat, ou dignité d'iman. Quelques-uns la croyent de droit divin, & attachée à une seule famille, comme le pontificat d'Aaron ; les autres soutiennent d'un côté qu'elle est de droit divin, mais de l'autre, ils ne la croyent pas tellement attachée à une famille, qu'elle ne puisse passer dans une autre. Ils avancent de plus que l'iman devant être, selon eux, exempt non-seulement des péchés griefs, comme l'infidélité, mais encore des autres moins énormes, il peut être déposé, s'il y tombe, & sa dignité transférée à un autre.
Quoi qu'il en soit de cette question, il est constant qu'un iman ayant été reconnu pour tel par les Musulmans, celui qui nie que son autorité vient immédiatement de Dieu, est un impie ; celui qui ne lui obéit pas, un rébelle, & celui qui s'ingere de le contredire, un ignorant : c'est partout de même.
Les imans n'ont aucune marque extérieure qui les distingue du commun des Turcs ; leur habillement est presque le même, excepté leur turban qui est un peu plus large, & plissé différemment. Un iman privé de sa dignité, redevient simple laïc tel qu'il étoit auparavant, & le visir en nomme un autre ; l'examen & l'ordonnance du ministre font toute la cérémonie de la réception. Leur principale fonction, outre la priere, est la prédication, qui roule ordinairement sur la vie de Mahomet, sa prétendue mission, ses miracles, & les fables dont fourmille la tradition musulmane. Ils tâchent au reste de s'attirer la vénération de leurs auditeurs, par la longueur de leur manches & de leurs barbes, la largeur de leurs turbans, & leur démarche grave & composée. Un turc qui les auroit frappés, auroit la main coupée ; & si le coupable étoit chrétien, il seroit condamné au feu. Aucun iman, tant qu'il est en titre, ne peut être puni de mort ; la plus grande peine qu'on lui puisse infliger, ne s'étend pas au-delà du bannissement. Mais les sultans & leurs ministres ont trouvé le secret d'éluder ces privileges, soit en honorant les imans, qu'ils veulent punir, d'une queue de cheval, distinction qui les fait passer au rang des gens de guerre, soit en les faisant déclarer infideles par une assemblée de gens de loi, & dès-lors ils sont soumis à la rigueur des lois. Guer. moeurs des Turcs, liv. II. tome I.
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| IMARET | S. m. (Hist. mod.) nom que les Turcs donnent à une maison bâtie près d'un jami, ou d'une grande mosquée ; elle est semblable à un hôpital ou hôtellerie, & est destinée à recevoir les pauvres & les voyageurs.
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| IMAÜS | (Géog. anc.) longue chaîne de montagnes qui traverse l'Asie, au nord de ce que les anciens appellent proprement l'Inde, & qui envoie une de ses branches au septentrion, vers la mer glaciale. L'Imaüs séparoit l'Inde de la Scythie, comme il sépare encore aujourd'hui l'Indostan de la Tartarie. Il a différens noms dans les différens pays qu'il parcourt : on l'appelle dans la Tartarie propre, Belgian ; dans la Tartarie deserte, Moréghar ; dans le Mogolistan, Dalanguer, & Naugracut, vers les sources du Gange. Une de ses plus considérables branches, prend le nom de montagnes de Gate ; de plus l'Imaüs se divise au septentrion du royaume de Siam, & forme trois nouvelles chaînes, dont nous parlerons au mot montagne, où nous décrirons celles qui serpentent sur le globe de la terre, par une espece de connexion & d'enchaînement. (D.J.)
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| IMBÉCILLE | S. m. (Logique) c'est celui qui n'a pas la faculté de discerner différentes idées, de les comparer, de les composer, de les étendre, ou d'en faire abstraction. Tel étoit parmi les Grecs un certain Margitès, dont l'imbécillité passa en proverbe. Suidas prétend qu'il ne savoit pas compter au-dessus de cinq, & qu'étant parvenu à l'adolescence, il demanda à sa mere, si elle & lui n'étoient pas enfans d'un même pere....
Ceux qui n'apperçoivent qu'avec peine, qui ne retiennent qu'imparfaitement les idées, qui ne sauroient les rappeller, ou les rassembler promtement, n'ont que très-peu de pensées. Ceux qui ne peuvent distinguer, comparer & abstraire des idées, ne sauroient comprendre les choses, faire usage des termes, juger, raisonner passablement ; & quand ils le font, ce n'est que d'une maniere imparfaite sur des choses présentes, & familieres à leur sens.
Si l'on examinoit les divers égaremens des imbécilles, on découvriroit assez bien jusqu'à quel point leur imbécillité procede du manque ou de la foiblesse de l'entendement.
Il y a une grande différence entre les imbécilles & les fous. Je croirois fort, dit Locke, que le défaut des imbécilles, vient de manque de vivacité, d'activité, & de mouvement dans les facultés intellectuelles, par où ils se trouvent privés de l'usage de la raison. Les fous au contraire, semblent être dans l'extrémité opposée ; car il ne paroît pas que ces derniers ayent perdu la faculté de raisonner, mais il paroît, qu'ayant joint mal-à-propos certaines idées, ils les prennent pour des vérités, & se trompent de la même maniere que ceux qui raisonnent juste sur de faux principes. Ainsi vous verrez un fou, qui, s'imaginant d'être roi, prétend par une juste conséquence, être servi, honoré selon sa dignité. D'autres qui ont cru être de verre, ont pris toutes les précautions nécessaires pour empêcher leur corps d'être cassé.
Il y a des degrés de folie, comme il y en a d'imbécillité ; l'union déréglée des idées, ou le manque d'idées, étant moins considérable dans les uns que dans les autres. En un mot, ce qui constitue vraisemblablement la différence qui se trouve entre les imbécilles & les fous ; c'est que les fous joignent ensemble des idées mal-assorties & extravagantes, sur lesquelles néanmoins ils raisonnent juste, au lieu que les imbécilles font très-peu ou point de propositions, & ne raisonnent que peu ou point du tout, suivant l'état de leur imbécillité.
Je ne sais, si certains imbécilles qui ont vêcu quarante ans sans donner le moindre signe de raison, ne sont pas des êtres qui tiennent le milieu entre l'homme & la bête ; car au fond, ces deux noms que nous avons faits, homme & bête, signifient-ils des especes tellement marquées par des essences distinctes, que nulle autre espece ne puisse intervenir entr'elles ?
En cas que quelqu'un vînt nous demander, ce que deviendront les imbécilles dans l'autre monde, puisque nous sommes portés à en faire une espece distincte entre l'homme & la bête, nous répondrions avec Locke, qu'il ne nous importe point de savoir & de rechercher de pareilles choses. Qu'ils tombent, ou qu'ils se soutiennent (pour me servir d'un passage de l'Ecriture, Rom. xjv. 4.) cela regarde leur maître. D'ailleurs, soit que nous déterminions quelque chose, ou que nous ne déterminions rien sur leur état à venir, il ne sera ni meilleur ni pire. Les imbécilles sont entre les mains d'un créateur plein de bonté, qui ne dispose pas de ses créatures suivant les bornes étroites de nos opinions particulieres, & qui ne les distingue point conformément aux noms, & aux chimères qu'il nous plaît de forger. (D.J.)
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| IMBIBER | verb. act. & pass. (Gramm.) on dit imbiber, & s'imbiber. L'éponge s'imbibe d'eau. On imbibe d'huile une meche. La maniere physique dont se fait l'imbibition ne nous est pas toujours distinctement connue. Par quel méchanisme, si un fil trempe d'un bout dans un verre plein d'eau, & tombe de l'autre bout au-dehors du verre, fera-t-il fonction de siphon ; s'imbibera-t-il sans-cesse d'eau, & en vuidera-t-il le verre ? Si ces petits phénomenes étoient bien expliqués, on en appliqueroit bien-tôt la raison à de plus importans. L'action d'imbiber ou de s'imbiber s'appelle imbibition, terme que les Alchimistes ont transportés dans leur art, où il n'a aucune acception claire.
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| IMBIBITION | S. f. (Chimie) c'est une espece ou une variété de la macération, dont le caractere distinctif consiste en ce que le liquide appliqué à une substance concrete, est absorbé tout entier, ou presque entier par cette substance ; c'est ainsi qu'une éponge est imbibée d'eau, &c. Cette opération est peu en usage dans les travaux ordinaires de la Chimie. On l'emploie dans quelques arts chimiques ; par exemple, dans la préparation de l'orseil, du tournesol, & de quelques autres fécules colorées, dans laquelle on imbibe avec de l'urine les plantes desquelles on travaille à les extraire. (b)
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| IMBLOCATION | subst. m. (Hist. des Coûtum.) terme consacré chez les écrivains du moyen âge, pour désigner la maniere d'enterrer les corps morts des personnes excommuniées ; cette maniere se pratiquoit en élevant un monceau de terre ou de pierres sur leurs cadavres, dans les champs, ou près des grands chemins, parce qu'il étoit défendu de les ensevelir, & à plus forte raison de les mettre en terre sainte. Imblocation est formé de bloc, amas de pierres. Voyez Ducange, Glossaire latin, au mot imblocatus. (D.J.)
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| IMBRICÉ | adj. (Art) c'est par cette épithete qu'on distingue les tuiles concaves des tuiles plates. On prétend que la couverture avec des tuiles imbricées dure plus ; mais il est sûr qu'elle charge davantage. Imbricé vient d'imbricatus, fait en gouttiere.
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| IMBRIKDAR-AGA | subst. m. (Hist. mod.) nom d'un officier de la cour du sultan, dont la fonction est de lui donner l'eau pour les purifications ordonnées par la loi mahométane.
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| IMBRIM | S. m. (Hist. nat.) nom que l'on donne dans les îles de Feroe ou Farroe à un oiseau de la grosseur d'une oie, qui, dit-on, ne sort jamais de l'eau. Cet oiseau a le cou fort long ainsi que le bec ; ses plumes sont grises sur le dos & blanches sur la poitrine ; son cou est tout gris à l'exception d'un cercle blanc qui forme comme une espece de collier. Il vit dans l'eau parce que ses piés sont placés en arriere, & sont d'ailleurs si foibles qu'ils ne pourroient point soutenir son corps ; & ses aîles sont trop petites pour qu'il puisse voler. Sous chaque aîle il a un creux capable de contenir un oeuf, & l'on croit que c'est là qu'il tient ses oeufs cachés & qu'il les couve ; d'autant plus qu'on a remarqué que l'imbrim ne fait jamais éclorre que deux petits. Ces oiseaux paroissent sur les côtes à l'approche des tempêtes. On les a mal-à-propos confondus avec les alcyons, dont ils different suivant la description qui vient d'être donnée. Voyez Acta Hafniensia, ann. 1671 & 72, observ. 49.
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| IMBROS | (Géog.) île vers la Quersonnèse de Thrace, séparée par un petit trajet de mer de la Thessalie. Philippe de Macédoine s'en rendit maître, & y exerça un pouvoir absolu. Le géographe Etienne place une ville de même nom dans cette île de l'Archipel, & dit qu'elle étoit consacrée à Cérès & à Mercure ; quoi qu'il en soit, l'île d'Imbros se nomme aujourd'hui l'île de Lembro. Voyez LEMBRO. (D.J.)
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| IMI | S. m. (Commerce) mesure de liquides en usage dans le duché de Wirtemberg, qui tient environ onze pintes.
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| IMIRETTE | (Géog.) petit royaume d'Asie entre les montagnes qui séparent la mer Caspienne & la mer Noire. Il est enfermé entre le mont Caucase, la Colchide, la mer Noire, la principauté de Garcil, & la Géorgie. Sa longueur est de six vingt mille stades, sa largeur de soixante mille. Les peuples du mont Caucase, avec qui l'Imirette confine, sont les Géorgiens & les Turcs au midi ; au septentrion, ces Caracioles ou Circassiens noirs, que les Européens ont appellé Huns, & qui firent tous les ravages en Italie & dans les Gaules, dont parlent les historiens, & Cédrénus en particulier.
L'Imirette est un pays de bois & de montagnes, comme la Mingrélie, mais il y a de plus belles vallées & de plus délicieuses plaines. Il s'y trouve des minieres de fer ; l'argent y a cours, & l'on y bat monnoie. Quant aux moeurs & aux coûtumes, c'est la même chose qu'en Mingrélie, qui a été autrefois sous sa domination, ainsi que les peuples du Guriel ; ils sont tous aujourd'hui tributaires du Turc. Le tribut du meppe, c'est-à-dire du roi d'Imirette est de 80 enfans, filles & garçons, depuis dix ans jusqu'à vingt ; il envoie son tribut au pacha d'Akalziche, & dans les lettres qu'il fait expédier, il se nomme le roi des rois : qu'est donc le pacha du grand-seigneur vis-à-vis de lui ?
La Turquie ne s'est point souciée de s'emparer de tous ces pays limitrophes, où il est impossible d'observer le Mahométisme, parce qu'ils n'ont rien de meilleur que le vin & le cochon, défendus par la loi mahométane ; outre que le peuple y est épars, errant & vagabond : desorte que les Turcs se sont contentés de faire ensorte que toutes ces provinces leur servissent de pepinieres d'esclaves. On dit qu'ils en tirent six ou sept mille chaque année.
Des égards & des obstacles à peu près semblables, empêchent encore apparemment les Turcs d'incorporer à leur empire les vastes plaines de Tartarie & de Scythie, & les pays immenses du mont Caucase. C'est une observation remarquable que cet ancien usage de tribut d'enfans pour esclaves. La Colchide le payoit à la Perse dès les premiers âges du monde ; c'est une autre chose bien singuliere, que dans tous les siecles, ces régions maritimes de la mer Noire, aient produit de si beau sang, & en si grande quantité. (D.J.)
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| IMITATIF | adj. (Gramm.) qui sert à l'imitation ; c'est le nom général que l'on donne aux verbes adjectifs qui renferment dans leur signification un attribut d'imitation.
Ces verbes dans la langue greque, sont dérivés du nom même de l'objet imité, auquel on donne la terminaison verbale pour caractériser l'imitation : , de , de , de , &c. La terminaison pourroit bien venir elle-même de l'adjectif , pareil, semblable, qui semble se retrouver encore à la terminaison des noms terminés en , que les Latins rendent par ismus, & nous par ismes, comme archaïsme, néologisme, hellénisme, &c. Il me semble par cette raison même, que l'on pourroit les appeller aussi des noms imitatifs.
Nous avons conservé en françois la même terminaison imitative, en l'adaptant seulement au génie de notre langue, tyranniser, latiniser, franciser. Anciennement on écrivoit tyrannizer, latinizer, francizer, comme on peut le voir au traité de la Gramm. fr. de R. Etienne, imprimée en 1569 (pag. 42.) : & cette orthographe étoit plus conforme que la nôtre, & à notre prononciation & à l'étymologie. Par quelle fantaisie l'avons-nous altérée ?
Les Latins ont fait pareillement une altération à la terminaison radicale, dont ils ont changé le z en ss : atticissare, sicilissare, patrissare. Vossius (Gramm. lat. de derivitatis) remarque que les Latins ont préféré la terminaison latine en or à la terminaison greque en istare, & qu'en conséquence ils ont mieux aimé dire graecari que graecissare.
Si j'osois proposer une conjecture contre l'assertion d'un si savant homme, je dirois que cette différence de terminaison doit avoit un fondement plus raisonnable qu'un simple caprice ; & la réalité de l'existence des deux mots latins graecissare & graecari est une preuve de mon opinion d'autant plus certaine, que l'on sait aujourd'hui qu'aucune langue n'admet une exacte synonymie. Il me paroît assez vraisemblable que la terminaison issare n'exprime qu'une imitation de langage, & que la terminaison ari exprime une imitation de conduite, de moeurs : atticissare (parler comme les Athéniens), patrissare (parler en pere) ; graecari (boire comme les Grecs), vulpinari (agir en renard, ruser). Les verbes imitatifs de la premiere espece ont une terminaison active, parce que l'imitation de langage n'est que momentanée, dépendante de quelques actes libres qui se succedent de loin à loin, ou même d'un seul acte. Au contraire les verbes imitatifs de la seconde espece ont une terminaison passive ; parce que l'imitation de conduite & de moeurs est plus habituelle, plus continue, & qu'elle fait même prendre les passions qui caractérisent les moeurs, de maniere que le sujet qui imite est pour ainsi dire transformé en l'objet imité : graecari (être fait grec), vulpinari (être fait renard) : de sorte qu'il est à présumer que ces verbes, réputés déponens à cause de la maniere active dont nous les traduisons, & peut-être même à cause du sens actif que les Latins y avoient attaché, sont au fond de vrais verbes passifs, si on les considere dans leur origine & selon le véritable sens littéral. Dans la réalité, les uns & les autres, à raison de leur signification usuelle, sont des verbes actifs, absolus ; actifs, parce qu'ils expriment l'action d'imiter ; absolus, parce que le sens est complet & défini en soi, & n'exige aucun complément extérieur.
Remarquons que la terminaison latine en issare ne suffit pas pour conclure que le verbe est imitatif : l'assonnance seule n'est pas un guide assez sûr dans les recherches analogiques ; il faut encore faire attention au sens des mots & à leur véritable origine. C'est en quoi il me semble qu'a manqué Scaliger (De caus. ling. lat. cap. cxxiij.), lorsqu'il compte parmi les verbes imitatifs le verbe cyathissare : ce n'est pas qu'il ne sente qu'il n'y a point ici de véritable imitation : neque enim, dit-il, aut imitamur aut sequimur Cyathum ; mais il aime pourtant mieux imaginer une métonymie, que d'abandonner l'idée d'imitation qu'il croyoit voir dans la terminaison. Le verbe grec qui correspond à cyathissare, c'est , & non pas , comme les vrais imitatifs ; ce qui prouve que l'assonnance de cyathissare avec les verbes imitatifs est purement accidentelle, & n'a nul trait à l'imitation.
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| IMITATION | S. f. (Gramm. & Philosoph.) c'est la représentation artificielle d'un objet. La nature aveugle n'imite point ; c'est l'art qui imite. Si l'art imite par des voix articulées, l'imitation s'appelle discours, & le discours est oratoire ou poétique. Voyez ELOQUENCE & POESIE. S'il imite par des sons, l'imitation s'appelle musique. Voyez l'article MUSIQUE. S'il imite par des couleurs, l'imitation s'appelle peinture. Voyez l'article PEINTURE. S'il imite avec le bois, la pierre, le marbre, ou quelqu'autre matiere semblable, l'imitation s'appelle sculpture. Voyez l'article SCULPTURE. La nature est toujours vraie ; l'art ne risquera donc d'être faux dans son imitation que quand il s'écartera de la nature, ou par caprice ou par l'impossibilité d'en approcher d'assez près. L'art de l'imitation en quelque genre que ce soit, a son enfance, son état de perfection, & son moment de décadence. Ceux qui ont créé l'art, n'ont eu de modele que la nature. Ceux qui l'ont perfectionné, n'ont été, à les juger à la rigueur, que les imitateurs des premiers ; ce qui ne leur a point ôté le titre d'hommes de génie ; parce que nous apprécions moins le mérite des ouvrages par la premiere invention & la difficulté des obstacles surmontés, que par le degré de perfection & l'effet. Il y a dans la nature des objets qui nous affectent plus que d'autres ; ainsi quoique l'imitation des premiers soit peut-être plus facile que l'imitation des seconds, elle nous intéressera davantage. Le jugement de l'homme de goût & celui de l'artiste sont bien différens. C'est la difficulté de rendre certains effets de la nature, qui tiendra l'artiste suspendu en admiration. L'homme de goût ne connoît guere ce mérite de l'imitation ; il tient trop au technique qu'il ignore : ce sont des qualités dont la connoissance est plus générale & plus commune, qui fixeront ses regards. L'imitation est rigoureuse ou libre ; celui qui imite rigoureusement la nature en est l'historien. Voyez HISTOIRE. Celui qui la compose, l'exagere, l'affoiblit, l'embellit, en dispose à son gré, en est le poëte. Voyez POESIE. On est historien ou copiste dans tous les genres d'imitation. On est poëte, de quelque maniere qu'on peigne ou qu'on imite. Quand Horace disoit aux imitateurs, ô imitatores servum pecus, il ne s'adressoit ni à ceux qui se proposoient la nature pour modele, ni à ceux qui marchant sur les traces des hommes de génie qui les avoient précédés, cherchoient à étendre la carriere. Celui qui invente un genre d'imitation est un homme de génie. Celui qui perfectionne un genre d'imitation inventé, ou qui y excelle, est aussi un homme de génie. Voyez l'article suivant.
IMITATION, s. f. (Poésie, Rhétor.) on peut la définir, l'emprunt des images, des pensées, des sentimens, qu'on puise dans les écrits de quelqu'auteur, & dont on fait un usage, soit différent, soit approchant, soit en enchérissant sur l'original.
Rien n'est plus permis que d'user des ouvrages qui sont entre les mains de tout le monde ; ce n'est point un crime de les copier ; c'est au contraire dans leurs écrits, selon Quintilien, qu'il faut prendre l'abondance & la richesse des termes, la variété des figures, & la maniere de composer : ensuite, ajoute cet orateur, on s'attachera fortement à imiter les perfections que l'on voit en eux ; car on ne doit pas douter qu'une bonne partie de l'art ne consiste dans l'imitation adroitement déguisée.
Laissons dire à certaines gens que l'imitation n'est qu'une espece de servitude qui tend à étouffer la vigueur de la nature ; loin d'affoiblir cette nature, les avantages qu'on en tire ne servent qu'à la fortifier. C'est ce que M. Racine a prouvé solidement dans un mémoire agréable, dont le précis décorera cet article.
Stésychore, Archiloque, Hérodote, Platon, ont été des imitateurs d'Homere, lequel vraisemblablement n'a pû lui-même, sans imitation de ceux qui l'ont précédé, porter tout d'un coup la Poésie à son plus haut point de perfection. Virgile n'écrit presque rien qu'il n'imite ; tantôt il suit Homere, tantôt Théocrite, tantôt Hésiode, & tantôt les poëtes de son tems ; & c'est pour avoir eu tant de modeles, qu'il est devenu un modele admirable à son tour.
J'avoue qu'il n'est pas impossible que des hommes plus favorisés du ciel que les autres, s'ouvrent d'eux-mêmes un chemin nouveau, & y marchent sans guides ; mais de tels exemples sont si merveilleux, qu'ils doivent passer pour des prodiges.
En effet, le plus heureux génie a besoin de secours pour croître & se soutenir ; il ne trouve pas tout dans son propre fonds. L'ame ne sauroit concevoir ni enfanter une production célebre, si elle n'a été comme fécondée par une source abondante de connoissances. Nos efforts sont inutiles, sans les dons de la nature ; & nos efforts sont imparfaits si l'on n'accompagne ces dons, si l'imitation ne les perfectionne.
Mais il ne suffit pas de connoître l'utilité de l'imitation ; il faut savoir encore quelles regles on doit suivre pour en retirer les avantages qu'elle est capable de procurer.
La premiere chose qu'il faut faire est de se choisir un bon modele. Il est plus facile qu'on ne pense de se laisser surprendre par des guides dangereux ; on a besoin de sagacité pour discerner ceux auxquels on doit se livrer. Combien Séneque a-t-il contribué à corrompre le goût des jeunes gens de son tems & du nôtre ? Lucain a égaré plusieurs esprits qui ont voulu l'imiter, & qui ne possédoient pas le feu de son éloquence. Son traducteur entraîné comme les autres, a eu la folle ambition de lui dérober la gloire du style ampoulé.
Il ne faut pas même s'attacher tellement à un excellent modele, qu'il nous conduise seul & nous fasse oublier tous les autres écrivains. Il faut comme une abeille diligente, voler de tous côtés, & s'enrichir du suc de toutes les fleurs. Virgile trouve de l'or dans le fumier d'Ennius ; & celui qui peint Phedre d'après Euripide, y ajoute encore de nouveaux traits que Séneque lui présente.
Le discernement n'est pas moins nécessaire pour prendre dans les modeles qu'on a choisis les choses qu'on doit imiter. Tout n'est pas également bon dans les meilleurs auteurs ; & tout ce qui est bon ne convient pas également dans tous les tems & dans tous les lieux.
De plus, ce n'est pas assez que de bien choisir ; l'imitation doit être faite d'une maniere noble, généreuse & pleine de liberté. La bonne imitation est une continuelle invention. Il faut, pour ainsi dire, se transformer en son modele, embellir ses pensées, & par le tour qu'on leur donne, se les approprier, enrichir ce qu'on lui prend, & lui laisser ce qu'on ne peut enrichir. C'est ainsi que la Fontaine imitoit, comme il le déclare nettement.
Mon imitation n'est point un esclavage :
" Je n'emploie que l'idée, les tours & les lois que nos maîtres suivoient eux-mêmes ".
Si d'ailleurs quelque endroit plein chez eux d'excellence,
Peut entrer dans mes vers sans nulle violence,
Je l'y transporte, & veux qu'il n'ait rien d'affecté,
Tâchant de rendre mien, cet air d'antiquité.
Malherbe, par exemple, montre comment on peut enrichir la pensée d'un autre, par l'image sous laquelle il représente les vers si connus d'Horace, pallida mors aequo pulsat pede, pauperum tabernas, regumque turres.
Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses lois ;
Et la garde qui veille aux barrieres du louvre,
N'en défend pas nos rois.
Sophocle fait dire au malheureux Ajax, lorsqu'étant prêt de mourir, il trouve son fils :
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| IMITATIVE | PHRASE, (Gram. & Poésie). J'appelle phrase imitative avec M. l'abbé du Bos (qui me fournira cet article de Grammaire philosophique) toute phrase qui imite en quelque maniere le bruit inarticulé dont nous nous servons par instinct naturel, pour donner l'idée de la chose que la phrase exprime avec des mots articulés.
L'homme qui manque de mots pour exprimer quelque bruit extraordinaire, ou pour rendre à son gré le sentiment dont il est touché, a recours naturellement à l'expédient de contrefaire ce même bruit, & de marquer ses sentimens par des sons inarticulés. Nous sommes portés par un mouvement naturel à dépeindre par des sons inarticulés le fracas qu'une maison aura fait en tombant, le bruit confus d'une assemblée tumultueuse, & plusieurs autres choses. L'instinct nous porte à suppléer par ces sons inarticulés, à la stérilité de notre langue, ou bien à la lenteur de notre imagination.
Mais les Ecrivains latins, particulierement leurs poëtes qui n'ont pas été gênés comme les nôtres, & dont la langue est infiniment plus riche, sont remplis de phrases imitatives qui ont été admirées & citées avec éloge par les Ecrivains du bon tems. Elles ont été louées par les Romains du siecle d'Auguste qui étoient juges compétens de ces beautés.
Tel est le vers de Virgile qui dépeint Poliphème.
Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum.
Ce vers prononcé en supprimant les syllabes qui font élision, & en faisant sonner l'u comme les Romains le faisoient sonner, devient si l'on peut s'exprimer ainsi, un vers monstrueux. Tel est encore le vers où Perse parle d'un homme qui nazille, & qu'on ne sauroit aussi prononcer qu'en nazillant.
Rancidulum quidam balbâ de nare locutus.
Le changement arrivé dans la prononciation du latin, nous a voilé, suivant les apparences, une partie de ces beautés, mais il ne nous les a point toutes cachées.
Nos poëtes qui ont voulu enrichir leurs vers de ces phrases imitatives, n'ont pas réussi au goût des François, comme ces poëtes latins réussissoient au goût des Romains. Nous rions du vers où du Bartas dit en décrivant un coursier, le champ plat, bat, abat. Nous ne traitons pas plus sérieusement les vers où Ronsard décrit en phrase imitative le vol de l'aloüette.
Elle guindée du zéphire,
Sublime en l'air, vire & revire,
Et y décligne un joli cri,
Qui rit, guérit, & tire l'ire
Des esprits mieux que je n'écris.
Pasquier rapporte plusieurs autres phrases imitatives des poëtes françois, dans le chap. x. liv. VIII. de ses recherches, où il veut prouver que notre langue n'est pas moins capable que la latine de beaux traits poétiques ; mais les exemples que Pasquier rapporte, réfutent seuls sa proposition.
En effet, parce qu'on aura introduit quelques phrases imitatives dans des vers, il ne s'ensuit pas que ces vers soient bons. Il faut que ces phrases imitatives y ayent été introduites, sans préjudicier au sens & à la construction grammaticale. Or on citeroit bien peu de morceaux de poésie françoise, qui soient de cette espece, & qu'on puisse opposer en quelque façon à tant d'autres vers, que les latins de tous les tems ont loué dans les ouvrages des poëtes qui avoient écrit en langue vulgaire. M. l'abbé du Bos ne connoissoit même en ce genre que la description d'un assaut qui se trouve dans l'ode de Despreaux sur la prise de Namur ; le poëte, dit-il, y dépeint en phrase imitative le soldat qui gravit contre une breche, & qui vient le fer & la flamme en main,
Sur les monceaux de piques,
Des corps morts, de rocs, de briques,
S'ouvrir un large chemin.
Je n'examinerai pas si l'exemple de l'Abbé du Bos est très-bon ; je dirai seulement qu'on en citeroit peu de meilleurs dans notre langue. Les poëtes anglois sont plus fertiles que les nôtres en phrases imitatives, comme Adisson l'a prouvé par plusieurs traits admirables tirés de Milton. J'en trouve aussi quelquefois dans le Virgile de Dryden, où il peint avec plaisir les objets par des phrases imitatives ; témoin la description suivante du travail des Cyclopes.
One stirs the fire and one the bellows blows,
The hissing steel in the smithy drownd ;
The grot with beating anvils groans around,
By turns their arms advance in equal time,
By turns their hand descend, and hammers chime.
They turn the glowing mass with crooked tongs
The fiery work proceeds with rustick songs.
(D.J.)
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| IMMACULÉ | adj. (Théolog.) qui est sans tache ou sans péché.
Les Catholiques se servent de ce terme en parlant de la conception de la Vierge qu'ils appellent immaculée, pour signifier qu'elle est née sans péché originel. Voyez PECHE ORIGINEL.
Quand on donne le bonnet à un docteur de sorbonne, on lui fait jurer qu'il soutiendra l'immaculée conception de la Vierge. La sorbonne fit ce decret da | |